L'action nationale, 1 mars 2011, Mars
[" L\u2019Action NATIONALE volume CI numéro 3 MARS 2011 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L'ACTION NATIONALE volume CI numéro 3 - Mars 2011 Mars 2011 vol.CI no 3 L\u2019Action NATIONALE MAITRES CHEZ NOUS 2011 DECLARATION Nous, citoyennes et citoyens du Québec, reconnaissons le patrimoine collectif que nous ont légué Adélard Godbout, Jean Lesage et René Lévesque avec : \u2014\tla prise en charge de notre potentiel énergétique à partir de 1944 et la nationalisation des infrastructures de production, distribution et transport d\u2019électricité ET de gaz naturel de la Montreal, Light, Heat and Power, et la création d\u2019Hydro-Québec puis, \u2014\tla tenue par le gouvernement Lesage, en 1962, d\u2019une élection générale anticipée à caractère référendaire sur le thème « Maîtres chez nous » afin d\u2019obtenir de la population le mandat de nationaliser les entreprises oeuvrant dans le domaine de la production, du transport et de la distribution de l\u2019électricité.Les résultats de cette consultation électorale furent éloquents tant en termes de vote populaire que de distribution des sièges à l\u2019Assemblée nationale.Jean Lesage, grâce à ce mandat non équivoque, a pu prendre possession au nom du Québec de ses ressources électriques pour le mieux-être de TOUS les Québécois et Québécoises.C\u2019est ainsi qu\u2019Hydro-Québec est devenue un « navire amiral » de l\u2019économie québécoise et l\u2019un des principaux symboles de fierté du peuple québécois.Son existence a favorisé le développement d\u2019une extraordinaire expertise mondialement reconnue, en plus de générer au Québec des revenus colossaux et des centaines de milliers d\u2019emplois au fil des années.Le gouvernement du Québec a ensuite nationalisé, dans la foulée de l\u2019élection de 1962 et par le truchement de la SOQUIP tout d\u2019abord, puis ensuite d\u2019Hydro-Québec gaz et pétrole, LES DROITS D\u2019EXPLORATION ET D\u2019EXPLOITATION DU GAZ ET DU PÉTROLE DU QUÉBEC.Or, le gouvernement actuel a cédé à des entreprises privées et souvent étrangères, sans en avoir le mandat, à notre insu et manifestement pour une bouchée de pain, les droits sur notre pétrole, notre gaz et même le développement de notre vent.Il a ainsi posé un geste extrêmement grave qui nous porte préjudice tant au plan individuel que collectif.Ce geste antidémocratique va à l\u2019encontre du mandat donné par le peuple du Québec à ses prédécesseurs.Rappelons que toute velléité de privatisation de nos ressources énergétiques allant à l\u2019encontre du précédent créé aurait dû faire l\u2019objet d\u2019une consultation populaire où la volonté de redonner le contrôle de nos ressources énergétiques à des intérêts particuliers, comme c\u2019était le cas avant 1962, aurait dû être clairement énoncée.Compte tenu de ce qui précède, nous exigeons que le gouvernement reprenne immédiatement possession de ces droits d\u2019exploration et d\u2019exploitation de NOS ressources énergétiques qui constituent NOTRE BIEN COMMUN.Il n\u2019est pas question ici de nationaliser ces sources d\u2019énergie.C\u2019est chose faite.Elles nous appartiennent déjà, et nous n\u2019acceptons pas d\u2019en être dépossédées.Advenant un refus, nous devrons considérer ce gouvernement coupable de spoliation de biens publics appartenant au peuple québécois et dont l\u2019État est fiduciaire.CE QUE LE PEUPLE DU QUÉBEC A FAIT, SEUL LE PEUPLE DU QUÉBEC PEUT LE DÉFAIRE. Signataires de la déclaration Claude Béland\tJean-Paul Gilson\tLise Pelletier André Bélisle\tBenoît Girourd\tJean-Marc Pelletier Benoît Bergeron\tMarcin Kazmierczak\tJean-Louis Pérez Patrick Bonin\tJulie Kelly\tJean-Claude Pomerleau Solange Bourgeois\tDenis L\u2019Homme\tRéjean Porlier Daniel Breton\tFrançois Laforest\tDaniel-Jean Primeau Nancy Breton\tVirginie Lambert-Ferry\tReal Reid Jos-Guy Caron\tBernard Landry\tMikael Rioux Sylvain Castonguay\tRobert Laplante\tMarie-France Roy Dominic Champagne\tGérald Larose\tAlain Saladzius Daniel Charest\tThérèse Lavoie\tKim Sauvageau Kim Cornelissen\tRichard Lehir\tLucie Sauvé Véronique Côté\tAtim Léon\tCatherine Seers Éric Darier\tNicolas Mainville\tMaude Sicotte Françoise David\tLuc Martin\tSylvie Simoneau Xavier Daxhelet\tRhéal Mathieu\tSophie Thiébaut Richard Dorval\tOswaldo Montoya\tJean-Guy Vaillancourt Geneviève Ducharme\tThomas Mulcair\tPierre Valade Rémy Duprés\tJean-Jacques Nantel\tLouise Vandelac Roy Dupuis\tChristine Normandin\tPierre Véronneau Vincent François\tFrance Panneton\tFrida Villarreal Michel Fugère\tRéjean Parent\t Jacques B.Gèlinas\tJean-Marc Pelletier\tLe 3 mars 2011 Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise 40 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Dave Anctil, chercheur postdoctoral, Chaire Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie (UQAM) ; Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Pierre Graveline, directeur général de la Fondation Lionel-Groulx ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval) ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQAC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque (politologue) ; Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Université de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté.L\u2019Action NATIONALE curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.-+- abonnez-vous VW'\" v ^ On n\u2019est jamais trop curieux Hommage à Jean-Marc Leger Artisan de la grandeur -\tRobert Laplante\t4 Patriote québécois et pionnier de la Francophonie -\tCharles Saint-Prot et Zeina el Tibi\t6 Pour sortir du mensonge -Jean-Marc Léger\t8 Articles Le retour en force du « vouloir-vivre » québécois -\tPierre-Paul Sénéchal\t15 Déchets radioactifs ontariens sur le Saint-Laurent -Julie Lemieux\t40 La vitalité de la langue française sur l\u2019île de Montréal -\tGérald Paquin\t48 L\u2019affaire Michaud ou Le complot du 14 décembre 2000 -\tMatthias Rioux\t58 Une fin de semaine avec Rosaire Morin -\tPaul-Émile Roy\t65 La nation québécoise : colonisée, menacée, inachevée -\tPierre Graveline\t67 Dolicièrefédérale(3eéDisode)^^^M Même devenu ministre, la surveillance continue -\tPierre Cloutier\t97 Lire Réplique Qui a peur de l'histoire sociale ?-\tSylvie Ménard\t116 Lire les essais François Rocher Guy Rocher.Entretiens\t119 Michel Ducharme Le concept de liberté au Canada à l\u2019époque des révolutions atlantiques (1776-1838)\t125 Livres reçus 135 4 ÉDITORIAL Robert Laplante Hommage à Jean-Marc Léger ARTISAN DE LA GRANDEUR Jean-Marc Léger nous a quittés.Le Québec vient de perdre un très grand homme, L\u2019Action nationale son plus ancien et plus fidèle artisan.Les nombreux témoignages rendus à l\u2019occasion de son décès ont souligné son exceptionnelle contribution au développement du Québec, à son rayonnement ainsi qu\u2019à celui de la langue française et de la culture québécoise.Jean-Marc Léger a porté très haut le flambeau de notre aventure collective.C\u2019était un homme exigeant pour lui-même, un idéaliste qui a toujours cherché à vivre à la hauteur de ses rêves.Nous lui serons à jamais redevables d\u2019avoir su l\u2019être pour notre peuple.Il abhorrait la médiocrité.Toute sa vie, il a combattu pour que la culture québécoise soit celle de l\u2019accomplissement : accomplissement de notre liberté dans le combat pour l\u2019indépendance, épanouissement de notre langue et de ses héritages dans la rencontre des peuples et le partage des valeurs communes.Jean-Marc Léger a aimé son peuple d\u2019un amour inconditionnel et c\u2019est cet attachement qui lui aura donné la force et l\u2019énergie créatrice qui ont fait de lui un grand bâtisseur.Il a fait naître des institutions, cela est remarquable.Mais la vraie mesure de sa contribution se situe bien au-delà de ses réalisations matérielles : il a su « faire lever l\u2019horizon » (Gaston Miron) pour des millions d\u2019hommes et de femmes 5 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 qui ont le français en partage et à qui il a su inspirer l\u2019idéal de contribuer à enrichir le monde en témoignant des plus hautes valeurs de la civilisation.L\u2019humanisme dont il se réclamait et qu\u2019il a si bien incarné restera son plus grand legs et nous lui sommes reconnaissants d\u2019avoir si bien su nous en faire réaliser les exigences et inspirer les devoirs.Pendant plus de cinquante ans, Jean-Marc Léger a participé aux idéaux, partagé le labeur, accompagné le devenir de L\u2019Action nationale.C\u2019était l\u2019homme des fidélités et jamais, même lorsqu\u2019il était accaparé par les exigeantes fonctions qu\u2019il a occupées, il n\u2019a délaissé son engagement à la Ligue d\u2019action nationale.C\u2019était admirable - et combien inspirant ! - de le voir concilier ses plus hautes obligations avec les modestes tâches de notre revue.Il savait l\u2019importance des idées, il partageait notre volonté de les cultiver pour faire grandir le pays et trouver les meilleures voies de son affranchissement.Tenace, dur à la peine sans pourtant jamais renoncer à la joie de vivre et à la camaraderie, il a persévéré, comme ses pères avant lui.Jean-Marc Léger aura été un modèle pour nous tous.Son humour, son intelligence et son immense érudition nous manqueront certes, mais son souvenir ne cessera d\u2019enrichir notre mémoire.Je voudrais, au nom de tous les membres et les artisans de L\u2019Action nationale, dire combien nous avons aimé l\u2019homme, admiré l\u2019auteur et surtout apprécié le voir nous rappeler sans cesse aux plus nobles exigences de la pensée.Jean-Marc Léger aura été un artisan de la grandeur.Celle qu\u2019il souhaitait pour le Québec, celle dont il témoignait comme personne et qui laissera de son passage parmi nous un souvenir impérissable.? 6 HOMMAGE Charles Saint-Prot et Zeina el Tibi* Hommage à Jean-Marc Léger PATRIOTE QUÉBÉCOIS ET PIONNIER DE LA FRANCOPHONIE Jean-Marc Léger qui est mort à Montréal, le 14 février 2011, dans sa 84e année, était un journaliste et un intellectuel engagé en même temps qu\u2019une personnalité attachante et d\u2019une très grande distinction.Il était l'auteur de nombreux articles dans la presse quotidienne et dans l\u2019excellente revue L\u2019Action nationale et d\u2019essais reflétant ses engagements fondamentaux : Afrique française, Afrique nouvelle (1958), La Francophonie, grand dessein, grande ambiguïté (1987), Vers l'indépendance ?Le pays à portée de main (1993), Le Temps dissipé (2000).Il avait d\u2019abord entrepris une carrière de journaliste (La Presse puis Le Devoir) qui le conduisit à diriger l\u2019Union canadienne des journalistes de langue française entre 1955 et 1961, et l\u2019Association internationale des journalistes de langue française, de 1960 et 1962.Il fut le premier dirigeant de l\u2019Office de la langue française en mars 1961, et il commença à s\u2019impliquer sur la scène internationale pour la promotion de ce qui deviendra la Francophonie.Premier secrétaire général de l\u2019organisation - connue alors sous le nom de l\u2019Agence de coopération culturelle et tech- * Charles Saint-Prot est directeur de l\u2019Observatoire d\u2019études géopolitiques à Paris.Zeina el Tibi, journaliste et essayiste franco-libanaise, est présidente déléguée de l\u2019Observatoire d\u2019études géopolitiques à Paris, auteur de Le Québec, l\u2019Amérique en français. 7 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 nique - entre 1970 et 1973, il a impulsé les programmes de coopération en faveur du développement des pays francophones du Sud, autour de l\u2019éducation et de la diversité culturelle.Il est considéré comme l\u2019un des pères fondateurs de l\u2019Organisation internationale de la francophonie (OIF).C\u2019est à ce titre que l\u2019OIF lui a rendu hommage en mai 2010 alors qu\u2019elle célébrait le 40e anniversaire de sa création.Le secrétaire général, Abdou Diouf, déclarait à cette occasion : Grâce à votre courage, à vos compétences et à vos profondes convictions, vous avez donné à notre institution des assises solides dont nous mesurons, encore quarante ans plus tard, la portée.La vivacité de notre mouvement, son rayonnement croissant à travers le monde, le rôle qu\u2019il acquit comme un acteur des relations internationales à part entière, sont le fruit de quarante années de construction de la Francophonie internationale à laquelle votre contribution a été essentielle, parce que fondatrice.L\u2019autre grand combat de la vie de Jean-Marc Léger fut pour la souveraineté du Québec.Le souci de l\u2019avenir de sa patrie québécoise guida toute sa vie.Il faisait montre sur cette question de cette « admirable intransigeance, devenue véritable vertu » qui est la marque des militants des grandes causes.D\u2019ailleurs, il se plaisait à répéter « l'honneur de notre vie aura été de tenter l'aventure.Et d'autres viendront après nous qui la reprendront pour la mener à son terme.C'est la seule espérance qui illumine notre nuit ».Jean-Marc Léger a été l\u2019un de ces donneurs d\u2019étincelles qui balisent le chemin en indiquant inlassablement que l\u2019indépendance n\u2019est pas seulement un droit pour une nation, mais c\u2019est un devoir collectif tant il est vrai qu'elle est plus que jamais la condition première de la survivance.? 8 RAPPEL Jean-Marc Léger* Hommage à Jean-Marc Léger POURSORTIR DU MENSONGE Dans l'ensemble des « mémoires » et rapports qui ont été jusqu'à présent soumis à la commission Tremblay, il convient de relever la courageuse intervention du chanoine Groulx, alors qu'il représentait, au cours d'une séance, l'Académie canadienne-française qui y était allée aussi de ses doléances et de ses vœux.Notre historien national n'a pas hésité à déclarer que le mode actuel d'application de l'Acte de l'Amérique britannique du Nord dessert de plus en plus les Canadiens français et que la promulgation d'une nouvelle constitution s'avère d'une urgente nécessité.Pour beaucoup, semblable déclaration sera sans doute portée encore une fois au compte d'un « nationalisme exacerbé ».Mais ceux-là qui conservent encore avec un peu de conscience nationale, un certain pouvoir de réflexion conviendront que la position du chanoine Groulx procède d'un élémentaire réalisme.L'heure est venue de sortir du mensonge où trop des nôtres depuis longtemps se complaisent.Ce pays n'est aucune- * En mars 1954, Jean-Marc Léger, alors journaliste à La Presse, publiait dans nos pages, un texte qui témoigne de la justesse de son jugement et de la clarté de son engagement.Nous republions ici cet article à la mémoire du plus émérite des membres de la Ligue d'action nationale, décédé le 14 février dernier. 9 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 ment un pays biethnique : il n'est en rien le fait de « deux grandes races titulaires de droits égaux ».Le Canada est un pays britannique où on veut bien tolérer officiellement l'existence singulière d'un groupement français et dont l'on a apaisé les appréhensions en lui consentant l'apparente maîtrise d'un semi-État, d'une « province » entre neuf autres.Est-il besoin de refaire l'histoire constitutionnelle et politique de ces soixante-quinze dernières années pour dénoncer le drame national ?Tout État multiethnique, l'histoire l'enseigne suffisamment, est en fait un État où un groupe ethnique domine l'autre, par sa supériorité numérique ou économique ou les deux à la fois.Sinon, c'est, après une pénible convivence, la rupture.On ne saurait trouver deux âmes animant un seul corps, deux nations se partageant équitablement un même État.Rien d'aussi pauvre, d'aussi misérable, à ce point de vue, que les déclarations de nos « hommes d'État » célébrant le Canada comme un exemple d'entente et de féconde collaboration entre deux grandes races.Créature des anciennes colonies, des provinces, par elles constitué pour le service de certains intérêts communs, le pouvoir central a progressivement pris le pas sur elles, renversé la vapeur et fait des auteurs de son existence, ses vassales.Rien d'étonnant à cela : le destin d'une fédération, surtout à notre époque et dans un climat anglo-saxon, est de glisser lentement vers l'État unitaire.Nous y venons : déjà, nous y sommes partiellement.Depuis les débuts, cet État est mensonge et aujourd'hui plus que jamais.Le domaine de l'imposition réservé aux provinces a été envahi : grâce à ses revenus nouveaux, il a été possible au gouvernement central d'occuper un secteur de plus en plus vaste du domaine social et de s'immiscer 10 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 ensuite dans le domaine culturel.Et le jour n'est plus éloigné, qu'on le sache bien, où Ottawa va constituer un Conseil « national » des arts et des lettres, prélude à la création d'un véritable ministère de l'Éducation nationale.Inconscients, les milieux les plus divers continuent à réclamer l'assistance du gouvernement fédéral au lieu d'exiger de celui-ci qu'ils rendent aux provinces les pouvoirs de taxation qu'il a accaparés.Le principal de l'Université McGill, Cyril James, déclarait récemment que la lutte constitutionnelle allait dominer la vie politique du Canada dans le quart de siècle à venir.Voilà qui est évident : ou nous laisserons les choses aller comme elles sont et avant vingt-cinq ans, ce pays sera devenu un État unitaire, ou nous mettrons nos partenaires en demeure de consentir à la promulgation d'une constitution axée sur une décentralisation aussi large que possible, faisant de ce consentement de leur part le prix de notre présence dans l'ensemble canadien.Car le dilemme se posera, quelque déplaisir qu'en éprouvent les « Canadiens tout court », ceux qui se croient diminués par l'épithète « français », ceux qui s'imaginent que d'être ainsi qualifiés les confine au seul Québec.Le dilemme se posera entre la poursuite d'une « alliance » devenue domination totale et la fidélité à l'essentiel de notre être national.Ou bien, il y aura une véritable Confédération, accordant notamment au Québec la pleine maîtrise de son destin et réduisant au minimum les pouvoirs d'un gouvernement central, devenu diète interprovinciale, ou bien le Québec poursuivra seul sa route et son destin.Une nouvelle constitution à base de décentralisation intensive est essentielle à la survivance du Canada français.Pour d'aucun, il faudrait cesser de parler de « survivance » qui serait définitivement acquise, pour parler de « vie ».Nous le voudrions, mais il apparaît bien que pour l'heure, la plus 11 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 élémentaire honnêteté nous l'interdit.Nous ne sommes pas une nation vivante, avec tout ce que ce terme implique de jaillissement et de dynamisme et nous ne pouvons pas l'être dans l'actuel contexte politique et économique.D'une véritable confédération, de notre appartenance à un Canada décentralisé, nous pouvons attendre au mieux les moyens de préserver l'essentiel d'une certaine culture, de certaines valeurs spirituelles.Et c'est dans la mesure où il restera suffisamment de Canadiens français conscients de la qualité et du prix de ces valeurs que nous aurons quelque chance que le mouvement actuel soit renversé.Cette nation aurait-elle perdu à ce point le sens et le goût de la lutte qu'elle refuse d'entreprendre le combat où tout serait engagé ?Mais voilà qui serait certes bien insuffisant.Arrachée au pouvoir centralisateur anglo-canadien, une constitution portant décentralisation maxima, il resterait au Québec à utiliser cet instrument de sa survivance.Et pour ce, faire décidément table rase d'une tradition politique qui est en voie de nous perdre, renoncer à un libéralisme stérile, à un conservatisme mortel et bâtir un État provincial digne de ce nom.Un État provincial conscient de sa mission entreprendrait de bâtir une économie pour les Canadiens français.Mettant un terme à la politique de suicide national pratiquée depuis un siècle par les trafiquants éhontés qu'ont été les artisans des divers gouvernements, un tel État entreprendrait d'exploiter lui-même tout ce qui nous reste de nos immenses ressources naturelles, de nationaliser les grandes entreprises étrangères qui hypothèquent l'avenir de la nation, poursuivrait une politique sociale et culturelle résolument progressive au service des masses populaires, cœur et avenir de la nation.Alors peut-être, en moins d'un quart de siècle, le Québec pourrait être le maître d'au moins 12 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 un tiers de la richesse nationale au bénéfice de la nation elle-même.Seule la conjonction des forces résolument nationales et authentiquement sociales nous ouvre une porte sur l'espoir.Disons-le tout net : un État socialiste du Québec, rattaché au minimum à l'ensemble canadien constitue la seule route vers le salut national.Il est probable que ceux qui entreprendront d'acheminer notre nation dans cette voie se heurteront aux forces conjuguées de la lâcheté, de la politicaillerie, du cléricalisme et de la trahison, aux forces des ténèbres agissant à l'enseigne de la prudence et du réalisme.Il est probable qu'ils essuieront un échec.Mais c'aura été l'honneur de notre vie de tenter l'aventure.Et d'autres viendront après nous qui la reprendront pour la mener à son terme.C'est la seule espérance qui illumine notre nuit.Publié dans L'Action nationale en mars 1954 Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FONDACTION CSN POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com agiTp # our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations.'tytOK M Desjardins Caisse d'économie solidaire Montreal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliclte\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop 15 ARTICLES Pierre-Paul Sénéchal* L\u2019enjeu premier LE RETOUR EN FORCE DU « VOULOIR-VIVRE » QUÉBÉCOIS Au lendemain du référendum d\u2019octobre 1995, dans un but clairement affirmé de contrer définitivement l\u2019idée de souveraineté du Québec, l\u2019offensive fédérale est allée bien au-delà de sa dénégation, bien au-delà de l\u2019affrontement argumentaire.Elle s\u2019est résolument attaquée aux fondements mêmes de la nation, faisant fi des conséquences qu\u2019une telle opération risquait inévitablement d\u2019entraîner à terme.À deux ans d\u2019une élection absolument cruciale pour le mouvement souverainiste, il convient que ce construit fédéral des quinze dernières années soit convenablement analysé et décortiqué.Chez une portion relativement élevée de militants, on demeure encore trop peu conscient de l\u2019ampleur des dommages causés par l\u2019opération de déconstruction et de ses effets délétères sur l\u2019opinion publique.S\u2019en remettre à la magie ou la chimie salvatrice d\u2019un référendum improvisé pour battre l\u2019adversaire pourrait s\u2019avérer tout bonnement suicidaire.Le défi auquel nous sommes collectivement confrontés pour procurer au mouvement le souffle mobilisateur précède de beaucoup encore la stratégie ou la mécanique référendaire.* MA science politique, ex-conseiller socio-économique au gouvernement du Québec et membre de la Ligue d'action nationale. L'ACTION NATIONALE - mars 2011 1.Le « vouloir-vivre collectif» ne se décrète pas, il se nourrit de mémoire et d\u2019identité Chez toute communauté nationale, le « vouloir-vivre collectif» procède d\u2019une histoire commune et d\u2019une décision de s\u2019associer dans un dessein politique.Avec le territoire, la communauté sociologique et les institutions, il représente un élément constitutif essentiel de la nation.Le lien d\u2019appartenance à la nation française, celui qui la fait vivre encore aujourd\u2019hui, prend racine dans des moments forts de son histoire, dont la révolution de 1789 ; il repose essentiellement sur la « République ».À l\u2019opposé, l\u2019idée de « mosaïque multiculturelle » qui sous-tend le concept national canadien a été fabriquée par les experts d\u2019une commission royale d\u2019enquête.La source de la nation états-unienne s\u2019appuie quant à elle sur un ensemble de mythes fondateurs : l\u2019« Amérique » est le centre du monde et les destinées nationales sont sous la conduite d\u2019une force mystique (« God Bless America »).Le ciment de la nation repose sur un symbole puissant, véritable moteur de mobilisation et de fierté collective : le drapeau américain.La nation québécoise repose sur des éléments légués par une histoire de plus de 400 ans et une force tranquille de pérennité et de « vouloir-vivre ».Une langue commune qui a laissé ses empreintes toponymiques sur une vaste partie du continent américain.Un territoire national qui, bien que charcuté à maintes reprises, demeure encore enviable avec ses 1,7 million de km2 (ce qui le place au 17e rang mondial).La réalité du peuple québécois repose également sur un ensemble de valeurs fondatrices, différentes de celles décrétées par l\u2019approche canadienne.Les années de la Révolution tranquille ont donné au peuple du Québec un sentiment de confiance, un souffle nouveau extraordinairement porteur d\u2019avenir : modernisation de 17 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 l\u2019État, création de nouvelles institutions publiques, mise en œuvre de nouvelles politiques économiques, sociales, éducatives et culturelles.Ces réussites ont fait la fierté et la confiance des Québécois pendant plus de quatre décennies.L\u2019ambition, l\u2019amour retrouvé de soi, le rejet du réflexe ou du complexe de conquis ont manifestement créé une impulsion sans précédent.Une nouvelle identité, plus moderne et plus dynamique, s\u2019est graduellement forgée, elle a amené à penser en terme « collectif», elle a créé une mystique nationale qui donnera inévitablement naissance à un projet plus ambitieux : la souveraineté politique.Le Québec des années de la Révolution tranquille a réussi à illustrer de façon bien réelle comment les deux forces les plus vigoureuses de l\u2019histoire moderne, l\u2019identité nationale et la révolution sociale, peuvent se réaliser conjointement sous un même drapeau.Il en a résulté un élargissement et un enrichissement des fondements de son identité.2.L\u2019identité québécoise, point de mire de la riposte fédérale Au lendemain du rendez-vous historique de 1995 qui a bousculé l\u2019ordre canadien, une « guerre préventive » est engagée par Ottawa.Une telle stratégie préventive s\u2019appuie généralement sur la croyance qu\u2019un conflit futur est probablement imminent ou en préparation.Au lendemain d\u2019octobre 1995, un sondage indique en effet qu\u2019une majorité de répondants anticipe la souveraineté au terme d\u2019une période de cinq ans.D\u2019un point de vue tactique, une guerre préventive a pour objectif de prendre avantage d\u2019une fenêtre d\u2019opportunité occasionnée par une supériorité offensive, par une déstabilisation passagère de l\u2019adversaire ou bien encore pour porter un coup fatal à un adversaire affaibli.La riposte empruntera abondamment aux objectifs de la guerre psychologique contemporaine : faire adhérer l\u2019indi- L'ACTION NATIONALE - mars 2011 vidu et les masses à un ensemble d\u2019idées et de valeurs, les mobiliser, les intégrer dans le modèle de société souhaité.Les techniques d\u2019une telle guerre nous sont généralement familières : « communications politiques » à profusion, vastes campagnes de relations publiques, influences médiatiques, sondages orientés, culpabilisation et diabolisation de l\u2019adversaire en vue de modifier la représentation que s\u2019en fait l\u2019opinion publique.L\u2019univers des émotions de la population y est plus souvent exploité que le raisonnement et le jugement.Pour préparer cette riposte, point de divergences dans les lignes des partis à Ottawa, point de débats au Parlement, point de « ministre de l\u2019unité nationale ».L\u2019offensive sera un pur produit de la machine d\u2019État.Cette mission est d\u2019ailleurs déjà inscrite, non seulement dans le mandat du Conseil privé, mais aussi dans l\u2019ensemble de l\u2019administration fédérale.Détourner le Québec de la trajectoire qui est la sienne depuis 40 ans Le plan de riposte préventive ira bien au-delà de la confrontation des idées, il visera à casser suffisamment l\u2019élan du Québec pour que jamais plus une consultation référendaire sur son avenir politique ne puisse être même imaginée.Pour se garantir un tel résultat, on n\u2019aura aucune hésitation à s\u2019attaquer à l\u2019âme du Québec, à son identité, à ses institutions politiques et économiques et à sa capacité de mobilisation politique.Au chapitre du message au citoyen, le Canada devra être présenté comme seul véritable protecteur des foyers et des droits.L\u2019épisode du 400e de Québec, qui couronne en quelque sorte dix années de « politique québécoise post-référendaire », illustre à quel point la référence identitaire constitue un enjeu de première importance.Plusieurs ont décelé, dans cet ambitieux projet, les mêmes visées de déconstruction que celles qui ont suivi la mise en 19 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 déroute du mouvement patriote au XIXe siècle (élimination du Parlement du Bas-Canada).On observe aussi une certaine similitude dans les pratiques (récupération de certains ex-leaders reniflés comme potentiellement plus fragiles de convictions en vue d\u2019en faire d\u2019éventuels « réformistes »).Semer les germes d\u2019un désamour de soi Les stratèges souverainistes ne sont évidemment pas seuls à avoir décodé le message livré par les sondages des trois dernières décennies : plus on se définit comme « Québécois » en raison de déterminants culturels, linguistiques, institutionnels ou territoriaux, plus le taux d\u2019adhésion à l\u2019option souverainiste est élevé.En ciblant de façon spécifique la référence identitaire, l\u2019estime de soi et les icônes qui font traditionnellement la fierté et la confiance des Québécois, on recherche des résultats « structurants ».Les analystes de la décolonisation ont jadis amplement décrit la méthode.Ils ont illustré comment se refaçonnent les attitudes d\u2019une collectivité face à l\u2019autorité d\u2019un groupe plus puissant et comment un sentiment de désamour ou d\u2019abandon d\u2019identité peut graduellement être forgé à partir de comportements culturels reconstruits ou suggérés via des réseaux d\u2019influence.Le soutien que reçoivent les organisateurs du Festival d\u2019été de Québec pour une programmation toujours plus anglophone, les transferts linguistiques et culturels d\u2019une cohorte toujours plus importante de francophones de Montréal et d\u2019Outaouais, la forte résurgence des raisons sociales anglophones partout au Québec sont des manifestations parmi les plus tristes de cette opération de désamour collectif.En ce début de 2011, brandissant ses sondages sur le plafonnement de l\u2019option souverainiste, le clan fédéraliste se fait triomphant.La nouvelle réalité qu\u2019on tente maintenant de forger dans l\u2019imaginaire collectif, avec le soutien d\u2019un cer- 20 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 tain noyau d\u2019intellectuels, c\u2019est que l\u2019enjeu social « gauche-droite » a pris lieu et place de la question nationale.3.Les grands axes de la riposte fédéraliste À grands traits, voici un rappel des principaux axes de l\u2019offensive (chacun constituant en soi un vaste champ d\u2019exploration).La période relativement courte durant laquelle cette offensive s\u2019est déroulée - à peine quinze ans -, en fait toutefois un chapitre fort important de notre histoire contemporaine.Diminuer les institutions nationales du Québec pour affaiblir le sentiment de confiance des Québécois En tête de liste des méthodes de la guerre psychologique, il y a souvent la dissuasion et la promesse du pire contre l\u2019adversaire.Stéphane Dion est amené au cabinet Chrétien très peu de temps après le référendum pour lancer les premières salves.Elles seront politiques et judiciaires (Renvoi à la Cour suprême et Loi C20).La cible n\u2019est pas modeste : affaiblir les capacités politiques de l\u2019Assemblée nationale du Québec et accorder au Parlement fédéral un pouvoir de prédation du territoire québécois.Du côté d\u2019Ottawa, la détermination est manifeste : la loi est adoptée en moins de deux semaines par la Chambre des Communes.Ce coup de force va d\u2019emblée créer un effet dévastateur dans l\u2019opinion publique québécoise.Malgré des appels à la mobilisation par les forces souverainistes, la population du Québec décide de ne pas bouger.La question territoriale fait peur (« Si le Canada est divisible, le Québec l\u2019est aussi »).Changement par rapport au coup de force de 1982 : cette fois-ci, les intellectuels et les syndicats restent plutôt en retrait.Cette mise en tutelle du Québec dégage une odeur d\u2019autoritarisme et de mépris pour ce peuple qu\u2019une malheureuse guerre continentale a condamné à vivre en minoritaire sur le territoire qui fut jadis le sien. 21 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 C\u2019est ce même objectif de « minorisation » perpétuelle qui présidera quatre ans plus tard à la création du Conseil de la fédération.Un projet signé Jean Charest et qui ne vise pas autre chose que la consécration du statut provincial du Québec et la normalisation de ses rapports avec le Canada.Avant d\u2019adhérer à l\u2019idée, les premiers ministres des provinces auront exigé de Charest que jamais ce Conseil ne puisse servir de lieu de discussion pour des modifications constitutionnelles.Pendant ce temps, à Ottawa, on garde résolument le cap sur la construction en douce d\u2019un nouveau style de gouvernance « régionale ».De plus en plus, les « politiques nationales » vont être conçues pour être administrées « régionalement », en passant délibérément par dessus la tête des provinces : Développement économique Canada, SADC, Bourses du millénaire et, en 2010, projet de création d\u2019une Agence canadienne des marchés financiers.Au chapitre de l\u2019image interne et externe, le Canada va de moins en moins se présenter comme une fédération de provinces.L\u2019énoncé de politique étrangère publié en 1998 n\u2019évoque aucunement les pouvoirs constitutionnellement dévolus aux provinces, le système d\u2019éducation y est décrit comme « canadien ».Aujourd\u2019hui, les milliers de représentations graphiques du pays affichées sur le WEB au Canada reflètent cette nouvelle vision, un Canada du XXIe siècle, dans lequel il n\u2019y a pas de frontières territoriales, donc pas de Québec comme entité politique.Menacer l\u2019intégrité territoriale pour déstabiliser l\u2019opinion publique La salve partitionniste qui surgit de façon concomitante à l\u2019assaut juridique de Stéphane Dion s\u2019avérera un coup percutant en termes d\u2019effets psychologiques.Le mouvement 22 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 regroupe des gens d\u2019affaires, des élus à Ottawa et à Québec, des groupes de citoyens, des conseils municipaux du West Island et du Pontiac, des leaders autochtones (notamment de la communauté crie avec Matthew Coon Come).En mai 1997, Alliance-Québec, Canada indivisible, le Comité spécial pour l\u2019unité canadienne, le Parti Égalité et le B\u2019Nai Brith organisent un grand rassemblement à ville Saint-Laurent.Des discussions ont vraisemblablement eu lieu entre tout ce beau monde et les bureaux de Stéphane Dion.Le mouvement crée un choc dans l\u2019opinion publique.Le gouvernement du Québec semble sonné.Sa riposte est d\u2019une extrême faiblesse : une courte brochure d\u2019information éditée par le Secrétariat aux affaires canadiennes.Que faut-il principalement retenir comme résultat de l\u2019opération ?La confiance de Lucien Bouchard, aux commandes de l\u2019État québécois depuis quinze mois à peine, s\u2019en trouve, selon certains témoignages, tellement atteinte que c\u2019est à ce moment qu\u2019il se résigne à repousser sine die la remise en marche du projet souverainiste.Fragiliser les finances publiques du Québec pour mieux lui faire coller une image de « quêteux » mal foutu « Plus ça fera mal économiquement, plus l\u2019appui à la souveraineté baissera.» - Stéphane Dion Peu d\u2019analystes contestent, au milieu des années 1990, la nécessité de contenir le déficit fédéral devenu hors contrôle sous l\u2019ère Mulroney.L\u2019opération se fera de deux façons par les libéraux de Jean Chrétien : des coupures draconiennes dans les transferts aux provinces et une saisie des surplus de la caisse de l\u2019assurance-chômage.Au moment où les dépenses de santé commencent à exploser, plus de huit mil- 23 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 liards $ seront ainsi éliminés des transferts au Québec.Couvrant à l\u2019origine 50 cents par dollar de contribution aux programmes sociaux et de santé, la contribution fédérale descendra d\u2019un seul coup à 14 cents.La manœuvre est astucieuse et le synchronisme parfait.Le fédéral étant absent des services directs aux citoyens, c\u2019est l\u2019administration souverainiste à Québec, aux prises avec le phénomène du vieillissement de la population, qui écopera de l\u2019odieux des compressions budgétaires dans l\u2019opinion publique.Une opinion elle-même déjà largement imbibée du préjugé selon lequel en matière de gestion des finances, le fédéral sait toujours mieux faire que le Québec.Très rapidement, les fédéralistes vont mettre en doute la capacité du Québec d\u2019administrer ses propres affaires, particulièrement lorsqu\u2019il est sous gouvernance souverainiste.À partir de 1997, surprise : d\u2019importants surplus s\u2019accumulent déjà à Revenu Canada.Ottawa est fin prêt pour lancer ses nouveaux programmes au Québec : Bourses du millénaire, Prestation fiscale pour enfants, Stratégie emploi jeunesse, Programme de nutrition prénatale, toutes des interventions relevant exclusivement de la juridiction du Québec.Contaminer les réseaux sociaux, éducatifs et économiques aux vertus des valeurs canadiennes L\u2019univers des groupes d\u2019intérêts et des associations professionnelles représente depuis des décennies un formidable outil de médiation entre citoyens et pouvoirs publics.Il ne faut donc pas s\u2019étonner si la communication fédérale postréférendaire s\u2019y est largement déployée.La filière des professeurs d\u2019histoire et des professeurs de géographie, entre autres, va être intensément sollicitée par Patrimoine Canada et des organisations comme la 24 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 Fondation Historica et le Dominion Institute.Spécialisés dans la célébration de la fierté canadienne, ces derniers vont diffUser à large échelle du matériel « pédagogique » pour l\u2019enseignement de l\u2019histoire, des plans de cours, des modèles d\u2019activités dirigées et de mises en situation à l\u2019intention des enseignants.On finance même des camps d\u2019été et de voyages en Europe pour les plus « méritants ».Les groupes d\u2019affaires du Québec, naturellement dédiés à la promotion des intérêts de leurs membres auprès des pouvoirs politiques seront, quant à eux, de plus en plus instrumentalisés par ces derniers pour la promotion des valeurs canadiennes.Le phénomène est particulièrement manifeste au Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (plus de 7 000 membres, 26 chambres régionales et des associations comme Génération XYZ, l\u2019Association étudiante de l\u2019École des sciences de la gestion de l\u2019UQAM, la Jewish Chamber of Commerce, etc.).Les dîners-conférences et les rencontres privées organisées par ce réseau sont autant de tribunes pour les ténors de la machine politique canadienne (le 28 avril 2009, Steven Harper invite les dirigeants du réseau à son bureau d\u2019Ottawa).Des magazines d\u2019affaires, dont plusieurs sont soutenus par des programmes fédéraux, se donnent quant à eux, pour mission de faire la promotion de la petite élite économique et fédéraliste locale.Il résulte assurément de ces maillages politiques, dans le réseau des affaires et de la finance, un risque évident de nivellement de la pensée.Jadis voué aux intérêts économiques du Québec, le réseautage des gens d\u2019affaires est de plus en plus en phase avec les forces de l\u2019immobilisme et de la pensée unique.Le moment le plus triste à ce chapitre est ce dîner-conférence du 9 mars 2009 au cours duquel un peloton de 800 représentants de la belle « élite économique » de Montréal est venu gratifier de ses applau- 25 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 dissements enthousiastes les « explications » d\u2019Henri-Paul Rousseau sur les désastreuses pertes de la Caisse de dépôt et placement.À contrario, que dire du silence de nos intellectuels ?Grands artisans des courants d\u2019idées qui ont présidé à l\u2019éclosion de la Révolution tranquille, ils semblent, quant à eux, étonnamment discrets.Les paramètres du Programme des chaires du Canada lancé il y a plus de dix ans et dans lequel Ottawa verse 300 millions $ par année pour « préparer le Canada de demain » reflètent cette politique d\u2019encadrement de la pensée.Jamais auparavant le financement universitaire n\u2019avait été pensé en termes d\u2019une administration aussi centralisée et aussi contrôlée (les lettres de recommandations des postulants au programme sont obligatoirement adressées au Bureau central à Ottawa).Est-ce un hasard si, en histoire par exemple, les récipiendaires les plus « méritants » sont ceux qui versent le plus dans le révisionnisme, dans l\u2019ambiguïté et dans le culte de l\u2019anesthésie mémorielle ?Renforcer l\u2019affiliation citoyenne à l\u2019espace territorial canadien Ce chapitre de la politique identitaire fédérale se fera indubitablement sous le sceau du très médiatisé Programme des commandites : une vaste opération budgétée à plus de 250 millions $, concoctée avec des agences de publicité amies et visant essentiellement à inculquer l\u2019appartenance canadienne.Une opération mal préparée qui se transforme finalement en boomerang.Beaucoup plus subtile dans sa conception, la nouvelle Politique canadienne du sport rapportera indubitablement de réels dividendes.Le hockey (décrété « sport national canadien » par le Parlement fédéral), de même que les Jeux olympiques sont voués à incarner le Canada que l\u2019on veut vendre aux Québécois.Créé sous les 26 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 auspices de Patrimoine Canada, Sport Canada sera désigné comme pivot principal de la stratégie identitaire canadienne.Les projecteurs de la Société Radio-Canada auront quant à eux pour mission de surdimensionner la fierté canadienne et les exploits des athlètes érigés au rang de héros.Parallèlement à la mise en place de cette stratégie sportive, une vaste opération de tapissage du Québec aux couleurs du Canada est enclenchée.Des projets de « protocoles de visibilité » sont élaborés au central pour le compte des ministères et agences fédérales.Chaque bénéficiaire d\u2019une aide fédérale (du jeune amuseur de rue au géant Bombardier) sera obligatoirement tenu de s\u2019afficher dans les couleurs canadiennes.Confiée à Martin Cauchon et Denis Coderre, la mission se transformera assez rapidement en « guerre de drapeaux » lorsque, le 24 janvier 2001, ces derniers tenteront d\u2019installer un unifolié sur des immeubles du gouvernement du Québec (Aquarium et Jardin zoologique de Québec).L\u2019affaire des « chiffons rouges » qui en résulte fera du gouvernement fédéral l\u2019heureux gagnant de l\u2019affrontement dans l\u2019opinion publique.Dans une guerre psychologique, l\u2019attaquant doit toujours avoir les moyens de démontrer que son camp n\u2019est pas en guerre et que le seul responsable d\u2019un gâchis c\u2019est l\u2019adversaire.Résultat : depuis ce triste épisode, on observe un certain comportement de repli et de retenue à l\u2019égard du drapeau du Québec, premier symbole de notre existence nationale.Associer les médias à l\u2019œuvre de ré-éducation identitaire Les pratiques de la SRC au chapitre du conditionnement identitaire ont été abondamment étudiées déjà, car elles sont particulièrement révélatrices.En 2000, une première controverse entourant le financement occulte des émissions du journaliste Robert-Guy Scully permet toutefois d\u2019associer 27 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 plus formellement la SRC francophone au programme politique du fédéral.En 2001, la Société sanctionne son journaliste Normand Lester à la suite de la sortie de son Le livre noir du Canada anglais et, en 2002, on délie la bourse comme jamais pour la production d\u2019une grande série consacrée à l\u2019histoire du Canada (dont la neutralité sera mise en doute par plusieurs historiens).Sur les écrans de la SRC, les symboles identitaires canadiens sont démesurément présents et visibles.Un ouvrage publié en 2005 par le professeur Marc Bernier de l\u2019Université d\u2019Ottawa décrit le phénomène de cette surexposition et affirme qu\u2019un nombre croissant de citoyens doutent de l\u2019indépendance, sinon de l\u2019intégrité des journalistes radio-canadiens face au pouvoir politique d\u2019Ottawa.Dans un article récent (« Les médias et la question nationale au Québec », L'Action nationale, septembre 2010), Denis Monière décrit comment la SRC tronque la réalité en créant délibérément l\u2019illusion d\u2019un vaste pays où foisonne encore partout une présence française dynamique.Cette représentation d\u2019un Canada bilingue n\u2019est pas le fruit du hasard, elle résulte, selon lui, d\u2019une politique délibérée de la Société qui a dressé dans toutes les régions du Canada une liste de locuteurs pouvant commenter l\u2019actualité en français.[Les grands médias] n\u2019agissent pas seulement sur la perception des événements et des politiciens, ils véhiculent une représentation de l\u2019identité collective qu\u2019ils inculquent subrepticement dans l\u2019esprit du public afin de structurer le sentiment d\u2019appartenance.Le contrôle du discours politique exercé par les grandes sociétés publiques ou privées de médias est un réel facteur de risques pour l\u2019identité nationale et pour le projet souverainiste québécois. 28 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 Barrer à tout jamais la route du pouvoir à un parti souverainiste Au lendemain du 30 octobre 1995, les forces fédéralistes vont concentrer imagination et énergies à déconstruire l\u2019image et la réputation du premier parti politique porteur du projet de souveraineté.Il faut d\u2019abord trouver un bouc émissaire sur qui faire retomber les angoisses du récent affrontement référendaire.Jacques Parizeau, grand architecte du Québec moderne, sera une cible tout indiquée.Aux fins de discrédit de sa personne et du mouvement, on exploitera à fond sa déclaration « empiriquement démontrable, mais politiquement incorrecte » du 30 octobre.On la fera rouler jusqu\u2019à plus soif pendant toute une décennie.Son successeur Lucien Bouchard ne sera pas en reste pour ce qui est de l\u2019intimidation et de l\u2019humiliation.Aussitôt en poste à Québec, il goûte très rapidement à l\u2019insidieuse médecine des jeux de coulisses et des scénarios de désastres.Les menaces viendront à la fois de l\u2019intérieur (partitionnistes) et des financiers de Wall Street.En juin 1996, Standard and Poor\u2019s place la gouvernance souverainiste du Québec devant une menace de décote.Il s\u2019en suit une humiliante convocation du premier ministre à New York et une obligation de compressions budgétaires démesurément sévère compte tenu des coupes fédérales en santé.En janvier 1998, étape numéro 2 du scénario, les réseaux d\u2019affaires fédéralistes appellent de leurs vœux l\u2019entrée en scène d\u2019un « libérateur ».En dépit de son intérêt plutôt éloigné pour la poutine provinciale, Jean Charest, premier ténor du NON en 1995, est envoyé à Québec.Une gigantesque collecte de fonds auprès des firmes (prioritairement celles qui sont en lien avec les programmes d\u2019infrastructures publiques) est entreprise dans le but de faire du PLQ la plus formidable machine électorale depuis l\u2019ère Duplessis.Pour 29 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 plus de sécurité, on va également investir l\u2019ADQ.La logique de notre système électoral offre en effet l\u2019opportunité d\u2019un parti nationaliste de rechange.En 2001, d\u2019importants bailleurs de fonds se mettent en soutien à Mario Dumont en même temps que les radios FM de Québec.Les résultats ne se font pas attendre : le 1er juin 2002, Léger Marketing annonce que la moitié des Québécois sont déjà prêts pour un gouvernement adéquiste.Une remontée spectaculaire concomitante à un réalignement en profondeur du programme autonomiste.Un nouveau credo fait désormais loi : « Le temps est venu de sortir des ornières constitutionnelles et de l\u2019obsession référendaire ».En 2011, même scénario, mêmes acteurs : face aux déboires du « libérateur », face aux perspectives plus que douteuses du côté de l\u2019alternance adéquiste, le « club des gens affaires pour le NON » se voit dans l\u2019obligation d\u2019investir dans une nouvelle police d\u2019assurance : la Coalition pour l\u2019avenir du Québec.Charles Sirois est à nouveau dépêché à l\u2019avant-scène, mais dans un rôle nouveau, celui de penseur.Bien que toujours identifié comme un proche de Jean Charest, il fait, pour la circonstance, « très tendance », compte tenu du vernis « éducation et jeunesse » qu'il s'est affairé à se donner au cours des dernières années.Briser les alliances internationales du Québec afin de miner le sentiment de confiance collective La présence du Canada étant depuis trois décennies en perte d\u2019influence marquée sur la scène internationale, il ne faut donc pas s\u2019étonner que les objectifs stratégiques de sa politique extérieure soient en bonne partie redirigés vers des préoccupations intérieures et l\u2019enjeu de l\u2019unité canadienne.Le Canada, c\u2019est un fait connu, n\u2019a jamais digéré que le Québec agisse sur le plan international, même à l\u2019intérieur du 30 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 corridor étroit de la Francophonie.Les relations privilégiées tissées avec la France depuis 1967 ont ouvert les Québécois à de nouveaux horizons et créé des appétits.Une situation qui exaspère.La riposte post-référendaire va enfin procurer à la diplomatie canadienne l\u2019occasion de changer la donne et de durcir le ton à l\u2019égard du Québec et ce, dans un contexte de risque maintenant contrôlé par rapport à la France.En décembre 2000, Lucien Bouchard est cavalièrement écarté de la cérémonie d\u2019assermentation du président mexicain Vincente Fox.Deuxième séance d\u2019humiliation pour le premier ministre.À l\u2019époque, le gouvernement Chrétien évalue déjà avec précision l\u2019enjeu politique des célébrations du 400e anniversaire de Québec en 2008.La machine diplomatique va se mettre à l\u2019œuvre pour investir le comité organisateur de Québec en même temps qu\u2019elle va cuisiner tous les centres de pouvoir au sein de l\u2019appareil gouvernemental français.En décembre 2003, une réconciliation surprise Chrétien-Chirac annonce indubitablement des temps nouveaux sur ce front.Le bulletin de l\u2019année 2008 sera tout à fait à la hauteur de l\u2019effort : le Canada de Harper se voit investi d\u2019un rôle prépondérant pour le 400e.Il est assuré du contrôle de la programmation (triomphe de l\u2019« entertainment » sur la commémoration historique) et il se voit octroyer l\u2019exclusivité de l\u2019ouverture des fêtes avec la France de Sarkozy.Cette année 2008 doit réellement être inscrite comme en étant une de grande défaite dans la trajectoire du Québec.Une ère nouvelle s\u2019ouvre dans les relations Ottawa-Paris.En mai, Sarkosy décrète que « la France aime beaucoup le Canada », il annonce que la relation privilégiée avec le Québec, c\u2019est terminé.Le choc créé n\u2019est pas sans conséquence sur le moral des troupes souverainistes et sur l\u2019idée d\u2019éternité qui semblait inscrite dans la population à propos 31 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 de la place du Québec dans le cœur de la France.Paul Desmarais, qui a orchestré l\u2019affectation de Charest à Québec en 1998, n\u2019est pas étranger à ce fait d\u2019armes.Quelques mois plus tôt, en guise de remerciement et de reconnaissance, il s\u2019était vu accorder par Sarkozy, la plus haute distinction de la Légion d\u2019honneur.Une relation étroite et mutuellement profitable qui a pris naissance en.1995.Rendre imprenable l\u2019avant-poste stratégique de Québec La Capitale aurait-elle, sur le plan politique, une destinée similaire à ce qui fut la sienne pendant plus de deux siècles sur le plan militaire ?Les résultats de 1995 (54 % pour le OUI vs 60 % pour le Québec francophone) tendent en effet à le démontrer.Le clan fédéraliste y fait la loi depuis plus de quinze ans et tout semble indiquer que le siège s\u2019annonce ardu pour les souverainistes.Rien de vraiment « mystérieux » dans cet état de choses.Jouissant d\u2019une situation privilégiée, Québec retire de sa fonction de capitale nationale un avantage économique certain qui lui procure l\u2019impression de vivre dans une sécurité assurée.Prétendant y couler une vie agréable, sa population ne semble pas développer d\u2019appétit bien marqué pour le changement, les « événements festifs » trônant au sommet de la liste des priorités.Lieu de pouvoir, Québec abrite plusieurs réseaux d\u2019influence.Les récentes auditions de la commission Bastarache ont fait ressortir l\u2019importance des maillages entre réseaux d\u2019affaires et collecteurs de fonds du PLQ.Il y a dix ans, une autre commission (Gomery) avait mis au jour le rôle prépondérant de la filière Marc-Yvan Côté et les méthodes peu orthodoxes utilisées pour « fidéliser » la base militante fédéraliste.La capitale ainsi que ses municipalités satellites offrent depuis une quinzaine d\u2019années de très nombreuses occasions d\u2019affaires pour l\u2019industrie du 32 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 génie-conseil (Roche et BPR) et pour les milliers d\u2019entreprises qui s\u2019y agglutinent.Le commissaire au lobbyisme a récemment dévoilé les méthodes de travail d\u2019un relation-niste comme Jean D\u2019Amours, vice-président chez BPR en même temps que grand argentier du PLQ.À Québec, le « m\u2019as-tu-vu » social et politique dans les chambres de commerce locales et dans les petits clubs d\u2019affaires fait partie du quotidien.Il ne faut donc pas trop se surprendre si les liens d\u2019intérêt développés entre la filière des affaires et celle du pouvoir politique (national et municipal) sont en appui à l\u2019idéologie libérale et fédéraliste.Sur le front de la riposte fédérale de 1995, même tactique qu\u2019au plan national.Pour discréditer le mouvement souverainiste, on a d\u2019abord cherché à abattre les figures de proue.En tête de liste, Jean-Paul L\u2019Allier, maire de Québec, ex-ministre de la Culture, mais surtout, président en 1995 de la Commission régionale sur l\u2019avenir du Québec.Sa gouvernance tout autant que sa personne seront, dans les mois suivant le référendum, objets d\u2019une vicieuse campagne de dénigrement.Comme facteur non négligeable de conditionnement de la nouvelle dynamique régionale de la capitale, on ne saurait évidemment passer sous silence la puissance médiatique des « radios poubelles » et le nouvel environnement idéologique qu\u2019elles se sont donné comme mission de propager : suprématie de la musique anglophone, culte du gagnant, de la moralité (Opération Scorpion), dénonciation des porteurs de savoirs, de modernité, de valeurs environnementales et d\u2019ambition nationale.Au lendemain de 1995, sous l\u2019autorité directe de Jean Pelletier, chef de cabinet de Jean Chrétien, la ville est totalement mise aux couleurs du Canada.On ne peut plus maintenant en ajouter sans risquer le ridicule absolu.Il faut dire que plus de 40 % de l\u2019espace historique de la 33 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 capitale est de propriété fédérale : Plaines d\u2019Abraham, Port de Québec, terrasse Dufferin, Citadelle.Autant de lieux de référence pour rappeler quotidiennement l\u2019omniprésence du Canada et surtout, les millions qu\u2019il accorde plus généreusement à Québec que partout ailleurs, pour distraire sa population (70 M$ pour le 400e, 3 M$/an pour des festivals et événements culturels de toutes sortes).En ce début de 2011 les tout petits des écoles primaires de la région de Québec sont conviés à une vaste campagne d\u2019apprentissage de l\u2019« O Canada » en vue d\u2019une prestation lors de matchs des Remparts de Québec.propriété de familles libérales et fédéralistes.4.Le retour en force du « vouloir-vivre » québécois : un objectif réalisable.si on s\u2019y met vraiment Les stratèges du clan fédéraliste sont actuellement à identifier les barrières à dresser sur la route d\u2019un retour au pouvoir du Parti québécois.On peut raisonnablement présumer qu\u2019ils concoctent déjà aussi les moyens qu\u2019il faudra déployer pour déstabiliser une éventuelle gouvernance souverainiste.On est à des lieux d\u2019une telle préparation du côté souverainiste.Nombre de militants doutent même qu\u2019il soit un jour possible de mener de front gouvernance générale de l\u2019État et combat national.À la lumière de 18 années de pouvoir du Parti québécois, le questionnement est tout à fait légitime.Depuis quelques mois, Jacques Parizeau a fait plusieurs appels en faveur d\u2019une réflexion sur les actions qu\u2019un futur gouvernement souverainiste devrait immédiatement mettre en œuvre après la prise du pouvoir.L\u2019ancien premier ministre ne fait pas référence à une future plate-forme électorale du PQ, ni aux lignes d\u2019action déjà proposées dans le projet de gouvernance souverainiste, ceci relevant d\u2019abord d\u2019une discussion démocratique au sein du parti.L\u2019outil qu\u2019un prochain gouvernement souverainiste devrait abso- 34 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 lument avoir en poche avant même qu\u2019il n\u2019entre dans les bureaux de la Grande Allée, c\u2019est un plan déjà bien structuré de reconstruction de l\u2019identité québécoise.Appartenant à la mission générale de l\u2019État, un tel plan exige des analyses et des effectifs spécialisés, une lecture attentive des comportements des différents publics, des approches spécifiques d\u2019intervention.Il s\u2019agit là d\u2019un mandat que le gouvernement fédéral satisfait depuis longtemps et qu\u2019il remet à jour constamment.Pour y satisfaire, un prochain gouvernement souverainiste ne pourra compter sur les effectifs réguliers de l\u2019administration publique.Le gisement d\u2019experts gouvernementaux ou de ressources induites du « sens politique » nécessaire pour concevoir et mettre de l\u2019avant de telles opérations politiques est maintenant tari.De surcroît, depuis 2003, le régime Charest a placé l\u2019ensemble de la machine administrative sous contrôle libéral-fédéraliste (les nominations politiques seraient maintenant descendues au niveau des chefs de directions).D\u2019abord refuser l\u2019approche homéopathique au profit d\u2019une « médecine de cheval » Il faudra agir tôt et avec vigueur, ce qui n\u2019est manifestement pas dans les habitudes.En 18 années de gouvernance souverainiste, on a été incapable de trouver la façon appropriée de doter le Québec d\u2019un hymne national et de mettre en œuvre une politique protocolaire et diplomatique le distinguant véritablement d\u2019une grosse municipalité.Le niveau de déconstruction du sentiment national est tel que l'on doit envisager le scénario de la médecine de cheval.En politique, les moments de grâce pour ce type d\u2019opérations se situent uniquement en début de mandat.Pour les douze premiers mois de « gouvernance souverainiste », le « wait and see » et l\u2019espérance des « conditions gagnantes » sont à éviter. 35 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 Développer un mode d\u2019intervention, un partage inédit des responsabilités pour la promotion de la souveraineté Démonstration a été amplement faite au sujet de la complexité de la gouvernance souverainiste.D\u2019emblée happé par le quotidien des salles d\u2019urgence, des écoles insalubres ou des viaducs écrasés, un gouvernement souverainiste est constamment mis devant la fatalité de pelleter en avant tout l\u2019espace qu\u2019il entend consacrer à la réalisation de son objectif premier.Ce phénomène ne relève pas d\u2019une absence de conviction, il est inhérent à notre régime politique.En vertu du partage des responsabilités qui est celui du régime canadien, le Québec n\u2019est en effet pas véritablement en mode de gouvernance nationale, mais en mode de gestion municipale élargie.Dans la gouverne courante des affaires québécoises, ce sont en effet les services de proximité qui occupent l\u2019essentiel de l\u2019espace politique et plus des deux tiers du budget.Il faut sérieusement préparer (dans son sens étymologique du terme prae-parare, mettre de l\u2019avant par un travail préalable) les 100 premiers jours d\u2019un éventuel retour au pouvoir des souverainistes.Il faut commencer à réfléchir à l\u2019idée d\u2019une équipe porteuse apte à l\u2019action immédiate pour la diffusion du message politique dans les milieux locaux et régionaux.Le contenu des messages doit lui aussi être préparé.Tenant directement son mandat du chef du gouvernement québécois et placée sous sa gouverne immédiate, une telle équipe porteuse pourrait être composée d\u2019élus des deux parlements auxquels pourraient aussi s\u2019adjoindre des personnalités issues du monde du travail, des affaires, de la culture et de l\u2019environnement.Tout ce beau monde serait appuyé par un secrétariat administratif et politique pour tout ce qui regarde les fonctions de logistique, de recherche et de communication (documents et autres outils de sensibilisation). 36 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 Préparer la mise sur pied d\u2019une unité opérationnelle de coordination politique au sein de l\u2019exécutif gouvernemental Les gouvernements souverainistes ont longtemps considéré l\u2019appartenance nationale comme un sentiment naturel et suffisamment acquis pour qu\u2019on n\u2019ait pas besoin de s\u2019en occuper de façon stratégique.On a toujours curieusement refusé d\u2019instituer à la tête de l\u2019exécutif gouvernemental, à l\u2019instar du fédéral, un « war room », une unité spéciale suffisamment outillée en ressources et crédits pour exercer efficacement de tels mandats politiques et identitaires.Cette carence explique en partie, en dehors des deux périodes référendaires, le caractère hautement anémique des offensives politiques et à caractère identitaire sous gouverne souverainiste.Pour être porteuse d\u2019une capacité d\u2019intervention rapide et efficace, une telle unité doit être placée sous l\u2019autorité immédiate d\u2019un comité ministériel permanent présidé par le premier ministre et dirigée par un secrétaire général associé.Cette unité doit pouvoir agir pour le compte de l\u2019ensemble des ministères, agences et sociétés d\u2019État, lesquels ont tous un rôle à jouer au chapitre.Préparer dès maintenant l\u2019ébauche d\u2019un plan stratégique de reconstruction identitaire Pour donner véritablement ses fruits dans un délai acceptable, un tel plan d\u2019action devra contenir un nombre substantiel de pistes d\u2019action, de propositions, toutes construites en fonction d\u2019une logique d\u2019application simple et devant rejoindre de larges éventails de clientèles.Les champs suivants devraient prioritairement être retenus.En premier lieu, la revalorisation de la mémoire collective, ciment de l\u2019appartenance des individus à la nation.L\u2019identité 37 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 nationale du Québec est un produit historique, une réalité construite sur un héritage et des racines de plus de 400 ans, sur la possession d\u2019un legs de souvenirs qui doivent absolument pouvoir être partagés avec toutes les communautés humaines qui veulent s\u2019y associer.Cette mémoire ne valorise donc pas uniquement le passé, elle trouve sa pertinence dans le temps présent et dans le souci de rallier l\u2019ensemble des citoyens autour de valeurs communes et d\u2019un projet de société.En second lieu, un réalignement de la politique culturelle.Si Patrimoine Canada a été l\u2019intervenant clé de la stratégie identitaire canadienne, c\u2019est que de l\u2019autre côté de l\u2019Ou-taouais, on a compris que la culture définit et l\u2019identité et la politique.Un examen rigoureux devra être fait des mesures de soutien au développement de la culture québécoise (une réalité que l\u2019équipe Charest confond largement avec l\u2019entertainment touristique).La politique se rapportant à l\u2019identité institutionnelle devra également être révisée et considérablement renforcée.La promotion de l\u2019identité nationale et des institutions fondatrices est une mission légitime pour tout État.Une mission qui ne pose aucun problème de conscience partout sur la planète, sauf chez les fédéralistes québécois et chez nos intellectuels « post-modernes ».L\u2019État est un groupement d\u2019individus qui habitent un territoire déterminé sur lequel s\u2019exerce une autorité politique.Rien de vraiment exceptionnel à ce qu\u2019en matière de perception identitaire, d\u2019adhésion et de cohésion, les symboles nationaux jouent un rôle de première importance.L\u2019identité territoriale devra également faire partie du chantier.Tout comme l\u2019histoire, à laquelle on se réfère plus généralement, le territoire, la géographie, l\u2019espace, interviennent 38 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 eux aussi et à leur manière dans le processus culturel de construction de l\u2019identité.On sait que l\u2019appartenance au territoire national n\u2019a jamais caractérisé le long passé canadien-français, la religion et la langue constituant le territoire virtuel de la nation.Cette façon de voir est demeurée partiellement incrustée dans l\u2019imaginaire québécois d\u2019aujourd\u2019hui.Lors de la création du Nunavut en 1999, des îles traditionnellement revendiquées par Québec y ont été transférées dans la plus grande indifférence, le gouvernement du Québec n\u2019ayant pas même émis une requête à Ottawa à ce sujet.Conclusion Si le « souverainisme » québécois semble aujourd\u2019hui se retrouver dans une situation d\u2019impasse apparente, ce n\u2019est pas en raison d\u2019une quelconque faille dans la logique qui le construit depuis quarante ans.Ce n\u2019est pas non plus en raison des enduits sociaux ou culturels qui s\u2019y sont naturellement ajoutés au cours de cette période et qui auraient, selon certains, contribué à le « déconstruire de l\u2019intérieur ».Ni une société et ni les partis politiques qui la représentent ne peuvent se mettre en marge des combats d\u2019idées pendant de longues périodes sans courir le risque d\u2019un affaiblissement de la vie démocratique.Si le mouvement souverainiste donne certains signes de déstabilisation, c\u2019est plus simplement en raison du fait qu\u2019il a été envoyé dans les câbles par un mouvement beaucoup plus puissant que lui.Un mouvement qui n\u2019a pas à mener périodiquement une lutte épique pour conquérir le pouvoir politique, il le détient de façon permanente.Un mouvement qui n\u2019a pas hésité à recourir aux meilleures techniques de la guerre psychologique pour parvenir à ses fins.Un mouvement appuyé par une machine d\u2019État et des réseaux d\u2019affaires qui n\u2019ont rien laissé au hasard.Un mouvement qui bénéficie de moyens 39 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 financiers et médiatiques hors proportion si on les compare à ceux du clan souverainiste Dans la reprise de l\u2019offensive, les leaders souverainistes devront apprendre davantage des méthodes de l\u2019adversaire, lever enfin les interdits qu\u2019ils se sont eux-mêmes imposés par le passé.Il lui faudra aussi se saisir des nouvelles réalités, car l\u2019évolution actuelle du monde est en effet de plus en plus annonciatrice de promesses et de réussites pour les petites nations.Dans un tel contexte, le Québec dispose d\u2019atouts que l\u2019adversaire fédéral ne possède pas naturellement.En raison des services directs qu\u2019il procure à sa population, il a la capacité de tisser des liens citoyens beaucoup nombreux et plus intenses.Il incarne une identité nationale qui n\u2019a pas été fabriquée sur des bases purement artificielles, mais historiques.Enfin, il nous faut considérer que l\u2019affiliation à l\u2019identité québécoise comme référence nationale est un phénomène encore relativement récent.Quarante ans à peine.En dépit de la formidable offensive fédérale des quinze dernières années, ce mouvement de construction et de consolidation d\u2019identité est demeuré, somme toute, relativement solide.En ce début d\u2019année 2011, l\u2019affiliation est à 60 % dans l\u2019ensemble de la population (67 % chez les francophones).C\u2019est encore trop faible, mais tout permet de croire que des gains substantiels peuvent être réalisés à terme.si on s\u2019y met vraiment.? 40 ARTICLES Julie Lemieux* Des détails inquiétants DÉCHETS RADIOACTIFS ONTARIENS SUR LE SAINT-LAURENT Le 4 février dernier, la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a accordé un permis à la compagnie ontarienne Bruce Power pour transporter par bateau 16 générateurs de vapeur radioactifs vers la Suède.La CCSN permet ainsi que des composantes usées de centrales nucléaires, des déchets radioactifs, voyagent sur les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent, la principale source d\u2019eau potable de millions de personnes.Estomaquée par cette décision, j\u2019ai lu la transcription des audiences publiques tenues à Ottawa les 28 et 29 septembre 2010.J\u2019y ai déniché plusieurs faits préoccupants.Pourquoi un tel transport ?La compagnie suédoise Studsvik disposerait des équipements nécessaires pour recycler des métaux radioactifs.Bruce Power désire donc y envoyer ses vieux générateurs de vapeur afin de réduire le volume de ses déchets radioactifs à traiter au Canada.C\u2019est du moins ce qu\u2019a affirmé M.Duncan Hawthorne, PDG de Bruce Power, aux audiences de septembre.M.Hawthorne a affirmé que plus * Auteure de Avez-vous peur du nucléaire ?Vous devriez peut-être.(MultiMondes, 2009) 41 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 de 90 % du métal de ceux-ci pourrait être recyclé, ce qui constitue à ses yeux un bienfait pour l\u2019environnement.Oublions ce présumé « bienfait » et attardons-nous plutôt à ce chiffre qui est erroné.Selon M.Bo Wirendal, de la compagnie Studsvik, environ 25 tonnes de métal par générateur de 100 tonnes seront retournées au Canada, soit 25 %.La différence est importante.Les 400 tonnes de métal les plus contaminées (800 000 livres) repasseront sur nos routes, en direction de l\u2019Ontario.Plusieurs camions devront donc parcourir des centaines de kilomètres, ce qui multiplie les risques d\u2019accident.M.Wirendal a donné des précisions techniques concernant ce recyclage très particulier.Le démantèlement des générateurs radioactifs nécessitera 3 ans.Les milliers de tubes qu\u2019ils contiennent seront mis de côté et retournés au Canada, avec les résidus de sciage et de sablage des coques d\u2019acier, les poussières radioactives des systèmes de ventilation et les parties métalliques fondues trop radioactives.La toxicité de ces objets est donc loin d\u2019être insignifiante.Quand on renvoie même les poussières du système de ventilation, ça en dit long.La CCSN a minimisé le danger de ce transport de générateurs de vapeur sur le fleuve en mentionnant que leur enveloppe en acier de 2 pouces d\u2019épaisseur était pratiquement impossible à briser.Mais elle autorise le retour des matières résiduelles les plus radioactives dans un état beaucoup plus problématique.Or, un expert en transport de la CCSN a précisé que le tout sera emmagasiné dans des contenants qui ne requièrent aucune autorisation spéciale, les low risk packages, un avis étonnant quand on sait qu\u2019ils contiendront notamment des poussières de plutonium. 42 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 Un changement de cap en matière de déchets Le PDG de Bruce Power a beaucoup insisté sur la petite quantité de produits radioactifs dans cette affaire, seulement 4 grammes par générateur de vapeur de 100 tonnes.Il n\u2019a cependant rien dit de la toxicité des isotopes radioactifs en cause, du plutonium-239 en majorité.Il faut connaître le sujet pour comprendre que dans ce domaine, d\u2019infimes quantités de contaminants radioactifs peuvent produire des dommages immenses (voir « Quelle protection au juste ?», Le Devoir, 8 février 2011).Il est pratiquement impossible d\u2019assainir ce qui a été contaminé par des isotopes radioactifs à vie longue.Ce n\u2019est pas pour rien que d\u2019aussi grandes quantités de métal contaminé seront retournées au Canada.Même le métal « recyclable » conservé par Studsvik demeurera légèrement radioactif après mélange avec des métaux non contaminés.Et aucun étiquetage n\u2019est prévu.M.Miles Goldstick, du Swedish Environmental Movement's Nuclear Waste Secretariat, a trouvé étrange que seule la compagnie Studsvik soit présente à ces audiences de la CCSN pour parler de ce qui se passe en Suède.Il a expliqué que cette compagnie n\u2019était pas aussi high tech que ce qu\u2019on nous laisse entendre et qu\u2019elle n\u2019avait toujours pas de permis dans son propre pays pour recycler des composantes usées de centrales nucléaires.Le permis détenu par Studsvik se limite au droit de les importer.M.Goldstick a aussi mentionné que ce recyclage soulevait d\u2019importantes questions en matière de gestion future des déchets nucléaires à l\u2019échelle mondiale.Mais M.Michael Binder, le président de la CCSN, l\u2019a ramené à l\u2019ordre en précisant clairement que cet aspect de la question outrepassait le mandat de ces audiences publiques.Incroyable. 43 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 Évitons de mélanger les pommes et les carottes La décision de la CCSN dans ce dossier a provoqué une véritable levée de boucliers.Celle-ci a riposté avec divers arguments techniques que la plupart des gens ne comprennent pas, ce qui est à mon avis très choquant.Cela crée beaucoup de confusion.Lorsque la CCSN insiste sur le fait que les générateurs de vapeur ne sont tout de même pas des réacteurs nucléaires contenant des combustibles usés, elle fait preuve d\u2019un manque de précision inquiétant.Je suis convaincue que la plupart des opposants bien informés font la différence.Quand on parle de combustibles usés, les pires déchets nucléaires, on parle des barres d\u2019uranium qui ont séjourné dans le cœur du réacteur.Une fois utilisées, ces barres d\u2019uranium émettent beaucoup de rayons gamma, des rayons très pénétrants comme les rayons X.Elles sont tellement radioactives qu\u2019on les manipule à distance, derrière des écrans protecteurs.On doit même les entreposer dans des piscines durant quelques années, le temps qu\u2019elles refroidissent un peu.Cette distinction n\u2019empêche cependant pas les générateurs de vapeur d\u2019être dangereux.Ces derniers contiennent des produits radioactifs provenant du coeur des réacteurs, des isotopes charriés par l\u2019eau lourde et qui s\u2019y sont déposés.Le plutonium, un produit hautement radioactif, y prédomine nettement.Or, celui-ci est toxique même en faible quantité.Si on inhale du plutonium, ses rayons alpha endommagent l\u2019ADN des cellules et constituent un agent cancérigène très efficace.Dans le domaine nucléaire, on mesure la radioactivité en becquerels, chaque becquerel correspondant à la désintégration d\u2019un atome radioactif par seconde.Par analogie, un becquerel 44 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 ressemble à un coup de pistolet microscopique par seconde.Si on respire, on boit ou on mange des isotopes radioactifs, ceux-ci peuvent se loger dans nos cellules et y poursuivre leur désintégration radioactive, créant des dommages.Pour évaluer les dommages biologiques de la radioactivité, on effectue un calcul plus compliqué qui prend aussi en considération le type de rayonnement (alpha, bêta ou gamma) et la sensibilité des tissus ou des organes exposés.Le résultat de ce calcul s\u2019exprime avec une unité de mesure appelée millisievert.Selon la CCSN, si on se trouve à 1 mètre de distance des générateurs de vapeur, on « encaisse » 0,08 millisievert par heure.Concrètement, cela signifie qu\u2019en 12 heures à cet endroit, on atteint le maximum d\u2019exposition à la radioactivité artificielle permis pour une année.Ce n\u2019est donc pas négligeable.De plus, la CCSN n\u2019a pas précisé que les 2 pouces d\u2019épaisseur de la coque d\u2019acier des générateurs de vapeur bloquent complètement les rayons alpha et bêta, en plus de stopper environ la moitié des rayons gamma.Autrement dit, la radioactivité mesurée à l\u2019extérieur des générateurs de vapeur est incomplète, car elle ne représente qu\u2019une infime partie de celle qu\u2019ils contiennent réellement.La comparaison avec les isotopes médicaux La comparaison avec les isotopes médicaux pose également problème.On accepte les isotopes médicaux, car ils sont essentiels pour diagnostiquer certaines maladies et soigner des gens.Il en va tout autrement du transport de déchets radioactifs, qui ne comporte que des risques.En outre, la radioactivité de la plupart des isotopes médicaux dure quelques jours tout au plus, alors que celle du plutonium dure des milliers d\u2019années. 45 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 Pour donner une idée de cet aspect important, la ville de Prypiat a été contaminée au plutonium lors de l\u2019accident de Tchernobyl de 1986.Plusieurs de ses habitants sont décédés dans les mois qui ont suivi et on estime aujourd\u2019hui que Prypiat est inhabitable pour des centaines d\u2019années.À la suite des retombées radioactives, dans plusieurs régions très éloignées de Tchernobyl, certains aliments restent impropres à la consommation 25 ans plus tard (sangliers en Allemagne, moutons au Royaume-Uni).Les polluants radioactifs à vie longue sont toujours présents dans l\u2019environnement et ils se retrouvent en partie dans leur corps.Une opposition bien informée Beaucoup de gens ont vivement réagi au projet de Bruce Power.Ils se sont manifestés dès juillet, quand la CCSN l\u2019a rendu public.Les opposants provenaient des États-Unis, du Canada, du Québec et de Suède.On compte parmi eux des médecins, des regroupements écologistes, des groupes de femmes, des experts dans le domaine nucléaire ou dans le domaine des déchets et de simples citoyens.Certains d\u2019entre eux étaient étonnamment bien informés.Plus de 100 mémoires ont été déposés.Durant les audiences de septembre, des participants ont corrigé des oublis de la CCSN.On a notamment relevé des erreurs de calcul de la radioactivité contenue dans les générateurs de vapeur, la CCSN ayant oublié de considérer certains isotopes pourtant hautement radioactifs.D\u2019autres participants ont soulevé des accidents potentiels vraisemblables, auxquels les experts de la CCSN n\u2019avaient pas pensé.On a aussi mis en doute le fait que la CCSN se basait en grande partie sur des mesures effectuées par l\u2019industrie, un premier problème, et que ces mesures étaient une extrapolation mathématique d\u2019un nombre restreint d\u2019échantillons, 46 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 un second problème.Il est donc raisonnable de croire que la contamination contenue dans ces générateurs de vapeur soit plus élevée que l\u2019estimé qu\u2019on en a fait.Plusieurs participants ont demandé pourquoi on ne fait pas d\u2019évaluation environnementale rigoureuse de ce projet.Gordon Edwards, de la Canadian Coalition of Nuclear Responsibility, a présenté un document de la CCSN de 2005, dans lequel on peut lire que les déchets faiblement et moyennement radioactifs à vie longue, comme ces vieux générateurs de vapeur, ne sont pas recyclables.Ce document précisait également qu\u2019il faut les entreposer de manière sécuritaire à proximité des centrales d\u2019où ils proviennent, afin de protéger l\u2019environnement et la santé publique.Monsieur Dale Dewar, médecin, a attiré l\u2019attention sur des considérations plus globales en lien avec le projet de Bruce Power.Il a rappelé que la radioactivité artificielle dans l\u2019environnement n\u2019a pas cessé d\u2019augmenter depuis le largage de la première bombe atomique et le développement des réacteurs nucléaires.Ces nombreux produits de fission toxiques et cancérigènes n\u2019existaient pas auparavant.Or, on en échappe un peu plus à chaque étape de cette industrie complexe.Faut-il en rajouter encore davantage en procédant au recyclage de métaux radioactifs et en faisant voyager les déchets ?Vous conviendrez avec moi que poser la question c\u2019est y répondre.Ce médecin a aussi mentionné un aspect essentiel et extrêmement problématique dans ce domaine: l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) n\u2019a jamais le dernier mot en matière de santé quand il est question du nucléaire.C\u2019est écrit noir sur blanc dans les statuts de l\u2019OMS depuis 1959.L\u2019Agence internationale de l'énergie atomique jouit d\u2019un droit de veto sur tout, y compris sur ce qui peut être publié Al L'ACTION NATIONALE - mars 2011 ou non, ce qui a permis de taire plusieurs effets nocifs du nucléaire pendant des années.C\u2019est très grave quand on pense que Tchernobyl fait des victimes encore aujourd\u2019hui.J\u2019ai effectué des recherches à ce sujet et mes découvertes m\u2019ont laissée pantoise.Un dangereux précédent Le récent changement de cap de la CCSN dans le dossier des déchets nucléaires n\u2019augure rien de bon.Plusieurs réacteurs canadiens arrivent en fin de vie utile et ces 16 générateurs de vapeur correspondent à seulement 2 des 8 réacteurs de Bruce Power.Si on permet ce premier voyage, d\u2019autres suivront inévitablement.En réaction au tollé du public, la CCSN a tenu une conférence de presse à Ottawa le 11 février dernier.M.Ramzi Jammal, vice-président exécutif de la CCSN, a dit ceci : « Those generators, if they would fit into an existing approved package, I\u2019ll be very honest with you, we would not be here.The size of the generator is the issue.».Et M.André Régimbald, directeur général de la réglementation des substances nucléaires, a ajouté : « La Commission canadienne de sûreté nucléaire a déjà publié sa décision concernant le permis.Maintenant, il n\u2019y a aucune exigence qui oblige Bruce Power à annoncer le chargement et la Commission canadienne de sûreté nucléaire n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019aviser publiquement.» Le message est clair.Il n\u2019y aura pas de transparence dans ce dossier.On vient d'apprendre en plus que l'entrepôt à long terme de tous les déchets nucléaires canadiens risque d\u2019être installé au Nouveau-Brunswick, qui ne compte qu'une seule centrale nucléaire tout comme le Québec.Et le tout passera où ?Chez nous, sur le Saint-Laurent.Un refus catégorique s\u2019impose.Il ne faut pas accepter ce précédent.? 48 ARTICLES Gérald Paquin* LA VITALITÉ DE LA LANGUE FRANÇAISE SUR L\u2019ÎLE DE MONTRÉAL Au-delà du stéréotype de la polarité linguistique à Montréal, c\u2019est-à-dire que les anglophones prédominent à l\u2019ouest de l\u2019île et les francophones à l\u2019est, il existe une réalité bien différente.Sur l\u2019île de Montréal, la vitalité de la langue anglaise prédomine partout, à l\u2019est comme à l\u2019ouest, sur la vitalité de la langue française.La vitalité d\u2019une langue peut se mesurer par ce qu\u2019on appelle l\u2019indice de vitalité linguistique, aussi appelé indice de « continuité » linguistique.Celui-ci permet d\u2019évaluer globalement le niveau de la persistance ou de l\u2019attraction d\u2019une langue.L\u2019indice se calcule en divisant, pour chaque langue, le nombre de ses locuteurs selon la langue d\u2019usage (le plus souvent utilisé à la maison) par celui de ses locuteurs selon la langue maternelle.Un quotient supérieur, égal ou inférieur à i signale respectivement un gain, un maintien ou un déclin de locuteurs.L\u2019indice de vitalité linguistique (IVL) sur l\u2019île de Montréal Dans le rapport Castonguay de 2005 diffusé par l\u2019OLFQ et dédié aux IVL du Québec1, les indices de vitalité linguistique * M.Sc., chercheur indépendant : geraldpaquin@videotron.ca 1 Les indicateurs généraux de vitalité des langues au Québec comparabilité et tendances 1971-2001, C.Castonguay, « Suivi de la situation linguistique », Etude 1, OLFQ, mai 2005. 49 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 sont calculés pour la région métropolitaine de recensement de Montréal (RMRM)2.Les IVL qui y sont rapportés sont légèrement inférieurs à ceux de l\u2019île comme à ceux des différents arrondissements de la ville de Montréal.Ce n\u2019est qu\u2019avec le rapport Termote de 20083 * que les IVL sont calculés distinctement pour l\u2019île de Montréal tels que rapportés dans le tableau suivant.Par exemple, en 2001, l\u2019IVL pour l\u2019anglais est de 1,36 dans la RMRM, mais de 1,41 sur l\u2019île de Montréal.Comme l\u2019indiquent les valeurs des IVL de 1971 à 2001, en trente ans, l\u2019IVL de la langue anglaise a connu une croissance plus rapide que l\u2019IVL de la langue française.Ce dernier ne s\u2019est maintenu sur l\u2019île de Montréal que légèrement au dessus de 1.\t\tIndice de vitalité linguistique\t\t \t\tFrançais\tAnglais\tAutres Île de Montréal\t1971\t1,00\ti,i9\t0,76 \t1981\t1,01\t1,23\t0,75 \tv,0 00\t1,01\t1,26\t0,76 \t1991\t1,03\t1,34\tr-* 0 0\u201d \t1996\t1,04\t1,35\t0,68 \t2001\t1,06\t1,41\t\u2022'3- 0 0\u201d RMR Montréal\t1971\t1,00\t1,15\t0,74 \t1981\t1,00\t1,19\t0,73 \tv,0 00\t1,00\t1,22\t0,74 \t1991\t1,02\t1,30\t0,65 \t1996\t1,03\t1,32\t0,65 \t2001\t1,04\t1,36\t0,63 2\tRégion qui s\u2019étend de Lavaltrie à Saint-Lazare et de Richelieu à Saint-Jérôme.3\tNouvelles perspectives démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal 2001-2051, M.Termote et N.Thibault, OLFQ, mars 2008. 50 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 L\u2019indice de vitalité linguistique pour chaque arrondissement de la ville de Montréal Dans les deux tableaux accompagnant la carte de l\u2019île de Montréal (pages suivantes), sont calculés les IVL des langues française et anglaise basés sur les réponses uniques et multiples4 du recensement de 2006 pour chaque arrondissement de la ville de Montréal et des autres municipalités de l\u2019île.Nous obtenons que l\u2019IVL de la langue anglaise sur l\u2019île de Montréal (1,430) continue de croître et prédomine toujours largement sur l\u2019IVL du français (1,089).Notons que l\u2019IVL de l\u2019anglais est encore plus élevé dans la ville de Montréal (1,489).Plus précisément, pour la ville de Montréal en 2006, un IVL du français de 1,099 signifie que par rapport aux 847 632 personnes dont le français est la langue maternelle, on en a recensé 931 803 qui faisaient usage du français à la maison, soit un gain de 9,9 % pour les francophones.En contrepartie, un IVL pour la langue anglaise de 1,489 signifie que par rapport aux 210 032 personnes dont l\u2019anglais est la langue maternelle, on en a recensé 312 805 qui en faisaient usage à la maison, donc un gain de 48,9 %, soit environ 5 fois plus que le pourcentage de gain des francophones.La dernière colonne des deux tableaux montre que l\u2019écart absolu entre l\u2019indice de vitalité de l\u2019anglais et celui du français varie de 0,1 % à 131,3 % sur l\u2019île de Montréal.Pour la ville de Montréal, par exemple, l\u2019écart absolu signifie que le pourcentage de gain des anglophones est de 39 % plus élevé que le pourcentage de gain des francophones5.4\tLes réponses multiples sont réparties en fonction des réponses mentionnées par les répondants.5\tDans la ville de Montréal, tandis que le nombre de ceux qui font usage du français à la maison a augmenté de 9,9 %, la population qui fait usage à la maison de l\u2019anglais a augmenté de 48,9 %, ce qui donne 48,9 % - 9.9 % = 39 % ou en termes des IVL : (1,489 - 1,099) x 100 = 39.En fonction du nombre de locuteurs, 102 773 choisissent de faire usage à la maison de l\u2019anglais contre 84 171 qui optent pour le français. Écarts en % entre l'IVL de l'anglais et l'IVL du français sur l'île de Montréal en 2006 LJl lit IIMM- |**iHTIOCHtVieVt| |ftivl*re:deyt;rjnif y \u2019____________________ [Anjoul I j ÿ.|Pj/c;e«t«»7>ïoo inüicTCarVervinèl i»iNK»«»nn [HÔçnrùgS^ |M*iêônV>euvc] [t* renie-renne | Momeom | IrukriMi |l*cwiw«| f i*ite \u2018 2010 Gérald Paqi iuin.tous droits réserves ma?aatnasB CL.-J llo3 sjblu - 31VNOI1VN NOI10V/1 Écarts absolus (en %) entre les indices de vitalité linguistique du français et de l'anglais dans la ville de Montréal en 2006 \tPopulation totale\tRéponses uniques et multiples\t\t\t\t\t\t\t \t\tPopulation Langue maternelle\t\tPopulation Langue usage\t\tIVLF\tIVLA\tEcart absolu *\t \t\tFrançais\tAnglais\tFrançais\tAnglais\t\t\tIVLA - IVLF *\t ACCLOM ÉRATION DE MONTRÉAL\t1 854 442\t905267\t319 079\t985524\t456 274\t1.089\tM3°\t34,1%\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t Ville de Montréal\t1 620 69)\t847612\t210 032\t931803\t312805\t1,099\t'¦489\t39.0*\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t Saint-Léonard\t71 73®\t24 188\t8733\t30 468 1\t17 318\t\t1,260\t2.572\t131.3%\t¦ Ri vière-des - Pra i ries - P AT\t\t67 337,\t6429\t\tZ3 *5»\t15 261\t\u2019.097\t2.374\t127,7%\t Ahuntsic-Cartierville\t126 607\t66 138\t6778\t758,3\t13 586\t1.146\t2.005\t85.8%\t Montréal-Nord\t81911\t47 5°3\t380s\t56155\t7 008\t1,182\t1,842\t66,0%\t Villcray-Saint-Michel Parc-Extension\t14a 825\t60931\t7758\t73 4»o\t14263\t1,205\t1.838\t63,4\"\t L ite Bizard-Sainte Geneviève\t*7 S9°\t10 403\t3 433\t10 327\t5244\t0.993\t1.527\t53.5%\t Anjou\t40891\t28 117\t2 064\t31076\t3348\t1,105\t1,622\t51.7%\t Saint-Laurent\t84 833\t25562\t14 182\t29 757\t23 082\t1,164\t1.628\t46.3%\t Ville-Marie\t78 876\t38 536\t12 981\t41 074\t\u20199 297\t1,065\t1.487\t42,1%\t Outremont\t22 S97\tHW\t2616\t15232\t3827\t1,056\tM63\t40.7%\t Rosemont-La Petite-Patrie\t133 618\t99 MO\t5 223\t107006\t7561\t\u2019.079\t1.448\t36.8%\t Mcrcicr-Hochelaga-Maison.\t129 no\t100233\t4 34\u2019\t106753\t6193\t1,065\tW7\t36,2%\t Pierrcfonds-Roxboro\t63 041\t21 420\t21 810\t22 140\t30 300\t*i°34\t'.389\t35.6%\t LaSalle\t7476?\t30 393\t20 333\t31617\t27 527\t'.033\t\u2019.354\t32,0%\tH Le Plateau-Mont-Royal\t101 054\t63197\t»3»44\t67 476\t17651\t1,068\t1.343\t27.5%\t Lachine\t41 39»\t24 772\t9167\t25 275\t11 510\t1,020\t1.256\t23,5%\t Côte-des \u2022 N eiges \u2022 N DG\t164 246\t43 49»\t45 886\t49508\t61353\t1.138\t\u2019.337\t19.9%\t=¦ Le Sud-Ouest\t69860\t40396\t12 176\t42 353\t15158\t1.048\t1-245\t19.6%\t Verdun\t66 078\t4» 235\t22.2ZÏ.\t\t42 5»3\tIÜH.\t1,031\t1,192\t16,1%\t 1 Écart absolu des indices de vitalité linguistique (IVL) en % - (IVLA - 1VLF) x 100.J IVLF: indice de vitalité du français, IVLA : indice de vitalité de l'anglais.Source:\tAnnuaire statistique de l'agglomération de Montréal.Recensement de 2006.Compilation (réponses uniques et multiples) et calculs de l'auteur.O 2010 Gérald Paquin, tous droits réservés uoz sjblu - 31VNOI1VN NOI1DV/1 Écarts absolus (en %) entre les indices de vitalité linguistique du français et de l\u2019anglais pour les autres villes sur l\u2019Ile de Montréal en 2006 \tPopulation totale\tRéponses uniques et multiples\t\t\t\t\t\t\t \t\tPopulation Langue maternelle\t\tPopulation Langue usage\t\tIVLF\tIVLA\tÉcart absolu 1 2\t \t\tFrançais\tAnglais\tFrançais\tAnglais\t\t\tIVLA - IVLF 1\t Autres villes\t233 749\t57635\t109 048\t53 722\t143469\t0,932\t1,316\t38.4%\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t1 Kirkland\t20 491\t5 055\t9428\t4 273\t13818\t0.845\t1,466\t62,0%\t Côte-Saint-Luc\t3i 395\t4 959\t13807\t4 370\t19 580\t0,881\tMi*\t53.7%\t Baie-d Urfé\t3902\t843\t2423\t643\t2 961\t0,764\t1,222\t45.9%\t Ste-Anne-de-Bellevue\t5^97\t2 120\t1 900\t1 878\t2 518\t0,886\t1.325\t43.9%\t Dollard-Des Ormeaux\t48930\t8592\t22 347\t7 991\t30 251\t0,930\t1.354\t42.4%\tB Mont-Royal\t18933\t8382\t4287\t9^93\t6 426\t1.097\t1.499\t40,1%\t Hampstead\t6 996\t1 041\t4318\t908\t5 455\t0,872\t1,263\t39.1%\t Beaconsfield\t19194\t5292\t10332\t4683\t13 106\t0,885\t1.269\t38,3%\t= Pointe-Claire\t30161\t6978\t16785\t6 082\t20 407\t0,872\t1,216\t34.4%\t Westmount\t20 494\t4 432\t10 982\t4085\t>3765\t0,922\t1.253\t33,2%\t Montréal-Ouest\ts 184\t788\t3463\t683\t4098\t0,869\t1,183\t31,4%\tH Dorval\t18 088\t5568\t8283\t5261\t10326\t0.945\t1.246\t30,1%\t Senneville\t962\t345\t525\t343\t598\t0.993\t1,138\t14,5%\t Montréal-Est\t3822\t3 243\t168\t3338\t173\t1,029\t1.030\t0,1%\t1 1\tHeart absolu des indiecs de vitalité linguistique (IVL) en % \u2014 (IVLA - IVLF) x 1 (H).2\tIVLF: indiee de vitalité du français, IVLA : indiee de vitalité de l'anglais.Source:\tAnnuaire statistique de l'agglomération de Montréal.Recensement de 2006.Compilation (réponses uniques et multiples) et calculs de l'auteur.O 2010 Gérald Paquin, tous droits réservés uoz sjblu - 31VNOI1VN NOI1DV/1 54 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 Ce sont ces écarts qui servent à comparer les vitalités linguistiques de l'anglais et du français dans les arrondissements et les municipalités de l\u2019île de Montréal.On voit nettement en teintes de gris la prédominance de la vitalité de la langue anglaise sur celle de la langue française (écarts positifs).La prédominance de la vitalité du français sur l\u2019anglais est partout absente sur l\u2019île de Montréal.Nous constatons sur cette carte que les six arrondissements du nord-est de l\u2019île, pourtant reconnus pour avoir une majorité de francophones (autour de 54 %), sont dominés par des IVL très prononcés en faveur de la langue anglaise.Pour le cas particulier de Saint-Léonard, qui compte le plus haut pourcentage d\u2019allophones (56,7 %), bien que le français ait le plus important indice de vitalité (1,260), c\u2019est aussi là où l\u2019IVL de l\u2019anglais est le plus élevé (2,572), soit plus du double, correspondant aussi au plus grand écart (131,3 %).Notons qu\u2019à l\u2019île Bizard-Saint-Geneviève, le français est en déclin avec un indice égal à 0,993.Par ailleurs, là où les francophones sont fortement minoritaires sur l\u2019île de Montréal, comme dans la grande majorité des villes autres que Montréal, la vitalité du français est aussi en déclin avec des indices qui se tiennent très nettement sous la barre de l\u2019unité, diminuant jusqu\u2019à 0,764 à Baie-d\u2019Urfé.Précisément, dans toutes les municipalités de l\u2019île, autres que Montréal, Montréal-Est et Mont-Royal, la vitalité de la langue française est partout en décroissance.Rapport des pourcentages de gain Comme l\u2019IVL donne une mesure de la vitalité d\u2019une langue en termes de pourcentage de gain de locuteurs d\u2019un même groupe linguistique, nous avons aussi mesuré le rapport des pourcentages de gain d\u2019un groupe linguistique par rapport à 55 L'ACTION NATIONALE - mars 2011 l\u2019autre.Pour la ville de Montréal, selon les réponses uniques et multiples du recensement de 2006, les rapports des pourcentages de gain entre anglophones et francophones se trouvent indiqués dans le tableau suivant6.\tGain % franco\tGain % anglo\tRapport % gains \t\t\tD Ville de Montréal\t9,9%\t48,9%\t4,9 Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles\t9,7%\t137,4%\t14,2 Lachine\t2,0%\t25,6%\t12,6 Pierrefonds-Roxboro\t3,4%\t38,9%\t11,6 LaSalle\t3,3%\t354%\t10,6 Outremont\t5,6%\t46,3%\t8,3 Ville-Marie\t6,5%\t48,7%\t7,4 Ahuntsic-Cartierville\t14,6%\t100,5%\t6,9 Mercier-Hochelaga-Maisonneuve\t6,5%\t42,7%\t6,6 Verdun\t3,1%\t19,2%\t6,2 Saint-Léonard\t26,0%\t157,2%\t6,1 Anjou\t10,5%\t62,2%\t5,9 Rosemont-La Petite-Patrie\t7,9%\t44,8%\t5,
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.