Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril - Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'action nationale, 2006-04, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" i -H' f; ?/ t .f ; f; ' \u2022 /«I «.'\u2022III* tfiy \u2022 ?# .f ti »¦ ill,; 'tfirtiw « f ri * * ¦ \u2022 '* » f: ri ^ f ; orXX iU IJ itr ifr/s f Éditorial Ce que le fleuve nous révèle -Robert Laplante Articles Dérapages -Pierre Vadeboncoeur L\u2019écran de fumée du « Fonds des générations » -Louis Cill Supprimer les \" « commissions scolaires » -Jean-Marc Léger Assurer l\u2019avenir : opter pour un nouveau mode de scrutin -Pierre Serré & Développement irrationnel de la medecine universitaire à Montréal -Jacques Cenest Le spectre infernal de | Hubert Aquin I -Carl Bergeron « f NATIONALE J f i A Dossier 4 LE FLEUVE GÉOPOLITIQUE \u2018¦m.LA RÉSERVE DE LA BIOSPHÈRE DU LAC SAINT-PIERRE RABASKA L'ACCÈS AU FLEUVE { Lire Lire les essais I À Livres reçus Index des annonceurs Volume XCV1 numéro 4 et 5 AVRIL/MAI 2006 I f * I f 1 « P i* » 1 \\t il .Mi x: * ri X t P v J# ' ai t.¦4 i % %* -* 4 m -1 ! % t r; i \\ ! - til % I 4 / vj \\ y > i ¦vr b V / \u2022 > \\ I } t / X * i X s Y?- \"Xi v.Luc Archambault la Cueilleuse de fleuve au séant Bronze 2000 - Édition à tirage limité.23.5 x 20.4 x 14cm Partie de l'oeuvre d'Art public intitulée « Nous sommes un peuple implantée sur la place de l'Institut canadien, rue Saint-Stanislas à Québec.Photo : Eugen Kedl » J 121$, rue de la Visitation, bureau 101, Montréal (Québec) H2L 3B5 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 revue® action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeurs d\u2019histoire ; Richard Gervais, philosophe; Lise Lebrun, animatrice communautaire; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales', Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque / Hélène Pedneault ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucia Ferretti ; Simon Langlois ; Michel Seymour.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.I i ATI 4 2 ÉDITORIAL Robert Laplante CE QUE LE FLEUVE NOUS RÉVÈLE Lieu des origines, lieu des espérances larges comme le golfe, le Saint-Laurent est aussi le lieu de toutes nos dépossessions.Il faut lire et relire Le Saint-Élias, il faut voir et revoir et Les voitures d\u2019eau.Ce qui se livre ici, dans notre mémoire, ce qui s\u2019agite là-bas dans tous nos possibles, tout cela trouve au fleuve source et force.Les œuvres les plus puissantes de notre littérature, les gestes les plus inspirés de nos peintres et sculpteurs, les rythmes les plus solennels et les plus enlevants qui font danser nos artistes, toute notre culture en est irriguée.Et pourtant, le Saint-Laurent tient dans notre vie collective comme dans une espèce d\u2019inachèvement.Il est ce que nous sommes.Littéralement.Les textes réunis ici nous ramènent à la trivialité de notre condition.Le Saint-Laurent nous rappelle chaque jour et partout le long de ses rives et bien au-delà, que nous vivons à la périphérie de ce qui fait notre être et notre force.Nous nous épuisons à ramer sur le sable entre le potentiel et la résignation alors que nous pourrions tant et plus.# fl Le lac Saint-Pierre a beau former une des merveilles environnementales de la biosphère, nous n\u2019y sommes pas maîtres.Nous y bricolons nos interventions.Avec inventivité et grand coeur.Il faut le dire.Mais en subissant la volon- 3 té et l\u2019indifférence d\u2019un État qui considère comme anecdotiques notre présence et nos ambitions.On en prendra pour illustration l\u2019épouvantable dossier du déminage qui continue de traîner parce que l\u2019armée Canadian refuse de réparer dégâts.On en prendra pour preuve ce mélange si particulier d\u2019indifférence, d\u2019incohérence et d\u2019esprit velléitaire qui empêche de déployer une approche environnementale efficace pour s\u2019attaquer aux périls qui menacent de plus en plus vivement et de plus en plus en plus radicalement la santé du lac, du fleuve et de tout ce qui vit dedans et sur ses bords.La province n\u2019a pas d\u2019argent.et surtout elle pense comme une province, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle voit petit et pas loin.Pour agir en ces matières, il faudrait pouvoir siéger aux bons endroits, c\u2019est-à-dire aux comités et organisations où délibèrent des États ; il faudrait avoir les moyens d\u2019un État pour soutenir les efforts scientifiques requis pour étayer des positions conformes à nos intérêts nationaux et à notre volonté de faire primer la protection écologique sur la destruction marchande ; il faudrait donc pouvoir tenir une politique maritime capable de s\u2019intégrer dans une politique nationale de transport adaptée à nos objectifs de développement économique et de revitalisation des régions.Mais il faudrait, pour cela que Sorel, Trois-Rivières, Gaspé, Sept-îles et Port-Cartier soient traités comme des pièces maîtresses et non pas comme des bourgades condamnées à quémander des miettes à Ottawa.Il faut en finir avec la vie en mode mineur.Il faut en finir avec cette mentalité de bénéficiaire qui donne à la gestion provinciale ses plus puissants ressorts.Il faut voir le fleuve comme une voie d\u2019émancipation, pas comme un instrument de dépendance.Il faut cesser de se coucher devant les promoteurs et les vendeurs de progrès à haut risque.Le pro- * » 4 jet Rabaska est une pure folie.Il faut se dire ici d\u2019accord avec Thomas Mulcair.Cela ne servira pas le développement du Québec.C\u2019est même le contraire.Il ne générera qu\u2019une croissance passagère qui mettra à haut risque non seulement l\u2019écosystème mais le cœur même de la civilisation française en Amérique.C\u2019est une menace à la sécurité que rien dans notre situation énergétique et économique ne justifie.Ce n\u2019est pas une perspective, c\u2019est une tentative désespérée, un aveu d\u2019impuissance à conduire une véritable stratégie de prospérité.De tous les projets « think big» (Suroît casino, CHUM Outremont, etc.) sur lesquels s\u2019est activé un certain milieu des affaires depuis quelques années, celui-ci est sans aucun doute celui qui tient le plus du vertige suicidaire.i f Il est ahurissant de constater que le babillage médiatique ait réussi à ce point à réduire à l\u2019insignifiance ce dossier pourtant névralgique.Les promoteurs ont dû déployer des ressources considérables et faire des prodiges de relations publiques pour parvenir à garder le traitement de ce dossier comme une question locale.Il faut dire qu\u2019ils n\u2019ont pas et ne manquent toujours pas d\u2019alliés chez les notables locaux et les inconditionnels de l\u2019investissement qui voudraient bien se faire croire qu\u2019un « gros projet » les mettrait enfin dans le coup.Il y a quelque chose de pathétique à suivre les débats locaux, à voir se déployer cette espèce de pensée économique par procuration, qui amène à confondre le spectacle de la puissance de l\u2019argent et de l\u2019ogre technologique avec l\u2019ouverture sur l\u2019avenir.Rabaska, c\u2019est le choix du développement dépendant, c\u2019est la consécration du Québec comme marche-pied continental.Le dossier que nous soumettons dans la présente livraison donne une idée assez effarante des enjeux et des rapports de 5 forces.Ceux-là qui ont suivi le dossier du Suroît ne s\u2019y sentiront pas dépaysés.Il y a une cohérence dans ce paradigme énergétique.Et les mêmes contradictions.Le dossier est traité de la même manière par notre gouvernement provincial, et ce n\u2019est pas un hasard.Là aussi, il y a cohérence.Là aussi, on voudrait nous faire croire que le projet ne concerne que les populations immédiates ; là aussi on tente de dissoudre l\u2019intérêt national dans l\u2019intérêt des promoteurs et dans les occasions de marché.C\u2019est toujours la même rengaine : on nous vante les retombées.La vie provinciale ne serait donc que ça : une longue attente pour voir apparaître une prospérité qui ne serait qu\u2019un effet du plan d\u2019affaires des grandes sociétés s\u2019autoproclamant porteuses du bien commun.Il faut tout mettre en oeuvre pour sortir Rabaska du localis-me chauvin où veulent le tenir des promoteurs retors relayés par des notables et des médias complaisants.Il faut faire échec à cette aberration.C'est un enjeu majeur pour le Québec.Un enjeu d\u2019indépendance.Q vr- ? e : 4 * > \u2022> Quel serait alors le programme du PQ ?Au moment où tout le contenu de ce dernier porte exclusivement sur la promesse de jours radieux, tous ignorent ce qu\u2019il ferait du pouvoir advenant qu\u2019il soit condamné à la gouverne provinciale.K;1 i # * é t ' 23 Faudrait-il encore éviter tout contenu au programme en attendant encore le retour de Godot ?Chose sûre, si F après ressemble à F avant, pourquoi Findépendance ?La souveraineté est voulue et désirée par ceux qui combattent F injustice et Fobscurantisme, pas par les conservateurs.Leurs alliés sont du côté des démocrates, qu\u2019ils soient à leur gauche ou, parfois, à leur droite.La démocratisation est la base d\u2019un programme capable de rallier une vaste coalition.fl Enfin, s\u2019il y a report du référendum, cela signifiera que le chef péquiste reculera devant la difficulté de rassembler les Québécois autour de la souveraineté, comme l\u2019ont fait plusieurs de leurs prédécesseurs.L\u2019attentisme a son prix : l\u2019attente ne peut être éternelle.Un fossé existe déjà entre le PQ et ses « alliés ».La gestion dans la continuité n\u2019est absolument pas réaliste, comme l\u2019exigence d\u2019un appui inconditionnel, au cas où.cela pendant que le chef est toujours à la chasse au mythique électeur fédéraliste nationaliste.i Les enjeux actuels sont énormes : sans police d\u2019assurance, le PQ offre le suicide assisté comme alternative à la souveraineté.Cette police d\u2019assurance, c\u2019est la démocratisation, dont la proportionnelle.La dynamique politique qu\u2019elle induira amènera des gouvernements de coalition qui introduiront les intérêts des francophones au cœur des débats de l\u2019Assemblée nationale, à la mesure du poids démographique des francophones, cela pour la première fois de l\u2019histoire du Québec.Loin des gouvernements d\u2019eunuques, ces gouvernements de coalition affirmeront la primauté normale des intérêts de la majorité dans le respect de sa minorité.Ils remettront directement en question, ce faisant, l\u2019ordre politique interne comme l\u2019ordre politique canadien.?Ml n ?+ VI .« , I 24 ARTICLES J- Jacques Genest DÉVELOPPEMENT IRRATIONNEL DE LA MÉDECINE UNIVERSITAIRE À MONTRÉAL Les hôpitaux universitaires affiliés à LUniversité de Montréal et leur orientation ont été, depuis plusieurs décennies, l'objet de décisions graves et malheureuses, d\u2019ordre politique et technocratique, surtout depuis la volonté gouvernementale, il y a environ une quinzaine d'années de créer le CHUM à partir de l'intégration des trois principaux hôpitaux universitaires de l'Hôtel-Dieu, de Notre-Dame et de Saint-Luc.En même temps, on avait accordé une retraite « en or » pour de nombreux médecins avec une prime de 300 000 $ ! La raison de ces départs des personnes les plus expérimentées dans le système de la santé était supposément de faire place aux jeunes ! Avec la pénurie évidente de spécialistes, la situation qui en est résultée, a forcé le gouvernement à ré-engager à 1000 $ par jour de nombreux anesthésistes et radiologistes qui avaient profité de cette offre gouvernementale ! Mais avant cette malheureuse décision, il faut mentionner le projet farfelu d'un ancien ministre du MSSS de déménager l'Hôtel-Dieu de Montréal à Rivière-des-Prairies ! Le plan d\u2019intégration des trois hôpitaux universitaires de l'Hôtel-Dieu, de Notre-Dame et de Saint-Luc a été un échec.L initiative suivante fut la décision gouvernementale sur la * C.C., G.O.Q., F.R.S.C.Institut de recherches cliniques de Montréal \u2022 re I f\u2019t ' \u2022 » \u2022 t FI Ik 25 base d'une étude arbitraire, superficielle, de localiser le CHUM au 6000 Saint-Denis.Cela, sans consultation avec les vrais experts et les « leaders » de la médecine universitaire ! C'est là où le pataugeage a commencé par des multiples dépenses de frais en études techniques, de consultants, de voyages qui ont totalisé au cours des années un montant dépassant 60 000 000 $ et cela dans un climat général d'inertie gouvernementale et d'apathie non seulement du côté académique et des médecins universitaires, mais aussi des médias et du public.La situation est devenue un fouillis tel que son président, M.Claude Béland, a jugé bon, après 15 mois d'exercice, de démissionner avec éclat devant les dépenses de nombreux consultants payés sans soumission de rapports ou preuve d'une réalisation quelconque [The Gazette, 3 et 4 février 2003).Ce choix du 6000 Saint-Denis ne fut pas la meilleure solution comme les événements subséquents l'ont démontré ! Par absence de volonté éclairée du gouvernement et des consultations nécessaires auprès des experts du milieu, la situation s\u2019est aggravée et n\u2019a cessé de « pourrir » : absence de direction compétente, manque de volonté politique, insuffisance de participation active et de leadership des médecins spécialistes universitaires, inertie des médias et des corps intermédiaires.Surtout, aucune vision d\u2019envergure pour une médecine universitaire de calibre et de prestige international à Montréal, du côté francophone.Dans cette période, les bureaucrates avaient totalement rejeté le site idéal de l\u2019Hôtel-Dieu actuel qui n\u2019avait fait l\u2019objet d\u2019aucune étude détaillée et sans consultations appropriées, sauf pour des raisons spécieuses et ridicules.Cela malgré le fait que la surface totale du site augmentée par la bande de terrain le long de l\u2019avenue du Parc, aurait été supérieure à celle du 6000 Saint-Denis et offrait un attrait spécial pour sa vue ît 26 sur les espaces verts de la montagne et sa position centrale dans Montréal, sa proximité avec l\u2019Institut neurologique, les nouveaux centres de génomique et de protéinomique de l\u2019Université McGill, l\u2019absence de contamination du sol et aucune expropriation ! Et à un coût global très inférieur au site Saint-Luc ! Les propositions faites à plusieurs reprises avaient été totalement ignorées ! Le comité Mulroney-Johnson a rejeté le site 6000 Saint-Denis et favorisé le site Saint-Luc sans faire aucune mention de l\u2019Institut de cardiologie de Montréal et de l\u2019Institut neurologique de Montréal et de leur relation avec le CHUM, sauf que, selon les bureaucrates du MSSS, ce dernier (INM) était appelé à disparaître avec le temps ! La possibilité de situer le CHUM au site de la cour Outremont a forcé le < MSSS à former un nouveau comité, composé d\u2019un fonctionnaire, Marcel Villeneuve, et de Daniel Johnson, à ré-étu-dier la question.Ce dernier comité a donné le feu vert au site de l\u2019hôpital Saint-Luc et a exposé de nombreuses objections au projet de la cour Outremont.Il semblerait maintenant que l\u2019hôpital Saint-Luc deviendrait une construction de 3 à 4 ailes de 17 à 18 étages chacun, concept aberrant pour un hôpital universitaire moderne.Le multicultural! s me, cher à certains sociologues, combiné avec l\u2019égalitarisme prôné par d\u2019autres (un ancien premier ministre a eu l\u2019honneur d\u2019être l\u2019objet de cet « égalitarisme » lors d\u2019une récente hospitalisation dans une chambre à deux à l\u2019hôpital Saint-Luc) [Le Devoir, u décembre 2005, p.A5) peut être un facteur inquiétant pour l\u2019identité du Québec des canadiens-français.Dans toute cette atmosphère, la profession médicale, surtout celle de ses meilleurs experts, c\u2019est-à-dire les spécialistes universitaires, a été ignorée depuis sa marginalisation et son « émasculation » par la réforme 1 fi \u2022. 27 Castonguay qui l'avait mise totalement en 1970 à l'écart du système de santé.Si bien que les médecins sont considérés comme des « ouvriers spécialisés » (skilled worker.5) sous la direction des bureaucrates du MSSS qui, eux, sont imprégnés, sinon dominés, par l'influence des « amateurs » en sciences sociales et des sociologues qui veulent dominer la pensée au Québec ! Par ailleurs, la profession médicale continue d'avoir mauvaise presse, souvent de façon injustifiée, surtout dans les médias écrits qui tiennent à façonner l'opinion publique, et qui sont à l'affût de toute nouvelle sensationnelle préjudiciable à la profession médicale.De plus, les médias ignorent quasi-totalement le milieu scientifique, comprenant très peu les progrès spectaculaires de la science et de la recherche médicale.fini Pourtant les médecins canadiens-français ont été en grande majorité des supporteurs enthousiastes du nationalisme bénin de Groulx-Bourassa (qui a toujours été du genre patriotisme éclairé » plutôt que celui du nationalisme c'est-à-dire européen avec ses connotations de violence) dans le sens de fierté d'un peuple, et de la promotion d'un Québec fort et lucide.La réforme Castonguay, généreuse dans ses objectifs mais avec sa mise à l\u2019écart des médecins dans son système de santé, la diminution du patriotisme et de la fierté d\u2019être canadien-français et la sensation nette d\u2019avoir été marginalisés dans la société après avoir rendu tant de services éminents, font que les médecins actuels sont profondément démotivés et ont perdu tant d\u2019intérêt pour la « chose publique ».Pourtant, le médecin a toujours été choisi en premier lieu dans la considération des diverses classes de la société, comme en font foi à répétition, toutes les consultations publiques ! 28 Nos chefs syndicaux qui jouent un rôle si prédominant et excessif dans la société québécoise, n'ont manifesté que peu de préoccupation de ce côté, ne se souciant uniquement que des objectifs à court terme de rémunération des salariés et des conditions de travail.Cependant, ces mêmes chefs ne se contentent pas de diriger leurs syndicats.Ils n'hésitent pas à s\u2019immiscer dans toutes les questions d\u2019ordre politico-social et parmi celles-là, celle extrêmement complexe du CHUM ! Et de surplus, à cause de leur antipathie viscérale pour tout ce qui a trait à l'apport du « privé », ils ne peuvent accepter ce que Milton Friedman, lauréat du prix Nobel disait récemment dans une conférence à New York en juin dernier : « In area after area, things the Government does, private enterprise can do at half the cost ».(Wall St J - Oct.2005).La stagnation actuelle a été mise en relief avec les constatations du professeur Marcel Boyer sur le dépérissement de la situation économique d'un Québec encore aux prises avec un concept de sociale-démocratie usée et dépassée, (Cité par Claude Ficher, La Presse, 21 janvier 2006) tout comme en Inde de i960 à 1990 ! Ce qui est aussi important à l\u2019heure actuelle, c'est que le MSSS, depuis la décision finale de la localisation du CHUM du iooo Saint-Denis (hôpital Saint-Luc), tente des arrangements de complémentarité entre les deux centres hospitaliers universitaires ! Connaissant les milieux universitaires, cela exigera beaucoup de diplomatie, d'expertise et de connaissances précises de ces milieux et des traditions, si l'on veut éviter des confrontations sérieuses ! Mais comment cela n\u2019a-t-il pas été prévu lors de la décision de créer les CHUM, il y a plus de 10 ans ! On aurait pu aussi arriver progressivement pendant cette période à des solutions de part et autre, avec un minimum de confrontations ! Il est déjà bien tard pour la création d\u2019un groupe de travail pour étu- 29 dier les divers aspects de cette complémentarité, alors que les plans hospitaliers sont en préparation depuis longtemps ! Pourquoi avoir attendu si longtemps ?Que fera-t-on de f Institut neurologique (INM) qui refuse de participer au CU SM ou de f Institut de cardiologie (ICM).Dans un dossier qu\u2019on a laissé « pourrir » si longtemps, il y a de quoi être plongé dans une profonde « déprime » ! Oh ! qu\u2019il est difficile d\u2019être optimiste pour l\u2019avenir de la médecine à Montréal et pour l\u2019épanouissement culturel et scientifique de l\u2019identité canadienne-française, contrairement à ce qu\u2019on voit pour le monde des spectacles, (cirque en particulier) du théâtre, des festivals où les talents explosent de créativité et d\u2019imagination, peut-être pas toujours avec sagesse et élégance ! ?A \\ 30 ARTICLES Carl Bergeron /X La royauté perdue du legs (2)\"\" LE SPECTRE INFERNAL DE HUBERT AQUIN Les mots observent pour se perpétuer des règles inattendues, des lois imprévisibles : et il arrive que la civilisation tue les mots ; et quand les mots meurent, que reste-t-il des hommes ?Une souffrance ! Les hommes souffrent toujours de leur origine, même dans l'oubli d'icelle.1 » « Pierre Perrault Le symbole fracturé de la révolution du Québec Pendant que le narrateur de Prochain épisode « glisse, fantôme, dans les eaux névrosées du fleuve [et] découvre le dessous des surfaces et l'image renversée des Alpes2 », le patriarche Alexis, furibond, sort sa hache pour détruire les « monuments inutiles3 ».Les signes courent : la grande tempête s'en vient.L'entrée en scène d'Aquin marque, par rapport à Perrault, une réaction asymétrique et fulgurante contre une royauté mêmement perdue, à cette différence près qu'il se révolte contre une impossibilité congénitale d'innover, de dévier d'une trajectoire historique implacable- * L\u2019auteur est étudiant à la maîtrise en littérature à l\u2019Université de Montréal.Ce texte, qui peut se lire de façon indépendante, s'inscrit dans une continuité thématique que j\u2019avais initiée avec un texte sur Pierre Perrault (« La royauté perdue du legs.De Pour ia suite du monde à Horloge biologique», L\u2019Action nationale, vol.XCV nos 9 et io, novembre-décembre 2005, p.18-35) En ce sens, ces deux textes peuvent être lus comme un diptyque.** ' Ut t rf ; V 31 ment déterminée par l'échec du réel.Là où Perrault fait briller la chouenne de nos ancêtres, travaille à la patiente restauration d'un génie populaire méprisé, Aquin pointe avec effarement les trous noirs d'où ils ont été enfantés : « Quelque chose me dit qu'un modèle antérieur plonge mon improvisation dans une forme atavique et qu'une alluvion ancienne étreint le fleuve instantané qui m\u2019échappe.Je n\u2019écris pas, je suis écrit.Le geste futur me connaît depuis longtemps.4 » Le constat aquinien tolère mal le poids de la mémoire de la nation québécoise, porteuse de défaites successives et d\u2019une enfance morte, désastre immense, échec à « l'envergure quasi sublime ».Du coup, « reflet désordonné et incarnation suicidaire » de la révolution du Québec, il érige la maniaco-dépression au titre de maladie mentale emblématique de la psyché québécoise.D'une part, dans sa phase maniaque, il plonge dans l'abîme de la culture occidentale, traque les accidents de l\u2019histoire, cherche à habiller l\u2019échec génésique de tuniques et de braies, scrute les brèches du sens, parodie l\u2019érudition, surmultiplie les possibilités d\u2019interprétation.D\u2019autre part, dans sa phase dépressive, tous les masques étant tombés, les costumes ternis, c'est la réitération d\u2019un réel qui échappe à toute fabulation, d\u2019une déré-liction historique qu\u2019il n\u2019est pas possible d\u2019ignorer, d\u2019un refus général du combat qui désamorce d\u2019avance toute velléité de violence et d\u2019affrontement.» l'i I L'esthétique « baroque » qu\u2019on a eu l\u2019habitude d\u2019associer à Aquin acquiert un sens plus large et, à mon avis, plus intéressant, si elle est vue comme la traduction esthétique de la structure conflictuelle de la psyché nationale, telle qu\u2019incarnée par le narrateur de Prochain épisode et déboublements et mimétismes.Claude-Gilbert Dubois, dans une étude vraiment admirable sur le baroque, explique la sensibilité baroque par la « coexistence en l\u2019homme d\u2019une I multiples I fli ft# # If.# keel 1 # \u2022 » » \u2022 1 32 Ie il inquiétude fondamentale et d\u2019une volonté compensatoire de supériorité5 ».L\u2019homme baroque du XVIIe siècle, de toutes parts entouré de révolutions tant dans les domaines philosophique, politique que scientifique assiste à l\u2019évolution d\u2019un monde sans cesse en mouvement, où les certitudes de jadis n\u2019offrent plus les repères stables d\u2019une existence fermée et cohérente.Il cherchera à répondre à cette inquiétude par une affirmation de soi exaltée, « une manière de cultiver arrogamment les apparences dans un monde où il devient] impossible d\u2019être à soi-même tout entier6 ».De même, le référent auquel s\u2019accorde et se mesure l\u2019homme baroque québécois du XXe siècle (le héros de Prochain épisode) n\u2019est plus le micro-pays de l\u2019île-aux-Coudres ou de l\u2019Abitibi, comme chez Pierre Perrault, mais le macro-pays historique et politique, entité motile, jamais fixée, illustration d\u2019une incertaine souveraineté globale qui serait la caution d'une modernité enfin maîtrisée.Que le « roman d\u2019espionnage » du narrateur se déroule en Suisse explique le caractère littéral et métaphorique de Y investigation d\u2019un sujet à la recherche de lui-même mais isolé dans un lieu qui le nie : « Ce n\u2019est pas seulement la solitude que je combats ici, mais cet emprisonnement clinique qui conteste ma validité révolutionnaire.7 » L\u2019investigation matérialisée - le livre que l\u2019on tient entre les mains - sert à maquiller une inquiétude fondamentale derrière une affirmation exaltée, à oublier que la réalité ne reconnaît pas l\u2019efficacité du révolutionnaire.Le ratage ponctue tout le récit de Prochain épisode et la majeure partie de l\u2019oeuvre d\u2019Aquin.Rongé par le désir d\u2019etre un homme d\u2019action, un Vautrin, Aquin n\u2019a jamais cessé de tendre vers cet idéal romantique pour à chaque fois se ridiculiser davantage : son communiqué pour annoncer publiquement qu\u2019il prenait le maquis (!), son arrestation pour port d\u2019armes, son emprisonnement dans un institut psychia- 33 trique plutôt que dans une prison, tous les exemples de ses maladroites tentatives à investir la réalité de son désir révolutionnaire montrent une propension inéluctable à T échec et à ?humiliation.On connaît bien cette logique fantasmatique chez les grands hommes à désirer la part manquante d'eux-mêmes ; on n\u2019a qu\u2019à lire le témoignage d\u2019un autre grand homme, Jacques Parizeau, le stratège féroce, le chef léonin, qui confiait avoir toujours regretté de n\u2019être pas devenu pianiste ou chanteur d\u2019opéra.On s\u2019exclame, mort de rire : « Parizeau, chanteur d\u2019opéra ! », de la même façon que l\u2019on se moque de l\u2019autre : « Aquin, un homme d\u2019action ! ».Chez Aquin, cette contradiction percole, puisque le désir de royauté et d\u2019une supériorité compensatoire se traduisent alternativement dans la volonté ou de devenir banquier (un agent dominateur du système), ou d\u2019être un révolutionnaire (agent destructeur du système).Comme quoi que l\u2019on se terre à droite ou à gauche, l\u2019ambition inodore ne manque pas d\u2019exciter la vengeance de tous les humiliés du monde.Aquin, dandy manqué, est au coeur du paradoxe du comédien de Diderot, entre sensibilité romantique et sang-froid absolu.Il admirait Simenon, Capote et même Roger Lemelin (que l\u2019époque l\u2019excuse !), parce qu\u2019ils avaient réussi à concilier argent et supériorité spirituelle, richesse et gloire, immanence et transcendance, dichotomie typique de la royauté qui doit à son lien privilégié avec le divin son emprise sur la réalité terrestre.Aquin semble avoir fait sienne la maxime de Napoléon : « la mort n\u2019est rien, mais vivre vaincu et sans gloire, c\u2019est mourir tous les jours ».De fait, la mort tous les jours, le suicide feint ou agi, la fabulation ou l\u2019acte, sont tous des schèmes qui ont structuré une oeuvre obsédée et mue, comme toutes les grandes pensées, par « la souffrance de l\u2019origine ».Dans Prochain épisode, la visite du narrateur au château, sur fond .T. 34 d\u2019allégorie où se succèdent les symboles [La mort du général Wolfe, Histoire de Jules César; etc.), traduit bien l\u2019étrange rapport tendu avec l\u2019origine, que le narrateur, poursuivant son double contre-révolutionnaire, projette avec force sur l\u2019écran de l\u2019histoire.« Tout ici m\u2019étonne », confie-t-il, passant délicatement sa main sur la surface laquée de la commode, où figurent, lumineux, deux guerriers antiques lancés l\u2019un vers l\u2019autre dans une étreinte cruelle.Contrairement à Perrault, qui part de Cartier pour remonter la mémoire fluviale des ancêtres, Aquin lance un spectaculaire coup de sonde dans les profondeurs océaniques de la culture occidentale.Dans ce château où habite (et par lequel transite ?) H.de Heutz, le « Canadien français transcendantal » (J.-Éthier Blais), le narrateur goûte aux parfums capiteux d\u2019une gloire qui ne lui appartient pas, un lieu où sa royauté est dépossédée, et qu\u2019il ne peut reprendre que de façon provisoire, fantasmée, éroti-sée : « J\u2019ausculte le corps du guerrier nu : très beau ! J\u2019admire sa forme élancée en équilibre instable et le port majestueux de sa tête.Contre qui se jette-t-il ainsi en brandissant, comme arme unique, sa lance à outrance ?8 » Ou encore : « Je laisse mes doigts frôler les bulbes lisses des cariatides et je caresse les vêtements sculptés de ce buffet vide9 ».Le temps de jeter un coup d\u2019oeil par « les portes-fenêtres tendues d\u2019un mince rideau de mousseline », et de se laisser imbiber de la luminosité des Alpes purifiée par-devers le reflet du Rhône, il dit les mots magiques : « C\u2019est ici vraiment que j\u2019aimerais habiter », de la même manière qu\u2019Aquin lui-même, à la fin de « Profession : écrivain », dit dans un dernier souffle : « Je veux rester ici.Je veux habiter mon pays ».Examiner l\u2019oeuvre d\u2019Aquin par « Profession : écrivain » ne manque pas d\u2019intérêt.Non seulement ce texte, avec quelques autres dispersés dans Point de fuite et Blocs erra- ; ni: \u2022 $ t.> i » 35 l r r.l \u2022 * i if; tiques, résume-t-il sa posture d'écrivain, comme Québécois, comme indépendantiste, mais aussi contient-il des sédiments dont le travail littéraire n'usera que plus tard pour leur donner une forme finale et intelligible.Les motifs du refus d'écrire qu'il invoque violemment dans ce texte puisent leur source dans la volonté de faire éclater le conditionnement historique dans lequel se trouve pris, qu'il le veuille ou non, l\u2019écrivain canadien-français et québécois.Aquin ne cherche pas à recoller des morceaux depuis longtemps perdus : il ne veut plus ni penser, ni vivre dans le cadre qu'on lui impose.Il se dresse contre la cohérence ancienne et, tel Hamlet, il « incohère » : son écriture flamboyante, traversée d\u2019écueils néologistiques, de phrases lyriques, d'exagérations de style, sont les différentes courbes du graphique d'une tachycardie qui n\u2019en finit plus.Symptôme typique d'une prise de conscience aigue, qui se révolte, par son emphase même, contre le diagnostic de « La fatigue culturelle du Canada français » : le Canada français globalement est fonctionnarisé [.] Fidèle à son contrat d'embauche et sensible à toutes les douceurs du paternalisme, le Canada français, fonctionnaire collectif, ne fait pas ^histoires et n î'en veut pas avec ses patrons.Un fonctionnaire n \\\u2019est ni un entrepreneur, ni un politique.(.) Et il me semble qu 'un lien existe entre notre manque d'entrepreneurs, établi dans le passé comme un défaut de race, et notre conscription globale et continuelle par de grands employeurs : (lisez : Duplessis) et l'Église qui, longtemps, par sa structure pyramidale, nous a tenu lieu d'État, à ce point d'ailleurs que le Canada français compte beaucoup d'institutions religieuses, un clergé nombreux qui fonctionne bien, mais n 'offre pas, en revanche, un grand exemple de foi, ni de sainteté0.\u2022 \u2022 36 Pas de foi, pas de sainteté : situation exemplaire, sur le plan religieux, d'une impossibilité de grandeur et d'apothéose, d\u2019incarner un « vouloir-vivre antique », de même que sur le plan politique et financier, le Canadien français n'arrive pas à s'arracher d\u2019un niveau médiocre, entendu ici dans sa vieille acception (du latin médius, qui signifie « au milieu »).Comme nous sommes loin du XVIIIe siècle de la gigantesque, de la démesurée Amérique française, où le Canadien était encore digne, guerrier et d\u2019expression française ! Où donc est le rusé Vaudreuil ?Où est le capitaine d\u2019Iberville, homme du réel et homme de vérité contre le fumiste LaSalle, et qui de la baie d\u2019Hudson à la Louisiane semait la destruction et la terreur dans les camps anglais ?Le métropolitain Pontchartrain ne répond plus à ses appels.Versailles est maintenant une attraction touristique, le pouvoir français s\u2019est déplacé ; ici il a été usurpé.La bourgeoisie canadienne d\u2019avant la Conquête, vigoureuse caste des esprits les plus malins et aventuriers, a été déviée, comme l\u2019a montré Maurice Séguin, de son cours normal de développement par le conquérant, qui a adopté une stratégie d\u2019exclusion et de dévitalisation.Blessure terrible ! Le « défaut de dont parle Aquin est, en réalité, et il le sait bien, une aliénation.Le Québec a souffert de ces lacunes comme un enfant qui, violenté et écrasé dès sa prime jeunesse, ne sait plus se relever de son mal.Il ne marche pas, il claudique ; il ne respire pas, il halète ; il ne crie pas, il glapit.La parole heurtée du Canadien français, qui ne sait être ni fondue ni harmonieuse, rappelle son histoire invraisemblable et désordonnée.Comment dès lors, demande Aquin, « écrire des romans non souillés par l\u2019intolérable quotidienneté de notre vie collective et dans un français antiseptique, à l\u2019épreuve du choc précis qui ébranle le sol sous nos pieds » ? 1 » \u2022« \u2022 f \u2022v* 37 if;1* La solitude de l'aristocrate On pourrait s'en tenir là dans les correspondances entre le style baroque d'Aquin et la névrose nationale.Mais le caractère politique que revêt son appropriation de l'esthétique baroque est trop profond pour ne pas mériter un effort supplémentaire.Aquin, fait singulier dans une société coulée dans le moule de l\u2019égalitarisme, a un esprit d\u2019aristocrate.Son statut d'écrivain confirmé, sa vocation bien assise, sa ligne tracée, son expérience de militant au RI N ne tient plus que du passé.Il n'écrit pas par engagement, dit-il, mais par appartenance.Sa démarche littéraire, de l'accueil unanime de Prochain épisode à celui, confidentiel mais fervent, de Neige noire, n\u2019a cessé de dérouter son lectorat.Pour une bonne partie de celui-ci, Aquin reste l\u2019auteur de Prochain épisode ; Trou de mémoire, Point defuite et surtout L \\antiphonaire ne sont, de leur point de vue, que des accidents de parcours.De tous ces titres, Point defuite est peut-être celui où la solitude d'Aquin, dressée contre une multitude jugée « contre-culturelle », est illustrée avec le plus de force.La maquette de l\u2019édition originale de 1971, du Cercle du livre de France, imaginée par l\u2019auteur, donne aussitôt le ton : elle représente, de face, l'arc de triomphe de la porte Saint-Denis pour l'entrée de Charles IX à Paris, le 6 mars 157111 ; tandis qu'en quatrième de couverture, on l\u2019aperçoit dans une perspective renversée (sur le principe de la chambre noire), laquelle illustre, au bout d'un corridor désert, le point de fuite invoqué.Le titre, inscrit à l'envers de l\u2019arc, renvoie à un double sens : point de fuite, le substantif, contre « point de fuite », l'adverbe de négation, suggérant par là un ratage, une impossibilité intrinsèque à l'icône royal.V! * t Dès la préface, Aquin accentue les traits de sa solitude larvée.Parlant de sa « plongée abyssale dans le gouffre du 38 passé occidental », il écrit : « Pourrai-je, un jour, utiliser tout ce que je découvre en descendant dans P enfer dantesque ?Je ne sais pas.Je crois même que la société dans laquelle je vis n'est nullement intéressée à profiter du savoir non immédiatement utilitaire.12 » Il pose ensuite le problème en termes de génération : « Je suis d'une génération avide de savoir et soucieuse de discipline formatrice.Les jeunes saint-ciboires d'aujourd'hui ne veulent plus rien savoir et font table rase avec une jubilation inégalée », pour conclure qu\u2019il se trouve ainsi, par rapport à ses fils symboliques, dans un « superbe déphasage », sur une « longueur d'ondes mystifiante qui ne mystifie que [lui].» La transmission est brouillée, le père et le fils ne parlent plus le même langage, le premier ne voyant dans le second non plus la promesse d'un avenir, mais le rejet d'un passé.D'ailleurs, Aquin, qui a exercé le métier d'enseignant, admettait qu\u2019il ne trouvait guère de satisfaction dans ses contacts avec la jeunesse.Il lui parle en français, elle lui répond en jouai.Violence dans la langue qui masque mal, sous les apparences d'une libération, une autoflagellation moins combattue qu'exacerbée.Tout au long de Point do fuite, à travers quelques textes, Aquin pose l'antagonisme entre une conception plus traditionnelle - qui est, par définition, conservatrice - et l'autre, moins moderne que moderniste, logique de rupture qui nie ce qui la précède pour se fonder sur une réflexivité autogénératrice ne se tenant en elle-même que pour elle-même.Le jouai se détourne du français pour placer clairement son infériorité face au géant anglo-saxon.Il ne s'agit pas d\u2019une affirmation, mais d\u2019une démission ; en rejetant volontiers l\u2019héritage d\u2019une des deux cultures séminales de l'Occident, il annule la dynamique d'une tension quatre fois séculaire qu'il n\u2019a plus le courage de soutenir.Le fils ne veut plus du legs du père parce que les exigences qui y sont rattachées lui sont insupportables.I 39 Au Québec, le glissement du français au jouai, simultané à une rupture anthropologique plus générale, elle-même conséquence d'une modernité en crise, annonce aussi une attitude plus relâchée devant ce qu\u2019il convient d'appeler, sans intention péjorative, la « culture de masse américaine », sous l'axe de laquelle se déploie la civilisation moderne et technique.À cet égard, deux textes de Point defuite jurent avec l'ensemble, notamment avec la partie épistolaire, où sont rassemblées les lettres parisiennes d\u2019Aquin à Louis-George Carrier.« Auto critique » et « Éloge des États-Unis sont deux textes qui se répondent l'un l'autre sur le même thème de la civilisation moderne, presque voisins dans l'organisation du recueil, enfermant de curieuse façon un petit texte ironique, « Nos cousins de France ».» Éloge des États-Unis » débute sur une description révélatrice : « Les États-Unis sont parcourus de longues routes plates, où il est interdit de faire de la vitesse, et couverts d'une végétation innombrable de motels.13 » Ce pays est d\u2019abord perçu comme une immense étendue qui, loin de promettre la liberté, la conquête et l\u2019inédit, garantit le bien-être par la sécurité de ses routes, sur le plan mobile, et celle de ses chambres de motel microcosmiques, sur le plan statique.Frustré de rouler sur un système routier aussi punitif et surchargé d\u2019indications « provocatrices », le propriétaire d'une Chevrolet Impala ou d\u2019une Buick Le Mans trouve dans le motel une « surcompensation [à son] refoulement14 ».Il n\u2019y a pas de surveillance ; protégé par les triples serrures, il fait ce qu'il veut, comme il l'entend (les chambres voisines sont toujours vacantes).Lattrait du motel est dans son aspect interchangeable, dans sa capacité d\u2019offrir à l\u2019automobiliste québécois, sans habitat fixe sur le sol américain, partout au pays, une alternative à cette vaste organisation routière punitive.Dans la chambre de motel, un chez-soi réduit « né #m 40 à sa plus simple expression, l'automobiliste retrouve l'antre, le terrain de jeu, le carré de sable déserté de toute présence émasculante.Plus qu'une surcompensation à son refoulement, il s\u2019agit d\u2019un refoulement de sa légitimité virile dans les marges de la cité, dans la cellule indivise du motel, lieu grotesque de liberté, où le sujet moderne, touriste et anxieux ressent la « plénitude » de sa fonction dans la configuration atomisée de la société américaine.Il est comme un autre, il s\u2019y consomme comme tous les autres dans la marmite indifférenciée d\u2019un melting pot sur lequel il n'a aucune prise.Sa seule consolation est dans le capital de séduction que lui procure, auprès des jeunes filles américaines15, son infériorité d\u2019expression typiquement métèque.Une impression de « déclassement » s\u2019ajoute à la lecture de « Auto critique », un titre qui, encore une fois sur le modèle du double sens, propose une interprétation ouverte.Comme dans « Éloge des États-Unis », Aquin fait la critique de la civilisation moderne pour la présenter comme une sorte d\u2019allumeuse, une agace qui n\u2019a de cesse de développer de nouvelles séductions, des automobiles puissantes, par exemple, mais dont il demeure interdit d\u2019exploiter le plein potentiel : « C\u2019est sans doute cela la civilisation : il fallait inventer les chevaux-vapeurs pour le seul plaisir de ne pas s\u2019en servir - sinon dans le plus grand secret et avec l\u2019angoisse consécutive à ce genre de péchés dont la seule virtualité nous donne des fourmis dans les jambes/6 » L'évolution de la civilisation moderne s\u2019accompagne, au grand dam de l\u2019automobiliste moyen à la libido régulièrement trompée, d\u2019un ralentissement général de la circulation causé par « l\u2019émancipation simone-de-bovariste », qui se ramène, selon l\u2019auteur, à une « débauche de freinage à disques et à tambours à rainures hélicoïdales ».Le progrès aguiche et déçoit, il expose des possibilités inouïes pour les retirer aus- 4i sitôt.Les femmes, selon un postulat machiste bien connu (d\u2019où peut-être le titre « autocritique » ?), conduisent mal et, en investissant les routes de façon massive, provoquent quantité d\u2019accidents mineurs et d\u2019accrochages.La sur multiplication inquiétante de la présence féminine au volant est concomitante du « superbe déphasage » que soulignait déjà l\u2019auteur dans la préface.Dans « Auto critique », la fonction idéale de la femme dans l\u2019organisation de la société se résume, sur une note métaphorique, au rôle de passagère.Elle est le corps intermédiaire duquel se sert le conducteur fébrile et phallique pour se protéger du système platement légal et médiocre chargé de réguler pulsions de vitesse.Si c\u2019est une jolie blonde, et qu\u2019elle a longues jambes qu\u2019elle peut étendre avantageusement à l\u2019aide d'un dossier-bascule, elle est plus à même de lui faire bénéficier de son « immunité plus ou moins secrète » auprès d\u2019un représentant de l\u2019ordre.« Déraciné » par l\u2019atomisation de la culture de masse américaine qui, le laissant dans un milieu sec et anonyme, l\u2019amène à ne se nourrir que de lui-même ; « déclassé » par une société moderne « simone-de-bovariste » qui se ligue avec l\u2019esprit de loi pour contenir la puissance, la force et la violence dans leur expression virtuelle et non réelle ; l\u2019homme baroque québécois, porteur de tout son poids historique, est menacé par une dévitalisation de pauvré1.Il ne sait pas vivre l\u2019Amérique, parce qu\u2019il a perdu les réflexes du propriétaire.Promenant un regard de grenouille sur la tapisserie beige et écaillée de sa chambre de motel, ses épaules se courbent sous l\u2019effet de son spleen de déraciné.Comment lire Sophocle et Dante emmuré dans un motel du New Jersey, ou rouler dans une Buick Le Mans sur une route surveillée où on ne peut dépasser la limite de ioo km/h, pris dans une circulation de matantes, sans être saisi, progressivement, pernicieusement, d\u2019un sentiment vaseux d\u2019irréalité ?Il y a v 1 t; » 42 >?comme un manque, une inadéquation ontologique entre la pensée et l\u2019expérience, le désir et son assouvissement, un frein, en somme, à la matérialisation charnelle d\u2019un monde imaginé dans le théâtre de notre cerveau.Dans ce monde disloqué, qui ébranle le fondement métaphysique de l\u2019homme occidental, la solitude n\u2019est plus le luxe caressant de la pensée, elle n\u2019est plus la création naturelle d\u2019un terreau humide et fertile, mais le monument apocryphe d\u2019une misère, a fortiori si celui qui la porte est un Québécois sans statut politique, c\u2019est-à-dire un gagne-petit, un locataire sans aucune espèce de présence existentielle.i' i Parmi la multitude uniformisée et paradoxalement changeante, l'aristocrate qui, comme Aquin, cherche à préserver les notions d\u2019élite et de distinction, ne peut que trahir, par le choc glacial qu\u2019il rencontre dans le réel, sa spectaculaire défaite.Il peut bien parader comme il veut, exposer prouesses, déverser son savoir à pleines pages, écrire des oeuvres cryptées, peu importe ! il n\u2019a plus la maîtrise de la situation, voilà la vérité.Son élégance et son raffinement ne sont que des symptômes, à la fois parodiques et nostalgiques, d\u2019une double défaite : 1763 et 1789.Il a gardé l\u2019éclat du Roi mais a perdu sa puissance effective.Ce n\u2019est que du vent.Au reste, il le dit lui-même dans « Profession : écrivain », en 1963, du temps où il résistait encore à sa vocation d\u2019écrivain.Être écrivain, au Québec, équivaut pour Aquin à se contenter d\u2019un rôle secondaire que veut bien lui reconnaître l\u2019État fédéral, un rôle festif, de tzigane, d\u2019amuseur et de petit artiste.Déjà le style de « Profession : écrivain » annonce l\u2019esthétique des romans ultérieurs où, semble-t-il, l\u2019auteur prend plaisir à accentuer les traits « artiste », à devenir de plus en plus prodigue en métamorphoses, en exploits formels, en artifices.Engagé dans la voie de l\u2019écriture, se pourrait-il qu\u2019Aquin ait trouvé dans l\u2019esthétique baroque un ¦ 43 moyen de rédimer son échec et sa culpabilité dans ?autodérision dite sérieuse, un peu à la manière d\u2019un Miron ?Il joue son rôle d\u2019artiste jusqu'au bout, jusqu\u2019à l\u2019effondrement de toute sa démarche artistique qui, peut-être pour cette raison, portait dès le départ le germe de sa destruction.Obombre n\u2019en est que le spasme cadavérique le plus effrayant.Vue sous cet angle, toute l\u2019oeuvre d\u2019Aquin produit un énorme vertige, qu\u2019on peut aussi éprouver devant un décor du Bernin ou de Borromini, un décor qui porte son autonomie propre, dégagé de sa structure interne et organique, libre comme une pathologie échappée du cerveau d\u2019un malade.Dubois, dans son étude sur le baroque, a l\u2019originalité d\u2019approfondir la psychologie de l\u2019homme baroque du XVIIe siècle en regard de sa situation réelle dans le monde réel, d\u2019opposer la réalité de son être au fantasme de son paraître.Il expose avec beaucoup d\u2019aplomb, sous une rubrique intitulée « Ne pas avoir et faire voir », les conditions matérielles et commerciales ayant présidé au contrat tacite passé entre la noblesse et les organisateurs de la production, et qui a fait de la première une simple auxiliaire des seconds, toute entière réduite à une fonction publicitaire, appelée à exhiber des produits de luxe qu\u2019elle ne crée ni ne possède18.Elle fait la belle, elle prend des poses, elle joue le rôle qu\u2019on lui attribue, mais elle est déjà hors-jeu ; Aquin, aristocrate-écrivain faute d\u2019être bourgeois-banquier, reproduit sur le mode ironique la même angoisse, la même dépossession mais en tant qu\u2019écrivain évoluant dans le cadre historique et politique québécois du XXe siècle.Renverser les termes Attention ! Le portrait n\u2019est pas si noir qu\u2019il n\u2019y paraît.Aquin est un écrivain et ne s\u2019en tient pas qu\u2019au constat.Si sa pos- r: -'i V # 4 44 1 4* \u2022 \u2022* 4 1 41 4 # 1C t* A 4e \u2022\u2022 * ture littéraire relève, entre autres, d\u2019une autodérision hautement sophistiquée, elle produit aussi, par-delà ses savants écrans esthétiques, une éthique du politique et de la culture.Son oeuvre ne saurait définitivement confiner le lecteur moderne dans l\u2019accablement, laissé seul dans son sous-sol, se disant : « Alors ça y est ?Tout est bel et bien fini ?», avant d\u2019éteindre sa lampe pour aller ensuite se coucher aux côtés de sa femme, somnolent, les yeux mi-clos devant le dernier reportage du Téléjoumal.L\u2019oeuvre d'Aquin est ouverte et encore agissante, plus de vingt-cinq ans après sa mort.Comme tout aristocrate qui, pour maintenir son prestige, doit avoir la pleine maîtrise des codes, Aquin a investi sa démarche littéraire d\u2019une façon si professionnelle, démontrant un tel savoir-faire qu\u2019il a réussi à faire en sorte que son oeuvre, triomphante, ne peut guère être ignorée tant au Québec qu\u2019à l\u2019extérieur.À titre individuel, il est sorti du provincialisme québécois pour de bon : son autorité est établie aux yeux de l\u2019histoire.Il n\u2019en demeure pas moins que son oeuvre, qui contient dans souffrance de l\u2019origine, ainsi que les quelques grandes vérités sur lesquelles s\u2019édifient les vies d\u2019engagement, prend un relief plus inquiétant à mesure que le temps passe.Désormais acclamé, enseigné, étudié, admiré par une élite francophone qui retrouve, par la compréhension des subtilités codifiées de ses livres, la confirmation de sa propre valeur, il perd peu à peu sa charge politique pour enfin être admis dans l\u2019élite canadienne-anglaise, où on le lit désormais en sa qualité de « grand écrivain ».strates les plus profondes la i En effet, en 2003, l\u2019émission Canada Reads de la CBC retenait Next Episode comme grand gagnant de leur concours annuel.Défendu par Denise Bombardier, le livre a aussi obtenu l\u2019appui de Justin Trudeau, qui l\u2019a cité sans rire : « Literature only truly exists once the reader has travelled back 45 up theflow of words to become, in fact, a co-creator of the novel ».Cité en anglais par le fils bilingue de Pierre Trudeau, la citation ne manque pas de saveur.On comprend que pour un lecteur fédéraliste il sera heureusement possible d'aborder la littérature québécoise, et en particulier Aquin, cette citation brandie comme une police d'assurance pour lui épargner d'avoir à tirer les ultimes conséquences de sa lecture.Poussé dans ses derniers retranchements, il sera toujours loisible à Justin d'être le co-creatorst d'atténuer à son aise le choc de Next episode.Sur le site web de l'émission, on boucle l\u2019annonce du gagnant avec la question : « Will this Canada reads choice bridge the two solitudes of literature in this country ?Read Next episode and find out!».Aux yeux du Canada anglais, le grand écrivain Aquin devient une sorte de James Baldwin, qui aura eu le courage « en son temps » de se rebeller contre l'ordre établi, et qu\u2019on peut maintenant lire et apprécier loin de toute violence, en tant que littéraires, dans un contexte politique peut-être imparfait, conviennent-ils, mais néanmoins pacifique et juste.ht I « Et c\u2019est ainsi que se pose, pour l\u2019intellectuel québécois, l\u2019immense question de l\u2019éthique et de la responsabilité.Il a compris, disséqué, analysé sous toutes ses formes l\u2019oeuvre d\u2019Aquin et, en bon complice aristocratique, il en a goûté tous les raffinements érudits et esthétiques.Il s\u2019était pris au jeu, le coquin ! Mais voilà que le réel, réalisant le postulat aqui-nien de l\u2019infériorité politique québécoise en lien avec les consolations élitistes et culturelles, se met de la partie dans la bonne humeur générale pour lui rappeler un conflit politique qu\u2019il s\u2019était plu à dédramatiser jusque-là.Comment réagir ?Le génie littéraire d\u2019Aquin prend peut-être tout son sens dans ce genre de conjoncture inouïe, quand l\u2019art et la réalité s\u2019étreignent douloureusement à quarante ans de distance, dans une prise de conscience fracassante, sous le I 1 f I \u2022* .lfVu F if If \u2022 # , \u2022 « 46 coup d\u2019une lucidité amère, faisant surgir les grandes questions immortelles.On ne prend pas au sérieux le drame québécois, on évide une des oeuvres phares du répertoire national : en bon aristocrate, provoquera-t-il un duel avec le calomniateur ?Impossible.Il se rend bien compte que ses ennemis ne sont plus des ennemis, ils sont cultivés, bien rasés, souriants, boivent du café au lait de Second Cup et ne veulent que partager ouvertement leur passion de la littérature.Assurément, une indignation nationaliste mal placée serait vue comme du ressentiment anachronique et, pire encore, comme une insulte à l\u2019universalité de l\u2019art.Il se rend compte surtout que sa pose aristocratique n\u2019est qu\u2019une pose, qu\u2019elle ne régit rien, qu\u2019en cette occasion où il aurait eu envie de laisser libre cours à ses pulsions les plus violentes pour faire respecter le code de l\u2019honneur, la réalité politique l\u2019oblige au refoulement, à la frustration et surtout à la comédie.Il l\u2019avait oublié, il en avait anesthésié la sensation à coup de voyages en Espagne et de verres de porto, mais son origine le fait souffrir.Contrairement à sa liberté, qu\u2019il vit dans son imagination, de façon toute virtuelle, il vivra sa souffrance réellement.Il entend soudain sa mémoire lui chuchoter le sens du titre Prochain épisode, et les paroles qu\u2019a dites Aquin lors d\u2019une entrevue en 1967 : « On dit que tout qu\u2019on fait nous détermine.Je ne crois pas à cela : vivre est un projet.Si un homme peut se définir, c\u2019est par ce qui vient, par ce qui le pousse en avant, non par ce qu\u2019il a été.19 » Il se trouble.L\u2019histoire avançant, la cote de la valeur artistique d\u2019Aquin augmente et trouve en-dehors du Québec des acheteurs, qui, eux, sont aristocrates non pas par défaut mais par choix.Parallèlement à cette reconnaissance, une tension souterraine et intime agite l\u2019intellectuel québécois contemporain, pour qui cette oeuvre, si torturante par son pacte avec un réel qui refuse de se soumettre à toute fuite élitiste, tient lieu désormais de spectre infernal.Les termes de la névrose s\u2019en trouvent renversés.4 « it t II 47 L\u2019oeuvre d\u2019Aquin a ceci d\u2019excellent que tant que le problème québécois ne sera pas positivement réglé, elle agacera la conscience de son lecteur passif.En cela, elle est garante d\u2019une certaine éthique politique, à laquelle il faut par ailleurs ajouter une éthique culturelle.Sous l\u2019écrivain esthète, se cache un artiste qui, malgré le contexte des années soixante et soixante-dix où pullulaient les utopies et les ruptures », reste de marbre sur les questions essentielles de la religion, de la nation et de la langue.Aquin, né en 1929 et formé par des religieux, n\u2019a jamais renié l\u2019Église catholique, et restait méfiant devant l\u2019anticléricalisme.On l\u2019a vu, il n'était certainement pas féministe, pas plus qu\u2019il n\u2019a cédé aux sirènes de la subversion joualisante.Son culte de l\u2019Antiquité et de l\u2019art du Moyen-Âge l\u2019éloignait nettement des apôtres de la contre-culture.Ayant poursuivi des études supérieures en France, il ne cachait pas son europhilie.Mis à part son étrange ambiguïté dans giques, passant d\u2019une acceptation totale de la logique capitaliste au socialisme ou à l\u2019anarchisme, ses positions sont demeurées constantes, à l\u2019abri des secousses et des modes, solidaires de la tradition occidentale.À la royauté perdue québécoise, blessure contre laquelle s\u2019est dressé son oeuvre, Aquin oppose la légitimité lumineuse du legs civilisationnel.« sympathies idéolo- I C\u2019est par un travail sérieux et énergique sur ce legs civilisationnel, nous dit Aquin, que le Québec, acquérant son indépendance politique, pourra se débarrasser peu à peu de son infériorité provinciale et accomplir, avec une prestance royale, sa reconquête historique.Tant que nous n\u2019assumerons pas cette responsabilité, le spectre de H.Aquin, tel un (double) H.de Heutz à abattre, nous hantera jusqu\u2019au dégoût de nous-mêmes et de notre lâcheté, au grand plaisir des dilettantes qui, bien assis sur le trône du véritable pouvoir, un chat ronronnant sur leurs genoux, continueront de I 48 consommer de la littérature révolutionnaire québécoise comme d'autres mangent des petits pains à l'ail.?1\tP.Perrault.De la parole aux actes, Hexagone, 1985, p.42.2\tH.Aquin.Prochain épisode, Cercle du livre de France, 1965, p.7.Toute référence ultérieure à Prochain épisode sera identifiable au sigle PE.3\tDans la scène finale du /fêg/re?du jour (P.Perrault, 1967), le fils d\u2019Alexis se ligue avec sa mère pour faire entrer dans la maison familiale une énorme horloge grand-père, produit moderne de la ville.Alexis est furieux devant la magouille ; désespéré de leur faire entendre raison, il sort sa hache et menace de tailler en pièces ce qu'il qualifie de « monument inutile ».4\tPE, p.89.5\tC.-G.Dubois.Le baroque.Profondeurs de l'apparence, Paris, Librairie Larousse, 1973, p.73.6\tIbid., p.75.7\tPE, 16.8\tPE, 24.9\tPE, 124.10\tH.Aquin, « La fatigue culturelle du Canada français » in Blocs erratiques, Typo, 1998 [1977], p.105-106.11\tSelon l\u2019édition critique de Point de fuite, établie par Guylaine Massoutre, BQ, 1995 [1971]- 12\tH.Aquin, Point de fuite, p.6.13\tH.Aquin, PdF, p.63.14\tIbid., p.65.15\tLa « jolie fille » chez Aquin se confond souvent avec la figure de la « jeune femme moderne en mini-jupe », rappellant la cheerleader américaine, un fantasme qui, sous le vernis de l\u2019allégorie sportive, est très caractéristique de l\u2019homme canadien-français.Sa beauté n\u2019existe qu\u2019en fonction de la puissance du quarterback, de l\u2019alliance voluptueuse de la beauté féminine et de la force masculine, toutes deux dans leur incarnation la plus pure.Elle est, il est, elle se colle à lui, leur rencontre se fait sans effort, déterminée par des gènes sains et vigoureux ; réunion confiante que soutient, au contraire du milieu canadien-français, le victorieux milieu américain, dépourvu de complexe et convaincu de sa légitimité impériale.! - i.i* r u n - h 16\tPdF, p.74.17\tVoir à ce sujet R.Hoggart, La culture du pauvre, le chapitre « Déracinés et déclassés », Paris, Éditions de Minuit, 1970, p.345-376.18\tDubois, op.cit., p.167.19\tH.Aquin, « Écrivain, faute d\u2019être banquier in PdF, p.15.» 14 Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@ sta-conseil .com www.sta-conseil .com Téléphone : (450) 471-2662 (514)355-7869 (800) 782-5799 Télécopieur : (450) 471-0026 (514) 355-7923 178, rue Sainte-Marie Terrebonne (Québec) J6W 3E1 TRANSLATEX Communication^ RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé % .» >?LU: > %; M ¦V » 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca :.-V ?Allard & Cie CA inc.Comptable agréé Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com % i i V UN à 3 ABONNEZ-VOUS X- » Page B ^ .t ü w »- \\* \\tN t>M e^ta^* i ¦ * % VC VC VxW \\ ! \u20224 r-jr -\u2014TL, f.> > O v^.X vf \u2022¦A* ?On n\u2019est jamais trop curieux ? Dossier GÉOPOLITIQUE Axe d\u2019un État -René Marcel Sauvé Les aspects internationaux de la gestion de l\u2019eau d\u2019un Québec souverain -Marcel Lussier Le fleuve Saint-Laurent, son avenir et l'indépendance nationale -Charles Courtois 52 63 70 LA RÉSERVE DE LA BIOSPHÈRE DU LAC SAINT-PIERRE 99 L\u2019avenir du lac Saint-Pierre et du fleuve Saint-Laurent comme milieux de vie -Charles Courtois Les ignifuges bromes : un record mondial ! -Charles Courtois La saga du lac Saint-Pierre -Philippe Ciroul Une approche durable du développement de la réserve de la biosphère du lac Saint-Pierre -Normand Cariépy LE FLEUVE I TOI no 119 125 RABASKA Le Conseil de presse et le dossier Rabaska -Luc Archambault 131 RABASKA -Lise Thibault 142 LACC ES AU FLEUVE Un fleuve inaces s ible -Léonce Naud T 62 Lire Lire les essais 174 Livres reçus 217 Index des annonceurs 219 à « m 52 DOSSIER \u2022 I'- \u2022 \u2022 René Marcel Sauvé* \u20223 >v I AXE D'UN ÉTAT Les États naissent avec le développement des villes.Et les villes naissent dans les carrefours de communications, avec la naissance et les progrès des communications, les plus importants ayant toujours été les carrefours maritimes, ces lieux naturels qui permettent le transport à grand débit avec une économie d\u2019efforts et de moyens.De nos jours, six mille ans après la naissance des premières grandes villes, toujours présentes dans le monde actuel, ce principe n\u2019a pas changé.Comme autrefois, les plus grandes villes sont localisées dans les mêmes carrefours maritimes.Les progrès de la technique ne changent pas la nature des lieux du pouvoir, mais les confirment dans leurs vocations, tant dans le passé que le présent et l\u2019avenir.Il s\u2019agit de ce qu\u2019on appelle des continuités, terme de géopolitique employé par opposition aux contingences.t.i kCJ \u2022 :.IT J La venue tardive de l\u2019État du Québec est attribuable à Tac-cessibilité du golfe et du fleuve, limités par la distance par rapport aux continents anciens, par les eaux glaciales et les banquises d\u2019hiver, par les rives grandioses de beauté mais peu accueillantes, partout, par l\u2019absence relative d\u2019espaces bas et plats, par les climats trop froids, par l\u2019absence de bons sols arables et économiques à cultiver, et, par les gigan- * Géographe et auteur de Géopolitique et avenir du Québec. 53 tesques obstacles terrestres que sont le plateau précambrien au nord et les Appalaches au sud.D'où le manque d\u2019intérêt pour ces lieux peu hospitaliers.Les paysages magnifiques du Saint-Laurent ont attiré pêcheurs et chasseurs depuis très longtemps mais ont tenu à distance les colonisateurs et fondateurs de nouveaux pays et d\u2019États neufs.Avec la fondation de Québec, les communications demeuraient comme partout limitées par les navires à voile et le transport terrestre à cheval ou dans des voitures tirées par des chevaux.Les anciens États avaient joui du privilège des pistes de caravanes et de la navigation dans des mers intérieures chaudes et sur les grands fleuves dAsie et dAfrique.L\u2019État est complètement dans ses communications.I\\ I Malgré les limites imposées pendant six millénaires par des moyens de transport simples, le développement a quand même progressé vers l\u2019Europe et de nouveaux États sont nés à leur tour : Italie, Autriche, Portugal, Suisse, Espagne Suède, France, Angleterre, Hollande et Russie, dont la géo graphie et les climats sont plus favorables aux communica tions que le Saint-Laurent.j En Amérique, les nouveaux États sont nés des anciennes techniques maritimes à voiles.Les États-Unis sont nés avant le chemin de fer.C\u2019est le chemin de fer qui mettra l\u2019Allemagne au monde et c\u2019est par le chemin de fer et à cause du chemin de fer que sera créé Ottawa, capitale artificielle de l'État unitaire et arbitraire des Orangemen et United Empire Loyalists.Ni l\u2019un ni l\u2019autre de ces nouveaux États ne serait venu au monde sans le chemin de fer, donc, sans l\u2019invention de la machine à vapeur.Les États qui existaient auparavant en ont également profité, mais pour augmenter des pouvoirs qu\u2019ils possédaient déjà.C\u2019est à partir de la machine à V H % 111 > « i; H ¦ \u2022 i % 54 vapeur, à P origine des chemins de fer, des navires à hélices et des industries nouvelles que les empires coloniaux ont atteint leur apogée.Ces empires vont décliner au vingtième siècle, avec l\u2019arrivée des communications, radio, télévision, ordinateurs, du moteur à essence et du moteur diesel, toutes choses qui vont contribuer à démocratiser davantage les pouvoirs en place.L\u2019arrivée des nanotechnologies, des systèmes Internet et des communications de masse annonce déjà un avenir dans lequel rien ne sera plus comme auparavant.Mais ce temps n\u2019est pas encore arrivé.Au moment de la création arbitraire de P État unitaire d\u2019Ottawa, l\u2019État du Québec, axé sur le Saint-Laurent, existe alors de facto mais ne possède pas tous les atouts d\u2019un État de jure.Il faudra y mettre encore 150 années additionnelles.Certes, le chemin de fer et les navires à vapeur ont profité au développement du Québec, à l\u2019insu sans doute des Québécois.I La fin de Père des chemins de fer canadiens en i960 surviendra en même temps que les débuts de la maturation de P État du Québec, proclamé par Jean Lesage et Paul Gérin-Lajoie.Ce sera le commencement de la révolution tranquille, de PAggiornamento dans l'Église catholique, de la réforme de l\u2019éducation, des autoroutes, du transport généralisé par avion, de l\u2019arrivée en masse de la télévision, de l\u2019introduction des ordinateurs et de la mécanisation de l\u2019agriculture.Au cours des cinquante années suivantes, le Québec vivra littéralement 500 ans d\u2019histoire.Les Québécois devront s\u2019adapter d\u2019une manière foudroyante et beaucoup ne pourront s\u2019y faire.Ils y perdront littéralement leur latin.De tels changements ne peuvent s\u2019introduire que dans une société déjà organisée pour les recevoir.Mais comment tout 1 55 le terrain s'est-il préparé ?Rome ne s'est pas fait en un jour.Pour acquérir pleine maturité, un État, qui intègre un territoire, une histoire avec prises de conscience, un savoir, un pouvoir et un vouloir, nécessite une période formative qui peut varier de quatre à douze siècles selon les circonstances, les exceptions confirmant la règle.Avant de leur conférer pleine légitimité et pleins pouvoirs, il faut d'abord créer des Cités de fait, afin que faire advenir des Cités de droit.L\u2019État reconnu de droit est une société organisée et politisée, dotée d\u2019un pouvoir qui la rend apte et capable d'agir avec envergure, pour le bien général et sans heurter les autres États existants, exception faite de l'arbitraire.I Le long du Saint-Laurent, les villes de l\u2019État du Québec sont nées, non dans le désordre des villes pionnières, mais par fondations, sur des sites préalablement reconnus comme carrefours maritimes naturels.Québec, la plus ancienne, a été fondée sur un site où convergent les marées du golfe et les eaux du fleuve, là où Appalaches et Laurentides se rapprochent, où les basses terres du Saint-Laurent se rétrécissent pour offrir à la colonie naissante un espace agricole suffisant et protégé, afin d\u2019assurer la survie de la nouvelle ville, tête de pont naturelle et future capitale.L\u2019État du Québec recevait alors ses premières assises, à la fois faibles et solides, fondées sur des continuités appelées à se maintenir pendant des siècles à venir, envers et contre l\u2019adversité.L\u2019histoire du Québec en a fait amplement la preuve.Trois-Rivières a été fondée à F embouchure du Saint-Maurice, à proximité du lac Saint-Pierre, là où la plaine est plus large pour permettre le développement d\u2019une agriculture plus étendue, dont on avait grand besoin, aussi pour exploiter le bois et les mines des environs. - - ¦ k '\u2022% 56 : N \u2022 v m ¦ i Z E Montréal a été fondée au point précis où la navigation maritime s\u2019arrête et où commence le transport par canots, puis par canaux, vers le haut Saint-Laurent, les Grands Lacs et l\u2019Ouest.Port océanique le plus éloigné de l\u2019océan au monde, Montréal était appelée en partant à devenir une métropole, grâce à la diversité et l\u2019étendue des plaines environnantes et des rivières adjacentes au fleuve, qui ajoutent aux communications vers l\u2019ouest et vers le sud.il m ^r.» Tous ces sites occupent une position périphérique et éloignée par rapport aux autres sites où se sont constituées les grandes villes d'Amérique du Nord.En partant, les fondations du Saint-Laurent seront naturellement protégées par la distance par rapport à l\u2019océan, par les obstacles qui limitent la navigation dans le golfe et le fleuve.Cette protection est de plus renforcée à l\u2019extrême par la présence de gigantesques obstacles montagneux constitués par le bouclier précambrien au nord et par la chaîne des Appalaches au sud.Ces difficultés naturelles ont joué un rôle majeur dans la défense d\u2019une colonie numériquement trop faible pour résister aux envahisseurs anglais.Grâce à cette géographie, la Nouvelle-France tiendra et continuera de progresser pendant 150 ans, alors que l\u2019État du Québec, encore embryonnaire, prendra la relève.Voie naturelle de communication et de défense du territoire, le Saint-Laurent était Québécois en partant.Il l\u2019est redevenu depuis, grâce aux canaux et chemins de fer qui inciteront Orangemen et Loyalistes à émigrer vers l\u2019Ontario méridional, c\u2019est-à-dire les basses terres des Grands Lacs, situées à plus de 500 kilomètres à l\u2019ouest de Montréal, de là vers l\u2019Ouest.Certains quitteront et iront s\u2019établir aux États-Unis, un territoire qui offre plus de possibilités de faire fortune que l\u2019espace continental canadien.i » [> i Ie i * \u2022 f* s 5ï\u201d îîL'J ' \" ê I ' ' ï u:\\! V.\u2022.\u2022 ' * i »/\u2022 fl * \u2022 # In1 38: nr mm .4 / * I \u2022 f» j \u2022 f \u2022 F , » .fc \u2022 \u2022 l :f \u2022il! \u2022 * - \u2022 - i \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 * t */ 11 57 Le long de la basse terrasse de Montréal, entre Pointe-Saint-Charles et Lachine (en passant par Saint-Henri, Ville-Émard, Côte-Saint-Paul, LaSalle), là où sera construit l\u2019équipement ferroviaire nécessaire au développement de l\u2019Ontario et de l\u2019Ouest, les habitants vivront l\u2019aventure d\u2019une révolution industrielle unique, qui prendra fin peu après i960.Sherbrooke, venue plus tard, éloignée du fleuve, s\u2019est construite avec le développement des chemins de fer entre les basses terres du Saint-Laurent et les plateaux appala-chiens.Sa croissance est liée au chemin de fer et au développement routier du Québec.Le chemin de fer lui accorde un accès direct au port de Bangor dans le Maine, trois fois moins éloigné de l\u2019océan qu\u2019en passant par le Saint-Laurent.C'est à partir du réseau de villes axées sur le Saint-Laurent et de leurs ramifications dans l\u2019arrière pays que s\u2019est construit l\u2019État du Québec.Le pouvoir, qui veut dire pouvoir d\u2019agir délibérément et avec envergure, naît et s\u2019accroît avec les communications.D\u2019autre part, c\u2019est à partir de l\u2019axe du Saint-Laurent que se sont construites les principales villes de l\u2019Ontario, y compris Ottawa, cette dernière créée de toutes pièces par les Orangemen et United Empire Loyalists, afin de contrôler leurs arrières pendant qu\u2019avec le chemin de fer, ils tentaient de se construire un empire continental qui commence à leur échapper.« \u2022 Dans le cas qui nous concerne, ces nouvelles villes se sont effectivement constituées à partir de l\u2019axe naturel du Saint-Laurent, mais non le long du Saint-Laurent.Les deux premieres parmi ces villes comprennent Kingston, là où le lac Ontario débouche dans le fleuve, site de l\u2019ancien fort Frontenac, situé à plus de 250 kilomètres à l\u2019ouest de Montréal, et Toronto, l\u2019ancien fort Rouillé, situé à plus de V \u2022 X B2H1 % e I it:, Î 42$! 6® - -:v- -,v 58 '.; B:-:' .> » : * mm B ; SS 'I m .mm % i U ¦ ¦ Si > - # mb.- - : .A3 % * ¦ & w ¦m mM e 500 kilomètres, sans accès au Saint-Laurent autrement que par des canaux saisonniers et des chemins de fer, à F origine du développement des autres centres de F Ontario méridional, dans les basses terres des Grands Lacs.Le matériel nécessaire à F aménagement de venons de le voir, a été en majeure partie fabriqué à Montréal, sur la basse terrasse, là où le canal Lachine et les deux principales lignes de chemin de fer ont été aménagés.¦v- : S3 3 a \u2022 hw-: m ; > .\u2022 : +1 LK, a .;r: .28 \u2022 ' : &S u m villes, comme nous \u2022 K \u2022 .v-.fen v *«?.- a ' - - EfM ; v :-tm Si :v: r{; ¦ ».y ¦ ; \u2022 El JS O ï ' xsa ta .il £ * .; X.m 33 - L 3-n: .m,.\u2022;.fel ' % 1 S3 En conclusion, c\u2019est le long du Saint-Laurent et par le Saint-Laurent que s\u2019est formé en quatre siècles l\u2019État naturel et optimal du Québec.C\u2019est également le long du Saint-Laurent et par le Saint-Laurent que s\u2019est constitué l\u2019État centralisateur, post-impérial, arbitraire et unitaire d\u2019Ottawa.L\u2019axe du Saint-Laurent ne peut vivre avec deux États superposés.L\u2019un de ces deux États est appelé à se saborder et à disparaître.L\u2019autorité québécoise dans l\u2019axe du Saint-Laurent est appelée à y exercer pleins pouvoirs.La génération actuelle doit agir en conséquence.?B?B 01 ¦\u2022v« .n Pt: \u2022J v là# > # % > ?» 4 > ¦\u2022A > * in ar s.i ¦SI 3 \u2022\u2022'i\t- .i 5 i ¦ ¦y f .\u2022 m - V, ¦ ¦ ¦ tf- DOSSIER it;- Points de repères I LAVOIE MARITIME ET LE TRAFIC FLUVIAL EN BREF* *1 En 1951, la Loi sur l\u2019administration de la voie maritime du Saint-Laurent est adoptée avec la Loi sur /\u2019aménagement de l\u2019énergie des rapides internationaux par Ottawa.En 1952, Ottawa et Washington demandent à la Commission mixte internationale qui supervise le Saint-Laurent et les Grands Lacs depuis 1909, d\u2019autoriser le développement hydro-électrique en vue des aménagements assurant une voie navigable de 8,2m, (27 pieds), entre le port de Montréal et le lac Érié.Quatre ponts de Montréal sont modifiés pour permettre une hauteur de mât de 36,5m ou 120 pieds.En avril 1954, le premier coup de pelle est donné et la première traversée complète de la voie maritime est lancée par le brise-glace D\u2019Iberville en avril 1959.C\u2019est le 26 juin 1959, à bord d\u2019un yacht royal, le Britannia, que la reine d\u2019Angleterre Élisabeth Il et le président des Etats-Unis d\u2019Amérique, Dwight Eisenhower, inaugurent officiellement l\u2019ouvrage colossal.Le fédéral maintient son droit de propriété et de réglementation mais transfère le contrôle opérationnel à la Corporation de gestion de la voie maritime en 1998.Son siège est à Cornwall (Ontario) et sur son conseil d\u2019administration sont représentés l\u2019industrie et les armateurs, ainsi que les ministères des Transports de l\u2019Ontario, du Canada et du Québec.Son pendant est la Seaway Development Corporation dont le siège est à Washington mais la direction à Massena (N.Y.) sur le canal Wiley-Dondero.m; r i : * Source principale : www.seaway.ca (Corporation de la voie maritime) ; sauf lorsque précisé, www.st-laurent.org (Sodés). BEUH i m 6 o W.1 m Be ¦U * I 3 m Caractéristiques techniques Au sens strict, la voie maritime s\u2019étend de Montréal au lac Érié, mais 3700 km séparent le golfe de la tête du lac Supérieur.L\u2019océan Atlantique est relié aux Grands Lacs par six canaux et de longs chenaux.Les navires peuvent gravir par 19 écluses jusqu'à 180m au-dessus du niveau de la mer (lac Supérieur), « le système de levage le plus spectaculaire au monde ».Toutes ces écluses offrent les mêmes dimensions, 233,5m de long par 24,4m de large et par 9,1m de fond.Une écluse se franchit en 45 minutes.Les navires qui les empruntent peuvent mesurer jusqu'à 225,5 m de long par 23,8 m de large, avec 8m de tirant d\u2019eau et 35,5m de tirant d\u2019air.Les canaux sont le canal de la Rive-Sud avec les écluses de Saint-Lambert et Sainte-Catherine, reliant Montréal au lac Saint-Louis ; le canal de Beauharnois qui permet d\u2019accéder au lac Saint-François depuis le lac Saint-Louis par deux écluses ; dans l\u2019État de New York les canaux Wiley-Dondero et Iroquois (trois écluses au total) ; l\u2019énorme canal Welland reliant le lac Ontario au lac Érié par huit écluses gravissant près de loom et enfin la canal du Sault Sainte-Marie (St Mary\u2019s Falls) qui permet d\u2019accéder au lac Supérieur via quatre écluses.Trafic fluvial La voie maritime est traversée par des vraquiers, des (acquiers, des océaniques et autres cargos.Environ 1400 bâtiments la franchissent chaque année.Elle est aujourd\u2019hui ouverte de mars à décembre, car 25 jours de navigation ont été rajoutés par diverses techniques de déglaçage.Le déglaçage aggrave les phénomènes d\u2019évaporation comme le réchauffement climatique et occasionne une perte de volume d\u2019eau douce.Les (acquiers forment la flotte intérieure et transportent les minerais, de fer principalement, du Québec-Labrador vers les forges des États du centre (Ontario et Midwest états-unien).Ils ramènent des cargaisons de céréales, principale- 32 » 2F iV % ¦.\u2014- ; * » \u2022 m.5: r ¦ .m .f s:-: - ?a \\\\ Irtjri 6i if : ?-* - E= h/ ment de blé, qui sont transbordés sur des océaniques dans les ports du Bas-Saint-Laurent, car ils sont équipés pour la décharge navire-terre comme navire-navire.On affirme que la voie maritime relie une quinzaine de grands ports internationaux et une cinquantaine de ports de cabotage.L\u2019hinterland desservi est immense et touche le tiers de la population nord-américaine au nord du Rio Grande.Considérée par les USA comme leur quatrième côte, la voie maritime est intéressante pour les armateurs parce qu\u2019elle permet d\u2019importer des produits industriels au cœur de Amérique du Nord et de rapporter des produits finis des fabriques des États centraux.Les cargaisons les plus importantes sont tout de même le blé, le maïs, l'orge, le soya, le charbon, le sel, les pierres et le fer avec d\u2019autres minéraux, l\u2019acier usiné et aussi le mazout et le pétrole, le vrac dépassant l\u2019important trafic de biens industriels.Plus de 2 milliards de tonnes de marchandises ont déjà traversé la voie maritime, correspondant à un rythme de 40 à 50 millions par an au cours des années 2000.Il y a presque autant de trafic qui rejoint les ports en aval de Montréal que ceux de Montréal et en amont.Selon la Sodés, le trafic maritime international a crû de 600 % en tonnage dans les trente dernières années.Pendant ce temps, le trafic sur le Saint-Laurent a diminué de 120 à 100 millions de tonnes/an alors que celui sur le Mississippi, par exemple, passait de 450 à 700 millions de tonnes.Toujours selon la Sodés, le fédéral engrange plus de 500 millions par an en douanes (une vingtaine de tarifs), des coûts élevés qui contribuent à la stagnation du trafic laurentien.fl T ; Le chenal du tronçon fluvial québécois En 1907, le chenal existant, entre Québec et Montréal, était déjà creusé à une largeur de 145m au fond pour 9,1m de hauteur d\u2019eau.De 1928 à 1930, cinq chenaux - ou bras du fleuve dans l\u2019archipel de Sorel - sont bouchés par des rever- 62 soirs pour monter les eaux du port de Montréal, ce qui augmente la sédimentation du lac Saint-Pierre.En 1952, ce chenal est dragué dans le cadre des travaux de la voie maritime, passant à 10,7m de profondeur et 150m de largeur au fond.Cette largeur passe à 250m en 1970.Puis il est creusé à nouveau en 1992 et 1999, offrant dorénavant 11,3m de profondeur mais 230m de largeur au fond.Le chenal en aval de Québec, au nord de l\u2019île d'Orléans, est demeuré à 10,7m de profondeur.Le chenal du Saint-Laurent est plus grand que la canalisation de la voie maritime ce qui permet au port de Montréal d'être rejoint par les transporteurs de conteneurs.Dès la seconde moitié du XIXe siècle, un chenal élargi influença le cours de la navigation au profit du port de Montréal qui devint un nœud ferroviaire au détriment du port de Québec ce qui entraîna un déclin commercial et indutriel relatif de la capitale et de ses zones d\u2019influence.Aujourd\u2019hui, certains ports des États bénéficaires de la voie maritime, à l\u2019encontre de ceux de Québec et New York, aspireraient à agrandir la voie pour l\u2019ouvrir à ces porte-conteneurs.g y Le fleuve Saint-Laurent reçoit les eaux des Grands Lacs et fait partie du Traité de 1909 relatif aux eaux limitrophes.Ce traité établit des principes et des mécanismes de gestion pour prévenir et régler des différends en ce qui a trait au * Marcel Lussier a été conférencier au colloque national intitulé « Ce fleuve grand comme un pays ».Il était (de 2003 à 2005) le responsable canadien du Groupe consultatif sur l\u2019intérêt public et membre du Groupe d\u2019étude international sur le lac Ontario et le fleuve Saint-Laurent.Depuis le 23 janvier 2006, il est député de Brossard-La Prairie à la Chambre des Communes.LES ASPECTS INTERNATIONAUX DE LA GESTION DE L\u2019EAU D\u2019UN QUÉBEC SOUVERAIN Il existe un grand nombre d\u2019enjeux internationaux relatifs à la gestion de l\u2019eau d\u2019un Québec souverain.Les enjeux peuvent être identifiés selon les trois grands thèmes suivants : \u2022 les eaux limitrophes incluses dans le traité de 1909 liant le Canada et les États-Unis ; \u2022 le partage des eaux de l\u2019Outaouais et des rivières de la baie de James ; \u2022 les frontières maritimes du Québec dans le golfe Saint-Laurent.Les eaux limitrophes j \u2018Sir m - -' : \u2022 '¦s-e Vf r .v r d r ' Li .» .% EH la \u2022 X I r tza ne Sg:: IW\u2019i 1 Marcel Lussier ZX f B5ÇÎ vK V fM, rr( \u2022 / fy S 64 i ; ¦ I A: PQ volume et à la qualité des eaux le long de la frontière Canada-Etats-Unis.Ce traité est géré par la Commission mixte internationale (CMI) qu\u2019on définit comme étant un organisme binational composé d\u2019un nombre égal de commissaires américains et canadiens.Il a été démontré que les ouvrages de contrôle autorisés par la CMI à la hauteur de la ville ontarienne de Cornwall, influencent le niveau et les débits du fleuve Saint-Laurent jusqu\u2019à Trois-Rivières.Plus loin sur le fleuve, le niveau de l'eau réagit plutôt sous l\u2019effet de la marée beaucoup plus qu\u2019à l\u2019ouverture et la fermeture des vannes de contrôle de Cornwall.Cela explique pourquoi les nombreuses études de la CMI s\u2019arrêtent à la sortie du lac Saint-Pierre.& r~*i La rivière Saint-François, qui reçoit les eaux du lac Memphrémagog chevauchant la frontière du Québec et du Vermont, de même que la rivière Richelieu recevant les eaux du lac Champlain, font toutes deux partie du Traité des eaux limitrophes de 1909.Le seul ouvrage autorisé à contrôler le débit à la sortie du lac Ontario et qui influence le niveau d\u2019eau sur le fleuve Saint-Laurent est le barrage hydro-électrique de Moses-Saunders à Cornwall-Massena.La production hydro-électrique de ce barrage est partagée moitié-moitié entre Ontario Hydro et New York Power Authorities.En aval, Hydro-Québec opère à son profit les centrales hydro-électriques de Beauharnois et des Cèdres, au fil de l\u2019eau, acceptant le débit décidé par le Conseil international de contrôle du fleuve Saint-Laurent de la CMI.Un représentant du Québec siège sur ce conseil international et il participe aux décisions touchant la gestion du niveau et du débit.En 2005, trois nouveaux plans de gestion des eaux du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent ont fait l\u2019objet de consultation au Québec, en Ontario ainsi que ¦ 3% : î*i 65 (ih Tl » f \u2022 f: .ü » t » / pmi : 1 dans l\u2019État de New York.Les commissaires de la CMI auront à décider du futur plan de gestion.Le Traité de 1909 précise qu\u2019un ordre de préséance doit être observé parmi les divers usages des eaux : -\tusages pour des fins domestiques et hygiéniques ; I - usages pour la navigation ; -\tusages pour des fins de force motrice et d\u2019irrigation.% Il n\u2019y est fait aucune mention de l'environnement, de la navigation de plaisance et des propriétaires riverains qui subissent les problèmes d\u2019érosion et d\u2019inondation.Par contre dans l\u2019analyse économique et environnementale des trois nouveaux plans de gestion des eaux du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent, tous les usages et les intérêts ont été considérés.Ce système hydrographique est très complexe et des choix déchirants devront être faits pour équilibrer les impacts économiques et environnementaux des divers intérêts en présence, tels que : \u2022 F environnement et ses écosystèmes ; V PUE ?rr I \u2022 les utilisations domestiques, industrielles et municipales des eaux ; 4 \u2022 la navigation de plaisance et le tourisme ; \u2022 la navigation commerciale ; \u2022 l\u2019énergie hydro-électrique ; \u2022 les zones littorales (érosion des berges et inondations).tf uv i 1 ' ' \u2022 I 66 li MU Le Groupe d'étude international du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent, mis sur pied par la CMI en l'an 2000, a complété son mandat en décembre 2005 et les composantes étudiées comprennent : \u2022 le lac Ontario ; \u2022 le lac Saint-Laurent (en amont de Cornwall) ; \u2022 le fleuve Saint-Laurent (en aval de Cornwall) incluant le lac Saint-François, le lac Saint-Louis et le lac Saint-Pierre.La rivière des Outaouais Le bassin de la rivière des Outaouais n\u2019est pas inclus dans le traité des eaux limitrophes Canada-États-Unis.Il fait partie d\u2019une entente de partage du potentiel hydro-électrique entre l\u2019Ontario et le Québec.Mais compte tenu de son importance et de son influence sur le niveau de l\u2019eau de la région de Montréal, on doit tenir compte des données hydrauliques de l\u2019Outaouais pour mieux gérer le débit du fleuve Saint-Laurent.% x- m ¦ La fonte des neiges de la rivière des Outaouais a été baptisée la freshet.Lorsque mère nature combine les fortes pluies printanières avec la fonte brusque des neiges, le débit de la rivière des Outaouais peut rivaliser en importance avec celui du fleuve Saint-Laurent à la sortie du lac Ontario.Un apport d\u2019eau de l\u2019ordre de 7000 mètres cube à la seconde venant de la rivière des Outaouais et un débit comparable venant du lac Ontario peuvent provoquer des inondations importantes dans la région de Montréal.¦ .I m m % % g .Cf \\ I * diminution du couvert de glace l\u2019hiver ; problématique causée par le frasil, les embâcles et le verglas.Tous ces phénomènes pourraient provoquer des changements imprévisibles influençant le débit et le niveau du fleuve Saint-Laurent.En plus de la rivière des Outaouais, la rivière Harricana, la baie de James et la baie d\u2019Hudson devront être incluses dans des ententes avec l\u2019Ontario.- B Les frontières maritimes du Québec dans le golfe Saint-Laurent I - : I : : : ft: i ' % % 8: « La détermination des frontières maritimes du Québec dans le golfe Saint-Laurent et dans la baie des Chaleurs est un autre dossier très important, tout comme celui des bassins tronqués des rivières de la Côte-Nord avec Terre-Neuve-et-Labrador.Le partage des eaux dans le golfe Saint-Laurent doit suivre les règles internationales reconnues.> I I u ' : ¦ I \u2022fc; N 9 $ .n»uiHVmri»pt**ww k,-fSfeP H- v WtWA vm d .* 'kur»\" \u2022\u2022» wflQ .r.; LT\\ oo \u2022 I 86 EC & ü ' - A'^ : I $ % s -.1 \u2022 z m transports et des rives du Saint-Laurent et de son estuaire chez eux, en fonction de leur bien commun.Bien commun dont la gestion responsable rejaillira en bien sur la responsabilité de ce « patrimoine mondial » reconnu par rUNESCO.Le fleuve est un enjeu trop essentiel à Lavenir du Québec pour continuer de le négliger ainsi.En attendant de récupérer les moyens d'action, il serait utile de préparer la vision d'ensemble d\u2019une politique du Saint-Laurent.g# a =.=¦ 1 = .= ag Les Québécois ont une série de défis à affronter quant à l\u2019avenir du fleuve, ce qui s\u2019impose à notre examen collectif.Le premier est écologique.Réduire leur propre pollution, agricole, urbaine et industrielle, de ses eaux.Obtenir de l\u2019Ontario et des États du Midwest une diminution de la pollution de sa source, alors que celle-ci augmente.Aborder franchement le défi posé par une trop grande régulation de ses crues et par la diminution excessive de débit liée au chenal de navigation Québec-Montréal et à la canalisation.Il faut envisager plusieurs actions d\u2019atténuation et des scénarios de restauration.La vitesse de navigation peut être contrôlée comme la vitesse des camions, par un appareil électronique, et les patrouilles augmentées.Les barrages IV Sr nuisent à certaines espèces comme l\u2019anguille, qui comme usieurs mérite de vigoureux plans de restauration.Limiter les pressions de l\u2019urbanisme de pure et simple spéculation dépourvue de la planification la plus élémentaire, qui remblaye les derniers milieux humides32.Attaquer la question de la dépollution du lac Saint-Pierre, tant par les obus de la Défense canadienne que la pollution industrielle.Attaquer l\u2019inquiétante question de l\u2019anoxie des eaux du fleuve et de son embouchure, qui tue la vie aquatique, par des études et des moyens d\u2019action33.Voilà qui exigera un meilleur traitement des rives, des bassins versants comme une meilleure pi } 87 intégration du souci de préservation des espaces bleus à la production agricole.Ainsi, le premier pas serait de veiller à l'application des lois existantes de protection des milieux humides face aux développeurs et des rives par rapport aux entreprises des cultivateurs mais aussi aux propriétaires privés.Ensuite, on peut imaginer une amélioration des systèmes de traitement des eaux, là où il ne faut pas carrément les bâtir.La réglementation existe concernant les pesticides sur pelouses et la gestion des déchets.On peut imaginer pousser ensuite la réglementation plus loin : sur l\u2019usage des produits chimiques domestiques, sur les golfs, dans la transformation des aliments, dans l\u2019agriculture, et la limitation et le traitement des déchets d\u2019élevage.Les techniques de restauration des milieux humides sont connues, il ne manque que la volonté politique, qui pourrait profiter de la nécessité d\u2019augmenter les aires protégées pour passer à l\u2019action34.Un autre enjeu de taille est l\u2019érosion des berges que provoque la montée des mers : une méthode de mini-récif artificiel, dite technique Holmberg, consiste à enfouir des tubes pour protéger le rivage.Leur installation serait utile sur la Côte-Nord et dans l\u2019estuaire, où les dommages se font déjà sentir mais ne font que commencer35.s - m A / Le second ordre de défis est économique.Bien sûr, la pêche commerciale est étroitement liée à la restauration de la qualité des eaux.La pêche est un enjeu majeur, dans le tronçon fluvial, dans l\u2019estuaire et dans le golfe.Les énormes ressources du fleuve sont mises en péril par la pollution, l\u2019anoxie, l\u2019invasion d\u2019espèces étrangères et les barrages, sans parler du résultat catastrophique d\u2019une surpêche ou d\u2019une mauvaise pêche surveillée par le fédéral, qui doit être mieux gérée par le Québec, notamment sur place avec participation ¦' \"1 r a I It* \u2022 » ¦ 0 4 » III \u2022 \u2022 i «» IWl I ft 88 des régions et des pêcheurs.Des poissons précieux comme l\u2019anguille, l\u2019esturgeon, le bar et la morue en sont chassés ou y sont décimés.Selon le ministère fédéral des Pêcheries, les récoltes étaient passées de plus de 450 000 tonnes à 12 000 au moment de fermer cette pêche.La chair de morue est plus riche en protéines que le boeuf : la production équivalente de bétail est exigeante et extrêmement polluante.La morue, dont les bancs prodigieux pouvaient bloquer, comme échouées sur un banc de sable, les nefs du temps de Jacques Cartier, la morue fait maintenant partie pour certains bancs des espèces menacées sur notre territoire36.Le dragage des chalutiers et l\u2019anoxie seraient en cause, entre précieuses richesses * ' autres.Il est urgent de restaurer naturelles.En priver notre descendance est un vol inqualifiable, bien pire que n\u2019importe quelle dette.Ces ressources halieutiques ne sont guère mises en valeur ni même en marché au Québec même, où l\u2019on a négligé de développer un marché local appréciant ses propres spécialités37.C\u2019est pourtant une clé de stabilité pour les producteurs régionaux et d\u2019un intérêt culturel élémentaire.Le Saint-Laurent, c\u2019est aussi une question alimentaire pour le Québec (et même, avec la morue par exemple, le monde).Nous l\u2019abordons sur le plan économique, puisque le développement durable, la promotion et la reconstitution du marché intérieur pour des produits recherchés incarnent aussi des emplois durables pour des régions qui en ont besoin.Mais cette dimension est doublement importante parce qu\u2019elle est aussi culturelle, et pas seulement du côté des activités récréatives de chasse et pêche.Le Saint-Laurent, l\u2019estuaire et le golfe étant à la base d\u2019une riche alimentation et d\u2019une riche tradition culinaire, excessivement méconnues dans leur propre pays, cette question de mauvaise gestion et *»e ; \u2022 4 E3 > a c ?> 2' 89 de mise en marché déficiente est non seulement économique mais identitaire.\u2022 / \\ lit IA re* > * :tr Non seulement le Québec ignore ses propres plats régionaux en dehors de leur région d'origine, comme la gibelotte de Sorel ou les plats de morue gaspésiens, mais à Montréal on n'achètera qu'avec grande difficulté de la morue québécoise (elle est bostonnaise) et tous les produits recherchés qui en sont dérivés mais mésestimés ou méconnus (l'huile de foie de morue pourtant parfaite pour la mode des oméga-], les œufs de morue, etc.sont importés) et tant d'autres fruits de la pêche locale (anguille, bar, flétan, etc.), exportés en masse.À quand la mise en marché (intérieure) organisée de la plupart des produits de pêche québécois, à la fois ceux déjà disponibles comme mentionnés ou encore à développer tels que l'élevage des moules, les huîtres de la baie des Chaleurs et le caviar laurentien38 ?Leur potentiel économique est grand et durable.I \u2022 Kivm Ces projets rejoignent l'enjeu plus vaste de valorisation du terroir québécois qui bénéficierait d'une politique d'envergure nationale : ferme-institut nationale de recherche et vulgarisation des produits, institut de promotion et mise en marché, politique de prestige avec chefs-cuisiniers détachés de ces mêmes instituts, permettant de faire valoir lesdits produits dans les galas culturels et autres réceptions d'État, à l'Assemblée, dans les ambassades et les ministères, etc.C\u2019est là aussi une clé de développement réparti sur le territoire national, de stabilité pour les régions qui vendraient moins en vrac au risque d\u2019être battues sur les coûts mais plus en valeur à des connaisseurs avertis, la clientèle nationale.Le tout fortifiant l\u2019essor et le rayonnement culturels québécois.t « ?: = ' I .5 I- s »\u2022 \u2022 'I * Vi 90 ¦ : I- .Le projet d\u2019ostréiculture dans la baie des Chaleurs est compromis par le misérable projet de l\u2019incinérateur de Belledune ; les cultivateurs gaspésiens font partie des coalitions d\u2019opposition39.Bennett y traite les déchets lourds de sols contaminés du New Jersey et autres lieux bucoliques des États-Unis de l\u2019Atlantique moyen et nord.La très maigre quantité d\u2019emplois reliés à cette usine ne compensera ni pour les pertes d\u2019emplois en tourisme et produits du terroir etc., ni pour les dommages à long terme, car son apport à l\u2019économie régionale se compte surtout en poisons lourds.Pourtant, le gouvernement actuel du Nouveau-Brunswick est minoritaire et l\u2019opposition vive : un gouvernement québécois se souciant véritablement de l\u2019intérêt national se foulerait de démarchage auprès des élus de Frédéricton.Pareils chevaliers d\u2019industries devraient être boutés hors de la baie des Chaleurs - mais le Québec les a gaîment accueillis lui-même à Saint-Ambroise (Saguenay).toujours pour traiter les déchets toxiques d\u2019États où la réglementation est trop sévère.La sédimentation du fond du fjord est déjà pourtant lourdement empoisonnée.V V ¦ e m : +z - J = ¦: - ; m \u2022 5 m 35 V es g Le tourisme quant à lui est un autre secteur qui souffre d'un manque de politique nationale capable d'assortir une promotion à une capacité d'agir sur l'accessibilité, le développement portuaire et les transports dans leur ensemble40.Il exige une mise en marché concertée des milieux et des vastes régions mouillées par le fleuve et son estuaire, promotion autant à l'étranger qu'intérieure.Il est lié de près au développement durable et à la conservation des espaces verts et bleus comme à la protection de la beauté des paysages agricoles.Il est lié à l'entretien et au développement des quais mais aussi des rives et des accès à l\u2019eau.Il s\u2019agit de favoriser un développement touristique durable en facilitant les initiatives locales et régionales.La panoplie des activités - ¦ 7 '\t¦- ' WX : ' I ^ m H j.m i 8 Ç: ¦ V K m *B 1 h G* ¦z : J V r ' » 1 m ¦ i ¦fü S a S \u2022 -Ü «7 % Km g y c.# 1 \u2022Si S ' - i \"3: Il B idi 9 ¦ -% 4: m TE ¦B-v- V'< Ml IL____m uJ; H * t 91 Stirifl i kyl ti f navigation de plaisance, chas- récréo-touristiques est vaste se, pêche, épreuves collectives comme la Grande Traversée, etc., sans oublier le tourisme culturel mis en valeur notam- ment par la Fête du Québec maritime.Cette gestion intégrée capable d'agir sur le littoral dans l'optique de l'intérêt national est pour l\u2019heure impossible, quand trop de ces décisions dépendent d'Ottawa, à commencer par le littoral lui-même, mais il vaut la peine de commencer son élaboration.Un pilier central du volet économique est constitué du développement portuaire.Un énorme potentiel de commerce portuaire est négligé, tellement négligé sous responsabilité fédérale qu'il est compromis et souvent éteint.Chaque région du Québec qui borde le Saint-Laurent possède des ports à développer qui sont sous-équipés, atrophiés ou même fermés, comme le rappelle l\u2019exemple inique des Escoumins.Sans oublier les développements réclamés par moult villages, qui ne voient pas le jour, faute de pouvoir se faire entendre à Ottawa.Qu\u2019il s\u2019agisse de trafic touristique ou commercial, il sera très difficile d\u2019arracher quoi que soit à Ottawa, dans le fouillis des divers ministères, avec l'intérêt pour le moins médiocre qu'y présentent les régions québécoises, et la complication des chevauchements entre deux gouvernements aux rapports ombrageux.Ce que le développement économique du Québec exige, c\u2019est un plan concerté de développement des transports, avec une vue d\u2019ensemble.Une vue d\u2019ensemble capable de dégager les stratégies prioritaires pour le développement du Québec, ses besoins essentiels le long de toutes ses côtes, et des modalités permettant de favoriser l\u2019initiative locale, qui pour l\u2019instant est presqu\u2019entièrement enlisée dans le dédale fédéral41.Pour l\u2019heure un des projets majeurs est celui de « Porte de l\u2019Amérique » ou « Gateway America » sur la rive ! a s Q2 S ¦ m \" :% » - sud, soutenu par Montréal International pour accroître le marché et créneau du port de Montréal, le trafic européen42.Une telle avenue pourrait être explorée également pour les ports de Sorel et de la rive sud de Québec, y compris sous une configuration de type « cité de la logistique », c'est-à-dire avec incitatifs fiscaux temporaires pour aider au démar- m.rage.s Une gestion intégrée de la politique des transports, par des Québécois et pour les Québécois, permettrait de non seulement favoriser le cabotage, mais développer de nouveaux ports d'envergure comme d\u2019en restaurer une quantité.Un exemple représentatif parmi d'autres est la requête de Kruger d\u2019une aide à son cabotage de pâte de bois de la Côte-Nord à ses papeteries de Mauricie, qui voudraient bénéficier Ê 35 ,3 1 d\u2019une politique québécoise de Kyoto43.Laquelle politique favoriserait non seulement le bilan d\u2019émissions de gaz à effet de serre du Québec mais aussi sa balance commerciale.Le Québec serait alors en mesure de choisir s\u2019il veut mieux répartir les installations modernes sur son territoire, à Sept-îles, Saguenay, Gaspé, Québec, Trois-Rivières et Montréal, (et souvent sur les rives-sud de ces ports), permettant un niveau accru de transbordements intermodaux en aval de Montréal.en » Le Québec serait alors capable de donner à ses régions, par les ports et le rail, les moyens de leur développement, et de son développement, tout en favorisant des industries de transport particulièrement favorables à son PIB, à son budget, à sa sécurité routière et à son milieu de vie, en particulier quant à la pollution.Cette politique d\u2019ensemble n\u2019est pas inconciliable avec une municipalisation étendue de l\u2019administration portuaire.On peut imaginer le Québec donner les moyens à un essor important de Québec et de Gaspé, tout en » 93 municipalisant.Dans les cas de Trois-Rivières et Sorel, devrait-on peut-être mieux les coordonner à Montréal par diverses mesures de liaison administrative ou autre, y compris l'idée d\u2019effectuer des transbordements de navire océanique à barges et lacquiers à Trois-Rivières.Québec pouvant accueillir d\u2019encore plus gros vaisseaux, l\u2019orientation générale demande une politique nationale qui à la fois permette une saine compétition et oriente le trafic en fonction des avantages naturels des acteurs et du développement durable du bassin laurentien.Cette politique, définie en fonction de l\u2019intérêt national, n\u2019opterait peut-être pas pour la proliferation des ports méthaniers et la pénétration accrue des pétroliers.Par exemple, si Sept-îles et Gaspé étaient développés pour accueillir les plus gros océaniques, devraient-ils concentrer les installations pétrolières et méthanières, avec un équipement intermodal et une flotte fluviale ?Un troisième ordre de défis est social.Il s\u2019agit de vivre avec le fleuve, d\u2019en retrouver l\u2019accès public.Nous avons déjà fait abordé l\u2019aspect culturel et identitaire lié à l\u2019économie gastronomique du Saint-Laurent.L\u2019identité québécoise est liée à une pratique du fleuve.C\u2019est un milieu de vie à plusieurs dimensions.Le sous-développement des accès publics urbains au Saint-Laurent est une problématique connue.Bien des villes ont le potentiel de s\u2019embellir, comme Rimouski et Trois-Rivières l\u2019ont fait en restaurant leurs accès au rivage, et comme le montrent les rares exemples montréalais, dans le Vieux-Port ou le parc Bellerive.Il reste encore beaucoup à faire et à Montréal, la qualité des eaux en progression relance l\u2019espoir de restauration des plages dont cet archipel urbain jouissait de façon remarquable et dont il devrait profiter de nouveau ! E :\tm 1 I 9 % 4 94 U accessible publique et la qualité des eaux, lorsque restaurées, représentent une fabuleuse richesse collective.Plusieurs exemples connus de pariels rétablissements pourraient nous inspirer.Portland (Oregon) a éliminé une de ses autoroutes pour se redonner accès à sa rivière.Paris songe à le faire en éliminant la voie rapide qui remplaça les quais de la Rive-Droite.Québec aspirerait à une semblable amélioration pour son 400e anniversaire.Il est bon de rappeler qu\u2019à Longueuil, les berges du Saint-Laurent sont occupés par une autoroute qui en bloque généralement l\u2019accès naturel dont pourraient jouir ses résidants.I %» Dans chaque région, dans chaque MRC, dans chaque commune, se pose la question de l\u2019accès aux rives, aux quais, aux plages, accessibilité qui devrait être une garantie.La dépossession est liée à l\u2019appropriation fédérale du domaine côtier et de son corollaire, la privatisation des rives, que le fédéral préfère bien souvent à la vente à une municipalité ou un organisme local.Beaucoup de Québécois sur le terrain aspirent à voir un jour des lois comparables à celles qui protègent le littoral en France et en Californie ou les rivages en Suisse44.;rv> \u2022 i = : L : * œ Jadis, jusqu\u2019au début du XXe siècle, les petits quais abondaient, les quais flottants n\u2019étant pas coûteux, et chaque paroisse pouvait y veiller dans son intérêt.Chaque village pouvait s\u2019adonner à diverses activités utiles et agréables le long du « chemin qui marche ».Partout, aller à la pêche, mettre une embarcation à l\u2019eau, étaient des besoins essentiels, naturellement accessibles à tous.Maintenant les plages sont polluées, les quais tombés sous la coupe du Dominion sont vermoulus et les accès publics à l\u2019eau sont espacés de plusieurs dizaines de kilomètres.Maintes communes sur le bord du Saint-Laurent voient leurs habitants » \u2022 ?m franchir de longues distances pour avoir le luxe de mouiller leur embarcation et d\u2019accoster.La dépossession du fleuve en est à ce point du ridicule.L\u2019accès public au fleuve est un besoin primordial qui est bafoué, au détriment de tout un mode de vie et de toute une qualité de vie.Le redressement passe sans doute par une loi du littoral et de l\u2019accessibilité.Mais l\u2019enjeu social est encore plus vaste.Cette qualité de vie dépend aussi de la santé et de l\u2019accès à l\u2019eau potable.Le maintien de cette ressource essentielle risque d\u2019être en partie compromis par la hausse du niveau des eaux salées et la baisse significative du débit d\u2019eau douce que le réchauffement climatique a déjà amorcées.Ce qui renvoie à la question de l\u2019efficience du système de canalisation existant.L\u2019enjeu est donc d\u2019abord d\u2019ordre politique, exigeant l\u2019indépendance pour permettre aux Québécois de faire face à tous ces défis, international, écologique, économique et social, en étant capables de définir, de défendre et de développer une politique qui réponde à leurs intérêts.Ce qui est, dans l\u2019ensemble, un enjeu identitaire, de qualité et de mode de vie, essentiel à notre avenir collectif.Cette politique reste à faire, et les partis souverainistes devraient veiller à la préparer.Le Bloc a entamé une étude approfondie de la question du fleuve, mais à son tour le PQ devrait préparer la politique nationale des transports dans leur ensemble, en prévision de responsabilités à reprendre et d'une vision de développement durable du Québec.Politique qui soit assortie aux autres aspects fondamentaux relatifs au Saint-Laurent, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019écologie, de ressources naturelles, de produits du terroir, de tourisme (éco, récréo, etc.) ou d\u2019accessibilité.Des Etats généraux québécois sur le Saint-Laurent fluvial et maritime seraient une première étape de réflexion nationale, apte à préparer le lancement d\u2019une véritable politique nationale du Saint-Laurent.?î I WmUUI iLUi.Çj ff.r«i KD V a 96 >?i E# 5 m 1\tMaurice SÉGUIN, L\u2019Idée d\u2019indépendance au Québec.Genèse et historique, Boréal, Trois-Rivières, 1971, p.49.À noter que Macdonald prononçait ces amabilités jusque devant une grande quantité d'élus Canadiens français.On pourrait se demander ce qu\u2019il disait hors de leur présence ! 2\tEmission «The National : Your Turn » du 19 janvier 2006.Cf.www.cbc.ca/canadavotes/yourview/your_turn_conservative.html .3\tPaul-André LINTEAU, Histoire de Montréal depuis ta Confédération, Boréal, Montréal, 2000, p.437.4\tLouis-Gilles FRANCOEUR : «Un port en eaux profondes à Sept-îles pour éviter de creuser le Saint-Laurent », Le Devoir, 31 août 2004.5\tCf.http ://fr.wikipedia.org/wiki/Panamax .6\tAlexandre PEYRILLE, AFP : « L\u2019Élargissement du canal de Panama est contesté et retardé », dans Le Devoir, 3 août 2005 î www.alternatives.ca/article1516.html ; www.caritaspanama.org/incidencia/ccce/preocupantes_planteamientos.htm 7\tPaul-André LINTEAU, op.cit., p.290-291.8\tCf.Paul-André LINTEAU : Histoire de Montréal depuis la Confédération, p.17.9\tConférence de Jacques PAQUIN, d.g.d\u2019innovation Maritime, Centre de recherche de l\u2019Institut maritime du Québec, Rimouski, au colloque organisé par le Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ) : « Ce fleuve grand comme un pays », Montréal, 15 oct.2005.10\tCf.BLOC QUÉBÉCOIS : Vues sur le Saint-Laurent.Bilan de la consultation sur l'avenir du Saint-Laurent, oct.2005, p.13.11\tAvis de TRANSPORT CANADA le 15 avr.2005, site du Ministère : www.tc.gc.ca/quebec/fr/medias/escoumins.htm 12\tCf.Louis-Gilles FRANCOEUR : « Un chemin d\u2019eau qui perturbe la nature » Le Devoir, samedi 21 mai 2005.13\tPaul-André LINTEAU, Histoire de Montréal, p.438.14\tLouis-Gilles FRANCOEUR : « Agrandissement de la voie maritime, un projet de 20 milliards SUS aux conséquences incalculables.Le Québec est absent du débat qui a cours des deux côtés de la frontière », Le Devoir,; samedi 3 mai 2003.15\twww.savetheriver.org.16\tLouis-Gilles FRANCOEUR : « Agrandissement de la Voie maritime, un projet de 20 milliards SUS aux conséquences incalculables.Le Québec est absent du débat qui a cours des deux côtés de la frontière », Le Devoir; samedi 3 mai 2003.17\tCharles CÔTÉ : « Hillary contre l'élargissement de la voie maritime », La Presse, 22 janvier 2004.Mr m Il \u2022 \u2022 *> 4 « .\u2022 .«: \u2019 2' : \u2022 SB q 3 y * ¦ I 97 18\tCf.www.bernardbigras.qc.ca : communiqué du 10 décembre 2003.Remarquons que ces initiatives et son travail aux Communes ont échappé à Louis-Gilles Francoeur qui ignorait l\u2019existence de leur travail d\u2019opposition.19\tPaul-André LINTEAU, Histoire de Montréal, p.290.20\tDollier de Casson eût pu rêver à des dévelopements aussi éloignés dans le temps, on pourrait le croire pour ce fondateur quand Vauban se plaisait à calculer le potentiel de croissance démographique du Canada français jusqu\u2019en 1975.Mais rien ne permet de le rattacher à un ouvrage de canalisation de cette envergure.21\tCf.www.greatlakes-seaway.com/fr section « Infos : Montréal-Lac Ontario ».22\twww.archives.radio-canada.ca ; Archives de la CBC : « Broadcast Aug.10, 1954 : Louis St.Laurent leads the way ».23\tArchives de la CBC : « Broadcast July 26,1951 : Get out of the way and let us get on with the job », www.cbc.ca/archives 24\tArchives de la SRC : « La voie maritime profitera-t-elle à Montréal ?Diffusé le 26 juin 1959 », www.archives.radio-canada.ca .25\tUne exception connue se trouve dans les compagnies exploitant le fer du Nouveau-Québec : tel, le dirigeant de l\u2019Iron Ore plaidant en 1953 auprès de Duplessis « pour que la province laisse réaliser la canalisation du Saint-Laurent, qui paraît d'ailleurs inévitable » : Robert RUMILLY, Maurice Duplessis, t.2, Fides, 1978, p.473.26\tCf.Les récentes déclarations du premier ministre ontarien Dalton McGuinty dans le cadre des conférences intergouvemementales : « Déséquilibre fiscal - L\u2019Ontario veut avoir une voix plus forte que les autres provinces », PC dans Le Devoir; mercredi f mars 2006.27\tArchives SRC : « Le Saint-Laurent, la voie du continent - Diffusé le T\u2019juillet 1960 ».28\tQUÉBEC, Ministère des Transports, Rapport sur te cabotage, mars 2003.29\tCf.www.st-laurent.org 30\tCf.Louis-Gilles FRANCOEUR : « À quand le bassin laurentien ?», Le Devoir; samedi 2 juillet 2005.31\tCf.Le Devoir, Cahier spécial « Les Grands Lacs et le fleuve ».samedi 21 mai 2005, textes de L.-G.Francoeur.' J 32\tL\u2019exemple du limogeage du Ministre Mulcair est là pour le rappeler, ce défi est de taille.33\tLouis-Gilles FRANCOEUR : « La vie aquatique étouffe dans le golfe Saint-Laurent », Le Devoir, samedi 30 août 2005 ; « Deviendrons-nous des mangeurs de méduses ?», Le Devoir,; 30 jan.2004; « C\u2019est la fête de la pêche ce week-end au Québec - Déclin généralisé des stocks mondiaux de poisson », Le Devoir, samedi 4 juil.2003.34\tLa norme prônée par l\u2019ONU étant de 8 % du territoire national, cela implique de doubler le bilan québécois, mais l\u2019objectif officiel est même de dépasser ce seuil pour se rapprocher d\u2019autres États développés.t 4 Y * $ # ?f 98 35\tBLOC QUÉBÉCOIS, Vues sur le Saint-Laurent, p.6-7.36\tLouis-Gilles FRANCOEUR : « La pêche commerciale pointée par le COSEPAC - La morue prend sa place parmi la liste des epsèces menacées », Le Devoir, samedi 3 mai 2003.37\tDe mémoire, il faut citer une initiative de Duplessis en faveur de l\u2019expédition de morue fraîche gaspésienne à Montréal et la mesure générale d\u2019approvisionnement des supermarchés du 1er gouvernement du PQ cependant, il y aurait lieu d'aller beaucoup plus loin dans la promotion des spécialités, des produits du terroir, des plats pour apprécier les produits régionaux, et même la préservation et mise en valeur d'un patrimoine très mal défendu.38\tLe caviar est tiré de l\u2019esturgeon, une espèce théoriquement et historiquement abondante au Québec, menacée dans le bassin laurentien.39\tCf.Coalition « Retour à l'expéditeur » : www.baiedeschaleurs.net ; au N.-B.www.stopbennett.com/french 40\tBLOC QUÉBÉCOIS, Vues sur le Saint-Laurent, p.12 41\tBLOC QUÉBÉCOIS, Vues sur le Saint-Laurent,^.^ 42\tAlain DUHAMEL : « Québec dit non au projet d\u2019une cité de la logistique » Les Affaires, n jan.2003 43\tCf.: www.mtq.gouv.qc.ca/fr/publications/camionnage/vrac/cotenord.pdf 44\tBLOC QUÉBÉCOIS, Vues sur le Saint-Laurent, p.19 » (\u2022 t y ' V m R ' ( mm 5v A -\t- M l K *v V » m »x 1 II I \u2022IS a*  oy V m v.r .Points de repères .\u2022 « ' \u2022 : S ¦ ÏJft- gs Z ÿHBB > A' 'Et.¦\" \u2022 K .s \u2022 .2 W tig fi v : > y» -¦ : F?LE LAC SAINT-PIERRE Le lac Saint-Pierre, réserve mondiale de la biospère, est une remarquable étendue d'eau douce qui marque le paysage au milieu du tronçon fluvial Montréal-Québec ; les marées s\u2019arrêtent juste avant sa tête, à Trois-Rivières.Le lac fait approximativement 35 km par 10 km mais seulement de 3 à 5 mètres de profondeur.C\u2019est le grand plan d\u2019eau entre les deux grandes villes du Québec, à la portée et théoriquement à disposition d\u2019une masse considérable de nos concitoyens.Les Montréalais peuvent aller se baigner sur des plages du lac Champlain, pourquoi ne le feraient-ils pas au lac Saint-Pierre ?Sorel, à une extrémité, et Trois-Rivières (Point-du-Lac) à l\u2019autre, sont mouillées par ses eaux.Depuis l'époque fondatrice de la Nouvelle-France, le lac est une ressource appréciable qui a marqué la culture québécoise, mettant notamment en valeur du gibier à plumes et un poisson recherché, la perchaude ainsi que, pour en pratiquer les deltas, la chaloupe verchères, car les îles percées de Boucherville ont leur pendant à Sorel.La fameuse gibelotte de Sorel est une adaptation locale d\u2019une recette ancestrale française (marais du Poitou) originellement garnie d\u2019oiseaux migrateurs, eux aussi particulièrement abondants dans la région, avec en vedette des oiseaux rares comme le héron.Le milieu du lac Saint-Pierre est aujourd\u2019hui encore apprécié pour sa richesse faunique, offrant tout ensemble une pêche riche et même commerciale, de précieux espaces humides pour la faune ailée, un habitat typique pour le promeneur, le pêcheur, l\u2019ornithologue et tout simplement à qui voudrait tV >.4 ïvMi Bs-'VV \u2022 ' ' ¦: ' TOO jouir de magnifiques espaces naturels joignant l\u2019eau à la terre et aux « cents-îles ».Seulement aujourd\u2019hui plusieurs activités y sont compromises par la pollution : la baignade est interdite dans la contrée soreloise tandis qu\u2019une large zone au sud est condamnée.Condamnée par le refus négligeant du déminage par la Défense canadienne, qui s'en est servi comme champ de tir.Il faut donc commencer par un assainissement du milieu pour en augmenter les accès publics.« Le plus en aval des bassins d\u2019eau douce du Saint-Laurent, le lac Saint-Pierre constitue l\u2019une des composantes majeures de l\u2019écosystème fluvial dont les processus sédi-mentaires sont typiques des zones deltaïques.À l'exception du chenal de navigation qui le traverse et dont la profondeur est de n mètres, le lac Saint-Pierre se caractérise par une faible profondeur moyenne ne dépassant pas 3 mètres» (« Profil historique du lac Saint-Pierre ».Centre Saint-Laurent d\u2019Environnement Canada : http://www.qc.ec.gc.ca/csl/inf/inf051_f.html) m [N » Charles Courtois* g »'¦ ¦ - \u2022I \u2022 \u2014 ENTREVUE AVEC LE PROFESSEUR RICHARD CARIGNAN* ¦ L\u2019AVENIR DU LAC SAINT-PIERRE ET DU FLEUVE SAINT-LAURENT COMME MILIEUX DEVIE >5 \u2022 ¦ If >; ft i*l ii,1 5 Le professeur Carignan est un biologiste reconnu de 1\u2019 Université de Montréal qui diri ge un collectif de recherche sur le lac Saint-Pierre.Ses recherches dressent un portrait alarmant de l'avenir du lac et de l\u2019érosion de l\u2019environnement laurentien à cause de la canalisation.N\u2019oublions pas que le chenal navigable Québec-Montréal a encore été approfondi en 1999.I ' \u2022r ' r \u2022 * Comment s\u2019est déroulée la recherche et pourquoi cette inquiétude soudaine ?Le diagnostic s\u2019étend sur plusieurs années.L\u2019équipe de chercheurs a installé no stations de mesure, très serrées sur cinq transepts couvrant le lac.D\u2019ores et déjà, le premier relevé effectué en 2003 permet de dresser un bilan alarmant de la santé de cet exceptionnel lac fluvial.Le lac Saint-Pierre fut ainsi échantillonné une fois par mois d\u2019avril à décembre.Sur la moitié de la superficie du lac, plus de 300 km2, la qualité des eaux est souillée, le phosphore notamment dépassant les quantités autorisées.Il y a péril en la demeure, pourtant vouée au patrimoine de l\u2019humanité.Ce plan d\u2019eau aux caractéristiques :&Z m % m « ¦ R X I % y % * Cette entrevue a été réalisée avec le professeur Carignan à l\u2019Université de Montréal en janvier 2006.Les données citées sont donc tirées de son analyse, et son opinion émise à l\u2019égard du questionnement à lancer sur la navigation fluviale est clairement indiquée comme étant sienne.Pour le reste, les conclusions tirées de cette entrevue par l\u2019auteur ne sont en aucune façon imputables au professeur Carignan. \u2022 \u2022 \u2022 102 deltaïques a été reconnu comme un élément exceptionnel du pratimoine naturel du globe.En quoi est-ce que ce constat est nouveau ?Quinze ans plus tôt, les chercheurs s'entendaient pour établir que le lac Saint-Pierre ne s\u2019envasait point.Le portrait a radicalement changé.Le travail de l'érosion des berges lié à la navigation et à la voie maritime fait des ravages, combinés à ceux de la pollution des cours d\u2019eau qui surchargent ce lac peu profond.Résultat, le lac aura disparu d'ici un siècle si rien n\u2019est fait.Selon M.Carignan, dans ce lieu de prédilection de la perchaude et des hérons, on ne trouvera plus qu'un étroit chenal et de grandes étendues marécageuses, mais de lac, nenni.La mort d\u2019un lac est naturelle sur une échelle de millénaires, mais ici nous accélérons à la vitesse éclair sa transformation en tourbières, transformation qui eût pu être repoussée indéfiniment par l'action des eaux vives du fleuve Saint-Laurent.aj Il faudrait donc changer rapidement certaines pressions fatales que nous faisons subir au lac Saint-Pierre.La première étape pour passer à faction est d\u2019identifier le problème, ce que la recherche scientifique permet d\u2019établir dès aujourd\u2019hui.Quel est ce constat ?Le professeur Carignan dégage trois grandes catégories d\u2019agression.La première est la pollution agricole beaucoup trop importante pour la capacité des cours d\u2019eau et du lac.Cette pollution surcharge l\u2019eau de sédiments, favorise la croissance des algues et repousse le poisson.Il faut donc s'attaquer d\u2019urgence à la saturation de l\u2019eau en sédiments, en azote et en phosphore.Les cours d\u2019eau les plus atteints sont les tributaires du sud du fleuve, charriant en particulier les excès de l\u2019agriculture montérégienne et méridionale sur des rives # 103 mal protégées.Au premier chef trois rivières : la Yamaska, avec le Richelieu et le Saint-François.Les eaux des rivières Yamaska et Saint-François sont trop chargées, leurs eaux désormais turbides déversent des milliers de tonnes de sédiments par année dans le lac Saint-Pierre ! Cela illustre l'érosion des bassins versants.Car la question de la pollution agicole peut se diviser en deux aspects : les mauvais aménagements et les mauvaises pratiques agricoles.Les mauvais aménagements ont éliminé la végétation protectrice sur les berges des rivières et les fourrés des ruisseaux naturels et jusqu\u2019aux ruisseaux eux-mêmes.Les lisières boisées des rives ne sont pas protégées suffisamment malgré la réglementation en ce sens, ce qui expose encore plus les rivières aux excès d\u2019engrais, de lisiers et autres polluants.Outre les mauvais aménagements des rives, où la végétation doit être rétablie et le pacage éloigné, en conformité avec les normes, il s\u2019agit des ruisseaux à rectifier avec une hydrologie dynamique et naturelle.Les ruisseaux et leurs fossés de friche qui agissent comme autant de filtres, ont pour ainsi dire disparu, absorbés par les systèmes d\u2019irrigation agricoles.* L\u2019autre versant de la pollution agricole tient à la production elle-même.Le Québec produit massivement pour exporter du volume, plutôt que de choisir de créneaux de qualité basés d\u2019abord sur l\u2019appréciation par le consommateur local.Selon Richard Carignan on pourrait s\u2019interroger sur la pertinence d\u2019élever des cochons pour les consommateurs étran gers.Dans les régions des affluents comme la Montérégie et le Cœur-du-Québec, outre les porcheries industrielles avec leur excès de déjections, source de phosphore, il y a la production massive de maïs pour alimenter les élevages, maïs cultivé à grand renfort d\u2019engrais chimiques et autres pesti- I \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 104 It# â A V cides, car les élevages industriels de bétail et de volaille dépendent de façon disproportionnée de grains à monocul ture intensive au détriment des prés et des alternances.Toute cette production intensive a un effet prononcé sur la proliferation des algues et l\u2019anoxie des eaux.If r Les pratiques agricoles ne prennent en considération ni l\u2019environnement et le maintien de sa qualité, ni la qualité des eaux, en tout cas pas suffisamment.Il faudrait inscrire le principe de prudence quant à la qualité des eaux au registre des pratiques agricoles et réfléchir à l\u2019ensemble de l\u2019agriculture dans une perspective de développement durable et tenir compte des bassins versants.Toute la moitié sud du lac, et plus encore un tiers du lac situé au sud-ouest du chenal de la voie maritime et près des embouchures desdites trois rivières, est très boueuse et s\u2019envase rapidement.Les plantes I l\u2019obstruent sévèrement au point d\u2019en chasser le poisson.Voilà un premier domaine d\u2019action, vaste par certains aspects, tandis que d\u2019autres comme la protection de berges, ne seraient pas longs à appliquer.Dans l\u2019hydrographie naturelle du lac Saint-Pierre, la souillure de chaque année, retenue par les plantes de l\u2019année et les eaux stagnantes qui s\u2019ensuivent, n\u2019était pas seulement moins grande, elle était balayée au printemps par les eaux bleues du fleuve en crue.Aujourd\u2019hui la seconde cause d\u2019agression du lac affecte sévèrement cette eau bleue.Il faut savoir que le lac est arrosé des eaux brunes de l\u2019Outaouais et des eaux bleues du fleuve qui restent distinctes jusque là.Or, si l\u2019eau du fleuve est encore remarquablement claire et pure au niveau du lac Saint-François, en amont de Montréal, elle ne l\u2019est plus de nos jours en aval de Montréal. 105 % L'eau souillée par l'agglomération de Montréal et rejetée par systèmes de traitement met moins d\u2019une journée pour descendre le fleuve jusqu'à Sorel.C'est pourquoi la région est présentement privée de ses plages.Le rejet des eaux usées non seulement de Montréal mais de toute son agglomération (sans parler des eaux de l'Outaouais) sont un domaine d'action pressant et important.Les eaux bleues du fleuve sont celles qui nettoient et ressourcent le lac Saint-Pierre, luttant contre son envasement, à condition d\u2019être propres.Or les systèmes en vigueur dans le Montréal métropolitain sont dépassés.Bien sûr, ils ont permis d'améliorer la situation autour de Montréal où, si la truite n\u2019est pas revenue dans le lac des Deux-Montagnes, la baignade est dorénavant possible à nouveau, contrairement au lac Saint-Pierre qui espère encore ce degré d\u2019amélioration.Le point de rejection est centralisé, ce qui se fait au détriment des milieux en aval à cause des faiblesses des systèmes de traitement installés.7 En cas de pluie, le système de Montréal peut être pris au dépourvu et déborde sans traitement.La technologie est arriérée.Elle date de 25 ans mais ne retire que 80 % du phosphore et de l\u2019azote, ce qui est peu en regard de technologies récentes dépassant 95 % et c\u2019est sans parler du reste, car plusieurs polluants et pathogènes ne sont pas traités du tout.Il faudrait donc changer les usines de Montréal, Laval, la Rive-Sud et la couronne Nord ! On ne parle même pas des coliformes, explique Richard Carignan pour souligner le côté basique des exigences qu\u2019on serait en droit de demander aujourd\u2019hui pour ce type d\u2019installations et qu\u2019on attend toujours. I io6 Le professeur Carignan estime que Go % des eaux souillées du lac Saint-Pierre proviennent des cours d\u2019eau agricoles du sud, envasés, et 40 % des eaux mal traitées du fleuve principalement dans l\u2019agglomération métropolitaine.L\u2019action par la modernisation des systèmes de traitement des eaux usées du grand Montréal ne dépend que d\u2019une volonté et d\u2019une vision politiques nationales, pour presser toute la CMM d\u2019agir', ce que Sorel-Tracy n\u2019obtiendra pas seule.Mais il y a un troisième problème de taille pour l\u2019avenir du lac Saint Pierre, facteur aggravant les deux autres agressions sur sa santé.Il s\u2019agit sans doute d\u2019un plus gros défi que le changement des usines de traitement et même qu\u2019un ajustement sérieux des pratiques agricoles dans le sens du développement durable.Quel est-il ?Richard Carignan nous explique : I Autrefois, les rives du lac étaient lessivées par les eaux limpides du fleuve Saint-Laurent qui y coulait partout.Les premiers chenaux furent dragués dès le XIXe siècle, mais c'est avec la voie maritime, voulue par le Canada, véritable démonstration d\u2019ingénierie, que ce dragage prit une ampleur colossale.Le chenal agrandi, dragué à chaque année depuis bientôt cinq décennies est depuis lors considérable, large de 2,5 km sur un total de 10 pour le lac.À tel point que c\u2019est de 40 à 50 % du débit total du Saint-Laurent qui s\u2019y engloutit ! Ce débit est phénoménal, d\u2019une puissance rare sur le globe, atteignant en chiffres ronds 8500 mètres cubes à la seconde à Montréal et plus de 10 000 mètres cubes à la seconde à Québec.Cette puissance à moitié perdue permet ou empire le phénomène d\u2019envasement : les eaux sales prennent beaucoup plus d\u2019importance, les courants moins rapides permettent à la sédimentation de faire son œuvre.Mais ce riest pas tout, ajoute M.Carignan.En outre, le chenal entraîne des distortions de courant qui sont autant de causes d\u2019érosion des îles et des berges qui aggravent d\u2019autant le phénomène d\u2019envasement et le péril du lac Saint-Pierre.C\u2019est que, n\u2019étant pas droit, le chenal concentre en des zones de virages à angles aigus un courant extrêmement fort qui exerce une pression d\u2019érosion dévastatrice pour les berges et les îles des / 107 différents archipels et deltas du lac.Le lit du fleuve ne s'est pas ajusté et dans plusieurs secteurs, comme celui du débouché des rivières Yamaska, Richelieu et Saint-François, l'envasement se fait au rythme où les arbres progressent sur les eaux.Le chenal n'étant pas droit, il provoque non seulement des zones d\u2019érosion, mais comble des secteurs comme il en creuse d'autres.Le cycle diurne du lac Saint-Pierre est affecté, la profusion de plantes que permet cette perte de débit entraîne l\u2019anoxie.Leutrophisation sape la vie animale du lac.La pêche à la perchaude va mal depuis presque dix ans.C\u2019est ici qu\u2019il s\u2019interroge sérieusement.La voie maritime est très dommageable au lac Saint-Pierre, elle a changé les eaux dynamiques du Saint-Laurent.Ailleurs dans le monde, on a simplement choisi d'adapter les embarcations aux fleuves concernés, ce qui est monnaie courante.Pour le Saint-Laurent, on a au contraire choisi de changer le fleuve pour l\u2019adapter aux navires océaniques, ce qui est unique.Au lac Saint-François, il est intégralement dérivé dans le canal de la Voie maritime, avec le charriage de sédiments que cela implique.La grande question qu\u2019ose poser le professeur Carignan est donc celle-ci : est-ce que la voie maritime du Saint-Laurent est vraiment la meilleure et la plus intelligente façon d\u2019assurer le transport navigable sur le fleuve et les Grands Lacs ?Ailleurs la navigation fluviale importante adapte les bateaux au faible tirant d\u2019eau, ici on a adpaté le fleuve au tirant d\u2019eau des navires maritimes sans la moindre réflexion sur les impacts que cette modification du lit du fleuve entraîneraient sur l\u2019environnement ! C\u2019est étonnant pour le milieu de vie de tant de Québécois non plus que les industries de pêche qui les occupent de l\u2019amont à l\u2019estuaire.On connaît les difficultés des pêches à la perchaude, à l\u2019anguille, à la morue et maintenant au bar rayé \u2022 ¦ w io8 ¦ qui a fui le Saint-Laurent.Autant d'intéressés qui devraient se pencher sur la question telle que la pose Richard Carignan.Poursuivons : il est un autre élément important selon lui sur lequel il presse d'agir.Un facteur aggravant tous ces impacts est que l'on règle trop radicalement la crue des eaux du fleuve en fonction des barrages.Il faudrait réfléchir à la question de la navigation fluviale en osant remettre en cause le statu quo et en comparant la navigation locale avec les aménagements sur les autres cours d\u2019eaux d\u2019importance comparable sur le globe, Mississippi, Rhin, Danube, Seine, etc.M.Carignan cite en exemple les trains de barges du Parana, qui permettent le transport de charges équivalentes aux Lakers qui empruntent la voie maritime.e Est-il vraiment nécessaire de changer toute l\u2019hydrodynamique du Saint-Laurent pour y favoriser le transport par gros cargo, alors qu\u2019un peu partout dans le monde les solutions par navires fluviaux à faible tirant d\u2019eau abondent et prospèrent ?Pour le professeur Carignan, il faudra y songer si on souhaite rétablir le lac Saint-Pierre.Plus encore, le fleuve est modifié à la fois par le canal de la voie maritime et les barrages qui s\u2019y rattachent.Or, le réglage des eaux par ses barrages se fait trop peu en pensant à maintenir les crues bénéfiques à l\u2019environnement fluvial.On connaît l\u2019hydrographie naturelle du fleuve, il est donc aisé d\u2019en reproduire des aspects avec modération.Tout cela a un impact immen-sur la vie du fleuve, sur l\u2019organisation de la vie aquatique.Mais n\u2019est-on pas en fait lancé exactement sur la voie contraire, celle de l\u2019élargissement de la voie maritime ?X». 109 Agrandissment dont j\u2019ai voulu demander un portrait des impacts.Selon Carignan, l\u2019idée de creuser une tranchée plus profonde encore pour de plus grands océaniques est bien morte.Mais c\u2019est au contraire que nous devrions sérieusement penser.Il serait possible de prévoir une transition à long terme qui remplacerait la flotte actuelle par des embarcations à faible tirant d\u2019eau.Il faudrait commencer par cesser de draguer le Saint-Laurent puis, petit à petit, retirer les navires de la voie maritime (les « Seawaymax ») au terme de leur service en ne les remplaçant que par des barges.Son opinion personnelle est qu\u2019il faudrait songer à ce type de solution, banale de par le monde, de barges fluviales, plutôt que de changer l\u2019hydrographie du Saint-Laurent à nos risques et périls.Le potentiel est très réel et accessible : les ports de Québec ou de Trois-Rivières pourraient servir au transbordement sur barges fluviales.De sorte que le chenal n\u2019aurait plus à être dragué dans le lac, ou alors pour une tranchée bien plus douce.Et les eaux bleues du fleuve restaureraient le lac Saint-Pierre ! Si le premier pas consiste à poser le diagnostic, le second consiste à oser réfléchir au changement ! ?1\tLa CMM rassemble les dizaines de municipalités de l\u2019agglomération de Montréal à cheval sur plusieurs régions, de la Rive-Nord à la Rive-Sud.2\tCf.http://wWW.qC.eC.gC.Ca/csl/inf/inf05i_fhtml I » no DOSSIER Charles Courtois* s UN ÉLÉMENT MÉCONNU DE LA POLLUTION DU LAC SAINT-PIERRE LES IGNIFUGES BROMES : UN RECORD MONDIAL! Le professeur Carignan fait partie des nombreuses voix qui se font entendre pour lancer un appel à la restauration, le plus possible, de fhydrographie naturelle du Saint-Laurent.Cet enjeu-là ne peut aisément être abordé par une nation à la souveraineté provinciale : pour Lheure, il relève de compétences fédérales.Cette lance plantée au cœur de la survie du lac, c'est le chenal de la voie maritime.Comme nous le voyons dans un autre texte, l'histoire de la voie maritime est celle d\u2019une décision prise par Ottawa cédant aux instances de Washington, au détriment du Québec à la fois écologiquement et économiquement et malgré l'opposition du Québec.La survie du lac est en danger, mais d\u2019autres problèmes de pollution relevés dans le lac (et plus largement le Saint-Laurent) mettent directement à mal la santé des riverains.Le lac n\u2019est pas seulement distingué d\u2019une reconnaisance de l\u2019UN ES CO à titre de patrimoine mondial, il est aussi détenteur de records mondiaux peu enviables, qui n\u2019appartiennent pas au registre des records Guiness.Is Le lac-Saint-Pierre est confronté à de nombreux périls.La pollution industrielle et chimique est l\u2019autre enjeu de sa pollution que nous allons aborder brièvement ici, à travers le * Doctorant en histoire à l'UQAM et à l'Institut d'études politiques de Paris. m cas des ignifuges.Les ignifuges sont des produits généralement chimiques que font ajoute aux articles de consommation pour les rendre plus sécuritaires, du moins face aux risques d\u2019incendie.Les produits nord-américains se démarquent par leur prédilection pour les ignifuges bromés, qui présentent des risques de santé en s\u2019accumulant dans la chaîne alimentaire, tout comme d\u2019autres polluants lourds.Ces ignifuges bromés sont aussi connus sous le nom de BDE.Or, comme le lac Érié, le lac Saint-Pierre est peu profond, qui le rend très vulnérable à la contamination chimique.Le lac Érié est plus vaste mais est aussi entouré d\u2019un nombre encore plus grand, et considérablement plus grand, d\u2019industries lourdes que le lac-Saint-Pierre, ce qui en fait tristement un lac mort à bien des égards.Un examen de la situation laurentienne et pierroise s\u2019impose pour les Québécois qui y vivent et veulent en assurer le développement durable, comme de tous ceux qui veulent pouvoir jouir des étendues du lac et même s\u2019en nourrir.I k Voici ce que le Centre Saint-Laurent nous enseigne sur la pollution dans le lac Saint-Pierre.Pour une panoplie de polluants, elle serait en diminution : Les résultats des analyses géochimiques montrent une amélioration de la qualité chimique des sédiments de surface depuis 1986.En effet, on observe une diminution de 50 % des concentrations de contaminants organiques (BPC) et inorganiques (Cu, Zn, Pb, Hg, Cd et As) dans le secteur nord du lac.De plus, ces concentrations sont inférieures aux critères de qualité des sédiments pour la protection de la vie aquatique.Les fortes concentrations de mercure se trouvent dans les sédimentations allant des années 1950 à 1990, ce qui correspond à des dates d'ouverture et de fermeture de certaines I I 112 I industries en amont du lac (Sorel-Tracy ?Montréal ?Les Grands lacs ?On ne le dit pas).Le portrait de la pollution pourrait ainsi sembler plutôt encourageant, parce qu'il est sur la bonne voie pour tous ces polluants.Sauf que le Centre Saint-Laurent nous apprend également que : [.] c\u2019est à partir du milieu des années 1970 « que l\u2019on détecte la présence du PBDE47 [un ignifuge bromé] dans ce secteur du lac Saint-Pierre.Une constante progression des concentrations est notée, jusqu\u2019à ce qu\u2019elles atteignent 4 ng/g dans les années 1990, période correspondant à l\u2019augmentation de l'utilisation commerciale de ce produit.Depuis, elles varient entre 2,0 et 2,5 ng/g selon les observations des scientifiques du CSL.Ces concentrations sont plus fortes du côté nord et vers l'aval du lac.Ce n\u2019est pas tout : À la lumière des concentrations moyennes de PBDE47 mesurées dans les sédiments de nombreux écosystèmes aquatiques dans le monde, on constate que le lac Saint-Pierre se classe au premier rang.1 Le lac-Saint-Pierre est donc la région du monde la plus affectée par la contamination d\u2019un des ignifuges bromés « PDBE » les plus toxiques.Que sont ces ignifuges, qu\u2019est-ce qui explique leur si forte présence dans le Saint-Laurent et quelle est la situation au Québec ?Il n\u2019existe pour l'instant aucun règlement sur les PB DE au Canada Les concentrations de PBDE dans les matières en suspension près de Québec ont presque quintuplé depuis 10 ans.On associe principalement cette augmentation au PBDE209.Bien que celui-ci soit parmi les congénères les moins toxiques et les moins bioaccumulables, les produits de dégradation de /\u2022 J I f w .\u2022 / '7*4/4 4 < \u2022i \u2022 \u2022 /X * t.\u2022 \u2022 \u2022 % » 113 ce composé le sont davantage.L\u2019augmentation des concentrations de PB DE observée dans le Saint-Laurent se mesure également chez la faune aquatique.Par ailleurs, de récents résultats montrent que les concentrations de PB DE totaux (24 congénères) ont doublé dans les sédiments superficiels du lac Saint-Pierre depuis dix ans.2 La situation est alarmante non seulement dans ce secteur du bassin laurentien mais dans tout le Saint-Laurent, et empire ainsi, de décennie en décennie, à une vitesse quasi exponentielle.Passons maintenant du Centre Saint-Laurent à ?Institut national de recherche sur les eaux, toujours fédéral, pour en savoir plus : Au Canada, les concentrations de PB DE dans le lait humain ont augmenté d\u2019un facteur de dix entre 1992 et 2002 et par un facteur de 100 environ depuis le début des années 1980, selon une étude récente de Santé Canada.Les produits retardateurs de flamme [sic| bromés assurent une protection contre le feu et sont présents dans des articles de tous les jours (par exemple dans les textiles, plastiques, peintures, téléviseurs, ordinateurs et d\u2019autres appareils électriques).Les éthers diphényliques polybromés (PBDE) sont les produits retardateurs de flamme bromés [sic| les plus largement répandus.Ils ont commencé à susciter des préoccupations environnementales à l\u2019échelle internationale à la fin des années 1990.A cette époque, une étude menée en Suède avait démontré que, contrairement à ce qu\u2019on observe pour des contaminants comme les BPC, les concentrations de PBDE dans les échantillons de lait humain avaient augmenté d'une manière exponentielle depuis le début des années 1970.Les molécules de B DE (éther diphénylique bromé) ont une structure semblable à celle des biphényles polychlorés (BPC), qui sont considérés comme des cancérogènes probables et dont on sait qu'ils causent des anomalies congénitales, des dommages neurologiques et des déséquilibres de l\u2019activité thyroïdienne.3 L » ¦ 114 Tournons-nous maintenant vers le Fonds national suisse de recherche scientifique, pour en savoir plus, car ces produits sont abordés différemment en Europe : Du fait de leurs propriétés problématiques, le pentaBDE et l'octaBDE sont utilisés avec plus de retenue en Europe depuis le milieu des années 1990 déjà.Depuis 2004, ils sont même totalement interdits dans l'Union européenne.En Suisse, leur interdiction entrera en vigueur le 1er août 2005.Les agents ignifuges bromes sont difficilement dégradables.Certains d'entre eux sont suspectés d'agir comme des hormones sur les mammifères.Nous y trouvons aussi la clé de l\u2019explication concernant le taux exceptionnel de contamination du lac Saint-Pierre : Les substances parvenant dans l\u2019environnement sont transportées par l\u2019air.« Les lacs ayant une superficie relativement grande et un volume limité sont plus fortement pollués », souligne Martin Kohler [un chercheur associé à l\u2019étude suisses sur ces polluants].Les agents ignifuges bromes sont utilisés dans de nombreux produits depuis les années 1980.Des matériaux combustibles tels que les matières plastiques et les textiles sont traités avec des additifs destinés à les sécuriser contre le feu.Les meubles rembourrés, les tissus d\u2019ameublement, les matériaux de construction ou encore les appareils électroniques sont rendus plus sûrs.Certaines de ces substances ont une grande longévité et sont transportées sur de longues distances dans l\u2019atmosphère.1 Le comportement des agents ignifuges bromés rappelle fortement celui d\u2019autres substances problématiques à grande longévité.Pour cette raison, des discussions au niveau international portent sur l\u2019éventuelle inclusion des pentaBDE et octaBDE dans la liste de la convention de Stockholm des « polluants organiques persistants » (POP).« Les deux composés ne se caractérisent pas seulement par une grande longévité et une activité endocrinienne.Ils s\u2019accumulent également dans la chaîne alimentaire », avance Martin Kohler comme argu- i t \u2022if.1/4 It /\u2022/*.* ; % \u2022 vv « \u2022 I \u2022 I I » *( # % 4 ; \u2022 I pjlfl/l \u2022 M ,M I it J # 4 115 ment en faveur de cette interdiction.« C\u2019est ce que confirment des mesures faites aux Etats-Unis où ces substances sont encore davantage utilisées.En Amérique du Nord, on mesure dans le lait maternel des valeurs quarante fois plus élevées qu\u2019en Europe.4 i Le problème est donc particulièrement grave en Amérique du Nord5.La revue La Maison du XXIe siècle y a consacré un numéro6 et s\u2019en est inquiété : / Ces polluants sont si universellement répandus - autant dans les glaces arctiques que dans le corps humain - et persistants dans l\u2019environnement, qu'on les compare aux très toxiques dioxines et aux biphényles polychlorés (BPC).Déjà boudés par des grands fabricants tels Apple et Ikea, les PB DE sont soupçonnés cancérigènes et ils affectent le système immunitaire, la glande thyroïde et le cerveau des enfants, notamment au chapitre de leur mémoire et de leur comportement.Citant une véritable crise de santé publique, les scientifiques sont en train de faire bannir des produits ignifuges toxiques à base de brome, encore couramment utilisés dans nos appareils et meubles.Le bilan est en effet alarmant : La concentration de PB DE est la plus élevée au monde dans le lait maternel au Canada et aux États-Unis, qui en contient 75 fois plus qu\u2019en Europe.Ils ont été tellement utilisés sur notre continent, qu\u2019il y en avait 23 fois plus dans le lait maternel dans le sud du Québec en 2002 qu\u2019en 1989, selon l\u2019Institut national de santé publique du Québec.Leur taux a chuté dans le lait maternel en Suède après leur interdiction dans ce pays en 1998.f La Suède, avec d\u2019autres pays européens comme l\u2019Allemagne, a donc trouvé la piste de solution, qui est désormais généra- t \\ I î lili % # # n6 lisée à l\u2019Europe.Or, c\u2019est ici que la situation est la plus critique.L\u2019Amérique du Nord restera-t-elle immobile ?Non : Début avril, le Maine devenait le premier État américain à imiter l\u2019Europe qui, l\u2019année dernière, adoptait une loi ordonnant le remplacement, d\u2019ici 2006-2008, des trois principaux PB DE, dont le plus utilisé, le Deçà que l\u2019on retrouve à des niveaux élevés dans la poussière domestique et qui se décompose dans des produit encore plus toxiques.Comprenons que la poussière domestique en est remplie à cause bien entendu de tous les objets enduits de ce poison dont les habitations sont remplies.Le Québec pourrait-il s\u2019inspirer des initiatives européennes pour agir sur ce polluant qu\u2019on compare aux B PC ?Pourquoi le Québec dont les écologistes pouvaient entendre sur TV5 directement les émissions européennes consacrées à cette réglementation (et plusieurs furent diffusées ici), doit-il tant tarder sur le Maine pour prendre des initiatives ?Peut-être que l\u2019approche de Santé Canada fait partie des explications de notre inaction : cet organisme a officiellement pour mission d\u2019être le chien de garde de la santé publique.Mais on se demande souvent si sa mission officieuse n\u2019est pas tout autre.Car le portrait qu\u2019en dresse cet organisme qui s\u2019occupe de notre santé avec diligence est presque comique, après avoir lu ce que reconnaissent même d\u2019autres agences fédérales, notamment celles de ?E nvir onnement.Pour Santé Canada, il n\u2019y a pas lieu de s\u2019inquiéter : La présence d\u2019EDPB à de faibles concentrations dans le lait maternel humain et le sang indique simplement que les gens sont exposés à ces composés, qui persistent dans f environnement.V MH 117 ii ;rç> Writ'H Ces contaminants ne présentent pas véritablement de risques, puisque les risques ont été établis sur des animaux (on se demande à quoi bon tester sur des animaux !) : aucune étude n\u2019a établi de lien concluant entre les concentrations d\u2019EDPB chez l\u2019humain et des problèmes de santé.Des effets sur le développement comportemental ainsi que sur le foie et la thyroïde ont été observés dans des études expérimentales sur des animaux exposés à des concentrations d\u2019EDPB beaucoup plus fortes que celles auxquelles est exposée la population humaine au Canada.Ce que cette déclaration omet de mentionner est l'augmentation exponentielle des concentrations dans le lait maternel qui font qu'il faudra peu d'années pour que les effets se fassent plus visibles.Pour Santé Canada, non seulement les ignifuges bromés ne présentent-ils pas vraiment de risques, ils n'ont pas non plus d\u2019origine définie, dans des produits de consommation par exemple : Au Canada, de faibles concentrations d\u2019EDPB ont été détectées dans les aliments, le lait maternel humain, l'air extérieur, l\u2019air intérieur et l\u2019eau.Par ailleurs, des données en provenance d\u2019autres pays font état de la concentration des EDPB dans la poussière des maisons, le sang humain et les tissus graisseux humains.Bien que les données sur les concentrations d\u2019EDPB dans l\u2019environnement soient peu nombreuses, l\u2019information disponible indique que les principales sources d\u2019exposition aux EDPB pour les humains seraient les aliments, le lait maternel humain et la poussière.On estime que l'exposition directe par les produits de consommation, dont les ordinateurs et les téléviseurs, serait de beaucoup inférieure à celle associée à ces autres sources.Notre santé étant entre bonnes mains, les « Pierrots » n'ont pas à s\u2019inquiéter.À moins que par principe de précaution, n8 Québec ne décide d\u2019emboîter le pas à son voisin, le Maine, et à ses cousins, pour bannir l\u2019utilisation de ces ignifuges.Plusieurs substituts ont été proposés en Allemagne et de là en Europe, qui ont permis leur élimination.Il s\u2019agit donc d\u2019une question de réglementation.Comme toujours, il faudrait commencer par une campagne d\u2019opinion avant d\u2019espérer parvenir à une pression politique efficace.Mais comme le Maine et l\u2019U.E.ont déjà agi, il n\u2019est pas la peine de tenter comme Santé Canada de refaire des études (pour noyer le poisson ?).Il suffit de se tourner vers la recherche effectuée et disponible et les ignifuges de substitution proposés.Plusieurs marques avaient même devancé la réglementation.Comme le lac-Saint-Pierre détient le record planétaire de contamination, il serait intéressant que le Québec rejoigne le Maine parmi les premiers.?1\tSource de ces citations du Centre Saint-Laurent d\u2019Environnement Canada : http://www.qc.ec.gc.ca/csl/inf/inf051_f.html.Dans toutes les citations du présent article, nous soulignons.2\tDe nouveau tiré du CSL.Source : http://www.qc.ec.gc.ca/csl/inf/inf057_f.html .3\tSource : Institut national de rechercher sur les eaux (NWRI) Environnement Canada : http://www.nwri.ca/researchintoaction/chapter9- f.html .4\tSource : Communiqué de presse- Berne, le 25 juillet 2005 : Effets néfastes des agents ignifuges bromés sur l'environnement- La protection contre le feu laisse des traces.Réf.: http://www.snf.ch/fr/com/prr/prr_arh_05jul25.asp .« Le Fonds national suisse : au service de la recherche scientifique.Sur mandat de la Confédération, le FNS est la principale institution suisse d'encouragement de la recherche scientifique.» 5\t« Study Finds Record High Levels of Toxic Fire Retardants in Breast Milk from American Mothers\u201d.Réf.: http://www.ewg.org/reports/mothersmilk/es.php et http://www.ewg.org/reports/mothersmilk/part4.php .6\tAndré FAUTEUX : \u201cAttention aux produits ignifuges toxiques\u201d : http://www.21esiecle.qc.ca/ignifuges.htm .) « ' ni y : : ,r.> VS ifi ii9 # ' ; fit DOSSIER g:# Philippe Giroul* r r a Sr iî: * LA SAGA DU LAC SAINT-PIERRE SM La saga du lac Saint-Pierre a commencé en 1952, quand le premier ministre du Québec, I\tj J/\t*' >\u2022\t^\tm\t, W US S Pü Së flfl jj In monsieur Duplessis, accorda, innocemment, Y « autorisation » au ministre de la défense Canadian d'utiliser le lac > ' ' ^__________.Saint-Pierre pour y effectuer des essais de munitions.¦ Fl - 6e La guerre de Corée tirait à sa fin et la guerre froide débutait : le Canada devait participer à l'effort de guerre mondiale contre les méchants communistes.Les canons étaient fabriqués dans la région de Sorel et les munitions dans la région montréalaise.Quoi de plus tentant que d'envahir insidieusement une bourgade francophone.W-i \u2022I * r ÎIÎL \u2022 * \u2022 Dépossession = ; Les agriculteurs de Nicolet et de Baie-du-Fèvre furent dépos- , manu militari, de leurs riches terres agricoles en échange de quelques dollars.Ainsi, la plaine inondable de la rive du lac devint un des lieux privilégiés des exercices militaires canadiens.La zone CYR 606, couvrant environ 40 % du lac au sud de la voie maritime, était déclarée inaccessible aux utilisateurs (pêcheurs, chasseurs, plaisanciers).l if! e a / z : Vv « 5R I ' 1 , # ss y :: 1 * Secrétaire du Groupe d'Action pour la Restauration du lac St-Pierre philippe.giroul@cgocable.ca %#- 1 .15 r I 1» i % I « 120 Pour faire avaler la pilule, le développement de l'emploi local prit son essor au fil des ans pour atteindre jusqu'à 300 emplois au Centre d'essais et d'expérimentation des munitions de Nicolet (CHEM).Accident mortel En 1982, un accident mortel réveilla la population : un obus non explosé se retrouva sur la plage à l'embouchure de la rivière Nicolet.Un feu de camp organisé par la famille Gentès vira à la catastrophe.Une explosion épouvantable : Pierre Gentès meurt et neuf blessés se retrouvèrent victimes de l'innocence militaire.Le lendemain, la Défense nationale eut l'outrecuidance de poursuivre ses essais sur file Moras.Cela prit cinq ans de débat juridique pour qu\u2019enfin le ministère de la Défense reconnaisse sa responsabilité dans ce malheur.Mobilisation des citoyens En 1990, des citoyens de Pointe-du-Lac se regroupèrent pour former le G.A.R.(Groupe d\u2019Action pour la Restauration du lac Saint-Pierre).À quatre km du CEEM, de l\u2019autre côté du lac, les vitres tremblaient, les cadres se déplaçaient, la vaisselle voyageait dans les armoires à cause des vibrations des nombreuses explosions des munitions.Un lundi matin, Céline Dion, qui logeait à la nouvelle Auberge du lac Saint-Pierre, risqua de se faire réveiller à 8h du matin.Le propriétaire de l\u2019Auberge enjoignit les responsables du CEEM de faire taire les canons ! Cela dura une semaine ! On interpella le ministre de l\u2019Environnement d\u2019alors, M.P.H.Vincent qui refila les plaintes à son homologue de la Défense nationale.Après deux ans d\u2019étude du dossier, on décida de construire un énorme silencieux afin de ne plus 121 m silencieux fut « déranger » les citoyens.En 1995, construit pour quelque trois millions de dollars.Mais il ne pouvait être utilisé que pour 10 à 15 % des essais.\" \u2022 f» r-r Les politiciens interpellés ::: g Le G.A.R.multiplia les recherches pour découvrir l\u2019ampleur du pot aux roses.Les médias furent alertés : les reportages et de nombreuses lettres d\u2019opinion commencèrent à sensibiliser l\u2019opinion publique.Les politiciens se mirent de la partie.Ainsi, en 1996, le député du Bloc québécois, M.Yves Rocheleau déposa une pétition de près de 3000 noms aux Communes pour demander l\u2019arrêt de toute expérimentation d\u2019explosifs causant des vibrations dommageables aux biens et aux personnes, qui nuisent à l\u2019environnement des résidents.Trois mois plus tard, le gouvernement répondait outrageusement en expliquant que les canards ne se plaignaient pas (traduction libre des arguments militaires : des études environnementales n\u2019ont décelé aucune répercussion nuisible sur la flore et la faune attribuable aux essais et le Service canadien de la Faune et Ducks Unlimited considèrent que les activités du Centre d\u2019essais et d\u2019expérimentation (CEE) ne sont pas nuisible à la vie aquatique).si - m ¦ Ti m si ; 3e?3= - \u2022dCBB! V T- I- M Le privé se charge de poursuivre la destruction durable T: « % En 1998, lors d\u2019une restructuration des activités militaires de Valcartier (dont dépend le CE EM), le fabriquant de munitions SNC-TEC, filiale de SNC Lavalin à Le G ardeur, est invité à faire lui-même ses essais d\u2019homologation en échange d\u2019un contrat de quatre millions en sa faveur.Conséquence sur l\u2019emploi : cette privatisation fait tomber le nombre d\u2019employés à une trentaine.:i B :5 a \u2022 ii: ' - % ¦ ¦ r,i I *J l I 11 122 =?\u2022 Courageusement, les citoyens « David » poursuivirent leurs recherches contre le « Goliath » Canadian.Le 6 mai 1999, le G.A.R.est invité à comparaître devant le comité permanent de Lenvironnement et du développement durable à Ottawa en même temps que la Défense nationale et Environnement Canada.Et là, coup de théâtre : après deux heures de délibérations, les députés Clifford Lincoln et Yvon Charbonneau proposent un moratoire immédiat sur ces essais d'obus, dont futilité n\u2019est pas prouvée et dont les impacts négatifs n\u2019ont jamais été mesurés sérieusement.On ne pouvait pas demander mieux pour cette première visite à Ottawa.Ottawa réagit timidement Six mois plus tard, le ministère de la Défense annonçait la fin des tirs sur le lac Saint-Pierre, mais la poursuite des tirs sur les 22 km2 terrestres du ministère.C\u2019était une demi-vic- regroupant diffé- explosif ».Durant 16 rencontres, les représentants du G.A.R.durent poursuivre avec acharnement leurs revendications.La mise en place d\u2019un système de gestion du bruit fut une vraie farce qui favorisa le fabriquant.Environnement Canada élabora deux études sur la qualité des sédiments et sur la végétation de la rive sud du lac.Cela coûta très cher (près de 2 millions) pour apprendre que, pendant 48 ans, on y avait tiré plus de 500 000 « projectiles » (selon la terminologie pudique militaire).Le champ de tir de Nicolet (1810 hectares), à lui seul, comporte sept sites contaminés pour lesquels on aurait dépensé durant les trois dernières années 223 782 S en restauration.Cela ne comprend pas les 95 km2 (140 km2 selon d\u2019autres sources) du lac Saint-Pierre infestés par toire.Un comité de vigilance fut rents intervenants ministériels dans ce dossier « / Z 123 .:E- S m 300 000 obus dont 8000 non exploses.Curieusement, celui-ci est considéré, selon le répertoire des sites fédéraux contaminés, comme « Occupation sans intérêt » alors que l\u2019on y trouve des métaux lourds et des substances explosives et qu\u2019on y a fait des dépenses de 1 819 943 $ de 2002 à 2005 pour des études environnementales ! En cours de route, ce comité de vigilance accepta, à majorité des non-utilisateurs du lac, l\u2019installation de 52 bouées de signalisations qui « décorent », au cours de l\u2019été, le périmètre de la zone CYR 606, en désaccord total avec les chasseurs, pêcheurs et plaisanciers.* En novembre 2003, une nouvelle comparution au Comité permanent de l\u2019environnement à Ottawa permet aux maires de la rive Sud de réclamer la sécurisation du dragage de la rivière Nicolet et des chenaux Landroche et Tardif.À l\u2019heure qu\u2019il est.ce n\u2019est toujours pas réglé.Wi ' 1 « Un projet pilote pour l\u2019enlèvement des obus devait être effectué à l\u2019été 2005.Mais l\u2019armée a prétexté le trop haut niveau d\u2019eau appréhendé et sa trop grande turbidité pour les plongeurs afin de reporter ce projet aux calendes grecques.Dernier volet à cette saga a On a appris récemment que SNC-TEC Lavalin était en pourparlers avec la compagnie américaine General Dynamic afin de vendre sa fabrique de Le Gardeur.L\u2019inquiétude s\u2019est manifestée immédiatement dans la population : est-ce que les Américains vont venir s\u2019implanter au CEEM de Nicolet ?Vont-ils poursuivre ou augmenter les io ooo tirs annuels qui se font toujours sur les terrains depuis 2000 ?1 m i \u2022 m a û m #: y m 124 Ou bien faut-il espérer que cette transaction commerciale aboutisse, à terme, à la fermeture définitive de la base, à sa décontamination et à sa reconversion en zone écologique majeure et récréo-touristique accessible aux citoyens et aux groupes de protection écologique, dans le cadre de la coopérative de solidarité de la réserve mondiale de la biosphère.Le développement de l'emploi pourra alors se faire, mais cette fois ce ne sera pas pour la destruction durable ! I ¦ Dl RI Avant cela, la Défense nationale gardera la responsabilité de décontaminer le site terrestre et de récupérer les 8000 obus non explosés.Au cours de 16 ans de combat très patient, dix-sept honorables ministres fédéraux différents (neuf à la Défense nationale et huit à l'Environnement) ont été interpellés.Les citoyens peuvent-ils espérer la fin de cette saga en profitant du changement de garde à Ottawa ?4I 4 \u2022 *f|J I 4 1' .* ¦ 125 =4 DOSSIER tlli! Normand Gariépy JL /x : tsp5i ' : ?:c\t' ri UNE APPROCHE DURABLE DU DÉVELOPPEMENT DE LA RÉSERVE DE LA BIOSPHÈRE DU LAC SAINT-PIERRE '\u2022V > \u2022 1 fé.96 v> La mise en place des activités de la réserve de la biosphère du lac Saint-Pierre repose, tel qu\u2019il en a été conclu lors du ier Forum de la réserve de la biosphère (octobre 2003), sur une reconnaissance des gestes de prise en charge initiés par les collectivités du lac Saint-Pierre.Cette reconnaissance doit également reposer sur une large concertation de tous les ministères, pouvoirs municipaux, organisations et collectivités présentes au lac Saint-Pierre.Tel que préconisé par Y Unesco, et tout particulièrement sur un territoire de réserve de la biosphère comme le lac Saint-Pierre, tous et toutes ont un rôle à jouer pour la conservation et le développement de ce patrimoine mondial.:\t3 n s t \u2022;î,i g: B 3 SPâ * T » Ces mêmes collectivités ont un rôle encore plus important à jouer dans l\u2019éducation des jeunes, eux qui demain prendront en charge ce territoire reconnu mondialement.Tel que reconnu par l\u2019Unesco, cela nécessitera un appel à la décentralisation des pouvoirs de l\u2019État permettant ainsi aux collectivités de mettre en place des mécanismes de prise de décision, qu\u2019eux-mêmes auront décidé, en concertation avec l\u2019ensemble du milieu.Étant reconnu réserve de la biosphère, et souhaitant devenir un exemple de développement durable, le P m S: a % te 52= 5 iE *2 i* 1 C; al s ?* L\u2019auteur est directeur général du Centre local de développement de la MRC de D\u2019Autray et président de la Coopérative de solidarité de la réserve de la biosphère du Lac-Saint-Pierre.% 126 lac Saint-Pierre et ses collectivités, avec la mise en place des activités de la réserve de la biosphère, auront enfin la chance de prétendre à le devenir.Le lac Saint-Pierre aura enfin la chance de favoriser l'initiative des collectivités dans le développement et la conservation du lac Saint-Pierre qui, comme le reconnaît d'emblée l\u2019Unesco, est la clé de l'application du développement durable.En effet, le message véhiculé au sein du réseau des réserves de la biosphère en est un de prise en charge par les collectivités qui résulte à tout coup par une responsabilisation de ces mêmes collectivités.Il est révolu le temps d'attendre après l'État.Il faut plutôt se responsabiliser et agir dans une approche de développement durable.La philosophie au sein des réserves de la biosphère préconise exactement cette prise de conscience et de responsabilisation.I À l\u2019automne 2003, s\u2019est tenu le premier forum de la réserve de la biosphère du Lac-Saint-Pierre.Ce forum a été précédé de cinq séances d\u2019information tenues dans chaque secteur du lac Saint-Pierre.Plus de 300 personnes y ont participé et ont pu ainsi prendre connaissance du Plan directeur de développement écotouristique.Le forum de l\u2019automne 2003 était d\u2019autant plus pertinent, que plus de 150 participants de tout horizon sont venus constater que le lac Saint-Pierre, avec l\u2019obtention de ce titre, ne cherchait qu'à être ou à devenir un exemple de développement durable.Afin d\u2019y arriver, et telles que les conclusions du forum de l\u2019automne 2003 l\u2019ont fait ressortir, la Coopérative de solidarité de la réserve de la biosphère a élargi la représentativité au sein de son conseil d\u2019administration.En effet, on peut maintenant y retrouver une variété de postes plus représentatifs du milieu : membres fondateurs provenant d\u2019organismes socioéconomiques, entreprises touristiques et élus de chacune 127 c mm a m rtT\u2019j des rives, représentants des commissions nouvellement formées (conservation, développement, éducation/recherche), et finalement représentants du monde universitaire et collégial composent cette nouvelle variété.Durant la dernière année, la Coopérative a également favorisé la mise en place de la Table des élus du lac Saint-Pierre.Cette table permet aux élus représentant six MRC et vingt municipalités, et permettra encore plus dans le futur, de s\u2019exprimer sur des orientations du gouvernement qui touchent les collectivités du lac Saint-Pierre.Les élus se sont attaqués dès le départ, et de façon très réfléchie, à la problématique de la ressource poisson.En très grande majorité, ils y participent et de façon très intéressée.Preuve que le besoin de se concerter et de s\u2019exprimer était déjà très présent, cinq réunions de cette Table se sont tenues dans à peine dix mois d\u2019existence.Cette initiative de nos élus démontre, d\u2019excellente façon, l\u2019importance d\u2019une prise en charge par les collectivités d\u2019une problématique locale de développement et de conservation de la ressource poisson au lac Saint-Pierre.¦ m mm * ¦ K» * I?m Outil essentiel à notre réflexion, le Plan directeur de développement écotouristique de la réserve de la biosphère a nécessité presque trois années de travaux.Près de 200 ooo $ y ont été investis afin de bien maîtriser les enjeux du développement et de la conservation du lac Saint-Pierre Ce plan démontre sans équivoque le très fort potentiel de développement du lac Saint-Pierre.Il identifie fort bien la y \u2022 >\u201cv clientèle, les marchés, l\u2019opportunité d\u2019un développement à l\u2019international et la nécessité d\u2019appliquer des conditions de réussite qui doivent nécessairement passer par une large concertation des collectivités du lac Saint-Pierre.Bon nombre de petites collectivités riveraines ne peuvent comp ter que sur le lac Saint-Pierre, et son développement écotou- a % \u2014.sa 3 rm * 2 p- V, K BBS 128 K .=-¦ a; %¦ ¦ ¦ ¦ ristique, pour enfin espérer freiner la dévitalisation et l\u2019exo- 1 r\tr de des populations.Tout particulièrement, F exode des r r\tr jeunes apporte malheureusement à ces collectivités rurales une perte de main-d\u2019œuvre que le développement écotou-ristique pourrait freiner, ou à tout le moins ralentir.L\u2019application du Plan directeur, et tel qu\u2019il y est rapporté, amènera la création de plusieurs centaines d\u2019emplois et la consolidation de plusieurs centaines d\u2019autres.Pour ce faire, il faut susciter des projets, informer les populations de l\u2019immense potentiel de créations d\u2019emplois, compter sur l\u2019appui des décideurs et des divers paliers de gouvernements.Toutes ces étapes passent par la mise en place d\u2019une permanence vouée au développement, à la conservation du lac Saint-Pierre et à l\u2019éducation des générations futures.Tous ensemble, en appliquant les principes du développement durable, nous pourrons espérer devenir un exemple au Québec, au Canada et même à travers la planète toute entière.Nous y arriverons, pour ne mentionner que ces quelques caractéristiques : au sein d\u2019un réseau reconnu mondialement, sous l\u2019égide de l\u2019Unesco, à l\u2019intérieur d\u2019un territoire composé de six MRC et vingt municipalités, couvrant quatre régions administratives québécoises.I V t S 1 Des opportunités d\u2019affaires telles que l\u2019accréditation des entreprises, la forfaitisation de ces mêmes entreprises ainsi que les relations toutes récentes avec la Chine nous laissent maintenant entrevoir un intéressant développement.Toute cette démarche d\u2019affaires passe, de façon bien particulière, par une démarche de concertation qui apportera, par la suite, un développement harmonieux du lac Saint-Pierre.Ce même développement harmonieux apportera la création d\u2019entreprises et d\u2019emplois nécessaires au développement des collectivités du lac Saint-Pierre.Contrairement à un pro- I .¦ Ie S'.W 129 T : 2 -ÎB- jet d\u2019entreprise conventionnel, ce projet-ci en est un de développement durable appliqué à des collectivités et à un territoire qui n\u2019attend que l\u2019occasion de se développer.Le choix du modèle coopératif n\u2019est aucunement un hasard ; il a été au contraire très réfléchi.En effet, ce modèle démocratique a été retenu afin de favoriser et de permettre la plus grande adhésion possible des collectivités du lac Saint-Pierre.De façon encore plus évidente, le modèle d\u2019une coopérative de solidarité en regard avec l\u2019application d\u2019un développement durable, sur un territoire dédié à la prise en charge par ses collectivités de son développement et de sa conservation, demeure et demeurera une innovation en la matière.a %: - m kit * ' ¦ « Cependant, 75 % des rives de l\u2019archipel du lac Saint-Pierre sont en érosion sévère et mettent sérieusement en péril le potentiel de développement et, par le fait même, la conservation de ce patrimoine mondial.Ce type de regroupement d\u2019îles, et par surcroît 103 îles issues de dépôt sédimentaire, en est un unique sur la planète.Pourtant, c\u2019est plusieurs milliers de mètres cubes de rives qui s\u2019érodent annuellement et qui disparaissent à tout jamais.Certaines d\u2019entre elles ont perdu jusqu\u2019à un kilomètre de rive en façade, et cela sur plusieurs kilomètres de long.Malheureusement, nos paliers de gouvernement sont encore à chercher le coupable.Il est d\u2019une évidence pourtant reconnue, que notre choix de gestion des niveaux d\u2019eau en faveur de la navigation est un des grands responsables.Cette industrie, qui génère des milliards de dollars annuellement, pourrait simplement y consacrer un minime pourcentage de ces imposants revenus, et par le fait même, viser à remédier au problème à long terme.Autre frein au développement, la présence de 300 000 obus au fond du lac Saint-Pierre.Ces obus, vestige d\u2019une activité passée de la Défense nationale, présentent un réel danger puisque 8 000 d\u2019entre eux sont potentiellement V V i?y il > \u2022 V « » I It fri:;1 N'hi h m «.rS == ;hî-: I* ^ a m *î.n m \u2022 \u2022 12 tz yt\u2014J : : mt Bêc EvSHC 1: É K > V.: m 130 m & explosifs.Encore une fois dans cet autre dossier, peu de pro grès à l\u2019horizon et pourtant, la technologie existe, les études sont réalisées, il n\u2019y manque que la volonté politique de débarrasser le lac Saint-Pierre d\u2019un gênant et dangereux héritage.Q - F B * ' trv LI =iz.=: ::.= I î S = r: - ?5 : » V §¦ W': Big : 131 \u2022 * - \u2014 Ilf DOSSIER V Luc ArchambaulL' \u2022: »- £ LE CONSEIL DE PRESSE, LE DOSSIER RABASKA ET LA COUVERTURE JOURNALISTIQUE DU JOURNAL DE QUÉBEC Saint-Étienne-de-Lauzon, 5 avril 2006 Le cumul des genres journalistiques (texte d\u2019opinion et couverture journalistique)pratiqué par le JdQ dans le dossier Rabaska est condamné par le Conseil de presse.Le Conseil de presse donne raison à Luc Archambault, artiste et opposant au projet de port et terminal méthanier Rabaska à Lévis en face de T Ile d\u2019Orléans, en ce qui concerne un élément essentiel de sa plainte déposée en août dernier contre le Journal de Québec, madame Annie Saint-Pierre, journaliste, et monsieur Jean-Claude L\u2019Abbée, éditeur et chef de la direction du JdQ.m il m r-; r: m En effet, le Conseil de presse est d\u2019avis que la pratique instaurée au JdQ pour la couverture journalistique du dossier Rabaska est caractérisée par le cumul des genres journalistiques sur un même sujet par la journaliste Annie Saint-Pierre, ce qui est un manquement déontologique établi et sanctionné depuis longtemps par sa jurisprudence.La journaliste Annie Saint-Pierre et le Journal de Québec sont déclarés conjointement responsables de ce manquement déontologique.BS B I Communiqué émis par Luc Archambault, artiste et opposant au projet de port et terminal méthanier Rabaska * 1 il E \u2022 - : KL V ¦Æ B m 132 m i;I\u20ac, jS -, IS v.m Malgré les protestations de nombreux intervenants, malgré le fait que la jurisprudence déontologique du Conseil de presse proscrive un tel cumul des genres journalistiques, le Journal de Québec persistait à considérer cette pratique comme étant parfaitement normale.Il ne s'agissait pas d\u2019une faute circonstancielle mais d\u2019une politique assumée sur une longue période.En effet, Annie Saint-Pierre, qui avait pris position dans un texte d\u2019opinion en avril 2005 contre les opposants à Rabaska, était toujours assignée à la couverture journalistique de ce même dossier en mars 2006.C\u2019est ce que vient de sanctionner le Conseil de presse de façon on ne peut plus claire, puisqu\u2019un tel cumul des genres journalistiques dans un même dossier par une même personne risque de « porter atteinte à sa crédibilité professionnelle et à la validité de son information ».* I \u20224* :'-z> ; : % - ¦ : :¦ Si le JdQ respecte cette décision et n\u2019interjette pas appel, il ne devrait plus à l\u2019avenir assigner la journaliste Annie Saint-Pierre à la couverture journalistique du dossier du projet de port et terminal méthanier Rabaska à Lévis.Madame Saint-Pierre pourrait toujours néanmoins émettre son opinion à cet égard dans les pages du JdQ ou ailleurs.- M D\u2019autre part, Luc Archambault compte interjeter appel concernant d\u2019autres éléments de sa plainte qui n\u2019ont pas été retenus par le Comité des plaintes et de l\u2019éthique de l\u2019information du Conseil de presse.Notamment celui ayant trait aux accusations de mauvaise foi portées en éditorial par l\u2019éditeur du JdQ, M.Jean-Claude L\u2019Abbée.De graves accusations qui portent atteinte à sa réputation d\u2019homme public et d\u2019artiste.Luc Archambault persiste à croire que la « riposte » invoquée par le Conseil de presse ne justifie pas que des journalistes puissent mettre en doute la bonne foi des lecteurs sans motif grave, ce qui n'a pas été le cas en F occur- Iff 133 .: ' ¦ m m * J T=çr: i : V- Y:v.KK: v, X , : I I ii reviennent de droit au journaliste, ce dernier peut difficilement, selon le Conseil, passer librement d'un genre journalistique à l'autre sur un même sujet sans risquer de porter atteinte à sa crédibilité professionnelle et à la validité de son information.if « Par conséquent, même si Mme Saint-Pierre n'a pas pris position sur le fond du dossier du port méthanier mais sur le référendum touchant le projet, le Conseil a considéré que ce passage d\u2019un genre journalistique à l'autre sur un aspect du sujet déjà couvert par la journaliste, constituait un manquement déontologique et a retenu comme l'affectation de la journaliste relevait ultimement de la direction, celle-ci est conjointement responsable de ce manquement.» grief.De plus, e : [.] Dans le même article e plaignant déplorait que l\u2019éditeur et chef de la rédaction l'ait accusé de faire preuve de mauvaise foi.Après examen, le Conseil a constaté que l\u2019accusation constituait une riposte à la lettre ouverte du plaignant.Cette riposte a été exprimée dans le cadre d'un texte d\u2019opinion.Comprise dans son contexte de riposte, l\u2019accusation n'avait pas la portée que lui reproche le plaignant et le grief n'a pas non plus été retenu.» « y £ - go - S 4 » % I «il fV # 135 ss DOSSIER -X Points de repère .- $ ' v J ' It ft i \u2022 o \u2022 DOSSIER Points de repère » » \u2022 »., CARACTÉRISTIQUES DU GAZ NATUREL LIQUÉFIÉ ' Dans sa brochure publicitaire intitulée Aperçu des études d'impact et distribuée à ia population contente de décrire le gaz naturel ne fossile, inodore, s\u2019échappe et qui brûle proprement ».SAUF QUE.Dans le projet Rabaska, il est plutôt question de GAZ NATUREL LIQUÉFIÉ.Voici donc la réalité du GNL (selon une série de reportages produits par PembrokeshireTV, Royaume Uni.) Il est important de connaître le produit dont il est question ici, soit le GNL pour Gaz Naturel Liquéfié.Comme pour la vapeur qui est une forme d\u2019eau, le GNL est une forme de gaz naturel.Pour l\u2019obtenir, il faut arriver à refroidir le gaz naturel à une température de -i6o°C (-26o°F).À -i6o°C, le GNL rend l\u2019acier friable et cassant et en boire serait pratiquement fatal à coup sûr.La grande utilité du GNL réside dans le fait que, dans sa forme liquide, le gaz naturel prend beaucoup moins d'espace à entreposer, soit un six-centiè-me de la place qu\u2019il prendrait à la température ambiante, ce qui en facilite l\u2019entreposage de grandes quantités et réduit ainsi les coûts de transport par bateaux.Par exemple, à Lévis, plutôt que d'avoir à construire i 200 réservoirs de 160 ooo mètres cubes chacun de gaz naturel, deux seulement sont nécessaires pour contenir la même quantité de gaz sous forme de GNL, un réservoir équivalant à peu de choses près à la consommation totale du Québec pour environ 6 jours.On imagine facilement l\u2019espace qui serait requis pour entreposer toute cette quantité de gaz à son état normal, soit à la température ambiante.e promoteur se comme « un gaz d\u2019origi-non toxique, plus léger que l\u2019air s i ) y : '%.5: - V 1 ' \u2022 \u2022 139 £ - ¦y- On appelle méthaniers les navires transportant le GNL.Par leur cargaison, ces méthaniers navigant sur le fleuve équivaudraient aussi à 600 navires chargés de gaz naturel.Transformer le gaz naturel en GNL a au moins l'avantage de réduire la congestion au niveau de la circulation maritime et blague à part, la technologie du GNL permet aussi d\u2019approvisionner des pays privés de cette ressource et où l\u2019acheminement du gaz naturel par pipeline serait impossible.(Ce qui n\u2019est pas le cas au Québec, bien au contraire).» \u2022 \u2022 COMMENT SE COMPORTE LE GNL LORS D\u2019UNE FUITE OU UN DÉVERSEMENT: 'W Lorsqu\u2019on manipule de telles quantités d\u2019énergie, la sécurité est primordiale et cela signifie non seulement de choisir avec le plus grand soin le site qui convienne pour de telles installations, mais aussi de s\u2019assurer que chaque instance dont le public, possède une réelle compréhension de la façon dont se comporte le GNL, si un accident survenait.Parce que le GNL est à -i6o°C, la première chose qu\u2019il fait quand il s\u2019échappe de son milieu fortement isolé est de commencer à « bouillir », (la température où que ce soit sur terre étant bien au-dessus de ioo°C plus chaude que le « point d\u2019ébullition » du GNL), un peu comme une goutte d'eau versée sur un poêle brûlant.Même au plus froid de l\u2019hiver, la glace du fleuve ou le sol gelé font l'effet d\u2019un poêle brûlant en ce qui concerne le GNL.Si déversé sur le sol, le GNL va descendre jusqu\u2019au point le plus bas en continuant à « bouillir » et restera confiné à l\u2019intérieur des « bassins » prévus à cet effet s'il s\u2019agit d\u2019une fuite venant d\u2019un réservoir.Sur l\u2019eau, le processus décrit précédemment est accéléré.Une aussi grande quantité d\u2019eau agit comme une source de chaleur intense pour le GNL déversé.Il se réchauffe instantanément augmentant ainsi de volume de 200 fois ; ceci est une explosion sans source d\u2019ignition - connue sous le nom d'explosion par phase de transition rapide, [rapid phase transition explosion).Cette explosion est spectaculaire, peut causer des dommages aux infrastructure avoisinantes et produit énormément de bruit.«*\u201c¦ -V.x-s Sri; > y 4 i- .¦ ¦ » : 1 \u2014 ct- mm V 140 W}- !| Contrairement à l\u2019entourage des réservoirs, la surface plane de l\u2019eau fait en sorte que le GNL forme une large nappe s\u2019étendant rapidement sur la surface de l\u2019eau.Le GNL en « ébullition » produit environ 90 % de méthane et 10 % de propane sous forme de vapeur qui apparaît d\u2019abord comme un nuage blanchâtre alors que l\u2019humidité atmosphérique se condense et forme une sorte de brouillard.Même si le méthane à température ambiante est plus léger que l\u2019air, ce nuage de vapeur de GNL est plus lourd que l\u2019air et se déplace horizontalement au niveau du sol ou de l'eau, se réchauffant et se mélangeant à l\u2019air en se déplaçant.il n* a 6 Puisque le GNL est du gaz naturel réduit de 600 fois son volume, le nuage de vapeur va rapidement devenir 600 fois plus grand que la quantité de GNL déversée et ne s\u2019arrêtera pas là de grandir.Bien que le nuage se transforme en une brume moins opaque, la vapeur de GNL va continuer de s\u2019élargir à mesure qu\u2019il se mélange avec l\u2019air.Ce mélange vapeur de GNL-air demeure plus lourd que l\u2019air parce que air qui l\u2019entoure et qui s\u2019y mêle a été refroidi par le GNL.Une fois que la vapeur s\u2019est mélangée à l\u2019air pour atteindre un mélange d\u2019environ une partie de méthane et dix parties d\u2019air, le nuage devient alors inflammable.C\u2019est au moment où le nuage atteint son plus grand volume qu'il est aussi le plus dangereux.À ce moment-ci, le volume du nuage peut être de 6000 fois plus grand que le volume de GNL déversé et il grandit encore.Il est sans odeur, difficile à détecter et est hautement inflammable.Au contact de la moindre source d\u2019ignition, (allumage d\u2019une cigarette, d\u2019un barbecue ou simple électricité statique), le nuage gazeux va s\u2019enflammer et ce nuage enflammé va augmenter en volume de plusieurs fois dans une sorte d\u2019explosion lente.Si le nuage s\u2019est éloigné du site du déversement de GNL, l\u2019incendie va rejoindre la source de la fuite.Le GNL redevenu gazeux brûle à de très hautes températures - environ 8 fois l\u2019intensité de chaleur de l\u2019essence.Selon un représentant du ministère de la Santé et Sécurité publiques du Royaume-Uni, un déversement important pourrait produire un nuage inflammable susceptible d\u2019at- y m * V -! 55 141 \u2018.e JK teindre une longueur de 4 à 5 milles.(± 6 à 8km) Suite à une telle fuite de GNL, l\u2019incendie en résultant peut provoquer des brûlures du 3e degré jusqu\u2019à 2 milles (3.3 km) de distance de l\u2019incendie et faire fondre l'acier à quelques centaines de mètres seulement.g Même si l\u2019état actuel des technologies aide à diminuer le risque de déversement de GNL, ce risque ne peut être totalement éliminé.Le concours de circonstances malheu- I (au Québec, on n\u2019a qu'à se rappeler les fatales reuses explosions de Pointe-du-Lac, en décembre 2004), l\u2019erreur humaine et l\u2019acte pré-déterminé comme l\u2019attentat terroriste demeureront toujours une menace plausible et c\u2019est pourquoi les organismes réglementaires en matière d\u2019installation de terminaux méthaniers recommandent de situer ce ) genre d\u2019installations loin du trafic maritime, loin des voies publiques et surtout, LOIN DE TOUTE ZONE HABITÉE.(SIGTTO, Society of International Gas Tanker and terminal Operators Ltd.) B H \u2014 B Z¦ £ ' 1 3 S- 55 % » e~ I* fl 0 ' à à \u2022 é \u2022 4 # I - V M2 DOSSIER 1 Lise Thibault'1' I m rrî IS « *» f a , ' SH'S : : % î I' *1- ¦ I* I m-' ¦¦ : 5 B8B : -i 3 N # RABASKA SJ Lévis, le 20 mars 2006 J\u2019ai un fils enrage(.) J\u2019ai un fils écrase' par les temples à finance où il ne peut entrer, par ceux de la parole d\u2019où il ne peut sortir, J\u2019ai un fils dépouillé, comme le fut son père, porteur d\u2019eau, scieur de bois, locataire et chômeur dans son propre pays, il ne lui reste plus que la vue sur le fleuve et sa langue maternelle qu \u2019on ne reconnaît pas, J\u2019ai un fils révolté, (.) J\u2019ai un fils humilié etje sens en moi, dans le tréfonds de moi, pour la première fois, malgré moi, malgré moi, entre la chair et l\u2019os, s'installer la colère ! Félix Leclerc, extrait de L \u2019Alouette en colère Voici maintenant deux ans, trois corporations en majorité étrangères au Québec, soit Gaz de France, Gaz Métro et Enbridge, rendaient publique leur intention de construire un terminal d\u2019importation de gaz naturel liquéfié devant être situé sur la rive sud du Saint-Laurent, dans le triangle formé par Lévis, Beaumont et notre chère Ile d\u2019Orléans.fc: X; wâ r - Su 5% : : 36 ; I I;.\u2018 L\u2019Association Pour la Protection de l\u2019Environnement de Lévis (APPEL) http://www.appellevis.org *\\ i \u2022\t* ;< tJt* » \u2022 .' \u2022 .\u2022 M3 \u2022 SB Ill Fortes d\u2019appuis politiques avoués, les trois entreprises insistent pour s\u2019approprier ce territoire, une magnifique bordure fluviale escarpée, y installer la quincaillerie propre à ce genre d\u2019installation, altérer à tout jamais le cadre et le mode de vie de plus de 450 familles tout en émettant quantité de pollution et de gaz à effet de serre : tout cela au nom du sacro-saint Profit à tout prix ! Mais de quoi diable nous plaignons-nous ?D\u2019autant plus que ce projet, aux dires du promoteur, sera une source de richesse pour tous, sécuritaire à 200 %, aidera à atteindre les objectifs de Kyoto, réduira le prix du gaz naturel et nous délivrera d\u2019une odieuse dépendance envers l\u2019Ouest canadien pour cette énergie fossile.Incroyable mais vrai ?Incroyable, oui.Vrai, pas si sûr.Une question nationale -Si Ce projet, nommé Rabaska, propose ni plus ni moins au Québec de le couper d\u2019un approvisionnement fiable en gaz naturel provenant actuellement de l\u2019Ouest canadien par pipeline, de détourner ledit approvisionnement vers les États-Unis, tout en nous rendant dépendants d\u2019un gaz naturel provenant surtout du Moyen-Orient et en produisant 146 000 tonnes de gaz à effet de serre par année ! De plus, Rabaska ne pourra se faire qu\u2019après avoir spolié toute une population de son bien le plus cher : un milieu de vie d\u2019une qualité exceptionnelle ! m s sa :S E r > -r Comme prétexte à tout cela, les trois multinationales invoquent la raison nationale, soit la diversité et la sécurité éner- ft : & **» I v 144 * I gétique du Québec, tandis que notre premier ministre, le ministre des Ressources naturelles ainsi que le tout nouveau ministre du Développement durable et de ?Environnement y voient surtout « une belle occasion d'affaire » ! I Même si les promoteurs tentent par tous les moyens de le faire oublier, la problématique du projet Rabaska dépasse les frontières régionales et touche tout le Québec puisqu\u2019il est question ici du fleuve Saint-Laurent, des choix à faire pour le Québec en matière d\u2019énergie, de l'environnement et même de l\u2019économie au niveau national.Sans doute dans l\u2019unique but de lui éviter le sort qui fut jadis réservé au projet de centrale thermique le Suroît, les promoteurs gaziers ont jusqu\u2019ici, aidés en cela par la plupart des médias, réussi à éviter tout débat sur la pertinence du projet Rabaska, surtout à l\u2019extérieur de la région de Québec où la plupart ignore encore jusqu\u2019à l\u2019existence même de ce projet.K 35 Ft Refus social Selon l\u2019ONU, un des éléments essentiels à la poursuite du développement soutenable consiste en un système politique qui assure la participation effective des citoyens à la prise de décisions.: Depuis deux ans, une population se débat contre les trois grandes corporations gazières, se voyant menacée de perdre ou de voir violer ce milieu de vie qu\u2019elle a choisi et acquis de façon légitime.Cette population vit à Lévis, à Beaumont et à l\u2019île d\u2019Orléans.f?t hi S- Malgré les prétentions des promoteurs, le site choisi par Rabaska, sis à l\u2019extrémité est de Lévis, est, dans les faits, strictement résidentiel et agricole avec en prime une » r - r.r.i» ' Vi \u2022- 6 w 145 concentration importante de bâtiments patrimoniaux, certains datant du Régime français.Il en va de même chez notre voisine de Y autre rive, file d\u2019Orléans, arrondissement historique protégé, qui partage avec Lévis et Beaumont un paysage grandiose fréquenté par de nombreux touristes.Située à quelques kilomètres en amont, la ville de Québec, notre capitale nationale, fait aussi partie du patrimoine mondial de l\u2019Unesco.Le site visé par Rabaska se situe donc à l\u2019entrée fluviale de Québec, là même où les croisiéristes la découvrent au lever du soleil.À grand frais de campagnes publicitaires et de propagande les promoteurs prétendent avoir réussi à s\u2019acquérir l\u2019acceptation sociale de la population (un des piliers du développement durable), faisant récemment la promotion d\u2019un sondage qui leur donnerait 70 % d\u2019appui dans la ville de Lévis.Précisons que ce sondage, effectué au compte de Rabaska suite à une campagne promotionnelle, ne touchait que 400 des 126 000 habitants de Lévis, prenant bien soin de diluer l\u2019avis des gens du milieu visé avec celui des populations vivant dans les secteurs éloignés du site, moins concernées donc moins informées et surtout sensibles aux promesses d\u2019hypothétiques diminutions de leur compte de taxe.(La ville de Lévis s\u2019étend sur une longueur de près de 40 kilomètres et Rabaska projète d\u2019implanter son terminal à près de 500 mètres de son extrémité est jouxtant la petite municipalité de Beaumont).y a i % ; I.v ?* f 1 \\'W» h ;; L» Pourtant, la réalité est tout autre et il existe plutôt une constante quant à l\u2019attitude des populations directement il concernées à l\u2019endroit de Rabaska que traduisent bien les faits suivants : I « fil r u Bar » 146 M ' \u2022 % m HS :r- ¦ =5 À Beaumont, ville voisine distante de quelques centaines de mètres seulement du site visé, une opposition sans équivoque s\u2019est exprimée par référendum (72 % d'opposants) et par l\u2019élection d\u2019un conseil municipal ouvertement hostile à Rabaska.g B Mi À TÎle d'Orléans, il y a également rejet de ce projet indus -trialo-portuaire comme l\u2019indiquent une résolution du conseil municipal de Saint-Laurent et une pétition signée par 70 % des électeurs et électrices de Sainte-Pétronille.: \u2022 : : : - : : ! - m.- À Lévis, un recensement porte-à-porte réalisé dans un rayon de deux kilomètres autour de l\u2019emplacement envisagé (incluant aussi des résidants de Beaumont et de l\u2019île d\u2019Orléans) démontre que 78 % des gens ne veulent absolument pas de Rabaska, tandis qu\u2019un autre, effectué à l\u2019intérieur d\u2019un cercle de cinq km autour du même site, a consulté 2362 personnes (soit 70 % de la population y vivant) et a ramené un taux d\u2019opposition de 70 %.: ».¦ *3= 5 s On aura vu mieux comme acceptation sociale chez les éventuels voisins d\u2019une installation industrielle à hauts niveaux de risques pour leur sécurité (ce type d\u2019industrie est classé S EVE S O II en France, ce qui correspond au plus haut niveau de risques industriels).» Au début du processus, le promoteur, alors en mode séduction vis-à-vis la population, affirmait haut et fort sa responsabilité sociale : « Nous n\u2019imposerons jamais ce projet à la population ».i I! ¦ l r : -f M I\" Cette phrase-clé, les promoteurs de Rabaska l\u2019ont pourtant répétée à qui voulait l'entendre.Le 23 novembre 2004, au 5*.ü H m ¦ a T 47 Télé journal de Radio-Canada, Bernard Derome annonçait : « Gaz Métro se dit prêt à laisser tomber son projet de port méthanier dans la région de Lévis, si la population de Beaumont le rejette par référendum.».« Si vous n\u2019avez pas l\u2019accueil des municipalités, vous ne forcez pas une décision de ce type-là.» (Robert Tessier, président de Gaz Métro, RDI, 23 novembre 2004).Le 27 octobre 2004, le Financial Post avait aussi rapporté ces paroles de M.Pat Daniels, président d\u2019Enbridge : « Rabaska ne se poursuivra pas, s\u2019il ne peut obtenir le support de la communauté ».Puis, en février 2005, Glenn Kelly, directeur de Rabaska, martelait à chacune des trois présentations publiques de son projet qu\u2019il fit à Lévis : « On ne forcera jamais notre projet sur [sic] la population.» Pourtant, comme un rouleau compresseur, le projet Rabaska continue à être mis de l\u2019avant par trant ainsi une absence totale de responsabilité sociale, puisque suite à toutes ces belles paroles, les populations concernées par Rabaska ont continué et continuent toujours de s\u2019opposer.promoteurs, démon- Le projet des contestations juridiques Devant le constat d\u2019échec de sa tentative de séduction, le promoteur laisse maintenant tomber le masque et tente de s\u2019imposer, coûte que coûte.Poursuite et contestations juridiques s\u2019accumulent : le projet Rabaska est en voie de devenir un projet forcé à coup de contestations juridiques.En plus de faire preuve d\u2019une absence totale de respect envers la population, la société en commandite Rabaska énonce une contrevérité en affirmant s\u2019installer dans une zone « industrialo-portuaire » et « agrico-industrielle ». 148 K V m ¦ Nos » promoteurs devront avoir recours aux tribunaux afin d\u2019essayer de prouver leur prétentions quant « 5'- : au zonage.à moins que notre gouvernement ne propose, encore une fois, une nouvelle loi.Il est à noter que selon la loi, des études d\u2019impact déposées alors qu\u2019un projet ne respecte ni le zona- i les règlements municipaux sont irrecevables par le ministère de l\u2019Environnement et du Développement durable.Ayant reçu les études d\u2019impact préliminaires de la part du promoteur dans ces conditions d\u2019irrecevabilité, ce S?' Ji'/ -5- : .m ¦: ministère demeure pourtant coi à ce sujet.: Afin de faire respecter le droit de ses citoyens à un environnement sain et sécuritaire et en vertu de l\u2019article 555 du code municipal, la municipalité de Beaumont adoptait, le 19 décembre dernier, le règlement 523, lequel interdit entre autres l\u2019entreposage de produits dangereux sur son territoire et jusqu\u2019à un kilomètre de celui-ci.La réponse des promoteurs ne se fit pas attendre : on allait contester ! Plus récemment, un cadre du département du GNL chez Gaz de France, M.Didier Holleaux, déclarait au Soleil et à La Presse au sujet du règlement de Beaumont : « Nous ne pensons pas que cette péripétie ait la moindre chance de survivre aux recours légaux qui seront intentés contre ce règlement ».Quant aux questions sur les procédures légales entreprises cette fois contre le géant gazier en France à l\u2019encontre d\u2019un autre projet de terminal méthanier à Fos sur Mer, M.Holleaux précise : « les délais de la justice en France sont tels que vous ne pouvez pas attendre que toutes les procédures, les appels, etc., soient épuisés avant de commencer à construire [.] ».Quant à savoir si Gaz de France pourrait commencer les travaux à Lévis avant le règlement de ce litige avec Beaumont, M.Holleaux répond que ce n\u2019est pas lui qui prendra la décision et qu\u2019il ne connaît pas les procédures rgg-f @8 M gfs : I ?\u2022 ¦ B X = m îS U H9 au Québec.Voilà qui en dit long sur les façons de procéder d'au moins un des trois commanditaires de Rabaska ! Comment s\u2019expliquer une telle conduite, venant de corporations bien connues et prétendument crédibles ?Joël Bakan, professeur de droit à l\u2019université de Colombie-Britannique, jadis adjoint du juge en chef de la Cour suprême du Canada et auteur du célèbre livre La Corporation, y répond clairement dans son ouvrage : La corporation a un comportement déviant qui rappelle celui d'un psychopathe.Égocentrique, amorale et inhumaine, elle défend sans relâche son propre intérêt économique, parfois au mépris des conséquences désastreuses de ses actions.Si la poursuite de son objectif l\u2019exige, elle n\u2019hésite pas à exploiter les populations des pays pauvres, vendre des produits dangereux, piller les ressources naturelles, diffuser des propos mensongers.ces infamies, elle les commet souvent en toute impunité, les communautés étant aveuglées par prétentions à la responsabilité sociale et environnementale et les gouvernements ayant renoncé à tout contrôle en optant pour la déréglementation et la privatisation.Sécuritaire, vous dites ?Par ailleurs, à l\u2019instar d'organismes réglementaires comme la Commission de l\u2019énergie de Californie et Transport Canada, la SIGTO, (Society of International Gaz Tanker and Terminal Operators Ltd), recommande de situer ce genre d\u2019installations loin du trafic maritime, loin des voies publiques et surtout, LOIN DE TOUTE ZONE HABITÉE.Sï 2- :r ST En choisissant le coeur d\u2019une région habitée pour y installer une industrie à fort potentiel de danger, les promoteurs font fi de la sécurité des populations qui devraient supporter, en plus du désagrément, l\u2019inquiétude de vivre dans l\u2019ombre de 3 : 150 \\- ; ¦W K \u2022f1 5 Èæ ' ¥ \\ M.telles infrastructures.À ce sujet, contentons-nous d\u2019indiquer que les promoteurs se targuent de respecter des normes internationales, lesquelles sont depuis longtemps décriées par de nombreux scientifiques (indépendants des compagnies gazières il va sans dire).Des zones d\u2019exclusion de 400 mètres pour les réservoirs de stockage et l\u2019usine de regazéïfication et de 500 mètres pour la jetée et le méthanier étant proposées, ces « zones légales » deviennent ici des zones de distance » entre l\u2019industrie à haut potentiel de danger proposée et les résidences.De nombreuses familles auraient dorénavant à vivre à moins de mille mètres des installations (une école serait notamment à l\u2019intérieur de ce périmètre).Quant à la conduite cryogénique de plus d\u2019un kilomètre reliant la jetée aux réservoirs, aucune mesure d\u2019exclusion n\u2019étant prévue, elle longerait quelques dizaines de maisons à environ 250 mètres, en plus de traverser une route nationale très achalandée (route 132) et de passer sous des lignes électriques majeures transportant 735 kilovolts de courant électrique.Ces lignes électriques, provenant de Manicouagan, assurent jusqu\u2019à 20 % des besoins en électricité du Québec et leur panne simultanée pourrait provoquer une panne dans l\u2019ensemble de la province.HI Y ¦ 5\" Z.53 S : ES T $ i :: 33\u2018J %: : 3: c 3: « H fl Xi § s s SA £ 4: Pour la partie portuaire de ses installations, Rabaska a choisi un secteur très étroit du Saint-Laurent.Situé à environ 600 mètres de la rive, le quai d\u2019arrimage s\u2019agripperait directement au chenal de navigation où se croisent annuellement plus de 5000 navires de toutes sortes et de toutes contenances.Les méthaniers seraient de plus prisonniers de ce chenal étroit (environ 300 mètres de largeur à certains endroits près de l\u2019île d\u2019Orléans), donc à risques plus élevés, et ce, sur plus de 225 kilomètres, soit la distance entre Lévis et les Escoumins.Déjà à la merci des glaces, des courants « S® ->s ».a IS 5 ü r S- : S? 1 151 forts, des marées et du verglas, les méthaniers auraient de plus à passer sous les câbles électriques mentionnés plus haut avec un maigre espace de clairance d\u2019environ trois mètres selon les promoteur.On imagine facilement les suites d\u2019un mélange gaz-électricité, advenant un incident menant à une fuite de GNL.À ce sujet, le directeur du projet Rabaska, M.Glenn Kelly, nous informait en février 2005 avoir l\u2019aval d\u2019Hydro-Québec en ce qui regarde la sécurité du terminal situé à 1.3 kilomètre des piliers et des câbles transportant 735 kilovolts d\u2019électricité.À ce jour, l\u2019Association Pour la Protection de l\u2019Environnement de Lévis (L\u2019APPEL) se voit forcée de s\u2019adresser à la Commission d\u2019accès à l\u2019information afin d\u2019obtenir les normes et/ou les études sur lesquelles s\u2019est appuyée la société d\u2019état pour juger de la sécurité de Rabaska quant à la proximité de ses installations électriques, Hydro-Québec, à la demande de Rabaska et Gaz Métro, ayant refusé en bloc cette demande d\u2019APPEL.N\u2019hésitant devant rien afin de minimiser les risques aux yeux de la population, les promoteurs sont même allés jusqu\u2019à présenter en janvier dernier une étude d\u2019impact préliminaire (étude signée par SNC Lavallin, actionnaire de Gaz Métro, donc de Rabaska) laquelle s\u2019ingénie à gonfler les bénéfices de leur projet tout en en réduisant les impacts et les risques à leur plus simple expression.Par exemple, jugeant qu\u2019à ses yeux l\u2019acte terroriste est peu crédible, Rabaska a décidé de n\u2019en pas tenir compte dans son étude.Pourtant, « les techniciens et ingénieurs les plus doués ne peuvent pas évaluer ce risque, dans la mesure où il relève du jugement politique ou sociologique ; il faudrait cependant être d\u2019un optimisme naïf pour l\u2019estimer inférieur à un sur cent par an ».(Martin Reeds, astrophysicien anglais de répu- E S B 152 '1 tation internationale et professeur à Cambridge, alors qu'il traitait de l'énergie nucléaire et des risques qui lui sont associés dans son livre Notre dernier siècle ?).D\u2019autre part, un rapport spécifique sur Rabaska préparé par le Dr James Fay, professeur émérite en génie mécanique au prestigieux MIT de Boston, indique clairement à quel point un accident important ou un acte terroriste réussi pourrait être catastrophique à des kilomètres à la ronde.Le Dr Fay évalue la zone d\u2019impact possible à un diamètre de plus de 12 kilomètres advenant un tel événement.L\u2019accident du terminal méthanier de liquéfaction de Skikda en Algérie en 2004 (23 pertes de vie et 74 blessés), et celui de septembre dernier au Nigéria, (où une fuite de GNL suivie d\u2019une explosion dans une conduite cryogénique a détruit par incendie une zone de 27 kilomètres carrés de palétuviers) illustrent bien, eux aussi, qu\u2019un accident est par définition un événement imprévisible qui risque toujours de survenir, et que dans l\u2019industrie du GNL les accidents sont souvent catastrophiques.zï i \u2022ç; =* ï : Pourquoi cet acharnement ?I Des enjeux économiques gigantesques sont en jeu pour Gaz de France, Gaz Métro et Enbridge : il est prévu que chaque méthanier, préférablement construit et possédé par Gaz de France, importerait chaque six jours au Québec l\u2019équivalent de 96 millions de mètres cubes de gaz naturel appartenant également à Gaz de France et équivalant à la consommation actuelle du Québec pour six jours.Comme l\u2019approvisionnement actuel du Québec s\u2019écoulerait dorénavant vers les États-Unis, le terminal de Lévis équivaudrait ni plus ni moins à une plaque de transit pour tout ce gaz.Le porteur d\u2019eau de Félix serait-il en voie de passer au statut de porteur de gaz ?i \u2022* T H; m K i5 - i» -S < v - 153 3% En mai 2004, Gaz Métro présentait son projet de terminal méthanier au Sommet économique Québec-New-York, insistant sur le fait qu'une partie du gaz de Rabaska était destinée à la côte nord-est américaine : « Robert Tessier, chief executive officer of Quebec utility Gaz Métro, told reporters at Quebec- New-York Economic Summit on May 13 that a $700 milion terminal could open near Quebec city in 2008 [.] He said Gaz Métro would be one of the buyers from the terminal, with the rest of the gas sold under contract, primarily in the U.S.North East».m t m ¦i,- Une telle idée étant fort impopulaire au Québec, on s\u2019est vite ravisé : il n\u2019était plus question d\u2019exporter ce gaz aux États-Unis, mais de l\u2019importer soit disant exclusivement pour les besoins du Québec et de l\u2019Ontario.Depuis la publication de ses études d\u2019impact préliminaires en janvier 2006, Rabaska joue sur les mots : l\u2019approvisionnement actuel du Québec en gaz naturel venant de l\u2019ouest serait dévié vers les États-Unis, advenant la réalisation de leur projet, mais le gaz importé par méthanier à l\u2019intention de Rabaska ne servirait qu\u2019à la consommation du Québec et de l\u2019Ontario ! Par ailleurs, chez nos voisins du Sud, les besoins en gaz naturels vont toujours grandissants, mais les réserves commencent à manquer; l\u2019opposition aux projets de terminaux méthaniers y étant très forte, on se fie beaucoup sur l\u2019ami canadien pour l\u2019approvisionnement.Comme plusieurs avant lui, le gouverneur du Rhode Island Don Carcieri affirmait récemment sa préférence pour le gaz naturel transporté par pipeline à partir du Canada à celui importé grâce à un terminal méthanier chez-lui : « They would be happy to host these terminals » disait-il sur les ondes de CBC, le Ier septembre 2005, en référant aux populations du Québec et des Maritimes.1; - 154 Alors qu'au pays de Gaz de France l'État planifie rigoureusement la création de sites industrialo-portuaires, ici, c'est l'entreprise qui choisit le site qui LUI convient.Nous sommes d'avis que le devancement des trois corporations gazières par Pétro-Canada et Trans-Canada Pipelines pour un projet semblable sur le site du port de Cacouna et surtout la proximité du gazoduc de distribution actuellement utilisé par Gaz Métro et situé à 40 kilomètres du site visé par Rabaska sont les seules justifications possibles pour Gaz de France, Gaz Métro et Enbridge quant à cet emplacement qui semble si bien LEUR convenir : 250 kilomètres de moins de pipeline à construire, voilà 350 millions $ de plus pour les goussets des actionnaires \u2022 \u2022 \u2022 Les justifications du promoteur ou l\u2019histoire du vendeur qui veut notre bien m m m ?P#) B 3* Oubliez ces milliards, nous dit-on, c'est pour notre bien que le promoteur insisterait tant.* Pour aider à avaler le morceau, on l\u2019enrobe.Tenons-nous bien, Rabaska ne vise que la sécurité énergétique du Québec et offre en prime une diminution des prix du gaz naturel pour les québécois ainsi qu'une aide à l'atteinte des objectifs de Kyoto.Hérésie ?Non, stratégie politique.î t s *r Il s'agirait d'assurer la sécurité énergétique du Québec selon les promoteurs qui évoquent la raison nationale.Sentiment de déjà vu répondront certains, ayant encore en mémoire la récente aventure du Suroît, tout à fait irrationnel, diront les autres, en pensant à l'abandon de notre actuelle dépendance envers l'Ouest canadien (le Canada est le troisième pays exportateur net de gaz naturel au monde) pour une éventuelle dépendance énergétique envers une région géopoli- H \"2?=- I iOHI î; 155 tique aussi instable que ne l\u2019est le Moyen Orient.Nos voisins du Sud l\u2019ont bien compris, eux : lors de son discours à la nation, fin janvier dernier, Georges Bush annonçait la décision des États-Unis de réduire de 75 % leur dépendance au pétrole du Moyen-Orient dans les prochaines années.Il semble que le Canada soit dorénavant le fournisseur rêvé pour l\u2019approvisionnement énergétique de nos amis américains.une baisse des prix du « Rabaska favoriserait, au Québec gaz naturel de l'ordre de 5 % et même plus au cours des premières années », affirment encore les promoteurs, justifiant ainsi l'avantage économique de leur terminal méthanier.Encore là, difficile de croire à une telle affirmation : les prix du gaz naturel étant déterminés au niveau continental et, de plus en plus, au niveau international, comment imaginer que le terminal méthanier Rabaska puisse avoir, à lui seul, une quelconque influence sur les prix du gaz, que ce soit au Québec ou ailleurs ?Avant même d\u2019être écrite dans les études d\u2019impact préliminaires de Rabaska, cette affirmation avait déjà été contredite par le président de Gaz Métro lui-même ; en effet, en commission parlementaire sur la politique énergétique du Québec le 3 mars 2005, M.Robert Tessier affirmait : « [.] ça n\u2019aura pas immédiatement un effet sur le prix de la molécule, parce que c\u2019est un prix international à toutes fins pratiques, mais l\u2019ensemble de tous les terminaux qui vont s\u2019installer en Amérique du Nord va amener un soulagement de la pression entre l\u2019offre et la demande [.]» Un président de multinationale éprouverait-il plus de gêne à mentir devant un ministre qu\u2019à la population ?1 156 \u2022\u2022 Rabaska favorisera l'atteinte des objectifs de Kyoto « .» Selon certains, dont le prix Nobel d\u2019économie Milton Friedman, les chefs d\u2019entreprise n\u2019ont qu\u2019une seule responsabilité : faire fructifier le plus possible l\u2019argent de leurs actionnaires.C\u2019est un impératif moral.Ceux qui privilégient les questions environnementales et sociales plutôt que les profits sont donc immoraux.La responsabilité sociale et environnementale de l\u2019entreprise, poursuit Friedman peut être tolérée à une condition : si elle n\u2019est pas sincère.Friedman admet que cette vision, essentiellement stratégique, de la responsabilité sociale ou environnementale fait de nobles idéaux « d\u2019hypocrites paravents ».Mais il maintient que l\u2019hypocrisie est vertueuse quand elle est au service des bénéfices et que la vertu est immorale quand elle n'est pas à leur service.(Joël Bakan, La Corporation, la soif pathologique des profits et du pouvoir).5 Fidèles à ces théories, les promoteurs se proclament donc grands défenseurs de l\u2019Environnement : ils nous informent « candidement » que « le projet Rabaska favoriserait l\u2019atteinte des objectifs de Kyoto en réduisant la consommation de mazout et de charbon ».Le promoteur admet qu\u2019il augmenterait la production de GES du Québec de plus de 125 000 tonnes annuellement, mais s\u2019en excuse en prétendant diminuer éventuellement celles des États-Unis et de l\u2019Ontario.Argument bien sûr hypothétique mais aussi douteux s\u2019il en est un, puisqu\u2019on se doute bien que la grande industrie n\u2019utilise pas le mazout ou le charbon pour le simple plaisir de polluer, mais plutôt parce que ces énergies coûtent moins cher.C\u2019est un fait et ça le restera.¦¦ i A r \u2022 \u2022 \u2022 5-'.M& « c Quant à la promesse que l\u2019approvisionnement actuel du Québec désormais détourné vers les États-Unis remplacerait ris > ' 157 à coup sûr des combustibles plus polluants, difficile à imaginer, connaissant l\u2019appétit américain pour un développement industriel toujours plus considérable.Il serait plus raisonnable de croire que ce nouvel apport s\u2019ajouterait à la consommation déjà effarante d\u2019énergie fossile de nos voisins du Sud et y favoriserait encore plus de développement, très probablement au détriment même de notre propre industrie.Alors que, tant sur la côte ouest que sur la côte est, on y refuse l\u2019implantation de terminaux méthaniers pour des raisons environnementales et de sécurité, subir l\u2019odieux à leur place et fournir aux Américains un gaz prêt à l\u2019emploi et dépourvu de tous les coûts et de tous les risques qui y sont fatalement associés ne peut que retarder leur prise de conscience face à leur trop grande utilisation des énergies fossiles, quelles qu\u2019elles soient.Par ailleurs, le Québec jouit d\u2019une situation privilégiée en matière d\u2019énergie grâce, entre autres à son acquis et à son potentiel en hydro-électricité, à son immense potentiel éolien et à ses possibilités géothermiques considérables ; même l\u2019énergie solaire représente ici une source d\u2019énergie non négligeable, tandis que l\u2019économie des énergies déjà accessibles, mais malheureusement trop souvent gaspillées, constitue la production d\u2019énergie la moins chère qu\u2019on puisse trouver.Pourquoi ne pas plutôt nous concentrer dès maintenant sur ces énergies renouvelables, propres et qui nous sont propres pour en faire NOTRE richesse ?Qui tire les ficelles ?Ri Aucune entité ni personne n\u2019a encore émis la moindre précision quant aux réels besoins énergétiques du Québec et encore moins sur les façons idéales de les combler.À l\u2019heu- I 158 re de Kyoto, le Québec est aussi à l\u2019heure des choix en matière de sources d\u2019énergie à développer et privilégier.Une Commission parlementaire, formée à cet effet, terminait ses auditions en avril 2005 et publiait, en novembre dernier son document préliminaire (20 pages) pour fin de consultation publique : « L'Énergie pour la prospérité du Québec : Les objectifs et les orientations de la stratégie Québécoise ».(On aurait préféré quant à nous le titre suivant : « Lénergie pour la POSTÉRITÉ du Québec »).Il est important de mentionner ici que ce document fut publié en catimini en novembre dernier en vue d'une consultation publique menée elle aussi en catimini par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune et ce, pendant exactement les deux semaines où eurent lieu les conférences de Montréal sur le climat, ce qui empêcha entre autre TOUS les intervenants du milieu environnemental d\u2019y apporter leurs commentaires.sg St! j ?: \u2014»« i ç* > r> j sg À ce propos, deux articles publiés dans Z^ Soleil et La Presse en octobre dernier laissaient déjà perplexe : [.] c\u2019est au cabinet du premier ministre Charest que la politique rédigée par les employés du ministre Corbeil rencontrerait le plus de résistance^.j il y a des gens qui poussent pour faire davantage de place à la filière du gaz naturel [.] a indiqué une source qui suit de près le dossier [.] » (Pierre Couture, Le Soleil\\ 13-10-05) ; I b Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, promet depuis des mois le dépôt d'une politique énergétique qui devait, par exemple, encadrer la décision de Québec de refuser le projet du Suroît, il y a plus d'un an.Or, le texte proposé par son ministère au cabinet du premier ministre M.Charest était « vert foncé » et suscita bien des réticences au gouvernement.De plus, on ne faisait pas suffisamment de place au gaz naturel au goût du cabinet du premier ministre, confieront des a : ?5^ Mjt E: Z s 159 sources proches de ces discussions.Après des semaines d'échanges de versions entre le ministère de M.Corbeil et le bureau de M.Charest, on ignore toujours ce qui restera du document qui comptait plus de ioo pages cet été.(Denis Lessard, La Presse, 13-10-05).En ce qui regarde la gouvernance, que ce soit au niveau local, provincial ou national, les lobbies représentant Gaz de France, Gaz Métro et Enbridge sont bien organisés, fort puissant$ et travaillent d\u2019arrache-pied.Si on pouvait déjà en constater les effets à la lecture de l\u2019énoncé de la future politique énergétique du Québec en novembre dernier, peu de doutes que ces effets seront mieux ancrés encore, lorsque émanera enfin la politique officielle.Nous croyons qu\u2019une politique énergétique, fondée sur les bases d\u2019un réel développement viable et de la réalité québécoise devra d\u2019abord établir de façon globale les besoins actuels et futurs du Québec en matière d\u2019énergie.Si les choix à faire doivent d\u2019abord être inspirés par des considérations environnementales, ils doivent impérativement êtres protégés de la pression de ces puissants lobbies corporatifs.Le 27 février 2006, le ministre de l\u2019Environnement, Thomas Mulcair, est limogé ! Complétons le tableau en rappelant que c\u2019est à son retour de Boston, où il avait visité le terminal méthanier de l\u2019endroit, que le ministre Thomas Mulcair a été limogé.Perplexe, il semble qu\u2019il avait décidé de visiter le même type d\u2019industrie en France avant de finaliser son jugement sur ce genre d\u2019installations.Les médias, qui depuis longtemps nous parlaient d\u2019un différent entre le ministre Mulcair et le chef de cabinet du premier ministre, Stéphane Bertrand, un ex-dirigeant de Gaz Métro, furent assez clairs sur la suite : i6o t M.Mulcair avait été le premier à entreprendre de faire dérailler le projet de centrale Suroît servant à produire de l\u2019électricité brûlant du gaz naturel.M.Stéphane Bertrand, le chef de cabinet du premier ministre, provient de chez Gaz Métro et avait à coeur l\u2019aboutissement de cette idée, soutient-on.C'est cependant une autre proposition industrielle, basée aussi sur le gaz naturel, qui a précipité les événements.Le projet Rabaska a beaucoup joué dans la suite des choses, s\u2019est fait raconter Le Soleil (Michel Corbeil bras droit de Charest », en id i d , « Mulcair a perdu sa bataille contre le Le Soleil, 28-02-06) Rabaska de la même « lignée » que « Mont-Orford » ?On pourrait dire que oui, mais voici un scandale plus effrayant encore quant à la suite des choses pour le Québec.DANGER ! Plusieurs questions méritent d\u2019être posées : Que penser des motivations du ministère de l\u2019Environnement québécois qui, malgré la loi très explicite à ce sujet, accepte les études d\u2019impact de Rabaska tout en sachant que ce projet contrevient à la fois au zonage municipal de Lévis et à un règlement municipal de Beaumont, la ville voisine ?Que penser aussi des motivations de notre premier ministre et de son ministre des Ressources naturelles qui disent déjà des terminaux méthaniers qu\u2019ils « sont de bonnes occasions d\u2019affaires » et ce, avant d\u2019avoir proposé leur nouvelle politique énergétique et avant même d\u2019avoir nommé les commissaires au BAPE qui auront à se prononcer sur lesdits projets ?Que penser des déclarations du nouveau ministre de l\u2019environnement, M.Claude Béchard, qui, à peine nommé, se déclare favorable aux terminaux méthaniers, en particulier celui de Rabaska ?Ces déclarations serviraient-elles d\u2019inspiration et de motivation aux commissaires du BAPE ayant à être nommés par notre gouvernement et son ministre du Développement durable et de ¦¦¦¦¦ fc S;> » r *.ic b = : l 3 i&â r.: -r-QZ F33 B : % i ZzX'' »e« \u2022 Æ, .«% r Environnement ?Comment les citoyens doivent-ils interpréter la complaisance gouvernementale envers les trois multinationales partenaires dans Rabaska ?Est-il équitable de détériorer un environnement, porter atteinte à l\u2019Environnement et briser des vies pour quelque 70 emplois ?Quels seraient les impacts sur l\u2019économie québécoise sachant que l\u2019industrie du tourisme est la première industrie au monde en terme d\u2019emplois et sachant aussi qu\u2019un accident sur le fleuve avec un méthanier pourrait stopper tout trafic maritime au Québec pour des jours, voire des semaines ?Il devient impérieux de rappeler à nos gouvernants que les gens ne vivent pas dans des économies, mais dans des sociétés ! Souhaitons que, afin de les aider à retrouver où se situent les vrais enjeux, nos élus découvrent ce court proverbe indien, le lisent et le relisent : Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors seulement vous vous apercevrez que l'argent ne se mange pas.?p w hi : SB : Ch «.» M 1Ô2 DOSSIER m Léonce N and'1' -C s \u2022 \u2022 mu ¦ 1: 5* v.7 UN FLEUVE INACESSIBLE Retourne sur tes pas, ô ma vie, tu vois bien que la rue est fermée K ¦ U ; * * * ni Anne Hébert, Tombeau des rois $£ * :: Si vous n'avez pas vous-même une embarcation, vous aurez des problèmes à accéder aux plans d'eau du Québec.Depuis une génération, des centaines de millions de dollars en fonds publics ont servi à construire des marinas et à faciliter la délicate mise à l'eau et le remisage dans des stationne- |§ ments liquides de yachts de plusieurs tonnes.Cependant, il existe fort peu d\u2019endroits où une jeune mère peut faire tremper son rejeton dans l'eau pour le rafraîchir, même s\u2019il a chaud et ne pèse que quelques kilos.- 5 I: Depuis trois décennies, les Québécois ont consacré plusieurs milliards de dollars à l\u2019assainissement des eaux.Ces efforts portent maintenant fruit : la qualité de l\u2019eau du fieu- = X _ : l-V.& 2 .\\ \u2022 , U > ' : & ¦ Originaire de Deschambault, fils d'un pilote du Saint-Laurent, diplômé de l\u2019Université Laval (Québec), de l\u2019université Saint-Paul (Ottawa) et de Université d\u2019Ottawa (Philosophie et Géographie), l\u2019auteur a partagé sa vie professionnelle entre l\u2019aménagement du territoire, l\u2019environnement, la mise en valeur du fleuve Saint-Laurent et la géopolitique.Il a réalisé une représentation cartographique du Québec qui renoue avec la vision géographique française au temps de la Nouvelle-France.(www.premier.gouv.qc.ca/secteur/bienvenue_quebec/images/carte_quebec grande.html) U- /% { I t * L1V w 1 f' It < .J 163 ve et de nos grands cours d\u2019eau navigables s\u2019est grandement améliorée.Il est ici question de l\u2019eau dans laquelle on se baigne, on pêche, de l\u2019eau sur laquelle on fait du canot, du kayak, du dériveur, de la voile, de l\u2019eau que l\u2019on côtoie en marchant sur la grève ; bref, de l\u2019eau du fleuve.Cependant, la pratique d\u2019activités aquatiques en été ou d\u2019usages sur glace en hiver présuppose des accès publics et bien aménagés aux plans d\u2019eau.On pourrait penser que le Québec étant faiblement peuplé, cette question ne se pose pas, mais ce serait oublier que les deux tiers des Québécois habitent désormais à l\u2019intérieur d\u2019une zone de dix kilomètres de largeur de chaque côté du fleuve.Il est probable que nous assisterons dans les prochaines décennies à un renforcement de cette tendance.Or, en raison d\u2019une occupation privative des rives, de larges sections du littoral fluvial sont totalement dépourvues d\u2019accès publics au moment même où la population s\u2019attend à pouvoir tirer profit de l\u2019effort consenti à la dépollution des eaux.Une telle situation résulte d\u2019une part de carences au niveau du droit québécois de l\u2019eau et, d\u2019autre part, de pratiques qui transforment graduellement le fleuve en canal inutilisable pour la plupart des usages publics ou privés -des enrochements tous azimuts, entre autres.Le droit québécois de l'eau Contrairement à ce qui prévaut dans la plupart des pays occidentaux, le Québec ne dispose d\u2019aucune législation expresse quant à l\u2019accès public aux rives et littoraux.Responsable de la Politique de l\u2019eau, le ministère de l\u2019Environnement se montre là-dessus d\u2019une belle franchise : « Il n\u2019y a pas de législations en matière d\u2019accès public aux rives.Selon le Droit québécois de l\u2019eau, le public n\u2019a pas accès aux rives.Le droit d\u2019accès appartient aux riverains et il n\u2019y a pas de loi là-dessus »\\ ( mm .h ¦ \u2022 fV V MSSS « «:¦ \u2022 sflh * -mm \\ .1% -v: \u2022'*, * \\i * : w IK À l\u2019époque de la Nouvelle-France V ¦ f Il y a déjà eu dans l\u2019histoire du droit québécois des mesures législatives garantissant le caractère public des rives.L\u2019ordonnance française de la Marine (1681) du ministre y* - \u2022] * Colbert, qui déclarait le littoral non aedificand?, avait elle-même été précédée en Nouvelle-France d\u2019une mesure législative concernant le fleuve adoptée par le Conseil souverain à Québec, à savoir « [.] qu\u2019il reste deux perches libres au- i.ï m7 s= J1 m m 165 dessus des plus hautes marées, pour la liberté tant du passage des charrettes et bestiaux que de la navigation ».Ces deux perches de servitude publique équivalaient à il.6 mètres.Cependant, une fois la Nouvelle-France réduite à la Province of Quebec (1763), le droit littoral s\u2019aligna pro-gressivement sur les intérêts commerciaux britanniques, c\u2019est-à-dire principalement le commerce du bois ainsi que les activités portuaires.L\u2019ancienne servitude de 36 pieds fut abolie en 1850.En 1857, le législateur précisera la notion d\u2019utilisation publique des cours d\u2019eau et de leurs rives : cela signifiait désormais « la navigation et le transport du bois »3.Contrairement à plusieurs nations, les Québécois ne jouissent d\u2019aucun droit collectif d\u2019accès public aux plans d\u2019eau ce droit est réservé aux propriétaires riverains.Un légiste québécois réputé, Me Henri Brun, a résumé la situation : Le droit québécois, depuis les origines, a eu continuellement pour effet de mettre l'eau à la disposition d\u2019intérêts particuliers.[.] Les lois d\u2019ordre public, qui sont censées régler la manière de jouir des choses qui n\u2019appartiennent à personne et dont l\u2019usage est commun à tous, ont constamment eu pour fonction et effet, dans le cas de l\u2019eau, d\u2019interdire cet emploi collectif.4 Dans le cas de cette richesse nationale que représentent les plans d\u2019eau publics, c\u2019est donc l\u2019appareil légal québécois lui-même qui a encore pour fonction et effet, encore au XXIe siècle, d\u2019interdire leur usage par la population.Au Québec, l\u2019aménagement des rives n\u2019est donc pas le produit d\u2019un effet bénéfique de lois d\u2019intérêt général, mais résulte plutôt d\u2019un rapport de forces entre associations citoyennes d\u2019une part et intérêts privés ou corporatifs d\u2019autre part.Par conséquent, il n\u2019y a rien d\u2019étonnant à ce que les municipalités se voient contraintes d\u2019ériger à grands frais des piscines publiques pour desservir la population des H 166 V villes, en l'absence scandaleuse d'accès et d'usages publics aux plans d'eau.Conséquence: les Québécois peuvent diquer le titre de champions des piscines familiales, chaque résidant de banlieue se voyant quasi acculé à en posséder une s\u2019il tient à ce que ses enfants puissent se rafraîchir durant les grandes chaleurs estivales.Il s'ensuit que le Québec détient le triste record des noyades en piscine au Canada pour les enfants âgés de moins de quatre ans.En outre, à chaque saison estivale, plusieurs se noient en tentant désespérément de se rafraîchir dans des torrents autres endroits où l'accès à l'eau est fort dangereux.Dans le passé, le droit québécois de l'eau a déjà comporté des dispositions garantissant le caractère public des rives.Ces dernières ont cependant été abolies sous la pression d'intérêts privés il y a de cela un siècle et demi, nous l'avons rappelé.L'état actuel de la législation québécoise, moins soucieuse des droits publics que ne l\u2019était le droit littoral français d'avant 1760, apparaît encore plus choquant lorsqu'on se livre à un exercice de droit comparatif.reven- -t ou Pour ne prendre que le cas de la France, le législateur y a jugé nécessaire, à partir des années i960, de renforcer le caractère public des plans d'eau ainsi que des accès à ces derniers.C\u2019est ainsi que les piétons disposent d'un droit de passage paisible sur une bande de trois mètres sur l'ensemble des propriétés situées sur le bord de mer.Cependant, c'est une chose de pouvoir circuler le long du rivage, et c'en est une autre de pouvoir y accéder, car une occupation privative du bord de mer rendrait inopérant ce droit.La Loi du littoral du 3 janvier 1986 permet donc l'ouverture de passages transver saux pour accéder au rivage à partir d'une voie publique et ce, à tous les 500 mètres.C'est l'État qui détermine et aménage à ses frais cette servitude de passage.i wÊm En ce qui concerne plus précisément les plages, la loi française repose sur le principe que « l\u2019usage libre et gratuit par le public constitue la destination fondamentale des plages ».r\tr o Cette liberté d\u2019accès de tous aux rivages et plages de France ¦\tBBbE\tRB I,\t1 *80 Es BI rffl K uS Df2 jj\t0, * - %\t_\tï B El ^ ^\t^ ~ constitue sans aucun doute l\u2019une des causes fondamentales de l\u2019extraordinaire popularité de ce pays à titre de destination touristique.Que deviendrait l\u2019économie des régions littorales françaises si l\u2019on introduisait en France le droit québécois de l\u2019eau, selon lequel le public n\u2019a pas accès aux rives ?5 i ifWt* Montréal et Québec Au Canada, l\u2019administration, la gestion et le contrôle des ports internationaux relève du gouvernement fédéral11.Gestionnaire de nombreux rivages urbains stratégiques, Ottawa s\u2019y comporte plus souvent qu\u2019autrement comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019enclaves coloniales ou de concessions analogues à celles arrachées à la Chine au temps de la guerre de l\u2019opium (1839-1842), c\u2019est-à-dire de propriétés dont l\u2019aménagement et le contrôle ne sauraient être influencés par des chefs coutumiers indigènes ou par des administrations provinciales ou régionales.Dans les cas de Montréal et de Québec, les rives et berges urbaines actuelles sont donc essentiellement le résultat de décisions prises à Ottawa.Les rives fluviales les plus stratégiques du Québec - celles de Montréal, de Trois-Rivières et de Québec - échappent ainsi à toute juridiction de l\u2019État québécois.Par voie de conséquence, ce dernier ne dispose à ce jour d\u2019aucune expertise digne de ce nom en matière de relations entre Villes et Ports, et fort peu en matière maritime généralement.Dans ce domaine, l\u2019État québécois ne fait montre d\u2019aucune vision intégrée de mise en valeur du fleuve, ses différents ministères ne mènent nulle action concertée et cela, quel que soit à ES 5 S if ''\u2022J (Ti s i68 I le parti politique au pouvoir à Québec, y compris pour la région de la Capitale nationale.7 De leur côté, les pouvoirs locaux et régionaux acceptent avec habitude et fatalisme les diktats du premier officier portuai re fédéral venu sans se rendre compte qu\u2019ils auraient cent fois les moyens - par une gestion appropriée du territoire qu\u2019eux-mêmes contrôlent et qui enveloppe les ports fédéraux de tous côtés - de forcer les administrations portuaires à comprendre qu\u2019elles doivent tenir compte des intérêts des villes ou encore de la Nation lorsque la cité portuaire est également Capitale nationale, comme c\u2019est le cas à Québec.Par exemple, au cours de la période entre 1978 et 1986, qui vit le fédéral consulter à maintes reprises la population montréalaise quant à l\u2019avenir du Vieux-Port et donc savoir parfaitement que la population désirait par-dessus tout garder largement ouvertes et accessibles les rives de la métropole québécoise, on vit ce même gouvernement, également propriétaire des quais du Vieux-Québec, ériger à cet endroit, à la hâte et sans aucune consultation publique, une succession de bâtiments administratifs, commerciaux ou résidentiels dans le style architectural commun aux waterfronts état-suniens\\ le tout occupant largement un espace créé tout exprès par remplissage dans le fleuve, entre la vieille cité et le plan d\u2019eau.On aurait voulu interdire sciemment toute relation organique entre la Capitale (provinciale) et le fleuve (international) qu\u2019on aurait pas agi autrement.Un début de cassure L\u2019accessibilité d\u2019abord mentale puis physique au fleuve Saint-Laurent constitue un pré-requis essentiel au développement du tourisme nautique, fluvial ou littoral de ce cours d\u2019eau.il I \u2022 \u2022 « 169 Nombreux sont ceux qui constatent ou déplorent que les Québécois se soient progressivement éloignés du fleuve Saint-Laurent, qu\u2019ils aient ainsi délaissé leur « empire de l\u2019eau.» Plus rares sont ceux qui s\u2019efforcent de comprendre la cause profonde, enfouie au plus profond de notre psyché collective, d\u2019un si étrange comportement.Ou plutôt si, quelques s\u2019y sont essayés.Le plus remarquable est peut-être le géographe Luc Bureau, dans un passage lumineux de son essai : Entre l'Éden et Vutopi : Lesfondements imaginaires de l'espace québécois.- .; ' \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022->, a j H: : géographes la plupart historiens ou auteurs Franchissons quelques siècles.Nous sommes en 1765.La terrible Guerre de Sept Ans vient à peine de se terminer (1755-1763).Depuis deux ans, la Nouvelle-France est disparue des cartes de l\u2019Amérique.Lisons attentivement l\u2019analyse de Luc Bureau : Les canons de l'empire se sont tus ; les militaires enterrent leurs morts ; les paysans retournent à la glèbe ; les artisans entrent dans leur échoppe.L\u2019espace ouvert, jusqu'ici occupé par les chimères [visions] et les équerres des cartographes royaux, se ferme et prend soudain saveur de terroir.Maria Chapdelaine découvre l\u2019amour en cueillant des myrtilles dans les brûlés du lac Saint-Jean.Jean Rivard, le défricheur, construit sa cité idéale dans les collines ondulées des Cantons de l\u2019Est.Menaud, maître draveur, défend contre l\u2019emprise étrangère les montagnes de Charlevoix.Séraphin Poudrier, notre Harpagon québécois, s\u2019approprie avec passion la terre des Laurentides.[.] H V v< % 1 Au Québec, la conquête de 1760 demeure la ligne de fracture la plus obsédante dans le plan d'aménagement de la cité idéale : du versant de l\u2019« empire de l\u2019eau », on passe à celui de 1\u2019 « empire du sol ».La hache et la faucille chassent la rame et le fusil ; la charrue se substitue au canot d\u2019écorce ; le Coureur de bois se sédentarise en devenant colon ; les « soirées canadiennes » éclipsent les bals de l'Intendant et l\u2019espace devient « \u2022 * l S* % \u2022 \u2022» ».* i \u2022 iu %« 4» % * \u2022 â I 170 courtepointe.[.] Il en est des défaites militaires comme des séquelles des feux de forêts : une nouvelle couverture végétale s\u2019installe, qui n\u2019a souvent rien à voir avec la couverture climatique antérieure.Le cinéaste Pierre Perrault, dans une postface remarquable au livre Marins du Saint-Laurent du capitaine au cabotage Gérard Harvey, ne dit pas autre chose : Ils n\u2019avaient pas la maîtrise du navire.Un point c\u2019est tout.Ils n\u2019avaient pas le pouvoir, qui ne les tolère que par complaisan-et parcimonieusement.[.] Parce que l\u2019argent n\u2019est pas à leur effigie.N\u2019est pas de leur allégeance.Ne cherchez pas d\u2019autre explication.10 Urgence d\u2019agir Pour des raisons historiques et politiques, le Québec accuse ainsi un retard considérable en matière de protection des accès publics au littoral.Or, il est important d\u2019assurer que les générations futures puissent jouir elles aussi de ce bien inestimable qu\u2019est le fleuve.Il est essentiel que des mesures législatives soient adoptées afin de préserver les publics existants sur l\u2019ensemble du littoral et de désenclaver ce dernier, là où ces accès font actuellement défaut.I X Par exemple, le gouvernement du Québec pourrait mettre sur pied un groupe de travail chargé de dresser un portrait clair de l'accessibilité passée et présente des rives du Saint-Laurent, des cours d\u2019eau navigables, lacs, réservoirs et autres plans d\u2019eau, d\u2019examiner les législations étrangères en matière d\u2019accès public à l'eau et de préservation du littoral et de définir le mandat d\u2019un organisme permanent assez analogue au Conservatoire du littoral français.Cette unité aurait pour vocation unique la préservation et la mise en valeur des rivages et littoraux québécois dans le respect des intérêts du I .! - iyi i» plus grand nombre.Les Québécois n\u2019habiteront leur territoire que lorsqu\u2019ils auront véritablement un accès libre, entier et responsable au domaine public, y compris les plans d\u2019eau dont la propriété appartient en commun à la Nation.?Plus d\u2019informations : www.gensdebaignade.org 1\tJean-Maurice Latulippe, Directeur, Direction des politiques du secteur municipal, Ministère de l\u2019Environnement du Québec.Correspondance personnelle avec l'auteur, 14 mai 1999.2\tEn établissant le fondement de la gestion par l\u2019État du domaine public maritime, le ministre de Louis XIV précise le régime qui lui est applicable : Faisons défense à toutes personnes de bâtir sur les rivages de la mer, d'y planter aucun pieux, ni de faire aucun ouvrages., à peine de démolition des ouvrages, de confiscation des matériaux et d\u2019amendes arbitraires ».3\tPour en savoir plus sur cette histoire et la protestation des Québécois de l\u2019époque, cf.le texte de l\u2019historien Thierry RUDDEL, « Québec, 1765-1832 sur le site de la Société des gens de baignade : http://www.gensdebaignade.org/index.htm fenêtre: « XIXe s., fleuve bloqué » [NDLR].4\tHenri Brun, Histoire du droit québécois de l'eau 1663- 1969.Gouvernement du Québec, 1969, p.23.5\tPour une comparaison entre le Québec et les États-Unis, voir : Démocratie et rivages d\u2019Amérique » www.gensdebaignade.0rg/Disc0ursdeGaspe_2004.pdf.6\tC\u2019est le gouvernement de Mackenzie King qui se l\u2019octroya en 1936, pavant déjà la voie à la voie maritime [NDLR].7\tÀ ce propos, le cas actuel du projet de Promenade Samuel-de Champlain est exemplaire.Voir: www.bape.gouv.qc.ca/sections/rapports/publications/bape220.pdf et www.bape.gou v.qc.ca/sections/ma ndats/prom_champlai n/documents/D M23-i.pdf 8\tÀ traduire par quai (à la française), front de mer ou ici, « front de fleuve ».À noter aussi que d\u2019illustres exemples d\u2019urbanisme protégeant cet accès public existent aussi aux USA, tels que Chicago, comme l\u2019expose M.Naud dans d\u2019autres articles [NDLR].9\tPublié à Montréal chez Québec/Amérique, 1984.233 p.(p.155 et 156).îo Perreault, Pierre.«À propos des voitures d\u2019eau.Postface », p.296-297.Dans Marins du Saint-Laurent, par Gérald Harvey, Montréal, Éditions d Jour, 1974, 314 p.« » t* « u La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondvïlle (819) 478-2519 ou 1 800 943-2519 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31000 membres au Centre-du-Québec Société Saint-Jean-Baptiste dela MAU RI CI E Souveraineté du Québec Langue française 'Tête nationale /Assurance 4) 176 ¦M \"i Ü8 K O mm 1 4 a 4 Mmh SS S5K -» Rassemblement R a ij s Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie le pour un w.C.P.306, succursale C, Montréal (Québec) H2L 4K3 Tél : (450) 491-5437 Courriel : roy.b @ videotron, ca - Site internet : www.rpsq ue bec.qc.ca Va Z F A Le réseau de la fierté québécoise 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Mouvement national des Québécoises et Québécois ' 1 * ' - v r* ¦ \u2022w f I n % b .i r.êA A % C.k I X e Lire les essais René Lévesque, l'homme brisé -Pierre Godin La vie culturelle à Montréal vers 1900 -Micheline Cambron (sous la direction de) Le Printemps de l\u2019Amérique française.Américanité, anticolonialisme et républicanisme dans le discours politique québécois, 1805-1837 -Louis-Georges Harvey Le parlementarisme canadien -Réjean Pelletier, Manon Tremblay et al Hors champ : écrits divers 1961-2005 -Denys Arcand Un héritage controversé.Nouvelleslectures de Lionel Groulx -Robert Boily (dir.) Réplique à un compte-rendu 174 178 ST 181 t 189 198 M I 205 % 211 3 Livres reçus 217 Index des annonceurs 219 » I 7 VA PIERRE GODIN René Lévesque, l'homme brisé, 4e tome de la biographie de René Lévesque, Boréal, Montréal, 2005, 604 p.Aux Québécois, je souhaite de « réaliser qu \u2019ils sont parmi les deux ou trois peuples les plus intéressants, les plus capables d\u2019aujourd'hui, I » 9 * \u2022 René Lévesque René Lévesque, l'homme brisé, que Godin nous livre en quatrième et dernier tome, marque la fin d'une vaste entreprise, celle du récit d\u2019un héros du Québec moderne.Cet ouvrage traite de la période 1980-1987 de la vie de René Lévesque.Minutieusement, l'auteur fait revivre les moments importants de cette courte période de l'histoire du Québec mais qui fut déterminante et marqua de manière indélébile la mémoire collective des Québécois.À travers chacun d'eux : la lutte nationale en trame de fond.* 1 \u2022 X L\u2019ouvrage avait pour objectif de terminer le récit politique et personnel de Lévesque.Nous croyons que le premier a été mieux réussi que le deuxième quoi qu'on ne puisse arriver à séparer clairement les deux aspects.Les évènements que Godin nous raconte son bien documentés, et il a eu la chan- 1 fi \u2022 \u2022 > 175 ce non négligeable d\u2019avoir quantité de témoins pour les lui raconter.Il est fort malheureux cependant que fauteur se laisse aller à des interprétations parfois discutables sur fhomme, sur ses intentions.Cela jette un éclairage qui déforme parfois le récit en lui même.Louise Beaudoin, exministre péquiste a d\u2019ailleurs récemment réagi négativement à la lecture de ce 4e tome de la biographie de Lévesque.Nous y reviendrons.L\u2019ouvrage débute donc aux lendemains amères du référendum de 1980.C\u2019est dans une atmosphère plutôt sombre que le gouvernement Lévesque et le Parti québécois décide de poursuivre le travail politique.Nous sommes donc des témoins privilégiés de ses acteurs de premier plan que Lise Payette, Claude Charron ou d\u2019un Claude Morin qui devra écourter sa carrière politique de manière abrupte après la découverte du malheureux manège dont il s\u2019est adonné avec les agents de la GRC.L\u2019auteur rappelle la réélection en 1981 du Parti québécois, porté au pouvoir pour un deuxième mandat, celui-ci jalonné de crises internes, de dérapages, de trahisons, etc.Ce sera une période tumultueuse pour un parti qui ne sait plus quoi faire de son option et d\u2019un chef ambigu sur la stratégie à adopter au sujet de la question nationale.L\u2019épisode de la fameuse Nuit des longs couteaux de novembre 1981 nous est racontée ainsi que la ronde de négociations du rapatriement de la Constitution qui aboutira en 1982.Ce n\u2019est pas un portrait bien flatteur de Lévesque que Godin nous fait.Il remet en question la manière dont il conduira cette bataille d\u2019où il ressortira grand perdant.« Le 2 novembre 1981, le René Lévesque qui affronte Ottawa n\u2019a plus ni le feu ni la flamme des grandes années.Depuis le référendum, la désillusion le guette.» (p.155) Et Godin d\u2019en 176 rajouter, quelques lignes plus loin, en rapportant les propos d'un des biographes de Trudeau : « Il avait l'air minuscule, vieux, fatigué.(Il) était une étoile qui s\u2019éteignait, une sorte de Piaf de la politique, encore chérie du public, poussant toujours sa goualante, mais diminuée, triste.L\u2019auteur insistera également sur le caractère décisif de cette défaite morale et politique pour René Lévesque.Cette trahison des premiers ministres des provinces canadiennes, qui n\u2019ont pas hésité à conclure une entente derrière son dos avec Trudeau a porté un dur coup dont il ne se remettra jamais définitivement, ont souvent affirmés ses proches.(P-151) » Godin nous raconte l\u2019épisode du Beau Risque de 1984 et de la démission en bloc de plusieurs ministres influents : Jacques Parizeau, Jacques Léonard et Gérald Godin, entre autres, quittent le navire qui ne va désormais nulle part et qui semble vouloir couler.Enfin, nous sont racontées les tractations des prétendants à la direction du Parti et de la valse hésitation de Lévesque à quitter sa présidence.En somme, si Godin reconnaît aisément que Lévesque a laissé « Un héritage multiple, car associé à plusieurs moments forts de l\u2019histoire du pays et aux réformes qui ont modifié radicalement le visage du Québec.» il ne manque cependant aucune occasion pour rappeler à quel point il aura été bon, mais que c\u2019est maintenant chose du passé.On sent un certain plaisir de l\u2019auteur à décrire une période plutôt sombre pour l\u2019homme, tant à la tête d\u2019un gouvernement qui a du mal à garder le cap et dans sa vie personnelle, où l\u2019on sent qu\u2019il perd parfois pied.Le choix des évènements influence évidemment la perception que Godin cherche à imprégner, celle d\u2019un homme « brisé ».Godin nous offre un point de vue - le sien, et nous prétendons ici qu\u2019il est parfois discutable.« Difficile de croire que l\u2019auteur d'Option w 177 Québec soit le même qui, aujourd\u2019hui, rewntre à la maison canadienne par la porte du beau risque.» (p.355) )0S île, Louise Beaudoin, ancienne ministre des relations internationales sous René Lévesque, publiait récemment une lettre ouverte pour exprimer son malaise face à cette dernière partie de la biographie de Lévesque.Beaudoin se livre à une critique assez dure au niveau de l\u2019exactitude des faits, de l\u2019interprétation souvent biaisée qui en est faite et du manque de rigueur de l\u2019auteur dans l\u2019ensemble du récit qui est raconté.«[.] la totalité du dernier tome de sa biographie est construite autour de cette vision préétablie d\u2019un René Lévesque « affaibli », « désabusé », « lessivé », « aigri », « désenchanté », dès 1980, entretenant l\u2019impression d\u2019une sorte d\u2019incapacité permanente de l\u2019homme à assumer ses responsabilités et à gérer les crises.» (Louise Beaudoin, « Pierre Godin est passé à côté du vrai René Lévesque », Le Devoir, Section Idées, samedi n février 2006, p.B5) Beaudoin fait une critique qui nous apparaît juste.Godin a vraisemblablement manqué d\u2019objectivité dans sa manière de construire le récit.Son point de vue est clairement exposé et le portrait de Lévesque qu\u2019il fait est celui d\u2019un perdant, d\u2019un homme qui a raté sa sortie.Sympathique et attachant Lévesque, mais raté.lut tie ki- rn ec us ie s re et es la \u2022 X a rs it re il À la toute fin de l\u2019ouvrage, le lecteur a l\u2019étrange impression que l\u2019auteur tente de gommer la sévère critique qu\u2019il vient lui même de porter à son sujet.Il nous fait donc un émouvant rappel de ce que Lévesque a été et surtout, ce qu\u2019il aura inspiré, tant à ses proches qu\u2019au peuple.Par exemple, cette citation de Félix Leclerc, à son propos « La première page de la vraie belle histoire du Québec vient de se terminer.Dorénavant, il fera partie de la courte liste des libérateurs de peuple.» (p.540) Nous qualifions d\u2019étranges ces dernières : i- it u ts 3 i it II 178 pages puisqu\u2019elles ne correspondent pas tout à fait au ton général des quelques 600 autres pages qui les précèdent.Il ne s\u2019agissait pas ici de concocter une œuvre dont le seul dessein aurait été de porter aux nues Lévesque, par contre ce dernier tome exprime de la part de l\u2019auteur une certaine désapprobation du comportement de Lévesque.Nous croyons qu\u2019une biographie n\u2019est pas le lieu indiqué pour livrer à une interprétation du genre.se Si René Lévesque fût « l\u2019homme brisé », Pierre Godin est peut-être « l\u2019homme pressé » de terminer son récit dont il a publié les premières pages au début de la précédente décen nie.Myriam D\u2019Arcy MICHELINE CAMBRON (SOUS LA DIRECTION DE) La Vie culturelle à Montréal vers 1900, CD inclus, Préface de Lise Bissonnette, Montréal, Fides, Bibliothèque nationale du Québec, 2005, 413 p.Voici un livre savant et en même temps de lecture très agréable.Micheline Cambron a réuni ici une équipe éditoriale et plusieurs chercheurs que je ne peux nommer parce qu\u2019ils sont trop nombreux, qui font revivre pour nous cette période effervescente qui a marqué la fin du dix-neuvième siècle et le commencement du vingtième à Montréal.Micheline Cambron écrit: «La vie culturelle montréalaise du tournant du vingtième siècle est bien loin de ressembler au désert que nous imaginons volontiers.Elle est au contraire effervescente, marquée par un réaménagement de la vie musicale et théâtrale, vivifiée par la présence d\u2019artistes fasci- 179 nés par diverses voies esthétiques et traversée par de grandes polémiques».C\u2019est au tournant du siècle que Montréal devient la métropole du Canada.En même temps que se produit l\u2019essor économique de la ville, de nombreuses manifestations culturelles apparaissent.Au Monument national, établi en 1894, le Conseil des arts et manufactures donne une «éducation industrielle et artistique».On y offre, entre autres, des cours de dessin et de peinture décorative.Des troupes de théâtre apparaissent dont les Soirées de famille.On ouvre le Théâtre des Variétés, en 1898, le Théâtre National en 1900, le Théâtre des Nouveautés en 1902.On joue des pièces classiques et des pièces modernes.La vie musicale connaît aussi un développement exceptionnel.Un long débat surgit autour de la création de la Bibliothèque municipale de Montréal qu\u2019on finit par mettre sur pied.f L\u2019École littéraire de Montréal est fondée en 1895.Elle est le lieu d'une intense activité intellectuelle qui concerne non seulement les poètes et les écrivains, mais aussi le citoyen ordinaire qui peut assister aux séances publiques des membres de l\u2019École, et est rejoint par de nombreux articles dans les revues et les journaux.C\u2019est l\u2019époque de Nelligan, d\u2019Albert Lozeau, de Jean Charbonneau, de Charles Gill, de Dantin, d\u2019Olivar Asselin, de Henri Bourassa, de tant d\u2019autres qui feront faire à la littérature canadienne-française une démarche capitale.Linfluence de la France sur cette époque est importante.Plusieurs de nos jeunes intellectuels vont étudier à Paris et sont influencés par les grands écrivains français de l\u2019École symboliste et du Parnasse.Montréal reçoit aussi des conférenciers français comme Ferdinand Brunetière, René Doumic, Charles Ab der Halden.La musique française est 2 \" | 1 180 très prisée, mais Ton joue aussi la musique allemande, et la musique italienne.L\u2019influence des États-Unis existe elle est beaucoup moins forte, ai-je cru comprendre, que celle de la France., mais l T 4 ' Ce livre est, pour reprendre les mots de Micheline Cambron, «une invitation à la relecture d\u2019une période-clé de la vie culturelle à Montréal alors l\u2019une des villes les plus dynamiques en Amérique».Il me semble que c\u2019est à cette époque que se forme le sentiment d\u2019une authentique identité culturelle canadienne-française».Un ouvrage qu\u2019on ne saurait trop recommander.On y a inséré une centaine de documents iconographiques et une sélection, en couleurs, de seize tableaux d\u2019artistes de la période.On a glissé dans la couverture un disque qui présente près d\u2019une vingtaine de pièces musicales de l\u2019époque ou inspirées par elle.On y entend entre autres des oeuvres de Jacques Couture, Jacques Hétu, Ernest Lavigne, et même la voix de Emma Albani reprise d\u2019un enregistrement datant de 1904, ce qui est très émouvant.» Micheline Cambron évoque «l\u2019enthousiasme qui caractérise cette époque encore trop mal connue».Espérons que cet ouvrage contribuera à corriger quelque peu la situation, et provoquera la poursuite des études sur cette période et un sursaut d\u2019intérêt de la part du peuple québécois.Paul-Émile Roy : , / i8i LOUIS-GEORCES HARVEY Le Printemps de l\u2019Amérique française.Américanité, anticolonialisme et républicanisme dans le discours politique québécois, 1805-1837, Québec, Boréal, 2005.Nous ne saurions trop insister en débutant sur l'importance et la qualité de cette étude historiographique.Le travail que Louis-Georges Harvey réuni dans cette somme unique dépasse largement l'étude du mouvement patriote pour embrasser la question du sens que nous voudrions accorder à l'histoire politique du peuple québécois.C'est pourquoi la lecture que nous proposons ici du livre Le Printemps de VAmérique française tentera non seulement de convaincre le lecteur de la qualité du travail historiographique avec laquelle nous avons affaire, mais aussi des profondes vérités qui lui donnent toute sa portée politique.Il serait en effet inutile de reconstituer tout l'appareil d'argumentations et d'analyses déployé par Harvey pour élaborer son interprétation du premier « moment républicain' » au Québec dans la première moitié du XIXe siècle.Pour se convaincre de la contribution scientifique en présence, le lecteur n\u2019aura d\u2019autre choix que de lire l\u2019ouvrage pour se rendre lui-même à l\u2019évidence.Nous tenterons plutôt d\u2019inscrire cet ouvrage dans l\u2019espace de débats intellectuels et politiques qui anime notre société et son avenir politique.Pour un tel sujet qui sied si bien à une revue comme L'Action nationale, l\u2019intervention de Harvey constitue une contribution dont il faut admirer la qualité intellectuelle.Il s'agit pour l'auteur de remettre au jour les intentions véritables des acteurs et des idées politiques qui animèrent le Québec avant le grenouillage et la « petite loterie » (Kelly) de 1867, intentions mais aussi typologies discursives que notre historiographie aura eu tendance à mépriser ou à reformuler au i8z gré des positionnements idéologiques et partisans.Mais laissons Fauteur parler de lui-même lorsqu\u2019il choisit les mots justes pour qualifier son propre projet : [l'oubli de cette histoire] doit beaucoup à un colonialisme intellectuel qui a fait croire que la domination politique n'a pas été mauvaise en elle-même, qu\u2019elle a permis au petit peuple canadien-français de tirer son épingle du jeu dans l\u2019imposant et hostile continent nord-américain.Pourtant, les conséquences de l\u2019impérialisme sur l\u2019évolution d\u2019une société dominée, même si elles peuvent varier d\u2019un contexte à un autre, ne sont jamais globalement positives.[.] (p.9) Il ne convient plus, en effet, de parler ouvertement dans les cercles universitaires de domination impérialiste subie par nos ancêtres et de la continuité du système colonial à travers les institutions du Canada moderne.La construction du Canada moderne, oeuvre titanesque de normalisation du réel, concernerait autre chose.Des historiens lourdement subventionnés comme Jocelyn Létourneau et les nombreuses fabrications historio-ludiques commandées par Patrimoine Canada pratiquent un immense travail de transmutation du langage et des catégories politiques qui nous permettraient aujourd\u2019hui de dire concrètement notre réalité nationale.Au fond, nous dit Harvey, si le mythe de l\u2019impérialisme britannique bienveillant explique que l\u2019histoire politique du Québec nous apparaisse comme un long hiver tranquille, [c\u2019est qu\u2019] il a aussi occulté les nombreux printemps que furent les manifestations successives de l\u2019anticolonialisme québécois.» (p.io) En nous coupant de ce passé - qui a néanmoins survécu à travers la culture, la mémoire et le travail d\u2019intellectuels consciencieux -, on aura restreint considérablement l\u2019accès à notre propre expérience historique, à cet élan vital qui, à l\u2019image du vaste mouvement de libération des peuples colo- 183 misés engagé depuis la fin du XVIIIe siècle, devrait en appeler à notre libération nationale.On aura ici bien lu : il est effectivement question de téléologie historique.Tel était le mouvement de l\u2019histoire que les Patriotes voyait à l\u2019œuvre autour d\u2019eux : l\u2019Amérique ne serait bientôt plus jamais un refuge pour les régimes monarchiques, coloniaux et impériaux, mais deviendrait graduellement une terre de liberté2.Le sophisme qui consiste à dévaluer l\u2019importance du discours patriote se manifeste de diverses façons.On pourra par exemple l'identifier, au sein d\u2019une historiographie plus conservatrice, à un mouvement révolutionnaire et rebelle, c\u2019est donc dire utopique et voué à l\u2019échec.On laissera entendre - en caricaturant à peine - qu\u2019ils ont bien eu ce qu\u2019ils méritaient ces petits Jacobins crottés de terre! Harvey répond à cette vieille critique : « une lecture du discours patriote qui l\u2019abordait dans la seule perspective d\u2019expliquer la \u201cdéfaite\u201d de 1837-1838, en cherchant à trouver ses faiblesses plutôt que le sens et les structures de sa dialectique ne pouvait que la dénaturer.» (p.196) Les références conceptuelles néoclassiques, la reprise des typologies huma nistes et civiques des révolutionnaires, la critique des conditions matérielles de la domination coloniale, voilà autant de topoï abandonnés par la lecture libérale et apologiste.Lire l\u2019histoire à rebours n\u2019équivaut-il pas aussi à légitimer continuellement la reconduite du statu quo ?il 1' H Ll lit À l\u2019inverse, on a eu beau jeu de présenter le patriotisme bas-canadien comme un mouvement réformiste qui, malgré ses « erreurs politiques », serait l\u2019origine d\u2019une première manifestation d\u2019un « libéralisme » bien à nous, nous octroyant dès lors ce précieux certificat de rectitude politique qui témoignerait de notre ancrage dans la modernité (malgré, of course, le nationalisme ethnique et l\u2019antisémitisme qui 184 GemeinschaftŸ.À accompagneraient notre « trop naziste3 l'exception de Séguin et de ses héritiers, les édifications varieront donc, mais les conclusions éluderont toujours les mêmes ingrédients essentiels de la synthèse : la répression armée, la planification de la domination culturelle, politique et économique des Québécois, puis le néocolonialisme des institutions canadiennes qui suivra la défaite patriote jusqu\u2019à nous.Bref, le procès des institutions coloniales du Bas-Canada disparaît du portrait moderniste dominant.Car dans les deux académiques logent toujours quelque savant pédagogue chargé de nous réconcilier paisiblement avec nos paradoxes * * # Harvey, lui, n\u2019est pas prophète.En fait, il n\u2019est même pas paradoxal.Il se contente d\u2019être historien en appréciant les témoignages textuels du passé pour essayer de reconstituer avec cohérence les réseaux de débats politiques qui ont donné sens et contours aux événements que nous connaissons bien.En examinant sur le papier ces réseaux intellectuels et les stratégies de discours des Patriotes, Harvey en oublie même de reconduire le sempiternel débat sur l\u2019objectivité historique; il nous offre tout de même un accès très documenté sur l\u2019expérience politique vécue et les enjeux globaux de cette période cruciale de notre histoire.Ce n\u2019est pas rien.Il en ressort une toute autre histoire que celle des frileuses reconstructions susmentionnées : dans le livre de Harvey, les aspirations des citoyens bas-canadiens et le langage qu\u2019ils employaient pour les exprimer politiquement cessent d\u2019être absorbés par un impératif de normalisation de notre évolution politique.Quelle fraîcheur! On l\u2019aura dès lors compris, pratiquer le révisionnisme républicain équivaut nécessairement à éloigner l\u2019histoire des mythologies doctrinales qui servent aux historiens à lire le t*» ¦ r 1C 185 passé pour réaliser la confortable apologie du présent.La lecture d\u2019un Yvan Lamonde5 se donne en effet comme « un métarécit à propos du libéralisme construit sur une épistémologie du progrès, métarécit selon lequel l\u2019appropriation de l\u2019idéologie libérale marquerait l\u2019entrée plus ou moins précoce de la nation dans la modernité.» (p.27) Ce faisant, l\u2019interprétation moderniste évacue l\u2019héritage long et prégnant du républicanisme qui offrait une « lecture historique et sociologique du pouvoir », capable de justifier des mouvements de libération politique (p.29).Les Italiens, les Suisses, les Anglais, les Français, les Hollandais puis les Américains ont largement fait appel aux anciens lexiques de la liberté politique, mais, soutient l\u2019historiographie libérale, les Bas-Canadiens auraient résisté aux idées d\u2019indépendance et de participation du corps civique.En montrant l\u2019influence profonde de la politique et des institutions américaines sur les débats patriotes, et en particulier sur les 92 Résolutions adoptées par l\u2019Assemblée en 1834, Harvey démonte la supercherie : les livres et les brochures républicaines circulaient depuis des années et étaient récupérés dans les analyses; les idéaux de liberté, d\u2019égalité et de bonnes mœurs recevaient une large approbation malgré la répression et la censure; des liens politiques étaient entretenus au-delà des frontières coloniales; etc.La critique patriote s\u2019est notamment mobilisée, comme le feront les révolutionnaires américains, à condamner le manque de contrôle et l\u2019arbitraire de l\u2019exécutif colonial, en qualifiant la forme du régime pour ce qu\u2019elle était dans la tradition classique : une tyrannie (pp.60-65).L\u2019aristocratie ministérielle coloniale est bien une aristocratie dont les membres sont désignés pour le seul intérêt de la métropole, puis pour le leur propre; elle s\u2019oppose au gouvernement des meilleurs élu par le peuple qui caractérise l\u2019idéal du républi- i86 canisme depuis les Grecs et les Romains.Le repli bas-canadiens, la méfiance à l\u2019égard des institutions coloniales et du commerce répondaient à la nécessité même de l\u2019analyse républicaine : l\u2019on devait résister à la corruption des mœurs paysans puis cultiver les vertus nécessaires à la fondation durable de la liberté politique (pp.69-79).L\u2019aristocratie de sang ou d\u2019argent n\u2019étant pas « naturelle aux forêts », comme les Patriotes le savaient fort bien, il s\u2019agissait pour eux de résister aux effets corrupteurs du système colonial qui avait tendance à reculer un peu partout dans le monde, au grand dam des métropoles impérialistes.Il s\u2019agit de l\u2019enjeu géopolitique constitutif du mouvement patriote et de son lexique de l\u2019autonomie.Les États-Unis avaient donné au monde entier, par l\u2019entremise de leurs artifices institutionnels novateurs, « le potentiel et le destin politique » des nouvelles républiques issues des empires coloniaux (p.95).Lorsque Papineau évoquera (dans le sillage de la doctrine Monroe) le « destin démocratique des peuples américains », il ne s\u2019agissait pour lui ni de faire de l\u2019idéologie ni d\u2019en appeler, par des vœux pieux, à quelque utopie égalitaire en contradiction avec son respect pour les institutions britanniques, mais bien d\u2019axer un discours libérateur dans une analyse longuement éprouvée et reconnue en Amérique : Si Papineau continuait de faire f éloge théorique des institutions politiques anglaises, qui, pour lui, représentaient surtout une référence historique aux origines du gouvernement libre, les affrontements politiques des années 1820 en firent un apôtre du républicanisme, et surtout de sa variante américaine.(p.103) En effet, le respect pour les institutions politiques anglaises fut une constante de la théorie politique moderne depuis au moins Montesquieu; on ne peut en déduire un attachement de l'homme pour le régime colonial ! I 187 Sur le plan moral aussi, la référence à la corruption engendrée par une économie du luxe et du matérialisme est bien restituée par Harvey, qui montre l'efficacité déployée par la rhétorique humaniste-civique dans les débats opposant les autorités coloniales et les réformistes bas-canadiens.En effet, comme le remarque fauteur, si « le projet économique des Patriotes est connu, sa dimension politique, celle de préserver les bases vertueuses de la société bas-canadienne, l'est moins.» (p.139) Il démontre aussi que n'étaient pas dénuées de pragmatisme pour mettre à jour la réalité de la domination : analyses Le contrôle que la législature, et donc le peuple, exerçait sur les finances publiques et sur l'Exécutif attira toutefois l\u2019attention des analystes canadiens et suscita des comparaisons peu favorables à l\u2019administration coloniale.Les documents politiques étasuniens, notamment les rapports financiers des États, faisaient régulièrement foi de la meilleure gestion des gouvernements républicains, (p.118) Pour une historiographie qui choisira d'emblée d'ignorer la place et le sérieux des idées politiques chez ceux qui perdront beaucoup dans les événements qui conduisirent aux Révoltes puis à la Confédération, ces idiomes apparaîtront incohérents et de peu d'importance.Pour Harvey, au contraire, le patriotisme bas-canadien représente « la naissance de la première expression cohérente du républicanisme québécois.» (p.134) Républicanisme québécois.L\u2019expression fut ici tellement proscrite qu'elle devient vite gênante, encore aujourd'hui.Ses échos sémantiques font peur : volontarisme, liberté, égalité, fraternité, tumultes, participation, révolution.Pourtant, l\u2019importance des idées républicaines dans notre histoire témoigne d\u2019une formidable pensée politique naissante au Bas-Canada, dont le discours patriote offrait, « par «\u2022_ \u2019 i88 1 son réalisme et son orientation continentale », un « projet de société pluraliste ancrée dans des définitions bien répu blicaines de la citoyenneté.» (p.185) Il n\u2019est pas aisé de sortir l\u2019histoire de l\u2019hégémonie idéologique du libéralisme.Louis-Georges Harvey, par cette remarquable étude, nous offre une assise des plus solides pour continuer ce travail indispensable qui consiste à démonter une historiographie apologétique de la construction nationale du Canada.En redonnant toute sa complexité historique au républicanisme québécois, il dessine également les contours de son universalité.Dave Anctil 1\tJe fais ici écho à une autre étude brillante, française celle-là, réalisée récemment par Jean-Fabien Spitz : Le moment républicain en France, Paris Gallimard, 2005.2\tUne étude charnière dans la réévaluation de l\u2019histoire des Patriotes est bien entendu celle de Allan Greer: Habitants et Patriotes.La Rébellion de 1837 dans les campagnes du Bas-Canada, Boréal, 1997 (trad, par C.Teasdale de l\u2019éd.originale de 1993, chez University of Toronto Press).3\tL'usage du qualificatif, qui commence à entrer dans l\u2019usage, a été récemment proposé par un célèbre herméneute des catégorèmes politiques québécois : le lieutenant Jean Lapierre.4\tYvan Lamonde représente la tendance la moins malhonnête de cette tradition interprétative, même s'il dissout consciemment, comme le montre Harvey à la suite de Stéphane Kelly et de Marc Chevrier, les idées républicaines patriotes dans le libéralisme.(Voir surtout, de Kelly, La petite Loterie.Comment ia Couronne a obtenu ia collaboration du Canada Français, Boréal, 1997, et Les Fins du Canada selon Macdonald, Laurier, Mackenzie King et Trudeau, Boréal, 2001).5\tVoir sa par ailleurs remarquable Histoire sociale des idées au Québec 77607896, Fides, 2000.) » I i8g RÉJEAN PELLETIER, MANON TREMBLAY ETAL Le parlementarisme canadienf je édition, Presses de l'Université Laval, 2005 On ne peut que se réjouir de cette troisième édition, revue, augmentée et mise à jour pour tenir compte des événements politiques survenus depuis 2000.Une douzaine d\u2019universitaires traitent des différents aspects du parlementarisme canadien.Le volume s\u2019adresse aux étudiants des universités et des collèges mais le simple citoyen pourra également y trouver une mine d\u2019informations précises sur ce qu\u2019il croit savoir.Le glossaire et la chronologie des événements politiques jusqu\u2019en 2005 sont des instruments particulièrement utiles.Les lois constitutionnelles de 1867 et de 1982 figurent en annexe.Le souci pédagogique est constant et facilite grandement la lecture.Au-delà du compendium de type académique le grand public appréciera les chapitres qui portent sur le cadre général du parlementarisme canadien (R.Pelletier : constitution et fédéralisme) et les partis politiques qui structurent le débat démocratique et animent la dynamique du pouvoir (R.Pelletier).Bien que le chapitre consacré à la Charte canadienne des droits et libertés (J.Woehrling) et celui sur le pouvoir judiciaire (Guy Tremblay) puissent rebuter au premier abord, ils sont cruciaux pour comprendre ce nouveau Canada dans lequel nous sommes bon gré malgré embarqués.U intrication du politique et du judiciaire est devenue telle qu\u2019il faut acquérir une maîtrise minimale de cette complexité pour s\u2019orienter correctement.Les retombées concrètes de cette politisation du droit et de cette judiciarisation du politique sont trop vitales pour se permettre de les ignorer., igo it \u2022 Au moment du rapatriement de la constitution beaucoup de citoyens se sont sentis exclus du débat constitutionnel et ont mal mesuré la signification et la portée de ce transfert accompagné par l'enchâssement d\u2019une charte qui avait a priori toutes les apparences de la vertu.Depuis 1975 le Québec disposait déjà d\u2019une charte semblable et d\u2019une Charte de la langue française (1977).Comment pouvait-on raisonnablement s\u2019opposer à la Charte de Trudeau qui s\u2019était si solennellement engagé à nous apporter « du changement » ?Le changement vint, en effet, considérable, mais dans un sens diamétralement opposé à ce qui était généralement attendu.Puisque la plupart des droits garantis par la Charte sont libellés en termes généraux, il revenait aux juges de leur donner un contenu précis par leurs jugements.De là vient sans doute dans une large mesure la passivité et la morosité de la plus grande partie des années 80.Trompés, trahis, impuissants, l\u2019histoire s\u2019écrivait sans nous et contre nous.En effet, la Cour suprême elle-même avait à l\u2019avance légitimé « la nuit des longs couteaux » en déclarant que dans les circonstances il était possible d\u2019ignorer les compétences de chaque ordre de gouvernement et que l\u2019on pouvait se contenter en l\u2019occurrence de « l\u2019appui substantiel » des provinces, le Québec n\u2019étant que l\u2019une d\u2019entre elles, que le Québec n\u2019était pas dépouillé de son droit de veto historique, ne l\u2019ayant jamais vraiment possédé et donc qu\u2019Ottawa pouvait conclure une entente avec la majorité des provinces en l'absence et aux dépens du Québec.Il n\u2019était pas nécessaire que le Québec soit partie prenante à l\u2019élaboration de la loi fondamentale du pays, celle-ci étant conçue précisément pour le dominer et le marginaliser davantage.Certes, les provinces arrachaient la clause dérogatoire (art.33), applicable aux libertés fondamentales (art.2) et aux garanties juridiques (articles 7 à 15) mais, curieusement, l\u2019article 23 est la seule section de la Charte (de même que la mobility provi- v\\i N U \u2019it* m i / igi sion » et rexigence d'élections à tous les cinq ans) qui échappe à la clause nonobstant.Nous y sommes : le coeur de la Charte est ce fameux article sur le droit à l'éducation dans l'une ou l'autre des langues officielles n'importe où au pays de telle sortie que le Québec ne puisse jamais prétendre être de quelque façon une province distincte - the heartland of a people, a nation within the nation (LB.Pearson).Non, les premiers ministres de chaque province et le premier ministre du Canada par sa Charte sont parfaitement habilités à parler pour les Canadiens français a mari usque ad mare.Dans le fédéralisme symétrique de Trudeau, pour être équitable, les minorités linguistiques doivent être traitées de la même manière en dépit de l'asymétrie de leur situation.La majorité francophone au Québec n'a pas à franciser les immigrants par une loi telle que la loi ioi.Les majorités n\u2019ont pas besoin d\u2019être protégées.Il faut plutôt défendre la minorité anglophone contre la tyrannie de la majorité dont les tendances antidémocratiques ne sont que trop connues.Il est donc étrange que les premiers ministres aient senti le besoin d'ajouter une clause nonobstant qui permet à une province de se soustraire à la constitution (pour cinq ans, renouvelable) et que l\u2019une d\u2019entre elles y ait effectivement recouru pour protéger la langue et la culture de la majorité.Il faut encore expliquer le fait que la Loi constitutionnelle de 1982 n\u2019ait pas encore été ratifiée par l'Assemblée nationale à Québec.Détails disgracieux dans une si belle construction qui, doit, en principe, durer mille ans ! Pour comprendre le sens véritable de la Charte et du fameux article 23, il faut en rappeler brièvement la genèse.Dès février 1982, Guy Bouthiller nous avait bien informé là-dessus et identifié l\u2019intention du Grand Législateur : 192 « L\u2019 article 23 heurte de plein fouet la loi 101 » (Z 'Action nationale, n.6,1982, p.65).La constitution de 1867 est muette sur la question du droit à l\u2019instruction dans la langue des minorités de langue officielle.Selon l\u2019AANB, les provinces disposaient néanmoins d\u2019une compétence exclusive en matière d\u2019éducation (art.93).La minorité anglophone ne fut jamais inquiète dans ce domaine.Il n\u2019en fut pas de même, on le sait, pour les minorités francophones hors Québec.Elles furent dûment informées que le Canada est un pays anglais, à l\u2019école comme ailleurs.Ce n\u2019est qu\u2019à partir de juin 1977 que le fédéral sentit le besoin de légiférer en matière d\u2019éducation dès lors que le Québec s'apprêtait à exercer sa souveraineté dans ce domaine dans un sens analogue à celui des autres provinces : les allophones doivent s\u2019intégrer à la majorité.L\u2019intégration massive des immigrants à la minorité est une anomalie.Le bill 22 (1874) fondait le droit à l\u2019école anglaise sur la connaissance de l\u2019anglais; la loi 101, par contre, ne reconnaissait ce droit qu\u2019aux seuls authentiques Anglo-Québécois.Revenu au pouvoir en février 1980, Trudeau profitera donc de la position de faiblesse de Lévesque pour imposer au Québec une législation enveloppée dans une Charte des droits enchâssée dans la Constitution et nimbée d\u2019une sorte de sacralité.Qui osera contester telle ou telle interprétation de la Constitution et de la Charte sera aussitôt stigmatisé comme totalitaire, raciste, xénophobe, bigot, intolérant, borné, etc., bien que le peuple n\u2019ait jamais consenti à cette Constitution.La seule constitution soumise à l\u2019approbation populaire dans l\u2019histoire du Canada - celle de 1992 - a été rejetée.Cependant, avant ce tournant, René Lévesque avait écrit aux autres premiers ministres pour leur offrir de conclure avec leur province des « accords bilatéraux en vertu desquels les immigrants ne seraient pas soumis à la Charte de la langue i 93 française si cette province garantissait en échange une éducation en français aux immigrants originaires du Québec » [Le Devoir, 23 juillet 1977, p.i, 6).Autrement dit, René Lévesque proposait une entente bilatérale, réciproque, interprovinciale.Pierre Trudeau exhorta les provinces à rejeter l\u2019offre, ce qu\u2019elles firent.Le gouvernement ontarien allégua que les droits à l\u2019éducation étaient trop importants pour faire l'objet d\u2019un vulgaire marchandage et qu\u2019ils devaient plutôt être enchâssés dans la Constitution [The Globe and Mail\\ 28 jullet 1977, p.i).L\u2019idée revint à l\u2019ordre du jour à la conference de St.Andrews, en Nouvelle-Écosse, au mois d\u2019août.À l\u2019issue de cette rencontre les premiers ministres anglophones énoncèrent quelques « principes déclamatoires » et promirent de « faire de leur mieux pour apporter instruction et éducation en anglais et en français lorsque le nombre le justifie » [The Globe and Mail, 20 août 1977, p.i).Le Pr Mandel qualifie cette clause de « clause échappatoire ».René Lévesque protesta vivement.Le Québec n'acceptera jamais que sa souveraineté dans un domaine aussi vital soit remplacée par une compétence limitée et soumise à l\u2019interprétation judiciaire.[.] Il serait impensable que la Cour suprême du Canada, dont la majorité des juges seront toujours anglophones et non québécois, remplace l\u2019Assemblée nationale du Québec comme autorité ultime en matière d\u2019éducation.(The Globe and Mail, io septembre 1977, p.i).On ne pourra jamais gommer la différence entre un accord intervenu entre deux parties et le même accord géré par les tribunaux.Dès que Bourassa reconnut l'autorité de la Charte canadienne les juges comprirent que l'activisme judiciaire devenait moins nécessaire.On connaît la suite.Province comme les autres, il ne saurait y avoir de véritable réciprocité entre le Québec et les autres 194 provinces.Par le biais de sa Charte, le fédéral peut subordonner à sa convenance les lois du Québec au Parlement canadien.Véritable « bombe intelligente » (R.Philpot), l\u2019article 23 ressemble davantage par son extrême précision à une loi sur la fiscalité qu\u2019à un document constitutionnel (M.Mandel, 1996, p.213).Certes, grâce à cet article, les minorités francophones canadiennes ont pu marquer quelques points mais le fait demeure, l\u2019assimilation se poursuit inexorablement à un rythme accéléré, et surtout, le Canada conserve sa mainmise sur la colonie.En revanche, la minorité anglophone du Québec n\u2019a cessé de mener sa guérilla judiciaire contre la loi ioi et souvent avec l\u2019aide financière d\u2019Ottawa.Libellé en termes de droit individuel à choisir l\u2019instruction dans la langue de la minorité, l\u2019article 23 est un bien faible instrument de protection pour de petits communautés dispersées.En revanche, au Québec, sous le couvert d\u2019une rhétorique strictement individualiste, les Anglo-Québécois défendent efficacement leurs droits collectifs.Dans son chapitre sur « la Charte canadienne des droits et libertés et ses répercussions sur la vie politique », le Pr Woehrling n\u2019est pas dupe du jeu mené par la nation majoritaire (dans le cadre légal actuel nous ne sommes pas une minorité, même nationale, mais une nation minoritaire, une nation enclavée dans une autre) : La majorité au niveau national peut [alors] céder à la tentation d'utiliser son pouvoir pour imposer à sa minorité le respect de garanties excessives au profit de « la minorité dans la minorité ».On a l'impression, parfois, que le groupe majoritaire au niveau national défend ses propres intérêts sous le prétexte des droits de la personne et des droits des minorités.La protection constitutionnelle des droits individuels constitue une limitation de la liberté collective d'un groupe de s\u2019autogouver-ner.Cela est vrai pour toutes les collectivités, autant les majo- I ûl' Vil'.195 rites que les minorités, mais c\u2019est une limitation qui s\u2019impose plus lourdement aux minorités (p.115-116).La conclusion du Pr Mandel est encore plus catégorique : La Charte n\u2019était qu'un expédient, dans une entreprise dont l'objectif précis était d\u2019imposer au Québec une politique linguistique.Si le gouvernement ne s'était intéressé qu\u2019à la judiciarisation universelle des droits de la personne, il se serait contenté d\u2019une phrase ronflante sur « la liberté d\u2019expression linguistique » sans égard aux circonstances.Au lieu de cela, il a pipé les dés en sa faveur : il a écrit la loi et sélectionné des juges pour l\u2019appliquer.Au bout du compte, tout cela semble évident au point de rendre tout raffinement théorique un peu ridicule (p.224).si V La plupart des observateurs ont bien compris que cette politique judiciarisée n\u2019était pas d\u2019abord au service du droit mais l\u2019instrument, ou mieux, l\u2019arme d\u2019une construction nationale agressive dans laquelle la nation fondatrice la mieux ancrée dans la réalité historique devait disparaître en tant que telle pour la plus grande gloire de la nation Canadian réputée seule authentique et purement civique.Effectivement « la Loi constitutionnelle de 1982 est devenue l\u2019élément central de l\u2019identité canadienne et d\u2019une nouvelle culture politique » (p.61) mais a-t-elle pour autant réussi ?Force est d\u2019admettre que cette politique a échoué même si les héritiers de Trudeau continuent de gérer son héritage.C\u2019est raté mais continuons le combat.Plutôt que d\u2019unifier le pays, elle l\u2019a mené au bord de l\u2019éclatement.Aucun gouvernement n\u2019a encore ratifié le coup de force de 1981-1982 ; le mouvement souverainiste a le vent dans les voiles, les Québécois s\u2019identifient de plus en plus comme tels et de moins en moins comme Canadiens, les francophones hors Québec s\u2019assimilent à un rythme effarant, les enfants de la loi 101, même trouée, s\u2019intégrent de mieux en mieux, la minorité anglo- 196 phone diminue mais ceux qui restent sont plus bilingues et plus sereins que leurs devanciers, etc.Au nom de l'État de droit et des droits de l'homme l'esprit du temps veut que la politique se rapetisse et s'aplatisse devant la majesté du Droit au point de devenir le simple instrument de son application.Comme si le politique, intrinsèquement mauvais, devait être réduit au minimum.La judiciarisation intégrale du politique n'est ni possible, ni souhaitable.Le Pr Woehrling relève avec justesse que la reformulation des enjeux politiques et sociaux dans le langage des droits et libertés entraîne des conséquences qui ne sont pas toutes désirables sur le fonctionnement de la vie politique.À défaut de pouvoir le citer longuement, contentons-nous ici de quelques passages.La rhétorique des droits et libertés confère un caractère absolu et non débattable à des questions qui sont pourtant traditionnellement considérées comme pouvant faire l\u2019objet de divergences politiques légitimes.(.) Cette reformulation juridique entraîne également \"un appauvrissement du débat politique\u201d.[La Charte] ne garantit principalement que les droits individuels et les libertés négatives dont la mise en oeuvre exige le retrait et la non-intervention de l\u2019État [.].Les décideurs politiques adoptent souvent une attitude défensive en intégrant par anticipation, dans leurs calculs ou dans leur programme législatif, l'intervention appréhendée du juge constitutionnel.[.].La Charte des droits et le financement des recours collectifs permettent aux autorités fédérales de pratiquer une nouvelle forme de clientélisme (p.109 et 114).Il est réjouissant d'entendre parfois un expert international dénoncer haut et clair les tentations d'instrumentalisation de la Cour à des fins politiciennes.À l'occasion du Renvoi sur la sécession du Québec, Alain Pellet, membre et, un temps, président de la Commission du droit international de l\u2019ONU, avait jugé tendancieuses les questions adressés à la 197 Cour suprême et l\u2019avait « invité à ne pas se prêter à cette tentative de manipulation politicienne » (p.422).Pour préserver son indépendance et sa crédibilité la Cour a débordé de la première question qui lui avait été posée de la manière que l\u2019ont sait.Il restait à l\u2019Exécutif de définir à sa façon ce que devait être une question claire tout en restant vague sur une majorité claire.Sur cette question la plupart des juristes (et la Cour elle-même, à quatre reprises dans son jugement) s'en tiennent sagement au principe d\u2019effectivité.On n\u2019échappe pas aussi facile à « l\u2019essence du politique ».Dans son livre sur P.E.Trudeau, André Burelle dénonçait récemment le fédéralisme de tutelle à la fois juridique et financière auquel nous sommes assujettis.Dans leur chapitre sur le fédéralisme exécutif, Guy Laforest et Éric Montigny retracent les différentes étapes de l\u2019institutionnalisation de ce fédéralisme « impérial » et décrivent, mais rapidement, les mécanismes du déséquilibre fiscal qui per met au fédéral d\u2019envahir de plus en plus les champs de compétence des provinces afin de construire cette nation Canadian qui n\u2019en finit pas de naître.Étant donné l\u2019importance croissante de cette négation pratique d\u2019un régime fédéral soi-disant exemplaire il serait sans doute opportun que dans une prochaine édition un chapitre entier soit consacré à cette question.L\u2019ex-ministre Séguin pourrait peut-être apporter ici son expertise, tout au moins pour l\u2019intelligence posthume du régime.Jean Roy ig8 DENYS ARCAND Hors champ : écrits clivers 1961-2005, Montréal, Boréal, 2006 196 p.À chaque génération, quelques têtes attirent spontanément rattention des jeunes gens éduqués de notre province.Au vingtième siècle, ce furent des professeurs comme Lionel Groulx et Maurice Séguin qui rallièrent autour de leur puissant esprit une future élite au prise avec le besoin frénétique d\u2019acquérir un regard lucide sur le monde.Au vingt et unième siècle, quelques étudiants québécois qui auront lu les textes des belles années arrogantes de Jean Larose chercheront à assister à ses cours, ou alors, ils se tourneront, avec l\u2019amertume qui saisit l\u2019étudiant errant sur les chemins du nihilisme, vers des professeurs comme François Ricard.La figure qui nous intéresse ici, Denys Arcand, artisan du cinéma, compte parmi ces quelques esprits solitaires encore capables de réagir devant les choses inachevées et médiocres et de les appeler « choses inachevées et médiocres ».Leur oeuvre elle-même n\u2019est pas pour autant « achevée et bonne », mais elle tend à s\u2019écarter d\u2019une situation québécoise plutôt décourageante pour ceux qui n\u2019ont pas chercher une éducation de résistant.Denys Arcand, que l\u2019on ait tiré ou non à la carabine télé jouant le répugnant Déclin de Vempire américain, nous intéresse parce qu\u2019il a fait « le pas de côté », geste périlleux propre à vous attirer les pires ennuis dans la vallée laurentienne.À travers les films du cinéaste perce sa vision cynique du monde, son recueil d\u2019articles publiés tout au long de sa vie nous révèle un créateur fin et sensible, secrètement sur une comme plusieurs lettrés par la victoire de l\u2019Amérique, troublé par sa mon- déçu dans son espérance marxiste de sa génération, la figure du père canadien français absent, assis sur tagne de trophées et ricanant, les larmes dans les yeux, devant la comédie humaine. 199 À T origine de la carrière d'Arcand, il y a le bureau de censure des vues animées de Duplessis.Le cinéaste aime se représenter en jeune cinéphile voyageant pour se soustraire aux interdits stupides d'une société traditionnelle retardée, privée des grandes œuvres mondiales.Cosmopolite par vengeance autant que par engouement, le jeune Arcand apparaît aussi comme un libertin par réaction au conservatisme pré-Lesage.Il est intéressant de noter que dans la représentation du monde dArcand, ce qu'il y a d\u2019insupportable, n'est pas comme on pourrait se l'imaginer, la dureté légaliste d'une société remplie de pères de famille tyranniques, non, le problème se décline au féminin : cette société conservatrice-retardée, au yeux d\u2019Arcand, est bâti sur l'image fantasmatique de la mère gardienne du Foyer et de la Foi, évacuant toute prétention virile au gouvernement des choses.Les premiers textes d'Hors champ sont tissés de considérations freudiennes tentant de dévoiler un imaginaire sexuel canadien français refoulé.Dès les premiers textes, Arcand aborde le thème du matriarcat, ce qui laisse songeur lorsqu\u2019on se remémore son apparition à la soirée des Oscars, privé de son temps de parole par sa femme, la productrice Denise Robert.Selon lui, le film Aurore l\u2019enfant martyr témoigne de l'inexistence du père « dans à peu près toute notre culture »(p.z8).Dans le même article, le constat est sans appel : « Il s\u2019agit ici de l'éternel père canadien-français : stupide, grossier, bon catholique, honnête, continent, batailleur, sentimental.Il est tout cela mais il n\u2019est rien, ni sympathique ni antipathique : il n\u2019existe pas devant la toute puissance des mères.» (p.29) Laissons de côté les textes datés sur la « révolution » et « l'aliénation » écrits pour la revue Parti pris afin de retrouver ce thème du père débile à travers différents textes plus tardifs.En effet, le recueil se clôt par deux petits textes dans lesquels Arcand traite directement de son père, pris comme père-type du Canada fran- 200 çais.Dans la « Lettre à mon père » : Arcand, s'adressant au défunt M.Arcand senior, se remémore un après-midi dans une maison tricentenaire de Deschambault : « C'est la seule et unique fois de ma vie où je me suis senti totalement en sécurité.Dans les bras de mon père.J'aurais voulu te dire cela plus tôt mais entre hommes, malheureusement, on ne parle jamais de ces choses-là.Ton fils qui t'aimait.» (p.185) Dans le dernier texte intitulé « Canadian Walk offame», Arcand parle encore avec émoi de son père, cette fois-ci devant le public des deux Canadas, expliquant que son défunt père ne l'a jamais encouragé dans sa vocation artistique, parce que « mon père était un vrai Canadien ».On y apprend que son père méprisait les gens du show-business alors qu'il admirait les joueurs de hockey.Le message au public était donc : un vrai Canadien est un rural musclé dévalorisant le développement des qualités spirituelles.Le lecteur qui termine l'ouvrage est laissé avec l'impression qu\u2019Arcand a sciemment voulu mettre en scène sa douloureuse relation avec son père.iï: / i Hü Si les rapports au père biologique reviennent périodiquement hanter les propos de l'auteur, le trait dominant de la pensée écrite d\u2019Arcand semble être la volonté réfléchie de devoir se débrouiller tout seul et de s\u2019arracher par un grand effort de méfiance aux illusions de l\u2019âge infantile, de là deux thèmes importants : celui du jeune cinéaste québécois du début des années soixante qui bâtit son œuvre sans maître et sans tuteur pour le guider ou lui donner des repères dans le difficile contexte d'un petit marché national, et le deuxième thème, tout aussi important, celui de la conscience politique qui revient de toutes les illusions, l\u2019étudiant de Machiavel, qui voit les Princes agir et entend bien se soustraire la crédulité des masses éternellement bernées.Ce qu\u2019il y a de commun dans ces deux thèmes, on l'aura deviné, c\u2019est h 201 le sentiment de vulnérabilité du cinéaste et du penseur : il apparaît sans autre défense que sa ruse, sa raison calculatrice et sa sagesse positive face à un monde des arts remplis de contrariétés, face à l'évolution d'un monde dominé par des puissances étrangères qui cherchent à demeurer occultes, à l'abri des caméras du réalisateur.L\u2019un des articles les plus intéressants Machiavel : pouvoir, mensonge, jouissance, reprend un discours de Duplessis sur le pouvoir comme art du secret, dans la télé-série du même nom.« Le pouvoir repose sur une conspiration du silence.Et Machiavel reste le seul à affirmer que le pouvoir appartient à celui qui s'en saisit et qui est assez fort et assez astucieux pour le conserver.Pis encore, Machiavel laisse entendre que les causes et les idéologies sont des prétextes, les partis, des instruments.Au fond, seules comptent les armées, les polices : la force.» On imagine aisément qu'une sorte de Machiavel-Ronfard (voir Le Confort et l'indifférence) sert dans le système-Arcand, de père de substitution.Et l'un des indices qui nous encouragent à poursuivre dans cette hypothèse que nous jugerions impertinente chez tout autre commentateur traitant de l\u2019œuvre d'un vrai créateur, c\u2019est la place centrale qu'occupe la figure d\u2019un Maurice Séguin professeur ès lucidité politique dans le recueil.En effet, dans l'hommage à Maurice Séguin intitulé « L\u2019historien silencieux », daté de 1987, Arcand présente l\u2019illustre professeur d\u2019histoire comme un homme lucide, un intellectuel de la trempe des Machiavel, capable de garder les yeux fixés sur la réalité la plus déplaisante qui soit en ne perdant pas la tête.La thèse d\u2019Arcand est que Séguin fut connu pour son côté silencieux parce notre histoire nationale est dépourvue d'intérêt, véritable défi pour l\u2019historien qui l\u2019étudie.D\u2019entrée de jeu, l\u2019auteur se situe à l\u2019extérieur du Québec, à Rio, où il est entouré de drames quantitativement J\u2019écris ces quelques lignes à Rio de impressionnants : Janeiro.Devant la fenêtre de mon hôtel se dresse la favela de « Rocinha [.] trois mille meurtres par année, au-delà d\u2019un million d\u2019agressions, les épidémies de méningite infantile [etc., etc.] » (p.135) Arcand résume ensuite son propos : « [.] Il y ici une histoire qui se fait.Comparées à tout cela, les statistiques agricoles de la vallée du Saint-Laurent entre 1820 et i860 paraissent plutôt insignifiantes.Notre histoire est d\u2019un ennui profond, c\u2019est peut-être ce qui rendait Maurice Séguin si laconique.» Nous, collaborateurs et lecteurs de L'Action nationale, pouvons-nous ne pas être hérissés de colère par ces demi-sourires hautains du cosmopolite s\u2019octroyant la liberté de hiérarchiser les malheurs nationaux de la planète en les chiffrant et y cherchant presque une beauté artistique ?Il faut dire qu\u2019Arcand nous rangent probablement dans la catégorie des « mésadaptés sociaux-affectifs », de la même espèce que ceux qui continuèrent à écrire dans Parti pris une fois qu\u2019il fut bien établi que le projet de société théorisé dans cette revue était impossible à réaliser vu les données réelles du terrain politque.On demandera : mais quelle sagesse adulte, Monsieur Arcand, peut, dans notre situation, venir d\u2019une relativisation supplémentaire des malheurs monotones du Québec ?Quelle est cette vertu de lucidité prétendûment supérieure qui n\u2019apporte aucun soutien au pays natal, et rien d\u2019autre, en fait, que la froide certitude de l\u2019ennui et de l\u2019échec ?Gardons ces questions pour nous-mêmes et contentons d\u2019observer comment un Arcand »\u2022 conquière la vie adulte à grand coup de maximes machiavé-liennes où l\u2019obsession de la force déjà constituée devient synonyme de principe de réalité.Impitoyable, l\u2019auteur apporte le coup final à f auto-humiliation déjà entamé par un parapgraphe d\u2019une rare violence : .le 203 « J'ai été bien étonné plus tard quand des esprits légers ont voulu donner à Maurice Séguin une réputation d\u2019historien nationaliste au sens militant ou politique du terme.Pourtant, l\u2019essentiel de sa pensée était que la nation cana-dienne-française était trop petite et trop faible pour pouvoir jamais prétendre à l\u2019indépendance, en même temps que trop protégée et trop enracinée pour espérer une assimilation rapide.C\u2019était donc un peuple condamné à une médiocrité perpétuelle jusqu\u2019à ce que le poids de la démographie et les pressions de l\u2019Empire américain le relègue finalement aux oubliettes de l\u2019histoire.» (p.137).Tout en convenant du pessimisme de Séguin quant à notre capacité d\u2019émancipation nationale, on peut se demander s\u2019il est si « léger » de voir en cet historien un nationaliste, avec le sens « politique » et « militant » qui en découle généralement.Si c\u2019est la force qui nous retient d\u2019accéder à l\u2019indépendance, Séguin considére-t-il qu\u2019il es nous est à jamais impossible d\u2019opposer une autre force à celle qui nous lie à un destin fatal ?L'Irlande, la Pologne, tous ces pays vaillants, n\u2019ont-ils pas démenti les diagnostics d\u2019écroulement éternels émis par les cyniques qui peuplent les rangs des élites nationales décadentes ?Le travail même de Séguin n\u2019est-il pas tout simplement impensable si on ne lui suppose pas un espoir national ?C\u2019est à ces questions légitimes posées par tout ce qui ne craint pas l\u2019héroïsme, le candide héroïsme des gens normaux, que Denys Arcand ne répond pas, se contentant de terminer son hommage en liant étrangement Maurice Séguin l\u2019historien silencieux-parce-que-lucide et M.Arcand sénior, le bonhomme canadien-français : « Je me souviens d\u2019un homme poli [à propos de Séguin], ironique, tourmenté et extrêmement secret.L\u2019hiver, il portait un béret.Mon père aussi.» ft 204 Le lecteur pourrait rester calme et rire de la dévitalisation d\u2019Arcand si ce dernier n\u2019avait pas réalisé ses monuments durables.Cependant, les faits sont là, le créateur a su s\u2019imposer, et avec lui son univers souvent morbide.A nous de le comprendre avant qu\u2019il nous dévore l\u2019esprit.Les œuvres du réalisateur machiavélien ont intégré notre culture.Qui de nous n\u2019a jamais rencontré une fille s\u2019identifiant ouvertement à Louise Portai dans Le Déclin ?En analysant le regard désillusionné d\u2019Arcand, on se surprend même à voir dans Jésus de Montréal ce qu\u2019on aurait dû y voir dès le départ : plus qu\u2019une simple œuvre d\u2019inspiration gauchiste, sur fond d\u2019anti-cléricalisme et de mort-de-Dieu angoissée, le récit des Évangiles par un machiavélien résumant l\u2019excellence potentielle de l\u2019âme humaine par le portrait d\u2019un Christ qui fait pas rouler par les Princes.Les vieux thèmes de la grâce et de la piété apparaissent dans la pensée du rusé comme un charmant legs culturel renvoyant à un stade révolu de l\u2019évolution des âges : « J\u2019aurai toujours la nostalgie de cette époque de ma vie où la religion fournissait une réponse apaisante aux problèmes les plus insolubles, tout en mesurant ce que ces fausses solutions contiennent d\u2019obscurantisme et de démagogie.» (p.141) Arcand lui-même est ce Lothaire Bluteau jouant Jésus errant dans la ville, de bas en haut de la société, rencontrant le miséreux et le président de Paramount Pictures, parlant big money à Hollywood puis parlant Pretzel salées dans un dépanneur de Deschambault.Sans aller jusqu\u2019à croire que la croix sauve le monde, Arcand nous fera croire que le Christ n\u2019a pas été berné par les politiciens du jour en Galilée.ne se La voix hors champ du réalisateur lauréat vaut la peine d\u2019être entendue.C\u2019est la voix intérieure d\u2019un homme cultivé, futé, un peu trop fasciné par les fripons peut-être, mais qui nous montre un exemple d\u2019artiste québécois qui parvient en ris- /\u2022 Mj 205 quant, qui se frotte aux grosses pointures en adaptant ses talents artistiques aux contraintes du marché, risquant ainsi la condamnation des puristes.En même temps, l\u2019artiste porte quelque chose de déprimant qui déborde le simple spleen de l\u2019esthète dans la modernité sinistre, il y a une blessure.Elle est paternelle.Elle est nationale.iL De ma pauvre mansarde, j\u2019entends ricaner Denys Arcand, un verre de champagne à la main, entre deux actrices pulpeuses.Il a un peu tort.Jean-Philippe Chartré ROBERT BOILY (DIR.) Un héritage controversé.Nouvelles lectures de Lionel Crou/x, VLB éditeur, 2005 Robert B oily pose en introduction une question inévitable à toute réflexion sur l\u2019historiographie nationaliste au Québec: « comment expliquer, encore de nos jours, un tel intérêt pour Lionel Groulx de la part de toute une série de chercheurs sérieux, si l\u2019objet de leurs recherches ne présente plus d\u2019intérêt.Comment se fait-il que l\u2019homme, après tant de décennies, soulève encore autant de questions au sujet de ses idées ?Quel intérêt y a-t-il à détecter les contradictions vraies ou supposées de ses idées si elles n\u2019ont plus cours » ?Le problème est le bon : le travail de la dernière décennie pour laminer le particularisme canadien-français et représentants dans la genèse du nationalisme souverainiste en a entraîné plusieurs à critiquer très sévèrement Groulx pour en faire le représentant daté d\u2019un nationalisme « ethnique » d\u2019ancien régime dont tous ont pris la peine de démarquer.On connaît les questions posées à Groulx par ,1'vi 206 l\u2019historiographie radicale : Groulx était-il raciste, pire encore, antisémite ?Pour fabriquer une nation ouverte à toutes les manifestations de la différence québécoise, la pensée postréférendaire devait effacer de la conscience collective la trace groulxienne en tant que formulation la plus explicite et complète du nationalisme canadien-français.Mais si Groulx est le vestige d\u2019un nationalisme canadien-français étranger à la société québécoise, pourquoi la recherche en histoire, et même la jeune recherche, semble t-elle le redécouvrir de manière récurrente, avec chaque fois l\u2019idée d\u2019en faire autre chose qu\u2019un travail strictement exégétique, comme si Groulx, pour le pire, disent certains, mais aussi pour le meilleur, disent les autres, nous parlait encore.C\u2019est autour de cette question et des autres qui en découlent que la Fondation Lionel Groulx a organisé en novembre 2003 un colloque sur invitation pour réunir les spécialistes des études groulxiennes et faire une mise à jour de leurs travaux.Un héritage controversé, comme l\u2019indique le titre de l\u2019ouvrage, et que pensent les contributeurs qui cherchent à voir comment et pourquoi Groulx demeure le fantôme de tous les débats historiographiques au Québec, spécialement quand ceux-ci référent à la question nationale qui demeure évidemment le problème irrésolu de la conscience historique québécoise, problème que cherchent à élucider ou infléchir les historiens selon l\u2019ampleur de leurs ambitions.On trouve plusieurs textes dans inégaux, comme il se doit, c\u2019est la règle du genre, parmi lesquels Frédéric B oily reprenant les thèses son précédent ouvrage sur le Chanoine en cherchant à savoir si Groulx, nationaliste d\u2019obédience herderienne - s\u2019est trouvé une descendance dans le nationalisme d\u2019après la Révolution tranquille, Michel Bock se demandant plutôt quel était le rapport du chanoine avec le Canada français hors frontière, Marie- actes de colloque, 207 Pierre Luneau cherchant à refaire un portrait du Groulx écrivain et Norman Comett situant plutôt la pensée de Groulx dans le cadre de ses référents théologiques.Mais le véritable intérêt du livre se trouve ailleurs, avec les deux textes de Gérard Bouchard et de Pierre Trépanier, mis en débat puis discutés par les participants au colloque dont on a retranscrit les interventions après chaque séance de travail On connaît la thèse récente de Bouchard sur Groulx.Ce dernier serait un penseur incomplet et confus, contradictoire et empêtré dans des paramètres provoquant fatalement l\u2019échec des idées et propositions dont il fait la promotion.Penseur fragmentaire, pour reprendre les catégories bouchar-diennes, Groulx aurait toujours dit une chose et son contraire, non pas à bonne distance dans le temps et selon des circonstances en appelant à une révision de ses orientations, mais au même moment et souvent dans un même contexte, thèse inscrite dans le titre Les deux chanoines.Dans son texte, titré Retour sur les deux chanoines, Bouchard reprend sa thèse, la simplifie pour fin d'exposition rapide tout en la développant pour la confronter à quelques unes des critiques qui lui ont jusqu\u2019ici été proposées, en situant Groulx dans une constellation plus large, l\u2019imaginaire canadien-français tel qu\u2019il se manifestait avant la Révolution tranquille, dont il serait un révélateur exemplaire, imaginaire dont il s\u2019est fait le sociologue et historien dans son dernier ouvrage La pensée impuissante.La réplique de Trépanier, Groulx est-il intelligible, est cinglante et glaciale et marque une critique au scalpel du projet bouchardien.Donnant une véritable leçon d\u2019études groulxiennes à Bouchard, il entend situer le chanoine dans l\u2019univers intellectuel qui était le sien, celui du traditionalisme nationaliste et catholique propre au Canada français de I» s< 208 l'époque tel qu'on peut par ailleurs le situer dans l'anthropologie chrétienne et la philosophie scolastique.Les contradictions de Groulx sont plus apparentes que réelles, soutient Trépanier, qui les explique davantage par les lacunes d'un chercheur pressé connaissant superficiellement sa matière, qu\u2019à Groulx qu\u2019il présente comme un penseur aisément explicable et certainement intelligible, du moins ses contemporains l'ont-ils compris ainsi, même s'il est certainement possible de s\u2019inscrire en dissidence avec les prescriptions groulxiennes.Celui qui travaille Groulx peut certainement lui refaire sa place dans une histoire de la conscience nationale canadienne-française, mais il ne peut traiter aussi cavalièrement son oeuvre qu\u2019a pu le faire Gérard Bouchard dans ses derniers travaux « Le démolisseur n'a pas à s'étonner du champ de ruines que son pic a fait surgir.Il n'a pas le droit de disserter sur le chaos des décombres comme s'il était innocent et comme s\u2019il contemplait le monument tel qu\u2019au temps de sa gloire ».Pour bien étudier Groulx, soutient Trépanier, il faut d\u2019abord chercher la cohérence interne de l'oeuvre et tracer les grandes frontières symboliques et conceptuelles qui la balisent et ne pas émietter gratuitement une pensée réduite en poussière et sans consistance au terme de l'entreprise.Il faut voir comment Groulx a cherché à répondre aux questions qu'il se posait et telles qu'elles se posaient à lui et non telles qu'on aurait souhaité qu\u2019il y réponde selon les préoccupations de la modernité avancée.Modernité avancée qui rend difficile Groulx, Trépanier en convient, dans la mesure où la transcendance, hier ouverte dans le religieux et formée ici dans la tradition catholique, n\u2019apparaît plus dans la raison moderne comme autre chose qu\u2019une superstition creuse qui marque une rupture nette entre l'univers traditionnel et l'univers sécularisé.C'est ce que Trépanier appelle le « passage du théocentrisme à l'anthropocentrisme » et qui fait de Groulx I 209 un étrange continent intellectuel et moral pour ceux qui entendent partir à son exploration sans se munir des bonnes boussoles philosophiques et théologiques.La question centrale à poser à Groulx n\u2019en demeure pas moins à formuler, pour ceux qui cherchent à reprendre une histoire de la pensée québécoise centrée sur l\u2019élucidation de notre question nationale.Historien romantique et nationaliste, Groulx écrivait en un temps où les sciences sociales n\u2019avaient pas encore travaillé la culture en la faisant passer pour un simple construit, artificiel et contingent, l\u2019histoire nouvelle cherchant davantage à déconstruire le référent national qu\u2019à l\u2019animer, le praticien de la science historique maniant la loupe pour bien voir où et quand, de quelle manière et à quel moment, la construction de la nation aurait pratiquée une forme d\u2019exclusion envers l\u2019expression de la différence qui n\u2019aurait pas voulu se faire ravaler par elle.Toutes les questions ouvertes par les sciences sociales qui recyclent une forme raffinée de marxisme culturel sont faites pour ronger la nation de l\u2019intérieur en rendant à proprement parler impensable sa mise en récit.Celui qui entreprend la relecture de Groulx rencontre une oeuvre originale pour notre temps, une oeuvre écrite au temps déjà lointain où le sentiment national, naturel et historique tout à la fois, n\u2019était pas criminalisé ou reconstruit par les ingénieurs identitaires, un temps où la nation n\u2019était pas présentée comme un construit arbitraire mais bien comme une grande individualité historique, une personne collective qui existe en elle-même et qui n\u2019est pas un simple effet de perspective épistémique, pour le dire comme le disent les disciples de Foucault.Une réalité historique pesante qu\u2019on ne peut déconstruire en la conceptualisant simplement autrement. ft \u2022 I 210 Actualité de Lionel Groulx ?On ne tranchera pas dans le détail pour les historiens de profession, mais pour l\u2019essentiel, cela semble aller de soi.Il y a chez Groulx, comme on peut le remarquer à la fin de l\u2019ouvrage dans une question de Jacques Beauchemin à Gérard Bouchard, l\u2019idée d\u2019un destin national à accomplir.Une même intuition se retrouvait chez Dumont.En fait, on pourrait facilement la retracer dans la conscience historique francophone à tous les moments de son déploiement, de sa formulation et reformulation.Cette idée peut elle être rénovée, réactivée ?Ceux qui diront oui croient encore en l\u2019histoire nationale.Les autres chercheront à la déconstruire.Il n\u2019y a pas de troisième terme à cette alternative.C\u2019est là, selon nous, après lecture, la principale question à extraire d\u2019un livre qui rassemble des contributions qui sont certainement intéressantes scientifiquement, mais qui ne savent finalement pas quelle question poser à Groulx quelle question, fondamentalement, pour toucher le coeur de l\u2019oeuvre et le point entre elle et ce qui en reste dans la conscience collective.C\u2019est d\u2019ailleurs la question que l\u2019assistance rabat chaque fois vers les panélistes qui veulent détourner Groulx vers des préoccupations d\u2019écoles, certes légitimes, mais néanmoins secondaires pour qui sait trouver chez Groulx le témoignage prophétique d\u2019un peuple en pleine lutte pour restaurer sa pleine existence nationale.Robert B oily avouait pourtant en début d\u2019ouvrage son intention de tenir Groulx à l\u2019écart de la polémique et de la politique.C\u2019est peine perdue.Car si Groulx demeure un pivot central de la conscience historique franco-québécoise, c\u2019est évidemment pour la perspective qu\u2019il a rouverte au moment où la censure sur elle pesait très fortement, en envisageant explicitement l\u2019indépendance politique et en écrivant l\u2019histoire et l\u2019épopée devant nous y conduire.Passage obligé et moment clef de la mémoire collective, le nationalisme canadien-français se donnant les moyens, avec Groulx, de devenir enfin 211 ferai?québécois.Relire Groulx à l\u2019abri du politique ?Et pourquoi faire ?Groulx a ranimé la conscience historique d\u2019un peuple et s\u2019est lui même fait prophète en investissant dans l\u2019imaginaire collectif un souffle, une passion qui la travaille encore.Groulx, en rappelant que la grande césure de leur histoire se trouve en 1760, a permis aux Québécois de mieux la comprendre en leur indiquant quelle posture adopter s\u2019ils entendent un jour enfin exister par eux-mêmes.Ceux qui militent pour l\u2019indépendance trouveront chez lui la certitude d\u2019être en droite ligne avec un destin.Ils n\u2019auront pas tort.Mathieu Bock-Côté Réplique à Alexandre Lamoureux à propos du compte-rendu de l\u2019ouvrage Nos ennemis les médias paru dans le numéro de février 2006 Décidément, ce n\u2019est pas donné à tous de critiquer avec efficacité et intelligence des œuvres littéraires.Pour être un bon critique, il faut à l\u2019évidence savoir bien lire, avoir un bon esprit de synthèse et prendre le temps de réfléchir sérieusement aux propos de l\u2019auteur pour ne pas, volontairement ou non, les travestir.Bref, le critique littéraire a une responsabilité importante.C\u2019est celle de bien présenter l\u2019œuvre, tout en se permettant de la critiquer honnêtement pour ainsi mieux guider les lecteurs dans leurs choix de lecture ou dans l\u2019opinion qu\u2019ils se feront d\u2019un livre quelconque sans avoir le temps de le lire.Après avoir lu la combien maladroite critique littéraire d\u2019Alexandre Lamoureux et publiée dans les pages du dernier numéro de L'Action nationale, je me dois de réagir Les propos qu\u2019il a tenus sur mon livre Nos ennemis, les médias me sont inacceptables et ne me semblent pas rendre justice à mon travail. 212 HH M.Lamoureux débute sa critique en affirmant que de dire, comme je le fais dans mon livre, que les médias collaborent avec l'ordre canadien ne peut se faire « qu'au dépend [sic] de la crédibilité de ma thèse ».J'inviterais M.Lamoureux à ne pas lancer d\u2019attaques aussi gratuites.Lorsque l\u2019on veut contredire un auteur, on doit à tout le moins présenter des arguments démontrant le contraire de qu\u2019omet de faire M.Lamoureux, aux dépens de la crédibilité de sa critique.# qu'il écrit.Ce M.Lamoureux sombre dans la distorsion la plus totale.Entre autres, il soutient que j\u2019ai écrit dans mon livre que le Canada « s\u2019inspire fortement de l\u2019emprise médiatique que l\u2019on retrouvait dans l\u2019empire soviétique et dans l'Allemagne hitlérienne ».Jamais je n\u2019ai prétendu une telle chose, il aurait dû comprendre que la première partie de mon livre sert à faire la démonstration que les médias peuvent efficacement influencer l\u2019opinion publique.Pour ce faire, je me suis appuyé sur une pléthore de grands théoriciens du sujet tels que Vladimir Volkoff, Noam Chomsky, Jacques Ellul, Roger Mucchielli, etc.qui ont eux-mêmes analysé l\u2019Union soviétique et l\u2019Allemagne nazie pour expliquer le phénomène de la propagande.Le fait de reprendre leurs arguments ne signifient en rien que je les plaque automatiquement, sans nuance, sur le régime néocolonial canadien Quand même ! # # # Le critique littéraire me reproche également mon ton « militant et acerbe » ! Depuis quand un critique littéraire peut-il « planter » un auteur qui fait dans l\u2019essai qui se veut pamphlétaire en lui reprochant de ne pas avoir adopté un ton universitaire ?Ça, vraiment, je dois avouer que ça m\u2019a scié les deux jambes.Même le désinformateur qu'est Didier Fessou et qui a critiqué mon livre dans les pages du Soleil « ¦ » s i 213 n'est pas tombé aussi bas! Faudrait peut-être que le critique Lamoureux commence par démêler les styles littéraires des oeuvres sur lesquelles il se penche avant de se permettre d'en critiquer les auteurs.Après s'en être pris aussi vertement à mon œuvre, M.Lamoureux a sans doute par la suite estimé qu'il fallait bien me flatter un tant soit peu dans le sens du poil.Après tout, nous faisons partie de la même famille politique C\u2019est alors qu\u2019il a écrit « que je marque de bons points » en abordant les cas de la censure et de l\u2019autocensure qui sévissent dans les salles de presse.Très curieux, pour ne pas dire pire, de prétendre une telle chose.Pourquoi ?Parce que j'écris noir sur blanc dans mon livre que ce volet de mon travail en constitue son talon d\u2019achille.Le fait que j'analyse les médias de l\u2019extérieur ne me permet que trop peu efficacement d\u2019en décrire le phénomène de la censure qui les affecte assurément.C\u2019est pour cela que je n\u2019ai abordé le phénomène qu\u2019en dernière partie, un peu à reculons, en présentant quelques textes censurés par les médias.Je voulais ainsi laisser réfléchir le lecteur lui-même à cet aspect de la désinformation médiatique, puisqu\u2019il pouvait le faire aussi bien que moi.J\u2019aurais tout aussi bien pu résumer toute cette partie avec un seul commentaire qu\u2019a confié François Parenteau au journal Le Québécois et qui tient en une seule phrase : « Le pire avec Radio-Canada, ce n\u2019est pas ce qu\u2019on voit.C\u2019est ce qu\u2019on ne voit pas ».Un peu mince, bref, comme analyse ! # # # M.Lamoureux, n\u2019améliore guère sa critique en disant que la méthode que j\u2019ai retenue pour analyser le traitement médiatique accordé à la question nationale lors du référendum de 1995 « est nébuleuse ».Dans Nos ennemis, les médias, j\u2019explique que la méthode que j\u2019ai utilisée pour en arriver aux résultats contenus dans ce livre relève principalement d\u2019une 214 approche qualitative qui est abondamment pratiquée en sciences humaines que j'ai croisée avec certains procédés dits quantitatifs.Concrètement, et comme je l'écris dans mon livre, j\u2019ai analysé les arguments contenus dans des milliers d'articles de journaux, et pas seulement des éditoriaux comme semble le prétendre à tort M.Lamoureux dans sa critique.J\u2019ai par la suite compilé ces résultats pour créer des tableaux présentant des statistiques quant au nombre d\u2019articles favorables au Oui et au Non dans chacun des quotidiens retenus pour ce faire.Je donne même des exemples d\u2019articles que j\u2019ai rangés dans la catégorie des «favorables au Oui » et d\u2019autres qui étaient « favorables au Non ».J\u2019explique aussi pourquoi il existe une catégorie dite des « articles équilibrés » et j\u2019identifie ce qui m\u2019a motivé à y ranger certains articles.Bref, ma méthode propre aux sciences humaines est relativement bien présentée pour une œuvre qui se veut un essai.À la décharge de M.Lamoureux, je me dois tout de même de dire qu\u2019aucun critique au Québec n\u2019a eu l'intelligence d\u2019identifier la grande faiblesse du travail qui m\u2019a amené à écrire Nos ennemis, les médias et qui concerne bel et bien ma méthode.Pourtant, elle était assez évidente merci, cette faiblesse.Je vais donc faire ici même le travail que trop d\u2019incompétents n\u2019ont pas été capables d'accomplir en se penchant sur Nos ennemis> les médias.La grande faiblesse de ce dernier livre, donc, et je le dis sans ambages, c'est qu'il repose justement sur une méthode propre au sciences humaines qui implique qu'on le veuille ou non, une part de subjectivité dans les résultats ainsi circonscrits.Cela étant d'autant plus vrai que je suis un militant indépendantiste.Facile, pour un critique, aurait été de dire que mes résultats sont biaisés à cause de ma trop grande subjectivité, que si mon travail était refait par un fédéra- \u2022 \u2022 â i nvr N Ml# - Vf !» \u2022 I f \u2022# 215 liste, il y a fort à parier que ses résultats seraient diamétralement opposés aux miens.Aux Éditions du Québécois, on a réfléchi à ce problème et on a tenté d\u2019imaginer, du mieux qu\u2019on le pouvait, le meilleur moyen de parer de telles attaques.Notre seule réplique possible aurait été de dire : « Très bien, alors effectuez le travail qu\u2019on a accompli, et après ça, on comparera nos résultats ».Bref, rien de très percutant comme réplique.Comme quoi, il était possible de critiquer tout aussi durement qu\u2019honnêtement mon livre.Nul besoin de pervertir mes propos pour me déstabiliser donc.Mais ce n'est pas tout, puisque M.Lamoureux soutient en terminant que les conclusions auxquelles j\u2019en arrive dans Nos ennemis, les médias, consistent à réclamer que le groupe Gesca, par exemple, adopte un contenu parfaitement équilibré entre les idées indépendantistes et fédéralistes.Là, quand même, il pousse le bouchon assez loin.Tout ce que je dis dans Nos ennemis, les médias, c\u2019est que les grands principes démocratiques impliqueraient que la couverture médiatique effectuée dans le dossier de la question nationale soit équilibrée.Mais je ne suis certainement pas assez naïf pour croire qu\u2019il en sera un jour ainsi.Enfin, pas tant que nous laisserons nos ennemis contrôler totalement la diffusion des idées politiques dans la société québécoise.La conclusion que l\u2019on se doit de tirer de Nos ennemis, les médias, c\u2019est que le laxisme dont a beaucoup trop fait preuve le mouvement indépendantiste eu égard aux médias doit aujourd\u2019hui être combattu énergiquement.Il est plus que temps que nous reprenions en mains nos communications.C\u2019est ce que nous tentons d\u2019ailleurs de faire, à notre façon, avec le journal Le Québécois, avec les Éditions du Québec et avec Québec-Radio. Il 216 Tout ça pour dire que la critique d\u2019Alexandre Lamoureux, ne convainc pas.On me dit que L'Action nationale n\u2019endosse pas nécessairement les propos formulés par ses critiques littéraires.Fort bien.Mais il faudrait l\u2019écrire à quelque part dans les pages de cette illustre institution.Il ne faudrait pas que certains lecteurs en viennent à associer de trop près des textes comme celui de M.Lamoureux à cette revue jadis fondée par Lionel Groulx qui y a investi toute son intelligence, tout comme ses successeurs d\u2019ailleurs.I Patrick Bourgeois Auteur de Nos ennemis, tes médias.Petit guide pour comprendre la désinformation canadienne, Québec, Éditions du Québécois, 2005.\u2022 tf J t L.' 9 : * '9 \u2022 4 217 LIVRES REÇUS Paul-Émile Roy Il faut achever la révolution tranquille, Louise Courteau Éditrice, 2006, 108 p.Denis Monière 25 ans de souveraineté.Histoire de la République du Québec, Les Éditions du Québécois, 2006, 174 p.Jean Lamarre Les Canadiens français et la guerre de Sécession 1861-1865, VLB Éditeur, 2006, 186 p.Bruno Roy Journal dérivé III.L'espace public 1970-2000, XYZ éditeur 2006, 238 p.Jacques Coté Salut l'indépendance.Écrits sociopolitiques, Les Éditions du Québécois, 2006, 158 p.Micheline Cambron et Laurent Mailhot André Brochu, écrivain, Cahiers du Québec, Collection Littérature, Éditions Hurtubise, 2006, 223 p.Conseil de la souveraineté Parlons de souveraineté à l'école, Éditions Les Intouchables 2006, 142 p.y Ml 2l8 Andrée Fortin Passage de la modernité.Les intellectuels québécois et leurs revues (1778-2004), 2e édtion, Les Presses de l'Université Laval 2006, 445 p.y \u2022 \u2022 I * \u2022 » f \u2022 ifl f* *\u2022 M \u2022 \u2022\u2022 t i# \u2022 \u2022 \u2022 / * \" » ifih 1 ¦m VJi Wl/ \u2022 t # \u2022\u2022o I l(*t 219 .V \u2022 \" HI INDEX DES ANNONCEURS M If f I r 172 Rassemblement pour un Pays souverain 49 Allard & Carrière 6 Caisse d\u2019économie solidaire Des jardins 49 Sansregret, Taillefer et Associés 5 o Devoir, Le 172 Société Saint-Jean- Baptiste de la Mauricie M 172 Mouvement national des Québécoises et Québécois wfM m\\u 172 Société Saint-Jean- Baptiste du Centre du Québec 220 Optimum, Gestion de placements 49 Translatex Communications + .vu.kl If »t > ¦lü.të ; Khi \u2022 » ' ' ' % lift 1, * %\u2022 ' »\u2022 \u2022?i I \\ r Campagne de dons 2006 Il L\u2019Action nationale émet des reçus fiscaux déductibles de l\u2019impôt du Québec en vertu de son statut d\u2019organisme d\u2019éducation politique PAR CHÈQUE OU PAR CARTE DE CRÉDIT L'Action nationale 1215, rue de la Visitation bureau 101, Montréal (Québec) H2L 3B5 téléphone : (514) 8458-8533 ou 1-866-845-8533 (paiement internet sécurisé : www.action-nationale.qc.ca) J R# ' - W r$\u2018 WA w.OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC / I I cofinance \u2022\tGestion indicielle \u2022\tGestion privée \u2022\tGestion active en actions et en obligations \u2022\tGestion équilibrée Le succès de Optimum gestion de placements repose sur l'expertise de ses gestionnaires appuyés par une équipe de spécialistes qualifiés, sur des styles de gestion bien définis et sur une collaboration étroite et durable avec chacun de ses clients.Pour de plus amples informations : Sophie Lemieux, M Sc., Directrice, Développement des affaires Éric Ouellet, B.A.A., Pl.Fin., Directeur, Développement des affaires 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1740, Montréal (Québec) Canada H3A 3G5 Téléphone : (514) 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 www.groupe-optimum.com ® Marque de commerce de Groupe Optimum inc.utilisée sous licence \u2022 9 » ) .\u2022 221 n CLUB DES 100 ASSOCIÉS I Urn Marcel Henry Henri Joli-Cœur Lucie Lafortune \u2018j* Anna Lagacé-Normand j\" Bernard Lamarre Denis Lazure Richard Leclerc Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Roger Masson Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin ÿ Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost René Richard 'j' Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier ~\\ Réal Trudel Cécile Vanier André Verronneau Claude-P.Vigeant Madeleine Voora Fernand Allard Patrick Allen \u2018j* François-Albert Angers 'j* Gaston-A.Archambault 'j' Jean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron François Beaudoin Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin | Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx 4 I i \\6nale A Rédaction L article demandé peut comprendre de io à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par S DM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L'Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en pages Sylvain Deschênes #1 Stagiaire en communication Mélanie Quevillon Impression Marquis imprimeur If fl LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Guy Bouthillier Hélène Chénier Delmas Lévesque Pierre Dupuis Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Gilles Rhéaume Président Denis Monière Vice-président Pierre Noreau Secrétaire Jacques Brousseau Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Ex Officio Robert Laplante Membres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Jean Genest Jean-Marc Léger Georges Meyers Membres Dave Anctil Pierre de Bellefeuille Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Eric Devlin Benoît Dubreuil Christian Gagnon Alain Laramée Gilles Lavoie Anne Legaré Geneviève Légaré Yves Michaud Jacques-Yvan Morin André Poupart Guillaume Rousseau Paul-Émile Roy Mission Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif J f \u2022 \u2018 1 \u2022 é % I # * » .Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.ABONNEMENT ÎO numéros numéros Prix André-Laurendeau Le prix André- Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l'année.Abonnement 60 $ no $ Institution io8 $ 180 $ Abonnement de soutien Fondation Esdras-Minville 150 $ 250 $ Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.Étudiants 35 $ 61 $ Autres pays ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 120 $ 198 $ Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an Paiement par VISA ou Mastercard accepté L A CTI ON NA TI ON ALE 1215, rue de la Visitation, bureau ioi, Montréal (Québec) H2L 3B5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 Pour nous joindre par courriel : revue @ action-nationale .qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d\u2019aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d\u2019envoi postal » CdLTlElcla « Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada à notre adresse ». I f.A \\ y r 7 > I -\u2022 JL »*: / v*.:.m ÏCKE r »\tf»trt ,4 « \u2022 # r J z' % 7 v Z, 3 â i Location d'outils 28 succursales \u2022 50 000 outils Québécoise depuis 1907 1 'i I www.simplex.ca » I ¦ I - \u2022 »# J » y volume XCVÏ numéro 4 et 5 AVRIL/MAI 2006 envoi de publication P AP N° 09113 N° de la convention 0040012293 «* \u2022' A "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.