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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2006-10, Collections de BAnQ.

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[" I 'xcü':; i J f i \u2022 I?Éditorial Ces insignifiants mantras -Robert Laplante y* X Articles Respect de sa langue, respect de soi-même -Jean-Marc Léger Faire comme si ?-Pierre Vadeboncoeur Souveraineté : la voie suisse ?-Charles Courtois La cause et le chef -Denis Monière La fondation d\u2019une littérature bi-nationale -Carl Bergeron io 13 n i6 NATIONALE 30 33 1 B r* Dossier i .t Défaire le multiculturalisme Intégration des immigrants - Pour une approche basée sur les résultats -Benoît Dubreuil Les Québécois de confession musulmane : du multicultural! s me à l\u2019intégration nationale ?-Guillaume Rousseau Michael Ignatieff : le vol de l\u2019aigle blanc -Dave Anctil 1 \\ filïli 44 0 70 s?Lire % Primeur 100 Lire les essais 105 Livres reçus 137 Volume XCVI numéro 8 OCTOBRE 2006 Index des annonceurs r ' » «X .\u2022 a* vs* ¦ : y- I hi* * \u2019 tM* A fc > flKw \u2018 ?' 4* m : oKL* * t \" ^ Sr *4 Xiv* ¦ & as % *4.fKETs# K r* 4» « I «.sgt »v- V 3 ^Sü .« .?*,v *1 tjSfW Æ ¦P* 4#P V4» IA!) a ;V- tf* * wv:3i- U » r»« \u2022 ¦ » \\ ¦ : r2 - ^ » 4SHl.' ' W stei : w .\u2022 ; x w c BBS - sa.% > w> Br1* a-E - A *2S s BSéIéï V ?'rv .ma ### ; ~W # -1 S&F - ftf Kg* w CJpW 4 X' « * -j ¦»«» -.* a VF \u2022c BE®, 5£ Kl MH \u2022ir» V i V i\u2018, wm m K, \", a a » s®Si »V âZ -A »¦ - * .> ijii \u2022ffisFS 5*3 m w; S£3 »?l> v A' r 1' ; *i *65» r> as* ¦ KE Jacques Lajeunesse Montagne sacrée 2006 huile et tempera 36\u201d x 48 www.jacqueslajeunesse.com 17 CM 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur: Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure d'histoire ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean- Louis Bourque ; Hélène Pedneault ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucia Ferretti (UQTR) ; Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Univsersité de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.I i AT i :t .i 2 ÉDITORIAL Robert Laplante .» ¦ .CES INSIGNIFIANTS MANTRAS Dans le texte qu\u2019il signe dans la présente livraison, Pierre Vadeboncoeur s\u2019inquiète de l\u2019insouciance avec laquelle les souverainistes s\u2019adonnent à la rhétorique à propos du « référendum le plus tôt possible ».C\u2019est un texte court, acéré comme lui seul sait le faire et qui mérite d\u2019être médité.À l\u2019évidence, Vadeboncoeur craint que la mollesse intellectuelle et politique qui caractérise aussi bien les partis politiques que la mouvance souverainiste n\u2019engendre de dangereuses illusions.Il craint que cela ne conduise à faire des erreurs politiques majeures, la première et la plus déterminante consistant à se tromper sur la définition même de la situation.On ne peut que lui donner raison, partager son inquiétude.Des décennies d\u2019étapisme frileux et les habitudes mentales façonnées par la gouverne provinciale ne disparaissent pas parce que le parti a décidé en congrès d\u2019épurer le vocabulaire de son programme.C\u2019est une affaire de culture politique et cela ne se joue pas dans les coulisses d\u2019un congrès qui déraille ni même dans une course au leadership.L\u2019indépendantisme québécois, sa pensée politique et sa capacité de mobiliser et déclencher un authentique mouvement d\u2019émancipation se sont largement étiolés au fil des ans.Le clientélisme a façonné les modèles d\u2019action au point de réduire la lutte pour l\u2019indépendance à la seule expression de la préférence électorale.\u2022 \u2022.è # i* 3 Trop occupés à pactiser avec les faiseurs d\u2019images et les vendeurs de sondage, les partis politiques ont négligé la formation de leurs membres, abandonné l\u2019action continue de mobilisation et surtout renoncé à se doter des moyens de construire et promouvoir une vision nationale susceptible d\u2019outiller militants, sympathisants et citoyens pour les aider à mieux lire les événements.Le mouvement indépendantiste a non seulement perdu l\u2019initiative politique, il a perdu la capacité de se doter d\u2019une vision de la situation qui lui soit propre.h .\u2018il'.' Les politiciens eux-mêmes sont restés à la remorque des catégories de nos adversaires pour déchiffrer l\u2019actualité, pour lire la conjoncture en fonction de nos intérêts nationaux, pour nourrir de réelles conduites d\u2019opposition et ouvrir les voies de riposte.Cela était et reste d\u2019autant plus néfaste que l\u2019État Canadian déploie des centaines de millions de dollars et lance des centaines et des centaines de fantassins à l\u2019assaut de la scène idéologique, tantôt pour instrumentaliser le récit médiatique, tantôt pour détourner nos symboles nationaux.Ce qui s\u2019est à peine révélé derrière le scandale des commandites, c\u2019est l\u2019ampleur inouïe de la machine de guerre idéologique qui a été déployée contre le peuple québécois, une machine qui continue à tourner, dans l\u2019État Canadian, avec le concours d\u2019une cinquième colonne québécoise d\u2019inconditionnels à la pensée mercenaire et avec le soutien effronté d\u2019organisations telles la Fondation Historica et de nombreuses autres du même acabit.Tout absorbés par les affaires courantes, PQ et le Bloc se sont laissés enfirouâper dans des catégories qui les empêchent de plus en plus de formuler les enjeux dans des termes autres que ceux-là que leur impose le jeu institutionnel Canadian.Ils sont à ce point prisonniers d\u2019une pensée 4 annexée, d\u2019une vision dominée par les façons de voir engendrées par les forces dominantes, qu\u2019ils parviennent de moins en moins à nommer les choses correctement, c\u2019est-à-dire de manière à rendre aussi évidente que nécessaire la solidarité nationale.Les repères sont à ce point englués que c\u2019est désormais la seule formulation d\u2019une autre définition de la situation qui finit par avoir l'air d\u2019une radicalisation.Voir les Québécois autrement qu\u2019au travers la quincaillerie Canadian d\u2019encadrement de la gestion provinciale effarouche désormais autant un grand nombre d\u2019élus souverainistes que cela ne désespère ceux et celles qui n\u2019en peuvent plus de se faire dire que ce n\u2019est jamais le bon moment pour poser la distance radicale qui sépare notre peuple de la façon de vivre et de se projeter que lui impose le Canada.La question de la définition de la situation pose le défi le plus important à l\u2019action électorale des partis souverainistes.C\u2019est elle qui donnera son sens au mandat électoral.S\u2019agit-il de porter des souverainistes au pouvoir provincial ou de se donner un gouvernement souverainiste ?S\u2019agit-il d\u2019envoyer à Ottawa des souverainistes qui vont relayer les lamentations dans les comités de la Chambre ou de mandater des élus pour porter là le combat national ?L\u2019heure est venue de hausser dramatiquement nos exigences à l'égard des partis politiques.L\u2019idée d\u2019indépendance est une grande idée et le combat qu\u2019elle exige est grave et difficile.Le laxisme électo-raliste a déjà fait trop de tort et conforté les plus ignobles travers velléitaires.Il est temps de prendre la mesure de l\u2019adversité.Libéral ou conservateur, le gouvernement Canadian est toujours dirigé par des faucons dès lors qu\u2019il est question du Québec.Il est temps de dire et de faire comprendre que le Canada est en train de casser notre cohésion nationale.Il est temps de dire que notre gouvernement national a moins que jamais les moyens de ses responsabilités et qu\u2019Ottawa h 5 achève d'en faire une machine à distiller la médiocrité.Il faut casser les miroirs.Le Québec est en passe de s'abîmer dans une vision pusillanime de lui-même et de ce qui lui arrive.Les politiciens et politiciennes ont un devoir de lucidité qui n'a rien à voir avec les sparages de manifeste.Il faut l'exiger d'eux, et ne plus tolérer qu\u2019ils se perdent dans le babillage médiatique.Il leur faudrait dire et expliquer que notre sort est joué dans le Canada.Il leur faudrait dire qu'il n'y a plus moyen de moyenner, que la question du Québec est réglée une fois pour toutes et que nous sommes à jamais minori-sés dans cet État qui nous nie.Il leur faudrait dire et faire comprendre que cet État a désormais tout mis en place pour s'accommoder de nos geignements et qu'il ne consentira jamais au Québec que des concessions insignifiantes et inoffensives.Il leur faudrait dire qu'il faudra un immense effort pour rompre.Il leur faudrait dire que cela va exiger un réel dépassement.Il leur faut agir d\u2019ores et déjà avec rigueur, opiniâtreté et d\u2019une manière systématique sur l\u2019ensemble des instruments de mobilisation.Il faut l'exiger.Et commencer par ne plus tolérer de se faire chanter ces insignifiants mantras sur le référendum.On ne trempe pas la volonté d\u2019un peuple avec des ritournelles.Q I » 1 r â La Société Saint-Jean-Baptiste % du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (Sic,) 478-2519 ou 1 800 943-2519 Organisme d'entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000membres au Centre-du-Québec M AlUtl f Société Saint-Jean-Baptiste %Souveraineté du Québec flanque française \"Tête nationale Assurance y r vie B iiA*i fm *-?.i Et ; rjja 1 mm K TT' Le réseau de la fierté québécoise 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Mouvement national des Québécoises et Québécois \u2022 \u2022 i 2$ Mettez vos valeurs en action I Réalisez vos projets en gérant vos besoins financiers de manière socialement responsable tout en participant à un développement solidaire du Québec.Au service de milliers de Québécoises et Québécois des réseaux coopératif, communautaire, culturel et syndical depuis plus de 30 ans Desjardins I Caisse d'économie solidaire www.cecosol.com Partout au Québec (numéros sans frais) : Québec 1 877 647-1527 / Montréal 1 877 598-2122 / Joliette 1 866 753-7055 \u2022ft I* UN ?» ABONNEZ-VOUS Ya&e % t .tow 53, XtUN'O'1 \\ « 'fc H! r y - y ti » *.< -;» \u2022 f.m IW f' A,'' ir 5:.W' m y V u JL*, * On n est jamais trop curieux ? Articles Respect de sa langue, respect de soi-même -Jean-Marc Léger Faire comme si ?-Pierre Vadeboncoeur Souveraineté : la voie suisse ?-Charles Courtois La cause et le chef -Denis Monière La fondation d'une littérature bi-nationale -Carl Bergeron TO 13 t6 30 33 Dossier Défaire le multiculturalisme Intégration des immigrants - Pour une approche basée sur les résultats -Benoît Dubreuil 44 Les Québécois de confession musulmane : du multiculturalisme à l'intégration nationale ?-Guillaume Rousseau Michael Ignatieff : le vol de l*aigle blanc -Dave Anctil 70 87 Lire Primeur îoo Lire les essais 105 Livres reçus 137 Index des annonceurs 139 TO Jean-Marc Léger RESPECT DE SA LANGUE, RESPECT DE SOI-MÊME Que notre peuple ait eu un mérite incontestable de préserver sa langue après la conquête », notamment dans les premières décennies qui suivirent, voilà qui paraît généralement acquis.Il importe quand même de relever qu'il y fut largement aidé par les circonstances, en particulier par l'insurrection des Treize colonies anglaises.Soucieux d\u2019empêcher la contagion du mouvement au Canada récemment conquis, Londres promulgua, 1774, l\u2019Acte de Québec, qui autorisait à la fois l\u2019exercice de la religion catholique et l\u2019usage de la langue française.Ces mesures, apparemment sans précédent dans l\u2019Empire, n\u2019allaient d\u2019ailleurs pas empêcher la majorité des nôtres de marquer leur sympathie aux insurgés, voire de fraterniser avec eux.Ces derniers allaient toutefois échouer devant Québec, sait : ce fut la fin de leur aventure canadienne ou « en comme on à peu près.Fut-ce, en même temps, un événement salvateur pour la langue française ?N\u2019allons pas céder à la tentation de l\u2019uchronie, réécrire l\u2019histoire comme elle aurait pu être ou nous eussions souhaité qu\u2019elle fut.comme On connaît la suite, notamment la constitution issue du le poids de la longue « alliance de la facteur incontestable malgré l\u2019apprécia- « pacte fédératif », langue et de la foi », tion ironique de certains milieux, puis le nouvel élan né de la révolution dite tranquille qui allait être un moment décisif, élan conforté et consacré par la loi ioi faisant du français h n la seule langue officielle du Québec et créant des institutions propres à illustrer et conforter ce statut.Rien pourtant, surtout sur ce plan et surtout en Amérique du nord aujourd\u2019hui, n\u2019est définitivement acquis.Il est dit que nous n\u2019aurons jamais fini de combattre pour le salut de la langue française.En vérité, dans le monde actuel (et prévisible), hormis l\u2019anglais, ou plutôt l\u2019anglo-américain, toutes les langues, toutes les langues de grande diffusion, sont menacées à plus ou moins long terme et doivent en conséquence faire montre d\u2019une extrême vigilance.C\u2019est vrai notamment pour le français peut-être justement à cause de sa diffusion ancienne et de son passé éclatant.Et à cause de sa situation géographique autant que de son histoire, le Québec « français » est contraint de se situer à l\u2019avant-garde du nouveau combat, sachant que, de plus, lutter pour le français c'est en même temps lutter pour toutes les langues et pour le salut de la diversité du monde, diversité qui est aujourd\u2019hui une autre expression de la liberté.Toutefois, ce combat revêt chez nous une autre dimension, celle de la qualité de la langue.Pour avoir toute sa justification, sa véritable utilité, cette sorte de croisade essentielle doit être animée d\u2019un souci exigeant et permanent de qualité.Et nous sommes hélas loin de compte.Il suffit d\u2019entendre et de lire nos « médias » de toutes sortes pour mesurer à cet égard non seulement la stagnation mais la régression constante ; il suffit hélas d\u2019entendre nombre d\u2019instituteurs (le mal commence dès le primaire) et de professeurs pour reconnaître que, dans une large mesure, l\u2019enseignement aussi participe du mal général.Il y a eu suffisamment de colloques de tous ordres et «d\u2019Etats Généraux ».C\u2019est maintenant et enfin l\u2019heure de l\u2019action exigeante et déterminée, avec une série de plans 12 quinquennaux ou décennaux avec à chaque étape des objectifs clairs, précis, raisonnables, avec une mobilisation générale, des plans dont le suivi serait assuré par un véritable Ministère de la langue, placé sous l'autorité directe du Premier Ministre et dont les décisions s\u2019imposeraient à tous.Il y a là une sorte d\u2019obligation sacrée, qui pourrait se révéler salutaire.Notre combat pour la langue, en tout cas, n\u2019aura jamais de fin.O I 13 ARTICLES Pierre Vadeboncoeur FAIRE COMME SI ?Il y a d'une part l\u2019état d\u2019esprit des militants, leur activité soutenue, la clarté de leur projet, la conscience qu\u2019ils en ont, leur volonté souvent très déterminée.Il y a d\u2019autre part l\u2019état réel de l\u2019opinion publique, dont celle des quelque 40 % qui, bon an mal an, votent pour le PQ et le Bloc.On s\u2019imagine volontiers qu\u2019il existe une espèce d\u2019égalité entre ces deux états d\u2019esprit, ou du moins qu\u2019il n\u2019y a pas entre militants et électeurs souverainistes une trop grande différence de niveau de conscience ou de volonté politiques.On tient volontiers pour acquis qu\u2019un vote souverainiste est un vote pour la souveraineté, impliquant tout ce que la chose suppose, notamment ce qui s\u2019appelle au sens fort une volonté, une adhésion décisive et inconditionnelle et, pour tout dire, un engagement sans retour : une décision de véritable militant, quoi.On s\u2019inquiète peu de la possibilité qu\u2019il y ait au contraire une bonne différence de détermination ou de conviction entre les militants et les électeurs péquistes.On ne parle pas de cela, on n\u2019en a guère jamais parlé.On se garde même d\u2019y faire allusion, comme s\u2019il y avait là un danger de glissement. 14 On raisonne donc comme si l\u2019écart en question n\u2019existait pas.Or cela ouvre, béante, la porte à l\u2019illusion et conséquemment à d\u2019étonnantes erreurs de jugement politique.L\u2019exemple le plus criant d\u2019une erreur de cette sorte est sans doute le suivant.Il se rapporte au référendum.On décrète que celui-ci doit avoir lieu pratiquement sans délai, en tout cas dans le délai le plus restreint possible pendant le premier mandat, échéance- butoir en gros fixée d\u2019avance et quel que soit par conséquent l\u2019état éventuel de l\u2019opinion publique.Certains (et non des moindres) vont jusqu\u2019à dire : tout de suite au lendemain des élections, après avoir prévenu le public, pendant la campagne électorale, qu\u2019on irait illico au référendum et qu\u2019on ne gouvernerait pas - bon argument pour se faire élire ! Semblablement, depuis vingt ans, on entend dire à tout moment que l\u2019indépendance est à portée de la main.Propos futile mais qui fait encore florès.Cela n\u2019a pour effet que de masquer la grande difficulté du projet, les obstacles à franchir et la nécessité d\u2019un fort mouvement de l\u2019opinion publique - de tout un climat, en somme, climat à quoi l\u2019on n\u2019ose penser ces temps-ci, et pour cause.L\u2019indépendance serait-elle relativement facile à atteindre ?Le peuple ne pense pas cela tout à fait.Mais on ne mesure plus grand-chose dans la politique dite active.C\u2019est très confortable.m 1 On prend pour une volonté résolue ce qui n\u2019est souvent, pour une partie des indépendantistes, qu\u2019un désir auquel correspond non pas une volonté dans la force du terme mais plutôt ce qui s\u2019appelle de la velléité.I Kl il I Ainsi s\u2019installe et se conserve une pareille disposition.C\u2019est évidemment trop peu.i y f i i i 15 Une certaine cohésion réelle mais plutôt superficielle maintient pour ainsi dire le décor.Il faut exiger davantage d'un mouvement politique aussi important que celui où l'on envisage la fin d\u2019un État et son remplacement pas un autre.Cela ne peut advenir sans une forte dose de réalisme et une profonde et vive détermination dans une partie du peuple lui-même.i i ; < Ni le mouvement, ni le citoyen, en l'espèce, ne doivent se contenter de faire comme si.On a pris depuis déjà longtemps, à ces égards, de mauvaises habitudes.Il ne serait pas très facile d'en changer.La situation n'est pas simple.Le public lui-même, par les ans, a été formé d'une manière insuffisante, idéaliste.Corriger cette approche serait-il possible ?Au surplus, ne briserait-on pas alors quelque chose dans la stabilité du parti et dans celle d\u2019une portion de l'électorat ?Comment opérer pareil changement ?La réponse n'est pas évidente.Mais, chose certaine, on ne peut pas se satisfaire de ce qui, dans le discours actuel, est plus ou moins de l'incantation.? I 16 ARTICLES Charles Courtois JU /X SOUVERAINETÉ: LA VOIE SUISSE?Quoi, toujours ?Entre moi sans cesse et le bonheur ! Oh ! c'est que l'aigle seul - malheur à nous, malheur ! Contemple impunément le Soleil et la Gloire.Gérard de Nerval, Le point noir1 Les tribulations entourant les conservateurs de Harper, les espérances de Charest, les espoirs renaissants de l'ADQ et les hésitations de certains souverainistes de renom semblent remettre au goût du jour les rêveries d\u2019une troisième voie.Plusieurs souverainistes s\u2019interrogent ouvertement : que faire ?Pourtant, au moment même où l\u2019élan pour la souveraineté semblait à son plus fort dans l\u2019actualité, il n\u2019y a guère qu\u2019un an, nombreux étaient ceux qui proposaient au PQ et aux mouvements souverainistes de délaisser la voie référendaire.Non seulement son origine est-elle suspecte, par le truchement de Claude Morin, mais son application semble avoir dévoyé les gouvernements du PQ, délaissant après une campagne référendaire les actes politiques constitutifs de la souveraineté de demain.La conjoncture qui se développe permettra-t-elle d\u2019accorder plus d\u2019audience à ces propositions ?* Doctorant en histoire à l'UQAM et à l'Institut d'études politiques de Paris L 17 t En somme, le PQ aurait glissé, à cause de la construction étapiste, sur une pente qui dissociait affirmation nationale, construction et promotion de f indépendance du reste de son action politique, que ce soit en campagne électorale, dans F opposition ou au gouvernement.La promotion de l'indépendance confinée au cadre dramatique et exceptionnel, par définition, de la campagne référendaire, ne se construit pas dans des mesures d'État.La dernière campagne du Bloc nous démontre que le BQ n'y échappa pas lui non plus.i I'll Cette dissociation laisse le PQ entaché de mesures impopulaires autant que populaires au terme de chaque régime de gouvernement, sans avoir pour autant fait stratégiquement avancer le Québec vers l'indépendance.Rien n'a changé ou presque, dirons les critiques, entre l'affirmation écono mique des années Lesage et l\u2019affirmation économique des années Landry, (toujours nécessaires mais pas suffisantes), à part le discours qui propose la souveraineté dans un référendum à venir et non à édifier dans des gestes d'État.À quelques rares moments, des gouvernements québécois ont conçu d'aller plus loin dans l'édification d'un État québécois et d\u2019une conscience de soi, qui permettent ensuite de penser de façon claire, indépendante et québécoise, plutôt que confuse, minoritaire et canadienne.Rappelons la doctrine Gérin-Lajoie, l'affirmation internationale de l\u2019État sous Daniel Johnson (le grand) et puis bien sûr la Charte de la langue française.Et depuis ?,1 \u2022 » I t r Diantre ! depuis cette fameuse bataille, le PQ ne fait plus que reculer devant les actes d\u2019affirmation nationale décidés et provocateurs, notamment en termes de langue et d\u2019intégration.Camille Laurin exposa la nécessité d\u2019un électrochoc.Plusieurs de ses collègues eux-mêmes en avaient besoin.Mais depuis la première campagne référendaire, après la seconde, qu\u2019est-ce qui a été fait pour affirmer la souveraine- t d i8 té québécoise ?C'est plutôt Ottawa qui a jeté ses éclairs et son tonnerre pour remettre l'ordre politique dans le sens unitaire qui lui plaît avec le rapatriement de 1982.Le PQ a même perdu l'habitude de signifier concrètement l'opposition du Québec à cette constitution inique en n'invoquant plus la clause nonobstant pour chacune de ses lois comme il le fit sous Lévesque.Il revient pourtant au Québec d\u2019affirmer sa souveraineté, haut et fort, par l'éclat de actes.Le PQ n\u2019aurait-il pas dû dès son second mandat doter le Québec de sa constitution propre et de sa citoyenneté, éléments compatibles avec le principe de régime confédératif, qu\u2019Ottawa voulait bafouer ?Les partis souverainistes doivent appliquer une politique nationaliste et une stratégie nationaliste à long terme lorsqu'ils sont au pouvoir dans un mandat, qu'il soit référendaire ou non.Que peut faire le Québec ?Que peuvent proposer les souverainistes pour sortir de cette impasse, cette trappe dans laquelle les courre l\u2019ordre politique canadien, qui les pourchasse avec ses chiens de garde depuis 1982 ?La première des choses est de ne pas intégrer la perception du Québec que véhiculent les nationalistes Canadians et canadiens.D\u2019abord se rappeler que le Québec, État d\u2019un peuple reconnu dès 1774, a exigé une Confédération en 1867.Le Québec est un des États constitutifs de cette Confédération, qui a exigé le maintien de l\u2019autonomie dans la nouvelle union de colonies britanniques, pour cause de distinction nationale vis-à-vis de ses partenaires, qui formaient tous une nouvelle nation anglaise.Ceux-ci n'ont jamais vraiment accepté le bilinguisme et l'égalité des peuples constituant cette Confédération, mais le Québec doit se défendre lui-même en continuant d\u2019assumer son existence.Il n\u2019a rien d\u2019une minorité ethnique dans un pays bilingue et tout d\u2019un État \u2022 # % I \u2022 If f t I, u \u2022 19 \u2022 # i i français dont on rogne les droits et f autonomie dans une Confédération faussée.Jadis, on n'a pas voulu qu\u2019il participe de l\u2019expansion dans les Prairies, à cette heure on espère saper lentement mais sûrement son identité.On tâche de dissoudre la réserve elle-même, après avoir limité sa croissance.Dissoudre par la pensée de l\u2019université jusque dans l\u2019école ; on espère faire éclater ses possibilités d\u2019intégrer son immigration comme le font ses voisins, par l\u2019action délétère de l\u2019idéologie multicul-turaliste et de son garde-chiourme, la Cour suprême.Le tout jouant à faire éclater la nation et l\u2019action démocratique si gênante que cette identité assoit.Par une étrange alliance, les experts et les financiers néo-libéraux comme les intellectuels de la gauche caviar, s\u2019entendent comme larrons en foire sur cet impérialisme (ici comme ailleurs).La souveraineté nationale du Québec est un moyen de premier ordre de reprise démocratique du pouvoir du peuple, la liberté dans l\u2019autodétermination.Chose qu\u2019en théorie une confédération devait laisser grandir.Plus coloniale que confédérale, il n\u2019en était rien du point de vue de la majorité des États confédérés face au Québec, un égal qui n\u2019en était pas un ! Cette confédération a longtemps été bafouée, puis graduellement grugée par le centralisme du nationalisme Canadian qui demeura une constante de la politique d\u2019Ottawa à très long terme.Rien que cela donnerait raison au Québec de se demander si son propre épanouissement national ne se ferait pas mieux en dehors de cette confédération trop anglaise et inégalitaire pour lui : la jugeant depuis un siècle comme une étape franchie de son développement, il passerait à la maturité de la pleine indépendance nationale.Or, sans consulter le peuple québécois par référendum, sans obtenir l'accord de son État, sans respecter son statut de 20 It peuple, isolé parmi dix gouvernements Canadians, sans respecter son statut d\u2019État constituant, Ottawa a décidé d\u2019une nouvelle constitution.La question a été tranchée : le Québec doit s\u2019assumer.Il y eut là un flagrant manquement à la démocratie et au respect des États constitutifs de la Confédération, qui exigeait leur ratification préalable de tout nouvel ordre fédéral s\u2019appliquant à eux.C\u2019est encore plus vrai lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une nation placée en minorité par le pacte Confédératif, pacte qui devait lui offrir des garanties et n\u2019était consenti qu\u2019à cette condition.Le fair-play est resté accroché au vestiaire.Un gouvernement du Québec ne peut accepter cela et tous ses actes doivent le signifier.Étant donné les forces impérialistes en place qui voudront tout faire pour empêcher son émancipation prises, propagande à tous les niveaux et principalement celle de saper la conscience de soi et donner des complexes, il fau dra bien plus qu\u2019une campagne référendaire pour rétablir la situation, détourner les chiens et sortir du trou de la trappe dans lequel la nation s\u2019enfonce, malgré quelques cris et quelques ébats.Pas plus que les jappements ne libèrent le chien de sa chaîne, ces cris n'ont rien fait ni ne feront rien pour redresser l\u2019État du Québec.États, communications, grandes entre- I Il faut une échelle pour se hisser hors du trou.Cette échelle est l\u2019État québécois.Une politique nationale vise à faire en sorte que toute l\u2019action du gouvernement québécois redresse la nation et lui permette de franchir, à pas fermes, la barrière, pour aller vers toujours plus de souveraineté, consolidant à chaque fois Plusieurs domaines d\u2019action s\u2019imposent alors, en retenant toujours la perspective à long terme, que c'est l\u2019identité québécoise, l\u2019identification à notre nation qui est mise en péril, à la fois parce qu\u2019elle pose un défi à l\u2019ordre du Dominion et assises que l\u2019on sape sans relâche.V -âll \\ « .1 ! 21 parce que les pressions culturelles voisines s\u2019exerceront toujours sur elle avec une vigueur formidable.Formidable mais toujours « dé jouable » à condition d'en garder une conscien-stratégique et de penser à durer au niveau de l'État.Il s'agit de s'en servir comme on se sert de la force de l'adversaire au judo : il suffit de permettre le recul par rapport à cette pression anglicisante et de bien transmettre un bagage culturel québécois et ouvert sur un monde plus vaste, pour que la perspective de l'assimilation soit un repoussoir.(Ceci vaut bien sûr à condition de toujours maintenir un bon développement humain).Quant à l'ordre du Dominion qu\u2019on resserre de toutes parts comme un étau, il commande en réponse, pour garantir la liberté, des actes bâtisseurs d\u2019un État décarcassé des complexes québécois et muni du courage de la conscience claire de son bon droit.Le premier mode d\u2019accès à l'identité, à la culture et à la conscience de la nation pour les citoyens du Québec demeurera toujours l\u2019école, l\u2019école publique.Le gouvernement doit d\u2019abord veiller à ce que les élèves du Québec soient bien formés, y compris sur le plan de la maîtrise du français, de la transmission de la culture et de la mémoire nationales, en premier lieu, de l\u2019ouverture sur le monde ensuite, par le savoir, le voyage et les langues.La culture, la langue et la mémoire sont les socles sur lesquels le reste doit s\u2019édifier pour que notre nation dure, et cela demeure notre mission et notre défi primordiaux en tant que Québécois - surtout du point de vue de l'État, qui doit voir loin.Il s\u2019agit donc de garantir une transmission, un éveil et une maîtrise culturels à l'école, de veiller d\u2019une manière ferme et vigoureuse à ce que l'école publique du Québec soit un succès éclatant.Le second mode d\u2019accès à l'identité se passe en dehors de l'école, dans la cité, par la culture toujours.Cette fois il s\u2019agit ce d\u2019accorder non pas seulement des moyens de production aux créateurs, artistes et écrivains, mais de leur permettre de rejoindre le public, de rejoindre l\u2019espace public.Contrairement aux villages et aux quartiers classiques du Québec, cet espace public est lui-même notoirement absent de l\u2019urbanisme de banlieue.Cet urbanisme encourage beaucoup plus la consommation de biens et services, souvent anglo-américains, que l'accès à quoi que ce soit d\u2019autre qui ne soit pas marchand.Exit le beau et exit le gratuit, spontané et convivial.Il y a beaucoup à faire en matière de culture pour la faire rayonner à travers le territoire québécois, lui redonner droit de cité au centre du village, de la cité et des quartiers urbains.C\u2019est la meilleure façon d\u2019aider les artistes.Il y a des lieux à créer, et pas seulement à Montréal et à Québec ! Qu\u2019il s\u2019agisse de musées, de salles de concerts et de spectacles, de salles de diffusion, de bibliothèques, le Québec a fort à faire pour étoffer tous ses centres-villes, à commencer par toutes les capitales des 18 régions du Québec.Couplée à la formation scolaire, voilà qui donnera aux Québécois une culture encore plus forte, vigoureuse et autonome.Elle sera résistante aux pressions d\u2019assimilation comme l\u2019enclume aux coups de marteau.Il Il en va de même du savoir.Par T Université, l\u2019État imprime sur la pensée la valorisation du régime.Ottawa le fait.Québec ne le fait pas alors qu\u2019il est crucial qu\u2019un savoir conscient des droits de l\u2019État du Québec se répande dans l\u2019opinion.Méditons cette réflexion de Barrés : L\u2019Université est un puissant instrument d\u2019État pour former des cerveaux : elle a enseigné le dévouement à l\u2019Empire, aux Bourbons légitimes, à la famille d\u2019Orléans, à Napoléon III ; elle enseigne en 1879-1880 les gloires de la Révolution.À toutes les époques, elle eut pour tâche de décorer l\u2019ordre éta- 23 t bli.On peut se croire à dix-sept ans révolté contre ses maîtres ; n\u2019échappe pas à la vision qu'ils nous proposent des hommes et des circonstances.Notre imagination qu\u2019ils nourrissent s\u2019adapte au système qui les subventionne.Dans les lycées, on est républicain ; dans les établissements religieux, réactionnaire et clérical2.Le développement du savoir et de la recherche est bien sûr nécessaire au développement du pays.Celui-ci tarde à se développer sans entrave sur l'ensemble du territoire.Comment expliquer, sinon, que McGill tente de se distin guer des autres universités, régionales en particulier, comme une université de recherche ?Toutes nos universités doivent le devenir à part entière ï Dans les autres pays francophones et anglophones occidentaux, que les universités québécoises connaissent assez bien, la recherche n\u2019est pas confinée exclusivement à la capitale et à la métropole.Là aussi, l'absence de diversité et de développement facilite la tâche de fidélisation impériale par l'État fédéral.on ir, t t f'l i.i # * t % t Voilà pour des actions de fond.Il en est une autre qui est de la première importance stratégique sur laquelle la stratégie référendaire va s\u2019abîmer en vain comme le papillon sur le pare-brise : les communications.La grande entreprise et le fédéral monopolisent à toutes fins utiles les médias et ne peuvent, de par leur nature, distiller une perspective favorable à l\u2019émancipation nationale québécoise.Au contraire, très souvent elles travaillent à la modeler à l\u2019image de ce que le Canada voudrait que les Québécois pensent d\u2019eux-mêmes et du Canada - un « plus meilleur pays » qui traite bien une minorité ethnique.Médias qui érigent la médiocrité de la culture en étalon-or et ne font guère mieux qu\u2019une place à ses plus grosses manifestations dans le divertissement.\u2022 « ! Pour parer à cette fatale faiblesse, la politique nationale exige à tout prix d\u2019établir avec Télé-Québec d\u2019abord, mais aussi 24 \\ avec une Radio-Québec, les médias de communication de masse qui puissent présenter une vision québécoise du monde et de l\u2019actualité.Dans tous ces domaines, le gouvernement québécois peut entreprendre d\u2019agir.Il peut agir en illustrant du même chef d\u2019autant mieux tout ce que l\u2019indépendance pourra apporter à la nation.Il peut enthousiasmer les Québécois par le labour et l\u2019ensemencement de tous ces champs d\u2019action, en étoffant ces politiques.Comme d\u2019abord celle d\u2019améliorer l\u2019école publique à tous les points de vue - sécurité, culture, savoir, sport, taille des classes, qualité des sites, etc.C\u2019est sans aucun doute une des plus importantes des politiques pour l\u2019avenir collectif.U De même il peut emballer et susciter un élan d\u2019optimisme, de dynamisme et de mouvement par une politique de développement économique intelligent du Québec, c\u2019est-à-dire une politique qui concilie valorisation du territoire, conservation écologique et développement économique.Plusieurs grands coups de développement enthousiasmants et structurants peuvent être donnés autour de l\u2019énergie et des transports.Relier les grandes villes du Québec par train rapide (et écologique) serait un stimulus fort, par exemple.Mais il y a plus encore.La course à la chefferie du PQ a été l\u2019occasion de parler d\u2019une certaine régionalisation.Avec le rapatriement de pouvoirs et de moyens maintenant accaparés par Ottawa, l\u2019on pourra doter les centres régionaux.Nous abordons ici les aspects constitutionnels du Québec souverain.Eh bien justement, sur ce plan comme sur les autres, un gouvernement souverainiste ne doit pas attendre le référendum ou la souveraineté pour agir.Bien au contraire, il doit f i 25 agir pour permettre la réalisation d\u2019une souveraineté complète, en posant les pierres de cette souveraineté, par une action qui en sera l\u2019illustration dynamique et enthousiasmante.Il faut entamer cette évolution sans attendre le rapatriement des pouvoirs et moyens d\u2019Ottawa, en édifiant l\u2019État par ses lois, les capitales régionales et toutes les grandes villes.institutions et par sa présence dans toutes Tout en lançant ses vastes chantiers, scolaire, culturel, universitaire, médiatique et de développement durable, le Québec doit se doter d\u2019une constitution et d\u2019une citoyenneté, à l\u2019intérieur même de la Confédération.C\u2019est ainsi que le PQ (avec ou sans alliés) incarnera une nouvelle équipe du tonnerre après celle de i960 et celle de 1976.Rien, strictement rien ne l\u2019empêche de faire comme dans tant de fédérations occidentales : l\u2019État peut se munir d\u2019une constitution et d\u2019une citoyenneté propres.Elles sont primordiales pour sa conscience de soi et l\u2019intégration de ses nouveaux citoyens ! Elles sont primordiales pour consolider l\u2019identité québécoise dans la durée.Étant donné le poids de l\u2019immigration, par exemple, c\u2019est un pouvoir d\u2019État que le Québec doit récupérer dans son entier.La constitution de 1867 le lui a accordé.Qu\u2019il commence par établir sa citoyenneté, pour bien mettre au clair quelle est la nation d\u2019accueil, celle dans laquelle on doit s\u2019intégrer en immigrant au Québec.Ce n\u2019est pas le Canada anglais, et par conséquent, on ne peut devenir citoyen québécois sans maîtriser le français, (sauf exception pour les aïeuls qui peuvent obtenir le statut de résident).Pourquoi les Québécois, qui plus est, pourquoi les souverainistes accepteraient-ils cette diminution ?Le Québec devrait se pencher sur l\u2019exemple de la Suisse, un modèle remarquable et hors-pair de démocratie, participate 26 ve et consultative, mais aussi de confédération.Pourquoi le Québec ne se donnerait-il pas d\u2019abord la souveraineté que s\u2019accorde la République du canton de Genève ?La Suisse, elle, est véritablement une confédération : ce n\u2019y est pas un vain mot mais une vraie liberté, une vraie démocratie.La constitution confédérale reconnaît les cantons comme souverains.Les cantons accordent la citoyenneté d\u2019abord, la confédération le fait ensuite seulement.Pour qui immigre à Genève, il faut devenir citoyen de la République du canton de Genève pour pouvoir, ensuite, être naturalisé suisse.Le peuple des cantons maîtrise vraiment son destin par la possibilité de voter sur tout ce qui le concerne plutôt que de s\u2019en remettre à une technocratie acoquinée à la grande entreprise ou à d\u2019autres despotismes.En Suisse, dans les cantons souverains, la démocratie de délibération dont parle Michel Venne ne s\u2019installe pas vaguement et à tâtons, elle est l\u2019institution du pays et le fruit d\u2019une longue tradition.Le Québec, en quête de principes de souveraineté nationale, principes qui sont au socle de la démocratie, peut porter son regard plus loin que les républiques française et étatsunien-ne.À bien des égards, la République du canton de Genève est un modèle enviable et équilibré de société.D\u2019autres exemples instructifs se trouvent assurément dans de petites nations comme la Norvège et l\u2019Islande : des pays qui réussissent leur démocratie, qui atteignent une prospérité et une solidarité sans pareil, et qui de surcroît ont réussi leur processus démocratique d\u2019accession à l\u2019indépendance.Graduellement, ces deux peuples Scandinaves ont bâti ce qui allait permettre une indépendance aisée, démocratique et pacifique.L\u2019exemple de la République du canton de Genève nous donne toutefois l\u2019exemple de la politique pratique qui permettra de créer la conscience autonome et la capacité qui permirent à la principauté de Norvège et à la république d\u2019Islande d\u2019assumer leur indépendance comme allant de soi.» .t \u2022 ( ' -T 27 C'est par une telle politique que le Québec progressera, qu'il consolidera ses positions, échappera aux serres d\u2019Ottawa.À ternie, court, moyen ou long, cette politique seule rendra « naturelle » la souveraineté par la suite.L'ordre actuel, au contraire, est en train de rendre de plus en plus « naturelle » l'assimilation des Québécois de toutes origines à l'Anglo-Amérique et des années de bon gouvernement n\u2019y pourraient rien.Non plus qu\u2019une charge sans munitions ni même d\u2019armes, dans une nouvelle bataille référendaire, ne permettrait d\u2019en réchapper.1 : i : \u2019 in:-* i J'en conviens, une politique autonomiste conséquente pourrait, elle aussi, entamer la plupart de ces réformes, y compris doter le Québec de sa constitution et de sa citoyenneté.Notons que cette affirmation est théorique puisque concrètement les autonomistes québécois ne se proposent pas de prendre des initiatives québécoises, mais de demander une reconnaissance constitutionnelle du Canada.Une politique souverainiste quant à elle, utiliserait cette politique d'initiative pour créer l'élan d'enthousiasme qui permettra ensuite la ratification par la nation d'une mûre indépendance.Une politique nationale souverainiste y verrait une étape utile et nécessaire, non pas un aboutissement.M 2 .(t » Les souverainistes se doivent de proposer une politique d'initiatives positives, constructives de la souveraineté.Poser des gestes de pionniers, des gestes de défricheurs, des gestes de bâtisseurs : de clairière en clairière, le Québec avancera vers un habitat, son domaine de liberté, prospérité et bon gouvernement.Ces initiatives québécoises constructives sont possibles dans le cadre d'une confédération : toute opposition fédéraliste sera vaine.Comment empêcher en effet un État de promulguer sa constitution comme il en existe pour des États fédérés dans tant d'autres fédérations, 28 et une citoyenneté - au même titre qu'un canton suisse ?Rien ne permet de s'opposer à ce que le Québec se dote d'une constitution et d'une citoyenneté, à l'intérieur de la Confédération.Rien ne les empêche d'agir : aux souverainistes de bâtir cet élan, qui permettra de proposer à terme la ratification d\u2019une souveraineté nationale sur tous les champs de compétence.Aux souverainistes de poser ces gestes en début de mandat, et dans un premier temps de façon réformiste, proposant plus tard au peuple de ratifier une indépendance clairement énoncée.Cette indépendance sera alors beaucoup plus facile à réaliser, à court ou à plus long terme, tandis que la mesure est à même de susciter une très large adhésion.Le premier pas est de clarifier l'identité de l\u2019État du Québec par une constitution et une citoyenneté québécoises, puis le second de matérialiser l'élan collectif par cette série d'initiatives.Car rien jusqu\u2019ici n\u2019empêchait le Québec de le faire que ses complexes, la focalisation sur Ottawa ou l\u2019hypnose du Sphinx.À l'heure où le flou s\u2019installe dans le calendrier de l\u2019accession à l'indépendance, il ne faut plus que la politique de bon gouvernement du PQ au pouvoir soit perdue sur le plan stratégique, sur le plan de consolidation de l'identité nationale.Il faut, en attendant le « possible », le rendre de plus en plus « possible ».Il est impératif qu'au bilan d'un mandat de gouvernement se retrouvent une constitution et une citoyenneté québécoise qui manifestent l'identité de la nation québécoise.Mais de grâce, ne disons point que tout est perdu.C'est déjà le commencement du salut que d'être sorti du régime des équivoques et d\u2019apercevoir enfin une grande lumière sur les routes de l\u2019avenir.Lionel Groulx (La Confédération canadienne, Québec îo/io, 1978, p.i9) I I fc1,1 \u2022 \u2022 I » \u2022 /4 ?29 1\tGérard de NERVAL, Poésies.Cher lecteur, libre à toi d\u2019identifier cet aigle à l'un de nos voisins ou à leur mère-grand ; n'oublions pas cependant que, en bon cousin du coq gaulois, l\u2019oiseau Québec n\u2019est pas en quête d\u2019une gloire rapace mais d\u2019un abri sûr où faire son nid.Foin du désespoir ! 2\tBARRÉS, Maurice : Les Déracinés, dans l\u2019édition Bouquins Laffont, Romans et voyages, vol.i, 1994, p.498. 30 ARTICLES Denis Monière LA CAUSE ET LE CHEF Depuis la défaite électorale de 2003, le mouvement souverainiste est divisé.La saison des idées et la course à la direction du Parti québécois ont centré les préoccupations et les débats sur des enjeux périphériques comme les modalités d\u2019accès à la souveraineté ou les questions reliées au leadership du Parti québécois.Un tel contexte a favorisé l\u2019émergence d\u2019une culture de la contesta tion qui centre les conflits sur les différences de sensibilité à l\u2019intérieur du mouvement plutôt que de canaliser les énergies vers les adversaires du projet souverainiste.Si la critique est nécessaire à la vitalité de toute organisation, elle ne peut pas être permanente et systématique sinon les querelles intestines risquent de devenir paralysantes et contreproductives.Tout militant responsable doit tenir compte des exigences de la conjoncture politique et de l\u2019échéance électorale qui se profile à l\u2019horizon de l\u2019année 2006-2007.Le mouvement souverainiste doit retrouver sa cohésion et se mettre en mode de solidarité s\u2019il veut assurer l\u2019avenir de son option.Le temps de la convergence est venu.Il faut se rallier à la nouvelle direction du Parti québécois qui est le seul véhicule qui puisse faire avancer de façon constructive notre projet de pays.La cause de la souveraineté vaut bien une trêve.I < V ] I \u2022 I* 31 Plusieurs ont exprimé des réserves à l'endroit du nouveau chef du Parti québécois, mais nous pensons que la solidité et le dynamisme d'un mouvement politique ne peuvent reposer uniquement sur les qualités de ses dirigeants.Dans le passé, nous avons eu des chefs qui par leur charisme ou leur compétence ont fait progresser la cause nationale dans l'opinion publique.Mais la force de nos chefs a peut-être eu un effet pervers en nous déresponsabilisant vis-à-vis de la réussite du projet souverainiste.Nous pouvions leur faire confiance et nous réfugier dans la passivité.Nous avons un nouveau chef qui n'a peut-être pas encore développé tout son potentiel mais dont les talents pourront contribuer au succès électoral et nous amener ensuite sur le chemin de l'indépendance.Nous n'avons rien à gagner à faire la fine bouche et à regretter nos anciens dirigeants.N'oublions pas les leçons des expériences passées qui ont montré que le meilleur chef du monde ne peut à lui seul faire le succès d'un parti et de son option.Nous devons cesser de tout mettre sur les épaules du chef et prendre nous-mêmes le bâton du pèlerin.Assumons nos responsabilités de militant dans la promotion de la souveraineté.Cessons de reprocher au chef du Parti québécois de ne pas parler de souveraineté.C\u2019est à nous d\u2019abord qu'il appartient de le faire.C\u2019est la cause qui doit motiver notre engagement et non pas celui qui l'incarne.Nous sommes tous responsables comme citoyens de la destinée du Québec.Il est aussi paradoxal d\u2019entendre des souverainistes convaincus reprocher à André Boisclair de ne pas assez parler de souveraineté et menacer de se jeter dans les bras de Québec solidaire ou de préconiser l\u2019abstention.Cet argument ne résiste pas à une analyse comparative des discours car on n\u2019entend jamais les dirigeants de Québec solidaire faire de i i 0 32 i plaidoyer souverainiste.Et puis l\u2019objectif de la souveraineté est inscrit en lettres d\u2019or dans le programme du PQ, ce qui n'est pas le cas des autres partis.On peut toujours craindre que le programme soit jeté aux oubliettes une fois l\u2019élection gagnée et que la promesse d\u2019un référendum soit oubliée, mais il faut se dire que le reniement serait extrêmement coûteux pour le Parti québécois et si d\u2019aventure, cela se produisait, il serait toujours temps de créer une alternative au Parti québécois.Enfin, n\u2019en doutons point, la souveraineté sera au cœur de la prochaine campagne électorale, même si le chef du Parti québécois n\u2019en fait pas le thème central de tous ses discours.Il est d\u2019ailleurs absurde de lui reprocher constamment de ne pas en parler car une élection n\u2019est pas un référendum et ne peut donc porter sur un seul enjeu.Il s'agit d\u2019élire l\u2019équipe gouvernementale qui nous rapprochera le plus de notre objectif.B Au lieu de disperser nos forces, reconstruisons une coalition qui pourra empêcher le Parti libéral de gagner la prochaine élection.Demandons-nous ce qui restera des acquis sociaux et de l\u2019identité québécoise après quatre autres années de gouverne libérale.Nous ne pouvons pas prendre le risque d\u2019une défaite électorale car ce ne serait pas seulement la défaite d\u2019André B ois clair, mais aussi celle de la cause qui nous tient à cœur.N\u2019en doutons point, les libéraux feront campagne contre la souveraineté et seront forts de nos divisions et celles-ci seront encore plus accentuées par quatre années supplémentaires dans l\u2019opposition.Ne perdons jamais de vue que la prise du pouvoir est la condition nécessaire pour réaliser la souveraineté.?É ¦ .I A # Carl Bergeron* LA FONDATION D\u2019UNE LITTÉRATURE BI-NATIONALE Autour de Art, argent, arrangement.Le mécénat d'État de Robert Yergeau La parution de ce livre1 en 2004 a fait un certain bruit dans le milieu littéraire québécois, pris comme on le sait dans les mailles de la subvention étatique.On a beaucoup loué sous cape F audace de F auteur, qui acceptait, en éclairant crûment la scène d\u2019un jeu auquel on aime mieux se prêter en coulisses, de s\u2019exposer à de coûteuses rancunes.Pourtant, ce bruit n\u2019a pas trouvé d\u2019écho dans une couverture médiatique étendue.Seul Louis Cornellier, dans Le Devoir, en a fait une critique2, tout à fait honnête au demeurant, compte tendu de la difficulté que posait à la grille journalistique un ouvrage aussi richement documenté.À défaut d\u2019une attention médiatique - un seul article ! - digne de l\u2019effort monumental de Yergeau, on doit espérer que ce livre a été effectivement lu, par-delà les éloges bienvenus quoique suspects de ceux qui, trop prompts à s\u2019associer aux ouvrages qui sentent l\u2019hérésie, témoignent bien davantage d\u2019une servitude à l\u2019anticonformisme chic que d\u2019une saine curiosité intellectuelle.Art, argent, arrangement pose en effet quelques questions capitales.Plus qu\u2019à un étourdissant ballet d\u2019intrigues et de palinodies, c\u2019est à une radiographie du corps littéraire de l\u2019élite québécoise que nous convie F auteur.S\u2019attardant aux * L\u2019auteur est maître en littérature française de l'Université de Montréal.Il a publié quelques nouvelles dans L\u2019Inconvénient et Moebius L 34 débuts du Conseil des arts du Canada (CAC) et du ministère des Affaires culturelles (MAC), Yergeau met à nu la bataille culturelle que se sont livrés, entre i960 et 1980, les gouvernements canadien et québécois.L'exemple de la revue Liberté, dans un chapitre très justement intitulé « Une ambivalence terrible », est à cet égard des plus édifiants.Au départ une revue qui, par son nom, se dressait contre la dépendance à tous les pouvoirs, elle a été rapidement happée par la logique des subventions et, plus encore, par la dialectique d\u2019Ottawa et de Québec.Lors de la IXe Rencontre des écrivains, en 1971, qui portait sur la question de la récupération politique des écrivains, le directeur de Liberté, Hubert Aquin, démissionne avec fracas, invoquant la tutelle néfaste du CAC sur plusieurs membres du comité de rédaction.Sa déclaration sera reprise le lendemain dans Le Devoir.Aussitôt, nous apprend Yergeau, Jean-Guy Pilon, au nom de Liberté, réplique à Aquin, prenant soin d\u2019envoyer une copie de son texte propitiatoire à Naïm Kattam, responsable des bourses au CAC : « j\u2019affirme sur mon honneur, assure solennellement Pilon, que jamais [.] le Conseil des Arts n\u2019a tenté d\u2019intervenir de quelque façon que ce soit, ni au plan administratif, ni au plan idéologique.» On se demandera sans peine pourquoi, si le CAC n\u2019exerce aucune influence au plan administratif ou idéologique, Pilon a-t-il ressenti le besoin d\u2019envoyer prestement un duplicata à Kattan ?Les rapports internes consultés par Yergeau contredisent Pilon et montrent plutôt que le volet idéologique n\u2019était pas indifférent au CAC.Peignant de s\u2019intéresser à des catégories faussement objectives plutôt qu\u2019aux réalités elles-mêmes, les évaluateurs déploraient le déplacement de Liberté du littéraire vers le politique.Puisque l\u2019enveloppe budgétaire était réservée aux « revues littéraires », raisonnaient-ils, la tonalité politique de plusieurs textes remettait en cause l\u2019admissibilité de la revue.Par une subti- 35 lité administrative, l\u2019art incomparable du fonctionnariat neutralisait les velléités d\u2019une revue jugée trop téméraire.Très canadien, c\u2019est-à-dire pernicieux, le CAC opérait en douce : plutôt que de commander une étude à l\u2019interne sur le travestissement de Liberté, il demandait à la direction de la revue de procéder elle-même à l\u2019étude en question, en départageant les numéros politiques et littéraires.Même crypté, un message reste un message.Il n\u2019y avait peut-être pas d\u2019intervention directe, mais intervention il y avait, que Pilon l\u2019ait vu ou non.,1, Des années plus tard, la poussière retombée, Jacques Godbout, membre lui aussi du Liberté des années soixante, parlera de la « passion de la culture » qui unissait, au-delà des premiers conflits, le comité de rédaction.Godbout adoptait ainsi une posture intellectuelle qui allait se nourrir, sans interruption, d\u2019un poncif essentiel : la culture réunit les hommes, et tant que nous avons la culture, nous avons la liberté.Aquin, s\u2019il ne s\u2019était pas suicidé en 1977, lui aurait peut-être répondu : cette culture est une culture diminuée, et la liberté qu\u2019on en tire, à l\u2019avenant.Du laboratoire politico-culturel qu\u2019a été Liberté sont sortis deux archétypes antinomiques : Godbout et Aquin, figures qui n\u2019ont eu de cesse, par leur action, de s\u2019exclure mais aussi de se recouper.Contrairement à Aquin, les agences fédérales (l\u2019ONF, Radio-Canada, etc.) sont pour Godbout des « lieux de liberté », qui permettent d\u2019œuvrer à l\u2019écart d\u2019une société canadienne-française encore marquée, selon lui, au fer rouge duplessiste.Le régime fédéral apparaît comme un contrepoids à l\u2019obscurantisme d\u2019une société hostile aux intellectuels et à la modernité.Trente ans plus tard, en 1991, lors du rapport Arpin, cette perception n\u2019avait pas changé : si le CAC n\u2019était plus le rempart moderne qu\u2019il fut jadis, il restait, aux yeux des artistes, un organisme supérieur au MAC.l:9 36 Car s\u2019il y a une constante qui traverse le livre de Yergeau, c\u2019est bien l\u2019invraisemblable cafouillage du gouvernement québécois dans le domaine culturel.Des débuts du MAC en 1961, dont Guy Frégault, le sous-ministre de l\u2019époque, a tiré une admirable et bien nommée Chronique des années perdues*, jusqu\u2019au rapport Arpin et au référendum de 1995, l\u2019État québécois, soit par manque d\u2019envergure, soit par manque de moyens, a manqué à sa mission de nouer avec les artistes un lien durable et primordial.Le MAC n\u2019était même pas autorisé à utiliser à sa discrétion le budget dérisoire (trois millions de dollars) que Lesage avait accordé à Georges-Émile Lapalme lors de la création du ministère.Il arrivait que des bourses d\u2019écriture fussent refusées au Conseil de la trésorerie, et pour des raisons totalement arbitraires.Ainsi un quelconque comptable béotien à la peau sèche s\u2019estimait permis de donner son avis sur la qualité littéraire d\u2019un projet, cependant que les écrivains québécois s\u2019émerveillaient de l\u2019efficacité et du professionnalisme du CAC.Les exemples sont innombrables et gênants.La saga diplomatique autour de l\u2019attribution du prix Médicis à Marie-Claire Blais pour Une saison dans la vie d'Emmanuel nous donne à admirer la compétence des fonctionnaires canadiens, en regard de la désinvolture de la toute jeune délégation du Québec.Après de multiples et d\u2019habiles manœuvres du Canada auprès du jury, la romancière avait remporté le prix après six tours de scrutin.De l\u2019autre côté de l\u2019échiquier, le conseiller culturel québécois avait restreint sa participation à un rendez-vous manqué aux éditions Grasset, distrait qu\u2019il fût par un déjeuner copieux qui s\u2019était trop prolongé.Yergeau ironise : « Comme par enchantement, les festivités entourant la remise du prix Médicis ont vu apparaître la délégation du Québec.Le conseiller culturel a offert un dîner en l\u2019honneur de la lauréate.Décidément, de déjeuner en dîner, la délégation s\u2019est limitée à un rôle culinaire dans cette affaire.4 » De Marie-Claire Blais au plumitif inconnu à qui on tarde à verser la 37 bourse, le MAC a établi une continuité de la pingrerie et de l'improvisation, qui a été interprétée par le milieu culturel, plus à raison qu'à tort il me semble, comme un mépris de la culture par le gouvernement québécois.J\u2019emploie à dessein le terme « gouvernement » plutôt que celui d\u2019« État ».Ce qui fait mal dans les déconvenues du MAC est de voir ses pionniers, des hommes de tout premier plan tels que Georges-Émile Lapalme, Guy Frégault et Jean-Marc Léger, empêchés dans leur élan par les réflexes provinciaux des petites comme que des grandes têtes du Parlement.Quand on voit l\u2019ampleur des chantiers de la Révolution tranquille, dont certains, comme la SIDBEC, ont été des échecs financiers patents, on est en droit d'interroger le manque de direction politique rattaché à la culture.Au conseil des ministres, on semblait incapable de comprendre, comme l\u2019expliquait le livre blanc de 1965, que le problème québécois, irrigué par une histoire complexe, ne pouvait être résolu que par une ferme politique culturelle, d\u2019après laquelle serait ébauché le plan d'ensemble de la modernisation de l\u2019État.Il eût fallu des investissements à la hauteur, mais ils ne sont jamais venus.Les hommes regroupés autour de Lapalme avaient une culture commune, à Faune de laquelle ils entendaient mener leur politique.Cette culture était classique, catholique et française.En un mot : civilisatrice.Le bataille du CAC et du MAC ne peut être comprise que si elle est replacée dans le contexte d\u2019une guerre totale entre deux mondes : celui issu de la « civilisation canadienne-française » (la formule est de Yergeau), et l\u2019autre, jeune et boomer, de la « société québécoise ».Ce choc a trouvé son paroxysme dans l\u2019affaire Frégault-Tremblay, quand le sous-ministre fut soupçonné, avec la complicité de la ministre Claire Kirkland-Cas grain, d\u2019avoir bloqué une bourse à Michel Tremblay pour la diffu- 38 sion des Belles-sœurs à Paris.Pour Frégault, il était en effet impensable d\u2019encourager le jouai de quelque manière, le jouai ri étant qu\u2019un français tuméfié, la dégradation d\u2019une langue noble et universelle, et surtout la racine d\u2019un mal -l\u2019aliénation, l\u2019infériorité complaisante, etc.Révolution tranquille avait pour but d\u2019enrayer.À l\u2019heure où le Québec parlait sur un même pied avec la France, et où on attendait le ministre André Malraux, ce n\u2019était pas le temps de se faire une fierté d\u2019un dialecte.Tout aurait été tellement plus simple si Frégault n\u2019avait été que le parangon précieux d'une France fantasmée, mais il rien était rien.Que notre plus génial historien se soit heurté à notre plus génial dramaturge sur une question de langue, voilà qui ne laisse pas d\u2019illustrer la nature profondément tragique de la condition québécoise.Du coup, les deux camps se sont organisés de façon encore plus manichéenne : Gérald Godin n\u2019a pas hésité à qualifier Frégault de « porte-crottes » ( !), mobilisant sous le drapeau brun du populisme prolétarien la brigade des littérateurs d\u2019une Québécoisie surjoualisée et anti-française.que la Ottawa ri a pas été insensible à cette brèche ouverte dans les forces nationales.Le MAC et ses jurys, que pilotait Clément Saint-Germain, un ancien cadre de la maison d\u2019édition Fides formé au moule religieux5, n\u2019entretenait pas de rapports cordiaux avec la nouvelle génération qui se dispersait sous les chapelles du formalisme, du marxisme et de la contre-culture.Les rapports internes du MAC, petits chefs d\u2019œuvre de méchanceté, sur les projets soumis par Claude Péloquin, Raoul Duguay et consorts, sont d\u2019ailleurs d\u2019une monolithique intransigeance.À l\u2019opposé, le CAC a eu une attitude plus tolérante, plus généreuse, prenant exemple en cela, nous apprend Yergeau, sur un mécénat de type anglo-saxon.Cette stratégie allait être politiquement payante à long terme, puisqu\u2019elle fidélisait une clientèle appelée un jour ou 39 Si l\u2019autre à prendre le pouvoir6.Le MAC, bien que garant d\u2019une certaine idée de la culture, n\u2019a pu empêcher que de déplorables atavismes minassent ses efforts.Le provincialisme, notamment, a trouvé dans le comportement de Clément Saint-Germain une expression caractéristique : il rate rarement une occasion de mettre en cause la bonne foi du quémandeur, comme si le rapport des artistes à l\u2019argent était a priori vicié.Même cultivé, un Canadien français est un Canadien français : il regarde à droite, à gauche, l\u2019œil vif et méfiant, toujours convaincu qu\u2019il se fait avoir par un esprit plus rusé que lui.Clément Saint-Germain, en dépit de sa belle formation classique, ne faisait hélas pas exception.De plus, il refusait de considérer qu\u2019un écrivain pût demander de l\u2019argent pour écrire à l\u2019étranger : « le MAC n\u2019est pas une agence de voyages », répétait-il, implacable et borné.V K * » \u2018, Cf Certes, cette parcimonie a dû profiter au MAC au plan monétaire, mais c\u2019est un gain modeste : c\u2019est celui de Séraphin Poudrier.En revanche, cela a permis à Ottawa d\u2019occuper un nouvel espace dans le champ culturel, et pas des moindres : le programme de subventions pour les voyages à l\u2019étranger s\u2019articule de façon toute naturelle à la politique du ministère des Affaires étrangères.Yergeau consacre des pages éclairantes sur les liens stratégiques qui unissaient Naïm Kattan et l\u2019ambassade canadienne en France.Dans une lettre à Jacques Gignac, du ministère des Affaires étrangères, datée du 4 juin 1968, Kattan parle du problème de « représentativité canadienne » que soulève la présence d\u2019une majorité écrasante d\u2019écrivains indépendantistes lors d\u2019une prochaine Rencontre internationale d\u2019écrivains à Paris : plus précisément, écrit Kattan, « le Canada serait représenté par des poètes dont la qualité ne peut pas être mise en question, mais dont les opinions sont univoques.7 » Les faits sont là, le gouvernement du Canada agit, t t I \u2022 I t fl \u2022 » 4 J f a 40 U en culture comme ailleurs, dans l\u2019intérêt national : il n\u2019y a que des enfants pour encore s\u2019en étonner.Actif à l\u2019international, et conscient de l\u2019importance symbolique rattachée à la reconnaissance étrangère pour un artiste, le CAC a réussi, sans trop de mal, à fortifier dans l\u2019esprit de la classe culturelle que le Canada était la locomotive de la modernité, la fenêtre qui pourrait monde.Le MAC a sous-estimé le désir d\u2019élévation qui était consubstantiel, pour les plus authentiques de ces écrivains, au projet d\u2019écrire à l\u2019étranger.Anne Hébert, pour citer une figure connue, s\u2019en ouvrait, dans une lettre à Henri Charbonneau, du CAC, le 11 août 1961 : 1 ; « * les ouvrir sur le littéralement L\u2019ambiance même de Paris, la beauté de la ville, ses dons de vie quotidienne et d'art achevé, la vitalité de son langage ont largement contribué à m\u2019enchanter et à m\u2019enrichir.Pour un écrivain de langue française, ce moment de choc et de rencontre avec la langue maternelle au point le plus vif de sa vie actuelle et parlée est, selon moi, indispensable.Le Canadien français plus que tout autre a besoin de se retremper dans un milieu de langue et de culture françaises vivantes8.On le voit, on le constate, Clément Saint-Germain, formé à l\u2019école du génie français, n\u2019a pas été conséquent avec l\u2019éducation qu\u2019il a reçue.À la lumière de la lettre d\u2019Anne Hébert, le ressentiment de Godbout contre une société canadienne-française repliée sur elle-même se comprend mieux.Comme Godbout, Hébert était ambivalente, à l\u2019avantage du palier fédéral, dans son rapport avec les institutions de son pays.Elle a d\u2019ailleurs été longue avant d\u2019accorder une écoute réelle au projet indépendantiste québécois.i 511 L\u2019argent mène à toutes les duplicités, à toutes les trahisons.Ottawa le sait et se donne les moyens de sa politique.Les recherches menées par Yergeau ont le mérite d\u2019en montrer toute la portée blafarde.Lexemple le plus répugnant est celui de Gérald Godin, qui, en décembre 1970, deux mois après 41 fît «.,1 avoir été emprisonné sous la loi des mesures de guerre, écrit à Kattan pour le remercier de l'aide financière consentie à sa maison d\u2019édition révolutionnaire Parti pris, tout en souhaitant, dit-il, « des relations toujours aussi bonnes dans l\u2019avenir1 2 3 4 5 6 7 8 9 ».Preuve, comme si cela fut nécessaire, que les caractères les plus belliqueux, les plus intempestifs ne sont pas forcément les plus constants dans l\u2019idéal qu'ils poursuivent.On le savait déjà puisque Godin était un marxiste, mais il est bon qu'un chercheur rigoureux nous le rappelle avec le tableau des faits.C'est dans ces trouvailles que Yergeau est à son meilleur.On aurait tort toutefois de se servir de Art, argent, arrangement comme d\u2019un catalogue de pièces à conviction.Car rappelons que ce n\u2019est pas un tribunal, mais un théâtre.Il s\u2019y joue la comédie cruelle d'artistes pour la plupart sans le sou, aux prises et avec l'urgence profonde de faire une œuvre, et avec une réalité politique anormale.Le spectacle est parfois touchant, souvent risible, toujours choquant.Que la vie de ces artistes soit aussi la nôtre y est sans doute pour beaucoup.?1\tRobert Yergeau.Art, argent, arrangement.Le mécénat d'État, Ottawa, Éditions David, 2004, 627 p.2\tLouis Cornellier.« Maudit argent littéraire ! », Le Devoir, 9 octobre 2004, p.F2.3\tGuy Frégault.Chronique des années perdues, Montréal, Leméac, 1976, 251 p.4\tYergeau, op.cit., p.324.5\tYergeau, op, cit., p.328.6\tPlusieurs postes de pouvoir sont aujourd'hui occupés par d\u2019anciens marxistes et formalistes.Dans le domaine du journalisme, le nom d\u2019Alain Dubuc, éditorialiste à La Presse, vient tout de suite à l\u2019esprit.En littérature, Normand de Bellefeuille et Michel Gay, deux anciens de la Nouvelle Barre du Jour, sont respectivement directeur littéraire chez Québec Amérique et éditeur chez Fides.7\tYergeau, op.cit., p.317.8\tYergeau, op.cit., p.564.9\tYergeau, op.cit., p.338. I I 4 4p 4p # # 4p t: Jean-Claude St-André Député de L'Assomption Hôtel du Parlement Bureau 2.16 Québec (Québec) G1A 1 A4 Téléphone:\t(418) 528-5974 Télécopieur: (418) 646-6640 QUÉBEC Oasis du Vieux Palais 259, rue St-Étienne Casier postal 3404 L'Assomption (Québec) J5W 4M9 Téléphone: (450) 589-5579 Télécopieur: (450) 589-0208 \u2022il* Courriel : jstandre@assnat.qc.ca r \u2022 t w ?Passemblemen Pays Souverain Unum Quebec P atria Nostra Est Québec, notre seule patrie le pouruv\\ C.P.306, succursale C, Montréal (Québec) H2L 4K3 Tel.: (450) 491-5437 Courriel : roy.b® videotron.ca - Site internet : www.rpsq ue bec qc.ca u « WI Communication^ RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé ap^ F | #* t*.i*.- ; m i Æ 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca J: ;r.41 I DOSSIER DÉFAIRE LE MULTICULTURALISME Dossier Défaire le multiculturalisme Intégration des immigrants - Pour une approche basée sur les résultats -Benoît Dubreuil 44 Les Québécois de confession musulmane : du multiculturalisme à l'intégration nationale ?-Guillaume Rousseau Michael Ignatieff : le vol de l*aigle blanc -Dave Anctil 70 87 Lire Primeur TOO Lire les essais 105 Livres reçus 137 Index des annonceurs 139 44 DOSSIER Benoît Dubreuil* INTÉGRATION DES IMMIGRANTS - POUR UNE APPROCHE BASÉE SUR LES RÉSULTATS I 1 0 f ;c 111 4 > i f \u2022 f « ;» \u2022 ; « \u2022« ' \u2022 .¦ \u2022 \u2022 I .\t4 .* » \u2019 r, t r < \u2022 i Rien là de bien nouveau, me dira-t-on, la centralisation canadienne reprenant son petit bonhomme de chemin après la parenthèse conservatrice.Et pourtant, même s\u2019il ne se montre pas (médiatiquement) très explicite à ce sujet, l\u2019ob- r'.î, * L'auteur est étudiant au doctorat en philosophie à l\u2019Université de Montréal et à Panthéon-Sorbonne.Il s\u2019intéresse à la théorie politique, à l\u2019histoire des idées et à la philosophie de l\u2019histoire.Boursier du CRSH, il travaille plus particulièrement sur la tradition républicaine, l\u2019histoire du concept de liberté politique ainsi que sur la théorie de la guerre et des relations internationales.Il est chargé de cours à l\u2019Université de Montréal et à l'Université du Québec à Montréal. I \u2022 \u2022 t \u2022 .I r \u2022 \u2022 I 1.DOSSIER r ¦ 88 « Hi jectif politique de Michael Ignatieff repose sur une vision du monde beaucoup plus ambitieuse que celle des premiers ministres centralisateurs que nous avons connus jusqu\u2019ici.C\u2019est l\u2019importance de cette philosophie politique - voilée par le manque d\u2019analyse dans nos médias - que je voudrais suggérer ici en vue de la prochaine élection.Un ambitieux incompris Chez les plus ambitieux, les changements de carrière se produisent généralement lorsque le sommet a été atteint.Une fois au sommet, les aigles victorieux se sentent parfois isolés, le capital d\u2019estime qu\u2019ils suscitaient pendant leur ascension spectaculaire se flétrissant lentement.Pour cette vigoureuse race d\u2019hommes distingués, le lent spectacle d\u2019une gloire routinière paraît souvent pire que l\u2019humiliation d\u2019un échec provoqué par un excès d\u2019audace.Aussi, le désir de distinction les appelle rapidement vers de nouveaux deux.il Peut-être Ignatieff se sentait-il justement bien seul dans sa tour d\u2019ivoire de Harvard, scrutant les horizons nordiques en espérant y voir pointer la patrie qu\u2019il avait délaissée pendant de longues années.Entendait-il, dans un sommeil agité par le patriotisme, les échos inquiets de sa nation en péril étouffés par les bruits de bottes péquistes et bloquistes ?% r,r Une autre interprétation a été suggérée.Car c\u2019est à Boston qu\u2019on lui a octroyé sa prestigieuse chaire sur les droits humains.Mais, l\u2019histoire est moins connue au Québec, c\u2019est aussi à titre de Carr Professor of Human Rights à la Kennedy School of Government qu\u2019il a déçu un bon nombre d\u2019intellectuels opposés aux dérives de la politique étrangère américaine.Ses anciens amis libéraux, parmi les plus engagés dans la défense du droit humanitaire, lui reprochent, encore aujourd\u2019hui, deux bagatelles : son apologie intellec- I lîi f i - \u2022 \u2022 j I BA DOSSIER 89 il 2 : t tuelle de la guerre en Irak et sa défense d\u2019un usage potentiel - limité et exceptionnel - de la torture.Prolifique et habile scribouilleur, celui qui est né et a grandi à Toronto (mais qui a passé les trente dernières années à l\u2019étranger) a dû faire des pieds et des mains pour se dépatouiller publiquement avec les tensions inévitables d\u2019une pensée aussi profondément paradoxale que la sienne.On ne lui en reproche pas moins d\u2019avoir donné un blanc-seing moral à l\u2019administration Bush en offrant une sorte de rationalisation de ses prétentions hégémoniques2.I tiîiil Il existe pourtant quantité d\u2019intellectuels et de militants des droits humains qui acceptent l\u2019idée qu\u2019une certaine forme d\u2019impérialisme humanitaire peut, dans des contextes similaires à ceux de la Bosnie, du Kosovo, du Rwanda et de l\u2019Afghanistan, devenir acceptable et même souhaitable.Mais il est probable qu\u2019Ignatieff a heurté de plein fouet leur sens moral lorsqu\u2019il a approuvé l\u2019invasion irakienne en mars 2003, ce qui impliquait d\u2019approuver une action unilatérale sans l\u2019approbation de l\u2019ONU, qui plus est en opposition à la volonté des ailiers européens.Dès lors, la pilule de la Realpolitik fut pour eux beaucoup trop difficile à avaler.Car faire l\u2019apologie de cet unilatéralisme impliquait, en quelque sorte, de formuler une justification d\u2019une guerre coûteuse et brutale contre un État important et « fonctionnel » sous le seul prétexte apparemment valide, mais rapidement démenti, que Saddam possédait des armes de destruction massive.Cela signifiait également d\u2019interpréter l\u2019opération d\u2019envergure comme constituant une étape essentielle, et donc reconductible, dans la lutte globale contre le Terrorisme.Et c\u2019est là que, pour certains, la rhétorique du professeur en droit humanitaire minait l\u2019intégrité morale de sa fonction académique. DOSSIER n 90 Du psycho-moralisme habile au militarisme subtil En réalité, la lecture d\u2019Ignatieff s\u2019intégrait à un argument beaucoup plus étoffé : une lutte impériale contre le terrorisme y compris l\u2019invasion militaire illégale d\u2019un État souverain comme l\u2019Irak, y compris les injustices inévitables qui sont commises chaque fois qu\u2019un État possède un tel avantage disproportionné sur son ennemi, y compris, enfin, la prise en compte du fait que la politique étrangère américaine soit entièrement dictée par son intérêt réel (le pétrole) et perçu (la sécurité nationale) - constitue, dans les mots de l\u2019ancien professeur à Harvard, une « politique du moindre mal »3.Bref, l\u2019humanisme militaire subtil d\u2019Ignatieff s\u2019adonnait à une sorte de jeu funambulesque, oscillant au gré de ses humeurs entre des préoccupations morales et une lecture réaliste du monde contemporain.Il devenait dès lors difficile à quiconque voulait exposer une position aussi mouvante de pouvoir « faire confiance » au professeur; pour certains critiques, le bricolage idéologique de l\u2019homme relevait carrément de l\u2019opportunisme rJ \u2022 \u2022 \u2022 Ignatieff présente pourtant une doctrine originale pour un défenseur des droits humanitaires : que la manipulation de l\u2019opinion publique, le chantage sur l\u2019irresponsabilité sécuritaire des États récalcitrants et les intrigues des administrations américaine et anglaise sont excusables dans la mesure où les effets escomptables de ce militarisme prétendument humanitaire seront globalement positifs.Comprenez-moi bien : des calculs d\u2019une telle complexité échapperont assurément au commun des mortels.Il faut, en quelque sorte, la virilité des hommes d\u2019action et d\u2019exception de la trame d\u2019Ignatieff pour en tirer toute la logique que ne peuvent espérer faire tous ces scholars humanistes angoissés, hommes usés comme leurs vêtements « équi- i\\» I ¦ I 1.' lift 1*1 DOSSIER \u2022 f » -i' 111 9i * a f, I « f * k Kl ?1, î m tables », titubant courbés par le poids d'un monde livré à l\u2019ambition dans le vide obscur des corridors facultaires.; r! r 1 ! fe \u2022 ; c : t if C\u2019est pourquoi on peut légitimement s\u2019étonner de la réaction d\u2019intellectuels libéraux si isolés lorsqu\u2019il s\u2019agit de discuter de questions de politique réelle.En vérité, Ignatieff me semble être la victime d\u2019un procès inéquitable.Car la position qu\u2019il a défendue sur ces sujets est parfaitement cohérente avec la réalité de l\u2019impérialisme libéral du monde anglo-saxon.Certes, sa rationalisation éthique des enjeux peut être considérée comme douteuse lorsqu\u2019elle profite aux grands ambassadeurs du nouvel ordre international.Mais avouons que ce n\u2019est pas rien.pour un canadien! mi i.t.i Î r \u2022 i ' 1 If) \u2022 jUf 'X 1 , f \u2022 ; * É \u2022 | 1-1 ff \u2022 Zf it1/: e I î : i Qui veut la fin, veut les moyens, et en ce qui concerne Ignatieff, son parcours suit depuis ses premiers écrits une ligne directrice, on pourrait même dire une via romana : celle de la promotion d\u2019un ordre mondial dominé par des nations patriciennes conduites par des familles patriciennes contre la menace permanente des déstabilisations barbares (i.e.les « nouveaux nationalismes » dans les États qui ont échoué à les contraindre »).Vf i.\u2022 ,4 * \u2022 I, I f M I.« .\u2022 \u2022 .i ill l ( \u2022 ?» f \u2022 f.\u2019t.'.N * * ha , (ill 1»; 4 »l « % K\u201dJ * Ignatieff a connu un parcours idéal pour matérialiser son idéal.Déjà, ses ancêtres collaboraient en haut lieu avec l\u2019Empire tsariste en Russie avant d\u2019être chassés par les bolcheviques, une histoire que l\u2019historien de formation a colligé dans un essai dignement récompensé (The Russian Album, 1987).Sa carrière intellectuelle s\u2019est toute déroulée dans les prestigieuses universités anglo-saxonnes qui dominent le monde de la pensée occidentale.Son héros intellec tuel, l\u2019historien et philosophe Isaiah Berlin (dont il a écrit la biographie : Isaiah Berlin : A Life, 1998), fut un apologiste influent du libéralisme impérialiste à l\u2019époque de la Guerre froide.Pour obtenir son poste à Harvard, Ignatieff a aussi ! & « \u2022 i* DOSSIER è : Fl 92 donné les preuves de son attachement à une « conception ordonnée » du monde par les puissances dominantes du système international.Ainsi, ses analyses psycho-politiques « sur le terrain » de nombreux pays déchirés par la guerre auront jeté la lumière sur le « narcissisme des petites différences » qui n'auraient de cesse, selon lui, de déchirer l'oeuvre des patients dictateurs et colonisateurs du passé4.Or, s\u2019ils ne sont pas efficacement contenus par le nation-building d\u2019un Surmoi impérial, ce sont ces petits peuples qui, historiquement soumis à des États étrangers et devant exister aujourd\u2019hui parmi les ruines de structures politiques iniques et injustes, représentent la menace pour la sécurité de l\u2019ordre international.Puisque, aux confins et à l\u2019intérieur de l\u2019empire, le monde est encore habité par des barbares, la guerre en Irak représente la continuité logique des interventions dans les Balkans et en Afrique : il faut à tout prix protéger le limes qui sépare la barbarie de la civilisation.Et les barbares - lire Tacite n\u2019est pas nécessaire pour le comprendre - ne conçoivent que le langage de la force.Le conflit entre la civilisation et la barbarie - cette opposition de l\u2019impérialisme libéral au nationalisme retord des peuples révoltés - explique finalement la propension d\u2019Ignatieff à conditionner les prohibitions morales dans la sphère internationale, en ajoutant des « mais » et des « sauf » aux chimères impératives onusiennes qui osent prétendre que « les États libéraux ne doivent jamais torturer et conquérir ».Une psychothérapie canadienne pour guérir la névrose québécoise Le parcours de rhistorien-journaliste-biographe-écrivain-député me semble donc parfaitement cohérent avec sa mélancolie pour l\u2019ancien ordre dynastique.Les inhibitions t / I : e lit t 93 » ».# r* ill des intellectuels libéraux de T anglo-s axonnie s'expliquent essentiellement par le confort fragile de leur posture « critique » et peut-être, avouons-le, par l'énorme succès d'un homme qui a su habilement se mettre en valeur dans les médias à la suite de son retentissant succès littéraire et académique.Que l'ego et l'ambition de Michael Ignatieff soient plus enflés que la moyenne des universitaires ne constitue pourtant pas une critique suffisante, ni même intéressante, de sa doctrine.1 if! ( g r y ;v ,r « \u2018 i \u2022 I .ill i i 1 I* r i'i » 'V « i « i r * : f Au contraire : voilà des atouts considérables dans un qui se cherche un nouveau père fondateur.Après le scandale des commandites, l\u2019oligarchie (politique, financière, intellectuelle et médiatique) assurant l\u2019unité canadienne a finalement compris que, pour être en mesure de redynamiser une identité devenue si artificielle qu\u2019elle nécessite depuis plus de deux décennies un financement idéologique permanent (occasionnant des effets collatéraux particulièrement gênants de corruption), il faudra bien se résigner à adopter une nouvelle stratégie.À la lecture de la presse canadienne de la dernière année, l\u2019ancien professeur de Harvard posséderait toutes les qualités pour faire revivre aux matantes ontariennes ce frisson de trudeaumanie.pays 't \u2022\u2022Üüf f 11 * .f, v ; \u2022 f \u2022 i f \u2022 * * h t î,r, ! « ' i , « f » r i.t|f » 4 t a \u2022 \u2022 f »\u2019\u2022 ».\u2022 M » t f ! Une première étape vers la guérison de notre inconscient collectif?I ê I ' f I \u2022 \u2022 ; v i Illustrons cette idée à partir du langage psychanalytique dont Ignatieff est friand.Certains patients ne « souhaitent pas vraiment guérir et résistent (inconsciemment) en trans posant leurs anciens sentiments vers le thérapeute.Freud appelle ce processus le « transfert » : en projetant les tensions inconscientes sur le thérapeute qui fait figure d\u2019autorité problématique, le patient opère une distorsion de l\u2019image de celui-ci ; et c\u2019est par l\u2019analyse de ces projections qu\u2019il (2 l » * « * J I \u2022 I - \u2022 « t r * v t I t:! *1 *\u2022 « f % # f I % w DOSSIER 94 lui sera graduellement possible de « lire » les différentes couches de son « dérangement » sublimé.Ainsi il en va du Québec, qui se refuse à une vie normale en entretenant sa dualité, en étant incapable d'assumer ses pulsions les plus morbides : son immaturité par rapport au Canada tient tout simplement d'une projection, d'une distorsion, bref d\u2019un transfert inconscient de sa névrose vers le Canada.Ignatieff a tout vu cela depuis longtemps.Dans le Edmonton Journal du 30 septembre 1992, il mettait déjà en pratique ses talents de thérapeute lorsqu'il précisait sa lecture du problème québécois en offrant un diagnostique digne du brave docteur Mailloux sur notre condition mentale : « If anything modernization has made Quebec more nationalistic.Yet it is a schizoid nationalism, brandishing the threat of separation to extract maximum concessions from English Canada.» S'il avait été question de juifs, de noirs ou d'autochtones, ces mots auraient été suspectés de racisme.N'eut été de la belle licence avec le vocable autorisé s'agissant de qualifier le nationalisme québécois, on aurait à tout le moins disqualifié l'affirmation comme un procès d'intention et demandé à son auteur de se rétracter5.Mais rien de tel chez nous : trop gros pour faire pitié, mais trop petit, le Québec, pour mobiliser quelque riposte crédible * * * On ne devrait jamais sous-estimer le potentiel du mépris entretenu au Canada par notre faiblesse.Car les hommes détestent d'avantage l'empêcheur de tourner en rond qui échoue que l'adversaire qui réussit.Le premier inspire le mépris, le second, un certain respect.En anglais - qui est une langue, comme chacun le sait, capable dire les choses comme elles le sont - on appelle le second un looser.Pour gagner en crédibilité, il convient donc de cogner un peu du looser : c'est une réalité du pouvoir qu'on apprend dès la cour de récréation (en français comme en anglais). DOSSIER 95 C\u2019est pourquoi, j\u2019ose entrevoir que si notre aiglon arrive à faire son nid dans la capitale canadienne, il pourra profiter des sentiments anti-Quebec pour redorer sa réputation et à bien ses desseins.Une tête de turc comme le mener Québec représente une occasion en or de se mettre en valeur.Même que les points de réconciliation apparaissent déjà évidents, puisque l\u2019ancien professeur partage encore collègues cette même aisance délicieusement métropolitaine qui consiste à évaluer le monde du haut des certitudes partagées par tout un patriciat cosmopolite ayant fréquenté les plus prestigieuses institutions de l\u2019empire.On peut donc prévoir qu\u2019Ignatieff, s\u2019il est élu, pourra graduellement rassembler sa coterie au moment où il s\u2019agira d\u2019affronter le mouvement national québécois en mobilisant pleinement la carte idéologique du progressisme libéral hégémonique pour traiter les bas instincts nationalitaires des séparatistes.I avec ses Si l\u2019Occident wasp a si bien guérit les Balkans, pourquoi pas nous ?Affronter la libido québécoise.par la peur de la mort violente En s\u2019appuyant sur l\u2019opinion dominante au Canada anglais entretenue par des médias aussi complices qu\u2019hystériques, l\u2019expert en barbarie génocidaire ne nous a-t-il pas rappelé récemment qu\u2019il fallait redouter le danger d\u2019une guerre civile provoquée par un référendum gagnant sur la souveraineté du Québec6 ?L\u2019affirmation ne relève pas uniquement d\u2019une pensée, mais d\u2019une stratégie : la réalité du nationalisme minoritaire à Yintérieur offrira le point d\u2019ancrage idéologique inévitable pour engager beaucoup plus fermement les Canadiens dans la lutte extérieure contre le terrorisme, en ut 96 contribuant de toutes leurs forces à rendre plus solide le limes de la civilisation.Inversement, la nation comprendra d\u2019autant mieux la légitimité globale des objectifs impériaux si elle sait jauger la réalité du péril que représente son nation building inachevé.Ignatieff, en tout cas, aime à rappeler ces images qui frappent l\u2019imaginaire - si facilement ému - de nos voisins américanisés.Certes, grâce à Chrétien et Dion, la loi C-20 procure une assurance considérable concernant les prérogatives du Léviathan canadien.Mais ce n'est que le début de la thérapie; la partie est loin d'être gagnée d\u2019avance.Les Québécois peuvent bien se comporter, comme à l\u2019habitude, comme des métèques inoffensifs d\u2019Amérique du Nord, mais on ne sait jamais.Que se passerait-il si.?Pour les esprits inquiets de nos voisins (qui se sentent intimement menacés par tout ce qui est susceptible de diminuer leur prépondérance), les moeurs barbares et la langue exotique qui nous caractérisent, bref, notre penchant incivil pour la traîtrise offrira toujours un capital d\u2019épouvante sur lequel pourront miser les plus ambitieux.De la solidarité spontanée des Québécois envers le peuple libanais au djihadisme, après tout, il n\u2019y a qu\u2019un pas à faire! En somme, la longue expérience américaine et mondiale d\u2019Ignatieff lui a fait apprivoiser l\u2019aigle impérial : au Canada, l\u2019ère de la méfiance (Chrétien et Martin) et celle de la collaboration opportuniste (Harper) laissera place à une ère d\u2019intégration assumée à une guérison globale par l'ordre transféré du Surmoi impérial.C\u2019est en respirant l\u2019air enivrant des cimes, c'est en frôlant d\u2019aussi près la puissance américaine qu\u2019Ignatieff, devenu surhomme, a pu voir plus loin que notre petit horizon suspicieux.Et c\u2019est en redescendant aujourd\u2019hui sur les basses terres des provinces canadiennes DOSSIER I .97 que le patricien-thérapeute, en futur gouverneur impérial, espère demain mettre son épaule à la roue de l'interminable fardeau de l'homme blanc.Il devra toutefois reconduire encore une fois le domptage de l'animal québécois qui, secoué par ses pulsions de demi civilisé, reniflera à nouveau l'espoir de sa liberté.Ignatieff voudra ensuite nous inculquer, doucement mais fermement, le goût de mourir pour le Canada.Q i\tCf.M.Ignatieff « A Generous Helping of Liberal Brains », The Globe and Mail, 4 mars 2004.2\tSur la polémique, voir C.Melville, « But where's the context ?», Toronto Star, 9 avril 2006 et L.Taylor, « No more Mr Nice Guy», The New Humanist, 2i septembre 2005.La critique la plus décapante - et à mon avis la plus ¦ des contradictions d\u2019Ignatieff a été faite par Michael Neumann Michael Ignatieff.Apostle of He-manitarianism », Counter-Punch, 8 exacte dans « décembre 2003.3\tCf.M.Ignatieff « The American Empire (Get Used to It.) », New York Times Magazine, January 5, 2003; The Lesser Evil: Political Ethics in an Age of Terror Princeton University Press, 2004; Empire Lite: Nation-Building in Bosnia, Kosovo and Afghanistan, Minerva, 2003.4\tVoir en particulier: Blood and Belonging: Journeys Into the New Nationalism, 1994; Warrior's Honour: Ethnic War and the Modern Conscience, 1997; et Virtual War: Kosovo and Beyond, 2000.5\tLes Canadiens d\u2019origine ukrainienne n\u2019ont pas non plus digéré ses mots tendres à leur égard : « / have reasons to take the Ukraine seriously indeed.But, to he honest, I'm having trouble.Ukrainian independence conjures up images of peasant embroidered shirts, the nasal whine of ethnic instruments, phony Cossacks in cloaks and boots.» (Cf.Globe and Mail, 28 novembre 2005.) 6\tCe sont les mots rapportés par les médias : « Il faut avoir des règles dans cette affaire [i.e.un référendum sur la souveraineté du Québec].Il faut avoir de la clarté [c'est-à-dire : plus de 50% du vote et que la question soit dictée par Ottawa], Pourquoi ?Parce qu\u2019on veut éviter la guerre civile et j\u2019ai toute la confiance du monde qu\u2019on va éviter cela.» (La Presse, 31 août 2006).La confiance d\u2019Ignatieff, lorsqu\u2019il s\u2019agit de résister aux prétentions du Québec, ne date pas d\u2019hier.Dans le Maclean\u2019s du 26 octobre 1992, il soutenait déjà la thèse classique que le Québec était seul responsable des maux de la fédération et que les Canadiens ne toléreraient plus bien longtemps son comportement hypocrite. COURSE À LA CHEFFERIE DU PLC \u2022 'LA COQUILLE VIDE DE MEECH REACTUALISEE! reconnaître la nation Québécoise dans un texte CONSTITUTIONNEL?OUI, certainement A SIEN SUR.QUE LE QUÉBEC EST UM N AT ION MAIS EYIDE/vtyvEA/r./ \u2022 # \\ CTdans la assure ou __ CELA N'ACCORDE AUCUN NOUVEAU POUVOIR AU QUéBEXE// 7 PAS QUESTION de ROUVRIR.LA CONST IT T! ON.CELA VA DE X.SOIT.\t^ r> y V , r -S* AS s v \\ \\ Z X -*V JV «\u2022 YS 7 a » i M' i.,.xr & 7, * 1 \\ , «n j r< I *z> \u2022
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