L'action nationale, 1 mars 2007, Mars
[" liàtôm volume XCVII numéro 3 MARS 2007 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L\u2019ACTION NATIONALE volume XCVII numéro 3 Articles Du pareil au même, ou presque -Pierre Vadeboncoeur Abolir enfin les « commissions scolaires » (school boards) -Jean-Marc Léger Dix questions-clés pour ouvrir les portes de la Chine -Gilles Châtillon Entrevue avec Marc Chevrier -Jean-François Cloutier « Presque un putsch, un coup de force » (P.E.Trudeau) -François-Xavier Simard EN FINIR AVEC LE MULTICULTURALISME Dossier bilan charest De la réingénierie à la modernisation de l\u2019État -Christian Rouillard\t58 Le feuilleton des sécessions municipales -Laurence Bherer\t69 En matière d\u2019énergie et d\u2019environnement -Michel Duquette, Pierre-Luc Gagnon\t78 L'immigration et la question linguistique -Michel Paillé\t89 Les relations internationales du Québec -Stéphane Paquin\t101 Lire les essais NATIONALE Index des annonceurs 139 liM- - ¦¦ ttFWJgl.tv-a; Anne-Marie Robert Le fil rouge Estampe 2000 Bibliothèque et Archives nationale du Québec Pour joindre l'artiste annemarierobert@sympatico.ca Location d'outils 28 succursales \u2022 50 000 outils Québécoise depuis 1907 1.800.361.1486 www.simplex.ca 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude-Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia-Ferretti ; Alain-Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.-Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque ; Lucia Ferretti (UQTR) Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Université de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Démarche de l'artiste Parce que je considère le monde comme un tout dans lequel tous les phénomènes sont intimement liés, je parle des déchirures, des fêlures, des cassures ou des différences qui brisent notre unité.Dans cette optique, je recherche à créer des réconciliations possibles ou difficiles dans l'espace qui nous sépare, l'espace des ponts, des ruptures et de la résilience.Éclairer ainsi un espace de dialogue à travers les associations, les confrontations et les contradictions inhérentes à toute vie.Anne Marie Robert 2 ÉDITORIAL Robert Laplante DES ÉLECTIONS SOUS TUTELLE Ottawa a totalement confisqué l\u2019avenir du Québec.La décision de Stephen Harper de déposer un budget en pleine campagne électorale dévoile de la manière la plus crue la véritable logique politique dans laquelle est désormais enferré le Québec.Manœuvre à l\u2019évidence planifiée avec le concours du gouvernement Charest, le geste témoigne non seulement de la plus sournoise médiocrité politicienne mais encore et davantage de la conduite de reddition des inconditionnels du Canada qui sont en train de «normaliser» la politique québécoise.Pour se maintenir au pouvoir, les libéraux du Québec couchent avec les maîtres-chanteurs.Plus clairement et plus radicalement que jamais, ce parti et ceux qui le dirigent auront fait le choix de livrer notre peuple.C\u2019est une politique de la dépendance et de la soumission qu\u2019ils pratiquent désormais sans retenue, sans enrobage idéologique.Ils veulent gérer le Québec selon les exigences d\u2019Ottawa.Et ne reculeront devant rien pour succursaliser notre Assemblée nationale.Les menaces brandies par Jean Charest au début de la campagne au sujet des mesures de rétorsion financière en cas de victoire péquiste n\u2019avaient rien d\u2019un abus de langage.Notre Premier sous-ministre disait la vérité.Ces scénarios 3 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 ne sont pas de la politique fiction.Ils sont prêts.Au lendemain du référendum volé, Ottawa a clairement entrepris de déstabiliser les finances publiques du Québec.Et cela se poursuit de plus belle avec un faucon qui agira avec une détermination plus grande encore que celle de Chrétien pour briser le Québec, pour casser sa capacité de cohésion nationale.Les propos de Charest n\u2019avaient que la maladresse d\u2019être trop explicites.Il ne les a pas tant retirés d\u2019ailleurs, qu\u2019il n\u2019a cherché à engluer ce qui ressortait d\u2019évidence : son consentement, pour ne pas dire sa complicité active.Ce gouvernement de la petitesse n\u2019en finit plus de brader l\u2019intérêt national pour mieux garder le Québec en laisse.Qu\u2019a-t-il cédé en retour des faveurs du maître du jeu ?C\u2019est Ottawa qui, désormais, fixe les paramètres de la politique québécoise.Les trois grands partis en lice sont totalement à la remorque des choix et du cadre financier qu\u2019imposera au Québec le gouvernement conservateur.Plus que jamais, gérer la province signifiera s\u2019accommoder de ce que le Canada lui laisse.Ce consentement à la dépendance se drapera dans les satisfecit à propos du déséquilibre fiscal.On les entend déjà ces inconditionnels du Canada se réjouir de la générosité dont Harper fera preuve à l\u2019égard de la province avec notre argent.On les devine les exclamations sur les perspectives nouvelles qui s\u2019ouvrent, on les sait d\u2019avance les nuances que les beaux-esprits vont nous faire à nous présenter tout ça comme un début de commencement, comme une preuve que cela va finir par s\u2019améliorer et qu\u2019il vaut la peine de continuer de quémander.En se présentant devant l\u2019électorat avec un programme de bon gouvernement le Parti québécois s\u2019est totalement laissé ficeler.En quoi se démarquera-t-il de Charest ?Par des choix différents dans l\u2019allocation de ce qu\u2019Ottawa nous autorise à faire de nos impôts ?Pour mieux aménager notre dépen- 4 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 dance ?Pour tenter en vain de limiter les dégâts, à coup sûr - et c\u2019est louable - mais ce n\u2019est pas là prendre l\u2019offensive.Bourgault disait qu\u2019il faut viser le pouvoir, non pas pour faire mieux mais pour faire autre chose.C\u2019est une campagne dont on aura évacué le sens du réel.Les partis provinciaux sont captifs du simulacre et ne débattront que pour faire semblant, en attendant que, la dernière semaine venue, l\u2019ordre du possible soit déterminé.Ailleurs et par d\u2019autres.Dans ce contexte, il n\u2019est guère étonnant de constater la perplexité de l\u2019électorat dont les sondages font état.Au moment d\u2019écrire ces lignes - début mars - les choix semblent encore bien volatiles.On pourrait s\u2019épancher longtemps sur les statistiques électorales et les scénarios des sondeurs.La chose essentielle pourtant, c\u2019est que cette campagne électorale se déroule dans atmosphère de fin d\u2019époque.Toute notre classe politique s\u2019y révèle en porte-à-faux, incapable de se tenir à la hauteur des exigences historiques.Le seul résultat certain, c\u2019est que le Québec va en sortir affaibli plus que jamais.Non pas tant divisé contre lui-même qu\u2019instrumentalisé au service de la politique des autres.La minorisation et son cortège de médiocrité sont en marche.Cette campagne électorale se déroule sur l\u2019acceptation béate du fait que le Québec tout entier reconnaît choisir son gouvernement en renonçant par avance à définir les finalités, en consentant à inscrire ses priorités dans l\u2019ordre des moyens qu\u2019on lui dicte.Toute sa classe politique accepte de composer avec un cadre et des paramètres idéologiques que le Québec ne contrôle plus.Y compris le PQ.On ne pouvait en trouver plus triste illustration, cette campagne montre bien que le mouvement d\u2019émancipation nationale a perdu l\u2019initiative historique.Ployant sous une guerre de propa- 5 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 gande et des manœuvres d\u2019étranglement financier, la nation ne débat plus pour elle-même et sur son avenir, elle est enfi-rouâpée dans la rhétorique alors que le centre de gravité de sa politique ne se trouve plus à l\u2019Assemblée nationale.La nation ne se représente plus elle-même dans la maîtrise du terrain de sa lutte.Cela illustre de façon cruelle jusqu\u2019à quel point le PQ a gaspillé son temps de réflexion.Ses déboires électoraux ne sont qu\u2019une conséquence d\u2019une conduite erratique eu égard à son option et à l\u2019ensemble des tâches qu\u2019il aurait dû faire pour la garder au centre de la définition de la situation.Il a été incapable de tenir une critique du régime dans les catégories de son option, se perdant dans la plomberie du déséquilibre fiscal, de la péréquation, etc.En politique le manque de discipline intellectuelle se paie cher.À l\u2019évidence, ce parti s\u2019est présenté dans cette bataille dans un état d\u2019impréparation idéologique que ses habitudes et sa culture velléitaires ont aggravé.Il n\u2019a pas su profiter de son passage dans l\u2019opposition pour repenser globalement son approche dans la nouvelle conjoncture.Il s\u2019est contenté d\u2019un étapisme revampé, manière encore de ne pas nommer le véritable rapport d\u2019adversité et de s\u2019imaginer pouvoir voguer vers un autre référendum sans qu\u2019Ottawa n\u2019intervienne pour le déstabiliser.Refusant de poser le conflit des légitimités, il est resté englué dans une approche bonne-ententiste qui l\u2019empêche de poser clairement les rapports de force et, du coup, de mobiliser en faisant appel au dépassement et en pointant des enjeux concrets de politique nationale.Il est resté prisonnier de la gestion provinciale et n\u2019a pu tenir d\u2019autre discours que celui du bricolage des moyens au lieu d\u2019en appeler à ce que l\u2019intérêt national requiert.L\u2019idéal qu\u2019il brandit, les aspirations à l\u2019indépendance qu\u2019il cherche à incarner ne sont pas en phase avec le contexte électoral parce qu\u2019il a fait des choix qui don- 6 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 nent trop de prise à la définition de la situation qu\u2019Ottawa impose et qui sont très bien relayés par des phalanges d\u2019inconditionnels qui peuvent compter sur l\u2019effarante indigence du commentaire médiatique.La donne est désormais simple, même si elle n\u2019est pas réjouissante : les indépendantistes doivent choisir la voie qui leur apparaîtra fournir le plus de possibilités de reprendre l\u2019initiative historique.En acceptant de manigancer avec Harper et en jouant de la menace pour mieux souscrire à la politique de la rétorsion, le Parti libéral a franchi un seuil au-delà duquel sa loyauté au Québec est à jamais entachée.C\u2019est le parti de la servilité.Il ne faut pas qu\u2019il revienne au pouvoir.L\u2019Action démocratique, pour sa part, ne préfigure que la politique dans un espace folklorisé.Mario Dumont est un politicien retors qui n\u2019hésite devant aucune manœuvre clientéliste et son parti ne coalisera que l\u2019insatisfaction, le désarroi et l\u2019impuissance.Il ne faut pas sous-estimer la part de l\u2019électorat qui loge à cette enseigne.Un peuple ne régresse pas dans l\u2019élégance et l\u2019exaltation : il se replie dans ses doutes, se console dans les fanfaronnades et ratatine dans la confusion et une médiocrité que l\u2019ADQ nous sert avec la fausse assurance des peureux qui sifflent dans les cimetières.Quant à Québec solidaire, même s\u2019il sert quelques idées généreuses, il ne s\u2019est guère affranchi de ce qu\u2019il reproche au PQ et ne propose comme démarche de sortie du Canada qu\u2019une longue promenade sur les boulevards de la parlote.Le programme de ce parti reste en phase avec la politique velléitaire qui a contaminé le combat national.Il nous renvoie encore aux palabres, se berçant lui aussi des mirages étapistes voulant que la politique d\u2019émancipation 7 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 se conduise à coups d\u2019argumentaires pimentés des récentes modes pédagogiques.Ni le PQ, ni Québec solidaire n\u2019ont abordé cette campagne en proposant une politique nationale comme alternative à la gestion provinciale.Tous deux s\u2019imaginent faire combat en négligeant le fait fondamental qu\u2019en politique, le meilleur argument, c\u2019est l\u2019intérêt, c\u2019est lui seul qui mobilise vraiment.Et notre intérêt, il est national et ne se peut définir que dans l\u2019espace de la rupture.Les problèmes qui déboulent maintenant ne se règleront pas avec les solutions bricolées auxquelles Ottawa nous condamne, même au lendemain d\u2019un budget « généreux ».Plus le temps passe et plus les redressements seront difficiles et coûteux, la politique fédérale désarticulant nos structures sociales et économiques en dépouillant le Québec de ses leviers et en sapant ses capacités stratégiques (les ports, les aéroports, les centres de recherche, les infrastructures industrielles, etc.).Il aurait fallu faire campagne sur ce qu\u2019il faut amorcer maintenant pour préserver l\u2019avenir, pas pour respecter les consignes Canadian.On nous refait le coup des civières.En composant, sous couvert de pragmatisme, avec le cadre fixé par Stephen Harper, les souverainistes se sont condamnés à gigoter dans l\u2019incantatoire et à s\u2019agiter dans le virtuel, dans la promesse d\u2019un programme national qui ne saurait être défini qu\u2019au lendemain d\u2019un éventuel référendum.D\u2019où l\u2019étrange climat d\u2019irréel qui marque cette campagne.D\u2019où également l\u2019immense frustration qu\u2019elle engendre dans tout l\u2019électorat et chez les indépendantistes en particulier.Il y a un risque réel que le parti des abstentionnistes choisisse encore le gouvernement, comme cela s\u2019est passé en 2003.Il faut rappeler que la politique du pire ne servira pas notre intérêt national.En dépit de toutes ces vicissitudes et 8 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 du risque véritable qu\u2019il ne soit qu\u2019un parti en sursis, le PQ apparaît dans les circonstances comme le moins mauvais choix à faire pour éviter de se laisser totalement enfermer dans la politique minoritaire.Il apparaît encore comme le véhicule qui offre, à court terme, le plus de chances de reprendre l\u2019initiative historique.C\u2019est encore avec lui, presque malgré lui, qu\u2019il demeure encore possible d\u2019organiser une riposte véritable, pour autant qu\u2019il soit possible de l\u2019arracher à la mollesse idéologique et à l\u2019étapisme auquel il se cramponne.Ce n\u2019est pas assuré, loin de là.Mais on peut toujours miser sur la réaction que déclencherait à Ottawa son élection, une réaction qui lui couperait court les candides illusions d\u2019un long chemin tranquille vers un autre référendum et qui ouvrirait un espace politique pour le combat indépendantiste.Souhaitons que la frousse qu\u2019il éprouve en ce début de campagne lui soit salutaire, peu importe la suite des choses.Les Québécois ne prennent pas encore la mesure de ce qui s\u2019annonce quant à leur destin dans le Canada.L\u2019ampleur des problèmes qui confrontent notre société conjuguée à la vigueur de l\u2019offensive que nous prépare Ottawa ne nous laissera pas des décennies pour réagir en temps utile.La présente campagne ne parviendra pas, de toute évidence, à faire comprendre et évaluer la nature des urgences.Il faut donc voter en pensant à la prochaine fois.Dans la claire conscience que le temps nous est compté.? Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FONDACTION POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014«\u2014 abonnez-vous ¦page ^ xgTT On n\u2019est jamais trop curieux * ARTICLES \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 12 Pierre Vadeboncoeur DU PAREIL AU MÊME, OU PRESQUE Bush, en cinq ans, n\u2019a pas prononcé le mot « pétrolières » une seule fois.Mais remarquez surtout que les démocrates s\u2019en gardent tout autant.De quoi ce silence à peu près jamais souligné par les médias est-il le signe ?La Réaction repose en grande partie sur un phénomène sociologique dont je veux essayer de préciser la nature.C\u2019est une loi, c\u2019est une constante.Elle se caractérise par l\u2019habitude à peu près générale de gommer les réalités politiques trop crues et d\u2019en présenter de moins compromettantes à leur place.Les secondes voilent les premières et les soustraient à l\u2019attention, donc à la critique.Cela altère gravement la compréhension des faits et pave continuellement la voie à la réaction.Ainsi, les démocrates ne parlent pas sans équivoque de retirer les troupes d\u2019Irak et de mettre fin à la guerre.Ils ont à ce sujet un langage alambiqué et contradictoire.Ils ne savent pas quoi dire.Ils se contredisent en effet.Ils contestent la politique de Bush mais cherchent un soi-disant compromis dont le but véritable reste sans doute de maintenir, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, l\u2019emprise de l\u2019impérialisme américain au Moyen-Orient et en particulier en Irak.Je monte ce cas en épingle, mais je cherche surtout à en décrire abstraitement le mécanisme afin de le mieux com- 13 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 prendre.Celui-ci consiste à occulter certains problèmes aigus en les taisant ou plutôt en concentrant l\u2019attention sur d\u2019autres aspects des choses plus relatifs et moins litigieux.Cela s\u2019appelle noyer le poisson.Ces roublardises politiciennes s\u2019étendent, par mimétisme ou par intérêt, au journalisme, à la critique politique, qui en reproduisent pour leur compte le modèle.Il s\u2019agit de mettre devant la réalité vraie une réalité substituée correspondant à une représentation atténuée des choses.On masque les questions cruciales.On s\u2019en tient à des idées moyennes, voire, consciemment ou non, au discours officiel, paraphrasé, qu\u2019il soit républicain ou démocrate peu importe, bonne façon d\u2019éluder le fond des choses.La culture politique américaine dilue de tels débats et ramène sans cesse tout extrême au centre qui est à droite.On commente une politique quelconque pour n\u2019avoir pas à prendre de front celle qui fait problème.C\u2019est une bonne technique.Elle est quasi machinale et commune, de sorte qu\u2019on ne la remarque plus.De cette manière, on a recours à une certaine contestation limitée comme rempart contre une contestation plus importante.On occupe ainsi la place.On protège les pétrolières en discutant la guerre à un niveau où l\u2019on évite de poser à fond la question de la guerre de même que celle des pétrolières.Il n\u2019y aura donc pas à s\u2019étonner que les démocrates remplacent les républicains tout en protégeant eux aussi les intérêts défendus par les républicains.C\u2019est évidemment un système.Mais ce système est passé dans les mœurs, de sorte que ce n\u2019est plus un système mais une habitude. 14 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 La Réaction peut grâce à cela passer inaperçue.Elle se fond dans le décor.La politique américaine peut en grande partie se glisser ainsi derrière ces apparences.Le rapport Baker m\u2019apparaît comme un appel du pied aux démocrates pour qu\u2019ils viennent à leur tour jouer la comédie, mais sans en avoir l\u2019air.Les démocrates, jusqu\u2019à un certain point, sortiront la politique des mensonges de Bush, sauf du mensonge par excellence, le mensonge impérialiste, qu\u2019ils partagent équitablement avec les républicains.Les observateurs ne font pas dans le pamphlet.Ils ne veulent pas trop voir.Ils ne font pas trop d\u2019hypothèses.Aussi ne disent-ils généralement pas un mot du fond des choses : des pétrolières, de la domination sur les peuples, du vol à main armée des sources d\u2019énergie, et ainsi de suite.L\u2019édulcoration est un moyen de gouvernement.Une foule de médias participent de cette manière au gouvernement.Le capital trouve en ce moment son profit à s\u2019exprimer géopolitiquement par un semblant de volonté de réforme, en prenant le parti démocrate comme véhicule pour la sauvegarde des intérêts du capital.L\u2019essentiel n\u2019en sera pas changé mais soutenu au contraire.Ces médias n\u2019en demandent pas plus et ils entrent dans le jeu, reproduisant par l\u2019imprimé le schéma général de cette mystification tranquille, déjà admise d\u2019emblée par la démocratie américaine.La politique dans ce pays est ainsi constituée qu\u2019elle est vouée d\u2019avance au service des forces du 15 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 capital et ne donne par conséquent guère lieu dans son sein à l\u2019existence d\u2019une opposition de principe.Les Etats-Unis de demain ne seront pas foncièrement différents des Etats-Unis de 2003.En politique internationale, rien d\u2019essentiel ne changera, sinon des approches, des manières, un langage, plus d\u2019habileté, plus de détours, plus d\u2019efficacité aussi, mais dans le même but qu\u2019auparavant.La perfidie capitaliste se sera raffinée, mais pour survivre.Avec les démocrates, elle va pour le moment dans le sens du courant, par exemple avec les déclarations d\u2019une Hillary Clinton, rhétorique passagère et électoraliste d\u2019ailleurs accompagnée par d\u2019autres encore plus confuses de différents éléments du même parti.?Le 20 février 2007 16 Jean-Marc Léger* ABOLIR ENFIN LES «COMMISSIONS SCOLAIRES » (SCHOOL BOARDS) Le regretté Camille Laurin y avait déjà pensé quand il était ministre de l\u2019Éducation mais le premier ministre René Lévesque estima que c\u2019était inopportun ou prématuré.Depuis lors, aucun gouvernement n\u2019a eu le courage de supprimer cette institution aussi vétuste qu\u2019inutile, de surcroît nuisible et coûteuse.Remarquons dès le départ que l\u2019organisme responsable du fonctionnement des écoles primaires et secondaires du secteur public porte un nom qui est un parfait anglicisme, traduction littérale de l\u2019anglais, avec le « board » rendu par « commission », comme nous eûmes jadis la délicieuse « commission des liqueurs ».On sait d\u2019ailleurs que notre langue administrative, issue de l\u2019anglais pour une large part, fourmille d\u2019anglicismes, comme « honorable », « sous-ministre », jadis « l\u2019Orateur », pour président de l\u2019Assemblée, etc.En vérité, le Canada n\u2019est pas un « pays bilingue » mais un pays de langue anglaise où l\u2019on tente de traduire en français le vocabulaire politique et administratif emprunté au Royaume-Uni, mais en collant le plus possible à la langue anglaise, traduction littérale conçue par des fonctionnaires et des organismes étrangers au génie de la langue française.* Membre émérite de la Ligue d'action nationale 17 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 Pour des raisons d\u2019ordre culturel, politique et linguistique fondamentales (respect de sa langue, respect de soi-même) mais aussi pour des raisons d\u2019ordre administratif et d\u2019ordre financier, il faut que le gouvernement supprime enfin les fameuses « commissions scolaires », dont l\u2019existence constitue un obstacle à la qualité et à la saine gestion du système scolaire.Il ne s\u2019agit pas de mettre en cause les individus, que ce soit les « commissaires » eux-mêmes ou le personnel administratif et technique, dont on ne saurait contester l\u2019engagement et le dévouement.C\u2019est le système qu\u2019il faut changer radicalement.Comme dans tous les pays modernes d\u2019Occident, le fonctionnement et la gestion du système d\u2019enseignement public (primaire et secondaire, y compris chez nous le « collégial », qui fait partie en réalité du niveau secondaire) doivent incomber désormais à la commune, ou à la « municipalité » comme on dit chez nous.Les communes sont en effet parfaitement équipées pour assumer le rôle actuel des « commissions scolaires », en termes de personnel et de moyens techniques et elles pourraient d\u2019ailleurs absorber une partie des effectifs des C.S., les autres pouvant être repris par la fonction publique québecoise ou recevoir une prime de départ substantielle.Il y aurait désormais, dans chaque municipalité ou dans chaque région, selon le cas, une « direction locale de l\u2019enseignement public » (DLEP) ou une « direction régionale de l\u2019enseignement public » (DREP), oeuvrant en liaison étroite avec les antennes locales et régionales du ministère de l\u2019Éducation.Il reste à espérer que le gouvernement du Québec saura faire oeuvre de salubrité publique en ce domaine, avec le double souci d\u2019une gestion efficace du système de l\u2019enseignement public et de l\u2019usage scrupuleux des deniers publics.? Gilles Châtillon* DIX QUESTIONS-CLÉS POUR OUVRIR LES PORTES DE LA CHINE La Chine obscurcit, mais il y a clarté à trouver ; cherchez-la.Blaise Pascal, Les Pensées La Chine s\u2019éveille et le monde tremble d\u2019autant plus qu\u2019il ne la connaît pas.On peut affirmer que deux puissants moteurs propulsent l\u2019empire du Milieu dans une forte croissance sans commune mesure depuis près de trente ans.En premier lieu, signalons des bénéfices macro-économiques contraires à la raison, comme les impacts de la sous-estimation de leur monnaie sur les exportations, l\u2019emprunt sans vergogne de la propriété intellectuelle étrangère, l\u2019exploitation abusive de l\u2019environnement et l\u2019emploi d\u2019une main-d\u2019œuvre nombreuse, sous-payée et souvent sans droit.* Professeur, écrivain, conseiller auprès de gouvernements et de chefs d\u2019entreprises et carnetier sur le Web, l'auteur est né à Montréal.Diplômé en philosophie, en pédagogie et en administration (MBA), il a principalement œuvré dans le secteur public, le mouvement coopératif et le monde des affaires.Pour le joindre : gilles@l-chatillon.com Site internet : www.gilleschatillon.com 19 Ensuite, soulignons un deuxième avantage concurrentiel, - politique, celui-là - : la mainmise complète, habile et autoritaire du Parti communiste sur l\u2019information, les libertés individuelles et collectives, les institutions, les choix économiques et toutes les figures de la vie sociale.Et pourtant, le questionnement demeure entier quand on veut expliquer l\u2019étonnant essor de la Chine.En effet, considérons plus à fond : l\u2019énorme potentiel démographique, la logique de rattrapage et de dépassement de l\u2019Occident, le grand désenchantement maoïste, les considérables investissements de capitaux étrangers, le boulimique désir d\u2019enrichissement personnel, les terrains d\u2019expérimentation de Hong Kong et de Taïwan, ainsi que les relais que lui apporte son immense diaspora.Certes, on ne peut parler de la Chine sans évoquer les problèmes des inégalités et de pauvreté, de prostitution, de corruption et d\u2019atteinte aux droits humains et aux libertés individuelles et collectives.Le meilleur des deux mondes : un socialisme de marché La Chine, jadis l\u2019un des pays les plus pauvres de la planète, connaît depuis près de 30 ans une croissance économique fulgurante - de l\u2019ordre de 9 % à 10 % depuis dix ans.Jamais un pays ne s\u2019est autant appuyé sur le reste du monde en purgeant nos capitaux, en siphonnant nos matières premières, en copiant nos technologies, en envahissant nos marchés et en « volant nos emplois », selon l\u2019expression du président mexicain Vicente Fox.Depuis le slogan « Enrichissez-vous » lancé en 1978 par le président Deng Xiaoping, le processus de modernisation, les politiques de réforme économique et d\u2019ouverture de la 20 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 Chine se poursuivent.Cette croissance rapide repose sur le concept d\u2019une « économie socialisme de marché ».On a l\u2019impression, nous Occidentaux, que la Chine tire le maximum de sa situation historique d\u2019État communiste totalitaire, en même temps qu\u2019elle applique les pratiques les plus efficaces du capitalisme contemporain.Le meilleur des deux mondes, quoi ! Combien de temps va encore durer ce manège stimulant pour les uns et éprouvant pour d\u2019autres ?Encore habité par les images et les observations d\u2019un tout récent voyage en Chine, je propose ici un regard plus serré pour mieux comprendre la nature, les pourquoi et les comment du prochain grand choc que la Chine fera subir à l\u2019humanité - et au Québec - au cours des prochaines décennies.Voici dix questions-clés à l\u2019adresse des dirigeants politiques ou des gens d\u2019affaires, des consommateurs ou des touristes, des étudiants ou des consultants, qui veulent mieux comprendre la Chine d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.Première question Faut-il avoir peur des avancées économiques du géant asiatique ?La Chine a achevé l\u2019année 2006 avec une croissance annuelle record de 10,7 %, sa meilleure performance en onze ans.Le dragon chinois devrait devenir la troisième économie mondiale dès 2008, derrière les États-Unis et le Japon.L\u2019empire du Milieu va-t-il submerger l\u2019Occident où l\u2019on constate la stagnation des salaires et les suppressions d\u2019emplois en raison de délocalisations vers la Chine ?L\u2019invasion de produits chinois inquiète.Les importations à bon marché détruisent certains emplois, mais elles améliorent la qualité de vie des autres.Comme toute division internationale du travail, elles 21 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 contraignent nos entreprises à devenir plus innovatrices.Où en serons-nous le jour où les Chinois deviendront aussi innovateurs que nous ?Comme le Japon l\u2019a été après nous avoir copié et vendu des produits bas de gamme, le pays du soleil levant est devenu le champion de la qualité et de la productivité.Deuxième question De quoi rêvent les nouveaux riches chinois ?« De prendre leur voiture pour partir à l\u2019aventure sur les routes du pays en tâchant d\u2019éviter les réalités trop désagréables.» Extrait d\u2019une enquête intitulée « Avec les nouveaux fous du volant - La Chine en cinquième vitesse », réalisée par Ted Conover du The New York Times et parue dans le Courrier international du 18 janvier 2007.Le changement de politiques économiques - pour ne pas dire de régime - est maintenant appuyé par des générations plus soucieuses de prospérité, d\u2019argent, que d\u2019idéologie.Environ 300 millions de citoyens des villes côtières profitent de la Chine nouvelle.En quinze ans, près de 150 millions de personnes sont sorties de l\u2019extrême pauvreté.Toutefois, depuis 2000, les 10 % de Chinois les moins riches ont vu leur revenu décroître de 2,5 %.Troisième question Et le milliard de paysans et de migrants laissés pour compte ?Parce que l\u2019essentiel des incitations économiques a porté sur le déploiement du secteur de la fabrication à travers notamment l\u2019ouverture au commerce et aux investissements étrangers - la Chine, atelier du monde oblige -, les campagnes sont depuis 15 ans les grands laissés pour compte.Les paysans financent même les réformes destinées aux villes. 22 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 Cela s\u2019est traduit depuis 1997 par une régression du revenu agricole.Toutefois, l\u2019augmentation de 20 % du budget de l\u2019agriculture en 2004 témoigne d\u2019un rétablissement des priorités.La taxe agricole sera aussi démantelée sur cinq ans.Les paysans attendent beaucoup de la levée des contraintes administratives (droit sur le sol, disparition des impôts illégaux, droit de circulation des personnes et liberté des prix).Les migrants - une centaine de millions de paysans venus trouver du travail dans les villes - demeurent les plus pauvres du pays.Le système de sécurité sociale en Chine, déjà très fragile, a aujourd\u2019hui pratiquement disparu.Quatrième question Peut-on se fier aux Chinois ?On croirait qu\u2019ils « ne veulent pas perdre la face ».Auraient-ils une autre façon de penser et d\u2019agir ?« S\u2019il vous plaît, mentez moins » titrait la revue The Economist, en pleine épidémie du SRAS en avril 2003.Pour nous, la Chine ne peut se passer de mensonge.Notre logique cartésienne reste incompréhensible à un interlocuteur chinois « qui est à son gré taoïste devant ses bambous, confucéen en présence de son prince, ou bouddhiste au seuil de la mort » affirme le sinologue François Julien1.Les Chinois entretiennent un autre rapport que nous à la vérité.Leur discours se caractérise par « l\u2019obliquité » qui laisse entendre, qui évite de dire et qui oblige à lire entre les lignes.La pensée chinoise procède par « détour », à l\u2019inverse de notre démarche philosophique linéaire qui provient de Socrate.Le discours chinois devient une stratégie, considérée comme un processus.Tout fonctionne en termes de régulation et d\u2019harmonie, de flexibilité et de fluidité.Le cercle du Tao avec son yin et 1 Deux auteurs éloquents sur cette question de la pensée chinoise : André Chieng avec La pratique de la Chine, Grasset 2006 et surtout François Julien qui a écrit Le détour et l\u2019accès chez Grasset, 1995. 23 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 son yang l\u2019illustre très bien en expliquant toute transformation par l\u2019interaction continue de facteurs à la fois opposés et complémentaires.Comprendre la tendance est essentiel en Chine.L\u2019important, c\u2019est la relation, l\u2019évolution.Ainsi, l\u2019enseignement chinois prône l\u2019apprentissage avant la création, comme les entreprises copient nos produits avant d\u2019innover.En chinois, le même mot « xue » signifie à la fois copier et apprendre.* Cinquième question Avec la République populaire de Chine, est-il possible de séparer les intérêts économiques des affaires sociales, politiques et écologiques ?Selon l\u2019économiste de la Banque de Montréal, Sherry Cooper, il est « urgent et essentiel » que le Canada comprenne qu\u2019il ne peut pas, pour sa croissance, compter seulement sur l\u2019économie américaine et qu\u2019il doit s\u2019ouvrir davantage à la Chine.« Nous sommes horrifiés par le non-respect des droits de la personne, affirme-t-elle.Il s\u2019agit d\u2019un régime politique oppressif sans mentionner son piètre dossier en matière environnementale, ce qui nuit aux écosystèmes de toute la planète.Mais cela n\u2019est pas une raison pour manquer le bateau économique chinois.» On est loin ici de la position de la chancelière allemande Angela Merkel qui manifeste plus de fermeté dans le dossier des droits humains en Chine.Sixième question Quels seront les impacts des XXIXe Jeux olympiques d\u2019été qui se tiendront à Beijing en 2008 ?L\u2019invasion touristique apporte toujours une manne économique majeure.Ce moment fort d\u2019ouverture sur le monde 24 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 constituera un atout culturel considérable et un moment grandiose de fierté nationale.Le Parti communiste vit dans l\u2019espérance que ces Jeux deviennent une consécration et dans la crainte qu\u2019un incident ne les menace (révolte populaire, épidémie.).On se souvient qu\u2019en 1936 à Berlin, les JO consacrèrent l\u2019idéologie nazie et qu\u2019en 1988 à Séoul, ils inaugurèrent la démocratie en ouvrant la Corée du Sud au monde.Un autre événement marquant va encrer la Chine dans le monde : l\u2019exposition universelle, suivra à Shanghai en 2010.Voici deux événements symboliques majeurs et des rampes névralgiques de relance politique et économique.Septième question Comment s\u2019expriment les arts contemporains ?Quel avenir pour les différentes expressions culturelles chinoises ?L\u2019art contemporain chinois a connu en 2006 un grand bond à l\u2019avant.En cause, l\u2019émergence d\u2019une nouvelle classe de riches collectionneurs qui a fait grimper le prix des toiles de façon vertigineuse.Les arts visuels se démarquent mondialement dans l\u2019univers flamboyant et débridé du film d\u2019art martial, avec par exemple Zhang Yimou (La malédiction des fleurs dorées, après Héros).Ou encore Chen Kaige (Adieu ma concubine) qui a reçu le mandat de réaliser la cérémonie d\u2019ouverture des prochains Jeux olympiques.La Chine envoie cette année huit illustrateurs de BD au festival d\u2019Angoulê-me.La bande dessinée, longtemps vouée à la propagande, commence à s\u2019exporter.Avez-vous remarqué les lignes avant-gardistes des nombreuses et très hautes nouvelles tours à Shanghai et l\u2019architecture inédite de plusieurs habitations dans les grandes villes ?Et la mode alors à Shanghai ?Afin, profitant d\u2019un engouement croissant pour la langue chinoise, Beijing a créé 130 instituts Confucius dans 50 pays pour atteindre 30 millions d\u2019étudiants aujourd\u2019hui et.100 millions en 2010. 25 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 Huitième question La Chine proclame sa volonté de coexistence « harmonieuse » avec ses partenaires proches comme lointains.Faut-il tenir cette affirmation comme crédible ?Le dessein géopolitique de la Chine vise à assurer sa sécurité et son rayonnement régional.Au Tibet et au Xinjiang, la présence Han se renforce, vis-à-vis de Taïwan, les pressions sont fortes et continues, alors qu\u2019avec le Japon, les tensions sont récurrentes.Signe des temps, depuis 1990, la République populaire de Chine a augmenté son budget militaire de 10 % ou plus par année et elle compte aujourd\u2019hui l\u2019armée la plus nombreuse au monde.L\u2019accroissement exponentiel de la puissance militaire chinoise en inquiète plusieurs.En janvier 2007, la Chine rejoint les États-Unis et la Russie en réussissant son premier lancement de missiles antisatellite.Faut-il rester prudent quand l\u2019actuel président Hu Jintao assure « la montée en puissance pacifique » de la Chine ?Neuvième question L\u2019émergence d\u2019une classe moyenne en Chine serait-elle le prélude à la démocratie ?En termes économiques, la classe moyenne se caractérise par un niveau plus élevé de consommation et elle constitue de loin le principal marché intérieur.Aristote affirmait qu\u2019une classe moyenne nombreuse et prospère pouvait servir de médiation entre les riches et les pauvres.Dans plusieurs pays du monde, les avancées de la classe moyenne ont entraîné des mouvements de démocratisation ; par exemple en Amérique latine, en Europe du Sud, ou sur le continent asiatique, en Corée du Sud et à Taïwan.En Chine, rien n\u2019indique que la situation actuelle changera tant que la croissance sera au rendez-vous et partagée par un plus 26 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 grand nombre, au-delà des nouveaux riches du Parti unique.La Chine doit renforcer son système social pour parvenir à une économie moins soutenue par les seules exportations, mais plus orientée vers la consommation, qui progresse lentement à vitesse constante.Dixième question La Chine s'éveille.Très bien! Alors où va la Chine ?Quel est son plan de match ?Quelle sera notre place dans cette joute ?Après la mort de Mao, le président Deng Xiaoping lance en 1978 une audacieuse politique d\u2019ouverture destinée à développer les « Quatre modernisations » : l\u2019agriculture, l\u2019industrie, la défense nationale, les sciences et technologies.La nouvelle Chine en est aujourd\u2019hui à cette quatrième étape que l\u2019on nomme ici « l\u2019économie de la connaissance ».Sur cette lancée, des prospectivistes prévoient que la Chine sera la deuxième puissance économique du monde en 2025.Pourrait-elle poursuivre son « Grand bond en avant » sans ouverture à la démocratie, qui a toujours été le vecteur principal de l\u2019émergence des civilisations ?Pour nous y retrouver, voici quatre scénarios possibles du futur de la Chine : de la révolution, au statu quo2.Premier scénario Une révolution de plus après le renversement de l\u2019empire en 1911 et celui de la République en 1949.La Chine compte plus de soixante-dix mille manifestations par année prestement mâtées par l\u2019armée ou par différents services d\u2019ordre.L\u2019actuel Parti communiste maîtrise les techniques 2 Résumé de L'année du coq - Chinois et rebelles de Guy Sorman, Éditions Fayard, 2006. 27 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 de répression, les Chinois redoutent les guerres civiles et la démocratie reste l\u2019option de quelques intellectuels tenus sous haute surveillance.Deuxième scénario La faillite de l\u2019hyper croissance actuelle en raison du manque d\u2019énergie, de matière première, d\u2019eau et de main-d\u2019œuvre qualifiée, ou à cause de la pollution ou de pandémies provoquées par la concentration des populations dans des villes sans hygiène.Troisième scénario Le Parti communiste réussirait une métamorphose en passant de la révolution au totalitarisme, du totalitarisme à l\u2019autoritarisme et de l\u2019autoritarisme à des étapes organisées vers une démocratie.Cette démocratisation réorienterait les choix économiques en quittant l\u2019obsession de la puissance nationale pour le bien-être des citoyens et elle remplacerait les technocrates actuels pour laisser plus de place aux paysans majoritaires.Quatrième scénario Le statu quo autoritaire - une dictature - qui maintiendrait le Parti communiste au pouvoir et accroîtrait l\u2019enrichissement de ses membres.Ce bon peuple du silence d\u2019un milliard trois cents millions d\u2019humains resterait la victime captive de la prodigieuse efficacité du Parti.Ces quatre scénarios vous semblent improbables ?Le cinquième qui pourrait s\u2019imposer n\u2019est pas encore écrit ! Qu\u2019en pensez-vous ? 28 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 La réponse semble évidente : tant que la Chine n\u2019appliquera pas les valeurs universelles que sont les droits individuels des personnes et les droits collectifs des citoyens, tant que l\u2019on ne mettra pas en place un système fondé sur la démocratie, la primauté de la loi et de l'État de droit et un gouvernement responsable, alors, l\u2019édification économique trouvera ses limites, et les savoirs et la culture s\u2019étioleront.Pour fonctionner efficacement, l\u2019économie de marché a besoin des règles de droit, de la liberté d'expression et de la cohésion sociale spécifiques aux démocraties.Sinon, la Chine continuera à courir les dangers des révoltes locales contre les abus de pouvoir, d\u2019un pays miné par les écarts sociaux grandissants et les frustrations d'un écosystème dégradé.Dans quelle direction la Chine va-t-elle évoluer et quelles en seront les conséquences pour l\u2019Amérique, c\u2019est-à-dire, pour nous ?Le défi pour nous est désormais de saisir les ressorts et les enjeux inédits de l\u2019expansion spectaculaire de la Chine L\u2019univers chinois, tout exotique et fascinant qu\u2019il soit, reste incontournable.L\u2019empire du Milieu est entré dans nos rêves, aussi dans nos cauchemars.La Chine ne laissera personne indifférent.Elle pousse à la réflexion ceux qui l\u2019observent changer, et à l\u2019action ceux qui la voient venir.? 29 Jean-François Cloutier ENTREVUE AVEC MARC CHEVRIER Professeur de science politique à l\u2019UQAM, Marc Chevrier est aussi essayiste.Début 2005, il faisait paraître aux éditions Boréal Le Temps de l\u2019homme fini (lire l\u2019article de Dave Anctil dans le numéro de février 2006 de L'Action nationale), recueil d\u2019essais traquant les particularités de l\u2019époque actuelle (triomphe de la science, du libéralisme démocratique, éclatement des valeurs, séparation radicale du beau et du vrai, etc.) à travers différents phénomènes tels que le défilé de la fierté gaie, l\u2019inauguration du complexe cinématographique Ex-Centris ou encore la Symphonie du millénaire.Précédemment, il publiait dans la revue Argument (vol.6, nos 1 et 2) De l\u2019extrême Byzance, article en forme de dialogue traitant de « l\u2019impuissance politique du Québec ».Très critiques, ses textes se démarquent par un style somptueux et un raffinement de pensée qui le placent, comme l\u2019écrivait Antoine Robitaille, parmi les meilleurs auteurs de sa génération.Récemment, il a accepté de rencontrer L\u2019Action nationale pour une entrevue.Jean-François Cloutier : Marc Chevrier, je voudrais d\u2019abord aborder les grands postulats qui sous-tendent Le Temps de l\u2019homme fini.Ce titre fait écho à la pensée de Valéry voulant que nous soyons entrés dans le temps du monde fini, c\u2019est-à-dire un monde où il y aurait eu « bornage définitif», un monde clos.N\u2019exagérons-nous pas, pourtant, quand nous parlons d\u2019une telle finitude ?N\u2019y a-t-il pas là une phrase simplement littéraire ?Pour l\u2019entrepreneur ou le financier, en effet, le monde n\u2019a aujourd\u2019hui rien de fini - c\u2019est plutôt le contraire - ; pour le scientifique également, les récentes découvertes, en génétique 30 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 notamment, semblent ouvrir des perspectives jusqu'à tout récemment impensables, de véritables « nouveaux continents ».Marc Chevrier : Je vois ce que vous voulez dire, mais je ne pense pas qu\u2019il soit exagéré de parler de monde fini ou encore d\u2019homme fini, dans la mesure où les nouvelles découvertes dont vous parlez, en génétique par exemple, se font dans le cadre très restrictif de la science, qui exclut au préalable toute idée d\u2019un « arrière-monde », où les lois découvertes par la raison cesseraient d\u2019agir ou pèseraient moins sur le cours des choses.De même, pour l\u2019entrepreneur qui va en Chine, il n\u2019y a pas de danger de rencontrer une altérité radicale, comme il pouvait encore y en avoir au temps des premiers explorateurs, où les cartes géographiques étaient encore pleines de trous.Où qu\u2019on aille, aujourd\u2019hui, on sait que c\u2019est toujours plus ou moins la même chose qu\u2019on va trouver : un espace balisé par la technique moderne.Ce qui ne veut pas dire, remarquez bien, qu\u2019on ne peut pas découvrir, à l\u2019intérieur de ces limites, des objets d\u2019investigation toujours renouvelés.Notre époque est marquée par le triomphe de la science, qui est aujourd\u2019hui l\u2019unique critère de vérité, et de l\u2019image, au sens large, qui accompagne le discours scientifique.Dans une telle époque, il n\u2019y a plus véritablement d\u2019autre monde possible.C\u2019est très différent du temps des Grecs, qui étaient habités par une cosmogonie forte et de plusieurs mondes.Il s\u2019ensuit que notre monde, bien que nous souffrions plus que jamais d\u2019isolement, est très anthropomorphique ; il n\u2019est plus vraiment possible d\u2019échapper à la présence humaine, d\u2019y trouver l\u2019 « absence », d\u2019en sortir.JFC : Avec ce triomphe de la science, vous constatez pour votre part la séparation marquée, aujourd\u2019hui, du vrai et du beau.MC : Oui.Cette séparation est maintenant complètement achevée.C\u2019est ce qui explique le discrédit actuel de la litté- 31 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 rature, qui est ramenée le plus souvent à un simple divertissement.La plupart des artistes contemporains eux-mêmes ne prétendent plus à aucune forme de vérité : ils n\u2019en ont que pour l\u2019authenticité.Entre l\u2019opinion et la vérité scientifique, il n\u2019y a plus place aujourd\u2019hui pour le vraisemblable, auquel carburait la littérature, d\u2019où la disparition d\u2019un critère comme le goût et la difficulté de la délibération et de l\u2019échange véritables : dès que la science n\u2019est plus là pour nous éclairer, on tombe dans le relativisme le plus absolu.Jamais, dans notre monde, subjectivité et objectivité n\u2019ont été si radicalement séparées.Depuis plusieurs années, nous nous sommes habitués à associer le savoir au pouvoir : tout discours invérifiable, « inutile », non positif, qui ne permet d\u2019agir sans encombres sur le réel, est irrecevable pour les gens sérieux.Concrètement, tout savoir qui ne prouve pas son efficacité est un demi-savoir sans valeur.JFC : L\u2019image dont vous avez parlé vous semble toute-puissante.Qu\u2019entendez-vous exactement par image ?MC : Cela va de pair avec la montée en force de la science depuis 1945.Par image, je ne veux pas dire seulement les images au sens strict, mais aussi les schémas, tout produit de l\u2019intellect, en fait.Or les images, par leur transparence, ne laissent aucune place au symbole, dont le propre est de ne pouvoir tenir lieu d\u2019une autre réalité.J\u2019ai été assez frappé par le livre de Daniel Boorstin, paru dans les années 60, qui a prédit exactement ce qui allait se passer dans nos sociétés étourdies par le virtuel.Regardez la jeunesse actuelle : elle est complètement « écranisée », avec ses téléphones portables, télévisions, ordinateurs.L\u2019homme contemporain tolère de moins en moins la médiation du symbole qui lui permettrait d\u2019atteindre quelque chose par la communion. 32 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 JFC : Encore là, n'exagérez-vous pas ?À L\u2019Action nationale, il s'en trouve pour qui le drapeau fleurdelisé est encore, semble-t-il, un symbole très fort, capable d'engendrer une vraie ferveur.MC : Certes, il est peut-être exagéré d\u2019affirmer qu\u2019il n\u2019y a plus aucun symbole.Il reste encore des résistances, encore que j\u2019aie senti plus de ferveur dans les défilés de la fierté gaie que dans ceux de la Saint-Jean-Baptiste - surtout chez les non-gais.Je constate pour ma part une renaissance des symboles dans l\u2019engouement de la jeunesse pour un certain Moyen Âge héraldique.Il faut voir des adolescents jouer au mont Royal à Donjons & Dragons grandeur nature pour s\u2019en convaincre : on en voit avec des épées luxueuses, des capes, des armures, des costumes complets, épousant des coutumes et des valeurs d\u2019un tout autre temps, comme l\u2019amour courtois, les serments : d\u2019où peut donc venir cet engouement, surgi de nulle part ?Ce n\u2019est sûrement pas l\u2019école qui l\u2019a suscité.On voit cela aussi dans la littérature populaire anglo-saxonne qui prise encore les symboles et les codes d\u2019un certain Moyen Âge, au contraire de la littérature française qui exalte plutôt la modernité.Par ailleurs, si la modernité mène la vie dure aux symboles, pour ce qui est de la seule ferveur, Baudelaire avait déjà prédit qu\u2019elle survivrait à la foi en la science, et notre époque n\u2019en est pas exempte, comme on le voit tous les jours dans des émissions comme Star Académie et Loft Story par exemple.JFC : Dans votre livre, vous n'êtes pas tendre à l'endroit du libéralisme démocratique, qui aurait engendré un monde où nous serions « esclaves » de notre liberté et, curieusement, moins indépendants qu'auparavant.MC : Entendons-nous, je suis conscient des conquêtes inestimables que le libéralisme nous a permis de faire.Il ne s'agit pas d'être ingrat ; cependant, il faut le reconnaître, le libéralisme démocratique, tel qu'il est aujourd'hui, est un projet conçu pour les dieux.La prodigieuse liberté qu'il nous laisse, 33 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 comme individus, déliés de toute contrainte, est effrayante et elle a paradoxalement pour conséquence de nous rendre conformistes, car nous ne pouvons faire autrement que de chercher à la restreindre en nous pliant à un certain nombre de règles convenues.Les sondages, qui ne sont rien d\u2019autre qu\u2019une collection d\u2019opinions informes de gens isolés, en viennent à forger une toute-puissante opinion publique, à laquelle politiciens et citoyens de toutes tendances se sentent obligés de se rallier, en l\u2019absence d\u2019un meilleur critère de jugement, et ainsi une vraie opinion publique est-elle souvent à la remorque des sondages.Les médias n\u2019offrent plus guère d\u2019autres sources de jugement ; à travers les chaînes d\u2019information continue, ils ne diffusent qu\u2019une information neutre et sans relief, qui se veut néanmoins toujours plus photographique de la réalité vécue.Dans ce contexte, certaines images acquièrent une puissance énorme, capable d\u2019influencer par effet mimétique des masses considérables ; les individus, perdus dans l\u2019abîme de leur isolement, sont trop faibles pour se soustraire à la puissance captatrice des images.Et aujourd\u2019hui, à peu près tout le monde communie à cet évangile du prétendu « libre choix ».La droite néolibérale et la gauche radicale se rejoignent dans une certaine idée du sujet qui repose sur un individualisme radical : pour les uns, il s\u2019agit de donner l\u2019entière liberté sur le plan économique ; pour les autres, c\u2019est sur le plan moral, au nom de l\u2019égalité de tous, qu\u2019on ne saurait plus collectivement exercer la moindre pression.En fait, il n\u2019y a étonnamment que les conservateurs pour affirmer réellement autre chose, eux qui défendent la force de la tradition et qui tiennent à une hiérarchie sur le plan des valeurs.Ce sont eux qui ont formulé la critique la plus étendue du monde tel qu\u2019il est aujourd\u2019hui, bien que beaucoup épousent en fait les mantras du libéralisme économique. 34 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 JFC : À ce propos, vous êtes particulièrement critique des effets que le libéralisme total a eus dans l'éducation.MC : Oui, l\u2019école est aujourd\u2019hui le lieu de rencontre des principaux problèmes de notre société.Une conception rousseauiste et très libérale de l\u2019éducation y prévaut, selon laquelle l\u2019élève est d\u2019ores et déjà maître de lui-même et le professeur n\u2019est là que pour le guider.L\u2019élève est placé, comme on dit, « au cœur du système ».Au Québec, cela est particulièrement vrai, parce qu\u2019il n\u2019existait pas de tradition scolaire antérieure forte pour s\u2019opposer - ou à tout le moins le tempérer - au mouvement né dans les années 1960, qui s\u2019est sensiblement accentué depuis et singulièrement avec la nouvelle réforme scolaire.Dans cette conception, le savoir du maître est haï, parce qu\u2019il institue une distance intolérable entre le « s\u2019éduquant » et ce dernier, distance qui risque d\u2019humilier l\u2019élève, et on en vient à vouloir former, au lieu de véritables maîtres, essentiellement des techniciens qui appliquent le programme et qui n\u2019ont pas de connaissances spécifiques dans telle ou telle matière.Depuis la réforme Chagnon, il n\u2019est pratiquement plus possible pour un diplômé de maîtrise en histoire, en physique ou en littérature d\u2019enseigner au secondaire ; s\u2019il veut le faire, il doit encore faire quatre ans de pédagogie ! N\u2019est-ce pas aberrant ?On s\u2019interdit avec une telle conception de transmettre quoi que ce soit et l\u2019école, ainsi, ne distille plus qu\u2019un vaste ennui.Le Parti québécois, d\u2019ailleurs, est pour beaucoup dans cette évolution.De mèche avec certains syndicats et les chantres à gogo de l\u2019école progressiste, il a formé ce que j\u2019appelle le complexe « pédagogo-ministériel ».S\u2019il pense qu\u2019il va créer des esprits libres de la sorte, susceptibles d\u2019embrasser la cause de la souveraineté, qu\u2019il se détrompe ! C\u2019est plutôt l\u2019autoroute du statu quo qu\u2019il construit ! C\u2019est assez étonnant que ce rousseauisme triomphe sous couvert d\u2019un socio-constructivisme lénifiant, alors qu\u2019aucune étude n\u2019a 35 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 prouvé l\u2019efficacité des méthodes et des concepts à la base de la réforme scolaire.Au contraire, il semble plutôt que ce soit la méthode traditionnelle - ou directe - qui donne les meilleurs résultats.Cela montre la force incontestée des postulats libéraux et égalitaristes dans notre vision du monde.JFC : Puisque vous parlez du Parti québécois, venons-en - vous savez que cette revue n\u2019y est pas indifférente -, à la question du Québec.C\u2019était l\u2019objet de votre long article dans Argument et dans L\u2019Homme fini, quoique vous n\u2019en traitiez pas spécifiquement, le Québec reste très présent.Je vous demanderais d\u2019abord quelles sont vos grandes impressions sur le Québec actuel.MC : Mon impression est qu\u2019en dépit des multiples progrès, il y a encore ici un complexe collectif qu\u2019on ne veut pas s\u2019avouer.Prenez les récentes éditions de la Fête nationale dont on parlait plus tôt : on y a tout fait pour que le collectif n\u2019apparaisse pas, parce que peut-être on aurait peur de ce qu\u2019on verrait, ou honte.On préfère nous montrer la nation sous forme de fragments, soit à travers ses minorités de tout genre ou encore sous la forme de ses agents neutres : Hydro-Québec, Loto-Québec, la SAQ, etc.La Saint-Jean, par ailleurs, est l\u2019une des rares institutions québécoises.Nous sommes une culture qui a rarement réussi, autrement, à se faire performative, c\u2019est-à-dire, à réaliser sa définition par un acte collectif réussi.JFC : Dans L\u2019Extrême Byzance, c\u2019est quelque chose que vous reprochez beaucoup au Québec, le fait de s\u2019être contenté d\u2019illusions, d\u2019avoir enjolivé son régime politique, notamment avec l\u2019idée du pacte fondateur égalitaire entre les deux nations, qui au fond n\u2019a jamais existé que dans l\u2019esprit des Canadiens français.Vous dénoncez ici un certain romantisme débonnaire.MC : Oui.À ce romantisme débonnaire qui se perpétue aujourd\u2019hui tant chez les fédéralistes que chez les souverainistes, sous un certain aspect, je préfère quant à moi la luci- 36 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 dité.Nous devons regarder la réalité en face : nous sommes un État provincial relativement pauvre.Nous recevons plusieurs milliards chaque année en péréquation.Je suis bien au fait des arguments des souverainistes : qu\u2019on ne recevrait peut-être pas notre juste part d\u2019investissement fédéral en recherche et développement et qu\u2019il y aurait un certain déséquilibre fiscal, mais il reste que le manque à gagner n\u2019approche pas l\u2019ampleur des sommes qu\u2019on espère récupérer par l\u2019accession à l\u2019indépendance.Or, depuis des années, on veut nous vendre la souveraineté comme un projet rentable, sans douleur, un projet de bénéfices économiques.C\u2019est à mon avis illusoire.Si je ne suis pas contre la souveraineté, je ne crois pas cependant qu\u2019elle puisse se faire sans sacrifices.Et puis, je partage la critique que Guy Laforest a faite de l\u2019angélisme indécrottable de nos élites politiques, qui restent aveugles aux risques d\u2019un référendum.En tant que nation faible, nous devrions être conscients des conséquences d\u2019un autre échec, qui l\u2019affaiblirait encore plus, et agir avec prudence.Pour le Canada anglais, chaque consultation est vue comme une révolte et après 80 (rapatriement de la Constitution) comme après 95 (Loi sur la clarté, commandites), nous y avons goûté.Également, nous nous berçons d\u2019illusions quant à une éventuelle reconnaissance d\u2019un Québec souverain.Les souverainistes ont accueilli le jugement de la Cour suprême sur le droit de se séparer quasiment dans la joie, alors qu\u2019il contient des subtilités potentiellement venimeuses, et ils sont convaincus que la France et les États-Unis seront rapidement de leur côté si le Oui l\u2019emporte.J\u2019ai plutôt tendance à partager les idées d\u2019Anne Legaré sur les dispositions des États-Unis, et je constate que la France est de moins en moins gaulliste, donc moins portée à embrasser la cause de l\u2019émancipation des petites nations.Le Canada actuel fait bien son affaire, en tant qu\u2019il est pour elle une porte d\u2019entrée dans le m onde anglophone. 37 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 JFC : L'appel républicain au sacrifice patriotique et à la lucidité est noble, mais sur le plancher des vaches, pensez-vous vraiment qu'il soit possible, aujourd'hui, de réaliser l'indépendance en claironnant des vérités aussi désagréables à entendre ?MC :Eh bien, si nous devons faire la souveraineté par des astuces et des enjolivements perpétuels, je ne crois pas que nous méritions d'être libres.Ce qui ne veut pas dire que dans l'arène politique, il ne faille pas recourir à la ruse.Par ailleurs, il faudrait bien que le PQ nous rappelle un jour pourquoi, aujourd'hui, nous nous devons d'être libres en tant que nation.La base de l'argumentaire souverainiste vient des années 60, tandis que le Québec était décrit comme peuple opprimé.Or les souverainistes ont cessé de tenir le langage de la décolonisation.Quelle est la nature de la domination aujourd'hui, qui justifie une telle action ?Le déséquilibre fiscal ?S'il n'y a pas de réelle domination, pourquoi faire l'indépendance ?Il faudrait bien que le Parti le précise.JFC : Vous semblez bien pessimiste.Dans votre article, vous parlez du triomphe actuel de ceux que vous appelez les canadianistes, pour bien les distinguer des fédéralistes.MC : Oui, les canadianistes sont ces Canadiens français, tels que Trudeau et Chrétien, qui ont fait acte d'allégeance inconditionnelle au Canada qui cherche davantage à se préserver qu'à épouser le principe fédéral.Ceux-là ont réussi un tant soit peu à faire avancer leurs idées, en parvenant par exemple à imposer un bilinguisme coast to coast dans les dix provinces égales.Ils ont eu et continuent d'avoir bien plus que leur part de pouvoir à Ottawa, par rapport à leur importance réelle, et on commence même, semble-t-il, à voir se réaliser leur rêve, avec des communautés réellement francophones, constituées de Québécois émigrés, qui prennent forme en Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique, à la faveur du boum économique.Quant aux fédéralistes québécois, 38 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 aux authentiques fédéralistes, c\u2019est-à-dire ceux qui croient à l\u2019équilibre des pouvoirs entre les deux États du Québec et du Canada, il faut bien reconnaître qu\u2019ils n\u2019ont pas été beaucoup plus chanceux que les souverainistes depuis 40 ans.D\u2019ailleurs, il faut remarquer que nos fédéralistes sont en général d\u2019une espèce assez curieuse : je ne suis pas loin d\u2019admettre que Trudeau n\u2019avait pas tort lorsqu\u2019il disait que tous les Québécois étaient plus ou moins des séparatistes latents.Tout se passe comme si le gouvernement fédéral était pour eux un gouvernement étranger, pour ne pas dire impérial, sous lequel il s\u2019agissait seulement de s\u2019abriter, parce qu\u2019il est source de prestige et de puissance, en s\u2019efforçant toutefois de partager le moins de choses possible avec lui, en allant seulement y chercher le plus gros « butin » possible.Or, le principe fédéral sous-entend normalement un dialogue et une réelle participation des instances étatiques au niveau fédéral.Remarquez, les Canadiens anglais ne sont guère mieux fédéralistes que les Québécois : là où ceux-ci insistent exclusivement sur la séparation des compétences législatives, ceux-là insistent totalement sur l\u2019interdépendance entre les deux paliers de gouvernement, jusqu\u2019à en oublier que ces deux-là sont distincts.JFC : Comment, dans ces circonstances, envisagez-vous l\u2019avenir du Québec et du Canada ?MC : Pas plus qu\u2019un autre, je n\u2019ai de boule de cristal et tout me semble encore possible.Je me bornerai à évoquer le scénario que je crains le plus, celui de la « petite séparation ».C\u2019est précisément ce qui se passe depuis 1995, c\u2019est la poursuite du « ni oui ni non » où le Québec continue de réclamer son dû au gouvernement fédéral, sans y prendre vraiment part.Dans ce scénario, les souverainistes envoient un fort contingent de députés à Ottawa, sans que rien ne se règle.Le Québec se replie alors dans un monde parallèle ayant de moins en moins rapport avec la réalité.Je ne vois 39 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 rien de plus pernicieux qu\u2019une telle situation de protestation plus ou moins résignée, qui se paie de la reconnaissance symbolique de la nation.Dans notre histoire de nation « pro-vincialisée », c\u2019est-à-dire assujettie à l\u2019imperium britannique, la quête de reconnaissance de notre spécificité a hélas pris le pas sur l\u2019affirmation de notre liberté collective.JFC : Dans son article, Dave Anctil aborde votre travail à partir du concept de génération.Vous-même consacrez quelques belles pages à la génération dont vous faites partie.Le moment où vous êtes né vous paraît-il quelque chose de crucial ?MC : Je dirais que c\u2019est quelque chose de marquant, mais pas de déterminant.En effet, il est certain que nous avons été marqués, nous de la dite « génération X », par un certain nombre de contraintes et d\u2019événements qui nous a conféré une vision du monde particulière.Nous sommes une génération tardive qui a longtemps souffert de précarité intellectuelle.Nous avons été littéralement écrasés par le discours boomer sur la Révolution tranquille.En outre, nous avions 20 ans lorsque le Mur de Berlin est tombé et que l\u2019URSS s\u2019est effondrée.Par conséquent, nous sommes sceptiques à l\u2019égard des grands systèmes collectifs et nous avons baigné dans une atmosphère de fin de l\u2019histoire.Nous savons que nous vivons dans un monde relativiste.Nous peinons à avancer pour la plupart d\u2019entre nous avec nos propres certitudes.Aussi, notre ambition est peut-être moins d\u2019affirmer quelque chose que de restaurer la dynamique dialectique de la société.Nous sommes des libéraux, mais nous avons des réserves.Nous sommes acquis à l\u2019idée d\u2019égalité, mais nous réclamons en même temps un minimum d\u2019autorité et nous nous opposons à une modernité radicale dépolitisante.C\u2019est là à mon sens une entreprise de rénovation que nous tentons, par opposition à une entreprise révolutionnaire ou à une renaissance.Par ailleurs, je le répète, le concept de génération n\u2019est pas absolument déterminant.Je partage 40 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 beaucoup d\u2019idées avec des boomers et je peux m\u2019opposer aux thèses de gens de mon âge.Je me sens très près, par exemple, de quelqu\u2019un comme Jacques Beauchemin.JFC : De ce point de vue, vous me permettrez de suggérer que votre position sur le Québec soit marquée par votre âge.Si on vous sent fondamentalement sympathique à la cause souverainiste prônée par les baby-boomers, vous êtes aussi très critique vis-à-vis d\u2019elle et vous êtes jaloux de votre indépendance.L\u2019engagement ne semble pas votre valeur cardinale, non plus que l\u2019enthousiasme contagieux votre plus grande qualité.MC : Eh bien.Disons que pour l\u2019instant je me borne à un travail d\u2019explicitation de la société, qui me paraît salutaire car je trouve que nous sommes engoncés dans de très mauvaises grilles de lecture, particulièrement en ce qui concerne la politique québécoise.Je nous trouve en outre bien provinciaux : il y aurait des parallèles frappants à établir entre notre situation et celle, par exemple, de l\u2019Écosse ou d\u2019autres nations annexées.Je m\u2019implique dans certaines causes, à un niveau local.J\u2019ai fondé, avec Éric Bédard et plusieurs autres intellectuels, le Collectif pour une éducation de qualité, qui a secoué la morne unanimité de façade qui se faisait sur la réforme scolaire au Québec.De toute façon, je ne cherche pas à faire école.Ma devise est : Pense par toi-même, plutôt que de chercher un gourou.? 41 François-Xavier Simard* Il y a 25 ans « PRESQUE UN PUTSCH, UN COUP DE FORCE » (P.E.TRUDEAU) Il y a 25 ans entrait en vigueur, le 17 avril 1982, une importante modification de la constitution du Canada, la Loi constitutionnelle de 1982, qui a donné naissance à la Charte canadienne des droits et libertés.Cette charte a été imposée par Trudeau au Québec avec l\u2019accord des neuf provinces anglophones.Trudeau a reconnu en 1986 « qu\u2019à cette dernière étape il fallait presque un putsch, un coup de force.» La Charte canadienne avait entre autres pour but de contrer la Charte québécoise de la langue française au sujet de la langue d\u2019enseignement.Michael Kirby, alors chargé du dossier constitutionnel, l\u2019a reconnu par la suite, comme l\u2019a écrit l\u2019ancien conseiller de Trudeau, André Burelle : « Michael Kirby ne s\u2019y trompait pas, la charte voulue par M.Trudeau visait bel et bien à neutraliser en priorité la loi 101.Les droits linguistiques s\u2019y trouvent en effet élevés au rang de droits fondamentaux des individus soustraits à la clause nonobstant, tandis que les autres droits de la personne, 1 In Clarkson, Stephen et McCall, Christina, Trudeau : l\u2019homme, l\u2019utopie, l\u2019histoire, Montréal, Boréal, 1990, p.257 et note p.407.* Auteur du livre Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau, Les Intouchables, 2006 42 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 même les plus fondamentaux, y sont assujettis à la clause dérogatoire.» André Burelle avoue qu\u2019à l\u2019époque, lui-même « en arrive en gros à la même conclusion que Kirby.»2 Mais Trudeau n\u2019a pas osé modifier la constitution canadienne sans l\u2019accord de l\u2019Ontario, ni assujettir cette province à l\u2019article 133 imposant au Québec l\u2019usage du français et de l\u2019anglais au parlement provincial et devant les tribunaux.Il l\u2019a avoué lors d\u2019une entrevue au Devoir le 18 juin 1983 : « On me dit: \"Mais pourquoi avez-vous imposé la clause sur l\u2019éducation au Québec, et pourquoi n\u2019avez-vous pas imposé l\u2019article 133 à l\u2019Ontario ?\" Pour une raison bien simple, c\u2019est que je serais allé à Londres sans alliés et j\u2019avais besoin au moins d\u2019une ou de deux provinces.» Le premier ministre du Québec, René Lévesque, a rappelé à Trudeau le point de vue du Québec dans une lettre rendue publique le 17 décembre 1982 : « Entente nocturne signée il y a un peu plus d\u2019un an3 entre les gouvernements anglophones du Canada et le vôtre, [.] le Canada Bill n\u2019en demeure pas moins foncièrement illégitime, et par conséquent absolument inacceptable aux yeux du Québec, de son gouvernement et j\u2019en suis convaincu, de l\u2019immense majorité des Québécois.Il sera donc impossible pour tout gouvernement digne de ce nom au Québec d\u2019accepter une telle réduction draconienne et unilatérale des pouvoirs de notre Assemblée nationale.»4 Environ deux semaines plus tard, l\u2019ancien directeur du Devoir, Claude Ryan, écrivait dans ce même journal à titre de député libéral à l\u2019Assemblée nationale du Québec : « Il aura 2\tBurelle, André, Pierre Elliott Trudeau: l\u2019intellectuel et le politique, Montréal, Fides, 2005, p.85 et note 132.3\t« La nuit des longs couteaux », le 5 novembre 1981.4\tLe Devoir, 18 décembre 1982. 43 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 fallu qu\u2019il ait à sa tête un premier ministre francophone issu du Québec pour que le gouvernement fédéral ose proposer, voire imposer contre la volonté formellement exprimée du Québec, la solution inacceptable que définit la Loi constitutionnelle de 1982.»5 Transformer le NON du Québec en OUI Malgré l\u2019opposition de l\u2019Assemblée nationale du Québec à son projet de modification de la constitution du Canada, Trudeau a tenté de transformer ce NON du Québec en OUI.L\u2019Assemblée nationale du Québec s\u2019était prononcée une première fois, le 2 octobre 1981, contre le projet de modification de la constitution du Canada: 92,5 % des députés s\u2019y étaient alors opposés, y compris la plupart de ceux de l\u2019opposition libérale.Il y a eu ensuite la nuit des longs couteaux dans le dos du Québec, à Ottawa, le 5 novembre 1981.Environ un mois après cette nuit funeste, soit le 1er décembre 1981, l\u2019Assemblée nationale du Québec s\u2019est prononcée une deuxième fois contre le projet de modification de la constitution du Canada: cette fois, 64,8 % des députés ont voté contre ce projet.Ce pourcentage était moins élevé que lors du vote précédent parce que les députés du Parti libéral du Québec n\u2019ont pas osé tenir tête une deuxième fois au grand frère fédéral, le Parti libéral du Canada.Malgré cette seconde opposition du Québec, le projet de Trudeau a été quand même approuvé par Ottawa le 2 décembre 1981: 91,1 % des députés au Parlement canadien (246 sur 270), dont 70 des 75 députés québécois à Ottawa (93,3 %), ont alors voté pour ce projet, comme on peut le constater dans le tableau suivant : 5 Le Devoir, 30 décembre 1982. Votes des députés à l'Assemblée nationale du Québec et au Parlement canadien au sujet du projet de modification de la constitution du Canada\t\t\t\t\t \t\tPour la motion\tContre la motion\tTotal\t \t\tNbr.\t%\tNbr.%\tNbr.\t% Votes lors des deux motions de l\u2019Assemblée nationale du Québec contre le projet de modification de la constitution du Canada\tle 2 octobre 1981\tM M M bo Ci\t9\t7,5\t120\tI00 \tle 1\" décembre 1981\t70\t64,8\t00 WL bo\tic8\tI00 \t\tContre la motion\tPour la motion\tTotal\t \t\tNbr.\t%\tNbr.%\tNbr.\t% Votes des députés québécois au Parlement canadien le 2 décembre 1981 lors de la motion sur le projet de modification de la constitution du Canada\t\t5\t6,7\t7C 93,3\t75\tICC \t\tPour la motion à Québec\tContre la motion à Québec\tTotal\t \t\tContre la motion à Ottawa\tPour la motion à Ottawa\t\t \t\tNbr.\t%\tNbr.%\tNbr.\t% Votes des députés québécois au Parlement canadien le 2 décembre 1981\tplus les votes des députés à l\u2019Assemblée nationale du Québec le 2 octobre 1981\tCA IS~\\ M M\t79\t4C,5\tCA M\t \tplus les votes des députés à l\u2019Assemblée nationale du Québec le 1\" décembre 1981\t75\t41,CI\tCD CA is~\\ 00 0 M\ti83\tICC 45 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 Les députés du Québec qui auraient « approuvé l\u2019entente » Dans ses Mémoires politiques (1993), Trudeau a tenté de transformer le NON formel du Québec en un OUI à sa modification de la constitution canadienne.Pour y parvenir, il a d\u2019abord additionné les votes des députés québécois au Parlement canadien à ceux des députés à l\u2019Assemblée nationale du Québec, et ensuite il n\u2019a tenu compte que de l\u2019une des deux motions de l\u2019Assemblée nationale du Québec à ce sujet.Ainsi, faisant fi de la première motion de l\u2019Assemblée nationale du Québec le 2 octobre 1981, et ne retenant que la deuxième motion le Ier décembre 1981, Trudeau en arrive à la conclusion suivante: « Si vous ajoutez le nombre des législateurs de l\u2019Assemblée nationale qui ont refusé de désapprouver l\u2019entente [38] au nombre des élus québécois qui l\u2019ont approuvée aux Communes [70], vous constatez qu\u2019une moyenne pondérée de 65 p.100 des députés élus au Québec ont approuvé l\u2019entente sur le rapatriement.On peut certes contester cette analyse arithmétique en prétendant que seul le gouvernement du Québec peut parler pour les Québécois.Mais cette prétention constitue la définition même du séparatisme.»6 On peut d\u2019abord s\u2019amuser à « contester cette analyse arithmétique » : la moyenne pondérée (35,2 + 93,3 = 128,5/2 = 64,25 %) peut être arrondie à 64 %, et non à 65 % ! Cette « analyse » pose surtout un problème de signification, de sens : les députés de l\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale de Québec qui ont « refusé de désapprouver l\u2019entente » lors du deuxième vote n\u2019ont pas nécessairement « approuvé l\u2019entente », comme le montre leur vote lors de la première motion : 33 des 42 députés libéraux présents, dont le chef 6 Trudeau, Pierre Elliott, Mémoires politiques, Le Jour, 1993, p.295. 46 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 de l\u2019opposition, M.Claude Ryan, ont alors voté pour la motion d\u2019opposition au projet fédéral.Ce dernier écrivait, quelques jours après la mort de Trudeau : « Cette opération [de changement constitutionnel] déboucha sur l\u2019adoption de la Loi constitutionnelle de 1982, laquelle fut adoptée contre l\u2019opposition formelle d\u2019une très forte majorité de députés de l\u2019Assemblée nationale.C\u2019était du jamais vu dans l\u2019histoire constitutionnelle du pays.»7 Les députés du Québec qui « s\u2019opposaient irréductiblement à l\u2019entente » Trois ans après la publication de ses Mémoires politiques (1993), Trudeau a dû se rendre compte de la faiblesse de son argumentation selon laquelle « une moyenne pondérée de 65 % des députés élus au Québec ont approuvé l\u2019entente sur le rapatriement.» C\u2019est sans doute pourquoi, en 1996, il insistait plutôt sur le faible pourcentage de ceux qui se sont opposés à cette entente: « Ainsi, moins de 40 pour 100 des députés élus au fédéral [5] et au provincial [70] par les citoyens du Québec s\u2019opposaient irréductiblement à l\u2019entente constitutionnelle.»8 On peut encore s\u2019amuser à « contester cette analyse arithmétique » : ce n\u2019était pas « moins de 40 % », mais en fait 41 % de tous ces députés qui « s\u2019opposaient irréductiblement à l\u2019entente constitutionnelle », et toujours selon les votes de décembre 1981.Mais en retenant plutôt le premier vote de l\u2019Assemblée nationale du Québec, le 2 octobre 1981, on peut alors dire que près de 60 % (soit 59,5 %) « des députés élus au fédéral [5] et au provincial [111] par les citoyens du Québec s\u2019opposaient irréductiblement à l\u2019entente constitutionnelle » 7\tLa Presse, 30 septembre 2000 8\tTrudeau, Pierre Elliott, À contre-courant, textes choisis, 1939-1996, Stanké, 1996, p.283-284. Al L'ACTION NATIONALE - MARS 2001 (en paraphrasant Trudeau en 1996).C\u2019est pourquoi Lucien Bouchard, alors qu\u2019il était premier ministre du Québec, a pu conclure: « M.Trudeau trafique à ce sujet les dates et les votes.Dans son livre, M.Ryan9 10 juge sévèrement ces tentatives de \"faire croire qu\u2019une majorité des parlementaires siégeant à Québec et à Ottawa avaient approuvé son projet\".Il conclut que M.Trudeau s\u2019adonne à \"une déformation de l\u2019histoire\".»\u201c Les députés le plus en mesure de défendre les intérêts des Québécois sont les députés à l\u2019Assemblée nationale du Québec, et non pas les députés québécois siégeant à Ottawa qui sont inféodés à un parti pancanadien (sauf ceux du Bloc québécois) et au sein duquel ils constitueront toujours une faible minorité.Parler au nom du Québec Deux ans avant son décès, Trudeau rappelle son analyse arithmétique (selon laquelle sa modification de la constitution du Canada aurait eu l\u2019appui d\u2019une majorité des députés québécois siégeant à Ottawa, plus ceux siégeant à l\u2019Assemblée nationale du Québec), puis il ajoute: « Bien entendu, cet argument est rejeté par ceux qui proclament que seul le gouvernement du Québec parle au nom du peuple québécois.Si c\u2019est là votre point de vue, vous êtes par définition séparatiste, parce que, si vous croyiez au Canada, vous reconnaîtriez que le gouvernement du Québec parle au nom des Québécois dans certains champs de compétence comme l\u2019éducation et la santé, tandis que le gouvernement fédéral parle en leur nom dans d\u2019autres champs de compétence, notamment dans les affaires étrangères et le commerce 9 Ryan, Claude, Regards sur le fédéralisme canadien, 1995.10 Le Devoir, 10 février 1996. 48 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 interprovincial.»n Pourtant, en modifiant la constitution canadienne en 1982 malgré l\u2019opposition du Québec, le gouvernement fédéral dirigé par Trudeau a parlé au nom des Québécois dans au moins un des champs de compétence qu\u2019il reconnaît au gouvernement du Québec, soit l\u2019éducation: en effet, l\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés donne aux citoyens canadiens le droit « de faire instruire leurs enfants, aux niveaux primaire ou secondaire, dans la langue de la minorité francophone ou anglophone d\u2019une province.» (article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés) Un coup de force toujours inacceptable Le 17 avril 2002, à l\u2019occasion du vingtième anniversaire du coup de force de Trudeau, les 106 députés présents à l\u2019Assemblée nationale du Québec ont adopté à l\u2019unanimité la motion suivante, proposée par le premier ministre Bernard Landry : « L\u2019Assemblée nationale réaffirme qu\u2019elle n\u2019a jamais adhéré à la Loi constitutionnelle de 1982, qui a eu pour effet de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans le consentement du gouvernement québécois et de l\u2019Assemblée nationale et que celle-ci est toujours inacceptable au Québec.»\u201c Il faut souhaiter qu\u2019une motion semblable soit adoptée de nouveau à l\u2019unanimité à l\u2019Assemblée nationale du Québec le 17 avril prochain, à l\u2019occasion du vingt-cinquième anniversaire de l\u2019entrée en vigueur de la modification unilatérale de la constitution du Canada par Trudeau en 1982.?11\tTrudeau, Pierre Elliott, avec la collaboration de Ron Graham, Trudeau: l\u2019essentiel de sa pensée politique, Le Jour, 1998, p.163.12\tLe Devoir, 18 avril 2002. 49 MANIFESTE Manifeste pour un Québec laïque et souverain EN FINIR AVEC LE MULTICULTURALISME Le débat qui fait rage sur l\u2019accommodement raisonnable a le mérite de confirmer la volonté d\u2019une majorité nette de Québécois de faire prévaloir l\u2019égalité, la laïcité, et le partage d\u2019une culture commune comme principes d\u2019intégration.Ce débat appartient à l\u2019ensemble de la nation, croyants comme athées, ruraux comme citadins, natifs comme immigrés.Deux modèles d\u2019intégration : multiculturalisme et laïcité Ce débat illustre la confrontation entre deux modèles d\u2019intégration qui reposent sur deux conceptions distinctes de la démocratie moderne.Le premier modèle, le multiculturalisme, est celui que le Canada a adopté.Il repose sur un principe de cohabitation dans la différence.Principe bien exposé dans le guide Le Canada et les nouveaux arrivants du ministère fédéral de la Citoyenneté et de l\u2019Immigration : « Le Canada est peuplé de gens qui sont arrivés de toutes les régions du monde.Par sa Loi sur le multiculturalisme canadien, le gouvernement encourage les Canadiens à être fiers de leur langue, de leur religion et de leur héritage, et à conserver leurs coutumes et leurs traditions.».Voilà le principe d\u2019intégration du multiculturalisme, un principe non contraignant d\u2019intégration, même dans l\u2019espace public. 50 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 Le second modèle, celui que le Québec a choisi démocratiquement depuis la Révolution tranquille, est plus laïque et d\u2019inspiration plus républicaine.Ce modèle met l\u2019accent sur la liberté et l\u2019égalité, en valorisant l\u2019inclusion de tous à la communauté nationale via le partage d\u2019une culture commune, notamment par la langue française.Il favorise un vivre-ensemble fondé sur ces principes communs.Vivre-ensemble offert en accueil aux nouveaux arrivants et basé sur l\u2019adhésion à une culture partagée.Notre société a fait le choix d\u2019un autre modèle d\u2019ouverture à la diversité et d\u2019accueil des nouveaux arrivants, qui valorise le vivre-ensemble, plutôt que le vivre-dans-la-différence, comme fondement de la démocratie.Toute nation a le droit de faire ses choix démocratiques et le modèle d\u2019intégration que le Québec privilégie est pleinement légitime.Les événements récents rappellent aux Québécois que leur modèle de société est dénaturé par le cadre juridique et politique du Canada, puisque le principe du multiculturalisme est enchâssé dans la Constitution de 1982, que le Québec n\u2019a jamais adoptée.L\u2019écart entre le verdict de la Cour suprême et celui de la Cour d\u2019appel du Québec sur le port du kirpan illustre les restrictions imposées au Québec par le Canada.L\u2019 « affaire HérouxviNe » et l\u2019affirmation de l\u2019existence du Québec Le débat sur les accommodements raisonnables est révélateur du conflit entre le modèle canadien et le modèle québécois.La diffusion de l\u2019esprit du multiculturalisme et sa promotion idéologique active sèment la confusion quant aux principes et aux conduites à suivre dans l\u2019organisation de l\u2019espace public québécois.L\u2019accommodement raisonnable 51 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 est devenu une notion fourre-tout, où les principes juridiques sont noyés dans des décisions d\u2019ordre administratif.Le modèle multiculturaliste canadien entre en conflit avec le modèle laïque québécois et son principe d\u2019intégration qui passe par le vivre-ensemble.Ce conflit engendre des entorses au principe de l\u2019égalité dans la laïcité, que les Québécois ont choisi depuis la Révolution tranquille.Le fameux code d\u2019Hérouxville, certes maladroit, voulait néanmoins rappeler une vérité partagée par la majorité : le Québec existe comme société avec ses valeurs et sa culture propres.Vérité cachée par les lois de citoyenneté canadienne et voilée par l\u2019application de la loi sur le multiculturalisme.La multiplication des accommodements raisonnables prive les citoyens d\u2019un espace public neutre.Cela encourage des pratiques administratives et des normes d\u2019organisation de la vie publique contraires aux principes d\u2019intégration québécois.Ces pratiques, et les principes qui les inspirent, séparent au lieu de réunir, opposent au lieu de concilier, maintiennent dans la différence au lieu de rassembler.Les débordements dans le débat lancé par Hérouxville ne doivent pas tromper : ce n\u2019est pas telle ou telle religion qui est en cause, mais bien le multiculturalisme comme modèle d\u2019intégration et de société.Le Québec ne doit pas craindre de valoriser son modèle d\u2019intégration.Au contraire, offrir une culture nationale en partage est un principe généreux et inclusif.Le Québec sera d\u2019autant mieux en mesure d\u2019intégrer qu\u2019il n\u2019y aura aucune confusion sur le cadre de son hospitalité.La culture québécoise existe et c\u2019est parce que nous voulons l\u2019offrir en partage que nous avons fait le choix d\u2019accueillir des immigrants.Le débat actuel nous amène à voir que ce conflit entre modèle canadien et modèle québécois est inévitable dans le cadre canadien. 52 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 La souveraineté pour trancher entre multiculturalisme canadien et laïcité québécoise Nous croyons que les Québécois veulent que soient affirmés les principes d\u2019égalité, de laïcité publique, dans un cadre où la culture commune compte, inspirant les principes d\u2019intégration et les modalités de règlement des différends.La Charte de la langue française l\u2019affirme déjà, en partie : mais pour le faire complètement, une citoyenneté québécoise est essentielle.Le débat, même trop émotif, parfois échevelé, qui secoue l\u2019opinion depuis plusieurs semaines en démontre le pressant besoin.Pour l\u2019heure, les néo-Québécois sont assermentés nouveaux citoyens canadiens sans être encouragés à s\u2019intégrer à la nation québécoise.Ce n\u2019est pas ainsi que le Québec conçoit l\u2019inclusion.Une politique d\u2019immigration réussie au Québec devrait accueillir de nouveaux citoyens officiellement québécois, faisant pleinement les leurs cette nation, cette démocratie et cette culture.La politique officielle canadienne compromet cette intégration en niant la nécessité de s\u2019intégrer à la culture québécoise pour réaliser pleinement sa citoyenneté.Or, en ces matières, il ne peut y avoir qu\u2019une seule source d\u2019autorité légitime.La souveraineté offre la seule solution concrète : une citoyenneté québécoise légale dans une République laïque et souveraine.Charles Courtois Dominic Courtois Robert Laplante Danic Parenteau Guillaume Rousseau Montréal, le 8 février 2007 53 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 Endossez-vous ce manifeste ?Si oui, et que vous voulez rendre publique votre signature, apposez-la en répondant « Je signe » à l\u2019adresse courriel suivante, en indiquant vos coordonnées et votre qualité : manifestequebeclaique@gmail.com LISTE DES SIGNATAIRES ADDITIONNELS Gabriel Alarie Dave Anctil Jacques Aubé Claude Bariteau Stéphane Beaulieu Pierre-Luc Bégin Guy Belval Michel Benoît Luc Bertrand Jean-François Blain Bernard Boivin France Bonneau Daniel Bouchard Françoise Bouffiere René Boulanger Louise Bourgault Patrick Bourgeois Jean Bouthillette André Brisebois Louise Brouillet Jean-Guy Chabot Pierre Charbonneau Claude G.Charron Yves Claudé André Colpron Lisette Corbeil Pierre Corbeil Nicole Coté Sylvain Daoust Annik de Grandpré Sylvain Deschênes Marc Desnoyers Michel Desnoyers Dominic Desroches Jean-Luc Dion Jennifer Drouin Benoit Dubreuil François Dulong Andrée Ferretti Jean-Marc Fillion Pierre Fortin Bernard Frappier François Gauthier Richard Gervais Luc Giguère Alexis Girard-Aubertin Daniel Gomez Louis Goulet Claude Guibord Bertrand Guibord Francis Gylbert Laval Hébert Alain Houle Guy Huard 54 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 LISTE DES SIGNATAIRES ADDITIONNELS (SUITE) Claude Jodoin Frédéric Labrie Georges Lacombe Marilyne Lacombe Frédéric Lacroix François Lamoureux Henri Lamoureux Yvon Laplante Jacques Lanctôt Jean Lapointe Daniel La Rocque Gaston Laurion Michel Leclaire Simon Legault Victor Lévy-Beaulieu Daniel Malenfant Daniel McGown Clément Mercier Francis Ménard Sylvie Ménard Alexandre Michaud Denis Monière Caroline Moreno Jean-Louis Morgan Marc-Andre Montpetit-Racette Léonce Naud Fernand Ouellette Gilles Ouimet Benoît Patar Félix Pinel Yannick Plante Claude Richard Simon Robert Ghislaine Roy Jean Roy Paul-Émile Roy Stephen Roy Hugo Saint-Hilaire Fabienne Savard Raymond Savard Marie Tellier Yvan Tellier François Therrien Simon Therrien-Denis Mathieu Traversy Eric Tremblay François Tremblay Gilles Tremblay Léger Tremblay Fernand Turcotte Marc-André Vaudreuil Claude Veilleux Anne Villeneuve Frédéric Villeneuve Johanne Voyer Jean-François William 'ÿ/toK M Mettez vos valeurs en action Réalisez vos projets en gérant vos besoins financiers de manière socialement responsable tout en participant à un développement solidaire du Québec.Au service de milliers de Québécoises et Québécois des réseaux coopératif, communautaire, culturel et syndical depuis plus de 30 ans Desjardins Caisse d'économie solidaire www.cecosol.com Partout au Québec (numéros sans frais) : Québec 1 877 647-1527 / Montréal 1 877 598-2122 / Joliette 1 866 753-7055 Le réseau de la fierté québécoise Mouvement national des Québécoises et-Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Souveraineté du Québec Langue française 'Tête nationafe Assurance vie T Société Saint-Jean-Bap de,a MAU RI CIE mm.s a J bra«ur i c A ©.qc.ci 375-4681 o l-fi00-821-4& W La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (8l9)-478-2519 ou 1 8oo 943^9 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise- ! Plus de 31-000 membres au Centre-du-Québec ,e Rassemblement pour un Pays Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie C.P.306, succursale C, Montréal (Québec) H2L 4K3 Tél.: (450) 491-5437 Courriel : roy.b®videotron.ca - Site internet :www.rpsquebec.qc.ca DOSSIER BILAN CHAREST Dossier bilan charest \t \t \t \t \t \t \t 58 DOSSIER Christian Rouillard* Bilan Charest DE LA RÉINGÉNIERIE À LA MODERNISATION DE L\u2019ÉTAT Dès son élection en avril 2003, le nouveau gouvernement Charest propose une révision majeure des structures organisationnelles et des pratiques managérielles de l\u2019administration publique québécoise, initialement introduite comme la réingénierie de l\u2019État.Particulièrement ambitieuse, cette réingénierie se décline en vingt-sept (27) projets qui prennent forme autour de quatre (4) axes prioritaires, à savoir : l\u2019amélioration des façons de faire (10 projets) ; l\u2019allégement des structures (11 projets) ; la réévaluation des programmes (5 projets) ; et, enfin, la planification des ressources humaines (1 projet).Les raisons invoquées par le gouvernement Charest pour mettre de l\u2019avant de telles réformes administratives sont à la fois simples et autoritaires.En effet, comme l\u2019explique à l\u2019automne 2003 le premier ministre Charest, « la modernisation de notre État n\u2019est pas une question idéologique ou partisane, mais une nécessité qui nous est dictée par notre époque et ses enjeux » (Lettre ouverte du premier ministre du Québec aux Québécoises et Québécois, 14 octobre 2003).Bref, la réingénierie libérale, alors rebaptisée la modernisation, s\u2019imposerait d\u2019elle-même pour permettre à l\u2019État québécois de s\u2019adapter au nouveau contexte sociopolitique, essentiellement réduit à trois dimensions : le piège budgétaire (dépenses, impôts et dette publique) ; les changements * Université d\u2019Ottawa 59 dossier démographiques majeurs (vieillissement de la population) ; et, enfin, de nouvelles façons d\u2019offrir les services publics, nommément les technologies de l\u2019information et des communications (TIC) (Québec, 2004).Mise en œuvre avec la révision des structures et des programmes, la réingénierie se fera « avec méthode et rigueur selon des principes de gestion qui seront les principes de notre administration » (Discours inaugural du premier ministre du Québec, 4 juin 2003).Presque quatre ans plus tard, quel bilan peut-on esquisser de cette modernisation libérale de l\u2019État québécois ?Quelle est la distance entre les prétentions initiales et les réalisations concrètes ?Enfin, peut-on conclure que les principaux effets de ces réformes administratives sont plutôt positifs ou plutôt négatifs ?Le Plan de modernisation 2004-2007 et ses rapports d\u2019étapes Déposé par la présidente du Conseil du trésor en mai 2004, le Plan de modernisation 2004-2007 (Québec, 2004a) constitue le document-phare des réformes administratives privilégiées par le gouvernement Charest pour « moderniser » l\u2019État québécois.En simplifiant un peu, l\u2019axe sur l\u2019amélioration des façons de faire entraîne la mise en place d\u2019un guichet unique (Services Québec), le développement d\u2019un gouvernement en ligne (TIC), la création de l\u2019Agence des partenariats public-privé du Québec (APPPQ), la création du Centre des services administratifs et, enfin, une nouvelle politique de gestion de la performance.Bien que l\u2019objectif de simplifier les relations entre l\u2019État et les citoyens soit certes bienvenu, la création d\u2019un guichet unique n\u2019est pourtant pas la panacée que semble y voir le gouvernement libéral.L\u2019agence Services Québec doit agir comme un courtier centralisé des services gouvernemen- dossier 60 taux de l\u2019ensemble des ministères et, à ce titre, représente un nouvel intermédiaire entre les citoyens et les organismes publics.Cette nouvelle agence prive donc les organismes publics d\u2019un premier contact avec les citoyens, entraînant ainsi un appauvrissement des mécanismes de rétroaction et d\u2019échange de première ligne, une composante pourtant essentielle de l\u2019amélioration continue de la prestation des services publics.Il est pour le moins paradoxal que le Plan de modernisation avance que « cet État moderne ne doit pas empêcher les citoyens de prendre en charge leurs affaires », alors même qu\u2019il crée une instance additionnelle, porte d\u2019entrée unique de surcroît, qui obligera le citoyen à contacter des « généralistes » du service à la « clientèle », plutôt que de traiter dès le départ avec des « spécialistes » de la problématique qui le concerne.En ce sens, l\u2019allègement des structures est un défi beaucoup plus grand que ne le suggère ici le gouvernement libéral.Cela étant dit, si la loi créant Services Québec a été rapidement adoptée, le déploiement régional des 43 centres de services et des 44 points de service, ainsi que le numéro de téléphone unique pour joindre le gouvernement, pour ne mentionner que ceux-ci, ne sont toujours pas une réalité en mai 2006, lors du dépôt du Deuxième rapport d\u2019étape du Plan de modernisation 2004-2007.La création de l\u2019Agence des partenariats public-privé du Québec (APPPQ), dont la mission est de « .contribuer au renouvellement des infrastructures publiques et à l\u2019amélioration de la qualité des services aux citoyens par la mise en œuvre de projets de partenariat public-privé (PPP) » (Québec, 2004b) est particulièrement lourde de conséquences pour les relations entre le Conseil du trésor et les organismes publics, incluant les ministères sectoriels.Par la centralisation des ressources (actuelles et futures) qu\u2019elle entraîne, l\u2019APPPQ amenuise la capacité stratégique et opérationnelle actuelle des ministères et autres organismes publics à dossier 6i gérer leur propre champ d\u2019activités, tout autant qu\u2019elle les dépouille de la capacité future de développer une expertise interne sur les partenariats public-privé.Et la performance de l\u2019APPPQ, qui jouit d\u2019une grande marge de manœuvre et d\u2019autonomie, est exclusivement tributaire du nombre de PPP mis en œuvre, puisque que c\u2019est le seul moyen par lequel elle pourra « .contribuer à l\u2019amélioration de la qualité des services aux citoyens » (Québec, 2004b).En tant qu\u2019intermédiaire additionnel entre les organismes publics et les firmes privées, ainsi qu\u2019en qualité de maître d\u2019œuvre des PPP, l\u2019APPPQ ajoute à la complexité contractuelle déjà élevée des PPP, notamment eu égard à l\u2019imputabilité, la responsabilité et la reddition de comptes des partenaires publics et privés.De surcroît, les critiques théoriques et empiriques qui peuvent être adressées aux PPP en tant qu\u2019instrument d\u2019action publique sont nombreuses et substantielles (Rouillard, 2006).Toutefois, l\u2019expérience québécoise étant toujours embryonnaire, près de trois ans après la promulgation de la loi créant l\u2019APPPQ, la nature et l\u2019ampleur exactes de cette centralisation demeurent impossibles à évaluer pour le moment.Bien que les PPP occupent une place centrale dans le Plan de modernisation 2004-2007, aucun des huit projets prioritaires ne franchira l\u2019étape de la signature du contrat et du début des travaux avant 2007-2008 (Québec, 2006).S\u2019inscrivant dans la même dynamique centralisatrice que l\u2019APPPQ, la création du Centre des services administratifs est aussi un facteur d\u2019amenuisement de la capacité et de l\u2019autonomie des ministères (et autres organismes publics), cette fois par le retrait de certaines fonctions de soutien administratif (ressources humaines, matérielles, financières et informationnelles).Malgré les prétentions de décentralisation et de flexibilité organisationnelles propres au mana-gérialisme, le Plan de modernisation accroît plutôt l\u2019asymétrie des relations entre les ministères et les organismes centraux, dossier 62 en faveur, il va sans dire, de ces derniers.Cette démarche illustre bien que, pour le Plan de modernisation, la décentralisation des responsabilités ne s\u2019accompagne pas toujours d\u2019une décentralisation des ressources concomitantes.De son côté, la nouvelle politique de gestion de la performance, aux objectifs particulièrement généraux et abstraits, ne reflète pas une pensée managérielle distinctive ou innovatrice : elle constitue simplement une extension et une systématisation de la contractualisation des rapports de gouvernance interne déjà présents dans la Loi sur l\u2019administration publique, promulguée par le gouvernement péquiste précédent.Elle s\u2019en distingue toutefois par une accentuation de la dérive technocratique, voire crypto-positiviste, de ses mécanismes de mise en œuvre (indicateurs, cibles, étalonnage, analyse du prix de revient, analyse coût-bénéfice.), notamment par l\u2019accent sur la dimension cardinale (numériques) des résultats et des extrants, alors même que les principales activités organisationnelles et les compétences managérielles (dites) clés se traduisent essentiellement, dans le secteur public, par des extrants de nature nominale et/ou ordinale.Le deuxième axe, celui sur l\u2019allègement des structures renvoie d\u2019abord et avant tout à l\u2019abolition, la fusion, le regroupement et l\u2019intégration de plusieurs organismes publics ; par le remplacement de différents conseils et comités sectoriels et consultatifs relevant du ministère de la Santé et des services sociaux par un banque d\u2019experts ; et, enfin, par la mise en place de cinq agences, incluant celle du Revenu qui doit remplacer l\u2019actuel ministère du Revenu.L\u2019abolition, la fusion, le regroupement et l\u2019intégration d\u2019organismes publics ne représentent pas une innovation pour l\u2019administration publique québécoise.Il s\u2019agit même d\u2019une constante au sein du discours gouvernemental, péquiste 63 dossier et libéral, des vingt dernières années.Il faut toutefois bien comprendre qu\u2019aucune de ces stratégies structurelles n\u2019est en soi porteuse de simplification, pas plus d\u2019ailleurs qu\u2019elles n\u2019entraînent nécessairement une meilleure reddition de comptes ou un contrôle politique accru.Les résultats sont d\u2019ailleurs bien timides : en février 2005, suite au dépôt du rapport Boudreau sur l\u2019examen de 60 organismes publics, le gouvernement Charest élimine quinze organismes, pour la plupart des organismes conseils du secteur de l\u2019Éducation (Le Devoir, mercredi 18 mai 2005, A3).L\u2019année suivante, suite au dépôt du rapport Geoffrion sur l\u2019examen de 58 organismes publics, la présidente du Conseil du trésor abolit huit entités administratives obscures, dont les budgets réunis représentent environ cinq millions de dollars par année (Le Devoir, samedi 13 mai 2006, A3).Évidemment, dans la mesure où il y aura un transfert de personnes et de ressources vers d\u2019autres organisations publiques, l\u2019économie récurrente qui en découle est inférieure à ce montant.Par contre, le remplacement de différents conseils et comités sectoriels et consultatifs relevant du ministère de la Santé et des Services sociaux par une banque d\u2019experts témoigne éloquemment de la dérive technocratique du gouvernement libéral : en réduisant les espaces de rencontre et de dialogue entre la société civile et l\u2019administration publique, il privilégie le pouvoir d\u2019expertise au détriment de la participation citoyenne et de la délibération.Entre autres exemples, le Conseil québécois de lutte contre le cancer et le Comité de la santé mentale du Québec ont été abolis, alors que le Conseil permanent de la lutte contre la toxicomanie doit l\u2019être incessamment (Québec, 2006).Le troisième axe, celui sur la réévaluation des programmes, repose sur la question de base suivante : « Peut-on parvenir aux mêmes fins à moindre coût ou améliorer la prestation des services au même coût ?».Afin de bien saisir dossier 64 l\u2019orientation gouvernementale de cette réévaluation des programmes, il faut interpréter cette question à la lumière des mots d\u2019ordre suivants du Plan de modernisation : regrouper, simplifier et recentrer les programmes.Ainsi, malgré les prétentions techniques de l\u2019évaluation de programmes desquelles se réclame implicitement le gouvernement libéral, l\u2019exercice est circonscrit a priori par les impératifs budgétaires.Certaines mesures législatives liées à cet axe s\u2019inscrivent d\u2019ailleurs en parfaite communauté d\u2019esprit avec d\u2019autres éléments du Plan de modernisation, notamment les modifications apportées à la Loi sur les cités et villes en juin 2005 (loi 111) et celles touchant le Code municipal en décembre 2005 (loi 134).L\u2019une et l\u2019autre visent à « accorder aux municipalités des moyens additionnels pour financer leurs infrastructures, notamment par la création de fonds de l\u2019eau et par des partenariats avec le privé » (Québec, 2006, 35).Bref, il s\u2019agit ici de se donner l\u2019environnement législatif nécessaire pour que les municipalités, victimes d\u2019une situation financière précaire, se tournent vers les PPP dans le domaine de la gestion de l\u2019eau.Le quatrième axe, celui sur la planification des ressources humaines peut se comprendre en quelques mots, soit par son objectif de « Un sur deux », c\u2019est-à-dire par l\u2019élimination d\u2019un poste sur deux par attrition au cours des dix prochaines années dans la fonction publique québécoise.Concrètement, cette réduction des effectifs entraînera l\u2019élimination de 16 000 ETC (Équivalent temps complet) au cours des dix prochaines années dans la fonction publique québécoise, soit vingt pourcent (20 %) des postes assujettis à la Loi sur la fonction publique.Évidemment, une telle diminution de la taille de la fonction publique québécoise s\u2019accompagne d\u2019une diminution proportionnelle des possibilités futures d\u2019accroître la présence des jeunes, des anglophones et des minorités visibles, tous sévèrement sous-représentés, au 65 dossier sein des institutions politico-administratives du Québec.Plus important encore peut-être, cette réduction des effectifs entraînera elle aussi une atrophie de la capacité stratégique de l\u2019État (élaboration de politiques), alors même que s\u2019effritera sa capacité opérationnelle (prestation de services) par la mise en œuvre des PPP.La ministre Jérôme-Forget a pourtant déjà souligné, en raison du suivi intensif qu\u2019exigent les PPP, la nécessité de préserver une capacité interne forte pour que l\u2019État puisse garder la maîtrise de ces derniers.Or, comment cette réduction de vingt pourcent (20 %) de la fonction publique permettra-t-elle à l\u2019État québécois de préserver une capacité interne forte ?Le départ de quarante pourcent (40 %) des gestionnaires et autres fonctionnaires qui composent la fonction publique québécoise au cours de la prochaine décennie représente un enjeu fondamental pour la capacité et l\u2019autonomie de l\u2019État québécois.Cet axe prioritaire du Plan de modernisation 2004-2007 est complété par le Plan de gestion des ressources humaines 20042007 (Québec, 2004c), publié quelques semaines plus tard, qui annonce la volonté gouvernementale de renouveler le cadre normatif de la fonction publique, en parfait accord avec la dynamique initiée par la réduction des effectifs et le recours aux PPP.Pour l\u2019essentiel, le cadre normatif dont il est question est énoncé dans la Loi sur la fonction publique (Québec, 2004d).Le projet de renouvellement de ce cadre normatif (sur lequel s\u2019appuie la gestion des ressources humaines) repose sur le postulat que celui-ci, donc la Loi sur la fonction publique, est devenue, au fil des ans, inadaptée au « contexte moderne » et aux « nouvelles réalités » de l\u2019administration publique.Le Plan de gestion des ressources humaines ne définit nulle part de manière directe et explicite ce qui signifie ce « contexte moderne » et ces « nouvelles réalités », pas plus qu\u2019il ne fait la démonstration de l\u2019inadéquation du cadre normatif eu égard à ces derniers. dossier 66 En mai 2006, la mise en œuvre de cet axe s\u2019est traduite par une réduction de 2510 ETC au sein de la fonction publique québécoise (Québec, 2006 ; 2005).À ce nombre, 1211 ETC supplémentaires doivent s\u2019ajouter en 2006-2007, pour un total de 3721 ETC en trois ans, soit environ vingt-trois pourcent (23 %) du total visé de 16 000 ETC en dix ans.Conclusion : de la modernisation à l\u2019incohérence Passée sous silence durant la campagne électorale de 2003, la réingénierie est annoncée pour la première fois à grandes pompes lors du discours inaugural du premier ministre Charest, un peu plus tard la même année.Rapidement renommée « modernisation de l\u2019État » pour tenter de s\u2019affranchir des critiques déjà connues de démarches de réingénierie abandonnées ailleurs dans le monde, le premier ministre Charest expliquait en début de mandat qu\u2019 « il ne s\u2019agit pas d\u2019affaiblir l\u2019État québécois, mais au contraire de lui redonner tout son lustre, tout son prestige et toute sa pertinence » (Lettre ouverte du premier ministre du Québec aux Québécoises et Québécois, 14 octobre 2003).Quatre ans plus tard, il est à cet égard difficile de conclure que le gouvernement Charest a accompli ses objectifs.Bien au contraire.Avant même que ne commence la mise en œuvre du Plan de modernisation 2004-2007, l\u2019obscurantisme et l\u2019autoritarisme de la réingénierie libérale a été un facteur de tensions et de conflits entre l\u2019État et les principaux acteurs collectifs de l\u2019administration publique québécoise, parmi lesquels le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), pour n\u2019en nommer que deux.Comme dans d\u2019autres dossiers, la modernisation de l\u2019État lancée par le gouvernement Charest a souffert de l\u2019absence de consultations publiques où la société civile peut exprimer, par l\u2019entremise d\u2019acteurs individuels et collectifs, les préférences, 67 dossier sensibilités et intérêts multiples de ses citoyens.Par-delà les résultats mitigés qu\u2019entraînent habituellement les réformes aussi dirigistes, c\u2019est la légitimité même du processus qui est alors remise en cause (Rouillard et al., 2004).Plus qu\u2019un simple problème de communication, l\u2019impopularité chronique du gouvernement Charest et la pérennité du taux d\u2019insatisfaction élevé des Québécois et Québécoises envers celui-ci éclaboussent aussi la nature de ses réformes administratives, ainsi que leur modalités de mise en œuvre.Si le fossé entre les ambitions initiales de la réingénierie et les réalisations modestes de la modernisation permettent à certains de conclure que « la montagne a accouché d\u2019une souris », il faudrait peut-être rappeler que les externalités de la démarche font elles aussi partie du bilan, parmi lesquelles le climat de confrontation et d\u2019ambiguïté organisationnelle dans lequel a constamment baigné l\u2019administration publique québécoise durant les dernières années.Enfin, il faudrait peut-être aussi souligner que la distance, en l\u2019occurrence prononcée, entre le discours et l\u2019action gouvernementale n\u2019est jamais un gage de réussite, mais plutôt une illustration de confusion et d\u2019incohérence.?Références : Québec (2006) Deuxième rapport d\u2019étape - Plan de modernisation 2004-2007, Québec, Éditeur officiel du Québec.Québec (2005) Premier rapport d\u2019étape - Plan de modernisation 2004-2007, Québec, Éditeur officiel du Québec.Québec (2004a) Moderniser l\u2019État - Pour des services de qualité aux citoyens.Plan de modernisation 2004-2007, Québec, Éditeur officiel du Québec.Québec (2004b) Politique-cadre sur les partenariats public-privé, Québec, Éditeur officiel du Québec. dossier 68 Québec (2004c) Plan de gestion des ressources humaines 2004-2007 - Prendre en main l'avenir de notre fonction publique, Québec : Secrétariat du Conseil du trésor.Québec (2004d) Loi sur la fonction publique - L.R.Q., chapitre F-3.1.1., dernière version disponible (à jour au 1er décembre 2004), Québec : Éditeur officiel du Québec.Rouillard, Christian (2006) « Les partenariats public-privé et la reconfiguration de l'État québécois », dans François Pétry, Éric Bélanger et Louis M.Imbeau (sous la direction de) Le Parti libéral : enquête sur les réalisations du gouvernement Charest, Québec, collection Prisme, Les Presses de l'Université Laval, 159-178.Rouillard, Christian, Éric Montpetit, Isabelle Fortier et Alain-G.Gagnon (2004) La réingénierie de l'État : vers un appauvrissement de la gouvernance québécoise, Québec, Collection l'espace public, Presses de l'Université Laval, 200 p. 69 DOSSIER Laurence Bherer* Bilan Charest LE FEUILLETON DES SÉCESSIONS MUNICIPALES La promesse faite par le Parti libéral du Québec (PLQ) de consulter les citoyens sur l\u2019opportunité des regroupements municipaux ne se résume pas à la tenue de 89 référendums en juin 2004.Le dossier des « défusions municipales » est en effet une pièce en trois temps, dont le dernier acte n\u2019est toujours pas terminé.Tout d\u2019abord, les référendums sont précédés par une « période de grâce » concédée par le gouvernement Charest aux municipalités de façon à ce que ces dernières présentent une réforme qui convainquent les populations opposées aux fusions municipales de demeurer dans les nouvelles villes.En raison du mécontentement qui règne sur l\u2019île de Montréal, seul le maire Gérald Tremblay amorce une telle réorganisation qui transforme considérablement l\u2019équilibre des pouvoirs et obscurcit la pratique de la démocratie locale à Montréal.L\u2019acte suivant, celui des référendums, démontre combien cet exercice est vain et combien également la grogne s\u2019étend bien au-delà de l\u2019île de Montréal.Au total, 15 municipalités de l\u2019île de Montréal et 17 autres ailleurs au Québec retrouvent leur statut juridique.* Département de science politique, Université de Montréal dossier 70 Le troisième acte est plus périlleux car il a comme objectif de trouver une formule qui permette d\u2019encadrer la réalité post-défusion, sans pour autant rompre l\u2019équilibre créé par les regroupements municipaux de 2002, dont l\u2019objectif était de donner un poids prépondérant à la ville-centre.La solution retenue est la création d\u2019une instance supra-municipale passablement complexe, le conseil d\u2019agglomération.Aujourd\u2019hui encore, son fonctionnement demeure menacé par le lot de critiques qu\u2019elle suscite.Les réformettes apportées aux conseils d\u2019agglomération depuis le début de ce feuilleton n\u2019ont en effet pas diminué les attaques à leur endroit, particulièrement de la part des municipalités défusionnées.Ainsi, une promesse électorale qui se présentait comme un simple exercice démocratique s\u2019est transformée en une réforme alambiquée.Pourquoi ?Le problème réside dans le fait que la vague défusionniste est sous-estimée à chaque étape, ce qui empêche le gouvernement Charest d\u2019établir une cohérence claire entre les trois actes.L\u2019harmonisation entre l\u2019infradécentralisation (premier acte) et la supradé-centralisation (deuxième acte) est particulièrement peu réfléchie, car le PLQ croit avoir réuni les conditions nécessaires pour limiter les défusions et espère ainsi respecter sa promesse de consulter la population tout en fermant le dossier rapidement.Premier acte.Réformer pour séduire : le plan de décentralisation de la Ville de Montréal Dès le lendemain de son élection le 14 avril 2003, le gouvernement Charest se retrouve rapidement confronté à devoir improviser de façon à mettre en œuvre sa promesse de consulter la population sur les fusions municipales.Dès son accession au plus haut poste de l\u2019État, Jean Charest proclame 71 dossier l\u2019urgence d\u2019agir car selon lui, la population lui a donné un mandat clair en la matière.Les résultats électoraux de 2003 sont en effet sans équivoque : le mécontentement à l\u2019égard de la réorganisation municipale a joué contre le Parti québécois, alors que la promesse du PLQ de tenir un référendum sur ce sujet a permis à ce dernier de l\u2019emporter.Or, suite aux pressions du maire de Montréal, le premier ministre freine son enthousiasme et accorde un délai aux villes particulièrement menacées par le mouvement défusionniste afin que ces dernières proposent un réaménagement interne de leurs institutions qui pourrait persuader les populations de faire le choix de la grande ville consolidée.Montréal est la seule ville à se plier véritablement à l\u2019exercice.Le maire de Québec fait bien quelques réformes mais sans impact significatif.La menace est plus grande à Montréal où une partie importante de l\u2019électorat libéral s\u2019est mobilisé contre les regroupements forcés.Dans l\u2019espoir de rallier les rétracteurs au projet d\u2019une grande ville unifiée, le maire propose en août 2003 un plan qui fait de Montréal une des villes dans le monde où la décentralisation est la plus poussée.Les arrondissements peuvent notamment lever des impôts spéciaux, ester en justice et exercer des pouvoirs conséquents de proximité (gestion du personnel d\u2019arrondissement, modification du plan d\u2019urbanisme, programmation de référendum, etc.).Le geste n\u2019est pas banal : il vise à donner comme indication qu\u2019un pouvoir politique véritable existe à l\u2019échelle des arrondissements.Ce volet politique de la réforme est également renforcé par un aspect symbolique qui confirme l\u2019arrondissement comme un lieu propice au développement d\u2019une identité municipale forte : le président d\u2019arrondissement devient maire d\u2019arrondissement et est élu directement par la population.Si d\u2019un point de vue administratif, cette réforme est appréciable, on peut douter de l\u2019efficacité identitaire et démocratique d\u2019un tel dossier 72 plan.En d\u2019autres mots, une réforme administrative a-t-elle les capacités de séduire des populations qui cherchent à recréer un espace de vie à leur image ?La suite du dossier des « défusions » prouve que non.Les vertus politiques prêtées aux arrondissements et présentées comme argument de vente depuis le début de la réorganisation municipale révèlent ici leurs limites.À l\u2019échelle d\u2019une grande ville, les arrondissements sont sans doute une solution pertinente pour concilier les besoins centraux de planification et la mise en œuvre à l\u2019échelle locale mais ils ne sont pas nécessairement un espace de démocratie ou un gage de proximité entre gouvernants et gouvernés comme on s\u2019efforce à les présenter depuis 2001.En tout cas, la population ne le voit pas ainsi.Pourtant, la réforme retenue à Montréal s\u2019appuie sur ces mêmes prémisses.L\u2019expérience de villes étrangères confrontées à des menaces de sécession démontre que des mesures de démocratie participative ont plus de chance d\u2019emporter l\u2019adhésion populaire.Par exemple, la création des conseils de quartier et l\u2019amélioration de la représentation du territoire insatisfait par la grande ville a permis en partie d\u2019éviter la sécession à Los Angeles.Le PLQ, qui connaît cette expérience car il s\u2019en est inspiré pour formuler sa promesse de consulter la population dans un cas de « défusion », aurait pu anticiper qu\u2019une réforme administrative ne susciterait pas des passions suffisantes pour arrêter le mouvement défusionniste.Ainsi, le plan montréalais apparaît comme un exercice vain, significatif de l\u2019urgence dans lequel se retrouve alors le maire de Montréal.Les relations de pouvoir se sont en effet inversées.Si dans la première phase de la réorganisation municipale, la ville-centre a une position dominante alors que l\u2019opprobre porte sur les villes de banlieue, considérées comme des mauvais joueurs métropolitains, dans la deuxième phase, la ville-centre doit se plier à une entreprise inutile de séduction des 73 dossier banlieues.Or, nous verrons que si la réforme montréalaise a peu de portée auprès du mouvement défusionniste, elle a des effets importants sur la lisibilité du système politique de la métropole.Aux prises avec l\u2019effet combiné du plan de décentralisation et de la création du conseil d\u2019agglomération, les citoyens montréalais « profitent » d\u2019une démocratie passablement incertaine.Deuxième acte.Des résultats référendaires inattendus La thèse selon laquelle le gouvernement Charest souhaite satisfaire rapidement son électorat de 2003 mais espère également limiter les défusions est confirmée par l\u2019artillerie lourde qu\u2019il met en place à partir de juin 2003 pour faire reculer le mouvement défusionniste.L\u2019emploi d\u2019un vocabulaire neutre pour justifier la consultation de la population (« renforcer la base démocratique » des nouvelles villes) est un premier signe de cette position : le gouvernement adopte un rôle de médiateur et n\u2019appuie pas officiellement les défusions.Paradoxalement, notons toutefois que le libellé de la question référendaire ne porte pas sur l\u2019approbation de la fusion municipale réalisée en 2002 mais sur l\u2019opportunité de défusionner ou non (le nouveau vocabulaire gouvernemental parle alors de « démembrement »).L\u2019adoption de la loi 9 est le véritable indicateur de la volonté du PLQ de tenir sa promesse sans pour autant favoriser la sécession.Implicitement, cette loi qui balise le processus de consultation et expose les premières lignes d\u2019organisation du système municipal post-défusion, vise à décourager les défusions.La procédure de référendum fixe un seuil d\u2019approbation particulièrement élevé et lance ainsi une pratique inusitée dans l\u2019histoire de l\u2019exercice référendaire au Québec.Le gouvernement impose une double exigence pour reconnaître les défusions : le nombre de votes favorables aux défusions doit représenter 50 % des votes exprimées et au moins dossier 74 35 % des électeurs inscrits doivent également approuver cette option.Par ailleurs, la loi 9 expose le fonctionnement envisagé s\u2019il y a défusion.La continuité du lien de solidarité qui unit la ville-centre et la municipalité reconstituée est le principe fondamental de cette législation.Cela signifie que les municipalités reconstituées ne retrouveront pas tout à fait leur statut d\u2019antan.Une part importante de leurs pouvoirs est déléguée à une nouvelle instance supramunicipale, le conseil d\u2019agglomération.Cette délégation réduit considérablement leur marge de manœuvre antérieure, au point où elles auront dans les faits des attributions semblables à celles des supers arrondissements de la Ville de Montréal ! Ainsi, à l\u2019aube du processus référendaire de juin 2004, les citoyens tentés par les défusions sont prévenus : 1) la mobilisation électorale doit être conséquente ; 2) une défusion n\u2019équivaut pas à un retour en arrière : les municipalités reconstituées sont une pâle copie de leur version antérieure car elles demeurent liées à leur agglomération.Or, malgré les mesures décourageantes, les électeurs de trente-deux municipalités ont choisi l\u2019option de la défusion.Le mouvement ne s\u2019est pas limité à l\u2019île de Montréal.Il a touché également Longueuil, Québec et huit autres municipalités rurales ou semi-urbaines.Ce nouveau portrait du Québec municipal permet de dire que la promesse de consulter la population est devenue une voie rapide pour former des enclaves municipales.Une analyse des résultats démontre en effet que c\u2019est l\u2019« appartenance monétaire » qui a prévalu : parmi les 10 villes les plus riches du Québec (calculé en fonction du revenu des ménages), huit ont défusionné (notons l\u2019exception notable de Outremont, voir à ce propos les analyses de Pierre Drouilly et de Alain G.Gagnon dans l\u2019Annuaire du Québec 2005).Ainsi, non seulement les freins prévus par le gouvernement Charest n\u2019ont pas 75 dossier limité les défusions à quelques municipalités excentriques montréalaises mais la réforme a permis de légitimer un nouvel avoir entre les mains des plus riches, celui de posséder sa municipalité.En n\u2019anticipant pas le raz-de-marée défusionniste, le PLQ a pris des décisions qui a posteriori démontrent une improvisation désarmante.Troisième acte (inachevé).Le conseil d\u2019agglomération et ses effets indirects Il est encore trop tôt pour poser un regard définitif sur la formule des conseils d\u2019agglomération.La solution trouvée par le gouvernement est un habile compromis respectant l\u2019esprit de la réorganisation municipale (forcer un partage des ressources et un dialogue au sein des agglomérations) tout en permettant aux municipalités reconstituées d\u2019exister juridiquement.Les problèmes de fonctionnement rencontrés depuis le début des conseils d\u2019agglomération le 1er janvier 2006 tiennent moins à l\u2019inefficacité de cette nouvelle structure (quoique passablement complexe) qu\u2019au refus des municipalités reconstituées de reconnaître le nouveau paradigme municipal créé par la réorganisation municipale : les municipalités d\u2019une même agglomération demeurent liées.Les municipalités reconstituées ne peuvent donc pas opérer dans les mêmes termes qu\u2019auparavant.Comme leur poids démographique est souvent peu élevé par rapport à la ville-centre (sauf à Longueuil, ce qui explique que les blocages au conseil d\u2019agglomération sont plus importants là qu\u2019ailleurs), leur marge de manœuvre est très restreinte car la distribution des voix se fait en fonction du nombre de citoyens représentés.Or, les élus de ces localités ont une compréhension différente de la représentation : en regagnant leur ville, ils veulent parler à titre de municipalité.En d\u2019autres mots, ce sont les villes qui ont des droits de représentation et non les citoyens.En ouvrant la porte aux défusions, le dossier 76 gouvernement Charest a entraîné cette confusion qui risque de hanter les modifications annoncées et réclamées des conseils d\u2019agglomération.Les prochains mois seront en effet l\u2019objet d\u2019une série de discussions de nature très technique qui resteront incompréhensibles pour les non initiées.Mise à part une question soulevée à Québec, les discussions actuelles ne portent toutefois pas sur la position du maire et des élus de la ville-centre siégeant au conseil d\u2019agglomération par rapport à leur conseil municipal.Comme la moitié du budget est discutée à l\u2019échelle de l\u2019agglomération (et que le poids démographique de la ville-centre assure la prépondérance des élus de la ville-centre), on peut se demander quel rôle reste-t-il aux membres des conseils municipaux, particulièrement à Montréal où les arrondissements ont un pouvoir accru.La réforme des conseils d\u2019agglomération a en fait considérablement renforcé le pouvoir du comité exécutif de la ville-centre.À Montréal, cette situation s\u2019ajoute au fait que la création des conseils d\u2019agglomération a mené à une réforme du système électoral qui est un chef d\u2019œuvre de complexité.Le citoyen possède en effet entre 3 et 5 votes, selon l\u2019arrondissement où il réside : un pour le maire, un pour le maire d\u2019arrondissement, un pour son conseiller de ville et un pour le ou les conseillers d\u2019arrondissement (entre 0 et 2 selon les territoires).Aux citoyens à comprendre le rôle de chacun ! En termes de démocratie municipale, nous naviguons actuellement dans un brouillard particulièrement opaque.?Dans cette histoire des défusions, seul le respect de la promesse de consulter semble une réussite.Mais une fois engagée sur cette voie, le saut est périlleux car pour le gouvernement Charest, la difficulté de l\u2019exercice est de répondre à l\u2019insatisfaction de ceux qui l\u2019ont porté au pouvoir en 2003, 77 dossier tout en espérant malgré tout le statu quo municipal.Or, en voulant décourager les défusions par l\u2019adoption de mesures contraignantes, le PLQ pense avoir réussi ce difficile équilibre.Les résultats référendaires démontrent le contraire.Le mouvement défusionniste a été lourdement mésestimé, ce qui prouve combien cette promesse a été exprimée et réalisée dans une grande improvisation.« Tout ça pour ça » serait-on tenté de dire.En sous-évaluant la vague défusionniste, le gouvernement Charest a négligé de réfléchir aux conséquences combinées à Montréal de l\u2019infra-décentralisation et de la supra-décentralisation et plus généralement, aux effets néfastes des défusions sur l\u2019exercice de la démocratie locale.Au total, le feuilleton des sécessions municipales sous le gouvernement Charest semble confirmer l\u2019hypothèse discutée ici et ailleurs selon laquelle les banlieues ont un poids politique grandissant.? 78 DOSSIER Michel Duquette, Pierre-Luc Gagnon* Bilan Charest EN MATIÈRE D\u2019ÉNERGIE ET D\u2019ENVIRONNEMENT Un temps ministre de l\u2019Environnement sous le second mandat de Brian Mulroney, devenu chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest applique à l\u2019échelle du Québec une pensée cohérente qui repose sur des fondements d\u2019autant plus solides qu\u2019ils sont partagés par l\u2019ensemble des gouvernements d\u2019Amérique du Nord, à l\u2019exception de celui de la Californie : la priorité absolue au développement économique, la refonte et l\u2019allègement de l\u2019Etat, une coopération renforcée entre paliers de gouvernement et enfin l\u2019application plus symbolique que réelle des principes du développement durable.Les domaines connexes de l\u2019énergie et de l\u2019environnement illustrent à la perfection une démarche que je qualifierai d\u2019ambitieuse dans ses objectifs et de tâtonnante sur le terrain.Dans le contexte du traité de Kyoto portant sur la lutte aux gaz à effet de serre (GES), le gouvernement Charest a tiré avantage du fait que le Québec, dans l\u2019ensemble canadien, est un faible contributeur aux GES grâce à sa production hydroélectrique, pour accélérer le pas dans la direction des énergies dites renouvelables - barrages et éoliennes - et se donner le temps de réfléchir sur les actions volontaristes * Michel Duquette est professeur titulaire de science politique à l\u2019Université de Montréal et Pierre-Luc Gagnon est étudiant de doctorat en science politique à l\u2019Université Laval 79 dossier en matière d\u2019environnement.Moins visé que l\u2019Alberta et l\u2019Ontario par les critères de Kyoto, Québec est pourtant en passe de perdre le leadership que sa matrice de production énergétique lui avait fait conquérir, faute de diversifier ses sources de production et d\u2019approvisionnement.Au moment de la conférence de Rio de 1992, on se souvient que le ministre fédéral de l\u2019Environnement de l\u2019époque, Jean Charest, prêcha par l\u2019exemple et mit sur la table un audacieux programme de réformes environnementales nationales sous le titre de Plan Vert.Ce document établissait un lien direct entre la manière dont on prenait les décisions économiques et politiques et les crises écologiques ayant motivé les travaux de la conférence.Il éloignait « la base conceptuelle des politiques environnementales de la gestion des ressources et de la remise en état des milieux pollués pour la réorienter vers la prévention de la pollution et le développement durable »\\ Grâce à lui, le Canada avait fait bonne figure à Rio.Mieux reçu au Brésil qu\u2019à Ottawa, comme quoi nul n\u2019est prophète en son pays, le Plan vert tomba dans l\u2019oubli avec l\u2019arrivée des élections fédérales et la récession économique du début des années quatre-vingt-dix.La question se posait alors ; Jean Charest le remettrait-il à l\u2019ordre du jour au Québec une fois devenu premier ministre ?Réforme de l\u2019État et développement durable Les libéraux provinciaux portés au pouvoir, la locomotive gouvernementale prit les rails avec une bonne année de retard, question d\u2019accorder les violons d\u2019une équipe bien peu expérimentée.La répartition des tâches ne s\u2019écartait pas 1 Toner, Glen.Canada : From Early Frontrunner to Plodding Anchorman.Dans William M.Lafferty et James Meadowcroft.Implementing Sustainable Development.Strategies and Initiatives in High Consumption Societies.Oxford, Oxford University Press.2000, p.59. dossier 80 des sentiers battus.Québec laissait André Caillé, l\u2019homme fort d\u2019Hydro-Québec, à ses projets que facilitait la Paix des braves signée avec les Premières nations par l\u2019administration précédente de Bernard Landry.Le gouvernement se réservait la refonte de l\u2019État, ce qui incluait le domaine de l\u2019environnement.À l\u2019automne 2004, l\u2019engagement gouvernemental face à l\u2019environnement se précisa.Abordant ce sujet lors du discours de clôture du congrès libéral, Jean Charest affirma que le développement durable allait être implanté « au plus haut sommet de l\u2019État ».Alors qu\u2019on s\u2019attendait à ce qu\u2019il mette en œuvre un Plan vert doté d\u2019un financement costaud, il présenta plutôt un Plan de développement durable dont la mise en œuvre « ne devrait pas nécessiter l\u2019injection de ressources financières substantielles dans les ministères et organismes ».Cette orientation surprit d\u2019autant plus que les intervenants savaient à quel point les budgets et le personnel affectés à la gestion et à la coordination de la politique de développement durable étaient anémiques.Le plan se résumait en fait à la création d\u2019un Fonds vert destiné à subventionner les organismes oeuvrant dans le domaine de l\u2019environnement, la création d\u2019un poste de commissaire au développement durable, un mécanisme de reddition de comptes pour la fonction publique et une stratégie de développement durable destinée au secteur public.Grands objectifs, petits moyens Comme on voit, le projet de loi s\u2019adressait uniquement à l\u2019administration gouvernementale, ce qui évacuait l\u2019aspect plus global qu\u2019aurait pu constituer un projet de loi se rapprochant davantage d\u2019une politique publique.Le texte confirmait que la promotion du développement durable ressortirait d\u2019un nouveau ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs, un ministère qui ne disposerait ni des ressources ni de l\u2019autorité nécessaire pour dossier 8i entraîner les autres ministères et qui n\u2019aurait de juridiction que sur l\u2019un des chapitres du développement durable : l\u2019environnement.Le manque d\u2019autorité et l\u2019aspect sectoriel du MDDEP ne seraient pas corrigés dans le projet de loi et cette défaillance laisserait sur leur faim nombre de participants à la consultation publique précédant la présentation du projet de loi, puisque le MDDEP en fait mention dans son Rapport synthèse de la consultation publique sur le Plan de développement durable du Québec.Dans ce texte, on apprend que certains participants auraient préféré voir confier la responsabilité du plan à une instance spécifiquement consacrée à cette tâche et au-dessus de tous ministères et organismes.D\u2019autres proposaient même que la responsabilité de la mise en œuvre du plan incombe au premier ministre lui-même.Son statut d\u2019autorité suprême au conseil des ministres lui aurait permis de guider la démarche du gouvernement.Le cas échéant, il eût fallu que le gouvernement se dote d\u2019instances de coordination dans tous les ministères, sans doute sous la forme d\u2019un poste de sous-ministre adjoint au développement durable responsable des actions liées à cette stratégie auprès du premier ministre.Devant cette volée de critiques, le gouvernement chercha à gagner du temps.Si le remaniement ministériel de février 2005 avait comme prévu renommé le ministère de l\u2019Environnement en ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs (MDDEP) et si son ministre Thomas Mulcair présentait avec les meilleures intentions du monde le projet de loi 118 sur le développement durable qui devait être adopté durant la session parlementaire d\u2019automne 2005, le premier ministre surprit tout le monde en bouleversant le calendrier de la session parlementaire.Il décida de la suspendre prématurément afin d\u2019adopter dans la confusion générale une loi spéciale sur les conventions collectives des employés du secteur public.Le ministre dut dossier 82 se plier mais n\u2019oublia pas l\u2019affront ; il y en aurait d\u2019autres.Si bien que le projet de loi 118 ne fut adopté qu\u2019au printemps de 2006.C\u2019était tout dire de l\u2019autorité que le gouvernement reconnaissait au ministre et à son projet.Le ministre du MDDEP pouvait attribuer des enveloppes à même le Fonds vert à n\u2019importe quelle activité faisant partie du mandat du ministère au risque que les crédits annuels de celui-ci soient diminués en proportion.Un risque bien réel car, si on prend l\u2019exemple du financement des groupes environnementaux, Thomas Mulcair avouait que « c\u2019est une évidence que si je veux financer des organismes de bassin versant à travers le Fonds vert, je n\u2019ai pas besoin de prévoir le même poste budgétaire à l\u2019intérieur du ministère »2.La réduction continue des budgets du MDDEP signala un retour au niveau de financement des défunts Services de protection de l\u2019environnement (SPE) qui avaient précédé le ministère de l\u2019Environnement du Québec (MENVIQ) fondé en 1979.Le dernier exercice budgétaire des SPE (1978-1979) avait atteint un sommet de 20 553 600 $, soit environ 0,24 % du budget total du gouvernement3.L\u2019enveloppe actuelle du MDDEP en représente 0,32 %, ce qui oblige le MDDEP à assumer des responsabilités beaucoup plus lourdes avec un budget dont le ratio est à peine supérieur à celui des SPE du bon vieux temps.La politique nationale de l\u2019eau devait permettre de réformer les modes d\u2019utilisation de tous les secteurs d\u2019activité et de donner au Québec « une vision globale de la façon dont nous désirons gérer cette richesse inestimable, dans une 2\tAssemblée nationale.Commission permanente des transports et de l\u2019environnement.Étude des crédits du ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs.Le jeudi 26 mai 2005 - Vol.38 N° 46.3\tChiffres tirés du budget d\u2019allocation des crédits, année budgétaire 19771978. 83 dossier perspective de développement durable »4.En réponse à une liste d\u2019actions à entreprendre pour permettre de réaliser les objectifs contenus dans Politique nationale de l\u2019eau (PNE), le MDDEP dressa un bilan jugé satisfaisant des réalisations obtenues, si l\u2019on considère les nouvelles orientations gouvernementales, l\u2019arrivée du plan de modernisation de l\u2019État et une conjoncture budgétaire difficile.Là encore, les « bons résultats » obtenus l\u2019avaient été malgré un très faible apport en nouvelles ressources humaines et financières.Le gouvernement s\u2019impliqua également dans un processus de révision du mode de gestion des forêts publiques du Québec.S\u2019il est vrai que le gouvernement se joignait aux travaux du Sommet de la terre de Rio en 1992 afin d\u2019adopter la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique, les actions qui devaient s\u2019y rattacher restèrent longtemps dans l\u2019incubateur.Québec ne présenta qu\u2019en 1996 le plan d\u2019action 1996-2000 qui devait lui permettre de mettre en œuvre la Convention sur la diversité biologique des Nations-Unies.Le fait est que le gouvernement québécois n\u2019avait pas jugé bon, jusqu\u2019à maintenant, de préserver plus de 0,3 % de sa forêt boréale de toute forme d\u2019exploitation industrielle, en dépit du fait qu\u2019il était propriétaire de l\u2019ensemble de cette forêt.En 2004, il présenta une autre stratégie et un autre plan d\u2019action qui devaient guider ses interventions jusqu\u2019en 2007, notamment en ce qui a trait à l\u2019atteinte du minimum de 8 % du territoire désigné comme aires protégées dans la Convention.Le problème demeurait le mécanisme de désignation des aires protégées.Le Québec fait piètre figure en comparaison de l\u2019imposant réseau de parcs ontariens qui couvre 77 000 km2 puisque les 22 parcs québécois en couvrent à peine 6 400 km2.4 Québec.Message du premier ministre Bernard Landry dans Québec.Politique nationale de l\u2019eau.L\u2019eau.La vie.L\u2019avenir.Environnement Québec, 2002. dossier 84 Les hics et les couacs de la gestion au quotidien L\u2019hiver 2006 vit l\u2019irruption dans l\u2019agenda politique d\u2019un dossier qui allait révéler l\u2019intérêt véritable du gouvernement en matière de gestion de ses propres parcs, l\u2019un de ses mieux situés et, de ce fait, l\u2019objet de maintes convoitises : le mont Orford.Ici encore, l\u2019initiative vint du sommet de l\u2019État, comme l\u2019avait annoncé Jean Charest au Congrès de 2004.C\u2019est tout un lapin qui sortit du chapeau : privatisation partielle du parc, complexe immobilier de luxe, centre récréo-touristique.Des promoteurs proches du Parti libéral, des tonnes de béton et des stationnements à perte de vue : une nouvelle banlieue au milieu de toutes ces banlieues qui champignonnent sur la zone ouest de l\u2019Estrie.C\u2019était trop demander au ministre Thomas Mulcair qui n\u2019avait rien à voir avec cette initiative de patronage régional et qui remit sa démission.Jean Charest le remplaça par Claude Béchard, plus accessible et malléable.On connaît la suite ; les groupes de citoyens se mobilisèrent, le gouvernement résista d\u2019abord, plia ensuite, refit son texte, le modifia à nouveau jusqu\u2019à ce qu\u2019une formule de compromis, aussi imprécise que les interventions du gouvernement en toutes matières, laissât une place à une coopérative de développement local.Celle-ci, résolument plus écologique que le propriétaire actuel des lieux, se verrait réservée une portion congrue du site pour réaliser des aménagements respectueux du parc, de sa vocation originelle, de sa faune et de sa flore.Ce dossier, tel une pieuvre, ne cessait de changer de forme, de s\u2019étendre ou au contraire de se réduire, de se modeler aux circonstances et de faire couler beaucoup d\u2019encre.Au sortir de ce pataquès, comme Gilles Vigneault le chantait si bien, « Tout le monde est malheureux » : les citoyens, les promoteurs, les fabricants de béton, la MRC, les écologistes, le ministre de l\u2019Environnement et, à tout seigneur tout honneur, le premier ministre lui-même. 85 dossier Deux autres incidents vinrent s\u2019imposer dans l\u2019agenda improvisé de ce mandat : le projet de centrale thermique au gaz naturel du Suroît et le projet de terminal méthanier de Rabaska près de Lévis.André Caillé, en passant à Hydro-Québec, avait emmené dans son porte-document, outre Gaz Métro lui-même, ces deux initiatives louables destinées à accroître l\u2019usage de ce combustible d\u2019appoint au Québec.Mieux préparées et bien présentées au public, surtout bien expliquées dans le cadre d\u2019une stratégie d\u2019ensemble du développement de l\u2019énergie pour l\u2019ensemble du territoire, elles n\u2019auraient dû faire l\u2019objet d\u2019aucune contestation insurmontable.Des projets similaires constellent la carte de l\u2019Europe et se multiplient chaque année en Amérique du Nord et en Asie.Ou bien on s\u2019industrialise, ou bien on ne le fait pas et on perd sa population au profit d\u2019autres provinces.Là encore, le niveau de confiance de la population envers les autorités étant ce qu\u2019il est, on assista à une levée de boucliers de la part des citoyens, des écologistes et de tous ceux qui, dans notre société, cherchent à envahir les écrans de télé.Le gouvernement fit montre de résolution au début, insista et résista mais sans expliquer et finit par laisser tomber sans autre explication.Le Suroît mis sur la glace, Rabaska soumis au feu des associations de citoyens de la région de Québec et du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement et pateaugeant dans une mare de méfiance : c\u2019étaient bel et bien deux occasions perdues pour l\u2019essor de cette filière au Québec.Encore une fois, le ministère de l\u2019Environnement n\u2019avait rien eu à voir avec ces dossiers comportant des enjeux environnementaux majeurs.L\u2019absence d\u2019un plan d\u2019ensemble et la médiocrité du processus de consultations faisaient avorter l\u2019une après l\u2019autre les initiatives les plus prometteuses, sinon du gouvernement, du moins de son fondé de pouvoir en matière énergétique : le consortium Hydro-Québec/Noverco Gaz Métro. dossier 86 Le dossier des éoliennes est une autre illustration du climat d\u2019improvisation qui fut la marque de commerce de cette administration.Ici encore, l\u2019initiative venait d\u2019Hydro-Québec, chapeautée par son ministre titulaire Pierre Corbeil, soucieux avec raison de rattraper le retard du Québec en matière d\u2019énergie renouvelable d\u2019appoint.Ce dossier venait aussi à point nommé pour faire oublier le projet mal ficelé des mini-centrales hydroélectriques, aussitôt formulé, aussitôt relégué aux oubliettes faute de preneurs.Il suffit de regarder les chiffres : 18 000 mégawatts installés en Allemagne couvrant 14 % des besoins en électricité de ce pays puissamment industrialisé ; 7500 au Danemark, soit 40 % de ses besoins plus modestes ; à peine 1,048 au Canada, dont seulement 220 au Québec à l\u2019été 2006.Désireuse de se trouver des partenaires, Hydro-Québec s\u2019engagea à acheter par un contrat à long terme tout l\u2019énergie produite par la cohorte naissante des petites et moyennes entreprises d\u2019éoliennes et à effectuer les raccords nécessaires.Le plan québécois prévoyait deux étapes : un premier appel d\u2019offres de 1000 mégawatts qui seraient installés de 2006 à 2012 et un second de 2000 ou 2500 supplémentaires, qui le seraient de 2009 à 2013 pour un total de 3220 à 3500 mégawatts, soit 10 % de l\u2019électricité produite au Québec à ce moment-là.Objectif ambitieux et louable avec des chiffres qui se rapprochent de l\u2019Allemagne d\u2019aujourd\u2019hui, sept ans plus tard.Sauf que l\u2019Allemagne s\u2019est donnée un objectif de 33 % d\u2019autonomie grâce à l\u2019énergie éolienne en 2020, prix du pétrole obligent.Le premier appel d\u2019offres donna lieu à la belle pagaille que l\u2019on sait.Implantation anarchique de parcs un peu partout, propriétaires insatisfaits des loyers - deux à trois fois plus bas qu\u2019en Ontario - consentis par les entreprises locataires de parcelles de leurs terres ; plaintes des riverains quant au bruit - équivalant selon les uns à celui de la circulation automobile et selon les autres, à l\u2019ouie plus fine, 87 dossier au décollage d\u2019un avion - ou aux agressions au paysage ; rivalité entre maires qui accaparaient les contrats et leurs administrés laissés pour compte ; enfin compétition entre régions, dont s\u2019exclut d\u2019ailleurs l\u2019aristocratique MRC de Brome-Missisquoi.Les pressions discrètes du gouvernement auprès des entreprises pour renégocier les contrats à la hausse furent suivies d\u2019un engagement pris début 2007 auprès des écologistes de laisser le BAPE rejeter tout projet qui ne serait pas conforme aux directives d\u2019une MRC.Enfin, les élections se rapprochant, le gouvernement mit en place et au petit bonheur un mécanisme de saupoudrage d\u2019aides d\u2019urgence aux MRC désireuses de consulter la population sur l\u2019opportunité des éoliennes.Ici comme partout, on prit d\u2019abord la décision, on inventa le modus operandi en cours de route et on se résigna à consulter la population quand on ne pouvait pas faire autrement.Le gouvernement et la population peuvent tout de même se réjouir de ce que le plan d\u2019Hydro-Québec, aussi constant et prévisible que le passage des saisons quel que soit le parti au pouvoir, ait permis la réalisation de projets déjà entamés.La grande centrale Eastmain 1 sur la rivière du même nom, productrice de 450 mégawatts, a été complétée il y a quelques mois.La centrale Chutes-Allard et Rapides-des-Cœurs en Haute-Mauricie est en construction avancée et produira 138 mégawatts.Celle de Péribonka au Lac Saint-Jean également avec ses 315 mégawatts anticipés.La tendance en ce domaine est claire : l\u2019ère des méga-projets cède la place à celle des projets de taille intermédiaire et des sous-traitants destinés à combler le manque à gagner en période de demande de pointe.En matière d\u2019énergie et d\u2019environnement, le premier mandat du gouvernement de Jean Charest s\u2019achève ainsi sans percée ni réalisation notable, faute de méthode éprouvée. dossier 88 Un second mandat permettrait-il d\u2019aller au bout des projets gaziers - port méthanier et centrale thermique - et éolien ?Si les électeurs lui refusaient cette opportunité, gageons qu\u2019un gouvernement péquiste les reprendrait à son compte sous un autre emballage.Dans ce secteur stratégique pour notre avenir, nous sommes convaincus qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un seul parti : celui du Québec.? 89 DOSSIER Michel Paillé* Bilan Charest L'IMMIGRATION ET LA QUESTION LINGUISTIQUE Les deux thèmes que L\u2019Action nationale m\u2019a confiés dans le cadre de ce bilan du gouvernement de M.Jean Charest sont l\u2019immigration et la langue.On conviendra aisément que le défi de se pencher sur ces deux domaines n\u2019est pas de les développer longuement.Mais s\u2019en tenir à quelques pages seulement est beaucoup plus exigeant.Nous devrons donc choisir quelques aspects particuliers et nous en tenir à l\u2019essentiel.Nous espérons ne pas trop décevoir par les choix arbitraires que nous aurons faits.Malgré ces contraintes, nous avons jugé bon placer le dernier gouvernement du Québec dans une perspective historique à court terme, du moins en ce qui a trait à l\u2019immigration internationale.Ainsi, les années 2004-2007 du gouvernement Charest seront comparées aux années 1995-1998 des gouvernements Parizeau et Bouchard, ainsi qu\u2019aux années ^99-2003 des gouvernements Bouchard et Landry1.* Démographe, jadis agent de recherche dans les organismes de la loi 101, l\u2019auteur est chercheur associé à la Chaire Hector-Fabre d\u2019histoire du Québec, Université du Québec à Montréal. dossier 90 L\u2019immigration internationale Aborder l\u2019immigration internationale, c\u2019est d\u2019abord considérer les nombres annuels de ressortissants étrangers qui ont choisi le Québec comme lieu de destination.C\u2019est également se pencher sur les volumes prévus pour les prochaines années.Au temps des gouvernements Parizeau et Bouchard, nous avons reçu en moyenne 27 800 immigrants par année, soit 13,4 % de l\u2019immigration canadienne.Dans les cinq années suivantes, les gouvernements Bouchard et Landry ont porté l\u2019immigration à une moyenne annuelle de 35 300 personnes.Il s\u2019agissait alors d\u2019une augmentation globale de 27 %, portant ainsi la part du Québec à 15,8 % de l\u2019immigration internationale à destination du Canada.S\u2019inscrivant dans cette tendance à la hausse, le gouvernement Charest, quant à lui, aura accueilli annuellement 45 400 immigrants internationaux entre 2004 et 2007 inclusivement2.Il s\u2019agirait là d\u2019une croissance des effectifs sur la période précédente de près de 29 % si les objectifs visés pour 2006 et 2007 étaient atteints3.Le Québec aura alors reçu environ 18 % des immigrants internationaux qui auront choisi le Canada.Bref, depuis l\u2019élection générale de 1994, l\u2019immigration internationale pourrait avoir augmenté de 63 % sous les administrations des quatre derniers premiers ministres4.Quand la tendance générale pancanadienne est à la hausse, tout nouveau gouvernement québécois, voire tout nouveau premier ministre, poursuit sur la lancée du précédent.Le nombre annuel d\u2019immigrants internationaux que le Québec accueille ne varie pas en fonction de la couleur politique de son gouvernement.La plupart des 24 ministres qui ont eu la responsabilité de l\u2019immigration depuis 1968 91 dossier pourraient n\u2019avoir eu que très peu d\u2019influence, ne serait-ce que parce qu\u2019ils ont été éphémères5.Sachant que le Québec ne peut pas accueillir sa quote-part basée sur l\u2019importance relative de sa population au sein du Canada, tout au plus cherche-t-on à se rapprocher le plus près possible du cinquième de l\u2019immigration internationale admise au pays.En somme, en ce qui a trait aux volumes d\u2019immigration, ce sont les décisions du gouvernement fédéral pour l\u2019ensemble du Canada qui comptent.Voilà pour les nombres.Mais qu\u2019en est-il de la connaissance du français chez les immigrants internationaux que le Québec accueille ?Tous les gouvernements du Québec se sont faits forts d\u2019attirer le plus grand nombre possible d\u2019immigrants sachant parler le français.Dans les diverses ententes entre le gouvernement du Québec et celui du Canada, on a reconnu le bien fondé de privilégier les francophones afin de faciliter l\u2019intégration à la majorité d\u2019expression française.Le Plan stratégique du gouvernement Charest a retenu l\u2019objectif des gouvernements précédents, soit maintenir à « au moins 50 % la proportion de personnes immigrantes admises connaissant le français »6.Au temps des gouvernements Parizeau et Bouchard, la proportion annuelle moyenne d\u2019immigrants connaissant au moins le français7 n\u2019était que de 38 %.Sous les gouvernements Bouchard et Landry, cette proportion s\u2019est accrue au-delà de 47 %.Enfin, si on se fie aux années 2004 et 2005 du gouvernement Charest, années pour lesquelles les données statistiques sont connues, l\u2019objectif de 50 % a été largement dépassé.En effet, en 2004 et 2005, la proportion d\u2019immigrants internationaux capables de s\u2019exprimer au moins en français était de 56,3 %. dossier 92 11\ty a toutefois un revers à cette médaille.Dans les faits, la croissance de la proportion d\u2019immigrants aptes à parler le français est venue avec une importante hausse du bilinguisme français-anglais.En effet, la part relative des immigrants ne connaissant que le français a baissé sous les 23 % au temps du gouvernement Charest, un léger recul en comparaison aux deux périodes précédentes (26 % et 25 % respectivement).Par contre, les immigrants qui pouvaient converser en français et en anglais ont vu leur importance relative passer d\u2019abord de 12\t% au temps de MM.Parizeau et Bouchard, à 22,2 % sous les gouvernements Bouchard et Landry, pour ensuite progresser jusqu\u2019à 33,5 % depuis l\u2019élection de M.Jean Charest.Bref, comme le montre la figure 1, c\u2019est la croissance du bilinguisme français-anglais qui a poussé à la hausse, année après année depuis 1997, la proportion d\u2019immigrants internationaux sachant s\u2019exprimer au moins en français au moment de leur arrivée au Québec.De 10,7 % en 1997, la proportion de bilingues français-anglais a augmenté sans interruption pour atteindre 33,7 % en 2005.Figure 1 - Connaissance du français et de l'anglais (%) chez les immigrants, Québec, 1995-2005 Français seulement Français et anglais Au moins le français Au moins l'anglais 93 dossier En corollaire à ce constat de l\u2019augmentation du bilinguisme français-anglais, il s\u2019ensuit que la proportion d\u2019immigrants sachant s\u2019exprimer au moins en anglais8 a elle aussi progressé : de moins de 33 % qu\u2019elle était en 1995-1998, elle atteignait 51,6 % durant la période 2004-2005.En 2005, dernière année pour laquelle nous avons l\u2019information, elle était de 52,3 % des immigrants admis.On peut clairement voir à la figure 1 que la proportion d\u2019immigrants qui connaissent au moins l\u2019anglais talonne de près celle des immigrants en mesure de parler au moins le français.En somme, en recherchant le plus grand nombre d\u2019immigrants connaissant le français, on a fait croître à la fois le bilinguisme français-anglais et la connaissance de l\u2019anglais tout court.Devant ce constat, une nouvelle question se pose : dans les faits, le français est-il mieux maîtrisé que l\u2019anglais chez les immigrants que nous accueillons ?Les données publiées par le MICC ne permettent pas de se faire une idée précise sur le degré de compétence réelle des immigrants en français.Pourtant, dans la grille de sélection de certains candidats à l\u2019immigration, l\u2019aptitude à parler notre langue officielle est évaluée sur une échelle de 0 à 17 points.À notre connaissance, une distribution de ce système de pointage n\u2019a jamais été publiée par le ministère.Outre que l\u2019on ignore comment les points sont attribués, on ne sait pas quel score un immigrant doit obtenir pour être considéré apte à parler le français dans les données compilées pour fin de publication par le MICC9.Compte tenu de l\u2019importance de l\u2019anglais dans le monde, il nous faudrait savoir laquelle des deux langues officielles du Canada est la mieux maîtrisée chez les immigrants interna- dossier 94 tionaux considérés comme bilingues français-anglais ?Dans le cas des immigrants « unilingues », lesquels sont les plus performants : ceux qui ne connaissent que le français, ou ceux qui ne peuvent s\u2019exprimer qu\u2019en anglais ?À la lumière de ces quelques questions, la francisation des immigrants qui ne connaissent pas le français à leur arrivée au Québec prend une toute autre dimension.En effet, d\u2019une part, l\u2019anglais est de plus en plus répandu parmi les immigrants internationaux et, d\u2019autre part, la population d\u2019accueil de langue française se fait souvent plaisir, voire honneur, de montrer à tout venant qu\u2019elle sait s\u2019exprimer .en anglais ! C\u2019est sans compter par ailleurs sur le fait que 3 immigrants sur 4 s\u2019établissent à Montréal, là où l\u2019importance relative de la majorité francophone est la plus faible de toutes les régions du Québec.Le gouvernement du Québec s\u2019est engagé, par « contrat moral », à assurer aux adultes immigrés des « services adéquats » d\u2019apprentissage du français soutenus par « un effort concerté de promotion de l\u2019usage du français »\u201c.Au temps des COFI, le français était enseigné jusqu\u2019à 600 heures.De nos jours, le site Internet du ministère fait état de 11 semaines de 30 heures, soit 330 heures seulement pour ceux qui s\u2019en prévalent jusqu\u2019à la dernière leçon.Hélas, ils sont nombreux à abandonner ! Or, bien que la loi constitutive du MICC commande au ministre de « prendre les dispositions nécessaires pour que les personnes qui s\u2019établissent au Québec acquièrent, dès leur arrivée [.], la connaissance de la langue française », de nombreux immigrés doivent attendre, parfois plusieurs mois, qu\u2019il y ait une place pour eux.Conscient de sa difficulté à remplir ses obligations, le ministère a ajouté, parmi ses objectifs, celui de « réduire les délais d\u2019attente »\u201c.Toutefois, 95 dossier le gouvernement Charest s\u2019est placé devant une mission quasi impossible : « accroître la francisation [tout en] diminuant les coûts »12! Se pourrait-il que l\u2019on prenne le risque de rater la francisation des immigrants pour une question de gros sous ?La question linguistique Aussitôt élu, le gouvernement Charest s\u2019est lancé dans un important exercice de « réingénierie ».Il s\u2019agissait d\u2019examiner le mandat des différentes composantes de tous les ministères et de tous les organismes publics.On espérait ainsi être en mesure d\u2019alléger l\u2019appareil de l\u2019État en éliminant tout ce qui apparaîtrait redondant ou inutile.Cependant, dans le cas des organismes de la Charte de la langue française (loi 101), le gouvernement libéral n\u2019envisageait aucune réforme, alléguant que ce travail avait été fait sous le gouvernement Landry par la loi 104 (juin 2002).Rappelons que c\u2019est à la suite du rapport de la Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec13 - le « rapport Larose14 » -, que le gouvernement Landry a jugé bon amender la loi 101.Le rapport Larose recommandait de regrouper tous les organismes voués à la francisation du Québec afin de conduire à une meilleure cohérence de l\u2019action des intervenants au moyen d\u2019une concentration des ressources humaines et financières.Le but recherché n\u2019était pas de réduire les coûts et les effectifs de ces organismes, mais plutôt de rendre plus efficace « un investissement accru de l\u2019État dans la politique linguistique »15.Plutôt que de regrouper les organismes en un seul, le gouvernement Landry a préféré redéfinir leurs mandats respec- dossier 96 tifs.C\u2019est au nouvel Office québécois de la langue française (OQLF) qu\u2019il a confié la tâche de « surveille[r] l\u2019évolution de la situation linguistique du Québec et [de faire] rapport au moins tous les cinq ans au ministre »16.Sous le gouvernement Charest, l\u2019Office s\u2019est fort bien acquitté de ce mandat sous la forme de fascicules thématiques d\u2019intérêt général, ainsi que par la publication d\u2019études particulières.À ce jour, ces publications ont traité de sujets aussi variés que les caractéristiques linguistiques de la popu-lation17, la langue du travail18 ou la langue parlée à la télévision19.Très actif, l\u2019Office annonce sur son site Internet20 la publication de plusieurs autres fascicules qui porteront, entre autres sujets, sur l\u2019immigration, sur la langue d\u2019enseignement et sur la maîtrise du français.C\u2019est d\u2019ailleurs à l\u2019OQLF que l\u2019on a confié la tâche de réévaluer l\u2019usage des langues dans l\u2019espace public21.Il faut s\u2019en féliciter, ne serait-ce que pour éviter la répétition du malheureux essai de l\u2019ancien Conseil de la langue française (CLF) en 1999.Sévèrement critiqué de toutes parts, « l\u2019indice de langue d\u2019usage public » du CLF est resté à ce jour tout aussi obscur dans sa conception que douteux dans ses résultats.Contrairement à l\u2019Office, le nouveau Conseil supérieur de la langue française (CSLF) a connu, au temps du gouvernement Charest, une période de transition plutôt pénible.Essentiellement, le CSLF a publié deux gros ouvrages collectifs : le premier porte sur les nouveaux défis du français au Québec22 tandis que le second traite de la diversité linguistique québécoise23.Ces deux recueils ont fait l\u2019objet jusqu\u2019à tout récemment d\u2019au moins cinq analyses étoffées très sévères24. 97 dossier Voilà pour ces organismes publics chargés d\u2019appliquer et d\u2019évaluer notre politique linguistique.Mais qu\u2019en est-il de l\u2019action du gouvernement lui-même.Nous nous limiterons à deux questions particulières.La Commission des États généraux s\u2019est penché sur l\u2019enseignement des langues secondes du primaire à l\u2019université.Dans le cas du primaire, le rapport Larose a recommandé ce qui suit : « Au début du primaire, il ne devrait pas y avoir d\u2019enseignement formel de la langue anglaise.[.] Le début du primaire devrait plutôt être consacré à la mise en place d\u2019une stratégie d\u2019éveil des enfants aux langues étrangères.Cette stratégie d\u2019éveil devrait être conçue en fonction [.] de la maîtrise de la langue française »25.Or, bien que le premier ministre ait dû sacrifier son ministre de l\u2019Éducation, M.Pierre Reid, la politique d\u2019implantation de l\u2019anglais langue seconde dès le début du primaire dans les écoles françaises du Québec a été adoptée.On a préféré la mettre en application en dépit d\u2019études montrant que l\u2019enseignement intensif de l\u2019anglais au début du secondaire donnerait de meilleurs résultats sur des enfants qui devraient alors maîtriser l\u2019essentiel de la langue française.Sans compter que l\u2019on savait manquer de ressources professorales en la matière.Enfin, qu\u2019en est-il de la situation du français au centre-ville de Montréal ?À la demande de la ministre Line Beauchamp, l\u2019Office québécois de la langue française a mené une campagne d\u2019information et de sensibilisation dans près de 2500 commerces du centre-ville de Montréal.Si les clients sont accueillis 4 fois sur 5 en français plutôt qu\u2019en anglais, et si le service est offert 9 fois sur 10 en français, l\u2019affichage par dossier 98 contre laisse à désirer dans 30 % des cas26.Non pas qu\u2019il y ait absence totale de français sur les affiches.C\u2019est plutôt la règle de la nette prédominance du français qui n\u2019est pas respectée, généralement parce qu\u2019elle est ignorée.Or, nul n\u2019est censé ignorer la loi.Quant au gouvernement, il va sans dire qu\u2019il doit mettre tout en œuvre pour faire respecter toutes les lois.Conclusion En matière d\u2019immigration internationale et de langue, le gouvernement de M.Jean Charest s\u2019est d\u2019abord inscrit dans la continuité des gouvernements québécois précédents.Plus particulièrement, il s\u2019est comporté en ces deux domaines comme dans tout ce qu\u2019il a fait - ou n\u2019a pas fait - de son mandat.Pour reprendre les mots de M.Bernard Descôteaux, directeur du Devoir, les membres de ce gouvernement ont agit comme de simples « gestionnaires » sans mettre de l\u2019avant de grands projets de société27.Contrairement aux Centres de la petite enfance, au projet de centrale thermique du Suroît ou à la vente du mont Orford, l\u2019immigration internationale et la question linguistique n\u2019ont pas provoqué de vives réactions.Dans le cas de l\u2019immigration, l\u2019absence de réaction ne doit pas surprendre.Mais on ne peut en dire autant du domaine linguistique.En effet, en dépit d\u2019une quelconque opposition à l\u2019enseignement de l\u2019anglais dès le début du primaire, force est de reconnaître qu\u2019elle n\u2019a jamais eu l\u2019ampleur nécessaire à conduire au recul du gouvernement de Jean Charest.La fondation récente du Mouvement Montréal français (MMF) n\u2019a pas donné, à ce jour, de vifs débats sur la place publique.Bien que le MMF affirmait dans son tout premier manifeste l\u2019«urgence d\u2019agir», et lançait « un appel pressant 99 dossier à la mobilisation et à l\u2019action »28, aucune force vive n\u2019a perturbé la quiétude du gouvernement Charest.L\u2019inventaire de l\u2019OQLF révélant que 30 % des affiches au cœur de Montréal n\u2019étaient pas conformes à la loi 101, aurait sans doute suscité une certaine agitation au temps d\u2019un Robert Bourassa que l\u2019on aimait provoquer en matière linguistique.Ce ne fut pas le cas, et de loin, sous le gouvernement Charest des années 2003 à 2007.?1\tLes 3 dernières élections générales ont été tenues en 1994, 1998 et 2003.Les 3 périodes politiques que nous avons formées commencent avec l\u2019année qui a suivi l\u2019élection.2\tToutes ces données proviennent d\u2019une série de publications annuelles du ministère de l\u2019Immigration et des Communautés culturelles : Tableaux sur l\u2019immigration au Québec, 1995-1999 (publié en 2000), jusqu\u2019à celui de 20012005 (publié en 2006).Pour 2006 et 2007, voir : MICC, Plan stratégique 2005-2008, Montréal, 2005, 23 p.3\tLes données pour les 9 premiers mois de 2006 indiquent des résultats similaires aux mois correspondants de 2005.L\u2019objectif visé pourrait donc ne pas être atteint.Voir : MICC, Bulletin statistique trimestriel sur l\u2019immigration permanente au Québec, Montréal et Québec, 1er, 2e et 3e trimestres de 2006.4\tSi les objectifs n\u2019étaient pas atteints, on aurait une augmentation globale de 58 % en supposant que le nombre d\u2019immigrants internationaux pour 2006 et 2007 sera le même qu\u2019en 2005, soit un peu moins de 43 400.5\tCes ministres ont été responsables de l\u2019immigration internationale durant 19 mois en moyenne.Seulement 5 d\u2019entre eux ont duré plus de 27 mois.6\tMICC, Plan stratégique.op.cit., p.6, objectif 1.3.7\tIl s\u2019agit ici des immigrants ne connaissant que le français, additionnés à ceux qui connaissent à la fois le français et l\u2019anglais.8\tSomme des immigrants ne connaissant que l\u2019anglais à de ceux qui connaissent à la fois le français et l\u2019anglais.9\tDans le cas de l\u2019anglais, l\u2019évaluation se fait sur une échelle de 0 à 2 points.Suffit-il d\u2019obtenir 1 point, voire un demi point, pour apparaître dans les données agrégées sur la connaissance de l\u2019anglais ?10\tMinistère des Communautés culturelles et de l\u2019immigration, Au Québec pour bâtir ensemble.Énoncé de politique en matière d\u2019immigration et d\u2019intégration, Montréal et Québec, 1990, p.16.11\tMICC, Plan stratégique.op.cit., p.18, objectif 2.4.12\tIbid., p.18, objectif 2.5. dossier 100 13\tCommission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, Le français, une langue pour tout le monde.Une nouvelle approche stratégique et citoyenne, Québec, gouvernement du Québec, 2001, [xü]-285 p.14\tDu nom de son président, M.Gérald Larose.15\tCommission des États généraux., op.cit.p.177.16\tCharte de la langue française, art.160.17\tOffice québécois de la langue française (OQLF), Les caractéristiques linguistiques de la population du Québec : profil et tendances 1991-2001, Québec et Montréal, 2005, 101 p.18\tOQLF, Langue du travail : indicateurs relatifs à l\u2019évolution de la population active et à l\u2019utilisation des langues au travail en 2001, Québec et Montréal, 2006, 103 p.19\tKristin Reinke, La langue à la télévision québécoise : aspects sociophonétiques, Québec et Montréal, OQLF, 2005, 61 p.20\thttp://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/sociolinguistique/index_indic.html 21\tIbid., alinéa 12 : Langue et communications publiques.22\tAlexandre Stefanescu et Pierre Georgeault (dir.), Le français au Québec : Les nouveaux défis, Montréal, Fides, 2005, 622 p.23\tPierre Georgeault et Michel Pagé (dir.), Le français, langue de la diversité québécoise : Une réflexion pluridisciplinaire, Montréal, Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes et Québec Amérique, 2006, 347 p.24\tTrois d\u2019entre elles ont paru dans L\u2019Action nationale (septembre 2005 : 2753, octobre 2006 : 44-69, novembre 2006 : 23-37), les deux autres dans Recherches sociographiques (mai-août 2006 : 366-376 ; 389-394).25\tCommission des États généraux., op.cit.p.55.26\tTommy Chouinard, « Langue d\u2019affichage à Montréal : Le tiers des commerces violent la Charte », La Presse, 31 janvier 2007, p.A 12.27\tBernard Descôteaux, « Les gestionnaires », Le Devoir, 17 et 18 février 2007, p.B 4.28\tMario Beaulieu, « Les objectifs du Mouvement Montréal français », manifeste sur son site Internet, en ligne le 17 février 2007 : http://www.montrealfrancais.info/?q=node/12 101 DOSSIER Stéphane Paquin* Bilan Charest LES RELATIONS INTERNATIONALES DU QUÉBEC Lors de la campagne électorale de 2003, la question des relations internationales du Québec ne fut pas réellement abordée même si certains libéraux, dont notamment Benoît Pelletier, interviendront dans les médias sur cet enjeu.La plateforme électorale libérale est également muette sur la question.Dans ces circonstances, on ne peut faire le bilan de la réalisation des promesses électorales libérales.Il n\u2019est pas facile non plus de faire le bilan de l\u2019action d\u2019un gouvernement en matière de relations internationales dans l\u2019absolu, mais il est certainement plus aisé de faire ce bilan de manière relative c\u2019est-à-dire en le comparant avec la performance passée d\u2019autres formations politiques.Les cas de référence sont, dans un premier temps, l\u2019administration précédente, c\u2019est-à-dire celle du Parti québécois de 1994-2003, dans un second temps celle de l\u2019administration libérale précédente, c\u2019est-à-dire celle de Robert Bourassa de 1985 à 1994.Si on compare avec l\u2019administration du Parti québécois, on peut facilement tirer la conclusion que le bilan libéral est plus cohérent et qu\u2019il est dans la continuité des dernières années du mandat péquiste.Cela ne s\u2019explique pas par l\u2019excellence des libéraux, mais par le très mitigé bilan péquiste.Si on compare avec l\u2019administration de Robert Bourassa, on * Professeur de science politique, Université de Sherbrooke dossier 102 peut certes affirmer une continuité, mais le bilan libéral de Jean Charest est supérieur dans sa dimension constitutionnelle (l\u2019accord du Lac Meech ou de Charlottetown ne parlait pas d\u2019un rôle pour le Québec dans les organisations et négociations internationales) et sur le plan des relations avec la France.Il est cependant largement inférieur dans sa dimension économique notamment au niveau des exportations.Comparaison avec l\u2019administration péquiste, 1994-2003 Si la diplomatie préréférendaire du Parti québécois a été bien menée, les premières années post-référendaires ont été catastrophiques au niveau des relations internationales du Québec.Cela est d\u2019autant plus surprenant que dans l\u2019imaginaire populaire on croit plus spontanément que le Parti québécois est le plus grand défenseur des relations internationales du Québec.Dans les faits, c\u2019est sous l\u2019administration du Parti québécois de Lucien Bouchard que les relations internationales du Québec subissent le plus important recul depuis Maurice Duplessis en 1936.Ce recul est d\u2019autant plus surprenant que l\u2019image internationale du Québec venait de subir le contrecoup de la déclaration de Jacques Parizeau le soir du référendum.Les dommages pour le Québec sont énormes.Dans la presse allemande à l\u2019hiver 1997 par exemple, Montréal sera plus volontiers comparée à Sarajevo qu\u2019à Oslo.Ainsi, plutôt que de chercher à redorer l\u2019image du Québec sur la scène internationale, à contrecarrer les effets toxiques de la déclaration de l\u2019expremier ministre, on choisit plutôt de fermer la majorité des représentations du Québec à l\u2019étranger ! Le déficit-zéro venait d\u2019avoir raison des efforts de tous les gouvernements du Québec depuis la Révolution tranquille.Le plus difficile à comprendre dans cette politique est que le gouvernement du Québec choisit de se désengager de la 103 dossier scène internationale au moment même où le gouvernement canadien déploie une offensive internationale, le plan B, sans précédent.Lucien Bouchard réalisant son erreur relancera les actions internationales du Québec à partir de 1998 et c\u2019est Louise Beaudoin qui est alors appelée à prendre la relève.Sous sa direction, le MRI retrouve son lustre d\u2019avant les compressions.Pour redorer l\u2019image ternie du Québec, on multiplie les visites officielles (plus de 120 en 2001), on met sur pied les saisons du Québec à l\u2019étranger et la décennie des Amériques, on augmente le budget pour les relations avec les États-Unis, on relance les relations avec la France et la Francophonie notamment sur la question de la diversité culturelle, on met sur pied l\u2019Observatoire de la mondialisation et on prépare la création d\u2019un Centre Québec-Europe à Paris.L\u2019administration libérale depuis 2003 s\u2019inscrit dans la continuité des actions entreprises par Louise Beaudoin mais avec certaines différences.Si on poursuit les relations France-Québec, notamment au niveau du dossier de la diversité culturelle et que l\u2019on continue le développement de relations Québec-Etats-Unis, très rapidement cependant en cours de mandat, Monique Gagnon-Tremblay abolit l\u2019observatoire de la mondialisation et le Centre-Québec-Europe.Le gouvernement Charest demande également un certain effort budgétaire au MRI.En 2004-2005, les coupures budgétaires sont de l\u2019ordre de 8,9 %, ce qui reste cependant très loin des coupures de 1996.Dans son énoncée politique de 2006, la ministre Gagnon-Tremblay annonce même l\u2019ouverture de représentations en Inde et en Chine.En somme, sur ce plan, le Parti libéral fait clairement mieux que le PQ. dossier 104 En ce qui concerne le dossier le plus important, c\u2019est-à-dire la place du Québec dans les négociations et organisation internationales du Canada, le gouvernement Charest souhaite, comme le gouvernement péquiste, une place pour le Québec.Cette question avait été mise de l\u2019avant par Louise Beaudoin en 1999.Le Québec avait réclamé une place à l\u2019UNESCO mais également à l\u2019OMC.Dans un discours qu\u2019il a prononcé à l\u2019École nationale d\u2019administration publique, en février 2004, Jean Charest appuie cette démarche qu\u2019il pousse un peu plus loin.Dans ce discours qu\u2019on pourrait qualifier de « doctrine Charest », le premier ministre a affirmé à plusieurs reprises que : « Les compétences du Québec chez nous sont les compétences du Québec partout ».Ce nouveau discours pousse d\u2019un cran la logique de la doctrine Gérin-Lajoie du prolongement externe des compétences internes.Le premier ministre confie au ministre Benoît Pelletier le mandat de négocier avec le gouvernement du Canada une place pour le Québec dans les organisations internationales et les traités qui affectent les champs de compétences du Québec.À la suite d\u2019une rencontre des premiers ministres du Canada le vendredi 30 janvier 2004, le gouvernement fédéral s\u2019est montré ouvert à la possibilité d\u2019accorder un rôle aux provinces en matière de relations internationales.Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a alors salué l\u2019initiative en la qualifiant, à juste titre, « d\u2019historique » car c\u2019était la première fois depuis la Charte de Victoria de 1971 que les libéraux fédéraux acceptaient le principe de la négociation sur ce thème.En février 2004, Pierre Pettigrew affirmait au quotidien Le Devoir qu\u2019il serait préférable : « que les provinces ne soient pas soumises à l\u2019arbitraire d\u2019un ministre capricieux qui, tout à coup, ne ferait pas les négociations de la même manière ».Lors d\u2019un discours, le 17 mai 2004, 105 dossier devant la Chambre de commerce de Laval, Paul Martin s\u2019est montré, encore une fois, ouvert à l\u2019idée d\u2019accorder un rôle aux provinces en matière de relations internationales.Mais alors qu\u2019en janvier 2004, le gouvernement fédéral semblait ouvert à l\u2019idée d\u2019accorder une place aux provinces en matière de relations internationales, les choses ont brutalement changé à partir de l\u2019automne 2004.Le gouvernement de Paul Martin, devant la levée de boucliers au Canada anglophone, affirme alors que le Canada doit parler d\u2019une seule voix sur la scène internationale.Pierre Pettigrew, ministre des Affaires étrangères soutient alors que la « doctrine Gérin-Lajoie » est dépassée.Le 14 septembre 2005, le gouvernement du Québec a rendu public un document qui précise ses demandes face à Ottawa sur une place pour le Québec dans les « forums » internationaux.Les demandes mises de l\u2019avant par le gouvernement du Québec sont ainsi un complément inséparable à la doctrine Gérin-Lajoie.Dans un certain sens, elles vont plus loin car elles concernent également la présence du gouvernement du Québec dans certaines organisations très clairement politiques comme l\u2019OMC.Le gouvernement du Québec réclame cependant une place pour le Québec au sein de la délégation canadienne alors que la doctrine Gérin-Lajoie ne définit pas les modalités de la participation du gouvernement du Québec.La réaction au Canada anglophone sera opposée à ces demandes du Québec.On a pu lire à cette époque en page éditoriale du Globe and Mail : « Even the most decentralized federations reserve one power for the central government : the power to represent the country abroad.In foreign affairs, a nation must speak with one voice.».Accorder un rôle aux provinces en matière de relations internationales « is a recipe for dossier 106 diplomatic disaster»\\ Le Ottawa Citizen ajoute : « The idea is ridiculous.Operating on the international stage - at the United Nations, signing treaties, declaring and ending wars - is one of the core functions of a national government »2.Même type de propos dans le National Post : « For a nation to be well-represented abroad, it must speak with one voice.If Quebec gets its wish to have standing at international negotiations relevant to areas of provincial jurisdiction - UNESCO, which deals with education and cultural affairs, is one of its preferred examples -Canada\u2019s official position will become incomprehensible on any issue on which the federal government and the province are not in full agreement »1 2 3.L\u2019enjeu rebondira lors de la compagne électorale de 20052006 et à la surprise générale Stephen Harper fera la promesse de s\u2019inspirer des ententes sur la francophonie afin d\u2019accorder une place pour le Québec à l\u2019UNESCO.Même si la chose est impossible, un accord sera tout de même négocié.En mai 2006, une entente est conclue entre Stephen Harper et Jean Charest sur la participation du Québec, au sein de la délégation canadienne, aux travaux de l\u2019UNESCO.Avec cette entente, on est encore loin du compte, mais Stephen Harper souhaite toujours trouver une solution globale sur la place des provinces dans les relations internationales du Canada.À suivre.1\tÉditorial, « Why Canada speaks for Quebec abroad », Globe and Mail, 5 octobre 2005.2\tÉditorial, « One Country, One Voice », Ottawa Citizen, 5 octobre 2005.3\tÉditorial, « Let Canada speak with one voice », National Post, 2 septembre 2005. 107 dossier Comparaison avec le gouvernement de Robert Bourassa de 1985-1994 Les relations internationales du Québec sous l\u2019administration de Robert Bourassa de 1985-1994 prennent, sur le fond, une coloration clairement économique, alors que, sur la forme, le gouvernement du Québec démontre une volonté d\u2019intégration à la politique extérieure du Canada tout en affirmant une certaine spécificité pour le Québec.La rupture la plus manifeste dans les relations internationales du Québec sous Robert Bourassa est un refroidissement des relations entre la France et le Québec.En septembre 1991, le ministère des Affaires internationales publie son livre blanc intitulé Le Québec et l\u2019interdépendance.Le monde pour horizon.Éléments d\u2019une politique d\u2019affaires internationales.Très attendu, car il s\u2019agit du premier énoncé politique en matière de relations internationales du Québec qui sera réellement appliqué.Ce virage économique du gouvernement québécois sera récompensé.Le Québec qui produit des déficits commerciaux depuis 1986 se retrouve dans une situation de surplus à partir de 1993.Le Québec connaîtra plus de dix ans de surplus commerciaux qui s\u2019expliquent grandement par une augmentation spectaculaire des exportations aux États-Unis.Le gouvernement Charest a également produit une nouvelle politique internationale en 2006 qui, selon l\u2019avis de plusieurs, est, sur papier, une des meilleurs politiques du genre même si on ne comprend pas pourquoi cette politique a été si longue à produire4.Le gouvernement du Québec renoue avec la doctrine Ciaccia et donne une coloration très 4 Ministère des Relations internationales du Québec, La politique internationale du Québec.La force de l\u2019action concertée, Québec,Gouvernement du Québec, 2006 dossier io8 économique aux actions du ministère des Relations internationales.Les succès économiques en matière de commerce international de Jean Charest sont cependant inexistants.La situation est même préoccupante.Entre 2003 et 2006, le Québec est entré en déficit commercial record.Le solde de la balance commerciale québécoise est passé d\u2019un surplus de 5,6 milliards à un déficit de tout près de 10 milliards.Une différence de près de 16 milliards ! L\u2019autre difficulté de cette politique internationale est qu\u2019elle empiète sur les champs de responsabilités de plusieurs ministères qui ont des ressources et un poids politique considérable comme les ministères à vocation économique.On tente d\u2019expliquer que le MRI a le mandat de coordonner les actions internationales de l\u2019ensemble du gouvernement du Québec.La question qui se pose est : est-ce que ce ministère rachitique a la capacité de coordonner et d\u2019imposer ses orientations en matière de relations internationales à l\u2019ensemble de la machine gouvernementale.Même si le MRI assure un suivi des activités de certaines organisations internationales et de traités de libre-échange, on doit cependant noter que, pour la plus importante, l\u2019OMC, c\u2019est le ministère du Développement économique et régional et de la Recherche qui en est responsable.Ce dernier est également responsable du commerce international et des questions de libéralisation des échanges.En somme, au niveau économique, le MRI court le risque de se transformer en agence de voyages du gouvernement.La situation est sensiblement la même lorsqu\u2019il s\u2019agit des questions de santé publique ou d\u2019éducation.Le ministère de la Santé et de l\u2019Éducation ont infiniment plus de ressources et refusent généralement de se faire dicter leur politique.Le gouvernement Charest surpasse cependant l\u2019administration Bourassa sur la question des relations politiques avec 109 dossier la France et la Francophonie.Sous Robert Bourassa, ces relations partent pourtant d\u2019un bon pied grâce aux deux premiers Sommets de la francophonie, mais ce dernier décide de ne pas respecter l\u2019importante entente conclue par René Lévesque et Raymond Barre concernant les visites alternées entre les premiers ministres de la France et du Québec.Il faudra attendre 1996 et le retour au pouvoir du Parti québécois pour voir un premier ministre français, Alain Juppé, fouler le sol du Québec.Robert Bourassa refusera même la Légion d\u2019honneur de peur de mettre l\u2019accord du Lac Meech en péril.On comprend alors pourquoi il a été si facile pour Lucien Bouchard, alors ambassadeur du Canada à Paris, de marginaliser la Délégation générale du Québec à Paris.En 1990, les relations France-Québec deviennent même glaciales.Michel Rocard, premier ministre français dont les sympathies souverainistes sont connues, doit venir au Québec.Robert Bourassa fait tout pour empêcher ce voyage.La crise est totale lorsque Bourassa demande à Rocard de reporter sa visite à cause de la crise d\u2019Oka - et, apprendrons-nous plus tard, à cause de sa maladie - et de prendre la responsabilité du report en invoquant la montée de la crise au Moyen-Orient.Rocard est outré de l\u2019attitude de Bourassa, car, ce faisant, il aurait également dû reporter un autre voyage, au Chili celui-là, afin de rendre le mensonge de Bourassa vraisemblable ! Lorsque dans son communiqué, Québec laisse entendre que Rocard est en partie responsable de l\u2019annulation de la visite, la porte-parole du premier ministre français contredira le premier ministre québécois.Les relations France-Québec sous Jean Charest sont nettement meilleures.Il rencontrera le président à plusieurs reprises et ce dernier ira même le visiter dans sa résidence de North-Hatley.Autre innovation dans les relations France-Québec est cette mission conjointe de prospective économi- dossier 110 que qu\u2019effectueront Jean-Pierre Raffarin et Jean Charest au Mexique.Au niveau de la Francophonie, le gouvernement du Québec va réaliser son principal objectif qui était d\u2019obtenir à Québec la tenue du Sommet des chefs d\u2019État et de gouvernement en 2008 dans le cadre des cérémonies du 400e anniversaire de la fondation de Québec.À noter également que l\u2019ancien premier ministre de France, Jean-Pierre Raffarin joue un rôle important dans cet événement.Conclusion En somme, les relations internationales du Québec sous les libéraux de Jean Charest ne subissent pas le recul attendu.Jean Charest cherche même à relancer ces activités.Il est vrai que la ministre Monique Gagnon-Tremblay n\u2019a pas été à la hauteur de ce ministère très politique, mais Benoît Pelletier et Jean Charest ont compensé les manques de la ministre.De l\u2019avis de nombreux experts, dont plusieurs péquistes, le bilan libéral est plus qu\u2019honorable même si certaines nominations à l\u2019étranger ont fait grincer des dents. Jean-Claude St-André\t# #> # .# , # .# caj?ASSEMBLEE NATIONALE Député de L'Assomption\tQUÉBEC Hôtel du Parlement\tOasis du Vieux Palais Bureau 2,16\t259, rue St-Étienne Québec (Québec)\tCasier postal 3404 G1A 1 A4\tL'Assomption (Québec) J5W4M9 Téléphone: (418) 528-5974\tTéléphone: (450) 589-5579 Télécopieur: (418)646-6640\tTélécopieur: (450)589-0208 Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514) 355-7869 J6W 3E1\t(800) 782-5799 Télécopieur : (450) 471-0026 (514) 355-7923 Allard CA inc.Comptable agréé Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com La nouvelle publication de L'Action nationale consacrée aux essais québécois est lancée! Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale LES FRONTIÈRES ET\" LE SIMULACRE H U MAN ITAIRE Des essais à lire Des livres pourvoir loin Dorion Éloge de la frontière ware Hulin i «S3\"-' \t\tksi:\t\t\t\t\t Numéro i: 7,95$ Abonnement un an (deux numéros): 15$ Disponible sur le site de L'Action nationale www.action-nationale.qc.ca par commande téléphonique au 514-845-8533 ou 1-866-845-8533 ou par la poste à L'Action nationale-Cahiers de lecture 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal Qc H2X 1X3 DOSSIER \t \t \t \t \t \t \t 114 LIRE LES ESSAIS GUILLAUME ROUSSEAU La nation à l\u2019épreuve de l\u2019immigration: le cas du Canada, du Québec et de la France, Éditions du Québécois, Québec, 2006.Habité, à l\u2019instar de nombreux Québécois, par des appréhensions liées à l\u2019immigration, Guillaume Rousseau cherche dans son essai à comprendre la façon multiculturaliste Canadian et la façon républicaine française de répondre à ce défi nouveau et, dans un deuxième temps, à proposer une « troisième voie » pour que le Québec puisse se comporter comme une véritable société d\u2019accueil francophone.L\u2019auteur est un collaborateur de L\u2019Action nationale, avocat, doctorant en droit de l\u2019Université de Sherbrooke, et militant du Parti québécois.Ses réflexions s\u2019inscrivent en grande partie dans les débats qui reviennent, comme des lames de fond, agiter périodiquement les congrès du PQ.Il était donc logique que cet essai paraisse dans la collection « Essais pour un Québec libre » des éditions du Québécois.Polémique, engagé, militant, pourrait-t-on dire de l\u2019essai de Guillaume Rousseau ; cela ne saurait cependant circonscrire tout à fait son entreprise intellectuelle.À travers les quelques 120 pages du livre (tout juste le format d\u2019un mémoire de maîtrise, en l\u2019occurrence, le sien), l\u2019auteur déploie une grande érudition à exposer les tribulations juridiques liées aux dossiers linguistique, identitaires et religieux.S\u2019il est un ii5 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 défaut courant dans la littérature nationaliste, évité dans La Nation à l\u2019épreuve de l\u2019immigration, c\u2019est celui de passer outre à la réalité constitutionnelle et légale qui détermine l\u2019espace dans lequel les acteurs souverainistes, ou plus largement, québécois, se meuvent, souvent bien malgré eux.L\u2019auteur tend constamment à rendre compte du passé et du présent juridiques qui façonnent l\u2019évolution du comportement des allophones, et par conséquent, l\u2019évolution du Québec tout entier, dans un contexte de faible natalité et de recours aux populations désireuses de s\u2019établir dans notre pays riche et démocratique.Se ralliant à la conclusion de politologues tels que Samuel Huntington, le livre part de la constatation que la lutte des classes d\u2019autrefois s\u2019est transformée, depuis 1989, en lutte des identités.On cherchera par conséquent à retourner aux origines de la gestion du pluralisme identitaire par un État moderne, l\u2019État français post-révolutionnaire.Dans la première partie de l\u2019essai, le lecteur assiste à l\u2019évolution du droit français relatif aux minorités à partir de 1789.En suivant l\u2019ordre chronologique, on explique par quels détours juridiques la langue française est devenu le ciment national et comment la laïcité, autre ciment, est redevenu un facteur premier d\u2019unité nationale.On étudie ensuite la construction du Canada depuis 1867, de façon à finir par développer le point de vue selon lequel le Québec possède une approche originale en matière d\u2019intégration des immigrants, à mi-parcours entre la république française unilingue et « laïque », et le Canada multiculturaliste bilingue.Rousseau détaille les moments de minorisation légale des francophones, aborde la proposition du pays bilingue et biculturel de Laurendeau-Dunton, et finalement, élabore sur la politique de multiculturalisme bilingue de Trudeau.L\u2019exposé est précis, minutieux, détaillé et patient.Le lecteur qui attend L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 la peinture de moments de conflits précis par-delà les arguties avocassières aimera la manière qu\u2019a l\u2019auteur de bien situer le règlement constitutionnel de thèmes cruciaux et symboliques tels que l\u2019arrêt Big M Drug Mart portant sur la contestation de la Loi sur le dimanche (au nom de la liberté de religion), le règlement par la cour suprême de l\u2019affaire du kirpan, ou encore, celui portant sur les tribunaux islamiques.Ayant retracé l\u2019évolution historique d\u2019une politique d\u2019intégration culturelle québécoise (Office de la langue française fondé en 1961, ministère de l\u2019Immigration, 1968, loi 101, etc.), Rousseau envisage l\u2019avenir de notre société d\u2019accueil et conclut que si aucune mesure spéciale n\u2019est mise en place pour contrecarrer la tendance lourde, les francophones seront minorisés auprès des nouvelles populations gagnées par la langue anglaise et ses promesses de carrières.Mentionnons ici les quelques chiffres qui reviennent le plus dramatiquement dans son étude du recul démolinguistique québécois : en 1971, 61,2% des citoyens montréalais utilisaient le français à la maison, en 1996, c\u2019est 55,6 % des citoyens (p.77).Depuis 1995, les transferts linguistiques vers l\u2019anglais s\u2019accentuent.À ce compte, calcule l\u2019auteur, les francophones seront minoritaires sur l\u2019île de Montréal entre 2011 et 2016.Pour prévenir ce péril, l\u2019auteur propose de rendre obligatoire la fréquentation du cégep francophone pendant la première année du cursus collégial.L\u2019idée de base est de « substituer la contrainte démocratique de l\u2019État à la contrainte arbitraire du marché ».En d\u2019autres mots, dans son analyse économique du droit (et à l\u2019aide de la théorie des jeux !), Rousseau essaie de démontrer que les immigrants allophones et les Québécois gagnent à être également forcés d\u2019étudier en français dans un contexte où les employeurs exagèrent l\u2019importance de la maîtrise de la langue de Shakespeare.L\u2019application de cette mesure correspond dans l\u2019esprit de l\u2019auteur à un juste milieu entre 117 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 l\u2019unilinguisme de la République française et l\u2019habitude de compromis de notre propre tradition politique.En ce qui a trait au problème du pluralisme religieux, on propose un autre « juste milieu » : des cours obligatoires d\u2019éthique et de culture religieuse.Mentionnons que dans cette dernière partie plus créative, l\u2019auteur quitte la pure description pour s\u2019engager dans la proposition de réformes.Ici, le mélange du langage de la gestion technocratique se mêle au droit pour composer les grands plans de la République unilingue et laïque.Par exemple, M.Rousseau s\u2019inquiète de la liberté d\u2019enseignement particulière aux écoles privées et propose de diminuer leur financement public dans le but délibéré de décourager leur fréquentation.Faut-il que notre nation soit gênée dans son élan naturel pour que nous en soyions là à chercher à tout hasard des outils étatiques insolites pour, simplement, nous imaginer survivre aux prochaines décennies ! « Toujours plus de lois, toujours plus d\u2019outils pour les technocrates, ça n\u2019aura donc jamais de fin ?», serions-nous tenter de soupirer en enterrant le livre de Guillaume Rousseau et tous les débats péquistes qui l\u2019ont préparé.Ce serait-là chose facile, et confortable, pour notre santé mentale.Mais ce serait jouer à l\u2019autruche.La qualité principale de l\u2019ouvrage, après sa grande érudition, est qu\u2019il met en lumière la réalité déplaisante du « recul démolinguistique » qu\u2019une lâcheté naturelle nous propose d\u2019occulter pour nous donner des airs de gentils amis de la pluralité démocratique, comme si la question en cause était l\u2019ouverture de la société d\u2019accueil québécoise à l\u2019immigration.Espérons que le livre écartera certains tabous entourant les réflexions québécoises sur le défi de l\u2019immigration.Jean-Philippe Chartré ii8 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 GRAHAM FRASER Sorry, I Don\u2019t Speak French.Confronting the Canadian crisis that won\u2019t go away, Toronto, McClelland Stewart, 340 pages Ce livre est adressé à cette ganache, « le Canadien informé ».En réalité c\u2019est une sonnette d\u2019alarme à l\u2019intention des élites Canadian et du pouvoir canadien, et c\u2019est à ce titre qu\u2019il peut être utile aux Québécois de savoir ce qu\u2019il renferme.D\u2019ailleurs il a valu une charge de mandarin à M.Fraser qui sera à même de mettre ses principes en œuvre au service du Dominion.Le livre se présente en trois parties : Making a Policy (concevoir une politique de bilinguisme) qui récapitule l\u2019histoire des relations entre les deux langues au Canada ; Getting From Here to There (Avancer vers l\u2019objectif) retrace les réussites et surtout les ratés du bilinguisme officiel - mais aussi les réussites de la loi 101 qui ont changé Montréal tandis qu\u2019Ottawa peine à changer ; Trying to Make it Work (essayer de faire fonctionner le Dominion).C\u2019est la dernière partie qui referme le suc des directives du journaliste au prince.De prime abord, on pourrait croire à l\u2019exposé généreux d\u2019un représentant de cette espèce rare, le Canadian francophile, favorable au bilinguisme.Par exemple, Fraser déplore que les universités canadian n\u2019enseignent pas davantage en français et aient abandonné l\u2019exigence d\u2019une langue seconde comme critère d\u2019entrée et de scolarité, au moment même où s\u2019implantait le bilinguisme officiel (Hagège nous indique que c\u2019est en fait une décision états-unienne qui a été reproduite au Canada anglais) ! En fait, c\u2019est le canevas d\u2019un programme pour mettre fin, autant que possible, aux deux solitudes par davantage de fusion : un mot d\u2019ordre qui semble décidément à l\u2019ordre du 119 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 jour à Ottawa.Depuis Rabinovicth jusqu\u2019à Michaëlle Jean en passant par Guy Fournier, on a vu la directive s\u2019exprimer parfois de façon adroite et discrète (Rabinovitch), parfois de façon loufoque.On le voit de plus en plus mis en pratique par la SRC et surtout ses services d\u2019information.Le journal de RDI s\u2019appelle cet automne « Le national », calque transparent du titre du téléjournal de CBC, pour mieux nous servir des reportages sur des questions locales de provinces qui ne concernent pas les téléspectateurs de la chaîne.Pour convaincre son public, Graham Fraser récapitule l\u2019histoire du bilinguisme et rappelle, puisqu\u2019il le lui faut, à ses lecteurs que le Québec existe vraiment comme une société distincte où on ne parle pas le français que dans quelques instances folkloriques.Comme un Galilée, il craint pourtant d\u2019être trop affirmatif avec les faits : toutes sortes de circonlocutions et de torticolis logiques lui sont nécessaires pour éviter de parler de la nation fondatrice du Canada originel.Le tout est bien sûr assorti d\u2019une dose d\u2019alarmisme sur la souveraineté pour convaincre qu\u2019il faut agir maintenant.Notons en effet que le projet de Lévesque en 1980, modéré jusqu\u2019à l\u2019extrême, est présenté comme un changement qui aurait fracassé le Canada - alors que Lévesque proposait sous le terme d\u2019 « union canadienne » une union monétaire et tutti quanti qui ne feraient pas tomber les Maritimes à la mer ni Toronto dans le lac.En général la souveraineté est représentée comme fatale pour le Canada, alors que l\u2019exposé de la faillite du bilinguisme et du divorce dans les faits des deux pays réels et vivant séparés, pourrait amener au contraire à un constat serein de son bienfait pour les deux nations.L\u2019exposé historique de la première partie est parfois amusant, avec la pointe envers l\u2019arrogance des British Lower Canadians ou quand il remarque que la réputation d\u2019ennui 120 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 du Canada, malgré de très réelles hostilités, s\u2019explique parce qu\u2019elles ont été graduellement converties en conflits légaux.Ou encore quand Fraser relate la bombe que fut selon lui l\u2019arrivée d\u2019une horde de créditistes unilingues à Ottawa.Cela fera aussi sourire le lecteur que Fraser présente les débuts de la conquête comme une « entente » (understanding).Celle-ci, bien sûr, a dû admettre le maintient d\u2019une nation (society) française, tout en faisant porter le fardeau du bilinguisme aux Canadiens, mais bien à contrecœur pour la majorité des Anglais.Pas un mot sur la nécessité stratégique de ce pacte de 1774 dans le contexte de la Révolution américaine ni du fait que le fardeau en question s\u2019est accompagné graduellement de l\u2019inversion des rôles de majoritaire et minoritaire, démographiquement parlant, conformément aux intentions colonialistes.Étrangement, il semble croire que le bilinguisme n\u2019était pas reconnu en 1867 ce qui est faux - seulement en pratique, il ne signifiait pas grand\u2019chose.Il passe complètement à côté des luttes des Canadiens pour l\u2019autodétermination sous le régime anglais, puis pour le français et la défense de la nation culturelle sous l\u2019Union et la Confédération, comme les lois promues par Armand Lavergne avec succès - à Québec sous Gouin - et tout un mouvement en faveur du français qui entoura la création de la Société du parler français, le Congrès de la langue française, la Ligue des droits du français.Du côté d\u2019Ottawa ce mouvement perdit son énergie comme une rivière du désert qui n\u2019atteint jamais la mer, investissant un temps fou à faire reconnaître les timbres ou les billets bilingues, sans oublier les services en français aux Québécois et leur embauche.Fraser insiste pour affirmer que le bilinguisme n\u2019est pas le rêve de Trudeau, à le distinguer de Trudeau et à en proposer une vision qui serait différente que celle qu\u2019on 121 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 associe à Trudeau.Sur le plan personnel, Fraser rappelle qu\u2019il connaissait Scott, mentor qui a fortifié l\u2019intransigeance de Trudeau, et il possède même aujourd\u2019hui sa maison de North Hatley.Le bilinguisme est une réponse à la réalité de la Confédération, qui a besoin de bilinguisme au centre ou au sommet pour être gouverné et ne pas se diviser en deux.Il voudrait détacher la politique du bilinguisme fédéral de Trudeau pour le rapprocher des intentions de Pearson - sans l\u2019expliciter, ce serait la reconnaissance des deux nations, comme raison d\u2019être de cette politique.L\u2019exposé des intentions opposées de Trudeau et Laurin a ceci d\u2019intéressant.Selon lui Trudeau a gagné contre le référendum en partie grâce au succès de la « cartésienne » Charte de la langue française à laquelle il était opposé.En revanche Trudeau a échoué, alors même qu\u2019il a réalisé son rêve de rapatriement et de Charte des droits, à obtenir l\u2019adhésion des Québécois à son fédéralisme centralisateur.Le bilinguisme officiel de Trudeau a en partie failli parce dès le départ il a été présenté sur la défensive, comme quelque chose qui ne changerait rien pour les Canadians, plutôt que comme un changement positif - ce qui fait penser à la campagne de 1980.Fraser prétend que cette défensive a beaucoup nui, avec pour résultat que le bilinguisme non pas de tout le pays, dont il ne fut jamais question, mais d\u2019Ottawa, n\u2019a pas été atteint.Au lieu de former les employés au français il faudrait former les bacheliers et exiger le bilinguisme à l\u2019embauche, comme l\u2019exige le simple bon sens.Passons à l\u2019examen du bilinguisme en pratique - d\u2019après l\u2019exposé de Fraser, le bilinguisme fleurit à Montréal et bégaie à Ottawa (il néglige le Nouveau-Brunswick).Il expose clairement le ridicule de la formation en français aux employés fédéraux après leur embauche, inefficace, coûteux, stupide.L\u2019ironie de la vigueur du bilinguisme au pays de Camille 122 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 Laurin semble lui échapper.Son interprétation du choix de la langue de communication à Montréal est jovialiste lorsqu\u2019il prétend que les gens le font en fonction de ce qu\u2019ils perçoivent être la préférence de leur interlocuteur.Il y a en fait des gens qui choisissent de parler français et d\u2019autres de parler anglais, et des impératifs économiques, le mauvais niveau de français ou l\u2019esprit colonisé font que beaucoup de francophones acceptent l\u2019anglais comme langue de communication.Il y a des services où on exige le bilinguisme très réel, à Montréal, et de fortes pressions d\u2019anglicisation.Fraser ne remarque pas les fluctuations du français depuis 1977 dont la vigueur a connu des hauts et des bas, et bien des bas dans les dernières années1.Mais bien sûr cela n\u2019est pas son objectif.Son objectif est « l\u2019impératif politique » du bilinguisme pour Ottawa.Le bilinguisme canadien, moins territorial, serait plus « généreux » et flexible que les droits linguistiques de Belgique et de Suisse - passons sur le fait que ces derniers soient largement plus efficaces.Le Canada doit revenir à l\u2019esprit de Pearson, davantage que celui de Trudeau, et s\u2019ouvrir à cette société de langue française.Comment ?La société francophone doit être ciblée comme un marché - par exemple en tourisme.On revoit au passage combien la politique de bilinguisme est mécomprise et surtout, encore et toujours, combien demeure indicible le simple fait que le bilinguisme existe à cause d\u2019un État constitutif de la Confédération, le Québec et non d\u2019une simple poche d\u2019immigrants qui n\u2019a pas encore été assimilée.1 Cf.Gordon McIvor : « Anglo Francophile voulant parler la langue de Molière », Le Devoir, lundi 20 nov.2006, section Idées 123 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 En contradiction avec la citation qui ouvre l\u2019ouvrage (« Canada is not English »), Fraser nage en pleine confusion lorsque vient le moment de réitérer son credo bilinguiste contre ceux qui comparent le français à l\u2019ukrainien et au chinois dans l\u2019Ouest.Visiblement, Fraser sombre dans cette confusion pour ne pas avoir à expliciter la réalité historique des deux nations fondatrices.Il n\u2019y a pas d\u2019Acte de Québec pour le chinois parce que les Chinois ne sont pas un peuple fondateur de plusieurs colonies de la future Confédération, comme les Acadiens pour les Maritimes ou les Anciens Canadiens pour le Québec et même plus.Le droit au français ne se réduit pas à un droit individuel, mais collectif, celui d\u2019un État fondateur de la Confédération qui n\u2019y est pas entré pour s\u2019assimiler chez lui.Exactement comme les autochtones ont un droit à leur langue qui dépend d\u2019un territoire, les immigrants n\u2019en ont point, sans le moindrement que la prétendue règle des trois générations, totalement bidon, n\u2019entre en compte.À ce compte, le cantonais, l\u2019inuk-tituk et le cri seraient des langues officielles du parlement fédéral.Toute langue et tout peuple ont besoin d\u2019une assise territoriale - à condition de ne pas parler de droits de pacotille ni de diversité de pacotille comme celle du festival multiculturel Canadian.Le droit linguistique d\u2019un immigré est de pouvoir s\u2019assimiler sans entrave, c\u2019est-à-dire de devenir Canadian ou Québécois (selon le territoire) sans discrimination et avec formation au besoin, à condition bien sûr qu\u2019il aspire à être naturalisé et non à un séjour temporaire.Le droit d\u2019un État constitutif et de peuples constitutifs d\u2019une Confédération est en revanche d\u2019être traités non pas comme des étrangers mais des partenaires, des États-membres et non une réalité désagréable qu\u2019on espère avoir à l\u2019usure.Cette reconnaissance est embêtante à plus d\u2019un titre pour Fraser.Elle l\u2019obligerait à constater que la politique de Trudeau prétend apaiser les Québécois et 124 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 les réconcilier avec le Canada, entre autres en réparant trop tard des torts irréparables commis du temps de la quasi-égalité numérique entre francophones et anglophones, où, malgré les origines du Manitoba, le français a été définitivement exclu de l\u2019expansion du Dominion.Au lieu d\u2019une province sur quatre pour accueillir des francophones et assimiler lui aussi des allophones, le français a été autant que possible éliminé du Canada (hors Québec) en raison d\u2019une franche hostilité Canadian à cette culture et à ce peuple.L\u2019inversion des rôles majorité-minorité est bien sûr oublié, comme la domination économique et l\u2019émigration qui en résulta et de fait la plupart de la lutte antagoniste.Tout comme aujourd\u2019hui l\u2019enjeu, difficile sans citoyenneté québécoise, que représente la capacité québécoise d\u2019intégration des immigrants pour sa perpétuation, dans un cadre canadien qui favorise l\u2019intégration canadian et objectivement, l\u2019anglicisation de Montréal, est un angle mort.C\u2019est ce droit de se perpétuer qui justifierait le maintien du français si même une majorité de Québécois maîtrisait l\u2019anglais langue seconde.Aujourd\u2019hui le bilinguisme demeure nécessaire à Ottawa à cause du Québec, selon Fraser, mais il ne veut pas dire que c\u2019est à cause du Québec, seulement parce qu\u2019il y a encore là des millions d\u2019individus qui ne parlent pas anglais.Si le bilinguisme demeure légitime sur le plan fédéral et difficile à remettre en cause, malgré la faible adhésion Canadian, c\u2019est à cause de cette histoire du Canada, et, en termes de realpo-litik, à cause de la capacité réelle, nouvelle dans son effectivité, de souveraineté québécoise.Le bilinguisme demeure une exigence à toute tentative fédéraliste au Québec.Le fait que la question plus large soit non pas celle des individus unilingues, mais du Québec à se perpétuer comme 125 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 ensemble culturel et politique unique, échappe totalement à l\u2019exposé, sans doute parce qu\u2019il est trop indigeste pour le public cible.Il est pourtant incontournable pour comprendre le Québec et l\u2019exigence de bilinguisme.Le rêve de Trudeau est mal expliqué par Fraser puisqu\u2019en définitive, il voulait créer un espace où l\u2019hostilité au français serait amoindrie et où par conséquent le Québécois se sentirait capable d\u2019émigrer dans toutes les autres provinces, avec accès à des écoles françaises, sans avoir à s\u2019assimiler.Il rêvait aussi de fusionner les deux identités dans un nouvel alliage, une nouvelle identité nationale.En fait, Fraser n\u2019est pas éloigné de ce dernier objectif : au contraire, il fait partie de ceux qui en donnent des directives pratiques, comme une plus grande fusion de la programmation SRC/CBC et des organisations et associations civiles, dont le divorce Québec/Canada fait l\u2019objet d\u2019un long développement.C\u2019est alors qu\u2019il constate le divorce réel entre les deux sociétés puisque le bilinguisme tout symbolique des associations Canadian n\u2019a pu empêcher la constitution d\u2019associations québécoises qui en sont la contrepartie et qui n\u2019ont que peu de relations, comme pour les syndicats Canadians et québécois.Les pressions commencent pour que les associations québécoises soient refusionnées aux Canadians comme les émissions de la SRC à la CBC.On connaît le succès mitigé de l\u2019entreprise au niveau télévisuel, mais davantage de fusion institutionnelle ne pourrait donner dans les faits que davantage d\u2019assimilation à l\u2019anglais et à l\u2019identité canadian.Surveillons Fraser de près car il ne s\u2019arrêtera pas en si bon chemin et proposera sûrement au prince fédéral d\u2019autres mesures de réintégration des Québécois dans les structures Canadians.Charles Courtois 126 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 CHARLES DENIS Robert Bourassa : la passion de la politique, Montréal, Fides, tome 1, 2006, 402 pages Peut-on grandir un homme en lui fabriquant une image lisse et sans défaut ?À trop vouloir flatter et embellir rendon vraiment service à son héros ?Le spécialiste de l\u2019image qui jadis faisait écran devant les caméras de télévision pour obliger les caméramans à filmer le meilleur côté de Robert Bourassa est toujours, trente ans plus tard, fidèle à son poste de responsable des communications du premier ministre Bourassa.Mais au lieu de s\u2019attaquer aux mèches rebelles du premier ministre, Charles Denis a cette fois-ci mis au point une nouvelle stratégie de communication : celle de l\u2019embellissement posthume.Il a choisi d\u2019adopter le ton apologétique pour rédiger cette biographie au risque de susciter le scepticisme et de jeter le doute sur la crédibilité de son travail.Il nous propose un portrait surréaliste de Robert Bourassa en le présentant comme un homme qui ne commettait pas d\u2019erreur, qui ne se trompait jamais.Certes, Robert Bourassa a été dénigré dans le passé.On disait de lui à l\u2019époque qu\u2019il était le politicien le plus détesté du Québec.Mais si de nombreux commentateurs ont été injustes et ont exagérés les défauts du personnage, il est tout aussi incongru de faire l\u2019inverse et de tomber dans l\u2019hagiographie.Une biographie vraiment analytique de Robert Bourassa reste à écrire pour le situer à sa juste place dans l\u2019histoire politique du Québec.Un tel travail supposera une exploitation rigoureuse des archives qui ne seront accessibles que dans une quinzaine d\u2019années.Charles Denis ne s\u2019est malheureusement pas donné cette peine, lui qui pourtant, en raison de ses états de service et de sa loyauté, aurait pu avoir facilement accès à ces archi- 127 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 ves avec la permission de la famille Bourassa.Denis est très avare d\u2019informations sur ses sources documentaires.Il publie un livre qui ne contient aucune référence et qui semble avoir été écrit à partir des agendas de l\u2019auteur.On a l\u2019impression qu\u2019il a construit sa biographie en se servant de ses archives personnelles, en classant des notes administratives ou des coupures de presse.On doit aussi déplorer le caractère rudimentaire des analyses de contexte où il gomme allègrement le point de vue des opposants.L\u2019auteur a adopté une approche chronologique en nous présentant les événements au fil des mois.On a souvent l\u2019impression de lire le bilan de fin d\u2019année du premier ministre.Ceci dit, ce livre n\u2019a pas que des défauts.Il reconstitue fidèlement la trame des événements et décrit systématiquement les actions législatives du gouvernement Bourassa.Il lui arrive même de présenter la liste des projets de lois mis à l\u2019ordre du jour durant une session (p.169), un peu comme s\u2019il reprenait le discours inaugural qu\u2019il avait préparé pour le premier ministre.Il révèle aussi des détails sur les stratégies de communication du Parti libéral (p.75 et suivantes) et sur le rôle qu\u2019a joué Paul Desrochers dans le règlement de certains dossiers.Ce regard de l\u2019intérieur du bunker est intéressant et décape certains mythes comme celui voulant que Bourassa ait vécu calfeutré dans son bunker.Robert Bourassa a été un grand premier ministre non seulement pour sa longévité mais aussi pour ses réalisations.Contrairement à ce que beaucoup de ses adversaires ont dit, il avait une vision du Québec, sa pensée était subtile et progressiste et il aurait pu accéder à la grandeur historique s\u2019il avait su exploiter les circonstances.Il n\u2019a pas su mettre la vertu, au sens machiavélien, de son côté. 128 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 En sortant du livre de Charles Denis, on ne peut que se demander comment un homme aussi génial, à qui tout réussissait, a-t-il pu échouer dans son projet de fédéralisme renouvelé ?Pourquoi la souveraineté culturelle tapisse-t-elle encore le mur des vœux pieux ?Et surtout pourquoi les Québécois lui ont-ils infligé une amère défaite en 1976 ?Le livre de Denis ne nous éclaire pas à cet égard.Malgré ses lacunes, ce livre mérite d\u2019être lu parce qu\u2019il donne la vision interne de la garde rapprochée de Robert Bourassa et révèle par son interprétation laudative la distance qui peut séparer le premier cercle du pouvoir du monde réel.En creux, on peut aussi mieux saisir l\u2019incommensurable illusion de la réforme du fédéralisme qui a plombé le destin politique de Robert Bourassa.Denis Monière CLAUDE HAGÈGE Combat pour le français.Au nom de la diversité des langues et des cultures.Paris, Odile Jacob, 2006, 245 pages « Il doit ressortir de tout ce qui précède qu\u2019une action volontaire du pouvoir, dans tout pays dont la langue subit la pression dangereuse d\u2019une autre langue dotée de moyens puissants, est possible, et que ses succès effectifs sont attestés par l\u2019examen de l\u2019histoire récente et moins récente.» Voilà un bon résumé de l\u2019exposé de Claude Hagège et de l\u2019objectif de ce livre : convaincre le pouvoir français de reprendre l\u2019initiative en matière linguistique, sur le plan interne autant que celui de l\u2019Union européenne.Le Québec est bien sûr cité en exemple pour ses lois volontaires et efficaces.Cependant il 129 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 faut bien admettre que le constat de l\u2019anglicisation française et européenne que dresse l\u2019auteur, sur un ton sobre comme c\u2019est son intention, est cruellement affligeant.La première partie s\u2019intitule « Hier le français, demain l\u2019anglais ?».Hagège commence par réfuter le jovialisme ou le fatalisme qui verraient dans une langue dominante un phénomène naturel et heureux, où l\u2019anglais aurait aujourd\u2019hui succédé au français.Résumant les périodes de gloire du français, avec au moins trois grandes apogées à travers les siècles, il rappelle que cette langue de culture ne menaçait guère la diversité linguistique de l\u2019Europe, quand le latin servait encore de langue scientifique.Puis défile le long et cuisant exposé de la domination de l\u2019anglais en Europe jusque dans les comportements les plus falots des élites françaises et allemandes des quinze dernières années, entichées de « postnationalisme » et d\u2019un nouveau fétiche, l\u2019anglais.Il lui faut partir de loin et rappeler combien l\u2019adhésion volontaire de certaines « élites » à l\u2019anglais n\u2019améliore pas tant leurs performances économiques ou scientifiques qu\u2019elle ne fait des cadeaux aux économies anglo-saxonnes.Le syndrome des dirigeants économiques de France et d\u2019Allemagne qui rêvent de tout faire en anglais - leur c.a., la communication entre les agences sur le territoire national, la vente - est souvent voué à un échec ridicule en dehors du cénacle du c.a.ou même à un affaiblissement de la productivité, comme le remarque Claude Hagège.Ajoutons que c\u2019est aussi un symptôme de la mondialisation dans tout ce qu\u2019elle implique de délitement de la solidarité nationale, un symptôme de l\u2019Europe technocratique dont la tendance post-nationale ne peut qu\u2019être aussi post-démocratique que post-moderne. 130 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 Les exemples cocasses sont nombreux, tels ce malheureux représentant d\u2019une entreprise commerciale française à une Foire commerciale de Valence (d\u2019Espagne).(Le parler de la Communauté autonome valencienne est une variante du catalan.) Ce représentant n\u2019avait pas de documentation en espagnol, en français ou en catalan, mais seulement en anglais, et son présentoir n\u2019était pas très populaire.À côté de lui, le narguait le succès populaire d\u2019une entreprise néerlandaise qui avait choisi de se présenter en valencien, espagnol et néerlandais ! Claude Hagège souligne combien le patriotisme fait défaut en France, avant tout du côté de certaines élites bourgeoises, intellectuelles et médiatiques, comme le montrent les scrutins et plébiscites récents.La loi Toubon a été privée d\u2019effets à cause de l\u2019infatuation de ces élites, et il n\u2019y a pas jusqu\u2019aux soi-disant gaullistes qui ont oublié les fondements du gaullisme et la défense de la culture et de la nation par la promotion de la langue.La prédiction de De Gaulle sur la propension des futurs diplomates français à user de l\u2019anglais devant les caméras « si on ne fait rien » fera rire le lecteur, puisqu\u2019elle est devenue réalité.Hagège voudrait déniaiser les enthousiastes de l\u2019anglicisation - cosmopolitisme anglo-saxon2 qui est d\u2019autant plus efficace qu\u2019il est gobé naïvement comme une eucharistie du progrès - en dévoilant le caractère calculé, très volontaire de promotion d\u2019hégémonie de l\u2019anglais qui anime les politiques états-unienne et britannique depuis le cinéma jusqu\u2019aux congrès scientifiques.À ce chapitre il évoque plusieurs des mêmes problématiques éloquemment expo- 2 Il n\u2019y a pas de véritable culture cosmopolite possible, mais des « cosmopolitismes » à travers l\u2019histoire qui expriment la domination d\u2019une culture particulière sur une aire plus un moins vaste et un temps plus ou moins long ; en ce moment le « cosmopolitisme » est surtout lié à la puissance d\u2019un modèle culturel anglo-saxon. 131 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 sées par Charles-Xavier Durand, sur les écueils du tout à l\u2019anglais pour les scientifiques non anglophones, (cf.L\u2019Action nationale, sept.2006).L\u2019École française de mathématiques, dont le succès relatif est en fait non pas malgré son usage du français, mais grâce à l\u2019originalité et la dynamique propre que cet usage lui conserve, est probant, et mériterait d\u2019être mieux connu, car les sceptiques sont nombreux.Il en va de même du modèle japonais de financement de la recherche scientifique, qui exige un minimum de publications en langue japonaise.Il serait stratégique que des pays comme le Québec et la France se coordonnent pour créer des structures garantissant une part de publication en français.La seconde partie, « Les chemins de l\u2019action », dégage les mesures politiques nécessaires.Les mesures concrètes à prendre en France, contre l\u2019imposition économique de l\u2019anglais, pour la science en français, et à l\u2019Union européenne (U.E.), pour que 4 ou 5 langues d\u2019usage représentent la diversité européenne, sont claires et convaincantes.L\u2019auteur passe par « De certains signes encourageants » pour arriver au « français et la diversité linguistique ».Ce chapitre semble un peu plus décevant.D\u2019une part, Claude Hagège n\u2019intègre qu\u2019à demi la légitimité de la revitalisation des langues régionales de la France.Si on peut comprendre sa défiance, face à la propension de certains à dépasser l\u2019identité française pour arrimer l\u2019identité régionale à une identité supra-nationale ou un cosmopolitisme anglophone3, elle 3 Nous songeons à cet exemple d\u2019autonomistes bretons qui avaient proposé un modèle de passeport breton où l\u2019anglais était la 2e langue devant le français (relégué 3e) dans une région où le français gallo est depuis plus d\u2019un millénaire la langue maternelle d\u2019une bonne moitié du pays (la Haute-Bretagne).Or cet exemple n\u2019est pas représentatif de ce que l\u2019accès aux langues régionales suscite chez la majorité des Français concernés.Ce sont plutôt des élites médiatiques et intellectuelles parisiennes assez dédaigneuses des provinces et des terroirs qui sont partisanes de l\u2019anglais et du postnationalisme.Comme le précise Yves Lacoste dans Vive la nation !, 132 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 semble tout de même excessive.Les identités régionales ont toujours été en France, à la fois très fortes et très françaises, à quelques rares exceptions près.Les langues bretonnes et occitane ne sont pas en contradiction avec le fonds gallo-romain de la civilisation française mais en expriment plutôt une dimension particulière.Le Français qui souhaite maîtriser le niçois ou le picard ne souhaite généralement qu\u2019approfondir sa connaissance d\u2019un des terroirs de la France.En outre, le plaidoyer pour la diversité culturelle doit d\u2019abord être appliqué par chaque nation à soi-même, à la défense et l\u2019illustration de son patrimoine.Mais c\u2019est surtout dans le plaidoyer pour la diversité linguistique mondiale que l\u2019exposé pourrait laisser sur sa fin le lecteur en quête d\u2019une démonstration cinglante de l\u2019inanité du prétendu cosmopolitisme anglo-saxon comme « progrès ».Face aux promoteurs de l\u2019unilinguisme, le lecteur cherchera en vain un exposé logique et serré de la nécessité de cette diversité qui ressemblât à une solide réfutation philosophique.Ceux qui, tels un Van Parijs déluré, réduisent l\u2019enjeu à une question de coûts et de performance et occultent l\u2019importance de la diversité culturelle pour la richesse créative de l\u2019humanité et pour sa liberté (une Polis unique serait liberticide), ne sont pas intellectuellement rossés comme ils le méritent.Pourtant, c\u2019est sans doute cette claque de la logique qui manque encore pour réveiller les élites européennes de leur vasselage volontaire, benêt et à demi-inconscient à la culture anglo-saxonne au détriment du bien-être et de la richesse de l\u2019Occident de demain.C\u2019est cette démonstration humaniste, logique, sans appel, qui permettra de convaincre l\u2019opinion que la mondialisation à l\u2019anglaise et l\u2019Europe technocratique, telles quelles, ne sont pas une fatalité.Pour le Québec et le français, encore plus que pour l\u2019espagnol et l\u2019attachement à l\u2019identité régionale et à l\u2019identité française se rejoignent face aux pressions uniformisatrices et anglicisatrices de la mondialisation. 133 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 le portugais, l\u2019enjeu véritable demeure que l\u2019Europe se ressaisisse et passe à 4 ou 5 langues de travail comme à l\u2019ONU.Tout en maintenant la reconnaissance de toutes les langues nationales, c\u2019est seulement par cette mesure que la diversité linguistique et culturelle de l\u2019Europe demeurera plus que folklorique.Comme l\u2019écrit Hagège, il faut que le fait qu\u2019une bonne douzaine d\u2019États soient membres de la Francophonie et de l\u2019U.E.serve à quelque chose, à commencer par les langues de travail de Bruxelles.Mais ce serait faire un mauvais procès au livre de Claude Hagège que de lui reprocher de n\u2019être pas un ouvrage de philosophie.La logique un peu cynique des prétendus progressistes cosmopolites mérite assurément sa réfutation serrée, mais ce n\u2019est pas le public visé par l\u2019ouvrage.On croira peut-être qu\u2019Hagège prêche aux convertis ?Non seulement Hagège ne « prêche » pas, mais son principal travail est d\u2019alerter au problème et de fortifier la conviction des Français qui sont encore patriotes, des humanistes encore convaincus que la culture a une valeur, en étayant leur connaissance du problème.Il propose donc une vision très sobre et pragmatique qui permet de prendre la mesure du problème et de ses conséquences pratiques absurdes et néfastes, et d\u2019envisager les pistes de solution et d\u2019action les plus pressantes.C\u2019est déjà beaucoup, et Claude Hagège rend un service énorme à la Francophonie et à la diversité culturelle de l\u2019humanité en menant ses « Combats pour le français ».Charles Courtois 134 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 PIERRE VADEBONCOEUR L\u2019Injustice en armes, Montréal, Lux Éditeur, Collection Lettres libres, 2006, 144p.Ce petit livre est constitué d\u2019un recueil d\u2019articles qui ont été publiés dans L\u2019Action nationale, Le Couac, L\u2019Inconvénient, en 2004 et 2005.Il est le troisième d\u2019une trilogie qui comprend La Justice en tant que projectile et La Dictature internationale parus dans la même bonne petite collection «Lettres libres » de Lux Éditeur.Ces textes sur « la politique impérialiste des États-Unis » et le capitalisme sont remarquables par leur concision et par la finesse et la pénétration de leur analyse.On remarquera le caractère alarmant de chacun des titres.Or, à mesure que le temps passe, la justesse de l\u2019analyse de Vadeboncoeur devient de plus en plus évidente, et je dirais de même que la fourvoiement de la politique internationale.Le 19 septembre 2002, dans l\u2019Avant-propos de La Justice en tant que projectile, au lendemain de la décision de l\u2019Irak d\u2019ouvrir ses frontières aux inspecteurs des Nations Unies, ce que réclamait la communauté internationale, et ce qui servait de prétexte à l\u2019intervention américaine si l\u2019Irak n\u2019obtempérait pas à cette injonction, Vadeboncoeur écrit: « La détermination américaine de faire la guerre, dépassant cette fois avec la plus grande évidence les données de la situation est apparue nue, indépendante des circonstances, indifférente à tout ce qui n\u2019est pas la résolution pure et simple d\u2019entrer militairement dans ce pays ».Les États-Unis menaçaient d\u2019envahir l\u2019Irak qui n\u2019acceptait pas jusque-là que les organismes de l\u2019ONU aillent vérifier si ce pays possédait des armes de destruction massive.Ce dernier se pliant à la volonté de l\u2019ONU, les raisons de l\u2019attaquer tombaient.Le gouvernement américain était confus.« La guerre allait lui échapper ! Non pas la paix, mais la guerre.Juste l\u2019opposé, en fait.La guerre, considérée comme absolument nécessaire 135 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 d\u2019elle-même ».Je cite ces lignes pour donner une idée de l\u2019écriture de Vadeboncoeur.Une écriture critique, démystificatrice.La guerre contre l\u2019Irak pour défendre la liberté ! Une « guerre préventive ».Une immense duperie.La raison de cette déclaration de guerre des États-Unis, « c\u2019est le pétrole.La géopolitique du pétrole.La propriété du pétrole ».Vadebobcoeur précise que ces trois écrits appartiennent à « la littérature engagée ».C\u2019est une littérature d\u2019action et, si l\u2019on peut dire, de résistance » (p.6).Un acte de liberté, de contestation.Il est solidaire du mouvement de contestation de l\u2019altermondialisme qui trouve un certain appui dans « les structures autonomes des pays ou nations », et dans l\u2019ONU.Ce qui est capital, c\u2019est que la résistance au capitalisme et à l\u2019impérialisme américain ne cesse pas.Chacun des courts textes du recueil aborde l\u2019un ou l\u2019autre aspect de ce thème central.On nous invite à penser à la situation du peuple irakien qui subit tous les jours les effets de la déflagration de la violence.« Cette approche fait voler en éclats le verbiage démocratique de Bush » (p.19).Il faut aussi savoir que ce recours à la violence ne fait que provoquer une réaction violente et que les agresseurs alimentent le terrorisme.Vadeboncoeur croit qu\u2019 « une mécanique apocalyptique est en place » (p.25), et que pour la freiner, il faudrait opérer un changement radical, recourir à une utopie.Mais cela est-il possible ?Il faudrait une véritable révolution de la pensée, de la politique, Nous n\u2019en sommes pas là, nous n\u2019allons pas dans cette direction: « Le problème tel qu\u2019on le présente est cousu de mensonges.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi on le confie à la force, parce que c\u2019est le dernier argument.Le reste n\u2019est que verbiage » (p.45).Par ailleurs, Vadeboncoeur, en observateur attentif de la réalité internationale, attire l\u2019attention sur l\u2019intervention de la 136 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 rue dans les grands débats politiques.Il voit là une nouvelle forme de vie démocratique qui met en question le système autoritaire impérialiste, incarnation de la droite internationale.Ses réflexions sur le terrorisme qu\u2019il oppose à la révolution sont éclairantes.« Le terrorisme n\u2019est que tentative de force sans la force, ce qui est la formule de son échec », écrit-il.« Une révolution n\u2019a rien à voir avec le terrorisme » (p.91).Et ce qui est certain, c\u2019est que le terrorisme n\u2019est pas près de s\u2019arrêter.Les réflexions de Vadeboncoeur sur le rôle des médias dans ce contexte sont éclairantes, mais consternantes.L\u2019opération Tonnerre lancée par l\u2019Irak, la guerre une fois terminée (!) est pire que la guerre.Les médias ne rendent pas compte de son horreur.« La censure est totale.Les attentats terroristes font la manchette, mais la répression ne fait même pas les nouvelles » (p.95).Il est beaucoup question de l\u2019impérialisme américain dans le livre de Vadeboncoeur.Il en dénonce l\u2019arbitraire et l\u2019hypocrisie.Cependant, ce qu\u2019il montre très bien, c\u2019est qu\u2019il est impossible qu\u2019un pays domine l\u2019univers.« Washington poursuit ses chimères.» Il suffit de considérer ce qui se passe en Irak.« L\u2019ambition impérialiste américaine est un rêve et un cul-de-sac; une illusion de la force encore une fois, entretenue par des hommes d\u2019affaires et des politiciens » (p.116).Certains prétendent que la critique que formule Vadeboncoeur de la politique internationale des États-Unis relève de l\u2019antiaméricanisme.Or cette critique est basée sur des faits incontestables.La notion de « guerre préventive » est une aberration.Les États-Unis envahissent l\u2019Irak sous prétexte que ce pays envoie des terroristes aux États-Unis, ce qui est une pure affabulation.À la fin de 2005, voici que l\u2019on 137 L'ACTION NATIONALE - MARS 2007 apprend qu\u2019existent des prisons américaines secrètes dans sept ou huit pays, que les Américains ont utilisé des bombes à phosphore en Irak, ce que condamne le droit international, que l\u2019armée américaine recourt à la torture avec l\u2019approbation des autorités, que Bush est déterminé à imposer son veto à toute loi interdisant la torture (p.132), etc., etc.Si c\u2019est de l\u2019antiaméricanisme que ce condamner ces horreurs, ce serait criminel de ne pas être antiaméricain ! J\u2019ai essayé de dégager certains aspects de la pensée et de la démarche de Pierre Vadeboncoeur, mais on ne peut en quelques pages, rendre compte de la portée de cette réflexion.Son livre, divisé en petits chapitres courts, précis, denses, est d\u2019une lecture très agréable mais agressive.Il est un véritable cri d\u2019alarme.Espérons qu\u2019il sera entendu avant qu\u2019il ne soit trop tard.Paul-Émile Roy Gamme de produits standards fabriqués pour l'industrie mondiale du meuble et de la cuisine.w i ENREGISTRÉ ISO 9001 Spécialistes de l'injection et du formage sous-vide des plastiques.Conception et fabrication de moules pour les deux procédés.Armotec inc.2250, rue Sigouin Drummondville (Québec) Canada J2C 5Z4 Tél.: (819) 478-4024 Téléc.: (819) 478-3456 armotec@dr.cgocable.ca www.armotec.qc.ca 139 INDEX DES ANNONCEURS iii Allard &Cie CA 138 Armotec 55\tCaisse d\u2019économie solidaire Desjardins 10 Devoir, Le 9 Fondaction iii Jean-Claude St-André, député de l\u2019Assomption 56\tMouvement national des-Québécoises et-Québécois 56 Rassemblement pour un-Pays souverain iii Sansregret, Taillefer et-Associés 145 Simplex 56 Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie 56 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du-Québec EN HÉRITAGE v cA A\tc/e Cÿ& éc/cn^c/ e£ en ^en^e^eêen^ent n &neee&&tson LÉGUER POU R QUE L'ACTION NATIONALE CONTI NUE 141 CLUB DES 100 ASSOCIÉS Fernand Allard Patrick Allen-' François-Albert Angers-' Gaston-A.Archambault-' Jean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron François Beaudoin Gaston Beaudry' Dominique Bédard ' Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin-' Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Henri Joli-Cœur Lucie Lafortune-' Anna Lagacé-Normand-Bernard Lamarre Denis Lazure Richard Leclerc Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Roger Masson Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin-' Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost René Richard-' Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier-' Réal Trudel Cécile Vanier André Verronneau Claude-P.Vigeant Madeleine Voora Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 2500 mots, le compte rendu d\u2019un livre peut compter de 1000 à 1500 mots et un article sollicité peut comprendre de 3000 à 8000 mots.Les textes sont généralement reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens »-depuis 1948, dans « Périodex »-depuis 1984, dans « Repères »-publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur 143 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Mission Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Président\tMembres Denis Monière\tDave Anctil Membres honoraires Thérèse Baron, Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Jacques-Boulay, Guy Bouthillier, Hélène Chénier, Delmas Lévesque, Pierre Dupuis, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon, Gilles Rhéaume Vice-président Pierre Noreau Secrétaire Gilles Lavoie Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Ex Officio Robert Laplante Pierre de Bellefeuille Jacques Brousseau Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Myriam D'Arcy Geneviève Dugré Benoît Dubreuil Christian Gagnon Josée Lacourse Alain Laramée Anne Legaré Geneviève Légaré Anne-Michele Meggs Yves Michaud Jacques-Yvan Morin André Poupart Guillaume Rousseau Paul-Émile Roy Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jean Genest, Jean-Marc Léger, Georges Meyers ABONNEMENT Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la 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