Le samedi, 1 janvier 1930, samedi 25 janvier 1930
[" Vol.XLI, No 35 25 JANVIER 1930 Lisez notre feuilleton: LE TRIOMPHE DE L\u2019AMOUR Samedi® LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS ils® 1 ; ¦ .GWEN LEE LE COMMERCE D'EXPORTATION DU CANADA REPOSE SUR UNE FONDATION SOLIDE Chiffres Comparés 1928 et 1929 les Dix Premiers Mois A première vue, les chiffres des exportations du Canada au cours de l\u2019an passé donnent l'impression d'une dépression générale ou d\u2019une tendance en ce sens.L\u2019analyse prouve cependant que c\u2019est tout le contraire.En vertu de conditions que personne ne saurait contrôler, les exportations de matières premières, surtout le grain et les produits du grain, accusent une diminution de $70,700,000.Mais, d'un autre côté, les exportations de marchandises, manufacturées ou en partie manufacturées, accusent une augmentation de $46,500,000, ce qui est au taux de 9.4%.La tendance de l\u2019activité des affaires d'exportation de l\u2019année est clairement dans le sens suivant: augmentation dans les exportations de marchandises manufacturées ou en partie manufacturées, tandis que les exportations de matières premières accusent une diminution considérable.EXPORTATIONS POUR LES DIX PREMIERS MOIS DE 1929 Comparées avec les Dix Premiers Mois de 1928 Marchandises, entièrement ou en partie manufac- 1928\t1929 -|-augment.turées (excepté\t\u2014diminut.la farine) .$470,582,601 $514.985,409 9.4%-j-Autres commodités Blé Autres grains Farine de blé 209.767.048 304.170.889 34,944.278 51,444.533 224,789,418 7.%-!-200,310.311 51.%-18.842.430 85.%-45,707,655 12.% \u2014 1921-22 $1,069,067,353 1924-25 Commissaires du Commerce du Canada à l\u2019Etranger Argentine .E.L.McColl, Buenos-Ayres Australie ._ D.H.Ross, Melbourne Belgique ._ Jean J.Guay, Bruxelles Brésil .A.E.Bleakney, Rio-de-Janeiro Antilles Anglaises R.T.Young, Port-d\u2019Espagne, Trinidad Antilles Anglaises F.W.Fraser, Kingston Chine-L.M.Cosgrave* Shanghai Cuba ._ James CormackT La Havane France ._ Hercule Barré, Paris Allemagne-L.D.Wilgress, Hambourg Grèce ._ Henri Turcot, Athènes Hollande -J.C.McGillivray, Rotterdam Hong-Kong .Paul Sykes, Hong-Kong Inde et Ceylan Richard Grew, Calcutta Etat L.d'Irlande J.H.English, Dublin Italie .A.B.Muddiman, Milan Japon .j.a.Langley, (Secrétaire Commercial de la Légation Canadienne à Tokio) Kobe, (Commissaire de Commerce Intérimaire) Mexique .C.Noel Wilde, Mexico Indes Néerland.G.R.Heasman, Batavia Nouvelle-Zélande.C.M.Croft, Auckland Norvège -F.H.Palmer, Oslo Pérou-G.R.Stevens, Lima Panama _._ J.A.Strong, Panama Afrique-Sud .C.S.Bissett, Le Cap Royaume-Uni\tHarrison Watson, Londres J.Forsyth Smith, Londres Harry A.Scott, Liverpool Douglas S.Cole, Bristol Gordon B.Johnson, Glasgow Etats-Unis -Frederic Hudd, New-York R.S.O'Meara, Chicago San-Francisco (sera ouvert plus tard).Directeur du Service des Renseignements Commerciaux, C.H.PAYNE.Ottawa PLUS de deux millions de Canadiens trouvent maintenant leur vie dans les affaires d exportation.Le commerce du Canada à l\u2019étranger est devenu tellement considérable, que près d'un quart de notre population en attend la nourriture et le vêtement; compta sur lui pour le foyer, les épargnes, le confort et le luxe.Le commeroe d'exportation fait sentir ses bienfaits dans chaque localité et sur chaque ferme.SUR UNE FONDATION SOLIDE L\u2019approvisionnement des marchés étrangers constituant une Affaire Profitable, l\u2019effort canadien, d\u2019année en année, est plus activement dirigé dans ce sens.Notre commerce d\u2019exportation repose sur une fondation solide.Nos marchandises sont en demande.Au cours de l\u2019an dernier, pas moins de 411 nouvelles agences d\u2019affaires furent ouvertes en pays étrangers par nos Commissaires du Commeroe, dans l\u2019intérêt des manufacturiers et des producteurs canadiens.Nos exportations sont devenues très variées.Elles corn- 1928*29 CHAQUE ANNEE IL AUGMENTE EN VOLUME ET EN IMPORTANCE POUR CHAQUE LOCALITE DU DOMINION prennent plus de 600 classes distinctes de commodités et la liste s\u2019allonge toujours.Nos marchandises trouvent leur chemin sur toutes les routes du commerce.EN PAYS ELOIGNES Pensez un moment à cette diversité et voyez comment nos gens multiplient leurs artères de commerce dans le monde entier.Voici quelques exemples: Broche à Clôture pour la Nouvelle-Zélande \u2014 Automobiles pour les Indes \u2014 Fanaux pour l\u2019Afrique-Est \u2014 Outils de Constructeurs pour Fidji \u2014 Instruments Aratoires pour la Suède\u2014 Papier-Tenture pour le Chili\u2014Planche à Boites pour l'Egypte\u2014Crème Glacée pour la Chine\u2014Lait pour l'Honduras\u2014 Cuir pour Hong-Kong \u2014 Poisson pour les Indes Néerlandaises\u2014Pneus en Caoutchouc pour la Tchéco-Slovaquie \u2014 Chaussures en Canevas pour les Antilles \u2014 Farine pour l\u2019Afrique Orientale Portugaise\u2014Machinerie pour le Brézil \u2014Camions pour la Mésopotamie\u2014Radio pour l\u2019Argentine.COMMENT LES CANADIENS PEUVENT AIDER Cependant, c'est aux Canadiens eux-mêmes de saisir les plus grandes opportunités qui sont offertes.Producteurs et manufacturiers peuvent aider nos exportations de plusieurs manières: 1.\tProduisant la sorte de commodités dont les autres pays ont besoin; 2.\tMaintenant la production de façon à assurer la continuité d'approvisionnement; 3.\tGardant de rigides standards pour tous les produits; 4.\tSe familiarisant avec les méthodes d\u2019affaires à l\u2019étranger.AYEZ LES DERNIERS RENSEIGNEMENTS En plus des Bureaux des Commissaires du Commerce dans le monde entier, le Ministère du Commerce maintient à Ottawa un Service de Renseignements Commerciaux très spécialisé.Le seul devoir de cette organisation est d\u2019assister les exportateurs.Quelque soit votre problème d\u2019exportation, adressez-vous d\u2019abord au Service de Renseignements Commerciaux.On vous fournira les derniers renseignements, et vos affaires seront facilitées de toutes les manières possibles.MINISTERE DU COMMERCE HON JAMES MALCOLM, Ministre.OTTAWA C.T.O\u2019HARA, Sous-Ministre.845 B-F 25 janvier 1930 Volume XLI No 35 ABONNEMENT Canada Un an -\t- -\t- $3.50 Six mois - - - 2.00 Trois mois - - - 1.00 Etats-Unis et Europe Un an - - - - $5.00 Six mois - - - 2.50 Trois mois - - - 1.25 HEURES DE BUREAU 9 h.a.m.à 5 h.p.m.Le samedi, 9 h.à midi Carnet Editorial La Fourmilière UX temps déjà lointains d\u2019une jeunesse dont l\u2019exubérance trouvait un aliment de choix dans cette période bénie de tous les étudiants qui s'appelle les vacances, il m\u2019est arrivé de procéder à une expérience un peu cruelle en soi, mais que je trouvais infiniment intéressante.D\u2019un coup de pied plus ou moins rude mais toujours savamment appliqué, je m\u2019amusais à bouleverser brusquement cette construction fort compliquée que les fourmis des diverses espèces élèvent à l\u2019abri des bois et d'autres endroits où la sécurité peut leur paraître assurée.Ce n\u2019était pas par banal esprit de destruction que j\u2019agissais ainsi, mais pour voir et étudier l\u2019admirable activité avec laquelle les bestioles s'employaient à réparer les dégâts, une fois les premiers moments de stupeur passés.C'était alors un affairement prodigieux.De tous côtés, dans tous les sens, les fourmis surgissaient des profondeurs de leur labyrinthe et se croisaient dans une course folle qui défiait l\u2019oeil pour les suivre individuellement.Il semblait tout d'abord que ce mouvement désordonné n'était que le résultat d\u2019une panique intense et de nature à augmenter encore les effets du désastre; pourtant, après quelques instants d observation, il était facile de se convaincre du contraire.Avec la précision d\u2019une machine bien réglée, tout ce petit monde s\u2019agitait, courait, allait ici, revenait là, mais sans aucune dépense d\u2019effort mutile.Chaque mouvement accompli avait son but et son résùltat.A l\u2019aide de leurs fortes mandibules, les fourmis transportaient en hâte les larves et les matériaux ; elles déblayaient, rangeaient, replaçaient, disparaissaient, revenaient tandis que, graduellement les effets du cataclysme s\u2019effaçaient et que tout se retrouvait en ordre.Une heure ou davantage plus tard \u2014 selon la violence du coup de pied, \u2014 les choses étaient de nouveau comme auparavant.Bouleversement de fourmilière, incident banal, direz-vous, et qui ne mérite guère d\u2019attirer et surtout de fixer l\u2019attention! Eh bien, je crois au contraire qu\u2019on peut en tirer un profond enseignement comme, d\u2019ailleurs, de toutes les petites choses que nous ne prenons pas la peine d\u2019observer parce qu'elles nous semblent ne tenir qu\u2019une place négligeable dans la vie universelle.En principe, il n'y a pas de petites choses; il n\u2019y a que de petites manières de les voir.Inconsciemment, l\u2019homme se croit, dans tout ce qui existe, la seule vraie base d\u2019estimation, l\u2019unique sujet de comparaison ; il ramène tout à lui-même ou plutôt à ses proportions.Il qualifie de petit ce qui lui est inférieur en dimensions et de grand ce qui lui est dissemblable dans l\u2019ordre contraire.C\u2019est une profonde erreur.L\u2019infiniment petit et l\u2019infiniment grand tiennent une place aussi importante l\u2019un que l\u2019autre dans l'infini de l\u2019immensité; la seule différence \u201capparente\u201d qui puisse exister entre eux est une illusion causée par la faiblesse de la vue humaine ou la distance d\u2019observation.Pour un habitant de la planète Mars, le bouleversement d\u2019une fourmilière ou celui qui a ensanglanté le monde pendant plus de quatre années se réduisent aux mêmes proportions.Considérées au point de vue de l\u2019éternité des temps, les deux choses ont exactement la même durée.II n\u2019est même pas besoin de prendre un point d\u2019observation aussi éloigné.Plaçons à côté l\u2019un de l\u2019autre une mouche, un homme et un éléphant ; c\u2019est-à-dire le très petit et le très gros selon l\u2019estimation du bipède humain qui se croit lui-même un modèle de proportions.Maintenant, qu\u2019un observateur situé à une dizaine de milles de là essaie de les distinguer avec le seul secours de ses yeux et de les classer d\u2019après leur espèce.La chose lui sera complètement impossible car il ne pourra même pas soupçonner leur existence.Ce sera pour lui l\u2019infiniment petit à tel point que cela deviendra inexistant.Réduisons la distance d\u2019observation mais réduisons aussi les dimensions des sujets observés; la fourmilière de tantôt avec toute sa population d\u2019une activité fébrile, ses galeries innombrables, son travail organisé d\u2019une façon minafestement 3 intelligente, sa hiérarchie et sa discipline, cette fourmilière, dis-je, est-elle inférieure à bien des groupements humains où le désordre, les moeurs douteuses et 1 anarchie servent d\u2019étendards?Allons plus avant dans le domaine des petits; utilisons le microscope pour élargir notre champ d\u2019investigation.Nous découvrons alors des merveilles insoupçonnées, des mondes nouveaux débordant de vie et d\u2019activité, des animalcules admirablement constitués et qui ont les mêmes raisons que l\u2019homme de se croire des \u201ccentres\u201d, des bases d\u2019évaluation, des êtres situés eux-mêmes à égale distance de l\u2019infiniment petit et de l\u2019infiniment grand.Pour eux, l\u2019homme n\u2019existe plus, il est hors de toute conception possible; microbes perdus dans la profondeur de ses tissus, c\u2019est une très infime partie de son être qui constitue pour eux un univers immense et, en dessous d\u2019eux, dans 1 échelle des dimensions, il y a encore d\u2019autres mondes nouveaux, d\u2019autres êtres, des courants de forces, des agitations, des bouleversements comparables dans leur milieu aux plus violents cataclysmes qui ravagent périodiquement notre planète et que tout le génie humain ne soupçonnera jamais même avec l\u2019aide des plus puissants appareils.Voici par exemple une blessure profonde; les tissus gravement lésés sont jetés dans une perturbation comparable à celle de la fourmilière de tantôt.D une part la destruction qui tend à se propager comme s\u2019écroulent de plus en plus des édifices sapés à la base ; d\u2019autre part un travail mystérieux qui commence immédiatement et combat avec énergie cette destruction.Deux forces contraires sont en lutte incessante, opiniâtre ; la science humaine aide le travail de réparation dans la mesure de ses moyens, elle lui fournit des matériaux dont une faible partie seulement est utilisée.La \u201cfourmilière\u2019\u2019 travaille avec une prodigieuse activité et souvent elle arrive à réparer les dégâts.Quelquefois aussi, la tâche est au dessus de ses forces, la brèche est impossible à réparer et il en résulte des consequences, que, faute de mieux et par manière de consolation dans la défaite subie, l\u2019homme qualifie de noms pompeux qui viennent s\u2019ajouter à la liste déjà si longue de toutes les misères humaines.Tout ce travail organique incessant échappe à l\u2019observation directe; il n\u2019est pas moins réel, acharné, continu, implacable comme la lutte de deux peuples dont l\u2019un doit fatalement finir par avoir raison de l\u2019autre.Voilà, très superficiellement envisagé, ce que nous jugeons \u201cpetit par rapport à nous; passons de l\u2019autre côté de la ligne de démarcation que nous avons un peu témérairement établie et jetons un rapide coup d\u2019oeil sur l\u2019infiniment grand.Par une nuit bien claire, quand l\u2019atmosphère est exempte de nuages, nous voyons briller au firmament les milliers d\u2019étoiles qui composent notre univers.Naïvement, l\u2019homme a voulu assigner des dimensions à cet univers et, naturellement, comme toujours, il s\u2019est pris comme base dans ce calcul d\u2019évaluation.Ses dimensions suffisamment multipliées lui ont donné une mesure de longueur qu\u2019il a bien vite trouvée insuffisante et il lui a fallu recourir à de petits sùbterfuges.Il a donc inventé les \u201cannées de lumière\u2019\u2019 pour faciliter sa besogne; la lumière parcourant, en nombres ronds, deux cent mille milles à la seconde, il a réussi à calculer ainsi que la plus proche des étoiles est à quatre années et demie de lumière de la planète où le plus clair de son temps se passe à divaguer et à souffrir.Ce chiffre l\u2019a rendu pensif et il a eu l\u2019intuition de n\u2019être que fort peu de chose dans l\u2019immensité qui l\u2019entourait, mais il devait avoir d\u2019autres surprises.Poussant ses calculs un peu plus loin, il apprit que d\u2019autres étoiles étaient à dix ans, cent ans, mille ans, dix mille ans de lumière et, du coup, il en demeura tout épouvanté.Que devenait-il dans cet espace immense qui se creusait davantage à mesure qu\u2019il essayait de le sonder?Plus il voyait loin devant lui et plus il se rapetissait lui-même.Le microscope lui avait déjà ouvert un abîme, le télescope lui donnait un autre vertige .De l\u2019étude du double champ de vision que lui avait valu son amour de la science (c\u2019est de ce terme poli que l\u2019homme qualifie sa perpétuelle curiosité) il fallait tirer une conclusion.Ce fut en somme très facile mais fort peu à l\u2019avantage du bipède qui s\u2019était cru jusqu\u2019alors un article d\u2019importance, que dis-je, l\u2019article le plus important dans la machinerie universelle ! Il est toujours désagréable de tomber du haut d\u2019un piédestal et ce qui compliqua singulièrement la chute que l\u2019homme fit du sien, c\u2019est qu\u2019il ne trouva plus de niveau ferme où s\u2019arrêter dans ce parcours descendant.Il s\u2019était cru trop grand et ne savait plus s\u2019il n\u2019allait pas se trouver trop petit.D\u2019un côté il avait conscience de n\u2019être qu\u2019un atome, un rien dans l\u2019infinie grandeur de la création et, de l\u2019autre, quand il se penchait sur cet autre vide où il avait découvert une faible partie du monde des infiniments petits, il avait la vague sensation d\u2019être lui-même un infini de grandeur ou quelque chose d\u2019approchant .Où était la vérité?C\u2019est peut-être en regardant une fourmilière qu\u2019on peut, sinon la trouver, du moins la soupçonner.Fourmilière ou grande nation sont, l\u2019une et l\u2019autre, selon le point de vue, de l\u2019infiniment grand ou de l\u2019infiniment petit.Et c\u2019est pour avoir donné jadis des coups de pieds aux premières que j\u2019ai admis ce grand principe lequel est sans doute le commencement de la sagesse .Fernand de Verneuil Tél.: LAncaster 5819-6002 Sk Samedi (Fondé en 1889) Le magazine national des canadiens POIRIER, BESSETTE & CIE, propriétaires 975, rue de Bullion MONTREAL\t-\t-\tCANADA Entered at the Post Office of S.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 1879 Montréal, 25 janvier 1930 A VIS AUX ABONNES Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant de les livrer.Tarif d'annonces fourni sur demande.Samedi 4 25 janvier 1930 \u2019AVAIS dix ans et j\u2019étais le confident de Rose, notre petite bonne.Blonde et jolie, ses joues étaient roses comme son nom.Tout au-dedans de moi-même, je songeais que ses yeux, d\u2019un bleu tendre, semblaient deux fleurs épanouies.Dans la cuisine, elle me faisait moudre le café ou écosser les petits pois: deux missions de confiance dont j\u2019avais le droit d\u2019être fier.Elle me contait ses amours, et les fleurs ingénues qu\u2019elle ouvrait sur le monde souriant et ne voyaient que douceur.\u2014 En allant chez la mercière, me souffla-t-elle un jour, j\u2019ai vu Adolphe! Il fumait une cigarette sur le pas de la porte de son patron.11 m\u2019a fait bonjour de la main.Puis il a rougi jusqu\u2019à la racine des cheveux.Comme je continuais mon chemin, il m\u2019a appelée: \u201cPsstl\u201d.Je me suis arrêtée et je l'ai écouté.Il m\u2019a dit.Elle ne put aller plus avant.Elle m'étreignit farouchement, puis répartit: \u2014 Ecoute, Chariot.Tu me promets de ne rien dire?.Adolphe m\u2019a demandée en mariage! \u2014 En mariage! me récriai-je, les yeux écarquillés.Alors, tu seras la femme d'un coiffeur?.Moi, j\u2019aimerais pas ça ! On doit trouver des cheveux dans la soupe! La figure de la petite Rose se rembrunit un peu.\u2014 Ne dis pas de bêtises et écoute-moi, répartit-elle.Adolphe m\u2019épousera dans deux ou trois ans: aujourd\u2019hui, nous sommes trop pauvres l\u2019un et l\u2019autre.Et je serai heureuse., si heureuse ! \u2014 Tu nous quitteras! fis-je sur un ton de reproche.\u2014 Tu viendras te faire couper les cheveux chez nous, reprit Rose.Toutes les semaines, si tu veux.Nous aurons un beau salon de coiffure, avec des glaces, des lavabos, des étagères, des flacons de cristal.Et puis, je viendrai te dire bonjour en allant faire mes commissions.Sur ces promesses, j\u2019embrassai Rose et je lui assurai qu\u2019Adolphe était un jeune homme de bien belle tournure.\u2014 S\u2019il est beau ! fit Rose extasiée.Et grand, et chic, et distingué!.Un monsieur, quoi! * Ÿ\t* Huit jours après, Rose me confia qu\u2019Adolphe allait jouer la comédie.¦ fy E\":.\" ALLEZ-VOUS-EN ! \" EGLANTINE par Henri-Jacques Proumen \u2014 C\u2019est aux \u201cDisciples de Thalie\u201d, me dit-elle.On y donne, dimanche prochain, une matinée.Comme c\u2019est mon jour de sortie, j\u2019irai.Ah! mon petit Chariot, tu penses si je serai fière ! Je vis comme une perle de rosée trembler dans les yeux tendres, d\u2019un bleu de myosotis.\u2014 Je t\u2019accompagnerai! déclarai-je.Je plaidai si bien ma cause auprès de mes parents que, le dimanche suivant, j'assistais, à côté de Rose, au spectacle des \u201cDisciples de Thalie\u201d.Le public s\u2019entassait sur de longues bancelles.Les hommes fumaient et crachaient, les femmes poussaient de gros rires.On se sentait dans la plus charmante intimité.Rose semblait plus pâle que de coutume.Coiffée d\u2019un misérable petit chapeau noir, elle était pauvre et belle, avec quelque chose d\u2019angoissé qui me fit mal.\u2014 Adolphe tient un des principaux rôles dans la comédie, assura Rose.Lequel?Il n\u2019a pas voulu me le dire! Ah! C'que je suis impatiente! Les trois coups! Le rideau se leva sur un décor sang de boeuf avec des lucarnes peintes en noir et, accrochés aux murs, d\u2019horribles chromos aux couleurs violentes: un salon.On allait donner \u201cLes Deux Sourds\u201d, de Jules Moinaux.On chuchotait le nom de Mlle Aglaé Bertrand, qui devait y jouer le rôle d\u2019Eglantine.Qu'était donc cette jeune fille que personne ne connaissait?\u2014 Une artiste du Théâtre de Lille, graillonna un gros homme imposant, nez mauve et moustache en crocs.Et, à l'entour, on murmura avec admiration: \u2014 Du Théâtre de Lille! Chouette, alors! Lorsque Eglantine parut, un long frémissement déferla en vague dans le public.Elle avait une tête chevaline sous sa perruque rousse, aux ondes dures.Sa taille semblait avoir été façonnée à coups de serpe dans le tronc d'tin baliveau.Ses pieds apparaissaient énormes, rudement chaussés.On (Suite à la page 40J 25 janvier 1930 ifeSa/medi/ 5 LORSQUE L\u2019AUDIENCE ETAIT LEVEE.il m- \u2022 L\u2019Ill usion rési paiP Eugène Dreveton EPUIS la mort de sa fille, survenue presque inopinément quelques mois après celle de sa femme, M.le président Les-pic vivait fort retiré.Autrefois, dans le désir sans doute d être agréable à ces deux êtres adorés, il paraissait rechercher avec un certain empressement les distractions et les plaisirs mondains, s\u2019associant volontiers par sa présence aux parties, à toutes les fêtes organisées par la société de Saint-Romain; aujourd'hui, inconsolable, ne fréquentant plus personne, il ne sortait que pour se rendre au Palais ou, par sentiment de son devoir, et parce qu'il y trouvait un adoucissement passager à ses tortures morales, il remplissait ses fonctions avec le même zèle que par le passé.Mais, l\u2019audience levée, les affaires expédiées et toutes les pièces revêtues de sa signature enveloppée d\u2019un énorme paraphe à la mode ancienne, il se hâtait de regagner sa demeure.Il traversait le large vestibule au fond duquel on apercevait les allées un peu négligées du jardin, gravissait l\u2019escalier en pierre et poussait la porte de son cabinet.Enveloppé de sa robe de chambre, il se remettait avec une sorte de rage au travail, à cette vaste compilation juridique entreprise uniquement pour distraire sa pensée de ses tristes- ses et des souvenirs douloureux qui l\u2019obsédaient.Sous prétexte d\u2019éviter une perte de temps, en réalité pour ne pas se retrouver dans la salle à manger où semblait bruire à son oreille l'écho des conversations animées qui s\u2019étaient tenues autour de la table et des frais éclats de rire de Blanche, il faisait apporter ses repas dans son cabinet.Jamais il n entrait au salon où, dans l\u2019ombre des volets mi-clos, luisait, au-dessus des sièges entourés de hausses, l\u2019or terni des portraits d\u2019ancêtres\u2014magistrats à la mine grave comme le dernier de leur race.Quand la fatigue de son esprit l\u2019obligeait à suspendre sa tâche, il allait et venait le long des couloirs où son pas glissait sans bruit sur les tapis.A la tombée de la nuit il descendait au jardin et, les mains derrière le dos, le menton incliné, il se promenait de longues heures dans les allées de sable fin contournant des corbeilles de roses, des massifs de géraniums et de rhododendrons.Le parfum des fleurs lui semblait l\u2019haleine de celle dont l\u2019âme virginale flottait peut-être autour de lui, dans la clarté sereine des étoiles.A cette pensée il tressaillait, croyait entrevoir au coude d\u2019une allée, dans un coin d\u2019ombre, une forme vague, indécise, une robe claire, une écharpe blanche, qui fuyaient comme pour se dérober à son attente, à ses mains tendues.Déçu en son fol espoir, il regagnait plus triste son cabinet où la lumière brillait parfois jusqu'à l\u2019aube.Les années s\u2019écoulaient sans adoucir l\u2019amertume de ses regrets.Sa haute taille commençait à se courber; les rides de son visage, aux lèvres rasées, que faisait paraître plus pâle la neige des courts favoris, se creusaient plus profondément.Loin de tourner à la misanthropie, comme il arrive après les coups brusques et impitoyables du Destin, son âme semblait s'ouvrir plus largement à l\u2019indulgence et à la pitié.Devant des misères où des déchéances peu dignes de compassion, il avait des accès soudains de sensibilité qui étonnaient de la part d\u2019un caractère aussi rigide et qui faisaient dire aux magistrats et même aux avocats dont les clients bénéficiaient de ses dispositions bienveillantes que \u201cl\u2019heure du repos était arrivée pour M.le président.\u201d M.Lespic, qui ignorait bien entendu ces propos, ne songeait guère, en dépit de son âge, à faire valoir, suivant l\u2019expression consacrée, ses droits à la retraite.C\u2019était avec terreur qu\u2019il envisageait le moment où, bon gré mal gré, il faudrait abandonnei son siège.A quoi se rattacherait-il?Comment occuperait-il ses loisirs forcés?Son grand ouvrage touchait à sa fin.Dans quelques mois il pourrait le livrer à l\u2019impression.D\u2019avance, il sentait bien que l\u2019énergie, sinon les forces, lui manquerait pour l\u2019atteler à une besogne aussi ardue que celle qui l\u2019absorbait depuis plus de dix ans.\u2014 Je ne serai plus alors, se disait-il, qu\u2019une épave entraînée au fil de l\u2019eau, qui glisse lentement, au caprice du courant, jusqu\u2019au gouffre final! II Un soir d\u2019automne, M.le président Lespic, devant sa table encombrée de livres et de paperasses, songeait, pour la centième fois peut-être, avec une cruelle inquiétude, au désarroi qui résulterait pour lui de sa mise à la retraite.L\u2019évènement si redouté pouvait se produire au premier jour.Il n\u2019ignorait pas que s'il devait à ses bons (Suite à la page 39) 6 25 janvier 1930 i % gMjgté -I r\u2014I 1* >¦ -r ' J \u2022' * **** !¦#; \u2022»>., ; è 411 \u2018\u2022JE FUS L\u2019UN DES PREMIERS A ME RETROUVER DANS LA RUE .LE SOSIE DE L\u2019ASSASSIN par H.W.Ho> nun g E fut dans l\u2019express d\u2019Ecosse de minuit, pendant le long trajet sans arrêt de Londres à Crewe, que je m'aperçus pour la première fois de mon effarante ressemblance avec Rowland Chandler.La froide horreur que m\u2019inspira cette pénible constatation m\u2019a laissé une impression plus profonde que la tragique aventure dont élle fut suivie, précisément sans doute parce que j\u2019étais de sang-froid, qu\u2019il me restait encore du temps pour réfléchir, et que je n\u2019avais, selon toute apparence, aucune raison d\u2019éprouver de sérieuses appréhensions à ce sujet.Néanmoins, je confesse que ,sur le moment, je ne fus pas sans en éprouver quelque gêne.Bien plus que par son crime, d\u2019ailleurs banal, ce jeune Chandler avait répandu l\u2019épouvante dans Londres par la façon extraordinaire dont il avait réussi à disparaître, aussitôt son forfait accompli.Les journaux du soir triomphaient; une affaire aussi sensationnelle était pour eux une aubaine inattendue; aussi le nom du jeune criminel s\u2019étalait-il sur toutes les manchettes, et des colonnes entières étaient- elles consacrées au récit du crime, à l\u2019enquête, aux rapports des témoins et à la fuite inexplicable du bandit.Ma curiosité éveillée par ces titres prometteurs, je commençais déjà à m\u2019absorber dans la lecture du journal que j\u2019avais acheté avant de partir, quand je fut soudain frappé de voir mon portrait au milieu de la première page.Mes yeux coururent tout de suite au nom qui était écrit au-dessous.Etait-ce donc la gloire qui m\u2019arrivait enfin?Hélas! non, c\u2019était l\u2019opprobre au contraire, et le nom n\u2019était pas le mien: c'était celui de Rowland Chandler! Or j\u2019apercevais, sur cette photographie, chacun de mes traits reproduit d\u2019une manière aussi \u2019frappante que quand je me regarde dans la glace.Le premier moment de stupéfaction passé, presque instinctivement, j\u2019élevai mon journal à la hauteur de ma figure, afin de lia dissimuler aux regards, car je n\u2019étais pas seul dans mon compartiment; puis, j'envisageai ma situation.Ma ressemblance avec Chandler était un fait établi, incontestable, patent pour quiconque avait des yeux et savait s\u2019en servir: il suffisait de regarder et de comparer.N\u2019en avais-je pas eu la preuve dans la soirée même?A présent, en effet, me revenaient en mémoire certains menus incidents auxquels je n\u2019avais, au moment où ils s\u2019étaient produits, attaché aucune importance.Je comprenais maintenant pourquoi le cocher qui m\u2019avait conduit à la gare m\u2019avait dévisagé avec tant d\u2019insistance; je m\u2019expliquais pourquoi i\u2018l s\u2019était arrêté au coin de la rue et je devinais ce qu'il avait demandé au policeman, qui heureusement me connaissait de longue date.Et puis ce gros homme à la gare d\u2019Euston, avec son chapeau melon et son pardessus de drap bourru.Il avait dû me suivre depuis l\u2019instant où j\u2019étais descendu de mon cab jusqu\u2019au guichet.Je me souvenais même qu\u2019il avait fait la queue avec moi, sans prendre de billet, ce qui m\u2019avait paru bizarre sur le moment, mais qui devenait tout naturel: l\u2019intonation de ma voix avait aussitôt démontré à ce perspicace limier de Scotland Yard que je n'étais pas celui qu\u2019il recherchait; car, en dépit de la ressemblance des traits, il devait y avoir une sensible différence de manières entre Rowland Chandler et moi.Mais s\u2019il était facile pour un détective de faire à première vue ces distinctions-là, il n\u2019en était et ne pouvait évidemment pas en être de même du vulgaire qui, en apercevant mon portrait publié dans les journaux comme celui d'un assassin, devait fatalement me regarder d un oeil soupçonneux.Or, le voyageur assis dans le coin en face de moi était, lui aussi, en train de lire un journal du soir.Nous n\u2019étions que nous deux dans ce compartiment de troisième.Et nous devions y être seuls en tête-à-tête pendant trois interminables heures! Je regardais les jambes de mon compagnon, ses pieds chaussés de grosses bottines; autant que j\u2019en pouvais juger par le peu que je voyais de lui, ce devait être un homme vigoureux.Qu adviendrait-il s\u2019il s\u2019apercevait de la ressemblance et me sautait à la gorge en me prenant pour l\u2019assassin?Sans doute je pourrais le forcer à tirer la sonnette d alarme, et, une fois le tiain arrêté, faire voir mes papiers; &'&amsdii 25 janvier 1930 mais îl était bien certain que ce portrait me condamnerait aux yeux de tout le monde, et que je devrais continuer le voyage jusqu à Crewe, prisonnier dans le fourgon.* * * Cette perspective me faisait trembler aussi fort que si j\u2019avais été moi-même le coupable.Il y avait une mesure de précaution que je pouvais prendre cependant: jeter la tfeuillle compromettante par la portière.La glace, de notre côté, était légèrement entr ouverte et déjà je m\u2019apprêtais à mettre à exécution mon projet, quand je m\u2019aperçus avec terreur que non seulement cet aote serait inutile, mais qu\u2019il ne ferait qu\u2019aggraver encore mon cas.Car s était le même journal dans la lecture duquel mon compagnon était absorbé, et, détail plus fâcheux encore, son journal était plié exactement comme le mien, de sorte qu\u2019il avait en ce moment sous les yeux mon portrait et le nom de 1 assassin.J\u2019ai dit que j\u2019avais constaté cela avec terreur, et, malgré cela, je me sentais encore la force de rire amèrement à part moi.Après tout, j\u2019avais sur moi amplement de quoi prouver que j\u2019étais un honnête homme.Seulement, avant de pouvoir établir mon honorabilité, il me faudrait sans doute passer par des moments désagréables, et j\u2019ai horreur des scènes; je les redoute, elles me font toujours trembler malgré moi, et déjà, à l\u2019idée de celle que j\u2019avais en perspective, je me sentais perdre de mon assurance, tout en m\u2019efforçant cependant de faire contre mauvaise fortune bon coeur.J\u2019essayai de me remémorer le peu d\u2019observations que j\u2019avais faites auparavant au sujet de mon compagnon de voyage.Il était monté dans le train après moi et m\u2019avait fait l\u2019impression d\u2019un homme âgé, resté robuste et d'allure très vive, et portant une longue barbe qui lui descendait jusqu\u2019à la ceinture, tel un missionnaire.Il m\u2019avait donné une preuve de sa force en juchant au-dessus de sa tête le gros sac qui s\u2019y trouvait maintenant et qui devait être excessivement lourd, à en juger par la façon dont il passait sur les mailles du filet.Les hommes qui ont passé la majeure partie de leur existence dans les colonies sont généralement des gaillards bien trempés, et, si leur visage se marque parfois avant l\u2019âge, ils n\u2019en sont pas moins vigoureux pour cela.Mon missionnaire \u2014 car, dès le début, je 1 avais tout de suite catalogué comme tel \u2014 ne faisait point exception à la règle; et j étais convaincu qu\u2019il pouvait être un adversaire redoutable.J\u2019en étais là de mes réflexions, lorsque mon compagnon abaissa son journal et m\u2019adressa la parole.\"Quelle épouvantable affaire!\u2019\u2019 Sur le premier moment, je décidai de ne pas lui répondre; l'instant d\u2019après, je crus préférable de lui dire qu\u2019il m\u2019avait réveillé; mais, en définitive, je ne fis ni l'un ni l\u2019autre.Quelle idée saugrenue d\u2019imaginer qu\u2019un innocent puisse être en proie aux mêmes affres qu un coupable! Mieux valait prendre résolument le taureau par les cornes et répondre sans crainte, du moment que je n\u2019avais pas lieu d en avoir.Je laissai tomber mon journal sur mes genoux et regardait mon interlocuteur bien en face.\"Epouvantable en effet, répondis-je.\u2014 Nous voulons parler de la même, sans doute?reprit-il en souriant; mais ses yeux clairs restaient durs, et il me sembla qu\u2019ils me fouillaient déjà du regard d\u2019une façon désagréable.\u2014 C\u2019est à l\u2019assassinat de Wa.ham Green que je pensais, répliquai-je en affectant la brusquerie, afin d'aller au-devant de ses soupçons.\u2014 Moi aussi.Un charmant jeune homme que ce Chandler! \u2014 Tout à fait charmant, répétai-je d\u2019une voix blanche.\u2014 Mais c'est son âge qui me frappe le plus, poursuivit mon missionnaire, ses yeux aux regards métalliques fixés sur les miens.D\u2019abord, je trouve surprenant que, si jeune, il soit déjà marié, et puis.\u2014 On se marie très jeune dans ce monde-là, interrompis-je en reprenant quelque assurance, car cela venait de me faire penser à un détail auquel je n\u2019avais point encore songé, à savoir que j\u2019avais vingt-huit ans (tout en ne les paraissant pas), a ors que 1 assassin en avait seulement vingt-deux.\u2014 Ah, vraiment?\u201d me riposta mon vénérable compagnon en fronçant légèrement les sourcils, mais en laissant voir pourtant, dans un immuable sourire, ses dents très blanches entre sa moustache et sa barbe grises.Et, dans le vôtre, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait?Est-ce que vous n\u2019êtes pas marié.vous?\u201d J'hésitai un instant avant de répondre.Je me sentais une antipathie toute spontanée pour mon impertinent interlocuteur, et j\u2019avais bonne envie de le remettre à sa place comme il le méritait.Son regard fixe, son ton narquois et familier, son fort accent faubourien avaient eu tôt fait de me montrer que je m\u2019étais bien trompé en le prenant pour un missionnaire ; dès lors je le considérai comme un vulgaire ouvrier d\u2019usine infatué de sa personne.Mais, outre que je ne tenais pas à entamer, avec ce Londonien loquace et mal éduqué, une querel'e qui pouvait avoir des suites désagréables et qui risquait de durer jusqu\u2019à la fin des deux heures qu\u2019il nous restait à voyager ensemble, j'étais encore indécis sur la question de savoir s\u2019il s\u2019était ou non aperçu de ma ressemblance avec le criminel.Si, par bonheur, il n\u2019avait rien remarqué, je pourrais, en restant poli avec lui, re- tarder, ou même éviter, la scène que j\u2019appréhendais si fort.11 se trouvait que j\u2019étais marié, et que je quittais justement pour la première fois ma femme et mon enfant pour aller voir un de mes vieux camarades de collège qui habitait l\u2019Ecosse.J\u2019avouais donc que j\u2019étais marié, comme je le suis en effet.\u201cSeulement, ajoutai-je, moi, j ai près de trente ans.\u2014 On ne s\u2019en douterait pas, me répliqua-t-il, son impitoyable regard toujours rivé sur le mien.Et où est-elle, votre femme?\u2014 Je l'ai laissée à Londres.\u2014 Vivante?\u2019\u2019 me demanda-t-îl brutalement.11 devenait évident qu\u2019il s\u2019était aperçu de la ressemblance, dès le début de notre rencontre.\u201cE-le l\u2019était encore à dix heures, répliquai-je.\u2014 Et où l\u2019avez-vous quittée?Pas du côté de Malham Green, j\u2019espère?Et, en disant ceila, il ricanait avec une jovialité abjecte.Cependant, je me contins encore, car je voyais ses fortes mains prêtes à me prendre à la gorge.\u201cPas tout à fait.à Chelsea, répondis-je, bien décidé à éviter à tout prix une dispute.\u2014 Hum! les deux endroits ne sont pas éloignés l\u2019un de 1 autre! s écria-t-il, et pour la première fois son regard s\u2019abaissa un instant.Et alors nous avons lu le récit du crime dans la même feuille de chou?\u2014 Il paraît.\u2014 Ce Chandler a l\u2019air joli garçon, vous ne trouvez pas?\u2014 On ne peut guère juger d une physionomie d\u2019après un portrait plus ou moins fidèlement reproduit par un journal\u201d, repartis-je, cherchant d'instinct à laisser supposer à mon interlocuteur, comme si j'avais été réellement l\u2019assassin, qu\u2019il pouvait néanmoins y avoir erreur et qu\u2019il ne fallait pas trop se fier aux apparences.Cette remarque parut l'amuser beaucoup, et il le montra par un nouveau ricanement sardonique.\u201cC\u2019est vrai, reconnut-il, en élevant son journal entre nous.D\u2019après ça on ne peut pas voir si c\u2019est un monsieur comme vous, ou si.\u2014 Il resta la bouche ouverte, s\u2019arrêtant brusquement au milieu de sa phrase \u2014 ou si c\u2019est autre chose.acheva-t-il enfin, atténuant ainsi sa pensée par une expression vague.\u2014 Je ne crois pas qu\u2019il puisse y avoir de doute sous ce rapport-là\u201d, répondis-je.Ses yeux se relevèrent aussitôt vers moi.\u201cNe vous y trompez pas! Le gaillard est un malin! \u2014 Possible; mais ce n\u2019est qu\u2019un garçon épicier.\u2014 Et vous, qu'est-ce que vous êtes donc?7 \u2014 Oh! moi, j\u2019écris un peu, voilà tout, répliquai-je avec une modestie affectée.\u2014 Et queille différence y a-t-il?\u2014 Eh bien, d\u2019abord, je vends ma propre marchandise; ensuite, je ne la vends pas sur un comptoir!\u201d L\u2019orgueil que j\u2019avais mis dans ma réplique n\u2019était peut-être pas de l\u2019orgueil bien placé, car il n\u2019y a pas de sot métier ; mais telle fut ma réplique, et je la formulai du ton le plus agressif.Je sentais, sans m\u2019expliquer au juste pourquoi, que j\u2019avais frappé mon adversaire à un point sensible, et c\u2019était une jouissance qui n\u2019était pas à dédaigner.Nous nous regardâmes fixement, et je me pris à ricaner un peu à mon tour.L\u2019express continuait sa course vertigineuse et bruyante à travers la nuit, avec le ballottement inévitable à une telle allure; machinalement, j\u2019associais dans ma tête le souvenir d'un air d\u2019orgue de barbarie entendu dans la journée du grondement rythmé et sonore du train.Les lampes du compartiment répandaient sur nous la lueur vague et imprécise particulière à ces vieux wagons démodés de troisième dasse sans couloir.Mais nous n\u2019avions rien à faire sinon à nous scruter du regard, et la lumière était juste suffisante pour cela.Cependant, mon compagnon paraissait si cruellement offensé, ses yeux, qui brillaient d\u2019un éclat singulier dans son museau de vieux loup, avaient une expression tellement indignée que je pus enfin me risquer à m\u2019amuser un peu, à mon tour, à ses dépens.\u201cJe vous accorde, lui dis-je, que ce doit être un individu doué d\u2019une sorte d\u2019intelligence.Il a mis dans l\u2019accomplissement de son crime infâme une adresse digne d\u2019un meilleur emploi.\u2014 Mais êtes-vous bien sûr que ce soit lui le coupable?me demanda-t-il entre ses dents, d\u2019une voix presque menaçante.\u2014 Sa culpabilité n\u2019est-elle pas évidente?\u2014 En tout cas, personne ne l\u2019a vu, et, en Angleterre, un homme est innocent tant qu\u2019on n\u2019a pas prouvé qu\u2019il est coupable; ne l\u2019oubliez pas, et je tâcherai de mon côté, de ne pas l\u2019oublier non plus\u201d, ajouta-t-il.Et il me sembla qu'il faisait un effort de volonté pour maîtriser son émotion, et reconquérir du même coup sa sinistre gaîté un instant évanouie.\u201cAllons, acheva-t-il, vous conviendrez que j\u2019ai été bien gentil avec vous?\u2014 Que voulez-vous dire?\u2014 Ce que je veux dire?Qu\u2019à ma place, il y en a beaucoup qui auraient déjà tiré la sonnette d\u2019alarme et fait arrêter le train.Et vous savez bien jxiuiquoi.\u2014 Parce que je ressemble à ce misérable Chandler?\u201d (Suite à la page 33) 8 Sb^cmeS 25 janvier 1930 OSEPH Lequec disait couramment: \u201cJe suis un débrouillard.\u201d Mais il ajoutait que ,né philosophe, il lui répugnait de se servir de ses hautes facultés et qu\u2019il consacrait le meilleur de son temps à observer l\u2019agitation inutile et ridicule de son prochain.En manière de protestation, il effectuait chaque jour son tour de boulevards, lentement, posément, le cigare au bec et se retournant sur les jolies femmes, à l\u2019ancienne mode.Si, par aventure, quelque boursier fiévreux ou quelque commis affairé le bousculait, il s\u2019arrêtait net, mâchait une injure avec son cigare, s'époussetait d\u2019un geste dégoûté et reprenait sa marche sans but.Ne disposant que d\u2019un revenu médiocre et qui suffisait tout juste à son entretien, il en était réduit à mille combinaisons ingénieuses dont il ne se montrait pas peu fier.On le voyait parfois dans des voitures voitures d\u2019enterrement ,aux répétitions générales où l\u2019on peut se glisser sans billet et dans le hall des grands hôtels, où il faisait sa correspondance.Il s\u2019attardait volontiers aux menus incidents de la rue; surtout les chevaux tombés l\u2019intéressaient; il ne quittait ce spectacle que la bête dûment réattelée ; alors, il renseignait les retardataires, avec de grands gestes.Au physique, imaginez Don Quichotte, mâtiné de Polichinelle: un grand diable quinquagénaire, sec et osseux, pourvu d\u2019un nez immense du plus pur rubis, d\u2019une moustache pleureuse en chiendent, d\u2019un crâne nu et en pointe.Pour le moral, une gaieté indomptable, à base d\u2019égoïsme.Lequec aimait ses aises et méprisait l\u2019amitié quand il n\u2019avait pas de service à en attendre.D\u2019ailleurs, soucieux de correction, il se promenait dans la vie en jaquette noire, portant cravate blanche à la façon des bons vieux médecins de jadis, un pantalon à la houzarde et des bottines à élastiques.Pourtant, si placide et résolu à conserver sa belle humeur, il se montra inquiet aux approches de la belle saison.Comme on lui demandait: \u201cOu allez-vous?\u201d il eut une réponse évasive.Peu lui importait! N'était-rl pas libre, maître de sa destinée?Il verrait au dernier moment.A la vérité, ses vacances avaient été assurées pendant dix-sept ans par un couple de bourgeois flasques, les Che-nolle, qui possédaient une propriété à la mer.Dès qu\u2019il arrivait, porteur d'une valise ancestrale, avec sa jaquette noire, son pantalon à la houzarde, sa cravate blanche et son panama pisseux, le chien se fourrait sous le lit, les enfants hurlaient; Mme Chenolle, obèse et dolente, ouvrait des yeux terrifiés, et le bon Chenolle lui-même ne pouvait ET NOTRE CHIEN?JE VIENS DE LE TUER.Un Dét roui :~hsj i.¦\"> S3» pai Henri Du vernois dissimuler son anxiété.Lequec était un invité terrible: il bouleversait le jardin, épouvantait les animaux domestiques, rudoyait la cuisinière et giflait les enfants, sous le prétexte qu\u2019il avait reçu cette éducation forte et que cela lui avait réussi.Mais les enfants avaient grandi, et Joseph percevait chez eux, maintenant, une certaine résistance.Au cours du dernier été, comme ïl arrivait à l\u2019heure du dîner plein d\u2019appétit, après une bonne journée passée au grand air, il trouva toute la famille assemblée, solennelle et visiblement hostile.\u2014 Que vous arrive-t-il donc?questionna-t-il.Vous avez des visages à porter en terre, et que l\u2019on ne vous a pas vus sur la plage de tout l\u2019après-midi! \u2014 Joseph, balbutia M.Chenolle avec effort, il paraît que tu viens de renvoyer la cuisinière?\u2014 Elle s\u2019obstinait à servir le veau saignant et le boeuf racorni.J\u2019ai eu de l\u2019énergie à votre place.D\u2019autres me remercieraient.\u2014 Et notre chien?Notre petit Fruc, demanda Mme Chenolle.\u2014 Je viens de le tuer: il avait essayé de me mordre.Je ne tiens pas à ce que vous gardiez une bête méchante.\u2014 Et le massif qu\u2019Auguste avait planté?\u2014 Je l\u2019ai retourné pour enterrer le chien.C\u2019est tout?\u2014 Non, monsieur Lequec, avait alors déclaré Auguste, pâle, mais résolu.Puisque vous aimez l\u2019énergie, je vais vous en servir ; monsieur Lequec, vous abusez de la bonté de papa et de maman pour nous ennuyer tous au delà des limites de la patience humaine.Et vous nous obligeriez en prenant le premier train.\u2014 Le gamin est un peu vif, avait conclu M.Chenolle, mais le fait est que tu deviens par trop désagréable, mon pauvre ami ; tu te crois partout chez toi.Là-dessus, Lequec était parti, sûr qu une dépêche le rappellerait bientôt.Mais il attendait encore la dépêche, et le so'eil d été grillait les boulevards.Mon petit Joseph, se dit-il avec cette voix attendrie qu il n\u2019avait que lorsqu il se parlait à lui-même, le mo ment est venu de te prouver que tu es (Suite à la page 40J 75 janvier 1930 S&ç&cmedl 9 L est certain que nous avons mis à l\u2019index, sans y goûter, nombre d\u2019aliments estimés de nos ancêtres, de même que nous avons oublié les remèdes végétaux, les simples, pour nous livrer aux pernicieuses drogues de la chimie.Il en est de la cuisine comme de la morale: vérité de ce côté-ci du mont, erreur au delà.On connaît les sarcasmes dont nous accablent nos voisins d\u2019outre-Manche au sujet de nos gigots à l\u2019ail et de nos fricassées de grenouilles, tandis que de notre côté nous nous moquons fort de leurs pâtés de rhubarbe, plante que nous abandonnons aux officines pharmaceutiques.En cela nous sommes aussi ridicules les uns que les autres.Se moquer de ce qu\u2019on ignore est le proipre de la sottise, et d\u2019après mon révérend nous sommes tous plus ou moins des sots.Montaigne l\u2019a dit avant lui: \"J ai honte de voir des hommes enivrés de cette sotte humeur de s\u2019effaroucher des formes contraires aux leurs.Il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village.\u201d Et en fait de cuisine, nous sommes à peu près tous de notre village.\u201cDéfaisons-nous de nos préjugés, écrivait Voltaire, la nature est la même partout et les usages partout différent.\u201d Il est à remarquer, du reste, que les préjugés, en matière de cuisine, s'accentuent à mesure que l\u2019on descend les couches sociales, et plus un peuple est ignorant et barbare, plus il est difficle non dans le choix des aliments, mais dans I adoption d\u2019aliments nouveaux.\"Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es.\u201d On sait que la pomme de terre fut longtemps à s\u2019acclimater chez les gens du bas peuple.La Cour donna l'exemple grâce à l\u2019initiative de Louis XVI; puis les bourgeois imitèrent la Cour; les ouvriers des villes se décidèrent enfin à en manger.Dans les campagnes, on la repoussait encore avec horreur alors que tous les traiteurs de Paris en servaient à leurs clients.Les vieilles femmes l\u2019accusaient de donner la lèpre.I1] n\u2019y a pas longtemps encore que les Napolitains, même par une grande disette où le macaroni se faisait coûteux et rare, repoussaient avec dégoût le précieux tubercule de Parmentier.11 en fut de même de la viande de cheval.En 1864, une conférence suivie d\u2019un banquet hippophagique eut lieu au Jardin d\u2019acclimation, dans le but d\u2019en propager la consommation.On fit ressortir que les Indiens des Pampas vivent exclusivement de chair de cheval; que les Tartares n\u2019ont guère d\u2019autre aliment; que les Kirghizes pré- '¦Vil?' \u2022 \u2022 ^ :.i V' sr*r,ï - r .rMKV: W\t,Vv r.-jr %* .'r F fciv Vvï y, J é mz-.t .'¦m g«K% .k-e 31 '¦ma & ar ' TOUT CE QUI S'AGITE, RAMPE ET GLISSE DANS LE VASTE CHAMP DE LA NATURE PEUT GLISSER DANS NOS ESTOMACS.Les Horreurs de l Alimentation fèrent de beaucoup une grillade de cheval à une grillade de boeuf; on citait le voyageur Tavernier qui.ayant rencontré une compagnie de Tartares et leur ayant fait savoir que deux de ses chevaux étaient morts dans la montagne, des cavaliers coururent à toute bride pour les dépecer et s'en partager les morceaux qu\u2019ils placèrent entre la selle et leur monture.De cette manière, dit Tavernier, la chair se mortifie et se cuit en quelque sorte par le mouvement et la chaleur de l\u2019homme et du cheval.Les Tartares la mangent ainsi sans la préparer autrement.Ce ne fut qu\u2019en 1866 que s\u2019ouvrirent à Paris les premières boucheries hippophagiques, mais bien que la viande y fût à bas prix, les classes ouvrières gardèrent la réserve la plus absolue.Elle ne parut que sur les tables bourgeoises, mais les domestiques refusèrent d\u2019y toucher, comme encore actuellement nombre de gens du bas peuple de Londres, et des plus pauvres, refusent de goûter au boeuf et au mouton envoyés d\u2019Australie et de la Nouvelle-Zélande, qui arrivent, grâce aux appareils frigorifiques, dans un état parfait de conservation, et leur préfèrent, à prix égal, les viandes de rebut de leurs bouchers.Les Allemands se montrèrent plus intelligents, car il y avait déjà en 1866 sept marchés hippophagiques à Berlin.En France, la consommation de la viande de cfhevail est presque nulle en province, mais à Paris elle augmente de jour en jour.Dans le seul cours de l\u2019année 1899, on y a mangé près de quinze mille chevaux, environ trois cents ânes et une cinquantaine de mulets.Il est juste d\u2019ajouter que la plupart des hippophages parisiens le sont à leur insu.C\u2019est sous les noms de biftecks et de rosbifs qu\u2019ils apprécient la viande chère aux Tartares.On consomma pendant le siège soixante-cinq mille cheveux, deux mille ânes et autant de mulets.Une tranche de mule rôtie est un plat exquis; quant à l\u2019âne ,nul n\u2019ignore qu\u2019il est la base des saucissons de Bologne, d'Arles et de Lyon.On estime à cinq mille le nombre de chats dévorés pendant le siège de Paris sous leur véritable nom; quant à ceux que l\u2019on mange en tout temps sous le pseudonume de lapins, le nombre en est incalculable.Pour les amateurs. 3bS- Personne ne connaît l\u2019accusé qui se donne pour étranger, sauf les malheureux qu\u2019il grugea.Mais ceux-là n\u2019auront garde de venir.Alors à demain ?\u2014 A demain.Ce sera pour vous double avantage.Je vous aurai à l\u2019oeil, de sorte que si le fâcheux trac vous tourmente.vite mon flacon de sels.\u2014 Avez-vous fini de vous payer ma tête, espèce d\u2019empoisonneur?Je voudrais vous voir à ma place ! Robert se sauva très vite; il n\u2019avait plus la force de plaisanter.Dans l\u2019escalier il lui fallut s\u2019arrêter un instant pour reprendre haleine.\u2014 Oh! ciel, murmura-t-il.Dire que sans ce hasard, George, demain, passait en jugement et que.Peut-être par un journal mentionnant le verdict et encore.cela aurait pu très bien m\u2019échapper.Béni soit donc le hasard.Mais M.Sainville, ce pauvre père qui meurt lentement de détresse et de remords.faut-il lui apprendre?.Non, non.pas encore.il ne pourrait supporter une fausse joie.sa vie ne tient qu\u2019à un fil.Attendons, car si George est condamné, mieux vaut laisser le vieillard dans l'ignorance et le doute.Il suppose que son fils est mort.il a la conviction que mon malheureux ami s'est suicidé.Je.S'apercevant que, dans son trouble, il parlait haut, Robert se tut brusquement, et regagna en hâte son électrique.Il était l'heure d aller faire sa visite quotidienne boulevard Lannes.Le père de George se consumait de regrets et de douleur.Après les événements si tristes que nous avons relatés dans un précédent chapitre, le docteur Lavallée éprouva les craintes les plus vives, il redouta pendant plusieurs jours la congestion cérébrale qui eût fatalement enlevé en peu d\u2019heures Louis Sainville.Si, comme homme, Robert songeait que ce serait la solution la meilleure et la plus charitable, en tant que médecin, il s\u2019efforça de sauver le vieillard et y parvint grâce à ta science, grâce aussi à son dévouement.Mais ce n\u2019était que reculer pour mieux sauter.Miné par de cruels tourments, le chimiste terminait sa vie dans une tristesse désespérée que rien n\u2019avait le pouvoir de distraire.Il se courbait un peu plus chaque jour vers la tombe.Un miracle lui ferait-il retrouver son enfant, que ce miracle ne raviverait pas la flamme déjà presque éteinte.\u2014 Mais du moins il mourra en paix, il mourra joyeux, songeait le médecin tandis que l\u2019automobile filait silencieuse vers les fortifications.Demain à pareille heure je saurai si je puis parler.Bien avant l\u2019ouverture des portes, Robert Lavallée arrivait au Palais de Justice.Son ami, le juré comédien, ne parut qu\u2019une demi-heure plus tard au moment de l\u2019entrée en séance.Satisfaisant aux désirs de son docteur, il lui fit donner une place derrière le banc du jury, une place d\u2019où Robert pouvait embrasser l'ensemble du prétoire, mais où il ne risquait pas d\u2019être vu.Si George en pénétrant dans la salle apercevait son ami d'enfance, c\u2019en était fait sans doute de l\u2019ingognito si passionnément défendu.Il perdait ainsi tout le bénéfice de la ligne de conduite adoptée; on le reconnaîtrait.Non, il ne fallait pas se montrer, du moins pas encore.Après les préliminaires d'usage, appel des jurés, etc., les débats proprement dits s\u2019ouvrirent.L'accusé fut introduit.A sa vue, tous les coeurs se serrèrent, un unanime élan de sympathie monta qui, livide, l\u2019oeil fiévreux, l\u2019air abattu, se laissait tomber sur le banc d\u2019infamie.Que de souffrances décelaient ces traits ravagés, ces tempes blanchissantes, ce front sillonné de rides, ces orbites creuses d\u2019où semblaient sortir deux flammes ! Et maigre, flottant dans ses vêtements noirs, les mains longues, pâles, décharnées, pétrissant nerveusement les bords de son chapeau ! Le président, ému, interrogea l\u2019accusé presque avec douceur.Celui-ci répondit d'une voix brève et sans intonation.Nous ne relaterons pas cet interrogatoire qui ne ferait que reproduire presque mot pour mot ce que George déclara précédemment au juge d\u2019instruction.25 janvier 1930 Ensuite, vint le défilé des témoins.Les uns après les autres, ils stationnaient quelques minutes devant la barre, renouvelant de fastidieuses redites.Puis, ce fut le tour de l\u2019avocat général.Oubliant que son rôle le contraignait à fulminer contre les coupables, l\u2019homme en robe rouge prononça une plaidoirie en faveur de l'accusé, plutôt qu\u2019un réquisitoire.A un moment donné, même, il s\u2019attendrit si visiblement que des applaudissements saluèrent la fin de son discours.La tâche de l\u2019avocat fut, dans ces conditions, très aisée.Il se tourna à enregistrer les paroles qui contenaient l\u2019absolution éclatante de l\u2019accusé.Après quoi, il déclara s\u2019en référer au verdict du jury.George, impassible en apparence, écouta ces joutes oratoires sans qu\u2019un muscle de son visage bougeât.Le jury entra en délibération; on emmena l'accusé.Dans la salle, presque vide de spectateurs, on parlait comme d'un fait accompli de l\u2019acquittement.Cela ne faisait de doute pour personne.L\u2019innocence de George Ribau-mont apparaissait plus claire que l\u2019eau de roche.Il n\u2019avait fait que se défendre, il était en cas de légitime défense.Si, après le drame, il était allé tout bonnement se constituer prisonnier, son excuse eût été parfaitement admise.Mais dans l\u2019état d\u2019affolement où le plongea la mort du banquier, George avait commis une lourde bévue, celle de s\u2019enfuir.Là seulement était sa faute, bien excusable et compréhensible.Pauvre garçon! Les deux mois de prison préventive qu\u2019il venait de subir l\u2019avaient suffisamment éprouvé ; sa dette était payée, largement payée, en admettant qu\u2019il eût une part de responsabilité.On ne pouvait pas ne pas l\u2019acquitter.Une condamnation, si minime fut-elle, serait inique: les jurés ne commettraient point une infamie semblable.Telles étaient les conversations du public tandis que dans la salle qui lui était réservée le jury délibérait.Ce ne fut guère long.Un quart d'heure à peine, après quoi la séance reprit.(A suivre) 25 janvier 1930 Sk&amsdl 21 V>üi!w 5^*4, W&ff\u2019é\u2019ïïy iiSMi mm WMW ;SsS.X.NV; ^ vJssæâ ^««g?a 1\u2014Loncle René, Marcel et Marie se défendirent le mieux qu'ils purent mais ils furent vaincus par le nombre.2\u2014Les chinois les ligotèrent solidement et les conduisirent sous une grande tente où ils les laissèrent seuls.3\u2014Nos amis ne doutaient plus que ces band:ts étaient ceux qui avaient attaqué le navire marchand.4\u2014Il faisait nuit sombre lorsque Marcel regarda 5\u2014Marcel fit tant qu'il délia ses liens sans que\t6\u201411 s'approcha encore une fois du hublot mais par un grand hublot.Le Météor se trouvait près son oncle et Marie s'en aperçoivent.\tune grosse vague vient frapper le navire qui par- du navire.\ttait.r~ ;>£ î \\J-\\_ ïï -î ¦ .4 7- Marcel qui se trouvait près du hublot tomba 8\u201411 nagea afin de s'éloigner du navire et gagner\t9\u2014Lorsque Marcel était fatigué il se mettait sur & la mer.Il avait encore les pieds liés.\tle Météor qui se trouvait à quelque distance.\tle dos pour se reposer, mais le Météor semblait s\u2019éloigner de lui.10 Marcel était un excellent nageur mais il ne 11\u201411 atteignit enfin le Météor dans un état\t12\u2014Mais il était si exténué qu\u2019Ü perdit coa- pouvait aller bien vite avec ses pieds liés.\tcomplet d\u2019épuisement.Il était enfin sauvé.\tnaissance en touchant l\u2019aéroplane.œé v.m i WA (La suite de cette histoire dramatique dans LE SAMEDI de la semaine prochaine.} 22 S& Samedi 25 janvier 1930 SOUCT9 Armand\u2014Quand pensez-vous vous marier?Lucette.\u2014Mais j\u2019y penses toujours.SA LETTRE Dans une des journées de juin 1915, un soldat du 22ème écrit à son ami: \" Je t'écris un sabre dans une main et un pistolet dans l'autre.\u201d DANS LA JUNGLE \u2014Tu sais, mon mari, j ai beau suivre un régime, je crois que je n\u2019aurai jamais sa taille LA LIMITE L'employé.\u2014Il est neuf heures, vous n\u2019avez pas l'intention de me faire travailler toute la nuit?Le patron.\u2014Mais vous m\u2019avez demandé une situation permanente.CHAQUE CHOSE A SA PLACE \u2014Garçon, je viens de trouver une mouche dans mon verre. v > J Vf- 25 janvier 1930 Samedi 37 Quelques bons conseils sur la P réparation des R ep a s \t\t7\u2019r\"\t4 \t\tHr\t \t\t\t Pour toutes les maîtresses de maison la question alimentaire constitue un véritable problème de tous les jours, que les membres de la famille soient de ces heureux vivants qui \u2018\u2018mangent n\u2019importe quoi\u201d, ou des gourmets à qui il faut des plats délicats et soigneusement apprêtés pour aiguiser l\u2019appétit.L\u2019important est que chacun jouisse et profite de ses repas.Autrement comment peuvent-ils en retirer force et profit?Le grand écueil à éviter, dans la préparation des repas, est la monotonie.Mettez de la variété dans vos menus quotidiens.Tous les plats que vous préparez doivent être appétissants à voir et agréables au goût.Il faut donc que la maîtresse de maison trouve le temps voulu pour organiser ses repas, imaginer des menus, et les mettre ou les faire mettre à exécution.Voici quelques recettes qui vous permettront de préparer d\u2019excellents plats dans le minimum de temps.\\ SOUPE AUX POIS A LA PAYSANNE 1 boîte Soupe aux Pois Verts Clark, Pailles au fromage, 1 tasse blé-d Inde en boîte bien égoutté.Ajoutez le blé-d Inde bien égoutté à la soupe diluée dans quantité égale d'eau, et faites bouillir.Assaisonnez bien de sel et de poivre rouge et servez avec les pailles au fromage.MACARONI ITALIEN 1 boîte Soupe aux Tomates Clark.Zl tasse eau chaude, biscuits soda, sel et sauce Tabasco au goût, Vl tasse h°' mage fort canadien râpé, 2 tasses macaroni cuit.Diluez la soupe avec de 1 eau.Placez ensuite une couche de macaroni dans un plat à cuire, et couvrez d une couche de biscuits soda brisés en morceaux assez gros.Saupoudrez de fromage râpé.Remplissez le plat en alternant les couches de macaroni, de fromage et de biscuits, puis versez la soupe de manière à recouvrir tous les autres ingrédients et faites cuire au fourneau jusqu\u2019à ce que le tout soit bien bruni et soufflé.POMMES DE TERRE WALDORF | boîte de Soupe au Céleri Clark, pommes de terre bouillies, froides, 2 c.à soupe farine, Zi tasse lait riche, 1 c.à soupe beurre, sel et poivre rouge.Placez une couche de pommes de terre tranchées dans un plat à cuire et couvrez de soupe diluée avec le lait.Saupoudrez de farine et mettez des pointes de beurre ici et là.Remplissez ensuite le plat en alternant les couches de pomme de terre et de soupe comme précédemment.Parsemez le dessus de miettes de pain beurré et faites brunir au fournau.Honteux de sa femme ! ssesl céréale délicieuse \u2014 est garanti COMBIEN elle a changé! La plus jolie de toutes, autrefois, elle a aujourd\u2019hui perdu tout son entrain.Que lui est-il donc arrivé?Qu\u2019est-ce qui lui a ravi sa fraîcheur et son charme?Elle est si changée.qu'il lui arrive quelquefois de rougir d\u2019elle! Plusieurs hommes et femmes ne peuvent s\u2019expliquer ainsi la perte de leur jeunesse et de leur fraîcheur.Le SON-PUR de Kellogg \u2014 une prévenir sans danger ce mal terrible! 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