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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2002-04, Collections de BAnQ.

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[" .'Action Volume XCII, numéro 4, avril 2002 r * Ëfit Z DES IDÉES POUR BÂTIR La littérature québécoise : au fondement ou à la marge? E\tüüfosdftn»\tm \t\t Directeur\tRobert Laplante Directrice adjointe\tLaurence Lambert Secrétaire administrative\tClaire Caron Comité de rédaction François Aquin, avocat Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Pierre Noreau, Université de Montréal Michel Rioux Marie-Claude Sarrazin, Bachelière en Droit Pierre Serré Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon Lucia Ferretti, professeure d'histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau.Membres du jury Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès.Membres du jury Roland Arpin Micheline Dumont, historienne Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy Couverture lean-Paul Riopelle, Ombrette, 1983.Lithographie, H.C., tirage de 15, 116,5 x 77,2 cm, Musée du Québec: 98.133.Don de monsieur Yvon M.Tardif.Photo: Patrick Altman.© SODRAC (Montréal) 2002.425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur: 514-845-8529 Courriel: revue@action-nationale.qc.ca - Site: http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal » Volume XCII, numéro 4 avril 2002 oa m < LU o Main basse sur le casino Robert Laplante\t3 Débats Pour l'Union paysanne Bertrand Harvey\t9 Quelle priorité pour les démocraties : contre-attaque ou autocritique?Guy Côté, pour le Groupe de théologie contextuelle québécoise\t15 La signature de l'extrême droite Pierre Vadeboncœur\t29 Dossier La littérature québécoise : AU F011DEMEMT OU A LA MARGE Des profs de français et de littérature, bonne idée ! Victor Levy Beaulieu Les héritiers de Lord Durham Roxanne Bouchard Le mépris de soi ou le retour du colonisé Andrée Ferretti Enseigner la littérature d'ici ou d'ailleurs Bruno Roy 75 78 82 86 \u2022 Ce peuple chargé de chaînes André Laurendeau - 1941 107 L'entente cadre sur l'union sociale et l'évolution unitaire de l'État canadien Yves Rocheteau\t33 L'idée d'une académie québécoise des sciences : mise au point Membres du Cercle Godin-Miron\t41 La pensée politique d'Hubert Aquin vingt cinq ans après sa mort Stéphan Larouche\t45 Comptes rendus de lecture La passion de l'engagement, Discours et textes\t.Andrée Ferretti\t119 Les sciences de la culture\t,.Joseph Melançon\t122 Pour comprendre le nationalisme\t.Denis Monière\t123 Chiniquy-Prêtre catholique, ministre presbytérien\t.Marcel Trudel\t124 Benjamin Suite - Cet inlassable semeur d'écrits\t.Hélène Marcotte\t125 Lectures En primeur Les Mations québécoises dans L'Action nationale Catherine Bouchard\t53 Le bulletin du lundi Index de nos annonceurs 135 2 MAT in oc 3 LU U 127\tAllard & Carrière 128\tBijouterie emblématique Lamond & fils 128 BLC Valeurs mobilières 134 Caisse d'économie des travailleurs de Québec 40 Cap-aux-Diamants 8 Devoir, Le 52 FondAction C4 Fonds de solidarité 145 Laboratoire Dr Renaud 28 Loto-Québec 127 Mouvement national des Québécoises et Québécois 51 Optimum, Gestion de placements C3 Optimum placements 151 Optimum, Société d'assurance 118 Ordre naturiste social 145 Poitras, Lame & Rondeau inc.145 Rassemblement pour un Pays souverain 145 Sansregret, Taillefer et Associés 127 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 127\tSociété Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 128\tSyndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 128 Translatex Communications + 151 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc.2 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE < DC O O MU Main basse sur le casino Robert Laplante La distribution de prébendes et privilèges est une des ressources stratégiques fondamentales de l\u2019indirect Rule.Dans un livre intelligent et bien mené, La petite loterie, Stéphane Kelly a bien démontré comment le Canada a su jouer de tout le potentiel de cette ressource pour s'assurer de la collaboration empressée d'une partie de l'élite canadienne-française à l'érection d'un ordre voué non seulement à neutraliser mais à éradiquer les aspirations qui avaient conduit aux 92 Résolutions et à la Révolte des Patriotes.Les nominations prestigieuses, les postes bien rémunérés et les sinécures pour parvenus bien engraissés ont servi de base matérielle permettant de relayer dans tous les milieux du Québec et du Canada français les thèmes idéologiques légitimistes.Les bénéficiaires pouvaient s'adonner avec d'autant plus de vanité à leur rôle qu'ils pouvaient enrober leur besogne dans un apparat institutionnel tout spécifiquement conçu pour travestir les mercenaires.Cela nous a valu des générations de smart guys, de Canadiens français de service qui ont fait carrière à traduire, à cautionner, à L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 3 jouer les adjoints ministériels, les gros juges et les vice-présidents de toutes sortes et dont la fonction principale consistait à servir d'exemples.Des exemples pour convaincre que l'esprit conciliant pouvait devenir un gage de réussite, qu'un Canadien français pouvait faire sa place au Canada, que ce même Canada était tolérant, accommodant, etc.Tout cela nous aura donné quelques-unes des grandes figures du Parti libéral du Canada, de pleines fournées de Great Canadians qui ont pendant des décennies fait semblant de chercher la quadrature du cercle et qui ont versé des torrents de discours pour convaincre qu'ils ne servaient ni ne reconnaissaient aucun conflit de légitimité.Cela a fini par nous donner les formules sirupeuses du genre : Le Québec ma patrie, le Canada mon pays.C'était le bon temps, celui où l'on pouvait faire son beurre à palabrer sur le redressement des torts subis par les minorités françaises, sur le pacte entre les peuples fondateurs et le respect des langues officielles, sur le renouvellement de la Constitution.C'était du temps où le Canada avait encore besoin du Québec pour former ses gouvernements.C'était du temps où le poids démographique et électoral du Québec comptait encore pour quelque chose dans la dynamique politique et institutionnelle.Et, surtout, c'était du temps où les smart guys du fédéralisme devaient composer avec une trop grosse poignée d'idéalistes qui pensaient vraiment que le Canada pouvait offrir une voie de développement pour le Québec.Cela obligeait alors l'État Canadian, les partis politiques dits nationaux et surtout le Parti Libéral du Canada à élaborer et tenir un discours un tant soit peu crédible sur le destin canadien du Québec.L'époque est révolue.Deux référendums et un Clarity Bill plus tard, le Canada n'a plus besoin de toutes ces breloques idéologiques, de ces 4 \u2022 \u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Éditorial adjectifs et formules creuses qui ont servi de hochets politiques.Le Canada unitaire est en place et si sûr de lui désormais qu'il n'a que faire des concessions rhétoriques qui ont si bien servi l'indirect Rule.Assuré de l'appui inconditionnel d'un certain establishment québécois, il ne cherche même plus à faire semblant.Cet establishment a tranché radicalement : sa loyauté ira toujours - et quel que soit le prix - au Canada d'abord.Et comme il ne compte plus que pour une quantité accessoire dans la dynamique du pouvoir unitaire Canadian, plus rien ne sert de chercher à fabriquer des leurres pour l'aider à se concilier ce qui pourrait rester d'idéalistes et de candides qui pensent encore que le Canada peut offrir une véritable avenue de développement pour le Québec.La chose manque d'élégance mais telle est la réalité de la domination.Le Canada ne donnera même pas à ceux qui le servent si bien dans la bourgade québécoise la possibilité de se draper dans un discours de l'ambiguïté.Le maître réclame désormais obédience à visière levée.Si quelques-uns s'en trouvent tiraillés par quelque malaise à circuler parmi leur peuple, il leur faudra désormais considérer la chose comme un inconvénient inhérent au jeu de la loterie.Les nominations, les flatteries téléguidées d'Ottawa ou Toronto et relayées par la Gouverneure générale et les agences de relations publiques, tout le bataclan ne s'obtient désormais qu'en acceptant ouvertement de traiter le Québec, sa culture et ses institutions comme de véritables paillassons - des réalités régionales sympathiques, en jargon de rectitude politique.Et l'on s'étonne maintenant de voir ce qu'on voit dans le système créé pour aider les amis du régime à faire leur beurre comme mercenaires de la guerre médiatique entreprise pour soumettre la bourgade, pour éradiquer jusqu'à ses prétentions d'avoir des aspirations propres?Le patronage qu'Ottawa a mis en place au Québec n'est pas une erreur de parcours.Il n'est pas non plus un errement poli- L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 5 tique ou une faute morale.C'est la conséquence, l'aboutissement d'une logique politique qui a consisté à ruiner le langage - c'est-à-dire à nier tout idéal - pour abolir tout espace politique où la question québécoise pourrait continuer de s'inscrire.Tel est le nouveau visage de l'indirect Rule.Une poignée d'entretenus peut désormais se servir à même les ressources publiques pour mettre en place un système qui permettra le pillage du patrimoine de la bourgade.Car il n'y a plus désormais que la cupidité comme projet politique admissible.Puisqu'il ne s'agit plus que de contenir la bourgade, une morale de souteneur peut donc suffire.Des bandes de voyous cravatés peuvent maintenant s'affronter pour se partager le butin et poser à la télévision comme des seigneurs de guerre.En clair, plus rien ne sert de se contenter seulement de la Petite loterie.Tant que cela reste à l'intérieur des limites de la bourgade on peut désormais faire main basse sur le casino.Le lamentable spectacle des notables qui sont tombés comme des goinfres dans l'assiette au beurre, des barons de la pub qui jouent les caïds de ruelles, des politiciens présentent la vénalité comme une vertu civique, des organisations entières qui s'enlisent dans la complaisance et le laxisme, tout cela n'est pas anecdotique.Ceux-là qui voudraient se rassurer en se disant que le mal n'est pas généralisé, comme ceux-là qui cherchent à se soustraire au devoir de lucidité en se cachant derrière la statistique de répartition des offenses entre les camps sont en train de perdre de vue l'essentiel.La politique sans le souffle des idéaux, sans l'engagement des citoyens à servir le bien commun et à renouveler le vouloir vivre ensemble ne peut que dégénérer dans l'indigence politicienne.Le minable vaudeville des derniers mois n'est qu'une danse macabre pour l'insignifiance 6 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Éditorial triomphante.Le spectacle désolant des passions humaines dévoyées, des idéaux corrompus pour sacrifier à tous les veaux d'or de l'ambition débridée.Un peuple ne peut vivre sans ses idéaux.Et sans le courage de les servir, il périra divisé sur lui-même.Ce qui se cache derrière la politique ordurière, c'est la corruption des idéaux.Les pseudo-pragmatiques qui ne voudraient nous définir que dans des univers de contraintes ne font que tenter de nous enfermer dans le non-sens.La servitude ne peut être un idéal même si elle dresse un univers de possibles et des champs d'intérêt pour une poignée d'engraissés.Le Québec est désormais engagé dans un corps à corps à finir avec le seul idéal qui puisse encore donner sens et puissance à sa politique.Il appartient désormais à chacun de ses citoyens d'avoir le courage d'exiger que ceux-là qui le représentent se tiennent dans la lumière de son idéal.Il nous appartient à tous de refuser de pactiser avec ceux-là qui veulent conduire les affaires de la nation en faisant les bravades de qui siffle la nuit en traversant un cimetière.0 L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 7 AT)% xZ iv y sur,lepdx, en kiosque ! Economisez Recevez Le Devoir À VOTRE PORTE du lundi au samedi pour seulement '2,74$ s./ bar semaine (taxes en sus) ( Abonnez-vous par téléphone, \u2022\tc\u2019est facile et rapide ! gj Composez le (514) 985^3355 pour la région de Montréal, ou le X 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.P* * Prix basé sur l\u2019abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot.xk %1s4 ÎHÏJ&.i 8 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Pour rUnion paysanne Bertrand Harvey Le 30 novembre 2001, un groupe de citoyens procédait à la fondation officielle de cette Union au Québec.Les projets de cette Union, s'ils se concrétisent, marqueront un tournant majeur dans le devenir de la ruralité au Québec.L'histoire est à même de démontrer que l'intérêt apporté à un grand nombre de paroisses du Québec depuis leur fondation l'a été dans l'unique but d'en exploiter les ressources matérielles.Ces ressources, en grand nombre et de grande qualité, ont maintenant disparu de larges secteurs du Québec.Faute d'avoir permis aux cultivateurs et habitants des régions d'y vivre dignement, elles ont cependant fait la fortune de quelques spéculateurs d'Europe et des États-Unis.Ces localités, désormais dépourvues de richesses et donc d'emplois, ont vu émigrer les jeunes et se vider des régions que n'habite plus qu'une population vieillissante.Une seule exception à cet exode, les paroisses agricoles qui par ailleurs ne représentent qu'un faible L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 9 pourcentage de l'espace rural habité.Les écoles sont transformées en résidences pour retraités et bénéficiaires de la sécurité de la vieillesse, les bureaux de poste sont fermés et les caisses populaires vont offrir leurs services ailleurs ne laissant plus que des guichets de services un peu partout.C'est ce portrait de la ruralité que nous trace Louise Leduc dans le journal Le Devoir du 30 décembre 1999: «Dans les Appalaches, les champs, les maisons et les écoles se vident - Lac Etchemin - Retour à la colonisation.À Saint-Luc, Saint-Cyprien et Saint-Louis on ne compte plus aucun producteur agricole.À Sainte-Aurélie et Saint-Benjamin, le fond du baril n'est pas encore atteint; mais il n'en manque pas beaucoup.Triste portrait que celui brossé dans l'hebdo La Voix du Sud par le journaliste André Poulin.La situation est ici la même que dans l'arrière-pays, qu'il s'agisse du Bas-Saint-Laurent ou de la Gaspésie.» Pourtant, de multiples travaux ont été effectués à propos du milieu rural depuis les années 40.Ceux d'Esdras Minville ne sont pas les moins connus, dont, notamment Étude sur notre milieu, vol.Agriculture : « Quelles sont les ressources naturelles de la province de Québec ?Il y en a cinq principales : l'agriculture, la forêt, les pêcheries, les chutes d'eau et les mines.» (p.329) Les trois ressources que sont le sol, la forêt et les pêches nous intéressent plus particulièrement.Elles sont en effet les seules à se prêter à l'exploitation directe, et donc les seules à pouvoir concourir à la formation de ce fonds stable de population si important du point de vue social et politique dans la toute la société, plus spécialement dans les sociétés appelées à une grande expansion industrielle comme c'est le cas au Québec.De ces trois ressources, l'une, les pêcheries, ne saurait d'aucune façon assurer par elle-même la vie 10 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Débats d'une population donnée.Une seconde, l'agriculture, peut dans certaines régions fournir une occupation suffisante en elle-même, mais elle doit cependant, dans la plupart des régions, s'appuyer sur une ressource complémentaire, à savoir la troisième, la forêt.Minville en a déduit que l'agriculture ne pouvait à elle seule suffire au plein emploi; il ne pouvait pourtant prévoir que l'agriculture industrielle confirmerait ses inquiétudes.En effet, celle-ci occupe actuellement environ 10% du territoire québécois, c'est-à-dire qu'elle exploite le potentiel complet des terres arables du Québec.Les activités de cette agriculture industrielle procurent 68 300 emplois1, incluant les propriétaires de ces terres et leurs employés.Pourtant, c'est très peu si l'on tient compte que chaque paroisse compte dans ses limites 200 terres de 100 acres (20000 acres/paroisse) et que, dans plusieurs de ces paroisses, selon la quantité de terres propres à la culture, il ne reste que quelques agriculteurs, les autres n'en comptant plus aucun.C'est le grand drame de plusieurs paroisses que de ne posséder que des terres forestières.Un grand drame, parce que le Québec n'a jamais eu de véritable politique d'aménagement qui couvrirait une large partie de son territoire.Citons à ce propos Louis Bélanger, professeur à la faculté de Foresterie et de Géomatique de l'Université Laval qui notait, dans Le Devoir, en juin 2001, que «malgré les promesses électorales, malgré les 15 projets témoins, malgré la consultation publique, monsieur Brassard ne s'est pas gêné pour dire à l'Assemblée nationale que l'élaboration d'une politique spécifique à la forêt habitée ne lui apparaissait pas utile.[.] Dans l'histoire forestière du Québec, 2001 sera retenue comme l'année des occasions man- 1.Source : ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 11 quées.La nouvelle Loi sur les forêts démontre qu'au delà des discours, le gouvernement et le ministère des Ressources naturelles continuent de voir la forêt avant tout comme une source de bois pour l'industrie forestière.Tout le reste est considéré comme une contrainte à cet objectif fondamental.De même, dans son livre Une forêt pour vivre, Léonard Otis rappelle cette pétition signée par 2500 citoyens et citoyennes de la Matapédia qui a été remise en juillet 2000 à Lucien Bouchard, alors Premier ministre du Québec, et à Jacques Brassard, ministre des Ressources naturelles.En voici le texte : Nous avons des questions, nous réclamons des réponses ! En 1991, vaste tournée de consultation des régions du Québec sur le concept de « forêt habitée » eftectuée par Jean-Paul Jolivet; En 1995, François Gendron, ministre des Ressources naturelles, annonce un plan d'action pour le mise en œuvre du concept de « forêt habitée » ; En 1996, Guy Chevrette, alors ministre des Ressources naturelles, promet une véritable politique de la « forêt habitée » ; En 1999, lors du Conseil national des 24 et 25 avril, le Parti québécois adopte à l'unanimité que soit rapidement mise en application une politique de la « forêt habitée ».16 rappels et questions semblables constituent le texte de cette pétition.Il n'a suffit que d'une courte intervention du porte-parole du gouvernement, Jacques Brassard, ministre des Ressources naturelles, devant l'Assemblée nationale, pour noyer les promesses et les engagements publics des Jolivet, Gendron et Chevrette - ces deux derniers l'ayant précédé au ministère des Ressources naturelles en déclarant que la forêt des 12 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Débats régions n'était pas une priorité du gouvernement.On garde le Cap, on accorde pleine confiance au club de nos attitrés spéculateurs ! Le Québec a connu, au cours du siècle qui vient de prendre fin, des hommes qui ont à tout jamais marqué la mémoire collective.Parmi les plus grands : Alphonse Desjardins, fondateur des caisses populaires, Jean Lesage et René Lévesque, qui nous ont redonné la possession de nos cours d'eau ; Jean Garon, qui a enrayé, par le zonage agricole, la destruction de nos meilleures terres agricoles; Jacques Parizeau, qui a délogé les seigneurs de la finance par la création de la caisse de dépôt et du fonds de solidarité des travailleurs.Pour quand, maintenant, l'arrivée d'un Premier ministre qui aura le courage de mettre le poing sur la terre, comme l'a fait René Lévesque avec les monarques des cours d'eau, et décréter que la dislocation des localités des régions, c'est terminé ?En attendant, de nombreux intervenants du milieu soumettent, sans succès, des plans de redressement qui, malheureusement, s'entrecroisent suivant les intérêts des uns et des autres, bien qu'ils soient tous valables, et sans toutefois créer un consensus dans la population.Cette absence de consensus permet à nos attentifs gouvernants de respousser le problème d'une élection à l'autre.Durant ce temps, les populations de ces petites municipalités diminuent, accélérant leur disparition sans qu'on s'en préoccupe.L'Union paysanne, qui prend ses racines dans le milieu, peut devenir un agent rassembleur de projets d'envergure, entre autres projet celui de créer, dans toutes les paroisses, des fermes forestières, partout où l'agriculture à grande échelle a disparu faute de sol arable.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202213 En somme, il faut que tous les efforts soient conjugués pour enrayer la profonde déchirure sociale que la politique à courte vue de nos élus et l'impuissance des citoyens et citoyennes révèle déjà.L'Union paysanne doit d'abord recevoir l'appui des résidents du milieu, de même que de tous les ruraux des campagnes qui ont émigré vers les villes; nous sommes tous interpellés, d'une façon ou d'une autre, par ce problème et c'est un tribut que nous devons à nos ancêtres paysans qui, au Québec, ne sont jamais très loin des urbains d'aujourd'hui, que d'adhérer nombreux à cette Union.Nous nous le devons ainsi qu'à nos enfants qui demain pourront nous interroger et demander des comptes sur ce que nous avons fait, ou laissé faire, de nos forêts et, conséquemment, de notre environnement et des ressources naturelles qui ne sont pas inépuisables.0 Ne manquez pas notre numéro spécial de juin consacré à la langue française, à l'occasion du 25e anniversaire de la loi 101 14 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Quelle priorité pour les démocraties : contre-attaque ou autocritique?Guy Côté, pour le Groupe de théologie contextuelle québécoise1 Celui qui ne veut pas changer aiguise son épée il tend son arc et vise il arme des engins de mort et conçoit des flèches pour le feu Celui qui fabrique le faux multiplie le malheur et enfante le mensonge (Psaume 7, 13-15)2 Depuis les attentats du 11 septembre, les gouvernements des sociétés démocratiques occidentales ont réagi essentiellement par le déploiement d'opérations militaires et l'augmentation des mesures de sécurité.Le président Bush a immédiatement vu dans ces attentats une attaque barbare contre «le monde civilisé», tout en démontrant une 1.Le GTCQ existe depuis 1987.Ses membres sont des théologiens et des praticiens de l\u2019action sociale.11 intervient sur différentes questions d'intérêt public, dans une perspective citoyenne et chrétienne.Le GTCQ est composé de: Lise Baroni, Michel Beaudin, Claude Boileau, Richard Chrétien, Mario Degiglio-Bellemare, Claire Doran, Roger Éthier, Luc Fortin, Gérard Laverdure, Lise Lebrun, Jean Ménard, Patrice Perreault, Eliana Sotomayor, Nelson Tardif.2.La Bible, Nouvelle traduction, Bayard/Médiaspaul, 2001.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 15 navrante résistance à reconnaître les racines politiques et sociales du terrorisme international.Par ailleurs, de nombreuses analyses ont rappelé le ressentiment causé par l'imposition de l'hégémonie américaine au reste du monde.Elles ont également fait valoir que les États-Unis sont eux aussi responsables de souffrance au sein des populations civiles, notamment en Irak, et qu'ils ont ainsi appelé sur eux le malheur.Se trouverait-on devant deux types de « terrorismes » plus ou moins équivalents, qui nous obligeraient à choisir les victimes dignes de notre compassion et les criminels méritant notre indignation ?Comment tirer des leçons de ces tragiques événements sans donner raison ni au gouvernement américain ni à Al Quaïda?Que pourrions-nous entendre aujourd'hui de l'appel des prophètes bibliques à opter pour la conversion et à donner une portée universelle à la solidarité plutôt que de perpétuer le cycle de la vengeance ?La bonne conscience occidentale Les États Unis et leurs alliés prennent aisément pour acquis qu'il leur incombe de défendre la liberté, la justice, les droits humains, en un mot la civilisation, à l'encontre de menaces provenant d'une barbarie extérieure à leurs frontières, celle de la violence terroriste.Cette concentration de l'attention sur des menaces externes tend à étouffer tout effort d'autocritique par rapport à la «barbarie intérieure » (J.-F.Mattéi) qui mine le monde occidental, nourrit une violence aux mille visages et provoque la déstabilisation économique et sociale un peu partout dans le monde.On s'enferme ainsi dans une espèce de « logique sacrificielle »3 qui vise à rendre un autre coupable, et le seul coupable, d'un mal auquel on participe soi-même.Cela permet de s'en tenir à la punition ou à l'immolation de cet «autre» comme mesure de protection de la collectivité et de rétablissement de l'ordre, sans s'interroger sur soi-même.16 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Quelle priorité pour les démocraties N'y a-t-il pas là une tragique illusion, ou plutôt une lamentable supercherie ?Si légitimes que soient la poursuite et l'inculpation des criminels responsables d'actes terroristes, comment prétendre que les motifs de nos régimes libéraux dans ce combat consistent essentiellement à défendre les droits et la démocratie ?La défense des intérêts énergétiques et géopolitiques des pays riches a trop souvent contredit les droits et la démocratie pour que la bonne conscience occidentale paraisse très fondée.Qu'on se souvienne de la collaboration des États-Unis et de la Grande Bretagne au renversement du régime démocratique de Mossadegh en Iran au début des années 50, dès que celui-ci s'est avisé de nationaliser les ressources pétrolières de son pays.La révolte causée par ces événements alimente encore la mouvance islamique radicale.Et voilà que l'intervention militaire en Afghanistan fournit un nouvel exemple de la primauté du facteur pétrolier sur les principes démocratiques.L'or noir ou la démocratie?La dépendance des pays économiquement développés envers le pétrole détermine lourdement leurs politiques à l'égard du Moyen Orient et de l'Asie centrale.L'accès aux réserves énergétiques de cette région est vital pour le maintien de leur suprématie économique, et la condition de cet accès est la stabilité et la coopération des régimes en place.L'un des enjeux majeurs tient à la découverte de réserves considérables en pétrole dans la région de la mer Caspienne.On évalue ces réserves entre 90 et 200 milliards de barils, ce qui représente un potentiel comparable à celui de l'Irak 3.L'anthropologue René Girard a proposé une théorie sur le rôle du « bouc émissaire » dans les sociétés anciennes qui s'avère éclairante pour comprendre ce qui se passe encore aujourd\u2019hui.Pour désamorcer la violence interne d'une collectivité, un bouc émissaire est rendu responsable de cette violence, qui est ainsi détournée par l'expulsion ou la mise à mort de cet individu.On attend de ce sacrifice meurtrier qu'il ramène la paix à l'intérieur du groupe en transformant le tous contre tous en tous contre un.Cf.La Violence et le Sacré, Grasset 1972; Des choses cachées depuis la fondation du monde, Grasset 1978; Le bouc émissaire, Grasset 1982.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 17 (112,5 milliards) ou de l'Arabie Saoudite (261,5 milliards).Cet énorme potentiel fait l'objet de manœuvres géopolitiques d'envergure dans toute la région transcaucasienne, où sont impliqués les Russes, les Américains, les Britanniques, les Français, les Iraniens et les Saoudiens, sans oublier les dirigeants des républiques de l'ex-Union soviétique.4 L'enjeu pétrolier explique pourquoi, quelques mois avant la présente guerre, le vice-président de la compagnie américaine Unocal, Chris Taggart, avait qualifié la domination des talibans de «développement positif».En février 1997, Washington recevait une délégation de talibans pour trouver avec eux un terrain d'entente alliant le retour à la stabilité (après la défaite soviétique) et la réalisation d'oléoducs qui devaient aller du Turkménistan vers l'Inde et un marché asiatique en pleine croissance, via l'Afghanistan.En novembre, Unocal ouvre un centre à l'université d'Omaha (Nebraska), pour former 137 Afghans en vue de la réalisation de ce projet.L'arrivée d'Oussama Ben Laden en Afghanistan va cependant brouiller les cartes.Le 22 février 1998, avec le soutien des talibans, il lance le Front international islamique et il émet une fatwa qui autorise des attentats contre les intérêts et les ressortissants américains.Après la destruction par des engins explosifs des ambassades de Dar-es-Salaam et de Nairobi le 8 août 1998, Unocal renonce publiquement au projet d'oléoduc afghan.5 Les talibans demeurent cependant des interlocuteurs pour Washington, qui espère d'eux la livraison du chef d'Al-Qaida.Des négociations ont lieu en novembre 2000 et en mars 2001, avec la participation de délégués pakistanais, iraniens et russes, pour obtenir des talibans leur accord à 4.\tCf.Vicken CHETERIAN, « Grand jeu pétrolier en Transcaucasie », dans Manière de voir n° 60.Le Monde diplomatique, novembre-décembre 2001 («Ondes de choc - 11 septembre 2001 »), pp.83-87.5.\tCf.Pierre ABRAMOVICI, « L'histoire secrète des négociations entre Washington et les talibans », dans Le Monde diplomatique, j anvier 2002, pp.10-11.18 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Quelle priorité pour les démocraties une révision de la question des droits humains «dans un délai de deux à trois ans» ainsi qu'à un gouvernement de transition avec l'Alliance du Nord, moyennant quoi ils obtiendraient une aide internationale massive, financière et technique.«Dans notre esprit, affirme M.Naiz Naik, exministre des Affaires étrangères du Pakistan, c'était naturellement pour restaurer la paix et la stabilité, et ensuite le gazoduc, et peut-être pourrait-on convaincre les talibans que, une fois tout ceci résolu, dès que le gouvernement élargi serait installé, dès que le gazoduc serait en route, alors arriveraient des milliards de dollars de commissions, et naturellement ils auraient des contreparties.»6 Les États-Unis sont à ce point convaincus du succès de ces négociations que le département d'État bloque l'enquête du FBI sur l'implication de Ben Laden dans l'attentat contre le navire de guerre USS-Cole en octobre 2000.Ce château de cartes s'effondre lorsque les talibans refusent de collaborer après une ultime rencontre en juillet 2001.Selon les membres de la délégation pakistanaise, le négociateur américain, Tom Simons, fait alors allusion à d'éventuelles répliques militaires.Les rumeurs de guerre s'accentuent.Le FBI se remet à chercher des preuves contre Ben Laden.Le 11 septembre, les tours du World Trade Center sont démolies.Ben Laden aurait-il décidé de tirer le premier ?On connaît la suite des événements : les alliances rapidement tissées dans la région avec les régimes de l'ex-union soviétique et la Russie, la victoire contre les talibans.Dès le 27 novembre 2001, des ententes sont conclues pour l'ouverture du Caspian Pipeline Consortium pour le compte de huit compagnies, dont Chevron, Texaco et ExxonMobil.Au même moment, Hamid Karzai est désigné à la tête du nouveau régime intérimaire afghan.M.Karzai avait été le consultant pour le compte d'Unocal.Ces quelques éléments d'analyse suggèrent de relativiser les affirmations du Secrétaire américain à la Défense 6.Id\u201e p.11.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 19 Donald Rumsfeld, selon lesquelles « nous sommes venus ici (en Afghanistan) dans le seul but de débarrasser le pays des terroristes et d'établir un gouvernement qui ne protège pas le terrorisme» (Le Devoir, 17 décembre 2001).À la lumière des éléments d'analyse qui précèdent, on devrait traduire : « nous sommes venus ici dans le but de détruire l'ennemi qui menace nos ambitions économiques ».Les démocraties libérales piégées par elles-mêmes Les effets d'un tel cynisme politique sur les populations du Tiers Monde ont été abondamment commentés depuis le 11 septembre : ressentiment et rage impuissante, réclamations de justice et de dignité, radicalisation et expansion des mouvances fanatiques.Il faudrait s'interroger en même temps sur ses conséquences au sein des démocraties libérales elles-mêmes.En concentrant l'attention, les ressources et les énergies sur un ennemi extérieur, les gouvernements des sociétés libérales masquent commodément les fractures sociales et les impasses morales qui affligent ces sociétés à l'interne.En diabolisant cet ennemi et en le traitant de barbare, ils camouflent une tendance inquiétante vers la négation pratique de la dignité humaine comme fondement des choix sociaux et politiques au sein même des démocraties.Le capitalisme néo-libéral tend à reléguer l'humain au rang de quantité plus ou moins négligeable dans un système entièrement voué à la performance économique.Il se place ainsi sur une pente qui pourrait conduire à une inhumanité systémique rivalisant d'horreur avec les attentats terroristes : brevetage et marchandisation du vivant, eugénisme, sacrifice de populations jugées irrécupérables, altération du bassin génétique et de la chaîne alimentaire, réchauffement climatique, en somme une violence tout aussi intolérable.Ces dérives sont accentuées depuis le 11 sep- 20 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Quelle priorité pour les démocraties tembre par le rétrécissement accéléré de l'espace des droits et des libertés, justifié sur toutes les tribunes par l'impératif très électoralement rentable de la sécurité.Il s'avère ainsi que les démocraties libérales sont minées par une immoralité foncière qui menace de l'intérieur l'ordre et la stabilité qu'elles cherchent à assurer par les moyens de la puissance militaire et des contraintes économiques dirigées contre leurs « ennemis extérieurs ».Elles se vident insidieusement de leur substance, en reniant les idéaux qui leur avaient donné naissance et en compromettant ce qui devait en faire un lieu hospitalier pour l'humain.Par le fait même, le modèle démocratique tel qu'il se présente en Occident perd de son pouvoir d'attraction sur les populations appauvries de la planète.Si la liberté de choisir ses élus ou d'exprimer publiquement ses idées se paie d'une aliénation aux pouvoirs du marché, de la raison technicienne ou de la violence sacrificielle, que vaut véritablement cette liberté qu'un Occident sûr de lui prétend défendre partout dans le monde par la force des armes?Dès lors que l'égalité de principe entre tous les citoyens n'empêche pas de fonder le développement économique sur le maintien et l'aggravation des inégalités7, on peut comprendre que les rhétoriques néolibérales sur la défense des droits soient reçues avec scepticisme et même avec agressivité.On peut constater autour de nous que tout cela suscite chez plusieurs le découragement ou la colère devant les forces aveugles et apparemment incontrôlables qui menacent l'avenir de l'humanité.La conjonction de réactions nihilistes ou violentes à ces menaces pourrait finir par entraîner l'implosion des sociétés occidentales sous la pression de leur démesure et de leur aveuglement.7.Cf.Charles Côté, « Les inégalités économiques augmentent au Canada », et « Le Canada cède à une tendance mondiale », dans La Presse, 22 déc.2001, pp.El et E2.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202221 Renoncer à la logique sacrificielle La « logique sacrificielle » qui inspire globalement les réactions politico-militaires aux attentats du 11 septembre consiste à faire reposer la défense des libertés démocratiques et la sécurité des sociétés libérales sur la guerre au terrorisme international, sans remettre en question les politiques de domination et le mépris de l'humain qui bafouent ces libertés et cette sécurité partout dans le monde, y compris à l'intérieur même des sociétés que l'on prétend défendre.L'impasse qui se dessine ne nous invi-terait-t-elle pas à changer de logique, à opérer un retournement de perspective qui passerait par la reconnaissance de la participation des démocraties libérales à la violence dont elles se découvrent menacées ?Il ne suffit pas de combattre le terrorisme ni d'éliminer les menaces extérieures pour assurer la sécurité et la paix.C'est de l'intérieur qu'il faudrait s'interroger sérieusement et de toute urgence sur les dynamiques productrices d'inhumanité qui sont notamment à l'œuvre dans l'économisme dogmatique, l'absolutisation de la technoscience et la consécration de l'impérialisme états-unien.Une telle autocritique devrait notamment porter sur la place démesurée qui est faite au mythe de la croissance illimitée.Au nom de cette croissance, il devient légitime pour toute puissance qui en a les moyens de s'approprier par la violence les ressources de la planète, de faire payer par les pauvres l'enrichissement des bien nantis, de laisser dépérir des continents entiers, de parquer indéfiniment dans des camps les populations déplacées par les guerres.Faute d'entreprendre une réévaluation critique de telles « règles du jeu », il sera vain de s'entourer de tout bouclier spatial ou de tout périmètre de sécurité que l'on puisse imaginer.Cette prise de conscience se répand lentement, y compris au sein de la population des États-Unis, comme en fait foi la lettre signée par 1500 catholiques pour dénoncer 22 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Quelle priorité pour les démocraties la légitimation de la riposte américaine au nom de la guerre juste.8 Chez nos voisins du sud, les attentats du 11 septembre ont en effet obligé les gens à se demander pourquoi leur pays était si détesté dans certaines régions du monde.Les réponses s'imposent progressivement, bien que la pression de l'unanimisme patriotique décourage souvent leur formulation publique.Les milieux d'affaires eux-mêmes commencent à prêter davantage attention aux responsabilités sociales de l'entreprise, ne serait-ce que pour protéger la stabilité des marchés.C'est ainsi qu'au Sommet économique de New York, on s'est senti obligé de faire écho aux revendications issues du Forum social mondial de Porto Allegre, du moins par des déclarations d'intention.Chez nous, dans la revue de l'École des Hautes études commerciales de l'Université de Montréal, on pouvait lire récemment un texte où des professeurs de management et de marketing critiquaient la politique de fuite en avant qui s'en tient à resserrer les mesures de sécurité sans s'interroger davantage sur les causes de l'insécurité que sont la distribution inéquitable de la richesse et l'obsession unidimensionnelle de la performance et de la rentabilité.9 Les mesures concrètes se font toutefois encore attendre.Pendant ce temps, l'économisme dominant et dominateur continue de faire ses ravages.Ironiquement, c'est en s'alliant aux multinationales pour refuser de prendre les mesures qui s'imposent en matière de justice sociale et de protection de l'environnement que nos gouvernements mettent en péril la sécurité de leurs populations, en dépit des milliards qu'ils consacrent à protéger les frontières et les lieux publics.La véritable sécurité des régimes démocratiques ne pourra pas être assurée autrement que par la mise en œuvre d'une conception plus juste des rapports entre les peuples et entre les groupes sociaux.8.\tLe Devoir, 23-24 février 2002, p.B 13.9.\tLe Cacucée, hiver 2002.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 23 Vers un autrement du monde Ce qui rend difficile à nos sociétés libérales d'opérer un semblable effort d'autocritique, c'est notamment une certaine résignation à la « fin de l'histoire », un consentement à la fatalité des choses.L'économie de marché a fait ses preuves, les alternatives sociales-démocrates relèvent d'un idéalisme dépassé, la cause est entendue ! Le rêve de transformer le monde ne peut que conduire à la désillusion et mieux vaut en prendre son parti.Un tel cynisme sert bien les intérêts du tout-pour-le-marché, qui est devenu le seul absolu reconnu par les grands prêtres de la globalisation économique.Le culte de cette idole entraîne des coûts humains considérables, comme l'ont fait toutes les idolâtries au cours de l'histoire.Une idole consiste en une réalité relative, fabriquée, dont on fait un absolu tout en la mettant au service des intérêts de ses adorateurs.Cette sacralisation d'une cause ou d'une fin particulière autorise à abolir toute limite morale dans la poursuite de sa réalisation.La fabrication d'idoles permet ainsi de légitimer des pratiques immorales supposées gagner la faveur du dieu, ou favoriser la poursuite de la cause sacrée, qu'il s'agisse de l'extermination des ennemis ou du sacrifice humain.Les appels constants des prophètes bibliques ont consisté à se détourner de ces dieux fabriqués pour ramener le peuple à la reconnaissance d'un Dieu qui échappe à toute manipulation et qui veut la vie pour tous et toutes, à commencer par les plus vulnérables.La reconnaissance du Dieu de la vie empêche de se satisfaire de l'état actuel des choses, puisque ce monde est radicalement jugé par sa tolérance à l'inhumanité.Dans Raisons communes, Fernand Dumont critique sévèrement le cynisme et la démission devant les impasses de l'histoire, au nom de la responsabilité des sociétés de travailler «à l'humanisation des personnes par la participation à des valeurs qui jugent les collectivités (.).» Selon lui, «une 24 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Quelle priorité pour les démocraties société et une culture ne servent la promotion des personnes (.) que si elles refusent de se replier sur leur propre justification» (p.212).C'est en se considérant comme perpétuellement inachevée, en reconnaissant la faille qui révèle son incomplétude, qu'une société peut demeurer ouverte à un dépassement ou à une « transcendance » hors de laquelle l'humain étouffe et dépérit.Il ne s'agit pas ici d'identifier simplement transcendance et divinité, ou de situer cette transcendance au-dessus de l'ordre temporel et de la collectivité.Il s'agit plutôt de reconnaître qu'aucun ordre apparemment acquis, même incarné dans des institutions convenables et équitables, n'épuise la responsabilité d'humaniser ce monde.Ce rappel vient notamment de la présence du pauvre, du « non-citoyen », de « l'insignifiant qui n'a pas de pouvoir économique, qui fait partie d'une race méprisée, culturellement marginalisée ».10 La présence persistante du pauvre démasque le non-sens dans nos sociétés et rend d'autant plus urgent l'appel à un sens qui se situerait dans un autrement du monde, dans une altérité radicale qui remettrait sans cesse en question l'état présent des choses.Ce sens, jamais pleinement donné, demande à être cherché à travers « la libre confrontation et la libre discussion avec, comme horizon, des valeurs patiemment élucidées et farouchement respectées» (p.215).Les enjeux et leurs conséquences Une telle grille d'analyse oriente vers une certaine lecture des enjeux fondamentaux du présent contexte.Les mouvements terroristes et l'empire néo-libéral se rejoignent dans un mépris de l'humain qui compromet le devenir même de l'humanité en tant que telle.En ce sens, ils définissent tous deux l'espace politique sous le mode de la violence brutale.Ce qui est en cause, c'est la reconnais- 10.Gustavo Gutierrez, conférence prononcée à l'occasion du 25e anniversaire de l'implantation de la faculté de théologie sur le campus de l'Université de Montréal.Dans Théologiques, I, 2, 1993, pp.127-128.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202225 sance d'une dignité humaine universelle et inviolable, qui établit la limite à ne pas franchir dans toute poursuite du pouvoir, de la prospérité, du savoir, ou même d'une juste cause.La nécessité d'une telle reconnaissance est manifestée par l'horreur qui résulte de son contraire, et qui aboutit à la négation de l'humain.La question n'est donc pas de savoir si une forme d'inhumanité s'explique par une autre.L'enjeu consiste plutôt à refuser radicalement toute forme de réduction de l'humain à un moyen, à une « chose » que l'on peut soumettre aux impératifs d'un intérêt ou d'une cause.Un tel «changement de logique» aurait des conséquences concrètes sur plusieurs plans.Par exemple, il inciterait à : \u2022\treconnaître le caractère injuste et inadéquat d'une riposte exclusivement militaire à la menace du terrorisme international, et à demander que nos gouvernements fondent d'abord la recherche de la sécurité sur le respect du droit et l'établissement de la justice; \u2022\trefuser toute collaboration de notre pays à l'établissement d'une hégémonie politique et militaire aux dépens des droits et de la démocratie dans quelque région du monde que ce soit, serait-ce au prix de conséquences défavorables pour nous sur le plan économique; \u2022\tappuyer des mesures comme celles qui sont suggérées dans la lettre des catholiques américains citée plus haut, notamment un engagement ferme à soutenir par tous les moyens la reconstruction de l'Afghanistan ; \u2022\treconnaître la nécessité de diminuer notre dépendance personnelle et collective envers le pétrole, une cause majeure de la détérioration de l'environnement à notre époque, ainsi que des perturbations politiques et sociales que l'on connaît depuis le 11 septembre ; 26 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Quelle priorité pour les démocraties \u2022 former ou se joindre à des coalitions publiques visant à influencer les choix politiques dans le sens de ces orientations.Même s'il peut paraître utopique, l'espoir d'un tel changement s'appuie tout de même sur certaines réalisations concrètes.On peut penser à des recherches et des initiatives comme celles de la Marche mondiale des femmes, du Forum social de Porto Allegre ou, au Québec, du Projet de loi pour l'élimination de la pauvreté.Ces propositions d'un « autrement du monde » commencent à forcer l'attention et à exercer leur influence.Ces mouvements sont issus non d'une idéologie mais de multiples pratiques à la base, où des individus et des groupes ont pris conscience de leur responsabilité dans les processus de transformation sociale et culturelle.Ils ont entrepris, chacun à sa manière, de résister avec leurs propres moyens à toute forme d'inhumanité dans un monde menacé par les forces connexes de l'injustice, de la violence et du mépris de la création.En nous interrogeant et en agissant ainsi, de proche en proche, qui sait où pourraient nous conduire l'apprentissage de l'autocritique et la disponibilité à changer de logique.La lutte contre le terrorisme commence dans notre propre cour, c'est-à-dire dans nos sociétés d'abondance où se jouent pour une grande part les conditions de la justice, de la paix et du devenir humain.0 L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 27 Important levier économique au Québec * ; ¦ mÊÉM ^\"îi ^ Jj loto-québec L\u2019ACTION NATIONALE La signature de l'extrême droite Pierre Vadeboncœur Qu'arrive-t-il quand un grand pays atteint à une puissance pratiquement illimitée et sans rivale?La force n'est pas seulement une force.Elle est plus intimement encore une dynamique.Comme telle, elle est de soi toute tendue vers le futur.Elle déborde nécessairement vers l'avenir, et plus elle est grande, plus il en est ainsi et moins l'on peut espérer qu'elle se contienne.Elle déborde d'ailleurs toutes les catégories, dont la justice, dont la raison.Qui plus est, à un certain moment, toute cette force étant en place, une politique effective et déclarée l'épouse, l'actue, lui ouvre davantage les portes de la domination.Cela s'est manifesté surtout depuis l'arrivée de Bush au pouvoir, et plus que jamais depuis le 11 septembre.La droite américaine est son vecteur.On ne peut plus regarder la politique internationale des États-Unis de la même façon qu'auparavant.Une mutation majeure semble se produire.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202229 Apparaissent, de plus en plus nombreux, de plus en plus pressants, des signes concrets du débordement dont je parle.Le président Bush les exprime avec une extraordinaire insolence depuis son élection et il applique systématiquement la politique qui y correspond.Cette arrogance même est un signe.Ce qui sous nos yeux se déploie, c'est la logique propre de la force, libérée ostensiblement par les républicains.Le temps est arrivé où les USA n'annoncent plus guère qu'une politique de droite et même d'extrême droite.On ne peut plus les voir du même œil.Les temps sont changés.Depuis un an, nous ne sommes peut-être plus dans la même époque.Les États-Unis ont franchi une limite.Par rapport à cela, ce qui devient superficiel, c'est leur image classique.Cette image est aujourd'hui l'alibi des Américains.Elle voile ce qui se passe maintenant à un degré jamais atteint au sein de leur nation, de leur gouvernement et de leur armée.Elle couvre d'une allégation démocratique une entreprise oligarchique et de conquête.La politique nouvelle, dans ces conditions, passe encore pour une politique américaine de la plus ancienne tradition.La force extrême maintenant visiblement en action crie pourtant cette politique nouvelle, la montre enfin tout en la niant.Il n'existe pas de preuve plus révélatrice de ce débordement de puissance que le programme de guerre tous azimuts de M.Bush.La puissance extrême déjà lancée dit par son fait ce qu'elle anticipe.Elle anticipe beaucoup.Ses gigantesques moyens déjà en action montrent par avance les mesures de ce qu'elle entreprend.Il faut la juger sur ces mesures, non sur des images dépassées.D'ailleurs cette puissance est en branle : comment s'arrêterait-elle ?La démesure caractérise aussi bien ces moyens-là que l'ambition qu'ils font naître.À quoi corres- 30 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE La signature de l'extrême droite pond donc ce qu'on en observe actuellement ?À cette idée : les États-Unis rêvent de conquête et leur politique actuelle, agressive, dangereuse, mondiale, constitue une étape initiale mais tout à fait réelle d'une telle entreprise.L'État américain, de tradition démocratique, entretiendrait des vues plus modérées s'il s'en tenait à sa philosophie politique d'origine, mais les intérêts privés, qui le dominent plus que jamais, obéissent à des motivations n'ayant rien à voir avec les valeurs et ils déterminent dans les faits la politique de leur pays.Guerre, domination, contrôle, conquête, appropriation.Il y a peu de chose à leur épreuve.La politique actuelle tend plus fortement vers l'arbitraire impérialiste.Tant d'indications, marquées sans vergogne, pointent vers cette interprétation générale.Faut-il récapituler ce qu'on entend et voit depuis un an ?Énorme accroissement des dépenses militaires.Défi ouvert lancé contre plusieurs pays, dont la Chine pour ce qui est de Taiwan.Chantage exercé sur l'Europe.Construction du bouclier anti-missile reprise par la droite et son gouvernement.Hallucinante puissance de feu testée avec efficacité sur le terrain.Volonté ouvertement exprimée d'accaparement des ressources énergétiques pour le profit des Américains.Rejet du protocole de Kyoto.Triomphe du complexe militaro-industriel aux États-Unis.Évidente volonté de mainmise sur l'Asie centrale et le Moyen-Orient.Appui massif des citoyens américains à la politique de Bush, ce qui constitue l'ingrédient le plus dangereux peut-être d'une dynamique nationaliste et réactionnaire potentiellement lâchée sur une partie du monde, chose jamais vue depuis longtemps.Une telle politique, d'une impudence comme il ne s'en est pas vu de comparable sinon au XXe siècle, s'élève sur l'univers, à la faveur et sous le couvert de la lutte antiterroriste.Parce qu'elle origine principalement d'un grand pays démocrate, cette force immense ne serait pas en soi L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 31 menaçante?La quasi toute-puissance d'une seule nation ne serait pas par elle-même un danger sans mesure ?Suivez le discours de Bush depuis son élection.Voyez les actes et aussi les signes.Ils trahissent un esprit d'arbitraire et la souveraineté propre de la force.Des signes inattendus, des révélations accusent d'un trait redoublé cette mentalité.Par exemple, les bombardements à l'uranium appauvri dans les montagnes d'Afghanistan, le traitement inhumain des prisonniers à la base américaine de Guantanamo, le Bureau d'influence stratégique, créé par Washington et chargé de faire systématiquement de la désinformation, le droit nouveau d'invasion inventé par les Américains, l'abolition de plusieurs règles du droit criminel dans les affaires de terrorisme.C'est beaucoup.Ces diverses effractions dans le domaine des droits de plusieurs ordres indiquent ensemble qu'il y a quelque chose de cassé dans la pensée politique des États-Unis.Cela porte la signature de l'extrême droite, autrement dit le règne voulu sans partage des intérêts privés dans le domaine public.La paix n'est pas seule en cause.Quand un régime laisse une entière latitude à ces derniers, il n'y a rien que ceux-ci n'ambitionnent de maîtriser pour eux-mêmes.C'est ainsi qu'on apprend depuis quelque temps qu'ils vont jusqu'à vouloir s'emparer du domaine des gènes!.Pour la première fois peut-être, l'impérialisme semble se vouloir total.Ou plutôt, ce n'est pas la première fois.Cette ambition s'est déjà vue.Total n'est pas très éloigné de totalitaire.11 février 2002 32 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE L'entente cadre sur l'union sociale et l'évolution unitaire de l'État canadien Yves Rocheleau * Banalisation de l'État du Québec et «folklorisation » de sa spécificité nationale : vingt ans exactement après le rapatriement unilatéral de sa Constitution, le nouveau Canada s'impose inexorablement.Le 4 février 1999, l'entente cadre sur l'union sociale canadienne (ECUS) était signée par le gouvernement fédéral et neuf provinces.À l'occasion de cette entente, dont le Québec n'est pas signataire, il fut prévu que des discussions sur son renouvellement aient lieu trois ans plus tard.Ces trois années se sont écoulées.Le Québec a fait valoir qu'il ne signerait pas l'entente.Nous verrons pourquoi le Québec s'oppose à cette entente qui, loin de n'être qu'une entente administrative, est plutôt une pièce maîtresse de la construction d'un nouveau Canada, irréconciliable avec les intérêts du Québec.* Député de Trois-Rivières à la Chambre des communes.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202233 À l'occasion, cette année, du renouvellement probable de cette entente par le Canada anglais et du vingtième anniversaire du rapatriement de la Constitution, il appartient aux Québécoises et aux Québécois de faire le point sur leur destin au sein du Canada.Cela, à commencer par une prise de conscience des tenants et aboutissants de l'entente cadre sur l'union sociale.Aussi, si l'approche de la « chaise vide » est la seule qui s'impose pour le gouvernement du Québec dans le dossier de l'union sociale (car il ne peut reconnaître cette entente comme légitime), il ne faut pas néanmoins négliger de faire la pédagogie du pourquoi de la position québécoise.Cette approche pédagogique se doit de saisir, comprendre et décortiquer la dynamique centralisatrice du régime fédéral qui, de façon progressive, refoule et marginalise tant les intérêts actuels et futurs du Québec, que ses revendications historiques.L'union sociale est symptomatique de cette situation, tout en faisant directement écho à plusieurs autres phénomènes préoccupants, dont celui de la place du Québec dans le contexte de la mondialisation.L'union sociale est l'événement politique le plus révélateur de la portée du nouveau régime fédéral, de sa façon de s'orienter, de s'articuler et de s'organiser, depuis le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982.Elle place le gouvernement fédéral sur une voie presque sans obstacles (à moins que le Québec ne réagisse !) qui le dirige tout droit vers des interventions massives dans les politiques sociales, pourtant de compétences exclusivement provinciales.Cet événement politique, dont la compréhension est essentielle pour bien saisir la nouvelle réalité canadienne contemporaine, mérite qu'on lui accorde une attention des plus méticuleuses.34 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE L'entente cadre sur l'union sociale Qu'est-ce que l'union sociale?L'union sociale est une entente qui propose principalement d'encadrer le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral dans les programmes sociaux et l'éducation.Il s'avère dans les faits que l'entente est une première historique qui, loin d'encadrer, en la restreignant, l'intervention financière d'Ottawa dans les champs de compétence exclusivement provinciaux, lui donne plutôt une approbation écrite.De façon générale, l'entente vise, en vertu de plusieurs modalités, l'uniformisation des politiques sociales au Canada.Cela est surtout rendu possible, premièrement, par le fait que les provinces n'ont plus la possibilité de remettre en cause des initiatives fédérales dans leurs champs de compétence vu l'absence d'un droit de retrait; deuxièmement, par une clause de l'entente selon laquelle les sommes allouées aux provinces en transferts seront plus que jamais entre les mains du pouvoir discrétionnaire du gouvernement fédéral ; troisièmement, en fonction de l'intention du gouvernement fédéral d'user de plus en plus de son droit de transférer des fonds aux individus et organismes au lieu des provinces; quatrièmement, par le fait qu'il est stipulé dans l'entente que les provinces devront être imputables au gouvernement fédéral; et finalement, en ne prévoyant aucun règlement des différends viable et valable.L'objectif visé et la conséquence qui en résulte est que le gouvernement central s'affirme et sera de plus en plus reconnu comme étant le gouvernement national de tous les Canadiens, d'un océan à l\u2019autre, Québec y compris.Une démarche qui bénéficie, de surcroît, avec l'union sociale, du consentement de tout le Canada anglais.Comme l'affirme le constitutionnaliste André Tremblay (« L'union sociale canadienne sans le Québec », Éditions Saint-Martin, 2000, pp.216-217) : «Pour la première fois dans l'histoire des relations intergouvemementales, les provinces, à L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 35 l'exception du Québec, confirment et reconnaissent la légitimité du pouvoir de dépenser et donnent à Ottawa un sauf-conduit pour intervenir dans toutes les sphères de compétences exclusives des provinces.» Il ajoute : « L'entente du 4 février donne tous les leviers ou instruments pour centraliser, et réduire notre spécificité québécoise.Le fédéral est couronné gouvernement supérieur et les provinces deviendront ses antennes ou ses franchisés.» Dans ces circonstances, on comprend mieux pourquoi le Canada reste muet sur les implications de cette entente.Elle constitue un changement majeur dans l'aménagement des relations fédérales-provinciales.Un changement qui s'opère sans mandat ni débat, sans consultation ni référendum.Aussi nous appartient-il, au Québec, de faire le portrait réel du Canada nouveau qui se construit subrepticement.L'union sociale et l'esprit qui la sous-tend ont comme effet d'aménager un Québec provincial dans le grand ensemble pancanadien, ensemble qui ne reflète en rien l'unicité québécoise.Des effets lourdement ressentis par les Québécoises et les Québécois dans le cas des jeunes contrevenants, des Bourses du millénaire, ou des congés parentaux, par exemple.Ces dossiers reflètent l'intransigeance du gouvernement central quand il s'agit de respecter la spécificité québécoise en matière de réhabilitation des jeunes, son expertise et sa générosité en matière de prêts étudiants et son ouverture résolue à l'égard d'une politique familiale efficace et juste.En empêchant le Québec d'agir, ou en dédoublant les initiatives qu'il a déjà mises de l'avant, le régime fédéral canadien s'assure d'occuper une place prépondérante dans la vie des Québécois, à leur grand détriment.D'après ce que nous en comprenons, l'union sociale pourrait bien constituer la pièce maîtresse du plan B de l'ineffable Stéphane Dion et de son Conseil privé.Un plan déjà décrit à sa façon par John A.MacDonald en 1864 (cité par Jean-Marc Léger, Vers l'indépendance?, p.103): t{typwi ikiui ïMjm (
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