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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2006-03, Collections de BAnQ.

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[" Volume XCVI numéro 3 MARS 2006 l Articles Le robot économique, le robot politique -Pierre Vadeboncoeur Monter la garde face au danger de r uniformisation -Jean-Marc Léger Remboursement de la dette : une fausse urgence -Louis Gill \\ M V % > %\" ¦f 17 i Pourquoi j\u2019écris dans L'Action na tionale -Jean-Philippe Chartré Le national-fédéralisme universitaire dans la construction du Canada -Dave Anctil ta ï t ï t.25 s r.£ ¦v 74 1 m t I >»\u2022 3 51 -i mu.H î» - 32 & ## ar \u2022 ***** M - \u2022 ) Bilan des élections fédérales Le rôle des radios-poubelles lors de la dernière élection fédérale -Pierre Du bue g Dix ans de souverainisme progressiste : autopsie d\u2019un echec -Mathieu Bock-Coté La force d\u2019une illusion -Denis Monière * ek«B'- ÏS' Mi, jiii fi \u2022S\u2019 t * $ k~ f r, 47 4 v f w # -*»\u2022 * 55 6i Dossier Halte à la méga-folie hospitalière ! -Frédéric Lacroix, Patrick Sabourin La grande illusion -Louis Préfontaine Les services de santé au Canada : une perspective linguistique -Frédéric Lacroix 68 76 87 Lire Primeur no Lire les essais 120 Livres reçus Index des annonceurs 137 139 Éditorial L\u2019irrationnel et sa rationalité sous-jacente -Robert Laplante j a ü P i K .mt m L \u2022.\"i'J \u2022 A*.l ay,,,* .am.,.; Q g\t'\"âW\" X V r Li,\u2018 ms/w r1 m '41 \u2022C'W wiiwwaw mm JKTià' v >, Y> W.H f ii \u2018 ;.\u2022* -JH K J % Jv £> « ; -, >; A mm Ni ik-'r KM! * 41 V* ft .*****\tii $ ar r 6 Sylvain Groleau Portail 13 2000 32 x 24 pouces Techniques mixtes (estampes, pigments, huile) sur bois merisier Collection privée ¦ .ï *\t'làC BAB: if j MMB m Mr* '\u2022 mm m *fmksffb r 1 m m am V * -mm a ggas \u20224 U rtJfï 4: \u2022\u2022\u2022 >\u2022 ».-a*' fia A * ma m MP .% f** - wmmm f IW-%' \u2022 * V -4.\u2022 \u2018 I \u2022 fri H«| m M y r*ï rÆ rnmmM rWW £f mm ¦m aa 7 fi W/v.#% $ > £\"£v S*, - '4 .m mm -WAT.*, i ,1,11 ^.> £ m W I m \u2022*r m « «¦ * P.vHhH BÉ&s»* *\t'A m>'-4^u.is ¦ W#*' ¦tv \u2022 t MMg T«.HfSfe.Ml ># tsfïr* m RTS?; \u2019*\u2022- Jt SffUmln VSüHaïff % *5 ' ' .Y,.$ * ¦¦\u2022£#4 V H*'-'w ¦ m m WB 5836 IA WÊbf&nt,* WMmmimw&j SB» V1 m.iff M mi, m r.i 1 Se^ T U *v ï 6;;SE: P U r ****** *9 ?r « 2 y.f 4-3 > «7BS* rFf y' f .Jr&XBX Vfli * V v ÿ ¦# - meet ft « w ¦* * peùgh* % ¦ 3 «\u201cMW.- ; ¦ MMUM r.â mm * fi** m r-J» « \" \u2022l 3.V m V I Fl F V *1 K# v.y r '*» Y m - 4 \u2022« \u2022* *-.t » /* t\"'> ^ I r\u2018* * I «*\u2022- .r?**\u20184 8 *3BK fet C # .» «\u2022 M #> f1 w ::\\.W 4't f» A-»: it m 9 ¦ tPr+m u H « a » : h| ».* & M « MBfcMi MpeW' i * V ' : *\u2022> * -4W » a r Y age !*?^ wH& \\ p & * x o'* V * t : JJ; ff y\u2018fi'ifrn O ?On n\u2019est jamais trop curieux ? I I \u2022 .' , \u2022 I ** /\u2022 \u2022*1 /> \u2022 \u2022 1 0 \u2022» 4 47 BILAN DES ÉLECTIONS FÉDÉRALES Pierre Dubuc* rv H LE RÔLE DES RADIOS-POUBELLES LORS DE LA DERNIÈRE ÉLECTION FÉDÉRALE Le Parti conservateur de Stephen Harper doit absolument faire de nouveaux gains au Québec s'il veut devenir majoritaire à la Chambre des communes.Aussi, l'analyse d'un phénomène extrêmement important qui explique en bonne partie le recul du Bloc québécois et les succès du Parti conservateur dans la grande région de Québec s'impose, soit l'influence des radios-poubelles.I On a dit que les gens de la région de Québec avaient voté conservateur pour être au pouvoir.Ce n\u2019est certainement pas cela qui explique l\u2019élection de l'indépendant André Arthur avec 40% des voix et une avance de plus de 7 000 voix sur le candidat bloquiste.À souligner que le taux de participation dans cette circonscription a dépassé les 70%.Comme la mairesse Andrée Boucher matrice de radio également - André Arthur a gagné sans faire de campagne traditionnelle, c\u2019est-à-dire sans affiches et avec un minimum de dépenses électorales.une ancienne am- Pour la petite histoire, il faut souligner sa première journée au Parlement.Alors que les caricaturistes le décrivaient comme un pitt-bull arrivant sur la colline parlementaire, on * Directeur de l\u2019Aut\u2019journal # » ¦ \u2022 48 a plutôt eu droit à l\u2019image du ti-cul en culottes courtes, tout intimidé de se retrouver là.Il a déclaré aux journalistes de la télévision: « C\u2019est intimidant, c\u2019est impressionnant puis pour le reste, n\u2019eut été de tous vous autres, peut-être que là, j\u2019aurais pu redescendre un peu, mais c\u2019est pas le cas Méchant pitt-pull ! I* I f.V t * I » : .» * Les candidats de CHOI-FM André Arthur n\u2019est pas le seul qui doit son élection à l\u2019influence des radio-poubelles.Jeff Pillion a apporté son soutien à la député conservatrice Josée Verner.Déjà, en 2004, il avait mis tout son poids derrière elle.Le député conservateur Christian Paradis en est un autre qui a reçu un appui non négligeable des radios-poubelles.Sa directrice des communications était Marie Saint-Laurent qui a été la co-animatrice de Jeff Pillion de 1999 à 2005.D\u2019ailleurs, elle reprendra le micro à ses côtés au début du mois de mars sur la nouvelle Radio-Pirate de Jeff Pillion.mil L\u2019influence de la radio-poubelle déborde largement le cadre de ces trois élus, André Arthur, Josée Verner et Christian Paradis.De plus, on est à même de constater que si l\u2019influence de l\u2019ADQ correspond grosso modo à l\u2019aire de diffusion de CHOI-FM dans la grande région de Québec, il n\u2019y a cependant pas d\u2019adéquation à l\u2019échelle du Québec entre le vote adéquiste et le vote conservateur.Dans des régions adé-quistes, comme Rivière-du-Loup où la radio-poubelle n\u2019est pas présente, le Bloc Québécois a maintenu ses positions.M L\u2019auditoire de CHOI-FM Une analyse de l\u2019auditoire de CHOI-FM, la radio la plus écoutée à Québec avec 400 000 auditeurs, est fort intéres- i 49 C santé pour comprendre le phénomène.Selon la firme BBM, les trois quarts des auditeurs de CHOI-FM sont des hommes, et 57,5 % ont moins de 34 ans.Sa pénétration est de 30 % chez les ouvriers de la région de Québec, de 40 % chez les employés des secteurs des ventes et de 40 % chez les étudiants.Selon les chercheurs Marcoux et Tremblay, qui ont interviewé 150 auditeurs de la radio, les auditeurs de CHOI appartiennent à la lower middle class, avec un revenu un peu plus bas que la moyenne, des conditions d\u2019emploi précaires et une faible possibilité de mobilité sociale.Environ 30 % sont syndiqués, ce qui est peu.D\u2019ailleurs, plus des deux tiers de auditeurs se prononcent contre la présence, voire même l\u2019existence des syndicats.Ils sont majoritairement dans le secteur privé dans une ville où domine le public, et l\u2019opposition entre le public et le privé est souvent au centre de leurs propos, tout comme l\u2019opposition entre les générations.Dans une très grande proportion, ils écoutent CHOI-FM plus de dix heures par semaine, et plus de la moitié des auditeurs affirment n\u2019écouter jamais d'autres stations.On trouve même 23 % des répondants qui écoutent CHOI plus de 40 heures par semaine! Ils sont 63 % à consommer des journaux, essentiellement le Journal de Québec.TQS est leur chaîne de télévision préférée, suivi de TVA, ce qui ne correspond pas aux chiffres nationaux, où TVA domine, suivi de Radio-Canada et de TQS.Ils ont une grande soif de consommation, et ils sont fans du cinéma américain populaire.u i \u2022 î \u2022 Xi .il \u2022 et \u2022# C \u2022H 50 Leur comportement électoral est aussi fort intéressant.Premier constat, leur taux de participation est de 75 %, ce qui est supérieur à la moyenne nationale.Aux élections fédérales de juin 2004, ils avaient été 52 % à voter pour le Parti conservateur, 22 % pour les libéraux et 18 % pour le Bloc.Au provincial, ils avaient appuyé l\u2019ADQ à 67 %, les libéraux à 18 % et le PQ à 11 %.Cenex attend un retour d\u2019ascenseur de Harper L'appui des radios-poubelles aux candidats conservateurs appellent évidemment un retour d\u2019ascenseur de la part du parti de Stephen Harper.Dans son programme, le Parti conservateur propose de réduire les pouvoirs du CRTC afin « de maximiser la liberté de choix et permettre une plus grande liberté d\u2019expression » sur les ondes radiophoniques.Dans le Globe and Mail dun février, Patrice Demers de Cenex Communications Inc, propriétaire de CHOI-FM, rappelait que la ministre Bev Oda, responsable de Patrimoine Canada, et Josée Verner, responsable de la région de la ville de Québec, ont toutes deux déclaré au cours de la campagne électorale que la décision du CRTC de fermer CHOI-FM était trop sévère et il leur demande de lui venir en aide pour empêcher la fermeture de la radio.Le gouvernement n\u2019interviendra pas immédiatement parce que la cause est devant la Cour suprême, mais les conservateurs savent où est leur intérêt.Pour de venir majoritaire à la Chambre des communes lors du prochain scrutin, ils doivent absolument faire des gains au Québec. ( ' IM > f « Vf fl » V 1 I ¦ \u2022 » s # i 51 r h Des précédents historiques Il y a des précédents historiques qui indique aux conservateurs la voix à suivre.L\u2019alliance entre les conservateurs canadiens et les populistes de droite au Québec n\u2019est pas nouvelle.Le journaliste Normand Lester nous rappelle dans Le livre noir du Canada anglais que le premier ministre conservateur Richard Bedford Bennett - qui avait des liens avec le Ku Klux Klan américain a versé des sommes colossales au fasciste Adrien Arcand pour financer la parution des journaux Le Miroir, Le Goglu et, plus tard, Le Fasciste canadien, qui étaient en somme l\u2019équivalent de la radio-poubelle actuelle.X Lester rappelle que les conservateurs de Bennett ont pris le pouvoir aux élections de 1930 en faisant élire 137 députés dont 24 au Québec.Depuis 1891, le Québec n\u2019avait pas envoyé de députés « strictement » conservateurs et ces résultats étaient à peine croyables, écrit Lester, si l\u2019on songe que les conservateurs n\u2019avaient fait aucun effort particulier pour plaire au Québec.Le « goût du changement » et les journaux d\u2019Arcand avaient suffi.Que nous réserve l\u2019avenir ?Jeff Billion revient en ondes le 17 mars avec sa radio Pirate diffusée sur Internet.Labonnement est au coût de 5,99 $ par mois.Vous pensez que ça ne marchera pas ?Billion ne lésinera pas sur les moyens.Au début mars, il a accepté Lin vitation de Guy A.Lepage et sera l\u2019invité de Tout le monde en parle.Cette association de Radio-Canada avec les radios-poubelles vous étonne ?Peut-être n\u2019avez vous pas réalisé que l\u2019anima- 52 teur Howard Stern, qui avait été banni des ondes à la fin des années 1990, entre autres pour ses propos francophobes (il traitait les francophones de tapettes, de salauds et de putains), a fait une rentrée spectaculaire ces derniers jours sur les ondes de la radio satellite Sirius, dont Radio-Canada détient 40 % des parts.Howard Stern recevra 500 millions $ pour les cinq prochaines années pour animer son émission quotidienne.Même si l\u2019abonnement coûte 15 $ par mois, depuis la fin de 2004 le nombre d\u2019abonnés de Sirius est passé de 600 000 à 3,3 millions, dont 1,1 million de nouveaux abonnés dans le dernier trimestre de 2005.Selon une firme de recherche, 63 % des nouveaux abonnés du dernier trimestre étaient attribuables à l\u2019arrivée de Stern sur les ondes.Pour cela, Howard Stern recevra 34 millions d\u2019actions de son employeur, Sirius Satellite Radio, car la compagnie a atteint le nombre d\u2019abonnés fixé dans son contrat.La valeur des actions dépasse 220 M$ US.1 ?fl J Jeff Pillion voudrait bien lui aussi être diffusé par une radio satellite.Mais il commence sur le Web, où il n\u2019a pas besoin de licence, la réglementation du CRTC ne s'appliquant pas sur Internet.Il compte sur le fait que son émission pourra être téléchargée et écoutée en baladodiffusion.il Quant à André Arthur, il n\u2019aura pas mis de temps à se trouver un micro.Une fois par semaine, il participera à une émission sur les ondes de CHLN 550 AM dans la région de Portneuf.Question de rester proche de ses électeurs.L\u2019exemple américain Il faut prendre au sérieux le développement de ces radios-poubelles.Aux États-Unis, elles expliquent en bonne partie i / » rj 4 f «If! * ï.fj-i ;P,*' I /« \u2022 « I i 1 ê 53 les succès des républicains de George W.Bush.Leur explosion est survenue après l'abolition de la Fairness Doctrine en 1987.Jusque-là, la réglementation adoptée en 1949 stipulait que les postes de radio et de télévision devaient couvrir les « enjeux controversés » en donnant « une possibilité raisonnable de présenter des points de vue opposés ».C\u2019était la Fairness Doctrine.Elle visait à décourager les émetteurs de présenter une programmation partisane.Comme au Canada, les ondes étaient réglementées par la Federal Communications Commission, le pendant américain du CRTC canadien.fl# En 1986, la Fairness Doctrine a été contestée devant les tribunaux au nom de la « liberté d'expression » et une Cour fédérale a statué que la doctrine n'avait pas force de loi.L\u2019année suivante, la FCC l'a abolie.C'est un jugement similaire que les propriétaires de Cenex souhaitent en se présentant devant la Cour suprême pour empêcher la fermeture de CHOI-FM.Si la Cour suprême ne leur donne pas satisfaction, ils espèrent une intervention du gouvernement conservateur, d'autant plus que celui-ci est contre « le gouvernement par les juges ».Cenex, Pillion et autres radios-poubelles espèrent répéter l'expérience américaine qui a vu, suite à l'abolition de la Fairness Doctrine, l\u2019explosion des radios-poubelles.[.\u2019influence des radios-poubelles américaines C\u2019est ainsi qu\u2019en 1988, plusieurs dizaines de postes radio AM ont commencé à transmettre un programme animé par un décrocheur de 37 ans, Rus s Limbaugh, qui se présentait « comme l'homme le plus dangereux des États-Unis ».Pour donner une idée de son discours, disons qu'il décrit les fémi- 54 4 V .{ f 1 3 nistes comme des « féminazis » et la prison de Guantanamo comme un Club med ! t Aujourd\u2019hui, une centaine de postes radio diffusent son programme partout à travers les États-Unis.Son émission quotidienne touche un auditoire de 14 millions de personnes.Une autre vedette des radios-poubelles, Sean Hannity, est diffusé sur près de 400 postes radio et rejoint 12 millions de personnes.Elle co-anime également une émission de fin de soirée sur Fox News.Le Dr Laura Schlesinger qui s\u2019en prend aux homosexuels, aux féministes, qui ridiculisent les handicapés, qui considèrent les arabes comme des « non humains » a huit millions d\u2019auditeurs.Ces radios-poubelles opèrent en synergie avec Fox News - à côté de laquelle CNN a l\u2019air d\u2019une chaîne de gauche - et des blogues conservateurs sur Internet.Les trois défendent becs et ongles l\u2019administration Bush, appuient sans réserve la guerre en Irak et, surtout, attaquent sans relâche les grands médias américains, qu\u2019ils ont acculé à la défensive.À écouter les réactions des commentateurs politiques et de nombre de militants souverainistes au Québec, il semble bien que plusieurs ici aussi soient sur la défensive et même prêts à s'aligner sur le discours conservateur.C\u2019est aussi ce qu\u2019ont tenté les démocrates aux États-Unis.De toute évidence, sans grand succès.Parions que la même chose va se produire de ce côté-ci de la frontière.Q , \u2019 \u2022.1 I .« 55 31 LAN DES ÉLECTIONS FÉDÉRALES Mathieu Bock-Coté* DIX ANS DE SOUVERAIN ISM E PROGRESSISTE: AUTOPSIE D\u2019UN ÉCHEC L\u2019expression s\u2019est vite répandue.Il y aurait un « mystère Québec ».Que s\u2019est-il passé dans la capitale ?Plusieurs explications ont été avancé : présence de médias populistes, culture régionale plus conservatrice, volonté de participer au pouvoir etc.Elles sont loin d\u2019être toutes fausses.Il n\u2019est pas question non plus de nier les réserves bien connues de la capitale envers le mouvement souverainiste.Mais à limiter notre analyse à ces facteurs, on risque de négliger une tendance politique lourde, dont la dernière élection fédérale n\u2019a révélé que les premieres manifestations.Cette défaite, avant d\u2019être celle du Bloc, est celle d\u2019une certaine stratégie politique, une mauvaise stratégie souverainiste, privilégiée depuis une dizaine d\u2019années, en fait depuis le dernier référendum.Je la nommerai simplement : la défaite du souverainisme multiculturel et progressiste.\u2022 \\ On s\u2019en rappelle : la declaration de Jacques Parizeau, le soir du dernier référendum, a provoqué une crise de panique idéologique chez les souverainistes, qui firent tout pour s\u2019éloigner des propos du chef péquiste en convertissant leur option dans les paramètres d\u2019un nationalisme civique et multiculturel, complètement affranchi des préoccupations historiques de la majorité francophone, et plus spéciale- * Candidat à la maîtrise en sociologie, UQAM frf 56 ment, de sa perception de la lutte pour l\u2019indépendance.Pour être définitivement moderne, cosmopolite, ouverte sur le monde, l\u2019option souverainiste devait se dénationaliser, se déprendre de la conscience historique franco-québécoise.C\u2019est la grande question des dix dernières années : comment demeurer souverainiste tout en n\u2019étant plus nationaliste?On a multiplié pour cela les tabous idéologiques, pour dresser un périmètre de sécurité pluraliste autour d\u2019une option qu\u2019on voulait la plus impeccable possible pour les angoissés en manque de modernité identitaire : au Congrès de 1996, la direction péquiste condamnait la question linguistique, en présentant l\u2019éventuelle restauration partielle de la Charte de la langue française comme un geste illégitime en contexte démocratique.En 1999, la direction blo-quiste, cette fois, pour s\u2019ouvrir aux Québécois-et-Québécoises-de-toutes-origines, annonçait la nécessaire rupture avec la conscience historique de la majorité francophone, en renonçant officiellement à la thèse des deux peuples fondateurs, parce qu\u2019elle supposerait une continuité au moins partielle entre la vieille identité canadienne-française et l\u2019identité québécoise qui s\u2019est déployée à partir de la Révolution tranquille.Désormais, il ne serait plus permis de mobiliser la conscience historique francophone dans la légitimation de l\u2019option souverainiste.Pour être le projet de tous les Québécois, l\u2019option souverainiste ne devrait plus d\u2019abord être celle de la majorité francophone, avec ses revendications historiques particulières.Reconnaître l\u2019existence même d\u2019une majorité francophone serait désormais risqué.Le nationalisme civique et multiculturel, particulièrement hégémonique, allait amincir l\u2019identité québécoise pour la faire tenir dans une définition finalement bien semblable à l\u2019identité canadienne réinventée par les trudeauistes.Même révérence envers le pluralisme identitaire, envers la Charte, envers les valeurs progressistes, qu\u2019on nomme canadiennes à Ottawa, et québécoises à Québec. 57 Pour le dire simplement, tout le débat sur la nation québécoise a révélé malheureusement la dévitalisation d\u2019une option politique ne s\u2019abreuvant plus aux raisons profondes qui justifient son existence.Tout faire pour détacher la nation québécoise de sa majorité francophone.Tout faire pour nier qu\u2019elle était historiquement ouverte aux apports nouveaux, et qu\u2019elle n\u2019avait nullement besoin d\u2019une grande pédagogie pluraliste et multiculturelle pour accueillir favorablement une certaine diversité compatible avec la préservation de son identité.Et qu\u2019il n\u2019était pas nécessaire non plus d\u2019inspecter tous les replis de son histoire pour la nettoyer des traces d\u2019un soi-disant nationalisme ethnique qui ferait honte à la démocratie québécoise.1 I 5 Cependant, dénationalisée, l\u2019option souverainiste devait se trouver de nouvelles raisons d\u2019être, sans quoi elle risquait bien de perdre toute pertinence.On peut expliquer par cette conversion au multiculturalisme la redéfinition désormais progressiste du projet souverainiste, et par-là, la mise de l\u2019avant de plus en plus fréquente des références au projet de société, auquel il faudrait, semble-t-il, accrocher la souveraineté, pour en faire autre chose qu\u2019une coquille vide.Un projet de société progressiste, ou si on préfère, à gauche, censé créer au Québec, non plus seulement un pays français et indépendant, mais une société originale, nouvelle, progressiste, écologiste, féministe, social-démocrate, égalitaire.Ce qui impliquait, évidemment, un repositionnement de l\u2019option souverainiste sur l\u2019axe gauche-droite, qu\u2019il avait pu historiquement transcender.Car le mouvement souverainiste fut longtemps une coalition, avant d\u2019être dévié de sa raison d\u2019être par une nouvelle élite et de nouvelles idées cherchant à véhiculer à travers le nationalisme québécois des valeurs qui ne lui étaient pas consubstantielles.t îT, » I § i 58 J\u2019y reviens.Ne nous faisons pas d\u2019illusion : les fameuses valeurs québécoises, que le Bloc s\u2019est fait un devoir d\u2019illustrer depuis quelques années, ne sont québécoises que de nom.De l\u2019approche préventive en matière de jeunes contrevenants jusqu\u2019au mariage gay, en passant par le multiculturalisme et la sacralisation de l\u2019écologisme, on peut difficilement voir sur ces questions un vrai consensus qui modifierait en profondeur l\u2019identité québécoise.Les fausses valeurs québécoises ne pouvaient pas remplacer sérieusement l\u2019identité nationale traditionnelle de la majorité francophone sans délégitimer un projet politique qui repose fondamentalement sur la seconde.Il était fatal qu\u2019à un moment ou à un autre, certains segments de la population, probablement nationalistes, mais plus réservés envers le progressisme identitaire, social et culturel, s\u2019en aperçoivent.Il y aurait un prix politique à payer pour cette conversion idéologique.Ce prix, nous venons de le payer.En 2004, François Legault, qui plaidait pour la définition d\u2019un projet de société progressiste à investir dans l\u2019option souverainiste, avouait que certains nationalistes conservateurs pourraient faire défection, mais que cette perte serait marginale, négligeable.Cette défection, elle vient de se produire.Ces nationalistes nous ont quitté à plusieurs dizaines de milliers.Ils ont emporté avec eux dix comtés.Heureusement que le calendrier électoral a freiné l\u2019hémorragie.Ils auraient pu être bien plus nombreux.'ill', J r 'r -4W KrJ i \u2022 Les électeurs de Québec ne sont pas mystérieux.Plutôt conservateurs, ils se demandent pourquoi soutenir encore un parti qui se réclame de valeurs contraires aux leurs et qui, par ailleurs, s\u2019est complètement détaché d\u2019un nationalisme plus traditionnel qui n\u2019avait pas complètement tranché liens avec la majorité francophone.Et quand, par dessus \u2022 \u2022 r \u2022 il j f « » i : s i é e Ml I # \u2022»* » « I f t 59 r«t tout, le chef bloquiste fait tout pour dépolariser f élection de la question nationale, en soutenant que la souveraineté n'en est pas un enjeu, et qu'il faut voter pour son parti parce qu'il défendrait à Ottawa les intérêts du Québec, dont il se fait le seul interprète, et les valeurs du Québec, dont il pense avoir le monopole, il est bien possible que des nationalistes de droite, plutôt souverainistes, mais pas nécessairement indépendantistes, aient décidé de quitter une coalition où ils ne se retrouvaient plus vraiment et où tout le discours officiel était fait pour occulter leur existence.5 il En fait, gique des dirigeants souverainistes, qui n'ont pas compris qu\u2019en alignant leur projet sur l'aile la plus progressiste de leur mouvement, ils risquaient de faire éclater la coalition dont ils devaient préserver l'unité.Cette coalition, elle ne tenait pas parce que les souverainistes auraient souscrit ensemble à un même projet de société.Elle tenait parce que les différentes expressions du nationalisme québécois parvenaient à s\u2019y retrouver, en se ralliant pour des motifs pragmatiques ou idéologiques à l'option souverainiste.Dois-je ajouter que se rejoignaient dans cette coalition des progressistes, des conservateurs, des libéraux, ou si on préféré, des électeurs de gauche, de droite, de centre, qui parvenaient à travailler ensemble pour des raisons supérieures, transcendant leurs divisions politiques ?qui est mystérieux, c\u2019est l'aveuglement idéolo- 5: Je vois deux raisons à la défaite dans Québec : l\u2019abandon du nationalisme historique de la majorité francophone, qui a des conséquences réelles sur l\u2019importance que donne la population ou non au projet souverainiste.Le réalignement progressiste qui a suivi, et qui a accéléré l\u2019éclatement d\u2019une coalition qu\u2019on venait en plus de priver de son ciment fondamental.Conséquemment, il m\u2019apparaît évident que pour 5 ; 6o t refaire leur coalition, les souverainistes doivent reconnaître le cul-de-sac dans lequel nous a conduit la conversion multiculturelle et progressiste.Il ne s\u2019agit pas de faire passer le souverainisme à droite.Personne ne croit cela nécessaire.Il importe toutefois de ne plus le camper à gauche.Il importe aussi, surtout, de remettre de l\u2019avant les raisons fondamentales pour lesquelles existe un mouvement d\u2019affirmation nationale au Québec.Car il est bien possible qu\u2019à soustraire au projet souverainiste toutes ses raisons historiques et identitaires, pour lui en inventer des artificielles et techniques, on se retrouve au bout du chemin sans projet souverainiste du tout.?I# I i ¦ t $ \u2022 «> r« .4 # \u2022 0 t * * \u2022 » i\u2019i s * \u2022 t * ; / j # ;f f f« .1 \u2022.\u2022 fill: i » i I » I ft 6i BILAN DES ÉLECTIONS FÉDÉRALES Denis Monière* En cil LA FORCE D\u2019UNE ILLUSION Chaque consultation popu laire exige une analyse critique afin d'évaluer les tendances de l'opinion publique et d'identifier les forces et les faiblesses des partis en compétition Celle du 23 janvier 2006 a permis au Bloc québécois d'obtenir un résultat appréciable avec 68 % des sièges-.Il se retrouve avec la balance du pouvoir ce qui n'est pas négligeable pour un parti dont on se gaussait en disant qu'il ne servait à rien.5,1 Mais sa performance n'a pas été à la hauteur des attentes.Le Boc a obtenu moins de votes en 2006 qu'en 2004, soit 1 552 043 comparativement à 1 680 109 alors qu'il y a eu 182 000 électeurs de plus qu'en 2004.On aurait pu espérer un soutien beaucoup plus important en termes de votes par le * compte tenu de la conjoncture très favorable scandale des commandites qui avait illustré la pertinence de la présence des souverainistes sur la scène fédérale puisque le Bloc avait bataillé ferme pour faire éclater ce scandale.Les Québécois ont certes sanctionné les libéraux qui ont perdu 400 000 votes, mais ils ont choisi de récompenser le Parti conservateur qui a obtenu 600,000 votes de plus qu'en 2004.De toute évidence, il y a eu des transferts de votes souverainistes vers le Parti conservateur qui a su phagocyter le capital politique accumulé par le Bloc.z z H I - îH * Président de la Ligue d\u2019action nationale 62 Le positionnement et la stratégie des partis en campagne électorale ont eu une influence sur le choix des Québécois puisque le Bloc qui était crédité de 52 à 55 % des intentions de vote en début de campagne a perdu au moins 10 points, alors que le Parti conservateur qui avait la confiance de moins de 10 % des Québécois a recueilli 24 % du vote.Ce mouvement de l\u2019opinion publique peut s\u2019expliquer par des variables conjoncturelles et par des variables idéologiques.Les facteurs conjoncturels La très forte avance du Bloc dans les sondages a sans doute eu des effets euphorisants qui ont suscité une trop grande confiance et une certaine indolence de la machine électorale.Mais cette avance a pu aussi inciter certains électeurs qui votaient pour le Bloc dans le passé à modifier leur stratégie.Ils ont estimé qu\u2019il n\u2019était plus nécessaire de voter pour le Bloc pour faire battre les libéraux et qu\u2019ils pouvaient exprimer leur volonté de changement en soutenant le Parti conservateur, le seul parti qui pouvait réaliser une alternance politique.Comme ces électeurs n'ont pas une idéologie forte et sont politiquement ambivalents, ils ont été attirés par le discours pragmatique et d\u2019ouverture des conservateurs qui étaient par ailleurs en ascension dans les sondages.La publication quasi quotidienne des sondages a sans doute amplifié cette tendance.Les conservateurs ont aussi réussi à contrôler l\u2019ordre du jour politique en obligeant les électeurs à réfléchir à leurs propo- sitions ce que le Bloc n\u2019a pas réussi à faire.Ils ont aussi marqué des points en attaquant futilité du Bloc sur la scène fédérale et posant comme alternative constructive.Pourquoi les Québécois devraient-ils être éternellement dans l\u2019opposition comme ils le sont depuis 13 ans alors qu\u2019ils pouvaient désormais compter sur un parti fédéraliste ouvert à leurs aspirations ?en se fi 63 Le discours conservateur a surtout attiré des électeurs fédéralistes mécontents de la corruption libérale, mais il a aussi grugé la clientèle du Bloc.Il y aurait eu 18 % d\u2019électeurs souverainistes qui auraient voté pour les conservateurs1 dans l\u2019espoir de déloger les libéraux du pouvoir.Ils se sont laissé séduire par l\u2019attrait d\u2019un changement de parti au pouvoir au lieu de voter selon leurs convictions en répétant la logique du beau risque du fédéralisme proposé par René Lévesque en 1984.La stratégie de communication du Bloc fut moins performante en étant essentiellement axée sur la dénonciation de -4 1 sujet avait été abondamment la corruption libérale.Or, exploité en 2004 et il était repris par les autres partis d\u2019opposition ce qui en réduisait l\u2019efficacité mobilisatrice.On n\u2019a pas voulu maximiser l\u2019enjeu en faisant une élection pré-référendaire.Le Bloc n\u2019a pas réussi à imposer d\u2019autres enjeux à l\u2019ordre du jour de la campagne.La campagne du Bloc a aussi été centrée sur la popularité de son chef.Aucune autre vedette du parti n\u2019a été mise à contribution ce qui produisait un effet de redondance.La campagne publicitaire télévisée fut aussi particulièrement insipide et peu imaginative.Les stratèges du Bloc ne se sont pas conformés aux règles de la communication politique qui est axée sur la diversité et le renouvellement du message.Ils ont fait exactement le contraire.Le même message revenait inlassablement de sorte qu\u2019il perdait de son efficacité.Enfin, le Bloc s\u2019est absenté de la campagne électorale entre Noël et le Jour de l\u2019an, comme si ont avait décidé de prendre des vacances.Pendant ce temps, les autres partis étaient seuls sur la patinoire et imposaient leurs thématiques à des électeurs qui avaient une grande disponibilité d\u2019esprit en cette période de vacances et de festivités.Les sondages ont d\u2019ailleurs indiqué que le point tournant de la campagne s\u2019est produit autour du 27 décembre où les conservateurs ont pris leur envol.b -vcm 64 On a beaucoup glosé sur la percée conservatrice dans la région de Québec, mais cette renaissance du Parti conservateur n\u2019est pas limitée à cette région.Il ne faut pas perdre de vue que le Parti conservateur arrive en deuxième position dans 40 circonscriptions ce qui traduit un changement significatif de l\u2019opinion publique.Ce succès électoral montre à quel point des segments importants de l\u2019électorat québécois sont instables idéologiquement et oscillent entre le vote de protestation et l\u2019espoir d\u2019une réconciliation.Les facteurs idéologiques De nombreux québécois se sont laissés séduire par les promesses conservatrices sur la reconnaissance du rôle international du Québec et sur le déséquilibre fiscal.Ils ont imprudemment accordé leur confiance au Parti conservateur qui leur a fait croire qu\u2019il serait une alternative plus efficace que le Bloc pour servir les intérêts du Québec.Cette opération charme a pu fonctionner parce que le concept d\u2019intérêt est ambigu de sorte que tous les partis peuvent prétendre être au service du Québec.Le Bloc n\u2019a pas cherché à combattre cette ambiguïté en distinguant entre l\u2019intérêt du Québec provincial et l\u2019intérêt du Québec national.Il s\u2019est fait prendre à son propre jeu de la défense des intérêts du Québec.Un discours d\u2019ouverture sans engagements concrets et précis a suffi à faire tourner le vent.Les électeurs conservateurs ont oublié que le meilleur moyen de prévoir ce que fera un parti gouvernemental n\u2019est pas de se fier à ses promesses, mais d\u2019analyser ce qu\u2019il a fait dans le passé.Ils ont oublié que ces mêmes conservateurs n\u2019ont pas une vision asymétrique du Canada, qu\u2019ils sont partisans du nation building canadien, qu\u2019ils ont refusé de voter une résolution recon- 65 naissant la nation québécoise, qu'ils ont toujours prêché l'égalité des provinces, qu\u2019ils ont voté contre plusieurs propositions qui faisaient consensus au Québec.Pourquoi alors le jugement de ces électeurs a-t-il fait h de ces réalités?Ceux qui ont voté conservateur l\u2019ont surtout fait parce qu\u2019ils désirent une amélioration des relations entre le Québec et le Canada, parce qu\u2019ils croient possible de satisfaire les revendications québécoises dans le cadre du fédéralisme.N\u2019y aurait-il pas dans ce comportement une forme de retour du refoulé du lac Meech ?Le souvenir de l\u2019ère conservatrice de Brian Mulroney n\u2019est sans doute pas étranger à la récente popularité des conservateurs au Québec.Ces Québécois se sont sans doute imaginé que le tandem Harper-Charest réussirait là où celui de Mulroney- B our a s s a a échoué.Chose certaine l\u2019illusion de la dernière chance du fédéralisme n\u2019est pas morte.On espère encore que le Canada fera des concessions au Québec et, que par des accommodements politiques ou des astuces administratives, on réussira à satisfaire les besoins existentiels du Québec.Le discours du Parti libéral du Québec encourage cet optimisme stérile en réduisant les demandes du Québec de décennie en décennie afin de faire baisser le niveau des attentes québécoises et de légitimer toute solution de compromis.Lexpérience d\u2019un demi siècle de querelles constitutionnelles ne semble pas avoir suffi pour convaincre une majorité de Québécois que la logique canadienne est incompatible avec la reconnaissance de la dualité nationale.À chaque génération, l\u2019illusion renaît des cendres de la déception et on continue à s\u2019imaginer qu\u2019on trouvera un terrain d\u2019entente.Les Québécois sont prompts à faire confiance aux marchands d\u2019illusion qui leur promettent des changements.Mais ils oublient la logique des rapports de force et les conséquences \u2022fl H X» P* KWfWff \u2022.i ' t V « *.» .\u2022 M 1 asaæsassgsi \" -» ; :.L.n-;i nr:;;; zzZ'Lz-sr-: ^\\czT:c:2zrrzz%::z%czzz: WÎP * 66 de l'inégalité politique : à savoir que les exigences d'une minorité seront toujours subordonnées aux intérêts de la majorité.À cet égard, leur réserve d'illusion semble inépuisable et se reconstitue d\u2019une génération à l'autre.,t|V Le fédéralisme assure sa persistance en entretenant deux types d\u2019illusion : d\u2019abord, celle de l\u2019alternance politique qui fait croire que le changement de parti au pouvoir entraînera un changement de politique à l\u2019endroit du Québec et ensuite celle de l\u2019accès au cercle dirigeant de représentants du Québec qui pourront faire avancer les dossiers du Québec.Hier comme aujourd\u2019hui, quelques ministricules suffisent pour faire accepter la subordination collective.L\u2019élection du 23 janvier a montré que cet état d\u2019esprit est encore bien enraciné dans une portion significative de l\u2019opinion publique et que l\u2019action politique du mouvement souverainiste a échoué à éradiquer la force de cette illusion.Le Bloc n\u2019a pas réussi à développer une conscience de l\u2019intérêt national.En s\u2019acharnant à jouer le jeu de l\u2019opposition constructive, en refusant de se poser en parti anti-système, il accrédite même l\u2019illusion du vote utile.?I* I Ml » d t* t i Voir P.Fournier et al, « Harper can thank federalists voters » Globe and MaiI, 8 févier 2006, A-17.* I * imVlbU'i: ; % ; ¦ .DOSSIER 1 ¦ Dossier # Halte à la méga-folie hospitalière ! -Frédéric Lacroix, Patrick Sabourin La grande illusion -Louis Préfontaine Les services de santé au Canada : une perspective linguistique -Frédéric Lacroix 68 76 « 1 87 Lire Primeur no Lire les essais 120 Livres reçus 137 ti#lI iîNf Index des annonceurs 139 II\u2022 ¦ * i« \u2022 t \u2022 * 4* * i è* '\u2022 i iiSi .t H « » mi i 68 DOSSIER Frédéric Lacroix, Patrick Sabourin * HALTE À LA MÉGA-FOLIE HOSPITALIÈRE! Face aux dépassements de coûts appréhendés de centaines de millions - voire de milliards - de dollars dans la construction du CHUM (Centre hospitalier de T Université de Montréal) et du MUHC (McGill University Health Centre) et suite au refus féroce de la communauté anglo-montréalaise d'accepter un partage des spécialités entre méga-hôpitaux montréalais, le gouvernement a nommé un médiateur pour tenter de trouver une solution afin d'éviter un dérapage budgétaire majeur.Aux dernières nouvelles (Le Devoir 27 février 2006), le gouvernement Charest songeait même à donner les méga-hôpitaux en pâture à l\u2019agence des P PP afin de comprimer les coûts.Or, à l'instar du mélodrame printanier concernant l\u2019emplacement du CHUM, le mélodrame automnal du partage des spécialités n'a servi qu'à occulter le vrai problème : la construction de deux méga-hôpitaux à Montréal n\u2019est pas rationnelle.Économiquement, démographiquement, autant du point de vue de l'efficacité administrative que de celui de la qualité des soins aux patients, la construction de deux méga-hôpitaux à Montréal est une aberration.I I Revoyons un peu le dossier.* On peut rejoindre Frédéric Lacroix (Ph.D.) à l\u2019adresse courriel suivante : nacroix@yahoo.com Pour plus de détails : www.unseulchu.org t ! La formation des médecins Un centre hospitalier universitaire a pour but de former la relève médicale, prodiguer des soins et faire de la recherche.Or, la majorité des médecins formés à McGill choisissent de pratiquer ailleurs qu\u2019au Québec.En effet, bon an mal an, environ 50 % des diplômés provenant de la « Medical School » de McGill quittent le Québec, surtout pour l\u2019Ontario et les États-Unis (Canadian Post-MD Education Registry « CAPER », Tableau J-iii (A) à www.caper.ca).L\u2019Université de Montréal, dont les quotas de places d\u2019études en médecine ne sont que de 1,5 fois supérieur à ceux de McGill, a formé 4 fois plus de médecins pratiquant au Québec que son homologue de langue anglaise.X mi.rm Le Québec est Lune des provinces canadiennes qui perd le plus de médecins au Canada.Rappelons que, selon la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Québec est toujours en pénurie d\u2019environ 1000 médecins spécialistes et qu\u2019un demi-million de Québécois n\u2019ont pas de médecin de famille.Entre 1995 et 2002, alors que le Québec subissait une perte nette de 355 médecins, 450 médecins McGillois quittaient le Québec pour aller s\u2019établir ailleurs (CAPER et Southam Medical Database).McGill agit comme un véritable siphon à matière grise.Selon CAPER, McGill offre la pire performance au pays en matière de rétention des diplômés en médecine (Tableau J-ii).Sans McGill, le bilan migratoire des médecins au Québec serait positif ! Le quart des quotas en places d\u2019études en médecine au Québec est donc alloué à une université anglophone qui exporte la majorité de ses diplômés.Pas étonnant qu\u2019à force de s\u2019entêter à vouloir remplir un sceau percé, le gouvernement du Québec aura besoin d\u2019encore au moins 10 ans pour former 3000 nouveaux médecins.Loin de voir un problème dans kD m ? I 70 cet exode de ses diplômés, l\u2019université McGill va même, selon une source interne, jusqu'à prendre en charge les démarches administratives pour l\u2019obtention de visas de travail américains à ses étudiants qui désirent aller travailler aux États-Unis.Le doyen de la faculté de médecine de McGill, M.Abraham fuies, se congratulait d\u2019ailleurs du fait que McGill était en mesure de former les étudiants francophones exceptionnels qui désiraient faire carrière aux États-Unis et de faciliter leur transition (McGill Reporter le 8 décembre 2005).Les coûts sociaux et économiques de cet exode massif sont pourtant significatifs.Former un médecin généraliste coûte au bas mot 150 000 $ en fonds publics, et former un spécialiste coûte beaucoup plus (le coût varie selon les spécialités).Il est difficile de comprendre comment l\u2019allocation à l\u2019université McGill d\u2019environ 25 % des quotas de places d\u2019études en médecine au Québec se justifie dans l\u2019économie générale de la formation des médecins québécois, et il est très, très difficile de comprendre ce qui pourrait justifier l\u2019investissement d\u2019au moins un milliard de dollars (deux milliards avec les dérapages appréhendés) de fonds publics pour bâtir un méga-hôpital pour former des médecins qui iront en grande majorité pratiquer ailleurs.Le retour sur l\u2019investissement est tout simplement désastreux.Il faudrait investir presque trois fois plus d\u2019argent à McGill pour obtenir le même nombre de médecins que celui fourni par Y Université de Montréal.Il serait à la fois logique, juste et plus rentable pour la société québécoise d'augmenter le quota de places d\u2019études de l\u2019Université de Montréal (qui a fait ses preuves !) et de diminuer celui de McGill.Le Québec est-il si riche qu\u2019il doive bénévolement former des médecins pour l\u2019Ontario et les États-Unis ?¦ 4 J \u2022 **' I #1 * \u2022 W 71 f La recherche En ce qui concerne la recherche, le MUHC remplit parfaitement sa mission dans les conditions actuelles.McGill s\u2019est d\u2019ailleurs hissée cette année au premier rang du palmarès Maclean's des meilleures universités canadiennes.Avec ses cinq hôpitaux affiliés et son corps professoral de 25 % plus important que celui de l\u2019Université de Montréal, McGill domine déjà la recherche en santé au Québec (presque la moitié de la recherche en santé, domaine économique névralgique, s\u2019effectue d\u2019ailleurs en anglais au Québec).Chaque année, McGill rafle environ le tiers des fonds destinés à la recherche en santé au Québec et certaines années jusqu\u2019à 50 % des fonds octroyés par le gouvernement fédéral.À lui seul, son fond de dotation de 800 millions de dollars (le plus important au pays) suffirait pour financer en bonne partie le nouveau centre hospitalier du MUHC, sans nécessité d'injecter des fonds publics.En comparaison, les fonds de dotation combinés des universités Laval, Sherbrooke et Montréal totalisent moins de 220 millions, soit environ le quart du seul fond de dotation de l\u2019université McGill.Au lieu d\u2019investir encore à McGill, il faudrait favoriser les autres universités, qui ont un sérieux rattrapage à faire.« L\u2019excellence » Foin de tout cela, car McGill ne peut être jugée selon les critères ordinaires de la plate logique : McGill est « excellente », « de classe mondiale », « multiculturelle et ouverte sur le monde » (Canada Newswire, 12 décembre 2005 ; CHUM et CUSM - le retour des vieilles rengaines, Le Devoir, 23 décembre 2005) ce qui signifie que dans les sphères éthé- : » i H r* r .\u2022 K) VI) \u20224.?* H 4 i- »?«\u2022 72 rées où elle se meut, les critères qui s\u2019appliquent aux autres universités québécoises ne l\u2019atteignent pas.Lorsque interrogée à propos du salaire extravagant de la rectrice de McGill, Mme Heather Munroe-Blum, la vice-rectrice aux communications, Mme Jennifer Robinson, rétorquait que McGill ne pouvait pas être comparée aux autres universités québécoises : « Nous, on est dans le marché des universités anglophones.On fait de la compétition sur la scène mondiale.» (Journal de Montréal, 2 janvier 2006).Vi I Il est assez étonnant que si peu d\u2019observateurs n\u2019aient sursauté devant pareille affirmation.Car celle-ci est fondée sur le mépris : mépris pour les franco-québécois qui s\u2019imaginent que des institutions québécoises où l\u2019on parle français puissent être attractives au-delà de l\u2019horizon étroit des « pure-laine », mépris pour l\u2019idée que l\u2019ouverture à l\u2019autre puisse se faire autrement qu\u2019en anglais sur cette planète mondialisée, mépris pour les universités québécoises qui ne peuvent être aussi « excellentes » que McGill par atavisme culturel et stigmate de la langue maternelle.3 Or, si l\u2019on regarde au-delà de l\u2019horizon de la recherche, McGill est-elle vraiment « excellente » ?Elle échoue lamentablement à la tâche de former des médecins pour travailler au Québec.Ses médecins résidents en médecine familiale ne brillent guère parmi les meilleurs : 36 % de ceux-ci ont échoué à l\u2019examen du Collège des médecins du Québec en 2005 alors que le taux d\u2019échec est de seulement 5 % pour l\u2019Université de Montréal (Radio-Canada, 22 juillet 2005).L\u2019examen était pourtant donné en anglais - étrange médecins sont « théoriquement » destinés à pratiquer dans des milieux francophones tel l\u2019Abitibi, domaine couvert par le Réseau universitaire intégré de santé de McGill (RUIS).Voilà un fait embarrassant que la direction de McGill s\u2019em- car ces iiü I .i Ull 73 presse d\u2019oublier à l\u2019heure de se propulser sur l\u2019orbite de « l\u2019excellence ».La démographie La démographie ne justifie pas non plus la construction de deux méga-hôpitaux séparés sur une base linguistique comprenant chacun un éventail complet de services et de spécialités à Montréal.Les anglophones ne forment que 8,0 % de la population québécoise et 12,8 % de la population de la région métropolitaine de recensement de Montréal.Pourquoi alors le Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) accorde-t-il 50 % des budgets aux anglo-montréalais ?Lutilisation du vocable «hôpital anglophone » se justifie en précisant que l\u2019anglais est la lingua franca à l'intérieur des établissements McGillois, (même si les services peuvent aussi être fournis en français, l\u2019important est que l\u2019anglais constitue la langue d\u2019intégration et de mobilité sociale ascendante dans ces institutions, flouant ainsi les prétentions québécoises à faire du français la langue commune) et que la communauté anglo-montréalaise contrôle établissements (le C.A.du MUHC compte seulement 3 francophones sur 22 membres, 13,6 % de francophones alors qu\u2019il y en a 82 % au Québec, voir Le Devoir, 13 décembre 2005), établissements qui pèsent près de 15000 emplois dans l\u2019économie montréalaise.Seule une minorité des patients traités dans les hôpitaux anglophones sont effectivement de langue anglaise.McGill rétorquerait sûrement, comme elle l\u2019a fait lors du débat sur le partage des spécialités, que son RUIS dessert 1,7 million de personnes (environ 25 % de la population du Québec) et la majeure partie du territoire du Québec.Voilà une explication qui n\u2019en est pas une : pourquoi diable 25 % aüm ' ' S»£-22 vr mrmmr mat a uatxttxtttitttti 74 de la population du Québec est-elle desservie par un hôpital anglophone alors que le Québec compte seulement 8 % d\u2019anglophones ?Le ministre de la Santé et de services sociaux peut-il répondre à cette question ?McGill a déjà amplement démontré sa mauvaise foi dans l\u2019affaire du partage des spécialités entre l\u2019hôpital Sainte-Justine et le Montreal Children\u2019s Hospital.Dans un rapport présenté au MSSS (« Pourquoi la complémentarité en pédiatrie »), les docteurs Bernard et Dufresne nous apprenaient que la démographie du Québec ne justifiait plus la présence de deux hôpitaux pédiatriques offrant chacun un éventail complet de services.En 30 ans, le nombre de naissances a chuté de 30 %, et le nombre d\u2019enfants entre o et 5 ans, de 40 %.Le nombre d\u2019hospitalisations a chuté de plus de 15 % entre 1997 et 2002.Il n\u2019y a pas de masse critique au Québec pour soutenir deux centres hospitaliers universitaires pour enfants.Comme le soulignaient les docteurs Bernard et Dufresne, « Toute division des efforts dans deux centres porteraient préjudice à l\u2019excellence clinique ».Ainsi, afin de maintenir l\u2019excellence des soins et également pour respecter l\u2019apport historique des deux centres, Bernard et Dufresne proposaient une concentration et un partage des spécialités, ce qui assurerait la survie des deux hôpitaux pour enfants.Or, McGill a rejeté catégoriquement le partage des spécialités, partage qui avait pourtant déjà reçu l\u2019aval de la direction du CHUM.Le Dr Guy Breton, vice-doyen de la faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal, estime que la concentration des soins est nécessaire et bénéfique pour les patients.Il ajoute : « Ils [McGill] se refusent à faire ce que tous les grands hôpitaux universitaires américains ont fait ».Il semble que les intérêts de McGill priment sur les intérêts des Québécois. f \u2022 r r ¦ ' t 75 \u2022 !f *.r ,,F f r f» $ ïjnîi Will IM 0\u2022 f rlriHij f \\ 1 ' #& r / X! SB?W I Le partage des spécialités Finalement, le partage des spécialités apparaît comme une solution « politiquement correcte » un peu bancale : les problèmes médicaux ne sont pas naturellement compartimentés selon les champs de compétences des spécialistes et exigent que tous les services spécialisés soient disponibles sous un même toit.Dans un article signé par Isabelle Paré, Le Devoir du 15 décembre 2005 rapportait que la tentative albertaine de concentrer les spécialités dans certains centres hospitaliers fut un « échec retentissant ».La conclusion s\u2019impose d\u2019elle-même : il ne faut construire qu\u2019un seul centre hospitalier qui regroupera toutes les spécialités à Montréal.Ce centre doit revenir à la majorité de langue française.Ceci est normal, juste et cohérent.Le CHUM, le CHUS et le CHUQ présentent des besoins urgents.L\u2019hôpital Notre-Dame est dans un état de délabrement avancé.L\u2019Hôtel-Dieu de Québec, le plus vieil hôpital en Amérique du Nord, souffre d\u2019une « grande vétusté » (Radio-Canada, 2 novembre 2005) et a besoin de 179 millions de dollars pour des rénovations majeures.Les besoins sont pressants à la grandeur du Québec.Pourquoi alors donner autant de ressources aux anglo-montréalais ?Un Mirabel hospitalier se prépare.Dans un sondage commandé par La coalition des médecins pour une justice sociale, seulement 32 % des répondants considèrent assez ou très importante la construction des deux méga-hôpitaux.Cette décision importante, prise sans débat, n\u2019a même pas l\u2019appui de la population.Le gouvernement doit faire marche arrière et abandonner le projet du MUHC.Il n\u2019est pas trop tard pour corriger cette erreur historique.Q fil I B i i 76 DOSSIER Louis Préfontaine* 1.La réponse du gouvernement Charest au jugement Chaoulli LA GRANDE ILLUSION ¦y Le document de consultation que le gouvernement Charest a rendu public le 16 février dernier, en réponse à la décision de la Cour suprême de permettre l\u2019entrée de l\u2019assurance privée dans la santé, est moins pire qu\u2019anticipé, mais il comporte néanmoins de nombreux périls.Le gouvernement se sert surtout de cette décision pour imposer insidieusement son idéologie.Dès le début du document, Charest se défend de ne pas avoir utilisé la clause dérogatoire en affirmant que « ce n\u2019est pas notre identité qui est en jeu ici, mais notre mission de gestionnaire du système de santé et nos obligations qui en découlent à l\u2019égard des droits fondamentaux des Québécois » (p.2).Pourtant, il aurait pu - il aurait dû - l\u2019utiliser.3 En effet, dans un texte officiel de la Bibliothèque du Parlement fédéral sur la clause dérogatoire, il n\u2019est nullement question de l\u2019utilisation strictement « identitaire » de la clause, mais de son usage en tant que « soupape de sûreté » qui peut être invoquée « pour préserver les institutions sociales et politiques fondamentales »\\ Y a-t-il une institu- * L\u2019auteur est journaliste indépendant et collabore à l\u2019Aut\u2019journal.Il a réalisé des entrevues avec Gabrielle Pelletier, porte-parole de la Coalition Solidarité Santé, et Simon Turcotte, médecin en résidence au CHUM, quelques jours après la sortie du rapport.\u2022 i i \u2022 \u2022.I 77 tion sociale plus importante au Québec que celle d\u2019une santé publique, ouverte à tous, et protégée de la rapacité des milieux financiers ?Même le rapport du 16 février le note : « ce sont les assises sociales du système public québécois qui sont alors remises en cause » (p.35).Évidemment, le gouvernement se défend d\u2019ouvrir toute grande la porte au privé.Pourtant, comme le notait en entrevue Simon Turcotte, médecin en résidence au CHUM, quelques jours après la sortie du rapport, le problème c\u2019est qu\u2019on a « greffé le recours à l\u2019assurance privée aux mécanismes de garantie d\u2019accès aux soins.La \u2018solution\u2019 que le gouvernement envisage passe par l\u2019un ET l\u2019autre.Comme si en étant d\u2019accord avec l\u2019idée de fixer des balises en terme de délais d\u2019attente maximaux, on devait aussi être d\u2019accord avec l\u2019ouverture inoffensive de l\u2019assurance privée ».Pour justifier cette ouverture au privé, le gouvernement y oppose le statu quo, comme si nos seuls choix étaient d\u2019un côté les listes d\u2019attente et de l\u2019autre le privé.Bref, par une habile rhétorique on tente de faire croire à la population qu'ouverture au privé et qualité du service offert vont de pair, alors que ce n\u2019est absolument pas le cas.Prenons l\u2019exemple des États-Unis, où le système est large ment dominé par les assureurs privés.Le système de santé états-unien est le plus cher parmi les pays de l\u2019OCDE : il coûte 5635$ per capita (contre 3001$ pour le Canada)2.Il englobe 15% du PIB (9,9% pour le Canada).Pourtant, les États-Unis ont moins de physiciens, d\u2019infirmières et de lits d\u2019hôpitaux que la moyenne de l\u2019OCDE.Ils ont également une mortalité infantile plus élevée, et une espérance de vie plus faible qu\u2019au Canada.Parallèlement, 41,3 millions de personnes (14,4 % de la population)3 ne possèdent aucune assurance et doivent donc se priver de soins.0= \u2022u ¦A1*' - EE M \u2022\u2022 » fft ¦:\trj' ?r I s m TT\"! «lut \u2022vr.v.7, .;*\u2022 *.reee1 w: 78 I Même le rapport le note : Plus l\u2019ouverture à l\u2019assurance privée est grande, plus sa mise en oeuvre nécessite des mesures de contrôle variées, ce qui rend plus complexe la gestion de l\u2019ensemble du système.[.] Cela peut avoir comme conséquence une réduction de l\u2019accès aux services pour les usagers du régime public.[.] De plus, même avec un encadrement réglementaire supplémentaire, rien ne garantit la qualité des services qui seront offerts par le secteur privé, (p.39) En clair, on affirme que non seulement l'introduction du privé complexifie le réseau de la santé, mais également qu\u2019il entraîne une augmentation de la bureaucratie et possiblement une diminution de la qualité des services offerts.On va même plus loin dans le rapport : [.] plus l\u2019ouverture à l\u2019assurance privée sera étendue, plus la gestion globale du système de santé deviendra complexe et plus il pourra être difficile d\u2019en contrôler la qualité et les coûts.Une ouverture à l\u2019assurance privée amènerait, selon toute probabilité, une augmentation de la part du PIB consacrée au sec teur de la santé et des services sociaux, (p.44).En somme, la logique du gouvernement est la suivante : on admet que le privé coûte plus cher et complexifie le réseau de la santé, mais on s\u2019en lave les mains en se contentant de dire qu\u2019on obéit à la Cour suprême.Charest cache son manque de courage politique pour avoir refusé d\u2019invoquer la clause dérogatoire et se sert de la décision du tribunal pour mettre en œuvre des réformes de droite motivées par son idéologie néolibérale.Le pire est évité s Heureusement, tout n\u2019est pas noir dans ce rapport.Une des plus grandes craintes des milieux communautaires et de la santé étaient l\u2019introduction d\u2019un régime mixte où les méde- # i » i \u2022 t k t # f | i b \u2022ê 79 * dns auraient pu travailler à la fois dans le public et le privé.Une telle mesure aurait été catastrophique.« Le médecin qui travaille à la fois au public et au privé a avantage à ce que ses listes d\u2019attentes soient longues, car cela lui assure une clientèle de gens disposés à payer et un salaire plus élevé au privé », explique Simon Turcotte.L\u2019expérience a d\u2019ailleurs déjà été tentée au Manitoba, où ce fût un retentissant échec.Un rapport du Manitoba Centre for Health Policy and Evaluation, publié en 2000, note: r 1 [.] les chirurgiens avec des cliniques privées sont incités à avoir une longue liste d\u2019attente au public.Nous ne disons pas que ces chirurgiens essaieraient volontairement de remplir leurs listes d\u2019attentes du public en recommandant des chirurgies qui ne sont pas nécessaires, mais ils pourraient le recommander plus souvent que d\u2019autres chirurgiens, sachant qu'avec l\u2019attente anticipée, le patient serait prêt quand la chirurgie serait annoncée.4 9 En somme, si le conflit d\u2019intérêt appréhendé (et ses effets négatifs tant sur les coûts que sur les patients) ne se matérialiserait pas toujours, le risque existerait tout de même.Et ce problème est enfin reconnu par le gouvernement « lorsque l\u2019on permet à un médecin de travailler dans le système public de santé et d\u2019offrir aussi des services à financement privé, il existe un risque significatif de transfert de certains coûts du secteur privé vers le secteur public » (p.44).» il V De toute façon, le jugement Chaoulli ne permettait pas ce type de mesures, malgré divers appels de la droite, notam ment de Jacques Chaoulli lui-même, qui est maintenant un « chercheur » à l\u2019Institut Économique De Montréal (IEDM), un think-tank néolibéral relié à l\u2019Institut Fraser et ayant comme but de livrer nos services publics au marché.« Le jugement de la Cour Suprême invalide une disposition \u2022\u2022 rn ¦ ; *» *4 I 8o empêchant la contraction d'assurances privées pour les médecins travaillant en-dehors du RAMQ, mais n\u2019invalide pas les autres dispositions qui disent que les médecins doivent choisir entre le privé et le public », explique Marie-Claude Prémont, de la faculté de droit de l\u2019université McGill et représentant une coalition de juristes ayant dénoncé l\u2019automne dernier cette interprétation frauduleuse du jugement Chaoulli.En refusant, avec raison, de donner cette portée au jugement, le gouvernement Charest, dont le parti appuie active ment des PPP dans la santé, reconnaît implicitement les dangers d\u2019une intégration trop complice du privé et du public.Malheureusement, cette « victoire » est bien précai- 1 S i re.^ .s Une perspective évolutive X En effet, il est beaucoup trop tôt pour célébrer, car l\u2019essentiel dans ce document tient dans la perspective évolutive de l\u2019introduction du privé dans la santé.On peut lire : a g *.[.] ce nouveau mode d'organisation de services serait instauré par étapes, en fonction de l'évolution de la disponibilité des ressources humaines et financières.[.] En fonction des résultats obtenus et des ressources disponibles, le mécanisme de la garantie d\u2019accès pourrait être étendu à d'autres types d\u2019interventions.(p-45 et 49) « =2 Bref, alors que d\u2019un côté on admet que l\u2019ouverture au privé entraînerait une augmentation du PIB consacré à la santé (p.44) et qu\u2019il y aurait de nombreux risques pour le système public ?des risques nécessitant de nombreux contrôles bureaucratiques coûteux - de l\u2019autre on se dit déjà prêt à étendre cette ouverture au-delà des domaines de la catarac- p : ; - E-I Lg M l' t 7*7 t \u2022 14 8i te, des hanches et des genoux comme on désire déjà l'offrir.Devant une telle incohérence, il faut absolument poser l'hypothèse du choix politique.III Un projet politique Il n\u2019y a pas de mal à vouloir améliorer les listes d\u2019attentes, mais Charest donne une importance démesurée à son rapport en donnant l\u2019impression qu\u2019il allait sauver la santé, alors que dans les faits il ne s\u2019agit que d\u2019aller chercher davantage de fonds d\u2019Ottawa en profitant de la situation pour intégrer le secteur privé.' En effet, le but politique réel du gouvernement Charest serait plutôt de satisfaire aux exigences de l\u2019entente provinciale-fédérale de septembre 2004 (découlant de la commission Romanow) où le gouvernement canadien avait accepté d\u2019augmenter ses transferts en santé si le Québec réduisait ses listes d\u2019attentes dans certains secteurs ciblés, dont les cataractes, hanches et genoux.Cependant, « ces secteurs ne sont pas prioritaires, souligne Simon Turcotte.Il y a beaucoup d\u2019attente à d\u2019autres niveaux et on devrait s\u2019y attaquer en priorité, notamment en ce qui concerne l\u2019accès de première ligne.» I rf .r fifll! # Sans vouloir minimiser les désagréments ressentis par ceux qui souffrent d\u2019arthrose ou de cataractes, médicalement parlant ce sont des situations où il est possible d\u2019attendre, par opposition à des chirurgies du cœur ou des traitements contre le cancer.Ainsi, si vraiment ce rapport est aussi important que le gouvernement le prétend, son importance réside surtout dans sa perspective évolutive et non pas dans les changements mineurs apportés au niveau de quelques secteurs définis.rut i » H .4 VI rf 1 H f % * i » \u2022?1 .82 t m « 0#' t.- m m lia 6 5 En outre, il n'offre pas la moindre garantie d'une amélioration des listes d\u2019attentes dans le public, se contentant de parler d\u2019un délai de six mois suivant l'admission sur une liste sans même parler de l'attente qui précède cette admission, notamment en ce qui concerne la difficulté à se trouver un médecin de famille.« Ce rapport est insidieux, dénonce Gabrielle Pelletier, porte-parole de la Coalition Solidarité Santé.La seule garantie d'accès, c'est celle qui garantie un certain nombre de patients pour le secteur privé.» i ; I ; .« Le rapport pose le même genre de question frauduleuse qu'un sondage de l\u2019IEDM où on demandait aux gens s'ils étaient faveur d'une plus grande ouverture au privé SL on assure la place du public, souligne Simon Turcotte.C\u2019est une illusion de dire qu'on va tout faire pour le public et que le privé va juste se greffer sans conséquence.Ce sont des prémisses frauduleuses.» it il La grande illusion Ainsi donc, d'un côté on a le gouvernement fédéral qui offre de l'argent si on réduit le temps d'attente, et de l'autre il y a la Cour suprême qui affirme qu\u2019on ne peut interdire à quelqu\u2019un qui en a les moyens de contracter une assurance privée.La grande illusion du gouvernement Charest c'est de se .\t/\tV 6\t,\tT servir du prive comme lien entre ces deux situations.« Le maintien du seul statu quo ne laisse entrevoir aucun progrès significatif quant à l'amélioration de la rapidité d\u2019accès aux services et à la diminution des délais d'attente.» (p.43) Le gouvernement oppose un statu quo où on n\u2019ouvre pas la porte au privé et où les listes d\u2019attentes restent les mêmes à un changement où on introduit le privé et où les listes d\u2019attentes seraient (hypothétiquement) réduites.En jouant sur les mots, on tente de faire croire qu\u2019il y a un lien positif entre K S $ il 3 m I 1 I \u2022n# « .t I 11 iVZ f a \u2022Hit- 4»4 W f i.83 :r fin \u2022f.l\u2019ouverture au privé et le niveau des listes d\u2019attentes, alors que ce n\u2019est pas le cas.De la même manière, le gouvernement entretient une confusion entre l\u2019ouverture au privé et la pérennité du système de santé en incluant dans son rapport un chapitre consacré aux enjeux globaux du réseau.« Les propositions que l\u2019on retrouvent dans le livre blanc du gouvernement Charest ne sont pas nouvelles, explique Gabrielle Pelletier.Elles n\u2019ont pas fait consensus au moment de leur sortie et, entre autres, la caisse santé avait été critiquée en 2000 dans le rapport Clair.Imposer un tel débat dans le cadre de la discussion du livre blanc est inacceptable.» Personne ne remet en question l\u2019importance de débattre du futur de notre système de santé, mais en quoi est-il pertinent de précipiter un petit chapitre sur la question dans un document appuyant essentiellement l\u2019entrée du privée dans la santé?' V: RI Le problème vient d\u2019un manque de volonté politique d\u2019appuyer notre système de santé public et universel.« Si les tarifs payés au privé sont les mêmes que ceux du public pourquoi ne pas simplement réinvestir dans le public, seule véritable garantie d\u2019un accès universel et équitable pour tous, se questionne Mme.Pelletier, de la Coalition Solidarité Santé.Comment le ministre peut-il affirmer d\u2019entrée de jeu vouloir défendre le système public et du même souffle permettre l\u2019accès aux assurances privées et aux chirurgies réalisées dans des cliniques privées à but lucratif ?» 7 Un centre ambulatoire public contre les listes d\u2019attentes Il existe pourtant des solutions concrètes pour désengorger le réseau.Ces solutions passent par la création de centres ambulatoires publics, au lieu de gaspiller de l'argent dans un ! ma 4 v/ »» I 84 «\u2022 « : ?- fi nouveau CHUM archaïque à deux milliards ou un centre hospitalier de ?université McGill qui perpétue le repli identitaire des anglophones montréalais.: Le problème avec le nouveau CHUM, c\u2019est qu\u2019il se révèle inadapté à la médecine du 21e siècle.La plupart des chirurgies pouvant désormais, grâce à la technologie, s\u2019effectuer en une seule journée (chirurgies ambulatoires), il devient obsolète de mobiliser tout un bloc opératoire.Ce dernier est si souvent utilisé et si inefficacement financé que les médecins ne peuvent souvent opérer qu\u2019une journée par semaine, ce qui augmente les listes d\u2019attentes.If: ;\u2022 a & I i.À Maisonneuve-Rosemont, qui dessert un bassin de population comparable à la ville de Québec, on a compris le problème depuis plusieurs années.En 2002-2003, on a inauguré un tout nouveau centre ambulatoire pour les chirurgies mineures afin de libérer le bloc opératoire principal.Cependant, si la bâtisse était prête, il n\u2019y avait pas d\u2019argent pour l\u2019équipement lors de l'inauguration.Et aujourd\u2019hui, si le financement est disponible pour l\u2019équipement, il en manque cruellement pour le fonctionnement et la formation.:4.I: ! ! s M Les PPP des cliniques privées affiliées À l\u2019opposé de centres ambulatoires publics intégrés aux hôpitaux, il y a donc ce qui semble être la nouvelle philosophie du gouvernement Charest : des cliniques privées affiliées, dont celles reliées aux cataractes, hanches et genoux qui ne seront qu\u2019un ballon d\u2019essai en prévision d\u2019une plus grande privatisation.« Les listes d\u2019attentes ne vont pas bouger d\u2019un iota avec ce rapport car le problème c\u2019est que l\u2019hôpital n\u2019a pas la capacité d\u2019opérer davantage, affirme Simon ü « I mai II Æm » : 5F :.- m ¦ : : 1 H ¦¦ 4 K me 85 Turcotte.Le gouvernement devient une sorte sous-contractant : il offre une garantie de clientèle privée pour les cliniques privées.C'est un PPP : chaque clinique privée va négocier avec les hôpitaux publics des ententes sur le nombre de patients qui doivent y être transférés chaque mois.Il va y avoir des ententes de conclues et c'est l'hôpital qui va payer directement la clinique privée.» Payer directement la clinique privée, oui, mais aussi payer pour le dédoublement de structures et pour la marge de profits des gestionnaires du privé.Allô l'efficacité ! \u2022 : Parallèlement à cela se pose la question des personnes aux problématiques multiples.Par exemple, va-t-on demander à une personne âgée très, malade de se déplacer jusqu'à une petite clinique privée dans le centre-ville pour son opération ?Et surtout, qu'est-ce qui arrive en cas de complication au privé, dans une clinique sans soins intensifs, sans infirmières qualifiées, sans bassin de soins ?Encore une fois, on voit se dessiner le spectre de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes \u2022 \u2022 \u2022 En conclusion, ce rapport s'avère davantage un outil politique qu'une manière d'améliorer sensiblement les soins de santé au Québec.Il permettrait au gouvernement, s'il était accepté, d\u2019aller chercher davantage d'argent à Ottawa mais surtout d\u2019implanter son idéologie du tout-privé dans la santé (une idéologie largement relayée par les propagandistes professionnels de 1TEDM) tout en donnant l'impression que ce n'était pas son choix mais plutôt une obligation de la Cour suprême.À moins de deux ans des prochaines élections provinciales, il appert que ce livre blanc permettra aussi au gouvernement d'adoucir son image en donnant l'impression d'une certaine 4W .a ».« \u2022 \u2022 H\u2022» \\ \u2022 » \u2022 ¦ 1 r >\u2022 i Lr.Hr ».a a a i '» 3* I f \u2022 I / HUU .üCZm MHHft Ie J» 86 retenue face à l\u2019introduction du privé dans la santé.Cela n\u2019est que poudre aux yeux, comme nous l\u2019avons vu, car le point principal de ce rapport tient dans sa perspective évolutive.::3 Ainsi, on se retrouve avec un gouvernement présentant un rapport disant noir sur blanc, d\u2019un côté, que l\u2019augmentation de la place faite au privé entraîne une augmentation des coûts et des risques pour la santé publique, et de l\u2019autre côté qu\u2019il entend implanter progressivement ce système inefficace et l\u2019étendre le plus possible.Comme le disait si bien Alain Dubuc, éditorialiste au journal Le Soleil (une propriété de Power Corporation, qui possède entre autres la compagnie d\u2019assurance Great West.Cie., qui elle-même augmentera sensiblement son chiffre d\u2019affaires en offrant des assurances privées dans la santé): « la pire menace à notre réseau de santé, ce n\u2019est pas le manque d\u2019argent, c\u2019est l'idéologie.Son idéologie, celle de ses patrons, celle de l\u2019IEDM et celle du gouvernement Charest, qui veut nous faire avaler une pilule léthale dans un grand verre d\u2019eau de mensonges et de manipulation.us 3 -1 4 it EM: : i; » 1 ,\u2019Vi mi X» .1\thttp://www.pari.gc.ca/information/iibrary/pRBpubs/bp194-f.htm 2\thttp://www.oecd.org/topicstatsportal/ o,2647,en_2825_495642_i_i_i_i_i,00.html ) 3\tSelon la National Coalition on Health Care (http://www.nchc.org/facts/coverage.shtml).4\tDeCoster C et al.2000.Waiting Times for Surgery: 1997/98 and 1998/99 Update.Manitoba Centre for Health Policy and Evaluation.http://www.umanitoba.ca/centres/mchp/reports/pdfs/waits2.pdf.(traduction) J I S e.rii !W : > Pi ! F?' ml il 87 DOSSIER Frédéric Lacroix* 1 ' ift: i; 1- A, ¦V y I ' \u2022 LES SERVICES DE SANTÉ AU CANADA : UNE PERSPECTIVE LINGUISTIQUE VA \u2022 * \u2022-.kX .y HW VJ v* L\u2019accès à des services de santé dans leur langue maternelle est une des demandes les plus pressantes des groupes linguistiques minoritaires au Canada.Si les lobbys anglo-québécois tels Alliance Quebec et le Community Health and Social Services Network (CHSSN) militent depuis longtemps pour un élargissement de F offre de services de santé en anglais au Québec, les francophones hors-Québec commencent seulement à faire entendre leur voix depuis quelques années.Le réveil fût sonné par la Commission de restructuration des services de santé en Ontario qui, à la fin des années 1990, tenta de fermer Lhopital Montfort, le seul hôpital universitaire francophone à l\u2019extérieur du Québec.Si les francophones commencent seulement à revendiquer des services de santé dans leur langue à l\u2019extérieur du Québec, ce n\u2019est pourtant pas qu\u2019ils soient particulièrement choyés.Une étude réalisée en 2001 par la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) démontrait qu\u2019entre 50 et 55 % des francophones vivant en milieu minoritaire n\u2019ont aucun accès à des services de santé en français1.Et seulement 28,5 % des francophones hors-Québec, selon le rapport, ont un accès « total », c\u2019est-à-dire régulier, à des services hospitaliers en français, comparativement à 80 % des \u2022.Si > v rK , : f,; .* L'auteur tient à remercier la fondation Langelier de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour avoir financé ce projet de recherche.*- \u2018 - : *>- r t ¦ \u2022 \u2022 V .' \u2022 w* I i y » s - :» * s# - « f 88 « i SX t â - & % E \u2022 8 Anglo-Québécois qui ont accès comparable à des services hospitaliers en anglais selon une étude similaire concernant les Anglo-Québécois2.Les francophones et les anglophones sont loin d7être traités de façon égale en ce qui concerne les soins de santé au Canada, même si leurs langues ont un statut d\u2019égalité juridique selon la constitution canadienne.Les barrières linguistiques ont pourtant des impacts négatifs sur l\u2019accès aux services de santé selon une étude de Santé Canada3: « Il a été démontré que les barrières linguistiques ont des effets négatifs sur l\u2019accès aux soins de santé, la qualité des soins, les droits des patients, le niveau de satisfaction des patients et des intervenants et, surtout, sur les résultats des traitements ».Bref, l\u2019accès à des soins en langue maternelle est non seulement une question de respect et de dignité humaine, mais également une question d\u2019efficacité des traitements médicaux et de saine gestion.s Etablissons tout de suite une distinction entre l\u2019accès à des services en langue minoritaire et le contrôle des institutions par la communauté minoritaire.Dans le premier cas, certains ou la totalité des services d\u2019un établissement seront offerts en langue minoritaire soit par du personnel traitant bilingue soit par le truchement d\u2019un interprète.Dans le deuxième cas, l\u2019établissement sera contrôlé directement par la communauté minoritaire et une partie ou la totalité des services seront offerts également en langue majoritaire.Cette distinction est importante.Voici pourquoi.Une étude conduite par le sociologue Raymond Breton4 de l\u2019université de Toronto dans les années soixante avait démontré que la « complétude institutionnelle », soit l\u2019étendue du réseau d\u2019institutions d\u2019une communauté, influait sur le degré et la vitesse d\u2019assimilation des membres de cette communauté à une communauté « d\u2019accueil ».Un réseau d\u2019ins- «< :: \u2022 1: mk m *2 agi sa s 5 EU ill.m : » 1 :*2-; a fiJ: \u20185.1 m ti-f E-r = 3 F: : æi l,: ! B m re : = m nr- m g v a 8q titutions bien développé faisait en sorte que les membres d'une communauté s\u2019assimilaient peu ou lentement à la communauté d\u2019accueil et vice-versa.En appliquant ce modèle aux communautés minoritaires au Canada, il semble logique de penser que la présence d\u2019hôpitaux et de services de santé destinés aux minorités linguistiques dans les provinces canadiennes influera sur l\u2019assimilation linguistique des membres de cette minorité à la majorité.On peut penser qu\u2019à la quasi-absence d\u2019institutions de langue française à l\u2019extérieur du Québec correspond le taux élevé d\u2019assimilation linguistique des francophones hors-Québec.La corrélation très étroite qui existe entre le financement d\u2019universités opérant en langue minoritaire et la vitalité linguistique des communautés minoritaires a déjà été démontrée dans un précédent article5.On peut penser qu\u2019il existe une corrélation semblable entre le financement des établissements de santé opérant en langue minoritaire et la vitalité linguistique des communautés minoritaires.Seul le cas de figure où la communauté minoritaire contrôle un réseau complet d\u2019établissements de santé permettra à la langue minoritaire de s\u2019imposer comme langue normale et habituelle de communication, ce qui permettra à son tour de garantir une certaine complétude institutionnelle et de favoriser la vitalité linguistique de la communauté (c\u2019est ce que reconnaît le rapport du FCFA en souhaitant un « contrôle partiel ou complet des francophones dans la gestion des lieux »).Notre analyse portera à la fois sur l\u2019accès aux services et le contrôle des institutions, mais se limitera aux établissements hospitaliers de courte durée (nommés « hôpitaux » au cours de ce texte), qui constituent la clef de voûte d\u2019un réseau de services de santé digne de ce nom.} JH Or, les hôpitaux de langue française sont peu nombreux au Canada, la quasi-totalité de ceux-ci se trouvant au Québec.«mW £ 90 s : li WM Z *v 1 ill mi un if t i Malgré la présence de minorités francophones substantielles sur leur territoire, la plupart des provinces canadiennes n\u2019offrent qu\u2019un faible échantillon de services de santé en français, ou n'en offrent tout simplement pas du tout.Par exemple, les Franco-Ontariens, qui comptent pourtant plus d\u2019un demi-million de personnes, ne contrôlent qu\u2019un seul hôpital (Montfort) sur les 138 hôpitaux que compte l\u2019Ontario.A contrario, les Anglo-Québécois contrôlent 11 hôpitaux dont le plus important centre hospitalier universitaire au Québec (soit le MUHC, le McGill University Health Center).Le niveau de financement des hôpitaux minoritaires est un indicateur qui permet de juger de l\u2019étendue et de la diversité des services offerts.La complétude institutionnelle, dans ce cas, peut être considérée comme le niveau de financement accordé à ces institutions, niveau qui réflète à la fois la présence ou l\u2019absence d\u2019institutions et la diversité des services offerts.Au cours de cet article, nous tenterons de dresser un portrait synthétique de l\u2019offre de services en langue maternelle pour les minorités de langue officielle en m\u2019attardant à deux aspects : 1) l\u2019accessibilité des services et 2) le financement des hôpitaux.Le tout vise à vérifier si les institutions destinées aux minorités de langue officielle sont financées de façon équitable ; c\u2019est-à-dire à un niveau du budget correspondant au prorata de la population minoritaire de langue officielle.w* it II 10 k m X g a m : r ! \u2022 fi r- % ! Les communautés linguistiques au Canada K Le tableau i présente des données portant sur la langue maternelle tirées du recensement de 2001.On y fait le décompte du nombre de francophones et d\u2019anglophones ainsi que leur poids en pourcentage dans la population totale de chaque province canadienne.V % 53 g c : Z : ! t ; 91 Tableau i Population selon la langue maternelle pour chaque province selon le recensement de 2001* Anglais Français Pourcentage Population totale Pourcentage Province français (%) anglais (%) 81,6 5 816 363 8,4 7125 580 Québec 599 797 65,1 468 365 Nouveau-Brunswick 239 415 %'3 719 715 71,8 11 285 550 8 099 663 Ontario 4*5 5J3 797 897 570 835 610 Nouvelle-Ecosse 3.9 35 45° 93-î 2 409 065 62 865 81,9 Alberta 2,1 2 941150 838 372 46 167 1103 695 Manitoba 75-9 4,2 98,4 508 075 Terre-Neuve °-5 500 232 2347 5890 Ile-du-Prince-Edouard m 3S5 94-° 4-4 125 435 826 607 18772 83,8 963150 Saskatchewan 1,9 3 868 875 2 869 068 59 862 Colombie-Britannique 744 i.5 29 639 °3° 17 633 5°5 6803 285 Canada 59-5 22,9 * Les doublons, c\u2019est-à-dire les répondants déclarant à la fois l\u2019anglais et le français comme langue maternelle sont répartis moitié-moitié.Les données sont arrondies.Le total peut donc différer de la somme de ses parties.Il y avait donc 599 797 locuteurs anglophones au Québec et 986 922 locuteurs francophones hors-Québec en 2001.Le tableau 2 fournit les effectifs selon la langue d\u2019usage à la maison.Selon que le contexte soit plus ou moins assimila-tionniste, les locuteurs langue maternelle effectueront des transferts linguistiques vers la langue dominante et déclareront une langue d\u2019usage à la maison différente de leur langue maternelle.Selon la langue d\u2019usage, on trouve donc 761 175 locuteurs anglophones au Québec et 614 715 locuteurs francophones hors-Québec en 2001.Cela signifie donc que les communautés anglo-québécoise et franco-québécoise ont gonflé leurs effectifs grâce à l\u2019ajout de substitutions linguistiques : 161 378 personnes ont adopté l\u2019anglais comme langue parlée ¦i un èi 92 m iï » I \u2022c ! * I Tableau 2 Population selon la langue d'usage pour chaque province selon le recensement de 2001 im I m Pourcentage Pourcentage français (%) Anglais Province Français anglais (%) Québec 761175 1 83.4 5 942 925 io,7 N ouveau-B runs wick 497 060 217 815 69,1 3°,3 i 9438463 3°9 467 83,6 Ontario - « 2,7 v.I Nouvelle-Ecosse 864 930 19 820 9\u2022 H *i Les fédéralistes ne se faisaient plus d\u2019illusion sur l\u2019issue du vote référendaire car la dynamique du changement initiée par le référendum de 1980 et le succès des négociations sur l\u2019association Québec-Canada amplifiaient l\u2019appui à la souveraineté.Les sondages montraient que plus des deux tiers de la population québécoise voteraient pour le OUI.Mais 117 chaque camp mobilisa toutes ses ressources pour maximiser son soutien le jour du vote.Le NON tentait de se rallier les indécis qui restaient en leur disant que le choix serait irrévocable et qu'ils perdraient à tout jamais leur identité canadienne.On évoquait l'instabilité et les incertitudes qui menaceraient la prospérité économique du nouveau pays et qui ferait baisser leur niveau de vie.Les partisans du OUI répliquaient que l'interdépendance des économies québécoise et canadienne enlevait toute crédibilité à cette campagne de peur et que voter OUI serait un geste historique qui libérerait le Québec des entraves imposées par un régi-politique désuet qui avait coûté très cher en gaspillage d'énergie et de ressources.Pour la première fois de leur histoire, les Québécois pouvaient décider de prendre leur destin en main, se faire confiance et se donner un pays.me L\u2019importance de ce choix historique était d\u2019ailleurs démontrée par la présence de plus d\u2019un millier de journalistes couvrir l\u2019événement.Assister à la naissance démocra- venus tique d\u2019un nouveau pays était une première à l\u2019ère moderne.Les Québécois étaient le point de mire du monde entier et sentaient que leur geste pouvait aussi avoir une portée internationale en montrant qu\u2019on pouvait effectuer un changement de système politique par la voie démocratique.Assurés de l\u2019emporter, les stratèges du OUI avaient organisé une soirée de célébrations décentralisées pour éviter les risques d\u2019un rassemblement monstre où il aurait été plus difficile de contrôler les foules.Dans le soleil couchant d\u2019une chaude soirée, des dizaines de milliers de Québécois se regroupaient autour de scènes en plein air, installées dans les parcs du centre-ville où se déroulaient des spectacles de chanteurs populaires en attendant le dévoilement des résultats.Des centaines de drapeaux s\u2019agitaient sous les projecteurs au rythme des musiques du monde.En arrière scène, il 8 il y avait un écran géant où seraient projetés les résultats du vote et les déclarations des chefs politiques.Dès la fermeture des bureaux de scrutin, les premiers résultats furent annoncés par les chaînes de télévision.Les premiers décomptes donnaient 82% de OUI, cette tendance se maintint dans la plupart des régions du Québec mais elle se tassa quelque peu lorsque les résultats de Montréal furent compi lés où le OUI obtint 60% des votes.Le NON ne fut majoritaire que dans quelques circonscriptions anglophones de l\u2019Ouest de lîle de Montréal.Mais partout ailleurs le OUI était majoritaire.Dès 20I130 Pierre Trudeau reconnut la défaite des forces fédéralistes et annonça son retrait de la vie politique puisque le Québec n'aurait plus dorénavant de représentation au Parlement canadien.Il appela ses partisans à se rallier au nouveau pays pour y faire prévaloir les valeurs de tolérance et de liberté.Cette déclaration fut vivement applaudie par la foule.Lorsque René Lévesque se présenta devant un parterre réunissant plus de mille journalistes au Palais des Congrès pour annoncer au monde la naissance d'un nouveau pays, son visage était empreint à la fois de sérénité et de gravité.Son discours retransmis sur écran géant fut accueilli dans les quatre coins du Québec par une foule admirative et enthousiaste.Tous sentaient en cette minute le soulagement que procure la libération après un parcours long et semé d'écueils.Cet homme au sourire modeste devant son micro incarnait le libérateur qui avait conduit son peuple sur la route de l'indépendance.Il avait eu la ténacité, le courage et la lucidité pour surmonter les échecs et maintenir le cap dans les moments difficiles.Il avait cru en la force de la parole et en la maturité de ses compatriotes.Il leur avait expliqué depuis sa célèbre émission Point de mire et par la le a » * # 119 suite sur toutes les tribunes inimaginables, les mécanismes du pouvoir et des rapports de force afin de désamorcer les réflexes de peur inculqués par plus d'un siècle de subordination collective.Il fit d\u2019abord appel au devoir de mémoire pour souligner que la victoire du OUI remontait aux combats des Patriotes, qui dans la première moitié de XIXe siècle avaient lutté pour l\u2019émancipation de leur peuple et avaient réussi à faire reconnaître des droits démocratiques qui allaient plus tard permettre aux Québécois de réaliser ce vieux rêve de liberté.Il remercia tous les Québécois qui avaient dit OUI pour la suite de l\u2019histoire.OUI pour être maîtres chez eux avec le contrôle des ressources naturelles, OUI à un État social-démocrate qui est source de solidarité et de dignité pour les individus, et OUI enfin à la fondation d\u2019un nouveau pays.Il conclut en disant que la souveraineté impliquait un devoir de responsabilité, qu\u2019il fallait maintenant l\u2019exercer pour donner au monde le modèle d\u2019une société inclusive et généreuse.Il lança enfin un appel à l\u2019unité nationale et félicita le chef du NON pour son sens de la réconciliation.Nous avons vécu ce soir la démocratie dans ce qu\u2019elle a de plus noble.Cette victoire du OUI nous la devons à tous ces militants qui depuis vingt ans ont cru au changement par la conviction et ont travaillé sans relâche pour qu\u2019advienne un pays qui appartienne à tous les Québécois.À partir de ce soir, il n\u2019y a plus ni fédéralistes, ni souverainistes, ni francophones, ni anglophones.Les barrières de la méfiance et de l\u2019acrimonie sont tombées.Nous sommes devenus collectivement libres de décider de notre destin.On peut dire que c\u2019est vraiment le début d\u2019un temps nouveau.Il convia les Québécois à célébrer dans la dignité cette victoire de la démocratie et annonça que la proclamation formelle de souveraineté aurait lieu le 24 juin.? in» * f ifiii rf; f * * ' 1 \u2022 \u2022 * fl*! » ft # 1 II 4 & fi > \u2022< : rut- 131 â f .f * pii r')fil I.Charles de Gaulle, depuis son \u201ccri du balcon\" est devenu le grand homme des Québécois nationalistes.Par un étrange retournement, double retournement, ceux-là mêmes ou leurs enfants qui le rejetaient, pendant la guerre pour donner leur coeur à Pétain, nous les voyons aujourd\u2019hui devenus gaullistes ardents ; tandis que ceux qui naguère, au nom d'un libéralisme qui les éloignait des tabous officiels, avaient opté pour l\u2019homme du 18 juin contre le maréchal, voici que maintenant ils s'opposent au de Gaulle devenu l\u2019homme du 24 juillet, au nom de ce même libéralisme qui les met en garde contre les affirmations nationalistes (p.118).Dans une page superbe, l\u2019auteur médite sur la grandeur et la décadence des nations et, là encore, observe l\u2019ironie douce-amère de l\u2019Histoire.À la fin, il nous exhorte à ne pas rejeter trop largement notre passé car il fallait d\u2019abord durer et ne pas désespérer de la reconquête.La France doit au général de Gaulle d\u2019avoir figuré parmi les vainqueurs de la guerre.Elle lui doit aussi, un peu plus tard, au cours de onze années mémorables, d\u2019avoir secoué sa torpeur, arrêté son déclin, retrouvé pour elle et pour les autres le sens de la grandeur, avec l\u2019aiguillon de l\u2019espérance.Puis petit à petit, très vite quand même, s\u2019abattirent sur la vieille terre de France l\u2019abandon, l\u2019oubli, la petitesse.Les années équivoques du règne mitterandien, sous un voile socialo-humanitaire, ont gravement attaqué le tissu de la France ; dégâts peut-être irréversibles.Ce n\u2019est plus dans la France d\u2019aujourd\u2019hui qu'il faut chercher les affirmations françaises.Les abandons apparaissent de toutes parts, notamment dans le domaine de la langue.V' >T Par contre, au cours de la même période, ces cinquante années que je vois derrière moi, le Québec s\u2019est éveillé, affirmé, et est passé de la survivance à la vie authentique ; sortant de son vase clos, il s\u2019est ouvert sur le monde.J\u2019ai assisté à un combat pour la langue, mené par de très nombreuses personnes, mais en priorité par des combattants tels que Jean-Marc Léger, André Bachand, Do staler O\u2019Leary.La lutte locale pour défendre la langue coïncida avec l\u2019éveil d\u2019une francité globale.Ainsi avons-nous vu, au moment même où d\u2019autres s\u2019abandonnaient, le Québec militer au premier rang pour la francophonie.Deux exemples de cette avant-garde québécoise : l\u2019Aupelf et l\u2019Agence de coopération culturelle et technique.I 132 Je viens de parler de vie authentique succédant à la survivance.Ne jetons surtout pas la pierre aux défenseurs de cette survivance, même si nous la jugeons trop repliée sur elle-même, soumise à un ordre politique et religieux qui appartenait au passé.U épanouissement dont nous sommes témoins n\u2019eût pas été possible si les générations précédentes n\u2019avaient pas su conserver la base essentielle, la langue et la culture ; ceci dans des conditions constamment difficiles (p.207).Un second tome doit suivre.Un chapitre sera consacré à René Lévesque.Cette annonce ne peut qu\u2019aiguiser notre appétit.Vivement la suite de ces délicieux mémoires.Jean Roy Égards, no 10, Hiver 2005-2006, (publié à Montréal) « Revue de la résistance conservatrice », Égards est une publication qui cultive volontiers, par le truchement de principaux animateurs, Maurice Dantec, Jean Renaud, un ton catastrophé.Numéro après numéro, les thèmes du martyre, du combat contre les forces du Mal, de l\u2019avènement des barbares, sont abordés.On a le sentiment que le monde est au bord de l\u2019éclatement, que c\u2019est une question de jours ou d'années, et que seule une poignée de personnes conservateurs chrétiens comme la plupart des collaborateurs à Égards - sont prêtes à y faire face.des k\" «* C'est tout naturel, aussi, que dans le numéro 10 de l'hiver 2005-2006 de la revue, on consacre un dossier à l\u2019Apocalypse.Composé de deux longs articles, « Entrons-nous dans l\u2019air de l'Apocalypse ?», signé Michael O'Brien, et « Dantec et la fin des temps : considérations sur l\u2019Antéchrist », de Jean Renaud, on comprend à sa lecture k » \u2022j \u2022 >:i - /: i ! * »*J '\u2022 » # 133 que, de fait, celle-ci devrait être imminente.Dans le premier article, O'Brien répond d'entrée de jeu par l\u2019affirmative à la question qu\u2019il posait dans son titre.Oui, nous entrons dans l\u2019ère de l\u2019Apocalypse; notre époque doit se distinguer de toutes les précédentes de par l\u2019ampleur de la crise à laquelle elle fait face, bien que les signes de la crise soient observables depuis le commencement.O\u2019Brien cite Wojtyla, qui deviendra Jean-Paul II : Nous sommes maintenant témoins du plus grand affrontement historique que l\u2019humanité ait subi.Je ne crois pas que beaucoup de gens au sein de la société américaine ou au sein de la communauté chrétienne s\u2019en rendent compte.Nous faisons face à l\u2019affrontement final entre l\u2019Église et Panti-Église, entre l\u2019Évangile et l\u2019anti-Évangile (p.80).\\ Pour O\u2019Brien, l\u2019Apocalypse réside dans la prodigieuse inversion des valeurs en train de s\u2019opérer, qui tend à faire non plus de Dieu le principe de toute chose, mais de l\u2019homme lui-même.Il n\u2019y a plus dès lors de valeurs sacrées, de lois inviolables qui puissent tenir.L\u2019humanité est à la merci des errances d\u2019un dictateur ou de doctrines qui voudraient qu\u2019une partie de l\u2019humanité soit moins humaine qu\u2019une autre.Les signes de ce renversement sont visibles notamment à notre époque dans l\u2019avortement et dans l\u2019euthanasie, qui relativisent le droit à la vie et que nous tenons pour normales, et qui auront dans l\u2019avenir des conséquences autrement étendues.O\u2019Brien prend soin de nous mettre en garde : l\u2019Apocalypse peut survenir sans qu\u2019on s\u2019en rende compte, insensiblement.Un totalitarisme des plus inhumains peut naître, impossible à vaincre « parce qu\u2019il peut toujours invoquer des arguments en apparence valides pour démontrer ce qu\u2019il n\u2019est pas en réalité » (p.70).Ce totalitarisme pourrait bien être d\u2019ailleurs non-violent, mais il serait plus pernicieux encore que tous les précédents, puisque le mal y deviendrait dépersonnalisé.# T .
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