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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2013-01, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019Action NATIONAL^ volume CIII numéro 1 JANVIER 2013 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L'ACTION NATIONALE volume CM! numéro 1 - Janvier 2013 Janvier 2 0 13 vol.CIII no 1 L\u2019Action NATIONALE André Larocque La démocratie au Québec : les partis contre les citoyens Élections en Catalogne Une porte ouverte sur l'indépendance ?Hymne national du Québec Comment chanter un pays qu'on ne reconnaît plus ? En couverture Luc Archambault La montagne épormyable a bougé Diptyque | Huile et acrylique sur toile | 91.5 x 107 cm | 36 x 42 po (UPE.207.029.HA/CA.FA.00/02) le cercle | Québec pas une expo ect n I Pol Pelletier \"Âne apparition s* prépare., du Ci dec.îfllî au 29 janv.2013 wwwJuû-arohcimbaiJüqc.Cci 2261/j St-Joseph I Québec jusqu'au 29 janvier 2013 Après 10 ans d'absence sur les cimaises québécoises, le peintre Luc Archambault présente au Cercle du 6 décembre 2012 au 29 janvier 2013 quelques oeuvres peintes parmi les ± 155 créées entre 2002 et 2012, après la fermeture de sa Galerie d'un jour des Façades de la gare.Ces oeuvres choisies par la conservatrice invitée Pol Pelletier, acteure, auteure et metteure en scène, font partie d'une i|xpo (exposition virtuelle) présentée dans Internet sur plateforme WIX et google-picassa intitulée ceci n\u2019est pas une expo | portail d\u2019accès Internet.Ces i|xpos des conservateur,trices invité,es créent une occasion de faire se rencontrer des sensibilités, des préoccupations et des langages aux grammaires différentes.Une occasion de créer une oeuvre commune, à distance, grâce aux possibilités offertes par les nouvelles technologies, sans renier la matérialité de l'oeuvre peinte.Ici, le théâtre, les arts et métiers d'arts visuels, Internet, la vie dans les lieux publics se rencontrent hors les murs des musées et des galeries comme a coutume de le faire Luc Archambault depuis la fondation de la Galerie d'un jour en 1979.Il est question de matérialiser au Cercle une partie de ce dispositif artistique internautique mis en ligne récemment par l'artiste et qui compte pour l'instant 14 i|xpos, dont trois montées avec la complicité notamment de Pol Pelletier, mais aussi de Robert Lepage et de l'auteur Jean-Paul Le Bourhis.Bientôt quatre, en comptant celle à venir de la chorégraphe et danseuse Jocelyne Montpetit.Une oeuvre en construction perpétuelle.www.luc-archambault.qc.ca Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise 40 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 L\u2019Action NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Patrick Sabourin, chercheur IRFA, Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQAC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval), Christian Rioux (correspondant du Devoir à Paris) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (UQAM) ; Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté. >X\\ m! Mm |\\N»\\W% Je choisis LE DEVOIR Libre de penser SOMMAiRE Éditorial Mettre fin à l\u2019impunité -\tRobert Laplante\t4 Articles Les élections en Catalogne : une porte ouverte sur l\u2019indépendance ?-Agust'i Nicolau-Coll et Èric Viladrich Castellanas\t13 La revendication « citoyenne » et la crise sociale : actualité et limite d\u2019un modèle -\tSimon Couillard\t26 Hymne national du Québec Comment chanter un pays qu\u2019on ne reconnaît plus ?-\tPierre-Paul Sénéchal\t36 Nous sommes.-\tLuc Archambault\t54 Détérioration des services d'hébergement pour les aînés : pourquoi ?-Jacques Fournier\t59 Un combat qui n\u2019est pas livré ! -\tPaul-Émile Roy\t77 Du laissez-faire au capitalisme d\u2019État (1800-1960) Regard sur une étape du développement économique du Québec -\tRichard Leclerc\t85 Pourquoi lire Lionel Groulx ?-Antoine Pageau St-Hilaire\t98 Dossier La démocratie au Québec: les partis contre les citoyens -André Larocque\t106 Lire Lire les essais Laurence Monnot La politique de sélection des immigrants au Québec\t134 Djemila Benhabib Des femmes au printemps\t142 Robert J.Berg Péril en la demeure; regards d\u2019un Américain sur la langue française146 Livres reçus 4 ÉDITORIAL Robert Laplante METTRE FIN À L\u2019IMPUNITÉ La création du Centre universitaire de santé McGill a été une désastreuse erreur.Non pas une erreur de gestion, une erreur politique.Rien ne justifiait de créer deux mégahôpitaux universitaires à Montréal.Rien ne justifiait de partager moitié-moitié les fonds publics pour soutenir les institutions d\u2019une minorité d\u2019à peine 7 % de la population.Rien sinon la logique du développement séparé, la logique de l\u2019apartheid feutré qui tient McGill et nombre d\u2019institutions anglophones à l\u2019écart de la réalité nationale.En acceptant de laisser se développer un centre que la démographie ne justifie pas, que la logique institutionnelle désaffilie des grands choix nationaux et que sa dynamique culturelle tient dans la logique du ghetto, le Québec s\u2019est enferré dans un ruineux carcan.Le courage qui a manqué pour en refuser la création va maintenant être nécessaire pour limiter les dégâts que tout le Québec doit d\u2019ores et déjà essuyer.Les tribulations du Dr Porter, les accusations de corruption et de malversation entourant les contrats de partenariat public-privé, les magouilles impliquant des promoteurs immobiliers aux réputations sulfureuses, l\u2019explosion des coûts, tout cela ne suffira pas à venir à bout du premier scandale, celui de l\u2019aplatventrisme démissionnaire qui a laissé s\u2019ériger pareil monument à la bêtise.Il faut en finir avec la rhétorique du scientisme économiciste ou celle de la gloriole métro- 5 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 politaine qui voudrait nous faire croire que la chose est un véritable joyau pour le Québec.Le CUSM est un instrument d\u2019anglicisation de Montréal, il participe de la nébuleuse des institutions surfinancées pour maintenir une dynamique anglicisante qui ne carbure qu\u2019à la démission des élites québécoises et à l\u2019hypocrisie des positions concernant l\u2019immigration.Sa vérité et sa pertinence ne tiennent qu\u2019à la résignation collective devant un fait que personne ne veut regarder en face : la minorité anglophone du Québec n\u2019a plus la démographie pour soutenir le complexe institutionnel qui a été déployé pour elle.Ce complexe ne peut survivre qu\u2019en prenant appui sur un bassin d\u2019immigrants anglicisés qui forment l\u2019essentiel de sa clientèle.Il est une force de désintégration de la loi 101 et de destruction du consensus qu\u2019elle avait permis d\u2019instaurer, consensus établissant que c\u2019est en français et aux institutions françaises que doivent s\u2019intégrer les nouveaux arrivants.Le travail d\u2019érosion des tribunaux Canadian et la guerre de propagande menée contre le Québec français ont fourni des conditions d\u2019expansion à ce réseau hypertrophié.Le comble de l\u2019affaire c\u2019est que le complexe ne fonctionne en anglais que par le recrutement d\u2019immigrants et de francophones qui lui fournissent la majorité de son personnel.Dans le cas des universités, la chose est aggravée par un surfinancement qui maintient une offre de services qui les avantage en accroissant leurs moyens et leur fournissant, du coup, une force d\u2019attraction qui ne s\u2019exerce qu\u2019au détriment des universités françaises.Une offre qui leur permet également de recruter massivement à l\u2019extérieur du Québec en comptant sur du financement fourni par les seuls contribuables du Québec.Les Québécois refusent de le croire, mais c\u2019est leur propre gouvernement - et avec leurs impôts - qui érode leurs 6 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 positions, les minorise de plus en plus rapidement.Il en coûte plus de deux milliards par année au gouvernement du Québec pour maintenir cette offre absurde.C\u2019est ce qu\u2019il en coûte en fonds publics pour soutenir les dizaines de milliers d\u2019emplois qui font tourner en anglais ces institutions qui devraient avoir été reconfigurées pour s\u2019inscrire dans les réseaux français.Cela n\u2019a plus rien à voir avec la préservation des droits de la minorité historique que personne, du reste, ne songe à remettre en cause.Cela tient essentiellement d\u2019un rapport politique qui fait tout pour consolider à Montréal une structure d\u2019accueil permettant d\u2019y vivre en anglais à l\u2019abri des inconvénients de composer avec le caractère français de la métropole.Ce sont les fonds publics qui soutiennent une infrastructure qui systématiquement nourrit des déséquilibres incompatibles avec la justice fiscale et qui mine le service de l\u2019intérêt national bien compris : le plus gros cégep du Québec est anglais (Dawson) ; Concordia et McGill en plus de recevoir des fonds sans commune mesure avec le poids de la communauté anglophone dans la démographie se font financer des places d\u2019accueil d\u2019étudiants étrangers qui permettent de soutenir artificiellement certains programmes dont les ressources devraient plutôt se retrouver dans les universités françaises ; les services de santé sont des vecteurs de bilin-guisation forcée ; la moitié des villes bilingues ne devraient plus l\u2019être, etc.Le scandale de la corruption au CUSM participe très certainement d\u2019un processus global de pourrissement des élites, processus qui a été provoqué et facilité par la guerre sans merci livrée au projet national et menée avec une campagne idéologique de tous les instants érigeant l\u2019affairisme en vertu civique.Les libéraux y ont certes une responsabilité historique qui reste en droite ligne avec le rôle que leur réserve 7 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 un régime qui ne les tolère qu\u2019à la condition qu\u2019ils agissent comme force de dissolution de la cohésion nationale.Mais il faut bien le reconnaître, ils ne sont pas les seuls, ils peuvent également compter sur une partie de l\u2019élite souverainiste elle-même, velléitaire et plus prompte à la génuflexion qu\u2019à la franche détermination.Pour tenir le Québec dans la logique de minorisation, le régime - et ceux qui le soutiennent par veulerie ou intérêt, - a besoin d\u2019un Anglo Compact dont les assises et les conditions de reproduction se définissent dans ce complexe institutionnel fournissant aux barons ethniques (au nombre desquels il faut compter quelques frincophônes de service) et à ce qui reste de l\u2019élite WASP des moyens et une influence capables de contourner ou neutraliser les exigences de la cohésion nationale.Ces institutions fonctionnent d\u2019abord et avant tout dans la référence Canadian.Elles offrent des postes et des cheminements de carrière qui constituent autant de voies d\u2019évitement des parcours qui seraient normalement prescrits par la participation aux institutions de la majorité légitime.Cet Anglo Compact définit une zone de pouvoir et d\u2019influence à part dans la société québécoise.C\u2019est là que se fabriquent les relais de l\u2019intégration forcée, c\u2019est là que se réfugie une élite qui se concerte pour mettre en échec la volonté nationale et déployer des moyens d\u2019encastrement des institutions qu\u2019elle contrôle dans le réseau Canadian.C\u2019est à partir de lui que se peuvent mettre en œuvre les processus de marginalisation culturelle, ceux-là qui nous oblitèrent aussi bien que ceux-là qui nous transforment en présence anecdotique, voire exotique.On peut faire toutes ses études à Concordia ou à McGill sans rien apprendre du Québec.On peut y faire carrière en y trouvant les strapontins qui faciliteront le passage dans les circuits de l\u2019élite canadian ou les sinécures 8 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 pour faciliter la vie à ceux-là qui font carrière à encadrer le Québec français.Ce que laisse voir l\u2019affaire du CUSM, c\u2019est un mince aperçu du fonctionnement en vase clos de cet Anglo Compact.Il faut vouloir ne rien voir pour s\u2019imaginer que les magouilles ne sont l\u2019affaire que de quelques individus.La complaisance et le laxisme sont des caractéristiques essentielles au fonctionnement de ces institutions dont une partie de la vocation reste centrée sur la préservation d\u2019un espace de privilège, celui de pouvoir fonctionner comme avant-poste Canadian et instrument de refus du statut de minoritaire dans une société française, comme lieu de contestation permanente de notre réalité nationale.Il serait naïf de se laisser berner par la désignation d\u2019un bouc émissaire.Le conseil d\u2019administration a été d\u2019autant plus facile à manipuler qu\u2019il baigne tout entier dans la culture du développement séparé, celle qui tient pour irritants les processus institutionnels du gouvernement du Québec, celle qui préfère les liens avec le big government, le seul gouvernement national.C\u2019est pourquoi il est pusillanime de nommer un « accompagnateur » pour mettre de l\u2019ordre dans ce qui imposerait de toute urgence une mise en tutelle.Il faut prendre le problème à la racine et commencer là où cela fera la différence.Il faut mettre fin à la logique d\u2019apartheid et commencer par ramener le CUSM et le CHUM sous une seule et même autorité.Il faut faire la lumière non seulement sur la corruption qui a entouré la formation du PPP du CUSM, mais encore sur ce deuxième PPP, baptisé CanCold, qui est venu se greffer sur le premier.La chose est passée comme une lettre à la poste et pourtant il est loin d\u2019être évident que l\u2019intérêt du Québec et celui de la médecine francophone soient bien servis par ce partenariat qui associe cinq grandes pharma- 9 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 ceutiques et des centres reliés aux Instituts de recherche en santé du Canada de quatre provinces canadiennes.Les infrastructures publiques du CUSM sont intégrées dans une aventure privée susceptible d\u2019avoir des retombées commerciales d\u2019envergure et l\u2019on ne sait rien de la nature du contrat.La chose a été négociée à l\u2019ombre du secret commercial par des cadres dont certains, a-t-on de bonnes raisons de penser, ont trempé jusqu\u2019au trognon dans les magouilles dont les odeurs commencent à polluer l\u2019atmosphère.Les dirigeants et les membres de cette élite entretenue brassent des grosses affaires avec l\u2019argent des autres, celui de tous les Québécois dont ils usent et abusent avec une discrétion toute Canadian.Il y a des limites à laisser se développer des stratégies qui visent à désenclaver du Québec les institutions contrôlées par cet Anglo Compact et à les laisser se développer sans égard pour nos priorités nationales.Il y a des limites à laisser les Heather Munroe Bloom de ce monde se justifier de toucher des salaires indécents sous prétexte que McGill est une université de classe mondiale.Il y a des limites à l\u2019endurer nous proposer le modèle américain en pleine crise étudiante sous prétexte de normaliser enfin notre différence continentale.Il y a des limites à faire semblant de croire que ce compact puisse servir à autre chose qu\u2019à construire des réseaux d\u2019évitement et des relais de minorisation.Il y a des limites à laisser cette élite s\u2019auto-entretenir et s\u2019auto-justifier en se jouant de la mentalité timorée d\u2019une classe politique qui n\u2019ose la confronter.Il faut briser la culture du ghetto qui définit leur espace feutré où la loi du silence et de la discrétion soude ces happy few dans un commun rapport de condescendance avec les institutions et les exigences de la bourgade.Il faut casser ce complexe pour que la reddition de compte se fasse en toute 10 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 lumière.Il faut en finir avec la complaisance.Il faut défaire cette enclave de résistance aux règles de la vie nationale et cette culture du stratagème de contournement des exigences que devrait imposer à des institutions minoritaires la vie normale sous les codes de la majorité légitime.Il faut mettre fin à leur impunité.? Située à New Richmond, en Gaspésie, Serres Jardins-Nature est le plus important producteur de tomate biologiques dans l\u2019est de l'Amérique.FONDS de solidarité FTQ Contient des antioxydants et des investissements des 571 000 propriétaires du Fonds de solidarité FTQ.Toutes les régions du Québec tirent profit des 6,4 milliards de dollars que les milliers de Québécois confient au Fonds de solidarité FTQ avec un double objectif : créer des emplois ET FAiRE TOURNER L\u2019ÉCONOMiE D\u2019iCi.\twww.fondsftq.com Plus de 15 ans d'action pour une économie plus performante, plus équitable et plus verte.Les investissements auprès des entreprises québécoises sont au cœur de la mission de Fondation.Par ses investissements, Fondation contribue au maintien et à la création d'emplois au Québec./>C|UPO(/fiMCOi VJll ET L EMPLOI FONDACTION www.fondaction.com 13 ARTICLES Agusb Nicolau-Coll et Èric Viladrich Castellanas* LES ÉLECTIONS EN CATALOGNE: UNE PORTE OUVERTE SUR L\u2019INDÉPENDANCE ?Le résultat des élections qui ont eu lieu en Catalogne le 25 novembre dernier semble indiquer un appui clair au déclenchement d\u2019un processus vers l\u2019indépendance, si l\u2019on tient compte du nombre de votes et de députés que les forces politiques favorables à la tenue d\u2019un référendum sur l\u2019indépendance ont récolté.Néanmoins, il est risqué de conclure que la victoire du Oui dans un éventuel référendum est acquise.Dans cet article, nous analyserons le contexte dans lequel les élections ont eu lieu, les forces politiques qui ont obtenu une représentation parlementaire et les possibles perspectives d\u2019avenir en relation avec la tenue et les résultats d\u2019un éventuel référendum.1.Contexte électoral Les élections du 25 novembre 2012 ont eu lieu dans un contexte marqué à la fois par la montée de la volonté indépendantiste et par la crise économique dans laquelle la Catalogne est plongée.En ce qui concerne la volonté indépendantiste, il faut souligner que celle-ci n\u2019a pas cessé * Agustf Nicolau-Coll, historien et géographe, vice-président du Cercle culturel catalan du Québec ; Èric Viladrich Castellanas, professeur invité à l\u2019Université de Montréal, responsable des cours de langue et de culture catalanes.Les auteurs tiennent à remercier Ian Ericksen pour sa précieuse collaboration dans la révision et la correction du texte. 14 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 de progresser, passant de 29 % en 1996 à 50,3 % en 2009.Après avoir redescendu et stagné brièvement autour de 42-44 %, elle a remonté pour se situer actuellement à 57 % dans les sondages.La volonté constante des pouvoirs politiques espagnols de miner l\u2019autonomie catalane par tous les moyens possibles explique en très grande partie cette montée.L\u2019exemple le plus flagrant a été l\u2019annulation, en 2010, par le Tribunal constitutionnel, de la plupart des articles centraux du nouveau Statut d\u2019autonomie dont la Catalogne s\u2019était dotée en 2006.Celui-ci avait été approuvé par le Parlement catalan, ratifié, non sans altérations, par le Parlement espagnol et accepté en référendum par la population de la Catalogne.En juillet 2010, la réponse de la société catalane à la décision du Tribunal pour le droit à l\u2019autodétermination s\u2019est manifestée par la présence d\u2019un million de personnes dans les rues de Barcelone sous le slogan « Nous sommes une nation, à nous de décider ».Celle-ci a été la première grande manifestation publique pour l\u2019indépendance, car outre le slogan officiel, une grande majorité des participants scandaient également « Independència ! ».Une seconde manifestation monstre, la plus grande de l\u2019histoire contemporaine de la Catalogne, a eu lieu le 11 septembre dernier, alors que plus d\u2019un million et demi de personnes ont manifesté sous un slogan explicitement souverainiste « La Catalogne, nouvel État d\u2019Europe », avec, en trame de fond, un ras-le-bol majeur, tant au niveau politique qu\u2019économique.En effet, la crise économique dans laquelle se trouve présentement la Catalogne est venue aggraver une situation financière déjà très difficile1.La Catalogne, qui ne possède 1 Les médias au Québec, comme ailleurs, continuent à qualifier la Catalogne de région espagnole la plus riche de l'Espagne.Compte tenu de la situation actuelle, il serait plus adéquat de parler de la région qui génère le plus de richesse, mais qui en profite le moins, compte tenu du déficit fiscal dont nous parlerons dans ce même article. 15 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 pas le droit de lever ses propres impôts, doit attendre chaque année les transferts sous forme d\u2019argent ou d\u2019investissements en provenance de l\u2019administration centrale espagnole.Actuellement, la Catalogne souffre d\u2019un déficit fiscal qui correspond en moyenne au 8 % de son PIB.Cela signifie que de tous les impôts prélevés en Catalogne et envoyés à Madrid, il y 16 milliards d\u2019euros qui ne reviennent jamais, ni en argent ni en services2.Le déficit fiscal que la Catalogne a accumulé entre 1986 et 2011 est de l\u2019ordre de 130 milliards d\u2019euros.Toute tentative de modérer ou de réduire ce déficit par l\u2019établissement d\u2019un pacte fiscal stable a toujours été bloquée par les gouvernements espagnols successifs, même si, légalement, un tel pacte est possible, comme dans le cas du Pays Basque et de la Navarre.Le dernier refus en date, de la part du président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, au lendemain de la manifestation monstre du 11 septembre 2012, a été la goutte qui a fait déborder le vase de l\u2019indignation citoyenne.Le gouvernement espagnol a fait la sourde oreille face aux revendications du moteur économique qu\u2019est la Catalogne (16 % de la population, 19 % du PIB espagnol, 24 % de la production industrielle et près de 28 % des exportations).Le président de la Generalitat, Artur Mas, a alors décidé de convoquer des élections en s\u2019engageant, advenant une victoire, à convoquer un référendum portant sur « l\u2019autodétermination ».Même si, pendant la campagne électorale, le parti d\u2019Artur Mas, CiU, n\u2019a pas précisé si cette consultation porterait précisément 2 Si nous comparons ce déficit fiscal avec celui d'autres territoires européens, en mettant en relation leur PIB per capita sur la moyenne de leur État et leur déficit fiscal nous observons ce qui suit : la Catalogne, qui dépasse le PIB moyen espagnol de 22 %, a un déficit de 9,76 % ; la région de Paris avec un PIB dépassant la moyenne française de 51 %, a un déficit de 4,35 % ; la Bavière qui dépasse la moyenne allemande du PIB de 16 %, a un déficit de 4,36 %, et la Baden-Württemberg qui la dépasse de 18 %, a un déficit de 4,38 %.Ces chiffres assez éloquents se passent de commentaires.Source : Centre d'Estudis Sobiranistes, http ://www.cercleestudissobiranistes.cat/enten/xifres. L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 sur l\u2019indépendance de la Catalogne, il est devenu évident pour tout le monde, surtout pour ceux qui étaient contre, que la formule utilisée pour y référer, « Un nou Estât » (Un nouvel État)3, était indépendantiste.2.Bref portrait des partis politiques ayant obtenu une représentation parlementaire La proportionnalité du système électoral en Catalogne, appliquée aux partis récoltant plus de 3 % des votes par circonscription électorale, facilite la représentation parlementaire d\u2019un plus grand nombre de partis, en comparaison avec le Québec.Lors des dernières élections, ce sont sept formations politiques qui ont réussi à obtenir la représentation au Parlement de la Catalogne.Ces différentes forces politiques, comme au Québec, se répartissent selon deux axes : le classique droite-gauche et celui concernant l\u2019allégeance Espagne-Catalogne.Voici un bref portrait de chacun des partis politiques.a) Bloc proréférendum Convergència i Unio.Il s\u2019agit d\u2019une coalition entre le parti fondé par Jordi Pujol en 1974, Convergència Democràtica de Catalunya (CDC), et Unio Democràtica de Catalunya (UDC), un parti fondé dans les années 1930, d\u2019orientation démocrate-chrétienne.Socialement, CiU se situe entre le centre et la droite, abritant plusieurs sensibilités sociales.Officiellement, CiU n\u2019a jamais inclus l\u2019indépendance dans son programme politique, malgré le fait qu\u2019une partie de sa militance, de ses cadres et de ses électeurs sont indépendantistes.Toutefois, lors des dernières élections, elle a mis de l\u2019avant l\u2019objectif d\u2019obtenir un État propre (Estat propi).Aux élections de 2010, elle prônait le droit à l\u2019autodétermination en réaction au démantèlement judiciaire 3 En français on parlerait carrément de souveraineté étatique. 17 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 du Statut d\u2019autonomie par le Tribunal constitutionnel (14 articles ont été déclarés inconstitutionnels et 27 autres ont été modifiés).Esquerra Republicana de Catalunya -ERC (Gauche républicaine de la Catalogne).Parti social-démocrate et indépendantiste fondé en 1931, qui défend clairement l\u2019indépendance dans son programme politique.Iniciativaper Catalunya Verts-ICV(Inciative pour la Catalogne Verts).Parti provenant de l\u2019union d\u2019anciens communistes et d\u2019écologistes.Il défend l\u2019exercice du droit à l\u2019autodétermination, mais jusqu\u2019à présent, il n'a pas clairement pris une position sur l'indépendance de la Catalogne.Malgré cela, la moitié de ses militants et de ses électeurs se disent indépendantistes.Candidatura d\u2019Unitat Popular-CUP (Candidature d\u2019unité populaire).Il s\u2019agit de la gauche indépendantiste radicale qui, en plus de réclamer l\u2019indépendance de toute la nation catalane (Catalogne, Valence, Iles Baléares), prône une autre façon de faire la politique, sur une base « assem-bléaire », tout en se déclarant anticapitaliste, féministe et écologiste.b) Bloc contre le référendum Partit Popular Català (PPC).Il s\u2019agit du parti politique de la droite nationaliste espagnole et antinationaliste catalane.Il s\u2019oppose à toute reconnaissance minimale de la Catalogne en tant que nation, l\u2019Espagne de matrice castillane étant la seule nation.Partit dels socialistes de Catalunya (PSC).C\u2019est l\u2019aile catalane du socialisme espagnol, plutôt social-démocrate dans les faits.Il a hébergé différentes familles politiques, surtout en ce qui a trait à la réalité nationale catalane et à sa reconnais- L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 sance, allant des nationalistes indépendantistes aux unionistes anticatalanistes, en passant par les fédéralistes4.Ciudadanos-Ciutadans (C\u2019s).Il s\u2019agit d\u2019une jeune formation unioniste farouchement antinationaliste catalane qui dit défendre les intérêts de ceux qui se sentent à la fois espagnols et catalans5, au nom de la Constitution.On peut la considérer comme une force politique de centre gauche, même si sa raison d\u2019être est d\u2019attaquer le nationalisme catalan au nom d\u2019un constitutionnalisme espagnol qui se prétend non nationaliste.3.Analyse des résultats des élections La coalition CiU du président Artur Mas a perdu 12 sièges, alors qu\u2019elle espérait en gagner 6 et atteindre la majorité absolue (68 sièges).Cependant, les partis favorables à la tenue d\u2019un référendum ont remporté 87 des 135 sièges du Parlement de la Catalogne.Si l\u2019on regarde le nombre de votes, les formations proréférendum (CiU, ERC, ICV, CUP) ont récolté 2 150 000 voix (59,5 %), tandis que celles qui s\u2019opposent à la tenue de tout référendum ou consultation (PP, PSC, C\u2019s) en ont récolté 1 329 597 (36,35 %), sur un total de 3 657 450 des suffrages 4\tActuellement ce parti se déclare en faveur d\u2019un fédéralisme asymétrique, tout en sachant que cela n\u2019est pas viable du tout en Espagne, puisque le PSOE dont il fait partie n\u2019est même pas d\u2019accord.Il se disent aussi favorables à la tenue d\u2019un référendum mais en respectant la légalité espagnole, ce qui dans les faits veut dire que le référendum n\u2019aurait jamais lieu.Il s\u2019agit plutôt d\u2019un discours stratégique visant a se différencier du PP et Ciudadanos.C\u2019est la raison par laquelle nous les situons dans le bloc des partis anti-référendum.5\tDans les faits, toutefois, ils sont farouchement espagnolistes : ils ont pris des nombreuses initiatives pour défendre les droits des hispanophones en Catalogne, mais jamais, même pas une seule fois, des initiatives pour défendre les droits des catalanophones en Catalogne, qui souffrent beaucoup plus de discriminations linguistiques, surtout en rapport aux services de l\u2019administration centrale espagnole. 19 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 exprimés6.Malgré un plus grand taux de participation qu\u2019aux élections de 2010 (69,5 % contre 59,7 %), la répartition des votes a peu bougé : un petit gain de 1,5 % pour le bloc proréférendum et de 0,8 % pour le bloc anti-référendum.On remarque toutefois plusieurs changements importants.En premier lieu, la baisse de 7,8 % des votes pour la CiU.Cette baisse s\u2019explique autant par la politique d\u2019austérité maintenue depuis 2010 par le gouvernement de CiU que par la perte d\u2019une partie de ses électeurs qui n\u2019étaient pas indépendantistes.Il est fort probable que ces derniers se soient tournés pour la plupart vers le PP.Une autre partie des électeurs, opposés aux compressions, a probablement voté pour ERC cette fois-ci.ERC est la formation qui a profité le plus de ces élections, puisqu\u2019elle a doublé son nombre de sièges et plus que doublé son nombre de votes.Elle a attiré autant les électeurs nationalistes de centre et centre gauche de CiU, mécontents des compressions, qu\u2019une partie des électeurs nationalistes qui votaient encore pour le PSC en 2010, ainsi que des abstentionnistes qui n\u2019avaient pas trouvé chaussure à leur pied aux élections précédentes.Il faut aussi souligner qu\u2019ERC a reçu le vote de ceux qui voulaient empêcher par-dessus tout CiU d\u2019atteindre la majorité absolue, de peur que ce parti s\u2019autorise ensuite à faire marche arrière sur la question du référendum.ERC devient ainsi une sorte de garantie, puisque CiU aura besoin de sa collaboration pour gouverner, à défaut d\u2019avoir son appui indéfectible.ICV a augmenté sa part de vote de 2,5 points de pourcentage (ce qui n\u2019est pas négligeable) en profitant tant de l\u2019abstention que de votes en provenance du PSC.6 177 853 votes sont allés à plusieurs formations politiques mineures qui n\u2019ont pas obtenu de représentation parlementaire ou exprimaient des votes nuls ou en blanc. 20 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 La CUP a fait une entrée en force au Parlement, avec trois députés.Pour une formation politique du niveau municipal qui se présentait pour la première fois à des élections au Parlement de la Catalogne avec un programme politique et économique radical, ce résultat est un franc succès.Le PSC a perdu son titre de deuxième force politique en Catalogne au profit d\u2019ERC.Sa perte de votes est toutefois moins importante que prévu.Son ambiguïté sur la question nationale lui a fait perdre les quelques votes nationalistes qui lui restaient.Plusieurs anciens députés de l\u2019aile nationaliste avaient quitté le parti avant le déclenchement des élections et d\u2019autres contestent l\u2019actuelle direction.Le PP, malgré sa campagne agressive contre la tenue d\u2019un référendum, n\u2019a réussi qu\u2019à augmenter ses votes de 0,53 %, se plaçant en quatrième position, alors qu'il était troisième en 2010.Ciutadans-Ciudadanos a été la seule formation opposée à un référendum à avoir fait des gains considérables.Elle est passée de 3,39 % des votes en 2010 à 7,58 % en 2012.Les votes gagnés proviennent en grande partie des abstentions de 2010, ainsi que du PSC.On peut dire que les élections de 2012, dont le principal enjeu était la tenue d\u2019un référendum sur l\u2019indépendance, ont permis de constater l\u2019existence de deux blocs assez solidement constitués.D\u2019un côté, le bloc opposé à la tenue d\u2019un référendum et à l\u2019indépendance de la Catalogne (PSC7, PP et C\u2019s).De l\u2019autre, le bloc qui défend le droit et le besoin de tenir un référendum sur la question (CiU, ERC, ICV et CUP).On ne 7 Entre le courant centralisateur de la droite espagnoliste et le courant souverainiste des autres partis catalanistes, le PSC, tel que mentionné dans la note 3 défend la voie du fédéralisme asymétrique : réformer la constitution espagnole pour accommoder les aspirations catalanes.De ce fait, le PSC prendrait position pour le Non. 21 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 peut pas, toutefois, considérer ce bloc comme étant indépendantiste en soi, puisque l\u2019UDC, qui fait partie de la coalition CiU, est pour un État confédéral, et qu\u2019ICV n\u2019a pas encore défini clairement sa position.CDC (l\u2019autre parti de la coalition CiU) parle elle-même de l\u2019État propre (Estât propi), sans pour autant préciser le degré de souveraineté que celui-ci aurait face à l\u2019Espagne.On peut tout de même croire qu\u2019elle s\u2019est engagée dans un chemin sans retour vers l\u2019indépendance.En fait, les seules deux forces politiques à se déclarer clairement indépendantistes sont ERC et la CUP.Les positions devraient se clarifier au moment de la convocation d\u2019un référendum, alors qu\u2019il faudra négocier le libellé de la question.4.Perspectives concernant la tenue d\u2019un référendum et les possibles résultats a) Le pacte entre CiU et ERC À la fin décembre 2012, CiU et ERC ont conclu un pacte8 en vertu duquel ERC, tout en restant dans l'opposition, a voté pour l'investiture d'Artur Mas comme président de la Generalitat.En retour, CiU, en plus de s'engager à adoucir les compressions budgétaires, a clarifié les étapes pour la tenue du référendum : - en janvier 2013, dès la première séance du nouveau Parlement de la Catalogne, une motion solennelle déclarant le peuple catalan souverain et seul maître de son destin sera approuvée ; 8 Il faut préciser que ce pacte, qui constitue tout de même une avancée considérable sur la voie vers la souveraineté, ne mentionne nulle part que la consultation portera sur l\u2019indépendance de la Catalogne.On y dit textuellement que la consultation sera faite afin que le peuple catalan puisse se prononcer sur la possibilité que la Catalogne devienne un État au sein de l\u2019Union européenne.Déjà, certaines voix de CiU, dont celles d\u2019Antoni Duran i Lleida, leader de Ci U au Parlement de Madrid et de la présidente du Parlement de la Catalogne, Nùria de Gispert, ont déclaré que l\u2019on peut en comprendre que l'État pourrait être indépendant, fédéré ou confédéré.La bataille pour la pleine souveraineté n'est donc pas encore gagnée au cœur même de CiU. 22 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 -\tdans la même année, le Parlement approuvera une Loi sur les consultations en vertu de laquelle il sera possible de tenir un référendum sur l'avenir national de la Catalogne ; -\ton ouvrira ensuite un processus de négociation avec l'État espagnol dans le but de lui faire reconnaître la légalité et la légitimité de la consultation ; -\ton procédera à la création du Conseil pour la transition nationale, qui devra conseiller le gouvernement de la Catalogne tout au long du processus ; -\tavant le 31 décembre 2013, il faudra avoir étudié en profondeur tous les aspects sociaux, économiques et politiques à prendre en considération en vue de la tenue d'une consultation ; -\tla consultation sur l\u2019avenir national de la Catalogne doit être convoquée en 2014.b) Tenue d\u2019un référendum La loi espagnole ne permet pas à la Catalogne de convoquer unilatéralement, par la seule décision du Parlement catalan, un référendum sur l\u2019indépendance.Pour être légal, un tel référendum doit être approuvé par le Parlement espagnol9.Cela n\u2019arrivera jamais, tout d\u2019abord parce que l\u2019Espagne ne voudra pas prendre le risque que le Oui l\u2019emporte, ensuite parce que ce serait reconnaître à la Catalogne l\u2019exercice du droit à l\u2019autodétermination à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur de l\u2019État espagnol, ce qu\u2019elle a toujours refusé de faire.9 Le gouvernement espagnol et les partis politiques espagnols affirment aussi que le seul référendum envisageable serait celui où la question de l'indépendance de la Catalogne serait posée non seulement aux citoyens catalans, mais à tous les citoyens de l'Espagne.Ils s\u2019appuient sur l'article 2 de la Constitution espagnole de 1978, qui déclare que la souveraineté réside dans l'ensemble du peuple espagnol, ce qui, de facto, revient au refus de reconnaître tout autre sujet politique collectif, dont le peuple catalan. 23 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 La seule possibilité serait que le Parlement de la Catalogne approuve une loi sur les consultations.Une consultation sur l\u2019indépendance pourrait alors être tenue dans le cadre de cette loi.Elle n\u2019aurait pas de valeur légale aux yeux du pouvoir politique espagnol, mais le résultat aurait toute la légitimité nécessaire pour obtenir la reconnaissance et l\u2019appui au niveau international.Toutefois, il ne faut pas négliger les réactions possibles de la part du pouvoir politique espagnol.D\u2019abord, il est probable que ce dernier conteste une éventuelle loi sur les consultations ou un éventuel référendum devant le Tribunal constitutionnel.Celui-ci prendrait fort probablement la décision politique de les déclarer inconstitutionnels.Dans le cas où la consultation aurait tout de même lieu, le gouvernement espagnol pourrait très bien décourager la participation et faire la promotion de l\u2019abstention dans le but d\u2019obtenir un taux de participation le plus bas possible et ainsi remettre en cause la légitimité du processus.c) Possibles résultats à la lumière des sondages et des résultats des dernières élections Le fait que, dans les sondages, les partisans du Oui frôlent les 60 %, combiné aux très bons résultats obtenus par les partis politiques favorables à la tenue d\u2019un référendum, permet de penser qu\u2019une victoire du Oui est très possible, du jamais vu dans l\u2019histoire de la Catalogne depuis 300 ans.Bien que ces données soient très encourageantes pour le camp indépendantiste, il faut quand même rester prudent, et cela pour trois raisons.Tout d\u2019abord, on ne peut tenir pour acquis que le Oui des sondages se traduirait automatiquement, dans tous les cas, par un Oui au référendum.En effet, répondre à un sondage 24 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 n\u2019est pas la même chose que de voter officiellement dans un référendum, lorsqu\u2019on sait que son vote peut avoir des conséquences structurelles majeures.Il s\u2019agit d\u2019un moment de vérité beaucoup plus important que des élections législatives, puisque les conséquences ne sont pas réversibles après quatre ans.Il faut anticiper ici une éventuelle prime à l\u2019urne dans le camp du Non.Il ne faut pas négliger non plus la question de l\u2019appartenance ou non à l\u2019Union européenne.Il s\u2019agit d\u2019une question qui, pour le moment, n\u2019est pas claire au niveau légal, au point où des responsables de l\u2019Union européenne ont fait des déclarations contradictoires sur le sujet10.Cette incertitude influence négativement certains partisans du Oui11.La deuxième raison, c\u2019est qu\u2019on ne peut être certain que tous les votes qui sont allés aux forces proréférendum se traduiraient par des votes pour le Oui dans un référendum.En effet, on ne peut négliger le fait que des électeurs ont voté non pas tant pour une option claire que pour une opposition claire.Se refusant à voter pour les partis opposés à la tenue d\u2019un référendum à cause de leur anticatalanisme militant, ces électeurs se sont retrouvés à appuyer l\u2019un ou l\u2019autre des partis proréférendum sans être indépendantistes pour autant.Lors d\u2019un référendum, ils risquent de voter Non, malgré leur nationalisme12.10\tRien n'est clair au niveau légal, mais on sait que l'UE ne pourrait se permettre d'exclure la Catalogne, étant donné sa force économique et son emplacement géostratégique dans la Méditerranée.Le port de Barcelone est en effet un point d'échange commercial central et la Catalogne un lieu de passage des marchandises entre l'Espagne et l'Europe.11\tDans les derniers sondages qui intègrent la question de l'appartenance ou non d'une Catalogne indépendante à l'UE, l'appui à l'indépendance perd entre 7 et 10 points dans le cas où cette appartenance ne serait pas automatique.12\tIl est difficile de mesurer l'impact quantitatif d'un tel vote.Toutefois, il semble beaucoup moins important qu'il y a quelques années, la population ayant tendance à se positionner clairement pour ou contre l'indépendance, à quelques exceptions près. 25 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Inversement une partie non négligeable des électeurs du PSC pourrait voter Oui.Il s\u2019agit des derniers électeurs nationalistes qui ont longtemps et vainement espéré l\u2019établissement d\u2019un modèle fédéral pour l\u2019Espagne.La troisième raison est le libellé de la question.En arriver à un accord entre toutes les formations politiques proréférendum sur ce sujet risque d\u2019être difficile.ERC et la CUP exigeront sans doute une question claire portant sur l\u2019indépendance, tandis que CiU et ICV voudront probablement une question plus ambiguë portant sur un nouvel État, sans nommer explicitement l\u2019indépendance.Cette ambiguïté obéirait tant à un calcul stratégique pour rallier le maximum de gens au Oui qu\u2019à un calcul politique partisan visant à se laisser une marge de manœuvre suffisante lors des négociations éventuelles avec l\u2019Espagne.Ceci étant dit, nous pouvons considérer que les résultats des élections du 25 novembre ont ouvert toute grande la porte sur l\u2019indépendance.Le chemin risque toutefois d\u2019être long, sinueux, rempli d\u2019embûches et d\u2019obstacles.Outre le rôle actif que l\u2019Espagne jouera pour empêcher à la fois le référendum et une victoire du Oui, dans le cas d\u2019une éventuelle consultation, nombreux sont ceux qui espèrent que la partisanerie politique, les mesquineries idéologiques et les peurs n\u2019auront pas le dessus sur ce qui a été majoritairement réclamé par la société civile et ratifié ensuite aux urnes : le désir de liberté et de plénitude nationales pour la Catalogne.? 26 ARTICLES Simon Couillard* LA REVENDICATION « CITOYENNE » ET LA CRISE SOCIALE : ACTUALITÉ ET LIMITE D\u2019UN MODÈLE Au fond, le héros éponyme, le héro mythique de la théorie, pourrait être Orphée, parce que précisément c\u2019est celui qui se retourne sur ce qu\u2019il aime, quitte à détruire ; en se retournant sur Eurydice, il la fait évanouir, il la tue une deuxième fois.- Roland Barthes L\u2019année 2012 a été mouvementée sur le plan politique au Québec : la crise sociale, les élections, la commission d\u2019enquête.et tout ça sur une échelle de temps assez courte pour retenir l\u2019attention d\u2019un public souvent accaparé par les affaires privées.Cette intensité politique a pu transfigurer un moment notre quotidien en nous projetant dans l\u2019horizon d\u2019obligations bien abstraites.Comment penser notre rôle à grande échelle dans l\u2019équilibre social, notre rapport aux institutions publiques et politiques, l\u2019impératif de prendre sur soi, de renoncer au confort et à l\u2019indifférence, et d\u2019agir pour le bien, tout en constatant dans le même vertige que Pascal, peut-être, notre relative insignifiance devant l\u2019ampleur des choses ?Peut-être aussi que la cadence accélérée des événements a produit l\u2019image d\u2019une concordance intenable ?Chose certaine, un malaise profond atteint nos institutions démocratiques, et ce malaise est aussi le nôtre * Professeur de philosophie au Cégep de Drummondville. 27 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 parce qu\u2019il met en relief notre responsabilité, passive et active, passée et future, en tant que nous appartenons, de quelque manière (mais laquelle ?), à la société québécoise.Avant de chercher d\u2019éventuelles leçons à retenir de ces événements majeurs, une réflexion s\u2019impose sur les idées qu\u2019ils ont mobilisées et, à ce chapitre, c\u2019est la crise étudiante (devenue sociale) qui nous interpelle particulièrement.Durant celle-ci, il a largement été question d\u2019engagement « citoyen »i, pour reprendre une adjectivation à la mode, d\u2019appels à la solidarité et au bien commun.L\u2019idée revient continuellement comme un raccourci, comme un sous-entendu accessible aux initiés : « C\u2019est mon rôle de citoyen ! » Il y a derrière l\u2019utilisation consciente du mot (à moins que sa diffusion prolifique le banalise) des présupposés idéologiques qu\u2019on pourrait à tout le moins chercher à comprendre, d\u2019autant plus que l\u2019usage n\u2019est pas exclusif au Québec.Le terme lui-même renvoie aux origines de la culture occidentale : cive, celui qui appartient à la cité (civitas).Le mot est latin, mais la réalité de l\u2019appartenance première à la cité est d\u2019abord un phénomène grec.Par delà l\u2019étymologie, c\u2019est toute une tradition de pensée qui connote le mot, mais aussi le geste « citoyen ».Pour Michael Walzer, philosophe politique bien connu, l\u2019idéologie de la citoyenneté correspond à une interprétation moderne du républicanisme grec et romain.Moderne, parce qu\u2019elle tire ses sources philosophiques auprès de Rousseau et de ses premiers héritiers 1 Il faut lire les nombreux articles, lettres d\u2019opinion, chroniques et éditoriaux pour s\u2019en convaincre.Cf.Payette, Lise.« La semaine des citoyen ».Le Devoir (Montréal), 20 avril 2012, adresse URL : http ://www.ledevoir.com/politique/ quebec/347990/la-semaine-des-citoyens ou Cornellier, Manon.« Des pas qui parlent ».Le Devoir (Montréal), 25 avril 2012, adresse URL : http ://www.ledevoir.com/politique/canada/348397/des-pas-qui-parlent ou Carbonneau, Claudette.« Étudiants, allez voter ».La Presse (Montréal), 10 août 2012, adresse URL : http ://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201208/09/01-4563771-etudiants-allez-voter.php, etc. 28 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 politiques, les jacobins.Évidemment, il y a une question de degré et de réalisme, de nuances et de dissensions, mais avant d\u2019entamer un dialogue, assurément productif, avec Michael Walzer, il importerait de revenir brièvement sur l\u2019envers de l\u2019engagement citoyen, à savoir l\u2019argument du premier ministre Charest pour appuyer le projet de loi 78.Quelques jours après la rupture des négociations entre le gouvernement et les représentants des associations étudiantes le 31 mai 2012, le premier ministre livrait sa conception du problème lors d\u2019une entrevue télévisée au journaliste Paul Laroque.Il y a d\u2019abord été question d\u2019économie.Il ne faut pas négliger le rang qu\u2019occupe cette « valeur » dans les priorités du Parti libéral.Le premier ministre a dit et redit, par exemple, que s\u2019attaquer au Grand prix de Montréal, c\u2019était s\u2019attaquer aux Québécois2.Néanmoins, c\u2019est un autre argument qui retiendra davantage notre attention, celui qui a servi de justification philosophique au projet de loi 78 (Loi permettant aux étudiants de recevoir l\u2019enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent).Au sujet de cette dernière, le premier ministre affirma ceci en entrevue : « [.] la loi est juste [.] elle dit une chose très intéressante qui est au cœur du débat [.], si vous êtes 25 étudiants dans une classe et qu\u2019il y en a 20 qui décident de boycotter leur cours, les 5 autres étudiants [.] ont le droit d\u2019étudier, les 20 autres n\u2019ont pas le droit de bloquer l\u2019accès aux salles de cours aux 5 autres.C\u2019est ça qu\u2019on défend, c\u2019est cette liberté fondamentale que chaque citoyen du Québec a d\u2019avoir droit à son éducation ».Cette concep- 2 On peut mieux comprendre d\u2019où vient l\u2019emphase de son successeur, quelques jours après les élections, quand il s\u2019exclamait : « On ne restera pas muets devant les atteintes au développement économique » cité in Journet, Paul.« Marois s\u2019inspire de Stephen Harper, accusent les libéraux ».La Presse (Montréal), 21 septembre 2012, adresse URL : http ://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/201209/21 /01 -4576388-marois-sinspire-de-stephen-harper-accusent-les-liberaux.php 29 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 tion qui fait du citoyen essentiellement un titulaire de droits dont la protection est garantie par l\u2019État est l\u2019alternative au républicanisme en Occident, elle a pris naissance au cours de l\u2019Antiquité tardive, selon Walzer.Nous dirons avec ce dernier que la conception du gouvernement est de type « libérale » tandis que le principe d\u2019engagement citoyen répond de la forme « communautarienne » ou républicaine.Pour l\u2019idéologie communautarienne, il n\u2019est pas de communauté sans qu\u2019on prenne part à son fonctionnement.Et pour que l\u2019ensemble des citoyens participent activement à la chose publique (res publica), ces derniers doivent être convaincus que remplir leurs responsabilités civiques les rendra heureux.Cette logique3, le projet jacobin l\u2019aura poussé à terme.Les lendemains dramatiques de la Révolution française laissaient entrevoir un problème important : le décalage entre l\u2019idéal spartiate ou athénien de la république et la réalité moderne, entre l\u2019époque romaine et le kitsch révolutionnaire, montrait que, contrairement à ce qui avait cours dans l\u2019Antiquité, la participation dès lors relevait du devoir-être plutôt que de la nécessité immédiate.L\u2019idéologie citoyenne rappelle davantage une forme modérée de l\u2019idéal néoclassique qu\u2019une nostalgie de la réalité gréco-latine.Pour Walzer, « il n\u2019y a pas d\u2019autre route pour revenir à la citoyenneté grecque ou romaine que la route de la coercition et de la terreur, parce que la société civile moderne n\u2019engendre pas des citoyens mais plutôt, dans le 3 Il faut relire certains passages du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau pour comprendre l\u2019état d\u2019esprit des révolutionnaires : « De lui-même le peuple veut toujours le bien, mais de lui-même il ne le voit pas toujours [.].Il faut obliger les uns à conformer leurs volontés à leur raison ; il faut apprendre à l\u2019autre à connaître ce qu\u2019il veut » (livre II, chapitre VI) ; « C\u2019est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l\u2019égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir » (idem) ; « il ne dépend pas des hommes de prolonger leur vie, il dépend d\u2019eux de prolonger celle de l\u2019État aussi loin qu\u2019il est possible, en lui donnant la meilleure constitution qu\u2019il puisse voir.Le mieux constitué finira, mais plus tard qu\u2019un autre, si nul accident imprévu n\u2019amène sa perte avant » (livre III, chapitre XI), etc. 30 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 jargon philosophique de Marx, \u2018\u2019 une individualité naturelle et spirituelle auto-aliénée\u2019\u2019 - des hommes et des femmes qui ont besoin de se représenter occasionnellement comme des citoyens mais dont l\u2019activité quotidienne est régie par les impératifs du marché »4.Si le monde antique connaissait les tensions entre les sphères publique et privée, le modèle de la cité-État, moins complexe et différencié que la nation moderne, aurait néanmoins assuré le primat de la citoyenneté (pour ceux que ça incluait) sur l\u2019économie5 dans la vie concrète des gens.Cependant, le rapport de ces sphères d\u2019existence, et la notion de citoyenneté avec, étaient déjà en réaménagement à l\u2019époque romaine.Pour le comprendre, Walzer nous invite à relire l\u2019épisode de la Bible où saint Paul est transféré à Césarée, plus précisément la lettre du tribun Lysias à son sujet : À son Excellence le gouverneur Félix, salut ! Les Juifs s\u2019étaient emparés de l\u2019homme que je t\u2019envoie et ils allaient le supprimer, quand je suis intervenu avec la troupe pour le leur soustraire, car je venais d\u2019apprendre qu\u2019il était citoyen romain.Comme j\u2019étais décidé à savoir de quoi ils l\u2019accusaient, je l\u2019ai fait comparaître devant leur Sanhédrin.J\u2019ai constaté que l\u2019accusation portait sur des discussions relatives à leur Loi, mais sans aucune charge qui méritât la mort ou les chaînes.Informé qu\u2019on préparait un attentat contre cet homme, je te l\u2019envoie tout en signifiant aux accusateurs d\u2019avoir à porter plainte contre lui devant toi6.4\tLes citations sont tirées d\u2019une conférence donnée par Michael Walzer dans le cadre des rencontres de Sintra au Portugal.La traduction est de Jean-Claude Monod et le texte fut publié dans la revue Esprit, pour le numéro de mars-avril 1997, sous le titre « Communauté, citoyenneté et jouissance des droits », p.122-131.5\tEn grec, oikos nomos qui signifie « les lois de la maison », le domaine privé.Pour une analyse toujours fort pertinente sur le l\u2019importance progressive de l\u2019économie dans la sphère publique, Cf.Arendt, H.(1983).Condition de l\u2019homme moderne, Calmann-Lévy : Paris, 406 p.(particulièrement le deuxième chapitre).6\tActes 23, 23-30. 31 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 La conception de la citoyenneté telle qu\u2019elle est exposée dans cet extrait n\u2019est pas étrangère au public de l\u2019époque, et « quand saint Paul se déclarait citoyen romain, il ne s\u2019imaginait pas comme un membre actif et impliqué dans la communauté politique, certainement pas non plus comme un magistrat, mais plutôt comme le détenteur passif de titres et de droits spécifiques »7.Comme l\u2019indique la réaction du tribun, le point de vue de saint Paul était non seulement légitimé, mais il se voyait consacré par les autorités impériales qui, pour des raisons d\u2019administration et de défense du territoire, avait procédé à une redistribution de la citoyenneté.Ce système de protection légale a toujours existé depuis, rappelle Walzer8.Les États-nations modernes, contraints de rassembler des populations diverses dans un même ensemble, l\u2019aurait renforcé par la pratique constitutionnelle9.De ce point de vue, on peut affirmer du « radicalisme jacobin [qu\u2019il] représentait une révolte totale contre la version moderne primitive de cette citoyenneté passive10 ».Si l\u2019interprétation que fait Michael Walzer au sujet de l\u2019idéologie de la citoyenneté et de son évolution nous apparait convaincante, son analyse de l\u2019état actuel des lieux suggère certaines critiques, notamment à la lumière de la crise sociale qui a marqué la fin du régime Charest au Québec.Selon lui, il faudrait prendre acte de l\u2019échec relatif de nos sociétés modernes et occidentales à susciter la participation politique : le nombre de citoyens impliqués dans les organisations politiques est très faible et, de façon générale, la volonté de participer au débat public est une chose rare.Les 7\tWALZER (1997), p.126.8\tBien que de façon formelle durant le Moyen-âge.Cf.Couillard, Simon (2012).« Une approche constitutionnelle », L\u2019Action nationale, novembre 2012, no.9, ISSN-0001-7469.9\tCf.ibid.10\tWALZER (1997), p.128. 32 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 citoyens comprennent qu\u2019il y a quelque chose d\u2019important à perdre, mais c\u2019est comme si « la citoyenneté démocratique sous sa forme contemporaine ne sembl(ait) pas encourager un haut degré d\u2019implication et de dévouement11 ».On trouverait tout de même chez les poètes, les théoriciens, mais surtout parmi les militants des mouvements sociaux, une volonté d\u2019action, le désir d\u2019une citoyenneté solidaire.Au fil de son implication, le militant découvre un certain « sentiment de puissance », que Walzer associe à la citoyenneté républicaine.Ce sentiment serait peu durable, comme les luttes sporadiques en marque la limite, ou enfin leur conclusion : dans les faits, l\u2019extension toujours plus grande des droits et des titres (ou « droits acquis »).Il s\u2019agirait aujourd\u2019hui de la seule manière de faire « [.] l\u2019expérience de la passion du débat public et de l\u2019agitation politique12 ».Il reste que Walzer entrevoit une solution institutionnelle pour préserver et favoriser l\u2019esprit civique.Les réformes qui vont dans le sens d\u2019une décentralisation des structures lui semblent particulièrement appropriées.Dans le cadre d\u2019assemblées locales, les citoyens feraient l\u2019expérience heureuse de la participation, apprenant du même coup la façon dont on travaille aux intérêts communs.Ce qui pose problème dans cette analyse, c\u2019est l\u2019interprétation au premier degré du sentiment de perte qu\u2019éprouvent les citoyens quant à la participation politique.Plutôt que d\u2019offrir une réflexion de nature anthropologique ou psychologique, biologique, philosophique, que sais-je, Walzer identifie un malaise et propose d\u2019ajuster directement la dose du pharmakon politique.Comme le militant tire un sentiment de puissance à militer et qu\u2019il y apprend dans la joie l\u2019action commune, il faudrait multiplier les forums et les lieux de 11\tibid.p.130.12\tWALZER (1997), p.131. 33 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 décision pour que chaque citoyen éprouve ce même bonheur.Si on sort l\u2019argument de la logique thérapeutique, on y trouve implicite l\u2019idée que plus il y a de participation, plus le résultat politique est souhaitable.C\u2019est un lieu commun de la philosophie politique des dernières décennies.Mais il faut également réfléchir à la façon dont on rend la participation accessible, ses limites et ses impacts prévisibles.Au Québec, il n\u2019y a présentement aucune entrave à la participation politique.C\u2019est-à-dire que toute personne peut devenir membre de l\u2019un ou l\u2019autre des partis existants, assister aux assemblées générales, se faire élire sur un exécutif.Évidemment, ça demande du temps, de la patience et un peu d\u2019investissement personnel.Il faut aimer être en groupe et avoir une certaine aptitude à la parole.À défaut d\u2019adhérer à quelconque parti, il y a possibilité d\u2019en créer un.Si on préfère les politiques à la politique, le chemin académique peut être plus approprié.enfin, l\u2019idée est que la participation n\u2019est pas entravée, mais, comme le laisse penser Walzer, peut-être que la voie traditionnelle offre un moindre sentiment de puissance que la contestation.D\u2019ailleurs, il n\u2019est pas clair que l\u2019excitation ou la vertueuse indignation qu\u2019éprouve le manifestant soient assimilables à la satisfaction que peut connaître celui qui débat en assemblée municipale sur une question d\u2019aménagement urbain.Peut-être que cette dernière est plus sélective.À chacun son plaisir.Incidemment, peut-on penser qu\u2019une majorité de citoyens seraient plus heureux si on ajoutait à leur horaire un plus grand nombre d\u2019assemblées délibératives ?Sur bien des questions, on cède à d\u2019autres le leadership.Cela ne veut pas dire pour autant qu\u2019il est sain et intelligent de se soustraire à la politique, mais c\u2019est autre chose d\u2019affirmer qu\u2019il est impératif de décider quand et comment on gère les ordures, par exemple.Confronter ses idées à celles de gens d\u2019horizons 34 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 différents, accepter des compromis, contribuer de son temps et de ses ressources, faire avancer patiemment quelques dossiers.la voie institutionnelle offre moins d\u2019émotions fortes que la lutte des regroupements identitaires ou affinitaires, mais si on est sérieux dans son engagement elle demeure disponible.Qu\u2019est-ce qui explique le silence, ou la froide indifférence au sein du mouvement étudiant pour la démarche du député Bureau-Blouin ?Le Parti québécois a pourtant aboli la hausse des frais de scolarité et abrogé la loi 12.Une réflexion sur la crise sociale du printemps dernier pourrait laisser croire que le sentiment de puissance limité aux luttes sporadiques est fondamentalement insatisfaisant pour le militant moyen, contrairement à ce que soutient Walzer.Ce dernier avoue dans son texte un préjugé socialiste, c\u2019est sans doute pourquoi il lui convient de constater que les luttes menées par les mouvements sociaux s\u2019inscrivent dans le cadre plus large du progrès et de l\u2019égalisation des conditions juridiques et économiques.Mais il se peut que ce genre d\u2019implication soit incompatible avec un véritable engagement républicain.Dans une lettre au Devoir intitulée éloquemment « Tout ça pour ça ?», le comédien et rappeur Sébastien Ricard traduisait sans doute fidèlement le sentiment de plusieurs grévistes lorsqu\u2019il écrivait : Le printemps québécois est fini.L\u2019annulation de la hausse des droits de scolarité et l\u2019abrogation de la loi 12 par le Parti québécois minoritaire marquent le terme de sept mois d\u2019effervescence politique, d\u2019un réveil populaire aussi soudain qu\u2019inespéré, étonnant par sa vitalité et son endurance, fascinant par sa créativité proliférante, généreux, émouvant : libre.Mais, c\u2019est fini.Vraiment ?Tout ça pour ça ?« Nous avons obtenu ce que nous voulions », disent les leaders étudiants, bien obligés de reprendre leur discours de groupe de pression, maintenant que s\u2019émiette une solidarité exemplaire, établie par-delà les classes, les âges et les allégeances, contre un ennemi commun. 35 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Sur le portail de l\u2019École de la Montagne rouge, ce collectif génial d\u2019étudiants en design graphique de l\u2019UQAM, Valérie Darveau, une étudiante, exprime bien le désarroi qui est le mien et que je devine être celui de beaucoup d\u2019entre nous, au lendemain des dernières élections : « On ne s\u2019est pas battu pour ça.On s\u2019est battu en s\u2019unissant, en s\u2019organisant, en créant ensemble.On se réveille ce matin devant un Québec divisé, apeuré, perplexe, profondément mal à l\u2019aise »13.Ricard se consterne que le Parti québécois n\u2019ait pas su utiliser le mouvement pour promouvoir son option, mais termine paradoxalement sa lettre en affirmant que « c\u2019est la souveraineté populaire qui précède la souveraineté politique, pas le contraire14 ».Est-ce qu\u2019une expérience authentique des responsabilités civiques n\u2019exigerait pas qu\u2019on prenne sur soi le relais de ses idées ?Cette séparation du social et du politique n\u2019est-elle pas précisément au cœur de la citoyenneté passive que dénoncent les communautariens ?Relisons Walzer : « [.] la société devenait une menace pour la République, car elle tirait ses membres hors de la politique : désormais, ils volaient vers leur foyer plutôt que vers les assemblées.Il s\u2019ensuivait que la citoyenneté et la vertu requérait soit la répression de la société civile, soit la réduction de son étendue et de son attrait15 ».Il se pourrait alors que la politique comme pharmakon, dans ses excès et ses lendemains de veille, soit le meilleur allié du repli individuel.?13\tRicard, Sébastien.« Tout ça pour ça ?».Le Devoir, 12 octobre 2012 http ://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/361189/tout-ca-pour-ca 14\tibid.15\tWalzer (1997), p.124. 36 ARTICLES Pierre-Paul Sénéchal* Hymne national du Québec COMMENTCHANTER UN PAYS QU\u2019ON NE RECONNAÎT PLUS ?Au tournant de la Révolution tranquille, en rupture avec leurs anciens repères culturels et identitaires, les Canadiens français du Québec deviennent Québécois.Dans leur empressement à faire la transition, ils jettent bien des choses par-dessus bord, ne prenant surtout pas soin d\u2019emporter avec eux, en même temps que leur drapeau, reflet de leur parcours séculaire en terre d\u2019Amérique, un chant patriotique qui leur tenait lieu d\u2019hymne national.Les turbulences qui, à cette époque, commencent à défier les fondements de l\u2019État canadien, vont placer ce dernier devant une obligation de « realpolitik », une urgence de se délester d\u2019un symbole devenu gênant, le God Save the Queen.Il fallait laisser croire aux Québécois que le Canada est réellement leur pays.L\u2019occasion se présente donc en même temps de faire main basse sur un autre symbole national canadien-français.Mais on aurait tort de croire que pour les Canadians, cette acquisition allait s\u2019avérer aussi naturelle qu\u2019il a semblé au départ.L\u2019attachement monarchique demeurait en effet une valeur profonde dans la fibre identitaire du « Upper Canada » qui, depuis 1840, domine la machine politique canadienne à Ottawa.Quarante ans et deux échecs référendaires plus tard, sentant la menace derrière lui et constatant un laisser-aller du côté * MA science politique, ex-conseiller socio-économique au gouvernement du Québec et membre de la Ligue d'action nationale. 37 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 de l\u2019affirmation de l\u2019identité québécoise, il n\u2019est pas étonnant qu\u2019Ottawa se croie maintenant prêt pour un retour affectif en faveur de l\u2019héritage colonial d\u2019antan.A contrario, chez tous ceux qui croient au ciment identitaire comme condition de survie politique du Québec et seule étoile pouvant véritablement guider sa marche vers la liberté, l\u2019absence d\u2019un hymne national québécois demeure toujours assez symptomatique de la difficulté de rallier émotivement les citoyens autour du projet d\u2019émancipation nationale.Désuets les hymnes nationaux?Pour les postmodernistes, l\u2019idée nationale vit une telle crise qu\u2019elle en serait actuellement rendue à son crépuscule.Certains phénomènes politiques, économiques et sociaux contribueraient désormais à modifier le rapport des citoyens à la nation.La construction d\u2019ensembles supra nationaux aurait considérablement participé à l\u2019effritement du sentiment identitaire national des pays membres en élargissant considérablement les valeurs que les citoyens ont ensemble à partager.On fait aussi valoir la force de repères identitaires complètement nouveaux, notamment les repères commerciaux et sportifs.Ces derniers exerceraient quotidiennement sur les citoyens une force suffisamment puissante pour graduellement évacuer ceux qui ont jadis façonné leurs appartenances nationales.Les nouveaux repères religieux qui apparaissent avec l\u2019immigration et qui sont de plus en plus affirmés dans l'espace public y contribueraient certainement aussi.Ce que l\u2019on appelle le communautarisme en Europe et le multiculturalisme chez nous participerait alors à l'effritement du sentiment d'appartenance à une même communauté nationale et serait un obstacle à la construction d'une identité commune. 38 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Il est incontestable que le multiculturalisme encourage la formation de plusieurs univers ethniques plus ou moins fermés plutôt qu\u2019il ne favorise un partage de valeurs communes.Au Québec, il en est résulté à n\u2019en pas douter une aggravation du processus de fragmentation de l\u2019identité, considérant la faible allégeance des nouveaux arrivants à la nation et à l\u2019État québécois lui-même fragilisé par son incapacité à définir une citoyenneté nationale.Du côté canadien, on a vu là une justification suffisante pour cultiver, au moyen de politiques spécifiques de commémoration et de dénomination, le vouloir-vivre ensemble Canadian.C\u2019est dans cette voie que s\u2019est engagé le gouvernement Harper majoritaire avec son retour aux valeurs monarchistes.Face à une telle menace d\u2019affaiblissement d\u2019identité, le Québec n\u2019a pas le choix d\u2019agir à sa façon.Il lui faut proposer à l\u2019ensemble des citoyens, quelles que soient leurs origines et leurs visions sociales, un projet commun apte à susciter le désir de s\u2019associer dans un dessin politique.Avec le territoire, la communauté sociologique et les institutions, le « vouloir-vivre collectif» représente un élément constitutif essentiel de la nation.L\u2019éducation nationale, les projets de société communs, les sports nationaux et les symboles identitaires sont justement là pour réaffirmer les valeurs qui sont à la base de cette volonté de vivre ensemble.Aucun État soucieux de sa survie et le moindrement lucide ne pourrait se permettre de s\u2019en délester.Encore bien moins une collectivité fragilisée comme le Québec.Qu\u2019on les aime ou pas, les symboles communs ont un rôle essentiel à jouer dans la reconquête contemporaine des identités nationales.En décembre 2000, la Fédération de Russie revient à l\u2019hymne soviétique sachant que sa mélodie, assez extraordinaire faut-il le souligner, est restée fermement accrochée au cœur des citoyens.Le 6 octobre 2001, lors d\u2019un 39 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 match de football France-Algérie au Stade de France, La Marseillaise est vertement sifflée par une partie du public.Une vive réaction se manifeste alors à travers toute la France, pourtant réputée championne de l\u2019identité européenne.Au printemps 2002, des partisans corses sifflent à nouveau l'hymne national à l'occasion de la finale de la Coupe de France.L\u2019incident provoque à ce point l'ire du président de la République qu\u2019il refuse de participer à la remise du trophée au vainqueur.Le 11 mars 2012, au milieu d\u2019une campagne électorale qui bat de l\u2019aile, Nicolas Sarkozy tente de renverser la vapeur par une assemblée monstre invitée à agiter de façon tout à fait démesurée les couleurs nationales françaises.Quiconque pense encore qu\u2019un hymne national ne suscite plus, ici même au Québec, quelque intérêt, doit évaluer à quel point l\u2019Ô Canada est devenu, pour les stratèges canadiens, l\u2019outil privilégié de l\u2019appartenance canadienne des Québécois, bien davantage d\u2019ailleurs que l\u2019unifolié déjà trop « brûlé » à leur goût par le scandale des commandites.Cet hymne n\u2019est pas seulement celui des « Canadiens de Montréal », il est entonné à chacun des matchs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.L\u2019organisation des Remparts de Québec, dont la famille Desmarais détient d\u2019importants titres de propriété, va jusqu\u2019à organiser des concours dans les écoles primaires en vue de sélectionner les petits élus qui, un jour leur promet-on, seront appelés à en faire la prestation au Colisée Pepsi.L\u2019opération « chantons le Canada » est maintenant descendue dans l\u2019univers du petit pee-wee.La force du « sacré » dans le ralliement citoyen Pour le sociologue Durkheim, les croyances, les valeurs et les représentations collectives se manifestent à travers des symboles, des images, des slogans et des chants.Des éléments qui, pour certains d\u2019entre eux, vont relever du domaine « sacré » chez une collectivité.Ces représenta- 40 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 tions collectives ont pour fonction d\u2019unir les individus, les citoyens, en une même communauté morale.Et elles auront, à l\u2019occasion, la capacité de créer l\u2019« électricité » et l\u2019« effervescence » nécessaires à la réalisation de projets ras-sembleurs.Après avoir étudié le phénomène du sacré dans différentes sociétés, Durkheim en arrive à la conclusion que, pour assurer sa propre existence, actualiser ses aspirations et se prémunir contre le risque individualiste, tout groupement humain a besoin d\u2019entretenir, et de partager avec ses membres, une certaine forme de « sacré ».Dans son plus récent livre (Jeunesse du sacré, Gallimard), Régis Debray, qu\u2019on ne saurait qualifier de fumeux conservateur de droite, affirme que le « sacré », c\u2019est à la fois tout ce qui nous précède et ce qui nous succède.Il nous invite à « nous débarrasser des fausses idées reçues » en cette matière.Le sacré a cette mission bien particulière, selon lui, de « nous faire aller plus loin, plus haut, d\u2019assurer notre continuité dans le temps ».Le sacré, c\u2019est finalement « ce qui nous fait nous tenir debout et vaincre la mort ».Née glorieusement dans le froid, la neige et les moustiques, avec devant elle d\u2019immenses espaces continentaux à découvrir et à conquérir, notre culture québécoise, du moins dans sa première vie, a été largement nourrie de ce caractère sacré des hymnes et des marches, souvent rythmées aux pas des anciens régiments français.L\u2019histoire a fait qu\u2019au cours de sa seconde vie ce sont les hymnes religieux qui ont pris place.Il s\u2019est chanté dans le Québec de la liturgie chrétienne quantité de ces hymnes (ou marches de procession), souvent sur des musiques de très haut calibre.Pensons aux grands cantiques de Noël encore profondément imprimés dans notre mémoire collective.La fonction des chants et des hymnes est de créer une émotion, ainsi que de raffermir les liens d\u2019appartenance des indi- 41 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 vidus à un groupe, à une collectivité.Ils concrétisent l\u2019esprit d\u2019équipe et de corps, ils favorisent la cohésion.Bien que tirant principalement leurs origines de l\u2019époque de l\u2019émergence des États-nations aux XVIIIe et XIXe siècles, les hymnes nationaux sont, encore de nos jours, étroitement associés aux activités protocolaires et aux compétitions sportives nationales et internationales.Représentations historiques ou personnifications de l'âme du peuple, les mots qu\u2019ils utilisent doivent pouvoir transcender le temps et les courants politiques.Au cours du XIXe siècle, les Canadiens français ont assez régulièrement puisé dans les chants de rassemblement, le plus connu étant À la claire fontaine, relique de l\u2019ancienne France et chant de ralliement des Patriotes.On ne dénombre pas moins de 13 autres chants patriotiques ayant eu à un moment ou l\u2019autre, chacun avec ses mots, une mission de rassemblement ou d\u2019appartenance.Rappelons Le drapeau de Carillon (1858, Octave Crémazie/Charles W.Sabatier), Le chant du vieux soldat canadien (Antoine Dessane), puis la « Marseillaise rielliste» de 1885, message de résistance sur l\u2019air de l\u2019hymne républicain français et véritable cri d\u2019adversité au pouvoir canado-britannique.Au tournant des années 1960, cet univers du sacré québécois est évacué en bloc et dans un laps de temps relativement court.Dans un tel empressement, il était ainsi presque inévitable que l\u2019Ô Canada, pourtant facilement adaptable à la nouvelle identité nationale, soit lui aussi emporté avec d\u2019autres reliques canadiennes et britanniques.Par bonheur, le fleurdelisé, porteur des empreintes de notre implantation de plus de quatre siècles en Amérique, demeure pour rappeler qui nous sommes.Ne pas avoir saisi, à cette époque, l\u2019importance de l\u2019hymne national comme outil de représentation collective constitue toutefois une erreur qu\u2019on n\u2019a pas été capable de corriger en plus de quatre décennies. 42 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Le pouvoir mobilisateur de la musique et des mots De tout temps, la musique est associée aux activités humaines : fêtes publiques, mariages, activités sportives et culturelles, commémorations.En ayant le pouvoir de communiquer et d\u2019imprimer des émotions dans la mémoire et l\u2019âme des individus et des collectivités, la musique exerce indubitablement une influence sur les comportements sociaux et politiques.C\u2019est ainsi que, pendant près d\u2019un demi-siècle, la vertueuse Bonne Chanson de l\u2019abbé Gadbois a participé au modelage de la gentille et pacifique nature du Canadien français.La musique peut aussi être expression de pouvoir.On raconte qu\u2019elle fut pour le Roi-Soleil un moyen de se fabriquer une image devant servir à affirmer son autorité sur le royaume.Elle peut aussi être source de grande mobilisation.Les échos de La Marseillaise (1792) ont su créer la synergie apte à faire émerger une réaction populaire contre les envahisseurs.Ce chant patriotique, le plus célèbre d\u2019entre tous, aura accompagné jusqu\u2019à nos jours les plus importants moments de l\u2019histoire du peuple français.Utilisé par nombre de révolutionnaires de tous les continents, il rayonna pour un temps en dehors du territoire français.Quant à l\u2019Hatikvah, hymne national d\u2019Israël, composé en Ukraine en 1878 (mis en musique en 1888 par Samuel Cohen sur un air populaire de Moldavie), il a d\u2019abord été utilisé par la diaspora juive lors de tous ses congrès à partir de 1901 jusqu\u2019à son adoption officielle en 1948.Si la mélodie est fort importante dans le message identitaire, les mots sont loin d\u2019être accessoires.Dans des conditions d\u2019exception, ils énoncent des intentions, portent des émotions.La Révolution tranquille s\u2019est accomplie sous l\u2019inspiration de trois mots, « Maîtres chez nous », la révolution cubaine avec Hasta la victoria siempre.A contrario, une campagne appuyée sur un slogan aussi insipide que « Parlons Qc » ne peut que récolter le néant et c\u2019est effectivement ce qu\u2019a récolté le Bloc québécois en 2011. 43 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Du God Save the Queen à l\u2019Ô Canada Pour l\u2019essentiel, les emblèmes du « Canada postdominion » ont été puisés dans le patrimoine emblématique du Québec, riche d\u2019une longue histoire.L\u2019Ô [Bas-]Canada choisi pour remplacer le God Save the Queen demeure la pièce la plus importante de ces emprunts.Mais il y a ailleurs des précédents à ce chapitre : le Deutschlandlied, hymne national de l\u2019Allemagne, n\u2019était-il pas à l\u2019origine l\u2019hymne de l\u2019Autriche avant que cette dernière ne soit réunie à l\u2019Allemagne ?On oublie toutefois que la feuille d\u2019érable, qui compose le drapeau canadien de 1965 et qui sera décrétée emblème arboricole du Canada en 1996, est déjà largement utilisée en Nouvelle-France.Elle préside en 1834 à la naissance du mouvement patriote du Bas-Canada puisqu\u2019elle est l\u2019emblème officiel de la première Société Saint-Jean Baptiste.Sur une base plus institutionnelle, elle est la pièce distinctive des armoiries du Québec de 1868.Le castor, confirmé emblème officiel du Canada en mars 1975, figurait sur les armoiries du gouverneur Frontenac et sur une multitude de pièces et de cartes officielles.En dépit du Statut de Westminster de 1930 qui lui accordait une indépendance de facto, le Canada n\u2019a jamais ressenti une envie particulière d\u2019affirmer son identité nationale propre, se satisfaisant amplement du « britishme » dans lequel il baigne depuis ses débuts.À la tour du Parlement canadien, le Red Ensing a bien succédé à l\u2019Union Jack britannique, mais il n\u2019en était qu\u2019un produit dérivé.C\u2019est finalement le réveil québécois de la Révolution tranquille et la menace qu\u2019il fait planer sur l\u2019intégrité politique et territoriale du Canada qui aura raison des principaux emblèmes monarchistes canadiens.Tout a réellement basculé en cette matinée du 23 juillet 1967.Au terme d\u2019une symbolique traversée de l\u2019Atlantique à bord du Colbert, le prési- 44 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 dent Charles de Gaulle débarque à l\u2019Anse-au-Foulon.Après avoir exécuté La Marseillaise, la fanfare du 22e Régiment entame vers 7 h 30 le God Save the Queen.Une clameur tout aussi spontanée qu\u2019inattendue surgit de la petite foule présente.Le Président prend évidemment bonne note et les officiers fédéraux aussi.La tournée du Québec, qui se met en branle le jour même, sera dans la même veine, il s\u2019y dégagera une véritable « odeur de marche de libération », selon l\u2019impression même du général.Ce 23 juillet 1967 est apparemment la dernière fois que le God Save the Queen sera entonné devant un public québécois.Pour les stratèges fédéraux, un tournant s\u2019impose.Un hymne canadien de remplacement est dorénavant incontournable.L\u2019entrée officielle de l\u2019Ô Canada de Routhier/Lavallée dans l\u2019arsenal des symboles nationaux canadiens est d\u2019origine assez circonstancielle et relève donc essentiellement de la « realpolitik ».L\u2019inspiration idéologique a cédé le pas à toute autre considération.Selon l\u2019historien Serge Gauthier, rien au départ ne destinait ce chant patriotique à devenir l'hymne national du Canada.Au contraire, l\u2019œuvre commandée en prévision de la tenue à Québec, en juin 1880, du Congrès national des Canadiens français, avait en elle beaucoup pour rebuter la culture british du Canada.D\u2019abord, elle est essentiellement de racine et d\u2019inspiration canadienne-française, ses références se limitent au seul territoire du Québec et à la seule réalité canadienne-française.De surcroît, l\u2019auteur des paroles est un ultramontain, ce que les gens du « Upper Canada » abhorrent par-dessus tout.Malgré l\u2019arrivée du « French Power » à Ottawa, la décision de se délester de l\u2019hymne monarchiste britannique n\u2019a pas été une affaire aussi évidente que certains l\u2019imaginent aujourd\u2019hui.À de multiples reprises, à compter de 1964 et ce pendant une décennie, le Parlement canadien 45 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 va être saisi puis dé-saisi de moult motions et dépôts de projets de loi pour adopter l\u2019Ô Canada.Beaucoup de discussions, jamais de consensus.Pour le « Upper Canada », l\u2019attachement monarchiste est profond et le God Save the Queen demeure indissociable de l\u2019idée qu\u2019on doit se faire du Canada.Ce difficile accouchement illustre à quel point le sentiment d\u2019attachement au monarchisme britannique n\u2019est pas l\u2019apanage des seuls conservateurs de Stephen Harper.Il faudra attendre le 1er juillet 1980 pour qu\u2019on s\u2019y résigne officiellement.Le site officiel du gouvernement du Canada se garde bien d\u2019en faire état, mais, encore à cette époque, le chant patriotique que les gens du « Upper Canada » chérissent et que leur cœur destinait, le cas échéant, à un statut d\u2019hymne national, était le Maple Leaf for Ever composé par Alexander Muir en 1867.Le texte du premier couplet incarne bien l\u2019idée qu\u2019on se fait alors du Canada : In days of yore, from Britain's shore, Wolfe the dauntless hero came, And planted firm Britannia's flag, On Canada's fair domain.Sa musique plutôt bien réussie aura sans doute aussi contribué à cet attachement du côté du Canada anglais.Sitôt créé, ce chant patriotique sera utilisé lors de rassemblements, de cérémonies officielles et dans les écoles.À partir de Toronto, de nombreuses campagnes seront menées pour le promouvoir au rang d\u2019hymne national.On procédera même ultérieurement à une modification du texte d\u2019origine afin de le rendre davantage acceptable.Aujourd\u2019hui encore, on se plaît à jouer l\u2019oeuvre avec une certaine nostalgie.Plusieurs interprétations sont disponibles sur le Web.Il faut entendre la frénésie que suscite celle d\u2019Ann Murray au Maple Leaf Garden de Toronto et il faut voir comment on « rehausse » 46 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 certaines autres interprétations d\u2019images à caractère monarchiste et véritablement militant en faveur de la nouvelle identité britannique promue par Stephen Harper.La difficile émergence d\u2019un hymne national québécois Je rêve que le Québec, libre enfin, devienne le premier pays du monde à n'avoir ni drapeau ni hymne national.- Pierre Bourgault Toujours un peu déconcertante que cette idée de Pierre Bourgault lancée dans l\u2019effervescence d\u2019un discours-fleuve.Communicateur aguerri, le célèbre chantre indépendantiste pouvait-il ignorer que partout sur la planète, les symboles sont porteurs d\u2019un grand pouvoir de mobilisation dans le processus de construction, de consolidation et de maintien des identités nationales ?Ou faut-il y voir un signe annonciateur parmi tant d\u2019autres de la nouvelle mode de rectitude politique dans laquelle aimera baigner la nouvelle génération d\u2019intellectuels québécois ?Déclaration également illustrative de la grande candeur qui imprégnera l\u2019action politique des souverainistes une fois arrivés au pouvoir à Québec ?Dès 1969, sous la conduite de Pierre-Elliot Trudeau, l\u2019État fédéral amorce le déploiement d\u2019un « war room » entièrement dédié à assurer la suprématie de l\u2019identité canadienne dans le but de faire échec au nouveau sentiment national québécois.Du côté de la capitale québécoise, aucun plan stratégique vraiment structuré à ce chapitre.Une nation « sans drapeau ni hymne national », n\u2019est-ce pas essentiellement le dessein qu\u2019entrevoit tout pouvoir dominant à l\u2019égard de ce qu\u2019il entend dominer ?Quel est l\u2019intérêt du public pour un hymne québécois ?Il varie fort probablement au gré des circonvolutions de la question nationale.L\u2019unique sondage connu à ce sujet 47 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 demeure celui de L\u2019Actualité de janvier 2000.C\u2019est loin déjà.On y apprend, entre autres, que 63 % des répondants croient que le Québec devrait se doter d\u2019un hymne national bien à lui.Quant au genre musical qui convient, « le classique » arrive en premier (45 %), tous les autres genres occupant des positions assez marginales.Selon toute vraisemblance, un mélange de trois raisons pourrait expliquer pourquoi le Québec de la Révolution tranquille, pourtant si jaloux du caractère « distinct » de son identité, n\u2019a pas posé le geste qu\u2019il fallait à ce chapitre.Une première tient à la culture politique, une deuxième relève de la peur du geste, la troisième est peut-être tout simplement reliée à la difficulté de composer avec le genre musical.Une culture politique viscéralement « gentille » et très peu rompue aux réalités de pays Dans toute analyse de la culture québécoise, outre l\u2019évacuation du sacré qui a marqué la révolution tranquille, on ne peut faire abstraction de deux aspects qui font son américanité : une certaine errance dans le sentiment d\u2019appartenance et une constante recherche de la nouveauté.Dans la culture émergente de la génération CÉGEP de la fin des années 1960, on retrouve également certains ingrédients qui ont caractérisé le mouvement de la contre-culture américaine.Cette culture qu\u2019on dit émergente n\u2019est peut-être pas non plus aussi nouvelle qu\u2019on le prétend.Elle conserve ses affinités avec le vieux fond « coureurs des bois » canadien et de l\u2019infatigable voyageur solitaire qui parcourt librement le continent sans se préoccuper des frontières.Dans l\u2019imaginaire québécois, on retrouve toujours un peu du Survenant et peut-être aussi du Will James, alias Ernest Dufault (1892-1942), lequel demeurera pour toujours le 48 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 cowboy le plus célèbre des États-Unis.De plus, chez le Québécois d\u2019aujourd\u2019hui, de plus en plus, l\u2019État renvoie à une machine à dispenser des services plutôt qu\u2019à un territoire.Dans un tel univers de faible préoccupation pour le territoire national, faut-il comprendre que les drapeaux, essentiellement conçus pour les délimiter, et les hymnes nationaux pour les célébrer, ne revêtiraient pas une si grande signification ?Les frontières nationales sont les gardiennes de l\u2019immense potentiel de richesses et de prospérité des ressources naturelles du Québec, mais qui s\u2019en soucie réellement ici au Québec ?Au moment où est lancé le Plan Nord, on apprend que près des deux tiers des frontières du Québec sont floues (Le Québec, territoire incertain, Henri Dorion), résultat de l\u2019insouciance congénitale de nos politiciens à ce chapitre.Encore en 1999, sans broncher, Lucien Bouchard a laissé le fédéral amputer le Québec d\u2019une partie stratégique de son territoire au profit du Nunavut.Cela se produit l\u2019année même où, en réaction à la Loi C20, il fait voter par l\u2019Assemblée nationale sa Loi sur l\u2019exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l\u2019État du Québec.Avait-il oublié l\u2019article 9 de cette loi qui stipule que « Le territoire du Québec et ses frontières ne peuvent être modifiés qu\u2019avec le consentement de l\u2019Assemblée nationale » ?Même les infrastructures aéroportuaires propriétés de Transports Québec n\u2019arborent pas le drapeau du Québec au nord du 50e parallèle.Avec son tout nouveau projet hydro-électrique dans le Bas-Churchill (financé en partie par les impôts des Québécois), Terre-Neuve projette d\u2019enfouir des câbles à haute tension pour l\u2019exportation d\u2019électricité aux États-Unis, en ne se souciant aucunement que le point d\u2019ancrage anticipé soit possiblement en territoire « revendiqué » par Québec depuis 1927.Qui s\u2019en soucie réellement au Québec ? 49 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Une sempiternelle peur du « geste de rupture » chez nos élus À la veille du référendum de mai 1980, alors qu\u2019il apprend qu\u2019on est à parachever le processus d\u2019adoption officielle de l\u2019Ô Canada à Ottawa, René Lévesque, séduit par Gens du pays de Vigneault, aurait évoqué secrètement l\u2019idée de le faire cheminer vers un statut d\u2019hymne national québécois.Le projet demeurera finalement au stade de l\u2019intention.D\u2019autres opportunités se présenteront ultérieurement, mais toutes seront reçues comme des « patates chaudes » par les gouvernements souverainistes.Entre autres, ces trois œuvres sélectionnées à la suite d\u2019un concours organisé en 1998 par la Société nationale des Québécois de la Capitale, auquel plusieurs musiciens professionnels ont participé.En 2001, à Davos, Bernard Landry émet publiquement un vague souhait personnel avec Le plus beau voyage de Claude Gauthier.Enfin, en dehors de ce processus formel, notons les essais de Raymond Lévesque en 2008, à l\u2019occasion du 400e de Québec avec son Je me souviens sur le célèbre air de Calixa Lavallée et plus récemment, l\u2019Ô Kébèk de Raoul Duguay.Geste de rupture, l\u2019adoption d\u2019un hymne national québécois ?Oui.Assurément, il y aura levée de boucliers de la part du clan Canada ramifié dans tous les cercles, jusque dans les lieux de la culture et de la communication.Et cette réaction appréhendée tient justement à la force d\u2019évocation et de mobilisation de ce symbole national.Car, une fois adopté, un hymne national, c\u2019est comme un drapeau, il sert à consolider une identité, à marquer un territoire, une juridiction.En décrétant son utilisation officielle, c\u2019est évident qu\u2019on tasse un concurrent.Les fédéralistes canadiens savent que de toute évidence un tel chant n\u2019aura pas la même signification que l\u2019Ave Maris Stella des Acadiens, peuple sans institutions nationales et surtout sans territoire officiel reconnu. 50 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Une difficulté certaine avec le « genre musical » Si autant de tentatives sont restées sans lendemain sur le plan politique, se pourrait-il également qu\u2019aucun des projets suggérés n\u2019ait été apte à répondre adéquatement, soit aux attentes du public, soit aux exigences bien particulières d\u2019un hymne national ?Parce qu\u2019il s\u2019agit bel et bien d\u2019un genre particulier.Les Jeux olympiques ayant fait connaître les hymnes d\u2019une foule de pays, le public s\u2019est finalement fait une certaine idée de ce qu\u2019est un hymne national.Tenant du sacré et du solennel, le « poème symphonique », constitutif de tout hymne national est tout sauf une chansonnette ou un conte musical et ses paroles ne doivent surtout pas tomber dans le panneau de la novlangue interculturelle si chère aux Québécois d\u2019aujourd\u2019hui.La musique de l\u2019Ô Canada de Calixa Lavallée n\u2019est pas œuvre d\u2019un troubadour à la mode, mais bien celle d\u2019un milicien engagé pendant 12 mois dans l\u2019armée nordiste.Une immersion qui lui procurera de baigner dans cet univers particulier des marches et des chants patriotiques.Le drapeau du Québec n\u2019est pas non plus l\u2019oeuvre d\u2019un designer art déco des années 1940, mais une adaptation d\u2019une bannière historique.Il faut au surplus prendre acte qu\u2019en matière d\u2019hymnes nationaux, la raison d\u2019État fait loi.Les meilleures œuvres et donc les plus connues résultent presque toujours d\u2019emprunts faits ailleurs, souvent à partir d\u2019airs qui ont su traverser le temps.Notons quelques exemples intéressants à ce chapitre.Le God Save the King [Queen] britannique, dont l\u2019édition définitive apparut en 1744, est tirée d\u2019un chant monarchique français intitulé Grand Dieu sauve le Roi, créé en 1686 par la duchesse de Brinon et popularisé par Jean-Baptiste Lully.Pillée puis réorchestrée par Haendel, l\u2019œuvre aurait été par la suite vendue à la Couronne britannique.Juste retour des choses, la légende veut que Rouget de L'Isle, créateur de 51 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 La Marseillaise dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, se soit inspiré d'un vieux chant protestant datant de 1560.L\u2019hymne national allemand est une mélodie d'origine croate adaptée par Joseph Haydn, en 1797.La musique du Star-Spangled Banner américain est quant à elle puisée dans le vieux répertoire anglais colonial (To Anacreon in Heaven).Enfin, plus près de nous, l\u2019Ô Canada de Calixa Lavallée porte dans son élan d\u2019ouverture l\u2019empreinte de La flûte enchantée (« La marche des prêtres ») de Mozart.Un dossier de gouvernance nationale S\u2019il semble y avoir confusion des genres au sujet de la nature même d\u2019un hymne national, il y en a tout autant en ce qui concerne son adoption.En 1998, les pièces finalistes que la Société nationale des Québécois de la Capitale soumet à l\u2019exécutif du gouvernement du Québec n\u2019ont pas préalablement subi l\u2019épreuve du public.Comme si, en cette matière, les choses peuvent se dérouler comme par magie.Même phénomène avec l\u2019Ô Kébèk de Raoul Duguay, annoncé en grande pompe le 13 juin 2011 comme n\u2019étant rien de moins que le « futur hymne national du Québec ».S\u2019il est un dossier où la prudence doit primer, c\u2019est bien celui-là.Presque tous les hymnes, parmi les plus beaux et les plus connus du monde, ont pris bien des années avant d\u2019être retenus et officialisés.Par exemple, bien que créé dans le feu de la guerre de 1812 et largement utilisé à des fins protocolaires par la Maison-Blanche à partir de 1916, l\u2019hymne américain ne sera finalement adopté par le Congrès qu\u2019en 1931.La promotion d\u2019un hymne québécois doit être considérée une pièce maîtresse d\u2019un plan de promotion de l\u2019identité nationale, même si pour le clan fédéraliste il s\u2019agit essentiellement d\u2019un vil outil de propagande et de gouvernance souverainiste.Tout gouvernement qui se voit confier les rênes 52 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 de l\u2019État québécois est investi d\u2019une obligation morale à ce chapitre.La Catalogne a le sien depuis le XVIIe siècle (Els Segadors), l\u2019Écosse aussi (Flower of Scotland), on les utilise pour toutes les manifestations sportives nationales.Sans présumer outre mesure, il faut savoir que l\u2019État québécois a pleine maîtrise de ses actions dans une foule de domaines qui se rattachent à son identité nationale.Encore faut-il qu\u2019il soit dirigé par un gouvernement qui ait à cœur de défendre cette dernière.Il possède ses propres institutions politiques et parlementaires et surtout, son action se déploie à travers de vastes réseaux d\u2019organismes et d\u2019établissements sur l\u2019ensemble du territoire.Tout comme il l\u2019a fait en 1967 pour le fleurdelisé, le gouvernement du Québec peut, par simple décret ministériel, assurer la reconnaissance officielle d\u2019un hymne national par les institutions de l\u2019État.Le potentiel d\u2019utilisation est plus étendu qu\u2019on pourrait le soupçonner de prime abord : visites officielles, cérémonies protocolaires, ouvertures et fermetures des Jeux du Québec, début et, pourquoi pas, fin des programmes quotidiens à Télé-Québec.Conclusion Il n\u2019y a pas de temps à perdre, il n\u2019y a que du temps perdu - Gilles Vigneault Dans la poursuite de ses objectifs politiques des trente dernières années, le clan fédéraliste n\u2019aura rien ménagé.Aucune hésitation, aucun scrupule n\u2019auront ralenti sa course, allant même jusqu\u2019à attaquer la mémoire historique du Québec, son identité, de même que ses institutions politiques et économiques, dans le but de mettre en échec ses capacités de mobilisation politique.C\u2019est l\u2019âme même du pays qui aura ainsi été mise à mal.Au crépuscule de 2012, 53 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 sous un gouvernement souverainiste minoritaire, le clan fédéraliste, avec la CAQ comme nouvel allié, s\u2019est ingénié à marginaliser le drapeau national du Québec au profit du drapeau du Canada dans l\u2019enceinte même de l\u2019Assemblée nationale.En matière de basses œuvres, tout peut maintenant se faire, plus besoin de la main d\u2019Ottawa.« Navrant », pour reprendre l\u2019expression laconique de Jacques Parizeau.Étonnamment, cette mise à mal de l\u2019identité du Québec se réalise sans qu\u2019aucun plan de redressement d\u2019ensemble n\u2019ait jamais été produit ni même imaginé du côté de Québec, même par les gouvernements prônant la souveraineté.Difficile de penser alors que l\u2019hymne national, véritable « lieu de mémoire » d\u2019un peuple, puisse loger quelque part dans une quelconque stratégie.Faut-il attendre enfin quelque chose du cinquième gouvernement du Parti québécois à ce chapitre ?Pour le moment, aucun indice n\u2019y laisse à penser.Dans ses vœux du début d\u2019année 2012 (Le Devoir, 30 décembre 2011), Lise Payette nous disait « souhaiter que le Québec ait le courage de prendre sa place dans le monde qui se refera sans lui s'il n'agit pas maintenant ».Elle ajoutait surtout qu\u2019il nous faut « trouver notre voix, car le temps nous est compté ».Sans doute sera-t-elle tentée de réutiliser la formule pour cette année 2013 qui commence.? 54 ARTICLES Luc Archambault NOUS SOMMES.Nous sommes poème impassible.Nous sommes ce que nous avons été.Nous sommes des arpenteur,es d\u2019inconnus.Nous sommes des embarqué,es, de frêles esquifs aveugles sur une mer immense et terrifiées.Nous sommes des débarqué,es sur le Continent du jamais vu européen.Nous sommes les Neufrançien,nes naufragé,es du scorbut.Nous sommes ce qui survit à la mortelle morsure de l\u2019hiver.Nous sommes ce qui a été construit pour survivre à l\u2019hiver.Nous sommes le printemps qui prépare l\u2019été.Nous sommes des coureurs des bois debout et couché en rivière, des coureuses des champs ; Nous sommes des défricheur,euses de terres de roches.Nous sommes des glaneur,euses d\u2019une seule récolte annuelle.Nous sommes des villages perdus au fin fond de gravelle, chaque famille isolée sur sa terre.Nous sommes des inventeur,es de patentes salvatrices.Nous sommes de grandes corvées de granges incandescentes.* Artiste, peintre, sculpteur, performeur, désigner, auteur et céramiste résidant et travaillant près de Québec. 55 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Nous sommes des défenseur,dresses rassemblées de temps en temps.Nous sommes des grimpeurs de rivières, des rameuses de montages.Nous sommes des conquérants de grands espaces et conquérantes de l\u2019espace/temps de l\u2019intime.Nous sommes des allié,es métissé,es de Premières nations accueillantes et salvatrices.Nous sommes des filles du Roy éduquées.Nous sommes du bois debout, abattu.Nous sommes des envahi,es.Nous sommes des trucidé,es gisant dans les sillons de nos champs incendiés.Nous sommes les Neufrançien,nes déporté,es de notre province d\u2019Acadie.Nous sommes les Cajuns de Louisiane.Nous sommes notre terre s\u2019abreuvant au sang vain répandu des nôtres.Nous sommes nos femmes violées sur le dos de nos vaches assassinées.Nous sommes des monceaux de pierres bombardées tout l\u2019été.Nous sommes une ville en ruines.Nous sommes un boulet serti dans le tronc d\u2019un érable flamboyant.Nous sommes des conscrit,es à la va-vite au petit matin du 13 septembre 1759, forcé,es à la rangée.Nous sommes des guérilléros maumarié,es.Nous sommes des vaincu,es par la hâte excitée et le défaut d\u2019UNION d\u2019un général tout sauf calme.Nous sommes une mère patrie inconséquente.Nous sommes notre bastille dans Québec occupée. 56 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Nous sommes un chevalier de Lévis à la victoire sans lendemain.Nous sommes des élites fuyant la déroute.Nous sommes le commun pris en otage.Nous sommes un peuple privé d\u2019élites.Nous sommes un peuple distinct du peuple de France né de l\u2019abdication de fait d\u2019un Souverain inconséquent.Nous sommes un peuple sans Souverain 30 ans avant la Révolution française.Nous sommes un peuple souverain 15 ans avant l\u2019Indépendance étatsunienne.Nous sommes des ombres de honte mâle ravalée.Nous sommes des ruines remises en état.Nous sommes des berceaux vengés par le ventre de nos épouses, de nos mères, de nos soeurs.Nous sommes des Conquérants conquis.Nous sommes un savoir ce que c\u2019est que d\u2019être Conquérants puis Conquis.Nous sommes des Conquérants qui refusons désormais de créer de nouveaux conquérants conquis.Nous sommes de rusé,es renard,es.Nous sommes le mur sur lequel se heurte et se bute l\u2019Empire.Nous sommes des collabos pour la forme et au fond que pour durer.Nous sommes encore là.Nous sommes les enfants de Durham, ceux qu\u2019il n\u2019a jamais voulu concevoir.Nous sommes puissances au point de faire mentir la fine fleur de l\u2019Empire assimilateur. 57 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Nous sommes contemplant cette fleur fanée.Nous sommes plus puissances que le plus puissant Empire de toute l\u2019histoire de l\u2019Humanité.Nous sommes 20 millions issues de la diaspora américaine au cœur brisé chassée par la famine.Nous sommes des salarié,es de misère expatriée de ses terres.Nous sommes des enfants de chœur studieux.Nous sommes des ursulines ambitieuses.Nous sommes des diplômes accrochés au mur mal isolés de nos parents sacrifiés.Nous sommes l\u2019espérance de nos aïeux et chères aïeules dépossédé,es.Nous sommes la somme de patientes couvées succédant plus forte à la précédente.Nous sommes de génération en génération une succession qui lègue plus qu\u2019elle n\u2019a reçu.Nous sommes porteur,euses de ce legs espérant.Nous sommes passeur,euses d\u2019une séculaire course à relais contre la montre de la disparition.Nous sommes les héritier,ières porteur,euses d\u2019une fière et patiente résistance.Nous sommes un inouï dire NON à l\u2019Empire qui du coup a NIÉ et NIE toujours notre avis souverain.Nous sommes capables de dire OUI à ce que nous sommes, distincts de la Couronne, hors d\u2019elle.Nous sommes ce dire vivant le cul assis su\u2019l bord d\u2019un fleuve océan.Nous sommes des Neufrançien,nes implanté,es en continu depuis 404 ans sur un cap diamant.Nous sommes les occupantes d\u2019un sol et sous-sol national d\u2019un Québec occupé.Nous sommes incapables de nous aligner en rangées. 58 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Nous sommes occupés à trouver comment être solidaires sans rangées.Nous sommes perpétuellement dérangés, déportés du centre de notre être.Nous sommes aux prises avec de jeunes et nouvelles élites en titre.Nous sommes des élites à peine constituées encore immatures et irresponsables.Nous sommes jeunes et heureux de l\u2019être.Nous sommes la diversité culturelle de l\u2019Humanité.Mous sommes les salamandres de l\u2019étang de la culture humaine.Nous sommes.que ça.Dans le sentiment d\u2019être, et non pas disparu,es.Nous sommes occupé,es à créer ce que c\u2019est que d\u2019être.sans être occupé,es. 59 ARTICLES Jacques Fournier* DÉTÉRIORATION DES SERVICES D'HÉBERGEMENT POUR LES AÎNÉS : POURQUOI ?Depuis plusieurs mois, les média font état d\u2019histoires d\u2019horreur dans plusieurs résidences pour aînés : décès par ébouillantement, morts suspectes, manque d\u2019hygiène, négligence dans les soins, nourriture de piètre qualité, personnel unilingue anglophone dans des résidences privées sous contrat avec le gouvernement, etc.Comment en sommes-nous arrivés là ?Pour bien comprendre les enjeux de l\u2019hébergement des aînés, il faut d\u2019abord faire un portrait global et un historique de l\u2019hébergement des personnes âgées en perte d\u2019autonomie.Distinguons quatre grands secteurs : \u2022\tles CHSLD (Centres d'hébergement et de soins de longue durée) publics et privés conventionnés ; \u2022\tles ressources intermédiaires, les RI, que l\u2019on pourrait qualifier de « secteur public privatisé » ; \u2022\tle secteur privé ; \u2022\tle secteur communautaire et coopératif.Dans un premier temps, nous ferons un portrait de ces quatre secteurs.Puis nous traiterons de quelques enjeux * Organisateur communautaire retraité 60 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 du soutien à domicile, enjeux qui sont directement reliés à l\u2019hébergement.Nous terminerons par huit pistes d\u2019action.Les CHSLD publics et « privés conventionnés » Ce secteur réunissait 39 400 lits en 2010.En 1992, il y avait 46 100 lits de CHSLD dans tout le Québec1.Donc on constate une diminution de plus de 6 000 lits en 18 ans.Uniquement à Montréal, 1700 lits de CHSLD ont été fermés depuis 2006, soit une baisse de 12 %2.On observe une contradiction importante : le gouvernement ferme des lits de CHSLD alors que la liste d\u2019attente est impressionnante.Au Québec, 7209 personnes attendent une place en CHSLD.A Montréal, 2470 personnes sont en attente mais il faut bien analyser cette liste : 1420 personnes attendent à domicile avec des services insuffisants, tandis que 450 personnes attendent dans un hôpital de courte durée et 600 personnes veulent changer de CHSLD.La situation la plus difficile est celle vécue par les personnes et les familles qui attendent à domicile qu\u2019une place en CHSLD se libère.Une place en CHSLD coûte en moyenne, annuellement, 60 000 $.Nous verrons plus loin la différence de coûts avec les ressources intermédiaires.Dans les CHSLD et les RI, les usagers contribuent en fonction de leurs revenus, ce qui est une formule équitable.Les usagers des CHSLD paient entre 1017 $ et 1637 $ par mois.Ceux des RI versent entre 1017 $ et 1150 $ par mois.1\tMélanie Malenfant, « Les mutations qui touchent l\u2019hébergement des personnes âgées au Québec : impacts sur la clientèle et la main-d\u2019œuvre », Revue Vie économique, sept.2011, http ://www.eve.coop/ ?a=iio .2\tTommy Chouinard, « Plus de 1700 lits en CHSLD fermés à Montréal depuis 2006 », La Presse, 17 janvier 2011. L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 En plus des CHSLD publics, il existe ce qu\u2019on appelle un petit nombre de CHSLD « privés conventionnés ».Les bâtiments sont la propriété d\u2019une compagnie privée mais le gouvernement lui donne des subventions per capita telles que les employés y sont aussi décemment rémunérés que dans les CHSLD publics.Ainsi, les préposés aux bénéficiaires y reçoivent entre 18 $ et 20 $ de l\u2019heure, ce qui permet d\u2019y avoir un taux de rotation qui ne soit pas anormalement élevé, comme nous le verrons plus loin dans le cas des ressources intermédiaires où le personnel est sous-rému-néré.Par contre, il n\u2019est pas assuré que l\u2019on trouve, dans ces CHSLD « privés conventionnés », un ratio de personnel aussi élevé qu\u2019en CHSLD public et que le personnel y ait une qualification aussi élevée.Pour complexifier le portrait, le gouvernement a lancé récemment la formule des CHSLD en PPP, pour économiser, dit-il, alors que des études montrent que cela coûte plus cher.Une étude récente de la firme MCE Conseils3 a démontré que le CHSLD St-Lambert-sur-le-Golf, construit en PPP, va coûter 60 millions $ de plus au Trésor public que si ce CHSLD avait été construit en mode public, comme auparavant.L\u2019étude conclut aussi que le budget de 203 millions sur 25 ans consenti au CHSLD Saint-Lambert-sur-le-Golf ne tient pas la route et devra nécessairement être revu à la hausse, soit à 287 millions.Parce que la clientèle va s\u2019alourdir avec le temps, ce qui forcera une bonification des 3,44 heures de soins par jour par patient négocié avec le propriétaire.L\u2019étude commandée par la CSN fait aussi valoir que les bas salaires devront être rehaussés pour assurer la continuité des soins en cette période de pénurie de personnel qualifié.Depuis l\u2019ouverture, on évalue le taux de roulement du 3 Synthèse de l\u2019étude de MCE Conseils.http ://www.ledevoir.com/ documents/pdf/CHSLDsynthese210411.pdf 62 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 personnel à 44 %.C\u2019est plus du double de ce qu\u2019on retrouve normalement.Une émission Enquête, diffusée à Radio-Canada, a illustré l\u2019impact négatif de tout ceci sur la quantité et la qualité des services offerts aux usagers.Le gouvernement Charest planifie de construire encore quatre nouveaux CHSLD en PPP, trois en Montérégie, un à Laval.Ne serait-il pas préférable que le gouvernement, s\u2019il ne veut pas construire des CHSLD publics à cause du coût de l\u2019investissement initial, crée alors de nouveaux CHSLD « privés conventionnés », ce qui serait un moindre mal ?Lors de l\u2019émission Enquête de Radio-Canada, sur le PPP au CHSLD St-Lambert-sur-le-Golf, Yvan Gendron, le pdg de l\u2019Agence régionale de la Montérégie, dans une scène surréaliste, a déclaré qu\u2019il n\u2019y avait pas de problème.Il avait envoyé au CHSLD un employé qui a examiné les colonnes de chiffres.Ce dernier lui a dit que « les chiffres balançaient » et que c\u2019était conforme au contrat.Ils n\u2019ont pas enquêté ni auprès des usages, ni auprès de leurs familles, ni auprès du personnel.La Nouvelle Gestion Publique, la NGP, ça consiste à ne pas aller sur le terrain, à regarder les colonnes de chiffres et à dire que tout va bien.Surréaliste, n\u2019est-ce pas ?Une dizaine de familles de personnes hébergées au CHSLD St-Lambert-sur-le-Golf ont publié une lettre courageuse dans La Presse, dénonçant la situation4.Réaction du ministère : on va déplacer vos parents dans un autre CHSLD, si vous le voulez.Donc, au lieu de reconnaître le problème, le ministère tente d\u2019isoler les familles contestataires.Il voudrait montrer que le problème n\u2019est pas collectif mais causé par un petit nombre de récalcitrants.N\u2019est-il pas odieux de manipuler ainsi les familles qui sont conscientes des problèmes structurels causés par les PPP ?Si les usa- 4 « Vaut-il mieux avoir quatre pattes ?», La Presse, 17 mai 2011. 63 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 gers soutenus par ces familles déménagent, les problèmes demeureront évidemment présents pour tous les usagers qui n\u2019auront pas changé de CHSLD.Un rapport d\u2019une conseillère clinique, Reine Martin5, confirme les lacunes constatées par les familles.L\u2019Agence régionale et le CHSLD mettront-ils en place les correctifs demandés ?Notons enfin ce que la journaliste Kathleen Lévesque a écrit dans Le Devoir du 27 septembre 2010 : « Les quatre administrateurs qui dirigent le premier établissement de santé au Québec construit en partenariat public-privé (PPP) sont de généreux contributeurs du Parti libéral du Québec.Leurs dons, qui totalisent 58 600 $, ont pris de l'ampleur au fur et à mesure que se concrétisait le choix du gouvernement pour les PPP6.» Les ressources intermédiaires, que l\u2019on pourrait qualifier de « secteur public privatisé » Les ressources intermédiaires ne sont pas une création récente, elles existent depuis des années.Elles sont regroupées en deux catégories, les 9 places et moins (gérées par une personne physique) et les 10 places et plus (gérées par une personne morale).Les RI font partie de ce que le gouvernement appelle dans son jargon les « ressources non-institutionnelles » (RNI) qui regroupent aussi ce qu\u2019on désignait autrefois comme les « familles d\u2019accueil ».Dans un accès de technocratie, le gouvernement a décidé d\u2019appeler dorénavant ces dernières des « ressources de type familial » (RTF).On n\u2019arrête pas le progrès ! En fait, le gouvernement a décrété que, dans les cas des jeunes, c\u2019est adéquat de les appeler « familles d\u2019accueil », mais que pour 5\tCommuniqué de l\u2019AQDR sur CNW Telbec, 20 septembre 2011.6\tKathleen Lévesque, « PPP en santé : de généreux dons au PLQ », Le Devoir, 27 septembre 2010. 64 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 les aînés, il fallait parler de « résidences d\u2019accueil ».En 2006, au Québec, il y avait environ 2400 personnes âgées hébergées dans des résidences d\u2019accueil.Il existe aussi des familles d\u2019accueil et des ressources intermédiaires de petite taille pour diverses autres clientèles : jeunes, personnes ayant un handicap, etc.Les RI de 10 places et plus existent depuis un bon moment mais le gouvernement a décidé, sans consultation véritable, de forcer leur multiplication, tout simplement en décrétant que les CHSLD limiteraient leur clientèle à des personnes nécessitant trois heures de soins par jour, alors qu\u2019auparavant les CHSLD admettaient des personnes ayant besoin de deux heures, puis ensuite de deux heures et demi de soins par jour.Les RI héritent donc des personnes ayant besoin entre deux heures trente et trois heures de soins, tandis que les CLSC doivent aider à garder à domicile les personnes nécessitant « moins de deux heures et demi de soins par jour sans surveillance ».L\u2019Agence de Montréal avait décidé de limiter les RI à des établissements entre 25 et 40 lits chacun mais l\u2019entreprise privée entendait plutôt offrir des bâtiments allant jusqu\u2019à 90 lits : l\u2019Agence a aussitôt accepté.Qui décide de l\u2019organisation publique des soins au Québec ?Est-ce l\u2019entreprise privée7 ?Le gouvernement favorise les RI parce qu\u2019une place y coûte en moyenne 35 000 $ par an, comparativement à 60 000 $ pour une place en CHSLD.Cela est rendu possible par le fait que les employées des RI sont mal payées : elles gagnent entre 10,50 $ et 13 $ l\u2019heure (en moyenne autour de 12 $), soit à peine plus que le salaire minimum.Plusieurs vivent sous le seuil de la pauvreté.Malgré leur dévouement, elles sont débordées parce qu\u2019elles sont en moins grand nombre que dans les CHSLD.7 Ariane Lacoursière, « Ressources intermédiaires : un propriétaire omniprésent », La Presse, 16 février 2011. 65 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 De plus, elles sont souvent moins bien formées.Leur taux de rotation est élevé.82 % du personnel des ressources privées est féminin : concrètement, la privatisation, c\u2019est l\u2019appauvrissement garanti des femmes.Les préposées ont une moyenne d\u2019âge de 44 ans et une moyenne d\u2019ancienneté de 4 ans.Il a été constaté dans certaines RI que du personnel unilingue anglophone est affecté au service de bénéficiaires francophones.A noter qu\u2019il faut aussi considérer un coût supplémentaire à ajouter aux 35 000 $ : en effet, ce sont les CSSS qui doivent fournir aux RI le personnel infirmier externe et le personnel de réadaptation externe (physiothérapie, etc.).La politique néo-libérale du gouvernement Charest est claire : il encourage l\u2019accroissement des écarts de revenus entre les riches et les moins nantis en favorisant la création d\u2019emplois sous-payés.Tout cela sur un fond de discours catastrophiste : « Nous sommes en déficit, il y a de plus en plus de vieux, on n\u2019a pas les moyens », alors que de nombreuses études, dont celles de l\u2019Institut de recherche et d\u2019information socio-économiques (IRIS)8, entre autres, montrent qu\u2019une taxation appropriée générerait des fonds suffisants pour offrir des services publics de qualité à toutes et à tous.Une recherche récente, menée par Margaret McGregor et Lisa Ronald de l\u2019Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), démontre qu\u2019il y a davantage de chances d\u2019avoir des services de moins bonne qualité dans les établissements privés de soins aux aînés, que dans les établissements publics9.Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a fait réaliser des études qui vont dans le même sens.8\tEve-Lyne Couturier, Simon Tremblay-Pepin et Philippe Hurteau, IRIS, Budget 2010 : Comment financer les services publics ?9\tRésumé de l\u2019étude de l\u2019IRPP http ://www.irpp.org/fr/summary.php ?id=359 66 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Au 31 mars 2010, il y avait 5 850 personnes âgées en RI au Québec mais le gouvernement veut en augmenter considérablement le nombre au cours des prochaines années.Le gouvernement veut faire en sorte qu\u2019il y ait un ratio de 0,8 lits en RI par 100 personnes de plus de 65 ans, ce qui donnerait 10 032 places en RI.Les RI constitueraient une formule appropriée pour les personnes en moyenne perte d\u2019autonomie si deux conditions étaient remplies : premièrement, si elles gardaient une taille humaine et raisonnable (un maximum de 40 lits, tel que prévu au départ) et deuxièmement, si elles étaient des établissements publics, et non pas des PPP (partenariats public-privé).Ne sommes-nous pas capables, comme société, de relever ce défi ?Les entreprises privées plaident qu\u2019il leur faut une masse critique de lits pour être rentables.Est-ce que les contraintes de l\u2019entreprise privée ont plus de poids que les besoins des personnes âgées ?Pourquoi ne pas recourir à la formule des établissements de petite taille, au « small is beautiful » que plusieurs économistes considèrent rentable, efficace, performante et plus acceptable au plan humain ?3.Le secteur privé Le secteur privé est, de loin, celui qui offre le plus de places.En 2009, il y avait 2181 résidences privées avec services, desservant plus de 100 000 personnes.Dans les résidences privées, tous les coûts sont à la charge de l\u2019usager.Plusieurs familles, épuisées d\u2019attendre une place dans le secteur public, sont contraintes d\u2019aller dans le secteur privé et d\u2019y laisser leur chemise.Le processus de certification des résidences privées devrait être terminé en juin 2009.En février 2011, 30 % des rési- 67 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 dences de Montréal ne sont toujours pas certifiées.À noter que 17,6 % de la population âgée de 75 ans et plus, au Québec, plus du double de la moyenne canadienne, habite en résidence privée.Avec la nouvelle loi 16, le gouvernement va accroître, à juste titre, ses exigences pour qu\u2019une résidence soit certifiée et qu\u2019elle offre une meilleure garantie de services de qualité.Les services offerts seront mieux précisés et les résidences devront répondre à des critères pour être certifiées.Il y aura deux catégories : -\tles résidences privées pour aînés autonomes, -\tles résidences privées pour aînés semi-autonomes.La meilleure façon de s\u2019assurer que les services offerts dans votre résidence soient adéquats, c\u2019est un créer un comité de résidents, aussi appelé Comité de milieu de vie (CMV).La loi 16 prévoit que la création d\u2019un CMV sera obligatoire, dès que la réglementation à cet effet sera adoptée.L\u2019Association québécoise pour la défense des droits des retraités (AQDR)10 fait la promotion de la création de CMV dans chacune des résidences pour aînés au Québec.4.Le secteur communautaire et coopératif Il existe au Québec des obnl (organismes à but non lucratif) et des coopératives d\u2019hébergement pour les personnes âgées.Mais ces organismes, sauf exceptions, offrent seulement l\u2019hébergement et non des services variés aux personnes en perte d\u2019autonomie.Et il y a une raison à cela : les organismes devraient facturer à leurs membres les coûts directs des services, ce qui n\u2019est pas avantageux.Quelques 10 www.aqdr.org 68 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Offices municipaux d\u2019habitation (OMH), comme celui de Montréal, offrent un certain nombre de logements avec des services, mais ce n\u2019est évidemment pas la gamme complète des services de soutien à domicile.Environ 20 % des RI sont des obnl ou des coops, qui existent depuis plusieurs années.Incidemment, il faut noter que les obnl et les coopératives seraient admissibles, tout comme les compagnies privées, à devenir des nouvelles RI.Pourquoi ne le font-elles pas maintenant ?Deux raisons.Il y a d\u2019abord les coûts d\u2019immobilisation qui sont énormes.Depuis 1990, le gouvernement fédéral s\u2019est pratiquement retiré du financement des immobilisations dans le secteur du logement communautaire.Deuxièmement, avec une somme de 35 000 $ par bénéficiaire, les obnl et coops ne seraient pas en mesure de verser des salaires décents aux employées.Qui serait motivé, dans le contexte actuel, à devenir bénévolement membre du c.a.d\u2019un obnl ou d\u2019une coop qui sous-rémunère son personnel ?C\u2019est une contradiction par rapport aux valeurs du monde communautaire et coopératif.Tout cela nous donne le portrait général suivant : où résident les 65 ans et plus ?\u2022\t87,6 % en domiciles conventionnels \u2022\t8,7 % en résidences privées avec services \u2022\t0,7 % en ressources intermédiaires et ressources de type familial \u2022\t3 % en CHSLD. 69 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Le soutien à domicile Un mot sur le soutien à domicile, parce qu\u2019il y a une interrelation entre l\u2019hébergement et le soutien à domicile.Car pourquoi les familles veulent-elles parfois prématurément de l\u2019hébergement ?Parce qu\u2019il n\u2019y a pas suffisamment de soutien à domicile ! Il leur faut alors chercher de l\u2019hébergement dans un contexte de crise.L\u2019Institut canadien d\u2019information sur la santé (ICIS) a rendu publique, le 22 mars 2007, une étude de 40 pages sur le financement public des services à domicile au Canada.On y constate que le Québec occupe l\u2019avant-dernière place des provinces, avant l\u2019Ile-du-Prince-Edouard, concernant le financement public qu\u2019il accorde aux services à domicile.Il consacre seulement 91,66 $ par habitant, comparativement à une moyenne canadienne de 105,29 $.Mais, rassurez-vous, nos problèmes tirent à leur fin.En effet, le gouvernement Charest a annoncé des mesures incroyablement généreuses dans le dernier budget Bachand.Jugez-en par vous-mêmes.Le gouvernement du Québec a annoncé, le 3 mars 2011, l\u2019ajout de 150 millions pour l\u2019ensemble des services aux aînés en 2011-2012.En 2012-2013, il y aura un autre ajout de 50 millions $ pour un nouveau total récurrent de 200 millions $ de plus par an.Apparemment, c\u2019est une bonne nouvelle.Mais voilà le genre d\u2019annonce gouvernementale qu\u2019il faut analyser finement pour voir ce qui en est réellement.Le gouvernement a rendu publique la répartition du total des 200 millions $ de la deuxième année.En voici les plus gros postes : \u2022\t200 places pour les unités de convalescence ; \u2022\t2500 nouvelles places en ressources intermédiaires ; \u2022\t800 nouvelles places en CHLSD ; \u2022\t45 millions $ en maintien à domicile. 70 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Ces sommes seront surtout investies dans les régions de Laval, Laurentides, Lanaudière et Montérégie.Il y aura donc un développement de 45 millions $ pour le maintien à domicile.Or, divers experts (entre autres Yves Vaillancourt et Réjean Hébert11) estiment que c\u2019est entre 300 et 500 millions $ qu\u2019il faudrait ajouter aux budgets actuels des services à domicile pour répondre aux besoins constatés.Donc, le besoin : une moyenne de 400 millions $ de plus.La réponse : 45 millions $ de plus seulement.Quelques chiffres très récents : le Regroupement montréalais des établissements de santé demande 13 millions $ au ministère de la Santé pour les services à domicile dans la métropole12.Le directeur de la branche montréalaise de l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Alexandre Bourdeau, estime qu'il s'agit d'un montant minimum pour désengorger la liste d'attente en services à domicile, qui s'établissait à plus de 8000 personnes au 31 mars 2011.Le soutien à domicile ne reçoit que 18 % du budget total des services aux personnes âgées en perte d\u2019autonomie.C\u2019est une proportion insuffisante.Si on mettait davantage d\u2019argent dans le soutien à domicile, on aurait besoin de moins de ressources dans l\u2019hébergement lourd.Et c\u2019est le premier choix des personnes et des familles, de rester à la maison.Chiffres controversés Petite controverse concernant les chiffres des services à domicile pour les aînés.Dans Le Devoir du 16 décembre 11 La Presse, « Conditions de vie des aînés, priorité aux soins à domicile », 6 mars 2008.12 Radio-Canada, 6 octobre 2011. 71 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 201113, le Dr Réjean Hébert, de l\u2019Université de Sherbrooke, plaide pour un financement accru des services à domicile destinés aux aînés.La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, réplique au Dr Hébert dans Le Devoir du 22 décembre14, car elle n\u2019est pas d\u2019accord avec son analyse des sommes réellement investies dans les services à domicile.Le Dr Hébert dit que le MSSS y investit un peu plus de 400 millions $ annuellement, alors que Mme Blais allègue que c\u2019est la somme de 587 millions $ qui y est consacrée.Or le chiffre plus élevé de Mme Blais inclut peut-être erronément certains montants.Si on analyse les données précises du budget 2011-2012, c\u2019est plutôt une somme de l\u2019ordre de 463 millions $ qui irait aux aînés au titre des services à domicile.Comment expliquer cette différence ?Peut-être parce que Mme Blais inclut dans son total des montants qui ne devraient normalement pas y être, comme le montant investi dans le PEFSAD (Programme d\u2019exonération financière pour les services d\u2019aide domestique).Ce montant était de 58 millions $ en 2009-2010.Il faut noter que seulement 67 % du PEFSAD va aux 65 ans et plus (au 31 mars 2009).Qu\u2019est-ce qui peut faire croire que Mme Blais a inclus le PEFSAD dans son total ?Elle mentionne «50 millions $ » comme somme nouvelle ajoutée aux services à domicile en mars 2011.Or ces 50 millions incluent justement 5 millions $ de plus pour les entreprises d\u2019économie sociale en aide domestique, les EESAD.Elle aurait donc récemment pris l\u2019habitude d\u2019ajouter systématiquement le PEFSAD aux 13\tRéjean Hébert, « Soins à domicile : passons de la parole aux actes ».14\tMarguerite Blais, « Soins à domicile : le Québec fait des efforts colossaux ». 72 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 grands totaux, contrairement aux calculs faits par l\u2019Institut canadien d\u2019information sur la santé (ICIS) quand ce dernier compare les provinces canadiennes.La ministre insiste aussi lourdement sur le crédit d\u2019impôt remboursable pour les services à domicile.Or ce crédit d\u2019impôt ne bénéficie pas aux plus démunis, mais à la classe moyenne (le crédit diminue lorsque le revenu familial dépasse 52 080 $), celle qui a les moyens de payer 70 % des coûts, le crédit d\u2019impôt étant de 30 %.Il existe aussi une autre source possible de confusion : les services à domicile des aînés ne sont qu\u2019une composante de l\u2019ensemble des services à domicile.Ces derniers, plus larges, comprennent aussi, par exemple, les services des infirmières à domicile pour les soins postopératoires et post-hospitalisation (dont les moins de 65 ans), le soutien à domicile des personnes handicapées, etc.Le grand total des services à domicile était de 982 millions en 2008-2009.Il y a peut-être parfois confusion dans l\u2019affectation précise de certaines sommes.Autre élément qui rend difficile l\u2019analyse des données : à compter de 2008, le gouvernement Charest avait annoncé 80 millions $ de plus par année pendant cinq ans pour les services à domicile, mais on n\u2019a pas vu le versement concret de cette somme après 2009.De plus, on ne trouve pas dans les données accessibles au public sur Internet les sommes « réellement nouvelles » qui ont été affectées aux services à domicile des aînés pour les années 2009 à 2011.Que de travail pour comprendre les données réelles ! Et on garde le désagréable sentiment d\u2019être parfois un peu mani- 73 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 La nouvelle gestion publique (NGP) Les média rapportent aussi, avec raison, qu\u2019il y a des problèmes dans la qualité des services dispensés dans les CHSLD publics.Quelles en sont les causes principales ?Le secteur public de la santé a adopté depuis une vingtaine d\u2019années une nouvelle philosophie de gestion qu\u2019on appelle la nouvelle gestion publique, la NGP.Ce type de gestion s\u2019inspire de l\u2019entreprise privée : augmenter la performance, revoir les processus d\u2019organisation des services, etc.En théorie, c\u2019est beau.En pratique, on ne gère pas des lits de CHSLD comme une usine de petits pois.Sur le terrain, les intervenantes, infirmières, travailleuses sociales, ont l\u2019impression d\u2019être pressées comme des citrons.Elles passent beaucoup de temps à remplir des statistiques au détriment des services à la clientèle.Le nombre de cadres augmente, le personnel soignant diminue.En théorie, la NGP prévoit que le personnel est consulté et que ses suggestions sont prises en compte.Sur le terrain, ce n\u2019est pas ce qu\u2019on constate : le personnel a l\u2019impression d\u2019être consulté pour la frime.Les professeurs Claude Larivière de l\u2019Université de Montréal15 et Angelo Soares de l\u2019UQAM16 ont bien montré, chacun de leur côté, le fossé entre le discours de la NGP et les résultats observés sur le terrain.Le secteur public doit améliorer ses méthodes de gestion, bien sûr, mais en se basant sur l\u2019éthique publique et non sur les logiques commerciales.Le gouvernement doit adopter une approche scientifique et non idéologique dans ce dossier.Les solutions apportées par les ministres Blais et Vien (plus d\u2019inspecteurs, plus de contrôles, etc.) ne s\u2019attaquent pas au coeur du problème.Les problèmes sont structurels et vien- 15\tClaude Larivière, « Les risques de la nouvelle gestion publique pour l\u2019intervention sociale ».Texte présenté lors du premier congrès international francophone du service social, Caen, juillet 2005.16\tAngelo Soares, La santé malade de la gestion, UQAM, mars 2010, 33 p. 74 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 nent de la place plus grande faite au secteur privé, ainsi que de l\u2019importation servile des méthodes de gestion du privé dans le secteur public.Il n\u2019est pas acceptable que l\u2019on permette au secteur privé de faire de l\u2019argent de façon abusive avec la maladie et la perte d\u2019autonomie des gens.Des contradictions On n\u2019en finit plus d\u2019aligner les contradictions du gouvernement dans ce dossier.La fermeture de lits de longue durée situés dans les hôpitaux de courte durée a créé de nombreux problèmes.L\u2019Agence héberge les personnes concernées d\u2019abord en lits d\u2019évaluation, puis en lits de transition et enfin dans des lits définitifs.Trois déménagements.C\u2019est inacceptable au plan humain.On peut vraiment parler de déshumanisation.En théorie, tout le monde est d\u2019accord avec le fait de fermer les lits de longue durée qui sont situés dans les hôpitaux de courte durée.En pratique, ces lits n\u2019étaient-ils pas souvent des lits d\u2019évaluation, puis des lits de transition, évitant ainsi aux personnes d\u2019être déplacées deux fois avant d\u2019aboutir dans le lit approprié de CHSLD ?En voulant faire du « mur à mur », l\u2019Agence de Montréal nous prive souvent de solutions concrètes, pratiques et plus humaines.Concernant le soutien à domicile, les EESAD (entreprises d\u2019économie sociale en aide domestique) s\u2019inscrivent dans la même logique que les RI ; le gouvernement de départit de certaines de ses fonctions pour les faire assumer par des organismes qui embauchent de la main d\u2019oeuvre sous-payée.C\u2019est le cas de certaines EESAD qui ne se limitent pas à l\u2019entretien ménager mais qui glissent sur le terrain des services d\u2019hygiène, comme les bains, qui sont de la responsabilité des CLSC. 75 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Les « petits extras » La privatisation a posé un certain nombre de problèmes récemment au Québec.Dans le cas du CHSLD en PPP à St-Lambert, le propriétaire, qui était le plus bas soumissionnaire, s\u2019est publiquement demandé si le gouvernement ne devrait pas lui donner davantage d\u2019argent que stipulé au contrat parce que la clientèle est, selon lui, plus lourde que prévu.Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?Dans le secteur de la construction des routes, on a constaté récemment que le plus bas soumissionnaire s\u2019empressait de demander des « petits extras » pour arrondir sa bourse.C\u2019est la logique de l\u2019entreprise privée qui ne jure que par les profits.Qui a dit que les « petits amis » du gouvernement ne seraient pas, eux aussi, privilégiés dans l\u2019attribution des contrats ?Devrions-nous fermer les yeux ?Quand un viaduc s\u2019écroule, c\u2019est toujours difficile et long de savoir qui en est responsable.Quand une personne âgée meurt ébouillantée, c\u2019est également long et difficile de savoir quelle en est la cause.Souvent on constate qu\u2019il y a eu négligence dans un contexte où la priorité est de faire davantage et rapidement des profits.Quelles actions pouvons-nous mener comme citoyens et citoyennes ?Huit pistes d\u2019action sous forme de questions : Ne devrions-nous pas nous informer davantage pour mieux comprendre comment nous en sommes arrivés là ?Ensuite, ne devrions-nous pas faire pression, individuellement et collectivement, pour que la situation ne se détériore pas davantage ?N'est-il pas temps de mettre fermement fin à la privatisation des services publics ?Ne devrions-nous pas nous opposer aux déménagements multiples des bénéficiaires : d\u2019abord en lits d\u2019observation, 76 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 ensuite en lits de transition et enfin en lits définitifs ?Ces déménagements successifs ont de nombreux impacts négatifs sur des personnes fragiles.Comment assurer le respect des contrats bel et bien signés par les promoteurs ?Comme s\u2019assurer que les Agences régionales et les CSSS (Centres de santé et de services sociaux) exercent effectivement leur rôle de surveillance ?(par exemple, le cas pénible de la Résidence Marquette à Montréal17) ?Comment les Agences et les CSSS vont-ils assurer la qualité des services dans les RI s\u2019ils n\u2019arrivent pas à le faire dans le premier CHSLD en PPP ?Comment pouvons-nous voir au suivi concret des plaintes que nous faisons via les mécanismes de plaintes ?Quelle est la nature du lien réel entre le commissaire aux plaintes local du CSSS et l\u2019exploitant d\u2019une RI (un sous-contractant) ?Comment pouvons-nous être actifs dans les sous-comités d\u2019usagers, qui sont une composante du grand comité des usagers du CSSS de qui relève la RI ?En fait, les usagers et leurs représentants doivent être pro-actifs et exiger la mise sur pied d\u2019un sous-comité en ce qui concerne leur RI, ou du moins avoir un délégué des usagers de la RI dans le grand comité des usagers du CSSS.Ils doivent être prêts à y être présents et à y consacrer du temps.Pourquoi ne pas nous impliquer dans les Comités de milieu de vie (CMV) dans les résidences privées ?17 Tommy Chouinard, « Des aînés dans un état lamentable », La Presse, 2 février 2011 ; « Un rapport accablant pour le CSSS Jeanne-Mance », La Presse, 28 mai 2011. 77 ARTICLES Paul-Émile Roy* UN COMBAT QUI N\u2019EST PAS LIVRÉ ! En 1970, Pierre Vadeboncoeur écrivait dans La Dernière heure et la première : « Ce qu\u2019il y a de nouveau pour nous dans le temps actuel, c\u2019est que nous ne sommes plus portés par l\u2019histoire et que, pleinement pour la première fois peut-être, nous avons à décider de demeurer ou de partir ».Ce que Vadeboncoeur écrivait alors, il y a quarante ans, est encore plus juste aujourd\u2019hui, plus pressant, plus alarmant.Le Québec actuel n\u2019est pas porté par l\u2019histoire.Il n\u2019est pas non plus en marge de l\u2019histoire comme il l\u2019était dans la société traditionnelle.Il pouvait alors se contenter de « survivre », en marge des grandes forces d\u2019assimilation de la société contemporaine.Mais depuis le milieu du vingtième siècle, avec l\u2019avènement de la société industrielle, le développement fulgurant des moyens de transport et surtout l\u2019éclatement de toutes les frontières provoqué par le développement des médias, le Québec n\u2019est plus isolé, il n\u2019est plus protégé par ses institutions, la paroisse, l\u2019éducation, l\u2019Église.Il n\u2019a de chance de survie que s\u2019il se prend en main, que s\u2019il s\u2019assume lui-même, que s\u2019il décide de rester lui-même.Dans ce petit livre qui est un chef-d\u2019oeuvre, Vadeboncoeur écrivait encore : « Il y a ceci de tout à fait nouveau : langue, culture, liberté et pouvoir sont aujourd\u2019hui absolument * Ecrivain, membre émérite de la Ligue d'action nationale 78 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 indissolubles.Il n\u2019y aura plus un jour ici de langue et de culture françaises, de liberté et de pouvoir, que munis de toute la force politique à laquelle nous puissions prétendre ».Le livre de Vadeboncoeur a été écrit il y a quarante ans.Il lançait un cri d\u2019alarme qui n\u2019a pas été entendu.La conscience politique des Québécois est plus faible, plus somnolente que jamais.Montréal, la plus grande ville du Québec est en train de devenir une ville anglaise.Aux dernières élections fédérales, les Québécois ont mis au pouvoir des fédéralistes qui n\u2019ont aucun souci des intérêts du Québec.Jamais la conscience nationale des Québécois n\u2019a été aussi flageolante.Après deux siècles de résistance, deux siècles pendant lesquels tout ce qu\u2019il pouvait c\u2019était de durer, de survivre, quand arrive le moment de la libération, il se résigne, il se détourne de lui-même, il consent à disparaître.Il faut essayer de comprendre cette dégringolade qu\u2019a connue le Québec dans le dernier quart du vingtième siècle et la première décennie du vingt-et-unième.Il faut essayer de comprendre comment nous avons pu en arriver à la léthargie nationale dans laquelle nous somnolons actuellement.Mon diagnostic est très simple.Ce que nous vivons actuellement, c\u2019est une nouvelle capitulation, une démission radicale que la majorité des Québécois assument avec une pusillanimité innommable et une inconscience incommensurable.Vers 1960, il s\u2019est passé au Québec une prise de conscience historique qui permettait de tout espérer.Le « Désormais » de Paul Sauvé, le « Maître chez-nous » de Jean Lesage, le « Égalité ou indépendance » de Johnson, le « Québec aux Québécois » du PQ, le discours de certains de nos artistes et de certains de nos intellectuels, l\u2019ardeur de la jeunesse, 79 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 tout laissait entendre que le moment était arrivé d\u2019échapper aux avanies que l\u2019histoire nous avait réservées.Que s\u2019est-il donc passé pour que ce vouloir-vivre, cette poussée révolutionnaire se dissolvent dans l\u2019informe, dans le brouhaha de l\u2019actualité ?Mon interprétation de cette catastrophe est très simple.L\u2019indépendance du Québec ne pouvait pas se réaliser de façon spontanée, par le simple jeu des discussions politiques routinières.Elle ne pouvait se réaliser que par le moyen d\u2019une lutte difficile, énergique, patiente.Elle ne pouvait être que le résultat d\u2019un combat ardu, obstiné, têtu.Or nos hommes et nos femmes politiques, qui parlaient d\u2019indépendance, s\u2019imaginaient qu\u2019elle se ferait toute seule.Ils ne la voyaient pas comme le résultat d\u2019une bataille patiente, longue, héroïque.Ils semblent avoir ignoré dans quelles conditions s\u2019est faite l\u2019indépendance des États-Unis, de la centaine et plus de pays qui depuis cent-cinquante ans ont fait leur indépendance en Amérique, en Afrique, en Asie.De plus, il est bien évident que sous des apparences de démocratie et de libéralisme, le Canada est un tronçon de l\u2019Empire britannique qui a bien montré en 1837, 1840, 1867, 1982, etc., que les droits démocratiques du Québec ne pèsent pas lourd quand les prétentions et l\u2019autorité de l\u2019Empire sont mises en question.Ajoutons à cela que ce n\u2019est pas le Québec qui a besoin du Canada, mais le Canada qui a besoin du Québec.Sans le Québec, le Canada n\u2019existerait pas.Il éclaterait et serait avalé par les États-Unis.Le Canada s\u2019oppose à l\u2019indépendance du Québec, et en même temps, il ne veut pas que le Québec reste lui-même.Donc, ce qui me semble évident, c\u2019est que pour le Québec, à la fin du vingtième siècle, le moment était venu de faire 8o L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 l\u2019indépendance s\u2019il voulait continuer à exister.Il a entretenu ce rêve pendant quelques décennies, mais n\u2019a pas osé le réaliser.Ce qui me semble évident, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas compris que l\u2019indépendance ne nous serait pas reconnue spontanément, qu\u2019elle serait le résultat d\u2019un rude combat ou ne serait pas.Ce sont nos hommes politiques qui sont responsables de cet échec, qui ont été pusillanimes ou inconscients, naïfs et irrésolus, n\u2019osant jamais aller au bout de leurs convictions, n\u2019osant jamais relever les défis qui s\u2019imposaient, ne comprenant pas, semble-t-il, que l\u2019indépendance du Québec ne serait le résultat que d\u2019une longue et rude bataille politique, que la violence même ne serait peut-être pas évitée le jour où la volonté de liberté s\u2019affirmerait avec énergie.Nos hommes politiques ne semblent pas avoir conscience de la véritable situation dans laquelle nous nous trouvons.Ils ne s\u2019aperçoivent pas qu\u2019ils ont devant eux un adversaire déterminé.Hubert Guindon disait : « Je pense que nous n\u2019avons pas du tout fait nos classes.Nous n\u2019avons pas appris que l\u2019Angleterre n\u2019a jamais rien cédé, et ce sont les fils de l\u2019Angleterre que nous avons en face nous ».De toute façon, il fallait livrer le combat de l\u2019indépendance, mais il n\u2019a pas été livré.En 1982, au moment du rapatriement unilatéral de la Constitution refusé à l\u2019unanimité par l\u2019Assemblée nationale, les conditions étaient réunies pour entreprendre la démarche de l\u2019indépendance.Il fallait refuser l\u2019intrusion de l\u2019Empire dans notre vie démocratique, porter la cause devant la communauté internationale, formuler nos revendications, les formuler de façon précise, les faire voter par l\u2019Assemblée nationale.Au lieu de cela, nous avons laissé passer l\u2019occasion, nous avons capitulé.Et ce n\u2019est pas Robert Bourassa qui allait mener le combat ! L\u2019histoire de Meech est une vraie honte.Dans cette affaire, Robert Bourassa a été d\u2019une bassesse innommable.En 1995, nouvelle occasion de nous ressaisir.Nouvelle capitulation.Un référendum volé ?Y a rien là ! Passons à autre chose ! L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 L\u2019indépendance, dis-je, ne pouvait être le résultat que d\u2019un combat ardu, ferme, méthodique.Nous ne l\u2019avons pas livré.Nous ne l\u2019avons pas livré dans l\u2019arène politique.Nous ne l\u2019avons pas livré non plus dans l\u2019arène sociale.L\u2019histoire de Mirabel est une véritable ignominie.On a exproprié des gens qui cultivaient les terres familiales depuis des générations.On a construit un aéroport qui devait être, au dire de Trudeau lui-même, la porte de l\u2019Amérique du Nord.Mais Trudeau a dû apprendre que ce n\u2019est pas Ottawa qui dirige ce pays, mais Toronto.Mirabel a été transféré à Toronto.Une véritable infamie, une insulte pour le Québec.Nos hommes politiques ont assisté au dépeçage de l\u2019aéroport sans protester.Il y avait là une bataille à livrer, une occasion de faire prendre conscience aux Québécois du traitement que leur réserve le Canada.Il ne s\u2019est à peu près rien passé.Même capitulation devant la fermeture de GM à Boisbriand et son transfert en Ontario.Et si on parlait de la loi 101 qui a été triturée par la Cour Suprême sans que nos hommes et nos femmes politiques s\u2019opposent vraiment à ces intrusions de l\u2019Empire dans le domaine de nos droits nationaux, culturels et spirituels les plus sacrés.Il faut dire ici un mot du manque de sens politique des Québécois.Je pense au morcellement du mouvement indépendantiste après l\u2019échec du Lac Meech.Tous ceux qui voulaient l\u2019indépendance ou l\u2019autonomie du Québec auraient dû comprendre qu\u2019il fallait éviter de nous diviser, qu\u2019il fallait d\u2019abord faire l\u2019indépendance, et après cela fonder des partis politiques différents.C\u2019est ce manque de sens politique des Québécois qui permet au Parti libéral de diriger le Québec avec peut-être vingt pour cent des Québécois francophones vu que ces derniers sont éparpillés dans plusieurs partis alors que les anglophones, les néo-Québécois donnent le pouvoir à la petite minorité française fédéraliste libérale. 82 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Ce à quoi nous assistons actuellement au Québec, c\u2019est à une nouvelle capitulation.Le combat qui s\u2019imposait n\u2018a pas été livré, nous nous accommodons de la situation, dans l\u2019inconscience, dans le renoncement à nos droits, dans une résignation suicidaire.On entend toutes les formes de raisonnements biaisés par lesquels on veut se donner bonne conscience.J\u2019entendais l\u2019autre jour des gens apparemment très sérieux qui disaient que nous serions toujours une minorité en Amérique du Nord, parce que nous sommes entourés de quelques centaines de millions d\u2019Anglo-Saxons.Je réponds que nous serons une minorité tant que nous serons une province d\u2019un pays anglophone.Un pays indépendant, même s\u2019il n\u2019a pas une très grosse population, n\u2019est pas une minorité.La Hollande, qui est un pays d\u2019à peu près notre poids, n\u2019est pas une minorité.Elle est pourtant à côté d\u2019un grand pays, l\u2019Allemagne.La Hollande n\u2019est pas menacée, parce qu\u2019elle est autonome, indépendante, comme la Norvège, la Suède, la Finlande.Le seul moyen pour le Québec de garder son identité française, c\u2019est d\u2019être indépendant.Et d\u2019ailleurs, c\u2019est alors qu\u2019il serait respecté par les autres pays d\u2019Amérique, qu\u2019il présenterait un intérêt différent d\u2019une province plus ou moins anglicisée du Canada.Le Québec, dis-je, vit une nouvelle capitulation.La volonté d\u2019indépendance qui s\u2019était manifestée à la fin du siècle dernier n\u2019a pas été assumée par nos personnes politiques.Les combats qui s\u2019imposaient n\u2019ont pas été livrés, le peuple québécois ne sait où donner de la tête, il s\u2019étiole dans un vide politique asphyxiant, délétère.Les célébrations qu\u2019il a offertes récemment au prince William et à la princesse Kate sont le signe aberrant de cette aliénation.Les médias étaient pour beaucoup dans cette mascarade, mais les Québécois en majorité étaient heureux de célébrer les représentants du pouvoir qui les a dominés, persécutés, méprisés, niés.La plupart des Québécois veulent bien oublier que ces gens 83 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 représentent le pouvoir qui a écrasé dans le sang les défenseurs des droits démocratiques en 1837-1838, les Patriotes, qui a imposé dans le mépris et par la force l\u2019Acte d\u2019Union, le rapatriement unilatéral de la Constitution, etc.Si le premier ministre du Québec avait eu un peu de fierté, il aurait pu, dans la dignité, rappeler les implications historiques et politiques de cette propagande.Quand un homme est conquis jusqu\u2019au fond de l\u2019âme, on ne peut pas s\u2019attendre à ce qu\u2019il conserve un peu de fierté et de dignité.On se serait attendu aussi à ce que la chef du Parti québécois dégage le sens de ces événements.Je ne l\u2019ai pas entendue.Elle a gardé, à ma connaissance, un silence absolu.Quand je vous dis que ce que nous vivons c\u2019est une nouvelle capitulation ! Que nous ne livrons pas les batailles qui nous permettraient de sauvegarder notre dignité, de nous percevoir comme des êtres libres, indépendants ! Je dis que les Québécois ont de nouveau capitulé, qu\u2019ils acceptent de disparaître.La démarche d\u2019affirmation du Québec qui animait la Révolution tranquille s\u2019est transformée en un acte obstiné de refus de soi, de son histoire, de son identité.Jacques Beauchemin affirme que ce refus de soi était au coeur même du nationalisme de la Révolution tranquille.Le nationalisme des années 60, écrit-il, ne se fonda pas sur « l\u2019idée d\u2019un legs, mais sur celle d\u2019une rupture ».Le Québec, dit-il, est habité par une « mauvaise conscience qui s\u2019exprime dans un refus de soi ».Je ne partage pas tout à fait le point de vue de Jacques Beauchemin.Il me semble que le nationalisme de la Révolution tranquille était un acte d\u2019affirmation plus que de refus de soi.Mais cet acte d\u2019affirmation n\u2019arrivant pas à passer dans les faits, à s\u2019exprimer dans une démarche politique, a fini par se transformer en un refus de soi qui caractérise toujours les situations d\u2019aliénation nationale.L\u2019échec de la 84 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 démarche politique est responsable de cette catastrophe, mais il faut s\u2019empresser d\u2019ajouter que nombre de nos intellectuels, de nos enseignants, de nos personnes politiques, au lieu de s\u2019engager dans la démarche qui s\u2019imposait pour se libérer, ont adopté une démarche d\u2019autoflagellation, de rupture avec l\u2019histoire, de refus du Québec réel qui ne pouvait qu\u2019engendrer la perplexité.Beaucoup de militants militent pour l\u2019indépendance du Québec tout en reniant le Québec réel.Dans de telles conditions, le mouvement d\u2019émancipation ne pouvait que se retrouver dans un cul-de-sac.Nous y sommes jusqu\u2019au cou ! ? 85 ARTICLES Richard Leclerc* Du laissez-faire au capitalisme d\u2019État (1800-1960) REGARD SUR UNE ÉTAPE DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE DU QUÉBEC 1800-1920 : Des champs à la ville Jusqu\u2019à la fin du XVIIIe siècle, le Royaume-Uni a réussi, avec les ressources forestières de son territoire et de la Nouvelle-Angleterre, à combler ses besoins intérieurs.Toutefois, cette conjoncture se renverse au début du XIXe siècle en raison de l\u2019épuisement des richesses insulaires et de la Révolution étatsunienne de 1776 qui mettent fin à des sources d\u2019approvisionnement précieuses.Afin de maintenir sa croissance économique, le Royaume-Uni dut s\u2019alimenter à partir des forêts de la Scandinavie.Simultanément, pour bonifier les approvisionnements de bois en provenance de ses colonies nord-américaines, les Anglais fixent des tarifs préférentiels au détriment des fournisseurs européens.Cependant, les effets de cette tarification sont presque sans conséquence, les marchands britanniques préférant s\u2019alimenter en Europe, en raison des coûts inférieurs des transports.C\u2019est un événement politique qui a pour effet de modifier les sources de ravitaillement en matière ligneuse des Britanniques.En mai 1803, un conflit éclate entre le Royaume-Uni et la France.Ayant un urgent besoin de bois * Ph D. 86 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 pour la construction de frégates et devant tenir compte du Blocus continental imposé par l\u2019empereur français Napoléon 1er (1769-1821) qui empêche l\u2019accès aux zones riveraines de la mer Baltique, le Royaume-Uni se retourne vers ses colonies nord-américaines qui disposent d\u2019un immense bassin de ressources forestières.Libre de tout tarif et malgré les frais de transport, le bois provenant d\u2019Amérique du Nord devient rapidement concurrentiel par rapport aux importations scandinaves soutenant l\u2019essor économique du Québec.L\u2019exploitation forestière est le moteur de l\u2019économie québécoise dès le début du XIXe siècle.En parallèle, la construction navale marque l\u2019entrée du Québec dans l\u2019ère préindustrielle.Cette industrie qui fut longtemps l\u2019assise fondamentale de la structure économique du pays connait son apogée vers la décennie i860.Les raisons qui contribuent au déclin du commerce de la matière ligneuse sont liées intimement à l\u2019évolution technologique et aux décisions politiques prises au Royaume-Uni.Le Québec est peu gratifié des ressources réclamées par les entreprises de la nouvelle vague manufacturière qui constituent les ingrédients de la Révolution industrielle.Le fer et le charbon sont presque absents des basses-terres du Saint-Laurent, aire géographique où est concentré l\u2019œkou-mène québécois.Ceci a pour effet de soustraire à l\u2019économie québécoise une part importante de ce secteur lucratif.En contrepartie, l\u2019Ontario et le nord-est des États-Unis, particulièrement avantagés par leurs ressources minières et leurs axes de transport, participent activement à la Révolution industrielle.La carence en minerais dans les premières zones de colonisation et le déclin de l\u2019industrie forestière ont pour effet de cantonner les Québécois francophones dans le secteur agri- 87 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 cole.Alors qu\u2019en 1861 l\u2019agriculture compte 108 121 membres ou 43,3 % de la population active, ce nombre s\u2019établit à 217 061 (45,5 %), trente ans plus tard1.Ne possédant qu\u2019un faible pouvoir d\u2019attraction sur les investisseurs étrangers, mis à part sa main-d\u2019œuvre abondante et peu coûteuse, le Québec est boudé par l\u2019industrialisation.Sauf pour quelques entrepreneurs actifs dans le textile, l\u2019État québécois ne profite guère de cette manne.L\u2019agriculture occupe toujours une place de choix même si les productions se spécialisent.Dans les régions ressources (p.ex.Saguenay-Lac-Saint-Jean) se développe une petite industrie artisanale axée vers la transformation des produits de la ferme, comme les sous-produits dérivés du lait, destinés aux marchés urbains.En 1871, vingt-cinq fabriques de beurre et de fromage sont en exploitation au Québec alors qu\u2019en 1920 il y en a 1 8082.Ces nouveaux débouchés ne sont pas suffisants pour atténuer les problèmes économiques.Dès la seconde moitié du XXe siècle, l\u2019exode des campagnes s\u2019effectue à un rythme soutenu.Les terres sont surpeuplées et épuisées en raison de leur surexploitation imputable à des techniques agricoles peu efficaces.Par ailleurs, avec le taux de naissance élevé que connait le Québec rural au XIXe siècle, les espaces disponibles aux fins de l\u2019agriculture deviennent restreints.En 1873, le déclin de l\u2019économie québécoise est accéléré par le contexte économique international particulièrement défavorable aux investissements.Ce marasme perdure une ving- 1\tCANADA.Ministère de l\u2019Agriculture.Recensements du Canada de 1871 et 1891, volume 5, Ottawa.2\tQUÉBEC.Secrétariat de la province (1914) Annuaire statistique de Québec 1914, Québec, Bureau des statistiques, p.234.QUÉBEC.Secrétariat de la province (1921) Annuaire statistique, Québec, Bureau des statistiques, p.283. 88 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 taine d\u2019années, ce qui génère des conséquences désastreuses pour ce pays neuf en pleine construction.L\u2019État fédéral, dans l\u2019intention de soutenir le développement économique du Canada, adopte la National Policy dont l\u2019objectif est de favoriser la création d\u2019une aire géographique de commerce.L\u2019imposition de tarifs douaniers aux importations, le peuplement intérieur et l\u2019établissement d\u2019un réseau ferroviaire continental doivent concourir à ce projet.La politique fédérale a très peu avantagé le Québec.Les retombées qu\u2019elle suscite, notamment dans le secteur ferroviaire, accentuent les disparités existantes entre le Québec et l\u2019Ontario, ainsi qu\u2019entre Montréal et les régions québécoises.Conçues dans une perspective de développement pancanadien, seule Montréal et quelques-unes de ses villes satellites ont réellement bénéficié de la National Policy au détriment du reste du Québec.En 1900, la métropole accapare 56 % de la valeur de la production manufacturière québécoise, alors qu\u2019une ville comme Chicoutimi récolte moins d\u2019un pour cent de cette activité3.Les paysans abandonnent la terre, faute de pouvoir y vivre convenablement.Plusieurs se dirigent vers les grandes agglomérations.En 1881, 27,9 % des citoyens québécois résident en milieu urbain, comparativement à 56 % en 19214.D\u2019autres Québécois s\u2019expatrient vers les États-Unis afin de ne pas demeurer les victimes du chômage.Au cours de la décennie 1870, le secteur manufacturier naissant est encore peu développé pour assimiler ces masses de travailleurs issues des campagnes.Des milliers 3\tCANADA.Bureau du recensement et de la statistique (1907).Recensement du Canada de 1901.Bulletin II, Industries du Canada, Ottawa, Ministère de l\u2019Agriculture, p.65-66.4\tCANADA.Ministère de l\u2019Agriculture et Bureau fédéral de la statistique.Recensements du Canada de 1881 et 1921, Ottawa, Ministère du Commerce. 89 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 de Québécois se dirigent vers les villes industrielles de la Nouvelle-Angleterre où un emploi les attend en raison de la fulgurante croissance économique de cette région.De 1870 à 1930, le Québec vit partir plusieurs de ses fils et filles.La démographe Yolande Lavoie estime à environ 720 000 personnes, ou 7,8 % de la population totale, le nombre de citoyens qui franchissent la frontière5.Vers la décennie 1910, l\u2019avènement d\u2019une seconde révolution industrielle, fondée sur l\u2019exploitation de ressources naturelles présentes au Québec, est le salut tant attendu pour résoudre l\u2019hémorragie de la population émigrante vers les États-Unis qui abandonne la mère patrie à la recherche d\u2019un gagne-pain.La nouvelle prospérité qui déferle sur l\u2019Amérique du Nord dès 1897 ne tarde pas à produire ses fruits.À l\u2019aube de la Grande Guerre (1914-1918), l\u2019avenir du Québec repose sur la nécessité d\u2019effectuer un virage industriel et d\u2019abandonner son caractère exclusivement agricole.L\u2019approvisionnement énergétique constitue au milieu du XIXe siècle un des problèmes fondamentaux qui retarde le développement industriel du Québec.Le charbon est la source d\u2019énergie qui permet de faire fonctionner les forces motrices des fabriques de la première révolution industrielle.Cette ressource n\u2019est pas accessible à proximité du fleuve Saint-Laurent.Les usines québécoises doivent donc en importer de l\u2019Est canadien en vue de faire fonctionner leurs machines.Toutefois, ces entreprises sont peu nombreuses à s\u2019y établir en raison des coûts qu\u2019engendre le transport de la houille.5 Lavoie, Yolande (1973).Les mouvements migratoires des Canadiens entre leur pays et les États-Unis au XIXe et au XXe siècles.-Cité dans : Charbonneau, Hubert (Éd.).La population du Québec : Études prospectives, Montréal, Boréal Express, p.78. 90 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 L\u2019énergie hydraulique reste le seul espoir pour l\u2019industrialisation du Québec.La nation se voit combler par la seconde vague industrielle qui s\u2019annonce prometteuse pour l\u2019économie québécoise.Entre 1900 et 1920, la structure économique du Québec fut fortement modifiée par la croissance du secteur secondaire.Plusieurs entreprises fortes consommatrices d\u2019énergie s\u2019établissent sur le territoire (p.ex.usines de pâtes et papier).Devant cette nouvelle ère, le pouvoir politique en place à Québec découvre que son territoire détient des avantages stratégiques indéniables pour le placer sur la voie de la prospérité.L\u2019exploitation des richesses naturelles et, tout particulièrement, du potentiel hydraulique est perçue par les dirigeants gouvernementaux comme la clé pouvant enrayer l\u2019émigration de leurs compatriotes vers les États-Unis.Attirées par ces facteurs géographiques, des entreprises à capitaux étrangers (p.ex.Alcan) s\u2019installent au Québec afin de profiter de ses importantes richesses naturelles.Ces compagnies sont une source de prospérité qui se répercute sur les revenus du gouvernement qui progressent de 102 % entre 1900 et 1914, passant de 4,3 à 8,8 M$.Une part appréciable de ce revirement est imputable à l\u2019augmentation des revenus émanant de l\u2019impôt sur les entreprises (+404 %) et des gains provenant des terres publiques (+42,3 %)6.Cependant, la participation financière des francophones dans ces entreprises est faible.Résidant presque tous en campagne, ayant peine à subsister des ressources de la terre et à nourrir leurs grandes familles, ils sont mal placés pour accumuler des capitaux.La naissance au XIXe siècle d\u2019une petite bourgeoisie urbaine, composée de gens avec professions libérales et de dirigeants de petites entreprises, n\u2019est pas suffisante pour créer des assises financières solides.6 Bates, Stewart (1939).Histoire financière des gouvernements canadiens, Ottawa, Commission royale des relations entre le Dominion et les provinces, p.156. 91 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 La Conquête anglaise de 1760 a des effets fondamentaux sur les destinées du peuple québécois, et ce, pendant plusieurs décennies.Les francophones dépossédés de leurs pouvoirs politiques, économiques et administratifs par le Royaume-Uni sont relégués à des rôles subalternes.Peu à peu, une collectivité bien structurée se développe autour de l\u2019Église, ayant une fonction de stabilité normative s\u2019intéressant à la socialisation des individus.Le clergé favorise l\u2019établissement à la campagne des franco-catholiques pour qu\u2019ils adonnent à l\u2019agriculture.Ce milieu, isolé géographiquement de l\u2019élément anglo-saxon de la nation est propice à la préservation de leur foi, de leur culture et de leur langue.Cette même volonté d\u2019isolat incite l\u2019Église à appuyer la poussée de fronts pionniers vers le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l\u2019Abitibi.Pendant plusieurs années, le clergé détient le contrôle sur le peuple francophone d\u2019Amérique.Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, le mouvement de restructuration économique qui commence à déferler sur le Québec entraîne une modification profonde de l\u2019organisation socio-économique.Dans toute cette métamorphose structurelle, la bourgeoisie traditionnelle, composée d\u2019ultramontains et d\u2019agri-culturistes, craint l\u2019altération de son pouvoir sur la société québécoise et de son rôle d\u2019institutionnalisation des valeurs qu\u2019ont su implanter les ecclésiastiques.Cette appréhension s\u2019intensifie vers les années 1910 alors que l\u2019industrialisation du Québec est irrémédiablement amorcée.Faute de capitaux québécois suffisants, le gouvernement du Québec, appuyé par la bourgeoisie d\u2019affaires favorable au mouvement d\u2019industrialisation, invite les investisseurs étrangers, surtout britanniques et étatsuniens, à établir des manufactures en territoire québécois. 92 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Pendant ce temps, l\u2019Église prône la création de nouveaux fronts pionniers et la concentration des forces nationales pour assurer un développement économique respectant les valeurs de la société québécoise.Il est utile de préciser que le clergé ne rejette pas l\u2019industrialisation comme mode de développement, mais plutôt les valeurs véhiculées par leurs initiateurs.Il est possible de penser que si ce mouvement avait été instauré par des entrepreneurs québécois, l\u2019opposition des religieux et de l\u2019élite traditionnelle aurait été réduite.C\u2019est avant tout l\u2019influence allogène qui est redoutée comme le démontre cet extrait de la revue de l\u2019Association catholique de la jeunesse canadienne-française, Le Semeur, datant de 1929 : [.] les dangers qui menacent notre vie catholique et nationale sont plus nombreux et plus redoutables qu\u2019à toute autre époque dans notre histoire.[.] L\u2019industrialisme a brusquement transformé notre pays, changé du tout au tout notre manière de penser et d\u2019agir.Il y a rupture avec les traditions protectrices, envahissement progressif de l\u2019esprit de luxe et de jouissance7.Dans ce contexte, l\u2019élite traditionnelle défend les valeurs d\u2019antan et favorise la perpétuation de la société terrienne.Durant cette période, le développement du Québec est différé parce que les leviers de sa prospérité échappent à ses institutions et que ses conditions géographiques tardent à représenter une valeur économique.Le sort de la nation est entre les mains de décideurs exogènes qui sont influencés dans la localisation de leurs usines par des facteurs stratégiques.Laissé à la merci des capitaux allogènes, le développement du Québec est intimement lié à la présence ou à l\u2019absence de ressources naturelles en demande sur les marchés nord-américains et internationaux.7 Dubois, Eugène.« Que répondra la jeunesse interpellée?» Le Semeur, 25 (9), avril 1929, p.233-234. 93 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Avec des moyens réduits, les bourgeoisies traditionnelle et d\u2019affaires, pour des ambitions divergentes, tentent dès la décennie 1870 de donner une impulsion à l\u2019aménagement du territoire et au développement économique régional du Québec.La politique ferroviaire québécoise est un des principaux extrants du démarchage effectué auprès du gouvernement, projet géopolitique d\u2019intervention souhaitée par les élites pour maîtriser les contraintes géographiques du territoire (p.ex.la distance)8.1920-1960: Vers un monde nouveau Voulant favoriser l\u2019essor économique au Québec, les gouvernements qui se succèdent veillent à instaurer une gamme de privilèges spéciaux et d\u2019alléchants dégrèvements fiscaux afin d\u2019attirer les investissements de capitaux étrangers.Phénomène nouveau, des usines appartenant à de puissants conglomérats étatsuniens apparaissent un peu partout sur le territoire.C\u2019est le début d\u2019une nouvelle ère amorcée avec le premier conflit mondial et qui s\u2019accentue avec la Seconde Guerre (1939-1945).L\u2019arrivée de ces investissements ne cesse alors de s\u2019amplifier.Les hostilités ayant placé les pays européens en mauvaise posture financière, leurs investissements en terre québécoise deviennent plus rarissimes, laissant le champ libre aux voisins du Sud9.La réorientation de l\u2019économie du Québec vers des activités de type industriel tablant sur ses avantages géographiques (p.ex.la présence de mines de fer), qui encourage son intégration au circuit commercial nord-américain, livre ses premiers fruits durant la décennie 1920.Bien que ce 8\tLeclerc, Richard (1991).La politique ferroviaire québécoise et l\u2019organisation du territoire (1867-1990), Thèse de doctorat en géographie déposée à l\u2019Université Laval, 613 p.9\tBlanchard, Raoul (1960).Le Canada français : Province de Québec, Montréal, Arthème Fayard, p.183. 94 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 mouvement soit sérieusement ralenti par le krach boursier de 1929, ce processus est irréversible.Nonobstant les aspirations de certaines forces qui profitent de cette période de stagnation pour lancer la colonisation vers l\u2019Abitibi-Témisca-mingue et sur la marge de l\u2019œkoumène québécois, avec l\u2019appui financier du gouvernement du Québec10, cet intermède n\u2019est que temporaire.La Seconde Guerre mondiale donne une nouvelle impulsion industrielle à l\u2019économie nationale.En Amérique du Nord, l\u2019après-guerre inaugure le début d\u2019une croissance sans précédent.Durant la décennie 1946-1956, le produit national brut par habitant au Québec augmente de 106 %11.Deux motifs sont à l\u2019origine de ce nouvel essor.En premier lieu, les familles nord-américaines disposant de nombreuses épargnes ne demandent qu\u2019à les consommer en biens durables.De plus, la capacité productive des principales puissances européennes ayant été fortement affaiblie par le conflit mondial, les États-Unis deviennent la planche de salut pour la réédification du Vieux Continent.Ces facteurs conjugués postérieurement à la guerre de Corée (1950-1953) favorisent une augmentation phénoménale de 54,6 % de la production mondiale de minerai de fer, entre 1950 et 195512.Le Québec, par sa position géographique privilégiée sur le continent nord-américain, devient 10\tLe Discours sur le budget de 1951 révèle que durant l'année financière 1936-1937, le gouvernement consacre 9 630 031,14 $ à la colonisation, soit 13,8 % de ses dépenses totales.QUÉBEC.Département du Trésor (1951).Discours sur le budget prononcé par l\u2019honorable Onésime Gagnon, C.P., C.R., LL.D., trésorier de la province, à l\u2019Assemblée législative de Québec le 1 mars 1951, Québec, le département, p.33.11\tQUÉBEC.Ministère de l\u2019Industrie et du Commerce (1972) Tableau types, Comptes économiques du Québec : Revenus et Dépenses 1946-1970, Québec, Direction générale de la recherche et de la planification, p.22-23.12\tCANADA.Ministère de l'Énergie, des Mines et des Ressources (1984) L\u2019industrie canadienne du minerai de fer : Problèmes actuels et entrevus, Ottawa, Division des minéraux ferreux, p.19. 95 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 une des zones d\u2019approvisionnement des États-Unis, ce que le premier ministre Maurice Duplessis (1890-1959) ne manque pas de faire valoir.L\u2019État québécois vit durant ces années ses plus belles heures du libéralisme économique qui atteint son apogée sous le règne Duplessiste (1936-1939 et 1944-1959).Dans le Discours sur le budget de 1951, le trésorier Onésime Gagnon (1888-1961) résume la philosophie économique guidant son gouvernement, en citant le pape Pie XII (1876-1958): L\u2019économie, pas plus d\u2019ailleurs qu\u2019aucune branche de l\u2019activité humaine, n\u2019est de sa nature une institution d\u2019État : elle est à l\u2019inverse, le produit vivant de la libre initiative des individus et de leurs groupes librement constitués.Le propriétaire des moyens de production, quel qu\u2019il soit.doit rester maître de ses décisions économiques.13 Ces gouvernants qui accueillent à bras ouverts les capitaux étatsuniens se trouvent à soutenir l\u2019essor de l\u2019économie québécoise.En parallèle, ils favorisent une plus grande soumission de l\u2019État face aux investissements étrangers.Malgré son adhésion au credo du laisser-faire, le gouvernement du Québec ne se gêne pas pour intervenir et investir massivement afin d\u2019aménager le territoire en infrastructures essentielles aux besoins logistiques des multinationales (p.ex.routes).Durant cette période, le développement du territoire se déplace au-delà du 48e parallèle.L\u2019Abitibi est soulevée par un essor considérable, grâce à ses richesses minières et l\u2019implantation de voies ferrées qui permettent leur transport vers les grands centres industriels nord-américains.Le même scénario se produit au Saguenay-Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec.13 QUÉBEC.Département du Trésor (1951).Op.cit., p.41. 96 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 La croissance se poursuit jusqu\u2019au milieu de cette décennie.En 1957 s\u2019amorce une des pires récessions économiques que le Québec a vécu depuis la Grande crise de 1929.La demande pour les produits de consommation et les matières premières subit une diminution importante à cause d\u2019une saturation des marchés commerciaux internationaux.Ce marasme est intimement lié à l\u2019entrée de pays en voie de développement dans certains secteurs industriels qui, grâce à une main-d\u2019œuvre peu dispendieuse, arrive à produire des biens à des coûts inférieurs à ceux manufacturés au Québec.La fin de la reconstruction en Europe et de la guerre de Corée a pour conséquence d\u2019amplifier ce mouvement.Le chômage connaît alors une remontée spectaculaire au Québec, la croissance économique stagne et les nouveaux investissements se font rares.Cette inertie se répercute surtout du côté des industries agricoles et d\u2019extraction des richesses naturelles.C\u2019est d\u2019ailleurs dans ces deux secteurs que la majorité de la main-d\u2019œuvre québécoise est active.Durant les années 1950, prenant conscience de la quasicolonisation et exploitation économique du Québec par des intérêts capitalistes étrangers, des groupes d\u2019intellectuels ainsi que le mouvement syndical préconisent l\u2019instauration de mesures sociales pour protéger les travailleurs contre les fluctuations économiques.Le seul moyen pour revivifier cette économie est d\u2019octroyer un rôle majeur au gouvernement pour qu\u2019il coordonne et finance un développement qui se veut plus affranchi des soubresauts de la conjoncture économique internationale.Le Parti libéral entame une lutte contre le régime de l\u2019Union nationale qui vient de perdre son chef14.En 1960, des élections générales sont déclenchées.On accuse les unionistes d\u2019avoir mené le pays 14 Maurice Duplessis est décédé le 7 septembre 1959 à Schefferville (Côte-Nord) 97 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 à un sous-développement sur tous les plans.Les libéraux proposent un éventail de réformes sociales, économiques et politiques majeures.Élu lors du scrutin du 22 juin, le nouveau gouvernement met en place les premiers jalons de la Révolution tranquille.De nouvelles structures sont instaurées pour moderniser le Québec, comme le ministère de l\u2019Éducation.Dans le domaine économique, il se donne un ensemble d\u2019outils pour stimuler la souveraineté nationale dans certains secteurs d\u2019activités stratégiques, telles Hydro-Québec et la Société générale de financement.C\u2019est le début d\u2019un temps nouveau.Conclusion D\u2019un gouvernement non interventionniste tel qu\u2019on l\u2019a connu pendant plus d\u2019un siècle, le Québec se dote dans les années 1960 d\u2019une administration inspirée par un puissant esprit national, de même que par la théorie keynésienne.Le gouvernement du Québec est désormais le moteur du développement économique et collectif.Cette remise en question de l\u2019idéologie traditionaliste, qui a soutenu longtemps la gestion publique, entraîne une profonde modification de la structure gouvernementale, ainsi que de ses missions.C\u2019est ainsi que l\u2019on assiste à la création de ministères et d\u2019organismes dont la raison d\u2019être est notamment de contribuer à la planification de leurs nouveaux mandats.? 98 ARTICLES Antoine Pageau St-Hilaire POURQUOI LIRE LIONEL GROULX?Le passé n\u2019éclairant plus l\u2019avenir, l\u2019esprit marche dans les ténèbres Alexis de Tocqueville L\u2019abbé Groulx, prêtre, historien, professeur et écrivain, fut un des hommes qui marqua notre histoire et plus encore notre historiographie.Aujourd\u2019hui, nous ne l\u2019enseignons plus et le lisons très peu : dans les milieux intellectuels, nous l\u2019avons complètement déclassé.En effet, plusieurs éléments de sa pensée et de son être répugnent profondément le Québec contemporain.Sa vocation religieuse n\u2019aidant en rien, l\u2019utilisation de l\u2019idée de « race » et l\u2019appel à un « nous » qui est tout ce qu\u2019il y a de plus exclusif esquissent une pensée qui nous apparaît comme dangereuse.Certes, lire Groulx aujourd\u2019hui ou - encore pire - le citer en public, c\u2019est s\u2019afficher à l\u2019antipode de la rectitude politique.Ce serait aussi imprudent de le clamer tel quel et sans nuance au sens où la réalité qu\u2019il décrit n\u2019est pas la même que celle où nous vivons depuis, à tout le moins, la Révolution tranquille.Mais cela ne signifie pas qu\u2019il faut juger l\u2019abbé Groulx à la lumière de nos critères contemporains : ce serait commettre une critique anachronique, ce que trop voient aujourd\u2019hui, à tort, comme un grand progrès intellectuel.On peut par exemple fermer l\u2019Histoire * Diplômé du Certificat sur les Œuvres Marquantes de la Culture Occidentale, Etudiant en philosophie,Université Laval. 99 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 de la guerre du Péloponnèse très rapidement, voyant toutes les atrocités de la guerre décrites par Thucydide.Se dire que la guerre c\u2019est mal, et que Thucydide, s\u2019il ne semble pas constamment la critiquer, est un malade sanguinaire et qu\u2019il est certainement d\u2019une méchanceté inouïe.Ou encore peut-on garder le livre ouvert et tâcher de le lire, déraciné des critères étroits que le monde contemporain nous impose.C\u2019est ainsi et ainsi seulement que nous y verrons les trésors que l\u2019oeuvre cache.À quelques degrés près, c\u2019est de cette manière qu\u2019il convient de s\u2019attaquer à l\u2019œuvre de Groulx, en s\u2019en faisant le complice pour découvrir ses idées, puis plus distant pour savoir les critiquer convenablement.Néanmoins, il semble qu\u2019une lecture de Lionel Groulx s\u2019impose.L\u2019auteur donne à voir notamment une volonté humaine plus déterminante dans l\u2019histoire que déterminée par celle-ci.De cette façon, Groulx tourne notre regard vers nos aïeux, nous incitant à un sentiment de reconnaissance pour ceux sans qui nous ne serions tout simplement pas.Ultimement, ses lecteurs sauront donc y trouver un sens historique qui malheureusement s\u2019effrite en raison d\u2019un certain progressisme appliqué à l\u2019histoire et à la trudeauisation des esprits.Volontarisme, histoire et politique Une partie des communautés intellectuelles d\u2019aujourd\u2019hui tendent à considérer l\u2019homme comme une construction sociale.L\u2019humanité serait ballottée sur les flots d\u2019une histoire qui est elle-même constituée de vecteurs sociaux qui se renouvellent constamment.Bien qu\u2019elle ne soit pas complètement fausse, cette conception sociologique néglige ce qu\u2019il y a d\u2019encore plus fondamental - disons de plus proprement humain - dans l\u2019histoire, la politique et la société : la volonté humaine.Cette idée n\u2019est pas née de l\u2019individualisme moderne, comme certains pourraient oser le croire.On la retrouve chez Plutarque, par exemple, un grec ancien 100 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 qui voyait certains grands hommes comme les pierres angulaires de l\u2019histoire occidentale.Cette tradition se manifeste encore dans l\u2019art de la bibliographie, mais elle perd de sa portée du point de vue historique à cause des personnages qui font l\u2019objet de tels livres, mais aussi et peut-être surtout à cause de notre perception de ces dits personnages.On considère souvent les écrits biographiques comme des études portant sur des individus.On néglige ainsi que plusieurs personnages dont on a écrit la vie ont marqué l\u2019histoire de façon significative, plus que bien d\u2019autres.On oublie l\u2019idée des grands hommes, peut-être parce qu\u2019elle tient pour prémisse une certaine inégalité parmi les humains.Quoi qu\u2019il en soit, Lionel Groulx est de ceux qui observent l\u2019histoire à travers les figures qui l\u2019ont marqué bien plus que par les évènements qui la décrivent.L\u2019histoire et la politique sont pour Groulx davantage un mouvement de l\u2019homme à la cité que de la cité à l\u2019homme.Selon lui, l\u2019histoire est le discours qui raconte les héros de la colonie et de la nation.Il célèbre le génie organisateur de Monseigneur de Laval, la bravoure sans précédent de Dollard-des-Ormeaux, le courage de Madeleine de Verchères, la ferveur de la vocation de Paul Chomedey de Maisonneuve, l\u2019appétit d\u2019explorateur du Père Marquette, et j\u2019en passe.Selon Groulx, la vérité historique, c\u2019est que sans ces hommes, nous serions autres.Peut-être ne serions-nous tout simplement plus.Ces personnages sont des fondateurs et des conservateurs de ce qu\u2019il appelle la « race canadienne-française ».Ils constituent ainsi le prisme à travers lequel nous pouvons observer l\u2019histoire, l\u2019écrire, la raconter, l\u2019enseigner.Ils sont des objets de mémoire.Miroir de notre ingratitude Puisque les grands hommes canadiens-français ont été si déterminants dans le parcours existentiel de notre 101 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 peuple, nous leur devons, selon Groulx, une gratitude plus que considérable.L\u2019admiration qui leur porte mettra aujourd\u2019hui mal à l\u2019aise plus d\u2019un lecteur.C\u2019est que l\u2019ingratitude est un sentiment très populaire au Québec.Cela tient à une problématique générale qui s\u2019applique à l\u2019échelle individuelle comme collective : l\u2019homme se considère de moins en moins comme un héritier.D\u2019une part, l\u2019individu croit qu\u2019il ne doit rien à personne et tout à soi-même.Nous sommes, au Québec, une des rares populations au monde qui laisse mourir ses aînés dans des maisons de retraite.« Merci Papa et Maman de m\u2019avoir élevé, mais maintenant, je m\u2019en vais, adieu ! » Du point de vue collectif, l\u2019idée est grosso modo la même.Mais plus encore, notre rapport au passé est teinté d\u2019un progressisme qui alimente cette ingratitude.C\u2019est l\u2019idée selon laquelle il y a dans l\u2019histoire un progrès indéniable : aujourd\u2019hui est mieux qu\u2019hier, c\u2019est certain ! Si certain ?C\u2019est ainsi en tout cas que le Québec a énormément de difficultés avec son passé, qu\u2019il est si mal à l\u2019aise lorsqu\u2019il lui faut assumer son histoire.Nous avons fait, aux débuts des années 1960, une rupture radicale d\u2019avec le clergé.La séparation entre l\u2019Église et l\u2019État que nous avons su faire, et qui n\u2019est rien d\u2019autre que la base du libéralisme démocratique et la condition sine qua non de l\u2019arrivée du Québec moderne fut malheureusement accompagnée d\u2019un profond ressentiment vis-à-vis de la religion catholique elle-même.Ressentiment donc, envers tout un pan de notre histoire.Cette allergie au christianisme, qu\u2019une grande partie de la population québécoise cultive, corrobore la thèse progressiste de l\u2019histoire : ce que nous faisons aujourd\u2019hui est mieux que ce que nous avons fait hier.Peut-être.Mais comment - et Groulx insiste énormément sur cet aspect de notre histoire - aurions-nous survécu sans la religion catholique et sans l\u2019œuvre des religieux ? 102 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Il ne s\u2019agit pas de vouloir revenir au passé, dans un élan de nostalgie théologique aux allures moralisatrices, mais bien de savoir reconnaître ceux qui ont permis la survie de nos aïeux, de notre langue, de notre culture.Et de leur en savoir gré.Ceux qui ont permis l\u2019histoire du Québec sont entre autres les membres du clergé catholique.Nous leur devons donc un minimum de respect, une gratitude qui doit rompre avec notre allergie au christianisme.Sans cela, il y aura toujours un profond malaise dans notre rapport au passé, une sorte de fracture dans notre histoire et qui ne permettra jamais de raconter et de transmettre la continuité pourtant présente dans l\u2019histoire existentielle du Québec, celle de la question nationale.Comment en effet comprendre le passage de la survivance canadienne-française à la montée du Québec moderne et des options existentielles qu\u2019elle laissait poindre, si nous nions une si gigantesque et importante partie de notre histoire ?Lire Groulx est un antidote en ce sens qu\u2019il est le miroir de notre ingratitude.Il nous la fait regretter, et nous rappelle du même coup que nous sommes non pas des individus vides de sens, mais des héritiers porteurs d\u2019une histoire.Le sens de l\u2019histoire C\u2019est pourquoi, semble-t-il, l\u2019oeuvre de Lionel Groulx est puissante : elle peut affaiblir le nihilisme politicohistorique présent pour le remplacer par ce que nous pourrions appeler le sens de l\u2019histoire.Le multiculturalisme canadien, tel qu\u2019implanté par Trudeau tragiquement lors du rapatriement de 1982, tend à une exacerbation du libéralisme aux dépens de l\u2019idée du bien commun.C\u2019est-à-dire que pour les trudeauis-tes, qu\u2019on trouve autant du côté de la gauche multiculturelle que, malgré eux, chez ceux qui se réclament de la droite néolibérale, la collectivité n\u2019est pas un tout harmonisé, mais rien de plus qu\u2019une somme disparate d\u2019individus.La communauté en devient du coup dénationalisée, ou déshistoricisée. 103 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 La communauté historique majoritaire avait jadis le devoir d\u2019intégrer les nouveaux arrivants à son appartenance historique et culturelle.On lui dit maintenant qu\u2019elle a le devoir de dissoudre son héritage pour s\u2019accommoder aux héritages particuliers, multiples et disparates.C\u2019est ainsi que nous avons perdu le sens historique et que certaines élites canadiennes et québécoises tentent de culpabiliser les tenants de la question nationale pour les rediriger vers un débat gauche-droite d\u2019ordre social et économique.On oublie le parcours existentiel du Québec, on ne cherche plus à répondre à la question que celui-ci posait.Question trop pleine d\u2019histoire.Question qui perd sa force, son statut fondamental, lorsque la communauté qu\u2019elle interrogeait ne peut plus en être une.Groulx, lui, nous rappelle que nous ne sommes pas que des individus.Il nous rappelle que nous sommes des animaux politiques, c\u2019est-à-dire que nous appartenons nécessairement à un héritage historique, lequel est précieux, et qu\u2019il faut à tout prix conserver pour ne pas se renier soi-même jusqu\u2019à s\u2019éteindre.Non pas s\u2019éteindre physiquement et individuellement , mais collectivement et culturellement : se folkloriser dans le grand banquet multiculturel.Ce que Groulx nous permet aujourd\u2019hui, c\u2019est de rendre à la politique une grandeur perdue.Une grandeur qui tient sur le sens de l\u2019histoire, par opposition à une politique posthistorique qui est matérielle, mais non transcendante, car elle s\u2019en tient au particulier et elle est confinée au présentisme.Voyant plus grand et visant plus haut, la grande politique saura ramener la question nationale au cœur des préoccupations publiques, lui redonner l\u2019importance qu\u2019elle mérite, en se rappelant toujours qu\u2019elle doit s\u2019inscrire dans une continuité historique, laquelle est l\u2019âme même d\u2019un peuple.? m\\m A quoi sert mon argent ?sûr et garanti L'argent investi sert à financer partout au Québec des CPE.des agriculteurs biologiques, des coopératives et OSBL d'habitation, des quartiers verts, des commerces équitables, des entreprises d'insertion au travail, des théâtres, des médias sociaux, etc.Le choix de Laure Waridel %* M Desjardins Caisse d'économie solidaire Québec\t418\t647-1527 Montréal\t514 598-2122 Lannudière\t450 753-7055 www.placement.coop PmCEIDEdT R REODEmEnT SOCIALE DOSSIER io6 DOSSIER André Larocque* LA DÉMOCRATIE AU QUÉBEC: LES PARTIS CONTRE LES CITOYENS Lorsqu\u2019en 1977, la Loi sur le financement des partis politiques a été adoptée à l\u2019unanimité par l\u2019Assemblée nationale, ce fut sans doute mon plus grand moment de gloire ! Être sous-ministre dans le gouvernement dirigé, à mes yeux, par le plus grand personnage politique de notre histoire, c\u2019était déjà un grand privilège ! Être affecté à son dossier de prédilection, la réforme des institutions politiques, c\u2019était avoir tiré le gros lot ! Et, chaque fois que René Lévesque réitérait sa conviction voulant que toute sa carrière politique eût été justifiée, si, comme bilan politique, il n\u2019avait mené à bien que l\u2019adoption de cette unique loi, aussi appelée loi 2, ma fierté était à son zénith ! Mais voilà que cette fierté est complètement bafouée, le 6 décembre 2012 - jour sombre s\u2019il en est.Tenant depuis récemment les rênes du pouvoir, le parti, fondé par René Lévesque, vient de procéder au sabotage définitif de la loi de René Lévesque.C\u2019est pourquoi il est temps, pour moi, de tirer ma révérence à la vie politique active.Grâce au financement populaire, le projet de loi 2 de 1977 avait pour but principal de remettre le contrôle des partis politiques entre les mains des seuls citoyens.La loi 2 de * Sous-ministre affecté à la réforme des institutions démocratiques dans le gouvernement Lévesque. 107 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER 2012, quant à elle, rend ce financement populaire en mettant les choses au mieux, marginal ; et au pis, inutile.Tandis qu\u2019avec la loi 2 de 1977 on tâchait de sortir l\u2019État des partis, avec le plus récent on le met au cœur de leur financement.La première reposait sur l\u2019adhésion volontaire des citoyens ; la seconde fait en sorte que l\u2019État finance les partis, car, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, chaque fois qu\u2019un électeur exerce son droit de vote, son geste se change en espèces sonnantes et trébuchantes.Autrement dit, la Loi sur le financement des partis politiques de 1977 « sortait l\u2019argent de la politique », celle de 2012, à l\u2019opposé, fait de l\u2019acte même de voter un geste financier ! Par son contenu, la seconde loi 2 est en contradiction directe avec les principes et l\u2019esprit de la première.On ne pouvait faire pire ! Quand une banque se fait voler, le geste le plus immédiat consiste généralement, non pas à modifier la loi des banques, mais à arrêter les voleurs ! La banque du peuple se fait voler depuis des années, et cela, toutes les fois que l\u2019on s\u2019écarte, par exemple, de la Loi sur le financement des partis politiques.Tout le monde savait, bien avant la mise sur pied de la commission Charbonneau, que la loi était contournée par tous les partis y compris le PQ.Enquêtant pour le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), le juge Jean Moisan l\u2019avait, en effet, condamné de manière explicite dans son rapport du 12 juin 2006.Or, quand il y a un vol, il y a un voleur.Les premiers voleurs à blâmer, dans le contournement de la Loi sur le financement, ce ne sont pas les contributeurs illégaux, fussent-ils de la mafia, mais les receveurs illégaux.Il n\u2019y aurait pas de donneurs s\u2019il n\u2019y avait pas de receveurs.Or les receveurs illégaux, les voleurs, ce sont les partis politiques ! Le mot est peut-être fort, mais il est juste.Ce sont les partis politiques qui devaient veiller à appliquer la Loi, mais voilà DOSSIER 108 L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 que ces voleurs ont pris sur eux-mêmes de la modifier ! Désormais, l\u2019État remplace le citoyen ! Si l\u2019État est une notion juridique fondamentale, dans les faits, ce sont les personnes représentant les partis politiques à l\u2019Assemblée nationale qui décident pour l\u2019État.Aussi qu\u2019ont-elles décidé ?Elles ont opté pour ce qui suit : \u2022\tLutter contre la corruption sans toucher aux personnes corrompues, c\u2019est-à-dire elles-mêmes ; \u2022\tFixer, relativement aux contributions des citoyens, un plafond de 100 $ pour mettre fin à l\u2019utilisation de prête-noms, comme si la corruption politique se limitait aux prête-noms ; \u2022\tMarginaliser les contributions des citoyens en éliminant le crédit d\u2019impôt ; \u2022\tSe servir elles-mêmes directement dans la caisse de l\u2019État en s\u2019attribuant des allocations sans avoir désormais à fournir de justifications au Directeur général des élections du Québec, ce qui équivaut à émettre un chèque en blanc puisque ce sont les partis qui en détermineront eux-mêmes le montant ; \u2022\tPartager les allocations aux partis en proportion des votes obtenus par chacun d\u2019eux à l\u2019élection précédente.Il s\u2019agit, ici, d\u2019un des principes les plus conservateurs qui soient et qui reposent sur l\u2019idée selon laquelle on considère les citoyens comme figés dans leurs opinions quatre années durant.C\u2019est comme si la Ligue nationale de hockey donnait des allocations particulières aux équipes qui ont atteint la finale de la coupe Stanley l\u2019année précédente et accordait la prérogative au gagnant de la coupe de déterminer la date des prochaines séries ! 109 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER (Soit dit en passant, il faut saluer la remarquable compréhension de la proportionnalité qu\u2019ont les partis lorsqu\u2019ils se distribuent les fonds publics entre eux, alors que, après quarante ans de débats, ils n\u2019ont pas encore compris ce même principe dans la distribution des sièges à l\u2019Assemblée nationale !) ; \u2022 Faire mine de s\u2019attaquer au problème important des dépenses électorales.La limite théorique de la Loi électorale était de 11,5 millions $.Les dépenses réelles des deux vieux partis ont été de l\u2019ordre de 8 millions $.La nouvelle loi baisse les dépenses permises à 8 millions $ ! On n\u2019aboutit à aucune diminution des dépenses réelles ; on n\u2019a fait qu\u2019abaisser un seuil théorique qui n\u2019avait jamais été atteint ! Dire que la Coalition avenir Québec (CAQ), qui demandait un plafond de 4,5 millions de $, et Québec solidaire (QS), qui se veut un parti citoyen, ont avalé cela ! Belle hypocrisie ! De la loi 2 de 1977 à la loi 2 de 2012, on mesure l\u2019immense dégringolade dans les exigences que la classe politique s\u2019impose à elle-même.Y a-t-il quelqu\u2019un de vraiment surpris que l\u2019on soit aujourd\u2019hui réduit à s\u2019en remettre à la commission Charbonneau ?Les citoyens versus les élus En 1977, j\u2019ai eu la responsabilité du Secrétariat à la réforme électorale et parlementaire.Ma première initiative a été de faire, avec le concours d\u2019une petite équipe de recherchistes, l\u2019inventaire de ce que René Lévesque entendait par réforme des institutions.Cela s\u2019est résumé en dix points et, donc, en autant de réformes.Cinq de ces réformes ont été effectivement mises en place par le gouvernement Lévesque, à savoir : DOSSIER 110 L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 \u2022\tla Loi du financement des partis politiques ; \u2022\tla refonte complète de la Loi électorale ; \u2022\tla Loi de la représentation électorale (carte) ; \u2022\tla Loi de la consultation populaire (référendum) ; \u2022\tla Loi sur l\u2019accès aux documents publics.Cinq autres sont restées en plan, ce sont les suivantes : \u2022\tla réforme du mode de scrutin « Le présent mode de scrutin est démocratiquement infect » (René Lévesque) ; « Notre mode de scrutin continue d\u2019être simpliste, brutal et taillé sur mesure pour assurer la prépondérance de gentlemen privilégiés et de ces groupes d\u2019intérêt que sont les vieux partis »» (René Lévesque) ; Le projet de loi sur une « proportionnelle régionale », annoncé dans le discours inaugural du premier ministre, René Lévesque, a été laissé en plan à cause de la résistance du caucus des députés et celle d\u2019un certain nombre de ministres.(J\u2019aurais plaisir de vous faire parvenir copie du projet de loi par courriel.) \u2022\tl\u2019introduction de l\u2019initiative populaire « Le Livre blanc (sur le référendum) évoquait l\u2019initiative populaire que nous aimerions voir se développer au Québec comme pratique politique.» (René Lévesque, dans La Passion du Québec) ; Le projet de loi sur l\u2019initiative populaire a été laissé en plan (également disponible par courriel). 111 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER \u2022\tles élections à date fixe La prérogative du premier ministre l\u2019autorisant à fixer la date des élections « est à remiser au plus tôt dans quelque musée de folklore tribal » (René Lévesque).\u2022\tl\u2019élection du premier ministre au suffrage universel « Un régime présidentiel, fondamentalement c\u2019est la séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir parlementaire.Le premier est alors détenu par un vrai Président, élu par tous les citoyens pour gouverner et administrer avec droit de choisir son cabinet n\u2019importe où dans la société et non plus seulement parmi les effectifs forcément restreints d\u2019un groupe parlementaire.Une fois débarrassé de cette encombrante présence gouvernementale, le Parlement peut alors se revaloriser sérieusement et non plus pour rire.Il a le loisir et la liberté de se désencarcaner des partisaneries mesquines, d\u2019assurer pleinement et professionnellement son rôle de législateur, de scrutateur des comptes publics et de contrepoids populaire à la puissance exécutive » (René Lévesque).\u2022\tla décentralisation des pouvoirs vers les régions « La décentralisation est un vaste projet collectif qui renouvelle la façon de vivre en société et de s\u2019administrer [.].Elle est une conception démocratique de l\u2019organisation sociale et politique fondée sur un nouveau partage des pouvoirs » (René Lévesque).Le fondateur du Parti québécois, dès le départ, avait bien saisi que le vice fondamental était dans nos institutions mêmes.Citons-le : « Il faut bien le dire, nos institutions de type britannique étaient et demeurent faites sur mesure pour perpétuer l\u2019allure de clubs privés, à la fois caricaturale et malsaine que s\u2019y donnent volontiers les partis », et que la solution se trouvait dans de nouvelles institutions adaptées 112 DOSSIER L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 à notre réalité et donc axées sur l\u2019initiative populaire, la représentation proportionnelle, la séparation des pouvoirs exécutif et législatif, les élections à date fixe et, enfin, la décentralisation des pouvoirs vers nos régions.Cet ensemble de réformes, je l\u2019ai appelé l\u2019héritage démocratique de René Lévesque.J\u2019ai passé trente-cinq années de ma vie à chercher à réaliser cet héritage.Force m\u2019est de constater que là où il a le moins progressé, c\u2019est au sein du Parti libéral (PLQ) et du Parti québécois (PQ) ; et où il a fait le plus de chemin, c\u2019est dans l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ).Bien des gens, y compris parmi mes amis, n\u2019ont jamais tout à fait compris ce que j\u2019étais allé faire du côté de l\u2019ADQ de Jean Allaire et de Mario Dumont.Pourtant, de 1999 à 2011, date de sa dissolution, l\u2019ADQ avait inscrit à son programme officiel non pas une ou deux réformes proposées par René Lévesque, mais bien les cinq ! Pour mémoire, en 2000, Mario Dumont saisit l\u2019Assemblée nationale du projet de loi 192 sur l\u2019initiative populaire.Ce n\u2019était pas n\u2019importe quel projet, c\u2019était celui de René Lévesque ! Au PQ, non seulement personne ne le reconnaît, mais en outre le gouvernement de Lucien Bouchard refuse d\u2019en débattre.En 2004, Dumont toujours dépose le premier projet de loi en vue d\u2019établir les élections à date fixe.Au tour du gouvernement de Jean Charest de refuser d\u2019ouvrir toute discussion.Le second projet à être déposé à l\u2019Assemblée sur le même sujet est le projet de loi 496 d\u2019Amir Khadir, en 2011.Ironiquement, ce projet du député de Mercier est un décalque de celui de Dumont ! L\u2019Assemblée nationale est actuellement saisie du troisième projet de loi sur les élections à date fixe (projet de loi 3).Curieusement, il ne reprend pas le modèle Dumont-Khadir, mais s\u2019inspire plutôt de la loi fédérale.Enfin, l\u2019ADQ a été le seul parti dans notre 113 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER histoire à avoir inscrit à son programme officiel la décentralisation au profit de gouvernements régionaux élus au suffrage universel et à faire adopter par ses instances « une Constitution pour le Québec ».Laquelle incorpore les cinq réformes Lévesque.Le 22 mai 2007, Daniel Turp, député du PQ de Mercier, a, pour sa part, déposé à l\u2019Assemblée nationale le projet de loi 191 relatif à une Constitution du Québec, puis le 18 octobre 2007, le projet de loi 196 relatif à une Constitution québécoise.À la différence de l\u2019ADQ, dont le premier article se lit comme suit : « La constitution est fondée sur la souveraineté populaire », les deux projets ci-dessus maintiennent les institutions britanniques actuelles et se fondent sur le Parlement plutôt que sur le peuple.L\u2019héritage de Lévesque s\u2019est de nouveau retrouvé devant les États généraux sur la réforme des institutions démocratiques en 2002-2003.Il s\u2019agit de la plus vaste consultation populaire de notre histoire sur la qualité de notre démocratie.Elle a été conduite par Claude Béland.Vingt-sept assemblées publiques dans vingt villes et seize régions ont abouti à un rassemblement de trois jours de mille citoyens venant de toutes nos régions.Ces derniers ont opté pour ce qui suit : \u2022\tla réforme du mode de scrutin (à 90 %) ; \u2022\tl\u2019introduction de l\u2019initiative populaire (à 80 %) ; \u2022\tdes élections à date fixe (à 82 %) ; \u2022\tl\u2019élection du premier ministre au suffrage universel (à 82 %) ; \u2022 la décentralisation des pouvoirs vers les régions (à 77 %). DOSSIER 114 L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 Cette liste des priorités relative aux réformes a été reprise par un mouvement issu des États généraux, le Mouvement démocratie et citoyenneté du Québec (MDCQ) qui, encore aujourd\u2019hui, est présidé par Claude Béland.Le Parti québécois n\u2019a pas été complètement absent de la démarche.Son programme actuel, adopté en 2011, prévoit qu\u2019un gouvernement du PQ fera adopter par l\u2019Assemblée nationale une constitution québécoise pour l\u2019immédiat et créera une assemblée constituante pour préparer la Constitution de l\u2019État d\u2019après l\u2019indépendance.La seconde évidemment est hypothétique.La première, comme toute constitution qui se veut démocratique, devrait être établie non pas par le Parlement, mais par une assemblée constituante citoyenne.Il reste encore à faire comprendre au PQ que l\u2019État appartient à ses citoyens et donc que la souveraineté de l\u2019État procède de la souveraineté populaire, et non pas l\u2019inverse.Cette erreur fondamentale est répétée dans le projet de loi du PQ sur l\u2019identité québécoise (2012).Celui-ci prévoit que l\u2019Assemblée nationale crée une commission parlementaire mandatée pour rédiger une constitution, commission formée de quinze députés désignés par les chefs de partis auxquels s\u2019ajoutent quinze représentants de divers milieux nommés par le premier ministre après consultation du chef de l\u2019Opposition officielle.Voilà une démarche de plus sous le contrôle des partis politiques ! C\u2019est vite oublier que la légitimité des élus actuels et des personnes qu\u2019elle désignerait tient de la présente constitution celle justement qu\u2019il s\u2019agit de remplacer ! En d\u2019autres mots, les élus actuels n\u2019ont pas la légitimité pour créer une nouvelle constitution.En démocratie, cette légitimité ne peut appartenir qu\u2019aux citoyens.L\u2019assemblée constituante doit être celle des citoyens à l\u2019abri du contrôle des partis.Son acceptation finale doit se faire ii5 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER non pas par un Parlement issu de la constitution actuelle, mais par l\u2019ensemble des citoyens lors d\u2019un référendum.Sur un registre plus positif, après que le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, eut participé à une importante consultation citoyenne, où il fut littéralement submergé par les opinions de tout un chacun, il a, le 25 août 2011, rendu public son rapport intitulé Dix idées pour redonner confiance aux citoyens.On y dresse quatre premières grandes solutions pour rétablir cette confiance, solutions qui sont les suivantes : \u2022\télire le premier ministre au suffrage universel ; \u2022\ttenir des élections à date fixe ; \u2022\tdoter le Québec d\u2019un processus de référendums d\u2019initiative populaire ; \u2022\ttenir un référendum sur le mode de scrutin.Parallèlement, Sylvain Pagé, député de Labelle, a procédé à une consultation similaire.Rendu public le 8 septembre 2011 et intitulé Manifeste pour une nouvelle culture politique, son rapport recommande une longue série de réformes, dont celles-ci : \u2022\tl\u2019initiative populaire ; \u2022\tles élections à date fixe ; \u2022\tla réforme du mode de scrutin ; \u2022\tla décentralisation des pouvoirs vers les régions. DOSSIER 116 L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 Plus près de nous encore, Dominic Champagne, artiste québécois, a publié récemment un opuscule, intitulé Le gouvernement invisible, dans lequel l\u2019auteur milite pour une réforme des institutions démocratiques centrée sur \u2022\tles élections à date fixe ; \u2022\tl\u2019initiative populaire ; \u2022\tla représentation proportionnelle ; \u2022\tune assemblée constituante ; \u2022\tla limitation des mandats des élus.En un mot comme en cent, depuis 1977, chaque fois que l\u2019on consulte les citoyens sérieusement, l\u2019on obtient les mêmes réponses ! Faites vous-même l\u2019essai ! Évidemment, il ne faut pas utiliser un vocabulaire alambiqué.Les citoyens ne parlent pas la langue de bois, en revanche, ils connaissent fort bien les objectifs à poursuivre.Ce sont ces objectifs qu\u2019il faut identifier bien avant que les spécialistes ne s\u2019en mêlent.Par conséquent, posez les questions ci-dessous à vos amis, à des citoyens, ou encore à vous-même.Seriez-vous d\u2019accord : \u2022\tpour que les Québécois élisent le premier ministre directement, soit au suffrage universel ?\u2022\tpour que les députés soient exemptés de la ligne de parti ?\u2022\tpour qu\u2019un parti qui obtient 24 % des votes dans une élection se voie allouer 24 % des sièges à l\u2019Assemblée nationale ?\u2022\tpour que les élections se tiennent à date fixe ? 117 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER \u2022\tpour que les régions aient plus de pouvoirs pour leur garantir un développement plus autonome ?\u2022\tpour que les citoyens puissent soumettre eux-mêmes un projet de loi à l\u2019Assemblée nationale ?\u2022\tpour que le Québec se dote, dès aujourd\u2019hui, de sa propre constitution ?Je serais bien surpris que vous n\u2019ayez pas répondu oui à chacune de ces questions ou du moins à la grande majorité ! Alors, demandez-vous pourquoi ces réformes ne sont pas encore réalisées.Et ne soyez pas surpris que le fossé continue à s\u2019élargir entre les citoyens et leurs institutions politiques traditionnelles.C\u2019est que les partis n\u2019entendent rien.Pourtant, les citoyens s\u2019expriment clairement ! Pour preuve, voici quelques courts extraits, tirés de différentes sources.États généraux sur la réforme des institutions démocratiques : « Le cœur citoyen, si on nous permet l\u2019expression, est inquiet.Un profond sentiment de désabusement à l\u2019égard de la politique traverse le Québec.La frustration du citoyen est palpable devant son impuissance à influer, comme il le voudrait, sur les décisions qui ont un impact sur la vie et sur celles de ses pairs [.].La dichotomie cœur-tête est présente et déchirante.Le citoyen a beau faire l\u2019effort de comprendre la complexité de la vie démocratique dans notre monde moderne, il sent bien que les choses ne vont pas dans le sens souhaité.Il répète à satiété ne pas avoir le sentiment de participer activement et réellement aux destinées politiques, économiques et sociales du Québec » (Rapport du Comité directeur des États généraux, p.21).Bernard Drainville : « Les Québécois ont perdu confiance envers leurs élus et leurs institutions démocratiques.Ils ne s\u2019y reconnaissent plus.Ils ont l\u2019impression de ne pas être entendus et pis DOSSIER 118 L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 encore, de ne pas être écoutés par leurs représentants politiques.Ce cynisme [.] puise en grande partie sa source dans le sentiment qu\u2019ont les citoyens d\u2019être complètement écartés des décisions qui les touchent, de n\u2019y être aucunement impliqués.[Je] ne puis que tirer une seule conclusion : la seule façon de remettre le Québec en marche, c\u2019est de donner plus de pouvoir aux citoyens en renforçant considérablement leur prise sur les institutions démocratiques.Il ne faut plus que le citoyen se retrouve seul face au système, aux machines organisées des partis et des lobbies » (Dix idées pour redonner confiance aux citoyens »», p.isq.).Sylvain Pagé : « Le cynisme politique se répand de plus en plus chez les Québécois.Pendant ce temps, une grande majorité des élus semble ignorer l\u2019étendue du problème et continue d\u2019exercer la politique de la vieille manière : une politique de confrontation et de publicité négative.Pour rétablir la confiance des citoyens et pour réaliser des projets de société porteurs d\u2019avenir, une nouvelle culture politique est nécessaire »» (Manifeste pour une nouvelle culture, p.14).Les gens des partis ne lisent peut-être pas les rapports, mais certainement les sondages.On connaît le sondage annuel de l\u2019évaluation des politiciens par les citoyens.Comme l\u2019affirmait le député de Marie-Victorin, lors d\u2019un discours prononcé le 10 mai 2012 à l\u2019Assemblée nationale alors qu\u2019il était député de l\u2019opposition : « Nos concitoyens ont perdu confiance en nous [.] notre crédibilité comme hommes et femmes politiques a atteint le même niveau que les vendeurs de chars usagés [sic].» Sa constatation, si accablante qu\u2019elle fût, n\u2019était pas précise.En effet, un sondage, paru dans Le Soleil du 17 février 2003, il y a près de dix ans déjà, donnait 14 % de popularité aux élus et 20 % aux vendeurs de voitures d\u2019occasion ! On a beau en rire, ce n\u2019est à l\u2019évidence pas drôle ! 119 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER Évidemment qu\u2019il y a une crise des institutions.Ce ne sont pas nos institutions.On sait pertinemment bien que nos institutions sont britanniques.Elles sont issues de la culture politique britannique et nous sont venues, on l\u2019oublie souvent, par voie de conquête militaire.Or, la culture politique québécoise est aux antipodes de celle des Anglais.En effet, la société britannique est monarchiste, protestante, individualiste et capitaliste.La société québécoise est, au contraire, antimonarchiste ou républicaine (même si le mot lui-même tarde à s\u2019implanter), catholique, coopérative et sociale-démocrate.Notre survie même a planté fermement en nous un très profond sens de la solidarité, de la concertation et du destin commun.Or, hérités tour à tour de l\u2019Angleterre, le système parlementaire et le mode de scrutin sont fondés sur des valeurs contraires.Le système parlementaire favorise la confrontation et la rivalité : il place face à face le gouvernement de Sa Majesté et la loyale Opposition de Sa Majesté dans un perpétuel duel simplificateur, où un dialogue de sourds oppose les bons aux méchants, les bleus aux rouges, les fédéralistes aux souverainistes.Un cul-de-sac érigé en système ! Et ce système s\u2019étend en dehors du Parlement.Ainsi, on pourrait penser qu\u2019il serait utile que l\u2019on soit à la fois lucide et solidaire.Mais notre petit système d\u2019incontournable compétition en fait tout de suite un débat entre contraires ! Le scrutin anglais est le petit frère de l\u2019autre.Sa mission est de déformer l\u2019expression de la volonté populaire pour la rapetisser justement à un système de deux partis seulement (avec généralement un troisième qui aspire à entrer dans leur club sélect).En dépit de la grande pièce de théâtre qui se joue à l\u2019Assemblée nationale, les deux vieux partis DOSSIER 120 L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 s\u2019entendent comme larrons en foire pour se succéder au pouvoir.Chacun prétend qu\u2019il fera de la politique autrement, mais comme le dit bien la sagesse populaire et l\u2019illustre bien le gouvernement Marois, le résultat finalement est le même : blanc bonnet, bonnet blanc ! Il faut croire que les Anglais sont heureux avec leurs institutions.En tous les cas, il faut le leur souhaiter.Néanmoins, qui peut prétendre que les Québécois, hormis ceux de la classe politique traditionnelle qui y font carrière, se reconnaissent vraiment dans un régime, où l\u2019on affirme : \u2022\tque sa Reine est la reine d\u2019Angleterre (et la chef de l\u2019Église anglicane !) ; \u2022\tque son Parlement est souverain, alors que le seul vrai centre de souveraineté est le bureau du premier ministre ; \u2022\tque son peuple élit le gouvernement, alors que, dans les faits, ce sont les partis politiques qui déterminent qui sera premier ministre ; \u2022\tque son Assemblée nationale représente le peuple, alors que le vote, exprimé par ce dernier, est constamment déformé pour servir les intérêts des partis ; \u2022\tque son peuple élit des députés pour le représenter, mais que ceux-ci sont soumis à la discipline de parti ; \u2022\tque son peuple ne s\u2019est jamais donné une constitution de plein gré, mais que ses gouvernements se soumettent à celle qu\u2019il a, en connaissance de cause, refusée ; \u2022\tque son peuple vit au sein d\u2019une confédération, alors qu\u2019en réalité elle en est à des années-lumière ? 121 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER Comment expliquer que, depuis longtemps, un peuple vit en marge de ses institutions, sinon par le fait que, ici comme ailleurs, ses petites élites ont très bien appris à coucher dans le lit du pouvoir venu d\u2019ailleurs en se gardant d\u2019en modifier les règles ?Et, cela vaut manifestement pour celles du parti qui prétend vouloir amener le Québec à son indépendance ! Le PQ de René Lévesque avait comme ligne d\u2019action de transformer les institutions traditionnelles du Québec.Devenu avant tout une machine électorale, le PQ d\u2019aujourd\u2019hui ne survit que par ces institutions désuètes.Pendant que somnole l\u2019idée d\u2019indépendance du pays, il se maintient exclusivement au pouvoir à cause du mode de scrutin.Pour l\u2019heure, s\u2019il forme le gouvernement, c\u2019est avec seulement 31.9 % de soutien populaire, le plus faible de notre histoire ! British government is party politics Un professeur britannique a bien résumé le système politique anglais : en régime anglais, le gouvernement du peuple, c\u2019est le gouvernement d\u2019un parti.Tandis que les Révolutions américaine et française ont, chacune à sa manière, transféré le pouvoir de la monarchie au peuple, la Révolution anglaise de 1688, tout en maintenant la forme monarchique, a cédé les pouvoirs du roi au Parlement.Oui, oui, au Parlement, non pas au peuple ! Le Parlement, ce sont les partis politiques.La révolution anglaise en est encore là, trois cent vingt-cinq ans plus tard.Le pouvoir réel est entre les mains des partis politiques, réduits, pour les besoins du pouvoir, au nombre de deux.Les partis politiques sont entre les mains de leurs chefs.Ceux-ci sont choisis à l\u2019intérieur des partis, bien loin du suffrage universel des citoyens.Ils imposent la ligne de parti à leurs députés loin, loin de l\u2019écoute des citoyens.Il s\u2019ensuit que la participation réelle des citoyens, dans une démocratie où ils sont censés être les maîtres, est réduite à 122 DOSSIER L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 apposer un X pour un candidat dans l\u2019une des cent vingt-cinq circonscriptions.Les partis s\u2019occupent du reste.Pour s\u2019en convaincre, citons Lévesque : « On sera toujours aux prises avec le bon vieux système parlementaire à la britannique : le gouvernement faisant partie intégrante d\u2019un parlement soi-disant souverain, mais en réalité ficelé par la ligne de parti et asservi à toutes fins utiles [sic] à la dictature effective du cabinet du premier ministre et de son entourage.» Dictature.Le mot est lâché.En régime parlementaire britannique, le premier ministre a des pouvoirs beaucoup plus larges et immensément plus discrétionnaires que le chef de gouvernement en régime présidentiel.En effet, le premier ministre, sans jamais recevoir de mandat direct du peuple, assume tour à tour une pléiade de fonctions, que voici : chef de son parti, chef du gouvernement, chef du Parlement, chef de l\u2019Administration et chef réel de l\u2019État.Ce faisant, à sa guise, il convoque, proroge et dissout l\u2019Assemblée nationale.Selon son bon vouloir, il nomme sous-ministres, dirigeants des sociétés d\u2019État, juges des cours du Québec ; il choisit le directeur de la Sûreté du Québec et même, le chef de police de Montréal ! De plus, il est celui qui approuve 99 % des projets de loi soumis à l\u2019Assemblée nationale, qui détermine le budget de l\u2019État, qui organise ou réorganise, comme il lui plaît, l\u2019administration publique et, enfin, qui détient un droit de vie ou de mort sur nos municipalités.En somme, le Québec ressemble à une vaste copropriété de huit millions de propriétaires.Évidemment, l\u2019affaire est trop grosse pour que tout le monde prenne toutes les décisions tout le temps.L\u2019histoire veut qu\u2019on ait adopté un système de gérance, où le gérant détient un contrat de cinq ans maximum.Cependant, avec le passage du temps, les propriétaires se rendent de plus en plus compte que le gérant fait 123 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER à sa tête.C\u2019est lui qui détermine le moment où son contrat entre en vigueur et se termine ; qui choisit les règles selon lesquelles on élit le gérant ; qui puise librement dans l\u2019argent de la copropriété pour financer son élection, ou rembourser ses dépenses, ou encore se donner des services dits de recherche et autres.C\u2019est lui qui verra à la nomination du Directeur de ces élections ; qui réaménagera le vote exprimé par les propriétaires pour qu\u2019ils lui donnent une majorité disproportionnée ; qui, au besoin, fera même fi du vote des propriétaires en se proclamant lui-même élu même par une minorité ! C\u2019est lui encore qui contrôle de façon absolue les finances de la copropriété, faisant miroiter aux propriétaires, selon qu\u2019il est en élection ou non, qu\u2019elles soient inépuisables ou, au contraire, réduites à une faible marge.Même que, au nom de la loi de la concurrence, dans ses transactions, le gérant se croit justifié de ne pas informer les propriétaires quand il brade des pans du territoire national ou encore nos richesses naturelles.Lorsque les propriétaires exigeront massivement une enquête sur la corruption où ils le soupçonnent d\u2019être impliqué, il fera la sourde oreille ou l\u2019autruche.Et cela, même si, depuis des années, les propriétaires crient leur perte de foi dans son système de gérance et que, depuis une vingtaine d\u2019années, ils lui accordent moins de confiance qu\u2019aux vendeurs de voitures d\u2019occasion ! Que reste-t-il aux propriétaires à faire ?Il lui faudrait changer non seulement le gérant, mais surtout de système de gérance ! Mais, comment fait-on ?Il faut se conformer aux règles établies par le gérant ! Avec le régime parlementaire britannique et le mode de scrutin qui l\u2019aggrave, les Québécois vivent dans un régime d\u2019usurpation du pouvoir citoyen par les partis politiques.On mesure toute la force d\u2019intuition d\u2019un René Lévesque qui a voulu que son premier - et plus important - geste soit de faire des électeurs les propriétaires exclusifs des partis poli- DOSSIER 124 L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 tiques.On constate aujourd\u2019hui l\u2019immense recul parcouru, puisque la nouvelle loi sur le financement banalise la contribution des électeurs et veille à ce que les partis politiques soient entretenus par l\u2019État.« Il ne faut pas que le citoyen se retrouve seul face au système, aux machines organisées des partis et des lobbies », avait écrit l\u2019actuel ministre des Institutions démocratiques dans son rapport intitulé, on s\u2019en souvient, Dix idées pour redonner confiance aux citoyens.Avec la nouvelle loi 2, voilà les citoyens plus seuls que jamais devant les machines des partis ! La souveraineté populaire avant la souveraineté de l\u2019État : « We the People » En usurpant le pouvoir citoyen, le Parti libéral vole le peuple dans ce qu\u2019il est.En usurpant le pouvoir citoyen, le Parti québécois, quant à lui, fait bien pis : il vole le peuple dans ce qu\u2019il voudrait et pourrait être ! Quarante-cinq ans après sa fondation, le PQ a entraîné le projet de société qu\u2019aurait pu être la souveraineté dans un cul-de-sac.Comment ?Essentiellement, en le rapetissant à un projet de parti politique.Parce que, hélas !, l\u2019indépendance, on le sait, est devenue la propriété du PQ.Il en détermine le contenu, la stratégie, les étapes et la date.Tandis que Pauline Marois dit que l\u2019initiative populaire doit être subordonnée à l\u2019initiative partisane, Gilles Duceppe affirme, pour sa part, qu\u2019il nous faudrait un nouveau mode de scrutin, un scrutin à deux tours.Pourquoi ?Parce qu\u2019il permet une coalition des souverainistes ! Mais, que fait-on du principe qu\u2019un mode de scrutin, c\u2019est fait pour les citoyens, et non pas pour les partis politiques ! On proclame solennellement la patrie avant le parti, quand, dans les faits, la patrie est continuellement passée au moulinet du parti.Les institutions nouvelles que réclament les Québécois et qui peuvent être largement mises sur pied dès maintenant, notamment, par une consti- 125 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER tution pour aujourd\u2019hui doivent attendre qu\u2019on ait d\u2019abord répondu oui au Parti québécois.La souveraineté que le PQ réclame n\u2019est pas celle des citoyens, celle de We the People.mais celle de l\u2019État.Celle-là justement est la chasse gardée des partis politiques.Dès aujourd\u2019hui, combien serait plus fertile la démarche pour rebâtir un pays, si elle était entreprise à partir des citoyens et en fonction du pouvoir citoyen.Combien plus authentiquement distincte cette société serait, \u2022\tsi elle élisait son chef de l\u2019exécutif au suffrage universel ; \u2022\tsi son Assemblée nationale reflétait fidèlement la volonté populaire ; \u2022\tsi ses députés libérés de la discipline de parti étaient de vrais législateurs et avaient un réel contrôle sur l\u2019administration publique ; \u2022\tsi ses régions avaient l\u2019initiative et la maîtrise politique de leur propre développement ; \u2022\tsi les citoyens avaient l\u2019initiative des lois.Bref, ce qui importe, c\u2019est que cette société se constitue.Se donner une constitution, c\u2019est énoncer ses valeurs fondamentales, offrir une vision de la société pour demain, déterminer comment on entend se gouverner et aménager l\u2019exercice du pouvoir non seulement à Québec, mais encore sur l\u2019ensemble du territoire.Se constituer, c\u2019est d\u2019abord proclamer, comme c\u2019est le cas à l\u2019article 1 de la Constitution suédoise, que : « Tout pouvoir émane du peuple ».Or, les deux projets de constitution, soumis par le PQ en 2007, commencent comme suit : « Nous, le peuple » Ces mots restent suspendus en l\u2019air, il n\u2019y a pas de verbe ! Il DOSSIER 126 L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 faudrait imiter la Constitution américaine, dans laquelle il est écrit ces premiers mots : « Nous le peuple ordonnons et établissons la présente constitution.» Dans les projets du PQ, on y lit ceci à la place : « Le Parlement décrète ce qui suit [.] » Encore un beau cas où la primauté du Parlement, donc des partis, l\u2019emporte sur la souveraineté populaire ! Pour revenir à l\u2019image de la copropriété, c\u2019est comme si le gérant s\u2019arrogeait l\u2019immense pouvoir de refaire l\u2019ensemble des règles du condominium au lieu d\u2019en laisser l\u2019initiative aux propriétaires.Une traversée du Québec à mon goût Avant même qu\u2019elle n\u2019ait été prononcée, j\u2019ai toujours été inspiré par le contenu d\u2019une réponse que René Lévesque donnait en entrevue à la fin de sa carrière et qui, en réalité, avait fondé toute son action politique.La question de la revue L'Actualité (octobre 1985) posée à Lévesque était la suivante : « Au moment de quitter la vie politique, que souhaitez-vous comme avenir politique au peuple québécois ?» Et, Lévesque de répondre : « Qu\u2019il se rende compte d\u2019un fait primordial : qu\u2019il est probablement un des deux ou trois peuples les plus lefun, les plus intéressants, les plus capables d\u2019aujourd\u2019hui.» Il est de la nature des élites, sinon de mépriser carrément le peuple, tout au moins de mener son propre combat au mépris de celui du peuple.Ici, tout comme ailleurs, ce fut le cas.Ce l\u2019est encore.La monarchie française a abandonné le Québec.Le haut clergé québécois s\u2019est rangé du côté de la Couronne britannique.Nos hommes d\u2019affaires, notaires et communautés religieuses n\u2019ont protégé qu\u2019eux-mêmes dans l\u2019acte de la Confédération.Aujourd\u2019hui, une élite nationaliste mène une bataille négative, défaitiste, querelleuse, où nous serions les perpétuelles victimes des Anglais et du fédéralisme, et où la prise de conscience de nos malheurs nous mènerait à un État nouveau ! 127 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER La réalité est bien différente.Depuis la découverte de l\u2019Amérique, il existe sur ce territoire, d\u2019abord canadien, puis canadien-français et, enfin, québécois, un peuple l\u2019fun, intéressant et capable, mais à qui son élite politique refuse de donner les conditions pour se gouverner lui-même.Ce peuple, il pète le feu culturellement.Il est très riche socialement, notamment, quant à l\u2019émancipation inégalée dans le monde, sinon chez les Scandinaves, de la femme québécoise.De plus, il s\u2019est bâti économiquement en un temps record, mais, MAIS, il souffre d\u2019être dépossédé politiquement.Il est beau non pas à cause de, mais en dépit de sa classe politique dirigeante.Comme l\u2019exprimait tout récemment Fred Pellerin : « Il y a la fouidité québécoise, mais une chance qu\u2019il y a le peuple ! » Que serait-il, ce peuple, si, à sa fougue culturelle, à sa force sociale et à son dynamisme économique, il y ajoutait le pouvoir de décider par lui-même et pour lui-même ?Quelle revalorisation de la classe politique pourrait s\u2019opérer, si le peuple choisissait lui-même le premier ministre ! Quel admirable instrument collectif pourrait être l\u2019Assemblée nationale, si on la fondait enfin sur la volonté nationale ! Enfin, quel État modèle pourrait s\u2019exprimer ici à travers une constitution qui, pour la toute première fois en quatre cents ans d\u2019histoire, serait l\u2019œuvre des citoyens d\u2019ici ! L\u2019hiver des institutions appelle un printemps citoyen Heureusement que les citoyens savent se mobiliser en dépit de leurs institutions sclérosées.Pour n\u2019en rester qu\u2019aux événements récents, c\u2019est la pression populaire qui a fini par donner naissance à la commission Charbonneau.Qui aurait pu prédire qu\u2019en l\u2019espace de quelques semaines la vieille classe politique se verrait délester de Jean Charest, de Gérald Tremblay et de Gilles Vaillancourt ?Et ça ne fait que commencer ! Ce sont les étudiants essentiellement qui DOSSIER 128 L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 ont eu la tête d\u2019abord de la ministre de l\u2019Éducation, puis du premier ministre.Il faut souhaiter que Léo ne se fasse pas bouffer par son parti, que Gabriel donne un sens large aux mots travaux communautaires, que Martine poursuive son combat et que les centaines, peut-être les milliers de jeunes qu\u2019ils ont éveillés trouvent un écho à leurs aspirations.Si, du haut de mes soixante-seize ans, je peux me permettre de donner un conseil aux jeunes, ce serait celui de lire l\u2019opuscule d\u2019un nouveau venu à la politique.Dominic Champagne a réussi à faire marcher dans la rue 300 000 personnes à l\u2019unisson à l\u2019occasion du Jour de la Terre de 2012.Dans Le gouvernement invisible, il a cette merveilleuse réflexion : « Je rêve d\u2019une force politique qui puisse se mettre en phase avec l\u2019extraordinaire élan de démocratie et de mobilisation citoyenne que le Québec a connu ces derniers temps.» De mon point de vue, ce livre se lit comme la mise à jour d\u2019Option Québec, de René Lévesque.À l\u2019instar de ce dernier, Champagne rompt avec le nationalisme diviseur et voit le Québec comme « l\u2019un des endroits où le bonheur par habitant est l\u2019un des plus élevés [et comme] l\u2019un des pays les plus riches au monde ».Il écarte la victimisation comme base de combat et l\u2019hostilité comme carburant.Il appelle, au contraire, à partir « du pays réel qui existe aujourd\u2019hui », au rassemblement ; il se place au-delà des questions d\u2019ordres ethniques ou de clivages gauche-droite.Il ne craint pas de mettre le cap sur des défis de taille, à savoir « faire du Québec une puissance mondiale en énergie verte ».Enfin, il fait le lien avec les institutions : « La solution pour les peuples passe par la reprise en main de leurs institutions politiques [.].Je n\u2019ai aucun doute sur le fait que nous ayons le potentiel et la capacité de nous gouverner et que nous saurions mieux œuvrer pour le bonheur de tous avec une nouvelle Constitution pour le Québec.» 129 L'ACTION NATIONALE janvier 2013 DOSSIER En cela Champagne rejoint encore Option-Québec : « Il n\u2019y a rien d\u2019aussi fondamental dans une société que la question de ses institutions, de ses structures politiques qui forment le cadre de la vie de tout le monde et de toutes les activités.» (René Lévesque) Comblé par la traversée Si j\u2019accroche mes patins avec l\u2019amère déception de voir le parti que j\u2019ai contribué avec bien d\u2019autres à fonder en 1968 devenir la toute petite chose politique qu\u2019il est aujourd\u2019hui, en revanche je n\u2019ai pas le plus petit regret pour l\u2019ensemble de ma traversée du Québec.Je fus d\u2019abord étudiant, ensuite professeur, puis militant dans l\u2019Opposition comme au gouvernement, puis recher-chiste, puis sous-ministre et, enfin, professeur en fin de carrière.Il m\u2019a été donné de me frotter tout au long de ma vie aux magnifiques qualités des citoyennes et des citoyens d\u2019ici.J\u2019en sais quelque chose de leur ténacité, solidarité, créativité, intensité, enthousiasme, ouverture, tolérance et attachement à leur communauté.Je serai toujours profondément ému du fait que ma vie s\u2019est déroulée à l\u2019ombre de géants.Géant moral, d\u2019abord : Jean Piché p.s.s., qui donnait un extraordinaire cours de philosophie, axé sur la notion d\u2019amitié.Géant intellectuel : Jean Meynaud, lequel alliait une immense réserve de connaissances à une non moins grande réserve d\u2019humilité.Et bien sûr, mes trois géants politiques.Il s\u2019agit de Robert Burns, chez qui amitié et équité sont synonymes ; de Claude Béland, « monsieur coopératisme », « monsieur démocratie », le prototype même du parfait citoyen, et de René Lévesque, dont l\u2019histoire d\u2019amour avec son peuple représente, selon moi, l\u2019apogée de la vie politique des Québécois. DOSSIER 130 L\u2019ACTION NATIONALE janvier 2013 Je me garderai de nommer une seule des dizaines, des centaines, voire des milliers de personnes qui ont alimenté ma vie de citoyen.Les plus proches ne sentiront pas le besoin d\u2019être désignées.Elles connaissent bien notre lien d\u2019amitié.Les autres personnes peuvent difficilement être nommées puisque ce sont des jeunes à qui j\u2019ai enseigné ; des militants avec qui je me suis battu ; des collègues avec qui j\u2019ai travaillé ; des gens dans toutes les régions que j\u2019ai eu la chance de rencontrer.À tout ce beau monde, je leur dis : merci d\u2019être ce que vous êtes et merci d\u2019en avoir partagé une part avec moi.Comme je l\u2019ai fait à de multiples occasions, en particulier avec mes étudiants, je cède les dernières paroles à Jean-Jacques Rousseau, dont l\u2019extrait est tiré de son Contrat social : « Il ne peut y avoir de patriotisme sans liberté ; de liberté sans vertu ; de vertu sans citoyens.Créez des citoyens et vous aurez tout ce dont vous avez besoin ; sans eux, vous n\u2019aurez rien que des esclaves avilis, à commencer par les autorités de l\u2019État.» Le 6 janvier 2013 Ce qui cherche à naître Robert Laplante Prolongement du premier recueil paru sous le titre de Chronique de l\u2019enfermement décrivant la mise en place du dispositif Canadian destiné à consacrer la minorisation définitive du Québec, Ce qui cherche à naître réunit des textes de la deuxième moitié du cycle post-référendaire pour contribuer à la recomposition en cours des forces nationales.L\u2019Action NATIONALE ÉDITEUR Disponible à la boutique internet, par la poste et par téléphone (25 $ TTC) (coordonnées page 144) Les Cahiers de lecture de L'Action nationale TANT QUE L\u2019INDEPENDANCE N'EST PAS FAITE- LA LITTERATURE, L\u2019ÊTRE ET LE DOUTE SfPUATISME deU/w*#*11 Mascar, ïaoe 36 pages couleurs format tabloïd 3 numéros par année dt (Sert f iiaioea LE WM® des Mpi 25 $ par année 45 $ pour deux ans taxes et expédition comprises Commande par la poste : L'ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 À la boutique internet www.action-nationale.qc.ca La pensée québécoise en essais Pour savoir ce qui se produit dans le monde des essais au Québec, il faut s\u2019abonner aux Cahiers de lecture de L'Action nationale, un périodique entièrement consacré aux recensions des essais québécois.D\u2019un format journal agréable, Les Cahiers paraîssent trois fois l\u2019an et font un survol de l\u2019actualité éditoriale québécoise comme il ne s\u2019en fait nulle part ailleurs.Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 36 pages qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés durant l\u2019année. LiRE LiRE LES ESSAiS LAURENCE MONNOT La politique de sélection des immigrants au Québec, Hurtubise, 2012, 216 pages En France, où l\u2019immigration dite subie est la norme, l\u2019idée d\u2019instaurer une véritable politique d\u2019immigration comme celle du Québec parait souhaitable aux yeux de plusieurs afin d\u2019exercer un meilleur contrôle sur les flux d\u2019immigrants et leur composition.C\u2019est dans cette perspective que Laurence Monnot, journaliste française, a consacré sa thèse de doctorat à la politique d\u2019immigration du Québec et a écrit le livre La politique de sélection des immigrants au Québec.L\u2019auteure décrit d\u2019abord l\u2019historique des objectifs et politiques d\u2019immigration du Canada et les événements qui ont peu à peu poussé le Québec à rapatrier les compétences dans le domaine.Jusqu\u2019aux années 1960, l\u2019immigration servait de manière plus ou moins assumée par le gouvernement fédéral à assurer la dominance britannique dans le pays.Conjoncturellement, d\u2019autres groupes ethniques ont percé les mailles - on pense par exemple à la venue de Chinois pour la construction des chemins de fer -, mais dans l\u2019ensemble, tout au long du XIXe et du début du XXe siècle, une série de restrictions telles que le refus des immigrants « appartenant à une race réputée impropre au climat ou aux exigences du Canada » ou la limitation des 135 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 « ressortissants issus de nationalités indésirables » servaient de critères subjectifs aux agents d\u2019immigration pour contrôler la composition ethnolinguistique des flux migratoires afin de ne pas altérer les « spécificités canadiennes », c\u2019est-à-dire une population blanche, anglophone et protestante ou facilement assimilable à celle-ci.En 1947, l\u2019immigration était ainsi limitée aux Britanniques, Néo-Zélandais, Australiens et Américains, auxquels, sous la pression des Canadiens français, se sont en principe ajoutés en 1948 les Français, bien que les agents fédéraux utilisaient leur pouvoir discrétionnaire pour refuser de manière quasi systématique leurs venues en les soupçonnant d\u2019accointance communiste ou nazie.À Montréal, avant les années 1950, la diversité culturelle était ainsi plutôt limitée.Il y avait les deux peuples fondateurs, les Canadiens français et anglais, ainsi que de petites communautés italienne et juive.Le reste du Québec, à l\u2019exception de quelques enclaves anglophones, était quant à lui 100 % de descendance française.En somme, ce rappel historique montre que le fantasme d\u2019un Québec et d\u2019un Canada multiculturels, diversifiés et métissés est en fait assez récent.Historiquement, l\u2019immigration au Canada visait non pas une plus grande diversité, mais plutôt sa restriction, en noyant notamment la minorité canadienne-française dans l\u2019hégémonie d\u2019une population d\u2019origine britannique.Les critères ethnoraciaux prirent fin dans les années 1960.Toutefois, l\u2019établissement des premières grilles de sélection basées sur le capital humain et gérées par le gouvernement fédéral ne changea pas la sous-représentation de l\u2019immigration susceptible de s\u2019intégrer aux Canadiens français.De fait, le rapport Brossard de 1965 souligne que durant les années précédentes, seulement 3 % des immigrants sont francophones, alors que 60 % sont anglophones.L\u2019Assemblée nationale du Québec prend alors pleinement 136 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 conscience que l\u2019immigration est utilisée comme un instrument de submersion démographique du français par le gouvernement fédéral et commence les premières actions visant à accorder au Québec un plus grand contrôle sur la sélection des immigrants à sa destination.La succession des accords accorde peu à peu au Québec plus de pouvoirs, d\u2019abord avec un droit d\u2019avis sur les candidats à destination du Québec jusqu\u2019aux pouvoirs exclusifs sur la sélection des immigrants économiques, en passant par le rapatriement des compétences en matière d\u2019intégration.L\u2019idée derrière ces discussions est toutefois claire : limiter l\u2019impact négatif de l\u2019immigration sur le fait français.Actuellement, même si le Québec contrôle les pouvoirs d\u2019intégration, l\u2019auteure rappelle que la politique d\u2019intégration du Québec, l\u2019interculturalisme, est en pratique une copie du multiculturalisme canadien, puisque la différence n\u2019en tient qu\u2019à la sémantique et à la vague idée d\u2019une convergence vers le français dans le cas de l\u2019interculturalisme.Par ailleurs, au fur et à mesure que le Québec s\u2019approprie les pouvoirs en matière d\u2019immigration et d\u2019intégration, Monnot souligne que la perception de la population à l\u2019égard des immigrants change radicalement, passant d\u2019une vision plus hostile, tel qu\u2019en témoigne le préjugé auparavant très répandu des « voleurs de jobs », à une vision positive, allant même à leurs attribuer des vertus bénéfiques au niveau économique.À ce jour, le Québec maîtrise pleinement la venue des immigrants économiques, mais demeure tributaire des engagements du Canada pour les réfugiés et du règlement fédéral pour les regroupements familiaux.À partir de ce constat, Monnot soutient qu\u2019un Québec souverain ne gagnerait pas grand-chose à ce niveau, car il aurait probablement des engagements et règlements similaires à ceux du Canada en ce qui concerne l\u2019immigration non économique.Tout 137 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 au plus, selon l\u2019auteure, il gagnerait à contrôler les délais pour la délivrance des visas et aurait potentiellement de meilleurs moyens pour contrer la mobilité vers les provinces canadiennes.Nous notons cependant qu\u2019elle oublie un point fondamental : celui de l\u2019intégration et de l\u2019identification culturelle des immigrants.L\u2019enquête sur la diversité ethnique de Statistique Canada a révélé que très peu d\u2019immigrants au Québec s\u2019identifient à la culture québécoise, même partiellement.Pour eux, la culture majoritaire est celle du Canada.Dans un Québec souverain, l\u2019ambivalence quant à la culture majoritaire ne ferait aucun doute aux yeux des nouveaux arrivants et le processus d\u2019intégration changerait de manière radicale : on viendrait au Québec pour devenir Québécois et non comme porte d\u2019entrée au Canada.Ainsi, dans un Québec souverain, même si la sélection des immigrants demeurait similaire à celle qui prévaut aujourd\u2019hui, il en irait tout autrement de leur intégration culturelle et linguistique.L\u2019auteure l\u2019a noté auparavant, mais semble l\u2019avoir oublié en portant ce jugement : l\u2019une des principales motivations qui ont mené le Québec à vouloir contrôler les pouvoirs en matière d\u2019immigration était de limiter son impact négatif sur le fait français.Dans cette perspective, le comportement linguistique de l\u2019immigrant à la sélection n\u2019est qu\u2019un volet, l\u2019autre étant les comportements linguistiques et culturels qu\u2019il adoptera une fois au Québec.Dans l\u2019ensemble, ce livre consiste à une description concise et claire du dédale complexe qu\u2019est le système d\u2019immigration du Québec.L\u2019auteure renchérit cette description de quelques réflexions pertinentes.Si Monnot trouve dans l\u2019ensemble que la politique d\u2019immigration du Québec est cohérente et remplit bien son rôle, elle critique la dérive que prend le ministère de l\u2019Immigration et des Communautés culturelles sous le règne du Parti libéral du Québec au cours dernières années.Les coupes budgétaires en complément à l\u2019augmen- 138 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 tation des seuils d\u2019immigration rendent de plus en plus difficile une sélection rigoureuse, d\u2019autant plus qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un petit ministère relégué aux députés peu expérimentés pour les former.Les candidats francophones fortement qualifiés ou travaillant dans des domaines recherchés n\u2019étant pas très nombreux à frapper aux portes du Québec, les seuils de passage de la grille de sélection sont régulièrement abaissés afin que le ministère puisse atteindre les cibles qu\u2019il s\u2019est données quant au nombre d\u2019immigrants reçus annuellement.Qui plus est, l\u2019adéquation entre le profil des candidats sélectionnés et les besoins du Québec semble devenir de plus en plus secondaire.L\u2019essentiel du budget pour la promotion ne sert pas non plus à attirer les immigrants répondant aux besoins définis par le Québec, mais plutôt à convaincre les Québécois des bienfaits prétendus de l\u2019immigration.L\u2019énoncé de politique en matière d\u2019immigration contient entre autres objectifs d\u2019 « [a]ugmenter la proportion de l\u2019immigration francophone, maximiser les retombées économiques de la sélection des immigrants indépendants, accroître les volumes d\u2019immigration en fonction des besoins et de la capacité d\u2019accueil du Québec ».Constatant l\u2019absence de suivi quant à la contribution économique de l\u2019immigration, l\u2019inadéquation entre les compétences des candidats et les besoins du marché du travail, la suppression des entrevues de sélection, l\u2019auteure note que la sélection perd sa cohérence, le ministère naviguant à vue, oubliant les raisons de l\u2019existence de la politique de sélection et prenant des mesures à court terme sans s\u2019interroger sur leurs incidences.Si les remarques de Monnot quant à la direction que prend le ministère de l\u2019Immigration sont généralement pertinentes, certains commentaires le sont beaucoup moins.Répliquant au livre Le remède imaginaire, qu\u2019elle qualifie sournoisement de pamphlet, elle soutient que la sélection exerce un contrô- 139 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 le important sur la qualité des candidats et que la politique québécoise de recrutement des travailleurs qualifiés est plus sélective que celle du Canada parce qu\u2019elle « s\u2019applique à une part beaucoup plus importante de son immigration ».Cette déduction est pour le moins étonnante.Si la grille québécoise s\u2019applique effectivement à une part plus importante, ce n\u2019est pas parce qu\u2019elle est plus sélective, mais simplement parce qu\u2019il y a plus de réfugiés et de regroupements familiaux dans le reste du Canada, réduisant de fait la part des immigrants économiques.En fait, en principe, si le Québec resserrait sa grille de sélection en haussant, par exemple, le seuil de passage, la part des immigrants économiques dans l\u2019ensemble des immigrants serait vraisemblablement réduite : moins de candidats se qualifieraient, alors que les autres catégories ne seraient pas concernées par le changement.Son argument n\u2019a donc aucun rapport avec la sélectivité.Régulièrement, dans le livre, elle rappelle que 70 % de l\u2019immigration au Québec est constituée d\u2019immigrants économiques, mais elle oublie à cet égard que dans les faits, la moitié de celle-ci est composée des accompagnateurs dont le profil socioéconomique n\u2019est pas, ou peu, pris en considération.S\u2019ils sont dans la catégorie « économique », c\u2019est simplement par décision administrative.Cela a peu à voir avec leur contribution économique réelle ou attendue.Également, l\u2019auteure renchérit l\u2019idée que le Québec serait plus sélectif que le Canada en arguant que la grille québécoise comporte un plus grand nombre de critères.Encore une fois, il s\u2019agit d\u2019un raisonnement erroné, le nombre de critères n\u2019ayant rien à voir avec le niveau de sélectivité.Par exemple, l\u2019ajout de certains critères tels que l\u2019adaptabilité ou à la présence d\u2019enfants, qui ne sont pas présents dans la grille canadienne, augmente au contraire les chances du candidat de se qualifier.Retirer ces critères tout en maintenant le seuil de passage rendrait ainsi plus difficile 140 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 la sélection québécoise, car les candidats devraient alors nécessairement obtenir suffisamment de points pour leurs caractéristiques socioprofessionnelles.Dans la réalité, le seuil de passage est nettement plus élevé au Canada qu\u2019au Québec.La majorité des candidats qui se qualifient pour le Canada se qualifieraient aussi pour le Québec, alors que le contraire n\u2019est pas vrai.Le Canada est donc le plus sélectif.Sur la question du critère de l\u2019adaptabilité, l\u2019auteure insiste par ailleurs sur sa pertinence dans la grille de sélection du Québec.Sans lui, soutient-elle, le Québec perdrait son pouvoir discrétionnaire et n\u2019aurait alors aucun intérêt à ne pas laisser le Canada faire la sélection à sa place, selon les critères québécois.Encore une fois, cette conclusion de l\u2019auteure est pour le moins curieuse.Dans les faits, la manière dont sont calculés les points fait en sorte que ce critère ne permet pas du tout de refuser un candidat dont l\u2019adaptabilité serait déficiente.Il s\u2019agit en fait de points bonis accordés à la discrétion du fonctionnaire.D\u2019ailleurs, elle-même souligne dans un autre chapitre que l\u2019adaptabilité sert aux candidats les moins performants à se rattraper.De fait, 45 % des candidats sélectionnés ne se qualifieraient pas sans les points accordés à la discrétion du fonctionnaire pour celui-ci.Ainsi, si un candidat a suffisamment de points dans les autres critères, le Québec ne peut le refuser en fonction de son adaptabilité, même si celui-ci a des valeurs qui sont clairement contraires à celles qui sont socialement acceptables au Québec.Ce candidat n\u2019aura simplement pas les points bonis.Sans compter la subjectivité importante de ce critère qui laisse une très grande marge de manœuvre au fonctionnaire, sans véritable ligne directrice pour le guider, le critère de l\u2019adaptabilité devrait agir de manière soustractive et non additive pour véritablement remplir son rôle, soit celui de pouvoir refuser des candidats dont la personnalité 141 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 et les valeurs ne sont pas jugées adéquates dans le contexte québécois.Entre autres étrangetés, l\u2019auteure prétend que le Québec n\u2019accueille pas beaucoup d\u2019immigrants.Pour arriver à une telle conclusion, son raisonnement est pour le moins surprenant : « en comparaison avec l\u2019Ontario ou la Colombie-Britannique, l\u2019Australie ou la Nouvelle-Zélande, voire avec de nombreux pays européens, le Québec, avec près de 52 000 immigrants admis en 2011 [.] ne se singularise pas par des volumes d\u2019immigration particulièrement élevés.» D\u2019abord, il est inexact d\u2019affirmer que de nombreux pays européens rivalisent avec le Québec quant au nombre d\u2019immigrants reçus annuellement : la plupart en reçoivent beaucoup moins, à commencer par la France, le Royaume-Uni, la Belgique, l\u2019Allemagne, l\u2019Autriche, la Suisse, les Pays-Bas, le Portugal, les pays scandinaves, etc.Ensuite, il est évident que si on limite la comparaison avec les pays qui acceptent le plus d\u2019immigrants, le Québec ne se démarque pas.ce qui signifie justement que le Québec est l\u2019un des endroits où les taux sont les plus élevés.On peut dire qu\u2019en comparaison avec la baleine bleue, l\u2019éléphant ne se singularise pas pour une taille particulièrement imposante.L\u2019éléphant n\u2019est pas un petit animal pour autant : il demeure plus gros que tous les autres.Une comparaison du Québec avec tous les pays occidentaux aurait été beaucoup plus pertinente et aurait donné un autre son de cloche : cela l\u2019aurait placé en tête du classement.Finalement, mentionnons qu\u2019en faisant le tour des finalités et des procédures des politiques d\u2019immigration du Québec, Monnot oublie l\u2019un des aspects les plus importants de l\u2019évaluation des politiques publiques : son efficacité.Si elle rappelle souvent les objectifs économiques et démographiques associés aux politiques d\u2019immigration du Québec, jamais 142 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 elle ne cherche à vérifier si elles remplissent bien leur rôle à cet égard.Ce manque est d\u2019autant plus important que l\u2019une des ambitions initiales derrière l\u2019écriture du livre était de montrer aux Européens la pertinence d\u2019une véritable politique d\u2019immigration.Cette pertinence d\u2019une politique d\u2019immigration passe avant tout par son efficacité à remplir le rôle pour lequel on l\u2019établit.Sans finalités et objectifs définis, elle n\u2019a guère de sens.La thèse de l\u2019ouvrage soutenant que « la sélection du Québec a jusqu\u2019ici fait preuve d\u2019une cohérence inégalée » parait dès lors bien faiblement appuyée.Guillaume Marois Démographe DjEMiLA BENHABiB Des femmes au printemps, VLB Éditeur, 2012, 168 pages Les révolutions arabes du printemps 2011 ont été unanimement saluées en Occident et vues comme des soulèvements populaires traduisant une soif de liberté des nations touchées qui décidaient enfin de renverser leurs dictateurs séculaires.C\u2019est avec beaucoup d\u2019étonnement et de consternation que le monde entier a constaté que l\u2019hiver obscurantiste avait immédiatement succédé à un printemps qui semblait au départ des plus bourgeonnants.C\u2019est de ce thème hautement sensible dont traite Djemila Benhabib dans son nouvel ouvrage, Des femmes au printemps.Pour ceux qui l\u2019ignorent, Benhabib est une auteure, intellectuelle et militante ayant fui l\u2019Algérie au moment où de sanglantes vagues de terrorisme ébranlaient son entourage.Après avoir livré l\u2019essai autobiographique Ma vie à Contre-Coran et le pamphlet Les soldats d\u2019Allah à l\u2019assaut de l\u2019Occident, 143 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 la candidate péquiste défaite lors du dernier scrutin provincial nous livre un témoignage court et accessible.La forme est somme toute différente des deux livres précédemment évoqués.Ici, l\u2019analyse théorique et intellectuelle est beaucoup moins présente, cédant le pas à l\u2019observation de terrain et à l\u2019anecdote.Or, force est d\u2019admettre que Benhabib, de par sa plume percutante et son écriture ressentie, excelle en matière de témoignage personnel, parvenant aisément à nous transmettre une sensibilité féminine assumée.Sur le plan de la continuité vis-à-vis de ses œuvres précédentes, Benhabib donne constamment la parole aux militants, intellectuels et aux petites gens qui rejettent l\u2019islam radical.Ces Lumières arabes méritent d\u2019être mentionnées, pour que les adversaires du fanatisme ne soient pas les laissés pour compte de l\u2019enfer intégriste.L\u2019ouvrage décrit successivement la situation égyptienne, puis, dans une partie plus courte, traite de celle - très légèrement moins sombre - qui prévaut en Tunisie.En Égypte, on découvre avec horreur les conséquences funestes d\u2019une révolution détournée.Dans l\u2019Égypte postrévolutionnaire, 85 % des femmes sont soumises à l\u2019excision, une mutilation génitale présentée comme une opération esthétique.La misère et la pauvreté crasse font des Égyptiennes un véritable bar ouvert de la polygamie, en cela que les miséreuses ne peuvent qu\u2019être à la recherche d\u2019un homme leur permettant de subvenir à leurs besoins.Certaines formes de pédophilie légale sont également mises en place avec l\u2019abaissement de l\u2019âge de mariage, et le droit de divorce unilatéralement offert à l\u2019homme.La soumission à l\u2019homme est dès lors un réconfort : c\u2019est ainsi que les femmes en viennent à reproduire elles-mêmes les structures de l\u2019oppression islamique après les avoir intériorisées. 144 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Le voile, elles se l\u2019imposent d\u2019ailleurs bien souvent elles-mêmes pour éviter les agressions masculines, courantes dans les rues du Caire.Pour ajouter au portrait, les deux forces politiques principales sont radicalement islamistes et ne présentent que des différences mineures de degré.Peu après l\u2019élection du candidat des Frères musulmans à la plus haute fonction du pays, les mécanismes d\u2019établissement d\u2019un nouveau pouvoir religieux se sont vite déployés.Les fatwas sont alors redevenues courantes, tandis que la situation générale s\u2019est mise à régresser.Des « tests de virginité » fort peu scientifiques ont été instaurés garantissant la pureté de la femme laquelle est devenue de fait propriété de l\u2019État.Sous les niqabs, c\u2019est la dignité humaine même qui est niée.En Tunisie, l\u2019islamisme est présenté comme étant « modéré », voire « moderniste ».Il faut dire que le pays est au carrefour de l\u2019Orient et de l\u2019Occident, berceau de multiples civilisations.Pourtant, là aussi, les avancées vers la laïcité qui avaient été entreprises sous le régime précédent ont été anéanties.Là aussi, les islamistes ont profité de la saine colère de leurs compatriotes vis-à-vis de leur dictateur.Benhabib raconte de manière touchante son arrivée dans une ville où la vie nocturne est devenue inexistante depuis la révolution printanière.En Tunisie, on appelle régulièrement à la mort des juifs, tandis que le terrorisme et le racisme ont repris de plus belle.Pas surprenant que des militaires tunisiens, plus d\u2019un an après le renversement, protègent toujours en permanence certains édifices stratégiques.Les musulmans « modérés » manient à merveille la rhétorique afin de cautionner le retour de la Charia par la porte arrière : ils ne sont pas contre la démocratie, tant et aussi longtemps qu\u2019elle s\u2019exerce dans les limites de l\u2019islam - dont le mot même signifie soumission.Comme Benhabib le souligne si bien, ces fanatiques se substituent à Allah pour prendre le contrôle de la Cité. M5 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Parmi les témoignages les plus bouleversants du livre, deux nous ont semblé dignes de mention.Tout d\u2019abord, celui de la séquestration d\u2019un professeur d\u2019université par un groupe de salafistes parce que ce dernier avait refusé que des étudiantes se présentent en niqab dans son cours.Un exemple de courage de la part d\u2019un homme n\u2019acceptant pas un système fondé sur le dénigrement de l\u2019amour-propre.La seconde met en scène des femmes se retrouvant dans un hammam.L\u2019une d\u2019elles arriva en burqa et confia à l\u2019auteure que malgré le fait que les bains publics constituent un rassemblement purement féminin elle n\u2019en craint pas moins que des membres de sa famille ne l\u2019aperçoivent sans son morceau de tissu.L\u2019ouvrage devait au départ se nommer Les femmes arabes ont-elles un sexe ?Force est d\u2019admettre qu\u2019en dépit du travail éditorial sur le titre, ce thème n\u2019en est pas moins majeur.En réprimant la sexualité féminine, c\u2019est une part de l\u2019individualité que l\u2019islamisme vise à abolir.Dans un tel contexte, les relations sexuelles hors mariages sont légion.On estime qu\u2019en Tunisie une femme se marie en moyenne à 30 ans tandis qu\u2019elle perd sa virginité vers 17 ans.Le sexe ne semble plus constituer l\u2019affirmation d\u2019un acte d\u2019amour ou tout simplement le point logique d\u2019aboutissement du désir physique, mais revêt carrément un caractère transgressif.Le plaisir charnel est devenu, chez les femmes arabes, le symbole d\u2019une révolte humaniste contre l\u2019oppression.Cela témoigne qu\u2019une partie significative de la population tunisienne rejette le totalitarisme islamiste.Malheureusement, ce n\u2019est toujours pas le cas de la majorité de cette dernière, qui semble s\u2019être réfugiée dans la tradition comme réplique confortable à des bouleversements auxquels elle n\u2019était pas habituée.La société tunisienne n\u2019en demeure pas moins, fondamentalement, en ébullition. 146 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Car malgré la déception vis-à-vis du détournement de la vocation libératrice des révolutions arabes, Benhabib ne perd pas espoir.L\u2019islamisation croissante n\u2019a pas, selon elle, anéanti l\u2019espoir d\u2019une véritable réaffirmation de l\u2019être humain dans toute sa grandeur.Elle ne l\u2019a que retardé, temporairement.Djemila Benhabib signe ici un témoignage percutant, que devraient lire les « progressistes » souhaitant tolérer d\u2019injustifiables excès archaïques au nom de « l\u2019ouverture à l\u2019autre ».Bien que le contenu théorique soit moindre que dans les deux œuvres précédentes de Benhabib, Des femmes au printemps n\u2019en demeure pas moins un pavé dans la marre concrétisant le statut de brillante intellectuelle de son auteure.Simon-Pierre Savard-Tremblay Candidat à la maîtrise en sociologie à l\u2019UQAM ROBERT).BERG Péril en la demeure; regards d\u2019un Américain sur la langue française, Clichy-la-Garenne : France Univers, 2011.165 pages Le volume de R.J.Berg, publié à l\u2019été 2011, n\u2019a pas été distribué au Québec.On ne le trouve en librairie ni en bibliothèque.Ce qui est fort regrettable.L\u2019essai apporte une perspective nouvelle à nos sempiternels débats sur la langue française, sur son avenir, sur ses prétendues qualités intrinsèques, sur les complots anglo-saxons visant sa disparition.R.J.Berg est un Américain francophile.Très tôt, il s\u2019est montré très intéressé par la langue française.Il a traversé l\u2019Atlantique et a parcouru la France en moto dans un pre- 147 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 mier temps.Par la suite, il s\u2019y attarda et y fit ses études universitaires.Il est aujourd\u2019hui professeur d\u2019université aux États-Unis et l\u2019auteur d\u2019une dizaine d\u2019ouvrages, dont plusieurs manuels largement diffusés (français des affaires, littérature et cinéma français).Le corps principal du volume se divise en trois parties.Dans la première, Berg déboulonne sans ménagement des idées reçues.D\u2019abord, celle à laquelle Rivarol a donné naissance : « Ce qui n\u2019est pas clair n\u2019est pas français ».Puis celle qui voudrait que le français soit à la source d\u2019une vision progressiste et morale de l\u2019humanité.La deuxième section porte le titre « Diagnostic ».L\u2019auteur relève le fait que le président Sarkozy est intervenu auprès des diplomates afin de les inciter à parler la langue de l\u2019État.Mais pour lui, la fièvre anglomane de ces hauts-fonctionnaires est l\u2019illustration de phénomènes plus profonds.D\u2019abord, l\u2019idée simpliste qu\u2019une langue est en perpétuelle évolution et qu\u2019on n\u2019a pas à jeter un regard critique sur cette évolution.Ensuite, l\u2019habitude généralisée et jugée normale de parler français avec des mots anglais.Enfin, Berg s\u2019attarde au courant selon lequel il ne sert à rien de se battre et de jouer les donquichottes.La dernière partie du volume est consacrée aux remèdes à envisager : faire du français une langue de plein emploi, à la fois de la littérature et de la science, de la vie privée et de la vie publique; intervenir rapidement face aux anglicismes inutiles, c\u2019est-à-dire avant qu\u2019ils ne prennent racine; forcer les grands agents propagateurs des franglicismes et des anglicismes - les médias et les agences de publicité - à utiliser le français mais aussi à en utiliser les mots.Le prof Berg rappelle même une proposition de Jean Dutourd au premier 148 L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 ministre Bérégovoy : taxer les enseignes en anglais et faire payer des amendes aux médias coupables de franglicismes et d\u2019anglicismes superflus.Le volume est complété par des extraits d\u2019un carnet de lecture insérés au fil des pages, par vingt prolongements ou remarques d\u2019une page en moyenne et par une dizaine de pages de notes bibliographies et médiagraphique.Il faut aussi noter un passage instructif sur le sort du français en Nouvelle-Angleterre (73-75) et sur la situation difficile observée au Québec (75-85).Le volume intéressera les Québécois sensibles tant au statut du français ici qu\u2019à sa qualité.La perspective de l\u2019auteur est roborative et elle devrait contribuer à actualiser les discussions et les débats sur le sujet : les anglicismes appauvriraient souvent notre langue en tuant des nuances (ce serait le cas du mot « live » qui masque deux réalités : en direct et en public), le sort fait au français en Nouvelle-Angleterre et même en Louisiane (l\u2019auteur n\u2019en parle pas) devrait servir de leçon à nos compatriotes.Berg pense aussi (p.54) qu\u2019il existe un lien entre l\u2019indépendance d\u2019une nation et l\u2019état de sa langue, mais il ne justifie pas son hypothèse.Pour l\u2019heure, devant le raz-de-marée des anglicismes inutiles, il n\u2019est pas inutile de rappeler une sentence de Claude Duneton : « La conquête d\u2019un pays se fait aussi par les mots ».Mais le conquérant compte, ici comme en France, sur des intelligences dans la place.Gaston Bernier 149 LIVRES REÇUS André Frappier, Richard Poulin et Bernard Rioux Le printemps des carrés rouges.Lutte étudiante, crise sociale, loi liberticide, démocratie de la rue, M Éditeur, 2012, 160 pages Denise Girard Thaïs.La voix de la lutte des femmes 1886-1963, Septentrion, 2012, 274 pages Centrale de l\u2019enseignement du Québec L\u2019école au service de la classe dominante, M Éditeur, 2012, 112 pages Fédération des travailleurs du Québec L\u2019État rouage de notre exploitation, M Éditeur, 2012, 128 pages Confédération des syndicats nationaux Ne comptons que sur nos propres moyens, M Éditeur, 2012, 144 pages Pierre-Mathieu Lebel Montréal et la métropolisation Tryptique, 2012, 212 pages Yves Lever Pierre Juneau.Maître des communications au Canada, Septentrion, 2012, 192 pages Jan Gehl (Préface de Jean-Paul L'Allier) Pour des villes à échelle humaine, Écosociété, 2012, 212 pages Nicoletta Dolce La porosité au monde.L\u2019écriture de l\u2019intime chez Louise Warren et Paul Chamberland, Nota Bene, 2012, 344 pages Jean Morency La littérature québécoise dans le contexte américain, Montréal, Nota Bene, Collection Terre américaine, 2012, 180 pages Richard Hétu et Alexandre Sirois Les clés de la Maison-Blanche: sexe, fric et vote, Éditions La Presse, 2012, 170 pages David Robichaud et Patrick Turmel La juste part: Repenser les inégalités, la richesse et la fabrication des grille-pains, Atelier 10, 2012, pages 15° L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Guy Bélanger Alphonse Desjardins 1854-1920, Septentrion, 2012, 712 pages Patrick Guillaudat et Pierre Mouterde Hugo Chavez et la révolution bolivarienne, M Éditeur, 2012, 272 pages Marc Chevrier La République québécoise.Hommages à une idée suspecte, Boréal, 2012, 416 pages Julien Prud'homme Professions à part entière.Histoire des ergothérapeutes, orthophonistes, physiothérapeutes, psychologues et travailleuses sociales au Québec, PUM, 2011, 228 pages Annie Laliberté Le journalisme entre guerre et paix au Rwanda, PUL, 2012, 372 pages Normand Mousseau Les défis des ressources minières, Multimondes, 2012, 280 pages Gérard Bouchard L\u2019interculturalisme.Un point de vue québécois, Boréal, 2012, 286 pages Claude Corbo et Sophie Montreuil Livres québécois remarquables du XXL siècle, PUQ, 2012, 307 pages Jean-Jacques Pelletier La fabrique de l\u2019extrême: les pratiques ordinaires de l\u2019excès, Hurtubise, 2012, 434 pages Eric Bédard L'Histoire du Québec pour les nuls, Éditions First, 2012, 384 pages F.Bouvier, m.Allard, P.Aubin et M.-C.Larouche L'Histoire nationale à l'école québécoise.Regards sur deux siècles d'enseignement, Septentrion, 2012, 552 pages i5i L\u2019ACTION NATIONALE - janvier 2013 Denyse Baillargeon Brève histoire des femmes au Québec, Boréal, 2012, 288 pages Jean-Pierre Béland et Georges a.Legault Asimov et l'acceptabilité des robots, PUL, 2012, 238 pages R.Girard, R.Auger, V.Collette, D.Denton, Y.Labrèche, N.Perron Histoire du Nord-du-Québec, PUL, 2012, 556 pages Dany Fougères Histoire de Montréal et de sa région.Boîtier de 2 tomes, PUL, 2012, 1600 pages Nova Doyon Formation des cultures nationales dans les Amériques.Le rôle de la presse dans la constitution du littéraire au Bas-Canada et au Brésil au début du XIX: siècle, PUL, Collection Américana, 2012, 380 pages Peter Trent La Folie des grandeurs.Fusion et défusions sur l'île de Montréal, Septentrion, 2012, 624 pages Bernard Andrés et Patricia Willemin-Andrès La guerre de 1812.Journal de Jacques Viger, PUL, 2012, 158 pages Luc Lépine Le Québec et la guerre de 1812, PUL, 2012, 144 pages F.Vanlaethem, S.Marchand, P.-A.Linteau, J.-A Chartrand Place Ville Marie.L\u2019immeuble phare de Montréal, Québec Amérique, 2011, 232 pages Jean Royer Voyage en Mironie.Une vie littéraire avec Gaston Miron, L\u2019Hexagone, 2012, 288 pages ÉTIENNE BERTHOLD Patrimoine, culture et récit.L'île d'Orléans et la place Royale de Québec, PUL, Collection Monde culturel, 2012, 234 pages 4r y\tV ASSEMBLEE KATIOriALE Û U l HI! C- Martine Ouellet Députée de Vachon I Tél.: 450 676-5086 I www.martineouelletorg Sansregret,Taillefer & Associés ine.Cabinet en assurance collective de personnes Michel Taille ten crha Conseiller en assurance et rentes collectives Président mtaillcfcr@sta-collcctif,coni I 78, rue Sainte-Marie Terrebonne (Québec) J6W 3E1 Telephone : 450 471-2662 514 355-7869 800 782-5799 Télécopieur : 450 471-0026 514 355-7923 poste 225 (n Souveraineté du Québec Langue française Fête nationale Assurance-vie Société Saint-Jean-Baptiste dcla MA U Ri CIE *2 www.ssjbmauricie.qcca 8-|9-375-488i -1-800-821-4881 Prévenez Votre date d'échéance est indiquée sur votre feuillet d'adressage Nouveau Paiement direct Nos avis de renouvellement contiennent dorénavant le numéro SPC marchand de la Ligue d'action nationale qui vous permet - quand il est jumelé à votre numéro d'abonné - de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet chez Desjardins et dans les autres institutions participantes.Autres modes de paiement Vous pouvez également payer votre abonnement \u2022\tpar la poste (chèque et cartes de crédit*) ; L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 \u2022\tpar téléphone (cartes de crédit*) ; 514-845-8533 ou 1-866-845-8533 \u2022\tpar la boutique internet* action-nationale.qc.ca Autorisation de prélèvement annuel L'avis de renouvellement vous donne également l'occasion de signer une autorisation de prélèvement annuel de votre abonnement sur carte de crédit.Chaque abonné est important pour nous.\u2022\tVISA et MASTERCARD acceptées Gestion François Beaudoin ises (Evaluation dVntrepn Transfert familial.Rachat pa^ cadres.Ventes - .Achats - Fusions.Services conseils en financement.faisabilité.Une équipe multidisciplinaire off,ant towS les services requ* 1, une transaction reussie.Si?-3 9?~49*0 gfb@tlb.sympatico.ca CLUB DES 100 ASSOCIÉS DE LA LIGUE D'ACTION NATIONALE Fernand Allard Patrick Allen ' François-Albert Angers ' Gaston-A.Archambault ' Robert Ascah Jean-Paul Auclair ' Paul Banville Jean-François Barbe François Beaudoin Gaston Beaudry ' Dominique Bédard ' Yvan Bédard Henri Blanc David Boardman Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau Richard Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin ' Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Henri Joli-Cœur Lucie Lafortune ' Anna Lagacé-Normand ' Bernard Lamarre Denis Lazure ' Richard Leclerc Laurent Mailhot Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Roger Masson Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin ' Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost ' Ghislaine Raymond-Roy René Richard ' Dominique Richard ' Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Paul-Émile Roy Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier ' Réal Trudel Cécile Vanier André Verronneau Claude-P.Vigeant Madeleine Voora André Watier Le Club des 100 associés regroupe les donateurs de 1000 $ et plus. L\u2019Action NATIONALE Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex »» depuis 1984, dans « Repères »» publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur 157 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Mission La Ligue d'action nationale est l'éditrice de la revue L'Action nationale.Sa mission est d'être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Patrick Sabourin Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Myriam D\u2019Arcy Jacques Martin Ex Officio Robert Laplante Membres Mathieu Bock-Côté Jean-Louis Bourque Charles-Philippe Courtois Pierre de Bellefeuille Robert Comeau SiouFan Houang Henri Laberge Josée Lacourse Anne-Michele Meggs Danic Parenteau Joëlle Quérin Guillaume Rousseau Michel Sarra-Bournet Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon, Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jacques-Yvan Morin, Paul-Émile Roy 2 ans Tarifs 2013 \t1 an 10 numéros\t2 ans 20 numéros Abonnement\t80 $ (70,22 $ + taxes)\t140 $ (122,89 $ + taxes) Abonnement de soutien\t175 $\t300 $ Étudiant\t45 $ {39,50 $ + taxes)\t80 $ (70,22 $ + taxes) Institution\t140 $ {122,89 $ + taxes)\t235 $ (206,28 $ + taxes) Autres pays\t150 $\t275 $ \t\t Abonnement PDF\t55 $ 48,28 $ + taxes TVQ 1012563392 TQ0002\t95 $ 83,39 $ + taxes TPS 11901 9545 Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022\tpaiement internet sécurisé Desjardins dans notre site \u2022\tpar la poste \u2022\tpar téléphone Paiement au guichet (renouvellement d'abonnement) \u2022\tchez Desjardins et dans les institutions financières participantes L\u2019ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Envoi de Poste-Publications - Enregistrement N° 09113 "]
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