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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2005-10, Collections de BAnQ.

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[" Éditorial Imposer son existence -Robert Laplante\t2 Articles La course à l\u2019absurdité -Pierre Vadeboncoeur\t12 Malaise dans la culture : considérations autour de CHOI FM -Jean-Philippe Chartré\t16 Face à la crise de l'école, les lumières ne sont pas où l\u2019on croit -Jean-François Cloutier\t32 Judiciarisation des identités, multiculturalisme et échec de la gauche : comment ï sortir de l\u2019impasse ?j\t-Guillaume Rousseau\t50 Énergie éolienne : le dernier rempart de la vertu ?-Jean-François Blain\t64 Dossier RÉALISER L'INDÉPENDANCE Quelques questions aux aspirants leaders de la nation -Pierre Serré\t75 La souveraineté par mandat électoral : un vote pour le PQ est un vote pour l'indépendance -Richard Gervais\t85 Après le grand soir, le grand lendemain de veille : le passage obligé de la reconnaissance internationale d\u2019un Québec souverain \t \t \t \t \t Volume XCV numéro 8 OCTOBRE 2005 lifcp Ozias Leduc, Fin de jour 1913, huile sur toile, Succession Ozias Leduc/Sodrac Exposition « Leduc, Borduas et le paysage » Musée d\u2019art de Mont-Saint-Hilaire du 2 octobre 2005 au 15 janvier 2006 1215, rue de la Visitation, bureau 101, Montréal (Québec) H2L 3B5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca administration @action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure d'histoire ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste.Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Luc Bouvier, professeur de littérature ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Andrée Lajoie ; Simon Langlois ; Michel Seymour.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté. 2 ÉDITORIAL Robert Laplante IMPOSER SON EXISTENCE Dans Le référendum volé, qui vient de paraître aux Intouchables, Robin Philpot collige une somme d\u2019anecdotes avec « en tête l\u2019idée que seules les anecdotes [.] sont de véritables preuves parce qu\u2019elles s\u2019inspirent d\u2019histoires vraies et qu\u2019elles permettent de savoir où chercher la vérité.».On peut certes convenir avec lui - et Jane Jacobs à qui il emprunte cette remarque - que les anecdotes peuvent avoir valeur de vérité, mais d\u2019une vérité dont il faut bien situer le registre.Et eu égard à la conduite de l\u2019État Canadian et de ceux qui l\u2019ont servi au référendum de 1995, le registre auquel accède Philpot dans son ouvrage n\u2019est pas celui de la preuve juridique, chose qu\u2019il ne vise d\u2019ailleurs pas.Ce registre-là, il n\u2019est tout simplement pas accessible.L\u2019État Canadian dispose de tous les moyens pour couvrir ses traces.Et il faut être d\u2019une singulière crédulité pour s\u2019imaginer qu\u2019il ne les a pas pris.Le référendum volé dresse néanmoins une charge accablante.L\u2019esprit général qui se dégage du cumul de ces anecdotes et de la collecte des témoignages transpire en effet d\u2019une vérité troublante : c\u2019est la logique d\u2019occupation qui a inspiré l\u2019État Canadian, ses hauts fonctionnaires et tout le Corporate Canada.L\u2019essentiel de la campagne référendaire s\u2019est déroulé derrière la façade du camp du NON.Les coups les plus tordus ont été orchestrés au plus haut niveau de l\u2019État.Et c\u2019est avec la complicité de l\u2019élite économique du Canada que 3 la violation délibérée des lois québécoises a été planifiée et perpétrée.C\u2019est le mérite de cet ouvrage de réunir ici des témoignages de ministres, de hauts dirigeants d\u2019entreprises et de mercenaires du Conseil pour l\u2019unité canadienne ou d\u2019Option Canada qui, non seulement le reconnaissent, mais en tirent fierté et vantardise.Le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes ?Foutaise ! Il faudrait pour cela que le Canada reconnaisse que la nation québécoise existe ! Le Canada était en péril, la fin pouvait bien justifier tous les moyens.Les anecdotes s\u2019ajoutant aux faits, le récit des mercenaires éclairant la récapitulation des événements, Le référendum volé constitue une excellente façon de se bien préparer à commémorer le dixième anniversaire de la tenue du référendum.On y trouvera le portrait de quelques salauds particulièrement répugnants et qu\u2019ailleurs on nommerait traîtres mais qu\u2019on laisse ici faire carrière impunément.On y découvrira la verdeur de quelques pions de l\u2019intérieur qui bombent le torse à raconter la violation des lois de la bourgade comme un haut fait de patriotisme Canadian.On y sentira les effluves de l\u2019esprit de machination qui a permis de recruter des électeurs hors-frontières, de faire voter 50 000 personnes qui par ailleurs n\u2019avaient pas de carte d\u2019assurance-maladie, de naturaliser à toute vapeur, quitte, comme le révèle Philpot, à laisser passer un terroriste aujourd\u2019hui recherché pour ses liens avec Al Qaeda.On sortira de cette lecture avec une nausée certaine.On en sortira aussi avec la conviction que notre lutte sera beaucoup plus ardue que ce que d\u2019aucuns cherchent encore à laisser entendre.La grande peur de 1995 a lancé contre nous une véritable machine de guerre : Loi C- 20, guérilla juridique contre la Loi sur les consultations populaires, 4 nation building mobilisant tout l\u2019appareil de l\u2019État pour briser les ressorts de l\u2019affirmation identitaire québécoise, des puissances d\u2019argent qui ne reculeront devant rien pour épauler et relayer la corruption et le banditisme d\u2019État au service de la propagande et de la destruction de la cohésion de notre peuple.Il faut lire les entraits de l\u2019entrevue accordée à Philpot par Sheila Copps pour prendre toute la mesure du mépris qui inspire ces politiques.Et bien saisir le caractère systématique de l\u2019entreprise d\u2019éradication de notre réalité nationale.De la lecture de cet ouvrage, on sortira surtout éberlué de l\u2019incroyable discrédit que ce portrait laisse dégager de la classe politique québécoise dans son ensemble.Le Québec des dix dernières années fait pitié à voir au regard de ce que nous nous fait comprendre du Canada l\u2019ouvrage de Philpot.Non seulement le Québec a-t-il perdu toute capacité d\u2019initiative devant Ottawa, mais encore et surtout est-il globalement incapable de faire une lecture correcte de la conjoncture historique nationale.Les inconditionnels du Canada qui dominent les partis dits fédéralistes, font un écran opaque en refusant délibérément de tirer les conclusions que l\u2019arrogance d\u2019Ottawa imposent pourtant d\u2019évidence.Ils sont bien servis en cela par un babillage médiatique organisé dans un méta-récit totalement asservi aux puissances vouées au Canada unitaire.On ne s\u2019entend plus venir au monde, comme l\u2019a si justement et cruellement dit le poète Michel Gameau.C\u2019est à peine même si on s\u2019entend exister, tant les forces de propagande nous désincarnent à grand renfort de multiculturalisme et de sabotage identitaire où plus rien de ce que nous sommes n\u2019échappe à la déréalisation par euphémisme : culture francophone, littérature francophone, télévision d\u2019ici, tout pour ne pas exister autrement qu\u2019en mode oblitération de notre réalité nationale, c\u2019est-à-dire québécoise. 5 Il faut lire ce petit livre également pour achever de se convaincre de l\u2019incroyable pusillanimité de la réflexion stratégique du Parti québécois.Cela aussi contribue à rendre opaque la conjoncture nationale.À peu près rien de ce qui se dit dans cette campagne au leadership n\u2019y apparaîtra à la hauteur des exigences de la situation historique.Il y a quelque chose d\u2019incroyable à s\u2019imaginer pouvoir rejouer le scénario référendaire à la lumière de ce qui a existé et continue de se déployer et dont Philpot lui-même dit n\u2019avoir réussi à décrire qu\u2019une infime partie, la pointe émergée de l\u2019iceberg.Le combat souverainiste entre dans une phase cruciale.On pourrait penser qu\u2019avec deux partis pour lancer la charge, nous serions en mesure de forcer la conjoncture.Mais le discours et la lecture de la situation sont inadéquats, la posture politique, bancale.Le mouvement souverainiste pense mal le Canada, pense mal l\u2019adversaire et la dynamique de l\u2019affrontement.Les candidats au leadership du Parti québécois devraient lire ce livre.Et surtout en tirer les conclusions qui s\u2019imposent.Pour se raccorder au réel, il faut d\u2019abord s\u2019affranchir de ses propres illusions.S\u2019il fallait des arguments supplémentaires pour en finir avec l\u2019étapisme viscéral du PQ, le livre de Philpot en laisse voir à pleins chapitres.Le Canada nous attend de pied ferme là où le PQ veut nous conduire.Pour changer de trajectoire, il faut changer notre vision du passé.Nous affranchir de ces récits qui tentent de faire croire que l\u2019étapisme nous a fait faire des gains, qu\u2019il nous a presque fait gagner.Le Référendum volé, au contraire, nous fait réaliser jusqu\u2019à quel point l\u2019étapisme a nourri une illusion épouvantable, celle de croire que tout cela ne se passerait qu\u2019entre nous, que tout cela se dénouerait ici et que le Canada, ébloui par notre fair-play, se contenterait de prendre 6 acte.Non seulement le Canada a-t-il violé nos lois mais encore s\u2019est-il, depuis, donné les moyens de confisquer le processus démocratique que nous entendons suivre.Il y a des limites à la pensée magique des notables du PQ qui continuent de redire qu\u2019il est inutile de s\u2019en faire avec C-20 parce que le Québec la considère comme une loi inique.L\u2019efficacité d\u2019une arme pointée sur nous ne diminue pas parce qu\u2019on pense qu\u2019elle n\u2019aurait pas dû être inventée.Changer notre vision du passé, c\u2019est aussi avoir la lucidité de reconnaître que le référendum de 1995 a été d'abord et avant tout un grand geste tragique.Celui d\u2019un homme immense qui a fait alliance avec son peuple contre une partie même de son état major pour tenter de forcer le destin.Le retour sur les événements de 1995 impose cette évidence : les timorés qui craignaient de jouer le rôle de la cavalerie polonaise, les pragmatiques qui voulaient s\u2019accommoder de gérer la province, les cyniques qui se ménageaient une carrière pour le lendemain d\u2019une éventuelle défaite, Jacques Parizeau a littéralement dû les traîner dans la campagne.Sans son courage, sans son audace, sans sa force de caractère pour contourner les manoeuvres que certains de ses ministres et alliés tentaient pour justifier les mesures dilatoires, le référendum aurait été repoussé, cela aurait laissé encore plus de temps au Canada pour planifier ses coups fourrés.Il est évident, par ailleurs, que ces tiraillements ont nui à la qualité de la préparation de la campagne.On ne saura jamais jusqu\u2019à quel point la couardise et la candeur ont empêché ce gouvernement de bien se préparer à toutes les éventualités.Il est clair en tous cas qu\u2019il n\u2019y avait pas de plan de repli.Il est surtout clair également que la cohésion n\u2019était pas forte.Il n\u2019aura fallu que quelques salves de la part de l\u2019adversaire pour que Jacques Parizeau soit acculé à démissionner pour avoir dit les choses crûment.Par-delà toutes les 7 nuances qu\u2019ont pu faire les finfmauds sur la bienséance de ses propos, il apparaît, rétroactivement, que ce qu\u2019ils avaient d\u2019intolérable, c\u2019est qu\u2019ils pointaient vers la réalité fondamentale de ce qui venait de se passer.Une bataille féroce et déloyale avait été livrée et, dans cette bataille, les moyens conventionnels du Canada, l\u2019ethnicisation de la politique pour contrer le Québec et la mobilisation de toutes les puissances d\u2019argent contre nos aspirations avait permis de mettre la démocratie québécoise en échec.C\u2019est d\u2019ailleurs là l\u2019essentiel du témoignage de Benoît Corbeil devant la commission Gomery.Et c\u2019était intolérable parce que, reconnaître cela, aurait révélé la désolante absence de pugnacité, la candeur impardonnable des velléitaires prêts à reculer aussitôt révélée la véritable nature du combat.Cela aurait signifié la ruine du paradigme pleurnichard de la quête de reconnaissance où ne demandaient qu\u2019à s\u2019engouffrer un trop grand nombre de ses propres lieutenants.Le naturel venait donc de rattraper le PQ, laissant Jacques Parizeau seul dans l\u2019effroyable solitude de la tragédie de son peuple.À l\u2019heure où se multiplient les signes que le peuple québécois est plus déterminé que sa classe politique à assumer son destin et à en finir avec la politique du ratatinement ; au moment où le parti politique qui s\u2019est donné pour mission de fabriquer les outils de l\u2019émancipation vacille devant les exigences du combat que le Canada lui mène, il faut lire l\u2019introduction de Philpot comme un rappel salutaire.Il y fait un véritable travail de mémoire lorsqu\u2019il nous relate le rôle déterminant qu\u2019ont joué les travailleurs de l\u2019usine de Bombardier à La Pocatière dans la campagne référendaire.Ils ont sonné la charge et lancé la riposte au mot d\u2019ordre de Claude Garcia qui avait invité les forces du Non à tout mettre en œuvre pour « écraser » les souverainistes en accueillant Daniel Johnson dans leur usine avec une banderole « Le 30 octobre on vote OUI à la séparation ».Laurent Beaudoin, on 8 s\u2019en souviendra, avait riposté avec une lettre de chantage dans laquelle il dénigrait son propre pays, trop petit, paraît-il, pour les ambitions des types en son genre, une lettre qui a achevé de le déshonorer aux yeux des siens et de la postérité.Ces travailleurs ont dit la vérité profonde de notre peuple.Et conforté de manière ô combien inspirante la grandeur du geste audacieux de Jacques Parizeau.La lutte pour l\u2019indépendance, c\u2019est la lutte du peuple avant d\u2019être l\u2019affaire d\u2019un parti.C\u2019est de cela qu\u2019il faut se rappeler en cet octobre.La campagne référendaire a constitué un formidable moment de liberté pour notre peuple.Philpot insiste, et il a raison, pour dire qu\u2019il faut réfuter l\u2019interprétation Canadian de cette dernière, une interprétation que nous a distillée, par exemple, l\u2019émission Point de rupture.Ce n\u2019est pas le soi-disant charisme de Lucien Bouchard qui a constitué la force tellurique de cette campagne, c\u2019est l\u2019élan populaire, c\u2019est la mobilisation de milliers et de milliers de personnes qui, partout sur le territoire, ont lancé les appels à la liberté et trouvé les mots du courage pour s\u2019affranchir de la peur et des menaces.Ce n\u2019était pas une force irrationnelle canalisée par un mystique.C\u2019était une question nationale en voie de se dénouer.C\u2019était une mobilisation sans précédent que l'État Canadian a pu mettre en déroute par le banditisme et la malversation.Une déroute qui aurait pu être évitée si la loyauté avait été plus grande dans le noyau dirigeant, si la capacité de faire face au combat avait trempé les caractères.Une déroute qui a été terrible pour le Parti québécois qui s\u2019est par la suite rangé derrière un chef qui a failli aux exigences historiques de sa tâche.Un échec personnel aux conséquences collectives incalculables.Une conjoncture extraordinaire a été gaspillée.Les souverainistes sous sa direction ont intériorisé la défaite, se sont perdus dans la gouverne provincia- 9 le sans pour autant accroître la moindre capacité de riposte aux exactions d\u2019Ottawa.Pis encore, ils se sont laissés culpabiliser de leur audace.La politique des lamentations a empoisonné la décennie post-référendaire.Il ne faudrait pas laisser empoisonner celle qui vient.Si les militants du PQ ne parviennent pas à se choisir un leader et une stratégie capables de se poser dans le seul rapport qui nous définisse réellement avec le Canada - le conflit existentiel - ils auront peut-être brûlé la dernière chance qui aura été donnée à ce parti d\u2019agir en concordance avec les forces profondes de la nation.Ceux-là qui voudraient se faire des peurs en brandissant le référendum comme l\u2019ultime rendez-vous de notre peuple avec l\u2019Histoire sont encore prisonniers du mirage eschatologique qui a tant de fois joué des tours au PQ.Le destin de notre peuple n\u2019est pas le destin de ce parti.Les angoisses référendaires ne sont pas des angoisses nationales.Seulement de petites frousses de vendeurs de conditions gagnantes et autres breloques.Le goût de l\u2019action est partout présent.La volonté de passer aux actes s\u2019affermit chaque jour davantage.Elle passera par le PQ ou sur le PQ.La rhétorique référendaire n\u2019a plus de pertinence historique et politique.La mobilisation exige la parole authentique, le discours enraciné.Il vient un temps où les mots font naître les choses parce que ceux et celles qui les partagent savent reconnaître le goût du dépassement et de la liberté Notre peuple existe et saura bien imposer son existence à ceux qui la nie comme à ceux qui refusent de lui faire confiance.Il ne laissera personne lui confisquer son avenir.Q Mettez vos valeurs en action Réalisez vos projets en gérant vos besoins financiers de manière socialement responsable tout en participant à un développement solidaire du Québec.Au service de milliers de Québécoises et Québécois iss Desjardins des réseaux coopératif, (IgjJI _ .\t'\t.\t.communautaire, culturel\tCaisse d'economie solidaire et syndical depuis plus de 30 ans www.cecosol.com Partout au Québec (numéros sans frais) : Québecl 877 647-1527 / Montréal 1 877 598-2122 / Joliette 1 866 753-7055 ARTICLES Articles La course à l\u2019absurdité ¦Pierre Vadeboncoeur\t12 Malaise dans la culture : considérations autour de CHOI FM -Jean-Philippe Chartré\t16 Face à la crise de l\u2019école, les lumières ne sont pas où l\u2019on croit -Jean-François Cloutier\t32 Judiciarisation des identités, multiculturalisme et échec de la gauche : comment sortir de l\u2019impasse ?-Guillaume Rousseau\t50 Énergie éolienne : le dernier rempart de la vertu ?-Jean-François Blain\t64 Dossier RÉALISER L\u2019INDEPENDANCE\t75 Lire Lire les essais 118 Livres reçus 145 Index des annonceurs 147 12 ARTICLES Pierre Vadeboncoeur LA COURSE À L\u2019ABSURDITÉ Les affaires se projettent continuellement dans un rôle qui n\u2019est pas le leur mais appartient de droit à la grande politique, à la diplomatie, à l\u2019État, au gouvernement général.Un tel théâtre se révèle chargé de beaucoup trop de sens pour elles.Elles y jouent un rôle déterminant mais elles sont tout à fait inaptes à tenir compte des grandes réalités en cause.C\u2019est le cas dans la guerre d\u2019Irak et ses suites.Le monde des affaires ne comprend pas grand-chose.Dans le cas, on a sauté sur la première idée venue : fondre sur un pays, s\u2019imaginer que tout obéirait à la force et que celle-ci obtiendrait illico une victoire incontestée.De même, lorsque des mentalités de faubourg électoral comme celle de Bush sont propulsées au premier rang d\u2019un grand État, les mesures véritables de la pensée et de l\u2019action excèdent ridiculement cet esprit roturier.Un tel politicien se voit en homme d\u2019État sans en avoir l\u2019étoffe.Il se lance par exemple dans des discours aberrants comme ceux de Bush il y a trois ans, annonçant un programme irréalisable de conquêtes qui a mis la moitié de l\u2019univers contre lui, comme on l\u2019a vu à l\u2019ONU.La culture politique et historique dépasse un peu ces perspectives.Et maintenant, si l\u2019on joint l\u2019un et l\u2019autre, l\u2019esprit borné des affaires et celui de l\u2019organisateur d\u2019élections, on a, faute de profondeur, tout ce qu\u2019il faut pour ne vouloir compter que 13 sur la force, ce qui est très insuffisant.La force est de mauvais conseil.Elle n\u2019a que les apparences de la toute-puissance.Donc, pour le reste, pour la différence, elle fait des erreurs.Le cas de l\u2019Irak est patent à ce propos.Les pires fautes dans l\u2019histoire furent celles de la force.Celle-ci entraîne aisément d\u2019immenses erreurs de calcul.Le corollaire naturel de la force s\u2019appelle présomption.L\u2019histoire est pleine de ces erreurs.Certaines furent colossales.Plus elle a rempli l\u2019histoire, plus gigantesques ont été les égarements, à commencer par ceux de Napoléon, qui annonçait les temps modernes.Qu\u2019on pense aux horreurs du XXe siècle, les deux guerres mondiales, le nazisme, le communisme soviétique, les dictatures, l\u2019atome.Bientôt le Bouclier, les étoiles.Cela n\u2019en finit plus, car la force est une tentation permanente.L\u2019ambition impérialiste américaine est un rêve et un cul-de-sac; une illusion de la force encore une fois, entretenue par des hommes d\u2019affaires et des politiciens.De Gaulle n\u2019avait aucun respect pour ça.Il prévoyait l\u2019échec de leurs politiques, par exemple au Vietnam.Washington a relancé le monde dans une dynamique d\u2019affrontement, provoquant une visible lézarde dans la politique internationale.Un climat sourdement belliqueux a commencé de se répandre.On sent que le monde, tacitement, se met sur un pied d\u2019alerte en rapport avec des menaces encore diffuses, menaces nouvelles, nouvel impérialisme, desseins qui jusque-là pouvaient encore être tenus pour inactuels.Cette situation semble annoncer le début de quelque chose de majeur en politique internationale.L\u2019esprit de guerre vient d\u2019être réintroduit sur la scène générale par les États- H Unis.Il ne faut pas trop forcer le trait, mais cela rappelle la rupture que le fascisme et le nazisme ont jadis opérée dans le tissu politique européen puis mondial, d\u2019ailleurs à la suite de la Grande Guerre, première phase des événements de cet ordre.L\u2019esprit de guerre, écartant les normes politiques que les sociétés avaient jusque-là partagées tant bien que mal, introduisit des conceptions coupées d\u2019un certain passé et hostiles à celui-ci.Un vide se creuse mêmement aujourd\u2019hui sous nos civilisations et leurs équilibres à cause des initiatives américaines.Cela voudrait être masqué par un démocratisme de façade comme en Afghanistan et en Irak, pur décor.La force est un trompe-l\u2019œil.Les erreurs qu\u2019elle inspire ont souvent abouti à des bouleversements, aussi bien d\u2019ailleurs qu\u2019à l\u2019anéantissement de sa propre entreprise.Mais cela pouvait encore s\u2019inscrire au compte des profits et pertes, et la vie finissait par reprendre.Les conditions d\u2019aujourd\u2019hui donneront à de tels événements une ampleur et des effets secondaires sans commune mesure avec ceux du passé.Ce que l\u2019on doit envisager désormais, qu\u2019on s\u2019en rende compte ou non, ce n\u2019est pas seulement la fin d\u2019un épisode, si dramatique qu\u2019on puisse l\u2019imaginer.À terme, il n\u2019y aura plus d\u2019épisodes mais au contraire la fin de ce qu\u2019on appelait des épisodes.Nous sommes devant une tout autre alternative.Elle échappe à l\u2019histoire.Elle parle en effet de la fin.Cette éventualité que nombre de scientifiques évoquent avec insistance bouleverse les conceptions politiques communes et concerne directement les habitudes des maîtres de l\u2019économie et des gouvernements.Il n\u2019y a plus grand-chose qui tienne dans leur comportement, mais celui-ci n\u2019en persiste pas moins.On continue comme si de rien n\u2019était.Les gens 15 d\u2019affaires et les politiciens, en pareilles matières, déjà très inférieurs aux exigences objectives des réalités actuelles, sont définitivement déclassés devant ce qui s\u2019en vient, dont ils semblent ignorer la gravité, la nature même.Les obsessions de la force, appliquées sur des problématiques radicalement étrangères aux anciennes situations, donnent désormais dans un aveuglement pire que jamais.Cela s\u2019appelle une course à l\u2019absurdité.? i6 ARTICLES Jean-Philippe Chartré MALAISE DANS LA CULTURE: CONSIDÉRATIONS AUTOUR DE CHOI FM Chez les bien-pensants, la sentence est unanime : au seul nom de « CHOI-FM, station de radio de la ville de Québec », on détourne le visage comme pour éviter des éclaboussures malodorantes.L\u2019évidence officielle veut que cette station ne soit, pour reprendre les paroles du maire L\u2019Allier, qu\u2019une toilette publique à ciel ouvert.Pourtant, des centaines de milliers de personnes dans la capitale continuent de rester fidèles à l\u2019émission du matin au 98.1 plutôt qu\u2019à toute autre station radiophonique.On répondra que cet engouement pour l\u2019ordure nous montre que le peuple, livré à ses instincts, est dangereux, et qu\u2019un bon média, contrairement à CHOI, est une instance de pédagogie sociale « progressiste ».On se convainc aussi que le public de CHOI est composé d\u2019incultes sous-scolarisés et naïfs, à la merci des excités du micro habiles à lyncher des innocents sur la place publique pour soulager le ressentiment accumulé desdits ratés, envieux du fonctionnariat boumeur.Les auditeurs de CHOI se voient implicitement associés au public d\u2019André Arthur, aussi prompt à se laisser remplir de haine et de mensonges populistes.« Que tout ceci est laid ! », dit-on.Et l\u2019honnête homme, même s\u2019il n\u2019écoute pas Radio X, peut difficilement affirmer qu\u2019il est risible de faire le procès des opinions de cette station sans essayer de comprendre les raisons qui motivent tant de gens à rester fidèles au poste. 17 Pour un souverainiste, il est urgent de comprendre le public de CHOI dans la mesure où la souveraineté, que l\u2019on a décidé d\u2019atteindre selon la méthode étapiste-référendaire, ne saurait se faire sans un appui fort de la population de notre prétendue capitale nationale.Parce nous pensons que l\u2019idée du : « ils reviendront bien un jour à la raison » (la raison péquiste et social-démocrate), et du : « ils arriveront tôt ou tard à l\u2019âge adulte » (l\u2019âge péquiste et social-démocrate)», est une promesse d\u2019échec par rupture avec l\u2019électorat de Québec.Nous parlerons d\u2019ailleurs plus loin dans ce texte de l\u2019émission matinale du 23 juin 2005, laquelle laissait percer une opinion radio-ixienne lasse de l\u2019agitation souverainiste.Après quelques années sur le « front intérieur » - l\u2019île de Montréal - il faut retourner à Québec ne serait-ce qu\u2019une semaine pour écouter CHOI-FM et prendre le poul de la population qui s\u2019en délecte.Vous avez probablement le souvenir d\u2019un Jean-François Fillion vulgarissime qui imitait l\u2019animateur américain Howard Stem et tenait pour y parvenir, des concours du genre : mangez « live » de la fiente humaine et gagner un voyage pour deux en République dominicaine.Et bien, elles sont finies ces folies ! Ce temps-là n\u2019est plus : même Jean-François Fillion n\u2019est plus.À force de déraper dans la mesquinerie ad hominem, les tribunaux ont réussi à le botter sur le bord de la route, d\u2019où il gémit dans les moments libres que lui laisse la gestion de son nouveau terrain de golf.Ce qui reste du CHOI de l\u2019an 2000, c\u2019est un ton : celui du franc barbare respirant hors de Montréal sans se gêner.Le Barbare de CHOI répond à une fracture trop peu explicitée, géographique et culturelle à la fois, qui isole Québec et sa périphérie dans l\u2019ensemble québécois.Cette « brute blonde » de la vieille capitale s\u2019oppose, non pas au Civilisé, mais au Décadent sophistiqué.Le Décadent sophistiqué est un soixante-huitard conformiste : de religion sociale-démocra-te, il a placé son espérance messianique dans la construction d\u2019un État gigantesque aux interventions tous azimuts.Ce Décadent sophistiqué ne cesse de se déclarer Québécois-ayant-des-valeurs-québécoises par opposition aux Cowboys red necks arriérés (Albertains ou Texans) ; il jouit des discours qui condamnent ce qui résiste au programme de subversion radicale du socialisme, relayés et encouragés par la grande majorité des médias.En parlant avec de nombreux Barbares de Québec, l\u2019image de l\u2019empereur Julien, Julien L\u2019Apostat (360-63 ap.J.-C.J, nous est venue à l\u2019esprit.Comme cet empereur qui cherchait le ressaisissement de la Rome décadente - à travers une résurgence d\u2019un paganisme qui entraînerait la marginalisation de la nouvelle culture chrétienne -, il y a dans le projet radiophonique de CHOI une tentative pour faire tomber la nouvelle religion sociale-démocrate et sa musique héritée du lyrisme des Beatles, et ceci à coup de discours libertariens et rock chaotique.Un peu comme l\u2019empereur Julien célèbre dans son oeuvre littéraire (Contre les Galiléens et le Misopogon) la pureté de caractère des barbares germaniques, qu\u2019il oppose aux Latins efféminés, les auditeurs de CHOI cherchent eux aussi à fuir la culture officielle et à retrouver quelque chose d\u2019un peu moins pourri en marge de la civilisation, quelque chose de vert, de sain, de vrai.Quelque chose de Vrai ! Le mot revient dans la bouche de tous les auditeurs de CHOI, interrogés à propos de leur station préférée.Trois phrases sont récurrentes : 1) « Eux ils disent les vraies affaires.» : ce qui sous-entend que les autres stations mentent ou taisent les « vraies affaires », en parlant pour ne rien dire. 19 2)\t« Eux ils sont vivants » : encore une fois, le commentaire suggère que les autres chaînes donnent l\u2019impression d\u2019entretenir un peuple de zombies, de lobotomisés ou de perroquets du consensus social-démocrate.3)\t« Eux ils nous font découvrir des choses différentes » : critique implicite du choix musical des autres chaînes qui, semble-t-il, font découvrir aux auditeurs des artistes convenus avec une facture musicale pré-formatée pour un public sénile en manque de divertissement sentimental.Bref, si nous résumons, CHOI semble être aimé sur le mode du dépit : cette radio procure un accès exclusif aux opinions franches sur la vie publique, et fait ainsi preuve d'une vitalité supérieure dans l\u2019animation publique.Elle ouvre aussi à un semblant d\u2019universel par le biais des États-Unis libertariens et des groupes rock émergents.Dès lors, elle apparaît comme un lieu de transit unique de réalités culturelles stimulantes, par ailleurs absentes des autres stations radiophoniques trop lâches et trop platement collées à des cotes d\u2019écoute médiocres pour oser risquer une sélection musicale audacieuse.La station aura su trouver une niche de marché en exploitant l\u2019inconfort et la frustration des auditeurs par rapport à une culture dominante et institutionnalisée, totalement détachée de la réalité de ce peuple de Québec.Seule Radio X a su utiliser avec brio les techniques de marketing les plus avancées pour faire son succès du droit des gens à être en colère.Les collants « Liberté, je crie ton nom partout ! », apposés sur un très grand nombre de voitures (autant peut-être qu\u2019il y a de rubans jaunes1 collés sur les voitures aux Etats-Unis), le genre musical rock alternatif, l\u2019attitude frondeuse des animateurs : il y a une unité de style dans le mouvement CHOI, qui lui donne une présen- 20 ce publique politiquement significative.Ces derniers propos ne doivent pas laisser penser à un plan grossier en vue de se tailler un marché : on a fait plus que capturer un public laissé pour compte, on a su incarner sa réalité quotidienne, la représenter sur la scène publique et l\u2019encourager à se dépasser.Aux yeux des 428 000 auditeurs de CHOI, « il n\u2019y a que ça ! » Qui donnera tort à ces Barbares ?Effectivement, en passant aux autres chaînes, vous entendez une chorale de propos sentimentalistes.Passons-les en revue : on y cultive le mélodrame pleurnichard et la culpabilisation constante des ennemis de la social-démocratie canadienne-québécoise (on distingue mal les deux pays).Au 90.9, soit Radio-Galilée, vous aurez le privilège d\u2019écouter quelques émissions de haute valeur sur la vie des saints catholiques2.Ce sont des émissions le plus souvent importées d\u2019Europe.Tandis que les émissions canadiennes-québécoises traitent souvent des affaires de l\u2019Église sur le mode marxiste : on cherche des excuses à l\u2019autoritarisme de Saint-Paul, on se réjouit de l\u2019œcuménisme de Jean-Paul II, on condamne Pie XII pour complicité avec le national-socialisme (!), etc.Quant aux autres postes, indistincts par leur insignifiance, on ne sait que choisir entre le 93.3, le 98.9 Radio-Énergie Boum-Boum et Barbarie respectueuse des amours propres, le 102.9 « Motown » et musique de party de bureaux des années soixante-dix, et, sans oublier, le 107.5 Ra£fi° Rock-Détente, avec son romantisme boboche de comédie musicale, son contenu « Bouillon de poulet pour l\u2019âme » - infernale Radio Rock-Détente, infernale fausse douceur hystérique.Et puis il y a Radio-Canada.Les lecteurs de L\u2019Action nationale savent qu\u2019on peut toujours compter sur Radio-Canada pour informer les auditeurs canadiens-français de la province de Québec du remplacement d'un chef d\u2019orchestre de l\u2019or- 21 chestre symphonique de Calgary, ou des problèmes de santé affectant le bétail d\u2019un éleveur de Saskatoon.Radio-Canada, c\u2019est aussi, tous les matins, rediffusée de Montréal la gentille Marie-France Bazzo, se sentant le devoir journalistique de nous rappeler qu\u2019une étude menée par un obscur psychologue américain (probablement enseignant à Harvard) prétend démontrer scientifiquement que le président W.Bush est atteint de maladie mentale.La fin de semaine, c\u2019est au tour de Joël Le Bigot de faire l\u2019animation matinale, le personnage a du mordant, il faut le dire, bien que son émission s\u2019adresse à un public de boumeurs.Radio-Canada, rappe-lons-le, a comme l\u2019hydre, deux têtes : il y a la bonne parole, les tables rondes et la tribune du respectable Pierre Maisonneuve (probablement non anti-national dans ses intentions cachées), c\u2019est le 106.3, puis, il y a la chaîne culturelle Espace musique, sorte de canal fourre-tout pour les « musiques du monde », une collection d\u2019airs cosmopolites donnant un sentiment d\u2019évasion touristique aux conducteurs de Volvo qui se rendent au bureau ou reviennent en banlieue, à 16I130.Il y avait autrefois de véritables émissions culturelles à Radio-Canada, lesquelles ont été, comme on le sait charcutées par la nouvelle équipe en place depuis quelques années, dirigée par M.Sylvain Lafrance.Au nom de la démocratie canadienne, ont disparu les émissions Paysages littéraires ainsi que Passage, jugée trop élitistes au regard du mandat populaire de Radio-Canada.Le lecteur ici s\u2019impatiente car il ne voit pas en quoi le phénomène CHOI serait relié à la décapitation culturelle de Radio-Canada et à son recyclage dans la critique gauchiste de l\u2019actualité et les tambours d\u2019ailleurs.On voudra ici me faire remarquer que, de toute façon, les auditeurs de CHOI, qui sont des Barbares, méprisent la culture et méprisaient les anciennes émissions culturelles, au vrai sens du mot, de 22 Radio-Canada.Ce qui est vrai.Cependant, mon propos est le suivant : le fait que désormais toutes les émissions radiophoniques conçues au Québec puissent cadrer avec une refonte constructiviste et anti-traditionnelle de la culture, une fois sautée la dernière digue (la diffusion de la tradition littéraire française, qui sous-tend la primauté de la pensée, le culte archaïque des formes et la notion de l\u2019honnête homme), quand toutes les barrières cèdent, vient le temps des prouesses barbares.Les bien-pensants qui condamnent CHOI parce que « Marie-France Bazzo, c\u2019est tellement sophistiqué en comparaison », ces boumeurs sociaux-hédo-nistes - qui se plaignent hypocritement de ce que CHOI publie des calendriers machos de filles de Québec en bikinis ou parle live des seins d\u2019une présentatrice des nouvelles sexy - nous offrent le spectacle ironique et implacable de l\u2019importance des idées et de leurs conséquences dans la vie réelle.Voilà une génération de boumeurs, - guidée par quelques prophètes-prédécesseurs (écrivains, philosophes et bavards de la pensée) -, qui n\u2019a eu de cesse de contester les règles, de combattre les gardiens des normes traditionnelles, de militer pour le « progrès social », pour les « droits à », et qui soudainement se rend compte qu\u2019une station de radio extraordinairement populaire, cristallise en un seul lieu visible, la monstruosité sans complexes enfantée par l\u2019anomie soixante-huitarde.D\u2019orgueilleux destructeurs nihilistes, conscients ou non de la portée de leurs idées, se rendent compte aujourd\u2019hui qu\u2019une régression vers le mal est possible ; ils s\u2019aperçoivent que, contrairement aux objectifs visés de construire « demain matin » une société plus juste et plus humaine, l\u2019établissement effectif du désastreux programme de levée libératrice des interdits, aboutit à un cauchemar de brutalité et d\u2019insensibilité total.À présent, 428 000 auditeurs se grillent l\u2019organe auditif en écoutant le tapage sans nuances de groupes issus des sous-sols 23 d\u2019Amérique du Nord, vomissant de leur guitare électrique le chant bestial initié par les poètes et musiciens hippies.Pourtant, il faut, - c\u2019est une nécessité - qu\u2019il y ait un contenu civilisationnel important parmi les matériaux de cet édifice barbare, sans quoi tout se serait effondré et sans quoi, CHOI, depuis tant d\u2019années, n\u2019aurait pas conquis un marché aussi important.Je reviendrai ici sur la figure du Julien L\u2019Apostat car les gens de Genex Communications et Fillion lui-même sont probablement des gens éduqués, n\u2019étant pas eux-mêmes entièrement submergés dans la barbarie qu\u2019ils exploitent en toute connaissance de cause, et, c\u2019est là ce qui, à mon sens, rapproche à nouveau les directeurs de Radio X de Julien : ces derniers croient sans doute de tout leur être qu\u2019une franche barbarie anglo-libertariennne servira à opérer le redressement d\u2019une culture québécoise ne valorisant rien d\u2019autre que l\u2019épuisant consensus soi-disant « progressiste » des élites soixante-huitardes parvenues au pouvoir dans les médias et au ministère de l\u2019Éducation.Je pense à Fillion, homme secrètement cultivé, lecteur de Winston Churchill - si j\u2019en crois les propos récents du crédible directeur de l\u2019IEDM, Michel Kelly-Gagnon -, comme je pense à Julien L\u2019Apostat lisant Platon, après s\u2019être baigné le corps dans le sang chaud d\u2019un taureau sacrifié selon un rite païen.Aussi, combien d\u2019apostats du credo boumeur ?combien de « Jeff » Fillion, parmi les 428 000 auditeurs ?Combien de diplômés de l\u2019Université Laval, d\u2019entrepreneurs prometteurs, de chefs de famille honnêtes ?428 000, ça n\u2019est pas une foule d\u2019esclaves rebelles en fuite, égarés par un meneur dangereux, c\u2019est une ville, fixe, immobile, obstinée, qui entend bien voter aux prochaines élections et à celles qui vont suivre, en inscrivant un X dans la case ADQ ou encore, en refusant tout simplement d\u2019encourager le seul Parti d\u2019en- 24 vergure nationale un peu comme un Ontarien irrité pourrait s\u2019abstenir de voter pour le Parti Libéral du Canada.Tapis dans la barbarie propre à CHOI FM, au milieu de son darwinisme inquiétant, il y a le refus partiel du nihilisme, il y a une forme de foi et d\u2019espérance.En effet, entre deux « tounes rocks », on peut facilement déceler un contenu moral conservateur, un effort vers la vertu.Durant l\u2019émission du matin, ce 23 juin 2005, à la veille de la Saint-Jean-Baptiste, l\u2019animateur Denis Gravel mène une charge en règle contre la culture officielle au Québec : la culture soutenue et financée par l\u2019État.L\u2019heure est au ricanement lucide.On parle du copinage de l\u2019ADlSQ, des artistes subventionnés, de ceux qui, comme Jean Leloup, sont crucifiés par « le milieu » pour avoir déclaré publiquement leur désaccord avec les façons de faire de l\u2019industrie musicale dans la métropole.On mentionne les anecdotes sur les compositeurs et les producteurs, pour souligner l\u2019étrange impossibilité d\u2019un simple désaccord sur les principes au sein de notre société démocratique.Et l\u2019ombre de Fillion, que tous appréciaient, « même s\u2019il dérapait souvent, c\u2019est évident », plane, dans la nostalgie générale.Abordant la rubrique de l\u2019actualité politique, les gens de CHOI déclarent préférer Richard Legendre à tous les autres candidats en lice pour la succession de M.Landry.Ils viennent d\u2019interroger Legendre sur la question des excès dans le financement de la culture.Intéressé par ses idées relatives au financement du sport, CHOI aurait aimé qu\u2019il se prononce en faveur d\u2019une baisse des subsides versés au petit milieu consanguin des artistes montréalais.Apparemment, Legendre n\u2019aura pas su répondre aux frustrations des gens de CHOI en promettant ne serait-ce que de se pencher sur le sujet, ou alors en expliquant les raisons exceptionnelles de survivance nationale qui justifient le maintien d\u2019une politique de subvention cul- 25 turelle à réformer.Puis, Gravel poursuit en tournant d\u2019avance en ridicule la soirée de la Saint-Jean sur les Plaines : « vous verrez ce soir, la même gang habituelle, les mêmes kétennes, tenir le même discours dégoulinant de pétage de bretelles sur la grande, la belle culture québécoise subventionnée et étatisée ».La description façon CHOI de toute cette complaisance québécoise à chanter « Gens du pays » et à trouver cela délicieux doit, j\u2019en suis sûr, donner la nausée aux auditeurs, les encourager à déserter la ville pour fêter ce qui demeure, après tout, leur Saint-Jean-Baptiste, à l\u2019écart, dans un chalet privé près d\u2019un lac, et, comme dans une annonce de bière : avec des filles nubiles et du rock, entre chums.Ce qu'il y a dans ces propos, c\u2019est le sentiment de l\u2019insignifiance : toute cette culture de Luce Dufault rock-détentesque ne va nulle part.Denis Gravel imagine un monde où le lien est fait à nouveau entre l\u2019effort et le mérite, où les forces spontanées, qui sont des êtres de chair se conduisant droitement, concourent à produire l\u2019art et la richesse.Le groupe Metallica est alors donné en exemple : on évoque leur vie des premières années de création, dans la pauvreté, à quatre ou cinq dans le même appartement, ces musiciens valeureux ne se souciant alors de rien d\u2019autre que de créer, ayant remisé temporairement les caprices d\u2019un être humain normal dans une société d\u2019abondance, parce que la musique était ce qu\u2019ils aimaient faire, jusqu\u2019à ce que le public s\u2019intéresse à leur talent et les propulse dans l\u2019Olympe du star-system.Aspirer à quelque chose d\u2019authentique, de spontanément beau et fort, voilà la demande publique à laquelle CHOI répond à sa manière adolescente attardée.Une autre raison nous amène à ne pas considérer le succès de CHOI-FM comme une simple et malheureuse dérive populiste « bouseuse » : l\u2019appel à un risorgimento anarchique qui caractérise son discours est partagé par une mouvance 26 culturelle de gauche, située en marge du pouvoir, à tout le moins sur le plan rhétorique.Cette mouvance nous la nommerons cowboy-fringantisme, bien qu\u2019elle recoupe des réalités débordant la musique des Cowboys Fringants.Néanmoins, le contenu politico-poétique et l\u2019enthousiasme que ces musiciens soulèvent parmi tous les groupes d\u2019âge, en commençant par la jeunesse et en finissant par les bou-meurs, démontre que nous avons là une puissance mentale parallèle à la puissance CHOI, et d\u2019envergure à peu près équivalente.Nous avons devant nous un corps d\u2019idées aptes à capter l\u2019espoir ou le désespoir de nombreux Québécois et à les orienter en les traduisant par un style musical et un discours.Ces deux mouvances expriment un dépit tenace, une rage contenue, à l\u2019égard du statu quo culturel au Québec.Chacune propose un rêve de grandeur à la fois individuel et collectif pour le Québec.Et les deux s\u2019entendent sur l\u2019ennemi à abattre.Je reviendrai sur cette dernière proposition.Traitons d\u2019abord de leur désespoir commun.Dans la chanson « En berne », les paroles de la chanson sont en fait une série de lamentations sur la médiocrité de la vie québécoise et le passage à l\u2019échec d\u2019une culture qui promettait de devenir brillante il y a trente ans.Désespoir et pessimisme profond qui renvoie à un espoir secret, enfoui dans la conscience de l\u2019individu et du peuple : Chu né dins années soixante-dix Dans un Québec en plein changement Où l\u2019emblème de la fleur de lys Donnait un peu d\u2019espoir aux gens Mais quand je regarde ça aujourd\u2019hui Chu donc pas fier de ma patrie Ça dort au gaz dins bungalows Le cul assis su\u2019l statu quo 27 Usée a en grande partie raison lorsqu\u2019il déclare que le Québec est une culture traumatisée par ses échecs, car autrement comment expliquer que le pessimisme des Cowboys, porteur du souvenir d\u2019un grand espoir, décrète en même temps la vanité de notre héroïque effort national par la démocratie.Si tu rêves d'avoir un pays Ben moi je t\u2019dis qu\u2019 t'es mal parti T\u2019as ben plus de chances de gagner à' loterie.[.] Si c\u2019est ça que t'appelle une nation, Probable que tu sois assez con T\u2019es mûr pour te présenter aux élections.Les Cowboys sans savoir ce qu\u2019ils disent, comme tous les poètes, parlent d\u2019un grand malheur conjugant malaise et lassitude, - malheur qu\u2019à L\u2019Action nationale nous appelons « condition historique du peuple québécois » - et, paradoxalement, ils chantent l\u2019impossibilité actuelle d\u2019un divorce d\u2019avec la culture de la fatigue et du croupissement.Il en résulte qu\u2019une seule option est implicitement proposée, sans être éclaircie par le langage, et c\u2019est une non-option : la coupe de l\u2019impuissance est à boire, dans l\u2019impuissance stérile, sur une jolie mélodie triste.On refuse d\u2019emblée la possibilité de s\u2019assumer dans l\u2019imperfection de l\u2019histoire.Les gens sont cons, il n\u2019y a rien à faire d\u2019autres que de chanter le Québec des cons.On semble dire : ces astres hostiles que nous espérons depuis toujours voir changer en notre faveur, ne changeront pas.Notre intelligent désespoir nous laisse au moins le plaisir de cracher librement sur nous-mêmes.CHOI et le cowboy-fringantisme : deux attitudes différentes sur le monde et la vie, d\u2019un côté la petite droite à cheval entre le sens commun et la barbarie, et de l\u2019autre, la gauche- 28 troubadour, témoin du monde à refaire.L\u2019une se tient dans la ville de Québec pour échapper à Montréal, à qui elle reproche d\u2019aspirer toutes les forces vives québécoises, en restant dans la ville de Québec, l\u2019autre fuit le village québécois pétrificateur d\u2019énergies vers un cégep montréalais ou une université québécoise coupée du monde-à-refaire par une ceinture de peep shows.Deux projets politiques : le cow-boy-fringantisme propose de reprendre l\u2019héritage délaissé de René Lévesque - René Lévesque parce qu\u2019il fut tellement sincère dans ses reculs - et revivifié par les nouveaux stupéfiants sur le marché des idéologies : l\u2019écologisme, l\u2019onucra-tisme et le multiculturalisme.CHOI propose de suivre Mario Dumont nous conduisant à l\u2019imitation de l\u2019Alberta prospère, dotée d\u2019« une certaine forme d\u2019indépendance », bien budgétisée.Oui, deux mouvances ! Mais, sur le plan national, une seule ligne : le recul devant le combat, dans le choc brutal des deux patries enlacées dans la même chambre fédérale, le Québec jouant traditionnellement la femme et le Canada, l\u2019homme.Même si à CHOI on rêve des dollars de l\u2019Ouest, on refuse de s\u2019inspirer de John Wayne.On trouvera sur le site internet de CHOI3 une entrevue archivée de l\u2019ex-animateur-vedette avec Stephan Harper où Fillion accuse « les red necks » du PQ d\u2019être « aussi red neck dans leur vision qu\u2019il y a des red necks canadiens dans le Parti conservateur ».Il diabolise le nationalisme en inventant une hypothétique aile raciste au Bloc Québécois : « y\u2019a les extrémistes, y\u2019a des gens qui sont un peu coky, des gens qui sont un peu arriérés [.] il y a beaucoup de personnes dans le Bloc qui détestent les anglophones ».Le discours que l\u2019on entend à CHOI est aussi celui du c\u2019est-pas-complè-tement-fou-l\u2019indépendance-mais-c\u2019est-pus-le-temps : la chance manquée de devenir souverain en 1980 et qui aurait dû fermer la question de la souveraineté. 29 Ce n\u2019est pas l\u2019un de ces splendides chapeau texan, mitre de l\u2019homme américain, que porte Fillion, c\u2019est une vulgaire casquette style « casquette de baseball », comme on en porte dans les banlieues de Québec.Les Cowboys Fringants, portant leur chapeau pour faire kitsch, eux aussi, refusent de suivre les trop fringants cowboys nationalistes du PQ.Ils le disent d\u2019ailleurs très clairement dans leur chanson « Lettre à Lévesque » : Pour ce qui est de la souveraineté On peut pas dire que c\u2019est la fièvre Le projet s\u2019est mal renouvelé et on en parle du bout des lèvres Mais quoiqu\u2019à voir les extrémistes Qui se réclament Patriotes Avec leur discours passéiste J\u2019me dis qu\u2019on est loin dujack-pot Si on r\u2019garde ça René Les enjeux on bien changé Et les jeunes se conscientisent Faudrait écouter ce qu\u2019ils disent Et que pour bâtir un pays Faudrait pas oublier d'inclure Les citoyens des autres ethnies et leur culture Tentative de diabolisation du nationalisme traditionnel, culpabilisation d\u2019un mythique Canada français crypto-fasciste, projet d\u2019ingénierie identitaire, parasitisme de la défense patriotique par de nouveaux opiums intellectuels : le vote cowboy-fringantiste ira sûrement au candidat André Boisclair, qui, par ses propos passés, s\u2019est fait l\u2019ennemi des « red necks » de son parti.Il ira au candidat qui s\u2019éloigne le plus possible de Jacques Parizeau, car c\u2019est Parizeau le « roi red neck ».Dans la logique du cowboy-fringantisme comme 30 pour CHOI, qui le dit explicitement, Parizeau, ce qu\u2019il représente symboliquement, est un méchant, un ancien, un danger pour la paix et l\u2019ordre de cette province - qu\u2019on trouve trop provinciale, à gauche comme à droite, ce qui n\u2019arrange rien à l\u2019affaire.Car nous savons qu\u2019ultimement, il nous faudra des hommes costauds pour espérer nous évader du Canada et rentrer dans un chez nous en un seul morceau.Des hommes redneckiens peut-être, des Margaret Thatcher.Nous avons traité de l\u2019émission de CHOI du 23 juin 2005 durant laquelle il fut intéressant d\u2019obtenir un échantillon des réactions de la station en présence du fait national.Les commentaires négatifs fusaient au sujet des artistes invités à venir fêter une nation qui n\u2019en est pas encore une, au nom de valeurs qui ne sont pas celle de toutes la nation.Ceci engendrait du désabusement, de la frustration et un sentiment d\u2019impuissance.Il fut intéressant de remarquer qu\u2019il fut question, à environ cinq reprises durant l\u2019émission de la sortie de M.Parizeau sur les résultats du référendum de 1995.Ce n\u2019était plus une attitude de réaction, c\u2019était celle du triomphe.Un animateur-humoriste imitait le chef du OUI en prenant la voix d\u2019un homme ivre.Enfin, à répétition, avec une insistance morbide, on revenait et revenait sur la déclaration, avec l\u2019écrasante satisfaction d\u2019être plus intelligent, plus fin politique, plus moral aussi, que Jacques Parizeau, le chef patriote sans ambiguïté, errant dans les conscience tel le fantôme maudit de la responsabilité nationale.Avec d\u2019autres groupes dans notre société, CHOI se plaint de l\u2019unanimisme québécois, de sa petitesse mesquine, mais il le rejoint au dernier moment, en tirant la pierre au méchant spectre péquiste.Ce en quoi on reconnaît que le nationalisme, tout court, qu\u2019il soit contemplatif ou agissant, est la pointe hors des eaux 31 froides de la défaite innombrable, le dernier espace de raison et d\u2019amour pour notre peuple.Tout le reste est lynchage, tout le reste est lamentation prostrée.?1\tPour marquer le support populaire aux soldats postés en Irak.2\tDernièrement consacrée à Saint-François de Salles, pourfendeur des hérésies protestantes, et à Saint-Antoine de Padoue, pédagogue chrétien expliquant la vraie doctrine auprès des « petites gens ».3\thttp://www.choiradiox.net/i_archives-2004.html 32 ARTICLES Jean-François Cloutier FACE À LA CRISE DE L\u2019ÉCOLE, LES LUMIÈRES NE SONT PAS OÙ L\u2019ON CROIT Le système d\u2019éducation québécois est présentement à la croisée de chemins.Alors que les professeurs se plaignent de ne plus pouvoir enseigner et sont au bord de l\u2019épuisement professionnel, que les élèves, malgré les ressources accrues qu\u2019on leur consacre chaque année, réussissent moins bien, que le climat général des écoles se pourrit, on s\u2019interroge de part et d\u2019autre sur les moyens de corriger la situation.Le ministère de l\u2019Éducation, après avoir convoqué des États généraux sur l\u2019éducation en 1994, a accouché d\u2019une réforme qui est déjà en application au niveau primaire et en voie de l\u2019être au secondaire.Au même moment, les parents font de plus en plus fréquemment le choix d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école privée, qui, pour pallier les problèmes actuels, prône des solutions différentes, voire contraires à l\u2019esprit de la réforme.Dans ce texte, je détaillerai d\u2019abord les maux nouveaux auxquels fait face aujourd\u2019hui l\u2019école et ferai comprendre pourquoi, quelle quelle soit, une réforme s\u2019impose.Dans un deuxième temps, j\u2019étudierai les deux principales alternatives devant lesquelles nous place la situation actuelle.Je montrerai en quoi, dans la réforme proposée par le ministère, un progressisme destructeur menace, loin qu\u2019il ramène le système à une certaine qualité, d\u2019accentuer les principales tendances qui le minent aujourd\u2019hui, et en quoi la solution conservatrice est en réalité la seule viable. 33 Crise de l\u2019école Convenons d\u2019abord d\u2019une chose : l\u2019école primaire et secondaire - publique principalement - est malade.Pour s\u2019en convaincre, on n\u2019a qu\u2019à aller rencontrer les professeurs qui y évoluent quotidiennement.Sur dix que vous interrogerez, pas un ne vous dira que depuis dix ans le climat ne s\u2019est pas dégradé.Le Devoir est gros chaque semaine de témoignages d\u2019enseignants qui tirent la sonnette d\u2019alarme.Ainsi Claudie Thériault, le lundi 25 avril, écrivait dans la page Idées : « Le malaise est profond.Il y a quinze ans que j\u2019enseigne dans une école secondaire publique et je peux affirmer que la qualité du service se dégrade d\u2019année en année.»\u2018 Le mercredi 27 avril, Michèle Valois affirmait la même chose, presque dans les mêmes mots : « J\u2019enseigne depuis 1988 à Laval dans un milieu favorisé de classe moyenne.Je peux dire que j\u2019ai été témoin au fil des ans de la dégradation du système scolaire.2 » De tels témoignages - de professeurs désabusés, cyniques à l\u2019extrême, ou encore au bord de la dépression -, j\u2019en ai moi-même entendu ad nauseam durant le mois ce printemps où j\u2019ai remplacé un professeur dans une école secondaire publique de Lanaudière, de façon que je ne puisse plus douter de leur représentativité (d\u2019ailleurs, le professeur que je remplaçais était lui-même en arrêt de travail pour cause d\u2019épuisement professionnel).Assurément, quelque chose cloche dans le système d\u2019éducation - public au premier chef - actuel, puisque, selon les dernières statistiques, un jeune professeur sur quatre quitterait la profession après quelques années pour se réorienter, ce qui représente un record en termes de désertions pour une profession.Éric Comellier, jeune enseignant au primaire, allait jusqu\u2019à déclarer dans une lettre récemment : « Moi qui enseigne depuis quinze ans au primaire, j\u2019ose 34 avouer au grand jour le désarroi qui m\u2019habite.Et j\u2019espère de tout cœur que cet aveu sonnera le réveil de la responsabilité que tout citoyen devrait éprouver à l\u2019égard de l\u2019éducation publique.Car au Québec, enseigner n\u2019est presque plus possible.3 » Mais pourquoi en est-il ainsi ?Qu\u2019est-ce qui s\u2019est passé depuis quinze ans pour qu\u2019enseigner devienne soudainement un sport extrême réservé à quelques zélés ?Quand on les interroge, les professeurs parlent tout d\u2019abord de problèmes disciplinaires accrus, qui n\u2019existaient pas, ou du moins pas dans les mêmes proportions, auparavant.Entendons-nous : la jeunesse n\u2019a jamais été sage comme une image.Enseigner au primaire ou au secondaire s\u2019est depuis toujours accompagné de la nécessité de faire de la discipline.L\u2019adolescence est l\u2019âge où l\u2019on cherche à transgresser les règles établies et à contester l\u2019autorité.Seulement, la différence entre hier et aujourd\u2019hui tiendrait dans le degré des manquements auxquels les enseignants doivent faire face, traduisant un manque de repères moraux flagrant chez les jeunes.Hier, au secondaire, ceux qui contestaient l\u2019autorité, c\u2019était ceux qui allaient fumer à l\u2019heure du dîner à l\u2019insu des prêtres qui les surveillaient (ainsi, dit-on, faisait René Lévesque).Aujourd\u2019hui, ce sont ceux qui entrent « gelés » dans la classe.De même, on se croyait très audacieux il n\u2019y a pas si longtemps lorsqu\u2019on couchait avec une fille en-dehors des liens du mariage.Aujourd\u2019hui, il semble que rien ne soit à l\u2019épreuve de certains jeunes côté sexualité.Le Devoir publiait à cet égard un dossier assez effrayant il y a quelque temps, où on rapportait notamment l\u2019histoire de trois jeunes qui s\u2019étaient branlés au fond de la classe, au vu et au su des autres élèves et même du professeur ! 35 En gros, il semble pour beaucoup que le principe d\u2019autorité - qui logiquement devrait entraîner un minimum de crainte et de déférence - censé être incarné par le professeur, n\u2019aille plus du tout de soi.Les enseignants sont contraints de conquérir de haute lutte un respect, une simple considération, qui devrait pourtant leur échoir d\u2019entrée de jeu.Ils doivent faire face à des inconduites de plus en plus osées et à un défi de plus en plus enraciné chez les jeunes au moment où ils les sanctionnent.De dire Michèle Valois : « De plus en plus d\u2019enfants ont besoin d\u2019encadrement et de limites strictes parce qu\u2019ils perturbent la vie en classe.Ils répliquent avec impolitesse et arrogance envers les différents intervenants de l\u2019école.Je passe un temps énorme à éduquer en expliquant les règles élémentaires de la bienséance »4.On comprend que lorsqu\u2019il s\u2019ajoute à la tâche d\u2019enseignement à proprement parler, ce besoin de faire de la discipline contribue vite à faire du métier d\u2019enseignant quelque chose de très peu enviable.On pourrait parler aussi pour expliquer la dégradation des services des problèmes d\u2019apprentissage qui se généralisent et qui sont d\u2019ailleurs souvent liés aux troubles de comportement.De plus en plus de jeunes sont incapables de concentration, peinent à rester assis longtemps, arrivent à l\u2019école secondaire à peine capables de lire et d\u2019écrire.Rien ne les prédispose à l\u2019apprentissage tel qu\u2019on l\u2019a connu jusqu\u2019ici.Ils ont passé une bonne partie de leur vie sous l\u2019effet du Ritalin, dont on sait la prescription toujours croissante.Il est difficile de discerner les causes profondes d\u2019une telle dégradation : est-ce « la pollution, la nourriture transformée, le manque d\u2019activité physique, la violence dans les émissions de télé et les jeux vidéo »5, comme le suggère, entre autres causes, Michèle Valois ?On ne sait trop.Nul doute 36 cependant que si vous les leur demandez, les professeurs pointeront du doigt en premier lieu la famille, les parents, ceux-là même qui, parfaitement déresponsabilisés, n\u2019arrivent même plus, dans une proportion croissante, à nourrir leur enfant le matin et qui se permettent, à l\u2019égal de leurs rejetons, de remettre en cause l\u2019autorité du professeur.Soit par leur inconscience, soit par leur simple absence, ils ont fait de leur enfant un être que l\u2019école doit doublement éduquer : à la fois sur le plan strictement moral et sur le plan intellectuel.Un enseignement incertain Qu\u2019en est-il de la valeur de l\u2019enseignement à proprement parler - de la transmission de la matière - dans un tel contexte ?Dans le réseau public qui avait déjà mauvaise réputation sur ce point, où les problèmes de comportement apparaissent les plus graves, on serait étonné que la nouvelle conjoncture ait pu faire en sorte que celle-ci se maintienne au même niveau qu\u2019auparavant.De fait, si l\u2019on regarde les chiffres en général, on constate une baisse de la réussite scolaire entre 1995 et 2003, soit une diminution de 9,6 points du taux d\u2019obtention d\u2019un diplôme du secondaire0.À Montréal, la situation est particulièrement critique, où « seulement 42,5 % des élèves de la CSDM ayant commencé leurs études en 1998-1999 ont obtenu leur diplôme en cinq ans, comparativement à 57 % ailleurs au Québec.7 » Sur le plan quantitatif, il est évident donc que le réseau perd des plumes, lui qui en avait déjà assez peu, au regard notamment des autres provinces.Néanmoins, on peut se demander si ces chiffres, tout mauvais qu\u2019ils soient, ne cachent pas un mal encore plus grave, qui est le nivellement par le bas, l\u2019offre de diplômes à rabais 37 sans qui les statistiques sus-mentionnées auraient peut-être connu une dégradation encore plus accentuée.À cet égard, il est évidemment plus difficile de disposer de chiffres : comment savoir si ce qui valait 60 % il y a vingt ans le vaut encore ou ne vaut pas plutôt 65 ou 70 ?Le système n\u2019aurait-il pas tendance à s\u2019adapter et à faire graduer, grosso modo, quelle que soit la valeur des cohortes, chaque année le même nombre d\u2019élèves ?Il existe pour évaluer les résultats scolaires un test international du nom de PI SA.Étonnamment, les jeunes Québécois y avaient bien réussi en 2000, se classant respectivement à l\u2019échelle mondiale en sciences, lecture et mathématiques 5e, 2e et 6e.Depuis, ils ont baissé dans l\u2019échelle des nations, se classant cette fois dans les mêmes matières, en 2004, ne, 3e et 7e.Faute d\u2019avoir pu l\u2019étudier en détail, je n\u2019accorde pas pour ma part un grand crédit à ce test.Prétendre établir une stricte hiérarchie au sein de systèmes d\u2019éducation si divers m\u2019apparaît une tâche quasi impossible, où je ne vois pas comment on ne saurait faire preuve d\u2019arbitraire dans le choix des connaissances à évaluer.Pierre Reid lui-même se demandait si la raison pour laquelle les élèves québécois avaient obtenu de piètres résultats en « Espace et formes », ce n\u2019était pas tout simplement parce qu\u2019ils n\u2019avaient pas encore vu cette matière au moment de passer le test.Et puis comment juger, dans un test de quelques heures, de la sensibilité littéraire, par exemple, d\u2019un élève ?Les connaissances littéraires n\u2019étaient-elles pas évaluées dans un tel test à la manière des questionnaires de Génies en herbe ?Sans doute est-il préférable pour obtenir un portrait d\u2019ensemble, aussi flou et insatisfaisant que soit le résultat d\u2019un point de vue scientifique, de s\u2019en tenir aux témoignages des 38 professeurs, qui sont aux premières lignes pour mesurer les capacités réelles des élèves.S\u2019en tenir ici aux chiffres confinerait à ce que Raymond Aron, dans Dix-huit leçons sur la société industrielle, appelait la précision dans le rêve.Or les professeurs sont catégoriques : lorsqu\u2019ils disent que le système se dégrade, c\u2019est tout le système qu\u2019ils entendent, pas seulement la relation maître-élève.Troubles de comportement, clament-ils, sont inextricablement liés à troubles d\u2019apprentissage.À partir du moment où les uns se généralisent, il en va de même pour les autres, avec les conséquences qui s\u2019ensuivent sur l\u2019acquisition réelle de savoir.Colette Dumais, spécialiste en apprentissage et habitudes de vie, explique : « Chaque année, on constate dans nos écoles un nombre grandissant d\u2019élèves apathiques, sans énergie pour accomplir des tâches normales ou, au contraire, des élèves hyperactifs incapables de se concentrer.Dans les deux cas, le travail scolaire est devenu trop exigeant pour eux et ils emploient une panoplie de subterfuges pour s\u2019en (sic) soustraire.8 » Et quand d\u2019ailleurs, au prix d\u2019énormes efforts, on parviendrait à faire passer les cas les plus lourds, comment croire que les élèves moyens ou doués, ne présentant aucun problème particulier, ne souffriront pas pour cette raison d\u2019un « menu allégé » en ce qui a trait à la matière ?Dans le texte que j\u2019ai déjà cité, Michèle Valois reconnaissait devoir s\u2019en tenir au service minimum pour ceux-ci : « J\u2019ai souvent l\u2019impression de ne plus pouvoir offrir mon aide à ceux qui n\u2019auraient besoin que d\u2019un petit coup de pouce de ma part.» Ou plus loin : « À côté, j\u2019ai la moitié de mes élèves qui sont forts et que je dois alimenter pour actualiser leur potentiel.Toutefois, là aussi, je sens que j\u2019échoue un peu, ils doivent être « autonomes », je suis tellement occupée !9 » 39 Mon propos n\u2019est pas d\u2019établir hors de tout doute que le système s\u2019est dégradé beaucoup plus que ce les statistiques ne montrent : je ne suis pas en mesure de le prouver.Cependant, à supposer même qu\u2019il n\u2019y ait eu aucune détérioration, posons-nous la question : le système d\u2019il y a quinze, vingt ans, était-il donc si bon ?Auquel cas, pourquoi donc avoir convoqué en 94 des États généraux sur l\u2019Éducation ?Pourquoi avoir institué sous Ryan une épreuve uniforme en français à la fin du secondaire et du cégep, afin de s\u2019assurer d\u2019une connaissance de base minimale dans cette langue ?En ce temps-là déjà on se plaignait que le système permettait la diplomation d\u2019analphabètes fonctionnels et ne permettait pas, entre autres, un accès raisonnable à la littérature et à la culture.Ne serait-il pas plus normal, à supposer que le système n\u2019ait pas changé, de s\u2019en indigner ?Et à supposer qu\u2019il se soit dégradé, fut-ce un peu, comment réagir ?Une première voie pour s\u2019en sortir : la réforme En vérité, tous ou presque s\u2019entendent sur les ratés du système actuel.Il existe cependant de multiples pistes de solutions à apporter.Étudions d\u2019abord la principale alternative proposée au système actuel, celle de la réforme.Celle-ci consiste à dire : « Soit, les élèves ne sont plus ce qu\u2019ils étaient, les professeurs ont de plus en plus de mal à se faire respecter, le système où un homme ou une femme, magistralement, enseignait trente élèves, ne fonctionne plus ; nous allons donc, loin de chercher à corriger la situation, nous adapter à elle.» Comment parvenir à cela ?D\u2019abord, on va changer le rôle du professeur : de maître qu\u2019il était, au sens propre, celui-ci va devenir accompagnateur de jeunes.Il sera moins dans l\u2019avenir celui qu\u2019on admire (en 40 latin ad mirare : regarder vers) que celui qui courbe l\u2019échine vers l\u2019enfant afin de connaître ses besoins.Il aura mission de motiver le jeune, de faire qu\u2019il s\u2019intéresse aux matières qu\u2019il aura le rôle de transmettre en tâchant de les rattacher à des réalités concrètes pour lesquelles il avait du goût au départ.Pour ce faire, il faudra moins des spécialistes en français, en histoire ou en sciences naturelles, que des experts en pédagogie, aussi refusera-t-on l\u2019accès à la profession d\u2019enseignant au secondaire à des diplômés en ces seules matières et exigera-t-on d\u2019eux, quelle que soit la formation qu\u2019ils puissent avoir en plus, un baccalauréat de quatre ans en éducation.Les notes posaient problème depuis quelque temps.Quelle que soit la pondération qu\u2019on pouvait y effectuer, elles avaient tendance à baisser et le taux de redoublement, à l\u2019inverse de celui de diplomation, avait tendance à augmenter.Avec la réforme, on règle en grande partie le problème.On élimine des bulletins les notes chiffrées et, avec elles, la possibilité d\u2019un redoublement.Le jeune ne sait-il pas écrire à onze ou douze ans, qu\u2019à cela ne tienne : il passera au secondaire, où il lui sera loisible d\u2019avancer à son rythme et de récupérer, quand il aura compris l\u2019utilité de cette compétence, le temps perdu.Idéalement, il apprendrait cette compétence à travers d\u2019autres apprentissages.Il y a évidemment du bon dans la réforme : revenir aux matières de base, en éliminant la «FPS » ou l\u2019économie familiale des matières « officielles » pour en faire des « compétences transversales » m\u2019apparaît le bon sens : depuis trop longtemps l\u2019école s\u2019était éloignée de sa mission première pour enseigner des choses qui n\u2019étaient essentiellement pas de son ressort.Qui s\u2019opposerait en outre au désir d\u2019intéresser personnellement l\u2019élève à son apprentissage ?Déjà 41 Valéry dans ses Cahiers soulignait la nécessité de faire comprendre à l\u2019enfant, avant de le lui donner, l\u2019importance d\u2019un théorème.Il fallait qu\u2019il bute contre un problème et sente l\u2019impossibilité de le résoudre avec ses connaissances, pour qu\u2019ensuite il puisse apprécier à son juste prix la génialité de la solution apportée auparavant par un grand esprit.Malheureusement, est-ce vraiment là ce qu\u2019entend faire la réforme ?En voulant rattacher abusivement la matière au vécu de l\u2019élève, n\u2019y a-t-il pas plutôt un risque de réduire la portée de l\u2019apprentissage réel et de fermer l\u2019accès à l\u2019altérité première de toute connaissance ?N\u2019est-ce pas une grande illusion que de croire que tout, au départ, peut apparaître intéressant ou utile, et qu\u2019il est possible d\u2019inventer une école sans ennui ?Valéry, dans les mêmes Cahiers, se félicitait aussi qu\u2019on lui ait appris quasi de force le latin et le grec ; il se réjouissait que les classiques l\u2019aient plongé dans un monde foncièrement étranger au sien, vers lequel il ne serait peut-être pas allé de lui-même.Il y a dans la réforme trop d\u2019ivraie mêlée avec le bon grain ; on se demande ce qui adviendra des objectifs louables une fois que l\u2019ensemble du processus aura été mis en branle.La réforme, on l\u2019a dit, plutôt que de s\u2019opposer aux nouvelles tendances dans le monde de l\u2019éducation, cherche à les normaliser, à les systématiser.Elle contribue ainsi à affaiblir encore davantage l\u2019autorité du maître.Elle pose que l\u2019enfant, à douze ou quinze ans, est d\u2019ores et déjà maître de son destin, et qu\u2019il sait ce dont il a envie.Elle élimine ce qu\u2019il restait d\u2019inflexible, de coercitif dans le système en abolissant les notes chiffrées et le redoublement.Elle adapte l\u2019enseignement à la philosophie hédoniste, individualiste, libertaire, tolérante propre à l\u2019époque actuelle. 42 Reste à savoir maintenant quels seront les résultats d\u2019une telle symbiose.Dans une lettre parue au Devoir aux accents - on l\u2019a vu - par moments tragiques, Éric Cornellier, un enseignant au primaire, se faisait on ne peut plus noir : Qu\u2019on ne vienne pas tenter une fois de plus de m\u2019emberlificoter en me vantant les prétendus mérites des techniques pédagogiques à la mode, car je sais d'expérience que tout cela n\u2019est que poudre aux yeux des esprits crédules, disait-il.Je sais également que ces techniques, que l\u2019on tient en haute estime dans les facultés d\u2019éducation des universités, et que les conseillers pédagogiques des commissions scolaires essaient d\u2019imposer quasiment de force aux enseignants, constituent un déni flagrant de toute la grande tradition pédagogique s\u2019enracinant dans la culture occidentale.10 Auteur d\u2019un livre sur la question, Gérald Boutin rappelait quant à lui11 que le maître à penser socio-constructiviste de la réforme, le Suisse Philippe Perrenoud, avait émis lui-même des doutes sérieux sur l\u2019usage qu\u2019on faisait au Québec de ses concepts.Les deux auteurs tentaient de sensibiliser la population au fait que le Québec, dans son zèle habituel quand il s\u2019agit de se débarrasser de la tradition, était en train de se jeter tête baissée dans une réforme radicale dont les mérites étaient encore loin d\u2019avoir été prouvés et qui, si elle devait échouer, aurait les conséquences les plus funestes dans l\u2019avenir.La résistance conservatrice Face aux problèmes du système d\u2019éducation, il existe évidemment d\u2019autres réponses.Il est au Québec présentement un autre puissant courant de pensée qui vise à réformer l'école.Plus diffus, moins affiché, beaucoup moins « sexy », 43 il pourrait être qualifié de conservateur (« réactionnaire », diraient les mauvaises langues) par rapport à la réforme du ministère de l\u2019Éducation qu\u2019on pourrait qualifier, elle, d\u2019ultra-progressiste.Le courant s\u2019incarne en premier lieu dans le nombre toujours croissant de parents qui envoient leurs enfants à l\u2019école privée et qui refusent par le fait même de soumettre leur progéniture aux expérimentations de l\u2019avant-garde pédagogiste.Alors que la réforme élimine les groupes « enrichis » et vise à l\u2019intégration des cas les plus lourds dans les classes normales, ils lui font un véritable pied de nez en envoyant leur enfant dans une école qui sélectionne à l\u2019entrée et qui se réserve le droit, en cas de mauvaise conduite ou de trop mauvais résultats, de le renvoyer.De même, ils lui font un pied de nez en donnant leur confiance à des établissements qui promettent de faire régner la discipline et l\u2019ordre et qui à l\u2019occasion mettent de l\u2019avant des mesures qui seraient qualifiées de franchement rétrogrades par n\u2019importe quel progressiste qui se respecte, telles que le port d\u2019un costume ou, pis encore, la non-mixité.Encore, ils approuvent implicitement des politiques honnies par le ministère, comme la valorisation de la compétition et de l\u2019excellence.À bien y regarder, ce courant est l\u2019exact contraire du précédent : il réaffirme avec force l\u2019autorité du maître et la position de nécessaire subordination de l\u2019élève ; il prône l\u2019hétérogénéité en multipliant les écoles à vocation particulière, en sélectionnant à l\u2019entrée et en encourageant les meilleurs à aller toujours plus loin, par le biais de concours ou d\u2019activités parascolaires diverses (sport, Génies en herbe, théâtre, etc.) ; souvent, sur un autre plan, il dispense un enseignement religieux plus étoffé dans des lieux encore pétris de tradition. 44 On aurait tort de croire que ce courant est l\u2019apanage d\u2019une minorité ou encore d\u2019une seule classe aisée dédaigneuse.En vérité, 30 % déjà des parents à Montréal font le choix d\u2019envoyer leur enfant à l\u2019école privée et dans le reste du Québec la proportion est de l\u2019ordre de 17 %12, et ces chiffres sont en progression constante.Et ceux qui ont déjà visité ces écoles savent bien que c\u2019est loin de n\u2019être que des fils et des filles de riches bourgeois qui les fréquentent : bien des immigrants de première génération se sacrifient pour y envoyer leurs enfants, bien des familles de classe moyenne, pour la même raison, se serrent un peu la ceinture.Il y a même nombre d\u2019enseignants dans le réseau public qui font personnellement le choix du privé, ce qui ne laisse pas que d\u2019être troublant.En outre, on sera peut-être surpris d\u2019apprendre que depuis des décennies ce fut le choix de la plupart des ministres qui se sont succédé à la barre de l\u2019Éducation.À un enseignant du public qui avait fait ce choix pour ses propres enfants j\u2019en demandais la raison : L\u2019école publique, me répondit-il, est aux prises avec une utopie.Elle voudrait que tous les âèves du Québec, d\u2019abord, aient un secondaire V, ensuite, y arrivent avec le même bagage intellectuel.C\u2019est évidemment impossible.Obsédée par l\u2019homogénéité, obsédée par l\u2019égalité, la seule chose qu\u2019elle puisse faire pour tenter d'atteindre cet objectif, c'est de niveler par le bas, de faire en sorte que les meilleurs ne dépassent par trop les moins bons et que le maximum de ressources soit consacré aux cas problèmes.On a graduellement au fil des ans éliminé les voies alternatives par lesquelles on pouvait se débarrasser des cas les plus lourds et faire en sorte qu\u2019ils ne décrochent pas complètement ; on m\u2019a ri au nez l'autre jour lorsque j\u2019ai proposé que des jeunes 45 de 16 ans puissent commencer à faire des stages dans des entreprises, en continuant à suivre des cours ici.Pour l\u2019instant, l\u2019école est bien trop abstraite pour eux et le secondaire V leur paraît inatteignable.Ils décrochent complètement quand ils auraient pu faire de bons techniciens spécialisés.Ils ne se trouvent aucun emploi nulle part parce qu'ils n'ont pas de secondaire V.À force de trop vouloir embrasser, l\u2019école finit par mal étreindre : les bons périssent d\u2019ennui ; les mauvais, franchement irrécupérables, se retrouvent dans des classes à vocation crypto-occupationnelle.Faisons ici, à la suite de ce témoignage, deux constats.Le premier, c\u2019est que tout orienté qu\u2019il soit vers la réussite du plus grand nombre et notamment des cas les plus lourds (au risque, on l\u2019a vu, de maintenir en-deçà de leur potentiel les meilleurs), le système actuel s\u2019avère en dernière analyse impuissant et néfaste précisément pour beaucoup d\u2019entre eux.Bien trop de jeunes aujourd\u2019hui se retrouvent à 17 ou 18 ans sans diplôme, après avoir passé des années et des années dans une école qui, malgré des ressources importantes, pour avoir voulu coûte que coûte les mener en secondaire V, aura échoué à leur transmettre le minimum.Pour beaucoup d\u2019élèves, les cinq ou six années passées au secondaire, souvent sans parvenir à aller beaucoup au-delà du secondaire III, sont des années irrémédiablement perdues, dont il ne peuvent tirer ensuite aucun diplôme ni connaissance vraiment utile.Tout au plus ces années leur auront-elles fourni une habitude à l\u2019ennui et à la passivité.Le système si inclusif dont d\u2019aucuns s\u2019enorgueillissent, laisse en vérité des milliers de jeunes chaque année entièrement dépourvus devant un marché de l\u2019emploi compétitif, où ils seront condamnés à errer de postes misérables en postes misérables.Par ailleurs, on peut se demander ce qu\u2019il advient de tous les jeunes qu\u2019on finit malgré tout par faire 46 passer en secondaire V.Il y a tout lieu de croire qu\u2019après tant d\u2019efforts pour arriver là, beaucoup estiment en avoir fait assez et se retrouvent sur le marché de l\u2019emploi à peine mieux outillés que les précédents avec leur diplôme d\u2019études secondaires général.Bref, ce qu\u2019il faut dire, c\u2019est que non seulement le système n\u2019est pas favorable au développement des dons de l\u2019élite de la jeunesse, mais encore et surtout qu\u2019il n\u2019aide pas ceux à qui il est consacré principalement.En valorisant exclusivement la formation générale au secondaire, le système laisse entendre en outre que les jeunes qui n\u2019y excelleraient pas ne seraient pas intelligents, ce qui est à mon sens réducteur.Pour ma part, je crois que le nombre de personnes absolument idiotes est extrêmement restreint.Nous disposons tous d\u2019une forme ou d\u2019une autre d\u2019intelligence ; malheureusement, le système actuel n\u2019en mesure essentiellement qu\u2019une seule, l\u2019intelligence de « l\u2019intellectuel », la capacité d\u2019abstraction, celle dont il faut être pourvu pour se rendre à l\u2019université.Dans Le Sort de la culture, Fernand Dumont a bien montré combien la Révolution tranquille s\u2019est trouvée marquée par une idéologie de la scolarisation pour qui tout savoir valable se devait d\u2019être appris dans une classe et pour qui l\u2019intelligence d\u2019une personne se mesurait au nombre d\u2019années qu\u2019elle avait passées sur les bancs d\u2019école et au nombre de ses diplômes.Quel singulier mépris, constatait Dumont, pour la science de nos pères, toute faite d\u2019expérience, empirique et cependant pleine de subtilités, science raffinée et non-écrite de l\u2019agriculteur, du menuisier, du bâtisseur,.Le système actuel, qu\u2019on le veuille ou non, laisse entendre qu\u2019il n\u2019est possible que de bien apprendre dans une classe et que la formation par excellence est celle qui doit conduire à l\u2019université.Il mène à engendrer, malgré ses ratés, un nombre absolument disproportionné de jeunes en sciences humaines au cégep, qui sont là 47 rien moins qu\u2019à leur place.Il fait en sorte que le diplômé en histoire à l\u2019université a à peu près autant de chances de se trouver un emploi que le décrocheur de 18 ans.Il ne s\u2019agit pas de dire qu\u2019un enseignement commun à toute la jeunesse du Québec n\u2019est pas nécessaire : j\u2019estime qu\u2019il faut maintenir coûte que coûte un enseignement de base en histoire, en français, en mathématiques,.En revanche, ce dont il faudrait se rendre compte, c\u2019est que ce ne sont pas tous les jeunes qui sont faits pour apprendre sur les bancs d\u2019école jusqu\u2019à 17 ans aller à l\u2019université et que de le penser est non seulement improductif, mais destructeur.Il faudrait cesser de voir la formation technique comme un simple pis-aller pour les moins bons et comprendre que c\u2019est là que pourraient s\u2019épanouir à un degré très élevé bien des jeunes qui sont aujourd\u2019hui convaincus de leur nullité.Ces jeunes étant tôt mis dans leur élément, peut-être serait-il enfin possible, sans concessions abusives sur le plan de la matière, de décerner enfin un vrai diplôme d\u2019études secondaires aux élèves qui resteraient, qui se rapprocherait dans sa qualité du diplôme du cours classique, et qui ferait de la culture, véritablement, une chose mieux partagée dans la population.Tant qu\u2019enseigner n\u2019était pas devenu cette chose si difficile dont nous parlent aujourd\u2019hui tous les professeurs, tant que la famille existait pour encadrer les élèves à problèmes et faire en sorte qu\u2019ils ne se multiplient pas, tant que le dogme égalitaire ne s\u2019était pas durci, sans doute, l\u2019école publique put-elle s\u2019accommoder de son idéal républicain d\u2019une éducation universelle et gratuite et dispenser en outre un enseignement valable à l\u2019élève moyen ou même doué.Hélas, ce n\u2019est plus aujourd\u2019hui le cas et de nombreux parents l\u2019ont compris, qui plutôt que de s\u2019entêter dans l\u2019idéal et de faire confiance à une réforme qui promet, par une pédagogie 48 révolutionnaire, de régler tous les problèmes et d\u2019augmenter substantiellement le nombre de diplômés, ou de faire confiance aux vertus mystérieuses des contrats de performance, choisissent pour leur enfant, plus simplement, le privé.On me confiait récemment même que la tendance se manifestait de plus en plus dès le primaire, où des écoles privées, à la demande des parents, promettaient de ne pas appliquer la réforme.On aurait tort, enfin, d\u2019expliquer les déboires actuels de l\u2019école publique, comme on le fait parfois, par le seul manque d\u2019argent.En vérité, contrairement à l\u2019idée répandue, les dépenses en éducation sont aujourd\u2019hui plus élevées quelles ne l\u2019étaient il y a huit ans, quoiqu\u2019il y ait moins d\u2019élèves dans le système.Il en coûte aujourd\u2019hui 7353 $ au Québec pour former un élève, alors qu\u2019il y a dix ans il n\u2019en coûtait que 6268 $\u2018\\ On l\u2019a vu, une réforme, quelle qu\u2019elle soit, s\u2019impose pour sauver le système d'éducation.Les enseignants sont au bord du bum-out et les élèves, peu ou pas élevés, n\u2019apprennent plus grand-chose.Le système périclite et ne rien faire reviendrait à lever une lourde hypothèque sur l\u2019avenir de la société québécoise.Devant les deux grandes alternatives que nous laisse la crise actuelle, je choisis la seconde.Non pas que je crois en tant que telles aux vertus d\u2019un système d\u2019éducation confié en partie au privé (je pense même que c\u2019est quelque chose finalement de malheureux), mais plutôt que j\u2019estime que c\u2019est là le seul choix possible pour assurer une éducation valable à la jeunesse.Un progressisme criminel14, au nom du bien commun, s\u2019est emparé de notre système public et, taxant d\u2019élitiste la moindre hiérarchie, les moindres exigences, le moindre choix, en ce qui a trait notamment aux valeurs et aux croyances à transmettre à nos 49 enfants, a fait en sorte que c\u2019est lui, au nom d\u2019idéaux des Lumières, qui répand l\u2019obscurantisme, et que c\u2019est le conservatisme qui est plutôt aujourd\u2019hui, paradoxalement, le vrai garant de l\u2019esprit du XVIIIe siècle.Rien n\u2019est plus dangereux, nous rappelait Raymond Aron dans L\u2019Opium des intellectuels, que de croire à des idées en elles-mêmes sans tenir compte du contexte dans lequel elles s\u2019inscrivent.De gauche ou de droite, il ne s\u2019agit pas de l\u2019être éternellement, mais plutôt selon l\u2019époque où on vit.En i960, sans doute, vouloir une démocratisation du système d\u2019éducation était justifié ; aujourd\u2019hui, Jean Larose se demandait, lors d\u2019une récente table ronde sur la place du savoir universitaire dans les médias, si rompre avec le progressisme tout-puissant et intransigeant de la Faculté des sciences de l\u2019éducation, de Voir ou de Tout le monde en parle ne devait pas au contraire être le premier devoir de l\u2019humaniste.1\tClaudie Thériault, « Moutons dociles », Le Devoir, 25 avril 2005, p.A7.2\tMichèle Valois, « Que vivent les enfants dans nos écoles?», Le Devoir, p.A7.3\tÉric Cornellier, « L\u2019autorité des maîtres : pierre d\u2019achoppement de l\u2019école québécoise », Le Devoir, 30 juillet 2004, p.A8.4\tMichèle Valois, op.cit.5\tIbid.6\tStatistiques tirées de Indicateurs de l\u2019éducation, ministère de l\u2019Éducation, 2004,\tp.105.7\tPaule Vermot-Desroches, « Piètres résultats scolaires : l\u2019écart entre Montréal et le reste du Québec s\u2019élargit », La Presse, 20 août 2004, p.Ai.8\tColette Dumais, « Le grand oublié de la réforme », La Presse, îo avril 2005, p.An.9\tMichèle Valois, op.cit.10\tÉric Cornellier, op.cit.11\tCérald Boutin, « Réforme scolaire : la pensée magique », La Presse, 24 mars 2005,\tp.A27.12\tStatistiques pour le secondaire.Tirées de Statistiques de l\u2019éducation, enseignement primaire, secondaire, collégial et universitaire, ministère de l\u2019Éducation, Québec, 2004, p.44.13\tClaude Picher, « L\u2019explosion des dépenses en éducation », La Presse, 29 janvier 2005.14\tL\u2019expression, utilisée par Denise Bombardier dans un autre contexte, me semble ici indiquée. 50 ARTICLES Guillaume Rousseau* JUDICIARISATION DES IDENTITÉS, MULTICULTURALISME ET ÉCHEC DE LA GAUCHE: COMMENT SORTIR DE L\u2019IMPASSE?Première partie d\u2019un article publié en deux parties Alors que la gauche démocratique était traditionnellement associée à la classe ouvrière, aux programmes sociaux universels et à la solidarité nationale, une certaine gauche contemporaine plus radicale s\u2019associe plutôt aux exclus1, aux mesures ciblées et aux causes particulières.On reconnaît cette dernière tendance notamment grâce aux étiquettes dont elle s\u2019affuble : alter-mondialiste, postmodemiste, féministe, pacifiste, écologiste, multiculturaliste et j\u2019en passe.S\u2019agit-il là d\u2019un changement de degré ou de nature ?Ni l\u2019un ni l\u2019autre.Il s\u2019agirait plutôt d\u2019une profonde division qui réduit à néant le pouvoir de la gauche politique, soit celle qui compte vraiment.Cette division peut être décrite comme étant celle entre la vieille gauche et la nouvelle gauche, entre la gauche travailliste et la gauche identitaire, ou encore entre la gauche des cols bleus et celle des cols blancs2.Quelles sont les origines de cette division ?Quelles en sont les conséquences politiques ?Voilà les deux questions aux- * Candidat à la maîtrise en droit comparé, spécialisation en droits de la personne et diversité culturelle, Université McGill, l\u2019auteur remercie Roderick Macdonald, Chloée Latulipe, Mathieu Bock-Côté et Robert Laplante qui, même s'ils ne partagent pas toutes les idées avancées dans ce texte, ont bien voulu faire des commentaires et des suggestions.Il tient à aussi à souligner que cet article n\u2019aurait pu être rédigé sans le support financier du Conseil de recherche en sciences humaines. 5i quelles tentera de répondre la première partie du présent article.La deuxième et dernière partie portera sur la question suivante : Quelles leçons peut-on tirer de la situation en Occident et au Québec ?Une gauche qui se cherche.et qui se perd Depuis la chute de l'Union soviétique, la gauche est plus que jamais en crise.La fin du socialisme a laissé un immense vide conceptuel que les révolutionnaires et les réformistes sociaux n\u2019ont jamais complètement comblé.Cependant, il semble qu\u2019une partie d\u2019entre eux ait trouvé un substitut commode dans les notions de « droits et libertés de la personne » et de multiculturalisme3.Concernant les libertés, à prime abord cela peut surprendre, considérant que pendant longtemps la gauche a laissé le monopole de l\u2019antitotalitaris-me à la droite.De plus, comme les droits et libertés sont souvent invoqués pour contester une intervention de l\u2019État, il ne va pas de soi qu\u2019ils peuvent servir la cause du progrès social.Évidemment, il y a les droits de la deuxième génération, soit les droits-créances, tels le droit à l\u2019instruction publique gratuite qui, au contraire, incitent voire obligent l\u2019État à intervenir.Cependant, considérant leur statut inférieur et leur inutilisation relative, nous les écartons de notre analyse pour l\u2019instant.Cela dit, en plus de la liberté d\u2019association, il y a au moins un droit classique de la première génération que l\u2019on peut en principe associer à la vieille gauche, soit le droit à l\u2019égalité.Par contre, en pratique, bien qu\u2019elle ait permis des avancées intéressantes pour nombre de travailleurs, l\u2019égalité juridique est devenue l\u2019apanage de la nouvelle gauche identitaire à cause de la formulation de ce droit telle qu\u2019on la retrouve dans les lois et traités.En effet, pour pouvoir invoquer 52 avec succès le droit à l\u2019égalité contenu dans une charte ou un pacte, un citoyen victime de discrimination doit prouver qu\u2019il appartient à l\u2019un des groupes visés par ce droit (minorité visible, groupement religieux, génération etc.) ou, autrement dit, qu\u2019il partage une identité commune avec les membres de ce groupe.Par exemple, l\u2019article io de la Charte québécoise4, qui est semblable à l\u2019article 15 de la Charte canadienne5, se lit comme suit : 10.Toute personne a droit à la reconnaissance et à l\u2019exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l\u2019orientation sexuelle, l\u2019état civil, l\u2019âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue, l\u2019origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l\u2019utilisation d\u2019un moyen pour pallier ce handicap.De même, l\u2019article 2 alinéa 1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques6 mentionne que : 1.Les États parties au présent Pacte s\u2019engagent à respecter et à garantir à tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant de leur compétence les droits reconnus dans le présent Pacte, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d\u2019opinion politique ou de toute autre opinion, d\u2019origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.Par ailleurs, corollairement à cet égalitarisme identitaire, une nouvelle idéologie prônant la valorisation de la diversité a émergé et s\u2019est vu conférer un statut constitutionnel au 53 Canada.Il s\u2019agit bien sûr du multiculturalisme que l\u2019on mentionne à l\u2019article 27 de la Charte canadienne.De même, bien que le Québec n\u2019ait jamais adhéré officiellement au multiculturalisme, préférant s\u2019en tenir à l\u2019interculturalisme, l\u2019article 43 de la Charte québécoise stipule que les minorités ethniques ont le droit de faire progresser leur vie culturelle.On retrouve aussi une disposition semblable à l\u2019article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.Cela dit, le multiculturalisme s\u2019est répandu de différentes façons, donc pas nécessairement par la voie juridique, à travers tout l\u2019Occident, quoique généralement de manière moins officielle qu\u2019au Canada.Il faut toutefois mentionner que le concept a une signification variable d\u2019un pays à l\u2019autre.Ainsi, au Canada, il s\u2019agit essentiellement d\u2019une loi7 et de politiques visant à inciter les immigrants à préserver la culture de leur pays d\u2019origine.Par contre, aux États-Unis, le concept est plus large et renvoie à un courant de pensées qui remet en question ce qui est perçu par certains comme étant une hégémonie culturelle des classes dirigeantes blanches à l\u2019égard de toutes les minorités (ethniques, sexuelles etc.) et plaide en faveur d\u2019une pleine reconnaissance de celles-ci8.On comprend facilement que cette idéologie du multiculturalisme, souvent doublée de celle de l\u2019égalité fondée sur la judiciarisation des identités, ait favorisé la montée de revendications identitaires devant les tribunaux et auprès des politiciens via le lobbying.Que ce soit les minorités ethnoculturelles ou les homosexuels, tous ont profité de leur affiliation à un groupe particulier pour faire avancer leur cause.Dès lors, plutôt que de chercher à s\u2019unir pour former un mouvement politique capable de changer globalement l\u2019ordre socio-économique, les forces du progrès se sont divisées pour mieux se perdre dans des revendications sectorielles.C\u2019est comme si l\u2019hégémonie des droits individuels sur la 54 pensée de gauche avait évacué toutes les autres possibilités de changements sociaux qui seraient davantage collectivistes et/ou qui concerneraient plus directement l\u2019économie telles, par exemple, celle de favoriser un contrôle par les employés sur leurs entreprises9 via la cogestion, comme cela se fait en Allemagne notamment.Fait très important à souligner, cette segmentation des revendications progressistes, cette division de la gauche et cette propension à ne plus penser autrement qu\u2019en termes de droits de la personne ont eu pour effet de laisser presque tout l\u2019espace proprement politique à la droite qui en a profité pour se radicaliser, au plan économique du moins, en passant du libéralisme au néolibéralisme.Certains prétendent que ce changement de paradigme, du souci pour les travailleurs au souci pour les marginaux, que d\u2019autres ont qualifié de passage de Marx à Foucault, était justifié par des changements sociologiques profonds résultants de la fin de l\u2019ère industrielle et de son modèle d\u2019organisation du travail, le fordisme.On entend même parfois dire que la classe ouvrière aurait disparue, d\u2019où la nécessité pour la gauche de se trouver une autre clientèle.Or, il est clair qu\u2019il existe toujours une telle classe, en ce sens que d\u2019innombrables personnes ont en commun de devoir vendre leur force de travail pour subsister.Il faut ici faire la différence entre l\u2019existence objective de cette classe, qui est indéniable, et l\u2019existence d\u2019une conscience subjective de classe, qui est en déclin en Occident.Mais, ce déclin ne justifie pas l\u2019abandon de la classe laborieuse par la gauche, car cette dernière a toujours eu pour rôle d\u2019entretenir cette conscience, ce qui l\u2019a historiquement assez bien servi sur le plan électoral.Il semble donc que cette perception d\u2019une disparition de la classe ouvrière soit plutôt dû à une modification de son apparence : les travailleurs d\u2019usine ayant été remplacés en 55 bonne partie par des préposés aux services.En effet, comme le note Louis Chauvel : « les employés sont.des ouvriers des services, c\u2019est-à-dire des travailleurs routiniers du tertiaire dont le travail est tout aussi peu valorisé économiquement que celui des ouvriers »10.Il importe de souligner à ce stade que cette nouvelle classe ouvrière est non seulement dépossédée de ses moyens de production et confinée au bas de l\u2019échelle salariale, mais qu\u2019en plus elle est très touchée par la précarité propre à une économie en constante évolution, comme le prouve le fait qu\u2019au Québec plus du tiers des emplois créés sont atypiques\".Et ce, sans parler du fait que, entre 1975 et 1995, le salaire des travailleurs québécois a diminué de 18 % si on tient compte de l\u2019inflation12.Il n\u2019y a donc pas eu de grand bond en terme de qualité de vie pour la classe ouvrière, au contraire.Au niveau de la quantité des effectifs maintenant, mentionnons que Chauvel démontre qu\u2019en France, et cela est généralement vrai ailleurs aussi, la part des employés et des ouvriers dans la population active est demeurée stable depuis trente ans13.C\u2019est donc dire que la classe ouvrière a disparue seulement dans la mesure où les partis de gauche ont cessé de la défendre en priorité, et qu\u2019elle a alors commencé à voter moins massivement, ce qui expliquerait que la chute du taux de participation dans les démocraties occidentales ait touchée particulièrement les populations moins éduquées.Ce phénomène a été très néfaste pour la gauche qui a connu un déclin sur le plan électoral, laissant le pouvoir à une droite radicalisée, dont l\u2019effet de ses réformes, creusant le fossé entre les riches et les pauvres, se fait encore sentir aujourd\u2019hui.Ce n\u2019est donc pas un hasard si, au cours des années 1980, à mesure que les revendications identitaires se multipliaient les inégalités, elles, augmentaient14. 56 Une gauche qui se divise.et qui dérape Si la déconfiture de la gauche s\u2019était limitée aux années 80, nous pourrions passer à autre chose.Or, ce n\u2019est pas le cas.Force est de constater que la droite est au pouvoir presque partout en Occident.Ce déplorable état de fait peut-il être relié au moins partiellement à la division de la gauche ayant résulté de l\u2019émergence d\u2019une nouvelle gauche ?Nous croyons que oui et voici pourquoi.Grosso modo, notre hypothèse est à l\u2019effet qu\u2019à mesure que les partis de gauche se rapprochent de la gauche identitaire et s\u2019éloignent de la gauche classique, ils perdent une partie de l\u2019appui de leur base historique, soit notamment les cols bleus.Un des meilleurs exemples illustrant ce phénomène est le support qu\u2019un grand nombre de travailleurs américains ont apporté aux républicains, plus particulièrement à Reagan et Bush fils, en raison des valeurs morales que ces derniers incarnent.L\u2019élection de 2004 est très révélatrice à cet effet.Alors que le président Bush avait un bilan très moyen en matière socio-économique, de nombreux ouvriers ont voté pour lui.Un des facteurs-clés expliquant ce vote est la question de la légalisation des unions entre conjoints de même sexe, une revendication de la gauche progressiste reprise par des démocrates mais rejetée par les Américains plus croyants, parmi lesquels on retrouve la majorité des travailleurs.En effet, ce n\u2019est pas un hasard si Bush s\u2019est prononcé si clairement contre ces unions allant même plus loin en proposant un amendement constitutionnel pour consacrer la définition traditionnelle du mariage.Bien que cette manœuvre ait échouée, le message qu\u2019il a lancé était clair.De plus, de nombreux gouverneurs républicains ont organisé des référendums sur la question le jour même de l\u2019élection présidentielle, histoire de faire de cet enjeu une priori- 57 té pour les électeurs.Même si cette tactique n\u2019a probablement pas fait la différence au niveau des grands électeurs, puisque ces référendums étaient tenus dans des États gagnés d\u2019avance pour Bush, ils ont certainement eu un impact sur le vote populaire, largement remporté par le camp républicain.D\u2019ailleurs, cette majorité du vote était un des objectifs de Karl Rove, l\u2019organisateur en chef de Bush, qui misait sur la mobilisation de trois millions d\u2019évangéliques de plus qu\u2019en 2000 pour faire sortir le vote.Mais, plus crucial encore fut l\u2019impact de la question des mariages gais dans les grands États où chaque parti pouvait espérer gagner.En fait, on peut même penser que cela a fait la différence en Ohio où nombre d\u2019ouvriers, dont des chrétiens Afro-américains habituellement enclins à voter démocrate, se sont tournés vers les républicains et leurs valeurs morales symbolisées par le mariage traditionnel.Ceci dit, il importe de souligner que ce phénomène ne se limite pas aux États-Unis.Un autre exemple venant du monde anglo-saxon est aussi révélateur.Il s\u2019agit de celui du gouvernement conservateur australien qui, malgré la forte impopularité de sa décision de participer à la guerre en Irak, a su se faire réélire avec une majorité renforcée en 2004.Dans ce cas, ce n\u2019est pas un enjeu type qui a fait la différence, mais plutôt une division de la gauche.En effet, les travaillistes devaient affronter les verts qui, tout en ayant obtenu les 7 % du vote qui aurait permis une victoire travailliste, n\u2019ont remporté aucun siège.À cette division sur le terrain, s\u2019ajoutait une division intellectuelle entre les travaillistes traditionnels et l\u2019intelligentsia de la nouvelle gauche qui poussait pour que le parti des travailleurs devienne celui des réfugiés, des autochtones, des pacifistes, des écologistes etc.Bien que le parti travailliste ait épousé en partie la cause particulière de chacun de ces groupes, et celle de bien d\u2019autres, 58 les intellectuels progressistes gardèrent une distance critique envers ce parti.Et ici, le mot important est « critique ».Bref, les travaillistes n\u2019ont pu jouir ni de l\u2019appui enthousiaste des élites néo-gauchistes, ni du support de suffisamment de travailleurs, de sorte qu\u2019ils ont connu leur pire performance depuis 1931.À l\u2019inverse, les conservateurs ont fait valoir leur bilan, marqué notamment par la création d\u2019emplois, et le premier ministre Howard s\u2019est contenté d\u2019avoir l\u2019air d\u2019un Australien moyen qui croit en la nation plutôt qu\u2019au multiculturalisme.Il s\u2019agissait là d\u2019une recette toute simple mais efficace, à milles lieux de celle des penseurs de la gauche identitaire.En Occident, les exemples de résultats électoraux décevants ayant des causes semblables sont légions.On pourrait décrire longuement comment le Parti socialiste français a payé cher sa tendance à voter des lois inspirées par le progressisme identitaire d\u2019avant-garde (constitutionnalisation de la parité Homme-Femme en violation de la tradition républicaine qui ne reconnaît pas les différences entre les citoyens égaux, union pour conjoints de même sexe etc.), mais a manqué cruellement d\u2019imagination quand venait le temps de venir en aide aux salariés licenciés.En effet, en 2002 à la dernière élection présidentielle, soit celle qui importe le plus dans le système politique français, le candidat socialiste Lionel Jospin n\u2019est même pas passé au second tour alors que les verts et les nombreux partis d\u2019extrême gauche, sauf le Parti communiste, ont fait des scores significatifs.Cette déroute des socialistes s\u2019explique entre autres par le fait que de plus en plus d\u2019ouvriers quittent son camp pour se tourner vers la droite15.Fait à noter, au cours de sa campagne pour la présidentielle Lionel Jospin a avoué candidement que son programme n\u2019était pas socialiste.Considérant que ce dit programme reflétait son bilan, fort en matière identi- 59 taire et faible sur la question ouvrière, on ne peut que lui donner raison.et comprendre pourquoi il a perdu l\u2019appui des travailleurs sans lequel son parti n\u2019a plus de raison d\u2019être.Il serait possible de faire une analyse semblable de l\u2019élection italienne de 2001 où la gauche qui, tout en étant réunie sous l\u2019Olivier, n\u2019en demeurait pas moins déchirée par diverses tendances progressistes (écologisme, immigrationnisme, etc.) a subi la défaite malgré le passé douteux du candidat de la droite, Silvio Berlusconi.Cependant, vu la complexité et la spécificité du système multipartite italien, toute analyse comparative est hasardeuse.Retenons simplement que là aussi la droite est reine et maîtresse du jeu politique.Et médiatique, mais ça c\u2019est une autre histoire.Évidemment, il reste encore quelques gouvernements sociaux-démocrates au pouvoir dans des grands pays d\u2019Europe.Il faut toutefois convenir qu\u2019ils constituent l\u2019exception, qu\u2019ils sont généralement de moins en moins populaires et qu\u2019ils sont habituellement redevables à un leader charismatique, que l\u2019on pense à Tony Blair, ou à une union de la gauche, que l\u2019on pense au gouvernement de coalition en Allemagne.De plus, il faut souligner que dans ces deux derniers cas, il s'agit de partis traditionnellement associés à la gauche qui sont devenus plus centristes au cours des dernières années, notamment en matière identitaire.Il y a aussi le cas de la prise de pouvoir par les socialistes espagnols, très portée sur l\u2019égalitarisme identitaire, qui est due presque uniquement à la manipulation de l\u2019opinion publique tentée par le gouvernement précédant suite aux attentats de mars 2004lb.La plupart des observateurs s\u2019entendent pour dire que, n\u2019eut été de cette grossière erreur, la droite aurait facilement conservé le pouvoir.Enfin, il y a eu une victoire par 6o la gauche au Portugal.Néanmoins, cela change peu de choses au portait final en Europe, la droite dominant toujours, comme le prouve la composition du Parlement européen.Plus près de chez nous, le Parti québécois (ci-après PQ) n\u2019a pas échappé au piège qui consiste à épouser certaines causes de la gauche identitaire, quoique prise une à une celles choisies étaient généralement bonnes, et à négliger celle des travailleurs.On se souviendra que les années du dernier régime péquiste furent marquées d\u2019une part, par la déconfessionnalisation des commissions scolaires et l\u2019union civile, et, d\u2019autre part, par la course au déficit zéro ainsi que la ligne dure face aux syndicats, symbolisée par la fin de non-recevoir servie aux infirmières qui faisaient une grève pourtant si légitime.Résultat: le PQ a perdu le vote populaire en 1998 et la majorité des sièges en 2003.Il semble que le sursaut travailliste impulsé par Bernard Landry entre 2001 et 2002, avec la réforme des normes du travail notamment, est arrivé trop tard.En effet, le mécontentement de syndicalistes envers le PQ et la création de partis politiques de gauche étaient déjà trop avancées pour être renversées.Cela dit, d\u2019autres facteurs, dont au premier plan l\u2019inaction du gouvernement péquiste en matière de souveraineté entre 199^ 2000, expliquent aussi la débâcle du parti.Enfin, nous ne pouvons terminer ce panorama du musée des horreurs électorales sans parler du cas canadien si pathétique: le Nouveau Parti démocratique.En effet, ce parti qui fut traditionnellement la voie des travailleurs canadiens est aujourd\u2019hui devenue l\u2019instrument de tous les lobbys néoprogressistes, qu\u2019ils soient ethniques, altermondialistes ou pacifistes, en plus d\u2019être resté accroché à certains des moins bons côtés de la vieille gauche, tels sa propension à l\u2019hyper- 6i centralisation.Alors qu\u2019on entend Jack Layton parler régulièrement contre le bouclier anti-missiles et pour le multiculturalisme, et ce parfois en mandarin, il semble moins préoccupé par la question des conditions de travail au Canada et par celle de l\u2019autonomie provinciale.Pas surprenant donc que son parti ne fasse élire qu\u2019une poignée de députés.Évidemment, les néo-démocrates voient les choses autrement et pensent que leur mauvaise performance est principalement due aux verts qui jouent dans leurs plates-bandes.Ils condamnent donc cette division, mais ne se gênent pas pour diviser les forces du progrès au Québec, en présentant des candidats contre ceux du Bloc Québécois et ce, au grand dam de Buzz Hargrove17, président des TCA (syndicat des travailleurs de l\u2019automobile).Cela dit, il importe également de souligner que l\u2019échec néodémocrate est aussi évident au niveau provincial.Si l\u2019on se fie au jugement des électeurs, force est de constater que la mouvance néo-démocrate a été à l\u2019origine de deux des plus mauvais gouvernements de l'histoire du Canada.En effet, il y a eu le gouvernement de Glenn Clark en Colombie-Britannique, qui a été rayé de la carte par les ultra-libéraux de Gordon Campbell, encore à cause des verts évidemment, et il y a eu celui de Bob Rae en Ontario.Concernant ce dernier, il faut se rappeler d\u2019une part qu\u2019il s\u2019est aliéné les syndicats, notamment en refusant d\u2019octroyer des hausses de salaires significatives aux fonctionnaires, et d\u2019autre part qu\u2019il a dérapé vers la gauche identitaire.À ce sujet, il nous suffira de mentionner que c\u2019est ce gouvernement qui est à l\u2019origine de la loi ayant ouvert la porte du droit de la famille à l\u2019arbitrage religieux, pouvant par exemple être basé sur la Charia (loi islamique comprenant certaines dispositions discriminatoires envers les femmes notamment).Comme le NPD ontarien a subi un cuisant revers électoral après son 62 premier mandat, laissant alors le pouvoir aux conservateurs qui en ont profité pour faire des réformes néo-libérales dévastatrices, on pourrait espérer qu\u2019il a appris de ses erreurs.Or, il semble qu\u2019il n\u2019en est rien, puisque c\u2019est Marion Boyd, une néo-démocrate, qui est à l\u2019origine du récent rapport qui confirme l\u2019importance de permettre l\u2019arbitrage sur des bases religieuses18.On aura compris que l\u2019idéologie du multiculturalisme avait pavé la voie à ce dérapage et ce, au détriment de l\u2019égalité formelle entre les citoyens, une valeur que la gauche politique défendait vigoureusement il n\u2019y a pas si longtemps.Si vous avez des questions ou des commentaires n\u2019hésitez pas à les faire parvenir à l\u2019adresse suivante : guillrousseau@hotmail.com La deuxième partie de cet article sera publiée dans le prochain numéro de L\u2019Action nationale.1\tAfin d\u2019alléger le texte, tous les termes qui renvoient à des personnes sont pris au sens générique.Ils ont à la fois valeur d\u2019un masculin et d\u2019un féminin.2\tCette expression de « gauche des cols blancs » est justifiée du fait que plusieurs partis de gauche, jadis soutenus par des ouvriers, sont désormais formés et appuyés en majorité par des cols blancs.Souvent, cette transformation du membership et celle de l\u2019électorat sont contemporaines à la relégation de la cause des travailleurs.Au sujet du membership, voir le cas du Parti communiste français : François Platone, « Le vote communiste: le verre à moitié plein » dans Pascal Perrineau et Colette Ysmal, Le Vote surprise: Les élections législatives du 25 mai et 1er juin 1997, Paris: Presses de Sciences-Po, 1998.Au sujet de l\u2019électorat, voir le cas du Parti socialiste français : Éric Cohan, La gauche sans le peuple, Fayard, Paris, 2004, p.201 202.3\tDe Sousa Santos, «Vers une conception multiculturelle des droits de l\u2019Homme » (1997) 35 Droit et société, 79, p.80.4\tCharte des droits et libertés de la personne, L.R.Q.c.C-12, art.3.5\tCharte canadienne des droits et libertés, partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, constituant l\u2019annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada (R.-U ), 1982, c.n. 63 6\tig décembre 1966, 999 R.T.N.U.171, (entrée en vigueur: 23 mars 1976, accession du Canada 19 mai 1976), art.19 par.2.Le Québec s\u2019est déclaré lié par ce pacte et son protocole facultatif par les décrets 1438*76 et 3343-78.Voir : Québec, Comité interministérielle sur la situation de la langue française, Le français langue commune - Enjeu de la société québécoise, Montréal, Direction des communications du ministère de la Culture et des Communications, 1996, p.32.7\tLoi sur le multiculturalisme canadien, L.R.C.1985 (4e supp.) c.24.8\tDéfinition inspirée de celle que l\u2019on retrouve dans Le petit Larousse illustré, 100e édition, 2005, à la p.715.9\tD.Kennedy, « Legal Education and the Reproduction of Hierarchy», 32 J.Legal Education 591 (1982).10\tL.Chauvel, « Le retour des classes sociale ?», Revue de l'Observatoire des conjonctures économiques, octobre 2001.11\tj.-M.Djian,« La gauche québécoise est-elle soluble dans le souverainisme ?», Le Monde diplomatique, Février 2005, p.12.12\tM.Bernard, « L\u2019utopie néolibérale » dans j-C St-Onge, L\u2019imposture néolibérale, Montréal, Écosociété, 2000, p.31.13\tSupra, note 10.14\tR.Bistolfi, « Façonner un modèle européen d\u2019intégration », Le Monde diplomatique, (décembre 1994) 22, p.23.15\tP.Gottfried, The Strange Death of European Marxism, Orbis, Fall 2004, 625, P 625.16\tA.Laramé, «Les élections du 14 mars 2004 en Espagne», L'Action nationale, XCIV no 8 (octobre 2004) 43.17\tB.Hargrove, « Le NPD et le Bloc ont une occasion d\u2019exercer une influence réelle sur les Libéraux », L\u2019aut'journal, N° 233 - octobre 2004.18\tM.Boyd, Résolution des différends en droit de la famille : pour protéger le choix, pour promouvoir l\u2019inclusion, Ministère du Procureur général, Gouvernement de l\u2019Ontario, Décembre 2004. 64 ARTICLES Jean-François Blain* ÉNERGIE ÉOLIENNE: LE DERNIER REMPART DE LA VERTU ?Que d\u2019événements ont marqué l\u2019actualité concernant Hydro-Québec au cours des dernières années, plus particulièrement depuis la publication de la politique énergétique du gouvernement du Québec de 1996 .Chronologie : \u2022\tadoption de la loi créant la Régie de l\u2019énergie (1996) ; \u2022\tfin du monopole d\u2019utilisation du réseau de transport d\u2019Hydro-Québec (1997) ; \u2022\tcrise du verglas ; rejet par la Régie de la proposition d\u2019Hydro-Québec visant la déréglementation de la production (1998) ; .mobilisation en faveur du maintien du cadre réglementaire initial (1998-2000) ; \u2022\tgel de cinq ans des tarifs d\u2019électricité (1998-2003) ; \u2022\tcroissance ininterrompue des bénéfices annuels de la société (1997-2005) ; Analyste, secteur de l\u2019énergie 65 croissance fulgurante et abandon quasi total des activités de courtage d\u2019Hydro-Québec dans les marchés extérieurs (1997-2003) ; deux crises majeures de la sécurité des approvisionnements (1998-99 et 2003-04) et confidentialité du niveau des réservoirs (1998-2004) ; refonte de la loi sur la Régie de l\u2019énergie impliquant la déréglementation de la production d\u2019électricité (loi 116, juin 2000) ; lancement par le gouvernement du Québec du programme de petites centrales hydroélectriques de moins de 50 MW, réservées au secteur privé (2001) vivement contesté par l\u2019opinion publique et abandonné (fin 2002) ; lancement des premiers appels d\u2019offres d\u2019Hydro-Québec Distribution pour l\u2019obtention des approvisionnements « post-patrimoniaux » (2002) ; annonce du méga projet Eastmain-i-A / détournement Rupert dans la foulée de la signature de la « Paix des Braves » (et conventions annexes) entre le gouvernement du Québec et la nation Crie (2002) ; annonce du projet de centrale au gaz naturel du Suroît par Hydro-Québec (2001), vivement contesté par l\u2019opinion publique (2002-2004), autorisé par décret ministériel (décembre 2003), contré par une mobilisation populaire sans précédent et abandonné par le gouvernement (fin 2004) ; 66 élection d\u2019un gouvernement libéral ; fin du gel tarifaire ; lancement des appels d\u2019offres pour un premier bloc d\u2019énergie éolienne de 1000 MW (initié par le gouvernement du PQ) ; demandes d\u2019augmentations tarifaires par Hydro-Québec (2003) ; 2004\t: divulgation pour la première fois en six ans de l\u2019état des réserves énergétiques d\u2019Hydro-Québec, catastrophique ; demande d\u2019avis à la Régie de l\u2019énergie sur la sécurité énergétique du Québec à l\u2019égard des approvisionnements en électricité ; révélation de l\u2019énorme potentiel éolien du Québec, validé par les systèmes de modélisation West (environnement Canada) et Truewind ; approbation par la Régie de l\u2019énergie de deux hausses successives des tarifs d\u2019électricité ; conclusion du processus d\u2019appel d\u2019offres pour l\u2019acquisition par Hydro-Québec Distribution d\u2019un bloc de 1000 MW d\u2019énergie éolienne ; annonce par Hydro-Québec d\u2019un programme d\u2019économie d\u2019énergie portant ses objectifs en cette matière à 3 TWh / an à l\u2019horizon 2010 ; autre demande d\u2019augmentations tarifaires d\u2019Hydro-Québec ; annonce par le gouvernement du Québec de la tenue de consultations publiques sur l\u2019avenir et la sécurité énergétiques du Québec ; dépôt de l\u2019étude d\u2019impact d\u2019Hydro-Québec concernant son projet de la centrale Eastmain 1-A et détournement de la Rupert ; 2005\t: tenue des consultations publiques sur l\u2019avenir et la sécurité énergétiques du Québec, approbation d\u2019une troisième hausse des tarifs d\u2019électricité en dix-huit mois ; adoption de la Loi 62 ouvrant la voie à la participation des municipalités à la production énergétique locale via 67 des sociétés en commandite ; annonce par le gouvernement du Québec du lancement prochain d\u2019appels d\u2019offres visant l\u2019obtention d\u2019un deuxième bloc d'énergie éolienne, de 2000 MW ; multiplication des projets locaux de production d\u2019énergie et des revendications régionales à l\u2019égard de l\u2019utilisation des ressources ; élection d\u2019un nouveau chef du Grand Conseil des Cris, Matthew Mukash, qui remet en question le détournement de la rivière Rupert ; annonce par Hydro-Québec de nouveaux objectifs d\u2019économie d\u2019énergie de 4,1 TWh/an à compter de 2001 ; nouvelle demande d\u2019augmentations tarifaires par Hydro-Québec .Un peu étourdis ?Pourtant, vulgarisation oblige, il ne s\u2019agit là que d\u2019une énumération sommaire des principaux faits saillants des dernières années.Certes, pendant cette période, les choix d\u2019Hydro-Québec et de son actionnaire se sont régulièrement heurtés à l\u2019opinion publique, soulevant en maintes occasions des confrontations sans précédent dans l\u2019histoire de la société d\u2019état.Devant la pression publique, Hydro-Québec s\u2019est vue plusieurs fois forcer la main ; des réalignements lui ont été imposés, ponctués de plusieurs désaveux humiliants sur le plan politique sans parler des nombreux litiges l\u2019opposant à des citoyens qui se sont réglés devant des tribunaux.La confiance du public a fait place à la méfiance, voire à la suspicion.La crédibilité même de la société d\u2019état a chuté à des niveaux jamais vus.Au cours de ces années, Hydro-Québec n\u2019a pourtant pas fait que des mauvais coups.Comment expliquer alors une telle perte de crédibilité ?Comment expliquer qu\u2019elle ne parvien- 68 ne plus à regagner la faveur du public même lors de l\u2019annonce de ses initiatives les plus vertueuses ?Des filières énergétiques discréditées Au cours des années 1990, le Québec a choisi de tourner le dos à la filière nucléaire.Force est de constater, rétroactivement, que ce choix était prudent compte tenu des risques considérables que les réacteurs nucléaires constituent encore en matière de sécurité publique, des coûts faramineux liés à leur réfection et de l\u2019énorme problème environnemental résultant de la disposition des matières radioactives.Un simple coup d\u2019œil du côté de l\u2019Ontario nous convainc aujourd\u2019hui de l\u2019ampleur des problèmes auxquels nous aurions également été confrontés.Plus récemment, l\u2019opinion publique québécoise s\u2019est levée en bloc pour s\u2019opposer au projet de centrale au gaz naturel du Suroît.Hydro-Québec s\u2019est évertuée à convaincre la population que la technologie proposée était l\u2019une des plus performantes et des moins polluantes de tous les types de production thermique, que la mise en service du Suroît permettrait notamment de réduire l\u2019utilisation de la centrale au mazout de Tracy, beaucoup plus polluante, et que l\u2019énergie éventuellement exportée déplacerait des sources de production plus sales, mais rien n\u2019y fit.Les citoyens ont plutôt compris que l\u2019utilisation directe du gaz naturel pour le chauffage des bâtiments était près de deux fois plus efficace et moins polluante que sa transformation en électricité, même par des turbines à gaz à cycles combinés de la dernière technologie.Ils ont plutôt compris que le « virage thermique » d\u2019Hydro-Québec était davantage motivé par des ambitions commerciales que par l\u2019imminence d\u2019une pénurie énergétique tel qu\u2019allégué.Ils n\u2019ont pas 6g voulu d\u2019une source d\u2019énergie importée, de sa disponibilité limitée et de son prix incertain, livré à des spéculations extérieures, ni des 2,8 millions de tm de GES additionnels que cette centrale disperserait annuellement au dessus de la vallée du Saint-Laurent, partie la plus densément peuplée de la province.Le Québec tout entier n\u2019a pas voulu d\u2019un « moins mauvais » choix et s\u2019est retourné vers le « mieux ».Exit le nucléaire, exit le thermique.Mais le dossier du Suroît a aussi forcé les Québécois à s\u2019interroger sur les conséquences du recours massif à l\u2019électricité dans le chauffage des bâtiments et sur la vulnérabilité d\u2019un parc de production à plus de 97 % hydraulique confronté à des écarts climatiques de plus en plus prononcés.Après les petits barrages, la filière éolienne livrée au secteur privé Début 2004, les chercheurs Robert Benoît et Wei Yu d\u2019Environnement Canada, rendaient publique la première cartographie complète des vents couvrant l\u2019ensemble du territoire québécois, révélant l\u2019immense potentiel éolien disponible, plusieurs fois l\u2019ensemble de la puissance hydroélectrique existante.Mais, en pratique, l\u2019énergie éolienne est par nature intermittente et doit être jumelée à une autre source de production qui puisse être déployée en fonction des écarts de la demande.Les sources de production thermique, nucléaire et hydroélectrique - lorsque dotée de réservoirs - peuvent assurer ce rôle de maintien et d\u2019équilibrage de la charge dans le réseau. 70 Le Québec dispose donc des conditions idéales, l\u2019existence d\u2019un vaste parc de production hydroélectrique de propriété publique et un immense potentiel éolien encore inexploité, pour tirer profit du jumelage éolien-hydraulique.La capacité d\u2019un parc de production hydraulique doté de réservoirs d\u2019absorber l\u2019intermittence de la production éolienne est cependant limitée.Les experts considèrent néanmoins qu\u2019un parc de production comparable à celui d\u2019Hydro-Québec peut intégrer jusqu\u2019à 15 % (certains disent jusqu\u2019à 20 %) de production de source éolienne sans que le rôle de maintien et d\u2019équilibrage ne devienne problématique sur le plan technique.Avec la puissance de 40 000 MW dont elle dispose, Hydro-Québec pourrait donc intégrer entre 6 000 et 10 000 MW de puissance éolienne.Cette prise de conscience soudaine de l\u2019ampleur du potentiel éolien disponible a suscité un vif intérêt dans la population en général et, pour plusieurs, l\u2019espoir que le développement de cette nouvelle filière énergétique allait permettre aussi de ne pas harnacher les unes après les autres toutes les rivières du Québec.Mais l\u2019enthousiasme initial a rapidement fait place à la surprise puis à la consternation devant l\u2019absence d\u2019intérêt manifesté par Hydro-Québec.Lors d\u2019audiences tenues devant la Régie en mai 2004 (R-3526-04), l\u2019entêtement des représentants d\u2019Hydro-Québec à ne décrire que les aspects contraignants ou désavantageux de la production éolienne avait même réussi à provoquer l\u2019impatience de certains régisseurs.Dès lors, la société d\u2019état ne montrait qu\u2019un intérêt mitigé à intégrer une part limitée de production éolienne dans ses approvisionnements et, en aucun temps, quelque intention d\u2019être elle-même propriétaire et exploitante de parcs éoliens. V Le gouvernement libéral, par la suite, n\u2019a jamais donné quelque signe de vouloir forcer un peu la main d\u2019Hydro-Québec.Au contraire, ses décisions ultérieures concernant l\u2019exploitation des barrages hydroélectriques de moins de 50 MW ou des appels d\u2019offres pour un second bloc de 2000 MW d\u2019énergie éolienne témoignent toutes de sa détermination à les livrer en totalité au secteur privé, à des sociétés en commandite ou des PPP.On réalise alors à quel point la déréglementation de la production d\u2019électricité au Québec, présentée initialement comme une adaptation « obligée » à la restructuration des marchés nord-américains, correspond très exactement à une dénationalisation à petit feu du secteur électrique québécois.Car au rythme où vont les choses, la part des installations de production contrôlée par le secteur privé aura presque doublé d\u2019ici quelques années passant de 4 000 MW à 7 000 ou 8 000 MW Quant au rôle d\u2019Hydro-Québec dans l\u2019économie québécoise, force est de constater à quel point il a été perverti, détournant totalement la société d\u2019état de sa mission originale.En fait, Hydro-Québec est maintenant le seul acheteur qui, par le biais d\u2019un appel d\u2019offres ouvert à la concurrence, garantit l\u2019achat à long terme de l\u2019énergie produite par le secteur privé.Elle est ainsi devenue l\u2019instrument désigné pour réintroduire le privé dans le secteur électrique québécois, comme un cheval de Troie porteur de ses propres bourreaux.Jusqu\u2019à ce qu\u2019ils en sortent en emportant les meubles.Ainsi, la déréglementation graduelle du secteur électrique initiée par l\u2019adoption de la loi 116 sous le dernier gouvernement du Parti québécois, aura largement pavé la voie aux libéraux.Le gouvernement actuel s\u2019affaire maintenant à 72 réunir discrètement les conditions requises pour céder une large part de notre développement énergétique à des intérêts particuliers, privés et ou locaux.Le modèle québécois de développement fondé sur la propriété et la gestion publiques des ressources, le partage collectif des coûts et des bénéfices, est menacé plus que jamais.La convoitise est suscitée partout en région par les nouvelles possibilités d\u2019exploiter localement les ressources et de s\u2019approprier les bénéfices de leur exploitation.Partout, les projets de sociétés en commandite, de PPP ou d\u2019investisseurs privés se multiplient.Si les Québécois ne réagissent pas rapidement devant la dislocation du pacte social qui se prépare, la solidarité collective et la cohésion du développement énergétique seront bientôt largement compromises, graduellement dissoutes dans une prolifération d\u2019intérêts particuliers, conflictuels, et le morcellement territorial.Ils pourront alors se demander, en veillant su\u2019l perron, à qui appartenaient les rivières, avant, et à qui appartenait le vent.Q DOSSIER RÉALISER L\u2019INDÉPENDANCE Dossier RÉALISER L\u2019INDÉPENDANCE Quelques questions aux aspirants leaders de la nation ¦Pierre Serré\t75 La souveraineté par mandat électoral :un vote pour le PQ est un vote pour l'indépendance ¦Richard Cervais\t84 Après le grand soir,le grand lendemain de veille : le passage obligé de la reconnaissance internationale d\u2019un Québec souverain \t \t \t \t \t LE RENOUVELLEMENT DU PQ .AU DECLENCHEMENT DE LA COURSE.\t* ïy % * *¦ t *' ** Q Q f/fH,/ n \\ ïimmÆ mM/mi 75 DOSSIER Pierre Serré* QUELQUES QUESTIONS AUX ASPIRANTS LEADERS DE LA NATION La course à la chefferie du Parti québécois est l\u2019occasion de poser quelques questions à ceux qui aspirent à faire faire le Grand saut à la nation.Voici donc des questions qui portent sur l\u2019article i du programme, de même que les moyens et les stratégies qu\u2019entend déployer le parti pour réaliser son objectif.Le congrès de juin dernier a réglé le principal de la démarche référendaire, mais il a laissé en plan nombre de questions fort importantes, laissant aux candidats une bonne marge de manœuvre.Pour assurer l\u2019avenir du Québec, nous considérons qu\u2019un ingrédient, la démocratisation, doit faire partie intégrante de la démarche pré- et post-référendaire.Ce court texte ne peut, faute d\u2019espace, présenter aucune question sectorielle, bien que leur intérêt soit équivalent.L\u2019objectif L\u2019objectif paraît simple : réaliser la souveraineté.En réalité, il est plus compliqué qu\u2019il n\u2019y paraît.L\u2019objectif est de créer un État nouveau à partir d\u2019un État ancien.Ce nouvel État sera-t-il le reflet de l'ancien ?Reconduira-t-il la même concentration des pouvoirs entre les mains d\u2019un seul ?Confinera-t-il les élus à un rôle passif face aux chefs ?Quelle sorte de régime démocratique veut-on ?Implantera-t-on un mode de scrutin proportionnel et, si oui, quel type ?Établi- * Ph.D., pierre.serre@sympatico.ca 76 ra-t-on un pluralisme dans la représentation et dans le profil des députations ?Depuis l\u2019après-guerre, au Québec comme ailleurs dans le monde, l\u2019aspiration à plus de justice et d\u2019équité a amené un élan de démocratisation et de modernisation de l\u2019État et la résurgence des nationalismes dans les sociétés multi-natio-nales.Cette aspiration a encore plus de prise dans notre régime de concentration des pouvoirs.Sans nécessairement proposer un projet de gauche ou un projet de droite, le nouveau régime politique sera-t-il plus démocratique que l\u2019actuel ?Les moyens Réaliser l\u2019indépendance signifie rassembler une large coalition au sein de l\u2019électorat.Or la constitution d\u2019une coalition souverainiste gagnante ne va pas de soi.Qu\u2019ont à proposer les candidats pour rallier les socio-démocrates et les électeurs nationalistes déçus ?L\u2019offre de coalition se limite-t-elle au ralliement inconditionnel au Parti québécois, coalition que le futur chef mènera seul ?Ou alors, le futur chef s\u2019en-gagera-t-il clairement, avant le référendum, à une véritable démocratisation du pouvoir politique dans toutes les sphères de la société québécoise ?Compte tenu de l\u2019inévitable alternance, sans laquelle notre régime politique ne serait qu\u2019une dictature élue, le simple ralliement à un parti moins pire que celui au pouvoir risque d\u2019être suffisant pour chasser le Parti libéral, mais un peu court pour constituer une coalition gagnante.Le ralliement à un projet constitué d\u2019un seul élément, la souveraineté, dont le contenu reconduit le régime politique actuel dans l\u2019attente des changements qui surviendront après le Grand jour, s\u2019avérera-t-il capable de rallier les partenaires naturels du mouvement ? 77 La stratégie référendaire est en place depuis 1974, mais elle n\u2019a jamais produit la coalition recherchée : jamais le Parti québécois n\u2019a été capable à lui seul de créer les solidarités nécessaires au ralliement.En 1995, la coalition souverainiste s\u2019inscrivait dans le prolongement du rejet des Accords du Lac Meech (1990) et de Charlottetown (1992).Elle fut générée par les libéraux provinciaux, contre leur gré, entretenue et ravivée habilement par Jacques Parizeau à l\u2019occasion du deuxième référendum.Parier sur une coalition dirigée unilatéralement par le Parti québécois sans rien offrir en retour n\u2019apparaît toujours pas plus évident.Une coalition souverainiste gagnante ne peut se construire qu\u2019entre partenaires de la même famille, autour d\u2019une idée capable de faire consensus : la démocratisation.Dans une société aussi démocratique qu\u2019est le Québec, il est tout bonnement impossible qu\u2019elle puisse se construire depuis la direction du parti pour être imposée à ses membres et aux divers groupes qui composent le mouvement de démocratisation : le rapport est par trop inégal.La coalition gagnante se construira d\u2019autant plus facilement qu\u2019elle impliquera avant le référendum un engagement ferme envers une démocratisation du pouvoir.La stratégie Puisque, s\u2019il est porté au pouvoir, le Parti québécois sera minoritaire aux voix, comme cela est habituellement le cas au Québec, la stratégie-marketing toute désignée est la corn-intensive faite aux électeurs fédéralistes nationalistes de droite stationnés dans les cours du Parti libéral et de l\u2019Action démocratique (on oublie au passage les électeurs qui s\u2019abstiennent).Cette cour intensive force déjà le parti à établir sa crédibilité aux yeux de ces électeurs. 78 Difficile tâche qui consiste à se positionner comme le plus grand défenseur des intérêts du Québec aux yeux d\u2019électeurs non souverainistes.Il faut pour cela s\u2019opposer aux desseins de l\u2019« Autre » sans pour autant en brusquer ou en heurter les partisans, ceux qui ne votent déjà pas pour le parti.C\u2019est l\u2019utilité de la stratégie de la victimisation.Cette dernière permet d\u2019interpréter les défaites du Québec comme des affronts infligés à l\u2019ensemble des électeurs.Le discours habituel consiste à dire que le gouvernement québécois a tenté par tous les moyens de s\u2019inclure au tout canadien, de jouer le jeu, mais que l\u2019« Autre » l\u2019a rejeté.Le prix à payer pour cette stratégie est lourd : une accumulation de défaites, un parti qui veut paraître modéré et désireux d\u2019intégration et qui tente de le prouver en s\u2019en prenant à ses propres militants.Le Parti québécois n\u2019est pas constitué de « militants qui mange leur chef », comme le disait Louise Beaudoin, mais d\u2019« un chef qui mange ses militants ».Dans l\u2019histoire du parti, les purges ont été bien plus nombreuses que le nombre de chefs.En cas de passage à vide au cours de la campagne, suggérons-leur d\u2019expliquer en quoi leur stratégie visant à réunir à la fois des électorats de droite et fédéraliste nationaliste est compatible avec le programme social-démocrate et nationaliste du parti.Si c\u2019est OUI Le système électoral canadien produit des gouvernements fédéraux qui ne reconnaissent pas de droit à l\u2019indépendance pour le Québec ni le droit à des mesures nationalistes visant à protéger la Communauté politique majoritaire.Advenant l\u2019élection du Parti québécois, le gouvernement fédéral va naturellement recourir à la Loi sur la clarté référendaire du ministre Dion pour paralyser le processus référendaire et intimider l\u2019électorat québécois.Il s\u2019agit à proprement parler 79 de chantage politique : aucune question « normale » ne sera acceptable pour le fédéral.Ce sera la question référendaire fédérale, perverse, ou celle du Québec, mais alors accompagnée de menaces et d\u2019intimidation de la part du fédéral.Aucune réponse ne sera suffisante ni assez claire.Et de toute façon, comme l\u2019ont exprimé à propos du référendum de 1995 Jean Chrétien, plusieurs de ses ministres, les conservateurs du Reform Party et quelques premiers ministres provinciaux, un gouvernement fédéral ne reconnaîtra pas un verdict favorable et ne le considérera pas comme exécutoire.Un éventuel OUI signifiera le début d\u2019une partie de bras de fer entre le chef du PQ - souhaitons qu\u2019il ne soit pas seul à ce moment crucial - et les dirigeants canadiens.Le jugement de la Cour suprême impose bien l\u2019obligation de négocier pour le fédéral, mais cette obligation est de peu d\u2019utilité puisqu\u2019elle renvoie au rapport de force politique pour l\u2019évaluation des résultats des négociations, un rapport de force sur lequel les Québécois ont actuellement bien peu de prise.Le pari fédéral est que la phase de négociation est susceptible de permettre au gouvernement fédéral de renverser le verdict démocratique.Quelques questions se profilent déjà.Que fera le prochain chef du Parti québécois face à la Loi sur la clarté ?Osera-t-il, après un référendum, faire en sorte que le gouvernement du Québec pose des gestes pour affirmer sa souveraineté ?Interdira-t-il certaines manœuvres illégitimes du gouvernement fédéral ?Créera-t-il des institutions québécoises en charge des champs de compétence fédéraux ?Créera-t-il un ordre juridique autonome ?Adoptera-t-il une constitution ?S\u2019il devait le faire, comment procéderait-il ?Cette constitution devrait-elle respecter la constitution canadienne ou embrasser complètement ou partiellement les compétences 8o exercées par le gouvernement fédéral ?Reconduirait-elle l\u2019essentiel du régime politique actuel ?En bout de piste, ce sont un gouvernement québécois et une opinion publique déterminés qui parviendront à établir la souveraineté après un référendum gagnant.Il s\u2019agit d\u2019une question qui interpelle directement le maintien de la coalition pré-référendaire et le rôle que jouera le Parti libéral du Québec dans les suites du référendum.Or à la lumière du passé, on peut croire que les fédéralistes radicaux aux commandes du Parti libéral du Québec tenteront par tous les moyens de torpiller les consensus politiques favorables à l\u2019affirmation d\u2019une volonté sécessionniste.Voilà un motif de plus pour envisager sérieusement, dès maintenant, la démocratisation de la représentation politique.Si c'est reporté Les candidats envisagent-ils le report du référendum dans l\u2019éventualité où le OUI descendrait en dessous d\u2019un certain pourcentage dans les sondages ?Le vieillissement de la population et le remplacement des générations sont des facteurs qui favorisent un meilleur résultat que celui obtenu en 1995.Mais on doit rappeler qu\u2019à cette occasion la coalition souverainiste ne fut pas la résultante des seuls efforts déployés par le Parti québécois, comme nous l\u2019avons déjà exprimé.Sans Jacques Parizeau, peu de chefs auraient misé sur une campagne active pour faire progresser la souveraineté.Qu\u2019attendre de l\u2019opinion publique ?On sait tout d\u2019abord que les sondages surestiment systématiquement les résultats obtenus par le Parti québécois ou l\u2019option souverainiste, contrairement au Parti libéral et à son option.En outre, de 8i nombreux sondés demeurent discrets sur leur option, ce qui est susceptible de fausser les mesures.L\u2019abstentionnisme aux élections provinciales de 2003 et fédérales de 2004 témoigne d\u2019une cassure nette entre les partis souverainistes et l\u2019électorat.Dans plusieurs régions, les associations de circonscription vivotent tandis que les critiques continuent de pleuvoir sur le bilan du parti, le caractère monosyllabique du projet de souveraineté et son programme de gestion gouvernementale, qui donne l\u2019impression que le parti est un pur défenseur du statu quo social.Mentionnons d\u2019autre part que les récents sondages ont été réalisés en l\u2019absence de campagne référendaire, au moment où la commission Gomery démontrait à quel point la popularité du gouvernement fédéral reposait au Québec sur la corruption et le favoritisme.En tout et pour tout, il reste cette question : l\u2019opinion publique de 2005, qui accorde à la souveraineté une popularité supérieure au parti, est annonciatrice d\u2019une victoire ?En ces temps de disette financière et de paralysie de l\u2019État québécois, compte tenu de l\u2019offensive de charme du gouvernement fédéral auprès de toutes les autres forces sociales (municipalités, universités, organismes non gouvernementaux), les souverainistes disposent-ils, en 2005, d\u2019un argumentaire suffisant et aussi fort que celui de 1995 ?La structuration du pouvoir « post-fusions municipales » offre-t-elle, en 2005, plus d\u2019appuis qu\u2019il y a dix ans ?Si jamais le référendum devait être reporté, quand le saura-t-on ?Que fera alors un gouvernement du Parti québécois ?Gouvernera-t-il dans l\u2019attente du retour des conditions gagnantes, ou tentera-t-il de provoquer ce retour, ce qui s\u2019accompagnerait naturellement d\u2019un problème de crédibilité ?Compte tenu des sacrifices exigés auprès des partenaires, 82 compte tenu des frustrations générées dans ses propres rangs, gouverner sans diviser, dans l\u2019attente du fruit mûr, implique le risque d\u2019implosion du parti, et certainement la désagrégation de la coalition gagnante.Aux yeux des socio-démocrates comme des nationalistes, le pouvoir vaut pourtant son pesant d\u2019or.Les urgences et les solutions ne manquent pas.L\u2019attente ne peut durer indéfiniment.C\u2019est l\u2019utilité et la pertinence du Parti québécois qui sont en jeu.Et si c\u2019est NON Qu\u2019entend faire un futur gouvernement péquiste si d\u2019aventure les Québécois rejetaient l\u2019indépendance une troisième fois ?Entend-il démissionner en bloc et sur le champ en sous-entendant que le peuple ne le mérite pas ?Les Québécois, et surtout les militants du mouvement de démocratisation, sont en droit de savoir si la capitulation est au menu et ce qu\u2019est son plan B.Ces questions sont cruciales.Le Québec n\u2019arrêtera pas d\u2019exister advenant une défaite.Que certains aient l\u2019ego froissé ne les autorise pas à délaisser la défense des droits collectifs des Québécois.Dans un contexte de capitulation, une remise du pouvoir entre les mains des adversaires déchaînerait un nettoyage politique en règle.Plus rien ne pourrait s\u2019opposer à la mise en place d\u2019un régime de collaboration, de corruption et de discrimination.L\u2019espace de liberté politique est déjà trop étroit.Une police d\u2019assurance Il y a par ailleurs moyen d\u2019arriver de manière beaucoup plus sûre et plus rapide à l\u2019indépendance : la démocratisation.Face à un gouvernement fédéral dont la gestion des relations avec le Québec est toujours fondée sur l\u2019exclusion, la démocratisation permettra la constitution d\u2019une volonté 83 politique forte capable de bâtir un Québec plus déterminé et capable de franchir le Rubicon au moindre affront.L\u2019instauration d\u2019une dynamique de gouvernements de coalition introduirait à l\u2019Assemblée nationale, pour la première fois avec autant de force, les intérêts des francophones.Au sein de tous les gouvernements québécois, l\u2019adoption de mesures équitables envers les francophones amènerait l\u2019affirmation de l\u2019identité et des choix politiques des Québécois, qu\u2019Ottawa ne verrait pas, de toute évidence, du même œil.Quant au Parti libéral du Québec, la démocratisation en signerait l\u2019effondrement : chaque fois que le parti fut obligé de débattre de rapports intercommunautaires, une crise a suivi et donné naissance (ou fait revivre) à un autre parti (Parti québécois en 1967-68, Union nationale en 1976, Equality et Unity Parties en 1989, Action démocratique du Québec en 1993).Sans obliger à renoncer maintenant à la stratégie référendaire, la démocratisation représente l\u2019ingrédient le plus adéquat pour l\u2019établissement d\u2019une volonté politique gagnante.Cela signifie donc que, en cas de défaite ou de report indéfini, il n\u2019y a aucune raison de capituler et de considérer que les perspectives d\u2019indépendance sont désormais nulles.Il faudrait au contraire profiter du pouvoir pour instaurer ces réformes essentielles.C\u2019est la police d\u2019assurance.Après plus de trente ans à attendrir les porteurs des revendications démocratiques, il faudrait bien, un jour, qu\u2019un gouvernement péquiste livre.D\u2019autant plus que ce moyen apparaît clairement plus solide et plus rapide que la stratégie référendaire.? 84 DOSSIER Richard Gervais LA SOUVERAINETÉ PAR MANDAT ÉLECTORAL: UN VOTE POUR LE PQ EST UN VOTE POUR L'INDÉPENDANCE Avec ou sans majorité du vote populaire, le parti séparatiste québécois a l\u2019intention de séparer le Québec du Canada s\u2019il domine l\u2019Assemblée nationale du Québec à la suite d\u2019une âection.Un gouvernement péquiste à Québec mettra immédiatement en branle le processus de sécession sans aucun autre recours à l\u2019électorat par un référendum ou une seconde élection.Telle est l\u2019opinion clairement exprimée au [Toronto] Star au cours d\u2019une interview du dirigeant du parti, René Lévesque et de deux autres personnalités très marquantes du parti, l'économiste Jacques Parizeau et le juriste de renommée internationale, le professeur Jacques-Yvan Morin.[Lévesque a affirmé que, selon] « la tradition parlementaire britannique [.] : \"si vous avez la majorité au Parlement, vous êtes le gouvernement\u2019\u2019.Voilà la tradition parlementaire britannique démocratique et c\u2019est ce que nous appliquerons.Le jour où nous formerons le gouvernement, élu pour appliquer un programme que chacun connaît, c\u2019est à ce moment-là que nous l\u2019appliquerons.» - Robert McKenzie citant René Lévesque en 1971* Le référendum comme moyen d\u2019accession à la souveraineté fait difficulté et l\u2019éventualité d\u2019un troisième est mal vue, y compris parmi les souverainistes.Le moyen concurrent de 85 l\u2019élection (le parti enclenche l\u2019indépendance une fois élu) gagne du terrain.Un terrain qu\u2019il n\u2019aurait jamais dû perdre.Mais voilà que des promoteurs de cette voie électorale font aussitôt un pas en arrière et l\u2019assortissent d\u2019une condition.référendaire ! Cette voie serait légitime pourvu, selon eux, qu\u2019on ait gagné l\u2019élection par plus de la moitié des voix exprimées.Ils tiennent cette majorité absolue pour règle incontournable dans les circonstances et trouveraient illégale la règle de la majorité relative (plus de voix \u2014 ou de sièges \u2014 que tout parti concurrent).Pourtant, la lutte pour « désunifolier » le Québec et conquérir la souveraineté est une lutte politique.Il faut la mener avec les moyens de la politique et selon ses règles, pas en s\u2019imaginant réinventer la politique et en s\u2019imposant des impératifs ultra-bienséants propres à flatter la conscience sans permettre de vaincre.Et qui font perdre leur temps aux électeurs.Aucune des voies en présence n\u2019est a priori incontournable, ni non plus illégale.La voie référendaire, la voie de l\u2019âection à majorité absolue et la voie de l\u2019âection à majorité relative, toutes sont en principe possibles et légitimes.Mais la première met le parti en contradiction pratique avec lui-même et la seconde le fait décrocher de la démocratie multipartite.Seule la dernière, la vraie voie électorale d\u2019accession à la souveraineté, est en prise sur notre régime politique et en ligne avec le choix stratégique fondamental fait au début de notre mouvement moderne d\u2019indépendance.Elle est plus conforme à nos usages démocratiques et moins vulnérable à l\u2019ingérence hostile du Canada.Elle est en somme moins angélique et, donc, moins bête. 86 La lutte pour l\u2019indépendance est partisane La lutte pour l\u2019indépendance est une lutte politique : c\u2019est inévitablement l\u2019affrontement des partis qui en décide \u2014 sauf à rêver de fusion mystique de la nation.En démocratie représentative, on ne peut faire que les candidats à la représentation du peuple soient nombreux et qu\u2019ils s\u2019organisent en partis.La démocratie est vivante à ce signe et on brimerait sinon les libertés politiques de participation et d\u2019association.La vie politique prend donc naturellement la forme d\u2019un affrontement de partis, réglé notamment par l\u2019institution parlementaire qui court-circuite le recours à la violence.Dans le contexte de la « province de Québec », « État » partiel mais existant et reconnu, décider historiquement de soumettre la question nationale à ce jeu démocratique revenait à faire élire les candidats d\u2019un parti provincial prônant l\u2019indépendance et à procéder à la mise en oeuvre de cette dernière une fois la victoire acquise.Nul besoin d\u2019introduire des obligations surérogatoires, comme celle du référendum, ou de distordre la mécanique électorale, comme avec la règle sans précédent de la majorité absolue.Les défauts de la voie référendaire, en bref Le référendum est un recours hors norme en régime parlementaire \u2014 et ce n\u2019est pas par hasard.Le cas québécois pourrait servir à illustrer cette espèce d\u2019extranéité.Forcément, le recours au référendum rabaisse en contrepartie le rôle des élections, pierre angulaire de la démocratie représentative.Il érode la représentativité des élus en exi- 87 géant un mandat de plus que celui, électif, qu\u2019ils détiennent déjà.Sur le plan extérieur, requérir ce mandat supplémentaire, c\u2019est déjà de la part des élus québécois, qui voudraient par exemple (et qui ont voulu en fait) renégocier le statut du Québec auprès d\u2019Ottawa, plier l\u2019échine devant le déni de représentativité que ce dernier leur oppose sans cesse (« vous ne représentez pas tous les citoyens québécois » ou « nous les représentons autant que vous »).C\u2019est avouer d\u2019emblée l\u2019incompétence de l\u2019Assemblée nationale, qui est l\u2019assemblée de ces élus.Sur le plan intérieur, le fait de renvoyer la question nationale à un arbitrage autre, référendaire, donne au parti souverainiste un ticket pour l\u2019attentisme politique et la dérobade parlementaire (« mise en veilleuse de l\u2019option », « bon gouvernement », « agenda caché »).Les expériences de 1980 et de 1995 ont démontré l\u2019intrusion exorbitante et agressive de l\u2019État canadien, ouverte comme clandestine, sa « guerre » contre l\u2019indépendantisme, jusqu\u2019au vol du référendum de 1995.La loi arrogante « sur la clarté », promulguée depuis par Ottawa, porte atteinte à la souveraineté populaire du Québec et entrave l\u2019expression libre et fidèle de sa volonté démocratique.L\u2019état-major met le verrou On sait qu\u2019à son congrès de mai 2005, le Parti québécois a reconduit pour l\u2019essentiel cet étapisme référendaire, malgré la démission-surprise de son principal promoteur, le prési- 88 dent Bernard Landry.Désireux de fermer la porte à la réorientation stratégique que la course à la succession risquait d\u2019ouvrir, l\u2019état-major a mis le verrou en faisant adopter dès le lendemain par le congrès le programme étapiste.Sauf que ça n\u2019empêche pas cette orientation référendiste de mettre foncièrement le parti en contradiction avec lui-même, comme l\u2019a montré l\u2019histoire des quarante dernières années.Le renvoi référendaire fait que le mandat électoral du parti de l\u2019indépendance n\u2019est jamais un mandat de faire l\u2019indépendance ! Et c\u2019est avec cette proposition bancale et paradoxale que le PQ compte encore se présenter devant l\u2019électorat et.jouer au chat et à la souris avec lui.La course à la direction prendra du relief quand un ou quelques candidats avanceront sous le slogan clair « un vote pour le PQ est un vote pour la souveraineté ».Cela contribuerait à refocaliser le débat sur cet enjeu stratégique et, plus loin, à recentrer le parti sur la souveraineté et l\u2019action à mener pour y arriver, dans l\u2019opposition comme au gouvernement.La majorité électorale absolue n\u2019a pas de bon sens comme règle Normalement, la majorité électorale relative confère à tout parti vainqueur le droit de gouverner en fonction de son programme, et elle lui en fait même devoir.Qu\u2019un écart de 2 %, 5 % ou 15 % des voix (ou des sièges) le sépare de ses rivaux n\u2019influe en rien sur sa légitimité ou sa légalité.La grandeur de l\u2019écart est bien sûr un indice de sa force ou de son influence, mais pas de son droit.En tant que nouveau détenteur du pouvoir, il a le droit entier de l\u2019exercer (et non le droit partiel sous prétexte que toute la population n\u2019a pas voté 89 pour lui), et de l\u2019exercer en principe conformément au programme annoncé.Même dans le cas théorique où il n\u2019y aurait que deux partis en lice, le vainqueur gagne parce qu\u2019il est plus fort aux voix que le concurrent.Le « 50 % + n » n\u2019est que l\u2019expression mathématique de cette supériorité et non une norme a priori.C\u2019est la majorité, dite simple ou relative, qui est incontournable, pas la majorité absolue, comme l\u2019affirment ceux qui pensent l\u2019élection du parti souverainiste dans les catégories du référendum.Conditionner le droit du parti victorieux à l\u2019obtention de la majorité absolue (comme, d\u2019ailleurs, d\u2019une majorité qualifiée quelconque) n\u2019aurait de sens que si tout à coup la politique ne se résolvait plus en affrontements de partis \u2014 croyance mignonne que des années de référendisme n\u2019ont pas aidé à dissiper.Victoire électorale et droit de réaliser son option L\u2019application de la règle de la majorité absolue constituerait une formidable entorse au parlementarisme tel qu\u2019on le connaît, la négation d\u2019un de ses rouages clefs.Elle séparerait en effet victoire électorale (reposant sur la majorité relative) et droit de réaliser son option (reposant sur la majorité absolue) et introduirait ainsi de la confusion dans l\u2019élection.La possibilité sans précédent serait donnée aux électeurs de miser sur le type de majorité d\u2019un des partis.La barre placée anormalement haut pour le parti souverainiste, des électeurs la jugeraient inaccessible et voteraient pour le parti sans voter pour son option.L\u2019idée même de programme électoral perdrait de son sens.Cela jetterait ensuite de l\u2019ombre sur l\u2019interprétation des résultats.Même une majorité absolue effective du parti souverainiste (comme 53 %, go disons) pourrait ne pas être interprétable comme volonté claire de la population de passer à l\u2019indépendance.Et bien sûr, en cas de majorité relative, le parti ne pourrait agir en vue de son objectif pour se l\u2019être interdit soi-même.Au bout du compte, on se retrouverait dans la même situation qu\u2019avec l\u2019étapisme où le parti vainqueur ne s\u2019autorise en attendant aucune politique indépendantiste et plastronne en démocrate provincialiste.Tout ça parce qu\u2019on aurait eu le zèle de s\u2019imposer une règle supralunaire.Autre entorse qu\u2019introduirait l\u2019obligation de majorité absolue : un seul des partis y serait tenu.C\u2019est déjà le cas avec le référendum.Le PQ est le seul parti qui, dûment porté au pouvoir, suspend inconsidérément son droit et son devoir de réaliser son option à une seconde consultation populaire.L\u2019exaspération de l\u2019électorat vis-à-vis du référendum vient aussi de là.De même, l\u2019obligation de majorité absolue créerait une inégalité des concurrents devant les règles électorales.Excellent pour dissiper chez les électeurs l\u2019impression qu\u2019on s\u2019amuse à leurs dépens et contrer le ras-le-bol citoyen ! En démocratie multipartite, la légitimité ne repose et ne peut reposer que sur la règle de la majorité relative.Et il convient, non de prétendre « bonifier » cette règle, mais de la jouer à fond.Un PQ élu à la majorité relative qui dirait avoir le droit d\u2019accomplir tout son programme sauf la partie portant sur l\u2019indépendance, ce parti-là n\u2019aurait tout simplement pas soumis aux élections le projet d\u2019indépendance et c\u2019est en l\u2019air qu\u2019il aurait parlé de voie « électorale » d\u2019accession à la souveraineté.Il aurait l\u2019air de proposer aux électeurs une espèce de quitte ou double et de ne pas croire tout à fait lui-même aux élections qu\u2019il brigue. 91 Le culte péquiste du pas-comme-les-autres On entend parfois dire que la souveraineté n\u2019est pas une lutte politique comme les autres et qu\u2019en conséquence ça lui prend un moyen politique qui sort de l\u2019ordinaire.Le hic est qu\u2019à sortir ainsi la lutte pour la souveraineté de l\u2019ordinaire politique, elle finit par ne plus être.politique.Sous prétexte que la question nationale concerne toute la nation et qu\u2019en un sens elle transcende les clivages partisans, on conclut à tort qu\u2019elle ne doit pas être tranchée par l\u2019affrontement des partis et on la destine volontiers à des arbitrages plus.purs.Dans le monde sublunaire, là où se déroule la politique, ce purisme est simplement gage de défaite.La question nationale n\u2019est pas moins justiciable de l\u2019affrontement des partis que tout autre question politique.C\u2019est de l\u2019angélisme de penser que l\u2019adversaire renoncera à son opposition organisée devant nos appels à l\u2019unité supérieure de la nation ou nos homélies sur le caractère extra-partisan de la cause.D\u2019ailleurs, de l\u2019éminence de la question nationale, c\u2019est très exactement la conclusion contraire qu\u2019on doit tirer.La majorité absolue est inexigible y compris et surtout sur les affaires nationales majeures, celles qui exacerbent les passions et poussent au paroxysme l\u2019affrontement des partis.À quoi bon sinon le parlementarisme et les élections ?Autant déclarer tout de suite qu\u2019ils sont inutiles quand on a le plus besoin d\u2019eux, désavouer ce faisant à peu près tout notre système politique et révoquer en doute le choix stratégique fait au départ de réaliser l\u2019indépendance par la voie politique normale.Dans les années soixante, c\u2019est tout naturellement que la voie électorale d\u2019accession à la souveraineté s\u2019est offerte au mouvement national, en conformité avec la tradition démocratique qui prévaut ici (le felquisme n\u2019a pas duré).Elle a 92 d\u2019ailleurs précédé la proposition de référendum.Pour le RIN, et pour le PQ d\u2019avant le virage étapiste de 1974, il allait de soi qu\u2019un vote pour le parti de l\u2019indépendance était un vote pour l\u2019indépendance et que la victoire électorale de ce parti lui donnait le droit de déclarer l\u2019indépendance.On n\u2019aurait pas d\u2019instinct surchargé le recours aux élections, auquel on venait d\u2019opter stratégiquement, d\u2019une prescription aussi insolite et irrégulière que la majorité absolue.Ces pionniers, qui liaient la séparation du Québec comme but avec la conquête électorale du pouvoir comme moyen, ne faisaient pas le pari de la politique normale pour s\u2019empêtrer d\u2019une règle anormale ; ils n\u2019empruntaient pas la voie des élections pour en gâcher le fonctionnement.D\u2019autant plus que cette obligation surprenante de majorité absolue, à l\u2019instar de la fausse obligation de référendum, est bien moins inspirée par le respect du peuple et de la démocratie que par la crainte de papa Canada et de sa censure.Le mode de scrutin n\u2019est pas en cause Certains objecterons que si cela vaut pour les candidats dans les circonscriptions, cela ne vaut plus pour les partis à l\u2019échelle nationale.On sait que le « scrutin majoritaire » confie le gouvernement au parti qui recueille le plus grand nombre de sièges et non nécessairement le plus grand nombre de voix.Il n\u2019en reste pas moins que dans les deux cas (nombre de voix dans chaque circonscription et nombre de députés à l\u2019assemblée législative), c\u2019est bien la majorité relative qui prévaut.Le découpage du scrutin en circonscriptions fait qu\u2019au niveau national, la victoire d\u2019un parti repose sur la majorité relative des sièges remportés à la majorité relative des voix.La règle de la majorité absolue n\u2019a 93 là-dedans ni place ni sens, à moins de vouloir contraindre les libertés politiques ou enrailler la mécanique.Le « scrutin proportionnel » que d\u2019aucuns réclament ne changerait rien de fondamental à l\u2019affaire.Il n\u2019abolit pas le multipartisme et ne repose pas davantage sur la règle de la majorité absolue.Simplement, il assure une meilleure proportionnalité entre le nombre de voix recueillies par chaque parti et le nombre de ses représentants à l\u2019assemblée.Nous avons un système électoral qui fait massivement consensus dans la population et qui est reconnu dans le monde, servons-nous en.Il serait inutile et maladroit pour le mouvement indépendantiste de mêler conquête du pouvoir et réforme du mode de scrutin.L\u2019argument de la reconnaissance internationale Les systèmes « proportionnel » ou « majoritaire » sont reconnus dans le monde comme des modèles démocratiques.L\u2019un permettrait tout autant que l\u2019autre la reconnaissance internationale de l\u2019indépendance québécoise réalisée sur mandat électoral.On voit mal que les nations puissent refuser comme contraire au droit une déclaration d\u2019indépendance faite par un gouvernement dûment élu pour cela et à la faveur d\u2019un processus démocratique éprouvé et reconnu comme le nôtre.Bien sûr, dans aucun cas les nations ne se bousculeraient pour reconnaître le Québec.Il convient dans tous les cas de travailler l\u2019opinion internationale et de voir à ce que des nations influentes appuient notre passage à l\u2019indépendance.Mais elles ne pourraient pas alléguer sérieusement l\u2019illégitimité du processus. 94 Du reste, il va de soi que cette stratégie électorale ne pourrait aller sans dénonciation du Canada sur les scènes nationale et internationale.Le chien canadien dans le jeu de quilles référendaire québécois, cela doit être connu du monde, à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur.L\u2019usurpation de souveraineté populaire qu\u2019est la loi C-20 « sur la clarté », cela doit être connu du monde.Que le « scandale des commandites » ne met pas au jour une bavure accidentelle, mais révèle la nature hégémonique du rapport que le Canada entretient avec la nation québécoise, cela doit être connu du monde.La multiplication des votants du non par l\u2019exercice pervers et hostile du pouvoir canadien de naturalisation, cela doit être dénoncer dans le monde.Que la fiscalité fédérale sert à assujettir politiquement le Québec, cela doit être connu de tout le monde.Et cætera.Cas d\u2019un gouvernement souverainiste minoritaire Là où la règle de la majorité absolue intervient, c\u2019est au moment d\u2019adopter les lois à l\u2019assemblée parlementaire.Comme le parti élu peut avoir moins de sièges que les partis concurrents ensemble (cas d\u2019un gouvernement dit « minoritaire »), un problème se pose.Mais c\u2019est un problème pratique et non pas de légitimité.Les lois étant adoptées à la majorité absolue des députés votants, un gouvernement indépendantiste minoritaire aura plus de difficulté à faire adopter ses lois (p.ex.la déclaration d\u2019indépendance, la convocation d\u2019un corps constituant, les « gestes de rupture »).Ça pourrait même lui être impossible en pratique.Mais il n\u2019y aurait rien d\u2019illégal ni d\u2019illégitime à ce qu\u2019il le fasse.C\u2019est le parlement qui tranche.Et si c\u2019est la majorité absolue qui joue ici, encore une fois ce n\u2019est pas parce qu\u2019elle représente un minimum normatif ou qu\u2019elle correspond 95 à une sorte d\u2019obligation éthique ou démocratique a priori.C\u2019est simplement parce que l\u2019adoption des lois, contrairement à l\u2019élection des partis, se réduit à l\u2019alternative pour ou contre.Le référendum a-t-il une place ?Quant au référendum lui-même, a-t-il une place ?Oui, mais mince et tout à fait facultative.On ne peut l\u2019envisager qu\u2019à la condition de ne pas miner par ce recours la représentativité des membres du Parlement et, donc, de ne jamais supposer que l\u2019exercice est légalement ou légitimement obligatoire.Un référendum est un outil politique servant à montrer sa force ou à affaiblir l\u2019adversaire, non à établir son droit ou sa légitimité.En tenir un sur le droit de faire l\u2019indépendance (ou tout geste vers l\u2019indépendance) alors que les élus indépendantistes ont déjà ce droit, c\u2019est comme redemander à l\u2019électeur une permission qu\u2019il vient de donner et badiner avec l\u2019institution électoralo-parlementaire.On ne peut l\u2019envisager non plus qu\u2019à la condition de pouvoir en contrôler normalement l\u2019exécution.Sous ce rapport, le premier contrôle qui compte est celui de la qualité d\u2019électeur.L\u2019Assemblée nationale ne peut en la matière se contenter de la citoyenneté canadienne avec résidence au Québec.Elle doit établir des conditions plus restrictives.Notamment, les Canadiens des autres provinces venant d\u2019emménager au Québec n\u2019auraient pas droit de vote au référendum (avant 5 ans, 10 ans, 15 ans) ; les immigrants de trop fraîche date non plus.Quiconque survole les règles qui prévalent en ce domaine dans les pays démocratiques se convainc vite de l\u2019insuffisance des règles québécoises.Le fait que le débat public québécois tabouise ce genre de questions en dit long sur les ravages de l\u2019idéologie « civiliste » canadienne.Quand 96 on n\u2019est pas prêt à dénoncer l\u2019utilisation du droit de cité canadien comme arme antiquébécoise, on ne fait pas de référendum.La candeur péquiste à cet égard a été abyssale.Puisque Ottawa s\u2019ingère sans restriction dans les référendums québécois et s\u2019y comporte en propriétaire de notre démocratie, le mieux à faire est de n\u2019en pas tenir, surtout aujourd\u2019hui avertis qu\u2019on est du vol du référendum de 1995.Avaliser, comme le fait le Canada, les menaces partition-nistes des Anglo-Québécois ; dresser Amérindiens et Inuits du Québec contre leurs concitoyens et attiser le délire antiquébécois de leurs élites ; financer des « love-in » hypocrites quelques jours avant le scrutin ; bafouer les règles référendaires établies par l\u2019Assemblée nationale ; peinturer les consciences rouge et blanc à grands renforts de « commandites » en empiffrant ses gras collaborateurs au passage ; mobiliser radio, télévision et fonction publiques contre les soi-disant « destructeurs de l\u2019unité canadienne » ; utiliser la fiscalité pour ligoter le gouvernement québécois ; jouer de son pouvoir de naturalisation pour multiplier en vitesse les « Québécois » pour le NON ; légiférer au mépris du parlement de Québec pour juger de la question référendaire et de la majorité requise ; et quoi encore ?Non, dans ces conditions-là, seules les autruches tiennent des référendums.Quand on garde un véritable respect pour la volonté démocratique de son peuple, on ferme la porte à ces perturbations malveillantes et grossières, on coupe court, dans son parti, à la rhétorique mielleuse de la naissance référendaire du pays, et on gagne les élections générales pour faire l\u2019indépendance. 97 Conclusion La référendomanie québécoise, l\u2019association pavlovienne des idées de souveraineté et de référendum, accident de notre histoire, a fait perdre de vue ce qui est le plus normal pour le Québec, l\u2019accession électorale à l\u2019indépendance.Tout le monde comprend qu\u2019un parti souverainiste, premier aux voix mais deuxième pour le nombre de députés, n\u2019aurait aucun droit de réaliser son programme.Mais tout le monde comprend aussi que ce parti, deuxième aux voix mais premier pour le nombre de députés, formerait normalement le gouvernement et réaliserait son programme en toute légitimité, sans en excepter a priori aucune clause.Tripoter là-dedans en introduisant l\u2019exigence de majorité absolue fait tomber dans les incohérences susmentionnées et revient à nier la logique du système même qu\u2019on utilise.Q 98 DOSSIER Philippe Navarro* APRÈS LE GRAND SOIR, LE GRAND LENDEMAIN DE VEILLE: LE PASSAGE OBLIGÉ DE LA RECONNAISSANCE INTERNATIONALE D\u2019UN QUÉBEC SOUVERAIN Les amateurs de Grands Soirs savent que ce qui suit un GS est un GLDV : un Grand Lendemain de Veille.Le G S évoque une consultation sur le pays gagnante pour le camp indépendantiste.Le Parti québécois (PQ), notamment, y a investi de considérables efforts, même si, deux fois, la fête tourna court.Ces efforts devaient impérativement être faits, et devront l\u2019être avec un acharnement et une intelligence accrues lors du GS à l\u2019horizon 20081.Car le GS est bel et bien la première condition nécessaire mais non suffisante à la venue d\u2019un Québec souverain.Nécessaire, puisque le G S sert, fondamentalement, à donner à l\u2019Assemblée nationale du Québec la légitimité politique voulue pour faire un geste illégal : déclarer, à terme, l\u2019indépendance de l\u2019État québécois.Non pas qu\u2019il faille éviter tout geste de rupture « soft » dans les mois précédant le GS.Mettre sur pied une constituante classique, par exemple, n\u2019est pas illégal : il reste permis d\u2019écrire.Certains font valoir, à raison, qu'un parti majoritaire à l\u2019Assemblée nationale a tous les pouvoirs pour réaliser son programme, même s\u2019il devait inclure l\u2019adoption à froid d\u2019une DUI (déclaration uni- * L\u2019auteur a été conseiller au ministère des Relations internationales et à l\u2019opposition officielle de 1998 à 2004 99 latérale d\u2019indépendance).Une « Révolution réussie crée sa propre légalité » ; mais les conséquences d\u2019un tel geste « légal » dans le contexte post-n septembre seraient à l\u2019avenant, comme on le verra.Non suffisante, car le G S est creux s\u2019il n\u2019est pas reconnu par la communauté internationale.C\u2019est la base du principe dit de l\u2019effectivité : un acte illégal peut en fin de compte devenir légal, si, en tant que fait empirique, il est reconnu à l\u2019échelle internationale2.Le monde ne compte plus les républiques auto-proclamées : elles ont eu leur GS, mais ne se sont jamais remises du GLDV.Aussi le succès diplomatique de l\u2019après-consultation, ce qui implique la préparation du GLDV des années à l\u2019avance, est la seconde condition nécessaire mais non suffisante à la réussite du projet indépendantiste.Faire fi de cette seconde condition - par nonchalance, par crânerie, par incompétence - aurait un coût : celui, brutal, de rester dans la confédération canadienne malgré un GS.Car le GLDV découle du refus prévisible d\u2019Ottawa de reconnaître le nouvel État.Si Ottawa devait reconnaître la souveraineté du Québec dans les heures suivant le GS, il est entendu que la question du GLDV ne se poserait plus qu\u2019en termes purement techniques.Or les derniers efforts relatifs au GLDV remontent à 1992-95.Même l\u2019affirmationniste Pierre-Marc Johnson, alors chef de l\u2019Opposition, avait fait une visite officielle en France en novembre 1987 - quoique tragiquement écourtée - incluant une rencontre avec le président François Mitterrand.Rien de tel depuis 2003.Le Bloc, opérant dans une «vraie » capitale, fait de louables efforts ; or le dernier tête-à-tête entre un président américain, George W.Bush, et un leader souverai- TOO niste, Gilles Duceppe, en novembre 2004, aurait porté sur la vache folle.On a sans doute cru que le premier ministre de l\u2019Alberta, Ralph Klein, lors de sa rencontre avec le vice-président des États-Unis, Dick Cheney, en juin 2003, en avait profité pour défendre à sa place la cause de l\u2019indépendance.« Ils le savent, qu\u2019on est souverainistes ! », s\u2019est défendu le chef.Ce raisonnement trahit une méconnaissance profonde de la pratique des relations internationales, incluant le renseignement, où ce qui n\u2019est pas dit a autant d\u2019importance, sinon plus, que ce qui est dit effectivement, et où, par conséquent, il est nécessaire de marteler des décennies durant, au mot près, les mêmes messages4.Les leaders indépendantistes, depuis 1995, ont perdu de vue les repères élémentaires de la géopolitique.La diplomatie est pourtant un océan dans lequel les récifs - et les épaves - abondent.De ia souveraineté et de la reconnaissance internationale La finalité de l\u2019idéologie indépendantiste est d\u2019inscrire l\u2019État dans l\u2019ordre international.Quel est-il, et comment y accède-t-on ?Malgré l\u2019impulsion donnée à Vienne (1815) vers davantage de loi et d\u2019ordre, le système international contemporain, issu du traité de Westphalie (1648)5, s\u2019apparente davantage à un private club dont il n\u2019existe au demeurant aucun registre.Car ce club n\u2019est pas l\u2019ONU.Un Québec indépendant - qui nourrit des ambitions de neutralité à la suisse - pourrait très bien ne jamais siéger aux Nations unies.Du reste, même fédéré, le Québec a su contribuer de facto, de façon productive et remarquée, à des réunions ministérielles de l\u2019UNESCO.À contrario, un siège à l\u2019ONU n\u2019est pas forcément synonyme d\u2019indépendance : ainsi, l\u2019Ukraine, la Biélorussie et la Russie en ont eu un sous l\u2019URSS.L\u2019ONU TOI n\u2019est en somme qu\u2019un regroupement multilatéral parmi d\u2019autres, dont le membership ne recoupe pas forcément ceux de l\u2019OMC, de la Croix-Rouge, ou même du CIO.Comme les Écossais le savent bien, l\u2019indépendance c\u2019est davantage qu\u2019une équipe de foot.L\u2019ordre international est, concrètement, la toile des reconnaissances croisées des capitales les unes vis-à-vis les autres.En somme, je te reconnais, tu me reconnais, nous existons ; la valeur à la face du monde de la proposition est proportionnelle à l\u2019influence exercée par le « tu ».C\u2019est une chose qu\u2019une micro-république « reconnaisse » tantôt une Tchétchénie ou autre Ossétie du Nord ; mais lorsque Washington reconnaît le Timor oriental, c\u2019en est une tout autre.Le degré et le type de reconnaissance peuvent varier et varient effectivement.Si l\u2019on ne peut faire totale abstraction du droit international, il reste que l\u2019essence de ce geste est discrétionnaire, et est cristallisé par l\u2019ouverture d\u2019un canal de relations diplomatiques entre l\u2019État qui « reconnaît » et celui qui est « reconnu ».Entrent donc dans le private club les États souverains reconnus tels par une demi-douzaine de chancelleries.Lorsque, au bas mot, une jeune capitale a son ambassadeur US attitré, le reste s\u2019ensuit.Malgré ces plates évidences, il est navrant de constater la survivance au cœur du mouvement indépendantiste (politique, médiatique, artistique) d\u2019une vision extraordinairement naïve du GS.Selon celle-ci, la seule expression de la volonté indépendantiste québécoise garantit automatiquement l\u2019accès à la communauté internationale.Ainsi, d\u2019aucuns s\u2019imaginent qu\u2019au lendemain d\u2019un GS, un médecin-ONU bienveillant administrera au Québec un test d'Apgar 102 pour États naissants, puis le mettra en pouponnière où de gentilles France-infirmière le borderont, alors qu\u2019entrera en scène mononc\u2019Sam et son cigare, le tout bien à l\u2019abri des assauts darwiniens de la réalité, notamment canadiens.En somme, le Québec serait invité à faire partie du club.Il n\u2019en est rien.L\u2019immense majorité des États reconnus souverains (même depuis 1945) auraient échoué un tel test, eut-il été administré : ils ne sont ni viables, ni démocratiques, et encore moins le reflet d\u2019une volonté populaire librement consentie.Cet échantillon de « conditions » onusiennes à l\u2019autodétermination s\u2019applique du reste dans le contexte colonial, ce qui, de jure (le lien direct entre le lieutenant-gouverneur et la Couronne britannique) est le cas du Québec, mais est indéfendable de facto.Les États - et non les moindres - qui ne sont pas mort-nés, violés et dépecés, ont acquis et fait reconnaître leurs indépendances à coups d\u2019intrigues et de guerres de Libération.Si le Québec est viable, démocratique, si le Québec peut naître consensuellement et pacifiquement, à la tchèque, grand bien lui fasse ; toujours est-il que la voie vers l\u2019appartenance convoitée au private club ne passe ni par le droit, ni par les bons sentiments, et encore moins par les invitations.La souveraineté, c\u2019est d\u2019abord et avant tout l\u2019établissement et le maintien d\u2019un rapport de force d\u2019un État sur un territoire (le GS), et la reconnaissance continue de ce rapport de force par les États qui comptent (le GLDV).Ce n\u2019est pas dire que le seul arbitraire règne : les membres influents du private club décident de l\u2019entrée de nouveaux membres en se basant sur des considérations voulues objectives.Reconnaître la souveraineté d\u2019un État x sur un territoire y est le degré zéro du geste de politique étrangère ; or la politique étrangère se définit comme la projection à l\u2019étran- 103 ger de l\u2019intérêt national.Ainsi, le Canada a-t-il été le premier État à reconnaître l\u2019indépendance de l\u2019Ukraine en 1991 ; ce curieux empressement pouvait s\u2019expliquer par la volonté du Parti conservateur de consolider ses appuis électoraux dans l\u2019Ouest canadien.Pourtant, le Canada est bien l\u2019un des rares tenants, depuis Lester B.Pearson, d\u2019une conception alternative de la politique étrangère, dite de type idéaliste wilsonien - d\u2019où le surnom Boy-Scout.Aussi, sommes-nous de ceux qui remarquons - peut-être à tort quant au sens profond - que dans l\u2019expression « politique étrangère » il y a le mot « politique ».Et que si dans le mot « politique », résonnent des dominantes de pouvoir, de séduction, d\u2019argent, on y entend aussi - parfois - des harmoniques d\u2019idéal, de liberté, de justice.Des classeurs entiers d\u2019analyses, d\u2019avis juridiques « objectifs » peuvent joncher les bureaux des décideurs ; mais comme le démontre notamment l\u2019invasion de l\u2019Irak en mars 2003, des gestes majeurs de politique étrangère peuvent être pétris d\u2019irrationalité et d\u2019impulsivité.Ces analyses peuvent en outre être utilisées pour démontrer tout et son contraire, comme le rapport dit « des cinq experts » (1992) portant sur le respect de l\u2019intégrité du territoire québécois en cas de sécession, mais dont le ministre à l\u2019Unité canadienne Stéphane Dion s\u2019est amplement servi, surtout à l\u2019étranger, à ses propres fins.En somme, si les analyses, les avis produits par les divers Intelligence Service sont, contre toute attente7, favorables à l\u2019indépendance du Québec, tant mieux.Mais il reste qu\u2019une décision politique défavorable au Québec peut être prise à l\u2019étranger malgré des avis favorables, tout comme une décision favorable au Québec peut être prise malgré des avis défavorables.La conclusion étant qu\u2019on ne 104 peut faire l\u2019économie des relations politiques : il faut occuper le terrain.Le n septembre et ses conséquences pour le mouvement indépendantiste Le Québec sera souverain si et seulement si il est reconnu tel ; démonstration usée, faite par des plumes autrement illustres depuis deux bonnes générations.Or le contexte à changé depuis le n septembre 2001.Jusque là, les coups de semonce d\u2019une société civile globale émergente, la maturation du multilatéralisme et des relations dites transnationales (la reconnaissance accrue des villes, universités, ONG et entités fédérées comme soi-disant acteurs internationaux) ont pu faire croire, un temps, à l\u2019effritement des fondations de l\u2019édifice westphalien qui abrite le private club.Ce relâchement général suggérait que son accès en était facilité.La décolonisation puis l\u2019effondrement des régimes totalitaires, et leurs cohortes de « nouveaux » États, ont aussi concouru à ce constat.Or les attentats du n septembre ont brutalement mis fin à cette dispersion.L\u2019annulation sous les gravats de la Saison du Québec à New York, sonnant le glas de la para-diplomatie culturelle de l\u2019État québécois, fait date.Les attentats islamistes ont eu comme effet incident de remettre sur les rails le quasi-monopole de l\u2019État sur la conduite des relations internationales.L\u2019ONU est affaiblie, l\u2019OMC essoufflée, la ZLEA remise aux calendes grecques ; l\u2019élargissement européen annonce en réalité la dilution du projet qui le sous-tend, et l\u2019activisme dit altermondialiste a été fauché net dans son élan.En somme, le monde est en guerre.Ce franc raidissement fait en sorte que le pouvoir international, aujourd\u2019hui, est 105 concentré dans une poignée de capitales, dont Ottawa, du reste, ne fait plus forcément partie.Il serait fort ingénu de croire que cette crispation de l'ordre international prédispose aux changements non souhaités.Or le premier de ces changements est bien de s\u2019ouvrir à de nouveaux membres.Le schisme d\u2019un État du G8 (alors que le fondamentalisme islamique radical dynamite ses fondements même) suite à un « caprice » d\u2019une minorité choyée n\u2019a rien d\u2019anodin et est prima fade un élément déstabilisateur dont le private dub - les États-Unis en tête - cherchera à se passer.En outre, dans le contexte du War on Terror, une république du Québec (perçue à tort ou à raison - mais plutôt à raison - comme socialiste et pro-arabe)8 sera vue au mieux comme un affaiblissement non souhaité de la frontière nord, une ponction dans le périmètre de sécurité, et au pire comme un nid de guêpes.Suite à un magistral effort de synthèse, un journaliste (à l\u2019époque) en venait à la conclusion que si l\u2019indépendance du Québec rebutait aux Américains, ils « feraient avec » le cas échéant.Pertinente il y a quinze ans, la métaphore du « what a shame, de si charmants voisins qui divorcent » est à revoir : jamais un espion soviétique n\u2019est parti de Montréal pour tuer des civils américains ; c\u2019est pourtant ce que Ahmed Ressam aurait fait en décembre 1999, n\u2019eût été un contrôle fortuit.L\u2019image qui sied à 2005 serait davantage « attendez, chers amis, je connais un très bon conseiller matrimonial ».Aussi, le 11 septembre est-il l\u2019une des pires calamités à s\u2019abattre sur le mouvement indépendantiste québécois depuis l\u2019Acte d\u2019Union.Déjà, au seul plan rigoureusement tactique, il a hypothéqué la crédibilité de Paris - et par ricochet de everything french - à Washington.La France devra, pour une bonne décennie, choisir ses batailles avec l\u2019hyper- puissance dont elle a soulevé l\u2019ire.Car après avoir eu l\u2019outrecuidance de faire la leçon à un ancien du Vietnam sur « les horreurs de la guerre », on n\u2019est pas prêt d\u2019oublier le nom « Dominique de Villepin » aux États-Unis.Pur gaulliste, président potentiel, il est pourtant un allié objectif du Québec.La stratégie du levier Mais condamnons-nous à l\u2019optimisme, pas tant béat que réaliste.Ce contexte difficile recèle paradoxalement un avantage : si le pouvoir international s\u2019est concentré, il suffit d\u2019éclairer ce point focal pour qu\u2019une reconnaissance de l\u2019indépendance du Québec irradie, plus que jamais, dans tout le système.En clair, c\u2019est sur Capitol Hill même que le sort de l\u2019indépendance du Québec se jouera.Et même plus autant à New York, où les grands de la finance commencent, entre les chocs et électrochocs de 1962 et 1977, à être « au courant ».Or le Québec n\u2019y a pas, n\u2019y a jamais eu de réel réseau, ni d\u2019entrées autres que douteuses : que des sudistes sympathisent avec des sécessionnistes n\u2019a rien d\u2019une plus-value.Ottawa, qui n\u2019est pas tout à fait sotte, y applique - avec l\u2019aval de Washington - la « doctrine Sharp » dans toute sa raideur10.Le choc des visions Gérin-Lajoie-Martin n\u2019a du reste pas pris une ride : le ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew, a relancé le débat en septembre 2005, en jugeant « dépassé » le modus operandi québécois11.Les motivations du ministre restent nébuleuses.À tout le moins, elles donnent une occasion inespérée aux libéraux provinciaux de redorer leur blason ; épisode qui tend aussi à démontrer la constante instrumentalisation interne de toute politique étrangère. 107 Aussi, accroître la présence québécoise dans la capitale américaine, suite à cette provocation assumée, relève de la fabulation.En outre, Washington - Guerre civile oblige - n\u2019aura jamais de sympathie pour des séparatistes.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019il faille faire l\u2019économie d\u2019opérations d\u2019affaires publiques sur le territoire.Le travail à long terme auprès des vis-à-vis hiérarchiques, les gouverneurs (souvent futurs sénateurs et même présidents potentiels) est toutefois plus porteur, et a d\u2019ailleurs été fait avec sérieux.Car la rigueur, notamment budgétaire, commande de laisser aux Paraboles les victoires des David.Archimède est d\u2019un secours infiniment plus précieux : « donnez-moi un levier, et je soulève le monde ».Or le principe inhérent à l\u2019outil du levier est que l\u2019on manipule tout sauf la masse à soulever.Toute naissance remonte à des géniteurs exogènes : qui de mieux placé pour reconnaître, en premier, leur progéniture ?Des « trois capitales » de la nation québécoise12, soit Paris, Londres et Rome (de fait le Vatican), s\u2019élimine d\u2019office, pour des raisons évidentes, Londres.S\u2019il est besoin de confirmation, rappelons le refus signifié à René Lévesque par Margaret Thatcher le 14 janvier 1982, quant à l\u2019opportunité d\u2019un simple report du Canada Bill13.Par contre, il ne faut pas sous-estimer le joker diplomatique qu\u2019est l\u2019État du Vatican : la question québécoise y est comprise - et respectée - depuis longtemps, grâce à la présence oubliée, sous-estimée, mais non moins porteuse du haut clergé14.L\u2019arrivée aux affaires d\u2019un pape québécois d\u2019ici 2008 serait par ailleurs.providentielle.Quelle capitale -dans l\u2019hypothèse d\u2019un mot favorable - voudrait braquer un pape ?Même la terrible Moscou n\u2019a pas osé envahir la Pologne en décembre 1981.Toujours est-il que le Vatican, en définitive, pourrait étonner lors du GLDV. Toutefois, c\u2019est à Paris, de toute évidence, que reviendra la « responsabilité historique », en quelque sorte, de donner l\u2019impulsion nécessaire à la reconnaissance internationale de l\u2019indépendance du Québec.Les signaux diplomatiques envoyés depuis 196T5 sont limpides pour qui sait les déchiffrer ; en outre, de nombreux « détails » protocolaires (notamment lors de la première visite de René Lévesque en 1977) concourent clairement à la thèse du « rachat » de faute historique.Or il est indéniable que ce sentiment s\u2019étiole avec le passage des générations.Mais au moins, l\u2019État québécois n\u2019est pas seul.Il dispose d\u2019un levier pour agir à distance sur Washington, et ce levier, raccourci ou non, est Paris.Or en physique comme en politique, les miracles n\u2019existent pas : si le levier permet effectivement au faible de soulever une masse autrement inerte, encore faut-il qu\u2019il ne se lasse pas de jouer de la manivelle.À ce titre, on entend à l\u2019Opposition, pour justifier la jachère actuelle : « La France?Une perte de temps, le travail a été fait16 ».L\u2019argument évoque l\u2019image insensée d\u2019un paysan ne labourant et ne semant plus ses terres, l\u2019ayant fait les années précédentes.Un geste de lobbying n\u2019est jamais perdu ; or il est si facilement remplacé dans le cœur volage des politiques.Il n\u2019est pas un hasard que Ottawa utilise ses relais diplomatiques pour, par le biais d'une propagande feutrée, éroder les efforts québécois passés ; pas en Australie, pas au Pérou.Là où ça compte, en France et aux États-Unis.Vu l\u2019horizon parfois limité de nombre de journalistes sympathiques à l\u2019indépendance, il s\u2019agit d\u2019une facette peu médiatisée de l\u2019épisode dit du « Plan B » mais dont le venin est infiniment plus mortel que des feuilles d\u2019érable placardées sur les bandes du Centre Bell.Le travail de sape fait par certains éléments du MAECI (ministère des Affaires étrangères et 109 du Commerce international), malgré les dénégations, est bien réel.Cela posé, comment pivote ce levier ?Cédons un instant au plaisir de la caricature.Un ministre français des Affaires étrangères suit passionnément le GS sur TV5, chez le Délégué général du Québec qui a évidemment pris soin de l\u2019inviter (et ce n\u2019est pas la première invitation).La solennité de la victoire est franchement contagieuse : même le président, joint au téléphone, n\u2019est pas indifférent.Après avoir laissé au petit matin un ambassadeur du Canada à moitié rassuré dont il a « pris acte » des positions, le ministre passe un coup de fil à son vis-à-vis de Berlin (ce dernier, lors d\u2019une réunion sur la PESC, et en échange d\u2019un point de pourcentage de majorité qualifiée, lui avait promis un retour d\u2019as-cenceur).Mais au fond, son idée est faite depuis des années : c\u2019est même un vieux routier de gauche - quelle ironie pour un gaulliste - qui l\u2019avait convaincu.Et n\u2019avait-il pas franchement rigolé, il y a un an, avec ce ministre québécois des Transports (mais n\u2019était-il pas libéral ?) qui le baratinait sur l\u2019amiante, mais qui avait avoué, une fois les deux Saint-Émilion sifflés, comment les fédéraux sabotaient sa mission ?Et puis allez ! Belle façon de couronner une carrière en associant son nom, à jamais, à celui du Général.Et ce coup d\u2019éclat assurera sa réélection incertaine dans son fief du Poitou.Cette esquisse ficitive des premières heures, forcée à dessein, n\u2019est pas exempte de contours réels.Ainsi, ce « coup de fil à Berlin » : il devra être donné, parti-pris ou non.La France ne peut se permettre de faire cavalier seul ; le désastreux précédent des Balkans a incité l\u2019UE à la prudence17.Toutefois (hormis le cas rarissime d\u2019un Ingo Kolboom) les Allemands, surtout fédéraux, sont farouchement hostiles au no mouvement indépendantiste québécois, et l\u2019ont démontré avec une étonnante raideur lors de rencontres bilatérales1*.Le fait que Québec s\u2019acoquine depuis 1989 avec l\u2019autonomiste de droite bavarois Edmund Stroïber et son cercle peu fréquentable - à l\u2019initiative de Robert Bourassa - n\u2019est rien pour arranger les choses.La seule prise du Québec sur le contenu de ce « coup de fil » est un G S clair : « Ils ont voté à 52 %, nous on a passé Maastricht à 50 pile il y a quinze ans.Et ils ont joué le jeu correctement : ils ont posé une question claire, conformément aux lois fédérales ».Voilà à quoi sert un G S - et même un G S clair - plutôt qu\u2019une élection supposée référendaire.Car obliger nos alliés, notamment français, a baratiner lors du GLDV est un ticket pour le désastre : « Euh, non, de fait, c\u2019était une élection, et, tu n\u2019en as pas entendu parler ?C\u2019était hier.Oui, bien sûr, il y avait d\u2019autres enjeux, dont la DUI.».L\u2019enthousiasme des uns se buterait au scepticisme des autres.Que feront alors ces ministres contactés, dont la plupart ne connaissent rien du Québec ?Ils se tourneront vers leur Chef de cabinet.Qui fera la synthèse de ses propres sources, de son évaluation, et des avis reçus de la machine (qui broie journaux, lois du pays, observations des chargés de mission).Le tout sera pimenté d\u2019un préjugé ou deux.Or la conformité de la démarche québécoise à l\u2019avis exprimé en 1998 par la Cour suprême'9 est loin d\u2019être anodin.C\u2019est le genre de « détail » qui peut facilement surnager dans ce genre d\u2019exercice.Plutôt que de se désoler de ce jugement somme toute porteur, tournons le en avantage tactique : faisons en sorte que la communauté internationale accepte l\u2019éventualité d\u2019un divorce du Canada, et ce, conformément à l\u2019avis exprimé par sa propre Cour Suprême. in Ne perdons pas de vue que « clair » signifie jusqu\u2019à preuve du contraire la règle du 50 % +1.C\u2019est la règle qui a été appliquée par l\u2019ONU dans les trois référendums qu\u2019elle a organisé ou supervisé, en Erythrée (1993) au Timor oriental (1999) et au Sahara occidental (2000).En outre, le Sénat américain a défait en 1998 (pour d\u2019autres raisons) un projet de loi relatif à l\u2019autodétermination de Porto Rico.Le seuil requis, approuvé par la chambre des représentants, était de 50 % +1.L\u2019insignifiant cas de Nevis excepté, l\u2019unique précédent à majorité qualifiée (66 %) fait suite à la Loi soviétique sur la procédure liée à la sécession d\u2019une république de l\u2019Union.Seule l\u2019Arménie s\u2019y est conformée.Le contraste est éloquent.Quant à la question, tout homme politique sait fort bien qu\u2019un tel moment charnière reflète la complexité de l\u2019enjeu ; à ce titre, même la question québécoise de 1995 est étonnamment « claire », du moins comparée à celle posée aux Timorais, ou celle destinée aux Portoricains.Il faut par conséquent ne pas se laisser intimider par cette avocasserie à grande échelle qu\u2019est cette histoire de « clarté ».U faut plutôt faire l\u2019effort politique qui s'impose : reconquérir la France, et la reconquérir avec assez de force pour qu\u2019elle puisse, pour ainsi dire à elle seule le moment venu, pas tant « convaincre l\u2019Allemagne » que de voir à sa neutralité.Cet accomplissement dépendra grandement de l\u2019équilibre politique européen du moment, et de l\u2019habileté des diplomates français.Car si le couple franco-allemand est perçu comme étant « pour », l\u2019UE pourra difficilement, lors d\u2019un sommet subséquent, être contre.Et si l\u2019UE reconnaît -ne fut-ce que mollement - la souveraineté du Québec, si l\u2019Afrique francophone suit et même précède avec enthousiasme, et même si des cas douteux surgissent ça et là20, il subsiste un espoir que Washington - qui doit aussi choisir 112 parmi ses nombreuses batailles - abdique.Et que veut dire, précisément, abdiquer ?Demander à Ottawa (à contrecoeur) de régler la question au mieux - bref, de négocier - conformément à la volonté démocratique exprimée par les Québécois et conformément à ses propres lois.Mais si Washington conclut, en définitive, que sa sécurité nationale est menacée par la balkanisation du Canada21, faisons court : ce sera.compliqué.Il en résultera au mieux une « confédération » améliorée, avec des relations plus « particulières » qu\u2019avant entre Paris et Québec.Le pire, nous le laissons surgir à l\u2019esprit du lecteur.Mais nous nous sommes condamné à l\u2019optimisme : par conséquent, l\u2019abdication devant le fait accompli d'un GS suivi d\u2019une amorce de reconnaissance, nommément française.L\u2019indépendance sera alors un fait acquis ; restera encore à savoir laquelle, suite à quel processus, et sur quel territoire22.Mais c\u2019est là un sujet tout autre.Conclusion Il serait franchement cauchemardesque que même les proches alliés du Québec « suggèrent » un « arrangement » avec le ROC suite au GS.Or en l\u2019état de déliquescence des contacts internationaux, un tel GLDV est plausible.Les grands États le sont devenus car ils ont un sens aigu de l\u2019intérêt national ; il ne coïncide pas forcément avec celui des États amis.Le Québec n\u2019a droit à la candeur avec personne : les Louis XV et les Voltaire lui ont, après tout, déjà fait le coup.Voir d\u2019ores et déjà à un épilogue d\u2019une autre teneur pour 2008, c\u2019est, comme le dirait notre actuel premier ministre avec l\u2019un des pléonasmes dont il a le secret, la « première priorité ». Il reste potentiellement trois ans avant le Grand Soir.Il reste trois ans et un jour avant le Grand Lendemain de Veille.Il ne sera plus temps, alors, de quémander des faveurs qui ne viendront plus, comme un amant oublié martelant le carreau au petit matin.Des contacts bilatéraux soutenus et porteurs - au plus haut niveau, incluant les forces de l\u2019opposition locales - sans équivoque aucun, doivent impérativement être réamorcés, en remontant la pente du levier : Paris, capitales africaines francophones, Berlin, Bruxelles, Washington.Les capitales étrangères qui comptent doivent être prévenues que les Amériques compteront un 36e État à l\u2019horizon 2008.Car ce sont elles, après que le peuple l\u2019eut fait, qui décideront froidement de son sort : mort-né, ou vivant.1\tNous avons proposé l'architecture stratégique d'un GS reposant sur la fondation dite Laplante-Parizeau.Le présent texte sur le GLDV en est la suite logique.NAVARRO, Philippe : Objectif indépendance 2008 : éléments de réflexion stratégique.In L'Action nationale, nov./déc.2004.2\tRenvoi relatif à la sécession du Québec (146).Cour suprême du Canada : 20 août 1998.3\tInterview, Quartier Libre (UdM), Vol.12, no 8.4\tDurant la Guerre froide, les « échanges » diplomatiques auraient pu se faire par magnétophone interposé.Retenons le leitmotiv français « non-ingérence, non-indifférence» (Alain Peyrefitte, 1977) qui, notamment parla force de sa répétition même, dit bien ce qu\u2019il veut dire.5\tSystème consacrant la primauté de l\u2019État dans la conduite des relations internationales.6\tVALLEE, J., BEAUDOIN, L.« La reconnaissance internationale d'un Québec souverain », In GAGNON, A.-G., ROCHER, F.Réplique aux détracteurs de la souveraineté du Québec,Montréal, VLB, 1992.p.201.7\tMême le Quai d\u2019Orsay (c\u2019est dire pour le State Department) est résolument pro-Canada.8\tInviter des extrémistes de gauche et/ou arabes à des Conseils nationaux du PQ est bon pour le « viril-o-mètre » mais a forcément un coût politique.9\tLISEE, J.-F.Dans l'oeil de l'aigle, Montréal, Boréal, 1990, p.443 et suiv. 114 10\tSuite à la volonté de prolonger à l'étranger les compétences constitutionnelles de l\u2019État québécois (discours d'avril 1965 du ministre de l'Éducation Paul Gérin-Lajoie devant le corps consulaire), l'appareil fédéral a réagi par l'Énoncé de politique étrangère de 1968 (la rédaction fut dirigée par Mitchell Sharp pour le secrétaire d\u2019État Paul Martin) stipulant de façon ostentatoire que le Canada, à l'étranger, n'a qu\u2019une voix.11\tDUTRISAC, R.«Le Canada doit parler d\u2019une seule voix», Le Devoir, 2 septembre 2005, p.Al.Ce pavé dans la mare a donné lieu à un véritable feuilleton politico-médiatique.12\tDUMONT, F.13\tLondres, prétendant ne pas s'immiscer dans une «affaire interne» canadienne, citait tout de même le jugement de la Cour suprême du 28 septembre 1981, lui donnant, par le fait même, une caution étrangère.14\tLes discours de jean-Paul II à Québec, en 1984, démontraient une connaissance manifeste des enjeux, et de la subtilité dans le traitement de la question identitaire.15\tVisite officielle à Paris de jean Lesage, cristallisant les «retrouvailles» franco-québécoises.16\tNous tairons, par charité, le nom de l\u2019auteur de cette pure ineptie.17\tII est avancé que la reconnaissance hâtive de la Croatie et de la Slovénie par l\u2019Allemagne, en décembre 1991, a précipité la guerre civile en ex-Yougoslavie.18\tUn envoyé a déjà - littéralement - pleuré sous la violence des propos assénés.On s'affiche comme « nationaliste », en ces régions, à ses risques et périls.19\tRenvoi relatif à la sécession du Québec (151), Cour suprême du Canada, 20 août 1998.« L\u2019ordre constitutionnel canadien existant ne pourrait demeurer indifférent devant l\u2019expression claire, par une majorité claire de Québécois, de leur volonté de ne plus faire partie du Canada.Les autres provinces et le gouvernement fédéral n\u2019auraient aucune raison valable de nier au gouvernement du Québec le droit de chercher à réaliser la sécession, si une majorité claire de la population du Québec choisissait cette voie, tant et aussi longtemps que, dans cette poursuite, le Québec respecterait les droits des autres ».20\tPartant du principe «tant que ça embête les Américains», le Québec pourrait se retrouver avec des alliés fort embarassants.21\tC'est l\u2019angle d\u2019analyse que nous prendrions si on nous la demandait.Cela dit, Washington peut aussi conclure que la situation serait pire, au plan de la sécurité, si elle niait à un peuple le droit d'exister.La question reste ouverte, ce qui, en soi, n'est pas forcément rassurant.22\tC\u2019était du reste la ligne française prévue en cas de victoire du OUI en 1995 : « La souveraineté du Québec est un fait.Il ne lui manque qu\u2019une forme juridique», in BASTIEN, F.Relations particulières, Montréal, Boréal, 1999, P- 332 Le réseau de la fierté québécoise Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur: (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 44g rue Notre-Dame, Drummondville (81g) 4y8-2^ig ou 1 800 g4}-2$ig Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec Souveraineté du Québec Langue française f l-ête nationale Assurance Société .Saint-Jean-Baptiste & deU MAU RI CIE mm.s a Jb««ur i c 4 «.qc.c® 37s-*mi o CURIEUX UN JOUR.CURIEUX TOUS LES JOURS ABONNEZ-VOUS ?On n\u2019est jamais trop curieux ? LIRE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t n8 LIRE LES ESSAIS DENIS VAUGEOIS L'Amour du livre, L\u2019édition au Québec, ses petits secrets et ses mystères, Sillery, Septentrion, 2005, 224p.Préface de Bruno Roy Nul titre ne saurait être mieux choisi que celui de cet ouvrage.L\u2019auteur aime le livre, il en parle avec enthousiasme, il connaît tous les secrets de sa fabrication, de sa place dans la vie de la société, de son passé et de son avenir.Le sous-titre précise que l\u2019auteur va nous entretenir de l\u2019édition au Québec, ce qu\u2019il fait de façon magistrale.Ministre des Affaires culturelles et des Communications sous René Lévesque, il a oeuvré pendant de longues années pour mettre en place une politique du livre au Québec, ce qui a donné la loi 51, en 1980, qui établissait une politique du livre et de la lecture en organisant le développement des librairies et des bibliothèques publiques.C\u2019est une page d\u2019histoire de la vie intellectuelle au Québec qui nous est racontée.On nous parle de l\u2019édition, du commerce du livre, mais aussi de l\u2019art d\u2019écrire, du sens de la démarche de l\u2019écrivain, etc.Homme politique, éditeur, auteur, Denis Vaugeois traite de toutes les facettes de la réalité et du problème du livre.Et son texte est parsemé de considérations fines et lucides.« Un bon libraire, tout comme un bon bibliothécaire, écrit-il, doit être un grand liseur.Un éditeur et un auteur également » (p.84). 119 Le commerce du livre n\u2019est pas facile.« Mieux vaut être dans la guenille que dans le livre » (p.roi).L\u2019édition d\u2019un livre est souvent un risque, une aventure, mais le résultat en vaut la peine.Et l\u2019écrivain, pourquoi s\u2019adonne-t-il à cette activité étrange ?Ce qui le pousse, « le besoin de s\u2019occuper, oui, mais aussi de s\u2019exprimer, de mieux comprendre, de se raconter »(p.69).Le livre est-il appelé à disparaître ?On a annoncé sa disparition ces dernières années.Il était menacé « par l\u2019arrivée de la télévision, de l\u2019audiovisuel, puis des ordinateurs.Chaque fois, on a annoncé la mort du livre.Constamment il a rebondi plus fort qu\u2019avant » (p.180).C\u2019est ma conviction, conviction que je partage avec l\u2019auteur, que le livre ne disparaîtra jamais.Il est en réalité la plus belle invention de l\u2019homme.Il est irremplaçable.Il est à la fois simple et d\u2019une complexité incomparable.Certaines fonctions de documentation et d\u2019information seront assumées par les technologies nouvelles, mais le livre est d\u2019un autre ordre.On ne lira jamais Balzac sur le petit écran, ni Ronsard, ni Claudel.La question que nous pouvons nous poser au sujet du livre n\u2019est donc pas de savoir s\u2019il est appelé à disparaître ou s\u2019il doit continuer, mais de préciser la place qui doit lui être faite sur la place publique.On peut affirmer sans presque exagérer que la télévision est la nouvelle place publique.Or le livre est à peu près exclu de la télévision, à moins qu\u2019il soit rattaché à une vedette.Ce n\u2019est pas alors sa qualité de livre qui lui vaut de paraître en public, mais son lien plus ou moins explicite à une vedette, c\u2019est-à-dire à la publicité.Il y a un renversement des valeurs, ou des rôles.Dans ce cas, ce n\u2019est pas la publicité qui est service du livre, mais le livre qui est au service de la publicité.Ce n\u2019est pas la valeur d\u2019un livre qui assure sa visibilité sur la place publique, mais son caractère médiatique.C\u2019est ma conviction que dans ce processus, le 120 livre fait actuellement l\u2019objet d\u2019une censure comme il ne l\u2019a jamais fait dans la société traditionnelle.Pourquoi en est-il ainsi ?Jacques Keable affirmait, dans La grande peur de la télévision, le livre, publié chez Lanctôt en 2004, que la télévision a peur du livre, et que c\u2019est pour cette raison qu\u2019elle ne le reçoit pas chez elle.Le livre est subversif, il est tenu «pour suspect par le pouvoir ».L\u2019ouvrage de Denis Vaugeois apporte donc une contribution importante à la réflexion sur la place du livre dans la société actuelle.De présentation très agréable, il offre au lecteur des illustrations en couleur, des tableaux intercalés dans le texte, des passages en différents caractères, un glossaire du livre instructif, une bibliographie et un index précieux.Un ouvrage qui illustre magnifiquement l\u2019irremplaçable instrument culturel qu\u2019est devenu le livre dans notre civilisation.Paul-Émile Roy MAURICE LEMIRE Le mythe de l\u2019Amérique dans l\u2019imaginaire « canadien », Québec, Éditions Nota Bene, collection « Essais critiques », 2003, 236 p.S\u2019il est impératif de dire notre condition dans l\u2019histoire, et que l\u2019imaginaire structurant cette condition joue un rôle primordial dans ce processus du dire, on doit saluer le travail de Maurice Lemire.Son dernier ouvrage, composé pour une part de conférences prononcées dans le cadre de colloques internationaux, et pour une autre de chapitres originaux, tâche de faire ce qu\u2019il conviendrait d\u2019appeler la cartographie 121 des mythes nationaux qui ont façonné notre paysage littéraire.Le champ d\u2019enquête de Maurice Lemire, c\u2019est l\u2019imaginaire « canadien » tel qu\u2019il se constitua dans les traditions orales et écrites des « francophones établis sur le continent américain depuis le début du XVIIe siècle » (p.8, note 2).Cet imaginaire, nous dit Lemire, est né d\u2019une tension entre le langage de la tradition populaire, véhiculé par les histoires transmises oralement, et le langage de l\u2019élite, qui reprend ces traditions en les modifiant, en occultant ou en pervertissant les aspects subversifs.Cette dialectique entre l\u2019imaginaire populaire et l\u2019imaginaire élitiste, entre l\u2019oralité et l\u2019écriture, impose une lecture particulière des textes.Il s\u2019agit d\u2019orienter la recherche vers ce qui constitue « une sorte de négatif de la tradition orale » (p.24), au moyen d\u2019une lecture « derrière le texte » (ibid.).Bien que cette thèse - la perversion de l\u2019imaginaire populaire par l\u2019élite - constitue le coeur de l\u2019ouvrage de Lemire, celui-ci affecte, dans l\u2019introcution et le premier chapitre, de fonder théoriquement le concept d\u2019imaginaire.Le littéraire convoque alors des « théoriciens » (p.38) comme Platon, Aristote, Augustin, Direrot, Lükacs, Frye, Bachelard et Jung.À toute cette ribambelle, il pose un problème qu\u2019il veut crucial : l\u2019imaginaire est-il autonome - n\u2019entretient-il « aucun rapport avec la réalité » (p.35) - ou est-il entièrement dépendant du réel, auquel cas « il ne ferait que reproduire avec plus ou moins de fidélité le monde que l\u2019on connaît déjà » (ibid.).Dès les Grecs nous dit Lemire, on remarque un parti pris pour une forme de réalisme artistique qui fait du réel le paradigme de l\u2019oeuvre d\u2019art et assigne à la mimesis le rôle d\u2019un pont entre les deux mondes.De l\u2019Antiquité grecque Lemire saute à la Renaissance, où le même dilemme se 122 pose, entre les partisans de l\u2019observation, de l\u2019imitation de la nature et les partisans de l\u2019imagination, de la recréation de la nature.En une cabriole un peu mystérieuse, l\u2019auteur définit les termes d\u2019un débat qui nous étouffait déjà par son actualité.Avec Lukâcs, épigone des théoriciens de la mimesis, on retrouve la veine réaliste, avec Bachelard et Frye, l\u2019axe antiréaliste.Ce consommé d\u2019histoire intellectuelle qui sent un peu la théorie littéraire de bonne conscience s\u2019achève sur une référence à Carl Gustav Jung et à sa conception de l\u2019artiste comme lien entre la « conscience d\u2019un moi limité et ce vaste réservoir de connaissances qu\u2019est l\u2019inconscient collectif» (p.49).Les prétentions théoriques de l\u2019introduction et de la conclusion font difficilement corps avec chacun des articles qui constituent les chapitres de l\u2019ouvrage.Le lecteur aura peut-être l\u2019impression que le développement ne contribue pas aux thèses annoncées, ce qui renforce l\u2019idée d\u2019une broderie théorique.Les figures de l\u2019imaginaire C\u2019est en abordant son travail de cartographie du territoire et des personnages de l\u2019imaginaire « canadien » que l\u2019on sent toute la pertinence de l\u2019ouvrage de Lemire.Le travail n\u2019est pas tout à fait une oeuvre encyclopédique mais a tout de même le mérite de situer des bornes, de dégager des structures qui permettront une réflexion sur les conditions de possibilité de l\u2019imaginaire québécois.C\u2019est en puisant aux sources historiques des représentations populaires et savantes que Lemire dégage des éléments de réponse à la question qui gouverne son ouvrage: «comment [.] des Européens transplantés en Amérique sont-ils parvenus à se 123 constituer un imaginaire en rapport avec leur nouvelle réalité ?».Le chapitre consacré à Champlain se déroule sous le signe de l\u2019appropriation du territoire.Lemire en retient la démythification du Nouveau Monde et la rupture avec la littérature pèlerine du Moyen Âge et humaniste de la Renaissance.Champlain n\u2019est pas Montaigne, pour qui « chaque lieu est inscrit dans une mémoire qui suscite des évocations, de telle sorte que les endroits représentent toujours autre chose qu\u2019eux-mêmes.Ils deviennent des signes ou des symboles » (p.57).Au contraire, le fondateur de Québec fait preuve, selon Lemire, « d\u2019une objectivité annonciatrice de l\u2019observation scientifique » (p.72).Il collige les informations relatives au nouveau territoire en cartographe, de manière purement utilitaire, refusant de donner une signification à l\u2019exploration du Nouveau Monde.« Après quelques années d\u2019exploration, Champlain, devenu suffisamment familier des côtes de l\u2019Amérique, pourrait comparer entre eux les accidents géographiques, comme tel fleuve avec tel autre, telle qualité de sol avec telle autre.Il pourrait ainsi en arriver à une véritable représentation de l\u2019Amérique, c\u2019est-à-dire une représentation au sens où l\u2019entendait Husserl, qui renverrait à des éléments transcendants » (p.65).Il nous semble que l\u2019on pourrait justement ajouter que des études récentes démontrent, sans laisser planer l\u2019ombre d\u2019un doute, que Champlain n\u2019avait pas lu Husserl.Dans la perspective d\u2019un travail de cartographie de l\u2019imaginaire territorial, la forêt occupe une place centrale.Lorsque les premiers colons s\u2019installent, ils importent la représentation typique de l\u2019imaginaire sylvestre médiéval (p.29), lieu de refuge des pestiférés, forbans et malandrins.Mais cette représentation se transforme vite, devant l\u2019immensité du 124 territoire.Celle-ci devient un espace de liberté attrayant, comme le reconnaît bien Lionel Groulx : « ces colons, comme il sera facile de les déraciner, de les pousser au nomadisme indien ! Par une rencontre singulière, la forêt, agent de compression, conspire avec le fleuve en ce travail de déracinement »\\ Contre ce premier espace, lieu agonistique en marge des conventions sociales, se définit un second espace, celui de la quotidienneté, assujetti aux lois civiles et religieuses.Le lecteur trouve ici l\u2019expression d\u2019un motif central à l\u2019ouvrage de Lemire, soit celui d\u2019une réaction élitiste, enracinante, se développant en réponse aux poussées animales, à la soif de liberté populaire qui cherche à décharger son énergie vitale en marge du contrôle ecclésiastique.Lemire cite à l\u2019appui l\u2019institution du « concours de sacre », tout en déplorant que cet aspect de la tradition orale ait été occulté par les littéraires (p.135).« Il est malheureux, écrit Lemire, qu\u2019aucun texte littéraire ne permette de juger de l\u2019habileté verbale des sacreurs » (p.136).Une petite phrase de Fréchette évoque laconiquement cette institution : « Tipite Vallerand lui, les inventait, les sacres.Trois années de suite, il avait gagné la torquette du diable à Bytown contre tous les meilleurs sacreurs de Sorel [.] Comme sacreur, il était plusse que dépareillé, c\u2019était un homme hors du commun.Les cheveux en redressaient rien qu\u2019à l\u2019entendre »2.Pour Lemire, tout l\u2019imaginaire littéraire du XIXe et du jeune XXe siècle est traversé par la tension entre la représentation du bon voyageur - surhomme mythique, jouissant de l\u2019admiration populaire et dépositaire de récits extraordinaires -et le mauvais voyageur, qui a renié sa race et abandonné injustement ses pairs, emporté par une juvénile envie d\u2019aventure.Patrice Lacombe, Honoré Beaugrand et Louis 125 Fréchette hésitent entre l\u2019apologie du mode de vie nomade et sa condamnation, entre l\u2019expression de l\u2019admiration populaire et la condamnation de l\u2019élite, cette dernière jugeant que le nomadisme constitue une force centrifuge nuisible à la colonisation.De tout l\u2019ouvrage de Lemire, le chapitre intitulé « L\u2019Ontario dans l\u2019imaginaire littéraire des Québécois » est assurément le plus ravissant.On y trouve une réflexion - trop brève -sur la Conquête.Alors que les Pays-d\u2019en-Haut étaient le lieu d'une joute agonistique contre les forces de la nature, la vallée de l\u2019Outaouais est le théâtre d\u2019un affrontement racial.Les héros incarnant la puissance physique deviennent des expressions du nationalisme (p.138), comme en témoigne l\u2019histoire de Jos Montferrand, véritable Moïse canadien : « un jour, Montferrand s\u2019aventure seul sur le pont qui relie Hull à Ottawa quand il aperçoit un groupe de Shiners qui l\u2019attend pour lui faire un mauvais parti.Trop tard pour reculer, il empoigne le premier venu par les pieds et il s\u2019en sert comme d\u2019une massue pour frapper ses ennemis.Il ne tarde pas à tous les mettre en déroute » (p.140).« Montferrand, nous dit Lemire, annonçait déjà Maurice Richard » (p.142).L\u2019intégration du spectre de la conquête dans la littérature, et l\u2019assignation de places définies à chacun des partis dans un combat politique culmine dans le roman Pour la patrie de Jules-Paul Tardivel : Ottawa est l\u2019espace maléfique par excellence.C\u2019est là que les ennemis de Dieu s'assemblent pour ourdir contre Lui les pires complots.[.] Le combat qui s\u2019y livre est vraiment apocalyptique, c'est-à-dire qu\u2019il met aux prises directement Dieu et Satan [.] L\u2019espace de perdition où doit se sceller la ruine des Canadiens français comme nation, c\u2019est [.] Ottawa.Mais Dieu n\u2019abandonne pas son peuple de prédi- 126 lection et suscite un sauveur qu\u2019il envoie parmi ses ennemis [le héros Lamirande].Le roman se termine donc par l\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance et, par le fait même, par l\u2019évacuation d\u2019Ottawa de la carte imaginaire des Québécois (p.143).Comme dans le cas de Joe Montferrand, l\u2019affrontement entre deux nations en formation est thématisé dans un contexte sotériologique.Il aurait été intéressant, nous semble-t-il, de pousser l\u2019analyse du thème de la conquête.Un tel traitement aurait pu produire une inflexion intéressante du traitement dialogique des imaginaires populaire et savant.En introduction et en conclusion, Lemire affecte de poser un problème théorique : « l\u2019imaginaire peut-il être particulier ?».Son étude identifie les modalités d\u2019expression du mythe de l\u2019Amérique : la terre promise, le paradis perdu, l\u2019appel de l\u2019ailleurs.Comme on trouverait ces expressions dans toutes les littératures (p.213), celles-ci constitueraient un archétype de l\u2019imagination humaine.« Le mythe de la forêt, affirme très sérieusement Lemire, est peut-être plus particulier, car il ne s\u2019applique qu\u2019aux parties boisées du monde» (p.213).Se greffent ensuite des particularités nationales.Notre Amérique imaginaire, qui n\u2019a ni l\u2019or des Espagnols, ni les grands espaces à conquérir des États-Uniens, engage plutôt à la quête pour elle-même et à l\u2019aventure gratuite.Lemire défend cependant une seconde thèse qui laisse moins l\u2019impression d\u2019un combat contre des moulins à vent.C\u2019est cette idée selon laquelle l\u2019imaginaire « canadien » est traversé par un antagonisme entre un courant savant, porté par les élites, et un courant populaire.L\u2019auteur laisse entendre que le premier se serait développé en réaction au 127 second.L\u2019action moralisatrice de celui-ci passe par la modification, voire l\u2019occultation de l\u2019aspect libidineux de celui-là.C\u2019est un combat tragique, pour reprendre le vocabulaire de l\u2019histoire de la philosophie cher à Lemire, entre l\u2019epithumia et le logos.Il s\u2019agit de dénicher l\u2019élément bestial qui n\u2019apparaît clairement qu\u2019en mettant en évidence le « système répressif » qui conforte les institutions en place.Lemire a défendu cette dernière thèse à partir de la production littéraire des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.On doit cependant reconnaître que l\u2019Amérique, archétype de bailleurs, fascine toujours.Nous avons, aujourd\u2019hui encore, nos nomades, fictifs ou réels, qui vont bien au-delà de Bytown.Malgré tous les progrès récents, il y a certainement encore du travail à abattre, en adoptant une perspective philosophique, sociologique ou littéraire, pour comprendre la dynamique de construction de l\u2019imaginaire québécois moderne.Si cette tension fondatrice a laissé des traces, nous pouvons affirmer que le travail de repérage effectué par Lemire nous aide à comprendre le présent.Il y a donc une actualité du « mythe de l\u2019Amérique ».Alexis Lapointe 1\tLionel Groulx, Notre grande aventure.L\u2019Empire français en Amérique du Nord 1535-1760, Montréal, Fides, coll.« Fleur de lys », 1958, p.62.Cité par Lemire, p.29.2\tLouis Fréchette, Masques et fantômes et autres contes, Montréal, Fides, 1976, p.190, cité par Lemire, p.135 128 SERGE GAUTHIER (SOUS LA DIRECTION DE) Raconte-moi.La rivière Malbaie, Presses de L\u2019Université Laval, 2004, 125 p.Pour faire pays, il faut d\u2019abord nommer les lieux.C\u2019est le langage qui est le premier et le plus puissant instrument pour façonner le paysage.Serge Gauthier, qui a déjà plusieurs contributions à l\u2019histoire du pays de Menaud, (en particulier Histoire de Charlevoix, avec Normand Perron) a réuni quelques collaborateurs pour rendre hommage et faire l\u2019humaine histoire de la rivière Malbaie.C\u2019est une initiative qui mérite d\u2019être saluée.Dans ce pays où les chemins d\u2019eau ont joué un rôle si déterminant, c\u2019est faire œuvre utile que de revenir sur les divers rapports qu\u2019ont entretenu avec la rivière, au cours des âges, habitants, voyageurs et riverains.La Malbaie, qui tient son nom de Champlain qui la qualifiait ainsi parce qu\u2019on n\u2019y pouvait point mouiller sans risques, est une rivière magnifique.Toute la richesse du paysage de Charlevoix s\u2019y résume, s\u2019y concentre et s\u2019y exprime dans la splendeur et la démesure.Les photos de cet ouvrage en rendent compte d\u2019une manière somptueuse.Au fil des pages, les divers collaborateurs décrivent la géologie, la géographie, la végétation, la faune et le climat avec un luxe de détails parfois même déroutant - certains ont du mal à sortir du jargon de spécialiste.Il n\u2019en demeure pas moins que la réunion de toutes ces lectures, le croisement de ces divers regards sur la rivière ajoute une dimension intéressante à la lecture du paysage de Charlevoix.Il a bien raison, Louis Lefebvre de souligner que randonneurs et excursionnistes « ne se rendent pas toujours comp- 129 te qu\u2019ils empruntent en canots des routes d\u2019eau qui étaient déjà fréquentées par les Amérindiens il y a plusieurs centaines ou milliers d\u2019années, et que les portages qu\u2019ils utilisent sont des voies de passage plus que millénaires, l\u2019équivalent en quelque sorte des voies romaines : nos sentiers sont même deux ou trois fois plus âgés que ces vénérables routes européennes de l\u2019Antiquité et ils n\u2019ont pratiquement pas changé, sauf quelques dégradations récentes, depuis leur tout début, à l\u2019époque de la préhistoire » ( p.6r) Au fil des pages, les collaborateurs revisitent les parcours que l\u2019histoire a dessinés sur la rivière sauvage, ceux des Amérindiens et de leurs ancêtres, ceux des colons et des explorateurs, de la pêche et de la drave, des villégiateurs et des riverains.Ils ne pouvaient évidemment éviter le plus important, le plus puissant, celui du verbe et de la beauté.Sans déprécier l\u2019attention qu\u2019il porte aux écrivains qui ont dit la rivière, on aurait aimé que l\u2019ouvrage fasse une place aux peintres, à René Richard en particulier, cela aurait donné une si belle lumière sur le bouillonnement des songes.La Malbaie telle que l\u2019auront façonnée les Charlevoisiens ne pouvait qu\u2019embellir sous le regard que ce livre lui porte.Tantôt porteuse des espérances des premiers colons, tantôt complice involontaire de la cupidité des puissants qui se serviront d\u2019elle pour assujettir et déposséder, la rivière de Menaud apparaît ici comme une voie de reconquête.Une voie incertaine, certes, puisqu\u2019il faut réparer les outrages qu\u2019on lui a fait subir, la mettre à l\u2019abri des convoitises qui surgissent aussi vite que ne se restaure l\u2019accès à la beauté splendide de son parcours.Mais cette voie, c\u2019est celle du pays inachevé qui brûle encore du dur désir de durer.Il a fait une belle contribution, Serge Gauthier.Il faut souhaiter que cet ouvrage en inspire d\u2019autres.Il y a tant à dire 130 de la Matapédia, de l\u2019Outaouais, de l\u2019Harricana et autres Mistassini qui font toujours la trame de ce pays.Robert Laplante JOCELYNE COUTURE (dir.) Redonner sens à l\u2019indépendance,VLB ÉDITEUR, Montréal, 2005,199 p.Les contributions des intellectuels pour la souveraineté (IPSO) au débat public sont généralement dignes de mention.Celles contenus dans Redonner sens à l\u2019indépendance ne font pas exception à cette règle.L\u2019ouvrage commence en force avec un texte de Jacques Beauchemin sur un sujet trop souvent négligé, mais ô combien important : la place et le rôle de la mémoire cana-dienne-française dans l\u2019argumentaire souverainiste.Contrairement à ceux qui prétendent qu\u2019il faut oublier, édulcorer ou dénationaliser notre histoire, Beauchemin préfère « imaginer ce que pourrait être une nation ouverte tout en la définissant comme francophone et assumant le projet que porte de très loin son histoire ».Puis, il nous sert une série de réflexions à la fois presque évidentes et parfaitement justes.Par exemple, il rappelle que le droit n\u2019a de sens qu\u2019en lien avec un arrière-plan éthique fournit par la mémoire d\u2019un parcours historique.Dans la même lignée, il affirme que c\u2019est à travers son histoire qu\u2019une société trouve la dimension projective de son « être-ensemble », qui lui permet d\u2019échapper à la logique de la simple gestion des identités individuelles.Selon Beauchemin, pour que cette dimension projective advienne trois éléments doivent être réunis. 131 Premièrement, il est impératif de consentir à soi-même ; c\u2019est-à-dire ne pas avoir honte d\u2019appartenir au monde de manière subjectivement historisée.Deuxièmement, il faut accueillir l\u2019histoire comme intention, en ce sens qu\u2019il est normal d\u2019assumer l\u2019« appel du destin ».Troisièmement, il convient de poursuivre une utopie, soit un projet autre que la simple soumission au « réalisme ».Ceci dit, ce bref résumé ne donne qu\u2019un aperçu du texte de Beauchemin qui, du fait de sa profondeur et de sa pertinence, mérite certainement d\u2019être lu en entier.Le deuxième texte du livre, qui est signé Gilles Labelle, multiplie les termes compliqués pour finalement nous dire que les souverainistes doivent renouer avec le principe d\u2019institution si présent pendant la Révolution tranquille.De son côté, Serge Cantin, fidèle à lui-même, affirme que s\u2019il y a une désaffection qui touche le mouvement indépendantiste, celle-ci est causée par une lassitude face à l\u2019idée de souveraineté-association.Il faudrait donc, selon lui, revenir à une valorisation de l\u2019indépendance pour sa valeur intrinsèque.Le texte de Pierre Gendron qui ouvre la seconde partie du livre sort du lot.En effet, il porte sur Fridtjof Nansen, un explorateur de l\u2019Arctique devenu libérateur du peuple norvégien.Ce n\u2019est probablement pas ce texte qui « redonnera sens à l\u2019indépendance », mais il n\u2019en demeure pas moins intéressant tant la vie de cet homme est une leçon de courage et une lutte contre la médiocrité dont nous pourrions nous inspirer.Un autre texte fort original est celui de Kai Nielsen, pour qui le nationalisme québécois est exemplaire, du fait qu\u2019il est ouvert sur le monde tout en favorisant une lutte contre la mondialisation néolibérale et les inégalités.Puis, il en rajoute en mentionnant que : « Le Québec n\u2019est pas encore, tant 132 s\u2019en faut, une société sans classes, mais de vastes segments de sa population aspirent manifestement à ce qu\u2019il le devienne.Le Québec devenu souverain ne pourrait pas rester sourd à ces aspirations.En pleine possession de ses moyens.il pourra accélérer sa marche vers la réalisation d\u2019une société socialiste.» On constate facilement que l\u2019enthousiasme de l\u2019auteur l\u2019amène à fabuler quelque peu.Certes, au lendemain de la souveraineté des législations québécoises plus progressistes s\u2019appliqueront là où aujourd\u2019hui des lois fédérales davantage libérales régnent ; qu'on pense au Code du travail du Québec ou à la Loi sur la protection du consommateur.Il y aura donc assurément et fort heureusement un déplacement du balancier vers la gauche du fait de l\u2019indépendance, mais on sera tout de même loin du socialisme.Et on voit mal pourquoi les Québécois une fois indépendant éliraient systématiquement des gouvernements socialistes, alors que dans le cadre provincial ils optent pour l\u2019alternance entre le libéralisme et la social-démocratie.Il semble donc que Nielsen exagère les effets progressistes de la souveraineté, tout comme les conservateurs les minimisent ou les nient généralement par ailleurs.Bref, là où celui-ci rêve en couleur, ces derniers rêvent en noir et blanc, alors que la réalité est plus contrastée.Plus à la mode est la contribution de Michel Venne sur la mondialisation.Dans son texte, ce dernier reprend tout en les réactualisant certains arguments qu\u2019il avait exposés brillamment dans son livre Les porteurs de liberté.D\u2019abord, il affirme que les petits pays ne sont pas désavantagés par la mondialisation, au contraire.À ce sujet, il cite l\u2019Irlande, la Slovaquie et la République tchèque.Puis, il démontre que la coopération internationale renforce la souveraineté des États.C\u2019est dans le cadre de cette démonstration qu\u2019il explique la distinction que fait Ulrich Beck entre autonomie ^33 et souveraineté ; la première signifiant « capacité d\u2019agir à sa guise » et la seconde « capacité de résoudre des problèmes ».On l\u2019aura compris, la coopération internationale diminue l\u2019autonomie des États, qui s\u2019imposent des contraintes dans les traités qu\u2019ils signent, mais augmente leur souveraineté, en leur permettant de s\u2019attaquer plus efficacement à des problèmes dont l\u2019ampleur dépasse la sphère nationale et en favorisant l\u2019emploi grâce au libre-échange.Plus loin, Venne rappelle que la souveraineté nationale est une condition de la démocratie car : « C\u2019est la conscience nationale, cristallisée autour de la perception d\u2019une langue et d'une histoire communes.qui transforme les sujets en citoyens.».D\u2019ailleurs, il ajoute que cette conscience nationale et l\u2019identité qu\u2019elle suppose sont plus nécessaire que jamais à l\u2019heure de la mondialisation, car sans elles l\u2019individu serait bien seul face à l\u2019immensité du monde.Tout allait bien jusque là donc.Mais voilà qu\u2019ensuite, l\u2019auteur affirme que les nations s\u2019appuient maintenant sur la démocratie et non plus sur la tradition.L\u2019affirmation est grosse, et l\u2019explication qui suit toute petite.Ici il écrit que : « Rares aujourd\u2019hui sont les personnes qui veulent se faire imposer un mode de vie ou des choix par la coutume ou la mémoire des Ancêtres ».Plus loin, il ajoute : « La référence nationale a ainsi perdu de sa force d\u2019identification au profit de la citoyenneté.».Quelques questions s\u2019imposent : i) Se peut-il qu\u2019un nombre important de personnes considèrent que leurs grands-parents n\u2019étaient pas des fous, voire qu\u2019ils étaient au contraire dotés d\u2019une certaine sagesse qui peut les inspirer ?2) La citoyenneté à laquelle il fait référence n\u2019est-elle pas une citoyenneté nationale ?3) La tradition est certes moins importante qu\u2019avant et la démocratie l\u2019est plus, mais ne reste-t-il pas un peu de place pour la première dans un monde où, comme le dit Venne lui-même, l\u2019individu perd ses repères ?4) Peut-il y avoir une démocratie sans tradition 134 démocratique ?La liste pourrait s\u2019allonger, mais elle suffit déjà à prouver que le directeur de l\u2019INM y est allé un peu fort cette fois.Enfin, il termine son article en parlant des stratégies avancées pour faire accéder le Québec à l\u2019indépendance.Parmi celles-ci se trouve celle de Robert Laplante (gestes de rupture et référendum ratifiant la Constitution nationale), celle de l\u2019auteur lui-même (préparation de la souveraineté dans un premier mandat et référendum sur la souveraineté dans un second) et celle de jeunes exposée dans Les Cahiers du 27 juin (élaboration d\u2019une Constitution provinciale et référendum d\u2019initiative populaire sur la souveraineté).Au sujet de cette dernière, que Venne semble favoriser, il mentionne qu\u2019elle est appuyée par le Comité national des jeunes du PQ, ce qui est faux.L\u2019auteur aurait dû savoir qu\u2019une telle position, adoptée dans la perspective d\u2019un troisième référendum lors d\u2019un troisième mandat, avait perdu son sens après l\u2019élection, en plus d\u2019avoir amplement eu le temps d\u2019être abandonnée au moment où il a écrit ce texte.En revanche, au sujet de ce débat sur les modes d\u2019accession à l\u2019indépendance toujours, reconnaissons que l\u2019auteur a le mérite de concéder implicitement que si l\u2019appui à la souveraineté augmente, les stratégies attentistes pourraient perdre de leur attrait.La troisième partie de l\u2019ouvrage débute avec un article de Micheline Labelle et Azzeddine Marhraoui intitulé Souveraineté et diversité : pour un nouveau modèle de reconnaissance.Dans un premiers temps, les auteurs démontrent que l\u2019offensive identitaire canadienne, notamment avec le multiculturalisme, a fait reculer le sentiment d\u2019appartenance au Québec qu\u2019éprouvent les immigrants.Puis, ils exposent la timide réplique québécoise qu\u2019a constitué le virage de la citoyenneté marqué par la définition de cette dite citoyenneté québécoise, ou du moins de son cadre 135 qui comprend certains principes fondamentaux : le Québec comme nation, les institutions démocratiques, la Charte des droits et libertés de la personne et le français langue publique commune.Notons que ce virage a été demandé par des souverainistes issus de l\u2019immigration, mais dénoncé comme assimilationniste par des leaders ethniques fédéralistes.Plus loin, Labelle et Marhraoui affirment que le support pour l\u2019idée de nation québécoise et pour la souveraineté chez les minorités ethnoculturelles est à la fois important, particulièrement chez les jeunes, et limité, à cause de la politique multiculturaliste.Enfin, ils esquissent une piste de solution, qui consisterait à substituer à la rhétorique des communautés culturelles la reconnaissance de la diversité constitutive de l\u2019identité québécoise.L\u2019idée est intéressante.Implique-t-elle une relégation de l\u2019héritage canadien-fran-çais ou, autrement dit, entre-t-elle en conflit avec la vision de Beauchemin ?Il me semble que la question reste ouverte.L\u2019avant dernier texte du livre est celui de Pierre Serré et porte sur le mode de scrutin.Encore une fois, cet auteur soutient avec force la thèse originale voulant que le mode de scrutin majoritaire affaiblisse les francophones.Ses explications sont très intéressantes et assez convaincantes, nous n\u2019attendons plus qu\u2019un autre spécialiste les confirme pour en faire une pièce maîtresse de l\u2019argumentaire en faveur d\u2019une réforme des institutions démocratiques.Enfin, l\u2019ouvrage se termine avec une contribution de l\u2019infatigable Michel Seymour.Grosso modo, ce dernier prétend que comme une part importante des Québécois se définit aussi comme Canadiens, il convient que les souverainistes soient ouverts à la possibilité d\u2019un renouvellement du fédéralisme et à celle partenariat advenant la souveraineté.D\u2019abord, mentionnons que Seymour avoue lui-même que plusieurs 136 Québécois s\u2019identifiant au Canada le font tout simplement parce qu\u2019il ont, bien malgré eux, un passeport canadien et une citoyenneté canadienne.Par contre, il ne semble pas tenir compte de ce fait dans la suite de son analyse.Autre fait à souligner, l\u2019auteur cite en exemple l\u2019Union européenne qui, affirme-t-il, se dotera bientôt d\u2019une constitution.On aura compris que comme toutes les élites, Seymour avait pris pour acquis que les identités multiples des Européens assureraient le succès de ce projet de constitution.Les victoires du NON en France et au Pays-Bas lui feront-il réaliser que généralement l\u2019identité nationale prime, et que les structures politiques complexes dont il raffole déplaisent singulièrement aux peuples ?On peut en douter.D\u2019ailleurs, pendant que nous parlons de l\u2019Europe, rappelons que les Suisses et les Norvégiens ne font pas partie de l\u2019Union européenne et ce, malgré le fait qu\u2019ils se sentent aussi européens que les Espagnols ou les Allemands.Bref, le lien entre identité supranationale et structure politique est contingent.Seymour poursuit ensuite avec une litanie d\u2019arguments en faveur du partenariat auxquels il est facile de répondre.Il dit que le but de C-20 est d\u2019empêcher un projet d\u2019association qui serait bénéfique pour les Canadiens et qu\u2019il faut donc éviter ce piège.Nous lui répondons que C-20 exprime la volonté et les intérêts des Canadiens qui ne veulent pas de partenariat.Respectons leur identité singulière.Seymour nous dit qu\u2019une offre d\u2019association est nécessaire afin que les Québécois ne se sentent pas coupables.Soyons sérieux, les Québécois ne se sentiront pas plus coupables que les Canadiens qui ont imposé la Constitution de 1982, ils seront même fiers d\u2019avoir libéré les Canadiens de la question québécoise qui les tourmente depuis trop longtemps.L\u2019auteur raconte que l\u2019offre de partenariat facilitera la reconnaissance internationale.Nous croyons au contraire que l\u2019approbation d\u2019un projet d\u2019indépendance est plus à même d\u2019amener la 137 communauté internationale à reconnaître le Québec souverain, plutôt qu\u2019à inciter le Québec province à négocier un statut d\u2019autonomie.Seymour est persuadé que l\u2019option asso-ciationiste, tout comme le fédéralisme, est plus à la mode sur la scène internationale.Il affirme même que les intellectuels à travers le monde ne comprennent pas pourquoi les nationalistes québécois rejettent le fédéralisme.Désolé M.Seymour, avoir su que la liberté de mon peuple vous gênait lorsque vous participez à des colloques internationaux, j\u2019y aurait renoncée plus tôt.Plus sérieusement, à propos du partenariat mentionnons que, en dehors des cercles restreints d\u2019intellectuels vertueux mais déconnectés, la tendance mondiale est de plus en plus au constat réaliste que la voie de l\u2019avenir est celle du simple libre-échange, plutôt que celle de la complexe bureaucratie supranationale.Concernant le fédéralisme maintenant, l\u2019expérience québécoise devrait être exposée plus souvent lors de ces colloques mondiaux où, autrement, la vision fédéraliste triomphe sans péril.Mais, il semble que nous ne pouvons compter sur notre Seymour national pour relever ce défi, car il préféré regarder le Québec avec les yeux d\u2019un citoyen du monde, pour reprendre cet oxymoron bien connu, alors qu\u2019il devrait plutôt regarder le monde avec les yeux d\u2019un Québécois.Enfin, Seymour complète le tout en nous rejouant la pièce de la loi 150 bis, cette idée mille fois dépassée selon laquelle il faut offrir une dernière chance au fédéralisme.Après la lecture de ce texte, une question hante le lecteur : Que feront les associationnistes quand à une semaine du prochain référendum, lorsque le OUI obtiendra 55 % des appuis dans les sondages, le premier ministre canadien dira qu\u2019un NON est un OUI à un nouveau fédéralisme multinational ?Vont-ils nous trahir ?Nous ne le croyons pas.Néanmoins, nous devons garder à l\u2019esprit que le paradigme seymourien ouvre la porte à cette possibilité.et à bien d\u2019autres. 13» Heureusement, les contributions à ce livre étant majoritairement indépendantistes, l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage, en plus de nous en apprendre sur de nombreux sujets reliés à la souveraineté, rappelle que le courant associationiste est minoritaire.L\u2019oeuvre vaut donc la peine d\u2019être lu.Guillaume Rousseau GILLES GAGNÉ (DIR.) L\u2019antilibéralisme au Québec au XXe siècle \u2014 Les séminaires Fernand Dumont, Éditions Nota bene, 2003 Il s\u2019agit ici du recueil de textes résultant du premier Séminaire Fernand Dumont tenu à l\u2019Université Laval, en novembre 2001.La formule, qui s\u2019inspire de notre plus grand penseur lui-même en proposant des débats intellectuels qui nous concernent, devrait se répéter deux fois l\u2019an, du moins si l\u2019on en croit le directeur de ce collectif, le sociologue Gilles Gagné.Vingt-huit universitaires, principalement des sociologues, mais aussi des historiens, des politologues et des philosophes, se sont donc réunis pour ce premier événement du genre.La formule est assez originale et tranche avec la monotonie académicienne ordinaire des collectifs universitaires.Divisé en quatre grandes séances elles-mêmes subdivisées en deux conférences principales, l\u2019ouvrage manifeste l\u2019intention explicite de mettre au devant le débat plutôt que l\u2019exactitude analytique.Pour les lecteurs non spécialistes, la formule a l\u2019avantage d\u2019engendrer des textes beaucoup plus synthétisés et accessibles ; pour les chercheurs et les universitaires, elle permet d\u2019assister à une stimulante discussion et de décen- 139 trer l\u2019attention sur la « personnalité académique » des intellectuels au profit des problématiques discutées.Ainsi, on aura l\u2019occasion de voir certains auteurs importants sous un jour parfois plus authentique et moins encadré par le formalisme universitaire.Le thème du séminaire (et donc du livre), l\u2019anti-libéralisme, m\u2019est apparu hautement pertinent, même si j\u2019ai parfois été déçu dans son traitement par les présentateurs.Quels furent les mouvements « anti-libéraux » au Québec au XXe siècle ?Cette question, me semble-t-il, est importante pour plusieurs raisons.D'abord, elle nous illustre que le libéralisme n\u2019est pas l\u2019horizon indépassable de notre époque.Ensuite, qu\u2019il a existé et existera toujours des formes de résistance contre la puissance « synthétique » et « totalisante » du libéralisme.Enfin, que le Québec a connu, pour le meilleur et pour le pire, une grande pluralité idéologique qui a façonné son histoire moderne de manière originale.Voilà qui peut résumer en peu de mots l\u2019importance « historique » ou « sociologique » des mouvements anti-libéraux qui sont ici étudiés.Pour ce qui est de son importance politique, les choses sont beaucoup moins claires.Puisque le séminaire a été clairement conçu pour éclairer les horizons québécois de demain, on aurait pu s\u2019attendre à plus de discussions d\u2019actualité, à quelques tentatives concrètes de définir la voie à suivre pour surmonter certaines contradictions du Québec d\u2019aujourd\u2019hui, ou du moins, à dessiner certaines possibilités « actuelles ».* Ainsi, la première séance aborde l\u2019anti-libéralisme de droite : le créditisme et le corporatisme, avec les exposés respec- 140 tifs de Gilles Bibeau et de Sylvie Lacombe.Comme presque toujours dans ce collectif, les textes sont courts mais bien articulés, et gardent une forme orale séduisante - le lecteur a ainsi l\u2019impression de suivre un séminaire ! Pour les non initiés comme moi sur la question des idéologies socio-économiques de l\u2019histoire du Québec, l\u2019occasion est aussi bonne pour se donner un portrait très sommaire mais efficace de ces mouvements alternatifs de réforme de la société et de l\u2019économie.Les auteurs ont bien fait valoir que, à l\u2019exception notable du fascisme - qui n\u2019a eu aucune influence directe sur la société québécoise, n\u2019en déplaise aux Esther Deslisle de ce monde - ces mouvements étaient apolitiques, et c\u2019est pour cette raison qu\u2019ils ont souvent été incapables de s\u2019imposer de manière durable.Opposés à l\u2019État, ils n\u2019étaient cependant pas nécessairement anti-modernes ; c\u2019est souvent le contraire qui est vrai.Dans ce contexte, c\u2019est au débat qui a suivi ces présentations que les véritables questions sont soulevées.Jean-Claude Dupuis remarque à juste titre qu\u2019il est vain de vouloir diviser tout le vingtième siècle selon le dualisme idéologique libéralisme/socialisme (pp.69-71).Dupuis veut montrer qu\u2019il existe une troisième école, celle du « nationalisme économique » (Kevin Henley), qui ne se réduit pas aux thèses de l\u2019École de Manchester ni à celles de Marx.Protectionnisme, nationalisme et étatisme sont les termes déterminants de cette idéologie que l\u2019on peut voir à l\u2019œuvre dans l\u2019Allemagne de Bismark et qui influencera également le décollage industriel des États-Unis, du Canada ainsi que la modernisation étatique du Québec.Comme le remarque Michel Preitag, cette troisième voie offre peut-être une alternative plus prometteuse pour l\u2019avenir en offrant un discours qui intègre « l\u2019économie à la société à travers le politique » (p.98).Malheureusement, cette question est peu discutée, du moins de manière systématique, dans la suite de l\u2019ouvrage.Et c\u2019est bien dommage ! * La deuxième séance met en scène des discussions tournant autour de l\u2019anti-libéralisme de gauche, avec les exposés de Jean-Marc Piotte sur le syndicalisme et de Jean-Jacques Simard sur la démocratie de participation.Cette histoire est bien mieux connue, mais les leçons adéquates n\u2019en sont pas toujours tirées.Comme c\u2019est souvent le cas chez ceux qui étudient la « gauche », la recherche et le militantisme sont souvent mal distingués.Et c\u2019est encore vrai ici.Mais le débat soulevé par la suite est intéressant, puisqu\u2019il met en scène la « nouvelle sensibilité » critique, ceux qui, comme Jean-Philippe Warren et Stéphane Kelly, s\u2019en prennent assez âprement aux idéaux passés et présents des « révolutionnaires tranquilles ».C\u2019est le premier qui, je pense, a su le mieux pointer l\u2019enjeu véritable : « Tout ce qu\u2019on a lancé à l\u2019assaut de la forteresse du libéralisme au XXe siècle, dit Warren, est mort à la guerre.» Il ajoute : « On peu ainsi faire le procès de ce syndicalisme qui s\u2019est transformé en syndicalisme de partenariat.On peut défiler la longue litanie ou faire le catalogue du corporatisme, du coopératisme, de l\u2019autogestion, du communisme, du marxisme, du trotskisme, du maoïsme et j\u2019en passe, pour montrer à quel point ces mouvements font désormais partie du musée ou du cimetière (c\u2019est selon) des espérances mortes.» (p.161) La véritable question semble celle-ci : qu\u2019est-ce qui a bien pu motiver tous ces mouvements et toutes ces (folles) idéologies anti-libérales ? M2 La troisième séance vise justement à débattre de cette question, avec les exposés successifs de Daniel Mercure, de Daniel Jacques et de Stéphane Kelly.Ce dernier est celui qui, parmi tous les conférenciers, n\u2019hésitent jamais à relancer le débat en affirmant vouloir « mettre au pas la technocratie » et que ce sera aux gens de sa génération (la génération des 20-40 ans ?) qu\u2019appartiendra la tâche de « réinventer la grammaire politique » contre la dichotomie droite/gauche et les vieux slogans usés des idéologies québécoises du XXe siècle.Je salue en Kelly le républicain tout en m\u2019inquiétant de cette polarisation générationnelle qui a favorisé dernièrement le discours populiste de l\u2019ADQ.Mais c\u2019est Daniel Jacques, il me semble, qui a su le mieux rappeler un fait central pour comprendre l\u2019histoire du Québec : le rôle à la fois intégrateur et modérateur du nationalisme.Jacques voit bien que quelque chose a su empêcher pour une large part les dérives gauchistes ou fascistes au Québec.Dans ses mots : « L\u2019union passagère du socialisme et du nationalisme, des idéaux de justice sociale et de solidarité nationale représente un amalgame idéologique extrêmement intéressant dont on n\u2019a pas su rendre compte adéquatement, cherchant toujours à ramener celui-ci à une opposition réductrice.» (p.178) Ainsi, l\u2019importance de la question nationale est souvent perdue de vue dans les analyses des conférenciers.La manière avec laquelle on aborde la soumission historique de la nation québécoise montre encore une fois que les intellectuels d\u2019ici sont très gênés de traiter de cette question qui a pourtant dominée sur toutes les autres dans notre histoire.Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un mauvais pli de la « méthode », mais bien une auto-limitation psychologique qui obstrue trop souvent la qualité des analyses.C\u2019est mon avis et je le partage : l\u2019École de Québec devrait s\u2019inspirer un peu plus de l\u2019École de Montréal et cesser de diluer entièrement la question politique dans l\u2019histoire sociale, culturelle et économique.* La dernière séance, à mon avis la moins intéressante, aborde les théories marxistes et le totalitarisme, avec les exposés de Maurice Lagueux et de Michel Freitag.Le premier texte est conventionnel et trop prudent.Il n\u2019ose pas affronter à mon avis la question centrale qui concerne l\u2019héritage du marxisme au Québec : celle du délire rouge du Québec des années 1960-70.Cette histoire n\u2019a pas encore été écrite ; elle est pourtant ô combien actuelle ! Certes « tranquillisés », les anciens marxistes et autres révolutionnaires sont aujourd\u2019hui en poste dans les universités et la fonction publique.Kelly le note à la fin de l\u2019ouvrage : « Nous avons déjà diagnostiqué la fin du marxisme, mais il faudrait peut-être s\u2019interroger sur le triomphe des marxistes sur le plan professionnel, à partir des années 1980.» (p.334) Mais son interrogation ne soulèvera pas le débat sur cette question.Michel Freitag, pour sa part, nous reconduit à travers ses difficiles méditations animées par une forme de « catastrophisme éclairé » dans un texte, il faut le dire, excessivement long et alambiqué.Que de digressions et de développements mal fondés et déstructurés ! Que de synthèses exorbitantes visant à nous faire croire que le monde d\u2019aujourd\u2019hui est totalitaire dans son essence ! Essayer de résumer le propos du professeur à la retraite dépasse mes capacités.Le lecteur pourra, s\u2019il le veut (ou s\u2019il le peut !), lire ce texte - qui est trois fois plus long que la moyenne de l\u2019ouvrage ! - pour se faire sa propre opinion.Pour ma part, je trouve dommage qu\u2019un esprit manifestement aussi intelligent et lucide que 144 celui de Freitag ne soit pas plus prudent dans les thèses qu\u2019il soutient et la manière avec laquelle il tente de nous en convaincre.Je suis aussi en accord avec Jean-Marc Piotte qui, s\u2019adressant à Freitag, remarque : « quand je vous lis, toi et certains de tes disciples, je vous trouve paranoïaques.» (p.327).Je partage personnellement cet avis après avoir lu plusieurs textes de Freitag.Je terminerai en saluant le beau travail éditorial : surtout la qualité générale de la langue et l\u2019aspect plutôt dynamique du collectif.Voilà de rares qualités pour ce genre d\u2019ouvrage.Saluons Gilles Gagné et son équipe pour un projet globalement réussi.Dave Anctil M5 LIVRES REÇUS Robin Philpot Le référendum volé, Les intouchables, 2005, 207 p.Susan Mann Lionel Groulx et l\u2019Action française.Le nationalisme canadien-français dans les années 1920, VLB, 2005, 200 p.Manon Tremblay Québécoises et représentation parlementaire, PUL, 2005, 328 p.(préface de Louise Harel) Laurence Bherer, Jean-Pierre Collin, Éric Kermouche et Jacques Palard (dir.) Jeux d'échelle et transformation de l'État: le gouvernement des territoires au Québec et en France, PUL, 2005, 552 p. Cette offre est valable jusqu'au 31 décembre 2005 et ne peut être jumelée à aucune autre.20% de rabais par rapport au prix en kiosque de 34,52$ pour 4 parutions.Cap-aux-Diamants Pour souligner son 20e anniversaire, la revue d\u2019histoire du Québec Cap-aux-Diamants vous offre un exceptionnel rabais de 20% sur l\u2019abonnement d\u2019un an.Pour une période limitée, vous ne paierez que 27,50$ (taxes comprises).L abonnement de 2 ans est aussi disponible à 55$.Profitez de cette offre! 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Site internet www rpsquebec qc ca Allard & Carrière SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGRÉÉS Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com TRANSLATEX , Communications RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico,ca 149 CLUB DES loo ASSOCIÉS Fernand Allard Patrick Allen j' François-Albert Angers j-Gaston-A.Archambault j-Jean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron François Beaudoin Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin j* Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Henri Joli-Cœur Lucie Lafortune j' Anna Lagacé-Normand Bernard Lamarre Denis Lazure Richard Leclerc Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin j' Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost René Richard j-Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier | Réal Trudel Cécile Vanier André Verronneau Claude-P.Vigeant Madeleine Voora 150 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président Denis Monière Vice-président Pierre Noreau Secrétaire Jacques Brousseau Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Ex Officio Robert Laplante MISSION Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Membres Dave Anctil Pierre de Bellefeuille Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Eric Devlin Benoît Dubreuil Christian Gagnon Alain Laramée Yves Michaud Jacques-Yvan Morin Paul-Émile Roy Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Guy Bouthillier Hélène Chénier Delmas Lévesque Pierre Dupuis Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Jean Genest Jean-Marc Léger Georges Meyers Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de io à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en pages Sylvain Deschênes Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.ISSN-OOOi-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019ACTION NATIONALE 1215, rue de la Visitation, bureau xoi, Montréal (Québec) H2L 3B5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - 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