L'action nationale, 1 février 2011, Février
[" L\u2019Action NATIONAL^ volume CI numéro 2 FÉVRIER 2011 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L'ACTION NATIONALE volume CI numéro 2 - Février 2011 Février 2011 vol.CI no 2 L\u2019Action NATIONALE Pifijpg \\ 4 * I * * * t i ë * ¦ : MM ï&mïÀ ' IK sms L'article 23 de la charte canadienne Mlégitime et illégal Dossier L'enseignement de l'histoire au cégep Primeur Le reméde imaginaire En couverture Marc-Aurèle Fortin Voie ferrée à Hochelaga, 1931 ou 1932.Pastel sur papier, 47,2 x 60,9 cm.Coll.MNBAQ.SODRAC 2010 A EXPOSITION À VENIR MARC-AURÈLE FORTIN L\u2019EXPÉRIENCE DE LA COULEUR DU 10 FÉVRIER AU 8 MAI 2011 Après Suzor-Coté et Clarence Gagnon, Marc-Aurèle Fortin boucle le trio d'expositions d'envergure consacrées par le Musée national des beaux-arts du Québec aux incontournables de la peinture moderne québécoise.Marc-Aurèle Fortin.L'expérience de la couleur, première grande rétrospective muséale consacrée à cet artiste depuis plus de 45 ans, présente une centaine de peintures, gravures et dessins réalisés sur quatre décennies, de 1909 à 1949.Le peintre paysagiste a laissé une forte empreinte dans l'imaginaire québécois avec ses compositions mettant à l'avant-plan de grands ormes et ses scènes rurales hautement colorées auxquelles il est généralement associé.L'exposition présente ses vues de Sainte- Rose, de l'île d'Orléans, de Charlevoix, de la Gaspésie et du Saguenay, qui ont su dépeindre la campagne québécoise de l'époque.Une part moins connue, mais non moins significative, de son travail est aussi exposée : celle des vues urbaines.Elles témoignent du regard attentif qu'il porta aux changements irréversibles qu'opérait la modernité à Montréal dans les années 1920 et 1930.L'exposition Marc-Aurèle Fortin.L'expérience de la couleur est accompagnée d'un catalogue qui permettra de renouveler les connaissances sur l'homme, l'artiste et son engagement dans le milieu artistique québécois.V y Musée national des beaux-arts du Québec Parc des Champs-de-Bataille Québec (Québec) G1R 5H3 Renseignements : 418 643-2150 sans frais 1 866 220-2150 www.mnba.qc.ca Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise 40 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Dave Anctil, chercheur postdoctoral, Chaire Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie (UQAM) ; Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, pro-fesseure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval) ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque (politologue) ; Julien Goyette (UQTR), Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Université de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté.L\u2019Action NATIONALE curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014?\u2014 abonnez-vous Yage B \"V \" On n\u2019est jamais trop curieux Éditorial Carrières, dépendance et cohésion nationale -Robert Laplante\t4 Articles Illégitime et illégal -Henri Laberge\t11 Une grève historique qui scellera le destin de René Lévesque -Pierre Cloutier\t15 Dossier L\u2019enseignement de l\u2019histoire au cégep L\u2019état du débat -Cilles Laporte\t32 Je ne me souviens plus -Cilles Laporte et Myriam\tD\u2019Arcy\t39 Un cours multidisciplinaire sur le Québec contemporain -Cilles Laporte\t88 Lire Primeur Benoît Dubreuil et Guillaume Marois Le Remède imaginaire\t98 Lire les essais Robert Comeau, Charles-Philippe Courtois et Denis Monière (dir.) Histoire intellectuelle de l\u2019indépendantisme québécois, tome I, 1834-1968\t108 André Cédilot et André Noël Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec\t120 Jean-Claude Kaufmann Sex@mour\t131 Livres reçus 135 4 ÉDITORIAL Robert Laplante CARRIÈRES, DÉPENDANCE ET COHÉSION NATIONALE Il s\u2019en passe des choses dans le petit monde de l\u2019élite provinciale ! Les récentes semaines ont dû donner bien des frissons aux habitués des cocktails chics et des clubs privés.Deux figures bien connues ont fait les manchettes avec des promotions qui ont surpris ceux-là qui pensaient jusque-là que les filières de carrière étaient bien étanches et rigoureusement partagées entre deux réseaux séparés par la conviction nationale.Deux figures, deux exemples de ce qui arrive dans une petite société qui ne parvient plus à se donner le minimum de consensus sur ce que doit être l\u2019intérêt national.On voudra bien nous plaider leur droit de gagner leur vie, nous faire des leçons de morale sur les cheminements professionnels légitimes, ces nominations n\u2019en éclairent pas moins de façon exemplaire les tiraillements d\u2019une élite qui ne parvient plus à s\u2019assumer, à trouver son chemin dans le brouillard dans lequel baigne la province.Les places sont rares et limitées dans la bourgade, il faut donc s\u2019attendre à ce que le jeu de la chaise musicale finisse par donner des surprises.Il serait inutile et trompeur de tenter de décoder ces événements en soupesant les convictions de ces impétrants tout à coup devenus des alliés objectifs d\u2019un gouvernement à la dérive.Évidemment, le nouvel employé de Talisman a 5 L'ACTION NATIONALE - février 2011 maintes fois déçu et sa propension à poser en donneur de leçon a de quoi laisser place aux pires appréhensions en ce qui a trait à la tournure que prendra le débat sur le gaz de schiste.Mais, justement, il faudra éviter de se laisser tirer du côté du moralisme de pacotille qui lui tient lieu d\u2019étendard et dans lequel il va tenter d\u2019engluer le discours sur l\u2019intérêt du Québec.Il ne sera que le prophète de sa propre cause, c\u2019est-à-dire celle de son employeur.Son recrutement déçoit moins qu\u2019il ne révèle.Dans son cas, comme dans celui de la star de la ménagerie, on aurait tort d\u2019en rester aux travers narcissiques.Ce que le gouvernement de notre premier sous-ministre vient de faire là est une chose fort importante.Il vient de rendre évident aux yeux de tous le dilemme de l\u2019élite d\u2019une société bloquée : ou bien les membres de l\u2019élite en panne se rangent et jouent désormais pour eux-mêmes les conditions qu\u2019elles renoncent à combattre ; ou bien elles assument l\u2019impasse provinciale et reprennent le combat pour élargir l\u2019espace économique et institutionnel requis pour la promotion de notre développement.En clair, cette élite s\u2019installe dans la gestion de la dépendance ou elle fait le combat national.Ou bien elle se définit comme intérêt la gestion du rapetissement et se redéfinit comme classe d\u2019intermédiaires qui se contente des retombées.Ou bien elle se place dans une critique radicale du régime et se fait porteuse d\u2019un projet en phase avec le redressement national requis pour assurer la maîtrise de notre destinée.Nous en avions quelques exemples plus banals avec les Boisclair, Loubier, Chevrette et compagnie.Voilà maintenant que le recrutement passe en première rangée.La valse des carrières à laquelle nous avons eu droit ne fait que commencer.Le tempo va s\u2019accélérer au fur et à mesure que 6 L'ACTION NATIONALE - février 2011 sera érodée la capacité du Québec de choisir ses orientations propres, de se faire maître de ce qu\u2019il devrait posséder.La dépendance économique est une réalité, un fait de structure qui détermine les choix individuels.Ce n\u2019est pas un hasard que les nominations aient eu lieu dans le domaine des ressources naturelles et dans celui d\u2019où émanent des odeurs nauséabondes.Ce sont là deux domaines où se retrouvent, dans toutes les sociétés dominées, les voies de relégation des élites locales.Voilà revenu, si jamais il a complètement disparu, le temps des gérants complaisants.C\u2019est un temps qui renvoie à une réalité objective : une nation se gouverne ou se fait gouverner, ses dirigeants dirigent ou exécutent.On l\u2019a vu, ces nominations ont provoqué un malaise que personne pourtant n\u2019a osé nommer de son vrai nom.La figure du notable à qui les patrons confient la gestion des humeurs de la bourgade est un symbole fort.Nous parler de prospérité avec les plans de communication tracés à Calgary, nous donner des leçons de morale nationale pour mieux nous convaincre de nous laisser bercer par la voix de ceux-là qui nous gèrent en bombant le torse parce qu\u2019ils peuvent prétendre avoir la confiance des maîtres, cela s\u2019appelle la politique de la résignation.Dans la rhétorique des pseudodécideurs, les nouveaux titres à donner aux exécutants sont difficiles à prononcer.Peut-être vaut-il mieux renoncer à traduire smart guy?En laissant instrumentaliser son capital symbolique et sa notoriété cette élite en expansion - il faudra voir comment conservateurs et libéraux vont nous jouer le coup des notables locaux dans les régions - met à rude à rude épreuve notre cohésion nationale.Ces figures servent désormais à brouiller les repères, à saper les références.Leur consen- 7 L'ACTION NATIONALE - février 2011 tement constitue en lui-même une preuve de l\u2019érosion de cette cohésion.Ce n\u2019est pas la dernière des ironies que de voir l\u2019artisan de l\u2019éclatement de la coalition péquiste et du gaspillage de la conjoncture post-référendaire devenir la figure de proue de la nouvelle cohorte des gestionnaires de la petite mort.Une question nationale qui ne se résout pas finit par tout pourrir.? \u201e FONDS K/U de solidarité FTQ Contient des antioxydants et des investissements des 571 000 propriétaires du Fonds de solidarité FTQ.Toutes les régions du Québec tirent profit des 6,4 milliards de dollars que les milliers de Québécois confient au Fonds de solidarité FTQ avec un double objectif : créer des emplois ET FAiRE TOURNER L\u2019ÉCONOMiE D\u2019iCi.\twww.fondsftq.com Située à New Richmond, en Gaspésie, Serres Jardins-Nature est le plus important producteur de tomate biologiques dans l\u2019est de l\u2019Amérique. Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FONDACTION POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com agitp ' our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations.Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop 11 ARTICLES Henri Laberge* L\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés ILLÉGITIME ET ILLÉGAL Contre l\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, il n\u2019y a pas de clause dérogatoire utilisable.C\u2019est à l\u2019article 33 de la Charte qu\u2019il est question de clause dérogatoire.Il y est bien précisé que celle-ci ne s\u2019applique qu\u2019à l\u2019encontre des articles 2 et 7 à 15 de ladite charte.Est-ce à dire que nous devons nous y soumettre en faisant semblant de nous accommoder ?Certes pas.Dans l\u2019interprétation de l\u2019article 23 par les tribunaux fédéraux, il y a tout bien à penser que le pire est à venir.Un jour ou l\u2019autre, quelqu\u2019un plaidera que l\u2019article 23 doit s\u2019interpréter littéralement.Un jour ou l\u2019autre, la Cour suprême avalisera cette interprétation.Or, le paragraphe (2) de l\u2019article 23 dit bel et bien que « les citoyens canadiens dont un enfant a reçu ou reçoit son instruction au niveau primaire ou secondaire [.] en anglais au Canada ont le droit de faire instruire tous leurs enfants, aux niveaux primaire et secondaire, dans la langue de cette instruction », c'est-à-dire en anglais.Pour avoir le droit, en vertu de la Charte canadienne, à ce que tous ses enfants reçoivent leur enseignement en anglais, il suffit que l\u2019un des deux parents reçoive déjà son enseignement en anglais.Si on interprète littéralement, aucune durée n\u2019est * L'auteur était conseiller politique de Camille Laurin lors de l'adoption de la Charte de la langue français (loi 101). 12 L'ACTION NATIONALE - février 2011 requise.Dès qu\u2019un enfant reçoit l\u2019enseignement en anglais, dans une école passerelle ou dans une autre province, tous ses frères et sœurs, même engagés depuis longtemps dans le réseau francophone, ont le droit de passer à l\u2019école anglaise et de transmettre ce droit à leurs descendants.Il faut cesser de nous comporter à l\u2019égard de la Cour suprême comme un élève pris en grippe à qui on demande de reprendre indéfiniment son devoir.Ce qu\u2019il faut affirmer, c\u2019est que cet article 23 est frappé d\u2019illégitimité au départ.En regard des lois du Québec, il doit être considéré comme nul et non avenu.Refaisons l\u2019histoire de cet article 23 qui, manifestement, a été concocté pour torpiller la Charte de la langue française.Ceux qui l\u2019ont rédigé (parlement fédéral) et ceux qui l\u2019ont adopté (parlement de Londres) avaient-ils le pouvoir et la compétence pour le faire ?Le BNA Act de 1867, adopté par le Parlement du Royaume-Uni, établissait un partage des compétences législatives entre le fédéral et les provinces canadiennes.Ainsi l\u2019éducation était-elle de compétence provinciale exclusive, sauf en ce qui concernait les privilèges reconnus aux catholiques et aux protestants dans chaque province au moment de son entrée dans la fédération canadienne (art.23).Ce qui implique que le fédéral n'avait aucune compétence pour légiférer sur la langue d\u2019enseignement ou sur l\u2019enseignement des langues.Le Parlement britannique ne renonçait pas (en 1867) à légiférer dans les domaines qu\u2019il avait établis comme de compétence fédérale ou provinciale.Le Canada demeurait une colonie britannique.Le Parlement impérial aurait pu, s\u2019il l\u2019avait jugé utile, légiférer sur la langue d\u2019enseignement.S\u2019il l\u2019avait fait, cela aurait sans doute suscité des protestations ; des protestations auraient sans doute parlé d\u2019une loi illégitime, mais on n\u2019aurait pas pu la qualifier d\u2019illégale.Le 13 L'ACTION NATIONALE - février 2011 Parlement impérial souhaitait-il sans doute avoir à légiférer le moins possible pour le Canada et de moins en moins à mesure que le temps s\u2019écoulait, mais il ne se délestait pas de son pouvoir de légiférer, si besoin était, pour les dominions de son empire.Du moins jusqu\u2019en 1931.Le Statut de Westminster de 1931 n\u2019est pas une loi comme les autres.Ce n\u2019est pas une loi susceptible d\u2019abrogation ultérieure par le Parlement britannique, de façon unilatérale.Il est voté pour donner effet à un consensus entre la Grande-Bretagne et les dominions sur l\u2019indépendance législative de ces derniers.Il a valeur de traité international.Le paragraphe (2) de l\u2019article 2 établit cette indépendance législative en reconnaissant que les dominions auront désormais : \u2022\tle plein pouvoir d\u2019adopter des lois pour leurs territoires respectifs et leurs populations respectives, lois qui seront pleinement valides malgré leur incompatibilité avec le droit anglais et les lois du Parlement britannique ; \u2022\tle plein pouvoir de modifier les lois britanniques qui font partie de la législation desdits dominions.Or, il est dit au paragraphe (2) de l\u2019article 7 que « les dispositions de l\u2019article 2 [.] doivent s\u2019étendre aux lois édictées par les provinces du Canada et aux pouvoirs législatifs de ces provinces.» Ce qui veut dire que les provinces, dans les domaines qui sont de leurs compétences, jouissent désormais de la même indépendance législative que le fédéral dans ses propres champs de compétence.Le paragraphe (3) du même article 7 précise : 14 L'ACTION NATIONALE - février 2011 Les pouvoirs que la présente loi (Statut de Westminster de 1931) confère au Parlement du Canada ou aux législatures des provinces ne les autorisent à légiférer que sur des questions qui sont de leurs compétences respectives.Donc, depuis l\u2019entrée en vigueur du Statut de Westminster, ni le Parlement britannique, ni le Parlement fédéral canadien n\u2019ont la moindre compétence pour légiférer sur la langue d\u2019enseignement.Les deux parlements, même s\u2019ils se mettaient ensemble en additionnant leurs compétences ne pourraient légiférer dans un domaine qui est totalement de compétence québécoise.Zéro plus zéro, ça ne peut que faire zéro ! Le coup de force de 1982 perpétré par Pierre-Elliot Trudeau et Margaret Thatcher avec la complicité de la Reine est illégitime dans son ensemble et l\u2019article 23 qu\u2019ils y ont inséré est carrément illégal.En conséquence, l\u2019Assemblée nationale n\u2019a pas à se soumettre à l\u2019article 23 de la Charte canadienne puisque celui-ci a été adopté par des instances non habilitées pour ce faire et que le Québec n\u2019a jamais accepté la loi constitutionnelle de 1982.L\u2019Assemblée nationale appuyée par la députation québécoise au Parlement fédéral devrait proclamer l\u2019illégalité de cet article 23 et son intention de légiférer librement sur la langue d\u2019enseignement.? 15 ARTICLES Pierre Cloutier* \t \t 1\t 2e épisode : 1959-1960 UNE GRÈVE HISTORIQUE QUI SCELLERA LE DESTIN DE RENÉ LÉVESQUE Depuis le 9 septembre 1948, René Lévesque, qui exerce le métier de journaliste à Radio-Canada, est l\u2019objet de surveillance policière de la part de la Gendarmerie royale du Canada à qui le gouvernement canadien a confié la surveillance interne du pays dans la panique à la suite de l\u2019affaire Gouzenko, un chiffreur de l\u2019ambassade soviétique à Ottawa qui a fait défection en révélant l\u2019existence d\u2019un réseau d\u2019espionnage soviétique au Canada.Malgré plusieurs enquêtes qui ne révèlent aucune information pouvant mettre en cause la loyauté de René Lévesque envers le Canada et la démocratie canadienne, l\u2019animateur de la célèbre émission télévisée Point de mire est lui-même dans la mire de la « Special Branch » de la GRC qui voit en lui un « communiste » qui veut détruire le pays.La grève des réalisateurs de la section française de Radio-Canada Le 5 décembre 1958, les réalisateurs du réseau français de la (jeune) télévision de Radio-Canada décident de créer une association professionnelle affiliée à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada, l\u2019actuelle CSN.Devant le refus de Radio-Canada de la reconnaître, ils déclenchent la * Pierre Cloutier, ll.m, avocat L'ACTION NATIONALE - février 2011 grève le 28 décembre 1958.Prévue pour deux ou trois jours, elle durera 68 jours et marquera l\u2019histoire du Québec1 ! Dans une entrevue2 qu\u2019il donne plusieurs années plus tard, René Lévesque mentionne à quel point cette grève l\u2019a marqué et a eu une influence sur son engagement politique.Lévesque avoue que, jusqu\u2019à ce moment-là, il n\u2019était pas antifédéraliste, mais qu\u2019avec cette grève il a pris conscience, « une terrible prise de conscience » dit-il, que le Québec n\u2019avait pas le poids qu\u2019il était censé avoir au sein du Canada et qu\u2019il en avait tiré une leçon.D\u2019un conflit syndical, la grève s\u2019est transformée en combat nationaliste et elle s\u2019est terminée par une victoire du mouvement syndical québécois, mais avec beaucoup d\u2019amertume à la suite des tactiques déloyales de Radio-Canada.Après la grève, René Lévesque, qui dans son émission Point de mire se consacrait uniquement aux questions internationales, décide alors de s\u2019intéresser à la situation politique du Québec.Quelques mois, plus tard, il perdra son émission, quittera Radio-Canada et se lancera en politique.En attendant, ce qu\u2019il ne sait pas, c\u2019est que les hommes de l\u2019ombre de la GRC le surveillent attentivement, tout comme ils ont été « présents » dans les coulisses tout au long de la grève des réalisateurs.Le 22 janvier 1959, à peine un mois après le début de la grève, l\u2019inspecteur D.E.McLaren, le « Clouzot » de la Division « C » de la GRC, celui-là même qui a « relancé » la 1\tPour plus de détails sur cette grève, voir l\u2019excellent document de Louis-Goerges Carrier à http ://archives.cbc.ca/IDCC-o-io-i223-676i/vie_societe/ greve_realisateurs 2\tVoir l\u2019entrevue à : http ://archives.cbc.ca/IDC-o-io-i223-6794-ii/index_ souvenirs/vie_societe/greve_realisateurs 17 L'ACTION NATIONALE - février 2011 surveillance de Lévesque en 1958, envoie un long rapport au bureau du commissaire de la GRC à Ottawa.Ce rapport, qui contient quelques passages censurés, se lit comme suit : The Commissioner RCMP - Ottawa Re : Canadian Broadcasting Corporation (Domestic Service) Montréal In accordance with instructions received from Asst.Commr.Lemieux to the effect that the Security-Intelligence Branch attempt to cover the varied political activities involved in the current strike of C.B.C.producers (censuré) [.] have been concentrated on the situation.So far we have not become aware of any direct interest in this strike by the Party proper, that is, the L.P.P., as it presently exists here (censuré) [.] There is, however, some reason to believe that former Party members in intellectual circles close to the C.B.C., persons who may even yet furthering the aims of the Party, are taking an active part in guiding the trend of events.It is too soon to speculate on the real objective of the strike of the C.B.C., producers, as insufficient information has been obtained.Nevertheless, it would seem reasonable to assume that the concerted effort being made not only by the producers but those in support of them, is aimed at one thing, the erection of a defensive organization which would be in a position to withsand any criticism which may eventually come from the projected Parliamentary Committee to be establish in the immediate future to look into C.B.C.Programming.If the producers were successful in establishing an organization with bargaining rights, even if this were only in the French section to the C.B.C., this would provide a precedent which could weel lead to the extension of such an organization througout the country.N.B.Le paragraphe 4 est entièrement censuré.The situation has been somewhat complicated by the fact that the Canadian Labour Congress and the Canadian and Catholic L'ACTION NATIONALE - février 2011 Confederation of Labour have both been giving active support to the striking producers.At the same time, other organizations such as the National Association of Broadcast Employees and Technicians (NABET), Association of Radio and Television Employees of Canada (ARTEC), Union of Radio and Television Artists (CL) and the International Association of Television and Stage Employees are contributing their support and assistance (censuré).The National Association of Broadcast Employees and Technicians has been engaged in negotiations with the C.B.C.for the renewal of a contract since last July.At the present moment it is understood that a Conciliation Board is dealing with the matter at Ottawa.The brief in support of NABET was prepared by Leo ROBACK, of RESEARCH ASSOCIATES in Montreal3.The COUNCIL OF SOCIALIST CLUBS in Montreal which contains many former members of the L.P.P.(censuré)/\".] has been reported actively supporting the strike.[.] (censuré).At a meeting which took place in the Orpheum Theatre on the 21st inst.Attended by a considerable number of the supporters referred to, a decision was taken that a march on Ottawa would be organized and should take place about Tuesday, Jan.2y'h.Further details in this respect are anticipated.During the noon hour on this 22nd inst a demonstration of from 500 to 1000 supporters of this strike paraded through streets and after obstructing traffic in front of the C.B.C.building on Dorchester St., had to be dispersed by the Citoy Police.There was no violence or threat of violence and no damage done to C.B.C.property.This matter of the C.B.C.strike is being observed by the Security and Intelligence Branch in co-operation with the C.I.B., which in turn is in close touch with the [censuré].Further reports will be submitted as circusmstance warrant.Il y avait un clivage entre le milieu anglophone et francophone, rappelle [Max Cacopardo, auteur d\u2019un documentaire de 60 minutes sur les événements, diffusé à Radio-Canada, le mercredi 1er septembre 1999].Les réalisateurs de Toronto n\u2019ont pas appuyé la grève.Les employés de CBC, à Montréal, ont aussi continué à travailler.À Ottawa, les réalisateurs ont dû négocier avec des anglophones qui ignoraient presque 3 Pour une biographie du professeur Léo Roback, voir : http ://www.archiv.umontreal.ca/Poooo/Po2i7.htm 19 L'ACTION NATIONALE - février 2011 l\u2019existence du réseau français.Et sur le plan politique, les ministres étaient tous des anglophones qui avaient une pâle connaissance de ce qui se passait au Québec.Tous les journaux francophones appuyaient la grève, tandis que les journaux anglophones, The Gazette et Montreal Star, étaient contre.C\u2019était une autre manifestation de ce qu\u2019on appelle les deux solitudes.Le dossier contient ensuite cinq pages censurées qui nous amènent ensuite au 3 février 1959.On retrouve alors un document de dix pages contenant 33 paragraphes dont neuf pages font l\u2019objet de censure en vertu du paragraphe 15 (1) de la Loi d\u2019accès à l\u2019information.Au paragraphe 17, le rapport note ce qui suit : Rene LEVESQUE, noted as being the official co-ordinator of the striking unions, apparead at a press conference held in Montreal by Marcel CARTER and R.J.FRASER of the CBC.He claimed to be a journalist reprensenting the over 1300 striking employees and proceed to attack the press release given by CARTER.He was join in this attack by Jean VINCENT and André ROCHE of the publication « Vedettes » and by BOYCE RICHARDSON of the Montreal Star.4 Le paragraphe 27 se lit comme suit : [.](censuré) Though it is appreciated that the information contained herein is not necessarily primarily of a subversive nature, it is felt that it will give an insight into the (censuré) activities leading to some of the developments in the current strike of seventy-four CBC producers in the Montreal area with particular emphasis of the know communist elements both in and out of the CBC.(Je souligne) Le dossier contient aussi un article du journal Montreal Gazette qui raconte que le 2 mars 1959, il y a eu un affron- 4 Pour une biographie de Boyce Richardson, voir : http ://en.wikipedia.org/ wiki/Boyce_Richardson 20 L'ACTION NATIONALE - février 2011 tement entre 1000 grévistes et une centaine de policiers en face de Radio-Canada et que 38 personnes ont été arrêtées, dont René Lévesque et Jean Marchand, alors président de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada, l\u2019actuelle CSN.Parmi les autres personnes arrêtées, on retrouve, entre autres, le journaliste Michel Van Schendel, le chanteur Georges d\u2019Or, le comédien Roland Chenail et l\u2019auteur Louis Morisset, alors secrétaire de la Société des auteurs.Le 9 mars 1959, une entente est conclue entre Radio-Canada et l\u2019association des réalisateurs et la grève prend fin.La Révolution tranquille du Québec se prépare.Le dossier de surveillance contient un autre « trou noir » de neuf pages dont on ressort le 20 mai 1959 avec un autre rapport d\u2019un « analyste » inconnu qui mérite d\u2019être cité au long, d\u2019autant plus qu\u2019il n\u2019est pas censuré.L\u2019analyste s\u2019en prend à l\u2019émission Point de mire et à son animateur René Lévesque de la façon suivante : CANADIAN BROADCASTING CORPORATION (Radio and Television Programs) (Communist Activities in) - Canada Generally INFORMATION At 10.30 P.M.of the 12-5-59, the C.B.C.television program « Point de Mire » commentated by Rene LEVESQUE was seen by the writer.This half hour program is the French counterpart of the English program \u201cNewsmagazine\u201d and Rene LEVESQUE attemps to bring the viewers up to date on certain events in the news of the time.On the date mentioned above, the subject commentated upon was \u201cThe Geneva Conference\u201d of the East and West foreing ministers on the German reunification and the disarmament questions. 21 L'ACTION NATIONALE - février 2011 LEVESQUE started by giving his views on the background for this conference.These views were as follows : The Russians suffered a lot from German aggression on their country.They liberated from the Germans the following countries : Rumania, Czechoslovakia, Poland and the part of Germany which is now East Germany.At the end of the war none of the Western Powers had any troops in Berlin.It was only through the goodwill of the Russians that some of our troops were permitted to occupy part of Berlin in the first place.On the point that the Russians depleted the economy of the countries they \u201cliberated\u201d, LEVESQUE stated that the Russians started to do that only following the example France gave by starting to do just that in the part of Germany which they occupied after the war.According to him, it was only after the French had depleted her part of Germany that the Russians transferred some of the heavy industries from Central Europe to Russia.The Berlin Blockade was made by the Russians.One of the big reasons for this blockade was the trouble experienced with the money exchange as this was posing a tremendous problem.The present Geneva Conference was made possible by Krushev\u2019s statement of last November when he said he would turn over the whole of East Germany including Berlin to the East German Administration.This ultimatum has \u201cforce the western powers to negotiate a lessening of tension\u201d.Another point indicating that Khruschev wants a lessening of tension was the Moscow Day Parade which this year was much smaller than the previous ones and include only small conventional arms.None of the modern weapons were seen in this parade.INVESTIGATOR\u2019S COMMENTS You will note that LEVESQUE failed to mention Hungary in any part of his comments.By listening to this programme a person received the impression that the Russians are the real good fellows who always want to negotiate, on the other hand the western powers are forced to the conference table by the Russians.LEVESQUE, of course, never 22 L'ACTION NATIONALE - février 2011 mentioned the treaties broken by the Russians or that at all previous conferences they never really negotiated but only used their position for propaganda purposes.On the Berlin question it is the writer's belief that LEVESQUE wanted to put across the idea that the western powers have no real right to be in that city should the Russians decide so as it was only through the goodwill of the Russians that the western powers were permitted entry in the first place.In my opinion this program could be interpreted as a phase in conditioning the thinking of the people to the fact that should the Geneva Conference fail, it will not be the Russians fault as all they want to do is withdraw their permission for the western powers to remain in Berlin.THE COMMISSIONER RCMP-OTTAWA FORWARDED for your information MONTREAL (S) D.E.McLaren (D.E.McLaren - Insp, Officer i/c S.I.B.[Je souligne] Quelques semaines plus tard, à l\u2019été 1959, l\u2019émission Point de mire sera retirée de la programmation de Radio-Canada ! René Lévesque démissionnera ensuite de Radio-Canada, au printemps suivant, le 4 avril 1960.Surveillance du mouvement pacifiste Après une autre page censurée, on retrouve au dossier un document daté du 13 octobre 1959 qui nous apprend que René Lévesque a présidé une assemblée organisée par le Comité canadien sur le contrôle des dangers de la radiation, 23 L'ACTION NATIONALE - février 2011 qui fut le premier comité du mouvement pacifiste canadien.L\u2019assemblée a eu lieu à la salle du Gesù au 1200, rue Bleury à Montréal et a attiré environ 500 personnes dont la plupart étaient des étudiants.Le document d\u2019une page contient un important paragraphe censuré.Lévesque n\u2019est plus à Radio-Canada, mais la surveillance continue Après un autre trou noir de censure de huit pages, on se retrouve le 29 avril 1960.René Lévesque, qui a quitté Radio-Canada, est appelé à donner une conférence à la Chambre de commerce de Rimouski ! Le dossier contient une photo de M.Lévesque avec les principaux dirigeants de la chambre de commerce et un article d\u2019un journal, le Progrès du golfe de Rimouski.L\u2019article nous apprend que M.Lévesque a surtout traité de questions internationales en insistant sur le rapprochement des peuples et l\u2019interdépendance des nations.Mais il contient également un passage encadré par les enquêteurs de la GRC où M.Lévesque exprime déjà des idées très personnelles sur la prise de contrôle par le Québec de ses ressources naturelles.Le passage encadré se lit comme suit : René Lévesque conclut par un appel à la prise de conscience de la Province, au réveil de la fierté nationale, qui devrait se traduire non pas par des termes galvaudés comme « auto- nomie », mais bien par des actions concertées et efficaces pour conserver, des richesses qui sont exploitées chez nous, notre part essentielle.« Par gauchiste, dit en terminant le conférencier, j\u2019entends celui qui est prêt à accepter les changements.Et c\u2019est l\u2019attitude de la vie et de la réussite.[Le passage souligné est celui encadré par la GRC] 24 L'ACTION NATIONALE - février 2011 L\u2019article et la photo sont acheminés au Bureau du commissaire de la GRC à Ottawa le 10 mai 1960, par l\u2019inspecteur J.E.M.Barrette de la « Special Branch » de Montréal.René Lévesque entre en politique Après un autre trou noir de cinq pages, on retrouve un rapport de l\u2019inspecteur J.E.M.Barrette, de la sous-direction des affaires spéciales de la Division « C » du Québec qui se lit comme suit : Montreal, Quebec June 10th, 1960 THE COMMISSIONNER RCMP-OTTAWA Re : COMMUNIST PARTY OF Canada (Activities in Provincial Elections) Canada Nominations for the forthcoming Provincial Elections on June 22nd, 1960 officially closed on June 8 th, 1960 (3 paragraphes censurés) I may mention also that [.] and Rene LEVESQUE [.] will be running on the National Union and Liberal ticket in the riding Laurier [.] Nomination papers will be examined and appropriate report will be submitted in the near future.[J.E.M.Barrette] Insp.Officer i/c S.I.B.Cinq jours plus tard, le 15 juin 1960 - René Lévesque sera élu député libéral le 22 juin 1960 - l\u2019inspecteur Barrette envoie à Ottawa un rapport qui contient la page frontispice d\u2019un journal de quartier de Montréal, Le Guide du Nord, datée du 5 novembre 1959, soit 7 mois plus tôt, et intitulée « René Lévesque invite les hommes d\u2019affaires du nord à coopérer avec les Russes ! » Le tout est accompagné d\u2019une 25 L'ACTION NATIONALE - février 2011 grande photo de Nicolas Kroutchev et d\u2019une plus petite photo de René Lévesque.Le rapport contient également un éditorial signé par un dénommé Gaston Houle reprochant à Lévesque d\u2019avoir donné une conférence devant les hommes d\u2019affaires du nord de Montréal avec le comportement d\u2019un « chien dans un jeu de quilles » dénonçant Maurice Duplessis et plaidant pour les échanges internationaux y compris avec l\u2019URSS.La traduction faite au quartier général de la GRC se lit comme suit : FRENCH LANGUAGE.TRANSLATED BY Y.L.T AT R.C.M.P.HEADQUARTERS LE GUIDE DU NORD [GUIDE OF THE NORTH] 5707 Ch.Colomb MONTREAL, Thursday November 5, 1959 1st Page Carries 5 advertisements of various business concerns.And one big hand-line : « Point de mire » chez Maxim\u2019s (« Point de Mire » was a regaular TV program of René Levesque on the world\u2019s situation which stirred many controversies.It was cancelled but René Levesque had become famous because of his clean-cut comments.It is not always easy to form an opinion on the man as he swerves a little to the left and then turns abruptly to center right.But he did make dangerous comments.] The title of the article appearing on another page : RENE LEVESQUE INVITES BUSINESSMEN OF THE NORTH TO COOPERATE WITH RUSSIANS ! A large picture of Kroushchov and a smaller picture of René Levesque appear on the same page. 26 L'ACTION NATIONALE - février 2011 Après quatre autres pages censurées, le dossier contient ensuite un rapport de la « Special Branch » daté du 8 juillet 1960 mentionnant que [sans doute plusieurs personnes dont les noms sont censurés] ont travaillé pour le candidat libéral René Lévesque dans la circonscription de Laurier lors de l\u2019élection du 22 juin 1960.Le reste du document d\u2019une page est censuré.Après un autre « trou noir » de douze pages, on se retrouve le 7 mars 1961 où un rapport de la Division « C » fait état de deux articles du Montreal Star datés du 27 février 1961.Un seul article apparaît toutefois au dossier.Il semble que ce soit un article du quotidien Montréal-Matin, repris par le Montreal Star dans lequel René Lévesque dit devant une assemblée de jeunes libéraux qu\u2019il est plutôt de gauche comme le gouvernement dont il fait partie parce « que nous voulons que les choses changent ».L\u2019article mentionne aussi que quelques jours plus tard, devant une assemblée d\u2019étudiants à l\u2019Université de Montréal, René Lévesque souligne qu\u2019il n\u2019hésitera pas à quitter le Parti libéral et joindre un nouveau parti si le gouvernement libéral cessait de prôner des changements.Sept ans plus tard, le Parti québécois était né ! 27 L'ACTION NATIONALE - février 2011 Commentaires de l'auteur Encore une fois, le problème majeur de ce dossier est la question de la censure qui est omniprésente 47 ans après les événements.Je rappelle l\u2019article sur lequel se basent les censeurs fédéraux : il s\u2019agit du paragraphe 15 [1] de la Loi d\u2019accès à l\u2019information qui se lit comme suit : 15.(1) Le responsable d\u2019une institution fédérale peut refuser la communication de documents contenant des renseignements dont la divulgation risquerait vraisemblablement de porter préjudice à la conduite des affaires internationales, à la défense du Canada ou d\u2019États alliés ou associés avec le Canada ou à la détection, à la prévention ou à la répression d\u2019activités hostiles ou subversives, notamment [.] Constatez avec moi l\u2019ambiguïté et la largesse de l\u2019expression « risquerait vraisemblablement de porter préjudice » qui font en sorte que le moindre doute joue en faveur de la censure.Il en serait autrement si on avait une formulation qui imposerait aux censeurs un fardeau de preuve plus élevé qui favoriserait la divulgation comme, par exemple, l\u2019expression « dont la divulgation risque [au présent et non pas au conditionnel] de causer un préjudice sérieux et irréparable à la conduite [.] ».Ce qu\u2019il faut comprendre ici, c\u2019est que le texte employé par la Loi d\u2019accès est tellement large et ambigu que, même si la loi prévoit des mécanismes d\u2019appel au bureau du commissaire à l\u2019information, à la Cour fédérale ou à la Cour suprême, ces organismes sont liés par cette formulation qui favorise la non-divulgation de façon quasi absolue dans le temps, ce qui est, à mon avis, un scandale permanent dans une démocratie où, de façon générale et à priori, on doit valoriser le principe que le « bien public doit être administré publiquement » sous réserve d\u2019exceptions précises et limitées. 28 L'ACTION NATIONALE - février 2011 La seule solution efficace dans un tel cas réside dans une contestation judiciaire pour faire déclarer cette formulation - et d\u2019autres semblables - inconstitutionnelle, parce que contraire à la Charte canadienne des droits et libertés, notamment en vertu du paragraphe 2 b) (liberté de la presse et autres moyens de communication).D\u2019autre part, comme je l\u2019ai mentionné précédemment dans le premier de cette série d\u2019articles consacrés à la surveillance de René Lévesque, comment peut-on imaginer que la divulgation de renseignements obtenus il y a 47 ans, risquerait vraisemblablement, en 2007, de porter préjudice aux affaires internationales et à la défense du Canada ainsi qu\u2019à la détection, à la prévention ou la répression d\u2019activités hostiles ou subversives ?Sur le fond du dossier, il y a aussi plusieurs observations à faire.D\u2019abord, tous les réalisateurs, journalistes, commentateurs, artistes, écrivains, syndicalistes et autres employés de Radio-Canada qui ont vécu la grève des réalisateurs de 1959 seront sans aucun doute assez « choqués » d\u2019apprendre qu\u2019ils étaient suivis à la trace par les hommes de l\u2019ombre de la GRC qui rapportaient leurs moindres faits et gestes au gouvernement et à leur employeur et qui dressaient des dossiers sur certains d\u2019entre eux, comme ils l\u2019ont fait avec René Lévesque.Ensuite, comment qualifier autrement comme de la bêtise et de l\u2019ignorance crasse les « savantes » analyses faisant de M.Lévesque un communiste et de son émission Point de mire une émission de propagande ? 29 L'ACTION NATIONALE - février 2011 Aussi comment ne peut-on pas être tenté de faire de façon raisonnable un lien direct entre le rapport de la GRC daté du 20 mai 1959 sur l\u2019émission Point de mire et le retrait de cette émission de la programmation de Radio-Canada quelques semaines plus tard ?À ce sujet, il faut mentionner qu\u2019il est pratiquement impossible de connaître les véritables motifs qui ont conduit à l\u2019annulation de cette émission qui était extrêmement populaire au « Canada français » de l\u2019époque, puisque le paragraphe 68.1 de la Loi d\u2019accès à l\u2019information ne s\u2019applique pas aux « renseignements qui relèvent de la Société Radio-Canada et qui se rapportent à ses activités de journalisme, de création ou de programmation, à l\u2019exception de celles qui ont trait à son administration ».D\u2019autre part, comment admettre que M.Lévesque ait été l\u2019objet de surveillance de la part de la GRC après son départ de Radio-Canada ?Comment peut-on imaginer que la GRC ait à ce point du temps à perdre que de suivre les conférences prononcées devant des chambres de commerce ou accorder la moindre crédibilité à des potins comme ceux que l\u2019on retrouve dans l\u2019édition du 5 novembre 1959 dans le Guide du Nord ?Le dossier nous permet aussi de comprendre les ruses de la GRC.Sous prétexte de surveiller la menace communiste au Canada, elle étend son mandat à d\u2019autres secteurs d\u2019activités, comme le syndicalisme et la politique provinciale, en surveillant des grévistes, des syndicalistes, des journalistes, des pacifistes et des hommes politiques qui ne militent d\u2019aucune façon dans des organisations communistes. 30 L'ACTION NATIONALE - février 2011 Cette tactique prévaudra également sous l\u2019ère du gouvernement Trudeau avec la surveillance du mouvement souverainiste, dont nous reparlerons dans les prochains épisodes de cette série.? DOSSIER L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE AU CÉGEP Dossier L'enseignement de l'histoire au cégep L\u2019état du débat -Cilles Laporte\t32 Je ne me souviens plus -Cilles Laporte et Myriam\tD\u2019Arcy\t39 Un cours multidisciplinaire sur le Québec contemporain -Cilles Laporte\t88 Lire Primeur Benoît Dubreuil et Guillaume Marois Le Remède imaginaire\t98 Lire les essais Robert Comeau, Charles-Philippe Courtois et Denis Monière (dir.) Histoire intellectuelle de l\u2019indépendantisme québécois, tome I, 1834-1968\t108 André Cédilot et André Noël Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec\t120 Jean-Claude Kaufmann Sex@mour\t131 Livres reçus 135 32 DOSSIER Gilles Laporte* L\u2019histoire du Québec au cégep L\u2019ÉTAT DU DÉBAT Il est rare que le petit monde des cégeps attire l\u2019attention des médias autrement que pour voir l\u2019opportunité de les fermer.Plus rare encore qu\u2019on s\u2019intéresse à l\u2019enseignement de l\u2019histoire, une discipline dont la place au niveau collégial est notoirement marginale.Ce fut pourtant le cas durant la dernière semaine de novembre 2010 alors que la Fondation Lionel-Groulx déposait une étude au titre fracassant à propos de la disparition des cours portant sur l\u2019histoire du Québec.Le grand public a alors pu apprendre avec stupeur que moins de cinq pour cent des finissants du collégial avaient pu suivre un cours d\u2019histoire nationale, et encore, dans moins de la moitié des cégeps et seulement pour le programme de sciences humaines1.Vu de l\u2019intérieur cependant il est difficile de parler d\u2019une véritable « nouvelle ».Les intervenants du milieu collégial savent depuis longtemps que l'histoire est exclue de la formation générale commune et qu\u2019elle est confinée au * Professeur d\u2019histoire au cégep du Vieux Montréal.L\u2019auteur, tout en demeurant le seul responsable des propos tenus dans cet article, souhaite remercier MM.Laurent Lamontagne, Félix Bouvier et Sylvain Guilmain pour leurs conseils et leurs remarques.1 Gilles Laporte et Myriam D\u2019Arcy, Je ne me souviens plus.Létat désastreux de l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale dans le réseau collégial public du Québec, Fondation Lionel-Groulx, novembre 2010.53 pages 33 DOSSIER er 2011 33 NATIONALE DOSSIER domaine des sciences humaines où sa part équivaut en gros à celle de la sociologie ou de l\u2019économie, à un peu plus que la science politique ou la géographie, bien moins que la psychologie et incommensurablement moins que la philosophie ou la littérature.Est-ce ce truisme qui explique le peu d\u2019intérêt des principaux intéressés au débat, en l\u2019occurrence les professeurs d\u2019histoire des cégeps du Québec ?À la conférence de presse tenue par la Fondation Lionel-Groulx pour présenter son étude sur l'enseignement de l'histoire du Québec au cégep, on comptait des représentants de tous les médias, des membres de la Coalition pour l\u2019histoire, des présidents de sociétés historiques, quelques universitaires et des éditeurs de manuels scolaires, mais, à part l\u2019auteur de l\u2019étude rendue publique, pas un seul professeur d\u2019histoire des cégeps du Québec.L\u2019Association des professeurs d\u2019histoire des collèges du Québec (APHCQ) elle-même n\u2019a pas jugé bon de publier un communiqué afin d\u2019ajouter sa voix ou pour compléter l\u2019information, même si les médias ouvraient momentanément grandes leurs pages à cet enjeu, une occasion aussi rare que certaines éclipses solaires ! Plus encore, le seul membre de l\u2019APHCQ à prendre publiquement position le fit pour prendre ses distances ; en gros, pour dire « qu\u2019il y a bien suffisamment d\u2019histoire ainsi2 ».Quoi qu'il en soit, l\u2019étude a bénéficié d\u2019un large écho médiatique et ses conclusions ont été relayées par de nombreux éditorialistes, chroniqueurs et même par les courriers de lecteurs.Le réalisateur de l\u2019émission de Radio-Canada Maisonneuve en direct confiait avoir reçu un nombre anormalement élevé d\u2019appels lors d\u2019une tribune téléphonique portant sur l\u2019histoire au cégep.Tous allaient dans le sens d\u2019un renforcement de l\u2019objet Québec au niveau collégial.Il reste que des notes discordantes se sont aussi exprimées.2 Marc Simard « Deux cours, c'est assez », La Presse, 1er décembre 2010.L'auteur est professeur d'histoire au collège François-Xavier-Garneau, à Québec. DOSSIER 34 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Parmi les réserves formulées, il en est une à laquelle nous adhérons sans hésitation.Elle consiste à rappeler que le collégial est bien un ordre d\u2019enseignement de niveau supérieur et qu\u2019à ce titre il n\u2019a pas à poursuivre les objectifs décrits pour le champ Univers social au secondaire.Certains commentateurs l\u2019ont justement rappelé, ce qui a l\u2019heur de ramener le débat aux deux fameux cours Histoire et éducation à la citoyenneté offerts aux 3e et 4e secondaires.Ainsi, même si sa place a constamment été discutée depuis 40 ans, l\u2019histoire n\u2019a pas le statut de discipline fondamentale au collégial et qu\u2019elle est donc réservée aux étudiants qui se destinent à des études en sciences humaines à l\u2019université.Ce n\u2019est pas a priori aux établissements collégiaux d\u2019assurer l\u2019atteinte de compétences dont les établissements secondaires sont responsables.Cette mise au point constitue la part la plus recevable de la critique formulée par Marc Simard dans son article dans La Presse du 1er décembre 2010.Son article est cependant bien plus tendancieux quand il ajoute que « [a]près deux ans passés au secondaire à étudier l\u2019histoire du Québec, n\u2019est-il pas temps pour les cégépiens d\u2019élargir leurs horizons et de connaître les Grecs, les Romains, l\u2019humanisme et la Renaissance ?» C\u2019est là bien sûr omettre que ces mêmes cégépiens ont aussi suivi tout autant de cours portant sur la Civilisation occidentale aux 1er et 2e secondaires.Le cours obligatoire Histoire de la civilisation occidentale n\u2019est-il pas par conséquent tout aussi redondant rendu au collégial ?Mais M.Simard va plus loin.Il voit dans l\u2019éventualité d\u2019un cours portant sur le Québec au niveau collégial « la possibilité que ce cours ne (re) devienne un cours d\u2019endoctrinement à la cause souverainiste.» Même si ce passage a sans doute valu droit de citer à son article dans la page « Idées » du quotidien de Gesca, convenons que c\u2019est là faire preuve d\u2019un mépris assez souverain envers la rigueur 35 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER intellectuelle des professeurs de cégep en général, en plus de se méprendre complètement sur les objectifs que pourrait poursuivre un tel cours.M.Simard conclut en se demandant : « Cette instrumentalisation du cours d'histoire du Québec ne serait-elle pas, d'ailleurs, une des causes majeures de la désaffection des jeunes à l'endroit de celui-ci ?» Procès d\u2019intention sans fondement bien sûr, surtout que M.Simard n\u2019explique pas pourquoi cette perte d\u2019intérêt perdurerait même si le cours d\u2019histoire au secondaire a été singulièrement « dénationalisé » depuis l\u2019entrée en vigueur du Renouveau pédagogique.La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) a adopté une position plus honnête et plus conséquente sur le plan corporatif.Pour elle, il est faux de prétendre que les finissants du secondaire ignorent leur histoire ; il est par conséquent contreproductif de leur en asséner davantage au niveau collégial.Même s\u2019il est encore tôt pour évaluer le profil de sortie de la cohorte issue du nouveau programme, la FECQ devrait pourtant savoir que même les promoteurs du domaine Univers social concèdent que les prochains finissants arriveront au collégial avec un bagage de connaissances moindre que dans l\u2019ancien programme.Sans doute mieux à même d\u2019inculquer des aptitudes pour la communication et la recherche, l\u2019approche par compétences se prête tout simplement mal à l\u2019apprentissage de l\u2019histoire, où il s\u2019agit moins de maîtriser des habilités transférables (être en mesure d\u2019interpréter un document historique par exemple) que d\u2019acquérir une culture historique commune.Doit-on aussi rappeler qu\u2019il ne s\u2019agit d\u2019ailleurs plus, à proprement parler, de cours d\u2019histoire ?Ces cours, donnés au secondaire, visent bien à éduquer à la citoyenneté par un recours à l\u2019histoire et aux divers champs de l\u2019univers social, et non à initier à l\u2019histoire du Canada et du Québec.De toute façon, les représentants de la FECQ se sentent inutilement visés, DOSSIER 36 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 car le « bagage de connaissances » n\u2019est pas vraiment en cause dans le constat que nous avons dressé pour le collégial, où il est surtout question de rappeler que « C\u2019est durant son séjour au cégep qu\u2019un jeune Québécois acquiert le droit de vote au Québec, qu\u2019il commence à travailler au Québec, qu\u2019il quitte le domicile familial pour faire l\u2019apprentissage d\u2019un nouveau milieu de vie quelque part au Québec et qu\u2019il se frotte aux services du gouvernement.Malgré tous ses mérites, la formation collégiale actuelle ne permet pas de préparer le finissant à ces réalités impérieuses.» Avec un tel constat, toutes les associations étudiantes seront sans doute d'accord.La sortie de l\u2019étude coïncidait aussi avec la parution en novembre du dernier opus du professeur Jocelyn Létourneau, Le Québec entre son passé et ses passages.Tout en reconnaissant les nombreux mérites de l\u2019ouvrage et la rigoureuse argumentation de l\u2019auteur, on note que M.Létourneau y revient constamment avec un argument à l\u2019encontre de l\u2019histoire nationale qui s\u2019apparente à celui illustré par Simard, mais à propos duquel il ne s\u2019explique nulle part.Passant tour à tour de la neutralité bienveillante à l\u2019ironie, M.Létourneau s\u2019en prend à ceux qui critiquent le cours Histoire et d\u2019éducation à la citoyenneté parce que selon eux : Il ne construisait plus l\u2019histoire de la nation sur la série d\u2019échecs, de défaites et d\u2019humiliations qui avaient scandé son parcours dans le temps [.] Il n\u2019était plus cette pièce où les Québécois, et les Canadiens français avant eux, jouaient le rôle de vaincus et de victimes3.Le propos relève du même procès d\u2019intention visant à décrypter dans le récit historique québécois les germes malfaisants d\u2019une instrumentalisation.Chercher ainsi à conju- 3 Jocelyn Létourneau, Le Québec entre son passé et ses passages, Montréal, Fides, 2010 : 57. 37 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER rer le rôle structurant du discours sur l\u2019histoire, comme de tout discours d\u2019ailleurs, revient chez Létourneau à faire ce choix puéril en faveur d\u2019un récit neutre accordant, à chacune des réalités du présent, une présence dans le passé de façon à satisfaire chaque identité limitée soucieuse d\u2019apparaitre équitablement dans le récit des origines.Létourneau n\u2019a pas tort de souligner que le récit canadien-français n\u2019est pas le seul ayant droit de citer, mais on rappellera avec d\u2019autres qu\u2019il recoupe tout de même une large part du passé collectif québécois et qu\u2019il a le mérite de vouloir « faire société », soit de recouper les divers types d\u2019allégeances, hommes, femmes, riches pauvres, Montréalais et provinciaux, néoQuébécois et « de souche », au sein d\u2019un projet sociétal équilibré, entre la cohésion et l\u2019inclusion.Quant à l\u2019allusion récurrente chez Létourneau consistant à présenter l\u2019histoire nationale comme une litanie de lamentations et de frustrations historiques, elle mériterait d\u2019être mieux documentée.Cela nous semble à la fois caricaturer et exagérer la contribution par exemple d\u2019un Maurice Séguin (en particulier à propos de l\u2019importance de la Conquête) dans la réflexion de ceux et celles qui critiquent la place accordée à l\u2019histoire nationale au secondaire et au cégep.On entendra au contraire bien davantage le désir d\u2019offrir un récit positif des luttes du peuple québécois pour une société démocratique, voire d\u2019édifier les jeunes à l\u2019aune de modèles féminins et masculins remarquables ayant permis l\u2019accession à une société libre, ouverte et prospère.Entre chauvinisme et misérabilisme, M.Létourneau devrait tout de même choisir l\u2019opprobre dont il souhaite couvrir les tenants d\u2019une histoire nationale du Québec.Quant aux récits lancinants de luttes inachevées, on les retrouvera bien davantage magnifiés chez les chantres des « groupes-victimes », ceux-là mêmes célébrés par M.Létourneau (esclaves, femmes, autochtones, immi- DOSSIER 38 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 grants), bien plus prompts que la Nation à commémorer leur propre écrasement historique4.Or, les propos alambiqués de Létourneau et Simard laisseront l\u2019impression que l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec est en soi préjudiciable à l\u2019édification d\u2019une citoyenneté émancipée et ouverte sur le monde.Ils seront reçus comme une bénédiction par tous les adversaires de l\u2019enseignement de l\u2019histoire, désormais noyée dans la formation citoyenne au secondaire et complètement évacuée au niveau collégial.Ce débat devrait cependant se poursuivre, au moins tant que les véritables motifs des adversaires de l\u2019histoire du Québec n\u2019auront pas été mis au jour.?4 Entre autres, ce passage éloquent : « Les élèves sont enfin amenés à prendre conscience que l\u2019histoire du Québec et du Canada se caractérise par un passé chargé de préjugés, de harcèlement et de discrimination, ce qui leur permet de mieux comprendre certains des enjeux qui ont prévalu au développement sociétal québécois et canadien.Notamment par l\u2019identification de groupes-victimes dans notre histoire nationale, tels les femmes, les autochtones, les immigrants et les handicapés, et par la compréhension des valeurs et tendances en cause à cette époque, l\u2019élève peut mesurer les forces qui ont contribué à la formation de la société d\u2019aujourd\u2019hui et du système juridique qui en est issu.» Paule Mauffette, « L\u2019histoire : une discipline au service de l\u2019éducation à la citoyenneté », Pédagogie collégiale, vol.19, no.3 (hiver 2005) : 20. 39 DOSSIER Gilles Laporte et Myriam D\u2019Arcy * L'état désastreux de l'enseignement de l'histoire nationale dans le réseau collégial public du Québec JE NE ME SOUVIENS PLUS Cette étude, commandée par la Fondation Lionel-Groulx, a pour objectif de situer la place de l'histoire en général et de celle du Québec en particulier dans la formation de niveau collégial.Le mandat consiste aussi à voir comment parvenir à revaloriser la place de l'enseignement consacrée à l'histoire et à une meilleure connaissance de la société québécoise par les finissants.Afin de mieux cerner l\u2019évolution de la place de l\u2019histoire du Québec dans la formation générale au collégial depuis 15 ans, nous avons mené, entre mai et aout 2010, une enquête auprès des 296 enseignants en histoire au collégial.Près de la moitié des enseignants sondés (140) ont répondu au questionnaire, ce qui nous a notamment permis de mesurer la fréquence à laquelle les principaux cours en * Gilles Laporte est historien et professeur d\u2019histoire au cégep du Vieux Montréal.Il est l'auteur de quelques ouvrages en histoire du Québec, dont un manuel, Fondements historiques du Québec (Chenelière, 2008, 3e édition), Il est en outre administrateur du plus vaste site web privé consacré à l'histoire au Québec et concepteur du portail d'activités interactives Odilon.Gilles Laporte a siégé de 2005 à 2010 à l\u2019exécutif de l\u2019Association des professeurs d\u2019histoire des collèges du Québec (APHCQ) qui représente une centaine de professeurs d\u2019histoire de plus de quarante établissements Myriam D\u2019Arcy détient un baccalauréat en science politique à l\u2019Université du Québec à Montréal.Elle est candidate à la maîtrise en histoire à l\u2019Université du Québec à Montréal.Depuis quelques années, elle collabore à différents projets de recherche en histoire du Québec, notamment à la Télé-Université de l\u2019UQAM. DOSSIER 40 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 histoire sont donnés dans les établissements collégiaux.Nous leur avons aussi demandé de réfléchir à la place de l\u2019histoire en général et celle de l\u2019histoire du Québec au sein des programmes de sciences humaines et dans la formation générale.Durant la même période, nous avons aussi sollicité les registraires de chacun des 60 établissements collégiaux publics pour recueillir la liste des cours offerts en histoire chaque session depuis janvier 1995 jusqu\u2019à aujourd\u2019hui afin de mesurer l\u2019évolution de chacun de ces cours, et plus particulièrement les cours d\u2019histoire ayant pour objet le Québec et le Canada.Pour réaliser notre enquête, nous avons enfin consulté la littérature portant sur la formation générale au collégial, l\u2019enseignement de l\u2019histoire et le traitement appliqué à l\u2019objet Québec dans les libellés de cours.En plus des rapports d\u2019enquête les plus marquants (Parent, Lacoursière, Inchauspé), nous nous sommes appuyés sur des ouvrages, des articles parus dans des revues scientifiques ainsi que dans la presse quotidienne en tentant de rendre compte d\u2019une pluralité de points de vue.Le réseau collégial québécois Les cégeps sont bien une création du rapport Parent qui proposait d\u2019ainsi réunir sous un même toit la formation technique et préuniversitaire et d\u2019ainsi assurer la transition entre le niveau secondaire et le marché du travail ou l\u2019université1 2.1 Gouvernement du Québec, Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement dans la province de Québec, tome II : Les structures pédagogiques du système scolaire, 3e édition, août 1965.Martial Dassylva, La naissance des cégeps, 1964-1971.: 52-57.Martial Dassylva, « Le modèle virtuel de l\u2019institut tel que proposé dans le rapport Parent », Bulletin d\u2019histoire politique, vol.12, 2 (hiver 2004) :49-65. 41 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER En 2009, le réseau collégial comptait 48 établissements, dont cinq anglophones, ainsi que cinq écoles nationales et 31 centres de transfert de technologie (CCTT).Le réseau employait alors 34 650 salariés, dont 19 315 enseignants et enseignantes.152 500 élèves étaient inscrits à l\u2019enseignement régulier et 25 000 élèves en formation continue (pour adultes).58 % étaient des filles et 42 % des garçons.Bon an mal an, 50 % des élèves sont inscrits au secteur préuniversitaire, 46 % au secteur technique et 4 % en session d\u2019accueil et d\u2019intégration.On compte huit programmes préuniversitaires dont les plus importants, administration, sciences de la nature, sciences humaines et arts et lettres, et 128 programmes techniques, qui vont de génie mécanique à techniques infirmières en passant par impression sur tissus.Les programmes d\u2019études menant au diplôme d\u2019études collégiales (DEC) sont tous constitués de deux grandes composantes : la formation générale et la formation spécifique.La formation générale commune fait partie intégrante de chaque programme d\u2019études et, dans une perspective d\u2019approche programme, s\u2019articule à la formation spécifique en favorisant en principe le développement de compétences nécessaires à l\u2019ensemble des programmes d\u2019études.La littérature occupe la part du lion de cette formation générale commune avec neuf unités (ou crédits) ; en gros quatre cours obligatoires.Suivent les cours de philosophie ou humanities avec six unités, éducation physique, trois unités, et anglais langue seconde, quatre unités, mais aucun cours d\u2019histoire.Trois grandes visées caractérisent la formation générale des programmes d\u2019études au cégep : former la personne à vivre en société de façon responsable, amener la personne à intégrer les acquis de la culture et maîtriser la langue comme outil de pensée, de communication et d\u2019ouverture DOSSIER 42 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 sur le monde2.Parmi les douze grandes compétences de la formation générale, aucune ne réfère au rôle de l\u2019histoire, ni à l\u2019appartenance à une collectivité de langue et de culture distincte en Amérique.Aux sources de l\u2019exclusion de l\u2019histoire du Québec Quelle place le rapport Parent comptait-il allouer à l\u2019histoire dans cette formation générale au cégep ?Au départ, elle promettait pourtant d\u2019être énorme.Citons ce passage du célèbre rapport où les commissaires décrivent tout le bien qu\u2019ils pensent de la formation historique.Cette valeur humanisante de l\u2019histoire, cette sagesse qu\u2019on peut y puiser sont assez généralement reconnues.Mais on n\u2019a pas toujours vu aussi clairement l\u2019incomparable instrument de formation intellectuelle qu\u2019on peut trouver dans cette discipline.La connaissance du passé habitue l\u2019intelligence à saisir la notion de temps, de siècle, de génération, mais aussi la notion du temps historique, irréversible, continu, avec ses périodes et ses rythmes divers [,.]3.La défense et l\u2019illustration du rôle de l\u2019histoire sont bien présentes à l\u2019époque de la fondation des cégeps, dont on vante en particulier les vertus humanistes.Dans un célèbre article, deux des penseurs du projet des cégeps, MM.Fernand Dumont et Guy Rocher, identifiaient quatre vertus cardinales qu\u2019on devrait s\u2019efforcer d\u2019inculquer au jeune durant son passage au collégial : Premièrement, l\u2019histoire, le devenir collectif est devenu si incertain et si fluent, les [médias de masse] et les partis nous encombrent de tant de nouvelles et d\u2019opinions, que 2\tFormation générale commune, propre et complémentaire aux programmes d\u2019études conduisant au diplôme d\u2019études collégiales.Gouvernement du Québec, Ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport, 2009 : 6.3\tGouvernement du Québec, Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement, t.1 :i52. 43 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER [.] n\u2019importe qui éprouve le besoin de prendre distance.De comprendre un peu d\u2019où viennent ces débats de surface ; de retrouver des débats plus anciens qui font de sa société une collectivité déchirée.En ce sens, l\u2019histoire - à la condition qu\u2019elle ne soit pas le catéchisme de M.Léandre Bergeron -est un savoir fondamental.4 Deuxièmement, l\u2019expression.Au Québec, nous sommes bien placés pour le savoir.La langue que nous parlons sur ce continent semble sans avenir, sans portée sur l\u2019appréhension et le devenir des choses.Troisièmement, l\u2019Entendement, que Kant distinguait fort justement de la Raison.Le langage de l\u2019Entendement, dans le monde où nous sommes, c\u2019est celui des mathématiques.Ce langage-là n\u2019est lié, par principe, ni à la physique, ni à la chimie, ni à la sociologie, ni aux structuralismes dont on parle dans les Facultés de Lettres.Nous réclamons donc, pour notre part, des mathématiques pour tout le monde au Cégep.Quatrièmement, se situer dans l\u2019histoire, se situer dans les langages, se situer dans les logiques de l\u2019Entendement appelle un achèvement qui est aussi un recommencement.Ces principes ne seront bien sûr pas repris dans la formation générale édifiée à compter de 1967.On tablera plutôt sur les vieux acquis des collèges classiques et sur le personnel déjà en place.C\u2019est tout décidé, il y aura donc beaucoup de littérature et de philosophie, mais pas du tout d\u2019histoire.Encore en 1979, l\u2019historienne Micheline Dumont renchérissait, pointant avec plus d\u2019acuité encore l\u2019importance de la formation en histoire au niveau collégial : 4 « Le cégep selon Fernand Dumont et Guy Rocher », Le Portail du réseau collégial du Québec.http ://www.lescegeps.com/ DOSSIER 44 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Il faudrait toutefois être bien naïf pour penser que la connaissance de l\u2019histoire nationale sera assurée par une seule année d\u2019études.C\u2019est pourquoi il est nécessaire que l\u2019étude de l\u2019histoire nationale soit reprise au niveau collégial.[.] L\u2019objectif, cette fois, sera de provoquer la confrontation de la connaissance brute de l\u2019histoire avec la variété des vécus historiques, la découverte de l\u2019équivocité de l\u2019objet historique et l\u2019appréhension des divers liens idéologiques qui unissent le passé au présent.Il ne s\u2019agit aucunement ici de proposer une étude systématique de l\u2019historiographie canadienne, laquelle serait réservée au niveau universitaire, mais bien de raffiner la connaissance des événements par l\u2019examen de leur polyvalence.C\u2019est ici que prendraient place les insertions de l\u2019histoire nationale dans l\u2019histoire universelle et l\u2019étude des réactions des différents groupes nationaux et sociaux au divers événement du tissu historique, ainsi que l\u2019analyse des conséquences actuelles des événements passés.Au fond, c\u2019est au niveau collégial que peut s\u2019effectuer réellement la formation intellectuelle PAR l\u2019étude de l\u2019histoire.C\u2019est pour cette raison, d\u2019ailleurs, qu\u2019il faudrait proposer qu\u2019un tel cours d\u2019histoire nationale soit au programme de tous les élèves de cégep, quelle que soit leur spécialisation5.À peu près inchangée durant 25 ans, la formation générale au collégial a été révisée à la pièce à compter de 1992.Plusieurs se rappellent les débats épiques à propos de la place des cours de philosophie, d\u2019éducation physique, le débat sur la qualité de langue ainsi que de l\u2019ajout de deux cours obligatoires d\u2019anglais, langue seconde, au tournant du siècle6.Ils sont pourtant nombreux ceux qui se sont alors émus de la piètre place accordée à histoire, et en particulier à l\u2019histoire nationale.Quatre documents publiés sous le sceau du minis- 5\tMicheline Dumont, L\u2019histoire apprivoisée, Montréal, Boréal Express, 1979 : i72-i73.6\tThérèse Hamel, Lucie Héon et Denis Savard, Les cégeps : une grande aventure collective québécoise, 2e édition.Québec : Les Presses de l'Université Laval, 2008 : 72 et suivantes. 45 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER tère de l\u2019Éducation : Des priorités pour un renouveau de la formation collégiale (septembre 1992), le rapport final de la commission des États généraux, Rénover notre système d\u2019éducation : dix chantiers prioritaires (janvier 1996), le rapport du groupe de travail sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire, Se souvenir et devenir (mai 1996) et le plan d\u2019action ministériel pour la réforme de l\u2019éducation, Prendre le virage du succès (février 1997) proposaient tous de corriger la situation et d\u2019allouer une place à histoire dans la formation générale au cégep7.Dès 1992, le défunt Conseil des collèges avait pris acte de l\u2019absence de l\u2019histoire dans la formation commune et demandé à la ministre de l\u2019époque de lui ménager une place dans le bloc des cours obligatoires, aux côtés des cours de philosophie, de français et d\u2019éducation physique8.Le Conseil suggérait même d\u2019introduire non pas un, mais deux cours d\u2019histoire, l\u2019un sur le 20e siècle, l\u2019autre sur le Québec, parmi une petite brochette de cinq cours obligatoires.Cette recommandation est restée lettre morte.Qui plus est, la réforme de l\u2019enseignement collégial de 1994 a introduit un cours d\u2019histoire de la littérature dans la formation générale, alors que les élèves ont du mal à situer le Moyen Âge, la Renaissance ou, dans le contexte québécois, la Confédération ou la Révolution tranquille.En 1995, une première coalition pour l\u2019enseignement de l\u2019histoire avait mené à la mise sur pied d\u2019un groupe de travail sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire dirigée par l\u2019historien Jacques Lacoursière.La commission Lacoursière pointait en particulier le fait que seuls les élèves inscrits en sciences humaines 7\tLouise Julien, « Apprendre à se souvenir », Le Devoir, Avenirs, 18 février 1997 : B1 8\tCONSEIL DES COLLÈGES, L\u2019enseignement collégial : des priorités pour un renouveau de la formation.Rapport sur l\u2019état et les besoins de l\u2019enseignement collégial, Québec, Gouvernement du Québec, 1992. DOSSIER 46 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 recevaient un cours d\u2019histoire, soit moins du quart des élèves du collégial, même si c\u2019est pourtant là que « devraient se produire les apprentissages intellectuels définitifs qui assurent la formation fondamentale9 ».Le rapport Lacoursière proposait donc un cours obligatoire de 60 heures sur les fondements historiques du monde contemporain et qu\u2019on s\u2019assure davantage de la qualification des enseignants10.En 1999, Paul Inchauspé renchérissait sur l\u2019importance de l\u2019histoire nationale.Il reprochait même au rapport Lacoursière de « ne pas avoir osé aborder la question préalable de la place de l\u2019histoire nationale dans un programme d\u2019études11 ».Rien n\u2019y fit.Si bien que, malgré les pressions de l\u2019opinion publique et à l\u2019encontre d\u2019avis issus du sein même de son ministère, le gouvernement québécois n\u2019accorda aucune place à l\u2019enseignement de l\u2019histoire dans la formation générale.Tout compte fait, peu de changements ont été apportés depuis.La nouvelle mouture de la formation générale que nous avons étudiée est entrée en vigueur en septembre 2010 et ne fait toujours aucune place à la discipline histoire, ni à l\u2019histoire nationale du Québec.9\tRapport final de la commission des États généraux sur l\u2019éducation, Rénover notre système d'éducation : dix chantiers prioritaires (janvier 1996) : 58 ; Pour en finir avec l\u2019amnésie historique dans l\u2019enseignement collégial.Mémoire de l\u2019APHCQ présenté à la Commission des États généraux sur l\u2019Éducation.Montréal, 1995 : 6 ; Pierre Graveline, Lhistoire oubliée., Mémoire présenté par la SSJBM à la Commission des États généraux sur l\u2019éducation.Montréal, 1995.20 p.10\t« Le rapport Lacoursière sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire dix ans après ».Bulletin d\u2019histoire politique Volume 14, numéro 3 (printemps 2006) ; Louise Julien, « Apprendre à se souvenir », Le Devoir, Avenirs, mardi, 18 février 1997 : B1 11\tRobert Comeau, « Il nous faut un enseignement de l'histoire nationale pour comprendre le Québec d'aujourd'hui », Le Devoir, CAHIER SPÉCIAL, samedi, 13 juin 2009, p.i7.Le Devoir, CAHIER SPÉCIAL, samedi, 18 octobre 2008 :g3. Al L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER L\u2019histoire malmenée dans la formation générale Trois visées de formation caractérisent la composante de formation générale des programmes d\u2019études collégiales : former la personne à vivre en société de façon responsable, amener la personne à intégrer les acquis de la culture et amener la personne à maîtriser la langue comme outil de pensée, de communication et d\u2019ouverture sur le monde.Cours de la formation générale au collégial Objectif\tTitre\tSéq.\tUnités Cours d\u2019éducation physique\t\t\t 4EP0 109-101-MQ\tActivité physique et santé\t1-1-1\tI 4EP1 109-102-MQ\tActivité physique et efficacité\t0-2-1\tI 4EP2 109-103-MQ\tActivité physique et autonomie\t1-1-1\tI Cours d\u2019anglais\t\t\t 4SA0 604-100-MQ\tAnglais de base\t2-I-3\t2 4SA1 604-101-MQ\tLangue anglaise et communication\t2-I-3\t2 4SA2 604-102-MQ\tLangue anglaise et culture\t2-I-3\t2 4SA3 604-103-MQ\tCulture anglaise et littérature\t2-I-3\t2 4SAS\tLangue anglaise et communication\t2-I-3\t2 Cours de philosophie\t\t\t 4PH0 340-101-MQ\tPhilosophie et rationalité\t3-I-3\t2 I/3 4PH1 340-102-MQ\tL\u2019être humain\t3-0-3\t2 4PHP\tPhilosophie en formation générale propre\t2-I-3\t2 Cours de français\t\t\t 4EF0 601-101-MQ\tÉcriture et littérature\t2-2-3\t2 I/3 4EF1 601-102-MQ\tLittérature et imaginaire\t3-I-3\t2 I/3 4EF2 601-103-MQ\tLittérature québécoise\t3-I-4\t2 2/3 f 4EFP\tLittérature en formation générale propre\t2-I-3\t2 DOSSIER 48 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Pour atteindre ces visées, chaque élève doit suivre durant son bref passage de deux à trois ans au collégial un nombre impressionnant de cours obligatoires, environ le tiers des cours de la formation collégiale de tous les élèves.Pas de cours d\u2019histoire donc, mais y a-t-il de l\u2019histoire quelque part dans cette formation générale ?N\u2019en demandons pas trop aux cours d\u2019éducation physique dont le principe directeur est déjà rien de moins que de « viser principalement le développement global de la personne.» Quant à anglais, langue seconde, il a, lui : « [.] pour objet d\u2019amener l\u2019élève à augmenter sa maîtrise de la langue anglaise, à s\u2019ouvrir à une autre culture et à faire preuve d\u2019autonomie et de créativité dans sa pensée et ses actions.» L\u2019élève doit notamment y démontrer son aptitude à « percevoir le rôle de l\u2019anglais dans son domaine d\u2019études et faire la preuve de son ouverture à différents aspects de la culture anglophone.» Comme on le voit, en attendant de se voir présenter sa propre culture, on porte un grand soin à ce que l\u2019élève s\u2019ouvre à celle de l\u2019Autre.Quant à l\u2019impact de la culture anglophone sur notre histoire, il peut être abordé, mais très indirectement, dans un cours au choix de niveau IV, où l\u2019élève aura à « Traiter en anglais d\u2019œuvres littéraires et de sujets à portée sociale ou culturelle.» (604-103-MQ, Culture anglaise et littérature). 49 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER Nombre d\u2019élèves de cégep pour quelques cours de la formation générale et en histoire (aut.2008 et hiv.2009) \t\t\tINSCRIPTIONS\t\t CODE\tDISCIPLINE\tTITRE\tAUT 2008\tHIV 2009\tTOTAL 340- 101MQ\tPhilosophie\tPhilosophie et rationalité\t40 657\t18 011\t58 668 340- 102MQ\tPhilosophie\tL'être humain\t14829\t46980\t63070 601-101\tFrançais\tÉcriture et littérature\t40 609\t18 812\t59 421 601-102\tFrançais\tLittérature et imaginaire\t14 811\t49 069\t63 880 O O ^0\tFrançais\tLittérature québécoise\t23 523\t17 676\t41 199 330-910\tHistoire\tHistoire de la civilisation occidentale\t9465\t6839\t16304 330-972\tHistoire\tHistoire du temps présent\t1576\t1848\t3424 330-951\tHistoire\tHistoire du Québec\t1146\t1278\t2424 Littérature et imaginaire (français) L\u2019être humain (philosophie) Écriture et littérature (français) Philosophie et rationalité (philosophie) Littérature québécoise (français) Histoire de la civilisation occidentale (histoire) Histoire du temps présent (histoire) Histoire du Québec (histoire) 0\t10 000 20 000 30 000 40 000 50 000 60 000 70 000 2 DOSSIER 50 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Philosophie et humanities La discipline philosophie dispose de deux cours obligatoires dans la formation générale commune, Philosophie et rationalité, ainsi que L\u2019être humain, de même qu\u2019un cours dans la formation générale « propre » dont la description est laissée aux établissements.Selon le descriptif de la formation générale : L\u2019enseignement de la philosophie au collégial vise à former la personne pour elle-même tout en la préparant à assumer, de manière autonome, ses responsabilités sociales, politiques et professionnelles.[Il] vise également à amener l\u2019élève à prendre en considération et à discuter les acquis de la civilisation occidentale.On retrouve là en sous-main les deux grands buts de la formation générale commune : éducation à la citoyenneté et ouverture sur le monde.Parmi les résultats attendus, l\u2019élève doit aussi pouvoir rendre compte : [.] des thèmes, des œuvres et des courants majeurs de la culture philosophique issus d\u2019époques différentes.[.] de la pertinence du questionnement philosophique sur les enjeux sociaux contemporains.[Il doit aussi être en mesure de débattre] des idées et de leur histoire12.L\u2019histoire est donc en principe présente en philosophie, mais, comme on le voit, purement instrumentalisée afin de mettre en contexte les concepts et les idées développées.On pourra par exemple recourir à l\u2019histoire pour rappeler que même si Platon a cautionné l\u2019esclavage en Grèce, cela ne disqualifie pas automatiquement sa philosophie ou que la dévotion religieuse de Blaise Pascal s\u2019explique par le contexte de l\u2019époque et n\u2019annule pas la profondeur de sa gnose.L\u2019histoire n\u2019est même pas évoquée, elle n\u2019est qu\u2019invoquée, dans sa fonction relativiste, en taisant sa trame générale et en n\u2019outillant 12 Formation générale commune, propre et complémentaire aux programmes d\u2019études conduisant au diplôme d\u2019études collégiales.Gouvernement du Québec, Ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport, 2009 : 23. 51 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER nulle part l\u2019élève pour qu\u2019il puisse lui-même interpréter le passé.Nulle part non plus la formation générale ne prévoit présenter à l\u2019élève ces fameux contextes historiques, en particulier sur l\u2019histoire contemporaine, l\u2019histoire de la pensée s\u2019arrêtant en gros aux portes de la métaphysique de Kant.Langue et littérature Le cas de langue et de littérature est particulier, car l\u2019histoire occupe en principe une place centrale dans la trame pédagogique attitrée à cette discipline.Parmi les quatre grandes compétences décrites pour le volet langue et littérature, deux peuvent concerner l\u2019histoire : \u2022\texpliquer les représentations du monde contenues dans des textes littéraires d\u2019époques et de genres variés.» (601-102-MQ Littérature et imaginaire) ; \u2022\tapprécier des textes de la littérature québécoise d\u2019époques et de genres variés.» (601-103-MQ Littérature québécoise).Le chercheur Charles Gill s\u2019est penché sur le descriptif équivalent, mais pour les cégeps où l\u2019anglais est la langue d\u2019enseignement.S\u2019il constate que le descriptif en français mentionne tout de même le rôle structurant de l\u2019histoire, du côté anglophone en revanche c\u2019est le désert en ce qui a trait la transmission des fondements de la littérature, de l\u2019histoire et de la culture du Québec.Le libellé des objectifs parle de lui-même à cet égard : « to analyze and produce various forms of discourse (premier cours) ; to apply a critical approach to literary genres (deuxième cours) et finalement to apply a critical approach to a literary theme (troisième cours).Dans les établissements anglophones, le programme de français langue seconde demeure ancré dans une approche communicative, nullement culturelle ni historique et parvient d\u2019autant moins à permettre l\u2019acquisition de connaissance à propos de l\u2019histoire nationale13.13 Charles Gill, « Cégep 101 ?Une réflexion s\u2019impose », Le Devoir, 23 juillet 2010. DOSSIER 52 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Le cas du cours de littérature québécoise En 1994, le ministère de l\u2019Éducation procède à une réforme partielle de la formation générale afin notamment de clarifier la séquence des cours de français et littérature.L\u2019ajout du cours de Littérature québécoise visait apparemment à mieux ventiler le type d\u2019œuvres qui allaient être abordées dans chacun de ces cours, entre littérature française et mondiale et littérature issue du Québec14.Tous les auteurs consultés semblent contredire l\u2019impression que ce cours ait pu offrir un meilleur éclairage sur la culture et l\u2019histoire du Québec.Selon Louis Cornellier, le résultat de la réforme de 1994 fut de confiner l\u2019étude de la littérature du Québec à un seul cours.L'occasion aurait pourtant été belle suivant Cornellier d'établir un vrai programme national qui aurait réservé au moins 50 % du contenu à la littérature québécoise et qui aurait imposé quelques heures fixes de révision grammaticale dans tous les cours15.Pourquoi la littérature québécoise a-t-elle été circonscrite à un seul cours alors que plusieurs pensaient qu\u2019elle aurait dû occuper une place centrale dans la définition du nouveau programme de 199416 ?L'étude menée par M.Max Roy, professeur au département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal, propose une réponse : 14\tIl faut dire qu\u2019avait alors cours un débat sur l\u2019importance exagérée que semblaient attribuer certains professeurs à leurs propres œuvres ou à celles de leur collègues.Voir notamment Jean Larose, La petite noirceur, Boréal, 1987, où l\u2019auteur fustige le laisser-aller des professeurs en leur reprochant de ne s\u2019intéresser qu\u2019à leur propre production et surtout de consacrer plus de temps à la création littéraire qu\u2019à l\u2019apprentissage de la littérature.15\tLouis Cornellier, « Enseignement de la littérature au niveau collégial - Le retour du bordel », Le Devoir, 27 mars 2010 16\tLettres québécoises, « L\u2019enseignement de la littérature au cégep : La démission des professeurs », Éditorial (numéro 128, hiver 2007). 53 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER En réalité, la culture québécoise n\u2019a jamais été une priorité dans l\u2019enseignement du français au collégial et elle n\u2019a pas remplacé la littérature française, bien qu\u2019il se trouvât, de façon sporadique, une représentation plus grande du corpus national dans la décennie 1970.[.] Depuis l'entrée en vigueur du nouveau programme, pour les années scolaires I994-I995 et 1995-1996, un seul des quatre cours obligatoires de français est consacré à la littérature québécoise, qui constitue actuellement 26,4 % du corpus, comparativement à 47,2 % pendant la période couvrant les années 1990 à 1995, soit avant la réforme17.En fait, « reconnaître les caractéristiques de textes de la littérature québécoise » n\u2019est qu\u2019un des six éléments de compétences associés au cours Littérature québécoise.Tous les autres sont d\u2019ordre méthodologique ou liés à la correction de la langue.Une pluralité d\u2019auteurs semble en somme conclure que l\u2019histoire de la culture du Québec n\u2019est pas mieux servie qu\u2019avant par le cours Littérature québécoise et que si la séquence historique semble désormais mieux assurée dans les cours de littérature, elle présente toujours d\u2019importantes carences à propos notamment de la période contemporaine et de l\u2019histoire du Québec en général.Les lacunes de la formation générale Aucune place n\u2019a donc été attribuée à l\u2019histoire ou à la société québécoise parmi les objectifs de la formation générale.L\u2019histoire y est bien présente, mais aux seules fins de situer et de relativiser le contexte de production des idées dans 17 Max Roy, Enseignement collégial, littérature québécoise et théâtre au Québec, Rapport de recherche, Montréal, UQAM, 1997, 106 p.; Max Roy, La littérature québécoise au collège (1990-1996), Montréal, XYZ éditeur, 1998, Coll.Documents, 104 p.; Max Roy, « L\u2019enseignement de la littérature.Aspects critiques et historiques.La réforme des programmes de 1993 », Correspondance, Volume 15, numéro 2 (Décembre 2009). DOSSIER 54 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 les cours de philosophie ou en guise de cadre permettant de périodiser et d\u2019organiser la présentation des œuvres à l\u2019étude en langue et littérature.Si on reconnait bien l\u2019importance de doter tous les élèves d\u2019une culture commune leur permettant d\u2019agir en citoyens éclairés, conscients de leurs droits et de leurs devoirs en société, nous sommes à même d\u2019identifier trois grandes lacunes en ce qui a trait à la culture historique des finissants du collégial.La première lacune a trait à la capacité du finissant de cégep à correctement se situer dans le temps et dans l\u2019histoire ; de bénéficier en somme d\u2019une trame historique claire sur laquelle il pourrait greffer ses futurs apprentissages.Cette carence est d\u2019autant plus préoccupante que les cours actuels de la formation générale requièrent constamment que l\u2019élève puisse situer des productions culturelles dans leur contexte.Or, de quelle base l\u2019élève bénéficie-t-il au moment d\u2019engager un tel exercice de mise en perspective ?Il appert à l\u2019heure actuelle que ces notions auront été vues pour la dernière fois dans le cours d\u2019univers social de deuxième secondaire (232MG), où l\u2019élève aura parcouru l\u2019histoire du monde, de la préhistoire à nos jours, alors qu\u2019il n\u2019avait que 13 ans ! Pour le moment, c\u2019est le seul bagage historique sur lequel pourront tabler les enseignants de philosophie et ceux de littérature au moment de situer l\u2019œuvre des sophistes au 5e siècle av.J.-C.ou celle d\u2019un Racine au siècle de Louis XIV.Les élèves n\u2019ont bien sûr absolument pas les bases historiques leur permettant de spontanément placer dans leur contexte les œuvres qui leur sont soumises.Bien conscients de ces paradoxes, les enseignants de philosophie et de littérature n\u2019ont guère d\u2019autre choix que de s\u2019improviser enseignants d\u2019histoire.Certains font assurément du bon travail, mais convenons que ce n\u2019est pas là leur rôle et que 55 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER ce détour par l\u2019histoire les écarte de l\u2019atteinte des objectifs actuels de la formation générale, et en particulier ce qui concerne la maîtrise du français écrit.Une seconde lacune porte sur la connaissance minimale des enjeux du monde contemporain que l\u2019élève aura tiré de son séjour au collégial.Or la littérature contemporaine n\u2019est certainement pas le meilleur biais pour aborder les réalités sociopolitiques complexes du dernier siècle : la mondialisation, les enjeux sociaux ou la place du Québec dans le monde.La lecture des romans de Philippe Sollers ou de Marie-Claire Blais est certes édifiante, mais ne peut pas constituer une clé pour comprendre les rouages du monde contemporain.C\u2019est encore pire en philosophie où seul le cours Philosophie et rationalité emprunte une trame un tant soit peu historique, et encore se limite-t-elle à revisiter les classiques de la Grèce antique, en gros jusqu\u2019au cartésianisme et l\u2019émergence de la pensée scientifique.Bref, la formation générale au collégial est virtuellement muette sur le monde contemporain.Sans doute adéquatement formé pour définir un courant littéraire ou raisonner selon des processus formels, le finissant ne sera d\u2019aucune manière outillé pour interpréter l\u2019actualité au Québec sur les plans politique, social ou économique, voire à correctement décrypter les articles d\u2019un simple journal quotidien.Une troisième lacune, plus préoccupante, concerne l\u2019absence totale de référence à la société québécoise.Nulle part dans la formation générale, sauf dans le cours Littérature québécoise, n\u2019est-il fait allusion au milieu où le jeune va pourtant passer le restant de ses jours.À aucun endroit n\u2019est-il donc prévu qu\u2019on l\u2019initie aux institutions politiques, aux règles de la vie démocratique québécoise, à la culture et à l\u2019histoire du Québec, ainsi qu\u2019aux défis auxquels cette société est confrontée à l\u2019heure actuelle.Au moment même DOSSIER 56 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 où ces jeunes de 17 à 20 ans font l\u2019apprentissage du travail rémunéré, du syndicalisme, du bureau de scrutin, de la vie en appartement et du choc des cultures, la formation collégiale ne leur fournit aucun nouvel outil pour interpréter les origines de leur propre société.Les carences au niveau des connaissances sur l\u2019histoire le Québec, sa géographie, sa sociographie, ses institutions, sont criantes parmi les élèves de cégep.Ces lacunes sont particulièrement cruelles à propos de l\u2019histoire contemporaine, notamment sur la période depuis la Seconde Guerre mondiale.À l\u2019heure actuelle au secondaire, l\u2019élève voit bien l\u2019histoire du Québec et du Canada dans deux cours d\u2019univers social, mais la configuration de ces cours fait en sorte que la même histoire est vue tour à tour sous l\u2019angle chronologique puis sous l\u2019angle thématique, de sorte que la période depuis 1945 est presque systématiquement escamotée faute de temps.Le finissant du secondaire aborde donc le cégep en ignorant la plupart des faits structurants des soixante dernières années et aucun cours de la formation générale actuelle ne semble en mesure de combler cette lacune.C\u2019est pourtant durant son séjour au cégep qu\u2019un jeune Québécois acquiert le droit de vote au Québec, qu\u2019il commence à travailler, qu\u2019il quitte le domicile familial pour faire l\u2019apprentissage d\u2019un nouveau milieu de vie et qu\u2019il se frotte aux services du gouvernement.Malgré tous ses mérites, la formation collégiale actuelle ne permet pas de préparer le finissant à ces réalités impérieuses.L\u2019histoire dans les programmes de sciences humaines Exclue de la formation générale, l\u2019histoire devrait occuper une place royale dans le pré carré des programmes de sciences humaines.D\u2019ailleurs, presque partout où il est offert, le programme de sciences humaines regroupe le plus 57 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER grand nombre d\u2019élèves.En 2008, c\u2019est près du quart des élèves du collégial, soit 23,7 % de la clientèle.On déchante vite quand on constate que nulle part il n\u2019est fait mention de l\u2019histoire parmi les neuf buts généraux décrits pour ce programme.Pour le ministère : Le programme Sciences humaines au collégial vise à rendre l\u2019étudiante ou l'étudiant apte à poursuivre des études universitaires dans les grands domaines des sciences humaines, du droit, des sciences de l\u2019éducation et des sciences de l\u2019administration, par une formation scientifique basée sur l\u2019acquisition et l\u2019intégration de connaissances et de méthodes de diverses disciplines des sciences humaines18.Nulle part le mot histoire n\u2019apparaît.Mais qu\u2019on se rassure, y figurent en bonne place les deux marottes du Renouveau pédagogique pour rappeler que tous les finissants en sciences humaines doivent pouvoir « situer divers enjeux relatifs à la citoyenneté dans un contexte de mondialisation ».Cette compétence fut pourtant maintes fois validée avant l\u2019arrivée du jeune au cégep.Les mêmes principes sont en effet pesamment rappelés à maintes reprises dans les cours d\u2019Univers social, du primaire au secondaire19.Cette récurrence des mêmes principes d\u2019ouverture sur le monde débouche d\u2019ailleurs à l\u2019heure actuelle sur d\u2019inquiétantes redondances entre le secondaire et le collégial au point que le Comité-conseil sur l\u2019arrimage est même forcé de convenir à l\u2019hiver 2008 qu\u2019« un élève arrivant au collégial pourrait percevoir que le cours n\u2019est pas assez exigeant au plan des « nouveautés »20.18\tSciences humaines Programme d'études préuniversitaires 300.A0.Québec, Ministère de l\u2019éducation, du sport et des loisirs.Automne 2002 : 3.19\tProgramme Histoire et éducation à la citoyenneté.Document de travail.MELS.Version du 15 juin 2006 : 5.20\tAnalyse du nouveau programme d\u2019histoire au secondaire.Programme de formation de l\u2019école secondaire.Rapport du Comité d\u2019analyse (histoire) présenté au Comité-conseil du programme d\u2019études préuniversitaires de Sciences humaines.Février 2008 : 11. DOSSIER 58 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Tous les autres buts du programme collégial de sciences humaines sont de nature méthodologique (technologie, aptitude à la communication et à la recherche, etc.), sans qu\u2019il ait nulle part été question du rôle de l\u2019histoire ou de la place accordée à la société québécoise.Sur les 182 pages du descriptif du programme de sciences humaines, le mot histoire n\u2019apparaît littéralement qu\u2019à un seul endroit, soit pour décrire la compétence spécifique 022L, où il est dit que « l\u2019élève doit savoir reconnaitre, dans une perspective historique, les caractéristiques essentielles de la civilisation occidentale.» Le mot « Québec » ne se retrouve quant à lui qu\u2019une seule fois, soit pour le cours littérature québécoise.En guise de comparaison, le mot « ouverture » se retrouve à pas moins de 16 endroits et parsème tout le document, essentiellement « ouverture d\u2019esprit et distanciation », « ouverture sur le monde », « ouverture à d\u2019autres cultures » et « ouverture à différents aspects de la culture anglophone ».Sciences humaines est pourtant le seul programme de niveau collégial où la discipline histoire soit présente.En clair, aucun cours d\u2019histoire n\u2019est offert dans d\u2019autres programmes du collégial.D\u2019autres disciplines des sciences humaines s\u2019en tirent beaucoup mieux.La discipline psychologie par exemple offre plusieurs cours dans des programmes tels que techniques de garde ou soins infirmiers.De même, la discipline sociologie, présente bien sûr en sciences humaines, mais aussi en éducation spécialisée et en techniques de loisirs notamment.Même histoire de l\u2019art est présente dans plusieurs programmes d\u2019arts et lettres et de techniques artistiques.Or la discipline histoire ne se retrouve qu\u2019en sciences humaines.Il est vrai que l\u2019histoire est parfois proposée en formation générale complémentaire - les fameux cours au choix -, mais ces cours complémentaires tendent de toute façon à disparaitre. 59 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER TABLEAU 1 Offre de cours en histoire dans les cégeps publics du Québec (automne 2008 et hiver 2009) SIGLE\tTITRE DU COURS\tInscrits\tProportion 330-9I0\tHistoire de la civilisation occidentale\t16304\t67,3 330-972\tHistoire du temps présent\t3424\t14,2 33°-95I\tFondements historiques du Québec contemporain\t2424\t10,2 \tAutres (dans l\u2019ordre, Histoire des États-Unis, Histoire des civilisations non occidentales, Histoire de l'Antiquité, Histoire de la vie privée, Histoire du Moyen Âge et Temps modernes, Cinéma et histoire, Civilisations disparues, Histoire et architecture)\t2117\t8,4 \t\t24269\t100 % Comme l\u2019histoire est absente de la formation générale et qu\u2019elle est confinée au programme de sciences humaines, il y a par conséquent fort peu d\u2019enseignants de cette discipline.Dans un gros cégep comme que celui du Vieux-Montréal où étudient 6330 élèves de jour, on compte 411 enseignants, dont 43 enseignants de philosophie, 62 enseignants de littérature et.cinq enseignants d\u2019histoire, présents dans un seul programme, celui de sciences humaines.Dans certains cégeps régionaux, tels ceux de Sept-Îles, de Matane ou de Montmagny, il n\u2019y a même pas suffisamment de travail pour un seul professeur d\u2019histoire à temps plein.Qui plus est, ces enseignants d\u2019histoire sont généralement astreints à ne donner qu\u2019un seul cours, Histoire de la civilisation occidentale, le seul cours d\u2019histoire obligatoire pour les élèves de sciences humaines depuis 1991 et, dans certains cas, le seul cours d\u2019histoire dispensé dans l\u2019établissement.Plus préoccupant encore que le sort réservé à la discipline histoire, celui de l\u2019objet « Québec » en général et de l\u2019histoire DOSSIER 60 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 du Québec en particulier : au maximum, deux ou trois groupes par année et dans quelques établissements seulement.Là, on peut carrément parler d\u2019espèces en voie de disparition : Fondements historiques du Québec, Sociologie du Québec, Politique Québec-Canada, Économie du Québec et ses régions, Histoire de l\u2019art au Québec, autrefois des cours florissants dans les programmes préuniversitaires, sont disparus des banques de cours ou relégués au choix de toute fin de parcours.Histoire du Québec, par exemple, qui comptait pour le quart des cours d\u2019histoire offerts au cégep en 1991, n\u2019en représente plus que 13,3 % en 2007 et n\u2019est plus dispensé que dans douze d\u2019établissements sur 48.Le cours Histoire du Québec est notamment supplanté par le cours d\u2019histoire de la civilisation occidentale (66,3 %) et Histoire du temps présent (15,7%).Il subit de plus en plus la concurrence de cours portant sur des objets exotiques : Histoire des États-Unis, Histoire des civilisations non occidentales, Histoire de l'Antiquité, Histoire de la vie privée.Au cégep de Rosemont, où on retrouvait facilement jusqu\u2019à cinq groupes d\u2019histoire du Québec en 1997, on a aujourd\u2019hui du mal à en ouvrir un seul par année.Selon la plupart des enseignants sondés à l\u2019automne 2007, le cours Histoire du Québec devrait poursuivre sa régression.Conséquemment, suivant les données du SRAM et du SRAQ, seuls 2424 cégépiens avaient suivi un cours d\u2019histoire du Québec durant l\u2019année 2008-2009.Reporté sur trois ans, cela signifie que moins de 5 % de l\u2019ensemble des cégépiens ont suivi un cours d\u2019histoire nationale au terme de leurs études collégiales21.21 Signalons en outre que 75 % des élèves compléteront leurs études collégiales sans avoir suivi un seul cours d\u2019histoire.Le sondage a été mené entre le 19 et le 23 novembre 2007 auprès de 34 membres de l\u2019Association des professeurs d\u2019histoire des collèges du Québec (APHCQ) provenant de 20 établissements.Le Service régional d\u2019admission au collégial du Montréal métropolitain (SRAM) représente 38 établissements collégiaux.http://www.sram.qc.ca/ 6i L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER Statistiques générales pour la période 1995 à 2010 Au cours des derniers mois, nous avons sollicité tous les établissements collégiaux afin de recueillir des statistiques permettant de mesurer avec exactitude l'évolution de l'offre des cours en histoire, et plus particulièrement en histoire du Québec et du Canada pour la période de 1995 à 2010 au sein des programmes de sciences humaines.On a ensuite compilé les données provenant de 17 établissements collégiaux, soit le tiers du réseau.Cet échantillon nous permet donc de dresser un portrait fidèle de la place des cours d'histoire portant sur le Québec au cours de la période.En général, cette place demeure marginale dans la plupart des cégeps.Nous avons calculé qu'elle occupe en moyenne 10% de l'offre totale des cours en histoire durant toute la période.% total des inscriptions pour tous les établissements choisis durant toute la période 10% ¦Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec/Canada ¦ Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/Canada * Compilation des inscriptions pour 17 établissements, soit 1/3 des établissements collégiaux du Québec.Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec/Canada : 21 218.Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/Canada : 183 627. DOSSIER 62 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Par la suite, on a mesuré l\u2019évolution de l\u2019offre des cours sur une base quinquennale pour observer comment avait fluctué la place des cours d\u2019histoire sur le Québec et le Canada.À la lumière des données recueillies figurant sur les tableaux ici-bas, la place allouée aux cours portant sur le Québec et le Canada est demeurée marginale et stable durant les deux premiers cycles (1995-2005).Par la suite, loin de s\u2019améliorer, elle connait une régression importante à partir de 2005 jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, pour atteindre à peine 8% des cours d\u2019histoire offerts.% des inscriptions totales de tous les établissement choisis 1995-1999 .12% Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec/Canada (nombre: 6440) Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/Canada (nombre: 46508) % des inscriptions totales de tous les établissements choisis 2000-2004 12% ¦Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec/Canada (nombre: 6112 ) ¦Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/Canada (nombre: 45269) % des inscriptions totales de tous les établissements choisis 2005-2010 Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec/Canada (nombre: 5748) Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/Canada (nombre: 66729) DOSSIER 63 L'ACTION NATIONALE février 2011 Ce constat est d\u2019autant plus alarmant que si rien n\u2019est fait pour corriger la situation, tout indique que cette rapide érosion observée durant les cinq dernières années pourrait mener à la disparition de l\u2019histoire nationale au collégial, comme en font foi les données fournies par les établissements présentées dans les pages suivantes.Statistiques par établissement22 Cette régression de l\u2019offre des cours en histoire du Québec/ Canada se mesure dans la plupart des établissements collégiaux où nous avons recueilli la liste des cours offerts chaque session, de même que le nombre d\u2019élèves inscrits dans chaque cas.Une place enviable pour l\u2019objet « Québec » parmi les cours d\u2019histoire.La place du Québec et du Canada (24 %) dans les cours d\u2019histoire au collège Gérald-Godin23 est deux fois plus importante que dans la plupart des établissements présentés en ces pages.Cependant, notons que le cours Fondements historiques du Québec a rapidement été remplacé par Histoire du Québec et du Canada : perspective mondiale, un cours qui se veut la suite du cours Histoire de la civilisation occidentale comme en fait foi le descriptif du cours : 22\tEn annexe, les tableaux qui présentent les inscriptions totales concernent l\u2019ensemble des cours offerts en histoire, tandis que les tableaux présentant des courbes montrent l\u2019évolution des principaux cours offerts dans la plupart des établissements, les cours portant sur le Québec et le Canada, de même que ce que nous considérons être des champs en émergence et qui proposent une dimension internationale ou altermondiste.23\tLe collège ayant été fondé en 1999, il ne nous a donc été impossible de recueillir des données antérieures à 2000. DOSSIER 64 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Ce cours d\u2019approfondissement suit le premier cours d\u2019histoire.Il vise à approfondir des concepts et des notions abordés dans ce premier cours en les appliquant à la réalité québécoise et canadienne du 19e et du 20e siècle.Plusieurs thèmes seront abordés, notamment l\u2019évolution du nationalisme canadien et québécois, la place grandissante des femmes dans la société, le rôle du Canada et du Québec dans les grands conflits mondiaux, l\u2019impact des grandes idéologies occidentales sur la société canadienne et québécoise, etc.L\u2019élève sera appelé à analyser des cas, des situations ou des problèmes à l\u2019aide de documents historiques et de diverses interprétations d\u2019historiens24.Au cégep de Saint-Jean, même si, à l\u2019instar des autres établissements, la part du lion est largement remportée par le cours Histoire de la civilisation occidentale, force est de constater que la place du Québec n\u2019est pas négligeable.On mesure même une augmentation des inscriptions depuis 2003, qui coïncide avec l\u2019ajout du cours Histoire de la société québécoise : permanence et changement.Au collège Ahuntsic, même si la part des cours d\u2019histoire sur le Québec et le Canada semble élevée à première vue avec 28% durant la période, la situation est désastreuse si on étudie la courbe de chacun de ces cours.On constate alors que les cours traditionnellement offerts dans ce champ ont été abandonnés en cours de route pour être remplacés par le cours Histoire des Amériques qui couvre une matière beaucoup plus large que celle du Québec.C\u2019est au cégep régional de Lanaudière à l\u2019Assomption que l\u2019on constate pour la première fois une augmentation réelle et soutenue dans le temps de l\u2019intérêt porté aux cours d\u2019histoire ayant pour objet le Québec.Autre bonne nouvelle, près du tiers des cours offerts concernent l\u2019histoire nationale.24 http://www.cgodin.qc.ca/cgi-bin/index.cgi?page=c8_i6#3302i3GG DOSSIER 65 L'ACTION NATIONALE février 2011 L\u2019objet « Québec » fragilisé et en perte de vitesse.Au cégep de Saint-Laurent, il est assez préoccupant de voir que la place du Québec dans le corpus des cours d\u2019histoire est passé de médiocre, soit 7 % des inscriptions totales au début de la période, à inexistante dès le début des années 2000, lorsque le cours Fondements historiques du Québec a cessé d\u2019être dispensé aux rares étudiants qui s\u2019y inscrivaient.Les cours d\u2019histoire sur le Québec ne sont guère plus populaires au collège Édouard-Montpetit.Les deux tableaux (voir annexe) montrent bien la place négligeable accordée au Québec et l\u2019abandon progressif de ces cours autour de 2005 pour être remplacés par un cours dont la matière porte sur le Québec et le continent nord-américain.Enfin, on constate une augmentation de l\u2019offre des cours portant sur le Québec au collège Lionel-Groulx qui se mesure à la multiplication de ces cours durant la période.Cependant, il n\u2019y a pas lieu de pavoiser puisque les inscriptions demeurent assez faibles, voire marginales.Au Champlain regional College - Lennoxville Campus, établissement collégial anglophone, on remarque que l\u2019objet Québec, et ici Canada, ne sont pas mieux représentés que dans les établissements francophones.Bien que le nombre d\u2019inscriptions totales dépasse la moyenne québécoise, établie à 12 % durant toute la période, les courbes de l\u2019évolution des cours montrent bien que tous les cours ayant pour objet le Québec et le Canada ont été abandonnés au courant de la période. DOSSIER 66 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Quand l\u2019histoire nationale est complètement évacuée des cours d\u2019histoire.Au cégep de l\u2019Outaouais - campus Gabrielle-Roy et au collège de Shawinigan, le cours Fondements historiques du Québec contemporain a cessé d\u2019être offert en 2002.Notons ici aussi qu\u2019aucun cours n\u2019a été offert par la suite pour maintenir l\u2019offre des cours portant sur l\u2019histoire du Québec.Pour sa part, le cas du cégep John Abbott College, établissement bilingue, est intéressant.D\u2019emblée, il faut noter la très grande variété de cours offerts en histoire touchant un grand nombre de champs de spécialisation.À première vue, la place du Québec et du Canada est imposante si l\u2019on consulte uniquement la liste des cours offerts durant la période.Pas moins de 30 cours sur 140 concernent le Québec et/ou le Canada.Par contre, les courbes des cours montrent bien la faible popularité de ces cours où la plupart des inscriptions dépassent rarement une poignée d\u2019élèves dans ces classes.La situation du cégep de Chicoutimi et du cégep de Thetford est en tout point semblable puisque l\u2019offre des cours disponibles en histoire du Québec ne représente respectivement que 2% et 3% ; de plus, ces cours portent sur l\u2019histoire régionale, et n\u2019atteignent pas les objectifs de cours d\u2019histoire nationale.Et finalement, le cas du collège Montmorency est le plus préoccupant de l\u2019ensemble des établissements présentés en ces pages puisqu\u2019aucun cours portant sur le Québec et le Canada n\u2019a été offert durant la période.Il y a lieu de se questionner sur l\u2019absence de l\u2019histoire nationale dans ce collège et l\u2019on pourrait difficilement accuser les élèves d'un manque d\u2019intérêt si aucun cours ne leur est offert. 67 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER Un constat qui n\u2019est pas que montréalais.Il aurait été hasardeux de conclure trop rapidement que la régression de l\u2019offre des cours en histoire du Québec/ Canada est un phénomène essentiellement montréalais, qui s\u2019expliquerait notamment par la transformation des clientèles à cause de l\u2019immigration.Or, la marginalisation de l\u2019histoire nationale est un phénomène qui s\u2019observe dans toutes les régions du Québec, comme en témoignent les données présentées en annexe.Le diagnostic des enseignants Au cours des derniers mois, nous avons également sondé 296 enseignants en histoire au collégial pour cerner l\u2019évolution de la place de l\u2019histoire du Québec dans la formation générale au collégial.Depuis, 140 ont répondu à notre sondage en ligne.Près de la moitié des répondants possèdent plus de dix ans d\u2019expérience en enseignement et plus de 60 % d\u2019entre eux ont un statut d\u2019emploi permanent.Nous leur avons demandé de préciser leur tâche d\u2019enseignement selon les charges de cours qui leur avaient été attribuées lors des sessions d\u2019automne 2009, d\u2019hiver 2010 et d\u2019automne 2010, à propos des principaux cours dispensés dans les programmes de sciences humaines.Sans surprise, la part du lion revient au cours Histoire de la civilisation occidentale qui est dispensé dans la plupart des programmes de sciences humaines offerts dans les établissements collégiaux partout au Québec.Nous avons aussi voulu mesurer le nombre de groupes-cours offerts en histoire du Québec durant la même période.La grande majorité des enseignants (73 %) ont répondu ne DOSSIER 68 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 pas avoir dispensé de cours d\u2019histoire ayant pour objet le Québec au courant des 18 derniers mois.Face à la disparition de l\u2019offre de cours portant sur l\u2019histoire du Québec, nous avons demandé aux enseignants de se prononcer sur les causes de ce déclin de l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec au niveau collégial depuis une quinzaine d\u2019années.Nous avons demandé aux professeurs s\u2019ils considèrent que les principales carences de leurs élèves se situent davantage au niveau des connaissances générales en histoire ou plutôt au sujet de la société québécoise.La grande majorité des répondants ont signifié que leurs étudiants ne possèdent pas les bases minimales d\u2019une culture générale appropriée à l\u2019entrée des études postsecondaires, non plus que les connaissances minimales de leur propre société, de telle sorte qu\u2019ils ne sont pas aptes à exercer les devoirs que confère la vie citoyenne.Par ailleurs, certains professeurs remarquent avec justesse que les élèves ne parviennent pas à inscrire l\u2019histoire de leur société dans le cycle des grands évènements qui ont marqué l\u2019Occident.À ce sujet, un professeur affirme : « Enfin, les lacunes sur l'histoire générale se répercutent sur leur compréhension du Québec.Comment comprendre le Québec sans connaître les guerres de religion en Occident, l'expansion coloniale de l'Europe ou l'industrialisation ?» À la question : « Que pensez-vous de la place qu\u2019occupe l\u2019histoire dans la formation générale au collégial ?», la plupart des professeurs ont répondu qu\u2019elle est largement insuffisante, voire inexistante.Ils s\u2019entendent pour dire que l\u2019histoire est une discipline essentielle à la formation fon- DOSSIER 69 L'ACTION NATIONALE février 2011 damentale et que, conséquemment, il faudrait ajouter un cours d\u2019histoire obligatoire pour tous les cégépiens.Les avis sont partagés sur l\u2019objet du cours qui devrait être ajouté à la formation générale.D\u2019un côté, certains professeurs soutiennent qu\u2019il faudrait étendre l\u2019obligation de suivre le cours Histoire de la civilisation occidentale déjà obligatoire aux étudiants inscrits aux programmes de sciences humaines à l\u2019ensemble des étudiants puisque ce cours est le meilleur outil leur permettant de comprendre le monde dans lequel nous vivons.De l\u2019autre côté, une majorité de professeurs prônent plutôt l\u2019ajout d\u2019un cours d\u2019histoire sur le Québec à la formation générale pour en faire de meilleurs citoyens québécois.Un des répondants explique : « L'ajout d'un cours de formation générale qui présenterait l'histoire du Québec aux XIXe et XXe siècles permettrait d'offrir une meilleure formation quant à la société québécoise et aux courants d'idées et aux forces qui la travaillent à ce jour ».À ce sujet, un autre professeur se demande : « Comment comprendre le monde en général si l'on ne sait pas d'où l'on vient ?» Nous leur avons finalement demandé d\u2019identifier ce qui pourrait expliquer le déclin de l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec au niveau collégial depuis une quinzaine d\u2019années.De manière générale, les répondants ont pointé trois causes principales qui expliquent selon eux un tel déclin.D\u2019abord, le mauvais arrimage entre le cours d\u2019histoire du Québec que suivent les élèves au deuxième cycle du secondaire et le cours Les fondements historiques du Québec contemporain offerts aux collégiens, occasionne d\u2019importants chevauchements des contenus.Cela expliquerait en partie le désintérêt grandissant des élèves pour l\u2019histoire nationale. DOSSIER 70 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Ensuite, l\u2019attrait de plus en plus marqué pour les cultures étrangères et la mondialisation des échanges attisent l\u2019intérêt des enseignants et des élèves pour l\u2019international au détriment du national.Un professeur affirme que « Comme la mondialisation est de plus en plus importante, le Québec paraît de plus en plus petit et insignifiant.» Un autre pointe du doigt les facteurs suivants : «L'intérêt pour les cultures étrangères, l\u2019ouverture des frontières et la hausse de l'immigration, facilitent les voyages et stimulent la curiosité pour l'étranger et l'histoire des autres cultures.» Plusieurs enseignants ont aussi dénoncé le manque de volonté manifeste du gouvernement québécois et, en particulier, des fonctionnaires au ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport, à accorder à l\u2019histoire nationale une place de choix dans la formation générale au niveau collégial.« Qui a tué l\u2019histoire du Québec ?» Au-delà des résultats observés établissement par établissement, il apparait évident qu\u2019il faut chercher une cause commune au véritable désaveu dont semble victime l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec dans les programmes de niveau collégial.Plusieurs didacticiens ont déjà montré pour le niveau secondaire que le programme d\u2019histoire avait été délibérément déformé afin de gommer les moments forts de la lutte nationale des Québécois : « Comment y arriverait-on ?Entre autres en taisant des côtés historiques de notre histoire qui amènent logiquement un développement de l'identité québécoise sur le plan historique, puisque c'est de cela qu'il est question, sans même parler d'avenir25.» Au niveau collégial en revanche, c\u2019est carrément en éradiquant 25 Félix Bouvier et Laurent Lamontagne, « Quand l'histoire se fait outil de propagande », Le Devoir, 28 avril 2006 : a9. 71 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER toute référence au Québec et à son histoire qu\u2019on semble en voie de banaliser et de marginaliser le parcours historique des Québécoises et des Québécois.Ce désaveu ne concerne d\u2019ailleurs pas que le Québec, mais correspond à un mouvement intellectuel prépondérant durant les années 1990, pour qui la référence à un cadre national et l\u2019édification d\u2019une mémoire historique commune est suspectée d\u2019engendrer un sentiment d\u2019exclusion chez ceux qui ne partageraient pas cette appartenance à une nation et à son histoire.Ce mouvement fut d\u2019ailleurs actif au Canada anglais avant d\u2019être popularisé au Québec.Quand Jack Granatstein demandait, à la fin du XXe siècle, qui avait « tué l\u2019histoire du Canada », il pointait notamment la régionalisation de la recherche historique, la surspécialisation des historiens universitaires, l\u2019accent mis sur le multiculturalisme et le déclin organisé de l\u2019histoire nationale au profit de nouveaux objets issus de l\u2019histoire sociale26.Cette grande peur des historiens nationalistes canadiens n\u2019avait alors guère ému leurs vis-à-vis québécois.Au contraire, on considérait plutôt que l\u2019érosion de l\u2019idéologie du « nation-building » canadien pouvait justement permettre l\u2019épanouissement d\u2019une vision historique proprement québécoise.Qui plus est, l\u2019étude de ces « limited identities » (désignées les responsables de la mort de l\u2019histoire nationale par Granatstein : histoire des femmes, des autochtones et des autres minorités historiques marginalisées par l\u2019histoire « nationale ») allait de pair avec l\u2019affirma- 26 J.L.Granatstein, Who Killed Canadian History ?Toronto, Harper Collins Publishers, 1998, 156 p.; J.M.S.Careless, « Limited Identities In Canada », Canadian Historical Review, 50,1 (mars 1969) : 1-10.Voir également « Limited Identities - Ten Years Later », Manitoba History, 1 (printemps 1976) : 3-9 ; Bernard Dionne, Revue d'histoire de l'Amérique française, vol.52, n° 2, 1998 : 243-250. DOSSIER 72 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 tion d\u2019un groupe historiquement persécuté : le peuple du Québec lui-même27.Ni les didacticiens, ni les historiens du Québec n\u2019ont donc initialement posé d\u2019objections à la « dénationalisation » de l\u2019enseignement de l\u2019histoire.Devant l\u2019essor de cours d\u2019histoire portant sur des objets exotiques, ils auront plutôt vu la preuve que le Québec pouvait s\u2019ouvrir à d\u2019autres cultures sans craindre nul péril.Un Gérard Bouchard peut ainsi sereinement écrire en 1997 : Depuis quelques décennies, la représentation de la nation est presque partout en cours de révision ou de réaménagement, sinon de reconstruction.Elle délaisse l\u2019ancien paradigme de l\u2019homogénéité pour celui de la diversité.En conséquence, l\u2019histoire nationale doit être réinventée elle aussi.Au Québec, ce travail est en cours depuis une vingtaine d\u2019années, mais il reste encore d\u2019importantes étapes à franchir.L\u2019approche par compétences appliquée à l\u2018histoire se présente même ouvertement comme l\u2019antidote à l\u2019histoire nationale qui ne sert, disait-on, qu\u2019à fouetter l\u2019ardeur patriotique du bon peuple.Ainsi, pour Robert Martineau : Dans une société démocratique, l\u2019apport irremplaçable de l\u2019histoire à l\u2019école consiste davantage à former des citoyens ouverts, capables de poser des questions, d\u2019émettre des hypothèses raisonnables, de s\u2019informer pour les vérifier, de tirer des conclusions et de défendre ses points de vue que d\u2019instruire des porteurs de drapeau [sic] 28.27\tFernand OueMet, The Socialization of Quebec Historiography since 1960.1988, North York, Robarts Centre for Canadian Studies ; Robert Comeau et Bernard Dionne, dir., À propos de l'histoire nationale (Sillery, Septentrion, 1998).28\tLouis Cornellier, « Mon histoire est-elle une épopée ?» Le Devoir, 19 décembre 1998 : D9.René Durocher et al.L'enseignement de l'histoire : Une réforme à poursuivre.Cité par Le Devoir, 22 juillet 1997 : A7 73 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER Un article, « L\u2019histoire : une discipline au service de l\u2019éducation à la citoyenneté », paru dans la revue Pédagogie collégiale, traduit parfaitement cette impression, dominante il n\u2019y a pas si longtemps, que l\u2019histoire nationale s\u2019est en quelque sorte disqualifiée en cachant l\u2019oppression historique de certaines de ses composantes.Les élèves sont enfin amenés à prendre conscience que l\u2019histoire du Québec et du Canada se caractérise par un passé chargé de préjugés, de harcèlement et de discrimination, ce qui leur permet de mieux comprendre certains des enjeux qui ont prévalu au développement sociétal québécois et canadien.Notamment par l\u2019identification de groupes-victimes dans notre histoire nationale, tels les femmes, les autochtones, les immigrants et les handicapés, et par la compréhension des valeurs et tendances en cause à cette époque, l\u2019élève peut mesurer les forces qui ont contribué à la formation de la société d\u2019aujourd\u2019hui et du système juridique qui en est issu29.On a même alors pu entendre que le meilleur moyen d\u2019intégrer les immigrants à nos raisons communes consistait à leur permettre d\u2019apprendre ici l\u2019histoire de leur pays d\u2019origine.L\u2019expérience éducative que peuvent faire de jeunes élèves québécois d\u2019origine étrangère ou non dans le cadre de cours portant sur le Québec doit s\u2019inscrire dans l\u2019ouverture à ce que ces jeunes sont et à ce qu\u2019ils portent en eux comme références socio-historiques.Autrement dit, il est nécessaire de les questionner sur les liens qu\u2019ils font entre les connaissances historiques, sociologiques et politiques acquises dans leur pays d\u2019origine et ce qu\u2019ils apprennent sur la société d\u2019ici.Sinon, comment peuvent-ils atterrir et participer au plein développement de la société québé-coise3° ?29\tPaule Mauffette, « L\u2019histoire : une discipline au service de l\u2019éducation à la citoyenneté », Pédagogie collégiale, vol.19, no.3 (hiver 2005) : 20.30\tCatherine Foisy, « Notre manière de transmettre le Québec ?», Le Devoir, 28 ars 2008 : a8 DOSSIER 74 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Sans commenter ces arguments, considérons simplement qu\u2019ils s\u2019annulent d\u2019eux-mêmes quand on sait qu\u2019il s\u2019agit de jeunes de 16 à 18 ans, par définition presque tous nés au Québec et qui, même s\u2019ils sont issus de l\u2019immigration, n\u2019ont guère eu durant leur courte vie à « atterrir » nulle part.Ce serait justement le rôle du cégep de compléter cet « atterrissage », et non de perpétuer des virages en rond autour de la tour de contrôle.De toute façon, un Robert Comeau peut à l\u2019inverse objecter que « La connaissance de l\u2019histoire de la société québécoise, en particulier pour les élèves issus de l\u2019immigration, devrait être une priorité si nous voulons qu\u2019ils puissent s\u2019intégrer harmonieusement à leur nouvelle société d\u2019accueil31.» Un débat que nous ne résoudrons pas ici.Quoi qu\u2019il en soit, le ministère de l\u2019Éducation s\u2019est donc promptement mis à l\u2019air du temps et a entrepris d\u2019évacuer le national des descriptifs de cours au collégial en insistant sur des objets et des groupes laissés pour compte.Une histoire phylogénétique, qu\u2019elle soit occidentale ou, à plus forte raison, québécoise, est subitement devenue suspecte.C\u2019est donc sans heurt, à mesure que des enseignants expérimentés prenaient leur retraite, que les cours portant sur le Québec ont cessé d\u2019être offerts.Disparaissait ainsi une précieuse expertise professionnelle, acquise depuis la fondation des cégeps, où la recherche et la réflexion sur le Québec avaient pourtant déjà brillé avec éclat.On tient donc là une première explication au déclin de l\u2019histoire du Québec au collégial : le désir des cégeps eux-mêmes de participer au nouveau multiculturalisme québécois.Ce phénomène a, à son tour, été amplifié par le nouveau profil académique des jeunes enseignants.Tandis que dans les années 1980 les départements universitaires étaient surtout 31 Robert Comeau, Le Devoir, CAHIER SPÉCIAL, 17 octobre 2009 : i4 75 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER peuplés de spécialistes du Canada et du Québec, l\u2019éventail des spécialités représentées s\u2019est depuis considérablement élargi, en conformité avec l\u2019analyse que Granatstein avait tirée de la recherche universitaire au Canada anglais.Ainsi, les mémoires et les thèses portent de plus en plus sur des thèmes étrangers, voire non occidentaux, et de moins en moins sur des objets ayant trait au Québec.Plusieurs nouveaux enseignants de cégep, embauchés depuis 2000, n\u2019ont donc acquis sur le Québec qu\u2019un modeste bagage durant leurs études universitaires ; un bagage qui remonte parfois ironiquement à leurs propres études collégiales.Or, ces jeunes enseignants souhaiteront-ils préparer au cégep de nouveaux cours portant sur le Québec alors qu\u2019ils l\u2019ont eux-mêmes très peu étudié à l\u2019université ?Il est permis d\u2019en douter.Élimination de toute référence au Québec et à son histoire Disons aussi que l\u2019énoncé des compétences, en particulier dans le programme de sciences humaines, est délibérément flou de sorte d\u2019éviter toute référence à un cadre spatio-temporel spécifique, devenu contingent en regard de l\u2019approche dite par compétences.Ainsi, un cours d\u2019histoire du Québec n\u2019est nullement destiné, comme on pourrait le croire, à expliquer l\u2019évolution historique du Québec de 1867 à nos jours, mais bien à « appliquer à la compréhension du phénomène humain, dans des situations concrètes, des notions en histoire32 ».La différence n\u2019est pas anodine.Comme nulle part il n\u2019est fait allusion au Québec ou au cadre québécois, il était à prévoir que cette compétence 022S ouvre la voie à l\u2019étude de « contrées » spatio-temporelles plus exotiques que la vallée du Saint-Laurent.En attendant, nulle part la place de l\u2019objet Québec n\u2019est garantie ni même reconnue.32 Compétence 022S, nommément : « Appliquer à la compréhension du phénomène humain, dans des situations concrètes, des notions disciplinaires.» http ://www.mels.gouv.qc.ca/ens-sup/index.asp DOSSIER 76 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 On tient donc là une seconde explication - d\u2019ordre rhétorique - au déclin de l\u2019objet Québec au collégial : l\u2019approche par compétences qui tend à éliminer les mentions du cadre d\u2019application et les références à un corpus de connaissances édifié.En clair, l\u2019important n\u2019est plus de connaître l\u2019histoire du Québec ou même celle du Canada, mais d\u2019assurer la transmission des habiletés inhérentes à la méthode historique.Flous au plan du contenu, muets quant au cadre d\u2019application, les énoncés de compétences sont cependant sentencieux à propos des valeurs qu\u2019un cours doit contribuer à transmettre : civisme, tolérance, ouverture sur le monde.33 Ces valeurs ont à leur tour induit un éparpillement des éléments de contenu, puisque les cégeps y ont surtout vu l\u2019occasion de faire les choses à leur guise.Pour susciter le choc culturel attendu, on a inauguré des stages à l\u2019étranger et créé des cours portant sur des objets exotiques, et d\u2019autant moins de cours portant sur le Québec, jugé moins à même de procurer le choc culturel attendu.Suivant Réjean Pelletier, de l\u2019Université Laval, « on aborde peu la situation québécoise en elle-même et pour elle-même ; on le fait beaucoup plus dans une perspective comparative34 ».Le flou où se trouve plongée la définition des contenus n\u2019aide pas non plus à apprécier le déclin d\u2019un thème comme celui du Québec dans les cours.Aucun établissement ou direction des études n\u2019est ainsi en mesure de dire si un finissant en sciences humaines a ou non entendu parler du Québec durant son passage au collégial.Le flou est manifeste en histoire du Québec.Refondu en 1991, sous le titre Fondements historiques du Québec contemporain, le cours, 33\tRappelons l\u2019exception de la compétence réservée pour le cours Littérature québécoise.MELS, Description de la formation générale, http ://www.mels.gouv.qc.ca/ens-sup/ens-coll/Cahiers/DescFG.asp 34\tChristian Rioux, « Le Québec n'a plus la cote au cégep », Le Devoir, 11 mars 2008. 77 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER bien qu\u2019en déclin, s\u2019étiole désormais en une douzaine de titres différents, dont Histoire Québec-Amériques, Canada au XX siècle, Québec-Canada : perspectives mondes et Histoire du Québec comparée, etc.Pour attirer des clientèles qui se raréfient, les établissements collégiaux du Québec ont enfin mis sur pied des programmes enrichis, dérivés des humanities des collèges anglophones, offrant tous de l\u2019histoire, mais pratiquement pas d\u2019histoire du Québec et du Canada.On préfère plutôt se lancer à la découverte de l\u2019altérité et faire miroiter aux élèves d\u2019appétissants stages à l\u2019étranger.Leur intérêt serait plutôt tourné vers des contenus alternatifs, dans la mouvance altermondialiste, coïncidant mieux avec un stage touristico-historique en Europe ou en Amérique latine.Selon Marc Chevrier, le terme « international » a d\u2019ailleurs graduellement pris la place qu\u2019occupait jadis celui de « classique » pour désigner l\u2019excellence en éducation.« L\u2019ouverture sur le monde » est devenue une valeur cardinale du réseau collégial.Une « attraction immodérée de l\u2019extérieur », qui débouche sur un « oubli de soi ».Pour un retour de l\u2019histoire du Québec au collégial On a assisté depuis cinq ans à une prise de conscience dans l\u2019opinion à propos de la piètre place accordée à l\u2019histoire nationale.Amorcée à l\u2019occasion du débat sur le Renouveau pédagogique au secondaire, il est devenu urgent d\u2019étendre cette réflexion au niveau collégial où l\u2019histoire nationale est presque entièrement évacuée.Pour Louis Cornellier, un fin observateur du milieu collégial québécois, « à ne pas fréquenter l'histoire, un peuple se vide de sa substance.Le Québec devrait en convenir et donner, dans l'école, des heures à l'histoire.Les querelles DOSSIER 78 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 d'écoles et de méthodes, par ailleurs passionnantes, sont secondaires35.» De même, pour René Durocher, au-delà des querelles épistémologiques, la perception relève, en dernière instance, du destinataire : « Chacun est libre de considérer que son histoire nationale est celle du Canada ou celle du Québec ou celle des Mohawks.Où est le problème ?[.] Le problème majeur semble être que les Québécois dans leur ensemble ignorent leur histoire36.» Derrière le déclin de l\u2019histoire du Québec, c\u2019est en fait le concept même de nation québécoise qu\u2019on est à sortir des écoles, au profit d\u2019une histoire « citoyenne » qui confond valeurs universelles et valeurs québécoises et qui refuse de voir le cheminement historique du peuple québécois autrement que par une série de singularités37.Il est aujourd\u2019hui acquis que l\u2019évacuation des études québécoises au niveau collégial est allée trop loin et qu\u2019une place doit y être accordée afin que chaque finissant puisse au moins reconnaitre les origines historiques du Québec actuel.Cet objectif est pourtant conséquent avec les autres buts de la formation générale et conforme au profil de sortie des finissants du collégial.D\u2019abord, le Québec représente toujours le seul laboratoire commode où expérimenter les concepts mis de l\u2019avant au cégep, tous programmes confondus.Ensuite, une meilleure compréhension des enjeux propres au Québec par de jeunes adultes apparaît urgente compte tenu de l\u2019importance des débats qui défraient l\u2019actua- 35\tLouis Cornellier, Le Devoir, 12 décembre 2009, p.fil 36\tLouis Cornellier, « Mon histoire est-elle une épopée ?», Le Devoir, 19 décembre 1998 : D9 ; René Durocher et al.L'enseignement de l'histoire : Une réforme à poursuivre.Cité par Le Devoir, 22 juillet 1997 : A7 37\tUn article de magazine fait notamment grand bruit en dénonçant l\u2019impact du nouveau programme en histoire sur le contenu des manuels scolaires au secondaire en histoire : Christian Rioux et Magali Favre « Les manuels de l'insignifiance », L\u2019Actualité, (1er avril 2008).Également, Mathieu Bock-Côté, La Dénationalisation tranquille, Montréal, Boréal, 2007 : 123. 79 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER lité et de la fragilité de la vie démocratique chez nous.Enfin, si la réforme de l\u2019enseignement au secondaire propose bien du Québec un regard consensuel, d\u2019abord destiné à forger une identité citoyenne, cela s\u2019avère insuffisant.Le niveau collégial doit pouvoir à son tour aborder sans complaisance les crises et les ruptures dans l\u2019histoire du Québec et mieux outiller ceux et celles qui détiendront demain les rênes du pouvoir.Plus généralement, une meilleure connaissance des origines du Québec actuel peut seule permettre à des jeunes de 16 à 19 ans d\u2019intégrer la société, à la veille d\u2019y faire l\u2019expérience du travail, des services publics ou de l\u2019isoloir du bureau de scrutin.C\u2019est dans cette perspective qu\u2019a été créée, en 2009, à l\u2019instigation de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, la Coalition pour l\u2019histoire dont le porte-parole est le professeur Robert Comeau, également vice-président de la Fondation Lionel-Groulx.À la suite d\u2019intenses consultations, les membres de la Coalition en sont venus à une revendication générale qui permettrait, de l\u2019avis de tous, d\u2019apporter les correctifs à l\u2019alarmant problème de la place de l\u2019histoire et de l\u2019objet Québec au collégial.La Coalition pour l\u2019histoire recommande donc : Que la formation générale commune au collégial prévoie que les élèves soient en mesure de comprendre l\u2019histoire et les caractéristiques de la société québécoise actuelle.La Fondation Lionel-Groulx, quant à elle, non seulement soutient cette revendication, mais propose de surcroît que, pour atteindre cet objectif, soit instauré un cours obligatoire d\u2019histoire nationale dans la formation générale de tous les étudiants du réseau collégial québécois. DOSSIER 80 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 D\u2019autres pistes pour valoriser les études québécoises Il existe d\u2019autres avenues à explorer afin de valoriser l\u2019étude de la société québécoise au cégep.L\u2019une d\u2019elles porte sur l\u2019épreuve synthèse que doivent compléter tous les finissants au terme de leur programme d\u2019études.Dans les programmes de sciences et de techniques humaines, ce cours consiste en une « activité d\u2019intégration des acquis » plutôt mal définie à l\u2019heure actuelle et débouchant tantôt sur un travail de synthèse, tantôt sur un rapport de stage.Sans changer la vocation de ce cours, le jeune devrait désormais pouvoir appliquer les compétences acquises au cégep à un enjeu proprement québécois, en vue de susciter un regard critique et le désir de jouer un rôle concret et positif dans son milieu.De la même manière, on devrait encourager et soutenir les stages se déroulant au Québec.De plus en plus de programmes d\u2019études au collégial se terminent par une quelconque expérience de stage de coopération à l\u2019étranger, destinée en général à sensibiliser l\u2019élève à une réalité étrangère.De tels stages sont très populaires et constituent, dans bien des cas, le moment fort du séjour au niveau collégial, mais ils sont aussi fort coûteux et réservés à une « élite » inscrite à des programmes spéciaux et en mesure de défrayer une partie des coûts.Or le Québec offre lui-même de nombreuses occasions de vivre de telles expériences.Convenablement encouragés, les stages se déroulant au Québec deviendraient vite populaires et combleraient un vide certain.Ils seraient aussi plus démocratiques parce que moins onéreux que des voyages à l\u2019étranger.Ils perturberaient aussi moins les habitudes des communautés d\u2019accueil, tout en s\u2019inscrivant dans une perspective de développement durable, ne serait-ce qu\u2019en termes de diminution de gaz à effet de serre émis sous forme de longs voyages en avion.Un organisme devrait 8i L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER voir à soutenir ces échanges entre les institutions collégiales du Québec et ainsi permettre au plus grand nombre possible de finissants d\u2019entrer en contact avec une autre région, une autre réalité sociale ou un autre contexte professionnel au Québec.Bien que moins spectaculaires que des stages en Europe ou en Asie, de tels projets d\u2019envergure interrégionale ne sont pas moins enrichissants pour les jeunes, dans la mesure où ils correspondent mieux à leur futur rôle dans la société et une occasion sans pareil de mettre en contact de jeunes Québécois et Québécoises de diverses régions.Ces propositions pourraient rapidement accroître l\u2019ancrage des finissants dans leur milieu et leur donner le goût d\u2019y jouer un rôle positif et tangible.Elles contribueraient aussi à combler d\u2019autres lacunes du régime collégial actuel, dont sa politique des stages de fin de cycle administrée à l\u2019heure actuelle de manière chaotique.Elles sont aussi susceptibles de rallier un nombre croissant d\u2019intervenants, lassés par le cynisme et le laisser-aller ambiants et excédés par la place exsangue allouée à l\u2019étude de la nation québécoise au cégep.? DOSSIER 82 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 ANNEXE Champlain regional College - Lennoxville campus % des inscriptions totales durant toute la période ¦\tTotal des inscriptions aux cours portant sur le Québec/Canada ¦\tTotal des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada * Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec / Canada durant la période : 1 013 Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada durant la période : 5 314 Lnu3i-'00< Modern Quebec: 1760 to present X History of Canada History of crime and punishment Cégep de Chicoutimi % des inscriptions durant toute la période 3% ¦\tTotal des inscriptions aux cours portant sur le Québec / Canada ¦\tTotal des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada * Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec / Canada durant la période : 262 Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada durant la période : 8513 \u201cHist./ initiation à la civilisation occidentale -Hist, du temps présent -Nos racines régionales en 'V3'V3 'Hist./ initiation à l'hist.de la civilisation occidentale Histoire du temps présent: le XXe siècle Histoire et politique américaine Initiation à l'histoire régionale X Histoire du Québec de 1867 à nos jours 0 L'ACTION NATIONALE février 2011 DOSSIER Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu % des inscriptions totales durant la période 12% ¦\tTotal des inscriptions aux cours portant sur le Québec/ Canada ¦\tTotal des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/Canada * Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec / Canada durant la période : 1 280 Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada durant la période : 9 461 ?Fondements historiques du Québec contemporain .9- 300 Histoire temps présent : XXe siècle - Hist, /initiation à l'hist.de la civilisation occidentale ¦Hist, de la société québécoise : permanence et changement Collège Édouard-Montpetit % des inscriptions totales durant la période ¦\tTotal des inscriptions aux cours portant sur le Québec / Canada ¦\tTotal des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada * Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec / Canada durant la période : 2 092 Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada durant la période : 16 599 ¦Histoire de la civilisation occidentale Histoire du temps présent: le XXe siècle ¦Histoire Québec - Amérique du Nord -Le Québec et le monde 0 )K Les fondements historiques du Québec DOSSIER 86 L\u2019ACTION NATIONALE février 2011 Collège Lionel-Groulx % des inscriptions totales durant la période ¦\tTotal des inscriptions aux cours portant sur le Québec/ Canada ¦\tTotal des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada * Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec / Canada durant la période : 1103 Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada durant la période : 13 690 .9- 150 ?\tLes fondements historiques du Québec contemporain \u2014¦\u2014 Le Québec \u2022\tHistoire des Amériques \u2014*\u2014 Histoire du Québec contemporain \u2014*\u2014 Histoire du Tiers-Monde ¦\u2022-Histoire du monde arabo-musulman *\tHist, du temps présent: le XXe siècle / Hist, du temps présent Collège Montmorency % des inscriptions durant toute la période 0% 100% ¦\tTotal des inscriptions aux cours portant sur le Québec / Canada ¦\tTotal des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada * Total des inscriptions aux cours portant sur le Québec / Canada durant la période : 0 Total des inscriptions aux cours ne portant pas sur le Québec/ Canada durant la période : 13 145 ?> ?Coopération internationale -Hist, /initiation à la civilisation occidentale \u201cHistoire de la vie privée 0 u-)cor'-co
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