La barre du jour, 1 janvier 1965, Janvier
[" ue littéraire ume I \u2014 Numéro I , ¦ \u2022; r \\j OrXJ i'eau et la pierre Guy Robert- poèmes Marcel Saint-Pierre coordonnées Michel Beaulieu poèmes Roland Giguère poèmes Nicole Brossard après la nuit André Major ode à Orphée et Eurydice Roger Soublière épitaphe Réjean Jacques Duchesne poèmes Jan Stafford arbres violents Alain Horic poèmes Claude Savoie H]\u2018>\"\u2018\\ciwïe$àmy wi i\\\\, i > i > j\t>\t)\t>\t»\ti > > J\t>3\t3\t3\t>\t>\t» , J >\t3 3 3 3 J > ,\t> J\t>\t>\ti\t> >\t> 3\t3\t3\tJ J 3 3 3 3 3 3 3» 3 3 é& éawte du jôan, revue littéraire bimestrielle volume I \u2014 numéro 1 Comité de direction : Nicole Brossard Marcel Saint-Pierre Roger Soublière Jan Stafford Secrétaires : Louise Hurtubise Christiane Cyr Distribution : Claude Richard ?Toute reproduction interdite.?Les textes soumis à la revue seront remis sur demande s\u2019ils sont accompagnés d'une enveloppe affranchie.?Toute correspondance doit être adressée au secrétariat de : La Barre du Jour Case Postale 6128 Montréal 3, Qué.BULLETIN D\u2019ABONNEMENT LA BARRE DU JOUR Nom .Adresse .Veuillez m'inscrire pour un abonnement d'un an à partir du numéro .pfe-' b r Gü) r.:! : Mo 'œcrdon; Mi! ps |{ An ¦ Q ( Ipitaph Ré Ne; I Jq p Al Vous trouverez ci-inclus un paiement par ?Chèque ?mandat ?comptant au montant de 6 numéros \u2014 $2.50 LA BARRE DU JOUR 4 4 4 \u201c » - ; < « I \u2018\t4\t1 4 \u2018\t4 4^>r \u2014,-r t -n T1 Case postale 6128 .Montréal 3,4 Qué.i < C c c c *t\u20ac\t\u2022\t.\t»\tittticit 1\t« ft \u2018\t\u2018 t\t.t t I < r-1 - r \u2014\tr r* f\"ar sa quote-part d\u2019existence.Le ventre ému de douleur à la seule pensée de vivre, à l\u2019autre e mourir.La sublime tentation d\u2019en finir, la plus exquise ten-ation d\u2019en vivre encore malgré les douleurs, les déchirements in-:érieurs et les sommeils entrecoupés de cauchemars.Le poème est tridimensionnel par ses triples origines : un plan vertical coupé de trois dièdres insensés dans l\u2019axe du cœur, du ventre, et du sexe.Le poème procède d\u2019une géométrique de l\u2019émotion ; mais d\u2019une géométrique libre, si libre qu\u2019aucune autre forme ne peut le recouvrir parfaitement dans ses angles et ses segments.L\u2019oiseau qu\u2019on n\u2019a pas su retenir s\u2019envole de la main entrouverte, prend son essor par-delà les nuages où nulle main nul regard ne savent les rejoindre.nés 1 ?L\u2019écrin clos dont on a perdu la clef.La serrure refuse de livrer la ison secret.Qui saurait alors ce qu\u2019il contient de richesses ou ijje' d\u2019absence.se\ti ?Tangente du sexe, le temps d'une éjaculation.On n\u2019écrit pas le poème, on le féconde ; on se féconde soi-même en poème ; on \u2022 vit poème.10 S o-j£-\t?Les phlictènes, ecchymoses, entravent la main du poète, pas le cœur ni le ventre.Un sourd-muet-manchot-aveugle suffit au poème ; il lui manque les instruments.Seuls le cœur et le sang valent de s\u2019inscrire sur parchemin.?13 Le poème est aussi, dans la vibrance entière de tous les sens, un orgasme de couleurs ; un jet de sperme lancé au hasard.Car, si on divise les humains en femelles et mâles, on les catégorise aussi selon leur réceptivité.Ainsi s\u2019achève \u2014 ou ne s\u2019achève pas \u2014 le parallèle.Chaque humain porte en lui à l\u2019état fécond \u2014 mais non nécessairement exercé \u2014 la voûte sacrale où la semence du poème prend ses assises et se développe \u2014 ou ne se développe pas \u2014.Autre manière d\u2019aimer ou de se re-créer par le poème.Il n\u2019est d\u2019hommes que des humains disponibles.Un faune près de la source au bois vivait.MICHEL BEAULIEU juillet-août et novembre 1964 m, I ROLAND GIGUÈRE MÉMOIRE D\u2019OMBRE Ombre et mémoire illusoire l\u2019amer des jours sans jeu en pays déserté en forêt muette en présence inoubliable d\u2019aigles repus ombre et mémoire des demeures hautes en plaisir capitales en amour aux portes mêmes de la douleur ombre et mémoire d\u2019avant l\u2019ombre quand l\u2019aube se multipliait avec nous sur la pente d\u2019un avenir transparent quand la tour la carène l\u2019émeraude et U mouette étaient de verre ombre et mémoire du désir d\u2019une voix sans mots au cceur de la furie de l\u2019écho des mers dans les palais du sang précieux des pierres libre de toute alliance d\u2019or rose et libre ombre et mémoire idéale pour les rêves d\u2019Aline nue au lit de cristal ombre et mémoire d\u2019ailleurs au lieu-dit l\u2019Êtang-Noir où naguère ton visage embrasait les chemins de sombres fougères ombre et mémoire polaire en ces jours de givre sur nos lèvres pour sceller un silence parfait sans secret sans regret. L\u2019ÂGE DE LA PAROLE Un vent ancien arrache nos tréteaux dans une plaine ajourée renaissent les aurochs la vie sacrée reprend ses ornements de fer ses armes blanches ses lames d\u2019or pour des combats loyaux le silex dans le roc patiente et nous n\u2019avons plus de mots pour nommer ces soleils sanglants on mangera demain la tête du serpent le dard et le venin avalés quel chant nouveau viendra nous charmer ?ROLAND GIGUÈRE 16 NICOLE BROSSARD RICTUS Inageoire à nacelle rictus tendu comme plaisir d\u2019amarre de chute perdue résonne chiquenaude et sursaut Ivoie lactée à démon d\u2019étoiles ricochet de face planète Vderrière pâle façade un peuple de lavande en ses mains greffe 2cortège à longue extase bandouillière d\u2019épaules maquillées l c'est loin l\u2019innocence climat à dents satisfaites 3 tout visage porte crème d\u2019angoisse gerçure à printemps froid i brûlure tordue de crasse et manche de suie le délire s\u2019est pris d\u2019amour pour un vertige anneau h caresse de guitare bourrasque de sourcils aile à germe d\u2019oiseau iris à mille pattes contre mur d\u2019herbes sèches et longues et tristes c\u2019est un grand trou de voyage au vent offert d\u2019abeilles enlisées et de pluie monticule la pierre porte caillou en sa gueule de fenêtre statue seringue à collier de rêves monde fantastique venue crêcher au flanc de digue fatiguée OR LE SOLEIL ET LE SANG si rêve sous le harnais de ta rage à la gribouille des ciels en tranche de conifères si ne m\u2019apporte la vague à ton bras tout au long des carrés de rue je pâlirai d'une vaine semence tu vibres d\u2019un plongeon à ramure de fougue la glaise a soif de paysement entre ton geste jamais genou n'aura la forme de l\u2019angle or le soleil et le sang et j\u2019aime d\u2019aller crire sur ton passage les rouges planètes du savoir à vie de mousson l\u2019aujourd\u2019hui de vendanges et de fugue en haleine sur ton menton CHAUDES ERRANCES vous me revenez chaudes errances que je brûlais l\u2019œil sauvage et la dent à bruit de poulie ïvous êtes mes suicides et mon jazz couteau chaudes errances où se décuple l\u2019alcool et l\u2019abime de vos douceurs je m\u2019ancre voiles ouvertes à votre argile farouche j votre pluie m\u2019est un rivage où je pêche le soleil chaudes errances brunes de mes virages rondeur légère et frisson de varech je mordille la petite bête que vous déambulez sur ma joie je vous esclave à mon royaume paysage je scande vos baisers comme un accomplissement goût nègre et mélancolie amarre cernée de visages mon cœur en échiquier et vos reines taries chaudes errances jeu de ballade pour marais pastel de chair qu\u2019allume votre geste la fissure de votre trace en mon voilier chaudes errances pays à frontière de solitude et vos cristaux de langage écroulé votre plaine règne d\u2019un sanglot éternel vous repartez chaudes errances et vos yeux blêmissent de parfum chaudes errances îles fraîches et mon abandon RENDEZ-VOUS Rendez-vous à la cadence des givres au bord des précipices d\u2019une main bientôt silex le souffle ravira vos silhouettes je vois l\u2019orchidée blessée comme une île sur la franche levée de l\u2019étoile et je brise le filet (si tendre soit-il) d\u2019un coude rapide sur l\u2019aube mouillée éparse toison le spectacle des fous Rendez-vous à la veine ourlée de ton oreille que f entende l\u2019hymne foulé le jazz zigzag si n\u2019éclate le fauve brûlé la forêt se fera banquise sur un grand vide je parle rouge et d est doux de sauvagerie tout cet apaisement au bout de l\u2019effritement le parfum ruisselle sous l\u2019odeur des soleils NICOLE BROSSARD ANDRÉ MAJOR APRÈS LA NUIT C\u2019est le soir.Comme tous les jours, après l\u2019angélus, c\u2019est le soir.Ma dactylo m\u2019attend, patiente sur la table ; je la dépose dans un coin, sur une pile de livres que j\u2019ai lus cette année et que je vendrai à des amis.La vente de ces livres est mon unique revenu.Je les vole dans les librairies, je les lis, les annote scrupuleusement, puis je les vends.On m\u2019a tellement mis dans la caboche qu\u2019il fallait manger que j\u2019en suis fermement convaincu.C\u2019est même l\u2019une des occupations qui me justifient d\u2019exister.Je mange avec la certitude d\u2019être utile à la société.Ne suis-je pas un consommateur, moi aussi ?Alors ?Je vais même jusqu\u2019à varier le choix de ce que je consomme : si j\u2019ai beaucoup d\u2019argent, disons un dollar, je mange de la viande et bois de la bière ; si j\u2019en ai peu, disons cinquante sous, je mange du pain et du fromage mais sans boire.J\u2019ai l\u2019appétit conforme à mes cennes.L\u2019économie, ça aussi on me l\u2019a mis dans la caboche : je sais, sur du papier, calculer, et m\u2019en porte très bien merci.Trêve d\u2019économie domestique, revenons à notre sujet.Après avoir rangé ma dactylo, comme je crois l\u2019avoir dit, j\u2019ai allumé mon poêle en mettant au feu mon dernier manuscrit.Horreur ! crieront peut-être de naïfs éditeurs.Il ne faut point s\u2019alarmer : ce texte méritait tout juste le feu.Il aurait fallu que je le corrige, ce qui est actuellement au-dessus de mes forces.J\u2019écrirai plus tard, quand mon ami Pierre, éditeur de son métier, n\u2019aura fait don du papier sans lequel toute œuvre est impossible.Je n\u2019ose, et vous me comprenez, me servir du papier glacé qui me reste : c\u2019est un papier pour la dactylo, non pour la plume.J\u2019ai, entre autres choses, le sens des valeurs.Ma fenêtre est ouverte.Je regarde la rue : les gens vont, viennent, calmes car il est huit heures ; ils ont pris le dernier repas de la journée, ils sont lourds de travail et de viande.Je n\u2019ai pas la force de les envier.Ils se baladent \u2014 apparemment en paix avec le monde \u2014, seuls, badauds, ou avec leur femme, ou avec des amis.Ils se préparent à la nuit en faisant collection d\u2019images pour leurs rêves.Moi je suis sans rêve.Il faut avouer que je dors peu.Très rarement, je veux dire.Bien sûr, bien sûr, on m\u2019a dit et répété qu\u2019il fallait, dormir ; mais, j\u2019ai la conscience aiguë, et cela me donne mauvais sommeil.Je préfère me promener, une fois que tout s\u2019est éteint dans la ville.Là, je dois avouer un caprice : je fume ! Cela, 21 i ce n\u2019est sur le conseil de personne, je vous le jure sur la barbe de mon arrière-petit-fils.Je fume pour m\u2019occuper le corps.Pour l\u2019oublier.Je le satisfais de cette façon.Chacun sa méthode, me direz-vous ?J\u2019y pense : ce soir elle doit venir.Je parle de Claudine.De qui voulez-vous que ce soit ?C\u2019est la seule personne à qui j\u2019ai consenti à ouvrir ma porte.Mais vous ne la connaissez pas.Moi-même, qui la vois souvent, je ne la connais pour ainsi dire que de profil.Pour parler plus franchement, et vous faciliter la chose, disons sans scrupule qu\u2019elle est l\u2019ombre de mon désir.Elle arrive ici comme une vapeur, elle ne dérange rien ; et quand elle part, rien n\u2019est changé, sauf le désir que j\u2019avais d\u2019elle.Ce soir elle viendra, mais je n\u2019y serai pas.Je saurai quand même quelle est venue.Elle ne peut pas ne pas venir : elle se croit née pour venir me voir ; elle s\u2019est découvert ce destin et lui est tragiquement fidèle.Ça me rend triste, ce destin, venir me voir ! Je ne m\u2019accorde pas tant d\u2019importance.Mais Claudine a besoin de m\u2019en accorder pour accomplir son destin.Je ne veux pas lui déplaire, la contrarier, je la laisse venir.Mais pas ce soir ! Je ne veux pas ! Qu\u2019elle aille chez un autre diable ! D\u2019ailleurs, même si je restais, je ne la verrais pas, et cela, j\u2019en suis sûr, la décevrait beaucoup.Elle est déçue d\u2019un rien.Prenez comme exemple cette fois où j'avais oublié de faire mon devoir, de l\u2019embrasser : elle a boudé toute la soirée.À cause de cela, notre rencontre a duré plus longtemps que d\u2019habitude et je n\u2019ai pu me promener comme je le fais toutes les nuits.Vous pensez sans doute que la poésie est absente de ma vie, et vous aurez raison si pour vous la poésie c\u2019est le sentiment.Oui, je le dis sans honte, j\u2019ai extirpé le sentiment de mon existence; je me suis séparé de moi-même.Pour garder intacte une part précieuse de mon secret que je n\u2019ai pas le courage d\u2019user contre la vie.Je sais que j ai tort, que l\u2019on n\u2019est intact qu\u2019au prix de ce courage, mais j\u2019ai si peur que j\u2019attends.Peur de me gaspiller.Il y a encore trop de choses à apprendre, trop de dangers à prévoir, de ruses à méditer, de secrets à découvrir.Après ce corps-à-corps, je serai prêt.Si seulement le matin peut se lever dans mon âme.Je me confesse : il est temps que je parte.Il fait d\u2019ailleurs une nuit merveilleuse.le vent.le baiser de la nuit.je reviendrai après la nuit.c\u2019est juré.après la nuit.(Novembre 1962.) ANDRÉ MAJOR 22 ' l\u2019ouj ROGER SOUBLIÈRE ODE À ORPHÉE ET EURYDICE à Nicole Lys noirs ou lys pourpres lys à perte de vue Les espaces de bleu perles comblées de pourpre Le diapason des bleus près des mousses de neige Blues des lys noirs ou pourpres et pourpres et noirs De nuit sept noirs jazzent claironnent le lys pur Masquant ces espaces de miel aux voix d\u2019enfer La barre du jour battant tambour ronronnant Des anges africains aux tams-tams en délire Des anges pierrots aux saxos-altos en rire Le mal pianotant l\u2019âme d\u2019argile ferreuse Que les sorciers ondulent comme des spectres Devant la lune rosée glacée pétrifiée Dansent alors les spectres neigeux amadoux Enfantant l\u2019horreur aux ivoires d\u2019arlequins Criant hurlant jazz doré que mine la fumée Les anges humains ondulent comme pe?îdules Tic tac tic tac tarn tam tam tam alléluia Les anges cacaphoniques et deo gratia Par divinité de l\u2019amour qui se cajole Eurydice reviennent les chaleurs d\u2019antan Les jaunes fleurs bordant les sentiers d\u2019avenir ¦ Ruinés par les sorciers les temples d\u2019allégresse Les colliers d\u2019ailes les limbes de volupté Orphée gémit cruellement et jazz jazz jazz Les lys chantent les fadaises des chevaliers Sorcellerie lancent les archanges verdâtres Aux corbeaux giclant à Vhorizon du sein nu Spasmodiques les sons de feu bouches d\u2019algues Par-dela les ages Orphée aura vaincu Crient les clairons aux sorciers livides de glace Les grisailles du temps allié de l\u2019espace et Arides mouvements des sables infinis Montent des os tams-tams harassants du gouffre Suppliant l\u2019art de médire le destin des âges Le lyrisme de l\u2019adage est comme l\u2019orange Et les phallus soyeux comme des chats siamois Bacchus et Diane aux vendanges d\u2019hiers lointains Les anges grotesques burlesques aux mains douces Le vide écoulé l\u2019onde par les guitares Meurent l écho et les visages per s des spectres Crime des dieux de n\u2019avoir point compris l\u2019horreur N\u2019avoir point compris l\u2019horreur de l\u2019imperfection De voir les étoiles de fantasmagorie Les ancêtres se dandinent comme fantômes Par la lenteur pourpre d\u2019amertume marine La femme hurle sons à la tête des morts Pendant que rient les nains à la fête des cors La peau brûle les étendards et jazz jazz jazz Orphée existent le mouvement et les formes Rondes blondes têtes de femmes sensuelles Violent lys de sel rythmant l\u2019effroi nu d\u2019Eros Glissent a perte de vue les lys noirs et pourpres Tramontane caricaturant les squelettes Aux fourches le diable joue avec le Cyclope Destin roi empereur dictateur éternel Serpent comme sceptre lys per s comme couronne Chevelure houleuse des nymphes agiles Lys saxos-altos trompettes de Jéricho Et la femme renaît encore des archanges L\u2019aube ne reviendra jamais Orphée n\u2019est plus * # * 24 Crèvent craquent pètent les derniers aboiements Par les archanges et les anges aux flambeaux Comme saxos-altos et bouches en halo Rampent les sons de mer agités par l\u2019horreur Le clavecin piaffant la lune pâlira La rosée bure apaisera le brasier Lys pur Orphée Eurydice main dans la main Sur un air de blues en direction de Vénus Voie lactée rose des vents qui darde l\u2019Eden Tristesse et mélancolie chaleurs d\u2019antan ROGER SOUBLIÈRE 25 RÉJEAN JACQUES DUCHESNE ÉPITAPHE La tête d\u2019Antoine dormait sur le tapis.son corps aussi d\u2019ailleurs.Mais pas ensemble.Il avait pris l\u2019habitude de dormir ainsi : cela évitait les cauchemars.Le matin, il se levait, mettait sa tête et partait à l\u2019ouvrage.Ce jour-là, négligence insignifiante, il oublia de prendre sa tête.Scandale, ô malheur ! un homme sans tête.On se tournait après l\u2019avoir croisé, on l\u2019examinait du cou aux pieds, on.Les femmes surtout étaient bouleversées.Sa voisine alla même jusqu\u2019à s\u2019évanouir ! Monsieur MacPherson n\u2019en revenait pas : « Aihntoâne ! such a nice boy.» Il pardonna cette fois ; mais il avertit Antoine qu\u2019il ne voulait plus voir de telles excentricités dans son usine.Antoine ne comprenait plus rien.Qu\u2019avaient-ils tous à s\u2019en faire pour un oubli aussi bénin ?Si encore il avait oublié ses outils ! mais.De toute manière, il ne discuta pas et promit de ne plus oublier sa tête sur le tapis.Dans deux jours on n\u2019en parlerait plus.Erreur ! car trois universitaires avaient vu Antoine.Et quelques jours plus tard, tous les étudiants venaient à l\u2019Université sans tête.Les autorités s\u2019arrachaient les cheveux ! car eux gardaient leur tête.Passe encore des étudiants sans argent ; mais des sans-tête !.Et la police donc ! Sur qui maintenant utiliser les belles matraques toutes neuves ?Il restait beaucoup de séparatistes ; mais pas bêtes, ils décidèrent d\u2019utiliser le truc.Le goût se propagea à cause de l\u2019influence néfaste des journaux.Bientôt la manie « sans-tête » dépassa celle des Beatles.Antoine, heureusement pour lui, avait donne ses droits aux étudiants.Le gouvernement pensa que sa chance arrivait.On arrêta tous les etudiants, tous les ouvriers, tous les séparatistes ! et on leur fit un procès pour haute trahison.« Les accusés, étant reconnus coupables, sont condamnés à être.» Mais comment pendre des sans-tête ?On multiplia les prisons.Les ministres fédéraux venaient faire leur petite visite de temps a autre ; les journaux rappelaient l\u2019anniversaire chaque mois ; les gens n\u2019en parlaient presque plus.26 Dans la prison, c\u2019était l\u2019euphorie.Les prisonniers s\u2019étaient vite familiarisés avec les habitudes de la place.Et les gardiens se laissèrent gagner à la cause.Mais de nouveaux journalistes apprirent la chose : le scandale éclata ! La pagaille ! personne ne comprenait plus rien.L\u2019ONU fut saisie de l\u2019affaire, car elle restait le seul juge possible.On relut i la Charte des Droits de l\u2019Homme ; on examina la loi internationale, les lois nationales ; et l\u2019ONU déclara solennellement les « sans-tête » dans leur droit ! Cela déchaîna les pays.Les « sans-tête » allaient causer le plus grand conflit de l\u2019histoire.Les fédérastes voulaient les liqui-|der, les Américains se rangeaient de leur côté, les Russes défendaient les sans-tête.De Gaulle, alors ancestral, mourut d\u2019une syncope et la France sombra dans l\u2019anarchie.La Chine vit sa ! chance et se jeta sur les pays d\u2019Afrique.Les pays neutres étaient dépassés.Les bombes pleuvaient.La fin du monde était proche : elle arriva l\u2019année suivante.I le 25 octobre 1964 RÉ JEAN JACQUES DUCHESNE JAN STAFFORD \\ VIVRE à Christiane Vivre est parfois un repos qui devient lèvres sourires et gencives d\u2019horizons et de lacs affaiblis puis nuis et bigarrés d\u2019un peu de la peine du monde alors je t\u2019abrille de ma main et jusqu\u2019aux veines de ton cou perlent les étoiles du silence un monde confiné dans ce geste se fait et se défait jusqu\u2019à ce que nos poids saisissent l\u2019espace et tracent les sillons du rêve dans le réel rêvé de chaque jour Puis le silence claque la porte le matin devient laine grise et halos furtifs les grillons de l\u2019enfance ramassent leurs cris oisifs et comme ferraille aimée du fer et de la pierre à sourires de longues mains d\u2019hommes levées sur les brouillards intérieurs griffent sournoisement le repos de la vie le repos de ta mort 28 CE MUSÉE Je t\u2019ai senti crier quand mon désir avide a brisé le soleil et plissé les rideaux de ton désespoir nos deux corps font une abeille et un musée de rien a lui aussi senti ce drame près d\u2019un sphynx démodé en ces soucis de bronze notre joie est sur ce cintre qui pend comme un miroir ' dans l\u2019horloge chinoise qui croit toujours gagner en brisant tout un rite élaboré dans le temps à Christiane Tu es la levée de mes yeux Sur cette aurore qui frise dentelles Et mon pas qui fléchit dans ce rhume de jour Ces heures maquillées des grillons de l\u2019enfance Et les pattes basses de tabourets coliques Surprise perturbée de la larme aveugle LA VIE À VEAU La vie à veau s\u2019allonge la nuit sur nos grabats télégraphiques et les portiers disent un beau mot pour l\u2019homme au noir et les soucis que l\u2019on se fabriquent tournent en pots et bruits de triques on tire son sel mais on sait bien que ça fait rien la vie elle tique sur le prélart un froid qui s\u2019aime jusque dans les yeux des gens qui frottent la semaine et la piste qui tourne qui tourne tout le temps et fait en grand mes chansons tristes la vie à veau vaut pas le tricot elle tourne au sourd et coupe très court nos syllogismes JAN STAFFORD ALAIN HORIC ARBRES VIOLENTS à ma tendre terre québec je m\u2019avance circonciseur d\u2019érables le jour grésille couvert de cigales poignards d\u2019éperlans sous mes cormiers sanglants j\u2019écarte rouge houille écoute la corolle cardiaque agiter ses brûlots cornouiller soleilleur enracine_ ses muscles robustes pin chétif fronde ses oursins d\u2019aiguilles ses pierres strobiles arbre violent bivouaque ses bois-endoloris son fût gigeur brasse panache de lucioles abattis de mésanges saigne soudain racinantes épaules investir de tendresse sources toniques fusants sous les souches frais jour d\u2019épinette trouve racines natives en ses saumâtres enfin la touffe de tilleul respirable\t[blessures je m\u2019écorce toute vêture délirante mon bouleau abrasif tournoie écorchant les faisans chaleur de mais solaires sur nos tamaracs grelottants seuls arbres gélifs solidaires de nos combats dans mes veines lactées mielleuses rousserolles marée lumineuse de suc s\u2019offre amicale aux poussives abeilles j\u2019apprivoise outardes craintives sarcelles angoissées ma mouture d\u2019être à pleines soutes de souffrance à flanc de silos éboulis douces croustilles de blés ma sanguinelle pulvérise dure calcaire bisaille signes identiques de rousseurs à saveur de sarrasins giboulée essentielle de semoulle sur nos faims mes faunes nivéoles percent névés musclés intense gel bruit les tiges effrite arbustes ossifiés mon arbre bronchique fait bruire ses truites givrées sonar des perce-neige à l\u2019écoute des dégels 31 braise caniculaire flambe quenouilles assoupies dense grisou éclate trembles torpides d\u2019hibernage en ma cécité blanche puissant brassage d\u2019ailes sanguins enfin tourbe habitable sur les bâtis érodés eclaircie de samares sur mes loutres engourdies je m\u2019ajuste à mes racines lumineuses à ma vigoureuse carrure à ma frileuse toujours gigotante ossature d\u2019aubier mon soumac illumine ses feuilles catapultes ses fauvettes j\u2019articule mes sarments odorants d\u2019essences ardents leviers de chicots a brassées de biches audacieuses je suscite ému bourrasque conifre pépinière d\u2019armes insurrection en nos cous de bisons en nos épaules de béliers augure de haches farouches à jeunes bras confiants mon poitrail rebelle élance sa bravoure mouchetée de bleuets calme sorbier réinvente sa frondaison de signes capillaires éclatant pivert télégraphie sauvages sèves montantes dans la moelle rouge des fûts éclatés les engoulevents picorent ma rousse miellure d\u2019homme seuls apaisants hamacs tendus d\u2019arbres fraternels leurs bolées d\u2019air salubre leurs calmants résineux moût d\u2019homme anime ses tournesols d\u2019asbeste debout dans la nivôse mon tronc agite son malêtre il chante de toutes ses branches ses sèves violentes ses dures buses colériques aux poings d\u2019arbres insurgés ALAIN HORIC CLAUDE SAVOIE RETOUR Je retrouve des retours de baisers, des perles, des larmes et des tristesses, pour des départs qui se perdent dans un brouillard de division.Je retrouve Véloignement des lignes.Seul vit Vombre des passés, hier, avant et plus loin.Je retrouve le vide espoir d\u2019un hiver spécifique et de voyages vers les côtes chaudes d\u2019une impossible division.Je retrouve le départ des pleurs pour des prières pires que des pierres sans sculpture et sans cisure.Je retrouve l\u2019absence des soupirs sentit d\u2019un souffle éteint.Vide de passion, je sors seul du sommeil.Je retrouve la vision d\u2019une déraison, verte douleur sans raison dépourvue de vérité et de rêverie. UNE PLAQUE DE MÉTAL DORÉ U espoir dégoutte sur le tort de ton cœur, et fondent les images, et fondent les regrets, une plaque de métal doré sur la poitrine.Sept semaines de jeunesse.Cherche, mon amour, les restes des équations d'absence pour tes lèvres.Le souvenir dégoutte sur le bord de ton cœur, et fondent les images, et fondent les regrets, une plaque de métal doré sur la poitrine.La Chine encense ta colère.Cherche, mon amour, les restes des appétits de science pour l'ignorance.Le stoïcisme dégoutte dans le fond de mon cœur, et fondent les images, et fondent les regrets, une plaque de métal doré sur la poitrine.Le café mouille sur tes lèvres.Cherche, mon amour, les restes des mots d'amour en espagnol\t\\ pour des dîners à l'italienne.t Le silence dégoutte dans le fort de mon cœur, et fondent les images, et fondent les regrets, une plaque de métal doré sur la poitrine.Le cimetière meurt sous nos pas.Cherche, mon amour, les restes des clôtures métalliques sans le lac des oublis.Une plaque de métal doré sur la poitrine.CLAUDE SAVOIE 34 CHARLES GILL ^£4 ^KCcUtA (présentés par M, St-P.) Charles Gill (1871-1918) peintre et poète, fit partie de l\u2019École Littéraire de Montréal au même titre que Nelligan et Lozeau.L\u2019œuvre poétique que nous a laissée Gill est loin d\u2019être complète.En 1919, Marie Gill réunissait (après un choix et une élimination scrupuleuse) la majorité des poèmes de Gill sous le titre de Le Cap Éternité, poème suivi des Étoiles Filantes, avec une préface d\u2019Albert Lozeau, Montréal, éd.du Devoir, 1919.Cette édition incomplète nécessita bon nombre de recherches de la part de M.Réginald Hamel, à qui nous devons la reconstitution des manuscrits originaux de Gill, comprenant 4 volumes dactylographiés, enregistrés à la bibliothèque du Parlement en 1960 par Roger C.Gill sous le no 139276.Nous remercions messieurs Roger C.Gill et Réginald Hamel de nous avoir si généreusement permis de reproduire ici quelques inédits de Gill.L\u2019œuvre gigantesque que se proposait Gill devait s'intituler Le Saint-Laurent.Cette épopée devait comporter une dizaine de livres.Les Étoiles Filantes constituent le premier de ces livres.De la première partie de ces Étoiles Filantes, intitulée Les Prostituées, nous reproduisons ici les 10 sonnets de Belle-de-Nuit.Les trois premiers sonnets furent publiés par Marie Gill, sous le titre de Premier Amour dans Le Cap Éternité, poème suivi des Étoiles Filantes, Montréal, éd.du Devoir, 1919, p.140-142.Le sonnet VI auquel Gill donna le titre de Marie-Louise sera dédié à Albert Laberge, et publié par ce dernier, dans Peintres et Écrivains d\u2019Hier et d\u2019Aujourd\u2019hui, Montréal, éd.privée, 1930, p.106.Tous les autres sonnets de Belle-de-Nuit sont donc des inédits.De plus, nous reproduisons une autre pièce, intitulée Never More, faisant elle aussi partie des Prostituées.35 BELLE-DE-NUIT \u2014 I \u2014 Nous nous étions connus tout petits à Vécole.Comme son père était de mon père voisin, Nous partions tous les deux sac au dos le matin, IS/os têtes s\u2019encadraient d\u2019une même auréole.Dans la rose candeur du sourire enfantin, Nous étions bons amis.Quand les flots du Pactole Roulaient chez l\u2019un de nous, par hasard, une obole, Nous divisions toujours en deux parts le festin.Souvent, aux lendemains de mes fainéantises, Me laissant consulter en route son devoir, Elle sut m\u2019épargner l\u2019horreur du cachot noir.Moi, je grimpais pour elle à l\u2019arbre des cerises, Pour elle je pillais la vigne et le pommier, Et je la défendais comme un bon chevalier.\u2014 II \u2014 Plus tard, a l\u2019age d\u2019or où dans notre poitrine Vibre l\u2019enchantement des frissons amoureux, À l\u2019âge où l\u2019on s\u2019égare au fond des rêves bleus, Sans songer à demain et ce qu\u2019il nous destine, Sous les erables du grand parc, à la sourdine, Nous nous cachions, loin des oreilles et des yeux, Et, son front virginal penché sur mes cheveux, Ensemble nous lisions le divin Lamartine.Oui ! nous avons vécu l\u2019âge de nos seize ans Où le cœur entend mieux ce que la lyre exprime, Parmi les vers d\u2019amour frappés au coin sublime.Oui ! nous avons connu les baisers innocents, Sur le lac de cristal que la nacelle effleure, Devant le livre ouvert à la page où l\u2019on pleure.\u2014 III \u2014 Comme ils coulaient heureux ces beaux jours d\u2019autrefois ! Comme nous nous aimions avec nos âmes blanches !.36 Dans les sentiers discrets émaillés de pervenches Qu'épargnaient en passant ses brodequins étroits, Nous allions écouter l'harmonieuse voix Des souffles attiédis qui chantaient dans les branches ; Nous mêlions au murmure infini des grands bois L'écho de nos serments et de nos gaîtés franches.Fervents du clair de lune et des soirs étoilés, Nous allions réveiller les nénufars (sic) des plages Inclinant sur les flots leurs corps immaculés.¦ I Et nous aimions unir nos riantes images ïAux scintillants reflets des milliers d'astres d'or, \\Dans l'immense miroir du Saint-Laurent qui dort.IPour l\u2019amour éternel nos âmes semblaient nées, Quand bientôt se leva l'aube des jours amers ; L'irrévocable loi des sombres destinées Étendit entre nous l'immensité des mers.! Pendant le sombre envol des funestes années Je ne les revis pas les yeux qui m\u2019étaient chers, I Et vous ne buviez plus la vie à leurs éclairs, ) Ô mes illusions, ô mes abandonnées ! I Je dévorais, au fond de mon éloignement, g Comme un présent du ciel, les lettres enflamées (sic) S Qu'elle écrivait d'abord.Puis, graduellement, Se tut le doux écho des paroles aimées.Je n'eus pas son adieu, mais sur mon front pâli, Sa main rose allongea le soufflet de l'oubli.\u2014 F \u2014 Au retour, on m\u2019apprit sa navrante conduite, Ses amours, et sa chute, et quel grand désespoir, Devant l'iniquité de la foule hypocrite, Balaya cette fleur de l'Eden au trottoir.J'appris que son bellâtre, après l'avoir séduite, Était parti.Je sus quelle maison, le soir, Elle hantait, le nom qui protégeait sa fuite.Et malgré ma douleur, j'ai voulu la revoir.Je m'en fus lui porter la lugubre nouvelle Qu'un homme, trouvé mort au coin d\u2019une ruelle, Avait au bon endroit quatre pouce (sic) de fer. Il a débarrassé la surface du monde : Il a, sur un fumier vomi son sang immonde, Avant que de vomir son âme dans l\u2019enfer.\u2014 VI \u2014 Délicieuse encore après la flétrissure Elle m\u2019est apparue en de bleus falbalas.La printanière fleur du suave lilas Ornait son opulente et noire chevelure.Un souverain dégoût assombrit sa figure.L\u2019assouvissement dort au fond de ses yeux las Hélas, ils 1ont éteint leurs magiques éclats Dans l\u2019infernale nuit de la basse luxure.Elle a prostitué sa divine beauté Elle a pendant trois ans de promiscuité Subi le bestial affront des multitudes, Mais sur les oreillers de soie et de satin Où viennent s\u2019étaler ses molles attitudes Elle semble un bijou rare dans un écrin.\u2014 VIISes étoffes de luxe, ainsi que des suaires Au milieu des onyx des perles et des ors Semblaient ensevelir en leurs plis mes chimères Quand son premier amour comme un vivant remords Se dressa tout à coup du fond des passés morts Combien la pauvre fille eut de larmes amères En face du hideux échafaud parères Où la lubricité crucifiait son corps.On l\u2019éloigna.Dans ses sanglots je crus comprendre Qu\u2019elle disait : « adieu ! ».Frémissant, sans entendre Les vives questions de ceux qui m\u2019entouraient Je sortis en cachant ma paupière rougie Et comme la douleur en mon âme pleurait Je m\u2019en fus l\u2019étourdir dans la hurlante orgie.\u2014 VIII \u2014 J\u2019oublierai que tu fus « Belle-de-Nuit ».Reviens Car mon amour est grand si ta chute est profonde Que ta désespérance à mon pardon réponde Je saurai les briser tes infâmes liens.38 Je nargue le mépris de ces Pharisiens Qui sous leurs oripeaux cachent leur lèpre immonde Et traînant leur orgueil dans le temple du monde Outragent le malheur comme aux siècles anciens.Malgré la raillerie et la sourde huée Dans le ruisseau maudit où s\u2019égarent tes pas '.Relève donc le front, pauvre prostituée.Plus avili que toi, devant les chapeaux has Défile, respecté, maint trafiquant infâme Qui vendrait son ami, sa patrie, et son ame.\u2014 IX \u2014 Celui-ci, le boursier opulent et voleur Nulle prison pour lui n\u2019entr\u2019ouvrira sa grille Il peut en sûreté dépouiller la famille Et semer en chemin la ruine et le malheur.Celui-là dont le peuple admire la splendeur Il achète aux parents la vertu de leur fille Il rampe dans la vie où sa noblesse brille Il passe dignement dans toute sa hideur.Cet autre, diplomate adoré de la foule Érigeant son veau d\u2019or sur les bonheurs qu\u2019il foule Il fait s\u2019entr\u2019égorger le troupeau des humains.Oui devant les sanglots des mères éplorées Devant les pâles fronts des petits orphelins Il prépare aux corbeaux leurs hideuses curées.\u2014 X \u2014 L\u2019image du Sauveur, quelle dérision Regarde défiler cette orguilleuse horde Car ils cont (sic) profaner de leur dévotion Les autels élevés à sa miséricorde.Lui Jésus-Christ le Dieu de consolation Mais l\u2019amour fraternel dont son grand cœur déborde Rayonne par delà leurs clameurs d\u2019histrion L\u2019irrévocable paix qu\u2019aux souffrants il accorde.Ose donc élever ton cœur jusqu\u2019à la croix Du doux Nazaréen entends sa grande voix Qui résonne à travers les siècles en extase.Il flétrit celui-là qui, dans un monde noir, Croyant grandir auprès des humbles qu\u2019il écrase, Fait sur le déshonneur tomber le désespoir ! NEVER MORE Non ce n\u2019est pas pour toi Julia que j\u2019ai chanté Ce n\u2019est pas dans ma nuit que doit briller la flamme De l\u2019étoile éclatante de ton âme Trop longtemps j\u2019ai nagé dans trop de volupté.Le baiser qui déjà sur ta bouche palpite Je ne saurais goûter la douceur de son miel Maintenant que ma soif a vidé tout le fiel Que ma (sic) versé la Vie en sa coupe maudite.ô lèvres dont l\u2019accent virginal peut oser Se joindre dans l\u2019éther aux musiques des anges Qu\u2019elles vibrent plus haut que les terrestres fanges Car je veux leur prière et non pas leur baiser.Car je veux leur prière avant que la grande ombre Engloutisse l\u2019effroi de mon suprême adieu Moi qui n\u2019ose implorer la clémence de Dieu Lâche et désespéré dans Vabîme où je sombre.Je n\u2019ai pas mérité le frisson de ton cœur Mais puisse au moins l\u2019éclat vibrant de son aurore Garder mon souvenir pour que je chante encore Dans la sonorité de son écho vainqueur.Pour que le premier cri de ton premier délire Evoquant la chanson de mes jours révolus Insulte le néant quand je ne serai plus Avec un vers d\u2019amour accordé sur ma lyre.40 Voici deux autres pièces inédites, faisant partie des Itoiles Filantes (cinquième partie).La pièce intitulée Les Trois Voix date de l\u2019année 1912 ou 1914, tandis que Horreur de la «Guerre, que nous reproduisons à la suite des Trois Voix, date de 1917.LES TROIS VOIX à mon ami Henri Bertrand.Sur le tendre rosier qui veille au cimetière, T rois oiseaux ont chanté la chanson de Vadieu ; Sur le seul confident de son cœur dans la terre, Trois oiseaux ont chanté la chanson du mystère : L\u2019un était noir, Vautre était blanc, et Vautre bleu.L\u2019oiseau noir a gémi : \u2014 La coupe sombre est pleine.Jamais plus dans tes yeux ne luira son regard.La douleur est durable et toute joie est vaine.Aux roses du rosier viens confier ta peine ! Jamais plus dans tes yeux ! c\u2019est trop tard ! c\u2019est trop tard ! L\u2019oiseau blanc a chanté : \u2014 Ce que la tombe emporte, Au livre de tes jours demeure pour jamais, Quand le glas a sonné, seule la chair est morte ! Évoque en ton passé, quand ta peine est trop forte, Celle qui sut t\u2019aimer autant que tu l\u2019aimais : La voix de l\u2019oiseau bleu résonna la dernière : \u2014 Je suis couleur de ciel : l\u2019abîme est mon séjour.Je n\u2019ai rien à gémir sur l\u2019humaine poussière, Quand je réveillerai leur éternel amour. I ' HORREUR DE LA GUERRE Je voudrais voir les gens qui poussent à la guerre Sur un champ de bataille, à l\u2019heure où les corbeaux Crèvent à coup de bec, et mettent en lambeaux Tous ces yeux et ces cœurs qui s\u2019enflammaient naguère Tandis que flotte au loin le drapeau triomphant, Et que, parmi ceux-là qui gisent dans la plaine Les doigts crispés, la bouche ouverte et sans haleine, L\u2019un reconnaît son frère et l\u2019autre son enfant.Oh ! Je voudrais les voir, lorsque dans la mêlée La gueule des canons crache à pleine volée Des paquets de mitraille au nez des combattants ; Les voir, tous ces gens-là, prêcher leurs théories Devant ces fronts troués, ces poitrines meurtries D\u2019où la Mort a chassé les âmes de vingt ans.42 Nous reproduisons ici Les Abénaquis, sans aucune correction.Gill data ce texte du 30 avril 1909, et il ajouta en >3xergue : « Il neige ».Nous reproduisons ici le texte en prose st le texte en vers de la même pièce.Suivant le troisième volume des textes originaux, établis et classés par Réginald Hamel, Les Abénaquis constitueraient le livre VIII du Saint-Laurent.LE SAINT-LAURENT LIVRE VIII LES ABÉNAQUIS La neige de l\u2019été.Dans la courbe sud-ouest du Lac Saint-Pierre.À l\u2019entrée de la baie qui s\u2019étend entre l\u2019embouchure du Saint-François et celle de l\u2019Yamaska, sont de nombreux ilôts découverts seulement à l\u2019eau basse et dont le sol toujours humide se pare de joncs très hauts, et (dont) des brunes quenouilles, qui oscillent (ondulent) légèrement sur leur haute tige quand les grands vents font frémir (onduler) comme une onde la masse verte des joncs.Plus au fond, à l\u2019abri du vent, fleurissent les nénuphars.De larges nénuphars blancs dont le satin s\u2019épanouit glorieusement pur au soleil de juillet.Aux abords des battures, près des ilôts de jonca, la taie est clair-semée.Cà et là des boutons à demi submergés, d\u2019autres qui reposent sur les grandes feuilles ovales à longue échancrure étroite, feuilles harmonieuses de contour et de couleur ; la courbe élégante de leur contour se retrouve dans le contour de leur groupe.Ces larges feuilles sont d\u2019un vert gris mat quand elles s\u2019étendent librement à fleur d\u2019eau.Quelques unes cèdent sous le poids léger des grands lys étoilés, s\u2019enfoncent partiellement et prennent dans le cristal de l\u2019onde, des tons plus chauds et plus brillants, ici dans l\u2019ombre d\u2019une fleur, frissonne le vert olive d\u2019un émail en fusion ; là un rayon de soleil fait briller des émeraudes sur ces larges feuilles submergées.Cà et là apparaît une feuille brune, une pourpre, une dorée.Entre ces feuilles apparaît le réseau des tiges flexibles et là encore se retrouve le contour harmonieux des courbes ; ces tiges sont d\u2019un jaune doré et qui pour le regard s\u2019assombrit à mesure qu\u2019elles s\u2019enfoncent sous l\u2019eau, devenant bientôt bronzées pour ensuite disparaître insensiblement.Mais au large la floraison blanche se 43 fait dense, les feuilles disparaissent, les fleurs se pressent dressées sur leur tige ouvrant éperdument leurs pétales au soleil.Le matin, fermées la nuit pour dormir, le matin s\u2019entrouvrant, horloge suave et belle, à midi c\u2019est une frénésie, les uns surgissent de l\u2019eau, vigoureux, leur tige se roidit, ils accaparent plus de rayons et projettent une ombre bleue au plus faibles qui s\u2019entassent à fleur d\u2019eau.Les pétales blancs sont par endroits brillants, par endroits ils sont veloutés d\u2019un bleu pur ; dans l\u2019ombre ils sont d\u2019un tendre azur à peine teinté et près du pistil d\u2019or l\u2019intérieure de la corolle (calice) est crème (les étamines).Mais dans l\u2019ensemble le blanc domine comme dans la neige et ce blanc n\u2019en devient que plus éblouissant et plus pur ; fait de toutes ces couleurs pâles que l\u2019œil confond.Les pétales, selon que le soleil les frappe paraissent brillants ou mats.Comme une neige immaculée cette nape (sic) a des scintillements qui éblouissent, la réfraction solaire surprend l\u2019œil et la nape (sic) blanche s\u2019étend, s\u2019étend jusqu\u2019aux rives sombres où se dressent les grands ormes courbés sous le poids des vignes sauvages.Et quand le jour décroit, l\u2019éblouissement cesse ; le soleil s\u2019incline à l\u2019horizon et les lis penchent sur l\u2019eau et les feuilles vertes çà et là apparaissent, et quand le soleil disparaît les nénuphards s\u2019endorment ; et leurs folioles qui protègent contre l\u2019ombre leurs pétales vierges parsèment de points d\u2019or la couche verte où ils vont rêver.Ô virginale éclosion de pureté blanche ! Le Saint-Laurent se souvient-il des neiges qui le recouvrent en février ?Se pare-t-il ainsi en l\u2019honneur de belles au front chaste, qui chantent sur ses bords ?A-t-il l\u2019orgueil de son histoire quand il arbore ce drapeau blanc parsemé d\u2019or ?ou bien quelque chose du passé dort peut-être dans ses profondeurs, souvenir, sacrifice, héros ignoré, mort là, quelque chose d\u2019assez pur éclatant et héroïque, la sève qui monte, qui passe dans l\u2019ondulation des types souples, quelque chose de sacré (d\u2019inconnu) qui devient un éblouissement et un parfum.Peut-être le grand fleuve qui reçoit dans les nuits calmes les confidences du ciel quand son front sombre frémit sous la caresse des baisers des étoiles.peut-être le grand fleuve veut-il répondre aux étoiles d\u2019or par des étoiles blanches.Veut-il répondre aux stances scintillantes des étoiles d\u2019or, et ne se pouvant faire comprendre par les bruits harmonieux des flots, il tire de son sein qui comprend les strophes virginales qui montent à lui dans une apothéose de lumière et dans un parfum, par les grands lys éperduement épanouis qui s\u2019étoilent à midi sur ses eaux, par les nénuphards satinés que le soleil endiamante, par les beaux nénuphards blancs de notre lac St-Pierre.Du lac Saint-Pierre, miroir d\u2019étoiles qui reçoit la nuit des rayons d\u2019or et qui reflète à midi des rayons de lys.Qui reçoit du ciel des rayons d\u2019étoiles et qui répond au ciel avec des rayons de lys.i liai k M-î M virginale éclosion d\u2019étoiles blanches ! je Saint-Laurent regrette-t-il les avalanches \\ui couvraient son sommeil aux jours de février ?rieurel Ou bien se pare-t-il ainsi, pour honorer Xes belles au front pur qui chantent sur ses bords eut-être, avec l\u2019orgueil de l\u2019histoire, il arbore In souvenir ce grand drapeau fleur-de-lysé.*eut-être quelque chose émane du passé sst là dans le secret des ondes fraternelles, linsi que dans nos cœurs la douce souvenance.\\uelque chose de fier comme la vieille (sic) France ?jt de sacré, qui passe au long des tiges frêles [Pour s\u2019étaler encore à la splendeur des deux )ans la beauté des nénuphards silencieux.je Saint-Laurent frémit sous les étoiles d\u2019or )ont les rayons sont des baisers dans les nuits calmes ; iiVtf leur pouvant répondre au bruit berceur des lames IS\u2019exprime par l\u2019éclat des fleurs qu\u2019il fait éclore, 'Par les grands lys éperdument épanouis IQui s\u2019étoilent en paix sur les lacs, à midi, War les nénuphards de notre lac Saint-Pierre.1 Cette gloire éphémère à la gloire éternelle \\Dit le rêve des flots ; ces étoiles de l\u2019onde A,Dans l\u2019éblouissement de leur neige, répondent \\Aux rayons infinis des étoiles du ciel.CHARLES GILL TEL.: 279-2100 librairie * i la Québécoise Pour chanter dans les chaînes Toi-toi-toi .Songe creux.réveil brutal .Partance .Michel Beaulieu .Claude Leclerc .Claude Leclerc .Pierre Mathieu ! les Ed G.A.BRIEN TRÉPANIER Directeur 169 EST, RUE BEAUBIEN MONTRÉAL 10, QUÉ.\tLe Nouveau Théâtre Universitaire\t /\tprésente\t /\t\"LA TÊTE DES AUTRES\u201d\t \tde Marcel AYMÉ\t \tmise en scène de Lucien HAMELIN\t Paesano vous invite.VENEZ SAVOURER NOS DELICIEUX PLATS TYPIQUEMENT ITALIENS Vous trouverez une atmosphère qui vous rappellera les charmes et les parfums subtils de l\u2019Italie.Ce petit coin de paradis vous aidera à oublier la solitude des études.RESTAURANT PAESANO 731-8221 5192, Côte-des-Neiges près chemin de la Reine-Marie LIVRAISON GRATUITE TÉL.: 735-3623 BIÈRE ET VIN AVEC REPAS ez Vito PIZZERIA La seule véritable PIZZA NAPOLITAINE SPAGHETTI, LASAGNA, FETUCINE, GNOCCHI, RAVIOLI, RIGATONI.5412 CÔTE-DES-NEIGES CAFÉ EXPRESSO LES ÉDITIONS EUROPÉENNES, LIMITÉE, Vous invitent cordialement à venir visiter leur local.\u2022\tEscompte spécial accordé avec cette annonce (au bureau seulement).\u2022\tVolumes de références, classiques, dictionnaires, encyclopédie, etc.\u2022\t937 titres différents Les Editions Européennes, Limitée, 1600, rue Berri, Suite 125 (mezzanine), Palais du Commerce, Montréal.Demander : M.Réjean Caron téléphone : 844-7655 >ra GALERIE MARTIN TABLEAUX \u2022 SCULPTURES PAINTINGS 1 380 OUEST, RUE SHERBROOKE MONTRÉAL 25, QUÉBEC \u2022 TÉL.845-2062 PAUL-E.MARTIN PRÉSIDENT GILLES GAUVREAU DIRECTEUR DOMINION RUBBER Notre nouveau symbole de qualité et de service DOMINION RUBBER COMPANY LIMITED La plus vieille ef la plus variée des compagnies canadiennes de caoutchouc Pneus .Couvre-chaussures \u2022 Produits industriels .chimiques .textiles 47 BAR COCKTAIL LOUNGE 5666 CÔTE-DES-NEIGES Coin : Chemin de la Côte Ste-Catherine MONTRÉAL \u2014 Tel.: RE.8-1212 5666 CÔTE-DES-NEIGES (Coin Chemin de la Côte Ste-Catherine) MONTRÉAL cAàt COFFEE SHOPS INC.Tél.: RE.8-1283 Cuisine canadienne \u2022 Salle de banquet Bière, vins, liqueurs POUR 3 MUONS DE CANADIENS BANQUE DE MONTREAL Tel.: RE.9-5112 739-9134 MONTREAL, P.Q Madelin ^Jea (lao-m Restaurant & Pizzeria SPÉCIALITÉS : METS ITALIENS STEAK SUR CHARBON DE BOIS \u2014 BAR-B-Q TOUTES LES SORTES DE SANDWICHS LIVRAISON GRATUITE 5400 COTE-DES-NEIGES 48 IIAiiO NUMÉRIQUE Page (s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES "]
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