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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2003-02, Collections de BAnQ.

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[" \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t Volume XCIII numéro 2 FÉVRIER 2003 Index de nos annonceurs 175 Roland Pichet Bleuitée Estampe 1986 Cote 467132 Bibliothèque nationale du Québec 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3C5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca administration@>action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur: Robert Laplante * * 1 1\t* ' * * ™ \u201c Directrice adjointe : Laurence Lambert.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire ; Henri Joli-Cœur, administrateur; Robert Laplante; Lise Lebrun, animatrice communautaire; Pierre Noreau, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Marie-Claude Sarrazin, Bachelière en Droit ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire, UQTR ; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Simon Langlois ; Anne Légaré ; André Juneau.Comptes rendus : Paul-Emile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Envoi de Poste - Publications -Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d\u2019aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal » 2 ÉDITORIAL Robert Laplante L\u2019ANGLAIS À L\u2019UQAM : LA DÉRIVE CLIENTÉLISTE Le monde est vaste et l\u2019horizon de la croissance, illimité.Quand on est dans la business de l\u2019éducation la perspective de l\u2019intégration des marchés des Amériques ne saurait nous laisser indifférent.L\u2019UQAM vient d\u2019annoncer qu\u2019elle entendait bien prendre les grands moyens pour aller chercher sa part de marché.Bien entendu, l\u2019université ne négligera pas pour autant son marché local, elle continuera d\u2019assumer son caractère francophone même si des accommodements devront être faits pour composer avec les exigences de l\u2019élargissement de ses créneaux auprès des segments anglophone et allophone.L\u2019évolution des marchés de la connaissance et de la formation crée des pressions importantes sur la langue d\u2019enseignement, sur les compétences linguistiques des diplômés et oblige les institutions qui souhaitent accroître leur avantage concurrentiel à s\u2019ouvrir et s\u2019adapter à ce fait brutal : le marché porteur parle surtout anglais et la demande pour un produit adapté exige des modifications à ce que l\u2019institution a l\u2019habitude de livrer.Il va donc falloir s\u2019ouvrir au monde.Et comme de raison, c\u2019est un défi, un grand défi.La logique de la vertu ayant ses exigences propres, il ne sera évidemment pas question de seulement s\u2019ouvrir à l\u2019anglais mais aux grandes langues internationales.C\u2019est bien connu, le client a toujours raison. 3 Les pragmatiques sont nos meilleurs guides et ils savent que le néo-libéralisme est un horizon indépassable.L\u2019UQAM aborde donc l\u2019avenir avec confiance, le marché la guide et les lois de la concurrence l\u2019inspirent.Ceux qui s\u2019inquiètent des errements de l\u2019Université dans notre société ne seront pas rassurés par la lecture du rapport du Groupe de travail sur l'intégration des étudiants non francophones à Y UQAM et sur la langue d\u2019enseignement.Il s\u2019agit d\u2019une remarquable illustration des tiraillements et contradictions dans lesquelles s\u2019enferre la réflexion sur la gestion universitaire.Les idéologies managériales et éducatives s\u2019y entremêlent pour donner une étrange synthèse, une espèce de bouilli où chacun reconnaîtra bien ce qu\u2019il veut dans le plat qu\u2019on lui sert.Lieux communs sur la mondialisation, observations pertinentes sur l\u2019évolution de la production du savoir et sur les conditions de sa diffusion, rhétorique de la rectitude sur l\u2019ouverture et l\u2019adaptation au changement, diagnostic inquiet sur la qualité de la formation et sur le niveau de maîtrise du français des étudiants universitaires, propos éclairés sur les exigences de redéfinition du profil des compétences linguistiques, naïveté inquiétante sur les réalités de la domination culturelle, tout y est, la candeur et la bonne foi en prime.Qui trop embrasse mal étreint.Ce rapport souffre d\u2019un vice de construction qui va nuire gravement à la qualité du débat en plus de compromettre le sort de plusieurs de ses meilleures recommandations.Tout n\u2019y est pas mauvais, en effet, mais tout y baigne dans la lumière glauque d\u2019un économisme primaire qui déforme le questionnement et corrompt l\u2019expression des préoccupations légitimes qui l\u2019ont 4 inspiré.En essayant de régler dans un cadre général des questions qui ne relèvent pas du même ordre d\u2019exigences institutionnelles et qui obéissent à des logiques différentes, le rapport entretient une confusion qui, à coup sûr, va faire des dégâts.C\u2019est la contamination marchande qui est responsable de la confusion.Les considérations sur les nécessités de s\u2019adapter au marché et aux caractéristiques de la clientèle empoisonnent le raisonnement sur la responsabilité et la vocation d\u2019une institution publique jouant un rôle clé dans la socialisation, l\u2019intégration socioculturelle et le développement économique.Si elles avaient été traitées séparément et avec moins de prétendons englobantes sacrifiant à l\u2019ère du temps et à la rhétorique marchande, les principales composantes du mandat de ce comité auraient été mieux traitées.Et le sort du rapport promis à une plus grande fécondité.L\u2019ambition l\u2019a emporté sur la rigueur.Pour y voir clair, il vaut mieux aborder les parties une à une et ne pas se laisser distraire et emporter par la rhétorique clientéliste qui sert à gommer les failles du raisonnement.Commençons donc par le commencement.Il n\u2019y a rien de bien audacieux à poser comme non contradictoire le fait de s\u2019assumer comme institution québécoise et celui de se tailler une place dans un monde où l\u2019anglais domine largement.Ce serait bien le comble de postuler que le Québec est un obstacle pour lui-même, que son identité est une contrainte à son développement.Si, d\u2019entrée de jeu, les rédacteurs mettent tant d\u2019insistance à établir la complémentarité des défis de l\u2019internationalisation et de la consolidation du français dans l\u2019enseignement et la recherche, c\u2019est qu\u2019ils cherchent à s\u2019en convaincre eux-mêmes pour tenter de 5 réconcilier la réalité de leur institution avec les perceptions que leur dictent une lecture du marché de l\u2019éducation et les lois de la concurrence dans l\u2019économie du savoir.L\u2019espace qu\u2019ils se définissent pour y lire un défi, c\u2019est en réalité celui que leur impose un fait qui n\u2019est pas réductible au marché : l\u2019UQAM participe de la culture québécoise, sa langue d\u2019enseignement et celle de ses étudiants est un fait de société d\u2019abord, et non pas une caractéristique de clientèle.Le français comme langue d\u2019enseignement n\u2019a pas qu\u2019une valeur instrumentale, c\u2019est un fait instituant.Une langue n\u2019est pas qu\u2019un code, elle est à la fois valeur, héritage et intention de culture.On se réjouira donc de ce que les auteurs du rapport considèrent que la maîtrise de la langue française constitue une compétence fondamentale indispensable.On trouvera, du reste, des recommandations fort intéressantes sur les dispositions à prendre pour combler les lacunes observées chez les étudiants.On s\u2019étonnera cependant qu\u2019ils aient été les seuls à faire l\u2019objet de la préoccupation des rédacteurs - les professeurs, les professionnels, gestionnaires et toutes les catégories de personnel ont pourtant un rôle à jouer et il serait bien étonnant que la perfection y soit observable.Sur la question de la qualité du français et de sa place dans la formation, le rapport tient des propos mobilisateurs.Il n\u2019est pas mauvais de rappeler les évidences, les propositions énoncées ne font que ramener l\u2019université à sa mission fondamentale.Il n\u2019y a vraiment rien d\u2019inédit, par ailleurs, dans les considérations sur la maîtrise des langues étrangères.On le sait, il faut d\u2019abord bien connaître sa langue maternelle pour en maîtriser une autre ; on sait que la connaissance des langues 6 est un enrichissement qui peut toujours se traduire en avantage professionnel.On sait aussi que l\u2019anglais est à ce point dominant que pour un grand nombre de gens dans notre société être bilingue signifie d\u2019abord parler anglais ; on sait que dans l\u2019ensemble de la communication scientifique l\u2019anglais domine outrageusement.Mais c\u2019est une chose que de souhaiter un meilleur niveau de maîtrise d\u2019une ou deux langues étrangères et c\u2019en est une autre de conclure que la meilleure façon d\u2019y parvenir est de changer le fonctionnement de l\u2019institution.Si la maîtrise de langues étrangères est importante, il y a deux façons de traiter le problème : soit d\u2019en faire exclusivement la responsabilité de l\u2019étudiant et c\u2019est alors à lui que revient la tâche d\u2019inscrire les cours de langue dans son parcours scolaire en puisant à même ses possibilités de cours optionnels ; soit d\u2019en faire une composante du curriculum et alors il faut une réforme des programmes au secondaire et au cégep pour que cet apprentissage soit traité comme une exigence institutionnelle.C\u2019est une décision qui touche l\u2019ensemble du système d\u2019éducation et c\u2019est un débat de société.L\u2019État tranchera.Tenter d\u2019esquiver ce débat en proposant, comme le fait le rapport, d\u2019autoriser les étudiants à poursuivre trois cours dans une autre langue que le français, c\u2019est une bêtise.On apprend une langue en suivant des cours de langue.Quand on la maîtrise, on peut aisément acquérir le vocabulaire spécialisé de toute discipline selon diverses formules pédagogiques.Il y a dans le rapport des pistes intéressantes qui méritent examen.Mais en aucune manière il n\u2019est nécessaire ni souhaitable de changer la formation de base qui doit viser à développer la compétence maximale, objectif qui passe obligatoirement par la capacité de penser avec un arse- 7 nal conceptuel qui n\u2019est jamais aussi bien développé que lorsqu\u2019il est en prise sur une maîtrise pointue de sa langue maternelle.Le rapport s\u2019inquiète par ailleurs - et l\u2019on comprend que c\u2019est là l\u2019axe structurant du mandat - de la faible présence d\u2019étudiants non francophones dans l\u2019institution.C\u2019est une préoccupation de recrutement légitime.Mais la façon d\u2019aborder la question de l\u2019élargissement de la clientèle confond des problèmes et des logiques qui invalident la plupart des recommandations à ce chapitre.Inquiets de ce que « Les deux universités francophones montréalaises ont un taux de fréquentation universitaire de la part des allophones qui est, dans les deux cas, près de trois fois inférieur à celui des universités anglophones » (p.7) et non satisfaits de ce que la majorité des étudiants étrangers qu\u2019elles accueillent proviennent des pays de la francophonie, les auteurs examinent de moyens de diversifier les bassins de recrutement.Le traitement des deux questions ne renvoie pas du tout au même ordre de questionnement et les efforts des auteurs pour nous convaincre de les traiter selon une même perspective sont agaçants.U UQAM comme les autres institutions a une responsabilité à l\u2019égard de l\u2019intégration des immigrants.Le rapport apporte à cet égard des propositions intéressantes pour améliorer l\u2019accueil et l\u2019encadrement des nouveaux arrivants.Les ententes avec le ministère des Relations avec les citoyens ont permis de créer des passerelles pour faciliter l\u2019intégration des nouveaux arrivants déjà détenteurs de formation universitaire.L\u2019UQAM souhaite aller plus loin.On ne peut que l\u2019encourager à le faire mais en lui rappelant que c\u2019est en 8 français qu\u2019on accueille et que l\u2019on ne rend service à personne en abaissant les normes de compétence.On peut comprendre aisément que les façons de faire puissent exiger souplesse et adaptation aux besoins particuliers, mais cela ne requiert pas la moindre concession à l\u2019anglais.Il est évident que les immigrants universitaires doivent faire face aux mêmes défis et exigences que les étudiants de la société d\u2019accueil.C\u2019est en fonction de la norme linguistique qui s\u2019applique à ceux-là qu\u2019il faut réfléchir à la manière de mieux accueillir.Intégrer suppose de donner un cadre, non pas de dissoudre celui qui existe.La question du recrutement des étudiants étrangers en provenance d\u2019autres bassins que ceux de la francophonie fait sourire.D\u2019une part, il est loin d\u2019être établi que l\u2019UQAM y a fait le plein.D\u2019autre part, il est encore moins évident que la priorité s\u2019impose de consacrer des ressources considérables pour tenter de recruter des francophiles qu\u2019on transformerait à grands frais en francophones.C\u2019est toujours faisable, mais étant donné l'ampleur des besoins à combler pour rehausser le niveau de compétence en français des francophones déjà recrutés ici et ailleurs, on ne peut être que sceptique sur le réalisme et la pertinence de ces ambitions.C\u2019est à se demander où se trouve le sens commun quand on se fait asséner une aussi savante vérité : « La méconnaissance de la langue française constitue un des problèmes cruciaux qui confrontent les étudiants étrangers non-francophones intéressés à venir étudier dans une université québécoise francophone » Et pourquoi diable cela devrait-il devenir une préoccupation ?À moins que la tentation ne soit d\u2019abord de profiter du marché anglophone en tentant de se convaincre qu\u2019on finira par détourner les vocations. 9 Dénaturer le produit pour recruter de nouveaux clients ?Y a-t-il des professeurs de marketing à l\u2019UQAM ?On est bien près de souscrire à pareille interprétation en lisant les recommandations sur la formation spécifique, tout enrobées d\u2019une précaution qui cache mal l\u2019envie de profiter des occasions d\u2019affaires que peut ouvrir l\u2019offre de formations spécifiques et de programmes ponctuels dispensés en anglais.C\u2019est vrai que l\u2019UQAM pourrait alors aller chercher sa part de la business et gruger les parts de marché de MCGill ou du Nebraska State University.L\u2019École des HEC offre déjà un MBA anglais en essayant de faire semblant que son produit se démarque de la multitude d\u2019autres dans la mer anglophone.On le sait, l\u2019argument de l\u2019originalité est spécieux et, de toute façon superflu, le MBA anglais permet simplement de gonfler le volume d\u2019affaires.Il n\u2019y a pas de petits profits et si l\u2019on veut rester dans le marché.C\u2019est à la fois candide et désolant.On peut toujours se consoler en ne voyant là que des réflexes d\u2019affamés que le sous-financement chronique condamne à la recherche de toutes les sources de revenus possibles et à n\u2019importe quelle condition - et l\u2019on sait qu\u2019à ce jeu la valeur des âmes.Les plus critiques n\u2019hésiteront pas à y voir les ravages des idéologies qui sacrifient au culte de l\u2019argent.Dans un cas comme dans l\u2019autre la chose donne une drôle d\u2019allure à la recherche de l\u2019excellence.Et au courage de s\u2019assumer.Les présupposés et les contradictions se nouent de façon plus choquante encore dans le traitement réservé à la question du recrutement des anglophones et allophones du Québec.Le rapport ne voit dans la sous-représentation des effectifs appartenant à ces deux segments de la population qu\u2019un problème de « communications publiques » qui io impose une révision des efforts de mise en valeur de l\u2019UQAM et des stratégies de recrutement.Le recteur a beau faire de grandes réunions pour sensibiliser les notables des communautés culturelles, la sous-fréquentation de son institution n\u2019est pas un problème de marketing, c\u2019est l\u2019expression d\u2019un déficit d'intégration.Le document le constate lui-même : à peine io % de cette population fréquente les universités françaises de la métropole, rien de surprenant quand on reconnaît du même coup que « chez les étudiants du collégial de langue maternelle « autre » inscrits en formation préuniversitaire, la préférence pour l\u2019enseignement en anglais se maintient en dépit d\u2019une baisse des effectifs : près des deux tiers étudient dans cette langue » (p.16).Les problèmes de l\u2019UQAM ne sont pas les siens seuls, ce sont les problèmes du Québec.Il est clair que le refus de rendre la fréquentation du réseau scolaire français obligatoire jusqu\u2019au cégep explique pour l\u2019essentiel le phénomène qui désole l\u2019UQAM.Pour faire œuvre utile, le débat devra porter sur ce déficit plutôt que sur les manœuvres pour tenter de séduire une clientèle qui, en faisant le choix d\u2019une institution, fait plus que le choix d\u2019une maison d\u2019enseignement.On comprend que le recteur soit moins à l\u2019aise de conduire ce débat en présence de son vis-à-vis de Concordia qui vit pour l\u2019essentiel sur les vicissitudes de notre modèle d\u2019intégration des immigrants.Il semble plutôt choisir d\u2019aller jouer dans ses plates-bandes, tenter de gruger son marché en diluant son produit.Le rapport du comité erre complètement en recommandant d\u2019autoriser « l\u2019utilisation de l\u2019anglais pour les examens et les travaux dans les programmes disciplinaires de premier cycle pour les étudiants dont la langue maternelle n\u2019est pas le n français ».C\u2019est prôner là un régime d\u2019accommodement qui vient saper le modèle d\u2019intégration et qui ouvre toutes grandes les portes à la généralisation du problème dans les autres sphères de l\u2019université sans parler de son exportation dans le milieu du travail où se retrouveront les diplômés.La dérive clientéliste aura des répercussions bien au-delà de l\u2019institution.Les étudiants étrangers, les immigrants qui débarquent et les allophones qui choisissent la voie d\u2019intégration aux institutions anglophones ne peuvent être traités de la même manière.Ils ont peut-être en commun de ne pas avoir le français comme langue maternelle mais la position qu\u2019ils occupent par rapport à la logique d\u2019intégration exige des réponses qui diffèrent radicalement.Le rapport gomme ces différences et cela l\u2019entraîne à formuler des recommandations eu égard à la langue d\u2019enseignement qui conduisent à des culs-de-sac.Un débat éclairé s\u2019impose sur ces questions.Il faut malheureusement craindre que l\u2019attention se porte davantage sur les lacunes du rapport.On veut bien que l\u2019UQAM poursuive sa « collaboration avec les travailleurs intellectuels des autres régions du monde » mais il n\u2019est pas inutile de lui rappeler que les citoyens qui la financent à même leurs impôts sont en droit d\u2019exiger qu\u2019elle se conduise comme une force créatrice et non pas comme un agent de dissolution.Le marché ne la fait pas vivre.Mais il peut lui empoisonner la vie.Un peu plus de rigueur et un meilleur esprit critique lui auraient évité une grande part des désagréments que lui imposera ces prochains mois un débat qu\u2019elle aura elle-même contribué à laisser partir tout de travers.? tnm w» i »pii Af)% i7|V /sur le prix en kiosque ! Economisez Recevez Le Devoir À VOTRE PORTE 1 du lundi au samedi pour seulement ri,74$ pdT semaine (taxes en sus) ^ ' Abonnez-vous par téléphone, -\tc\u2019est facile et rapide ! Composez le (514) 985-3355 pour la région de Montréal, ou le 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.B* * Prix basé sur l\u2019abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot.k y y* x* '2\t?\u2022'. ARTICLES \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t M Pierre Vadeboncceur L\u2019INDIGNATION Jacques Thibault est le principal personnage du roman de Roger Martin du Gard, prix Nobel 1937, « Les Thibault », longue saga d\u2019une famille bourgeoise du début du XXe siècle écrite dans les années 20 et 30.Jacques est un jeune pacifiste d\u2019avant la première guerre mondiale.Il se trouve en relation avec les milieux socialistes, pacifistes et révolutionnaires d\u2019Europe, que l\u2019auteur décrit admirablement.Dans la dernière partie du roman, Jacques Thibault fera des efforts ultimes, à l\u2019été 1914, désespérément, inutilement, pour tenter de faire obstacle à la guerre.J\u2019ai lu à vingt ans ce roman historique inoubliable.Jacques, conscience passionnée, caractère entier, idéaliste, tempérament de héros, sait à la fin que la partie est perdue.Maintenant à peu près isolé au milieu des pacifistes qui se dégonflent, il fait néanmoins deux choses.Il prend part à une assemblée à Paris.Là, devant un auditoire où règne une certaine confusion et dont l\u2019attention risque d\u2019échapper à l\u2019orateur qui va prendre la parole, il crie d\u2019entrée de jeu : « La guerre ! La guerre ! » apostrophe péremptoire qui saisit le public et le lui livre.Il prononce un discours.Mais c\u2019est un coup d\u2019épée dans l\u2019eau, bien entendu.Ensuite, il fera encore une action, aussi vaine que l\u2019autre.Il survolera le front dans 15 un petit avion et laissera tomber des tracts antibellicistes sur une unité française maintenant engagée dans les opérations.L\u2019avion s\u2019écrasera et Jacques trouvera la mort, sacrifice vain mais individuellement à la mesure du drame qui s\u2019étendra sur l\u2019humanité.Réponse dérisoire et absolue aux décisions absurdes et criminelles du monde politique.Or, nous voici encore, en 2003, devant une tragédie.« La guerre ! La guerre ! » Mais jusqu\u2019à la mi-janvier, on ne poussait pas de tel cri.On regardait plus ou moins passer le train.Les commentateurs faisaient des analyses, relevant ci, relevant ça, placidement, avec mesure, sans même prendre le risque d\u2019une interprétation, sans apostropher personne, sans se scandaliser, mais surtout sans prendre carrément parti.On distribuait discrètement quelques mauvaises notes, quelques bonnes.Où était l\u2019indignation ?On n\u2019entendait pas s\u2019exprimer d\u2019indignation, de révolte.Je regrette, mais presque tout le discours public était et demeure d\u2019ailleurs ridiculement inférieur à l\u2019événement.Il ne se passe donc rien ?C\u2019est comme dans les bureaux ?C\u2019est comme dans les salles de rédaction ?Les choses ont quelque peu changé depuis la mi-janvier.Devant l\u2019imminence d\u2019une guerre abominable, indéfendable, spectre fasciste, crime incommensurable déjà décidé, le monde s\u2019est trouvé comme saisi par le spectacle d\u2019une force aussi arbitraire qu\u2019immense prête à se jeter sur un pays faible.À froid.Quelle gloire ! Quelle honte ! Il y a donc eu, le 19, de grandes manifestations.L\u2019intelligence que n\u2019anime pas l\u2019indignation ne peut prendre la vraie mesure des choses.Elle ne peut jeter sur l\u2019avenir le i6 regard dramatique qui seul permet de l\u2019entrevoir tel qu\u2019il se révélera, effroi, misère, mort, dans sa réalité.Jacques Thibault, dans son idéalisme, dans sa révolte, dans son absolu, avait raison, lui seul, en août 1914, contre la guerre, contre les gouvernements, contre les peuples se lançant allègrement les uns contre les autres.L\u2019histoire le sait maintenant, car qui peut justifier neuf millions de morts, des souffrances infinies, des centaines de milliers de mutilés, des millions de destinées brisées, des injustices sans nombre, une génération laminée ?Personne ne peut justifier non plus, ne peut justifier surtout le scandale de la violence exercée par le plus fort.Il faut être inconditionnellement contre la guerre de 2003.Elle se déclenchera sur un prétexte.Elle n\u2019aura pas de justification.Les allégations visant à l\u2019entreprendre sont et resteront grotesques.Le 21 janvier 2003 17 ARTICLE Denis Monière'; LA LUTTE DES LANGUES AU CANADA L\u2019histoire des sociétés montre que les rapports de forces linguistiques ne sont pas stables et que les capacités d\u2019attraction et d\u2019assimilation d\u2019une langue varient dans le temps en fonction de facteurs économiques, démographiques et politiques.Cette concurrence entre les langues est particulièrement vive au Canada où le poids démographiques des francophones diminue de recensement en recensement.La publication des dernières données du recensement permet d\u2019évaluer de façon comparée les effets des politiques linguistiques mises en place par le Canada et le Québec.Pour mieux saisir les évolutions à long terme, nous avons retenu les données statistiques des trente dernières années lorsque celles-ci sont disponibles et qu\u2019elles n\u2019ont pas été déformées par des changements de formulation de question.Malgré leur rigueur intrinsèque, les statistiques ne sont pas neutres et servent d\u2019arguments dans les débats politiques.Ainsi, lorsque le rapport de Statistiques Canada proclame qu\u2019il y a une hausse des francophones à l\u2019extérieur du Québec parce qu\u2019il y en a io ooo de plus qu\u2019en 1996, on sent bien le poids des préoccupations politiques, car les * Professeur de science politique, Université de Montréal chiffres absolus ne veulent rien dire.Que représentent io ooo francophones de plus lorsque la population canadienne en dehors du Québec s\u2019est accrue de i 030 415 ?Autrement dit pour un francophone de plus, il y a 100 non-francophones de plus.C\u2019est un progrès certes mais vers l\u2019insignifiance politique et qui nous affaiblit collectivement, car ce gain apparent est largement attribuable au départ des Franco-Québécois vers les autres provinces.Il faut aussi savoir qu\u2019à l\u2019exception du Québec et des provinces maritimes, dans toutes les autres provinces canadiennes où se concentre la majorité de la population, les francophones sont moins nombreux que les allophones.Cette situation démographique marginalise l\u2019influence politique des francophones au Canada et conduit inéluctablement à des institutions fédérales dominées par des anglophones.Tableau 1 Évolution de la proportion de Canadiens DE LANGUE MATERNELLE FRANÇAISE \t1971\t1991\t2001 Canada\t26,9\t24,3\t22,9 Canada sans Québec\t6,0\t4.8\t44 Québec\t80,7\t82,0\t81,4 N ouveau- B runs wick\t33,8\t34.0\t33,2 Ontario\t6,3\t5.°\t4.5 Manitoba\t6,1\t4-7\t4.2 Saskatchewan\t3.4\t2,2\t1,9 Alberta\t2,9\t2.3\t2,1 Colombie britannique\t3.3\t1,6\t1.5 Nouvelle-Ecosse\t5.0\t4.2\t3.9 Ile du Prince-Edouard\t6,6\t4.5\t44 Terre-Neuve\t0,7\t0,5\t0,5 19 Dans toutes les provinces canadiennes à l\u2019exception du Québec, il y a eu depuis trente ans une réduction de la proportion de personnes qui disent avoir le français comme langue maternelle.Mais la langue maternelle n\u2019est pas un indicateur très fiable pour évaluer les rapports démolinguistiques, car on peut avoir une langue maternelle et ne plus la parler ni la transmettre à ses enfants.Il faut donc examiner un autre indicateur qui est la langue d\u2019usage à la maison.Tableau 2 Proportion de Canadiens ayant le français comme LANGUE MATERNELLE ET LANGUE D\u2019USAGE (QUÉBEC INCLUS) \tLangue maternelle\tLangue d\u2019usage 1971\t26,9\t257 w\t24,3\t23.3 2001\t22,9\t22,0 Différence\t-4.0\t-3.7 Lorsque la langue d\u2019usage, celle qui selon les définitions de statistiques Canada est parlée à la maison, n\u2019est plus la même que la langue maternelle, il y a assimilaüon linguistique et on peut pronostiquer que celle-ci sera durable car la langue parlée à la maison est la langue dans laquelle les enfants sont élevés.On doit constater que dans toutes les provinces à l\u2019exception du Québec la proportion de francophones qui parlent le français à la maison a régressé entre 1971 et 2001.Il y a donc un processus d\u2019assimilation linguistique des francophones au Canada car en 30 ans, la proportion de Canadiens ayant le français comme langue d\u2019usage a chuté de 3,7 %.La proportion de francophones continuera à baisser, car l\u2019âge médian de la population francophone est plus élevé 20 (39.3 ans)
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