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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2001-10, Collections de BAnQ.

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[" L'Action Volume XCI, numéro 8, octobre 2001 Le logement social Pour combattre la pauvreté IL^ksûâoDnn ISI ATIONALE Directeur Directrice adjointe Secrétaire administrative Robert Laplante Laurence Lambert Claire Caron Comité de rédaction François Aquin, avocat Henri Joli-Coeur, administrateur Robert Laplante Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Denis Monière, politicologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, Université de Montréal Michel Rioux Marie-Claude Sarrazin Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon Lucia Ferretti, professeure d'histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau, Membres du jury Monique Dumais Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès, Membres du jury Roland Arpin Gérard Bouchard, directeur de l'IREP, professeur UQAC Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy Couverture Louis Muhlstock, Coin Sainte-Famille et Sherbrooke à Montréal, 1939.Huile sur toile, 76,3 x 66,4 cm.Musée du Québec : 78.342.Photo : Jean-Guy Kérouac.425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur: 514-845-8529 Courriel : revue(s>action-nationale.qc.ca - Site : http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal » Volume XCI, numéro 08 octobre 2001 en in * ¦:& y».XM * *3\tS£$ZT - i 10 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE L'opinion publique internationale ne pourra rester indifférente à ces attaques ! Un scandale aux dimensions canadiennes ! Gilles Rhéaume* La propagande canadienne au Québec devient de plus en plus un sujet de préoccupation pour les démocrates venus de tous les horizons.Il suffit de consulter la liste des signataires de la pétition contre cette infâmie qui se trouve sur Vigile.net et sur Voxlatina.com pour constater que ce comportement erratique du Gouvernement du Canada suscite la désapprobation partout où il est connu.L'opinion publique internationale ne pourra rester indifférente à ces attaques sans nom contre les consciences québécoises.Déjà des individus et des groupes de France, de Wallonie, de Flandre, des Fourons, d'Espagne, de Kabylie et d'Algérie, de Suisse, du Mali ont endossé le texte de cet appel et de cette pétition.Et ce n'est qu'un début ! * Président du Mouvement souverainiste du Québec.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 11 Débats Toutefois, les médias canadiens et québécois seront difficiles à conscientiser car ces derniers profitent grandement de la manne d'Ottawa.La Presse, Le Soleil, Le Droit, Le Nouvelliste, La Voix de l'Est et La Tribune, contrôlés par Gesca, une filiale de Power Corporation, dirigée par André Desmarais, le propre gendre du Premier ministre canadien, Jean Chrétien, bénéficient directement des budgets du ministre de la Propagande, Alfonso Gagliano, dont un récent livre Les liens du sang, rappelle l'action passée.Il est d'intérêt public de connaître ces chiffres Une question se pose ! Combien d'argent, provenant des taxes et impôts du Canada, est allé dans les coffres de ces journaux complaisants envers le Canada, dans les coffres de ces médias de la famille Desmarais-Chrétien ?Tous les ministères du gouvernement du Canada, toutes les agences canadiennes et toutes les instances fédérales sont visés par cette interrogation des plus légitime.Les journalistes œuvrant dans ces journaux peuvent-ils honnêtement entreprendre, poursuivre et achever des recherches sur cette question pourtant hautement éthique ?Les éditorialistes ont-ils les mains liées?Pourquoi ne trouvent-ils pas le courage de le dire ?La Fédération professionnelle des journalistes du Québec devrait mettre sur pied un groupe de recherche indépendant sur cette triste et ténébreuse affaire de l'utilisation abusive des fonds publics â des fins absolument partisanes.12 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Débats Les autres médias ont également le bec cloué par les centaines de millions de dollars d'Ottawa car, tous, ils reçoivent aussi des sommes d'argent importantes d'Alfonso Gagliano et de ses semblables.Il faut colliger les annonces qui paraissent dans ces journaux.Rien n'est plus simple à faire.Il suffit de se rendre dans une bibliothèque et de demander les copies des journaux sur une période d'un mois, par exemple et de photocopier toutes les pubs et avis du Canada qui s'y retrouvent ! Il est question ici de plusieurs millions de dollars par année pour chacun de ces journaux de la famille Desmarais-Chrétien ! C'est un scandale ! Un scandale aux dimensions canadiennes ! Ce pays se comporte comme une métropole envers le Québec et les journaux et leurs artisans comme des colonisés devant leur Maître ! Il faut que cela cesse ! Voilà pourquoi le Mouvement souverainiste du Québec déposera un autre mémoire sous peu devant les instances internationales qui se préoccupent de ce genre de dérive.Le monde entier doit savoir que le Canada méprise les Québécois en les inondant de messages visant à leur inculquer l'amour des vertus canadiennes ! Nous avons besoin de votre soutien ! 0 L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 13 UN ATOUT OUR ^ECONOMIE W QUÉBEC loto-québec 14 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Le facteur d'aveuglement Pierre Vadeboncœur* On croit faire une grande politique réaliste et cette politique s'égare dans toutes sortes d'effets aberrants dont le monde ne finit par se sortir qu'à grand-peine ou pas du tout.On peut considérer de cet angle maints épisodes majeurs de l'histoire moderne.La Révolution russe.Les deux grandes guerres mondiales.11 s'agit d'une loi, d'une véritable loi de l'histoire, peu retenue distinctement, non formulée.Elle pourrait s'exprimer comme suit : l'histoire est essentiellement aléatoire.Le contraire de cela est tout à fait exceptionnel.Il y a un corollaire : la conscience avertie qu'on pourrait avoir des horribles impasses où l'histoire en marche peut si aisément conduire n\u2019existe que peu en pratique dans la mentalité des leaders.Ce virtuel est occulté.Les calculs se font sans assez en tenir compte, il s'en faut.On n'y regarde pas beaucoup à deux fois.11 s'agit d'un facteur constant : je l'appelle le facteur d'aveuglement.On ne sait pas trop ce * Écrivain.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 15 qu'on fait mais on se méfie beaucoup trop peu des conséquences éventuelles de ces vastes entreprises.Les hommes d'action sont des joueurs.On ne soupçonne pas le degré d'indifférence qu'il y a au fond de ces caractères.Il existe une inconscience politique comme il y a, pour Freud, un inconscient psychologique.Il s'agit de faire sortir ce refoulé de l'ombre.Au XXe siècle, les plus grands aléas de l'histoire se sont soldés par des dizaines de millions de morts.C'est une formidable unité de mesure, qui montre assez jusqu'où peut aller le prix qu'il faut payer pour une telle imprévoyance.Cette unité mesure, quantitativement si j'ose dire, l'écart entre une intention politique de départ et tout ce qui la suit par évolution des choses, par trahison des objectifs, détournement de l'entreprise, impossibilité objective de réaliser ce qu'on entendait faire, complexité des situations infiniment plus grande que prévu, surgissement, chemin faisant, d'une multitude de faits imprévisibles qui sont autant de causes indépendantes du projet initial et qui en éloignent irréversiblement.Telle est la loi probablement la moins évitable des grandes affaires humaines et pourtant celle dont on ne s'avise pas plus que si elle n'existait pas.Elle devrait se trouver au commencement de toute réflexion politique.Or c'est à peine si elle semble se présenter à l'esprit.Dans les ornières dont je parle, on s'engage toujours avec le même aveuglement, le même optimisme.L'ignorance où Ton est chaque fois de la quasi-fatalité des dérapages de l'histoire causés soit par un vice initial de pensée, soit par la contradiction qu'il y a généralement entre un vaste projet et les conditions réelles qui le feront se dénaturer puis avorter, cette ignorance brouille la conscience des leaders et même celle des philosophes, d'ailleurs tout autant.C'est toujours à recommencer.L'illusion finit 16 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Le facteur d'aveuglement par crever éventuellement dans quelque effondrement ultime, comme un ballon.Les leaders sont tout à leurs initiatives, à leur volonté de puissance, à leur action, le nez collé sur ce qu'ils mettent en branle.La dimension eschatologique, même à échelle réduite, du monde comme il va paraît étrangère aux entreprises économiques, politiques, militaires, dans l'esprit de ceux qui les dirigent.Ils s'avancent d'une certaine façon le dos tourné à l'avenir: les grands capitalistes, faisant progresser à toute force leurs affaires et conduisant ainsi l'univers à la catastrophe écologique; les impérialistes, menant à la guerre ou à la tyrannie; le gouvernement américain actuel et sa volonté de militariser l'espace ou de réquisitionner pour les États-Unis les sources mondiales d'énergie, lançant encore une fois le monde dans l'inconnu.Historiquement, Napoléon fournit l'exemple type de ce genre d'aberration.Il ouvre l'ère moderne et il en crée les premiers modèles: armées gigantesques, guerres de peuples, pouvoir personnel et sans légitimité, État policier, guerre à outrance, conception romantique de l'histoire, froid esprit d'action : premiers exemples modernes de ces entreprises aveugles et présomptueuses où l'humanité, de loin en loin, tirera des traites affreuses sur des avenirs qui n'adviendront jamais.Le premier million de morts, c'est lui.L'histoire est extrêmement aléatoire.Ce devrait être la première pensée, la pensée fondamentale de ceux qui sont en situation de faire l'histoire.On continue néanmoins de vouloir, à n'importe quel prix, jeter le monde dans des situations radicalement nouvelles dont on n'aperçoit que les prémisses.Le projet de bouclier, par exemple.On lance les forces d'un pays dans une action à corps perdu vers des situations impossibles à préciser d'avance si ce n'est dans l'idée générale, qui justement ne précise rien.Le gouvernement américain met une énorme charge arbi- L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 17 traire dans un des plateaux de la balance, et advienne que pourra.La seule chose dont on soit sûr, c'est que le Bouclier antimissiles, en tout cas, est une fort bonne affaire.Les affaires ne voient pas plus loin que les affaires.Il y a cependant un prix : l'histoire, en ce moment, se lance à nouveau dans une dynamique imprévisible et redoutable.0 Mi-août 2001 Éliminer la pauvreté c'est possible Rêver logique Changer le monde Vivre sa citoyenneté WWW.PAUVRETE.QC.CA 18 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le français dans les universités : le point de vue d'un économiste1 Rodrigue Tremblay* On peut se demander si, au XXIe Siècle, il y a encore place pour des revues et des congrès scientifiques vraiment internationaux qui sont publiés ou se déroulent dans une autre largue que l'anglais En d'autres termes, est-ce que la langue anglaise est en train de devenir un monopole naturel mondial pour les communications scientifiques, comme il semble l'être devenu pour le monde des affaires ?Cette question nous amène à traiter de l'économie des langues et des langages en nous appuyant sur l'analyse économique pour obtenir des éclaircissements.Nous identifions, dans la conclusion, quelques développements susceptibles de renforcer la visibilité et la distribution des travaux des économistes francophones dans le monde.\u2022Université de Montréal.1.Ce texte a fait l'objet d'une présentation au 52e Congrès de l'Association internationale des économistes de langue française tenu à Montréal, du 27-30 mai 2001.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 19 Le but ici est de faire un survol, nécessairement approximatif, de l'économie des langues dans le monde scientifique.Depuis quelques décennies, c'est un fait empirique que les sciences économiques, en particulier, ont dérivé inexorablement vers l'utilisation de plus en plus généralisée de la langue anglaise comme instrument international de communication scientifique, parallèlement à l'usage de plus en plus répandu du langage des mathématiques en tant que langage de formalisation.Cette tendance n'est pas sans avoir des conséquences scientifiques, économiques, sociales, et même politiques.C'est que le choix d'un véhicule de communication impose nécessairement des restrictions et des contraintes aux sujets qui sont traités.Il peut facilement exister un arbitrage entre l'utilité ou la convenance d'un moyen de communication et la richesse et la diversité des objets étudiés.1.\tLes échanges et les langues de transaction Commençons par une première observation d'Adam Smith, selon laquelle le commerce entre les êtres humains exige que l'on se parle : « [La] propension à troquer, trafiquer, et échanger une chose pour une autre.découle nécessairement des facultés de la raison et de la parole ».Et, poussé plus loin, le raisonnement implique que l'usage d'une langue ou d'un langage commun facilite les échanges économiques.Comme pour l'usage d'une monnaie commune, le recours à une langue commune réduit les coûts de transaction et génère des effets externes de réseau.Il y aurait donc des économies d'échelle à utiliser internationalement une langue qui est largement utilisée.2.\tLes langues en tant que capitaux collectifs et privés D'un point de vue économique, les langues sont à la fois des biens collectifs, ou des capitaux collectifs, et des 20 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Le français dans les universités biens privés, dont l'existence et l'attrait dépassent de beaucoup les individus qui l'utilisent comme instrument de la pensée et comme instrument de communication.Elles sont des biens collectifs qui génèrent des effets externes et qui sont simultanément accessibles sans coût additionnel à un grand nombre d'individus.Elles sont aussi des biens privés parce qu'avant de servir, elles doivent être acquises et maîtrisées par les utilisateurs.Leur acquisition et leur maîtrise par les individus exigent donc des investissements et des efforts tant privés que publics.Comme pour tout bien collectif, à cause du caractère de non-rivalité dans la consommation et des effets externes de réseau, la valeur sociale des langues dépasse de beaucoup celle que chaque usager en retire et est la somme (verticale) des bénéfices marginaux que tous les usagers obtiennent en l'utilisant.En autant donc que la langue est un capital à la fois collectif et privé, il est normal que ceux qui en sont les dépositaires résistent sa dépréciation ou sa marginalisation.L'objectif de stock de la préservation de ce capital peut être tout aussi important que la recherche à la marge du moyen de communication au moindre coût.C'est ce qui peut expliquer les attitudes divergentes des agents économiques face aux choix linguistiques.Ceux pour qui la langue est moins un capital social et privé à conserver, sont aussi plus susceptibles de recourir à une langue internationalement utilisée comme l'anglais, en tant que moyen le moins coûteux ou le plus utile de communication.Ceux, par contre, pour qui l'apprentissage et la pratique d'une langue représentent un capital important vont plutôt choisir naturellement de le valoriser.Pour ce faire, ils favoriseront l'étendue de son usage et résisteront l'envahissement de l'anglais en tant qu'instrument universel alternatif des communications.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202221 Par conséquent, on devrait observer que les élites nationales sont plus ouvertes à l'usage de l'anglais que l'ensemble de la population, cette dernière ayant investi plus exclusivement dans la langue nationale.Par conséquent aussi, d'un point de vue purement économique et général, il y a beaucoup plus dans les langues que la recherche à la marge du moindre coût d'utilisation ou que le côté étroitement utilitaire.L'analyse économique établit un principe général : à savoir, que la valeur d'une langue en tant que capital collectif et privé, et donc son utilité relative et absolue en tant qu'instrument de transfert d'information, est fonction de l'étendue et de la richesse de son auditoire potentiel.Toutes les langues n'ont pas la même valeur économique.Chaque langue a son marché des communications.Il existe un principe économique fondamental qui peut, en y faisant violence, s'appliquer aux langues.En effet, si on accepte que les langues sont des biens collectifs qui génèrent des effets externes de réseau, le bénéfice relié à l'acquisition et à l'usage d'une langue en particulier s'accroît en proportion du nombre et de la richesse des personnes qui la parlent ou qui l'utilisent.Dans une perspective de bénéfices-coûts, donc, il est toujours possible que les coûts publics et privés d'acquisition et de maintien d'une langue dépassent son utilité sociale, c'est-à-dire son rendement privé, additionné des effets externes de réseau2.En vertu de ce principe, certaines langues pourraient devenir obsolescentes.Et, lorsque plusieurs langues sont des biens collectifs substituts sur un même territoire, il est toujours possible aussi que le ratio Bénéfices/Coûts pour une langue domi- 2.La décision d'acquérir ou non une langue ne se fait pas habituellement à la marge, mais cette acquisition se fait en bas âge dans la famille et à l'école, de sorte que les coûts d'acquisition d'une langue sont des coûts fixes pour celui ou celle qui la maîtrise.L'abandon d'une langue déjà acquise pour une autre signifie donc la non-récupération de ces coûts fixes, d'où la résistance de la plupart des populations à abandonner leur langue maternelle.22 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Le français dans les universités nante dépasse celui d'une langue secondaire ou minoritaire.C'est à cette conclusion toute darwinienne à laquelle conduit l'analyse économique pure dans un contexte de libre concurrence entre des langues comportant des effets externes de réseau différents.Pour les nouveaux arrivants dont les décisions se prennent à la marge, le calcul économique les amène naturellement à acquérir la langue la plus utile avant d'acquérir la langue la moins utile3.Pour les générations qui ont déjà passivement ou activement investi dans une langue en particulier, la résistance à son abandon ou à sa marginalisation s'explique par la perte d'un capital collectif et privé qui fut coûteux à acquérir.Historiquement, il n'est pas surprenant que ce furent les langues des différents empires, parce que regroupant de larges regroupements de personnes, en plus d'être sanctionnées légalement et politiquement, qui se sont imposées comme langues communes des communications et des échanges.L'envergure politique relative de ces empires et leur importance économique, beaucoup plus que la valeur intrinsèque des langues en question, expliquent l'étendue de leur usage pratique dans les interrelations internationales.Dans le passé, il y avait une certaine concurrence entre des empires essentiellement régionaux.Aujourd'hui, le seul véritable empire mondial est l'empire américain, et l'anglais est la seule langue véritablement mondiale et universelle, et c'est celle qui semble avoir les effets externes de réseau les plus considérables.Si on considère maintenant le côté économique des politiques linguistiques, on ne peut exclure la possibilité de resquillage, étant donné le principe de la non-exclusion 3.Dans les pays multilingues, cette réalité économique soulève tout la question de l\u2019apport de l'immigration aux groupes linguistiques majoritaire et minoritaire.La théorie économique établit que le libre choix linguistique chez les immigrants devrait naturellement favoriser le groupe linguistique majoritaire.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 23 inhérent aux biens collectifs.En effet, lorsqu'une langue existe en tant que bien collectif, cela ne signifie nullement que son utilité sociale soit nécessairement assurée : la défense et la promotion de cette langue et son utilité en tant qu'instrument de communication exigent, en effet, des efforts et des coûts privés que tout bon resquilleur peut souhaiter éviter de supporter, tout en profitant personnellement des retombées de l'usage de la langue en question.L'efficacité économique exige, en effet, que le bénéfice marginal qu'une personne retire d'un bien collectif soit égal au coût marginal de produire ou de maintenir le bien collectif.Avec la possibilité du resquillage, une personne peut profiter directement ou indirectement de l'existence d'une langue commune, tout en se soustrayant de l'obligation de contribuer à son maintien.Et comme pour n'importe lequel bien collectif, il s'agit d'une lacune de marché que des marchés libres à eux seuls ne peuvent solutionner.Nous avons donc ici la première justification d'une intervention publique dans la sauvegarde des langues.3.Une Loi de Gresham inversée des langues pour justifier les politiques linguistiques?On observe, dans les pays où deux langues cohabitent dans les relations quotidiennes, que ce sont les membres de la communauté linguistique la plus petite qui deviennent bilingues, plutôt que ceux du groupe dominant.À la longue, la langue dominante, étant jugée relativement plus utile, est appelée logiquement à évincer la langue minoritaire, à moins que cette dernière ait en quelque sorte un cours forcé sur un territoire donné.Il s'agit d'une situation qui ressemble étrangement à celle d'une circulation d'instruments monétaires multiples sur un même territoire.En effet, peut-on tracer une analogie entre l'usage international de monnaies nationales et l'usage international de langues nationales?Je fais allusion 24 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Le français dans les universités ici, bien sur, à la Loi de Gresham : Lorsque deux monnaies de valeurs nominales identiques (taux de change fixe) mais de valeurs intrinsèques différentes circulent sur un même territoire, la « moins bonne monnaie tend à chasser la meilleure », cette dernière étant thésaurisée, alors que la première est utilisée comme moyen de paiement ».Par analogie, lorsque deux langues, une nationale et une internationale, sont simultanément utilisées sur un même territoire, il est difficile d'argumenter que la « moins bonne chasse la meilleure», puisque les langues ne sont pas des réservoirs de valeurs, et ne peuvent donc pas être « thésaurisées ».En réalité, on s'attend à ce que ce soit la langue avec la plus grande utilité d\u2019usage et les plus grandes économies d'échelle ou les plus grands effets externes de réseau, et donc comportant les coûts de transaction et de communication les plus faibles, qui risque de chasser la moins utile.Dans cette perspective, indépendamment de la valeur intrinsèque des langues, on s'attend donc à ce que ce soient les langues des pays les plus importants en termes politiques et économiques qui deviennent langues d'usages internationales.Comme je l'ai indiqué précédemment en relation avec la langue des grands empires, aux XVIIIe et XIXe siècles, le français occupait une place internationale prédominante, notamment en diplomatie, alors qu'aux XXe et XXIe siècles, l'anglais ou l'américain peuvent revendiquer une telle prédominance internationale, et cela pour des raisons essentiellement économiques, démographiques et politiques.La prédominance internationale des langues nationales ne découle donc pas d'une application de la Loi monétaire de Gresham, mais bien d'une demande de marché pour les services d'un bien collectif ou d'un capital social que les utilisateurs estiment être d'une plus grande utilité relative, compte tenu des coûts d'acquisition et de maintien.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 25 À titre d'illustration, l'anglais sera utilisé dans les transactions économiques, commerciales et financières internationales plutôt que le français ou toute autre langue nationale, essentiellement parce que cette langue est plus utile comme instrument de communication, tout comme le dollar sera davantage utilisé dans les transactions internationales parce qu'il réduit les coûts de transaction.Par conséquent, s'il existe une Loi linguistique de Gresham, elle est plutôt inversée, en ce sens que « la langue la plus utile déplace la moins utile ».Si la logique de l'abaissement des coûts de transaction et de communication prévalait, indépendamment des bénéfices intangibles qui découlent de l'utilisation des langues nationales, l'anglais et le dollar seraient pour les langues comme pour les monnaies des monopoles naturels mondiaux.Remarquons que la Loi monétaire de Gresham stipule que le taux de change est fixe entre deux monnaies de valeurs intrinsèques différentes.Cependant, quand les taux de change sont flexibles, « la monnaie forte chasse la monnaie faible ou en voie de dépréciation », et alors, le paradoxe de Gresham ne tient plus.C'est la raison pour laquelle la plupart des gouvernements imposent un cours légal forcé à leurs monnaies nationales, afin d'éviter les pertes de seigneuriage qui découleraient de l'usage intérieur d'une monnaie étrangère4.Sans cours légal forcé, la demande pour une monnaie internationale conduirait tôt ou tard à la marginalisation et ultimement à la disparition de la monnaie nationale.C'est la même logique qui prévaut quand diverses langues sont utilisées dans un pays, surtout lorsque l'une d'elles s'appuie sur un réseau international dominant, et qu'un gouvernement accorde une protection légale à la 4.Si on tient à utiliser une monnaie étrangère à des fins intérieures, tout en récupérant le seigneuriage découlant de la frappe de monnaie, il faut alors créer un institut ou une caisse d'émission qui émet un clone intérieur de la monnaie étrangère avec un taux fixe et l'absence de politique monétaire indépendante.26 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Le français dans les universités langue la plus vulnérable.Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de protéger un capital social et privé.C'est le cas dans des pays comme la Belgique, la Suisse, le Canada (Québec), la Grande-Bretagne (Écosse), dans plusieurs anciens territoires nationaux de l'Empire soviétique, et dans toutes les juridictions où se côtoient différentes langues.Certains pourraient argumenter d'un strict point de vue utilitaire à long terme que la libre concurrence entre les langues devrait prévaloir, ce qui conduirait à la disparition de toutes les langues vernaculaires les moins utiles, au profit d'une ou de quelques linguae francae vraiment universelles.Ils argumenteraient sans doute aussi que la plupart des monnaies nationales devraient s'éclipser au profit d'une seule monnaie universelle.Il existe, cependant, des différences fondamentales entre la perte d'une monnaie nationale et du seigneuriage qui l'accompagne, et la perte d'une langue nationale, laquelle est non seulement un capital social et privé, mais aussi un capital culturel, pour les individus, les sociétés et l'humanité.L'usage de ce capital social s'accompagne d'économies et d'effets externes intangibles pour les individus qui peuvent plus que compenser les économies d'échelle et les effets externes de réseau sacrifiées quand la langue nationale préservée par les lois et les coutumes n'est pas une langue internationale.On peut, en effet, plus facilement compenser les pertes de seigneuriage, que les pertes de capital pour les générations qui ont déjà investi dans une langue quand la langue d'apprentissage nationale est remplacée par une langue plus universelle5.Un sujet légitime de recherche consisterait à évaluer et à chiffrer de telles pertes de transition, de même que les avantages intangibles irremplaçables qui disparaissent 5.L'abandon d'une monnaie nationale représente plus que la perte de seigneuriage, mais aussi une certaine perte de flexibilité dans le taux de change réel quand les prix et les salaires intérieurs sont lents à s\u2019ajuster.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202227 avec les langues nationales, en contrepartie des économies d'échelle et des effets externes de réseau sacrifiés.4.Le monde académique et les langues de communication scientifique Dans le monde académique, et essentiellement pour les mêmes raisons que dans le monde économique, il existe présentement une forte tendance à ce que l'anglais soit le moyen privilégié des communications internationales.Pour des raisons de facilité et de convenance, mais aussi pour des raisons reliées à la sociologie des promotions universitaires, les communications et les publications en langue anglaise deviennent de plus en plus la norme des échanges scientifiques internationaux.Dans de nombreuses universités, nominalement de langue française et situées dans des pays francophones, les publications en langue anglaise sont devenues avec les années le principal critère de promotion et de permanence.En fait, la situation linguistique universitaire actuelle n'est pas sans ressembler à celle qui prévalut en Europe quand le latin s'imposa comme la langue des universités, aux dépens des langues vernaculaires, ou à celle qui prévalut dans l'Égypte antique quand les prêtres utilisaient une langue autre que celle du peuple.Dans le cas du latin, son implantation dans les universités s'accomplit après que l'Empire romain eut éclaté, alors qu'aujourd'hui, l'anglais universel s'appuie sur un empire américain dont la puissance culturelle, scientifique, politique et économique est à son apogée.En d'autres termes, la généralisation de l'usage de la langue anglaise dans le monde académique, à des fins internationales mais aussi à des fins nationales, ne fait peut-être que commencer et pourrait certes s'intensifier dans les décennies à venir.28 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Le français dans les universités 5.Conséquences scientifiques de l'usage d'une langue étrangère Il y a des avantages certains à communiquer et à publier dans la langue internationale la plus largement utilisée.Ce sont la facilité des transferts d'information, la visibilité plus grande des idées et des travaux, l'appartenance à des réseaux plus vastes de collaborateurs et l'élargissement des possibilités de publication dans des revues spécialisées dans de nombreux sous-domaines.Il n'y a pas cependant que des avantages à utiliser une langue étrangère pour véhiculer les résultats des réflexions et des recherches.Les objets mêmes des recherches, de même que leur méthodologies, sont fortement influencés par les auditoires auxquels les chercheurs s'adressent.En effet, les idées et les théories économiques sont rarement élaborées dans l'abstrait, mais elles résultent souvent de problèmes économiques concrets et se situent presque toujours dans des contextes géographiques et historiques particuliers.En économie comme dans les autres sciences sociales, les progrès sont très souvent le résultat d'une stimulation qui origine du milieu dans lequel vit le chercheur.Sans cette liberté d'étudier les problèmes économiques propres à divers contextes nationaux, on se trouverait à se priver d'intuitions fécondes, capables ensuite de faire l'objet d'applications universelles.Ce sont donc toute la richesse et la diversité des recherches face à la complexité des systèmes socio-économiques qui sont en cause ici lorsque la gamme des objets de recherche est artificiellement restreinte par les contraintes épistémologiques ou idéologique découlant d'un paradigme ou d'une méthodologie uniques.Il existe une grande variété dans les situations économiques et dans les approches économiques.Les restreindre artificiellement en les forçant dans un moule unique et unidimensionnel serait, à mon avis, une perte pour les sciences économiques.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202229 Au niveau micro-économique, le chercheur pour qui l'anglais est une langue seconde, tant dans sa formation et dans ses travaux, est nécessairement défavorisé par rapport aux chercheurs qui oeuvrent principalement en anglais.Ceci n'est pas sans poser la langue d'enseignement dans les universités, surtout aux cycles supérieurs.En effet, si les chercheurs se doivent de communiquer et de publier principalement en anglais, et qu'ils sont évalués en conséquence, est-il logique que leurs études et leur entraînement se fassent dans une langue nationale, sachant que cela ne peut manquer de les pénaliser par la suite ?C'est un dilemme qui s'imposera de plus en plus aux universités francophones si elles continuent de se comporter dans le quotidien comme si l'anglais était la principale langue scientifique mondiale.6.L'anglais et le langage mathématique Il existe une grande complémentarité entre l'usage de l'anglais comme langue scientifique universelle et le virage des sciences économiques vers le langage technique des mathématiques.À cette différence près que les mathématiques sont une technique d'analyse, et non pas seulement un langage de communication.Cependant, nul ne peut prétendre que le postulat de la rationalité et l'approche de la maximisation des variables sous contraintes n'ont pas contribué au progrès des sciences économiques.En effet, les équations sont davantage universelles que les analogies tirées des expériences individuelles.De même, les chiffres bruts portent moins facilement aux interprétations et se prêtent moins facilement aux préjugés sociaux et culturels.Néanmoins, la transformation de l'approche mathématique en orthodoxie professionnelle ne s'est pas faite sans coûts.En effet, l'approche mathématique a fortement favorisé les raisonnements économiques déductifs et abstraits aux dépens des raisonnements inductifs et des recherches 30 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le français dans les universités empiriques, historiques et institutionnelles, même si les techniques statistiques et économétriques ont pu favoriser, quant à elles, les études chiffrées.La plupart des revues scientifiques internationales publiées en langue anglaise mettent aussi l'accent sur le langage mathématique déductif.Ce n'est pas une coïncidence.C'est que la modélisation mathématique uniformise les approches et même les sujets traités, rendant les communications plus accessibles à un auditoire international.La contrepartie est un rétrécissement et, possiblement, un appauvrissement des sujets traités.Pouvoir compter combien de briques ou de pierres il faut pour construire une cathédrale ne nous explique pas la nature de Notre-Dame.Le fonctionnement d'une économie est plus qu'une affaire de chiffres.En faisant des publications dans les revues en langue anglaise orientées vers la méthodologie mathématique déductive le principal critère de nomination et de promotion des universitaires, même dans les pays francophones, on se trouve à privilégier le formalisme aux dépens de la pertinence.Poussées à leur logique extrême, les universités francophones ne devraient plus embaucher que des universitaires qui primo, ont fait leurs études en anglais, et secundo, qui ont choisi la méthodologie mathématique.Il est à craindre, avec une telle uniformisation et un tel moule unique et unidimensionnel, que ne s'établissent dans les disciplines un certain conservatisme intellectuel et une certaine stérilité dans l'innovation, tout le monde faisant et disant à peu près la même chose, avec un minimum de remises en question.7.Les critères d'évaluation Pour le monde scientifique francophone, il existe une tendance qui consiste à se servir des publications scientifiques en langue anglaise en tant que critère d'évaluation des chercheurs à des fins de nomination et de promotion L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202231 universitaires.Si la publication dans les revues économiques anglophones était acceptée comme principal critère d'appréciation, au détriment de tout autre, on peut imaginer la pression de publier en langue anglaise qui s'exercera sur tout universitaire non anglophone qui aspire à mériter une nomination ou une promotion dans les universités francophones.À terme, il n'y a pas de plus grand danger d'inféodation du monde scientifique francophone aux priorités et aux méthodes du monde scientifique anglo-saxon.Une osmose féconde entre les chercheurs de divers pays est à rechercher.L'uniformisation des objets et des approches n'est peut-être pas ce qui est susceptible de produire les meilleurs résultats pour l'humanité.8.Conclusion : Le français langue scientifique internationale ?Qui dit monde francophone, dit nécessairement langue française, en tant que langue de la pensée et en tant que langue des communications.Une constatation s'impose : De nombreux facteurs économiques et technologiques tendent présentement à faire de l'anglais la première langue scientifique internationale.La question consiste à se demander si les autres langues scientifiques internationales, à commencer par le français, peuvent encore et pour combien longtemps servir d'instruments de communication scientifiques internationaux.Ce n'est pas seulement une question étroitement économique C'est peut-être surtout une question de survie et de cohérence pour les institutions universitaires francophones à travers le monde.11 s'agit bien d'une question de survie et de cohérence pour ces institutions francophones.Car, pendant combien de temps peuvent-elles continuer à oeuvrer en français 32 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le français dans les universités pour leurs activités d'enseignement et de recherche en surface, et en même temps, utiliser des critères de publications et de rayonnement qui privilégient la langue anglaise?Comme nous l'avons vu, la prédominance des facteurs économiques en termes d'économies d'échelle au niveau des coûts de communication et en termes d'effets de réseau internationaux favorisent fortement présentement les communications scientifiques internationales en langue anglaise, au détriment des communications en langue française.En tant que bien collectif international, l'anglais apparaîtrait plus utile que le français.Avec l'intensification de la globalisation des économies nationales, il n'y a pas de raison de croire que cette tendance forte ne se renverse.Les développements technologiques ne génèrent pas, cependant, des effets qui sont seulement unidirectionnels.En effet, la technologie de l'Internet en particulier peut tout aussi bien favoriser que défavoriser le français en tant qu'instrument international de communication.D'une part, il est vrai que l'utilisation internationale des technologies des communications peut accentuer la tendance à l'uniformisation linguistique des canaux de communication.D'autre part, ces mêmes technologies se prêtent bien à la diversité et à l'individualisation des marchés, y compris le marché mondial du savoir et de l'information.À titre d'exemple, il n'est certes pas impossible que le perfectionnement des technologies permette de transférer quasi instantanément des textes d'une langue à l'autre, au bénéfice de l'utilisateur6.Seules la qualité et la pertinence des travaux scientifiques entreront alors en ligne de compte, laissant l'instrument linguistique au second plan.Déjà, il se dessine un fort mouvement pour que tous les textes scientifiques soient accessibles sur Internet et ouverts à tous pour consultation, six mois après leur publi- 6.Le producteur de logiciels Systran offre un service gratuit de traduction de pages Web; voir: www.systransoft.com.De même.AltaVista offre un service payant de traduction sur le Web ; voir : babelfish.altavista.com/translate.dyn.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 33 cation officielle dans les revues scientifiques7.Quand ce sera complètement le cas, l'accessibilité des textes scientifiques en plusieurs langues partout à travers le monde ne sera plus qu'une question technique.Finalement, comme les langues sont des biens collectifs avec possibilité de resquillage, il y a place aussi pour des interventions gouvernementales, surtout quand des fonds publics sont investis en matière d'éducation et de culture.C'est la rentabilité même de ces investissements publics qui est en cause quand l'instrument linguistique qui est utilisé perd de son importance relative.Des mesures concrètes pour accroître l'usage de la langue dans laquelle on investit sont certes appropriées.En bout de ligne, au-delà des contraintes et des forces agissantes, la place de la francophonie dans le monde scientifique en général, et dans celui des sciences économiques en particulier, est une question de volonté.Si les chercheurs eux-mêmes et les instances universitaires le veulent, les moyens technologiques existent pour assurer le rayonnement présent et futur du français en tant que langue scientifique internationale.Toutes ces considérations ne font que renforcer le besoin d'un congrès scientifique international comme celui de l'AIELF pour le rayonnement et l'avancement des travaux économiques en langue française.0 7.On peut appuyer ce mouvement en consultant le site Internet suivant www.publiclibraryofscience.org 34 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE L'aide alimentaire, un outil pour le développement d'une citoyenneté active Henri Lamoureux Mille dévouements admirables ne vaudront jamais une bonne politique sociale Pascal Bruckner, La tentation de l'innocence Les uns sont dans l'ombre les autres en pleine lumière On voit ceux qui sont en pleine lumière mais on ne voit pas ceux qui sont dans l'ombre, Bertol Brecht, L'Opéra de quat' sous Le scandale de la faim et de la malnutrition En novembre 1996, j'avais eu le plaisir de donner ma vision des choses en ce qui concerne la lutte contre la faim et la malnutrition.Ce que j'en avais dit alors1 tenait en Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain - Colloque des 24 et 25 mai, conférence de clôture.Université du Québec à Montréal.1.Lamoureux Henri (1996) «Faim et pouvoir» Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain, actes du colloque tenu les 7 et 8 novembre 1996, 6 p.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 35 quelques idées que je reprendrai sans doute aujourd'hui.Par ailleurs, selon les informations les plus récentes que j'ai pu obtenir, il semble bien que loin de s'améliorer, la situation, tant ici qu'ailleurs dans le monde, y compris aux États-Unis, s'est grandement détériorée au cours des dernières années2.Ainsi, dans « le plus meilleur pays du monde en ce moment ici », alors que le despote en chef qui nous gouverne dépense une centaine de millions $ pour faire la fête avec ses petits copains des Amériques, des dizaines milliers de personnes dont l'humanité n'est certainement pas moindre que la sienne souffrent de la faim.Pendant ce temps-là, on apprend qu'après avoir congédié des milliers de travailleuses, le PDG de Bell Canada se paie une traite personnelle de 50 millions $ pour célébrer l'an 20003.C'est un scandale, une négation de la dignité humaine, un état de chose intolérable qu'il faut combattre par tous les moyens légitimes dont nous disposons.À mon avis, le fait que des personnes puissent souffrir de la faim dans une société aussi riche que la nôtre dépasse l'inégale distribution de la richesse.Elle touche le cœur même de ce qui fonde l'idée d'une humanité où nous serions tous égaux en droit faute, souvent, de ne pas l'être en fait.Elle touche l'idée d'une société juste qui serait fondée sur le droit absolu aux biens et aux services essentiels4 et sur notre obligation collective d'en garantir l'accès ; le premier de ces droits étant, à mon avis, celui de s'alimenter convenablement.Quand j'entends que des enfants réussissent moins bien à l'école parce qu'ils sont mal alimentés, quand j'entends que de jeunes mères n'ont pas les moyens de se 2.\tForest Jean (1998), Le don de nourriture a-t-il un prix?, Montréal, Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain, cahier # 4, 21 p.3.\tLewandowski René (2001), «Les hauts dirigeants se paient la traite» dans: Le Devoir 19-20 mai 2001, B1 et B3.4.\tMarshall T.H., Citizenship and Social Class, Cambridge, Cambridge University Press, 1950.Frédéric Lesemann et P-Y Ulysse (1997) reprennent plusieurs des thèmes de Marshall dans leur texte « Pauvreté, citoyenneté et marché aux États-Unis, dans : Cahier de recherches sociologiques #29, Montréal, PUQ, pp.137-152.36 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Aide alimentaire nourrir et de nourrir convenablement leur bébé, handicapant ainsi leur développement, quand je vois des personnes âgées sabrer dans leur budget alimentaire pour se payer les services domestiques sans lesquels elles ne pourraient vivre en milieu naturel; le cœur me lève.Quand je lis qu'en 1998, 30 millions de personnes sont mortes de faim alors que 828 millions autres êtres humains souffraient grandement de la sous-alimentation5, cela m'indigne et me révolte.C'est pourquoi j'ai la plus vive admiration pour celles et ceux qui interviennent socialement afin de contrer le scandale de la faim et de la sous-alimentation dans notre société.Du service immédiat à l'accompagnement sur le chemin de l'autonomie La lutte contre cette forme particulière d'oppression des personnes que sont la faim et la malnutrition s'exprime de différentes manières6.En gros, je dirais qu'elle en prend trois.D'une part, elle emprunte celle des activités de gestion des conséquences de la pauvreté et de la misère humaines.Dans ce cadre, nous offrons aux personnes et à leur famille un service de dépannage ponctuel qui leur permet de se nourrir dans un contexte où elles n'ont pas les ressources financières pour le faire.Remettre un panier de provisions à des gens qui n'ont plus rien à manger est définitivement un geste de solidarité humaine important et indispensable, mais cela ne remet pas en cause la logique et la dynamique de la pauvreté.La gestion à la petite semaine des conséquences de la pauvreté est certainement une activité d'utilité sociale immédiate que l'on ne doit pas sous-estimer, mais reconnaissons qu'elle est largement insuffisante.À cet égard, et pour vous provoquer un peu et 5.\tZiegler Jean (1999), La faim dans le monde expliquée à mon fils, Paris, Seuil, 63 p.6.\tRheault Johanne (2000), Un processus d'éducation populaire dans le renouvellement des pratiques d'aide alimentaire, Mémoire de maîtrise, Université de Montréal, 119 p.et annexes.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202237 en toute solidarité, permettez-moi de citer ce que dit Pascal Bruckner, parlant de la compassion comme mépris, dans son livre La tentation de l'innocence : La charité a an rôle de scandale bénéfique quand elle bouscule les égoïsmes établis, brave la loi et l'ordre, dérange le confort des assis; elle devient scandaleuse à son tour quand elle prétend se suffire à elle-même et ne cherche pas à s'inscrire durablement dans le réel par un prolongement juridique ou politique7.Il faut donc avoir perdu contact avec la réalité pour faire, comme le font certains politiciens qui n'ont jamais connu la faim et l'exclusion, l'apologie d'une société dont la générosité et la solidarité ne se traduisent que par le saupoudrage des reliefs de la société d'abondance aux plus pauvres d'entre nous.D'autre part, la lutte contre la pauvreté peut aussi s'exprimer par des activités d'éducation populaire et de solidarité comme le sont notamment les cuisines collectives et les coops d'alimentation.De cette manière, on renforce l'individu.Plutôt que de s'isoler et de vivre son problème seul, il se connecte aux autres.Il découvre le sens réel de la responsabilité qui consiste à se greffer à des réseaux d'êtres humains pour agir au profit du bien commun.Dans ce cadre, non seulement les individus peuvent mettre en œuvre une stratégie autonome et collective de réduction de leurs coûts au plan alimentaire, mais ils peuvent aussi découvrir les possibilités d'action que permet cette solidarité à plusieurs autres plans.Ils peuvent, notamment dans un contexte de diversité culturelle, découvrir par ce type d'activité toute la richesse de l'autre et l'intérêt qu'il y a, au delà de nos différences, à conjuguer nos problèmes particuliers à la première personne du pluriel.Enfin, notre lutte sur le front de la sécurité alimentaire peut, et à mon avis doit se prolonger dans l'arène politique 7.Bruckner Pascal (1995) La tentation de l'innocence, Paris Grasset, p.285 38 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Aide alimentaire tant au plan des activités ponctuelles et partisanes, lorsqu'il y a élection, qu'au plan des activités permanentes et citoyennes qui s'offrent aux mouvements sociaux bien structurés.Dans cette perspective, il importe que nous utilisions toutes les tribunes et toutes les occasions non seulement pour faire le procès de l'iniquité et de l'injustice qui caractérise les sociétés dont le développement est d'inspiration néolibérale, mais aussi pour dénoncer l'hypocrisie des fauteurs de misères, leur arrogance, leur sensibilité de façade.Et il ne faut pas se contenter ici de généralisation, mais dénoncer celles et ceux qui, en situation de changer les choses, ne le font pas pour ne pas déplaire à la logique économique de leurs maîtres.Le système dans lequel nous vivons s'incarne dans des individus qui occupent des lieux de pouvoir en vertu du mandat que nous leur accordons ponctuellement.Théoriquement, selon cette dynamique qualifiée de « démocratique», nos représentants s'engagent à rendre compte de leurs activités.En échange de cette assurance, nous acceptons de leur faire confiance.Forts de ce pouvoir, ils agissent sur nos destins individuels et collectifs.Ils peuvent notamment contribuer à réduire la pauvreté et les inégalités.Or, ces dirigeants, qui tiennent leur légitimité de notre volonté souveraine, nous considèrent comme de la viande à profit, comme des gogos que l'on peut manipuler à chaque élection, comme des objets dont on peut se débarrasser après usage, comme des crétins qui ne comprennent rien aux vraies affaires, celles qui se traitent en secret, dans des comités d\u2019experts et derrière des clôtures et des murs de soldats et de policiers armés jusqu'aux dents.Nous ne sommes pas obligés de les laisser faire.Si les individus, comme les peuples d'ailleurs, ont un droit inaliénable, c'est de se révolter contre l'oppression, contre le détournement de leur souveraineté et redevenir les sujets de leur histoire.Et quand cela devient nécessaire, nous avons l'obligation de leur prêter assistance.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202239 Reconquérir le pouvoir de sa citoyenneté Pour changer ce qui doit l'être, il faut être patients, regroupés et organisés.Il faut surtout que l'action que nous menons sur les divers fronts de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion soient l'affaire de citoyennes et de citoyens conscients, instruits des causes de leurs difficultés, capables de parler pour eux-mêmes.Dans cette perspective, il importe que l'action contre la faim et la malbouffe, comme dirait le Français José Bové, soient une occasion de développer la capacité de chacune et de chacun d'entre nous à exprimer sa citoyenneté de façon active et solidaire.Si nous ne devons en aucune manière laisser tomber celles et ceux qui souffrent de la faim ou qui risquent d'en souffrir, nous ne pouvons, par contre, nous contenter que de gérer cette dynamique humiliante qui consacrerait l'action de nos organismes au titre de gestionnaires des dégâts du système ; ce que certains considèrent comme des dommages collatéraux d'une organisation de l'économie qui repose essentiellement sur les lois du marché, celui de l'emploi comme celui qui régule la distribution des biens et des services.Les personnes qui font appel à nous doivent, dans la mesure où ça leur est possible, devenir des actrices et des acteurs des changements qui rendraient à terme notre activité moins nécessaire.Nous devons accompagner les utilisateurs et les utilisatrices de nos services et les aider à passer du stade de « clients » d'une banque alimentaire, à celui de membres actifs d'une ressource communautaire alternative dans le secteur de l'alimentation, à celui de citoyennes ou de citoyens habiles non seulement à dénoncer le sort qui leur est fait, mais aussi à exprimer leur vision d'une société juste et équitable.Le temps est venu pour nous d'élargir notre perspective et de prendre le virage d'une citoyenneté active, dans une perspective de développement social global.40 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Aide alimentaire Du service immédiat, à l'éducation, à l'action La question qui se pose à nous aujourd'hui n'est pas tant d'opposer les activités de prestation de services immédiats à d'autres formes de pratiques qui ont un caractère plus émancipateur.Ce serait là une mauvaise querelle dont nous sortirions tous perdants.Et des mauvaises querelles, nous en avons déjà assez dans le milieu communautaire.J'opterais plutôt pour une démarche plus organique, plus proactive, davantage centrée sur notre capacité de solidarité.En peu de mots, je présume que nous sommes capables et prêts à renouer avec une dynamique de prestations de services qui conduit directement au développement de l'aptitude des gens à exercer une solidarité active.Une telle démarche, qui n'est pas nouvelle mais qui nous oblige à l'innovation, aurait le mérite de proposer un contre-discours idéologique à celui qui domine présentement lequel repose sur un mode d'explication inacceptable de la pauvreté, de ses causes et de ses effets, notamment en ce qui concerne le lien entre aptitude à la productivité et qualité de la citoyenneté.Selon l'approche actuelle, ce sont les individus qui sont responsables de leur sort et l'État doit le moins possible intervenir dans la résolution de leurs problème, qu'ils soient économiques, sociaux ou sanitaires.C'est une approche qui découle de l'idéologie de marché qui subordonne le social et le politique à l'économique.Dans cette optique, c'est la capacité de chacun des individus à s'inscrire dans la dynamique du marché qui possède des vertus émancipatrices.Ainsi, le bon citoyen est le citoyen producteur/consommateur et la qualité de la citoyenneté d'une personne se mesure tant à son insertion dans le merveilleux monde de l'emploi, qu\u2019à sa contribution personnelle à la consolidation du paradis de la consommation maximale.Pour illustrer cela, rappelons que récemment, l'administration Bush déchirait le traité de Kyoto portant sur la réduction des gaz à effet de serre en disant, sans rire L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202241 le moins du monde, que « l'American Way of Life » se réalisait non pas dans l'économie d'énergie, mais dans sa capacité à offrir toute l'énergie nécessaire pour satisfaire à la demande8.C'est sans doute cette conception du monde, cette finalité impérialiste qui amène les États-uniens et leur succursale canadienne, à piller sans vergogne les ressources de la planète.Ceci est un discours idéologique extrêmement dangereux à tous égards.D'autre part, le discours néolibéral n'admet pas la responsabilité sociale de l'entreprise, si ce n'est celle d'obéir aux lois du marché.Ainsi, si des gens sont appauvris suite à une fermeture d'usine légitimée par les contraintes de la compétition mondiale, ou encore par la réduction des programmes sociaux justifiée par le même motif, il appartient aux individus de se recycler ou de faire preuve de « résilience », le capital s'en lavant les mains en vertu d'un principe naturel de non-responsabilité.Après tout, les entreprises ne sont-elles pas des personnes immorales ?Le grand humaniste, philosophe et poète Jean Chrétien dira « Que voulez-vous ?c'est la vie».Or, nous lui répondons: il n'est qu'un moyen pour l'humanité de progresser, c'est d'approfondir inlassablement nos grandes valeurs de références, de continuellement en bonifier le sens et de renforcer systématiquement la capacité des humains à ne jamais s'incliner devant le fait accompli.Pour contrer pareilles dangereuses inepties néolibérales, il importe que nous développions une autre vision du développement humain, que nous nous en inspirions dans le cadre de nos pratiques et que nous la proposions comme une alternative au monde selon W.Bush et ses copains.En ce qui me concerne, cette conception du monde doit se fonder sur la solidarité entre des personnes et des peuples jugés égaux en droit.Nous devons faire reposer tout notre discours et nos pratiques sur le postulat inaliénable de l'égale humanité des personnes.Et pour que cette concep- 8.Newsweek, 21 mai 2001, p.17.On cite Ari Fleischer, porte-parole du Président Bush.42 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Aide alimentaire tion des rapports humains puisse se développer, il faut créer les conditions de son affirmation.J'aimerais en rappeler ou en souligner trois ou quatre.D'une part, il est impératif que les individus passent du stade de dépendance que leur imposent les pratiques de type caritatif à un stade de développement de leur autonomie.Dans le domaine de la sécurité alimentaire, cela veut dire que s'il est certes opportun de soutenir immédiatement une personne qui a faim, il l'est encore plus de lui offrir l'opportunité de se débarrasser de l'obligation d'un recours systématique à la quête de nourriture.Ce passage ne peut s'effectuer que par la mise en place de lieux d'insertion sociale où la personne, par sa participation à une œuvre collective, se donnera elle-même le moyen de contrer son problème d'accès à une alimentation correcte.Comme je l'ai déjà dit, il s'agit de mettre la personne en réseau.D'autre part, une alternative au don de nourriture ne suffit pas.Il faut que les personnes prennent conscience que leur autonomie est la condition d'une citoyenneté active qui leur permet de comprendre les causes économiques, sociales et politiques du sort qui leur échoit et que, partant de cette compréhension, elles passent du stade de la soumission aux lois du marché à celui de l'action solidaire ayant pour but la réalisation de changements qui s'attaqueraient aux causes structurelles de la pauvreté.Il s'agit là d'une démarche d'éducation populaire continue où chacun apprend de l'autre et où chacun tire sa science de la vie et de la pratique.Or, si l'État a une responsabilité majeure dans la mise en œuvre d'une stratégie d'éradication de la pauvreté et de ses conséquences, il n'appartient pas qu'à des fonctionnaires, aussi dévoués et compétents soient-ils, de mener à bien, sur le terrain, une telle tâche.Cela revient également et de façon naturelle, pourrait-on dire, aux actrices et aux acteurs du milieu.Et il faut que ces actrices et acteurs dis- L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202243 posent de toute l'autonomie qui leur est nécessaire pour réaliser librement leurs activités.Dans ce sens, le gouvernement québécois, ses agences et ses régies, seraient mal avisés de persister dans leur tendance actuelle à vouloir tout contrôler, à l'occasion à doubler les initiatives populaires et à s'ingérer dans des secteurs d'activités pour les soumettre, complémentarité oblige, à leurs stratégies de développement mur à mur.La complémentarité aurait bien meilleur goût si elle reposait sur la confiance que les dirigeants politiques et leurs technocrates doivent avoir envers des intervenants communautaires autonomes dont l'action est légitimée par les nécessités concrètes des différents milieux et des différents groupes sociaux auprès desquels ils s'activent.Peut-être que celles et ceux qui ont la mémoire courte pourraient faire un effort et se souvenir qu'une part très importante du progrès social réalisé au Québec au cours des trente dernières années a été le produit de la créativité et de la détermination des milieux communautaires autonomes.Et, riche de cette mémoire des choses, peut-être que le gouvernement actuel pourrait considérer qu'il a tout intérêt à faire confiance à l'aptitude des collectivités locales à s'autodéterminer dans maints secteurs de l'activité humaine et du développement social.Peut-être qu'il pourrait mieux soutenir l'initiative populaire et appliquer le principe de subsidiarité qui implique notamment que la reconnaissance de la compétence des milieux à déterminer leur développement commande impérativement un soutien financier proportionnel à l'effort demandé et consenti ?Cela dit, il ne saurait par contre être question que l'État se défile de sa responsabilité première qui est de s'assurer que les mêmes ressources sont disponibles partout sur le territoire national.Il ne saurait non plus être question que l'État se déleste de certaines sphères d'activités qui commandent une expertise et un savoir-faire qui relèvent de la compétence des employés de l'État.11 ne saurait non plus être question, que de façon unilatérale et hypocrite, l'État 44 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Aide alimentaire fasse porter aux personnes et à leur famille un fardeau de responsabilités potentiellement générateur de très graves préjudices, notamment pour les femmes.Enfin, il me semble essentiel que des citoyennes et des citoyens autonomes agissant dans le secteur de la lutte contre la faim comprennent la nécessité de se joindre à d'autres mouvements sociaux pour créer aux plans régional et national une forme d'organisation qui canalise l'ensemble des actions menées dans divers champs de lutte.Nous sommes rendus là et nous avons l'obligation de conjuguer nos efforts de manière à nous doter d'un puissant outil politique qui soit porteur des valeurs de dignité, de respect, de solidarité, de justice et d'équité qui nous animent.Nous avons atteint les limites d'une action menée chacun pour soi, à partir de sa propre sphère d'activité.D'une part, un éparpillement des stratégies de lutte, une opposition des lobbies, une conception corporatiste de l'action communautaire, une professionnalisation bureaucratique et élitique des modes de représentation, ne peuvent conduire qu'à l'affaiblissement de notre capital social et conséquemment avoir un effet négatif sur la qualité des liens sociaux que nous souhaitons développer.Notre dispersion ne peut que faire l'affaire des pouvoirs en place qui en profitent alors pour nous imposer leurs solutions.Par ailleurs, notre capacité à comprendre l'interrelation entre les divers problèmes sociaux et notre aptitude à présenter un front uni et un programme commun en ce qui concerne notre conception de l'organisation de la société, ne peut que favoriser des modes d\u2019intervention et de communication plus efficaces.Etant donné la nature des mouvements sociaux, il me semble que l'idée d'une confédération citoyenne regroupant l'ensemble de ces mouvements, tant aux plans local et régional que national, serait une fort bonne idée.Je l'ai déjà proposé à plusieurs leaders communautaires il y a une quinzaine d'années.On m'avait alors expliqué que la chose L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202245 n'était pas possible étant donné la peur de chacun des mouvements sociaux de perdre son autonomie.Sans doute fallait-il aussi y voir des objections reliées à la question du partage de la tarte du financement étatique.Mais voilà, je pense toujours que la lutte contre l'oppression des femmes n'est pas qu'affaire de femmes, pas plus que ne l'est le combat pour que les aînés aient une fin de vie décente, que la lutte pour l'éradication de la pauvreté ou celle qui vise à faire de la place aux jeunes.Toutes les questions sont interreliées : la faim est un avatar de la pauvreté.Et la pauvreté est également le principal déterminant de la maladie.«Toute est dans toute», disait Raoul Duguay à l'époque où il se déguisait en arbre de Noël pour faire passer ses messages subliminaux.Il avait bien raison.Je vous pose la question, pouvons-nous et voulons-nous prolonger nos actions sectorielles dans un front commun structuré à partir duquel nous nous engagerions à construire un programme global d'intervention, à nous doter d'outils efficaces de communication et à structurer des programmes d'éducation à l'exercice de la citoyenneté qui favoriseraient non seulement l'émergence d'une nouvelle génération de leaders sociaux issus des communautés locales et des groupes sociaux, mais aussi une multiplication du nombre dés personnes capables d'exprimer publiquement les besoins de leurs milieux de référence ?Je sens que le fruit est presque mûr et qu'il nous faut le cueillir.Par ailleurs, certaines et certains croient que la meilleure façon de donner un prolongement politique à notre action, c'est de nous embarquer dans la création ou la consolidation d'un nouveau parti politique qui occuperait, à gauche, l'espace politique laissé vacant par les formations politiques actuelles que de moins en moins de traits ne distinguent.C'est souhaitable, possible et légitime.Cependant, le contexte particulier qui est le nôtre en tant que peuple fragilisé par sa situation particulière en Amérique et l'obligation qui en découle, de faire front commun pour 46 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Aide alimentaire nous doter des outils nécessaires à une émancipation politique nécessaire à notre développement pose problème à cet égard.Dit simplement, nous savons bien que plusieurs, sans doute une majorité de celles et ceux que nous rejoignons, ne nous suivraient pas dans le cadre d'une aventure politique partisane «de gauche».Et ce n'est pas le résultat de la partielle dans Mercier qui y changera quelque chose.En tout cas, je ne crois pas.En outre, nous ne disposons pas d'un mécanisme politique de représentation proportionnelle qui favoriserait la présence de ce que nous exprimons à l'Assemblée nationale, et, encore moins au gouvernement fédéral.Voilà deux objections majeures que l'on entend couramment dans nos milieux.Ces objections doivent être très sérieusement évaluées.Cela dit, nous devons tout de même agir de manière efficace et coordonnée, dans le respect de l'autonomie de tous les mouvements sociaux et des groupes qui les animent.C'est pourquoi je préconise plutôt la création d'une Confédération nationale - entendez québécoise - citoyenne qui pourrait présenter un programme d'action commun autour de laquelle se rassembleraient les forces progressistes québécoises.Appuyées par une telle confédération, des personnes s'engageraient à défendre un programme commun et pourraient occuper un espace politique non négligeable dans les instances locales, régionales et nationales ouvertes par la décentralisation administrative.Mon expérience des dernières années comme administrateur d'une régie régionale me permet de croire que la chose est faisable et éminemment souhaitable.En outre, une telle organisation pourrait et devrait être un lieu de reddition de compte pour les « élus » et les « nommés » progressistes des instances locales, régionales et nationales.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202247 Nous sommes aussi des citoyens du monde : lutte nationale et solidarité internationale.Je m'en voudrais de conclure sans souligner que nous ne pouvons plus faire l'économie de conjuguer nos efforts au plan national avec ceux qui sont consentis par les autres peuples du monde.Nous ne formons qu'une seule et même humanité avec les femmes et les hommes qui habitent cette planète.Conséquemment, cette réalité doit faire partie de notre réflexion et nous inciter à prendre en considération les intérêts des autres quand nous défendons les nôtres.La mondialisation de la solidarité doit être plus qu'un slogan.Elle doit s'installer au cœur de nos préoccupations.Si nous devons agir d'abord ici, en fonction de nos problèmes bien réels, nous devons également soutenir celles et ceux qui ailleurs, et dans des conditions souvent extrêmement difficiles, tentent de donner du sens à l'idée d'humanité.C'est sans doute une des principales leçons et un des principaux acquis qu'il faut tirer de la Marche mondiale des femmes.Si nous devons craindre l'action de ces monstres froids qui gouvernent le monde, nous ne devons cependant pas en avoir peur.Nous devons avoir confiance en notre capacité d'être les maîtres de notre destin et aux vertus d'une solidarité d'autant efficace qu'elle se traduit dans une constellation d'organismes ouverts à la participation active des citoyennes et des citoyens.0 48 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Entretien avec Charles 5aint-Prot Face à la globalisation, le salut des cultures passe par la souveraineté des nations.Propos recueillis par Zeina el Tibi* Essayiste et historien, Charles Saint-Prot fait partie des intellectuels qui se réclament de la pensée et de l\u2019action du général de Gaulle.Il est l'auteur de nombreux ouvrages et études sur les relations internationales (L\u2019Europe déraisonnable, Les frontières de l'Europe, Les guerres des Balkans, naissance de l'Europe germano-américaine), le monde arabe (La France et le renouveau arabe, Le nationalisme arabe, L'Arabie heureuse, Histoire de l\u2019Irak, de Sumer à Saddam Hussein aux éditions Ellipses), la Francophonie (La littérature libanaise de langue française, Les Ecrivains québécois, Francophonie : le second souffle).Il est membre du conseil de rédaction de la revue Une Certaine idée éditée par le RPR.Ouvrage à paraître en janvier 2002, La Pensée française, pour une nouvelle Résistance (éditions L\u2019Age d\u2019homme).Zeina el Tibi : Quelle est la place des cultures dans les relations internationales ?Charles Saint-Prot : Le terme de culture prête souvent à confusion.S\u2019agit-il des connaissances acquises au sens où l\u2019on parle, par exemple, d\u2019un homme cultivé ?S\u2019agit-il d\u2019un domaine particulier: la culture littéraire, la culture scien- Zeina el TIBI est journaliste libanaise.Elle représente à Paris l\u2019hebdomadaire La Revue du Liban.A l\u2019occasion du Sommet francophone de Beyrouth, elle vient de publier La Francophonie et le dialogue des cultures (Préfaces du Président de la République libanaise, Emile Lahoud, et du Premier ministre du Québec, Bernard Landry) aux éditions Dar al Moualef (Beyrouth) et L\u2019Age d\u2019Homme (Paris-Lausanne).Zeinetibi@noos.fr L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202249 tifique, la culture artistique?De l'ensemble des aspects intellectuels d'une civilisation?De ce que les Allemands appellent la Kultur et qui chez eux tient lieu de civilisation ?Ou bien, de cet usage galvaudé qui consiste à désigner un ensemble de comportement dans un groupe quand on parle abusivement de « culture des banlieues » ou de « culture homosexuelle»?À vrai dire, le terme de civilisation me semble préférable car il renvoie à une réalité adossée à une tradition : la cité, la nation.La civilisation, c'est tout ce qui distingue une nation : sa culture artistique et littéraire, son histoire, sa créativité, ses modes de vie, ses valeurs, ses croyances, ses habitudes, ses traditions, tout ce qui fait son génie propre.Il y a donc une civilisation française, une civilisation chinoise, une russe, une sénégalaise, une espagnole, une civilisation arabe qui a la particularité d'être à la fois commune aux 200 millions d'Arabes (la langue, l'histoire, les valeurs partagées, les modes de vie) et diverse : la civilisation libanaise, la civilisation irakienne, la civilisation marocaine.En tout cas, les civilisations sont d'abord des faits nationaux.Elles sont par définition au centre des relations internationales.Elles en subissent les enjeux, le premier de ces enjeux étant de résister au rouleau-compresseur de l'unilatéralisme et de l'uniformisation.Les civilisations tiennent une grande place dans la vie internationale puisqu'elles sont l'expression de la diversité du monde.Un monde sans diversité serait triste, ennuyeux et sans saveur.Ce serait surtout une sorte d'immense conglomérat sans vie réelle et sans libertés car l'une des plus importantes des libertés c'est de pouvoir être soi-même, ne pas être un termite dans la termitière.Or, pour que la diversité des civilisations puisse s'exprimer, il faut sauvegarder les nations.C'est en respectant les particularités, politiques et économiques, des nations qu'on respectera la diversité des civilisations car ce serait une erreur de croire que si les nations disparaissaient les civilisations, ou les cultures si vous voulez, continueraient à exister.50 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Charles 5alnt-Prot Le dialogue des cultures, ou des civilisations, ce serait donc le dialogue entre les nations ?Dans les relations internationales, les seuls acteurs sont les nations et leurs États.Ce sont les États-nations qui sont les médiateurs entre les peuples, ce sont eux qui doivent donner les impulsions nécessaires pour que le monde soit plus harmonieux tout en respectant les diversités et en veillant à ce que les dérives supranationales ne l'emportent pas.Un monde bien ordonné n'est pas celui où un seul domine et impose sa civilisation mais c'est le concert des nations où l'on s'enrichit de ses différences mutuelles.Selon vous, on ne peut pas parler de civilisation occidentale ou européenne ou asiatique ?C'est en effet une idée artificielle.Il est clair qu'il n'y a pas de civilisation occidentale, l'Occident n'est qu'un mythe destiné à masquer l'hégémonie de la superpuissance états-unienne et à faire croire que les nations européennes ont quelque chose en commun avec cette superpuissance qui constitue la plus grande menace pour leurs civilisations.11 n'y a pas davantage de civilisation européenne.En Eu\u2019ope, il y a des civilisations française, espagnole, russe, anglaise, finlandaise, grecque, autrichienne etc.L'Europe n'a en commun aucun fait relevant de langue - si ce n'est au sens où aujourd'hui on emploie couramment l'anglais comme lingua franca.L'Europe n'a en commun aucun fait significatif de culture sauf ceux qu'elle a partage avec la plupart des peuples de la planète.L'Europe n'est pas une communauté de cultures, de valeurs ou de civilisations : certains pays européens ont quelques éléments en commun, ce qui est très différent.Pour le reste, les Français ont davantage un bien commun culturel avec les Québécois qu'avec les Allemands ou les Italiens.Ils ont plus de liens culturels avec l'Afrique, le Maghreb ou le Liban qu'avec la Finlande, la Hollande ou l'Angleterre.Ce que les pays européens ont en commun en matière de culture c'est l'asservissement à la sous-culture états-unienne.Il paraît L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202251 que l'union européenne devait permettre l'affirmation d'un esprit européen.Elle devait assurer une résistance plus efficace à l'invasion des produits américains, notamment les produits culturels.Or, la sous-culture américaine n'a cessé de progresser dans tous les pays de l'union.En fait, l'édification de l'Europe économique et politique se traduit par une domination américaine dans tous les domaines.Le seul « bien commun » européen c'est l'américanisation.« Bien commun » que les nations européennes partagent avec la plupart des autres nations du monde.Il n'y a pas non plus de civilisation musulmane, mais des civilisations arabe, iranienne, pakistanaise, indonésienne etc.Il n'y a pas de civilisation asiatique mais une civilisation chinoise, une japonaise, une vietnamienne ou une cambodgienne.L'erreur d'un penseur comme Samuel Huntington dans son fameux Crash of civilizations est de recenser des ensembles artificiels en regroupant arbitrairement des civilisations et des cultures qui ne se confondent pas.On voit bien que derrière cette idée se manifeste une certaine stratégie qui consiste à réunir sous le vocable de civilisations des ensembles hétérogènes qui ne sont rassemblés que pour légitimer une vision états-unienne des relations internationales.Toutes ces pseudo-civilisations englobantes sont le camouflage de tentatives impérialistes.En fin de compte, l'objectif est de conduire à marche forcée vers un monde global.Un monde global, c'est-à-dire la mondialisation?La mondialisation n'est qu'un mot dont on s'est entiché.Il faut bien voir ce qu'il recouvre.Trop souvent, la mondialisation est confondue avec le progrès.S'il s'agit du progrès, notamment celui des communications et des facilités immenses offertes par les nouvelles technologies, personne ne peut sérieusement être contre.C'est, par exemple, une formidable avancée qu'un Libanais vivant au Québec, au Chili ou au Sénégal puisse consulter chaque semaine la Revue du Liban sur Internet et garder ainsi un lien avec son 52 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Charles 5aint-Prot pays d'origine.Pour les étudiants et les chercheurs, Internet offre des sources de documentation extraordinaires.Il est également très précieux pour les hommes d'affaires.Les nouvelles technologies favorisent également la diffusion des cultures et des idées, à condition qu'elles ne concernent pas qu'un nombre limité des habitants de notre planète.Mais la mondialisation ce n'est pas cela.Le commerce, l'évolution des moyens de communication, l'accroissement de la rapidité des informations sont des phénomènes anciens.Il y avait une mondialisation quand les marins mésopotamiens parcouraient l'océan Indien.Il y en avait une au temps des Phéniciens qui développaient de grands mouvements d'échanges en Méditerranée.L'électricité, le téléphone, l'avion ont été d'aussi grandes révolutions qu'internet.Pour autant personne jusqu'alors n'avait prétendu que l'on s'acheminait vers un monde unique avec un maître unique.La mondialisation est une idéologie dont il faut bien comprendre les deux aspects essentiels.Le premier concerne les processus de la mondialisation.La mondialisation est avant tout une légitimation de l'éco-nomisation des sociétés.C'est le triomphe de l'idéologie ultra-libérale selon laquelle tout est marchandise comptable.C'est, finalement, un processus qui a des impacts très négatifs sur les peuples : élargissement du fossé Nord-Sud, démantèlement des économies nationales, catastrophe écologique, nivellement culturel, arrogance des firmes transnationales et des institutions comme le FMI ou la Banque mondiale, lesquelles n'ont d'ailleurs aucune légitimité pour régenter le monde.Le Prix Nobel de sciences économiques, Maurice Allais, a démontré que la mondialisation détruit les emplois et la croissance et, en niant systématiquement le rôle des États, engendre l'instabilité et le désordre.Pire encore, la mondialisation postule la fin du politique, c'est-à-dire l'idée de la possibilité qu'ont les hommes de peser sur leur destin.En fin de compte, parce qu'elle propose une vision eschatologique, la mondialisation est l'anti-humanisme contemporain.Le monde d'au- L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 53 jourd'hui est en train de devenir celui qu'avait prédit Georges Bernanos: l'avènement d'un Moloch technique, matérialiste et financier, un monde indifférencié et déspiritualisé où les sociétés se dissoudront et avec elles l'homme lui-même.Nous aurions construit les pyramides et les cathédrales, nous aurions écrit les tragédies du siècle classique grec et du Grand Siècle français, nous aurions bâti les temples de Baalbek, de Babylone, d'Angkor, les châteaux de Chambord, de Chenonceaux ou de Versailles, pour en arriver là ?Tout renier, tout oublier, pour se féliciter qu'un système cosmopolite permette aux spéculateurs de s'enrichir en dormant et pour acheter les mêmes play-stations à nos enfants de Hanoi à Montréal ! J'ai du mal à admettre que tout cela représente un progrès pour l'humanité.Mais, surtout, il faut bien marquer que la mondialisation est plus précisément une globalisation, c'est à dire l'américanisation du monde.D'ailleurs, les Anglo-Saxons n'ont pas de mot pour désigner la mondialisation : ils parlent de globalization C'est le second aspect de la mondialisation - ou la globalisation.Celle-ci ne marque pas l'avènement d'un meilleur des mondes où régnera la paix grâce au libre-échangisme, mais bien la volonté de puissance d'un empire.À vrai dire, il n'y a pas de nouvel ordre international, il n'y a pas de mondialisation, il y a l'ordre ancien de la domination du plus fort.La mondialisation est l'autre nom de l'impérialisme états-unien.Elle est tout simplement la mise en œuvre du projet stratégique global des États-Unis, tel que Brzezinski l'expose dans son livre Le Grand Echiquier.C'est pourquoi, il est parfaitement utopique de parler d'aménager la mondialisation.Pourtant certains affirment que la mondialisation favorise le multiculturalisme qui somme toute rapproche les peuples.Le nouveau credo du multiculturalisme mine le projet qu'il prétend servir car il est l'alibi de l'éradication des cultures à laquelle tend naturellement tout projet cosmo- 54 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Charles 5aint-Prot polite désincarné.Le cosmopolitisme est le contraire de l'universalité car l'universalisme implique le respect du droit à la diversité, sous toutes ses formes.Le seul moyen d'être universel, c'est d'être particulier.Le patrimoine universel n'est pas une sorte de melting pot, mais l'ensemble des identités particulières.Le multiculturalisme est également un mythe pour deux raisons.D'une part, il n'y a pas de mondialisation de la culture mais la suprématie de plus en plus absolue d'une sous-culture états-unienne qui efface toutes les cultures.Sous-culture car ce que les États-Unis exportent n'est pas une culture mais un ensemble de produits qui se commercialisent comme de simples marchandises : des films et des séries télévisées, du bruit que d'aucuns s'obstinent à appeler chansons, des divertissements débiles qui se substituent précisément à la culture.Comme Philippe Muray le décrit avec son talent corrosif, l\u2019imbécile festif et posthistorique succède au citoyen civilisé.1 D'autre part, la mondialisation se moque bien de la culture.Par nature, elle tend à la faire disparaître parce que la diversité culturelle est le contraire du but poursuivi qui vise à normaliser, au sens stalinien, à massifier, à abrutir l'homme.L'objectif ultime est une homogénéisation des conceptions et des valeurs de façon à créer, sous prétexte de « métissage culturel », un individu indifférencié qui consommera les mêmes produits standardisés de la Finlande à la Jamaïque.Comme tous les totalitarismes, la mondialisation-américanisation ultralibérale n'aime pas la culture.À ce mot Goebbels sortait son revolver, les mondialistes sortent leur machine à niveler les identités.Ce n'est pas rapprocher les peuples que gommer ce qui les diversifie, c'est en faire des moutons clonés sur un individu unique, un consommateur ou un ilote esclave d'un système orwellien.11 n'y a donc pas de mondialisation de la culture mais la destruction des cultures par la mondialisation.Le métissage culturel c'est le multiculturalisme qui 1.Philippe Muray, Après l'Histoire et Après l'Histoire II, Les Belles Lettres, 1999, 200.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 55 est l'une des expressions idéologiques des tenants de la globalisation.Celle-ci avance masquée sous le couvert d'une idéologie multiculturaliste qui propose des cultures artificielles de substitution dont la fonction est de camoufler les inégalités économiques et sociales réelles et la domination de la sous-culture états-unienne, sous la reconnaissance factice de groupes ethniques marginalisés.Le multiculturalisme est un faux-fuyant et il est extrêmement dangereux car il ouvre la porte aux pires régressions identitaires : les ethnicismes, les particularismes de repli, les intégrismes religieux ou autres.Dans son remarquable essai, Le marché aux illusions,2 l'écrivain canadien Neil Bissondath met en cause la doctrine officielle du multiculturalisme canadien et montre comment cette idéologie, prétendument politiquement correcte, conduit à créer des ghettos et une sorte d'apartheid insidieux qui s'oppose précisément à la notion d'intégration au sein d'un projet commun, ce qui est le propre d'une civilisation ou d'une nation.Refuser la mondialisation ne consiste-t-il pas à adopter une attitude de repli ?Il ne faut pas confondre repli et résistance.Il n'y a pas de fatalité du déclin ou de sens de l'Histoire.Ne sont condamnés à disparaître que les peuples qui baissent les bras.C'est ce que nous a enseigné le général de Gaulle le 18 juin 1940.L'un des pères de la pensée nationale québécoise, Lionel Groulx, a écrit : « le suprême malheur pour un peuple, c'est de douter de soi-même ».3 À cet égard, le cas du Québec est particulièrement exemplaire.Lors de la chute de la Nouvelle-France et la colonisation anglaise en 1763, qui aurait donné cher de la survie des 70000 Canadiens français perdus au milieu d'un continent nord-américain où s'étaient déjà installés plus d'un million d'Anglais et d'Anglo-Saxons ?Pourtant, malgré toutes les tentatives 2.\tBoréal, Montréal, 1995.3.\tNotre Maître, le Passé, 1944 56 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Charles 5aint-Prot d'épuration linguistique et culturelle mises en place par les Anglais puis par le régime fédéral, ce petit peuple a survécu.De nos jours 7,5 millions de Québécois sont là pour témoigner qu'un peuple qui résiste ne disparaît pas.Il en est de même de la merveilleuse survie des Acadiens qui furent victimes, en 1755, de la première déportation ethnique de l'histoire du monde occidental.En effet, en 1755, après la défaite de Fort Beauséjour, les Anglais, en violation des promesses faites, déportèrent les Français de la région de Port-Royal.Fes maisons furent brûlées, le bétail tué et 12 000 Français furent déportés et abandonnés dans les colonies britanniques de la côte atlantique.Hors Québec, les Acadiens de la région du Nouveau-Brunswick sont les seuls francophones à avoir pu résister à la politique d'assimilation mise en place par les anglophones et qui conduit à la disparition programmée des francophones du Manitoba, de l'Ontario et des autres provinces d'un Canada sectaire qui n'a jamais joué le jeu du bilinguisme.Selon une idée préconçue, la mondialisation serait inéluctable.« C'est un phénomène irréversible » répètent à satiété ceux qui serinent cette vieille antienne de tous les renoncements face aux totalitarismes.Fa mondialisation, qui est la «Révolution totalitaire universelle», n'est pas plus irréversible que ne l'ont été le nazisme ou le communisme.Seuls sont irréversibles les dangers que l'on refuse d'affronter.Face à la menace globale, il faut opposer un refus global.Il existe une réponse à la mondialisation-américanisation, cette réponse consiste à défendre les nations.11 faut donc, d'abord, préserver notre propre souveraineté politique et notre identité culturelle pour, ensuite, dialoguer et coopérer avec toux ceux qui veulent résister à la globalisation et trouver des réponses en commun au formidable défi qui nous est lancé.L'une de ces réponses est-elle le dialogue des cultures, comme le proclame, par exemple, la Francophonie internationale qui en a fait le thème du Sommet de Beyrouth ?L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202257 Si elle veut être une grande ambition, la Francophonie internationale doit d'abord s'en donner les moyens.Surtout, la Francophonie doit être un projet politique, car, dans l'ordre des moyens, le Politique est la condition première de toute action soutenue et à long terme.La mission essentielle de la Francophonie doit être de participer activement à la construction d'un ordre mondial nouveau qui ne soit pas celui de la globalisation éradicatrice des nations, des peuples et de leurs cultures.Il faut imaginer un réaménagement de notre planète de façon à ce qu'elle soit mieux équilibrée.Il ne sert à rien de parler de dialogue des cultures si on laisse se creuser le fossé économique et technologique entre les peuples.Le dialogue des cultures n'est qu'un slogan si on ne prend pas la mesure du problème posé par l'absence de conversation entre le Nord et le Sud, c'est à dire la prétention du Nord, ou d'un certain nombre de puissances du Nord, d'imposer ses modes et des idées et à ne faire aucun effort pour écouter et comprendre les autres.Le rôle essentiel d'une Francophonie dynamique et volontaire consiste à défendre la diversité et mettre en place les coopérations nécessaires pour permettre à ses membres les moins développés de rattraper leur retard en matière d'éducation, de formation, d'accès aux nouvelles technologies.Cela implique une action particulièrement active de la part des pays industrialisés, surtout de la France qui doit réellement faire du développement des pays francophones une priorité.La France doit s'investir davantage, et sans complexe, dans le projet francophone et consentir les moyens nécessaires, notamment en Afrique ou dans les pays d'Asie (le Vietnam, le Cambodge et le Laos) où l'on ne fait les efforts suffisants pour les arrimer à la Francophonie.Au final, la Francophonie doit exprimer un choix politique fort consistant à former un noyau de Résistance à la globalisation.En jouant ce rôle, elle trouvera des partenaires et pourra articuler son action avec d'autres ensembles : par exemple, les mondes hispanophone, slavo-orthodoxe et arabe.58 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Charles 5aint-Prot La tenue du Sommet francophone au Liban se s'inscrit-elle pas dans cette idée ?Le Sommet de Beyrouth est en effet une bonne occasion de nouer un lien plus étroit entre la Francophonie internationale et la rive sud de la Méditerranée.Tout conduit à créer une solidarité très forte entre ces deux ensembles.Plusieurs États arabes sont membres de l'Organisation internationale de la Francophonie (Le Liban, l'Égypte, la Tunisie, le Maroc, la Mauritanie, Djibouti.).D'autres font une large place à la langue française et ont, pour des raisons diverses, des liens anciens et forts avec la communauté francophone; c'est le cas de l'Algérie.D'autres, Bahreïn, le Yémen ou l'Irak, ont manifesté leur intérêt pour la Francophonie et voudraient s'y associer.Enfin, il existe entre la Francophonie internationale et la nation arabe des pays qui sont des traits d'union.C'est, bien sûr, le cas de la France qui a hérité de la politique méditerranéenne de ses rois, restaurée par le général de Gaulle.C'est aussi le cas du Liban.Le Liban n'est pas par ses dimensions un très grand État mais l'influence d'un pays n'est pas liée à ses dimensions.L'histoire des cités grecques tient dans un mouchoir de poche, et il y avait déjà à l'époque de très grands empires et des tentations de gigantisme.Pourtant, les « petites » cités grecques ont donné au monde l'une des formes les plus élevées de la civilisation.Le Liban est petit, mais c'est une nation qui compte, qui a son influence, sa forte spécificité, sa renommée.Certains pays ont une vocation, une mission.Le Liban est l'un de ceux-là : il est, comme l'écrivait Maurice Barrés, le «phare de la Méditerranée orientale».Ce phare ne s'est jamais éteint malgré les pires épreuves.Un grand humaniste libanais, le cher président Charles Hélou disait que le Liban « a une vocation, une mission arabe et humaine, un destin intangible».C'est pour cela que le Liban est précieux.11 l'est pour la nation arabe, pour la Méditerranée, pour la Francophonie, pour l'humanité L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202259 tout entière.Les Libanais doivent en être convaincus et ne pas hésiter à mieux se faire entendre sur la scène internationale.Bien sur, le Liban jouera d'autant mieux son rôle qu'il retrouvera sa prospérité ancienne et c'est la raison pour laquelle la Francophonie internationale doit l'aider dans ses efforts de reconstruction mais également dans ses efforts pour préserver sa souveraineté et ne pas être de nouveau la principale victime d'un conflit du Proche-Orient qui perdure du fait de la politique agressive de l'État d'Israël et du jeu américain.L'intérêt de la Francophonie internationale est d'aider puissamment le Liban et, bien sûr, il faut que la France continue à être le défenseur vigilant et dynamique de la cause du Liban.0 OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.confiance stratégie performance \u2022\tGestion active en actions et en obligations\t\u2022 Gestion indicielle \u2022\tGestion équilibrée\t\u2022 Gestion privée En actions canadiennes et en obligations, nos performances annuelles composées se classent au premier quartile sur la période de 3 ans terminée le 31 décembre 2000, selon l\u2019ensemble des sondages publiés sur les performances des gestionnaires de caisses de retraite.Pour de plus amples informations : Sophie Lemieux, M Sc, Directrice, Développement des affaires 425, boul de Maisonneuve Ouest, bureau 1740, Montréal (Québec) Canada H3A 3G5 Téléphone (514) 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 wwv/.groupe-optimum corn Note Au 31 décembre 2000, la performance annuelle composée sur 3 ans est de 14,2 % en actions canadiennes et de 6,3% en obligations Ces performances sont des rendements antérieurs et ne laissent présager en rien les rendements futurs ® Marque de commerce de Groupe Optimum inc utilisée sous licence 60 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE La langue française est-elle condamnée à disparaître?Paul-Émile Roy* Pour beaucoup de gens, la défense des langues nationales est un combat dépassé.Elle serait un reliquat d'un chauvinisme anachronique, le produit d'une mentalité étroite et fermée aux multiples émancipations de la postmodernité.Les défenseurs de la langue seraient des alarmistes, des nationalistes mélancoliques qui ne savent pas respirer le grand air de l'ère planétaire.Toutes les langues se valent, après tout, et l'important, c'est de se comprendre ! Ces réactions, qui prennent plusieurs formes, émanent plus ou moins explicitement, plus ou moins inconsciemment, du sentiment que les langues nationales sont condamnées à disparaître et à être remplacées par l'anglais, ou par l'américain, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.D'ailleurs, un auteur a prétendu que la langue la plus menacée n'était pas le français, ou l'espagnol ou l'allemand, mais l'anglais qui est en train de se transformer en une * Écrivain.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202261 espèce de jargon, de sous-produit des fonctions de communication du marché universel.Ce qui me semble évident, c'est que cet « anglais » international a bien peu à voir avec la langue de Shakespeare, de Keats, ou d'Edgar Poe.Il est un instrument créé par des fonctions bien déterminées qui n'englobent pas l'ensemble des composantes de la réalité humaine prise en charge par les différentes langues.Il faut admettre que le développement très poussé et multiforme des relations entre les hommes et les peuples, modifie le statut des langues dans la communauté internationale.Il modifie aussi la vie des peuples dont la langue est un des éléments.La question qu'il faut se poser est celle-ci : Est-ce que la globilisation, le développement des échanges, des moyens de transport, des médias vont entraîner la fin des communautés nationales ou régionales ?Est-ce que la société internationale se développera comme une communauté de nations ou est-ce qu'elle deviendra une masse uniforme soumise aux seuls impératifs du marché ?Si cette dernière hypothèse devait l'emporter, évidemment, il faudrait accepter que les langues disparaissent rapidement et soient remplacées par une espèce d'espéranto qui servirait d'instrument de communication.Une langue n'est pas seulement un moyen de communication, elle est l'expression de la vie d'une communauté, elle est la première forme de la pensée des hommes et des femmes qui forment cette communauté, elle est l'élément premier de la culture et de la civilisation.Paradoxalement, alors que certains prédisent que les langues nationales sont appelées à disparaître pour laisser la place à une langue internationale, nous avons assisté au vingtième siècle à une renaissance des langues nationales ou régionales qu'on croyait à tout jamais disparues, qu'il s'agisse du gaélique, du basque, du kabyle, du catalan, des langues autochtones, etc.C'est que la langue est intime- 62 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE La langue française ment liée à l'identité, et quand celle-ci est menacée, c'est dans la réappropriation de la langue que les peuples assiégés se réfugient, se reconnaissent, défendent leur âme.La langue française au Canada et au Québec est exposée à deux impérialismes impitoyables.Celui d'abord de l'anglais international qui se présente comme seule langue de l'avenir, comme la langue du commerce, des affaires, de la vie planétaire.Son prestige est incommensurable, et il exerce une séduction très forte sur les imaginations, sur le sentiment d'infériorité de tous ceux qui voient les États-Unis comme « the best country in the world ».Et on sait combien nos voisins savent recourir à une propagande extrêmement efficace qui porte la majorité des gens à les envier et à les imiter.Même la France, qui est pourtant un pays de grande culture et d'une forte personnalité, est fascinée par les Américains et se fait une gloire de mettre de l'anglais un peu partout.Il ne faut surtout pas s'imaginer que l'expansion de l'anglais dans le monde se produit comme par l'effet d'une force naturelle, comme une fatalité.Si cette expansion est facilitée par la puissance économique des États-Unis, elle est aussi l'effet d'une politique très précise qui ne s'embarrasse pas des scrupules qui étouffent bien des Québécois quand il s'agit de la langue.En Californie, par exemple, la langue officielle est l'anglais.« Cet État américain, écrit Norman Delisle, est intervenu pour restreindre l'accès à l'école espagnole ou bilingue, qui constituait une menace à la survie de la langue anglaise»1.L'anglais serait donc menacé, aux États-Unis ! Le linguiste Claude Hagège écrit que « les pays anglo-saxons ne se contentent pas de profiter passivement de la puissance de diffusion de leur langue».Ils adoptent en ce domaine une attitude ferme.On pourrait parler, dit-il, « d'entreprise concertée de promotion de l'anglais »2.1.Norman Delisle, « La Californie a aussi sa loi 101 », La Presse, 23 octobre 1999.2 Claude Hagège, Le français et les siècles, Paris, Éditions Odile Jacob, 1987, pp.180, 181.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202263 La langue française au Québec et au Canada est exposée à un autre impérialisme, celui du Canada anglais qui ne cesse de se manifester depuis 1760.Dès le début du régime anglais, la volonté d'assimilation des Canadiens français a été très explicite, très forte.Elle s'est exprimée tout au long de l'histoire et de façon plus agressive dans le Rapport Durham et dans la politique de l'Union des deux Canadas.Au lendemain de la Confédération, le combat linguistique a repris de plus belle et a culminé avec le Règlement 17.Au Québec, on sait toutes les entorses qu'on a infligées à la loi 101, toutes les vexations dont la langue française a été l'objet depuis toujours et spécialement pendant les dernières décennies.Il ne faut pas se surprendre de cette guérilla, car le Canada est construit sur la conviction que les Canadiens français seront assimilés et que la langue française disparaîtra.Même le Premier ministre du Canada, qui est Québécois, l'admettait quand il disait que l'assimilation est un phénomène naturel, que des langues, il en disparaît tous les jours ! Il semblait cependant ignorer l'histoire, et confessait sa résignation à une nécessité informe qui n'est plus de mise au début de ce troisième millénaire.Qu'il s'agisse de l'écologie, de la pêche, de la chasse, du développement des villes, de la forêt, ou de l'agriculture, la société actuelle ne tolère plus les développements sauvages.À plus forte raison doit-elle veiller à ce que soit respecté et protégé tout ce qui concerne directement la dignité et le bien-être de l'homme, soit une certaine sécurité matérielle minimum, l'éducation, les soins de santé, la culture, la langue.Loin d'être anachronique, la défense de la langue s'insère dans les grandes perspectives de la société globale.Ceux qui la stigmatisent sont des gens qui ont capitulé.Ce qu'ils ne disent pas, c'est que si pour eux la langue n'est rien, la culture aussi n'est rien, et l'homme de même.C'est pourquoi tout se vaut, tout est interchangeable.N'existent que les marchandises ! 64 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE La langue française Alain Finkielkraut affirme que « le bien commun de l'humanité passe par la sauvegarde de ses héritages ».Or la langue est un de ces héritages les plus précieux.Et il cite Hannah Arendt : « Un citoyen du monde qui vivrait sous la tyrannie d'un empire universel, parlerait et penserait dans une sorte de super espéranto ne serait pas moins un monstre qu'un hermaphrodite ».3 0 3.Alain Finkilkraut, L'ingratitude, Montréal, Québec/Amérique, 1999, p.116.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 65 J'aime l'action! Avec Fondaction, je travaille plus facilement pour ma retraite.J\u2019épargne plus vite grâce à la réduction d\u2019impôt pour contribution à un REER et aux deux crédits d\u2019impôt totalisant 30% de mon placement dans un fonds de travailleurs.Outillez-vous dès aujourd\u2019hui avec Fondaction pour demeurer actif demain! 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