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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 13 août 1938
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1938-08, Collections de BAnQ.

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[" 50e année, No 11 Montréal, 13 août 1938 c o LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS * m ¦ i'V Mji ' *r ** ¦ y t %\u2022 4 S* JW >¦* \"îw .Vf- Dans nos Laurentides Photo C.N.R.\u2022W'iK*»., vous ne voulez pas voir ceci arriver demain MME™ 7£S ÿOS PES$ AU BRIDGE PUIS-JE ME PERMETTRE d'ouvrir la fenêtre un PEU PLUS, MME.DUPONT?^ IL FAIT VRAIMENT rnpnf 1\t\u201cdividuelie au moins sont plei ses deufnrp îl5\u2019 et °n PSUt dormir tranquille* sui aue re * f e!\u2019 CO\u201cmer on dit volontiers, bier ^veCîa dMfitffl d£ f°rCe Peu £adle à faire tio^ounit\"Z V°da ' Cette mirobolante civilisa canon F1p N de poin9 et tolère le coup d.canon.Elle pend le meurtrier d\u2019un seul homme e < 13 août 1938 5 ïp- % >r3Ks \t Mir décore celui qui en fait occire un million.Je me demande ce que les derniers sauvages doivent penser de ça !.Ce qu\u2019ils en pensent ?Ah ! les civilisés s\u2019en fichent comme de l\u2019an quarante, par exemple ! Est-ce qu\u2019on tient compte de l'opinion de gens qui vivent presque tout nus au fond des bois, et s\u2019envoient des flèches empoisonnées en pleine face ?Ce sont des choses qui ne se font pas en pays de civilisation ; les toilettes genre trois-quarts nu sont réservées aux grandes soirées entre gens chics, et les flèches empoisonnées ont fait place aux gaz toxiques opérant sur une bien plus grande échelle.La civilisation a répandu partout les bienfaits de 1 instruction et, en conséquence, élevé le niveau moral des peuples.On dit ça, mais ce n\u2019est peut-être pas bien certain.Il y a des braves gens ne sachant ni lire ni écrire et qui ne sont pas pour cela des sauvages ; d\u2019autres, au contraire, sont très instruits et bougrement canailles.Voilà qui donne pas mal de sinuosités à la ligne théoriquement droite du niveau moral.Enfin, il s\u2019agirait de bien s\u2019entendre et, pour cela, de trouver aux mots sauvagerie et civilisation, des définitions qui brillent par leur absence dans le dictionnaire.Il y a des peuples civilisés qui se conduisent comme des barbares, et des sauvages très paisibles qui vivent sans s'inquiéter du reste du monde.En toute sincérité il ferait meilleur vivre avec les deuxièmes qu'avec les premiers, et ceci tendrait à prouver la supériorité de la sauvagerie sur la civilisation.Vous me direz qu'il y a aussi des cannibales.Eh bien, qu'est-ce que ça prouve ?Ces gens-là ne mangent que ce qu'il y a entre la peau et les os.tandis que tant d'autres gloires du modernisme se mangent les réputations, se tuent les libertés et s empoisonnent l\u2019avenir ! C\u2019est bien autre chose .Alors, me direz-vous, il vaut mieux être sauvage que civilisé ?Encore une fois, s'il y a une différence entre ies deux, précisez en faveur de qui elle est ! Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019un état de choses qui parle par lui-même, mais surtout d\u2019un état d'âme, d\u2019un ensemble de traditions et d\u2019un mode d\u2019existence qui s\u2019impose comme le plus profitable et surtout le meilleur.Or, qui oserait prétendre que le sauvage du fond des bois, qui peut encore grimper aux cocotiers comme un singe, ne se croit pas incomparablement supérieur au pauvre civilisé qui attrape des cors aux pieds dans des chaussures trop étroites, et marche avec une canne parce qu\u2019il a les reins en compote avant l\u2019âge.Une seule chose compte : faisons beaucoup moins de mal et un peu plus de bien et appelons ça de la civilisation ; ensuite nous pourrons la donner en exemple à la sauvagerie.© © © Le sourire des cannibales.Il est plutôt rassurant ; on est certain d'être mangé en douceur par ces gens-là.Un costume de grand apparat aux Nouvelles-Hébrides : il est entièrement fait de toiles résistantes filées par une araignée d'une certaine espèce.Idoles et pierres de sacrifices aux Nouvelles-Hébrides ; les champs de sacrifice, dits de bataille pour les idoles de l'ambition et de l'argent sont encore plus grands en pays civilisé.La \" statue \" en fibres diverses d'un chef aux Nouvelles-Hébrides ; c'est vraiment de l'art qui vaut bien celui de nombreux civilisés. 6 LE SAMEDI L'Actualité à travers lé Mende LA GUERRE AERIENNE Toutes les grandes villes européennes creusent des abris souterrains pour protéger les civils contre les bombardements aériens.\u2014 En quoi consiste le péril aérien ?Un journal français a récemment donné une étude très intéressante sur la transformation des immenses carrières souterraines de Paris en abris contre les bombardements.On a vu aussi par les nouvelles de presse que l\u2019on cherche des masques pour protéger les civils contre les gaz extrêmement toxiques qui seront employés dans la prochaine guerre.Anticipation réjouissante et bien propre à satisfaire les partisans du « progrès » et de la « civilisation ».Il faudrait une bonne dose de naïveté pour s\u2019imaginer que le Canada sera épargné.Puisque notre pays consent à fabriquer des munitions et des avions de guerre, il subira infailliblement les « sanctions » des pays belligérants.Il n\u2019y a aucun doute que le Parlement, dès la déclaration des hostilités, se hâtera de voter l\u2019envoi de troupes ou tout au moins une collaboration en machines de meurtre.En quoi consistera le péril aérien ?Il se présente sous cinq formes principales, très variables comme nocivité : Les projectiles, les bombes explosibles, les bombes incendiaires, les gaz, les microbes.Pour ne pas prolonger le plaisir, tenons-nous-en aux gaz, le plus mal connu des pénis aériens, justement parce que tout le monde croit le connaître.Inutile d\u2019insister sur la classification des gaz selon leurs familles chimiques.Qu\u2019il suffise de dire qu\u2019ils sont maintenant des centaines, venant de la chimie organique ou minérale.Nous les diviserons donc tout simplement en gaz fugaces et gaz persistants.Les gaz fugaces se diffusent énormément et ils sont les plus foudroyants.Les principaux de ces gaz fugaces sont l\u2019acide cyanhydrique et l\u2019oxyde de carbone.Très toxiques, ils ont heureusement tendance à éparpiller leurs molécules.Avec des masques bien construits, on peut assez bien s\u2019en protéger.Mais il n\u2019en est pas de même des gaz persistants.Ces gaz restent pendant des jours et même des semaines à ras de sol ; ils empoisonnent les puits, s'infiltrent dans les caves et constituent ainsi une menace constante.En fait, ils rendent inhabitables les lieux où ils sont répandus.Certains de ces gaz remplacent entièrement l'air, tuent tout être animé, arrêtent les machines à vapeur, les moteurs thermiques.Suprême ra-finement, ces gaz ne tuent pas vite : c\u2019est la mort lente et terriblement douloureuse.En revanche, la plupart des gaz persistants sont difficilement transportables en avion, du moins en quantités considérables.Le premier des gaz utilisés par les Allemands en 1915, le chlore, appartenait à cette catégorie.Ce bref exposé des méthodes employées en temps de guerre contre Par le GIcbe-Trcfîer (Spécial au \u201cSamedi\u201d) les populations civiles ne peut donner qu\u2019une faible idée des horreurs qui se préparent.Alors, que faire ?Pour nous, Canadiens, la seule solution logique, si nous ne voulons pas être empoisonnés rapidement, est de nous tenir à l\u2019écart des querelles européennes.QUE VAUT L'ARMEMENT ALLEMAND ?Pour faire avaler aux démocraties un fort budget de réarmement, les journaux nous ont habitués à surévaluer la force militaire des dictatures et surtout de l'Allemagne.\u2014 Quelques faits, quelques chiffres intéressants.Il est évident que tous les chiffres publiés sur l\u2019armement des différents pays, et surtout des dictatures, ne sont qu\u2019approximatifs.On comprend que les gouvernements ne tiennent pas à divulguer l\u2019état véritable de leur puissance militaire.Cependant, par les services de renseignements, on peut arriver à un aperçu comparatif qui ne manque pas d'intérêt.Le traité de Versailles avait forcé l'Allemagne à cesser le recrutement massif de ses effectifs et même le service militaire obligatoire.Les Allemands n\u2019ont cependant pas mis de temps à jeter au panier le « papier » paraphé par tant et de si importants personnages.La République qu'ils se donnèrent après une période d'anarchie qui suivit l'armistice ne fit qu\u2019accroître le désordre.Mais dès que la situation politique se fut un peu stabilisée, on vit bien que 1 Allemagne tentait de reprendre son ancienne hégémonie militaire.Avec la venue d\u2019Hitler, le réarme- ment fut porté à un très haut degré.Toutefois, même aujourd'hui, l\u2019Allemagne n\u2019est pas si forte que les journaux veulent nous le faire croire.A preuve, le « recul », peut-être stratégique, devant la Tchécoslovaquie.Ce qui manque à l'armée allemande, ce sont les hommes expérimentés.Ses officiers sont surtout des jeunes qui n'ont pas fait la guerre ou qui, de 1914\tJ à 1918.n\u2019occupaient pas des postes importants.L'Allemagne possède aujourd'hui trente-six divisions, plus les sept divisions autrichiennes qu\u2019elle a absorbées.De ces trente-six divisions, trois sont casernées en Prusse orientale.De plus, il faut en maintenir douze sur la frontière française.Ajoutons à cela quatre divisions motorisées dont le personnel n\u2019est pas suffisamment entraîné.L\u2019invasion de l\u2019Autriche a démontré que les chars d\u2019assaut, que tout le matériel roulant, avait besoin d\u2019être soigneusement restauré.L\u2019Allemagne ne peut faire et ne fera pas la guerre tant qu'elle n\u2019aura pas une réserve suffisante de matière première.C'est là le handicap.Et comme, dans une guerre moderne, les métaux de base s'épuisent rapidement, on ne peut croire que l'Allemagne provoque un conflit dans lequel elle a toutes les chances de perdre le peu qu elle a gagné depuis la guerre.On croit savoir que l\u2019Allemagne a actuellement environ 1,600 avions de combat ; alors que la Grande-Bretagne en a 2,280; la France, 1,800; l\u2019Italie, 1,700 et la Tchécoslovaquie, 800.L'ALLEMAGNE FAIT DES ENFANTS Chose étrange, des pays surpeuplés comme l'Allemagne et l'Italie encouragent l'augmentation des naissances.\u2014 Les statistiques du Reich.Depuis la guerre, l\u2019excédent des naissances sur les décès allait sans cesse en diminuant.L\u2019hitlérisme -\u2014 si les statistiques disent vrai \u2014 a facilité les mariages, au point que les naissances ont fortement augmenté depuis 1933.En 1937, il y eut 618,971 mariages comparativement à 609,770 en 1936.L\u2019augmentation des mariages a été constaté surtout à Berlin et dans les provinces du Wurtemburg, de Brême et d'Oldenbourg.Il faut attribuer cette augmentation aux prêts de mariage institués par Hitler.Au cours des quatre dernières années, l'accroissement de la natalité a été considérable : on estime que, de 1934 à 1937, il est né 1,170,000 enfants de plus que si le taux de la natalité s était maintenu au niveau de 1933.\t4 La population de l'Allemagne a atteint.à la fin de 1937, le chiffre de 68,072,000 habitants ; depuis, on y a ajouté les sept millions d\u2019habitants de l'Autriche.\t< On constate le même accroissement de la population en Italie, depuis une dizaine d\u2019années.Maternités, jardins de l\u2019enfance, allocations aux familles nombreuses, impôts sur les célibataires, toutes ces mesures ont favorisé considérablement les mariages.9-m r » é ï s*** .\tV .Ci-dessus, le départ de la course annuelle en canots sur le Saint-Maurice course aujourd'hui connue et suivie dans tout l'est du Canada et des Etats' Unis.Cette course se dispute chaque année aux derniers jours de juillet.(Photo T AVI) Ci-dessous, la nouvelle plage de l'Ile Sainte-Hélène, sur le fleuve St-Laurent.(Photo de la Commission Métropolitaine de Montréal) mrnimmammmm i i T-1\u201c IIUm ÿr*\t* ** t* * 13 août 1938 , ' 4 mm K \" ^ 0KÊk WA y [ Sur la terrasse dans la demi-obscurité, une jeune fille parlait avec une femme déjà mûre./OIVENANCE/ Par F.de Baillchache Le Casino jetait mille feux.Les couples dansaient dans la chaleur de la salle.Sur la terrasse, dans la demi-obscurité, une jeune fille parlait avec une femme déjà mûre : \u2014 Tu ne m'avais jamais dit cela ! ! ! C\u2019est à cause de lui que tu ne t\u2019es pas mariée ?.Si je l'avais su ! Toline de Murols baissa la tête : \u2014 J\u2019étais jeune alors, j'attendais .je l'aimais ! Vous souvenez-vous des longues promenades que nous faisions, ensemble, durant les vacances, chez ma marraine ?Il parlait presque tout le temps, et moi j\u2019écoutais .avec bonheur !.\u2014 Il te faisait des déclarations ?.\u2014 Non.Il parlait de ses projets.Il me disait les sujets de ses romans futurs ; il avait une telle imagination ! Mme Dauger prit la main de sa jeune amie : ,\u2014 Ma pauvre petite ! Il y a bientôt vingt ans et tu trembles encore ! Toline eut un faible sourire : \u2014 Je l\u2019ai aimé .Pour moi, la vie ne pouvait être que lui, Adalbert.Je l\u2019écoutais dérouler ses récits comme une petite fille écoute Peau d'Ane .Mais il ne m'a jamais parlé d'amour.Elle soupira et reprit : __ Line année il n'est pas venu au château ; ma marraine a dit : « ce grand fou d Adalbert est parti pour la Bretagne avec sa petite amie .le succès de son roman lui tourne la tête ! » Je n\u2019ai pas même pleuré.J'ai cru seulement que mon cœur se vidait._____ L\u2019as-tu revu depuis ?demanda Madame Dauger.Tu sais qu\u2019il est ici?Mlle de Murols eut un geste de la main : \u2014\tNon, je ne l\u2019ai pas revu.Maintenant il est célèbre tout-à-fait.La première chose que le portier de l\u2019hôtel m\u2019a dite à mon arrivée, a été : « Mademoiselle va voir Adalbert de Bert.il est ici pour la saison ! » Un groupe approchait prenant des sièges auprès d\u2019elles : \u2014\tNous parlions de notre grand romancier, dit Madame Dauger.Le connaissez-vous ?\u2014\tVous voulez dire Adalbert de Bert ?demanda Monsort.Oui, je le connais.Il a écrit de jolies choses, mais il est fini .Il tire à la ligne et cherche ses sujets dans les Faits-Divers ! \u2014\tJe suis du même avis que Monsort, fit un autre homme.De Bert a perdu son imagination qui était sa grande qualité.Vous souvenez-vous de ses délicieux Contes autour du Cœur et de son roman L\u2019Ame perdue.C\u2019était charmant ! ¦\u2014 Il m\u2019a paru très sombre tout à l'heure, reprit Carrouge.Il aurait des manuscrits refusés.Un silence relatif permit d\u2019entendre le bruit de la mer sur les galets.Un homme, grand, encore jeune, sortit de la salle de jeu : \u2014¦ De Bert ! appela Carrouge.Venez ici, on parle de vous ! L'écrivain s\u2019arrêta, salua, serra des mains.\u2022\u2014 Je crois que vous connaissez mon amie Mlle de Murols ?dit Madame Dauger.\u2014\tToline ?fit involontairement le romancier.La jeune fille rit tout haut : \u2014\tElle-même, mon cher Adalbert ! \u2014 Comme cela me reporte aux temps passés ! dit-il.Un moment plus tard ils causaient tous deux : \u2014\tJe suis perdu, avoua de Bert.J ai des commandes et ne puis les exécuter .je ne trouve plus de sujets.Il toussa pour s\u2019éclaircir la voix et reprit : \u2014\tAh ! je puis bien vous l'avouer, à vous qui avez été la confidente de mes premiers espoirs.Non, ce n\u2019est pas une fatigue momentanée .c\u2019est une source qui a tari, en même temps que celle de mes illusions .Je n\u2019ai plus rien à raconter.J\u2019ai tiré parti de toutes mes notes, de tous mes brouillons .Le lendemain matin, Mlle de Murols envoya une lettre à Adalbert de Bert, et celui-ci accourut à son hôtel, demandant à la voir aussitôt.Dans le salon désert, elle parut.Il se jeta vers elle : ¦\u2014 Toline ! ! ! ce schéma que vous m'avez envoyé .j\u2019avais dix-sept ans quand j'en ai eu l'idée .je l\u2019avais oublié .D'où le connaissez-vous encore ?Ah ! c'est une vie nouvelle que vous me donnez ! \u2014\tJe suis heureuse de vous avoir fait plaisir, Adalbert.Il riait de joie, lui tenant la main : \u2014\tDites ! Toline .d où avez-vous ressorti ce roman?Tous les détails .ce sera un grand succès .Répondez-moi.en avez-vous d\u2019autres encore ?Elle était si émue qu\u2019elle ne pouvait parler et fit « oui » avec la tête.Il eut un cri de joie : \u2014 Vous en avez d\u2019autres ?Ah ! c'est la fontaine de Jouvence ! Lequel ?\u2014 Esprit riche mais cœur pauvre.\u2014 Celui-là ?Oh ! comme c'est loin .Oui, l'histoire de cet homme si doué .Toline .je suis bouleversé .Adalbert se laissa tomber dans un fauteuil.Mlle de Murols essaya de cacher les larmes d'émotion qui embuaient ses yeux : \u2014 Ce sont vos œuvres, dit-elle.Vous me les aviez confiées, je vous les rends.(Suite page 15) 8 LE SAMEDI ÜÜR #**w**w*i lÜ****** ilpi Dans le Mende Sportif CAUSONS LIBREMENT DE LUTTE LIBRE Les journaux de Toronto apprennent aux amateurs de la lutte libre que le lutteur surnommé la Merveille Masquée, reconnu champion mondial à Montréal, Toronto, Boston et quelques autres villes américaines, n excelle pas seulement sur un tapis de lutte.King Kong Cox ou Qui Que Ce Soit manœuvre les pions et les figures sur un jeu d\u2019échecs.D'après le faux champion du monde, l'on ne saurait croire \u2014 qui croit la parole des lutteurs poids lourds ?\u2014 combien les échecs facilitent un athlète pour la concentration de sa pensée.En déplaçant les soldats, continue-t-il, il me semble porter porter un tour de hanche en tête, un ciseau au corps ou une autre prise du genre.Puis, lorsque je réussis à mettre mon adversaire cchec et mat, c est comme si j\u2019obtenais une victoire par écrasement.A entendre parler la trentième Merveille Masquée du monde, on ne saurait trop admirer la confiance qui se dégage de ce lutteur, incognito, pour les spectateurs payants du moins.Quand rencontrera-t-il à Montréal ou à Toronto un gêneur, un lutteur qui refusera de marcher aux ordres, un indiscipliné qui ne voudra pas se laisser tomber ?Un jeune lutteur poids lourd de New-York, gradué de l\u2019Université Fordham, chroniqueur sportif d'un quotidien de la métropole américaine, vient de déclarer, dans l'un de ses articles, que plusieurs lutteurs amateurs des Etats-Unis pourraient battre par double prise de tête un bon nombre de gaillards professionnels, qui luttent, trois ou quatre fois par semaine, à raison d\u2019un salaire fixe, disons $25 ou $100 par semaine.Ce lutteur-journaliste, Norton B.Jackson, n\u2019est pas le seul à penser ainsi.par O/CAR MAJOR alors que le match avait pris fin.On ramassa Zbysko inconscient pour le transporter aux vestiaires, où des médecins lui administrèrent de puissants stimulants pour le remonter Après quelques minutes \u2014 tout le monde en fut surpris \u2014 Zbysko, un bandeau sur la tête, réapparut dans l'arène.Il reprit la lutte de plus belle.Ce dernier effort fut de courte durée.Le polonais s affaissa de nouveau.Dans un état piteux, on dut le transporter à l'hôpital.Bon nombre de femmes, devant ce spectacle qui avait revêtu l'apparence d'une bataille de tigres, perdirent connaissance.On mit tout le blâme sur les larges épaules de Constant le Marin, qui fut copieusement hué par la foule.Après tout, cette dernière avait été des plus satisfaite ; pour une fois, elle en avait eu pour son argent, comme on dit familièrement.Vous croiriez peut-être que Zbysko dut se placer entre les mains de docteurs et de chirurgiens, qui l'auraient immobilisé pendant un mois ou deux ! Non, loin de là ! Le lendemain matin.Zbysko se rendit aux bureaux du promoteur de lutte d\u2019alors, feu Georges Kennedy, à l\u2019ancien Club Athlétique Canadien, rue Ste-Catherine, près de la rue Saint-André.Il y reçut le montant de la bourse promise, soit les deux tiers des recettes, qui furent de $9,000.Vous concluerez avec nous que, pour un athlète de l\u2019envergure de Stanislas Zbysko.ancien champion mondial de la lutte libre, une fracture du crâne prenait alors la proportion d\u2019une égratignure.^ Les partisans de la lutte n'ont, certes, pas oublié Len Hall, à la fois lutteur et docteur, qu\u2019ils ont applaudi plusieurs fois aux séances de l'ancien Arena Mont-Royal.Cette anecdote, au sujet des fonctions chirurgicales de Len Hall, qui lutte présentement en Californie, vaut la peine d'être lue : Au cours de l\u2019un de ses matches, à Los Angeles, Hall blessa grièvement son adversaire à la jambe.Quelques heures plus tard, l\u2019amputation de cette jambe ayant été déclarée nécessaire, ce fut Hall lui-même qui l\u2019exécuta.A n\u2019en pas douter, ce souvenir restera longtemps gravé dans la mémoire de Len Hall.\u2022 Joe Savoldi, qui fait présentement fureur dans les arènes de lutte de la Côte du Pacifique, nous reviendra bientôt, au Forum, avec son coup de savate, le saut chassé, dont il est l\u2019inventeur, si l'on peut dire.On le sait, à un certain moment, Joe, ancien joueur de rugby de renom, assène le coup du saut chassé sur la tête ou le menton de son adversaire.Le secret de sa « prise » inédite et efficace est de savoir attendre le moment opportun pour placer ses pieds sur l'anatomie de ses adversaires.S il manque son coup, il tombe brusquement sur la nuque.Il est étourdi au plancher et l'antagoniste en profite pour coller ses deux épaules au tapis.Qui sait si une talonnade de Savoldi, si le coup de kangourou, le coup de pied au visage n\u2019enlèverait pas le Masque de la Merveille Modernisée ! On parle souvent, de nos jours, de matches sévères de lutte.Auprès de ces rencontres d\u2019autrefois, il y a vingt-cinq ans et plus, beaucoup de luttes qui se disputent de nos jours apparaîtraient alors comme des affaires bien chétives.Nous croyons que le match Stanislas Zbysko contre le belge Constant le Marin, en mai 1913, à l\u2019ancien Arena de Westmount, pourrait nous donner quelques leçons d\u2019humilité.Près de H,000 personnes virent les deux gladiateurs entamer leur féroce explication.Les deux colosses s'empoignaient avec une telle frénésie que les spectateurs demandaient à l\u2019arbitre d'arrêter les événements.Tout à coup, Constant le Marin, qui souffrait alors d\u2019un mal de genoux, souleva Zbysko et le lança sur le bord de la plate-forme.Le gros polonais eut la tête fendue.Malgré cela, dans un sursaut d\u2019énergie, il continua les attaques.L\u2019effort qu\u2019il venait de produire instinctivement peut-être, le projeta de nouveau au carreau.Nous renonçons à raconter en détail ce qui suivit, tant l\u2019avantage changea de camp si souvent.Constant le Marin et Zbysko n'étaient plus reconnaissables.Un étranger survenu à ce moment aurait pu facilement les prendre pour des automates couverts de sang des pieds à la tête.On se demandait évidemment comment ces deux lutteurs tenaient debout \u2014 ce qui était déjà un miracle \u2014 mais aussi, comment Zbysko parvenait à bouger, ce qui tenait du prodige.Toutefois, le courage, l\u2019endurance et la force connaissent des limites.Tout a une fin.En raison de le perte de sang, Stanislas s\u2019écroula au parquet.Les spectatuers crurent Notre gravure montre Bruce Campbell, voltigeur des Indiens de Cleveland, qui a réussi à voler le troisième but, après maintes difficultés.Comme on le voit, Campbell dut exécuter sa glissade, tête première, pour atteindre sain et sauf le troisième coussin, vaillamment défendu par le joueur d'intérieur du Washington.L'arbitre Bill Summers, ancien arbitre de la Ligue Internationale, que les amateurs de baseball ont vu officier, à plusieurs occasions, au Stade des Royaux, donne sa décision à deux ou trois pieds du sac.Campbell fut déclaré sauf, parce que le troisième but avait échappé la balle, que l'on voit distinctement à droite de la photo .Cette année la direction du Cleveland, de la Ligue Américaine, verra plus d'un million de personnes passer aux tourniquets de leur stade.Les joueurs du Cleveland sont les mieux payés, après ceux des Yankees de New-York.Aussi, un sport qui permet de déverser une telle pluie d'or sur ses athlètes (les salaires du Cleveland varient de $7,000 à $20,000, tout dépend de la qualité du joueur) doit faire des recettes énormes, en proportion avec ces salaires élevés Le ver du professionnalisme, qui gâte tant de belles pommes aux saines apparences.ne s'immisce pas dans le baseball, à l'exception près, comme la chose se voit souvent dans la lutte libre, le cyclisme des Six Jours et la boxe.(Photo Associated Press) SAVAIT-ON QUE .Le premier combat de boxe arrangé, le premier chiqué dû au cinéma remonte au 3 novembre 1899, lorsque Jim Jeffries, alors champion mondial des boxeurs poids lourds, rencontra Tom Sharkey, Jim Jeffries fut déclaré vainqueur aux points à la vingt-cinquième ronde.Jim s'était contenté de rester sur la défensive, tandis que Sharkey s'efforçait par tous les moyens de le mettre hors de combat.Jeffries devait toucher $10,000 si le combat allait au moins jusqu\u2019à la vingtième ronde.Sharkey devait recevoir $5.000.D\u2019ailleurs, il s\u2019en souciait peu en face de la possibilité d\u2019une victoire sur Jim Jeffries, qui lui aurait valu le titre de champion du monde et la fortune.Et à nous, les moins de 30 ans, 1 on nous a déjà fait croire que, dans le bon vieux temps, le truquage et les combinaisons dans les sports de la boxe et de la lutte n existaient pas ! En Egypte, on a récemment ramené au jour une énorme dalle, sur laquelle le pharaon Amenhotep avait fait inscrire ses prouesses athlétiques.Il se flattait d avoir ramé huit milles contre le courant, avec un seul aviron long de 20 pieds, sans éprouver de fatigue.Il se flattait, également, de dresser desichevaux de course de telle manière qu ils ne transpirassent jamais lorsqu'ils avaient effectué une longue course au grand galop.Ceci démontre que le bluff existait dès la plus haute antiquité, puisque le pharaon égyptien Amenhotep régnait 1447 ans avant l\u2019ère chrétienne. 13 août 1938 9 JS j- i 1{ ï t ¥ ir 1! i La pauvre aveugle, si terriblement blême dans l'ombre de l'atelier, me fit à moi-même pitié.; mm V ' \u2022 ¦ W0i0 ' .ë* -A a.' ¦:$¥' ' *fÉÊS&Ê&£.v ~ \u2022 LA PANDORE \\X ^ UI> Jean Mirol est véritablement un bon (\t) et simple cœur », nous dit Chatry, après V\tJ que nous eûmes fait l'éloge du sculp- teur.« Tout ce que vous venez de conter de sa jeunesse et de ses luttes héroïques pour sortir de la misère, pour acquérir un nom, plrouve itn effort admirable.Mais je connais, moi, de sa maturité paisible et aisée, un épisode sans grandeur apparente, qui montre cependant quelle âme douce avait gardée ce grand brave garçon dans la gloire et le succès.\t.« Plusieurs articles critiques, où j avais émis des opinions conformes aux siennes, nous avaient liés.Nous habitions le même quartier ; il lui arrivait souvent, après dîner, de venir causer chez moi.Je le reconduisais et parfois même, je montais à son atelier ; nous continuions à nous y entretenir d art fort avant dans la nuit.Cet atelier, au cinquième, était attenant à un appartement où le sculpteur vivait avec sa mère.Devenue aveugle, casanière et tâtillonne, la vieille dame s'effarait dès quelle sortait, fût-ce au bras de son fils.Elle ne se plaisait et ne se sentait à l'aise qu'en cet appartement dont elle connaissait depuis des années les tours et les détours, les coins et les recoins, jusqu'à l'emplacement des moindres bibelots.Elle y allait et venait seule, sans heurts, avec une adresse et une vivacité qui faisaient illusion.Ainsi que beaucoup d'aveu- par CHARLES EOLEy Dessin de Tancred Savard Jr.gles, elle aimait à fureter, à tâter, à tourner et retourner les objets dans ses doigts, à en suivre les contours pour se former, par le toucher, une idée des choses qu\u2019elle ne pouvait pas voir.Or, Jean Mirol, chaque jour, soit par caprice de collectionneur, soit par nécessité de travail, apportait mille curiosités qui donnaient à son atelier un aspect de boutique de bric-à-brac en continuel déménagement.Sachant l'habitude presque maladive de sa mère et craignant qu'elle ne trébuchât et ne tombât dans ce déballage de toute sorte, il l\u2019avait priée de ne jamais entrer là en son absence.C'était une précaution qui ne le dispensait d\u2019aucune autre prévoyance d\u2019ordre plus délicat.Il arrivait, par exemple, à Mme Mirol, quand on parlait devant elle des oeuvres de Jean, de s\u2019attrister, de se désoler et de gémir : \u2014 « Qu'ai-je donc fait au bon Dieu pour « être ainsi punie ?Que je suis malheureuse de ne « pouvoir contempler les statues de mon fils, d'être « seule à ne pouvoir admirer ce que tout le monde « admire ! » \u2014 Son visage s'assombrissait alors et elle tombait dans un profond silence de chagrin.Aussi, près d'elle, Mirol évitait-il de parler de ses travaux, voire même de ses projets.Ses intimes avaient le mot pour ne jamais y faire allusion chez lui.Mais l'artiste souffrait un peu de cette contrainte et c\u2019était pourquoi, dans un besoin de détente et d\u2019expansion, il venait si souvent me trouver.« Depuis plusieurs mois, pensif, préoccupé, obsédé de la même inspiration, il ne me parlait qu\u2019à mots couverts d'une Pandore dont il avait trouvé l'attitude, mais dont il cherchait encore l'expression.Il changeait de modèles, il ébauchait cent essais, observait, puis travaillait d\u2019imagination, sans pouvoir arriver à rendre cette physionomie si complexe.« Un soir, il m\u2019arriva déridé, exubérant, heureux, et, dans une effusion de joie, il me cria dès le seuil : « \u2022\u2014 Ça y est ! J\u2019ai eu enfin mon coup d'inspiration ! J\u2019ai trouvé tantôt, subitement, ce que je désirais depuis huit mois ! Je ne sais trop comment, mais ça y est, c'est fixé .Je n\u2019y touche plus ! Je suis content, vois-tu, ah ! content, si content que je n'ai pu me tenir de parler à ma mère elle-même de ma Pandore ! La joie m'étouffe ! Viens prendre l\u2019air ! « Il était aans l\u2019agitation, la fièvre heureuse d\u2019un homme qui reçoit à l'improviste un rendez-vous d\u2019amour vainement\t(Lire la suite page 15j 10 LE SAMEDI L arrestation du gardien de nuit Bornier avait, dès le surlendemain du crime, dépouillé l'affaire Renard de son apparence énigmatique et 1 intérêt du public s'en était aussitôt détaché.Tout avait paru se réduire à la banalité d'un gros fait divers.Dans la nuit du lundi au mardi, Bornier, faisant sa ronde habituelle vers deux heures du matin, avait, en pénétrant à l\u2019entresol dans le bureau directorial de la banque Renard et Cie, trouvé son patron assassiné.Il avait aussitôt appelé téléphoniquement la police.Il était résulté des premières constatations et de l\u2019enquête subséquente que le banquier avait été tué vers onze heures du soir environ, d'une unique balle de revolver ayant pénétré dans le dos et atteint le cœur.Il avait dû être surpris au moment où il venait d\u2019ouvrir lui-même son coffre personnel.En effet, le corps avait été retrouvé devant ce coffre béant et nulle trace d\u2019effraction ni d\u2019empreintes étrangères n\u2019avaient été relevées sur le meuble.Cependant, tout le contenu en titres et numéraire ayant disparu, le vol s\u2019affirmait comme mobile du crime.Enfin, la police judiciaire ayant acquis la certitude que nul n\u2019avait pu entrer dans la banque ou en sortir pendant la nuit tragique, ni arriver jusqu'à la victime en dehors du gardien, celui-ci avait été arrêté.Il se défendait toutefois avec véhémence de toute participation au meurtre, et si de nombreuses présomptions semblaient l'accabler, aucun commencement de preuve formelle ne pouvait être retenu contre lui.Il ne suffit pas toujours de dire « cet homme est coupable parce que nous ne connaissons pas d'autres coupables possibles » pour solidement étayer un réquisitoire.C\u2019est dans cette occurrence et pour découvrir des éléments actifs d'accusation que l\u2019inspecteur principal Poussin et son jeune et réputé collègue Grey se trouvaient tous deux, au lendemain de l'incarcération du gardien Bornier, dans le bureau même où le crime avait été commis.Il était environ deux heures de l\u2019après-midi et l'inspecteur principal accablé par la chaleur, doucement affalé dans un des larges fauteuils de cuir, fixait d\u2019un œil goguenard son collègue Grey qui, perché sur un coin de table, semblait plongé dans un océan de réflexions.Poussin eut tout à coup un petit rire sarcastique et prononça sur un ton d\u2019indulgente protection : \u2014 Cette fois, mon petit Grey, croyez-moi, c\u2019est moi qui suis dans le vrai.Grey, à son tour, laissa couler sur son collègue, épais et luisant de sueur, un de ces regards lents et ironiques que l\u2019autre haïssait et craignait à la fois pour ce qu\u2019ils étaient à l'ordinaire annonciateurs de quelque proche désagrément.\u2014 Non, laissa simplement tomber Grey.\u2014 Alors, à votre avis, j\u2019ai eu tort de faire arrêter Bornier ?\u2014 Oui.\u2014 Voyons ! Peut-on, oui ou non, entrer dans cette banque ou en sortir sans passer par la porte, qui, au rez-de-chaussée, donne de la rue dans le hall, ou, si vous le préférez, du hall dans la rue ?\u2014 Non, consentit Grey.- Bien.Y a-t-il, oui ou non, soit en bas, soit ici, à l\u2019entresol, une issue quelconque ou une fenêtre qui ne soit munie de solides barreaux et dont les sellements ou les fers ne soient pas intacts ?-\u2014 Non, répéta volontiers Grey.\u2014 Eh, oui ou non, l\u2019assassin, pour atteindre ce bureau-ci-ci n\u2019a-t-il pas été obligé d'entrer dans la banque par la porte du hall, de traverser ce hall, de monter l\u2019escalier qui conduit à cet entresol et d'arriver, enfin, à la porte que voici, par le petit vestibule d'attente qui le précède ?par ALIPED GRAGNON T dessin de ü.Christin \u2014 Cependant, mon cher Poussin, poursuivait Grey, si cet entretien vous ennuie, vous pourrez peut-êter passer votre temps à examiner les deux taches d'encre.\u2014 Il a pu faire ce chemin dans le courant de la journée et se cacher jusqu\u2019à l'heure du crime.\u2014 Je veux bien l'admettre, bien que pour cent raisons ce soit improbable.En tout cas, le crime commis, il a bien fallu qu'il sorte de la banque, votre assassin, puisque on n\u2019y a trouvé que Bornier, et que vous vous entêtez à croire que cet individu est innocent.Alors, pour sortir, n\u2019a-t-il pas dû faire le même chemin, en sens inverse, et notamment traverser le hall ?Or, dans ce hall, Bornier lui-même assure que personne n\u2019a passé.Il lisait, dit-il, je ne sais quel bouquin et l\u2019éclairage de nuit était suffisant pour lui permettre cette lecture.Je pense qu'il lui aurait également permis d\u2019apercevoir un homme cherchant à s\u2019enfuir, à ouvrir la grill qui double la porte, à ouvrir la porte elle-même ; cette grille, cette porte, dont seuls M.Renard et le gardien de nuit avaient les doubles clés.Alors ?Votre meurtrier traverse-t-il les murailles comme un fantôme, ou passe-t-il à travers les barreaux comme un oiseau des îles en emportant dans son bec plus d un million de titres et quarante mille francs en beaux billets.Eh bien ?Poussin reprit sur le mode méprisant et sûr de lui : \u2014 Mon pauvre ami, je peux vous dire comment les choses se sont passées, avec autant d\u2019exactitude que si j y avais assisté.«Le gardien de nuit apprend que le patron est reste dans son bureau, il y monte à pas de loup et surveille par le trou de la serrure ce que fait Re-nar .Au moment où il aperçoit le banquier ouvrant son cottre, lui-même entr'ouvre la porte et tire.Renard tombe Notre Bornier vide le coffre et enarge de son butin redescend quatre à quatre.Il sort de la banque et va « planquer » le produit de son crime dans quelque coin que nous découvrirons un jour.Puis i\u2018l revient tranquillement ici.i T* ' \u2019 ' condnue sa lecture dans la hall, avec a ranquille certitude qu il ne peut manquer d'etre soupçonne, arrêté et guillotiné.LE GARDIEN DE NtIT 13 août 1938 11 \u2022 > -, \u2014 Mais .balbutia Poussin interloqué par l'interruption de Grey.\u2014 Il faut qu\u2019il soit d'une bêtise rare ou qu'il ait le goût sadique d\u2019assister à sa propre exécution capitale.\u2014 Que pouvait-il faire ?plaça Poussin sarcastique.\u2014 Oh ! il avait encore neuf heures devant lui et bien assez d'argent pour prendre le large et gagner une frontière.Mais l'idée ne lui en est pas venue, non plus que celle de préparer une defense, de se créer un alibi.Poussin avait un peu perdu pied.Les ironies de Grey le plongeaient toujours dans 1 inquietude et mettaient en désordre ses plus fortes convictions.Un petit bonhomme hépatique et chafouin entra.C\u2019était l\u2019huissier de la direction.Le personnel n\u2019avait d'ailleurs pas quitté son service et les administrateurs de la société avaient confié momentanément la gestion de la banque au sous-directeur qui, sans doute, devait bénir 1 assassin d\u2019avoir hâté un avancement probable et lucratif.\u2014\tC\u2019est Mlle Renard, dit l\u2019employé prenant un air d\u2019enterrement.\u2014\tQuoi ?qui ?La fille de la victime ?s\u2019écria brutalement Poussin, heureux de passer sa mauvaise humeur sur des êtres irresponsables et intimidés.Qu'est-ce qu elle vient faire ici ?Pleurnicher ?Di-tes-lui que nous avons autre chose à faire que d\u2019écouter ses doléances.\u2014 Non, faites-la entrer, dit sèchement Grey.Et tandis que l'huissier exécutait l'ordre, l\u2019inspecteur se tournant vers son collègue lui confia : ¦\u2014 C'est moi qui ai fait demander à Mlle Renard de bien vouloir venir nous retrouver ici.ser votre temps à examiner les deux taches d encre qui se trouvent auprès du coffre sur le tapis.\u2014\tFichez-moi la paix, conclut Poussin.Les taches d'encre ?Est-ce que vous vous moquez de moi ?.Mlle Renard pénétrait dans le bureau.A la voir, Grey comprit immédiatement qu'elle était loin d\u2019être l\u2019orpheline geignarde que venait de prévoir son collègue.C\u2019était une jeune fille de vingt à vingt-cinq ans, de taille moyenne, au regard clair, au visage assez froid et d'une élégance sobre et distinguée.D'un geste, Grey la fit asseoir.\u2014\tMademoiselle, commença-t-il immédiatement, je m\u2019excuse de vous avoir dérangée, mais ayant appris que c\u2019était sur vos instances que votre père avait, il y a à peu près quatre ans, engagé Louis Bornier comme gardien de nuit, je désirerais savoir comment vous avez été amenée à intercéder pour cet homme.__ M.et Mme Bornier étaient autrefois des amis de ma famille.\u2014 Des amis ?s'étonnait Grey.\u2014 Oui.Leur fille Suzanne était dans la même institution que moi, et pendant plusieurs années ses parents et les miens se rencontraient plusieurs fois par semaine.Ces relations avaient commencé alors que mon père n\u2019avait pas encore créé la banque et qu'il était ingénieur mécanicien à la maison Stern, fournisseur de la marine et de 1 aviation en instruments de précision.\u2014 Oui, coupa Grey.La jeune fille poursuivit : .\u2014 M.Bornier tenait d'héritage une situation personnelle, sinon aisée, du moins suffisante à ses goûts et lui permettant de se livrer à l'art de la peinture, pour laquelle malheureusement il montrait plus d\u2019attirance que de talent.Cependant, il y a cinq ans, à peu près au moment où j\u2019ai perdu ma mère, M.et Mme Bornier se séparèrent.M.Bornier venait de perdre en quelques jours tout son avoir dans une spéculation que mon père avait cru devoir lui conseiller et qui se révéla désastreuse .\u2014 Tiens, tiens, murmurait Poussin en se rapprochant.Mlle Renard sembla ne pas avoir entendu et poursuivit d\u2019une voix plus sèche : \u2014 Mme Bornier, qui passe pour jolie femme, n'avait pas su résister à la ruine.Assez égoïste, aimant sortir, avide de luxe, elle abandonna son mari et sa fille pour courir vers des buts que j'ignore.Plus d\u2019un an s'était passé sans que j\u2019eusse entendu parler de mon amie Suzanne Bornier ni de son père, lorsqu\u2019un jour elle vint me voir, m avoua la détresse de leur existence, m'apprit qu\u2019elle donnait des leçons de piano et que son père cherchait en vain une situation.Le soir même, j en parlai à mon père.Il fut bien loin de s'intéresser au sort de son ancien ami Bornier.Tout au contraire, il se lança, à ma grande surprise, dans une longue et violente diatribe contre ce malheureux qu'il traitait de paresseux et d'incapable.Comme j\u2019insistais pour qu\u2019il essayât de trouver dans la banque une situation pour M.Bornier, il m'offrit, sans doute par dérision, pour mon protégé, une place de gardien de nuit qui était libre.Le lendemain même, je revis Suzanne Bornier et lui avouai franchement l\u2019accueil que j\u2019avais reçu de mon père et la ridicule et vaine offre qu'il m'avait assez cruellement faite pour le sien.Elle en fut profondément blessée et je regrettai ma franchise.Cependant, je devais la revoir quelques heures après.Elle m\u2019apprenait que Bornier acceptait la place de gardien de nuit, Quand mon père connut cette acceptation inattendue, il en éprouva une grande colère et parut vouloir revenir sur une promesse qui n\u2019était, il l'avouait, que l\u2019expression de son mépris et de son aversion pour Bornier.Je lui représentais qu'il ne pouvait agir de la sorte, et M.Bornier prit son service à la banque dès le surlendemain.Depuis lors, je n\u2019ai jamais revu mon amie, et je sais, d\u2019autre part, que jamais mon père n\u2019a adressé la parole à M.Bornier, ni même fait mine de le voir.C\u2019est tout ce que je puis vous dire.\u2014 M.Renard, depuis lors, vous a-t-il cependant reparlé de Bornier ou de l'ex-Mme Bornier ?\u2014 Jamais, Monsieur.Mon père savait trop bien que je ne partageais pas ses jugements.J'avais une respectueuse sympathie pour M.Bornier, alors que je considérais son ancienen femme comme méprisable à divers titres.\u2014 Savez-vous ce qu'est devenue cette femme ?\u2014 Non.Poussin haussa les épaules et tourna le dos.\tTandis que Poussin toussotait comme pour de- \u2014 Cependant, cher ami, poursuivait Grey, si cet\tmander à son collègue d'écourter un entretien qui entretien vous ennuie, vous pourrez peut-être pas-\tne leur apprendrait\t(Lire la suite page 13) 12 î LE SAMEDI Robes fraîches et reposantes 2840 \u2014 Robe rajeunissante, gr, 12 à 20.Pour un 12 : 3% v.de 35\" ou 2>y& v.de 39\".Fermeture-éclair de 9\".20 cents.2839 \u2014 Robe pour la campagne et l'intérieur, gr.12 à 20.Pour un 14 : 3 v.de 35\"-39\".Ceinture de votre choix.2% v.de 35\"-39\".Ceinture de votre choix.Fermeture-éclair de 9\".\t25 cents.2849 \u2014 Jupe, blouse et boléro, gr.12 à 20.Pour un 16 : la blouse, 1% v.de 35\" ou 1^ v de 39\" Jupe avec bretelles : 3J4 v.de 35\", 3 v.de 39\" ou 54\" Le boléro : 5/ v.dc 35\" ou U y.de 39 -54 .Une fermeture-éclair de 8\" pour le côté de blouse une autre de 8\" pour le côté de la jupe Uessm a décalquer inclus.\t25 rente 2848 \u2014 Jupe et blouse pratiques, gr.4 à 12.Pour un 6 : la jupe, 1J4 v.de 35\", lj/jj v.de 39\" ou 1 v.de 54\".La blouse : lJ/jj v.de 35\", 1 v.de 39\" ou 7/% v.de 44\".Fermeture-éclair de 4\".Patron à décalquer inclus.\t20 cents.2837 \u2014 Robe simple et pratique, qr.34 un 40 : 4J4 v.de 35\" ou 3% v.de 39\".éclair de 9\".à 46.Pour Fermeture-25 cents.Vous trouverez ces PATRONS SIMPLICITY chez le marchand de votre localité. 13 août 1938 13 (Suite de la page 11 ) rien de plus, Grey, sans quitter des yeux là jeune fille, semblait réfléchir.\u2014 Vous habitez Auteuil, je crois ?demanda-t-il encore.\u2014 Oui, Monsieur, le même appartement depuis vingt ans.Il est bien vide maintenant.\u2014 Hélas ! évidemment .la mort de Monsieur votre père .Elle interrompit : \u2014 Mon père n\u2019habitait plus avec moi depuis quatre ans, Monsieur.C'est à peine s'il venait me voir une ou deux fois par mois, d'autant que je passe la moitié de l'année chez une tante de ma mère en Normandie, en pleine campagne.\u2014 Où votre père habitait-il donc à Paris ?\u2014 Je ne lui ai jamais demandé, Monsieur.Il n\u2019aimait point d'ailleurs qu\u2019on le questionnât, et il a toujours été assez distant avec moi.Il subvenait à ma vie, payait le loyer, les gages de la femme qui m'a élevée et me versait une mensualité qui, jointe à ce que ma mère m a laissé, suffisait à mes besoins d\u2019ailleurs modestes.Si mon père jugeait que sa façon de vivre ou que son éloignement de moi le rendaient plus heureux, je n'avais qu\u2019à m\u2019incliner, et du moment qu\u2019il ne me disait rien sur cette existence personnelle, c\u2019est qu\u2019il entendait, sans doute, que je n\u2019en connusse rien, ni que, même de loin, j\u2019y fusse mêlée.11 était visible qu\u2019elle dissimulait la vérité, mais aussi que rien ne la ferait sortir de sa réserve.L\u2019inspecteur n\u2019insista pas.remercia la jeune fille et lui rendit sa liberté.Dès que la porte se fut refermée, Poussin exulta.\u2014 Eh bien ! Ça devient clair comme du vin d\u2019Anjou.Le nommé Bor-nier avait de bons motifs pour tuer Renard.Il se vengeait de la ruine dont l\u2019autre était cause, du mépris dans lequel cet autre le tenait et de l\u2019os à ronger qu\u2019il lui avait jeté.Quant au vol, sans doute l\u2019a-t-il considéré comme une simple reprise.\u2014 Oui, oui, oui, oui, concédait Grey en allumant une cigarette et paraissant bien loin des déductions de Poussin.Cependant, il était allé jusqu'au coffre devant lequel il examinait avec attention le tapis.Poussin éclata : \u2014 Est-ce que vous allez jouer les Sherlock Holmes maintenant?Qu\u2019est-ce que vous avez à regarder ces taches d'encre ?Elles ont dû tomber de quelque stylo.Qu est-ce que ça a d\u2019extraordinaire ?Grey eut un regard bizarre vers Poussin, il se dirigea vers la porte donnant sur le vestibule.1 ouvrit et pria l\u2019huissier d\u2019aller chercher le caissier principal.Cet employé ne tarda pas à se présenter.C\u2019était un homme d une soixantaine d\u2019années, à cheveux blancs, assez gros, ayant une allure militaire.\u2014 Monsieur, lui demanda Grey, voulez-vous me répéter pour quelles raisons vous estimez que ce coffre contenait, au moment du crime, plus d\u2019un million de titres et quarante mille francs en numéraire.\u2014 C\u2019est bien simple, répondit le vieil employé.Les titres au porteur qui se trouvaient dans le coffre appartiennent à des administrateurs de la banque, qui les y ont déposés il y a trois ans en garantie d'une opération faite sur les mines sud-américaines.__ Us n\u2019appartiennent donc pas à M.Renard ?_ Oh ! non, Monsieur .Nous en avions donné des reçus de dépôt.C\u2019est d'ailleurs ainsi que je sais la valeur exacte de ces titres.D ailleurs, ils devaient être rendus aux déposants à la fin du mois, le capital de garantie ayant été entièrement couvert par les réserves légales et d\u2019autres rentrées.5\u2014 Bien, bien ! Et le numéraire ?\u2014 Je l\u2019avais remis vendredi à M.Renard, pour M.Garnet, un de ses amis, qui a son compte ici, à la banque, mais qui est en vacances dans un château où M.Renard devait le rejoindre bientôt et lui remettre les fonds.M.Renard a bien voulu m'expliquer que M.Garnet lui avait demandé les fonds en espèces et non sur chèque de banque à banque, parce qu'il n'y a pas d\u2019établissement de crédit près du château .\u2014 Oui, c\u2019est bien naturel .Et vous pensez que ces quarante mille francs étaient encore dans le coffre, la nuit du crime ?\u2014 Oh ! je le pense, Monsieur.Le patron les y avait mis devant moi en me disant qu\u2019il ne les y reprendrait qu\u2019au moment où il irait rejoindre M.Garnet.\u2014 C'est parfait, mais, dites-moi : ne détachait-on jamais les coupons des titres, pour en créditer leurs propriétaires ?\u2014 Oh si ! Monsieur, tous les trois mois.C\u2019était la secrétaire particulière de M.Renard qui était chargée de cette opération.Elle détachait les coupons, les encaissait et en versait le produit réparti à l\u2019actif de chaque déposant.Elle est d'ailleurs au service des coupons .\u2014 Ah ! très bien.Voudriez-vous me l'envoyer ?\u2014 Certainement, Monsieur.\u2022 Maintenant, Poussin se promenait dans la pièce comme un ours en cage.\u2014 Mon Dieu, Grey, à quoi sert tout cela ?D\u2019ailleurs, je n\u2019ai jamais rien compris aux affaires de banque.Tout ce que je sais, c\u2019est qu'il y avait un million de titres et quarante mille francs de billets et qu'ils n'y sont plus.Tout est là.Et il risqua une plaisanterie : \u2014 C'est-à-dire que rien n'est plus là ! Il eut un gros rire.Grey n\u2019avait pas dû comprendre l\u2019humour de ce jeu de mots, car il n\u2019esquissa même pas un sourire et reprit froidement : \u2014 Mon cher Poussin, voulez-vous connaître la personne qui a tué Renard ?Poussin s\u2019était immobilisé bouche bée.\u2014 Si vous le voulez, je vais vous donner le moyen de l\u2019apprendre.Vous êtes trop habile, vous avez trop de flair pour ne pas tirer des conclusions exactes et de ce que vous venez d\u2019entendre et de la rapide enquête que je me permets de vous conseiller de faire.\u2014 Quelle enquête ?\u2014 Oh ! bien simple.J'ai aperçu dans les papiers de Bornier le nom de jeune fille de son ex-femme.Il est assez curieux pour qu'on le retienne : Jeanne Anémone.Vous trouverez probablement son adresse à ce nom de fleur dans l'annuaire du téléphone^ Au cas où elle n\u2019y serait pas, demandez à Mlle Bornier quel était l\u2019avoué de son père.Celui-ci pourra vous donner les indications nécessaires.\u2014 Et alors ?\u2022\u2014 Alors, allez chez cette femme.Je crois qu\u2019elle voyait à peu près tous les jours le meurtrier de M.Renard.\u2014 Que me chantez-vous là ?\u2014 Faites comme vous l'entendrez, mais souvenez-vous que je vous aurai donné un bon conseil.yrm.yn&ù bunb paMiïtÂ' it £a éàmnt$ DtHTS AVtC COL GAffÉ\" lilt 60U3L L 51 BON \\ \u2022REND DENTS S» Douas tT 51 BELLES,tT COMMUAS ^BBILLENT ! 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Poussin balançait sur ce qu'il devait faire.Il était convaincu qu\u2019en Bornier il tenait le coupable, donc la démarche conseillée par Grey n'apporterait certainement pas le résultat que celui-ci prétendait.Cependant, il n'avait que trop souvent regretté de n\u2019avoir pas écouté les suggestions de son collègue.Il était indiscutable que Grey, à qui il ne reconnaissait ni instinct, ni habileté, était cependant un peu sorcier, devinait des choses que nul n\u2019aurait soupçonnées, et parvenait par de mystérieux chemins aux plus surprenants résultats.Il murmura quelques paroles inutilement désobligeantes, puis prenant son parti en même temps que son inséparable parapluie, il enfonça son archaïque chapeau melon sur sa tête et sortit.Sur le pas de la porte, il croisa une ravissante jeune femme blonde, vêtue de sombre, qui s\u2019apprêtait à entrer.C'était la préposée au service des coupons.Grey questionna sans tarder : \u2014 Qu\u2019êtes-vous, Mademoiselle, ou plutôt qu'étiez-vous exactement à la banque : employée aux coupons, ou secrétaire particulière de M.Renard ?\u2014 Je suis depuis trois ans chef du service des coupons, Monsieur.Mais M.Renard, qui m'honorait de sa confiance, me demandait souvent, depuis quelques mois, des services de secrétariat.\u2014 Alors, dites-moi tout ce que vous savez de la situation de M.Renard.\u2014 Mais je ne sais rien de spécial.Grey risqua un coup droit.\u2014 Il y a combien de temps que vous avez constaté, en en détachant les coupons, que le nombre des titres du coffre diminuait ?L\u2019employée, à cette question, se laissa littéralement tomber sur le siège le plus proche.\u2014 Êh bien ! répondez ?Une crise de larmes semblait devoir uniquement servir de réponse.Grey en attendit patiemment le terme et reprit.\u2014 Je crois avoir à peu près tout compris, mais j\u2019entends que vous confirmiez mes déductions et sans rien me dissimuler.La confession vint, assez pénible.\u2014 Eh bien !.Il y a bientôt un an, à l\u2019époque où j\u2019avais l\u2019habitude de détacher les coupons, je demandais ici même à M.Renard qu il veuille bien me confier les titres pour me permettre de procéder à cette opération.Cette fois, il hésita un peu, puis finit par me les remettre, mais en me signalant que ceux qui manquaient avaient été repris par leurs propriétaires.Il ajouta que, cependant, du fait d'un accord avec ceux-ci, il me donnerait de quoi couvrir sur le compte des déposants la valeur en argent représentant celle des coupons manquants.Je ne sus sans doute pas dissimuler mon étonnement et M.Renard en marqua une vive contrariété.\u2014 Dites-moi tout de suite combien il a acheté votre discrétion.\u2014 Oh ! Monsieur, je ne suis pas de celles qu'on achète.\u2014 Vraiment ?Et vous avez continué sans aucune compensation à faire semblant, auprès de vos collègues, de détacher et de toucher des coupons de titres qui diminuaient sans doute de plus en plus à chaque trimestre ?Comme la jeune femme restait muette, Grey posa une question précise : \u2014 Combien restait-il de titres dans le coffre le jour du meurtre ?Elle bégaya l\u2019aveu : \u2014 Il n\u2019y avait plus rien .Accablée, elle baissa le front.\u2014 Alors, avec quoi avez-vous couvert, le 15 juillet dernier, le prix de ces coupons sur les comptes de leurs propriétaires ?\u2014 Avec l\u2019argent que m\u2019a remis M.Renard la veille du crime.i\u2014 Combien ?\u2014 Quarante mille francs.\u2014 Sans doute, n\u2019est-ce pas les quarante mille francs remis la veille par le caissier à M.Renard, pour le prétendu compte d\u2019un ami ?\u2014 Peut-être .mais en d'autres coupures, à cause du caissier, vous comprenez .L\u2019inconscience de la jeune femme désarmait Grey.Il découvrait ou plutôt acquérait la certitude que M.Renard s'était livré à de graves malversations dont cette employée s\u2019était rendue l'indiscutable complice, et elle ne semblait pas s\u2019apercevoir du danger pénal que cette complicité lui faisait courir.Elle gémissait, pleurnichait, sanglotait, mais visiblement, bien plus sur les manoeuvres de son patron que sur la collaboration délictueuse qu'elle lui avait apportée.\u2014 Je ne puis admettre, reprit Grey implacablement, que vous ayez prêté la main aux délits de M.Renard sans aucune compensation.Elle leva les yeux sur Grey et dut comprendre à son attitude qu\u2019il ne la lâcherait pas sans connaître toute la vérité.Elle se décida à tout dire.\u2014 M.Renard avait fait appel au dévouement et à l\u2019affection que je lui témoignais.Il m\u2019avait confié qu\u2019il était extrêmement malheureux, que sa vie privée était un enfer et qu\u2019il ne souhaitait qu\u2019une chose, refaire et finir son existence avec une femme telle que moi.Il me connaissait trop pour savoir qu\u2019il ne pouvait être question entre nous que d\u2019une union légitime.Lui-même me promit que, dès qu\u2019il aurait redressé sa situation et rompu des liens dont il était las, il me demanderait de devenir sa femme.\u2022\u2014 Connaissez-vous la nature des liens qu'il devait rompre ?\u2014 J'ai souvent pensé que M.Renard, depuis son veuvage, était le jouet d\u2019une personne indigne de lui.J'ai eu la pudeur de ne jamais lui demander de détails à ce sujet.Il était d\u2019ailleurs bien trop fier pour en donner à qui que ce soit.Mais, bien souvent, ici même, il se laissait aller à prononcer devant moi des phrases qui m\u2019éclairaient sur le drame de sa vie privée.\u2014 Lesquelles, par exemple ?\u2014 Oh ! je ne puis m'en souvenir exactement.J\u2019en ai toutefois peu à peu conclu qu\u2019une femme était arrivée à lui faire commetre un acte auquel il s\u2019était longuement refusé, que cette même femme l'entraînait à des dépenses excessives, qu\u2019elle était la cause de tous les ennuis et de toutes les erreurs de M.Renard.\u2014 Vous a-t-il jamais parlé du gardien de nuit Bornier ?\u2014 Jamais.La jeune femme semblait vouloir recommencer une scène de larmes.Grey s\u2019empressa de la renvoyer, se contentant de lui lancer ironiquement : \u2014 Il est, Mademoiselle, des espérances qui n\u2019apportent que des déceptions amères.Heureux encore si certains actes n entraînent pas de plus sévères puitions.Bonsoir.Puis Grey était resté seul dans le bureau jusqu'au retour de Poussin.L'inspecteur principal, quand il revint vers cinq heures, devait retrouver son collègue tranquillement assis et entouré d\u2019un nuage de fumée.Une dizaine de bouts de cigarettes emplissaient un cendrier.Mais Poussin était entré plus triomphant que jamais.,\u2014 Ça ! Grey, pourquoi diable m\u2019avez-vous envoyé là-bas pour me faire découvrir toutes les preuves de la culpabilité de Bornier, alors que vous vous entêtiez à vouloir me démontrer son innocence ?Grey ne put s'empêcher de regarder son collègue avec stupéfaction.\u2014 Eh ! oui, continuait Poussin.Vous avez cru être bien malin et votre imagination a bâti je ne sais quel roman.Mais vous ne savez pas tout.J\u2019ai eu vite fait d\u2019aller au fond des choses, moi, et savez-vous ce que j'ai appris ?\u2014 Oui, dit Grey avec calme.Vous avez appris que M.Renard, dont l\u2019aversion pour Bornier venait de la sympathie qu'il avait pour l\u2019ex-fem-me de celui-ci, avait fini par contracter avec elle un mariage secret.Vous avez appris que la dame vivait dans le plus grand luxe aux dépens de Renard, et qu\u2019il y avait entre eux depuis quelque temps des scènes de ménage terribles qui s'étaient probablement, il y a quatre ou cinq jours, terminées par une rupture.Qu'en avez-vous conclu ?\u2014 Ce que j\u2019en ai conclu, mon petit, c\u2019est que Bornier, qui en voulait déjà à Renard d\u2019être cause de sa ruine, lui en avait encore voulu davantage d'avoir été sans doute celle de son divorce.« Il n'avait dû, à l'origine, accepter cette situation subalterne, à la banque, que dans le but de se venger un jour de Renard.Entre temps il a dû apprendre que son ex-femme recevait de son nouveau mari des subsides importants.Bornier était fort misérable.Il a dû aller trouver son ancienne femme et pratiquer un chantage quelconque, à moins que celle-ci n\u2019ait eu pitié de son époux.Quoi qu'il en soit, Bornier n'a pas voulu tuer la poule aux œufs d\u2019or, et il a remis l\u2019heure de sa vengeance.Mais dès qu'il apprit la rupture et que le banquier se refusait à continuer de toujours payer, il a repris ses anciens projets et les a mis immédiatement à exécution.Il en a d\u2019ailleurs profité pour récupérer directement par le vol tout ce que l\u2019autre ne voulait plus donner.\u2014 J\u2019ai trouvé autre chose.\u2022\u2014 Je me demande bien ce que ça peut être, dit Poussin avec une tranquille condescendance.\u2014 Eh bien ! j'ai d\u2019abord trouvé deux taches d'encre devant le coffre et qui avaient l'air d'avoir été faites exprès.Ensuite, j'ai appris que M.Renard devait être un praticien averti des mouvements d'horlogerie de précision .\u2014 Oui, je sais, tout ça est sans importance.\u2014 Attendez ! J\u2019ai encore appris qu\u2019il détestait Bornier et qu\u2019il l'avait toujours détesté, d'abord, sans dou- te.parce qu'il avait été amoureux de Mme Bornier, ensuite parce qu\u2019il rendait uniquement l\u2019ex-mari responsable de tous les malheurs où les conséquences du divorce Bornier devaient l'amener un jour.\u2014 Sans intérêt.-\u2014 J\u2019ai appris mieux.Si le banquier n\u2019était pas mort il y a trois jours, il aurait été arrêté dans quatre.\u2014 Qu\u2019est-ce que vous dites ?\u2014 Son passif doit être considérable.Anémone était exigeante et il avait vendu depuis un an à son profit les titres qui devaient se trouver dans le coffre et qui ne lui appartenaient pas.\u2014 Quoi ?\u2014 Celui qui a dévalisé le coffre, aussi bien des actions que des quarante mille francs, c'est Renard lui-même.Je peux le prouver.Poussin n\u2019osait plus respirer.Il sentait venir le coup de massue.
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