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Titre :
Parachute
Éditeurs :
  • Montréal, Québec :Artdata enr.,1975-2007,
  • Montréal, Québec :Parachute, revue d'art contemporain inc.
Contenu spécifique :
Septembre - Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
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Parachute, 1985-09, Collections de BAnQ.

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[" CHUTE MODE/FASHION ËÉ® art contemporain/contemporary art septembre, octobre, novembre/ September, October, November 1985 #\t\u201e\t5,50$ ï&ÈÊÈÈi \u2018«BM sg||g WÊÊM mm \u2022:.cwa I'y-gMm ¦ m .m COUVERTURE/COVER Laurie Simmons, Woman/Castle, 1984, C-Print, photo: gracieuseté Metro Pictures.directrice de la publication CHANTAL PONTBRIAND conseil de rédaction ROBERT GRAHAM BRUCE GRENVILLE JOHANNE LAMOUREUX JEAN PAPINEAU RENÉ PAYANT collaborateurs GUY BELLAVANCE SERGE BÉRARD CHANTAL BOULANGER KATE DAVY NICOLE DUBREUIL-BLONDIN JAQUELINE FRY RAYMOND GERVAIS ROBERT GRAHAM BRUCE GRENVILLE ANDRÉ JODOIN GARY KIBBINS SILVIA KOLBOWSKI ROBERT LABOSSIÈRE LISE LAMARCHE KATE LINKER DONNA LYPCHUCK GÉRARD MONNIER RENÉ PAYANT CHRISTINE ROSS JACQUES SAMSON JOHN SCOTT PETRA RIGBY WATSON graphisme LUMBAGO secrétariat à la rédaction, administration COLETTE TOUGAS promotion, secrétariat RACHEL MARTINEZ correction d\u2019épreuves GIOVANNI CALABRESE JEFFREY MOORE publicité JEAN BERNARD BRUNO ÉMOND documentation ROBERTO PELLEGRINUZZI promotion en Europe KATHLEEN VAN DAMME 52, rue Émile-Bouilliot 1060 Bruxelles Belgique PARACHUTE, revue d\u2019art contemporain inc.les éditions PARACHUTE Abonnements/Subscriptions: PARACHUTE C.P.425, Succursale Place d\u2019Armes Montréal, Qué., CANADA, H2Y 3H3 Tél: (514) 842-8821 Rédaction et administration/Editorial and administration office PARACHUTE 4060, boul.Saint-Laurent, bureau 501 Montréal, Qué., CANADA, H2W 1Y9 Tél: (514) 842-9805 Toronto editor Bruce Grenville, 631 Queen St.W., M5V 2B7 867-3986 abonnement un an\tindividu\tinstitution Canada\t20$\t28$ Europe, U.S.A.\t28$\t36$ deux ans\t\t Canada\t32$\t42$ Europe, U.S.A.\t42$\t54$ vente au numéro Allemagne: 13 DM; Belgique: 325 FB; Canada: 5,50$; France: 43 FF; Grande-Bretagne: 3.60 1; Hollande: 15 FL; Italie: 9300 L; Suisse: 11 FS.distribution Québec: Diffusion Parallèle, 815, rue Ontario est, Montréal, Québec, H2L 1P1, (514) 525-2513 British Columbia: Vancouver Magazine Service Ltd., 2500 Vauxhall Place, Richmond, B.C.V6V 1Y8, (604) 278-4841 Belgique: Librairie Post-Scriptum, rue des Eperonniers 37, 1000 Bruxelles Toronto: C.P.P.A., 54 Wolseley Street, Toronto, Ont., M5T 1A5, (416) 362-2546.U.S.A.: Bernhard De Boer, Inc., 113 East Centre Street, Nutley, N.J.07110 PARACHUTE n\u2019est pas responsable des documents qui lui sont adressés.Les manuscrits ne sont pas retournés.Tous droits de reproduction et de traduction réservés © PARACHUTE, revue d\u2019art contemporain inc.Les articles publiés n\u2019engagent que la responsabilité de leurs auteurs.PARACHUTE est indexé dans Art Bibliographies Modem, RADAR et RILA.PARACHUTE est membre de l\u2019Association des éditeurs de périodiques culturels québécois dépôts légaux Bibliothèque Nationale du Québec Bibliothèque Nationale du Canada ISSN: 0318-7020 courrier 2e classe no 4213 Imprimerie Boulanger inc., Montréal ln-cinq communications, Montréal PARACHUTE est publié avec l\u2019aide du Conseil des Arts du Canada, du ministère des Affaires culturelles du Québec, du Conseil des Arts de la Communauté urbaine de Montréal et de Lavalin inc.Imprimé au Canada/Printed in Canada 3e trimestre 1985 conseil d\u2019administration Chantal Pontbriand, prés., Robert Graham, vice-prés., Jocelyne Légaré, sec., Colette Tougas, très.conseillers honoraires Colette Chabot, Yvan Corbeil, Lewis Dobrin, Elise Mercier art contemporain/contemporary art septembre, octobre, novembre/ September, October, November 1985 ARACHUTE SOM MAI RE/CONTENTS ÉDITORIAL 4\tLa mode: démystifications/fascinations Fashion: Demythology/Fascination\tpar/by Chantal Pontbriand ESSAIS/ESSAYS 5\tLa Manière et la Mesure\tde Guy Bellavance 10\tLe Pantalon de Tintin\tde Jacques Samson 15\tEx-posing the Female Model or on the woman who poses\t \tfor money\tby Kate Linker 18\tDiscordant Views\tby Silvia Kolbowski 21\tBuying and Selling the Look\tby Kate Davy 25\tFashion, Envy & the Gift\tby Robert Graham COMM ENTAI RES/REVIEWS\t\t 28\tDominique Blain/René Désilets/\t \tMichel Gaboury\tpar René Payant 32\tAngela Grauerholz\tpar Serge Bérard 30\tLéon Golub\tpar Nicole Dubreuil-Blondin 31\tMichel Goulet\tpar Lise Lamarche 34\tT.V.or Not T.V.\tpar Christine Ross 35\tGuy Pellerin\tpar Chantal Boulanger 36\tLa Nouvelle Biennale de Paris\tpar Gérard Monnier 37\tDoug Walker\tby John Scott 38\tThe Republic\tby Bruce Grenville 39\tGreg Snider\tby Petra Rigby Watson 40\tArtists/Critics,\t \tYYZ Conference\tby André Jodoin 40\tSusan McEachern\tby Robert Labossiere 41\tCarl Beam\tby Jaqueline Fry 43\tTony Brown\tby Donna Lypchuk DÉBATS/ISSUES\t\t 45\tNot Doing:\t \tLate Capitalist Mysticism\tby Gary Kibbins 48\tPeinture au Québec: une nouvelle génération/\t \tAurora Borealis/Interface II\tpar René Payant INFORMATIONS\t\t 50\tLivres et Revues\tpar Jean Papineau 53\tLa Musique et le Temps\tpar Raymond Gervais L E D I T O R I LA MODE: DÉMYSTIFICATIONS/FASCINATIONS Chaque automne, PARACHUTE vous revient avec un numéro spécial.Celui-ci porte sur la mode et fait suite aux numéros consacrés récemment à l\u2019architecture et à l\u2019installation.Les articles ici regroupés touchent à divers aspects du phénomène mode si proche et si lointain à la fois de celui de l\u2019art.Sur le plan de la création, il exige le même effort de renouvellement.Il est lié au temps et à la manière distinctive dont nous l\u2019interprétons au vingtième siècle.Baudelaire, à son époque, n\u2019avait-il pas pressenti, de façon quasi oraculaire, les rapports naissants entre la mode et l\u2019art?L\u2019avant-garde étant un phénomène analogue à celui de la mode, frappé de la même mouvance, l\u2019éclatement de l\u2019un et de l\u2019autre est caractéristique de la décennie que nous traversons.L\u2019heure est à la remise en question, au bilan historique, aux contresens coexistants.Le beau cohabite avec le laid, l\u2019envers avec l\u2019endroit, l\u2019hypertechnologie avec l\u2019esthétique du désordre et de la dépravation.Comme l\u2019art, la mode exprime désirs et angoisses.Le discours sur la mode, tout comme celui sur l\u2019art, s\u2019est modifié de façon notoire depuis que Roland Barthes a écrit le Système de la mode.On ne saurait plus aujourd\u2019hui passer outre ce système complexe d\u2019analyse, augmenté au fil des ans de l\u2019apport de nombreux philosophes et écrivains.La sémiologie bâtit autour de la mode, entre autres mythes contemporains, un système élaboré à partir d\u2019une volonté de savoir, d\u2019une scientificité même.C\u2019est un puissant outil d\u2019analyse qui s\u2019est raffiné à l\u2019usage.Même Barthes a su se distancier de ce système, et de sa trop froide objectivité, et admettre la part de subjectivité et d\u2019irrationnalité qui guide notre rapport au monde.Ainsi, les articles de ce numéro abordent-ils le thème de la mode par des biais divers: psychanalyse, sociologie et linguistique, outils de démystification, indices de fascination aussi.Ce sont des textes explorateurs qui sondent l\u2019ambiguïté de la mode, ambiguïté qui secoue à l\u2019heure actuelle le milieu de l\u2019art, et qui se fonde sur l\u2019apparente gratuité des formes.Quelle est cette «économie» particulière qui fait tourner l\u2019un et l\u2019autre?Les nombreux facteurs qui influent sur le développement de l\u2019art comme de la mode, sur les notions de changement, d\u2019invention ou de sclérose même qui les caractérisent, sont ici sondés, recueillis et interprétés, surtout dans leurs rapports à la culture visuelle, à la culture de l\u2019image (sinon au culte de l\u2019image) qui domine l\u2019ensemble des systèmes de représentations au coeur de nos sociétés.Aussi, ce numéro rejoint-il les objectifs que PARACHUTE s\u2019était fixés il y a dix ans, lors de sa fondation.Être «révélateur d\u2019idéologies contemporaines», «d\u2019un cheminement historique», voilà ce à quoi nous visons encore aujourd\u2019hui, alors que nous trouvons toujours à nos motivations premières une actualité très grande.Le regard critique et l\u2019esprit de contextualisation, loin de la fermeture traditionnaliste et du ghetto culturel, sont des valeurs que nous avons entretenues et qui ont porté leurs fruits dans notre milieu avec une plus grande ouverture au monde, le développement d\u2019un intérêt pour la scène internationale dans les musées et les galeries, les changements au niveau de la critique d\u2019art, largement dominée il y a dix ans encore par une critique impressionniste et littéraire.Je me permettrai en terminant de citer quelques phrases de l\u2019éditorial du premier numéro, tout en formulant le souhait que nous sachions en tirer autant pour les années à venir què- nous l\u2019avons fait pendant les dix premières.Il est possible de produire une revue d\u2019art contemporain, sans pour autant se rallier du coup au camp des modernistes qui entretiennent autant de préjugés, de parti-pris et de snobisme que leurs adversaires.Situer l\u2019information artistique dans un cadre de référence qui ne s\u2019articule pas qu\u2019en fonction de sa propre historicité, tout en tenant compte du contexte politique, social et économique où elle est forcément impliquée.Arriver à un échange interdisciplinaire et international qui soit un décloisonnement culturel et une antithèse au régionalisme.De plus en plus, le débat du «rattrapage culturel» et de la «dépendance de l\u2019étranger» s\u2019estompe.Il faut maintenant apprendre à fonctionner à l\u2019intérieur de schèmes culturels en état de reformulation, explorant à la fois la voie du retour aux sources et celle des nouvelles réalités idéologiques, scientifiques et technologiques.En cet anniversaire, j\u2019aimerais remercier tous ceux qui nous ont appuyés et encouragés, gouvernements, corporations et amis, ici et à l\u2019étranger, de même que ceux qui ont collaboré à la revue depuis ses débuts, soit quelques centaines d\u2019artistes, de critiques, de graphistes, de galeries et de musées.Notre gratitude envers nos lecteurs trouve ici également son expression et nous les remercions de leur soutien accru.Enfin, nous faut-il, dans le cadre de ces remerciements, inclure nos plus proches collaborateurs, membres de l\u2019équipe et du conseil de rédaction, dont certains nous sont associés depuis les débuts et à qui nous vouons une très grande reconnaissance et amitié.A FASHION: DEMYTHOLOGY/FASCINATION Every autumn, PARACHUTE comes out with a special issue.The current one\u2019s theme is fashion, following recent issues on architecture and installation.The articles grouped here touch on various aspects of the fashion phenomenon, at once so far from, and so near to art.With regard to creation, fashion requires the same effort for renewal.It is linked to time and to the distinctive way we interpret things in the twentieth century.Had not Baudelaire, in his time, presaged in almost oracular fashion, the nascent connections between fashion and art?The avant-garde is analogous to fashion, impelled by similar rhythms, and the explosion of each is characteristic of this present decade.We are now calling into question, from an historical perspective, the phenomenon of co-existing opposites.The beautiful coincides with the ugly, the up with the down, hypertechnology with the esthetic of disorder and depravation.As does art, fashion expresses desire and anguish.Theory of fashion, as well as theory of art, has undergone a much-celebrated change since the publication of Roland Barthes\u2019 le Système de la mode.One cannot escape this complex system of analysis, built upon over the years by numerous philosophers and writers.Semiology constructs around fashion, not to mention other contemporary myths, an elaborate system stemming from a will to know, even from scientism.It has proved a useful tool, refined through use.Even Barthes, however, was able to distance himself from this system and its cold objectivity, admitting that portion of subjectivity and irrationality which guides our relationship with the world.The articles of this issue thus approach fashion from various angles: psychoanalysis, sociology, linguistics \u2014 tools for demythologizing, ciphers of fascination.The texts are exploratory, probing the ambiguity of fashion, the same ambiguity which is currently rocking the world of art, and which is based on the apparent gratuitousness of forms.What is the particular \u201ceconomy\u201d behind each?The many factors influencing the development of art and fashion, and such characteristics as change, invention and even sclerosis are here probed, collected and interpreted, especially their connection with the visual culture, the culture \u2014 or cult \u2014 of the image which dominates all systems of representation throughout our various societies.Thus, this issue meets the objectives PARACHUTE set for itself ten years ago, upon its inauguration.To \u201creveal contemporary ideologies,\u201d \u201can historical course,\u201d this remains our aim today as we continue to find great relevance in our primary motivations.A critical viewpoint and spirit of contextualization divorced from tine traditional parochialism and the cultural ghetto are the values we have preserved; these values have led to a greater opening onto the world, to a fostering of interest within museums and galleries in the international scene, to changes in art criticism, still largely dominated ten years ago by impressionistic and literary critics.In closing, I shall take the liberty of quoting a passage from the editorial of the first issue, while hoping that we may benefit as much in the coming years as we have in the last ten.It is possible to publish a contemporary art magazine, without joining the \u201cmodernist\u201d camp which perpetuates as much prejudice, partisanship and snobism as adversaries.Information about art must be placed not only within its own historical frame of reference but the political, social and economic context must also be taken into account.We want to achieve an interdisciplinary and international exchange which will break down the cultural barriers and find an antithesis to regionalism.More and more, cultural catching-up and dépendance on others is fading away.It now remains to learn to function within cultural patterns which are in a state of change, exploring at the same time the ways of the past and the new ideological, scientific and technological realities.On this anniversary, I should like to thank all those who have supported and encouraged us \u2014 governments, corporations and friends here and abroad \u2014 as well as those who have contributed to the periodical since its inception, namely, the hundreds of artists, critics, graphic artists, galleries and museums.Our gratitude towards our readers must also be extended and we thank them for their ever-increasing support.Finally, to this list of acknowledgements we must add the names of our closest contributors, the editorial staff and board of editors, some of whom have been with us from the beginning.To them we express our deep-felt gratitude and friendship.CHANTAL PONTBRIAND CHANTAL PONTBRIAND ¦¦fl) mm MAN I * \u2022 v :¦ V wM/ÊÊÊÊM : jSPft /> t .* ;> i- ¦\u2022-¦¦-.ÿ î '5 ¦ \" £?C \\ ~ .' * ¦ ¦ ¦' -¦.¦-¦¦- ¦ .¦ ¦¦\ts, ¦.¦¦¦.\t; ¦ *HT II §&I '¦¦\t¦ GUY BELLAVANCE , L\u2019intimidé sous le regard de quelqu\u2019un s\u2019échappe à lui-même et tend à devenir maniable et malléable par autrui; il le sent et veut résister, mais il ne parvient qu\u2019à s\u2019immobiliser gauchement, assez fort encore pour neutraliser l\u2019impulsion externe, mais non pour reconquérir son impulsion propre.Gabriel Tarde, les Lois de l\u2019imitation1 Tarde est l\u2019un des premiers sociologues à avoir proposé une analyse de la mode qu\u2019il rattache, avec la coutume, à un même principe général de toute vie sociale, l\u2019imitation.L\u2019imitation dont il s\u2019agit n\u2019est pas purement répétitive, mais serait plutôt à rapprocher de la conception deleuzienne de la différence2.L\u2019imitation est pour Tarde la forme spécifiquement sociale de la Répétition universelle et occupe, dans sa sociologie, la même place que la génération des espèces en biologie et l\u2019ondulation en physique au XIXe siècle.Sa conception de la nature du lien social \u2014 par désorganisation créatrice en quelque sorte \u2014 le placera en conflit avec Durkheim, son contemporain, qui met l\u2019accent sur l\u2019organisation et la coercition: Ce que veut la chose sociale avant tout, comme la chose vitale, c\u2019est se propager et non s\u2019organiser.L\u2019organisation n\u2019est qu\u2019un moyen dont la propagation, dont la répétition générative ou imitative, est le but.3 D\u2019où l\u2019importance de la mode et de la coutume qui sont, chez Tarde, les deux modalités de propagation de l\u2019imitativité sociale.La coutume est Limitation de modèles anciens, la mode celle de modèles contemporains.La société est une association imitative et Limitation une mémoire sociale.L\u2019imitation n\u2019est donc pas une pure et simple singerie.Il serait plus juste de dégager, chez Tarde, à la manière de I.Joseph trois figures bien distinctes qui font état d\u2019un éveil progressif de l\u2019imitateur, de son individuation: l\u2019homme des foules, le somnambule et le timide.Si le réveil n\u2019est en général qu\u2019un changement de source hypnotique, «plus les suggestions de l\u2019exemple se multiplient et se diversifient (.) plus l\u2019intensité de chacune d\u2019elles est faible.» Ainsi, le progrès de la civilisation aurait comme effet «de rendre l\u2019asservissement à Limitation de plus en plus personnel et rationnel en même temps»4.Au contraire de l\u2019homme des foules, grégaire, et du somnambule, qui n\u2019a qu\u2019une idée empruntée qu\u2019il croit sienne, le timide nage à contre-courant.Ainsi, selon I.Joseph c\u2019est de cet équilibre précaire et gauche que peuvent surgir les véritables adaptations, celles qui tentent de conjuguer activement les interférences parce qu\u2019elles se trouvent au point de rencontre de deux rayons d\u2019exemples.La timidité serait par là la figure même de la transition, et l\u2019hésitation le trait caractéristique permettant de distinguer l\u2019imitation-mode de l\u2019imitation-coutume.En effet, face à la mode \u2014 fondamentalement, impérativement \u2014 on hésite.à la suivre, comme à en parler.Dans la mesure où d\u2019abord pour en parler il faut la suivre: s\u2019y laisser entraîner à faire un faux mouvement.Dans la mesure ensuite où la suivre, c\u2019est la faire parler et par là, non seulement lui donner une signification, un poids, un contenu, un fondement qu\u2019elle n\u2019a pas, mais surtout dont elle ne veut pas.Le rapport à la mode se fonde sur l\u2019hésitation, qui n\u2019est pas l\u2019incertitude relative à la réalité de l\u2019objet, mais à la manière et à la mesure de toute chose.Par son étymologie, «mode», masculin ou féminin, renvoie au seul latin modus qui signifiait à la fois «manière» et «mesure».L\u2019histoire ou le sens commun se chargera de les distinguer réservant plus ou moins les manières (variables, changeantes) à la mode, la mesure (mieux fondée, plus sérieuse) au mode.Le contemporain \u2014 cette conjonction de temporalités disjointes \u2014 nous fait plus hésitants.La situation est plus complexe et la marge séparant le mode de la mode, la mesure de la manière, s\u2019amenuise.On y rencontre des mesures «à la mode» (exemples, modèles, paradigmes qui passeront), des manières imprévisibles qui s\u2019imposeront comme mesures (d\u2019une série de modes peut fort bien se dégager un mouvement, la conjoncture qui persiste former structure), des manières mesurées aussi (adaptées à la chose qui se déplace) et des mesures maniérées (ayant perdu tout objet).On manque de recul pour trancher et on laisse aller.L\u2019attention reste flottante, l\u2019action hésitante.Le fait de mode ne se limite donc pas à la seule pratique du vêtement, dont il n\u2019est par ailleurs qu\u2019une des modalités.Il touche cependant de façon plus générale à la présentation de soi, au jeu de l\u2019être et du paraître, de la manière et de la mesure.Au point de devenir une métaphore commode de la société contemporaine, sinon du contemporain en soi: une métaphore insidieuse.Ici l\u2019anglais est peut-être moins glissant que le français.Il offre trois mots bien distincts où le français n\u2019en donne qu\u2019un: fad (manie: «ce n\u2019est qu\u2019une mode», i.e.«ce n\u2019est qu\u2019une manie»), fashion (façon, manière de faire, coutumes surtout vestimentaires: «à la mode»), craze (l\u2019engouement collectif, le mouvement de mode au sens large).En rassemblant ces diverses acceptions sous un même terme, le français fait état d\u2019un malaise diffus: un engouement collectif pour des manières de faire (d\u2019être, de paraître), qui pourraient n\u2019être que des manies, qui serait lié à l\u2019émergence de la société moderne, à un type d\u2019hésitation caractéristique entre le respect conventionnel de la tradition (le caractère coutumier, mesuré de la mode) et le changement (le renouvellement périodique et accéléré des manières).Précisément, la mode apparaît lorsque la manière n\u2019est plus déterminée en fonction de normes préétablies (à chacun selon son état et sa condition), mais selon un système analogue à celui du marché (selon ses désirs et ses moyens).Les manières seraient alors déterminées en fonction d\u2019une évaluation comparative que chacun serait librement en mesure d\u2019établir.Si le fait de mode coïncide avec le développement d\u2019une certaine logique de l\u2019économie politique, d\u2019un type d\u2019offre particulier, on aurait cependant tort d\u2019en faire le simple produit de cette organisation particulière de la production.Au contraire l\u2019effet de mode paraît ici plus profond que le fait ou que la cause.Il y aura dans le malaise exprimé à son sujet quelque chose qui touche à la formation du sens dans le type particulier de société où le fait de mode s\u2019impose, une mise en cause latente du sens par le non-sens, de la mesure par la manière.Cette tension constitue la mode en tant qu\u2019hési-tation collective ou singulière, en tant que mouvement hésitant, qui peut traverser alors tous les milieux et non plus seulement le milieu de la mode (fad et fashion en anglais): hésitation entre la coutume et le changement, entre le conformisme et la distinction, entre le besoin de se dissimuler et celui de s\u2019exhiber, qui touche toute conduite expressive/significative, toute activité où il y a des exemples à suivre, des modèles sociaux à repro- duire, des cadres à respecter.Le mouvement de mode (craze) s\u2019applique alors non plus seulement au vêtement mais au corps tout entier (la démarche, l\u2019allure, le style), au langage (vocabulaire, intonation), aux idées (artistiques, philosophiques, scientifiques).Considérée sous cet angle, elle serait une logique spécifique d\u2019interaction et d\u2019évolution sociale: interaction par imitation d\u2019exemples, de modèles, de paradigmes contemporains plutôt que traditionnels, ce qui la distingue de la coutume, évolution par bifurcations et hésitations anthropologiques, plutôt que par opposition nette et précise, comme c\u2019est le cas des mouvements parfaitement introdéterminés, artistiques, politiques ou scientifiques.Mais comme on le voit, c\u2019est une logique insidieuse, amalgamée, qui ne se stabilise qu\u2019à tenter de conjuguer des tendances contradictoires, produite par ces hésitations, produisant de l\u2019hésitation.Un moment donc plutôt qu\u2019une chose: le moment d\u2019hésitation avant le saut.Une alternance aussi plutôt qu\u2019un geste irréversible: une alternance de curiosité et de timidité face à l\u2019action même de sauter.Un geste quand même puisque l\u2019hésitation de mode transforme inévitablement ce sur quoi elle s\u2019applique: ces exemples, ces modèles, ces paradigmes, qu\u2019elle rend eux-mêmes flottants, hésitants, qu\u2019elle déstabilise, érode, irrigue ou corrompt.On y hésite à imiter mais on imite quand même, non seulement par intimidation face à ces exemples à suivre, mais aussi par curiosité.Il y a là, au fond de la mode, dans ce jeu des manières confrontées à une mesure, une sorte de relation d\u2019apprentissage involontaire et inévitable, impérative.On y est soumis aux flux et aux reflux, forcé d\u2019apprendre inévitablement à nager.On peut bien songer à en sortir, se dire qu\u2019il y a là une intimidation dont il faudrait retrouver la cause, tout en continuant à glisser sur les courants.Il s\u2019avère plus nécessaire, profitable, inévitable, de trouver la bonne manière que de retrouver la mesure.Plus profitable d\u2019apprendre à se déplacer à travers les feed-back que d\u2019en saisir les principes, moins riches, plus techniques, moins esthétiques.La situation où l\u2019on est jeté n\u2019en reste pas moins soumise à un impératif: apprendre à nager, trouver la manière.La mode n\u2019est pas sectaire, c\u2019est un impératif non catégorique: on peut en changer, on sait qu\u2019on va en changer.L\u2019attitude raisonnable à son égard, c\u2019est l\u2019adhésion hésitante, ou mieux encore, l\u2019adhérence (à certaines de ses manières) sans l\u2019adhésion (à sa mesure).C\u2019est une injonction douce, une intimidation attirante (comme le sport, un défi physique), une logique disciplinaire souple.Et pourtant on hésite encore à en faire le mode par excellence.On hésite dans la mesure où elle nous provoque et nous dessaisit d\u2019une identité constituée par ailleurs, qu\u2019elle rend malléable, disponible à la rigueur non pas d\u2019une Loi, d\u2019un Dogme, d\u2019une Raison, mais à la rigueur de leur absence ou de leur perte.On y est dans une position d\u2019équilibre précaire à essayer.L\u2019essai n\u2019est pas volontaire ma;s fatal.Ce rapport à la mode est typique des moments de transition où les anciennes certitudes ne sont pas encore évanouies, mais demeurent au contraire en suspens dans un espace élargi.Elles s\u2019entrecroisent et s\u2019entrechoquent sur le mode du heurt, du frottement, de l\u2019évitement et du croisement (l\u2019amalgame, le syncrétisme) et non pas par affirmation, négation, opposition et polarisation \u2014 mode plus militaire, stratégique.C\u2019est une situation à la fois inquiétante et féérique, une convergence vaguement conflictuelle, mollement consensuelle.Alternante et alter- 6 Photo de mode de Christian Vogt.native, ambivalente et oscillante, mais provoquée par des exemples, des modèles, des paradigmes préexistants quand même \u2014 consistants \u2014 durs plutôt que forts: affaiblis.Il ne s\u2019agit plus de les imiter, de les reproduire ou de les adopter, mais de les assimiler, de les accomoder, de les adapter, à notre désir, selon notre désir, notre bon vouloir, à notre manière.Mais comment se décider, pour celui-ci plutôt que pour celui-là?Il y a un flottement.On hésite, intimidé et curieux.CURIOSITÉ ET TIMIDITÉ L\u2019hésitation en elle-même est intéressante: très plastique.Il s\u2019y décrit un mouvement du sujet qui s\u2019y déplace en faisant alterner sa curiosité et sa timidité, assimilant, accomodant, adaptant, transformant.Et pourtant les attitudes secondes (réfléchies) à la mode restent contrastées, contradictoires, d\u2019individu en individu ou même pour le même individu: euphoriques (on y va) ou malheureuses (ressentiment), adroites ou maladroites (on sait ou on ne sait pas nager, on sait déjà ou pas encore), séduit ou intimidé, surexcité ou amorphe.On glisse de l\u2019une à l\u2019autre attitude en se heurtant à ces exemples, à ces modèles, à ces paradigmes flottants, en les faisant bifurquer ou en se laissant entraîner par leurs dérives, sans trop parfois le remarquer.Comme la dérive des continents.Ou celle encore des signifiants.Normalement tout de même il s\u2019agira d\u2019être pour ou contre la mode.On cherchera à lui attribuer un lieu, un cadre, un milieu, sans remarquer que son principe tout au moins n\u2019est pas de cet ordre.Normalement, c\u2019est-à-dire normativement, on se doit de façon générale d\u2019être contre.On ressent un malaise, on se hérisse.Il semble persister un décalage entre mode au premier degré et mode au second degré, entre la manière et la mesure.On n\u2019aime pas que la manière devienne la mesure.Mais on reste tenté quand même.Il est peut-être préférable de vivre à une époque où les manières, variables, mobiles, agitées, fugitives, créent la mesure qu\u2019à l\u2019époque où la mesure, l\u2019institution, l\u2019institution de la mesure, le Dogme, formait les manières.D\u2019ailleurs, en particulier \u2014 entre nous ou pour soi-même \u2014 on est toujours pour cette mode-ci plutôt que pour celle-là: pour la manière adroite plutôt que pour la maladroite, etc.On glisse.Il y a comme une liquéfaction de la mesure, puis subitement une résistance.Se pourrait-il que nous n\u2019ayons de choix qu\u2019entre l\u2019arbitraire des traditions flottantes (toujours trop routinières ou dogmatiques, sérieuses et prétentieuses) et la mode, ou plus précisément la concurrence des modes en mouvement: la plus adroite, la plus juste, la plus précise, la mieux adaptée, etc.Comme si on n\u2019avait de choix qu\u2019entre une conservation (une mémoire psychique) nécessairement conservatrice (une réaction politique) d\u2019une part, et une anticipation stratégique (le timing) d\u2019autre part.Alors se briserait ce jeu, cette alternance faite de curiosité et de timidité, cette hésitation souple de la mémoire et de l\u2019anticipation subjective, sportive ou créatrice.Une surexcitation dans le glissement, une agitation présomptueuse des tissus, des corps, des idées \u2014 des exemples, des modèles et des paradigmes.Mais on hésite encore.LE TEMPS DES ADVERBES Comment en parler?Soit un rayonnement, soit une échelle d\u2019attitude.Soit la mode sauvage, irrépressible, esthétique, soit la mode présomptueuse ou énervée, soit encore la mode fatiguée, caduque, inerte.En effet, on n\u2019a pas affaire toujours à la même mode.Sa physionomie est non seulement changeante, mobile, mouvante, mais aussi fractionnée, fragmentée, décuplée.Ce n\u2019est pas une chose.C\u2019est quelque chose que l\u2019on suit pour voir.Mais on n\u2019y suit pas toujours la même chose, ni même la même chose de la même manière.Il y a des rapports différents à la même mode: des rapports plus ou moins vagues, brefs, alternants, ironiques.Il faudrait approfondir cette hésitation.Mais le peut-on?Adhérer à la mode', le verbe empêcherait ici de distinguer l\u2019adhérence de l\u2019adhésion.Lorsque je suis la mode, j\u2019y adhère, adhérence et adhésion confondues.Peut-on y aller en hésitant?Une telle retenue dans l\u2019action est-elle possible?L\u2019attention doit rester flottante.Hésiter désigne un état qui suspend l\u2019action, la détermination, donc le verbe.Peut-on hésiter fortement, résolument, adverbialement toujours, à la manière de quelqu\u2019un qui a perdu la mesure de son action, de sa détermination, de sa mobilisation, ou d\u2019une phrase qui a perdu son verbe pour ne garder que les adverbes (de manières, de circonstances, toujours) qui ajoutent une détermination à quelque chose d\u2019imprécis, d\u2019évanoui.Une sorte de production inflationniste de manières déterminant le lieu éventuel d\u2019une mesure qui fuit.Peut-on éprouver (faire l\u2019épreuve de) cette plasticité, cette physica-lité de la mode?Et peut-on en parler?Du point de vue d\u2019un «sujet» personnel à la première personne du singulier?Soit, par exemple, «Je suis la mode».Un «je» qui la suit et qui en la suivant fusionne avec elle.Il reste un mouvement, un élan tout au moins, et c\u2019est dans ce mouvement physique que «je la suis», que «je» se décale aussi.Dans ce mouvement de déséquilibre, le pronom personnel défini se donne des adverbes: il la suit rigoureusement ou respectueusement, vigoureusement ou euphoriquement, compulsivement ou frénétiquement, lentement ou superficiellement.On la suit d\u2019une certaine manière et dans certaines circonstances.Cela suggère une pluie d\u2019adverbes qui débordent au rythme où les modes s\u2019accumulent.Il reste peu de verbes pour les soutenir, sauf un élan qui se poursuit.Les adverbes agissent comme des régulateurs de vitesse ou de secours, accélérant ou 7 ralentissant l\u2019action démesurée, comme rappel d\u2019une mesure plutôt que comme mesure.Il est cependant manifeste que cette pluie d\u2019adverbes reste soumise à un impératif, latent, que d\u2019autres adverbes viendront rappeler.Ainsi on suivra trop ou pas assez] pas assez superficiellement ou trop euphoriquement; trop respectueusement, compulsivement, frénétiquement, rigoureusement mais pas assez rapidement, ironiquement, alternativement, innocemment, etc.Cela pourrait s\u2019exprimer comme un malaise ressenti physiquement, dans un mouvement où le biologique est entraîné par une loi physique, ponctuée de temps forts comme au cours d\u2019une action qui hésite.Ainsi on pourrait diagnostiquer des phases, un cercle ou un cycle.On y passerait d\u2019une intensité (le flambant neuf, le vierge, le vivace, le bel aujourd\u2019hui) ou encore d\u2019une prétention, d\u2019une présomption (normative toujours) à une fatigue ressentie sur le mode cyclothymique de l\u2019énervement (la surexcitation, l\u2019agitation, l\u2019accélération des particules de modes, des corpuscules, des corps minuscules), supportée avec une ironie nécessaire, une sagesse, une lenteur, avec philosophie (et avec la philosophie dans certains cas).Il y a une ambiance thérapeutique ici.On risque de figer le pronom personnel dans une posture caricaturale, de l\u2019immobiliser dans sa course, de perdre de vue son mobile, ce quelque chose qu\u2019il suit, cette mobilité même dont il cherche la mesure.La mode elle-même se déplace en nous déplaçant.C\u2019est un mobile.Que l\u2019on suit.LES MANIÈRES EXCESSIVES DE LA MODE Tout se situe alors dans la manière de suivre la chose qui se déplace, la mesure qui fuit.Les adverbes servent alors à qualifier des manières démesurées de la mode qui, par manque ou par excès, intimident et font hésiter: la mode sera prétentieuse, exhibitionniste, énervée, fatiguée, faisant perdre la positivité de l\u2019élan initial du pour voir (qui par exhibitionnisme devient un voir et être vu, ou à la manière narcissique un se voir être vu voyant), provoquant un faux mouvement de curiosité sans retenue (exhibionniste ou énervée) qui intimide (la prétentieuse) ou qui indiffère (la fatiguée).Et pourtant à chaque fois, il y reste un surplus qui oscille, un mobile qui fait osciller.Ainsi on saura qu\u2019on a affaire à une mode prétentieuse lorsqu\u2019elle est suivie trop ou pas assez rigoureusement-respectueusement: une manière supérieure, présomptueuse, qui, à tort ou à raison, intimide soit par son ostentation \u2014 qui affirmerait une mesure dont on doute \u2014, soit par son caractère narcissique \u2014 où la mesure n\u2019est qu\u2019une manière de se déplacer dans l\u2019espace solipsiste de la dépersonnalisation, à la manière d\u2019une fausse omnipotence qui manquerait de respect à une mesure objective, qui manquerait de rigueur.La prétention ostentatoire intimide, la présomption narcissique excite une curiosité maladroite, démesurée.De même on recevra la mode exhibitionniste de manière trop-pas assez innocente-euphorique: par une sorte d\u2019érotisation de l\u2019actualité, à la manière imprévisible du choc d\u2019un présent immémorial, le geste brusque, l\u2019écart type, d\u2019une actualité inté-sementvierge.En contact avec l\u2019effet pré- ou posthistorique de l\u2019immédiat, on n\u2019hésite pas.On exhibe, on déploie, on affiche.À ne pas confondre avec la manière énervée: celle que l\u2019on suit trop-pas assez frénétiquement-rapidement, trop compulsivement, pas assez dffférentiellement.C\u2019est le stress de mode où l\u2019on s\u2019enraie dans les changements de vitesse aux heures de pointe, où s\u2019accélère le temps de signalisation des modes, où se fragmentent les diverses catégories d\u2019exemples à suivre, où l\u2019on ne peut plus s\u2019empêcher de ne pas faire les différences, mais où on n\u2019a plus le temps de les faire.Une sorte de compulsion où se heurtent sur la même scène des mesures de registres différents: faire comme ci ou faire comme ça, s\u2019exhiber ou se dissimuler, apparaître ou disparaître, imiter ou adapter, se distinguer ou se conformer, assimiler ou s\u2019assimiler, adapter ou s\u2019adapter, trop grand ou trop petit, trop long ou trop court, trop ou pas assez.Un manque de concentration qui ne sait plus faire le foyer, qui plutôt que de freiner accélère la fragmentation corpusculaire, décuple ses perspectives, se dématérialise dans ses points de fuite, jusqu\u2019à l\u2019inertie.Alors on aura affaire à quelque chose que l\u2019on suit trop-pas - .\".\"i ' ¦ T WML mm Ray K.Metzker, photo tirée de la série Sand Creatures, 1968-75 assez superficiellement-ironiquement, à la manière nihiliste, crépusculaire.C\u2019est la mode fatiguée, caduque ou indifférente, l\u2019ancienne mode, amortie, assourdie.Une sorte de sommeil agité de l\u2019objet mobile, encore investi, qu\u2019il faudrait désinves-tir, mais de quelle manière, selon quelle mesure?On a ralenti, il faudrait accélérer.On accélère, il faudrait ralentir.La curiosité en latence du demi-sommeil où le dormeur se retourne, cherchant et évitant à la fois le sommeil profond: revirements, retournements, frémissements.C\u2019est la manière heurtée par les chocs imprécis entre les trois autres manières de la mode, intimidée dans sa caducité: pas assez affirmative comme la prétentieuse, pas assez vierge comme la nouvelle, pas assez rapide comme l\u2019énervée.On aurait là, sous les trait hypostasiés d\u2019une même figure qui se déplace et nous déplace par excès, une sorte de système classificatoire intériorisé dont chacun dispose pour naviguer à vue.Un système un peu paranoïaque dans les cases duquel il ne fait pas bon loger, où la mesure n\u2019est ni tout à fait extérieure, ni tout à fait intérieure, mais en quelque sorte rabattue sur les manières excessives.Pourtant ces manières de la mode paraissent se pondérer mutuellement comme par interaction des intimidations réciproques.L\u2019énervement déstabilise la prétention, limite les débordements narcissiques de l\u2019omnipotence présomptueuse, empêchant que la mode ne s\u2019éternise.Inversement, la prétention soumet l\u2019énervement à la rigueur de cadres préexistants, rappel d\u2019une mesure, d\u2019un «sur mesure», d\u2019un «comme il faut», fournit des exemples au moins nominaux, trace des itinéraires, dispose des signaux qui limitent l\u2019accélération des particules et la fragmenttion corpusculaire.La manière nouvelle modère la manière fatiguée: l\u2019actualité immémoriale de ce qui est neuf permet de ne pas «perdre la mémoire du présent» (Baudelaire).Inversement la manière amorphe fait bifurquer l\u2019élan exhibitionniste de la nouveauté en soumettant l\u2019imprévisibilité de l\u2019actualité à l\u2019ironie des systèmes d\u2019évaluation comparative: ce n\u2019est qu\u2019une mode, que la mode, etc.L\u2019actualité immémoriale n\u2019est que le double inversé d\u2019une inertie rayonnante, abondante, débordante.L\u2019une est matinale, l\u2019autre est nocturne, mais c\u2019est la même chose qui se déplace du jour à la nuit, de l\u2019innocence à l\u2019ironie.De même c\u2019est une prétention qui s\u2019énerve ne sachant plus faire alterner les vitesses, les registres et les temps, qui se fatigue et recherche la manière vierge, donc nouvelle, qui y prétend, s\u2019agite, s\u2019accélère, s\u2019énerve, s\u2019exhibe et prétend encore sans hésiter.On peut se laisser prendre au jeu de l\u2019évaluation comparative, être tenté par cette combinatoire des manières irréversibles, des manières sans mesures qui se mesurent à d\u2019autres manières qui n\u2019hésitent plus et s\u2019intimident mutuellement.On pourrait en faire des personnages fractionnés et figés en une série de poses plus ou moins caricaturales, un théâtre des effets pervers de la mode rattachés à une certaine pratique du vêtement socio-historiquement et psychologiquement marqué.On pourrait faire s\u2019opposer sur une même scène par exemple le «sur-mesure» et le «prêt-à-porter», la mode prétentieuse et la mode énervée; la «petite couture» et la «Haute Couture», la couture artisanale et la confection industrielle, la production industrielle de l\u2019ère mécanique et analytique à la production synthétique des tissus; le fléau barbare de \\\u2019Humanité cousue qui délogerait progressivement \\\u2019Humanité drapée (Grecs, Romains, Méditerranéens), lentement puis sûrement; l\u2019époque cousue à l\u2019époque décousue; la logique du «chic» à la logique du «look»; le «comme il faut» au «comme il faudrait»; la logique disciplinaire du «costume» à celle plus souple de la mode; le changement sans enjeu de la mode \u2014 soumise à une loi de dynamique physique plutôt que sociologique \u2014 au mouvement socio-politique, plus lucide, plus éclairé, qui élucide ses enjeux; la nouvelle mode à l\u2019ancienne mode, la mode vierge à la mode fatiguée, etc.Il y aurait là effectivement un enjeu qui touche à la nature de l\u2019imitation sociale.Mais il faudrait se méfier de confondre les diverses scènes sur lesquelles se joue le problème.Sous le thème général de la mode se jouent diverses logiques de l\u2019imitation: on n\u2019imite pas des exemples singuliers de la même manière que des modèles collectifs (organisationnels) ou des paradigmes abstraits.Des exemples singuliers sont proposés et doivent être assimilés.Les modèles organisationnels sont reproduits et accomodés.Des paradigmes ou des cadres normatifs de l\u2019objectivation peuvent être respectés mais peuvent aussi être adaptés.Dans chaque cas une pression bien différente s\u2019exerce qui met en cause la formation et la transformation de l\u2019identité: formation par assimilation et transformation par dérive dans le premier cas, formation par reproduction et transformation par accomodation dans le second, formation par acceptation et transformation par mutation (sinon par crise) dans le dernier cas.Mais du point de vue du sujet personnel et singulier ces différentes scènes ont tendance à glisser les unes sur les autres, à se rabattre parfois durement, à se télescoper, à s\u2019éviter comme aussi à se rencontrer, à coïncider.INDÉFINI ET FUSIONNEL On l\u2019a vu, le mouvement de mode est une position trop précaire pour le petit «je», perpétuellement bousculé dans sa modestie, excité dans sa curiosité, figé dans sa caducité ou exhibé dans son immémorialité.Celui qui la suit ou en parle n\u2019est pas quelqu\u2019un de déterminé, ce n\u2019est pas un pronom défini, toujours trop défini.Cette place où «je» se reconnaît en tant qu\u2019autre, déchargé de toute originalité et responsabilité, est occupée par un pronom indéfini: on.On suit la mode.Ce sujet hésitant qui se déplace en oscillant peut être n\u2019importe qui, le mobile qui se déplace peut être n\u2019importe quoi.Ce n\u2019est ni tout à fait moi, ni tout à fait toi (le monde de I \u2019alter ego), ni tout à fait nous ou vous, le monde de la concurrence instituée, des groupes rivaux, «nous qui suivons d\u2019autres modes que vous».Ce n\u2019est pas non plus une mesure nettement extériorisée, sous la forme d\u2019une troisième personne bien définie, du tiers spectateur, arbitre ou enjeu des conflits individuels ou collectifs, interindividuels ou intercollectifs (ceux du toi et moi comme ceux du nous et vous).Ce n\u2019est ni «il», ni «eux», ni «lui», objet de conversation, de mobilisation ou d\u2019institutionnalisation.«On» suit la mode plutôt sur un mode indéfini, neutre, paradoxalement personnalisant et impersonnel: un pronom fusionne!.Multiple, jamais unifié mais toujours sujet d\u2019une phrase, ce pronom personnel indéfini effectue une mise en disponibilité de tous les pronoms personnels définis en vue d\u2019éviter les cacophonies linguistiques (c\u2019est sa fonction dans la phrase), en affirmant une communauté (l\u2019humanité, etc.).Il veut faire état d\u2019une adaptation douce, souple: une innovation fugace.Ce n\u2019est pas la manipulation (le système dépersonnalisant, la stratégie, la terreur, le camp): une manipulabilité plutôt.Availability est le mot qui convient.Une solution technique et utopique à la fois, une liberté indéfinie qui peut être statistique \u2014 la liberté de l'écart type \u2014 qui reste sans lieu précis (u-topie): une liberté sans feu ni lieu, sans foyer.Diffus, souple, sphérique, comme un environnement intériorisé, à la fois sur le mode d\u2019un quotidien propice et d\u2019un système classificatoire: immanent \u2014 «entendu» peut-être inaperçu: une confiance qui se méconnaît, la persistance d\u2019une hésitation qui se poursuit.De ce principe d\u2019unification immanent, de ce rassemblement sans cause manifeste, de ce flux qui traverse tous les sujets qu\u2019il rassemble linguistiquement, techniquement, naîtrait la mode, cette imitation indécise d\u2019exemples, de modèles et de paradigmes contemporains.Les modes naissent de cette splendeur obèse du «on», un infini minuscule, irrépressible, présomptueux, agité, amorphe.Un effet de surface qui se veut profondément superficiel et qui par là mettrait en jeu la nature du lien social.Non plus un lien contractuel, freinant, orientant, modulant des pulsions individuelles, régissant les manières, mais un noeud imprévisible constitué de pulsions déjà sociales, se constituant par liens anarchiques, un lien qui se nouerait de façon immanente par convergence des hésitations corpusculaires: parfois par agitation présomptueuse des tissus, parfois par accélération des particules, par énervement exhibitionniste des manières, par heurts amorphes et évitements, par coexistence plus ou moins pacifique des fragments d\u2019actualité.Quelque chose que l\u2019on suit pour voir et qui alors se prêterait moins à une ethno-sociologie qu\u2019à une physique ondulatoire de la communication \u2014 de la transmission et du transport des énergies captives.Comme une route que l\u2019on suit: sur les bords, des avertissements, des signaux, qui incitent à des bifurcations.Séduction des signaux de modes (aller voir ailleurs), avertissement des signaux (rester sur la route).L\u2019hésitation comme vertu contemporaine et la mode comme oscillation frénétique des hésitations, m NOTES 1.\tTarde, Gabriel, les Lois de l\u2019imitation, Paris, Félix Alcan, 1907 (2e éd.), p.93.2.\tDeleuze, Gilles, Différence et Répétition, Paris, P.U.F., 1968, p.39, 104-105, 264, où il est question précisément de Tarde.Voir également l\u2019article récent de Isaac Joseph, «Gabriel Tarde: le monde comme féerie», in Critique, no 445-446, juin-juillet 1984, qui prolonge la réflexion de Deleuze sur Tarde.3.\tTarde, G., id., p.80.4.\tId., p.92.Fashion is not confined to the world of \u201cFad and Fashion.\u2019\u2019 It is also a craze, collective but at the same time marginal vis-à-vis custom (and costume), which hesitates to become a well defined movement, perfectly intro-determined.Hesitation is a constituent part of the fashion movement; it is something one follows just to see, out of curiosity, but that intimidates because it brings into play contradictory tendencies (to show off or to hide?, to conform or to stand out?), in an alternating motion between curiosity and shyness.The ways of fashion in their submission to adverbs (of manner and circumstance) are examined here through four excessive figures: the pretentious fashion (rigorously/respectfully followed or not); the new fashion (ingenuously/euphorically followed or not); the frenzied fashion (quickly/frantically followed or not); the jaded fashion (superficially/ironically followed or not).Guy Bellavance est sociologue et vit à Montréal.9 JACQUES SAMSON Dans la mesure où elle appartient à l\u2019ordre figuratif, la BD est tributaire d\u2019une certaine façon de voir son époque \u2014 ou d\u2019autres époques que la sienne \u2014 qui lui fait sélectionner et privilégier de nombreux signes distinctifs du réel susceptibles de mettre en évidence, dans son univers de représentation, une indispensable connexion au temps et à l\u2019espace.Cette obligation de se «brancher», pourrait-on dire, sur le continuum spatio-temporel lui est dictée par l\u2019impérieux besoin d\u2019actualisation qui caractérise, à des degrés divers, tous les arts de la représentation.Il n\u2019est pas de projets figuratifs, en effet, qui puissent d\u2019une manière ou d\u2019une autre se soustraire à cette exigence, puisqu\u2019ils tirent de là une part essentielle de leur pouvoir assomptif.Les données relatives au temps et à l\u2019espace peuvent être induites de multiples façons et trouver leur point de focalisation dans diverses manifestations culturelles ou sociales.Parmi celles-ci, la mode constitue l\u2019une des plus immédiatement perceptibles et des plus connues.Il peut être intéressant d\u2019examiner l\u2019usage que la BD fait des signes complexes et polyvalents de la mode.C\u2019est à cela que seront consacrées les quelques réflexions qui suivent.LES SIGNES DU TEMPS D\u2019abord, on peut aisément constater qu\u2019il n\u2019est pas \u2014 ou bien peu \u2014 de BD qui ne fassent référence, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, à la mode.En effet, chaque fois qu\u2019il s\u2019agit de poser les bases d\u2019un univers fictionnel qui satisfasse aux exigences de la crédibilité et de la vraisemblance, il n\u2019est pas moyen de faire l\u2019économie de ces fameux signes du réel que sont les signes du temps.Cette constatation implique qu\u2019il est impossible de convoquer les signes du réel sans maintenir certains traits de leur substance qui les qualifient en tant que signes.Or, les signes de la mode sont justement dotés de , i \u2022 i \u2022' //\u2022 > f /JjfflU V5T 10 PANTALON DE Tl NTI N cette sorte de traits substantiels capables d\u2019assurer l\u2019ancrage spatio-temporel actualisant dont la BD a tant besoin pour garantir l\u2019assiette et le rendu de son univers métaphorique.Pourtant, il se trouve que le programme narrativo-figuratif de la BD traditionnelle fait un usage rien de moins que paradoxal de ces signes.A la différence de ce qui se passe dans certaines tendances «modernes» de la BD ou dans d\u2019autres moyens d\u2019expression picturaux figuratifs, la BD traditionnelle utilise effectivement ces signes, mais en les détournant de leur fonction propre.Avant d\u2019aller plus loin, il peut être utile de préciser sommairement le sens que recouvre ici l\u2019expression «signes de la mode».Les signes proprement dits de la mode relèvent non pas de la dénotation mais de la connotation: ce sont des marques stylistiques reliées de façon contingente au continuum spatio-temporel \u2014 ou, plus exactement, historique \u2014 et, en tant que telle, la nature de ces signes renvoie aux phénomènes culturels et sociaux ainsi qu\u2019à leur inscription dans le référent historique.D\u2019une certaine manière, on peut dire d\u2019eux qu\u2019ils sont «exo-référentiels» puisqu\u2019ils tirent leur signification du dehors, de l\u2019extérieur de la matière signifiante, c\u2019est-à-dire de signifiés socio-culturels qui leurs sont, au départ, non nécessaires et auxquels ils viennent accessoirement se joindre.Par exemple, tel vêtement ou tel accessoire vestimentaire peut fort bien, par-delà sa fonction utilitaire de base, refléter \u2014 en un temps et en un lieu définis \u2014 telle appartenance de classe ou renvoyer à tel groupe culturel particulier.À l\u2019inverse, les signes dénotatifs sont «endo-référentiels», car ils procèdent de l\u2019intérieur même de la matière signifiante, dans une relative indépendance \u2014 non-contingence \u2014 au regard de la dynamique culturelle et sociale.En schématisant, il est possible de se représenter les choses de la manière suivante: les signes de la mode ont cette propriété d\u2019accoler divers interprétants fortuits et accidentels aux iconogrammes dénotatifs \u2014 les analogons \u2014 qui leur servent de matière et de substance de l\u2019expression.Toutefois, le lien qui unit les iconogrammes aux signes de la mode, dans le cadre de ce processus d\u2019engendrement connotatif, a la particularité de n\u2019être jamais stable ou permanent.Il en résulte que les productions iconiques qui prennent appui sur ces signes se placent forcément en position d\u2019incertitude et de fragilité signifiantes lors même qu\u2019elles franchissent les limites \u2014 par ailleurs, très aléatoires \u2014 de leur époque.On retiendra donc ici l\u2019extrême labilité des signes de la mode.LE TEMPS ET L\u2019ESPACE SUSPENDUS Dans la BD classique ou traditionnelle1, le recours fréquent aux indices locatifs, temporels ou autres \u2014 et à ces vecteurs les plus immédiatement visibles que sont les motifs de la mode \u2014-, a pour conséquence de mettre en péril l\u2019équilibre et la pérennité des univers fictionnels.On sait que ce genre de BD mise très fortement sur la stabilité et la permanence de son matériel signifiant pour se mériter le plus longtemps possible la faveur du public2.Aussi, tout en feignant de se soutenir de l\u2019apport essentiel de ces signes, cette production cherche-t-elle par tous les moyens à atténuer ou à masquer la référence historique ou temporelle dont elle devient malgré elle le véhicule privilégié, référence qui risquerait, en étant ainsi maintenue, de la rendre caduque aux yeux de ses lecteurs.C\u2019est un peu comme si elle n\u2019avait besoin de garder des signes de la mode que leur valeur déno-tative ou référentielle, tout en évacuant le potentiel connotatif qu\u2019ils détiennent.À cet égard, le statut de la plupart des héros de la BD d\u2019aventures est très éclairant.En effet, bien que ces héros soient définis par et à travers des signes de cette nature \u2014 les attributs vestimentaires et les accessoires de tous genres jouent ici à l\u2019évidence un rôle de premier plan \u2014 , ils se montrent pourtant étrangement imperméables aux divers renvois culturels, socio-logiques ou autres qu\u2019ils charrient immanquablement avec eux.Qui donc se préoccupe du statut socio-économique de Tintin, du métier de Spirou ou encore de la profession de Philip Mortimer?Dans nombre de cas, ces personnages se comportent comme s\u2019ils avaient été \u2014 une fois pour toutes \u2014 figés dans le moment indéfiniment suspendu de la narration, hors de tout contexte.L\u2019oeuvre temporelle n\u2019a sur eux que peu d\u2019effets puisqu\u2019ils agissent avec la plus grande indépendance à l\u2019égard de ces traits d\u2019époque ou de société qui leur collent bien malgré eux, pourrait-on dire, à la peau.Relativement à ce qui les définit et les circonscrit dans leur épaisseur même, ils sont, à tous égards, parfaitement aliénés: seuls paraissent influer sur eux \u2014 mais qui les laissent toujours inaltérés et inaltérables \u2014 les lieux et temps indifférenciés de leur occurence fictionnelle.De fait, la trace éminemment visible de la mode \u2014 et, par conséquent, d\u2019un certain locus spatio-temporel \u2014 , repérable à travers eux et à travers les objets qui façonnent leur univers, n\u2019entretient que des rapports évasifs et lointains avec la dimension historique proprement dite, à l\u2019inverse de ce à quoi l\u2019on devrait, en toute logique, s\u2019attendre.Dans la BD d\u2019aventure, ce qui détermine au premier chef l\u2019utilisation d\u2019un ensemble de signes extrêmement lacunaires au regard de l\u2019Histoire, c\u2019est le besoin de procurer aux univers fictionnels un statut concret et tangible qui soit susceptible d\u2019opérationaliser les effets de représentation.Tout se passe comme si les univers héroïques gagnaient un supplément d\u2019efficacité fictionnelle 11 dans le moment même où ils parviennent à se départir de ce trop-plein d\u2019attestation factuelle inhérent aux signes de la mode.On voit donc que, dans la BD traditionnelle, les signes de la mode sont appelés à jouer le rôle de véridicteurs d\u2019univers fictionnels, même s\u2019ils doivent y laisser une part essentielle de ce qui les constitue.C\u2019est à ce prix seulement qu\u2019ils contribuent à bonifier le «réalisme» des représentations iconiques.Mais, ce faisant, ils se dépouillent de leur statut connotatif, puisque ce n\u2019est qu\u2019à travers ce mécanisme d\u2019éviction que la «référen-ciation» \u2014 c\u2019est-à-dire le processus même de la désignation référentielle \u2014 trouve à s\u2019accomplir, bénéficiant alors de l\u2019oblitération des effets de spécification durative qui accompagnent habituellement les signes de la mode.Car à quoi serviraient-ils si ce n\u2019était à toujours mettre en évidence leurs lieux et temps d\u2019émergence comme garants ultimes de leur valeur et de leur spécificité?UN EXEMPLE: L\u2019UNIVERS DE TINTIN Un univers comme celui de Tintin illustre exemplairement le processus dont il est question ici.Assurément, cet univers n\u2019a pu être défini qu\u2019en fonction des paramètres socio-culturels d\u2019une époque (l\u2019entre-deux-guerres), tout comme l\u2019ensemble des personnages et accessoires qu\u2019il a mis en place a dû inévitablement se conformer aux critères de la mode et de l\u2019esthétique picturale alors en vigueur.L\u2019exemple du fameux pantalon de golf de Tintin retiendra tout particulièrement notre attention puisqu\u2019il a acquis, au fil du temps, une valeur quasi emblématique.Il ne fait nul doute que ce vêtement a dû sembler parfaitement actualisé au moment de la création du personnage (en 1929) et durant les années qui ont suivi, avant de devenir \u2014 beaucoup plus tard et par l\u2019effet d\u2019un curieux renversement \u2014 le signe privilégié de l\u2019intemporalité et de la permanence de Tintin.Si ce vêtement peut paraître aujourd\u2019hui désuet, c\u2019est que nous prenons conscience de son caractère anachronique: nous en ressentons la trop précise et concrète localisation dans l\u2019espace et dans le temps réel.Cependant \u2014 et c\u2019est là un paradoxe \u2014 , il se trouve que cet anachronisme joue aussi à l\u2019avantage du personnage dans la mesure où il fait en sorte de le rendre, pour un grand nombre de lecteurs (jeunes ou âgés) de maintenant, comme indifférent aux modes et aux époques.De signe plein et complexe (à la fois dénotatif et connotatif) qu\u2019il était au départ, il s\u2019est bizarrement converti en signe déprivatif: en une sorte de signal quasi dénotatif.Loin d\u2019évoquer explicitement la mode de son époque, le pantalon de Tintin revêt aujourd\u2019hui une signification ambivalente et considérablement détachée du contexte des années trente.C\u2019est comme si son exactitude temporelle avait perdu de son acuité avec le temps, au profit d\u2019une sorte d\u2019immanence, imputable \u2014 comme on le verra plus loin \u2014 à l\u2019autonomie structurale de la série.Il faut toutefois convenir que cette sorte de déconnexion temporelle n\u2019est pas absolue puisque Hergé a cru utile de réactualiser certains éléments de la garde-robe de son personnage au moment de la publication, en 1976, du vingt-sixième et dernier album de la série (Tintin et les picaros)3.Néanmoins, en dépit de cette modification somme toute mineure, la figure emblématique du personnage est demeurée absolument la même, de sorte que cela ne contredit nullement les arguments avancés ici.Si donc le personnage de Tintin peut paraître à nos yeux quasiment éternel et s\u2019il échappe à ce point à l\u2019obsolescence, c\u2019est qu\u2019il a perdu en cours de route certaines traces de sa toute première actualisation temporelle, au profit d\u2019une forme de réactualisation à la limite de la virtualité; il est devenu, en quelque sorte, atemporel tout en demeurant parfaitement actuel.Pour tout dire, Tintin apparaît aujourd\u2019hui comme une espèce de héros de la dénotation, n\u2019étant rien de plus qu\u2019un index, qu\u2019un vecteur linéaire pointant dans le ciel nu et vide de son univers.Tout cela n\u2019est, bien sûr, qu\u2019un effet de la fiction puisque quand bien même Tintin serait parvenu à s\u2019abstraire de tout ce qui l\u2019a rattaché aux époques successives qu\u2019il n\u2019a eu de cesse de traverser, il n\u2019en reste pas moins que les signes de son temps sont bel et bien toujours là, inscrits dans l\u2019oeuvre, mais curieusement désinvestis par une sémiosis dénégative qui prive notre héros de sa propre synchronicité.On peut donner à cela diverses explications.LA NATURE PRÉDICATIVE DE TINTIN Le phénomène d\u2019occultation historique repérable dans l\u2019univers de Tintin est le fruit d\u2019un déplacement de la matière signifiante de l\u2019oeuvre vers les uniques effets de récit, en sorte que l\u2019ensemble n\u2019a plus d\u2019autre finalité que pour le projet narratif4.Tout ce qui ne concerne pas directement cet aboutissement se voit ou bien assujetti à la seule instance fictionnelle \u2014 ainsi en est-il de l\u2019aspect documentaire, par exemple \u2014 ou alors secondarisé au point d\u2019échapper à la lecture qui en est faite.Du reste, ce qui a permis au microcosme tintinien de s\u2019affranchir de si étonnante façon de son temps, ce sont moins les caractéristiques spécifiques de ses traits actualisants \u2014 au sens proprement temporel du terme \u2014 , que l\u2019extraordinaire capacité d\u2019action dont il a été, au départ, pourvu.Plus encore qu\u2019un «héros de son ATTENTION \tif\tPt\tW4 \t\t\t Bas». .~4jt>\t
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