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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1999-12, Collections de BAnQ.

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[" l'Action Volume LXXXIX, numéro 10, décembre 1999 .SOCfFEE GÉNÉRALE DE FINANCEMENT DU QUÉBEC il iiiin Dossi Sites DE DEPOT ET PLACEMENT bu Qué bec tranquille Par Lucia Ferretti IL^sttnaDm IM XX T IONALE Directeur Directrice adjointe Communications Secrétaire administrative Robert Laplante Laurence Lambert Michel Rioux Claire Caron Comité de rédaction François Aquin, avocat Jean-Yves Duthel, administrateur Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Denis Monière, politicologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, Université de Montréal Michel Rioux Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon Lucia Ferretti, professeure d'histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau.Membres du jury Jules Bélanger, historien Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès.Membres du jury Roland Arpin, directeur, Musée de la civilisation du Québec Gérard Bouchard, directeur de l'IREP, professeur UQAC Henri Brun, professeur de droit international, Université Laval Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy 425, bout de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur: 514-845-8529 Courriel: revue@action-nationale.qc.ca - Site: http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 TABLE DES MATIÈRES Volume LXXXIX, numéro 10, décembre 1999 Éditorial\tJean-Marc Léger\t La logique\tJ\tGrand Patriote\t49 d'occupation\t3 de l'année\t Robert Laplante\t\t Débats Adrienne Clarkson ET LES FRANCOPHONES hors Québec Christian Gagnon La nouvelle entente sur les Bourses Jacques Dumont 13 Une économie ÉMERGENTE : CELLE DES TERROIRS Pierre Desjardins 17 La canadianisation de la pensée québécoise Cercle Godin-Miron Les conditions GAGNANTES James Wilkins 33 39 DOSSIER La révolution TRANQUILLE Lucia Ferretti Chronique francophone Burkina Faso\tqî Michel Têtu,\t«ri Geneviève Duquet\t Le Bulletin du lundi\t107 Lectures\t117 Comptes rendus de lecture\t121 Courrier des lecteurs\t127 Index des Auteurs 1999\t131 L\u2019Action nationale Orientation et Comités\t146 Index des annonceurs\t ÊTRE JEUNE, ÊTRE VIEUX Guy Ferland Index des annonceurs 37 Allard, Pierre, C.A.105\tAnnée francophone internationale 115 Bijouterie emblématique Lamond & fils 37 Caisse d\u2019économie des travailleurs de Québec 125\tCap-aux-diamants 92 CSN 12 Devoir, Le 126\tFondAction C3 Fonds Optimum C4 Fonds de Solidarité 120 Forces 16 Hydro-Québec 32 Internautes 145 Laboratoire Dr Renaud 106\tLoto-Québec 57\tMagazine Gaspésie 145 Maxima Capital 37 Mouvement national des Québécoises et Québécois 115\tPoitras, Larue & Rondeau inc.145 Sansregret, Taillefer et Associés 145 Services financiers Option 28 Société des Alcools du Québec 37 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 58\tSociété Saint-Jean-Baptiste de Montréal 37 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 116\tSociété nationale d\u2019assurance 115 Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 115 Tassé & Associés Limitée 115\tTranslatex Communications + 116\tVeilleux, Marc, Imprimeur Inc.2 \u2022 L'ACTION NATIONALE Éditorial La logique d\u2019occupation Robert Laplante Les coups de gueule de Jean Chrétien, la morgue de Stéphane Dion, le spectacle désolant de la lâcheté des francos de service, tout est en place pour donner le style de la nouvelle offensive fédérale.Ottawa vient d\u2019avancer un autre pion.L\u2019indépendance du Québec ne pourra se faire sans le consentement aux règles de la démocratie revue et corrigée à la canadienne.La peur de l\u2019insécurité économique ne fonctionne plus aussi bien qu\u2019avant, il faut désormais passer à la guerre psychologique ouverte pour brandir d\u2019autres spectres.Les commentateurs ont jusqu\u2019à présent situé cet épisode dans un cadre d\u2019analyse beaucoup trop étroit.En effet, ce ne sont que les considérations tactiques qui ont été évoquées.Les uns trouvent qu\u2019Ottawa offre une échappatoire à un gouvernement Bouchard velléitaire et tenté, encore une fois, de transformer en querelle intestine sur l\u2019option sa peur viscérale de mener un affrontement qui l\u2019obligerait à cesser de s\u2019évaluer à l\u2019aune des critères de la saine gestion provinciale.Les autres estiment que Jean Chrétien est davantage soucieux de se refaire une image auprès de l\u2019élite L'ACTION NATIONALE \u2022 3 torontoise qui lui tient rancune pour la grande peur de 1995.Plusieurs zigonnent autour de réflexions sur le caractère prématuré du déclenchement d\u2019une opération que la conjoncture ne justifie pas, un certain nombre finaudent sur les marges de manœuvre de Jean Charest etc.Dans l\u2019ensemble, les interprétations de la manœuvre sont restées à la surface des choses.Elles ont ainsi contribué au succès des attentes outaouaises.Les commentaires ont négligé le cadre stratégique dans lequel se situe l\u2019opération que vient de lancer Jean Chrétien.L État canadien n a plus rien d\u2019essentiel à gagner à se concilier les Québécois.La gouverne pouvant être assurée avec des majorités qui se composent sans le Québec, la dynamique unitaire qui travaille cet état depuis son origine peut désormais se déployer à grande vitesse.Aucun compromis ne lui fait plus nécessité.Bourses du millénaire, Fondation canadienne de l\u2019innovation, Caisse de Eassurance-emploi, Union sociale, tout est permis, tous les moyens sont bons pour contourner l\u2019Assemblée nationale et piétiner le partage des compétences qui ne tient désormais que pour faire de l\u2019animation dans les colloques.Ces moyens s\u2019inscrivent dans un cadre stratégique qui n\u2019obéit qu\u2019à une seule logique: celle des forces d\u2019occupation.Ottawa ne reculera devant aucun moyen pour imposer sa présence, renforcer son emprise sur la province récalcitrante.Pour imposer le pays unitaire que son élite appelle de tous ses vœux, le gouvernement canadien ne se contente pas de mettre la province à sa place : il vise à détruire les conditions qui rendent récurrente l\u2019expression de la différence revendicatrice.Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019uniformiser : il faut éradiquer.Il faut briser les ressorts des institutions porteuses en mettant en place des instruments de sabotage.Comme les fédéralistes québécois n\u2019ont désormais rien d\u2019autre à proposer qu\u2019un attachement inconditionnel au Canada, plus aucune perte ne sera jamais assez 4 \u2022 L'ACTION NATIONALE grande à leurs yeux pour justifier une remise en cause du lien canadien.Ils ont consenti à la minorisation définitive.Le débat sur la majorité et la clarté de l\u2019éventuelle question vise deux objectifs : par delà l\u2019ambition de verrouiller le processus démocratique, il agit d\u2019abord comme mesure de diversion qui déplace les regards pendant que Paul Martin prépare une autre offensive budgétaire ; il sert ensuite à manipuler l\u2019opinion publique en semant la confusion dans les pratiques citoyennes par le brouillage de tous les paramètres, de manière à pouvoir éventuellement recueillir les dividendes dans des sondages qui avaliseront les hypothèses les plus utiles à la tutelle.Bref, il s\u2019agit de faire le plus de tapage possible pour éviter que le débat sur la souveraineté ne porte sur les questions essentielles tout en provoquant une lassitude et un dégoût susceptibles de rendre impossible la tenue d\u2019un véritable débat de fond.L\u2019écho médiatique sert bien la stratégie.Les motifs ultimes de l\u2019offensive fédérale tiennent à un raisonnement de conquête.Le rôle qu\u2019y jouent les Québécois de service n\u2019y est, hélas, que trop connu, une illustration pathétique de l\u2019indirect rule.Il ne faut pas s\u2019y méprendre, les Chrétien, Dion, Cauchon et consorts ne sont que des hommes utiles.L\u2019État canadien est à l\u2019œuvre.Et il y a bousculade au portillon pour tenir les rôles de soutien.La résolution piégée qu\u2019ont déposée les libéraux de Jean Charest à l\u2019Assemblée nationale en dit long sur ce que les candidats au titre de Great Canadian sont prêts à faire : même la défense de l\u2019Assemblée nationale du Québec peut, à leurs yeux, devenir un outil pour consentir au rapatriement unilatéral et reconnaître un ordre qui nous nie.Tout entiers dévoués à la chasse aux séparatistes, les députés libéraux québécois, à Québec comme à Ottawa, se font complices d\u2019une agression qui n\u2019a rien à voir avec le débat interne à la société québécoise : ils n\u2019agissent pas en fonction des enjeux de notre société.Ils servent des intérêts et un avenir qui ne laissent à notre peuple que la perspective d\u2019une marginali- L'ACTION NATIONALE \u2022 5 sation agonique, d\u2019un lent étiolement qui ne laissera de notre culture qu\u2019un folklore enfermé dans les présentoirs du multiculturalisme.Les politiciens fédéralistes québécois n\u2019ont plus de point de vue.Ils ne sont que des intermédiaires hypocrites dans une lutte à finir.Il n\u2019est plus possible de leur reconnaître la moindre bonne foi.Ils ne veulent pas d\u2019abord la reconnaissance de notre peuple, le maintien de ses institutions et le meilleur contrôle sur les leviers de son développement : ils servent le Canada.Ils se contenteront à jamais d\u2019un pouvoir provincial fantoche qui les fera néanmoins vibrer de la vanité du concierge paumé qui se sent grandi de la puissance de ses maîtres.Même leur arrogance est empruntée.Leur conduite devrait les couvrir de honte.Mais le Globe and Mail nourrit leur orgueil.L\u2019Histoire se chargera néanmoins d\u2019établir la mesure d\u2019une compromission qui accablera leurs enfants.Et les enfants de leurs enfants.?6 \u2022 L'ACTION NATIONALE Débats Adrienne Clarkson comprend-t-elle le sort des francophones hors-Québec ?Christian Gagnon1 Les francophones hors-Québec ne sont-ils rien de plus que des Canadiens plus bilingues que les autres?Peut-on faire fi de l\u2019identité collective de ces communautés et considérer que l\u2019assimilation des francophones hors-Québec, toute regrettable qu\u2019elle soit, peut être simplement compensée par la bilinguisation d\u2019autant d\u2019anglophones?Osons croire que non.Accompagnée de son mari, l\u2019écrivain John Ralston Saul, la toute nouvelle Gouver-neure générale du Canada, Adrienne Clarkson, abordait cette question à sa façon à l\u2019émission Le Point du 14 octobre dernier.Quelques jours avant sa visite officielle dans deux écoles d\u2019Edmonton, l\u2019une française, l\u2019autre d\u2019immersion française, Madame Clarkson se réjouissait de ce que plus de 312 000 anglophones fréquentent les écoles d\u2019immersion française.Elle expliqua que ces programmes revêtaient à ses yeux »quelque chose de révolu- 1.Vice-président régional du Parti Québécois de Montréal-Centre L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 7 tionnaire» et d\u2019- extrêmement important» auquel - nous croyons beaucoup » et qui » va jouer un rôle dans notre tissu national».La Gouverneure générale a aussi tenu à préciser que « tows ces gens qui sortent des écoles d\u2019immersion, qui parlent français, qui sont des anglophones d\u2019origine, vont changer les choses».« Les jeunes qui sortent, là, est-ce qu\u2019ils sont des francophones ou des anglophones ?», lança-t-elle comme pour réaffirmer le non-lieu d\u2019une telle distinction.« Ou les deux?-, opina son mari en guise de réponse.« Ou est-ce que ça n\u2019aura aucune importance après un bout de temps ?\u2022, conclut la Gouverneure générale.Au contraire, le temps est un ingrédient impitoyable du problème par lequel les francophones subissent un taux d\u2019assimilation de 36% au Canada anglais et de 68% dans l\u2019Alberta hôtesse de cette visite officielle.Les fameuses écoles d\u2019immersion française dont s\u2019enorgueillit Adrienne Clarkson jouent un bien triste rôle dans les malheurs de ces minorités, ce que, sans vilain jeu de mots, la Gouverneure générale semble n\u2019avoir pas encore assimilé.En vertu d\u2019un concept purement trudeauiste, un Albertain de langue maternelle anglaise qui sort plus ou moins bilingue d\u2019une école d\u2019immersion d\u2019Edmonton n\u2019a plus d\u2019anglophone que l\u2019origine.Il hérite d\u2019une nouvelle identité : il est dorénavant un « bilingue ».Selon cette logique, plus rien ne le différencierait d\u2019un Franco-Albertain.Son - rôle dans notre tissu national» consiste-t-il à donner bonne conscience à ses compatriotes du Canada anglais face aux ravages de l\u2019assimilation de leurs minorités francophones ?Intitulée »Où sont passés les milliards $?» (1996), une étude de la Commission nationale des parents francophones (CNPF) a établi que les 5 milliards $ versés par Ottawa à son Programme des langues officielles dans l\u2019enseignement de 1970 à 1988 ont surtout été destinés 8 \u2022 L'ACTION NATIONALE aux anglophones du Québec et aux écoles d\u2019immersion du Canada anglais (62%) par opposition aux francophones du Québec et du Canada (38%).À eux seuls, les francophones hors-Québec ont dû se contenter d\u2019un maigre 28,5%.Ainsi, plutôt que de poursuivre l\u2019objectif de « l\u2019égalité des résultats» prônée par la CNPF, Ottawa accorde des sommes considérables aux programmes d\u2019immersion offerts à la majorité anglophone.Par exemple, selon le rapport annuel du Commissaire aux langues officielles, il y avait en Alberta, l\u2019an dernier, 9 fois plus d\u2019élèves inscrits aux programmes d\u2019immersion française que de francophones dans les écoles de la minorité.Comme le disait Paul Ruest, recteur du Collège universitaire de Saint-Boniface, « le programme a une faiblesse extraordinaire : plus il y a de gens qui veulent apprendre le français comme langue seconde, moins il y a d\u2019argent pour les francophones\".Mais les étudiants en immersion ne sont pas ceux qu\u2019on croit.Dans les faits, ces anglophones francophiles constituent un véritable cheval de Troie assimilateur en milieu francophone, en ce qu\u2019ils minorisent très souvent les francophones dans leurs propres écoles.Bien au fait de cette réalité, la CNPF revendique plus d\u2019écoles françaises homogènes.Or, l\u2019Ontario et le Nouveau-Brunswick sont les deux seules provinces où la grande majorité des élèves francophones fréquentent de telles écoles.Au Manitoba, cette proportion est d\u2019un élève francophone sur deux.Dans toutes les autres provinces, une très faible part des élèves étudient dans des écoles homogènes.Publiée en 1997, une deuxième étude de la CNPF portant sur la rétention des élèves en situation minoritaire met en lumière un effritement croissant de cette clientèle scolaire.Aspirant à une éducation de qualité, les francophones minoritaires succombent à l\u2019attrait d\u2019écoles anglaises nettement mieux nanties.Il en résulte L'ACTION NATIONALE \u2022 9 qu\u2019entre la première et la douzième année, dans la plupart des neuf provinces anglophones, la moitié des élèves quittent l\u2019école française pour l\u2019école anglaise.En Saskatchewan, le taux de rétention n\u2019est que de 17% tandis qu\u2019à Terre Neuve, il est de 0%! Quant à ces 312000 étudiants en immersion, qui sont-ils?Des anglophones ou des francophones?«Aucune importance», vous dirait la Gouverneure générale.Depuis 1982, l\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés définit comme un « ayant droit » tout enfant dont au moins un des parents est de langue maternelle française ou a étudié à l\u2019école primaire française au Canada.Tout ça bien sûr, « lorsque le nombre de ces enfants le justifie».En 1991, le démographe Michel Paillé, du Conseil de la langue française, analysait le recensement fédéral afin de dénombrer et d\u2019identifier les ayants droit à l\u2019éducation en français ou en anglais.Il a pu constater qu\u2019au Canada anglais, « seulement 51 % des enfants qui ont droit à l\u2019instruction à l\u2019école française sont de langue maternelle française-, et 25 % en Alberta.Si l\u2019un des parents est non-francophone, seulement 9% des ayants droit se seront vus transmettre le français par l\u2019autre parent (4% en Alberta).Dans leur lutte pour attirer les ayants droit et les refranciser, les écoles françaises homogènes, sous-financées, subissent la concurrence déloyale des écoles d\u2019immersion et des écoles anglophones.et perdent.En effet, selon Michel Paillé, seulement la moitié des ayants droit des provinces anglophones fréquentent l\u2019école française.En Alberta, un maigre 8% des ayants droit s\u2019en prévalent, si bien que « le nombre de ces enfants le justifie» de moins en moins.Et comme le relève à juste titre Michel Paillé, « contrairement aux francophones hors Québec qui peuvent perdre leurs droits constitutionnels d\u2019une génération à l\u2019autre, les écoliers québécois admissibles, en vertu de la Charte de 10 \u2022 L'ACTION NATIONALE la langue française, à recevoir l'enseignement en anglais transmettent leurs droits acquis à leur descendants même s\u2019ils choisissent librement d\u2019étudier en français».Mais, comme c\u2019est trop souvent le cas, un ayant droit albertain que ses parents envoient à l\u2019une des 174 écoles d\u2019immersion de sa province parce qu\u2019il vit trop loin des 24 écoles françaises, perd ce droit pour ses descendants.Ces écoles d\u2019immersion dérobent donc aux écoles françaises la masse critique d\u2019ayants droit qui forcent les gouvernements provinciaux à assurer aux francophones l\u2019éducation dans leur langue.Bref, le choix par Madame Clarkson de la communauté franco-albertaine, tant malmenée par les programmes d\u2019immersion, pour nous faire l\u2019apologie du bilinguisme officiel fédéral en matière d\u2019éducation ne peut que susciter cynisme et indignation.Les yeux rivés sur une injustice qu\u2019elle ne voit pas, la Gouverneure générale trahit sa presbytie en matière de droits des francophones.Le 29 octobre, elle a fait un saut à Québec pour y vanter les vertus de l\u2019Acte de Québec de 1774 et de l\u2019Acte constitutionnel de 1791, qu\u2019elle a décrits comme «les étapes charnières de l\u2019histoire (.) qui donnèrent un véritable droit de cité au fait français en Amérique du Nord».Omettant commodément l\u2019Acte d\u2019Union de 1840, venu réduire à néant les gains des deux constitutions précédentes, notre Vice-reine cache mal sa myopie historique.Décidément, ce pays qui ne voit clair ni dans le présent ni dans la passé souffre d\u2019un grave manque de vision.?L\u2019ACTION NATIONALE «Il ___________LE DEVOIR____________ Un journal engagé pour des gens exigeants LossLe Devoir 'V MÊBBfc?est un journal jÇSiP*\u2019' moderne, conçu pour ses lecteurs qui sont des gens actifs, présents dans leurs milieux.IjSt C\u2019est un journal intelligent crédible, influent.Un journal d\u2019information qui , | traite de toutes les grandes flues\u2018.j|||| tiens, qu\u2019elles soient locales ou JmHtà internationales, politiques ou jHHH Action nationale sur Internet ! http://www.action-nationale.qc.ca Vous y retrouvez: \u2022\tl'éditorial \u2022\tdes articles : social - culture - politique \u2022\tdes faits saillants sur l'épargne \u2022\tdes billets hebdomadaires \u2022\tdes textes majeurs parus dans la revue \u2022\tl'abonnement en ligne Venez naviguer et donnez-nous vos commentaires ou suggestions ! Notre courriel : revue@action-nationale.qc.ca 32 \u2022 L'ACTION NATIONALE Les conditions gagnantes James Wilkins* Les conditions gagnantes vous connaissez ?Eux non plus ! Pour le moment elles se définissent comme un groupement de particules qui par leur froideur excessive et une fois toutes réunies permettent de patiner sur un terrain qui devient malheureusement de plus en plus abstrait.Ce terrain de plus en plus abstrait c\u2019est la souveraineté du Québec.Quelle supercherie que ces sondages sur les résultats décroissants d\u2019appuis à la souveraineté alors qu\u2019on en parle même pas! Quelle insignifiance de leur accorder la moindre crédibilité.Aucune actualisation argumentaire de l\u2019objectif ultime.Aucun plan d\u2019action et aucune stratégie sur le terrain des indécis et sur celui de l\u2019ennemi objectif pour combler cette minuscule différence d\u2019octobre 1995.Aucune volonté perceptible de reprendre le momentum.Le temps venu, nous aurons sans doute droit à une stratégie de dernière minute de popularité passagère, juste assez pour passer le cap du jour J.\u2019 Administrateur.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 33 Comme si l\u2019indépendance politique du peuple francophone d\u2019Amérique ne méritait pas plus de profondeur, n\u2019exigeait pas plus d\u2019élévation dans le discours, de courage dans l\u2019action.La marche d\u2019un peuple vers sa libération politique doit paraître évidente, afin que chaque individu se sente concerné.Elle doit s\u2019inscrire dans une stratégie perceptible par le peuple, placée bien au-delà des impératifs immédiats du pouvoir et des partis.Compter sur les Stéphane Dion, les Reed Scowen ou les Howard Galganov n\u2019est pas suffisant.Compter sur les déconvenues des batailles fédérales-provinciales ne l\u2019est plus depuis longtemps.Se fier sur le changement démographique pour rendre la victoire inévitable est débilitant, sinon débile.C\u2019est par un leadership et des actions concrètes que le peuple se laissera convaincre.C\u2019est en lui montrant constamment, dans chaque dossier, les barrières qui l\u2019empêchent d\u2019aller plus loin qu\u2019il comprendra la nécessité des changements.C\u2019est en lui donnant le goût du succès et une confiance inébranlable en lui-même qu\u2019il s\u2019engagera.Pour un peuple qui aspire à se gouverner pleinement rien n\u2019est moins rassurant que de voir la débandade administrative et financière de Emploi-Québec.Après tant de batailles menées conjointement par tous les Partis du Québec pour rapatrier du fédéral une partie de sa juridiction en cette matière, voilà que celui actuellement au pouvoir réussit à en faire un fiasco ! Pourtant c\u2019était là un dossier où les résultats devaient être concluants.Un autre organisme gouvernemental avec qui le simple citoyen a parfois maille à partir est le ministère du Revenu du Québec.Qualifié d\u2019inhumain par ceux qui ont à le combattre et d\u2019inaccessible par ceux qui ont à le contacter, on le confie sans remords à un avocat ou autre intellectuel bien intentionné au lieu d\u2019en remettre les rênes à un fiscaliste chevronné qui ne se laissera pas « empissotter» par l\u2019establishment bureaucrate en place II est notoire, depuis des décen- 34 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE nies, dans le milieu des affaires, qu\u2019on aime mieux transiger avec Revenu Canada.Pourquoi ne pas enfin donner le coup de barre qui s\u2019impose dans ce ministère probablement le plus présent dans la vie de tous les citoyens.Et que dire du stagnant ministère des Affaires municipales, pauvre arbitre des politicailleries et magouilles de clochers d\u2019un territoire déjà trop morcelé par une multitude de cantons, de villes et de villages et de toutes les administrations et conventions collectives s\u2019y rattachant.À quand une politique de fusion beaucoup plus incitative pour enfin passer à autre chose.À quand un grand Montréal fort et compétitif avec les grandes villes du monde ?Les Montréalais et les Québécois méritent mieux que le lancement de ballons politiques, après autant d\u2019études et de discussions sur les problèmes structurels de leur métropole.On peut également se demander pourquoi la Société immobilière du Québec ne réussit même pas à finaliser l\u2019octroi des contrats à l\u2019agrandissement de notre Palais des Congrès de Montréal ?Il y aurait enfin plusieurs autres constats à faire qui tous démontreraient que ce n\u2019est pas la faute du fédéral si nos politiciens québécois sont incapables de porter leurs culottes devant les résistances normales face à des changements pressants et nécessaires.Tous conviennent que les coupures du fédéral ont déstabilisé notre marge de manoeuvre notamment en Santé et en Éducation.Il n\u2019en demeure pas moins que beaucoup de nos problèmes relèvent d\u2019un manque de saine gestion et non seulement de goussets vides.Tant que les citoyens n\u2019auront pas la perception que nous sommes en mesure de gouverner efficacement à l\u2019intérieur de nos propres champs de juridiction, il serait très naïf de penser qu\u2019ils auront la confiance nécessaire pour faire le grand saut avec ferveur.Mieux que l\u2019atteinte du déficit zéro, parce que plus fondamentale, faire naître cette confiance serait la véritable condition gagnante.L'ACTION NATIONALE \u2022 35 Mais qui nous propose aujourd\u2019hui un grand projet collectif, de l\u2019envergure de ceux qui nous ont fait relever l\u2019échine, tels la création de Hydro-Québec, la tenue d\u2019Expo 67, la construction des barrages de la Manicouagan et de la Baie James?Les déboires du stade de 1976 nous ont-ils traumatisés à ce point?Pourquoi avoir attendu 51 ans pour penser à coller un hymne national à notre drapeau ?Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour mettre au programme des cours obligatoires d\u2019histoire du Québec au niveau secondaire?Pourquoi attendre les résultats positifs d\u2019un prochain référendum pour se donner une Constitution à notre image et ne pas soumettre immédiatement au peuple un projet constitutionnel dans l\u2019éventualité d\u2019un Québec souverain ?La substance vous connaissez?Pourquoi ne pas publiciser la création d\u2019un fonds permanent en fiducie pour la promotion de l\u2019indépendance nationale capable de ramasser les souscriptions, les dons successoraux et autres ?Le Parti Québécois a t\u2019il peur de perdre son hégémonie sur la cause indépendantiste?Quand nous voulons convaincre, il faut être nous-mêmes convaincu et être conséquent dans chacun de ses gestes.Le sentiment du citoyen face au pays à bâtir doit reposer sur des bases profondes et non sur des perceptions aussi volatiles que les modes du temps.Comme le disait si bien Pierre Péladeau, la plus grande partie de la récession est dans la tête des gens.Pour ma part, je crois sincèrement qu\u2019il en est de même pour la morosité évidente du mouvement indépendantiste.Dès que le peuple aura retrouvé confiance en lui-même et dans la capacité de ses institutions, il franchira enfin le pas nécessaire, celui qui manque pour pouvoir s\u2019assumer pleinement.Pour l\u2019amener à cette détermination, il faut que le discours et que les attitudes changent.Il faut l\u2019audace de parler franc, d\u2019agir en conséquence et de s\u2019en donner les moyens.?36 \u2022 L'ACTION NATIONALE Pierre Allard Comptable agréé Pierre Allard, c.a.980, rue Saint-Antoine Ouest Bureau 308 Montréal (Québec) H3C 1A8 Téléphone : (514) 874-0838 Télécopieur: (514) 874-3638 Plus de 32 000 membres au cœur du Québec SSJB CENTRE DU QUEBEC 449, rue Notre-Dame, Drummondville 819-478-2519 Organisme régional d\u2019entraide et Je fier* québ^ T SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 Tél.: (514) 843-8851 Télécopieur: (514) 844-6369 MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOISES ET QUÉBÉCOIS 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Téléphone: (514) 527-9891 Télécopieur: (514) 527-9460 Courriel : mnq@cam.org 18 Sociétés nationales et Saint-Jean-Baptiste souverainistes Coordonnateur de la Fête nationale depuis 1984 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 37 la passion des ÊTRES Caisse d'économie des travailleuses et travailleurs (Québec) 155, boulevard Charest Est Québec (Québec) G1K3G6 (418) 647-1527 Télécopieur (418) 647-2051 1 800 626-5166 UNE FORCE AU 7RAI/AH 38 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Etre jeune Être vieux L\u2019âge mûr sans le mur de l\u2019âge Guy Ferland* De la proximité des jeunes et des vieux est né ce texte de réflexion.Le hasard- mais est-ce bien le hasard?- a fait en sorte que le Comité des jeunes de la CSN et l\u2019organisation des retraités de la CSN et l'Organisation des retraités de la CSN aient leur bureau l\u2019un à côté de l\u2019autre.De la taquinerie à la curiosité, du voisinage à l\u2019amitié, s\u2019est formé le projet de manisfester nos solidarités par delà nos différences.Le texte qui en résulte est une contribution de l\u2019âge mûr à l\u2019abaissement du mur de l\u2019âge.Je suis vieux, je suis jeune, je suis jeune et vieux.Tantôt l\u2019un, tantôt l\u2019autre, tantôt l\u2019un et l\u2019autre à la fois.'Journaliste, syndicaliste retraité de la CSN.Texte lu par Gilles Pelletier, Congrès de la CSN, 1999.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 39 Comme je les trouvais croulants, les vieux de mon temps ! Comme je les ai bousculés sans m\u2019en apercevoir ! Ou plutôt, sans vouloir m\u2019en apercevoir.Je fonçais sans égard à leur souffle plus court, insensible à leur fatigue dissimulée.Je ne remarquais pas davantage leur amour propre rentré, quand ils essayaient de suivre mon rythme et que je me plaisais à les mortifier.Le bois mort, que je disais, qui ralentissait la production et m\u2019empêchait de grossir ma paye.Le bois mort, que je pensais porter sur mon dos.J\u2019étais jeune, j\u2019étais vieux.Jeune d\u2019énergie gaspillée.Vieux d\u2019idées sans avenir.Inconsciente cruauté de mes fanfaronnades d\u2019antan ! Certes il fallait bousculer.Trop de bien-pensants encombraient les tablettes empoussiérées de l\u2019édifice social.Trop d\u2019élites engourdies se complaisaient dans la possession tranquille de la vérité.Et quelle vérité ! Celle de la noninstruc-tion glorifiée et des livres à l\u2019index, celle de la soumission absolue à toute forme d\u2019autorité, celle de la condamnation sans appel du moindre questionnement critique, celle de l\u2019hypocrisie sexuelle et de la moralité de façade, celle proclamant que la meilleure protection contre la maladie était la santé, celle enfin voulant que nous vivions dans la meilleure société au monde.Certes il fallait bousculer, mais avec discernement, en choisissant bien ses cibles, en ne faisant pas exprès pour heurter injustement les générations précédentes fragilisées par les peurs héritées de la Grande Dépression.Il y avait suffisamment à faire avec ceux qui entretenaient ces peurs pour perpétuer leur pauvre petit pouvoir fondé sur l\u2019ignorance et le sous-développement.Eh oui!, comme aujourd\u2019hui, il fallait choisir son camp.Bien sûr, avec l\u2019impétuosité propre à la jeunesse, m\u2019est-il arrivé de mal ajuster mes coups, et d\u2019écorcher au passage des gens sans qui je ne serais pas ce que je suis.Sans doute 40 \u2022 L'ACTION NATIONALE y eut-il un peu d\u2019énergie gaspillée dans cette phase d\u2019appropriation de mon espace, comme lorsque je faisais crisser les pneus de ma première Camaro.Premières idées autonomes pressées de se manifester, comme les premières fleurs du printemps, mais comme elles, destinées à mourir les premières.C\u2019était la part de vieux en moi, la part du nondurable, celle qui s\u2019estompe à mesure que s\u2019accomplit l\u2019implacable tri de ce qui nous survivra.Heureux s\u2019il en reste quelque chose sur quoi les jeunes ne cracheront pas.Je suis vieux, je suis jeune, je suis jeune et vieux.La sagesse, dont on dit qu\u2019elle nous vient avec l\u2019âge, vient peut-être davantage de la crainte de l\u2019âge, quand tout ce qu\u2019on a fait avec belle assurance est insidieusement remis en question.Peut-être me vient-elle du pincement au cœur quand j\u2019entends chuchoter que je me traîne les pieds, assis sur mon ancienneté.Quand j\u2019entends dire que j\u2019ai tout reçu, les emplois hier et la pension aujourd\u2019hui.Quand on m\u2019accuse d\u2019avoir vidé les caisses et de n\u2019avoir laissé que les dettes.Quand on me voit comme un obstacle à l\u2019emploi des jeunes.Me voilà donc mis en accusation comme Si je n\u2019avais rien fait d\u2019autre dans la vie que d\u2019assurer mon petit confort sur le dos des autres.Eh bien ! à 16 ans je travaillais, MOI.Mes études je les ai gagnées, MOI.Mon fonds de pension je l\u2019ai payé, MOI.Mes conditions de travail et ma sécurité d\u2019emploi j\u2019ai fait la grève pour, MOI.Mais j\u2019ai aussi fait la Révolution tranquille, qui n\u2019était pas que pour moi.Hé! ho!, doucement mon vieux, dit le jeune en moi.Ce sont là de bien pauvres alibis pour te laver les mains de ce que vivent les jeunes aujourd\u2019hui.Et si tu n\u2019as que cela à répondre à leurs interpellations, ils auront bien raison de dire que tu n\u2019as pensé qu\u2019à toi pendant ces glorieuses années dont tu t\u2019enorgueillis.Rappelle-toi comment tu réagissais quand tu entendais pareils radotages sur le thème du MOI.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 4l Tu avais tôt fait de classer leurs auteurs parmi les croulants irrécupérables avec lesquels il n\u2019y avait pas de temps à perdre, et qu\u2019il fallait tasser au besoin.Tu déclarais péremptoirement que pour parler ainsi, ces gens-là n\u2019avaient manifestement jamais eu aucune solidarité avec leurs contemporains, et qu\u2019ils en auraient encore moins avec toi, le blanc-bec.Ce n\u2019était pas toujours complètement fondé, souvent ça traduisait leur incapacité, leur crainte de te faire face, mais ça t\u2019énervait au plus haut point, et ça t\u2019empêchait de voir ce que tu devais à ceux qui t\u2019avaient précédé.Et ce qu\u2019ils t\u2019ont quand même donné malgré tes crises de table rase.Tu l\u2019as dit tantôt, c\u2019était la part de vieux en toi qui se manifestait, celle-là même qui t\u2019agace quand tu la retrouves chez la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui.Alors ne va pas à ton tour te refermer comme une huître, et puise dans la crainte d\u2019être injustement mis en accusation la lucidité de faire la part des choses, et la sagesse qu\u2019il faut pour transmettre aux jeunes ce que tu crois avoir fait de valable.Mais arrête de leur casser les pieds avec ta Révolution tranquille.Ça les énerve ! Et si tu insistes, ils te répondront que tout ce que tu as fait, ç\u2019a été de remplacer les curés par les économistes libéraux.Tu l\u2019auras bien cherché ! À bien y penser, reprend le vieux en moi, il m\u2019arrive de regarder la réalité d\u2019aujourd\u2019hui avec mes yeux d\u2019hier.Au fond je sais bien qu\u2019on ne peut pas faire un parallèle absolu entre les deux époques comme si rien n\u2019avait bougé.Mais c\u2019est un réflexe qui prend souvent le dessus quand on vieillit.C\u2019est un réflexe dont je veux bien essayer de me départir car je me rends compte qu\u2019il donne une image faussée autant d\u2019hier que d\u2019aujourd\u2019hui, sous les apparences de l\u2019authenticité.«Quand on veut on peut», me suis-je déjà entendu dire, en référant à mes dures jeunes années.Mais lorsque 5 000 personnes font la queue pour trois emplois disponibles dans une entreprise subventionnée, je suis bien forcé de reconnaître que cet adage n\u2019a plus le sens qu\u2019il avait quand on 42 \u2022 L'ACTION NATIONALE quittait un emploi le soir pour en prendre un autre le lendemain matin ; quand on enfilait les petits boulots à volonté, en attendant de se caser dans un emploi à son gré ; quand on n\u2019avait pas besoin d\u2019un baccalauréat ni d\u2019expérience pour commencer n\u2019importe où au bas de l\u2019échelle.Vrai que j\u2019ai habité des sous-sols humides et puants, vrai que j\u2019ai partagé des semi-taudis avec des amis, mais je savais que j\u2019allais en sortir avant d\u2019avoir 26 ans.Pas 30 ans, ni 35, 26 ans, l\u2019âge où tant de jeunes aujourd\u2019hui ne voient même pas le jour où ils pourront quitter le domicile de leurs parents.Vrai que j\u2019ai vécu la précarité, mais c\u2019était à titre d\u2019expérience volontaire pour un temps limité, et avec des fleurs dans les cheveux en plus.Vrai que j\u2019ai travaillé dans des conditions pénibles, vrai que j\u2019ai connu les horaires brisés et le travail de nuit, vrai que j\u2019ai fait semblant de dormir le jour pour ne pas que les enfants s\u2019aperçoivent que je ne dormais pas.Mais j\u2019avais des patrons en chair et en os avec qui négocier, et je pouvais faire des projets.Vrai que j\u2019ai fait des grèves difficiles.Mais n\u2019ayant jamais eu à chercher mes employeurs dans le dédale des compagnies à numéros, ne les ayant jamais vus du jour au lendemain se fractionner en mille morceaux, je conçois que plus douloureux encore que la grève, c\u2019est de n\u2019avoir même pas le loisir d\u2019en envisager la possibilité.Que te voilà bien lucide tout d\u2019un coup, mon vieux, ironise le jeune en moi.Admettre que les temps ont changé, que la terre n\u2019a pas ralenti sa révolution quand tu as ralenti tes activités, c\u2019est déjà un début de compréhension du temps présent.Continue, ça pourrait conduire à la réconciliation du jeune et du vieux qui se chicanent en toi.Mais je te connais, va ! Je t\u2019entends déjà dire, pour excuser ton parti pris, que les yeux des jeunes déforment autant la réalité d\u2019hier que les tiens déforment celle d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est juste.C\u2019est comme deux miroirs déformants qui se renvoient leurs propres distorsions à l\u2019infini.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 43 À l\u2019infini.Jusqu\u2019à l\u2019infini de l\u2019incompréhension, jusqu\u2019aux malentendus les plus désastreux.Tu n\u2019aimes pas qu\u2019ils pensent que tu as tout reçu tout cuit dans le bec, et eux n\u2019aiment pas que tu penses qu\u2019ils n\u2019ont qu\u2019à se bouger pour s\u2019en sortir.Tu n\u2019aimes pas qu\u2019ils crachent sur ce que tu crois avoir fait de valable, et eux n\u2019aiment pas que tu prétendes qu\u2019ils ne font rien de bon parce qu\u2019ils ne font rien comme tu l\u2019as fait.Il faudra bien essayer de briser ce mur d\u2019incommunicabilité.Alors c\u2019est toi le plus vieux, c\u2019est à toi de commencer.Tiens c\u2019est vrai ça, je me rappelle, c\u2019est tout à fait ce que je disais aux enfants quand ils se chicanaient pour rien : «arrête le premier, c\u2019est toi le plus vieux».Ça me venait naturellement.Et ça marchait la plupart du temps.Dans leur apprentissage de la vie, ils arrêtaient de se chicaner en réalisant que l\u2019un avait plus vécu que l\u2019autre, était donc plus raisonnable, comme on dit, et donc capable de comprendre plus de choses que son petit frère, qui lui, comprendrait plus tard.Celui qui faisait la concession d\u2019arrêter s\u2019en trouvait valorisé, et l\u2019autre s\u2019en trouvait disposé à découvrir de nouvelles choses.Donc je suis le plus vieux, et donc c\u2019est à moi de faire les premiers pas pour syntoniser les ondes de la compréhension et défaire les malentendus.C\u2019est que ça change beaucoup de choses.Ça change ma façon de penser.Je ne peux plus prendre pour acquis, comme je faisais spontanément, que mes bons coups d\u2019hier sont perçus comme tels par les jeunes.D\u2019abord les connaissent-ils?C\u2019est loin d\u2019être évident.Leçon de modestie au passage, qui ne peut que favoriser une communication d\u2019égal à égal, dans les deux sens.Je ne cacherai pas le choc qu\u2019il y a à voir les choses différemment quand j\u2019enlève mes lunettes déformantes.Je vois des jeunes en équilibre instable entre deux ou trois emplois temporaires et à temps partiel, et qui gardent l\u2019aisance du funambule sur son fil de fer.J\u2019en vois combiner des études ou un début de famille avec ce jeu d\u2019équilibre.44 \u2022 L'ACTION NATIONALE Comment peuvent-ils faire?Cela m\u2019interpelle.Alors je m\u2019habitue à l\u2019idée que les jeunes ne font pas nécessairement les mêmes choix que moi parce qu\u2019ils ne vivent pas les mêmes choses.À les écouter davantage, je constate que sous leur culture différente, ce qui les fait bouger ce sont les mêmes motifs qui m\u2019ont fait bouger, et les mêmes valeurs qui soutiennent leur courage.Quand ils font les choses autrement, je comprends qu\u2019ils ne me demandent pas de refaire ma vie, mais qu\u2019ils veulent juste faire la leur.En cela ils sont même disposés à ce que je les accompagne, mais avec discrétion, sans l\u2019impertinence de toujours regarder par-dessus leur épaule quand ils font ou décident quelque chose.La crainte, dont on dit qu\u2019elle est le commencement de la sagesse, la crainte de voir anéantir par le ressac de la vie ce que je crois avoir fait de bon et de beau, m\u2019a finalement conduit à cette certitude que les seules choses qui traversent le temps sont celles qui sont rendues à une nouvelle vie par l\u2019énergie de la génération qui en prend le relais, quand elle veut bien en prendre le relais, quand elle juge que ça vaut la peine qu\u2019elle en prenne le relais.Les seules choses qui durent, car autrement elles meurent, ainsi qu\u2019un feu que l\u2019on croyait prometteur s\u2019éteint quand il n\u2019est pas ravivé par de nouvelles bûches.C\u2019est le feu que je veux transmettre, pas le bois brûlé de mon passé.Eh bien! décidément mon vieux, tu ne cesseras jamais de m\u2019étonner, dit le jeune en moi.Je connais des jeunes qui ne se reconnaîtraient pas à travers tes nouvelles lunettes au verre clair.Des jeunes pour qui c\u2019est chacun pour soi dans le temps présent.Eux je t\u2019assure qu\u2019ils n\u2019ont pas tes scrupules à tasser les autres, pas juste les vieux, mais tous ceux qui sont dans leur chemin.Ils n\u2019ont pas ta culpabilité rétroactive.Ils font même des marques sur leur plan de carrière chaque fois qu\u2019ils s\u2019élèvent sur la dépouille de quelqu\u2019un, comme faisaient sur la crosse de leur fusil les cow-boys abattant les Indiens dans les vieux films américains.C\u2019est surtout de leur part que viennent les accusations les plus injustes sur ce que L'ACTION NATIONALE \u2022 45 tu as fait de ta vie.Mais ne crois surtout pas que toute la jeunesse pense comme eux.Certes leur voix domine parce qu\u2019ils crient plus fort, mais c\u2019est normal, ils s\u2019entraînent à leur rôle de dominants.Ils sont déjà dans leur plan de carrière, qui rime avec plan d\u2019affaires.Ces jeunes-là comme tu dis, font écho aux croulants irrécupérables, reprend le vieux en moi, désormais engagé sur la voie d\u2019une meilleure compréhension du temps présent.Les jeunes qui ne veulent rien savoir trouvent leur légitimation dans le discours des vieux qui ne veulent rien savoir.Quand ces vieux-là proclament sentencieusement qu\u2019il y a un âge pour tout, ces jeunes-là comprennent qu\u2019ils ont une épreuve initiatique à passer, et qu\u2019après ils auront toute la vie pour dominer les autres.Laissons-les se gargariser entre eux, ce n\u2019est pas chez eux que loge l\u2019avenir de l\u2019humanité.Cherchons plutôt comment connecter ensemble les jeunes et les vieux ordinaires, ceux qui ont leur vie a faire belle, et ceux qui l\u2019ont à terminer en beauté.J\u2019étais jeune, je suis vieux.Mon âge d\u2019or est passé, mon âge d\u2019or continue.Il y a un malentendu qui entoure l\u2019âge d\u2019or.Dans l\u2019histoire des sociétés, l\u2019âge d\u2019or désigne une période faste, florissante, un moment où les activités humaines atteignent un sommet de créativité dans tous les domaines de la pensée, des arts, de l\u2019invention technologique, de la production et des échanges.Un sommet de civilisation en somme.Dans ce sens chez les personnes, l\u2019âge d\u2019or serait plutôt ce que l\u2019on appelle joliment la force de l\u2019âge, expression juste s\u2019il en est, qui exprime bien que tout est possible alors.Mon âge d\u2019or serait donc passé, puisque je ne suis plus au sommet de mes facultés, au meilleur de mes capacités.Mais poursuivons l\u2019analogie.Dans l\u2019histoire de l\u2019humanité, sauf accident, le déclin d\u2019un âge d\u2019or s\u2019accomplit généralement de façon lente et graduelle.Et pendant ce déclin, les 46 \u2022 L'ACTION NATIONALE idées et les valeurs mises au monde pendant la période faste continuent d\u2019inspirer d\u2019autres âges d\u2019or en devenir.Suivant ce modèle, mon propre âge d\u2019or pourrait donc s\u2019écouler doucement jusqu\u2019à l\u2019achèvement de son déclin, que seule la mort pourrait confirmer.À moins d\u2019accidents ! Accidents plutôt fréquents par les temps qui courent, et qui fauchent tant de gens encore dans la force de l\u2019âge.Tant de gens qui n\u2019ont plus droit au déclin normal du vieillissement, et qui sans transition, sont bruquement catapultés dans la vieillesse.Mon âge d\u2019or aurait donc pris fin par accident, sans me laisser le temps de vieillir?Ce qui tendrait à confirmer le fait que l\u2019on insiste pour me confiner dans une catégorie qu\u2019on appelle de toutes sortes de noms qui tournent autour de la réalité, pour éviter de m\u2019appeler tout simplement vieux.Et qu\u2019en même temps, on veuille me garder jeune, à tout prix jeune, que je fasse des choses jeunes, que j\u2019aie des plaisirs jeunes, que je pense jeune, que je fasse semblant d\u2019être jeune.Je vois là une immense contradiction dans le fait de nier la vieillesse en même temps qu\u2019on en précipite l\u2019avènement.Comme si c\u2019était une tare de vieillir.Non, la tare n\u2019est pas de vieillir, elle est dans l\u2019interdiction de durer, dans l\u2019impossibilité de se perpétuer dans les jeunes.Elle est dans la désuétude planifiée appliquée aux personnes, comme elle est depuis longtemps appliquée aux produits manufacturés.La désuétude planifiée, ou l\u2019obsolescence, pour utiliser le terme de marché.Le marché n\u2019a que faire des vieux obsolètes, il n\u2019a plus de production à en tirer.Sur la chaîne de montage, ils ne suivent plus le rythme.Le marché a besoin de jeunes, de plus en plus jeunes, de jeunes interchangeables d\u2019une fraction d\u2019emploi à une autre fraction d\u2019emploi.De jeunes-pâte-à-modeler que la publicité façonne jusque dans les salles de cours, et bientôt dans les salles d\u2019accouchement des hôpitaux, dont elle occupe déjà la périphérie.Des jeunes aussi qu\u2019il faut maintenir loin des vieux, pour qu\u2019ils ne soient pas contaminés par des idées contrepro- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 47 ductives.Pour éviter que la détresse des uns et le désarroi des autres ne convergent vers des points d\u2019impact communs susceptibles de dégager l\u2019horizon des uns et des autres.Autrefois il arrivait que l\u2019on négocie des clauses dites » grand-père » pour accommoder les anciens fatigués, prématurément usés.Cela ne leur redonnait pas la santé, mais les fonds de pension n\u2019existant à peu près pas, c\u2019était une façon de préserver leur dignité.De la part de ceux qui étaient encore dans la force de l\u2019âge, c\u2019était une marque d\u2019affection et de solidarité.Aujourd\u2019hui, total renversement de situation, il arrive qu\u2019on négocie des clauses dites «orphelin», dont on sait les déchirements et les divisions qu\u2019elles entraînent.La loi du marché exigerait, dit-on, ce clivage entre les âges.Comme le veut l\u2019adage, il y a un âge pour tout.Mais ça dépend de ce que l\u2019on entend par là.il n\u2019y a pas un âge pour tout prendre sur son dos et un âge pour ne plus rien prendre du tout ; il n\u2019y a pas un âge pour se brûler et un âge pour faire semblant qu\u2019on ne l\u2019est pas ; un âge pour anticiper la retraite et un âge pour la retraite anticipée.Si on faisait sauter les barrières qu\u2019on a placées entre les âges, peut-être pourrions-nous éliminer celles que nous mettons dans notre âge.Ainsi de la jeunesse à la vieillesse, de la naissance à la mort, nous pourrions cheminer sans rupture, sans cassure, un pied devant pour tirer et un autre derrière pour pousser, comme il se fait quand on marche.Et le véritable âge d\u2019or, celui qui commence dans la force de l\u2019âge, pourrait se poursuivre en douceur jusqu\u2019à son déclin, que seule la mort peut confirmer.Nous sommes vieux, nous sommes jeunes, nous sommes jeunes et vieux.Tantôt l\u2019un, tantôt l\u2019autre, tantôt l\u2019un et l\u2019autre.?48 \u2022 L'ACTION NATIONALE Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal Jean-Marc Léger Grand Patriote 1999 Né en 1927, Jean-Marc Léger fut journaliste, éditorialiste, diplomate, auteur d\u2019innombrables articles et de plusieurs livres, mais il est surtout un homme qui a su demeurer à l\u2019avant-garde.À titre d\u2019exemple, en pleine guerre froide, il propose la création d\u2019une communauté des peuples de langue française : 35 ans plus tard voit le jour le Sommet de la Francophonie.Et plusieurs années avant le début de la révolution tranquille, il propose pour le Québec un nationalisme de gauche.Voici des extraits.L'ACTION NATIONALE \u2022 49 1951 - Pour un rassemblement français dans le monde1 - Il importe de nous le rappeler, nous ne sommes plus quatre millions de Canadiens français isolés dans une masse anglo-saxonne mais nous faisons partie d\u2019un vaste ensemble (.) Il nous faut donc en quelque sorte repenser notre propre lutte nationale dans un cadre plus vaste, sur ce que j\u2019appellerais le plan français international (.) Et pourquoi ne pas envisager la constitution éventuelle d\u2019une sorte d\u2019assemblée internationale permanente où se retrouveraient des représentants dûment mandatés de tous les groupes français, ayant pour mission de coordonner les innombrables efforts poursuivis un partout au service de la présence française, du fait français dans son sens le plus large et le plus élevé.» 1956 - Pas de libération nationale sans libération économique2 « Dans la situation où nous nous trouvons, les aspirations sociales et les revendications nationales vont de pair, parce qu\u2019elles proviennent d\u2019une même volonté fondamentale de libération (.) Nous portons en nous même la synthèse salvatrice ; pas de libération nationale sans libération économique, pas de progrès politique, pas de progrès culturel sans, d\u2019abord, le progrès social.» « La survie d\u2019une patrie comme la nôtre n\u2019a été possible que par la volonté tenace d\u2019un grand nombre de ses enfants.Mais il a fallu aussi, particulièrement aux époques de crises et de tâtonnements, que des artisans de parole dénoncent les impasses rappellent les raisons de durer, indiquer les issues: Jean-Marc Léger est de ceux-là.» Fernand Dumont3 1.\tJean-Marc Léger, L'Action nationale, 1951.2.\tJean-Marc Léger, L\u2019Action nationale, 1956.3.\tFernand Dumont, préface de Vers l'indépendance, le pays à portée de main, Jean-Marc Léger, Leméac, 1993.50 \u2022 L'ACTION NATIONALE Québec, langue française et Francophonie Jean-Marc Léger1 Comment ne pas se sentir honoré et gêné à la fois en recevant pareille distinction, avec le terme singulier qui l\u2019exprime?Honoré en raison aussi bien de l\u2019institution qui la confère que du prestigieux collège de mes prédécesseurs, dont les mérites étaient plus évidents assurément que ceux qu\u2019on a cru - avec une amicale indulgence - discerner chez moi.D\u2019ailleurs, plutôt que de «mérite», vocable un rien solennel et ambigu, je préfère parler de convictions et d\u2019actions, d\u2019actions inspirées et éclairées par des convictions.Honoré mais aussi gêné ou intimidé par une appellation à la fois insolite et redoutable, par un titre auquel pourraient aisément prétendre tout aussi bien que moi les personnes ici présentes et aussi, fort heureusement, la majorité de nos compatriotes.La satisfaction du récipiendaire ne saurait toutefois être sans mélange, puisque la distinction ainsi octroyée est frappée du sceau de l\u2019éphémère.Je ne suis en 1.Allocution prononcée le 15 novembre 1999 lors de la remise du prix Grand Patriote de l'année, à la SSJB de Montréal.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 51 effet, à l\u2019instar de ceux qui m\u2019ont précédé dans ce rôle, le - patriote » que « de l\u2019année » (il est vrai que celle-ci dans mon cas enjambe le siècle et le millénaire!) alors que j\u2019avais naïvement la prétention, visiblement excessive, de l\u2019être en permanence, patriote.La distinction devient ainsi une salutaire leçon de réalisme et d\u2019humilité, le caractère périssable de cet honneur vous étant justement rappelé.Mais trêve de sourire.J\u2019accueille, il va de soi, avec autant de gratitude que de modestie un hommage dont je sais bien qu\u2019il s\u2019adresse d\u2019abord aux institutions nationales et internationales auxquelles j\u2019ai collaboré, aux causes que j\u2019ai tenté de servir de même qu\u2019aux collègues et collaborateurs dont la confiance et le concours m\u2019auront été aussi précieux qu\u2019indispensables.Souffrez donc, cher Président et ami Guy Bouthillier, que je partage avec eux tous l\u2019honneur que l\u2019amitié aura inspiré plus que mes titres personnels ne l\u2019auraient justifié.Qui de nous, au demeurant, n\u2019a pas, bien chevillée au cœur, et ne ressent pas de permanence l\u2019antique « pietas erga patriam \u2022\u2022 des Romains de l\u2019époque classique : la piété envers la patrie, c\u2019est-à-dire l\u2019attachement profond qui éclaire la démarche et inspire l\u2019action, qui suscite la volonté ardente de rechercher le plus grand épanouissement possible et la plus large émancipation possible de la patrie, de même que son insertion la plus heureuse et la plus féconde dans le concept international.La nation est aujourd\u2019hui, à plusieurs égards, une idée neuve, notamment en ceci qu\u2019elle devient l\u2019unique recours, l\u2019ultime rempart contre l\u2019uniformisation -péril majeur de notre temps - et qu\u2019en défendant la singularité, elle préserve la diversité culturelle, c\u2019est-à-dire l\u2019ensemble des cultures, condition première de la liberté des peuples et des individus.C\u2019est l\u2019association fraternelle des patries par le dialogue des cultures et la convivence lucide des souverainetés qui seules permettront de sauvegarder un humanisme pour le XXIe siècle.Il n\u2019est pas interdit de penser que le Canada français, que le Québec français pourraient y 52 \u2022 L'ACTION NATIONALE jouer un rôle modeste peut-être, mais significatif et utile, particulièrement à travers la communauté internationale francophone, seul forum mondial auquel il peut avoir accès.Pour le Québec, la participation au mouvement francophone n\u2019est pas seulement dans la nature des choses, elle est de l\u2019ordre de la nécessité, tant culturelle que politique.La raison le presse autant que le sentiment l\u2019incline à être partie prenante de toutes les initiatives qui s\u2019inscrivent à l\u2019enseigne de la francophonie.Que ce soit dans l\u2019ordre des rapports bilatéraux ou sur le plan multilatéral, elle aura constitué, dans les dernières décennies, l\u2019axe central de l\u2019action internationale du Québec.Dans la mesure où toute politique étrangère est pour une large part le reflet des priorités, des problèmes, des impératifs de la politique intérieure, il allait de soi qu\u2019en décidant de nouer le dialogue avec l\u2019extérieur, le Québec serait conduit à privilégier les relations avec les pays de langue française, la France au premier chef, plus tard à favoriser l\u2019avènement d\u2019institutions francophones et à concourir à leur développement.Pas plus que la Francophonie n\u2019est née avec les organisations intergouvemementales et moins encore avec les Sommets, l\u2019action du Québec dans l\u2019entreprise francophone n\u2019a été le fait des seuls pouvoirs publics.Dès les premières manifestations de ce que l\u2019on pourrait appeler la » préhistoire de la francophonie » à travers de multiples et modestes organisations non gouvernementales, l\u2019adhésion et la participation de divers milieux québécois, individus et institutions, se sont exprimées avec dynamisme et ferveur : ils y ont souvent joué un rôle de pionniers.Le dessein francophone a ainsi commencé de s\u2019incarner dans les années cinquante avec l\u2019Association internationale des journalistes de langue française, en 1952, puis l\u2019Union culturelle française, en 1954 et surtout, en 1961, l\u2019Association des universités de langue française, l\u2019Aupelf, aujourd\u2019hui Agence universitaire de la Francophonie : ces organisations, notamment, mais d\u2019autres L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 53 aussi, furent le fruit d\u2019initiatives canadiennes-françaises ou franco-québécoises.La volonté de participer aux organisations et associations internationales de langue française, puis de jouer un rôle de premier plan dans l\u2019édification de la communauté francophone, aura été une constante de la politique extérieure du Québec depuis le début des années soixante : les divers gouvernements ont maintenu cette option pour l\u2019essentiel.N\u2019allons pas nous complaire pour autant dans quelque optimisme excessif et démobilisateur : comme le Québec français lui-même, contraint à un combat incessant parce que menacé en permanence, la Francophonie reste fragile, vulnérable aux assauts de l\u2019uniformisation et dès lors ne doit pas abaisser sa garde.Il y a un double et exigeant devoir de lucidité et d\u2019intransigeance pour tous les francophones : gouvernements, organisations, individus mais d\u2019abord, les peuples eux-mêmes.Cette vigilance, aujourd\u2019hui, doit se manifester au Québec, surtout envers la qualité même du français, et là-dessus, nous devons reconnaître qu\u2019il y a chez nous urgence.Il faut une prise de conscience qui soit en même temps mobilisation.L\u2019histoire de la langue française chez nous se confond avec celle du peuple canadien-français puis québécois français.Notre langue toujours menacée, dans sa qualité plus encore que dans son usage, est à la fois blessure et armure, remords et fierté, peine et gloire.Nous sommes assurément l\u2019un des peuples où le rapport à la langue maternelle est à la fois le plus étroit, le plus profond, le plus douloureux.Dans cette mystérieuse et permanente dialectique, la langue nous définit et nous protège autant que nous la défendons.Dans l\u2019âpreté du combat permanent qui nous a été imposé, il est compréhensible que le souci premier ait été celui de la survie de la langue, de son droit à être, en quelque sorte, la préoccupation de la qualité venant au second plan.Mais voici longtemps que nous n\u2019avons plus d\u2019excuse à tolérer la corruption, la dégradation constante de 54 \u2022 L'ACTION NATIONALE la langue, écrite et parlée.Plus grave, non seulement le processus tend-il à s\u2019étendre et à s\u2019accélérer, mais des institutions qui devraient être naturellement, spontanément, des facteurs de redressement et de progrès, de salut linguistique, sont hélas devenues des agents premiers de la déchéance de la langue, les médias et l\u2019école au premier chef.Chef-d\u2019œuvre désormais en péril, au cœur même du patrimoine collectif, la restauration de la langue appelle la prise de conscience et la mobilisation des pouvoirs publics et de l\u2019opinion publique.Régis Debray a dit très justement : «Quand les citoyens perdent la maîtrise de la langue et du passé communs, quand l\u2019institution scolaire n\u2019a plus pour souci premier d\u2019inculquer la vigueur et la rigueur de la pensée, le pays perd bientôt la maîtrise de sa politique et de son destin ».Voilà un propos qui nous concerne tous et qui dessine l\u2019énormité de la tâche à accomplir.Pour chaque communauté humaine, la langue maternelle est le bien le plus précieux, ce par quoi se transmet le patrimoine et s\u2019élabore l\u2019avenir, la clé du savoir, l\u2019ouverture sur l\u2019histoire et sur le monde.Chaque enfant a un droit élémentaire, fondamental, à l\u2019acquisition de sa langue dans des conditions optimales, à un apprentissage d\u2019une durée et d\u2019une qualité telles qu\u2019il lui en assure la parfaite maîtrise.Un système scolaire qui ne satisfait pas à cette exigence essentielle constitue un abus de confiance, correspond à une sorte d\u2019imposture et à une gigantesque supercherie.Le redressement est aussi pressant qu\u2019exigeant : il appelle une démarche radicale et globale, à la mesure de l\u2019ampleur du mal.Il faut replacer la langue au cœur du système d\u2019enseignement à tous les niveaux.La maîtrise de sa langue par 1 adolescent est la condition première de son épanouissement, autant qu\u2019elle est le fondement de sa culture, le moyen d\u2019accès à sa propre culture, mais aussi, à travers celle-ci, aux autres grandes cultures d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.Dans cette longue et difficile entreprise de restauration et donc de salut L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 55 de la langue française chez nous, le réalisme aujourd\u2019hui s\u2019appelle «radicalisme».Il nous faut nous y consacrer avec la conviction, la passion et la sereine intransigeance que commande toute action où l\u2019essentiel est en jeu.Le Québec a su légiférer hier à propos de la présence, de l\u2019usage, de la diffusion de la langue nationale.Il lui incombe d\u2019avoir la même lucidité, le même courage et une pareille persévérance dans le combat, non moins exigeant, quant à la qualité de langue.Il ne faut plus que le français soit chez nous « une langue en exil » comme le constatait le regretté Fernand Dumont.Le plan de reconquête de la langue ne souffre plus d\u2019attendre.Comment ne pas appliquer, mutatis mutandis, aux cultures et aux langues, ce que Renan disait des nations : « Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n\u2019avait qu\u2019une loi et qu\u2019un maître».C\u2019est assez dire qu\u2019en défendant le français chez nous et en contribuant à bâtir la communauté des pays de langue française, nous servons la cause de l\u2019universalisme.Le plus sûr, et peut-être l\u2019unique moyen de conjurer le risque imminent de clochardisation des cultures et de satellisation psychologique des peuples, réside dans la défense vigilante des langues diverses et d\u2019abord dans la défense du français, que son histoire, son prestige et sa diffusion investissent d\u2019une mission de témoin et de garant et, au besoin, de recours pour toutes les langues.Chacune d\u2019elles est une patrie pour ses locuteurs, chacune porte une conception du monde : leur abaissement, leur réduction, leur extinction annonceraient un crépuscule de l\u2019humanisme.L\u2019universalisme, qui est l\u2019exact contraire de l\u2019uniformité, recherche la pluralité dans la promotion du singulier, dans l\u2019exaltation des identités et des patries, donc des cultures singulières.L\u2019uniforme est réducteur, mais l\u2019universel, émancipateur.Si la langue française doit être plus que le bien commun, une sorte de patrie commune, de patrie spirituelle, le lieu de 56 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE notre solidarité et de l\u2019héritage partagé, l\u2019instrument du permanent dialogue avec les Français et les francophones d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, dans le temps et dans l\u2019espace, alors il nous faut lui vouer la même piété attentive, lui apporter le même attachement vigilant et passionné que commande légitimement la patrie charnelle.Il nous faut inventer et exprimer par elle les réponses que nous pouvons proposer, tant aux défis qui nous sont propres, qu\u2019aux grandes interrogations que nous partageons avec l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui.Il y va de l\u2019avenir du français.Il y va aussi, naturellement, du nôtre comme il y va d\u2019une certaine conception de l\u2019honneur de l\u2019homme et d\u2019une certaine idée qu\u2019avec vous tous, je crois, je persiste à me faire du Québec, une idée à la mesure du rêve que nous formons pour notre patrie française.?MAGAZINE Un courant d'avenir en Gaspésie-îles-de-la-Madeleine Le seul magazine gaspésien ! Publié par le Musée de la Gaspésie en collaboration avec le CRCD de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Socio-économique, culture et arts, histoire et patrimoine.Pour ceux qui s\u2019intéressent à la Gaspésie d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.80, boul.De Gaspé, C.P.680, Gaspé GOC1R0 Téléphone : 418-368-1534 - Télécopie : 418-368-1535 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 57 LOUIS RIEL « Riel est mon frère! » disait, en 1885, Honoré Mercier, futur premier ministre du Québec, devant 50 000 personnes.Il s\u2019est battu pour son peuple, sa dignité, ses droits.Il fut un exemple pour l\u2019humanité.Certains ont eu peur de lui et du peuple métis : le Gouvernement du Canada le fit donc pendre à Régina, le 16 novembre 1885.Aujourd\u2019hui, 114 ans plus tard, les Canadiens voudraient bien oublier tout cela : le Parlement du Canada étudie même un projet de loi qui, s\u2019il est adopté, déclarera Louis Riel innocent et annulera sa condamnation.Un instant! Riel a été injustement pendu.Le peuple métis a été chassé de ses terres, dépossédé, humilié et dispersé partout dans l\u2019Ouest.Oui est coupable de ces crimes?Il est temps que le vrai coupable redresse les torts faits au peuple métis pour qui Louis Riel s\u2019est battu jusqu\u2019à la mort! Cette publicité a paru en anglais dans le Winnipeg Free Press et en français dans l\u2019Acadie Nouvelle, La Liberté de Saint-Boniface et le Devoir.Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : (514) 843-8851 Télécopie (514) 844-6369 Site web : www.cam.org/~ssjb Courriel : ssjb@cam.org 58 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Dossier iM»! sQCfTrÉ 'générai i DE FINANCEMENT DU QUÉBEC DE DEPOT ET PLACEMENT DU( )UEBEC La révolution tranquille Par Lucia Ferretti L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 59 A Sommaire Une définition\t61 Aux origines de la révolution tranquille: les nombreux déséquilibres des années 1945-1959\t63 « Qui s'instruit, s'enrichit» : la conquête de l'éducation\t69 « Désormais », « C'est le temps que ça change » : un État réformiste et interventionniste\t74 « Maîtres chez nous » : le nationalisme économique\t78 « Égalité ou indépendance » : les rapports Québec-Canada, ou le nationalisme\tpolitique\t84 La fin d'une époque\t88 Lucia Ferretti Département des sciences humaines et Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises Université du Québec aux Trois-Rivières 60 \u2022 L'ACTION NATIONALE Une définition Ce qu\u2019on appelle la «révolution tranquille» est un moment de l\u2019histoire du Québec qui a été interprété déjà de plusieurs manières.Ses acteurs, ses témoins et ses premiers analystes ont vu en elle un véritable avènement.Aussi tard qu\u2019en 1990, l\u2019historien Fernand Ouellet, bien représentatif de ce courant, croyait encore pouvoir écrire que «La Révolution tranquille marqua incontestablement pour les Québécois francophones le moment capital de leur entrée dans la modernité1 ».À cette interprétation radicalement mythifica-trice a succédé une interprétation parfois aussi radicalement démythificatrice, si bien qu\u2019après avoir examiné la répartition des dépenses publiques sous Lesage, un politicologue comme Daniel Latouche par exemple, est allé jusqu\u2019à dire que ce gouvernement avait la même conception du rôle de l\u2019Etat que ceux qui l\u2019avaient précédé2, ce qui pouvait laisser entendre en quelque sorte que la révolution tranquille n\u2019avait pas eu lieu.Certains ont confondu la révolution tranquille avec le gouvernement de Jean Lesage justement, et parfois même avec sa période la plus dynamique, celle des années 1960-1964 au cours de laquelle les réformes se sont succédé à un rythme effréné.D\u2019autres, comme les historiens Linteau, Durocher, Robert et Ricard, ont voulu tenir compte de l\u2019entier déploiement dans la société des réformes et du nationalisme caractéristiques de la révolution tranquille et ont donné son nom à toute la période des années I960 à 19803.C\u2019est dire qu\u2019il n\u2019est pas simple de mesurer l\u2019importance du phénomène, ni d\u2019en déterminer les dates une fois pour toutes.1.F.Ouellet, - La révolution tranquille, tournant révolutionnaire ?-, Th.S.Axworthy et P.E.Trudeau, dir., Les années Trudeau.La recherche d'une société juste, Montréal, Le Jour, 1990, p.335.2 D.Latouche, -La vraie nature de.la Révolution tranquille-, Revue canadienne de science politique, VII, 3, septembre 1974, p.533.3.P.-A.Linteau, R.Durocher, J.-C.Robert et F.Ricard, Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal, 1986.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 6l Il reste néanmoins que la révolution tranquille a débuté il y a maintenant bientôt quarante ans.Les plus récentes conclusions de l\u2019historiographie ont permis d\u2019établir qu\u2019elle n\u2019a pu marquer l\u2019entrée des Québécois francophones dans la modernité, puisque ceux-ci ne formaient pas avant I960 la Folk Society que certains ont cru voir en eux.Grâce au recul du temps, on a aussi pu juger plus sereinement que, oui, la révolution tranquille avait bel et bien eu lieu et que, comme l\u2019a dit le politicologue Gérard Bergeron, «il s\u2019est (alors) passé quelque chose de nouveau au Québec»4.Quant aux nombreux débats sur sa nature et son ampleur, ils ont permis peu à peu à une majorité d\u2019analystes de s\u2019entendre sur ses caractéristiques fondamentales : la modernisation politique par exemple, ou l\u2019affirmation nationale de ceux qui n\u2019ont plus voulu s\u2019appeler Canadiens français mais Québécois.Tout en partageant la vision large de Linteau, Robert et leurs collègues, c\u2019est ce qui nous permet à notre tour de retenir ici une définition stricte de la révolution tranquille comme le bref moment pendant lequel, fort d\u2019un large consensus social l\u2019État québécois, son personnage principal, a été à la fois intensément réformiste et intensément nationaliste.Entre 1959 et 1968 en effet, c\u2019est-à-dire du gouvernement de Paul Sauvé à celui de Daniel Johnson avec un sommet sous Lesage, l\u2019État québécois a poursuivi en même temps un objectif de modernisation accélérée sur le modèle de l\u2019État-providence et un objectif très net de promotion nationale des Québécois francophones.L\u2019État duplessiste avait pu sembler porter le nationalisme canadien-français traditionnel, mais il était farouchement opposé à toute réforme de style keynésien ; l\u2019État québécois, après Daniel Johnson, a continué à endosser des responsabilités économiques et sociales de plus en plus étendues, mais les gouvernements de Jean-Jacques Bertrand et de Robert Bourassa ont presque renoncé à faire de lui l\u2019outil de la promotion nationale des francopho- 4.G.Bergeron, -Les transformations socio-économiques*, G.Bergeron et R.Pelletier, dir., L'État du Québec en devenir, Montréal, Boréal, 1980, p.27.62 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE nés.C\u2019est la conjonction d\u2019un réformisme et d\u2019un nationalisme effervescents au cœur même de l\u2019État québécois qui fait la spécificité de la révolution tranquille.Aux origines de la révolution tranquille : les nombreux déséquilibres des années 1945-1959 C\u2019est l\u2019illusion la plus durable de ceux qui ont fait la révolution tranquille que de croire qu\u2019elle est née, comme Minerve, toute armée de la cuisse de Jupiter.En fait, comme tout autre phénomène, elle a des antécédents, et le monde qui l\u2019a rendue nécessaire l\u2019a aussi rendue possible.Même si ce n\u2019est pas le lieu ici de relater l\u2019histoire des années 1945 à I960, il importe de souligner que c\u2019est durant cette période que se sont creusés les déséquilibres auxquels la révolution tranquille a voulu remédier.La marginalisation des Canadiens français dans une économie prospère.Remarquable, la croissance économique touche tous les secteurs après 1945.Croissance démographique, urbanisation accélérée, déblocage et frénésie de la consommation, besoins divers d\u2019une Europe en reconstruction et appétit américain pour les matières premières, ces facteurs agissent conjointement et se répercutent l\u2019un sur l\u2019autre pour stimuler l\u2019agriculture, l\u2019exploitation des richesses naturelles, tous les domaines de la construction, la production industrielle et le développement d\u2019une économie de services.La prospérité, puisqu\u2019il convient de placer la période sous ce signe, doit certes à l\u2019initiative locale ; elle est néanmoins due pour l\u2019essentiel à de forts investissements étrangers.Comme le reste du Canada, le Québec se développe de plus en plus dans la dépendance américaine.Par surcroît, même si une classe d\u2019entrepreneurs cana-diens-français existe, la part de ceux-ci dans le contrôle de l\u2019économie québécoise est marginale et s\u2019abaisse encore durant la période ; les ouvriers et employés canadiens- L'ACTION NATIONALE \u2022 63 français subissent d\u2019autre part une discrimination pas toujours subtile, qui entrave leur accession à des postes de cadres, voire de contremaîtres dans les entreprises américaines ou canadiennes-anglaises.Tout cela ne manque pas de faire clairement apparaître les - Anglais» comme la minorité dominante qu\u2019ils sont effectivement.Keynésianisme et centralisation fédérale.Dans les principaux pays occidentaux, la crise et la guerre ont converti les milieux d\u2019affaires influents ainsi que les milieux politiques à la doctrine keynésienne, selon laquelle l\u2019intervention économique et sociale planifiée de l\u2019État est indispensable à la régulation de l\u2019économie nationale.Dès 1940, avec la Loi de l\u2019assurance-chômage, le gouvernement libéral au pouvoir à Ottawa entreprend à son tour d\u2019élargir considérablement le champ des interventions de l\u2019État fédéral.Ce faisant, il se heurte immédiatement à l\u2019AANB de 1867 qui réserve certaines juridictions aux États provinciaux, à l\u2019éducation, à la santé et au bien-être notamment, c\u2019est-à-dire des secteurs d\u2019intervention jugés désormais cruciaux par la théorie keynésienne.Le gouvernement fédéral choisit alors de passer outre à la Constitution.En même temps qu\u2019il élabore sa -Politique nationale» pour promouvoir l\u2019émergence d\u2019une identité et d\u2019une culture communes à tous les Canadiens, le gouvernement d\u2019Ottawa prend donc la voie de la centralisation, s\u2019arroge de nouveaux pouvoirs et multiplie les empiétements de l\u2019État fédéral dans les domaines de compétence provinciale ainsi que dans les sources de revenus des provinces, en obtenant par exemple de conserver la perception de l\u2019impôt sur le revenu, transféré durant la guerre.La fonction publique fédérale, qui se développe considérablement dans l\u2019après-guerre, ne laisse par ailleurs qu\u2019une place insignifiante aux Canadiens français, qui sont exclus de l\u2019élaboration des politiques et voient se multiplier les obstacles à leur avancement professionnel.L\u2019Ontario, mais surtout le Québec, résistent à ce changement majeur de l\u2019ordre constitutionnel canadien, décidé uni- 64 \u2022 L'ACTION NATIONALE latéralement par Ottawa.Le gouvernement Duplessis, en particulier, s\u2019oppose farouchement à la « Politique nationale » autant qu\u2019aux principes du libéralisme keynésien.Le gouvernement fédéral change alors de stratégie, et privilégie la voie administrative pour atteindre ses fins : il met sur pied des programmes dans les domaines de juridiction des provinces, il en fixe les objectifs, dits «nationaux», mais il n\u2019offre d\u2019en assumer qu\u2019une partie des coûts seulement.Au nom de l\u2019autonomie provinciale, Duplessis refuse de se voir imposer ainsi un agenda et des dépenses.Il oblige par exemple les universités à décliner les subventions que leur offre le fédéral à partir de 1951 et ne fait pas participer le Québec au programme partagé d\u2019assurance-hospitalisation mis sur pied en 1958.Mais lui-même refuse obstinément que l\u2019Etat provincial s\u2019investisse pleinement dans ses champs de compétence, créant ainsi une impression toujours plus nette d\u2019inertie et de retard.Une Église débordée et déjà ébranlée.La croissance démographique et l\u2019urbanisation entraînent une hausse des besoins de la population en matière d\u2019éducation, de santé et de services sociaux ; la prospérité générale et le développement technique, une hausse de ses exigences.L\u2019Église, qui tient à son contrôle en ces domaines, engage alors une grande partie de son patrimoine dans la construction ou l\u2019agrandissement de ses écoles, de ses collèges et de ses hôpitaux, dans l\u2019achat d\u2019équipement et dans la qualification de son personnel.Mais elle ne suffit plus.Elle doit se résoudre à être secondée par un personnel laïc de plus en plus nombreux, que ses institutions ont bien formé et qui est impatient d\u2019obtenir plus d\u2019autonomie professionnelle et de meilleurs revenus.Elle doit aussi escompter toujours davantage l\u2019aide financière du gouvernement qui, s\u2019il ne lui réclame pas encore trop compte de sa gestion, ne distribue ses octrois que de manière discrétionnaire.Duplessis se plaît à dire: «Les évêques mangent dans ma main».C\u2019est vrai de presque tous, qui paient ses générosités de leur caution trop visible au régime.Ce ne l\u2019est pas toutefois du cardinal Léger, «prince» L'ACTION NATIONALE \u2022 65 de cet archidiocèse de Montréal soumis comme aucun à la croissance urbaine ; car le dernier héritier de la grande tradition théocratique n\u2019accepte pas d\u2019abaisser l\u2019Église à solliciter l\u2019État.Et Duplessis, qui ne donne rien pour rien, ne lui donne rien en effet.Pour réduire les tensions nées de la pression des besoins conjuguée à la rareté des fonds, le cardinal, fort de son charisme, a recours avec un réel succès aux solutions de l\u2019ordre communautaire ancien ; mais ses grandes quêtes et ses corvées restent quand même insuffisantes, et dans ce milieu éclaté qu\u2019est en train de devenir Montréal elles sont de plus en plus perçues pour ce qu\u2019elles sont, des survivances.Il y a plus profond.Malgré la persistance et parfois le redoublement de ses fastes, l\u2019Église est ébranlée.Une partie des plus jeunes, déjà, ne croient plus.Les autres, et pas seulement ceux des mouvements d\u2019action catholique, sont en train de se détacher d\u2019une manière de vivre la foi qui ne colle pas aux valeurs émergentes d\u2019autonomie et d\u2019individualisme.En témoigne entre autres la baisse déjà sensible des vocations.Ou celle de la pratique.La pratique intensément communautaire et les exercices continuels de piété commencent à étouffer la jeune génération, qui cherche une relation au Christ plus libre et plus personnelle.Elle se sent envahie par l\u2019institution cléricale, qui ne s\u2019ajuste qu\u2019à la marge.L\u2019immobilisme du gouvernement duplessiste.Devant tous ces changements économiques, politiques et sociaux et les déséquilibres qu\u2019ils provoquent, le gouvernement provincial reste impassible, sauf à dénoncer les mouvements intellectuels et à réprimer le syndicalisme.Il continue de se faire le défenseur du nationalisme le plus traditionnel, fait de survivance et d\u2019identité française et catholique, ainsi que l\u2019apôtre d\u2019un libéralisme de laisser-faire qui a pourtant fait son temps dans les principaux milieux d\u2019affaires.Les politicologues Kenneth McRoberts et Dale Posgate ont proposé une interprétation particulièrement convaincante de cette attitude du gouvernement de l\u2019Union 66 \u2022 L ACTION NATIONALE nationale sous Duplessis, qui est à son tour une source de déséquilibre.Ils le décrivent comme une partitocratie dont le chef et ses députés sont des politiciens de carrière n\u2019aspirant qu\u2019à se maintenir au pouvoir, non pour y accomplir quelque chose, mais simplement pour y être.D\u2019où leur refus obstiné de toute réforme qui risquerait de devoir les obliger à partager le pouvoir.Et en particulier le refus de tout accroissement des champs d\u2019intervention de l\u2019État provincial qu\u2019il faudrait forcément à la fois financer et administrer, plaçant ainsi le gouvernement dans la dépendance à l\u2019égard des financiers, et les députés en situation de concurrence auprès des électeurs avec une administration publique nécessairement plus considérable et bureaucratique.Profondément conservateur, Duplessis ne se décide d\u2019ailleurs à ses deux principales réalisations, l\u2019adoption du fleurdelysé et l\u2019impôt provincial sur le revenu, qu\u2019après avoir acquis la conviction qu\u2019elles ne lui nuiraient pas auprès de l\u2019électorat.Ce gouvernement réussit à se maintenir si longtemps parce qu\u2019il s\u2019appuie à la fois sur une carte électorale favorable (sur-représentant les comtés ruraux moins demandeurs de réformes) et sur un patronage assez - démocratique\u201d, au sens où il en réserve un peu pour tous les « bleus » et non seulement pour les plus gros amis du régime5.Une impatience de moins en moins contenue.Contre une situation qui paraît bloquée, des voix nombreuses s\u2019élèvent, en provenance d\u2019horizons de plus en plus variés.Les élites industrielles américaines et canadiennes-anglaises elles-mêmes encouragent l\u2019intervention économique et sociale de l\u2019État, pour leur assurer qui l\u2019électricité à bon marché, qui la main-d\u2019œuvre instruite et en santé dont ils ont besoin.La bourgeoisie d\u2019affaires francophone, par le biais de ses organisations, fait savoir qu\u2019elle aurait besoin de l\u2019appui de l\u2019État provincial pour pallier sa faiblesse.Un grand nom- 5.K.McRoberts et D.Posgate, - La modernisation politique : le retard du Québec avant I960-, in Développement et modernisation du Québec, Montréal, Boréal Express, 1983, ch.5.(titre original : Quebec : Social Change and Political Crisis, Toronto, McClelland and Stewart) L'ACTION NATIONALE \u2022 67 bre d\u2019associations volontaires et d\u2019organisations professionnelles et de syndicats, représentant en particulier la nouvelle classe moyenne laïque engagée dans les institutions gérées par les communautés religieuses, réclament avec de plus en plus d\u2019insistance la laïcisation et la prise en charge par l\u2019État de l\u2019éducation, de la santé et des services sociaux.Les syndicats catholiques d\u2019ailleurs, et en particulier la CTCC lors des grèves d\u2019Asbestos, de Louiseville, et de Murdochville en 1949, 1952 et 1957, constituent un des principaux fers de lance de la contestation au régime duplessiste et au cléricalisme dominant.En I960, la Centrale catholique se décon-fessionnalise et change son nom pour celui de Confédération des syndicats nationaux (CSN).Les milieux artistiques et intellectuels ne le cèdent en rien aux élites socio-économiques, bien au contraire.Dès 1948, Paul-Émile Borduas et ses compagnons signent avec le Refus global un manifeste surréaliste qui est aussi une dénonciation d\u2019une société jugée petite, mesquine, oppressée par le cléricalisme et l\u2019autoritarisme.C\u2019est d\u2019ailleurs une des nouveautés frappantes de la période que les élites de la parole présentent la société canadienne-française sous un jour aussi totalement négatif.Les élèves du Père Georges-Henri Lévesque, à la faculté des Sciences sociales de l\u2019Université Laval, se complaisent à l\u2019instar de leurs maîtres américains Hughes et Miner à voir en elle contre toute évidence une Folk Society.Dans Cité libre, la petite mais influente revue fondée par Gérard Pelletier et Pierre Elliott Trudeau, le Québec est aussi décrit comme une société bloquée, rétrograde, trahie par des élites politiques et religieuses au nationalisme ratatiné.Contre tout nationalisme, ils font d\u2019ailleurs de la liberté de l\u2019individu la valeur première dont découlent selon eux les principes de laïcisation, de démocratie et de civisme.Quant aux néo-nationalistes, dont le héraut est André Laurendeau de L\u2019Action nationale, et les éminences grises, l\u2019historien Maurice Séguin et ses collègues de l\u2019Université de Montréal, s\u2019ils adressent pour l\u2019essentiel les mêmes reproches au nationalisme traditionnel, ils continuent 68 \u2022 L ACTION NATIONALE néanmoins de conférer une importance primordiale aux droits collectifs de la nation canadienne-française.Ils imputent les retards de celle-ci non à d\u2019hypothétiques facteurs de culture ou de mentalité, mais à la domination politique et nationale qu\u2019elle subit depuis la défaite de 1760 et dont le fédéralisme centralisateur n\u2019est que le dernier avatar.Pour les néo-nationalistes, le rattrapage socio-économique du Québec et la promotion nationale des Canadiens français passent par un État québécois fort et interventionniste.Il s\u2019agit là d\u2019un courant de pensée particulièrement important dans la genèse de la révolution tranquille.Ainsi, aux sources de la révolution tranquille, on trouve tous les déséquilibres économiques, politiques, sociaux, culturels et idéologiques engendrés par la formidable poussée des années 1945 à I960.Les malaises et les blocages accumulés rendent la révolution tranquille nécessaire.Mais ce n\u2019est pas seulement l\u2019impatience qu\u2019ils suscitent qui la rend possible.La société et les élites traditionnelles lèguent en effet à la génération de la révolution tranquille, qui n\u2019a pas voulu le voir, les outils essentiels à son succès : un État libre de dettes et une tradition de gouvernement fortement autonomiste, ainsi qu\u2019une culture de solidarité, une identité éveillée à l\u2019importance de rester française et plusieurs instruments alternatifs de développement économique tels que les organisations coopératives, les syndicats nationaux ou des institutions financières particulières.\"Désormais-, comme a le temps de le dire Paul Sauvé, tout va sembler possible.« Qui s\u2019instruit, s\u2019enrichit » : la conquête de l\u2019éducation La réforme de l\u2019éducation est non seulement un thème majeur de la révolution tranquille, elle en est l\u2019un des symboles les plus éclatants.S\u2019y retrouvent une grande partie des enjeux de la période : l\u2019affirmation d\u2019une culture québécoise en rupture avec la culture canadienne-française catholique ; le changement social, associé d\u2019une part au transfert des res- L'ACTION NATIONALE \u2022 69 ponsabilités et du contrôle de ce secteur de l\u2019Église à l\u2019État provincial et, d\u2019autre part, à l\u2019intervention massive de celui-ci dans un domaine de sa compétence que le fédéral avait cherché à investir dans les années cinquante ; la promotion nationale des Québécois francophones, enfin, qui souhaitent atteindre par l\u2019éducation le statut social que les anglophones doivent à leur capital.Dès après la mort de Duplessis, les brefs gouvernements unionistes de Paul Sauvé puis d\u2019Antonio Barrette votent quelques mesures encourageantes pour le rattrapage des retards en éducation : fin des octrois discrétionnaires, règlement du contentieux avec le gouvernement fédéral sur le financement universitaire, augmentation des subventions aux universités, aux collèges classiques et aux commissions scolaires.Ce mouvement de réformes s\u2019accélère et prend toute son ampleur avec l\u2019arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage, en juin I960.Paul Gérin-Lajoie s\u2019en fait le timonier, en rapatriant aussitôt dans son ministère de la Jeunesse le vieux département de l\u2019Instruction publique, de même que toutes les responsabilités éducatives dispersées dans les autres ministères.Dès sa première session, en 1961, le gouvernement propose aussi sa \u201cgrande charte de l\u2019éducation», c\u2019est-à-dire une série de mesures législatives faites pour allonger la fréquentation scolaire, mieux soutenir financièrement les étudiants et leurs parents, mieux financer tous les ordres d\u2019enseignement ainsi que les institutions privées, et obliger les commissions scolaires à assurer gratuitement l\u2019enseignement secondaire jusqu\u2019en 11e année.La mesure la plus remarquée, toutefois, est la création de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement, dont la direction est confiée au vice- recteur de l\u2019Université Laval, Mgr Alphonse-Marie Parent.La Commission Parent siège de 1961 à 1966.Dès les premiers volumes de son Rapport, qui paraissent en 1963, elle propose la mise sur pied \u201cd\u2019un système scolaire unifié, inté- 70 \u2022 L ACTION NATIONALE gré, public depuis la maternelle jusqu\u2019à l\u2019université et placé sous l\u2019autorité d\u2019un véritable ministère de l\u2019Education»6 assisté d\u2019un organe consultatif, le Conseil supérieur de l\u2019éducation.Le Ministère et le Conseil sont créés en 1964.Paul Gérin-Lajoie est venu à bout des réticences de Jean Lesage lui-même, et de l\u2019opposition virulente des évêques.C\u2019est dire que des compromis respectueux de la religion ont été consentis : la confessionnalité du système public est confirmée par la nomination de sous-ministres associés de foi protestante et de foi catholique, par la création de comités confessionnels dotés de pouvoirs de contrôle au sein du Conseil supérieur de l\u2019éducation ainsi que par le maintien de la confessionnalité des commissions scolaires et celui de l\u2019enseignement religieux dans les écoles.Peut alors s\u2019accomplir ce qui naguère encore paraissait impensable : le transfert de l\u2019Église à l\u2019État de l\u2019initiative en matière d\u2019éducation.Le changement est profond.On le sent jusque dans le slogan «Qui s\u2019instruit s\u2019enrichit», qui peut être entendu, en un sens, et l\u2019a effectivement été, comme une valorisation de la poursuite de l\u2019aisance personnelle, mal vue dans la culture catholique traditionnelle.Inédit, l\u2019esprit de la pédagogie ne l\u2019est pas moins, plus américain : les professeurs cherchent désormais à cultiver chez l\u2019élève la liberté, la créativité et l\u2019expressivité.Entre I960 et 1969, enfin, les religieuses et religieux passent de 28 % à 11 % seulement des effectifs enseignants québécois, partie parce que plusieurs de leurs consœurs et confrères ont quitté les communautés, partie parce que les nouvelles et nombreuses recrues de l\u2019enseignement sont quasi-exclusivement des laïcs.Non vraiment, l\u2019Église n\u2019a plus la force, ni même le goût, de gouverner l\u2019éducation.Tout comme les travaux de la Commission Parent qui les inspirent, les réformes des années soixante sont marquées au coin des nouvelles valeurs du « droit à l\u2019éducation » et de 6.A.Dufour, Histoire de l\u2019éducation au Québec, Montréal, Boréal, \u2022 Boréal express-, 1997, p.88.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 71 la «démocratisation de l\u2019enseignement», leviers par excellence de la promotion nationale des francophones.La maternelle est dorénavant intégrée au système public ; elle précède quatre ordres d\u2019enseignement successifs bien distincts, restructurés et uniformes à travers le Québec, depuis un primaire de six ans jusqu\u2019à un niveau universitaire composé de trois cycles.Les élèves en formation générale et ceux en formation professionnelle se retrouvent ensemble dans les écoles polyvalentes et les cégeps.Les unes sont établies à partir de 1968 en remplacement des anciennes écoles secondaires, des instituts familiaux et des écoles de métiers ; les autres sont ces institutions nouvelles et originales qui remplacent en 1967 les collèges classiques.En outre, pour favoriser l\u2019accessibilité à une éducation de qualité, une vaste entreprise de régionalisation est mise en branle: tandis que, par l\u2019«opération 55», on regroupe les 1500 commissions scolaires locales en 55 commissions régionales francophones et neuf anglophones, on décentralise par ailleurs l\u2019enseignement supérieur.C\u2019est ainsi que des cégeps sont implantés dans toutes les villes importantes et qu\u2019est créée en 1968 l\u2019Université du Québec, première université publique, première université-réseau aussi, avec ses établissements autonomes de Montréal, Trois-Rivières, Chicoutimi et Rimouski, plus tard complétée par ceux de Hull et d\u2019Abitibi-Témiscamingue, et par quelques établissements à vocation spécialisée.Quant à l\u2019éducation des adultes, elle entre par la grande porte non seulement à l\u2019école secondaire et au cégep, mais de plus en plus aussi à l\u2019université.Il en va de même pour la formation des maîtres francophones, qui se modèle désormais sur la pratique anglo-québécoise et nord-américaine, ce qui conduit à la disparition des écoles normales.Conjugués au baby-boom, tous ces efforts portent leurs fruits: entre 1960-61 et 1970-71, les effectifs du secondaire passent de 205 000 à plus de 590 000 élèves, 72000 étudiants fréquentent le cégep à la fin de la décennie tandis que, de 22000 en I960, le nombre d étudiants universitaires grimpe à 55000 en 1970.C\u2019est encore 72 \u2022 L'ACTION NATIONALE insuffisant pour égaler les taux de fréquentation des anglophones, surtout aux études supérieures, mais c\u2019est un progrès considérable, et très rapide.Durant les même dix ans, le budget de l\u2019éducation passe de 181 millions à un milliard de dollars, et la part de l\u2019éducation dans les dépenses de l\u2019État grimpe de 24,4% à 29%.Le gouvernement finance à des degrés divers l\u2019ensemble du système, depuis la maternelle jusqu\u2019au doctorat.En contrepartie, le ministère exige un droit de regard sur la gestion et les dépenses des établissements.À tous, il impose ses normes et sa bureaucratie et, sauf aux universités, ses programmes d\u2019enseignement.Tout cela dans un secteur traditionnellement habitué à beaucoup d\u2019autonomie.Un tel chambardement ne va pas sans susciter des remous.La \"formule Rand», adoptée en 1959 sous Paul Sauvé, et qui oblige tous les employés d\u2019une entreprise ou d\u2019une institution à adhérer à leur syndicat local, joint ses effets à ceux du baby boom et du progrès de la scolarisation, pour propulser de lôOOO à plus de 70 000 entre 1959 et 1969 le nombre d\u2019enseignants syndiqués.De mieux en mieux rémunérés, jouissant d\u2019une sécurité d\u2019emploi nouvelle, et de conditions de travail favorables allant même jusqu\u2019au droit de grève, ils se méfient pourtant du gouvernement durant toute la période.Au début des années soixante, c\u2019est parce qu\u2019ils tiennent résolument au caractère confessionnel du système scolaire.Ils sont du reste les derniers à laïciser leur centrale syndicale : la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques ne change son nom qu\u2019en 1967 pour celui de Corporation des enseignants du Québec.Mais à partir de cette date, c\u2019est la relation des syndiqués à l\u2019État-employeur qui domine, en attendant une prochaine radicalisation.D\u2019autres groupes laissent percer leur mécontentement.Le Mouvement laïc de langue française voudrait une sécularisation complète de l\u2019éducation.Dans les milieux ruraux, la crainte reste au contraire longtemps vive d\u2019une éventuelle déconfessionnalisation de l\u2019éducation ; et la régionalisation L'ACTION NATIONALE \u2022 73 des écoles secondaires, qui contraint les élèves à des déplacements de plus longue portée, est un désagrément de plus pour leurs parents.En concentrant à Québec ou dans les commissions scolaires régionales certains pouvoirs et responsabilités, le gouvernement Lesage, autre exemple, irrite les notables locaux qui jusque-là contrôlaient l\u2019école.Les analystes ont vu là d\u2019ailleurs certaines des raisons de la défaite des libéraux en 1966.Les recteurs des universités privées, qui se sont opposés en vain à la création des cégeps, n\u2019apprécient pas davantage la naissance de l\u2019Université du Québec, ni celle du Conseil des universités.Quant au mouvement étudiant, il a le vent dans les voiles et il s\u2019engage, comme corps constitué, dans le débat public.Fondée en 1964, l\u2019Union générale des étudiants du Québec exige la gratuité de l\u2019enseignement universitaire comme signe tangible de la volonté gouvernementale de démocratisation scolaire ; elle combat aussi pour une réforme pédagogique et pour la cogestion, c\u2019est-à-dire la participation décisive des étudiants aux structures administratives des universités.Ainsi, à mesure qu\u2019avancent les années soixante, les consensus sociaux assez nets des débuts, qui ont permis à l\u2019État et au plus grand nombre des Québécois francophones de conquérir ensemble l\u2019éducation, commencent-ils à s\u2019effriter.« Désormais », « C\u2019est le temps que ça change » : un État réformiste et interventionniste Ce qui se passe en éducation se passe partout.En fait, il n\u2019est presque plus de secteurs dans lesquels les gouvernements québécois, entre 1959 et 1968 et par la suite, n\u2019engagent l\u2019intervention de l\u2019État.Forts du consensus social de ces années qui fait de l\u2019État le moteur et l\u2019instrument d\u2019un » rattrapage » et d\u2019une \u2022\u2022 modernisation » considérés essentiels, les gouvernements mettent en branle un mouvement de concentration dans l\u2019État québécois de nombreux pouvoirs ou responsabilités jusque-là exercés soit par les commissions scolaires et les municipalités, soit par l\u2019Église, soit par Ottawa.74 \u2022 L'ACTION NATIONALE Grossit en conséquence tout un appareil technocratique.La fonction publique, nombreuse et qualifiée, est coiffée d\u2019une élite de mandarins, en principe soucieux de faire participer les citoyens aux décisions et à l\u2019élaboration des politiques qui les concernent, mais dans le cadre, il faut bien le voir, d\u2019un système tendant à favoriser la centralisation des décisions, de la gestion et des ressources.Plusieurs décisions importantes contribuent puissamment à donner l\u2019impression qu\u2019on vit alors véritablement «le début d\u2019un temps nouveau».Parmi celles-ci, il faut mentionner l\u2019adoption d\u2019un nouveau Code du travail en 1964, qui répond non seulement aux exigences de la nouvelle économie mais aussi au désir général de jeter aux oubliettes celui dont Duplessis avait abusé ; d\u2019ailleurs, typiques de cet esprit de redressement, des dispositions du code accordent la sécurité d\u2019emploi aux employés permanents de la fonction publique et le droit de grève dans les services publics, autant de manières de dire que l\u2019arbitraire n\u2019a plus sa place dans les relations de travail.De 1964, aussi, date la Loi 16, qui amende le Code civil : l\u2019égalité juridique des époux est finalement reconnue, les femmes mariées acquièrent le droit d\u2019effectuer des transactions bancaires sans la signature de leur conjoint, d\u2019intenter un procès, d\u2019être exécutrices testamentaires, bref d\u2019exercer plusieurs responsabilités financières ou civiles qui leur étaient jusque-là interdites.À noter, enfin, la portée particulièrement symbolique de la création du ministère des Affaires culturelles en 1961, voué, quoique sans grands moyens, à la promotion de la culture québécoise et à son plus large rayonnement.Dans les champs de la santé et du bien-être social, l\u2019Église passe la main à l\u2019État québécois, qui réforme ses structures et ses institutions de sorte à pouvoir assumer pleinement son rôle d\u2019État-providence.Avec l\u2019idéologie propre à l\u2019État-provi-dence, faite à la fois du droit des citoyens à en attendre des services, et de la responsabilité de l\u2019État à favoriser tant L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 75 l\u2019égalité des chances qu\u2019une juste redistribution de la richesse collective.Le «Désormais» de Paul Sauvé laisse déjà pressentir le changement.Dès 1959, sont amorcées avec Ottawa les négociations qui vont aboutir sous Lesage à la participation du Québec au programme fédéral à frais partagés d\u2019assurance-hospitalisation.Deux grands rapports jalonnent par ailleurs l\u2019intervention du gouvernement Lesage et de ceux qui le suivent en matière de politiques sociales : celui du Comité d\u2019étude sur l\u2019assistance publique, formé en 1961- (rapport Boucher) et celui de la Commission Castonguay-Nepveu, ou Commission d\u2019enquête sur la santé et le bien-être social, créée en 1966.Fondés sur le principe du droit des citoyens à l\u2019aide de l\u2019État en cas de maladie ou de perte de revenu, ces rapports recommandent à Québec l\u2019élargissement de ses politiques sociales et surtout l\u2019intégration de toutes ses interventions dans un ensemble cohérent fait à la fois de mesures immédiates et de politiques correctives à plus long terme.Sans prétendre pouvoir voler l\u2019initiative à 1 \u2018État fédéral, qui a pris le virage interventionniste depuis les années quarante et occupe les champs des pensions de vieillesse, de l\u2019assu-rance-chômage, des allocations familiales et même, en partie, ceux de l\u2019assistance publique et de la santé, l\u2019État québécois se donne à son tour les moyens d\u2019agir dans ces domaines de sa juridiction.Il le fait parfois en participant aux programmes du gouvernement fédéral : ainsi pour l\u2019assu-rance-santé, en 1970.Aussi souvent que possible, toutefois, Québec choisit d\u2019élaborer ses propres programmes ; il instaure ainsi en 1964 son propre Régime des rentes qui, même s\u2019il est compatible avec le Régime de pension du Canada, est résolument autonome dans la gestion des millions accumulés.Autant de rôles nouveaux, autant de nouveaux moyens de gestion.Huit ministères sont créés entre 1961 et 1969, neufs conseils consultatifs, trois organismes de réglementation, huit entreprises publiques, un tribunal d\u2019État ; et, pour 76 \u2022 L'ACTION NATIONALE mettre un peu d\u2019huile dans la machine, des dizaines de comités interministériels chargés de la coordination de l\u2019ensemble.Dans leur prétention à administrer l\u2019État de façon rationnelle et au meilleur de l\u2019intérêt public, les gouvernements, surtout celui de Lesage, multiplient les recherches sur tous les sujets et ordonnent la tenue de nombreuses Commissions d\u2019enquête durant la décennie.Le rêve d\u2019une gestion planifiée de l\u2019État semble un temps à portée de main, en matière économique notamment, et là aussi tout une structure de gestion est échafaudée avant que les illusions ne retombent.De 29000 en I960, le nombre des fonctionnaires grimpe donc à 41 000 en 1965, 51 000 en 1968 ; c\u2019est une main d\u2019œuvre francophone, jeune et bien formée.Sous-ministres, cadres supérieurs, cadres intermédiaires, professionnels, employés : la hiérarchie qui se cristallise se veut fondée en effet sur le dynamisme et sur la compétence, ce que les syndicats, pour la plupart affiliés à la CSN, savent, de connivence au début avec l\u2019État-employeur, faire reconnaître par des conditions de travail et des bénéfices marginaux avantageux.Le parapublic, de son côté, grossit encore plus vite, si bien que selon le politicologue James Ian Gow, les secteurs public et parapublic québécois représentent ensemble 11,4% de la main d\u2019œuvre en 1968.La nouvelle classe moyenne, née sous Duplessis dans l\u2019insatisfaction, a beaucoup grossi et elle se porte bien.Un État interventionniste, un État-employeur, c\u2019est forcément un État qui dépense : 860 millions environ en 1960-1961, près de 3 milliards huit ans plus tard, en progression constante jusqu\u2019au milieu des années 1990.C\u2019est aussi un État qui empiète sur des terrains occupés par d\u2019autres avant lui.Si l\u2019Église et les communautés religieuses, aux prises avec une crise interne, les départs en masse, la réorganisation de leurs propres structures et l\u2019approfondissement spirituel encouragé par le concile Vatican II, si l\u2019Église et les communautés, donc, se délestent et sont délestés avec L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 77 soulagement de leurs responsabilités sociales devenues trop lourdes, il n\u2019en va pas de même pour tous les groupes ; et les mécontentements qu\u2019on a pu observer dans le monde de l\u2019éducation, on les retrouve aussi ailleurs.Les médecins, par exemple, résistent farouchement, et en partie victorieusement, aux desseins que poursuit l\u2019État en mettant sur pied des Centres locaux de services communautaires, conçus à l\u2019origine entre autres comme une porte d\u2019entrée aux services de santé, mais qui seront vite concurrencés par les cliniques médicales privées.Les milieux d\u2019affaires et le patronat souhaitent, déjà, limiter la portée des programmes sociaux, qu\u2019ils trouvent très onéreux ; tandis que les groupes communautaires et les régions s\u2019en prennent au caractère technocratique d\u2019une administration qui consulte certes, qui régionalise des services certes, mais qui réserve les vraies décisions à quelques-uns qui travaillent à Québec.Les milliers d\u2019employés de l\u2019État et des institutions qui relèvent de lui s\u2019apprêtent quant à eux à le considérer moins comme le levier de leur promotion sociale collective, et davantage comme un simple patron.Avec Ottawa, enfin, la tension monte.« Maîtres chez nous » : le nationalisme économique Un peuple ne peut supporter très longtemps de se renvoyer une image dévalorisante de lui-même.Après les dix ans des années 1950, les Canadiens français réagissent fortement.Ils choisissent de le faire en liquidant leur passé et jusqu\u2019à leur nom, et se rebaptisent Québécois.En même temps, ils lancent un cri du cœur: \u201cOn est capable».Oui, et même dans le domaine économique, la plus gardée de toutes les chasses-gardées.Mais avec l\u2019aide de l\u2019État, chargé de devenir à la fois un intervenant majeur et direct dans le développement économique, et un partenaire de l\u2019entreprise privée.On croit qu\u2019il faut moderniser la structure industrielle et les équipements d\u2019infrastructure et aussi, vigoureusement, donner aux francophones une plus large part du contrôle et 78 \u2022 L'ACTION NATIONALE de la gérance de l\u2019économie du Québec.Les gouvernements de la révolution tranquille, qui sont non seulement réformistes mais nationalistes, se mettent à l\u2019œuvre.Ici, le grand symbole, c\u2019est la nationalisation de l\u2019électricité.Son maître d\u2019œuvre : René Lévesque, ministre des Richesses hydrauliques, puis des Richesses naturelles.Les grosses compagnies canadiennes-anglaises, regroupées en un syndicat financier qui prête au gouvernement, s\u2019opposent à l\u2019étatisation de l\u2019électricité et menacent de lui couper les vivres, ce qui fait hésiter le premier ministre Lesage ; mais les élections de 1962, qui se jouent en bonne partie sur ce thème, envoient le message clair que la population souhaite que l\u2019on procède.Grâce à un emprunt de 300 millions de dollars effectué sur le marché de New-York d\u2019autant plus aisément qu\u2019il n\u2019a pas de dettes, le gouvernement québécois peut donc racheter onze compagnies privées d\u2019électricité, dans une transaction de gré à gré.Il en prend possession le 1er mai 1963.Des années plus tard, un analyste comme Gilles Paquet a pu remarquer que cette nationalisation, après tout, faisait du Québec la neuvième des dix provinces canadiennes à disposer d\u2019un régime étatisé, tout en laissant encore 41 % de la puissance installée à des entreprises privées ; en somme, qu\u2019il s\u2019était agi d\u2019une opération incomplète et sans rien de bien «révolutionnaire»7.Sans doute.Mais quand même.Les débats sur le contrôle de l\u2019électricité remontaient au début du siècle; particulièrement vifs durant les années 1930, il avaient contribué de manière décisive en 1936 à porter au pouvoir Duplessis, qui avait aussitôt renié sa promesse de venir à bout des «trusts»; la première nationalisation, faite sous Godbout en 1944, avait créé Hydro-Québec, mais avec un rayonnement si limité que personne ne pouvait ignorer que la principale richesse de la province, son eau, restait aux 7.G.Paquet, -La grande offre publique d\u2019achat (OPA) des années I960 dans l'électricité au Québec: petit essai d'ethnographie interprétative-, R Comeau, dir., Jean Lesage et l'éveil d'une nation, Sillery, P.U.Q., 1989, 282-297.L'ACTION NATIONALE \u2022 79 mains des capitaux étrangers, et que la langue des compagnies était l\u2019anglais.La nationalisation de 1962 se fait donc avec un sentiment de fierté, un sentiment de compétence aussi, et de confiance, et c\u2019est cela surtout qui est très fort, et très nouveau.Hydro-Québec devient du coup la plus grande société industrielle et commerciale du Québec.Le gouvernement, son seul actionnaire, fait d\u2019elle le pivot de l\u2019économie québécoise.Car Hydro-Québec entreprend aussitôt des grands travaux, tels le barrage de la Manie ; elle pratique une politique d\u2019» achat chez nous», qui favorise la naissance et la croissance de milliers de petites et moyennes entreprises de fournisseurs et de nombreuses firmes de génie-conseil ; ses tarifs avantageux attirent par ailleurs les compagnies étrangères œuvrant dans des secteurs gros consommateurs d\u2019électricité ; elle-même est une école de formation hors du commun pour des milliers de gestionnaires et de cadres francophones.Hydro-Québec prépare ainsi la venue d\u2019autres entreprises publiques dans le domaine des richesses naturelles, telles la Société québécoise d\u2019exploration minière (SOQUEM) en 1965, qui prospecte le long de la faille de Cadillac en Abitibi, et exploite avec succès quelques mines de concert avec l\u2019entreprise privée ; ou SOQUIP, la Société québécoise d\u2019initiative pétrolière, créée en 1969 ; ou encore SIDBEC, conçue dès 1964 pour rompre la dépendance du Québec vis-à-vis des aciéries ontariennes, mais dont les coûts exorbitants repoussent la naissance en fin de décennie.Parmi les autres instruments collectifs de développement économique du Québec et de promotion des francophones dont les gouvernements se dotent dans les années I960, il convient de noter l\u2019effort dans le secteur financier.En 1965, par exemple, le gouvernement Lesage crée la Caisse de dépôt et de placement pour administrer, en particulier, les sommes considérables perçues par la Régie des rentes.En 1968, le gouvernement Johnson crée pour sa part le ministère des Institutions financières, des compagnies et 80 \u2022 L'ACTION NATIONALE des coopératives, et s\u2019apprête à soutenir particulièrement le Mouvement Desjardins.Caisse de dépôt et caisses populaires, aux mains de francophones, financent le gouvernement du Québec, les organismes publics et de nombreuses entreprises.Elles favorisent de cette manière la réduction de la dépendance du Québec à l\u2019égard du syndicat financier anglo-canadien.Ainsi que l\u2019émergence d\u2019une moyenne bourgeoisie francophone, très proche des libéraux, et dont Bombardier dans la motoneige, les frères Lemaire dans les papiers, Paul Gobeil, dans l\u2019alimentation, ou la famille Simard dans les chantiers maritimes comptent parmi les représentants les mieux connus.Les gouvernements québécois successifs, en complémentarité et parfois en concurrence avec les municipalités et le gouvernement fédéral, aident les entreprises aussi par des moyens plus directs, qui vont des subventions et des abattements fiscaux jusqu\u2019aux programmes pour attirer les investissements créateurs d\u2019emploi.En 1962, par ailleurs, État, institutions financières et grand public s\u2019associent, par une formule inédite de propriété mixte, dans la Société générale de financement.La SGF est établie en vue de remettre des petites entreprises, souvent familiales, sur le chemin de la rentabilité, et pour ouvrir de nouveaux secteurs.Elle achète ainsi plusieurs sociétés canadiennes-françaises aux prises avec des difficultés, ce qui empêche certaines d\u2019entre elles de passer sous contrôle étranger.La dispersion de ses efforts et les résultats décevants qui en sont la conséquence conduisent cependant à sa réorganisation en 1971, tandis que sa formule de propriété mixte tombe en discrédit.Le développement régional est un autre chantier des années I960.En 1961, le revenu disponible per capita est de 739$ dans le Bas-Saint-Laurent-Gaspésie contre 1642$ en moyenne à Montréal et même 1864$ dans Montréal-Centre.L\u2019ouvrier moyen dans l\u2019Est du Québec chôme la moitié de 1 année, et le taux de chômage, de 4,4,% en moyenne au Québec, atteint le double dans les régions les plus éloignées, L'ACTION NATIONALE \u2022 81 qui sont tributaires des cours mondiaux des richesses naturelles et des décisions prises à Toronto ou à New-York.À partir de 1961, le gouvernement fédéral se donne des moyens d\u2019intervention qui culminent en 1969 avec la création du ministère de l\u2019Expansion économique régionale.Le gouvernement Lesage crée pour sa part le Conseil d\u2019orientation économique, qui nourrit un temps l\u2019ambition d\u2019élaborer une planification globale de l\u2019économie québécoise.L\u2019Office de planification et de développement économique, qui lui succède en 1968, poursuit en gros les mêmes finalités.En région même, l\u2019expérience la plus poussée de planification est menée par le Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est du Québec, à partir de 1963- Des masses d\u2019études et de tournées de consultation permettent le dépôt en 1966 d\u2019un rapport en dix volumes.Mais lorsque finalement les opérations commencent, la population se rend compte que les projets qu\u2019elle a proposés n\u2019ont pas été retenus, et que ceux qui démarrent ne lui conviennent pas, en particulier parce qu\u2019ils impliquent la fermeture de plusieurs villages, des relocalisations forcées et même, dans certains cas, la transformation des ressources à l\u2019extérieur de la région.À partir de 1968, la résistance s\u2019organise contre ce qui est perçu comme des décisions technocratiques.En fait, en matière de développement régional, les gouvernements se contentent surtout de trois mesures : financer des structures de concertation, telles les Conseils régionaux de développement, qui apparaissent dans toutes les régions dans les années I960, procéder à la décentralisation administrative de leurs ministères, et enfin financer la décentralisation de l\u2019enseignement supérieur.À partir des années I960, donc, la création de sociétés d\u2019État, le soutien généreux à l\u2019entreprise privée, la réglementation, ainsi que la politique fiscale et budgétaire comptent parmi les quatre moyens principaux que l\u2019État québécois s\u2019est donnés pour intervenir dans l\u2019économie d\u2019une manière structurante dans le double but de favoriser l\u2019essor de l\u2019économie québécoise et son contrôle accru par les Québécois, notamment par les francophones.Les effets de ses actions 82 \u2022 L'ACTION NATIONALE ne tardent pas à se faire sentir.Un économiste comme André Raynault a pu noter qu\u2019entre 1961 et 1978, de 47 à 55% des entreprises québécoises sont passées sous contrôle francophone, de 39 à 31% sous contrôle canadien-anglais, tandis que 14% d\u2019entre elles restaient aux mains d\u2019intérêts étrangers.Malgré ces succès, le bilan économique de la révolution tranquille reste mitigé.D\u2019abord, parce que le Québec n\u2019a pu, ni même réellement voulu, émanciper pour la peine son économie des capitaux étrangers : les entreprises sous contrôle étranger sont en même temps les plus importantes.Ensuite, parce que les francophones restent minoritaires dans plusieurs secteurs clé ; celui des ressources naturelles, par exemple, où il est difficile de déstabiliser des entreprises anglo-canadiennes ou américaines de la taille de CIP, Noranda Mines, Shawinigan Water and Power, ou l\u2019Alcan ; celui de la finance aussi, où, malgré une réelle percée des francophones, le groupe des cinq grandes banques reste puissant et anglophone.Par ailleurs, même les organismes dont l\u2019État québécois s\u2019est doté, tel la Caisse de dépôt et de placement, ont souvent hésité à concentrer leurs investissements dans des entreprises francophones, préférant les rendements supérieurs à court terme de placements dans les banques et autres compagnies canadiennes-anglaises.Enfin, l\u2019influence du gouvernement fédéral pèse aussi sur le bilan économique de la révolution tranquille.Car Ottawa continue évidemment d\u2019intervenir de son côté dans l\u2019économie.Or ses politiques sont conçues essentiellement en fonction de l\u2019Ontario, au détriment des autres régions du pays ; parfois, elles sont délibérément orientées contre le Québec, qui est en déclin constant dans l\u2019ensemble canadien.Sur le territoire québécois lui-même, l\u2019absence de concertation entre les deux niveaux de gouvernement paralyse le développement, comme lorsque Ottawa privilégie la constitution d\u2019un pôle fort à Montréal, tandis que Québec travaille à une régionalisation plus nette de l\u2019activité économique.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 83 D\u2019où, un motif supplémentaire de tensions entre les gouvernements et d\u2019effervescence nationaliste dans la population.« Égalité ou indépendance » : les rapports Québec-Canada, ou le nationalisme politique En fait, toute l\u2019époque est nationaliste.Un Québec fort et francophone, un territoire immense et riche, des Québécois fiers et solidaires : c\u2019est le thème commun des chansonniers, des écrivains, des cinéastes, des intellectuels, des technocrates et des politiciens.Jetant aux orties le milieu qui l\u2019a nourri, le nationalisme québécois se défait de ses couleurs catholiques et canadiennes-françaises, pour se redéfinir en fonction de la langue française, du territoire et de l\u2019État québécois, ainsi que d\u2019une idéologie réformiste et sociale-démocrate.En somme, le nationalisme québécois prend le contrepied du nationalisme canadien de la \u2022\u2022 Politique nationale» élaboré depuis l\u2019après-guerre et qui, dans les années soixante, énonce la vision d\u2019un grand pays bilingue, biculturel, bientôt même multiculturel, dont le Québec est tout simplement l\u2019une des composantes.Ce nationalisme pan-canadien («l\u2019unité dans la diversité») rejoint massivement les Anglo-Québécois mais ne touche qu\u2019une petite minorité des Québécois francophones ; parmi eux, les « trois colombes» qui, depuis Ottawa, tenteront bientôt de l\u2019imposer à tous.Mais les rapports Québec-Canada ne prennent pas d\u2019emblée les contours d\u2019un affrontement constitutionnel.Au début, Jean Lesage est en effet assez peu préoccupé par la question constitutionnelle et par le partage des pouvoirs ; ce qu\u2019il veut, c\u2019est exercer pleinement les compétences du Québec telles que reconnues dans l\u2019AANB de 1867 et, pour cela, récupérer d\u2019Ottawa la capacité fiscale perdue au cours des ans8.La conférence fédérale-provinciale de juillet I960, 8.G.Boismenu, -La pensée constitutionnelle de Jean Lesage-, R.Comeau, dir., Jean Lesage et l\u2019éveil d\u2019une nation, Sillery, P.U.Q., 1989, pp.76-107.84 \u2022 L'ACTION NATIONALE qui suit de peu l\u2019élection du parti libéral à Québec, est l\u2019occasion pour Lesage d\u2019exprimer cette vision : oui à la participation du Québec à une foule de programmes à frais partagés instaurés par Ottawa dans les domaines de juridiction provinciale et auxquels Duplessis refusait d\u2019acquiescer, mais un oui temporaire, en attendant qu\u2019Ottawa mette fin à ces programmes en accordant une pleine compensation fiscale aux provinces.En même temps, Lesage fait une série de propositions qui ont en commun d\u2019élargir considérablement l\u2019assiette fiscale et les revenus des provinces.Car Québec a besoin d\u2019argent pour financer toutes les réformes qu\u2019il projette.S\u2019il ne souhaite pas d\u2019emblée un nouveau partage des pouvoirs, le gouvernement Lesage entend en revanche occuper pleinement tous ceux qui lui sont dévolus.Il est ainsi conduit à défendre le principe de l\u2019extension externe des pouvoirs internes du Québec, et à revendiquer l\u2019exercice de plein droit de sa personnalité internationale dans les domaines de sa compétence, notamment la culture et l\u2019éducation.Des bureaux du Québec sont ouverts à New-York, à Londres, ailleurs encore.Mais c\u2019est avec la France que la complicité se développe d\u2019abord, grâce à l\u2019intérêt personnel que le président Charles de Gaulle porte au Québec.Jean Lesage acquiert auprès de lui la stature d\u2019un véritable chef d\u2019État et la Délégation générale du Québec à Paris, ouverte en 196l, reçoit une reconnaissance diplomatique.Les liens Paris-Québec se resserrent encore avec la mise sur pied de l\u2019Office franco-québécois pour la jeunesse et la signature de nombreuses ententes commerciales, industrielles et culturelles.Sous le gouvernement fédéral de Lester B.Pearson - qui est minoritaire, ne l\u2019oublions pas - le Québec fait des gains, c\u2019est indéniable.Pearson n\u2019est pas loin d\u2019endosser la vision québécoise qui fait de l\u2019État provincial, l\u2019État national des Québécois francophones.Ne parle-t-il pas des «deux races fondatrices»?Il ne s\u2019oppose pas non plus au recours systématique du Québec à la mesure dite d\u2019« opting out » élaborée sous Paul Sauvé, et selon laquelle la province qui refuse de L'ACTION NATIONALE \u2022 85 participer à un programme «national» dans un domaine de ses compétences peut concevoir le sien propre et obtenir d\u2019Ottawa une pleine compensation financière.Comme dans le cas de la création du régime québécois de Régie des rentes, par exemple.En fait, Lesage utilise la formule pas moins de vingt-huit fois, ce qui revient à conférer de facto un statut particulier au Québec à l\u2019intérieur de la Confédération.Mais cet esprit de conciliation ne dure pas car, sur le fond, Ottawa ne peut renoncer à la définition qu\u2019il élabore depuis les années 1940 du Canada comme État-nation de plus en plus unitaire, une définition qui heurte encore les provinces anglophones, mais de moins en moins.Le gouvernement fédéral entreprend donc dans un premier temps de réduire les revendications politiques et nationales du Québec à des revendications linguistiques.En 1963, il met sur pied la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, coprésidée par André Laurendeau et A.Davidson Dunton.Ses travaux coûtent dix millions de dollars, durent six ans et aboutissent à recommander d\u2019accroître le niveau de bilinguisme dans l\u2019administration fédérale et de créer des districts bilingues dans les parties du pays où la minorité de langue officielle est assez importante pour le justifier.Au nom d\u2019un Canada décrit comme le pays de « deux sociétés et de deux cultures », le Québec deviendrait ainsi un immense district bilingue.Or, en 1969, on n\u2019en est plus là, ni au Québec, ni à Ottawa d\u2019ailleurs.Des deux côtés, la situation s\u2019est radicalisée.À Québec, les mouvements indépendantistes se sont affermis sans cesse depuis le début de la décennie.Pour ceux-ci, qu\u2019ils privilégient l\u2019action terroriste comme le FLQ, qu\u2019ils soient de droite comme le Ralliement national ou de gauche, comme le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale, aucun nouvel aménagement de la Confédération ne sera suffisant pour permettre à l\u2019État québécois d\u2019assurer pleinement le développement du peuple francophone, ni celui du Québec.L\u2019indépendance est nécessaire.Sous l\u2019in- 86 \u2022 L ACTION NATIONALE fluence indépendantiste, le gouvernement Lesage est conduit à rejeter en 1964 la formule Fulton-Favreau, qu\u2019il avait d\u2019abord agréée et qui prévoyait l\u2019obligation de l\u2019accord des provinces, tantôt unanime, tantôt majoritaire, pour tout changement constitutionnel les concernant ; les indépendantistes, en effet, ainsi que l\u2019opposition officielle jugent insuffisante une entente par laquelle le Québec n\u2019obtient ni nouveau pouvoir, ni protection suffisante de ses droits, celui de veto notamment.Ce refus retarde d\u2019autant le rapatriement de la constitution et l\u2019inclusion de la charte des droits souhaités par le fédéral.De plus en plus, la question d\u2019un nouveau partage des pouvoirs pour accroître ceux du Québec est sur la table.En 1966, le vote indépendantiste, de 9 % à l\u2019échelle du Québec, est suffisant dans certains comtés pour permettre aux candidats unionistes de se glisser jusqu\u2019à la victoire et donner le pouvoir à FUnion nationale.Un an plus tard, lors de sa visite à l\u2019Expo 67, de Gaulle lance du haut du balcon de l\u2019Hôtel-de-Ville de Montréal un «Vive le Québec libre» qui retentit d\u2019un bout à l\u2019autre d\u2019un Canada commotionné.En 1967, toujours, René Lévesque, avec son immense crédibilité, quitte le parti libéral et fonde le Mouvement souveraineté-association, qui devient le Parti Québécois en 1968 et absorbe le RIN.Tout en privilégiant un nouvel aménagement de la Constitution dans le sens d\u2019un renforcement de l\u2019autonomie du Québec, le premier ministre Johnson n\u2019hésite pas au même moment à clamer : «Égalité ou indépendance».Le nationalisme québécois n\u2019est plus un nationalisme culturel, c\u2019est un nationalisme politique.A Ottawa aussi, le nationalisme est politique.Le gouvernement fédéral tient à sa visibilité directe auprès de la population du pays, et il multiplie les programmes à frais partagés, dits programmes «nationaux».À partir de 1965, il voit d\u2019un œil de plus en plus sombre l\u2019affirmation internationale du Québec, fait pression sur la Tunisie et la Belgique pour qu\u2019elles résistent à la signature d\u2019ententes avec le Québec, et prend tous les moyens pour contrôler la coopération internationale avec les pays francophones.Commence L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 87 alors l\u2019époque de la guerre des drapeaux, d\u2019autant plus que le Canada se dote en 1967 de l\u2019unifolié, autre symbole d\u2019identité unitaire.Avec l\u2019arrivée de Pierre Elliott Trudeau à Ottawa en 1968, le gouvernement fédéral durcit ses positions, se met à défendre farouchement ses pouvoirs et son leadership, et refuse explicitement de reconnaître l\u2019existence de la nation canadienne-française ou de considérer 1 État québécois comme État national des Québécois francophones.Et même si, en 1969, Trudeau fait adopter la Loi sur les langues officielles, cela ne l\u2019empêche pas de se démarquer déjà de la vision bi-bi » de la Commission Laurêndeau-Dunton ; il prépare déjà, en effet, sa définition du Canada comme nation unique, bilingue et multiculturelle.Commence alors une nouvelle ère dans les relations Québec-Canada, au cours de laquelle la question constitutionnelle polarisera de plus en plus le débat.La fin d\u2019une époque On a défini la révolution tranquille, au sens strict, comme le bref moment pendant lequel, fort d un large consensus social, l\u2019État québécois est à la fois intensément réformiste et intensément nationaliste.Après la mort du premier ministre unioniste Daniel Johnson, à l\u2019automne de 1968, la donne ne change pas totalement du jour au lendemain, certes, mais elle change.Les consensus s\u2019effritent, le rythme des réformes ralentit, les gouvernements de Jean-Jacques Bertrand et de Robert Bourassa ne se chargent plus autant de la promotion nationale des Québécois francophones.Ce qui dure le plus longtemps, c\u2019est la tendance de 1 État à l\u2019interventionnisme.Les grands travaux hydro-électriques et la santé supplantent sans doute l\u2019éducation dans les priorités du premier gouvernement Bourassa.Mais l\u2019engagement demeure le même envers l\u2019État-providence ou l\u2019État-levier de développement économique.En témoignent par exemple le régime universel d\u2019assurance-maladie adopté en 1970, ou celui d\u2019aide juridique en 1972, destiné celui-là aux citoyens 88 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE peu fortunés.En témoignent aussi la création d\u2019autres sociétés publiques, telle la Société nationale de l\u2019amiante, ou l\u2019adoption d\u2019autres lois et d\u2019autres règlements, par lesquels les gouvernements québécois successifs, tout au long des années soixante-dix, et de quelque couleur qu\u2019ils soient, continuent de manifester leur foi dans la capacité de l\u2019État de réguler pour le mieux l\u2019économie québécoise.Dès le milieu des années I960, en revanche, les consensus sociaux deviennent plus lâches.On a vu que la réforme de l\u2019éducation ou les orientations imprimées au développement régional, par exemple, ne manquent pas de susciter des mécontentements.On ne s\u2019étonnera pas trop que les milieux ruraux et les milieux ouvriers, qui trouvent que les réformes en cours leur coûtent trop cher pour ce qu\u2019elles leur rapportent, contestent l\u2019équipe Lesage en votant Union nationale ou Crédit social.La désaffection touche néanmoins aussi les groupes auxquels la révolution tranquille a le plus bénéficié.Les employés de la fonction publique, notamment, et ceux du secteur parapublic : la CEQ et la CSN donnent parfois l\u2019impression de ne plus voir dans l\u2019État qu\u2019un employeur à faire casquer, et lorsqu\u2019elles forment front commun avec la FTQ en 1972, la polarisation est grande et les affrontements se font violents.À mesure que se radicalise l\u2019affrontement Québec-Canada, la division se creuse entre les cadres du secteur privé et la nouvelle moyenne bourgeoisie québécoise d\u2019une part, très fédéralistes, et d\u2019autre part la nouvelle classe moyenne plus nationaliste, voire dans bien des cas déjà indépendantiste.Les gens d\u2019affaires qui se sont donné en 1969 une nouvelle voix, avec le Conseil du patronat, soulignent le coût des programmes sociaux, tandis que les mouvements de gauche, dans la revue Parti-Pris ou ailleurs, jugent insuffisantes les réformes sociales.Le paysage idéologique est aussi en train de changer plus globalement.Des acteurs disparaissent, l\u2019Église tout particulièrement, une fois épuisé l\u2019intérêt lié à la fois à son écroule- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 89 ment subit et aux réformes encouragées par le Concile Vatican II.D\u2019autres, en revanche, nombreux, variés, expressifs, posent des questions nouvelles à la société québécoise.Dans la deuxième moitié des années soixante, apparaissent de nouveaux mouvements féministes par exemple, autour de l\u2019AFÉAS (Association féminine pour l\u2019éducation et l\u2019action sociale), issue d\u2019organisations catholiques plus anciennes et de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), qui se fait remarquer d\u2019emblée par son caractère non confessionnel et multi-ethnique.Les étudiants revendiquent plus farouchement, déstabilisant en quelque sorte le gouvernement Bertrand, qui ne sait en venir à bout.La «gauche» politique, quoique toujours éclatée en multiples tendances, certaines plus nationalistes, d\u2019autres plus socialistes, d\u2019autres encore carrément communistes, fait à la fin de la décennie une entrée manifeste dans les universités, l\u2019UQAM notamment, ce qui lui donne une audience, voire une influence, sans commune mesure avec sa pénétration réelle dans la population.De nouvelles visions, de nouvelles revendications sont ainsi en train d\u2019émerger.Les gouvernements de Jean-Jacques Bertrand et de Robert Bourassa n\u2019ont donc pas la partie facile.S\u2019ils continuent, quoique avec modération, sur la lancée réformiste de la révolution tranquille, ils portent en revanche avec beaucoup moins de vigueur le défi de la promotion nationale des francophones.Après tout, au moment où les Québécois francophones s\u2019inquiètent de la propension de plus en plus massive des immigrants et des Néo-Canadiens à envoyer leurs enfants à l\u2019école anglaise, ce qui à terme menace la position du français au Québec même, la Loi 63, votée en 1969 par le gouvernement Bertrand, consacre le libre choix de la langue d\u2019enseignement.C\u2019est là baisser pavillon dans un domaine d\u2019une grande portée symbolique, et cela n\u2019a pas échappé aux Québécois francophones, dont la colère a signé la défaite unioniste aux élections suivantes.Il est remarquable, par ailleurs, que le premier ministre Bourassa pour sa part, ne parle que du «progrès économique du Québec» 90 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE mais pas de la poursuite de l\u2019effort en vue d\u2019augmenter la part des francophones dans le contrôle de l\u2019économie québécoise.Il a beau d\u2019autre part tenir tête à Ottawa lors de la Conférence de Victoria en 1971, sous la pression du reste d\u2019une opinion publique très mobilisée, nul ne peut oublier qu\u2019à peine six mois auparavant il appelait l\u2019armée canadienne à la rescousse dans l\u2019affaire du double enlèvement par le FLQ du diplomate britannique James Cross et du ministre Pierre Laporte.Oui, vraiment, l\u2019esprit de la révolution tranquille, ce moment rare de consensus, de réformisme et de nationalisme dans un climat où tout semble possible, cet esprit s\u2019évanouit vers 1968.?L'ACTION NATIONALE \u2022 91 L'âme DE CE PAYS S\u2019il est venu le temps de se donner un pays, il importe de savoir ce que nous en ferons.L'Action nationale a accompagné le Québec tout au long de ce siècle.Elle apporte à nouveau une pièce majeure dans la patiente construction de notre projet collectif.La CSN salue cette initiative qui contribue à la qualité de nos débats.92 \u2022 L'ACTION NATIONALE Chronique francophone Afrique sahélienne (1) Le Burkina Faso par Michel Têtu Professeur à l\u2019Université Laval, Directeur de L\u2019Année francophone internationale, et Geneviève Duquet L\u2019Année francophone internationale L'ACTION NATIONALE \u2022 93 Le Burkina Faso Le Burkina Faso (« Pays des hommes intègres ») a accédé à l\u2019indépendance en I960 sous le nom de Haute-Volta, nom qu\u2019il a gardé jusqu\u2019en 1983, alors qu\u2019un coup d\u2019État portait au pouvoir Thomas Sankara.Après l\u2019assassinat de ce dernier en 1987, son second, Biaise Compaoré, lui succédait.Il préside depuis aux destinées du pays, élu président en 1992 et réélu en 1997.Le français, héritage de l\u2019époque coloniale et langue officielle, s\u2019étend peu à peu dans la population, entre autres grâce à l\u2019éducation et à l\u2019expansion de la presse écrite, radiophonique et télévisuelle francophone.Il est aussi omniprésent au sein des diverses entreprises, où il côtoie les principales langues nationales.État membre des Sommets et de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie, le Burkina Faso est aussi membre de la CONFEMEN (Conférence des ministres de l\u2019Éducation des pays ayant le français en partage), de la CONFEJES (Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports des pays d\u2019expression française) et de l\u2019Organisation de l\u2019unité africaine (OUA), dont B.Compaoré fut le président jusqu\u2019en juillet 1999- LIBYE ALGÉRIE OCÉAN < ATLANTIQUl MAURITANIE MAU NIGER TCHAD 6ÉNÉG, GAMBIE^5» GUINÉE BISSAU BURKINA -Niamey faso hiagadougoy,/* J T3ÉNIN \\J NIGERIA IGO Bamako SOUDAN Lac Tchad GUINEI CÔTE i'IVOIRI SIERRA^ LEONE CENTRAFRIQUE LIBÉRIA lAMEROÙN 500 km 94 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Géographie Enclavés au cœur du Sahel, les 274200 km2 du Burkina Faso s\u2019étendent sur un vaste plateau à 300 m d\u2019altitude ; le point culminant, au sud-ouest, est le Téna-Kourou (749 m).Ce pays de savanes au décor parfois triste et aride (à l\u2019est) offre toutefois une végétation variée selon les régions : steppes arbustives dans le nord au climat sahélien ; savanes arborées et forêts claires dans le centre au climat soudanien ; et au sud-ouest, où les précipitations peuvent être abondantes, forêts de type équatorial.Des trois principaux cours d\u2019eau qui coulent vers le Ghana, soit le Mouhoun (ex-Volta noire), le Nazino (ex-Volta rouge) et le Nakanbé (ex-Volta blanche), seul le premier ne se tarit pas en période de sécheresse (du 15 octobre au 15 juin).À la saison des pluies, qui s\u2019étale sur l\u2019autre moitié de l\u2019année, les accumulations varient entre 500 mm et 1500 mm.À peu près 90% des 11 millions d\u2019habitants sont de milieu rural.Les villes importantes, outre la capitale Ouagadougou (près d\u2019un million d\u2019habitants.), sont Bobo-Dioulasso (500 000 hab.), Koudougou et Ouahigouya.Population De nombreux peuples se côtoient.Les Mossi, installés principalement au centre, représentent environ la moitié de la population burkinabé.L\u2019autre moitié se compose des Mandé, Peul, Bobo, Lobi, Dioula, Gurunsi, Sénoufo, Gourmantché et Touareg, pour former une riche mosaïque de traditions et de langues.En effet, parallèlement au français, langue officielle, se parlent le moré, le peul, le mossi, le dioula, le malinké et plusieurs autres dialectes propres aux diverses ethnies.Les religions traditionnelles (animisme) se pratiquent surtout en milieu rural, mais l\u2019islam et le catholicisme connaissent une popularité grandissante.Surpeuplé compte tenu de l\u2019aridité du Sahel, avec une densité de 40 habitants par km2, le Burkina Faso connaît une L'ACTION NATIONALE \u2022 95 croissance démographique annuelle de 2,8%.Sa population est très jeune : près de la moitié des habitants sont âgés de moins de 15 ans.Le taux d\u2019alphabétisation est peu élevé (20,7% chez les adultes), mais les efforts déployés en ce domaine dans la dernière décennie portent fruit : 4000 centres d\u2019alphabétisation sont répartis sur le territoire, où est mise en oeuvre une méthode d\u2019apprentissage du français à partir des langues nationales.Économie Le secteur agricole est le moteur principal du développement économique, employant, de près ou de loin, 85% de la population active et générant 35% du PIB.Le coton est la source de revenus la plus importante, suivi du bétail, dont l\u2019élevage se fait presque exclusivement dans le Nord où est absente la mouche tsé-tsé qui fait des ravages ailleurs.L\u2019aridité du climat rend difficiles les cultures vivrières (mil, sorgho, maïs), mais l\u2019inondation des vallées de la Volta noire permet d\u2019y cultiver le riz.L\u2019activité minière (or, antimoine, manganèse, beauxite, cuivre), quoique faible et souffrant d\u2019un manque d\u2019investissements, est en expansion ; le chemin de fer reliant Abidjan à Ouagadougou a été prolongé jusqu\u2019à Tambao afin de permettre l\u2019exploitation de gisements de manganèse.Car le gros problème du pays est son enclavement : Ouagadougou est à 1000 km du port d\u2019Abidjan, par où partent les minerais et arrivent la plupart des produits importés.La construction de deux barrages a été entreprise en 1998 pour améliorer la production énergétique et augmenter les réserves hydrauliques.Bien qu\u2019ayant enregistré une hausse dans sa croissance économique des dernières années, le Burkina Faso, aux richesses naturelles peu nombreuses, demeure un des pays les plus pauvres avec un PIB (produit intérieur brut) par habitant de 1010 $US; il est classé au 171e rang (sur 174) de l'Indice de développement humain établi par l\u2019ONU (rapport 96 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 1999).Plusieurs pays africains unissent toutefois leurs ressources afin de favoriser leur développement économique : ainsi, le traité de l\u2019OHADA, espace juridique regroupant seize États dont le Burkina Faso, a pour but de contrer l\u2019instabilité judiciaire généralisée chez les opérateurs économiques en mettant en place un \u201cdroit harmonisé des affaires».L\u2019UEMOA (Union économique et monétaite ouest-africaine) vise quant à elle l\u2019assainissement budgétaire des pays membres, l\u2019harmonisation de la fiscalité et l\u2019élaboration d\u2019un marché commun.Le Burkina Faso bénéficie aussi d\u2019une initiative du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale pour l\u2019allègement de la dette multilatérale.Malgré sa pauvreté, il est l\u2019un des pays les plus respectés en raison de sa réputation d\u2019intégrité et d\u2019honnêteté, ce qui n\u2019est pas toujours le cas en Afrique noire.Histoire Les premiers royaumes L\u2019histoire du peuplement se confond avec celle des royaumes mossi, fondés au XIIe siècle.Ces royaumes formaient des sociétés organisées qui sont restées très puissantes jusqu\u2019à la fin du XVIIIe siècle.Celui de Ouagadougou (fondé au XVe s.), basé sur une monarchie stable et centralisée que dirigeait le mogho naba (homme à la fois roi et magicien), était l\u2019un des plus importants.Celui de Bobo-Dioulasso fut créé à la même époque par les Dioula.Ne voulant en aucun cas partager leur pouvoir, les rois mossi s\u2019opposèrent toujours à l\u2019unification du pays, même après que l\u2019Empire Songhay eut établi sa domination sur la boucle du Niger.Leurs royaumes se désagrégèrent progressivement tout au long du XIXe siècle en raison de luttes internes, de l\u2019introduction de l'islam et de l\u2019arrivée des armées coloniales, jusqu\u2019à la chute définitive de l\u2019Empire à la fin du XIXe siècle.L'ACTION NATIONALE \u2022 97 La période coloniale En 1895 est créé le gouvernement général de l\u2019AOF (Afrique occidentale française), qui va coordonner la conquête.Sur le territoire de l\u2019actuel Burkina Faso, la lutte se joue entre Allemands, Britanniques et Français.Ces derniers veulent s\u2019emparer de la boucle du Niger afin de relier en un seul grand territoire toutes leurs colonies d\u2019Afrique centrale, occidentale et septentrionale.Le Français Monteil, en 1890, s\u2019était déjà vu refuser par le mogho naba une offre de traité de protectorat; en 1897, les Français s\u2019emparent par la force de Ouagadougou, devançant ainsi les Anglais dans la course vers la conquête.Durant toute la période coloniale, ils s\u2019occuperont peu du développement du pays, qui servira surtout de \u2022\u2022 réservoir de main-d\u2019œuvre - pour les plantations et pour le recrutement militaire des deux guerres mondiales.En 1919, l\u2019ensemble du pays devient une colonie indépendante sous le nom de Haute-Volta, avec Ouagadougou pour chef-lieu.Son premier gouverneur, qui restera en fonction jusqu\u2019en 1927, est Frédéric Charles Édouard Alexis Hesling.En 1932, la colonie est abolie et le territoire partagé entre le Niger, le Soudan (actuel Mali) et la Côte d\u2019ivoire.La décennie qui suit voit se démanteler une grande partie des réalisations de la période précédente, qu\u2019il s\u2019agisse des structures administratives ou de certains équipements publics telles l\u2019imprimerie et l\u2019école régionale.Le pays renaît en 1947 à la suite d\u2019une loi pour la reconstitution de la Haute-Volta : la France espère ainsi contrer les avancées du RDA (Rassemblement démocratique africain), qui prône l\u2019évolution du statut des colonies.Ses limites territoriales restent les mêmes que celles qui existaient lors de sa suppression en 1932.C\u2019est dans cette conjoncture qu\u2019émerge un mouvement nationaliste dont les germes existaient depuis les débuts de la colonisation.À la tête du Parti démocratique unifié, représentant du RDA en Haute-Volta, Ouezzin Coulibaly et Maurice Yaméogo œuvrent pour que 98 \u2022 L'ACTION NATIONALE le pays accède à une plus grande autonomie ; déjà, en 1944, la Conférence de Brazzaville accordait plus de pouvoir décisionnel aux Africains des colonies ; mais cette timide participation à la vie politique ne suffit pas à satisfaire leurs aspirations de réappropriation du pays.La loi-cadre de 1956 permet la formation d\u2019un Conseil de gouvernement dont Coulibaly est le vice-président.En 1958, la République est proclamée ; Coulibaly meurt à Paris, Yaméogo lui succède.Il devient le premier président de la Haute-Volta lorsque l\u2019indépendance est officiellement déclarée le 5 août I960.Le 20 septembre de la même année, le pays est admis au sein des Nations unies.De la Haute-Volta au Burkina Faso L\u2019indépendance n\u2019entraîne pas une rupture immédiate avec la puissance coloniale.Dans les années qui ont suivi, la priorité était de trouver un certain équilibre sur les plans diplomatique, politique et économique.Le problème majeur était de concilier le pouvoir traditionnel et le pouvoir moderne ; graduellement, les anciens chefs ont perdu les nombreux privilèges qui leur avaient été accordés pendant l\u2019occupation française.En 1962, la Haute-Volta participe à la constitution de l\u2019Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ainsi qu\u2019à la création de l\u2019Organisation de l\u2019unité africaine (OUA).Malgré ces initiatives, le pays souffre de la mauvaise gestion financière opérée par un gouvernement autoritaire ; Yaméogo est fortement critiqué et de multiples révoltes ponctuent son règne, jusqu\u2019au coup d\u2019État de 1966 qui le contraint à démissionner.Le lieutenant-colonel Sangoulé Lamizana prend alors le pouvoir.Il restera à la tête de la nation pendant les quatorze années suivantes, tentant de redresser la situation économique de la région.L\u2019histoire politique de ce jeune pays est marquée par de nombreux coups d\u2019État.En 1980, le colonel Saye Zerbo, du L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 99 Comité militaire de redressement pour le progrès national, renverse le président Lamizana.Il est lui-même destitué de ses fonctions deux ans plus tard lors du coup d\u2019État des jeunes officiers du Conseil du Salut du peuple, représenté par Jean-Baptiste Ouedraogo.Deux philosophies différentes s\u2019opposent au sein de ce parti : le nouveau président prône un retour à la vie constitutionnelle alors que son premier ministre, Thomas Sankara, voudrait que le pays s\u2019engage dans une voie progressiste.La crise prend de l\u2019ampleur lorsque Sankara et ceux qui le soutiennent sont emprisonnés : des manifestations sont alors organisées pour réclamer leur libération, qui leur sera finalement accordée.Mais cette décision survient trop tard : l\u2019État est divisé et, en 1983, le Conseil national de la Révolution est proclamé.Présidé par Thomas Sankara, il compte trois autres «chefs historiques de la Révolution»: Biaise Compaoré, Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo.Une nouvelle ère commence pour la Haute-Volta.En 1984, son nom change pour celui de «République populaire et démocratique du Burkina Faso», le «pays des hommes intègres ».Une réorganisation sociale est entreprise pour lutter contre la corruption et confier le pouvoir aux classes populaires.Le Burkina Faso se fait connaître au niveau international et devient un modèle pour les progressistes.Cependant, le régime est sévère et le peuple commence à gronder; des frictions apparaissent à nouveau au sein du Parti et divisent les titulaires du pouvoir.Sankara est assassiné en 1987.Biaise Compaoré, numéro deux du gouvernement, lui succède.La Constitution de 1991 instaure le multipartisme et les élections de 1992 confortent Compaoré à la tête de l\u2019État.Son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès, remportera de nouveau les élections de 1997.Couronné d\u2019un prestige humanitaire, son régime, que l\u2019on croyait jusqu\u2019à récemment solidement établi, est toutefois ébranlé par l\u2019assassinat, en décembre 1998, d\u2019un journaliste célèbre qui 100 \u2022 L'ACTION NATIONALE mettait à jour et dénonçait des «magouilles» politiques et financières.Le soutien du Burkina Faso au régime militaire du Niger, malgré l\u2019assassinat de Baré Maïnassara en avril 1999, a renforcé le mouvement de contestation qui sévit actuellement dans le peuple burkinabé.Cette mobilisation collective poussera peut-être le régime à un nouveau redressement pour éviter au pays d\u2019entrer dans une autre période de chaos politique.BURKINA FASO - EN BREF XIIe s.Fondation des royaumes mossi sur le territoire de l\u2019actuel Burkina Faso.1895\tCréation du gouvernement général de l'Afrique occidendale française (AOF).1897\tOccupation de l\u2019ensemble du pays par les Français.1919\tDécret instituant l'indépendance de la colonie sous le nom de Haute-Volta, avec Ouagadougou comme chef-lieu.1932\tDémantèlement de la colonie et partage du territoire entre la Côte d\u2019ivoire, le Soudan (Mali) et le Niger.1947\tRenaissance de la Haute-Volta après le vote, en France, d'une loi pour sa reconstitution.1960 (5 août) Proclamation de l\u2019indépendance de la Haute-Volta; Maurice Yaméogo en est le premier président.1962-1963 Création de l\u2019UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) et de l\u2019OUA (organisation de l\u2019unité africaine).1966-1980 Gouvernement militaire de Sangouré Lamizana.Thomas Sankara à la tête du pays.La Haute-Volta devient la République démocratique du Burkina Faso.1987\tAssassinat de Sankara et prise du pouvoir par Biaise Compaoré.1991\tNouvelle Constitution restaurant le multipartisme.1992\tCompaoré élu aux élections présidentielles, réélu en 1997.L'ACTION NATIONALE \u2022 101 Culture Théâtre et cinéma, le FESPACO La vie culturelle du Burkina Faso se distingue par de multiples festivals dans les sphères du théâtre et du cinéma, riches en auteurs et en réalisateurs.Pensons seulement au Festival international de théâtre pour le développement et au Festival international de théâtre et de marionnettes.Le théâtre, après une quasi-absence dans les années 70, connaît un regain de popularité avec Théophile Moussa Sowie, Prosper Kompaoré et Jean-Pierre Guingané.Ouagadougou est renommé internationalement pour son FESPACO (Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou), qui a lieu tous les deux ans depuis 1969- Cette manifestation est devenue une rencontre de première importance qui attire des cinéastes et des critiques du monde entier pour suivre l\u2019évolution du cinéma africain.L\u2019aspect populaire de l\u2019événement se reflète à travers la tradition d\u2019offrir aux Ouagalais des projections gratuites sur grand écran, place de la Révolution.D\u2019ailleurs, le Burkina Faso se démarque des autres pays d\u2019Afrique : il est pratiquement le seul à diffuser des films africains en salle et hors festival.En 1995, la première cinémathèque du continent a ouvert ses portes à Ouagadougou.Idrissa Ouedraogo, récipiendaire de plusieurs prix, est le réalisateur burkinabé le plus connu ; disciple de Gaston Kaboré ÇWendRuuni, 1982), on lui doit entre autres Yaaba, Tilaï et Le Cri du cœur.Littérature En littérature, le genre romanesque est peu florissant.Tardive pour l\u2019Afrique noire, la première grande œuvre littéraire, Crépuscule des temps anciens, parue en 1962, a connu pourtant un grand succès ; son auteur, Nazi Boni, y dépeint l\u2019Afrique précoloniale avec de nombreux emprunts à la culture traditionnelle et à l\u2019oralité.Dans les deux décen- 102 \u2022 L'ACTION NATIONALE nies suivantes, quelques autres écrivains ont publié mais sans marquer notablement la littérature : Étienne Sawadogo, Kolin Noaga, Augustin Sondé Coulibaly.Une nouvelle génération de romanciers émerge dans les années 80 avec Yodi Karone (Le Bal des caïmans), Pierre-Claver Ilboudo CAdama), Patrick G.Ilboudo {Le Héraut tétü) et Ansomwin Ignace Hien {L\u2019Enfer au Paradis').La production poétique est en revanche abondante, marquée surtout par l\u2019œuvre de Frédéric Pacéré Titinga, qui a remporté en 1982 le Grand Prix littéraire de l\u2019Afrique noire pour Poèmes pour l\u2019Angola et La Poésie des griots.Mentionnons aussi Jacques Prosper Bazié et Bernadette Dao, de jeunes poètes talentueux qui ont déjà publié plusieurs recueils.Dans ces diverses formes de littérature, tout comme en théâtre et en cinéma, un thème cher aux Burkinabé demeure la difficile conciliation entre tradition et modernité En marge de ces œuvres de fiction, s\u2019inscrit un ouvrage important qui fait date dans l\u2019histoire littéraire du pays : il s\u2019agit de la monumentale fresque historique de Joseph Ki-Zerbo, Histoire de l\u2019Afrique noire, pâme chez Hatier en 1971.La Poésie des griots La poésie est représentative de toute la vie burkinabé oscillant entre la tradition et la modernité, la coutume et la démocratie.Frédéric Pacéré Titinga tente d\u2019exprimer dans l\u2019écrit la tradition orale de son pays incarnée par les griots, ces poètes musiciens dépositaires de la mémoire en Afrique.S\u2019inspirant toujours de son village natal, Manéga, l\u2019auteur chante le pays mossi sur un rythme de tam-tam caractéristique.L'ACTION NATIONALE \u2022 103 \u2022\u2022Je reviendrai» [tiré du recueil La Poésie des griots (1982)] Demain est dans ma case Rafraîchie par le départ ; Demain Demain Est dans ma case Conservée par le cœur de l\u2019Anciens ; Demain Demain Est pour Demain.Homme Hommes des castagnettes Il reste Le tam-tam Des grands commencements.Hommes de Manéga Je suis Le tam-tam Des grandes saisons.[On peut consulter ROUCH, Alain et CLAVREUIL, Gérard, Littératures nationales d\u2019écriture française ; Afrique noire, Caraïbes, Océan Indien.Histoire littéraire et anthologie, Paris, Bordas, 1986.] 104 \u2022 L'ACTION NATIONALE L'Année francophone internationale édition 2000 présente le panorama de l\u2019espace francophone le plus complet à l\u2019heure actuelle dans toute la francophonie.Cet ouvrage de plus de 400 pages se divise en trois parties : Éditorial ; Pays et régions ; Idées et événements.Pour chacun des pays traités dans la seconde partie le lecteur pourra prendre connaissance des faits marquants de l\u2019année dans les domaines suivants : politique, économie, société, culture, sports et une bibliographie, souvent commentée, des plus importantes parutions en français dans chacun de ces pays.La troisième partie traite quant à elle des grands courants de pensée ayant animé la Francophonie ainsi que des principales organisations internationales qui y œuvrent.Grâce à l\u2019implication de plus de 200 collaborateurs, la\t~ plupart d'entre eux étant d\u2019éminents universitaires bénéficiant d\u2019une reconnaissance internationale, L 'Année francophone internationale est un ouvrage de référence incontournable 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l\u2019ordre de L\u2019Année francophone internationale.L'ACTION NATIONALE \u2022 105 UN ATOUT SfcONOMIE I QUÉBEC loto-québec 106 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le Bulletin du lundi « On ne s'entendplus venir au monde - Michel Garneau Enfin une vraie bataille !!! Le gouvernement du Québec, qui donne trop souvent l\u2019impression de s\u2019enliser dans la gestion courante des affaires «provinciales», vient enfin de se donner un premier vrai rendez-vous.La position du ministre Bernard Landry à l\u2019égard du plan de restructuration des bourses canadiennes est courageuse et mobilisatrice.Il importe, en effet, que le Québec conserve les outils essentiels au soutien de son dynamisme économique.Il n\u2019y a aucune voie d\u2019avenir à consentir à la succursalisation de l\u2019économie du Québec.La reproduction des « Bulletins du lundi » est ici présentée pour le bénéfice des abonnés qui ne les reçoivent pas par courrier électronique.Pour vous abonner et ainsi recevoir notre bulletin dans votre courriel, visitez notre site Internet: http://www.action-nationale.qc.ca L'ACTION NATIONALE \u2022 107 Il ne manquera pas de bien-pensants pour reprendre les arguments torontois et soutenir avec la conviction de qui sait lire l\u2019avenir qu\u2019il vaut mieux laisser la proie pour l\u2019ombre et renoncer à ce qui existe pour éventuellement cueillir ce que Toronto nous prédit.On n\u2019abandonne pas ce qu\u2019on contrôle sur la simple promesse d\u2019un potentiel à venir : on prend appui sur ce qu\u2019on maîtrise pour mieux définir sa position à l\u2019égard de ce qui est en émergence.Le plan de restructuration des bourses canadiennes propose à la Bourse de Montréal un avenir radieux mais pour lequel il n\u2019y a aucun filet de sécurité.Si la vision canadienne est erronée, l\u2019économie québécoise se trouvera doublement pénalisée : elle sera privée des fruits attendus et elle aura été dépouillée d\u2019un instrument essentiel.C\u2019est vrai que le monde financier est en transformation profonde.Mais ce n\u2019est pas une raison pour renoncer à garder au Québec des outils qui pourront évoluer en fonction de nos intérêts nationaux.Si tant est qu\u2019il faille s\u2019adapter aux réalités de la mondialisation, encore faut-il le faire en affirmant notre originalité et non pas en diluant nos acquis et en renonçant à toute prise sur nos institutions.Pour prendre sa place dans le monde le Québec doit miser sur ses forces et construire sur les acquis de sa différence et non pas chercher à se conformer au rôle que voudrait lui faire jouer Toronto.L\u2019économie québécoise repose sur le dynamisme exceptionnel de ses PME : leur fermer la Bourse et les mettre à la merci de l\u2019Ouest canadien, c\u2019est accepter de laisser se définir ailleurs les synergies nécessaires à leur épanouissement.C\u2019est également réduire et diluer les pouvoirs du Québec en matière de réglementation alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une compétence relevant des provinces : le développement de l\u2019économie québécoise ne gagnera rien de la dilution du rôle de la Commission des valeurs mobilières du Québec La Bourse de Montréal, L\u2019Action nationales été la première à le faire réaliser au grand public, est une institution contrôlée par Toronto.Dans sa forme actuelle, elle est une 108 \u2022 L'ACTION NATIONALE incongruité, un facteur de distorsion dans la cohésion économique québécoise.La décision de Bernard Landry a été fort mal accueillie par ses gestionnaires, dévoués, comme il se doit, aux intérêts de leurs employeurs torontois.Il est probable qu\u2019au cours des prochaines semaines les événements se précipitent : le ton du communiqué émis par la Bourse de Montréal en réaction à l\u2019annonce de M.Landry n\u2019était pas celui de la coopération.C\u2019est clair, Toronto est tenté par le coup de force.Le milieu des affaires québécois doit se mobiliser, c\u2019est à lui, au premier chef, que profitera l\u2019issue de la bataille.Mais Bernard Landry doit tout mettre en œuvre pour faire de cet enjeu une occasion de pédagogie politique.Le dossier de la Bourse est une occasion exceptionnelle de faire comprendre à l\u2019ensemble des Québécois et Québécoises que le développement économique du Québec a ses exigences propres et que notre intérêt national ne peut être bien servi que par la pleine maîtrise de nos instruments de développement.Le ministre de l\u2019Économie et des Finances doit prendre le bâton de pèlerin et expliquer en quoi le combat qu\u2019il mène engage l\u2019avenir.Il doit faire comprendre à l\u2019ensemble des citoyens que, derrière les arguments techniques et le jargon des spécialistes, se camoufle une vision du Québec qui subordonne son développement aux impératifs torontois.Si les dirigeants actuels de la Bourse de Montréal refusent d\u2019adapter leur projet aux besoins de l\u2019économie québécoise, il est clair que le gouvernement et les milieux d\u2019affaires devront se battre, tout mettre en œuvre pour doter le Québec d\u2019une Bourse des PME dont la structure de propriété et les règles de fonctionnement seront mieux accordées aux intérêts de notre économie.En ces matières comme dans les autres, le Québec doit être maître de ses moyens.Robert Laplante Bulletin du 11 octobre 1999 L\u2019ACTION NATIONALE *109 Fragile en sa demeure Le gouvernement du Québec n\u2019a plus qu\u2019un simulacre de législation linguistique.La loi 101 est en lambeaux.Les Québécois ont du mal à se faire à l\u2019idée et ils sont encore bien tentés de se payer de mots, de se gaver de symboles creux en essayant de se faire croire que la Charte de la langue française a encore une quelconque efficacité.La réalité, c\u2019est que le travail de sape constant dont les législations linguistiques ont fait l\u2019objet a atteint son but ; les multiples restrictions que les tribunaux ont imposées aux volontés du gouvernement québécois démocratiquement élu ont transformé la Charte en une vulgaire collection d\u2019articles tronqués, de principes émasculés et de règles galvaudées.Le jugement de Granby ne fait que rappeler encore une fois que nous sommes en sursis dans les structures politiques actuelles.Il y a des limites à toujours consentir à se justifier d\u2019exister.Passe encore que le gouvernement du Québec soit obligé de reconnaître l\u2019efficacité de la stratégie fédérale ; passe encore que ses ministres tendent l\u2019autre joue en endurant les insultes d\u2019Alliance-Québec et la démagogie du Parti Égalité ; passe encore que l\u2019écho médiatique répercute encore la tentation démissionnaire de ceux-là qui voudraient bien qu\u2019on mette la question sous le boisseau en prétextant une « paix linguistique » qui n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019acceptation et la minimisation de tous les reculs.Mais de là à voir un gouvernement, souverainiste de surcroît, se laisser placer sur la défensive, il y a de quoi rester totalement médusé devant notre extraordinaire capacité d\u2019auto-dénigrement et de ce qu\u2019on désigne si bien dans la langue de Durham : le « self-defeating.» Timorés jusqu\u2019à la bêtise et l\u2019insignifiance, rongés par la culpabilité d\u2019exister et obsédés du désir névrotique de plaire à nos maîtres, allons-nous toujours recommencer?La cause est pourtant entendue : le Canada, les Canadiens ne toléreront notre présence que dans le folklore et les symboles 110 \u2022 L'ACTION NATIONALE creux.La Loi sur les langues officielles du Canada constitue l\u2019ultime concession.Il n\u2019y a rien de plus à attendre, rien de plus à gagner.Tout le reste est affaire de consentement à l\u2019impuissance et de tergiversations velléitaires.L\u2019optimisme de commande et les déclarations rassurantes sur la situation actuelle du français sonnent aussi faux que les airs joyeux sifflés par des angoissés traversant un cimetière.Le gouvernement du Québec n\u2019a qu\u2019une seule chose à faire : restaurer intégralement la Charte de la langue française.Et c\u2019est ce qu\u2019il aurait dû répondre immédiatement au lieu de se laisser entraîner sur le terrain de l\u2019adversaire et se perdre en arguties à propos de la Cour suprême.Il est évident que cette solution ne pourra être que temporaire puisque jamais l\u2019État canadien ne renoncera à la minorisation de notre peuple et qu\u2019il mettra tout en oeuvre pour invalider une autre fois toute initiative visant à réaffirmer le caractère français du Québec.Seule l\u2019indépendance nous assurera que la volonté démocratique du Québec sera respectée.Prétendre le contraire ou agir sans tenir compte de cette donnée fondamentale, c\u2019est s\u2019abuser sur la signification véritable de l\u2019imposition d\u2019une constitution qui ne nous reconnaît pas comme peuple.Le jeu des forces continentales ne cessera, par ailleurs, jamais d\u2019exercer d\u2019impitoyables pressions sur notre identité.Une poussière sur le continent, une incongruité qui ne cessera d\u2019être agaçante pour les forces de l\u2019uniformisation, tel est notre destin.Rien ne nous sera jamais acquis.Ceux qui voudraient se convaincre qu\u2019un jour le confort et la sécurité deviendront des caractéristiques de notre aventure collective se contemplent dans un miroir aux alouettes.Nous sommes condamnés à réinventer sans cesse les conditions de notre existence.L\u2019indépendance ne fera que nous donner des moyens plus efficaces pour assumer notre condition, pour le faire avec des outils susceptibles de nous permettre de tirer le meilleur parti d\u2019une précarité en quelque sorte consubstantielle à notre devenir.Une minorité vit, par défi- L\u2019ACTION NATIONALE «111 nition, dans l\u2019espace du compromis.Une majorité en prise sur son destin vit dans celui du risque et de l\u2019invention L\u2019écran canadien nous empêche de bien saisir la donne puisqu\u2019il nous empêche de bien lire nos intérêts nationaux.L\u2019indépendance nous permettra d\u2019exercer une meilleure vigilance.Mais toujours, le peuple québécois restera fragile en sa demeure.Robert Laplante Bulletin du 25 octobre 1999 Un love-in vice-royal Les résultats du référendum de 1995 ont eu sur la population et l\u2019État canadien l\u2019effet d\u2019un véritable électrochoc.La Canada a eu peur.Sa classe politique a décidé que plus jamais le Québec ne lui fera un coup pareil.Finie la tolérance à l\u2019égard des provinciaux geignards.La condescendance agacée, la valeur centrale de la culture politique Canadian à l\u2019égard du Québec depuis 1867, a désormais fait place au ressentiment.Le dominant, drapé dans toute la suffisance de celui qui peut toujours faire jouer pour lui les règles d\u2019une majorité qui lui permet de donner un vernis démocratique à son mépris de la minorité, a décidé d\u2019en finir.La classe politique canadienne a désormais fait consensus à l\u2019égard du Québec.Il n\u2019est plus question qu\u2019elle se divise dans des débats sur les modalités d\u2019une politique d\u2019accommodement du Québec : désormais, c\u2019est take it or leave it, what you get is what you see.Les fanfaronnades de Stéphane Dion autour du Plan B n\u2019auront été qu\u2019une manifestation bien superficielle de cette politique du ressentiment.L\u2019arrogance totale et constante du gouvernement Chrétien, ses empiétements sur les compétences québécoises et, surtout, la manière de plus en plus 112 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE tranchée avec laquelle il méprise l\u2019Assemblée nationale du Québec témoignent d\u2019un changement important dans le style de la gouverne.Un changement cautionné et applaudi par les médias anglophones pour qui le Québec bashing et la chasse aux séparatistes se confondent avec ce qu\u2019ils présentent comme une lecture objective des intérêts nationaux Canadian.Comme toujours, les médias francophones, dans leur ensemble, restent timorés et d\u2019un laxisme qui confine à la lâcheté devant des charges d\u2019intolérance qu\u2019ils traitent à la pièce et se refusent à considérer comme autre chose que des anecdotes et des événements isolés.Le ressentiment Canadian vient pourtant de changer de visage avec la nomination d\u2019Adrienne Clarkson (et de John Saul, puisque le couple branché de Toronto nous offre un Deux pour un) au poste de gouverneur général.À même les 50 millions de dollars qu\u2019il en coûtera aux contribuables, la représentante de la Reine se lance à fond de train dans une opération de propagande dirigée d\u2019abord sur le Québec.On avait l\u2019habitude de considérer le poste de gouverneur général comme une vieillerie qui faisait plaisir aux monarchistes tout en étant l\u2019expression de la nature profondément anti-républicaine de la structure politique Canadian.Illustration typique d\u2019un régime d\u2019indirect rule qui fonctionne en distribuant les privilèges aux élites, le poste était plutôt considéré comme un instrument de patronage par lequel le gouvernement récompensait les fidèles serviteurs du parti au pouvoir.C\u2019est encore cela, c\u2019est encore une façon de distribuer les prébendes.Mais il faut reconnaître à Jean Chrétien le mérite d\u2019avoir saisi toute l\u2019importance d\u2019élargir au monde médiatique et de la culture le cercle des élites à faire saliver.(Jean-Louis Roux et Roch Carrier auront été de véritables précurseurs !) En nommant Clarkson/Saul dans une fonction qu\u2019ils se sont eux-mêmes empressés de définir et de mettre au service du nation building Canadian, Jean Chrétien vient de faire muter la politique du ressentiment.Désormais, le cou- L'ACTION NATIONALE «113 pie vice-royal va s\u2019occuper de mettre à sa place la culture québécoise en l\u2019engluant dans un écrin symbolique et un environnement institutionnel Canadian.Le ressentiment va trouver sa formulation positive : la culture québécoise, Clarkson/Saul vont chercher à la digérer par l\u2019extérieur, à se l\u2019annexer à grand renfort de colloques prestigieux, de cock-tails-entre-gens-du-monde et de prix du gouverneur général qui salueront les \u201cbâtisseurs de la nation».Que les créateurs québécois le veuillent ou non, le Canada a désormais décidé de payer des gens à temps plein - en grand nombre et à bon salaire - pour saper la dynamique identitaire québécoise en enrobant ses institutions et ses réalisations.Comme ces organismes qui ont la faculté de digérer leur proie en les enveloppant de leur estomac, le Canada met en place une machine à imposer sa lecture de la culture québécoise.La nomination de Clarkson/Saul constitue la traduction institutionnelle du love-in de l\u2019automne de 1995.Ils nous aiment, ils vont nous dire qui nous sommes vraiment.Ils vont nous expliquer à nous-mêmes sans l\u2019interférence des séparatistes.Un groupe d\u2019écrivains, dans un texte paru dans Le Devoir du 29 octobre, en appelait au boycott sinon au sabotage symbolique des prix du gouverneur général.On ne peut qu\u2019espérer qu\u2019ils seront entendus.La conquête vient de se transporter sur le territoire de l\u2019âme.Robert Laplante Bulletin du 1er novembre 1999 114 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, Président 125, rue Alfred St-Gabriel-de-Brandon (Québec) JOK 2N0 Tél.: 1 800 567-9771 it stuvices unanchu.lil uLTimn Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d\u2019assurances 3925, rue Rachel Est, bur.200 Montréal H1X 3G8 Tél.: (514) 899-5377 /hfee la employé (e)i bc la (^6., la oeute aux miueuw, c at uou! ta iouücMiueté, c'ett oui! fSFMB Syndical des emPloyé(e)s de magasins et de bureaux de la SAQ 1065, rue St-Denis, Montréal H2X 3J3 \u2022 Téléphone: (514) 849-7754 QjîrNk extérieur de Montréal 1-800-361-8427 \u2022 Télécopieur:(514) 849-7914 Jean-Nicolas Brousseau Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boul.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal (Québec) H3B 1S6 Tél, : (514) 879-3900 TRANSLATEX .Communications' RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone: (450) 463-0204\u2022 Télécopieur: (450) 463-0227 L'ACTION NATIONALE «115 Marc Veilleux Imprimeur «c.*Livres (200 à 10 000 exemplaires) * Manuels techniques *Listes de prix *Rapports internes *Catalogues *Listes de membres et *Rapports annuels et *Dépliants *Brochures 1340, rue Gay-Lussac, section 4, Boucherville, Qc J4B 7G4 Tél.: (450)449-5818 Fax : (450)449-2140 À J ^ I \\ SOCIÉTÉ I k V k\\ NATIONALE I I I b \\ D\u2019ASSURANCE UNE FILIALE D\u2019OPTIMUM GÉNÉRAL INC.425, boul.de Maisonneuve Ouest Bureau 1500 Montréal (Québec) H3A 3G5 (514) 288-8711 116 \u2022 L'ACTION NATIONALE Lectures Nous AVONS reçu : Éric Amyot Le Québec entre Pétain et De Gaulle, Vichy, la France libre et les Canadiens français, 1940-1945, Fides, 1999, 370 p.Roland Arpin La fonction politique des musées, Fides, 1999, 44 p.Chantal Bouchard On n\u2019emprunte qu\u2019aux riches, La valeur sociolinguistique et symbolique des emprunts, Fides, 1999, 40 p.Bruno Bouchard Trente ans d\u2019imposture, Le Parti libéral du Québec et le débat constitutionnel, vlb éditeur, 1999, 166 p.CSé Gérard Bouchard, John A.Dickinson, Joseph Goy (sous la direction de,) La nation québécoise au futur et au passé, vlb éditeur, 1999, 160 p.L'ACTION NATIONALE «117 MA Pierre Bourgault La résistance, écrits polémiques, Tome 4, vlb éditeur, 1999, 448 p.M\\ Patrice Dallaire Regard sur l\u2019Acadie et ses rapports avec le Québec, Éditions d\u2019Acadie, 1999, 219 p.Jacques David 2000 ans d\u2019histoire, Les hommes qui ont fait l\u2019histoire, Les événements qui en ont marqué le sens, Les éditions de l\u2019étoile polaire, 1999, 316 p.Pierre Falardeau Les boeufs sont lents mais la terre est patiente, VLB éditeur, 1999, 240 pages Louis V.M.Fontaine La mémoire du scoutisme, dictionnaire des hommes et des thèmes et des idées, Publications L.F., Duquesne Diffusion, France, 1999, 358 p.Gilles Gallichan Les Québécoises et le barreau, L\u2019histoire d\u2019une difficile conquête, 1914-1941, Septentrion, 1999, 249 p.MA Louis-Hippolyte Lafontaine fournal de voyage en Europe, 1837-1838, Les cahiers du Septentrion, 1999, 154 p.MA Yvan Lamonde et Claude Corbo Le rouge et le bleu, Une anthologie de la pensée politique au Québec de la conquête à la Révolution tranquille, P.U.M.1999, 586 p.\\^TA Hypolite Lanctôt Souvenirs d\u2019un patriote exilé en Australie, Les cahiers du Septentrion, 1999, 220 p.MA Camille Laurin Une traversée du Québec, L\u2019Hexagone, 192 p.118 \u2022 L'ACTION NATIONALE Jean Loiselle Daniel Johnson, Le Québec d\u2019abord, vlb éditeur, 1999, 272 p.Jean-François Malherbe Compromis, dilemmes et paradoxes en éthique clinique, Fides, 216 p.Denis Monière Démocratie médiatique et représentation politique, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1999, 138 p.Stéphane Paquin L\u2019invention d\u2019un mythe, Le pacte entre deux peuples fondateurs, vlb éditeur, 1999, 171 p.André Payette Un journaliste se raconte, vlb éditeur, 1999, 267 p.fex Michel Seymour La nation en question, L\u2019Hexagone, 1999, 206 p.Revue d'histoire de l'Amérique française Médecine, Santé et sociétés, volume 53, n°l, été 1999, 167 p.Paul-Émile Roy Lectures québécoises et indépendance, Éditions du Méridien, 1999, 203 p.Reed Scowen Le temps des adieux, Plaidoyer pour un Canada sans le Québec, vlb éditeur, 1999, 197 p.Ismène Toussaint Les chemins secrets de Gabrielle Roy, Témoins d\u2019occasion, Stanké, 1999, 289 p.Rodrigue Tremblay Les grands enjeux politiques et économiques du Québec, Éditions Transcontinental, 1999, 339 p.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 119 FORCES Forces rend hommage à L'Action nationale.L\u2019Action nationale est une revue d\u2019idées.Depuis 1917, elle brasse des idées.Sans argent, elle accomplit une œuvre dont l\u2019importance n\u2019est pas mesurable.Revue de documentation économique et culturelle 500, rue Sherbrooke Ouest, bureau 1270 Montréal (Québec) H3A 3C6 120 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Comptes rendus de lecture Frédéric Bastien Relations particulières \u2014 La France face au Québec après de Gaulle, Boréal, 1999, 423 pages Un ouvrage incontournable.Un livre qui doit occuper une place prépondérante dans les bibliothèques du Québec.Rédigé dans un style vivant et dynamique qui sait conserver l\u2019intérêt du lecteur jusqu\u2019à la fin.Fruit de recherches laborieuses, le livre de Frédéric Bastien, journaliste et diplômé de l\u2019Institut universitaire des hautes études internationales de Genève, constitue une véritable somme des rapports entre la France et le Québec depuis le fameux «Vive le Québec libre» de 1967.Nous savions déjà tout le soutien que le Général de Gaulle a voulu donner, en pleine Révolution tranquille, à la cause du Québec.Son geste parmi les plus importants de toute notre histoire, ne fut pas spontané.Il connaissait le drame des Canadiens français depuis longtemps.Martial de la Fournière, qui fut, entre autres, conseiller diplomatique à L\u2019ACTION NATIONALE *121 Matignon et archiviste, nous a confié, peu avant sa mort, que De Gaulle dès les années quarante a écrit à Maurice Duplessis afin de le sensibiliser davantage à l\u2019importance de la nomination d\u2019évêques canadiens-français dans les diocèses de la Nouvelle-Angleterre.Un quart de siècle avant son voyage historique, ce grand libérateur de peuple s\u2019intéressait activement aux Français d\u2019Amérique.De la Fournière, faisait partie de ces « Québec boys », pour reprendre exactement l\u2019expression parisienne, dont Bastien dresse intelligemment le portrait dans son livre.Les MALLEN (correspondant de la radio française au Québec pendant les années soixante et toujours très actif pour le Québec), les DENIAU (député à Paris, initiateur de la Francophonie), les DORIN (qui fut ambassadeur et haut fonctionnaire), les JURGENSEN (diplomate de carrière qui subit le racisme anti-français au Château Frontenac), les ROSSILLON (fonctionnaire de la Coopération, grand défenseur des langues et des culture latines) sans oublier BOUSQUET (ambassadeur à Ottawa apôtre du Québec) et aussi quelques autres, dont il est peut-être toujours utile de taire les noms, sont des Québécois de cœur et de tête.Pendant plus de quatre cents pages, tous les grands noms de la France moderne qui ont été sensibles à la cause du Québec nous sont brillamment présentés.Georges Pompidou dont la mémoire devra un jour être immortalisés au Québec, a personnellement pris le temps d\u2019annoter des documents provenant du Quai d\u2019Orsay afin que la France soutienne activement le Québec.Et que dire de cette photo historique sans prix, où Giscard reçoit Pierre Eliott Trudeau à l\u2019Élysée.Le Président de la République a fait installer un immense tableau figurant le Général de pied en cap à moins d\u2019un mètre du Premier ministre canadien!!! Fondamentalement, avec cet ouvrage publié chez Boréal et dont nous espérons une suite dans de grands entretiens que l\u2019auteur pourrait réaliser avec les acteurs toujours vivants de cette œuvre authentiquement française, il est désormais permis d\u2019affirmer, sans risque de se tromper et contrairement à ce que toute la presse canadienne a véhiculé depuis plus 122 \u2022 L'ACTION NATIONALE de trente ans, que la France n\u2019a jamais cessé de se préoccuper de la cause du Québec.Et que cet intérêt dépasse absolument les cadres de la partisannerie politique.Frédéric Bastien a été le premier à avoir accès aux archives de la Présidence de la République.Voilà pourquoi ses recherches l\u2019ont aussi conduit à se pencher avec rigueur sur l\u2019époque du référendum de 1995- Encore là une lumière est jetée sur un des chapitres les plus riches de l\u2019histoire québécoise du XXe siècle.Pour ces quelques raisons et pour beaucoup d\u2019autres, c\u2019est sans réserve aucune que nous recommandons la lecture de ce livre.Une des conditions gagnantes est sûrement déjà acquise.Merci à l\u2019auteur de nous le confirmer! Gilles Rhéaume Paul-Émile Roy Rêveries dans les Laurentides, Humanitas, 1998, 77 p.Essayiste, poète, critique, philosophe - quoiqu\u2019il s\u2019en défende - Paul-Émile Roy est, dans le monde des Lettres canadiennes-françaises, une voix « marginale », discrète mais bien présente, originale, essentielle à qui veut comprendre l\u2019évolution du Québec à travers l\u2019histoire de sa littérature et réciproquement.Lorsqu\u2019il ne s\u2019interroge pas sur le monde qui l\u2019entoure, il interroge son propre monde et nous livre aujourd\u2019hui, en une trentaine de poèmes en prose de grande qualité, le fruit de ses contemplations intérieures.À l\u2019opposé des Méditations sanglotantes de Lamartine au bord de son Lac et Rêveries d\u2019un promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau, traversées de pessimisme et de misanthropie, la poésie de Paul-Émile Roy célèbre la joie, le bonheur de vivre et convie le lecteur à une redécouverte de la nature.Elle puise sa source aux grands thèmes universels (la vie, la mort, la précarité de toute chose, la félicité, la tristesse, le temps, l\u2019espace, l\u2019aspiration à l\u2019infini) et se construit sur de fortes oppositions mettant en valeur la dualité des L'ACTION NATIONALE «123 êtres comme les profondes affinités physiques et spirituelles qui unissent l\u2019homme et la nature : mouvement, stabilité, éphémérité et permanence, quiétude et agitation, silence et éloquence, ombre et lumière.Certes, si on décèle çà et là des accents chers à la rhétorique du dix-neuvième siècle, Paul-Émile Roy a cependant su parfaitement adapter ce romantisme à notre sensibilité contemporaine.La clarté onirique qui baigne les poèmes d\u2019Aloysius Bertrand (1807-1841) a influencé inconsciemment des textes comme Soir, Sommeil et Nocturne mais alors que, jadis, la lune éveillait le délicat auteur de Gaspard de la Nuit «avec un mélancolique baiser», ¦¦argentant d\u2019une pluie de vers luisants les collines, les prés et les bois», ici elle « éclaire tout mais ne dévoile rien» et « introduit l\u2019homme au pays des ombres» ( Clair de lune en forêt).Nous voici donc aux antipodes des contorsions hermétiques et des abscons jeux de langage que nous assènent, à tour de recueils, certains auteurs dits «modernes» plus soucieux de marquer l\u2019absence de culture et de travail que de nous toucher.Ici, c\u2019est la poésie à l\u2019état pur.La note est juste comme le chant du rossignol que, d\u2019un gracieux trait de plume Ghislaine Raymond a posé sur sa branche, p.37.On a simplement envie de dire : « Écoutez ! » Avec une volontaire économie de moyens, dans une langue dépourvue de toute fioriture, de tout superflu, réduite à sa plus extrême nudité, le poète, qui sait « l\u2019harmonie du monde et sa musique intérieure» (Érable) dit ce qu\u2019il voit, entend, sent et ressent face à cette nature qui déroule sous ses yeux comme autant de petits tableaux peints sur papier de soie: le « bleu d\u2019éternité du lac» {Érable), la légèreté de l\u2019hirondelle {Méditation matutinalé), la fluidité de l\u2019eau, la symétrie des montagnes {Le Lac), ¦¦ l\u2019incantation de la fée lumière» {Feuillage).- A l\u2019école des arbres, des fleurs, du vent {Paradis), il nous exhorte à jouir intensément de l\u2019instant présent sans nous soucier du passé ni du futur et, pareil à la lune qui trace sa « route lumineuse» à travers branches et 124» L'ACTION NATIONALE nuages, à retrouver le chemin qui mène au cœur de soi, loin des » buildings de béton», du « beuglement des usines et des klaxons» et des « bombes à neutrons» (Paysages).Jusqu\u2019à la rencontre suprême avec le Divin qui, à la fin du recueil nous frôle de sa grâce, tel l\u2019aile de la musique qui ne cesse pas » (Invitation).Le dépouillement, la «mise à nu des mots» utilisés dans leur sens primordial, confèrent à la fois à ces textes la force concentrée des haiku japonais et la subtilité volatile des philosophies orientales.Art de vivre, tonifiant bain de fraîcheur, leçon de sagesse et d\u2019espoir, la poésie de Paul-Émile Roy se veut avant tout «invitation au voyage de l\u2019âme», appel à une réconciliation totale avec «trinité» originelle: Dieu, la nature et nous-mêmes.On sort de cette lecture l\u2019esprit apaisé et épuré.Ismène Toussaint Auteure PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire\t JE M'ABONNE\t(Taxes inclusas) Pour 1 an ?(4 N\u201c 30$), pour 2 ans ?(8 N °® 55$) NOM\tO H'HHHl -pi Lap-aux-Diamants \t ADRESSE\tPar téléphone : (418) 656-5040 Par télécopieur : (418) 656-7282 Par la poste : C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 VILLE\tPROV.\t CODE POSTAL\t TEL.: (\t)\t (Vous recevrez le prochain No: Mars, juin, septembre ou décembre)\t L'ACTION NATIONALE «125 RENDEMENT AVANTAGEUX! TALISANT 30% ADMISSIBLE TITRE DE REE ADHERER À FONDATION C'EST PARTICIPER À UNE ENTREPRISE COLLECTIVE QUI VISE À MAINTENIR ET À CRÉER DES EMPLOIS AU QUÉBEC, TOUT EN BÉNÉFICIANT D\u2019AVANTAGES FISCAUX FACILITANT L'ACCUMULATION D'ÉPARGNE POUR LA RETRAITE FORMULAIRE D'ADHESION AU : SIÈGE SOCIAL 2100, de Maisonneuve Est, Montréal (Québec) H2K 4S1 fon mcnoN LE FONDS DE DÉVELOPPEMENT A POUR LA COOPERATION c» ET L EMPLOI MAINTIEN V CREATION D'EMPLOIS INVESTISSEMENT DANS LENJRffllSE OI/EBECOISE DÉVELOPPEMENT DURABLE.,, UNE CONSCIENCE SOCIALE EN ACTION! POUR TOUT RENSEIGNEMENT Téléphoner au : 1 800 253-6665 ou (514) 525-5505 Ceci n'esi pas une offre publique de valeurs Pour de plus amples renseignements, consulter le prospectus FONDATION disponible au siège social 126 \u2022 L'ACTION NATIONALE Courrier des lecteurs Adieu mes Sœurs Dans notre monde dominé par le progrès scientifique et la technologie, nous sommes habitués à agir et à réagir en fonction d\u2019une forme de rationalisme absolument justifié.Il se fonde sur les faits qui sont observables avec les outils dont dispose la science.D\u2019autre part, celle-ci, en dépit de ses immenses progrès, reste limitée dans sa capacité de compréhension globale de l\u2019être humain confronté à un spatio-temporel quasi infini.On peut, face à cette situation, décider de rester sur le terrain plus ou moins éprouvé des faits scientifiquement observables.Mais ce comportement risque parfois aussi de se confiner dans un scepticisme stérile, pouvant se traduire par une profonde indifférence ou allergie envers tout ce qui touche de près ou de loin au métaphysique, en particulier, par exemple, au phénomène des religieuses catholiques au Québec.Par contre, nous pouvons aussi, comme malgré nous, nous laisser embarquer et entraîner par un document tel que L'ACTION NATIONALE «127 l\u2019Adieu mes Sœurs d\u2019une émission récente de Radio-Canada.Nous pouvons retenir momentanément nos envies (légitimes) de critiquer pour laisser parler davantage nos sentiments et aussi une certaine forme d\u2019intuition impossible à rationaliser clairement.Au fur et à mesure des entrevues et documents, petit à petit se profile un étonnant tableau impressionniste (au sens étymologique), aux couleurs riches et souvent très nuancées, avec comme toile de fond une sorte de lumière indéfinissable.À un certain moment, on a- l\u2019impression de franchir le seuil d\u2019un autre monde.En partant d\u2019un quotidien fait d\u2019une multitude de petits gestes et dialogues marqués par la bonté et la sérénité, on sent comme un appel au dépassement vers l\u2019Infini (pour reprendre le langage des croyants).Quant au sceptique qui sommeille en nous, il peut lui arriver d\u2019être ému par cette démonstration d\u2019humanité, avant de retomber sur ses deux pieds.Fait certain, ce document, avec bien d\u2019autres évidemment, aide à mieux saisir le sens et la portée d\u2019un comportement, à première vue en contradiction avec bien des façons de penser et d\u2019agir, surtout quand on n\u2019en retient que le passif.Il contribue aussi à montrer d\u2019autres facettes de la réalité, beaucoup plus riches et complexes que ce que l\u2019on imagine souvent.Denise Bombardier peut certes donner prise à bien des critiques au cours de ses nombreuses émissions.Mais elle est aussi capable de nous réserver des surprises d\u2019une rare qualité où son sens de la justice se combine harmonieusement avec une grande sensibilité.Conclusion un peu paradoxale : selon les statistiques et d\u2019autres indicateurs, les religieuses du Québec sont en voie de disparition mais l\u2019essentiel de leur idéal survit.Il s\u2019expri- 128 \u2022 L'ACTION NATIONALE me sous d\u2019autres formes, dans d\u2019autres cadres ou sans cadres matériellement bien définis.En attendant la suite: ADIEU MES SŒURS .et merci.Edmond Orban, Professeur hon., Université de Montréal Cessons de jouer à l\u2019autruche, et allons au fond des choses ! Pourquoi sommes-nous le seul État à financer deux systèmes scolaires concurrentiels ?- Celui de la majorité menacée, le nôtre, et l\u2019autre, celui de la minorité toute puissante, l\u2019anglaise, avec sa langue dominante, conquérante.(.) À moins que nous n\u2019acceptions, au Québec, le qualificatif de butin-du-conquérant où le jugement du Lord Durham, l\u2019égalité que la loi du Québec confère à deux systèmes scolaires concurrentiels ne peut aboutir qu\u2019à l\u2019aliénation graduelle mais accélérée de notre langue et de notre culture.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être sociologue ou psychologue pour tirer cette conclusion.Comme indice, prenons celui de l\u2019Université Bishop\u2019s qui ne serait pas viable sans, d\u2019une part, le recrutement qu\u2019elle fait en Ontario et dans les Maritimes aussi bien qu\u2019au sud de la frontière, et, d\u2019autre part, celui qu elle fait auprès des Québécois francophones anxieux d\u2019apprendre l\u2019anglais.Aucun pays ou peuple qui se respecte ne peut tolérer la situation que nous connaissons au Québec.La conséquence de ce modus vivendi consistera à court terme à compléter le processus déjà avancé de polarisation des deux groupes linguistiques.(.) L'ACTION NATIONALE «129 Il faut que le gouvernement du Québec affirme sans équivoque le caractère définitif du français langue commune au Québec.(.) Personne, à l\u2019extérieur du Québec, ne force ou même ne s\u2019attend à ce que la majorité anglophone apprenne une langue seconde.Les francophones, dans leur totalité, s\u2019attendent à devoir parler la langue de la majorité, dans les provinces hors Québec.En somme, ils respectent le droit qu\u2019a la majorité linguistique à considérer que sa langue est le véhicule public de communication.Il n\u2019y a aucune raison pour que la réciproque ne soit pas acceptée par tous les résidents du Québec.Pour y arriver à moyen terme, il va falloir que l\u2019école devienne le principal agent de francisation.Il ne s\u2019agit pas de priver les anglophones des écoles dont ils ont besoin, mais de prendre les moyens pour que chacun des élèves soit imprégné du respect de la langue commune et du drapeau qui doit unir tous les citoyens.Roméo Paquette 130 \u2022 L'ACTION NATIONALE Index des auteurs 1999 A Action Nationale Hommage à M.Rosaire Morin\tMai\t117-147 Le nouvel emblème floral\tJuin\t6 Brève histoire des protestants en Nouvelle-France et au Québec de Robert Larin\tAvril\t169-170 Anonyme Au Québec le verre d\u2019art est anglais.\tMars\t95-97 Arpin, Roland Plaidoyer pour une école culturelle\tFévrier\t49-70 Les défis majeurs des collèges\tOctobre\t17-31 Aubry, François - Larose, Gérald Les inégalités s\u2019accroissent au Québec au cours des années 1990\tMars\t43-54 Ayoub, Josiane - Boulad, Gisèle Bibliotheca Alexandrina ad Mundum\tSeptembre 113-117\t L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 131 B Baby, François Fallait-il sauver le soldat Monckton?(numéro spécial)\tAoût\t18-21 Baum, Grégory\t\t Reflexions éthiques sur la loi 101 (numéro spécial)\tAoût\t17 Beauchemin, Yves\t\t La guerre des bananes\tMai\t9-15 Beaudin, Réjean - Têtu, Michel - Busqué,\tAnne-Marie\t L\u2019Asie du Sud-Est (1), Le Viêtnam\tJanvier\t125-142 L\u2019Asie du Sud-Est (2), Le Cambodge\tFévrier\t148-162 L\u2019Asie du Sud-Est (3), Le Laos\tMars\t130-145 Océan Indien (1), Comores\tAvril\t139-150 Océan Indien (2), Mayotte\tMai\t107-115 Océan Indien (3), Madagascar\tJuin\t145-160 Océan Indien (4), Les Seychelles\tSeptembre\t155-167 Océan Indien (5), La Réunion\tOctobre\t123-135 Océan Indien (6), Maurice Bédard, Éric\tNovembre\t109-121 Debout les aînés !\tSeptembre\t11-19 Béland, Jean-François\t\t Démocratie médiatique et représentation politique de Denis Monière\tSeptembre\t183-186 Bélanger, Jules\t\t Payer des fonctionnaires qui planifient la fermeture de la Gaspésie\tAvril\t63-68 Bell, J.-J.M.A.L\u2019incendie de l\u2019hôtel du Parlement en 1849 Bissonnette, Lise\tJuin\t133-144 La nouvelle corne d\u2019abondance Bock-Côté, Mathieu\tSeptembre\t49-55 Il est impossible de concilier la nation et l\u2019idée de pluralité\tJuin\t13-16 Boivin, Robert\t\t Pour un modèle québécois de mobilité Le vélo : une solution plutôt qu\u2019un problème\tJuin\t75-112 132 \u2022 L'ACTION NATIONALE Boulad, Gisèle - Ayoub, Josiane Bibliotheca Alexandrina ad Mundum\tSeptembre 113-117\t Bourgeois, Patrick La peur des mots\tJuin\t125-127 Bouvier, Luc Les armoiries du Québec d\u2019hier à aujourd\u2019hui\tFévrier\t115-123 Brindeau, Pascal La nation - contrat.L\u2019indispensable conciliation entre nation et pluralité\tOctobre\t5-10 Brunelle-Lavoie, Louise Du monument historique au bien culturel\tAvril\t99-107 Busqué, Anne-Marie - Beaudin, Réjean - Océan Indien (3), Madagascar\tTêtu, Michel Juin\t145-160 Océan Indien (4), Les Seychelles\tSeptembre 155-167\t Océan Indien (5), La Réunion\tOctobre\t123-135 Océan Indien (6), Maurice\tNovembre\t109-121 c Cantin, Serge Le Titanic et nous\tMai\t5-8 Les petites nations, les colombes et les droits de l\u2019homme\tNovembre\t11-16 Caron, Jean-François Le déclin de la démocratie\tNovembre\t59-65 Castonguay, Charles Tendances de la langue française au Canada jusqu\u2019en 1996\tAoût\t8 (numéro spécial) Tendances de la langue anglaise au Québec (numéro spécial)\tAoût\t8-9 Call me Canadian\tNovembre\t35-38 Chartier, Jean Pierre Perrault le poète de la rue Saint-Denis qui a donné la parole à l\u2019homme du fleuve et de la forêt\tOctobre\t53-61 Charron, Claude G.Réflexions d\u2019un frère siamois ou la peur du bistouri\tMars\t89-93 Nouvelles douces colères de Gil Courtemanche\tSeptembre 186-189\t L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 133 Charron, Claude G.- De Beliefeuille, Pierre -Lefebvre, Gordon - Monière, Denis La canadianisation de la pensée québécoise Décembre 29-32 Chevrier, Marc Déporteur d\u2019eau ou maîtres de notre patrimoine?Le commerce de l\u2019eau à l\u2019heure de l\u2019ALÉNA\tMai\t49-59 Clark, Ramsey Avis juridique sur le droit international, la question linguistique et l\u2019avenir du Canada (numéro spécial)\tAoût\t17 Corporation de développement économique et communautaire Plateau/Centre-Sud (CDEC) La Grande bibliothèque et le quartier Centre-Sud.A la croisée des chemins\tSeptembre 119-123\t D Dallaire, Patrice L\u2019Acadie des contrastes (numéro spécial)\tAoût\t12-14 Daoust, Fernand La défense de la langue française\tAvril\t53-57 De Beliefeuille, Pierre René Lévesque - héros malgré lui, Depuis l\u2019équipe du tonnerre jusqu\u2019au séisme du 15 novembre\tMai\t167-172 De Beliefeuille, Pierre - Monière, Denis -\tLefebvre, Gordon\t Ne tournons pas le dos à notre histoire\tSeptembre\t7-10 De Beliefeuille, Pierre - Charron, Claude G.-Lefebvre, Gordon - Monière, Denis La canadianisation de la pensée québécoise Décembre\t\t29-32 De La Fontaine, Gilles Deux poids deux mesures\tJanvier\t81-82 De Lorimier, Jacques Le presque pays d\u2019André d\u2019Allemagne\tOctobre\t149-151 Deschênes, Gaston Lettre ouverte à mon gérant de caisse\tMai\t17-18 Desjardins, Pierre Une économie émergente : celle des terroirs Décembre\t\t17-27 134 \u2022 L'ACTION NATIONALE Dion, Martin L\u2019intolérance canadienne\tMai\t37-42 Dugas, Gaston Le français au-delà des mots de Aimé Gagné\tFévrier\t171-173 Un enfant de la grande dépression de Émile Boudreau\tAvril\t167-169 Le Québec et la crise de la conscription 1917-1918\tNovembre\t139-141 Dumont, Jacques La nouvelle entente sur les bourses\tDécembre\t13-15 Dumont Jacques, Faubert Jean Secteur financier, une réforme à la canadienne\tNovembre\t83-108 Duquet, Geneviève - Têtu, Michel L\u2019Afrique sahélienne (1), Le Burkina Faso\tDécembre\t93-104 F Falardeau, Pierre Mon frère, l\u2019espoir - Perrault est essentiel, comme Rodin, Rembrandt ou Bach\tOctobre\t69-71 Faubert Jean, Dumont Jacques Secteur financier, une réforme à la canadienne\tNovembre\t83-108 Ferland, Guy Être jeune, être vieux\tDécembre\t39-48 Ferretti, Andrée Penser la nation ou comment circuler dans son cercle vicieux\tNovembre\t7-10 Ferretti, Lucia La révolution tranquille\tDécembre\t59-91 G Gagnon Christian Adrienne Clarkson et les francophones hors Québec\tDécembre\t7-11 Gervais, Richard L\u2019héritage politique du Dr Camille Laurin (numéro spécial)\tAoût\t24 L'ACTION NATIONALE «135 Girard, André Le rêve d\u2019Alexandrie\tSeptembre 149-153\t Gouin, Jean-Luc Peuplier ou peuple plié.De quel bois se chauffe la francité québécoise ?\tMai\t33-35 Les bilinguistes grands sorciers des langues phagocytaires\tJuin\t115-122 Grand'Maison, Jacques Le pont entre les générations ceux qui conjuguent l\u2019avenir au présent\tJanvier\t57-72 Gratton, Michel Montfort : une lutte historique pour la francophonie canadienne\tAoût\t14-15 (numéro spécial) Greffard, Madeleine Perrault avant Perrault\tOctobre\t93-101 H Harvey, Bertrand L\u2019Erreur boréale\tMai\t21-24 Un projet de création de fermes forestières\tMai\t25-31 Horic, Alain Hommage à Pierre Vallières (1938-1998) I\tJuin\t129-132 J Jacob, Suzanne Eau Secours!\tMai\t72-73 Joyal, André Pierre Millet en Iroquoisie au XVIIe siècle : le sachem portait la soutane de Daniel St-Arnaud\tAvril\t165-167 L Lacroix, Yvon-André La collection patrimoniale de la GBQ\tSeptembre\t89-91 Traits communs de quelques grandes bibliothèques publiques\tSeptembre 103-111\t Phénomène international\tSeptembre\t112 136 \u2022 L'ACTION NATIONALE La Ferrière, Suzanne Partenaires pour la souveraineté : une société civile agissante.\tAoût\t11 (numéro spécial) Lajeunesse, Marcel La Grande bibliothèque et le monde des bibliothèques au Québec\tSeptembre\t79-87 Lambert, Laurence La Petite-Bourgogne quartier de labeur et de solidarité\tJanvier\t109-123 Hochelaga-Maisonneuve\tMars\t117-129 L\u2019agriculture en Gaspésie et aux Iles-de-la-Madeleine\tAvril\t121-127 Landry, Bernard La mondialisation rend la souveraineté plus nécessaire et urgente que jamais\tMars\t55-67 Langlois, Simon Un supplément d\u2019âme de Jean-Philippe Warren\tMars\t151-154 Laplante, Robert Construire l\u2019indépendance\tJanvier\t9-13 Le développement régional, Pierre-André Julien\tJanvier\t153-158 L\u2019indépendance et les pièges de la complaisance\tFévrier\t99-102 Une bouteille à la mer?Jacques Parizeau\tFévrier\t167-171 Les ruraux partent en campagne\tMars\t69-76 Québec Ostinato, Victor-Lévy Beaulieu\tMars\t156-158 Un patrimoine pour l\u2019indépendance\tAvril\t3-7 Continuer\tMai\t3-4 L\u2019avenir de la forêt - un débat s\u2019impose (Bulletin du lundi)\tMai\t149-150 Des projets fondateurs (Bulletin du lundi)\tMai\t151-152 Une victoire des fédéralistes (Bulletin du lundi)\tMai\t152-154 Le conflit des loyautés (Bulletin du lundi)\tJuin\t167-169 Fêter le travail, créer des emplois (bulletin du lundi)\tJuin\t169-171 La langue de l\u2019imposture (Bulletin du lundi)\tJuin\t171-174 L\u2019exode des cerveaux le rôle d\u2019Ottawa (Bulletin du lundi)\tjuin\t174-176 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 137 Un perpétuel combat (numéro spécial)\tAoût\t3 Briser le carcan\tSeptembre\t3-5 Le poids démographique du Québec (Bulletin du lundi)\tSeptembre\t171-173 Le fait accompli (bulletin du lundi)\tSeptembre\t173-175 Célébrons notre fête nationale (Bulletin du lundi)\tSeptembre\t175-176 Le provincialisme de façade (Bulletin du lundi)\tSeptembre\t177-179 L\u2019œuvre de l\u2019acharnation\tOctobre\t3-4 Lettre ouverte à Jacques Ménard\tOctobre\t11-15 Regarder passer le train?(Bulletin du lundi)\tOctobre\t139-141 Le poids des mots (Bulletin du lundi)\tOctobre\t141-142 Le cafouillage bureaucratique (Bulletin du lundi)\tOctobre\t143-144 Pour une charte de la solidarité sociale\tNovembre\t3-5 Autre ton, même imposture (Bulletin du lundi)\tNovembre\t123-125 Un défaitisme normal (Bulletin du lundi)\tNovembre\t125-126 Le souffle de la culture (Bulletin du lundi)\tNovembre\t127-129 Au-delà des velléités (Bulletin du lundi)\tNovembre\t129-131 La logique d'occupation\tDécembre\t3-6 Enfin une vraie bataille!!! (Bulletin du lundi)Décembre\t\t107-109 Fragile en sa demeure (Bulletin du lundi)\tDécembre\t110-112 Un love-in vice-royal (Bulletin du lundi)\tDécembre\t112-114 Larose, Gérald - Aubry, François Les inégalités s\u2019accroissent au Québec au cours des années 1990\tMars\t43-54 Lavallée, Gérard Mémoire de bâtisseurs du Québec, Jules Auger, Nicolas Roquet\tMars\t154-156 Lavoie, Sylvain Le défi de l\u2019alphabétisation en français à la Grande bibliothèque du Québec\tSeptembre\t93-102 Lebel, Maurice Francesco Iacurto aux Jardins du Vatican\tFévrier\t125-129 Les élites argentines et la France d\u2019Axel Maugey\tNovembre\t141-145 Leclerc, Jacques La qualité de la langue : un projet de société\tSeptembre\t21-32 138 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Leclerc, Richard Cent ans de présence québécoise au Japon (1898-1998)\tFévrier\t107-114 Lefebvre, Gordon - De Bellefeuille, Pierre\t- Monière, Denis\t Ne tournons pas le dos à notre histoire Lefebvre, Gordon - Charron, Claude G.-De Bellefeuille, Pierre - Monière, Denis\tSeptembre\t7-10 La canadianisation de la pensée québécoise Décembre\t\t29-32 Léger, Jean-Marc\t\t Notre responsabilité permanente envers la langue française\tMars\t77-81 Notre peuple tient-il à avoir un avenir?\tJuin\t3-5 François-Albert Angers, l\u2019économiste et combattant\tJuin\t17-66 Le Québec et la francophonie, à l\u2019heure du VIIIe sommet (numéro spécial)\tAoût\t1-2 Québec, langue française et Francophonie Le Pesant, Maurice\tDécembre\t51-57 Les enjeux québécois de l\u2019éducation civique\tMai\t79-96 Leroux, Georges\t\t Des bibliothèques privées aux institutions publiques.Un parcours dans l\u2019histoire des bibliothèques.Un entretien avec Raymond Klibansky\tSeptembre\t57-74 M\t\t Manifeste du Mouvement Québec français\t\t Se donner les moyens de vivre en français (numéro spécial)\tAoût\t10 Marceau, Richard\t\t La devise d\u2019un Québec souverain au XXIe siècle\tAvril\t69-78 Le temps est à l\u2019audace.Monière Denis\tOctobre\t41-45 Qu\u2019arrivera-t-il le jour de l\u2019indépendance?\tJanvier\t149-152 Lettre à un étudiant français\tOctobre\t33-38 Monière, Denis - Lefebvre, Gordon - De Bellefeuille, Pierre\t\t Ne tournons pas le dos à notre histoire\tSeptembre\t7-10 L'ACTION NATIONALE «139 Monière, Denis - Charron, Claude G.-De Bellefeuille, Pierre - Lefebvre, Gordon La canadianisation de la pensée québécoise Décembre Morin, Lucien Le rôle de l\u2019éthique dans la mission\t\t29-32 éducative Morin, Rosaire\tAvril\t79-91 Si jeunesse pouvait.\tJanvier\t3-8 Les fonds mutuels\tJanvier\t15-35 Regards sur l\u2019actualité Un champ de bataille :\tJanvier\t89-106 le bilinguisme institutionel La Bourse de Montréal,\tFévrier\t3-6 une société filiale torontoise?\tFévrier\t27-47 Regards sur l\u2019actualité\tFévrier\t135-147 Desjardins\tMars\t3-4 L\u2019assurance au Québec\tMars\t15-41 Regards sur l\u2019actualité\tMars\t103-115 L\u2019indépendance (Bulletin du lundi)\tMars\t164-165 L\u2019épargne s\u2019envole.(Bulletin du lundi) L\u2019union sociale Bouchard se tient debout,\tMars\t165-166 debout et seul (Bulletin du lundi) Les caisses de retraite et la création\tMars\t166-168 d\u2019emplois (Bulletin du lundi)\tMars\t168-169 L\u2019avenir de Desjardins\tAvril\t35-44 Regards sur l\u2019actualité La santé vers un Canada unitaire\tAvril\t109-119 (Bulletin du lundi)\tAvril\t154-156 L\u2019assurance emploi (Bulletin du lundi) Les Bourses du Millénaire\tAvril\t156-157 (Bulletin du lundi)\tAvril\t158-159 Desjardins (Bulletin du lundi)\tAvril\t159-160 O Orban, Edmond Les dangers d\u2019explosion sociale et la dictature en Chine\tMars\t83-88 P Painchaud, André Main basse sur l\u2019éducation\tOctobre\t152-157 140 \u2022 L'ACTION NATIONALE Paquet, Louise Message de la présidente du mouvement national des québécoises et québécois\tAoût\t3 (numéro spécial) Paquin Stéphane Les souverainistes et la théorie du pacte entre deux peuples fondateurs\tNovembre\t67-81 Parizeau, Jacques L\u2019AMI menace-t-il la souveraineté des États ?Janvier\t\t37-54 Patenaude, François Vous ne grugerez pas nos eaux\tMai\t67-71 Pedneault, Hélène La langue de l\u2019eau: des signes vitaux.\tMai\t60-66 Perrault, Mathieu Mon père, ce géant (Mon père d\u2019hier et pour toujours)\tOctobre\t117-119 Perreault, Jean-Paul Américanisation des ondes\tJanvier\t75-79 L\u2019égalité des deux langues officielle : une manipulation?\tFévrier\t103-105 Pleau, Michel L\u2019écoute du poète\tOctobre\t63-68 Proulx, Jacques La question rurale est celle de la souveraineté sur le territoire\tAvril\t45-51 Q Quatrièmes journées sociales du Québec.Le réveil démocratique sur le terrain\tJuin\t69-73 R Regroupement pour la survie des caisses rurales\t\t Manifeste\tJuin\t7-12 Rhéaume, Gilles La reconquête de Montréal de Marc V.Levine\tJanvier\t158-161 Le Montréal juif d\u2019autrefois de Israël Mesdresh\tMai\t166-167 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 141 Considérations sur le langage de André Patry\tMai\t184 Les soirées au Château de Ramezay de l\u2019École littéraire de Montréal\tMai\t185-186 La servitude sociolinguistique de la langue française (numéro spécial)\tAoût\t16 Jean de Brébeuf de René Latourelle\tSeptembre\t190-192 Relations particulières de Frédéric Bastien\tDécembre\t121-123 Robillard, Jean-Denis La petite histoire du Québec\tJanvier\t85-87 La petite histoire du Québec\tFévrier\t131-133 La petite histoire du Québec\tMars\t99-101 La petite histoire du Québec\tJuin\t163-165 Rocher, Guy Camille Laurin\tMai\t75-78 Le nationalisme : perspectives éthiques et religieuses de Gregory Baum\tMai\t161-165 Pierre Perrault archéologue de l\u2019identité nationale québécoise\tOctobre\t77-84 Rouillard, Jacques La grève de l\u2019amiante, mythe et symbolique Septembre\t\t33-43 Roy, Paul-Émile Écrire à Montréal de Gilles Marcotte\tJanvier\t161-162 La grande aventure éditorale du père Paul-Aimé Martin de Jacques Michon\tMai\t165-166 Au nom de la conscience, une volée de bois vert de Jacques Grand\u2019Maison\tJuin\t181-182 Félix Leclerc, Filou, Le troubadour de Marguerite Paulin\tJuin\t182-183 La domination de l\u2019anglais\tAoût\t21 (numéro spécial) Regard sur l\u2019Acadie et ses rapports avec le Québec de Patrice Dallaire\tAoût\t22 (numéro spécial) Nous ! 101 faits historique de l\u2019Ontario français De Y.Saint-Denis\tAoût\t22 (numéro spécial) Ringuet et l\u2019indépendance\tSeptembre\t45-46 1837, et les patriotes de Deux-Montagnes de Gilles Boileau\tSeptembre\t189-190 Les dérives de la démocratie\tNovembre\t137-138 142 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 49-52 Royer, Jean Pierre Perrault, poète : un aventurier de la parole\tOctobre S Saint-Laurent.Claude Pierre Perrault de fils en père Saint-Pierre, Louise\tOctobre\t85-92 Loin de son ombre.\tSeptembre 135-147\t Sauvage, Claude Le monde francophone (numéro spécial) Serré, Pierre\tAoût\t5 La souveraineté interdite\tAvril\t9-33 Une île, une ville\tNovembre\t19-33 T\t\t Tardif, Claudette\t\t L\u2019université francophone en milieu minoritaire : un enjeu culturel\t\t paradoxal (numéro spécial) Tardif, Hélène\tAoût\t23 L\u2019agriculture reprend aux Iles-de-la-Madeleine\tAvril\t128-136 Termote, Marc\t\t Les défis démolinguistiques du Québec à l\u2019aube du XXIe siècle (numéro spécial)\tAoût\t6-7 Têtu, Michel\t\t Qu\u2019est-ce que la francophonie?(numéro spécial)\tAoût\t4 Têtu, Michel - Beaudin, Réjean\t\t L\u2019Asie du Sud-Est (1), Le Viêtnam\tJanvier\t125-142 L\u2019Asie du Sud-Est (2), Le Cambodge\tFévrier\t148-162 L\u2019Asie du Sud-Est (3), Le Laos\tMars\t130-145 Océan Indien (1), Comores\tAvril\t139-150 Océan Indien (2), Mayotte\tMai\t107-115 Océan Indien (3), Madagascar\tJuin\t145-160 Océan Indien (4), Les Seychelles\tSeptembre\t155-167 Océan Indien (5), La Réunion\tOctobre\t123-135 Océan Indien (6), Maurice\tNovembre\t109-121 L'ACTION NATIONALE \u2022 143 Têtu, Michel - Duquet, Geneviève L\u2019Afrique sahélienne (1), Le Burkina Faso\tDécembre\t93-104 Toussaint, Ismène Le Manitoba francophone : un incertain sourire.(numéro spécial)\tAoût\t15 Rêveries dans les Laurentides de Paul-Émile Roy\tDécembre\t123-125 Turp, Daniel Les incidences internationales de l\u2019avis consultatif de la Cour suprême du Canada sur la souveraineté du Québec\tAvril\t93-98 V Vadeboncœur, Pierre Pour faire un peu le point\tMars\t5-13 L\u2019histoire au neutre\tAvril\t59-62 Vandal, Gilles En finir avec le contentieux Québec-Canada\tFévrier\t8-26 Vandelac, Louise Qui sont nos Porteurs et nos Porteuses d\u2019eau ?\tMai\t47-48 Vaugeois, Denis La Grande bibliothèque de.Montréal\tSeptembre\t125-134 w Warren, Paul Pierre Perrault toujours vivant\tOctobre\t73-75 Weilbrenner, Richard L\u2019évolution dégénérescente de notre langue\tFévrier\t79-98 Le français, langue étrangère\tNovembre\t39-56 Wilkins, James Les conditions gagnantes\tDécembre\t33-36 144 \u2022 L'ACTION NATIONALE LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE À L'AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 Sans frais : 1-800-363-6294 E-mail : maxcap@istar.ca Gilles Bertrand Président, Directeur-général MEMBRE DE LA BOURSE DE MONTRÉAL 321 de la Commune Ouest, Suite 100, Vieux Montréal (Québec) H2Y 2E1 Télécopieur : (514) 843-0418\tTéléphone : (514) 843-4000 Sansregret, Taillefer & Associés inc.Conseillers et administrateurs en avantages sociaux Michel Taillefer Président Téléphone : (514) 355-7869 - (800) 782-5799 Télécopieur: (514) 355-7923 mtaillefer@sta-conseil.com 5125, rue du Trianon, bureau 560, Montréal (QC) HIM 2S5 « Une bonne diversification est la meilleure sécurité pour vos REER » Les services financiers OPTION Christian Haché Représentant en épargne collective inscrit auprès des Services en placements Peak inc.990-REER (Montréal) 1-800-413-REER (ext de Montréal) (450) 359-4725 (Saint-Jean) http://blizz.qc.ca/optionsf 439, boul.du Séminaire Nord, St-Jean-sur-Richelieu (Québec) J3B 5L4 L'ACTION NATIONALE \u2022 145 La Ligue d'Action nationale Président honoraire\tMembres François-Albert Angers\tGuy Bouthillier Président\tClaude Duguay Danielle Gagné Robert Laplante\tJean Genest Vice-présidente Colette Lanthier\tAlain Laramée Delmas Lévesque Jacques Martin Secrétaire\tDenis Monière Jacques Brousseau\tJacques-Yvan Morin Pierre Noreau Trésorière\tGilles Rhéaume Isabelle Le Breton\tMembres honoraires Conseillers\tThérèse Baron Jean-Jacques Chagnon Jean-Marc Léger Paul-Émile Roy\tChristiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Hélène Chénier Secrétariat\tPierre Dupuis Lucia Ferretti Claire Caron Sylvie Chagnon Yves Fortin Laurence Lambert Alain Perron\tYvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites Relationniste\tRené Blanchard Monique Michaud\tJean-Charles Claveau Georges Meyers 146 \u2022 L'ACTION NATIONALE Comité éditorial François Aquin Louis Balthazar Claude Bariteau\tAndrée Lajoie Pierre Lamonde Simon Langlois André Beauchamp Jules Bélanger Jean-Guy Bissonnette\tColette Lanthier Robert Laplante Alain Laramée Gérard Bouchard Henri Brun Claudette Carbonneau\tLéo-Paul Lauzon Lise Lebrun Jean-Marc Léger Paul-André Comeau Fernand Daoust Bernard Descôteaux\tPierre Marois Yves Martin Yvon Martineau Nicole de Sève Clermont Dugas Andrée Ferretti\tDenis Monière Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Lucia Ferretti Danielle Gagné Alain-G.Gagnon\tFerdinand Ouellet Michel Paillé Pierre Paquette Pierre Graveline Jean-Claude Guérard Roger Guy\tMicheline Paradis Hélène Pelletier-Baillargeon Guy Rocher André Joyal Pierre-André Julien Jacques Lacoursière\tBruno Roy Jean-Claude Tardif Rodrigue Tremblay Claude Lafleur Danielle Lafontaine Guy Laforest\tDaniel Turp Pierre Vadeboncœur Monique Vézina L'ACTION NATIONALE \u2022 147 ïotfez hohe mécène ! Protégez l'avenir de L'Action nationale ! Le vrai mécénat regroupe des amis dispersés dans l\u2019espace, réunis par un même but et un même goût du pays.L\u2019entraide est la forme la plus démocratique de la volonté des citoyens d\u2019améliorer le tissu de leur vie et de leur avenir collectif.Le mécénat assurera le développement de L\u2019Action nationale et lui permettra de prendre des initiatives qui contribueront à bâtir ce pays maintenant à portée de main.Certains donateurs nous ont laissé des legs qui augmentent le capital de notre Fondation.Nous exprimons notre gratitude à ces généreux mécènes : Monsieur Patrick Allen Monsieur Gaston Beaudry Monsieur Henri-N.Guilbault Monsieur Émile Poissant Monsieur Hector Roy Monsieur Bernard Vinet.D\u2019autres amis de la revue adhèrent au CLUB DES 100 ASSOCIÉS en souscrivant 1000$ et plus Leurs noms apparaissent dans la page voisine.À tous, nous exprimons notre reconnaissance par une volonté indéfectible de produire une revue qui présente des analyses sur les enjeux du développement au pays du Québec.148 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Club bet 166 affociét Fernand Allard Patrick Allen t François-Albert Angers Gaston-A.Archambaultt Jean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Henri-F.Gautrin Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Lucie Lafortune t Anna Lagacé-Normandt Bernard Lamarre Denis Lazure Jacques-C.Martin Yvon Martineau Louis Morache Rosaire Morin t Arthur Prévost René Richard Jacques Rivest Ivan Roy Marcel Trottier Réal Trudel Cécile Vanier Claude-P.Vigeant Madeleine Voora L'ACTION NATIONALE \u2022 149 N AT ION ALE Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d'expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans » L\u2019index des périodiques canadiens» depuis 1948, dans ¦ Périodex- depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans Z Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Révision Marc Veilleux Mise en pages Jean-Marie Pesci, Méca Mag, Rawdon Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville 150 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019Action nationale ABONNEMENT 10 20 numéros numéros Étudiant\t22 $\t40 $ Personne à faible revenu\t25 $\t45 $ Personne à revenu moyen\t42 $\t78 $ Personne à revenu élevé\t100 $\t175 $ Abonnement de soutien\t500 $\t France\t300 FF\t550 FF Autres pays\t70 $\t125 $ Un reçu pour impôt est émis pour toute somme supérieure à 42$.Numéro de permis : 0341362-22-08 Club des 100 Associés .1000 $ ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an Les 80000 pages publiées par la revue depuis 82 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix François-Albert Angers Le prix François-Albert-Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.Fondation Gaston-Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.Z \u2019A CTION NA Tl ON ALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur: 514-845-8529 Courriel : revue@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca L'ACTION NATIONALE «151 Si votre bibliothèque contient des numéros de L'Action nationale dont vous souhaitez vous séparer, souvenez-vous que nous acceptons tous les numéros qu'on nous offre.Particulièrement, les numéros des années: 1917, 1918, 1944, 1951 à 1961, 1968 Nous acceptons aussi L'âme des livres et l'Almanach de la langue française.152 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le partenaire Optimum de la retraite des Québécois, Aucuns frais d\u2019achat Aucuns frais de sortie JL F0NDS OPTIMUM.Les Fonds Optimum sont gérés ici même et n\u2019ont rien à ENVIER AUX GRANDS NOMS DE L\u2019INDUSTRIE.FONDS\tRENDEMENTS ANNUALISÉS (%)*\t\t \t1 an\t3 ans\t5 ans Optimum Équilibré\t4,3\t6,8\t10,1 Optimum Obligations\t0,0\t5,1\t9,6 Optimum Actions\t11,9\t10,9\t12,4 Optimum International **\t12,4\t17,5\t14,3 Optimum Croissance et revenus\t7,6\t\t\t\t * Rendements annualisés moyens nets au 29 octobre 1999.La valeur liquidative par part et le rendement fluctuent.Le prospectus simplifié des FONDS OPTIMUM contient d'importantes informations et peut être obtenu de votre représentant ou de Optimum Placements inc.Lisez-le avec attention avant d\u2019investir.** Maintenant admissible à 100 % au REER Sans frais : 1 888 OPTIMUM (678-4686) Internet : www fondsoptimum com Le Fonds de solidarité nous a apporté bien plus que de l'argent à investir.Sa vision des affaires a contribué à enrichir notre propre façon de voir les choses.Aujourd'hui, il suffit de regarder les résultats: de nouveaux emplois, des profits, et le meilleur reste à venir.Allen Poiré Président, Métallurgie Castech inc.LE DE SOLIDARITE = DES TRAVAILLEURS DU QUÉBEC (FTQ) Envoi de publication Enregistrement numéro 09113 1 800 361-5017 www.fondsttq.com Vous êtes en bonne compagnie "]
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