L'action nationale, 1 février 2002, Février
[" Volume XCII, numéro 2, février 2002 i!lil!llliHi;i!li L'avenir des campagnes rose ou brun ?Maxime Laplante DES IDÉES POUR BÂTIR IM AT I ON ALE Directeur\tRobert Laplante Directrice adjointe\tLaurence Lambert Secrétaire administrative\tClaire Caron Comité de rédaction François Aquin, avocat Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Pierre Noreau, Université de Montréal Michel Rioux Marie-Claude Sarrazin, Bachelière en Droit Pierre Serré Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon Lucia Ferretti, professeure d'histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Emile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau.Membres du jury Monique Dumais Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès.Membres du jury Roland Arpin Micheline Dumont Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy Couverture Michel St-Arnaud, Fleuve St-Laurent, 1980, 81,3 x 101,3 cm, Musée des beaux-arts de Sherbrooke.Photo : François Lafrance.425, bout de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur : 514-845-8529 Courriel : revue@action-nationale.qc.ca - Site : http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal » Volume XCII, numéro 2 février 2002 in LU OC /UJ dû in a3 E ao\t< ZD cc\t\t=p 'LLJ\tFrance\tFrance\tAllemagne\tFrance\tLL.03 \"cô\tQuébec\tCanada\tR-U\tFrance\t ro CL ifi Ç 3 a) u D O CL OJ c c O a 76 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE La Bibliothèque du Parlement québécois ; de l'autarcie à l'ouverture Gaston Bernier* L'Assemblée nationale marquera, en 2002, le deux centième anniversaire de sa bibliothèque.Cette bibliothèque, la première mise sur pied par l'État, a connu une histoire exemplaire, parfois mouvementée, des dirigeants de renom, elle a assumé plusieurs fonctions au cours des ans et elle est toujours contemporaine.La Bibliothèque dans l'histoire Les parlementaires québécois se sont donné une bibliothèque en 1802 mais le premier pas fut fait un an plus tôt.En 1801, on avait commandé des volumes en Europe.Un an plus tard, ils sont arrivés à l'Assemblée et, à ce moment-là on forma un comité chargé d\u2019administrer la petite collection et de fixer certains règlements.* Coordonnateur du Deuxième centenaire.Allocution présentée, le 1er décembre 2001, devant les membres de l'Association des universitaires français de la région de Québec (Aufreq).L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202277 Qu'y avait-il dans cette collection?Vingt-cinq titres au total dont quatorze en langue française et onze en anglais.Les domaines privilégiés : des documents parlementaires (procès-verbaux, lois et statuts, jurisprudence et théories juridiques; deux dictionnaires; des oeuvres de Montesquieu, de Grotius, de Smith).Si les premiers volumes de l'Assemblée sont ceux qui furent achetés en 1801, on pourrait logiquement se demander si, antérieurement, les députés élus depuis 1791 avaient des documents à portée de main.De fait, l'Assemblée avait conclu une entente avec la bibliothèque de Québec, une bibliothèque coopérative, fondée par Haldimand en 1779, laquelle était logée, comme l'Assemblée, dans le Palais épiscopal situé dans l'actuel Parc Montmorency.Pendant trente ans, de 1802 à 1833, la bibliothèque s'est résumée à une collection de volumes (1811: 500; 1825 : 4000) administrée par le greffier, lequel avait la garde des volumes.On peut supposer qu'il les prêtait à ses collègues et aux hommes politiques de l'époque.Chose sûre, il faisait consciencieusement un rapport annuel : il y précisait le nombre de volumes d'acquisition récente et la taille de la collection.Ces rapports étaient publiés dans la collection des documents parlementaires.Après 1833, on a recruté un bibliothécaire.Et depuis cette époque, on peut considérer qu'il y en a toujours eu un.Il faut bien comprendre qu'il fut seul ou presque pendant quelques années.En 1870, il avait trois collaborateurs; en 1923/24, sept; en 1960, une trentaine; actuellement, une soixantaine.11 est un élément qu'il faut souligner : la grande durée des directeurs de la bibliothèque.Depuis 1829, treize personnes ont rempli la fonction et sont restées environ 13 ans en fonction.Entre 1867 et 2000, la moyenne est de 16 ou 17 ans.Le record a été établi entre 1867 et 1892 et monsieur Jacques Prémont, en poste de 1969 à 1993, a bien failli le battre.78 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE La Bibliothèque du Parlement québécois Il est une chose intéressante à signaler quand on aborde l'histoire de la bibliothèque parlementaire, c'est son ancienneté par rapport aux bibliothèques du milieu et même par rapport aux bibliothèques parlementaires elles-mêmes.Au début du XIXe siècle, les seules bibliothèques qui existaient sur le territoire québécois étaient celles des établissements d'enseignement, deux ou trois bibliothèques commerciales et celle mise sur pied par Haldimand en 1779.Du côté des bibliothèques parlementaires, la naissance de celle de l'Assemblée s'inscrit dans le peloton de tête formé de la bibliothèque du Congrès (1800), de celle de l'Assemblée nationale française (1796), de celle de l'État du Vermont (1777) et de celle du New Jersey (1796).La bibliothèque de la Chambre des communes de Londres vit le jour en 1818.De fait, en Europe, les bibliothèques parlementaires sont apparues, en majorité, entre 1815 et 1865.Les directeurs Les directeurs ont connu une longue vie administrative.C'est un élément à signaler.Mais il faut dire qu'ils furent des gens fort actifs et qui ont rayonné de bien des façons.11 n'y a pas lieu de présenter ici les biographies de chacun.Les uns faisaient déjà partie du corps des fonctionnaires lors de leur affectation à la Bibliothèque : ce fut le cas de Étienne Parent.Il était traducteur au procès-verbal de la Chambre, quand on l'a nommé à la Bibliothèque.Georges-Émile Marquis venait du Bureau de la statistique.Peut-être pourrait-on inclure ici le directeur actuel de la Bibliothèque, monsieur Sauvageau, antérieurement directeur de l'Institut canadien de Québec et p.d.g.de la Bibliothèque nationale et monsieur Jacques Prémont, greffier du Conseil exécutif dans les années 1960.Quelques-uns avaient fait carrière à la Bibliothèque même, Joseph Desjardins, Jean-Charles Bonenfant et l'auteur.Enfin, le plus grand nombre L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202279 est venu de l'extérieur: Brewer, Winder, Todd, Pamphile LeMay, N.E.Dionne.Chacun aura apporté quelques éléments importants: Étienne Parent, directeur pendant environ deux ans, a défini les grandes orientations de la maison : c'est lui qui a commencé à parler de collection nationale.Pamphile LeMay aura été le bibliophile qui mettait ses propres livres à la disposition des parlementaires.Dionne fut un précurseur dans le domaine bibliographique : il rédigea et publia l'Inventaire chronologique des livres, brochures, .de 1764 à 1904.Desjardins, de son côté, établit un guide parlementaire historique.Bonenfant se révéla un fin observateur du fonctionnement des institutions parlementaires contemporaines à l'égal de Todd au XIXe siècle.Somme toute, on peut dire que la Bibliothèque actuelle s'inscrit dans la continuité de la lignée des dirigeants.On pourrait se poser la question des raisons qui expliquent telle ou telle nomination.Chose sûre, le courant politique ou intellectuel devait bien passer entre les directeurs et leurs patrons du moment.On dit que Dionne avait des sympathies conservatrices, Bonenfant avait été secrétaire particulier de Maurice Duplessis dans les années 1930 avant d'être nommé conservateur par ce dernier en 1952.Sans qu'il soit besoin de creuser davantage, on peut affirmer que les nominations à ce poste comme à beaucoup d'autres peuvent être le produit de nombreux facteurs et de multiples compromis.Pour illustrer cette dernière hypothèse, on pourrait s'attarder aux efforts faits pour trouver un successeur à Desjardins dans les années 1930.En gros, les libéraux de l'époque voulaient recruter Jean-Charles Harvey, journaliste et auteur d'un roman fort discuté à l'époque, Les demi-civilisés.Mais les autorités religieuses avaient attaché le grelot et s'étaient opposées à la nomination.On a alors tricoté un habile compromis: Georges-Émile Marquis viendrait à la Bibliothèque et Harvey irait à la Statistique.Si bien qu'on a pu 80 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE La Bibliothèque du Parlement québécois dire d'une manière un peu courte : Marquis, qui ne connaît rien à la littérature, se retrouve à la Bibliothèque et Harvey, le littéraire, va au Bureau de la statistique.Si l'on voulait donner une idée générale des conservateurs de la Bibliothèque (avant 1970), on pourrait souligner qu'ils étaient des notables, des écrivains ou journalistes et des chercheurs, qu'ils ont rayonné surtout en raison d'activités paradocumentaires.Les drames La renommé des conservateurs ne doit pas faire oublier que la Bibliothèque a connu bien des moments difficiles : trois incendies, des voyages, un changement de régime.La Bibliothèque a vécu trois incendies, tous au XIXe siècle: en 1849, en 1854 et en 1883.Celui de 1849 se produisit à Montréal et ceux de 1854 et de 1883 furent ceux du Palais législatif situé à l'époque dans l'actuel Parc Montmorency (Québec).Le premier incendie fut causé par des manifestants qui s'opposaient à l'indemnisation des victimes de la rébellion de 1837/1838.Les 22 000 volumes que comptait la bibliothèque à ce moment-là furent détruits.Lors du deuxième incendie, celui de 1854, on perdit la moitié de la collection.L'incendie de 1883 épargna seulement 1500 volumes.LeMay lui-même y perdit 1600 volumes.Le quatrième drame de la Bibliothèque de l'Assemblée fut l'adoption d'une nouvelle constitution en 1867 et l'établissement d'un parlement central à Ottawa.La collection composée et recomposée depuis 1802 prit le chemin d'Ottawa comme celle que les parlementaires du Haut-Canada avaient constituée à Toronto.C'est dire qu'à Québec comme à Toronto, on recommença la formation d'une L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 81 bibliothèque parlementaire.À Québec, le Parlement accorda, semble-t-il, des crédits annuels qui, pendant quelques années, permirent à LeMay d'enrichir la nouvelle bibliothèque.En 1870, on y dénombrait plus de 7000 volumes; en 1891 ou 1892, près de 34 000.Le gouvernement fédéral a versé une compensation au gouvernement québécois vers 1890 mais l'argent ne semble pas avoir été alloué comme tel à la Bibliothèque.Enfin, on pourrait inscrire sous le même registre, les déplacements que la bibliothèque a vécus de 1841 à 1865.La capitale fut itinérante pendant cette époque et les volumes voyageaient sur des barges.Des caisses ont été perdues, des livres doivent avoir subi des avaries (« plusieurs ouvrages ont été endommagés par l'eau et l'humidité»; rapport du 8 septembre 1842) en dépit des efforts de Winder et Todd.Mais, il ne faudrait pas conclure que la Bibliothèque n'a connu que les mauvais coups du sort.Quand on considère l'histoire, on s'aperçoit qu'elle fut relativement choyée.D'abord, on lui accorda à l'occasion des crédits importants afin qu'elle puisse acheter des collections privées - celles du premier ministre Chauveau et celle du juge Polette vers 1890 - ou des titres en vente en France, aux États-Unis ou en Grande-Bretagne.De plus, la Bibliothèque, le bâtiment ou l'édifice, fut la première qui fut réalisée directement par l'État - la deuxième sera la GBQ (si l'on ignore la rénovation du bâtiment de la rue Holt, lequel sert d'immeuble de conservation à la Nationale).Les missions Quand on observe la Bibliothèque parlementaire actuelle, on peut difficilement imaginer les nombreuses fonctions qu'elle a remplies au cours des ans.Au départ, il était clair qu'elle devait répondre aux besoins documentaires des députés et des quelques fonc- 82 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE La Bibliothèque du Parlement québécois tionnaires qui les assistaient.Cela signifie que les collections composées l'étaient dans la perspective des travaux ou de préoccupations parlementaires.On pourrait faire la même observation des services qui seront mis sur pied au cours du dernier demi-siècle.Mais, rapidement, la Bibliothèque fut ouverte au public.On se rappellera que la bibliothèque créée par Haldimand devint petit à petit une bibliothèque de langue anglaise.L'Institut canadien vit le jour en 1848 seulement - chose intéressante, la réunion de création eut lieu dans les locaux de la Bibliothèque de l'Assemblée.Devant le peu de services de lecture publique, on ouvrit cette dernière aux citoyens de la capitale durant les intersessions.Pour bien répondre aux goûts des citoyens, on acheta des romans, des pièces de théâtre, de la poésie, des livres d'histoire générale.Aussi, à la fin des années 1950, la collection était-elle une collection générale ou encyclopédique mais ayant des secteurs forts en droit et législation, en droit parlementaire, en documentation d'origine gouvernementale et en actualités.Par la suite, devant le besoin d'espace, on a élagué les collections de littérature, de théâtre, de généalogie, etc.Inévitablement, le public s'est éloigné et s'est adressé aux bibliothèques publiques.Mais la Bibliothèque joua également le rôle de bibliothèque universitaire pendant plusieurs années surtout dans le domaine des sciences sociales et humaines.Des conservateurs ont été chargés de cours à l'Université Laval : Narcisse-E.Dionne et Jean-Charles Bonenfant en particulier et ils accueillaient leurs étudiants.Depuis quarante ans, on a souvent vu des chercheurs occuper des tables de travail pendant de longues périodes : les uns compulsaient les journaux, d'autres les publications gouvernementales.Présentement, l'utilité de la Bibliothèque en la matière diminue étant donné le développement de la bibliothèque de l'Université Laval et des bibliothèques de recherche en général.Les chercheurs sont toujours les bienvenus cependant.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202283 Pendant de nombreuses années, la Bibliothèque a été au service de la Fonction publique.Avant 1920, elle était d'ailleurs la seule bibliothèque de l'État.Encore là, la multiplication de bibliothèques ministérielles et la création d'une bibliothèque dite administrative au début des années 1970 a éloigné les fonctionnaires, pris individuellement s'entend, de la bibliothèque législative.Un autre facteur a joué : les ministères se sont installés à l'extérieur de la colline parlementaire.Cependant, la bibliothèque participe au réseau des bibliothèques de l'État : on rédige en coopération un catalogue collectif et on prête ses volumes aux bibliothèques du regroupement.La mission de la Bibliothèque à l'égard du lectorat périphérique a fondu à travers les décennies.On peut dire, par contre, qu'elle s'est spécialisée, qu'elle s'est consacrée de plus en plus intensément au milieu parlementaire (services des études, reconstitution des débats, documentation de presse, archives et documentation administratives).L'avenir Les rencontres et activités prévues lors du Deuxième centenaire, entre mars et novembre 2002, sont destinées à souligner des réalisations, un passé, l'apport des responsables et des employés, celui des parlementaires.Mais elles devraient aussi constituer un tremplin vers l'avenir.Comme les autres bibliothèques, celle de l'Assemblée se modernise, elle s'appuie de plus en plus sur la documentation électronique et sur les moyens modernes de communication, elle joue le jeu du partage des ressources documentaires non seulement avec les établissements du voisinage mais avec ceux des autres pays.Les murs tombent et les contextes changent.De là certaines interrogations : les bibliothèques sont-elles toujours utiles ou essentielles ?Les bibliothèques parlementaires, il faut le rappeler, sont avant tout à la disposition des hommes et femmes 84 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE La Bibliothèque du Parlement québécois politiques.Elles sont, si l'on veut, des bibliothèques d'entreprise, mieux, d'institution.Elles peuvent être fermées au lectorat étranger (c'est le cas en Grande-Bretagne, en France).Mais elles peuvent aussi s'insérer dans les réseaux nationaux et participer aux efforts de rationalisation des collections sans perdre leur raison d'être et sans changer leurs objectifs.0 OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.confiance stratégie performance \u2022\tGestion active en actions et en obligations\t\u2022 Gestion indicielle \u2022\tGestion équilibrée\t\u2022 Gestion privée En actions canadiennes et en obligations nos performances annuelles composées se classent au premier quartlle sur la période de 3 ans terminée le 31 décembre 2000, selon l'ensemble des sondages publiés sur les performances des gestionnaires de caisses de retraite.Pour de plus amples informations : Sophie Lemieux, M.Sc.Directrice, Développement des affaires 425.boul de Maisonneuve Ouest, bureau 1740, Montréal (Québec) Canada H3A 3G5 Téléphone (514) 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 www.groupe-optimum corn Note Au 31 décembre 2000, la performance annuelle composée sur 3 ans est de 14,2 % en actions canadiennes et de 6,3% en obligations Ces performances sont des rendements antérieurs et ne laissent présager en rien les rendements futurs ® Marque de commerce de Groupe Optimum inc.utilisée sous licence L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202285 J'aime l'action! 4-525-5505 / 1 800 253-6665 www.fondaction.com Outillez-vous dès aujourd\u2019hui avec Fondaction pour demeurer actif demain! 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l\u2019arrière graffiti de l'usine puante front machiavélique de notre civilisation confondue la neige a fondu à cruel engrangement des doutes la silhouette massive du malheur à Ipperwash comme la source sous la roche noire le bel ontano réglementaire soupire dans l'horreur du cirque abominable * Poëte.Auteur de l'ai mal à la langue de mon pays, Beaumont, 2000.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202287 le crime en sanguinolentes flaques à la poitrine fleurs écarlates sous les membres glacés de l'hiver je m'attendris jusqu'à l'horizon infini les empreintes de ton dernier silence glacent à jamais la tubulure de mes espoirs ton regard à jamais cloué par les étoiles endeuillées sur le seuil des portes blanchies à la chaux de la désespérante attitude mon frère Atticamèque assassiné à Ippewash dans le mauvais tombeau de l'Ontario en habits de porcelaine protocole de l'ultime infamie je pleure de toute mon âme mon frère Atticamèque tombé dans la gadoue sous la balle maléfique sortie du pistolet de toutes les méfiances de tous les racistes souffreteux du pays nommé par tes pères en langue d'apparat RIEN ICI ta mort cloue mon cœur à l'extrémité de tous les ports d'âme points cardinaux connus de toi et de moi seul frère de douleur tentaculaire étendu sur la neige d'Ippewash Ontario.je pleure sur la poitrine grossièrement dessinée de l'assassine Ipperwash Ontario les corbeaux freux déflorent déjà mon cadavre sur la clôture inquiète piquets formés par tes os mon frère Atticamèque d'Ipperwash Ontario 88 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Andrée Ferretti La passion de l\u2019engagement Discours et textes (1964-2001) Colligés et présentés par Michel Martin PNtee àt Hélène Ptdntault LANCTOT ÉDITEUR La passion de rengagement Andrée Ferretti La passion de l'engagement est un recueil de ses écrits politiques parus ici et là depuis 1964 (dont L\u2019Action nationale).Ses discours et textes colligés et présentés par Michel Martin paraissent chez Lanctôt Éditeur vers la mi-février.L\u2019extrait qui suit en est l\u2019introduction.Introduction Sans nier l'importance primordiale de l'enracinement de la très grande majorité du peuple québécois dans la nation canadienne-française et dans ses luttes pour la survie qui constituent son essence même, encore aujourd'hui et même au Québec, les indépendantistes québécois, voulant rompre avec cette dynamique de la survivance d'une nation, en partie éparpillée sans aucun pouvoir dans les neuf provinces anglaises du Canada, ont jugé nécessaire et urgent de doter cette nation d'un État national souverain, là où elle dominait en nombre et où elle disposait de certains pouvoirs législatifs.Ils ont ainsi décidé, au début des années 1960, de revendiquer et d'établir le caractère national du peuple québécois.Il le fondait sur sa pos- L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 89 En Primeur session, en droit et en fait, d'un territoire, le Québec, et sur la prépondérance à l'intérieur de ses frontières d\u2019une langue, d'une culture et d'une dynamique sociétale communes, pouvant être partagées par l'ensemble des Québécoises et des Québécois de toutes origines.«Le Québec aux Québécois», criions-nous partout et sur tous les tons.«Le Québec aux Québécois » n'a toutefois jamais été pour moi un simple slogan, non plus qu'une affirmation théorique d'un désir incertain d'un Québec politiquement indépendant, mais l'expression précise d'une volonté concrète de libération nationale du peuple québécois.Je l'ai toujours pris au pied de la lettre.Je lui ai donné son sens plein et entier dès mes premières participations à des manifestation où je l'ai entendu sortir de la bouche de milliers de femmes et d'hommes indignés par les barrages dressés devant eux par les policiers montés à cheval et matraques à la main de la RCMP1, pour protéger les intérêts de la classe dominante Canadian et ceux, subordonnés, des quelques potentats de notre bourgeoisie nationale en train de se constituer.C'était en 1961 et 1962, avant même que je devienne membre du RIN, le 8 mars 1963, suite à l'explosion, dans la nuit, des premières bombes du FLQ.posées par de jeunes rinistes qui, eux, venaient de le quitter, impatients devant le manque de leadership, d'organisation et d'action du mouvement, déçus par l'ambiguïté de ses positions économiques et sociales.Je le savais d'instinct et par la connaissance de notre histoire, mais c'est le soir même de mon inscription au RIN, alors que je distribuais le dernier numéro du journal L'indépendance dans un quartier de Saint-Henri, après avoir traversé Westmount pour m'y rendre, que j'ai vérifié dans toute leur étendue et leur gravité les effets de notre dépossession.J'ai alors compris à jamais que la domination politique, l'exploitation économique et l'aliénation culturelle 1.Royal Canadian Mounted Police.90 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE En Primeur étaient les trois conséquences inextricables du pouvoir colonialiste exercé contre nous depuis la conquête anglaise.Et, du même coup, j'ai compris à jamais que seule une véritable lutte de libération nationale, unissant inextricablement les revendications d'émancipation politique à celles d'émancipation économique, sociale et culturelle, pouvait éventuellement nous conduire au renversement de l'ordre établi, à la création d'un État indépendant de langue française et à l'épanouissement d'un nation québécoise souveraine et démocratique, responsable d'elle-même, c'est-à-dire libre de se créer une société selon ses besoins, ses moyens, ses aspirations, ses valeurs propres.Et du même coup, j'ai aussi compris qu'une lutte de libération nationale, dans un pays de démocratie libérale, nécessite, pour être menée à bien, une stratégie appropriée à ses objectifs.Une stratégie nécessairement fondée sur l'éducation et la mobilisation du peuple, puisque sans son engagement massif, conscient et déterminé, elle ne saurait être victorieuse, pas même en partie.Je n ai jamais pensé autrement.Malheureusement, les revers et les échecs constants que nous essuyons depuis vingt-cinq ans, de même que nos actuels reculs sur tous les fronts, y compris sur celui de la langue, montrent en effet la vanité des luttes inappropriées aux objectifs poursuivis, si bien intentionnées soient-elles.Ainsi, il s'avère aujourd'hui puéril d'avoir penser pouvoir changer quelque ordre établi que ce soit, en dissimulant au peuple l'ampleur et la gravité des enjeux en cause, en les réduisant à leurs seuls objectifs politiques.Ainsi, il s'avère inconséquent d'avoir cru pouvoir contrôler le terrain de la lutte, en dissimulant au peuple qu'il est miné par les intérêts colossaux d'un ennemi puissant, lui dissimulant dans la même foulée les difficultés et le prix des combats à mener, en les réduisant aux seules campagnes électorales pour la prise et l'exercice du pouvoir existant.Bref, il s'avère aujourd'hui catastrophique d'avoir, sous prétexte de ne pas l'apeurer, trompé le L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202291 peuple en lui faisant croire qu'on peut créer un ordre nouveau aussi peu révolutionnaire soit-il, en ménageant la chèvre et le chou.C'est animée par la conviction profonde et inébranlable que le possible avènement de l'indépendance du Québec est éminemment l'affaire du peuple québécois que je me suis depuis bientôt quarante ans appliquée à comprendre et à expliquer les mécanismes de notre assujettissement et de ses effets aliénants, que je me suis engagée dans les seules actions conformes à mes conceptions de la nécessaire prise en charge de la lutte par le peuple, que je me suis sans cesse insurgée contre les tentatives de détournement du projet par les politiciens.«Le Québec aux Québécois» a été et demeure l'unique objectif de mon militantisme aussi bien dans l'ordre de la pensée que dans celui de l'action, comme en témoignent tous les textes de ce recueil2.Les années 1960 Années d'émergence de la nation québécoise comme force sociale consciente d'elle-même et de son rôle historique dans la transformation de la situation coloniale.Moments de rare coïncidence entre l'aspiration latente de tout un peuple à un changement profond et libérateur : C'est le temps que ça change3, affirment les uns; Maître chez nous4, clament les autres, et la transformation effective des réalités qui amènent à la constatation étonnée et ravie qu'Ori est capable5.2.\tPlusieurs textes n'ayant pas été retenus, soit parce qu'ils répétaient des idées ou des arguments déjà développés dans des textes précédents, soit parce qu'ils avaient été écrits en collaboration, cet ouvrage en effet ne prétend pas au titre d'anthologie.3.\tSlogan du Parti libéral du Québec à l'élection de juin 1960.4.\tSlogan du Parti libéral du Québec à l'élection de novembre 1962.5.\tSlogan du Rassemblement pour l'Indépendance nationale à l'élection québécoise de juin 1966.92 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE En Primeur Années de militantisme quotidien pour moi, dans les rangs du RIN, ceux de Parti Pris et du MLP6, voué au recrutement des sympathisants, à la mobilisation et à la politisation des partisans, au financement et à l'organisation de notre action.D'où le ton volontariste et impératif de plusieurs textes et discours, tous ces appels à ce que « nous DEVONS» faire et toutes ces affirmations sur comment « nous DEVONS » le faire.Ressort de ces textes et discours ma conviction, alors partagée par d'innombrables militants, que la nécessité de l'engagement dans la lutte découlait logiquement de nos analyses démontrant la nécessité de la libération nationale.Lutte que nous voulions révolutionnaire puisque l'objectif à atteindre, la destruction du système de domination et d'exploitation du pouvoir colonial et l'instauration d'un nouvel État, indépendant, démocratique et socialiste, l'était éminemment.Lutte révolutionnaire qui s'inscrivait dans le vaste mouvement des luttes contre toutes les formes d'assujettissement, menées en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et du Sud, par les nations et les peuples pour leur indépendance politique et/ou leur émancipation économique, sociale et culturelle, menées aux États-Unis par les Noirs contre le racisme et pour l'égalité des droits, menées partout en Occident par les femmes contre le machisme et pour leur droit à l'égalité dans la différence.De 1968 à 2001 Lutte révolutionnaire à laquelle le sabordement du RIN, la fondation du Parti québécois, la proclamation et l'application de la Loi sur les mesures de guerre portèrent un coup fatal, comme le montre la stagnation de la situation depuis vingt-cinq ans et la nécessité dans laquelle 6.Mouvement de Libération Populaire fondé en 1965 par le Club Parti Pris, lui-même issu de la revue Parti Pris.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202293 nous nous trouvons aujourd'hui de la repenser dans la mouvance d'un monde qui, lui, a changé.Pendant toutes ces années, j'ai continué à chercher à comprendre les tenants et aboutissants de notre impuissance à nous donner un pays où nous serions maîtres de notre destin et à partager mes découvertes et mes convictions en les exposant sur le plus grand nombre possible de tribunes.Sans nécessairement me faire entendre, puisque toutes mes analyses attribuent fondamentalement notre échec à l'hégémonie exercée par le Parti québécois sur le mouvement indépendantiste, à ses constantes tergiversations idéologiques et à ses stratégies électoralistes.D'où mes conclusions à la nécessité et à l\u2019urgence d'une reprise en mains démocratique de la lutte pour l\u2019avènement d'un Québec libre Lutte qui devra nécessairement tenir compte des nouveaux fondements et des exigences d'une action politique efficace, dans le contexte actuel d'une mondialisation impérialiste des modes de produire et de consommer, de penser et d'agir, où la nation a cédé la place à la culture comme lieu essentiel de la politique, puisque aussi bien, face à la tentative d'homogénéisation des besoins et de leurs satisfactions, et de ses conséquences nocives sur la créativité des communautés, des peuples et des nations, la culture est devenue l'enjeu primordial et universel pour la sauvegarde et l'épanouissement de l\u2019identité spécifique de tous et de chacun.Elle devient du même coup, l'enjeu fondamental des luttes à mener ici comme ailleurs pour la démocratie et a fortiori pour la liberté.Or, ici, et c'est là notre essentielle spécificité, l'avènement de notre indépendance nationale est la condition sine qua non qui peut assurer la suite de notre existence particulière et, conséquemment, notre possibilité d'être une présence singulière dans le monde.0 94 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE L'avenir de la campagne est-il rose ou brun ?¦IXtXlXlXl>3> Eg r ti .St Maxime Laplante SUSBSBSer '< 2 «\tTOSS&ftS 7* r« »r« ü\u2019ii * r* >: s#\"- w^m * Agronome, secrétaire général de l'Union paysanne Dossier En 2002, le Québec ne compte plus que 32 000 fermes et la baisse se poursuit.En comparaison, la France en recense environ 800 000, l'Allemagne environ un demi million et l'Italie plus de 2 000 000.Les ressources sont menacées: l'eau potable devient précieuse, les sols s'érodent, l'air n'est plus ce qu'il était et la bio-diversité en prend pour son rhume.L'usage répandu et massif d'antibiotiques dans les élevages inquiète les médecins soucieux de santé humaine.Faut-il se débarrasser des petits producteurs et ne conserver que les plus gros, considérés plus efficaces ?Pendant ce temps, les exportations agro-alimentaires augmentent et le prix du panier d'épicerie québécois est à son plus bas.Est-ce le prix à payer pour nourrir la population à bon marché?Et est-ce la seule façon de faire ?Le droit d'habiter la campagne vs le droit de produire Vers le milieu des années 90, le gouvernement québécois a balisé la voie pour une agriculture intensive, axée vers l'exportation.Les lois 23, surnommée «droit de produire» et 184, sont venues encadrer cette orientation.L'utilisation de la zone verte à d'autres fins que l'agriculture doit y être fortement encadrée, voire éliminée.On parle même d'« irritants » pour désigner les résidences privées, petits commerces, etc.Dès le départ, cette situation est source de tensions au sein de la population rurale.Les projets de grande taille, surtout les porcheries industrielles, s'implantent de façon accrue, sans que la population soit informée ou consultée.La plupart du temps, les élus municipaux sont mal préparés à ce genre de conflit.Lorsque le projet de 2000 porcs s'installe, les citoyens sont placés devant le fait accompli.Souvent, la situation se polarise.Les agriculteurs ne veulent surtout pas que d'autres viennent réglementer leur profession et le reste de la population ne veut pas vivre à côté d'une usine à 96 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE cochons, d'une «shop à viande».Peu avaient prévu que l'agriculture prendrait cette apparence.La politique de la ruralité ou de l'urbanisation?Doit-on continuer de demander aux Montréalais de soutenir financièrement des régions éloignées, abandonnées de leurs habitants?Ne serait-il pas plus simple de « fermer » certains coins de pays et d'en faire des fournisseurs de ressources naturelles ?Dans les faits, il faut considérer ce qui arrive avec l'impôt des contribuables.Où se construisent les hôpitaux?En ville, bien sûr.Les écoles?Idem.Le transport en commun ?Où investit-on pour la fonction publique ?La culture ?Presque toujours dans les centres urbains.De façon générale, les régions sont systématiquement drainées vers les agglomérations urbaines.Uniquement pour la région du Sague-nay-Lac-St-Jean, l'État perçoit par an 314 millions de dollars de plus en impôt que ce qui est réinvesti dans la région.Et plus la région est éloignée de Montréal, pire c'est.En comparaison, on peut se questionner sur le sérieux d'un programme d'aide aux régions de 90 millions réparti sur 5 ans, tel qu'annoncé dans la récente politique de la ruralité.Si le capital financier des régions s'en va, il est normal que la population finisse par quitter aussi.Une véritable politique de la ruralité se doit d'amorcer un virage majeur.Pour des centaines de municipalités du Québec, le fignolage de détails n'est plus de mise.L'exode de leurs habitants les accule à une fermeture prochaine.En dessous d'une certaine densité de population, c'est tout le tissu social qui s'effondre.Ceux qui se sont accrochés n'arrivent plus à maintenir en place les services de base.De plus, la population rurale a de plus en plus le sentiment d'avoir été livrée en pâture à un groupe d'entrepreneurs industriels en manque de profit.En milieu rural, la population réalise soudainement, souvent lors de l'arrivée d'un projet indus- L' ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202297 triel plus ou moins désirable, qu'elle n'a pas grand-chose à dire.Aucune instance ne la consulte ni ne l'informe.Les innombrables luttes de comités de citoyens à travers la province contre l'implantation de porcheries démontrent bien à quel point les gens se sentent abandonnés par leur gouvernement.La zone verte a été donnée à un petit groupe et les autres n'ont qu'à se réfugier en ville si le scénario ne plaît pas.Le Québec rural devient le décor d'un bris de confiance, confiance qui ne sera pas facile à rétablir.La légende des normes environnementales En zone verte, les normes régissant la construction de bâtiments d'élevage repose principalement sur deux aspects : les distances séparatrices et la quantité de phosphore produite.Par un savant calcul tenant compte du nombre d'animaux, du type de ventilation de l'étable, du type de fumier produit (liquide ou solide) et de quelques autres paramètres, on établit la distance qui doit séparer un bâtiment d'élevage d'une maison, d'une route, d'un périmètre urbain, etc.Par exemple, un élevage de 100 vaches doit être distant de tant de mètres de la maison du voisin.Toutefois, l'épandage du fumier, liquide de plus en plus souvent, peut se faire sur l'ensemble du territoire, ne laissant que quelques mètres de « protection » autour des habitations voisines.En somme, si un projet est jugé polluant, on le recule de quelques dizaines de mètres et il devient correct ! Évidemment, si un bâtiment doit être séparé de 1000 mètres du reste, cela signifie aussi que rien d'autre ne peut s'établir autour du même bâtiment.Tant pis pour celui qui voudrait démarrer quelque chose à proximité.Le résultat est une forme de désertification du territoire.Quelques gros projets subsistent et évacuent lentement mais sûrement le reste.Personne ne va construire une maison dans une zone d'épandage de purin.C'est aussi valable pour les 98 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE entreprises agricoles en place.Les clients ne vont pas cueillir des fraises en zone pestilentielle.Ensuite, pour autoriser un projet agricole, le gouvernement exige un plan de fertilisation, appelé PAEF (plan agroenvironnemental de fertilisation), dans lequel un agronome fait le bilan des cultures de la ferme et des engrais présents dans les fumiers animaux.C'est l'origine de la fameuse norme phosphore.Le phosphore est un élément de base dans un cycle de production agricole.Les plantes en ont besoin pour croître et les animaux le retournent par leur fumier.Il peut aussi s'accumuler dans le sol pour y constituer des réserves.Évidemment, s'il y en a trop sur le sol, le surplus va tôt ou tard se retrouver ailleurs, principalement dans l'eau.Et si le phosphore permet la croissance des plantes dans les champs, il a le même effet dans les ruisseaux, fossés et rivières, où il alimente les algues.Les algues prolifèrent et enlèvent du même coup l'oxygène nécessaire aux poissons.C'est le phénomène d'eutrophisation.Donc, il faut éviter les surplus.Toutefois, plus de 425 municipalités au Québec reçoivent actuellement plus de phosphore par les fumiers animaux que ce qui est nécessaire à la croissance des plantes.Et ce calcul ne tient pas compte des engrais chimiques.Dans ce cas, le total se porte à environ 1000 municipalités en surplus.Le fait de vouloir contrôler les quantités de phosphore a également des effets pervers.Par exemple, les normes prévoient que le mais absorbe plus de phosphore que les prairies de trèfle.Les fermiers ont donc avantage à cultiver plus de mais pour avoir le droit d'épandre plus de fumier, donc d'élever plus d'animaux sur la même superficie.On rase aussi une partie des forêts pour gagner des surfaces d'épandage supplémentaires.Et un fois qu'on a éliminé la partie boisée d'une ferme et qu'on a transformé les pâturages en monoculture de mais, il ne reste plus qu'à acheter les terres du voisin.On assiste actuellement à une L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202299 flambée des prix de la terre qui rappelle les folles années de spéculation foncière aux abords des grandes villes.Et la pression est forte.Les prix des produits agricoles sont loin d'augmenter aussi vite que les dépenses en main-d'œuvre, moulée, transport, vétérinaire, machinerie, etc.Le fermier est acculé à la croissance pour maintenir son revenu.Grossir ou abandonner.Lorsque le fumier solide devint liquide Traditionnellement, les animaux étaient élevés sur de la litière absorbant leurs excréments.Le fumier était entreposé en période hivernale et épandu aux champs en été.Depuis, l'élevage des porcs, et à un degré moindre, celui des bovins, se fait sur des planchers lattés en béton, sans litière.Le fumier passe au travers et prend le chemin de la citerne d'entreposage avec l'eau de lavage.Où est la différence entre les deux ?L'oxygène.Sans oxygène, le liquide entreposé ne forme pas les mêmes composés chimiques.Ces composés sont plus solubles dans l'eau et plus volatiles dans l'air.Ils sont plus susceptibles d'aboutir dans les eaux de surface, les nappes phréatiques ou dans le nez du voisin ! Pour illustrer le tout, vous viendrait-il à l'idée d'ouvrir un sac de vidange bourré de déchets de table ayant passé une semaine au soleil et d'en respirer une bonne bouffée ?C'est pourtant ce que subissent des milliers de citoyens en zone verte.Et les masses de liquide qui prennent ensuite la route sont phénoménales.Bris de routes et compaction des sols en sont le prix.Dans un tas de fumier solide, l'eau s'évapore et la présence d'oxygène contribue au compostage de l'ensemble et à la destruction de la plupart des microorganismes qui pourraient s'y retrouver.Pourtant, le gouvernement québécois encourage le mode de gestion liquide des fumiers, par un programme de subvention de citernes et par ses sevices-conseils.100 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE L'industrialisation de l'agriculture: phénomène peu naturel La croyance populaire veut que l'industrialisation et la spécialisation de l'agriculture fassent partie d'une évolution normale, qu'on ne peut s'opposer au progrès, qu'on ne peut faire d'omelette sans casser des œufs, et j'en passe.Selon cette même croyance, les petites fermes ne sont pas rentables, pas viables, peu compétitives, démodées, voire même nuisibles au développement d'une société moderne.Le financement public de l'agriculture reflète toutefois une image différente : Chaque année, l'agriculture québécoise bénéficie d'un soutien financier direct de plus d'un milliard de dollars : assurance stabilisation pour soutenir les prix, remboursement de taxes, subvention du lait, services à l'industrie, financement, inspection, etc.Il est intéressant de noter comment cet argent est réparti : Près de 50% de l'aide au soutien du revenu va à 12% des fermes, soit les plus grosses, faisant plus de 250000 S de revenu brut.De l\u2019autre côté, le tiers des fermes, les plus petites, ne reçoivent que 7 % de cette manne.Si les grandes entreprises sont plus rentables, pourquoi doit-on y injecter plus d'argent?À ce sujet, l'analyse de «Agricultural census» aux Etats-Unis démontre très clairement qu'il y a un lien direct entre la taille de la ferme et son efficacité.Plus la ferme est petite, plus le rendement est élevé.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 101 TAILLE ET RENDEMENT DES EXPLOITATIONS AGRICOLE AUX ETATS-UNIS, 1992 Catégorie de taille (acres)\tRendements bruts moyens ( $/acre)\tRendements nets moyens ( $/acre) 4\t7424\t1400 27\t1050\t139 58\t552\t82 82\t396\t60 116\t322\t53 158\t299\t55 198\t269\t53 238\t274\t56 359\t270\t54 694\t249\t51 1364\t191\t39 6709\t63\t12 Source : U.5.Agricultural census, v/ol.1, part 51, pp.86-96, 1992 La taille de la ferme a un impact direct sur la vitalité sociale et économique de sa localité.Les grandes entreprises ont tendance à s'approvisionner et à écouler leur production à l'extérieur.Pourtant, l'orientation prise par le Québec vise l'élimination des petites fermes.Dès 1956, suite aux recommandations de la commission Héon, prenait la décision de faire disparaître 100000 fermes ! Michel Morisset cite, dans son historique de la ferme familiale au Québec : « L'État devait donc intervenir par une réglementation sévère et des mesures incitatives pour provoquer la disparition des fermes pratiquant encore une agriculture traditionnelle.On proposa d'abord des mesures relatives à la qualité de la production tels la classification obligatoire, l'inspection, l'étiquetage qui limitaient les possibilités de mise en marché de production en trop petite quantité et de trop mauvaise qualité.La politique de concentration des usines de transformation laitière, des coopératives, allait 102 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE aussi servir les agriculteurs marchands au détriment des agriculteurs traditionnels de plus en plus isolés.» Les résultats ne se firent pas attendre.Le Québec comptait en 1951 plus de 134 000 fermes, contre 32 000 aujourd'hui.La péninsule gaspésienne en recelait alors à elle seule près de 12000 ! Quelques trucs pour éliminer les petites fermes En effet, le Québec a fait le choix de subventionner au volume de production : tant du litre de lait, tant du cochon, de la tonne de grain, etc.Plus le volume est gros, plus la subvention augmente.Et tant pis pour les économies d'échelle ! En outre, lorsqu'une instance publique intervient pour déterminer le prix d'une denrée, que ce soit du lait, du maïs ou de la volaille, on calcule le coût de production d'une catégorie bien déterminée de producteurs.Par exemple, l'actuel prix du lait versé aux agriculteurs couvre les coûts de production de 25 % d'entre eux.Faudra-t-il se surprendre si 75% des producteurs laitiers sont appelés à disparaître ?Dans les années cinquante, le prix des œufs a été fixé en fonction des coûts de production pour une entreprise de plus de 20000 pondeuses.Et près de 50 ans plus tard, surprise, les entreprises de moins de 20 000 pondeuses ont disparu ! Le Québec a aussi fait le choix d'une subvention sous la forme d'assurance-stabilisation et éventuellement d'assurance-revenu pour le monde agricole.Pour l'assurance-stabilisation, le principe veut qu\u2019un certain prix soit établi.Si les cours du marché descendent sous ce niveau, l'assurance paie la différence au producteur.Le financement de cette assurance provient pour un tiers des producteurs et l'Etat y ajoute les deux tiers.Le hic, c'est qu'il y a aussi des conditions pour y avoir droit.Par exemple, on doit produire au moins 300 porcs par an et la mise en marché doit L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 103 se faire obligatoirement par le circuit industriel de mise en marché que sont les enchères électroniques.Donc, pas d'assurance pour celui qui voudrait élever quelques cochons pour ses voisins et amis.Comment éliminer la relève Tout le monde se plaint de la désertification du territoire et du fait qu'il n'y a plus de relève pour les fermes.Évolution naturelle ?Nenni.D'une part, la valeur des fermes a tellement augmenté, soit en raison du prix des quotas de production, soit en raison d'investissements pour accroître la production, que beaucoup d'enfants d'agriculteurs hésitent à reprendre le fardeau.S'endetter lourdement à 20 ans ne correspond pas nécessairement à l'ambition de chacun.Et la perspective de travailler 60 ou 70 heures par semaine n'aide pas non plus.De surcroît, la main-d'œuvre qualifiée en milieu rural se fait de plus en plus rare.Il y a donc moins de possibilités de prendre un congé de temps en temps.Évidemment, on pourrait aussi imaginer une relève venant des villages ou des villes, par des gens non issus du milieu agricole.Nombreux sont ceux qui aimeraient faire l'essai d'une petite ferme : commencer tranquillement avec quelques animaux, un grand jardin, et accroître la production peu à peu en prenant de l'expérience.Mais ce rêve n'a pas sa place dans le décor québécois.Le gouvernement, en mettant en place la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), a sérieusement entravé l'établissement des nouveaux venus.En zone verte, seuls les gens dont l'agriculture est leur revenu principal ont l'autorisation d'acheter une partie d'une terre existante ou de construire une résidence.Et lorsque ce nouveau venu découvre que les institutions bancaires ne prêtent guère moins d'un demi-million, il remballe son rêve et retourne dans son condo.104 \u2022\u2022\u2022 \\: ACTION NATION Al, F. Le mythe de la surproduction Nous produisons environ 160% de nos besoins en viande de porc, 109% pour le poulet, 103% pour le lait, 200% pour nos veaux lourds.Serions-nous en train de remplir le mandat que nous propose le ministre des régions Gilles Baril : le Québec doit aider à nourrir le reste de la planète?La vérité est toutefois un peu différente.Si nous sommes excédentaires pour quelques productions, pour presque toutes les autres productions, le Québec ne répond pas à la demande de sa propre population et doit importer.Voici le degré d'auto-suffisance pour certains produits : Œufs de consommation :\t65% Œufs d'incubation :\t86% Bœuf :\t30% Agneau :\t20% Miel :\t20% Légumes frais :\t66% Pommes :\t48% Et pour la production céréalière, à la base de l'alimenta-\t tion animale, le degré d'autosuffisance pour les principales céréales que sont l'orge, l'avoine et le blé est en régression.Et nous ne fournissons que 36% de nos protéines.Étant donné que la production animale est en hausse et que nous l'avons sciemment orientée vers un mode d'alimentation basé sur les céréales et les protéines, la situation n'est pas près de s'améliorer.En effet, les ruminants que sont les vaches mangent de moins en moins d'herbe.Elles restent à l'intérieur et consomment de plus en plus de concentrés.Même chose pour la volaille et les porcs.Pour une société, dépendre pour son alimentation des approvisionnements extérieurs est toujours risqué.Nous L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 105 sommes à la merci d'un embargo, d'une hausse des prix de la part des fournisseurs, d'une rupture des stocks et nous perdons aussi le contrôle de la qualité de la production.Si nous manquons de céréales, allons-nous faire le nez fin si les arrivages contiennent des OGM ou certains pesticides indésirables ?La spécialisation comme source de problèmes Pourquoi ne pas faire du Québec un fournisseur de viande de porc, les Maritimes feront du poisson, l'Ouest du grain, l'Ontario des produits manufacturés et des fonctionnaires, la Colombie britannique du bois, etc.?Pourquoi ne pas spécialiser les régions sur un seul produit, selon des critères climatiques ou de proximité des ressources ou des marchés ?En premier lieu parce que la spécialisation est source de déchets.Si une ferme maraîchère a des légumes invendables, les cochons ou les canards du voisin peuvent en bénéficier.En retour, un surplus de fumier d'une ferme d\u2019élevage peut fertiliser un champ de céréales.La paille de ce même champ sert de litière pour les bovins et le petit lait issu de la fabrication du fromage retourne aux animaux, et ainsi de suite.Si toute la région ne produit que des céréales, la paille devient inutile et doit être enfouie.Le fumier manquant sera remplacé par de l'engrais chimique et toutes les productions devront se promener un peu partout, à grand renfort de carburant fossile.Au Québec, chaque aliment parcourt environ 2 500 km de la fourche à la fourchette.Et la fameuse productivité Le résultat est un formidable gaspillage d'énergie.Alors que les pays soi-disant sous-développés produisent jusqu'à 50 calories alimentaires par calorie d'énergie investie dans 106 \u2022\u2022\u2022 l'ACTION NATION Al I. la production, le modèle agricole nord-américain affiche un bilan contraire : plus de 10 calories provenant de carburants fossiles pour produire une calorie alimentaire.Diesel, engrais chimiques, pesticides, transport, notre agriculture industrielle ne survit que grâce à un approvisionnement massif d'énergie et de ressources puisées dans d'autres secteurs ou à l'étranger.Un véritable feu de paille.Et si un fermier nourrit théoriquement plus de 100 personnes, c'est essentiellement parce qu'on n'a pas comptabilisé le travail de toutes les personnes en amont et en aval de la production : fabrication de machinerie, extraction de minerai, transport, distribution, mise en marché, transformation, fournisseurs d'équipement, fonction publique pour l'inspection, la recherche.Pourquoi est-ce qu'une société ayant environ 10% de chômeurs vise encore à réduire son nombre d'agriculteurs ?(Source : Fern vom Garten Eden, John Seymour et Herbert Girardet, p.250, 1985) Où est passée l'autonomie du fermier?Et que devient le fermier dans tout cela ?Les fermes se sont spécialisées de plus en plus et deviennent de plus en plus grosses.À moyen terme, ce sont de plus grandes entreprises qui les rachètent.Le phénomène de l'intégration a pris de l'ampleur.70% de la production porcine se fait sous intégration, presque autant pour certains secteurs de la volaille.Intégrateur: personne ou entreprise qui verticalisé ses opérations, par exemple en signant des contrats avec des éleveurs.Le même intégrateur contrôle ainsi des pans entiers : production, abattage, mise en marché.En production porcine, l'intégrateur fournit la plupart du temps les cochons, la moulée, le support technique et les médicaments.L'éleveur construit ses bâtiments, dispose du fumier et reçoit un certain montant par cochon.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 107 Quelques entreprises contrôlent le marché de la mise en marché, l'abattage et les encans se centralisent en de rares endroits et les règles du jeu sont faites pour les gros partenaires.Évidemment, chaque étape du circuit prélève un montant, réduisant la marge du producteur.La marge de manœuvre du fermier est également réduite.Il est lié par contrat pour écouler son produit, également lié pour la façon de produire et de plus en plus dépendant de ses fournisseurs.Soutenir financièrement les bonnes pratiques Il est urgent de trouver un nouvel équilibre en milieu rural avant d'aboutir à la situation où la zone verte devient un parc de production intensive, vidé de ses habitants.D'une part, ce type de production provoque une uniformisation des denrées, faisant disparaître les particularités locales.D'autre part, on peut se demander qui paierait pour maintenir en place l'infrastructure nécessaire à toute société qui se respecte : voirie, ordures ménagères, écoles, sécurité publique, service d'incendie.Il est peu probable que la population non agricole va accepter longtemps cette facture sans avoir son mot à dire.La solution ne réside pas non plus dans une nouvelle panoplie de normes environnementales.Il faut faire en sorte qu'il soit possible de vivre décemment de l'agriculture sans avoir une usine spécialisée.Ce n'est pas par méchanceté que certains producteurs appliquent trop de lisier de porc sur leurs terres déboisées et converties en monocultures de maïs, mais souvent par nécessité.S'il renonce à cette façon de faire, le fermier devra réduire le nombre d'animaux de son entreprise et donc son revenu.Par exemple, la ville de Munich, en Allemagne, a craint de ne plus pouvoir alimenter sa population d'environ 1,4 million d'habitants en eau potable, en raison d'une contamination croissante par les nitrates et les pesticides provenant de l'agriculture intensive dans les zones de cap- 108 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE tage d'eau.Une usine de traitement d'eau aurait coûté une fortune, sans garantie de résultats certains.D'autre part, on ne pouvait exiger des quelque 600 fermiers concernés qu'ils réduisent leur troupeau ou renoncent aux engrais chimiques et pesticides sans compensation financière.Il y a donc eu entente entre la ville et les fermiers.Si ces derniers se convertissent à un mode de production biologique, la ville compense la perte de revenu et offre un support technique pour la conversion des fermes.On a épargné le coût de l'usine, bloqué la contamination et maintenu les fermes en place.La réforme agraire de la Suisse Vers le milieu des années 90, la Suisse a entrepris une vaste réforme de son financement agricole.Le premier principe était que s'il faut subventionner l'agriculture, autant le faire pour de bonnes pratiques au lieu d'encourager ce qui est néfaste.Le second principe visait l'occupation du territoire.On voulait donc soutenir une multitude de petites fermes plutôt que quelques usines.L'application ressemble à ceci : une aide substantielle (environ 50000 francs suisses par an) est donnée au fermier qui se soumet à un cahier de charges comprenant une rotation des cultures, la couverture des sols même en hiver, la plantation ou l'entretien de brise-vents, la réduction ou l'élimination des engrais chimiques et des pesticides, un nombre maximal d'animaux par unité de surface, etc.Et si la ferme dépasse une certaine taille, on réduit l\u2019aide graduellement.Au-delà d'une certaine dimension (l'équivalent d'environ 130 vaches), il n'y a plus d'aide du tout, ou même une taxe.Après seulement quelques années, les niveaux de phosphore dans l'eau sont retombés à ce qui prévalait dans les années 40, l'utilisation des pesticides et des engrais chimiques a régressé de 30 à 40% et la part du budget attribué au soutien de l'agriculture a diminué ! L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 109 Évidemment, le lobby agro-industriel a là-bas aussi tenté de bloquer cette réforme.L'outil principal pour y parvenir quand même fut un référendum national sur la question où près de 90% de la population a approuvé cette réforme de l'agriculture.Et l'Union paysanne là-dedans?Lors d'un colloque organisé à Sainte-Croix de Lotbinière en avril 2001, avec pour thème «Repenser l'agriculture», une des questions posées aux participants visait la formation d'une union visant la promotion d'une autre vision de l'agriculture.Un mois plus tard avait lieu la première rencontre de l'Union paysanne.Le congrès de fondation a suivi en décembre et environ 2000 membres y ont adhéré depuis.Des agriculteurs, à temps plein ou partiel, des citadins, des étudiants, des gens intéressés à défendre un modèle agricole capable de permettre aux fermiers de vivre de leur ferme en produisant des aliments sains à la population, tout en respectant les ressources naturelles.Des unions paysannes naissent un peu partout à travers le monde mais la version québécoise a pour particularité de réunir toutes sortes de citoyens.Tous sont concernés par l'agriculture et les discussions doivent donc se faire avec toutes les couches de la société.Au congrès de fondation, les membres ont convenu des objectifs suivants : -\tEncourager les fermes à échelle humaine, autonomes, diversifiées, créatrices d'emploi local, facilement transmissibles et ne dépassant pas en moyenne 100 unités animales ou 100 hectares ou 200000$ de chiffre d'affaires.-\tFavoriser la transformation et la mise en marché à la ferme ou dans des petites entreprises à caractère local, régional ou spécialisé.110 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE -\tInstaurer des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement, des sols, des animaux et des humains : rotation des cultures, accès des animaux à l'extérieur, gestion solide des fumiers, élimination des produits de synthèse, OGM, du brevetage du vivant, l'irradiation des aliments, taxation des intrants qui entraînent des coûts sociaux et environnementaux, incluant l'énergie.-\tL'ouverture du statut de producteur agricole pour faire de la place aux nouveaux producteurs, aux jeunes, aux producteurs à temps partiel.-\tFavoriser la démocratie rurale en redonnant à l'ensemble des citoyens ruraux le pouvoir d'aménager leur territoire et de se prononcer sur les projets industriels locaux par référendums décisionnels.Voulez-vous être membre de l'UPA, de l'UPA ou de l'UPA?On ne peut malheureusement pas limiter la discussion de l'agriculture à de simples aspects économiques, sociaux ou environnementaux.À preuve, l'impuissance des citoyens à modifier le modèle agricole.Au niveau politique, de formidables pressions sont en jeu pour orienter l'agriculture vers l'exportation et l'industrialisation.Dans les années cinquante, le choix d'éliminer les petites fermes avait un objectif très clair: éradiquer l'emprise de l'Eglise et de l'Union nationale.Aujourd'hui, la mise en place d'un syndicat unique en agriculture a fait en sorte qu'il n'y a aucune opposition au modèle industriel d'exportation et de concentration.En d'autres mots, le principe du syndicat unique a permis un contrôle absolu de toute l'économie agricole par l'UPA qui dicte maintenant sa loi à l'État, et le citoyen n'a pas de pouvoir démocratique sur ce pouvoir corporatif devenu un État dans l'État, échappant au contrôle démocratique des citoyens.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 111 Les conséquences sont, entre autres, l'édition de la loi 23 sur le « droit de produire », de la loi 184 sur la limitation du pouvoir des MRC et des conseils municipaux sur l'aménagement de leur territoire, ainsi que la constitution de la Financière agricole, gigantesque outil économique agricole, financé en bonne partie par l'État mais contrôlé fortement par l'UPA.On a abouti à une situation où le même organisme est à la fois le représentant syndical de ses membres, mais aussi l'acheteur de leurs produits et le gestionnaire du financement, de la mise en marché.En cas de litige, le syndicat va-t-il se poursuivre lui même?Il faut remettre en question ce monopole syndical, permettre à chaque producteur de choisir son organe de représentation.Une saine diversité d'opinion est à ce prix.Et nul besoin d'aller loin pour trouver un pluralisme syndical : l'Ontario reconnaît trois associations ! Finalité de l'agriculture En somme, le but premier de l'agriculture doit demeurer de nourrir sa population et d'occuper son territoire.Elle ne doit pas être orientée vers les marchés internationaux mais plutôt vers les besoins des populations locales.Et s'il y a commerce avec l'étranger, il devrait se faire de façon équitable.Nos surplus ne devraient pas être utilisés pour déstabiliser l'agriculture d'autres pays ou pour développer des marchés.Une société doit avoir le droit de choisir le type d'agriculture qu'elle veut encourager.Une civilisation qui se dit démocratique a le devoir de laisser sa population débattre de son alimentation.Nous ne sommes pas en situation de famine et n'avons pas été encore touchés par les crises de la vache folle, de la grippe porcine et il nous reste encore de l'eau potable mais nous ne pouvons nier les problèmes que soulève l'orientation actuelle de notre agriculture.Ce qui serait un véritable progrès, ce serait de rectifier le tir avant d'aboutir à l'impasse.0 112 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE 85e ANNIVERSAIRE - Pour mémoire - wr*TcTi vtri«v \u2022onale 'nçaise 5 ans VIE \u2018IONALE nojv i; WAZJ5 ^35 A' 1896-1973 LIONEL GROULXpt l'ACADI£ AfjX Vtion ÎONÀle endu m.\u2018¦ACTION nationale j ?-*t ü\u2019a.\u2022/'f : R41^ ^ilc^ ^ATJOx Prend?'\u2022 a, «\u2018nii tnniiBencf Par un W*iO|, SgaagS ¦\u2018fttfrcdoss, Clfo/Ol québé ' pOtA^rx / Of j frÿUQUES, ponutio, 'e main ! 11 S 0 A chaque numéro, tout au long de l\u2019année 2002, nous reviendrons sur un article qui, aux yeux de la rédaction, a marqué la décennie où il a paru.Cette reproduction intégrale permettra à chacun de prendre la mesure du chemin parcouru, mais aussi de constater que des questionnements perdurent.Par-delà le vieillissement du vocabulaire, malgré le dépérissement de certains thèmes et en dépit de l\u2019inéluctable érosion des conjonctures, ces articles demeurent autant de contributions au façonnement de notre histoire.Une histoire qui, avec ses grandeurs et ses misères, n\u2019en reste pas moins celle d\u2019un peuple qui n\u2019a jamais consenti à se laisser enfermer dans la négation de son être.Le texte de ce mois est paru en décembre 1922.Lionel Groulx y trace les conclusions qui s\u2019imposent à l\u2019équipe de la revue au terme d\u2019une intense année de travail et de réflexion.Pour la première fois depuis la répression de la Révolte des Patriotes l\u2019idée d\u2019indépendance redevient le pôle organisateur de la pensée et du combat de la nation.Cela soulèvera une tempête.Et fera naître des aspirations qui feront la trame de l\u2019histoire du Québec moderne.La rédaction 114 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Notre avenir politique L'Action française, 1922 Lionel Groulx Avec le présent article sera close l'enquête la plus importante de l'Action française.Nous n'étions pas sans quelque appréhension sur l'effet immédiat de cette campagne d'idées.Sous prétexte de nous tenir à l'avant-garde de la pensée canadienne, n'allions-nous pas apparaître à nos amis eux-mêmes, quelque peu téméraires, posant à l'envi des problèmes prématurés ?Notre inquiétude dura peu.Le sujet de cette enquête fut décidé au printemps de 1921.Dans l'article préliminaire paru en janvier, mais écrit en novembre, j'avais, aussi nettement que possible, défini notre attitude.Soucieux de ne rien faire pour briser le statu quo politique, mais assurés que la brisure serait faite malgré nous, la plus courte clairvoyance, écrivais-je, prescrivait de s'assurer contre l'avenir.Il nous paraissait utopique que l'on posât l'assiette d'une seule nation sur un territoire à peine mesuré en sa largeur, par six jours de chemin de fer.Les oppositions géographiques trouvaient d'ailleurs leur répercussion dans un pacte contre nature où les alliés que nous sommes ont plus de sujets de discorde que des adversaires.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 115 Cet article n'était pas encore paru dans L'Action française, qu'avec une soudaineté imprévue, les événements confirmaient nos prévisions.Les élections canadiennes avaient lieu ; une fois de plus, avec une évidence irrésistible, s'affirmaient les antagonismes de notre pays.Et l'homme qui a porté sur nos problèmes le regard le plus vigoureux et le plus pénétrant, ne pouvait retenir cet aveu « La Confédération a vécu, en puissance.Durera-t-elle 20 ans ou 30 ans, je l'ignore ; mais elle doit se dissoudre un jour.En annexant cet immense territoire de l'Ouest où devait pénétrer l'influence américaine, les pères de la Confédération ont fait une erreur capitale.Ils ont mis le poison dans le berceau de l'enfant, De plus en plus notre vie nationale sera dominée par la rivalité de l'Est et de l'Ouest.>0 Depuis lors combien d'autres événements sont venus nous rappeler que nous n'habitions pas un univers figé.Les observateurs de la politique internationale ne cessent d'apercevoir, au sein de l'empire auglais, des signes de caducité.En Angletene, au centre même du vaste édifice, des symptômes de dissolution se manifestent avec une alarmante insistance.L'Anglais des îles garde encore un grand respect pour son souverain et pour quelques vieilles traditions qui dérivent de la royauté.Mais à Rome aussi autrefois, l'empereur était dieu ; et c'est à la divinité d'Auguste que s'adressaient les acclamations du peuple.Le dieu s'évanouit lorsqu'il eut absorbé toutes les puissances religieuses et politiques et que ce fardeau l'écrasa.En l'on suit une évolution inverse mais non moins dangereuse.La royauté n'absorbe pas, elle se dissout; elle se dissout dans le développement des constructions démocratiques qui bientôt ne lui laisseront plus que le rôle d'une coupole superflue, nous ne voulons pas cire d'une fausse fenêtre.Hier encore la révolution sociale grondait en Angleterre comme un péril imminent.Qui a pu lire, sans un peu d'émoi, 1.M.Henri Bourassa, Le Devoir, 23 décembre 1921, p.2, col.2.116 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE ces paroles de M.Chamberlain à la veille des récentes élections anglaises: «Je me demande quelquefois si ceux qui ont si ouvertement discuté la conduite du gouvernement, ont une conception bien claire des périls qui nous menacent.Je ne parle plus d'affaires étrangères, je parle de périls à l'intérieur de notre pays.A certaines heures la révolution frappait à notre porte.Aujourd'hui, le devoir de tous les éléments constitutionnels et conservateurs de la nation est de défendre la constitution et l'ordre économique qui nous ont faits ce que nous sommes.Ces temps derniers, nous avons encore une fois été menacés de « l'action directe.»2 Les élections qui sont venues depuis lors n'ont rien changé à ces troublants pronostics.Les conservateurs ont repris la direction du Parlement ; mais le parti travailliste, où menacent de dominer les éléments révolutionnaires, est devenu « la loyale opposition de Sa Majesté ».L'avenir se fait-il plus rassurant, lorsque, du cœur de l'empire, on passe à l'examen de ses parties intégrantes ?La cohésion actuelle, plus apparente que solide, vaut-elle la peine d'une illusion?Et puisque volontiers l'on compare cette vaste construction à celle de l'ancienne Rome, pourrait-on invoquer, en faveur de la durée de celle-là, la lente dislocation, l'interminable agonie de la puissance des Césars?Ce serait oublier que les causes les plus générales qui ont agi pour la conservation de l'empire de Rome, n'agissent point pour la conservation de l'empire britannique.Fait de parties trop largement disjointes, celui-ci n'a rien de l'unité géographique que faisait à l'autre le lac romain de la Méditerranée.De même les Anglo-Saxons sont bien obligés d'admettre, qu'en dehors des groupes de leur race, l'orgueil d'appartenir à leur empire n'a rien de comparable à la fierté mystique des peuples anciens saluant, dans l'univers d'Auguste, le stade définitif du progrès humain.Mais voici des différences encore plus inquié- 2.Cité par la Revue universelle, 1\u201c nov.1922, p.350.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 117 tantes ce ne sont point des peuples lassés, trop heureux de recevoir une loi, qui composent le Commonwealth britannique ; ce sont des peuples jeunes, impatients de liberté et d'indépendance, en plein essor vers la force et l'avenir.Les quelques faits de ces derniers mois sont lourds de signification : l'Irlande sort de sa lutte séculaire avec une émancipation accrue; l'Égypte, les Indes sont toujours frémissantes; le réveil du monde turc ne peut qu'entretenir, que fortifier les velléités de révolte aux bords du Nil comme aux bords du Gange ; le Canada lie plus que jamais sa politique extérieure à celle des États-Unis; et le refus récent de quelques Dominions d'entrer en guerre sur une simple dépêche de Downing Street, équivaut peut-être à la rupture d'une chaîne.Au reste, dès le mois de mars de l'année dernière, M.Louis Durand, s'appuyant sur d'autres faits bien acquis à l'histoire, énonçait déjà les mêmes conclusions.On a vu avec quelle sûreté d'analyse il nous a mis en face de la « croisée des chemins », pour y faire apparaître notre aspiration nationale comme la seule directive pratique.M.l'abbé Arthur Robert pouvait alors conclure en toute rigueur de doctrine : « Les Canadiens français qui doutent de la durée du lien britannique et du maintien de la Confédération peuvent donc, en toute sécurité d'esprit, se préparer à faire un profitable usage d'une complète indépendance.Le droit naturel et la philosophie catholique les justifient d'agir ainsi.» 0000 0 En face de l'aspiration nationale se dressent toutefois de formidables obstacles.Ces obstacles, nous n'avons voulu ni les dissimuler ni les diminuer.Le plus grand de tous devait prendre forme dans la proximité d'un voisin, dont la puissance de succion est à elle seule une grande menace.M.Anatole Vanier a réduit l'épouvantail à son exacte mesure.Opportunément il a rappelé aux « timorés que celui qui nous inquiète est parfois plus inquiété que 118 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE nous-mêmes».Et s'il fallait ajouter quelque chose à cette démonstration, un bref exposé du problème noir aux États-Unis nous suffirait.Sait-on, par exemple, que la population de couleur s'élevait, au dernier recensement, au chiffre de 10 500000?Depuis qu'elle s'est émancipée, cette population s'est donc littéralement doublée et, dans la dernière décade, par la seule vitalité de la race, elle s'est accrue d'un million et demi.Quelques États, tels que le Mississipi, la Caroline du Nord, ont 50% de population noire.En outre, la race de couleur aux États-Unis est une race en pleine ascension.En 1860, on attribuait aux nègres 12 000 cases; ils en détiennent aujourd'hui 500 000 en pleine propriété.Us comptaient alors 90% d'illettrés; ce 90% a été réduit des deux-tiers.Les noirs ont actuellement 300 journaux -ils se hissent jusqu'aux grandes écoles et jusqu'aux universités.L'an dernier, 1500 jeunes gens de couleur terminaient leurs études secondaires; 461 bacheliers ès arts ou ès sciences, 11 maîtres ès arts, 3 docteurs en philosophie se joignaient à nombre d\u2019autres.Et c'est le cas de répéter avec le publiciste qui nous fournit ces notes : « La parole est aux prophètes».3 En face des États-Unis surtout il convient d'écarter la théorie de l'univers figé, arrêté définitivement dans ses partages politiques.Si, au problème noir, prometteur d'une lutte de races, nous joignons, en effet, les oppositions toujours vives de l'est et de l\u2019ouest, puis l'acuité des luttes sociales dans cette fourmillière de peuples aux trois-quarts infidèles, il paraît bien que d'ici cinquante ans, les Américains auront de quoi s'occuper chez eux.Pourquoi, dès lors, ne pas reporter à une échéance assez lointaine le péril de notre annexion ?À vrai dire nous concevons mal des hommes d'État réalistes gouvernant, de Washington, le territoire du Keewatin et du Yukon, conviant au même pacte social, essayant de fondre dans la même nationalité, le nègre du Texas et le colon de l'Abitibi.Alexandre Brou, 1rs Études, 20 septembre 1922.L\u2019AC MON NATIONALE\t119 Succomber à cette convoitise orgueilleuse, ne serait-ce point pour l'Américain précipiter l'écroulement de tout?Les politiques n'ont pas encore trouvé, que nous sachions, les moyens de contenir, sous un même pouvoir, de si vastes étendues du globe.Ou la nécessité de refréner les forces centrifuges les contraint de fortifier démesurément le pouvoir central au péril de l'oppression puis de la révolte des parties composantes ; ou les octrois inévitables de trop généreuses concessions conduisent à un énervement continu de l'autorité, prélude de tous les démembrements.M.Émile Bruchési l'a d'ailleurs fort bien démontré : nous ne sommes point sans ressources contre l'appétit du voisin.Plus de la moitié du continent, toute l'Amérique latine, peut devenir, si nous le voulons, notre alliée naturelle.Les mêmes périls et, par suite, les mêmes intérêts ne sont pas seuls à nous rapprocher.L'étroite parenté de la foi catholique et de la culture latine aurait depuis longtemps attiré nos esprits de ce côté, si, pauvre peuple en tutelle, nous n'avions laissé orienter toute notre politique extérieure vers le seul pôle anglo-saxon.Ajouterai-je que l'équilibre du monde ne pourra tolérer indéfiniment l'expansion de l'impérialisme américain.Le Japon, pour ne parler que de lui, verrait-il d'un œil serein ses redoutables rivaux s'installer à Vancouver, ce qui voudrait dire l'extension des bases navales établies contre lui, un nouveau pistolet braqué sur sa poitrine ?00000 Les obstacles extérieurs une fois écartés, nous n'étions qu'à la moitié de notre tâche.Il restait ceux de l'intérieur, ceux que viennent dresser la présence des races étrangères dans le futur État français - la prépondérance économique de quelques-uns de ces éléments - puis, en cas de rupture avec l'Ouest, la situation soudainement faite aux groupes français de cette région.120 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Dès le début de notre enquête, nous avions prévu, on s'en souvient, les alarmes légitimes de nos frères de race.Les considérations du Père Rodrigue Villeneuve ont dû calmer tous les esprits.En réalité nos frères de la dispersion pourraient-ils regretter une influence politique qui, pour eux, fut toujours de nul appui?Entre eux et nous, pour parler net, il ne s'agit que de l'influence morale du Québec et d'un soutien possible à la vie catholique et française du continent.Et pourquoi donc, dirions-nous à notre tour, serait-il interdit à un autre peuple de renouveler le magnifique effort de la race irlandaise?Si l'Irlande devient libre, elle devra ce miracle, sans doute, à son indomptable ténacité, à l'œuvre de réfection nationale accomplie par le Sinn-Fein ; mais le miracle de la coalition de tous les groupes irlandais dispersés à travers le monde n'aura-t-il pas été l'achemineinent vers l'autre merveille?Aujourd'hui que tant de causes abrègent les distances, les unités morales sont une force toute-puissante; et, sous quelque latitude qu'ils soient, quatre à cinq millions d'hommes n'ont que la faiblesse qu'ils se veulent bien consentir.M.Georges Pelletier s'était chargé de ramener à ses exactes proportions l'obstacle d'ordre économique.Inutile de le dissimuler: la présence de l'étranger chez nous, sa mainmise sur nos matières premières, sur nos ressources naturelles, nos industries, nos voies de transport, constituent peut-être le plus grave empêchement à l'existence d'un État français indépendant.Pourtant M.Pelletier qui a compétence en la matière, ne croit pas l'obstacle invincible Une partie de nos richesses naturelles nous restent encore, la moins accessible il est vrai, mais que l'exploration de l'Ungava peut révéler considérables.Pour l'autre partie, celle qu'on a livrée follement à l'étranger, les moyens ne nous manquent point de la faire fructifier davantage à notre bénéfice, sinon de la recouvrer peu à peu.Quelques changements opportuns dans les conditions de l'exploitation, et, par exemple, quelques clauses restrictives lors du renou- L\u2019ACTION NAÏÏONALF \u2022\u2022\u2022 121 C| vellement des baux, pourraient réformer tout l'état de choses.Notre industrie, non plus, ne doit pas désespérer de son affranchissement, si nous savons fortifier ce qui existe déjà, si nos capitaux gardés chez nous se mettent enfin à féconder nos entreprises.Sera-t-il plus difficile de reconquérir nos voies de transport ?On ne pourra tout de même changer le cours de cette souveraine artère qu'est le Saint-Laurent, non plus qu'enlever les rails de nos chemins de fer.Notre situation géographique imposera aux compagnies de voies ferrées de maintenir dans notre province leurs principales têtes de ligne.Et puisque nous aurons contribué de nos deniers à la construction de ces voies, sera-ce retenir autre chose que notre bien que de garder pour nous le réseau compris entre nos frontières ?En somme, ce qui presse le plus pour notre restauration économique, ne serait-ce point une coordination des efforts, un mot d\u2019ordre plus large, plus énergique de nos hommes d'affaires qui jusqu'ici ont trop abandonné leur besogne aux intellectuels, aux publicistes qu'ils oubliaient, du reste, d'encourager ?Un problème qui n'a rien d'insoluble, non plus, c'est celui des races étrangères à l'intérieur de l'État Français.Joseph Bruchard a réduit habilement ce problème à une question de fierté et de savoir-faire.Un ordre nouveau s'établira fatalement le jour où, redevenus maîtres enfin dans notre maison, nous commencerons à nous hausser jusqu'à ce rôle.Par une intelligente collaboration avec ses chefs, le peuple aura tôt fait de remettre hommes et choses à leur place.Un sens plus averti de nos responsabilités nous fera nous occuper plus diligemment des groupes de Latins assimilables qui eux-mêmes courtiseront moins avidement une culture devenue alors celle de la minorité.Contre les éléments plus réfractaires, et Joseph Bruchard voulait dire les Anglo-Saxons, l'heure pressera toujours de nous protéger, mais en nous rappelant toutefois que séparés de l'empire et d'« une Angleterre qui penche », les Anglo-Canadiens verront bien se modifier quelques-unes de leurs perspectives.122 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE 00000 Puis ne faudra-t-il pas compter enfin sur notre vouloir collectif, sur nos puissances de pensée et d'action trop longtemps inactives ?Des moyens existent de surmonter les obstacles et de nous préparer tout de suite à notre grand avenir.Ces moyens, les larges études du Père Ceslas Forest, de M.Antonio Perrault, de M.l'abbé Perrier nous les ont indiqués.Le premier nous a décrit la vertu des forces intellectuelles.La personnalité nationale suppose la personnalité de l'esprit; un peuple n'est tout soi-même que s'il est vraiment maître de sa vie intellectuelle; et c'est en l'élevant à la plus haute culture et en la maintenant conforme à son être fondamental, qu'il en fait le ferment de son avenir.M.Antonio Perrault a regardé, pour sa part, à nos énergies morales et il a cherché le moyen de les vivifier par le développement du sens national.C'est au sens national, conscience vivante des éléments constitutifs de notre race, volonté ardente de réaliser notre pleine destinée, c'est à ce patriotisme conscient, lumière et force, que devra s'éclairer et s'animer la restauration de notre intégrité française.M.Perrault et le Père Forest s'accordent à réclamer tous deux le labeur et la direction de l'élite pour l'épanouisse-meut de notre vie intellectuelle et nationale.Et jamais appel, ce nous semble, ne fut plus opportun.Qui oserait dire qu'il n'y a point chez nous un déficit de l'esprit ?Le rapport est-il ce qu'il devrait être entre la force intellectuelle que nous avons accrue en ces derniers temps, et notre production en œuvres de valeur, chargées de pensée et d'action ?Pour des causes où il n'entre aucune mauvaise volonté, mais qui nous sont tout de même dommageables, un trop grand nombre de nos intellectuels se bornent à l'enseignement oral et à des études de cabinet.Pendant ce temps-là il manque, à tous, il manque à la jeunesse surtout, une grande école de maîtres, un ensemble d'ouvrages puissants qui déterminerai jrtt de façon décisive la direction des esprits.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 123 Et voilà qui nous fait nous retourner avec un espoir plus avide vers la valeur fécondante de notre idéal national.En quelques pages ramassées, M.l'abbé Perrier nous a peut-être dit, sur ce sujet, le dernier mot de tout: «Si l'idéal est nécessaire à chaque individu pour que ses forces arrivent à leur perfectionnement., il n'est pas moins urgent que chaque nation ait son idéal pour diriger ses efforts aux heures les plus sombres de son existence et coordonner toutes ses pensées, toutes ses affections, toutes ses activités.Nous sommes ici au point capital; il importe d'y insister.00000 Ce qu'il y a de plus grave, en effet, dans notre état et ce mal est déjà vieux d'un demi-siècle, c'est que nous souffrons de désorientation essentielle.Entre l'idéal politique de notre peuple et l\u2019effort de survivance qu'il a fallu soutenir, la proportion ne fut nullement exacte.L'un et l'autre ne furent pas au même plan moral.Qu'avons-nous fait, en réalité, depuis cinquante ans ?Nous avons conjuré notre peuple de se défendre, d'organiser sa vie selon la dignité d'un État français, tout en lui interdisant cette aspiration.Nous souffrons de tous les malaises et de tous les malheurs du mariage mixte contracté par notre race en 1841.Quand ce mariage fut sur le point de se rompre par un éclatant divorce, au lieu de reprendre notre liberté, nous sommes entrés dans une alliance nouvelle où bientôt figurèrent à nos côtés, trois, puis quatre, puis six, puis huit partenaires nouveaux.Pour nous, ce fut une erreur.Et si les plus graves raisons paraissaient imposer ce dénouement, fallait-il du même coup que cette dernière évolution politique nous dispensât d'ordonner notre vie ?A tout le moins eût-il été séant de ne point présenter au peuple, comme un état définitif, ce qui ne pouvait être que temporaire.Après la dure expérience de l'union de 1841, en présence de la conformation géographique du deuxième État fédératif, des politiques plus clairvoyantes eussent pu, 124 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE
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