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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2009-09, Collections de BAnQ.

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[" SUS Micheline Beauchemin, Le Fleuve, 1970 Monofilament de nylon et filaments d\u2019acrylique Collection de l\u2019artiste L\u2019Action nationale volume XCIX numéro 7 SEPTEMBRE 2009 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L'ACTION NATIONALE volume XCIX numéro 7 - septembre 2009 septembre 2009 vol.XCIX no7 L\u2019Action NATIONALE y.vifÉ .MM rM, \"WWW#.#.-j-y1 .'«ST\" mm * «MM»-»' mm \u2014\t\u2018i»\"' 8L.SPJIl \u2022 Jl.BÆz SiR», .\t__rnmmtà .IP is'füwt 1 «Wff.aHi '1.VjpgftfrtMMS riMDpfi; fifiwîwirtfe rW'ïr'i \u201c«H s rpnvmy : ./mruawivir I :\t.3p .1.'.475e anniversaire Jacques Cartier, découvreur du Québec Éthique et environnement L'équité intergénérationnelle Entrevue Passion et désenchantement du ministre Lapalme En couverture Micheline Beauchemin, 3e Gigue, 1972, fils de coton et laine, coll.MNBAQ, don du ministère du Conseil exécutif du Québec Pour habiller le béton des bâtiments publics modernes, on a fait appel à des verriers et des tapissiers.3e Gigue a été commandée pour l'édifice J, le « bunker », près de l'Assemblée nationale, où se trouvaient les bureaux du premier ministre.L'oeuvre porte le nom d'une danse populaire.Elle en a la gaieté, par ses couleurs qui se déclinent en plusieurs tons, et la cadence, par le rythme des vides et des pleins de la trame.Micheline Beauchemin.Fleuve de lumière Musée national des beaux-arts du Québec du 18 juin au 11 octobre 2009 Saisir le phénomène de la lumière et de ses infinies variations, particulièrement sur les eaux du fleuve Saint-Laurent en hiver, tel semble être le projet artistique de Micheline Beauchemin.Depuis le milieu des années 1950, alors qu\u2019elle renoue avec la broderie apprise durant son enfance, l\u2019artiste a exploité plusieurs matériaux (laine, filaments de nylon, fils métalliques, plexiglas, métal, fibre optique) afin de poursuivre sa quête et repenser l\u2019art de la tapisserie en lui donnant une dimension sculpturale.Micheline Beauchemin.Fleuve de lumière, présentée au Musée national des beaux-arts du Québec, constitue une occasion privilégiée de rencontre avec une artiste majeure qui a su transformer une technique artisanale en grande forme d\u2019art.L\u2019exposition regroupe une dizaine d\u2019oeuvres de grand format produites entre 1964 et 1985 ainsi que des études et quelques miniatures.Une projection permet également de prendre la mesure de l\u2019art de Beauchemin qui s\u2019est déployé dans de nombreux édifices publics: le rideau de scène de la salle Southam du Centre national des arts (Ottawa), le Rideau de lumière qui orne le foyer de la salle Maisonneuve (Place des arts, Montréal), les sculptures de la bibliothèque Gabrielle-Roy (Québec) ou de la Tohu, cité du cirque (Montréal).Micheline Beauchemin est récipiendaire du prix Paul-Émile-Borduas (2005) et du Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques (2006).Musée national des beaux-arts du Québec 418 643-2150 ou 1 866 220-2150 / www.mnba.qc.ca Parc des Champs-de-Bataille, Québec (Québec) G1R 5H3 Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 'SssS- Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise.36 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Dave Anctil, chercheur postdoctoral, Chaire Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie (UQAM) ; Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval) ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque (politologue) ; Julien Goyette (UQTR), Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Université de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté.NATIONALE erratum Les deux dernières lignes du texte de Charles Courtois intitulé Pour en finir avec une imposture : la « laïcité ouverte », paru dans notre livraison d'avril 2009, ont malencontreusement sauté à la mise en page.Voici la phrase complète qui devait clore l'article : La position mitoyenne, « laïque modérée » et « confessionnelle modérée », n\u2019est rien d\u2019autre que celle qui correspond à la logique du cours d\u2019ECR et, quant aux principes d\u2019intégration, à la politique du multiculturalisme canadien.C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019art de mettre en boîte.? curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014»\u2014 abonnez-vous ¦page ^ On n\u2019est jamais trop curieux * ARTICLES \t \t4 \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 4 ÉDITORIAL Robert Laplante LES RIVAGES DE L\u2019IMPUISSANCE L\u2019été politique aura été à l\u2019image de la météo : moche et tout en grisaille.Le spectacle de la régression et de l\u2019enlisement dans la médiocrité est toujours désolant, mais il faut bien l\u2019admettre, les derniers mois nous auront fait la démonstration que le marécage est sans fond.Pourrissement de la crise forestière, effondrement dramatique de l\u2019emploi - plus de 30 000 emplois ont disparu cet été au Québec - annonces de nouvelles pertes majeures à la Caisse de dépôt, rien n\u2019a pourtant semblé suffisamment grave pour sortir la classe politique de sa bulle toxique.Heureusement qu\u2019il y avait l\u2019insignifiance médiatique pour nous distraire.Autrement nous aurions pu penser que notre pays ne va pas bien du tout.Heureusement que nous avons eu les sparages du maire de Québec, les cafouillages du mécénat d\u2019Hydro-Québec, les grands exposés visionnaires du baron de la rigolade sur le Montréal à bilinguiser davantage, sans compter les grandes manchettes sur la mise en vente de Moulinsart.Il n\u2019a manqué - et pourquoi diable n\u2019y ont-ils pas pensé ?- que les déclarations sentencieuses des notables de Charlevoix sur le développement, entre Sagard et Saint-Irénée, d\u2019un grand pôle d\u2019établissement pour l\u2019élite des décideurs.Il est impossible d\u2019échapper à l\u2019ironie et fort tentant de céder au cynisme qui nourrit si cruellement le décrochage 5 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 civique, tant l\u2019indigence du discours public et le caractère pusillanime et désincarné du babillage médiatique nous exposent à l\u2019engourdissement létal.Les batailles de festival et le chiquage de guenilles semblent désormais tenir lieu de grands débats de société.Il fallait voir la tête de Gérald Tremblay nous annonçant comme un grand geste politique sa décision de faire sa campagne électorale sans pancartes.Et le petit monde municipal de s\u2019empresser de commenter ! Non mais vraiment, on repassera pour les grands gestes fondateurs, les élans d\u2019audace et les choix courageux.Montréal est en passe de devenir un gros Moncton et personne n\u2019a le courage de dire les choses comme elles sont : il n\u2019y a pas deux métropoles au Canada et le sort de la nôtre est encastré dans le destin de la nation, c\u2019est-à-dire condamné à l\u2019émancipation ou à la minorisation louisianisante.Jean Charest et les inconditionnels du Canada ont tranché.La rencontre du Conseil de la fédération, nom pompeux pour désigner le club de quémandage, en aura fait, une fois encore au début d\u2019août, l\u2019éloquente démonstration.Le Québec n\u2019est pas d\u2019accord pour entériner certaines orientations fondamentales, mais c\u2019est sans conséquence.On prend note.Et Jean Charest va continuer de plastronner sur les dossiers environnementaux pendant que le Québec va rester en rade, condamné à faire des phrases vertueuses alors que le Canada fait des choix qui annulent les nôtres ou les empêchent.Il va gémir, mais pas trop fort pour ne pas indisposer nos «partenaires».S\u2019il fallait un exemple de plus, celui-là aura bien montré que non seulement le gouvernement libéral accepte l\u2019ordre Canadian mais encore et surtout qu\u2019il est disposé à tout liquider de l\u2019intérêt national pour ne pas se faire gronder par ceux qui, pour se servir de lui, exigent de le voir danser avec élégance sur une plaque chauffante.Plusieurs y voit l\u2019expression du carriérisme de Jean Charest qui ne voudrait pas ruiner ses chances d\u2019aspi- 6 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 rer au grand fauteuil en donnant une image de chicanier.C\u2019est déjà faire beaucoup de nuances pour caractériser la petitesse.La vérité, c\u2019est que l\u2019élite d\u2019inconditionnels du Canada accepte de le suivre, prête à tout pour brader le Québec, ses acquis aussi bien que son avenir, pour continuer de se tenir dans les bonnes grâces et à portée des mains nourricières.On reste néanmoins pantois devant la réaction pusillanime des professionnels de la politique souverainiste qui ne cessent de se désoler devant le niaisage autour des normes d\u2019admissibilité à l\u2019assurance-emploi sans même oser lever le ton pour dire : assez, c\u2019est assez ! La morgue d\u2019Ignatief, la rigidité dogmatique de Harper, le finassage de Layton, nous n\u2019en avons rien à faire.Est-il donc si obscène de dire et de revendiquer qu\u2019Ottawa doit se retirer et lancer une mobilisation pour doter le Québec de sa propre Caisse d\u2019assurance-emploi ?L\u2019intérêt des travailleurs québécois ne devrait-il pas primer sur les calculs politiciens qui ne servent qu\u2019à tenir un ordre qui sème la désolation dans nos foyers en plus de saper les possibilités d\u2019une relance économique conforme à nos intérêts ?Dénoncer l\u2019injustice des plans d\u2019aide à l\u2019industrie automobile pour mieux pleurer sur le sort des ouvriers du secteur du papier ne sert à rien.Il faut prendre l\u2019initiative et se battre pour notre cause et non pour se contenter de mieux négocier son rôle de minoritaire dans une partie que nous ne contrôlons pas.Il vient un temps où le discours de limitation des dégâts se retourne contre lui-même et ne sert plus qu\u2019à faire accepter la logique de perdants.Ce point est franchi.Le Canada, ses institutions, sa dynamique politique comme sa logique de développement détruisent peu à peu - mais de 7 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 plus en plus rapidement - notre cohésion nationale et notre capacité de formuler nos solutions en fonction de notre intérêt propre.Le carcan Canadian nous engourdit chaque jour davantage au point que nous vivons désormais comme si l\u2019ankylose était un état normal.Un reportage loufoque nous en aura donné l\u2019illustration la plus hilarante au beau milieu du mois d\u2019août alors que la télévision d\u2019État nous a fait voir le Canada sous son meilleur jour.À ceux-là qui pensent que les affaires constitutionnelles sont sans conséquence, le petit clip du bulletin de nouvelles du 11 août a donné une délirante et délicieuse leçon de surréalisme Canadian.L\u2019anecdote est fabuleuse.Le reportage nous montrait un responsable du Parc national des îles de Boucherville, de juridiction provinciale, excédé par son incapacité à régler un différend entre vacanciers au sujet de l\u2019usage des canaux pour la navigation.Les amateurs de canot et de kayak se plaignent de la présence envahissante des gros hors-bord qui encombrent et polluent le bras de fleuve qui constitue l\u2019artère principale des voies navigables du parc.Impossible de faire des règles claires et de les appliquer : la circulation fluviale est de juridiction fédérale.Voilà maintenant quatre ans que le Parc essaie d\u2019obtenir un arrangement avec les autorités fédérales pour définir un cadre réglementaire qui faciliterait l\u2019arbitrage des conflits d\u2019usage.Quatre ans ! Le pauvre homme paraissait aussi découragé qu\u2019épuisé d\u2019avoir à subir les plaintes des usagers sans pouvoir donner suite.On imagine ce qu\u2019il est advenu de l\u2019atmosphère le jour où un yatch a sectionné le câble du bac qui transporte d\u2019une rive à l\u2019autre cyclistes et piétons qui ont dû passer des heures à attendre qu\u2019on répare les avaries parce que le Canada ne s\u2019est pas encore donné la peine de répondre.Tout le monde a maugréé.Les lamentations, on connaît.Et vive la constitution ! Et vive le plus meilleur pays du monde ! 8 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Dans les petites comme dans les grandes affaires, le Canada est une nuisance pour nous.Une constitution illégitime n\u2019est pas sans conséquence : elle empoisonne tout notre ordre social et sabote jusqu\u2019au quotidien le plus banal.Mine de rien, c\u2019était La nouvelle de l\u2019été, celle qui révélait dans sa lumière la plus crue et en toute innocence le parcours du renoncement.On ne pouvait imaginer plus belle illustration de ce qu\u2019est en passe de devenir la politique québécoise : un spectacle bucolique qui donne à voir des élites velléitaires s\u2019agitant sur les rivages de l\u2019impuissance.? Réservez vos places au Lion d'Or le 30 octobre 2009 Fernand Daoust C'est en tant que défenseur des droits des travailleurs et des travailleuses du Québec de travailler dans leur langue, que Fernand Daoust fait sa marque sur la scène publique québécoise.Dès 1959, en négociation avec des entreprises multinationales, il réclame que les discussions se déroulent en français.Membre fondateur du Mouvement Québec Français (MQF) en 1971, un organisme regroupant des organisations syndicales, culturelles et nationales vouées à la défense du français et membre du conseil d'administration de l'Office de la langue française depuis sa fondation en 1977, il intervient sans relâche sur les questions linguistiques.Fernand Daoust s'est mérité plusieurs honneurs.En 1994, le Conseil de la langue française l'honore en le décorant de l'Ordre des francophones d'Amérique.En reconnaissance de sa contribution à la cause du français, il devient en 1998, lauréat du prix Georges-Émile-Lapalme ; la même année, il est nommé Patriote de l 'année par la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal ; en juin 2001, il est reçu Chevalier de l'Ordre du Québec.En mai 2009, il reçoit le prix Joseph-Papin-Archambault de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour s'être illustré dans la défense et la promotion du français.Souper-conférence 2009 de L'Action nationale www.action-nationale.qc.ca 514-845-8533 ou sans frais 1-866-845-8533 100$: repas, vin, conférence et don compris ÇriCCe 94 i cCi Beaujolais AOC 2006 CCNP : +431320 Prix : 14,95$ 'ëffii/iréiente/xt/r DAYELUT Vins Yves Michaud Agence autorisée par la Société des alcools du Québec (SAQ) Pour obtenir notre liste de vins du terroir d\u2019exception disponible à la SAQ, appelez au (514) 932-0654 ou mcdaveluy@videotron.ca JMf Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FONDACTION POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com agirp ' our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations.mm \u2022TOTfï % Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop 13 ARTICLES Pierre Vadeboncoeur Le jardin de Peter Pan, de Pierre Gobeil LA MÉTAMORPHOSE D\u2019UN LIVRE La facture de ce livre, dans le détail comme pour l\u2019ensemble, est déconcertante.Les pages, les différentes parties de cet étrange et insaisissable récit, restent ouvertes, ne se referment pas, sauf, quant aux phrases, par la forme, qui est, dans le détail, celle d\u2019un écrit remarquable par le style.L\u2019auteur évoque les Îles-de-la-Madeleine.Ce récit est impossible à saisir comme un tout.Il ne se boucle pas comme une histoire que l\u2019on raconterait, et il en va de même pour chacun des épisodes, à tout moment tronqués.Tout s\u2019évase, se dissipe, se perd à chaque moment.L\u2019ensemble aussi s\u2019ouvre on ne sait sur quelle béance.Cet inachèvement, constant, peut être considéré comme un procédé d\u2019art et c\u2019en est un, sans doute.Singulier parti pris.L\u2019auteur imprime délibérément à son récit, à son discours narratif, intermittent, à chaque pas, une altération, une brisure, grâce auxquelles une poésie peut fleurir, fleurit effectivement.Rien ne se noue, ni l\u2019intrigue, ni les tableaux successifs.Même les rares dialogues finissent comme ils commencent, gratuits, sans cohésion ni nécessité évidentes.Ils ne s\u2019inscrivent pas dans le fil d\u2019un récit.Ils disparaissent dans le flou d\u2019une histoire qui elle-même ne progresse pas, sinon 14 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 par une succession de moments dont on ne devine guère le rapport.Tout cela relève d\u2019une esthétique.Mais celle-ci, on ne la découvre que peu à peu.Art impressionniste.L\u2019art de Pierre Gobeil, dont je ne vois pas d\u2019exemple ailleurs, invente et soutient tout au long une façon de faire apparaître et aussitôt s\u2019effacer ce qu\u2019il dépeint, scènes maritimes, ciels étoilés, navires en partance, naufrage, rares personnages, fragments de réalités s\u2019évanouissant tour à tour.L\u2019un de ces personnages, par exemple, on apprend tout à coup qu\u2019il est mort.Tant qu\u2019on s\u2019entête à chercher une direction dans ces pages, il est difficile de poursuivre la lecture de ce texte décrivant des scènes de peu de liens apparents entre elles, ou rapportant des bouts de conversation, ou offrant de brèves descriptions de paysages, ou notant des moments successifs aussitôt évanescents.Mais une chose s\u2019impose enfin, à part le style : c\u2019est la poésie.Dans Le jardin de Peter Pan, l\u2019action - si l\u2019on peut parler d\u2019action - se passe aux Îles et le livre de Pierre Gobeil est essentiellement évocation de ce pays maritime.Il est rare qu\u2019un livre, qui aurait pu être un vrai roman, perde sa destination première et que s\u2019y substitue complètement autre chose, un poème, qui en fin de compte occupe tout l\u2019ouvrage.Il y avait la mer et le ciel et encore la mer et le ciel pour nous parler d\u2019éternité.[.] combien il faut profiter de ce que la vie nous offre, du vent et du soleil, du paysage qui s\u2019ouvre sur les dunes s\u2019enchaînant les unes aux autres.[.] qui peut garantir qu\u2019ils seront toujours là, ces miroirs face à la lune, ces desserts cassonade, ces ciels les plus hauts que j\u2019aie jamais vus. 15 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Par touches successives dont on ne comprend pas d\u2019abord à quoi elles serviront, ni si à la fin elles feront un tout, ni si le roman annoncé en page couverture finira par exister, ce livre trahit enfin son secret.Indirectement, une vaste image non cherchée apparaît, se lève comme un paysage au matin : la mer, les Îles, la vie là-bas, la nature, l\u2019espace, le lyrisme de tout cela.Fragments d\u2019épisodes, psychologie à peine esquissée des personnages, un roman ?Autant de fausses indications recouvrant une œuvre qui est en réalité d\u2019une autre nature.L\u2019art, un art patient, transforme en un tout, en un tout inattendu, des éléments qui, çà et là, pouvaient sembler devoir conduire les personnages à leurs destins respectifs et prendre enfin la forme romanesque, mais il n\u2019en sera rien.Cela ne se produira pas en effet.C\u2019est que, dans ce livre, il se passe autre chose, d\u2019un autre ordre et d\u2019une autre dimension.On l\u2019ignore encore.On cherche l\u2019action, les lignes de quelques destinées individuelles, les indices d\u2019un progrès dans les situations.En vain.Ce livre que vous tenez sera un autre livre.Dans la démarche du romancier et peut-être à son insu, c\u2019est une ample poésie qui naît, se développe et remplit enfin tout l\u2019espace.L\u2019auteur, justement, parle beaucoup d\u2019espaces : la mer, le ciel, le vent, les étendues, les côtes, les falaises, « la profondeur du silence, ou bien ce glissement des sons happés par le large.» Plus chaudes l\u2019hiver mais plus fraîches l\u2019été [.], minuscules et pourtant immenses de vent et d\u2019embruns, de mots et de légendes, [.] riches ou pauvres, belles ou laides, quand on parlait des îles, on disait toujours juste.Un livre se développe d\u2019une manière dont l\u2019écrivain n\u2019est pas maître, tout comme un artiste n\u2019est pas maître des méta- L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 morphoses de son art.L\u2019art est toujours imprévu.Thèmes et intentions, dans le livre en question, sont abandonnés chemin faisant, au point où le projet initial cède le pas à une création ayant peu à voir avec le genre que l\u2019auteur semble d\u2019abord avoir imaginé.L\u2019œuvre ainsi métamorphosée s\u2019impose à la fin, et nous voici avec un chant que l\u2019auteur n\u2019envisageait peut-être pas au départ.Un ouvrage dérive vers son accomplissement.C\u2019est patent dans le cas qui nous occupe.J\u2019étais parfois assez émerveillé.Souvent le texte me tire à lui et m\u2019invite à le citer.Au matin l\u2019armada des petits bateaux s\u2019avance dans le brouillard.Et il n\u2019y a plus de vent et il n\u2019y a presque plus d\u2019étoiles autour.Il n\u2019y a que la brume dans cet air anormalement chaud de juin pour baigner de mystère la coquille encore allumée du Shell ou ce qui peut être le phare de la jetée, et la mer d\u2019encre autour, la grisaille des dunes et les iris des étangs pour tenter d\u2019expliquer que ce n\u2019est pas encore le jour.La poésie de ce « récit » et de cette écriture rencontre à un certain moment par accident la tragédie.Un appel de détresse tout à coup.Une noyade.Après avoir glissé le corps du noyé dans la cale, le capitaine referma l\u2019écoutille en poussant un léger soupir de soulagement.[.] Les hommes mangèrent en silence et si, d\u2019emblée, il eût été préférable d\u2019accompagner cette chaudrée vite faite d\u2019un verre de vin, personne n\u2019en fit la remarque, comme si après le malheur, sachant que tout peut encore basculer, il est plus sage de se contenter de ce qu\u2019on a.Mais cela, c\u2019est encore la mer, ce sont encore les îles.Cependant, ce drame retombe en moins d\u2019une page. 17 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Ce petit livre paraît s\u2019être fait tout seul, grâce au pouvoir autonome de l\u2019écriture.L\u2019auteur pouvait-il anticiper ce résultat ?L\u2019art a sa logique propre, non logique, étrangère à toute volonté consciente.Il offre une connaissance des choses qui autrement resterait inaccessible.L\u2019art est toujours révélation.Nous voici donc devant un poème, improbable mais advenu, qui propose, pour les Îles, l\u2019expression de leur âme même.Une profonde émotion le porte tout au long.Le roman est laissé loin derrière, éparpillé parmi ce qui le remplace entièrement, ouvrage dès lors tout à fait original autant qu\u2019inattendu.Le jardin de Peter Pan, cet objet littéraire, on peut souhaiter qu\u2019il prenne une place à lui dans notre culture.Je pense qu\u2019il la mérite.? i8 ARTICLES Mathieu Bock-Coté* LA FABRIQUE DU MULTICULTURALISME: LE COURS ÉTHIQUE ET CULTURE RELIGIEUSE EN CONTEXTE Texte d\u2019une conférence prononcée lors de la table-ronde de l\u2019Institut de recherche sur le Québec sur le thème : l\u2019école au service du multiculturalisme 4 juin 2009, Montréal Un simple mot d\u2019abord pour vous remercier de votre présence nombreuse.Cette table ronde représente un événement important dans l\u2019entreprise menant à la renaissance d\u2019un mouvement nationaliste décomplexé capable de formuler des propositions fortes sur les questions touchant à l\u2019avenir du Québec.Ce travail est indispensable pour que renaisse intellectuellement et politiquement le mouvement nationaliste qui manque au Québec et qui seul peut sérieusement critiquer les idéologies qui travaillent aujourd\u2019hui à la déconstruction de la société québécoise.J\u2019ajoute qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019abord de faire renaître un mouvement de masse, mais surtout un mouvement intellectuel porteur de propositions fortes pour la réaffirmation de l\u2019identité québécoise.Le * Doctorant en sociologie, UQAM.Auteur de La dénationalisation tranquille, Boréal, 2008. 19 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 nationalisme à réaffirmer sera vidé des scories idéologiques qui ont paralysé le souverainisme officiel depuis plusieurs décennies au point d\u2019en faire un vecteur de l\u2019impuissance politique québécoise.Pourquoi cet événement ?Parce que la question du multiculturalisme traverse notre société.Elle a surgi publiquement avec la crise des accommodements raisonnables au printemps 2006 mais le système médiatique est parvenu depuis à la refouler dans les marges de notre société en laissant croire que rien ne s\u2019était passé.Il n\u2019y a pourtant pas question plus importante aujourd\u2019hui pour l\u2019avenir de notre société que de comprendre les procédés par lesquels se déploie un multiculturalisme qui la transforme radicalement.Pourquoi aussi poser la question de l\u2019école et du multiculturalisme ?Parce que la première est devenue le laboratoire du second, en bonne partie, et que cette question est symptomatique plus que les autres du retournement des institutions publiques et de l\u2019État québécois contre l\u2019identité nationale.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que parmi d\u2019autres j\u2019ai cherché à mettre en scène en dirigeant un dossier de L\u2019Action nationale sur le cours ECR et en multipliant les tribunes sur la question dans les grands journaux.Cette table-ronde s\u2019inscrit dans cette perspective.Si je l\u2019ai fait, c\u2019est aussi parce jusqu\u2019ici, la critique du cours ECR me semble mal menée.Il y a d\u2019un côté les milieux catholiques qui réclamaient un droit d\u2019exemption par rapport au cours en lui reprochant d\u2019instituer une religion d\u2019État relativisant toutes les croyances pour mieux imposer celle de la religion universelle des « droits de l\u2019homme ».Cela a entraîné le milieu catholique à réclamer une forme d\u2019accommodement raisonnable consacrant paradoxalement la minorisation de la tradition religieuse fondatrice du 20 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Québec, ce qui est probablement le stade suprême d\u2019un multiculturalisme parvenu à inverser intégralement la dynamique d\u2019intégration de la société québécoise.Il y a aussi la critique du mouvement laïc qui reproche au cours ECR de contenir la déconfessionnalisation intégrale d\u2019une école québécoise qui devrait désormais s\u2019inscrire sous le seul signe de la laïcité.Les deux analyses, contradictoires sur tous les plans, on s\u2019en doute bien, ne s\u2019en croisent pas moins pour établir un bon diagnostic : le Québec instaure sans le dire ainsi une forme de religion d\u2019État contraire à la fois aux exigences élémentaires de la démocratie libérale et de la perpétuation de l\u2019identité nationale.Une religion d\u2019État progressiste.Il faut pourtant mener plus loin notre réflexion et rendre compte de la place centrale du cours ECR dans le dispositif du multiculturalisme d\u2019État québécois.Ce qui implique d\u2019abord de reprendre la question du multiculturalisme à la double lumière de la culture politique post-référendaire qui a recouvert son implantation au Québec depuis une quinzaine d\u2019années et de la crise des accommodements raisonnables qui a consacré son implosion.Je dis une quinzaine d\u2019années et non pas une quarantaine d\u2019années.Car si le multiculturalisme canadien à quarante ans, le multiculturalisme québécois, lui, a presque quinze ans.Laissez-moi en rappeler l\u2019acte de naissance officiel.On le sait, après le dernier référendum sur la souveraineté et surtout après la déclaration de Jacques Parizeau sur l\u2019argent et les votes ethniques, le mouvement souverainiste québécois a été victime d\u2019une terrible crise de mauvaise conscience qui l\u2019a amené à dénationaliser progressivement sa représentation de la société québécoise.Une intelligentsia pluraliste pilotera la transformation du mouvement national en le vidant progressivement de sa matière identi- 21 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 taire.Le Congrès de 1996 sacrifiera la question linguistique en traduisant la défense décomplexée de la langue française dans le langage de l\u2019intolérance.Le Bloc québécois, en 1999, renoncera à toute définition historique de la nation québécoise en renonçant à la référence aux deux peuples fondateurs, dans la mesure où l\u2019appel à la mémoire canadienne-française exclurait de la nation les nouveaux arrivants et les communautés culturelles.L\u2019Affaire Michaud consacrera l\u2019hystérisation du mouvement national et la disqualification de toute référence à la majorité française qui ne devait plus être considérée comme la culture de convergence à partir de laquelle définir la nation québécoise.Il fallait maintenant fonder la nation québécoise sur la seule Charte des droits et libertés et des valeurs progressistes qu\u2019elle incarnerait.L\u2019histoire était en trop désormais.Cette confusion de l\u2019ouverture à l\u2019autre avec le reniement de soi se présentera à travers la querelle du nationalisme civique, qui devait remplacer un nationalisme ethnique périmé.Il fallait sortir de la grande noirceur québécoise, celle de la fermeture à l\u2019autre, celle d\u2019un nationalisme désuet qui ne permettait pas l\u2019inclusion des immigrés à la nation québécoise.C\u2019était notre version locale de la mauvaise conscience occidentale avec son dispositif idéologique pénitentiel qui fonctionne à la repentance.Cette grande dérive du souverainisme post-référendaire conduira en 2005 à l\u2019élection d\u2019André Boisclair à la direction du Parti québécois qui sera perçue alors comme l\u2019avènement à la direction du mouvement national d\u2019une nouvelle génération délivrée de la vieille identité du Québec historique et prête à s\u2019investir dans le nouveau Québec officiel, le Québec pluriel.Mais on le sait, entre le discours du Québec officiel qui fonctionnait au consensus pluraliste et la vieille identité nationale qui continuait à traverser la société québécoise, il y avait une tension de plus en plus vive, une tension palpable, 22 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 qui allait tôt ou tard éclater.La culture politique post-référendaire était fondée sur la censure de l\u2019identité nationale, sur la censure de l\u2019expérience historique québécoise.Or, quoi qu\u2019en pensent les théoriciens du multiculturalisme et les ingénieurs identitaires qui prétendent reconstruire par décret l\u2019identité des peuples, cette dernière n\u2019est pas une pâte molle prête à tous les modelages idéologiques ni prête surtout à se faire mouler dans la cuve du progressisme identitaire.Tôt ou tard, cette tension identitaire allait aboutir à une crise politique.Cette crise, elle est venue.C\u2019était la crise des accommodements raisonnables qui, pendant deux ans, a permis aux Québécois de faire un procès systématique du multiculturalisme qui contribue au laminage de leur identité collective, à sa déconstruction administrative, à sa liquéfaction culturelle.Les Québécois se sont emparés de la notion d\u2019accommodement raisonnable pour faire le procès du multiculturalisme, tout comme les Britanniques ont pris prétexte des attentats de juillet 2005 dans le métro de Londres, les Danois de l\u2019affaire des caricatures, les Néerlandais de l\u2019affaire Théo Van Gogh.Désormais, le multiculturalisme n\u2019était plus intouchable, imperméabilisé contre la critique populaire.Il y avait une brèche dans le système idéologique officiel, une brèche qui s\u2019est élargie et qui a failli entraîner, doit-on le rappeler, un réalignement politique à grande échelle au Québec avec les élections du printemps 2007.Évidemment, la crise des accommodements raisonnables n\u2019a pas entraîné la déconstruction du multiculturalisme québécois qui est solidement implanté dans l\u2019appareil étatique.Elle a néanmoins réaffirmé la légitimité d\u2019un questionnement sur l\u2019identité nationale et d\u2019une critique du multiculturalisme.Elle a ouvert sur sa droite l\u2019espace public en réhabilitant un certain conservatisme culturel attaché à la défense 23 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 de l\u2019identité nationale et des traditions qui la traversent.Elle a rappelé qu\u2019une société d\u2019accueil est en droit d\u2019exiger de ses immigrés non seulement le respect de grands principes universels contenus dans les chartes, mais aussi, et surtout, de prendre le pli identitaire et culturel de la majorité d\u2019accueil pour s\u2019y intégrer substantiellement.Mais la politique est une activité dynamique et il ne fallait pas croire à la capitulation de l\u2019intelligentsia progressiste non plus que de la technocratie pluraliste.Jamais au vingtième siècle, l\u2019intelligentsia n\u2019a vraiment aimé la nation.La gauche est sa patrie bien davantage que n\u2019importe quelle patrie concrète.Elle a été successivement personnaliste, marxiste et multiculturaliste sans jamais cesser d\u2019être progressiste.Or le progressisme, on devrait le savoir, est de moins en moins compatible avec le fait national et sa nécessaire institutionnalisation au sein d\u2019une communauté politique qui n\u2019est pas qu\u2019une page blanche, mais bien une expérience historique en droit de rappeler son antécédence à ceux qui font le choix de la rejoindre.L\u2019intelligentsia avait donc l\u2019intention de contre-attaquer et de ne pas laisser défaire en quelques mois le dispositif institutionnel au service du multiculturalisme qu\u2019elle a mis en place.Cette contre-attaque, on l\u2019a vu avec la commission Bouchard-Taylor.Il fallait consulter la liste des membres et des experts sollicités par la commission Bouchard-Taylor pour voir à quel point elle aura dévoilé les structures et les réseaux du parti multiculturaliste incrusté dans les institutions québécoises.Et la contre-attaque passait d\u2019abord par la disqualification morale de la crise des accommodements raisonnables, pour ne pas dire sa diabolisation.Or, quelle interprétation de la crise des accommodements raisonnables nous a proposé l\u2019intelligentsia ?D\u2019abord, appa- 24 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 remment, l\u2019identité québécoise serait traversée par une grande fragilité culturelle, celle d\u2019une peur terrible de disparaître qui lui ferait appréhender la différence culturelle sous le signe de la menace identitaire.Mais aussi, et surtout, la crise des accommodements raisonnables aurait prouvé que le vieux schème de l\u2019État-nation traditionnel serait encore agissant dans l\u2019identité québécoise.Un vieux schème qui inciterait les Québécois à se poser comme culture de référence dans leur propre espace national et à ne pas considérer celui-ci comme une page blanche à partir de laquelle dessiner un tout nouveau Québec qui n\u2019aurait plus rien à voir avec le Québec historique.Un vieux schème qui ferait de la société québécoise non pas le fruit d\u2019un pur contractualisme progressiste à reconstruire à la lumière d\u2019une définition pluraliste de la justice sociale, mais bien d\u2019une expérience historique appelée à s\u2019institutionnaliser.Autrement dit, il y aurait une substance identitaire générée par l\u2019expérience historique québécoise et la communauté politique devrait s\u2019en investir pour définir les termes de l\u2019appartenance au Québec.Or, selon l\u2019intelligentsia, cette vision de l\u2019identité québécoise serait pathologique, elle serait symptomatique d\u2019une représentation ethnocentriste de la collectivité nationale qui la prédisposerait naturellement à un réflexe de crispation identitaire devant la différence.Pire : cette vision de l\u2019identité nationale entraînerait ceux qui la portent à dériver vers l\u2019intolérance, la xénophobie, voire, le racisme, en refusant de se plier à l\u2019impératif de l\u2019égalitarisme identitaire.Il y aurait donc une double pathologie identitaire québécoise.Celle d\u2019une société traversée par la peur historique de disparaître et qui serait pour cela paranoïaque à ses heures.Celle d\u2019une société adhérant au vieux modèle de l\u2019État-nation qui l\u2019amènerait à investir la communauté politique d\u2019une définition historique d\u2019elle-même à laquelle les nouveaux arrivants devraient se rallier pour témoigner de 25 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 leur loyauté à leur nouveau pays, ce qui l\u2019amènerait nécessairement à multiplier les réactions d\u2019intolérance devant les manifestations de la différence.Plus jamais ça ! C\u2019était le cri de ralliement des pluralistes persuadés d\u2019avoir assisté à un grand dérapage collectif, comme l\u2019écrira à plus d\u2019une reprise Gérard Bouchard, certainement le grand théoricien du multiculturalisme à la québécoise.Le multiculturalisme est un utopisme malfaisant qui fonctionne à partir de l\u2019explication suivante : si les Québécois rejettent le multiculturalisme, ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils y ont été trop exposés, mais insuffisamment exposés.Il ne faudrait pas moins de multiculturalisme mais plus de multiculturalisme pour parachever la transformation de la société québécoise.On devine donc le constat : pour parachever l\u2019implantation du multiculturalisme au Québec, il faudrait transformer définitivement l\u2019identité québécoise.C\u2019était la conclusion de la commission Bouchard-Taylor qui reconnaissait qu\u2019à défaut de convaincre le peuple, il fallait en fabriquer un nouveau.D\u2019ailleurs, c\u2019était une thèse forte traversant tout le rapport Bouchard-Taylor : l\u2019identité du Québec historique ferait obstacle à l\u2019avènement d\u2019une nouvelle identité québécoise, véritablement inclusive, qui se serait d\u2019abord incarnée dans la génération de la loi 101.Autrement dit, la culture québécoise telle qu\u2019on la définit traditionnellement, celle de la majorité francophone, ne pourrait être la culture « commune » du Québec.Bien plutôt, il faudrait intégrer la culture de la majorité à une « nouvelle identité québécoise », celle mise en place par le Québec officiel, par la technocratie pluraliste, une culture centrée principalement sur les chartes de droits et les valeurs progressistes qu\u2019elles incarneraient.Ce ne sont plus les immigrés qui doivent s\u2019intégrer au Québec, mais le Québec historique qui doit s\u2019intégrer au 26 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Québec pluriel qui s\u2019incarnerait d\u2019abord chez les immigrés, surtout ceux associés à la génération de la loi 101.Il ne faut pas se laisser berner quand la gauche idéologique parle d\u2019intégration pour corriger les excès du multiculturalisme.« L\u2019intégration » progressiste n\u2019est qu\u2019une étape de plus dans la mise en place de la citoyenneté multiculturelle.Quand la gauche idéologique parle « d\u2019intégration », elle ne dit pas « intégration des immigrés à la culture nationale » mais bien « intégration de toute la société à une nouvelle identité qui ne sera pas celle de la nation historiquement définie et qui sera définie en laboratoire par les experts en diversité de la technocratie chartiste ».C\u2019est ce que j\u2019ai appelé l\u2019inversion du devoir d\u2019intégration.Il faut donc reconstruire l\u2019identité nationale.Il faut reconstruire l\u2019identité collective.Et l\u2019intelligentsia, qui est bien consciente de l\u2019appel limité de sa doctrine démiurgique dans la population, entend mobiliser les institutions publiques pour mener à terme la reconstruction pluraliste.Le rapport Bouchard-Taylor n\u2019en faisait pas mystère en plaidant notamment pour la multiplication des campagnes de sensibilisation à la différence ou pour le financement massif par l\u2019État des groupes et mouvements qui font la promotion du pluralisme identitaire dans l\u2019espace public.Il faudrait aussi reconstruire l\u2019espace public pour en proscrire l\u2019expression de l\u2019identité nationale et criminaliser l\u2019expression de tout nationalisme conservateur en assimilant toute défense d\u2019une définition traditionnelle de la nation au racisme et à la volonté de perpétuer un système discriminatoire illégitime.Il ne devrait plus y avoir de liberté d\u2019expression pour les adversaires du multiculturalisme.Dans un rapport connexe au rapport Bouchard-Taylor, Maryse Potvin proposera même de faire usage de la censure pour interdire la représentation négative du multiculturalisme dans les médias de masse. 27 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Mais le véritable enjeu était ailleurs et consistait à prévenir en amont toute prochaine remise en question du multiculturalisme en fabriquant dès l\u2019école le nouveau peuple dont a besoin le multiculturalisme d\u2019État pour parachever son implantation.Nous rencontrons ici la thématique de notre table ronde, de notre soirée.Pour assurer la véritable reconstruction pluraliste de la société québécoise, il fallait mettre l\u2019école au service de la nouvelle utopie progressiste, il fallait en faire la fabrique du multiculturalisme.Bouchard et Taylor en étaient bien conscients en proposant de mener à son terme la réécriture de l\u2019histoire nationale, qu\u2019il fallait présenter de manière véritablement inclusive, ce qui consistait à dire qu\u2019auparavant elle ne l\u2019était pas.Comme l\u2019a magistralement démontré Charles Courtois, un nouvel enseignement de l\u2019histoire permettrait de reconstruire la conscience nationale et d\u2019en évacuer la dimension majoritaire, pour n\u2019apercevoir dans le passé collectif que discrimination et intolérance, ce qui devrait nous conduire à la découverte du pluralisme identitaire et des chartes qui en assurent la protection et la mise en forme.Ils proposèrent aussi et surtout, c\u2019était la proposition G4, la mise en place du cours ECR appelé à fabriquer à travers le système scolaire le nouveau peuple réclamé par le multiculturalisme.La conversion de l\u2019école au multiculturalisme a ses théoriciens et le principal d\u2019entre eux, dans le contexte actuel entourant le cours ECR est certainement Georges Leroux.Georges Leroux n\u2019a pas cherché à dissimuler la mission du cours.Dans un petit livre, Éthique et culture religieuse : arguments pour un programme, Leroux l\u2019a expliqué clairement, l\u2019école doit programmer dans la jeunesse une vision de la démocratie appelée à s\u2019accomplir dans le multiculturalisme : 28 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 On doit [.] concevoir une éducation où les droits qui légitiment la décision de la Cour suprême [à propos de l\u2019affaire du kirpan], tout autant que la culture religieuse qui en exprime la requête, sont compris de tous et font partie de leur conception de la vie en commun.Car ces droits sont la base de notre démocratie, et l\u2019enjeu actuel est d\u2019en faire le fondement d\u2019une éthique sociale fondée sur la reconnaissance et la mutualité.C\u2019est à cette tâche qu\u2019est appelé le nouveau programme d\u2019éthique et de culture religieuse.Leroux expliquait aussi que l\u2019école apprendrait aux élèves à valoriser pour lui-même le pluralisme, à passer du pluralisme de fait au pluralisme normatif, et cela, en intériorisant la nouvelle vision du monde qui est à la fois post-libérale, post-nationale et post-occidentale.Dans un autre texte où il prenait la défense du cours ECR, Leroux expliquait pourquoi il s\u2019opposait à toute exemption par rapport au programme : personne ne devrait pouvoir se dérober aux exigences de l\u2019éducation pluraliste.Quant on connaît le lexique codé du système idéologique officiel, on peut aisément traduire la chose ainsi : personne ne devrait pouvoir se soustraire à l\u2019endoctrinement multiculturaliste.À l\u2019école, on intégrera la société dans le crédo chartiste officiel.À l\u2019école, on apprendra à sacraliser le chartisme et les élèves qui seront réfractaires à cet enseignement connaîtront de très sérieuses sanctions.Il faut nommer les choses par leur nom : la conversion de l\u2019école au multiculturalisme relève d\u2019une stratégie délibérée d\u2019endoctrinement de la jeunesse pour guérir une société de son identité nationale et lui en fabriquer une nouvelle, selon les méthodes de l\u2019ingénierie identitaire.D\u2019ailleurs, Gérard Bouchard l\u2019a avoué lui-même dans son récent témoignage autour du procès ECR en disant que si ce cours avait été appliqué plus tôt, jamais il n\u2019y aurait eu de crise des accommodements raisonnables.C\u2019est-à-dire que si le cours avait déjà reprogrammé l\u2019identité nationale telle qu\u2019il entend le faire, les Québécois n\u2019auraient pas réagi de manière critique 29 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 à la multiplication des « accommodements raisonnables » symptomatiques de l\u2019implantation du multiculturalisme.C\u2019est ce qu\u2019on a appelé en d\u2019autres circonstances les « finalités sociales et politiques » du cours ECR qui vise une transformation radicale de la société québécoise.Je vois à cette démarche trois grands problèmes, en dehors évidemment du grand problème qu\u2019est celui d\u2019une école ne transmettant plus de connaissances sérieuses, mais un humanitarisme gâteux fait pour plaire à tous les bien-pensants : le premier est national, le second est démocratique, le troisième est libéral.Le problème national d\u2019abord.Dans l\u2019histoire politique occidentale, l\u2019État est l\u2019expression politique d\u2019une expérience historique, celle d\u2019une nation qui trouve ainsi à se constituer en fondant dans la durée son existence collective.L\u2019État n\u2019est pas en droit de se retourner contre la société et d\u2019en reconstruire l\u2019identité nationale, comme si l\u2019expérience historique de cette société était pathologique et réclamait le zèle idéologique des technocrates de l\u2019État thérapeute se croyant dépositaires de la raison historique pour la féconder d\u2019une utopie transformatrice.L\u2019État est là pour assurer la préservation de l\u2019identité nationale et certainement pas pour la déconstruire.Le problème démocratique ensuite : les progressistes, les multiculturalistes, si l\u2019on préfère, ont renoncé à l\u2019espace politique d\u2019une société démocratique et ont décidé de s\u2019en prendre aux enfants en les transformant en cobayes de l\u2019utopie multiculturelle.C\u2019est bien évidemment là la conséquence de la vision progressiste de la démocratie occidentale : dans la mesure où son expérience historique serait pathologique, dans la mesure où le peuple adulte serait contaminé par cette identité pathologique versant naturellement dans l\u2019intolérance, il faudrait donc miser sur une jeunesse encore immunisée contre l\u2019expérience historique 30 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 de sa propre société et la soumettre à de tout nouveaux processus de socialisation qui permettront d\u2019accoucher d\u2019un homme nouveau et par là, d\u2019un monde nouveau.Au vingtième siècle, on a vu jusqu\u2019où pouvait mener cette tentation qui consiste à vouloir rompre radicalement avec les sociétés historiques pour accoucher de sociétés utopiques.En démocratie, la souveraineté populaire ne devrait pas être criminalisée et devrait encore moins être confisquée par une caste d\u2019experts-technocrates qui se croient en droit d\u2019imposer à une société des transformations radicales contre lesquelles elle s\u2019est pourtant de bien des manières prononcée.Le problème libéral enfin : la démocratie libérale repose sur une définition non pas minimale, mais modeste, du politique.C\u2019est-à-dire que si l\u2019État est autorisé à aller au-delà de ses fonctions régaliennes, il n\u2019est pas autorisé, néanmoins, à politiser toutes les relations sociales, à les étatiser, pour ensuite travailler à leur reprogrammation.Il y a là une prétention démiurgique de planisme identitaire et de contrôle social qui est contradictoire avec le maintien d\u2019une société libérale où les individus sont en droit de ne pas assister à l\u2019idéologisation systématique de leur existence privée.Quand l\u2019État se transforme en thérapeute censé délivrer une société de ses héritages culturels traditionnels, il outrepasse de cent bornes son domaine d\u2019action légitime et verse dans un usage abusif de l\u2019autorité qui peut le mener à bien des dérives.J\u2019en arrive à ma conclusion : le cours ECR n\u2019est pas un problème isolé qui n\u2019aurait rien à voir avec la question soulevée il y a quelques années des accommodements raisonnables.Il cristallise plutôt aujourd\u2019hui le malaise politique d\u2019une société soumise à une perpétuelle ingénierie sociale menée pour éradiquer son expérience historique.Le malaise généré par le cours ECR va de pair avec le malaise causé par une réforme scolaire qui accélère la déculturation de la jeunesse 31 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 québécoise, une immigration qui outrepasse nos capacités d\u2019intégration et qui ne prend plus le pli identitaire de la majorité nationale, la régression généralisée de la liberté d\u2019expression, la sacralisation des chartes de droits et l\u2019emprise croissante de la bureaucratie sur tous les domaines de l\u2019existence collective.On pourrait résumer le tout en parlant des conséquences générées par la confiscation de la souveraineté populaire par l\u2019expertise technocratique qui a poussé notre société au bord de la crise en faisant tout en son possible pour la laminer idéologiquement.On pourrait aussi dire qu\u2019avec lui culmine au Québec cette vision progressiste de l\u2019histoire occidentale héritée des radical sixties qui consiste à la disqualifier moralement et donc, à délégitimer sa transmission, ce qui justifie donc une reconstruction intégrale de la société à partir d\u2019une utopie en processus de radicalisation systématique.Pour lutter contre le cours ECR, il ne faut pas seulement se le représenter comme une bataille localisée sur un enjeu en marge de la société québécoise mais plutôt le reconnaître comme l\u2019expression la plus radicale d\u2019un projet de transformation de la société québécoise porté à la fois par l\u2019intelligentsia progressiste, la technocratie chartiste et les médias politiquement corrects, qui forment les trois piliers d\u2019un parti multiculturaliste résolu à déconstruire le Québec historique.Ce n\u2019est qu\u2019ainsi qu\u2019il sera possible de reprendre à notre tour l\u2019offensive contre le multiculturalisme, en ayant une vision d\u2019ensemble de notre société transformée en champ de bataille par ceux qui veulent en déconstruire les institutions et la culture.Ainsi, on comprendra qu\u2019il ne faut pas seulement réclamer une exemption par rapport au cours ECR.Il faut déconstruire pièce par pièce le multiculturalisme d\u2019État qui a dénaturé la société québécoise et a pu mener si loin sa dénationalisation.Il faut abolir le cours Éthique et culture religieuse.? 32 ARTICLES Henri Laberge 475e anniversaire JACQUES CARTIER, DÉCOUVREUR DU QUÉBEC Il est très probable que les lointains ancêtres asiatiques des Amérindiens furent les premiers humains, à l\u2019époque de la dernière glaciation, à fouler le sol de notre continent.C\u2019était trente ou quarante mille ans avant les Irlandais, les Vikings et Christophe Colomb.Ces lointains ancêtres seraient les vrais découvreurs de l\u2019Amérique.Ils auraient traversé par la Béringie, c\u2019est-à-dire par la région de l\u2019actuel détroit de Béring, alors qu\u2019elle constituait une large bande de terre ferme entre la Sibérie et l\u2019Alaska.Le passage à pied sec était possible parce que le niveau de la mer était beaucoup plus bas qu\u2019aujourd\u2019hui en raison de la grande captation d\u2019eau par les glaciers.Les vrais premiers découvreurs de la région des Montagnes Rocheuses, ce furent ces humains qui, venus par la Béringie, descendirent petit à petit vers le centre des Amériques avant que le passage fût bloqué au nord par l\u2019expansion continue des glaciers.Les vrais découvreurs du Québec, ce seraient les populations nomades originaires du sud qui, lors de la fonte des glaciers, il y a environ 10 000 ans, ont migré vers le nord pour explorer et habiter notre pays.S\u2019il y a un sens à dire que Christophe Colomb a découvert l\u2019Amérique, que Cabral a découvert le Brésil et que Ponce de Léon a découvert la Floride, c\u2019est du point de vue de l\u2019histoire de la civilisation européenne et dans le cadre de ce qu\u2019on a 33 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 appelé « les Grandes Découvertes » des 15e et 16e siècles.Ces découvertes faites au nom de l\u2019Espagne, du Portugal, de l\u2019Angleterre et de la France sont très importantes pour la suite des choses : elles sont à l\u2019origine de colonisations de peuplement qui ont donné naissance aux grandes nations du Nouveau Monde.Ayant exprimé ces nuances, on peut dire que nos découvreurs officiels, ceux de nos manuels d\u2019histoire, méritent tout de même leur titre de découvreurs.À condition d\u2019attribuer la bonne découverte au bon découvreur, de ne pas se laisser prendre au piège des mots.Nos historiens canadiens-français, désireux de valoriser la contribution des francophones à l\u2019histoire du Canada, ont longtemps revendiqué pour Jacques Cartier le titre de découvreur du Canada alors que les historiens canadiens-anglais attribuent toujours ce titre à Jean Cabot, explorateur italien au service de l\u2019Angleterre, venu en 1497 explorer le golfe St-Laurent.Le désaccord ou le malentendu vient de ce que le mot « Canada » a signifié des réalités très différentes avec le temps.Il a d\u2019abord, au 16e siècle, désigné une petite région de l\u2019Iroquoisie laurentienne sur la rive gauche du Saint-Laurent dans les environs immédiats de Stadaconé.Quand Champlain vient fonder Québec en 1608, le Canada iroquoïen n\u2019existe plus.Le toponyme sera repris ensuite pour désigner la partie de la Nouvelle-France correspondant en gros au Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Après la conquête, ce qui avait été le cœur de la Nouvelle-France devient la Province de Québec ; les habitants francophones continuent de s\u2019appeler Canadiens pour se distinguer des nouveaux venus anglophones.À partir de 1791, l\u2019Ontario et le Québec seront désignés respectivement Haut-Canada et Bas-Canada, avant d\u2019être fusionnés en 1840 sous le nom de Province du Canada puis d\u2019être intégrés à la fédération de l\u2019Amérique du Nord britannique, qui pendra à son tour le nom de Canada. 34 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Il est donc pertinent de se demander de quel Canada on parle quand on affirme que Jacques Cartier l\u2019a découvert.Si on parle du Canada iroquoïen du 16e siècle, il faut reconnaître qu\u2019il a eu une existence éphémère et qu\u2019il n\u2019a constitué qu\u2019une petite partie des découvertes de Cartier.Si ce n\u2019est pas ce Canada-là qu\u2019on veut désigner, il faut sans doute que ce soit le Canada tel qu\u2019il est aujourd\u2019hui constitué avec sa façade atlantique.Et alors, il faut bien reconnaître que Cartier a été devancé de beaucoup par Jean Cabot (Terre-Neuve) et ensuite par les Portugais Corte Real et Fagundas (Nouvelle-Écosse).Est-ce à dire que Cartier n\u2019a joué qu\u2019un rôle secondaire et sans grande importance ?Certes pas.Dans le premier volume de son Histoire de la Nouvelle-France (Fides, 1963), l\u2019historien Marcel Trudel écrit ceci : Même si depuis 1867 Cartier n\u2019a plus droit au titre de découvreur du Canada., il se situe parmi les grands noms du seizième siècle : il est le premier à faire un relevé des côtes du golfe Saint-Laurent, il est le premier à faire connaître dans le détail la vie indigène du nord-est de l\u2019Amérique du Nord ; surtout (et c\u2019est bien là son plus grand mérite) il découvre en 1535 le fleuve Saint-Laurent qui sera le grand axe de l\u2019empire français d\u2019Amérique [.] Découvreur d\u2019un des grands fleuves du monde, Cartier est au point de départ de l\u2019occupation française des trois quarts du continent.(p.117) Les découvertes de Cartier que personne ne lui conteste, ce sont la Gaspésie, la Baie des Chaleurs, l\u2019île d\u2019Anticosti, la Côte-Nord, l\u2019embouchure du Saguenay, l\u2019Île d\u2019Orléans, Stadaconé, le Saint-Maurice, l\u2019archipel d\u2019Hochelaga et toutes les îles du Saint-Laurent.Il a découvert les terres qui allaient servir d\u2019assise au développement de la nation québécoise.Le titre de découvreur du Canada ne lui convient sans doute pas ; il mérite certainement le titre non moins glorieux de découvreur du Québec.? 35 ARTICLES André Beauchamp* Éthique et environnement L\u2019ÉQUITÉ INTERGÉNÉRATIONNELLE La question des relations entre les générations a toujours été une question épineuse, car elle soulève trois défis considérables : -\tcelui de l\u2019exercice de l\u2019autorité et donc de la loi, d\u2019un code moral, des valeurs ; -\tcelui de la tendresse et de l\u2019affectivité au sein de la communauté humaine ; -\tcelui de la succession dans le temps.À tout moment de notre vie, nous sommes presque toujours en présence d\u2019au moins trois générations qu\u2019on pourrait désigner ainsi : les vieux, les adultes et les jeunes, ou encore les grands-parents, les parents, les enfants.Il n\u2019est pas rare que subsistent quatre ou cinq générations.J\u2019ai soixante et onze ans, mes ancêtres sont tous morts, en ligne directe ou en ligne collatérale.J\u2019ai des neveux et des nièces, des petits-neveux et petites-nièces, et au moins un arrière-petit-neveu issu d\u2019un petit-neveu entré dans la famille par adoption.Au fond si l\u2019on est chanceux, on peut connaître dans sa vie cinq, six ou sept générations différentes, ce qui nous renvoie tout naturellement aux sept générations qu\u2019évoque souvent * abeauchamp@cjf.qcca 36 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 la sagesse amérindienne pour évoquer l\u2019horizon de la responsabilité humaine.Mon père était né en 1898 (lui et moi aurons donc touché à trois siècles) et mes grands-parents étaient nés dans les décennies 1870, donc quelques années après la création du Canada (1867).Un continuum sur un siècle et demi, ou presque, ce n\u2019est pas rien.I - L\u2019ordre social d\u2019autrefois En simplifiant beaucoup, on peut dire que l\u2019ordre social d\u2019autrefois se perpétuait ainsi : -\tle père (parfois les parents) exerçait l\u2019autorité et imposait le droit et l\u2019ordre moral notamment par l\u2019interdit du meurtre et de l\u2019inceste, parfois par l\u2019imposition du décalogue et ou de la religion ; -\tla famille, c\u2019est-à-dire les parents, la fratrie et le clan familial, apportait la tendresse et l\u2019expérience affective indispensables à la vie.Les parents avaient le devoir et l\u2019obligation de prendre soin de leurs enfants.La solidarité des frères et des sœurs était parfois sacrée ; -\tles parents avaient le devoir de léguer à leurs descendants un héritage.Ils devaient donc penser plus loin que leur propre vie pour s\u2019inscrire au sein d\u2019un patrimoine, le patrimoine étant ce que l\u2019on a reçu et que l\u2019on est appelé à transmettre ou à rendre en l\u2019ayant si possible amélioré.Quand on pense patrimoine, on pense souvent à une terre ou à des immeubles, mais c\u2019est quelque chose de beaucoup plus englobant.Mon père nous disait que notre héritage ne serait pas une fortune monétaire à partager : « votre héritage, c\u2019est votre instruction ».L\u2019univers ancien était donc construit sur un certain nombre de responsabilités et de devoirs réciproques.L\u2019autorité parentale était absolue : Tu honoreras ton père et ta mère.Cela est de l\u2019ordre de la première table, celle des rapports à 37 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Dieu.C\u2019est un devoir sacré.Quand le père à cause de son âge léguait son autorité à son fils, il demeurait chez le fils un devoir de respect à l\u2019égard du père.La Bible regorge de conseils en ce sens : Mon fils, viens en aide à ton père dans sa vieillesse Ne lui fais pas de peine durant sa vie.Si 3, 12 L\u2019insistance constante sur ce devoir laisse soupçonner que le sort des vieux n\u2019était pas rose quand ils ne détenaient plus le pouvoir.L\u2019importance de l\u2019autorité paternelle-parentale repose sur deux motifs.Le premier est d\u2019ordre sociologique et j\u2019y reviendrai.Dans un monde stable où il y a très peu d\u2019innovations techniques, le vieillard représente l\u2019expérience et donc la sagesse.L\u2019autre raison est d\u2019ordre idéologique : les anciens sont plus proches de l\u2019origine et donc plus proches de l\u2019acte créateur qui est parfait.L\u2019histoire est dégradation.Il faut donc revenir au passé, à l\u2019archétype.Au fond, dans la société traditionnelle l\u2019équité entre les générations trace des responsabilités et des droits à chaque génération, mais le fardeau de l\u2019équité incombe plus aux jeunes à l\u2019égard des vieux que le contraire.Les vieux ont l\u2019honneur et la sagesse ; les gens en responsabilité ont le pouvoir, la force et l\u2019autorité ; les enfants doivent obéir et écouter.À la longue, le temps renversera les rôles.On m\u2019a beaucoup dit dans ma jeunesse : il faut apprendre à obéir pour devenir capable de commander.II - La rupture des générations Si nous posons maintenant la question formelle de l\u2019équité intergénérationnelle c\u2019est-à-dire de l\u2019équité entre les générations, c\u2019est que nous avons assisté à un double déplacement : 38 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 d\u2019une part, le pouvoir est passé des vieux aux jeunes et, de l\u2019autre, l\u2019héritage s\u2019inscrit au passif plutôt qu\u2019à l\u2019actif.Nous devons à Margaret Mead (Mead, 1971) d\u2019avoir expliqué la mutation générationnelle de notre société.Dans les sociétés traditionnelles, celles des cueilleurs-chasseurs, puis des pasteurs-agriculteurs, l\u2019innovation technique est lente et faible.La société se maintient grâce à la tradition.La personne qui a derrière elle un long passé et qui possède beaucoup d\u2019expérience a un avantage de mémoire et de savoir-faire que n\u2019a pas la personne jeune et sans expérience.La nature se répète, mais à l\u2019intérieur de cycles et de variations multiples souvent minimes, en sorte que l\u2019ancien peut faire des liens entre l\u2019incident d\u2019aujourd\u2019hui et une expérience similaire datant de 15, 25 ou 40 ans.Rappelons-nous le dernier grand tsunami alors qu\u2019un vieux chef a sauvé sa population en la guidant vers un terrain élevé.Mead appelle cette culture postfigurative, c\u2019est-à-dire tournée vers le passé.Être vieux est alors un avantage : c\u2019est une garantie d\u2019expérience et de sagesse.Être jeune peut être un handicap, car on ne sait pas encore et surtout parce que l\u2019expérience n\u2019est pas là.Or, l\u2019âge industriel a complètement bouleversé l\u2019ordre des choses.L\u2019âge industriel se caractérise par un développement et une complexification de la production grâce à l\u2019action conjointe de la science et de la technologie.La société passe de la tradition à l\u2019innovation.Toffler dira dans Le choc du futur : tout est nouveau, tout est éphémère.Devant la nouveauté, la personne habilitée à l\u2019ancienne technologie offre souvent plus de résistance à l\u2019adaptation que la personne plus jeune et sans expérience qui intuitionne d\u2019entrée la façon d\u2019utiliser la nouveauté.Il y a ici un paradoxe bien connu des biologistes : plus nous sommes adaptés moins nous sommes adaptables à une situation nouvelle.L\u2019innovation rapide défavorise l\u2019expérience, déclasse le vieux, mais avantage le jeune. 39 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 La transformation des sociétés et des mentalités ne s\u2019est pas faite en un jour.Le processus a dû s\u2019amorcer avec la Renaissance, puis s\u2019est intensifié avec l\u2019âge industriel.Probablement sous l\u2019influence de l\u2019eschatologie chrétienne qui perçoit le temps comme une flèche, une montée vers l\u2019avenir plutôt que comme un retour cyclique, la notion de progrès s\u2019est implantée.Il suffit de penser en littérature à la querelle des Anciens et des Modernes en France à la fin du XVIIe siècle.Aujourd\u2019hui, la thèse de Mead nous semble évidente.Entre 1970, date de la parution anglaise de son livre et maintenant, nous avons pu observer la complicité entre l\u2019âge informatique et la jeunesse.La société a littéralement basculé.Non seulement le savoir et le pouvoir ont changé de main, mais sous l\u2019influence des médias, de la publicité et du crédit les valeurs ont été désormais définies par la jeunesse.La jeunesse dicte la mode, les habitudes de vie, la morale.Les parents désemparés par les mœurs sexuelles de leurs enfants ont appris assez vite à faire comme eux.Au Québec particulièrement, le passage à la société préfigurative s\u2019est accompagné de la « révolution tranquille » laquelle a instauré une rupture radicale avec un passé désormais qualifié de « grande noirceur ».Nous avons comme perdu nos racines.Toute la transformation culturelle amorcée depuis la Renaissance et cristallisée par l\u2019eschatologie marxiste et sa promesse d\u2019un âge nouveau à venir (le fameux principe espérance de Max Bloch) a finalement débordé dans la société d\u2019après-guerre et dans l\u2019effervescence de la société d\u2019abondance.On peut penser à mai 1968 et à son interdiction d\u2019interdire.Le principe de réalité n\u2019avait plus cours.Il y a eu un véritable passage de pouvoir d\u2019une génération à l\u2019autre.Les vieux ont été évincés et laissés pour compte.Les 40 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 jeunes ont pris le pouvoir.Quant à la toute jeune génération, on ne s\u2019en inquiétait guère puisque le progrès allait de soi.Comme le chantait René Claude : C\u2019est le début d\u2019un temps nouveau La Terre est à l\u2019année zéro.L\u2019équité intergénérationnelle ne se posait guère puisque l\u2019avenir était radieux.C\u2019était une question reléguée.Les baby-boomers ont pris toute la place et ont remodelé les choses à leur façon.C\u2019est probablement la génération la plus centrée sur elle-même que l\u2019on ait pu voir.Jacques Grand\u2019Maison a beaucoup étudié ce phénomène au Québec, déplorant surtout la rupture de la mémoire qui s\u2019en est suivie et qui risque de déstabiliser notre société.En parlant de baby-boomers, on est tenté de porter des jugements d\u2019ordre moral : égoïsme, irresponsabilité, mépris des autres.Mais peut-on accuser une classe globalement, un groupe d\u2019âge ?Les individus se démarquent à l\u2019infini.Que dire de la classe, du groupe ?Une publicité récente les incitait à jouir maintenant de leur aisance (voyages, plaisirs culturels et autres) plutôt que de laisser cela aux plus jeunes.Bref, la génération présente a comme oublié le passé dépassé et peu entrevu l\u2019avenir qui, à son avis, s\u2019annonçait lumineux à cause du progrès.III - Émergence de l\u2019éthique intergénérationneNe Quand j\u2019avais dix-sept ans, j\u2019ai découvert que Victor Hugo avait écrit un livre : L\u2019art d\u2019être grand-père.J\u2019avais trouvé cela un peu gaga.En quoi le visage ridé et plutôt répugnant d\u2019un vieil homme à l\u2019odeur souvent fétide peut-il faire plaisir à un petit poupon ?Aujourd\u2019hui, j\u2019ai changé d\u2019idée.J\u2019ai vu à quel point pour des personnes âgées, des grands-parents, l\u2019expérience d\u2019accéder à la troisième génération était extra- 41 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 ordinaire.C\u2019est un enchantement, une apothéose.Aimer un enfant gratuitement sans s\u2019en savoir responsable.Savoir qu\u2019il nous prolonge, nous survit, mais ne pas devoir assumer les détails de sa vie.Le poupon de son côté perçoit très bien ce puits d\u2019amour souriant et ridé qui se penche sur lui.L\u2019enfance a besoin de la vieillesse.La vieillesse a besoin de l\u2019enfance.Espaces de gratuité et de tendresse.L\u2019éthique intergénérationnelle ne s\u2019intéresse pas aux générations qui se rencontrent dans le court terme, mais à celles qui ne se rencontrent pas.Qu\u2019arrivera-t-il en l\u2019an 2200, en l\u2019an 2500, en l\u2019an 3000 ?J\u2019ai tendance à dire que cela ne me concerne pas, que ce n\u2019est pas mon problème.C\u2019est leur problème à eux, pas à moi.Pour moi, l\u2019échéance s\u2019en vient trop vite de toute façon : cinq ans, dix ans, vingt ans.Après, c\u2019est le néant.Pourquoi devrais-je m\u2019intéresser à plus long terme ?Quand je suis venu au monde, il m\u2019a fallu assumer le monde tel que mes ancêtres l\u2019avaient conçu et construit.C\u2019était à la fois leur péché originel et leur héritage.Ceux et celles qui me suivront feront de même.À leur tour de jouer, je m\u2019en lave les mains.C\u2019est précisément cette volonté de démission, de non-implication que l\u2019éthique intergénérationnelle soulève par le biais de l\u2019équité.Moi, en 2009, puis-je vivre ma vie comme bon me semble sans tenir compte de ceux et celles qui me suivront ?À première vue, la réponse est oui puisqu\u2019ils n\u2019existent pas encore.On ne peut pas reconnaître un droit à qui n\u2019existe pas.C\u2018est contradictoire.De toute façon, je leur lègue un héritage fabuleux de science et de technique.Ils seront super équipés.À eux de jouer.Mais ces deux arguments ne sont pas péremptoires.Mes descendants à venir ne sont pas sujets de droit ?J\u2019en conviens. 42 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Je n\u2019en suis pas moins responsable à leur égard.Qui met quelqu\u2019un au monde s\u2019expose à la question : « Pourquoi m\u2019as-tu mis au monde ?» Faut-il répondre : « Parce que j\u2019aimais ta mère et qu\u2019elle était belle ?» Ou encore : « Je ne savais pas que ce serait toi.» Quand un adolescent, gars ou fille, ressentant l\u2019angoisse devant sa propre existence reproche à ses parents de l\u2019avoir mis au monde (pourquoi m\u2019as-tu mis au monde, je n\u2019avais pas demandé de naître ?), il lance une accusation terrible dont il ne perçoit pas l\u2019ampleur.On peut répondre : je ne pouvais pas te demander la permission puisque tu n\u2019étais pas là.C\u2019est une fin de non-recevoir.Ou encore dans une perspective psychanalytique à la manière de Françoise Dolto : tu es venu au monde parce que tu as voulu naître.Il y a des fœtus qui refusent de naître.La seule vraie réponse est probablement la suivante : je t\u2019ai mis au monde parce que la vie est une aventure extraordinaire qu\u2019il vaut la peine de faire partager à un autre.Bien sûr, faire un enfant c\u2019est se survivre à soi-même.C\u2019est vaincre sa propre mort.Mais c\u2019est aussi affirmer que ça vaut la peine de continuer.J\u2019ai connu dans ma vie beaucoup de biologistes, très déprimés, qui ont honte de l\u2019humanité et qui ne veulent pas engendrer.Selon Hans Jonas, le devoir de prolonger l\u2019espèce s\u2019impose à nous.L\u2019éthique intergénérationnelle est asymétrique puisqu\u2019elle met en présence des gens qui ne se rencontrent pas, qui n\u2019existent pas à la même période : les gens d\u2019aujourd\u2019hui bien concrets avec leurs besoins et leur angoisse, des gens à venir qui pourront nous reprocher des choses.Nous ne sommes pas nécessairement coupables à leur égard, mais certainement responsables.Pourquoi ?Parce que deux choses nous relient les uns aux autres : l\u2019appartenance à une même espèce et la continuité du temps, ce que l\u2019on pourrait appeler encore le patrimoine.On a beau renier le 43 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 passé, proclamer la rupture du temps, décrier la tradition postfigurative au profit d\u2019une tradition préfigurative axée sur l\u2019innovation, il y a une continuité certaine entre nous et eux.La Terre n\u2019est pas à l\u2019année zéro.Mais comme eux n\u2019existent pas encore, c\u2019est nous qui sommes redevables.Il est dans l\u2019ordre des choses que des parents prennent soin de leurs jeunes enfants.En conséquence, nous devons prendre soin des générations à venir.Nous n\u2019avons donc pas le droit de dilapider leur héritage, de leur voler leur espérance.C\u2019est tout le sens de l\u2019œuvre de Hans Jonas Le principe responsabilité avec, en arrière-scène, le principe de précaution.Il faut donner la main à un enfant de cinq ans quand on traverse à un feu de signalisation.Symboliquement, il faut tendre la main aux générations à venir même si la main tendue semble pendre dans le vide parce que l\u2019enfant n\u2019est pas encore né et que la situation future est inconnue.IV - Mise en cause du progrès Au fond, notre rapport au temps s\u2019est complètement inversé.La culture postfigurative situe l\u2019idéal dans le passé et perçoit le continuum historique comme une dégradation.Depuis quatre ou cinq siècles, nous sommes entrés dans l\u2019ère du progrès avec la certitude de laisser mieux, de laisser plus.Les physiciens parlent de la flèche du temps.Auguste Comte parlait des trois âges de l\u2019humanité : théologique, philosophique positiviste ou scientifique.La vulgate d\u2019aujourd\u2019hui distingue l\u2019émergence de l\u2019humanité dans la culture des chasseurs-cueilleurs, le passage à l\u2019histoire proprement dit avec l\u2019agriculture et l\u2019apparition de l\u2019écriture, et enfin l\u2019ère moderne avec le triomphe de la science et de la technique et la maîtrise totale de la nature. 44 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Nous croyons au progrès.C\u2019est plus fort que nous.Les chasseurs-cueilleurs sont pour nous des primitifs, on dit aborigènes c\u2019est-à-dire des gens de l\u2019origine ; les ruraux sont des arriérés.On laisse ainsi toujours entendre que les générations qui nous ont précédés sont des sous humains, des enfants dans l\u2019humanité, naïfs, ignorants, peu éveillés à l\u2019art et aux techniques.Il a fallu l\u2019œuvre immense de Claude Lévi-Strauss pour montrer par exemple que le savoir biologique des cueilleurs-chasseurs était aussi valable que le nôtre, par des méthodes différentes.De même, l\u2019œuvre de Jared Diamond suggère, preuves à l\u2019appui, que le passage d\u2019un état de l\u2019humanité à l\u2019autre ne signifie pas un progrès, mais plutôt une simple variante.On gagne sur certains points.On perd sur d\u2019autres.Il faut lire entre autres sa critique du passage à l\u2019agriculture qui s\u2019est soldé à son avis par une perte de ce que l\u2019on peut appeler la qualité de la vie et l\u2019harmonie des rapports sociaux.Or, ce que l\u2019on appelle le progrès est essentiellement le résultat de la mise en place d\u2019une pensée exclusivement rationaliste et opératoire, dominée par la science et la technique.On peut parler d\u2019une rationalité close, aveugle sur ses propres présupposés, qui conçoit le rapport au monde comme un simple rapport utilitaire.Il s\u2019agit d\u2019un monde livré entre nos mains.Or cette course en avant vers l\u2019innovation technologique fait subir à notre monde deux menaces terrifiantes : - celle de la crise écologique, c\u2019est-à-dire à la fois les bouleversements climatiques, l\u2019épuisement des ressources non renouvelables, la destruction de la biodiversité, le risque d\u2019accidents irréversibles, notamment dans le domaine nucléaire, une société inégalitaire et dangereuse ; 45 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 - celle d\u2019une transformation de l\u2019espèce humaine par des interventions dans le génome humain et des incursions de plus en plus risquées dans ce que l\u2019on peut appeler les biotechnologies.Au fond, à la représentation bucolique voulant que les générations à venir auront automatiquement plus et mieux que nous, se dresse une représentation tragique marquée par l\u2019heuristique de la peur (cf.Jonas 1992, Beck 2001).Les générations futures pourraient avoir moins, un monde dégradé, pollué, vidé de certaines de ses ressources, voire même appauvri génétiquement.Un monde qui aurait cessé d\u2019être humain.Entre les lendemains qui chantent et les lendemains qui pleurent, l\u2019éthique intergénérationnelle peut-elle tracer des voies ?V - Pour un programme d\u2019éthique responsable Peut-on se risquer à esquisser un programme concret pour une éthique intergénérationnelle ?Dans mon cas, on peut placer comme horizon 2040 ou 2050, car je serai mort à ce moment-là.Que puis-je, que dois-je faire pour agir de manière responsable à l\u2019égard de cette génération ?Que peut faire ma génération maintenant rendue à l\u2019heure de la retraite ?Si vous avez trente ans, projetez-vous en 2100 et l\u2019exercice est assez semblable.Ce genre d\u2019exercice est extrêmement périlleux puisque nous ne savons pas quelles seront les innovations et les ressources de demain.Y aura-t-il un substitut pour pallier la crise prévisible de l\u2019énergie, celle de l\u2019alimentation et de l\u2019eau douce ?Faut-il entrer à marche forcée dans l\u2019avenir grâce à l\u2019innovation ou, au contraire, ralentir le rythme ?Toute innovation n\u2019est pas nécessairement bonne ni oppor- 42 * * * 6 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 tune.J\u2019en suis venu à penser qu\u2019il eût mieux valu que la motoneige et la motomarine n\u2019existent pas de même que le baladeur.Pour le plaisir de la discussion, j\u2019avance quelques propositions : 1.\tIl faut de toute urgence baisser les niveaux de consommation de matières premières et d\u2019énergie.D\u2019où l\u2019importance de changer notre style de vie et d\u2019entrer dans la décroissance (cf.Beauchamp 2008, Latouche 2006).Énorme travail à entreprendre sur la culture.Énorme modification de nos conduites.En ce qui touche l\u2019énergie, il faut cesser immédiatement l\u2019exploitation des sables bitumineux et les mettre en réserve pour les générations futures.Leur exploitation actuelle est prématurée car nous ne possédons pas les technologies adéquates pour les exploiter.2.\tIl faut libérer la science et la technologie du contrôle de plus en plus lourd exercé par le milieu économique à leur égard.Ceci touche à la fois au brevetage et au droit d\u2019auteur pour favoriser la libre circula- tion des informations scientifiques, à la mainmise de plus en plus lourde des milieux financiers sur les milieux universitaires.Il faut laisser à nos descendants une meilleure maîtrise du développement des savoirs, ce qui suppose donc une plus grande circulation des savoirs et de meilleures règles de discussion.Cela veut dire également un énorme travail du côté de l\u2019éthique de la science et de la technologie.L\u2019éthique se réduit souvent pour l\u2019instant à des conditions a priori imposées au cadre de 47 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 la recherche pour assurer le respect des personnes impliquées.Il faut que l\u2019éthique puisse interroger la rationalité technique elle-même.Je pense ici à toute l\u2019œuvre de Jacques Ellul.Notre savoir extrême peut-il nous tuer ?3.\tIl faut laisser une meilleure organisation sociale et politique de la société et particulièrement de l\u2019exercice de la démocratie.L\u2019État actuel qu\u2019on appelle l\u2019État westphalien arrive à sa limite structurelle et doit s\u2019ouvrir à des formes de régulations complémentaires.On ne peut pas penser maintenant à un État mondial, mais possiblement à un cosmopolitisme articulé sur plusieurs paliers (cf.Beck 2003, Habermas 2008).Actuellement nous observons en bien des endroits un repli identitaire et les grandes religions retournent à des attitudes fondamentalistes.On peut penser à la droite chrétienne aux États-Unis, au fondamentalisme musulman, mais aussi à des courants similaires au sein du bouddhisme, de l\u2019hindouisme et autres.Rien de très rassurant.Dans la mesure où les ressources naturelles deviennent rares, que la population mondiale augmente et que la Terre se resserre, les conflits augmenteront et la juste allocation sera de plus en plus difficile.D\u2019où l\u2019urgence de processus de discussion et de négociation pour atteindre l\u2019équité.L\u2019équité ici n\u2019est pas l\u2019égalité, mais la possibilité pour les individus et les groupes de s\u2019inscrire dans un processus transparent ouvert à tous.4.\tLa quatrième condition s\u2019inscrit dans la logique des précédentes.Il faut dissocier la communication de l\u2019empire de la consommation et de la publi- 48 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 cité.Notre société n\u2019est plus encadrée et dirigée par l\u2019État.Je ne suis pas sûr qu\u2019elle ne l\u2019ait jamais été.Mais ce que l\u2019on appelle le quatrième pouvoir est devenu en vérité le seul pouvoir.Pouvoir de faire et de défaire les élus, d\u2019imposer des modes de pensée et de consommation, de définir le style de vie, de définir le bien et le mal, etc.Or, presque tous les médias sont actuellement possédés par des intérêts financiers en sorte que la société de consommation se renouvelle et se perpétue.C\u2019est un pouvoir d\u2019une puissance énorme, car il est capable de nourrir et de soutenir sa propre contradiction en l\u2019intégrant à sa nouvelle programmation et en la détournant de ses fins.David Suzuki se vend comme on vend une auto ou des voyages.Il est même probable qu\u2019à son insu il fait vendre des autos et des voyages.5.Le cinquième devoir est tout simple : arrêter d\u2019augmenter la dette.Nous léguerons beaucoup aux générations à venir : des routes, des villes, des systèmes d\u2019aqueducs et d\u2019égouts, des bibliothèques, des hôpitaux, des écoles.Ces grands travaux sont en général amortis sur 25 ou 40 ans.L\u2019affaissement d\u2019un viaduc à Laval, le constat de l\u2019état lamentable des ponts, viaducs, routes et infrastructures construits à cette époque de même que les informations issues de l\u2019enquête menée par Pierre-Marc Johnson donnent à penser qu\u2019une génération entière d\u2019entrepreneurs a mal fait son ouvrage et n\u2019a pas assumé ses responsabilités.On ne parle pas ici d\u2019ignorance, mais de défaillances volontaires et planifiées.Pire encore.Depuis quarante ans nous avons aussi emprunté pour les opérations courantes.L\u2019État, comme l\u2019individu, a vécu à crédit.Ce faisant, les baby-boomers refilent la facture à leurs descendants. 49 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Bien sûr quand un jeune naît, il a une dette envers ses aînés.Entre ma mère qui avait une septième année d\u2019école « forte » et moi qui pus étudier vingt-et-un ans à temps plein, il y a une différence.Il était donc normal que je paie, car j\u2019avais une dette à l\u2019égard de la société.Mais il n\u2019est pas sûr que j\u2019aie remboursé, car l\u2019État n\u2019a pas eu le courage de m\u2019imposer toute la charge encourue.Il l\u2019a fait courir d\u2019année en année en se fiant sur l\u2019inflation et l\u2019augmentation du PIB.Cela a été une illusion pour une grande part en sorte que la dette pèse de plus en plus lourd au moment où la pyramide d\u2019âge se rétrécit.Je rappellerai qu\u2019en 1959, à la mort de Maurice Duplessis, le Québec n\u2019avait aucune dette.Facile de qualifier ce temps de grande noirceur.Sur ce point toutefois, Maurice Duplessis voyait plus loin que Jean Lesage.Peut-on imaginer qu\u2019un jour les générations à venir refuseront la dette ancienne ?Cela se traduirait par un solide conflit intergénérationnel.J\u2019imagine qu\u2019en 2040, les jeunes pourraient dire : « nous ne paierons plus la pension de vieillesse » ou encore « la caisse du Régime de retraite du Québec est vide.Dommage, mais vous ne recevrez plus rien ».Conscient du problème, le premier ministre du Québec, monsieur Jean Charest, a mis sur pied le fonds pour les nouvelles générations, ce qui laisse entrevoir une volonté de mettre en œuvre l\u2019équité intergénérationnelle.Petit conseil aux plus jeunes : surveillez vos intérêts ! Il en ira probablement ainsi pour la dette internationale.Un jour, les pays endettés diront qu\u2019ils 50 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 refusent de payer.Peut-être passerons-nous alors à la simplicité involontaire.6.Il n\u2019est pas toujours facile de bien départager l\u2019éthique intragénérationnelle (celle à l\u2019intérieur de la même génération ou des générations vivant en même temps) et l\u2019éthique intergénérationnelle, c\u2019est-à-dire celle qui concerne les générations à venir.L\u2019enjeu derrière cela c\u2019est bien sûr l\u2019équité, notamment en ce qui concerne la santé, l\u2019équilibre du milieu écologique et la qualité des institutions et des organisations humaines que nous léguerons.Pour donner une chance à l\u2019avenir, il me semble toutefois essentiel de mettre en œuvre le dialogue entre les générations, car l\u2019intergénérationnel de demain est en continuité avec le rapport des générations vivant actuellement.Si on ne tient pas compte des mouvements conser-vationnistes, la mouvance écologiste remonte à 1960 avec The Silent Spring (Rachel Carson) puis les travaux du Club de Rome.On peut parler d\u2019une courte histoire de cinquante ans.La Loi de la qualité de l\u2019environnement au Québec date de 1972 et le ministre qui l\u2019a défendue, le docteur Victor Goldbloom est encore vivant.Cinquante ans, c\u2019est au moins deux générations ; en fait plus car les initiateurs étaient souvent âgés.Comment se fait le passage d\u2019une génération à l\u2019autre ?Comment les anciens ont-ils pensé et mis en œuvre l\u2019éthique intergénérationnelle ?Y a-t-il continuité, ou rupture, ou transformation de l\u2019héritage ?Un livre récent dirigé par Marco Veilleux a posé récemment le problème pour la transmission de la foi dans l\u2019Église au Québec (Veilleux 2008).Je me demande si un 51 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 travail du même type ne devrait pas être entrepris en environnement pour comprendre l\u2019évolution de la question et le jeu des acteurs sur les trois catégories que j\u2019évoquais au début : autorité et valeurs, tendresse, rapport au temps.Dans l\u2019établissement ou le rétablissement du dialogue entre les générations, l\u2019initiative à mon sens devrait venir des vieux.Certes les plus jeunes savent mieux et sont plus adaptés.Mais il y a une prérogative insurpassable de la vieillesse : c\u2019est précisément l\u2019expérience du temps.Quand bien même ils sauraient tout, les plus jeunes ne peuvent pas savoir cela.Le temps est à la base du patrimoine.Il est la mesure de l\u2019expérience humaine.VI - Conclusion Nos responsabilités envers nos descendants sont doubles.Sauvegarder l\u2019espèce humaine, sauvegarder la dignité des autres générations en ne coupant pas a priori leur espoir.D\u2019où un devoir de réserve sur notre boulimie de consommer et un devoir de sagesse pour aider les générations à venir à comprendre et à assumer leur devenir.Le patrimoine est ce que l\u2019on reçoit et que l\u2019on rend en le transformant, si possible en l\u2019améliorant.Il est bien illusoire de penser dans le court terme (50-100 ans) pouvoir laisser un écosystème en meilleur état.Au plus, nous pourrons colmater les brèches.Reste donc le savoir et la sagesse.Hélas, la tradition n\u2019est plus postfigurative, mais préfigurative.Chose certaine nous ne pouvons pas leur dire de faire comme nous.Peut-être aurons-nous été la génération la plus irresponsable qui soit.Il ne suffit pas qu\u2019ils nous pardonnent.Il faut qu\u2019ils trouvent, qu\u2019ils inventent.Mais la seule façon que nous ayons d\u2019être honnêtes à leur égard c\u2019est apprendre dès maintenant à vivre comme ils le devront.? 52 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 BIBLIOGRAPHIE ARON, Raymond, 1969, Les désillusions du progrès, Paris, Colmann-Levy, 368 pages BEAUCHAMP, André, 2008a, Environnement et Église, Montréal, Fides, 167 pages BEAUCHAMP, André, 2008b, « La simplicité volontaire : regard empatique », 2008, no.2, pages 45-53 BECK, Ulrich, 2003 (2002), Pouvoir et contre-pouvoir à l\u2019ère de la mondialisation, Paris, Alto/Aubier, 561 pages BECK, Ulrich, 2001 (1986), La société du risque, Paris, Flammarion Champs, 521 pages CALAME, Pierre, 2009-04-08, Essai sur l\u2019oeconomie, Paris, Fondation pour le progrès de l\u2019Homme, 454 pages ELLUL, Jacques, 1988, Le bluff technologique, Paris, Hachette, coll.Pluriel, 748 pages HABERMAS, Jürgen, 2008, Entre naturalisme et religion, Paris, NRF Essais, 378 pages JONAS, Hans, 1992 (1979), Le Principe responsabilité, 336 pages LATOUCHE, Serge 2006, Le pari de la décroissance, Paris, Fayard, 250 pages MEAD, Margaret 1971 (1970), Le fossé des générations, Paris Denoël/Gonthier, 153 pages VEILLEUX, Marco (sous la direction de) 2008, Transmetttre le flambeau, Montréal, Fides, 203 pages 53 ARTICLES Florent Michelot* IL FAUT RENDRE L\u2019EUROPE AUX PEUPLES ! Sans grande surprise, à peine plus de deux citoyens européens sur cinq se sont finalement rendus aux urnes en juin dernier pour désigner leurs députés au Parlement de Strasbourg:.Cette élection, en plus d\u2019avoir suscité l\u2019indifférence générale doublée d\u2019un certain fatalisme, a par ailleurs permis de conforter une assemblée européenne à dominante conservatrice : 36 % des sièges iront au seul Parti populaire européen (PPE), sans compter les 146 autres sièges que se répartiront d\u2019autres tendances de la droite populaire et conservatrice .Ces résultats, somme toute assez peu reluisants pour les quelques partisans d\u2019une Europe résolument tournée vers le progrès social, vient mettre un terme à un cycle d\u2019occasions manquées de relance de l\u2019UE.La réelle surprise de ce scrutin revient certainement aux mouvements écologistes qui ont désormais 53 représentants, la réussite de ces listes ayant d\u2019ailleurs permis aux listes d\u2019Europe Écologie de jouer des coudes avec le Parti socialiste français (16,2 % contre 16,4 %).* Résident permanent au Québec ; a milité pour le Oui au référendum français sur le traité constitutionnel européen de 2005.Diplômé de science politique de Lille-2, étudiant de 2e cycle à l\u2019ENAP, il est membre du conseil d\u2019administration des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO) et a été conseiller national au programme des Jeunes Radicaux de Gauche et directeur de cabinet adjoint au Conseil général d\u2019Ille-et-Vilaine.1 L\u2019ensemble des résultats est consultable en ligne sur le site du parlement européen : http ://www.elections2009-results.eu 54 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Alors que depuis le dernier renouvellement de 2004, les événements s\u2019étaient accélérés dans le processus de construction européenne, on a finalement assisté au freinage de l\u2019intégration.Tout d\u2019abord, le rejet du Traité constitutionnel européen par les référendums français et néerlandais de 2005 a révélé une fracture qui continue de paraître systématiquement indépassable chez les électeurs.Pis, cet événement a fait voler en éclat les clivages traditionnels et il continue de paraître infranchissable au sein même des partis politiques.Pour exemple, le piètre score du PS français reflète à lui seul le peu de crédibilité que la gauche peu encore avoir sur le sujet.Et les rabibochages récents n\u2019ont pas réussi à camoufler les incohérences idéologiques issues des divisions passées.À plus forte raison, la déconfiture de la plupart des partis de tradition sociale-démocrate (le PSO dépassé par le PP espagnol et les travaillistes britanniques relégués à une humiliante troisième place, etc.) confortera l\u2019idée que les réformateurs sont bien en peine pour se présenter en tant qu\u2019alternative européenne crédible.Enfin, plus récemment, le rejet du Traité de Lisbonne par les citoyens irlandais est venu sanctionner un texte dont la plus-value institutionnelle était toute relative par rapport au TCE qu\u2019il était censé remplacer.Bien sûr, on pourra dire que le référendum reste méthodologiquement imparfait, à commencer par le caractère binaire d\u2019un choix qui traduit difficilement la complexité des opinions surtout quand elles s\u2019expriment sur un texte aussi long qu\u2019inaccessible (plus de 200 pages !).Effectivement, il ne s\u2019agissait pas ici de s\u2019exprimer sur l\u2019Europe, mais sur un texte complexe et à la valeur juridique et philosophique tout à fait inégale.Les camps du Oui et du Non ont été des agrégats protéiformes que l\u2019on ne peut que difficilement décrypter tant les messages envoyés furent divergents, voire mal éclairés : selon l\u2019institut de sondage CSA, seuls 10 % des 55 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 répondants français avaient effectivement lu l\u2019intégralité du traité et 39 % n\u2019en avaient lu que quelques extraits2.Si le choix de rapprocher la construction européenne des citoyens était on ne peut plus souhaitable, garder la tradition technocratique qui avait prédominé pendant des décennies vouait naturellement cette étape à l\u2019échec.En finir avec les erreurs du passé Il est vrai que l\u2019Europe s\u2019est construite sur les cendres des ressentiments entre peuples et, sans quelques décideurs qui se sont permis d\u2019aller au-delà de ce que souhaitaient les citoyens, elle ne serait certainement jamais née si rapidement.Cependant, la méthode du multilatéralisme a montré ses limites : c\u2019est par la juxtaposition de Traités et autres Accords, que l\u2019Union européenne a grossi au point de devenir ce Léviathan que décrivait Hobbes.Certes l\u2019U.E.assure la quiétude à ses citoyens car, effectivement, elle les a préservés de tout conflit armé interne depuis plus de 60 ans, mais peut-on encore se satisfaire de la confiscation progressive de la souveraineté populaire sous prétexte qu\u2019elle est juridiquement valide et qu\u2019elle permet de vivre sans guerre depuis plusieurs décennies ?En ce sens, les quelques pays qui ont osé soumettre ces textes à l\u2019approbation populaire ont certes fait preuve de courage, quoi que le procédé impliquait de se confronter à des années de frustration démocratique.Il existe au moins trois leçons à tirer des échecs récents du processus d\u2019intégration européenne.Tout d\u2019abord, le constat d\u2019échec patent des responsables politiques à éviter que les enjeux nationaux ne débordent sur le débat communautaire.L\u2019Europe s\u2019est montrée incapable d\u2019exister en tant que telle.Dans le brouillard du saupoudrage politique et financier, les 2 Sondage CSA/LE BLEU DE PROFESSION POLITIQUE réalisé par téléphone les 21 et 23 mai 2005 56 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 citoyens continueront de considérer l\u2019État comme l\u2019interlocuteur privilégié tant qu\u2019il n\u2019y aura pas eu de clarification des champs de compétence.Ensuite, l\u2019Europe ne fait plus rêver même là où elle a tant apporté (même la paix apparaît désormais comme une normalité).Enfin, le déficit démocratique de l\u2019Union européenne est devenu tel que le rejet l\u2019a emporté sur le simple cynisme de l\u2019électeur.Incapable de corriger durablement cet écueil, le politique nourrit désormais le rejet par ses tentatives désespérées de corrections.Sortir l\u2019idée européenne de l\u2019utopie pour se confronter au réel Par ailleurs, le camp fédéraliste européen a cette triste certitude que l\u2019objectif d\u2019une fédération européenne sera nécessairement bon.Dire que l\u2019on est fédéraliste est chose aisée, mais expliquer qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un choix raisonné et aux conséquences profitables est une autre paire de manche.Plus concrètement, à quoi pourrait ressembler un État européen fédéral quand l\u2019acception même de l\u2019État et de ses missions est à géométrie variable ?De l\u2019État libéral à la République solidariste, il existe un fossé d\u2019autant plus fondamental que l\u2019histoire européenne, malgré ces convergences, repose notamment sur la construction d\u2019États-nations.Aussi, croire en l\u2019hypothèse d\u2019États-Unis d\u2019Europe relève donc d\u2019une pure vue de l\u2019esprit, car les particularités politiques, sociales, économiques et culturelles ne sont pas aussi homogènes qu\u2019aux États-Unis d\u2019Amérique et l\u2019exemple canadien, parfois présenté comme un modèle de fédéralisme en Europe, fait souvent fi de l\u2019ardent débat national que l\u2019on sait.Enfin, il n\u2019est nul besoin de s\u2019appesantir sur les turpitudes politiques actuelles de la l\u2019État belge pour étayer l\u2019idée que le fédéralisme s\u2019accommode difficilement des réalités nationales. 57 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 En tout état de cause de cause, il semble de plus en plus évident que la construction européenne se heurtera désormais à la souveraineté populaire.Sauf à voir la construction européenne reprise en main par les élites, il faudra donc désormais composer avec cette implacable reprise en main démocratique du débat.Rénover l\u2019Europe pour inclure le citoyen dans sa construction Surtout, le concept d\u2019une Europe unie, mais respectueuse de la diversité de ses nations a fait long feu et même la fameuse superstructure « à l\u2019européenne » que prétendait souhaiter Robert Bourassa n\u2019est plus.Ainsi perdue entre l\u2019intégration régionale et l\u2019État continental, l\u2019Europe n\u2019a plus de logique et les électeurs qui pourraient être séduits par la poursuite du processus doivent prendre conscience que l\u2019avancée politique est telle que 80 % de la législation française est d\u2019origine européenne et que la codécision continue de s\u2019étendre.Qu\u2019en serait-il des modèles sociaux, de la diplomatie ou des modèles scolaires s\u2019il s\u2019agissait d\u2019aller plus avant dans l\u2019intégration ?L\u2019union sur le monétaire, n\u2019implique pas l\u2019accord sur l\u2019économique et l\u2019entente sur les droits de l\u2019Homme n\u2019emporte pas le consensus les droits sociaux.En bref, les atavismes nationaux sont les premiers freins (et les plus respectables) de la marche commune : il est donc grand temps de composer avec ces derniers plutôt que de tenter de les dépasser.Pour cela, les dérives technocratiques doivent donc être conjurées par la mise en place d\u2019un dispositif de décision permettant de surmonter les déficits démocratiques actuels en respectant scrupuleusement les expressions populaires et nationales.À ce sujet, on ne peut que déplorer l\u2019utilisation 58 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 souvent inappropriée du concept fédéral.D\u2019autres systèmes qui ne sont pas moins nobles pour autant (à commencer par l\u2019idée de confédération d\u2019États) sont trop souvent mis de côté par méconnaissance profonde des implications juridiques qu\u2019elles emportent.En tout état de cause, l\u2019Europe ne pourra pas continuer de s\u2019occuper de tout sans être pleinement responsable de rien.Si tant est que l\u2019Europe puisse continuer de se développer avec une si faible assise démocratique, il faudra que soient balisés de véritables champs de compétences, limitativement énumérés mais clairs, pour répondre aux enjeux mondiaux du XXIe siècle.Dans le cas contraire, il restera impossible d\u2019ouvrir une alternative véritable remettant en cause l\u2019orientation libérale tant la bienpensance européenne pèse sur les gouvernements nationaux, au point d\u2019être tétanisés à l\u2019idée de vouloir s\u2019en émanciper un tant soit peu, inquiets de se voir taxés de repli « nationaliste ».C\u2019est pourquoi la tâche des progressistes n\u2019est pas seulement de réhabiliter le concept de nation républicaine comme communauté de citoyens, mais d\u2019en faire aussi le vecteur d\u2019une autre idée de l\u2019Europe.Car l\u2019Europe de MM.Barroso et Solana est une Europe anémiée, invertébrée, réduite au dogme d\u2019un libre-échangiste qui l\u2019empêche d\u2019être un acteur de son propre destin.À juste titre certainement, le cas européen a longtemps été brandi au Québec comme une inspiration pour le renouvellement des rapports entre les provinces et le Canada.Plus qu\u2019une question de méthode, il s\u2019agit pour nous d\u2019avoir le courage de regarder crûment mais sereinement un idéal passé devenu carcan.? 59 ENTREVUE Guillaume Lamy* ENTREVUE AVEC CLAUDE CORBO À PROPOS DE SON LIVRE PASSION ET DÉSENCHANTEMENT DU MINISTRE LAPALME Claude Corbo a été professeur de sciences politiques depuis la fondation de l\u2019UQAM en 1969.Entre autres, il s\u2019est intéressé pendant longtemps aux thèmes entourant les questions de l\u2019éducation1, de l\u2019immigration2, de l\u2019identité du Québec3, des institutions politiques américaines4 et aussi aux idées politiques en colligeant plusieurs anthologies sur ce sujet aux Presses de l\u2019Université de Montréal (19995, 20006, 20027, 20028).1\tLettre fraternelle, raisonnée et urgente à mes concitoyens immigrants, Lanctôt, 1996.2\tLes États-Unis d\u2019Amérique.Les institutions politiques, Sillery, Éditions du Septentrion, 2004.3\tLe rouge et le bleu : Une anthologie de la pensée politique au Québec de la Conquête à la Révolution tranquille 1760-1960, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1999.4\tRepenser l\u2019école : Une anthologie des débats sur l\u2019éducation au Québec de 1945 à 1965, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2000.5\tL\u2019idée d\u2019université : une anthologie des débats sur l\u2019enseignement supérieur au Québec de 1770 à 1970, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2002.6\tArt, éducation et société postindustrielle : Le rapport Rioux et l\u2019enseignement des arts au Québec 1966-1968.Sillery, Éditions du Septentrion, 2006.7\tClaude Corbo, Mon appartenance : essais sur la condition québécoise, Montréal, VLB, 1992.8\tGeorges-Émile Lapalme : « Pour un autre « miracle canadien-français », dans Le rouge et le bleu, Y.Lamonde et C.Corbo (dir.), Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1999, p.560-571.* Guillaume Lamy est animateur de l\u2019émission Les publications universitaires diffusée sur plusieurs radios communautaires et universitaires du Québec : CIBL 101,5 FM Radio-Montréal, CKIA 88,3 FM Radio-Basse-Ville (Québec), CHOQ.FM (radio web de l\u2019UQAM) et en Ontario à CHUO 89,1 FM (radio de l\u2019Université d\u2019Ottawa). 60 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Dans Passion et désenchantement du ministre Lapalme, Claude Corbo fait un saut dans la dramaturgie.Avec cette dernière édition, il a abouti à une version finale d\u2019une pièce de théâtre sur laquelle il travaillait depuis plus de 15 ans.Le théâtre était pour lui une façon d\u2019explorer le monde politique dans un cadre différent de ceux qu\u2019il a utilisés depuis toujours dans sa carrière de professeur.Entrevue Pourquoi avoir utilisé la dramaturgie plutôt que l\u2019essai ou la biographie pour faire connaître le rôle de Georges-Émile Lapalme dans l\u2019histoire du Québec ?Écrire une pièce de théâtre est un défi que je me suis lancé.Je voulais représenter ou imaginer ce personnage que j\u2019avais connu dans ma jeunesse.Je cherchais à questionner à travers lui des événements de l\u2019histoire du Québec, en l\u2019occurrence : la création du ministère des Affaires culturelles en 1961 et son évolution par la suite.Le théâtre m\u2019apparaissait un bon moyen pour réfléchir sur des enjeux liés à l\u2019exercice du pouvoir, surtout celui du conflit entre différentes visions - idéaliste ou pragmatique - que nous avons de la politique.Je me suis dit qu\u2019une façon intéressante de le faire était de représenter le tout grâce à des personnages en chair et en os.Combien de personnages politiques sont mis en scène dans votre pièce ?Il y en a quatre.Quatre hommes.Georges-Émile Lapalme occupe le rôle central.Deux personnages bien connus dans le monde politique ou universitaire sont aussi mis en scène dans cette pièce.On y trouve Guy Frégault, historien très connu, qui a été le premier sous-ministre des Affaires culturelles dans l\u2019histoire du Québec au sein du gouvernement libéral de la Révolution tranquille.La présence de Jean Lesage, premier ministre de 1960 à L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 1966, est aussi très importante dans tout le scénario.En plus de ces trois protagonistes, on en trouve un dernier, un obscur personnage : André G.Dolbec, le secrétaire du Conseil du trésor, cet organisme du gouvernement qui surveille et contrôle les dépenses de tous les ministères.Ces quatre personnages s\u2019affrontent à huis clos sur des sujets qui entourent tous la vision politique du ministère des Affaires culturelles.Quel est le rôle de l\u2019État envers la culture ?Faut-il financer celle-ci avec des fonds publics ?Si oui, toutes les formes d\u2019art doivent-elles être financées, y compris les œuvres révolutionnaires ou celles qui peuvent choquer les bonnes mœurs ?Ces réels débats qu\u2019on retrouvait au début de l\u2019existence du ministère des Affaires culturelles en 1961 ne sont pas totalement chose du passé.Encore aujourd\u2019hui, le gouvernement conservateur en place nous y replonge fréquemment.Comment étaient les relations entre Jean Lesage et Georges-Émile Lapalme ?Elles étaient mauvaises.Elles constituent justement le cœur de la pièce.Jean Lesage s\u2019ingérait constamment dans les affaires de son ministre.Ce n\u2019est pas de la fiction.Les faits sont réels.Si vous lisez ses mémoires9, vous allez voir que Lapalme se plaint constamment qu\u2019on lui fait toutes sortes de complications administratives et qu\u2019on contrôle son ministère plus que les autres.Lesage s\u2019en explique dans la pièce en prétextant des motifs électoraux.Les gens de l\u2019époque, disait-il, ne comprenaient pas que le gouvernement finance des œuvres jugées provocantes, sans oublier que le principe des subventions publiques ne faisait pas l\u2019objet d\u2019une grande adhésion à l\u2019époque.Lesage était plutôt réaliste.Il savait que l\u2019opposition exploiterait facilement le thème du financement d\u2019oeuvres 9 Georges-Émile Lapalme, Mémoires, (trois volumes) 1.Le bruit des choses réveillées, 2.Le vent de l'oubli, 3.Le paradis du pouvoir, Léméac (1969-73). 62 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 controversées pour influencer l\u2019opinion publique.Les obstructions fréquentes qu\u2019il imposait à son ministre des Affaires culturelles faisaient rager le visionnaire qu\u2019était Lapalme.Au fond, c\u2019est à un conflit de visions politiques auquel on assiste dans la pièce : un Georges-Émile Lapalme idéaliste aux principes rigides contre un Jean Lesage terre-à-terre qui pense avant tout à la survie de son gouvernement.Cette opposition classique est universelle en politique.Dans votre pièce, Georges-Émile Lapalme critique constamment « l\u2019amour du pouvoir » de Jean Lesage et son « manque de vision en matière culturelle » Si vous questionnez des biographes de Lesage, peut-être diront-ils que cette vision de Jean Lesage est exagérée ou caricaturale.Mes représentations dans cette pièce ne sont pas scientifiques.Il s\u2019agit d\u2019une fiction qui se nourrit de la réalité.Mais, il est certain qu\u2019un homme comme Lesage aimait le pouvoir.Il a été élu une première fois comme député fédéral en 1945.Il s\u2019opposait alors aux revendications autonomistes du Québec et défendait une vision centralisatrice du pouvoir fédéral.En 1957, alors que les libéraux fédéraux sont tombés dans l\u2019opposition, Lesage a fait un saut dans la politique provinciale en bondissant sur le poste de chef du PLQ laissé vacant en 1958 après la démission de Lapalme qui l\u2019occupait depuis 1950.Une fois au pouvoir en 1960 à Québec, Jean Lesage s\u2019est mis à combattre la conception centralisatrice du pouvoir fédéral.Sa trajectoire d\u2019homme politique est empreinte de changements de direction de ce genre.Il s\u2019opposait à la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation, il en défendra l\u2019existence par la suite.Il refusait toute négociation avec les employés de la fonction publique et finira par s\u2019y adonner malgré sa position initiale.Ses idées politiques ont changé, mais pas son attachement au pouvoir.Et c\u2019est justement ce que Lapalme lui reproche 63 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 dans la pièce en lui disant, par exemple, qu\u2019il était prêt à sacrifier des idées simplement pour se maintenir au pouvoir.Il lui reprochait de choisir des idées non pour leur vertu, mais parce qu\u2019elles lui permettaient d\u2019éviter de tomber dans l\u2019opposition, ce qui n\u2019était évidemment pas son genre.Lesage était un homme de pouvoir, c\u2019est certain.Il existe très peu de pièces de théâtre qui aient mis en scène notre classe politique.Cherchiez-vous à combler ce vide dans notre répertoire ?Une pièce de théâtre peut être très politique et avoir un impact énorme dans cet univers sans mettre en scène des personnages du monde politique.Le théâtre questionne la société et les êtres humains.Plusieurs pièces dépourvues de contenu politique apparent peuvent, malgré tout, être profondément politiques.Je ne me suis pas demandé s\u2019il manquait de pièces politiques au Québec.J\u2019ai eu le goût de faire une pièce de théâtre pour représenter ce monde politique dans un cadre qui n\u2019est pas le même que celui que j\u2019ai l\u2019habitude d\u2019utiliser en tant que professeur d\u2019université.Dans le milieu académique, on ne s\u2019attarde pas aux relations qu\u2019ont les acteurs politiques en tant qu\u2019individus.La façon avec laquelle les individus exercent le pouvoir, leurs façons d\u2019interagir entre homologues, la vision qu\u2019ils ont de leur rôle d\u2019hommes politiques, leurs rapports (instrumental ou non) avec les idées qu\u2019ils défendent ; tout ceci peut être merveilleusement représenté à travers un jeu d\u2019acteurs.Dans votre pièce, toutes les plus grandes réalisations de Lapalme sont résumées dans une réplique que Guy Frégault adresse à Georges-Émile Lapalme : « Le ministère des Affaires culturelles : c\u2019est vous.La délégation du Québec à Paris : c\u2019est vous.La visite au Québec de Malraux : c\u2019est vous.L\u2019intérêt renouvelé de la France pour le 64 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Québec : c\u2019est vous.La diffusion de nos activités à l\u2019étranger : c\u2019est vous.La présence même de la culture au sein du gouvernement et de ses débats : c\u2019est vous.Tout cela en trois ans à peine.Je n\u2019exagère pas.» Malgré tout ceci, dans votre pièce, Georges-Émile Lapalme ne cesse de se considérer comme un perdant.Pourquoi ?Georges-Émile Lapalme est un homme au destin difficile.Dans ses mémoires, on voit qu\u2019il était très mal à l\u2019aise en tant que député fédéral à Ottawa dans les années 40.Il ne se trouvait pas à sa place et critiquait la froideur des relations de la Chambre des communes.Au sens figuré, il est conscrit en 1950 à prendre les rênes du PLQ qui a été anéanti aux élections de 1948 par les troupes de Duplessis.Il perdra les deux élections suivantes en 1952 et en 1956.En 1958, il est éjecté du poste de chef du parti.Malgré cette démission forcée, Lapalme ne quittera pas le PLQ.Il se consacrera au dossier qui lui tient le plus à cœur : la culture.C\u2019est d\u2019ailleurs grâce à lui si la création d\u2019un ministère des Affaires culturelles figurait au premier article du programme du PLQ en 1960.Lapalme a laissé un bel héritage, mais il se considérait comme un perdant malgré tout, ceci dû à ses visions de grandeur qu\u2019il n\u2019a pas été en mesure d\u2019atteindre pour le Québec.Son idéal était élevé puisqu\u2019il s\u2019inspirait beaucoup des réalisations de son homologue français : André Malraux, lui aussi premier ministre de la Culture dans l\u2019histoire de la France.Il se juge sévèrement.La barre était haute.On comprend mieux sa déception lorsqu\u2019on se place dans sa perspective.Vous avez écrit la préface de la seule biographie de Georges-Émile Lapalme10.Vous le considérez comme un des grands précurseurs de la Révolution tranquille.10 Jean-Charles Panneton, Georges-Émile Lapalme, précurseur de la Révolution tranquille, Montréal, VLB, 2000. 65 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Beaucoup d\u2019autres que moi l\u2019ont également dit, sans oublier que plusieurs l\u2019ont salué de cette façon lors de son décès en 1985.Parmi beaucoup d\u2019autres, il a contribué à faire advenir la Révolution tranquille.Toutes ces réformes de l\u2019appareil gouvernemental en matière d\u2019éducation, de santé et d\u2019administration, par exemple, composent cette révolution.La branche culturelle de cette révolution doit beaucoup à Georges-Émile Lapalme.Mais, comme plusieurs de ses contemporains, on a réellement reconnu le rôle qu\u2019il a joué après sa mort.Depuis 1997, un prix porte maintenant son nom et est décerné chaque année à une personnalité qui se porte à la défense du français au Québec.Avec le temps, je crois qu\u2019on en est venu à une évaluation plus juste de sa contribution.Il semble y avoir une continuité entre la vision que Lapalme avait de la culture et la vôtre.En 1992, vous signiez une lettre non sollicitée à l\u2019intention de la ministre de la Culture11.Dans cette lettre vous suggériez comme d\u2019autres de réserver systématiquement 1 % du budget total du gouvernement pour le ministère de la Culture.Il y a eu énormément de progrès depuis quelques décennies.Le budget de ce ministère a bien progressé.Bien sûr, il n\u2019y a pas assez selon les dires des créateurs et je les comprends.Il manque également d\u2019argent pour les universités et pour la santé.Cependant, si la culture présente un avantage en tant que secteur économique par rapport aux autres, c\u2019est qu\u2019il est un des seuls qui puisse résister à la délocalisation.L\u2019identité culturelle ne se délocalise pas.Je suis de ceux qui pensent que le soutien de l\u2019État à la vie culturelle est 11 Claude Corbo, Mon appartenance : essais sur la condition québécoise, Montréal, VLB, 1992. 66 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 bénéfique pour toute la société.Contrairement au pétrole, nous avons la garantie que l\u2019argent investi dans notre culture créera quelque chose ici, les sommes qu\u2019on y consacre ne fuiront pas immédiatement à l\u2019étranger.C\u2019est pourquoi je considère important que ce ministère soit doté des moyens qu\u2019il lui faut.Doit-on sacrifier la vie culturelle en temps de crise économique ?Qui aurait pu croire qu\u2019une entreprise aussi banale que le Cirque du Soleil, telle qu\u2019elle l\u2019était à ses débuts, puisse devenir aussi importante aujourd\u2019hui ?Que ce soit en période de crise ou non, l\u2019important est d\u2019essayer de créer de la richesse de toutes les façons possibles.Je ne vois pas pourquoi nous devrions considérer le secteur culturel comme un secteur secondaire ou comme un sous-secteur.Ce secteur créé de la richesse aussi bien que d\u2019autres.Le cas du Cirque du Soleil est un bon exemple.Votre pièce se termine par la démission fracassante de Georges-Émile Lapalme.Pour s\u2019en expliquer, il lance une phrase plutôt énigmatique « Grâce à ces peintres et à ces poètes, grâce à tous ces créateurs, cette pauvre province de Québec a la grandeur et l\u2019armature d\u2019un pays.Peut-être que cela viendra.En attendant, mieux vaut perdre que trahir.D\u2019autres finiront bien par gagner un jour » Georges-Étienne Lapalme faisait-il partie des premiers souverainistes dans le Parti libéral ?C\u2019est phrase reflète ce qu\u2019il a écrit en 1959 dans un des textes que je considère comme très important dans le corpus des idées politiques du Québec.Je l\u2019ai d\u2019ailleurs colligé dans une anthologie des idées politiques du Québec que j\u2019ai publié il y quelques années avec Yves Lamonde12.12 Georges-Émile Lapalme : « Pour un autre miracle canadien-français », dans Le rouge et le bleu, Y.Lamonde et C.Corbo (dir.), Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1999, p.560-571. 67 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Malgré la sonorité très nationaliste de cette phrase, je ne pense pas qu\u2019on puisse dire que Lapalme ait été un souverainiste.Toutes ses actions en tant que ministre ont eu lieu avant que la souveraineté devienne la question centrale de la politique au Québec.Mais, il est clair qu\u2019il y avait chez lui un attachement et une volonté énorme pour l\u2019identité culturelle du Québec.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi la création du ministère des Affaires culturelles était aussi viscérale pour lui.Il n\u2019a jamais vu l\u2019identité culturelle comme un poids pour une nation, mais plutôt comme un instrument fondamental pour un peuple.Selon lui, le développement de la culture fait partie du développement global d\u2019une société.Les Japonais, les Américains, les Français et les Allemands ont-ils eu à mettre de côté leur identité pour prospérer économiquement et se tailler une place dans le monde ?À son époque, dans le gouvernement de Jean Lesage, il trouvait illogique de consacrer autant d\u2019argent à l\u2019éducation et si peu à la culture13.Comment offrir un enseignement pertinent sans avoir quelque chose à partager au préalable qui soit mobilisateur et inspirant ?Selon lui, le développement ne s\u2019arrêtait pas qu\u2019aux routes ou aux hôpitaux, il fallait aussi créer la culture et mettre sur pieds des moyens pour la diffuser et la rendre accessible.Ces arguments semblent banals aujourd\u2019hui, mais ce discours était marginal à l\u2019époque.Tout était à construire.?13 500 millions contre 5 millions selon les chiffres de l\u2019époque. 68 CHRONIQUE INTERNATIONALE Mathieu Bock-Côté* Retour sur les élections européennes de juin 2009 LA NOUVELLE QUESTION NATIONALE EUROPÉENNE Les dernières élections européennes, celles de juin 2009, ont confirmé la régression de l\u2019idéal européiste, déjà visible depuis plusieurs années, comme on l\u2019avait constaté avec le rejet de la constitution européenne en 2005 par une majorité de Français et de Néerlandais et le rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais le 12 juin 2008.Cette critique de plus en plus élaborée du système idéologique européen s\u2019inscrit dans une plus vaste tendance visible depuis le début des années 1990 à la fois dans les pays fondateurs ayant découvert leur souveraineté maillotée par un cartel technocratique d\u2019un genre inédit et chez les nouveaux venus de l\u2019est européen, qui après avoir recouvré leur souveraineté nationale n\u2019ont aucune envie de l\u2019aliéner dans un complexe technocratique qui rappelle à certains, comme le président tchèque Vaklav Klaus, le vieil universalisme soviétique1.Les symptômes de cette crise de légitimité sont nombreux et vont de l\u2019abstentionnisme massif aux élections européennes à la nationalisation du débat européen qui porte moins sur la mise en forme d\u2019un intérêt communautaire surplombant les intérêts nationaux que sur la capacité de déployer ces derniers dans les structures de l\u2019UE en passant par le développement d\u2019une droite populiste * Candidat au doctorat en sociologie, UQAM 1 François de Labarre, « Exclusif.Vaclav Klaus, l\u2019euro-sceptique qui ne mâche pas ses mots », Paris Match, 13 février 2009 69 CHRONIQUE INTERNATIONALE - septembre 2009 capitalisant sur le décrochage d\u2019une frange significative des classes populaires réfractaires à la liquidation de la référence nationale.La nation demeure la communauté d\u2019existence historique par excellence, celle qui accueille naturellement l\u2019expérience démocratique en délimitant les contours de la communauté politique à partir d\u2019un héritage particulier.Ceux qui ont cherché à se dérober à cette réalité en plaidant pour son remplacement par l\u2019Europe en ont d\u2019ailleurs payé le prix électoral, comme l\u2019a constaté la gauche européenne, qui avait affiché clairement sa préférence pour une Europe constituée selon les principes du fédéralisme alors que les partis de centre-droit ont mis de l\u2019avant une rhétorique basée sur la légitimité du cadre national - malgré leur ralliement de fait à l\u2019européisme, qui relève d\u2019un autre problème2.Mais ce « sursaut conservateur » devant l\u2019Europe ne passe pourtant pas pour une option légitime au sein des élites européennes qui ont depuis longtemps racorni l\u2019espace du pensable en ce qui a trait à la question nationale3.François Fillon, l\u2019actuel premier ministre français, a ainsi affirmé que pour la première fois depuis Maëstricht, la question du régime ne se posait plus en Europe et que toutes les formations politiques étaient désormais ralliées à la construction européenne.Ce scrutin se déroule dans un contexte totalement inédit.C\u2019est la première fois, depuis très longtemps, qu\u2019il n\u2019y a plus de débat institutionnel entre l\u2019Europe fédérale, l\u2019Europe confédérale, l\u2019Europe souverainiste.Ce débat-là est réglé, d\u2019une certaine façon, par l\u2019élargissement.Il a été réglé aussi par le compromis élaboré par le président et la chancelière allemande avec le traité de Lisbonne.Pour la première fois, 2\tJohn O'Sullivan, « Europe's Disintegrating Left », National Review, July 6, 2009, p.20-22.3\tIvan Rioufol, « La nouvelle offensive des idéologues », Le Figaro, 12 juin 2009 70 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 le débat européen est concentré sur la réponse que l\u2019Europe doit apporter à la mondialisation, c\u2019est-à-dire sur l\u2019Europe efficace.Cette Europe politique, à laquelle personne ne croyait dans le passé, est devenue crédible grâce à la présidence française4.On voit bien là la prétention à confisquer le débat politique entre partisans de l\u2019européisme, le « débat européen » devant apparemment être réservé aux partisans de l\u2019européisme.François Fillon aurait dû préciser son propos en parlant du « débat » tenu entre les partis « respectables », médiatique-ment adoubés par le système idéologique dominant, ce qu\u2019a fait bien malgré lui Jose Manuel Barroso en soutenant que « le risque de l\u2019abstention est qu\u2019elle permet aux eurosceptiques et aux extrémistes de s\u2019emparer de notre débat et de notre avenir ».Si le politiquement correct est un dispositif idéologique fonctionnant à la criminalisation systématique du conservatisme dans le langage de l\u2019extrémisme, on assiste ici à son plein déploiement.D\u2019ailleurs, un nouveau terme surgi du lexique démonologique de la gauche idéologique s\u2019est imposé dans cette campagne : on parle désormais d\u2019europhobie5.Le terme n\u2019est certainement pas neutre et il vise à classer le souverainisme réfractaire de grands pans de l\u2019électorat dans le registre des pathologies sociales et idéologiques.On dira europhobie comme on dit xénophobie et on assimilera même, comme l\u2019a fait Dominique Reynié dans son analyse du Non de gauche en 2005 la souveraineté nationale au nazisme en dénonçant le « social-nationalis-me6 », une vision semblable à celle de Jurgen Habermas qui parlait alors de la défense de l\u2019État-nation comme d\u2019une idée 4\tEntretien avec François Fillon, « Bayrou tombe dans les mêmes travers que le PS », Le Figaro, 14 mai 2009.5\tPascal Perrineau, « Europhobie » et « Euroscepticisme », dans Yves Bertoncini et al., Dictionnaire critique de l\u2019Union européenne, Armand Colin, 2008, p.172-173 6\tJacques Julliard, « La France seule », Le Nouvel Observateur, 9 juin 2005. 71 CHRONIQUE INTERNATIONALE - septembre 2009 « droitière et xénophobe7 » ainsi qu\u2019à celle de Jacques Julliard qui fera le procès de la « France seule8 » en assimilant par là la souveraineté nationale au maurrassisme.On en entendra même plusieurs faire le procès de la tenue de référendums nationaux sur l\u2019Europe dans la mesure où ceux-ci consacreraient la légitimité du cadre national comme lieu d\u2019expression de la souveraineté populaire.Depuis quelques années, la technocratie européiste a systématiquement associé l\u2019euroscepticisme à l\u2019extrémisme, en laissant entendre par là qu\u2019il n\u2019y avait aucun noyau rationnel à la critique de la construction européenne et que l\u2019attachement à l\u2019État-nation était le signe d\u2019une pathologie grave.Cette vision des choses est commune à l\u2019intelligentsia progressiste et on la trouvait aussi dans la page éditoriale du Devoir où Serge Truffaut a assimilé le conservatisme européen au fascisme et même, au nazisme : « ils rêvent au retour des États-nations qui s\u2019entre-déchiraient tous les vingt ans.Pour charmer leurs concitoyens, ils cultivent la nostalgie du passé, de la religion vaticanesque, de la loi et l\u2019ordre, voire du bon vieux temps des colonies9 ».L\u2019attachement à la souveraineté nationale, à la sécurité publique et à l\u2019héritage chrétien de l\u2019Europe sont désormais à considérer comme autant de caractéristiques idéologiques de l\u2019extrême-droite, ce qui en dit beaucoup sur l\u2019élasticité d\u2019une notion qui a désormais davantage à voir avec la polémique militante qu\u2019avec la politologie.Si la défense de la nation est une pathologie, c\u2019est par contraste avec l\u2019idéal européiste, nouvel horizon de l\u2019universalisme progressiste.Edgar Morin l\u2019a souvent écrit, et Daniel Cohn-Bendit a repris la formule : l\u2019Europe serait la 7\tSerge Truffaut, « L\u2019extrême-droite en Europe : la vogue du brun », Le Devoir, 29 juin 2009.8\tEdgar Morin, Penser l\u2019Europe, Paris, Gallimard, 1990 9\tUlrich Beck, Edgar Grande, Pour un empire européen, Paris, Flammarion, 2007. 72 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 dernière des utopies disponibles10, une utopie sacralisée qui a la force d\u2019un mythe censé féconder le vieux monde et transformer en profondeur les sociétés qui le composent.L\u2019Europe s\u2019est dépris depuis longtemps du projet politique de ses fondateurs, qui n\u2019était pas sans d\u2019immenses défauts d\u2019ailleurs, comme l\u2019a souvent rappelé le général de Gaulle, qui se moquait d\u2019un continent noyé dans un « volapuk intégré » et faisant le procès du supranationalisme des partisans de la démocratie-chrétienne qui rêvaient de réanimer la vieille tradition impériale européenne pour déployer à partir d\u2019elle l\u2019union du continent.Mais le vice de l\u2019européisme contemporain n\u2019est pas seulement dans la supranationalité -\til faudrait aujourd\u2019hui dire post-nationalité, semble-t-il -\tconséquente du désir d\u2019empire mais bien dans l\u2019investissement progressiste de ce principe, « l\u2019empire européen » correspondant à la forme politique la plus susceptible d\u2019accueillir l\u2019utopie progressiste de notre temps telle qu\u2019elle s\u2019est métamorphosée dans la dynamique des radical sixties11.Le contenu de cette utopie est connu : il s\u2019agit d\u2019un empire humanitaire, qui prétend à la souveraineté universelle, l\u2019Union européenne annonçant une future gouvernance mondialisée sous le signe des « droits humains », de la « lutte contre les discriminations », du multiculturalisme et de la réalisation d\u2019un bien commun qui ne serait plus tenu dans les paramètres historiques de la nation - un impérialisme humanitaire qui amène une certaine gauche 10\tSoeren Kern, « Spain Changes Tack on Universal Jurisdiction », Pajamas Médias, 28 mai 2009.11\tDans un récent ouvrage, Strobe Talbott, qui a joué un rôle majeur sous la présidence de Bill Clinton, a fait de l\u2019élargissement systématique de la communauté politique la marque la plus visible du progrès historique, la nation n\u2019étant ainsi qu\u2019un aménagement social parmi d\u2019autres appelé à se faire déconstruire dans la recherche d\u2019une toujours plus grande universalité politique, ce qui l\u2019amenait d\u2019ailleurs à souhaiter la mise à jour d\u2019une historiographie plus favorable aux expériences impériales qui ont traversé le i9ème siècle européen.Strobe Talbott, The Great Experiment, Simon & Schuster, 2008. 73 CHRONIQUE INTERNATIONALE - septembre 2009 à réclamer une compétence universelle pour la justice européenne dans les questions liées aux droits humains, comme s\u2019il fallait dès maintenant marquer la naissance d\u2019une politie mondialisée dont la légitimité déclasserait dès maintenant la justice des États-nations12.On connait la rhétorique : la multiplication des enjeux mondialisés nécessiterait leur transposition dans un espace de gouvernance qui ne serait plus héritier des contingences nationales, la question écologique étant par ailleurs de toutes la plus exemplaire de la nécessaire résolution à grande échelle des problèmes de l\u2019humanité toute entière13.Il n\u2019y aurait plus vraiment de problèmes existentiels ailleurs qu\u2019à l\u2019échelle globale.Ce n\u2019est pas sans raison qu\u2019on parle souvent du soft power qui serait le propre de la politique étrangère européenne, signe d\u2019une neutralisation de la distinction entre la politique extérieure et la politique intérieure, l\u2019UE représentant apparemment un moment pédagogique dans l\u2019apprentissage d\u2019une démocratie postnationale se reconnaissant dans l\u2019horizon habermassien d\u2019une gouvernance mondiale sans gouvernement mondial, susceptible de faire émerger une figure unifiée du bien commun de l\u2019humanité qui ne serait plus divisé par les intérêts contradictoires des nations.L\u2019Union européenne représente une communauté posthistorique qui trouve justement dans la radicalisation de son utopie fondatrice la condition du renouvellement de sa légitimité institutionnelle.Moins l\u2019Europe fonctionne et plus elle doit croître et s\u2019approfondir.Il est dans la définition même de l\u2019utopie de ne pas connaître d\u2019autres frontières que circonstancielles à son expansion.Autrement dit, l\u2019idéal d\u2019une gouvernance mondialisée a trouvé dans l\u2019Europe son espace d\u2019incubation, mais il n\u2019a aucunement pour vocation 12\tRobert Conquest, Le féroce vingtième siècle, Paris, Éditions des Syrtes, 2001, p.267.13\tMichel Rocard, « Élargissement, quel scénario ?», Libération, 2 juin 2009 74 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 de s\u2019y cloitrer.L\u2019association européenne se présente ainsi comme l\u2019antichambre d\u2019une souveraineté globalisée qui ne serait plus redevable envers un peuple en particulier - c\u2019est dans l\u2019idéal même de l\u2019Europe que la souveraineté s\u2019incarnerait, et elle s\u2019exercerait par la technocratie responsable de l\u2019exégèse et de la diffusion de cet idéal, comme l\u2019a noté avec perspicacité Robert Conquest14.Comme le rappelait Michel Rocard, « l\u2019essentiel est moins la pérennisation d\u2019une identité européenne territoriale dans ses frontières d\u2019origine que son extension géographique15 ».On ne se surprendra pas de savoir les européistes fervents partisans du multiculturalisme mondialisé dans la mesure où celui-ci conteste la prétention à emboîter la démocratie et la nation dans une même communauté politique qui ferait de la seconde la condition de la première.Désormais, la communauté politique devra se reprogrammer dans les paramètres du seul universalisme progressiste, dans un contractualisme intransigeant ne laissant pas contenir ses prétentions par un héritage historique particulier.La question de la Turquie est centrale ici tant elle symbolise bien l\u2019identité historique carencée d\u2019une communauté politique qui a prétendu se fonder non pas sur l\u2019histoire mais sur l\u2019utopie.C\u2019est justement parce qu\u2019elle n\u2019est pas culturellement européenne que la Turquie devrait rejoindre l\u2019Europe, pour confirmer que cette dernière n\u2019est aucunement porteuse d\u2019un substrat historique prédéter-miné16.D\u2019autres ont spéculé sur un prochain élargissement de l\u2019Europe vers la rive-sud de la Méditerranée pour intégrer au destin européen les peuples du Maghreb.On connaissait la boutade de Jacques Chirac : l\u2019Europe n\u2019est pas un club chrétien.On sait ce qu\u2019il voulait dire par là : l\u2019Europe est his- 14\tPierre Moscovici et Pierre Weill, « Oui, nous avons besoin de la Turquie en Europe », Le Monde, 2 juin 2009.15\tPierre Manent, La raison des nations, Paris, Gallimard, 2006.16\tLouis Pauwels, « Les Européistes contre les Européens », Le Figaro-Magazine, 12 septembre 1992, p.33 75 CHRONIQUE INTERNATIONALE - septembre 2009 toriquement un club chrétien et elle ne doit justement plus l\u2019être17.Il s\u2019agit donc de déconstruire l\u2019expérience historique européenne, faite de nations héritières du christianisme et disposant chacune de sa souveraineté politique, pour transformer l\u2019Europe en laboratoire à partir duquel mettre au monde une utopie ranimant l\u2019idéal d\u2019une civilisation mondialisée.Mais cette fiction idéologique vole en éclat et le réel reprend lentement ses droits.Paradoxe parmi les paradoxes : si les défenseurs de l\u2019État-nation s\u2019opposent clairement au supranationalisme européen, c\u2019est justement parce qu\u2019ils défendent l\u2019héritage politique et culturel de l\u2019Europe contre ceux qui en détournent la référence pour justifier sa transformation en grand laboratoire du progressisme mondialisé.Louis Pauwels avait dit la chose autrement : il faut désormais distinguer les Européistes des Européens18.D\u2019une certaine manière, l\u2019européisme a de moins en moins à voir avec la civilisation européenne et son héritage.Et ce n\u2019est pas sans raison que certains évoquent une Europe qui se désocci-dentaliserait au rythme où elle chercherait à se constituer à travers son utopie refondatrice.On parle souvent de la faille atlantique qui sépare l\u2019Europe occidentale de l\u2019Amérique du Nord.Cette faille retranscrit en fait dans une perspective géopolitique la différence entre une Europe qui s\u2019est laissée emportée par les radical sixties dont l\u2019UE est aujourd\u2019hui l\u2019incarnation politique et une Amérique où s\u2019est constitué un mouvement conservateur structuré capable justement de formuler une critique du progressisme mondialisé qui emporte les élites européennes - on pourrait aussi inscrire 17\tOn consultera tout à la fois John Fonte, « Liberal Democracy vs.Transnational Progressivism : The Ideological War Within the West », Orbis, Summer 2002, p.449-467 ; John O\u2019Sullivan, Conservatism, Democracy and National Identity, Center for Policy Studies, 1999.18\tAFP, « Parlement européen - Un groupe conservateur eurosceptique voit le jour », Le Devoir, 23 juin 2009. 76 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 d\u2019une certaine manière le conservatisme britannique dans cette perspective.Ce conservatisme a justement redécouvert depuis quelques années la question nationale en se montrant très critique envers la déconstruction des souverainetés et des identités nationales.On peut même dire que ce conservatisme se considère désormais comme fondamentalement lié à la défense de la nation, comme l\u2019ont souligné l\u2019un à la suite de l\u2019autre John O\u2019Sullivan et John Fonte19.Ce « souverainisme conservateur20 » de l\u2019Amérique républicaine et de la Grande-Bretagne conservatrice fait découvrir à nouveau ses vertus en rappelant que la démocratie libérale et la nation définie en tant que communauté de mémoire et de culture sont indissociables et qu\u2019une communauté politique post-nationale serait nécessairement post-démocratique.Il faut noter que sous l\u2019initiative du Parti conservateur britannique, ce souverainisme conservateur s\u2019exprimera désormais dans un groupe au parlement européen qui, s\u2019il parvient à prendre forme sur les scènes politiques nationales, pourrait bouleverser la donne politique sur le vieux continent21.C\u2019est probablement la chose à observer en Europe dans les années à venir pour ceux qui se demandent comment pourrait prendre forme une critique enfin fructueuse de la technocratie européiste.Car Éric Zemmour l\u2019a déjà noté, si le « souve-rainisme » est probablement majoritaire électoralement, il n\u2019est jamais parvenu à se constituer politiquement comme une alternative électorale crédible et ne parvient à s\u2019imposer qu\u2019au moment de consultations référendaires permettant de polariser l\u2019espace public autrement qu\u2019à travers une configuration partisane où tous les partis « respectables » 19\tÉric Zemmour, « Sarkozy pris au piège de l\u2019action », Le spectacle du monde, juillet-août 2008, n,547, p.15 20\tJeremy Rifkin, Le rêve européen, Paris, Fayard, 2005.21\tAFP, «Parlement européen - Un groupe conservateur eurosceptique voit le jour», Le Devoir, 23 juin 2009. 77 CHRONIQUE INTERNATIONALE - septembre 2009 sont ralliés au consensus postnational 22.Trop longtemps, le conservatisme s\u2019est trouvé coincé entre un centrisme héritier de la démocratie chrétienne et une extrême-droite dénaturant la défense du sentiment national en l\u2019inscrivant dans un registre idéologique contradictoire avec les préceptes élémentaires de la démocratie libérale.Cet écartèlement du conservatisme entre un centrisme libéral idéologiquement satellisé par la gauche post-soixante-huitarde et un nationalisme refoulé dans les marges populaires et rendu disponible aux aventuriers les plus improbables a entraîné une confiscation de l\u2019espace public par le progressisme.Il s\u2019agit donc d\u2019espérer que le sentiment national dans les démocraties européennes parviendra à reprendre forme politiquement en se sortant de ce double piège que représente sa neutralisation par le centrisme et sa confiscation par la droite populiste.Il y a là matière à réflexion pour le mouvement national québécois qui n\u2019évolue pas idéologiquement en vase clos.Depuis la souveraineté-association de René Lévesque à l\u2019Union confédérale de Bernard Landry, le leadership souverainiste a cru trouver dans la construction européenne l\u2019avenir politique de la nation occidentale, appelée à préserver son existence politique tout en multipliant les partages de souveraineté.Pour les souverainistes, l\u2019européisme était le gage d\u2019une version progressiste de la cause nationale, réconciliant le désir de reconnaissance du Québec avec son « ouverture sur le monde ».Le rêve européen dont parlait Jeremy Rifkins a longtemps été un rêve québécois23.Mais ce modèle, s\u2019il fallait en trouver une dernière confirmation, implose, et le postmodernisme à l\u2019européenne confirme pour ceux qui en doutaient qu\u2019il ne tolère plus les nations 22\tÉric Zemmour, « Sarkozy pris au piège de l\u2019action », Le spectacle du monde, juillet-août 2008, n,547, p.15 23\tJeremy Rifkin, Le rêve européen, Paris, Fayard, 2005. 78 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 que de manière résiduelle, avant d\u2019achever leur reconstruction multiculturelle et progressiste.Autant l\u2019Europe se constitue dans l\u2019utopie post-nationale d\u2019une civilisation post-occidentale, autant le souverainisme à la québécoise s\u2019est idéologiquement vidé de sa matière identitaire et historique pour devenir la poursuite du progressisme par d\u2019autres moyens.Le souverainisme en est lui aussi venu à vider le Québec de son substrat historique pour le définir comme un idéal progressiste dont le lien canadien entraverait la concrétisation.D\u2019une certaine manière, le progressisme, peu importe le chemin qu\u2019il suit, mène au même résultat, soit la mise en scène d\u2019une société fondée sur la déconstruction des héritages les plus féconds portés par la civilisation occidentale.Il n\u2019y a rien de plus contradictoire aujourd\u2019hui que l\u2019utopisme progressiste et la défense de la nation.On ne pourra pas penser l\u2019avenir nation sans penser la critique du système idéologique qui travaille à sa déconstruction.? LIRE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 8o NOTE CRITIQUE Gaston Deschênes* L'héritage de Champlain LES BALLES PERDUES DE LA GUERRE RÉVISIONNISTE Mathieu d\u2019Avignon, Champlain et les fondateurs oubliés ; les figures du père et le mythe de la fondation, Québec, PUL, 2008, 540 pages Issu d\u2019une thèse de doctorat, l\u2019ouvrage de Mathieu d\u2019Avignon « s\u2019inscrit dans le contexte d\u2019un courant historiographique récent de déconstruction des mythes fondateurs » (p.3) et veut expliquer « pourquoi l\u2019histoire et la mémoire [ont] retenu le nom de Champlain comme étant celui du fondateur de Québec », oubliant les prétendants anciens et nouveaux à ce titre : Pierre Dugua de Mons, qui a investi dans le commerce des fourrures, le capitaine Dupont-Gravé, qui a négocié l\u2019alliance franco-indienne de 1603 à Tadoussac, le chef montagnais Anadabijou, qui était partie à cette alliance, et le roi Henri IV, son homologue lointain.L\u2019hypothèse de l\u2019auteur est que Champlain a sciemment contribué à nourrir le mythe en orientant ses récits vers sa propre personne dans le but de construire une image de « fondateur unique ».* L'auteur est maintenant historien autonome, après plusieurs années passées dans la fonction publique, dont 30 comme historien à l'Assemblée nationale du Québec.Il a publié plusieurs ouvrages sur sa région natale, la Côte-du-Sud. L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Dans le premier chapitre (« Champlain : à l\u2019origine du mythe de la fondation ?»), Mathieu d\u2019Avignon présente et examine les récits de Champlain.Il s\u2019intéresse particulièrement aux différences entre la première version des voyages de 1603 à 1618 (éditée en 1603, 1613 et 1619) et celle que Champlain publie sous une forme abrégée dans la première partie de son édition de 1632.Son analyse vise à démontrer que Champlain a voulu occulter le rôle des Montagnais (« l\u2019alliance » de 1603), de Dugua de Mons et de Dupont-Gravé.Après s\u2019être fait le « héros de ses récits » (p.124 et ss.) et avoir remplacé des « nous » par des « je », il ne lui restait plus qu\u2019à attendre que les historiens oublient de consulter ses ouvrages antérieurs et « tombent dans le piège mis en place [.] à la fin de sa carrière d\u2019auteur » (p.228).Dans les trois chapitres suivants, l\u2019auteur étudie l\u2019effet du « piège ».Il passe d\u2019abord en revue les auteurs qui ont présidé à « la naissance d\u2019un héros français » et à « l\u2019édification du mythe des origines » (les Jésuites, Lescarbot, Sagard, Sixte Le Tac, Le Clercq, Bacqueville de La Potherie, Charlevoix, Kalm), puis les historiens qui ont contribué à « la consolidation du mythe » (Bibaud, Garneau, Ferland, Laverdière, Sulte, Dionne, Groulx) et enfin trois auteurs qui témoignent d\u2019un renouvellement du « récit des origines » (Desrosiers, Trudel et Victor Tremblay).Les historiens anglophones, qui ont produit les plus imposantes biographies de Champlain, ne sont malheureusement pas inclus dans le corpus étudié.Il n\u2019est pas question ici de réexaminer point par point la démonstration exposée dans le premier chapitre, mais, au terme de cette année de fêtes sur laquelle l\u2019ombre de Dugua de Mons a constamment plané, il apparaît opportun de se pencher sur son cas et plus particulièrement sur les quelque 18 mois qu\u2019il a passés avec Champlain en Acadie. 82 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Peut-on vraiment affirmer, comme l\u2019écrit l\u2019auteur à cinq reprises (p.101, 110, 122, 160, 500, dans des termes à peu près semblables), que Champlain « supprime un grand nombre de passages décrivant les actions de Dugua, passe du « nous » au « je » et s\u2019attribue même à l\u2019occasion des actions accomplies par son ancien supérieur » ?Les ouvrages de Champlain sont des récits de voyages et non des « récits des origines », comme Mathieu d\u2019Avignon les décrit, ce qui lui permet de dire ensuite que ces récits ne sont pas objectifs ou exhaustifs.Aucun des ouvrages de Champlain n\u2019avait la prétention de faire l\u2019histoire générale des explorations ou des établissements français en Amérique (comme ce sera le cas ultérieurement pour Charlevoix, par exemple), et de distribuer les lauriers.Que Champlain parle de lui n\u2019étonne guère ; qu\u2019il soit le héros de ses récits non plus.Mais s\u2019attribue-t-il des réalisations qui sont fictives ou ne sont pas les siennes ?Mathieu d\u2019Avignon consacre de nombreuses pages à examiner les différences entre les récits édités en 1613 et ceux de 1632.Il aurait été utile d\u2019énoncer le principe qui semble avoir guidé Champlain dans sa dernière édition : ce n\u2019est pas Dugua de Mons qui est gommé mais presque tout ce qui touche la logistique, la gestion, etc.de l\u2019établissement acadien dont le rappel tient en une phrase : « En cet endroit y fut faite l\u2019habitation en l\u2019an 1604 ».Dans son récit synthèse, Champlain conserve ce qui concerne les explorations, la navigation, la géographie, les ressources, les peuples amérindiens.C\u2019est l\u2019objectif qu\u2019il annonce d\u2019ailleurs à la fin de son premier livre de 1632 : « descrire les descouvertes de ces costes, pendant trois ans & demy que je fus à l\u2019Acadie, tant à l\u2019habitation de Saincte Croix, qu\u2019au Port Royal ».Champlain coupe dans les détails triviaux, le quotidien, le caduc.Il travaille sur cette dernière version dans les années 1630- 83 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 1631, au moment où il cherche des appuis pour reprendre Québec : quel est l\u2019intérêt de rappeler que Dugua de Mons a envoyé une barque à la baie Sainte-Marie en 1604, ou fait faire du jardinage en Acadie, 25 ans plutôt ?En sabrant dans son récit antérieur, Champlain coupe des informations sur ses collègues et collaborateurs mais aussi sur plusieurs de ses propres gestes.Il retranche des passages sur le rôle de Dugua de Mons comme commandant des certaines explorations mais le lecteur qui n\u2019a parcouru que le récit de 1632 ne voit pas non plus que Champlain a effectué, seul avec quelques matelots, une bonne partie des « découvertes ».Après avoir cité huit passages coupés ou altérés dans le récit de 1605, l\u2019auteur conclut que Champlain « s\u2019approprie certaines actions de Dugua ».Qu\u2019en est-il ?Dans trois passages, Champlain écrit qu\u2019il est allé à terre sans mentionner qu\u2019il l\u2019a fait avec ou à la demande de Dugua.Dans les deux autres, il écrit « on envoya » des hommes à terre au lieu de « le sieur de Mons envoya ».Mathieu d\u2019Avignon soutient ailleurs que l\u2019édition de 1632 enlève à Dugua la paternité de deux des trois toponymes mentionnés en 1613, ne lui laissant que baie Française.Or, Champlain maintient en 1632 que Dugua a aussi nommé l\u2019île Sainte-Croix (p.723).Le troisième cas n\u2019est pas clair : en 1613, Champlain parle du cap « qu\u2019avons nommé S.Loys » et, deux pages plus loin, du cap « ainsi nommé par le sieur de Mons » ; en 1632, il écrit plutôt « ay nommé Sainct Louys » puis « que nous avons ainsi nommé ».Que faut-il comprendre ?La prudence s\u2019impose dans l\u2019évaluation des « je » et des « nous ».Sept des 17 toponymes dont la paternité n\u2019est pas précisée (« nous ») en 1613 passent au crédit de Champlain en 1632 mais il faut noter que ce dernier était en mission, seul avec des matelots, quand au moins trois de ces toponymes ont été créés (îles aux Loups marins, cap Fourchu et îles Rangées).Le « nous » refléterait une décision de groupe ?On peut en douter. 84 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 C\u2019était lui, le cartographe, et on imagine qu\u2019il est plus près de la réalité en réclamant la paternité de ces toponymes en 1632.Chose certaine, il n\u2019enlevait rien à Dugua de Mons en cette matière.S\u2019il voulait discréditer Dugua de Mons, pourquoi, après avoir coupé de larges parties du récit initial et fait sauter le nom de son ancien commandant à quelques reprises, Champlain ajoute-t-il de longs passages, dans cette même édition de 1632, où « il reconnaît haut et fort la contribution de Dugua à la fondation de l\u2019Acadie », insistant « sur les actions et les mérites singuliers de cet entrepreneur, sur les efforts qu\u2019il a déployés afin que réussisse son entreprise de fondation de l\u2019Acadie » (p.119) ?Bien plus, Champlain dénonce les manœuvres de coulisses qui ont mené à la révocation injustifiée du monopole de traite de Dugua.Ces propos compensent largement le retrait de détails de la vie quotidienne en Acadie.Mathieu d\u2019Avignon mentionne ces ajouts favorables à Dugua de Mons sans expliquer la contradiction qu\u2019ils soulèvent dans sa thèse alors qu\u2019il se montre extrêmement critique sur d\u2019autres propos de Champlain.Citons brièvement quatre exemples.Il reproche à Champlain d\u2019avoir menti délibérément en écrivant que Dugua a obtenu sa commission « à condition d\u2019y planter la foi catholique » alors que cette commission ne parle pas de cette religion selon lui.Ce document officiel enjoint Dugua « de convertir, amener et instruire les peuples [.] au christianisme et en la créance et Profession de notre foy et religion ».Henri IV ayant abjuré le protestantisme en 1593, Champlain ne pouvait-il pas conclure que la religion du roi était le catholicisme ?Si Champlain allonge le récit de l\u2019embarquement pour l\u2019Acadie de 1604, soutient l\u2019auteur, c\u2019est afin de pouvoir 85 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 ensuite « critiquer sévèrement l\u2019administration de Dugua » (p.104).Pourtant, Champlain mentionne seulement que la cohabitation du curé catholique et du ministre protestant n\u2019a pas été facile, les deux hommes s\u2019étant même battus à coups de poing, ce qui ne favorisait pas l\u2019évangélisation des Amérindiens.Cette observation serait une critique sévère envers Dugua : vraiment ?L\u2019auteur reproche aussi à Champlain de dramatiser les causes de la révocation du monopole de Dugua : les familles des contrebandiers auraient été contraintes à la mendicité.Or, il apparaît incontestable que Champlain ne fait que rapporter les critiques exprimées par les adversaires de Dugua, sans nécessairement les endosser.Ne dénonce-t-il d\u2019ailleurs pas l\u2019injustice dont Dugua a été victime quelques lignes plus loin ?Enfin, l\u2019auteur note que Champlain retranche le texte de la « commission » accordée à Dugua en 1608 mais reproduit celle qu\u2019il a reçue lui-même en 1612.Un examen attentif des deux documents démontre qu\u2019ils ne sont pas de la même nature.En 1612, le comte de Soissons fait de Champlain son lieutenant et décrit longuement ses pouvoirs, ce qui n\u2019est pas le cas du document de 1608 qui est abusivement désigné comme une « commission » ; c\u2019est plutôt un mandement envoyé aux officiers de justice pour les enjoindre de faire respecter le monopole accordé à Dugua.En 1608, Champlain avait sûrement une copie de ce document devenu très secondaire en 1632.Dans les chapitres 2, 3 et 4, Mathieu d\u2019Avignon se livre à un long exercice d\u2019historiographie qui se conclut sans surprises.Pour les auteurs de la Nouvelle-France, « tous les honneurs reviennent à Champlain, tout comme, implicitement ou explicitement, les titres de fondateur et de père » ; 86 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 plusieurs « véhiculent un récit exclusif des origines qui occulte l\u2019alliance de 1603 » (p.502).Les historiens du XIXe et de la première moitié du XXe, « sans exception, [.] associent Champlain à la fondation et aux origines de la nation canadienne-française.Presque tous, à l\u2019unisson, le consacrent fondateur unique de Québec et de la Nouvelle-France » (p.503) et « la plupart des auteurs [.] occultent la rencontre entre Français et Amérindiens ».Enfin, « Desrosiers, Trudel et Tremblay [.] établissent clairement un lien entre alliances et fondation » mais « Desrosiers et Tremblay continuent, subtilement, de magnifier les réalisations et les mérites de Champlain ».Heureusement, il y a Marcel Trudel, avec qui les héros « redeviennent des hommes » (p.505).Il ne fait pas de doute que les mérites de Champlain ont été exagérés par plusieurs auteurs, Narcisse-Eutrope Dionne, en particulier, qui est sur la sellette pendant plus de 50 pages (dont 11 de « conclusion »).L\u2019auteur ne se satisfait pas des deux volumes que Dionne consacre à Champlain mais il analyse aussi une brève notice insérée dans Serviteurs et servantes de Dieu en Canada (1904).Le traitement réservé au docteur Dionne est bien différent de celui qui est accordé à Marcel Trudel.S\u2019il importait de signaler au lecteur que Dionne était un « fervent défenseur de la religion catholique », il aurait été utile de rappeler que Trudel a été un promoteur du mouvement laïc au Québec et que son anticléricalisme est notoire.Et, si l\u2019auteur a jugé bon d\u2019analyser une notice de Serviteurs et servantes de Dieu, pourquoi a-t-il écarté de son corpus celle que Marcel Trudel a consacrée à Champlain dans le premier tome du Dictionnaire biographique du Canada.Est-ce parce que ce texte présente Champlain comme « fondateur de Québec », « fondateur du Canada », « notre premier grand colonisateur », celui qui a « établi la Nouvelle-France » ?Dans ce 87 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 même ouvrage, dont Marcel Trudel était directeur adjoint, la biographie de Dugua (par MacBeath) ne mentionne rien de tel ; au mieux, il aurait « rendu possibles » les réalisations de Champlain.Le même ouvrage contient deux autres textes de Marcel Trudel, soit une synthèse sur la Nouvelle-France, qui ignore « l\u2019alliance » de 1603, et la biographie d\u2019un « personnage fort sympathique », François Dupont-Gravé.Mathieu d\u2019Avignon a plutôt choisi d\u2019utiliser une brochure récente (2005) qui reproduit ses propres entretiens avec Marcel Trudel « sur la science historique et le métier d\u2019historien ».Ce dernier y évoque les difficultés que ses interprétations historiques lui ont values de la part de certains collègues et des élites cléricales au milieu du siècle dernier.Cette publication fort opportune donne à Marcel Trudel l\u2019occasion de mettre son point de vue sur Champlain au goût du jour et à Mathieu d\u2019Avignon quelque chose à citer pour justifier la présence de Trudel dans le chapitre sur le « nouveau récit des origines ».Trudel souligne que, « depuis deux ou trois ans, on commence à admettre que Dugua de Mons est « cofondateur » [de Québec] ».Et encore : « C\u2019est une grande politesse qu\u2019on veut faire à Champlain », pour ne pas le « déboussoler » (p.445) ! Il aurait été utile de définir quelque part ce qu\u2019est un « fondateur ».Il aurait été intéressant aussi d\u2019expliquer au lecteur sur quelles nouvelles sources documentaires Marcel Trudel s\u2019appuie pour modifier aussi radicalement le point de vue qu\u2019il avait exprimé en 1966.À cette époque, il n\u2019était pourtant plus dans l\u2019orbite contraignante de l\u2019évêché de Québec ou sur la liste de paye de son université catholique, mais plutôt directeur de l\u2019Institute of Canadian Studies de Carleton University.L\u2019auteur s\u2019égare parfois dans des digressions qui sont hors propos.Il s\u2019attaque par exemple à ce qu\u2019il appelle le mythe 88 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 du désintéressement de Champlain (p.60-64) avec des arguments sommaires (dont certains ragots colportés par ses ennemis).Ailleurs, il expose des réflexions (sur la stratégie d\u2019édition de Champlain, p.65, sur la présence de sa femme à Québec, p.66) qui détonnent dans un ouvrage consacré à l\u2019analyse de textes et à l\u2019historiographie.L\u2019ouvrage est souvent répétitif.Certaines redites sont dues à la structure de l\u2019ouvrage qui multiplie les introductions et les conclusions (d\u2019abord du livre, puis des chapitres et enfin des sections).La phase (citée ci-dessus) reprise cinq fois dans des termes à peu près identiques est un exemple.Les hypothèses formulées dans l\u2019introduction (p.2) reviennent presque textuellement à la page 20.De longues citations sont répétées (p.193 et 296, 356 et 359, 464 et 468).Le cinquième chapitre arrive lui-même comme un hors-d\u2019œuvre sur un thème («l\u2019alliance franco-montagnaise ») dont il a été abondamment question au fil des quatre chapitres précédents.Ce chapitre-bonus, qui n\u2019ajoute rien d\u2019essentiel à l\u2019ouvrage, permet cependant à l\u2019auteur d\u2019apporter « une nouvelle pièce » (p.506) au dossier, une lettre que le roi Henri IV adressait à Dugua de Mons le 8 janvier 1603 pour l\u2019enjoindre « de traiter et contracter [.] paix, alliance, confédération, et bonne amitié » avec les peuples amérindiens.Cette lettre, selon l\u2019auteur, « montre que le voyage au Canada de 1603 a été planifié en fonction de cette nouvelle politique officielle » (p.493).On comprend que Dugua de Mons accède du même coup au rang d\u2019intervenant dans cet « événement fondateur » de Québec.Malheureusement, cette lettre qui aurait été adressée à Dugua le « 8 janvier 1603 » est en fait sa commission du 8 novembre 1603.Guy Binot a noté (Pierre Dugua de Mons, 2004, p.252) que ce document a été daté erronément, notamment dans la copie faite par (ou pour) Pierre Margry. 89 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Dugua de Mons ne pouvait évidemment pas être nommé à un poste occupé par Chauvin en janvier, puis par de Chaste jusqu\u2019en mai 1603.Ce document fait en outre référence à la commission de vice-amiral reçue par Dugua en octobre 1603.Dans le champ des balles perdues, le « nouveau » document de janvier 1603 ira rejoindre la prétendue « commission » du 7 janvier 1608 qu\u2019on a voulu présenter comme « l\u2019acte de fondation de Québec » en janvier 2008.S\u2019il a été relativement facile de saper la renommée de Dollard ou de Madeleine de Verchères, dont le caractère héroïque tient à une bataille avec les Iroquois, la tâche est plus ardue pour celui qui a imaginé, bâti et soutenu la présence française en Amérique, et s\u2019est consacré à cette œuvre avec plus de talent, de détermination et de constance qu\u2019aucun de ses contemporains.? 90 LIRE LES ESSAIS MICHAEL IGNATIEFF Terre de nos aïeux : Quatre générations à la recherche du Canada, Montréal, Boréal, 2009, 209 pages.Michael Ignatieff a vécu vingt-cinq ans à l\u2019extérieur du Canada.Pour ses détracteurs au Canada anglais, particulièrement du côté conservateur, il y a là une faille à exploiter.Terre de nos aïeux vise à combler cette brèche, comme l\u2019ont unanimement remarqué les commentateurs de l\u2019ouvrage.Ignatieff y retrace l\u2019histoire de sa lignée maternelle, celle des Grant, dont il représente la quatrième génération au Canada.Le livre peut ainsi être lu comme complétant le projet amorcé il y a vingt ans avec L\u2019album russe (Boréal 1990), où Ignatieff racontait l\u2019histoire de sa lignée paternelle, retraçant le parcours de son grand-père et de son arrière-grand-père à la cour des Tsars de Russie, puis de son père dans les hautes sphères des Affaires étrangères canadiennes.Il est sans doute ironique de voir ainsi Ignatieff devoir justifier sa canadienneté.Le lecteur peu familier avec les origines de Michael Grant Ignatieff découvrira au fil d\u2019un récit à la fois léger et divertissant que l\u2019histoire de la famille Grant suit de si près celle du Canada, qu\u2019il est souvent difficile de distinguer ce qui appartient à l\u2019une et à l\u2019autre.Le tout commence avec George Monro Grant, né dans le comté de Pictou en 1835 dans une famille écossaise récem- 91 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 ment immigrée.Pasteur presbytérien et grand orateur, l\u2019arrière-grand-père d\u2019Ignatieff devient en 1866 l\u2019un des principaux défenseurs de l\u2019intégration de la Nouvelle-Écosse à la Confédération canadienne.L\u2019homme s\u2019associe par la suite à l\u2019ingénieur Sandford Fleming qui aspirait à superviser la construction du chemin de fer transcontinental canadien.Les deux Écossais, portés par le même rêve de construire une Amérique du Nord britannique à l\u2019échelle continentale, traverseront ensemble le Canada en 1872, repérant les obstacles susceptibles de se dresser devant les constructeurs du chemin de fer.Le rôle de Grant sera essentiellement celui d\u2019un propagandiste.Il rapporte de son voyage un livre, Ocean to Ocean, qui connaîtra un grand succès et servira à la promotion du projet continental canadien.En 1877, George Monro Grant deviendra recteur de l\u2019université Queen\u2019s de Kingston, petit collège presbytérien qu\u2019il transformera en université respectable, appelée à jouer un rôle central dans la formation de la fonction publique canadienne.Dire de la famille Grant qu\u2019elle est au cœur du Canada, c\u2019est aussi dire qu\u2019elle est au cœur du projet impérial britannique.Ce fut le cas pour George Monro Grant, qui voyagera à travers l\u2019Empire et se fera, dans les dernières années de sa vie, le promoteur d\u2019une fédération et d\u2019un parlement impériaux.Ce sera également le cas de son fils William Grant, grand-père d\u2019Ignatieff, qui vivra l\u2019essentiel de sa vie au sein du microcosme impérial.Formé à Oxford, historien de profession, il deviendra professeur au Upper Canada College (UCC) de Toronto, collège privé voué à la formation de l\u2019élite canadienne.Au Royaume-Uni, il participera aux travaux de la Roundtable, groupe de personnalités issues des quatre coins de l\u2019Empire et défendant sa cause.William Grant mariera Maude Parkin, grand-mère d\u2019Ignatieff, mais surtout fille de Sir George R.Parkin, cheville ouvrière des réseaux impériaux du début du siècle.Il est dommage 92 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 d\u2019ailleurs qu\u2019Ignatieff n\u2019ait pas consacré un chapitre à cet autre arrière-grand-père maternel qui fut non seulement directeur de UCC, mais également premier secrétaire des bourses Rhodes.Fondées par le controversé politicien et homme d\u2019affaires Cecil Rhodes, ces bourses visaient à créer une nouvelle élite impériale.Elles financeront les études à Oxford de William Grant, de son fils George Parkin Grant et de nombreuses autres personnalités influentes de l\u2019an-glosphère.Comme son père, William Grant se fera propagandiste impérial, rédigeant pendant la Première Guerre, un pamphlet intitulé Our just cause, qui connaîtra un succès certain.Après la guerre, il sera nommé directeur d\u2019UCC, comme son beau-père avant lui, et deviendra un fervent partisan de la Société des nations, anticipant sans doute la prochaine translatio imperii.La troisième génération des Grant n\u2019est pas représentée dans l\u2019ouvrage par la mère d\u2019Ignatieff, dont il n\u2019est à peu près pas question, mais par son oncle, George Parkin Grant, célèbre théologien canadien.Contrairement à son père et ses grands-pères, l\u2019oncle ne fut ni impliqué dans la défense de l\u2019Empire ni dans la direction d\u2019établissement d\u2019enseignement de prestige.Il fut néanmoins une personnalité publique d\u2019envergure, notamment à cause de ses nombreuses conférences à la CBC et de son pamphlet Lament for a nation, publié en 1965 et tournant de la pensée politique canadienne.Ignatieff cherche aussi bien à montrer le caractère hétéroclite du personnage qu\u2019à s\u2019en distinguer.Il souligne trois fois plutôt qu\u2019une qu\u2019il ne partage ni l\u2019antiaméricanisme ni le conservatisme chrétien de son oncle, à l\u2019attention sans doute de ceux qui auraient pu en douter.Si George P.Grant avait raison de se questionner sur l\u2019avenir du Canada, de s\u2019inquiéter de la dissolution de son projet national dans la civilisation technique américaine, l\u2019avenir 93 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 lui a donné tort.Le Canada, soutient Ignatieff, existe toujours et a toujours une identité et un projet propres.L\u2019histoire de la lignée Grant est aussi fascinante que celle de toutes les grandes familles aristocratiques dont l\u2019histoire se confond avec celle de leur pays.Bien entendu, Terre de nos aïeux n\u2019est pas qu\u2019un essai historique ou généalogique.Le récit des Grant est pris en sandwich entre des chapitres introductif et conclusif dans lesquels les commentateurs ont vu la véritable substance de l\u2019ouvrage.Qu\u2019en dire sinon que la substance y est finalement assez mince ?Dans le premier chapitre, subtilement intitulé De l\u2019amour de la patrie, Ignatieff explique à quel point il aime le Canada, à quel point il est légitime d\u2019aimer son pays à quel point les nations sont là pour rester.Fair enough.La rectitude politique n\u2019a pas encore obtenu la prohibition du patriotisme ostentatoire.Notons simplement que le ton tranche avec les interprétations tendancieuses du nationalisme proposées par Ignatieff dans Blood and Belonging (1994) et L\u2019honneur du guerrier (:997).Soyons de bonne foi et acceptons les conversions tardives, même si tout indique qu\u2019elles sont motivées par des soucis électoraux.Pour ce qui est de la question constitutionnelle, et de celle du Québec plus particulièrement, tout ce qu\u2019il faut dire semble l\u2019avoir déjà été et répété dans les médias à la sortie du livre.L\u2019ouverture envers le Québec est ostentatoire, mais bien malin celui qui trouvera l\u2019ombre d\u2019une promesse de réforme ou de concession.Le mot clé de l\u2019argumentation est l\u2019« empathie ».Le Canada existe parce que nous (c\u2019est-à-dire les Canadiens) avons su en faire preuve : « nous avons réussi à susciter l\u2019empathie nécessaire pour garder ce projet en vie pendant cent quarante ans.Ce n\u2019est pas un mince exploit, dans un monde déchiré par les différences, et c\u2019est l\u2019exemple que nous offrons au monde » (p.26).On peut se désoler 94 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 qu\u2019Ignatieff avance l\u2019hypothèse forte du rôle causal de l\u2019empathie dans le maintien historique du Canada sans proposer une méthode empirique permettant de la valider.D\u2019accord, la démonstration aurait mal cadré avec le style journalis-tico-littéraire de l\u2019ouvrage, mais on aurait néanmoins aimé savoir en quoi le fait que le Québec fasse toujours partie de la fédération est lié à l\u2019empathie du Canada anglais pour lui ?Mon intuition est que cette interprétation pourrait être contestée de ce côté-ci de la frontière linguistique.Si le Canada repose sur l\u2019empathie, son prochain premier ministre nous rappelle tout de même qu\u2019il faudrait en manifester un peu plus les uns pour les autres : « Mais nous sommes si différents les uns des autres et si peu nombreux que, pour maintenir le projet commun, l\u2019empathie manque parfois, comme l\u2019imagination collective » (p.28).Les philosophes politiques ne seront pas dépaysés devant cette moralisation à outrance et sans conséquence des enjeux politiques et institutionnels.Changez le mot « empathie » pour « reconnaissance » et vous obtenez du Charles Taylor, en plus bref et plus jazzé il est vrai, mais avec les mêmes exhortations et arguments fuyants.Ignatieff oublie de mentionner que la force numérique des groupes en présence fait en sorte que le « manque d\u2019empathie » n\u2019a pas les mêmes conséquences pour les uns et pour les autres et que c\u2019est précisément pourquoi le Québec exige des réformes constitutionnelles plutôt que la promesse d\u2019une belle attitude à venir.Bien sûr, Michael Ignatieff comprend tout cela, mais il comprend sans doute aussi qu\u2019au-delà de l\u2019empathie, il y a le vote de l\u2019Ontario et que c\u2019est surtout lui qui ouvre les portes du pouvoir.Benoît Dubreuil Chercheur postdoctoral, UQAM 95 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 JOSIANNE PAUL Exilés au nom du roi : les fils de famille et les faux-sauniers en Nouvelle-France, 1723-1749.Sillery, Septentrion, 2008.211 pages (Coll.« Les cahiers du Septentrion », no.32).Josianne Paul est doctorante à l\u2019Université d\u2019Ottawa.Dans Exilés au nom du roi, elle analyse un mode particulier de peuplement de la Nouvelle-France, employé durant la première moitié du 18e siècle : le recours à la justice retenue et à l\u2019une de ses manifestations, les lettres de cachet, pour exiler de France des « indésirables » et les transplanter, si possible, dans sa colonie laurentienne.La notion de justice retenue recouvre les interventions judiciaires royales effectuées en dehors du système de justice ordinaire.Parmi ces interventions figurent les lettres de cachet, ordres royaux portant condamnation, sans tenue de procès.Trois catégories spécifiques d\u2019individus prirent le chemin de l\u2019exil en Nouvelle-France de cette manière : des prisonniers de droit commun, des « fils de famille » (personnages mettant en péril l\u2019honneur de leurs familles) et des faux-sauniers, ces contrebandiers de la gabelle (taxe sur le sel).La période étudiée couvre les années 1723-1749, soit la durée de l\u2019administration de Maurepas à titre de ministre de la Marine.La problématique est double : de quelle manière les lettres de cachet ont été utilisées en vue du développement la Nouvelle-France ?Quel fut l\u2019impact de ce procédé sur la colonie ?Pour l\u2019auteure, cette méthode de peuplement témoigne d\u2019une « [.] rencontre de la politique coloniale [.] et de l\u2019économie pénale [françaises] » (p.36) et devint « [.] l\u2019élément clé d\u2019une politique d\u2019émigration forcée favorisant le peuplement et le développement de la Nouvelle-France » (p.46).Exilés au nom du roi est en fait le récit d\u2019un succès partiel : les faux-sauniers semblent bel 96 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 et bien avoir représenté une contribution non négligeable au peuplement de la Nouvelle-France.L\u2019analyse de la correspondance officielle (surtout), des registres d\u2019état civil et d\u2019actes notariés forme l\u2019armature documentaire de l\u2019ouvrage.Deux perspectives guident le propos, en accord avec la problématique.Un point de vue institutionnel, tout d\u2019abord : l\u2019auteure rend compte du cadre et du processus judiciaires ayant consacré la déviance des exilés et autorisé leur envoi dans la colonie.Un point de vue social, aussi : leurs parcours d\u2019immigrants forcés font partie intégrante de l\u2019analyse.Disons d\u2019emblée que la conclusion de l\u2019ouvrage est audacieuse en matière d\u2019histoire de la justice : l\u2019utilisation « souple » (notamment en regard du choix des personnes à exiler) des lettres de cachet par Maurepas « s\u2019inscrit [.] dans une nouvelle façon de penser la justice à l\u2019époque moderne » (p.188) et constituerait un signe précurseur des principes soutenant la Déclaration des droits de l\u2019homme de la Révolution française.L\u2019hypothèse est hasardeuse.La rationalité pénale moderne qui se développe à partir de la fin du 18e siècle cherchera à remplacer la « démesure » des peines et l\u2019arbitraire royal (souple ou non, justement.) par la systématisation de la régulation judiciaire de la société et la proportionnalité des sentences, axée sur le recours à la prison.Pour ce qui est des itinéraires sociaux des individus, quelques reconstitutions plus détaillées auraient mieux rendu l\u2019expérience vécue par ces colons très particuliers.L\u2019ouvrage, très court, est divisé en trois chapitres.Le premier porte sur le contexte politique de l\u2019utilisation des lettres de cachet à des fins coloniales, et plus précisément sur la pensée et les actions de Maurepas.Le second traite de l\u2019exil des fils de famille, alors que le troisième examine les transferts de faux-sauniers. 97 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Le chapitre 1 montre que Maurepas, simultanément ministre de la Marine et secrétaire d\u2019État de la Maison du roi, jouissait à ce titre de nombreux pouvoirs, dont celui de l\u2019émission de lettres de cachet.Pour le même personnage, l\u2019immigration en Nouvelle-France, gage de son développement, favorisait le commerce avec la métropole et de ce fait la puissance du royaume.C\u2019est là l\u2019arrière-plan de sa politique inédite d\u2019immigration forcée.Le chapitre se termine par une présentation rapide des trois groupes affectés par cette même politique, durant des périodes distinctes et quasi exclusives : les prisonniers de droit commun (1715-1726), les fils de famille (1726-1730) et les faux-sauniers (1730-1749).Les récriminations des autorités de la Nouvelle-France ont mené à l\u2019abandon de cette pratique en ce qui concerne les prisonniers.Josianne Paul évalue à 84 le nombre de fils de famille transportés en Nouvelle-France (de 1722 à 1749, précisons-le) (chap.2).Les acteurs familiaux de ces expatriations ne peuvent pas être présentés, comme le fait l\u2019auteure, comme des « acteurs secondaires » des projets de peuplement du ministre (p.73), car ils étaient à la source des procédures.Par contre, l\u2019inadéquation de ces fils de famille au rôle de colon est bien rendue.Mal vus des autorités, dépourvus de réseau social et surtout des postes nécessaires au maintien de leur rang, ils ne purent « [.] développer des racines assez profondes pour s\u2019installer définitivement dans la colonie » (p.85).Résultat : fort peu d\u2019entre eux s\u2019établirent à demeure et Maurepas interrompit ce type d\u2019exil en 1730.Au chapitre 3, Mme Paul explique qu\u2019elle a retracé 607 contrebandiers contraints à l\u2019exil en Nouvelle-France de 1730 à 1749 (p.126).De ce nombre, elle a retenu 362 faux-sauniers dans son corpus.241 de ces derniers se seraient établis dans la colonie (p.164).Le critère d\u2019inclusion dans le corpus 98 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 est le suivant : il fallait mettre la main sur des « traces appréciables de leur vie quotidienne » dans la colonie (p.169, note 7).On aurait aimé avoir un peu plus de détails sur ce critère, question d\u2019étayer la méthodologie employée.Reste que les faux-sauniers représentèrent une part très importante des migrants en Nouvelle-France durant cette période, soit près de 50 % du contingent.Le succès de leur installation relève de trois facteurs.De leur condition sociale, au premier chef : « gens de la terre », journaliers et laboureurs pour la plupart, ils convenaient aux conditions prévalant dans la colonie.Leur fréquent engagement auprès d\u2019habitants, par contrat, leur a également permis de nouer les liens nécessaires à leur intégration sociale.Enfin, les autorités les ont bien accueillis comme main-d\u2019oeuvre supplémentaire.Malgré la concision de l\u2019ensemble, l\u2019analyse est efficace, du fait de sa posture « interactionniste ».Josianne Paul tient compte des rapports entre les pouvoirs, facteurs sociaux et contraintes institutionnelles en jeu dans le phénomène des exils judiciaires à des fins de peuplement.La volonté du ministre se frottait à certaines contraintes juridiques (l\u2019arbitraire royal n\u2019est pas si absolu que ça), à la réalité de l\u2019expérience coloniale et aux desiderata des dirigeants de la vallée du Saint-Laurent.Le mémoire de maîtrise à l\u2019origine de ce livre était certainement de très bonne facture.Une petite coquille à signaler : Henri IV fut roi de France à la fin du 16e siècle et au début du 17e siècle, et non au début du 16e siècle (p.37).Thierry Nootens Centre interuniversitaire d'études québécoises (CIEQ) Université du Québec à Trois-Rivières 99 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 PIERRE SAVARD Entre France rêvée et France vécue.Douze regards sur les relations franco-canadiennes aux XIX et XXe siècles, Québec, Éditions Nota Bene, 2009, 332 pages.Ce livre est composé de douze études de Pierre Savard, décédé en 1998.Ces textes sont présentés par Marc Lebel et établis par lui avec la collaboration de Madeleine Renaud.Marc Lebel a été un ami et un collaborateur de Pierre Savard à qui il a été attiré par ses études sur la vie et l\u2019oeuvre de François-Xavier Garneau.C\u2019est en quelque sorte dans la poursuite de cette amitié que Marc Lebel publie ce volume et prépare actuellement une édition critique de la correspondance de notre historien national.Pierre Savard, né an 1936, a enseigné l\u2019histoire à l\u2019Université Laval et à l\u2019Université d\u2019Ottawa.C\u2019est un homme de grande culture et un bel esprit.Les textes qui sont réunis ici sont très différents les uns des autres, mais présentent tous un grand intérêt.Le chapitre le plus intéressant est peut-être le deuxième qui a pour titre : « Les Canadiens français et la France de la Cession à la Révolution tranquille ».Si pendant cette période les rapports politiques et économiques entre la France et le Canada français étaient très réduits, les rapports culturels au contraire étaient riches et continus dans les deux sens, « quoi qu\u2019empreints, dans de larges secteurs de l\u2019opinion, de réticences durables ».Au début du dix-neuvième siècle, au lendemain de la Révolution française, de nombreux religieux arrivent de France au Canada.Dans les années 1840, Mgr Bourget reçoit de nombreux religieux français dans son diocèse.Ces religieux joueront un rôle important dans l\u2019enseignement.Il faut parler aussi des auteurs français qui au dix-neuvième et au vingtième siècles sont connus et lus 100 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 au Canada français.À partir de 1950, les Canadiens visitent de plus en plus la France, certains y étudient, fréquentent les milieux artistiques.À partir du milieu du vingtième siècle, les relations entre le Canada français et la France se développeront beaucoup et influenceront non seulement la culture du Canada français, mais provoqueront une nouvelle prise de conscience nationale.On lira avec beaucoup d\u2019intérêt les deux chapitres sur notre historien national François-Xavier Garneau qui est très attaché à son pays, mais qui est fasciné par la France et l\u2019Angleterre qui accordent beaucoup plus d\u2019importance à la culture qu\u2019on ne le fait au Canada et en Amérique.Un chapitre traite du « Mythe normand au Canada français ».Mythe très répandu et qui veut qu\u2019une très grande partie des Canadiens français descendent des Normands.Or, d\u2019autres prétendent que les Canadiens anglais aussi descendent des Normands, ce qui expliquerait qu\u2019ils sont comme nous « naturellement aptes à la liberté politique ».Le chapitre X a pour titre : « Notre Péguy ».Il traite de la réception de Péguy au Québec, mais évoque en même temps celle de plusieurs autres écrivains français dans la première moitié du vingtième siècle surtout.Une belle fresque de la vie intellectuelle chez nous il y a quelques décennies.Les rapports entre la France et le Canada sont étudiés dans le premier chapitre qui traite de l\u2019ambassadeur français Francisque Gay au Canada en 1948-1949.Il faut noter aussi un chapitre très intéressant : « Montalembert au Canada français.Un aspect des relations culturelles des deux mondes », qui illustre bien les orientations politiques et religieuses qui secouaient l\u2019Europe et le Canada français au dix-neuvième siècle. 101 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Il est difficile de rendre compte de toute la richesse du contenu d\u2019un tel bouquin.Un livre important pour les Québécois, au moment où ils sont portés à oublier leur histoire et à perdre la conscience de leur identité nationale.Pour Pierre Savard, comme l\u2019explique Marc Lebel, « le passé n\u2019est pas seulement objet d\u2019étude, mais il aide à vivre, à mieux vivre ».Paul-Émile Roy Écrivain JEAN-PIERRE GALLOU Petit traité utopiste, Écosociété, Montréal, 2009, 117 pages.Le temps actuel est-il à la réflexion sur l\u2019avenir ?Est-il à l\u2019action rapide ?Ou bien est-il plutôt à l\u2019abandon et à la résignation devant les nombreux défis qui se pointent à l\u2019horizon et qui rendent la pensée catastrophique de plus en plus pertinente ?Ceux qui acceptent la réalité, résignés et passifs, semblent avoir renoncé à un monde meilleur en donnant raison à ceux qui jouent aux maîtres du monde et qui nous plongent dans les crises sociale, économique et environnementale.Pourtant, en acceptant l\u2019économie libérale débridée, ils cautionnent indirectement le statu quo, les inégalités et les injustices.Dans ce contexte unique dans l\u2019histoire de l\u2019humanité, peut-être faut-il oser, comme Jean-Pierre Gallou, réenvisager la nécessité de l\u2019utopie.On peut faire les choses autrement, le savons-nous ?D\u2019où l\u2019intelligence d\u2019oser formuler les grandes lignes d\u2019une société idéale pour notre temps, c\u2019est-à-dire une société débarrassée de ce qui lui confisque un avenir.L\u2019utopie ainsi pensée apparaît comme l\u2019un des 102 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 moments clefs d\u2019une réflexion politique sur notre temps, l\u2019une des étapes nécessaires de la climatologie politique dont nous avons tant besoin.L\u2019utopie n\u2019est plus ici le récit élitiste du bonheur de quelques-uns, d\u2019un cercle universitaire de rêveurs, mais une étape dans la réflexion collective sur le gouvernement des humains confronté à son avenir.Elle doit mener à des changements concrets.Loin des réformes provisoires et intéressées, elle s\u2019impose comme la rupture radicale, la conversion, vers un nouvel ordre économico-politique qui fournira une nouvelle espérance.Ainsi Gallou, un ingénieur et autodidacte français décédé en 2006, un mois après avoir terminé la rédaction de son pamphlet, reprend à son compte les rêves mobilisateurs de Campanella, More, Bacon, Saint-Simon, Fourier et autres inventeurs de réalité.S\u2019il présente une u-topia, c\u2019est parce que le rêve doit être adapté à son époque, la nôtre étant celle du néolibéralisme technophile qui détruit la planète.Voyons voir.Un nouveau projet politique Gallou présente d\u2019entrée de jeu un état des lieux.Ces premières pages visent, par des exemples bien connus, à rappeler des catastrophes célèbres et montrer la nécessité d\u2019un changement.En critiquant ceux qui cherchent à se mettre à l\u2019abri, cet état des lieux a le mérite de présenter les difficultés, de reconnaître la complexité de la situation et de chercher, à travers des propositions contradictoires et des questions mal posées, une voie de sortie s\u2019appuyant sur un bilan clair et indiscutable : tous les jours, de par leur mode de vie, les humains détruisent irréversiblement la planète.Or, une « autre » société pourrait s\u2019articuler en abolissant l\u2019État et la propriété privée qui créent les inégalités afin de 103 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 mettre sur pied une propriété de droit, d\u2019usage et de bien commun, à gérer collectivement au moyen d\u2019une démocratie efficace.Gallou plaide ainsi pour une société qui comprendra les impacts des humains sur l\u2019environnement.Cette société réhabilitera le don et favorisera la coopération.À l\u2019instar des utopies célèbres, cette société neuve, en rupture complète avec la nôtre (néolibérale, polluante et hiérarchisée), reposera sur une économie libre et une organisation politique respecteuses des finalités humaines.L\u2019économie utopique se résume ainsi : ayant rompu avec la propriété privée dominatrice, elle vise à actualiser certains idéaux du projet d\u2019allocation universelle, comme par exemple la souplesse au travail, la création d\u2019emplois libres, c\u2019est-à-dire des mesures qui visent un équilibre entre le temps du travail et le temps du loisir.Sa politique se résume aussi simplement : elle défendra la démocratie dans l\u2019organisation du pouvoir, car seul ce régime prône le partage, la négociation et peut se hisser à la hauteur de ses décisions.Seule la démocratie, qui a déjà été directe, peut sauver les idéaux de liberté et d\u2019égalité chers à tous les humains de la Terre.Une preuve de l\u2019utopie à venir : l\u2019information libre sur le net Pour ceux qui estiment que son projet est insensé, Gallou réserve une surprise de taille.L\u2019utopie recherchée montre déjà des signes de réalité, car elle a des précurseurs dans le logiciel libre et l\u2019Internet.S\u2019il est possible, en effet, de travailler à plusieurs sur le développement d\u2019un logiciel utile et de communiquer partout dans le monde de l\u2019information sans emprunter une structure de domination marchande, alors ces inventions illustrent d\u2019une certaine façon les qualités du travail humain de l\u2019avenir : coopératif, rapide, non polluant et gratuit.À l\u2019abri de la cupidité et du profil, le logiciel libre témoigne de possibilités infinies et d\u2019un changement de mentalité.Quant à la grande toile, une invention mili- 104 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 taire vite démocratisée, popularisée par les universitaires, elle a résisté à de nombreuses tentatives d\u2019annexion par le privé et elle continue d\u2019offrir des services gratuits dans un « commerce » assez démocratique.Quand l\u2019auteur explique le succès de ces inventions, leur pertinence et leur potentiel utopiques, il entend prouver les avantages de la coopération.S\u2019il n\u2019est pas très critique envers l\u2019Internet, il en a toutefois bien saisi l\u2019intérêt : servir de relais d\u2019information pour ceux qui n\u2019ont pas accès aux voies de communication classiques : maisons d\u2019édition, instituts de cinéma, stations de radio et de télévision, revues, magazine, journaux, etc.Le manifeste utopique de Gallou, qui est remarquablement bien écrit, ne propose pas de bibliographie.Est-ce une faiblesse ?Non ! Dans son cas, c\u2019est une preuve de cohérence : à l\u2019image du logiciel libre, la contribution de l\u2019auteur propose un code ouvert, libre, qui peut être repris et amélioré par tous.À la base de son code, on trouve un axiome, une vieille vérité : l\u2019avenir est encore à imaginer et à réaliser.Quant à savoir quelle forme cet avenir prendra, la question reste ouverte.Voulons-nous comme l\u2019auteur une société sans argent et sans hiérarchie ?Peu n\u2019importe, l\u2019essentiel du message est que seul un changement de mentalité rapide, profond et partagé nous permettra de construire une « maison commune », de rouvrir l\u2019espace habitable qui se ferme tous les jours.Mais il ne s\u2019agira pas toutefois de construire sur les ruines de l\u2019ancienne maison, mais d\u2019aménager un nouvel espace en même temps que le déménagement dans la nouvelle, afin de maintenir l\u2019habitable dans une transition heureuse pour tous.Pour ce seul message trop inaudible, ce pamphlet réclame sa part d\u2019universalité et doit être lu par le plus grand nombre de lecteurs possible.Dominic Desroches, Ph.D.Département de philosophie, collège Ahuntsic dominic.desroches@collegeahuntsic.qc.ca 105 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 PIERRE-LUC BÉGIN Michael Ignatieff, un danger pour le Québec ?, Québec, Les Éditions du Québécois, 2006, 160 pages NON à la division nationale.NON au chantage nationaliste, aux jeux mesquins du Bloc.NON aux fausses utopies indépendantistes.NON au séparatisme.À JAMAIS NON.Qui a bien pu tenir ces propos en 2005 ?Justin Trudeau ?Un chroniqueur de la Gazette ?Un militant d\u2019Affiliation Quebec ?Eh non ! Cet extrait d\u2019une allocution de Michael Ignatieff devant le Congrès du PLC n\u2019est qu\u2019une citation parmi des dizaines toutes plus étonnantes les unes que les autres, rapportées par Pierre-Luc Bégin dans son livre Michael Ignatieff, un danger pour le Québec ?publié aux Éditions du Québécois.Contredisant le consensus médiatique en faveur du nouveau chef libéral, l\u2019auteur nous fait découvrir le côté sombre de la pensée politique d\u2019Ignatieff, en s\u2019appuyant sur un corpus fort complet de monographies, d\u2019articles et de discours.S\u2019il est le fruit d\u2019une recherche rigoureuse, l\u2019ouvrage n\u2019en est pas moins militant, ce que l\u2019auteur assume pleinement dès l\u2019introduction.Loin de discréditer le travail de Bégin, cette honnêteté intellectuelle permet au lecteur de savoir d\u2019entrée de jeu à quoi s\u2019attendre.Le premier chapitre portant sur la jeunesse et la famille d\u2019Ignatieff est sans doute le plus faible.Alors que Bégin assure que « ce livre ne vise pas la personne d\u2019Ignatieff, mais bien ses méthodes et ses idées politiques », la portion L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 biographique de l\u2019ouvrage comporte de nombreux sous-entendus concernant les origines aristocratiques d\u2019Igna-tieff, qui fut « élevé dans la ouate ».On se demande quel est l\u2019objectif de l\u2019auteur, lorsqu\u2019il mentionne que Nicolas Ignatieff, grand-oncle de Michael, était reconnu pour les mesures « répressives et discriminatoires à l\u2019encontre des Juifs » qu\u2019il avait instaurées à titre de ministre de l\u2019Intérieur du tsar Nicolas III.Au fil des pages, Michael Ignatieff sera d\u2019ailleurs surnommé « notre petit tsar-maison » et « notre petit tsar postmoderne », en plus de l\u2019emploi répété de son surnom « Iggy », une familiarité qui nuit inutilement à la crédibilité de l\u2019auteur et ne rend pas justice à la qualité de sa recherche.C\u2019est lorsqu\u2019il s\u2019attaque aux thèses d\u2019Ignatieff dans les chapitres suivants que Bégin est le plus convaincant.Les nombreuses citations tirées des ouvrages Blood and Belonging et La révolution des droits, rappellent qu\u2019Ignatieff a dénoncé avec virulence le nationalisme sous toutes ses formes et en particulier le « séparatisme québécois ».Le chef libéral a également présenté la Conquête britannique comme un bienfait pour les Canadiens français, affirmé que la langue française était en parfaite sécurité au Québec, défendu l\u2019égalité des provinces contre le fédéralisme asymétrique, rejeté le principe du droit à l\u2019autodétermination des peuples et présenté la loi C-20 comme étant un modèle de démocratie.Bien que le choix des citations soit excellent, le fait que les extraits en anglais n\u2019aient pas été traduits nuit à la fluidité du texte, en particulier lorsque l\u2019auteur énumère dans une même phrase une série de déclarations d\u2019Ignatieff sur un sujet donné, dont certaines sont en français et d\u2019autres en anglais.De plus, puisque l\u2019objectif du livre est de faire connaître la pensée politique d\u2019Ignatieff aux Québécois, il aurait été préférable de la rendre disponible à ceux qui ne lisent pas 107 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 l\u2019anglais.Peut-être cette décision de l\u2019auteur s\u2019explique-t-elle par une crainte de tomber dans les pièges de la traduction libre, à laquelle les collaborateurs d\u2019Ignatieff n\u2019ont quant à eux pas échappé.Bégin nous apprend en effet que le site web d\u2019Ignatieff comportait en 2006 des retranscriptions de ses discours en français absolument catastrophiques sur les plans de la grammaire, de l\u2019orthographe et de la syntaxe.Par exemple, dans un discours particulièrement centralisateur sur la politique étrangère, Ignatieff aurait affirmé que le Canada devait parler d\u2019une seule voie à l\u2019international, mais qu\u2019il n\u2019y avait toutefois « pas de problème avec la visite Charest à Pékin » ! En plus d\u2019offrir une synthèse des travaux d\u2019Ignatieff, Bégin offre une interprétation originale du cheminement intellectuel de l\u2019auteur, devenu politicien.Rejetant la thèse habituelle à l\u2019effet qu\u2019Ignatieff se serait progressivement ouvert au nationalisme québécois après en avoir fait une critique féroce dans Blood and Belonging, Bégin démontre qu\u2019Ignatieff demeure fermement antinationaliste dans La Révolution des droits et que la différence entre les deux ouvrages est, comme l\u2019a reconnu Ignatieff lui-même, « davantage un changement de ton » qu\u2019une réelle conversion idéologique.Bégin propose ainsi de représenter l\u2019évolution de la pensée politique d\u2019Ignatieff comme une « valse à trois temps », dans laquelle Ignatieff passe d\u2019un « rejet complet » du nationalisme dans Blood and Belonging à une ouverture purement « cosmétique » dans la Révolution des droits, pour terminer avec le « tango idéologique » de sa carrière politique, dans lequel il affirme une chose et son contraire selon le moment de la journée et l\u2019auditoire auquel il s\u2019adresse.Nous pourrions certainement ajouter son plus récent livre aux accents électoralistes, Terre de nos aïeux, à cette dernière période.Cette idée d\u2019une « valse à trois temps » qui introduit L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 le chapitre « Ignatieff et le Québec » est certainement la thèse la plus forte de l\u2019ouvrage.Au discours antinationaliste d\u2019Ignatieff, Bégin oppose un nationalisme décomplexé qui s\u2019affirme particulièrement dans le dernier chapitre sur « Ignatieff, les nationalismes et l\u2019identité ».Défenseur de la liberté des peuples et des identités nationales fortes, l\u2019auteur rappelle qu\u2019à l\u2019exception des privilégiés comme Ignatieff dont le nomadisme s\u2019accompagne d\u2019une carrière prestigieuse, la plupart des êtres humains demeurent attachés à leur nation, qu\u2019ils ne quitteraient qu\u2019à contrecœur pour des raisons de survie.Son patriotisme s\u2019accompagne toutefois d\u2019une représentation caricaturale d\u2019un Québec progressiste et d\u2019une Amérique anglo-saxonne conservatrice.Ainsi, la figure-type du Québécois serait celle du sociodémocrate pacifiste amateur des Cowboys fringants alors que l\u2019Américain moyen serait un consommateur de bière et de frites belliqueux qui vote pour George Bush.Au nom d\u2019un progressisme qu\u2019il présente comme étant intrinsèque au nationalisme québécois, Bégin reproche à Ignatieff d\u2019avoir ridiculisé « sans motif valable » la révolution bolchévique, d\u2019avoir participé au Forum économique mondial, « Mecque de l\u2019hégémonie capitaliste planétaire », et d\u2019appuyer l\u2019intervention militaire en Afghanistan, « cette sale guerre coloniale ».Très peu de Québécois se reconnaîtront dans ces slogans aux accents marxistes, que Bégin défend pourtant au nom des « valeurs québécoises ».Si l\u2019on peut lui reprocher d\u2019assimiler le nationalisme québécois au progressisme, une confusion surprenante de la part d\u2019un résidant de la Capitale-Nationale, il n\u2019en demeure pas moins que le nationalisme de Bégin repose avant tout sur une fierté et une soif de liberté qui teintent l\u2019ensemble du livre.Les Québécois de gauche comme de droite qui partagent ce nationalisme seront aisément convaincus que Michael Ignatieff représente effectivement un « danger ».Alors que 109 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 le chef libéral se rapproche du siège de premier ministre, cet essai publié en 2006 mérite d\u2019être lu et relu aux quatre coins du Québec.Joëlle Quérin Doctorante en sociologie, UQAM PIERRE MOUTERDE Pour une philosophie de l\u2019action et de l\u2019émancipation, Écosociété, Montréal, 2009, 167 pages.Notre époque se caractérise par l\u2019incapacité à changer réellement les choses.Cette impuissance - et le désengagement social qui en résulte - recèle un paradoxe puisqu\u2019elle apparaît au moment même où les hommes n\u2019ont jamais eu, individuellement et collectivement, autant de puissance, que ce soit sur les plans du savoir, de la communication ou de la technique.Ce paradoxe peut toutefois être formulé pour la pratique et servir de guide pour une philosophie confrontée aux cinq défis de notre temps, soit le combat contre les inégalités, la protection de l\u2019environnement, l\u2019appauvrissement culturel, le refus de la guerre comme solution politique et la reconquête de la liberté individuelle.Au nom de la vie, il est urgent de mobiliser les « vivants » contre une conception mortifère du présent, celle du capitaliste qui détruit tout sur son passage.Voilà grosso modo ce qu\u2019une philosophie de l\u2019action et de l\u2019émancipation peut établir, exposer et chercher à développer.Professeur de philosophie au cégep et spécialiste de l\u2019Amérique latine, P.Mouterde est connu pour ses livres engagés.L\u2019auteur de Quand l\u2019utopie ne désarme pas (2002) et Repenser 110 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 l\u2019action politique de gauche (2005) revient à la charge avec un essai destiné à sensibiliser les citoyens au besoin d\u2019une philosophie de la vie capable de répondre aux effets dévastateurs du capitalisme, qui est une manière de vivre sans avenir.Le trajet intellectuel et pratique de l\u2019auteur, fort utile pour bien comprendre l\u2019essai, fera l\u2019objet de l\u2019épilogue.Cela dit, tentons maintenant de mieux saisir ce qu\u2019il entend par la philosophie dont nous avons tant besoin aujourd\u2019hui.Une philosophie pour les temps présents Le prologue présente un plaidoyer pour une philosophie engagée et collective ne reculant pas devant l\u2019impuissance.Au moment où la « philo pop » fait des ravages dans les collèges, les journaux et les maisons d\u2019édition universitaires, l\u2019auteur plaide pour une pensée sociopolitique qui se traduit dans la praxis et qui, évitant les erreurs du passé (lire communistes), veut justifier de nouvelles mobilisations.Épris de Gramsci et Benjamin, adeptes de slogans proactifs, Mouterde veut ramener au centre des débats le rapport à l\u2019action et le désir d\u2019émancipation qui habite toujours la philosophie.Critique des détours, il consacre son premier chapitre à rappeler que le vol du feu par Prométhée, dans le mythe, n\u2019a pas que des côtés négatifs.En effet, s\u2019il a donné les conditions du savoir et de la technique aux hommes, il a traduit en même temps une puissance.La signification positive si souvent occultée par les interprétations veut que Prométhée, qui n\u2019est pas Épiméthée (qui néglige ou pense après-coup), nous ouvre des possibles et encourage par là l\u2019action, non pas seulement la destruction du monde par les inventions humaines.Il importe d\u2019élever le regard donc, de reconquérir nos pouvoirs, afin de rencontrer les défis auxquels nous sommes confrontés. 111 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Cette action à longue portée si recherchée aujourd\u2019hui devra toutefois s\u2019inspirer de la pensée nietzschéenne parce que cette dernière valorise la vie sans réserve.Dans un retour - curieusement non développé - à Hans Jonas, l\u2019auteur trouve un nouvel impératif catégorique dans la promotion de la vie universelle.Les vivants devront saisir l\u2019importance de l\u2019action collective et voir que ce qui menace la vie, c\u2019est le capitalisme débridé, irresponsable qui, ne jurant que par la croissance, détruit tout autour de lui.À l\u2019encontre des professeurs de désespoir, Mouterde rappelle - et il n\u2019est pas le premier - que « penser au présent », c\u2019est s\u2019engager et agir collectivement pour la vie.La critique du capitalisme et des repères pour l\u2019action Or le problème est le capitalisme.D\u2019après Mouterde, ce capitalisme, tel qu\u2019il s\u2019est développé depuis trois siècles, conduit à des impasses et nous oblige à relever les défis présentés plus haut.Rompu au marxisme, l\u2019auteur veut combattre ce système prédateur.L\u2019intérêt de l\u2019argumentaire présenté ici ne réside pas dans son néomarxisme, ni dans ses statistiques de l\u2019OMC ou du GIEC, mais dans le fait que la tradition philosophique possède déjà les concepts pour dénoncer un système injuste qui s\u2019accommode des inégalités.Pour faire la preuve que le capitalisme transforme tout en marchandise, l\u2019auteur croira utile de présenter - il s\u2019agit sans doute d\u2019une entreprise de recyclage de notes de cours - les balises d\u2019un chantier théorique allant de Pic de la Mirandole à Nietzsche ( !) en passant par les Lumières.Correspondant au contenu du second cours de philosophie au collège, ce chantier culminera dans la réhabilitation des « maîtres du soupçon » (Marx, Nietzsche et Freud) selon l\u2019expression de Ricoeur, qui sont des maîtres indépassables dans l\u2019art de se méfier du pouvoir et du discours des dominants. 112 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Mais après avoir reconquis les bases de la philosophie émancipatrice, il faut encore justifier et forcer l\u2019action.Sans que cela ne soit explicite dans le livre, toujours l\u2019objectif est celui de la liberté.Dans ce contexte, il est utile de mettre à profit les pensées de Gramsci et de Benjamin, des auteurs dont le sens de la praxis n\u2019a jamais été pris en défaut.Si le propos reste marxiste, il marque des points importants, notamment quand il rappelle que notre monde matériel est le résultat de la praxis collective et que les humains, qui n\u2019ont jamais été aussi puissants pour créer de la richesse, voient que celle-ci se concentre de plus en plus dans les mains de quelques-uns.Voilà pourquoi il convient de réinvestir la démocratie afin d\u2019en faire le régime de l\u2019égalité de tous, l\u2019individu comme le citoyen.Galvanisées aux formules engagées, les dernières pages du livre continueront de voir l\u2019avenir à partir du présent en critiquant les catastrophes produites par le capitalisme « cannibale ».Tel est, peut-on dire, le sommet atteint par la « philosophie des temps présents », une pensée aux accents fixistes qui, dénonçant les malheurs les plus actuels, ne propose pas d\u2019analyse temporelle spécifique pour asseoir son programme.Quand on tourne la dernière page, on relève d\u2019abord les qualités de cet essai.Il est écrit dans un style clair qui s\u2019alimente aux points d\u2019exclamation (ce qui plaira aux impatients), tout en cherchant à sortir le lecteur de sa torpeur.S\u2019il s\u2019adresse à tous, son meilleur lectorat sera celui du collège puisque l\u2019action à laquelle il appelle sera l\u2019affaire des jeunes anxieux devant leur présent.Le fil se laisse suivre aisément, ce qui constitue l\u2019une des forces de cet essai, l\u2019autre étant de transformer les thèmes des manuels scolaires en programme philosophique.On regrettera peut-être que la gauche dépeinte ici, intoxiquée aux leitmotive des années 1970, montre des signes de fatigue.À titre d\u2019exemple, l\u2019auteur, fin exégète de l\u2019Amérique latine, semble ignorer que les 113 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 pays Scandinaves ont déjà mis en place nombre de mesures sociales pour relever les défis des temps présents, et ce, sans avoir à relire le journal de voyage de Che Guevara ou à retraduire le Manifeste de Marx et Engels.Dominic Desroches, Ph.D.Département de philosophie, collège Ahuntsic dominic.desroches@collegeahuntsic.qc.ca JEAN-PIERRE ISSENHUTH Le Cinquième monde, Carnet, Montréal, Fides, 2009, 268 pages Ce livre nous parle du « Cinquième monde ».Quels sont les quatre précédents ?Le premier, c\u2019est le quartier Centre-Sud de la ville de Montréal.Le second, la revue Liberté, à laquelle l\u2019auteur a collaboré pendant des années.Le troisième, les voisins.Le quatrième, la famille.Le cinquième, celui des ruminations à part.Un livre de « ruminations ».Issenhuth est un Français.Il a vécu au Québec pendant plusieurs années et s\u2019est maintenant installé dans les landes de la Gascogne, en France.Quand il était plus jeune, il a rédigé de courts textes qu\u2019il reprend maintenant et qu\u2019il commente librement.On peut donc dire que son livre est construit sur une conscience du temps que sa marginalité lui permet d\u2019inventorier.Issenhuth est-il un poète, un philosophe, un écrivain ?Je dirais tout simplement un être humain qui se demande ce qu\u2019il fait là sur la terre, dans l\u2019univers.Il est un lecteur curieux qui aime à citer les grands penseurs d\u2019hier et d\u2019au- 114 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 jourd\u2019hui.Un observateur qui ne choisit pas entre le rêve, la réflexion, l\u2019observation.Il s\u2019interroge sur le sens de la poésie, sur le sens de la vie.Il ne s\u2019agit pas pourtant de trouver une réponse, mais de poser la question, car il n\u2019y a pas de réponse : « Ce qu\u2019on aime, autant que ce que l\u2019on est, plonge ses racines dans l\u2019inconnu » (p.103).Faut-il parler de scepticisme ?Je dirais plutôt de discrétion, car l\u2019auteur se dit « persuadé que rien ne se perd » (p.106).Il semble rébarbatif à toutes les idéologies, se garde des illusions de la raison, des dérives de la raison.Il sait que le réel est plus riche que l\u2019imagination, mais ce qui l\u2019anime, c\u2019est un consentement sourd à l\u2019être, à ce qui est.Cela est d\u2019autant plus fort que cela n\u2019est pas dit.« Dans l\u2019ignorance, murmure-t-il, gardons l\u2019horizon ouvert » (p.117).Il est « simplement heureux qu\u2019il y ait quelque chose plutôt que rien.Je pense toujours que tout honneur et toute gloire reviennent à Dieu » (p.48).Issenhuth est un marginal.Une espèce d\u2019ermite qui nous fait part de ses ruminations.Il ne se voit pas comme un mage ou un prophète.L\u2019écriture est pour lui un pis-aller, une faiblesse, une activité subalterne.Il est un écrivain sans enthousiasme, un écrivain malgré lui, mais certainement en même temps un homme pour qui l\u2019écriture est importante.Mais l\u2019écriture n\u2019est pas une panacée.Écrire, c\u2019est « scier de l\u2019eau », c\u2019est « planter des clous dans l\u2019eau ».C\u2019est palper l\u2019inexprimable.C\u2019est toucher du doigt le caractère inépuisable de la réalité.Le sentiment d\u2019impuissance qui habite l\u2019homme n\u2019est pourtant pas tragique.Le poète murmure : « Ce que je ne comprends pas veille sur moi en attendant » (p.254).Un livre de réflexion donc, de méditation.Les ruminations d\u2019un marginal.Ce qui ne l\u2019empêche pas de partager ses vues sur la société, la culture.Il dénonce le « pédagogisme » qui a envahi les milieux de l\u2019enseignement et réclame l\u2019avène- ii5 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 ment de la formation intellectuelle.Le « pédagogisme » axé sur la performance, les « compétences, n\u2019a eu guère d\u2019effet sur la culture des étudiants.Il critique l\u2019enseignement universitaire axé trop souvent sur les commentaires, et sur les commentaires des commentaires.Les médias lui semblent cultiver la futilité et le bruit.Du Québec, il écrit : « Un peuple s\u2019est réveillé, retourné, puis rendormi.Pendant l\u2019éveil l\u2019a animé une vibration qui pouvait ébranler l\u2019avenir.Mais le manque de confiance et la division l\u2019ont emporté » (p.77).Le Québec a perdu son âme.Le Canada, ce n\u2019est pas un pays, c\u2019est un « enclos géographique ».Jean-Pierre Issenhuth, un misanthrope ?Un esprit critique ?Un esprit méditatif ?Tout cela sans doute, et certainement un homme préoccupé des valeurs spirituelles.Paul-Émile Roy Écrivain ANDRÉE LAJOIE Vive la recherche libre ! Montréal, Liber, 2009, 201 pages Professeure de droit à l\u2019Université de Montréal depuis 1968, Andrée Lajoie a pour ainsi dire vu évoluer les systèmes québécois et canadien de financement public de la recherche en sciences humaines et sociales depuis le début.Vive la recherche libre ! se présente comme la réflexion d\u2019une chercheuse qui, maintenant retraitée, peut prendre un certain recul par rapport au système et en formuler une critique informée.En fait, plus qu\u2019une simple critique, le livre offre plutôt un vibrant plaidoyer pour la « recherche libre ».À la base de l\u2019argument se trouve une lecture de l\u2019évolution des modes L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 de financement de la recherche depuis le dernier demi-siècle : « les modes de subvention en sciences humaines et sociales, au départ ouverts et non directifs tant sur les sujets de recherche que sur la façon de la réaliser, ont (pas très) lentement mais (très) sûrement évolué vers une fermeture croissante » (p.8).L\u2019auteure porte un jugement négatif sur cette évolution et souhaite démontrer son effet néfaste à la fois « sur les chercheurs et sur la société elle-même qui utilise le résultat de leur travail » (p.8).Le livre est organisé en deux grandes parties : la première analyse l\u2019évolution des programmes fédéraux et provinciaux finançant la recherche en sciences humaines et sociales, alors que la deuxième présente le point de vue du milieu de la recherche sur la base d\u2019une cinquantaine d\u2019entrevues réalisées avec des chercheurs et des administrateurs de la recherche.Je présenterai rapidement le contenu de ces deux parties avant de voir dans quelle mesure elles contribuent à démontrer l\u2019argument général de l\u2019auteur.La première partie débute avec une présentation des organismes fédéraux et provinciaux de financement de la recherche en sciences humaines et de leurs programmes (chapitre 1).Le chercheur œuvrant dans le domaine des sciences y trouvera une description brève mais instructive des transformations ayant mené à la situation actuelle.Du côté fédéral, l\u2019auteure décrit comment le financement des sciences humaines et sociales passa, en 1977, de la responsabilité du Conseil des Arts à celle du Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH).Elle documente à partir de ce moment l\u2019évolution de nouveaux programmes exigeant la recherche en équipe, puis, surtout à partir des années 1990, l\u2019accroissement du financement thématique de la recherche, suivant les besoins de l\u2019administration publique, ceux des groupes d\u2019intérêt proches du gouvernement ou les modes intellectuelles. 117 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Du côté québécois, l\u2019auteur présente la succession des organismes ayant précédé l\u2019actuel Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC).Les plus jeunes se rappelleront sans doute le Fonds pour la formation des chercheurs et l\u2019aide à la recherche (FCAR), mais peu auront déjà entendu parler du Conseil québécois de la recherche sociale (CQRS, 1979-2001) ou du Fonds pour la formation des chercheurs et actions concertées (FCAC, 1970-1983).L\u2019auteure insiste sur le rôle central qu\u2019occupe, depuis le début des années 1970, la recherche en équipe dans le système québécois, de même que sur l\u2019importance du financement conjoint avec d\u2019autres organismes publics, dont le plus important est sans contredit le tentaculaire ministère de la Santé.Cette description des organismes et de leurs programmes est suivie d\u2019une étude quantitative de leur évolution (chapitre 2).Il s\u2019agit du coeur de la démonstration de Lajoie.L\u2019analyse est construite autour de la distinction entre la recherche libre et non libre.La recherche libre comprend les programmes de recherche ouverts aux chercheurs sur une base individuelle et sans contrainte de sujet ou de thème.De son côté, la recherche non libre renvoie aussi bien à la recherche « concertée » (devant être réalisée au sein d\u2019une équipe ou avec des partenaires) qu\u2019à la recherche « ciblée » ou « orientée » (devant porter sur un thème ou objet de recherche déterminé par l\u2019organisme subventionnaire).Lajoie présente ainsi des tableaux comparant la part du financement fédéral et québécois allouée à la recherche concertée et non concertée, ciblée et non ciblée, libre ou non libre.L\u2019hypothèse selon laquelle la part allouée à la recherche libre est en chute libre semble démontrée à la fin du chapitre, lorsque l\u2019auteur conclut que la part totale allouée à ii8 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 la recherche libre est passée de 100 % en 1957-1958 à 30 % un demi-siècle plus tard (p.66).L\u2019auteure soutient que les « subventions libres qui, il y a cinquante ans, occupaient ici tout l\u2019espace du seul organisme subventionnaire en œuvre dans ce domaine, n\u2019en conservent actuellement que moins du tiers, ayant cédé le reste à d\u2019autres modes de subvention.».L\u2019idée selon laquelle la recherche libre « cède » du terrain à la subvention non libre peut sembler étrange dans la mesure où la comparaison n\u2019est effectuée qu\u2019en termes relatifs.Or, le portrait change rapidement lorsqu\u2019on envisage les choses en termes absolus.Dans le cas fédéral, par exemple, l\u2019auteur montre que la part de la recherche non libre a surtout crû après entre 1996 et 2006, principalement à cause d\u2019investissements massifs du gouvernement libéral fédéral dans la recherche ciblée et concertée.En 1996, le financement de la recherche non libre à Ottawa s\u2019élevait à 24 millions de dollars.Dix ans plus tard, il s\u2019élevait à 101 millions, soit une augmentation de 420 %.Qu\u2019en est-il cependant de l\u2019évolution de la recherche libre ?Pendant la même période, il passait de 33 millions de dollars à 72 millions, soit une hausse de 215 % en dix ans (p.62).La croissance annuelle moyenne du financement public de la recherche libre au CRSH a donc été de 8 %, ce qui est supérieur à la croissance moyenne du financement du système de santé.Cela soulève un sérieux doute quant à la démonstration générale de Lajoie.Bien sûr, la recherche non libre a crû plus rapidement que la recherche libre, mais est-il légitime de soutenir que la recherche non libre a « cédé » du terrain devant la recherche non libre ?Est-il légitime de parler d\u2019un accroissement des pressions sur les chercheurs provenant de la recherche non libre ?Il serait plus juste de se demander pourquoi le financement de la recherche non libre a 119 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 explosé, alors que le financement de la libre n\u2019a crû que d\u2019une manière spectaculaire.La démonstration n\u2019est pas plus convaincante du côté québécois.Lajoie soutient que les subventions libres n\u2019ont jamais existé au Québec, sauf pendant les années 1990, avec le programme d\u2019Établissement de nouveaux chercheurs qui, en 1996, représentait 15 % du financement québécois.Or, comme le programme existe toujours, on peut se demander pourquoi Lajoie ne le considère plus comme soutenant la recherche libre.Son raisonnement est simple : avec la création du FQRSC, en 2001, l\u2019évaluation des demandes de subvention a été confiée à des comités multidisciplinaires regroupés autour de treize thèmes aux dénominations lyriques : langues et langages ; milieux de vie, aménagement et appropriation de l\u2019espace urbain ; économie, emploi et marchés ; cultures, religions et civilisations ; enjeux fondamentaux et finalités de la vie humaine ; etc.Selon Lajoie, ces regroupements thématiques aux fins d\u2019évaluation imposent une orientation aux chercheurs, de sorte qu\u2019il n\u2019existe plus de financement non orienté au FQRSC.Cette interprétation semblera abusive à plusieurs.Les administrateurs interviewés s\u2019y opposent d\u2019ailleurs clairement et les chercheurs ne semblent pas y voir une contrainte.Si on suivait un raisonnement semblable, on pourrait présenter les 29 comités disciplinaires évaluant la recherche « libre » au CRSH comme imposant une orientation aux chercheurs.En effet, en quoi un comité disciplinaire est-il moins contraignant qu\u2019un comité thématique multidisciplinaire ?Un comité multidisciplinaire offre davantage de liberté aux chercheurs qui défendent des points de vue minoritaires au sein de leur discipline, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019anthropologues ne souhaitant pas se limiter au postmodernisme, d\u2019écono- 120 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 mistes ne souhaitant pas se limiter à l\u2019économétrie ou de philosophes ne souhaitant pas se limiter à la spéculation.Il se trouve cependant une autre évolution que Lajoie n\u2019aborde pas directement, à savoir la croissance fulgurante de la part fédérale du financement de la recherche au cours de la période qu\u2019elle étudie.Alors que celle-ci s\u2019élevait à environ 50 % en 1996, elle était passée à près de 66 % du financement total en 2006.La vraie donnée est donc la diminution massive de la part relative du financement accordé par le Québec, passé d\u2019environ 50 % en 1996 à 33 % en 2006, suite à la croissance phénoménale du financement fédéral dans les années ayant suivi le référendum de 1995.Inutile de le dire, les chercheurs interviewés par Lajoie ne critiquent pas cette évolution, ce qui n\u2019est pas surprenant dans un contexte où même le Bloc québécois milite activement à Ottawa pour accroître le financement fédéral de la recherche.La deuxième partie du livre est consacrée à la description du point de vue du milieu de la recherche.Les chercheurs et les administrateurs de la recherche y présentent leur point de vue sur l\u2019état de la recherche au Québec, certains se montrant optimistes d\u2019autres pessimistes, certains critiquant le sous-financement des universités, d\u2019autres déplorant l\u2019accent mis sur la recherche de financement (chapitre 3).Lajoie présente ensuite le point de vue du milieu sur les contraintes associées aux modalités de financement, une question plus étroitement reliée à son argument général (chapitre 4).Certains chercheurs soulignent l\u2019importance excessive accordée à la recherche en équipe, qui ne correspond pas à la démarche plus individuelle qu\u2019ils souhaitent poursuivre et qui en incite plusieurs à construire de « fausses équipes » où chacun poursuit ses recherches de 121 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 manière individuelle.D\u2019autres se désolent des orientations thématiques imposées par les organismes subventionnaires, constatant que leurs intérêts y sont rarement représentés.Les chercheurs reconnaissent unanimement l\u2019augmentation de la pression pour obtenir du financement, même s\u2019ils n\u2019identifient pas clairement la diminution du financement de la recherche libre comme une cause.Cela est par ailleurs compréhensible puisque, comme je l\u2019ai mentionné plus tôt, le financement de la recherche libre a crû de 8 % par année pendant la période étudiée.Le dernier chapitre présente le point de vue du milieu sur l\u2019impact de différents facteurs socioculturels sur l\u2019évolution de la recherche (chapitre 5).Les chercheurs livrent leurs réflexions sur l\u2019importance des générations, des tâches de travail, de la langue et du contexte propre aux différentes disciplines, universités et régions.Les témoignages rassemblés présentent un portrait diversifié et sont d\u2019un grand intérêt.Ils ne contribuent pas cependant à démontrer l\u2019hypothèse de Lajoie, réitérée en conclusion, selon laquelle il existe une diminution de la recherche libre qui serait nuisible aux chercheurs et à la société.Une autre lecture de la situation consisterait à dire que le financement fédéral de la recherche a crû de manière foudroyante au cours des dernières années, en réponse à une demande du milieu de la recherche reprise par le PLC, le NPD puis le Bloc, et que la pression sur les chercheurs s\u2019est accrue pour qu\u2019ils aillent chercher leur part d\u2019un gâteau (libre ou non libre) toujours plus grand, particulièrement dans un contexte de stagnation du financement de base des universités.Benoît Dubreuil Chercheur postdoctoral.UQAM \u2022Souveraineté du Québec Amjue française Tête nationale Assurance (n .Société 'yII/1 Samt-Jean-Baptiste dek MAURICIE «mw».isjbaauricie.qc.es 375~«1 o !=®®®=©21=«î La Société Saint-Jean-Baptiste ;^SSvJB du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (819)-478-2519 ou 1 800 943-2519 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec \t^STA^ Sansregret, Taillefer & Associés inc.\t Cabinet en assurance collective de personnes\t 178, rue Sainte-Marie Terrebonne (Québec) J6W 3E1\tinfo@sta-conseil.com www.sta-conseil.com Téléphone : (450) 471-2662\tTélécopieur : (514) 355-7869\t(450) 471-0026 (800) 782-5799\t(514) 355-7923 Allard CA inc.Comptable agréé Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com 123 COURRIER DES LECTEURS 1759 - 1760 : NOUVEAU REGARD Qu\u2019en-est-il exactement de la bataille des plaines d\u2019Abraham et de la conquête de la Nouvelle-France par l\u2019Angleterre ?Les faits \u2014\tLe 18 juin 1759, début du siège de Québec par la flotte anglaise du général Wolfe.\u2014\tBombardement de Québec par les bateaux anglais durant trois mois.\u2014\tDiverses tentatives, toutes infructueuses, de débarquements par les troupes britanniques le long de la côte de Beaupré durant l\u2019été 1759.\u2014\tDans la nuit du 12 au 13 septembre 1759, escalade par les bataillons de Wolfe de la falaise à l\u2019Anse au Foulon.\u2014\tAffrontement sur les plaines d\u2019Abraham entre les régiments anglais et français, le 13 septembre 1759.\u2014\tLe 18 septembre 1759, remise de la ville de Québec aux Anglais où ceux-ci passent l\u2019hiver.\u2014\tLe 28 avril 1760, à Sainte-Foy près de Québec, victoire de l\u2019armée française commandée par Lévis sur les troupes anglaises dirigées par Murray. 124 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 \u2014\tManque de munitions tant chez les bataillons anglais que français après cette victoire française du 28 avril 1760.Résultatda ce dernier affrontement armé annule le premier.Pour utiliser une expression contemporaine : 1 à 1- PARTIE NULLE.\u2014\tDu 29 avril au 9 mai 1760, attente des renforts provenant ou d\u2019Angleterre ou de France.\u2014\tLe 9 mai 1760, arrivée devant Québec, vers onze heures de l\u2019avant-midi, de trois navires battant pavillon britannique.\u2014\tLe 8 septembre 1760, capitulation de Montréal par manque de munitions, devant les troupes de Murray.Analyse Le général Wolfe, après trois mois de bombardement de la ville de Québec provenant de sa flotte ancrée devant le Cap aux Diamants, n\u2019a toujours pas pu déployer ses troupes au pied des fortifications de Québec.Voyant le temps filer avec l\u2019arrivée très bientôt des tempêtes d\u2019automne, causant souvent de mortels naufrages, ses provisions et surtout ses munitions s\u2019épuisant, Wolfe décide alors de jouer le tout pour le tout.Il tente de débarquer en amont de Québec, dans une petite anse, non surveillée, avant de repartir pour l'Angleterre, si la tentative échoue.Il réussit ce tour de force.Ses troupes avancent alors vers les remparts de la ville, en ce matin du 13 septembre 1759.Le général Montcalm, n\u2019écoutant que son courage et surtout sa propre opinion sans tenir compte de l\u2019avis de ses aides, ordonne alors à ses compagnies de sortir hors des murs de la ville pour affronter l\u2019ennemi en terrain découvert sur les plaines d\u2019Abraham.Montcalm n\u2019a ni compris ni réalisé qu\u2019il n\u2019avait qu\u2019à attendre à l\u2019intérieur des remparts de Québec - fortifications imprenables - car 125 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 le temps jouait en sa faveur avec l\u2019arrivée de l\u2019automne qui obligeait, par conséquent, le départ inéluctable et imminent de la flotte anglaise.Jusqu\u2019à présent, cet affrontement entre Anglais et Français, survenu sur les plaines d\u2019Abraham, a presque toujours été présenté comme étant la grande bataille décisive soulignée par la mort du général Montcalm et du général Wolfe durant le combat.Elle venait aussi ratifier symboliquement, par leur sacrifice, ce tournant majeur de Thistoire du Canada et sonner le glas de la fin de la Nouvelle-France.C\u2019est justement cette association de la conquête britannique de la Nouvelle-France avec la glorieuse victoire anglaise des plaines d\u2019Abraham qui ne rend pas justice à l\u2019histoire.La réalité s\u2019avère beaucoup plus modeste et plus prosaïque.Peut-on imaginer les historiens anglais ne pas glorifier et mettre l\u2019accent sur cette victoire inespérée du 13 septembre 1759, remportée malgré la mort héroïque du général James Wolfe, devant Québec ?Impossible de ne pas abonder en ce sens du côté anglais.Quant à elle, la défaite de Murray, à Sainte-Foy, le 28 avril 1760, passe presqu\u2019inaperçue dans l\u2019histoire rédigée par ces mêmes historiens ; n\u2019ayant pas été menée brillamment par des généraux, elle demeure, à leurs yeux, sans éclat alors qu\u2019elle ne changeait rien - en apparence - pour la suite des événements, puisque les Anglais demeuraient à l\u2019intérieur des murs de Québec.Pourtant.pourtant, ce 28 avril 1760 a marqué définitivement la fin des affrontements entre les deux armées.Il n\u2019y a plus eu d\u2019autres combats parce que plus personne n\u2019avait de munitions.À compter, non pas du 13 septembre 1759, mais bien de cette date du 28 avril 1760, les deux forces adverses sont devenues impuissantes.À ce moment-là, la partie est donc nulle.De par ce résultat, il est impératif d\u2019accorder 126 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 - en toute impartialité - la même importance à ces deux batailles.Ce point est crucial et incontournable, si on veut écrire notre histoire en toute honnêteté et en n\u2019adoptant pas la perspective des vainqueurs, point de vue projeté et développé par les historiens anglais.Ces derniers n\u2019allaient certainement pas souligner ce caractère d\u2019égalité entre les deux armées survenu ce 28 avril.Comment peuvent-ils célébrer la victoire de l\u2019armée britannique au lendemain de cette journée de printemps 1760 ?Étant une défaite anglaise et ne voulant surtout pas vanter la victoire française du 28 avril 1760, les historiens anglais focalisent et développenet donc leur récit en valorisant et en glorifiant la victoire des plaines d\u2019Abraham.Ainsi l\u2019attention est détournée tout en évitant de préciser la véritable situation peu glorieuse d\u2019une armée sans munitions, soit d\u2019une armée impuissante, réduite maintenant à l\u2019inertie et, de plus, la position d\u2019égalité entre les deux camps anglais et français n\u2019est surtout pas abordée ni soulevée.En comparant, il est facile de constater que les historiens francophones du XIXe siècle aient rédigé l\u2019histoire à partir du canevas composant le fond de celle déjà établie par les historiens anglais.Il semble donc véridique que ce soient les vainqueurs qui écrivent l\u2019histoire.Aucun historien contemporain du Québec n\u2019a mis en doute, jusqu\u2019à maintenant, la perspective de cette page historique, pas même Lionel Groulx.Aucun d\u2019entre eux n\u2019a souligné ce point capital dans nos annales historiques, conséquence de la victoire de Sainte-Foy.Les deux camps sont à forces égales.Parce qu\u2019ils n\u2019ont plus de munitions pour continuer le combat, ils sont réduits à l\u2019inertie.Situation pour le moins humiliante pour n\u2019importe quelle armée ! Dans cette situation, ce n\u2019est conséquemment pas l\u2019armée britannique qui a remporté la victoire décisive, cédant ainsi 127 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 la Nouvelle-France à l\u2019Angleterre en 1760.Si ce ne sont pas les troupes anglaises, qui est-ce donc ?C\u2019est le destin auquel on ne peut rien.Mais, en histoire, peut-on faire intervenir les forces du destin, du hasard ou de la fatalité ?En effet, ces forces jouent autant pour le commun des mortels que pour une nation.Ainsi, le 9 mai 1760, le sort en est jeté lorsqu\u2019apparaissent devant Québec des bateaux aux couleurs anglaises.Au 28 avril, rien n\u2019était encore définitivement joué et la situation était au point neutre.Depuis cette date, tout le monde des deux camps savait, sans l\u2019ombre d\u2019un doute, qu\u2019il n\u2019y aurait plus de combat possible et que la capitale de la Nouvelle-France demeurerait ou française ou tomberait définitivement entre les mains anglaises, selon l\u2019arrivée du premier bateau européen.Comme bien d\u2019autres qui le pensaient aussi, le chevalier de Lévis écrivait, en juin 1760, que si la France avait envoyé ses navires de Bordeaux, non pas le 10 avril 1760, mais en mars, l\u2019arrivée d\u2019une seule frégate française devant la flotte anglaise aurait sauvé la Nouvelle-France.Les Anglais, même à l\u2019intérieur des murs de Québec n\u2019auraient plus eu qu\u2019à plier bagage, à regagner leurs navires et à rentrer le plus vite possible en Angleterre.Le sauvetage de sa colonie canadienne par la France, effectué sans nécessiter de combat, n\u2019aurait pas revêtu un caractère brillant ou glorieux, pas plus que n\u2019est en réalité l\u2019arrivée de la flotte anglaise, devant Québec, le 9 mai 1760.Ce regard froid et impartial sur cette situation efface tout prestige et tout éclat à cet épisode.Il était donc impensable, eu égard à l\u2019histoire de l\u2019Angleterre, d\u2019admettre cette aussi fade et aussi terne réalité.Une autre puissance - celle du destin ou de la fatalité plus grande que l\u2019Angleterre et la France réunises - est manifestement intervenue en imposant la réalité de son choix définitif. 128 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Tout comme les profits en affaires ne sont ni grands ni petits, il n\u2019y a pas de grandes ou de petites défaites.Il n\u2019y a pas plus de grandes ou de petites victoires.C\u2019est une victoire ou une défaite.La perspective de notre histoire demeure encore marquée par l\u2019influence anglaise, en focalisant et en accordant « faussement » toute l\u2019importance à la victoire anglaise des plaines d\u2019Abraham et en passant sous silence la situation d\u2019égalité entre les deux armées survenue le lendemain de la victoire de Sainte-Foy.Cette vision demeure tellement bien ancrée au Canada anglais que tous les journaux anglophones le Calgary Herald, le Winnipeg Free Press, le National Post, l\u2019Ottawa Citizen et le Saskatoon Phoenix ont crié au scandale, ont dénoncé et blâmé le gouvernement fédéral qui a annulé les fêtes commémoratives et la reconstitution de la bataille des plaines d\u2019Abraham, prévues à l\u2019été 2009 à Québec.Ces mêmes journaux n\u2019ont pas manqué de souligner la cause de cette capitulation du fédéral cédant, entre autres, > (Le Devoir, 21 février 2009, Éloges et attaques, Manon Cornellier, C4) Au Québec, la réalité s\u2019avère toute simple et très différente.Sauf quelques exceptions, personne au Québec n\u2019a envie ni ne souhaite fêter la défaite de l\u2019armée de Montcalm qui se composait de soldats français, de miliciens nés au pays et de valeureux et courageux autochtones alliés.Quel peuple fête allègrement sa ou ses défaites ?Il n\u2019y en a évidemment aucun.Alors pourquoi le Canada anglais - unanimement - trouve-t-il absurde et offensant que le Québec n\u2019ait pas le coeur à se réjouir et à célébrer ce qui est, pour tout le reste du Canada, une victoire ?Se refusant à comprendre et à admettre la position différente de la leur sur ce point entre autres, exprimée par les Québécois, se pourrait-il que le Canada anglais entretienne encore cette sourde et rétrograde mentalité de colonialistes ? 129 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Même histoire Vient de paraître aux Éditions de l\u2019Homme un ouvrage de l\u2019historien D.Peter MacLeod La vérité sur la bataille des plaines d\u2019Abraham.Michel Lapierre en donne un résumé dans Le Devoir du 22 février 2009, F 5, sous le titre : « Les agités des plaines d\u2019Abraham ».Suite à ses recherches, Peter MacLeod apporte de très intéressantes précisions historiques mais demeure fidèle lui aussi, à la même perspective tracée par ses prédécesseurs, les historiens anglais, et n\u2019aborde pas le point crucial d\u2019égalité entre les deux armées survenu au lendemain du 28 avril 1760, la victoire française de Sainte-Foy annulant celle des plaines d\u2019Abraham.Quelle conquête?La conquête d\u2019un territoire ou d\u2019un pays est une chose, mais la conquête d\u2019un peuple ou d\u2019une nation en est une autre très différente parce que la première n\u2019entraîne pas nécessairement la seconde.La conquête territoriale consiste à battre son occupant et à diriger à sa place.La conquête d\u2019un peuple ou d\u2019une nation s\u2019avère beaucoup plus difficile à réussir.Il n\u2019y a de véritable conquête d\u2019une nation que lorsque celle-ci accepte en défiinitive d\u2019être conquise.Même si les armées romaines ont vaincu la Grèce, Rome n\u2019a jamais pu conquérir les Grecs.Les Romains ont plutôt subi l\u2019influence de la civilisation hellénique et profité de ses fruits.Malgré tous les efforts déployés à l\u2019époque par l\u2019Angleterre, efforts poursuivis maintenant par le Canada anglais, le vieux Québécois - qu\u2019on a nommé en premier, Français du Canada, puis Canadien, puis Canadien-français et maintenant Québécois - ce vieux Québécois, au fond de son âme, n\u2019a jamais accepté d\u2019être vaincu et depuis 1763, il a résisté aux attaques du gouvernement britannique, et maintenant, il lutte et s\u2019oppose aux attaques du Canada anglais.À chaque époque, sauf de notoires vendus et d\u2019autres qui ont accepté 130 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 d\u2019être personnellement vaincus, ceux-ci ne constituant que quelques exceptions, la nation québécoise n\u2019a toujours pas été vaincue parce qu\u2019elle ne le veut pas et qu\u2019elle n\u2019accepte toujours pas d\u2019être assimilée au Canada anglais.Même plus, elle a développé sa propre culture.Où se situe donc alors la véritable conquête britannique de la Nouvelle-France ?Elle n\u2019a été réelle que sur le plan du territoire, mais jamais l\u2019Angleterre n\u2019a conquis la seule nation qui a fondé ce nouveau pays en Amérique, ni sa langue, ni sa culture française.Conclusion La conquête territoriale de la Nouvelle-France par l\u2019Angleterre, obtenue sans combat, ne repose donc que sur l\u2019action du destin et de la fatalité.En effet, le 28 avril 1760, dans les deux plateaux d\u2019une balance symbolique soupesant le sort de la Nouvelle-France, la victoire française est venue équilibrer la victoire anglaise.Le 9 mai 1760, vers onze heures, hors de tout contrôle militaire, politique ou même humain, se concrétise le choix du destin en faisant pencher le plateau de la balance en faveur de l\u2019Angleterre.Devant cette constatation, la bataille des plaines d\u2019Abraham garde, certes, son importance, importance qui n\u2019est cependant pas plus grande que celle de Sainte-Foy.Ainsi, le combat de 1759 prend sa juste place et sa véritable valeur.Elle perd l\u2019auréole et la fausse attribution que les historiens anglais lui ont accordées en la proclamant bataille décisive qui a donné la Nouvelle-France à l\u2019Angleterre, attribution équivoque reprise par les historiens francophones.Elle n\u2019a jamais été le point culminant et décisif de la conquête britannique du territoire canadien.Ce tournant historique, déterminant et crucial, a été fixé, hors de toutes les stratégies militaires et politiques, le 9 mai 1760. 131 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Si le peuple québécois disparaissait un jour, ce ne serait pas parce qu\u2019il a été conquis, mais par faute de combattants et par assimilation aux anglophones du reste du Canada et des États-Unis.Il faudra, peut-être, un certain temps aux historiens pour se pencher sur ce nouveau regard sur la conquête de 1760, pour admettre et reconnaître l\u2019impartialité, la véracité, la validité et la justesse de ce point de vue qui n\u2019est manifestement pas celui des anglophones du Canada.Peut-être faudra-t-il attendre une nouvelle génération de chercheurs pour qu\u2019elle s\u2019intègre dans nos manuels d\u2019histoire.Peu importe puisque la vérité, même voilée, réussit à un moment donné, à émerger et à se faire connaître.N\u2019est-ce pas ce que recherche en définitive tout consciencieux historien ?Georges Bellemare Recherchiste en histoire et auteur LE QUÉBEC EST UN PARADIS POUR LES ENTREPRISES D'EXPLORATION MINIÈRE En tant que géologue de formation ayant moi-même supervisé de nombreuses campagnes de forage d'abord en exploration minière puis en caractérisation environnementale, je me permet de réagir à l'article de Patrick Lagacé publié dans cyberpresse, le 5 août 20091.Dans cet article, monsieur Lagacé parle du projet d'exploitation d'une mine d'uranium sur la basse Côte Nord.1 http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/patrick-lagace/200908/05/01-890102-de-tchernobyl-a-sept-iles.php 132 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 La plus grosse mine d'uranium au monde est en Saskatchewan.Elle est aussi jugée la plus sécuritaire.Pourquoi ?Parce que toutes les étapes d'extraction d'uranium sont automatisées.Les humains ne doivent pas entrer en contact avec le minerai.L'argument habituel de créer des centaines d'emplois de qualité pour une région en difficulté économique ne tient donc pas la route pour cette industrie où il y a peu d'humains et beaucoup de robots.De plus, les riches gisements de la Saskatchewan ne ressemblent en rien à ceux du Lac Kachiwiss sur la Basse Côte Nord qui sont de type « faible teneur et fort tonnage ».Ces gisements sont plus difficiles à extraire et demandent des méthodes d'extraction plus coûteuses et beaucoup plus polluantes que celles utilisées pour les gisements à plus riches teneurs.La seule façon de rendre ces gisements à faibles teneurs rentables, c'est que le prix de l'uranium soit élevé.C'est le cas actuellement bien qu'il ait baissé récemment.L'exploitant minier doit, dans ce contexte économique, réussir à extérioriser les coûts d'exploitation le plus possible.Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?L'exploitant minier essaie par tous les moyens de faire assumer les frais de son projet minier par une tierce partie : par exemple, payer la plus basse redevance minière possible au gouvernement, obtenir des subventions et des crédits d'impôts pour ses activités d'exploration, n'assumer que partiellement les coûts reliés à la réhabilitation environnementale de sites miniers et laisser le système de santé publique assumer les frais de santé.Si l'exploitant minier peut profiter d'infrastructures déjà en place tel qu'un train transportant du minerai, les coûts de son projet seront moindres et s'il réussit à faire accepter un projet de mine à ciel ouvert qui est moins coûteux mais dévastateur pour l'environnement alors ses profits seront encore supérieurs. 133 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 J'ai, tout comme monsieur Lagacé, visionné le vidéo amateur de citoyens inquiets de Sept-Îles dénonçant certaines pratiques de la compagnie d'exploration uranifère Terra Ventures.Cette dernière est propriétaire des droits miniers de la région du Lac Kachiwiss.Dans le vidéo, un homme descend un fil avec un plomb jusqu'à 30 pieds de profondeur dans le tubage d'un puits d'exploration effectué par Terra Ventures.La démonstration avec le fil indique que le puits d'exploration n'a pas été sellé en surface à l'aide d'un bouchon de béton.Selon des règles de précautions élémentaires, la partie supérieure d'un puits d'exploration devrait être sellée soit par une couche de bentonite (argile gonflante) soit par un bouchon de béton pour empêcher la migration potentielle de contaminants de la surface vers l'eau souterraine.Dans ce cas-ci, il est certain que ça n'a pas été fait.Malheureusement, la compagnie minière n'est pas tenue par la loi à prendre ces précautions toutes simples.Il faut des concentrations de l'ordre de 1 % U3O8 pour que les travaux de forage nécessitent des précautions particulières.Sur la Côte-Nord, ces concentrations sont de l'ordre de moins de 0,02 % U3O8.On peut se demander combien d'autres règles de précaution élémentaires sont ignorées par Terra Ventures et les autres compagnies minières lors de campagnes d'exploration.Cette industrie représentée par l'Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs, a élaboré son propre code de conduite qu'elle peut suivre ou non ; c'est sans obligation.Dans l'utilisation de la technique de forage au diamant, beaucoup d'eau doit être utilisée pour forer le roc.D'où provient cette eau ?Est-elle récupérée adéquatement ou tout simplement rejetée sans traitement dans l'environnement ? 134 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 À l'heure actuelle, aucune loi ne régit les eaux de forage utilisées dans le cadre d'une campagne d'exploration minérale.Cette activité se soustrait à la Loi sur la qualité de l'Environnement sous prétexte qu'elle se soumet déjà à la Loi sur les mines.Mais la Loi sur les mines n'est pas conçue pour protéger l'environnement.Récupérer une eau contaminée de forage et en disposer adéquatement, c'est une opération beaucoup plus coûteuse que de mettre un bouchon de béton sur un puits d'exploration.et ça ne paraît pas si c'est mal fait ou pas fait du tout.Tirez-en votre propre conclusion.Le Vérificateur général a critiqué vertement le manque de contrôle environnemental des projets miniers au Québec.En effet, au Québec, quand une entreprise d'exploration minière a une attitude négligente face aux règles élémentaires de précaution, on ne peut lui retirer son permis afin de l'empêcher de continuer ses actions qui sont, certes blâmables mais non illégales.Selon l'institut Fraser, le Québec était, en 2008, le meilleur endroit au monde pour les entreprises d'exploration minière.Pourquoi ?Voici les raisons vantées par l'Association de l'exploration minière au Québec : -\tlégislation moderne, stable et gouvernement pro-déve-loppement (voir stratégie minérale québécoise) ; -\tréclamations territoriales autochtones réglées sur une grande partie du territoire géologiquement favorable ; -\tfiscalité extrêmement attrayante : déduction pour l'investisseur pouvant atteindre 150 % dans le cadre du financement accréditif; crédits d'impôts remboursables pour les entreprises explorant le Québec.Coûts nets pour une junior ou un investisseur qui dépense 100 dollars en exploration : 33 dollars ! 135 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 L'Association ne vante pas de riches gisements potentiels mais plutôt la générosité des Québécois pour l'industrie minière.Soyons donc moins généreux envers ces entreprises d'exploration minière qui méprisent notre santé et l'environnement au profit de leur portefeuille et au détriment du nôtre.Exigeons une réglementation stricte pour leurs activités d'exploration minière au Québec.Nicole Béland 136 LIVRES REÇUS Pierre Savard (présenté Marc Lebel) Entre France rêvée et France vécue, Nota Bene, 2009, 332 pages Louis Massicotte Le parlement du Québec de 1867 à aujourd\u2019hui, PUL, 2009, 298 pages Denise Robillard L'Ordre de Jacques Cartier, Fides, 2009, 544 pages Fabien Girard Secrets de plantes, Éditions JCL, 2008, 202 pages Richard Louis-André (dir.) La nation sans la religion ?Le défi des ancrages au Québec, PUL, 2009, 218 pages Bernard Saulnier et Réal Reid L\u2019éolien au coeur de l\u2019incontournable révolution énergétique, Multimondes, 2009, pages André Parent Histoire du cerveau.De l'Antiquité aux neurosciences, PUL, 2009, 320 pages René Boulanger et Pierre Falardeau Le monde selon Elvis Gratton.Entretiens, Éditions du Québécois, 2009, 195 pages Micheline Lavallée et Pierre Valcour Les communautés religieuses au Québec, Septentrion, 2009, 390 pages 137 L'ACTION NATIONALE - septembre 2009 Micheline Labelle, François Rocher, Rachad Antonius Immigration, diversité et sécurité.Les associations arabo-musulmanes face à l\u2019État au Canada et au Québec, PUQ, 2009, 192 pages André Lacroix Critique de la raison économiste, Liber, 2009, 181 pages Réjean Pelletier Le Québec et le fédéralisme canadien.Un regard critique, PUL, 2008,\t247 pages Bernard Fournier et Min Reuchamps Le fédéralisme en Belgique et au Canada, Éditions de Boeck, 2009,\t288 pages Marc Huber Le livre amer, PH7, 2009, 353 pages Jocelyn Parent La loi constitutionnelle de l\u2019État des Québécois-es, (compte d\u2019auteur), 2008, 161 pages Jean-Pierre Issenhuth Le Cinquième monde, Carnet, Fides, 2009, 268 pages Jacques Cardinal La paix des braves.Une lecture politique des Anciens Canadiens de Ph.Aubert de Gaspé, XYZ, 2005, 207 pages Gestion François Beaudoin / Évaluation d'entreprises\tfaisabilité.Transfert familial.Rachat par cadres.Ventes - .Achats - Rusions, Services conseils en financement.Une équipe multidisaplmaive ofrûnHons les sévices :eq- pR une tnansachon reuss.e. CLUB DES 100 ASSOCIÉS DE LA LIGUE D'ACTION NATIONALE Fernand Allard François-Albert Angers ' Jean-Paul Auclair Thérèse Baron ' Gaston Beaudry ' Yvan Bédard Antoinette Brassard Jean-Charles Claveau Robert Comeau Louis-J.Coulombe Bob Dufour Nicole Forest Henri-F.Gautrin ' Paul Grenier Yvon Groulx Henri Joli-Cœur Anna Lagacé-Normand ' Denis Lazure ' Clément Martel Yvon Martineau Daniel Miroux Rosaire Morin ' Arthur Prévost ' Jacques Rivest Ivan Roy Claudette Thériault Réal Trudel André Verronneau Madeleine Voora Patrick Allen ' Gaston-A.Archambault ' Paul Banville François Beaudoin Dominique Bédard ' Henri Blanc Henri Brun Roch Cloutier Robert Côté Gérard Deguire Yves Duhaime Léopold Gagnon Claude Ghanimé Michel Grimard Marcel Henry Lucie Lafortune ' Bernard Lamarre Richard Leclerc Jacques-C.Martin Roger Masson Louis Morache Reginald O\u2019Donnell René Richard ' Jean-Denis Robillard Paul-Émile Roy Marcel Trottier ' Cécile Vanier Claude-P.Vigeant André Watier Le Club des 100 associés regroupe les donateurs de 1000 $ et plus. L\u2019Action NATIONALE Liberté d'expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Collaboration à la révision Jacques Brousseau Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur 141 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Mission Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Président\tMembres Denis Monière\tDave Anctil Membres honoraires Christiane Bérubé, Jacques Boulay |, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Jean-Jacques Chagnon, Hélène Chénier, Pierre Dupuis | , Lucia Ferretti, Delmas Lévesque, Yvon Groulx, Léo Jacques, Yves Michaud, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon, Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jean Genest |, Jean-Marc Léger, Georges Meyers, Paul-Émile Roy Secrétaire Charles-Philippe Courtois Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Mathieu Bock-Côté Christian Gagnon Isabelle Le Breton Jacques Martin Ex Officio Robert Laplante Jean-Louis Bourque Myriam D\u2019Arcy Pierre de Bellefeuille Robert Comeau Benoît Dubreuil Geneviève Dugré Henri Laberge Josée Lacourse Gilles Lavoie Alain Laramée Anne-Michele Meggs Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Joëlle Quérin Guillaume Rousseau ABONNEMENT\tGRILLE TARIFAIRE\t \t1 an\t2 ans \t10 numéros\t20 numéros Abonnement\t73,37 $ (65 $ + taxes)\t135,45 $ (120 $ + taxes) Abonnement de soutien\t175 $\t300 $ Étudiant\t42,89 $ (38 $ + taxes)\t76,75 $ (68 $ + taxes) Institution\t129,81 $ (115 $ + taxes)\t220,11 $ (195 $ + taxes) Autres pays\t150 $\t275 $ Abonnement PDF\t50,79$ 45 $ + taxes\t90,30$ 80 $ + taxes \tTVQ 1012563392\tTPS 11901 9545 Trois façons de régler votre abonnement \u2022\tpaiement internet sécurisé Desjardins dans notre site \u2022\tpar la poste \u2022\tpar téléphone Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD L\u2019ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP : www.sodep.qc.ca Envoi de Poste-Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal» Canada « Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada à notre adresse ». campagne de financement 2009 de faction nationale Montréal, le 15 mai 2009 Chère et cher compatriote, L\u2019Action nationale sert depuis plus de 90 ans la cause du Québec et constitue un outil intellectuel inestimable pour la marche du peuple québécois vers l\u2019indépendance nationale.Année après année, cette revue est au cœur des débats et ne peut compter que sur ses lecteurs et sur les dons pour survivre.Elle ne peut et ne veut dépendre des subventions gouvernementales.Le Québec a besoin d\u2019une revue où l\u2019on puisse s\u2019exprimer librement même et surtout lorsque des propositions ou des oppositions vont à contre-courant des monopoles médiatiques ou des appareils partisans.L\u2019Action nationale est un carrefour où s\u2019exprime la diversité du mouvement indépendantiste.Aujourd\u2019hui, nous faisons appel à votre sens de l\u2019histoire et de la continuité et nous vous demandons de participer généreusement au soutien financier de L\u2019Action nationale.Par ce geste, vous contribuez à enrichir et promouvoir l\u2019indépendance de notre nation.Je vous remercie de votre contribution en espérant avec vous que le Québec dise enfin oui à sa naissance de peuple libre.Gilles Pelletier Comédien Vous pouvez faire votre don \u2022\tà la boutique internet de L\u2019Action nationale www.action-nationale.qc.ca \u2022\tnous téléphoner pour faire un don avec votre numéro de carte de crédit VISA ou MASTERCARD 514-845-8533 ou sans frais 1-866-845-8533 \u2022\tpar la poste avec le formulaire au verso. campagne de financement sous la présidence d'honneur de Gilles Pelletier\tVotre dOn de l'action nationale Nom_________________ Adresse_____________ Ville_______________ Code postal_________ Numéro de téléphone Courriel____________ Pour faire votre don par la poste ?\tFaire un chèque à l'ordre de L'Action nationale OU ?\tIndiquer votre numéro de carte de crédit (VISA ou MASTERCARD) -/-/-/-/ et la date d\u2019expiration___/_________ puis découper et expédier ce formulaire avec votre paiement.L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal QC H2X 1X3 L'Action nationale émet des reçus fiscaux pour les dons qu'elle reçoit en vertu de son statut d'organisation d'éducation politique (OEP/002) "]
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