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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 5 août 1933
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1933-08, Collections de BAnQ.

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[" Montréal, 5 août 193 année, No 10\tLisez notre feuilleton : LE SECRET D\u2019UNE TOMBE lü|R3ij toujou cî\u2019oeufs c tions de Aujou à l\u2019autre, la primé la nuit, poulet ne sont _ de céder la place à se grimpera.Les moeurs et les plaisirs forme, démolit un par-là et vouloir, dans comme événements, serait certitude \u2014 quelle sera sa Et pourtant, ce ne sont pas n\u2019y en a même jamais tant eu.On des actions, dans les agences ou en peut tionale, dans le club des optimistes et dans la peine de les chercher, ils viennent a vous Lnt.vous renseignent de force et cedent la place je contraire. f 1 » ^ \u2022' V \u2022 TJ 'v - eivuuix vous Hf -'is' .- BHhE ÆBBË §npf «Am* rfiurf yous voyez-vous avec votre famille dans ce beau Pontiac, filant sur une route enchanteresse.JjAis vous reposez tout en conduisant .\u2022 Et PCurquolt vous soucier, quand vous savez que , \u2018\u201c¦f^Pontiac voyous coijjuire où vous allez et qu\u2019il vous ramènera sains et saufs.Vous savez de plus que le voyage tf® vous coûtera pas cher, car le Pontiac est l'Ecoiomie Huit en Ligne.Mais alors, que faire de votre auto actuel?C\u2019était un bon auto.Entendu, mais est-ce que son temps n\u2019est pas un peu,iassg?Est-ce que vous ne craignez pas un peu dt.,e concjuire loin des stations de service?Alors, pngez aux mois et aux milles d\u2019automobilisme ongez tout repos que vous CONDUISEZ UN PONTIAC ECONOMIE HUIT EN LIG pouvez avoir dans un gros auto, avec un minimum de frais d\u2019opération.Pourquoi ne pas vous rendre chez votre dépositaire Pontiac et prendre le volant d\u2019un nouvel Economie Huit en Ligne?Vous ressentirez tout de suite l\u2019impression de la solidité, du poids et du confort de cet auto.Vous constaterez l\u2019accélération du moment que vous prendrez la rue.Remarquez avec quelle facilité et quelle ardeur le Pontiac se conduit dans la circulation de ville\u2014sur la grande route\u2014dans les mauvais chemins! Vous avez là quelque chose de nouveau en fait d\u2019autos à bas prix.Si vous voulez, sultez les propriétaires de nouveaux Pontiac vous en trouverez parmi leur nombre augmente maintenant partout.Enfin, pour Pontiac, votre de vous auto actuel, G M A C Montréal, 5 août 1933 3b&amedii 3 45e année No 10 ABONNEMENT Canada Un an - - - - -Six mois - « - -Trois mois - - - $3-50 2.00 1.00 Etats-Unis Un an - - -Six mois - -Trois mois et Europe -\t- - $5.00 -2.50 -\t- - 125 HEURES DE BUREAU J h.a.m.à 5 h.p.m.Le samedi, 9 h.à midi Tél.: LAncaster 5819 - 6002 J&Sa/medi/ (Fondé en 1889) Le magazine national des Canadiens POIRIER, BESSETTE il CIE, LTEE, Prop.975, rue de Bullion MONTREAL\t-\t-\tCANADA Montréal, 5 août 1933 AVIS AUX ABONNES Les abonnés changeant de localité Bont priés de nous donner un avis de huit Jours, l\u2019empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq Jours avant de les livrer.Entered ot the Post O/fice ot S, Albans.Vt\u201e as second class matter under Act o) March IS79 Tarit d'abnances tournl sur demande Publication de Poirier, Bessette & Cie, limitée Carnet Editorial Le temps qu\u2019il fait ANS un grand observatoire où l\u2019on était familier avec tous les mystères astronomiques, météréologiques, climatologiques et un tas d'autres belles choses en ique, il y avait deux grands et doctes personnages qui n\u2019étaient pas de simples bourriques.Us étaient même très savants et prédisaient aux simples mortels les temps à venir en ce qui concernait le soleil ou bien la pluie, les coups de vent ou le calme plat; ils avaient la même compétence en matière de brouillard, tonnerre et grêlons.A tel point même qu\u2019ils avaient fini par se considérer comme les chefs d\u2019orchestre de la nature.Comme tous les grands génies, ils travaillaient d\u2019inspiration, et s'ils jetaient, de temps à autre, un coup d\u2019oeil sur leurs intruments, ce n\u2019était plus que pour voir si chaque chose était bien à sa place, si les thermomètres n'étaient pas accrochés la tête en bas ou si la grande lunette astronomique avait été passée convenablement à la peau de chamois.Us avaient en effet l\u2019amour-propre de leur métier.Us préparaient chaque jour la prédiction du temps du lendemain pour les journaux et avaient trouvé, pour cette besogne, un procédé aussi rapide qu\u2019ingénieux: ils prenaient une pièce de monnaie, la jetaient en l\u2019air et selon qu\u2019elle retombait pile ou face, ils inscrivaient pluie ou beau temps.A la fin dë l\u2019année, cela représentait une très notable économie de calculs et de papier pour les faire.Le plus beau de la chose, c'est que leurs prédictions étaient plus souvent justifiées par les événements que celles de leurs collègues qui s\u2019en tenaient encore à l'autre méthode, dite scientifique.Un jour, l'un des deux savants fit la grimace et parut très embêté; il dit à son collègue: \u2014- Tu as marqué de la pluie pour dimanche et c\u2019est bien ennuyeux; justement ce jour-là je dois aller en pique-nique! \u2014 Oh! dans ces conditions, répondit l'autre, il y a toujours moyen d\u2019arranger les choses.Et froidement, de sa bonne plume, il raya la pluie et mit du soleil.Eh bien, je crois que les deux savants que je viens de vous présenter ont fait école et qu\u2019ils ont des disciples, non seulement dans le domaine de la météréologie mais dans tous les autres et que c\u2019est fort bien ainsi Il fut un temps, dans l\u2019histoire du monde, où la science d\u2019observation était nécessaire avec des événements qui obéissaient à la logique ou tout au moins à une sorte de loi d\u2019enchaînement.Les saisons se succédaient toujours dans le même ordre, le jour et la nuit alternaient, la douzaine d\u2019oeufs contenait douze oeufs et l\u2019on n\u2019avait pas encore mis les Lamentations de Jérusalem en mesure de fox-trot.Aujourd\u2019hui l'biver et l\u2019été jouent à cache-cache d'un bout de l\u2019année à l'autre, la lumière artificielle et le noctambulisme ont à peu près supprimé la ouït, les douzaines d\u2019oeufs qui contiennent onze oeufs et un poulet ne sont pas introuvables, et le fox-trot devenu vieillot est en passe de céder la place à la danse des cocotiers, laquelle ne se valsera pas mais se grimpera.Les goûts et les couleurs, les sensations et les désirs, les moeurs et les plaisirs, tout cela va.vient, s\u2019agite, se transforme et se déforme, démolit un petit coin de la vie par-ci pour le rebâtir autrement par-là et vouloir, dans ces conditions, prédire de quoi demain sera fait comme événements, serait aussi fou, que de vouloir connaître \u2014 avec certitude \u2014 quelle sera sa température ou sa pression barométrique.Et pourtant, ce ne sont pas les prophètes qui manquent, loin de là! il n\u2019y en a même jamais tant eu.On en trouve à la Bourse pour le cours des actions, dans les agences ou en petit comité pour la situation internationale, dans le club des optimistes et dans celui des pessimites; on n'a pas la peine de les chercher, ils viennent à vous, vous assiègent, vous harcèlent.vous renseignent de force et cèdent la place à d'autres qui disent tout le contraire.Tous ces prophètes amateurs ou professionnels prennent un incident, lui donne une pichenette et selon qu il retombe pile ou face, ils bâtissent là-dessus de la comédie ou du drame.L\u2019un affirme une chose et 1 autre prédit le contraire: de cette façon il y en a toujours un des deux qui a raison.Ce nest certes pas une illusion, tout va de travers aujourd hui sur le globe, à tel point que les crabes doivent avoir la sensation de marcher droit; également ceux qui ont trop fêté la dive bouteille.Autrefois chacun faisait son petit bonhomme de chemin dans la vie sans trop de hâte ni de misère mais généralement il fallait tout de même taper un peu dans la besogne pour assurer sa matérielle; en ces temps lointains il y avait moins d\u2019or qu\u2019au jourd\u2019hui mais on en voyait davantage en circulation.Par contre nous avons d'énormes stocks de marchandises diverses, mangeables ou non et presque tout le monde crève de faim; il y a bien encore quelques travailleurs qui ont l\u2019air de fossiles égarés dans la société mais une notable partie du genre humain passe son temps au petit jeu des bras croisés; ces sont des favorisés qui mangent, boivent, dorment et que des administrations compatissantes payent pour ça .avec l\u2019argent des autres.U ne faut pas s\u2019étonner, dans ces conditions, s\u2019il est difficile d\u2019y voir clair dans les événements futurs, et si mes deux météorologistes ont trou- vé pratique de jouer à pile ou face le temps qu\u2019il fera demain.Au lieu de les laisser dans un observatoire, qu\u2019on les installe sur les hauts sommets de la politique et ils feront d\u2019excellents hommes d\u2019Etat; peut-être même des gouvernants qui laisseront un nom dans l'histoire.Il y a des gens qui prétendent même qu\u2019il y en a déjà un ou deux de ce calibre-là.Ne désespérons cependant pas de la planète, si la boule terrestre est un peu \u201cmaboule\u201d, c\u2019est tout simplement parce qu\u2019elle a un peu de fièvre passagère: ça se traduit fatalement par quelques éruptions, volcans, discours incendiaires et même taloches internationales mais ça passera.Nous sommes dans une période de transition, d\u2019ajustement à des temps nouveaux eux-mêmes préparés par une multitude d\u2019inventions nouvelles; on a fait tant de machines à simplifier la vie qu\u2019il en est résulté une complication extraordinaire des rouages de l\u2019existence.Ce n\u2019est pas du jour au lendemain qu\u2019on peut apprendre à se débrouiller dans tout ça.Il en résulte que ça craque d\u2019un côté, ça se fausse de l\u2019autre, il faut faire des soudures et du polissage continuellement; on se salit les pattes à cet ouvrage-là, et pas mal de gens se les fout pincer dans les engrenages, mais la besogne est commencée et l\u2019implacable loi d\u2019évolution \u2014 ou de progrès si vous aimez mieux \u2014 veut qu\u2019on l\u2019achève; ça viendra.En attendant il y a, comme il y a toujours eu.des malins qui prédisent le temps à venir en jouant à pile ou face et d'autres qui attendent ce temps-là en se croisant les bras . 4 Montréal, 5 août 1933 \\3M ^Nouvelle Canadienne Histoire de tous les jours eur et R / e trouve QPRES une grande semaine de beau temps, en cette fin de mois de mai, les arbres s'étaient subitement verdis d\u2019un menu feuillage tendre.Déjà, dans les jardins de West-mount, les groupes de lilas se balançaient mollement comme des encensoirs qui répandent leurs parfums.Elles avaient poussé à T improviste, en même temps que des milliers de petites fleurs blanches qu\u2019on voyait partout sur les buissons, naguère encore recouverts par une neige traînarde de printemps.Maintenant de tièdes haleines soufflaient dans l\u2019air; la belle saison avait définitivement le dessus.Cet après-midi-là, Yvette étren-nait sa robe rose de crêpe, à dessins variés, et dont les manches bouffantes et les volants circulaires ondulaient au moindre souffle.Par LêonceJ Zalloni Elle était coiffée d\u2019un large chapeau de toile, à la mode du jour, qui lui allait très bien.Mais la petite n\u2019avait nullement besoin de se faire belle; la nature prévoyait pour elle; l\u2019exquise fraîcheur de ses vingt ans suffisait pour lui attirer tous les regards.Aujourd'hui, ainsi habillée avec un extrême bon goût, elle était à croquer.Sa mère avait paru un peu étonnée de la voir se mettre en frais de toilette un jeudi: d\u2019ordinaire, ce jour-là, Yvette n\u2019allait voir que sa petite soeur, au couvent, et son unique souci consistait à la distraire.Et puis, elle était sortie beaucoup trop à l\u2019avance.Cependant on ne lui avait fait remarquer ni ceci ni cela.Ne vaut-il pas mieux, dans certaines circonstances, se garder de poser des questions embarrassantes à une jeune fille sérieuse, ou du moins, très sage.D\u2019ailleurs, rien de plus légitime, parfois, qu\u2019une folle envie d\u2019exhiber une robe neuve; mais il ne sert de rien de faire avouer cette faiblesse.Yvette avait d\u2019abord suivi, sur une assez longue distance, la tue qui de coutume la conduisait au pensionnat; mais à un détour elle prit une direction tout à fait opposée; alors, accélérant le pas, elle monta, légère et comme soulevée par la brise, la Côte-des-Neiges jusqu'au pied du Mont-Royal.A l\u2019ombre, nouvelle et encore incertaine des grands érables, elle s\u2019arrêta un moment pour s\u2019orienter et consulter sa petite montre en or qui brillait à son poignet.Puis, prenant le plus court, elle se mit à gravir la montagne, d\u2019un air résolu.Que diable venait-elle faire là.à une heure de l\u2019après-midi?A ce moment de la journée les promeneurs sont rares dans les bois.Maigre chance pour que personne vit sa robe neuve.Pourtant, pourtant.elle savait que, là-haut, dans un coin pittoresque, un jeune peintre qu elle connaissait se rendait tous les jours à certaines heures.Il y peignait les sites admirables de ces lieux pour compléter sa collection de paysages, déjà célèbre.Ce jeune peintre \u2014 faut-il le dire \u2014 Yvette l\u2019aimait éperdument dans le plus profond de son coeur.Et ce qui est certainement mieux, elle avait toutes les raisons de croire qu'elle en était aimée.Jusqu'ici, elle ne l\u2019avait rencontré que chez des amis, dans des réunions plus ou moins nombreuses, très peu propices aux confidences.Elle eût voulu le voir seul et, ces derniers temps, elle en recherchait l\u2019occasion avec insistance, car il devait bientôt partir pour un long voyage à travers les Rocheuses.Aujourd\u2019hui, c\u2019était décidé .comme par hasard, elle passerait par là .oh! elle ne resterait pas longtemps .Quelques mots d\u2019échanges, quelques sourires .mon Dieu! que savait-elle encore.Elle verrait.C\u2019était un peu osé, ce qu\u2019elle allait faire, mais après tout, cette innocente rencontre aurait pu très bien avoir lieu sans préméditation aucune.La provoquer n\u2019est pas un mal; tout au plus une imprudence, en cas de maladresse.Et sur ce point Yvette ne craignait rien; elle se savait fort habile \u201cà faire paraître les choses naturelles.\u201d Pourvu qu\u2019elle ne fût pas intimidée, comme toujours, devant ce beau grand garçon.Quand elle lui parlait, elle disait \u201cMonsieur Beauchesne\u201d tandis que les autres demoiselles, qui le connaissaient depuis moins longtemps, l\u2019appelaient plus familièrement \u201cMonsieur Adélard\u201d ou \u201cAdélard\u201d, tout court, ainsi qu\u2019il est d'usage.Yvette était déjà arrivée à mi-hauteur, lorsqu\u2019elle quitta le chemin et descendit, en sautillant, un talus de gazon.Elle venait d\u2019apercevoir des violettes sauvages, les premières de la saison.Délicatement elle les cueillit une à une, par leur base, avec leurs feuilles, et en fit un bouquet qu\u2019elle piqua à sa poitrine, juste à la bonne place, par un geste inconscient et naturel.Comme elle allait remonter, elle s\u2019arrêta brusquement et pâlit.Oht que voyait-elle?(Suite à la page 38} Montréal, 5 août 1933 &8amedL 5 L A-BAS, loin, très loin, là où les montagnes de Norwègc se dessinent en bleu sur le ciel, où les pics, les pitons et les dents étincellent et brûlent avec d\u2019étranges couleurs violettes la grande aigle avait son aire dans une anfractuo- sité de roc abrupt et sauvage.Des ravines revêtues de sapins, où des torrents bruissaient, y grimpaient comme des sillons de plus en plus étroits.Quand, à la pointe du jour, planant sur ses ailes puissantes plus haut que ne montent les regards humains, l\u2019aigle épiait et cherchait sa proie, elle distinguait sans effort jusqu\u2019au mulot des prés trottant sous les herbes.Et, tout à coup, le petit chevreau fou de plaisir, qui jouait, dansait et réalisait le joli tour de force de se tenir en équilibre sur l\u2019arête d\u2019un rocher, faisait dans l\u2019air pur une ascension autrement périlleuse.Et le lièvre, qui se frottait encore les yeux et n\u2019avait pas commencé sa toilette du matin, était mis subitement à même de contempler le monde d'un point de vue si élevé que les flèches des églises de sept communes se brouillaient éperdument sous ses yeux.Les autres jours de chasse, l\u2019aigle traversait des centaines de lieues, au-dessus des plateaux, des landes grises et moussues, des rocs farouches et des noirs abîmes.Et les montagnes lointaines bleuissaient derrière les montagnes, toujours vers l'ouest, jusqu\u2019à l\u2019orageuse mer de glace.Chaque ligne de montagnes indiquait un royaume dont la grande aigle, au cours des ans, avait fait sa progéniture reine ou roi.Et malheur à l\u2019intrus qui osait se hasarder sur ce terrain de chasse! Plus d\u2019une fois la grande aigle, elle-même, avait dû soutenir un combat contre un prince exilé de sa propre famille.Combat terrible! Les plumes volaient et tombaient comme des flocons de neige, mais d\u2019une neige sanglante, jusqu\u2019à ce qu\u2019un des deux adversaires s\u2019abattit sur le sol, presque inanimé.Il y avait du sang d\u2019aigle sur les rocs de ces frontières.A Un matin, après une chasse de cent lieues au-dessus des landes rocheuses, l'aigle revenait vers son petit avec un renne nouveau-né dans les serres.Quand elle s\u2019approcha de son nid, elle battit violemment des ailes: son cri sauvage retentit, multiplié par les échos des gorges montagneuses.Les fortes branches dont elle avait fait la base de son aire avaient été brisées.Le nid avait été pillé, dévasté; et son aiglon, qui Z/1 :*¦/ r'.: : : .pM mê: V\" Pwmi ***»*»*» V ^ LA GRANDE AIGLE déjà commençait à voler, son aiglon dont le bec et les serres s\u2019aiguisaient sur une proie tous les jours plus grande, son aiglon avait été pris! L\u2019aigle s'éleva bien haut, si haut que l\u2019écho de ses cris ne troubla plus l\u2019immense solitude.Tout à coup, deux chasseurs qui débouchaient d'un bois, entendirent au-dessus de leur tête un bruissement et un sifflement.L'un d\u2019eux portait sur son dos, dans un panier d\u2019osier, un aiglon captif.Et, pendant que les deux hommes poursuivaient la longue route qui descendait vers les fermes de la vallée, l\u2019aigle, toujours planant, ne les quittait pas du regard.A travers les déchirures bleues des nuages, son œil perçant observa qu\u2019à l\u2019arrivée des chasseurs dans Par Henri JHartinj r=5&jE la cour de la ferme petits et grands se pressèrent autour du panier.Du matin jusqu'au soir l\u2019aigle resta là.les ailes toutes grandes.Lorsque vint le crépuscule, elle se laissa tomber vers le toit de la maison, et, dans la nuit obscure, les gens de la ferme perçurent autour d\u2019eux un étrange cri rauque.Dès la pointe du jour, lorsque à peine le soleil commençait à dorer les nuages de l\u2019orient, elle planait encore, les yeux toujours fixés sur le même point.Elle vit devant la porte les fils du paysan tailler à coups de hache des lattes de bois.Un cercle d\u2019enfants les regardait.Plus tard, dans la matinée, ils apportèrent une cage dans la cour et, à travers les barreaux de cette cage, elle distingua nettement son petit qui, sans trêve ni répit, battant des ailes et s\u2019escrimant du bec.s\u2019évertuait à fuir.La cage fut laissée au milieu de la cour, et personne ne se montra plus.Le soleil montait dans !a chaleur du matin et, par delà les nuages, l'aigle ramait de ses grandes ailes, mais elle ne cessait d\u2019observer chaque mouvement de son aiglon, qui, la tête tendue, dressait son bec recourbé et sifflait de rage, tandis que ses griffes s accrochaient désespérées aux barreaux de sa prison.(Suite à la page 36 ) 6 3fo&ameài Montréal, 5 août 1933 If * f*0'\ta \u2022''fi \u2022 \u2022\t* fj* t?W# ' te- I k \u2022» i itrsm MONSIEUR PIERRE [I L s\u2019appelait Monsieur i® Pierre, tout court.On -af ne lui connaissait pas d\u2019autre nom.Nul ne s\u2019en étonnait, du reste, car on le respectait et on 1 aimait pour sa bonne figure d\u2019aïeul, grave et douce.On se disait qu\u2019il devait y avoir eu quelque grosse peine dans sa vie.U habitait, tout seul, une unique cbambrette, où personne d'autre que lui ne pénétrait.Il ne sortait Par guère que la nuit, aux heures d\u2019ombre, comme si la lumière du jour l\u2019effrayait.\u2014 Quelque ancien criminel! disaient les mauvaises langues.\u2014 Ou quelque fou! Mais ceux qui le connaissaient se sentaient conquis tout de suite par sa bonté.On assurait qu\u2019il distribuait en secret de larges aumônes à ceux qu'il voyait souffrir autour de lui.Cet homme, si simple d\u2019apparence, était donc riche! Certainement, il avait dû vivre autrefois de la vie du monde, tant ses manières étaient distinguées et son langage correct.Le hasard nous rapprocha.Etudiant, je me trouvais habiter justement tout à côté de lui.En nous rencontrant, nous échangions quel- ques mots de politesse, et je lui dis un jour, je ne sais plus à propos de quoi, que j\u2019étais originaire de St-Rémy, dans les Vosges.En entendant prononcer ce nom, il parut troublé.Son front se creusa d\u2019un pli soucieux.Depuis ce jour il ne me parlait qu\u2019avec émotion.Or.un soir d\u2019été, comme nous étions ensemble à causer et que je lui parlais de mon pays, de la grande joie que j aurais d\u2019y retourner aux vancances, d'aller tirer des chevreuils avec quelques camaardes d\u2019enfance, je vis le vieillard, tout à coup, changer d'expression, pâlir, et, la bouche tremblante, les yeux hagards, me crier: \u2014 Ne chasse pas, petit, ne chasse pas! Mais moi, dans l'enthousiasme de mes vingt ans, je me mis au contraire à célébrer ce plaisir des dieux, l\u2019exercice le plus salutaire qu'il y eût pour la jeunesse.A Saint-Remy.mon pays natal, le gibier abondait.\u2014 Insensé! Insensé répétait-il, en fixant sur moi un regard presque suppliant.Et, comme je riais, m\u2019amusant de son effroi: \u2014 Ecoute, petit, me dit-il, une histoire que je vais te dire, une histoire de là-bas, de ton pays.II \u2014 Moi aussi j\u2019ai chassé beaucoup.autrefois.Mais j\u2019ai été témoin.près de Saint-Remy justement.d\u2019un accident si épouvantable.que je me suis juré de ne plus toucher jamais à un fusil.Il y a de cela quarante ans.J'ai tenu parole.\u2014 As-tu entendu parler, conti-nua-t-il, du marquis de Rieux?\u2014 Oui.répondis-je.Je me souviens.en effet.C\u2019est une histoire bien ancienne et dont on parle, dans le pays, comme d\u2019une légende.On raconte qu\u2019il a été tué à la chasse.\u2014 Précisément.Et ce n\u2019est pas une légende.M.de Rieux était propriétaire du château de Villemont, à quelques milles de Saint-Remy.\u2014 C'est cela.Un château qui est en ruines aujourd\u2019hui, sous les clématites blanches et les herbes folles.\u2014 Le marquis était le plus accueillant des hôtes.Pendant la période de chasses, sa demeure réunissait une compagnie aussi élégante qu'aimable et devenait un lieu de fêtes, célèbres dans toute la contrée.Sa fille, Diane, une créature exquise, aussi jolie que bonne, faisait les honneurs.(Suite à la page 36) i Montréal, 5 août 1933 &> Samedi 7 L oi oiseau s envoie L paiP Jearu ]S/LauclereS> QE feuillet tremblait aux doigts de Madeleine.__________ La jeune institutrice, réfugiée dans sa chambre, s\u2019efforçait de soutenir le coup qui la frappait.Cette aggravation subite de la maladie de son père, dont l\u2019avisait la petite soeur demeurée au foyer, la bouleversait profondément.Au chagrin de savoir son père plus souffrant se mêlait le regret de quitter une famille où chacun s\u2019était montré affectueux pour elle, surtout la mignonne fillette dont l\u2019éducation lui était confiée.Car Madeleine allait, dès ce soir, répondre à l'appel des siens, et courir où la portait son coeur.Elle se rendit auprès de Mme de Civry, la mère de son élève.Celle-ci s\u2019épouvanta de la voir si troublée.\u2014 Mon enfant! que vous arrive-t-il?\u2014 Lisez, Madame, répondit la jeune fille d\u2019une voix brisée, en tendant le billet désolé que la châtelaine parcourut du regard.\u2014 Il faut au plus tôt rejoindre votre père.Vos soins lui rendront la santé.Votre présence déjà lui sera un bienfait.Notre coeur sera avec vous, n\u2019en doutez pas.\u2014 Je vous remercie, Madame.Peut-être pourrais-je prendre le rapide de 5 heures à son passage à Tours?\u2014 Certainement.Je vais donner les ordres au chauffeur.Et prenez courage: ce ne doit pas être si grave.Votre papa rétabli vous nous reviendrez.Simone vous attendra avec impatience.Madeleine remercia encore, les larmes aux yeux.Elle promit: \u2014 Je reviendrai dès que je le pourrai.Comptez sur moi, Madame.Dans la salle d\u2019études, Simone soupirait sur un problème.Entre deux baisers, Madeleine lui annonça son départ; puis, ayant essuyé les larmes que cette nouvelle fit verser à l\u2019enfant, la jeune fille, en hâte, se dirigea vers sa chambre: elle n'avait pas trop de temps pour préparer sa malle.Mais, au détour d\u2019un couloir, elle se heurta à Pierre de Civry.Le frère de Simone était un beau garçon de vingt-cinq ans, qui n\u2019avait pu rester insensible aux qualités élevées possédées par la jeune institutrice et que révélait à toute occasion le plus délicieux des sourires.Au vrai, Pierre éprouvait à la fois un profond respect et une ardente sympathie pour la blonde commensale installée au château et dont la présence, insensiblement, lui était devenue la plus chère habitude.Mais.elle avait pleuré! Il s\u2019inquiéta: \u2014 Qu\u2019est-il arrivé, Mademoiselle?.Si ma mère.ou moi.pouvions quelque chose pour vous?\u2014 Rien, hélas! J\u2019ai reçu de mauvaises nouvelles.Mon père est malade, je retourne auprès de lui.\u2014 Oh! vous partez?Son accent faiblissait.La jeune fille leva sur lui son clair regard: \u2014 Sans doute.Ma présence est nécessaire dans ma famille.Mme de Civry veut bien me faire conduire à Tours, afin que j\u2019arrive à temps pour prendre le rapide.Pierre n\u2019écoutait plus.Dans son esprit s imprimait l\u2019image du désert aride et morne que deviendrait sa vie.s\u2019il devait perdre celle dont il rêvait de faire la reine de son foyer chrétien.Mais elle reviendrait peut-être, et ce serait pour ne plus s'éloigner.II demanda, frémissant, douloureux: \u2014 Nous nous reverrons?\u2014 Si Dieu guérit mon malade, dit Madeleine.Quoi qu\u2019il doive en être, je n\u2019ai plus qu\u2019un but, maintenant: prendre ma part de l'épreuve qui frappe les miens.l\u2019al- léger autant qu\u2019il me sera possible.Elle fit un pas et Pierre chancela.Il avait l\u2019impression qu\u2019elle lui échappait, comme un oiseau s'envole, et qu\u2019ils étaient séparés par tout un monde déjà.Cependant, il l'estimait davantage de tout quitter pour courir au chevet du malade.Fébrile, le jeune homme s approcha, et, assourdissant sa voix: \u2014 Ecoutez-moi une minute, un instant seulement.Je ne vois plus la vie sans vous! Pardonnez la brusquerie de mon aveu: mais je ne puis vous laisser partir ainsi.Au-torisez-moi à me présenter à vos parents, quand vous nous aurez envoyé des nouvelles rassurantes.Elle écoutait, pétrifiée, le feu aux tempes, les mains glacées, l\u2019aveu d\u2019une tendresse que jamais elle n\u2019avait soupçonnée et dont la révélation l\u2019écrasait de stupeur.(Suite à la page 39) 8 &&ameài Montréal, 5 août 1933 LA MDRT /) ^L« 1h niP'iï'Æ E grand diable de chien roux, à coup sûr.n\u2019était point beau.La nature ne s\u2019était pas complue à lui prodiguer les dons de la grâce.Haut sur pattes, de poil rude, il n'eût pas fait le caprice d\u2019une mondaine; mais il suffisait de lui accorder un regard pour deviner tout ce qu\u2019il y avait de douceur et de fidélité sous cette enveloppe grossière, et quand il fixait sur vous ses yeux mélancoliqes d\u2019enfant, il n\u2019était pas possible de résister à leur muet appel.On aimait le chien roux comme un ami souvent éprouvé.Son maître, un berger des plaines blondes de la Beauce.1 avait appelé Flambeau, parce eu en effet, au soleil couchant, sous sa fauve toison, le grand chien semblait flamber au loin comme une torche vivante.Ils s\u2019aimaient.Tout en gardant leurs moutons, l\u2019homme et le chien, silencieux, se parlaient un langage mystérieux, expressif, d\u2019âme à âme en vérité.Tandis qu\u2019à quelques pas de là, le troupeau, en bon ordre, quêtait la pâture quotidienne, François Leber et Flambeau regardaient le soleil rouge mourir dans le jour glauque, et le manteau du soir s\u2019étendre sur la plaine pour les couvrir à leur tour d\u2019ombre et de paix sereine.François Leber était si profondément attaché à Flambeau qu\u2019il l\u2019emmena avec lui à la guerre, quand il reçut, comme les autres, son ordre d\u2019appel.Flambeau devint rapidement k plus populaire des \u201cpoilus\u201d de la compagnie.Il fut, dans la tranchée, k gardien vigilant de son maître; il éventa plus d\u2019une ruse de l\u2019ennemi.Blessé au cours d\u2019une offensive, Leber fut évacué à l\u2019arrière.U retrouva 1e fidèle Flambeau dans la cour de l\u2019hôpital.Ce sont là des souvenirs qui ne s\u2019effacent pas.La paix revenue.1e berger retourna dans la plaine avec son chien Rien n\u2019était changé- seul, peut-être, k troupeau s\u2019était amoindri.L\u2019affection pour 1e chien roux était devenue de la passion.Aussi, quand il fut chargé de conduire à la Villette ses brebis les meilleures, décida-t-il d\u2019emmener son cher compagnon.Le voyage s\u2019effectua sans incidents.Les moutons livrés à l\u2019acheteur, François descendit dans la ville avec 1e chien.L\u2019homme connaissait peu la capitale.Il s\u2019égara sur des artères où la circulation atteint 1e maximum d\u2019intensité.Il fut saisi dans un tourbillon, poussé sur un trottoir.Quand il se retrouva à l\u2019abri de la foule, il siffla son chien, il siffla longtemps.Ce fut en vain, Flambeau avait disparu.Chercher l\u2019animal dans la vague humaine qui déferlait sans cesse eût été pure folie.Il essaya pourtant, arrêta des passants, leur demanda, avec des larmes dans la voix, s\u2019ils n\u2019avaient pas, par hasard, rencontré de chien roux.Et son émotion était si sincère et si touchante que nul ne songeait à rire en l'écoutant parler.Le soir, après quatre heures de recherches vaines, il ne put se résigner à partir.Il loua pour la nuit un cabinet modeste dans un hôtel plus modeste encore, décidé à reprendre dès l\u2019aurore du lendemain, ses investigations patientes.De son côté, affolé, complètement étourdi par l\u2019obsédant brouhaha de la rue.Flambeau essayait de retrouver la piste de son maître.Il n\u2019y réussit pas.Quand la nuit fut venue, il ne put supporter l\u2019éclat brutal des phares, le scintillement des devantures; aveuglé par cette profusion de lumière artificielle, il se heurta vingt foir aux passants pressés, essuyant plus de rebuffades en une heure qu\u2019il n\u2019en avait connu au cours de toute sa vie.Il faillit passer sous des voitures, eut une patte écrasée, puis, épuisé, mourant de fatigue et de faim, il échoua sous un banc, là-haut, du côté de Montmartre.Deux jours s'écoulèrent ainsi.Le pauvre chien, repoussé de partout \u2014 il était si laid \u2014 promenait par la ville sa peine silencieuse, vivant de rien, ne regardant rien .rien que la Beauce blonde à travers le prisme de son rêve.Le troisième jour, tandis qu\u2019il s\u2019étirait péniblement pour reprendre son douloureux calvaire, il fut brutalement empoigné, muselé, jeté dans une voiture basse et grillagée, avec d\u2019autres chiens qui ne semblaient pas moins misérables que lui.\u2014 Que me veut-on?pensa 1e chien perdu.Peut-être cherchait-il encore la solution de ce problème, quand k véhicule roula avec un grand bruit sourd sous une porte cochère.Une cour.Une cour sombre, des hommes aux gestes durs, des relents de gaz.C\u2019était 1e tombeau des chiens sans maître; la fourrière! Durant quelques jours, cloîtré dans une cage exiguë, 1e chien roux reçut une pitance chichement mesurée.Il la trouva néanmoins surabondante.L\u2019appétit n\u2019était pas revenu: il avait trop de chagrin.Il commençait à désespérer de son sort quand il vit, en face de sa case, s\u2019arrêter un petit groupe.Il comprit que sa destinée allait s\u2019accomplir: il se fit tout petit, il se montra caressant.Un homme se détacha, passa autour de son cou un collier de cuir fauve et l\u2019entraîna vers la rue.Le coeur du chien roux s\u2019épanouit.Peut-être allait-on k conduire à son maître?Il lécha la main de son guide, et sa queue frétilla de plaisir, comme jadis, quand d\u2019un claquement sec de la langue.François Leber 1e rappelait à lui Pauvre chien trop confiant! Vingt minutes plus tard, introduit dans une vaste laboratoire, on l'enfermait de nouveau.Il passa là quelques heures d\u2019angoisse et d\u2019incertitude.La liberté tardait à venir.Son bon maître l'avait-il oublié?Vers 1e milieu de l\u2019après-midi, on s\u2019empara de lui pour la troisième fois.Il fut amené dans une salle où traînaient d\u2019indéfinissables odeurs .Des hommes sévères et graves l\u2019accueillirent sans un geste d\u2019encouragement.Il comprit qu\u2019il n\u2019en avait pas fini avec les tribulations.Il essaya de se soustraire par la fuite à la menace cachée sous 1e masque impassible des inconnus.Saisi et ligoté étroitement sur une claie, incapable de remuer, il devint, soudain, l'objet d\u2019une attention singulière.Maintenant, 1e plus âgé des hommes pérorait.s Ses doigts fuselés manipulaient d\u2019étranges instruments, des lames fraîchement aiguisées dont l\u2019acier, soùs la coupole, brillait comme des miroirs au soleil.Le discours, poncif et grandiloquent dura peu.La main du savant décrivit une courbe gracieuse et s abattit sur le chien éperdu dont l\u2019échine frissonna.Le scalpel venait de lui fendre la peau.La chair, pantelante, apparut.Flambeau poussa un hurlement de douleur et promena son regard suppliant sur l\u2019aréopage que cette scène d\u2019horreur ne semblait pas émouvoir.Il ne rencontra que visages fermés, immuablement indifférents.II posa son oeil clair sur k pâle vieillard, dont la main ferme poursuivait l\u2019abominable tâche.Le chien pensa: \u2014 Qu'ai-je fait pour que ces hommes s'acharnent ainsi sur moi?Pourquoi me font-iLs du mal?.Je ne demandais pourtant qu\u2019à les aimer .Une douleur plus violente que les autres lui fit clore ses grands yeux.Il lui sembla que quelque chose venait de l\u2019atteindre aux sources même de la vie.Il poussa un grand cri et perdit connaissance.?Quand il revint à la vie.le chien roux avait réintégré sa logette.II (Suite à la page 19) Montréal, 5 août 1933 3b Samedi 9 >?FZL&\\\\ Mréw.^ J A droite et fumant ta pipe, le roi fugitif Charles Stuart cause avec le gros Sally, l'aventurier et le sommelier Pope V .v-LiMmÎÏM 81 :-vV\\vî 3KH m mm ËÊSÊâ ¦ Wîtët*' mïmm ïmmrnm SÉfl ft?4SE total WM ïS-IÏ \u2022 Si- ¦Vi.\u2019^l>)ni il ,:.H1 ;jni ^ i§m 1 Vit il'Ü/'ii1 f- XS5?§ filWi \u2022 5 S»!î8! i M !!»ii,;«ijiiiiréir,u fclillBi a-Sâ, LE ROMAN D\u2019UN ROI Chronique Historique Tar LOUIS ROLAND «\"Bs*''**?\"» 5UREUX comme un roi! Cette locution n\u2019est pas toujours vraie, bien des têtes couronnées et découronnées l'ont prouvé.Charles II d\u2019Angleterre fut du nombre, et la partie de sa vie qui suivit immédiatement la bataille de Worcester est un vrai roman dont les chapitres sont plutôt dramatiques.Après l\u2019exécution de son père, Charles 1er, il s\u2019était réfugié en Ecosse où il fut proclamé roi par ses partisans.Cromwell mit fin à ce rêve de souveraineté en 1651, par la bataille de Worcester et Charles II, qui n\u2019avait encore que vingt et un ans, dut s\u2019en remettre à l\u2019avenir pour la reprise de son rang.Pour Je moment il n\u2019y avait qu\u2019à s en- fuir et à se mettre à l\u2019abri des soldats de Cromwell qui auraient certes fait bon marché de sa vie.Le voilà donc en fuite, au galop de son cheval, accompagné de quelques rares amis, et méditant avec amertume sur la fragilité des choses d\u2019ici-bas.Charles II, ou plutôt pour l\u2019heure présente, Charles Stuart, était un prince quelque peu frivole qui voyait surtout dans la royauté la possibilité des plaisirs sans limites, mais il avait aussi ses qualités, et l\u2019une d\u2019elles était certainement le courage.Toutefois ce courage ne lui servait à rien dans les circonstances présentes.Pourtant à lord Wilmot, comte de Rochester qui le pressait de trouver un asile sûr au plus vite, il répondit: \u2014 Je vais en effet m\u2019en trouver un, et vous viendrez m\u2019y rejoindre dans cinq jours.Je serai à Londres .\u2014 Mais c'est impossible! \u2014 Ce sera certainement ainsi; les soldats de Cromwell me chercheront dans tout le pays mais il ne leur viendra jamais à l\u2019idée de me chercher au coeur même de la cité.J\u2019ai encore des amis là-bas, et je pourrai peut-être organiser un soulèvement populaire.\u2014 C est un hardi dessein, reprit lord Wilmot, mais vous serez pris avant d y arriver; c\u2019est dans l'ombre que vous devez préparer votre revanche Charles Stuart réfléchit et reconnut la justesse de ces paroles.Un gentilhomme nommé Charles Gif-fard s\u2019offrit alors à conduire le prince dans un abri sûr, dit la maison de Boscobel.La nuit entière se passa encore à voyager à cheval et, le matin de bonne heure on arriva à White-Ladies, ancien monastère où le prince put prendre enfin un peu de repos avant de poursuivre sa route.(Suite à la page 34J 10 &8amedl Montréal, 5 août 1933 L\u2019ACTUALITÉ A QUÉBEC Inauguration du Musée Provincial et du 'Jardin Zoologique 1! -i i' nl-tT-TT \u2022fit'* \u2022 \u2022.æNasgs wiï£S& jm -'4* B g B B Le nouveau musée provincial, situé à Québec, sur les Plaines d\u2019Abraham, vient d\u2019être ouvert au public qui peut le visiter tous les jours de la semaine, de une à six heures de l\u2019après-midi.L\u2019édifice lui-même est une imposante construction de pierre grise, qui s\u2019harmonise admirablement bien avec les environs.Le musee domine la scène du dernier combat entre Wolfe et Montcalm, à une centaine de verges de l\u2019endroit où le vainqueur rendit le dernier sou-pi*.L\u2019intérieur, disposé de façon artistique, est décoré avec un goût exquis.C\u2019est un cadre digne des rares trésors qu\u2019il renferme.longueur et trente-six pieds de hauteur a été construite et l\u2019on est à aménager des étangs pour les oiseaux aquatiques.Pour compléter le rôle éducationnel de ce jardin zoologique, les organisateurs ont décidé d\u2019y aménager un arboretum, où seront représentées toutes les variétés d\u2019arbres canadiens susceptibles d\u2019y croître.Un étiquetage précis permettra de distinguer les différentes sortes d\u2019arbres.-o- ALLEMAGNE Les duels d\u2019étudiants sont autorisés Monsieur Kcrri.commissaire du Reich au ministère prussien de la Justice, a donné do nouvelles directives aux parquets relativement à la question des duels d étudiants.Sa circulaire indique que le plaisir pris à ces duels émane d\u2019un esprit combatif qu\u2019il convient d\u2019encourager et non d\u2019entraver dans la jeunesse universitaire.Les duels trempent le courage, exigent de la maîtrise de soi et renforcent la volonté.A une époque qui exige que l\u2019éducation de la jeunesse se fasse dans l\u2019esprit des aptitudes au combat, l\u2019Etat n\u2019a pas intérêt à empêcher les duels d\u2019étudiants .Le commissaire prie donc les parquets de s\u2019abstenir de poursuites en cas de duel d\u2019étudiants, à condition que les mesures de sécurité habituelles soient observées.(Berliner Tageblatt) fourrure, où 1 on avait sous observation tous les animaux que I on élève déjà sur une base commerciale.et un grand nombre d autres qu\u2019il serait intéressant de pouvoir élever avec profit.En greffant leur projet suc cette ferme, les organisateurs du jardin zoologique se sont trouvés en possession d'une importante collection d\u2019animaux, et ils s\u2019emploient activement à compléter cette collection de maniéré à posséder des spécimens de tous les animaux sauvages vivant au Canada.Le travail d'aménagement du terrain en vue de situer autant que possible chaque animal dans son habitat naturel avance rapidement.A côté des animaux, le jardin zoologique de Québec possédera également une collection d oiseaux.Une volière mesurant cent pieds de Parmi les nombreuses choses intéressantes que renferme le musée, mentionnons une importante collection de monnaies du régime français; des cartes marines et géographiques, quelques-unes curieusement intéressantes parce qu\u2019elles représentent les premiers essais des cartographes à délimiter les contours du nouveau continent américain; des vieux manuscrits, y compris le texte original de la capitulation de Québec; des exemples des premières sculptures exécutées dans la Nouvelle-France; des tableaux de différents peintres canadiens; une collection complète de la flore et de la faune de la province, et en outre plusieurs espèces exotiques.Le jardin zoologique Le Musée provincial de Québec qui vient d'être inauguré et ouvert au public.Reconstitution d'un village canadien du XI llle siècle.Photo prise l\u2019an dernier au Jardin Zoologique de Québec.provincial, situé à Saint-Pierre-de-Charlesbourg, près Québec, dont notre confrère, La Revue Populaire, fut le premier à donner des photos l\u2019année dernière, pendant la construction des divers édifices et pavillons de ce musée.Le jardin zoologique occupe un site admirable, au pied des premiers contreforts des Laurentides.Ses différentes bâtisses, édifice de l\u2019administration, logements du personnel, abris des animaux, s\u2019inspirent d\u2019une architecture purement canadienne et sont groupées de manière à reconstituer un petit village cana-dien-français d\u2019autrefois.L\u2019ensemble présente un très joli coup d'oeil.En même temps que ce musée fut inauguré le jardin zoologique Il existait à cet endroit une ferme expérimentale des animaux à -\u20141\t-: -\u2014.t \t' Le pavillon d administration du Jardin Zoologique de Québec, un bel exemple de l architecture domestique canadienne sous le régime français. Montreal, 5 août 1933 Se&amfdL il NOTRE NOUVEAU FEUILLETON: 5Feuilleton da \u201cSamedi\u201d Le Secret d\u2019une Tombe Par EMILE RICHEBOURG No 2\t(Suite) RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS A la veille de livrer le combat suprême, le marquis de Mimosa, un des principaux chefs carlistes, confie sa petite fille Thérèse à son fidèle serviteur Pedro.Celui-ci porte l'enfant en France et le remet à une jeune femme, Mme Marguerite, qui vit seule avec sa petite Louise.L\u2019Espagnol lui donna en même temps vingt mille francs et le testament du marquis.Une nuit.Pierre Forestier, le mari de Mme Marguerite qu\u2019elle avait dû quitter à cause de ses mauvais traitements, veut obtenir de force l'argent remis par Pedro.Mais l\u2019arrivée soudaine du curé Ancelin fait fuir le misérable.Ve Dr VMarceau va mettre en lieu sûr l\u2019argent et le testament.Pendant un moment d'absence de Mme Marguerite, la petite Louise est enlevée.IV Instinctivement il jeta les yeux sur le berceau et vit les deux petites filles, qui n\u2019étaient pas encore réveillées.Alors, se tournant vers la jeune femme: \u2014 Qu\u2019avez-vous, Marguerite, que vous est-il donc arrivé?demanda-t-il.Ayant peine à retenir ses larmes, elle répondit: \u2014 Mon mari a déco in ert, je ne sais comment, que je m\u2019étais réfugiée à Salvignac.\u2014 Ah! Et alors?\u2014 Hier soir il est venu ici.\u2014 Quoi, il a été assez audacieux.\u2014 B a toutes les audaces, monsieur le docteur.\u2014 Que s\u2019est-il passé entre vous?\u2014 Une scène épouvantable; le malheureux m\u2019aurait étranglée sd, venant me faire une visite, M.le curé de Salvignac n\u2019était pas intervenu.\u2014Mais alors, ma pauvre enfant, vous n\u2019êtes plus en sûreté dans cette maison isolée.\u2014 M.l\u2019abbé Ancelin l\u2019a menacé du maire et des gendar- Publié en vertu d\u2019un traité avec la Société des Gens de Lettres.Commencé dans le numéro du 29 juillet 1933.mes; il doit avoir maintenant quitté le pays.\u2014 Il fallait le faire arrêter sur l\u2019heure.\u2014 Hélas! il est le père de mon enfant! \u2014 Oui.je comprends.Pauvre femme, pauvre mère! \u2014 Ah ! je suis bien malheureuse ! \u2014 Je vous plains de tout mon cœur, Marguerite.\u2014 Si je n\u2019avais pas ma fille et cette autre innocente qui m'a été confiée.\u2014 Que feriez-vous?\u2014 Je me tuerais, monsieur le docteur.\u2014 Marguerite, dit gravement M.Villareeau, une pareille idée est indigne de vous ; il y a dans la vie de doulourreuses épreuves à subir, il faut avoir la force et le courage de les supporter.Les orages passent et le calane relient.Mais vous pouvez à peine vous tenir sur vos j ambes; asseyez-vous, mon enfant.Tous deux s\u2019assirent, et, reprenant La parole: \u2014 A quel propos cette scène a-t-elle éclaté entre vous ?demanda M.Villareeau.\u2014 Je vais vous le dire, monsieur le docteur.Et la jeune femme raconta très exactement ce qui s\u2019était passé entre elle et son mari.Le docteur l\u2019écouta attentivement.Il apprenait en même temps qu\u2019une somme de vingt mille francs avait été remise à Marguerite pour élever l\u2019enfant qu\u2019on confiait à ses soins et qu\u2019elle avait reçu un dépôt des papiers très importants.\u2014 Tout cela est fort grave, dit-il, quand la jeune femme eut achevé en pleurant son récit; votre mari est un homme des plus dangereux et je crains bien qu\u2019il n\u2019ait pas renoncé à s\u2019emparer des billets de banque et des papiers.\u2014 C\u2019est aussi ma frayeur, monsieur le docteur.Oh! je ne crains rien pour moi ; mais je sens que les vingt mille francs et les papiers ne sont pas en sûreté ici.\u2014 Oui, fit M.Villareeau, qui réfléchissait.\u2014 Mon bon docteur, reprit la jeune femme avec hésitation, si j\u2019osais.\u2014 Dites.\u2014 Je vous demanderais d\u2019emporter avec vous ces papiers et oet argent dont je n\u2019ai pas besoin, quant à présent.\u2014 Ma chère enfant, j\u2019allais vous faire cette proposition.\u2014 Oh ! que vous êtes bon ! Je vais être délivrée de toutes mes terreurs, je pourrai dormir tranquille.Marguerite alla prendre les deux enveloppes et les remit à M.Villareeau.Sur l\u2019enveloppe cachetée de cire rouge, le docteur lut: \u201cA ouvrir en l\u2019année 1886.\u201d \u2014 Marguerite, dit-il, le moment est venu, ces papiers vous seront remis.\u2014 Non, monsieur le docteur, répondit-ele vivement, c\u2019est vous qui en prendrez connaissance, et alors je ferai ce que vous me conseillerez.\u2014 C\u2019est bien, nous avons tout le temps de reparler de cela.M.Villareeau compta les billets de banque.\u2014 Oui, dit-il, il y a bien vingt mille francs dont je vais vous donner un reçu.\u2014 Un reçu! Oh! monsieur le docteur! protesta la jeune femme.\u2014 Si, si, il le faut, c\u2019est nécessaire.Le docteur se fit donner du papier, une plume, de l\u2019encre et écrivit le reçu que Marguerite glissa dans le tiroir de la commode.\u2014 De retour à Paris, reprie-il, je convertirai ces vingt mille francs en un titre de rente sur l\u2019état.Vous aurez ainsi, Marguerite, un revenu annuel d\u2019un millier de francs, et ce sera infiniment plus sage que de prendre chaque année une somme plus ou moins forte sur le capital.\u2014 Tout ce que vous ferez sera bien fait, répondit la jeune femme.M.Villareeau consulta sa montre.\u2014 Le temps passe vite, fit-il, il me faut prendre congé de vous, ma chère enfant.N\u2019oubliez pas, Marguerite, dit-il en sortant, que je suis à votre disposition; donnez-moi de vos nouvelles de temps à autre et espérons qu\u2019il ne vous arrivera pas de nouveaux malheurs.Les enfants venaient de se réveiller.La jeune mère leur donna des jouets pour s\u2019amuser dans le berceau pendant qu'elle préparait leur déjeuner.Cela fait, elle les leva.Thérèse mangea de bon appétit; mais Louise ne voulut boire qu\u2019un peu d\u2019eau rougie.Elle n\u2019avait pas sa vivacité habituelle; elle était pâlotte, avait les yeux battus, les mains brûlantes.C'était un peu de fièvre; la mère s\u2019inquiéta.Mais Louise s\u2019étant mise à jouer avec Thérèse, faisant entendre de petits éclats de rire, Marguerite se sentit rassurée.\u2014 C\u2019est la frayeur qu\u2019elle a eue hier, pensa-t-elle, ce ne sera rien.Elle se remit à ses reprises de dentelle.Le travail pouvait être facilement achevé pour midi.Elle prierait une femme, dont la demeure n\u2019était pas beaucoup éloignée de la sienne, de venir garder les enfants pendant qu\u2019elle irait reporter la dentelle au château de Génoude, à deux kilomètres de la ville.C\u2019était al- $&&amedi 12 1er et retour, une lieue et demie qu\u2019elle aurait à faire.L\u2019ouvrage terminé, Marguerite s\u2019occupa du repas de midi.Comme le matin, Louise ne mangea pas.Ses petits membres étaient toujours brûlants de fièvre, et des gouttes de sueur perlaient à son front; elle était extrêmement affaiblie et sa tête languissante reposait sur le sein de sa mère, qui la tenait sur ses genoux.Elle finit par s\u2019endormir d\u2019un profond et lourd sommeil.Marguerite la coucha dans le berceau sans la déshabiller.\u2014 Peut-être va-t-elle dormir ainsi pendant plusieurs heures, se dit-elle.Elle renonça à faire venir la voisine.Louise dormait et n\u2019avait pas besoin d\u2019être gardée; elle se rendrait au château avec Thérèse.Cette décision prise, elle s\u2019assura que la porte de derrière était bien close, elle ferma les volets, enveloppa la riche pièce de dentelle dans un foulard de soie, mit deux baisers siur le front de sa fille, prit Thérèse sur son bras et partit après avoir fermé la porte à deux tours de clef.Mais elle s\u2018en allait tranquille; elle ne craignait plus qu\u2019on lui dérobât es vingt mille francs et les précieux papiers de la petite Espagnole.Il pouvait être trois heures lorsqu\u2019elle revint.La petite Thérèse paraissait très heureuse de la promenade qu\u2019elle venait de faire; elle tenait sa mère adoptive par le cou, et avait des cris de plaisir, quand ce n\u2019était pas un petit rire argentin qui éclatait entre ses lèvres.A peine Marguerite eut-elle ouvert sa porte et franchi le seuil qu\u2019elle poussa un grand cri rauque.Elle avait vu tout de suite le berceau renversé et vide de sa literie.Elle n\u2019avait vu que cela, son premier regard ayant été pour sa fille.D\u2019un bond elle s\u2019élança vers le berceau, en criant: \u2014 Louise, Louise! \u2014 L\u2019enfant ne répondit pas.\u2014 Mais où est-elle, mon Dieu, où est-elle donc ?s\u2019écria Marguerite.Miller\u2019s Worm Powders déracineront le mal diabolique qui pèse bî lourdement sur les enfants et qne.l\u2019on croit causer tant de fatalités.C\u2019est un remède ai> cepté par les enfants et l\u2019on peut complètement s\u2019y fier pour nettoyer les intestins complètement de ces parasites destructeurs et restaurer à la santé les surfaces enflammées et douloureuses.C est un excellent remède pour ce* maux.Elle alissa glisser Thérèse sur le parquet et courut ouvrir les volets qui empêchaient le jour de pénétrer dans la chambre.Alors elle put voir l\u2019affreux désordre au milieu duquel elle se trouvait.Les tiroirs de la commode avaient été ouverts et fôuiliés> ; le lit avec ses draps et sa couverture enlevés, les matelas étaient retournés; le linge avait été jeté pêle-mêle de tous las côtés.Sans se rendre encore exactement compte de ce qui s\u2019était passé chez elle, la pauvre mère éperdue, folle, cherchait sa fille sous cet amas de lingerie, d\u2019effets, d\u2019habillements qu\u2019elle remuait, jetait, éparpillait, complétant ainsi le désordre sans en avoir conscience.Et, toujours, d\u2019une voix étranglée, sanglotant, elle appelait sa fille.Thérèse pleurait, blottie derrière le berceau vide.Enfin, Marguerite complût que c\u2019était en vain qu\u2019elle cherchait et appelait sa fille.D fallait se rendre à l'évidence, Louise n\u2019était plus dans la maison, Louise avait disparu.Elle se mit à pousser des cris déchirants auxquels répondirent les cris de la petite Thérèse.En proie au plus violent désespoir, la malheureuse se tordait convulsivement les bras.Hélas! si grand que fût le trouble de son cerveau, elle comprenait.Forestier, le mari infâme, lui avait pris, volé son enfant.Une lâche et ignoble vengeance ! Accroupie au milieu de la chambre, tenant sa tête dans ses mains crispées, la malheureuse Marguerite était comme écrasée.Des spasmes violents soulevaient sa poitrine toujours pleine de sanglots.Elle resta ainsi plus d\u2019une heure dans un état de torpeur effrayant, n\u2019ayant plus ni volonté, ni pensée.Il fallut les caresses de la petite Thérèse, qui vint se pendre à son cou, poux la ranimer, la rappeler au sentiment de la réalité et lui faire reprendre possession d\u2019elle-même.Alors elle sentit qu\u2019elle avait eu tort de s\u2019abandonner à son désespoir au lieu d\u2019agir.En effet, n\u2019aurait-eüe pas dû songer tout de suite à faire arrêter le ravisseur?Elle avait laissé s\u2019écouler un temps prédeux; était-il encore temps de se lancer à la poursuite du misérable! Elle prit Thérèse dans ses bras et, affolée, s\u2019élança hors de la maison.Elle courait, allant droit devant elle, ne sachant point où elle dirigeait ses pas.Elle ne pensait pas que c\u2019était chez le maire qu\u2019elle devait aller.Aux personnes qu\u2019elle rencontrait elle demandait s\u2019ils avaient vu sa fille emportée par une homme.On ne comprenait pas ce qu\u2019elle voulait dire; on la prenait pour une pauvre femme atteinte d\u2019aliénation mentale.Enfin on lui dit, que deux heures auparavant, un inconnu, portant un enfant enveloppé dans une couverture, avait été vu à la gare, quelques minutes avant le passage du train.\u2014C\u2019est lui, le misérable, c\u2019est lui ! s'écria Marguerite.C\u2019était lui, en effet; maisde mateur Myrriam Dubreuil Vous pouvez avoir une santé solide, une bell* poitrine, être grasse, rétablir vos nerfs, enrichir votre sang avec le Réformateur Myrriam Dubrevü, approuvé par des sommités médicales.Les chairs se raffermissent et se tonifient, la poitrine prend une forme parfaite sou* l\u2019action bienfaisante du Réformateur, Il mérite la plus entière confiance, car il est 1* résultat de longues études consciencieuses.L* REFORMATEUR MYRRIAM DUBREUIL est un tonique reconstituant et possédant 1* propriété de raffermir et de développer la poitrine en même temps que sous son action s* comblent les creux des épaules.Seul produit véritablement sérieux, bienfaisant pour la santé général.Le Réformateur est très boa pour les personnes maigres et nerveuses.Convenant aussi bien à la jeune qu\u2019à la femme.Engraissera rapidement les personnes maigres GRATIS.Envoyez 5c en timbre» et nous vous enverrons Gratis notre brochure illustrée d* 32 payes, avec échantillon Myrriam Dubreuil.Notre Réformateur est également efficace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d\u2019épuisement nerveux, quel que soit leur ago.Correspondance strictement Confidentielle.Les jours de bureau sont : Jeudi et Samedi, de 2 hrs à 5 hrs p.oa.Mme MYRRIAM DUBREUIL Botte Postale 2 3 53 \u2014 Dipt 1 5920, rue Durocher, près Bernard Montréal, Canada.Ne Souffrez Plus I Le Traitement Médical F.GUY C est le meilleur remède connu contre toute* les maladies féminines, des miniers de femmes ont grâce à lui, victorieusement combat, iu les déplacements.Inflammations, période» douloureuses, douleurs dans la tète, les reins ou les aines, etc.Envoyez S cents en timbre et nous vous enverrons GRATIS une brochure illustrée de irrntr-devx papes avec échantillon du Traite, ment Médical F- dtp.Consultation: Jeudi et Samedi, de 3 heures 5 5 heures p.si Boite Postale 2353 \u2014 Dépt 1 Mme MYRRIAM DUBREUIL 5920, rue Durocher, près Bernard Montréal, Canada. & Samedi 28 le regard lointain.Et l\u2019envie lui venait de dire: \u201cJe suis là, voyons! Rendez-vous compte que j\u2019existe.\u201d La danse achevée, on joua au billard et au bridge on prit le thé et, sans que le temps eût paru long, on atteignit l\u2019heure du dîner.Denis, ce soir-là, se montra gai convive et d\u2019une loquacité qui ne lui était pas habituelle.Visiblement, on l\u2019approuvait fort, d\u2019aborder cette manière nouvelle, de s\u2019adapter à l\u2019ambiance de joyeuse santé et d\u2019inaltérable bonne humeur qui habitait le château de Gayat.Le lendemain, le soleil éclaira rai ciel lavé, net et propre comme une faïence neuve.Dès sept heures, les cinq jeunes gens se retrouvaient au garage.Ils partirent pour aller visiter la grotte des Mille-Gouttes, ensuite ils abordèrent l\u2019ascension du Capucin, ce rocher étrange qui affecte la forme grossière d\u2019un homme affublé du capuchon des baigneurs en traitement.Vraiment, Denis se transformait! Il devenait presque attentif auprès de Mlle Andréaut dont il s\u2019était constitué subitement, presque le chevalier servant.En s\u2019arrêtant sur le bord du chemin pour contempler la val-fée, il découvrit un églantier sur lequel croissait une fleur, une seule, mais rose et fraîche comme un baiser.Ele était accrochée au rocher et difficilement accessible; Il se laissa distancer de quelques mètres par ses camarades et, au risque de se rompre les os, il atteignit le rosier sauvage dont il cueillit l\u2019églantine.Il remonta tout heureux, rejoignit le groupe.Sans paraître attacher d\u2019importance à son geste, il offrit la fleur à Jacqueline.\u2014 Tenez mademoiselle.Elle accepta ce don léger sans chercher à dissimuler sa stupeur.Correcte, elle dit, mais sans sourire: \u2014 Je vous remercie vraiment, monsieur.Il fut déçu qu\u2019elle ne l\u2019eût pas remercié avec effusion, qu\u2019elle ne lui eût témoigné aucun gré d\u2019avoir risqué pour elle de se blesser.Alors, il se piqua au jeu.Mal heu reusement, l\u2019atti tude indifférente de la jeune fille ne se modifia en rien.Il en éprouva quelque dépit, mais ne se découragea point.Décidément,, Jacqueline ne ressemblait pas aux autre® femmes! Ils déjeunèrent au Mont-Doré et rentrèrent au château pour l\u2019heure du thé, affamés par leur course.Dès la fin du goûter, Denis proposa : \u2014 Si on faisait une partie de tennis?Jusqu'alors, depuis son arrivée à Ardes, il avait toujours trouvé un prétexte pour ne point pratiquer ce sport qu\u2019il adorait.Il aurait eu pour partenaire ou pour adversaire la jeune fille, objet de sa méfiance,; et cela, il ne le Voulait point.Mais, une par une et sans qu\u2019il le sût.ses préventions s\u2019étaient évanouies et maintenant il souhaitait presque de devenir le camarade de Jacqueline.\u2014 Ça va! dit Robert, formez vos camps.J\u2019arbitrerai.\u2014 Non, protesta l\u2019étudiante, tu pourras jouer.Je me sens un peu fatigué# de ma journée.Je ne tiens pas du tout à manier la raquette aujourd\u2019hui.Elle S\u2019éloigna.Tout l\u2019entrain de Denis tomba.Il n\u2019eut plus envie de jouer au tennis! Cependant, il fallait bien qu\u2019il allât sur le court puisqu\u2019il avait proposé la partie.Il joua mollement, se fit battre, et rentra d\u2019assez mauvaise humeur.Il prit un bain, se rasa, s\u2019habilla et se regarda dans la glace avec complaisance.C\u2019était la première fois que cette faiblesse lui arrivait depuis la lettre de rupture de Jane Lepage, Il estima que depuis quelque temps sa mine était devenue meilleure et qu\u2019il avait engraissé.Il redescendît, tout content, et rejoignit ses camarades près du portique.Jacqueline se retrouvait parmi eux et il fut heureux de sa présence.\u2014 Ah ! te voilà, enfin ! s\u2019exclama Robert en lâchant les anneaux.Nous t\u2019attendions pour faire un concours de tir à l\u2019arc.\u2014 Je suis votre homme, dit-il avec entrain.Ce jour-là, Denis prit plaisir à regarder Jacqueline s\u2019exercer.Mince, en son costume de flanelle blanche, on la devinait nerveuse et musclée sous sa gracilité.Bien d\u2019aplomb, les reins cambrés, elle lâchait d\u2019un geste souple la corde tendue et sous la mousse blonde de ses cheveux elle avait l\u2019air d\u2019un adorable petit archer issu d\u2019un joli conte.Mauger se sentait très ému en contemplant la jeune fille.\u201cJ\u2019ai agi vis-à-vis d\u2019elle comme un rustre.Elle ne mérite pas cela.Maintenant que je m\u2019en rends compte, je regrette de m\u2019être conduit ainsi auprès d\u2019elle.\u201d Denis reprenait réellement goût à la vie! Durant les jours qui suivirent, il s\u2019efforça par des soins incessants de s\u2019introduire dans les bonnes grâces de la jeune fille.Mais ses actions ne semblaient pas monter d\u2019un point! Jacqueline ne paraissait nullement impressionnée par ses attentions trop tardives.Par un s-oir délicieux de fraîcheur, après une journée brûlante, tous les hôtes du château s\u2019étaient dispersés.Les parents des jeunes gens s\u2019étaient installés dans le parc, sur des haises longues.Robert et son cousin étaient restés avec Denis sur le large perron qui accédait directement au salon où André et Jacqueline s\u2019apprêtaient à jouer.Bientôt, effectivement, le chant large du violon s\u2019éleva.La Sé-vrienne jouait un air tchèque et la prière nerveuse, ardente, de cette musique, trouvait son écho dans le cœur de Denis bouleversé.La silhouette féminine apparaissait par la porte large ouverte, toute baignée de rose par la lumière des lampes en pâte de verre.En la regardant, Denis eut subitement, tant il était triste et heureux à la fois, envie de pleurer.Lorsqu\u2019il se retrouva seul dans sa chambre, la vision de la jeune fille l\u2019obséda.Il se rendait compte à cette minute que la présence de Jacqueline formait la part essentielle de sa joie.Il savait bien que désormais il ne pourrait plus vivre loin d\u2019elle sans souffrir.Il était évident, bien évident, qu\u2019il aimait Jacqueline! Et\u2014chose stupéfiante!\u2014il ne songeait plus a se révolter contre ce mal délicieux qui grandissait en lui ! Voilà! Il l\u2019aimait! Dire qu\u2019il avait pu croire que son cœur était mort! Qu\u2019il aurait soutenu que jamais plus il ne serait ému par la présence d\u2019une femme! Fou qu\u2019il avait été, pauvre fou! Il l\u2019aimait ! Il lui restait maintenant à la conquérir.Cela n\u2019apparaissait pas précisément aisé.Sur cela il ne nourrissait pas d\u2019illusions.Mais Jacqueline resterait à Ardes jusqu\u2019en fin septembre et cela faisait encore deux longs Montréal, 5 août 193 5 mois.D\u2019ici là il se serait produit des changement® en elle.Denis de cela ne doutait pas.Il était amoureux et savait que l\u2019Amour, comme la Foi, soulève les montagnes! VII Chaque jour qui passait ajoutait à l\u2019ivresse heureuse de Denis.Son cœur fondait lorsqu\u2019il pensait à Mlle Andréaut.Il retrouvait pour elle la ferveur adorante qu\u2019il avait éprouvée pour Jane Lepage.Il faisait des rêves! La vie serait splendide .et douce auprès d\u2019Elle! * * % Caroline apporta une lettre.\u2014 Y a pas beaucoup de courrier ce matin.Y a rien que ceci pour monsieur Robert.\u2014 Donnez.Merci.Tiens, des nouvelles de Jacques et Alice!.Chic! ils viennent ! Ah ! mes enfants, comme on va pouvoir s\u2019amuser ! Les quatre cousins accueillirent la nouvelle avec un plaisir évident.Le colon expliqua: \u2014 Il s\u2019agit des deux Signard que tu as dû voir à la maison, Denis.Des boute-en-train tous les deux! Mauger se souvint vaguement, La perspective de ces nouvelles présences l\u2019ennuyait.On était si bien tous les cinq! \u2014 Jacques a été l\u2019élève de mon père à l\u2019Ecole des Beaux-Arts, expliqua Michel.Mais il a quitté l\u2019architecture pour le journalisme.Un type, ce garçon! Il est, à trente ans, spécialiste du grand reportage.Il est pilote d\u2019avion, coureur cycliste, conducteur d\u2019auto de course, motocycliste, champion de natation.Pour les besoins de sa documentation il a été successivement plongeur dans un restaurant, dompteur dans une ménagerie, camelot sur les boulevards, précepteur d'un fils de roi, vendeur dans un grand magasin, conférencier, coiffeur pour dames, auteur dramatique, poète et détective.Jacques Signard représente l\u2019homme-p rotée et l\u2019homme-bulide.Quant à sa sœur, elle lui sert de secrétaire et le suit volontiers dans les aventures les plu^ périlleuses.\u201cVoilà les deux personnages.\u201cAjoutez à cela qu\u2019ils ont toujours le sourire, sont perpétuellement de bonne humeur, et ont le cœur sur la main! (A suivre) Montréal, 5 août 1933 Tj &$nmedt 29 m Le Capitaine Jolicoeur de la Police Montée EPISODE NUMERO 138 1\u2014Un jour que le Capitaine passait dans une région déserte, il entendit an coup de revolver suivi d\u2019un cri de douleur.WÊl 4-\u2014Le Capitaine portait tonjonrs avec lui les médicaments d'urgence.Grâce â des soins immédiats, le blessé reprit bientôt connaissance.a&cgi 7\u2014Le Capitaine examina les alentours et il crnt distinguer des traces snr la berge de l'antre côté de la rivière.L\u2019eau était peu profonde.vtSSe ïW®} 10\u2014Mais tont à conp, il se trouva devant une caverne qui s\u2019enfonçait sous terre.Au moyen de sa torche électrique, il vit des traces fraîches.(La suite de 2\u2014U accourut aussitôt et aperçut dans un chemin creux un voleur qui venait de dévaliser une voiture et qui se sauvait sur un cheval.5\u2014Dès qu'il fut bien installé dans la voiture, le Capitaine partit au galop sur les traces du voleur qui avait déjà une forte avance.^ 8\u2014Le cheval s\u2019avança hardiment dans le courant et bientôt il montait sur un rocher peu élevé.Le Capitaine en fit alors le tour.3ïfT Ip mit'A fm&i Il\u2014Tenant son cheval par la bride, le Capitaine pénétra dans la caverne dont le sol était très humide.Il marcha ainsi quelques instants.intéressante histoire dans LE SAMEDI de la semaine 3\u2014Un homme était étendu sur la route, incon» cient.Son compagnon était penché snr lui et examh nait soigneusement sa blessure./.c-W e 6\u2014L\u2019officier suivit ses pistes mais il se trouva bientôt au bord d\u2019une petite rivière.Le fugitif avait dû la traverser.es.^ 9\u201411 avait maintenant perdu la trace de celui qu\u2019il poursuivait.Il se demandait comment il pourrait continuer ses recherches.12\u2014Puis le sol se relevait peu à pen.Le Capitaine découvrit alors au fond d\u2019une profonde coulée quelques habitations apparemment désertes.'\u201c'Ha - \"S \"N prochaine.) Sk Samedi/ Montréal, 5 août 1933 LES AVENTURES DE JEAN EPISODE NUMERO 24 - - in, il:.;':.1\u2014Après avoir mis le feu à la forêt pour éloigner les Indiens, les trois enfants coururent à la rivière où »e trouvait le canot de Fleur-des-Bois.Le-Renard et Fleur-des-Bois s\u2019embarquèrent aussitôt.mm ¦mm j 2\u2014La petite Indienne et son compagnon retournaient au campement pendant que Jean allait rejoindre son père.Jean fit de nouveau ses adieux à se9 deux amis car il croyait ne jamais les revoir.f Mm mm > i 3\u2014Il demeura quelques in-iants sur le rocher pour regarder le canot s\u2019éloigner rapidement.Il songeait qu il serait bien heureux si les Indiens voulaient faire la paix.mm sr\"W m, I' ssslz 4\u2014Le chasseur et ses compagnons voyaient la flamme qui dévorait les arbres.Les sauvages étaient partis mais Jean ne revenait pas.Avait-il été fait prisonnier par les Indiens.Wm wm.Sÿ'V 5\u2014Tout à coup, ils le virent venir à eux en courant.Quelle joie pour le père et quelle fierté aussi de voir que son fils était si courageux! Jean croyait avoir éloigné enfin les Indiens.s* \u2022 if*fy 6\u2014Les compagnons du chasseur reçurent Jean avec enthousiasme.Ils le félicitèrent de sa ruse qui avait si bien réussi.Mais il fallait se hâter de quitter le territoire où rôdaient des sauvages.JTVT-Jiî ? M &8cmtdl Montreal, 5 août 1983 LE ROMAN D\u2019UN ROI (Suite delà page 9) Pour se préparer au nouveau rôle qu\u2019il lui fallait jouer, on lui coupa les cheveux, on lui barbouilla les mains et le visage puis, à la place de son élégant costume de cavalier on lui fit endosser un grossier habit de paysan.Ce déguisement amusa fort le prince et, grâce,à la légèreté de son caractère, il oublia pendant quelques instants qu\u2019il venait de perdre un royaume et que sa tête était mise à prix.Comme il achevait un modeste repas, son guide et compagnon, le gentilhomme Giffard lui présenta cinq robustes paysans, les frères Penderell qui devaient lui servir d\u2019escorte pour le protéger en cas de besoin.Comme on se mettait en route à pied, on signala les soldats de Cromwell dans le voisinage.Charles Stuart ne s\u2019émut pas pour cela, il continua gaillardement sa route, à peu près certain de ne pouvoir être reconnu et, de fait il passa auprès de ceux qui le cherchaient et ne se doutèrent pas que ce paysan sale et mal habillé était le prince fugitif.On campa, ce soir-là, en plein bois sous une pluie battante, et Charles Stuart, habitué à la vie luxueuse dans les châteaux, dût se contenter d\u2019une misérable couverture étendue à terre à l\u2019abri d'un arbre.De bon matin on quitta cet endroit peu confortable, et l\u2019on voulut traverser la rivière Severn pour ce rendre en pays de Galles.On passa près d\u2019un moulin dont le propriétaire les interpella vivement en leur demandant qui ils étaient.\u2014 Nous sommes, répondit un des frères Penderell.des voisins qui rentrent chez eux.Nullement convaincu, le meunier appela à l\u2019aide en jurant qu\u2019il allait faire assommer ces voyageurs dont la tête ne lui revenait pas du toutfl.Le prince et ses compagnons ne jugèrent pas prudent d\u2019insister et ils se sauvèrent à toutes jambes.Un peu plus loin ils traversèrent la rivière à la nage et Lun des frères Penderell faillit se noyer.Cette fuite dura une semaine entière; la petite troupe couchait dans les bois et parfois dans des granges abandonnées: enfin on arrive à Moseley chez un nommé Whitgra-ve qui est resté fidèle à Charles Stuart et prépare avec lui un plan d\u2019évasion; on se rendra à Bristol et là on frétera un navire qui conduira le prince en France.Pendant que l\u2019on discutait, une compagnie de cavalerie de Cromwell arrive et manifeste 1 intention de fouiller la maison de M.Whit-grave; ils se retirent pourtant sans mettre leur projet à exécution, et le prince est encore sauf cette fois-ci.Pour la vingtième fois on se remet en route, côtoyant le danger d\u2019être reconnu et pris à tout instant; chemin faisant, le cheval du prince perd un de ses fers et il faut s\u2019arrêter chez un forgeron.Ce dernier est un farouche partisan de Cromwell et Charles Stuart a tôt fait de s\u2019en rendre compte dans sa conversation avec lui.\u2014 Les Ecossais, dit-il, se sont bien battus à Worcester, mais ce sont tout de même des coquins, et Charles Stuart est le pire coquin de tous; j\u2019espère bien qu\u2019il sera vite pris et pendu.Ce n'était pas un langage très rassurant, mais heureusement Bristol n'était plus très loin et ce serait le salut définitif.Hélas une autre déception attendait encore les fugitifs: il n\u2019y avait dans le port aucun navire qui pût conduire le pnnee en France et la surveillance était extraordinairement rigoureuse.On se rendit alors chez un ami, M.Norton, pour attendre des jours meilleurs Charles Stuart se cacha soigneusement dans cette maison et on le fit passer pour un domestique malade.Pendant quelques jours tout alla bien; le prince, fatigué, fut content d\u2019avoir du repos mais ensuite l\u2019impatience le prit et le rendit imprudent.Un matin il sortit de la chambre où on le confinait et, comme il avait très faim, il descendit aux cuisines.Il y trouva de gais compagnons attablés et buvant du vin qu\u2019une accorte servante leur servait.Il y avait là trois hommes qui causaient bruyamment; l\u2019un était un grand garçon à la tournure massive mais dont les gestes et manières révélaient le soldat; c\u2019était un nommé Saddy.Le deuxième, aux cheveux longs et à la barbe inculte, était un aventurier prêt à servir l\u2019un ou l'autre parti selon le prix qu\u2019on y mettait et les trahissant tous deux à l\u2019occasion; le troisième était le plus calme, il s\u2019occupait surtout à boire, sans doute pour justifier ses fonctions, car c\u2019était Pope le sommelier de la maison.De son côté, la servante était fort occupée à remplir les verres qui étaient souvent vidés.Le roi fugitif s\u2019approcha de La table et demanda aux joyeux compagnons la permission de s\u2019assoir près d\u2019eux; après quoi il pria la servante de lui apporter à manger.La conversation fut bientôt générale entre les quatre hommes qui, au bout de dix minutes causèrent comme des amis de longue date.On parla naturellement des événements du jour, et surtout de la bataille de Worcester.\u2014 Vous y étiez?demanda Charles.\u2014 Oui, répondit le gros Saddy, et j'ai vu le fameux Cromwell comme je vous vois.Un rude homme! .il s\u2019est avancé presque tout seul devant le fort royal et a sommé le commandant de se rendre mais on lui a répondu par des boulets.\u2014 Si je vous comprends bien, répondit le prince, vous faisiez partie de l\u2019armée de Charles Stuart?Le gros Saddy parut un peu confus, puis avoua qu'il en avait fait partie parce qu\u2019il croyait que le roi serait le plus fort, mais il voyait bien maintenant qu\u2019il s\u2019était trompé.\u2014 Alors vous connaissez sans doute le roi?demanda Charles Stuart.\u2014 Sans doute.J\u2019étais dans le régiment de scs gardes et j\u2019ai été près de lui pendant la bataille de Worcester; je puis vous dire exactement comment il était habillé.\u2014 Vous pourriez donc le reconnaître?demanda encore Charles en allumant tranquillement une pipe.\u2014 Oh.bien sûr! et quelque soit son déguisement! .je ne lui conseille pas de se trouver sur ma route car je lui crierai à la face: vous êtes Charles Stuart aussi vrai que je suis un honnête homme! .\u2014 On m\u2019a dit quelquefois, continua Charles, que je lui ressemblais: est-ce vrai?\u2014 Euh! .oui, il y a peut-être quelque chose, mais je puis affirmer que le roi Charles est au moins deux pouces plus grand que vous.Pendant cette conversation, le sommeiller Pope continuait de boire comme un trou et.aux dernières paroles de Saddy, il eut un petit rire.Quand Charles Stuart fut remonté dans sa chambre, M.Norton vint le trouver et lui affirma qu\u2019il venait de commettre une grave imprudence et qu\u2019il avait été probablement reconnu.\u2014 Par cette brute d'ancien soldat.sans doute?N\u2019ayez pas cette crainte, il est bien trop bête! \u2014 Pas par lui mais par le somme Hier Pope.\u2014 C\u2019est différent.Dans ce cas, pruz-le donc de monter me parler.Comme Norton ne voulait pas et parlait au contraire de fuite immédiate, le prince exigea qu\u2019on lui amenât Pope et il fallut bien en passer par là.L\u2019instant d après le sommellicr se présentait.\u2014 Vous savez qui je suis?lui demanda le prince.Vous savez que je me nomme Charles Stuart, que je suis errant, malheureux et proscrit.Que voulez-vous faire?me trahir ou m\u2019être fidèle.\u2014 Ah, sire! dit le sommelier en baisant la main du royal fugitif, que jamais un verre de vin n\u2019approche de mes lèvres si elles laissent échapper ce secret! Je vous jure que je me ferai tuer avant qu\u2019un de vos ennemis porte la main sur vous! Et le vieil ivrogne était sincère; il garda son secret.Mieux encore, il contribua à dérouter les soupçons s'il y en eut quelques-uns.Quelques jours plus tard, le prince errant arrivait enfin et après mille dangers nouveaux, à Bright-thelmstone, près de Souths m.où un petit navire consentit à l\u2019emmener loin des côtes d'Angleterre.Le 16 octobre il débarquait en France, à Fécamp, à l\u2019abri enfin de tout danger, mais non pas de toute misère, car il n\u2019était pas en très somptueux équipage et n\u2019inspirait guère confiance aux hôteliers.A Rouen l\u2019un d'eux refusa carrément de le recevoir parce qu'il était trop déguenillé, ainsi que ses compagnons, et que l\u2019hôtel ne recevait pas de vagabonds.Enfin, le 30 octobre au soir, le royal fugitif arrivait à Paris, et là ce n\u2019est pas dans un simple hôtel qu\u2019il se rendait, mais au palais du Louvre où Louis XIV lui fit le plus cordial accueil.Neuf ans plus tard il ne s'appelait plus Charles Stuart, mais Charles II; il était de retour en Angleterre et assis sur le trône.Il en profita pour mener la vie dure à ses anciens ennemis et se rattrapper en plaisirs des mauvais jours passés.A tel point même qu'il en arriva à voir le fond de son trésor et qu\u2019il fut très heureux que son royal ami Louis XIV voulut bien lui faire une pension.-o- LA MORT DE FLAMBEAU ( Suite de la page 19 ) Dans un ultime effort, le chien se souleva, lécha la main amie, et retomba sur le marbre.Quelques spasmes détendirent ses nerfs, puis il expira .François Leber se redressa, terrible.Des larmes inondaient son rude visage brûlé par le soleil généreux des étés.- Ah! sauvages! .sauvages! hurla-t-il.Et, pieusement, il emporta le -chien mort dans ses bras. Montréal, 5 août 1933
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