L'action nationale, 1 juin 2006, Juin
[" Éditorial WNtsae Dans la nuit du 24 juin -Robert La plante Articles Une politique déconnectée -Pierre Vadeboncoeur Le « déséquilibre fiscal », savoureux et dangereux euphémisme -Jean-Marc Léger Histoire d\u2019une confusion -Charles Courtois George Orwell, combattant et témoin de la guerre civile espagnole -Louis Ci II L\u2019honneur de la gauche québécoise -Louis Cornellier 13 ri NATIONALE 29 38 Dossier Ressources naturelles : les enjeux Port méthanier sur le Saint-Laurent : Un risque pour l\u2019économie du Queb ec -Pierre-Paul Sénéchal Notre forêt est notre meilleur gage de prospérité -Comité de relance et de diversification du secteur des Coteaux Énergie éoliennne : Hydro-Québec doit rester maître -Gabriel Ste-Marie V\u2019ià l\u2019bon vent, v\u2019ià l\u2019joli vent -Charles Paradis 46 82 mm 104 122 Lire les essais 128 Livres reçus 153 Volume XCVI numéro 6 JUIN 2006 Index des annonceurs 155 lî Fernand Leduc Oriental 1954 Huile sur toile 116 x 80,5 cm Collection du MNBAQ © SODRAC 2006 Fernand Leduc « Libérer la lumière » au Musée national des beaux-arts du Québec Du n mai au 15 octobre 2006 8z, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) HzX 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure d'histoire ; Richard (Servais, philosophe; Lise Lebrun, animatrice communautaire; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales', Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean- Louis Bourque ; Hélène Pedneault ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucia Ferretti (UQTR); Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Univsersité de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.» \u2022 if'.I i > A Nouvelle adresse L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 (même numéro de téléphone, même courriel et même adresse de site internet) 2 ÉDITORIAL Robert Laplante DANS LA NUIT DU 24 JUIN Ces lignes s\u2019écrivent sous une grisaille tenace qui a donné au mois de mai des allures de pénitence.Les trop nombreux jours de pluie ont gorgé la verdure en nous privant du spectacle de ce lent passage des pâleurs indécises à raffermissement des tons qui donne habituellement à notre printemps son rythme et ses éclairages.Les nuages ont mangé la lumière, abolissant dans l\u2019étirement des jours ce que le vie renouvelée devrait avoir d\u2019euphorisant.Le temps qu\u2019il a fait a, férocement rejoint le temps des hommes quand l\u2019histoire piétine.Et c\u2019est dans l\u2019atmosphère glauque d\u2019un pays qui vit dans le récit informe de sa propre torpeur que nous abordons l\u2019été, accablés d\u2019une morosité qui n\u2019en finit plus de semer le doute et le désabusement.La déliquescence du gouvernement Charest, le sentiment confus que tout tourne à l\u2019eau de boudin, un discours médiatique qui distille le dénigrement au point de laisser le pays à la périphérie de lui-même, le Québec actuel impose à ses citoyens une expérience cruelle.Une culture du défaitisme et de la résignation s\u2019installe peu à peu, comme si l\u2019impuissance et la médiocrité avaient fini par abolir l\u2019horizon.Quelque chose est en train de sombrer.Ce n\u2019est pas tant que notre société ne soit plus capable de grandes réalisations.Ce t ê \u2022 4 4 3 qui est sur le bord d\u2019être englouti, c\u2019est l\u2019évidence que nous avons de nous-mêmes comme majorité, capable non seulement de rêver mais d\u2019accorder son labeur à sa volonté.La confiance collective vacille.Cela tient d\u2019abord et avant tout à une réalité brutale qu\u2019on ne cesse de tenter de nier, de ne pas s\u2019avouer : le carcan Canadian étouffe notre État.Gouverner le Québec ce n\u2019est plus désormais que gérer l\u2019impuissance.Ce qui devrait être notre plus fort levier, l\u2019État du Québec, n\u2019est plus désormais qu\u2019un miroir de notre incapacité, de notre incomplétude.La politique du gouvernement Charest ne sert plus qu\u2019à briser notre cohésion pour ajuster notre vie aux conditions que le Canada nous dicte.Et cela se paie du prix de la cohésion nationale, des chicanes de gueux pour se disputer des ressources raréfiées, du ratatinement des aspirations et du doute sur nos capacités.La soumission à l\u2019ordre Canadian, c\u2019est d\u2019abord et avant tout le consentement à se voir minoritaire, à la charge de, à la remorque de, à la discrétion de t t « Le sentiment de vacuité qui se dégage de la vie politique provinciale a beau être éprouvant, il n\u2019en reste pas moins normal et prévisible.Notre sort est désormais réglé dans le Canada.Et ce n\u2019est plus à Québec qu\u2019il se décide.En continuant de tourner notre regard vers notre Assemblée nationale nous sommes désormais condamnés à n\u2019y voir que spectacle dérisoire, à n\u2019y trouver que déception et désabusement.L\u2019essentiel se passe désormais à Ottawa.Et nous n\u2019y serons jamais qu\u2019une matière à alliances.Il s\u2019en trouve certainement plusieurs chez les Conservateurs pour s\u2019en réjouir, pour y voir des occasions de carrière et s\u2019imaginer grandis par les rôles d\u2019intermédiaires ou d\u2019entremetteurs.Mais tout cela ne se traduira jamais que par des simagrées pour valoriser des miettes. 4 4 On ne régresse pas dans l'enthousiasme et l'euphorie.Il n'y a pas de projet de société à se voir réduire au statut de minoritaire après s\u2019être presque posé comme maître chez soi.Le Québec de ce printemps 2006 est pris de vertige au seuil du précipice provincial.Aux inconditionnels du Canada qui voudraient faire comme si de rien n'était, il faut opposer la solide fierté de ce que nous sommes devenus au terme des combats qui nous ont faits ce que nous voulons devenir.Aux politiciens souverainistes qui ne trouvent plus les mots et encore moins les gestes pour s\u2019arracher, il faut dire notre refus de les suivre.Nous n\u2019avons pas fait tout ce chemin pour les regarder s\u2019enliser dans le marécage où la faiblesse de caractère et le défaut de la volonté les pousse.» l \u2022 l< l- Nous ne nous laisserons pas faire.Nous ne laisserons pas dégrader notre Assemblée nationale.Nous ne laisserons pas les résignés, les timorés, les soumis la dénaturer.Nous sommes un peuple et nous allons nous le redire à nous-mêmes en nous célébrant comme nation.Nous témoignerons contre le découragement, nous braverons les injonctions des jeteurs de sort qui haussent le ton pensant nous faire plier l'échine.'If Il faut célébrer le 24 juin, notre Fête nationale en nous raccordant à ce chaleureux partage du sentiment d'inachèvement qui donne à nos rassemblements populaires cette teinte si caractéristique.Aux courtiers en impuissance, aux fossoyeurs de nos aspirations nationales, il faut opposer la force tranquille de la certitude qu'un jour cela va finir, cette morosité, ce défaitisme.Il faut se ressourcer aux symboles qui nous rassemblent.La propagande ne peut rien contre l'attachement durable à tout ce qui s'exprime dans la fête authentique.Nous ne célébrerons pas notre enfermement.Nous nous réunirons autour L 5 des feux de la Saint-Jean pour redire à ceux-là qui cherchent à nous enfirouâper que nous ne sommes pas dupes.Le Québec n\u2019a pas fini de grandir.Nous avons, comme dit Gilles Vignault « un travail à finir ».Nous sommes tenaces et capables de la plus grande abnégation.Il ne nous reste qu\u2019à nous étonner de notre propre audace pour surprendre le monde.Il se pourrait bien que cela commence un soir de fête, dans la joie de savoir et d\u2019éprouver que la vie est plus forte que la mort.Il se pourrait bien qu\u2019un brasier naisse d\u2019une étincelle jaillie du bûcher dans la nuit du 24 juin.De cette année ou d\u2019une autre.? Et ? \u2022 ; #ci | * Doctorant en histoire à l'UQAM et à l'Institut d'études politiques de Paris \u2022 # J 17 Ainsi, le présent tollé autour de l'enseignement de l'histoire à l\u2019école impose de s'interroger sur ce que doit enseigner l\u2019école d\u2019abord et sur l'histoire de l\u2019enseignement scolaire ensuite.A quoi doit servir l\u2019école ?Elle doit former des citoyens québécois, des esprits sains dans des corps sains, qui maîtrisent les références de base de notre culture nationale et un savoir de base qui leur permettra de gagner leur vie et de s'épanouir.N'oublions pas, tout de même, que le Québec a exigé un minimum d'autonomie en 1867 dont une souveraineté sur l'éducation précisément pour garantir sa survivance identitaire et la transmission de sa culture nationale, exigences qui n'ont jamais perdu de leur brûlante actualité.Pour former des citoyens québécois, il importe particulièrement de transmettre la mémoire nationale et la culture québécoise, peu importe l\u2019origine ethnique de l'élève.C\u2019est comme ça que se définit l'inclusion démocratique, celle de la citoyenneté républicaine.Les exceptions confirment la règle.L'identité nationale finlandaise existe sans que l'immigration, la minorité suédoise ou la minorité laponne n\u2019en limitent la pertinence pour définir la Finlande, pas plus que l\u2019appartenance du pays à l'Union nordique et à l\u2019Union européenne.Le fait que tous les Québécois ne soient pas de la même origine est une banalité, les nations faisant exception par leur uniformité absolue comme l'Islande sont rarissimes.La culture nationale du Québec est clairement définie par l'histoire et la langue.Elle ne se limite pas à une pureté ethnique illusoire d'un groupe quelconque.Va-t-on dire qu\u2019Émile Zola ou Alain Finkielkraut ne sont pas des auteurs français parce qu\u2019ils ne sont pas des Franco-Français d'ascendance gauloi- ¦ i8 se ?Que dire d\u2019Émile Nelligan ou de Luck Mervil : ne sont-ils pas québécois à part entière ?Cette culture québécoise ne se transmet pas uniquement par la naissance et la famille mais aussi et surtout, comme dans tout État-nation moderne, par l\u2019école publique.C\u2019est particulièrement vrai du Québec : comme ses voisins Canadian et états-unien, le Québec doit intégrer son immigration.S\u2019il ne le fait pas à l\u2019école, il ne le fera nulle part.Et s\u2019il ne le fait pas, il mettra en péril la reproduction de la nation.La nation québécoise n\u2019a pas encore exprimé le souhait de se saborder, quoi qu\u2019en aient nos partisans de cette lobotomie de la mémoire nationale.#: * s » l >1 < > \u2018MJ, C\u2019est une constante depuis 1763 et 1774 que la nation québécoise veuille durer envers et contre toute tentative de l\u2019assimiler.L\u2019enjeu de l\u2019intégration n\u2019est pas seulement celui de la transmission d\u2019une culture, c\u2019est aussi celui de la vie civique, de la création et de la reproduction d\u2019une communauté nationale qui définit la démocratie.Les citoyens québécois doivent avoir en partage la langue et les valeurs fondamentales de la nation pour la démocratie québécoise.Tout cela passe par l\u2019assimilation d\u2019un patriotisme québécois.Ces valeurs et cette culture québécoises sont exprimées dans les deux chartes fondamentales du Québec, la Charte des droits et libertés et la Charte de la langue française.Elles forment ensemble le plus petit dénominateur commun de la citoyenneté québécoise, les pierres de touche de sa constitution encore inachevée.Elles dessinent les contours de la citoyenneté et du patriotisme québécois dans lesquels elles s\u2019enracinent et s\u2019épanouissent.Précisons d\u2019emblée que ces valeurs et cette langue en tant que pierres angulaires sont au-dessus de la question poli- H » 4 e t \\ \u2022 It *¦ I 19 tique : certains estiment que la nation québécoise se portera mieux dans la fédération, d\u2019autres dans la réalisation d\u2019une confédération proprement dite telle que prévue dès 1867, d\u2019autres encore dans l\u2019indépendance et ils sont nombreux.On ne peut faire comme s\u2019ils n\u2019existaient pas.Mais au-delà des options politiques préférées de chacun pour le Québec, dénominateur principes fondamentaux forment le commun qui permet notre « vivre ensemble », la solidarité nationale qui garantit à tous les citoyens une liberté et une égalité en même temps qu\u2019elle garantit perpétuation de la nation, les deux allant de pair.L\u2019immigration au Québec doit être réussie et pour être réussie elle doit être intégrée dans le respect de l\u2019esprit de deux Chartes : cela va dans les deux sens, la nation intègre l\u2019immigrant dans le respect des principes de ces deux Chartes et l\u2019immigrant s\u2019intégre en les respectant.L\u2019immigration et la diversité ethnique en soi ne forment pas une fin, ne répondent à aucune exigence transcendante de la morale universelle ou divine.L\u2019immigration est une politique, qui vise à permettre à la nation d\u2019augmenter le nombre de ses citoyens, étant donné la faible natalité québécoise.Si elle n\u2019intègre pas les nouveaux arrivants ou leurs descendants, élèves de l\u2019école publique, comme des citoyens québécois à part entière, qui ont assimilé et endossent les principes retenus dans les deux Chartes, alors elle échoue.La nation québécoise ne peut s\u2019offrir le luxe de faire échouer cette politique, auquel cas il vaudrait mieux la remiser que propager l\u2019échec.Quelle histoire enseigner ?Outre les autres compétences de base que l\u2019école doit enseigner à tous les enfants québécois, l\u2019école doit répondre d\u2019une mission de transmission des valeurs québécoises et 20 de la culture québécoise à tous, peu importe leur origine ethnique : tous doivent être intégrés comme citoyens.Un patriotisme républicain de bon aloi est le ciment du vivre-ensemble démocratique.Tant que l'Assemblée nationale ne déclare pas la culture nationale caduque et à abandonner, pour réaliser par une infamie qu\u2019on n\u2019ose imaginer le rêve de Durham, il en sera ainsi, comme dans tous les États-nations de la Terre.Rappelons-le, le peuple québécois a été reconnu en 1774 et son État, à souveraineté partielle, en 1867 et rien ne permet de dire qu\u2019il souhaite remettre en cause aujourd\u2019hui sa propre existence et descendance.Plus encore, aucune morale ne permet d\u2019euthanasier ce peuple en détruisant sa mémoire, la vie des peuples est un droit naturel reconnu par l\u2019éthique la plus élémentaire et la déclaration universelle des droits de l\u2019ONU.I Une première exigence pour transmettre la culture québécoise et permettre à tous les enfants de devenir des citoyens québécois, participants sans entrave à la démocratie nationale, est bien sûr la maîtrise du français.* La maîtrise du français doit être garantie à tous à la fin du cursus scolaire, c'est la mission de toutes les écoles du Québec, de toutes les commissions scolaires.Bien sûr le degré de maîtrise n\u2019est pas défini à l\u2019identique selon qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019école française ou de l\u2019école anglaise, mais une scolarité adéquate dans tous les cas doit assurer que le diplômé maîtrise suffisamment le français pour participer et comprendre la vie nationale.L\u2019enseignement du français est culturel et s\u2019alimente de l\u2019enseignement littéraire.L\u2019autre élément fondamental à la transmission de la culture québécoise à tous les enfants du Québec est l\u2019enseignement de l\u2019histoire-géographie.Il faut que l\u2019élève puisse se situer dans le monde et connaître le Québec, son territoire et son 21 histoire.Il doit connaître la mémoire nationale.Cette mémoire est définie par les origines, les conflits, la volonté de durer malgré la Conquête et la reprise graduelle de la maîtrise du pays.Voilà ce qui permet de comprendre le Québec d'aujourd\u2019hui.Voilà ce qui permet aussi d'intégrer tous les citoyens afin qu'ils comprennent les ambitions du Québec d\u2019aujourd'hui : encore une fois précisons que cette question dépasse les options politiques.L'éducation nationale est nécessaire pour former des citoyens : elle n'est pas nécessairement nationaliste mais bien patriotique.La patriotisme ne se sépare pas de la démocratie, il est le socle des vertus civiques.Et disons encore plus, le patriotisme demeure une vertu civique de base nécessaire à la démocratie tout particulièrement au Québec dans la situation pleine de défis que la politique et la géographie lui définissent.Contenu de l\u2019histoire enseignée Passons sur le ridicule de la pédagogie en révolution perpétuelle depuis quarante ans.Notre ministère de l\u2019Éducation nous inflige un délire de pédagogie benoîtement rous-seauiste, loufoque, qui est incapable de se baliser par le simple bon sens.Il y a donc beaucoup à faire auprès du ministère et des commissions scolaires.Concentrons-nous sur l\u2019histoire.Quel contenu enseigner ?Une confusion s\u2019installe des plus petits détails jusqu\u2019à l\u2019esprit même de l\u2019histoire scolaire à enseigner.Commençons par les détails et les éléments importants de cet enseignement avant d\u2019aborder la nature de l\u2019histoire appropriée à l\u2019école comparée à l\u2019histoire universitaire. Jacques Cartier a-t-il découvert le Canada ?Ou Jean Cabot ?On entend souvent cette question dans le débat sur renseignement, comme une soi-disant preuve de la relativité de toute chose.Pour qu\u2019elle ait un sens, on l\u2019oublie, il faudrait définir le « Canada ».Du temps de la Nouvelle-France, distinct de l\u2019Acadie et de la Louisiane, le « Canada » désignait ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la Laurentie ou le Québec.Cartier a découvert le Saint-Laurent et donc le Québec.Cabot quant à lui n\u2019a pas découvert le « Canada » mais Terre-Neuve, et rien que Terre-Neuve, qui ne fait partie du Dominion du Canada que depuis 1949.D\u2019autres explorateurs britanniques ont découvert la Colombie-Britannique au XVIIIe siècle : sans définition du « Canada », la question est absurde.Mais Cartier est bien l\u2019explorateur fondateur pour le Québec puisqu'avec sa découverte officielle du Saint-Laurent, le roi de France prit officiellement possession de la Nouvelle-France, ce qui permit ensuite la fondation effective de la colonie par Champlain.La Conquête est-elle une invasion militaire ou une cession ?Aussi incroyable que cela puisse paraître, car tout le monde connaît la bataille des plaines d\u2019Abraham et la déportation des Acadiens, la mode est de dire qu\u2019il n\u2019y a pas eu conquête mais « cession ».C\u2019est une confusion totale.La France a perdu la Guerre de Sept Ans, dite aussi « French and Indian War» aux USA et guerre de la Conquête ici.Sans cette défaite militaire, on ne pourrait expliquer que le Traité de Paris « cédât » officiellement ce que les batailles ont perdu, en l\u2019occurrence les Indes et la Nouvelle-France.Franchement, est-ce qu\u2019en 1783 l\u2019Angleterre a octroyé l\u2019indépendance aux USA ou reconnu sa défaite ?Les combats de la France partiellement plus victorieux sur le Continent ne lui permirent pas de récupérer 23 vrt son empire d\u2019outre-mer perdu, les batailles européennes n\u2019affectant guère l\u2019Angleterre qui s\u2019en était entièrement saisi, hormis quelques petites exceptions.L\u2019auto-persuasion compensatoire à Versailles d\u2019avoir sauvé les meubles avec les îles à sucre ne change rien à l\u2019affaire.Elle ne dura d\u2019ailleurs que jusqu\u2019à la première occasion de revanche, cueillie avec la révolte des Treize Colonies.Sans défaite militaire à Québec, la Nouvelle-France ne pouvait être cédée.Le Traité de Paris reconnaît officiellement ce que les armes ont réglé.Cette polémique en est donc une fausse comme celle de Cartier, reposant sur des prémisses erronées en logique.La Conquête est-elle le cadeau providentiel d\u2019un progrès moral qui amène la démocratie au Québec ?Ah ! Bigre !, cette question est la plus absurde de toutes et la plus insidieuse qui soit.Elle est vieille comme les adversaires de Carneau et Groulx qui proposaient de voir la Conquête comme une oeuvre de la Providence qui permit au Québec d\u2019échapper à la République.Aujourd\u2019hui cette conquête lui aurait permis tout aussi providentiellement d\u2019échapper non pas à la République mais à l\u2019absolutisme.On croirait que ces bonnes âmes arrêtées au constat des Montesquieu et Voltaire vers 1720 et 1730 sur la tolérance anglaise.Observant les civilisations anglaise et française au long des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, il faut être d\u2019une rare outrecuidance pour prétendre la civilisation anglaise supérieure en tout point et sans partage sur la française, si influente, éclatante et prestigieuse au cours de ces siècles.Y compris sur le plan de l\u2019évolution des principes démocratiques avec la Déclaration des droits de l\u2019homme et du citoyen de 1789.À l\u2019époque où Voltaire et Montesquieu admirent la nouvelle constitution anglaise vers 1730, la France est marquée par le 24 retournement absolutiste et intégriste imposé par le vieux Louis XIV en contraste avec la tolérance d\u2019Henri IV.Or l\u2019absolutisme s\u2019est imposé en France à l\u2019issue de la Fronde.Les années 1640 furent des années de révolution à travers l\u2019Europe : indépendance du Portugal, tentative catalane, révolution anglaise, etc.La révolution anglaise déboucha sur la dictature puritaine de Cromwell et le massacre des Irlandais.Pas de quoi définir là l\u2019achèvement du progrès démocratique.La Révolution de 1688 stabilise l\u2019Angleterre, y restaure un certain libéralisme, il est vrai.\u2022 I I Mais ce libéralisme est incomplet.La discrimination est totale envers les catholiques et l\u2019exploitation cruelle de l\u2019Irlande n\u2019a pas d\u2019équivalent parmi les provinces françaises ; aucune province de France ne représente comme l\u2019Irlande un peuple paria du royaume.L\u2019exploitation de l\u2019Irlande ne permet pas de voir en l\u2019Angleterre le summum de l\u2019humanité aux XVIIIe et XIXe siècles, époque où d\u2019autres démocraties occidentales la dépassent en termes de droits des citoyens, sans discrimination, de la Suisse aux Pays-Bas en passant par la République française et la Belgique.Ces deux réalités cruelles de discrimination du Royaume-Uni contre les catholiques et les Irlandais sont de bien mauvais augure pour le peuple québécois qui passe sous tutelle britannique en 1763 juste après le nettoyage ethnique de l\u2019Acadie.Heureusement pour lui, la guerre d\u2019indépendance américaine lui permet d\u2019arracher quelques concessions anglaises et une reconnaissance de ses droits en 1774 que les Acadiens n'ont jamais connue.Avec les révolutions républicaines des États-Unis et de la France, avec leurs déclarations des droits des citoyens, les modèles démocratiques les plus avancés dépassent le libéralisme aristocratique et inégalitaire anglais et ce dès la fin du I I 25 XVIIIe siècle au moment même où l'Angleterre instaure son règne au Québec.Le Québec d\u2019ailleurs n\u2019obtient son premier parlement qu\u2019en 1791 : c\u2019est donc après ces deux révolutions qui proclament la souveraineté nationale.En 1791, le Québec obtient un parlement qui est moins démocratique que celui de la France cette année-là.La souveraineté au Québec demeure royale à cause de la Conquête.C\u2019est tellement vrai que le Parti patriote lutte ensuite pendant un demi-siècle pour obtenir un premier élément de pouvoir démocratique, le gouvernement responsable.Cela ne lui est accordé qu\u2019après une lutte féroce, réprimée dans le sang et accordé seulement dans un cadre politique imposé par Lord Durham pour assimiler les Québécois ou au moins ne pas accorder le gouvernement responsable au Québec mais au Canada-Uni, une souveraineté nationale mise en minorité n\u2019est guère souveraine.C\u2019est-à-dire que la souveraineté de la nation, socle de la démocratie, est interdite au peuple reconnu en 1774, se fait toujours attendre et ne fut que partiellement ressaisie par le Québec en 1867.Et encore là, l\u2019exigence québécoise d\u2019un régime confédéral et non pas unitaire, posée pour accepter l\u2019union élargie, n\u2019est acceptée que nominalement et n\u2019eut de cesse d\u2019être diminuée, bafouée et remise en question.La démocratie au Québec, obtenue de façon partielle et imparfaite avec le gouvernement responsable, est donc surtout due aux combats du Parti patriote et n\u2019est pas venue au Québec avec la Conquête ipso facto avant que la France ne se libère de l'absolutisme, avant que la France ne se l\u2019approprie en 1789.On ne peut affirmer que la Conquête ait accéléré notre accession à la démocratie puisqu\u2019en 1791 la démocratie de notre mère-patrie était un siècle en avance sur celle de la Grande-Bretagne et de son Empire. 26 Il n\u2019y a pas d\u2019ambivalence à enseigner sur la Conquête : il est naturel et par conséquent juste que les Canadians et les Québécois aient dans leurs États respectifs leurs points de vue respectifs.Le Québec n\u2019a pas à enseigner autre chose que le point de vue québécois sur l\u2019histoire : tous ses citoyens ont le droit d\u2019être québécois.Les droits ne se détachent pas de devoirs.L'éducation patriotique en est un pour l\u2019école québécoise, qui assure le maintien de nos droits à travers les générations.La relativité absolue ne fait pas un enseignement scolaire sensé.Imagine-t-on l\u2019école publique française négliger 1789 et mettre sur le même pied l\u2019interprétation républicaine et l\u2019interprétation royaliste de la Révolution ?Il y a pourtant des familles en France de toutes opinions et de toutes origines, y compris des monarchistes et des aristocrates.Enseigner la confusion n\u2019aurait pas plus de sens ici que là-bas ! Histoire et historiographie Que dire de cet ordre inouï de confusion quant à l\u2019enseignement de l\u2019histoire ?Il appert que nos pédagogues et consultants patentés aient confondu l\u2019historiographie des débats de séminaire ou de ier cycle universitaire avec l'enseignement scolaire.L\u2019histoire de manuel scolaire ne vise pas à former un chercheur, spécialiste ou historien professionnel.Elle doit transmettre une mémoire nationale, une compréhension de l\u2019histoire nationale et du monde.Elle permet l\u2019acquisition d\u2019un savoir basique qui fait partie de la culture générale et qui permet aux éventuels bacheliers en histoire de passer au stade supérieur de l\u2019historiographie grâce à un savoir élémentaire bien intégré.I L\u2019École des Annales a eu bon dos dans ces réformes depuis vingt ans.Pourtant, depuis vingt ans, en France même, la discipline historique a vécu un renouveau de l'histoire poli 27 tique.Celle-ci n'a pas fait table rase des Annales mais a intégré ses acquis pour se renouveler.Même que des pontes de l\u2019École des Annales se sont adonnés à l'histoire politique, tel Jacques Le Goff et sa monumentale biographie du roi Saint-Louis publiée voilà déjà dix ans.Il n\u2019a renié ni la République, ni l\u2019École des Annales et la nouvelle histoire pour autant ! Il serait peut-être bon que notre ministère de l\u2019Éducation soit vraiment à la page ?Le déconstructivisme a fait son temps.Or, insistons, il le faut, pour rappeler que malgré la détestation par Fernand Braudel de l\u2019histoire diplomatico-politique, de fhistoire de manuels, il n\u2019a jamais contesté l\u2019existence de l\u2019identité nationale française : la France était pour lui une civilisation clairement définie.Citons les Écrits sur l'Histoire du plus grand historien des Annales : « Il y a, qu\u2019on lui donne l\u2019étiquette que l\u2019on voudra, une civilisation française, une allemande, une anglaise, une italienne, chacune avec ses couleurs et contradictions internes.»x Les contradictions internes au Québec, vérité banale, ne donnent pas au ministère de l\u2019Éducation du Québec la mission de déconstruire l\u2019appréciation par les Québécois de leur propre civilisation, au contraire.Simplement, pour Braudel, il ne fallait pas faire de la nation un vase clos, fausse conception.Jamais ces historiens des Annales n\u2019ont déconstruit l\u2019enseignement scolaire de l\u2019histoire.Ils n\u2019ont pas confondu école et université, culture générale et formation de spécialiste.En France, l\u2019enseignement de l\u2019histoire-géographie obligatoire correspond à la totalité de nos années de secondaire et de cégep, et la trame de l\u2019histoire nationale n\u2019a pas disparu au profit de schémas socio-économiques désincarnés et prétendument a-nationaux.Pour conclure, terminons par cette réflexion de Lionel Groulx, historien débutant, il y a quasiment un siècle : 28 Nulle part, peut-être, le nationalisme n'est plus désavoué, plus bafoué qu\u2019au Canada français.Nulle part le mot n'a de sens plus péjoratif.Cependant quel petit peuple au monde serait tenu plus que le nôtre, de façon plus impérieuse et plus légitime, à l'attitude et à l'action nationalistes ?Mais alors au prix et au nom de quelle déraison et au prix de quels périls voudrait-on qu\u2019il s'en dispensât ?1 2 Le fait d'apprécier ou non le chanoine ne change rien à la logique implacable de cette réflexion.Cette vérité logique ne s'applique pas moins au Canada français devenu Québec moderne, mais d'aucuns esprits hypnotisés demeureront réfractaires à la logique cartésienne.Aucun pourtant ne pourra récuser une vérité de bon sens : une des premières vertus civiques est le patriotisme.Et comme ses voisines Canadian et états-unienne, l'école qué bécoise doit transmettre le sien, le patriotisme québécois fondé sur les deux Chartes québécoises.C'est cela l'éducation citoyenne québécoise, patriotisme qui repose aussi pour être bien assimilé, sur une mémoire et une culture québécoises, à transmettre et à rendre accessibles à tous ses citoyens sans distinction d'origine ni de religion.Cela vaut aussi pour les fédéralistes puisque pour maintenir vivantes les deux langues du Canada il faut forcément que le foyer français vive, et c\u2019est le Québec, et sa reproduction passe nécessairement par l'école.C\u2019est incontournable.La souveraineté québécoise sur l'éducation n'a pas été arrachée en 1867 pour transmettre une mentalité de lemming suicidaire.Si la raison a encore droit de cité au Québec, elle commandera de terrasser cette bête de l'absurde déconstructiviste et d\u2019engager de vastes réformes du MEQ.et ses commissions comme de la formation des maîtres puis de l'école publique.Nos enfants le méritent bien.?I - 1\tBRAUDEL, Fernand : Écrits sur l'Histoire, Champs Flammarion, 1969, 9.291.2\tCité dans GIGUÈRE, G.-É.: Lionel Croulx, biographie.« Notre État français nous l\u2019aurons ! », Montréal, Bellarmin, 1978, p.47. 29 ARTICLES Louis Gill* GEORGE ORWELL, COMBATTANT ET TÉMOIN DE LA GUERRE CIVILE ESPAGNOLE Il y a 7° ans, le 18 juillet 1936, le général Francisco Franco lançait l\u2019armée espagnole à l\u2019assaut du gouvernement républicain démocratiquement élu cinq mois plus tôt, le 16 février, et plongeait le pays dans une guerre civile qui allait durer près de trois ans, jusqu\u2019en mars 1939, faire près d\u2019un million de morts et se solder par l\u2019instauration d\u2019une dictature qui a étouffé le pays pendant trente-six ans, jusqu\u2019en 1975.Comme on le sait, la résistance spontanée et massive de la population travailleuse espagnole qui, dès le déclenchement de l\u2019insurrection militaire, s\u2019est dressée contre elle les armes à la main, a suscité à travers le monde l\u2019admiration, l\u2019enthousiasme et la solidarité.Voyant dans cette résistance un immense espoir dans la lutte mondiale contre le fascisme et le nazisme, alors déjà implantés dans plusieurs pays, des dizaines de milliers de révolutionnaires et de démocrates épris de liberté, de plus de cinquante pays et soixante-dix nationalités, ont tout laissé derrière eux et conflué vers l\u2019Espagne pour se joindre au combat du peuple espagnol.Parmi eux, le célèbre écrivain britannique George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair, auteur, entre autres, des * Auteur de Ceorge Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984, Montréal, Lux Éditeur, 2005,180 p. 30 romans de renommée internationale que sont La ferme des animaux et 1984.S'étant vu refuser l'accès aux Brigades internationales par le Parti communiste de Grande-Bretagne qui l'avait jugé « politiquement non fiable », Orwell, arrivé en Espagne en décembre 1936, s\u2019est intégré aux milices du Parti ouvrier d\u2019unification marxiste (POUM), un petit parti socialiste antistalinien, politiquement proche de 1\u2019Independent Labour Party (ILP) d\u2019Angleterre, dont il était un sympathisant.Envoyé sur le front d\u2019Aragon, il échappe de justesse à la mort en mai 1937, atteint d\u2019une balle qui lui traverse le cou, ce qui le force à être démobilisé et précipite son retour en Angleterre.Mais cette blessure qui aurait pu être mortelle est loin d\u2019être l\u2019événement qui l\u2019a le plus marqué dans sa participation à la guerre civile espagnole, comme il l\u2019a écrit, dès son retour en Angleterre en juin 1937, dans son livre intitulé Hommage à la Catalogne.Venu en Espagne pour combattre le fascisme, Orwell y a également fait la découverte, au cours de ses six mois sur le champ de bataille, d\u2019un autre ennemi, aussi terrible que le premier, le stalinisme.Fascisme et stalinisme se révèlent à lui comme les deux visages d\u2019un même monstre, le totalitarisme, qu\u2019il a décrit de manière percutante dans 1984 et La ferme des animaux.Orwell a dit de sa participation à la guerre civile espagnole qu\u2019elle a été l\u2019expérience la plus importante de sa vie et qu\u2019elle en influença par la suite tout le parcours : « Chaque ligne de travail sérieux depuis lors, a-t-il dit à la fin de sa vie, a été écrite, directement ou indirectement, contre le totalitarisme et en faveur du socialisme démocratique.dont le véritable objectif est la fraternité humaine (Orwell, 1995-2001, vol.IV, 513 et Orwell, 1997b, vol.XVIII, 319).\u2022.» 31 Le cadre politique de la guerre civile Il faut d'abord rappeler que cette guerre civile, du début jusqu'à la fin, n'a rien eu d'une guerre spécifiquement espagnole et que son sort a été décidé en dernière instance dans les grandes capitales européennes, Berlin, Rome, Paris, Londres et Moscou.Dès les premiers jours, le camp franquiste a pu compter sur une aide militaire massive de l'Allemagne nazie et de l'Italie fasciste, ainsi que des intérêts économiques et financiers internationaux, alors que les « démocraties » européennes voisines qu'étaient la Grande-Bretagne et la France ont refusé de venir au secours du gouvernement républicain légitime que le putsch militaire franquiste tentait de renverser.Pourquoi ce refus ?Parce que le peuple espagnol ne s\u2019était pas uniquement dressé contre Franco, mais qu'il avait, dans son mouvement pour casser l'insurrection militaire, entrepris une transformation de fond en comble de la société : les paysans avaient saisi les terres, les syndicats avaient pris le contrôle de nombreuses usines, des moyens de transport et de communications.Il va sans dire que dans une telle situation, les puissances capitalistes étaient d\u2019abord préoccupées par la sauvegarde de leurs intérêts et que, selon toute évidence, l'instauration d\u2019un régime militaire constituait à leurs yeux une meilleure garantie de leurs investissements en Espagne.\u2022 I .Si la défense de la propriété privée et des intérêts capitalistes a pu amener les « démocraties » européennes à choisir ainsi leur camp, on ne s'étonnera pas non plus de ce que, pour emprunter les paroles d'Orwell, la « Russie soviétique » et son représentant en Espagne, le Parti communiste espagnol, se soient « jetés de tout leur poids à l'encontre de la révolution » alors en marche en Espagne.Pour la bureaucratie totalitaire, la révolution qui se déployait en Espagne ne pou- h# \u2022 32 vait que constituer une menace en risquant de s'étendre à d'autres pays et de raviver en Union soviétique une flamme révolutionnaire qui y avait été étouffée.# Ainsi donc, en décidant, plus de trois mois après le début de la guerre civile, d'intervenir en Espagne en défense du gouvernement républicain que Franco aspirait à renverser, l'Union soviétique posait ses conditions qui, dans les termes d'Orwell, étaient : « empêchez la révolution ou vous n'aurez pas d'armes ! » (Orwell, 1997a, 243).Elle entreprenait simultanément une véritable chasse aux opposants.Ses services secrets omniprésents et omnipotents procédaient à l'enlèvement d'opposants, à la torture et aux exécutions sommaires et recouraient à toutes les techniques de répression déjà largement mises en oeuvre en Union soviétique.N\u2019oublions pas que 1936 est l'année des premiers procès de Moscou et du début des premières purges de masse, exterminatrices de toute la génération des révolutionnaires qui ont réalisé la révolution de 1917, désormais caractérisés comme contre-révolutionnaires par Staline.4.1 La découverte de la terreur stalinienne Orwell lui-même a été la cible de cette fureur stalinienne à laquelle il a finalement échappé de justesse en atteignant la frontière française, en juin 1937, peu de temps avant que soient émises contre lui des accusations d'espionnage et de haute trahison purement fabriquées, passibles de la peine de mort.Il avait également échappé par pure chance aux tirs répétés dirigés contre lui par les staliniens lors des émeutes de masse survenues à Barcelone en mai, quelques semaines plus tôt.Les raisons de ces attaques : sa simple participation, au péril de sa vie, aux milices du POUM, parti qui était désigné par Staline comme un repère de « trotskystes-fascistes » I ¦ k f- 33 complotant avec Franco, Hitler et Mussolini.Pour éviter d'etre arrêté, il avait dû passer ses derniers jours en Espagne dans une semi-clandestinité.Le quotidien du Comité central du Parti communiste de Y Union soviétique, la Pravda ne cachait nullement les intentions du régime et déclarait clairement en décembre 1936, quelques semaines après Larrivée des soviétiques en Espagne : « En Catalogne, l\u2019élimination des trotskystes et des anarcho-syndicalistes a commencé ; elle sera menée à terme avec la même énergie qu\u2019elle l\u2019a été en URSS » (cité par Alba, 1975, 243-244).Pour mener l\u2019opération à terme, il ne fallait reculer devant rien.« Mieux vaut condamner cent innocents que d\u2019absoudre un seul coupable », déclarait la présidente du parti communiste espagnol, Dolorés Ibârruri, connue comme « la Pasionaria» (cité par Alba, 1975, 348).L\u2019un des faits les plus marquants de cette frénésie d\u2019éradication de toute opposition par tous les moyens imaginables est la provocation policière qui a été à l\u2019origine des émeutes de Barcelone en mai 1937 dont la responsabilité faussement attribuée au POUM a été le prétexte à son interdiction et à l\u2019arrestation et l\u2019exécution de nombre de ses militants et dirigeants.« Il est impossible de ne pas être frappé par la similitude des méthodes nazies utilisées en Allemagne et de celles qui ont été utilisées en URSS au nom de la lutte pour le communisme et en Espagne au nom de la lutte pour le fascisme : interdiction de l\u2019opposition et de la dissidence politiques, suppression des libertés, provocations policières et terroristes, persécutions, enlèvements, détentions illégales, torture, assassinats, exécutions sommaires, procès politiques, fabrication de preuves, contrôle de l\u2019information, censure et propagande mensongère, etc.Œuvre de provocateurs nazis, l\u2019incendie du parlement allemand, le Reichstag, le 34 27 février 1933, un mois après l'accession d\u2019Hitler au pouvoir, avait été présenté par les nazis comme un complot communiste qui a servi de prétexte à l'interdiction du parti communiste et à l'arrestation de ses dirigeants et militants.Quatre ans plus tard à Barcelone l'histoire se répétait, mais à une variante près : ce sont les anciennes victimes qui étaient maintenant les bourreaux.Réaction de masse à une provocation policière dirigée par le parti communiste, les soulèvements de mai 1937 étaient présentés par lui comme une insurrection fomentée par le POUM, servant de prétexte à l'emprisonnement de tion.dirigeants et à son interdic- À Barcelone contre les dirigeants du POUM, comme à Leipzig contre les dirigeants du Parti communiste accusés de l\u2019incendie du Reichstag et comme à Moscou contre les dissidents antistaliniens, des procès essentiellement politiques ont été intentés contre des accusés qui ri étaient coupables que de « penser autrement ».Mieux encore, à peine libéré de la répression politique hitlérienne, le principal accusé du procès de Leipzig, le « communiste » Georgi Dimitrov, devenu secrétaire général de l\u2019appareil international dirigé par le Kremlin, le Komintern, prenait le commandement de la répression politique stalinienne contre les militants du POUM, qui étaient arrêtés et jugés au procès de Barcelone, ou détenus sans procès et exécutés.Du passé effacer les traces Ériger le mensonge en vérité et faire table rase du passé est une caractéristique de la terreur stalinienne qui a particulièrement frappé Orwell en Espagne.Pour en illustrer la méthode, laissons parler le haut dirigeant de l'appareil stalinien en Espagne qu'était Jesûs Hernandez : 35 Nous savions manier mieux que quiconque l\u2019arme de l\u2019agitation et influencer les masses pour les pousser vers nos buts particuliers.Si nous nous proposions de démontrer que [certains de nos ennemis] étaient responsables de nos défaites, un demi-million d\u2019hommes, des dizaines de journaux, des manifestes par milliers, des orateurs par centaines établissaient comme certaine la malfaisance de ces citoyens avec un tel acharnement, une telle constance qu'au bout de quinze jours, l\u2019Espagne entière était de notre avis.Quelqu\u2019un a dit qu\u2019un mensonge dit par une personne est simplement un mensonge ; que répété par des milliers de personnes, il devient une vérité relative, et que, proclamé par des millions, il acquiert la valeur d\u2019une vérité établie.Il y a là une technique que Staline complices ont enseignée merveilleusement (Hernandez, 1953, 114).Dans un article de 1942 intitulé « Looking back on the Spanish War», Orwell a décrit cette méthode dans les termes suivants qui annoncent presque mot pour mot le monde fictif qu\u2019il a imaginé dans 1984 : et Je me rappelle avoir dit un jour à Arthur Koestler : « L\u2019histoire s\u2019est arrêtée en 1936 », ce à quoi il a immédiatement acquiescé d'un hochement de tête.Nous pensions tous les deux au totalitarisme en général, mais plus particulièrement à la guerre civile espagnole.Tôt dans ma vie, j\u2019ai remarqué qu'aucun événement n\u2019est jamais relaté avec exactitude dans les journaux, mais en Espagne, pour la première fois, j\u2019ai vu des articles de journaux qui n\u2019avaient aucun rapport avec les faits, ni même l\u2019allure d\u2019un mensonge ordinaire.J\u2019ai lu des articles faisant état de grandes batailles alors qu\u2019il n'y avait eu aucun combat, et des silences complets lorsque des centaines d\u2019hommes avaient été tués.J\u2019ai vu des soldats qui avaient bravement combattu être dénoncés comme des lâches et des traîtres, et d'autres, qui n'avaient jamais tiré un coup de fusil, proclamés comme les héros de victoires imaginaires.J\u2019ai vu, en fait, l\u2019histoire rédigée non pas conformément à ce qui s'était réellement passé, mais à ce qui était censé s\u2019être passé selon les diverses « lignes de parti ».Ce genre de choses me terrifie, parce qu\u2019il me donne l\u2019impression que la notion même de vérité objective est en train de disparaître de monde.A toutes fins utiles, le mensonge sera devenu vérité Laboutissement implicite de ce mode de pensée est un monde a a a 36 cauchemardesque dans lequel le Chef, ou quelque clique dirigeante, contrôle non seulement 1' avenir, mais le passé.Si le Chef dit de tel événement qu'il ne s\u2019est jamais produit, alors il ne s'est jamais produit.S\u2019il dit que deux et deux font cinq, alors deux et deux font cinq.Cette perspective m'effraie beaucoup plus que les bombes \u2014 et après nos expériences des quelques dernières années, il ne s\u2019agit pas d'une conjecture frivole.(Orwell, 1953, 233-236) Dans ce monde de la guerre civile espagnole où Orwell puise brutalement l'inspiration de ses célèbres romans, pour contrôler le futur il faut contrôler le passé, le reconstruire, en effacer ce qui n'est pas conforme au dogme, faire disparaître tout ce qui pourrait témoigner de la vérité, non seulement les documents écrits, mais aussi les acteurs et les témoins des actes.Cela vaut pour les ennemis clairement identifiés.Mais cela vaut tout autant pour les exécuteurs de ces politiques, dont on ne compte plus le nombre de ceux qui, parmi les diplomates et « conseillers » politiques et militaires délégués par l'appareil stalinien, ont été purement et simplement liquidés.\\ I I La plupart ont été exécutés dès leur rappel à Moscou en 1937 et 1938, en tant que témoins encombrants d\u2019une histoire dont il fallait préserver le caractère officiel, selon la méthode qui consistait, par des purges, à « renouveler » continuellement l\u2019appareil et à réécrire en conséquence l\u2019histoire officielle, comme le fit Staline pour l\u2019URSS en 1938 en publiant une nouvelle histoire du parti communiste au terme de la grande épuration des années précédentes.D\u2019autres, pour ce qui est des militaires, ont disparu dans le cadre de la grande purge de l\u2019armée à laquelle Staline a procédé en 1937-1938, dont le premier acte a été l\u2019exécution du maréchal Mikhail Toukhatchevsky et de sept autres généraux, accusés de conspiration avec l\u2019Allemagne au moment même où Staline pensait déjà à l\u2019alliance qu\u2019il souhaitait conclure avec Hitler et qui mènera en 1939 à la signature du pacte germano- \u2022 i ê 1 i è « \u2022 t Ujj 37 soviétique.D'autres enfin ont été victimes de l\u2019antisémitisme stalinien.Peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, écrit l'historien et grand spécialiste des purges staliniennes, Roy Medvedev (1989, 473), Staline faisait arrêter et exécuter « un autre important contingent de vétérans de la guerre civile espagnole, parmi lesquels vingt-deux avaient mérité la médaille de \u201chéros de l'Union soviétique\", certains ayant même été décorés deux fois.Selon toute probabilité, écrit-il, Staline a tué plus de participants soviétiques à la guerre civile espagnole que ne l'ont fait en Espagne les balles fascistes ».Références ALBA Victor, 1975.Histoire du POUM.Le marxisme en Espagne (1919-7939), Paris, Éditions Champ libre, 387 p.Traduit de l'espagnol par Noémie Pagés.HERNANDEZ Jésus, 1953.La grande trahison, Paris, Fasquelle, 254 p.Traduit de l\u2019espagnol par Pierre Berthelin.MEDVEDEV Roy, 1989.Let History Judge.The Origins and Consequences of Stalinism, New York, Columbia University Press, 903 p.Traduit du russe à l\u2019anglais par George Schriver.ORWELL George, 1997a.Hommage à la Catalogne, Paris, Ivrea, 294 p.Traduction française par Yvonne Davet de Homage to Catalonia (1938), Londres, Martin Seeker & Warburg.ORWELL George, 1953.Homage to Catalonia, suivi de Looking Back on the Spanish War, Harmondsworth, Penguin Books, 246 p.ORWELL, George, 1995-2001.Essais, Articles, Lettres, quatre volumes, Paris, Éditions Ivrea et Éditions de l\u2019Encyclopédie des nuisances.Textes réunis par Sonia Orwell et Ian Angus et traduits par Anne Krief, Bernard Pêcheur, Michel Pétris et Jaime Semprun.ORWELL, George, 1997b.The Complete Works of George Orwell ; réalisation de Peter Davison, Londres, Seeker & Warburg, 20 volumes.à \u2022 I ».3» ARTICLES Louis Cornellier* ' i 1 J L\u2019HONNEUR DE LA GAUCHE QUÉBÉCOISE J'ai participé 1997, je crois, au collège de Maisonneuve - au congrès de fondation du Rassemblement pour une alternative politique (RAP), ancêtre de l'Union des forces progressistes (UFP), à titre de militant.Je m'étais inscrit, le samedi matin, dans l'atelier « Langue et culture ».Je me souviens que, après le petit mot d'ouverture de l'animateur, la première intervention d\u2019une militante avait porté sur.la pollution causée par les automobiles et, donc, sur la nécessité de restreindre l\u2019usage de ces engins nuisibles ! Stupéfaite devant un tel manque d'à-propos, ma voisine d\u2019atelier, Andrée Ferretti, avait d'abord cru bon de rappeler que, venant de la campagne, nous n\u2019aurions pu être à ce congrès sans nos voitures, avant de ramener tout le monde au thème de notre rencontre.Comment, donc, avait-elle insisté, assurer l\u2019avenir de la langue et de la culture françaises au Québec ?Affublé d\u2019un feutre mou et discrètement planqué dans un coin de la salle, un défenseur des droits des autochtones lui avait rapidement coupé le sifflet en déclarant que, au Québec, le français était une langue impérialiste ! « Je suis d'accord avec tout ça, avait finalement tranché un genre de comptable à mallette, mais on peut-tu parler des vraies affaires, c'est-à-dire de l'indépendance du Québec ?» c'était en * Chroniqueur au Devoir louiscornellier@parroinfo.net 39 Mettons que ça n\u2019augurait pas très bien pour la cohérence future des troupes.L\u2019après-midi, en plénière, le schisme était déjà consommé.En réplique aux gauchistes de tous acabits qui exprimaient leur refus de voir la souveraineté mise à l\u2019ordre du jour puisqu\u2019elle n\u2019était qu\u2019un moyen et pas nécessairement le bon, Andrée Ferretti, Bruno Roy et plusieurs autres partaient en claquant la porte, scandalisés par ces atermoiements gauchistes encouragés par un Michel Chartrand en feu.Le RAP fut finalement fondé, mais il faisait déjà figure de canard boiteux.Anecdotes ?Et s\u2019il y avait là, plutôt, en concentré, tous les travers qui empêchent la gauche québécoise, depuis des années, de se regrouper en une formation politique sérieuse, cohérente et crédible ?Dans un récent reportage du magazine L'Actualité (« Rêveurs ou visionnaires ?», Ier mars 2006) faisant suite au congrès de fondation de Parti Québec solidaire (PQS), Isabelle Grégoire rapporte les propos du professeur Jacques Pelletier selon lequel « le nouveau parti devra éviter les écueils auxquels s\u2019est heurtée la gauche québécoise jusqu\u2019à maintenant, à commencer par les \u201cquerelles d\u2019écoles et le dogmatisme.\u201d » Peut-on y croire ?Même en voulant très fort, la chose serait difficile.Le PQS, en effet, se veut féministe, altermondialiste, écologiste, souverainiste et de gauche.Beau programme de ralliement, mais aussi beau potentiel de pommes de discorde.Avec le Parti vert du Québec, en tout cas, la chicane a déjà commencé.Dans Le Devoir du 20 février 2006, Guillaume Hébert, partisan du PQS, qualifie le Parti vert de « petit groupe postmoderne capricieux » qui transige avec l\u2019ennemi et « ne sert pas à grand-chose lorsqu\u2019on veut défendre réellement notre environnement ».Quelle écologie pour le PQS, alors ?Pour l\u2019heure, on ne le sait trop. 40 Quelle gauche ?Peut-on au moins s'entendre sur le degré de gauche que professera le PQS ?À ce titre aussi, la confusion règne.Dans Le Devoir du 13 février 2006, Antonio Artuso, membre de ce parti, se présente aussi comme membre du Parti communiste du Québec et signe un texte dans lequel f autocritique à l\u2019égard de sa famille politique se limite à reconnaître « la trahison de certains dirigeants socialistes, leur corruption face à l\u2019économie souterraine ».Faut-il comprendre que, sans ces petits dérapages, le communisme aurait été un succès ?Que Monsieur Artuso se reconnaisse dans le projet du PQS indique-t-il que ce parti partage au moins un peu une telle analyse pour le moins légère en regard de l\u2019histoire ?Pour sa part, dans le reportage de L\u2019Actualité, Jacques Pelletier affirme qu\u2019 « il y a un chemin à trouver entre l\u2019extrême-gauche et la social-démocratie ».Mais qu\u2019est-ce au juste qui, dans l\u2019extrême-gauche, mériterait d\u2019être récupéré, surtout quand on considère qu\u2019un véritable programme social-démocrate serait déjà à gauche dans la conjoncture actuelle et que seule cette avenue, qui a une base réelle dans la population, a déjà donné des fruits progressistes concrets ?Le PQS entend-il se situer à gauche de la social-démocratie et, si oui, qui espère-t-il ainsi rallier à part une poignée de militants radicaux condamnés à l\u2019opposition dans une société comme la nôtre ?Quelle souveraineté ?Même en ce qui concerne la position sur la question nationale, un aspect qu\u2019on pourrait croire réglé dans les rangs du PQS depuis que le parti s\u2019est déclaré souverainiste, on constate que les palabres et déchirements ne font que commencer.Pour François Grégoire, par exemple, politologue et militant de gauche au sein du N PD, « la plus grande partie du projet de société de Françoise David est tout à fait réali- 41 sable dans le cadre du fédéralisme.En étant souverainiste, son parti se met à la remorque du Parti québécois.Il ne s'en démarque pas assez pour pouvoir percer.» Ier mars 2006) Pour justifier la position de son parti sans faire fuir les crypto-fédéralistes qui y adhèrent, Amir Khadir va répétant que la souveraineté n'est pas une fin en soi pour le parti, mais un tremplin pour réaliser une société juste ».Fort répandue dans la gauche québécoise, cette position, disons-le crûment, n'a pas d\u2019allure.On peut, bien sûr, être souverainiste et de gauche, comme on peut être souverainiste et de droite.La souveraineté est une affaire d\u2019autonomie et de liberté.Elle vise, en effet, à obtenir la liberté, pour le peuple québécois, de choisir par lui-même en toutes matières.Elle est, en ce sens - et il n'y en a d'ailleurs pas d'autres d\u2019un point de vue rationnel - une fin en soi.Cela ne signifie d\u2019aucune manière qu\u2019elle résume à elle seule tous les combats à mener.Souverains, les Québécois choisiront s'ils veulent se donner un projet de société de droite ou de gauche.Or, parler d\u2019une souveraineté de gauche est un non-sens historique et politique.D\u2019abord, parce que l\u2019alternance politique est une réalité dans tous les pays souverains démocratiques et, ensuite, parce que s\u2019il fallait que la souveraineté soit conditionnelle à un projet de gauche, cela signifierait qu\u2019il faudrait revenir en arrière en cas d'élection subséquente d'un gouvernement de droite.Une telle logique, qui n\u2019en est pas une, nuit à l\u2019engagement souverainiste et discrédite cette gauche confuse.L\u2019indigence du PQ (Z :\u2019Actualité\\ « \" X Devant la relative indigence du PQ actuel, on comprend que les progressistes du Québec soient tentés par une aventure politique qui les libérerait des décevants boisclairistes.Dans la même ligne de pensée, Françoise David a souvent répété que 42 III t l\u2019idée de fonder un nouveau parti politique lui était venue à l\u2019époque du PQ droitiste de Lucien Bouchard.Et si le PQ, ce n\u2019était que Bouchard et Boisclair, il faudrait peut-être lui donner raison sur l\u2019urgente nécessité d\u2019une solution de rechange.Or, à la fois historiquement et actuellement, le PQ ne se résume pas à ces tristes sires.Il compte aussi, dans ses rangs, officiels ou non, le plus important groupe mobilisé de militants souverainistes et social-démocrates très critiques à l\u2019égard de l\u2019ère Bouchard et pour le moins réservés à l\u2019égard d\u2019un nouveau chef plutôt fuyant.Ces militants, peu enclins aux dérives gauchistes et gagnés au réformisme, de gauche dans certains cas, de centre-gauche dans d\u2019autres, n\u2019entendent pas laisser le PQ s\u2019enliser dans l\u2019insignifiance qui le guette parce qu\u2019ils restent convaincus, à juste titre, qu\u2019il s\u2019agit là du meilleur véhicule pour mener le Québec à la souveraineté (une fin en soi), tout en défendant un programme social-démocrate (une autre fin en soi).V \u2018 f.î! ¦ & i i Au lieu de les abandonner aux courants de droite qui existent aussi au sein du PQ, ne vaudrait-il pas mieux, pour la gauche québécoise déçue par les ratés de ce parti, les rejoindre, pour ainsi regrouper les forces progressistes au sein d\u2019une institution qui, elle doit le comprendre pour le bien du Québec, n'a rien à gagner à tenter d\u2019occuper le terrain d\u2019une droite libérale et adéquiste ?¦ L\u2019honneur de la gauche québécoise se trouve-t-il dans un radicalisme idéologique tous azimuts condamné à manier la langue de bois version progressiste pour éviter que les multiples luttes du pureté qui se mènent en son sein ne le conduisent à l\u2019éclatement ou dans une alliance social-démocrate et souverainiste visant à éviter la division des troupes et à redonner au PQ sa pleine crédibilité progressiste ? INCAPABLE DE S'ENTENDRE SUR LA COULEUR de son logo, Québec solidaire rêve de FUSIONNER AVEC LE PARTI VERT: ÇA POURRAIT S\u2019APPELER LE «VERT SOLIDAIRE».BMP» rtlVlHlN HIN| m X >v / Z 1 % v.lZ # % , V 4\\ < 1 « / j j \u2022* v J ' : - ?(\u2022 \"> SI « A * t tn Z' -, I # m 5 4 m » T mm m i & / Sa ma 'ér s a V sa H # >\u2022> F - m .'.-¦y .TT-\u20191 :: mh / t ;\u2022: \u2022 *-¦ » JL are 7* * x V ?On n\u2019est jamais trop curieux + I uf:; DOSSIER RESSOURCES NATURELLES : LES ENJEUX Dossier Port méthanier sur le Saint-Laurent : Un risque pour l\u2019économie du Queb ec - Pierre-Paul Sénéchal Notre forêt est notre meilleur gage de prospérité -Comité de relance et de diversification du secteur des Coteaux Énergie éoliennne : Hydro-Québec doit rester maître -Gabriel Ste-Marie V\u2019ià l\u2019bon vent, v\u2019ià l'joli vent -Charles Paradis 46 82 104 Lire les essais 128 Livres reçus 153 Index des annonceurs 155 : « \u2022 \u2022 é .» \u2022Y; M \u2022 e 46 DOSSIER Pierre-Paul Sénéchal* Port méthanier sur le Saint-Laurent UN RISQUE POUR L\u2019ÉCONOMIE DU QUÉBEC** SYNTHÈSE Le projet Le consortium Rabaska propose de construire un terminal méthanier à 500 mètres du rivage, dans un détroit très resserré du Saint-Laurent devant Lévis-Ville-Guay, afin d\u2019y accueillir des navires de plus de 300 mètres et y transborder 10 millions de mètres cubes de GNL annuellement, une substance identifiée comme explosive et à haute inflammabilité.Dorénavant, tout le trafic commercial (7000 navires annuellement) à destination des ports qui se trouvent en amont devra obligatoirement traverser cette nouvelle zone d\u2019activités portuaires logée en plein milieu du chenal maritime du Saint-Laurent.Positionnement du Saint-Laurent dans l\u2019économie industrielle du Québec : stratégique, mais vulnérable Il est reconnu que tout scénario de croissance économique doit pouvoir s\u2019appuyer sur une forte capacité de faire transiter et ce, de façon toujours fluide, de très grandes quantités de marchandises, particulièrement aujourd'hui, en mode de conteneurisation.À cet égard, partout dans le monde, les axes fluviaux sont reconnus comme des atouts majeurs pour réaliser de tels transports de marchandises, en raison de leur énorme capacité de transit continu par rapport à ce que peuvent offrir les corridors terrestres de plus en plus congestionnés.\u2022 l H \u2022 * L\u2019auteur est ex-gestionnaire et ex-conseiller en matière de développement de l\u2019économie et de l\u2019emploi, Gouvernement du Québec.Analyse réalisée pour le Groupe d\u2019initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM) à la suite d\u2019une mission d'étude de terminaux méthaniers de Gaz de France, réalisée en mai 2005, dans le cadre d\u2019un programme de l\u2019Agence canadienne d\u2019évaluation environnementale (ÂGÉE).% tt fl *% t à:l ft \u2022 \u2022} n *\u2022 \u2022* -* ri.\u2022 i ft - e * «\u2022« f 11 *» f* % * * » f » & #L / ¦ fin / DOSSIER I 47 y Dans cette optique, le Saint-Laurent représente une ressource nationale de premier plan pour l\u2019avenir des régions du Québec, de même que pour le développement économique du nord-est de l'Amérique.Le port de Montréal est le plus important du Saint-Laurent.Centre de transbordement du trafic transatlantique, il jouit d\u2019une part enviable du marché nord- américain.Pouvant accueillir de grands océaniques de lignes régulières, au cœur d\u2019un ensemble organisé de services de collectes qui les approvisionnent, il constitue une véritable plaque tournante de groupage-dégroupage de fret conteneurisé (un million de conteneurs annuellement) au service des marchés montréalais, ontarien et nord-américain.Mais attention, nous disent les experts de la navigation, on ne peut gérer à l\u2019aveugle.Sur toutes les voies fluviales actuelles, la concurrence est très forte et la pression de plus en plus à la hausse : la demande exprimée en terme de nombre de navires va augmenter considérablement et la géographie physique d\u2019un fleuve, alliée à certaines tendances lourdes comme l\u2019accroissement de la taille des navires, particulièrement ceux qui transportent des matières dangereuses, placent les réseaux fluviaux en situation de très grande vulnérabilité.Prescriptions internationalement reconnues pour l\u2019établissement d\u2019un terminal méthanier Le site de Lévis-Ville-Guay pour l\u2019établissement d\u2019un port méthanier sur le Saint-Laurent pose justement un problème de fond à ce chapitre.Contrairement à ce qu\u2019affirment ses promoteurs, ce site ne passe pas le test des « lignes directrices » internationalement reconnues pour la localisation de telles infrastructures.Il risque au surplus de représenter une hypothèque à très long terme sur le développement futur de l'industrie du transport maritime et des installations portuaires en amont de Lévis.La « Society of International Cas Tanker and Terminal Operators » (SIGTTO) est la référence internationale la plus reconnue en matière de terminaux et de transport de GNL.Les « lignes directrices » qu\u2019elle a élaborées spécialement pour faciliter « la sélection d\u2019un site de port méthanier » cites ; il faut déplorer que les autorités gouvernementales, tout comme les promoteurs, se soient dérobés à une obligation d\u2019analyse élaborée sur ce plan (références dans le corps du texte).sont assez expli- « ^ $ DOSSIER 48 « \u2022 \u2022 Toujours « considérer l'introduction d\u2019une industrie du GNL dans une perspective de développement futur des activités maritimes et portuaires d\u2019un lieu et tenir compte de l\u2019impératif pour ces dernières de demeurer compétitives sur le plan commercial.Les ports sont dans un environnement dynamique, leurs modes d'opérations vont nécessairement changer dans le temps.L'environnement géographique dans lequel s\u2019insère l\u2019industrie de GNL va également changer, avec tous les risques qui y sont associés.\u2022\tLes « ports de transbordement de GNL doivent être localisés loin des routes maritimes achalandées et en dehors des zones de trafic important.\u2022\tAucune installation d'amarrage de méthanier ne devrait être implantée dans un environnement caractérisé par le déplacement à proximité de navires de gros gabarit.\u2022\tPrivilégier les sites aux embouchures des couloirs fluviaux, plutôt que ceux qui sont situés loin à l\u2019intérieur des côtes.\u2022\tEn toutes circonstances, les méthaniers en transit doivent avoir priorité sur tout autre navire» (le contraire des prétentions du promoteur).\u2022\tLe transport du GNL ne fait pas bon voisinage avec les navires de passagers en raison du « risque humain » qui y est associé (ce qui n\u2019est pas sans risque pour l\u2019avenir de l\u2019industrie des croisières maritimes).Présence de méthaniers et fluidité de la navigation En raison des nombreuses contraintes imposées transport maritime du GNL, le ravitaillement du terminal de Lévis expose la navigation commerciale à des risques potentiels en termes de retards.Plus, on peut anticiper qu\u2019une fois en opération, le terminal pourra générer des contraintes telles que la fluidité de la navigation sur le Saint-Laurent pourra en être affectée, avec les conséquences de nature commerciale qui en découlent, particulièrement celles reliées au transport des marchandises conteneurisées soumises plus que toutes autres, à l\u2019implacable loi du « juste-à-temps ».Parmi les facteurs de ralentissement identifiés, il y a : les distances séparatrices qu\u2019imposent les méthaniers aux autres navires commerciaux, l\u2019impossibilité de croisements avec d'autres navires sur certains tronçons du fleuve, la suspension lit 49 de la navigation commerciale dans un sens sur une distance de plusieurs dizaines de kilomètres à partir de Charlevoix, des interruptions totales de la navigation durant les approches, retournements et accostages.Il faut aussi considérer les mises en attentes du méthanier dans des contextes de vents de plus de 25 noeuds (à cause de la faible manoeuvrabilité reconnue de ces types de navires due notamment à leur hauteur ).Par ailleurs, l'évaluation réalisée par le promoteur touchant les scénarios d\u2019occurrence collisions-échouements dans le tronçon de navigation le plus sensible, est fortement remise en question par des spécialistes de la navigation et de la sécurité maritime.En dépit de la présence et de l\u2019expertise reconnue des pilotes du Saint-Laurent, pas moins de 7 accidents (collisions et échouements) se sont en effet produits entre 1988 et 2003 sur le seul tronçon Escoumins-Lévis (en plus d\u2019une trentaine d\u2019incidents).Un échouement de méthanier à un endroit sensible du corridor entraînerait une très sérieuse paralysie de la navigation commerciale.Un enjeu qui dépasse largement les frontières de Lévis Contre une cinquantaine d\u2019emplois prévisibles durant la phase d\u2019exploitation du terminal (50 à 70 ans) et environ 7 M$ de recettes fiscales à la Ville de Lévis, y a-t-il lieu de laisser planer un risque à long terme sur des milliers d\u2019emplois en amont reliés à l\u2019industrie du transport par conteneurs dans les ports de Montréal et de Trois-Rivières, sur quantité d\u2019autres emplois reliés au transport terrestre de (camions et chemin de fer) et plus de 700 emplois directs reliés à la nouvelle industrie des croisières maritimes ?Par ce projet, le Québec risque-t-il, à la hauteur de Lévis, de grever le Saint-Laurent d\u2019une hypothèque de navigation à très long terme moyennant une compensation financière se situant bien en deçà de ce que lui promet cet axe fluvial d\u2019une valeur économique exceptionnelle ?Voilà pour l\u2019essentiel la question que pose cette analyse.marchandises ? I Le site de Lévis-Ville-Cuay, choix de Rabaska pour l\u2019implantation d\u2019un port méthanier sur le Saint-Laurent Facteurs de risques pour l\u2019économie du Québec Table des matières Introduction 5i Aperçu des exigences contemporaines en matière de transport maritime Le rôle du port de Montréal dans l'économie industrielle du Québec Le transport des marchandises en amont de Lévis I- 54 2- 56 f.,1 4 3- 57 1 Prescriptions internationalement reconnues pour l\u2019établissement d\u2019un terminal méthanier (SIGTTO) 4.1\tExamen prospectif du milieu et des conditions d\u2019implantation 4.2\tFardeau imposé à la navigation commerciale 4.4 L\u2019option recommandée : l\u2019accès direct des navires à une zone maritime 5-\tAnalyse d\u2019impact produite par le promoteur 6-\tPrésence de méthaniers et fluidité de la navigation 6.1\tLe risque d\u2019échouement 6.2\tExpansion éventuelle du terminal Conclusion 4- 6t 62 1* 1* j 64 11/ »rJ rM 67 68 73 76 78 78 Constats et recommandations 80 \u2022 I DOSSIEI » ' * il 5i Introduction Le consortium Rabaska a récemment déposé son étude d'impact en vue de la construction d\u2019un port méthanier à 600 mètres de la rive du Saint-Laurent, en face de Lévis et de la municipalité de Saint-Laurent sur l'île d'Orléans.Annuellement, plus de 7000 navires commerciaux passent par ce goulet, sans compter les nombreux navires de croisière et de plaisance qui font des allers et retours à partir de Québec.Pour s'y rendre, les méthaniers de 300 mètres de long devront Traverse du Nord, un étroit chenal de 305 mètres de largeur, sur plus de 20 milles.L'investissement prévu est de taille.Beaucoup d\u2019emplois.Quelques milliers sur le site durant la phase de construction, très peu (tout au plus une quarantaine) pour la durée d\u2019exploitation potentielle du plan (70 années).Le promoteur n'a rien ménagé pour que son investissement soit perçu comme le « projet du siècle » dans la région.Au fur et à mesure que se déployait l'opposition, un soutien en provenance du milieu d\u2019affaires était organisé.Le coût de l\u2019investissement est curieusement passé de 650 M$, à 750 M$, puis à 840 M$.Sur la côte est américaine, les projets de ce type sont plutôt annoncés comme étant de l'ordre de 350 à 450 M$ US.Le projet est maintenant endossé de façon assez inconditionnelle par l'élite économique locale : Chambre de commerce de Lévis, Chambre de commerce de Québec, Regroupement de gens d'affaires « OUI-Rabaska ».Tous ont pris spontanément position vraisemblablement sur la base du seul prospectus publicitaire diffusé par le promoteur en 2004.Sans procéder à quelque analyse de fond que ce soit, la municipalité de Lévis accepte elle aussi, avec une certaine complaisance, de paver la voie au promoteur.Tout au plus a- Il't I ( V I » I ?aval de l'île d'Orléans, emprunter la en ?: \u2022 I »!\u2022 52 t-elle adressé quelques recommandations mineures à l'Agence canadienne d\u2019évaluation environnementale dans le seul but de sécuriser les engagements financiers qu\u2019elle espère obtenir.Quant au gouvernement du Québec, à ce jour, on a assisté à des déclarations ministérielles en faveur des promoteurs mais aucun avis d\u2019opportunité n\u2019a été déposé.Cette façon de faire est vertement dénoncée par les opposants.Un consortium d\u2019entreprises, disent-ils, veut s\u2019octroyer une zone industrielle pour ses besoins propres dans le détroit fluvial le plus sensible du fleuve Saint-Laurent et aucune analyse gouvernementale ne fournit d'explication ni aux citoyens, ni à la communauté industrielle du Québec principale utilisatrice de l\u2019autoroute fluviale.À la lecture des guides opérationnels produits par la Society of International Gas tanker and Terminal Operators (SIGTTO), référence internationale et organisme-conseil le plus crédible dans le domaine de l\u2019exploitation du GNL, notre prétention est à l\u2019effet que le site choisi par le consortium Rabaska ne répond pas aux prescriptions généralement et mondialement reconnues pour un tel projet.Cette prétention s\u2019appuie également sur les observations et consultations menées auprès des autorités portuaires de Marseille-Fos-sur-Mer et Nantes-Saint-Nazaire (France) où des terminaux de GNL sont en exploitation (Mission d\u2019étude du GIRAM sur les ports méthaniers de Gaz-de-France réalisée en mai 2005 dans le cadre d\u2019un programme financé par canadienne d\u2019évaluation environnementale (ACÉE).Nous avons en plus toutes les raisons de croire qu\u2019une fois en opération, ce terminal pourra, à terme, générer des contraintes à la fluidité de la navigation commerciale sur le Saint-Laurent, particulièrement à celle du transport l\u2019Agence \u2022il» n fi III r 53 des marchandises conteneurisées soumis aux implacables exigences du « juste-à-temps ».Malgré son nombre impressionnant de pages (3000), l'étude d'impact déposée par le promoteur fournit en effet peu de réponses satisfaisantes à nombre d\u2019interrogations formulées à ce chapitre.Il est grand temps, selon bien des observateurs, que les véritables acteurs et représentants de la communauté économique, particulièrement ceux de la grande région métropolitaine, commencent à s'intéresser au dossier.En matière de développement économique, le manque de veille stratégique et l\u2019absence de prospective ou d\u2019anticipation ne sont-ils pas les plus sournois des adversaires ?Si le site d\u2019implantation du port méthanier projeté était l\u2019Ile Sainte-Thérèse, à l\u2019entrée du port de Montréal, probablement que les plus avisés au sein de la communauté des affaires montréalaise seraient en émoi.On se préoccuperait, de façon fort à propos d\u2019ailleurs, des risques qu\u2019une infrastructure portuaire aussi insolite peut éventuellement signifier quant à la fluidité de la navigation commerciale en provenance de la voie maritime du Saint-Laurent.Ceci, en raison des mesures exceptionnelles qui régissent, partout dans le monde, le transport fluvial ou maritime du GNL, mais aussi en raison des conséquences économiques considérables qui pourraient résulter d\u2019un accident maritime.Et pourtant, à quelque 220 kilomètres en aval, l\u2019étroit corridor fluvial glissant entre Lévis et Saint-Laurent I.O, passage obligé pour tous les porte-conteneurs desservant Montréal et les Grands-Lacs, représente le même potentiel de dangers et de dommages collatéraux pour l\u2019économie.? 1 l* 1 DOSSIER 54 Le propos de cette brève analyse n'est pas de juger si, dans un horizon temporel donné, le Québec aura besoin de sources alternatives de gaz naturel, mais bien de lancer un message d'alerte aux publics concernés quant à la nécessité d'évaluer les risques que représente le choix de Lévis-Ville -Guay comme site de transbordement de GNL, directement exposé au trafic maritime du Saint-Laurent.?i l- Aperçu des exigences contemporaines en matière de transport maritime Dans l'univers de la mondialisation des échanges économiques, le transport des marchandises par voies fluviales ou maritimes est en train de connaître une expansion fulgurante.Plus de 90 % du transport des marchandises (excluant les hydrocarbures) se réalise aujourd'hui selon ce mode, contre 10 % par routes et par chemins de fer.1 Selon une étude toute récente réalisée par MM.Claude Comtois (UQAM) et Brian Slack (Concordia) pour le compte du ministère des Transports du Québec, les systèmes de transport constituent un élément fondamental de la forma tion des nouveaux espaces économiques (« Systèmes de transport.Transformations de l'industrie maritime : portrait international de développement durable appliqué.Étude réalisée pour le compte du ministère des Transports du Québec ».Décembre 2005).Selon ces deux chercheurs, tous les scénarios de croissance économique ne peuvent éviter de s'appuyer sur une augmentation du trafic des marchandises, particulièrement aujourd\u2019hui, selon le mode conteneurisation.Ils rappellent que « les axes fluviaux sont reconnus comme des atouts fort DOSSIER 55 importants pour 1' acheminement des marchandises, car ce sont des infrastructures disposant d\u2019une grande capacité disponible, à la différence des corridors de transport terrestre qui eux sont de plus en plus congestionnés ».(p.191).Dans cette foulée, le corridor fluvial et maritime du Saint-Laurent représente une ressource nationale de premier plan pour le développement futur des régions du Québec.À ce titre, on doit s\u2019assurer qu\u2019elle demeure disponible pour une multiplicité d\u2019usages.Le Québec est déjà dans la nouvelle économie industrielle.Cette économie est donc, comme toutes ses concurrentes, à la recherche d\u2019une réduction constante des temps et des coûts de transport.Elle privilégie l\u2019utilisation de liens mettant en réseaux, entreprises multinationales et leurs filiales avec d\u2019autres unités de production ou de marché.Dans ce processus, les conditions de la prospérité économique sont étroitement associées à des réseaux de plaques tournantes (« hubs ») au sein de corridors de développement où la qualité des infiastructures est liée à de très hauts niveaux d'accessibilité, comme Montréal-Toronto ; Montréal-New-York.Ces « hubs » portuaires sont des plates-formes de groupage-dégroupage de fret, généralement conteneurisé et elles accueillent les navires-mères de la grande navigation océanique des lignes maritimes régulières et les services de collecte [feeder.5) qui les approvisionnent, (p.38) C\u2019est la conteneurisation qui a permis, au Québec, d\u2019intégrer de plus en plus les activités des transporteurs maritimes, ferroviaires et routiers.Mais attention, jetant un regard prospectif, Comtois et Slack affirment que nous sommes en terrain fragile.La concurrence est forte et la pression sera à la hausse sur toutes ces voies fluviales.L\u2019offre, mesurée en termes de zones de pas- P 'DOSSIER 56 sages, est limitée selon eux, alors que la demande exprimée en termes de nombre de navires utilisant ces zones augmente.La géographie physique de certains détroits (observation applicable à la zone Lévis-Saint-Laurent), combinée à l\u2019accroissement de la taille des navires, au transport de matières dangereuses et à l\u2019augmentation du trafic, favorise un accroissement des risques maritimes (p.55).2- Le rôle du port de Montréal dans l\u2019économie industrielle du Québec Entre le site de Lévis-Ville-Guay et le début des écluses du Saint-Laurent, quatre infrastructures portuaires d\u2019importances constituent des apports importants pour le devenir économique du Québec, soit les ports de Québec, Trois-Rivières, Sorel, Bécancour et Montréal.Le port de Montréal est quant à lui d\u2019une importance internationalement reconnue.Un des ports intérieurs parmi les plus fréquentés du monde, centre important de transbordement du trafic transatlantique, jouissant d\u2019une part enviable du marché américain depuis plus de deux décennies, il est la véritable porte d\u2019entrée du cœur industriel de l\u2019Amérique du Nord.Cette présence sur un marché aussi important confirme donc l\u2019avantage stratégique que lui conféré sa situation géographique privilégiée.Le port de Montréal dispose de quatre terminaux à conteneurs couvrant une superficie d\u2019environ 80 hectares.Environ la moitié du trafic conteneurisé du port a pour origine ou destination le marché du Québec et celui de l\u2019Ontario.L\u2019autre moitié prend la direction du marché américain, principalement le Midwest (Illinois, Michigan, Minnesota, Wisconsin et Ohio) et le Nord-Est (Nouvelle- I lit 57 Angleterre et État de New-York).Le port est donc au service de la base industrielle du Québec, en constante évolution.Il crée près de 18000 emplois directs et indirects et il génère des revenus annuels d'environ deux milliards de dollars.(www.port-montreal.com).L\u2019emplacement stratégique du port de Montréal lui confère beaucoup d'avantages.En contrepartie, il lui impose un lourd défi.Étant le plus court chemin entre les grands ports européens et les marchés du coeur de l'Amérique, étant au service du bassin industriel de l'agglomération montréalaise comme plaque tournante d'un vaste système intégré de liaisons intermodales, il doit en tout temps être en mesure de respecter son mandat, soit celui de livrer, sans discontinuités ou ruptures, les marchandises conteneurisées qui lui sont confiées.Il doit être en mesure de respecter le service à haute fréquence qu'il offre aux entreprises qui sont, elles aussi, soumises aux contraintes du « juste-à-temps ».Entre Montréal et Chicago, une marchandise doit souvent pouvoir être livrée à l'intérieur de 36 ou 48 heures.1,.\u2018Il y Selon des évaluations somme toute récentes, il est établi que la capacité du port de Montréal est déjà atteinte sur Me de Montréal.Pour continuer sa croissance, une expansion ailleurs, sur ses propriétés de Contrecoeur, est maintenant requise.3- Le transport des marchandises en amont de Lévis La compétitivité de la nouvelle économie industrielle du Québec repose en grande partie sur la capacité de transporter efficacement, et dans le respect d\u2019échéanciers de plus en plus serrés, une vaste gamme de produits devant alimenter les usines du Québec mais aussi celles du Canada et du midwest et du nord-Est des États-Unis.Les porte-conteneurs qui DOSSIER 58 assurent les services réguliers entre Montréal et l\u2019Europe font escale dans les ports suivants : Anvers, Liverpool et Londres, Rotterdam, Hambourg, Le Havre et Marseille/Fos, Cadix et Valence, Lisbonne.En une seule année, le port de Montréal peut manutentionner plus d\u2019un million de conteneurs.Selon l\u2019évaluation faite par le ministère des Transports du Québec, le transport des conteneurs a plus que doublé au cours des quinze dernières années.H # r I Tii Pour alimenter ces plaques tournantes que sont les ports en amont de Lévis, dans Taxe Atlantique-Montréal, trois voies sont principalement utilisables : Lautoroute 20, le chemin de fer du CN, la voie maritime du Saint-Laurent.Le pire des scénarios qui menacent cet univers du transport par conteneurs est la congestion ou la perte de fluidité.Ce cauchemar plane déjà sur l\u2019agglomération montréalaise, ce qui inquiète plus d\u2019un planificateur industriel.L horizon n\u2019est pas clair non plus en ce qui a trait à cet axe Atlantique-Montréal.Il faut bien prendre conscience que toute réduction soudaine du flux de trafic des conteneurs entraîne automatiquement un impact négatif sur l\u2019activité économique du Québec, de l\u2019Ontario et du nord-est des États Unis.Plusieurs entreprises en ont fait l\u2019expérience, il y a quelques années, lorsque les conteneurs maritimes ont éprouvé des difficultés de passage à la frontière Wisconsin-Détroit.Difficultés du même type au poste de Lacolle, à la suite de l\u2019introduction de mesures plus sévères de contrôle du trafic frontalier.I Seuil de tolérance du transport routier : l\u2019autoroute 20 Selon certaines prévisions, on peut s\u2019attendre à une augmentation des flux de marchandises pouvant aller jusqu\u2019à 4.4 % par année (KPMG/Moneco Québec.Étude sur le transport de marchandises au Québec.1999.p.166).Or, en termes de « cohabitation automobiles/camions-remor- y» # -4 I \u2018.il \u2022 \u2022 » S 'lu ir ; DOSSIER \u2022ê # f# 59 que s », on est assez près de l\u2019atteinte du point de saturation, si ce n\u2019est déjà fait.Et pour l\u2019État québécois, la détérioration du réseau routier causée par le transport lourd constitue un problème budgétaire récurrent.La majeure partie du réseau routier québécois n\u2019a pas été conçue pour le débit actuel de camions et les niveaux de charges autorisées.Seuil de capacité de la ligne de chemin de fer Lévis-Montréal.Selon l'évaluation réalisée par KPMG-Monenco, cette ligne, à toutes tins pratiques, a atteint sa capacité.Elle répond quotidiennement à des besoins qui ne peuvent être traités par des voies alternatives : transport intermodal entre Montréal et les régions du Québec, entre les Maritimes et le Québec, l'Ontario et les marchés américains.Selon les prévisions actuelles, on doit tout de même anticiper une augmentation des flux de marchandises pouvant aller jusqu'à 4.5 % annuellement.Positionnement concurrentiel du Saint-Laurent en matière de transport conteneurisé.Dans la conjoncture actuelle, et dans une perspective d\u2019avenir, le Saint-Laurent bénéficie d\u2019une position fort enviable et représente le meilleur atout du Québec pour le transport des marchandises.Le MTQ propose, avec raison, d\u2019en faire un vecteur important de développement (Politique maritime du Québec).Des indicateurs vont dans ce sens : cette décision récente (avril 2005), par exemple, de l\u2019Aluminerie Alouette de recourir au transport maritime (Sept-Iles/Trois-Rivières) pour 250 000 tonnes annuellement, l\u2019équivalent d\u2019un transport routier de près de 15 000 camions, et on ne parle pas ici des avantages d\u2019une telle option en termes de réduction d\u2019émission de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre.if \u2022 \u2022 DOSSIER 4\\ {»\u2022 6o '4 Mais le port de Montréal a aussi ses concurrents pour P alimentation intermodale des marchés du Québec, du nord-est et du Midwest américain, particulièrement le rival de toujours : le port de Halifax.Rappelons à ce sujet que le Nouveau-Brunswick et les États du nord-est des États-Unis sont actuellement à mettre en place un grand corridor routier est-ouest (poste frontière de St.Stéphen), afin de mieux structurer la desserte vers le Maine, le New-Hamshire et le Vermont.À noter que ce corridor constituera le plus court chemin entre le port de Halifax, Montréal et Toronto.(KPMG.p.161).De plus, autre facteur à prendre en considération, avec l\u2019ouverture du tunnel Sarnia-Port-Huron par le CN, la croissance du trafic conteneurisé vers les marchés du Midwest américain via le port de Halifax a pris un essor certain, une augmentation de plus de 14 % pendant la seule année 1996.(KPMG, « Nature, ampleur et évolution de la conteneurisation au Québec », Juin 1997.p.43) Enfin, autre facteur de vulnérabilité pour le port de Montréal : la profondeur de l\u2019eau en amont de Québec.Ce facteur limitera considérablement le volume des navires capables de se rendre à port et réduira la capacité numérique de conteneurs pouvant transiter par Montréal.Le gabarit toujours croissant des navires deviendra un facteur déterminant à long terme.Cote d\u2019alerte pour le transit des navires Dans un tel contexte de vive concurrence, il faut avoir à l\u2019oeil tout projet, pouvant par ailleurs avoir ses bonnes intentions sur le plan économique, mais qui risque, à terme, de porter atteinte à la capacité concurrentielle du Saint-Laurent dans sa mission de desserte du Québec.Les ports de Montréal et de Trois-Rivières sont des importantes courroies de trans- » à *.DOSSIER '« : *¦ I 61 mission de marchandises dans l\u2019est de l\u2019Amérique.Tout dérangement important dans le transit des navires appellera une levée de drapeau jaune.La couleur tournera normalement au rouge après trois jours si les causes de l\u2019interruption sont pour persister, cela en raison de la conséquence d\u2019effet domino sur plusieurs secteurs industriels.4- Prescriptions internationalement reconnues pour rétablissement d'un terminal méthanier (SIGTTO) Les installations gazières de Gaz de France en Méditerranée et à l\u2019embouchure de la Loire sont le résultat d\u2019actions de planification et d\u2019aménagement du territoire qui remontent aux années i960.Les grands aménagements portuaires ainsi conçus peuvent sans difficulté ni trop de risques pour les populations environnantes, accueillir structure industrielles et ce, dans un souci de sécurité maximale pour la navigation.type d\u2019infra- Dans un contexte d\u2019une société développée, les gouvernements ainsi que les pouvoirs locaux ont à mettre en place des procédures d\u2019examen attentif de tout projet d\u2019infrastructures majeures, en amont des audiences publiques, afin de vérifier si l\u2019investissement cadre bien avec les objectifs de développement déjà ciblés.Pour les aider dans ce processus d\u2019examen, la Society of International Gas Tanker and Terminal Operators (SIGTTO) a produit deux importants documents proposant des lignes directrices à ce sujet : ri X « Site Selection and Design for LNG ports and Jetties ».r » » * ^ « LNG Operations in Port Areas, Recommandations for the management of Operational Risk Attaching to Liquefied Gas Tanker and Terminal operations in Port Areas.» t: \u2022\u2022 \u2022, « « I \u2022 a ¦ r , < i »\u2022 » r i \u2019I DOSSIER 62 Les seules versions de ces documents disponibles à Québec ont été trouvées au centre de documentation de Transport Canada (section maritime) et il s\u2019agit de photocopies de télécopies.Il serait assez étonnant que les officiers du gouvernement du Québec en aient pris connaissance afin d\u2019informer les ministres du gouvernement du Québec concernant le projet Rabaska.4-1 Examen prospectif du milieu et des conditions d\u2019implantation On ne peut nier qu\u2019en raison de l\u2019ampleur des espaces maritimes qui seront requis pour les opérations d\u2019approche, de retournement et d\u2019amarrage (bassin d\u2019évitage, « turning basin », c\u2019est l\u2019entièreté du chenal maritime en face de Ville-Guay qui sera sollicitée.On créera ainsi, en quelque sorte dans cet étroit chenal fluvial, une nouvelle zone portuaire que devra dorénavant traverser tout le trafic maritime en destination de Montréal et des Grands Lacs.If -jit Lorsqu\u2019une infrastructure d\u2019envergure doit s\u2019insérer dans un nouvel espace fluvial ou maritime, il convient, selon la SIGTTO, de procéder au préalable à une analyse afin de vérifier si cette dernière sera compatible avec les orientations qu\u2019on va donner à ce dernier.1 The selection process must consider prospective developments and the possible future consequences for LNG operational risk.Ports have dynamic environnements; the pattern of their operations changes over time with that the profile of their operational risk of change.Hence a site selection process, conducted with a careful consideration of the risk posed for LNG operation, can later be confounded by subsequent development, long afler the LNG operation is established (Opération must remain indifferent to subsequent development). DOSSIER liU if f 63 There is a general tendency for ships in all trades to be made bigger.Ports, being competitive commercial undertakings, are committed to attracting users and retaining their busenesses.Hence the operating environment in which an LNG terminal is contructed may change over time and with it the risk posed for LNG operations may also change.The site selection process must be conducted with an appreciation of this reality.(LNG Operations in Port Areas, Section 4) Qui, pour le compte des pouvoirs publics a procédé à un exercice prospectif de ce que sera le fleuve Saint-Laurent dans dix, vingt, cinquante ans ?À l'analyse des déclarations ministérielles connues, il semble qu'aucune évaluation gouvernementale n\u2019ait été réalisée sur le sujet.Ce qui est assez inquiétant.Aucune étude retrouvée dans les 3000 pages de l'analyse d\u2019impact produite par le promoteur en vue de l\u2019obtention d\u2019un certificat d\u2019autorisation.Aucune question à ce sujet en provenance des intervenants économiques régionaux.Pii: Le meilleur simulateur de navigation maritime au monde n\u2019a qu'une finalité didactique, il ne peut répondre à une telle question.Dans son prospectus, le consortium justifie ainsi son choix en faveur de Lévis-Ville-Guay : « profondeur de 15 mètres, conditions météorologiques relativement plus clémentes qu'en aval, disponibilité de remorqueurs et de brise-glace à proximité du terminal ».(D'autres considérants évoqués sont très secondaires dans les circonstances : « absence de potentiel archéologique, site peu exploité à des fins agricoles, présence de boisés limitant l'impact visuel »).Il s'agit là de considérations générales, c'est-à-dire applicables à tout type de transporteur maritime.Mais lorsqu'on # !\u2022 « \u2022 \u2022\u2022 \u2022*> ¦ \u20224 DOSSIER 64 connaît un tant soit peu l'univers du GNL, ces éléments laissent pendantes beaucoup d'autres questions.Le défaut de configuration du site au plan maritime ne tient pas à la nature du site lui-même mais au type de substance qui y sera transbordée, de même qu'aux caractéristiques du navire transporteur.À maintes reprises, le promoteur a publiquement déclaré « qu\u2019un méthanier n\u2019est pas différent d\u2019un autre navire », porte-conteneurs, vraquier ou pétrolier.La SIGTTO est beaucoup plus réaliste : « Les conséquences reliées au transporteur de GNL pourront s\u2019avérer de loin plus sérieuses que celles résultant d\u2019incidents similaires impliquant les autres types de navires ».(LNG Opérations in Port Area.Essential best practices).4-2 Fardeau imposé à ta navigation commerciale Selon la SIGTTO, la hauteur du danger croit de façon directe avec la densification du trafic maritime dans la zone d\u2019accostage du méthanier.Sur ce plan, les principes de l\u2019organisme international se situent dans un tout autre univers que ceux du promoteur.Les ports doivent être localisés loin des routes achalandées, en dehors des trafics.Aucun site d'amarrage ne devrait être implanté dans un environnement caractérisé par le déplacement de navires de gros gabarits pouvant présenter un risque de rencontre fortuite avec un méthanier.(LNG Opérations in Port Area.Essential best practices).Ces recommandations de la SIGTTO rejoignent celles de Transport Canada.Faire passer les navires transportant des cargaisons dangereuses loin des routes maritimes principales et des principaux points de convergence pour réduire les rapprochements dangereux.(Termpol 3.15.12.).# V:: I \u2022 4 » » f rU- DOSSIER P à w »l f '# fl I #1 65 I Par ailleurs, à l\u2019opposé des prétentions souvent répétées par la porte-parole du promoteur à l\u2019effet que « les méthaniers attendront afin de ne pas nuire à la navigation commerciale », la SIGTTO affirme que : « In all cases, the transiting gas carrier must have priority» (LNG Operations in Port Areas, p.15) Il n\u2019est donc pas étonnant de constater que, partout dans le monde, ont été décrétées des règles assez spécifiques et souvent contraignantes aux transporteurs de GNL.- En zone maritime, en amont et en aval du méthanier, distance séparatrice de 9.25 km, soit 5 milles nautiques.- Aucun navire ne doit croiser le méthanier en cours de « chenalage », le suivre ou précéder à moins de 5 milles nautiques en amont du poste méthanier (Port Nantes-Saint-Nazaire, embouchure fluviale de la Loire, Directive des autorités portuaires).LpJl - Suspension de la navigation lors des manœuvres d\u2019approche, de retournement, d\u2019accostage et de redémarrage du méthanier.- Dans un contexte de vent de plus de 46 km/h (25 nœuds), mise en attente du méthanier, aucun retournement ou accostage n\u2019étant permis (en raison du profil particulièrement haut de ce type de navire).Même chose lors que la visibilité est inférieure à 1 km (brume, neige).- Creusage le cas échéant et entretien d\u2019un bassin d\u2019évitage attenant au terminal fluvial pour l\u2019opération accostage (2.5 fois la longueur d\u2019un méthanier de 300 mètres en situation normale, soit 750 mètres). » 1* I t .V v.i ?\t* 4* \u2022t *5 4 DOSSIER 66 - À Boston, les autres navires ont reçu instruction de donner priorité constante au méthanier et de rester au large durant le passage de ce dernier, de même que pendant les 12 heures du processus de déchargement.Cette règle de priorité au méthanier est bel et bien appliquée à cet endroit.L\u2019industrie des croisières internationales sur le Saint-Laurent Quelques données sur ce secteur d'activité en croissance constante au Québec et dans le monde.\u2022\tiyo escales annuellement à Québec et à Montréal, \u2022\t115 000 débarquements (44 000 à Montréal, 70 000 à Québec).\u2022\tRetombées annuelles de plus de i^MS et près de 700 emplois directs (1200 emplois indirects) pour des salaires de plus de 22MS.\u2022\tRevenus gouvernementaux de 15M$ (8 MS en taxes d'affaires et 7 M$ en taxes sur les revenus) MM Il faut savoir que les navires de croisières ont des coûts d'exploitation très élevés, qu'ils ont des agendas déterminés des mois à l'avance.Les horaires fort serrés laissent peu de place à l'éventualité d'aléas défavorables en cours de route, particulièrement sur un corridor fluvial, là où ils se trouvent principalement.Avec un terminal méthanier dans l'étroit passage que laisserait un terminal méthanier, y a-t-il, à terme, un avenir pour cette industrie, relativement aux destinations de Montréal et de Québec ?Rien n\u2019est assuré.Il s'agit d'un marché fragile et très concurrentiel.L'analyse d'impact du promoteur est muette sur le sujet.Nier une telle éventualité ne relève pas d\u2019une attitude responsable.i # DOSSIER I f * fl 67 t i.'U & I r La SIGTTO traite spécifiquement des incompatibilités de voisinage méthaniers-navires de passagers.Elle émet un avertissement sérieux qui devrait normalement être connu de nos responsables politiques et des divers intervenants économiques qui se sont prononcés dans ce dossier.The proximity of passenger ship terminals would increase social risks by inserting a much higher human risk factor into the port area.(SIGTTO.LNG Operations in Port Areas, p.22).On ne connaît d'ailleurs pas de contexte ailleurs dans le monde où méthaniers et paquebots de croisières doivent se côtoyer sur des espaces aussi étroits.Pour la région portuaire de Marseille (PAM), l\u2019industrie des croisières maritimes internationales est très florissante.Par contre, conformément aux prescriptions de la SIGTTO, on a pris la précaution de faire en sorte que les différents trafics soient séparés : les bateaux de croisières ont leur zone de navigation propre, les méthaniers aussi.Pour assurer la desserte des installations de Gaz de France, ces derniers sont accueillis dans la zone portuaire de Fos, soit à plus de 40 km plus à l'ouest.Cette fragilité de l'industrie est bien réelle.Depuis les incidents qu'a connus le Sea Bom Pride sur la côte africaine en hiver 2005, cette région est maintenant rayée de la carte des itinéraires de cette entreprise et toutes les autres « lignes » internationales sont en train d\u2019emboîter le pas.Ill > [If I i it \u2022 i 4.4 L\u2019option recommandée : l\u2019accès direct des navires à une zone maritime V I I \u2022 \u2022 KÎ Vi t Faut-il voir la construction d'un terminal GNL, au milieu d'un fleuve, à plus de i 400 kilomètres de l'océan comme un nouveau défi technologique ou comme une anomalie ?\u2022 « 1 I ?! Assez paradoxalement, la société Gaz de France, principal partenaire financier du consortium Rabaska, propose quant t I'll â DOSSIER 68 à elle pour ses propres projets en territoire français, des sites qui assurent « l\u2019accès direct des navires par la haute mer, solution optimale en termes de sécurité maritime ».(GDF, prospectus pour son projet de terminal méthanier de Fos-Cavaou).1-.Privilégiant une telle approche, la SIGTTO recommande de choisir les emplacements situés aux embouchures des voies fluviales plutôt que ceux qui sont trop loin à l\u2019intérieur des terres.Short approach channels are preferable to long inshore routes covering many miles [.] Large ships passing near to a berthed LNG carrier can cause surging or ranging along the jetty, with consequential risk to the moorings and this phenomenon should be guarded again.This occur at jetties located in channels used by large ships and, because of this, these positions are not recommanded.(SIGTTO.Site selection and Design for LNG Ports and Jetties.p.24 et 7).Le site du terminal de Montoir, propriété de Gaz de France, situé à l\u2019embouchure de la Loire, répond parfaitement à cette recommandation.Pourquoi de tels critères devraient-ils être des références pour les projets de Gaz de France en Europe ou aux États Unis et pas au Québec ?5- Analyse d\u2019impact produite par le promoteur En appui à son choix de localisation pour l\u2019implantation de son projet sur le Saint-Laurent, dans le but d\u2019obtenir un certificat d\u2019autorisation lui permettant de procéder, le consortium a produit un très volumineux rapport d\u2019analyse d\u2019impact.Les éléments d\u2019analyse qui suivent ne concernent que la partie navigation, ils sont déjà publics, pour l\u2019essentiel, étant publiés depuis peu sur le site de l\u2019Agence canadienne d\u2019évaluation environnementale. ## I DOSSIER I 69 Bien des questionnements se posent quant aux informations fournies si on se réfère aux exigences prescrites par Transport Canada : « Les prédictions doivent être basées sur un scénario d\u2019accident vraisemblable des plus défavorables dans le secteur du terminal et à des emplacements donnés sur la route côtière [.] L\u2019analyse des risques ne doit pas se limiter à un indice mathématique mais également inclure les risques perçus associés ».Plusieurs questionnent la façon dont le promoteur a présenté les scénarios de collisions/échouements de méthaniers.Dans les estimations, en effet, on utilise comme variable principale les millions de kilomètres parcourus en haute mer par les méthaniers.On en arrive ainsi à une occurrence mathématique de i par 7 millions d\u2019années pour une collision dans le fleuve avec conséquences sur la vie.À la lecture de tels scénarios, on serait porté à croire qu\u2019un accident sur le Saint-Laurent ne représente finalement qu\u2019un risque virtuel ou intemporel.On est très loin des scénarios avancés par d\u2019autres chercheurs, dont Gilles Laroche, expert en matière de protection des mers.Avant même que les pétroliers de 160 000 tonnes ne fassent leur entrée dans le Saint-Laurent, il déclarait qu\u2019en matière de protection du Saint-Laurent, « on doit marcher sur la pointe des pieds [.] Étant donné l\u2019extrême complexité de la navigation dans le golfe du Saint-Laurent, à cause de la loi des nombres, un grand accident de pétrolier se produira inévitablement ».[La Presse, 13 janvier 1993).' m \u2022 \u2022 LH U'j i Alors que le projet de terminal a une espérance de vie de 50 à 70 ans, tous les scénarios présentés par Rabaska au chapitre des risques maritimes sont réalisés uniquement à partir de données du passé et aucunement à partir d\u2019anticipations du futur.Comme si le trafic sur le Saint-Laurent n\u2019al- f t \u2022 * \u2022 V.Ji DOSSIER 70 lait être objet d\u2019aucun accroissement au cours des 40 prochaines années.Dans le secteur de la conteneurisation uniquement, les études de KPMG, s\u2019appuyant sur une augmentation annuelle moyenne observée au cours des dix dernières années, prévoient pour l\u2019avenir une poursuite marquée de l\u2019accroissement.(« Nature, ampleur et évolution de la conteneurisation au Québec ».p.41.) Cette estimation va dans le sens d\u2019une croissance mondialement observée de l\u2019ordre de 10 % annuellement, fortement reliée d'ailleurs à l\u2019industrialisation des économies d\u2019Asie.Cette façon de procéder uniquement à partir de données du passé est dénoncée par bien des scientifiques.Entre autres par ceux du Pipeline Safety Trust en rapport avec les projets de terminaux sur la côte est.?Past voyages statistics clearly ignore the fact that the number of marine voyages will be increasing many orders of magnitude.Trips will be longer, more complex, and traverse areas never experienced before.We can expect to see much larger and more economical LNG ship as competition among Far East ship builders increases.With these newer ships come changes in desing such as power trains with their own associated risk not captured in risk analysis based on past historical operation.(Kuprewicz, Goudey,Weimer.Public Safety and FERC\u2019S LNG Spin, May 14, 2005, La longueur des navires influence directement leur manoeuvrabilité exerce une influence déterminante sur les risques d\u2019accident, particulièrement dans les « eaux restreintes ».(Innovation maritime.Étude sur les risques nécessitant le double pilotage dans la région de l\u2019Administration de pilotage des Laurentides, p.91).À l\u2019ouverture du port pétrolier d\u2019Ultramar à Saint-Romuald, les navires étaient de 75 000 tonnes de port en lourd, de 120 000 tonnes à la fin des années 80 et de 160 000 aujourd\u2019hui.Les premiers porte-conteneurs avaient une capacité de 1000 EVP, ceux d\u2019aujourd\u2019hui de 4 100 et plus.Cette ten- IQ n DOSSIER I k ( \u2022 I » f I 71 dance au gigantisme caractérise maintenant tous les types de navires transporteurs.Quel est le seuil de tolérance du chenal maritime face à une surchauffe éventuelle du trafic causée par un nombre accru de méga transporteurs ?Si cette tendance au gigantisme dans la voie maritime peut s\u2019avérer gérable dans le contexte actuel, le sera-t-elle toujours avec l\u2019ajout des transporteurs de GNL ?t I» Les scénarios d\u2019occurrence d\u2019accidents mettant en cause des méthaniers ont été réalisés à partir de situations absolument non comparables en Europe ou ailleurs : ports qui sont davantage en façade maritime (donc où les transporteurs de GNL naviguent en parallèle et non de façon linéaire) ; ports qui, tout en étant localisés dans un axe fluvial, ne sont pas exposés directement à une circulation de transporteurs océaniques aussi intense, en amont et en aval; ports qui, souvent, offrent une anse ou bassin d\u2019évitage (ce que ne peut offrir le site de Lévis / Ville-Guay, les manœuvres de retournement et d\u2019amarrage étant effectuées au milieu du couloir fluvial.Le terminal fluvial de Montoir est à quelques kilomètres de l\u2019Atlantique, le site de Lévis, à plus de i 400 km.La différence par rapport à Lévis-Ville-Guay est de taille.\u2022\u2022 .-J Non seulement les méthaniers sont-ils réputés difficiles à manœuvrer en situation adverses, ils ne pourront s\u2019approcher de leur cible, se retourner ou s'amarrer dans des contextes de vent supérieur à 25 nœuds (46 km/h) et de visibilité inférieure à 1 km (brume, neige).Les officiers des ports de Marseille-Fos, tout autant que ceux de Nantes-Saint-Nazaire ont insisté sur cette contrainte de navigation très particulière au méthanier.Les guides de navigation de la SIGTTO insistent également sur l\u2019importance de ce facteur de contrainte.Il s\u2019agit d\u2019une variable de grande importance dans l\u2019analyse de la question de fluidité du trafic fluvial sur \u2022 f* V,« » DOSSIER # 72 le Saint-Laurent.Les informations fournies par le promoteur sur le sujet laissent toutefois de nombreuses zones d7ombre.Loin d'avoir procédé à des analyses qui ne laissent aucune prise au doute, à un effort prospectif qui, à l7évidence, s'impose dans ce nouvel univers de changements climatiques, l'étude d'impact Rabaska, curieusement, présente des données confuses et provenant d'une seule station météorologique (Saint-Romuald), située de surcroît en amont du site.* Kl Le projet déposé est également peu explicite quant aux endroits où pourrait être accueilli un méthanier en proie à des difficultés mécaniques ou faisant face à une adversité naturelle difficile à contrer (combinaison de vents, bancs de glaces, courants forts).On sait, en effet qu\u2019entre L île-aux-Coudres et le site proposé, le chenal est étroit, les hauts fonds nombreux, les courants traversiers forts.Considérant sa faible manoeuvrabilité, une fois engagé dans la Traverse du Nord, un méthanier doit poursuivre sa route sur une distance de plus 20 miles marins sans pouvoir virer à cause de la faible largeur du chenal; il ne peut non plus s'arrêter puisqu'il risque de s'échouer avec la marée baissante et ce, au cœur même du chenal.Enfin, l'analyse du promoteur quant aux effets économiques de son projet son propre investissement (mètres cubes de béton, taxes municipales).Aucun scénario, pas une seule page sur ce que Transports Canada qualifie de « risques associés » tels que des coûts humains et financiers pouvant résulter d\u2019une interruption prolongée de la navigation fluviale en destination des ports de Québec et de Montréal.limite aux retombées financières reliées à i P ê f f , « i» f fi ## f & r DOSSIER I y r '\u2022f 73 \u2022 i I- \u2022If ft \u2022 \u2022 4 f 6- Présence de méthaniers et fluidité de la navigation f La densité du trafic dans le corridor Lévis-Montréal (7 000 passages annuellement) est déjà relativement imposante.Nous savons que la politique maritime du gouvernement du Québec préconise un accroissement substantiel de l\u2019achalandage actuel et qu\u2019il y a place pour de telles ambitions, lorsque toutes conditions de sécurité sont réunies.Le promoteur du projet Rabaska convient que le ravitaillement de son terminal de Lévis expose la navigation à des « risques potentiels en termes de retards ».Le problème, selon nous, c\u2019est le peu de garanties offertes à l\u2019effet que les éléments de perturbation identifiés ont été évalués dans leur juste ampleur, c\u2019est aussi la crainte que les mesures d\u2019atténuation soient présentées non sous leur vrai jour, mais sous celui qui apparaît le plus favorable.Peu d\u2019analyses, en effet, portent sur des questions telles que les délais d\u2019attentes de marées favorables avant que ne soient entreprises les courses par la Traverse du Nord (hauts fonds), peu d'analyses approfondies sur l\u2019occurrence des situations où il y aura conjugaison de plusieurs facteurs défavorables (vents de plus de 46 km/h, glaces, marées, courants, froid, brume neige, agendas maritimes des transporteurs commerciaux).Certains experts (commodore Claude Picard, Denis Latrémouille, ex-directeur de la division Sécurité maritime à Transports Canada) estiment pour leur part que, sur la seule base des informations fournies par le promoteur, les passages allers et retours en sens unique du méthanier sur une distance de 30 km dans la Traverse du Nord, ainsi que les temps de revirement et d\u2019accostage dans la zone du terminal, se traduiront par un gel de la navigation correspondant à plusieurs jours/année.?a V s t \\ > DOSSIER 74 Les deux facteurs les plus conséquents au chapitre des inter ruptions de navigation et des pertes de fluidité, sont la collision et l'échouement.Les conséquences économiques résultant de tels scénarios peuvent être dramatiques et il est de la responsabilité de tous les intervenants reliés à l'économie du transport maritime de bien les évaluer dans un contexte de rentabilité et en fonction de l'avenir de leur industrie.Le scénario terroriste n'est délibérément pas abordé ici.Nous savons toutefois qu'il est étudié de façon sérieuse au sein des services de la Garde côtière canadienne).?La sécurité de l'approvisionnement du port de Montréal par le Saint-Laurent a été mise à rude épreuve en 1993, lorsqu'une embâcle sur le lac saint-Pierre a forcé l'interruption du transport en destination de Montréal pour une période de plus de 30 jours.Les effets étaient colossaux et cette interruption du trafic a entraîné une commotion certaine dans plusieurs secteurs industriels.À un moment, on a craint de ne pouvoir répondre aux besoins en carburant pour les vols internationaux à l'aéroport de Montréal.Chose encore plus inquiétante pour l'avenir de l'industrie portuaire du Québec, des compagnies commerciales ont pour la première fois évoqué la possibilité de mettre fin à leurs engagements envers le port de Montréal au profit du port de Halifax si le corridor fluvial devait présenter une fiabilité aussi douteuse dans l'avenir.(Discussions avec des représentants de Transports Canada).?Depuis le début du transport maritime de GNL par navire, il n'y a eu aucune collision sérieuse impliquant des méthaniers sur plus de ioo millions de milles parcourus depuis « T: s \u2022 » « 1 I » I 'J V H» 75 (Projet Rabaska.Aperçu de Y étude d\u2019impact, p.20.) 40 ans ».Abondamment utilisée pour sécuriser ou conforter la popu- lation, cette donnée est devenue pratiquement l\u2019image de marque emblématique du projet Rabaska auprès des populations qu\u2019on cherche à sécuriser.Statistique rassurante ou illusion d\u2019optique ?Analysons de plus près en convenant dans un premier temps qu'à plus de 99,9 %, ces milles ont été franchis en haute mer.De plus, en vertu de conventions internationales, les méthaniers ont priorité absolue, ils voyagent donc toujours en solitaire, tous les autres navires devant obligatoirement faire le vide autour d\u2019eux sur plusieurs milles marins, latéralement, en aval, en amont.An area of sea space is established around the tanker into which no other traffic is permitted to enter.Hence, the tanker\u2019s progress will never be immediately hindered by encounters with other traffic.(SIGTTO LNG operations in Port Areas, p.15).Par contre, pour tous ceux qui voient les 600 kilomètres de voie fluviale reliant le golfe à Montréal comme la future grande voie de desserte maritime des régions du Québec, une telle « performance » ne doit-elle pas, bien au contraire, susciter interrogations et d\u2019inquiétudes ?Sur un autre plan, Il faut bien lire les énoncés des études déposées par Rabaska.Dans le cadre de ses exposés de situation sur la navigation sur le Saint-Laurent, l\u2019emphase est mise sur l\u2019occurrence d\u2019un accident aux 7 millions d\u2019années, pas de façon générale, mais dans les cas où il y a « décès, à la suite de fuite de GNL ».Cette façon de présenter les choses est celle qui est la plus favorable.Elle permet, bien sûr, de mettre en valeur l\u2019étanchéité des navires et la sécurité des conduites, mais elle masque la réalité la plus probable, le risque plus élevé « d\u2019accident tout court ».19 4 i A DOSSIER n 76 Dans un scénario où il n'y a pas de perte de vies, l\u2019occurrence « grimpe » déjà à 330 ans, selon les données du promoteur.Par quel facteur doit-on modifier ce ratio si on reprend l\u2019évaluation, mais cette fois, en tenant compte des variables énoncées à la section précédente, non plus sur la variable des 1400 km à partir de l\u2019Atlantique, mais uniquement sur les tronçons à risques très élevés, c\u2019est-à-dire, à partir des Escoumins ?e 6.1 Le risque d\u2019échouement En ce qui concerne les méthaniers, l\u2019évaluation des risques réalisée par le promoteur conclut « que l\u2019échouement est l\u2019accident le plus probable pour les opérations maritimes ».(Tome 3, vol 1, chp.7, p.7.39).Cette conclusion est en accord avec les données historiques puisqu\u2019il y a eu deux échoue-ments importants (El Paso Paul Kaiser, LNG Taurus).n Échouement d\u2019un méthanier Sur le Saint-Laurent, aux dires mêmes du promoteur, il y a risque d\u2019échouement tout au long du passage du méthanier jusqu\u2019au terminal (570 milles nautiques).Cela le conduit à une estimation de fréquence d\u2019échouement relativement élevée, soit de 1 par 65 ans (ibid, p.7.3.6 et 3.3.7), Si on prend en compte les éléments identifiés à la section 5 de cette analyse, on ne peut qu\u2019entretenir des doutes quant à cette hypothèse d\u2019occurrence.Le promoteur a-t-il pris véritablement acte que, pour le seul parcours Les Escoumins-Québec, on compte pas moins de sept accidents (collisions ou échoue-ments) et une trentaine d\u2019incidents répertoriés entre 1988 et 2003, et ce dans un contexte de pilotage assisté ?Le fait que les méthaniers aient une double coque ne dimi nue en rien le risque d\u2019échouement. DOSSIER HI\u2019 77 Dans son rapport sur le Saint-Laurent (1990), la commission Brander-Smith conclut que lors d'un échouement ou collision de navires dans le chenal maritime, il faut s'attendre, à titre de dommages potentiels, « à l'obstruction partielle ou totale du chenal et conséquemment à l'interruption des activités portuaires ».Il est assez étonnant de constater que, dans l'analyse d'impact de plus de 3000 pages que le promoteur a fait préparer, laquelle comprend des annexes techniques sur une foule de sujets, il ne s\u2019en trouve aucune qui traite des conséquences économiques résultant de l'échouement d'un méthanier et de la gestion écologique qui s\u2019en suit.Une cargaison de GNL n\u2019est pas une cargaison comme les autres.De toutes les substances transportées en mer par bateau, le GNL est celle qui est l\u2019objet des précautions les plus sévères en termes de manipulation et de navigation.(Substance classée « as » selon les critères Seveso.Le danger caractérisé est l\u2019inflammabilité, et les risques majeurs identifiés sont incendie et explosion).Un échouement n\u2019a pas à être caractérisé par une fuite ou, le cas échéant, par une explosion entraînant la mort, pour entraîner des conséquences importantes.Un « simple » enlisement peut s\u2019avérer lourd de conséquences.Il faut en effet plus qu\u2019une opération de halage par un remorqueur pour sortir du pétrin un navire de 300 mètres, en pleine charge, qui échoue sur un haut fond.En novembre 1999, lors de l\u2019échouement de l\u2019Alcor, un vraquier, à 4 miles marins à l\u2019est de l\u2019île d\u2019Orléans, des travaux de transbordement de renflouement ont du être menés du 11 novembre au 5 décembre, soit pendant plus de 25 jours. ?A.DOSSIER FI 78 *1 ê t .Et si l'Alcor avait été un méthanier ?Les opérations auraient été fort différentes.Des mesures et des précautions hors de f ordinaire auraient dû alors être prises, y compris le recours éventuel à un autre méthanier pour faire le transbordement.Dans un tel cas, il faut le faire venir de très loin.Il faut mettre en place une stratégie de raccordement des navires prenant en compte la nature des lieux.Quelles distances séparatrices doit-on imposer aux autres navires commerciaux ?En conjoncture défavorable, quelle peut être la durée de Linterruption de navigation, deux semaines, trois semaines ?Autant de questions passées sous silence dans l'étude d\u2019impact du promoteur.f il » 6.2 Expansion éventuelle du terminal Enfin, on ne peut non plus faire abstraction d'une réalité qui est loin de constituer un phantasme pour écologistes alarmistes.Les exploitants du terminal pourront à tout moment doubler la capacité d\u2019exploitation de leurs installations industrielles et portuaires.Autant par l\u2019étendue des espaces terrestres déjà sous option d\u2019achat que par l\u2019ampleur des installations portuaires projetées, le potentiel et les capacités sont là.Le promoteur ne veut actuellement donner aucune confirmation relativement à cette probabilité.Dans un tel scénario, il faut, à terme, multiplier par deux les passages de méthaniers, soit 240 au lieu de 120.Tous les scénarios de risques doivent alors être profondément modifiés.Dans une telle perspective, la menace d\u2019un véritable goulet d\u2019étranglement devient de plus en plus réelle.Conclusion Au terme de cette évaluation, nous ne voulons évidemment pas prétendre qu\u2019au premier jour d\u2019exploitation du terminal méthanier de Lévis, des compagnies de navigation pour- 'Mit \u2022 \u2022 \u2022 I «I DOSSIER I *1 I 79 ront rencontrer une masse de situations défavorables à ce point critique qu'elle pourraient être amenées à remettre en question sur le champs la route du Saint-Laurent.Les situations vont plutôt se construire avec le temps, à mesure que le flux de navigation va s'intensifier, à mesure que les navires vont grossir, à mesure que les incidents vont se multiplier, à mesure que de nouvelles exigences environnementales et de sécurité vont être décrétées, en amont, à mesure que les exigences des entreprises vont peser en raison de la concurrence des autres réseaux de transport intégrés.Le message est plutôt le suivant.Les autoroutes, qu\u2019elles soient terrestres ou maritimes, s'accomodent bien mal des postes de contrôle.En matière de transport, qu'il soit terrestre ou maritime, chacun a tendance à fidéliser une route qui apporte des avantages en temps et en argent.Par contre, plus les enfarges s\u2019installent sur cette dernière, plus il y a probabilité qu\u2019on s'en trouve une autre plus commode et plus rapide.Les administrations portuaires basent toute la réputation de leurs infrastructures sur le fait qu'elles sont « parmi les plus sûres du monde ».Cette réputation ne supporterait pas d'être mise en cause par des facteurs de risques reliés à la fluidité de navigation.Ceux que nous avons identifiés dans cette étude sont sérieux et bien réels.D\u2019autres, d'ordre psychologique, peuvent aussi avec le temps faire leur oeuvre.!>I If tit Dans le monde des affaires, il ne faut jamais sous-estimer l'image que les compétiteurs font de nous.L\u2019exemple de l'industrie des croisières internationales est éloquent à cet égard.Les eaux que l'on veut faire fréquenter doivent être réputées comme étant des plus sécuritaires.En 2003, avec le S RAS et la guerre en Irak, il y a eu fléchissement important dans l\u2019achalandage des croisiéristes ici-même sur le Saint-Laurent, à mille lieux des points chauds., ! \u2022* !-\u2022* r - 1 i \u2022 .\u2022 .; DOSSIER r r \u2022 « 8o L\u2019avertissement le plus convaincant à ce chapitre nous est fourni par les firmes KPMG et Agra-Monenco, en conclusion de leur « Étude sur le transport de marchandises au Québec » (p.171) Il faut s\u2019assurer que le fleuve Saint-Laurent et ses ports gardent leur positionnement concurrentiel sur le marché international pour le transport des marchandises conteneurisées et non conteneurisées.Les différents paliers gouvernementaux doivent reconnaître l\u2019importance, tant pour l\u2019économie québécoise que canadienne, du fleuve Saint-Laurent et du port de Montréal en tant que coeur du système [.] Les gouvernements doivent donc tenir compte de la position concurrentielle du fleuve dans le cadre de toutes les politiques pouvant avoir un impact sur celle-ci.Constats et recommandations Au terme de cette brève analyse, quatre constats s\u2019imposent : Le choix du site Lévis-Ville-Guay pour l\u2019établissement d\u2019un terminal méthanier n\u2019a pas été fait en considération des meilleurs intérêts sociaux ou économiques du Québec, mais en considération d\u2019intérêts strictement corporatifs.Ce choix n\u2019est pas en accord avec les critères généralement reconnus pour une telle infrastructure à risque maritime, particulièrement ceux édictés par la SIGTTO, la référence internationale la plus crédible dans domaine.Il en résulte, à terme, un potentiel de risque d\u2019impact économique négatif sur le port de Montréal et sur la voie maritime du Saint-Laurent, ressource nationale d\u2019avenir pour l\u2019économie du Québec.Ill T if IF.âf \u2022J-,I B ne 8i L\u2019absence de critères devant présider aux conditions d\u2019implantation d\u2019un terminal méthanier au Québec a comme conséquence que le projet Rabaska est aujourd\u2019hui parvenu à un stade (audiences publiques) où normalement il n\u2019aurait jamais dû se rendre.Les autorités gouvernementales sont entièrement responsables de cette situation.i- En ce qui concerne le projet Rabaska, nous recommandons que le ministre de l\u2019Environnement et du Développement durable et des Parcs repousse le moment des audiences publiques (BAPE) chargées d\u2019évaluer les aspects environnementaux du projet, le temps qu\u2019un comité d\u2019experts définisse, pour le compte du gouvernement, tains principes ou lignes directrices relatives aux conditions d\u2019insertion d\u2019un terminal méthanier dans l\u2019espace maritime du Saint-Laurent.De telles lignes directrices devant servir de balises aux membres du BAPE.2- Dans le but d\u2019éviter que de tels projets se retrouvent à nouveau au coeur de débats sociaux déchirants, nous recommandons que le gouvernement du Québec se dote d\u2019un groupe d\u2019experts, lequel serait sous la responsabilité d\u2019un comité ministériel permanent du Conseil exécutif.Ce groupe serait chargée d\u2019analyser toute la question des infrastructures énergétiques (gazières, pétrolières hydro-électriques, éoliennes et autres) sous l\u2019angle de l\u2019opportunité économique et des futurs besoins énergétiques, mais également sous celui de l\u2019aménagement du territoire et de la compatibilité sociale et économique.De tels travaux devraient mener à un projet de schéma national d\u2019aménagement pour ces grandes infrastructures.?r à »\u2022 Il \u2022fi Ve, *\u2022 4 I* » \u2018 ¦ I* \u2022 4* \u2022\u2022 82 DOSSIER Comité de relance et de diversification du secteur des Coteaux* Manifeste NOTRE FORÊT EST NOTRE MEILLEUR GAGE DE PROSPÉRITÉ A la mi-mai, M.Pierre Corheil, ministre des Ressources naturelles et de la Faune, autorisait la compagnie Abitibi Consol à transférer le Contrat d'aménagement et d'approvisionnement forestier (CAA F) de ses installations de Champneuf à celles de Senneterre.Cette décision heurte non seulement les travailleurs de l'usine de Champneuf -elle déstabilise l'ensemble des communautés avoisinantes qui ont un besoin essentiel de cette usine.Le ministre passe outre aux travaux du comité de relance qui a déjà déposé un plan de travail pour réorganiser cette usine et l'inscrire dans une stratégie d'ensemble qui élargit le potentiel de l'ensemble des usines de la MRC et qui ouvre des perspectives novatrices pour l'industrieforestière de toute la région.En consentant à la délocalisation du CAA F, le ministre Corbeil crée un précédent dangereux qui vient rompre le pacte tacite qui, dans toutes les régions du Québec, établit que le CAA F est associé à une usine spécifique.En laissant les compagnies déplacer les CAA F comme bon leur semble, le ministre a choisi de faire primer les plans d'affaires sur les besoins du développement.Les intérêts privés ont désor- ¦¦ * * Micheline Bureau, mairesse, municipalité de La Morandière, Rosaire Guénette, maire, municipalité de Champneuf, Daniel Lalancette, maire, municipalité de Rochebeaucourt, Ulrick Chérubin, préfet, municipalité régionale de comté d'Abitibi fl ri4 \u2018flip fjiTi $ \u2022 * ; ' \u2022n t: ij DOSSIEB I T 83 mais droit de vie ou de mort sur des comunautés entières dont la vie dépend principalement de Vexploitation de la forêt.En choisissant d'exclure les communautés de la prise de décision le ministre met en danger la cohésion sociale et la survie de nombreuses communautés forestières.Le précédent de Champneuf vient de prendre une dimension nationale.Ce qui se joue à propos du sort de cette usine d'Abitibi risque de se reproduire dans toutes les régions.La politique forestière du Québec ne peut être définie de cette manière.La forêt est un bien public.Le débat mérite d'être fait au grandjour et dans le bon format.Les signataires de ce manifeste tiennent un propos qui concer- I V La rédaction .Le secteur des Coteaux occupe la partie Nord-Est du territoire de la municipalité régionale de comté d'Abitibi et est composé des municipalités de Champneuf, de La Morandière, de Rochebeaucourt ainsi que du territoire non organisé (TNO) de Despinassy.Les citoyens de ces différentes municipalités ont choisi de traiter collectivement divers dossiers socio-économiques afin de mettre en commun leurs aspirations et leur vision du développement de leur milieu de vie.i Suite à l\u2019annonce faite par la compagnie Abitibi-Consolidated qu\u2019elle voulait fermer son usine de Champneuf afin de pouvoir transférer son contrat d\u2019approvisionnement et d\u2019aménagement forestier (CAAF) vers une autre usine, monsieur Pierre Corbeil, ministre des Ressources naturelles et de la Faune, a annoncé, le 22 décembre 2005, la formation d\u2019un comité de transition chargé de proposer des solutions viables pour assurer l\u2019avenir de l\u2019usine de Champneuf Le ministre Corbeil a aussi * I I» I DOSSIER \u2018\\ # 84 hi affirmé à ce moment qu'il était prématuré de transférer de façon définitive le volume de bois de près de 200 000 mètres cubes attribué à l'usine de Champneuf vers une autre destination.L\u2019objectif de ce manifeste est d\u2019exposer publiquement notre vision du projet de relance de l\u2019usine de Champneuf.iL'L* Ce document ainsi que divers autres documents relatifs aux activités du Comité de relance et de diversification du teur des Coteaux peuvent être téléchargés à l\u2019adresse internet suivante : http://www.mrcabitibi.qc.ca/accu.htm .\u2022 M ;tWl ?Le gouvernement du Québec, les industriels forestiers et les experts du développement régional l\u2019affirment sur tous les tons, la forêt joue un rôle primordial dans la vie du Québec et dans celle des régions en particulier.Pour les gens du secteur des Coteaux et ceux de la MRC d\u2019Abitibi, ce rôle, pour l\u2019instant, inspire bien davantage l\u2019inquiétude que la confiance.La richesse forestière, hier encore réputée inépuisable, est désormais, pour un trop grand nombre de nos communautés, synonyme de précarité, d\u2019insécurité sinon d\u2019impuis sance.Les transformations qui affectent l\u2019industrie nous sont trop souvent présentées comme des fatalités.i Il nous est de plus en plus ouvertement recommandé de consentir à des sacrifices pour mieux assurer la survie du secteur.Des dirigeants de grandes entreprises voudraient bien nous convaincre que ce qui sera bon pour leurs restructurations sera forcément bon pour notre développement.Ils parlent d\u2019emplois et de rationalisation des usines et des approvisionnements en tenant pour évident que les populations locales vont comprendre, s\u2019adapter et accepter de subir 9 a Il DOSSIER *1 T 85 ; \u2022 des décisions prises loin de chez eux au nom d\u2019un avenir qu\u2019ils voient défini d\u2019abord par les exigences de l\u2019industrie.Nous pensons que cette façon de voir ne servira pas nos communautés.L\u2019évolution de l\u2019industrie forestière au cours des dernières décennies a largement fait la démonstration que les retombées économiques locales ne sont pas forcément des garanties d\u2019une prospérité durable.A cet égard, les conclusions de la Commission d\u2019étude sur la gestion de la forêt publique québécoise lancent un défi considérable à tout le Québec forestier.L\u2019exploitation forestière ne doit pas seulement prendre le virage écosystémique, elle doit faire place à une révision d\u2019ensemble des façons de faire.Mais d\u2019abord et avant tout, ce sont les façons de pen-qu\u2019il faut changer.Les communautés locales, nous en avons la conviction, ne doivent plus seulement être considérées comme des bénéficiaires de l\u2019activité industrielle conduite selon une logique de secteur et des considérations d\u2019emplois.Elles doivent retrouver une place centrale dans notre modèle d\u2019exploitation et de développement de la forêt.Développement local et croissance industrielle doivent converger et non pas se télescoper, s\u2019affronter.Il faut désormais voir la forêt jouer un rôle complet dans la structuration de l'économie locale et régionale.Elle n\u2019est pas seulement pourvoyeuse d\u2019emplois et distributrice de retombées, elle doit générer du développement c\u2019est-à-dire être exploitée en fonction de visées et d\u2019objectifs qui sont définis dans une perspective globale où compte d\u2019abord la volonté de se prendre en charge des communautés.Son potentiel doit servir à l\u2019élargissement des divers moyens de créer de la richesse et d\u2019assurer la prospérité.Nos communautés doivent pouvoir faire servir la forêt et toutes les opportunités qu\u2019elle peut offrir à l\u2019ensemble des utilisateurs et non pas à 4* \u2022 \u2022 DOSSIER 86 un seul secteur industriel, aussi important soit-il.Cela est particulièrement vrai pour les collectivités mono-industrielles comme on en retrouve plusieurs dans notre MRC et dans notre région.Notre milieu restera forestier, mais il n\u2019est écrit nulle part que nos communautés doivent rester dépendantes du sort d\u2019un seul industriel, d\u2019une seule entreprise ou d\u2019une seule filière de production.Le potentiel forestier est assez grand pour définir un éventail de possibilités qui permettront de réduire la vulnérabilité aux aléas qui peuvent affecter certains marchés ou des types d\u2019entreprises.La diversification économique ne veut pas dire l\u2019abandon ou la réduction du poids du secteur forestier dans l\u2019économie locale.Il faut plutôt que ce poids soit mieux réparti.Le secteur forestier peut et doit servir à densifier nos structures économiques locales.IJ .ïfl Crise ou défi d\u2019innovation Le sort de l\u2019usine de Champneuf peut être vu de deux manières.On pourrait penser, comme de nombreuses autorités du secteur nous y invitent, que cette éventuelle fermeture est tout à fait justifiée, que cette décision servirait bien les intérêts de ses propriétaires et qu\u2019il y aurait moyen de déployer des mesures de mitigation pour atténuer l\u2019impact sur l\u2019emploi et la communauté.Transferts de postes, préretraites, compensations diverses et reclassement de la main-d\u2019oeuvre, les mesures sont classiques et bien connues.Elles pourraient fort bien être appliquées avec un succès relatif.Mais cela reviendrait à nous demander de consentir à nous appauvrir en douceur, tout en nous octroyant quelques moyens de temporiser.La grande industrie s\u2019en porterait peut-être mieux, le bilan total des emplois conservés serait peut-être même acceptable.Mais les rapports 1 # * V P * i l| DOSSIER \u2018l V # 1 I 87 i\\ entre F économie locale et la communauté seraient disloqués.Nous passerions de la crise de l'industrie à celle de la communauté.Dans cette façon de voir, il n'y a pas à en douter, le fardeau qui retombera sur les épaules de nos communautés sera celui de se doter d'une nouvelle structure de production, voire même d'une autre vocation économique.Ce n\u2019est pas impossible, mais c\u2019est un processus qui sera inévitablement long et générateur d'une insécurité chronique.C\u2019est toute la fiscalité municipale qui en souffrira, c\u2019est l'avenir de nos services et de nos infrastructures qui s'en trouvera précarisé et cela ne manquera pas de placer notre démographie au bord d'un seuil critique peut-être insurmontable.Les familles seront certes les plus directement touchées.Mais ce sont les jeunes qui écoperont le plus.On ne peut indéfiniment demander à la jeunesse de différer les moments de se mettre à l\u2019oeuvre pour se construire des projets de vie.Le milieu doit être accueillant tout de suite.On ne choisit pas de s\u2019établir ou de rester dans sa communauté sur la seule évocation d'un éventuel renouveau.Une crise dont les effets perdurent trop longtemps finit par transformer un milieu fragile en milieu hostile.fl \u2022 r.d » -4, i \\ On pourrait voir les choses autrement.Le sort de l\u2019usine de Champneuf peut nous fournir une occasion exceptionnelle d\u2019innovation.Ce qui n\u2019est pas possible dans le modèle actuel n\u2019est pas insurmontable si nous changeons de manière de voir.Ce n\u2019est pas l\u2019équipement lui-même qui est le problème, c\u2019est la place qu\u2019il tient dans notre modèle d\u2019approvisionnement, la façon dont il s\u2019inscrit dans la structure d\u2019entreprise de ses propriétaires, les exigences de rendement qu\u2019ils lui fixent et qui vont bien au-delà de sa stricte viabilité économique.La forêt pour alimenter l\u2019usine de Champneuf & ri*»i?* ,i \u2022***!\u2022 J »' \u2022\t\u2022\u2022 t- ,\u2022 r 1 \u2022 * DOSSIER 88 existe.Elle sera encore là si nous faisons tourner l'usine autrement, si nous en redéfinissons la vocation, si nous revoyons son financement, si nous en améliorons la productivité, etc.Un autre projet est pensable.À la condition toutefois, d\u2019adopter un point de vue plus large que celui qu\u2019impose le raisonnement qui plaide en faveur de la fermeture de l\u2019usine.Un raisonnement qui implique de penser le problème de l\u2019avenir de cette usine dans un repositionnement de l\u2019économie locale, dans une nouvelle articulation des liens entre le secteur industriel actuel et le développement économique par la forêt.Les choix qui ont façonné la structure industrielle actuelle ne sont pas immuables.Ce n\u2019est pas nécessairement en les refaisant que nous sortirons de la crise actuelle.Notre modèle doit muter.Cela veut dire qu'il faut faire autre chose et non pas agir en accélérant et accentuant les tendances déjà à l\u2019oeuvre et dont les effets nous ont conduits dans la situation actuelle.On ne bonifie pas une recette amère en gardant les ingrédients dans les mêmes proportions.Fit]-.Le maintien et la relance de l\u2019usine de Champneuf peuvent et doivent nous fournir l\u2019occasion de nous donner un nouveau modèle, une nouvelle stratégie de développement économique par la forêt.Cela implique plus et autre chose que de souscrire à la réorganisation industrielle du secteur.Cela suppose de consentir à ouvrir ensemble - gouvernement, industrie, élus locaux et communautés celle que le rapport Coulombe appelle de tous ses voeux.Le développement forestier durable peut commencer à prendre forme dans le secteur des Coteaux.une autre voie, DOSSIER 89 Un modèle qui a atteint ses limites Un rappel historique s\u2019impose d\u2019abord pour mieux cerner les contours des solutions possibles.Il ne faut pas l\u2019oublier, le régime forestier actuel est d\u2019abord né d\u2019un compromis qu\u2019une crise majeure a imposé au terme de presque vingt ans de tiraillements entre les communautés, l\u2019État et l\u2019industrie.Quand, au milieu des années 1980, le gouvernement du Québec choisit le Contrat d\u2019approvisionnement et d\u2019aménagement forestier ( CAA F) comme instrument pour gérer les besoins d\u2019approvisionnement, il y a déjà un long moment que les milieux locaux et régionaux revendiquent un mode de gestion des forêts qui serve mieux le développement local et la création d\u2019emploi.La crise dite des paroisses marginales qui a duré pendant toute la décennie 1970 dans presque toutes les régions forestières, portait en grande partie sur les modalités d\u2019accès à la forêt.Au nom d\u2019une politique industrielle, le gouvernement du Québec avait alors fait le choix de soutenir une industrie régionale du sciage en consolidant et regroupant les petites unités paroissiales.Il a fait le choix de moderniser le secteur en tentant de réunir les conditions qui offraient aux entrepreneurs forestiers de meilleures garanties de stabilité et de sécurité d\u2019approvisionnement tout en garantissant aux paroisses qu\u2019en échange des emplois perdus lors de la fermeture des petits moulins à scie locaux, les emplois en forêt resteraient dans le territoire et peut-être même augmenteraient.Au lieu de saupoudrer les droits d\u2019approvisionnement, l\u2019État choisissait de favoriser une certaine concentration pour soutenir la consolidation et l\u2019intégration du secteur du sciage.La solution préconisée a réduit substantiellement le nombre de petits moulins locaux, ce qui a modifié radicalement le I \u2022 DOSSIER * l 90 marché de l'emploi dans les communautés et, bien souvent, réduit à sa plus simple expression leurs structures de production.Plusieurs communautés ont payé très cher cette solution : elle a souvent provoqué des saignées démographiques dramatique dont elle souffrent encore cruellement aujourd'hui.Elle a cependant été fructueuse pour l'industrie du sciage qui a pu croître davantage et plus vite grâce aux garanties offertes par le CAAF, garanties qui ont favorisé l'investissement en réduisant le risque sur les approvisionnements et en permettant la planification à long terme.Une sorte de pacte forestier s'est alors imposé de façon plus ou moins tacite entre les divers acteurs du secteur forestier.Un certain consensus s'était établi, qui a nourri une vision qui s'est lentement imposée à peu près partout comme la seule voie pragmatique, la plus utile au développement et la mieux accordée aux besoins de l'industrie.Les emplois restaient dans le territoire, liés indissociablement aux CAAF qui attachaient l'approvisionnement, le territoire forestier, aux usines.Ce pacte aura duré vingt ans.Les difficultés structurelles du secteur en auront eu raison.Le modèle a fini par se retourner contre ses promesses.Le rapport Coulombe a amplement documenté les problèmes.Il aurait pu ajouter qu'en grande partie, ces problèmes étaient déjà présents avant l'adoption du régime des CAAF qui devait favoriser le redressement structurel.Au fil des ans, il est apparu que les solutions retenues ne permettaient pas de faire face aux problèmes les plus déterminants du secteur.Aujourd'hui, comme il y a vingt ans, l'industrie fait face à une crise majeure.Et l'on nous demande, sans trop le dire, de renoncer au pacte forestier à l'origine du régime des CAAF.Et au nom des même raisons.L\u2019industrie qui plaide toujours pour le maintien des garanties de stabilité de Lap- L lit 9i provisionnement nous demande désormais de briser le lien entre le territoire et l'emploi.Ce lien était au coeur du pacte forestier.Aujourd'hui, les emplois sont menacés, la ressource est menacée, la communauté risque d'être condamnée.Et ce n'est pas la seule : aujourd'hui Champneuf et les communautés environnantes combien d'autres demain ?Les experts aussi bien que les dirigeants de la grande entreprise laissent circuler des chiffres effarants.Quand la recherche d'une solution laisse entrevoir des conséquences aussi dures que le mal lui- même, c'est que quelque chose cloche.A l'évidence le modèle a atteint ses limites.i » Pour un nouveau pacte forestier Une nouvelle fois, on nous demande de renoncer à des équipements de production mais, cette fois-ci, c'est pour laisser partir la ressource ligneuse elle-même.En souhaitant transférer les CAAF d'une usine à l'autre au nom de la rationalisation des capacités de production, certains voudraient que des régions entières se laissent désormais dicter leurs choix économiques pour des motifs de restauration d'un secteur industriel dont les choix, par ailleurs, sont de plus en plus indifférents au territoire.La prédominance de la filière pape-tière qui a progressivement intégré le secteur sciage a provoqué la réduction substantielle du nombre d'entrepreneurs locaux et régionaux.Cela a eu pour effet de faire sortir de la région les centres de décisions.La gestion de l'emploi, les choix de développement et les orientations stratégiques ont été faits sans tenir compte des réalités régionales.Il en est résulté une gestion qui, sans être indifférente aux aspects régionaux, les a néanmoins subordonnés à des choix de positionnement stratégique qui n'ont pas cherché à concilier réalités et besoins régionaux avec les intérêts sectoriels.' \u2022 P le 1 \u2022 î i » » » * * # % # 1 4- .* « S *1 \u2018 \u2022 » * Z 4 \u2022 ?4 \u2022 \u2022 DOSSIER :*u a i 92 A cet égard, les recommandations de la commission Coulombe laissent poindre une contradiction.L\u2019on veut bien que plus de souplesse soit accordée aux entreprises pour leur permettre de s\u2019ajuster aux conditions du marché et aux défis du secteur.Mais cela ne doit pas se faire au détriment de l\u2019objectif d\u2019accroissement de la capacité de deuxième et troisième transformation, d\u2019amélioration globale de notre capacité de produire de la valeur ajoutée.La forte concentration de l\u2019industrie, marquée par la place énorme qu\u2019y tiennent les papetières peut venir à l\u2019encontre de cet objectif ou, à tout le moins, engendrer de très sérieuses tensions.Il est normal que les entreprises réagissent à la crise en se cramponnant fermement aux exigences de leur mission premiere.Or, la mission première des papetières reste la production papetière, c'est évident.Le danger de la situation actuelle est celui de la contamination des logiques de développement.C\u2019est déjà en partie ce qui explique plusieurs des difficultés actuelles.Car les choix stratégiques qui ont conduit les papetières à multiplier les acquisitions d\u2019usines de sciage pour sécuriser leurs approvisionnements en copeaux ont eu des graves répercussions de marché sur l\u2019industrie du sciage.Lobligation qui leur est faite eu égard à approvisionnements qui doivent prioritairement provenir du sciage, a contraint, pour ainsi dire structurellement, la filière papetière à agir sur le marché du sciage en fonction de choix qui ne tenaient pas toujours compte des réalités de l\u2019offre.L\u2019abondance de bois d\u2019oeuvre, pour ainsi dire plus ou moins artificiellement produite, crée ainsi des distorsions importantes dans le marché du sciage.\u2022 X Les difficultés propres à la filière papetières sont venues en quelque sorte se rajouter à ces problèmes, provoquant des crises que les papetières cherchent à résoudre en jouant sur DOSSIER T 93 les deux tableaux à la fois.Ce sont les économies régionales qui risquent d\u2019en faire les frais.La souplesse requise pour qu\u2019émergent des solutions de deuxième et troisième transformation est difficile à obtenir en raison de cette imbrication contradictoire des logiques et besoins de l\u2019industrie du sciage dans une structure très largement déterminée par les choix de la filière papetière.Il faut trouver des solutions qui permettront aux deux secteurs de sortir gagnant de la crise actuelle.Il est clair, cependant, que les régions forestières n\u2019y trouveront leur compte que dans la mesure où les choix sectoriels de l\u2019un comme de l\u2019autre viendront contribuer au renforcement de toute la structure de l\u2019économie forestière régionale.Les exigences de consolidation du secteur papetier ne doivent donc pas se faire au détriment de la préservation des conditions de développement de l\u2019industrie du sciage, principal point d\u2019appui de toute stratégie de diversification et d\u2019accroissement de la capacité de transformation.Du point de vue régional, cela place les quelques entreprises de sciage indépendantes, qui représente environ 30 % de la production de bois d\u2019oeuvre au Québec, dans une situation particulièrement vulnérable dans la mesure où elles risquent de devoir vivre, comme les autres du secteur, selon des règles fixées en fonction d'une logique de développement dictée par la nécessité pour les papetières de penser le sciage en fonction de sa logique d\u2019appui (approvisionnement en copeaux) plutôt qu\u2019en fonction d\u2019une logique autonome de développement.Il faut éviter de compromettre le potentiel des usines indépendantes restantes en leur infligeant des contraintes dictées par des solutions définies pour régler les problèmes de la filière intégrée sciage/papetière.Il faut éviter que leur * DOSSIER i» 94 mission première ne soit subordonnée aux exigences de la filière papetière.Cela n\u2019est pas souhaitable pour aucun des deux secteurs.Il faut chercher à concilier ces exigences dans la cohabitation de modèles distincts plutôt que dans la subordination.Il ne faut pas que la restructuration papetière contraigne, au point de les compromettre, les possibilités de développement d\u2019un secteur du sciage qui pourrait se mobiliser tout entier sur l\u2019élargissement des capacités de deuxième et troisième transformation.C\u2019est ce qui est en cause à propos du sort qui sera réservé à l\u2019usine de Champneuf.\u2022 HJ*, Le gouvernement du Québec doit certes se montrer sensible et ouvert aux problèmes et préoccupations de ses propriétaires, mais il faut que la solution retenue se fasse en conciliant les objectifs de développement local, de saine gestion de l'approvisionnement ligneux et de cohérence d'une stratégie industrielle adaptée.La solution n'est pas d'accroître la fluidité des CAA F mais bien de choisir rigoureusement à quelle logique de développement la décision de garder ou non la ressource dans le territoire doit être rapportée.Il n\u2019y a pas que l'usine de Champneuf qui soit en cause.Dans notre MRC et dans les MRC voisines d\u2019autres usines sont également menacées à plus ou moins brève échéance et les mêmes dilemmes vont se reproduire pour ce qui est des meilleures manières de disposer de l\u2019approvisionnement.Nous ne voulons pas que des solutions structurelles se définissent par défaut, imposant un fait accompli par l\u2019accumulation de décisions ponctuelles.Il faut une vision cohérente, une vison d\u2019ensemble qui permette de bien isoler les fac teurs et les critères justifiant les décisions à prendre.Le défi forestier ne se relèvera pas par une gestion au coup par coup.Il faut expliciter les choix, les faire en toute connaissance de cause et pour le mieux être de tous.1 ne 95 Le cas Champneuf peut nous servir à jeter les bases d\u2019un nouveau pacte forestier.Nous pensons que ce pacte doit se définir en référence à un modèle qui fasse une large place à une industrie du sciage définie pour elle-même et non pas d\u2019abord pour ses fonctions d\u2019approvisionnement en copeau.Ce modèle peut cohabiter avec le modèle en cours, à condition d\u2019en bien définir les paramètres.Le cas Champneuf doit être réglé en faisant primer l\u2019objectif d'accroissement de la capacité de deuxième et troisième transformation.Seule la reconnaissance de cette primauté peut nous ouvrir l\u2019avenir.Les développements anticipés de la filière papetière, entre autres avec l\u2019importation de pâte d'eucalyptus d\u2019Amérique du Sud, le recours aux fibres d\u2019essences à croissance rapide telle le kénaf, et avec la concurrence en provenance des pays émergents, ne laisseront jamais, à long terme, qu\u2019une place secondaire, pour ne pas dire résiduelle, à nos capacités de positionnement.Il faut donc soutenir la création d\u2019un secteur de deuxième transformation fort, à contrôle local et régional, basé sur une pérennité de la ressource en faveur des communautés.Il faut trouver à Champneuf une solution qui consolide notre potentiel de deuxième transformation tout en favorisant la plus large ouverture possible à la mise en valeur des ressources forestières actuellement disponibles.Il faut être clair, notre démarche n\u2019en est pas une de résistance au changement.Nous ne refusons pas le changement, mais nous refusons de le subir.Nous voulons, au contraire, y participer, y associer les forces vives de toute la MRC, et plus largement de la région à la recherche d\u2019un nouvel élan.La population de l\u2019Abitibi considère encore la forêt comme un de ses meilleurs atouts.La région peut sortir gagnante des difficul- ï f* I \u2022 \u2022 i DOSSIER r 96 tés actuelles.C'est une affaire de vision d'abord.Nous pouvons faire naître dans le secteur des Coteaux un véritable projet mobilisateur.Structurer l'offre ou réorganiser l'approvisionnement Il faut bien lire ce qui se passe.Le mouvement de protestation contre la fermeture de l'usine de Champneuf et le transfert du CAAF qui y est rattaché n'est pas un appel au prolongement du statu quo.Il y a une nécessité économique et stratégique à maintenir les ressources dans le territoire.Pour le bien comprendre, il faut faire la part des choses entre les exigences de l'approvisionnement et celles du développement économique.1 if hiil- Si l'on se place du strict point de la logique de l\u2019approvisionnement en matière ligneuse du secteur forestier tel qu'il est actuellement structuré, le choix de transférer le CAAF est sans aucun doute la bonne décision.Le modèle actuel privilégie la concentration dans des unités toujours plus grandes.Les choix sont alors dictés aussi bien par la logistique que par les objectifs de rendement sur l'investissement.Pour faire une gestion globale des ressources du secteur, pour en faire surtout une organisation qui élargisse les possibilités industrielles, il faut passer de la logique de l'approvisionnement, à la logique de l'offre forestière.Il faut certes réorganiser les approvisionnements pour résoudre certains des problèmes majeurs de l'industrie actuelle.Mais cela ne fera que préserver l'existant.C\u2019est déjà bien, mais le rapport Coulombe l'a bien montré, cela nous laisserait encore loin du compte.Si nous voulons ouvrir les voies de l'avenir, il nous faut concevoir des solutions qui, tout en parant aux nécessités actuelles, élargissent les possibilités de faire naître d\u2019autres O,' ê DOSSIER II 97 «\u2022 ' n 9.c '\u2022/ fr V m f ».» I* fmr vim** I ¦( l.t V rin (¦VA f.projets.Il faut aussi avoir à l\u2019esprit de jeter les bases de la structuration du secteur que nous souhaitons consolider et développer, celui de la création d\u2019une plus grande valeur ajoutée à partir d\u2019un potentiel de ressources ligneuses géré en conséquence.Il y a de la place pour des usines de la taille de celle de Champneuf.Il y a des exemples d\u2019usines rentables traitant les mêmes volumes.Il faut évaluer la performance de ce genre d\u2019usine sur la longue durée et non pas à partir des seules perspectives laissées ouvertes dans le creux du cycle actuel.Certes, de telles usines bénéficient d\u2019une technologie qui leur donne une plus grande polyvalence et une meilleure capacité d\u2019adaptation.Mais cela peut être fait aussi à Champneuf, des promoteurs pourraient être tentés d\u2019en faire la démonstration.Des partenariats sont pensables.Il faut le vouloir.Et surtout le vouloir avec l\u2019intention de se servir de cette occasion pour renforcer ce qui est déjà en train de naître dans la région et au-delà.f# a fl! \u2022 \u2022 )' I f fj: \u2022.t|* r ./ W>J / ' hi r.\u2022 * tjfjVrKl ¦ f iflj\u2019l .1 % k1br W.i \\ \u2022 ! Le rapport intitulé Proposition de développement en deuxième et troisième transformation de bois résineux et feuillus en Abitibi-Témiscamingue, présenté par la firme Performax en mars 2002, est très convaincant à cet égard.Avec une approche d\u2019ensemble, définie sur une vision actualisée du concept de grappe industrielle, il serait possible de faire naître une véritable synergie industrielle.Il y a en Abitibi un fort potentiel.Nous disons qu\u2019un projet à Champneuf pourrait servir de véritable catalyseur et favoriser la structuration d\u2019un petit réseau d\u2019usines indépendantes travaillant en fonction de l\u2019accroissement de la capacité de chacune à mieux capter la valeur ajoutée susceptible de naître de la complémentarité des opérations et des stratégies de positionnement sur les marchés.} 'v îir.IM\" I h* # * I* * ;\u2022* DOSSIER V 98 Ce rapport est cependant très ferme sur une condition essentielle : tout projet de deuxième et de troisième trans formation doit prendre appui sur des approvisionnements stables qui découlent de la première transformation des bois.Il faut donc préserver la première transformation si 1Jon veut mettre les meilleurs avantages concurrentiels de son côté.Plus encore, n\u2019est pas seulement une affaire d\u2019approvisionnement, c\u2019est une affaire de conception des stratégies d\u2019exploitation et de mise en valeur de la matière ligneuse récoltée.Il y a plus dans cette approche que la simple logistique de livraison des grumes, c\u2019est une affaire d\u2019appréciation de la configuration globale de l\u2019offre de matière ligneuse, une offre conçue en fonction de besoins diversifiés, gérés selon des arbitrages qui mettent les industriels en complémentarité davantage qu\u2019en concurrence les uns avec les autres.Les conclusions de ce rapport rendent encore plus pressante la nécessité de garder dans le territoire la ressource ligneuse.Pour garder l\u2019avenir ouvert et pour agir efficacement en vue d\u2019accroître la deuxième transformation, il faut s\u2019assurer que la MRC obtienne un contrat d\u2019aménagement forestier (CtAF) dont le volume correspondra à celui qu\u2019Abitibi Consilidated ne désire plus usiner à Champneuf.C\u2019est une condition de réussite essentielle.Sans CtAF à la MRC, la relance des projets de substitution devrait se faire sans levier, sans point d\u2019appui local pour attirer l\u2019investissement, condamnant la communauté à lutter avec un potentiel d\u2019attraction diminué.Plus encore, cela priverait l\u2019ensemble du milieu d\u2019un puissant moyen de faire en sorte que les entreprises existantes puissent agir comme force d'attraction.Cela les laisserait dans une marginalité relative, ferait d\u2019elles des composantes plus ou moins isolées d\u2019un secteur industriel faiblement intégré aux structures économiques locales '' I-.I 11 DOSSIER ' T 1 99 et régionales.Entre l\u2019approche réseau et l\u2019approche par usine isolée, il y a la différence entre la stratégie de développement économique intégré et la gestion sectorielle, la différence entre la mise en valeur des ressources du territoire au service du développement local et la gestion de la demande de matière ligneuse en fonction d\u2019un certain état de la concentration de propriété et de l\u2019intégration des équipements de production.Restructurer l\u2019offre forestière, cela déborde donc du seul cadre de l\u2019usine.Cela exige aussi de mettre en lien la planification, la recherche aussi bien que l\u2019aménagement avec les stratégies de développement et d\u2019exploitation.Restructurer l\u2019offre, c\u2019est donc passer d'une vision mono-filière, ne tenant compte que des besoins spécifiques des acteurs existants, à une vision large permettant de mobiliser l\u2019ensemble des intervenants et des expertises sur une approche d\u2019optimisation du potentiel émergent.Il serait imprudent de sacrifier le présent à un avenir incertain, mais il serait tout aussi imprévoyant de sacrifier le potentiel en ne cherchant que des solutions aux problèmes du court terme.Il faut donc aborder les choses avec rigueur.Les erreurs risquant d\u2019être fatales à de nombreuses communautés déjà fragilisées par les problèmes, il vaut mieux éviter que des solutions mal pensées ne les achèvent en faisant plus de dégâts que les maux actuels.On connaît l\u2019histoire : l\u2019opération est réussie mais le patient en est mort.Les exigences du développement durable plaident également en fonction du maintien dans le territoire d\u2019une infrastructure de première transformation servant de pierre d\u2019assise aux secteurs de la deuxième et troisième transformation.Il est coûteux de faire faire des détours à la matière de premier traitement, cela crée une pression supplémentaire it DOSSIER 9 TOO et inutile sur les deuxièmes transformateurs.Le secteur des Coteaux est l'entrée naturelle des bois en provenance du Centre- Est de l'Abitibi vers notre MRC.Après avoir subi une première transformation, ils peuvent être dirigés vers d\u2019autres usines de transformation secondaire et tertiaire sans va-et-vient inutile.Un circuit court permettrait d\u2019importantes économies de carburant, provoquerait moins de perturbation par le bruit et limiterait la détérioration des chaussés affectées par le passage des lourds camions, rédui sant du même coup la multiplication des travaux de voirie perturbateurs.Un circuit court, ne permet pas seulement des économies de transport, il favorise l\u2019optimisation technologique et la mise en place d\u2019un mode de gestion plus souple, mieux en mesure de s\u2019adapter rapidement, de réagir aux aléas de la demande comme de l\u2019offre.Un circuit court est un atout pour l\u2019amélioration de la compétitivité de l\u2019ensemble des participants à une même grappe industrielle.Du point de vue de 1\u2019entrepreneurship et de l\u2019innovation, un circuit court favorise les échanges de proximité, il améliore la capacité de captage et de circulation de l\u2019information stratégique entre les décideurs des divers secteurs d\u2019intervention.Il contribue au bouillonnement des idées indispensable aux collectivités entreprenantes.Les conclusions du récent rapport Évaluation du potentiel d\u2019intensification de l\u2019aménagement forestier pour le territoi-de la MRC d\u2019Abitibi produit par la Table de concertation Forêt, mise sur pied dans le cadre de la démarche de Concertation pour l\u2019Action, plaident également en faveur de la nécessité d\u2019une approche intégrée.Le potentiel de la MRC est très élevé.Le rapport estime à 2 400 000 mètres cubes le volume des peuplements résineux non récurrents et à re ft ut TOI 3 040 000 mètres cubes celui des peupliers surannés qui pourraient être récoltés.Ces volumes se répartissent de façon très inégale sur les territoires des diverses municipali tés.Et c'est le secteur des Coteaux qui offre le potentiel le plus immédiatement susceptible d\u2019être mis en valeur.Le rapport établit que deux stratégies peuvent être mises en oeuvre : la récolte de peuplements non récurrents et la remise en production de peuplements et friches.Le portrait qu\u2019il nous dresse rend encore plus évidente la nécessité d\u2019une approche intégrée.Ce potentiel, en effet, il faut en organiser la mise en valeur.Il faut l\u2019aborder non pas seulement dans une perspective de récolte mais aussi et surtout dans une vision qui permette de considérer ces ressources ligneuses comme une réserve très précieuse qui pourrait être gérée pour venir appuyer les entrepreneurs actuels et futurs dans des efforts d\u2019accroissement de la deuxième transformation.Il faut se servir de ce potentiel pour donner à la MRC l\u2019occasion de faire une meilleure intégration de ses préoccupations en faisant naître une structure de coordination et d\u2019intervention.Cela vient bonifier singulièrement la pertinence d\u2019une relance de l\u2019usine de Champneuf sur un objectif accordant priorité à la valeur ajoutée.Si on lit ce rapport dans une perspective de restructuration de l\u2019offre forestière, l\u2019on constate avec satisfaction qu\u2019il serait possible de penser la gestion de ce potentiel en fonction d\u2019une planification au service du développement d\u2019une grappe industrielle complète.En plus de laisser envisager la possibilité d\u2019accroître substantiellement l\u2019approvisionnement de l\u2019usine de Champneuf, les perspectives ouvertes par une telle approche intégrée laissent voir comment une approche industrielle innovatrice pour servir à l\u2019élargissement de la vocation agro-forestière de tout le milieu.i.\u2022 \\ \\ \u2022 » ' % »k V V t 4* »\u2022 | DOSSIER r r 102 \\ fi I Dans cette perspective, il devient de plus en plus évident que le projet de relance de l'usine de Champneuf n\u2019est pas seulement un projet local.Il faudrait désormais parler plutôt du projet de relance d\u2019une usine pour le secteur des Coteaux, tant il s\u2019impose que la vocation et le potentiel de cette usine revoient à une action structurante dépassant largement les cadres de la collectivité locale.C\u2019est un projet qui touche toute la MRC d\u2019Abitibi et dont la réalisation peut inspirer les forces vives de la région et de bien d\u2019autres endroits du Québec forestier.Ces deux rapports ne pouvaient pas mieux converger.Il est possible de se mettre à la tâche maintenant.Les principales recommandations du rapport Coulombe eu égard à « la gestion intégrée, décentralisée et transparente » (titre du chapitre 7 dudit rapport) pourraient être mises à l\u2019épreuve des faits dans le dossier de l\u2019usine de Champneuf.Il y a là une occasion en or pour les élus de la région, pour l\u2019ensemble des intervenants forestiers et pour la population en général, de prendre au sérieux la volonté de changement exprimée dans ce rapport salué unanimement.Personne ne soutiendra que c\u2019est là une tâche facile.Là n\u2019est pas la question.Il s\u2019agit en fait de savoir si nous avons la volonté de nous y atta quer.Il s\u2019agit de faire la démonstration que nous sommes capables de dominer nos problèmes et de dépasser les solu tions éculées, les solutions où l\u2019on avait l\u2019habitude de s\u2019accommoder des propositions élaborées loin du milieu et pas forcément soucieuses de nos ambitions les plus hautes.La forêt est encore notre plus grande richesse.A nous de la faire servir à la création de la nouvelle économie de la région.Il faut l'affirmer haut et fort, la nouvelle économie forestière passe par l\u2019intégration, dans le territoire, à l\u2019échelle de la région, à celle des communautés forestières, de * \u2022\u2022 \u2022 I L i- # # h 4 \u2022 \u2022 9 |»k lit 103 toutes les fonctions indispensables au succès des projets d\u2019entreprises.Si la forêt est un écosystème, l\u2019économie forestière est un sociosystème dont les collectivités doivent être le centre de gravité.Il faut que le contrôle de la ressource ligneuse reste rigoureusement rattaché au territoire.Pour que nous puissions orienter notre développement.Parce que nos aspirations ne sont pas dé localisables.Nous en sommes convaincus, la relance de l\u2019usine du secteur des Coteaux ouvre des perspectives enthousiasmantes.Il n\u2019y a qu\u2019une façon de faire face à la crise appréhendée, c\u2019est par l\u2019audace et l\u2019innovation.Le potentiel existe, les conditions de succès peuvent être réunies.C\u2019est la vision d\u2019ensemble qui fera la différence.Cette vision laisse apercevoir un projet fort mobilisateur, celui de faire naître la Grappe industrielle forestière Harricana.Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune peut faire le premier geste, celui qui libérera l\u2019énergie créatrice de toute la région.Il faut un contrat d\u2019aménagement forestier pour la MRC d\u2019Abitibi.Il faut une usine pour le secteur des Coteaux pour commencer maintenant à bâtir l\u2019économie forestière de l\u2019avenir.Notre forêt est notre meilleur gage de prospérité.?Le 3 mars 2006 Il* I * I 104 DOSSIER Gabriel Ste-Marie ÉNERGIE ÉOLIENNNE : HYDRO-QUÉBEC DOIT RESTER MAÎTRE La filière éolienne connaît un développement exceptionnel partout dans le monde.Sa puissance installée est passée de 2500 mégawatts (MW) en 1992 à plus de 59 000 MW en 2005.C\u2019est une fois et demie la puissance de toutes les installations du Québec.En 2005, l\u2019industrie mondiale a mis en service près de 12 000 MW supplémentaires.Cette croissance s\u2019explique par le boom technologique de la filière.L\u2019électricité produite par les éoliennes coûte de moins en moins cher.C\u2019est pourquoi cette alternative est déjà implantée dans plusieurs pays, où le coût de production d\u2019électricité est beaucoup plus élevé qu\u2019au Québec.\u2022 ' rj t Le leader mondial en la matière est le Danemark.C\u2019est le plus important fabricant d\u2019éoliennes.À cause de sa petite taille, il arrive cinquième en puissance installée.Le premier est l\u2019Allemagne qui accapare plus de 31 % des éoliennes du monde.L\u2019Espagne arrive deuxième avec près de 17 % des éoliennes.Le sud des États-Unis est troisième avec un peu plus de 15 %, l\u2019Inde est quatrième avec 7,5 %, et le Danemark récolte 5,3 % des éoliennes.Le principal fabricant est l\u2019entreprise danoise Vestas.Elle a fabriqué près de 37 % des éoliennes, évaluées selon leur puissance.Le numéro deux est Enercon.Cette société aile- \u2022 4 B 105 mande accapare 14,8 % des éoliennes.Suit l\u2019espagnole Gamesa qui présente 13,5 % du marché, vient en quatrième place l\u2019américaine General Electric avec 11,2 %.Le numéro cinq est aussi danois.L\u2019entreprise Siemens a installé 8,1 % des éoliennes.I \u2022 IV Côté éoliennes, le Québec suit la tendance mondiale.Notre retard en la matière relatif aux pays susmentionnés s\u2019explique par nos faibles coûts de production d\u2019électricité découlant de nos grands complexes hydroélectriques.Au Québec, la filière éolienne commence à peine à être intéressante au niveau du prix.Nos nouvelles installations hydroélectriques coûtent de plus en plus cher, et l\u2019éolien revient de moins en moins cher.L\u2019European Wind Energy Association (EWEA) affirme que le coût par kWh produit par l'éolien a diminué en moyenne de 3 % par année entre 1989 et 2001, en raison du rapide développement technologique.Cette tendance devrait continuer.En 15 ans, les coûts de la filière ont été coupés de moitié.Les éoliennes sont de plus en plus grosses et de plus en plus rentables.Une éolienne type avait une puissance de 0,2 MW en 1990, contre 1500 MW en 2002.Celles de 2002 sont 7500 fois plus grosses que celles de 1990.Des éoliennes de puissance variant entre 2 et 5 MW sont aujourd\u2019hui commercialisées.Le territoire québécois est propice à l'implantation des éoliennes à cause de la qualité de ses vents, qui est nettement supérieure aux sites européens.La vitesse moyenne du vent est la donnée la plus importante pour rentabiliser une éolienne.De façon évidente, plus l'éolienne tourne souvent et vite, plus sa production augmente.Selon la firme Hélimax, il y a 3840 MW de potentiel pour des vents entre 8 et 9 m/s à moins de 25 km des lignes électriques déjà existantes.Ces sites se trouvent à 90 % en Gaspésie et sur la DOSSIER I io6 Côte Nord.Il y a également 95 560 MW de potentiel pour les vents entre 7 et 8 m/s à moins de 25 km des lignes de transport déjà existantes, alors qu'en Europe, les meilleurs sites retenus ont des vents qui ont une vitesse moyenne de 6,9 m/s.Si Hélimax évalue les sites à moins de 25 km des lignes déjà existantes, ce n'est pas pour utiliser les lignes : elles sont souvent déjà surchargées.C'est simplement pour montrer qu'il s'agit de sites accessibles.; r : ( ?If i 4 ! C i ' 1 «- , En plus d'être de qualité, les vents au Québec soufflent plus fort l'hiver.Ainsi, les éoliennes au Québec produisent davantage durant la saison où la demande d'électricité est plus importante, contrairement par exemple aux petites centrales hydrauliques.Enfin, l'éolien et la grande hydraulique se marient bien, les barrages pouvant emmagasiner l'énergie excédentaire produite par les éoliennes.Tous ces faits expliquent le fort engouement pour cette filière au Québec.- * 1 «[ JT»\" I tr# c «V ïî Dans sa récente politique énergétique, le gouvernement Charest a annoncé le développement de 4000 MW d\u2019énergie éolienne pour les dix prochaines années.Un premier appel d\u2019offres de 1000 MW est actuellement en construction.Un second de 2000 MW vient d\u2019être lancé.Un autre appel de 500 MW réservé aux partenariats entre les premières nations ou les MRC avec F entreprise privée a été annoncé dans la politique énergétique.Il reste plus ou moins 500 MW qui est actuellement en développement, suivant des contrats gré à gré entre l\u2019entreprise privée et Hydro-Québec.: : I * } t Le premier parc éolien d\u2019envergure à se développer est celui du Mordais.Un premier site de 76 éoliennes, représentant 57 MW, est situé à Cap-Chat et fonctionne depuis décembre 1998.Le second site, situé à St-Ulric, St-Léandre et St-Jérôme-de-Matane, compte 57 éoliennes et fonctionne depuis l\u2019automne 1999.Ces deux sites totalisent une puis- 1 t 1 Il DOSSIER F loy sance de ioo MW, et les 133 éoliennes ont été construites par la danoise NEG-Micon, qui a depuis été rachetée par sa consœur Vestas.L'entreprise qui détient et exploite Le Nordais est la montréalaise Axor.Elle vend son électricité à Hydro-Québec selon un contrat de 25 ans dont les détails sont secrets.Les résultats de ce parc ne sont pas très spectaculaires.Les éoliennes d'il y a encore quelques années sont beaucoup moins performantes que celles d\u2019aujourd\u2019hui.De plus, quand le parc a été développé, la mesure des vents n\u2019était pas aussi bonne qu\u2019aujourd\u2019hui, et les éoliennes n\u2019ont pas été situées sur les meilleurs sites.Ceci fait que leur facteur d\u2019utilisation est de 18 %, alors qu\u2019il avait été évalué à 30 %, et que les nouveaux parcs peuvent aujourd\u2019hui s\u2019attendre à 40 %.(Les éoliennes ne tournent pas à plein régime en tout temps.C\u2019est pourquoi on emploie le facteur d\u2019utilisation.) Selon Mylène Moisan du journal Le Soleil\u2019 le coût de production du parc serait de 6,6 cent par kilowattheure (tf/kWh), alors qu\u2019Hydro-Québec a payé 14,5 c/kWh en 2004.Il s\u2019agit d\u2019un prix démesuré et il est évident que la négociation du contrat a été bâclée.L\u2019entreprise Axor est plutôt variée et opère et exploite entre autres des petites centrales hydrauliques.Vij tir Hydro-Québec a aussi des ententes gré à gré avec la firme 3d pour deux parcs éoliens à Murdochville totalisant une puissance de 108 MW.L'entreprise a érigé un autre parc de 54 MW toujours à Murdochville et envisage déjà d\u2019en construire un quatrième.Ce petit bureau d\u2019ingénieur, dont le siège social est situé à St-Bruno, a développé les trois pre- avec les torontoises Northland Power et miers parcs Creststreet Power Holding.Le prochain parc devrait être développé seul.Le parc de 54 MW a d\u2019ailleurs été racheté en entier par la torontoise Northland Power.Le prix de vente de l\u2019électricité à Hydro-Québec est de 6,5 C/kWh pour les deux premiers parcs, en tenant compte de l\u2019inflation. 4 I DOSSIER io8 4 1 L\u2019autre contrat gré à gré est nommé Terra Vents.Il s\u2019agit d\u2019un projet de 200 MW, en développement près de Rivière-du-Loup.La firme torontoise SkyPower installera ses parcs à Cacouna, Saint-Modeste, Saint-Arsène, Saint-Épiphane et Lisle-Verte.Ce projet comptera 130 éoliennes et devrait entrer en fonction en 2008.Terra Vents a semé la grogne des maires des municipalités concernées, qui veulent avoir un niveau de redevances acceptable.Ils affirment que les retombées économiques locales sont trop faibles comparativement aux profits qui sortent de la région.C\u2019est pourquoi le déroulement du projet est constamment ralenti.Le premier appel d\u2019offre En 2002, le gouvernement du Québec a annoncé les détails d\u2019un appel d\u2019offre d\u2019achat de 1000 MW d\u2019énergie éolienne par Hydro-Québec.L\u2019énergie doit être produite dans la MRC de Matane et en Gaspésie, et 60 % de la fabrication des éoliennes doit provenir de cet endroit.Ceci peut paraître satisfaisant, mais il ne faut pas oublier que 90 % des dépenses d\u2019Hydro-Québec se font déjà au Québec.À l\u2019échelle du Québec, il s\u2019agit malheureusement d\u2019un net recul, d\u2019autant plus que ce sont les composantes à haute valeur technologique qui seront faites à l\u2019extérieur de la province.t (lit ?!li En 2004, deux firmes canadiennes anglaises ont remporté l\u2019appel d\u2019offre.Ces entreprises achètent les éoliennes à l\u2019américaine General Electric Wind Energy, exploitent les parcs et vendent leur électricité à notre société d\u2019État.Afin de respecter la part du contenu local des éoliennes stipulée dans l\u2019appel d\u2019offre, l\u2019entreprise mauricienne Marmen a implanté à Matane une usine de nacelles et une autre de tours.La danoise LM Glassfiber s\u2019installe quant à elle à Gaspé, où les pales seront fabriquées.Ces deux entreprises B III f 109 i sont des sous-traitantes de GE.Le gouvernement a également annoncé la mise en place d'un Technocentre éolien de la Gaspésie installé à Gaspé et d\u2019un centre de recherche sur les éoliennes en milieu nordique, qui sera implanté à Murdochville.Présentation de l\u2019appel d\u2019offre de îooo MW Il y a un peu moins d\u2019un an, j\u2019ai publié une recherche portant sur ce premier appel d\u2019offre.En voici l\u2019essentiel.Comme il l\u2019a été dit plus haut, le gouvernement du Québec annonçait en 2002 les détails d\u2019un appel d\u2019offre pour produire 1000 MW en Gaspésie et dans la MRC de Matane.Il s\u2019agit d'un projet de très grande envergure.Les contrats ont été attribués en 2004.Huit contrats d\u2019achat d\u2019électricité ont été signés entre deux producteurs privés canadiens anglais et Hydro-Québec.Ils sont d\u2019une durée de vingt ans.L\u2019appel demandait aux différents soumissionnaires de proposer un ou plusieurs parcs d\u2019environ 100 MW.Chacun des parc doit entrer en fonction au premier décembre des années 2006 à 2012 (il y en a deux pour 2011), et la taille des parcs retenus varie entre 58,5 MW et 150,0 MW.L\u2019ensemble de ces parcs affiche une puissance de 990 MW et devrait produire 3,18 térawattheures d\u2019électricité par année.À titre de comparaison, en 2005, l\u2019ensemble des parcs éoliens au Canada affichait une puissance installée de 372 MW, dont 113,25 MW implantés au Québec.Le projet de 1000 MW vient presque quadrupler l\u2019importance de la filière éolienne au Canada, et ce, sans compter les autres 3000 MW annoncés.Les éoliennes sont construites et livrées par General Electric Energy Inc.et sa filiale GE Canada.Comme nous l\u2019avons mentionné, c'est la multinationale qui commande les mats et nacelles à l\u2019usine québécoise Marmen.Cette entreprise, à i> Hll K y; 4)1 * i> *, ) At ¦' f DOSSIER no «\u2022 déjà active en Mauricle, s\u2019installe à Matane.GE achètera aussi les pales d\u2019éolienne à l\u2019entreprise danoise LM Glasfiber qui construit une usine à Gaspé.Les deux firmes privées qui ont remporté l\u2019appel d\u2019offre ont pour tâche de financer l\u2019achat des éoliennes à General Electric et d\u2019assurer les frais d\u2019opération et de maintenance durant vingt années.GE livre les éoliennes « clefs en main » aux deux entreprises.De plus, la multinationale assumera une grande part de l\u2019opération et de l\u2019entretien des parcs éoliens.Les contrats à cet effet sont annoncés, mais les détails ne sont pas rendus publics.Le premier producteur privé est Cartier Wind Energy Inc.Cette entreprise produira 740 MW, ce qui représente les trois quarts du projet.L\u2019entreprise est une filiale de TransCanada Corporation qui la détient à 62 %.TransCanada est une entreprise privée albertaine spécialisée dans la distribution de gaz naturel et dans la production d\u2019électricité.Elle possède 41 000 km de pipelines.L\u2019entreprise possède également des centrales au Canada, aux États-Unis et au Québec.En incluant les parcs éoliens qui seront construits en Gaspésie, la puissance des centrales qu\u2019elle exploite totalise 5100 MW II s'agit principalement de centrales thermiques.La firme détient également des centrales de biomasse, hydroélectriques et nucléaires.Au Québec, en plus des parcs éoliens, cette entreprise construit et opérera la centrale thermique de Bécancour qui est passée en douce derrière la lutte menée contre la centrale du Suroît.Innergex II Income Fund détient 38 % de Cartier Wind Energy.Son siège social est situé à Longueuil.Ce fond de placement se spécialise dans les petites centrales et cherche à développer la filière éolienne.Elle possède des intérêts dans environ une dizaine de mini-centrales hydroélec- r lifr: .V. I DOSSIER \u2022 \u2022 r; in m ; V '/¦ triques en Ontario, au Québec, et en Idaho aux États-Unis.Ces mini-centrales totalisent une puissance de 300 MW.Renewable Energy Systems Canada Development, filiale de RES USA, détenait au début du projet 20 % de Cartier.Cette entreprise états-unienne se spécialise dans le développement de la filière éolienne.En 23 années d'expérience dans le domaine, elle a pris part à la construction de 800 MW de puissance éolienne.C'est ce partenaire qui était supposé apporter l'expérience de la filière au consortium, mais elle l'a quitté avant même l'entrée en fonction du premier parc.Le second producteur privé à avoir remporté l'appel d'offre est la torontoise Northland Power Inc., avec sa consœur Northland Power Income Fund.Elle produira 250,5 MW.Northland Power Inc.se spécialise dans la production d'électricité par cogénération et dans la distribution de gaz naturel.En plus de réaliser le présent contrat, le fond Northland Power Income Fund détient indirectement des parts dans trois centrales électriques.Il s'agit de centrales thermiques, dont deux sont en Ontario et une autre se trouve dans le district de Colombia aux États-Unis.Enfin, ce fond détient aussi un parc éolien de 54 MW situé sur le mont Miller, en Gaspésie, qui a été érigé en collaboration avec le bureau d'ingénieur 3 Ci.Mis à part le parc éolien de 54 MW que le fond de Northland Power vient de racheter à 3Ci, les entreprises qui ont remporté l'appel d'offre de 1000 MW n'ont aucune expérience dans le secteur éolien.Il s'agit d'entreprises privées ayant des intérêts dans les pipelines, dans les centrales thermiques et nucléaires, et dans les petits barrages hydroélectriques.Elles s'intéressent à leur bénéfice et pas à l'environnement.Elles utilisent l'appel d'offre pour développer leurs compétences dans cette filière en plein essor, et n'apportent DOSSIER FT 112 rien du tout au Québec.Leurs tarifs ne sont pas concurrentiels, même s\u2019ils sont issus d\u2019un appel d\u2019offre.Ce paradoxe est expliqué dans les sections qui suivent.Avec le projet de iooo MW, le Québec a choisi un rôle d\u2019avant-garde dans la filière éolienne en Amérique et dans le monde.Ce choix comporte un coût élevé et une part de risques.Cette décision avant-gardiste aurait dû servir à développer une expertise québécoise dans le domaine.Comme nous le verrons dans les lignes qui suivent, notre société d\u2019État est la mieux placée pour développer cette expertise.Malheureusement, les dirigeants d\u2019Hydro-Québec se complaisent actuellement dans le rôle passif qu\u2019attend d\u2019eux le gouvernement.Notre société d\u2019État a regardé passer le premier appel d\u2019offre, prétextant son manque d\u2019expérience.Les gagnants de l\u2019appel d\u2019offre rien ont pas plus.Le coût de l\u2019électricité éolienne Le prix de l\u2019électricité produite par les futurs parcs éoliens se décompose en quelques parties.La façon dont les prix ont été annoncés est malhonnête et, sans grande surprise, les médias les ont mal repris.Selon les contrats signés entre Hydro-Québec et les entreprises privées, le prix versé à ces firmes est de 6,5
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