L'action nationale, 1 septembre 2007, Septembre
[" volume XCVII numéro 7 SEPTEMBRE 2007 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L\u2019ACTION NATIONALE volume XCVII numéro 7 NATIONALE » Éditorial Le courage dans les affaires de la bourgade -Robert Laplante Articles Les plus beaux fruits sont à venir : faire du français la langue publique commune -Mouvement Montréal français 16 | Le Québec est-il désormais aussi français que l'Ontario I est anglais ?-Michel Paillé\t20\t| L\u2019acte manqué d'une formation de compromis -Serge Cantin\t34\t| ¦j Le Canada de droite -Pierre Vaboncoeur\t39\t| Le\totisme libéral » du Parti québécois ou l'abandon du nationalisme -Danic Parenteau\t46\t| Éloge d'Étienne Chartier et À Pierre Bluteau -André Gaulin\t65\t| Le masochisme mémoriel -Mahtieu Bock-Coté\t68\t| Les coopératives de santé et la gratuité des services médicaux -Jacques Fournier\t86\t| Les hauts et les bas de la nation dans les discours des premiers ministres québécois (1960-2007) -Denis Monière, Dominique Labbé\t90 Lire Volume XCVII numéro 7 SEPTEMBRE 2007 Primeur Bourrasques en altitude -Pierre Gagnon Lire les essais Index des annonceurs m/m Dominique Richard L'héritage irlandais 2004 Acrylique fusain et vernis sur canevas Dimensions : 36\"x36\" Pour rejoindre l'artiste : artistedoe@hotmail.com Pour voir d'autres oeuvres de l'artiste: http://www.dominiquerichard.com/ Location d'outils 28 succursales \u2022 50 000 outils Québécoise depuis 1907 1.800.361.1486 www.simplex.ca 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur(Université de Montréal), Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public (Université de Montréal) ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval); Jean-Jacques Chagnon ; Lucia-Ferretti ; Alain-Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque ; Lucia Ferretti (UQTR), Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval); Michel Seymour (Universitéde Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.DOMINIQUE RICHARD Féministe, écologiste, indépendantiste, l'artiste peintre Dominique Richard entend se consacrer activement à la chose politique depuis sa rencontre avec Armand Vaillancourt il y a une dizaine d'années.Elle participera à l'exposition Territoire au Centre de Diffusion et d'Expérimentation (CDEx) de l'UQAM du 6 au 21 octobre 2007.L'exposition Territoire se veut une occasion de diffuser la manière dont l'espace crée le sens de l'oeuvre de certains artistes.Que ce soit par l'exil, le colonialisme, l'abandon des frontières, les guerres, les rencontres interculturelles ou autres, nous souhaitons qu'ils partagent la façon dont les territoires où ils ont vécu et les gens qui y vivent ont influencés leur création au sens artistique, mais sans oublier des notions géographiques, sociologiques ou politiques. 2 ÉDITORIAL Robert Laplante LE COURAGE DANS LES AFFAIRES DE LA BOURGADE J\u2019ai planté un chêne Au bout de mon champ Ce fut ma semaine Perdrerai-je ma peine J\u2019ai planté un chêne Au bout de mon champ Perdrerai-je ma peine Perdrerai-je mon temps Gilles Vigneault Lentement, péniblement, le combat pour l\u2019indépendance entre dans une nouvelle phase.L\u2019heure des certitudes candides sur le mouvement inéluctable de l\u2019Histoire s\u2019achève dans la résignation maladroite du PQ à faire le constat qu\u2019il a nié depuis 1995 : par sa faute, par celle de Lucien Bouchard et consorts, il a gaspillé la conjoncture.Sa troisième place, il se l\u2019est méritée pour avoir détruit le rapport des forces en attendant une aussi lâche que chimérique réunion des conditions gagnantes, le mouvement national a perdu l\u2019initiative historique.Au moment où l\u2019idée d\u2019indépendance maintient de solides appuis, pratiquement au double des appuis au PQ, il n\u2019y a pourtant pas lieu de désespérer même s\u2019il est exaspérant de voir le Québec tourner en rond et s\u2019enliser dans la médiocrité parce que le parti politique se disant porteur de son émancipation n\u2019en finit plus de rabougrir.Il faut 3 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 réfléchir dans les termes du combat national, pas dans ceux de la politique provinciale dont ce parti semble incapable de s\u2019extirper.Ceux-là qui font carrière à annoncer qu\u2019il faut faire le deuil de l\u2019indépendance n\u2019ont pas compris que les indépendantistes préféreront faire le deuil du PQ plutôt que de consentir au reniement des aspirations fondamentales.Le PQ est en train de l\u2019apprendre à ses dépens, on ne brandit pas impunément l\u2019idéal de l\u2019indépendance.Lancées dans les jours qui ont suivi son accession à la tête du parti, les déclarations de Pauline Marois auront tôt fait d\u2019assombrir l\u2019été naissant.C\u2019est évident, sous sa gouverne le PQ reste enferré dans le référendisme.L\u2019étapisme et la gestion provinciale lui tiennent lieu d\u2019horizon.Reporter le référendum ?Ce n\u2019était que réalisme élémentaire.Songer à redéfinir l\u2019espace politique et le combat national en repensant le rôle de cet instrument ?Il semble bien que la tâche paraisse impossible - à moins qu\u2019elle ne soit tout simplement considérée comme obscène.Le cadre que Pauline Marois laisse deviner, c\u2019est toujours le même bon vieux réflexe du messianisme technocratique : un jour, le peuple aura assez bien mûri pour rejoindre l\u2019idéal de ce parti éclairé.Et ce jour arrivant, on ne sait trop comment puisque le PQ refuse de s\u2019engager à gouverner en prenant les moyens pour que cela advienne, le grand moment inaugural lancera la province dans une autre ronde de discussions avec Ottawa.Il aura fallu parcourir tout ce chemin avant de se mettre en marche! C\u2019est toujours le même refrain, l\u2019accession à l\u2019indépendance ne serait pas une affaire de combat politique et de mobilisation mais de mûrissement des mentalités.Cela ne parvient même pas à le justifier de n\u2019avoir rien fait, alors qu\u2019il formait le gouvernement, ni pour la formation politique et 4 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 encore moins pour la mobilisation de ses membres.On ne s\u2019explique pas davantage la pure bêtise de n\u2019avoir même pas formé de cellule stratégique (le war room) alors qu\u2019Ottawa lançait contre le Québec toute la machine de l\u2019État Canadian dans une véritable opération de déstabilisation et d\u2019occupation.Candeur ?Irresponsabilité ?Amateurisme ?Bon-enten-tisme ?C\u2019est au choix.Le résultat reste le même et Lucien Bouchard a dicté la formule qui tient lieu pour plusieurs de légitimation ultime, blâmant le peuple de ne pas avoir marché devant lui.« On ne fait pas pousser une fleur en tirant dessus.» « On ne peut pas pousser une corde ».« Les gens ne sont pas là.Il faut d\u2019abord écouter leurs préoccupations.» Ces insignifiances, on nous les sert sur tous les tons et à tout propos.Le combat pour l\u2019indépendance a besoin d\u2019un parti politique, pas d\u2019une amicale de pédagogues.Il y a trop de gens qui confondent un objectif et un étendard.Et qui s\u2019accommodent fort bien de l\u2019impuissance provinciale.L\u2019érosion de ses appuis électoraux n\u2019a rien à voir avec un quelconque déficit d\u2019attention.Les électeurs entendent très bien et ils savent distinguer la rhétorique incantatoire de l\u2019engagement authentique, la politique de la manœuvre politicienne.Par la conduite erratique de ses leaders, par son incapacité à faire les constats et les remises en question qui s\u2019imposent, ce parti est d\u2019abord victime de lui-même.Sa posture velléitaire et sa conduite équivoque dès lors qu\u2019il s\u2019agit de poser son objectif fondamental ailleurs que dans l\u2019ornementation l\u2019ont enfoncé dans un déficit de crédibilité dont il commence à peine à prendre la mesure.Il est difficile de croire en sa capacité de se renouveler.Les résultats désolants de la Saison des idées ont plombé le passif et minent la confiance dans la sincérité et les capacités de ce parti, de son élite, de ses élus et de son appareil à mener à bien pareille tâche.Pareille manœuvre strictement 5 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 occupationnelle ne pouvait faire autrement que se retourner contre ses concepteurs.Le PQ en paie chèrement le prix, lui qui a gaspillé un temps précieux à la mascarade en plus de semer la méfiance dans des groupes que le scepticisme à son endroit avait depuis longtemps attiédis.Il était déjà évident à ce moment-là que le dynamisme intellectuel ne se trouvait plus tant dans le parti que sur son pourtour.La Saison des idées aura fait la démonstration que le parti n\u2019avait plus la capacité - ni la volonté dans bien des cas - de faire la synthèse des idées qui font carburer les forces vives.Il ne parvenait pas à accueillir et soutenir le dialogue, à servir en quelque sorte de percolateur pour le potentiel créateur et l\u2019innovation du Québec en mouvement.Il ne parvenait plus à faire la synthèse nationale.Rigidité technocratique, establishment engoncé, clientélisme primaire, amateurisme militant dans bien des cas, incompétence crasse dans d\u2019autres, la machine péquiste a manifesté là d\u2019accablants signes de vieillissement.Des signes que le juvénisme névrotique a dévoilé et renforcé plus qu\u2019il n\u2019a combattu.Avec le résultat que l\u2019on sait.Depuis 1995 ce parti a échoué, il n\u2019a pas été à la hauteur des exigences historiques.Il lui aurait fallu et il lui faudrait l\u2019humilité de reconnaître son échec.Pour l\u2019instant, il donne l\u2019impression de chercher encore à le camoufler dans une glose sur la communication - être à l\u2019écoute - et dans la transfiguration du messianisme technocratique en onirisme compensatoire - rêver le pays en espérant que cela fera mûrir les mentalités.Ils sont nombreux les indépendantistes et les citoyens à voir dans les contorsions intellectuelles qui alimentent la rumeur autant de manières de chercher à se soustraire aux exigences du combat sans paraître se délester ouvertement de l\u2019option.Opération grandes oreilles, référendum d\u2019initiative, exercices de nécromancie collective, tout cela ressemble à autant d\u2019alibis pour chercher la recette électorale la moins engageante pour attirer le chaland et 6 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 reprendre la gouverne de la province.L\u2019heure n\u2019est pourtant pas au renouvellement du fond de commerce mais au res-sourcement.Ce parti en sera-t-il capable de façon convaincante et ras-sembleuse ?A-t-il terminé sa vie utile ?Le proche avenir et le prochain scrutin le diront.Pour un nombre grandissant d\u2019indépendantistes cependant, le deuil est déjà fait de ce parti.Une nouvelle dynamique est désormais en train de se déployer.C\u2019est un secret de polichinelle : la question de la formation d\u2019un nouveau parti est largement débattue et au moins un groupe s\u2019emploie d\u2019ores et déjà à en jeter les bases.Le feront-ils ?Choisiront-ils de se former en mouvement plutôt qu\u2019en parti ?L\u2019avenir le dira.Une chose est certaine, cette tendance est là pour rester.Elle a été très abondamment nourrie par un travail de réflexion mené sur plusieurs années et dans de nombreux forums militants.Le niveau d\u2019abstention et le transfert des voies souverainistes vers les autres partis, en particulier l\u2019ADQ, en sera-t-il atténué ou même arrêté ?Cela reste à voir.Il apparaît néanmoins que la coalition indépendantiste ne logera plus à l\u2019intérieur du PQ.Si elle doit se faire comme dit le souhaiter Pauline Marois, elle devra s\u2019inscrire dans l\u2019espace du pacte, celui des accords et des alliances entre entités séparées.René Lévesque, qui n\u2019avait pas apprécié l\u2019entrisme provoqué par le sabordement du RIN, avait longtemps souhaité la résurgence d\u2019un nouveau parti devant lequel il aurait aimé se présenter comme plus modéré, plus conciliant avec ce cher Canada.Est-ce le calcul de Pauline Marois ou s\u2019est-elle tout simplement enferrée dans les contradictions d\u2019un cadre stratégique déglingué ?Il s\u2019en trouvera pour déplorer cet état de fait et encore en appeler à la retenue, sous prétexte de ne pas diviser les forces.La réalité, c\u2019est que les forces sont divisées non pas 7 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 par indiscipline mais par des projets se démarquant par des options stratégiques et des philosophies de l\u2019action si difficiles à concilier qu\u2019ils sont en passe de devenir des options politiques différentes.C\u2019est le PQ qui a créé cette situation, par son refus de l\u2019action historique, par ses choix dogmatiques, par sa méfiance et parfois même son mépris pour ses militants les plus engagés.C\u2019est sur lui que pèsera la nécessité de créer les passerelles, si tant est que cela soit possible et souhaité.La naissance d\u2019un nouveau parti ne lui soustraira pas des votes que ces militants sont - que ça plaise ou non - décidés à ne plus lui accorder.Effet pervers de l\u2019électoralisme à courte vue, calcul cynique ou éclatement des contradictions d\u2019un parti incapable de faire la part entre la gouverne de la province et le combat national, les explications peuvent faire l\u2019objet de bien des dissertations.Mais dans le champ politique, le résultat net c\u2019est que cela condamne le PQ à se raccorder avec une perspective nationale structurante.Qu\u2019il le veuille ou non, il ne sera plus en débat avec lui-même.Il sera confronté à un champ de forces qui ne seront plus strictement provinciales.Mme Marois n\u2019aura pas de mal à faire la discipline dans son parti : les militants qui lui restent vont la suivre sans doute sur un bon bout de chemin.Les critiques ne se tairont cependant pas car les indépendantistes qui vont choisir de militer ailleurs, plutôt que de s\u2019abstenir ou de voter par protestation, vont nécessairement ouvrir un espace de débat auquel le PQ ne pourra se soustraire sans se marginaliser davantage.L\u2019arrivée de Québec Solidaire avait fait craindre aux stratèges péquistes de se faire prendre sur la gauche.C\u2019est cela qui les a lancés sur les traces de Tony Blair pour tenter de reconquérir le vote qu\u2019ils ont perdu.non pas à droite, mais sur le plan national.S\u2019imaginant encore que son salut passe d\u2019abord par le renouvellement de la social-démocratie assaisonnée d\u2019un retour au discours identitaire, le parti reste 8 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 encore prisonnier d\u2019une lecture de la conjoncture définie dans les catégories intellectuelles de l\u2019adversaire, captif de la pensée annexée qui domine la vie de la province.Les sondeurs et tous les bonimenteurs de la coterie du cartel médiatique n\u2019ont pas manqué d\u2019embrouiller les choses, en effet, en attribuant la montée de l\u2019ADQ au comportement d\u2019une clientèle plus sensible à l\u2019identitaire.Une véritable niaiserie.Ce qui s\u2019est exprimé autour de la question des accommodements raisonnables, c\u2019est une inquiétude de minoritaire.Une inquiétude nationale mal nommée, mal assumée.Une angoisse de régression.L\u2019identitaire, c\u2019est une catégorie frelatée, un instrument d\u2019intériorisation de la vision folklorisante de soi-même.L\u2019identitaire, c\u2019est le concept siamois de l\u2019autonomisme.Ce qui structure notre condition politique, c\u2019est un dilemme existentiel : le consentement à la minorisation ou l\u2019émancipation nationale.L\u2019ADQ veut faire semblant qu\u2019il est évitable.Le PQ est prêt à attendre encore trois mandats pour le trancher.D\u2019autres sont convaincus qu\u2019il faut une riposte de tous les instants et se battre pour défaire et briser le carcan.Le pays qu\u2019ils veulent affranchir sera peut-être long à venir, mais il n\u2019arrivera pas par inadvertance.Si Pauline Marois écoute, c\u2019est aussi ce qu\u2019elle entendra : un très grand nombre d\u2019indépendantistes ne marchent plus dans le péquisme.Si coalition il doit y avoir, il faudra qu\u2019elle se fasse sur un cadre stratégique révisé, sur une conception ferme de la nation et sur des propositions incarnant clairement l\u2019intérêt national.Pour le moment, le Québec s\u2019habitue tellement bien aux demi-mesures auxquelles le condamne la gestion provinciale, qu\u2019il a de plus en plus de mal à se saisir dans son espace propre.Les débats publics et la dynamique des partis s\u2019en trouvent déportés dans une espèce d\u2019irréalité qui ne sert qu\u2019à accroître et cultiver le cynisme démissionnaire. 9 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Les Québécois et leurs partis politiques s\u2019habituent à ce que rien de ce que décide leur gouvernement national ne soit pérenne.La loi 101 n\u2019est que l\u2019ombre de ce qu\u2019elle était, nos politiques sociales s\u2019étiolent, sous-financées, combattues par des normes fédérales, défigurées par le piétinement des compétences, nos universités asphyxient, nos choix environnementaux sont réduits au bricolage, mais qu\u2019à cela ne tienne, les débats se font comme si c\u2019était cela la normalité des choses.L\u2019ADQ incarne parfaitement cette culture de la résignation et l\u2019on comprend dès lors que ce parti soit en train de faire basculer le centre de gravité de la politique provinciale.Quand on travaille avec des demi-mesures, on ne récolte bien souvent que des demi-succès.Mais on fait naître des attentes et on crée des frustrations à la hauteur de ce qu\u2019on a laissé apercevoir dans ce qui s\u2019est esquissé.C\u2019est sur ces frustrations que Mario Dumont fait du surf.Il va proposer de chauffer la maison en brûlant les meubles, c\u2019est-à-dire en comblant les manques à partir des matériaux qu\u2019il va retirer de ce qui a été a moitié construit.Ses propositions concernant les services de garde en fournissent la parfaite illustration.Le PQ s\u2019enorgueillit d\u2019avoir lancé un projet qu\u2019il n\u2019a pourtant jamais pu compléter faute de ressources, l\u2019argent et une grande partie des compétences pour réussir une politique familiale se trouvant à Ottawa.Cela a suscité un enthousiasme tel que les imperfections et l\u2019inachevé ont fini par rendre encore moins tolérables les lacunes face aux besoins non comblés et par attiser les frustrations.L\u2019ADQ va déshabiller Pierre pour habiller Jacques, faire des incantations aux dieux du privé et surtout éviter de placer les choses en perspective.Il suffira de souffler sur les insatisfactions.L\u2019impatience a fini par prévaloir sur le réalisme des moyens, personne ne voulant tirer les conclusions de ce que cela signifie que de se contenter de ce qu\u2019Ottawa nous 10 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 laisse.Résultat, un débat totalement bancal sur les services de garde et les allocations aux familles.En ces matières comme dans les autres, cela donnera des moitiés d\u2019aman-chures et il s\u2019en trouvera pour se gausser du sain réalisme pragmatique.On ne peut expliquer autrement que par la fascination pour la médiocrité résignée l\u2019enthousiasme avec lequel le PQ et le PLQ se sont mis à singer l\u2019ADQ.S\u2019affirmer sans se séparer, la belle affaire ! Une autre demi-mesure pour mieux consentir à un ordre qu\u2019on renonce à combattre.Un ordre qui se renforce de ces simagrées, qui se joue de voir soliloquer la belle province.Toute la classe politique s\u2019agite pour faire semblant que c\u2019est du sérieux.Il n\u2019y a pourtant que la soumission à la clé.Le statut de subalterne mieux confortablement installé sous le joug ne se négocie pas.Minoritaire, on s\u2019accommode et on ravale.On peut toujours protester, ça donne bonne conscience mais les fanfaronnades resteront sans lendemain.Rien dans la position de l\u2019ADQ ne bouleversera l\u2019ordre constitutionnel Canadian.Toute la classe politique le sait.Mais elle reste convaincue que la conquête des clientèles électorales passe par ces simagrées sous prétexte que le peuple ne veut pas de sa liberté.Elle va donc s\u2019activer à promettre de redresser les affaires de la province pour ne pas avoir à déranger celles du Canada.Nos politiciens ne manquent pas de courage dans les affaires de la bourgade, ils n\u2019en ont aucun dans celles de la nation.Cela ne durera pas toujours.L\u2019arrivée d\u2019un nouveau parti ou mouvement va peut-être briser la chorale, casser quelques silences entendus.Les indépendantistes sont durs à l\u2019ouvrage et bien capables de faire surgir ce qui accélèrera l\u2019Histoire.? Le deuxième numéro des Cahiers de lecture est disponible Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale ORMES ET DÉVIANCES RÉGULATIONS SOCIALES D'HIER À AUJOURD'HUI DES ESSAIS À LIRE DES LIVRES POUR VOIR LOIN Prix pour un numéro: 8,95$\t# Abonnement un an (deux numéros): I La tenace revue L'Action nationale a go ans cette année.Pour marquer le coup et pour témoigner «de sa confiance en l'avenir», elle lance, cette saison, une publication connexe à sa mission principale qui est, comme chacun le sait, de travailler à l'avènement de la souveraineté du Québec.Exclusivement consacrés à la critique d'essais québécois, Les Cahiers de lecture paraîtront, dans un premier temps, deux fois l'an.Dans l'éditorial du premier numéro, Richard Gênais et Robert Laplante justifient avec force et éloquence la pertinence de cette réjouissante initiative.\u2014 Louis Cornellier, Le Devoir À la boutique de L'Action nationale www.action-nationale.qc.ca ou par la poste à L'Action nationale-Cahiers de lecture 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal QC I I 2.X 1X3 COLLOQUE VINCENT-HARVEY 6 ET 7 OCTOBRE 2007 À LA MALBAIE Organisé par le Centre de recherche sur l'histoire et le patrimoine de Charlevoix Conférenciers invités Hélène Pelletier-Baillargeon, Louis O'Neill, Gilles Routhier, Jean-Philippe Warren, Laurent Dupont o.p., Serge Gauthier, Christian Harvey et les membres de la famille Harvey.Vincent Harvey o.p.(1923-1972) Directeur de la revue Maintenant (1965-1972) Une occasion unique de découvrir un homme de Charlevoix et un grand Québécois! Inscription : 30$ par personne Colloque Vincent-Harvey, C.P.172, La Malbaie (Québec) G5A 1T7 Tél.: 418.439.0647 \u2014 info@shistoirecharlevoix.com www.shistoirecharlevoix.com L\u2019exposition Territoire au Centre de Diffusion et d\u2019Expérimentation (CDEx) de l\u2019UQAM du 6 au 21 octobre 2007.4*1tStfl ¦t le sens, pace esf le sen: avec la participation d\u2019Armand Vaillancourt, René Derouin, Nick Huard, Mathieu Beauséjour, Kinga Araya, Thierry Marceau, Constanza Camelo, Scott Duncan, Nadia Seboussi, Danielle Raymond, Louis-Philippe Côté.Le Centre de Diffusion et d\u2019Expérimentation (CDEx) est un espace interdisciplinaire d\u2019exposition et d\u2019expérimentation mis à la disposition des étudiants durant leur formation.Il est situé au local JR-930 du pavillon Judith-Jasmin, au coin des rues St-Denis et Sainte-Catherine (orientation nord/est) à Montréal.Il est accessible de l\u2019intérieur du pavillon et ses vitrines ont le regard à la fois tourné vers la rue St-Denis et vers l\u2019intérieur de l\u2019édifice. aqirP t oar notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.% %0} W) Près de 10 000 membre dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FOIMD/OO/V POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t Mouvement Montréal français* Trentième anniversaire de la Charte de la langue française LES PLUS BEAUX FRUITS SONT À VENIR : FAIRE DU FRANÇAIS LA LANGUE PUBLIQUE COMMUNE Il y a eu trente ans ce 26 août que le Québec ouvrait un nouveau chapitre de son histoire en adoptant la loi 101.Ce fut un coup d\u2019audace formidable dont les effets se firent sentir immédiatement.La langue française se voyait enfin reconnaître la place qui lui revient.La force de la loi révélait le peuple à lui-même.Cette charge symbolique eut un impact considérable sur notre société : celui de donner enfin à la majorité sa légitimité nationale.L\u2019affirmation du français comme langue officielle, langue commune, langue du travail, langue des échanges et du rayonnement, trait caractéristique et fondateur de la nation et porteur de son avenir, voilà le geste et la volonté que nous célébrons aujourd\u2019hui.En normalisant la place du français dans ses institutions, la société québécoise s\u2019en retrouvait radicalement transformée, et la nation mise en mouvement : telle aura été la grande intuition de Camille Laurin.C\u2019est par rapport à cette expérience fondatrice plus qu\u2019aux diverses mesures concrètes prévues qu\u2019il faut d\u2019abord mesurer le chemin parcouru.Car si des progrès ont été réalisés, il faut bien constater qu\u2019ils ne l\u2019auront jamais été dans la quiétude sereine d\u2019une * Pour joindre le Mouvement Montréal français : 514-835-6319 http://www.montrealfrancais.info/ 17 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 quelconque pax canadiana.Dès son origine, des forces ont été mises à l\u2019œuvre pour la dénaturer et la faire dévier de sa trajectoire.Aussitôt déposée devant l\u2019Assemblée nationale, la loi qui devait faire du français la seule langue officielle du Québec a été mise à l\u2019épreuve par ceux qui ne cesseront jamais de la contester.La francisation du Québec, objectif de la Charte de la langue française, n\u2019est pas complétée, loin s\u2019en faut ; surtout à Montréal, où des progrès ont certes été réalisés, mais où dans plusieurs domaines le français plafonne quand il ne régresse pas.Les organismes responsables d\u2019appliquer la Charte ont des moyens diminués.La politique linguistique des services gouvernementaux est largement bafouée.En 2002, la loi 104, par son article 16, rétablissait l\u2019usage exclusif de la langue officielle dans les communications écrites de l\u2019Administration avec les autres gouvernements et avec les personnes morales établies au Québec.Cet article de la loi n\u2019a toujours pas été mis en vigueur.La majorité des allophones de Montréal et des anglophones de tout le Québec travaillent principalement en anglais.Dans les foyers, la majorité des transferts linguistiques se font toujours vers cette langue, contribuant de la sorte à accélérer notre minorisation en réduisant notre poids démographique.Plus de la moitié des jeunes allophones choisissent de fréquenter le cégep anglais.Le bilinguisme recolonise les institutions publiques.Montréal, notre métropole, laisse voir chaque jour davantage les signes d\u2019une aliénation qu\u2019on croyait vaincue, dans la langue des services, dans le fonctionnement et l\u2019organisation des institutions.Le paysage commercial se défrancise à mesure que la mondialisation sert de prétexte à l\u2019anglicisation des raisons sociales.La langue publique commune est L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 celle qui permet aux gens de différentes langues maternelles de communiquer entre eux.C\u2019est donc dans les régions linguistiquement mixtes et surtout dans la région montréalaise qu\u2019on peut constater si le français est la langue commune au Québec.Les dispositions linguistiques de la loi 101 ont été érodées au point où il faudrait désormais réanimer cette loi fondatrice, la raccorder à ses intentions premières.Car ce qu\u2019il reste de cette loi motive un sentiment trompeur de sécurité.La fierté que nous tirons de ce qu\u2019elle a déjà été ne doit pas empêcher de constater ce qu\u2019elle n\u2019est plus.Il faut une nouvelle loi 101, dont les dispositions permettront de mieux accorder la francisation avec les diverses fonctions d\u2019intégration des institutions publiques.Il faut une loi 101 restaurée pour que le Québec se dote d\u2019un ordre institutionnel cohérent.C\u2019est particulièrement névralgique dans le système de santé montréalais et dans les établissements d\u2019enseignement supérieur présentement fondés sur une logique de développement séparé.Si le français est la langue officielle du Québec, il doit être la langue de toutes les institutions nationales, et toutes doivent être pensées pour soutenir et confirmer le statut de la langue française comme langue normale du fonctionnement des institutions et de l\u2019intégration sociale.Cela n\u2019exclut rien quant au respect de la minorité anglophone, mais il faut être clair : l\u2019équilibre linguistique à Montréal ne se construira pas en partageant les ressources à parts égales entre institutions anglophones et francophones.Le Québec se trouve de plus en plus radicalement confronté à des choix exigeants.L\u2019ordre du monde bouge vite et nous sommes condamnés à agir avec une cohérence et une cohé- 19 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 sion exemplaires sans quoi nous risquons d\u2019être emportés par des forces qui nous réduiront à l\u2019insignifiance.La loi 101, nous en sommes assez fiers pour la célébrer.Et assez conscients de ce qu\u2019elle nous a révélé de nous-mêmes pour appeler à sa restauration.Les plus beaux fruits de la Charte de la langue française sont encore à venir.? 20 ARTICLES Michel Paillé* Les 30 ans de la loi 101 LE QUÉBEC EST-IL DÉSORMAIS AUSSI FRANÇAIS QUE L\u2019ONTARIO EST ANGLAIS ?** Selon le biographe de M.Camille Laurin, le premier ministre du Québec, M.René Lévesque, avait promis, lors de la campagne électorale de 1976, de « faire du Québec une province aussi française que l\u2019Ontario est anglaise » (Picard 2003, 241).Il s\u2019agissait alors « de revoir la controversée loi 22 » (ibid., 240) votée par le gouvernement Bourassa en 1974.Confié à Camille Laurin, ce mandat linguistique allait conduire à la loi 101 (26 août 1977).On a évoqué plusieurs fois la comparaison Québec-Ontario au cours de l\u2019année 1977.S\u2019adressant en octobre au Department of Political Science, (Dalhousie University, Halifax), M.Laurin l\u2019a affirmé clairement en ces termes : « On l\u2019a assez répété, il est normal que le Québec soit aussi français que l\u2019Ontario est anglais » (Laurin 1977, 137).Dans ses discours, M.Laurin avait sans doute à l\u2019esprit une étude qu\u2019il a déposée à l\u2019Assemblée nationale en juillet 1977 : « Quelques données démographiques sur un Québec * Démographe, l\u2019auteur est chercheur associé à la Chaire Hector-Fabre d\u2019histoire du Québec, Université du Québec à Montréal.** Les recherches conduisant à cet article ont été rendues possibles grâce à une subvention de la Chaire Hector-Fabre d\u2019histoire du Québec.L\u2019auteur exprime sa reconnaissance à M.Robert Comeau, premier titulaire de cette chaire. 21 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 aussi français que l\u2019Ontario est anglais » (Duchesne 1977).Dans cet ouvrage devenu depuis un point de référence, l\u2019auteur a comparé, à partir du recensement de 1971, les deux provinces à propos de la connaissance du français et de l\u2019anglais ainsi que sur les langues les plus souvent utilisées à la maison.Si certains éléments de cette comparaison sont souhaitables pour le Québec, d\u2019autres par contre servent de repoussoirs1.En ce 30e anniversaire de la Charte de la langue française, nous ne disposons pas encore des données linguistiques du recensement de 2006.Force est donc de nous en tenir au recensement de 2001.Bien que nous couvrirons une période de 30 ans (1971-2001), elle sera décalée de six ans par rapport au temps écoulé depuis la loi 101 (1977-2007).À partir des données du recensement de 1996, nous avons fait, il y a quelques années, une première mise à jour de l\u2019analyse du démographe Louis Duchesne.Publiée en France, notre contribution est passée inaperçue au Québec, sauf lors d\u2019une recension (Cardinal 2006).Dans le présent article qui n\u2019a pas la prétention d\u2019être exhaustif, nous limiterons les aspects conceptuels, méthodologiques et critiques au minimum2.Nous ne présenterons que deux tableaux alors que l\u2019on pourrait les multiplier3.1\tSi l\u2019anglicisation des allophones en Ontario devient un modèle pour la francisation des allophones du Québec, l\u2019« assimilation » des Franco-Ontariens n\u2019est pas prétexte pour souhaiter le même sort à la minorité anglo-québécoise.2\tLes lecteurs intéressés par ces aspects pourront consulter l\u2019ouvrage de Duchesne (1977) ainsi que le nôtre (Paillé, 2003).3\tNotre étude antérieure en compte 17 (Paillé, 2003, p.146-152). 22 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 La connaissance du français et de l\u2019anglais En 1971, le Québec surclassait nettement l\u2019Ontario relativement à la connaissance du français et de l\u2019anglais : près de 28 % des Québécois pouvaient parler le français et l\u2019anglais, contre moins de 10 % de la population ontarienne.L\u2019Ontario dénombrait plus de 87 % d\u2019unilingues anglais tandis que l\u2019on ne recensait que 61 % d\u2019unilingues français au Québec, une importante différence de 26 points! De plus, près de 26 % des francophones du Québec s\u2019estimaient aptes à soutenir une conversation en anglais alors qu\u2019à peine un peu plus de 4 % des Anglo-Ontariens pouvaient parler le français.En outre, les Franco-Ontariens déclassaient les Anglo-Québécois avec un taux de bilinguisme s\u2019élevant à 82 % de leurs effectifs, contre seulement 37 % chez les anglophones du Québec.Enfin, 86 % des allophones ontariens connaissaient au moins l\u2019anglais alors que seulement 47 % des allophones du Québec pouvaient soutenir une conversation en français.Au recensement de 2001 on a constaté que le bilinguisme a fait plus de progrès en 30 ans au Québec qu\u2019en Ontario.En effet, le bilinguisme a augmenté de plus de 13 points chez nous, comparativement à moins de 3 points chez nos voisins.Avec 41 % de bilingues en 2001, le Québec s\u2019est davantage démarqué de l\u2019Ontario : nos voisins n\u2019en comptaient alors que 12 %.Rappelons que la Charte de la langue française n\u2019avait pas pour objectif de faire du Québec un territoire aussi « unilingue français » que l\u2019Ontario était alors « unilingue anglais ».M.Camille Laurin l\u2019a d\u2019ailleurs clairement exprimé en 1977 : « certains détracteurs de notre politique veulent [la] caricaturer sous l\u2019image d\u2019un repli sur soi, d\u2019un unilinguisme qui 23 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 [nous] couperait du reste de l\u2019Amérique du Nord.Rien n\u2019est plus faux » (Laurin 1977, 48).Si les cours d\u2019immersion française ont contribué au progrès du bilinguisme en Ontario, la politique linguistique du Québec a eu un effet beaucoup plus grand, notamment chez les anglophones, dont 68 % s\u2019estiment aptes à parler le français.Une technique de comparaison utilisée par Duchesne en 1977 appliquait aux groupes linguistiques du Québec les taux d\u2019unilinguisme et de bilinguisme français-anglais de l\u2019Onta-rio4.Cet exercice conduit à une « population attendue » que l\u2019on compare ensuite à celle réellement recensée.Duchesne a ainsi fait voir, qu\u2019en 1971, le Québec aurait recensé 1,04 million de francophones unilingues de plus que ce que l\u2019on a effectivement dénombrés.De son côté, la minorité anglophone du Québec aurait compté 354 400 bilingues supplémentaires.Enfin, on aurait dénombré 249 700 « unilingues français5 » de plus parmi les allophones.Le tableau 1 donne, dans la partie du haut, la situation telle que recensée en 2001.Quant à la partie du bas, c\u2019est ce que nous aurions obtenu si les taux ontariens avaient été appliqués à la population du Québec.4\tPrécisons que les taux ontariens sont appliqués de manière croisée à la population québécoise.Ainsi, les taux de la majorité anglophone de l\u2019Ontario sont appliqués à la majorité francophone du Québec ; de même pour les minorités.Chez les allophones, le degré de connaissance de l\u2019anglais en Ontario devient celui de la connaissance du français au Québec ; à l\u2019inverse pour l\u2019autre langue.5\tDans les faits, ces allophones sont bilingues puisqu\u2019ils peuvent s\u2019exprimer dans leur langue maternelle et en français.Ils pourraient même être trilingues s\u2019ils parlent deux langues tierces. 24 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Tableau 1 Connaissance du français et de l\u2019anglais SELON LA LANGUE MATERNELLE, QUÉBEC, 2001 \tConnaissance du français et de l\u2019anglais\t\t\t Langue maternelle*\tFrançais seulement\tAnglais seulement\tFrançais et anglais\tAucune Situation telle que recensée\t\t\t\t Français\t0 0 0 1V~\\\t\t2 142 700\t Anglais\t\t189 100\t402300\t Autre\t168300\t136 000\t369 900\t0 0 0 00 1V~\\ Total\t3827700\t325 100\t2 914 800\t0 0 0 00 1V~\\ Après application des taux ontariens\t\t\t\t Français\t5 312 900\t\t489 100\t Anglais\t\t42 200\t549 200\t Autre\t618800\t1 500\t50 800\t61 100 Total\t5 931 700\t43 700\t1089 100\t61 100 * Les déclarations multiples ont été réparties également entre les langues maternelles mentionnées.Lest totaux par groupes linguistiques se trouvent au tableau 2 Source : Statistique Canada 2002; données arrondies\t\t\t\t Selon les données du recensement de 2001, 1 653 600 francophones supplémentaires auraient été unilingues tandis que la minorité anglophone se serait enrichie de 146 900 bilingues de plus.Chez les allophones, on aurait recensé 450 500 personnes de plus capables de parler le français.Ces résultats pour 2001, comparés à ceux de Duchesne pour 1977, font voir que globalement, le Québec et l\u2019Ontario ont divergé au lieu de converger. 25 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 En effet, alors qu\u2019en 1971 les calculs de Duchesne conduisaient à une modification de 27,3 % des résultats du recensement au Québec, c\u2019est 31,6 % que nous obtenons pour 2001 (34,2 % si on calcule avec les taux ontariens de 19716).Étant donné qu\u2019en 1996 nous en étions à 29,2 % (Pailllé 2003, 122), la divergence déjà observée s\u2019est donc poursuivie7.Compte tenu de l\u2019augmentation de 19 % de la population québécoise de langue maternelle française, il y a eu régression de l\u2019unilinguisme chez les francophones en 30 ans, car la population francophone attendue après application des taux d\u2019unilinguisme anglais chez les Anglo-Ontariens n\u2019a augmenté que de 14 %.Chez les anglophones du Québec, la régression des bilingues attendus après application du taux de bilinguisme des Franco-Ontariens est moindre (-15 %) que celle de l\u2019ensemble des effectifs recensés (-25 %), ce qui révèle là encore un progrès8.Enfin, en ce qui concerne la population québécoise de langues maternelles tierces, la population attendue connaissant au moins le français (somme des unilingues avec les bilingues) dépassait la population recensée en 2001 de 24 %.C\u2019est beaucoup moins que les 83 % obtenus par Duchesne dans sa comparaison avec l\u2019Ontario sur la base du recensement de 1971.Bref, si la connaissance du français a progressé au Québec, c\u2019est principalement dû au progrès du bilinguisme français-anglais alors que le bilinguisme a beaucoup moins 6\tL\u2019Ontario ayant changé entre 1971 et 2001, les taux de 1971 appliqués à la population de 2001 montrent les changements survenus au Québec comme si l\u2019Ontario n\u2019avait pas évolué.7\tUne partie de cette évolution entre 1996 et 2001 pourrait venir des modifications apportées à la version française du questionnaire au recensement de 2001.8\tLe départ d\u2019anglophones unilingues pourrait y avoir contribué. 26 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 augmenté en Ontario.Tandis que le Québec cherche à devenir « aussi français que l\u2019Ontario est anglais », la province voisine de son côté ne parvient pas à devenir aussi bilingue que le Québec.La langue parlée à la maison Au recensement de 1971, 85 % de la population ontarienne parlaient l\u2019anglais au foyer, comparativement à 81 % pour le français au Québec.La comparaison par Duchesne des données sur les langues parlées au foyer à celles sur la langue maternelle, montrait que le français n\u2019avait fait que des gains nets insignifiants au Québec (moins de 4 000), alors que l\u2019anglais en Ontario jouissait de gains nets de près de 600 000 locuteurs supplémentaires.Par ailleurs, la minorité anglo-québécoise avait fait des gains nets de 99 000 personnes alors que la minorité franco-ontarienne avait connu une lourde perte de 130 000 personnes, soit une anglicisation nette de l\u2019ordre de 30 %9.Du côté des personnes de langues maternelles tierces, plus de 40 % de celles recensées en Ontario s\u2019exprimaient en anglais au foyer tandis que seulement 9 % de celles domiciliées au Québec avaient opté pour le français.De plus, contrairement à la situation ontarienne où la minorité francophone ne faisait aucun gain significatif auprès des groupes tiers (0,3 % seulement), les allophones du Québec avaient choisi l\u2019anglais dans une proportion de près de 23 %.Mais qu\u2019en était-il en 2001 ?La majorité anglophone de l\u2019Ontario a perdu quelques points (de 85,1 % à 82,7 %) alors que la majorité francophone du Québec a augmenté de plus 9 Rappelons que ce pourcentage d\u2019anglicisation ne vaut que pour les personnes recensées en 1971.Il exclut celle des générations antérieures que le rapprochement entre les langues maternelles et les langues d\u2019usage au foyer ne permet pas de voir. 27 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 de deux points (de 80,8 % à 83,1 %).Serions-nous alors en présence d\u2019un renversement de situation ?Non, si l\u2019on tient compte des mouvements migratoires.En effet, le recul relatif des anglophones en Ontario ne vient pas d\u2019une érosion de l\u2019anglais, mais plutôt de la forte immigration internationale qui apporte surtout des allophones.C\u2019est le premier facteur qui explique que la province canadienne la plus populeuse comptait 1,18 million d\u2019allophones de plus qu\u2019au Québec en 2001, comparativement à une différence de 880 000 en 197110.Ce sont aussi les migrations qui expliquent la baisse de l\u2019importance relative des Anglo-Québécois qui sont passés de 14,7 % à 10,5 % de la population.Comme on sait, les anglophones du Québec sont nombreux depuis plusieurs décennies à migrer dans d\u2019autres provinces canadiennes sans retours équivalents en sens inverse (OQLF 2005, 85-88).Contrairement à la minorité anglophone du Québec qui voit son poids démographique diminuer par le jeu des migrations interprovinciales, la minorité francophone ontarienne assiste, quant à elle, à sa propre anglicisation par l\u2019usage plus fréquent, voire exclusif, de l\u2019anglais au foyer.Cette minorité comptait, en 2001, 45 000 locuteurs de moins que 30 ans plus tôt.Tant en Ontario qu\u2019au Québec, la proportion d\u2019allophones qui parlaient leurs langues maternelles au foyer a baissé entre 1971 et 2001.Dans le cas de l\u2019Ontario, la différence est d\u2019un peu plus de 2 points (de 59,4 % à 57,2 %) tandis qu\u2019elle est de près de 11 points au Québec.Les allophones québécois qui ont conservé l\u2019usage de leur langue maternelle au foyer 10 La population allophone du Québec a augmenté de 96 % alors que celle de l\u2019Ontario a plus que doublé en 30 ans : 118 %. 28 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 comptaient pour 68,1 % des effectifs en 1971 contre seulement 57,2 % 30 ans plus tard.Cependant, cette différence est artificiellement trop grande, car elle résulte de deux changements importants apportés dans les questionnaires des recensements de 199111 et 200112.L\u2019application à la population du Québec des taux de substitutions linguistiques observés en Ontario permet de mesurer les effets positifs de la politique linguistique québécoise après 30 ans.Le tableau 2 montre que l\u2019on aurait recensé 388 700 personnes de plus parlant le plus souvent le français à la maison.Cette hausse viendrait notamment de la francisation de 166 400 allophones, dont 155 900 (158 400 - 2 500) qui auraient préféré le français à l\u2019anglais.Eu égard à la pénétration du français au sein de la population allophone du Québec, nous avions conclu dans notre précédente étude basée sur le recensement de 1996, « que le progrès parcouru [était] de près de 18 % de l\u2019objectif visé en 1977 » (Paillé 2003, 135).En outre, en appliquant les taux ontariens de 1971 à la population du Québec de 1996, nous ajoutions que « l\u2019objectif visé aurait été comblé à 22 % » (ibid., 136).Optant pour une solution médiane, nous avions alors conclu « que le Québec [avait] comblé environ le cinquième de l\u2019écart qui le séparait de l\u2019Ontario » (ibid., 141) il y a 30 ans.11\tUne chute brutale de 70,3 % à 64,4 % entre 1986 et 1991 montre très bien qu\u2019il y a eu une importante rupture dans la série de données avec le recensement de 1991 (Castonguay 2003, 195).12\tLa baisse de 62,3 % à 58,6 % entre 1996 et 2001 est sans doute attribuable, en partie, aux changements apportés à la version française du questionnaire du recensement de 2001, version largement distribuée au Québec où se trouve concentrée la grande majorité des francophones du Canada (Paillé 2003, 150). 29 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Tableau 2 Langue parlée à la maison selon la langue maternelle, Québec, 2001 Langue maternelle*\tLangue parlée à la maison\t\t\t \tFrançais\tAnglais\tAutres\tTotal Situation telle que recensée\t\t\t\t Français\t5 699 600\t82 000\t20 400\t5 802000 Anglais\t74 200\t0 0 1V~\\ 0 1V~\\\t10 700\t591400 Autre\t144 600\t0 0 00 1V~\\ M\t429 300\t732200 Total\t0 0 00 M O 1V~\\\t746 900\t460300\t7 125 600 Après application des taux ontariens\t\t\t\t Français\t5 739 300\t10 300\t52 500\t5 802000 Anglais\t0 0 00 1V~\\ N\t329 600\t5 000\t591400 Autre\t3II 000\t2 500\t418 700\t732 200 Total\t6307100\t342400\t476100\t7 125 600 * Les déclarations multiples ont été réparties également entre les langues maternelles mentionnnées.Source : Statistique Canada 2003; données arrondies\t\t\t\t Le présent examen, basé sur le recensement de 2001, indique un progrès de près de 27 % en 30 ans, voire de 31 % en utilisant les comportements observés en Ontario en 1971 plutôt que ceux de 2001.Toutefois, un gain supplémentaire de 9 points en cinq ans seulement (1996-2001) est douteux! Une partie de ce « gain » provient indubitablement des modifications apportées à la version française du questionnaire au recensement de 2001, version qui a favorisé artificiellement le fait français au Québec (Castonguay 2005).La réalité se situerait donc entre 18 % et 27 %, ou entre 22 % et 31 %, deux intervalles de 9 points qui se recouvrent partiellement.En optant encore une fois pour un ordre de grandeur médian, ou pourrait estimer que le progrès réel 30 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 de l\u2019attraction du français sur les allophones du Québec en 2001, comparativement à celle de l\u2019anglais en Ontario, tournerait autour de 25 % de l\u2019objectif visé par le législateur en 1977.Conclusion Après 30 ans d\u2019une politique linguistique dont le noyau central se trouve dans la Charte de la langue française, des progrès ont été notés dans plusieurs domaines.Ces progrès se sont manifestés à des degrés divers, les uns très solides, d\u2019autres marquant le pas.La référence à la situation de l\u2019anglais en Ontario, déjà formulée en 1977, permet de mesurer le progrès accompli dans certains domaines.La connaissance du français au Québec a fait des progrès auprès des anglophones et des allophones alors que l\u2019anglais n\u2019a nullement été rejeté par la majorité francophone.Contrairement aux craintes que certains ont formulées en 1977, la Charte de la langue française n\u2019a pas amené les francophones à se montrer réfractaires à l\u2019anglais.Les espoirs de M.Camille Laurin, parrain de la loi 101, se sont avérés : le renforcement du français s\u2019est accompagné d\u2019un apprentissage soutenu de l\u2019anglais par la majorité d\u2019expression française du Québec.Les allophones du Québec s\u2019estimaient beaucoup plus nombreux à pouvoir s\u2019exprimer en français en 2001 que ceux recensés en 1971.Malgré la difficulté de comparer les données des recensements de 1971 et de 2001, on peut tout de même affirmer que l\u2019Ontario est toujours une terre d\u2019anglicisation des populations issues de l\u2019immigration internationale tandis qu\u2019au Québec, l\u2019augmentation du pourcentage d\u2019allophones faisant usage du français au foyer (de 9,3 % à 19,7 %) n\u2019est qu\u2019en partie réelle. 31 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 En somme, n\u2019est-il pas singulier que 30 ans après la loi 101, le bilinguisme individuel au Canada, pourtant qualifié de « symbole de l\u2019identité canadienne » (Churchill 1998, 13), soit encore le fait de la population québécoise avant d\u2019être celui de l\u2019Ontario, voire de tout le Canada anglais ?Bien que le français ne trouve pas sa quote-part dans les substitutions linguistiques des allophones - il faudrait pour cela que 90 % des substitutions se fassent vers le français -, il faut reconnaître qu\u2019il y a eu progrès au cours des trois dernières décennies du vingtième siècle.Les exercices de comparaison que nous avons faits nous ont amené à conclure, dans un premier temps, qu\u2019environ le cinquième de l\u2019objectif visé en 1977 a été comblé en 1996 et, dans un deuxième temps, que le quart a été réalisé en 2001.Produit indirect de notre politique linguistique (Paillé 2006, 25-27), il faut beaucoup plus de temps pour observer des résultats tangibles dans les comportements linguistiques au foyer que dans le domaine public.En comparaison à l\u2019Ontario anglophone, le Québec est maintenant plus français qu\u2019il y a 30 ans.Mais il n\u2019est pas encore « aussi français que l\u2019Ontario est anglais ».Comme nous sommes toujours loin du modèle visé, modèle qui change par ailleurs, il y aurait encore beaucoup à faire pour que le statut du français au Québec soit l\u2019équivalent du statut de l\u2019anglais en Ontario.Compte tenu du contexte linguistique nord-américain, cet écart pourrait ne jamais être totalement comblé.Restera cependant à s\u2019en rapprocher de plus en plus.? 32 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Références Amyot, Michel édit.(1980), La situation démolinguistique au Québec et la Charte de la langue française, Québec, Conseil de la langue française, 160 p.Cardinal, Linda (2006), compte rendu de : Michael A.Morris édit.(2003), Recherches sociographiques, mai-août (XLVII, 2^ P.397-399- Castonguay, Charles (2003), « Politiques linguistiques et avenirs des populations de langue anglaise et de langue française au Canada », dans : Michael A.Morris édit., p.i74-234.Castonguay, Charles (2005), Incidence du sous-dénombrement et des changements apportés aux questions de recensement sur l\u2019évolution de la composition linguistique de la population du Québec entre 1991 et 2001, Montréal, Office québécois de la langue française, Étude 3, 29 p.Churchill, Stanley (1998), Nouvelles perspectives canadiennes.Les langues officielles au Canada : transformer le paysage linguistique/New Canadian Perspectives.Official Languages in Canada : Changing the Language Landscape, Ottawa, Patrimoine canadien/Canadian Heritage, ii-104 p./ii-90 p.Duchesne, Louis (1980), « Quelques données démographiques sur un Québec aussi français que l\u2019Ontario est anglais », dans : Michel Amyot édit., La situation démolinguistique au Québec et la Charte de la langue française, Québec, Conseil de la langue française, p.4i-50.Laurin, Camille (1977), Lefrançais, langue du Québec, [Montréal], Éditions du jour, 214 p.Morris, Michael A.édit.(2003), Les politiques linguistiques canadiennes : une approche comparée, Paris, L\u2019Harmattan « Espaces discursifs », 235 p.Office québécois de la langue française (2005), Les caractéristiques linguistiques de la population du Québec : profil et ten- 33 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 dances, « Suivi de la situation linguistique, fascicule 1 », Montréal, OQLF, 101 p.Paillé, Michel (2003), « Les langues officielles du Canada dans les provinces de Québec et d\u2019Ontario : une comparaison démographique », dans : Michael A.Morris édit., p.111151.Paillé, Michel (2006), « La portée de la loi 101 se limiterait-elle au domaine public par peur de l\u2019\u201cassimilation\u201d », L\u2019Action nationale, (XCVI-9), novembre, p.23-37.Picard, Jean-Claude (2003), Camille Laurin.L\u2019homme debout, Montréal, Boréal, 561 p.Statistique Canada, (2002), « Population selon la langue maternelle [.] par connaissance des langues officielles [.], Canada, provinces et territoires [.], recensements de 1996 et 2001, Ottawa, Ministre de l\u2019Industrie, n° 93F0024XDB96009 au catalogue.Statistique Canada, (2003), « Population selon la langue maternelle [.], par langue parlée à la maison [.], Canada, provinces et territoires [.], recensements de 1996 et 2001, Ottawa, Ministre de l\u2019Industrie, n° 93F0024XDB96010 au catalogue. 34 ARTICLES Serge Cantin* L\u2019ACTE MANQUÉ D\u2019UNE FORMATION DE COMPROMIS Lors de son allocution au conseil national du Parti québécois, le 18 octobre 2003, le politologue Jean-Herman Guay, partant du constat qu\u2019à la dernière élection (celle d\u2019avril 2003) le PQ avait réalisé son pire résultat depuis trente ans, refusait d\u2019imputer cette « dégringolade » à quelque cause conjoncturelle.« Se cacher derrière la conjoncture pour éviter un examen de conscience, c\u2019est, disait-il, faire preuve de myopie » ; la myopie consistant ici à refuser de voir qu\u2019en dépit des sondages l\u2019appui à la souveraineté diminuait comme peau de chagrin, et ce du fait même de la trop grande réussite du Parti québécois.Car en travaillant à éliminer l\u2019infériorité économique et l\u2019insécurité linguistique des Québécois, le PQ avait en même temps contribué à faire disparaître, selon lui, « les raisins de la colère » dont s\u2019était nourri le projet souverainiste.Difficile de nier que le double sentiment d\u2019infériorité économique et d\u2019insécurité linguistique des Québécois francophones ne soit plus ce qu\u2019il était dans les années soixante, comme il est aussi difficile de ne pas reconnaître que le PQ y ait été pour beaucoup dans cette évolution.Était-ce à dire pour autant, comme le suggérait M.Guay, que cette infériorité économique et cette insécurité linguistique avaient réeüement disparu ?* Professeur de philosophie et chercheur au CIÉQ-UQTR 35 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Mais ce n\u2019est pas tant sur ce point que cette analyse m\u2019était apparue, à l\u2019époque, le plus discutable.J\u2019y avais surtout relevé une confusion fondamentale entre la souveraineté et la souveraineté-association.Il est vrai, à la décharge de M.Guay, que la confusion est quasiment inévitable, tant elle a été soigneusement entretenue par le Parti québécois lui-même depuis sa fondation.Reste qu\u2019on ne saurait faire fi de tous les débats, de tous les déchirements, de toutes les crises, de toutes les défections, bref de toutes les luttes idéologiques qui ont marqué l\u2019histoire de ce parti politique.Or quel fut l\u2019enjeu premier de toutes ces luttes, sinon le sens à donner au mot souveraineté ?Car si la souveraineté-association (qui représentait d\u2019abord, rappelons-le, un mouvement politique fondé en 1967 par René Lévesque) s\u2019est affirmée dès le départ comme l\u2019idéologie officielle du Parti québécois, et si elle a réussi à s\u2019imposer comme telle pendant quatre décennies, jamais n\u2019a-t-elle pour autant cessé d\u2019être contestée de l\u2019intérieur comme de l\u2019extérieur par les partisans de la souveraineté sans trait d\u2019union.Jamais l\u2019orthodoxie péquiste n\u2019est-elle venue à bout de la dissidence indépendantiste.Jamais l\u2019idéologie de la souveraineté-association n\u2019a réussi à faire oublier l\u2019idéal d\u2019indépendance nationale dont elle avait du reste besoin pour fonder sa légitimité en jouant sur les deux tableaux, en tablant sur la bonne vieille ambivalence canadienne-française.Mais alors, si l\u2019on doit distinguer la souveraineté proprement dite de la souveraineté-association, se pourrait-il que la désaffection à l\u2019égard de la souveraineté ne porte pas tant sur la souveraineté elle-même que sur la souveraineté-association et le parti qui l\u2019incarne ?On m\u2019objectera que tous les sondages indiquent au contraire que c\u2019est la souveraineté-association, et non pas la souveraineté « pure et dure », qui rallie le plus grand nombre de Québécois ?Mais je ne prétends pas que tous ceux et celles qui, depuis 1976, ont voté 36 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 pour le Parti québécois voulaient la souveraineté; je pense au contraire, comme M.Guay, qu\u2019une forte proportion d\u2019entre eux ne voulait pas vraiment la souveraineté.Cependant, ce que lui et tant d\u2019autres ne semblent pas voir, c\u2019est que c\u2019est précisément parce qu\u2019ils ne voulaient pas vraiment la souveraineté qu\u2019ils ont voté pour le PQ, c\u2019est-à-dire pour la souveraineté-association.Et pourquoi donc tous ces Québécois-là ne voulaient-ils pas de la souveraineté pure et simple ?Parce que, misant dès le départ - inconsciemment peut-être, mais d\u2019autant plus efficacement - sur l\u2019ambivalence identitaire des Québécois, travestie en prudence, le Parti québécois a réussi à les convaincre que la souveraineté-association était la seule option politiquement réalisable et économiquement rentable.C\u2019est donc bien la réussite du PQ qui explique la désaffection à l\u2019égard de la souveraineté, sauf que cette réussite est celle de l\u2019idéologie de la souveraineté-association, c\u2019est-à-dire de ce que, depuis l\u2019humiliante défaite qu\u2019a subi le PQ le 26 mars dernier, tout le monde ou presque s\u2019accorde enfin à reconnaître comme une impasse.Reste maintenant à sortir de cette impasse, ce qui sera une tâche extrêmement ardue et qui exigera d\u2019abord que soit nettement dissociée la souveraineté de la souveraineté-association.Or on peut difficilement attendre du PQ qu\u2019il préside à cette dissociation, lui qui, à force de jouer la carte de la « gouvernance » provinciale, a perdu de vue et surtout a fait perdre de vue à la majeure partie du peuple québécois les raisons profondes, historiques et culturelles, de faire l\u2019indépendance politique; lui qui n\u2019a cessé, délibérément ou non, d\u2019exploiter la confusion du peuple qu\u2019il prétendait servir en perpétuant l\u2019ambiguïté intrinsèque du concept de souveraineté-association, cette option contradictoire selon laquelle en votant pour le PQ vous votez pour une souveraineté qui n\u2019en est 37 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 pas vraiment une, pour une souveraineté conditionnelle, assujettie au bon vouloir de l\u2019État fédéral canadien.Sur ce sophisme, entretenu depuis longtemps par les stratèges du Parti québécois, repose, ou reposait, sa légitimité.Reposait, puisque le sophisme en question s\u2019avère de moins en moins efficace, qu\u2019il ne parvient plus à contenir les questions refoulées par quarante ans de souveraineté-association.Et c\u2019est ce que les caciques du Parti québécois se sont eux-mêmes employés à démontrer, à leur insu, en invitant Jean-Herman Guay à prononcer son discours sur « les raisins de la colère ».Ce qui était manifestement une grossière erreur de leur part, vu la très mauvaise nouvelle qu\u2019il avait à leur annoncer, à savoir qu\u2019il est temps pour le Parti québécois de renoncer à la souveraineté, autrement dit à ce qui fait formellement sa raison d\u2019être ! Difficile, on l\u2019admettra, de mieux réussir un acte manqué.Car un acte manqué est aussi un acte réussi, c\u2019est-à-dire un acte où se réalise, en se dissimulant comme tel à la conscience, un désir inconscient.L\u2019acte manqué correspond à ce que les psychanalystes appellent une formation de compromis entre une intention consciente et un désir inconscient, en l\u2019occurrence entre l\u2019intention avouée de faire la souveraineté et le désir inavouable de ne pas la faire.C\u2019est pour entendre ce qu\u2019inconsciemment ils désiraient entendre, pour se faire dire que « les raisins de la colère » ont disparu et, avec eux, les raisons de faire la souveraineté, que les dirigeants du Parti québécois ont invité Jean-Herman Guay.Mais ce qu\u2019ils désiraient inconsciemment entendre, c\u2019est aussi ce que, consciemment, ils ne veulent surtout pas laisser entendre, et pour cause, puisque le Parti québécois se veut officiellement un parti souverainiste.Comment pourrait-il survivre à l\u2019aveu qu\u2019il ne l\u2019est plus et qu\u2019il ne l\u2019a jamais vraiment été ?D\u2019où la fin de non-recevoir à laquelle s\u2019est heurté le discours de M.Guay, le PQ ne pouvant que refuser « l\u2019occasion de réflé- 38 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 chir » que lui offrait le politologue.Car l\u2019accepter l\u2019eût forcé à prendre conscience de l\u2019ambiguïté foncière sur laquelle s\u2019est fondée sa réussite et à reconnaître que cette réussite fut celle d\u2019une formation de compromis entre le séparatisme et le fédéralisme, entre une volonté d\u2019indépendance et un désir de dépendance.Une réussite qui portait en elle les conditions de cet échec dont le Parti québécois est maintenant appelé à payer le prix, non sans le faire payer aussi, ce qui est infiniment plus grave, au peuple québécois.? 39 ARTICLES Pierre Vaboncoeur LE CANADA DE DROITE M.Harper, avec son air de chérubin, masque parfait, nous coule, nous immerge dans une politique d\u2019appui et de participation au militarisme américain.Chose surprenante, en un rien de temps la politique internationale du Canada est changée, par une opération on dirait sans douleur, ce qui était d\u2019ailleurs commencé avec Martin.Des milliards et des milliards jetés dans l\u2019armement, parfois même sans appels d\u2019offres.De plus en plus de soldats dépêchés en Afghanistan dans une zone de combat.Une véritable campagne de propagande militaire au Québec et le recrutement intensifié.La faiblesse de l\u2019opposition sur le sujet, y compris celle du Bloc.Le Québec se voit circonvenu par cette politique contraire à sa tradition pacifiste séculaire, bien que sans grand succès.Harper nous engage sur une pente qui risque fort, par elle-même, d\u2019introduire une suite des choses et d\u2019assurer notre participation future aux entreprises impérialistes américaines, car la politique des Etats-Unis, y compris sans doute celle du parti démocrate, est pleine d\u2019intentions hégémoniques belliqueuses et elle est engagée dans des guerres, actives ou encore latentes.Nous voilà là-dedans, déjà orientés, compromis, déjà engagés dans des transports de troupes, mobilisés, déterminés pour une suite en effet. 40 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Il est peut-être même tard pour espérer sortir de cette espèce de fatalité.Dans l\u2019histoire, un mouvement dans une direction donnée ne constitue pas seulement un épisode d\u2019une série d\u2019événements mais une cause elle-même agissante sur le déroulement des situations.C\u2019est une dynamique, à proprement parler.Une sorte d\u2019instinct nous en avertit d\u2019ailleurs.Le présent pèse sur l\u2019avenir et le pousse dans le même sens que lui.Il le conditionne.Ainsi fonctionne le mécanisme qu\u2019on appelle une tendance lourde.Harper, en plongeant le pays dans le militarisme, l\u2019engage dans une direction dont finalement l\u2019on ne pourrait plus se dégager sans changer radicalement de direction, sans volte-face, recul, mouvement qui à partir d\u2019un certain point devient à peu près inconcevable.Il mène dans ce but une politique de fait accompli.Il charge le présent d\u2019éléments dont le poids persistant nous fixera dans le sens de leur pesée.Il a résolu de changer la politique internationale du Canada en l\u2019alignant étroitement sur celle des Etats-Unis.Il en met assez pour que cela se poursuive.Il en met énormément.Il veut que ce présent-là pèse sur l\u2019avenir.Déjà le mal est fait, peut-être.Pearson, Trudeau, disparus, avaient contribué à garder au Canada une certaine marge d\u2019autonomie, qui n\u2019était pas large mais néanmoins existait.De même Chrétien, à la fin de sa carrière, en 2003, quand il fut devenu libre, quand il allait partir, et c\u2019était à propos de la guerre d\u2019Irak.Ce qui en ce moment se met en place artificiellement, c\u2019est une autre politique que la politique canadienne, qui était plus réservée et plus équivoque à l\u2019occasion.Des guerres ont quelquefois profondément aliéné le Canada.Cela menace d\u2019être à nouveau le cas.Notre refus de la guerre 41 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 d\u2019Irak fut dans cet ordre une exception, conforme à notre marge de manœuvre possible et en accord avec les Nations Unies.Mais, d\u2019après les conservateurs, il a fallu depuis faire marche arrière, corriger le scandaleux écart, bâtir un considérable arsenal.Il y a l\u2019Afghanistan, il y aura probablement l\u2019Iran.Il y a dans tout cela l\u2019impérialisme américain.Les décisions de Harper visent à changer la donne, à établir carrément ici une politique d\u2019origine étrangère, à briser un moule, à le remplacer par un autre.Une fois accomplie, cette révolution silencieuse produira le genre d\u2019effet dont je parlais : cette politique nouvelle sera devenue la politique de demain, dont on ne pourra guère rompre le cercle.Une situation accomplie sera le cadre et la réalité des situations à venir.Le Canada éventuel sera un autre Canada, dans la même mesure.La politique internationale canadienne devient ouvertement une politique proprement étrangère.Un tel changement peut être irréversible.Il est sans doute favorisé par les grands capitalistes, pourvoyeurs des libéraux comme des conservateurs.Qu\u2019est-ce que signifiait le Canada pour nous ?Comme indépendantistes, peu de chose.Mais un Canada qui tend au surplus à modifier sa politique internationale en l\u2019ajustant exactement à celle des Etats-Unis, qu\u2019est-ce que c\u2019est ?On se tourne vers le Canada et dans cet angle il n\u2019y a plus de Canada.Raison de plus pour en sortir.L\u2019été dernier, j\u2019ai voyagé en Nouvelle-Écosse et à l\u2019Île-du-Prince-Edouard.Pays charmant et aux paysages magnifiques sur les côtes.C\u2019est par ailleurs un musée, un beau musée, marqué par des souvenirs historiques remontant jusqu\u2019au début du dix-septième siècle, notamment avec Champlain.Des lieux ont été reconstitués très fidèlement et à prix d\u2019or par le gouvernement fédéral, par exemple Port- 42 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Royal, Louisbourg, ou rappelés au souvenir par des monuments, comme à Grand-Pré, commémorant la déportation des Acadiens.Mais ailleurs, dans les villes, dans la population actuelle, qu\u2019est-ce qu\u2019on observe ?Des gens aimables, bienveillants, prévenants même.C\u2019est ce qui m\u2019a frappé.Mais on remarque aussi leur langue plutôt lâche, comme celle de beaucoup d\u2019Américains.Et la télévision ?Elle est américaine.Les rues sont envahies ignoblement par les Tim Hortons, les A & W, les Subway, les Macdo, comme je ne l\u2019ai jamais observé ailleurs au même point.Le Canada existe-t-il encore ?Je commence à en douter un peu.Là-bas, c\u2019est plein d\u2019améri-canité moche.Sur un tel fond, la politique canadienne, devant l\u2019américaine, risque de mal garder sa propre identité, sinon par l\u2019idée, présente dans la conscience du Canada anglais, d\u2019un pays tenant ensemble par je ne sais quel patriotisme géographique historique.À travers ce composé de tradition et d\u2019aliénation, la servilité pro-américaine du gouvernement Harper est significative.Elle trahit, comme d\u2019autres facteurs dont le facteur culturel, une certaine vulnérabilité nationale.La politique aliénante de Harper sonde le pays et le premier ministre escompte que la population réagira médiocrement, sauf au Québec, bien entendu, comme toujours.Le Canada anglophone peut nous vendre (et se vendre) aux Etats-Unis comme jadis à l\u2019Angleterre.Ce qui soutient le mieux le patriotisme canadien, c\u2019est l\u2019indépendantisme québécois. 43 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Le Canada a le ventre mou.C\u2019est un pays conformiste.Harper est en train d\u2019en faire encore la démonstration.Ce pays a trop peu d\u2019identité pour vouloir la défendre incon-ditionllement, si ce n\u2019est à l\u2019intérieur et contre le Québec.Relativement peu réfractaire à se voir dominer géopolitique-ment par les Etats-Unis, il détesterait consentir quoi que ce fût à un Québec qui, sans le dominer, se distinguerait de lui seulement.Tomberait-il dans le vide ?L\u2019uniformité d\u2019un océan à l\u2019autre est garante de la médiocrité partout, et cette médiocrité mène à se laisser féodaliser militairement ou autrement par les Etats-Unis.Le Canada a toujours été dans l\u2019orbite d\u2019une grande puissance anglo-saxonne.Il n\u2019a jamais existé entièrement par lui-même.Il veut si peu se distinguer qu\u2019à l\u2019intérieur il ne veut pas davantage qu\u2019on se distingue de lui.L\u2019originalité n\u2019est guère une de ses valeurs.Sans le Québec, le Canada serait ennuyeux comme l\u2019Australie.Il nous englobe dans son projet, bien qu\u2019il n\u2019en ait guère.Il s\u2019appuie paradoxalement sur un Québec qui en a un, actif ou seulement latent selon les divers points de vue de la population québécoise.Cette présence lui offre le secours d\u2019une identité autre que la sienne, ce qui augmente son sentiment d\u2019exister.Harper fait un test, qu\u2019il en soit conscient ou non.Il met à l\u2019épreuve le degré d\u2019existence du Canada en ruinant sur un point la volonté politique du pays et en la remplaçant sur ce point par la volonté politique des Etats-Unis.Il se peut bien que les Canadiens anglais finissent par laisser faire.C\u2019est même probable.Mais c\u2019est là une raison de plus pour nous distinguer du Canada, pour lui faire encore moins confiance.Voilà une raison différente de celles de l\u2019indépendantisme d\u2019avant 1980. 44 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Le Québec contribue certes à la conscience nationale du Canada en contestant celui-ci.Ce dernier nous est utile aussi, car son existence entretient notre propre conscience nationale par la résistance qu\u2019elle provoque.Nous avons un vis-à-vis antagoniste et à notre taille.Qu\u2019adviendrait-il de notre singularité et de notre désir politique propre si nous étions versés dans le grand tout américain ?Le Canada dure, en partie parce que le Québec dure.Le premier tire une part de sa consistance du fait que le second est plus consistant que lui.Plus consistant, quoique plus brouillon, mais aussi plus imaginatif, plus créateur, moins assimilable.Si nous pensons indépendance, le Canada, à son corps défendant, offre un levier pour qu\u2019elle ait quelque chance de se réaliser.Mais quels glissements Harper est-il en train d\u2019opérer ?Géopolitiquement, militairement, bien sûr, c\u2019est le cas.Mais pour le reste ?Socialement aussi ?Harper est un homme de droite, comme son parti, et sans doute plus que les libéraux, qui ont une certaine tradition, par exemple en matière de sécurité sociale.Aux Etats-Unis, la législation sociale est faible, voire rétrograde, et elle ne fait pas de progrès.La complaisance évidente de Harper pour ce pays inquiète et ce n\u2019est pas sans raison.Pour nous, elle nous fournit un motif additionnel de nous opposer.Harper représente ici indirectement l\u2019effacement des petites et moyennes nations dont la sienne, ainsi que le règne horizontal du capital. 45 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 La gauche sociale-démocrate comme celle du NPD et le souverainisme québécois sont originaux au Canada dans l\u2019exacte mesure où ils s\u2019écartent des stéréotypes américains.Le Canada n\u2019est pas très conscient du fait que le conformisme continental l\u2019expose à un sérieux affaiblissement de sa raison d\u2019être.Dans les Maritimes, j\u2019ai senti qu\u2019il était intimement envahi et que peu de chose, à plus ou moins long terme, pourrait le défendre, sinon, pour un temps encore, une sorte de patriotisme géographique bien canadien, ainsi que la sécurité sociale, opposable aux institutions américaines du même ordre, mais menacée elle aussi comme on le voit pour l\u2019assurance santé.Harper, en tout cas, n\u2019aidera pas.C\u2019est un impérialiste du dedans, en phase avec une super-puissance dont l\u2019impérialisme agressif ou la diplomatie nie les nations et pèse sur les institutions du Canada.? 46 ARTICLES Danic Parenteau* LE «PATRIOTISME LIBÉRAL » DU PARTI QUÉBÉCOIS OU L\u2019ABANDON DU NATIONALISME La cuisante défaite du Parti québécois lors des dernières élections générales commande une réflexion approfondie sur l\u2019avenir du mouvement nationaliste québécois.Si les causes de cette défaite peuvent assurément, en partie, être attribuables à la chefferie sortante de ce parti, à sa plateforme électorale ou aux choix stratégiques ayant été fait durant la campagne, toute analyse qui ne se limiterait qu\u2019à ces causes ne saurait être qu\u2019incomplète et insuffisante.Le lent déclin du mouvement nationaliste québécois ces dernières années, dont la défaite du 26 mars dernier ne représente que la dernière manifestation, est attribuable à une cause plus profonde, celle de l\u2019abandon graduelle, ces dernières années, de l\u2019idéologie nationaliste par le Parti québécois.Le Parti québécois a cessé d\u2019être un parti nationaliste.Concrètement, la question nationale est devenue orpheline de son parti.Entendons-nous, ce parti demeure à ce jour souverainiste, il refuse toujours le fédéralisme centralisateur d\u2019Ottawa, mais il n\u2019est plus à proprement parler nationaliste.C\u2019est que le Parti québécois, idéologiquement, est devenu un simple parti patriotique, à tendance libérale.* Professeur adjoint, École d\u2019études politiques, Université d\u2019Ottawa Al L'ACTION NATIONALE - septembre 2001 Le « nationalisme civique » : un simple patriotisme à tendance libérale Depuis la déclaration désespérée de Parizeau de 1995, le Parti québécois s\u2019est lancé dans un effort de modernisation sans précédent.Désireux de prendre ses distances face à une forme de nationalisme dont certains, ont été prompts à qualifier d\u2019« ethnique » (pour mieux le décrier), soit une forme de mouvement d\u2019affirmation nationale qui serait essentiellement porté par un groupe revendiquant une identité ethnique relativement homogène - soit les Canadiens-français -, le mouvement nationaliste québécois s\u2019est transmué en un nationalisme dit « civique », dont le chef démissionnaire s\u2019était fait l\u2019ardent défenseur.Le contexte politique ou géopolitique dans lequel évolue aujourd\u2019hui la nation québécoise n\u2019est plus comparable à la situation d\u2019oppression et d\u2019aliénation qui était le lot des Canadiens-français - et de cette avancée, on ne peut que s\u2019en satisfaire.Aussi, sans doute que la forme de nationalisme à laquelle on associe généralement le combat des mouvements nationalistes canadiens français ne convient plus aujourd\u2019hui au mouvement nationaliste québécois.On peut toutefois se demander si le nationalisme civique qui a pris le relais au Parti québécois est vraiment à la hauteur des aspirations historiques du peuple québécois.Plus fondamentalement, le nationalisme civique est-il encore du nationalisme ?La réponse à ces deux questions est non.Ce nationalisme nouveau genre prétend se fonder sur des valeurs citoyennes, sur un esprit civique.Aussi, prenant le contre-pied du nationalisme prétendument ethnique, s\u2019affiche-t-il dans l\u2019ouverture à l\u2019autre, dans l\u2019accueil de la différence, dans l\u2019oubli de soi, pourrait-on presque dire.Il est un nationalisme qui se dit « inclusif », en ce qu\u2019il affirme son 48 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 identité tout en voulant n\u2019exclure personne.Concrètement, porté par le Parti québécois ces dernières années, ce nationalisme prétend se fonder sur un sentiment d\u2019appartenance partagé par tous les citoyens du Québec, indistinctement de leurs origines ethniques, à l\u2019égard de la communauté politique.Ainsi, cette nouvelle forme de nationalisme se veut principalement dirigé non plus directement à l\u2019endroit de la nation comme telle - à la manière du nationalisme canadiens-français par exemple - mais bien à l\u2019égard de cette communauté politique que délimite les frontières de la province de Québec, de ses traditions et de ses institutions politiques.Toute cette volonté d\u2019ouverture à l\u2019autre est remplie de bons sentiments, tout cela est bien beau, mais cela n\u2019est tout simplement plus du nationalisme.En réalité, le nationalisme civique n\u2019est rien de plus qu\u2019une forme de patriotisme.Or, on ne fait pas l\u2019indépendance par sentiment d\u2019appartenance à une sous-entité politique d\u2019un État fédéral, autrement dit, par sentiment d\u2019appartenance à l\u2019égard d\u2019une « province » ; sinon, pourquoi pas l\u2019indépendance de la Saskatchewan ! La nation précède la communauté politique.Si le Québec peut constituer une communauté politique avec une identité propre aux yeux des autres communautés politiques qui composent l\u2019ensemble fédéral canadien - telles que celles que l\u2019on trouve dans toutes les provinces - cela découle du fait que derrière cette communauté s\u2019élève une nation.Si l\u2019indépendance du Québec a un sens, ce n\u2019est uniquement que parce que le Québec, au-delà de ses traditions, de ses institutions politiques et de la communauté que peuvent engendrer ces institutions, forme une nation.Faire du Québec un pays signifie pour ce groupe humain qui partage une même culture, une même langue, une même histoire et une même destinée, de choisir de devenir mem- 49 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 bre à part entière de la communauté des autres nations.L\u2019indépendance du Québec c\u2019est, pour la nation québécoise accéder à la liberté.C\u2019est pour la nation québécoise pouvoir enfin être une nation comme les autres sur la scène internationale.Là est la seule véritable raison d\u2019être du mouvement nationaliste québécois.Qui plus est, on ne peut également passer sous silence que ce patriotisme qui anime le Parti québécois en est un à la sauce libérale - entendue dans son sens philosophique.En effet, le sentiment patriotique ayant pris le relais ces dernières années au Parti québécois repose sur une conception libérale de la société, conception dans laquelle celle-ci apparaît privée de toute existence propre.Dans cette perspective, privé de toute fonction identitaire, puisque dénué d\u2019existence propre, la société n\u2019est toujours rien d\u2019autre que la simple collection d\u2019individus, qui, cohabitent, presque de manière contingente ou circonstancielle, au sein d\u2019un même univers temporel et horizon historique; et rien d\u2019autre.C\u2019est d\u2019ailleurs une telle conception libérale de la société que consacre de manière exemplaire le Canada et sa vision « multiculturaliste », dont le premier trait est justement de ne point avoir d\u2019identité propre ! Mais ensuite, ce patriotisme du Parti québécois repose sur une exaltation de l\u2019individu, comme sujet politique suprême, au-dessus duquel il ne semble désormais plus possible d\u2019ériger quoi que ce soit qui puisse ressembler à une nation.Dans une perspective libérale, la société n\u2019étant rien de plus que l\u2019addition des individus qui la composent, ces derniers en viennent donc en quelque sorte à incarner le centre de gravité du monde.L\u2019individu apparaît dès lors comme étant souverain; tout ce qui existe devant s\u2019y rapporter, celui-ci étant la mesure de toute chose.C\u2019est une telle conception que sanctionne par exemple au Canada la Charte 50 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 canadienne des droits et libertés, document constitutionnel élevé en objet de culte et de sacralisation par l\u2019intelligentsia canadienne - de même que par certains cercles souverainistes québécois -, qui en est venu, au nom de cette primauté des individus, à transcender le pouvoir politique lui-même, relégué à n\u2019être presque rien de plus qu\u2019un simple pouvoir interprétatif de cette charte.Or, imposer une telle conception libérale de la société au Québec, comme à laquelle souscrit le Canada depuis le règne de Trudeau, élever en objet de culte une charte des droits et libertés comme dans l\u2019exemple canadien, importer au Québec cette conception « multiculturaliste » à la canadienne, comme en rêve les dirigeants actuels du Parti québécois par le biais de la conception civique du nationalisme qu\u2019ils mettent de l\u2019avant, n\u2019a aucun sens pour la plupart des Québécois qui aspirent à fonder, ici dans ce coin d\u2019Amérique, un nouveau pays.Si c\u2019est pour faire du Québec un «petit Canada », à quoi bon l\u2019indépendance ! Dans cet abandon du nationalisme par le Parti québécois réside une bonne partie des raisons expliquant le piètre résultat de cette formation auprès de la population québécoise, et en particulier auprès des électeurs nationalistes, le 26 mars dernier.Ce constat étant dressé, que faire maintenant ?Quel nationalisme pour le Parti québécois ?Réaffirmer la dimension identitaire du nationalisme québécois D\u2019emblée, reconnaissons que si certaines formes de nationalisme sont effectivement inadaptées au mouvement historique québécois, l\u2019idéologie nationaliste n\u2019a cependant rien de dépassée à notre époque.La question nationale peut paraître démodée, voire anachronique, aux yeux de ceux 51 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 qui jouissent du fait que, chez eux, celle-ci soit déjà réglée, comme c\u2019est le cas chez la plupart des nations européennes et bon nombre de nations à travers le monde.Mais chez-nous, cette question demeure capitale, et le demeurera tant qu\u2019elle n\u2019aboutira pas à la seule solution qui s\u2019impose, l\u2019indépendance de la nation québécoise.La question nationale constitue et sera toujours le premier des antagonismes politiques.En tant que tel, cet antagonisme est antérieur à tout autre clivage politique, que ce soit celui qui oppose la gauche à la droite, par exemple, ou à tout autre enjeu, que ce soit ceux portant sur l\u2019environnement, le bien commun, les questions internationales, etc.Tout mouvement nationaliste qui ferait une trop belle part à toutes ces questions - aussi pertinentes soient-elles -, au détriment de la seule qui compte, la question nationale, ne peut être que voué à l\u2019échec.Car au fond, la question nationale porte sur la première des questions politiques, la question identitaire.La fondation ou le maintien d\u2019une société politique - autrement dit son « existence » - repose sur cette question de savoir « qui » compose cette société.Sur cette question, se fondent toutes les autres, se rapportent tous les enjeux politiques, et lorsque celle-ci est encore en suspend, comme c\u2019est le cas ici en cette terre d\u2019Amérique, elle ne peut inévitablement que monopoliser le jeu politique.Tout nationalisme est identitaire ou il n\u2019est pas.Or, comment articuler cette question identitaire ?Reconnaître cette dimension foncièrement identitaire de tout nationalisme, c\u2019est d\u2019abord rejeter l\u2019idée qu\u2019il soit possible de concevoir le nationalisme, à la manière du patriotisme libéral mis de l\u2019avant par le Parti québécois depuis 1995, sur la base de son caractère inclusif.Par définition, tout nationalisme reposera toujours sur un acte de différenciation : une 52 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 nation n\u2019existe toujours que dans la mesure où elle se distingue des autres nations.L\u2019inclusion ne pourra jamais servir de critère de base à l\u2019identité ! Une nation dont le premier trait identitaire serait d\u2019être comme toutes les autres nations, cela est inconcevable.Au contraire, l\u2019altérité est inévitablement constitutive de l\u2019identité de toute nation.D\u2019ailleurs, dans l\u2019actuel patriotisme libéral du Parti québécois, on se plait à se dire inclusif, ouvert à l\u2019autre, à la différence, mais on oublie par là que nous sommes la différence, nous sommes l\u2019«autre » au Canada et en Amérique du Nord ! Comment donc réinvestir le mouvement nationalisme québécois de cette question identitaire ?À cette fin, on ne peut s\u2019empêcher de revenir sur une affaire qui a fait grand bruit au Québec depuis l\u2019automne dernier, et à travers laquelle on a pu apprécier toute l\u2019importance que revêt encore chez de nombreux québécois la question identitaire.Cette affaire est celle des accommodements raisonnables.La manière dont cette question a été traitée, ou plutôt, comment celle-ci a été, durant toute cette affaire, presque totalement occultée par le Parti québécois, est hautement révélatrice de l\u2019orientation idéologique qu\u2019a prise ce parti ces dernières années.La question des accommodements raisonnables ou l\u2019aveuglement patriotique libéral du Parti québécois La question des accommodements raisonnables est certes fort complexe; aussi faut-elle l\u2019aborder de manière extrêmement prudente et posée.On peut en ce sens aisément comprendre que les représentants du Parti québécois se soient abstenus de faire de cette question un enjeu de débat lors de la dernière campagne électorale.Les élections générales, 53 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 avec la pression qu\u2019elle engendre sur tous les candidats, ne sont jamais le meilleur moment pour entreprendre des discussions de fond sur des questions cruciales pour la société.Or, lorsque cette affaire a éclatée, jamais, ni à l\u2019occasion des premiers scandales à l\u2019automne 2006, ni au cours de l\u2019hiver 2007, ni encore moins durant la campagne électorale du printemps, le Parti québécois n\u2019est publiquement intervenu pour prendre part au débat.Cette question est certes délicate, n\u2019empêche, comment est-ce possible que le premier parti nationaliste du Québec ait été incapable d\u2019aborder cette question qui est pourtant au cœur même de l\u2019identité québécoise ?Si le Parti québécois s\u2019est montré incapable de s\u2019immiscer dans ce débat, la raison en est bien simple, c\u2019est précisément qu\u2019il n\u2019est plus un parti nationaliste; depuis que ce parti a évolué vers un patriotisme libéral, question de l\u2019identité, sur laquelle repose tout nationalisme, n\u2019est plus au cœur de ce parti.Si le Parti québécois a été incapable de prendre la mesure de l\u2019enjeu que recèle ce débat, c\u2019est qu\u2019au fond, il partage largement la conception libérale et « multiculturaliste » canadienne, c\u2019est-à-dire qu\u2019il souscrit largement à cette conception de la société qui est à l\u2019origine de ce principe juridique dits des « accommodements raisonnables ».C\u2019est qu\u2019il endosse cette conception de la société, dans laquelle celle-ci est privée d\u2019identité propre et qu\u2019il souscrit, à l\u2019instar d\u2019autres grands partis politiques québécois ou canadiens, à une conception du monde qui place l\u2019individu au centre du monde.En ce sens, à l\u2019extérieur de son patriotisme et de son option constitutionnelle, ce parti n\u2019est plus qu\u2019un parti libéral, à la manière du Parti libéral du Québec.Ainsi, rien de surprenant à ce que la position de la direction du Parti québécois sur cette affaire ait été identique à celle de Jean Charest, puisque 54 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 tous deux partagent essentiellement une même conception de la société.En effet, dans une perspective libérale, cette question des accommodements raisonnables ne pouvait être autrement saisie qu\u2019en tant que faux problème, comme un enjeu qui n\u2019en est pas véritablement un.Aussi, lorsque, à l\u2019occasion, cette question ressurgit et enflamme l\u2019opinion publique, comme cela fut le cas avec les histoires du YMCA et d\u2019Hérouxville, le mieux à faire, dans cette perspective, est d\u2019attendre que cela passe, que le mécontentement tombe.Ce ne sont là que des « cas isolés » (dixit Boisclair); il n\u2019y a pas de quoi en faire un débat.Il n\u2019y a pas de problème.Mais voilà, non ! Obnubilé par une vision libérale du monde, la direction du Parti québécois a été incapable d\u2019apercevoir les enjeux identitaires que laisse voir cette affaire.Certains pourraient être tentés de voir dans la position soutenue par l\u2019Action démocratique du Québec dans cette affaire des accommodements raisonnables, une avenue possible pour réinvestir le nationalisme québécois de la question identitaire.N\u2019est-ce pas en effet le seul parti qui ait abordé de plein front cette question lors de la dernière élection, Mario Dumont faisant même de celle-ci l\u2019un des principaux enjeux de sa campagne ?Mais la position de l\u2019ADQ peut-elle véritablement servir de modèle au Parti québécois ?La question des accommodements raisonnables ou l\u2019errance du nationalisme conservateur à la Mario Dumont Reconnaissons d\u2019entrée de jeu qu\u2019à la différence du Parti québécois et de tous les autres grands partis au Québec, l\u2019Action démocratique du Québec a en effet eu le mérite d\u2019aborder cette question des accommodements raisonnables.Là pourtant s\u2019arrête son honneur, puisque ce parti fait complètement fausse route lorsqu\u2019il pense que la solution à l\u2019enjeu identitaire que recèle cette affaire doit passer par 55 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 l\u2019affirmation d\u2019un nationalisme conservateur, qui se nourrit d\u2019une méfiance à l\u2019égard des immigrants.Dans ce débat, la principale position mise de l\u2019avant par l\u2019Action démocratique du Québec a consisté à inviter les dirigeants de la nation à « mettre leurs culottes » face à ces nouveaux arrivants qui « se refusent à devenir comme nous » - personnes auxquelles, par ailleurs, nous aurions pourtant « fait une sorte de faveur » en les accueillant chez-nous affirme le discours adéquiste, alors qu\u2019en réalité, si elles sont ici c\u2019est que nous sommes allés les chercher pour combler notre déficit démocratique.Carburant à une intolérance à l\u2019égard de ceux qui sont différents, voire, chez certains adé-quiste, à une certaine xénophobie refoulée ou non avouée, la position du parti de Mario Dumont, bien qu\u2019elle ait pu trouver une résonance auprès de nombreux électeurs québécois lors des dernières élections générales, est pourtant contraire à la longue tradition d\u2019accueil de la population québécoise.Trouver dans ce nationalisme conservateur une voie d\u2019avenir pour le nationalisme québécois serait faire fausse route.En vérité, la discrimination constitutive de l\u2019identité nationale québécoise ne devrait pas être dirigée à l\u2019encontre des ceux qu\u2019on appelle les « communautés ethniques ».C\u2019est une mauvaise cible qu\u2019a choisi l\u2019Action démocratique du Québec.Ce n\u2019est décidément pas face à tous ces gens qui ont choisi de venir s\u2019installer chez nous, que la nation québécoise s\u2019est constituée dans les années 1960 et qu\u2019elle doit continuer de s\u2019affirmer.Réaffirmer le nationalisme québécois ne doit pas passer par une méfiance à l\u2019égard des nouveaux arrivants, mais par un rejet du modèle d\u2019intégration à la nation que nous impose le Canada. 56 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Le véritable enjeu : en finir avec le multiculturalisme canadien Ce que révèle ce débat autour des accommodements raisonnables, et qui a totalement échappé à la fois au Parti québécois - qui est demeuré aveugle à cette question - et à l\u2019Action démocratique du Québec - qui, visant les immigrants, a fait complètement fausse route -, est que cette situation intenable, celle qu\u2019est venue illustrer la série de scandales auxquels on associe l\u2019affaire des accommodements raisonnables, découle de l\u2019imposition illégitime au Québec d\u2019un modèle d\u2019intégration que définit la Loi sur le multiculturalisme canadien de 1982 (et que complète l\u2019article 27 de la Charte canadiennes des droits et libertés).Le véritable problème ne tient pas à ces gens qui ont choisi de venir s\u2019établir chez-nous, de faire du Québec leur nouvelle maison, mais bien plutôt à ce modèle d\u2019intégration que nous impose la loi canadienne.Là se trouve la véritable source du scandale.Le modèle d\u2019intégration multiculturaliste auquel nous sommes soumis en tant que membre de la fédération canadienne est incompatible avec le modèle d\u2019intégration qui est propre à la nation québécoise, modèle que confirment des siècles d\u2019intégration et d\u2019ouverture aux immigrants depuis les premiers temps de la colonie française jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Le modèle multiculturaliste est le modèle d\u2019intégration choisi par la nation canadienne, comme le reflet de la conception essentiellement libérale de la société partagée par les membres de cette nation.Il s\u2019agit du choix de cette nation, conforme à une manière de concevoir la société qui est celle de ses membres.Ce modèle est tout à fait légitime, il n\u2019est probablement pas meilleur, ni pire que le nôtre, mais précisément, il n\u2019est pas le nôtre. 57 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Au Québec, plutôt que de mettre de l\u2019avant un vivre-ensemble dans la différence, tel que celui auquel inspire l\u2019idéal multiculturel, manière de faire qui conduit inévitablement à une cohabitation dans l\u2019indifférence de tous, une sorte de « ghettoïsation » de la société, le modèle québécois, d\u2019inspiration plus républicaine, valorise plutôt l\u2019inclusion de tous à la nation via le partage d\u2019une culture commune, notamment par la langue française.Aussi, ce modèle préfère-t-il le vivre-ensemble fondé sur ces principes communs.Dans ce modèle d\u2019inspiration républicaine, la société est toujours perçue comme ayant une existence propre, autrement dit, qui présente un contenu positif, duquel la nation tire précisément son identité propre.Voilà l\u2019un des traits identitaires de la nation québécoise que nous dévoile le débat entourant les accommodements raisonnables, trait qui a totalement échappé à la fois au Parti québécois et à l\u2019Action démocratique du Québec.Être Québécois, c\u2019est ne pas être Canadien Ainsi, réinvestir le nationalisme québécois de sa dimension identitaire, c\u2019est d\u2019abord refuser cette identité qui n\u2019est pas la nôtre, mais que tente pourtant de nous imposer le Canada, par le biais, notamment, de ce modèle d\u2019intégration des immigrants, depuis qu\u2019il s\u2019est lancé, il y a déjà près de 20 ans, dans un processus inachevé de construction identitaire nationale (nation building).Car en vérité, être Québécois, c\u2019est ne pas être Canadien.Affirmer l\u2019identité de la nation québécoise, c\u2019est refuser d\u2019accepter de se faire dire que la nation québécoise n\u2019existe pas, ou si ce n\u2019est, qu\u2019à l\u2019intérieur de la nation canadienne.Affirmer l\u2019identité de la nation québécoise, c\u2019est du coup, également refuser ce modèle d\u2019intégration à la société qui est incompatible avec notre tradition d\u2019intégration.Bref, c\u2019est à cette identité que tente de nous imposer Ottawa qu\u2019il faut s\u2019opposer et contre laquelle 58 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 le mouvement nationaliste doit lutter.Il ne s\u2019agit pas ici de dénigrer la nation canadienne, mais de reconnaître que l\u2019altérité qui est constitutive de l\u2019identité nationale québécoise n\u2019est pas, et ne doit pas être, celle de l\u2019étranger, mais, encore et toujours, celle du Canadien.Aussi, redonner sens à l\u2019idéal d\u2019indépendance du Québec exige que le Parti québécois réaffirme son orientation idéologique nationaliste, c\u2019est-à-dire identitaire.Il faut que ce parti recommence à affirmer haut et fort que le Canada n\u2019est pas notre nation, et que le modèle d\u2019intégration que nous impose la constitution canadienne n\u2019est pas le nôtre.Mais pour cela, il faudra d\u2019abord que ce parti se débarrasse du patriotisme libéral dans lequel il s\u2019est enfermé depuis 1995 et dont les Québécois ont par ailleurs clairement montré, le 26 mars dernier, qu\u2019ils n\u2019en voulaient point.Il ne faut plus espérer que la nouvelle direction du parti puisse mener ce coup de barre avant qu\u2019il ne soit trop tard.? 59 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 ÉLOGE D\u2019ÉTIENNE CHARTIER* par André Gaulin** S' Etienne Chartier, grand voyageur, tu naquis à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud au Bas-Canada, le 26 décembre 1798, dans une famille de patriotes dont plusieurs descendants sont avec toi et nous aujourd\u2019hui.Ton père se nomme Jean-Baptiste, comme le prophète, et ta chère mère Marie-Geneviève Picard Destroimaisons.Issu d\u2019une famille nombreuse, tu es frappé par le récit des malheurs des tiens encore tout proche de la Conquête.Tu meurs à l\u2019Hôpital général de Québec, à seulement 54 ans, probablement d\u2019hydropisie, étant alors curé de Saint-Gilles, en Lotbinière, sous l\u2019église de laquelle tu fus enterré.Aujourd\u2019hui, les descendants Chartier par tes frères et sœurs, le petit-neveu Léo Chartier de Witton et les autres, ont voulu te tirer de ta solitude noire et te rappeler à la mémoire des tiens, tout autant les citoyens de ce village que les Québécois de toute la Terre-Québec.Si ta vie intense et mouvementée d\u2019avocat-prêtre, de citoyen et patriote commence et se termine dans la région de Chaudière-Appalaches, elle ne s\u2019en déroule pas moins dans une multitude d\u2019endroits du Québec, de l\u2019Acadie, des Etats-Unis et même en France où tu allas questionner Papineau.Alors que des curés filaient leur long règne tranquille ou autoritaire dans maintes paroisses, toi, tu étais ballotté d\u2019un endroit à l\u2019autre comme un pion sur les échiquiers épiscopaux de Québec et de Montréal : on t\u2019ordonne prêtre en * Texte établi par l\u2019auteur pour le 21 mai 2007, à Saint-Gilles, à même le livre de Gilles Boileau, Étienne Chartier/ curé de Saint-Benoît/rebelle et patriote, de notes de Léo Chartier et d\u2019Internet.** Professeur de français retraité de l\u2019Université Laval et député de Taschereau de 1994 à 1998, l\u2019aueur a reçu le prix Georges-Émile-Lapalme, l\u2019un des Prix du Québec, en 2003. 60 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 1829, après que tu sois devenu avocat dès 1823.Tu reçois vite, en l\u2019année 1829 de ton ordination, après quelques mois comme vicaire à Saint-Gervais, l\u2019importante direction du collège Sainte-Anne de la Pocatière où tu bénéficies de l\u2019appui du supérieur, l\u2019abbé Charles-François Painchaud, homme remarquable qui partage tes idées avant-gardistes sur l\u2019éducation : tu lui soumets d\u2019ailleurs un plan d\u2019étude de plus de 100 pages conservé aux Archives du Collège.Tu produis de même, en 1929, un «Abrégé de grammaire française» de 44 pages.Cela illustre que tu as beaucoup lu sur l\u2019éducation, que tu cites tes sources d\u2019inspiration comme Claude Fleury, Arnaud Berquin et beaucoup d\u2019autres, que tu t\u2019inscris en faux contre le psittacisme, la routine et le conformisme.À voir ce que tu as fait avant d\u2019être à la Pocatière, tu témoignes déjà de ton grand talent et de ton esprit d\u2019initiative.Après des études au petit séminaire de Québec, à vingt ans, tu es rédacteur en chef du journal le Canadien.En 1825, tu ouvres une école à l\u2019Assomption où tu enseignes le français, le latin et l\u2019anglais.Mais il semble, Étienne Chartier, que ton discours d\u2019inauguration du Collège Sainte-Anne de la Pocatière en 1829, s\u2019il plaît au plus grand nombre, dérange les élites dirigeantes, surtout quand les journaux le reproduisent : tu oses parler sans ménagement des conquérants comme d\u2019 «une population étrangère, aussi différente avec nous de religion et d\u2019habitudes que d\u2019origine.».Tu as peut-être vu, de ta vie parallèle, qu\u2019un siècle plus tard, en 1937, un autre prêtre redira sensiblement la même chose, mais son héros Menaud maître-draveur sombrant dans la folie, on le trouve alors assez conforme à ce qui doit arriver aux récalcitrants.Dommage que dans le temps, on n\u2019ait pas lu tout ton discours, ce qui serait aussi utile à l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui, car tu t\u2019y inquiètes du fait que la conscience L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 nationale, dirions-nous, apparaît non réconciliable avec une religion réactionnaire et ultramontaine comme celle du XIXe siècle.Dès septembre 1830, tu vas errer de la Pocatière à Saint-Nicolas comme auxiliaire (septembre et octobre 1830), à Vaudreuil comme vicaire (octobre 1830 à mars 1831), puis comme curé à Sainte-Martine (mars 1831 à septembre 1833), à Saint-Pierre-les-Becquets (septembre 1833 à 1834), à Saint-Patrice-de-Rivière-du-Loup (de septembre 1835 à décembre 1837).Avec tous ces déplacements auxquels tu te soumets, veut-on prouver que tu es un instable ?T\u2019envoie-t-on en certaines paroisses problématiques : les historiens auront à étudier cela ?En tout cas, l\u2019évêque Panet de Québec t\u2019en veut de l\u2019avoir forcé à s\u2019expliquer devant le Gouverneur Sir James Kempt et veut t\u2019envoyer à Montréal.Quand l\u2019évêque Lartigue finit par accéder à sa demande en 1835, il te nomme curé de Saint-Benoît, soit en plein cœur de la tourmente patriote, près de Saint-Eustache et de Sainte-Scolastique.Dès 1834 et les «92 résolutions», tu avais commencé à fréquenter les assemblées patriotes.Comme d\u2019autres curés de l\u2019époque, moins nombreux il est vrai, tu vas au-delà de l\u2019implication pastorale.Tu aurais dit que Papineau est le «sauveur du pays», Papineau qui a toujours refusé de passer aux armes, faut-il le rappeler.Tu demandes en vain à l\u2019évêque de Montréal de te soustraire de ta charge pastorale de Saint-Benoît, où le curé voisin, Jacques Paquin de Saint-Eustache, te surveille ainsi qu\u2019il a Chénier à l\u2019oeil.En août 1837, tu te rends même intercéder pour les patriotes en tant qu\u2019avocat auprès du gouverneur lord Gosford.Fidèle au devoir de rester auprès des tiens, tu bénis tes paroissiens qui vont aller se battre et puis, ta tête ayant été mise à prix par Durham, ton évêque t\u2019ayant suspendu, tu dois fuir aux Etats-Unis en décembre 1837, où tu resteras jusqu\u2019en 1845.Ton presbytère 62 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 et ton église de Saint-Benoît ont été mis à feu surtout que les troupes de Colborne, dit le Vieux Brûlot, sont accompagnées de volontaires farouches et incendiaires.Du côté étatsunien, tu fréquentes les insurgés, et les voyant se détourner de Papineau opposé à la prise d\u2019armes pour des raisons pratiques, idéologiques et politiques, tu vas le rencontrer à Paris d\u2019où tu reviens troublé, renonçant définitivement à l\u2019action politique.Tu voudrais même aller plaider ta cause à Rome.C\u2019est Ignace Bourget, deuxième évêque sulpicien de Montréal - il ne vraiment t\u2019aime pas - qui refuse que tu rentres au Canada.Quand tu obtiens son aval, il te force au préalable à écrire une humiliante et douteuse lettre de rétractation que reproduisent la Gazette de Québec et le Canadien en décembre 1841.Toi à qui l\u2019on trouve tant de défauts, comment se fait-il que tu sois devenu curé à Philadelphie (1838), puis curé à Salina (1838), à Madisonville (1840 puis 1842), supérieur du grand séminaire de Vincennes (1843), curé des Avoyelles, en Louisiane, vicaire à la Nouvelle-Orléans (1844), et desservant à Détroit (1845) ?En 1845, quand tu rentres définitivement au Bas-Canada devenu le Canada Uni, tu es à nouveau curé du Mont-Saint-Grégroire, puis desservant de Farnham, curé de Sainte-Philomène (1850), puis d\u2019Arichat en Nouvelle-Écosse (1850-51) et enfin curé de Saint-Gilles de Lotbinière où tu t\u2019arrêtes enfin dans cette belle campagne jusqu\u2019à ce que, de santé mauvaise, la mort vienne te prendre prématurément.Cher Étienne Chartier, tu déranges encore semble-t-il.Aujourd\u2019hui, ton église t\u2019a été entrouverte par l\u2019intervention de son actuel curé mais l\u2019ombre sulpicienne venue de plus haut a pavé la voie d\u2019une prudence toute ecclésiastique : 63 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 pas de messe, pas de communion, ce que beaucoup ont du mal à comprendre, car tu es mort prêtre nonobstant ton titre d\u2019avocat.Mais console-toi, tu as droit à nos hommages vibrants ainsi qu\u2019à notre grande amitié et reconnaissance.Ta vie fut complexe, tu étais généreux et patriote dans le cœur, tu as fais tes choix sans jamais trahir ta conscience, ni ce que tu jugeais le bien commun.Dans l\u2019accélération d\u2019une crise politique et la volonté du Gouverneur et de son Conseil de pousser des gens raisonnables à la violence, le choix des patriotes était difficile ! Tu viens donc en ce jour rejoindre les tiens, toujours vivant, citoyen et démocrate.En cette fête nationale des Patriotes, de toutes tendances politiques, nous sommes tes héritiers et te disons merci pour ton grand courage, malgré le doute qui souvent t\u2019a visité puisque tu marchas toujours à contre-courant du désengagement.Permets-nous de terminer par ce bref extrait d\u2019une chanson de Richard Desjardins, « L\u2019Étoile du nord », dont l\u2019ensemble pourrait bien exprimer le désarroi qui fut souvent le tien et ta victoire démocratique que nous partageons avec toi en ce jour.(.) Au revoir l\u2019ami Prends ce talisman Si mon cœur bat, c\u2019est à cause de lui Je t\u2019en fais serment.(.) La terre a tremblé tel était son souhait Tu ouvres les yeux et tu respires encore Cette poussière de lumière embaumant ta plaie C\u2019est l\u2019étoile du nord entré dans ton corps Alleluia ! Toi l\u2019homme vaillant 64 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 T\u2019es là toujours comme l\u2019amour La vie t\u2019a pris comme amant Ses lèvres s\u2019ouvrent, ô quel fracas Lève, lève-toi Vas-y, vas-y Danser, danser, dans ses bras «L\u2019Étoile du nord» de Richard Desjardins Et pour toi, Gaston Miron : « Nous avançons nous avançons le front comme un delta (.) et à force d\u2019avoir pris en haine toutes les servitudes nous serons devenus des bêtes féroces de l\u2019espoir » « La route que nous suivons », L\u2019Homme rapaillé 65 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 À PIERRE BLUTEAU* Le temps est orageux, sur notre Laurentie Car le ciel souverain connaît des avaries.Tel un bateau floué un parti politique Voit s'agiter marins démontés par l\u2019orage Chacun y va de son conseil ou de sa rage Ne cherchons pas, ce jour, l\u2019océan pacifique ! Mais Pierre est toujours là, libérant la parole Il ouvre un babillard, le parloir va bon train Si tout ce monde parle, lui, écoute, serein Le militant sait bien que c\u2019est là notre rôle.Ainsi qu\u2019on le connut, Pierre garde son calme Afin qu\u2019en fassent autant tous les fils de Montcalm ! Vous imaginez bien qu\u2019entre l\u2019écorce et l\u2019arbre Celui qui recevait les ordres du Parti Et qui portait nos vœux de militants aussi A su par tous les temps savoir être de marbre ! Il écoute, il transmet, et toujours il agit La militance roule en faveur du pays Comment concilier Pierre, Jean, Jacques et Marie C\u2019est tout un art que ce Bluteau a bien acquis ! Car c\u2019est bien là sa force, savoir être patient Apprendre à écouter l\u2019appel des militants Et savoir demeurer par tous les temps du diable Ouvert, ferme et gentil, et toujours fort affable.Avoir pour ainsi dire un courage d\u2019apache Pour bien tenir le fort en Chaudière-Appalaches ! Quel temps sera demain, perdre est-il salutaire ?En tout cas, admirons la patience de Pierre Qui reprend le combat en écoutant surtout * Du même auteur le 5 mai 2007 66 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Pour que nous poursuivions notre pause, debout ! Bien sûr, seuls les masos choisissent leur calvaire Mais mauvais sort venant, levons notre visière.Chacun pourrait se dire : « Moi, je garde Montcalm Il obtint la victoire au fort de Carillon ».À perdre sans férir, on n\u2019obtient pas de palme.Mais visons bien, gardant la rime et la raison.«Le sort qui de l\u2019honneur nous ouvre la carrière Offre à notre constance une illustre matière» C\u2019est ce que dit Racine dans sa pièce Athalie De quoi nous inviter à affronter la vie.Un navire secoué avec pour équipage Trente-six preux députés gardant notre héritage Et une armée de terre qui affronte demain Et font tout comme Pierre : on se frotte les mains ! Merci Pierre Bluteau, vivant dans Leclercville La paix dans le tourment qu\u2019avait chanté Pamphile De Fréchette l\u2019ami, patriotes, poètes Lemay chantant ainsi ta paix d\u2019anachorète : « Que j\u2019aime à vous revoir, forêts de Lotbinière, Lorsque vous déployez, ainsi qu\u2019une bannière, Aux vents légers des soirs, aux rayons des matins, Votre feuillage épais sur les coteaux lointains ! Que j\u2019aime à vous revoir quand le printemps se lève.Ces cinq derniers vers de 1875 sont, bien sûr, du poète Pamphile Lemay de Lotbinière, qui a donné son nom à l\u2019édifice de la bibliothèque du Parlement, bibliothèque dont il fut conservateur à partir de 1867.Cher Pierre, pour souligner ton militantisme patient, vaillant, inventif, courageux et tranquille, je termine par cet extrait de 1963 de l\u2019intrépide Gaston Miron, vers tirés du poème «Compagnon des Amériques», du cycle de la Batèche, dans L\u2019Homme rapaillé: 67 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 «mais cargue-moi en toi pays, cargue-moi (.) chante plus haut l\u2019amour en moi, chante je me ferai passion de ta face je me ferai porteur des germes de ton espérance veilleur, guetteur, coureur, haleur de ton avènement un homme de ton réquisitoire un homme de ta patience raboteuse et varlopeuse un homme de ta commisération infinie l\u2019homme artériel de tes gigues dans le poitrail effervescent des poudreries dans la grande artillerie de tes couleurs d\u2019automne dans tes hanches de montagnes dans l\u2019accord comète de tes plaines dans l\u2019artésienne vigueur de tes villes (.) mais donne la main à toutes les rencontres, pays ô toi qui apparais par tous les chemins défoncés de ton histoire aux hommes debout dans l\u2019horizon de la justice qui te saluent salut à toi territoire de ma poésie salut les hommes des pères de l\u2019aventure».Salut à toi, Pierre Bluteau, militant et patriote ! 68 ARTICLES Mahtieu Bock-Coté* Considérations sur la mauvaise conscience et l\u2019impuissance politique des sociétés occidentales LE MASOCHISME MÉMORIEL Suicide is probably more frequent than murder as the end phase of a civilization.James Burnham Dans son discours de Nîmes, en mai 2006, Nicolas Sarkozy s\u2019en prenait sévèrement à « l\u2019entreprise de dénigrement systématique de la France, de son histoire, de ses valeurs » qui aurait saccagé en quelques années les principales marques distinctives de l\u2019identité nationale.Contre les demandes de reconnaissance mémorielles recentrant la conscience collective sur ce qui serait sa part d\u2019ombre, Sarkozy plaidait plutôt pour une sortie de la repentance et de sa culture désormais hégémonique1.Non seulement la France ne devrait plus avoir honte d\u2019elle-même, elle devrait plutôt considérer sans gêne à la fois son parcours historique et les grands événements le ponctuant.Fier d\u2019être Français, rajoutait-il avec Max Gallo, contre une certaine gauche d\u2019abord et avant tout motivée par « l\u2019exécration [.] de l\u2019idée de nation ».Celui qui était alors candidat pressenti de la droite républicaine aux élections présidentielles dénonçait la « mise en concurrence * Candidat au doctorat en sociologie, UQAM 1 Paul-François Paoli, Nous ne sommes pas coupables.Assez de repentances !, La Table Ronde, 2006, 168 p. 69 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 des mémoires » fragmentant pour le pire la communauté politique, en approfondissant certains communautarismes contraires à la cohésion nationale et sociale2.Concurrence supposant d\u2019abord la ruine d\u2019une conscience historique causée en bonne partie par la capitulation du pouvoir politique devant les injonctions d\u2019un « antiracisme idéologique » cherchant d\u2019abord à « déconstruire l\u2019idée de continuité nationale »3.Car de moins en moins, la France aura le droit de se présenter sans d\u2019abord battre sa coulpe, confesser à qui le demande ses « crimes » d\u2019hier, sans assumer aucune continuité, si ce n\u2019est celle d\u2019une politique pénitente où tout le passé sera renié, morceau par morceau, date par date, événement par événement4.La France n\u2019aura plus le droit de se célébrer, ceux qu\u2019elle honorait étant déclassés plus souvent qu\u2019autrement d\u2019un panthéon national où la traque aux anciens criminels contre l\u2019humanité est ouverte.C\u2019est le cas particulièrement d\u2019un Napoléon dont on a refusé de commémorer la victoire à Austerlitz, mais qu\u2019à la suggestion de « l\u2019historien » Claude Ribbe, on déterre en l\u2019accusant de préhitlérisme à la française5 ou d\u2019un Général de Gaulle condamné par Olivier Le Cour Grandmaison d\u2019avoir poursuivi une gestion coloniale héritière d\u2019un projet en tous 2\tMax Gallo, Fier d\u2019être français, Fayard, 2006, 132 p., Nicolas Sarkozy, Discours de Nîmes, 9 mai 2006, disponible à http://www.u-m-p.org/site/GrandDiscoursAffiche.php ?IdGrandDiscours=198 3\tPaul Yonnet, François Mitterrand le Phénix, Éditions de Fallois, 2003, p.63, Paul Yonnet a aussi mené une étude passionnante sur la dénationalisation de l\u2019identité française par l\u2019antiracisme idéologique tel qu\u2019il s\u2019est déployé de 1983 jusqu\u2019au début des années 1990.Voyage au centre du malaise français.L\u2019antiracisme et le roman national, Gallimard, 1993, 308 p.4\tPierre Nora, « Malaise dans l\u2019identité historique », Le Débat, septembre-octobre 2006, n.141, p.52 5\tClaude Ribbe, Le crime de Napoléon, Paris, Éditions Privé, 2005.On lira aussi l\u2019échange dans les pages du Monde entre Pierre Nora et Claude Ribbe.Pierre Nora, « Plaidoyer pour les Indigènes d\u2019Austerlitz », Le Monde, 13 décembre 2005, p.25, Claude Ribbe, « À l\u2019esclave inconnu », Le Monde, 24 décembre 2005, p.19.Alors que la marine française allait célébrer à Trafalgar sa défaite contre la marine anglais ! 70 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 points comparable à la barbarie nazie6.C\u2019est désormais tout le passé français qu\u2019on passera à la critique pluraliste pour n\u2019en laisser aucun domaine à l\u2019abri d\u2019une perspective multiculturelle prétendant délibérément se substituer à l\u2019ancien roman national avec ses allures canonique, épique, glorieuse, ce qui poussait Damien Beauchamp à soutenir que la France contemporaine se distinguerait par « le reniement progressif de sa propre histoire qui devient l\u2019occasion toujours renouvelée d\u2019en révéler les abjections supposées dans une opposition entre victimes demandant réparation et Français se confondant en excuses »7.Un idéalisme sacrificiel Mais Damien Beauchamp n\u2019en a pas moins tort en faisant de cette disposition à la haine de soi une autre marque du particularisme hexagonal.Ce qui arrive à la France n\u2019arrive pas qu\u2019à la France.Car depuis quelques années, chaque démocratie occidentale s\u2019est vue confrontée un peu malgré elle à la question de la réécriture de son histoire sous la pression d\u2019une historiographie victimaire demandant réparation mémorielle à une communauté nationale dont on instruit sans cesse le procès8.Cette diffusion accélérée d\u2019une mauvaise conscience causée en bonne partie par l\u2019intériorisation du tiers-mondisme n\u2019est pourtant pas chose nouvelle, les plus fins observateurs de la société contemporaine l\u2019ayant entrevue à l\u2019entrée des années 1980.C\u2019était le cas de Pascal Brucker qui s\u2019inquiétait de la disposition croissante des Occidentaux à réclamer le monopole du 6\tOlivier Le Cour GrandMaison, Coloniser, exterminer.Sur la guerre et l\u2019État colonial, Fayard, 2005, p.266.7\tDamien Beauchamp, « Le soleil couchant d\u2019Austerlitz : crise de notre identité nationale », Commentaire, n.113, printemps 2006, p.142 8\tCharles J.Sykes, The Decay of the American Character, St.Martin\u2019s Press, 1992 71 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 péché originel, ce qu\u2019avait aussi dénoncé quelques années plus tôt Jacques Ellul en parlant sévèrement d\u2019une « trahison de l\u2019Occident » dont se serait rendue coupable l\u2019intelligentsia progressiste9.Le constat n\u2019a eu de cesse de s\u2019approfondir, de s\u2019incarner, de se détailler.C\u2019est d\u2019un retournement de l\u2019Occident contre lui-même qu\u2019il s\u2019agit, comme s\u2019en désolait encore en 1999 le cardinal Ratzinger dans sa critique à la fois philosophique et historique de l\u2019héritage contre-culturel.Plus rien n\u2019est à l\u2019abri et la « tyrannie de la pénitence » pousse toujours plus loin la juridiction des inquisiteurs du passé10, car « le passé est coupable, fait de crimes collectifs et d\u2019injustifiables contraintes »n.Comme l\u2019écrivait Alain Finkielkraut, « [.] tous les peuples européens, tous les États, toutes les institutions, tous les corps de métier regardent le passé en face et pondèrent sans faiblesse la consignation de leurs exploits par la publication de leurs torts.Tous proscrivent l\u2019enseignement et pratiquent avec détermination une pédagogie du repentir.Tous confessent les crimes qu\u2019ils ont commis ou qu\u2019ils ont laissé faire.Tous reconnaissent leur part d\u2019ombre.Tous acceptent humblement le fardeau civilisateur de la culpabilité.Tous adoptent par rapport à ce qu\u2019ils sont une distance réflexive.Tous se défient du nazi qui sommeille en eux.Tous ont la gueule de bois »12.Pour emprunter une formule à George Weigel, la démocratie occidentale s\u2019est placée sous l\u2019autorité vertueuse d\u2019un « idéalisme sacrificiel » qui l\u2019incite à « dénigrer ses propres réalisations comme civilisation en ne reconnaissant dans son histoire particulière qu\u2019intolérance et répression »13.9 Jacques Ellul, Trahison de l\u2019Occident, Calmann-Levy, 1975, 224 p.10\tPascal Bruckner, La tyrannie de la pénitence.Essai sur le masochisme occidental, Grasset, 2006, 258 p.11\tPierre Manent, La raison des nations.Réflexions sur la démocratie en Europe.Gallimard, 2006, p.17.12\tAlain Finkielkraut, Au nom de l\u2019autre.Réflexions sur l\u2019antisémitisme qui vient, Gallimard, 2003, p.22-23 13\tGeorge Weigel, « Europe\u2019s Two Culture Wars », Commentary, may 2006, p.35 72 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Car c\u2019est le crime des crimes : l\u2019eurocentrisme, et plus généralement, « l\u2019ethnocentrisme » occidental.C\u2019est à partir d\u2019un nouvel horizon que se pratiquera l\u2019écriture historique, celui d\u2019une société pleinement décentrée de son particularisme fondateur, celui d\u2019une société désapprenant ses traditions, ne les aimant plus, mais s\u2019ouvrant plutôt à tous les questionneurs et critiques qui affichent leur désir d\u2019en finir avec l\u2019ancienne majesté de la conscience nationale.Certes, la communauté des historiens prétend normalement répondre à la poussée spontanée du pluralisme identitaire dont on naturalise l\u2019avènement pour en faire l\u2019étape actuelle d\u2019un idéal démocratique en plein déploiement historique, avec le passage à l\u2019hétérogénéité d\u2019une citoyenneté anciennement tricotée serrée, comme le soutenait Gérard Bouchard dans son opuscule consacré à l\u2019écriture d\u2019une histoire en situation postmoderne14.C\u2019est pourtant ne pas comprendre - ou ne pas avouer - que la politisation de la mémoire est au centre d\u2019un débat débordant largement les paramètres de la profession historienne ouvrant sur le rapport que devraient entretenir les sociétés occidentales avec elles-mêmes, ce que reconnaissent d\u2019ailleurs les partis politiques progressistes qui s\u2019approprient publiquement une certaine idée de l\u2019histoire de leur collectivité à partir de laquelle ils entreprendront la métamorphose de sa représentation, comme c\u2019était le cas du parti travailliste anglais qui s\u2019est fait le promoteur, depuis son arrivée au pouvoir à la fin des années 1990, d\u2019une réécriture complète de l\u2019histoire britannique selon les prescriptions du rapport Parekh pour la décentrer de sa part anglaise et pour la soustraire à toute accusation de racisme par certaines minorités ne désirant aucunement 14 Gérard Bouchard, La nation québécoise au futur et au passé, VLB, 1999 73 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 se reconnaître dans la mémoire de l\u2019épopée impériale15.En prenant la peine d\u2019ajouter quelques nuances de situation, on remarquera qu\u2019une semblable dynamique s\u2019est enclenchée dans la plupart des démocraties européennes avec l\u2019arrivée à maturité politique de la génération 68 et la vague rose des années 1990 où la pluralisation de la communauté politique à partir de certaines réclamations identitaires est devenu l\u2019article un d\u2019un socialisme à la recherche d\u2019un idéal de remplacement.Ce qui poussera même Jeremy Rifkins à soutenir que le rêve européen serait celui d\u2019une démocratie post-traditionnelle à ce point disposée à se déprendre de son encadrement historique qu\u2019elle consentirait librement à la destruction de son passé national16.L\u2019écriture antinationale de l\u2019histoire Ce décentrement délibéré de la communauté politique par rapport à sa nation fondatrice, la politologie conservatrice américaine l\u2019a conceptualisé depuis une quinzaine d\u2019années sous la forme d\u2019une cultural war centrée sur la détradition-nalisation des pratiques sociales, nécessaire à la fragilisation des défenses politiques et culturelles de nos sociétés qui s\u2019appuyaient autrefois sur une certaine idée de leur durée pour s\u2019établir dans la permanence d\u2019une existence politique.15\tThe Parekh Report, The Future of Multi-Ethnic Britain, Profile Books, 2002, 417 p.Ses principaux officiers, Tony Blair en tête, reconnaissaient d\u2019ailleurs dès 1998 que la modernisation identitaire de la société anglaise passait par sa dénationalisation en profondeur, comme le soutenait d\u2019ailleurs son doctrinaire principal, Anthony Giddens, pour qui la fin du recoupement d\u2019une communauté politique par une communauté historique particulière était la dernière étape à franchir dans la patiente sortie d\u2019un conservatisme culturel en perte de vitesse depuis la poussée libertaire de mai 1968.L\u2019aile gauche du travaillisme anglais, représentée par le maire de Londres Ken Livingstone, aura même poussé l\u2019audace jusqu\u2019à déboulonner le statuaire londonien pour le remplacer lentement par des pièces plus conformes à la société multiculturelle qu\u2019il désirait construire.16\tJeremy Rifkins, Le rêve européen.Ou comment l\u2019Europe se substitue peu à peu à l\u2019Amérique dans notre imaginaire, Fayard, 2005, 563 p 74 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Fragilisation nécessaire à la mise en place de ce que Taguieff nommait « la nouvelle utopie qu\u2019est la société multiculturelle et dénationalisée »17 incarnant pour la gauche postmarxiste l\u2019avenir d\u2019une démocratie à ouvrir le plus possible aux demandes identitaires - Beauchemin parle ainsi de l\u2019apparition de la « société des identités »18.C\u2019est aussi ce qu\u2019en dit Marc Crapez en rappelant à partir des années 1970 dans le progressisme occidental le déclassement de l\u2019ouvrier par l\u2019exclu, la gauche en appelant désormais à la critique identitaire et culturelle de la société existante dans la poursuite des luttes déclenchées avec mai 68.C\u2019est parce qu\u2019on saura faire douter les nations d\u2019elles-mêmes qu\u2019elles capituleront face à une philosophie en lutte contre elles, désirant investir la communauté politique d\u2019une légitimité nouvelle, ce qui n\u2019est pas sans annoncer de réels bouleversements dans leur organisation sociale.On cultivera ainsi une « image déprimante du passé contemporain » décourageant un peuple de se reconnaître dans une longue durée, pourtant nécessaire à sa continuité natio-nale19.On présentera surtout les nations comme autant de constructions sociales relativement récentes dans l\u2019histoire humaine, qu\u2019on décapera de leur vernis idéologique pour retracer les étapes de leur fabrication forcée, nécessairement autoritaire et illégitime.Comme le prescrivait Foucault dans ses leçons sur le pouvoir, les collectivités nationales seront défaites en ouvrant leur conscience historique pour y investir certaines questions susceptibles d\u2019en égrener les éléments, de les détacher en actualisant la guerre civile qui 17\tPierre-André Taguieff, La république menacée, Textuel, 1996, p.75 18\tJacques Beauchemin, La société des identités.Éthique et politique dans le monde contemporain, Athéna, 2004 19\tPaul Yonnet, François Mitterand le phénix, Éditions de Fallois, 2003 75 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 serait fondatrice de toute communauté politique20.C\u2019est ainsi que l\u2019historiographie victimaire ouvrira pratiquement un chantier infini de récriminations contre la société, sous la forme d\u2019un procès perpétuel contre le passé et la politisation d\u2019une conception réparatrice de l\u2019agir politique où chacun des arrangements institutionnels et culturels qui la solidifiait sera déconstruit et démonté.Désormais, on passera chaque mémoire nationale au marteau piqueur du progressisme identitaire en centrant toute la critique sur la prétention de certaines victimes à s\u2019inscrire avec leurs griefs dans la conscience historique de la collectivité.Comme s\u2019en désole Taguieff, « rien n\u2019est plus ordinaire aujourd\u2019hui que la légitimation d\u2019une revendication actuelle au nom d\u2019une domination ou d\u2019une discrimination qui se serait produite dans le passé », la communauté politique s\u2019aplatissant en affichant son désir d\u2019en finir avec les « discriminations » qu\u2019elle aurait historiquement abritées en advenant à une pure transparence égalitaire21.Contre cette pratique inquisitoriale du travail historien, plusieurs rappelleront la dimension stratégique du discours victimaire pour la gauche radicale.Il n\u2019en demeure pas moins que le discours historiographique communiera d\u2019abord à la célébration des « dominés », disposant désormais de la sollicitude historienne, les départements universitaires consacrant cette perspective en instituant une étude systématique du minoritaire, l\u2019histoire des différents regroupements identitaires prenant désormais une place prépondérante dans la recherche.L\u2019hégémonie d\u2019une historiographie post-colonialiste centrée sur les concepts de classe, de genre et de race se reconnaissant désormais un devoir de mémoire envers les 20\tJohn O\u2019Sullivan, « Conservatism and cultural identity », in Kenneth Minogue (ed.), Conservative realism, Harper Collins publishers, 1996, p.43 21\tPierre-André Taguieff, Résister au bougisme.Démocratie forte contre mondialisation techno-marchande, Mille et une nuits, 2001, p.57 76 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 exclus du passé réclamant correction de leur statut pour aujourd\u2019hui et pour hier annonce ainsi la construction d\u2019une conscience historique d\u2019abord lestée de griefs et de suppliques, de détestations et de critiques.On n\u2019en finira plus de dénoncer le « sexisme », le « racisme » ou « l\u2019homo-phobie » de la communauté politique traditionnelle et de plaider pour la pluralisation des perspectives sur le passé ; d\u2019une certaine façon, on parlera d\u2019une historiographie mar-ginaliste.Le travail historien refera donc le portrait de la société pour montrer comment ses principes lisses cachent une réalité rabotée, mal faite et défaite, pleine de petites guerres invisibles et d\u2019injustices dissimulées, de crevasses et de failles sociales, une réalité fracturée, qu\u2019il ne serait plus permis d\u2019oublier à moins de consentir à la reproduire.On programmera dans la conscience historique des peuples un logiciel idéologique assurant une diffusion progressive de la honte de soi, qui affaiblira d\u2019abord certaines élites se sentant de moins en moins en droit d\u2019assumer le destin d\u2019une collectivité aussi marquée par les stigmates de sa propre histoire.On n\u2019assumera surtout plus la dimension pourtant tragique de la condition humaine pourtant supposée par le rassemblement politique des hommes en communautés durables, comme l\u2019ont soutenu chacun à leur façon Freud et Renan, en rappelant que les origines d\u2019une communauté humaine ne sont jamais immaculées et qu\u2019une pure transparence est le pire dissolvant du lien social.Ce sera l\u2019oubli qu\u2019on proscrira, le devoir de mémoire mobilisé par les factions identitaires rouvrant d\u2019anciennes blessures ou reconstruisant artificiellement une mémoire de la domination.Le devoir de mémoire ira même jusqu\u2019à la criminalisation de l\u2019écriture historique qui ne communierait pas spontanément devant l\u2019autel pénitentiel 77 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 du dénigrement occidental, l\u2019inflation des lois mémo-rielles en France en donnant depuis quelques années le pathétique exemple.Pour dire vrai, c\u2019est la possibilité même d\u2019une histoire nationale qui sera proscrite.Conséquemment, la seule histoire rassembleuse possible se situera dans un au-delà de la conscience historique.L\u2019éthique pluraliste prenant la place de l\u2019ancienne éthique nationale exigera désormais elle-aussi sa mise en récit, chaque société se projetant désormais dans un vaste projet de reconstruction progressiste d\u2019une démocratie désenclavée de son cadre fondateur où la présence des groupes identitaires sera assurée dans un récit collectif travaillant à leur mise en équilibre, la désacralisation du national étant indispensable à la sacralisation postérieure d\u2019un chartisme incarnant désormais une philosophie multiculturelle des « droits humains ».On enseignera la découverte tâtonnante de la démocratie multiculturelle, d\u2019une communauté politique prenant l\u2019allure de ce que le chroniqueur John O\u2019Sullivan qualifiait de grand « club social-démocrate », où les droits économiques et sociaux tiendront ensemble des hommes qui n\u2019en finissent plus néanmoins de se différencier les uns des autres en communautés séparées, le démembrement administratif de la collectivité par la multiplication des ghettos identitaires trouvant un supplétif moral dans un socialisme aux allures de paradis multiculturel, ce que les défenseurs d\u2019un tel modèle nomment généralement une approche basée sur la citoyenneté22.L\u2019enseignement de l\u2019histoire se dénationalisera pour se « démocratiser », comme nous l\u2019ont encore appris les ingé- 22 C\u2019est à partir d\u2019une telle approche que le Bloc se proposait d\u2019en finir avec le nationalisme historique de la majorité francophone dans ses grands chantiers programmatiques mis de l\u2019avant pour moderniser le projet souverainiste au début de l\u2019année 1999. 78 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 nieurs identitaires mandatés par le ministère de l\u2019Éducation pour mettre en place un nouveau programme d\u2019histoire censé relever doublement la connaissance et la conscience historiques et qui sacrifièrent sans problèmes les origines françaises de la société québécoise pour raconter désormais sa genèse démocratique, la Nouvelle-France se faisant pour cela congédier de l\u2019imaginaire collectif, parce qu\u2019impossible à insérer dans une continuité sous le signe des droits de l\u2019homme23.Cette récente polémique à la québécoise reprenait ainsi, à la couleur locale, une querelle américaine d\u2019il y a un peu plus d\u2019une décennie, celle des National Standards, concernant l\u2019enseignement de l\u2019histoire américaine nécessitant désormais, disait-on, la conjugaison de la démocratie avec le multiculturalisme plutôt qu\u2019avec la nation pour honorer véritablement l\u2019idéal émancipateur dont se réclameraient toutes les sociétés occidentales.On détachait l\u2019expérience américaine de la plus longue histoire occidentale pour la faire naître au croisement de plusieurs civilisations, aucune n\u2019ayant laissé une empreinte historique plus profonde qu\u2019une autre24.Ce qui poussait même leurs concepteurs à remplacer la nation américaine comme sujet de l\u2019histoire par les peuples américains, cette dernière nuance ayant par ailleurs soulevé une colère populaire dans un public américain surpris de se faire apprendre par ses historiens qu\u2019il n\u2019existait plus comme nation, simplement comme agrégat raté de communautés mal assemblées les unes les autres.L\u2019histoire publique recouvrira donc la conscience historique d\u2019une interprétation critique, qu\u2019on apprendra en accéléré aux futures générations pour les désaffilier d\u2019avec 23\tAntoine Robitaille, « Cours d\u2019histoire épurés au secondaire : Québec songe à un enseignement «moins politique», non national et plus «pluriel» », Le Devoir, 27 avril 2006, Ai.24\tWalter Mcdougall, « Whose History ?Whose Standards ?», Commentary, May 1995, p.36-43, Walter Mcdougall, « What Johnny Still Won\u2019t Know About History ?, Commentary, July 1996, p.32-36 79 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 la conscience nationale et leur inculquer une identité postnationale fondée sur le rejet assumé d\u2019une tradition dont on présentera le dépassement comme une forme élaborée d\u2019émancipation.Le conservatisme comme défense de la nation Mais comme se le demandait Pierre Nora, « une communauté humaine et une collectivité nationale peuvent-elles se passer d\u2019un rapport génétique à leur passé et d\u2019un rapport positif à leur histoire ?»25.Une collectivité sans légendaire national n\u2019en est plus une ; l\u2019historiographie pluraliste oeuvre ainsi délibérément à la décréation des nations.Restera dans cette société déliée des groupes à équilibrer à toutes les échelles de l\u2019existence sociale, qui se disputeront dans l\u2019arène des chartes, loin de parlements qu\u2019ils auront décidé depuis longtemps de contourner.Car c\u2019est un double refus qu\u2019adressent les pluralistes à nos sociétés : d\u2019abord à l\u2019idéal national, qu\u2019on ne pourra plus incarner dans une culture de convergence centrée sur la majorité fondatrice d\u2019une collectivité, ensuite à l\u2019idéal démocratique tel qu\u2019on le définissait traditionnellement autour d\u2019une pratique majoritaire, ce qui n\u2019est pas sans lien avec la diffusion d\u2019un discours en appelant à sa métamorphose participative, nécessaire à la construction d\u2019un compromis politique durable en situation pluraliste26.Double refus d\u2019une philosophie majoritaire du politique, que ses détracteurs n\u2019en finissent plus de discréditer en la classant parmi les manifestations d\u2019un détestable populisme à surmonter dans la confiscation d\u2019une souveraineté popu- 25\tPierre Nora, « Malaise dans l\u2019identité historique », Le Débat, septembre-octobre 2006, n.141, p.52 26\tJohn O\u2019Sullivan, Conservatism, Democracy and National Identity, Center for Policy Studies, 1999, p.21-28 8o L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 laire à confier aux oligarchies humanitaires et pluralistes qui se croient dépositaires d\u2019une certaine conscience universelle, nécessairement progressiste27.Mais « une collectivité dont les citoyens ne consentiraient aucune concession en faveur du tout n\u2019existerait plus », écrivait Raymond Aron, dans les années difficiles de l\u2019après-guerre28.Et c\u2019est justement l\u2019idée du tout qui s\u2019efface dans la société des identités, quand le corps politique se disloque en agrégats disparates, quand la conscience historique se métamorphose en espace de luttes identitaires et sociales, quand le pouvoir politique est appelé à gérer la désolidarisation des groupes qui ne se reconnaissent plus qu\u2019un rapport instrumental avec lui.On y verra ce que Régis Debray nommait la « désymbolisation » de l\u2019État, ce dernier renonçant à incarner la collectivité dans sa continuité historique, ce que critique Pierre Manent en parlant de « la perte de capacité représentative du processus politique » où la société ne désire plus institutionnaliser un bien public transcendant les intérêts catégoriels et les particularismes de toutes sortes qui chercheraient à prévaloir sur ceux de l\u2019ensemble29.C\u2019est à la destruction durable de l\u2019agir politique que conduit une exacerbation de l\u2019hétérogénéité sociale et identitaire.Car l\u2019agir politique suppose le déploiement d\u2019une conscience historique durable où se manifeste un destin collectif à poursuivre, le gaullisme en donnant peut-être la représentation la plus dramatique tant l\u2019action du général de Gaulle reposait sur une conscience française disposée à remplacer 27\tJean-Philippe Chartré, « Bienfaits et malfaisance de l\u2019humanitaire », Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale, no 1, vol.i, janvier 2007, p.17-20 28\tRaymond Aron, Espoirs et peur du siècle, Calmann-Lévy, 1957, p.93 29\tRégis Debray, L\u2019État séducteur, Gallimard, 1993, p.95.Pierre Manent, La raison des nations.Réflexions sur la démocratie en Europe, Gallimard, 2006, p.54 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 le pouvoir légal se constituant à Vichy par une légitimité supérieure censée découler d\u2019une philosophie communiant aux profondeurs existentielles de l\u2019histoire de France30.Inversement, la débandade israélienne à l\u2019été 2006 en aura convaincu plusieurs du cul-de-sac historique d\u2019un certain discours post-national décourageant la collectivité de se préparer à assumer sa situation, en l\u2019amenant à subsumer dans une pure éthique démocratique la question pourtant vitale des conditions nécessaires à la préservation d\u2019un État juif au Proche-Orient31.Une société qui renonce à sa continuité historique se condamne presque naturellement à l\u2019impuissance politique où la souveraineté peine de plus en plus à se traduire en décisions collectives nécessaires à la préservation d\u2019une communauté humaine dans la durée, comme en témoigne d\u2019ailleurs la censure de la question linguistique dans le Québec contemporain où les « droits minoritaires » préservés par le dispositif chartiste disposent selon le politiquement correct ambiant d\u2019une supériorité morale à ce que François Xavier Garneau nommait le droit à la « conservation nationale »32.S\u2019il faut « défendre la société comme être ensemble », comme l\u2019affirme Jacques Beauchemin, cela passera probablement par la réanimation d\u2019un certain conservatisme attaché à restaurer la continuité historique d\u2019une communauté 30\tPaul Thibaud, « L\u2019inadmissible », Le messager européen, Gallimard, n.8, 1994, p.191-208 31\tDans un essai qui aura marqué la récente actualité israélienne, Ari Shavit dénonçait directement une historiographie post-sioniste déréalisant progressivement la communauté israélienne en la décentrant d\u2019une compréhension vitale de ses intérêts fondamentaux, pourtant nécessaire à la pleine expression de son existence politique et de son indépendance nationale.Cet essai a récemment été traduit dans l\u2019excellente revue française Controverses, n.3, octobre 2006, p.207-222.32\tJacques Beauchemin, « Contre l\u2019impuissance politique : s\u2019assumer comme sujet de l\u2019histoire », Argument, volume 7, numéro 2, p.90-92 82 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 nationale.Un conservatisme dont Christian Dufour donnait récemment les éléments en le centrant sur « les États, les cultures locales et nationales, l\u2019importance du politique »33.Un conservatisme institutionnel, qui s\u2019ouvre à la nécessaire canalisation des préoccupations populaires dans un pouvoir politique qui assume sa part d\u2019autorité sans confondre la souveraineté démocratique et l\u2019éthique dialogique.Contrairement à ce qu\u2019écrivent les avocats de la social-démocratie, ce n\u2019est pas la fonction sociale de l\u2019État qui est compromise aujourd\u2019hui, mais sa dimension proprement politique34.La décadence des nations au coeur de l\u2019actualité contemporaine est causée en bonne partie par l\u2019assèchement du domaine public qu\u2019on veut tenir en équilibre à partir d\u2019une pure géométrie de principes.Car la démocratie suppose un au-delà d\u2019elle-même, ce que disait déjà le philosophe de Genève en plaidant pour une forme de religion civile sacralisant le lien politique en l\u2019épaississant d\u2019une couche mobilisatrice de symboles.Comme l\u2019aurait écrit Fernand Dumont, la poétisation de l\u2019existence collective par une historiographie retrouvant dans une masse de faits disparates l\u2019apparence d\u2019un destin est finalement l\u2019élément central de l\u2019avènement des nations occidentales à la conscience il y a quelques siècles, ce qui consiste à reconnaître à l\u2019écriture de l\u2019histoire une dimension authentiquement prophétique depuis les premiers moments de la modernité.33\tChristian Dufour, Le défi français.Regards croisés sur la France et le Québec, Septentrion, 2006, p.21.34\tCe qu\u2019observe fort justement l\u2019école décliniste française dans sa critique d\u2019un État à la fois tentaculaire et impuissant, la multiplication de ses fonctions sociales accélérant l\u2019apparition d\u2019une série de groupe d\u2019ayants-droits réclamant chacun un droit de veto sur le gouvernement de la collectivité, ce qui n\u2019est pas sans générer une paralysie du pouvoir politique dont on commence à peine à calculer les conséquences désastreuses.Nicolas Baverez, La France qui tombe, Perrin, 2003 83 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 C\u2019est pourtant cette conscience des limites d\u2019une politique contractualiste qui fait défaut dans la démocratie actuelle.La mauvaise réputation contemporaine de l\u2019Amérique conservatrice et de l\u2019État juif est en bonne partie symptomatique de la déréalisation des peuples occidentaux qui n\u2019admettent plus les conséquences authentiques d\u2019une pleine existence politique pour une société.Une déréalisation qu\u2019on définira comme une pure idéologisation de sa condition historique dont le messianisme post-moderne et progressiste du Québec contemporain donne peut-être la représentation la plus pathétique, la plus désolante.Une idéologisation où le calcul politique des réalités élémentaires qui déterminent la condition historique d\u2019un peuple est sacrifié dans une rêverie cosmopolite et pacifiste aux allures de carnaval postmoderne et postnational.Ce qui nous rappelle surtout qu\u2019une communauté humaine s\u2019abolissant dans la transparence des principes dont elle se réclame ne saura plus distinguer son intérêt particulier d\u2019une série de prescriptions humanitaires et perdra conséquemment sa nécessaire capacité de faire le mal nécessaire à la poursuite de son existence particulière.On le voit sans cesse sur le plan intérieur dans les démocraties européennes où la classe intellectuelle ne cesse de rationaliser des comportements sociaux et identitaires qui déchirent pourtant de grands pans du lien social35.Cet affaiblissement identitaire et institutionnel se répercute inévitablement dans le domaine de la politique étrangère des démocraties occidentales.Chantal Delsol le rappelait, 35 La perte graduelle de l\u2019identité nationale y est pour beaucoup dans le déficit croissant de capacité intégrative de nos sociétés, soutenait encore une fois Nicolas Sarkozy en proposant la création d\u2019un grand ministère de l\u2019immigration de l\u2019identité nationale problématisant désormais le fait migratoire dans une perspective à la fois nationale et conservatrice, ce que la droite républicaine française s\u2019était refusée à faire pendant un bon moment.http://www.lefigaro.fr/medias/pdf/Discours-CAEN.pdf . 84 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 l\u2019idéalisme onusien ne suppléera aucunement à l\u2019existence politique des peuples si ces derniers se déchargent de l\u2019exercice de leur indépendance36.La neutralisation du politique accélérée par l\u2019idéalisation d\u2019une démocratie pure correspond pratiquement au suicide d\u2019un État tarissant délibérément l\u2019accès à l\u2019identité nationale qui lui permettait l\u2019entretien d\u2019une symbolique forte et mobilisatrice.« Le moyen d\u2019avoir raison dans l\u2019avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé », écrivait bellement Renan pour conclure son plus célèbre discours en Sorbonne.Pour sortir de l\u2019impuissance politique, les sociétés occidentales devront cesser de se reconnaître dans l\u2019imaginaire historiographique qui cultive leur dénigrement et accélère leur effritement.Mais la haine de soi atteint moins qu\u2019on ne le croit les masses populaires.Les passions morbides auxquelles s\u2019alimente la raison postmoderne sont d\u2019abord significatives d\u2019une crise de l\u2019intelligence touchant des élites dénaturées évoluant désormais dans l\u2019univers (alter)mondialisé à construire sur la ruine des nations.La conversion des démocraties à l\u2019éthique dialogique n\u2019est souvent qu\u2019une esquive pour demeurer en lévitation dans le royaume des fins dernières où discutent calmement une collection d\u2019éthiciens diplômés rattrapés par ce que Bruckner nommait « la tentation de l\u2019innocence »37.Autrement dit, nos démocraties flanchent devant l\u2019épreuve décisive qui détermine ou non l\u2019existence politique d\u2019un peuple : la capacité de reconnaître les périls qui pèsent sur son existence politique distincte.La chose est d\u2019autant plus vraie dans une époque marquée par une guerre ouverte contre nos démocraties affaiblies par l\u2019esprit de Munich et le syndrome de Weimar, comme 36\tChantal Delsol, La grande méprise.Justice internationale, gouvernement mondial, guerre Juste., La table ronde, 2004, 170 p.37\tPascal Bruckner, La tentation de l\u2019innocence, Grasset, 1995 85 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 on a pu le voir au lendemain du 11 septembre quand l\u2019ancien président américain Bill Clinton demandait aux sociétés occidentales d\u2019assumer leur profonde culpabilité dans la genèse de l\u2019événement, accréditant ainsi les thèses les plus radicales de l\u2019historiographie antioccidentale.Nous ne sommes pas coupables, devront répéter les Occidentaux suite à Paul-François Paoli, qui donnait dans son dernier essai de profondes raisons d\u2019en finir avec la culture de la repentance38.Elles sauront ainsi de nouveau pourquoi elles ont encore le droit de préserver politiquement leur cohésion nationale en ne souscrivant plus à la religion multiculturelle, ce qui passe surtout par la reconnaissance d\u2019un nécessaire accouplement de la citoyenneté avec une identité nationale forte qu\u2019on ne saurait plus définir dans un juridisme plat calquant constitutionnellement les prescriptions du droit-de-l\u2019hommisme39.Elles sauront aussi qu\u2019elles ont le droit de faire la guerre à leurs ennemis sans suivre à la lettre un manuel d\u2019éthique nécessaire au calcul de ce que serait une riposte proportionnée aux agressions qu\u2019elles subissent.Mais cela n\u2019ira pas sans reprendre une critique authentiquement conservatrice de l\u2019héritage soixante-hui-tard et de ceux qui l\u2019incarnent encore aujourd\u2019hui40.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un conservatisme de gauche ou de droite est une question relativement secondaire pour l\u2019instant.Mais nos démocraties ne s\u2019épargneront pas l\u2019épreuve de la nécessaire revitalisation de leurs identités nationales.Sans quoi elles donneront finalement raison à la prophétie désolante de Paul Valéry sur leur caractère périssable et mortel.?38\tPaul-François Paoli, Nous ne sommes pas coupables !, La Table ronde, 2006 39\tPour un article assez remarquable sur le nécessaire approfondissement de l\u2019intégration nationale dans les sociétés occidentales, on lira Benoit Dubreuil, « Intégration des immigrants - Pour une approche basée sur les résultats », L\u2019Action nationale, octobre 2006, p.44-69 40\tPaul François Paoli, Comment peut-on être de droite?, Albin Michel, 1999, 203 p. 86 ARTICLES Jacques Fournier* LES COOPÉRATIVES DE SANTÉ ET LA GRATUITÉ DES SERVICES MÉDICAUX L\u2019Action nationale a publié un intéressant dossier sur les coopératives de santé dans son édition d\u2019avril 2007.J\u2019aimerais apporter quelques interrogations complémentaires concernant l\u2019accès gratuit aux services médicaux dans ces coopératives.Dans son excellent texte, Jacques Bourgeois, intervenant au CSSS du Lac-Témiscamingue, prend soin de dire que la part sociale ne sera que de 10 $ et que les services médicaux seront gratuits et accessibles aux non-membres.C\u2019est très bien, c\u2019est l\u2019orientation à privilégier, d\u2019autant plus que la Loi canadienne de la santé interdit de facturer pour l\u2019obtention de services médicaux.Là où cela devient inquiétant, c\u2019est quand on apprend que dans une ville de la Mauricie, par exemple, une coopérative de santé a été mise sur pied à l\u2019initiative de médecins, propriétaires d\u2019une clinique privée, qui ont voulu transformer leur clinique en coopérative, essentiellement pour améliorer leurs revenus.Dans la rémunération des médecins à l\u2019acte, la RAMQ calcule qu\u2019environ 30% du paiement est prévu pour compenser la location d\u2019un bureau, l\u2019embauche d\u2019une secrétaire, le paiement du téléphone, etc.En faisant payer ces frais par la coopérative, les médecins améliorent de * Rédacteur en chef, Interaction communautaire 87 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 façon importante leurs revenus.On sait que les médecins, tant les omnipraticiens que les spécialistes, sont insatisfaits du résultat de leurs négociations salariales avec le gouvernement (ils ne sont pas les seuls, d\u2019ailleurs, à être insatisfaits).Dans le cas de cette coopérative, on exige non seulement une part sociale, ce qui est normal, mais une cotisation annuelle.Les médecins de cette coopérative se proposent de limiter à la période de l\u2019après-midi les consultations pour les personnes qui n\u2019ont pas payé la cotisation annuelle, donc qui ne sont pas membres.Les membres peuvent consulter tant le matin que l\u2019après-midi.N\u2019est-ce pas ce qu\u2019on appelle une médecine à deux vitesses ?Des études scientifiques (voir sur le site web de la Coalition Solidarité Santé www.solidaritesante.qc.ca) ont démontré que lorsque les citoyens devaient payer un ticket modérateur pour les services médicaux, les plus démunis s\u2019en privaient, tant pour eux que pour leurs enfants, et se retrouvaient alors à l\u2019hôpital (gratuit) pour des pathologies qui n\u2019avaient pas été traitées à temps.Les pratiques du type de la coopérative de cette ville de la Mauricie sont-elles répandues ?Une coopérative qui n\u2019est pas créée à l\u2019initiative du milieu mais plutôt pour augmenter la rémunération de personnes déjà bien nanties est-elle une vraie coopérative ?On pouvait lire dans le dossier de l\u2019Action nationale qu\u2019une autre coopérative, la la Coopérative de Ste-Thècle, exige une cotisation annuelle de 100 $.Les non-membres auront-ils le même accès aux médecins, même s\u2019ils n\u2019ont pas les moyens de payer la cotisation annuelle ?Quel sera le montant de la cotisation annuelle dans quelques années ? 88 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Ce serait désolant de constater que la mise en place des coopératives de santé aurait servi essentiellement aux médecins, pour qu\u2019ils obtiennent indirectement ce qu\u2019ils n\u2019ont pas obtenu directement lors de leurs négociations salariales avec le gouvernement.Il est par contre plus rassurant de lire les propos du président de la Coopérative d\u2019Aylmer, Guy Benoit, à ce sujet : « Il est évident que la possibilité de revenus supérieurs dans un milieu donné a un pouvoir d\u2019attraction pour certains médecins.A notre avis, ces sommes supplémentaires accordées au médecin s\u2019il y a lieu doivent être dégagées à partir des revenus de la coopérative et non par des cotisations supplémentaires demandées aux membres » (p.70).Il faut saluer l\u2019initiative et la débrouillardise des citoyens qui se regroupent pour améliorer l\u2019accès aux services médicaux dans leur milieu.Il est souhaitable de faire en sorte, collectivement, de rendre les conditions de pratiques plus agréables et plus fonctionnelles pour les médecins (moins de gestion à faire, etc.).Mais nous devons aussi travailler à rendre les conditions de pratique plus agréables et plus fonctionnelles pour tous les corps d\u2019emploi du milieu de la santé et des services sociaux.Quand on observe l\u2019évolution de la part des diverses composantes dans le budget québécois de la santé, au cours des quinze dernières années, on constate que deux éléments obtiennent une part toujours croissante de la « tarte » : les médicaments et les revenus des médecins.Toutes les autres composantes (salaires des autres personnels, équipements, fonctionnement des établissements, etc.) reçoivent un pourcentage toujours décroissant. 89 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 L\u2019objectif de l\u2019accessibilité aux services médicaux peut être recherché tout en étant vigilants concernant le maintien de la gratuité des services, un acquis social important des quarante dernières années.Il faudrait également se poser la question : pourquoi l\u2019ADQ et le Parti Vert, sont-ils les seuls à favoriser ouvertement les coopératives de santé ?Dans le cas du Parti Vert, le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que la cohérence de ses orientations n\u2019est pas toujours évidente.Du côté de l\u2019ADQ, ses orientations de droite sont bien connues.Le chef de l\u2019ADQ, Mario Dumont, lors du débat télévisé des chefs de la dernière campagne électorale, a fait l\u2019éloge des coopératives de santé, a dénoncé l\u2019 « ingérence » d\u2019Ottawa qui nous impose la Loi canadienne de la santé et a mis de l\u2019avant la spécificité québécoise.Le caractère distinct du Québec, pour M.Dumont, tiendrait-il dans le fait de faire payer les citoyens pour leurs services médicaux ?Voilà un allié dont les vraies coopératives de santé pourraient se passer.? 90 ARTICLES Denis Monière, Dominique Labbé* LES HAUTS ET LES BAS DE LA NATION DANS LES DISCOURS DES PREMIERS MINISTRES QUÉBÉCOIS (1960-2007) Par sa fonction de représentation, le discours politique construit un sujet collectif qui fonde la légitimité de l\u2019exercice du pouvoir.Dans le système parlementaire, le Premier ministre est celui qui dispose de l\u2019autorité légitime pour s\u2019exprimer au nom de la collectivité.Comme il s\u2019exprime au nom du gouvernement et qu\u2019il s\u2019adresse à l\u2019ensemble de la société, ses discours balisent l\u2019espace de référence de cette collectivité.Pour ce faire, Il peut employer une panoplie de vocables définissant son groupe de référence comme nation, peuple, société pays, patrie, communauté.La préférence accordée à l\u2019un de ces vocables est révélatrice de son positionnement identitaire.Dans le contexte canadien s\u2019ajoute au mode de désignation de la collectivité le problème de l\u2019identité spécifique posé par l\u2019affirmation du Québec comme nation depuis la révolution tranquille puisque l\u2019État du Québec et l\u2019État canadien sont en concurrence pour construire le sentiment d\u2019appartenance au territoire et aux institutions politiques.Comparer l\u2019emploi des noms propres Canadiens et Québécois qui désignent les deux communautés de références peut être révélateur de l\u2019évolution de la conscience identitaire des premiers ministres québécois.* Les auteurs sont, respectivement, de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019Institut d\u2019études politiques de Grenoble 91 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Pour explorer ces dimensions de l\u2019identité québécoise, nous avons analysé les discours des premiers ministres du Québec depuis 1960 afin de retracer l\u2019évolution des principaux concepts qu\u2019ils ont employés pour désigner la collectivité.Le corpus comprend tous les discours prononcés par les Premiers ministres et qui ont été déposés aux archives de la bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec.1 * * * Tableau 1 Corpus des discours des premiers ministres québécois 1960-2005 Premier\tFormes ministre\tN discours N mots\tdifférentes Lesage (1960-66)\ti4i\t30 7328\ti5 786 Union nationale (1966-1970)\t72\ti2 6854\ti0 i06 Bourassa 1 d970-i976)\t70\t20 5236\ti0 594 Lévesque (i976-i985)\t87\t4i8 694\ti7 270 Bourassa 2 (i985-i994)\t56\ti67 357\t8 306 Parizeau (i994-i996)\t42\ti40 448\ti0 099 Bouchard (i996- 200i)\ti74\t43i 944\ti8 420 Landry (200i-2003)\t94\ti95 385\ti3 260 Charest (20032007)\ti00\ti28 87i\t9 438 TOTAL\t836\t2i38ii8\t40573 1 Pour la période débutant en 1994, on peut retrouver ces discours dans la section archives du site du Premier ministre du Québec.Pour retrouver l\u2019ensemble de ces discours voir le site www.archivespolitiquesduquebec.com Ce corpus ne comprend pas les discours électoraux de même que les discours en chambre. 92 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Avec plus de deux millions d\u2019occurrences et plus de 800 discours, il s\u2019agit de l\u2019un des plus grands corpus de discours politiques en langue française à avoir été soumis à l\u2019analyse lexicométrique.Sa dimension permet des inférences statistiques fiables sur les comportements lexicaux des premiers ministres québécois.Nous pourrons ainsi décrypter l\u2019évolution du vocabulaire identitaire à travers le temps et comparer les usages lexicaux des différents premiers ministres.Les vocables identitaires génériques Nous avons d\u2019abord constaté que certains concepts collectifs sont peu employés alors qu\u2019on les attendrait presque naturellement.C\u2019est le cas de patrie, de collectivité et de communauté qui semblent dévalorisés dans le vocabulaire politique québécois, ce dernier vocable se retrouvant essentiellement dans les discours de l\u2019Union nationale.En plus de la référence à la nation, il y a d\u2019autres concepts génériques comme peuple, pays, société qui servent à désigner le collectif.Le tableau et le graphique suivants comparent les usages qu\u2019en font les premiers ministres québécois.Le tableau et le graphique de la page suivante répondent à la question de savoir quelles sont les préférences relatives des uns et des autres.Globalement, le concept de société est le plus en faveur durant toute la période et le plus uniformément utilisé.Il est particulièrement sur-employé par R.Lévesque et J.Charest. 93 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Tableau 2 Distribution des vocables désignant la «collectivité» QUÉBÉCOISE (FRÉQUENCE D\u2019EMPLOIS PAR IO OOO MOTS) \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t Lesage\t1,4\t12,5\t7,9\t12\t2,7\t5,3\t0,3 Union nationale\t10,2\t7,1\t5,0\t14,7\t4,9\t4,4\t3 Bourassa\t0,4\t2\t8,0\t8,7\t8,9\t1,5\t0 Lévesque\t0,6\t3,2\t9,5\t2,8\t4,6\t0,3\t0 Bourassa\t0,7\t1\t3,4\t4,4\t6,9\t0,2\t0 Parizeau\t2,5\t6,7\t5,9\t7,8\t21,1\t1,9\t0 Bouchard\t3,9\t9,9\t7,0\t5,9\t32,6\t0,8\t0 Landry\t17,1\t6,4\t7,9\t7\t13,7\t0,6\t0 Charest\t4,9\t12,8\t13,4\t8,1\t31,2\t2,5\t0 * Le mot société a été désambiguïsé, c\u2019est-à-dire que nous avons soustrait les vocables désignant une entreprise.Graphique 1 ÉVOLUTION DE LA FRÉQUENCE RELATIVE DES VOCABLES IDENTITAIRES GÉNÉRIQUES (FRÉQUENCES RELATIVES POUR IO OOO MOTS) \u2014?\u2014nation \u2014¦\u2014peuple\tsociété pays 94 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Le concept de société est vague et ne suscite pas la controverse.La vertu consensuelle de ce concept peut être illustrée par l\u2019usage politique qu\u2019en fera R.Bourassa qui s\u2019en servira comme sésame constitutionnel lorsqu\u2019il lui accolera l\u2019adjectif distincte pour qualifier la nature particulière du Québec et justifier ses réclamations dans l\u2019accord du lac Meech.Le reste du Canada rejetant la thèse des deux nations ou des deux peuples fondateurs, il lui fallait trouver une astuce lexicale pour exprimer la différence nationale québécoise.Celui qui deviendra plus tard son ministre des affaires intergouvernementales canadiennes, Gil Rémillard, expliquait ainsi la portée politique du choix des mots : « le terme nation peut porter à controverse, alors que celui de société, tout en étant juste, pourrait être plus acceptable à l\u2019ensemble de la communauté canadienne».2 Alors que « société » et « peuple » semblent faire consensus, le mot « nation » est quant à lui plus problématique.R.Bourassa et R.Lévesque partagent une répugnance très caractéristique envers la nation et plus généralement envers tous les vocables identitaires.En revanche, ces vocables connaissent une remontée significative avec les trois premiers ministres souverainistes : J.Parizeau, L.Bouchard et surtout B.Landry.Comme l\u2019indique le graphique 1, les deux pôles historiques de l\u2019affirmation nationale correspondent à l\u2019arrivée au pouvoir de l\u2019Union nationale et à celle de B.Landry.Mais entre ces deux temps forts, le sens de la nation sera profondément modifié, la nation canadienne-française se muant en nation québécoise.En 1966, D.Johnson réclamait l\u2019honneur d\u2019avoir été le premier à introduire le concept de « nation canadienne-française » dans le vocabulaire gouvernemental.2 Gil Rémillard, Le fédéralisme canadien, Montréal, Québec-Amérique, tome II, 1985, p.434. 95 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 «Le nouveau gouvernement que vous avez élu détient un mandat très clair : celui de faire reconnaître partout la nation canadienne-française.» À noter que c\u2019est la première fois dans l\u2019histoire du Québec que cette expression de « nation canadienne-française » fait partie du vocabulaire gouvernemental.«Nous en faisons l\u2019un des principes cardinaux de notre doctrine et de notre politique.» (29 juillet 1966) Cette prétention était certes excessive puisque J.Lesage l\u2019avait utilisé avant lui dans trois discours (16 février 1963, 20 octobre 1963 et 22 septembre 1965), mais il n\u2019insistait pas autant que D.Johnson sur la relation entre la nation et l\u2019État du Québec.Le glissement sémantique vers l\u2019identité québécoise se fera dans l\u2019idée que le Québec était le foyer national des Canadiens français, expression que J.Lesage n\u2019a pas utilisé dans le corpus que nous avons étudié.Le tableau 2 confirme que la référence à la nation est caractéristique du vocabulaire de B.Landry qui se distingue de ses collègues par une survalorisation de l\u2019identité nationale et par sa volonté d\u2019affirmer le Québec comme nation.Il emploie une série de locutions pour exprimer cette connotation : notre nation (18 fois), le Québec forme une nation (9 fois), la nation québécoise (28 fois).Il propose même une définition de cette nation québécoise : «Citoyennes et citoyens du Québec, plus qu\u2019à aucun autre moment de notre histoire, il est admis que le Québec forme une nation.Une nation civique, inclusive et qui transcende toute forme d\u2019ethnicité.Le gouvernement du Québec a le devoir d\u2019affirmer et de consolider ces réalités de concert avec l\u2019Assemblée nationale, dont les travaux doivent en témoigner ici, devant le Canada et devant la communauté internationale» (22 mars 2001).Cette dimension de son discours ressort clairement si l\u2019on compare les usages des vocables qui servent à désigner l\u2019identité soit de façon générique (le substantif nation et 96 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 l\u2019adjectif national), soit de façon spécifique (le substantif Québécois, l\u2019adjectif québécois).Comme s\u2019il croyait à la force du verbe pour inculquer une vision de la nation québécoise, B.Landry multiplie les emplois du qualificatif national qu\u2019il associe à 53 substantifs différents.Ce faisant, il procède à une «nationalisation» des institutions, celles qui reviennent le plus fréquemment sont l\u2019Assemblée nationale (115), l\u2019ordre national du Québec (70), la capitale nationale (37), le gouvernement national (22), la politique nationale (17), l\u2019État national (6).Il est le seul premier ministre à faire cette association fréquente entre gouvernement, État et national.Selon ces indicateurs, J.Charest, quant à lui délaisse les références identitaires et préfère employer le concept de société pour parler du Québec.Le concept de peuple arrive au deuxième rang mais il est employé dans 62% des cas dans le cadre de discours protocolaire où il remet l\u2019ordre national du Québec et où il répète pour chaque récipiendaire une des deux formules suivantes: « avec les compliments du peuple québécois », « au nom du peuple québécois ».Chez J.Charest le concept de nation semble relativement important comparativement aux autres premiers ministres, mais il est employé de façon très particulière.En début de mandat, il se réfère cinq fois aux nations autochtones et deux fois seulement à la nation québécoise pour expliquer dans un discours en Bavière la spécificité québécoise : «Lorsqu\u2019on parle de la nation au Québec, on parle aussi de la nation québécoise, ce qui n\u2019exclut en rien notre participation au Canada» (14 mai 2003).Pour l\u2019essentiel de son premier mandat, il n\u2019a pas cherché à 97 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 persuader les Québécois qu\u2019ils formaient bel et bien une nation.En effet, le concept de nation a connu une éclipse de trois ans, avant de ressurgir de façon significative dans un discours prononcé le 30 novembre 2006, pour souligner l\u2019adoption par la Chambre des communes à l\u2019initiative du Bloc québécois d\u2019une motion reconnaissant la nation québécoise : « Pour le Parti libéral du Québec, le Québec constitue aussi, par sa majorité de langue francophone, sa culture, son histoire, son territoire, sa tradition civiliste et ses institutions, une nation au sens politique et sociologique du terme.Cette nation québécoise fait partie d un grand et riche pays, le Canada, au sein duquel peut s\u2019épanouir son génie.» Ce discours contient 65 % de tous les emplois du concept de nation par J.Charest.Mais, contrairement à B.Landry, J.Charest n\u2019utilise pas l\u2019expression « notre nation », il préfère employer des formules plus distanciées (la, une ou cette) plutôt que l\u2019adjectif possessif (notre) qu\u2019il n\u2019utilise jamais comme s\u2019il ne s\u2019identifiait pas personnellement à cette nation québécoise.L\u2019adjectif possessif « notre » contient une connotation d\u2019exclusivité qui rend l\u2019appartenance à une autre nation impossible.Cette particularité lexicale montre bien que le choix des mots est révélateur d\u2019un positionnement idéologique.Les vocables identitaires spécifiques Pour mieux cerner les références identitaires, nous avons aussi recensé les emplois des noms propres désignant les principales communautés de référence.Depuis la révolution 98 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 tranquille un des enjeux du débat politique est le contrôle de la définition du sentiment d\u2019appartenance.Le Québec a connu une mutation de la définition de soi.Jusqu\u2019en 1960, l\u2019identité canadienne n\u2019était pas problématique puisqu\u2019elle pouvait intégrer l\u2019identité canadienne-française.Les deux constructions identitaires n\u2019étaient pas conflictuelles puisqu\u2019elles n\u2019opéraient pas sur le même terrain, L\u2019identité canadienne définissait le cadre juridique de l\u2019appartenance, soit l\u2019État canadien, alors que l\u2019identité canadienne-française délimitait le cadre culturel de l\u2019appartenance et n\u2019impliquait pas de dimension étatique.La nation canadienne-française et l\u2019État ne coïncidaient pas.L\u2019affirmation de l\u2019État du Québec comme pôle d\u2019appartenance politique et la montée du mouvement souverainiste viendront complexifier le rapport à l\u2019identité.Ce conflit de loyauté se jouera durant la décennie soixante comme le montre le graphique suivant.Graphique 2 Évolution de la fréquence relative des vocables IDENTITAIRES SPÉCIFIQUES (FRÉQUENCE RELATIVE POUR ÎO OOO MOTS) \u2014?\u2014Québécois \u2014¦\u2014Canadiens \u2014Cans-fran 99 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 De 1960 à 1970 s\u2019effectue la mutation identitaire du Québec puisqu\u2019on assiste au déclin des références à l\u2019identité canadienne et à l\u2019effacement de l\u2019identité canadienne-française qui disparaît du vocabulaire politique avec R.Bourassa.Par la suite, le vocable Québécois prédominera.On remarquera aussi que le chef du Parti québécois se montre peu enthousiaste à l\u2019endroit des vocables identitaires.Tout comme R.Bourassa, R.Lévesque fuit les substantifs peuple, nation qui sont sous-employés et leur préfère le concept de société.Il est aussi celui qui parmi les leaders souverainistes est le moins porté à utiliser le vocable identitaire « Québécois » qui connaît une ascension fulgurante avec J.Parizeau et surtout L.Bouchard.Dans ce dernier cas, on peut parler d\u2019une inflation verbale puisqu\u2019il pratique systématiquement la féminisation du vocabulaire en répétant Québécois Québécoises, cette pratique langagière gonflant d\u2019autant la densité des vocables identitaires.Conclusion Cette analyse lexicométrique montre que le choix ou l\u2019évitement des vocables identitaires reflète les objectifs stratégiques des premiers ministres.Même les premiers ministres fédéralistes comme R.Bourassa et J.Charest ont été contraints par le jeu de la concurrence politique de valoriser le sentiment d\u2019appartenance au Québec pour ne pas être déclassés par les souverainistes auprès des électeurs francophones.Mais il leur fallait aussi concilier ce nationalisme et leur appartenance au Canada.La prédominance du substantif Québécois chez J.Charest est symptomatique de cette approche d\u2019endiguement de l\u2019identité québécoise qu\u2019il s\u2019agit de réinscrire dans le cadre juridique canadien.La stratégie des leaders libéraux consiste en fait à affirmer l\u2019identité québécoise mais en édulcorant sa dimension nationale pour la rendre compatible avec l\u2019identité 100 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 canadienne comme cela fonctionnait autrefois avec le vocable Canadien français qui marquait la double appartenance du nationalisme traditionnel.Dans cette logique, la référence identitaire est construite en fonction de l\u2019attitude de la majorité canadienne, elle signifie une acceptation de la dépendance à l\u2019endroit d\u2019une autre référence nationale.Il s\u2019agit d\u2019un trait constant de l\u2019identité collective car depuis 1840, la représentation de soi est encadrée par une autre collectivité.L\u2019insertion forcée d\u2019une collectivité dans un cadre politique qui lui confère un statut minoritaire l\u2019oblige à construire une double image d\u2019elle-même et à entretenir l\u2019ambivalence identitaire.C\u2019est bien le sens qu\u2019il faut attribuer à cette reconnaissance de la nation québécoise dans le cadre du Canada uni qu\u2019ont célébré les autorités politiques canadiennes et québécoises.Le concept de nation employé dans ce sens affirme la différence culturelle mais occulte l\u2019inégalité politique puisqu\u2019il consent implicitement de se soumettre à un niveau supérieur de nation.? curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014»\u2014 abonnez-vous Ackfc'-' çage ® ^ ?On n'est jamais trop curieux Mouvement national des Québécoises et des Québécois Le réseau de la fierté québécoise 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Souveraineté du Québec ùmguefw française 7-êfe nationafe Assurance .\tt vie (n _.Société j]/ Saint-Jean-Baptiste ** MAU RI CIE www.*a Jferaffiur4eia.qie.ee 37s~^®ai o La Société Saint-Jean-Baptiste |£ du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (819)-478-2519 ou 1 800 943-2519 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise- ! Plus de 31-000 membres au Centre-du-Québec Allard CA inc.Comptable agréé Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com \t/'S7AV'\t Sansregret, Taillefer & Associés inc.\t\t Cabinet en assurance collective de personnes\t\t \tinfo@sta-conseil.com www.sta-conseil.com\t 178, rue Sainte-Marie\tTéléphone : (450) 471-2662\tTélécopieur : Terrebonne (Québec)\t(514) 355-7869\t(450) 471-0026 J6W 3E1\t(800) 782-5799\t(514) 355-7923 LIRE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 104 PRIMEUR Pierre Gagnon BOURRASQUES EN ALTITUDE* La grandeur des actions humaines se mesure à l\u2019inspiration qui les fait naître Louis Pasteur 1970.Le rideau s\u2019ouvre sur un fond de campagne électorale dans le comté des Îles-de-la-Madeleine, perle du golfe Saint-Laurent où, suite à une assemblée de nomination à l\u2019école régionale de Lavernière le 8 décembre 1969, en présence de messieurs René Lévesque et Bernard Landry, où l\u2019unanimité se dégagea, je devins alors le candidat officiel du parti pour faire la campagne électorale lors d\u2019une prochaine élection.J\u2019occupe une maison dans les dunes qui surplombent la belle plage de la Martinique.Une vieille tante m\u2019accompagne.Elle a quitté pour un temps sa résidence montréalaise du comté de Bourget.Sa présence m\u2019est précieuse car en plus de préparer nos repas et de prendre soin de notre confort matériel, comme une ardente militante souverainiste, elle me soutient dans mon aventure politique.Je la revois encore qui bavarde gaiement avec les organisateurs qui m\u2019entourent.Dans les Îles, l\u2019atmosphère est fébrile à la veille de cette élection qui aura lieu dans quelques jours.* Extrait de De la pénombre à Cap Lumière, dont la parution est prévue à la fin de l\u2019automne 2007 ou début 2008. 105 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Ici, la vie est différente.Isolées au milieu du Golfe, presque tout arrive par mer ; seuls les produits hautement périssables parviennent par voie aérienne.Sur les chemins de l\u2019Île, la campagne bat son plein.Tous les jours, on assiste à un va-et-vient de voitures surmontées d\u2019énormes haut-parleurs annonçant les assemblées partisanes qui auront lieu en soirée.Bien sûr, notre petite équipe péquiste souhaite ardemment, mais sans trop y croire, la visite d\u2019orateurs vedettes de Montréal ou de Québec, qui sauraient fouetter l\u2019ardeur de nos organisateurs et nous aideraient à convaincre nos Madelinots des vertus de l\u2019Indépendance.Mais qu\u2019importe : notre confiance en notre option est indéfectible et nous savons que notre programme est solide puisqu\u2019il a été élaboré en tenant compte des souhaits exprimés par la majorité des gens des Îles.Celui-ci veille à favoriser le développement des pêches et nous abordons aussi la délicate question de la surpêche et l\u2019établissement de quotas qui protégeront les ressources.Nous avons également prévu un programme de mise en marché du homard.Le volet touristique n\u2019a pas été oublié, prévoyant la création d\u2019équipements, selon une stratégie à long terme, ainsi que des campagnes de publicité qui seront diffusées sur la «Grande Terre».Au point de vue agricole, le retour à l\u2019élevage est préconisé de même que la création de fermes laitières et avicoles.L\u2019accès à la circulation aérienne, dans des conditions confortables et sécuritaires, de même qu\u2019à des prix raisonnables pour tous les résidents de l\u2019île doit devenir réalité à court terme.Mais avant toute chose, dans nos discours, nous voulons stimuler chez nos gens la fierté d\u2019être pleinement nous-mêmes comme Québécois et Québécoises.Nos arguments et notre programme réussiront-ils à convaincre les Madelinots ?Nous savons que la tâche est énorme et nous sommes seuls.Vu le petit nombre d\u2019électeurs sur les îles, nous comprenons que L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 les apparatchiks du Parti préfèrent concentrer leurs énergies sur les comtés les plus susceptibles de remporter le vote plutôt que sur ceux qui sont éloignés des grands centres, comme les Îles-de-la-Madeleine où je suis candidat, et le comté de Matapédia, où ce cher Doris Lussier affronte Bona Arsenault.Oui, nous comprenons bien tout cela, mais il n\u2019en reste pas moins que ce sont toujours les trois mêmes personnes qui montent sur la tribune à chaque assemblée populaire.Et détail cocasse : je me souviens qu\u2019à chacune de ces rencontres, nous faisons jouer notre chanson thème : « C\u2019est le début d\u2019un temps nouveau », mais comme le disque est usé, il accroche au début de la chanson, de sorte que les mots « C\u2019est le début » se répètent toujours trois ou quatre fois jusqu\u2019à ce que l\u2019aiguille du phono trouve le sillon.Un frère du Sacré Cœur, Albert, ouvre habituellement la séance en exhortant la population à faire confiance à M.Lévesque, au parti qu\u2019il représente et aux valeurs sacrées qu\u2019il défend.Puis, l\u2019organisateur en chef, monsieur Albert Cummings, prend la parole et enfin, arrive mon tour de m\u2019adresser, comme candidat, à la foule des partisans.Un jour, on nous apprend que notre chef, monsieur Lévesque lui-même, s\u2019apprête à nous rendre visite.On nous précise même la date de son arrivée : il sera là en matinée, au cours de la semaine suivante.Cette nouvelle représente un encouragement extraordinaire pour nos partisans.Aussitôt une organisation monstre se met en branle pour cette visite que nous avions jugée si improbable.Des autobus scolaires sont réservés et certains des conducteurs, gagnés à notre option, offrent même à défrayer le coût de l\u2019essence de leur propre gousset.Ils amèneront les électeurs à l\u2019aéroport et par la suite ils se chargeront de leur transport vers la salle « du parlement de Fatima »où monsieur Lévesque doit livrer un discours. 107 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Il va sans dire que cette visite imminente de notre chef galvanise les énergies.Pour notre organisation, tout va bien et même de mieux en mieux.À compter de ce moment, les réunions se succèdent dans l\u2019enthousiasme et la ferveur.Notre parti attire désormais des groupes allant jusqu\u2019à deux, trois et même quatre cents électeurs.L\u2019euphorie règne : tout ce qu\u2019il faut, en fait, pour que le candidat que je suis se prenne à rêver.Poète et idéaliste, je me vois déjà, occupant une banquette de l\u2019Assemblée Législative en digne représentant de l\u2019ensemble des Madelinots.Bref, la fièvre gagne tous les esprits et nous voilà gonflés à bloc lorsque arrive enfin le matin du grand jour.Monsieur Lévesque est attendu pour dix heures.En ce matin frisquet et brumeux de début de printemps, l\u2019air salin a parfum d\u2019iode.Les visages sont graves.On peut lire la détermination et l\u2019espoir sur les traits burinés des Madelinots, où s\u2019inscrit leur résistance aux grands vents, aux mers furieuses qui font danser, parfois jusqu\u2019à la mort, leurs barques de pêche sur les eaux déchaînées du Golfe.Ce matin-là, bon nombre de pêcheurs n\u2019ont pas pris la mer.Ils ont préféré répondre à notre appel et leurs embarcations tressautent, accrochées aux quais.La foule est variée, beaucoup d\u2019hommes sont là, certes, mais on y aperçoit aussi plusieurs femmes.Ce sont des infirmières, des enseignantes, des aides sociales.Il y a aussi des mères et des épouses des marins.Je suis particulièrement touché d\u2019y remarquer la présence d\u2019une jeunesse frémissante, venue en grand nombre, en attente d\u2019un je-ne-sais-quoi de miraculeux.Les jeunes semblent satisfaits simplement de se retrouver là, en ce matin d\u2019avril, avec les plus âgés.Depuis neuf heures, les autobus n\u2019ont pas cessé de déverser leurs flots de partisans près des bâtiments de l\u2019aéroport. L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Toutefois, le climat n\u2019est pas au rendez-vous : la brume se fait de plus en plus dense et on entend soudain un vieux Madelinot déclarer, inquiet : « Pourvu qu\u2019il ne frappe pas la pôle de la Marconi ! » (une tour antenne de communication pour relais radio et télévision, érigée à Cap aux Meules).En effet, par ce temps maussade, la visibilité est réduite et le plafond est bas.Des bancs de brume se forment et s\u2019effilochent au gré des vents.Malgré tout, le moral tient bon.Soudain le bruit d\u2019un avion se fait entendre, répercuté par les nuages : « Le voilà ! Le voilà ! » Effectivement, un avion bourdonne tout là-haut.La rumeur des conversations s\u2019atténue puis un grand silence tombe sur fond de brise atlantique.Mon cœur bat au même rythme que celui de cette foule si sympathique avec laquelle je partage la même espérance en des temps meilleurs.Le vrombissement du moteur augmente, puis diminue.Nous venons de comprendre que l\u2019avion s\u2019éloigne.Déception ! La tour de contrôle vient en effet d\u2019avoir une communication avec les pilotes de Québécair : il semble que les conditions ne permettent pas une approche sécuritaire due à une visibilité quasi nulle.Il est des moments de misère partagée, de désespérance commune.Nous en connaissons un.Déjà certains se dirigent, la tête basse, vers leurs voitures ou vers les autobus quand soudain quelqu\u2019un s\u2019écrie : «Je l\u2019entends, il revient !» L\u2019espoir renaît.L\u2019émotion est palpable lorsque, à nouveau, les turbines chantent au-delà des nuages.Un avion tournoie au-dessus de nous.Nous ne voyons rien mais tous, nous savons qu\u2019il est là.Cinq minutes passent, puis dix, l\u2019appareil aura-t-il assez de carburant pour attendre une trouée dans la brume ? 109 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Perçant les nuages, le pilote a risqué l\u2019impossible et l\u2019aéronef est maintenant en bout de piste.Les moteurs ronronnent sagement, puis s\u2019arrêtent.Atterrissage réussi.Un lourd silence accueille l\u2019arrivée du voyageur.Tel un libérateur venu d\u2019en haut, Lévesque vient d\u2019atterrir parmi eux, parmi nous, symbole d\u2019espérance au cœur d\u2019une bataille politique où les tenants du pouvoir tentent de toutes leurs forces de tuer dans l\u2019urne les espoirs d\u2019un peuple assoiffé de changements.Oui, notre héros est bien là, en chair et en os.Je m\u2019avance vers monsieur Lévesque.Lui, un mégot aux lèvres, me tend la main avec ce sourire en coin qui le rendait si sympathique : « Ça va, vous ?» Pour les personnes vivant l\u2019événement, Lévesque a stature de géant.Cette poignée de Québécois jeunes et vieux perdus dans la brume du Saint-Laurent vient de comprendre que, pour eux, pour ne pas les décevoir, leur héros a encore une fois nargué la mort.Des larmes mouillent beaucoup de visages et les applaudissements éclatent.Il faut avoir connu dans sa vie de tels moments d\u2019exaltation, certes, mais surtout, il faut veiller à les conserver précieusement en son coeur afin de ne pas crouler ensuite sous les contrecoups que la vie nous réserve.Ils ne devaient pas tarder, hélas ! Tout allait bien, trop bien sans doute.jusqu\u2019à ce que sortent les piètres résultats du 29 avril.Comment croire qu\u2019à peine cinq jours auparavant, un vent de libération s\u2019était levé de partout, caressant au passage le nuage en forme de fleur de lys des Îles de la Madeleine, de la Gaspésie et du pays du Québec tout entier ?Nos rencontres préélectorales, ou « parlements » comme on dit aux Îles, avaient été réussies, les télévisions avaient projeté des images de ralliements politiques monstres à Montréal et à travers la province, montrant que l\u2019enthousiasme et la ferveur de nos partisans étaient à 110 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 leur comble.Des tonnes d\u2019imprimés avaient été distribuées partout et le dévouement des organisateurs avait été extraordinaire.Plusieurs d\u2019entre nous n\u2019avaient pas hésité à puiser sans compter dans leurs réserves personnelles car nous croyions tous que ce 29 avril 1970 devait vraiment être le début des temps nouveaux.Cette euphorie à l\u2019endroit du Parti Québécois déclenchée par la visite de notre chef avait-elle fait craindre le pire à nos adversaires ?On en jugera par les événements qui se sont produits dans les jours suivants.On assista tout d\u2019abord au saccage du local abritant la permanence du parti, à Cap-aux-Meules.Sous le fallacieux prétexte que le loyer était impayé, (ce qui était faux), le propriétaire de l\u2019immeuble, un farouche libéral, fit irruption dans la pièce et se permit de tout détruire sous l\u2019œil effaré des secrétaires bénévoles qui y travaillaient.Nous fûmes évidemment consternés de ce chaos, mais nous préférions retenir notre colère.Surtout ne pas créer de mouvement de violence ! Pourtant nos adversaires n\u2019y étaient pas allés de main-morte : les machines à écrire, le matériel de bureau et les diverses papeteries électorales, tout avait été précipité du haut des fenêtres du deuxième étage.Peut-on croire que cela se passait en plein jour, au vu et au su de tous ?Mais ce n\u2019était pas tout : le même soir eut lieu une grande assemblée du parti libéral.Trois orateurs y prirent la parole, l\u2019aspirant député de Québec et deux de Montréal.Un des nôtres qui assistait à cette rencontre avait eu la bonne idée de se munir d\u2019une enregistreuse et avait capté sur cassette les propos enflammés tenus par ces messieurs.Il me les communiqua le soir 111 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 même.Je fus complètement abasourdi en entendant les attaques personnelles lancées à mon endroit.Pour me faire perdre la face devant mes partisans, on n\u2019avait par hésité à déterrer jusqu\u2019aux moindres détails de ma vie privée.Je suis bien prêt à admettre que j\u2019étais loin d\u2019être un champion de vertu, mais les demies-vérités et les calomnies vicieuses hurlées par les microphones ce soir-là étaient chargées de tant de méchanceté que j\u2019en frémis encore.On donna à croire ainsi aux gens de l\u2019Île que je n\u2019étais qu\u2019un dépravé sans vergogne, un insouciant qui ne donnait rien à sa femme et à ses enfants.On me dénonçait comme étant un polygame ivrogne, un imprévoyant couvert de dettes et, pour enfoncer le clou dans le cercueil, on m\u2019accusait d\u2019être un dangereux communiste financé par Cuba, Moscou et Pékin, rien de moins !.On m\u2019informa le lendemain que, sitôt leurs basses œuvres terminées, mes accusateurs avaient rapidement filé, quittant les Îles en pleine nuit par avion privé.L\u2019escapade avait été financée par des magnats de la rue Saint-Jacques.Pour nous, le mal était fait : la bulle d\u2019enthousiasme déclenchée par la venue de notre chef quelques jours plus tôt était bel et bien crevée.Dans les jours suivants, les organisateurs libéraux se chargèrent de « terminer la job ».Ils proposèrent de payer leurs dettes à ceux qui hésitaient encore sur le parti à appuyer : une façon d\u2019acheter quelques votes de plus, mais « la bouette » sent toujours.Le lendemain et dans les jours suivants, l\u2019assistance à nos « parlements » fondit comme neige au soleil.Quand arriva la veille de l\u2019élection, seul un petit reste de fidèles, solidaires malgré tout, se déplacèrent pour attendre avec notre équipe le désastre du lendemain.Le matin de l\u2019élection, j\u2019étais 112 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 devenu le diable pour une bonne partie des gens de l\u2019Île, les plus âgés surtout.Mon ami, Doris Lussier Accepter l\u2019idée d\u2019une défaite, c\u2019est d\u2019être vaincu.Maréchal Foch Au cours de la même élection, Doris Lussier fut choisit candidat dans Matapédia.Il reçoit alors, un appel de Bona Arsemault, député ministre du comté de Matapédia qui le félicite et lui manifeste sa satisfaction d\u2019avoir comme adversaire politique un homme d\u2019esprit, de culture et que même il souhaite le rencontrer lors de son arrivée dans le comté pour faire campagne en vue de la prochaine élection, ce que Doris accepte avec plaisir, Bona étant une légende et un incontournable de la politique, élu dans Matapédia au cours du règne de Maurice Duplessis, au Parlement Canadien.La petite histoire témoigne qu\u2019ils se sont rencontrés en début de campagne pour échanger en êtres cultivés et férus d\u2019histoire du Québec et Bona de l\u2019Acadie, auteur d\u2019une histoire des Acadiens.Entre distingués membres de l\u2019élite intellectuelle et politique, les sujets ne manquent pas pour trouver plaisir en la présence de l\u2019un et de l\u2019autre.Mais, dix jours avant la fin de la campagne, l\u2019organisation libérale du comté, loue une douzaine de vieux capots de chat et de chapeaux à la Davie Crokett et lance, ainsi accoutrés, des hommes ayant le verbe haut et une langue fort déliée en jurons et paroles plus salées que du gros sel et leur fait visiter les lieux où certains libéraux branlent dans le man- 113 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 che entre Bona et Doris, influencés par un Québec en plein effervescence.Entrés dans les maisons, ils crachent sur les poêles encore allumés, en un frisquet mois d\u2019avril - Voulez-vous d\u2019un bouffon comme le Père Gédéon pour vous représenter à Québec ?Un conteur d\u2019histoires ?Un personnage qui n\u2019est pas du comté et qui ne fera même pas du bureau ici pour vous aider ?\u201d En plus de glacières bien garnies et autres avantages que la décence empêche de décrire.Doris, comme moi, perdit son dépôt, ramassa les casques, mais émergea de cette campagne, avec honneur, noblesse et dignité.Perdre une élection c\u2019est avant tout se heurter au rejet, au mépris, à l\u2019incompréhension d\u2019un électorat trop souvent manipulé par des forces obscures, par des peurs irraisonnées, ou par le refus d\u2019oser affronter les grands vents du large, cette immensité où la vie se retrouve purifiée, oxygénée.C\u2019est donc tout petit et blessé que le 3 mai 1970, je m\u2019apprête à quitter les Îles, non sans avoir serré dans mes bras mon organisateur, Albert Cummings, et l\u2019avoir assuré de ma reconnaissance pour son dévouement sans limites.Pendant le trajet de retour, je m\u2019efforce de reprendre courage en me persuadant que tout n\u2019était pas perdu.Lévesque avait été battu dans son comté mais je constatais, avec satisfaction, que notre parti pouvait maintenant compter que sur la présence de sept députés à l\u2019Assemblée nationale du Québec : messieurs Robert Burns, Claude Charron, Jacques Yvan Morin, Charles Tremblay, Camille Laurin, Marcel 114 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Léger et Jacques Lazure.René Lévesque demeurait le chef incontesté, secondé de Jacques Yvan Morin qui devenait le leader en chambre.Jacques Parizeau allait bientôt se joindre à la petite équipe péquiste à titre de conseiller économique.Le retour à Montréal eut lieu dans la grisaille des lendemains de détresse.Ironie du sort, le jour de l\u2019élection était aussi le jour de mon anniversaire.Mais à 39 ans, je me sentais tellement vieux.Je croyais qu\u2019aucun avenir n\u2019existerait pour moi désormais.Je n\u2019étais plus qu\u2019une épave ballottée par les eaux d\u2019une mer pourrie qui revient s\u2019échouer sur une plage sans joie ni soleil.J\u2019ai aimé les Madelinots et je ne cesse de le répéter : la phrase québécoise ne serait pas aussi belle si la virgule des Îles n\u2019en faisait partie et ne la ponctuait.? 115 LIRES LES ESSAIS L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 ISMÈNE TOUSSAINT Gabrielle Roy et le nationalisme québécois, Montréal, Lanctôt Éditeur, 2006, 96 pages Voici un petit livre très agréable qui nous introduit tout naturellement dans le monde de Gabrielle Roy et nous projette brutalement au coeur de la problématique de l\u2019émancipation politique du Québec.Ismène Toussaint est une grande spécialiste de Gabrielle Roy.Elle connaît très bien non seulement l\u2019oeuvre mais la vie de notre célèbre romancière, et elle a une conscience parfaite de la complexité du personnage.Née au Manitoba de parents qui étaient venus du Québec, Gabrielle Roy vint s\u2019installer au Québec et y passa une grande partie de sa vie.C\u2019est ici qu\u2019elle produisit une oeuvre littéraire qui connut un retentissement international et qui fut accueillie par les Québécois avec un grand enthousiasme.Mais si ces derniers la reconnurent pour une des leurs, Gabrielle Roy entretint avec le Québec une relation qu\u2019on pourrait dire malheureuse.Elle ne se sentait pas à l\u2019aise au Québec.Ce malaise tenait probablement pour une part à ce que, dans sa jeunesse au Manitoba, elle avait idéalisé le pays de ses parents.Le Québec réel n\u2019était pas celui qu\u2019elle avait imaginé.Installée ici, elle gardait la nostalgie du Manitoba et n\u2019arrivait pas à se décider d\u2019y retourner.Ismène Toussaint décrit bien cette perplexité qui lui rendit la vie difficile.Et ce malaise allait s\u2019intensifier avec la montée du mouvement indépendantiste.Gabrielle Roy protesta publiquement contre l\u2019intervention du général de Gaulle dans les affaires du Québec au moment de l\u2019Exposition universelle de 1967.Elle connut alors une véritable panique et entrevoyait l\u2019indépendance du Québec comme une catastrophe.Elle prétendait que le Québec devait rester dans le Canada.Elle semblait oublier le traitement que le Canada avait réservé aux 117 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 minorités canadiennes-françaises du Manitoba et des autres provinces.Elle considérait le combat pour l\u2019indépendance comme une explosion de racisme, oubliant par on ne sait quelle méprise, que les Canadiens français du Québec ne persécutaient personne mais ne tentaient que de se prendre en main.Oubliant surtout que ceux qui avaient pratiqué le racisme, au Canada, ce n\u2019étaient pas les Canadiens français, et que ces derniers avaient été victimes d\u2019un racisme dont elle avait pourtant subi les effets au Manitoba.Il y a quelque chose de tragique dans cette réaction de Gabrielle Roy qu\u2019Is-mène Toussaint décrit très bien.Une réaction de panique que seule une grave insécurité intérieure peut expliquer.Tous ceux qui aiment Gabrielle Roy seront heureux de lire ce petit livre qui leur fera passer de bons moments en compagnie de la romancière, et qui leur fera davantage prendre conscience de l\u2019inconfortable situation des Canadiens français dans ce pays qu\u2019on appelle le Canada.Paul-Émile Roy STÉPHANE PAQUIN AVEC LA COLL.DE LOUISE BEAUDOIN, ROBERT COMEAU ET GUY LACHAPELLE Les relations internationales du Québec depuis la doctrine Gérin-Lajoie (1965-2005).Le prolongement externe des compétences internes.Les Presses de l'Université Laval, 2006, 324 pages La volonté qui a présidé à la publication d\u2019une « histoire » des relations internationales du Québec est distincte de celle qui a conduit au présent ouvrage.Le contexte oblige : ce livre réunit les actes d\u2019un colloque.Il a donc été précédé d\u2019une réflexion partagée sur des thèmes choisis par un comité ii8 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 organisateur.Le colloque qui a eu lieu en mars 2005 avait été organisé par la Chaire Hector-Fabre en histoire du Québec de l\u2019UQAM.On peut dire que dans ce cas, la charpente de cette publication rend justice à une véritable réflexion .Tout d\u2019abord l\u2019ouvrage, comme l\u2019a été le colloque, est structuré en cinq parties cohérentes, exposées dans un ordre qui satisfera aux exigences minimales du lecteur qui veut comprendre et apprendre.La première partie porte sur la doctrine elle-même, exposée en quatre chapitres substantiels et une centaine de pages.On lira le chapitre 3, de Nelson Michaud, qui fournit de bons repères sur l\u2019évolution de ce « cadre de référence », quoiqu\u2019il prête à cette avancée du Québec, plus tactique que stratégique, une extension exagérée.Michaud, en citant Jean Charest, fournit cependant une définition claire et concrète de cette doctrine : « ce qui est de compétence québécoise chez nous, est de compétence québécoise partout », résumait le premier ministre dans une conférence à l\u2019ENAP en 2004 (p.89).Puis, Jean Charest, à Bruxelles en mars 2005, ajoutait : « il est bien difficile de comprendre pourquoi les entités fédérées ne devraient pas avoir une place, un rôle, une voix, lorsque au sein de forums internationaux ou lors de négociations internationales, on traite de leur domaine de compétence ».Cette déclaration ambitieuse devait trouver une réponse plutôt mitigée, comme on peut lire dans l\u2019annexe IV de l\u2019ouvrage où, à titre d\u2019exemple, une des dispositions de l\u2019Accord entre le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec relatif à l\u2019organisation des Nations-Unies pour l\u2019éducation, la science et la culture (UNESCO) spécifie qu\u2019 « un représentant permanent du Québec sera accueilli au sein de la Délégation permanente du Canada auprès de l\u2019UNESCO à Paris » (art.1.1) et que « le représentant permanent du Québec sera considéré comme un membre de la délégation permanente du Canada.» (art.1.2.) (p.322).L\u2019exemple est 119 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 tout à fait clair.Il illustre à souhait ce que signifie « une entité fédérée ».Ensuite, l\u2019ouvrage expose, suivant une logique discutable moulée sur l\u2019importance des échanges commerciaux, critère qu\u2019on devra un jour questionner, les relations avec les Etats-Unis qui constituent une deuxième partie révélant en effet les limites de la dimension politique de cette relation qui ne peut pas être d\u2019État à État.Les relations France-Québec y font suite et précèdent une quatrième partie intitulée « la doctrine Gérin-Lajoie à l\u2019étranger » comportant de précieuses comparaisons avec les relations internationales de la Catalogne et de la Belgique, précédées d\u2019une réflexion sans détour sur « un rapprochement germano-québécois ».Enfin, la cinquième partie, appelée « bilan d\u2019ex-ministres ».contient quelques perles magnifiant, pour les uns, et atténuant pour les autres, les lustres de cette pièce de l\u2019histoire d\u2019une ambiguïté constitutive.Le livre est ensuite enrichi de quatre annexes qui à elles seules méritent une lecture attentive.J\u2019irai droit à l\u2019essentiel: ce qui fait l\u2019intérêt de cet ouvrage est en effet le caractère ambigu de son objet : la doctrine Gérin-Lajoie qui, portée aux nues par certains apologistes, est à l\u2019image même du Québec dans son obstination à tenter de résoudre l\u2019insoluble.Qu\u2019est-ce donc que cette doctrine ?Stéphane Paquin en indique déjà les limites par le titre qu\u2019il donne au premier chapitre : « Le fédéralisme et les relations internationales au Canada : l\u2019inévitable construction d\u2019une diplomatie à paliers multiples ?» (je souligne).Le point d\u2019interrogation n\u2019est pas de trop.Il sauve l\u2019affirmation qui le précède d\u2019un mal irrémédiable en demandant si cette diplomatie à paliers multiples pourrait être évitable ?.Tout l\u2019enjeu est contenu dans cette apparente contradiction : comment penser les relations internationales du Québec dans le cadre du fédéralisme et des relations internationales du Canada, 120 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 comme il le dit, sans « construire une diplomatie à paliers multiples » ?En d\u2019autres mots, le fédéralisme est-il « inévitable » ?.Poser une telle question n\u2019est-ce pas y répondre ?C\u2019est Paul Gérin-Lajoie lui-même, dans un Avant-propos lucide et sans illusion, qui écrit : « ce texte (la doctrine Gérin-Lajoie énoncée la première fois le 12 avril 1965) fut loin d\u2019être un simple incident de parcours dans les relations fédérales-provinciales au Canada » (p.15).En effet, conçue comme réponse aux transformations fulgurantes du Québec au cours des années 1960, cette doctrine devait palier aux besoins d\u2019ajustement du Québec au sein du Canada.Car Claude Morin n\u2019hésite pas à affirmer qu\u2019elle « répondait à l\u2019argumentaire juridique des fédéraux » (p.255) C\u2019est en effet le génie de cette solution qui se voulut pour certains une stratégie de développement, proposée par l\u2019ancien ministre de l\u2019Éducation du gouvernement de Jean Lesage, que de se situer sur le terrain des relations fédérales-provinciales, au plein cœur de l\u2019État.Cependant, comme chaque bonne chose suscite son contraire, le palier fédéral de l\u2019État devait résister inlassablement à cette démarche d\u2019affirmation et d\u2019autonomisation du Québec dans le Canada.La doctrine Gérin-Lajoie est ainsi devenue cette sorte d\u2019épreuve à finir entre les deux paliers de gouvernement, pour ne pas dire entre deux visions du pouvoir au sein du Canada.Piège à faux espoirs, en même temps, cette doctrine a été une pierre d\u2019achoppement des gouvernements péquistes dans la mesure où elle a servi de levier pour revendiquer l\u2019impossible.Claude Morin n\u2019atténue pas les réactions des politiciens et des hauts fonctionnaires d\u2019Ottawa face à ces revendications quand il écrit « ils y virent d\u2019abord une atteinte aux pouvoirs d\u2019Ottawa en politique étrangère, puis bientôt, la manifestation des desseins crypto-séparatistes qu\u2019ils tentèrent de baliser, de contrôler et de combattre » (p.254). 121 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Sylvain Simard, ancien ministre des Relations internationales parle, lui, de « l\u2019illusion » que fut cette doctrine : « il n\u2019y a au Canada qu\u2019un seul gouvernement reconnu par l\u2019ensemble des pays du monde et par les organisations internationales, et c\u2019est le gouvernement fédéral » p.275) admet-il.Un non-dit se dégage donc de tous ces textes, dont un grand nombre parmi les plus intéressants ne sont pas mentionnés ici dans la mesure où ils échappent à la problématique du double discours qui traverse cet ouvrage.Ce non-dit s\u2019appelle l\u2019État.Car de nombreux auteurs jouent allègrement avec sa définition.Chaque État, dit Max Weber, est une forme spécifique de domination à laquelle les citoyens consentent.Cette légitimation, parfois consciente ou volontaire (prenant, par exemple, la défense du statu quo), légitimation parfois spontanée ou inconsciente, s\u2019exprime par le consentement, explicite, combatif ou tacite, aux diverses formes d\u2019exercice de la domination, aux différents modes d\u2019organisation du pouvoir.Une fois cette forme de domination et d\u2019exercice du pouvoir établie, un État obtient la reconnaissance des autres États et, à ce titre, il devient un sujet du droit habilité à agir pleinement sur le plan international en tant que tel parmi les autres États.La forme de régime, ici le fédéralisme canadien, associant les paliers provinciaux et le palier fédéral, représente au Canada, la façon de diriger, d\u2019orienter, d\u2019organiser, de gérer cet exercice du pouvoir.Ce qui est appelé à travers tous ces textes « une entité fédérée », « un État fédéré », une « entité subnationale » ou encore des « collectivités fédérées » (dans le cas de la Belgique) n\u2019est donc qu\u2019un des paliers ou qu\u2019une des formes de cet exercice de pouvoir consenti à la domination de l\u2019État sur l\u2019ensemble.J\u2019ai cité le cas de la Belgique : en lisant cet exposé, on comprend très bien que la latitude laissée à l\u2019action internationale des communautés belges, wallonne et flamande, est possible tout en étant retenue dans le filet qu\u2019est l\u2019État belge.Il ne s\u2019agit donc 122 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 que d\u2019une question de degré dans la dévolution du pouvoir.L\u2019analyse juridique ou constitutionnelle des paliers ou des ordres de pouvoir n\u2019est pas à proprement incorrecte mais, sans être ramenée au pouvoir de l\u2019État, elle induit de graves malentendus.Les résistances locales à reconnaître qu\u2019une instance fédérée (Québec) est une partie de l\u2019État dont la personnalité juridique internationale (Canada) est reconnue conduisent donc à identifier l\u2019effet d\u2019une idéologie très puissante au Québec, ayant pour but de légitimer ou d\u2019occulter la domination de l\u2019État dans sa forme spécifique donnée par le régime fédéral canadien.Il s\u2019agit d\u2019un abus de juridisme appelé quotidiennement « débat constitutionnel ».Dans ce discours, tout conflit dans les relations fédérales-provinciales est présenté comme une lutte entre un État dit central et des « États fédérés », comme si ces paliers de pouvoir n\u2019étaient pas des instances d\u2019un seul et même État (le Canada) poursuivant ses propres finalités.Toute l\u2019idéologie autonomiste est présente ici, de même que la stratégie souverainiste d\u2019exercice du pouvoir à Québec ou à Ottawa, deux stratégies présentées comme conduisant à des objectifs distincts.Or, les deux stratégies, parce qu\u2019elles régissent des relations de pouvoir à l\u2019intérieur des paramètres spécifiques que prend l\u2019exercice du pouvoir au Canada (qui instrumentalise le régime fédéral), sont l\u2019une aussi bien que l\u2019autre des formes (volontaires ou involontaires) de légitimation (ou de consentement) de la domination de l\u2019État canadien.À titre d\u2019exemple, la doctrine Gérin-Lajoie, rédigée dit-on par le juriste et conseiller du gouvernement du Québec de l\u2019époque, André Patry, est l\u2019expression même de cette ambiguïté volontariste structurant toute la culture politique des Québécois : « Le Québec, précise d\u2019emblée cette théorie, n\u2019est pas souverain dans tous les domaines : il est membre d\u2019une fédération.Mais il forme, au point de vue politique, un État.Il en possède tous les 123 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 éléments : territoire, population, gouvernement autonome » (Annexe I, p.286).Or, tout le monde sait très bien que le Québec n\u2019a aucune juridiction définitive ni sur son territoire, ni sur sa population ni même à titre de gouvernement provincial.En terminant, il m\u2019apparaît évident que cette ambiguïté du discours est structurante non seulement dans son effet sur la culture politique acquise des Québécois.Elle est aussi fondatrice des stratégies des diverses tendances du mouvement souverainiste.Elle est à la source de l\u2019étapisme, bel exemple d\u2019un pragmatisme et d\u2019une illusion constructiviste qui servent à éviter de dire que le résultat envisageable est plus important que l\u2019objectif déclaré.Car ce qui semble tout à fait suicidaire dans ce mouvement, c\u2019est l\u2019indifférenciation dans le langage entre les concepts de souveraineté et d\u2019État par rapport à toutes les notions associées aux réformes du fédéralisme et aux relations fédérales-provinciales.Ainsi, les partis souverainistes se trouvent à utiliser le même langage pour défendre un objectif de souveraineté au plein sens du terme que pour obtenir, selon les termes de Jean Charest lui-même, que « ce qui est de compétence québécoise chez nous, (soit) de compétence québécoise partout » (p.89).Ainsi.les souverainistes, dans la même phrase, déclarent qu\u2019ils veulent que le Québec devienne un État au sens fort et une province qui puisse exercer sur le plan externe les compétences internes qui lui sont données par la constitution canadienne.Qu\u2019on ne s\u2019étonne pas ensuite que les citoyens ne s\u2019y retrouvent pas ! Cette confusion qu\u2019exprime le langage accompagne forcément celle des esprits et des choix politiques.En fait, on le comprend de plus en plus, de vastes tranches de souverainistes, tout comme les autres citoyens, se contenteraient bien de quelques mesures de décentralisation des pouvoirs d\u2019Ottawa ou, dit autrement, que le Québec 124 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 soit « un État fédéré » à part entière ! Alors, pourquoi ne pas en faire un objectif énoncé en toute transparence ?Cet ouvrage, sans jamais le dire directement, trahit cette donne incertaine de la culture québécoise : quoi choisir entre un régime qui permet, grâce à la doctrine Gérin-Lajoie « de servir de base à une politique étrangère caractéristique d\u2019une entité fédérée » (Michaud, p.94) et la lutte pour la souveraineté « parce qu\u2019encore pour un temps indéfini, mieux vaudra, sur la scène internationale, être un pays qu\u2019une province d\u2019un pays » (Beaudoin, p.283) ?Si on en juge par le langage utilisé et par les stratégies qui y correspondent, bien peu de Québécois et pas plus de souverainistes semblent avoir les idées claires sur ce qui distingue ces deux ordres de réalité.Anne Legaré Professeur associé, Université du Québec à Montréal SOLIDARITÉ RURALE (DIR.) Pour une décentralisation démocratique, PUL, 2006, 215 pages Dans la foulée du rapport Alarie1, qui confirme ce que l\u2019on savait déjà, soit que le mouvement souverainiste est devenu plus montréaliste que nationaliste, il est fort pertinent de se pencher sur la question des régions.Justement, c\u2019est de ce sujet dont il est question dans Pour une décentralisation démocratique, un ouvrage collectif qui vient de paraître sous la direction de Solidarité Rurale, un regroupement qui fait 1 Rapport interne au Bloc Québécois produit par Hélène Alarie et portant sur les déboires du parti dans certaines régions dont celle de la capitale nationale. 125 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 la promotion de la décentralisation depuis un bon moment déjà.Le livre est divisé en trois parties bien distinctes et aussi intéressantes les unes que les autres.La première partie, qui est composée d\u2019un texte signé Jean Des Lauriers, donne le ton en présentant un plaidoyer solide en faveur de la décentralisation, et ce sous la forme d\u2019un regard posé sur l\u2019histoire récente de la décentralisation au Québec.Comme les premières phases de la Révolution tranquille avaient été marquées par une certaine centralisation, cette histoire débute avec l\u2019élection du Parti québécois qui, un an à peine après son élection, publie le Livre blanc de la décentralisation.On retient de ce denier document, qui peut sans aucun doute être qualifié de fondateur, que la décentralisation est vue comme un moyen de rapprocher le pouvoir du peuple, de tenir compte des particularités locales et d\u2019améliorer le rendement administratif de l\u2019État.Par contre, l\u2019histoire retiendra que la mise en place des MRC quelques années plus tard ne fut pas à la hauteur de ce document, considérant le peu de pouvoir qui leur fut concédé.Et la suite fut à l\u2019avenant, les années 80 et le début des années 90 ayant vu de nombreux rapports favorables au transfert de pouvoirs vers les régions et municipalités être déposés.puis tablettés.De même, la période pré-référendaire en fut une d\u2019effervescence en matière de décentralisation, la Commission nationale sur l\u2019avenir du Québec allant jusqu\u2019à recommander que : «(.) dans la Constitution d\u2019un Québec souverain soit clairement rappelée l\u2019importance de la décentralisation (.)».Évidemment, la suite des choses mit en échec cette espérance.Les années suivantes furent non moins décevantes pour les régions, quoiqu\u2019il y eut la Politique nationale de la ruralité adoptée par le gouvernement Landry qui, sans être très décentralisatrice, fut néanmoins une réussite.Enfin, cette petite histoire de la décentralisation se termine tristement, avec un gouverne- 126 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 ment Charest qui en parle beaucoup, mais en livre peu.À la lumière de ces trente ans d\u2019espoirs trahis, on ne peut qu\u2019être d\u2019accord avec Des Lauriers qui, sans insister suffisamment sur ce point, rappelle que si la décentralisation ne se réalise jamais pleinement, c\u2019est notamment parce que : «Pour l\u2019État fédéré, la décentralisation peut représenter un affaiblissement de son rapport de force avec l\u2019État fédéral».Dans la même lignée, on pourrait ajouter qu\u2019il est navrant de constater qu\u2019à chaque fois qu\u2019il est question de transferts de pouvoirs vers les régions, c\u2019est toujours des pouvoirs provinciaux dont on parle.Pourtant, certaines compétences fédérales, par exemple en matière maritime, pourraient être décentralisées.Par ailleurs, la deuxième partie du livre débute avec un texte de Gil Courtemanche qui, malgré son côté anarcho-antina-tionaliste à la fois archaïque et juvénile, est une source crédible en matière de décentralisation.D\u2019ailleurs, son texte en fait foi tant il est bien fouillé et original.Il est d\u2019ailleurs aussi divertissant, notamment grâce aux anecdotes qu\u2019il contient, telle celle de Junas, ce petit village français qui a retrouvé sa fierté en organisant des festivals de musique grâce au financement de la région (une instance créée dans le cadre de la décentralisation qui a eu lieu pendant le premier septennat de François Mitterand).À partir de cet exemple notamment, Coutemanche plaide en faveur de la création de gouvernements régionaux au Québec, lesquels gouvernements auraient des pouvoirs en matière de culture entre autres.Si l\u2019idée de créer des régions «politiques» emportera a priori l\u2019appui de plusieurs, il en va autrement de celle de leur confier la compétence dans le domaine de la culture.Certes, Courtemanche a raison lorsqu\u2019il déplore que les subventions de Québec favorisent trop souvent des productions montréalaises.Cependant, il erre complètement lorsqu\u2019il nie l\u2019importance de protéger notre culture nationale.Ah anarcho-antinationalisme, quand tu nous tiens! 127 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Toujours dans cette deuxième partie, une contribution de Diane-Gabrielle Tremblay nous présente des théories économiques (néo-classique, institutionnaliste), avant d\u2019aborder le thème de la gouvernance pour finalement conclure que la gouvernance mixte, qui est la mieux adaptée à notre époque, s\u2019inscrit bien dans un contexte de décentralisation.Si cette dernière contribution n\u2019avait rien d\u2019originale, elle l\u2019était pourtant en comparaison de la suivante signée Riccardo Petralla.En effet, ce dernier n\u2019étonnera personne en voyant dans la décentralisation un complot néolibéral (comme si la gauche n\u2019avait pas décentralisé en France et en Grande-Bretagne notamment), pour ensuite conclure comme toujours qu\u2019il faut faire de l\u2019eau un bien public!?! À l\u2019inverse, le texte qui ouvre la troisième partie est d\u2019une rigueur scientifique incomparable.Fidèle à son habitude, le politologue Vincent Lemieux nous présente un portrait juste de la situation appuyé de chiffres et illustrés par des tableaux.Dans un premier temps, Lemieux définit le principe de subsidiarité, en vertu duquel l\u2019instance supérieure doit intervenir seulement si l\u2019instance inférieure s\u2019avère inefficace, et le principe de serviabilité, selon lequel un organisme public doit répondre aux attentes et préférences de la population.Puis, à la lumière de ces principes, il évalue la décentralisation au Québec, telle qu\u2019elle s\u2019est faite dans les domaines municipal, scolaire et sociosanitaire.Sa conclusion ne laisse aucun doute, la décentralisation politique, donc celle liée au monde municipal, est de loin préférable, car elle est plus démocratique et favorise la proximité qui va de pair avec davantage de sensibilité de la part des prestataires de services envers les besoins du public.Un peu dans la même lignée, la troisième partie se termine avec un texte de Bernard Vachon qui porte sur les régions éloignées.En gros, ce dernier décrit la situation difficile dans 128 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 laquelle se trouvent ces régions, avant d\u2019expliquer qu\u2019elles pourraient s\u2019en sortir grâce à des transferts de pouvoirs vers les régions et municipalités accompagnés d\u2019une politique nationale d\u2019occupation du territoire.On ne peut qu\u2019approuver ce propos équilibré de Vachon.et craindre qu\u2019il ne soit pas entendu.Enfin, mentionnons la postface de Gilles Paquet qui commente les contributions précédentes, puis précise qu\u2019une réelle décentralisation verra le jour que si une « transformation dans les esprits » s\u2019opère.Il faut donc saluer cet ouvrage bien fait et instructif.Et il faut aussi espérer que d\u2019autres emboiteront le pas à Solidarité rurale dans cette « campagne » pour transformer les esprits de ceux qui résistent à la décentralisation certes, mais aussi de ceux qui la souhaitent pour mieux diluer notre identité nationale.Guillaume Rousseau R.COMEAU ET J.LAVALLÉE (DIR.) L\u2019historien Maurice Séguin.Théoricien de l\u2019indépendance et penseur de la modernité québécoise, Québec, Septentrion, 2006, 188 pages Le présent ouvrage est un hommage rendu à la personne et à la pensée de Maurice Séguin, figure de proue de l\u2019École de Montréal, dont l\u2019œuvre écrite et (surtout) orale exerça une influence déterminante sur la vie intellectuelle québécoise dès les années 1950, comme le rappelle Denis Vaugeois dans la préface.L\u2019ouvrage fait suite à un colloque qui s\u2019est tenu en octobre 2005 à l\u2019UQAM (L\u2019Historien Maurice Séguin (1918-1984) et la société québécoise).Organisé par la Chaire Hector-Fabre d\u2019histoire du Québec de l\u2019UQAM en collaboration avec la Fondation Lionel-Groulx, il visait à « analyser la 129 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 place de Maurice Séguin dans l\u2019historiographie québécoise et son apport à cette dernière » (p.11).Plusieurs communications préparées pour cette occasion ont été retenues par Robert Comeau et Josiane Lavallée pour cette publication.L\u2019introduction, que signent ces derniers, dresse un portrait du destin de l\u2019historiographie séguiniste de 1950 à aujourd\u2019hui.On nous y rappelle d\u2019abord comment le travail de redéfinition de la nation québécoise qu\u2019opéra Séguin à partir des années 1950 favorisa la modernisation de l\u2019État québécois et orienta tout particulièrement le milieu indépendantiste des années 1960.La dette des indépendantistes à l\u2019endroit de Séguin est grande : le « néonationalisme » de Séguin, postulant que « la maîtrise du pouvoir au niveau culturel ne saurait être suffisante pour détenir son autonomie interne et externe » (p.12) et donc que l\u2019indépendance politique constitue pour le Québec - qui subit depuis 1760 une oppression essentielle hypothéquant son cheminement vers l\u2019autonomie - la condition de possibilité de son affirmation nationale, en convainquit plus d\u2019un que la modernisation de l\u2019État québécois ne saurait être complète sans l\u2019indépendance politique.Or, la montée de l\u2019histoire « révisionniste » après l\u2019échec référendaire de 1980, laquelle rejeta l\u2019idée néonationaliste expliquant le « retard » du Québec essentiellement à partir de la nouvelle structure économico-politique imposée par les Britanniques suite à la Conquête, se désintéressa du national et du politique au profit du social, et délaissa ainsi la pensée de Séguin.Le renouveau du projet d\u2019indépendance du Québec, consécutif à l\u2019échec de l\u2019Accord du Lac Meech, pava la voie cependant à la réédition des travaux de Séguin et à un retour des thèses néonationalistes dans l\u2019espace public.La défaite référendaire de 1995 poussa toutefois plusieurs historiens à répudier l\u2019interprétation séguiniste de la nation, jugée trop ethniciste, et à redéfinir le nationalisme québécois autour du concept de nation civique. 130 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Les auteurs ici réunis estiment dans l\u2019ensemble que non seulement le nationalisme civique ne règle pas la question nationale, mais que l\u2019interprétation séguiniste du devenir de la nation québécoise n\u2019est pas obsolète.Le débat qui a eu lieu en 2006 autour du très controversé projet de programme d\u2019histoire du Québec au secondaire - un programme que la réforme veut moins politique, non national et plus pluriel - leur donne raison : ce débat a en effet témoigné du fait que la mémoire nationale de plusieurs Québécois ne veut pas disparaître et que la quête de liberté politique ne veut pas mourir.D\u2019où l\u2019intérêt, croyons-nous également, d\u2019une relecture de Séguin, à laquelle cet ouvrage nous invite par-delà l\u2019étude savante de son œuvre.Voici en quelques lignes le propos de chaque article.L\u2019article de Michel Bock ouvre le premier chapitre, consacré à l\u2019examen des éléments de rupture et de continuité entre les pensées de Groulx et de Séguin.Bock identifie les trois aspects du différend opposant à ses yeux les deux historiens.D\u2019abord, la définition politique de la nation québécoise chez Séguin rompt avec la définition ethno-culturelle de la nation canadienne-française de Groulx.Ensuite, Séguin oppose au volontarisme du chanoine, qui pose qu\u2019il suffit de vouloir pour pouvoir, le poids déterminant des forces structurelles qui enferment la volonté dans les limites d\u2019un pouvoir établi.Enfin, au messianisme de Groulx, célébrant les origines glorieuses et la mission providentielle de la nation canadienne-française, répond le réalisme et le pessimisme séguinistes évacuant les mythes consolateurs.- Frédéric Boily estime pour sa part que, somme toute, la continuité l\u2019emporte sur la rupture.Cette continuité, il la voit dans la conception organiciste de la nation propre à l\u2019un et à l\u2019autre.Sans identifier la vie sociale à la vie d\u2019un individu, Séguin pense lui aussi cette vie comme une totalité organique.Fidèle à l\u2019esprit groulxiste, Séguin a saisi la Conquête comme un 131 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 frein dans la croissance normale de l\u2019organisme national.De ce point de vue, il n\u2019a fait que radicaliser la conception groulxiste.Son horizon de pensée, conclut Boily, demeure celui de Groulx.- Pierre Trépanier souligne dans son remarquable article deux « mutations substantielles » de Groulx à Séguin : l\u2019abandon d\u2019une théologie de l\u2019histoire et l\u2019abandon du traditionalisme, et un « développement homogène » : la radicalisation de l\u2019idée d\u2019indépendance comme la quête naturelle, pour une nation, de la liberté résidant dans l\u2019agir (par soi) collectif.Pour Séguin, en effet, l\u2019indépendance est à elle-même sa propre fin, car elle est bonne et désirable en soi.Trépanier indique par ailleurs deux écueils menaçant la pensée de Séguin : son indifférence à l\u2019égard de la volonté le pousse à écrire « une histoire en l\u2019absence de l\u2019homme » (p.57) et à mépriser l\u2019action sociale et individuelle, et le triomphe postmoderne de la nation civique risque de reléguer sa pensée dans l\u2019ethnicisme.Signalons que cet article contient une fort intéressante analyse des sources chrétiennes de Séguin et de leur influence sur les fondements théoriques de sa pensée.- L\u2019article de Robert Comeau, qui clôt cette première partie, insiste également sur la rupture entre Groulx et Séguin.Il rappelle que la critique qu\u2019adresse Séguin à « l\u2019illusion progressiste » des fédéralistes optimistes - selon qui les Canadiens français sont eux-mêmes responsables de leur infériorité économico-politique et pour qui cette infériorité peut être corrigée au sein du cadre fédéral canadien si et seulement s\u2019ils le veulent vraiment - affecte pareillement l\u2019idéologie de la survivance nationale de Groulx, laquelle mise tout autant sur l\u2019héroïsme de la volonté.Séguin rompt radicalement avec le réformisme du nationalisme canadien-français traditionnel : l\u2019indépendance politique peut seule rendre à la nation québécoise la pleine maîtrise de son agir (par soi) collectif, c\u2019est-à-dire sa liberté.- Au terme de ce chapitre, la rupture avec Groulx apparaît décisive, et la continuité, ténue bien qu\u2019existante. 132 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 Le deuxième chapitre « La conception de la nation et de l\u2019histoire chez Maurice Séguin » débute avec un texte de Gilles Bourque.Celui-ci dégage les deux approches théoriques qui fondent la réflexion sur la nation dans les Normes.D\u2019abord l\u2019approche structurale : Séguin conçoit la nation comme la totalité des facteurs économique, politique et culturel, dont les interactions obéissent à des règles.Ensuite l\u2019approche organiciste, qui le conduit à penser la nation, sur la base d\u2019une analogie avec l\u2019individu, à partir des notions de vie, d\u2019agir et d\u2019oppression.Sa pensée souscrit de plus à une « historicité du manque », estime Bourque : Séguin lit l\u2019histoire de la nation québécoise en mesurant l\u2019écart entre ce qu\u2019elle est devenue et ce qu\u2019elle aurait dû être, bref entre l\u2019être et le devoir-être.D\u2019où le pessimisme de sa lecture.- Quelques mots sur le texte très intéressant d\u2019Éric Méchoulan, qui mériterait une lecture plus attentive.Celui-ci retient quatre éléments dans la conception séguiniste de la nation : d\u2019abord la nécessité de penser la société dans son intégralité et son intégrité ; ensuite l\u2019enracinement du social dans une dynamique nationale ; puis le caractère dynamique des processus intranationaux ; enfin l\u2019inscription de cette dynamique dans la notion de vie.Méchoulan fait ressortir diverses influences sur Séguin : celle de Marrou (par l\u2019insistance sur les déterminations historiques), celle d\u2019Aron et de Dilthey (par la notion de vie et d\u2019expression de la vie) et de Maritain (par l\u2019identification de la vie à l\u2019agir).- Denis Monière met pour sa part en lumière le « trou noir de la pensée séguiniste » (p.112), sa tache aveugle : sa conception de la nation évacue le social comme élément déterminant de la vie en commun, d\u2019où son silence sur les acteurs sociaux.À force de penser les effets de l\u2019oppression essentielle, Séguin a discrédité les initiatives individuelles et collectives et a délaissé la question de la transformation sociale et politique des rapports de domination.À l\u2019égard du Québec, sa réflexion ne nous permet pas de penser, voire d\u2019envisager la dynamique du changement par la voie démocratique, laquelle permet à une 133 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 minorité de s\u2019ériger en majorité.Séguin, en cherchant à se dissocier radicalement du volontarisme de Groulx, sombre dans la fatalité et la résignation, ce qui l\u2019empêche de penser une action nationale véritable.« Mais dès lors pourquoi s\u2019intéresser à l\u2019histoire si nous sommes enfermés dans l\u2019inéluctable ?» (p.113) Excellente question, qui tempère l\u2019actualité de Séguin, qui ne saurait être totale pour le mouvement souverainiste.Car, comme l\u2019affirme Monière, il est vrai que selon la théorie de Séguin (et non pas sans doute selon l\u2019homme), « l\u2019indépendance et l\u2019assimilation totale sont des solutions toutes aussi valables l\u2019une que l\u2019autre » (p.112).Ce à quoi le mouvement souverainiste ne peut souscrire sans s\u2019embourber dans une autocontradiction performative.- Pierre Tousignant brosse dans son texte un portrait de l\u2019évolution des courants historiographiques au Québec depuis la fin des années 1940.Il expose l\u2019antinomie fondamentale des approches néonationaliste et révisionniste et rappelle comment celle-là prépara l\u2019avènement de la Révolution tranquille.Le troisième chapitre, dans l\u2019ensemble d\u2019un intérêt plus limité, porte sur l\u2019influence de Séguin sur l\u2019historiographie et la société québécoises.Dans le premier texte, Michel Allard repère cette influence dans quelques manuels d\u2019histoire, puis chez certains étudiants du maître, dont A.Lefevbre.L\u2019article de Josiane Lavallée est de la même veine : il retrace l\u2019influence de Séguin sur deux générations d\u2019historiens québécois.Plus intéressant, le texte de Julien Goyette procède à une analyse comparative des pensées de Séguin et de F.Dumont et tente de démontrer que celle-là fut pour celle-ci significative, bien que non déterminante.Significative, car certains concepts chez Dumont (référence, aliénation etc.) répondent à des concepts clés de Séguin (agir (par soi) collectif, oppression etc.).Non déterminante, car Dumont rejette l\u2019 « hypostase » séguiniste de la structure économico-politique, qui oublie l\u2019histoire que nous avons 134 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 faite au profit de l\u2019histoire que nous avons subie, et qui ainsi nous dépossède de notre histoire, car celle-ci apparaît déterminée par l\u2019autre et non par nous.Cette dépossession a pour résultat une rupture avec notre passé (dont le signe pathologique est une amnésie nationale) et une dépréciation de la pensée et de l\u2019action nationales.Bref, pour Dumont d\u2019après Goyette : « En jetant l\u2019anathème sur les idéologies d\u2019autrefois, en réduisant la politique à un avenir bouché, le néonationalisme discrédite l\u2019histoire politique et nationale autant qu\u2019il la renouvelle.» (p.152) D\u2019où l\u2019insistance de Dumont, a contrario, sur le culturel, seule source à ses yeux de liberté.- Andrée Ferretti, dans un texte au ton plus personnel, raconte comment l\u2019enseignement de Séguin confirma son indépendantisme et l\u2019incita, elle comme plusieurs autres, à entreprendre la lutte pour l\u2019indépendance nationale.Ainsi témoigne-t-elle de la contribution indirecte de Séguin à l\u2019indépendantisme dans les années 1960.- Dans le dernier article de ce chapitre, Réal La Rochelle souligne l\u2019influence de Séguin sur Denys Arcand, en s\u2019appuyant sur un texte de ce dernier.C\u2019est le « réalisme tragique » de Séguin, qui aperçoit l\u2019avenir du Québec sempiternellement coincé entre l\u2019impossible indépendance et l\u2019improbable disparition et du coup condamné à la médiocrité collective, qui a marqué au premier chef l\u2019œuvre cinématographique d\u2019Arcand.Dans l\u2019ultime chapitre de cet ouvrage, Mathieu Bock-Côté et Sébastien Parent se prononcent sur l\u2019actualité de la pensée de Séguin.Pour le premier, cette actualité se fonde avant tout sur le tour de force accompli par Séguin (et l\u2019École de Montréal en général) : la relecture de l\u2019histoire québécoise de Séguin a su conjuguer modernisation et nationalisme, et ce en ancrant l\u2019affirmation nationale dans le projet politique d\u2019indépendance.Séguin a réussi à sortir du cadre nationaliste traditionnel, centré sur la survivance et la résistance, sans sombrer dans la dénationalisation de la conscience 135 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 historique québécoise.Grâce à Séguin, nous avons appris à relire cette conscience à partir de la possibilité de l\u2019indépendance, qui, en tant que finalité immanente à la nation québécoise, constitue le principe de cohérence de son devenir après 1760.« La relecture de Séguin devrait nous conduire à restaurer l\u2019histoire dans sa dimension nationale à travers la reconnaissance du politique comme premier domaine de l\u2019agir social.» (p.175) À l\u2019heure du pluralisme culturel, qui dissout plus qu\u2019il ne résout la question nationale, Séguin apparaît pour Bock-Côté comme un rempart et un guide intellectuels.- Pour le second, l\u2019actualité de Séguin résulte d\u2019un certain regain d\u2019intérêt de la question nationale en histoire.Le néonationalisme a certes été déclassé dès le tournant des années 1970 par la « nouvelle histoire », désintéressée par la question nationale et centrée sur les identités multiples, mais celle-ci ne répond pas à la question nationale, qui elle ne cesse de resurgir.Cet ouvrage constitue un bel hommage à Séguin.Mais le plus bel hommage ne constituerait-il pas à « réfuter » sa doctrine, en réalisant le souhait de l\u2019homme : en faisant de la souveraineté politique non pas un accident improbable, mais la finalité incontournable de la nation québécoise ?Mathieu Robitaille DENIS GRAVEL Histoire de la FAÉCUM (1976-2006).Une fédération en marche, Société Archiv-Histo, 2006, 185 pages La Fédération des associations étudiantes du campus de l\u2019Université de Montréal (FAÉCUM) célébrait en 2006 son trentième anniversaire.Ce petit ouvrage, publié à cette occasion, raconte l\u2019histoire de l\u2019association étudiante la plus influente au Québec.Ce n\u2019est pas le premier ouvrage à 136 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 retracer l\u2019histoire de la FAÉCUM.En 1994, l\u2019historien Éric Bédard avait déjà couvert la période allant de 1976 à 19942.L\u2019auteur Denis Gravel s\u2019appuie largement sur le travail de son prédécesseur, tout en complétant la recherche pour les douze années subséquentes.Le livre retrace les principaux événements qui ont marqué l\u2019histoire de la fédération, ainsi que les tensions entre celle-ci, les autorités universitaires et le gouvernement.L\u2019auteur fait une large place aux relations entre la FAÉCUM et les médias étudiants (Continuum, Le Quartier libre, la radio CISM), de même qu\u2019aux querelles politico-administratives sur le financement des Services aux étudiants, les frais afférants, les privilèges des cadres de l\u2019université et l\u2019entente contestée entre l\u2019institution et Pepsi-Cola.Gravel retrace en détails les actions de la fédération sur le plan national: les prises de position souverainistes, de même que l\u2019opposition à la réforme Axworthy de la sécurité sociale, aux bourses du millénaire et au dégel des frais de scolarité.En revanche, Gravel aborde très peu les relations entre la FAÉCUM et les autres associations étudiantes.Cet aspect aurait pu être davantage développé, dans la mesure où l\u2019on affirme souvent que la FAÉCUM est la colonne vertébrale de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).Il y aurait été intéressant de voir si ce jugement résiste à l\u2019analyse à long terme.Le texte de Gravel est entrecoupé par des encadrés signés par des officiers en poste (ou récemment retirés) à la FAÉCUM.Il s\u2019accompagne d\u2019une annexe qui regroupe la liste des membres de l\u2019exécutif de la FAÉCUM depuis le 1976.L\u2019étude de Gravel intéressera surtout les jeunes impliqués dans le militantisme étudiant et souhaitant obtenir un portrait rapide et factuel de l\u2019histoire de cette organisation.Pour le reste, Gravel reste étroitement à l\u2019intérieur du man- 2 Éric Bédard, Histoire de la FAÉCUM, Montréal, FAÉCUM, 1994. 137 L'ACTION NATIONALE - septembre 2007 dat qui lui a été confié, c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne s\u2019aventure guère en dehors de l\u2019histoire corporative.Cela laisse certainement le lecteur non-militant sur sa faim.Celui-ci aurait aimé en apprendre davantage sur la place de la FAÉCUM dans le cadre plus large de la dynamique politique au Québec.Depuis une quinzaine d\u2019années, la FAÉCUM et la FEUQ ont acquis une place considérable dans la formation de notre personnel politique, particulièrement au sein du mouvement souverainiste.La fonction qu\u2019avaient assumée dans les années 1970 les mouvements marxistes-léninistes comme En lutte! et le Parti communiste ouvrier (PCO), semble aujourd\u2019hui essentiellement prise en charge par les « assos ».Un regard sur la composition des exécutifs le demontre rapidement.L\u2019étude de Gravel, comme celle de Bédard, fournit la matière d\u2019une étude qu\u2019il reste à faire.Cette étude ne serait plus seulement historique, mais prendrait pied sur le terrain de la sociologie.Plus précisément: de la sociologie des élites.Une telle étude pourrait dégager des thèses vraiment significatives : comment les réseaux de confiance et d\u2019amitié se forment-ils au sein des « assos »?Comment se maintiennent-ils après?Quelle formation intellectuelle et politique reçoivent les militants étudiants?Comment mobilisent-ils leurs réseaux et leurs habiletés au moment de leur insertion professionnelle?Dans quelle mesure le recrutement intensif dans les « assos » structure-t-il la dynamique au sein du mouvement souverainiste, autant sur le plan du contenu que des méthodes?Si vingt-cinq ans après la disparition d\u2019En lutte! et du PCO, l\u2019histoire du Québec des M.-L.reste toujours à écrire, combien de temps faudrait-il pour que l\u2019on raconte le Québec des « assos »?Benoit Dubreuil 138 INDEX DES ANNONCEURS 102 Allard &Cie CA 250 Armotec 13\tCaisse d'économie solidaire Desjardins 101\tDevoir, Le 14\tFondaction 102\tMouvement national des-Québécoises et-Québécois 102 Sansregret, Taillefer et-Associés 145 Simplex 102 Société Saint-Jean- Baptiste de la Mauricie 102 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du-Québec 139 LIVRES REÇUS Patrick Snyder Trois figures du diable à la Renaissance - L\u2019enfant, la femme et le prêtre, Montréal, Éditions Fides, 137 pages Martin Petit Quand les cons font les braves, VLB Éditeur, 2007 Fabrice de Pierrebourg.Montréalistan \u2014 enquête sur la mouvance islamiste, Éditions Stanké, 2007, 359 pages Jean Lamarre et Magali Deleuze L'envers de la médaille (actes du colloque tenu au collège militaire de Kingston en mars 2006), Presses de l'Université Laval, 2007, 156 pages Nelson Michaud Droite et démocratie au Québec : enjeux et paradoxes, préface d'Alain Juppé, Presses de l'Université Laval, coll.Prisme, 2007, 207 pages Linda Diebel Stephane Dion : À contre-courant, Éditions de l'Homme, 2007, 331 pages Jean-François Lessard L'État de la nation, Liber, 2007, 121 pages Jean-Sébastien Guy L'idée de mondialisation.Un portrait de la société par elle-même, Liber, 2007, 147 pages ENREGISTRÉ ISO 9001 Armotec Gamme de produits standards fabriqués pour l'industrie mondiale du meuble et de la cuisine.Spécialistes de l'injection et du formage sous-vide des plastiques.Conception et fabrication de moules pour les deux procédés.I si !.Pif i Armotec inc.2250, rue Sigouin Drummondville (Québec) Canada J2C 5Z4 Tél.: (819) 478-4024 Téléc.: (819) 478-3456 tec@dr.cgocable.ca www.armotec.qc.ca 141 CLUB DES 100 ASSOCIÉS Fernand Allard\tMarcel Henry Patrick Allen-'\tHenri Joli-Cœur François-Albert Angers-'\tLucie Lafortune-' Gaston-A.Archambault-'\tAnna Lagacé-Normand- Jean-Paul Auclair\tBernard Lamarre Paul Banville Thérèse Baron François Beaudoin Gaston Beaudry' Dominique Bédard '\tDenis Lazure Richard Leclerc Clément Martel Jacques-C.Martin Yvan Bédard\tYvon Martineau Henri Blanc\tRoger Masson Antoinette Brassard\tDaniel Miroux Henri Brun\tLouis Morache Jean-Charles Claveau\tRosaire Morin-' Roch Cloutier\tReginald O'Donnell Robert Côté\tArthur Prévost Louis-J.Coulombe\tRené Richard-' Gérard Deguire\tJacques Rivest Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin-'\tJean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier-' Réal Trudel Claude Ghanimé\tCécile Vanier Paul Grenier\tAndré Verronneau Michel Grimard\tClaude-P.Vigeant Yvon Groulx\tMadeleine Voora Liberté d'expression L'Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d'expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l'avenir de la nation.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d'articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 2500 mots, le compte rendu d'un livre peut compter de 1000 à 1500 mots et un article sollicité peut comprendre de 3000 à 8000 mots.Les textes sont généralement reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d'écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L'index des périodiques canadiens »-depuis 1948, dans « Périodex »-depuis 1984, dans « Repères »-publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L'Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur 143 LA LIGUE D'ACTION NATIONALE Mission Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d'indépendance et d'engagement, à partir des situations d'actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Président\tMembres Denis Monière\tDave Anctil Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Jacques Boulay, Hélène Chénier, Delmas Lévesque, Pierre Dupuis, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon, Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jean Genest, Jean-Marc Léger, Georges Meyers Vice-président Pierre Noreau Secrétaire Gilles Lavoie Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Christian Gagnon Ex Officio Robert Laplante Pierre de Bellefeuille Jean-Louis Bourque Jacques Brousseau Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Myriam D'Arcy Geneviève Dugré Benoît Dubreuil Henri Laberge Josée Lacourse Alain Laramée Anne Legaré Geneviève Légaré Anne-Michele Meggs Yves Michaud Jacques-Yvan Morin André Poupart Guillaume Rousseau Paul-Émile Roy ABONNEMENT (TPS-TVQ COMPRISES) 10 20 numéros numéros Régulier 68,37 $\t-\t125,35 $ Institution 123,07 $\t-\t205,11 $ Abonnement de soutien 150 $\t-\t250 $ Étudiants 39,88 $\t-\t69,51 $ Autres pays 120 $\t-\t198 $ Paiement par VISA ou Mastercard disponible sur notre site www.action-nationale.qc.ca Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l'année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L'ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca Envoi-de Poste - Publications - Enregistrement ^-09113 « Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal» Canada « Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada à notre adresse »."]
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