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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2003-01, Collections de BAnQ.

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[" NATIONALE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t - Jo Ann Lanneville Elle sombrait doucement dans un violet profond Dessin et technique mixte sur papier 140 x 100 cm Œuvre tirée de l'exposition L'incroyable épopée du buveur de lune Atelier Presse Papier, Trois-Rivières 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3C5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@ action-nationale, qc.ca administration@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante ** 1 *\t1 ' * * ™ Directrice adjointe : Laurence Lambert.Secrétaire administrative : Claire Caron.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire ; Henri Joli-Cœur, administrateur ; Robert Laplante ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Yvon Martineau, avocat ; Pierre Noreau, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Marie-Claude Sarrazin, Bachelière en Droit ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire, UQTR; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Roland Arpin ; Micheline Dumont, historienne ; Simon Langlois, sociologue, Université Laval.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N\" 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d\u2019envoi postal » 2 ÉDITORIAL Robert Laplante OUVRIR LES LIVRES L\u2019Assemblée nationale a fait consensus au sujet du déséquilibre fiscal.Mais à quoi cela rime-t-il ?À quoi se sont engagés les partis fédéralistes en appuyant le gouvernement Landry ?à rien qui porte à conséquence.Les programmes de l\u2019ADQ et du PLQ consentent explicitement à ajuster la gouverne de la « province de Québec » aux contraintes que le Canada lui impose et continuera de lui imposer.L\u2019un veut réduire radicalement non seulement la taille de l\u2019État mais son rôle en lui substituant le marché.L\u2019autre annonce déjà qu\u2019il réduira d\u2019au moins io % sa taille et qu\u2019il réfléchira sur ce qui serait « mieux fait » si le Québec abandonnait à Ottawa le soin de définir les priorités et l\u2019attribution des moyens.Tous deux ont renoncé à tout geste politique qui viserait à faire lever immédiatement ces contraintes.Tous deux soumettent à l\u2019approbation des provinces les gestes (qui restent à définir) qui pourraient hypothétiquement accroître les ressources du Québec.Les libéraux répètent comme à l\u2019envi que tout est affaire de leadership et que sous l\u2019influence d\u2019un Jean Charest indéfec-tiblement Canadian les provinces réussiraient à faire fléchir Ottawa.Les adéquistes nous servent une mouture encore 3 plus diluée en prétendant que c\u2019est en fréquentant plus assidûment Toronto, Calgary ou Fredericton que le Québec élargirait ses moyens.Rhétorique incantatoire et minauderies, voilà ce qu\u2019on nous propose en évoquant plus ou moins explicitement des fronts communs provinciaux pour lesquels il n\u2019existe aucun précédent historique fécond et à l\u2019avantage du Québec.Mais l\u2019avenir est à la bonne entente.Que le Québec laisse son âme au vestiaire, qu\u2019il se couche et on verra de quelle grandeur, de quelle magnanimité sont capables les provinces pour infléchir le fédéralisme impérial qui donne tant de frissons au pauvre Guy Laforest ! Il aura suffi de quelques déclarations de Bernard Landry au sujet du sens et de la portée du consensus sur le déséquilibre fiscal pour que les libéraux se mettent immédiatement à reculer.Il n\u2019est pas question pour eux de souscrire à quelque stratégie de confrontation avec Ottawa reposant sur un appel au consensus populaire.Les motifs électoralistes ne sont évidemment pas étrangers à ce recul.Le PLQ aurait du mal à faire campagne si la question du déséquilibre fiscal se retrouvait sur la scène électorale en prenant les allures sinon la forme d\u2019un plébiscite.Mais plus fondamentalement, le recul libéral s\u2019explique par le refus de participer à toute démarche politique qui aurait pour effet de faire apparaître et définir un seuil de rupture, un point au-delà duquel il faudrait tirer une ligne sur le sort du lien Canadian.Le PLQ est un inconditionnel du Canada.Quel que soit le sort qu\u2019Ottawa réserve aux finances publiques du Québec, le PLQ restera Canadian.Mieux vaut l\u2019émasculation de l\u2019État du Québec que la remise en cause de ce lien. 4 Malgré les épîtres de Guy Laforest, L'Action démocratique du Québec -Équipe Mario Dumont, souscrit essentiellement à la même logique de soumission.Ce parti n\u2019a pas seulement renoncé au programme de revendication qui lui a donné naissance, il a d\u2019ores et déjà troqué la défense des intérêts nationaux du Québec pour l\u2019accès au pouvoir provincial que lui laisse miroiter les sondages.Loin d\u2019incarner la prétendue dépolarisation souverainisme-fédéralisme, l\u2019ADQ érige le bon-ententisme en position constitutionnelle, ce qui, objectivement, en fait le parti de la régression historique.Il faut remonter au gouvernement de l\u2019Union - qui, faut-il le rappeler, n\u2019a pas tenu - pour retrouver pareille servilité engluée dans une candeur mortifère.L\u2019ADQ est un parti fédéraliste par omission.C\u2019est la restriction mentale qui lui tient lieu de discipline intellectuelle.Il tente de cacher sa reddition Canadian derrière un artifice idéologique qui laisse entendre que le recours au marché, le démantèlement de la fonction publique et la réduction des services publics pourront compenser pour le manque à gagner qu\u2019Ottawa nous inflige.Le recours au marché comme manière de fuir l\u2019affrontement politique voilà le nouveau visage de la lâcheté.Le financement de cette lâcheté repose sur un subterfuge : les coûts ne seront pas refilés au contribuable mais au client.En clair cela veut dire un accroissement des inégalités sociales.Pour l\u2019ADQ comme pour le PLQ rien n\u2019aura jamais assez d\u2019importance, aucune perte, aucune iniquité ne sera jamais assez grave pour justifier de rompre.Tous deux s\u2019entendent : mieux vaut se diminuer que s\u2019assumer. 5 Le gouvernement Landry, pour sa part, reste encore enlisé dans la gestion provinciale.En dépit de la réapparition plus fréquente d\u2019une rhétorique souverainiste, le gouvernement du Québec ne parvient pas à trouver la bonne manière de faire porter le débat sur le sens de nos intérêts nationaux.Les appels que le Premier ministre qualifie lui-même de pathétiques ne changent rien.Au terme d\u2019une guerre psychologique qui dure depuis plus de six ans et qui a eu pour effet de déréaliser la question québécoise, tout l\u2019arsenal idéologique médiatique contrôlé par des fédéralistes inconditionnels concourt à réduire à de simples figures de style les emportements sur la crise des finances publiques.Les choses sont présentées et débattues dans l\u2019espace médiatique comme si elles étaient sans conséquences réelles sur l\u2019orientation de cette société.Cela explique en grande partie le décrochage civique et cela contribue pour une large part à dresser un climat d\u2019incrédulité qui corrompt le débat public et nuit aux efforts du gouvernement pour faire prendre la chose au sérieux.Les coffres sont vides mais le débat est mis en scène dans les médias comme si tout cela n\u2019était qu\u2019enflure rhétorique et discours partisan.La viabilité même de l\u2019État du Québec est en jeu et le débat politique reste totalement prisonnier de la logique politicienne et sous la coupe d\u2019une médiocrité médiatique entretenue.La crise est d\u2019autant plus grande quelle est de moins en moins perceptible pour ce qu\u2019elle est.Et l\u2019on aimerait que le gouvernement du Québec sache rompre avec les paramètres qui lui sont imposés.On aimerait qu\u2019il cesse de jongler sur la place publique avec des scénarios de politique provinciale : augmenter la TVQ, réduire les budgets des ministères, 6 augmenter les impôts, etc.La gestion de la province de Québec est contraire aux intérêts nationaux du Québec.C\u2019est cela qu\u2019il faut démontrer.Il faut cesser de laisser entendre qu\u2019un gouvernement souverainiste responsable est un gouvernement qui est perpétuellement capable de répondre à la déstabilisation fiscale par des pirouettes de gestion des dépenses et des mesures de mitigation.La crise actuelle doit être l\u2019occasion de démontrer qu\u2019il n\u2019y a plus moyen de moyenner.Ni pour le parti au pouvoir ni pour ceux qui aspirent à le remplacer.Le Québec est privé de revenus et ce n\u2019est pas vrai que la réduction du nombre de fonctionnaires pourra compenser pour une distorsion structurelle.C\u2019est tout autant une invraisemblance arithmétique qu\u2019un non-sens politique.Il n\u2019y a qu\u2019une façon de contrer la démission politique des partis d\u2019opposition et de neutraliser la mauvaise foi agissante des fédéralistes inconditionnels, c\u2019est d\u2019ouvrir les livres.Il faut couper court à la démagogie qui fleurit déjà en laissant entendre que le mur est contournable, qu\u2019il y a des voies d\u2019évitement, que quelqu\u2019un pourra toujours faire sortir un lapin de son chapeau.Les trucs politiciens sont bien connus : on promet n\u2019importe quoi pendant la campagne électorale et l'on gouverne ensuite avec son vrai programme en prétextant les surprises découvertes en arrivant au pouvoir.II faut trouver le moyen d\u2019amener les fédéralistes du Québec qui veulent gouverner « la province » à expliciter publiquement les conséquences de leur acceptation des contraintes Canadian.II faut mettre à l\u2019épreuve la crédibilité de leurs discours économiques et la vision d\u2019ensemble des choix qu ils impliquent pour le Québec.Ce moyen, c\u2019est d\u2019ouvrir le processus budgétaire, de rendre explicite le processus de décision qui 7 amène à établir les priorités et les choix d\u2019allocation des fonds en fonction des ressources disponibles.Le gouvernement du Québec devait convoquer une commission parlementaire extraordinaire qui aurait pour mandat d\u2019explorer les grandes hypothèse budgétaires qui s\u2019imposent dans le contexte actuel.Toutes les données requises seraient sur la table.Les députés de tous les partis seraient appelés à les étudier, à les commenter, à proposer les avenues de critique et de solution que leurs programmes politiques leur inspirent eu égard à ces diverses hypothèses.Les grands acteurs économiques et des représentants de corps institués de la société civile pourraient être invités à témoigner, à faire valoir leurs points de vue quant aux priorités à retenir ou, le cas échéant, aux sacrifices à consentir.On peut aisément comprendre la révolution pédagogique que cela provoquerait.Quels choix budgétaires réels donnerait le rapatriement des sommes identifiées par le rapport Séguin ?Quel choix resterait-il à l\u2019État du Québec pour le prochain exercice si Ottawa traîne en longueur ?Quelles priorités restent indispensables, où se trouve le seuil de préservation de l\u2019intégrité de l\u2019État du Québec ?Quelles sont les conséquences pratiques sur les missions de l\u2019État et la prestation des services selon les niveaux de compression des dépenses ?On pourrait même pousser « l\u2019audace » jusqu\u2019à faire la démonstration des possibilités de renouvellement des hypothèses que procurerait la souveraineté, le rapatriement de tous les impôts.Parler de souveraineté dans le cadre d\u2019une commission parlementaire, utiliser le cadre d\u2019analyse souverainiste pour éclairer les hypothèses, faire apparaître clairement ce que nous coûte le lien Canadian inconditionnel et 8 les hypothèses de consentement au rapetissement budgétaire, voilà qui témoignerait d\u2019une volonté ferme de faire primer la promotion des intérêts nationaux sur le calcul partisan.Voilà qui illustrerait clairement que la souveraineté n\u2019est pas qu\u2019une rhétorique, qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une affaire d\u2019humeur ou d\u2019une préoccupation sans lien direct avec les choix reliés aux « vraies affaires ».On comprend que le gouvernement se réserverait de conclure, qu\u2019il ferait ses choix définitifs à l\u2019occasion du dépôt du budget.Mais un pareil exercice aura pour effet de contraindre tous les acteurs à tenir des positions qui auront été mises à l\u2019épreuve des faits et qui auront été évaluées et discutées en tenant compte des impacts et de conséquences de ces choix sur les missions de l\u2019État et sur l\u2019organisation de la société.Bien avant tout autre réforme des institutions, la refonte du processus de préparation budgétaire s\u2019impose de toute urgence.La transparence complète de l\u2019État fera faire un gain démocratique salutaire dans une conjoncture où les voiles idéologiques risquent de transformer en théâtre d\u2019ombre une campagne électorale que la guerre de propagande a d\u2019ores et déjà empoisonnée.Une telle initiative constituerait une rénovation majeure du modèle québécois, une innovation institutionnelle qui enrichirait singulièrement la vie parlementaire en plus d\u2019accroître de façon exponentielle la capacité de cohésion de la société québécoise autour de l\u2019établissement des grandes priorités collectives.Si des choses graves se préparent comme aime à le répéter le Premier ministre, autant que cela soit celles qui redonneront aux citoyens et citoyennes la conviction que voter porte à conséquence.Les inconditionnels du lien Canadian sont 9 prêts à payer du prix de la décomposition sociale et de la destruction des solidarités leur soumission à un ordre qui privera le Québec de tout moyen de décider lui-même de ses priorités.Il est certain que les citoyens du Québec, dans leur immense majorité, refusent de brader le seul État où notre peuple peut fixer par lui-même les voies de son destin.Une commission parlementaire sur la préparation du budget 2003 lui fournira l\u2019oxygène nécessaire pour donner le grand coup qui lui fera rompre le carcan qui l\u2019étrangle.?Renaud-Bray, La revue est maintenant disponible chez chemin-de-la-Côte-des-Neiges à Montréal. if Economisez éO t % sur le prix en kiosque ! ' | Recevez Le Devoir » À VOTRE PORTE 3 du lundi au samedi pour seulement ,74$ par semaine ( taxes en sus) Abonnez-vous par téléphone, -\tc\u2019est facile et rapide! P Composez le (514) 985^3355 pour la région de Montréal, ou le 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.P\u2018 * Prix basé sur l\u2019abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot.ikU * crf*otm«l»*é -«mi* mutuels -*n* aucun* frai* (iVhil, *i* rachat ou île trarufert \u2022 De* rendement* parmi t**' meilleur* «lu marché \u2022 LVxjrrtb# d\u2019un iln» pins important.gc«tt|»c» financier* qurbéroi» DOSSIER Le 85e anniversaire de la revue s\u2019est célébré avec plusieurs événements : une exposition à la Bibliothèque nationale du Québec à Montréal, la renaissance des Éditions de L\u2019Action nationale avec la parution du livre de Luc Bouvier, une nouvelle maquette de la revue ainsi que plusieurs conférences et tables rondes.Vous retrouverez ci-après l\u2019allocution du vernissage de l\u2019exposition, le texte de la conférence de Michel Ven ne, Souverainistes que faire ?, et enfin le texte de la conférence de Jean-Marc Léger : Langue et culture, les nouveaux défs.\t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 68 DOSSIER Robert Laplante SUITE AU PROCHAIN NUMÉRO1 Très chers amis de L\u2019Action nationale, Abonnés, lecteurs, auteurs, commanditaires, imprimeurs, graphistes et artisans, je vous remercie d\u2019être venus si nombreux.Votre seule présence ici ce soir suffit à illustrer et à refaire le pacte qui explique la si improbable longévité de notre revue.C\u2019est parce qu\u2019elle a toujours su être le lien entre tous ceux et celles qui partagent ses idéaux que L\u2019Action nationale a su durer, se renouveler, chanceler, se renouveler encore.Durer toujours.Durer pour faire lever l\u2019horizon, comme le disait si justement Gaston Miron.Grâce aux efforts, à la compétence et à l\u2019imagination de Manon Leroux, de Laurence Lambert, de Manon Labrecque et de l'équipe de la Bibliothèque nationale, vous serez à même de constater que l\u2019histoire de notre revue est riche et bouillonnante.À l\u2019image en fait du peuple pour qu\u2019elle place au fondement de son idéal : L\u2019Action nationale est née et continue d\u2019exister pour prolonger et faire fleurir ici le projet de civilisation qu\u2019une poignée de rêveurs opiniâtres ont jeté sur les rives du Saint-Laurent.i Allocution présentée à l\u2019occasion du vernissage de l\u2019exposition « Une revue dans le siècle ». 69 La vie des petites nations a des exigences fortes.Et parmi celles-ci, il y a celle de ne jamais baisser la garde, de toujours exercer une vigilance rigoureuse pour se frayer un chemin, trouver le passage dans la complexité du monde qui pourrait bien tourner sans elles.Cela nous impose de penser toujours dans la conscience vive de notre précarité.Et cela nous condamne à un questionnement permanent des évidences que les puissances de ce monde cherchent à nous imposer.Aux forces du nivellement et de l\u2019homogénéisation il nous faut sans cesse opposer celles de la ruse et de l\u2019imagination.Et les ressources de la fidélité.Une revue comme L\u2019Action nationale c\u2019est à cela que ça sert : penser, débattre et rêver pour trouver les meilleures voies.Et pour le faire, il faut savoir combiner l\u2019héritage et l\u2019innovation, s\u2019intéresser tout autant aux vieilles questions qu\u2019aux nouvelles réponses.L\u2019exposition illustre bien que certaines de ces questions sont toujours pendantes, que des réponses qu\u2019on tenait pour immuables ont été pulvérisées par l\u2019Histoire.Elle nous fait aussi sourire devant quelques combats qui apparaissent aujourd'hui dérisoires parce que nous les avons gagnés.Une chose cependant demeure et transparaît : pour exister librement et nous développer selon notre génie propre, il nous faudra toujours penser par nous-mêmes et dans ce qui fait notre richesse : l\u2019originalité de notre condition, les particularités de notre héritage.Même dans les heures difficiles, surtout dans les heures difficiles, la revue a tenu, j\u2019espère que l\u2019exposition vous en convaincra, le pari audacieux, toujours risqué, de penser le 70 sort de la nation dans la grandeur de ce qu\u2019elle veut et peut être.Cela exigeait et exige toujours de faire face, de jamais se défiler devant la complexité des problèmes ou le regard des maîtres.Même prospère, le Québec reste une société dominée, une société qui vit dans des structures politiques qui l\u2019empêchent de définir elle-même ses priorités.Et cela menace, à terme, et notre identité et notre prospérité.Publier une revue dans ce contexte, c\u2019est toujours un acte tendu vers l\u2019émancipation.L\u2019Action nationale vous a convié à cette fête pour clore sa quatre-vingt cinquième année parce que vous êtes ceux et celles qui allez la rendre centenaire.Parce qu\u2019elle va vivre cette revue.Elle va continuer de remettre cent fois sur le métier l\u2019ouvrage de penser la condition commune.Parce que le Québec bouge et bouillonne comme jamais, quoi qu\u2019en disent les puissances qui ont intérêt à distiller la morosité.Je voudrais rendre un hommage particulier à M.François-Albert Angers que le grand âge et une santé défaillante empêchent d\u2019être ici mais dont vous sentirez beaucoup la présence dans cette exposition, lui qui a tant donné à la revue et au Québec.Cet homme a bâti.Et sur du solide.Nos petits-enfants lui en seront redevables.Comme ils seront redevables aux Lionel Groulx, Esdras Minville, André Laurendeau, Jean Genest, Gérard Turcotte, et tant d\u2019autres qu\u2019il faudrait nommer tous pour rendre un tant soit peu justice aux artisans de ce que la revue a été et continue d\u2019être.Vous me permettrez d\u2019avoir un mot tout 71 particulier pour saluer la mémoire de M.Rosaire Morin de qui j\u2019ai tant appris.Je l\u2019imagine aisément parmi nous, un peu en retrait, probablement là-bas tout près du drapeau de Carillon, le sourire narquois et la tête déjà ailleurs, dans le prochain numéro ou plus loin encore dans quelque projet à faire frémir tous les comptables de la terre.C\u2019était notre Félix Leclerc de l\u2019économie, comme le disait affectueusement Pierre Perrault.Il aura donné à le revue un souffle et une impulsion qui font encore le bonheur des jours dans notre équipe.Nous avons des projets plein la tête, trop pour nos moyens, en fait.Mais sommes si attachés à ce pays que nous continuerons de défier l'impossible, de rire de l\u2019improbable.Je compte sur vous pour que nous puissions continuer de le faire dans la bonne humeur parce que, pour tout vous dire, c\u2019est cela qui nous fait durer, toute notre équipe, la passion joyeuse, le puissant désir de faire la nique au destin.Car en définitive, c\u2019est toujours et uniquement de cela qu\u2019il s\u2019agit dès lors qu\u2019il est question de penser en ce pays.Chacun fait selon sa façon, dit Gilles Vigneault.Lui fait encore des chansons, nous, nous brassons des idées.Des idées pour faire un pays qui n\u2019est jamais aussi beau que lorsqu\u2019il nous faut le réinventer.Suite au prochain numéro. 72 DOSSIER Michel Venne* REMETTRE LE QUÉBEC EN MOUVEMENT1 Mesdames, Messieurs, bonsoir, Je voudrais remercier Robert Laplante, le directeur de L\u2019action nationale, de me donner l\u2019occasion de vous rencontrer ce soir.J\u2019en profite pour féliciter les artisans et les administrateurs de cette revue qui tient bon, qui dure, qui persévère dans sa volonté d\u2019alimenter le débat public au Québec en y gardant vivantes des idées qui, malheureusement, ont parfois peine à franchir le mur des médias de masse.Comme je viens de publier un livre intitulé Souverainistes, que faire ?, et que c\u2019est à titre d\u2019auteur que j\u2019ai été invité à vous adresser la parole, je m\u2019attendais à retrouver dans l\u2019auditoire un bon nombre de partisans de la souveraineté du Québec.Ce que j\u2019ai à vous dire, toutefois, n\u2019intéresse pas seulement les souverainistes.Je m\u2019adresse à tous les Québécois, à tous ceux et à toutes celles qui sont préoccu- i Notes pour une conférence à l\u2019occasion du 85e anniversaire de L'Action nationale, à la Bibliothèque nationale du Québec, à Montréal, le 28 novembre 2002.* Directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides, chroniqueur au quotidien Le Devoir, Auteur de Souverainistes, que faire ?(vlb éditeur, 2002). 73 pés par l\u2019avenir du Québec.Ce qui est en jeu dans les temps présents dépasse la question nationale.L\u2019accession du Québec au statut d\u2019État souverain fait partie de la solution à un éventail de problèmes auxquels le Québec est confronté.Mais à l\u2019heure où l\u2019on se parle, les Québécois ne semblent pas disposés à trancher cette unique question.C\u2019est pourquoi je ne crois pas que la souveraineté pourra être l\u2019enjeu principal des prochaines élections générales au Québec et qu\u2019elle ne peut donc pas être le sujet dominant du débat politique qui a déjà commencé.Pas plus que je crois utile de se préparer à tenir un référendum d\u2019ici à 1000 jours.Les Québécois n\u2019en veulent pas et la conjoncture politique n\u2019est pas propice à la tenue d\u2019un référendum gagnant dans un avenir aussi rapproché.Le débat politique qui a déjà commencé porte plus généralement sur la façon dont nous souhaitons être gouvernés, sur les valeurs qui président à l\u2019organisation des services publics, sur la place de l\u2019éducation dans la vie de tous, sur la façon de répartir le coût d\u2019un système de santé toujours plus onéreux, sur l\u2019équité entre les générations, sur la manière de réduire l\u2019écart entre les plus riches et les plus pauvres, sur le développement des régions en dehors de Montréal et de Québec, sur le rôle de l\u2019État mais aussi sur la place de la société civile dans un contexte où des institutions autrefois rassurantes, comme la famille ou l\u2019emploi stable, sont fortement ébranlées.Bref, sur les raisons que nous avons de vivre ensemble, ici, chez nous.La question qui est posée est celle-ci : comment une petite nation minoritaire en Amérique peut-elle tirer son épingle du jeu sans renier son identité et ses valeurs ? 74 La question est grave.C\u2019est celle qui sera posée aux prochaines élections.La souveraineté est un élément de réponse.Le combat pour la souveraineté résume d\u2019ailleurs tous les autres : celui mené au nom de la liberté et d\u2019une solidarité agissante, autant que le combat pour une société juste, démocratique, confiante en elle-même, respectueuse des différences au sein d\u2019une citoyenneté qui garantit l\u2019égalité de tous devant la loi.Parce que la souveraineté fait partie des solutions, les souverainistes ont la responsabilité de garder cette option vivante.Le défi qui leur est posé est de l\u2019articuler aux autres sujets qui, aujourd\u2019hui préoccupent les Québécois.Les liens que nous établissons ce soir spontanément entre la souveraineté et les solutions aux problèmes du Québec, beaucoup de nos concitoyens ne savent plus les faire.Il faut tenir compte de l\u2019état de la population.C\u2019est pour elle, que nous voulons faire un pays.On ne peut pas le faire contre elle, on ne peut pas le faire sans elle.La souveraineté, une partie de la solution Les Québécois ont certainement et très majoritairement la conscience de former une nation ou, pour ceux qui ont peur des mots, au moins une société distincte.Un bon nombre d\u2019entre eux ont même l'impression - j\u2019ai déjà entendu des gens le dire -, que le Québec, dans le fond, est déjà souverain.On y parle une langue différente de celle qui domine l\u2019Amérique.Cette langue est protégée par une loi.Notre culture se porte relativement bien.Les créateurs sont nombreux et ils rayonnent partout dans le monde.Notre star system, que les Canadiens anglais nous envient, 75 permet à nos artistes de compter sur un public fidèle même si celui-ci s\u2019abreuve à toutes les cultures du monde.Nous prospectons par nous-mêmes les marchés étrangers.Nous avons le contrôle de notre système d\u2019éducation et nous avons compétence sur la gestion du système de santé.Donc, nous sommes, dans bien des domaines, relativement autonomes.Nous détenons, en tout cas, plus de pouvoirs que les Écossais au Royaume-Uni et que les Catalans en Espagne.Ce que ces Québécois émancipés ne réalisent pas toujours, c\u2019est que cet État autonome, cette province pas comme les autres, est, en réalité, une province comme les autres, soumise à la même Couronne, à la même constitution rapatriée en 1982 contre notre consentement et qui nie notre existence nationale.Soumise au même pouvoir fiscal fédéral, au même Code criminel, aux mêmes lois dans le domaine de la santé, de l\u2019assurance-chômage, de la gestion des fonds marins, de la sécurité nationale, du commerce international.Soumise à la même dynamique de centralisation à l\u2019œuvre depuis 1867.Bref, bien des Québécois se croient déjà souverains mais n\u2019ont pas réalisé que leur pays ne l\u2019est pas.Je l\u2019ai dit : la souveraineté répond à des besoins réels de la société québécoise.Elle seule permettra d\u2019accroître la liberté politique des Québécois et ainsi de réunir au sein du seul État qu\u2019ils sont en mesure de contrôler l\u2019ensemble des moyens pour faire face à la mondialisation.Elle est aussi le seul moyen de préserver une nation de langue française en Amérique et de fonder, en même temps, une citoyenneté 76 accueillante pour les personnes provenant de tous les coins du monde.De plus, la souveraineté rend responsable.Grâce à elle, les Québécois deviendraient pleinement responsables de leur coin de planète ; pleinement responsables d\u2019eux-mêmes aussi, au lieu d\u2019être considérés par les persifleurs comme des assistés sociaux du Canada anglais, à la merci des orientations et des équilibres budgétaires décidés dans un autre parlement où domine une majorité dont ils ne font pas partie.Pleinement responsables les uns des autres, également.La souveraineté rendrait notre solidarité plus efficace, parce que nous aurions le plein contrôle des impôts que nous payons, tandis qu\u2019aujourd\u2019hui la moitié prend le chemin d\u2019Ottawa.La souveraineté serait l\u2019occasion d\u2019améliorer nos institutions y compris dans sa manière de confier aux régions plus de pouvoir sur leur destinée.Qu\u2019on y songe.Le ministre de la Santé a besoin de deux milliards de dollars pour remettre le système sur ses rails ; il tend la main comme un quêteux vers Ottawa.Le ministre de L\u2019Environnement veut rénover les systèmes d\u2019épuration des eaux, le ministre des Transports voudrait construire un chemin de fer ou une route ; il faut l\u2019imprimatur et l\u2019argent du fédéral.Nous voulons défendre par nous-mêmes nos intérêts dans la mondialisation : nous n\u2019avons pas de siège dans les instances internationales et il faut s\u2019en remettre à un autre gouvernement qui, lui, doit tenir compte, dans l\u2019élaboration de sa position, des intérêts des Ontariens, qui représentent le tiers de la population et 40 % de l\u2019économie canadienne. 77 Nous voulons mieux protéger la langue française, ici et dans le monde : nous nous heurtons aux politiques fédérales de bilinguisme et de multiculturalisme ainsi qu\u2019au fait que les nouveaux Québécois sont accueillis ici, souvent en anglais, comme des citoyens canadiens qui prêtent serment d\u2019allégeance à la reine Élisabeth II.À cause de son pouvoir de dépenser, Ottawa a parfois plus d\u2019influence que Québec dans la définition des programmes de recherche scientifique et universitaire, des programmes de congés parentaux, des lois sur la réhabilitation des délinquants juvéniles.Si nous étions un pays souverain, nous aurions déjà ratifié le protocole de Kyoto et nous n\u2019aurions rien à payer pour la mesquinerie qui tient lieu de politique en Alberta et en Ontario dans le domaine environnemental.Et le reste à l\u2019avenant : les pouvoirs que nous voudrions transférer de l\u2019État national québécois aux instances municipales ou régionales ; nos relations avec les nations autochtones ; le soutien financier au cinéma et à l\u2019édition ; la réglementation des relations de travail ; les politiques de radiodiffusion et la concentration de la presse ; et même l\u2019attribution du statut d\u2019organisme de charité.Toutes les questions que nous voulons aborder, tous les problèmes que nous souhaitons régler, exigent un geste du gouvernement central du Canada.Chaque fois que nous voulons améliorer les choses, il faut passer par Ottawa.Dans chaque domaine, pour chaque dossier, le fait que le Québec ne dispose pas de tous ses moyens, de tous les pouvoirs, l\u2019oblige à adopter des demi-mesures ou à subir les choix dominants faits dans la société canadienne-anglaise. 78 Le problème auquel les souverainistes sont confrontés aujourd\u2019hui ne réside pas dans la nature de leur projet.Ce n\u2019est pas que les Québécois ne veulent pas être libres et responsables.Leur esprit d\u2019initiative dans tous les domaines de la vie en société le prouve.Une démobilisation politique Le problème est lié à la démobilisation des citoyens pour les projets collectifs.Les Québécois semblent s\u2019être détournés de la politique au sens large.Ils ne boudent pas seulement le projet souverainiste.Ils se sont, en grand nombre, éloignés de l\u2019espace public pour se concentrer sur leurs besoins individuels.Le Québec est bloqué sur le plan politique.C\u2019est ce qui explique, à mon humble avis, les succès spontanés obtenus par des propositions qui visent à réduire la taille de l\u2019État (même si on ne sait pas ce qui serait aboli), qui visent à appliquer à l\u2019école publique la liberté de choix comme on la pratique dans un supermarché, qui ouvrirait la voie à la médecine à deux vitesses.Les gens ne comprennent plus qu\u2019il faut une société, des lois, des règles de répartition de la richesse, des normes publiques, pour garantir la liberté individuelle, surtout lorsque l\u2019on cultive l\u2019ambition de favoriser la liberté pour tous, pas seulement la liberté des riches.Or les souverainistes portent un projet foncièrement politique.Comment croient-ils pouvoir mobiliser les citoyens en faveur de ce projet particulier sans d\u2019abord passer par l\u2019étape essentielle de faire redécouvrir aux Québécois l\u2019importance du politique, du vivre-ensemble, du bien commun, de l\u2019existence d\u2019un destin collectif ?Les Québécois ne 79 sont plus à l\u2019écoute pour ces choses-là.On ne pourra pas relancer ainsi, à froid, un débat sur l\u2019avenir de tout un peuple qui ne semble plus guère capable de se reconnaître comme collectivité.L\u2019idée de la souveraineté du Québec n\u2019a jamais progressé en vase clos.Elle s\u2019est toujours appuyée sur des mouvements sociaux (j\u2019entends ici par mouvement social non pas une organisation ou une coalition de groupes sociaux mais plutôt un désir fortement ancré dans la population elle-même qui l\u2019amène à évoluer dans une direction donnée).Dans les années i960, le néo-nationalisme et puis, plus tard, l\u2019idée de souveraineté, était associé indéniablement à un mouvement de libération de la société canadienne-française.Les francophones étaient en train de prendre le contrôle de leurs affaires.En même temps, une nouvelle conscience nationale prenait forme ; nous étions de moins en moins Canadiens français, de plus en plus Québécois.Cette reprise en main de nos affaires s\u2019est traduite par la construction d\u2019un État provincial, la mise en place d\u2019un système public d\u2019éducation, l\u2019adoption des principes de l\u2019État providence, la formation de sociétés d\u2019État.Nous nous affirmions pour ce que nous sommes.Nous ressenüons intensément le besoin de reconnaissance de notre identité mais aussi le besoin de faire rattraper aux francophones leur retard en éducation comme en économie.Le référendum de 1980 a eu lieu à la fin de ce cycle où nous affirmions à la face du monde notre existence et notre désir de cesser d\u2019être nés pour un p\u2019tit pain.La réponse à ce référendum a été NON, dans une proportion de 60 %.Cela n\u2019empêche pas que cet exercice démocratique a été un 8o point tournant de l\u2019histoire politique du Québec.Pour la première fois, les Québécois se prononçaient sur leur statut politique et sur leur avenir comme nation.Le référendum a été l\u2019occasion pour certains d\u2019un cri du cœur mais aussi d\u2019une prise de conscience.Quel qu\u2019en fut le résultat, le référendum a été l\u2019occasion d\u2019affirmer l\u2019existence de la nation québécoise.Même les fédéralistes le disaient au travers du slogan de leur campagne : « Mon NON est québécois ».Le référendum de 1995 a eu lieu dans un tout autre contexte.Nous n\u2019avions plus besoin d\u2019affirmer ce que nous sommes.Nous l\u2019avions fait, déjà.Nous savions que nous formions une société distincte, une nation, un peuple.Le référendum de 1995 a eu lieu au terme d\u2019un autre cycle politique, amorcé par le rapatriement unilatéral de la constitution, en 1982, et au cours duquel le reste du Canada nous a dit, à plusieurs reprises, qu\u2019il ne reconnaissait pas la nation québécoise qui, pour nous, était devenue une réalité.Trois fois le Canada a officiellement nié l\u2019existence de la nation québécoise : en 1982, en rapatriant unilatéralement la constitution ; en 1990, en refusant de ratifier l\u2019Accord du lac Meech ; en 1992, en refusant une deuxième fois de reconnaître le Québec comme société distincte par le rejet de l\u2019Accord de Charlottetown qui était lui-même, de toute manière, un piège pour le Québec.Il y eut même une quatrième dénégation, en 1993, lorsque le Canada a redonné le pouvoir aux libéraux avec à leur tête l\u2019un des gardiens du refus canadien de reconnaître le Québec, Jean Chrétien, 8i pendant qu\u2019au Québec nous élisions 54 députés du Bloc québécois.En 1995, les Québécois étaient donc appelés à répondre au déni canadien.Quand 49,4 % des électeurs et 60 % des francophones votent en faveur de la souveraineté, c\u2019est qu\u2019ils disent au reste du Canada : vous avez beau nier notre existence, nous existons quand même.Mais pour toutes sortes de raisons, entre autre parce que bien des Québécois, surtout ceux qui sont nés à l\u2019époque où nous étions encore des Canadiens français, continuent de croire que la question nationale peut être réglée à l\u2019intérieur du Canada, la réponse a été négative.S'accrocher à un mouvement social Mais ce résultat de 1995, un résultat exceptionnel, qui montre que l\u2019appui à la souveraineté n\u2019avait cessé de croître, n\u2019aurait jamais été aussi fort si on s\u2019en était tenu à aborder la question strictement sur ce plan.Il a fallu articuler le projet souverainiste avec les préoccupations des Québécois pour d\u2019autres thématiques, en particulier celle de la justice sociale.Avant le référendum, vous vous en souvenez sans doute, le gouvernement avait organisé des commissions régionales et une commission nationale sur la souveraineté.Ces commissions ont ratissé le Québec et plus de 50 000 personnes sont allées présenter un mémoire.Lors de ces audiences, assez peu de participants sont allés discuter des attributs habituels de la souveraineté : un drapeau, une monnaie, une armée, un hymne national.Ces questions furent assez 82 peu populaires.De quoi les gens étaient-ils allé discuter ?Ils étaient allé discuter du pays dans lequel ils veulent vivre : une société juste, qui prend soin de son monde, qui fait confiance aux régions, qui répartit la richesse sans nier la responsabilité et les devoirs des citoyens, qui protège son environnement, sa langue, sa culture.Lors du lancement de la campagne référendaire, au chalet du mont Royal, à Montréal, le camp du OUI était devenu « le camp du changement social ».Le camp du OUI était devenu un relais du Québec social, l\u2019avait mis en mouvement et l\u2019entraînait avec lui sur le chemin de la souveraineté.Durant la campagne, le premier ministre Jacques Parizeau était devenu le défenseur des Québécois de la classe moyenne contre les requins de la finance, ces riches qui « crachent dans la soupe », disait-il.La publicité du camp du OUI disait : « un OUI et tout devient possible ».Un homme au travail.L\u2019ouverture sur le monde.La paix.Le projet de faire la souveraineté devenait alors vraiment le projet de faire un pays, un pays réel, pour les gens.Au référendum, les Québécois actifs, aux études ou sur le marché du travail, âgés de 18 à 54 ans, ont voté OUI dans une proportion de 71 %.En d\u2019autres termes, au référendum de 1995, le OUI a obtenu un score exceptionnel parce que les souverainistes se sont collés aux préoccupations de la classe moyenne.Pierre Paquette disait la même chose autrement : les souverainistes ont alors permis aux Québécois d\u2019imaginer que le Québec, souverain, pourrait devenir le pays de leurs rêves.Depuis le référendum de 1995, le courant social réformiste a été lâché.Nous avons traversé une période qui, plutôt que 83 d\u2019être dominée par nos rêves d\u2019un pays meilleur, l\u2019a été, entre autre, par des sommets qui ont donné la partie belle à divers corporatismes dont le simple citoyen pouvait se sentir éloigné ; et par des décisions qui ont été perçues comme purement bureaucratiques dont celle de fusionner des villes et des villages malgré le sentiment d\u2019appartenance et d\u2019identification qui restait très fort au sein, surtout, des petites communautés, et celle de comprimer à un rythme frôlant l\u2019intolérable, jusqu\u2019à mettre à la retraite des milliers d\u2019infirmières qu\u2019il faut aujourd\u2019hui réembaucher, les dépenses dans le système de santé.Depuis quelque temps, le débat politique est dominé par des arguties sur la taille de l\u2019État.Pendant ce temps, ceux qui se sont levés pour défendre la forêt, la campagne, nos rivières, contre un développement économique insoutenable, pour défendre la justice sociale ou pour contester l\u2019adhésion béate du Québec aux théories du libre-échange, étaient rabroués par des ministres.Avec Richard Desjardins et son film L\u2019Erreur boréale, ces défenseurs du patrimoine, du bien-commun et des plus vulnérables d\u2019entre nous, étaient vus comme des rêveurs, certes, mais pris ici dans un sens péjoratif.Comme ceux qui défendent la langue française, d\u2019ailleurs, que l\u2019on a voués aux gémonies quand on n\u2019a pas plutôt essayé de les faire taire.Le gouvernement du Parti québécois a été un bon gouvernement.Il a bien géré.Justement, il a surtout géré.On a beau chercher, on ne trouve pas de quel mouvement social d\u2019importance ce gouvernement s\u2019est fait le relais.Ce n\u2019est que tout récemment qu\u2019il a découvert la puissance de trans- 84 formation et de progrès qui se cachait dans les mouvements environnementaux, dans les mouvements anti-pauvreté, dans ceux qui prônent une autre mondialisation plutôt que le libre-échange tous azimuts, dans le mouvement régionaliste et dans celui qui porte le désir de transformer nos institutions démocratiques pour donner plus de pouvoirs aux citoyens.Cette prise de conscience tardive a donné lieu à des décisions dans les domaines comme l\u2019environnement, la mondialisation, la démocratie, les régions, la lutte contre la pauvreté, la protection des travailleurs non-syndiqués.Ce sont des sujets qui mobilisent les Québécois.Il aurait fallu y penser plus tôt.À quoi d\u2019autre les Québécois s\u2019intéressent-ils à l\u2019heure actuelle ?Tous les aspects de la santé, n\u2019en déplaise à Pierre Falardeau.Mais aussi les enfants, les difficultés de concilier le travail et la famille, la précarisation de l\u2019emploi, le sauvetage du pays réel.Plus qu\u2019on le pense, je crois que les Québécois continuent d\u2019être inquiets pour l\u2019avenir de leur langue et de leur culture.D\u2019autres insécurités naissent également à cause de phénomènes comme la mondialisation, mais aussi, le progrès incontrôlé de la technoscience, des OGM, du clonage, sans parler des guerres et du terrorisme.On va remobiliser les Québécois, leur redonner confiance dans la politique si, sur chacun de ces sujets, les hommes et les femmes politiques savent défendre des idées fortes. 85 Cultiver la participation des citoyens Ce n\u2019est pas tout de savoir à quels sujets l\u2019État devrait s\u2019intéresser.Pour amener un peuple à faire un geste aussi important que celui de fonder un pays neuf, au début des années 2000, au cœur de l\u2019Amérique impériale, dont le Canada n\u2019est plus qu\u2019un satellite, il faut cultiver chez les citoyens le sens civique, le goût de participer aux débats publics mais aussi de prendre des responsabilités.Mais quelle que soit l\u2019affiliation partisane ou le projet constitutionnel du gouvernement en place, s\u2019il veut agir de façon responsable, s\u2019il est conscient de son rôle de fiduciaire de l\u2019avenir d\u2019une petite nation de langue française au nord des États-Unis, celui-ci devrait faire une priorité de favoriser la participation des citoyens sur le plan politique et dans la société civile.Lorsqu\u2019il visita l\u2019Amérique, vers 1840, Alexis de Tocqueville avait vu comment on peut, en démocratie, combattre l\u2019individualisme en incitant les citoyens à participer eux-mêmes à l\u2019administration de leur communauté.« Lorsque les citoyens, disait-il, sont forcés de s\u2019occuper des affaires publiques, ils sont tirés nécessairement du milieu de leurs intérêts individuels et arrachés, de temps à autre, à la vue d\u2019eux-mêmes.Du moment où l\u2019on traite les affaires communes, chaque homme aperçoit qu\u2019il n\u2019est pas aussi indépendant de ses semblables qu\u2019il ne se le figurait d\u2019abord, et que, pour obtenir leur appui, il faut souvent leur prêter son concours ». 86 Le politologue américain Francis Fukuyama a observé que les sociétés qui réussissent le mieux dans la mondialisation sont celles qui ont confiance en elles-mêmes.Au sein de ces sociétés, écrit-il, on remarque un nombre élevé de lieux de socialité, d\u2019organisations communautaires, civiques ou caritatives.En d\u2019autres termes, la multiplication des lieux d\u2019engagement des citoyens à l\u2019échelle locale renforce les liens civiques, nourrit le respect pour la chose publique, stimule la participation, donne confiance, favorise la recherche active de solutions, les initiatives individuelles et la coopération.Pour réhabiliter le politique et la politique, le gouvernement du Québec aurait tout intérêt à favoriser l\u2019action communautaire sous toutes ses formes, mais aussi la participation des parents dans l\u2019école, des patients et des citoyens dans les conseils d\u2019administration du réseau de la santé, au sein des municipalités et des divers pouvoirs locaux.La politique aujourd\u2019hui ne s\u2019articule plus seulement entre l\u2019État et le marché mais entre ces deux pôles et un troisième indispensable, la société civile.Cela dit, les organisations de la société civile ne peuvent pas remplacer les instances démocratiques.Ainsi, lorsque l\u2019on parle de décentraliser des pouvoirs vers les régions, il faut prendre garde de ne pas créer de nouveaux corporatismes à côté du pouvoir légitime des élus.Ce qui est important, c\u2019est de trouver comment harnacher l\u2019énergie et l\u2019intelligence de la société civile dans le respect des règles démocratiques.S\u2019il faut cultiver la participation des citoyens, il faut aussi cultiver l\u2019appartenance nationale. 37 On discute beaucoup ces jours-ci de la formation d\u2019un conseil de la souveraineté.On prend comme point de comparaison le Conseil pour l\u2019unité canadienne.Or la comparaison est boiteuse.Le mandat du CUC n\u2019est pas de promouvoir un projet politique.C\u2019est de renforcer la conscience nationale canadienne et le désir de participer à la vie politique du pays d\u2019un océan à l\u2019autre.Le CUC organise des stages, des échanges entre gens de régions différentes du Canda, donne des cours sur les institutions canadiennes, publie des informations sur le Canada, valorise l\u2019identité canadienne, favorise l\u2019intégration des immigrants à la culture politique canadienne.Le Québec devrait faire la même chose, que le parti au pouvoir soit souverainiste, fédéraliste ou opportuniste.Ce qui fonde la légitimité de l\u2019État québécois c\u2019est qu\u2019il s\u2019appuie sur une nation consciente d\u2019elle-même.Le jour où les Québécois n\u2019auront plus conscience de former une nation, l\u2019État québécois perdra sa légitimité.Ce sera le jour où tout sera perdu, que l\u2019on veuille fonder un pays neuf ou que l\u2019on veuille maintenir le Québec au sein du Canada.Dans mon livre, je recommande de quadrupler le budget du Mouvement national des Québécois en élargissant son mandat dans les mêmes paramètres que ceux qui encadrent l'activité du Conseil pour l\u2019unité canadienne.Le MNQ reçoit déjà une subvention pour organiser la Fête nationale.Mais une nation ne peut pas se limiter à une fête.Québec devrait également soutenir d\u2019autres initiatives, des instituts de recherche, des organismes d\u2019éducation civique, ou des associations comme l\u2019Association internationales 88 des études québécoises, afin de multiplier les lieux qui forment un réseau d\u2019appartenance et d\u2019inscription du Québec dans le monde.Remettre en mouvement la roue du Québec Que ce soit pour reprendre le chemin vers la souveraineté ou pour redonner confiance en elle-même à la société québécoise, ce qui est pour l\u2019heure le plus important, c\u2019est de remettre le Québec en mouvement.Remettre en mouvement la roue du Québec.Réintéresser les Québécois, au niveau local comme au niveau national, à la vie politique, à l\u2019espace public, à la participation civique.On ne peut pas faire un pays ou préserver une nation avec des citoyens apathiques.Il faut cultiver le goût de l\u2019engagement.Cette roue, on la remettra en marche avec des projets, des décisions qui sont collées aux préoccupations de la population, en particulier celles de la classe moyenne, hégémonique, dans les sociétés avancées d\u2019aujourd\u2019hui.Mais sans oublier non plus nos concitoyens plus vulnérables.D\u2019ailleurs, l\u2019insatisfaction manifestée par la classe moyenne n\u2019est pas dirigée contre les pauvres, elle est dirigée contre l\u2019inefficacité de l\u2019État.Évidemment, beaucoup de souverainistes seront sceptiques en entendant un discours comme celui que je viens de tenir.C\u2019est que, par le passé, des hommes et des femmes politiques ont dit des choses comme celles-ci : « Occupons-nous de la santé, un jour on reparlera de souveraineté ».« Réglons le problème de l\u2019école secondaire, après, plus tard, on reviendra à la souveraineté ».« Créons des emplois, équilibrons les finances publiques, et plus 89 tard, on reparlera de souveraineté ».En 1985, ce programme portait un nom : l\u2019affirmation nationale.Un jour, disait-on, on y reviendra.Or ce n\u2019est surtout pas ce que je propose aux souverainistes.Je ne veux pas que l\u2019on reporte la souveraineté à plus tard.Je l\u2019ai dit : la souveraineté fait partie de la solution à plusieurs de nos problèmes.En outre, elle représente un horizon atteignable, une garantie qu\u2019un jour on pourra sortir de l\u2019impasse dans laquelle nous garde notre appartenance au Canada.Il est hors de question de ne plus travailler à son avènement.Il n\u2019y a rien que je désire moins que de laisser à mes enfants le fardeau de passer à leur tour une partie de leur vie à se battre pour faire du Québec un pays.De toute façon, c\u2019est maintenant qu\u2019on en a besoin.Mais je suis très conscient du fait que les Québécois, en très grande majorité, ne veulent pas avoir à trancher la question au cours des prochains mois.Ils le disent clairement dans les sondages.Ils ne veulent pas de référendum.Je parlais l\u2019autre jour à une jeune femme, à peine sortie des études, mais née dans une famille souverainiste, souverainiste elle-même.Lorsqu\u2019elle entend le mot référendum, me dit-elle, elle a un frisson dans le dos.Cela ne lui dit rien qui vaille.Pas maintenant.Remettre en mouvement la roue de la souveraineté J\u2019ai dit que pour intéresser de nouveau les Québécois à la politique, il faut remettre en marche la roue du Québec.Cela me paraît essentiel.Mais cela ne suffit pas.Comme je crois que la souveraineté fait partie de la solution, il faut 90 aussi, en parallèle, remettre en mouvement la roue de la souveraineté.Il faut surtout éviter le piège dans lequel d\u2019autres sont tombés (y compris Mario Dumont, Guy Laforest et l\u2019Action démocratique du Québec), celui de reporter à plus tard ce projet sous prétexte qu\u2019il y a d\u2019autres problèmes à régler.Ce que je dis, d\u2019ailleurs, ce n\u2019est pas qu\u2019il faille avoir réglé tous les problèmes du Québec avant de proposer de nouveau la souveraineté aux Québécois.Cela est impossible.Plusieurs problèmes subsisteront et d\u2019autres surviendront lorsque le Québec sera devenu un pays.Ce que je dis c\u2019est qu\u2019il faut ramener les Québécois dans l\u2019espace public, les réintéresser à la politique en abordant les questions qui les préoccupent dans leur vie courante et en montrant que plusieurs de leurs problèmes sont communs à leurs concitoyens.En même temps, il faut remettre en mouvement l\u2019idée de souveraineté.Pour remettre en mouvement la roue de la souveraineté, je crois qu\u2019il faut proposer aux Québécois la mise en œuvre d\u2019un plan d\u2019action préparatoire.Ce plan inclut les actions de la société civile, au sein par exemple du Conseil de la souveraineté, mais également, et cela est essentiel, il doit se matérialiser au sein même du gouvernement, au sein de l\u2019administration publique québécoise.On ne peut pas songer à réaliser la souveraineté du Québec sans employer les moyens et les attributs de l\u2019État.Même ceux qui, aujourd\u2019hui, écartent cette solution, devraient, une fois au pouvoir, insister pour que l\u2019on continue de s\u2019y intéresser.L\u2019idée doit rester vivante.Elle a toujours été une carte dans le jeu du Québec.Les Québécois aiment bien garder cette carte dans sa manche, disait Robert Bourassa. 9i Mais la démarche que je propose n\u2019est pas attentiste ni un plan B.Elle comporte des étapes.1.\tUn parti politique propose aux électeurs de mettre en œuvre un plan d\u2019action gouvernemental de préparation de la souveraineté.2.\tS\u2019il est élu, il met ce plan à exécution.3.\tLorsqu\u2019il considère que le niveau de préparation est suffisant, que l\u2019État du Québec est prêt à réaliser la souveraineté, que tout est en place pour une transition harmonieuse et que la population est bien informée, il déclenche des élections quasi-référendaires en demandant aux Québécois de lui donner le mandat de tenir un référendum sur ce sujet.Tout comme, en 1962, le gouvernement Lesage a demandé aux électeurs de lui confier un nouveau mandat pour nationaliser l\u2019électricité.Si la population est prête, si la préparation a été bien faite, si le gouvernement a fait ses devoirs, il sera réélu et pourra tenir le référendum.S\u2019il perd les élections, c\u2019est qu\u2019il aurait aussi perdu le référendum.Je préfère perdre des élections qu\u2019un référendum.Car un autre échec référendaire signifierait un recul de la souveraineté.Il est en effet difficile de perdre un référendum et d\u2019obtenir plus que 49,4 % des suffrages.4.\tLes scrutins successifs renforcent la légitimité, la crédibilité et le pouvoir de négociation du gouvernement du Québec dans le cadre de l\u2019accession à la souveraineté.S\u2019il gagne ces élections quasi-référendaires, il enclenche sans tarder la démarche référendaire.Durant les mois précé- 92 dant le référendum, le gouvernement met la dernière main aux préparatifs de l\u2019accession du Québec au statut d\u2019État souverain.Il informe les pays étrangers de ses intentions, il consolide sa position dans l\u2019opinion, il prépare la transition et les négociations avec le gouvernement canadien.Le référendum n\u2019a plus pour objet de donner le mandat au gouvernement de faire la souveraineté.Le référendum est le moment où les Québécois décident que leur pays est désormais souverain.À quoi pourrait ressembler ce plan de préparation à la souveraineté ?Vous savez peut-être que je m'inspire du modèle de Tony Blair, le premier ministre britannique.Celui-ci veut que la Grande-Bretagne troque la livre sterling pour la monnaie unique européenne.La population du Royaume-Uni est contre.Il a donc promis qu\u2019il y aurait un référendum à ce sujet au moment opportun.Entre-temps, il ne se croise pas les bras en attendant les conditions gagnantes.Il met en oeuvre un plan détaillé de préparation au passage à l\u2019euro.Des milliers de fonctionnaires y travaillent.Qui réalisent des études sur l\u2019impact de ce changement et sur les moyens à prendre pour éviter que l\u2019économie britannique en souffre.Qui préparent les projets de loi et de règlements qu\u2019il faudra adopter.Qui consultent les entreprises, les syndicats, les groupes sociaux.Qui fournissent de l\u2019information sur les bienfaits du passage à l\u2019euro : par Internet, en distribuant des trousses d\u2019information aux PME, par une ligne téléphonique, en commanditant des sondages et en publiant, périodiquement, une mise à jour du plan, un bilan de ce qui a été réalisé avec un échéancier précis.Le 93 chancelier de l\u2019Échiquier (ministre des Finances) est personnellement responsable du dossier.Là-bas, ce n\u2019est pas wait and see, c\u2019est prepare and decide.L'objectif de ce plan est de rendre crédible aux yeux des Britanniques l\u2019option euro lors du référendum lorsque celui-ci aura lieu.Au Québec, les souverainistes devraient faire la même chose.Bien sûr, il faudra justifier une telle démarche.Facile.L\u2019indécision sur ce sujet nuit au Québec.Même les fédéralistes sont d\u2019accord pour le dire.Sauf que la façon de mettre fin à l\u2019incertitude, ce n\u2019est pas de laisser tomber ce projet, c\u2019est de le réaliser.C\u2019est pourquoi le gouvernement met en œuvre un plan d\u2019action gouvernemental préparatoire à la souveraineté.Il n\u2019y aura pas de référendum durant le mandat.C\u2019est dire que la population a la certitude qu\u2019aucun geste définitif ne peut être fait par le gouvernement durant cette période.Par contre, un ministre sera responsable du dossier, laissant ses collègues consacrer leur énergie aux autres questions de l\u2019heure.Voyez comment, la nomination, à Ottawa, d\u2019un ministre responsable de la stratégie fédérale envers le Québec, Stéphane Dion, a donné des résultats, sans devenir l\u2019obsession de l\u2019ensemble du gouvernement.Ce ministre coordonnerait les travaux d\u2019évaluation, d\u2019étude et de préparaüon de la souveraineté.Un fonctionnaire serait responsable du plan dans chacun des ministères.On pourrait former des groupes de travail sectoriels et régionaux, on consulterait la société civile, on rédigerait un projet de constitution du Québec.Chaque fois que le gouvernement commanderait une étude ou une enquête, comme il l\u2019a fait pour la langue avec la commission Larose, ou pour 94 le déséquilibre fiscal avec la commission Séguin, un des volets du mandat de la commission consisterait à évaluer comment la situation serait différente si le Québec était souverain.Durant cette période, le gouvernement pourrait déjà prendre des décisions qui rapprochent le Québec de la souveraineté politique.Le Québec devrait occuper au maximum ses champs de compétence.Il pourrait étendre son réseau de représentation à l\u2019étranger.Bref, ce plan de préparation aurait pour effet de faire prendre conscience aux citoyens des limites du statut provincial, de l\u2019intérêt pour le Québec d\u2019accéder au statut d\u2019É-tat souverain dans le monde d\u2019aujourd'hui et de constater, au fur et à mesure que la fonction publique exposerait comment, concrètement, s\u2019opérerait la fusion des fonctions étatiques actuellement réparties entre les deux ordres de gouvernement, la souveraineté deviendrait plus familière.Entre-temps, le gouvernement n\u2019oublierait pas le pays réel.Il adopterait des politiques et mettrait en œuvre des réformes économiques et sociales susceptibles de rendre la société québécoise plus libre, plus responsable, plus solidaire, plus démocratique, confiante en elle-même, consciente de son identité et de la nécessité de fonder l\u2019appartenance au Québec sur une citoyenneté moderne.Cette démarche, il est fort possible d\u2019en escamoter des éléments.L\u2019important, c\u2019est l\u2019esprit.Il faut savoir tabler sur la fonction utopique de la souveraineté comme horizon de dépassement du Québec actuel.Mais il faut savoir en 95 même temps transformer cette utopie en projet, enraciné dans le cœur des gens, articulé à leurs préoccupations politiques, sociales, économiques et culturelles, et réalisé par étapes, dans les formes, avec prudence et détermination.Cette approche peut être empruntée dès maintenant par le Parti québécois s\u2019il conserve le pouvoir.Elle pourra aussi servir plus tard en adaptant les modalités au contexte de l\u2019époque où elle serait mise en œuvre.Pour repartir la roue de la souveraineté, il faut un plan préparatoire parce que celle-ci n\u2019est plus à portée de main, même si elle a été appuyée, en 1995, par 49,4 % des citoyens.Bien des gens ne savent plus pourquoi il faudrait la faire.Ils ont besoin de se réconcilier avec elle.Et depuis sept ans, des dizaines de milliers de jeunes et d\u2019immigrants ont acquis le droit de vote.À ceux-là, il faut tout expliquer de nouveau.Rien n\u2019est jamais acquis.Voyez ces souverainistes qui travaillent pour Jean Chrétien dans Saguenay-Lac-Saint-Jean.Et puis la société québécoise est dominée par une classe moyenne qui n\u2019est pas contre le changement pourvu que le changement améliore sa condition et ne lui enlève rien.La classe moyenne est réfractaire aux révolutions.Il faut donc envisager la souveraineté comme une réforme qui s\u2019inscrit dans la légalité, dans une certaine durée et dans une suite d\u2019actions, évaluées à chaque étape, avec prudence mais détermination.Les autres partis politiques pourraient aussi s\u2019inspirer de l\u2019approche que je propose, dès lors qu\u2019ils croient que le Québec forme une nation et constatent que celle-ci est bloquée dans le Canada impérial d\u2019aujourd\u2019hui. g6 Ces partis politiques constateront rapidement l\u2019utilité de garder vivante l\u2019idée de souveraineté.Un jour, s\u2019ils exercent le pouvoir, ils seront confrontés au mur de l\u2019État fédéral.S\u2019ils ont laissé mourir une idée aussi forte, ils seront désarmés et les Québécois avec eux.L\u2019idée de faire du Québec un pays appartient aux Québécois, fait partie de son patrimoine vivant.En 1990, lorsque le reste du Canada a refusé de reconnaître le Québec comme une société distincte, vers quelle option la population et son prermier ministre fédéraliste se sont-ils tournés pour établir un rapport de force ?Il faut remettre en mouvement la roue du Québec.Les citoyens doivent sentir que l\u2019État est au diapason de la population.Ils doivent aussi reprendre confiance dans la politique.En parallèle, il faut remettre en mouvement la roue de la souveraineté.Remettre en mouvement la roue du Québec.Remettre en mouvement la roue de la souveraineté.En espérant que, d\u2019ici quelques années, les deux mouvements se fondent en un seul.C\u2019est ce qu\u2019il faut faire, je crois, pour que tout le Québec y gagne et pour que, bientôt, le Québec soit un pays.? 97 DOSSIER Jean-Marc Léger* LA MONDIALISATION CONTRE L\u2019UNIVERSALISME LE TRIOMPHE DE LA LANGUE IMPÉRIALE1 « L\u2019âme d\u2019un peuple vit dans sa langue » Goethe « La patrie, c\u2019est d\u2019abord la langue » Camus Lorsque je pense à notre loi ioi, il me semble que sa promulgation et l\u2019euphorie qui l\u2019a accueillie remontent à très, très longtemps, beaucoup plus que paraît l\u2019indiquer le calendrier.C\u2019est sans doute le double effet d'une incontestable accélération de l\u2019Histoire, (phénomène déjà ancien mais dont le rythme s\u2019accentue constamment) - pour reprendre la formule célèbre de Halévy - et de la mondialisation, énorme et apparemment irrépressible, dont les conséquences perverses sous beaucoup d\u2019aspects me paraissent l\u2019emporter, de loin, sur les bénéfices incontestables, à court terme, dans divers domaines.Je suis enclin à dire mon inquiétude et peut-être mon angoisse quant à l\u2019avenir des langues et des cultures et, à travers elles, de l\u2019humanisme et des libertés.Nous voyons monter, avec l\u2019hégémonie d\u2019un seul pays, de sa civilisation et de sa langue, une sorte d\u2019immense uniformisation réductrice, qui implique et appelle tous les renoncements, qui secrète une forme d\u2019impérialisme inédite, en ceci notamment qu\u2019elle réussit à conditionner à ce point les * Journaliste.î Ce texte est tiré de la conférence prononcée le 4 décembre dernier à la Bibliothèque nationale du Québec à Montréal dans le cadre du 85e anniversaire de la revue. 98 individus, et dès lors des peuples, qu\u2019elle s\u2019en fait des alliés, voire des complices.La conquête des esprits et des âmes signe le stade ultime de l\u2019impérialisme.Comme vous tous, j\u2019entends dire et je lis, ici et là, que l\u2019apparente indifférence de la majorité des nôtres aujourd\u2019hui face à la question linguistique tiendrait au fait d\u2019un sentiment de sécurité, suscité et entretenu justement par la loi ioi : en somme, nos compatriotes estimeraient que grâce à la Charte de la langue, à l\u2019abri de la loi ioi, l\u2019essentiel non seulement a été acquis mais est préservé et que, dès lors, il n\u2019y a pas lieu, même s\u2019il importe de rester vigilant, de tenter de renforcer cette loi avec le risque, comme disent certains milieux politiques et des médias conformistes sinon serviles, de relancer « les querelles linguistiques ».Observez d\u2019ailleurs combien un certain courant de pensée et certaines modes veulent à tout prix, au nom de la paix civile (formule galvaudée là aussi) éviter, empêcher, esquiver toutes les formes d\u2019affrontement, les querelles ou « chicanes » comme on dit, tant constitutionnelles que linguistiques, le refus systématique et un peu veule de la collision conduisant souvent à une collusion objective avec l\u2019ennemi, déclaré ou le plus souvent masqué, tapi dans l\u2019ombre, prompt à exploiter nos hésitations, nos faiblesses et nos peurs de tous ordres, le retour d\u2019un regard réducteur sur soi et d\u2019une sorte de lâcheté inavouée en même temps que la tendance à accepter, voire à partager, le regard et le jugement de l\u2019autre, et d\u2019abord de l\u2019ennemi, sur soi-même.La conjonction d\u2019une espèce de lassitude, de fausse assurance, de crainte et de sourde démission me conduit à penser qu\u2019il serait peut-être difficile aujourd\u2019hui de faire adop- 99 ter une loi ioi, tout comme il serait malaisé de provoquer, comme hier, la mobilisation de dizaines de milliers des nôtres, ces immenses et admirables manifestations qui marquaient une volonté d\u2019affirmation et de résistance autant que la conscience de l\u2019urgence d\u2019agir.Non seulement il serait difficile de faire adopter aujourd\u2019hui une mesure comme la loi ioi ou une nouvelle loi ioi : il le serait également d\u2019ajouter à la présente loi, de renforcer la Charte de la langue française comme cela s\u2019impose ; il le serait même, que dis-je, il l\u2019est même simplement de faire respecter pleinement la loi actuelle, d\u2019en assurer l\u2019application rigoureuse.C\u2019est là une situation hautement préoccupante, non pas seulement d\u2019ailleurs en ce qui concerne la défense de la langue mais en ce qui a trait plus généralement aux valeurs morales et spirituelles, au sens de la responsabilité et au sens de l\u2019effort, comme au sens de la transcendance.Non, ce n\u2019est décidément pas un sentiment de sécurité mal fondé mais une sorte d\u2019immense indifférence et le refus inavoué de tout effort, de tout combat, qui me paraissent expliquer l\u2019atonie devant la situation de la langue, les responsables politiques croyant d\u2019ailleurs y trouver une apparente justification de leur inaction.En somme, il semblerait que pour nombre de dirigeants dans nos divers milieux, la question de la langue ne peut pas être à l\u2019ordre du jour parce qu\u2019elle n\u2019est pas ou ne serait pas au goût du jour.Abdication paisible J\u2019ai le sentiment que nous assistons à une profonde mais inconsciente régression, comme une sorte de liquidation de la « révolution tranquille » (qui ne fut d\u2019ailleurs pas et fort heureusement, si tranquille que cela), sous la forme TOO d\u2019une espèce d\u2019abdication paisible avec le triomphe de l\u2019individualisme, la remise en cause du rôle de l\u2019État, pourtant le seul instrument du progrès collectif, la perte de la mémoire historique et le net affaiblissement du sens de l\u2019identité, et surtout peut-être le manque de confiance en soi et la remontée de la peur.Comme s\u2019il était effrayé rétrospectivement par sa propre audace des années 1945 à 1995, de la grève de l\u2019amiante à la loi 101 et au 2e référendum presque gagné, ce peuple semble éprouver confusément le besoin de rentrer dans le rang, ne plus célébrer ni exploiter son « caractère distinct » et, par voie de conséquence évidente, de taire toute revendication d\u2019ordre socioculturel et d\u2019ordre politique.Bref on ne saurait être innovateur tout le temps, revendiquer tout le temps et, surtout, on ne saurait imposer à un peuple d\u2019être constamment sur la brèche ! Nous faisons, collectivement, face aujourd\u2019hui, à mon sens, à deux périls principaux, dont la conjonction représente un défi sans précédent, notamment pour une petite nation non souveraine et dominée, qui dès lors ne détient pas certains des outils indispensables à sa défense et même à sa survie, subordination et infirmité politique dont la conscience ne peut qu\u2019aviver chez la majorité des citoyens un sentiment d\u2019impuissance et de résignation.Ces deux périls sont l\u2019un, d\u2019ordre intérieur, l\u2019autre de caractère mondial.Je viens de parler suffisamment du premier.Je me bornerai ici à rappeler et à souligner qu\u2019il est paradoxal en ceci qu\u2019il est constitué de deux éléments contradictoires : d\u2019une part, un faux sentiment de sécurité, qui semblerait autoriser à abaisser sa garde et, de l\u2019autre, une lassitude démobilisatrice tant parmi la masse des citoyens que parmi les diri- 101 géants et dans la classe politique elle-même.Quant à l\u2019autre péril, de caractère extérieur, il exprime et résume une donnée relativement nouvelle et capitale, voire énorme, de la scène internationale, des relations internationales.C\u2019est ce qu\u2019on appelle d\u2019un terme à certains égards ambigu mais qui fait image : la mondialisation, exaltée ou célébrée par les uns, contestée et combattue par d\u2019autres, enfin considérée comme inéluctable par beaucoup qui estiment possible d\u2019en réduire les effets néfastes et d\u2019en valoriser les conséquences positives.Il n\u2019est pas excessif de parler de véritable révolution dans les relations internationales pour désigner un phénomène irréductible à aucune des phases antérieures de développement des rapports et des échanges entre les peuples, entre les pays.Car il ne s\u2019est pas seulement agi d\u2019un changement d\u2019échelle, même important, dans le volume et le rythme de la circulation des produits, des idées, des capitaux et des hommes mais d'une transformation radicale dans la maîtrise de cette circulation, dans la hiérarchie des acteurs, dans la producüon et le mode de transfert des informations essentielles désormais à cette circulation, dans la possibilité inédite pour un pays, une langue, une civilisation de dominer l\u2019univers entier et, au-delà, de pouvoir coloniser de l\u2019intérieur en quelque sorte les autres peuples, d\u2019en faire à la limite des auxiliaires, inconscients mais empressés, de leur propre asservissement.La langue impériale Il découle évidemment de là que la survie de toutes les langues et de toutes les cultures se trouve remise en cause 102 comme jamais encore ce ne fut le cas, y compris celles qui étaient héritières d\u2019une longue et prestigieuse histoire et pouvaient prétendre, peuvent encore prétendre au titre de « langue internationale », guère moins menacées en définitive que les autres.Le paysage linguistique mondial a été en quelques années profondément modifié et sera radicalement transformé dans les décennies qui viennent, dans peu de décennies, vers le milieu de ce nouveau siècle probablement, à la fin de ce XXIe siècle assurément.Or, la nouvelle langue impériale - au sens le plus large de l\u2019expression - s\u2019étend à une vitesse sans précédent dans toutes les régions, dans tous les pays et cela, phénomène également inédit, dans tous les milieux et dans toutes les classes.Jusqu\u2019au début du XXe siècle, lorsque l\u2019on disait d\u2019une langue qu\u2019elle était internationale ou universelle, c\u2019est qu\u2019elle était connue, répandue, utilisée couramment parmi les élites, dans les milieux intellectuels, chez les diplomates, de divers pays, de nombreux pays, bref parmi ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui les « décideurs », la masse des habitants continuant de ne connaître, de ne parler que sa langue propre, de vivre selon son esprit, son génie.Aujourd\u2019hui, les langues étrangères et surtout parmi elles la langue impériale sont répandues dans un pourcentage croissant de la population entière, toutes classes confondues, et on peut supposer que d\u2019ici un demi-siècle au plus tard, la majorité des citoyens de tous les pays (sauf peut-être dans les régions éloignées) auront une connaissance au moins élémentaire et souvent assez poussée de l\u2019anglo-américain.C\u2019est dire l\u2019ampleur et la gravité de la modification du paysage linguistique international avec le risque et, davantage, la certitude de la domination écrasante d\u2019une 103 seule langue à prétention universelle et de la domestication des esprits qui en découlera inéluctablement.La situation de quasi-monopole de la langue anglaise et d\u2019hégémonie de la civilisation américaine n\u2019a cessé de se confirmer au cours des dernières décennies en particulier dans les publications scientifiques et techniques et dans l\u2019immense domaine des industries culturelles.On avait prédit, dans certains milieux, prédit et espéré, que le développement de l\u2019Union européenne (et d\u2019abord de la Communauté européenne) allait sinon inverser le courant du moins ralentir et enrayer la domination de la langue anglaise et des industries culturelles américaines.Il rien a rien été, bien au contraire.Tandis que, d\u2019une part, l\u2019usage de l\u2019anglais au sein même des institutions européennes ne cessait de croître au point qu\u2019il a ravi la première place au français depuis les années 1990, la pénétration de la presse et surtout des produits culturels anglo-américains s\u2019est faite à un rythme accéléré depuis la naissance de l\u2019Union européenne et notamment dans les deux dernières décennies.C\u2019est se bercer d\u2019illusions de croire que l\u2019Union européenne peut faire pièce à l\u2019Amérique, sur le plan culturel comme, d\u2019ailleurs, sur les autres.Si on entend sauvegarder et, si possible, renforcer la diversité des cultures, il faut agir à la fois sur les conditions de la création et sur celles de la diffusion, de la circulation des œuvres de toute nature, à l\u2019intérieur de chaque pays comme sur le plan international.Il ne suffit pas de saluer, de célébrer la diversité culturelle.A moins que cela doive rester de l\u2019ordre du vœu pieux, il faut définir, à la lumière de l\u2019état présent du monde et des tendances lourdes du 104 commerce international, les conditions minimales de la préservation de cette diversité.L\u2019essor fulgurant des industries dites culturelles et leur imbrication avec les NTIC (nouvelles technologies de l\u2019information et de la communication) ont fait que le volet « industries » risque de masquer le volet « culturelles ».À l\u2019instar du propos prêté à Esope pour la langue, on pourrait dire que le développement tous azimuts des industries culturelles, principalement dans les pays occidentaux, représente selon le point de vue la meilleure ou la pire des choses, que le phénomène peut contribuer aussi bien à illustrer la diversité culturelle qu\u2019à l\u2019étouffer lentement au bénéfice d\u2019un petit nombre de cultures, voire d\u2019une seule.Au reste, on ne s\u2019est pas encore parfaitement accordé sur le sens du terme ambivalent de « industries culturelles ».Voici près de vingt ans déjà, l\u2019Unesco y voyait « un enjeu pour l\u2019avenir des cultures » ; aujourd\u2019hui, on serait enclin à dire « l\u2019enjeu » tant ces industries ont proliféré et se sont diversifiées dans la dernière décennie.Notons au passage que le nombre de postes récepteurs de télévision dans le monde est passé de 400 millions environ en 1980, à 800 millions en 1985, à plus de un milliard et demi en 1995 et aurait dépassé les 2 milliards en 2000.Diversité et liberté La domination dans l\u2019immense champ des industries culturelles d\u2019un petit nombre de pays et d\u2019un pays en particulier (et, dès lors, de sa langue, de son imaginaire, de son mode de vie) crée une situation de rapports léonins et contribue à la fois à conditionner et à coloniser les esprits 105 des peuples exposés aux productions culturelles d\u2019une seule source ou d\u2019une source nettement dominante mais aussi peut avoir pour conséquence d\u2019affaiblir ou de stériliser la créativité propre des pays ainsi dominés.La prédominance d\u2019une super-puissance est telle dans ce domaine qu\u2019elle permet à ce pays non seulement la diffusion massive de ses produits culturels mais aussi, à travers eux, l\u2019influence et le rayonnement de sa culture propre et de sa conception du monde.En raison de l\u2019énorme disproportion des moyens de tous ordres entre les pays et les continents, de la puissance du marché intérieur et de l\u2019avancement technique d\u2019un pays donné, le jeu est objectivement et massivement faussé.Il devient alors assez ironique de parler de libre circulation des produits culturels, comme des autres, et de réciprocité de traitement.C\u2019est le lieu de rappeler la parole célèbre de Montalembert : « Entre le fort et le faible, c\u2019est la liberté qui opprime et l\u2019intervention qui libère ».Telles sont la place dans les loisirs de la grande majorité des habitants des pays développés (et d\u2019un pourcentage rapidement croissant des habitants des pays du Sud) et l\u2019influence sur leur comportement (nourriture, habillement, mode de vie) que l\u2019on peut observer une montée rapide du processus d\u2019uniformisation.Il y a un danger évident, sur le plan international, de réduction voire de sclérose de la production culturelle propre des pays du Sud et même de certains pays du Nord, de stérilisation de la créativité et même d\u2019une espèce de « clochardisation » de cultures désertées par leurs propres enfants qui sont obnubilés par l\u2019énorme production américaine et ainsi progressivement aliénés. Je voudrais citer ici un extrait de la déclaration des Ministres de l\u2019Économie et des Finances des pays de la Francophonie, lors de leur première conférence à Monaco, en avril 1999, qui souligne notamment : « l\u2019importance de la promotion de la diversité linguistique et culturelle face aux défis de la mondialisation et la nécessité de prendre en compte cet objectif dans la définition des règles multilatérales dans les domaines du commerce et de l\u2019investissement ».Venant d\u2019un tel milieu, pareille prise de position a valeur d\u2019aveu autant que d\u2019avertissement, Dans un tel énorme débat, engagé à l\u2019échelle du monde, la Francophonie ne pourra intervenir avec quelque chance de réussite que si elle le fait avec persévérance, sur la base de propositions claires et si elle témoigne pour l\u2019ensemble des langues et des cultures, bref si elle apparaît comme l\u2019expression de l\u2019universalisme face à l\u2019uniformisation.Comment ne pas appliquer aux cultures, mutatis mutandis, ce que Renan disait à propos des nations : « Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n\u2019avait qu\u2019une loi et qu\u2019un maître ».C\u2019est assez dire que la liberté des individus comme des peuples s\u2019appelle aujourd\u2019hui : sauvegarde de la diversité des cultures.La formule paraît simple, la définition en est difficile et l\u2019entreprise sera énorme et peut-être même, si elle est réellement tentée, se révélera-t-elle utopique.Du moins, ce sera l\u2019honneur de ceux qui s\u2019y emploieront de l\u2019avoir tentée.Faisons donc comme si cette chimère était à notre portée. 107 Conclusion Il nous faut appeler à une nouvelle mobilisation et à une nouvelle résistance, susciter la première et participer avec ardeur à la seconde si nous entendons assurer l\u2019avenir du français chez nous, du moins donner des chances à cet avenir et si nous entendons de même contribuer à la survivance du français comme langue internationale.Cela suppose une véritable intransigeance, le refus de tout compromis et de toute concession quant à l\u2019essentiel.De Gaulle a dit un jour alors que d\u2019aucuns, même parmi les siens, lui reprochaient, amicalement, de se faire intransigeant : « On peut se montrer magnanime et parfois on le doit, lorsqu\u2019on est en situation de force et qu\u2019on est maître de son destin mais lorsqu\u2019on est en situation de faiblesse, qu\u2019on est dominé, alors il faut savoir être intransigeant, se refuser aux compromis qu\u2019en d\u2019autres temps on pourrait faire, qu\u2019en d\u2019autres circonstances on pourrait consentir ».On ne saurait mieux dire et cette parole s\u2019applique éloquemment à la situation du français chez nous, aujourd\u2019hui.Jamais la loi ioi ne fut aussi nécessaire et, faute de l\u2019étendre et de la renforcer, au moins importe-t-il d\u2019en assurer l\u2019application intégrale, dans son esprit autant que dans sa lettre.Et cela veut dire notamment le refus catégorique du bilinguisme insidieux dans le secteur public au sens large, cela veut dire l\u2019extension au niveau collégial de l\u2019obligation scolaire en français pour tous, pour ne donner que deux exemples du prolongement naturel, normal, nécessaire de la loi ioi dans son principe, dans son esprit.Dans le même temps, la prise de conscience des effets pervers d\u2019une certaine mondialisation et de la menace qui pèse sur toutes les langues doit nous conduire à inscrire la nouvelle mobilisation pour la défense du français dans une perspective internationale, sous le signe d\u2019une Francophonie dynamique, celle-ci devant à son tour former une alliance salvatrice avec les autres ensembles linguistiques.Oui, la mobilisation et la résistance nous sont commandées par la conscience de ce qui est en jeu pour nous mais aussi à l\u2019échelle du monde : cela s\u2019appelle l\u2019héritage de la qualité du monde et cela s\u2019appelle la dignité de l\u2019homme.Si nous croyons que la langue est une patrie spirituelle.Il nous faut lui vouer le même attachement et lui consentir les mêmes efforts qu\u2019à la patrie chamelle.Sinon, il y aura peut-être, dans quelques décennies, au maximum dans un siècle, dans une ultime petite ville ou dans un village encore francophone du Québec, quelque chose comme « La dernière classe de français » selon la célèbre et bouleversante nouvelle d\u2019Alphonse Daudet dans ses Contes du Lundi.Je ne crois pas que nous soyons disposés à nous résigner à pareil destin.Jean-Marc Léger FONDS de solidarité FTQ La force du travail Levier économique, partenaire de votre croissance, le Fonds de solidarité FTQ contribue avec force au développement des entreprises dans tous les secteurs de l'économie québécoise.Pour bâtir une économie, prend des o Michel Venne Une analyse lucide Des propositions audacieuses MICHEL VENNE Souverainistes, que faire?if r> vlb éditeur essai \u2022 216 p.\u2022 21,95 $ !Ü1 vlb éditeur limmuKFl www.edvlb.com LIRE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 112 EN PRIMEUR Paul-Émile Roy L\u2019INDÉFECTIBLE ESPÉRANCE Ce texte est tiré d'un livre à paraître au courant de l\u2019année et qui aura pour titre L\u2019indéfectible espérance.Dans cet ouvrage, l\u2019auteur poursuit, de façon très libre et très peu académique, la démarche de réflexion entreprise dans Raptures et permanences (Humanitas, 2002).Il s\u2019interroge sur le sens de la révolution que l\u2019humanité connaît au tournant du millénaire, sur ce qui est en jeu dans les événements qui se succèdent, dans l\u2019actualité qui nous emporte.En lisant la Bible, saint Augustin, Nietzsche, Claudel, Simone Weil, René Girard, il s\u2019adonne à ses cogitations et tente de sauvegarder les voies de l\u2019espérance.5- Sur une pensée de SIMONE WEIL En réfléchissant sur le sort qui est fait à l\u2019individu dans la société moderne, je me suis rappelé un texte de Simone Weil qui date de 1934.« Jamais, écrit-elle, l\u2019individu n\u2019a été aussi complètement livré à la collectivité aveugle, et jamais les hommes n\u2019ont été plus incapables non seulement de soumettre leurs actions à leurs pensées, mais même de penser »t Une telle affirmation détonne au premier abord dans le contexte de la vie actuelle, car il semble admis par les analystes 1 Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l\u2019oppression sociale, Gallimard, Coll.Idées, 1980, p.124-125. ii3 que l\u2019individualisme est un des éléments de la modernité ou de la postmodernité.Mais si l\u2019individu est « livré à la collectivité aveugle », comment l\u2019individualisme peut-il exister ?Dans son ouvrage magistral Histoire de la Renaissance en Italie, publié d\u2019abord en i860, Jacob Burkhardt considérait l\u2019avènement de l\u2019individu comme un des éléments de la modernité.Cet individu représentait, par rapport au passé, un type d\u2019homme nouveau qui était maître d\u2019organiser sa vie et celle de la société.Un être qui se prenait en main, se construisait lui-même, par opposition à l\u2019homme antérieur qui était dépendant de la collectivité.L\u2019homme moderne était individualiste, c\u2019est-à-dire qu\u2019il était autonome, indépendant, qu\u2019il avait sa liberté d\u2019expression et de conduite, qu\u2019il était avant tout soucieux de ses intérêts personnels qu\u2019il poursuivait avec acharnement, au détriment bien souvent du bien commun.De nos jours, on donne souvent au mot « individualiste » le sens de égoïste, profiteur, de sorte que l\u2019on peut être à la fois très grégaire et très individualiste.Je considère ici l\u2019individu comme l\u2019être un par opposition à la collectivité, dans le sens où Sartre parle de « la dignité de l\u2019individu ».Je parle de l\u2019individu comme être autonome, indépendant, soucieux et capable de s\u2019assumer lui-même.C\u2019est dans cette perspective que je m\u2019interroge sur le sort de l\u2019individualisme dans la société actuelle.Ce qui me semble patent, c\u2019est que l\u2019individualisme s\u2019accommode très mal des impératifs de la société actuelle.On voit mal comment il peut subsister si, comme le dit Simone Weil, l\u2019individu est plus que jamais livré à la collectivité ii4 aveugle, si les hommes ne peuvent plus soumettre leurs actions à leurs pensées, s\u2019ils sont même incapables de penser.Ces propos nous semblent excessifs, antimodernes, certains diront réactionnaires.Ils ne sont pas si éloignés pourtant de ceux de Mircea Eliade qui parlait du « crépuscule de l\u2019intelligence dans notre civilisation »2 3 4.L\u2019anthropologue américain Joseph Campbell écrivait de son côté : « Le monde est plein d\u2019individus qui ne se sont jamais écoutés, mais ont écouté leurs voisins qui leur disaient ce qu\u2019ils avaient à faire, pour quelles valeurs ils devaient vivre et quel comportement il leur fallait adopter »3.Qu\u2019advient-il de l\u2019individu si l\u2019exercice de l\u2019intelligence s\u2019étiole, si l\u2019homme n\u2019arrime pas sa conduite sur sa conscience mais sur le discours ambiant ?J'ai déjà abordé cette question dans un ouvrage précédente Je ne prétends pas lui apporter ici une réponse définitive, mais à la suite des remarques de certains lecteurs à la fois critiques et sympathiques, je voudrais au moins tenter de préciser quelques-uns de ses aspects.a a ?Q Nul ne peut contester que, sous un certain angle, la situation de l\u2019homme dans la société se soit améliorée.Plus de gens que jamais auparavant ont aujourd\u2019hui accès à l\u2019éducation.Dans un pays comme le Canada, les citoyens profitent des soins de santé comme jamais auparavant.Ajoutons que même si tous ne profitent pas également de la richesse, per- 2\tMircea Eliade, Océanographie, l'Herne, Biblio Essais, 1993, p.16.3\tJoseph Campbell, en collaboration avec Bill Moyers, Puissance du mythe, traduit de l'américain par Jazenne Tanzac, Paris, J\u2019ai lu, Coll.New Age, 1991, p.246.4\tRuptures et permanences (L\u2019homme nouveau), Humanitas, 2002.Voir le chapitre « Feu la démocratie ?» ii5 sonne, dans une société comme la nôtre, n\u2019est susceptible de mourir de la faim ou du froid.On peut donc affirmer que la société moderne traite mieux l\u2019individu qu\u2019aucune autre société antérieure.Et pourtant, quand je réfléchis à la situation de l\u2019homme dans la société actuelle, quand j\u2019essaie de décrire la relation de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui à la société, le mot qui se présente spontanément à mon esprit c\u2019est « empiètement ».La société empiète sur la vie de l\u2019individu, elle l\u2019envahit constamment, elle l\u2019enveloppe de toutes parts.La forme principale de cet investissement, c\u2019est la domination qu\u2019exerce la télévision, par exemple, qui s\u2019installe au sein même de la vie privée et qui impose son rythme, ses messages, ses images, son bruit, sa musique.Toutes les activités familiales traditionnelles, pour la très grande majorité des gens, il faudrait dire la presque totalité, sont déclassées, abandonnées.Je ne porte pas de jugement de valeur, j\u2019essaie de décrire une mue de civilisation.L\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui ne s\u2019organise pas.Il se fait organiser.Il ne décide pas de ce qui l\u2019intéresse, il s\u2019intéresse à ce qu\u2019on lui propose.On devrait dire à ce qu\u2019on lui impose.Il se fait à cette nécessité que les autres décident pour lui.Je m\u2019installe dans la salle d\u2019attente du dentiste, du médecin, du garage, je dois regarder ces programmes de télévision souvent débiles qu\u2019on offre aux clients qui ne peuvent pas se passer de leur dose d\u2019images bruyantes et trop souvent vulgaires.Même à l\u2019épicerie, on m\u2019impose la plupart du temps une musique criarde choisie pour toute la province par un disque-jockey qui est convaincu que tout le monde doit aimer ce qui lui plaît à lui puisqu\u2019il est à l\u2019affût de tout ce qui vient d\u2019être produit.Et en ce début de juin 2002, il faudrait fermer son téléviseur si n6 l\u2019on n\u2019acceptait pas d\u2019être submergé par le véritable cyclone sportif qui déferle sur la planète entière avec les finales de hockey de la ligue Nationale, le Grand Prix du Canada de la Formule i à l\u2019île Notre-Dame, la Coupe du monde de football en Asie.La société empiète sur la vie individuelle.Et ce qui me semble désastreux, c\u2019est que les gens acceptent cet empiètement comme un fait naturel, nécessaire, normal.Ils acceptent tout naturellement que d\u2019autres décident pour eux ce qu\u2019ils doivent penser, ce à quoi ils doivent s\u2019intéresser, ce qu\u2019ils doivent aimer.Il se produit ainsi un conformisme nouveau genre tout à fait typique de la postmodernité.Si vous ne faites pas aveuglément le jeu de cette industrie généralisée des communications, si vous mettez en question les croyances et les suggestions qu\u2019elle véhicule, vous serez classé comme un pessimiste, un retardataire qui boude la nouveauté.Si vous essayez de faire preuve de lucidité, si vous vous interrogez sur la qualité et l\u2019opportunité des nouvelles orientations de la société, vous risquez d\u2019être étiqueté comme réactionnaire, ce qui fait de vous un pestiféré et vous met au banc de la société.Ce phénomène d\u2019empiètement produit aussi des effets d\u2019un tout autre ordre.Avec le développement des médias, nous sommes renseignés sur ce qui se passe partout dans le monde.Cette information est loin d\u2019être parfaite, pour toutes sortes de raisons, mais il reste que nous assistons, devant le petit écran, à des scènes de toutes sortes qui se passent dans les pays les plus reculés comme les plus près de nous.Mais cette masse d\u2019informations disparate étouffe l\u2019information elle-même.Le grand public ne sait plus comment 117 se retrouver dans cette nouvelle jungle, il se sent désemparé, débordé.Pour éviter l\u2019accablement, il lui reste une solution, la fuite.C\u2019est une question de santé mentale.Au début de 2002, alors que la barbarie faisait rage en Palestine, je confiai à une jeune femme scolarisée et pas du tout stupide : -\tC\u2019est effrayant, n\u2019est-ce pas, ce qui se passe en Palestine ?-\tJe ne suis pas au courant, me répondit-elle.Que se passe-t-il ?Cette femme réagit à la surcharge d\u2019informations par l\u2019abstention.Plusieurs analystes ont constaté que cette attitude est très répandue.On comprend cette femme, mais au moins faudrait-il ne pas s\u2019imaginer que tout le monde est attaché à son téléviseur pour suivre les activités politiques, sociales et culturelles qui se déroulent partout dans le monde.On peut considérer le problème sous un autre angle.Les informations en principe sont excellentes, nécessaires.Leur diffusion devrait normalement éclairer le citoyen et l\u2019inciter à se prendre en main, mais elle prend malheureusement l\u2019allure d\u2019un bombardement.Multi-forme, intempestive, confuse, incessante, partielle, elle accable l\u2019esprit plutôt qu\u2019elle ne le renseigne.Les services d\u2019information livrent moins la connaissance que des messages souvent déracinés, désarticulés, disparates.Comme l\u2019écrit Pierre Bongiovani, « La clarté et l\u2019intelligibilité du monde ne viennent pas du flux continu des informations ni de leur accessibilité supposée.L\u2019information est trop dense, trop bruyante, trop fluide, trop rapide, trop frivole pour être éclairante et opératoire »5.Il est souvent impossible de distinguer dans les médias ce qui relève de l\u2019information proprement dite de ce qui relève de la publicité ou de la propagande.A aucune des époques 5 Cité par jean-Claude Cuillebaud, La Refondation du monde, Éditions du Seuil, 1999, p.358. qui nous ont précédés, la conscience n\u2019a-t-elle été soumise, de façon systématiques à des sollicitations aussi contraignantes qu\u2019à la nôtre.C\u2019est la suprématie des médias dans la vie de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui qui explique, du moins pour une part, que nous nous confinions si hermétiquement dans l\u2019immédiat.Le passé et l\u2019avenir n\u2019offrent plus d'intérêt pour le consommateur de nouvelles et d\u2019images.Nous nous activons dans un présent qui nous emprisonne, et il n\u2019est peut-être pas si étonnant que tant d\u2019asphyxiés décident de s\u2019enlever la vie.Ce qui est certain, c\u2019est que le confinement dans le présent risque d\u2019étouffer tout sens des responsabilités.La responsabilité ne peut s\u2019enraciner que dans une conscience ouverte au temps, à la durée.Si la conscience est enfermée dans l\u2019instant, si pour elle n\u2019existe ni l\u2019avant ni l\u2019après, elle est fermée à la responsabilité.Le développement des médias me semble affecter encore la conduite individualiste en ce qu\u2019il multiplie indéfiniment le processus mimétique qui est au cœur de l\u2019activité humaine.L\u2019homme apprend en regardant agir les autres.Il règle sa conduite sur l'observation des autres.Il peut les imiter, les envier, entrer en conflit avec eux.Le penchant à l\u2019imitation est très fort et il est stimulé, entretenu, multiplié par le développement des médias qui amènent beaucoup de gens à ne régler leur conduite que sur celle des autres.Si la seule règle est le mimétisme, la soumission au comportement général, il n\u2019y a plus de responsabilité, plus de normes, plus de loi, plus de péché, plus d\u2019interdit, plus de liberté.L\u2019individu se dilue dans la masse qui n\u2019est plus une société mais un troupeau.Dès leur plus jeune âge, les enfants sont entraînés par 119 le processus et l\u2019on voit peu à peu l\u2019humanité se soumettre aux mêmes modèles, adopter les mêmes idées, se soumettre aux mêmes schèmes culturels.L\u2019individualisme a de moins en moins de sens.a ?Nietzsche voyait l'homme moderne comme un être de masse.L\u2019avènement de la démocratie avait selon lui entraîné la déclin de l\u2019individualisme et engendré les comportements grégaires.On pourrait peut-être lui rétorquer que dans les sociétés aristocratiques, l\u2019individualisme était le privilège d\u2019une petite minorité.Les écrivains n\u2019ont pas attendu notre époque pour dénoncer de mille façons les comportements grégaires.Platon affirmait que la foule n\u2019aime pas le beau, qu\u2019elle ne s\u2019intéresse qu\u2019au plaisir, qu\u2019elle n\u2019a pas de discernement propre et n\u2019a de considération que pour ce que les grands lui recommandent.Saint Augustin disait que la foule ne pense pas.Et les moralistes de toutes les époques ont dénoncé les comportements grégaires.De nos jours, des facteurs nouveaux et inédits comme le développement des médias, la multiplication des moyens de transport, l\u2019augmentation de la population de la planète ont entraîné un rapprochement des hommes les uns des autres, un rapprochement qui ressemble de plus en plus à de la promiscuité, une promiscuité qui entraîne la dissolution de l\u2019individu dans la masse.Et c\u2019est la tendance que prend l\u2019humanité à l\u2019ère de la révolution technologique et économique.L\u2019homme nouveau démissionne devant l\u2019impérialisme des forces économiques, l\u2019individu se soumet aux impératifs du marché, même le politique est dominé par les multinatio- 120 nales.Jean-Claude Guillebaud écrit : « Le marché et la technique pensent à notre place »6 7.Les idéologues de la technoscience prévoient que nous nous en allons vers une société planétaire dans laquelle les individus seront traversés par un courant électrique, électronique ou informatique qui fera d\u2019eux un seul corps.On parle d\u2019une d\u2019une « intelligence collective » qui sera l\u2019« horizon ultime de notre histoire ».« La dissolution de l\u2019individualité humaine dans un grand tout cybernétique correspondrait au projet de Babel, cette fois victorieusement réalisé »7.Certains penseurs refusent le concept même d\u2019individu.Les tendance actuelles de la société soumise à la technoscience font évoluer la société vers la disparition du sujet libre et autonome, vers une société qui serait un « processus sans sujet »8 9.Alain Touraine parle de la destruction du Moi, de la « décomposition du sujet »9.Dans son dernier chapitre de Condition de l\u2019homme moderne, Hannah Aarendt décrit de quelle façon, dans le processus moderne, la pensée est en quelque sorte déclassée, évacuée par les machines.La vie individuelle est « submergée par le processus global de la vie de l\u2019espèce », l\u2019individu est poussé à « abandonner son individualité », et à se plier à un type de comportement hébété, tranquillisé et fonctionnel10.?Je suis toujours étonné quand j\u2019entends parler de l\u2019individualisme de l\u2019homme actuel.Il me semble que l\u2019homme 6\tJean-Claude Guillebaud, Le Principe d'humanité, Seuil, 2001, p.322.7\tIbid., p.166-167.8\tIbid., p.303-304.9\tAlain Touraine, Critique de la modernité, Fayard, 1992, p.217.10\tHannah Arendt, Condition de l'homme moderne, Calmann-Lévy, Coll.Agora, 1983, p.400. 121 moderne est soumis comme jamais à toutes sortes de conditionnements qui paralysent sa liberté intérieure, sapent les bases de son autonomie personnelle.Orwell prétendait qu\u2019il y avait moins de liberté intellectuelle à son époque qu\u2019à celle de Milton, au XVIIIe siècle.Certaines conditions spéciales étaient pour lui responsables de cette situation, soit la puissance de l\u2019argent, la puissance de l\u2019État, la passivité croissante du public et enfin la guerre, instrument par excellence de la crétinisation du public11.Et ces considérations me ramènent à Simone Weil.Le diagnostic qu\u2019elle porte sur l\u2019homme moderne est très sévère.Elle le voit comme dominé par la collectivité aveugle, incapable de penser.Elle qui aimait profondément les êtres humains, ne pouvait supporter les comportements grégaires.« Elle avait, dit Camille Marcoux, une admiration fanatique pour ceux qui sont différents, séparés, les hors-la-loi »12.Je n\u2019adopte pas nécessairement tous les aspects de la pensée de l\u2019expérience spirituelle de Simone Weil, mais sa conduite, en un sens, me semble exemplaire.Cette femme, qui était une grande intellectuelle, a poussé sa solidarité avec les ouvriers jusqu\u2019à aller travailler avec eux à l\u2019usine.Mais en même temps, elle poursuivait une quête spirituelle qui l\u2019occupera jusqu\u2019à la fin de sa vie.Elle était profondément enracinée dans son époque et en même temps dans l\u2019expérience spirituelle de l\u2019Occident.À la fois engagée dans la modernité et en retrait de cette modernité, profondément et solidement « enracinée » dans la dimension spirituelle de l\u2019individu.1\tVoir François Furet, Le Passé d\u2019une illusion, Éditions Robert Laffont, Livre de poche, 1995, p.625-626.2\tCité par Gabrielle Fiori, Simone Weil, Paris, Édition du Félin, 1993, p.193. 122 6- René Girard et la Modernité René Girard est un auteur difficile.On n\u2019adopte pas spontanément la démarche de sa pensée.Mais à mesure qu\u2019on le fréquente, on s\u2019aperçoit qu\u2019il nous conduit au cœur même des problèmes de notre époque, et qu\u2019il projette sur eux une lumière à la fois ancienne et nouvelle.Girard n\u2019est ni un critique littéraire, ni un ethnologue, ni un exégète, et il est tout cela en même temps.Il se dit un amateur.Si vous lisez Mensonge romantique et vérité romanesque, vous imaginez qu\u2019il est un littéraire.Pour lui, Shakespeare va plus loin que Platon.L\u2019art voit des choses que la science ne voit pas.Si vous lisez La Violence et le sacré, vous avez affaire à un ethnologue, à quelqu\u2019un qui étudie l\u2019homme primitif, les sociétés primitives.Si vous lisez Quand ces choses commenceront, La Route antique des hommes pervers, cette fois c'est un exégète qui parle, quelqu\u2019un qui lit la Bible, qui l\u2019analyse, avec une profondeur exceptionnelle, une originalité inédite.Girard prétend qu\u2019il n\u2019invente rien.Que tout ce qu\u2019il avance était déjà presque au complet dans saint Augustin.Il prétend être fidèle à la tradition occidentale la plus fondamentale, et fort des ressources de son immense culture, il sème la pagaille dans le domaine bien rangé des sciences humaines modernes.Son œuvre constitue probablement le coup de sonde le plus percutant qui soit dans la modernité.La notion centrale, ou la réalité centrale de la pensée de Girard, est la violence, et spécialement la gestion de la violence par les hommes.Dans une société primitive, des 123 conflits éclatent, des tensions montent, on canalise toute l\u2019agressivité sur une personne (Ce peut être un animal), on la sacrifie, la communauté est réconciliée et une vie nouvelle apparaît.Par après, il arrive que la personne soit considérée comme un héros, un saint, un roi ou un dieu.La violence est contagieuse.Pour éviter qu\u2019elle ne se généralise, on la canalise sur des victimes émissaires qui réunissent toute la communauté.De là le sacrifice, le bouc émissaire, le meurtre rituel.Dans cette violence qui éclate, le sacré se manifeste.Comme s\u2019il y avait une intervention surnaturelle.« La violence unanime du groupe se transfigure en épiphanie de la divinité »'3.C\u2019est le cœur du religieux, la raison du religieux.Et ce mécanisme influence toute la culture, toute la civilisation.Girard n\u2019explique pas les causes premières de la violence.Il constate qu\u2019elle existe, qu\u2019elle est une puissance qui peut tout briser, mais que les hommes ont appris à la circonscrire et à limiter son énorme énergie dévastatrice.Dans une société primitive, par exemple, naît un conflit qui dresse les individus les uns contre les autres.Si cette violence dévastatrice n\u2019était pas d\u2019une manière ou de l\u2019autre dirigée, canalisée, elle pourrait entraîner la mort de tous ceux qui sont affectés par elle.C\u2019est le sens de l\u2019instauration du rite du bouc émissaire sur qui se concentre toute l\u2019agressivité des membres d\u2019une collectivité, et qui est sacrifié, opérant ainsi le salut de cette collectivité.Les rites religieux réussissaient de cette manière à limiter la violence, à la circonscrire.Dans une société qui ne recourt plus aux rites religieux, il y a risque 13 La Route antique des hommes pervers, Grasset, Le Livre de poche, 1985, p.38. 124 que la violence déflagre et brise tout sur son passage.Le déferlement de la violence dans notre société n\u2019est pas étranger au traitement que nous réservons au religieux.Non seulement, dans la modernité, les rites religieux comme tels sont plus ou moins inopérants, mais dans l\u2019engouement avec lequel nous avons réalisé nos différentes formes de libération, nous avons pensé nous libérer de tous les tabous, de tous les interdits.Or, écrit René Girard, « les interdits ont une fonction primordiale ; ils réservent au cœur des communautés humaines une zone protégée, un minimum de non-violence absolument indispensable aux fonctions essentielles, à la survie des enfants, à leur éducation culturelle, à tout ce qui fait l\u2019humanité de l\u2019humain »:4.Les sociétés primitives avaient réussi à limiter, par les rites sacrificiels, les effets de la violence.On peut donc soutenir que l\u2019instauration de ces rites était un progrès pour l\u2019humanité et qu\u2019ils constituaient le fondement même de la culture et des civilisations.Mais il reste que cette religion sacrificielle n\u2019arrivait à limiter la violence qu\u2019en sacrifiant des innocents.Le christianisme opérera une véritable révolution, ou posera au moins les principes d\u2019une véritable révolution, quand il dénoncera le caractère inacceptable du sacrifice, et proposera aux hommes une nouvelle solution au déferlement de la violence.Déjà, dans l\u2019Ancien Testament, se développe une mise en question du mécanisme sacrificiel.Job, par exemple, n\u2019accepte pas d\u2019être la victime rituelle des membres de sa communauté et proclame son innocence.Mais avec le Christ, c\u2019est le système du sacrifice de la victime pour apaiser la violence de la foule qui est explicitement condamné.Girard tient pour une des paroles capitales du 14 La Violence et le sacré, Paris, Ed.Bernard Grasset, Coll.Pluriel, 1972, p.323. 125 Christ qui annonce un ordre nouveau cette formulation apparemment innocente : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice ».Le Royaume de Dieu, annoncé par Jésus, met fin au sacrifice et inaugure le règne du pardon et de la réconciliation.« Le Royaume de Dieu, écrit Girard, c\u2019est l\u2019élimination complète et définitive de toute vengeance et de toutes représailles dans les rapports entre les hommes »!5.Jésus est tué par les hommes, mais lui il ne doit rien à la violence.« L\u2019appellation Fils de l'Homme correspond aussi, de toute évidence, à cet accomplissement par le seul Jésus d\u2019une vocation qui est celle de tous les hommes ».Les hommes ont tué Jésus « parce qu\u2019ils sont incapables de se réconcilier sans tuer »l6.Mais tous savent que Jésus est innocent, que la collectivité est coupable, et la Passion inaugure un ordre tout à fait nouveau, inédit.Cet ordre nouveau rend caduc le mécanisme sacrificiel et fonde les droits de l'homme qui sont absolument inaliénables.L\u2019ordre nouveau fondé par le Christ est absolument révolutionnaire.Il inaugure une nouvelle manière de gérer la condition humaine et spécialement la violence.Les chrétiens sont ceux qui accueillent ce message, et qui ont mission de le transmettre à l\u2019humanité, sans être toujours à la hauteur de ce qu\u2019ils croient.C\u2019est ainsi que ce message est transmis d\u2019une génération à l\u2019autre, c\u2019est ce que l\u2019on appelle la tradition, et qu\u2019il arrive jusqu\u2019à nous.Évidemment, l\u2019humanité n\u2019a pas du jour au lendemain adopté le message du Christ.Elle n\u2019en a pas saisi spontanément la souveraine originalité.Les mécanismes sacrificiels 15\tDes choses cachées depuis la fondation du monde, Grasset, Biblio essais, 1978, p.289.16\tIbid., p.310, 311. 126 ont survécu sous différentes formes dans les persécutions, par exemple, les guerres, les conflits de toutes sortes, les totalitarismes qui ne reculent devant aucun « sacrifice ».La mentalité sacrificielle est loin d\u2019avoir été évacuée.La pensée elle-même n\u2019a pas réussi à se libérer des schèmes archaïques.Girard écrit, par exemple : « La thèse de la victime fondatrice constitue l\u2019aboutissement logique des grandes pensée athées du XIXe siècle »'7.Autrement dit, il faut tuer pour fonder quelque chose, il faut détruire pour instaurer une société nouvelle, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l\u2019arme nucléaire, le terrorisme.L\u2019humanité en est encore à la gestion de la violence par le sacrifice.Elle n\u2019a pas assimilé ni même vraiment accueilli le message évangélique.Girard dénonce l\u2019hypocrisie des sciences humaines modernes qui ont toujours regardé avec hauteur ou indifférence les récits évangéliques et qui en sont restés aux mythes pour tenter d\u2019expliquer la conduite des hommes.La portée anthropologique du message du Christ n\u2019a pas été suffisamment assimilée, pas suffisamment dégagée.Le christianisme, l\u2019Église, est pour l\u2019essentiel resté fidèle, en principe, ou doctrinalement, à l\u2019enseignement du Christ et spécialement au message qu\u2019il nous a laissé dans sa passion, dans sa mort et sa résurrection, sans être toujours, dans l\u2019expérience historique, à la hauteur de la révélation qu\u2019il accueille.Les chrétiens adoptent parfois la mentalité sacrificielle, sans en être conscients, ou sans s\u2019apercevoir qu\u2019ils ne sont pas fidèles à la foi qu\u2019ils professent.Mais ils sont aussi bien souvent victimes de la mentalité sacrificielle du monde qui les entoure.Ils développent un complexe de culpabilité 17 Ibid., p.606. 127 qui est l\u2019effet d\u2019une lecture de l\u2019histoire biaisée et scrupuleuse.Il me semble que l\u2019œuvre de Girard contribuera à dissiper des préjugés, à redécouvrir et identifier les forces spirituelles qui ont fait l\u2019Occident.a ?a ?a La réflexion de René Girard me semble donc présenter des aperçus très éclairants, et sur la religion, et sur certains aspects de la modernité.Pour certains esprits éclairés, la religion serait une relique du passé.Elle serait de plus responsable des conflits de toutes sortes, des guerres, des fanatismes dont l'histoire est remplie.Or, ce que toute la démarche de Girard illustre, c\u2019est que le rôle de la religion est d\u2019apaiser la violence.Si les hommes cèdent à la violence, ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils sont trop religieux, c\u2019est parce qu\u2019ils ne le sont pas assez.Le rôle du religieux, c\u2019est de maintenir la violence hors de la communauté18.« Le religieux vise toujours à apaiser la violence, à l\u2019empêcher de se déchaîner »'9.Dans la société actuelle, la violence est toujours présente, et la religion se faisant plus discrète, le monde risque de se précipiter dans la barbarie.Le débat que suscite Girard au sujet de l\u2019originalité du christianisme et de son dépassement des rites sacrificiels antiques me semble tout à fait fondé, et permet de mieux comprendre les mécanismes sacrificiels qui perdurent dans le monde moderne et aussi de remettre en question certaines interprétations des sciences humaines.Son œuvre 18\tLa Violence et le sacré, p.140.19\tIbid., p.34, 40. 128 foisonnante, difficile, courageuse, anticonformiste, provocatrice même, me semble d\u2019une pertinence exemplaire.La pensée de Girard devrait aussi permettre de mieux saisir les conséquences de la tendance à l\u2019uniformisation qu\u2019entraîne la mondialisation.Cette tendance à l\u2019uniformisation prend plusieurs formes.Les totalitarismes du vingtième siècle détruisaient l\u2019individu.« Le sacrifice de l\u2019existence individuelle est nécessaire pour assurer la conservation de la race »2°, disait Hitler.Le collectivisme bolchévique n\u2019était pas plus respectueux de la personne, et la société de marché ne voit plus les êtres humains comme des personnes, mais comme des clients interchangeables.Le monde actuel tend à effacer les différences, à ramener tous les hommes à quelques modèles.René Girard insiste beaucoup sur l\u2019idée que la paix n\u2019est pas fondée sur la négation et la destruction des différences, mais sur le respect de ces différences.Le refus des différences et des disparités entraîne la violence.La tendance à l\u2019uniformisation est probablement la principale cause de la violence qui éclate actuellement dans le monde.La puissance américaine, par exemple, est vue par ceux qui ne lui appartiennent pas, non seulement comme un impérialisme économique ou politique, mais comme une négation de leur identité.Le modèle américain tend à s\u2019imposer à tout le monde, donc tend à nier les différences, ce qui provoque la protestation violente.Il faudrait examiner le relativisme moderne dans cette perspective.Girard affirme que lorsque les peuples primitifs ne reconnaissent plus la distinction du pur et de l\u2019impur, la culture décline, la société se détraque.Dans nos sociétés 20 Cité dans Jean-Claude Cuillebaud, Le Principe d'humanité, Éd.Du Seuil, 2001, p.261. 129 modernes, ce qui correspond au pur et à l\u2019impur des sociétés primitives, c\u2019est le bien et le mal.Si la notion du bien et du mal disparaît, on tombe dans un relativisme généralisé, tout se vaut, tout est égal, c\u2019est-à-dire que rien ne vaut quoi que ce soit.La vie elle-même ne mérite plus le respect, la culture est mise sur le même pied que la pacotille, l\u2019éducation tourne en amusement.Une autre notion de Girard à laquelle la réflexion sur le monde actuel devrait recourir avec insistance est le mimétisme.Le mimétisme est une donnée fondamentale de la conduite humaine.Il est en lui-même intrinsèquement bon mais il peut aussi produire des effets désastreux.C\u2019est pourquoi une civilisation qui se respecte doit en user intelligemment.Le beau livre de Girard sur Shakespeare montre bien le rôle du mimétisme dans l\u2019amour au théâtre et dans la culture.Il ouvre des aperçus lumineux sur les secousses qui ébranlent la culture moderne.Le mimétisme est une force puissante qui doit être gérée intelligemment, sans quoi elle risque de faire s\u2019effondrer la société.Il est intimement lié à la violence et peut produire des effets désastreux.S\u2019il n\u2019y a pas de « dégré », de hiérarchie, d\u2019ordre, la rivalité mimétique peut devenir catastrophique.Avec le développement des médias, « la technologie moderne accélère les effets mimétiques ; elle les répète à satiété et étend leur rayon d\u2019action à toute la planète »21.Girard parle de « l\u2019industrialisation du désir »22 qui déclenche un processus dont les effets sont irrépressibles.Il dénonce le conformisme intellectuel et soutient que la tyrannie de la mode n\u2019a jamais été aussi totale dans 21\tShakespeare, Grasset, Biblio essais, 1990, p.199.22\tIbid., p.247. 130 une autre époque que dans la nôtre.C\u2019est le mimétisme qui explique les comportements grégaires.Le refus des interdits, qui sont par nature antimimétiques, ouvre la porte à tous les emballements.La pensée de Girard, qui s\u2019alimente à l\u2019ethnologie et à la littérature, est avant tout curieuse et inquiète de la modernité.La modernité est pour lui synonyme de crise culturelle.Il parle de « l\u2019énigme d\u2019une situation historique sans précédent, la mort de toutes les cultures »23.Son regard pourtant n\u2019est pas désespéré.« Une humanité nouvelle est en gestation, à la fois très semblable et très différente de celle dont nos utopies agonisantes ont rêvé »24.?23\tDes choses cachées depuis la fondation du monde, p.603.24\tIbid., p.609. NOUVELLES PARUTIONS CILLES MARCOTTE Les livres et les jours, Boréal, Montréal, 2002, 283 p.La pensée de Marcotte, substantielle, subtilement équilibrée, donne, par une sorte de composition de pôles contraires, par exemple doute et croyance, assentiment et réserve, adhésion et réticence, ironie et ferveur, critique et accueil, l\u2019impression d\u2019être assez souvent sous l\u2019influence de la contradiction qui l\u2019habite intimement, malgré le fait que celle-ci, pour l\u2019essentiel, se résout dans un sens ou dans l\u2019autre d\u2019une manière ma foi très affirmée.On peut saisir cette résolution par un exemple facile comme le suivant : Marcotte, qui n\u2019exerce aucun prosélytisme ni en philosophie, ni en politique, ni en matière religieuse, sa pensée néanmoins repose en chacun de ces domaines sur des conclusions dans lesquelles il se tient durablement, voire fortement.Quelque scepticisme court généralement dans sa réflexion, lui conservant un certain degré d\u2019incertitude jusque dans ses convictions.C\u2019est que son esprit critique est sans cesse en éveil.Même l\u2019esprit caustique, dont il est bien doué, ne se manifeste chez lui qu\u2019à l\u2019occasion, du moins si c\u2019est par écrit, car l\u2019homme, dans sa conversation, est souvent iro- 132 nique - d\u2019ailleurs ici encore avec subtilité, avec un sourire un peu perfide que je trouve redoutable.Il y a dans sa pensée quelque chose qui la retient, qui la garde contre l\u2019excès d\u2019assurance et qui la prendrait peut-être à revers si elle ne s\u2019établissait tout de même solidement.L\u2019affirmation chez lui est profonde et c\u2019est là son paradoxe.Sa prose est excellente, c\u2019est une écriture pure.Mais voici un autre indice de la curieuse réserve qu\u2019on devine partout dans l\u2019esprit de Gilles Marcotte : la valeur de son style, que je remarque à chaque fois que je le lis, est d\u2019un certain point de vue comme en retrait, certaine mais en même temps d\u2019une discrétion ! Les livres et les jours est fait de toutes sortes d\u2019observations et réflexions, un peu comme un journal.Pensez à Julien Green ou à André Major.Malgré foisonnement et variété, ce livre n\u2019est pas un fourre-tout ni un exercice intellectuel gratuit.Marcotte n\u2019a pas ce détachement assez vain qui le ferait passer d\u2019un sujet à l\u2019autre avec indifférence ou avec une quelconque égalité d\u2019intérêt.Au contraire, ses pensées sont souvent chargées d\u2019un sens qui lui importe au plus haut point, gage que ce sens importe objectivement.Cela fait en effet toute la différence.J\u2019y rencontre, sur un tas de sujets différents, des choses qui m\u2019arrêtent et m\u2019approfondissent.Par exemple, cette réflexion sur la politique en général.Péguy parle de la mystique qui se dégrade en politique.Le commentaire de Marcotte : « Il y a pire : la politique qui se dégrade en mystique.» En retournant l\u2019idée de Péguy, il la pousse plus loin et, 133 l\u2019achevant en paradoxe, il l\u2019accomplit jusqu\u2019à un point où elle ne se rendait pas.Marcotte vise Staline et Hitler, qui « ont été, dans un sens dévergondé, des mystiques » et « ont voulu que l\u2019homme entier, corps, esprit, âme, soit engagé dans le projet politique sans aucune possibilité de réserve.» Remarquez le rappel de cette réserve, toujours présente en dépit d\u2019un esprit que je crois ardent chez cet auteur.Il y a dans ce livre des quantités de jugements perspicaces et pleins de sens.Impossible de lui rendre justice, car il faudrait citer vraiment beaucoup.Contentons-nous d\u2019un ou deux passages, au hasard.Parlant des apôtres thaumaturges : « Ils guérissaient, oui.Le christianisme n\u2019est pas fait pour autre chose, guérir.Croire, c'est guérir.Mais de quelle maladie générale, dont l\u2019humanité serait atteinte ?» Sur le chant grégorien, entendu un dimanche matin à la maison, lieu impropre : « C\u2019est par effraction, par détournement de sens qu\u2019elle se fait entendre ici, au milieu de soucis familiers, dans un décor qui n\u2019a rien de commun, ou presque, avec celui dans lequel vivent les moines.Passage à l\u2019esthétique, avec armes et bagages ?» Mais on rigole aussi à l\u2019occasion.Parlant de la poésie au Nicaragua, où elle ruisselle paraît-il, l\u2019auteur cite, en anglais, Daniel Ortega : « In Nicaragua, everybody is considered a poet until he proves to the contrary.» « Partout des poètes, dit Marcotte.C\u2019est un peu effrayant.On se croirait à Trois-Rivières.» Très doué, Gilles Marcotte, pour le persiflage.Mais il se restreint.Il en use fort peu publiquement.Au fond, il ne laisse rien passer, mais extérieurement il laisse passer énormément de choses.C\u2019est sa faiblesse.Ou sa vertu. 134 De toute façon, cette prose limpide, cette intelligence en constant éveil, cet humanisme, qui le définit assez, comptent parmi les choses nécessaires, importantes, dont nous vivons ici.Pierre Vadeboncœur ZEINA ELTIBI Le Québec, l'Amérique en français, IDL1VRE, collection Esquilles, 2002, Paris, 198 p.Grand reporter à La revue du Liban, madame Zeina El Tibi avait déjà consacré au Québec, au printemps 2001, un important dossier qui avait contribué à mieux faire connaître notre pays.Ce travail a par la suite été repris dans un ouvrage, La Francophonie et le dialogue des cultures, que l\u2019auteure a fait paraître aux éditions l\u2019Age d\u2019homme et en traduction arabe aux éditions Dar al Moualef.Grâce à son travail une autre passerelle est jetée entre la culture québécoise et le monde arabe en général et avec le Liban en particulier.Devant l\u2019intérêt soulevé pour un Québec encore peu et mal connu en cette partie du monde, Zeina El Tibi a entrepris d\u2019aller plus loin et de lui consacrer un ouvrage entier.« À force d\u2019expliquer aux uns et aux autres que le Québec n\u2019est pas exactement le Canada, qu\u2019il représente une nation bien distincte en Amérique du Nord, qu\u2019il incarne une culture francophone spécifique et une civilisation originale, j\u2019acquis la conviction que le meilleur moyen d\u2019expliquer le Québec était de lui consacrer un livre qui pourrait contribuer à mieux comprendre \u2018l'exception québécoise\u2019 tout en donnant les informations indispensables à ceux que ce pays intrigue ou attire.» L\u2019auteure porte un « regard 135 amical » sur un pays qu'elle aime manifestement beaucoup et qu\u2019elle fait connaître ici avec chaleur et empathie.Les lecteurs québécois trouveront dans ce livre une synthèse fort bien conduite, une présentation de ce pays du Québec qui à chaque page laisse très bien sentir, percevoir l\u2019identité québécoise.L\u2019exposé est clair et rigoureux sans être surchargé des habituelles statistiques et autres données factuelles qu\u2019on retrouve généralement dans ce genre d\u2019ouvrage.Zeina El Tibi y démontre une excellente compréhension des réalités, des forces et des contraintes qui font le dynamisme de notre société.Sa compréhension des enjeux du développement est d\u2019autant plus assurée qu\u2019elle fait preuve d\u2019une saisie remarquable des grands courants politiques, sociaux, culturels et économiques qui ont marqué notre histoire et contribué à façonner les défis du Québec moderne.Appuyée sur une solide maîtrise des sources bibliographiques et conduite avec le recours fréquent à des entrevues avec des personnalités marquantes, sa présentation du Québec répond en tous points aux exigences du genre.Voilà un ouvrage de référence qui répond tout autant aux questions d\u2019intérêt pratique qu\u2019aux interrogations essentielles qui viennent à l\u2019esprit de quiconque cherche à comprendre ce qu\u2019est le pays du Québec, qu\u2019il veuille le visiter, y habiter ou en rêver.Ce sont ses qualités de rigueur intellectuelle, la grande culture de son auteure ainsi que l\u2019originalité de son sens de l\u2019observation qui méritent à ce livre d\u2019échapper au piège si fréquent des ouvrages de référence qui ne parviennent pas toujours à s\u2019affranchir des points de vue officiels et qui s\u2019engoncent, bien souvent, dans un langage un peu trop convenu.À l\u2019évidence, Zeina El Tibi livre à chaud un essai qui 136 combine à la froideur des faits le bouillonnement d\u2019une pensée qui se laisse transporter par l\u2019expérience tangible du pays, de ses gens et de ses paysages.C\u2019est ainsi que les Québécois apprendront beaucoup de cet ouvrage, non pas tant par les informations qu\u2019il collige que par la façon dont l\u2019auteure utilise ses sources, cumule les témoignages et partage les interrogations qu\u2019ils lui inspirent.Le « regard amical » de Zeina El Tibi fera découvrir des ouvrages, des interprétations et des analyses qui sous sa plume chatoient de couleurs que les questionnements locaux ne font pas toujours apparaître et qui, dans la façon dont ils sont mis en jeu, enrichissent et participent d\u2019une véritable rencontre des cultures.On pourrait apporter de nombreux exemples, le plus éloquent reste sans aucun doute la citation du très beau texte de la romancière québécoise d\u2019origine libanaise Abla Farhoud « Québec il y a longtemps que je t\u2019aime » qui donne une lumière extraordinairement douce à des considérations sur le sens de l\u2019histoire, de la pérennité et de l\u2019hospitalité.L\u2019amitié est une chose fort précieuse, essentielle aux peuples comme aux individus.Zeina El Tibi signe un ouvrage qui contribuera certainement à rapprocher les Québécois et le monde arabe et de ce fait même, à mieux servir la culture aussi bien que la convivialité.Robert Laplante JACQUES BEAUCHEMIN L\u2019histoire en trop, VLB, 2002, 201 p.C\u2019est à la lumière de l\u2019héritage de Fernand Dumont que Jacques Beauchemin entend poser un regard sur les récents 137 débats entourant la redéfinition de la nation québécoise.C\u2019est une lumière qu\u2019on croyait éteinte, vu le traitement réservé à la pensée dumontienne ces dernières années1, pressé semblait-on d\u2019évacuer la tradition d\u2019interprétation canadienne-française dont elle semblait la dernière manifestation.En ce sens, ce livre est non seulement le bienvenu, mais on peut dire sans hésiter qu\u2019une telle contribution à notre vie intellectuelle était attendue et nécessaire.L\u2019expérience québécoise est problématique.Le parcours canadien-français, devenu québécois, ne va pas sans une constante interrogation sur la possibilité de maintenir une nation historiquement constituée en Amérique.Le Québec est une petite nation.C\u2019est d\u2019ailleurs un tel souci qui donne sa profondeur à l\u2019œuvre de Dumont.Depuis toujours, on ne mène pas une vie intellectuelle au Québec en poursuivant seulement des objectifs semblables à ceux qui retiennent dans les grandes cultures ; il faut aussi s\u2019interroger sur les fragiles assises de son travail, sur une appartenance incertaine2.Penser la nation à la lueur de l\u2019intention dumontienne, c\u2019est l\u2019objet de l\u2019Histoire en trop.L\u2019ouvrage thématise la possibilité d\u2019une réintégration du parcours historique canadien-français dans la définition du sujet politique québécois.Il plaide 1\tÀ titre d\u2019exemple, nous citons ce passage explicite d'un néo-marxiste qui porte les oripeaux de cette étrange doctrine nommée « démocratisme radical », semblé décidé à nier la possibilité d\u2019une culture québécoise qui soit autre chose qu'une simple domination des uns sur les autres : « La voie dumontienne, tout enveloppée qu'elle est dans ses oripeaux passéistes, est moralement indéfendable et déconnectée de la réalité sociopolitique du Québec actuel », Daniel Salée, De l'avenir de l\u2019identité nationale québécoise in Repères en mutations, Québec-Amérique, 2001, p.162.2\tFernand Dumont, Récit d\u2019une émigration, Boréal, p.127. 138 aussi pour une recomposition substantielle du sujet politique autour d\u2019une communauté d\u2019histoire à même de poser dans le monde la possibilité d\u2019une éthique incarnée.La thèse de Beauchemin est assez simple : la légitimité d\u2019un projet politique québécois n\u2019a de sens qu\u2019à travers la reconnaissance de la légitimité d\u2019une revendication particulariste franco-québécoise, du communautarisme canadien-français.Le groupe porteur du projet autonomiste québécois est un sujet de culture historiquement constitué et facilement repérable.Il y a un sujet politique québécois qui ne peut être dissocié complètement, malgré les appels des tenants d\u2019un pluralisme radical, de la communauté francophone d\u2019héritage canadien-français et de ses compagnons de route.Il ne peut non plus être identifié complètement.« Penser la nation en terre minoritaire », comme le dit bien Beauchemin, implique finalement que l\u2019intellectuel, historien, sociologue ou philosophe, fasse sienne la préoccupation de Dumont ci-haut mentionnée.L\u2019identité du sujet politique québécois n\u2019est plus une évidence, au sens où la progression d\u2019une certaine idée du pluralisme dans les sociétés occidentales au cours de la dernière décennie mine la crédibilité politique des communautés historiques qui ne fondent pas d\u2019abord leur projet d\u2019émancipation ou d\u2019autonomie politique en fonction d\u2019arguments universalistes.« Ce qui nous confronte aujourd\u2019hui ne consiste pas seulement de savoir si le Québec doit ou non réaliser sa souveraineté politique, mais porte aussi, et peut-être surtout, sur la définition même du sujet politique que cette souveraineté prétend réaliser »3.Une culture diluée dans la 3 Jacques Beauchemin, L\u2019histoire en trop, VLB, p.îo. 139 « société des identités », banalisée par la radicalisation d\u2019un pluralisme qui ne se veut plus seulement axiologique mais identitaire, a t-elle encore une portée politique ?Les projets qu\u2019elle a pu formuler dans son histoire, qu\u2019elle intègre dans un récit nécessairement articulé autour de certaines finalités, sont-ils légitimes même s\u2019ils ne concernent pas a priori l'ensemble des citoyens membres de la communauté politique ?« La question est de savoir s\u2019il est légitime de dire « nous » dans le respect des droits d\u2019autres Québécois qui ne s\u2019associent pas au projet émancipateur qu\u2019ils ont d\u2019abord formulé pour eux-mêmes »4.La question est aussi, Beau-chemin le souligne, de préserver la possibilité d\u2019un récit mémoriel qui puisse préserver la trace du Canada français, qui n\u2019épuise pas le sens du vivre ensemble dans une incessante reconnaissance des droits de chacun à figurer en bonne place dans la nouvelle genèse de l\u2019identité collective.Le livre de Beauchemin « s\u2019organise autour de ce qu\u2019on peut appeler une thèse forte, selon laquelle la pensée politique contemporaine doit assumer la subjectivité qui traverse la conscience historique franco-québécoise.Elle avance que tout projet d\u2019avenir doit se fonder sur elle ».Thèse forte, effectivement, rappelant Dumont qui, dans Raisons communes, plaidait pour la reconnaissance de la culture franco-québécoise comme culture de convergence autour de laquelle pourrait se constituer l\u2019unité morale d\u2019une communauté politique québécoise.Rappelant encore Dumont lorsqu\u2019il affirmait que la légitimité d\u2019un projet politique québécois reposait justement sur l\u2019existence d\u2019une « nation française » à laquelle il fallait donner un socle politique substantiel.Pour le dire avec Beauchemin, « la nation québécoise n\u2019a pu s\u2019édifier, et ne pourrait éventuellement réaliser sa souverai- 4 ibid.p.10. 140 neté politique, qu\u2019en référence à une communauté d\u2019histoire se représentant dans sa singularité »5.L\u2019évacuation de cette subjectivité particulière de la pensée politique, on peut la mettre sur le compte d\u2019un certain refus de soi qui minerait la référence québécoise depuis le mouvement initial de la Révolution tranquille.Dans la dynamique des années i960, c\u2019est l\u2019héritage du vieux Canada français qui fut rejeté.Cette dilution progressive d\u2019une subjectivité canadienne-française s\u2019est poursuivie dans le champ de la science historique à travers le paradigme justement qualifié de « révisionniste », qui fit une lecture de l\u2019histoire québécoise pour en dévoiler une supposée précoce modernité.Le refus de soi diagnostiqué par Beauchemin prend maintenant le visage d\u2019un nationalisme civique orthodoxe, ou encore d\u2019une dilution de la culture dans une myriade d\u2019identités secondaires qu\u2019il s\u2019agit de reconnaître sans aucune hiérarchie en fonction d\u2019un idéal égalitaire radical.« La société se représente alors comme un conglomérat d\u2019identités diverses, susceptibles de reconnaissances et titulaires éventuelles de droit »5 6.S\u2019il apparaît impossible de revenir sur cette nouvelle manifestation de l\u2019idéal égalitaire propre à la modernité, il n\u2019est pas vain cependant de plaider pour un communautarisme franco-québécois capable de se réconcilier avec la société des identités.Surtout que celui-ci apparaît comme la possibilité d\u2019une éthique sociale incarnée à même de recomposer un lien social qui se délite au même rythme où s\u2019amenuisent les liens qui unissaient les humains en une communauté d\u2019histoire.Ce sentiment communautariste, par-delà la tentative évidente de l\u2019esquiver et de le faire disparaître 5\tibid.p.28.6\tidid.p.21. Hi sous une analyse réduisant le monde présent à la logique de diffraction qui l\u2019anime, demeure et constitue le mode d\u2019appartenance spécifique des Québécois d\u2019héritage canadien-fran-çais.Beauchemin indique ainsi une piste d\u2019interprétation aux spécialistes de la question nationale : « pour ceux qui font métier d\u2019interpréter cette société, le défi consiste à prendre en compte la persistance de ce sentiment communautariste ».7 Beauchemin plaide pour la réintégration de concepts qu\u2019une théorie de l\u2019identité, d\u2019importation anglo-américaine, post-moderne, « post-coloniale » et certainement post-nationale avait bannis et mis à la corbeille des idées périmées.On retrouve sous sa plume un complexe de notions qui relèvent du langage de la culture, comme la conscience historique, la mémoire, la tradition.On suppose ainsi que la vie d\u2019une nation ne se réduit pas à des manifestations de domination, qu\u2019elle n\u2019est pas simplement une représentation hégémonique de l\u2019identité des dominants, mais qu\u2019elle est aussi porteuse d\u2019une dimension éthicopolitique propre au fait d\u2019être ensemble en un certaine monde commun.Il y a finalement une valeur intrinsèque propre à une présence au monde dans le langage et la conscience de la culture.« La légitimité du politique dans sa capacité à réguler le conflit repose sur un certain nombre d\u2019a priori éthiques, eux-mêmes issus de traditions particulières et d\u2019une certaine forme de vivre ensemble construite par l\u2019histoire »7 8.Ce propos, on s\u2019en doute, est à cent lieues de l\u2019actuel discours québécois sur l\u2019identité, qui pour assurer le projet d\u2019une société francophone maître d\u2019elle-même en Amérique, sent 7\tibid.p.53.8\tibid.p.22. H 2 le besoin de l\u2019oindre d\u2019un vernis libéral, au point d\u2019en miner ses conditions de possibilité.La dissolution de la culture dans une mosaïque d\u2019identités friables conduit à terme à l\u2019effacement de la conscience historique franco-québécoise et du sujet politique qui révélait sa participation au monde à travers elle.L\u2019évacuation de tout contenu historique dans la définition du sujet politique québécois s\u2019inscrit dans la même veine.Une nation particulière est nécessairement constituée d\u2019un complexe d\u2019interprétations concurrentes, qui en se nouant en un dialogue par le passage à travers les siècles, en viennent à donner un certain contenu positif à l\u2019identité collective.La référence n\u2019est pas un lieu vide, dirions-nous, avec Dumont.Le discours politique ne peut, sous prétexte de se conformer à une éthique libérale, ou encore multiculturaliste, s\u2019adresser à un peuple inexistant, parce que recomposé en laboratoire, au terme d\u2019un bricolage conceptuel douteux.En grossissant le trait, on pourrait dire que le Canada français n\u2019est pas mort.Ce livre de Jacques Beauchemin arrive à point.Il jette un éclairage nécessaire sur le grand débat concernant la redéfinition de la référence québécoise.Qu\u2019il propose cette synthèse en faisant appel à la pensée de Fernand Dumont annonce peut-être le retour d\u2019un certain bon sens dans le discours nationaliste.On lui laissera le dernier mot : « Les francophones du Québec ont accepté depuis longtemps la diversité qui constitue \u201cl\u2019identité\u201d québécoise.Mais il est aussi temps que l\u2019on fasse droit à leur légitime désir de durer dans ce qu\u2019une certaine culture a fait d\u2019eux »9.Mathieu Bock-Côté 9 ibid.p.185. M3 COLLECTIF SOUS LA DIRECTION DE GUY GIROUX L\u2019État, la société civile et l\u2019économie - Turbulences et transformations, Presses de l\u2019Université Laval, 2001 Les sept articles de ce collectif interrogent les nouvelles significations des concepts d\u2019« État », de « société civile » et d\u2019« économie » à l\u2019ère de la mondialisation économique et politique.Ils questionnent en premier les transformations des rapports qui existent entre ces différentes entités.Ils évaluent ensuite les changements réels par rapport aux discours officiels qui caractérisent les phénomènes sociaux, économiques et politiques contemporains.Enfin, ils proposent des alternatives à la dominante idéologique néo-libérale dans la justification de cette évolution planétaire et dans les orientations à prétention normative que la soi-disant post-modernité libérale prescrit.Un tel projet, ambitieux et comportant un niveau de complexité infini, implique nécessairement un regard en surface sur la multiplicité des paradigmes qui s\u2019opposent au sujet de la société, de l\u2019économie et de la politique dans les années 2000.Néanmoins, les publications abondent dans tous les sens et nous permettent d\u2019éclairer notre vision des phénomènes impliqués au cœur de la mondialisation.Cette pluralité qui caractérise la littérature « sociologisante » au sujet de la mondialisation est certes une richesse intellectuelle, mais elle peut aussi donner la nausée tant la diversité des concepts semble conduire nécessairement à une paradoxale limitation des perspectives sur le monde vécu.En effet, que dire de l\u2019extraordinaire expansion du vocabulaire technique (entre autres dans la catégorie « mondialisa- 144 tion ») dont sont responsables les sciences sociales ?Ce vocabulaire nous apparaît parfois comme un masque de la réalité politique telle quelle existe dans le monde vécu.La « science » sociale ne peut gérer une donnée que si elle prend la forme d\u2019une information, et dans le meilleur des mondes, celle d\u2019un fait.L\u2019information serait ainsi « vérifiable », donc « scientifique », parce qu'elle posséderait une valeur prédictive.Le futur l\u2019invalidera par la contradiction du réel ou lui donnera une valeur de vérité si elle s\u2019avère « correspondre » à ce même réel.Pour ce qui est du fait conceptualisé, c\u2019est-à-dire ayant une valeur « descriptive », il restera toujours muet a priori sur les questions fondamentales du sens.Pourtant, les concepts descriptifs prennent le plus souvent la forme prédicative et le lecteur du savant papier universitaire ne peut que se plier au dévoilement de la réalité qui s\u2019exerce sous ses yeux.Or, la réalité politique prend rarement l\u2019une ou l\u2019autre de ces formes.Elle prend plutôt la forme de l\u2019opinion, du mouvement populaire organisé, de la réaction, de la décision et surtout de l\u2019affirmation.Bref, le monde politique se définit comme volonté et comme représentation.Quelle est la valeur prédicative de cette insaisissable « réalité » du monde politique ?Il est effectivement difficile de l\u2019évaluer si l\u2019on se limite à la perspective des sciences sociales.Le recueil de Giroux pêche inévitablement par cette hypertrophie conceptuelle.Il comporte néanmoins de solides études de cas, tel le texte de François Dépelteau et de Paule Halley sur l\u2019évolution de la pratique et de la conception de la gestion des ressources naturelles au Québec.Un autre exemple intéressant, mais limité dans sa portée réflexive, est le 145 texte du théologien Michel Dion sur la responsabilité sociale des entreprises.On notera enfin la belle étude de Gérard Boismenu sur le traitement politique des sans-emploi.Tous ces textes ont le mérite de rechercher l\u2019exactitude factuelle et conceptuelle.Tous cependant ne font que complexifier, et parfois jusqu\u2019à l\u2019hermétisme, le langage descriptif de la mondialisation et des processus qui l\u2019accompagnent.Ils ne servent pas les acteurs politiques parce qu\u2019ils prescrivent des solutions confectionnées hors du monde de l\u2019action et de sa logique propre.Ils ne servent pas beaucoup non plus le citoyen qui voudrait mieux comprendre son monde, parce qu\u2019ils s\u2019orientent vers une « vérité désintéressée » alors que tout citoyen a nécessairement ses intérêts propres et ceux, partagés, de son groupe d\u2019appartenance.Tout individu membre d'une communauté politique participe d\u2019emblée avec ses pairs d\u2019une interprétation de la réalité politique.Fondamentalement, tout animal politique est donc un animal partisan.Malgré leur prétention légitime à expliquer les phénomènes entourant la mondialisation, ces textes ne sont, en somme, d\u2019aucune utilité politique.À titre d\u2019exemple, le texte de Frédéric Lesemann s\u2019interroge sur les transformations de l\u2019État qui résultent de la dérégulation économique du marché international.Il montre que les études et les sondages d\u2019opinion ne vont pas dans le sens de la dérégulation néo-libérale, même si celle-ci est omniprésente dans le langage employé par les élites politiques et économiques occidentales.Ces études démontrent aussi que les individus ne font plus entièrement confiance à l\u2019État du modèle de l\u2019État providence pour assurer leur bien-être et leur sécurité.De là, en s\u2019abreuvant chez des auteurs comme 146 Alain Touraine, il conçoit l\u2019époque de transition actuelle comme le moment privilégié pour orienter les réformes en direction d\u2019un « État partenaire », à la fois des individus et de la société civile, capable de réguler l\u2019essentiel tout en permettant une sphère accrue de liberté d\u2019entreprise et de participation civique.Autrement dit, l\u2019État ne doit pas reculer pour laisser place uniquement au marché, il doit aussi laisser à la « société civile » une plus grande latitude.Les auteurs de ce recueil s\u2019intégrent donc massivement à l\u2019intérieur du schème de l\u2019omniprésente théorie communicationnelle héritée surtout de Jürgen Habermas (cité dans presque tous les textes du recueil !).En ajoutant les idées de Giddens et les critiques de Touraine, ils militent en somme pour un renforcement de la « société civile » - concept flou et magique s\u2019il en est un, mais que l\u2019article de Giroux tente néanmoins de préciser en se citant lui-même à profusion.Cette perspective conquérante de la philosophie critique et des sciences sociales est aujourd\u2019hui omniprésente chez les chercheurs universitaires.Personne n\u2019osera critiquer en profondeur cet utopisme de la communication non obstruée qui traque sans répit les formes de la domination partout où elle est susceptible de se cacher.Pourtant, l'épistémè réductrice au fondement de cette philosophie la condamne à l\u2019aveuglement et à l\u2019impuissance : elle ne peut pas construire des orientations politiques et idéologiques susceptibles de nous conduire vers le bien commun politique sans s\u2019insérer dans une trame historique correspondant à la logique des imaginaires populaires et nationaux.La guerre conceptuelle entre cette nouvelle gauche socio-philosophique et l'empire idéologique néo-libéral nous semble d\u2019un intérêt théorique bien limité.Le libéralisme social universaliste ou le libéra- 147 lisme individualiste demeurent incapables de proposer une praxis significative conforme à la réalité politique des peuples et des conflits de groupe.S\u2019interdire le symbolique et le stratégique signifie se couper du politique.Un texte du recueil, le dernier, transcende selon nous cet horizon limité du libéralisme politique par sa sensibilité, son originalité et son propos pénétrant.En effet, nous saluons en terminant l\u2019effort de Sheila Mason qui veut dépasser le criticisme habermassien en construisant une philosophie du bien commun d\u2019inspiration communauta-rienne, plus précisément et dans ses mots : d\u2019une « éthique narrative de la sollicitude ».Dave Anctil, Université de Montréal SOUS LA DIRECTION DE CHRISTIAN DEBLOCK L'organisation mondiale du commerce / Où s\u2019en va la mondialisation?, Montréal, Fides / La Presse, 2002, 295 p.Un groupe d\u2019une quinzaine de chercheurs (politologues, juristes et spécialistes du commerce international) du Centre Études internationales et Mondialisation sous la direction du professeur C.DEBLOCK de l\u2019UQÀM signent ce recueil de réponses récentes à la question : où s\u2019en va la mondialisation après la bataille de Seattle contre l\u2019AMI en 1999, après la Conférence ministérielle de Doha (9-13 novembre 2001) et les attentats contre le WTC du 11 septembre 2002 ?L\u2019ouvrage fouillé et bien documenté aurait pu s\u2019intituler « La mondialisation après Doha ».Le livre traite des trois nou- 148 velles questions, auxquelles ne pourront plus se soustraire désormais les grandes rencontres internationales sur la mondialisation : « 1.quelles doivent être les limites des pouvoirs de l\u2019OMC (compétences et juridictions) ?; 2.le développement doit-il être pensé uniquement en termes de libre-échange économique, commercial et financier ?; 3.les droits du commerce ont-ils préséance sur les droits de la personne humaine, sur les droits environnementaux, les droits du travail, de la santé, de l\u2019éducation, de la culture, etc.?» (cf.p.31-32).La réponse aux deux dernières questions est un NON sans équivoque.Mais le politologue Philippe FAUCHER fait bien comprendre que le droit commercial et mondial doit évoluer rapidement s\u2019il veut pouvoir guider une « mondialisation équitable », une mondialisation plus humaine, c\u2019est-à-dire une mondialisation qui prenne en compte tous les aspects du développement, et non seulement ses dimensions économiques, commerciales et financières.La première question demeure encore sans réponse précise et fait l\u2019objet de nombreux débats un peu partout dans le monde.La première partie de l\u2019ouvrage fait ressortir le fait que la mondialisation est acceptée a priori comme une rénovation du développement.On y décrit l\u2019intégration économique totale des marchés et la rénovation du système commercial multilatéral (chap.1, M.ABBAS), les dix avantages du système multilatéral de l\u2019OMC (Intr.de C.DEBLOCK), les amâiorations apportées aux mécanismes de règlement des différends par la Conférence de Doha (chap.2, V.LOUNGARATHP) et l\u2019importance des accords régionaux et du régionalisme (chap.3, C.DEBLOCK) qui constituent « la dérogation la plus importante au principe de 149 non-discrimination qui doit régir les relations commerciales entre les pays » (cf.p.74 j.D'autres aspects de l\u2019Intégration de marchés sont également traités : l'importance de l\u2019agriculture dans les négociations, (chap.4, S.DUFOUR), la concurrence et l\u2019accès aux marchés (chap.5, M RIOUX), le commerce des services financiers à travers l\u2019ALÉNA et dans la future ZLÉA (chap.6, P.FORTIN) et les conflits entre pays du Nord et pays du Sud dans la quête aux investissements (chap.7, R.BACH AND).La deuxième partie du livre pose la question fondamentale : « les droits sont-ils éclipsés par les marchés ?».Le politologue P.FAUCHER propose au Chap.8, son agenda pour une mondialisation équitable sans déficits démocratiques.Il y est essentiellement question d\u2019une quête d\u2019une autre mondialisation, une mondialisation à visage humain.La juriste L.LAMARCHE expose l\u2019accroissement de la pauvreté, l\u2019exclusion sociale et les violations des libertés civiles qui découlent des négociations (chap.9).Les effets négatifs de la mondialisation sont ici ouvertement dénoncés, mais on constate une prise de conscience de plus en plus claire de la nécessité de « la primauté des droits humains sur le droit des échanges commerciaux mondialisés » (p.183).Un nouveau droit « mondialisé » est en train de se constituer, le droit des peuples au développement, le droit de l\u2019environnement, les droits civils et politiques.Les États ne sont plus les seuls joueurs sur la scène du droit international.La lecture du questionnement concernant le Pacte international relatif aux doits économiques, sociaux et culturels (cf.p.187) s\u2019impose à tout législateur politique, car jusqu\u2019à preuve du 150 contraire, les États sont toujours les premiers responsables de l\u2019adoption des accords de commerce relatifs à la mondialisation des échanges.L\u2019historique proposé par D.HOLLY (chap, io), fort intéressant du reste, aurait pu avantageusement figurer en introduction.Le chapitre n, « La Chine, leader des pays en développement ?» du directeur de recherche de la Chaire RAOUL-DANDURAND, L.TASSÉ, nous apprend que la Chine souhaite « rouler sur deux roues ».Ouvrir les marchés et libéraliser les échanges, c\u2019est la roue de la cohabitation avec les pays développés.Opérer des transferts de technologie et de savoir-faire avec les pays en développement, c\u2019est la roue de la coopération (cf.p.232-233).On reste un peu surpris au chapitre r2 d\u2019aborder le monde des ADPICS (Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce) dans la Déclaration de l\u2019accord de Doha.Le juriste G.AZZARIA de l\u2019Université Laval, nous y apprend que les brevets pharmaceutiques peuvent empêcher de faire face à des situations d\u2019urgence nationale ou à des circonstances extrêmes, comme une épidémie grave ou une attaque bio-terroriste et que des compagnies pharmaceutiques ont beaucoup plus d\u2019intérêts commerciaux que d\u2019intérêt pour la santé publique.« Médecins sans frontières » a même eu l\u2019idée d\u2019une clause « d\u2019exception sanitaire » dans les accords commerciaux multilatéraux, inspirée de la clause « d\u2019exception culturelle » (cf.p.252).Le Chapitre 13 de C.BEZOU, chargé de projet pour le commerce international à l'ACICI de Genève, porte sur les graves lacunes des clauses sociales et des normes du travail dans les échanges commerciaux (travail des enfants, discriminations de toutes sortes, etc.).On y apprend que les Asiatiques « considèrent la définition des droits humains comme étant nécessairement culturelle » (cf.p.261) et donc, « non universelle ».Les valeurs asiatiques étant profondément différentes des valeurs occidentales, cela ne peut que rendre plus difficiles les négociations multilatérales pour la libéralisation du commerce.L\u2019étudiant en droit de Genève, M.M.MBENGUE, soulève au Chapitre 14, d\u2019intéressantes interrogations sur les liens entre le commerce, l\u2019environnement et la santé publique.Il rappelle à juste titre que ce sont les États qui devraient décider du contenu des accords de l\u2019OMC et non les multinationales, et que le « principe de précaution » devrait permettre à un État de se retirer d\u2019un accord lorsqu\u2019il existe des incertitudes et des craintes pour l\u2019environnement et la santé humaine (cf.p.275).Malgré l\u2019absence de liens entre les différents chapitres ou de synthèses qui « globaliseraient » le paysage de la mondialisation en 2002, l\u2019ouvrage du professeur C.DEBLOCK et de ses collègues est particulièrement stimulant pour la réflexion qui s\u2019impose à tous sur l\u2019avenir du monde.Comme le signale à juste titre le sociologue Dorval BRUNELLE dans sa préface, le livre du professeur DEBLOCK constitue une excellente source de références riches et variées, un outil d\u2019analyse à la fois « pondéré et critique », des plus utile pour quiconque souhaite mieux connaître et mieux comprendre les véritables enjeux et les nombreux défis de la mondialisation.Ce livre devrait figurer en bonne place sur la liste des 152 ouvrages de référence essentiels du futur Observatoire québécois sur la mondialisation.jean-Louis Bourque JEAN-PAUL DESBIENS « Je te cherche dès l\u2019aube », Journal 2001-2002, Montréal, Stanké, 2002, 358 p.Ce journal de Jean-Paul Desbiens couvre la période du Ier janvier 2000 au 31 décembre 2001.Il rend compte de certains événements politiques et culturels mais aussi des occupations, des lectures et des méditations de l\u2019auteur.Jean-Paul Desbiens, connu d\u2019abord sous le pseudonyme de Frère Untel, a été, comme chacun le sait, avec ses Insolences, un des déclencheurs de la Révolution tranquille.Non seulement à cause du diagnostic qu\u2019il portait sur les problèmes de la langue des Québécois, mais parce qu\u2019il affichait un esprit provocateur qui dénonçait le conformisme de l\u2019époque.Le Frère Untel fut exilé pendant quelques années, mais son message fut entendu et le Québec lui doit une fière chancelle.C\u2019est toujours le même homme que nous retrouvons dans ce livre.Un homme impatient, bourru, qui consigne fébrilement ses réflexions et ses humeurs.L\u2019écriture est pour lui une nécessité, un acte vital, une manière d\u2019être.C\u2019est pourquoi il est attentif aux caprices de la langue, à son génie, à ses ressources infinies.Il aime à jouer avec les mots : « Le vent est tombé sans se faire mal », note-t-il en badinant.Et il n\u2019a pas perdu le sens de la formule : « Un mot sans racines, est un mot mort », écrit-il.Évoquant le retour de de 153 Gaulle à l\u2019occasion de la guerre d\u2019Algérie, il note : « Le pouvoir ne se prend pas, il se ramasse ».Jean-Paul Desbiens est un observateur critique de la société.Les conformismes du milieu du vingtième siècle sont disparus mais ils ont été remplacés par d\u2019autres qui ne sont pas moins oppressants, et Jean-Paul Desbiens les dénonce ouvertement.On peut n\u2019être pas toujours d\u2019accord avec lui mais la liberté de pensée et la force de la parole qu\u2019il affiche, et qui sont des valeurs beaucoup moins répandues qu\u2019on ne le pense, méritent notre plus grand respect.Il est indéniable que cet homme est habité par une fidélité profonde et absolument généreuse au Québec.Cette fidélité s\u2019enracine dans une spiritualité qui s\u2019alimente aux sources les plus fécondes de la tradition occidentale.Jean-Paul Desbiens est un homme inquiet, impatient, farouche, admet-il lui-même.Il est croyant, catholique, pratiquant, mais toujours prêt à donner des coups de pied dans les arrangements factices.Il faudrait être bien mesquin pour l\u2019accuser de dogmatisme.« Je ne prétends pas avoir la foi, dit-il, je prie pour l\u2019avoir ».Et à ceux qui sont portés à considérer le catholicisme comme un système inflexible, on pourrait conseiller d\u2019adopter sa conception du Credo qui « bien avant d\u2019être une liste d\u2019affirmations dogmatiques, est une prière ».Je présenterais ce livre comme le journal d\u2019un homme d\u2019honneur qui se tient debout dans la tourmente.Paul-Émile Roy *54 LIVRES REÇUS Roland Arpin Territoires culturels, Bellarmin, 2002, 296 p.Jacques Beauchemin L'histoire en trop, La mauvaise conscience des souverainistes québécois, vlb Éditeur, 2002 Gérard Bouchard Mitsouk, roman, Boréal, 2002, 511 p.Samuel de Champlain Des Sauvages, texte établi, présenté et annoté par Alain Beaulieu et Réal Ouellet, Éditions Typo, 2002, 288 p.Jean-Paul Desbiens Je te cherche dès l\u2019aube, journal 2001-2002, Stanké, 2002-360 p.Pierre Duchesne Jacques Parizeau, le Baron, Tome II, Québec/Amérique, 2002, 534 p.Paul Élysa Bye bye Jean Chrétien, Lanctôt Éditeur, 2002, 100 p. 155 Jean Ferguson \u2022\tUn amour de poète, roman, Éditions Lettresplus, 2002,145 p.\u2022\tLe bonheur a des candeurs d\u2019enfance griffonnées à la main, Éditions Lettresplus, 2002, 91 p.\u2022\tDans le blanc des yeux, Mémoire du présent, Humanitas, 137 p.Andrée Ferretti La passion de l\u2019engagement, Discours et textes (19(04-2001), Lanctôt Éditeur, 2002, 190 p.Louis-Jacques Filion Savoir entreprendre, douze modèles de réussite - étude de cas, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 444 p.Fernand Foisy Sacré Chartrand, Lanctôt éditeur, 2002, 125 p.Nicole Fontet Le malentendu, roman, Lanctôt éditeur, 2002, 119 p.Michel Freitag L\u2019oubli de la société, Pour une théorie critique de la post-modernité, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 433 p.Gilles Gagné - Simon Langlois Les raisons fortes, nature et signification de l\u2019appui à la souveraineté du Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2002,187 p.Bernard Gagnon La philosophie morale et politique de Charles Taylor, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 303 p.Michel Garneau Une corde de bran de scie, recueil de poésie, Lanctôt éditeur, 2002, 264 p. 156 Jacques Grand\u2019Maison Réenchanter la vie, Fides, 2002, 285 p.André Joyal Le développement local, Comment stimuler l\u2019économie des régions en difficulté, Éditions de l\u2019IQRC, Presses de l\u2019Université Laval, 2002,156 p.Sylvie Lacombe La rencontre de deux peuples élus, Comparaison des ambitions nationale et impériale au Canada entre 1896 et 1920, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 291 p.Robert Lahaise Canada-Québec, Entrouverture au monde, 1896-3914, Lanctôt Éditeur, 2002, 256 p.Louis Lasnier Les noces chymiques de Philippe Aubert de Gaspé dans L'Influence d\u2019un livre, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 328 p.Manon Leroux Les silences d'octobre, Le discours des acteurs de la Crise de 1970, vlb éditeur, 2002 Raymond Lévesque À bon entendu, salut ! Lettres aux journaux et autres propos dérangeants, Lanctôt éditeur, 2002,104 p.André Lussier Le nationalisme québécois sur le divan, Fides, 2002, 202 p.Denis Monière Internet et démocratie, Monière et Wollank éditeurs, 2002, 187 p. 157 Henri J.M.Nouwen Par ses blessures, nous sommes guéris.Le ministère sacerdotal dans le monde d'aujourd\u2019hui, Éditions Bellarmin, 2002, 96 p.Marguerite Paulin Maurice Duplessis.Le Noblet, le petit roi, Collection les grandes figures, XYZ Éditeur, 2002, 246 p.Jean-Christian Pleau La Révolution québécoise, Hubert Aquin et Gaston Miron au tournant des années soixante, Fides, 2002, 270 p.Robert Prévost Mon tour de jardin, Septentrion, 2002, 212 p.Marc Riopel Le Témiscamingue, son histoire et ses habitants, Fides, 2002, 366 p.Sylvain Rivière et Gil Thériault Terre-Neuve, Pays de la Morue, Lanctôt Éditeur, 2002, 67 p.Jean-Denis Robillard Combien de fois encore ?Les relations conflictuelles Canada/ Québec depuis les 50 dernières années, JDR Éditions, 2001, 656 p.Pierre Serré Deux poids, deux mesures, L'impact du vote des non-francophones au Québec, vlb éditeur, 202, 266 p. OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.confiance stratégie performance \u2022\tGestion active en actions et en obligations\t\u2022 Gestion indicielle \u2022\tGestion équilibrée\t\u2022 Gestion privée En actions canadiennes et en obligations, nos performances annuelles composées se classent au premier quartile sur la période de 3 ans terminée le 31 décembre 2000, selon l'ensemble des sondages publiés sur les performances des gestionnaires de caisses de retraite.Pour de plus amples informations : Sophie Lemieux.M.Sc, Directrice, Développement des affaires 425.boul de Maisonneuve Ouest, bureau 1740, Montréal (Québec) Canada H3A 3G5 Téléphone; (514) 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 www.groupe-optimum.com Note ; Au 31 décembre 2000, la performance annuelle composée sur 3 ans est de 14,2 % en actions canadiennes et de 6,3 % en obligations Ces performances sont des rendements antérieurs et ne laissent présager en rien les rendements futurs.® Marque de commerce de Groupe Optimum inc.utilisée sous licence PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire\t JE M\u2019ABONNE\t(Taxesincluses) Pour 1 an ?(4 Nos 30$), pour 2 ans ?(8 Nos 55$) NOM\tCap-aux-Diamants j \t ADRESSE\tPar téléphone :\t(418) 656-5040 Par télécopieur : (418) 656-7282 Par la poste : C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 VILLE\tPROV.\t CODE POSTAL\t TÉL.: (\t)\t (Vous recevrez le prochain No : Mars, juin, septembre ou décembre)\t CHRONIQUES Chroniques Le Bulletin du lundi\t160 Courrier des lecteurs\t170 Index de nos annonceurs\t183 LE BULLETIN DU LUNDI Vous souhaitez recevoir ce bulletin par courriel chaque lundi ?C\u2019est simple, il suffit de nous envoyer votre adresse de courrier électronique à administration(giaction-nationale.qc.ca ou de s\u2019abonner à partir de notre site Internet.Bulletin 15 octobre UN SAPIN PEUT EN CACHER UN AUTRE Bonne semaine pour les manœuvres de propagande.Jean Chrétien, le petit Dion et autres grands serviteurs de notre peuple en renfort de John Manley pour occuper le devant de la scène et faire dévier le débat sur le déséquilibre fiscal, c\u2019est de la bonne besogne de manipulation des médias.Ainsi donc Ottawa gère mieux, les délégations ne sont que de minables simulacres d\u2019ambassades, la province ferait mieux de revoir ses prétentions, la politique du mépris le dispute à la démagogie.L\u2019indignation d\u2019André Pratte n\u2019y changera rien, le Québec bashing est gratuit, il va devenir la norme en ce qui concerne nos rapports avec le Canada.Un peuple nié, enfermé dans la logique de minorisation et cadenassé dans un ordre constitutionnel conçu pour le casser, le réduire au rang de réminiscence folklorique, ne peut s\u2019attendre à autre chose.Déjà terni par le cirque lamentable d\u2019un peüt concierge du grand capital prêt à tout pour servir ses maîtres et attirer sur lui les projecteurs, le consensus québécois sur le déséquilibre fiscal a vite été relégué au rang de colère d\u2019opérette.Ottawa s\u2019amuse d\u2019autant plus allègrement que le Québec ne lui fait plus peur.À quoi peut bien rimer un ultimatum -même consensuel - quand les deux partis d\u2019opposition se présentent devant l\u2019électorat avec des programmes qui consentent d\u2019ores et déjà à gérer le Québec dans l\u2019espace qu\u2019Ottawa lui laisse ?Les inconditionnels du lien Canadian ont beau déchirer leurs chemises, ils déclarent sur toutes les tribunes qu\u2019ils sont tout disposés à s\u2019ajuster aux contraintes que le Canada nous impose.Ils ne ratent jamais une occasion de dire qu\u2019ils sont prêts à faire les carpettes devant file du Prince Édouard et le Nouveau-Brunswick pour tenter de faire un-front-commun-des-provinces-et -revoir-les-modali-tés-administratives-et-que-cela-réussira-si -le- Québec-est-patient-et-conciliant-et-fait-preuve-de leadership.L\u2019État Canadian est désormais passé en mode d\u2019éradication non seulement des souverainistes mais bien de la nation québécoise elle-même.L\u2019asphyxie fiscale est une stratégie peu coûteuse.Pouvant compter sur une colonne d\u2019inconditionnels qui trouveront toujours le moyen de dire que le Québec manque d\u2019oxygène parce qu\u2019il ne sait pas bien respirer, le gouvernement Chrétien n\u2019a même plus besoin de faire semblant de tenir des propos cohérents.Il peut proférer n\u2019importe quelle insanité, une batterie de commentateurs et éditorialistes à gages sont toujours prêts à y trouver matière à faire des nuances et même à s\u2019indigner tout en continuant de réaffirmer que rien ne sera jamais assez grave pour que le Québec rompe le lien Canadian.Avec un autre chef, avec le changement des valeurs, avec le temps qui n\u2019a jamais d\u2019effet délétère.La réalité ne compte pour rien désormais dans la guerre de propagande entreprise pour réduire à néant l\u2019existence poli- tique du Québec.Ottawa peut dire n\u2019importe quoi, une chorale d\u2019entretenus se charge de dissoudre toute référence à une quelconque logique intrinsèque aux intérêts nationaux du Québec.Cette semaine plus que jamais est apparue l\u2019évidence que le stratagème Canadian n\u2019a d\u2019autre fonction que de contribuer à « déréaliser » toute espèce de logique de la nécessité pour ce qui concerne les véritables enjeux de notre peuple.Ottawa nous aspire dans la pratique tranquille du non-sens.Pendant qu\u2019on s\u2019amusait à faire du tapage à propos des délégations, un certain Dhaliwal annonce des mesures pour atténuer les effets de la crise du bois d\u2019œuvre.Une sinistre plaisanterie.À peine 20 millions de dollars en crédits nouveaux, emballés dans un ensemble de mesures plus ou moins habilement recyclées.Le ministre Gendron fulminait, la plupart des parties au dossier n\u2019en finissaient plus de redire leur insatisfaction.Exit la nouvelle, couverte par les sparages.Il y a toujours un endroit où la réalité finit par reprendre ses droits : les régions forestières du Québec vont continuer de prendre les coups durs.Et voilà tout à coup les Pettigrew et Cauchon de venir nous dire que le Québec doit faire sa part, la forêt « étant une compétence provinciale ».La belle affaire ! Quand il s\u2019agit d\u2019exclure le Québec, le dossier relève du commerce international et c\u2019est là une chose trop sérieuse pour que le Canada ne s\u2019en occupe pas lui-même et lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019assumer les conséquences de l\u2019impasse des négociations, le même dossier revient tout à coup dans les plates-bandes du Québec ! Et puis il s\u2019en trouve déjà pour commencer à dire qu\u2019il ne faut pas exagérer, après tout Ottawa a fait son effort. i63 C\u2019est toujours ainsi avec les mesures dilatoires, Ottawa ne dit pas non, mais il répond par une demi-mesure et, pis encore, par une demi-mesure inadéquate qui va rendre encore plus difficile la mise en place d\u2019une riposte cohérente à la guerre commerciale.Le PLQ et l\u2019ADQ sont restés étrangement silencieux.Les libéraux ont déjà joué de démagogie le printemps dernier en proposant que le Québec prenne le fardeau quelle que soit la contribution d\u2019Ottawa -rien là que de l\u2019électoralisme cynique de la part d\u2019un parti qui sait bien que le sort de la prochaine élection va se jouer dans les régions.Silence indigent du côté de l\u2019ADQ.La détérioration des conditions économiques fournira d\u2019excellents matériaux pour tenir le gouvernement du Québec responsable du marasme pourtant Canadian.Pendant que sa propagande vise à miner le débat public en usant de tous les recours pour vider de sa substance la moindre référence à la réalité, la politique réelle de l\u2019État Canadian n\u2019en continue pas moins de déstabiliser l\u2019économie du Québec.La réponse à la situation de l\u2019industrie du bois d\u2019œuvre vient encore une fois démontrer qu\u2019un sapin peut en cacher un autre.Robert Laplante Bulletin du 21 octobre LE RATATINEMENT SE FERA DANS L\u2019ORDRE Guy Laforest peut bien ratiociner sur l\u2019héritage de la Révolution tranquille, Mario Dumont continuer de faire du pathos sur les listes d\u2019attente et Jean-Luc Migué pérorer sur les monopoles publics inefficaces, le Québec ne se ratatinera pas n\u2019importe 164 comment ! Paul Martin vient de prendre l\u2019engagement d\u2019y voir.Pendant que les sondages continuent de faire flotter l\u2019ADQ sur les nuages néo-libéraux, la très Canadian réalité politique se manifeste pour faire les rappels nécessaires.C\u2019est le Canada qui fixe la longueur de la laisse ! Les choses vont se faire dans l\u2019ordre et selon une méthode dictée d\u2019Ottawa.Même en consentant au rapetissement, les politiciens et fédéralistes québécois se sont fait dire cette semaine qu\u2019ils n\u2019auront pas l\u2019initiative de notre enlisement dans la médiocrité.Ottawa veille au grain.Paul Martin l\u2019a redit (Le Devoir, 16 octobre) c\u2019est le rapport Romanow - et non pas les fantasmes de l\u2019ADQ - qui fixera les paramètres.Pendant que dans la même édition du Devoir le petit Dion jouait les raisonneurs pour dénoncer l\u2019unanimisme d\u2019une classe média-tico-politique de son invention, la vraie politique tenait dans le discours de Paul Martin.L\u2019État du Québec ne va pas seulement ratatiner, il va le faire aux conditions et dans les formes que lui imposera la majorité Canadian.Certes, cela n\u2019exclura ni la bienveillance ni la condescendance.Ottawa va « aider » les provinces à faire le nécessaire pour respecter les normes « nationales », le gardien des valeurs va dresser les garde-fou.Les aspirants-gérants de la bourgade québécoise peuvent bien se donner des frissons en se faisant croire que la « province » de Québec peut agir à sa guise, les tuteurs ne toléreront rien de plus que la rhétorique du changement.Le Québec des fédéralistes ne passera à autre chose que pour se faire servir de violentes dégelées.Ottawa va réorganiser le financement de la santé et il a décidé qu\u2019il n\u2019y aurait plus de telles choses que des systèmes provinciaux.C\u2019est une affaire « nationale » pour le Canada qui ne concédera 165 aux provinces que des particularismes régionaux sans incidence sur l\u2019économie générale du système.Il n\u2019y a qu\u2019une nation au Canada et, en santé comme dans le reste, le Québec va prendre la place qu\u2019on lui désigne et la prendra comme on voudra bien la lui faire prendre.Il n\u2019y aura plus de chicane au Canada sur la question du Québec, l\u2019affaire est réglée, la cause entendue.Ceux et celles qui veulent encore se faire croire qu'il existe un espace politique pour les partis fédéralistes se paient de mots.Ils peuvent toujours se donner l\u2019air sérieux en se demandant si l\u2019État prend trop de place au Québec, mais Ottawa a décidé qu\u2019il n\u2019y a pas assez d\u2019État Canadian dans nos affaires et cela ne se négociera pas.Le seul État susceptible de servir la nation française d\u2019Amérique, c\u2019est celui du Québec.En cet automne 2002 adéquistes et libéraux se lancent en campagne en nous proposant de le redéfinir dans les limbes.Il sera sans doute possible pour un temps de faire comme si la politique provinciale avait une quelconque consistance idéologique mais cela ne se fera qu\u2019au prix d\u2019un report des échéances.Le Canada fixe d\u2019ores et déjà les conditions concrètes d\u2019exercice du prochain gouvernement de la « province » de Québec.Un peuple qui ne se gouverne pas lui-même l\u2019est forcément par un autre.Si chicane il subsiste au pays de Menaud, ce ne sera plus que sur les modalités du consentement.Cela n\u2019aura plus rien à voir à une quelconque emprise sur les choses.Les « vraies affaires » ne se décideront plus désormais qu\u2019à Ottawa.Il ne restera dans la bourgade que de vraies carrières de garde-chiourme.Et l\u2019insignifiance des parvenus qui pourront prétendre comme Martin Cauchon appartenir à l\u2019aile nationaliste des fédéralistes québécois en beurrant leurs épi- 166 nards à s\u2019épivarder sous l'empire d\u2019une constitution qui non seulement ne reconnaît pas l\u2019existence de notre nation mais trouve son fondement et sa légitimité dans le déploiement des mesures qui n\u2019ont d\u2019autre but que de l\u2019oblitérer.Il n\u2019y a plus de voie spécifique pour le Québec dans le Canada.Entre servitude et souveraineté, ne reste plus que l\u2019espace de l\u2019imposture.Robert Laplante Bulletin du 28 octobre LE DÉFICIT DÉMOCRATIQUE DIONISÉ Le Canada a beau être le « plus meilleur pays du monde », il n\u2019est tout de même pas parfait.Les blasés de la politique ont eu le tournis cette semaine, Paul Martin a reconnu faire de l\u2019angoisse sur la santé démocratique du Canada.Celui qui n\u2019a reculé devant rien pour conduire la révolution de palais qui a fini par avoir raison du p\u2019tit gars de Shawinigan cherche maintenant à se donner une image vertueuse.Il faut revaloriser le rôle des députés pour combler le déficit démocratique, assouplir la discipline de parti, desserrer l\u2019emprise du cabinet du Premier ministre sur la gouverne, etc.Une tarte à la crème, quoi.L\u2019aspirant Premier ministre qui laisse minoter sa fortune dans les paradis fiscaux va nous donner des leçons de citoyenneté.Le ministre qui a défendu l\u2019Union sociale canadienne et qui n\u2019a pas eu le moindre scrupule à marginaliser le gouvernement du Québec qui refuse de se laisser traiter comme une agence de livraison de services se fait du souci à propos de la légitimité parlementaire. 167 L\u2019architecte des manœuvres d\u2019asphyxie fiscale qui pérore sur la santé des finances publiques ne voit pas de mal à utiliser le pouvoir de dépenser d\u2019Ottawa pour détourner, brouiller ou neutraliser les priorités québécoises et les encarcaner dans les « normes nationales ».L\u2019homme qui a dénaturé la caisse d\u2019assurance-emploi, détourné ses fonds pour se donner les moyens de piétiner les compétences du Québec, se fait des inquiétudes à propos de la démocratie.Le plombier qui a cautionné la création de la Fondation canadienne pour l\u2019innovation, les Bourses du millénaires et autres bidules ayant pour fin explicite de contourner et de soustraire la gestion des fonds publics aux règles d\u2019imputabilité s\u2019inquiète du manque de transparence.Le lieutenant de Jean Chrétien qui applaudit au Bill C-20 visant à cadenasser le Québec en caricaturant les règles démocratiques et constitutionnelles n\u2019a pas jugé bon d\u2019aborder le sujet.La démocratie qui l\u2019intéresse est Canadian.Le porteur d\u2019une grande vision pour le Canada ne voit pas de déficit démocratique dans un ordre constitutionnel qui nie le peuple québécois tout en déployant une vaste machinerie pour saper sa législation linguistique et compromettre sa capacité de maintenir et promouvoir sa langue et sa culture.Le Québécois Paul Martin, c\u2019est l\u2019homme qui aime le Québec comme le veut le Canada, délavé, élimé et condamné au folklore.L\u2019aspirant chef du PLC n\u2019a a plus de problème avec la question québécoise.C\u2019est réglé. 168 Il compte désormais sur les arrivistes de la bourgade pour amuser la galerie torontoise.Liza Frulla a largement démontré pouvoir avaler n\u2019importe quoi.La passionaria du carriérisme va faire sa fête au petit Cauchon et il n\u2019y aura pas de déficit démocratique dans les manœuvres.Seulement des petites vacheries ordinaires comme cette remarque du même Cauchon jouant de sous-entendus quant à l\u2019authenticité des origines du grand argentier (La Presse, 24 octobre).C\u2019est le retour du registre ethnique dans lequel la politique Canadian va se décliner au Québec.Une grosse minorité niée et dont l\u2019élite collaboratrice va se noyer dans le faction-nalisme laineux, voilà le programme.L\u2019emprise du P LC sur le Canada est totale.La vision unitaire qu\u2019il met en œuvre va lui assurer le pouvoir pour longtemps encore.U establishment qui l\u2019appuie massivement s\u2019arrange bien avec le déficit démocratique.Dans les faits, la dérive oligarchique que consacre l\u2019impossibilité de la classe politique Canadian à faire lever une véritable opposition, est considérée comme une inconvénient mineur en comparaison des avantages que procure un P LC centralisateur décidé à tout mettre en œuvre pour imposer un État unitaire à une population qui trouve dans la création du « national government » satisfaction à ses aspirations identitaires.Les supporters québécois de Paul Martin sont appelés à faire carrière sur le cautionnement et la mise en œuvre des politiques visant à provoquer la régression identitaire du Québec et à consacrer sa minorisation.La nation niée va servir de marche-pied à ceux et celles qui iront faire les smart guys à recruter tous les token quebecers qui bomberont le torse à brandir dans les anti-chambres les colifichets du ser- vice à l\u2019unité nationale.Ils poseront les réalistes et chanteront les vertus du compromis.À défaut d\u2019avoir à proposer une voie spécifique pour le peuple du Québec dans le Canada, ils se réfugieront dans la rhétorique compensatoire en se prenant à rêver de finir Gouverneur général.Quelque part un savant observateur parlant de tout cela devant quelque Royal Academy ne tardera pas à qualifier de dionisation de la classe politique de la province de Québec ce processus typiquement Canadian.Le petit Stéphane aura alors complété le cycle de sa vie politique utile en fournissant à Paul Martin l\u2019étiquette à apposer sur les actifs dont il aura besoin pour combler son déficit démocratique.11 pourra dès lors retourner à l\u2019université et se mettre à jouer les eldersta-tesman devant le Rotary Club de Moose Jaw.En attendant qu\u2019on donne son nom à une chaire de French Canadian Studies.Et pourquoi pas une médaille de Great Canadian ?Robert Laplante ATTENTION NOUVELLE ADRESSE DE COURRIEL Vous souhaitez réagir au bulletin ?nous envoyer un texte ?ou pour joindre la rédaction écrivez à : revueffiaction-nationale.qc.ra Si vous souhaitez abonner quelqu'un au bulletin ou si vous souhaitez vous désabonner à ce bulletin, veuillez nous en faire part en nous retournant un courriel à : administration @action-nationale.qc.ca en indiquant votre adresse dans le corps du message.Cette adresse est également valable pour toutes vos questions concernant votre abonnement à la revue. 170 COURRIER DES LECTEURS RENTRER DANS LE RANG Je reçois régulièrement vos bulletins, et je les lis occasionnellement.Pas qu\u2019ils ne soient pas intéressants, au contraire, mais de toujours se faire dire que nous ne pouvons rien faire car c\u2019est à cause d\u2019un autre gouvernement, ça on le sait.Votre façon de documenter la politique québécoise influencée des décisions fédérales devient redondante et m\u2019incite à moins vous lire, car je sais d\u2019avance ce que seront vos conclusions.Je ne veux pas prendre votre place, car je ne pourrais porter une opinion aussi « pointue » sur les agissements de nos gouvernants, mais par contre, je constate que nous sommes influencés par des décisions fédérales et que certaines, plus concrètes, devraient être mieux publicisées par votre organisme et tous ceux qui veulent nous conscientiser vers l\u2019indépendance ou quelque chose comme ça.La grève des techniciens de Radio-Canada en début d\u2019année a été prolongée indûment car c\u2019est le gouvernement fédéral qui s\u2019occupait de régler ce litige car le syndicat est Canadian, ÇA c\u2019 est très grave et parce que c\u2019est réglé, personne n\u2019en parle plus - mais combien de personnes au Québec ont été 171 privées d\u2019un service d\u2019information de qualité et ont dû soit attendre ou s\u2019abonner à un cablo-distributeur et donc payer des coûts supplémentaires ?Pourtant, nos taxes elles sont bien perçues par OTTAWA et on paie comme tous les autres Canadians même si nous n\u2019avions pas de service.Même chose pour le problème à Vidéotron qui traîne en longueur à cause de beaucoup de mauvaise volonté de part et d\u2019autre, mais aussi à cause du syndicat qui est Canadian et qui permet à l\u2019employeur de contourner nos lois anti-briseurs de grève.On rentre si facilement dans le rang sans rien dire.Pourquoi les problèmes de santé sont si aigus dans toutes les provinces et que nous ne pouvons rien faire car le fédéral, qui empoche les surplus occasionnés par nos paiements de taxe, ne daigne pas le régler ?Même chose pour les accords de Kyoto, qui vont favoriser I\tAlberta au détriment des autres provinces.Et combien d\u2019autres situations du même genre devraient être soulevées et présentées dans les premières pages des journaux, soulevées par les éditorialistes, tout en vous assurant qu\u2019un suivi soit fait pour chaque situation et non pas l\u2019oublier dès qu\u2019un autre événement survient, pour qu\u2019éventuellement nous puissions prendre des décisions éclairées lorsque viendra le temps de nous affirmer.II\ty aurait tellement de choses à lister qu\u2019on en finirait plus.Louise Quenneville 172 POURSUIVRE LA MISSION Vous tirez bien sur Paul Martin (prononçons à 1 anglaise svp) avec le gain qu\u2019il a fait en spéculant sur la baisse des taux d\u2019intérêt en 82-83 quand il a « biddé » sur la Steamship Lines, argent aussitôt lavé dans lesdits paradis fiscaux et il devient ultérieurement MINISTRE DES FINANCES !!!!! Non mais ! Les médias sont de son côté.?Québec-Presse et Le Jour sont morts pour avoir voulu dénoncer en masse.L\u2019Action nationale poursuit la mission mais j\u2019aimerais vous voir plus souvent sur nos tribunes car vous êtes un des rares à entretenir intelligemment et conséquemment cette cause historique.Les gens oublient et doivent se souvenir par notre entremise.Pourquoi le PQ au pouvoir ne nous soutient pas plus qu\u2019il ne le faut ?Michel Des jardins VOTER POUR UN CHANGEMENT ?Je lis avec grand plaisir vos bulletins chaque semaine et cette lecture m\u2019ouvre bien les yeux sur les iniquités du système canadien.Sans compter que je suis tout à fait conscient du fait que le parlementarisme, tant canadien que québécois, n\u2019est malheureusement démocratique qu\u2019en apparence.La discipline de parti et toutes les centralisations du pouvoir entre les mains avides des premiers ministres m\u2019inquiètent au plus haut point.Avant de voter pour un changement vers la souveraineté, je dois être sûr que la constitution exclura 173 ces aspects et visera la représentation réelle de la population et pas seulement ça : la représentation réelle de la Culture québécoise avec un grand C.Pas la culture de la connaissance, pas la culture de mass Media inc.mais plutôt une Culture du peuple qui tente de l\u2019élever.Par cette élévation, j\u2019entends le retour vers la philosophie, vers l'effort intellectuel et vers une certaine forme de spiritualité complètement absente de l\u2019enseignement.Cette spiritualité ne doit pas signifier endoctrinement, mais plutôt explication rationnelle des grandes religions planétaires afin que les conflits entre l\u2019Occident et les autres grandes régions du monde se résorbent.Comme vous pouvez le voir, je désire savoir avant coup ce que le gouvernement va bien faire de la souveraineté : sera-t-il social-démocrate, socialiste, centre-droit, etc ?Vise-t-il une meilleure redistribution de la richesse ?Veut-il augmenter le salaire minimum de façon supérieure à l\u2019inflation des prix ?Veut-il agir dans le domaine de l\u2019ALÉNA afin de se débarrasser de cette paperasse qui nous aliène en tant que peuple et qui risque de nous coûter des milliards (io ooo ooo ooo $ de poursuites en ce moment contre le Canada, particulièrement Santé Canada) ?À quand les débats de fond ?Je sais que plusieurs questions sont lancées ici et qu\u2019il sera sûrement difficile de me répondre.Si vous me répondez logiquement en répondant à mes questionnements, il y a de grandes chances pour que je vote pour la souveraineté au prochain référendum sur la question.Étienne Noël, 20 ans, Sherbrooke 174 UN PAUL-ÉMILE ROY EN PLEINE FULGURANCE ! Quelle agréable surprise que cette nouvelle livrée dans laquelle L'Action nationale se présente maintenant ! Couleurs chaudes, invitantes.Graphisme marqué au coin de la modernité.Présentation d\u2019ensemble aérée, avec un grand bloc blanc qu\u2019on imagine rempli de tous les possibles.Depuis deux ans, Robert Laplante mène la barque et il le fait avec un brio que j\u2019admire.J\u2019avais eu l\u2019immense honneur de fréquenter Rosaire Morin, pendant les dernières années qu\u2019il a passées à LAction nationale.À ce grand homme, à ce grand Québécois, il fallait un successeur qui soit à la hauteur.Robert Laplante a relevé le défi de main de maître.Sa pensée riche et profonde est une constante source d'inspiration, particulièrement les lundis, que j\u2019attends maintenant avec plus de hâte qu\u2019auparavant en raison de sa chronique-Web.Dans le numéro de novembre-décembre, j\u2019apprécie par-dessus tout l\u2019article de Paul-Émile Roy, « L\u2019urgence de faire l\u2019indépendance ».Quelle splendide synthèse que ce rapide survol de l\u2019histoire et du destin des Québécois ! Une vraie pièce d\u2019anthologie.Ce chef-d\u2019œuvre devrait être mis dans les mains de tous les jeunes.Plus on connaît le Québec, plus on apprend à l'aimer ! Et comme le dit l\u2019adage et l\u2019illustre brillamment cet article de Paul-Émile Roy « qui méconnaît l\u2019histoire se condamne à la répéter ».Je disais que cet article devrait être mis dans les mains des jeunes.Pas seulement eux.Pour ma part, Néo-Québécois de deuxième génération, c\u2019est grâce à des éléments tels que cet 175 article que je suis tombé amoureux du pays du Québec et de son histoire.Avec toute mon admiration pour la Revue ; à ses collaborateurs, amitiés et longue vie.Claude Ghanimé, Club des ioo Associés.Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@sta-conseil.com www.sta-conseil.com Télécopieur: (450)471-0026\tTéléphone : (450) 471-2662 (514)355-7923\t(514)355-7869 (800) 782-5799 178, rue Sainte-Marie Terrebonne (Québec) J6W 3E1 À votre service plus que jamais ! Qualité et service assurés \u2022\tLivres ( 200 à 10 000 exemplaires ) \u2022\tManuels techniques \u2022\tListes de prix \u2022\tRapports internes \u2022\tCatalogues \u2022\tDépliants \u2022\tBrochures Marc Vcilk'ux, prvsitknl tél.: (450)449-5818 fax.: (450)449-2140 courriel : adm@marcveilleux.com Marc Veilleux Imprimeur ¦»
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