Le samedi, 1 décembre 1945, samedi 1 décembre 1945
[" T 57e année, No 28 \u2014 Montréal, 1er décembre 1945 frü LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS $'VÛ(f J- 2 Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 WmSà .fi MSKBSsb Construits pour la beauté l'utilité et la proteetion Coffres de cedre RED SEAL THE HONDERICH FURNITURE COMPANY LIMITED \u2022 MILVERTON \u2022 ONTARIO DEPUIS 32 ans, les dessinateurs et les artisans Honderich consacrent leur temps et leur adresse à la fabrication des fameux coffres de cèdre Red Seal \u2014 reconnus pour leurs dessins remarquables, leur main-d\u2019oeuvre experte et leur haute qualité.Un coffre de cèdre Honderich Red Seal porte la marque évidente d\u2019un meuble de belle qualité.Vous pouvez en acheter un en toute confiance sachant que vous recevrez une pleine mesure de beauté durable et de service.Beauté .utilité.protection \u2014 trois des nombreuses raisons pour lesquelles les coffres de cèdre Red Seal Honderich sont appréciés dans des milliers de foyers.Il semble qu\u2019ils deviennent plus précieux, plus adaptables et plus indispensables avec le temps.Etant donné le manque de matériaux et la demande toujours croissante de ces coffres, l\u2019approvisionnement est restreint.Mais ce n\u2019est qu\u2019une situation temporaire.Informez-vous quand même chez votre marchand de meubles \u2014 il vous avertira dès que les approvisionnements seront de nouveau disponibles et que vous pourrez encore une fois choisir à même une grande variété de modèles.¦ÉbsIRb H il Les Amis de l\u2019Art dont le but, comme on soit, est d\u2019occuper les loisirs de la jeunesse étudiante en poursuivant son œuvre de diffusion artistique et littéraire, viennent de lancer une campagne de souscription qui doit prendre fin le premier décembre.Tous ceux de nos lecteurs et lectrices qui ont à cœur la vulgarisation de la musique et de la littérature ont donc en ce moment une excellente occasion de\tcollaborer\tdirectement\tà\tcet intéressant mouvement.Ci-dessus, quelques-uns de ceux qui\tparticipent\tactivement\tà\tcette belle œuvre.Ce sont, de gauche à droite (première rangée): Mme Hector Perrier (fondatrice), Mme Jean Dansereau, M.Alfred Larose, M.Jean Dansereau, Mlle Marielle Larose.Debout : Mlle Mar-.elle Rivet, Mme Guy Beaudet, Mme Charles Monast, M.Hector Perrier, Mlle Cécile Préfon-Laine, Mme Maurice Rinfret, Mme Romain Pagé, M.Romain Pagé,\tM.\tLebœuf, Mme Lebœuf, Mlle Margorie Dayle et M.Maurice Rinfret.\tPhoto\tLe\tSamedi\u2014Conrad Poirier LES AMIS DE L\u2019ART C\u2019est au début de septembre 1942, pour répondre à l\u2019aspiration de toute une jeunesse avide de connaître, de s\u2019instruire et de s\u2019initier au beau, que les locaux de travail de l\u2019Association des Amis de l\u2019Art ouvrirent officiellement.Une très heureuse expérience, l\u2019exposition des grands maîtres de la peinture ayant prouvé quelque temps auparavant que chez les groupements d\u2019écoliers il existait un grand désir de participer aux mouvements artistiques, il devint évident qu\u2019un immense progrès dans la culture des nôtres pouvait être obtenu pour peu qu\u2019on tire avantage de ces bonnes dispositions chez l\u2019adolescence.Il s\u2019agissait d\u2019une œuvre à grande portée nationale, il s\u2019agissait de fournir à la prochaine décade une population qui intensifierait son éclat, il s\u2019agissait d\u2019une des plus belles entreprises culturelles à laquelle on s\u2019est encore donné, mais qui ne devait payer ceux qui s\u2019y dévouèrent, que du contentement d\u2019avoir réussi.Au début, le personnel des bureaux de l\u2019association ne se composait que d\u2019une secrétaire et de quelques aides bénévoles qui accordaient leur concours à la directrice et fondatrice de l\u2019œuvre, Madame Hector Perrier.Il compte aujourd\u2019hui 12 employées et bénévoles régulières.Lors de sa première année d\u2019existence, 4,800 enfants et jeunes gens de 5 à 20 ans s\u2019affilièrent à l\u2019Association qui compte aujourd\u2019hui 12,000 abonnés recrutés dans 300 maisons d\u2019éducation.Lorsqu\u2019on sait entre autre que, dans le cours de la dernière saison, l\u2019Association des Amis de l\u2019Art facilita aux jeunes, 13,356 assistances aux Concerts Symphoniques, lorsqu\u2019on sait qu\u2019elle organisa des initiations à la musique fréquentées par un jeune auditoire de 13,119 personnes, on comprend l\u2019envergure du mouvement et sa portée éducationnelle.Une preuve comme celle-là mérite l\u2019appui du public, une œuvre comme celle-là mérite de survivre et c\u2019est d\u2019un geste généreux que nous approuverons son existence et sa raison d être lors de la campagne de souscription qui aura lieu du 15 novembre au 1er décembre prochain.NOTRE COUVERTURE Jolie, séduisante, élégante, un tantinet sophistiquée, Lucille Ball, vedette des studios M.-G.-M., demeure toujours délicieusement américaine.Arbitre de la mode et du bon goût, Miss Bail suggère ici tout le charme d\u2019une nouvelle coiffure.Les dames pourront en prendre leur profit, Quant aux messieurs, ils auront toujours le loisir d\u2019admirer. 3 EDITORIAL 57e année, No 28 \u2014¦ Montréal, 1er décembre 1945 LA CHASSE AU VACARME LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITÉE Membres de l'A.B.C., et de l'Association des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985, RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA Tél : PLateau 9638 * Président : FRED POIRIER Vice-prés.: GEO.POIRIER Directeur : JEAN CHAUVIN Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif: OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachlne (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Drummondville, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) e ADELARD PARE 6, rue du Pont, Québec ( Québec et Lévis ) o PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Phillppe, Trois-Rivières ( Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Entered at the Pott Office at St.Albans.Vt.at second class matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA Un an.- - $3.50 Six mois.2.00 ETATS-UNIS Un an.$5.00 Six mois.2-50 AU NUMERO: 10 cents o HEURES DE BUREAU: 9 h.a.m.à 5 h.p.m.du lundi au vendredi.o AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.MONTREAL est une grande ville cosmopolite située à la tête des Amériques et orientée vers l'Europe.Grâce aux communications aériennes qui, d'ici quelques années, prendront une importance de premier plan, notre ville occupe une position capitale par rapport à l'Europe d'une part, au Canada et aux Etats-Unis d'autre part.Nous, Montréalais, nous avons raison d'être fiers de notre ville et de croire que son essor, si remarquable depuis un siècle, doit se poursuivre.Montréal apparaît la ville incomparable du Québec et du Canada tout entier.Elle n'a pas dans notre pays de rivale sérieuse : sa situation géographique, le chiffre actuel de sa population, la diversité même des éléments qui constituent cette population, l'importance de ses industries, de son commerce et de sa finance, la vérité de ses centres culturels et artistiques en font le nœud vital du pays, le noyau par excellence d'attraction et de polarisation.Si jamais une nationalité canadienne doit sortir de la fusion des deux grandes nationalités du pays et des apports étrangers qui s'y ajoutent, c'est à Montreal que 1 éclosion et la croissance de cette nationalité nouvelle ont le plus de chances de se produire.Mais toute gloire a sa rançon ! Une métropole, en raison même de sa population nombreuse et mêlée, et, des diverses classes sociales quelle comporte, offre des inconvénients.Ainsi, dans son ensemble, elle affi-chera rarement la propreté d'une petite ville ; elle comporte des rues, des quartiers qui, hélas ! se distingueront par leur propreté douteuse.Cela est si vrai que, chaque année, notre ville consacre officiellement une semaine entière à ce qu'on nomme « la semaine du grand nettoyage ».Durant cette semaine-là, plusieurs parties de la ville refont au complet leur toi-lette : c\u2019est la fête de la peinture, du vernis, de 1 eau, du savon ; balais et brosses de toute sorte entrent en jeu et font leur office.L'aspect des quartiers les plus démunis et des rues les plus mornes se transforme, prend un air de fraîcheur, de salubrité, de réjouissance ¦ la ville, heureuse, sourit.Pendant cette semaine, on remarque chez tous les citoyens, même chez les enfants, un touchant souci de contribuer a la pro-prêté des rues, de ne pas jeter inconsidérément, ci et là, leurs objets de rebut.Si la propreté d'une ville charme le regard, son silence est le plus suave des musiques pour l'ouie.C'est une musique qui est faite de l'absence des bruits discordants.Certes, il ne saurait être question de bannir tous les bruits de Montréal.Une métropole parfaitement silencieuse est inconcevable.D ailleurs, s il s'en trouvait une, elle ressemblerait à une necropole et elle présenterait un spectacle sinistre de ville morte.Mais entre le silence inhumain et le vacarme assourdissant existe un juste milieu.Notre ville, a certaines heures et surtout dans certaines régions, est surpeuplée de bruits inutiles.J'insiste sur ce dernier mot.11 suffirait d'un peu de bonne volonté et d'attention de la part des citoyens pour supprimer la plupart de ces bruits pour diminuer considérablement, le vacarme urbain Que d'automobilistes, par exemple, cornent inutilement, par habitude, par nervosité sans y penser S'il y a un embarras de circulation dans une rue, aussitôt la file des automobiles bloquées fait entendre une cacophonie de hurlements étourdissants.Toutes les cornes se font une rageuse concurrence.En general l'effet de tant de bruit est positivement nul, la circulation ne se rétablit pas plus vite.De meme les tramways ajoutent à leurs grincements un furieux bruit de cloche.On a bien souvent l'impression que ces cloches sonnent pour le simple plaisir d'ajouter au tintamarre.Puis, il y a les sifflets d usines et de manufactures qui parcourent toute la gamme des sons, les sirènes des navires et des trains: cns stridents, hurlements déchirants, appels clairs ou graves qui troublent la paix des jours et des nuits.Une sage législation urbaine ne pourrait-elle pas imposer quelque discrétion aux bateaux qui entrent ou sortent de notre port, aux trains qui circulent à la périphérie de la ville, aux usines, aux manufactures qui, quatre fois par jour, annoncent l'heure de la rentrée et de la sortie à leur personnel ?Faut-il tant de bruit pour que les travailleurs se rendent à l'ouvrage et le quittent ?Mettons que les sirènes des pompiers, des voitures d'ambulance ou de radio-police soient nécessaires.Puis, il y a les clochers de nos églises : sons puissants, notes grêles ou profondes.Comme dit le poète : Quand mugira le bonze en nos clochers ouverts .Le bronze carillonne beaucoup au-dessus de Montréal.Il s'agit à coup sûr d'un concert émouvant et plein d'une touchante signification : les cloches célèbrent par leur grande voix les solennités religieuses, marquent les phases essentielles de la vie du chrétien : son entrée dans le sein de l'Eglise, son mariage, son départ pour un monde meilleur.Il serait désolant que le bronze de nos clochers se renfermât dans le mutisme.Personne ne le souhaite.Mais peut-être pourrait-on restreindre un peu le nombre et l'éclat des carillonnements ?La gloire de l'Eglise et la foi des fidèles n'en souffriraient pas et le bruit général qui sévit sur la métropole en serait sensiblement diminué.Dans les quartiers populaires, l'été surtout, les fenêtres sont larges ouvertes.Presque chaque logis a son appareil de radio.Bon nombre de ceux-ci jouent à pleine capacité.Une musique plus ou moins harmonieuse bondit par toutes les issues des maisons et les rues étroites, prises entre les hautes façades, se changent en des torrents de bruits vaguement musicaux.La cloche des marchands de glace s'y mêle et toutes les clameurs de la voix humaine, grave ou perçante, augmentent le tapage.Deux ou trois marchands ambulants de fruits et de légumes hurlent les qualités de leur marchandise, des bandes d'enfants s'égosillent pour le plaisir et tapent sur des casseroles.Le soir, pour couronner la paix de la journée, des fanfares paroissiales s'exercent, défilent, donnent avec entrain du tambour et des cuivres.Il y a des moments de la journée où l'on ne s'entend littéralement pas dans nos rues et dans nos maisons.On dirait une épidémie de bruits variés à l'infini : vacarme éclatant de la rue, sons assourdis qui accourent de tous les horizons et forment contre-basse.Souvent les appareils de radio ne se taisent que tard dans la veillée ; dans telle famille, on donne une soirée : chansons, piano, accordéon, autres instruments, pieds qui martèlent en cadence le plancher.Il fait chaud dans le salon, on ouvre les fenêtres.Le citadin finit par s'habituer aux bruits de la ville, par « ne plus les entendre », comme on dit.Il faut qu'il fasse un séjour à la campagne pour se rendre compte de ce que sont la paix et le silence.Il est saisi par le contraste, au point d'en souffrir, parfois.Le vacarme de la ville ne l'incommode pas, il y est fait ; l'excès des sons et des bruits lui est devenu si familier que son tympan n'en est plus affecté.Cependant, il y a les personnes innombrables qui ont besoin de paix, de silence et de calme.Songe-t-on aux tout petits dont le sommeil est si léger et si précieux pour eux ?Le bruit les éveille et les mères s'épuisent à les rendormir.Pense-t-on à tous les malades qui dorment peu et dont les bruits inutiles aggravent l'état souffrant ?Se représente-t-on tous ceux, toutes celles qui sont accablés par un dur labeur et qu'un silence relatif reposerait tellement ?Des affiches demandent le silence dans les zones d'hôpital.Mais il n'y a pas que dans les hôpitaux qu\u2019on a vraiment besoin d'une atmosphère relativement silencieuse.Pourquoi ne ferait-on pas la chasse à tous les bruits inutiles qui troublent la ville.La bonne volonté et l'attention de chacun obtiendraient des résultats étonnants, Rex DESMARCHAIS. swt ¦ \\ *W\\ miv iNj i, '.I ^f;fi 1 .« T\" « I - \u2022 i - '?¦ f*6 0 ¦ Le grand Hall du Musée Grévin qui, depuis la libération, a repris son activité d\u2019autrefois.Chaque jour, de mille à quinze cents visiteurs, soldats alliés, Parisiens ou provinciaux y passent et repassent.Beaucoup de nos soldats, pour leur part, y font une visite émerveillée au cours d\u2019une permission.On sait que le Musée Grévin est célèbre dans le monde entier.Dans les galeries de la Révolution française, des soldats américains contemplent le garde de la prison du Temple, chargé de surveiller la Reine Marie Antoinette.Cette superbe reconstitution d\u2019une époque troublée, au lendemain d\u2019une si grande catastrophe, nous rappelle une fois de plus la véracité de l\u2019aphorisme : \" Les peuples heureux n\u2019ont pas d\u2019histoire \".Un soldat anglais semble causer avec le Maréchal Montgomery que Ton croirait rendu sur les lieux pour visiter lui aussi le Musée Grévin.mais c\u2019est là une illusion puisqu\u2019ici le person-nage, étant de cire, n\u2019a de réel que les vêtements.Du reste, l\u2019air étonné du militaire à ses côtés semble confirmer cette illusion.UNE VISITE ÀU MUSÉE GRÉVIN tv./, Ci-contre, les \"Trois Grands\" que l\u2019on croirait réunis à la conférence de Potsdam.On remarquera que Churchill, ici, ne fume pas le traditionnel cigare, sans doute pour n\u2019être pas en reste avec Staline qui semble avoir oublié sa non moins traditionnelle pipe pour le moment.Truman, à gauche, pour la contenance, tient une enveloppe blanche dans ses doigts.Mais la conférence est muette pour la très bonne raison que nous ne sommes pas à Potsdam, mais au Musée Grévin, à Paris.Cela aussi, sans doute, explique l\u2019absence des interprètes ! Confortablement assis dans des fauteuils de peluche rouge et tout souriants, les \u201c Trois Grands \u201d accueillent les visiteurs.Contrairement à son habitude, Churchill ne fume pas le cigare, le Président Truman serre une enveloppe blanche dans ses doigts et le maréchal Staline porte son uniforme sans dorures ni décorations.Ces trois hommes d\u2019Etat sont là, réunis depuis quatre semaines, en toute simplicité.\t_ .Les souverains anglais sont arrives au lendemain de la Liberation : la Keine en manteau de cour bleu pâle, le Roi en uniforme d\u2019Amiral de la Flotte.En même temps que le Général de Gaulle.Quant au maréchal Montgomery, au risque de démentir ses propres paroles : \u201cJe n\u2019étais pas venu à Paris depuis dix ans\u201d, il est permis de divulguer maintenant que sa silhouette légendaire, \u2014 le béret enfoncé sur les yeux, le chandail brun- rouge au col roulé, les mains dans les poches \u2014 a été aperçue par certains Parisiens quinze jours avant sa venue officielle.Mais les soldats américains vous diront qu\u2019après tout les Parisiens n\u2019assistent qu\u2019à des événements très normaux, en comparaison de la prodigieuse aventure qui est arrivée à certains d\u2019entre eux : ils ont vu face à face le fameux général La Fayette.Oui, le Lafayette qui mit l\u2019épée de la France au service de l\u2019émancipation américaine ! Mais tout ceci se passe au Musée Grévin, l\u2019équivalent de la célèbre Galerie de Madame Tussaud, à Londres.Fondé en 1882 par M.Grévin, ce Musée de figures de cire a remplacé un grand café du Boulevard Montmartre.Au rez-de-chaussée, une salle est consacrée à l\u2019actualité.Les grandes figures du jour s\u2019y succèdent.L\u2019autre salle est dédiée au théâtre : Grock, Moreno, Jouvet.Le sous-sol renferme de nombreux tableaux de la Révolution, comme la famille royale en Prison ou le Tribunal révolutionnaire, et de l\u2019Histoire de France.Certains, comme l\u2019Entrevue du Camp du Drap d\u2019Or, Richelieu recevant ses ministres, sont protégés par d\u2019immenses vitres.Une série de tableaux est consacrée à la vie de Jésus, une autre à celle de Jeanne d\u2019Arc.Les figures de cire sont toutes fabriquées au Musée même, suivant des -procédés spéciaux qui empêchent la cire de subir l\u2019action de l\u2019humidité et du froid.Les têtes des gloires défuntes sont fondues et remodelées : ainsi le Musée\t[ Lire la suite page 32 ] j» 4 y* SSuS-V Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945\t5 AMY JOHNSON Une Héroïne de l'Air Amy Johnson, pionnière de l'avia-tion britannique disparut au cours de la guerre en service commandé.On se rappelle qu'elle vola seule d'Angleterre en Australie en mai 1930, établissant, par cet exploit, un record mondial.Comme on le verra dans l'article ci-dessus, la carrière de cette jeune aviatrice est un admirable exemple de courage et d'esprit de détermination.Nous la voyons, ci-contre, alors qu'elle atterrissait à Croydon au retour d'une envolée record entre Londres et Capetown, en mai 1936.Premier bond : Vienne.Seul un gardien ahuri l\u2019accueille à l\u2019aéroport.Deuxième étape : Constantinople.Cette fois, le monde commence à s\u2019en étonner pour la très bonne raison que cette jeune femme semble devoir réussir.Vient ensuite l\u2019atterrissage à Bagdad et du coup le record du fameux Bert Hinkler est battu.En mettant le pied à Karachi, elle établit un record mondial pour le vol Angleterre-Indes.Avant d\u2019arriver à Rangoon elle eut la mauvaise fortune d\u2019être forcée d\u2019atterrir, ce qui endommagea son avion.Comme d\u2019habitude, elle répara l\u2019avion elle-même et après un délai de deux jours elle repart pour Bangkok, à Singapore et puis vers le Sud et la mer de Java.Elle arrive enfin triomphalement à Darwin, dans le nord de l\u2019Australie.Succès complet.Cette jeune femme dont l\u2019exploit fut universellement réputé s\u2019orienta, par la suite, vers l\u2019Aviation Civile, carrière qui s\u2019avéra difficile.Au début de la guerre elle s\u2019offrit à l\u2019Auxiliaire des Transports de la R.A.F.et conduisit des avions de la fabrique à l\u2019aérodrome.Ce fut dans l\u2019exercice de ce service qu\u2019elle perdit la vie dans un accident tragique, entrant ainsi dans la gloire après avoir connu le succès.Telle est l\u2019histoire d\u2019une aviatrice de courage, d\u2019une aviatrice dont l\u2019Angleterre et tous les féministes du monde peuvent être fiers à bon droit.ON comprend aisément qu\u2019au cours d\u2019une guerre où des centaines de milliers, voire même des millions de vies humaines sont sacrifiées, certains noms de valeurs ne soient pas toujours soulignés comme il conviendrait.C\u2019est, malheureusement, ce qui est arrivé dans le cas d\u2019Amy Johnson, femme modeste et héroïque s\u2019il en fût, femme de courage et d\u2019esprit de détermination.Beaucoup de jeunes peuvent ignorer ce grand personnage que fut cette aviatrice, la plus grande peut-être dont fasse mention le palmarès féminin du monde de l\u2019air, c\u2019est pourquoi, tout en lui rendant un hommage bien mérité, nous voulons raconter, en peu de mots, l\u2019exploit qui la rendit célèbre avant la guerre.Un peu avant 1930, Amy Johnson était une jeune inconnue, une jeune Anglaise timide qui décida un jour, sans aucune raison préméditée, de faire de l\u2019aviation.Qu\u2019on se reporte à quinze ans en arrière et l\u2019on comprendra mieux la portée d\u2019une telle décision.Ainsi, déclarait-elle alors, ce fut au cours d\u2019une randonnée en omnibus dans le voisinage d\u2019un aéroport aux environs de Londres qu\u2019elle découvrit sa vocation.Du rêve, elle voulut passer immédiatement à la réalité en se rendant sans plus tarder pour s\u2019y inscrire au titre d\u2019élève aviatrice, mais un accès soudain de timidité lui fit faire demi-tour et remettre son projet à l\u2019année suivante.Peu importe, l\u2019étincelle était allumée et l\u2019incendie du projet se propagea tant et si bien qu\u2019elle fut admise, et brillamment encore, à suivre des cours de pilote et de mécano.Les difficultés furent nombreuses, mais il faut rappeler qu\u2019Amy était aussi volontaire que timide, ce qui n\u2019est pas peu dire.D\u2019abord, il y eut la désapprobation des parents.Ensuite, l\u2019étemelle question : l\u2019argent qu\u2019elle continua de gagner modestement comme sténo-dactylo.Enfin, l\u2019hostilité sourde des confrères-mécanos qui ne fut point négligeable.Malgré tout cela, Miss Johnson n\u2019en continua pas moins de faire un succès de son affaire, si bien qu\u2019un jour elle reçut ses brevets de pilote-mécanicienne.On était alors à l\u2019époque des traversées épiques de l\u2019Atlantique.Amy eut l\u2019idée contraire de faire une envolée record dans le sens opposé, soit Londres-Australie.Le projet, vraiment, parut téméraire.\u2019Là encore, nombre de difficultés apparemment insurmontables, mais toujours la même volonté.Lord Wakefield, homme clairvoyant, approuva non seulement ce projet mais voulut bien y aller de ses deniers, ce qui entraîna le consentement et l\u2019admiration même du papa Johnson.Quand, enfin, cette délicieuse jeune femme partit de Londres pour sa lointaine et périlleuse envolée, les journaux du monde entier, encore sous l\u2019émoi des traversées de l\u2019Atlantique, parlèrent à peine du grand événement qui commençait.On était en mai 1930.H 6 Quand la Parole Peut Demeurer Comme les Ecrits O O O Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 Il y a quelque temps, on donnait une démonstration d'un nouvel appareil de reproduction du son devant les membres de l'Association des techniciens professionnels de la Radio du Québec.On voit, ci-contre, l\u2019ingénieur Henry Wong, donnant, microphone en main, quelques explications sur le fonc tionnement de cet instrument qui ne manquera pas de capter l'attention de tous les amateurs de musique enregistrée.C'est l'enregistreur Armour Magnetic Wire Sound et l\u2019on trouvera dans l'article ci-dessous quelques informations révélatrices à ce sujet.Il ne manque plus qu\u2019une chose : un nouvel appareil pour nous faire jouer les émissions radiophoniques .avant qu\u2019elles soient créées, les réalisateurs éviteront ainsi les écueils de la première ou de l\u2019avant-première, comme il est possible pour les lecteurs d\u2019éviter les accidents du samedi soir en lisant le vendredi les journaux datés du dimanche suivant.Ah ! grand Dieu, comme il y a loin du nouvel appareil d\u2019aujourd\u2019hui au phono à pavillon de nos grands-pères ! Voilà un appareil de 40 livres qui sert à enregistrer et à reproduire, de plus il est possible de porter dans son gousset un appareil miniature de 3 livres, attaché à un minuscule microphone de la grosseur d\u2019un petit coquelicot et d\u2019enregistrer des conversations que vous reproduirez chez-vous sur votre appareil domestique.Ah, zut ! voilà qu\u2019il ne sera plus possible de parler dans \u201cle tuyau de l\u2019oreille\u201d d\u2019une bonne amie justement parce que le fil n\u2019est pas éventé.\u2018-\u2022tm _ i IL est loin le temps des premiers phonos, ces mystérieuses petites boîtes à manivelle surmontées d\u2019un immense pavillon au pied duquel un dispositif muni d\u2019une aiguille semblait opérer des magies sonores en reposant sur ces cylindres luisants comme des hauts-de-forme.Quelques années plus tard, l\u2019on tourna vers le bas le pavillon qui fut dissimulé dans un cabinet artistique.Du coup, on donnait une forme plus carrée au meuble et l\u2019on rendait presque imperceptible le bruit de l\u2019aiguille ou du diamant en enfermant la table tournante dans un couvercle qui s\u2019appareillait avec le meuble.Puis ce fut la radio, la radio qui fut pour le phono ce que le cinéma a été pour le théâtre.Après l\u2019âge d\u2019or, la décadence ; mais cette décadence ne fut pas une reculade proprement dite, ce fut un pas en arrière afin d\u2019aller plus loin.Plus loin, eh bien ce fut l\u2019ère (sans jeu de mots) des phonographes plus perfectionnés, ce fut les bonnes soirées d\u2019écoute collective avec commentaires, discussion et le reste.La radio aida sensiblement le phonographe et cela de deux façons : a) en faisant connaître le répertoire des bons disques et en cultivant le goût du public ; b) en donnant au phono certaines particularités, certaines richesses de son et dans la fabrication des disques et dans la reproduction au moyen du haut parleur dynamique.Il est possible d\u2019ajouter une troisième façon : l\u2019addition de la petite table tournante communiquée avec le haut parleur dynamique de l\u2019appareil récepteur.Aujourd\u2019hui, voilà encore plus que tout cela.Ce n\u2019est pas la décadence du phono, mais quasi son \u201câge de diamant\u201d en se sens qu\u2019il est remplacé sans être remplacé.Un nouvel appareil fait office de phono.Que diriez-vous d\u2019un long fil de 12,000 pieds sur lequel votre voix serait enregistrée ; imperceptible à la vue et au toucher.Un fil qui reproduirait toute une symphonie comme l\u2019a fait Désiré Defauw avec le Boston Symphony Orchestra, un fil qui contiendrait toutes les discussions de la fameuse conférence de San Francisco.Vous ne diriez rien, car la chose a été faite, vous ne diriez rien car vous demeureriez la bouche ouverte d\u2019exclamations ! Aujourd\u2019hui, il est possible d\u2019enregistrer sur fil magnétisé et même d\u2019utiliser le même fil un nombre incalculable de fois en le démagnétisant pour lui donner sa virginité originale.De plus, ce même appareil peut, pour vous, répondre au téléphone quand vous n\u2019êtes pas là, ou que vous voulez passer pour ne pas être là ; il peut aussi enregistrer l\u2019émission \u201cLe Mot S.V.P.\u201d quand, ce même soir vous avez eu la fantaisie de voir le film \u201cIncendiary Blond\u201d.Vous n\u2019avez qu\u2019à presser un bouton au retour, à la maison, et la voix de Roger Baulu et de l\u2019Agora se fera entendre une heure, deux heures après l\u2019émission.Ça dure : monsieur, ça dure : toute une vie, même plus.Depuis des mois on a fait jouer un fil plus de 200,000 fois et il est encore bon et continue jour et nuit de jouer encore.Ci-deisui et ci-contre, deux p h a s e i de fabrication de /'Armour Magnetic Wire Sound qui semble appelé à reléguer au rancart les phonos les plus perfectionnés d'aujourd'hui. 7 «Vi X V.y*\\ - '¦ ' &T « .< ¦:j?rtFg* % N> V ^¦v ¦**r -K\t, ««41 SÉÜi # «i *«2v';v \u201c vïj*! ¦\u2018¦W.», ¦ÿsw .«sjaCV*- ,>¦ «£* *»«iï-.- Les problèmes économiques dans la zone d'occupation britannique sont extrêmement compliqués.Ils couvrent la plus grande région industrielle de l'Allemagne, celle de la Ruhr ou, du point de vue alimentaire, la situation alimentaire est très déficitaire.Tout en travaillant à la réorganisation des réseaux routiers et ferroviaires, au fonctionnement des mines de charbon et aux industries indispensables en temps de paix, on songe sérieusement à la réhabilitation de la vie agricole pour l'été prochain.Les photos de cette page, nous parvenant de cette zone, nous donnent une idée de l'effroyable chaos qui règne en Allemagne occupée.que la capacité productive de la zone britannique n\u2019est que les deux tiers à peine, ou même que la moitié de ce qu\u2019elle était avant la guerre.Du fait de la pénurie de combustible et de matières premières essentielles, le gouvernement militaire ne peut autoriser la réouverture que d\u2019un nombre limité d\u2019établissements et il a fixé l\u2019ordre de priorité suivant pour la production des usines : 1 \u2014 nourriture, 2 -\u2014 logement, 3 \u2014 charbon, 4 \u2014 fournitures médicales.Plusieurs usines capables de satisfaire à ces conditions ont déjà recommencé à fonctionner.Tout cela, pourtant, reste subordonné à un facteur capital dans une économie bien conçue : les transports.De ce côté-là, la situation reste très grave.Les chemins de fer souffrent du manque de locomotives, de wagons de marchandises et de voyageurs.Le matériel roulant disponible est en très mauvais état et le plus souvent il n\u2019appartient pas à l\u2019Allemagne mais aux pays occupés à qui il fut volé.Néanmoins, le problème des locomotives et des wagons n\u2019est pas le plus difficile à régler.Les voies ferrées sont coupées dans d\u2019innombrables endroits.Rien que dans la zone britannique, de 200 à 300 ponts de chemin de fer sont sérieusement endommagés ou complètement démolis.Le trafic sur le réseau fluvial de ce qui est maintenant la zone britannique était, avant la guerre, infiniment plus grand que dans n\u2019importe quelle autre partie d\u2019Allemagne.Au moins 100 millions de tonnes furent transportées annuellement durant les cinq premières années de la guerre par les canaux et par les rivières en Allemagne.les quatre cinquièmes de ce total étaient concentrés dans l\u2019Allemagne du nord-ouest dont le point de rayonnement était la Ruhr et les importations de nourriture ne pourront donc pas être assurées d\u2019une façon à peu près satisfaisante, tant que les voies ferrées et les voies fluviales n\u2019auront pas été remises en état de supporter un trafic normal.UN PROBLEME : Le Chaos Ail eman d Par H.J.Uxlen La reconstruction de la vie économique allemande commença peu après que les Britanniques eurent assumé l\u2019administration d\u2019une bonne partie du Reich.Cette entreprise intéresse particulièrement tous les pays d\u2019Europe qui ont souffert de l\u2019invasion ennemie et qui attendent beaucoup des réparations allemandes.Elle s\u2019accompagne, bien entendu, de certaines dispositions en ce qui concerne les Allemands eux-mêmes puisqu\u2019aussi bien il est nécessaire d\u2019assurer un minimum de nourriture et d\u2019articles essentiels à la population, afin d\u2019empêcher l\u2019Allemagne de devenir un foyer de maladie qui exposerait tout le continent à de graves dangers.Les problèmes économiques, dans la zone d\u2019occupation britannique sont extrêmement compliqués.Iis couvrent la plus grande région industrielle de l\u2019Allemagne, celle de la Ruhr où, du point de vue alimentaire, la situation est très déficitaire.Il s\u2019agit donc, en tout premier lieu, de trouver de la nourriture.La reprise de la production industrielle allemande est étroitement liée à celle de 1 industrie minière.Naturellement, les industries favorisées en tout premier lieu sont celles qui servent, d\u2019une part à approvisionner les forces d\u2019occupation et, d\u2019autre part, à manufacturer les marchandises susceptibles de compter comme réparations.L\u2019industrie ne pourra assurer qu\u2019un minimum pour la consommation allemande proprement dite.A cet égard, le gouvernement militaire est aux prises avec une tâche immense.Dans sa zone, de 30 à 40 pour cent des usines sont immobilisées en raison des dégâts qu\u2019elles ont subis du fait de la guerre, et de 10 a 15 pour cent sont presque complètement démolies.Cela veut dire Hi L\u2019Organiste Aveugle Nouvelle par M.-L.VIGNON & ni \u201e , , V* \u2022 i W-ÉSêJ îl.'' ' ' Claude Sujobert, dont la cécité datait d\u2019une grave maladie d\u2019enfance, grandit dans un orphelinat provincial.Naturellement musicien, tel que beaucoup d\u2019aveugles, il y apprit le piano et l\u2019orgue puis y fut gardé comme professeur.Il atteignait ses vingt-six ans quand on lui proposa en Auvergne une place avantageuse d\u2019organiste : il accepta cette offre aussitôt.Ainsi vint-il dans la petite ville que l\u2019unique tour blonde et précieusement ajourée de l\u2019église ennoblissait d un profil ailé, sous l\u2019harmonieuse austérité des montagnes.Dès son arrivée, le jeune homme loua une chambre place des Minimes, au centre du vieux quartier tout en venelles.Autour du jet clair de la fontaine sculptée, les maisons en encorbellement semblaient des paysannes aux corsages roides et bouffants.Brun et svelte sans maigreur, l\u2019intelligence lumineuse absente de son regard réfugiée sur son large front, Claude se rendait chaque jour à Saint-Joseph.Un gamin joufflu le guidait et le tirait brusquement par la main quand la majesté bucolique d\u2019un char à bœufs les frôlait sur le parvis désert.Il avait aussi quelques élèves mais, d\u2019une discrétion presque sauvage, fréquentait peu leur famille.Ignorant des amitiés intimes, il s\u2019alarmait de sentir s\u2019aviver en lui jusqu\u2019à l\u2019intense douleur, au lieu de s\u2019atténuer par l\u2019accoutumance, son besoin de tendresse jamais assouvi.Sa solitude n\u2019était-elle pas une épreuve pire encore que son infirmité ?Celle-ci, jugeait-il, lui interdisait le mariage.Il aurait eu trop de honte virile et de remords, d\u2019imposer malgré lui à la compagne la plus aimante le sacrifice de tant de joies, un destin de renoncement quotidien ! Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 Doucement, Solange glissa sous la nudité de son avant-bras le bras frémissant de l'aveugle et tous deux se réfugièrent dans le salon, où le critique les rejoignit.Dessin de ALBERT CHARTIER Toute cette ardeur refoulée, son cœur semblait un instant s\u2019en alléger lorsqu\u2019assis à son orgue, l\u2019artiste étudiait fervemment l\u2019œuvre des maîtres.Puis, il inclinait de nouveau son front toujours plus las sous le poids du fardeau intérieur \u2014 car il ne devinait point quel amour féminin palpitait, tout proche.De l\u2019autre côté du palier habitait une jeune modiste à la grâce mince et blonde, Marie Besseyrias.Elevée par un oncle horloger dans le voisinage, elle avait dû se rendre indépendante dès sa majorité après son refus d\u2019épouser l\u2019associé trop âgé de cet homme égoïste et autoritaire.Très vite, son goût délicat et l\u2019adresse de ses doigts légers attirèrent les dames de la ville.Elle rencontrait l\u2019organiste venu pour une leçon, chez ses clientes dont Time, Mme Deraine, l\u2019aimable femme du proviseur, les retenait ensemble à l\u2019heure du thé, par les crépuscules de neige.Depuis, ils échangeaient devant leurs seuils un bonjour ou un bonsoir timide et elle s\u2019était même offerte à lui lire les brefs billets d\u2019excuse qu\u2019envoyaient pour le contre-mander les élèves malades.Une pitié presque maternelle et une admiration émue, car elle était sensible à la musique, l\u2019attiraient doublement vers l\u2019organiste ; et quand, durant les offices, en la nef recueillie de Saint-Joseph, la marée sonore déferlait largement au-dessus d\u2019elle, avec un tremblement de tendresse contenue, elle croyait pénétrer peu à peu dans les régions profondes de cette âme à qui, déjà, la sienne s\u2019était toute donnée.Un premier dimanche de juin, la grand\u2019messe terminée, l\u2019organiste prêt à quitter la tribune fut abordé par un jeune homme inconnu : « Excusez-moi, monsieur, de me présenter moi-même : Guy Néral, critique à la Revue musicale et de passage ici.Vous avez exécuté tout à l\u2019heure ce nouveau de César Franck avec une ampleur et une élévation peu communes et je vous en félicite bien sincèrement.» Et, interrompant Claude qui, touché et flatté, murmurait un remerciement : « Voulez-vous me faire le plaisir de venir déjeuner avec moi à la Tête d\u2019Or ?Nous pourrons ainsi causer à notre aise et je vous reconduirai chez vous quand vous le désirerez.» Comment décliner cette invitation si cordiale ?L\u2019aveugle, à la grande porte, congédia son petit guide habituel et prit le bras de l\u2019étranger.Tout en marchant, celui-ci expliquait : « J\u2019ai loué aux environs pour la saison le château des Olagnes et j\u2019y' séjourne avec ma sœur cadette.Elle nous a devancés à l\u2019hôtel pour commander le repas.Votre jeu l\u2019a enthousiasmée, elle aussi.» L\u2019immense place traversée, ils pénétrèrent dans la salle du restaurant.Solange Néral, longue, brune, épanouie, les attendait et ses doigts vifs saisirent et pressèrent ceux de l\u2019organiste : « Comme je suis heureuse de vous connaître, monsieur ! Nous avons passé de si belles minutes à vous entendre ! » Elle sentait délicieusement la rose \u2014 le seul parfum dont elle usât \u2014 et Claude avait en effet l\u2019illusion de respirer une grande rose pourpre penchée vers lui.L habileté de ses mouvements le dispensant de toute aide, il se laissait griser, plus que par les vins, par la fine gaieté de ses compagnons.Lui, toujours taciturne, parlait et riait comme eux.Avant de se séparer, ils prolongèrent dans l\u2019étroit logis de la place des Minimes leurs discussions artistiques.t « Vous serait-il possible de monter jeudi jusqu'aux Olagnes?Mon frère a reçu un lot de musique russe fort curieuse et nous la déchiffrerions devant vous», proposa Mlle Néral en prenant congé du jeune homme.Claude trahit sa joie par sa réponse immédiate : « C est convenu, je vous promets de me rendre libre et d être exact.»\t[ Lire la suite page 31 ] Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 9 * Dans le Monde Sportif ¦\tLa campagne du centenaire du Collège Ste-Marie obtient d\u2019excellents résultats.Ils font prévoir la possibilité de dépasser, avant le 15 décembre, l\u2019objectif de $150,000, devant servir à la construction d\u2019un magnifique gymnase dont le besoin se fait sentir depuis tant d\u2019années.Tous les anciens élèves doivent se faire un point d\u2019honneur de souscrire, selon leurs moyens, à cette campagne.Jusqu\u2019ici, les dévoués organisateurs du centenaire de Ste-Marie \u201c1948\", parmi lesquels on compte l\u2019honorable Wilfrid Gagnon, ont reçu plus de $75,000 .Au tableau d\u2019honneur s\u2019inscrivent les noms de ceux qui ont souscrit $500.00 ou plus : Son Excellence Thibaudeau Rinfret, juge en chef de la Cour Suprême et Administrateur du Canada, l\u2019honorable Wilfrid Gagnon, Emery Beaulieu, avocat, William O\u2019Brien, Arthur Doray, le Dr Jean-Baptiste Prince, Rosario Genest, avocat, Charles-Edouard Gravel, Olivier Rolland, Etienne Décarie, Mgr Joseph Coallier, M.le curé E.-N.Durette, Gaston Saint-Cyr, notaire, Georges Pratt, John Pratt, notaire, Edouard Bureau, Jean-Marie Girard, des Trois-Rivières, Fernand deHaerne, Napoléon Lafleur, Louis Trottier, Jean-C.Lallemand, le Dr Wellie Brunet, Paul Dionne, Paul Gauthier, Pierre Michaud, Donat Bergeron, Bernard Couvrette, avocat, Théodore Joyal, Denys Labrecque, Sarto Desnoyers, CE.O.C.(Université de Montréal), J.Christin & Cie Ltée (Ls-Charles Gascon), Club Kiwanis Saint-Laurent, Charles Du-ranceau, Limitée, \u201cLa Presse\u201d, Trudeau, Succession J.E.C.Notre petit doigt nous indique que Léo Dandurand, un ancien du Ste-Marie, l\u2019un des plus grands sportsmen de l\u2019Amérique du Nord, versera $1,500 ou $2,000 en faveur de cette louable campagne.¦\tRéponses à MM.J.Larose et C.Arcand, Montréal : 1° Ubald Rose, ancienne étoile des ligues de baseball locales, ancien co-propriétaire du club Cap-de-la-Madeleine de 1922, aujourd\u2019hui agent des National Breweries pour le district de St-Jérôme, connaît une saison des plus prospères.Des intimes nous ont affirmé qu\u2019il encaissera, cette année, de beaux profits, variant de $40,000 à $50,000.Vous semblez donc gagner vos paris à ce sujet.L\u2019ami Ubald vient d\u2019acheter au prix de $18,000 le terrain de golf de St-Jérôme.2° On nous dit que Albert Leduc, ancien joueur de défense de célébrité reconnue du Canadien, touche des profits de plus de $50,000 par année, comme agent des Brasseries Molson, pour le district de Valleyfield.3° Zotique Lespérance, notre actif et sympathique confrère du domaine sportif, reçoit en salaires un peu plus de $8,000 par année, pour l\u2019émission radiophonique de nouvelles sportives Molson, comme agent de liaison de la même compagnie et comme rédacteur sportif de \u201cLa Patrie\" dominicale.Par Oscar Major ¦ Le chef suprême du baseball, le commissaire A -B \u201cHappy\u201d Chandler a récemment rendu ses deux premières décisions officielles : Il a décidé que les Reds de Cincinnati avaient plein droit sur les sept joueurs, qu\u2019ils réclamaient du club de baseball Birmingham, de la Ligue du Sud .Puis, le commissaire a imposé sa première amende à un joueur des ligues majeures, au détriment du receveur des Cubs de Chicago.Thompson Livingston, qui retint le bras de l\u2019arbitre de la Ligue Nationale, Jocko Conlan, ancien voltigeur des Royaux de Montréal ; ce dernier le déclara hors jeu alors qu\u2019il tenta de convertir un coup simple en un coup de deux buts, au cours de la Ces jeunes soldats américains, dont l'âge varie de 19 à 25 ans, grands blessés de la guerre 1939-45, amputés d'une ou deux jambes, ont été condamnés à la petite voiture.Loin d'être complètement démoralisés \u2014 il y aurait de quoi \u2014 ils se retapent le moral à jouer des parties de baseball, sur un losange qui leur convient, à l'aide de petites voitures, comme le démontre notre photo.Pour ces soldats de l'hôpital général McCloskey, de Temple, Texas, ce ne fut pas une mince affaire de les convaincre qu'ils marcheront dans quelques années.Loin de se montrer affligés, ils paraissent très fiers et se forcent, quand ils frappent la balle, à se rendre au premier but le plus vite possible.Représentez-vous ce que cela signifie.Devant un grand malheur, une grande âme réagit toujours.Mais la volonté la mieux trempée faiblit, lorsque les coups du sort se répètent des années durant.A ce point de vue, aucun d'eux ne croit à une existence en immobilité perpétuelle, car la science médicale a dressé pour eux un plan de résurrection, si l'on peut dire.Dans l'intervalle, ils veillent à varier sans cesse la forme et la durée de leurs exercices physiques, à éviter la compagnie des vieilles gens, pleurards et désespérés.Quelques-uns d'entre eux font mieux.Ils opèrent des tractions sur une barre fixe.Ils se suspendent par les mains et se soulèvent du sol jusqu'à ce que leurs cheveux viennent en contact avec la barre .Cette photo, mieux qu'une longue explication, mieux qu'une description minutieuse, témoigne de la valeur de l'exercice physique.sixième joute des dernières séries mondiales entre le Chicago et le Détroit.Livingston s\u2019est vu soulagé de la somme de $250 à la suite de ce délit qu\u2019il ne commettra plus.Tout joueur de baseball professionnel à qui on enlève un certain montant d\u2019argent à la suite de tout manquement à la discipline devient moins bouillant.¦ Un monsieur Attendu a récemment mis sur le marché des skis d\u2019une nouvelle caractéristique.Ces skis, dont la durée sera aussi remarquable que leur solidité, sont en métal solide, un alliage d aluminium, d\u2019acier, de magnésium et de manganèse.Va sans dire que ces nouveaux skis, qui se vendent $40.00, offrent plusieurs points de supériorité, qui feront la joie de nos skieurs et skieuses, dans les Laurentides, l\u2019hiver prochain.Ils sont fabriqués au Chemin Côte St-Paul .Des essais scientifiques ont prouvé que ce mode de fabrication augmente la souplesse des skis et diminue les chances d\u2019accident.De plus, quelques-uns de nos meilleurs skieurs de vitesse en ont fait l\u2019essai, à la fin de l\u2019hiver dernier, sur les côtes enneigées des pays d\u2019En Haut.I Nous avons lu, dans les canards, que deux savants américains avaient trouvé moyen de prolonger la vie jusqu\u2019à 107 ans.Ils ont préconisé un système des plus simples : c\u2019est de retarder la croissance de l\u2019enfant au berceau, en le privant de tout.Ils ont fait des expériences.Ils ont essayé sur des rats.Il paraît que tout a réussi, même sur des cochons.Ils n\u2019attendent plus que la permission de risquer la tentative sur des hommes.Croyez-vous qu\u2019il y ait des savants qui soient à peu près aussi distingués que des sorciers anthropophages ?Devant ce projet des savants américains, nous nous sentons tout secoué, vu les conséquences qu\u2019il aurait dans les milieux sportifs de notre ville, en particulier.On a déjà un certain nombre d'athlètes et de rédacteurs sportifs dont la croissance fut probablement retardée en leur jeune temps, puisqu\u2019ils sont encore jeunes bien qu\u2019ils aient déjà atteint un âge avancé.Supposez qu\u2019on retarde la poussée des jeunes joueurs de hockey et de baseball à venir, il se trouvera que les patinoires et les losanges seront remplis de Mathusalems, qui ne voudront pas faire la place aux moins vieux.Dans le domaine de la rédaction sportive, même résultat.Nos journaux seront embouteillés de vieux caïmans qui ne voudront pas donner leur place aux jeunes crocodiles, de vieux renards qui, par tous les moyens déloyaux, comme la chose se fait à la lutte libre, continueront à cumuler des emplois en \u201ccoupant le cou\u201d de leurs confrères.Et ce qu\u2019il y aura de plus grave, c\u2019est que ces vénérés messieurs se prendront pour des espoirs.comme on en connaît, de nos jours ! ¦ ¦ mm t -'**%i*w i\t.0 ¦ 10 Le Samedi, Montréal, 1er décembre 194:, Récit dramatique IUDETTE, PETITE MÈRE Par PIERRE MONTANAY I \u2014 LES DEUX AMIES Alors, ça bûche ?\u2014 Tu vois.et toi, et promenade ?\u2014 Oui, je m\u2019ennuie, alors je suis venue ! \u2014 Que d\u2019amabilité ! s\u2019exclama Nadette en éclatant d\u2019un rire moqueur, ma pauvre Luce ! Il est vrai que les tâches absorbantes ne t\u2019accablent pas, adorée et riche, n\u2019ayant rien à désirer tu t\u2019ennuies, c\u2019est normal.\u2014 Eh bien ?questionna Luce sans bouger du fauteuil au fond duquel disparaissait sa mince silhouette.\u2014 Eh bien ?ton mari te trompera et cela te donnera de la distraction, achat de revolver, mise en scène .en j oue .feu ! pim .poum ! \u2014 Quelle horreur ! méchante .\u2014 Laisse-moi finir.Ayant visé au cœur, c\u2019est l\u2019oreille droite qui écope, sang répandu, cris, larmes, repentir et nouveau bail d\u2019amour.jusqu\u2019à la prochaine fois.\u2014 Tu as le courage de plaisanter, gémit la jeune femme, si tu étais à ma place ! \u2014 Ah ! je le voudrais bien ! pensa Nadette, qui ne pouvait se défendre d\u2019une tendre pitié pour le malheureux Jean, le mari de Luce.D\u2019un violent effort elle refoula l\u2019envie, le besoin d'être aimée qui lui torturait le cœur.D\u2019une nature ardente, passionnée, voluptueuse, la jeune fille recelait un tel bouillonnement de la vie que ses tentations eussent été plus fortes si de bonne heure elle n\u2019eût suivi la règle que lui avait fixée son père avant de mourir.« Souviens-toi, lui avait-il dit, que la volonté sagement conduite est à la base du bonheur et de la puissance.Tu dois l\u2019exercer dans ton corps et ton intelligence pour les préserver des excès dangereux.» Nadette reçut avec dévotion l\u2019enseignement de son père, s\u2019appliquant à le pratiquer loyalement, et lorsque ce père bien-aimé mourut, la fillette de treize ans qu\u2019était Nadette s\u2019acharna à lutter contre elle-même, à forger cette volonté pour obtenir ce merveilleux paradis promis.Luce répéta sa question.\u2014 Dis-moi, Nadette, à quoi passerais-tu le temps si tu n\u2019étais pas obligée de taper à la machine toute la journée en soignant ta mère ?Conseille-moi, sauve-moi.\u2014 Sur ce point-là ?prononça dédaigneusement la jeune dactylo, pourquoi, au lieu d\u2019épouser un intellectuel, un docteur toujours par monts et par vaux, n\u2019as-tu pas choisi.un monsieur dans le genre de Georges.par exemple.Il s\u2019y entend, celui-là, à passer les heures gaies ! On voit son nom dans tous les journaux mondains, il est de toutes les fêtes, de tous les comités organisateurs de .rigolade .« Je me demande comment cet oiseau\t- bleu et toi ?\u2014 Ne m\u2019en parle pas, tiens ! cria Luce du fond de son fauteuil, c\u2019est la faute de mes parents, Jean Ronel était beaucoup plus riche que Georges.et plus sérieux .enfin, il m\u2019adorait et j\u2019ai cédé .je le regrette, tu peux croire ! \u2014 Ecoute, promets-moi, lui dit-elle, de suivre mes conseils et tu ne t\u2019ennuieras plus.La tête et le bras de Mme Ronel émergèrent du fauteuil d\u2019ombre, dans la jolie et puérile figure les yeux pâles brillaient de curiosité.\u2014 Est-ce vrai?oh! parle vite.je t\u2019obéirai aveuglément, c\u2019est que, tu vois, je puis bien te le confier.il me semble que je n\u2019aurai jamais la force d\u2019attendre la fin du voyage.Nadette eut un violent haut-le-corps.\u2014 Non !.je suis capable de ça.enfin, mets-toi dans ma peau.si tu peux, et dis-moi si ma vie telle qu\u2019elle est pourrait te contenter.Intensément, Nadette dévisageait Luce, celle-ci continuait, gémissante : \u2014 En m\u2019éveillant, je m\u2019ennuie déjà à l\u2019idée de ce que je vais m\u2019ennuyer toute la journée ! Rien ne m\u2019intéresse ni ne m\u2019amuse, je suis lasse de changer de toilette, d\u2019essayer des chapeaux, de faire des visites, boire du thé, écouter la T.S.F.Partout, ce sont les mêmes potins, et comme mon visage reflète tous mes sentiments, les consolateurs s\u2019offrent en foule.J\u2019en ai assez ! Le crois-tu ?\u2014 Oui.et je constate que les proverbes sont presque tous menteurs, ainsi l\u2019abondance de biens t\u2019est nuisible et si j\u2019étais fée, ta transformation en claque-dents s\u2019opérerait à l\u2019instant.\u2014 Tu te moques de moi ! c\u2019est mal, protesta Luce énervée, trouve autre chose.\u2014 Tu m\u2019as demandé un conseil, le voici, pronon-ça-t-elle d\u2019un ton sérieux.« Il existe de cruelles misères, à toi d\u2019aider ceux qui souffrent, cherche les vrais pauvres, fais-les travailler, envoie tes revues, tes livres, tes bonbons et tes fleurs dans les hôpitaux, vas-y toi-même.Oublie-toi, Luce, pour penser aux autres et ta vie sera trop courte.Protège les petits, ah ! c\u2019est à eux que tu pourrais être utile .les enfants.» Quelque chose de si poignant a passé dans l\u2019accent de Nadette que Luce s\u2019émeut enfin.\u2014 J\u2019essaierai, murmura-t-elle .mais tu me guideras, toute seule, je ne saurais pas, et puis, le courage me fera défaut plus d\u2019une fois.\u2014 Ton mari est plus qualifié que moi pour ce genre de conseil, remarqua la petite dactylo.\u2014 Lui ! Il ne sait que m\u2019embrasser, je me demande parfois s\u2019il se doute que j\u2019ai une âme.\u2014 Fais en sorte qu\u2019il s\u2019en aperçoive.Luce regarda longuement son amie et lui demanda au bout d\u2019un instant : \u2014 Tu es heureuse, toi, Nadette ?Soudain raidie et la porte refermée sur son jardin secret, la jeune fille prononça seulement : \u2014 Je ne m\u2019ennuie jamais.Il \u2014 LA MALADE Nadette ?\u2014 Oui, maman.j\u2019y vais.\u2014 La jeune fille s\u2019arrêta dans la chambre où sa mère, presque totalement paralysée par les rhumatismes, achevait une vie de dévouement silencieux.-n isolement ,- Tout se désole et pleure et je sens me quitter Les choses près de moi qui vivent de ma vie Et dans le long remords où gisent mes bontés Je n'entends plus gémir la honte poursuivie.Mes vœux ne cherchent plus un accueil décevant Qui fait l'ombre s'ouvrir et se tourmenter l'heure Et mes chants étouffés font se plaindre le vent Tandis qu'auprès de moi, tout se désole et pleure.Léopold HEBERT.Extrait de « Nuages », œuvre qui paraîtra bientôt aux éditions Serge Brousseau.Cette bonne mère, navrée d\u2019être pour sa fille une charge, un empêchement à bâtir un nid tout neuf, souhaitait mourir et suppliait Dieu tout bas, non point d\u2019abréger ses souffrances, mais de rendre la liberté à son oiseau chéri.\u2014 Elle pleurera, pensait Mme Valence, et puis quelqu\u2019un viendra qui séchera ses larmes ! A vingt ans, nul chagrin n\u2019est inguérissable.Mais la mort est comme le chien de Jean de Nivelle, pendant cinq ans la malade l\u2019attendit en vain.Nadette fut obligée de quitter le bureau où elle pianotait du matin au soir sur sa machine à écrire, pour rester auprès de sa malade.Dès six heures, la vaillante enfant se levait, faisait son petit ménage sans bruit, afin de ne pas éveiller sa mère, s\u2019attardait un peu à sa toilette, puis préparait le déjeuner que les deux femmes prenaient ensemble, Mme Valence dans son lit et sa fille auprès d\u2019elle sur une table volante.Puis, ayant donné à sa mère les soins que réclamait son état, et mis la chambre en ordre, la gentille garde-malade s\u2019asseyait devant sa machine à écrire et copiait des manuscrits souvent inintelligibles.Mme Valence possédait de toutes petites rentes qui servaient à payer le loyer, les impôts et l\u2019entretien, et comme la maman, pas plus que la fille, n\u2019étaient gourmandes, Nadette réalisait encore des économies sur son gain.Mme Valence faisait, à haute voix, la lecture du journal quotidien, pendant que sa fille s\u2019accordait une courte récréation après le déjeuner du midi.Parmi tous les crimes offerts chaque jour en pâture aux lecteurs, Nadette frémissait particulièrement quand il s\u2019agissait des enfants.Son indignation s exaspérait devant les condamnations dérisoires infligées aux parents des petits martyrs.\u2014 Les bébés, c\u2019est toujours un miracle pour moi, expliquait-elle à sa mère, un miracle et un mystère ! Mme Valence souriait simplement sans répondre, et Nadette s\u2019étonnait alors de la profonde tristesse que sa mère ne parvenait pas à dissimuler.\u2014 Qu'as-tu, mère chérie ?Es-tu plus souffrante ?\u2014 Non, mon trésor, je songe que la vie est étrange et souvent bien douloureuse.Je ne serai pas toujours la, mon petit ! ivrais, maigre le ton menaçant de sa gei Nadette, Mme Valence continua, car elle avait que chose à faire savoir à sa fille.\u2014 Eh bien! les recommandations, les conseils, ça ne fait pas mourir, ma chérie, et justement je tenais a te dire que s il m\u2019arrivait de te laisser brusquement, avant toute chose tu chercheras dans mon coffret de fer une lettre cachetée à ton adresse.Cette lettre n\u2019aura de signification Pour toi qu\u2019après mon départ.Surprise, bouleversée d\u2019inquiétude surtout, Nadette se pencha sur sa mère.\u2014 Tu ne te sens pas plus malade ?de-manda-t-eUe d\u2019une voix qui tremblait.Mais non, grande folle, embrasse-moi, et lisons ton courrier.La mattnee du lendemain s\u2019écoula sem blable aux autres, le déjeuner aval Nadette s\u2019assit près de la fenêtre per dant que sa mère dépliait le journa Les nouvelles de partout, la chronique le cale, un peu de politique se succédèrei sans ordre, puis Mme Valence lut un t tre: «Encore un», ne sachant de qu \u2018 s agissait, elle commença la lecture c fait-divers, « un enfant torturé par sa mi re, une nommée Catherine Livet.». Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 11 Un cri sourd, un râle coupèrent la phrase ; renversée sur ses oreillers par une crise cardiaque, la maman de Nadette sombrait dans un vertige épouvantable.D\u2019un bond, Nadette fut auprès de sa mère, la soutint dans ses bras, l\u2019appuya sur son épaule, maîtrisant sa douleur pour ne pas effrayer sa maman.\u2014 Il faut que j\u2019appelle un médecin, résolut-elle.Doucement, avec d\u2019infinies précautions, elle reposa la tête exsangue sur l\u2019oreiller et, sans chapeau, en pantoufles, elle allait sortir lorsqu\u2019on sonna.\u2014 C\u2019est toi, Luce ! oh ! ma petite Luce, je t\u2019en conjure, rends-moi le service de courir chez toi et de ramener ton mari, maman se meurt.Apitoyée, Luce embrassa tendrement Nadette.\u2014 Ne t\u2019affole pas ainsi, je t\u2019en conjure, retourne auprès de ta mère, dans un quart d\u2019heure Jean sera ici, c\u2019est l\u2019heure de son cabinet et je suis sûre de le trouver.A tout à l\u2019heure, courage.Penchée sur sa chère malade, Nadette épiait les moindres contractions de son visage.Une angoisse insurmontable envahissait le cœur de la jeune fille en face de la terrible éventualité.Est-ce que sa mère allait mourir ?Non, cela n\u2019était pas possible, Dieu ne permettrait pas que si tôt cette épreuve lui fût imposée et une supplication ardente montait vers celui qui voit nos larmes.\u2014 Si vous la prenez, gémissait-elle intérieurement, car sur sa figure pâlie rien ne transparaissait du drame de son âme, si vous m\u2019enlevez ma maman je n\u2019aurai plus rien.rien ! Elle seule m\u2019aime et que ferai-je après de ma vie désormais inutile ?Pitié, mon Dieu ! L\u2019arrivée de Luce et de son mari tira la malheureuse enfant de son exaltation dangereuse.\u2014 Venez vite, docteur, dit-elle en lui serrant la main .merci, Luce ! Le jeune médecin s\u2019approcha vivement du lit et procéda à l\u2019examen de la malade avec un soin minutieux.Nadette ne le quittait pas des yeux, et lorsque Jean releva les siens leurs regards se croisèrent.Nadette en reçut le choc en plein cœur, elle avait compris, son dernier espoir s\u2019envolait.\u2014\tNous entend-elle ?questionna Luce, tout bas.\u2014 Oui, répliqua le docteur sur le même ton, elle entend et comprend.voici ce que vous devez lui faire prendre dans un instant, mademoiselle, expli-qua-t-il à Nadette.Je vais moi-même lui donner quelques soins immédiats pour ramener une circulation normale.Ce doit être une émotion violente qui l\u2019a mise dans cet état ?La voix du docteur questionnait.\u2014 Une émotion?répliqua vivement Nadette, mais non docteur, maman lisait le journal.\u2014 Quel sujet ?\u2014 Encore une histoire d\u2019enfant martyr, dit tristement la jeune fille .voyez plutôt.Sans y ajouter beaucoup d\u2019importance, Nadette chercha le passage et quand elle l\u2019eût trouvé, le docteur, tenant toujours le bras de sa malade, en demanda la lecture, et aussitôt, il put constater que le pouls s\u2019accélérait, enfin lorsque Mlle Valence prononça le nom de Catherine Livet, il sentit très bien l\u2019effort tenté par la malheureuse femme pour se redresser.Nadette lisait toujours.«cette mère dégénérée martyrisait journellement son petit garçon âgé de quatre ans.Le corps de l\u2019enfant était couvert de brûlures et de marques de coups, sa maigreur arrachait les larmes.Craintif, résigné, le pauvret ne se plaignait pas et il n\u2019aurait pas survécu longtemps à un tel martyr, si sa mère, dans un accès de fureur bestiale s\u2019étant élancée vers lui le pique-feu à la main n\u2019avait culbuté dans l\u2019âtre.Aussitôt les flammes l\u2019entourèrent, la mégère, torche vivante, courut au dehors, se roula dans l\u2019herbe, appela au secours, mais rien ni personne ne put la sauver du châtiment, elle succomba rapidement à ses brûlures.C\u2019est après, lorsque le petit Claude fut emmené par une voisine compatissante, que l\u2019on sut à quel point la misérable mère méritait son châtiment.« Il fut décidé que l\u2019enfant ferait un séjour nécessaire à l\u2019hôpital le plus proche du village, on verrait ensuite à l\u2019expédier au bord de la mer, à Giens.et puis, comme le pauvre petit n\u2019a plus de famille.on le mettra à l\u2019Assistance.» Le docteur lui fait signe d\u2019approcher.\u2014\tIl y a certainement, dit-il, une corrélation entre l\u2019article que vous venez de lire et cette crise soudaine.Voyez d\u2019ailleurs, le regard de votre mère s\u2019anime, essayez de comprendre ce qu\u2019elle veut vous dire.je suis sûr de ne pas me tromper.Nadette embrassa sa mère et lui prit la main.\u2014 C\u2019est vrai que tu as quelque chose à me dire, maman chérie ?Les paupières de Mme Valence s\u2019abaissèrent, puis se rouvrirent.\u2014 Est-ce au sujet de cet article ?questionna encore la jeune fille.De nouveau, les yeux se fermèrent, s\u2019ouvrirent.\u2014 N\u2019insistez pas trop aujourd\u2019hui, mademoiselle, demain vous reprendrez l\u2019interrogatoire, la malade sera mieux en état de vous répondre, laissons-la dormir, je reviendrai ce soir à vingt heures.En partant nous laisserons l\u2019ordonnance chez le pharmacien qui vous fera monter les remèdes.Nadette ne savait comment exprimer sa gratitude, elle serra énergiquement la main du docteur et se jeta dans les bras de Luce.\u2014 Tu reviendras ?implora-t-elle.\u2014 Oui, dit la jeune femme en détournant la tête pour dissimuler son embarras, mais, toute à son chagrin, Nadette n\u2019y fit pas attention.Lorsque Nadette revint auprès du lit, Mme Valence l\u2019appela du regard et malgré les tendres refus de la jeune fille objectant la fatigue que provoquerait cette conversation par signes, il fallut obéir à la malade, tant il émanait d\u2019impérieuse volonté de ces yeux seuls vivants dans la face immobile.Nadette, l\u2019esprit concentré sur les révélations que sa mère pouvait avoir à lui faire, eut l\u2019intuition soudaine d\u2019un rapport entre l\u2019article du journal et les papiers contenus dans le coffre de fer dont lui avait parlé Mme Valence certain jour.Avec précaution, elle le lui demanda et aussitôt les paupières battirent par trois fois précipitamment.Le cœur serré d\u2019un étrange pressentiment, Nadette ouvrit l'armoire à glace, s\u2019empara du coffret et 1 ayant déposé sur le lit maternel 1 ouvrit.La lettre qui lui était destinée se trouvait, la première, bien en évidence : « A ma fille Nadette.» Elle la prit et son contact lui fut douloureux comme une blessure, le regard d\u2019inexprimable angoisse posé sur elle l\u2019avertissait déjà.Encore une fois, Nadette rassembla toutes ses forces physiques et morales pour affronter l\u2019inconnu, il ne fallait pas que sa mère, si malade déjà, subisse le contre-coup de sa peine.Elle s\u2019assit près du lit, et dépliant les feuillets couverts d\u2019une écriture jaunie par le temps, elle lut^à mi-voix les premières lignes, mais soudain, une pâleur de cendres couvrit ses traits et ses mains eurent un tel tremblement que les papiers faillirent s en échapper.Elle n\u2019eut pas une plainte cependant devant l\u2019horreur de ce qu\u2019elle venait d\u2019apprendre.Ah non ! sa mère, sa mère ne connaîtrait rien de la torture qu\u2019elle endurait en apprenant qu\u2019elle était la fille abandonnée de cette Catherine Livet, dont le journal racontait les méfaits et la mort atroce, Catherine Livet.sa mère ! Sous l\u2019effort de cette volonté tenace, absolue, Nadette modela son visage, raffermit sa voix, et ses gestes doux en repliant le message et en l\u2019enfermant dans l\u2019enveloppe, furent pour la malade comme une délivrance, son visage parut se détendre, des larmes perlèrent sous ses cils.Nadette se pencha sur elle, baisa avec adoration les paupières meurtries.L\u2019espace d\u2019un éclair, la tête de Nadette reposa sur la poitrine de Jean.Un baiser plus léger qu\u2019un souffle caressa ses lèvres. 12 \u2014 C\u2019est toi, ma mère chérie ! rien n\u2019est changé, va ! Qu\u2019importe qu\u2019une autre ait formé mon corps ! c\u2019est à toi et à père que je dois mon cœur, mon intelligence, ma vie d\u2019enfant heureuse.Grâce à vous deux, mes chéris, j\u2019ai connu la douceur du foyer, les baisers et toutes les joies que tant d\u2019autres n\u2019ont pas ! Merci, mère chérie ! je t\u2019aimais bien jusqu\u2019à ce jour, mais vois-tu en songeant à ce que j\u2019aurai pu devenir entre les mains de .cette femme et à ce que je suis, mon amour grandit encore, il se double d\u2019une reconnaissance impossible à exprimer, chère maman.La voix de Nadette chavira malgré elle, un sanglot l\u2019étouffa, un instant ses mains couvrirent son visage, mais alors, miracle d\u2019amour maternel, son nom fut prononcé, d\u2019un bond Nadette quitta sa chaise pour se pencher sur sa mère .\u2014 Tu vas mieux.je n\u2019ai pas de chagrin, rassure-toi.je t\u2019en supplie, que dis-tu ?\u2014 Le petit.ton frère .articula péniblement Mme Valence.IV \u2014 CE PETIT CLAUDE Debout devant le lit, les yeux fermés et les mains fortement jointes sur sa poitrine, Nadette sentait s\u2019ouvrir en son cœur une source de délices.Les pensées tumultueuses se bousculent, les joyeuses balayant d\u2019un coup les méchantes.-\u2014 Ah ! comment se fait-il, s\u2019émerveilla Nadette, dont la nature passionnée reprenait le dessus, que j\u2019aie un frère.Elle exultait à la pensée du petit orphelin qu\u2019elle tiendrait dans ses bras, alors le bébé oublierait sous ses caresses toutes les tortures infligées par sa mère indigne.La jeune fille ne songeait pas qu\u2019un obstacle put s\u2019élever contre sa volonté de prendre l\u2019enfant, l\u2019idée d\u2019un père faisant valoir ses droits ne l\u2019effleura pas, d\u2019un coup Claude était entré dans son cœur, elle le voyait dans sa maison.Ainsi qu\u2019il l\u2019avait promis, le docteur revint à vingt heures.\u2014 Ma femme n\u2019a pu m\u2019accompagner, expliqua-t-il à Nadette, mais nous serons ici demain à onze heures, si cela ne vous dérange pas, mademoiselle.\u2014 Oh ! docteur, au contraire .venez vite vers maman, il me semble qu\u2019elle va mieux.Le docteur ne sembla pas du même avis, une légère contraction du sourcil en comptant les pulsations trop rapides, effraya Nadette.\u2014 Elle m\u2019a parlé hier au soir.\u2014 Il est visible que Mme votre mère a fait un effort surhumain pour cela, elle le paie aujourd\u2019hui, je vais lui faire une piqûre à l\u2019instant même, et je vous en conjure, ne la laissez plus parler.\u2014 Oh ! maintenant, répondit tristement la jeune fille, elle m\u2019a dit ce qu\u2019il fallait que je sache.\u2014 Ah!.\u2014 Oui, demain je vous mettrai au courant ainsi que Luce.mais, docteur, vous êtes inquiet, n\u2019est-ce pas ?Le docteur Jean Ronel enveloppa Nadette d\u2019un long regard compatissant, si doux aussi que la triste vérité qui en jaillissait, si elle apportait la douleur, dispensait en même temps le baume d\u2019une tendresse compréhensive.Tout l\u2019être de Nadette en frémit, un afflux de sang empourpra ses joues pâles, mais elle enraya brutalement cet émoi quasi sensuel qu\u2019elle ne voulait pas se permettre, elle ne voulait pas ; son devoir était ailleurs et, raison suprême, Jean, marié, ne devait pas exister dans ses rêves.La nuit fut très agitée, la malade ne prit de repos qu\u2019au matin, et lorsque Luce et son mari arrivèrent, elle dormait profondément encore.Nadette, pendant sa longue veillée, avait réfléchi à l\u2019inutilité de découvrir à ses amis le secret si longtemps caché par ses parents, à quoi bon.Elle leur dirait simplement qu\u2019un lien de parenté l\u2019attachait à Claude Livet, et qu\u2019elle recueillerait cet enfant dès que cela serait possible.Et c\u2019est ce qu\u2019elle leur confia après qu\u2019elle eut donné au docteur des nouvelles de sa mère.Luce se récria aussitôt scandalisée.\u2014 Tu n\u2019y penses pas, ma chère ?On s\u2019empressera de dire qu\u2019il est à toi, ce petit, et tu ne pourras pas te marier ; et puis .quelle charge .vrai ! si ta mère pouvait parler, elle te défendrait bien une folie pareille.\u2014 Je ne le crois pas, répliqua posément Nadette.\u2014 Et toi ?qu\u2019en dis-tu, demanda nerveusement Luce à son mari.Jean se tourna vers Nadette, qui attendait son avis.\u2014 Je crois, dit-il, que c\u2019est une noble tâche d\u2019élever un enfant.Quant aux sacrifices, ils sont à la base de tout bonheur durable.\u2014 Si tu parles par énigme.s\u2019impatienta Luce.Nadette avait compris, son visage s\u2019adoucit et c\u2019est elle cette fois qui enveloppa le docteur d\u2019un chaud regard reconnaissant.La jeune fille n\u2019écoutait plus son amie, qui s\u2019efforçait de lui peindre un sinistre tableau de tous les ennuis qu\u2019apporte un enfant dans un intérieur.\u2014 Plus de sorties le soir au théâtre, au ciné, on ne peut laisser bébé seul à la maison.Lui consacrer tout son temps, toute sa vie quand on n\u2019a pas de bonne pour s\u2019en occuper.Un sourire effleura les lèvres de Nadette, Jean haussa imperceptiblement les épaules, mais Luce continuait à prêcher dans le désert sans s\u2019en apercevoir.\u2014 As-tu seulement songé qu\u2019un jour tu aimeras.Nadette tressaillit, une ombre passa sur le visage du docteur.\u2014.Et tu seras aimée car tu te mérites ! dis-moi, quel homme acceptera un enfant étranger à son foyer ?et, en admettant que par amour il cède, plus tard, lorsque des enfants naîtront de vous.quel sera la place, le rôle de ce petit malheureux ?Il souffrira, c\u2019est bien simple.\u2014 Je te remercie, ma chère Luce, de ton amitié qui me vaut de si bons conseils, mais sache bien que lorsque je suis en face d\u2019un devoir, je ne transige jamais, je refuse d\u2019envisager les conséquences désagréables d\u2019un acte que j\u2019accomplis pour le bien, et cependant, d\u2019avance, j\u2019en revendique toutes les responsabilités.D\u2019autre part, je n\u2019épouserai jamais un homme incapable de partager mes sentiments au sujet du devoir social.Luce fronçait ses fins sourcils, forçant son attention pour comprendre ce que disait Nadette, mais elle s\u2019embrouilla dans les conséquences désagréables, le devoir social et les responsabilités.Son intelligence n\u2019était pas à la hauteur de sa beauté superbe.\u2014 En d\u2019autres termes, lui expliqua charitablement son mari, Mlle Nadette fera le bonheur de ce poupon sans s\u2019inquiéter d\u2019autre chose.Luce fit un geste découragé et si elle ne dit pas « Aléa jacta est », c\u2019est que son ignorance en latin en était seule la cause, mais elle pensa, en pur français, quelque chose d\u2019approchant : « Tant pis pour elle .qu\u2019elle agisse à sa guise, moi je m\u2019en f.» V \u2014 DEUX DEFAUTS , a vocation de Jean Ronel était in-I déniable, tout enfant, il s\u2019exerçait I déjà à faire des pansements sur ses chevaux et ses moutons de bois.Son ardeur à l\u2019étude, ses examens passés avec la mention très bien, lui valaient déjà une réputation de savant dans son entourage avant même qu\u2019il eut exercé son art.Et tous ceux qui approchaient ce charmant garçon l\u2019aimaient à cause de cette façon attentive qu\u2019il avait d\u2019écouter les moindres propos.Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 Sa mère, qui l\u2019adorait, le taquinait aussi.__Xu as l\u2019air d\u2019aimer tout le monde, disait-elle en riant.__Il y a de ça, maman ! Pourquoi ?Parce que je suis médecin et que dans tout individu il y a un malade! Pensée trop profonde pour Mme Ronel, qui ne vit là qu\u2019une boutade amusante.Jean se laissa facilement convaincre lorsque ses parents lui conseillèrent de se marier d\u2019abord et de s\u2019installer après, ou plutôt tout se ferait à la fois, et comme le jeune homme possédait une belle fortune les fiancées ne manquèrent pas.Sur les quatre qu\u2019on lui offrit, Jean choisit innocemment la plus belle, lui prêtant de confiance toutes les qualités solides que lui-même possédait à un très haut degré.Luce, radieuse de s\u2019installer à Paris dans un quartier riche, très fière d\u2019être la femme d\u2019un docteur qui l\u2019adorait par surcroît et disait « amen » à ses moindres caprices, Luce se lança éperduement dans la vie de plaisirs, si largement ouverte devant elle.Bientôt, son mari, dont la clientèle augmentait chaque jour, dut renoncer à accompagner sa femme, il en souffrit car il aimait encore cette Luce, malgré son indigence intellectuelle et morale.Elle était si jolie ! Une année s\u2019écoula.et puis deux, l\u2019enfant souhaité par le mari comme un sauveur ne vint pas, et Jean resta seul, car l\u2019égoïsme monstrueux de sa femme la rendait insensible à tout ce qui ne s\u2019appelait pas Luce.Elle riait de toute croyance et se moquait encore plus de ceux qui se sacrifient pour quelqu\u2019un ou pour un idéal.A deux ou trois reprises de vives discussions s\u2019élevèrent entre le mari et la femme à ce sujet, et l\u2019irritation du docteur s\u2019accroissant chaque fois davantage devant la mauvaise foi de Luce, il renonça à ces causeries vite dégénérées en querelles.\u2014 Je finirai par la détester, pensait Jean.Désormais, ils s\u2019en tinrent aux propos les plus ordinaires concernant la maison, les relations, les boutons de chemises de monsieur et les notes de couturière de madame.Pendant la première année de son installation à Paris, Luce recevait très souvent Nadette Valence, une amie de pension retrouvée avec plaisir.La jeune fille, très gaie, bonne musicienne, venait le samedi et parfois le dimanche, car la semaine elle travaillait comme dactylo-comptable dans une maison de la rue de la Paix.Jean et Nadette sympathisaient beaucoup.Insensiblement, la jeune fille sans méfiance, croyant son cœur guéri par un premier amour déçu, s\u2019était laissée gagner par la bonne camaraderie qui les unissait tous deux.Elle savait discerner dans ce visage sans beaute une très grande distinction.Le front élevé sous de fins cheveux blonds, les yeux bleu clair brillaient d\u2019une douce lueur derrière les lunettes rondes et les lèvres fines avaient le joli et mélancolique sourire des êtres d\u2019amour.Comme ils sont mal assortis, remarquait Nadette perspicace.Cette Lu-ce connaît pas son bonheur ! Si j\u2019étais à sa place j\u2019agirais autrement Et cette dernière réflexion ouvrit ,aux yeux de la jeune impudente une telle avance de l\u2019amour défendu dans son cœur qu\u2019elle trembla devant l\u2019effort douloureux qu\u2019il lui fallait accomplir sur 1 heure avant que le mal ne devienne irréparable.Il lui fut facile de trouver un prétexte pour supprimer ses visites à ses amis.\u2014 La dame qui vient garder maman lorsque je m\u2019absente, n\u2019est plus libre et je ne puis laisser ma malade toute seule.expliqua-t-elle à Luce et à son mari, mais tu viendras bien de L'HOROSCOPE DU \" SAMEDI \" (Nouvelle Série) 4\t6\t2\t7\t5\t8\t3\t7\t4\t6\t2\t8\t5\t7\t3\t4 C\tS\tS\tS\tD\tV\tS\t0\tA\tO\tO\tO\tE\tI\tO\tC 7\t3\t7\t5\t8\t2\t6\t4\t7\t8\t2\t5\t4\t3\t6\t2 G\tY\tN\tB\tU\tY\tI\tH\tE\tS\t' E\tO\tE\tE\tR\tZ 8\t2\t7\t5\t6\t3\t7\t6\t2\t8\t4\t7\t3\t5\t8\t4 E\tP\tZ\tN\tE\tZ\tV\tE\tL\tT\tZ\tO\tP\tN\tE\tV 8\t4\t7\t2\t6\t3\t7\t5\t2\t8\t5\t3\t6\t2\t4\t7 S\t0\tT\tU\tC\tR\tR\tE\tS\tR\tS\tU\tH\tI\tS\tE 8\t4\t7\t5\t6\t2\t7\t5\t3\t8\t4\t2\t6\t7\t5\t8 E\tE\tA\tN\tA\tN\tP\tO\tD\tV\tN\tD\tR\tP\tU\tE 5\t7\t2\t6\t4\t3\t7\t2\t8\t5\t6\t3\t7\t2\t5\t4 V\tA\tU\tM\tN\tE\tR\tL\tU\tE\tA\tN\tE\tG\tL\tU 4\t6\t5\t2\t7\t6\t4\t5\t7\t2\t8\t6\t3\t7\t5\t2 I\tN\tL\tE\tN\tT\tS\tE\tC\tN\tR\tE\tT\tE\tS\tT Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle, pointez votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller.King Features, Inc. Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 13 temps en temps me dire bonjour, demanda-t-elle.\u2014 Bien sûr! j\u2019irai, mais tu ne me feras pas croire que ta mère ne peut rester un après-midi seule ! Jean ne dit rien, un pli de souffrance creusa son front, peut-être eut-il l\u2019intuition de la vérité ; son clair et honnête regard remercia silencieusement celle dont la présence lui avait été bienfaisante et qu\u2019il aimait, il n\u2019en pouvait douter, au chagrin qui broyait son cœur.Mais, pareil à Nadette, le docteur Ronel ne reculait pas devant son devoir.Ils se dirent adieu calmement avec le sourire, et Luce eut été tranquillisée en admettant qu\u2019elle put être jalouse, mais la jeune évaporée se moquait bien de son mari.Après trois mois de lune de miel le temps des flirts commença et Luce, à ce jeu, perdit le peu de conscience qu\u2019elle possédait.Au moment où nous la retrouvons près de Nadette elle est formellement résolue à quitter Jean pour suivre Georges avec lequel tout d\u2019abord elle devait se marier, elle l\u2019aimait, la fortune de Jean la fit réfléchir et fléchir aux raisonnements de ses parents, mais aujourd\u2019hui Georges a hérité de deux oncles, il est riche et il est encore plus amoureux.Depuis un an, il assaille la jeune femme de déclarations, de cadeaux, il l\u2019entraîne dans des fêtes organisées pour elle.Luce ne se défend plus ou si peu ! La victoire de Georges est proche.Le départ est enfin décidé.Un avion les emportera en plein ciel jusqu\u2019en Angleterre dans un coin de verdoyante campagne où personne n\u2019aura l\u2019idée de les rejoindre.Avant de partir, elle voulut embrasser Nadette qu\u2019elle aimait autant qu\u2019elle en était capable et son départ en fut retardé par l\u2019accident arrivé à Mme Valence.Georges rageait, se dépitait craignant une volte-face de sa capricieuse amie, le troisième jour il reçut enfin un pneu laconique : « Ce soir.» Il la reçut au Bourget, elle arrivait en auto et n\u2019eut qu\u2019à monter dans l\u2019avion prêt à décoller.Us n\u2019échangèrent pas un mot, mais dès qu\u2019ils furent seuls dans leur cabine, ils s\u2019étreignirent désespérément pour cacher leur honte et leur désir.Installés dans leur cottage ravissant, Georges et Luce finirent par oublier assez vite ceux qu\u2019ils avaient laissés en France.L\u2019amour les serrait aveuglément sous le même bandeau.Quant au mari, au pauvre mari, Luce indifférente, n\u2019avait laissé qu\u2019un mot : « Je m\u2019ennuie avec toi, je te rends ta liberté et je reprends la mienne.Luce.» fl est capable d\u2019en mourir, pensa la jeune femme en rédigeant le billet.La fatuité n\u2019est pas le partage exclusif des hommes.Le docteur n\u2019en mourut pas, c\u2019est à peine s\u2019il en souffrit, son cœur attaché à Nadette la suivait dans son calvaire, et chaque jour il allait voir la maman agonisante et sa fille héroïque et tendre.Nadette s\u2019inquiétait de la pâleur de son ami, ainsi qu\u2019elle le nommait dans son cœur, mais ses questions discrètes ne déclenchèrent nulle confidence et, pour expliquer l\u2019absence de Luce, le docteur imagina une parente éloignée, malade, réclamant la présence de Mme Ronel.Le brave garçon ne voulait pas augmenter de son chagrin celui de sa petite amie, car il y savait bien qu\u2019elle y compatirait profondément.\u2014 A quoi bon! pensait-il, ma consolation serait de la voir heureuse, or c\u2019est le malheur qui la guette, ma science est impuissante à lui garder sa mère, c\u2019est à moi de veiller sur celle qui va rester seule avec une si lourde charge ! Chère Nadette, courageuse enfant.ah ! pourquoi vous ai-je rencontrée si tard, trop tard.Depuis huit jours, Mme Valence luttait pour vivre, mais la mort gagnait son terrain pas à pas, et le samedi soir le prêtre vint l\u2019administrer.Le dimanche à midi, la chère maman s\u2019éteignit sans bruit ni souffrances entre les bras de sa fille et de Jean.Ce fut le docteur qui ferma les yeux tournés vers une autre lumière.Nadette les effleura d\u2019un pieux baiser, puis ayant accompli tous deux les préparatifs habituels, ils s\u2019assirent l\u2019un près de l\u2019autre à côté du lit mortuaire, et n\u2019échangèrent ni un mot ni un signe.Nadette pleurait.L\u2019heure vint où le docteur dut rentrer chez lui, il dirait un dernier adieu à Nadette et quitterait Paris pour n\u2019y plus revenir.Puisque son destin le liait à une misérable, il le subirait sans faiblesse.Nadette vivrait une existence paisible, élevant ce petit Claude dont il enviait le sort futur, et peut être penserait-elle quelquefois à l\u2019ami dévoué, sans savoir à quel point cet ami la chérissait.Jean s\u2019inclia devant la morte, puis se dirigea vers la porte suivi de la jeune fille.Elle lui tendit les deux mains, leurs yeux se pénétrèrent et, à cette heure tragique où tous deux avaient le cœur déchiré, un sentiment d\u2019indicible douceur les attira l\u2019un près de l\u2019autre.L\u2019espace d\u2019un éclair, la tête de Nadette reposa sur la poitrine de Jean, un baiser plus léger qu\u2019un souffle caressa son front.Puis l\u2019étreinte se desserra et, sans un mot qui eût affaibli la puissance de leur émotion, ils se quittèrent.Honteuse et éblouie, la jeune fille revint près de sa mère et cacha son visage entre ses mains, ses larmes s\u2019étaient taries et de tous les sentiments tumultueux qui l\u2019agitaient, un plus fort dominait les autres : l\u2019amour.« Amour coupable, songeait Nadette atterrée.Aimer le mari d\u2019une autre ! Moi ! Et il m\u2019aime aussi, j\u2019en suis sûre.N\u2019est-ce pas une autre terrible épreuve, n\u2019avais-je pas assez de celle-là ?L\u2019enterrement eut lieu très simplement, quelques voisins suivirent le convoi et, à son retour, la pauvre enfant trouva un mot affectueux de Jean, mais elle ne le vit pas.La vérité aveuglante et douce la terrassa.\u2014 Il m\u2019aime, il m\u2019aime, répétait-elle, et l\u2019honneur nous défend de nous revoir.Ah ! me voici plus seule que jamais.VI \u2014 LE DOCTEUR RONEL Las à mourir, dégoûté du monde, de la vie, de tout, Jean comprit la nécessité, s\u2019il voulait retrouver son équilibre moral, de voyager, quitter ce Paris qui lui rappelait déjà de si doux et si amers souvenirs, ce Paris qui gardait sa bien-aimée défendue, il le fuirait pour ne pas succomber au désir de lui crier : \u2014 Je t\u2019aime, marions-nous, le divorce sera facile ! Mais à quoi bon se torturer de rêves impossibles.Le docteur remit à un confrère le soin de visiter ses malades et, après avoir consulté l\u2019indicateur, se décida tout à coup à s\u2019en aller en Angleterre voir un de ses amis gentilhomme-farmer dans le Lancashire.* * * Un beau mois de mai tout fleuri fêtait le voyageur, la campagne blanche, rose et verte embaumait et poussait ses parfums jusqu\u2019au cœur des villes.La traversée fut délicieuse et parut même trop courte à Jean qui adorait la mer, mais, ni le soleil anglais sur les eaux, ni la beauté du printemps anglais étincelant, ne pouvaient effacer le souvenir de l\u2019aimée, bien au contraire, la vue d\u2019un cottage enfoui sous les grands arbres avec des airs d\u2019idylle DOUX comme des pétales de fleur Superbement taillé pour aller à la perfection doux comme des pétales de fleur et toujours en tête comme qualité ! 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Nadette, pourquoi vous ai-je rencontrée après elle ?.Le cordial accueil de sir Welton, de sa compagne aussi blonde, blanche et rose que leurs quatre bébés, rendirent au docteur amoureux quelque sérénité.Il ne se lassait pas d\u2019admirer ces anges joufflus aux yeux limpides, admirablement disciplinés.On fit faire au visiteur d\u2019admirables tours du propriétaire, seulement il fallait pour cela un cheval ou une voiture, car le domaine s\u2019étendait sur de nombreux hectares de bois et de pâturages, étangs, où les parties de canotage étaient fort à l\u2019honneur, on invitait la jeunesse d\u2019alentour, des pique-nique s\u2019organisaient et chacun savait trouver son plaisir, tous les sports étaient pratiqués avec ferveur.Jean, homme d\u2019études, les ignorait, mais il en jouissait tout de même par la vue.Il admirait la sveltesse de ces corps robustes, bien découplés, et la saine gaieté qui jaillissait de ces groupes atténuait un peu sa philosophie morose.Quinze jours s\u2019étaient déjà enfuis lorsqu\u2019un matin, tenté par la limpidité de l\u2019air et poussé par je ne sais quel démon, Jean partit à bicyclette vers un coteau, bouquet de verdure, dans lequel de jolis castels s\u2019abritaient, vision de bonheur.\u2014 Il faut que j\u2019aille là-bas, se disait Jean.Cela me tente.Peut-être serais-je déçu, j\u2019irai quand même.Et il partit.VII \u2014 LE COUPLE Luce et Georges se boudaient depuis la veille.Raison grave : Luce s\u2019ennuyait, plus de visites à faire ni à recevoir, plus de jalousies à exciter, plus de nombreux soupirants à désespérer.Ce parfum d\u2019encens lui manquait et Georges, gavé d\u2019amour, de nourriture trop riche et de grand air, épaississait et s\u2019engourdissait dans un farniente qui était son vrai bonheur à lui.Cette atmosphère convenait à son tempérament de campagnard, car il ne s\u2019était fait Parisien et homme du monde que pour retrouver sa Luce bien-aimée et la prendre.Maintenant qu\u2019il la possédait, il prétendait en jouir paisiblement et que personne ne vînt tourner autour.\u2014 Enfin ! cria Luce exaspérée, nous ne resterons pas confinés dans cette boîte jusqu\u2019à la fin de nos jours.J\u2019aimerais mieux .\u2014 Quoi ?demanda Georges en se soulevant sur son coude.Il était étendu de tout son long sur un divan très bas et fumait sans arrêt._ « Allons.dis-le .ce que tu préférerais .Retourner chez ta mère ?jeta-t-il, goguenard.Ou plutôt près de ton mari.ce cher Jean ! Les joues de Luce s\u2019empourprèrent et, malgré elle, elle riposta : \u2014 Eh bien, oui ! ce n\u2019est pas un égoïste, lui ! \u2014 Va! dit simplement Georges en laissant tomber les cendres de sa cigarette.Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 Il savait bien que Luce n\u2019oserait pas réintégrer le domicile conjugal et, d autre part, elle ne possédait que ce qu\u2019il voulait bien lui donner d\u2019argent.La jeune femme se trouvait donc à sa merci, il pouvait sans crainte lui offrir une liberté qu\u2019il lui était impossible d\u2019accepter.Un silence pesa entre eux, le temps de voir déboucher dans les haies vives un cycliste .un cycliste qui s\u2019arrêta, sauta de machine, enleva sa casquette pour essuyer un front couvert de sueur, ce qui permit aux \u2022deux complices de reconnaître avec terreur le docteur Ronel, lequel, séduit par ce coin agreste, examina attentivement la maison, le jardin et l\u2019entourage de bouquets d\u2019arbres artistement groupés.\u2014 Quelle richesse de végétation, pensa Jean, quelle fraîche odeur vivifiante.\u2014 Il nous cherche ! murmurait Lucette tremblante, accrochée à Georges debout derrière les rideaux.\u2014 Tant pis pour lui s\u2019il nous trouve ! gronda Georges.\u2014 Quoi ?que feras-tu ?-\u2014 Pour qui as-tu peur ?questionna le jeune homme d\u2019une voix sourde.\u2014 Pour toi ! tu le sais bien, pleura Luce.Les paupières de Georges battirent deux ou trois fois.Follement il étreignit sa maîtresse.\u2014\tJe te tuerais plutôt que te laisser reprendre, jura-t-il.Luce baissa le front, sentant peser sur elle le châtiment de sa trahison.Georges continua à observer l\u2019ennemi, il le vit tirer un objet de sa sacoche.\u2014\tUn revolver, pensa-t-il.Bon ! je n\u2019ai pas peur.Le revolver en question n\u2019était autre qu\u2019une grosse clé à serrer les écrous, et Jean s\u2019apprêtait à s\u2019en servir lorsqu\u2019une bonne femme entra à son tour dans le chemin et ouvrit le portillon du cottage, regardant curieusement l\u2019intrus.-\u2014 Elle doit me prendre pour un voleur, pensa le docteur amusé, disons-lui quelques mots.Elle le devança, le questionnant en anglais, langue qu\u2019il comprenait et parlait très bien.\u2014\tVous désirez voir Monsieur et Madame ?.Mon Dieu ! non.Mais vous pourriez me rendre un grand service, d\u2019abord votre maître a-t-il une bicyclette ?\u2014 Oui.¦\u2014Alors, ayez l\u2019obligeance de lui demander s\u2019il veut me prêter sa pompe, mon pneu vient de se dégonfler.\u2014 Ben, entrez, c\u2019est du bon monde, ils vous paieront ben à boire.Le docteur Ronel ne retint pas un sourire et pénétra gaiement dans le cercle où sa destinée allait changer de face.Précédé de la vieille femme, Jean gravit les quelques degrés qui menaient à la véranda où se trouvaient Luce affalée sur un divan et Georges près d un bureau dont le tiroir était en-tr\u2019ouvert.La femme poussa la porte et prévint sans façon : \u2014 C\u2019est un monsieur qui veut vous demander.Elle n eut pas le temps d\u2019achever.Impérieusement Georges la renvoya à sa cuisine, puis il fit deux pas en avant à la rencontre de ce visiteur qui restait figé sur place, médusé par la surprise.Un gémissement de Luce attira les regards de son mari vers elle.Il fit un grand geste qui signifiait: \u2014 Je ne m\u2019étais donc pas trompé, c est bien avec Georges ! Malheureusement le pauvre garçon avait garde dans sa main la grosse clé noire qui ressemblait assez à une arme Georges s\u2019y méprit et, avant que Jean [ Lire la suite page 16 ] Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 15 i Mes Recettes Par Mme ROSE LACROIX Directrice de l'Ecole Ménagère Provinciale et de l'Institut Ménager de LA REVUE POPULAIRE, du SAMEDI et du FILM POUDING AUX DATTES À LA VAPEUR 3 c.à tb.de shortening\tVe.tasse de mélasse y2 tasse de lait 1% de tasse de farine\tVi c.à thé de soda à pâte 1 c.à thé de poudre à pâte % de c.à thé de sel\t1 c.à thé de cannelle y-i lb.de dattes Ramollir le shortening, le bien mélanger à la mélasse.Ajouter le lait.D\u2019autre part, tamiser la farine, mesurer et tamiser de nouveau avec le soda, la poudre à pâte, le sel et la cannelle.Incorporer graduellement au premier mélange.Couper en petits morceaux les dattes et bien mélanger à la pâte.Verser dans un moule à pouding bien beurré et couvert.Faire cuire à la vapeur 2 heures.On peut faire cuire dans des moules individuels, des tasses par exemple couvertes d\u2019un papier beurré.Dans ce cas, la cuisson ne sera que d\u2019une heure.Servir avec une sauce au citron faite comme suit : Wi c, à tb.d\u2019amidon de maïs (cornstarch) % tasse de sucre\t1 tasse d\u2019eau bouillante le jus et le zeste râpé d\u2019un citron Mettre dans une casserole l\u2019amidon de maïs et le sucre.Délayer avec l\u2019eau.Faire cuire jusqu\u2019à ce que ce soit épais et transparent.Retirer du feu et aromatiser avec le jus et le zeste de citron.6 à 8 services.ŒUFS AU FROMAGE GRATINES 6 œufs cuits durs 1 boite de pois verts\t2 tasses de sauce au fromage i/2 tasse de chapelure beurrée Séparer en 2 les œufs.Mettre dans un plat beurré sur un lit de petits pois bien égouttés.Préparer 2 tasses de sauce au fromage et en masquer les œufs.Bien mélanger V2 tasse de chapelure avec 2 c.à tb.de beurre et saupoudrer sur la sauce.Faire gratiner au four de 400° F.jusqu\u2019à ce que le tout soit bien doré, 15 à 20 minutes environ.Excellent plat du soir comme substitut de la viande.6 services.ASPIC AU VEAU 3 Ibs de veau dans le haut du jarret\t1 oignon moyen 1 feuille de laurier quelques branches de céleri\t2 carottes 1 c.à tb.de sel 1% pinte d\u2019eau froide\t1 c.à tb.de sauce piquante Couper le veau en 5 ou 6 morceaux.Mettre dans une marmite avec tous les ingrédients ci-haut mentionnés.Porter lentement à l\u2019ébullition et laisser mijoter 3 heures.Retirer du feu et si c\u2019est possible, laisser refroidir la viande dans le bouillon.Mettre les os et la peau de côté.Placer la viande dans un moule passé à l\u2019eau froide.Couvrir de bouillon bien assaisonné et auquel on ajoute la sauce piquante.Laisser prendre bien ferme.Démouler sur de la belle laitue fraîche et garnir de persil.Servir avec une salade de pommes de terre.8-10 services.PETITS PATES DE VIANDE AUX CHAMPIGNONS 1 c.à tb.de graisse\tIV2 lb.d\u2019agneau haché ou de porc 1 c.à thé de sel de c.à thé de poivre\t1 petite gousse d\u2019ail Faire chauffer la graisse et y faire brunir l\u2019agneau passé au hache-viande.Bien assaisonner avec sel, poivre et ail.D\u2019autre part, préparer une pâte brisée avec 11/2 tasse de farine, 1 c.à thé de sel et 7 c.à tb.de graisse.Abaisser cette pâte, découper en 6 rouelles, étendre sur chacune la viande préparée, humecter les bords, recouvrir avec 6 autres rouelles de pâte.Presser les bords, badigeonner de lait, mettre sur une tôle et faire cuire à four chaud 450° F.15 minutes.Abaisser la chaleur à 350° F.et laisser cuire 30 à 35 minutes.Servir avec une sauce aux champignons qu\u2019on obtient en employant une boîte de soupe aux champignons.6 services.COTELETTES DE VEAU À LA CREME 6 côtelettes de veau\t2 c.à tb.d\u2019huile 1 tasse de lait 1 cube d\u2019oxo\t% tasse de crème 3 c.à tb.de farine sel et poivre\t2 c.à tb.de persil frais Badigeonner d\u2019huile les côtelettes, les mettre sur un gril et les faire griller sous la flamme 10 minutes.Saler et poivrer, retourner et faire griller l\u2019autre côté.Tenir à la chaleur.Mettre dans une casserole le lait avec un cube d\u2019oxo et faire chauffer jusqu\u2019à ce que le cube de viande soit dissous.Ajouter la crème, porter à l\u2019ébullition.Délayer la farine avec 3 c.à tb.d\u2019eau.Ajouter au lait en brassant jusqu\u2019à obtention d\u2019une sauce bien lisse.Faire jeter quelques bouillons, assaisonner et incorporer le persil frais.Servir bien chaud avec les côtelettes de veau.Cette recette est délicieuse et permet de préparer des côtelettes sans graisse ni beurre.Si l\u2019on n\u2019a pas de grilleur, on peut faire cuire les côtelettes au four.6 services.^ovctivm£S cLs (ET ELLES SONT NOMBREUSES!) °1\" CETTE COUTUME débuta à l\u2019époque de la mythologie nordique, quand la reine Freyja, Déesse de l\u2019Amour, promit un baiser à tout homme qui passerait sous le gui.Aujourd\u2019hui, si vous ne trouvez pas de gui, vous pouvez obtenir le même résultat en lui offrant du Pyrex.C£S BAS DANS LA CHEMlti£e CECI est une de nos plus jeunes traditions de Noël.Elle débuta il y a trente ans, quand les ustensiles de cuisine en Pyrex transparents firent leur apparition.Aujourd\u2019hui, dans tout le pays, ils sont le premier choix comme cadeaux pour Noël et toutes les autres occasions.CETTE IDEE nous est venue de Hollande, où le Père Noël dépose ses cadeaux dans les sabots de bois des enfants.N\u2019ayant pas de sabots de bois, nous avons fait preuve d\u2019ingéniosité en pendant nos bas à la place.On ne peut guère mettre d\u2019ustensiles en Pyrex dans les bas, mais ils font certainement bien sous l\u2019arbre de Noël.DU PYREX ALLANT AU FEU pour toute la cuisine qu\u2019elle fait sur le poêle.Voici une idée excellente pour cadeau\u2014deux casseroles étincelantes (32 onces et 48 onces), une poêle en verre et une queue isolante en verre qui va sur les trois.La queue s\u2019enlève pour servir à table ou garder les aliments dans le réfrigérateur.FAITES-EN UN JOUR DE BONHEUR, avec cette tasse à 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Ahuri, Jean ne leva pas les mains et commit l\u2019imprudence de faire un pas en avant.Croyant sa maîtresse en danger, Georges, fou de colère, abaissa son browning qu\u2019il avait pris un instant plus tôt dans le tiroir du bureau.et fit feu ! Il vit comme en un cauchemar Luce couverte de sang portée par son mari et déposée sur le divan.Georges jeta son arme et se précipita vers Luce évanouie.Il l\u2019appelait en pleurant, des noms les plus tendres, la folie gagnait son cerveau.Il avait tué son amour.Luce, voyant le revolver braqué sur son mari, mue par un instinct plus impérieux que la frayeur, s\u2019était mise entre les deux hommes et avait reçu la balle en pleine poitrine.Maintenant, penché sur la coupable, le docteur, toute rancune abolie, cherchait le battement de son cœur, mais il n\u2019entendit rien, plus rien ! Il se retourna très pâle et dévisagea le meurtrier involontaire.\u2014 Mme Ronel est morte, monsieur, dit-il, vous voudrez bien admettre que tout scandale soit étouffé et que mon nom ne soit pas livré en pâture à la curiosité publique.\u2014 Ah! qu\u2019importe votre nom et l\u2019honneur, et la vie.Luce est morte et je mourrai aussi.Le docteur Ronel dut lutter avec Georges pour lui arracher l\u2019arme fatale.\u2014 Plus tard, reprit froidement le docteur, vous agirez comme bon vous semblera, mais si vous prétendez aimer vraiment cette femme, faites le silence sur cette triste affaire, ainsi que je l\u2019ai fait moi-même.Pour tous ceux qui l\u2019ont connue, Mme Ronel est chez une parente malade.Sa mort pourra surprendre, mais sa mémoire ne sera pas salie.Georges enfouit son visage dans ses mains et sanglota.\u2014 Pourquoi vouliez-vous la tuer ?bégaÿa-t-il.\u2014 Je ne voulais tuer personne, riposta le docteur surpris, j\u2019ignorais que vous fussiez ici tous deux et votre domestique, en venant vous prier de me prêter un instrument pour réparer ma bicyclette, est l\u2019auteur involontaire de cette terrible méprise.Un accablement sans nom jeta Georges près du cadavre de celle qu\u2019il avait aimée plus que l\u2019honneur et le devoir et dont il était devenu le bourreau pour n\u2019avoir pas su maîtriser sa colère.\u2014 Pardon ! pardon ! gémissait-il, bientôt je t\u2019aurai rejointe.\u2014 Taisez-vous, lui dit brutalement le docteur, votre domestique est dans la pièce voisine.Vous lui direz que .c\u2019est difficile.Enfin, dites-lui que Madame s\u2019est blessée en voulant manier cette arme et que, par bonheur, l\u2019inconnu qu\u2019elle a fait entrer est un docteur.Je retourne chez mes amis les prévenir.Dans une heure je serai là, avec l\u2019auto .Nous aviserons.Le docteur Ronel fit part à ses hôtes des graves événements qui s\u2019étaient passés dans son menage depuis le départ de Luce jusqu\u2019à cette heure funeste.Ses amis l\u2019écoutèrent en silence et lui serrèrent énergiquement les mains.\u2014 Voici, dit sir Welton après avoir réfléchi un instant, nous annoncerons dans notre entourage qu\u2019étant allé chercher votre femme chez sa parente, elle s\u2019est tuée accidentellement, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Vous avez raison, répondit Jean très ému.Merci ! L\u2019enterrement de Mme Ronel fut très simple.Tous les amis des Welton et du docteur y assistèrent.Huit jours plus tard, le docteur rentrait à Paris.Son premier soin fut d\u2019aller rendre visite à celle qu\u2019il aimait.\u2014 Elle est partie en voyage ce matin, expliqua la concierge .Elle est allée à Trévoux, qu\u2019elle a dit, chercher un parent, un petit garçon .Jean profita sans retard du renseignement, fit préparer son auto, sauta dedans après avoir congédié son chauffeur.\u2014 Vous pouvez disposer, lui dit-il, aujourd\u2019hui je n\u2019ai pas besoin de vous.VIII \u2014 NADETTE ET CLAUDE En femme avisée, Nadette, avant de s\u2019embarquer pour un si long voyage (l\u2019enfant était hospitalisé à Trévoux, près de Lyon), écrivit au maire du village où sa mère avait vécu et où elle était morte.En lui expliquant la situation, elle demandait qu\u2019il voulût bien lui envoyer quelques renseignements et lui indiquer les formalités à remplir pour que son frère lui fût remis.Elle apprit le départ du docteur pour un temps indéterminé.On supposait généralement qu\u2019il était allé rejoindre sa femme.Il l\u2019avait rejointe, en effet, mais contre son gré.Ah ! comme Nadette aspirait de toutes ses forces à rentrer au plus vite dans son rôle de sœur, de petite mère plutôt.L\u2019amour décidément ne lui serait jamais permis, cependant elle ne pouvait s\u2019empêcher de penser à Jean.\u2014 Jean ! Son nom revenait sur ses lèvres sans qu\u2019elle s\u2019en aperçût.Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 Pouvait-elle admettre de ne jamais le revoir ?Et quand Luce reviendrait ?Quelle raison alléguerait la jeune fille pour refuser d\u2019aller les voir, puisqu\u2019elle n\u2019avait plus de maman à soigner?____A quoi bon me tourmenter, attendons avec confiance les événements.Après trois semaines d\u2019attente, la lettre tant désirée arriva.« Apportez vos papiers, ceux de vos parents, disait le maire en terminant, et n\u2019oubliez pas l\u2019acte d\u2019abandon vous concernant de Catherine Livet, et 1 acte d\u2019adoption dont vous êtes bénéficiaire.» Fébrilement, Nadette fixa son départ pour le surlendemain.Elle profita de sa dernière journée pour acheter un ours en peluche, un pantin remuant bras et jambes, cela ferait trouver moins long le voyage du retour au petit garçon.On l\u2019attendait.\u2014 Venez, mademoiselle, lui dit une infirmière, Claude est au jardin en train de s\u2019amuser.Il va bien maintenant .Et vous êtes proche parente ?\u2014 Oui, madame, répondit Nadette sans donner de plus amples explications .J\u2019ai hâte de le voir.\u2014 Oh ! c\u2019est un gentil enfant, si doux Tout en causant les deux femmes arrivèrent à l\u2019endroit où jouaient les enfants.Le premier que Nadette aperçut était assis sur un banc et, d\u2019un air songeur, regardait ses camarades se bousculer, courir, sauter.Il avait des cheveux noirs bouclés de la même teinte que ceux de Nadette et des yeux pareils, des joues un peu minces, mais l\u2019ovale du visage d\u2019une forme parfaite.Ce fut lui que l\u2019infirmière désigna.\u2014 Il a quatre ans, dit l\u2019infirmière, et il n\u2019en paraît que trois, mais avec des bons soins et du bonheur il aura vite fait de rattraper le temps perdu.Nadette d\u2019un pas vif, traversa la cour, ses paquets de joujoux balancés au bout des doigts.\u2014Claude ! appela-t-elle.Claude, mon chéri.QUI EST-IL, QUI EST-ELLE?C\u2019était un charmant petit bonhomme qui ne voulait pas toujours faire dodo.Mais, comme tous les autres, lorsqu\u2019il était mort de fatigue, il acceptait, de guerre lasse, de se laisser aller dans les bras de Morphée.Il lui arrivait sans doute de rêver, mais pas à la radio, pour la très bonne raison qu\u2019elle n\u2019existait pas encore.Aujourd\u2019hui, il y pense et le jour et la nuit.Que dire de lui sans risquer de vous le faire connaître tout de suite ?Avançons toutefois qu\u2019il est une des premières personnalités de notre monde radiophonique, connu non seulement à Montréal, mais dans le Canada tout entier, voire même chez nos voisins.Regardez longuement cette photo, les yeux surtout, et aussi, ce front plein de volonté, ce menton déjà tenace.Son ascension fut rapide dans le domaine radiophonique.Il décrocha pour son poste des trophées que plusieurs aimeraient posséder.Il file, comme on dit, une vie heureuse parce que bien organisée.On peut voir aussi que déjà, à cet âge, il était fait pour commander : voyez ce bras droit qui se lève, ce doigt qui indique 1 ordre a exécuter.Qui est-il?Imaginez un nom et vérifiez en paee 31 de ce numéro.\t^ & Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 17 Etonné, l\u2019enfant sauta sur ses pieds et regarda la belle dame qui prononçait son nom.Déjà, Nadette baissée devant lui mettait dans ses menottes les présents magiques, prometteurs d\u2019une cordiale entente.\u2014 C\u2019est pour moi ?\u2014 Oui, mon Claude, et tu m\u2019aimeras un peu ?\u2014 Oui, madame, dit timidement le petit, charmé par le beau visage si près du Bien.\u2014 Veux-tu m\u2019embrasser?demanda Nadette qui n\u2019osait céder à son envie de prendre dans ses bras ce chérubin plus beau qu\u2019elle n\u2019avait rêvé, de crainte de l\u2019effrayer.\u2014 Oh ! oui, je veux, dit Claude.Et, rêve réalisé, deux bras mignons firent un vivant collier à la grande 9oeur qui ouvrit les siens pour les refermer sur son trésor.\u2014 Fais-moi voir ça ! dit Claude en montrant les paquets restés sur le banc.Nadette sourit, et l\u2019enfant, commodément assis sur les genoux de sa sœur, assista au déballage de l\u2019ours, du pantin et d\u2019une boîte de bonbons.Claude poussa un petit cri, resta cm long moment en adoration devant ces merveilles.Claude prit d\u2019abord l\u2019ours et l\u2019embrassa en fermant les yeux, prise de possession impressionnante.\u2014 Tu vas jouer sagement, mon mignon, recommanda la jeune fille, j\u2019ai une commission à faire, mais je reviendrai bien vite.Claude pâlit et pleura quand il fallut l'habiller pour partir.\u2014 Tu ne me battras pas ?dit-il en sanglotant.\u2014 Oh ! Claude .Ai-je l\u2019air si méchant, regarde-moi, mpn chéri, ne vois-tu pas comme je t\u2019aime.Et puis tu m\u2019appelleras Marraine, n\u2019est-ce pas, c\u2019est un joli nom.\u2014 Oui, Ma .aine ! \u2014 Embrasse Mme l\u2019infirmière, dis au revoir à tes camarades.Nous allons prendre le train, c\u2019est beau, ton ours n\u2019a jamais vu ça, il sera heureux.\u2014 Oui, Ma .aine ! Le sourire est revenu, la présence de l\u2019ours et du pantin rassure Claude.Nadette le prend par la main et, après les adieux et les remerciements, en route.Les voici sur la place de Trévoux, terrasse plantée d\u2019arbres d\u2019où la vue s\u2019étend à l\u2019infini.Nadette contemple un instant le paysage puis se dirige vers l\u2019église à droite de la terrasse.\u2014 Un remerciement s\u2019impose, dit-elle à Claude qui ne comprend pas.Elle assied l\u2019enfant sur un prie-Dieu à côté d\u2019elle, puis, à genoux, la tête dans ses mains, se perd dans une profonde méditation.\u2014 Mon Dieu, dit-elle, faites que je sache élever mon frère et.que Jean soit heureux ! Au moment où Nadette se redressait, une ombre se profila à sa gauche, quelqu\u2019un s\u2019agenouilla près d\u2019elle.Un frémissement la parcourut.ce léger parfum elle le reconnut.Osant à peine lever les yeux et regarder l\u2019inconnu de crainte de faire évanouir le bonheur pressenti, Nadette attendit.Quoi ?Un tumulte violent bouleversa son être tout entier .Oh ! c\u2019est lui.c\u2019est lui ! Elle ne l\u2019a pas regardé encore, mais la certitude s\u2019impose à son cœur ! Jean est cet homme en prière.Et tout à coup son nom à elle est prononcé.\u2014 Nadette ! Nadette !.Je suis libre et je vous aime.Devant Dieu qui nous voit je vous demande d\u2019être ma femme ! Claude sera notre fils .Nadette, au nom de votre mère.ré-pondez-moi.Sa mère ! quel coup de poignard en plein cœur ! Sa mère.Sait-il qui elle est.Non sûrement, le docteur Ro-nel n\u2019épouserait pas la fille de Catherine Livet.Par quel regard d\u2019angoisse la pauvre fille dut-elle répondre à celui qu\u2019elle aimait ! Le docteur Ronel en frissonna.Que signifiait cette tristesse, ce refus, alors qu\u2019il s\u2019attendait à bien autre chose.\u2014 Sortons, dit-il, en prenant doucement Nadette par le bras tandis qu\u2019elle attirait Claude près d\u2019elle.En silence ils retournèrent sur la place et s\u2019assirent sur un banc.Dans le sable, non loin d\u2019eux, Claude se mit à jouer sagement.\u2014 Pardonnez-moi, mademoiselle Nadette, d\u2019avoir laissé mon cœur s\u2019ouvrir si vite.Je vous ai offensée.Nadette considérait son ami avec une inquiétude grandissante.\u2014 Vous avez dit tout à l\u2019heure : «Je suis libre », et vous êtes en deuil.\u2014 Oui, avoua le docteur, elle est morte ! Mais ne me jugez pas ingrat parce que j\u2019ai l\u2019air d\u2019oublier.J\u2019avais résolu de vous cacher la vérité, je crois que ce serait néfaste à notre bonheur futur auquel je ne veux pas renoncer.En quelques mots, avec beaucoup de tact et de retenue, Jean raconta le drame à Nadette, qui ne put s\u2019empêcher de pleurer son amie coupable.\u2014 A mon tour, dit-elle, quand leur émotion fut calmée.J\u2019ai un secret douloureux à vous confier.Les lèvres de la jeune fille tremblèrent, ses yeux brillaient de larmes contenues, mais courageuse jusqu\u2019au bout, elle dévoila à Jean ses origines.\u2014 J\u2019avais à peine un an lorsque mon père et ma mère adoptifs, villégiaturant dans un petit village de l\u2019Ain, m\u2019arrachèrent des mains de ma mère, une fillette de seize ans ! Elle me battait avec une branche d\u2019épines et le sang coulait partout.Mon père entra dans une fureur épouvantable, il avait pris la personne par le bras et la traînait pour la mener à la gendarmerie.« Laissez-moi, criait Catherine Livet, je vous en fais cadeau, j\u2019en ai marre ! » « Mon père l\u2019a prise au mot.La femme a signé un acte d\u2019abandon et, séance tenante, je passai de l\u2019enfer au paradis .Ces faits sont consignés dans cm petit cahier rédigé par ma mère adoptive, et c\u2019est l\u2019émotion provoquée par la lecture de cet article concernant mon frère qui l\u2019a tuée.C\u2019est elle qui m\u2019a ordonné de m\u2019occuper de Claude et c\u2019est le moins que je fasse pour lui, qui est de mon sang, ce que des étrangers ont fait pour moi.» \u2014 On ne sait qui fut mon père et l\u2019on ne connaît pas davantage celui de Claude, et, malgré l\u2019adoption qui me permet de porter le nom de Valence, je n\u2019en suis pas moins une bâtarde dont le sang charrie peut-être .\u2014 Taisez-vous, interrompit violemment le docteur Ronel, je ne permets pas à Mlle Valence d\u2019insulter Nadette que j\u2019aime, que j\u2019estime si profondément.C\u2019était cela qui vous éloignait de moi tout à l\u2019heure, à l\u2019église, n\u2019est-ce pas ?Rien ne vous obligeait à cet aveu, votre honneur nfétait pas en cause, mais vous avez bien fait, mon amie, entre deux époux, nulle ombre ne doit subsister.La vérité avant tout.Un sourire divin illumina le visage de Nadette.Quelle folle envie lui venait de poser sa tête sur J\u2019épaule de Jean et de rester là sans parler, caressée par la voix de l\u2019aimé.Mais, bien qu\u2019il n\u2019y eût personne sur la place, elle n\u2019osa et appela Claude.\u2014 Viens, mon chéri, lui dit-elle, tu vois ce monsieur.C\u2019est un grand ami de ta marraine, il faudra l\u2019aimer autant qu\u2019elle .Tu veux bien ?Le docteur Ronel souriait en tendant les bras au bambin.\u2014 Allez, hop ! sur mes genoux, dit-il gaiement.Du bras gauche, Jean retint contre lui le garçonnet amusé, et du bras droit enlaça Nadette.[ Lire la suite page 30 ] mÊÈLË une luimere auunuanie ei uuulc est nécessaire au confort et à la sécurité de vos yeux.Souvenez-vous que les ampoules General Electric ont une grande clarté de longue durée.AMPOULES GENERAL ÉÜ ELECTRIC DE FABRICATION CANADIENNE L-95F CANADIAN GENERAL ELECTRICS!: sum li E SnmEDI de Noël Jl NUMERO SPECIAL\tAT ?9 N Plusieurs contes et nouvelles de Noël illustrés.De nombreux articles et des poésies, inspirés du même esprit.Une superbe gravure que l'on pourra encadrer.Plusieurs articles dans le ton, y compris une intéressante évocation des sports d'hiver à Montréal, il y a 50 ans.?Un nouveau feuilleton : \u201cMISÉRABLES DESTINÉES\u201d de CHARLES MEROUVEL ?Des recettes appropriées.Des jeux de circonstances.Une magnifique couverture en quatre couleurs.Voilà une idée de ce que sera le numéro spécial de Noël du SAMEDI.Il n'est pas trop tôt pour retenir sa copie chez son dépositaire habituel. 18 Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 NOTRE FEUILLETON: LES RONCES DU SENTIER Par EMILE RICHEBOURG Allons, vous êtes tout à fait charmante.Voici de quoi il s\u2019agit : Pour éviter des indiscrétions dont les conséquences pourraient amener d\u2019irréparables malheurs, je vous demande de ne parler à personne, pas même à votre mère, de l\u2019intéressante malade du docteur Morand.Celle qui vous a servi de mère autrefois a, vous le savez, des ennemis puissants, acharnés, que nous ne connaissons pas ; ils sont d\u2019autant plus redoutables.Ils peuvent se rencontrer partout, et une parole, dite imprudemment, qui leur révélerait la présence à Montreuil de notre chère malade, serait un grave danger qu\u2019il faut éviter.La sûreté est dans l\u2019extrême prudence ; voilà pourquoi, ma chère Claire, je vous prie de rester muette au sujet de votre amie.\u2014 Je vous obéirai, madame, répondit la jeune fille ; mais si, comme vous le croyez, ma mère veut m\u2019emmener, que lui dirai-je ?Je ne saurai quelle raison lui donner pour lui faire comprendre que je dois rester quelque temps encore chez M.Morand.\u2014 Votre objection n\u2019est pas sans valeur, répliqua la marquise, car vous aurez certainement à lutter contre la volonté de votre mère et son vif désir de vous avoir, dès maintenant, tout à elle.Mais, dans le sacrifice même que vous faites pour votre vieille amie, vous puiserez la force nécessaire pour l\u2019accomplir.Vous direz à votre mère que vous êtes forcée de rester encore à la maison de santé.Evidemment, elle voudra en connaître le motif ; vous lui répondrez que vous ne pouvez parler, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un secret important qu\u2019elle saura plus tard.\u2014 Je ferai de mon mieux, madame, pour justifier la confiance que vous voulez bien me témoigner.\u2014 J\u2019en suis sûre, ma chère Claire ; pour cela vous n\u2019aurez qu\u2019à penser à la prochaine guérison de la pauvre folle, laquelle ne peut être obtenue qu'avec votre concours.Maintenant, je ne vous retiens plus, vous trouverez votre mère au parloir ; allez, charmante et bonne Claire, allez jouir pour la première fois du bonheur de l\u2019étreinte maternelle.Claire salua la marquise et sortit du cabinet.A la porte de la salle où elle allait enfin voir sa mère, où une si grande joie l\u2019attendait, son cœur se mit à battre violemment ; son émotion lui fit éprouver un saisissement extraordinaire ; ses jambes fléchissaient sous le poids de son corps, et elle fut obligée de s\u2019arrêter un instant.Enfin, elle ouvrit doucement la porte et fit trois pas dans le parloir.NOTRE FEUILLETON \u2014 No 7 Publié en vertu d\u2019un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms de personnages et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.Alors, la mère Langlois, qui était assise dans un coin sombre, se leva ; puis courbée, à grands pas, mais très lents, se redressant à mesure qu\u2019elle avançait, elle marcha vers la jeune fille immobile, la couvrant pour ainsi dire des yeux.Arrivée à deux pas de Claire, elle s\u2019arrêta et, ouvrant ses grands bras, elle s\u2019écria : \u2014 C\u2019est elle, c\u2019est ma fille adorée ! ma Claire, mon Henriette !.\u2014 Ma mère ! répondit la jeune fille dans un cri qui s\u2019échappait de son âme.Elle n\u2019eut pas le temps de s\u2019élancer, la mère Langlois avait franchi la distance d\u2019un bond, et elle se sentit enveloppée, soulevée de terre par les bras robustes de sa mère.Plus grande que sa fille, la mère Langlois avait élevé la tête de Claire à la hauteur de la sienne.Ce fut, pendant quelques minutes, une suite de soupirs prolongés, mêlés à un bruit de baisers délirants et sonores.Ceux de la mère tombaient multipliés et rapides comme une avalanche sur toutes les parties du visage de l\u2019enfant.On aurait dit qu\u2019elle ne pouvait se rassasier de caresses données et qu\u2019elle voulait y user ses lèvres.La pauvre Pauline prenait un large acompte sur les dédommagements si bien mérités par sa longue patience.C\u2019était l\u2019explosion de son amour maternel concentré depuis si longtemps.Tenant toujours sa fille dans ses bras, pressée contre sa poitrine, et continuant à la couvrir de baisers, elle la porta devant une fenêtre.Là, en pleine lumière, elle cessa de l\u2019embrasser pour se livrer au bonheur de la contempler.Dans les mouvements de sa physionomie et l\u2019éclat de son regard, on aurait pu lire sa satisfaction, sa surprise, son admiration.Comme un peintre qui étudie les traits de son modèle, aucun détail ne lui échappait.Claire gardait le silence ; elle aussi dévorait des yeux le visage de sa mère et s\u2019enivrait d\u2019amour filial.Elle se berçait délicieusement dans son ineffable ravissement.\u2014 Oh ! comme tu es belle, mon adorée ! s\u2019écria la mère émerveillée, avec un de ces mouvemen\u2019s d\u2019orgueil qui n\u2019appartiennent qu\u2019aux mères idolâtres de leur enfant ; ah ! comme je vais être fière de toi !.Et c\u2019est moi, Pauline, celle qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui la mère Langlois, qui ai mis au monde une si belle fille !.Ah ! mais oui, tu es belle, plus belle qu\u2019une princesse, tu es belle comme la fée du bonheur ! Que j\u2019embrasse encore tes jolis yeux si doux, tes magnifiques cheveux, ta petite bouche qui me sourit, et tes joues fraîches et parfumées comme une rose !.Et de nouveaux baisers retentissaient sur le front, les yeux et les joues vermeilles de la jeune fille.\u2014 Ma mère ! ma mère ! ma mère ! répétait Claire palpitante, incapable de prononcer d\u2019autres paroles.Mais, pour sa mère, ces deux mots disaient tout ; ils résonnaient à son oreille comme la plus suave mélodie, ils lui semblaient divins ; ils remplissaient son cœur et ravissaient son âme.X \u2014 Mère et fille La mère Langlois s\u2019assit, attira doucement sa fille et la fit asseoir sur ses genoux.Claire pencha sa tête et la laissa tomber doucement sur l\u2019épaule de sa mère ; d\u2019un de ses bras elle entoura son cou, pendant que ses grands yeux humides la regardaient avec une indicible ivresse.Elles formaient ainsi un groupe charmant, un délicieux tableau digne du pinceau d\u2019un Raphaël ou d\u2019un Rubens moderne.\u2014 Ma fille, mon Henriette chérie, \u2014 tu t\u2019appelles aussi Henriette et c\u2019est ton vrai nom, \u2014 es-tu contente, es-tu heureuse d\u2019avoir retrouvé ta mère ?\u2014 Si je suis heureuse ! Oh ! ma mère, ma bonne mère, est-ce qu\u2019il y a au monde quelque chose de meilleur qu\u2019une mère ?\u2014 Ainsi tu m\u2019aimeras .beaucoup, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Ah ! avant de vous connaître, ne sachant pas si vous existiez encore, je vous aimais déjà de toute mon âme ; maintenant.oh ! maintenant.Ses lèvres collées sur la joue de sa mère rendirent l\u2019expression de sa pensée.\u2014 Je n\u2019ai jamais cessé de penser à vous, ma mère, reprit-elle, j\u2019avais la soif ardente de votre tendresse et toujours, toujours j\u2019attendais, j\u2019appelais vos baisers !.Que de fois, la nuit, dans mes rêves, je vous ai vue près de moi ! Ne vous connaissant pas, vous m\u2019apparaissiez avec la figure de la vierge ou d\u2019un ange, que j\u2019aimais à voir, le dimanche, dans l\u2019église du village .Mais toujours vous vous penchiez vers moi, souriante et bonne vous me parliez tendrement, vous me tendiez vos bras.Quand je me réveillais après mon doux rêve, et que je me retrouvais jseule dans mon isolement, je vous cherchais encore, puis je pleurais en vous appelant.Oh ! ma mère, ma mère, comme je vous aimais, comme j e vais vous aimer !.Ah ! lui aussi vous aimera .Avez-vous vu André, ma mère ?Connaît-il notre bonheur ?Avez-vous embrassé votre autre enfant ?\u2014 J\u2019ai vu André, ma chérie, je l\u2019aime beaucoup aussi, mais pas autant que toi ; André n\u2019est pas ton frère ! La jeune fille eut une sorte de tressaillement nerveux.\u2014 Oh ! oh ! fit-elle.Et un sanglot s\u2019échappa de sa poitrine oppressée par saisissement.\u2014 Calme-toi, cher trésor, reprit vivement la mère, calme-toi et ne pleure pas.Oui, André n\u2019est pas ton frère ; je sais pourquoi tu t\u2019es éloignée de lui, l\u2019abbé Rouvière m\u2019a tout appris.Va, chère petite, sans honte et sans crainte tu peux l\u2019aimer maintenant, Dieu te le permet et moi aussi.Claire leva vers le ciel ses beaux yeux pleins d\u2019une reconnaissance infinie ; puis, laissant retomber sa tête, elle cacha sa figure rougissante sur le sein de sa mère.Celle-ci continua : \u2014 Je ferai de toi la plus heureuse des femmes, dès maintenant ce sera mon unique pensée.J\u2019y emploierai toutes mes facultés et les jours qui me restent à vivre.Tu aimes André, André sera ton mari, je l\u2019ai décidé, je le veux, cela sera.Par exemple, je voudrais bien voir qu\u2019un obstacle s\u2019opposât au bonheur de mon enfant !.Mais je le briserais et le mettrais en pièces comme les vitres de cette fenêtre, fit-elle d\u2019un ton énergique, presque sauvage.D\u2019ailleurs, poursuivit-elle, il t\u2019aime autant que tu l\u2019aimes toi-même, ton André ; il Ta bien prouvé, le pauvre garçon, quand, dans sa douleur de t\u2019avoir perdue, il s\u2019est jeté dans la Seine.\u2014 Dans la Seine ! répéta Claire éperdue, en se redressant.\u2014 Bon ! fit la mère Langlois avec un visage contrarié qui lui donna une mine piteuse, j\u2019ai toujours la langue trop longue ; je m\u2019étais pourtant bien promis de ne pas souffler mot de la chose.Mais tant pis, c\u2019est fait et je vas te dire tout : André a donc voulu se noyer ; heureusement on Ta repêché à temps.\u2014 Cher André ! murmura Claire.\u2014 Et vois comme tout cela est arrivé par la volonté de Dieu, continua la mère Langlois : j\u2019étais là quand on Ta retiré de l\u2019eau, j\u2019étais là quand, à force de frictions et de soins, il a rouvert les yeux, et je l\u2019ai vu porter à l\u2019hôpital, à l\u2019Hôtel-Dieu.\u2014 Et maintenant, ma mère, où est-il.\u2014 Toujours à l\u2019hôpital; mais il est hors de danger, et dans quelques jours il n aura plus que le souvenir de sa folie.Je m\u2019étais intéressée, sans le connaître, à ce garçon si jeune et si beau ; cela devait être, puisque c\u2019est grâce à lui que je t\u2019ai retrouvée.Donc, tantôt, je suis allée le voir à l\u2019Hôtel-Dieu; je me suis rencontrée là avec 1 abbe Rouvière.En s\u2019endormant, André a prononcé ton nom ; tu devines l\u2019effet produit.J\u2019interrogeai l\u2019abbé, c\u2019est lui qui m\u2019a appris que tu étais ici, et je t assure, mon cher trésor, que je n ai pas mis longtemps pour venir du milieu de Paris à Montreuil.Vous êtes sûre, ma bonne mère, vous êtes bien sûre qu\u2019André ne court plus aucun danger?demanda Claire d\u2019une voix étranglée par l\u2019émotion.fe répète que dans quelques jours il sera complètement rétabli. Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 19 La jeune fille poussa un soupir de soulagement.\u2014 Et, tout de suite, je m\u2019occuperai de votre mariage, reprit la mère Langlois.Vois-tu, quand le bonheur se présente à nous, il faut s\u2019empresser de le prendre ; nous l\u2019attendons souvent si longtemps, qu\u2019il ne faut jamais le faire attendre, lui.Sois tranquille, ce sera une belle noce, une noce superbe ; tu y verras des robes de soie, des équipages, du monde cossu.Je ne te dis que ça.Mais ma Claire, mon Henriette sera encore la plus belle de toutes avec sa taille fine et flexible comme la tige d\u2019une fleur, sa robe blanche de satin à longue traîne, son grand voile et la couronne de fleurs d\u2019oranger.La jeune fille ne put s\u2019empêcher de sourire à travers ses larmes.\u2014 Tu souris, ma fille bien-aimée, et quand je te parle d\u2019équipages et de robes de soie, tu te dis sans doute que cela ne va guère avec le bonnet de linge de vingt-cinq sous et le modeste vêtement de ta mère.\u2014 Oh ! ma mère, protesta la jeune fille.\u2014 Hé! hé! je ne suis pas si pauvre que j\u2019en ai l\u2019air.mais si, si, je suis pauvre puisque tout ce que je possède, comme mon cœur et ma vie, tout st à toi.Voyons, est-ce que j\u2019aurais tant désiré retrouver ma fille pour la vouer à une existence de travail forcé, de misère peut-être ?.Non, non, Dieu ne l\u2019aurait pas permis, Dieu ne l\u2019aurait pas voulu ! Ma Claire, avec l\u2019espoir qu\u2019un jour tu me serais rendue, j\u2019ai travaillé pour toi pendant vingt ans, le jour et la nuit ; c\u2019était pour t\u2019avoir une dot, je l\u2019ai gagnée seule, avec mes dix doigts.et c\u2019est une belle dot, va ; quarante mille francs, bien placés ! Cette somme t\u2019appartient, dès aujourd\u2019hui ; moi, je t\u2019ai, je n\u2019ai plus besoin d\u2019autre chose.\u2014 O ma mère, ma bonne mère ! s\u2019écria Claire émue d\u2019une filiale admiration.\u2014 Ah ! ça a été dur à amasser, reprit l\u2019heureuse mère, toutes ces pièces de cent sous, qui sont devenues de beaux louis d\u2019or, puis de bons billets de mille francs de la banque de France !.Bien souvent, dans les longues nuits, ma tête alourdie tombait sur ma poitrine ; mes yeux fatigués, brûlants, se fermaient malgré moi et de mes doigts engourdis s\u2019échappait l\u2019aiguille ; mais, tout de suite, je pensais à toi ; allons, allons, me disais-je, c\u2019est pour grossir sa dot !.Alors, ma tête se redressait, je ne sentais plus la fatigue qui me piquait les yeux, je ressaisissais mon aiguille et elle allait, allait toujours.Comme toi, ma fille, j\u2019étais couturière.L\u2019attention de Claire était suspendue aux lèvres de sa mère, elle l\u2019écoutait, attendrie, osant à peine respirer dans la crainte de l\u2019interrompre.\u2014 Bien souvent aussi, poursuivit la mère Langlois, mes amies, des ouvrières comme moi, me disaient : « Es-tu bête, Pauline, de t\u2019échigner ainsi !» Je laissais dire, je ne répondais pas et je poussais mon aiguille avec plus d ardeur encore.J\u2019avais mon idée.Et quand j\u2019étais toute seule, je me répétais ce que je me disais tous les jours : C\u2019est pour ma fille !.Il fut impossible à Claire de se contenir plus longtemps ; elle serra sa mère dans ses bras, éclata en sanglots et dévora ses joues de baisers, pendant que des larmes abondantes coulaient de ses yeux.\u2014 Mâtin, fit la mère Langlois avec une sorte de colère comique, voilà maintenant que je fais pleurer ma fille ! J\u2019avais bien besoin de lui dire ainsi toutes mes rengaines ! Suis-je assez stupide !.Allons, chérie, ne pleure pas, sèche tes beaux yeux.Non, vois-tu, je ne veux pas que tu pleures ! Et, en lui rendant ses baisers, elle buvait ses larmes et la berçait sur ses genoux, comme un jeune enfant.\u2014 O ma mère, ma bonne mère, disait Claire, je n\u2019aurai pas assez de toute mon âme pour vous aimer ! \u2014 Allons, reprit au bout d\u2019un instant la mère Langlois, maintenant, il faut nous en aller : j\u2019ai pris une voiture, elle nous attend devant la maison.Claire éprouva une commotion et baissa subitement les yeux.-\u2014Vois-tu, mon trésor, continua la mère, mon bonheur ne sera complet que lorsque je t\u2019aurai installée dans ta petite chambre à côté de la mienne .Une belle chambre, va, meublée à mon goût, arrangée par moi seule et où jamais un étranger n\u2019est entré.Claire n\u2019avait pu douter, dès le premier moment, de l\u2019immense amour maternel qui remplissait le cœur de sa mère ; maintenant, chacune de ses paroles lui révélait combien cet amour avait été exclusif, prévoyant, et combien il avait fait éclore, à son intention, de sentiments délicats et exquis.Alors, songeant au chagrin qu\u2019elle allait causer à cette mère si digne d\u2019être aimée, adorée ; en refusant de la suivre, elle souffrait réellement.\u2014 Oh ! ma tendre et bonne mère, répondit-elle d\u2019une voix vibrante d\u2019émotion, comme vous, je ne serai véri- tablement et absolument heureuse que lorsque je pourrai vivre près de vous, avec vous ; mais ce ne sera que dans quelque temps.\u2014 Dans quelque temps ! Que veux-tu dire ?\u2014 Je dois encore rester ici.\u2014 Ah ! ça, est-ce que M.Morand aurait la prétention de vouloir te garder malgré moi ?s\u2019écria la mère Langlois avec violence ; par exemple, nous allons bien voir ! \u2014 M.Morand, ma bonne mère, me laisse entièrement libre ; c\u2019est moi qui désire, qui veux rester.\u2014 Toi, toi !.Alors tu ne m\u2019aimes pas ?\u2014 Oh ! ne dites pas cela ! \u2014 Pourquoi veux-tu rester ici, pourquoi ?\u2014 Je vous dirai tout plus tard, ma mère ; il s\u2019agit d\u2019un devoir à remplir et qui s\u2019impose à moi impérieusement.\u2014 Ta, ta, ta, je ne comprends pas cela, et, puisque tu parles de devoir, ton devoir est de suivre ta mère.Tu es assez riche pour te dispenser d\u2019être une personne à gages.Je ne dis pas que tu ne travailleras plus, non, car il faut toujours s\u2019occuper, travailler dans la vie ; mais tu choisiras le genre de travail qui te plaira le mieux, et c\u2019est chez toi que tu travailleras, à tes heures.\u2014 Quand nous serons réunies, ma bonne mère, je ferai tout ce que vous voudrez.\u2014 C\u2019est donc bien vrai, tu refuses de venir avec moi ?\u2014\tJe vous le répète, quelque chose me force à rester ici.\u2014\tMais quoi, quoi ?\u2014\tOh ! vous le sauriez déjà si je pouvais vous le dire.Mais un jour, bientôt, je vous apprendrai tout ; alors, vous comprendrez et vous serez contente ; la première, vous me direz : Ma fille, tu as bien agi ! \u2014 Elle est pourtant bien jolie, ta petite chambre où je pensais que tu dormirais cette nuit, dit la mère Langlois avec tristesse.Le lit est en palissandre et thuya avec des sculptures ; il y a un bon sommier avec un lit de plumes et deux épais matelas tout neufs.En face de la cheminée, où il y a une grande glace, j\u2019ai placé l\u2019armoire à glace, afin que tu puisses te bien voir depuis le haut de ta jolie tête jusqu\u2019au bout de tes petits pieds.Près de la fenêtre garnie de doubles rideaux de guipure semblables à ceux du lit, tu trouveras une mignonne chiffonnière ; les chaises et les fauteuils sont recouverts en tapisserie, c\u2019est mon ouvrage.Sur la cheminée il y a une pendule en bronze doré de Barbedienne avec ses candélabres, puis deux grands vases de porcelaine où tu mettras des fleurs.Il y a aussi une jolie cage, avec deux grands canaris de Hollande, qui chantent toute la journée à plein gosier, comme des perdus.Ils t\u2019attendent aussi, eux, car chaque jour je leur parle de toi ; et quand je leur dis : Elle viendra bientôt, et qu\u2019ils m\u2019entendent prononcer ton nom, ils battent des ailes et, plus joyeux, ils chantent mieux encore.Elle s\u2019arrêta, suffoquée par les larmes.Claire pleurait aussi, en lui prodiguant ses plus tendres caresses.A ce moment, le docteur, qui venait de reconduire Mme de Presle jusqu\u2019à sa voiture, entra dans le parloir.Prévenu par la marquise, il n\u2019eut qu\u2019à voir le visage de la mère de Claire pour comprendre que la jeune fille avait tenu sa promesse.\u2014 Madame, dit-il, votre charmante fille vous a dit sans doute qu\u2019elle désirait rester ici quelque temps encore ; pour toutes deux c\u2019est un grand sacrifice, je le sais ; pour Claire, madame, c\u2019est un acte de pieux dévouement, dont bientôt vous serez heureuse et fière.Je ferai d\u2019ailleurs tout ce qui dépendra de moi pour adoucir votre peine.Vous pourrez venir voir votre chère fille aussi souvent que cela vous fera plaisir ; vous serez toujours ici la bienvenue.Du reste, votre séparation ne sera plus d\u2019une longue durée.La mère Langlois poussa un profond soupir.\u2014 Je vous remercie, monsieur, dit-elle ; mais ce n\u2019est pas ce que j\u2019aurais voulu.Elle prit sa fille dans ses bras, la pressa avec force sur son cœur, et une fois encore l\u2019embrassa longuement.Claire et le docteur l\u2019accompagnèrent jusque dans la rue.Là, elle se je- ta encore sur sa fille et la couvrit de nouveaux baisers.Puis, éperdue, comme affolée, elle monta dans son fiacre, qui reprit rapidement la route de Paris.Deux heures plus tard, elle entrait dans le boudoir de Mme Descharmes.\u2014\tJe les ai retrouvés! cria-t-elle à la jeune femme.\u2014\tNos enfants! exclama Angèle en s\u2019élançant vers la mère Langlois.\u2014 Oui, tous les deux, Henriette et André ! \u2014\tPauline, ma chère Pauline, mettons-nous à genoux et remercions Dieu ! Un instant après, un domestique annonça M.le marquis de Presle.\u2014\tDites à M.le marquis, répondit Angèle, que je suis très souffrante ce soir, et qu\u2019il m\u2019est impossible de le recevoir.XI \u2014 Gargasse se tire d\u2019un MAUVAIS PAS Pierre Gargasse, assis sur le banc que connaît le lecteur, à l\u2019ombre du marronnier, fumait mélancoliquement sa pipe.Malgré le souvenir de ce qui lui était arrivé à cette même place, il y revenait chaque jour ; c\u2019est sur ce banc qu\u2019il aimait le mieux à fumer sa pipe.Ce que c\u2019est que l\u2019habitude ! Dans la maison isolée, Gargasse, à la solde de Blaireau, était toujours investi des fonctions de geôliers, devenues une agréable sinécure.Il vivait là, tranquillement, comme un bon bourgeois ou un honnête commerçant retiré des affaires, qui, comptant sur son revenu, voit sans souci tomber la pluie, se chauffe au soleil et laisse grossir son ventre.Boire, manger, dormir, ne rien faire et avoir dans un pot sa provision de tabac aurait dû être pour Gargasse le nec plus ultra du bonheur.Eh bien non, cette vie idéale, si calme en apparence, lui pesait.Tant il est vrai que l\u2019homme n\u2019est jamais content ! C\u2019est toujours la folie de l\u2019ambition qui cause ses chagrins et le perd souvent.Gargasse n\u2019était pas satisfait parce qu\u2019il désirait autre chose.Au milieu du nuage de fumée qui s\u2019échappait de ses lèvres, il voyait la petite maison qu\u2019il rêvait d\u2019acheter à vingt ou trente lieues de Paris, au bord d\u2019une rivière, avec un jardin et un champ pour planter ses choux.Il voyait cela et ce n\u2019était toujours qu\u2019un rêve.Pour le réaliser, il fallait que Blaireau, en récompense de ses longs services, lui donnât une trentaine de mille francs : cette somme était nécessaire pour acheter l\u2019immeuble et constituer le revenu suffisant à l\u2019existence calme et modeste de deux personnes.Deux personnes, lui et une femme déjà vieille.Cette femme, il l\u2019avait aimée autrefois ; après l\u2019avoir retrouvée à Paris, dans une profonde misère, il s\u2019était rappelé combien elle lui avait été dévouée, et le cœur du scélérat s\u2019était mu à ce souvenir.Alors, il s\u2019était dit : Pour moi, elle a beaucoup souffert ; je l\u2019ai trompée, humiliée, battue ; j\u2019ai vécu du travail de ses mains, puis un jour, je l\u2019ai lâchement abandonnée.Aujourd\u2019hui, elle est vieille, laide, dans le dénûment, n\u2019importe ! Ensemble nous avons commencé l\u2019existence, ensemble nous la finirons.Pour expliquer ce phénomène il faut admettre que les plus grands misérables peuvent être touchés par le repentir.Depuis qu\u2019il avait pris cette résolution, l\u2019idée fixe de Gargasse était de se faire remettre les trente mille francs que, selon lui, Blaireau lui devait.Il cherchait le moyen de forcer son digne ami à ouvrir sa caisse, lorsque deux coups frappés violemment à la RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS La véritable marquise de Presle eut peur lorsqu\u2019une jolie dame qui se disait marquise du même nom voulut lui arracher le médaillon dans lequel se trouvait le portrait de son mari.De son côté, la physionomie de la folle s\u2019était animée.Elle faisait des efforts inouïs pour réveiller dans sa mémoire des souvenirs endormis, depuis des années.Madame la marquise confia les secrètes agitations de son âme à une comtesse de ses amies.Comment ne pas s\u2019associer aux émotions que lui réserve l\u2019avenir ?L\u2019auteur a ménagé habilement le récit dans lequel les lecteurs goûtent les nuances de la sensibilité et l\u2019expression véritables des choses du cœur. 20 porte du jardin le firent tressaillir.Un instant après, trois autres coups, frappes d une certaine façon, lui apprirent le nom du visiteur.Alors il courut tirer les verrous de la porte, et Blaireau entra.\u2014 Toi, déjà, si matin! exclama Gargasse étonné.Je me lève toujours de bonne heure, répondit Blaireau.Mais nous avons à causer ; montons dans ta chambre.Gargasse remarqua que Blaireau était sombre.Il devint inquiet.Saurait-il quelque chose ?pensa- t-il.Toutefois, il suivit docilement son complice.Blaireau s\u2019étant assis, Gargasse en fit autant.\u2014 J\u2019ai appris du nouveau, dit le premier, le préfet de police a eu vent de l\u2019enlèvement de la folle, il y a eu une enquête.\u2014 Ah ! fit Gargasse anxieux.\u2014 Mais nous sommes plus malin que la rousse ; elle a cherché et n\u2019a rien trouvé.Gargasse commença à respirer.\u2014 Alors ?interrogea-t-il.\u2014 Alors la police en a été pour ses frais, et l\u2019enquête s\u2019est arrêtée devant le vide.\u2014 Il ne sait rien, se dit Gargasse.Et il poussa un soupir de soulagement.\u2014 Maintenant, reprit Blaireau, nous n\u2019avons plus rien à craindre, toute cette affaire est oubliée.\u2014 Enfoncés les mouchards ! s\u2019écria joyeusement Gargasse.\u2014 La rue de Jérusalem n\u2019est pas de force pour lutter avec moi, dit Blaireau avec un regard éclatant d\u2019orgueil.\u2014 Ça, c\u2019est vrai, répliqua Gargasse, dans une sorte d\u2019admiration, tu es un homme prodigieux, un génie.Quelle sorbonne ! Blaireau se mit à rire, satisfait du compliment.Il n\u2019était pas toujours insensible à la flatterie.\u2014 Donc, reprit-il, nous n\u2019avons plus rien à redouter et je ne vois plus la nécessité de nous imposer l\u2019embarras de la folle.\u2014 Que veux-tu dire ?Blaireau eut un regard sinistre.\u2014 Nous ne pouvons pas la garder éternellement, répondit-il ; une folle, ça gêne, et puis elle ne nous est plus utile ; il faut qu\u2019elle disparaisse.Gargasse pâlit, il sentit une sueur froide mouiller ses tempes.Blaireau ne vit rien ; tout entier à son idée, il continua : \u2014 Voici ce que j\u2019ai décidé: cette nuit nous nous débarrasserons de la folle.C\u2019est facile, les moyens ne manquent pas ; celui que j\u2019ai choisi a du bon, tu vas voir : Tout à l\u2019heure, nous étoufferons la folle, poursuivit le misérable, ce ne sera pas long, car elle n\u2019a qu\u2019un souffle de vie ; cela fait, nous l\u2019habillerons avec le costume que j\u2019ai apporté et qui est là, dans ce paquet, un vêtement d\u2019ouvrière, depuis les souliers troués jusqu\u2019au bonnet de linge.J\u2019ai acheté toute cette défroque quarante sous chez une fripière du Temple.Gargasse le laissait parler.Il se trouvait dans une situation difficile, peut-être dangereuse, et il se demandait avec effroi comment il pourrait en sortir.\u2014 Cette nuit, à une heure du matin, continua Blaireau, je serai ici avec une voiture, nous prendrons la morte et nous l\u2019emmènerons du côté de Sures-ne, où nous la jetterons dans la Seine.Si elle est repêchée par des pêcheurs ou des mariniers, on supposera que c\u2019est rme pauvre femme qui s\u2019est jetée à l\u2019eau pour échapper à la misère, à la faim.Chaque jour, la faim donne à des gens le désir de boire un grand coup, ajouta-t-il cyniquement.Eh bien, que penses-tu de mon idée ?Gargasse sursauta comme un homme qu\u2019on réveille brusquement, et ses yeux se fixèrent sur Blaireau.\u2014 Réponds-moi donc, fit celui-ci.Gargasse se mit à rire.\u2014 Tout cela est parfaitement combiné, dit-il ; mais, mon cher Blaireau, tu t\u2019es donné une peine bien inutile.\u2014 Hein ! pourquoi ?\u2014 Parce que la besogne est faite.\u2014 Je ne comprends pas.\u2014 La folle est morte.\u2014 Morte! répéta Blaireau; est-ce bien vrai ?\u2014 Puisque je te le dis.\u2014 Et quand cela ?Hier, cette nuit ?\u2014 Depuis plus longtemps.\u2014 Et qu\u2019en as-tu fait ?\u2014 Drôle de question.Ce que j\u2019en ai fait ?Ce qu\u2019on fait d\u2019une morte, je l\u2019ai enterrée.\u2014 Où cela, dans le jardin ?demanda Blaireau en jetant sur son complice un regard soupçonneux.\u2014 Pour qu\u2019un jour un coup de bêche maladroit découvre le cadavre ! pas si bête !.Là-haut, dans le bois, par une nuit noire, j\u2019ai creusé un trou, et c\u2019est dans ce trou que j\u2019ai enterré la folle.\u2014 Tu as fait cet ouvrage seul ?\u2014 Fallait-il aller chercher le commissaire de police ?\u2014 Tu as raison, répondit Blaireau dont le regard oblique ne quittait plus Gargasse.\u2014 J\u2019ai les bras assez forts pour manier une pelle et les épaules assez solides pour avoir pu porter seul un cadavre qui ne pesait pas soixante livres, reprit Gargasse.\u2014 C\u2019est certain ; mais pourquoi ne m\u2019as-tu pas prévenu ?\u2014 Ah ! voilà.je ne voulais pas te faire de la peine.\u2014 Ça c\u2019est bien ! Excellent Gargasse ! \u2014 Dans le temps, tu as eu un faible pour la jolie Léontine; j\u2019ai eu peur pour ta sensibilité.-\u2014 Ce cher ami, fit Blaireau d\u2019un ton moitié sérieux, moitié ironique.\u2014 Que veux-tu, c\u2019est peut-être bête, mais je suis comme ça pour ceux que j\u2019aime.\u2014 Le fourbe, pensait Blaireau, il me paiera tout cela en gros.\u2014 Ainsi, reprit-il, c\u2019est par amitié pour moi.\u2014 Ma foi, oui.Pourtant je ne veux pas mentir ; j\u2019avais encore une raison.\u2014 Ah ! voyons cette autre raison.\u2014 Je me trouve bien ici, dans ta maison ; je m\u2019étais dit : Tant que mon ami Blaireau ne saura pas que la folle est morte, j\u2019y resterai bien tranquille, ne faisant rien et vivant comme un seigneur.Le métier de rentier me plaît.\u2014 J\u2019aime mieux cette dernière raison que la première.\u2014 On ne peut rien te cacher à toi, il faut toujours te dire tout.\u2014 Enfin la folle est morte, nous en sommes débarrassés.Maintenant, mon cher Gargasse, je n\u2019ai plus besoin de toi, et comme j\u2019ai l\u2019intention de vendre cette maison, tu ne pourras plus y rester.\u2014\tVoilà ce que je redoutais ; mais je te connais, tu ne laisseras pas ton vieux camarade Gargasse dans la peine, tu tiendras la promesse que tu lui as faite.\u2014\tAu fait, parlons de ça ; de quoi sommes-nous convenus ?Le visage de Gargasse s\u2019épanouit.VOUS BRODEZ, MADAME?JOLI NAPPERON Bien qu\u2019il y ait un 13 dans ce numéro, pourquoi ne pas en faire un prix de bridge pour une heureuse gagnante?Vos amies en seront ravies.La broderie de ce centre qui mesure 18 pouces est exécutée en nuances claires sur un fond de coton blanc fini toile.Coudre une délicate dentelle blanche en guise de bordure.Tableau des couleurs inclus.Mme DE RFJ J.F.FF.TTTT.T.F, 61, Bord du Lac, Valois, P.Q.LISTE DES PRIX Veuillez m\u2019envoyer les articles suivants : ?\t613 \u2014 Centre blanc tout étampé ?\tCoton de couleur pour la broderie ?\tPatron étampé sur papier ?\tPapier carbone, bleu ou jaune, pour tracer Patron No 613 30 cents 25 cents 15 cents 10 cents Prière à mes lectrices d\u2019inclure le prix du patron, plus la taxe de 4% ou 2%, selon le cas, sous forme de bon postal, mandat d\u2019express ou argent sous pli recommandé.Nom Adresse Localité .Province .Le Samedi \u2014 1er décembre 1945 Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 \u2014 Tu sais mon rêve, répondit-il ; une petite maison, un jardinet derrière, et une petite rente .Tu vois, je ne suis pas exigeant.\u2014 Enfin, dis un chiffre.\u2014 Eh bien ! une trentaine de mille francs.\u2014 Trente mille francs ! exclama Blaireau, comme tu y vas ! Mais c\u2019est une fortune, cela.\u2014 Pas grosse.j\u2019ai fait mes calculs ; il faut bien cette somme.\u2014 Diable, diable ! fit Blaireau en se grattant l\u2019oreille.\u2014 Allons, mon petit Blaireau, un bon mouvement, dit Gargasse d\u2019une voix mielleuse.\u2014 Soit, tu auras tes trente mille francs.C\u2019est égal, c\u2019est bien de l\u2019argent, je vais me saigner pour toi.\u2014 Ah ! Blaireau, vieux copain ! s\u2019écria Gargasse avec émotion ; tiens il faut que je t\u2019embrasse.\u2014 Non, dit Blaireau en se levant, tu ferais éclater ma sensibilité.J\u2019aime mieux que tu allumes la bougie.\u2014 La bougie ! pourquoi faire ?Je désire voir la cave.Gargasse s\u2019empressa d\u2019obéir et tous deux descendirent dans le sous-sol.Blaireau entra dans le caveau qu: avait servi de cachot à Léontine Landais.Prudemment, Gargasse resta t l\u2019entrée, se contentant d\u2019éclairer sor, complice.Mais, pour le moment, Blaireau n\u2019avait pas d\u2019intention mauvaise Il se borna à faire l\u2019inspection du caveau.Il voulait probablement s\u2019assurer de la disparition de la folle.Peu après, en quittant Gargasse, i lui dit : \u2014 Je reviendrai samedi; je t\u2019apporterai tes trente mille francs.XII \u2014 Un nuage à l\u2019horizon Gargasse était content.Tout de même, se disait-il en se frottant let mains, il a bien pris la chose.Gargasse se trompait.Blaireau n\u2019avaii pas été dupe de son mensonge.Uni colère terrible, qu\u2019il n\u2019avait pas voulu laisser éclater grondait dans sa tête \u2014 C\u2019est certain, la folle n\u2019est plus en ma puissance, se disait-il en reprenam la route de Paris ; qu\u2019est-elle devenue ?Qu\u2019en a-t-il fait ?Ah ! je vois son jeu, le brigand, il veut me faire chanter .Eh bien, il se trompe, ce n\u2019est pas aux vieux singes qu\u2019on apprend à faire des grimaces.Lui donner trente mille francs, ah ! ah ! ah Une balle dans la tête ou un bon coup de poignard dans la poitrine, voilà ce qu\u2019il mérite, le misérable ! Ce n\u2019est pas tout, il faut ouvrir les yeux et voir clair.La folle a disparu, voilà le fait.Supposer qu\u2019elle s\u2019esi échappée de sa prison toute seule serait absurde.On lui en a ouvert la porte, car j\u2019ai constaté que le trou, qui communique au puits n\u2019a pas été agrandi.Donc Gargasse est un traître C est lui qui a enlevé sa prisonnier* pour la cacher ailleurs.Ah ! j\u2019aurais dû me défier de lui !.Après un moment de réflexion, il reprit : \u2014 Je crois que je m\u2019égare dans les chemins de traverse.Gargasse me trompe, c\u2019est évident; mais s\u2019il avait caché la folle pour me forcer à lui donner de l\u2019argent il me l\u2019aurait dit et n\u2019eût pas inventé la fable qu\u2019il m\u2019a contée.Et puis il est prudent, il ne serait pas resté à Sèvres.Décidément, il y a autre chose.Quoi ?Je cherche dans la nuit.Tout à coup, il se frappa le front.Il venait de penser à la marquise de Presle.Il savait que l\u2019enquête concernant l\u2019enlèvement de la folle de Rebay avait été faite sur sa demande -Mme de Presle a dû jouer un rôle dans l\u2019affaire que je cherche à débrouiller, se dit-il ; alors Gargasse est son associé.Dans ce cas, c\u2019est grave, Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 beaucoup plus grave que je ne le croyais .Il rentra chez lui en proie à une grande agitation.Après s\u2019être débarrassé de son paletot, il s\u2019assit à son bureau et écrivit un billet qu\u2019il fit porter immédiatement rue de la Huchette par sa domestique.Il avait aussi l\u2019intention d\u2019écrire au marquis de Presle ; mais, après réflexion, il ne le fit point.De la rue du roi de Sicile à celle de la Huchette la distance n\u2019est pas grande.La domestique revint au bout d\u2019une demi-heure, accompagnée d\u2019un individu à l\u2019air effronté, qui s\u2019intitulait marchand de lorgnettes, mais qui devait faire, en outre, beaucoup d\u2019autres métiers inconnus plus ou moins avouables.Pour n\u2019en citer qu\u2019un, il était- à l\u2019occasion un des espions de Blaireau.\u2014 Ma lettre t\u2019a trouvé chez toi, lui dit celui-ci ; il paraît que tu te reposes en ce moment \u2014 Oui, les affaires ne vont pas.Moi, quand je n\u2019ai pas d\u2019ouvrage, je ne flâne pas dans les rues, le nez en l\u2019air, je reste chez moi.\u2014 Cela veut dire que tu as la bourse plate.\u2014 Tant que j\u2019ai un rond, maître, ce n\u2019est pas dans ma niche qu\u2019on me trouve, vous le savez bien.\u2014 Il faut te chercher au cabaret.\u2014 Chez le mastroquet du coin, toujours le même.Mais ce n\u2019est pas pour me faire le catéchisme que vous m\u2019avez appelé, je suppose ; de quoi s\u2019a-git-il ?\u2014 J\u2019ai de la besogne à te donner.\u2014 On la fera, patron, on la fera.\u2014 Je veux te charger d\u2019une petite surveillance.Il faut que je sache où va, chaque fois qu\u2019elle sort, une grande dame qui se nomme la marquise de Presle et qui demeure rue Saint-Dominique.\u2014 Ça, c\u2019est facile.\u2014 Tu n\u2019auras que cela à faire pour le moment ; tu vas te mettre immédiatement en campagne, et ce soir j\u2019attendrai ton rapport.Tiens, voilà dix francs pour tes premiers frais.\u2014 Alors, je pars.\u2014 Encore un mot : J\u2019aurai peut-être besoin de t\u2019adjoindre, demain ou après-demain, un ou deux camarades.\u2014 Vous n\u2019aurez qu\u2019à parler, patron, je vous les trouverai.\u2014 Je n\u2019en doute pas ; mais sais-tu ce qu\u2019est devenu le mouton ?\u2014 Je crois qu\u2019il a quitté Paris.\u2014 Par ordre ?\u2014 Non, pour aller voir son pays.\u2014 Il est peut-être revenu ?Ça m\u2019étonnerait ; il serait venu me dire bonjour.Depuis une expedition que nous avons faite ensemble, du côté de Sèvres, nous sommes une paire d\u2019amis.\u2014 Ah ! vous avez travaillé par là ?fit Blaireau ; était-ce bon ?\u2014 Excellent ! \u2014 Quel genre d\u2019affaire ?\u2014 Une escalade, une femme à enlever .Blaireau tressaillit.__Oh ! oh ! fit-il en souriant, c\u2019était difficile! Vous n\u2019avez pas réussi.\u2014 Erreur, patron.__Ainsi, vous avez pu enlever cette femme ?Elle était donc seule dans sa maison ?\u2014 Avec son gardien.\u2014 Son gardien ! je ne comprends pas.____Ah ! voilà : la femme était enfermée dans une cave ; il s\u2019agissait de la délivrer.\u2014 C\u2019est fort intéressant ce que tu me dis là.Et pour le compte de qui travailliez-vous ?\u2014 Ça, je l\u2019ignore, Pistache ne me l\u2019a pas dit.__Qu\u2019importe ! vous avez pu enlever la femme ; après qu\u2019en avez-vous fait ?\u2014 Nous l\u2019avons remise à un homme et à une femme qui nous attendaient au bord de la Seine près du parc de Saint-Cloud.\u2014 Ne m\u2019as-tu pas dit tout à l\u2019heure qu\u2019il y avait un gardien ?\u2014 Oui, et un rude gaillard encore ! \u2014 Il était avec vous ?\u2014 Lui ! pas du tout.\u2014 Bah! et ce rude gaillard, comme tu dis, a laissé prendre la femme sans rien dire ?\u2014 Oh ! il a crié et hurlé, mais il n\u2019a pu faire que cela ; nous avions commencé par le lier avec des cordes.Sur la demande de Blaireau, l\u2019espion s\u2019empressa de lui raconter tout ce qui s\u2019était passé dans la maison de Sèvres le soir de l\u2019enlèvement de la folle.Enfin, la disparition de la malheureuse Léontine lui était expliquée.Gargasse devenait beaucoup moins coupable qu\u2019il ne l\u2019avait supposé ; et, en même temps, il acquérait la presque certitude que la folle avait été remise aux mains de la marquise de Presle.Quel but poursuivait la marquise ?Où avait-elle placé la folle ?Voilà ce que, avant tout, Blaireau voulait découvrir.Le soir, à huit heures, son espion, qui portait le nom belliqueux de Tamerlan, vint lui faire son rapport.Mme la marquise de Presle était sortie, à deux heures, avec sa fille.Ces dames s\u2019étaient rendues aux magasins du Bon-Marché, où elles avaient fait divers achats.Du Bon-Marché elles étaient allées rue de la Paix, où Mlle de Presle avait essayé plusieurs bagues chez un joaillier, et examiné avec sa mère un certain nombre de boucles d\u2019oreilles.Tamerlan, n\u2019ayant pas cru devoir entrer dans la boutique du bijoutier, ignorait si un achat y avait été fait.Mme de Presle et sa fille remontèrent dans leur voiture et donnèrent l\u2019ordre au cocher de les conduire à Montreuil.Il était alors trois heures.Tamerlan courut place Vendôme, sauta dans une voiture et parvint à suivre le coupé de la marquise jusqu\u2019aux fortifications.Arrivé là, le cheval de louage en sueur, haletant, éreinté, fourbu, refusa d\u2019avancer.Le coupé, qui avait déjà une grande avance, gagna encore du terrain et disparut.Toutefois, à tout hasard, Tamerlan se décida à faire à pied le reste du chemin.Il connaissait Montreuil ; il y était venu souvent dans sa jeunesse pour y voler des pêches.Après l\u2019avoir fouillé de son mieux, il se disposait à s\u2019en revenir bredouille, lorsqu\u2019il aperçut la voiture de la marquise arrêtée devant la porte cochère d\u2019une grande et belle maison bourgeoise.Un paysan qu\u2019il interrogea lui apprit que cette magnifique propriété était la maison de santé du docteur Morand.Il rôda dans les environs pendant une demi-heure, puis la voiture de Mme de Presle ayant repris au grand galop la route de Paris, il se dit qu\u2019il avait suffisamment travaillé et que sa journée était finie.Ce rapport donnait à Blaireau un renseignement précieux ; mais il ne laissa rien paraître de ses impressions.Cependant il complimenta l\u2019espion, lui mit un louis dans la main et le congédia en lui donnant l\u2019ordre de continuer à surveiller la marquise.Mme de Presle se rendant à Montreuil dans une maison de santé, cela disait tout.Le doute n\u2019était plus possible.Après avoir fait enlever la folle, elle l\u2019avait confiée aux soins du docteur Morand.Evidemment pour qu\u2019il lui rende la raison.Restait à savoir si Léontine Landais pouvait être guérie.Il ne se dissimulait pas les conséquences terribles que cette guérison aurait pour lui.Si Léontine retrouvait le souvenir, ses révélations ne pouvaient manquer de lui être fatales.Il VOUS QUI SOUFFREZ DE SINUSITE Voici Un Soulagement Rapide! gouttes se*®»\"1 /& ^UCS vTenSfrèn.soulagent Uncn ._facilitent la Sentie blende, C\u2019est merveilleux comme le Va-tro-nol dissipe la congestion des voies nasales\u2014donne aux sinus la possibilité de se vider.Ces excellents résultats sont dûs à ce que le Va-tro-nol est une médication particulière, qui agit au siège même du mal\u2014 pour soulager la congestion douloureuse, et ljflf* faciliter la respiration.Faites-en l\u2019essai\u2014Vlwliw Mettez-en quelques gouttes dans lfA.TDI|a||fl| chaque narine.\tWfl I IfiU HUL EeStf^ga Payez-vous un luxe, mettez-vous à la page sans qu'il soit question d'extravagance ! Ceci n'est pas un paradoxe, encore moins un tour de force en économie.Nous pouvons vous démontrer qu'avec un billet de cinq dollars, vous pouvez vous procurer une bonne vieille valeur d'avant-guerre qui s'est même améliorée depuis.La réponse n'est pas un mystère, c'est presque un secret de Polichinelle : un abonnement à nos trois magazines, LE SAMEDI LA REVUE POPULAIRE LE FILM COUPON D\u2019ABONNEMENT TROIS MAGAZINES, $5.00 POUR 1 AN Ci-joint $5.00 (Canada seulement) pour un abonnement d\u2019un an aux Trois grands magazines.IMPORTANT : Veuillez indiquer d\u2019une croix Q s\u2019il s\u2019agit d\u2019un renouvellement.Nom Adresse Ville .POIRIER.BESSETTE & CIE, LIMITEE .Province .975-985, rue de Bullion, Montréal 18, P.Q. 22 Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 5 PRIX A GAGNER CHAQUE SEMAINE LES CINQ GAGNANTS DU PROBLEME No 726 \u2014 CINQ JEUX DE CARTES M.J.J.Houle, 615, rue Laviolette, Trois-Rivières, P.Q.; Mme J.-H.Desjardins, 161, pUe/->St'?if0rgeS\u2019 St'Jérôrne.Co.Terrebonne, O % : d\tGlgnac\u2019 55 \u2014 19ème Rue, Quebec, P.Q.; M.Jean-M.Therriault, Sanatorium St-Georges, Mont-Joli, P.Q.; M Ivanhoe Beaulieu, 4684, rue Cartier, Montreal, P.Q Solution du Problème No 727 AUX AMATEURS DE MOTS CROISES En insérant tout simplement la languette dans l\u2019enveloppe, au Heu de coller celle-ci, l'affranchissement de votre envoi ne vous coûtera qu\u2019un sou, au lieu de trois ou quatre.LES MOTS CROISES DU \" SAMEDI \" \u2014 Problème No 728 J 2\t3\t4\t5\t6\t7\t8\t9\t10\t11\t12\t13\t14\t15 Nom .Adresse .ViUe ou Village .Province .Adressez : LES MOTS CROISES, Le Samedi, 975-985, rue de Bullion, Montréal, P.Q.HORIZONTALEMENT 1.\tGrosse verrue qui se produit sur le corps du cheval.\u2014 Appétit dépravé.\u2014 Ville de Tunisie.2.\tEnlever.\u2014 Qui appartient au mollet.\u2014 Pure.3.\tUne des Moluques.\u2014 Evénement fortuit.\u2014 Fleuve de l\u2019Afrique.4.\tAujourd\u2019hui la Yougoslavie et la Bulgarie.\u2014 Note.\u2014 Qui a des aptitudes pour.5.\tPlanète habitée par l\u2019homme.\u2014 Laxatif.6.\tIdem.\u2014 Peigne du tisserand.\u2014 Pièces de bois destinées à soutenir le plancher.7.\tDit qu\u2019une chose n\u2019existe pas.\u2014 Mammifères.8.\tRivière d\u2019Italie.\u2014 Frapper.\u2014 Partie du fourneau.9 Récompenser.\u2014 Substantif.10.\tFaire demeurer.\u2014 Règle obligatoire.\u2014 Adverbe.11.\tAplatir la pointe d\u2019un clou.\u2014 Partie extérieure du bras.12.\tEn cet endroit.\u2014 Pronom.\u2014 Suspension d\u2019hostilités entre des belligérants.13.\tEn forme d\u2019œuf.\u2014 Modique.\u2014 Ne pas dire.14.\tErudit français (1848-1899).\u2014 Née la première.\u2014 Comédie de Marivaux (1736).15.\tSaison.\u2014 Petite planche utilisée comme ardoise.\u2014 Gaz stomacal.VERTICALEMENT 1.\tVoile triangulaire.\u2014 Monnaie d\u2019or arabe.\u2014 Louange.2.\tEn outre.\u2014 Repas du milieu de la journée.\u2014 Evêque de Vienne, mort en 518.3.\tChef-lieu sur le Tech.\u2014 Avoir de l\u2019amour pour.\u2014 Epoque.4.\tCouper ras le poil.\u2014 Instrument de travail.5.\tPrévôt des marchands de Paris.\u2014 Fils du frère.6.\tPossèdes.\u2014 Légumineuse.\u2014 Ville d\u2019Algérie.\u2014 Carte à jouer, marquée d\u2019un seul point.7.\tEvangéliste.\u2014 Mettre à sec.\u2014 Deux fois.8.\tLac d\u2019Asie.\u2014 Travailler à la ruine de.\u2014 Recule.9.\tEvénement fortuit.\u2014 Consentir à une proposition.\u2014 Monnaie japonaise.10.\tLui.\u2014 Rendre impur.\u2014 Portion.\u2014 Conjonction.11.\tRejeter par la bouche.\u2014 De peu de longueur.12.\tManière de colorier cm dessin.\u2014 Qui n\u2019existe que dans l\u2019idée.13.\tDivision administrative au Japon.\u2014 Chef-lieu d\u2019arrondissement (Ile-et-Vilaine).\u2014 Bassin.14.\tAncien nom de l\u2019Irlande.\u2014 Suivant.\u2014 Mot latin qui signifie donc.15.\tFendue.\u2014 Mettre en terre pour germer.\u2014 Point cardinal.savait d\u2019avance que le marquis de Presle l\u2019abandonnerait lâchement.Au moment où tout lui souriait, alors qu\u2019il possédait cette immense fortune, but unique de sa vie, il se voyait exposé à tout perdre.La terreur s\u2019emparait de lui à cette pensée que la justice, à laquelle il avait su échapper jusqu\u2019à ce jour avec un rare bonheur, pouvait être appelée à regarder dans son existence et à lui demander un compte sévère de toutes les vilenies, de tous les crimes de son passé.La prudence lui conseillait de prendre tout son or, toutes ses valeurs et de fuir à l\u2019étranger.Mais il fallait abandonner une partie de sa fortune ; et puis, il aimait Paris, le théâtre de ses exploits ; un charme irrésistible, plus puissant que sa volonté, l\u2019y retenait.D\u2019ailleurs il n\u2019y avait peut-être péril que dans son imagination ; il avait des appréhensions, mais rien encore ne justifiait ses craintes.Il tâcha de se convaincre qu\u2019il n\u2019avait aucune raison de s\u2019alarmer.\u2014 Au surplus, se dit-il, quand on sait d\u2019où vient le danger il est à moitié conjuré ; s\u2019il existe réellement, \u2014 et je le saurai bientôt, \u2014 on agira en conséquence.Et avec son esprit inventif, si fécond pour le mal, il trouva aussitôt le moyen d\u2019échapper au danger en en faisant disparaître les causes.XIII \u2014 Blaireau en campagne Le lendemain, dans l\u2019après-midi, Blaireau vêtu comme un fashionable, ce qui ne l\u2019embellissait pas, au contraire, le ruban de la Légion d\u2019honneur attaché à la boutonnière de sa redingote, se fit conduire à Montreuil et se présenta hardiment à la maison de santé, demandant à voir M.Morand.Le docteur avait été appelé à Paris pour une consultation et on ne put lui dire à quelle heure il rentrerait.Blaireau éprouva une vive contrariété.Quand il s\u2019occupait personnellement d\u2019une affaire, il n\u2019aimait pas rencontrer un obstacle dès le début.\u2014 C'est bien, dit-il, je reviendrai.En même temps que lui un individu sortit de la maison.\u2014 Voilà une figure qui ne m\u2019est pas inconnue, se dit Blaireau.Et immobile sur le trottoir, suivant des yeux l\u2019inconnu qui marchait rapidement, il cherchait à rappeler ses souvenirs.\u2014 Parbleu, pensa-t-il, j\u2019aurai plus vite fait de lui demander son nom.Il s\u2019élança sur les pas de l\u2019individu et, l\u2019ayant rejoint, il se plaça brusquement devant lui.L\u2019inconnu laissa échapper une exclamation de surprise, puis il jeta à droite et à gauche un regard inquiet.\u2014 Hé ! hé ! je ne me trompe pas, fit Blaireau en riant, c\u2019est bien le senor Antonio.Du diable si je pensais vous rencontrer à Montreuil ! Est-ce que vous y demeurez ?\u2014 Oui, monsieur Blaireau.\u2014 Depuis longtemps ?\u2014 Bientôt deux ans.\u2014 Une bonne place ?\u2014 Je ne suis pas mécontent.Mais permettez-moi de vous quitter, je n\u2019ai pas une minute à perdre, si je ne veux pas manquer l\u2019omnibus.\u2014 Vous allez donc à Paris?\u2014 Oui, et j\u2019ai pas mal de courses à faire pour Mme Morand.\u2014 Ah ! fit M.Blaireau, vous êtes employé chez le célèbre docteur ?\u2014 Employé, ce serait beaucoup dire : je ne suis qu\u2019un domestique ; mais on a pour moi quelques égards parce qu\u2019en ma qualité d\u2019Espagnol, je parle aussi l\u2019italien et le portugais.\u2014 C\u2019est trop juste, senor Antonio, et vous les méritez bien, répliqua Blaireau d\u2019un ton railleur.Au fait, puis- que vous allez à Paris, je vais vous emmener, j\u2019ai une voiture.\u2014 Oh ! je ne voudrais pas .balbutia l\u2019Espagnol pour qui la perspective de voyager avec Blaireau n\u2019avait rien d\u2019attrayant.\u2014 Laissez donc, l\u2019interrompit celui-ci, je ne suis pas fier, moi.D\u2019ailleurs, j\u2019ai besoin de causer avec vous.Il fit un signe à son cocher, qui s\u2019empressa de les rejoindre.Moitié de force, moitié de bonne volonté, il fit monter Antonio dans la voiture, qui prit aussitôt la direction de Paris.L\u2019Espagnol était soucieux et visiblement inquiet.Blaireau crut devoir le rassurer.\u2014 Je suis enchanté de la position que vous occupez chez le docteur Morand, lui dit-il, et certes, ce n\u2019est pas moi qui, par certaines indiscrétions, vous ferai perdre une si bonne place.L\u2019histoire de votre coup de couteau est à peu près oubliée, et si la police vous cherche encore, elle ne viendra certainement pas vous pincer dans l\u2019établissement de M.Morand, qui est pour vous un asile sûr.Au lieu de rassurer l\u2019Espagnol, ce petit discours l\u2019effraya.C\u2019est peut-être ce que voulait Blaireau.\u2014 Mais ce n\u2019est point de tout cela qu\u2019il s\u2019agit, reprit-il.J\u2019étais venu à Montreuil pour voir le docteur Morand et on m\u2019a dit qu\u2019il était absent.J\u2019avais à lui demander plusieurs renseignements que, probablement, vous allez pouvoir me donner.Les yeux noirs de l\u2019Espagnol se fixèrent sur Blaireau.\u2014 Vous devez savoir, honnête Antonio, qu\u2019une très grande dame de Paris, la marquise de Presle, s\u2019intéresse fort à une pensionnaire du docteur Morand ?L Espagnol hésitait à répondre.Blaireau fronça les sourcils.Et changeant de ton subitement.\u2014 Pas de cachotteries, dit-il durement ; tu sais que vouloir faire le malin avec moi est un jeu dangereux Te voilà averti.Si je t\u2019interroge, c\u2019est que je veux que tu répondes.Ceci entendu, causons.Du reste, si je suis satisfait de tes renseignements, je te les payerai.Tu n\u2019es pas homme à dédaigner irn billet de cent francs.Ces derniers mots parurent faire une certaine impression sur le domestique.\u2014\tOui ou non, reprit Blaireau, la marquise de Presle s\u2019occupe-t-elle d\u2019une pensionnaire de ton maître 7 \u2014\tOui.\u2014\tElle est soumise à un traitement ; le docteur espère-t-il la guérir ?\u2014\tOui.Ce oui fit sur Blaireau l\u2019effet d\u2019une morsure.Pourtant il reprit avec un rire forcé : \u2014\tLe docteur espère, il le dit, c\u2019est son métier ; mais il ne croit pas à la guérison ?Il y croit et il en est sûr, répondit l\u2019Espagnol.\u2014\tIl en est sûr ?Tu dis qu\u2019il en est sûr ?exclama Blaireau.\u2014\tTellement sûr que, pas plus tard qu\u2019hier, j\u2019ai entendu qu\u2019il disait à Mme la marquise : Avant quinze jours, madame, votre protégée sera en état de repondre à toutes vos questions.Un coup de massue n\u2019aurait pas frappé plus rudement.Tout étourdi, Blaireau ferma les yeux.Mais il se remit promptement.Il est donc bien fort, ce docteur Morand ?fit-il d une voix creuse \u2014\tC\u2019est un grand savant.Mais, malgré toute sa science, il ne guérirait pas la folle en question, il le dit lui-même, s\u2019il n\u2019y avait près d\u2019elle une jeune fille dont 1 influence est merveilleuse.\u2014 Quelle est cette jeune fille ? Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 23 \u2014 Une ouvrière, elle se nomme Claire ; c\u2019est la lingère de l\u2019établissement.Il paraît que Mlle Claire connaît la folle depuis longtemps, on dit même dans la maison qu\u2019elle est sa fille ; moi, je sais bien que non.Quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est grâce à la lingère que le docteur rendra la raison à sa malade.\u2014 Comment sais-tu cela ?\u2014 J'écoute, répondit modestement le domestique ; c\u2019est une vieille habitude.J\u2019entends un mot le matin, un autre le soir, je les recueille tous ; quand j\u2019en ai un certain nombre, je les mets en ordre dans ma tête, et c\u2019est ainsi que je parviens parfois à savoir ce qu\u2019on ne me dit point.\u2014 Excellent système.Senor Antonio, vous êtes un garçon intelligent ! \u2014 Vous me flattez, monsieur Blaireau.\u2014 Nullement, et je me félicite de t\u2019avoir rencontré, car tu vas me rendre un grand service.¦\u2014Je peux vous rendre un service, moi ?\u2014 Oui, sans compter un billet de mille francs que tu gagneras.\u2014 De quoi s\u2019agit-il ?\u2014 De la folle.Je ne veux pas que ton docteur lui rende la raison.L\u2019Espagnol regarda Blaireau avec des yeux effarés.\u2014 Vous ne parlez pas sérieusement ?dit-il.-\u2014Pour ta gouverne, maître Antonio, tu sauras que je ne plaisante jamais.La folle doit rester folle, entends-tu ?Il ne faut pas que le docteur Morand la guérisse.\u2014 Je comprends bien, mais comment l\u2019en empêcherez-vous ?\u2014 C\u2019est ce que nous allons examiner.D\u2019abord, pour arriver à ce résultat, je ne serai pas seul, puisque je compte absolument sur le concours de senor Antonio, qui est un garçon plein d\u2019esprit et de talent.\u2014 Je vous assure, monsieur Blaireau, que je ne puis vous être d\u2019aucune utilité.\u2014 Tu parles avant de savoir ce que tu auras à faire, riposta brusquement Blaireau.\u2014 Mais je ne veux pas .L\u2019Espagnol acheva sa phrase par un cri.Blaireau avait saisi son bras et le serrait si fort que ses ongles entrèrent dans la chair.En même temps il prononçait sourdement ces paroles : \u2014 Choisis entre me servir aveuglément ou aller pourrir au bagne.Le domestique frissonna des pieds à la tête.\u2014 Je vous servirai, bégaya-t-il.\u2014 C\u2019est ce que tu as de mieux à faire ! \u2014 Pourvu que vous ne me commandiez pas un meurtre, ajouta l\u2019Espagnol.\u2014 Tu n\u2019as pas toujours été aussi scrupuleux, ricana Blaireau.Mais, ras-sure-toi, il n\u2019y a que les imbéciles qui tuent, un homme intelligent trouve toujours le moyen de faire ses petites affaires sans se compromettre.\u2014 Quelle est votre idée ?\u2014 Il ne faut pas que le docteur guérisse la folle.\u2014 Vous me l\u2019avez dit, mais je ne vois pas .\u2014 Laisse-moi achever.Pour qu\u2019il ne puisse pas lui rendre la raison, il faut qu\u2019elle disparaisse de chez lui.\u2014 Elle n\u2019a nulle envie de s\u2019échapper.\u2014 C\u2019est précisément pour cela qu\u2019il est utile que nous intervenions tous les deux.\u2014\tVous voulez l\u2019enlever ?s\u2019écria Antonio.\u2014\tOui.\u2014\tC\u2019est impossible ! \u2014\tNous allons le voir.Après avoir réfléchi un instant, Blaireau reprit la parole.\u2014 Le docteur Morand s\u2019absente quelquefois, paraît-il ; est-ce qu\u2019il ne va pas de temps à autre à l\u2019Opéra, au Gymnase ou aux Français ?\u2014 Très rarement.Mais tous les jeudis, M.et Mme Morand vont dîner et passer la soirée à Paris, chez la mère de madame.\u2014 C\u2019est parfait ! Eh bien, senor Antonio, jeudi prochain, à nous deux, nous enlèverons la folle.L\u2019Espagnol secoua la tête.\u2014 Je vous ai dit déjà que c\u2019était impossible ! \u2014 Voyons les difficultés.\u2014 La première est que la grille qui sépare le bâtiment des aliénés de l\u2019habitation du docteur est fermée tous les jours à huit heures.\u2014 Soit, mais tu seras là pour l\u2019ouvrir.\u2014 Je n\u2019en ai pas la clef.\u2014 Qui l\u2019a, cette clef ?\u2014 La concierge.\u2014 Es-tu bien avec elle ?\u2014 Oui.\u2014 Alors tu trouveras le moyen de lui prendre sa clef, que tu lui rendras après t\u2019en être servi.Continue.\u2014 Une autre difficulté, plus grande encore, c\u2019est de pénétrer dans la chambre où couche la folle.A toute heure du jour et de la nuit, il y a toujours deux femmes qui veillent dans le corridor où se trouvent les aliénées, et deux hommes au-dessus, dans le corridor des fous.\u2014 Diable, fit Blaireau devenu soucieux, ils sont bien gardés ! \u2014 Sans compter qu\u2019au premier cri d\u2019appel tout le personnel de la maison est aussitôt sur pied.Nous sommes huit hommes et six femmes.Blaireau réfléchissait.\u2014 Et ce n\u2019est pas tout encore, poursuivit l\u2019Espagnol, la folle couche dans la chambre de la lingère où le docteur a fait placer un lit pour elle.Or, la jeune fille est une gardienne vigilante ; pour défendre la femme confiée à ses soins, et qu\u2019elle aime réellement beaucoup, elle se ferait hacher par morceaux.\u2014 Est-ce qu\u2019elle ne quitte jamais la folle ?\u2014 Quand celle-ci dort, il lui arrive souvent de veiller en travaillant dans la lingerie.Seulement la lingerie se trouve au-dessous de sa chambre, au rez-de-chaussée, et les pièces sont ainsi disposées qu\u2019on ne peut monter dans sa chambre qu\u2019en passant par la lingerie.\u2014 Tonnerre ! fit Blaireau avec dépit, mais cette maison de fous est pire qu\u2019une prison.\t( \u2014 Vous le voyez, monsieur Blaireau, il n\u2019y a rien à faire.\u2014 Rien à faire, rien à faire ! répéta Blaireau avec une sorte de rage.Tu crois cela, toi ?.Il n\u2019y a que les timides et les peureux qui reculent devant les obstacles ; je ne suis pas de ceux-là .Moi, quand j\u2019en rehcontre sur mon passage, si je ne peux pas sauter par-dessus, je les brise.La folle ne doit pas recouvrer sa raison, je le veux, cela sera ! Voyons, ne peut-on pas l\u2019emporter par la fenêtre ?\u2014 Vous oubliez les barreaux de fer.Les yeux de Blaireau lancèrent deux éclairs.\u2014 Ah ! oui, toujours comme une prison, fit-il.Cherchons un autre moyen.Il appuya sa tête dans ses mains et fit appel aux ressources de son imagination.\u2014 Au fait, reprit-il, en se redressant et comme se parlant à lui-même, peu m\u2019importe qu\u2019elle soit ici ou là, l\u2019essentiel est qu\u2019elle reste folle!.Voyons, continua-t-il en arrêtant sur le domestique son regard d\u2019oiseau de proie, tu m\u2019as dit que la guérison de la folle n\u2019était possible qu\u2019avec le concours de la lingère ?\u2014 C\u2019est vrai.\u2014 Prends garde de t\u2019être trompé et de me tromper moi-même ! Ainsi, tu es sûr de cela ?\u2014 Absolument sûr.\u2014 Eh bien, ne nous occupons plus de la folle ; c\u2019est la lingère que nous enlèverons.\u2014 Les difficultés sont à peu près les mêmes.\u2014 Elle sort bien quelquefois ?\u2014 Jamais ! \u2014 Elle n\u2019a donc pas de parents, pas d\u2019amis ?\u2014 Une femme déjà âgée vient la voir souvent, c\u2019est peut-être une parente ; une fois aussi j\u2019ai remarqué qu\u2019un jeune homme accompagnait la vieille dame.Mlle Claire reçoit toujours cette femme dans le petit salon de M.Morand.\u2014 Ainsi elle ne sort jamais?\u2014 Je vous l\u2019ai dit.\u2014 En ce cas, il ne faut pas songer à la rencontrer hors de l\u2019établissement.\u2014 A moins que ce ne soit un dimanche, quand elle accompagne Mme Morand à la messe.\u2014 La lingerie, dis-tu, est au rez-de-chaussée de la maison ?\u2014 Oui.\u2014 Peut-on y entrer facilement, la nuit, sans éveiller l\u2019attention des domestiques de veille ?\u2014 On le peut, en prenant certaines précautions.\u2014 Jusqu\u2019à quelle heure la lingère travaille-t-elle le soir ?\u2014 Généralement j usqu\u2019à dix heures ; mais, quand M.et Mme Morand sortent, elle ne se couche jamais avant leur retour.\u2014 De ce côté tout va bien.Voyons maintenant la concierge.Est-elle mariée ?\u2014 Oui, avec un ancien militaire.\u2014 Quelles sont leurs habitudes ?\u2014 Le mari est employé dans l\u2019établissement, la femme soigne son ménage et garde la loge.\u2014 Peut-on les acheter ?\u2014 Ce n\u2019est même pas la peine d\u2019y penser.\u2014\tIls sont honnêtes ?\u2014\tEt surtout très dévoués à M.Morand.\u2014\tLe soir, que font-ils ?Se couchent-ils de bonne heure ?\u2014\tA dix heures, régulièrement, comme tout le monde dans la maison, moins les hommes et les femmes chargés du service de nuit.\u2014 Est-ce qu\u2019ils n\u2019ont pas quelques petits défauts, ces concierges modèles ?\u2014 Le mari boit volontiers un coup de trop quand il en trouve l\u2019occasion.\u2014\tEt la femme ?\u2014 La femme est très sobre, elle ne boit que de l\u2019eau.\u2014 Diable, c\u2019est embarrassant ! murmura Blaireau.Donc, tu ne lui connais pas un seul défaut ?\u2014 A moins que, pour vous, priser n\u2019en soit un.Blaireau eut un petit rire sec et nerveux.\u2014\tVilain défaut pour une femme, re-prit-il, mais dont nous saurons faire notre profit.Maintenant, écoute-moi : Tu consens à me servir ?\u2014\tIl le faut bien.\u2014\tA la bonne heure, ta sincérité me plaît.J\u2019aime mieux cela que des protestations de dévouement dont tu ne penserais pas un mot.D\u2019ici trois jours tu recevras un petit paquet cacheté dans lequel tu trouveras une petite fiole contenant quelques gouttes d\u2019une liqueur rose pouvant se mêler facilement dans un verre de bordeaux ou de bourgogne.Un tuyau au sujet des\t& crayons O Voicî un tuyau important au sujet des crayons! Les crayons Venus Velvet sont les seuls à posséder le fameux bout breveté, en plastique SX, qui se reconnaît à la bande bleue La prochaine fois que vous achèterez un crayon de guidez-vous sur la \"bande bleue\u201d pour la qualité\u2014car il n\u2019y a pas de meilleur crayon que le Venus Velvet pour le prix dans le monde entier.Le bout SX contient une grosse gomme forte.Et vous pouvez tailler le bout de plastique pour prolonger l\u2019usage de la gomme à effacer.Venus Velvet est le crayon d\u2019après-guerre que vous pouvez avoir aujourd'hui.Aux magasins à succursales, à rayons et à tout bon magasin vendant de la papeterie.CRAYONS VENU VELVET Venus Pencil Co.Limited, Toronto, Ont.L\u2019acide du rein voleur de repos Bien des gens semblent ne jamais prendre une bonne nuit de sommeil; remuent sans cesse\u2014les yeux grands ouverts.Us s\u2019en prennent parfois aux \u201cnerfs\u201d quand c\u2019est peut-être le rein.En santé il filtre les poisons du sang; malade, les poisons restent dans l\u2019organisme.Insomnie, maux de tête, courbatures font souvent suite.Si vous ne dormez pas bien, prenez les Dodd\u2014remède favori depuis plus d\u2019un demi-siècle.|03-F Pilules Dodd pour le Rein 24 \u2014 Du poison ! s\u2019écria l\u2019Espagnol avec terreur.Blaireau haussa les épaules.\u2014 Ma liqueur est tout à fait inoffensive, dit-il ; elle donne le sommeil, voilà tout.A la fiole je joindrai une ou deux pincées d\u2019une poudre noire, qui ressemble beaucoup au tabac, autre narcotique infaillible.Avec cela tu t\u2019arrangeras pour faire dormir les pipelets.Naturellement c\u2019est jeudi prochain, en l\u2019absence de M.et de Mme Morand, que tu te livreras à cette expérience sur les moyens de faire dormir les gens malgré eux.Du reste, un écrit que tu liras, t\u2019indiquera exactement ce que tu auras à faire.A dix heures et demie, tu pourras ouvrir la porte d\u2019entrée, je serai dans la rue.\u2014 Et après ?\u2014 Tu n\u2019auras plus qu\u2019à me montrer la lingerie ; le reste me regarde.\u2014 Oui, et le lendemain, quand M.Morand apprendra ce qui s\u2019est passé, il me fera arrêter.\u2014 Tu n\u2019as pas, je suppose, l\u2019intention de t\u2019accuser toi-même ?\u2014 Et les concierges ?\u2014 Si tu agis avec adresse, ils ne te soupçonneront point.La disparition de la lingère ne pouvant être expliquée, on admettra facilement qu\u2019elle s\u2019est enfuie de la maison.\u2014 Je ne crois pas cela.Et elle qu\u2019en ferez-vous ?\u2014 Oh ! sois tranquille, je lui trouverai une autre place, répondit Blaireau.Et un sourire singulier crispa ses lèvres.\u2014 Monsieur Blaireau, voulez-vous connaître ma pensée ?\u2014 Parle.\u2014 Eh bien ! laissez-moi vous dire que vous allez jouer gros jeu.\u2014 Un pli se creusa sur le front de Blaireau.\u2014 Je le sais bien, dit-il avec humeur ; mais il le faut ; c\u2019est une nécessité fatale ; je la subis.Après avoir traversé la place de la Bastille, la voiture prenait la ligne du boulevard.____Si vous le voulez bien, dit l\u2019Espagnol, je vous quitterai ici.Blaireau sonna le cocher.Pendant que le véhicule se rangeait contre le trottoir, Blaireau tira un billet de cent francs de son portefeuille.\u2014 Tiens, voilà pour les renseignements que tu m\u2019as donnés, dit-il en remettant le billet au domestique.Mais, avant de nous séparer, un mot encore : je puis compter sur toi ?\u2014 Oui ; et vous n\u2019oublierez pas ce que vous m\u2019avez promis ?\u2014 Mille francs, c\u2019est convenu; du reste, je ne m\u2019en tiendrai pas la.Ces paroles parurent résonner agréablement aux oreilles du domestique, car il y eut comme un éclat de joie dans son regard.Il ouvrit la portiere et sauta sur le bitume.Le coupé de remise reprit sa course.Certes, pour que Blaireau se montrât si magnifique, il fallait qu il eût peur réellement.XIV \u2014 Edmée Maman, ne trouves-tu pas qu\u2019elles me vont bien ?disait Mlle Edmée de Presle qui, debout devant une grande glace, dans la chambre de sa mère, venait d\u2019accrocher à ses oreilles une très jolie paire de boucles dont les diamants lançaient des feux étincelants.\u2014 Ce bijou est ravissant, répondit la marquise avec un sourire doux et triste ; en le choisissant, tu as fait preuve de bon goût.\u2014 Ainsi, chère petite mère, tu penses que Mlle Claire sera contente de mon cadeau ?\u2014 Elle ne l\u2019attend certainement pas ; mais elle l\u2019acceptera avec bonheur, comme un témoignage d\u2019affection.\u2014 Oh ! oui, car je l\u2019aime vraiment beaucoup ! \u2014 Et elle le mérite.Chaque jour me fait découvrir en elle une grâce nouvelle, des qualités exquises que je ne connaissais pas encore.Son cœur renferme des trésors inconnus.\u2014 Tu me permettras de rester son amie, n\u2019est-ce pas, petite mère ?\u2014 Assurément; c\u2019est parce que j\u2019ai désiré qu\u2019elle devienne ton amie que je t\u2019ai emmenée quelquefois à Montreuil.La jeune fille détacha les boucles d\u2019oreilles, les remit dans leur écrin ; puis, prenant un second écrin, elle l\u2019ouvrit et vint s\u2019asseoir près de sa mère.\u2014 Et la bague, lui dit-elle, comment la trouves-tu ?\u2014 Très belle aussi ; ce brillant entouré d\u2019émeraudes fines est d\u2019un admirable effet.Ton petit cadeau sera convenable.\u2014 Quand pourrai-je l\u2019offrir à Mlle Claire ?\u2014 Quand elle ne sera plus chez le docteur Morand.Elle aura alors l\u2019occasion de s\u2019en servir.Vivant de plus en plus isolée, voyant à peine son mari une fois par semaine, et son fils rarement aussi, la marquise n\u2019avait d\u2019heureux que les instants qu\u2019elle passait avec sa fille.Elle saisissait ainsi l\u2019occasion d\u2019échapper à ses préoccupations, à ses amères réflexions.Lorsqu\u2019elle se trouvait seule, elle pleurait souvent.Comme épouse, elle n\u2019avait plus rien à espérer ; l\u2019existence de son mari était plus bizarre que jamais ; il y mêlait les désordres de sa jeunesse, ce qui, pour un homme de son âge, devenait un scandale et devait être suivi, fatalement, du mépris des gens du monde.Mme de Presle ne savait pas que le marquis jouait avec frénésie et perdait au jeu des sommes énormes ; mais une de ses amies n\u2019avait pas cru devoir lui cacher qu\u2019il se compromettait et se rendait ridicule par ses assiduités et ses roucoulements de jouvenceau auprès de Mme Descharmes, une très joie personne, femme d\u2019un entrepreneur devenu millionnaire, laquelle, d\u2019ailleurs, semblait n\u2019accepter les hommages du marquis que pour se donner le plaisir de le livrer à la curiosité publique et de le mystifier.Si, depuis longtemps, la conduite de son mari avait abreuvé son coeur de douleurs et de dégoût ; si, de ce coté, la marquise avait perdu toute illusion, il lui restait ses enfants, sur lesquels elle avait reporté toute sa tendresse ; elle sentait que par eux, par sa fille surtout, elle pourrait avoir encore quelques jours de joie.Ne l\u2019avaient-ils pas déjà consolée?N\u2019était-ce pas à eux qu\u2019elle devait la force d\u2019avoir pu supporter, sans se plaindre, sans révolte, tous les affreux déchirements de son âme ?Mais depuis quelque temps elle était inquiète, tourmentée au sujet de sa fille.Edmée n\u2019était plus la même : sa gaieté d\u2019autrefois, si charmante, si expansive, avait disparu, le carmin de ses joues s\u2019était effacé, son regard n\u2019avait plus le même éclat, son sourire la même suavité.A son enjouement, à sa vivacité succédait une sorte de langueur indéfinissable.Parfois, elle la surprenait plongée comme dans un rêve, les yeux perdus dans l\u2019infini.Etaient-ce les symptômes d\u2019un mal inconnu capable de tuer son enfant ?Bien des fois, elle lui avait demandé : \u2014 Est-ce que tu souffres ?\u2014 Mais non, chère maman.\u2014 Pourtant, je m\u2019aperçois que tu deviens triste, songeuse ; tu ne ris plus, toi, si gaie autrefois.\u2014 C\u2019est vrai, répondait Edmée en baissant les yeux, je ne sais pas pourquoi.Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 Ces réponses ne satisfaisaient point complètement l\u2019excellente mère.Après avoir embrassé sa fille, elle se demandait comme un instant auparavant ; \u2014 Qu\u2019a-t-elle donc ?Pour la distraire, elle l\u2019avait emmenée à Montreuil.Edmée avait été enchantée de Claire, dès le premier jour, et n\u2019avait pas tardé à éprouver pour la jolie lingère une véritable amitié.Il y eut comme un dérivatif à ses pensées, et la marquise s\u2019applaudissait d\u2019avoir eu l\u2019idée de mettre les deux jeunes filles en présence.Que se disaient-elles pendant que Mme de Presle causait avec le docteur ?Beaucoup de choses, sans doute.On dut parler de Rebay, de la mère Langlois, d\u2019André et peut-être aussi d\u2019Albert Ancelin.Affectueusement interrogée par Edmée, la charmante ouvrière, qui n\u2019avait rien à cacher, lui fit certainement ses confidences de jeune fille, où il y avait tant de joie, tant d\u2019amour et de si belles espérances de bonheur dans l\u2019avenir.Aussi, heureuse du plaisir qu\u2019elle voulait faire à la jeune ouvrière, Edmée se plaisait à admirer les bijoux qu\u2019elle avait achetés pour sa nouvelle amie.Cependant, au bout d\u2019un instant, elle referma les écrins et les posa sur un guéridon.La marquise avait pris un livre.Edmée devint songeuse et, lentement, sa tête se pencha sur sa poitrine.\u2014\tQu\u2019as-tu donc ?lui demanda tout à coup sa mère.La jeune fille tressaillit et se redressa brusquement.\u2014\tMais il y a des larmes dans tes yeux !.s\u2019écria la marquise en examinant plus attentivement sa fille.Edmée rougit subitement.\u2014 Voyons, reprit la mère, à quoi pensais-tu ?Oh ! ce n\u2019est pas la première fois que je te surprends ainsi.Je t\u2019interroge, tu ne me réponds pas .Edmée, je suis inquiète, je m\u2019imagine que tu souffres et que tu me caches ce que tu éprouves pour ne pas m\u2019effrayer.Chère maman, je t\u2019assure que je ne souffre pas ; tu peux te rassurer.\u2014 Soit, mais pourquoi ces larmes qui viennent de tomber sur tes joues ?\u2014 Je ne sais pas, elles sont venues naturellement, malgré moi.\u2014 Non, non, ce n\u2019est pas naturel ; il n\u2019y a pas de larmes sans émotions.Tu réfléchissais, à quoi pensais-tu ?\u2014\tJe pensais à Mlle Claire, qui sera un jour bien heureuse.\u2014 Je l\u2019espère et le désire vivement ; mais toi aussi, tu seras heureuse, ne l\u2019es-tu pas déjà?\u2014 Auprès de toi, si bonne et si pleine de tendresse, je n\u2019ai rien à désirer.Aussi, je veux ne te quitter jamais.\u2014 Certes, je te garderai, pour moi seule, le plus longtemps possible ; mais il arrivera un jour où nous serons séparées forcément, car tu te marieras.\u2014 Me marier ! s\u2019écria Edmée, non, maman, je ne me marierai pas.\u2014Tu ne diras pas toujours cela, répliqua la marquise en souriant.Quand tu aimeras .\u2014 Je veux n\u2019aimer que toi et n\u2019être aimée que de toi seule ! La marquise l\u2019attira, la fit asseoir smses genoux et, l\u2019entourant de ses bras : \u2014 Chère enfant ! murmura-t-elle en l\u2019embrassant avec amour.\u2014 Comme je suis bien ainsi, près de ton cœur ! dit Edmée.\u2014 Oh ! oui, tu aimeras, reprit la mère avec exaltation, tu aimeras et tu seras heureuse, et heureux sera aussi l\u2019homme que tu amas choisi, s\u2019il est digne de ton cœur et de ton âme.Et elle poussa un profond soupir en se rappelant les desenchantements qui LA VIE COURANTE .par George Clark \u2014 Mais, maman, |e ne veux plus entendre parler de bleu marine ! Reg.U.S.P»t OIT.:, Copyright, 1945, by New Syndicale Co lac.fi Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 25 avaient presque immédiatement suivi son mariage.La mère et la fille, échangeant des baisers, restèrent longtemps ainsi dans une étreinte délicieuse.\u2014 Maman, reprit tout à coup Edmée, malgré l\u2019invitation que tu lui as faite, nous n\u2019avons pas revu M.Albert An-celin ; n\u2019est-ce pas bien surprenant ?La marquise eut un mouvement de surprise ; elle écarta un peu la tête de sa fille, et le regard plongé dans les yeux de l\u2019enfant : \u2014 Tu n\u2019as donc pas oublié ce jeune homme ?dit-elle.\u2014 Edmée ne répondit pas, mais, sous le regard pénétrant de sa mère, elle ferma les yeux.La marquise sentit qu\u2019elle tremblait dans ses bras.La jeune fille n\u2019avait plus à apprendre à sa mère ce qu\u2019elle-mème ignorait encore.Mme de Presle venait de découvrir les causes de la langueur, des tristesses et des extases de sa fille adorée.Elle prit la jolie tête de l\u2019enfant dans ses mains et la baisa à plusieurs reprises avec des mouvements fiévreux.\u2014 M.Ancelin a eu sans doute des raisons pour se tenir éloigné de nous, reprit-elle ; mais bientôt, dans quelques jours, je lui écrirai et nous le reverrons ici.A cela, Edmée répondit par une grêle de baisers ; puis, sans savoir pourquoi, elle se mit à pleurer.XV \u2014 L\u2019emploi d\u2019une journée Mme Descharmes était radieuse.Sans grands efforts, sans avoir eu besoin d\u2019employer toutes les ressources de la coquetterie étudiée et calculée, arme perfide, qui rend certaines femmes si redoutables, et peut-être même en raison de cette réserve, qui la rendait plus séduisante, plus désirable, elle avait inspiré au marquis de Presle une de ces passions vertigineuses, terribles, qui font de l\u2019homme un esclave, lui enlèvent la conscience de lui-même et le tuent souvent.Samson livra, avec le secret de sa force, sa tête chevelue aux ciseaux de Dalila.Une chaîne de fleurs retint Renaud captif dans le jardin d\u2019Armide.Hercule filait une quenouille de lin aux genoux d\u2019Omphale.Angèle n\u2019était ni Dalila, ni Armide, ni Omphale ; mais, comme ces grandes charmeuses, elle possédait la puissance que donnent la beauté fascinatrice, la magie du regard et du sourire.D\u2019un signe, elle pouvait faire tomber le marquis à ses pieds, elle n\u2019eût qu\u2019à exprimer un désir pour qu\u2019il accomplît aussitôt les actes les plus extravagants.Elle avait voulu cela.C\u2019était le commencement de sa vengeance.Sûre, maintenant, de pouvoir frapper le marquis, elle n\u2019attendait plus que le moment de lui jeter au visage sa haine et son mépris.Toutefois, elle ne trouvait pas que ce fût assez.Ce n\u2019était pas seulement M.de Presle qu\u2019elle aurait voulu atteindre, mais aussi sa femme, sa fille et son fils.Dans sa soif de vengeance il lui semblait qu\u2019en frappant les innocents elle punirait mieux le coupable.Disons tout de suite qu\u2019elle rencontrait à cela d\u2019insurmontables difficultés et ne voyait point où porter ses coups.Elle avait dans l\u2019âme plus de douleur que de cruauté ; née pour aimer et non pour haïr, son esprit répugnait à se livrer aux combinaisons qui ont le mal pour objet.Pourtant, elle avait cherché, elle cherchait encore surexcitée par la pensée des souffrances de sa soeur ; elle ne manquait pas d\u2019idées, des projets d\u2019une réalisation possible se présentaient à son esprit ; mais ce qui eût été les délices d\u2019un lâche et d\u2019un pervers la fai- sait frissonner, et aussitôt qu\u2019une idée lui venait, elle la repoussait avec épouvante.Depuis un mois, M.Descharmes était en Russie, où il avait dû se rendre afin d\u2019étudier une entreprise colossale que le gouvernement russe voulait confier à des ingénieurs français.Son absence devait se prolonger quelque temps encore.Angèle lui avait écrit comment Pauline Langlois avait retrouvé André : elle lui demandait, en même temps, de lui dire ce qu\u2019elle devait faire en son absence pour André.La réponse ne s\u2019était pas fait attendre.Dès que je serai de retour à Paris, écrivit l\u2019entrepreneur, je m\u2019occuperai de l\u2019avenir de ce pauvre enfant.En attendant, et pour qu\u2019il soit digne de la position que je veux lui faire, je désire qu\u2019il complète son instruction et son éducation.Qu\u2019il soit avant tout un homme du monde.J\u2019approuve d\u2019avance tout ce que fera ma chère Angèle dans l\u2019intérêt d\u2019André, mon fils.Comme on le voit, M.Descharmes avait laissé à sa femme, au sujet d\u2019André, toute liberté d\u2019action.Le marquis de Presle faisait à Angèle une cour assidue et la voyait presque chaque jour.Evidemment, il avait compté sur l\u2019absence du mari pour triompher de ce qu\u2019il croyait être les derniers scrupules d\u2019une femme honnête.Mais Angèle savait le tenir à distance et calmait ses impatiences avec un art infini.Il arrivait plein d\u2019espoir et d\u2019audace, sûr de vaincre.Mais aussitôt en présence de la jeune femme il se sentait dominé, et devenait timide et tremblant comme un collégien.Il sortait de l\u2019hôtel humilié de sa faiblesse.étouffant des cris de rage, mais plus enivré que jamais.Un jour, il proposa à Angèle de s\u2019enfuir avec lui.\u2014 Je puis, en quelques jours, réaliser la plus grande partie de ma fortune, lui dit-il ; nous irons où vous voudrez, en Amérique, aux Indes, au Japon.Elle l\u2019interrompit par un éclat de rire.Puis, presque aussitôt, redevenue sérieuse : \u2014 Nous parlerons de cela plus tard, dit-elle, quand vous m\u2019aimerez comme je veux être aimée.\u2014 Mais vous aimer plus est impossible ! s\u2019écria-t-il ; je vous appartiens comme l\u2019esclave à son maître ; dans la rue, en public, je baiserais la place que votre pied aurait marquée.Je vous ai sacrifié mon orgueil, j\u2019ouvrirais mes veines moi-même pour vous donner tout mon sang ; si vous le demandiez, pour vous posséder je commettrais un crime, je mettrais mon honneur sous mes pieds !.Certes, Mme Descharmes avait lieu d\u2019être satisfaite de son succès.Aveuglé par l\u2019espoir de cueillir le fruit défendu, le marquis s\u2019offrait lui-même comme victime et, elle n\u2019avait qu\u2019à le vouloir, il devenait l\u2019instrument avec lequel elle pouvait frapper tous les membres de sa famille.Elle pensait à cela, lorsqu\u2019un domestique lui annonça Albert Ancelin.\u2014 Il me semble que vous m\u2019oubliez un peu, monsieur Ancelin, dit-elle au peintre en lui indiquant un siège près d\u2019elle, il y a plusieurs jours que je n\u2019ai eu le plaisir de vous voir.\u2014 C\u2019est vrai, madame, mais .\u2014 Je devine votre réponse : vous avez beaucoup travaillé.Avez-vous vu André ?\u2014 Hier, oui, madame.\u2014 Que vous a-t-il dit ?Est-il content ?\u2014 Il est encore tout étourdi de sa nouvelle existence, mais il paraît heu- reux ; sa seule crainte est de ne pouvoir faire assez pour vous témoigner sa reconnaissance et son désir de vous être agréable.La métamorphose est aujourd\u2019hui complète, madame ; votre volonté a accompli ce miracle.Il ne se reconnaît plus lui-même ; en moins d\u2019un mois, vous avez fait de ce jeune homme un modèle d\u2019élégance, un parfait gentleman.Je l\u2019ai accompagné à la salle d\u2019armes ; il m\u2019a émerveillé ; le professeur déclare qu\u2019il est déjà de première force.Au pistolet, son adresse n\u2019est pas moins grande.Il étonne tout le monde.Malgré sa jeunesse, sa distinction et son grand air imposent le respect.Les yeux de Mme Descharmes étincelaient de plaisir.\u2014 Enfin, madame, continua Albert, une seule chose embarrasse André : c\u2019est qu\u2019il ne sait comment dépenser tout l\u2019argent que vous mettez à sa disposition.\u2014 Je le sais et j\u2019en suis charmée, répliqua-t-elle ; il ne trompe pas ma confiance ; je le soumets à une épreuve dont il sortira vainqueur.Au milieu des séductions et des entraînements, en y résistant, l\u2019homme devient fort et sûr de lui-même ; c\u2019est ce que je veux pour André.Du reste, je ne le perds pas de vue ; heure par heure, je sais ce qu\u2019il fait.Ce ne serait peut-être pas suffisant ; mais il y a dans son coeur l\u2019image de Claire, l\u2019amour est sa sauvegarde.André sera ce que je veux qu\u2019il soit, sans danger pour lui.\u2014 Je le souhaite sincèrement, madame ; mais en invoquant ce titre d\u2019ami que vous m\u2019avez donné, voulez-vous me permettre de vous adresser une question ?\u2014 Certainement.\u2014 Vous ne pouvez avoir la pensée de faire d\u2019André un inutile ; alors, je cherche à deviner le but que vous voulez atteindre, et je n\u2019y parviens pas.Quelles sont donc vos intentions ?Un sourire passa sur les lèvres de la jeune femme.\u2014 Non, dit-elle, André ne sera ni un oisif ni un inutile.Ce qu\u2019il fera, je ne le sais pas encore.M.Descharmes a seul le droit de décider.Le peintre secoua la tête.\u2014 Je ne vous comprends toujours pas, dit-il.\u2014 Oui, vous vous étonnez du rôle que je fais jouer en ce moment à André ; eh bien, je vous ménage d\u2019autres surprises.\u2014 Que voulez-vous dire, madame ?\u2014 M.Ancelin, vous allez comprendre : je veux associer André à ma vengeance.On commence à s\u2019occuper de lui dans Paris ; c\u2019est ce que je voulais ; mais on ne sait ni qui il est, ni d\u2019où il vient ; il a des chevaux, un équipage, une maison, on le croit immensément riche ; les uns le prennent pour un jeune prince qui voyage incognito, les autres pour un nabab, nul ne se doute que la main d\u2019une femme le dirige et le conduit.On le voit à l\u2019Opéra, on le rencontre au bois dans son phaéton ou à cheval, toujours seul; la curiosité du monde est suffisamment surexcitée ; le moment est venu où, pour la première fois, il paraîtra en oublie avec une femme.Cette femme, c\u2019est moi.Ce soir, à l\u2019Opéra, le marquis de Presle pourra voir dans une loge André Pigaud et madame Descharmes.\u2014 Vous ne craignez pas?.\u2014 De me compromettre ?.Hé ! que m\u2019importe le monde, je suis au-dessus de la calomnie, je ne relève que de ma conscience et ne dois compte de mes actes qu\u2019à mon mari.Je veux rendre le marquis jaloux, continua-t-elle d\u2019une voix sourde, entendez-vous ! jaloux ! Je ne serai contente que quand je le verrai se rouler et se tordre à mes pieds en me de- BOUGIE AVEC ie Prest/c/e du (?en/e AeronauHcjue Gardez les bougies propres pour meilleur rendement du moteur Remplacez /esBougies Osées par les FIABLES CHAMPIONS A\u2014 A la bonne heure ; et pour acheter ce qui t\u2019est nécessaire, où as-tu de l\u2019argent ?\u2014 Quelques bonnes gens du quartier m\u2019ont prise en pitié, on m\u2019aide.Et puis, continua-t-elle avec un certain embarras, j\u2019ai revu une personne que j\u2019ai connue autrefois ; elle m\u2019a laissé une petite somme et m\u2019a promis que je ne manquerais plus de rien si je pouvais me remettre ; mais je me sens bien malade .\u2014 Il faut toujours espérer.\u2014 Oui, n\u2019est-ce pas ?Il me semble que je vais aller mieux .Ah ! Pauline, c\u2019est ta présence qui me produit cet effet-là ! La mère Langlois s\u2019étant assise ouvrit son cabas.\u2014 Tiens, dit-elle en le vidant à moitié, je t\u2019ai apporté une livre de chocolat, du sucre, des confitures, des oranges, des figues et un gâteau La malade se mit à pleurer.\u2014 Ah! dit-elle, tu es toujours la même.Pauline, la bonté même.Quand je pense à ce que je t\u2019ai fait, je me trouve bien misérable, va.Ah ! ai-je assez regretté ma faute, mon crime !.J\u2019ai pleuré, j\u2019ai souffert cruellement.Dieu est juste, il m\u2019a châtiée comme je le méritais.Regarde-moi, et vois ce que je suis devenue.Regarde autour de toi et vois où je suis tombée !.Mais ce n\u2019était pas assez de me repentir, je voulais te voir pour te demander pardon.Et tu es venue, te voilà, tu as eu pitié de moi.Pauline, Pauline, implora-t-elle en joignant les mains, dis-moi que tu me pardonnes ! \u2014¦ Oui, je te pardonne et je veux oublier ; du reste, écoute, je peux te le dire, à toi : De mon malheur d\u2019autrefois sont sorties les satisfactions et les joies les plus pures qu\u2019une femme puisse envier.Mais ce pardon que je t\u2019accorde, et que tu as mérité par de longues souffrances, répète bien dans ton coeur que c\u2019est à mon enfant, à ma fille que tu le dois.\u2014 Ta fille ! s\u2019écria-t-elle avec étonnement, tu as une fille ?\u2014 Oui, une fille, belle et pure comme l\u2019ange qui la garde ! Ah ! tu l\u2019ignorais .Je ne suis pas allée crier sur les toits : Je suis mère ! Veux-tu tout savoir ?Eh bien, Marguerite, ma fille est le fruit de ta trahison ! La malheureuse poussa un gémissement et cacha sa figure dans ses mains.\u2014 Je ne te fais pas de reproche, reprit la mère Langlois ; il n\u2019y en a plus à faire après le pardon.Et puis, je te l\u2019ai dit : du mal est sorti le bien, du crime la vertu, et d\u2019un misérable est née la meilleure et la plus charmante créature de Dieu.\u2014 Oh! oui, un misérable, murmura la malade.\u2014 Va, continua la mère Langlois, pour cet horrible passé je suis aujourd\u2019hui pleine d\u2019indulgence.Après m\u2019avoir affreusement éprouvée, le ciel me récompense.\u2014 Est-ce que tu Tas vu ?demanda Marguerite.\u2014 Qui ?\u2014 Auguste.\u2014 Lui !.jamais ! .- Est-ce qu\u2019il vit encore ?\u2014 Oui.\u2014 Le père de mon enfant existe ! s\u2019écria la mère Langlois en bondissant sur ses jambes.Puis, les bras tendus, elle ajouta avec une expression de joie indicible : \u2014 Mon Dieu, je vous remercie ! Revenant à Marguerite, elle reprit : \u2014 Tu sais où il est, tu vas me le dire.\u2014 Je sais qu\u2019il est à Paris, mais je ne connais pas son adresse.\u2014 Et son nom, le sais-tu ?\u2014 Oui, je l\u2019ai appris depuis; il se nomme Auguste Blaireau.\u2014 A-t-il une femme, des enfants ?\u2014 Non, il est resté garçon.\u2014 Ah ! c\u2019est trop de bonheur à la fois ! exclama la mère Langlois.\u2014 Quelle est donc ton intention ?demanda Marguerite, qui ne comprenait rien à l\u2019agitation de son ancienne amie.\u2014 Comment, tu ne devines pas ?.v Je veux qu\u2019il m\u2019épouse, entends-tu ! Je veux qu\u2019il m\u2019épouse pour légitimer son enfant et lui donner un nom ?\u2014 Il ne le fera pas, dit la malade en secouant la tête.\u2014 Il ne le fera pas, dis-tu ?Mais alors, avec mes ongles, je lui arracherai les yeux.\u2014 M.Blaireau a réussi, il a peut-être un million de fortune.\u2014 Eh ! cela m\u2019est bien égal son million ! En aurait-il dix ou serait-il gueux à porter une hotte et un crochet, que ce serait la même chose : ce n\u2019est pas pour lui et encore moins pour moi que je veux être sa femme ; c\u2019est pour ma fille.Mais ce n\u2019est pas tout, Paris est grand, ne peux-tu pas m\u2019aider à le trouver ?\u2014 Moi, non, mais Pierre te renseignera sans doute.\u2014 Pierre, Pierre Gargasse ?\u2014 Oui.\u2014 Il t\u2019est donc resté fidèle ?\u2014 Oh ! fidèle .soupira Marguerite avec un sourire navrant.C\u2019est de lui que je parlais tout à l\u2019heure.Il y a un mois, il s\u2019est souvenu de moi, après plus de quinze ans ; il a pu découvrir mon adresse, je ne sais comment, et il est venu me voir.Il n\u2019a pas réussi, lui, comme son ami Blaireau ; mais il lui a rendu, paraît-il, de grands services, et M.Blaireau doit lui donner trente mille francs, une fortune .Avec cela, il veut se retirer à la campagne et m\u2019emmener avec lui.J\u2019irai, si je peux me guérir ou si je ne suis pas morte ! \u2014 Puisque tu vas être heureuse, ce n\u2019est pas le moment de mourir, dit la mère Langlois.Mais tu as raison, Pierre Gargasse me donnera tous les renseignements désirables sur M.Blaireau dont il est resté l\u2019ami.\u2014 Oh ! pour ça, j\u2019en suis sûre ; Pierre sait bien des choses, et s\u2019il veut parler.\u2014 Sois tranquille, je me charge de lui délier la langue ; mais pour cela, il faut que je le voie.Où est-il ?\u2014 Il ne demeure pas à Paris.\u2014 Dis-moi toujours où il est.\u2014 Est-ce que tu veux y aller ?\u2014 Aujourd\u2019hui, tout de suite; je ne remets jamais au lendemain les affaires sérieuses.\u2014 C\u2019est un peu loin, il demeure à Sèvres dans une maison qu\u2019il habite seul, près de la route de Versailles.La maison n\u2019a pas de numéro, elle est au milieu des champs ; du reste, Pierre a écrit sur un morceau de papier toutes les indications.Le papier est là sur la cheminée, dans la petite tasse, tu peux le prendre.4*s L E BOUCHON DE CONTRÔLE Empêche DE re'pandre LA SAUCE,, D\u2019EN TROP VERSERi wuittt Rehausse la saveur des VIANDES POISSON SOUPES SAUCES ISF SAUCE WORCESTERSHIRE CROSSE & BLACKWELL \"Les Sucrets sont plus efficaces, Madame\" v: » LES SUCRETS sont des pastilles pour la gorge qui font office de gargarisme, contiennent de l'hexylrésorcinol\u2014un analgésique unique\u2014agissent vite pour calmer les gorges irritées.Germicides.Goût de bonbon agréable.Chaque pastille enveloppée séparément.Chez votre pharmacien ! 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dit-elle en se dirigeant vers la porte, soigne-toi bien ; il faut que tu te guérisses ; je reviendrai te voir.\u2014 Oh ! oui, répondit la malade ; embrasse ta fille en pensant à moi, ça fera peut-être plaisir au bon Dieu .Tous les jours je prierai pour elle et pour toi.XVII \u2014 Visite à Gargasse La mère Langlois ne perdit pas une minute.A onze heures et demie elle frappait à la porte de la maison isolée.Trouvant qu\u2019on ne lui ouvrait pas assez vite, elle ramassa un caillou et s\u2019en servit pour frapper plus fort.Au bout d\u2019un instant, elle entendit un bruit de pas, et presque aussitôt, une grosse voix enrouée demanda : \u2014 Qui est là ?\u2014 Je viens vous donner des nouvelles de Marguerite, répondit-elle.Le nom de son ancienne compagne parut à Gargasse un mot de passe suffisant.Il ouvrit la porte.Cependant, quand il se trouva en face de la visiteuse, il recula en la regardant avec défiance.\u2014 Ah ! ça ! on dirait que je vous fais peur, dit la mère Langlois.Et elle se mit à rire.Gargasse n\u2019en conserva pas moins son visage sombre.\u2014 Donc, dit-il, vous connaissez Marguerite ?\u2014 Et vous aussi, monsieur Pierre Gargasse ! Voyons, regardez-moi bien, est-ce que vous ne me reconaissez pas ?.Je suis Pauline Langlois.\u2014 Pauline Langlois ! fit Gargasse, c\u2019est vous, vous ?.\u2014 A la bonne heure, le souvenir vous revient.\u2014 Soit, mais que me voulez-vous ?\u2014 Monsieur Pierre, je suis venue à Sèvres exprès pour vous voir et causer avec vous.Vous n\u2019avez pas oublié, je pense, certaine nuit passée à Saint-Germain ?Gargâsse resta interdit.\u2014 Eh bien, continua-t-elle, je viens vous demander des nouvelles de votre ami, M.Auguste, ou, si vous aimez mieux, de M.Blaireau.Gargasse jeta du côté de la porte un regard craintif.\u2014 Pas ici, dit-il, venez, suivez-moi.Il l\u2019emmena dans sa chambre.Là, il reprit toute son assurance.\u2014 Voyons, fit-il, je ne comprends pas bien ce que vous voulez, expliquez-vous.\u2014 Il est pourtant bien naturel que je m\u2019intéresse à M.Blaireau.Gargasse eut un sourire équivoque.\u2014 Nous allons causer de lui, reprit la mère Langlois, vous me direz comment il va, ce qu\u2019il fait.\u2014 Je n'en sais rien, répondit-il brusquement.\u2014 Vous êtes discret, monsieur Pierre ; mais vous ne me refuserez pas de me donner son adresse.\u2014 L\u2019adresse de Blaireau ! pourquoi faire ?\u2014 Pour aller le voir.\u2014 C\u2019est vous, qui voulez aller voir Blaireau ?\u2014 Moi ! cela vous étonne ?Gargasse haussa les épaules.\u2014 Vous ferez mieux de rester tranquille chez vous, reprit-il.D\u2019abord, il ne vous recevrait pas, et s\u2019il vous recevait il ne vous reconnaîtrait pas ou ne voudrait pas vous reconnaître.\u2014 Dites-moi toujours où il demeure, le reste est mon affaire.Gargasse attacha sur Pauline son regard soupçonneux.\u2014 Non, répondit-il d\u2019une voix sourde, je ne vous dirai rien.Vous avez eu tort de venir ici.Marguerite a bavardé, il y a un coup monté, que vous a-t-elle dit ?Que Blaireau est riche.Vous voulez lui demander de l\u2019argent ?Inutile.Il est avare, il garde son or, il ne vous donnera pas un sou.\u2014 Eh ! je me moque pas mal de son or ! s\u2019écria la mère Langlois.Je n\u2019ai besoin, pour vivre, ni de lui, ni de personne.A force de travail je me suis amassé des petites rentes.\u2014 Alors, pourquoi voulez-vous voir Blaireau ?\u2014 A quoi bon vous le dire, puisque vous ne faites rien pour moi ?J\u2019étais venue vers vous pleine de confiance, monsieur Pierre ; d\u2019après ce que m\u2019a dit la pauvre Marguerite, je croyais que vous aviez encore quelque chose là, dans le cœur.\u2014 Je vous répète qu\u2019il n\u2019y a rien à faire avec Blaireau.Ah ! on voit bien que vous ne le connaissez pas .Moi-même, entendez-vous, moi qui suis son ami, qui lui ai rendu des services, j\u2019ai peur de lui ! C\u2019est un homme terrible ! Il a réussi à tout, lui, et moi à rien.Il est devenu riche, immensément riche, et moi je suis resté misérable.J\u2019ai fait pour lui beaucoup, et il croit que je suis assez heureux de m\u2019être dévpué.Pourtant, il m\u2019a promis trente mille francs, Marguerite a dû vous le dire ; eh bien, je ne suis pas certain qu\u2019il me les donnera.Ah ! je l\u2019ai bien gagnée, cette somme, qui m\u2019assurerait le repos et peut-être me donnerait l\u2019oubli ! \u2014 Pierre, répliqua la mère Langlois, si vous voulez être avec moi, si vous voulez me servir, je vous promets, je vous jure que Blaireau vous donnera les trente mille francs.\u2014 Encore une fois, je vous dis que vous ne le connaissez pas ; vous n\u2019avez rien à espérer de lui.Moi seul, parce que je connais sa vie, tous ses secrets.A ce moment deux coups retentirent à la porte du jardin.L\u2019émotion fit pâlir Gargasse.\u2014 C\u2019est lui, dit-il, je l'attends, il doit m\u2019apporter la somme .Vite, vite, entrez dans ce cabinet noir, la cloison est mince, là, vous pourrez entendre ; si vous voulez voir, vous regarderez à travers la vitre de ce vasistas.Ne bougez pas, ne dites pas un mot.Quand j\u2019aurai l\u2019argent en poche, je sortirai de la chambre en disant : merci Blaireau.Ce sera le moment de vous montrer.Alors, vous serez seule avec lui et vous ferez ce que vous voudrez.Le cœur de la mère Langlois battait à se rompre.Gargasse la poussa dans le cabinet s\u2019élança hors de la chambre.La voix de Blaireau, qu\u2019elle reconnut, annonça à la mère Langlois que le père de sa fille était près d\u2019elle.Son émotion augmenta encore.Toutefois, elle s\u2019approcha du vasistas et son visage se colla au carreau.Elle regarda.Elle vit Blaireau presque de face.Malgré le temps écoulé, les ravages causés par les années et les passions, elle n\u2019eut pas de peine à reconnaître sa figure, car la laideur étrange de cet homme n\u2019était jamais sortie de sa mémoire.Il avait toujours sa mine de fouine à la recherche d\u2019une proie, le même sourire railleur, qui semblait stéréotypé sur ses lèvres, son regard sillonné de lueurs fauves lui fit éprouver un malaise qu\u2019elle ne put définir.Les deux hommes causaient.Elle écouta, tout en regardant.\u2014 Je t\u2019avais promis de venir aujourd\u2019hui, dit Blaireau, tu vois que je suis de parole.\u2014 Aussi, je t\u2019attendais.Est-ce que tu m\u2019apportes .\u2014 Ta maison de campagne?Oui, je l\u2019ai dans ma poche.Que d\u2019argent ! Il Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 m\u2019a fallu ces trois jours pour me le procurer.Mais pour un ami comme toi, si fidèle, si dévoué, que ne ferais-je pas ?\u2014 Blaireau, je crois que tu plaisan-tes.\u2014 Par exemple, jamais je n\u2019ai été aussi sérieux.\u2014 C\u2019est possible, mais je te trouve un air singulier.\u2014 Allons donc ; c\u2019est l\u2019attente des billets de banque qui fait papilloter tes yeux.Il tira de sa poche son portefeuille remarquable par son embonpoint.\u2014 A propos, reprit-il en riant, es-tu allé porter une couronne d\u2019immortelles sur la tombe de la folle ?\u2014\tEs-tu bête ! fit Gargasse qui tressaillit.\u2014\tDame, répliqua Blaireau ironiquement, tu dois avoir le culte des morts.En parlant, il avait ouvert le portefeuille où il prit un paquet de billets de banque.Gargasse écarquilla les yeux et tendit la main.\u2014\tTiens, compte, dit Blaireau en jetant le paquet sur la table.\u2014\tOh ! cher ami, excellent Blaireau ! murmura Gargasse palpitant d\u2019aise.Il se pencha sur la table et, d\u2019une main frémissante, il commença à compter : \u2014\tUn, deux, trois, quatre, cinq .Pendant ce temps, Blaireau, placé derrière Gargasse, avait tiré vivement de dessous son paletot un fort cordon de soit terminé par un nœud coulant tout préparé.Au moment où Gargasse disait : six.Blaireau, par un mouvement rapide et adroit, lui jeta le nœud coulant autour du cou et serra de toutes ses forces.Gargasse se dressa comme un bloc en poussant un cri rauque, épouvantable.En même temps, Blaireau bondissait en arrière, tirant violemment la corde.La victime chancela, ses bras battirent l\u2019air et, suivant l\u2019impulsion imprimée à la corde, le malheureux tomba à la renverse en faisant entendre un râle d\u2019agonie.Sa tête rebondit sur le parquet.Tenant toujours la corde tendue.Blaireau lui mit un pied sur la poitrine afin de serrer plus fort.Le scélérat suait à grosses gouttes, sa bouche grimaçait, ses yeux s\u2019étaient injectés de sang, il était hideux ! Pendant dix minutes il s\u2019acharna sur sa victime qui, par bonds et soubresauts, se tordait au milieu de la chambre dans d\u2019horribles convulsions.Enfin, le malheureux se roidit et resta immobile sur le parquet, les poings crispés, les yeux démesurément ouverts, la face violacée et la bouche ouverte, pleine d\u2019une écume jaunâtre.Blaireau se jeta sur la table, ramassa avidement ses billets de banque, les palpa avec une sorte de volupté et les fit rentrer précipitamment dans sa poche.Un sourire atroce avait creusé le rictus de ses lèvres.\u2014 En voilà toujours un qui ne me gênera plus, murmura-t-il en contemplant d\u2019un œil féroce et sans même tressaillir son ancien ami étendu à ses pieds.La mère Langlois avait tout vu.Elle avait voulu crier et s\u2019élancer au secours de Gargasse ; mais, saisie d\u2019épouvante et d\u2019horreur, les cheveux hérissés sur sa tête, aucun son n\u2019avait pu sortir de sa gorge serrée et elle était restée clouée au parquet, sans mouvement, comme pétrifiée, la bouche béante et les yeux hagards, voyant comme à travers un voile sanglant.Tout à coup, ses oreilles bourdonnèrent, il lui sembla que le plancher s enfonçait sous ses pieds, la respiration lui manqua ; elle essaya de s\u2019accrocher au mur, impossible : ses ongles rayèrent le plâtre et elle s\u2019affaissa comme une masse. Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 29 Au même moment, Blaireau ouvrait la porte de la chambre ; il n\u2019entendit pas le bruit de la chute.Du reste, sa croyant bien seul dans la maison isolée, il était sans crainte, et, froidement, ne songeait qu\u2019à achever son œuvre.Il revint vers le corps, le saisit d\u2019une main par le bras, de l\u2019autre par les cheveux, et le traîna hors de la chambre et ensuite dans l\u2019escalier.Une poignée de cheveux lui resta dans la main, il la jeta avec colère en vomissant un blasphème effroyable.Le hideux scélérat ressaisit la tête qui s\u2019était meurtrie en heurtant la rampe de fer de l\u2019escalier, et continua à traîner sa victime.Cependant, au bout de quelques minutes, la mère Langlois revint à elle.D'abord, elle regarda autour d\u2019elle avec étonnement, puis elle se souvint de l\u2019épouvantable drame qui venait de se passer sous ses yeux.Alors un frisson glacial pénétra jusqu\u2019à la moelle de ses os.Elle prêta l\u2019oreille et n\u2019entendit rien.Après plusieurs efforts, elle parvint à se lever et à se tenir sur ses jambes.Secouée par un tremblement nerveux, elle s\u2019approcha du vasistas ; ses yeux plongèrent dans la chambre.Il n\u2019y avait plus personne.Où était Blaireau ?Qu\u2019avait-il fait de Gargasse étranglé ?La mère Langlois n\u2019osa point sortir encore.On comprend qu\u2019elle avait peur.\u2014 S\u2019il me trouvait ici, se dit-elle, le monstre me tuerait aussi comme il a tué Pierre ! Le cabinet avait une fenêtre, dont les persiennes étaient fermées ; elle s\u2019en approcha et l\u2019ouvrit doucement.Entre les deux persiennes, mal jointes, il y avait un espace suffisant pour permettre de voir au dehors.La mère Langlois regarda : sa vue embrassait une partie du jardin, derrière la maison, et pouvait s\u2019étendre jusqu\u2019à la hauteur du plateau de Bellevue.Soudain, tout son sang reflua vers son cœur.Blaireau venait d\u2019apparaître dans le jardin armé d\u2019une pelle et d\u2019une pioche.\u2014 Le brigand va creuser un trou pour enterrer le cadavre, pensa-t-elle.Blaireau, s\u2019étant arrêté à un endroit que rien ne semblait désigner particulièrement, se mit en devoir de remuer la terre, dont il enleva la croûte gazonnée par larges plaques.Il creusa ensuite.A un pied de profondeur, il découvrit une pierre, sorte de dalle carrée, qu\u2019il enleva à l\u2019aide de la pioche.Cela fait, il se mit à genoux, se courba, et son bras s\u2019enfonça dans le trou qu\u2019il venait de creuser.La mère Langlois ne put deviner ce qu\u2019il venait de faire.Elle le vit se relever, replacer la pierre et, successivement, par pelletées, toute la terre enlevée.La place avait repris son premier aspect.Blaireau s éloigna et, bientôt, la mère Langlois ne le vit plus ; mais elle entendait encore crier sous ses pieds le gravier des allées du jardin.Enfin, ce bruit cessa : un silence complet régna autour d\u2019elle.Mais Blaireau, pouvait être dans la maison au rez-de-chaussee.Sortir du cabinet était toujours dangereux.La mère Langlois le sentait et, tremblant d\u2019être découverte, elle restait devant la fenêtre, sans oser marcher.Elle regardait au dehors et ses yeux erraient tantôt dans le jardin, tantôt sur le flanc du coteau.Un quart d\u2019heure s\u2019écoula.Tout à coup son regard rencontra un homme qui gravissait le coteau par un sentier à travers champs.Elle reconnut Blaireau.-\u2014 Après son forfait, le misérable s\u2019en retourne à Paris, pensa la mère Langlois.Elle sentit sa poitrine débarrassée d\u2019un poids énorme ; elle remplit d\u2019air ses poumons par de fortes aspirations et poussa un long soupir de soulagement.Sa première idée fut de se sauver à toutes jambes, sans tourner la tête en arrière.Elle s\u2019élança hors du cabinet.Au bas de l\u2019escalier, elle s\u2019arrêta.Elle venait de se faire cette question : \u2014 Où est le cadavre ?Cela devait lui importer peu.Mais, par un mirage de la pensée, elle se vit devant un juge d\u2019instruction, obligée à faire connaître toutes les péripéties du drame.Et l\u2019homme de la loi, rigide et sévère comme elle, insistait sur cette question : \u2014 Où est le cadavre ?La mère Langlois eut un mouvement énergique de la tête et des épaules et remonta l\u2019escalier.Elle parcourut rapidement toutes les pièces du premier et du second étage.Ne découvrant rien, elle redescendit.Dans le corridor, elle vit à ses pieds une touffe de cheveux grisonnants, les cheveux de Pierre Gargasse arrachés par la main brutale de l\u2019assassin.Par un sentiment pieux, elle les recueillit et les enveloppa précieusement dans un morceau de journal.En même temps, deux grosses larmes tremblaient au bord de ses paupières.\u2014 Ce sera pour Marguerite un souvenir de l\u2019homme qu\u2019elle a aimé, se dit-elle.En ramassant les cheveux, elle avait remarqué que la poussière qui recouvrait le carrelage du corridor avait été inégalement balayée.Elle comprit que le corps de Gargasse était passé là.Avec une grande sûreté de jugement, elle devina que Blaireau avait traîné le cadavre par les cheveux.Elle suivit la trace et arriva à l\u2019entrée de l\u2019escalier du sous-sol.Il n\u2019y avait plus à en douter, c\u2019est dans une cave que Blaireau avait jeté le corps de Gargasse.Elle tira de son cabas une bougie filée, ce qu\u2019on appelle communément rat-de-cave, et, l\u2019ayant allumée, elle descendit hardiment.Les portes des caveaux étant ouvertes, elle put se livrer facilement à ses perquisitions.Cependant elle en rencontra une qui était fermée.Celle-ci avait une serrure, et, pour l\u2019ouvrir, il fallait la clef.La mère Langlois faisait cette réflexion lorsqu\u2019il lui sembla entendre un gémissement.Elle tressaillit et tendit l\u2019oreille.\u2014 Non, je me suis trompée, murmura-t-elle, c\u2019est le vent qui souffle dans quelque soupirail.Tout à coup elle sentit ses pieds humides et s\u2019aperçut qu\u2019elle piétinait dans une flaque d\u2019eau.\u2014 Qu\u2019est-ce que cela signifie ?se demanda-t-elle ; est-ce que .Elle n\u2019acheva pas : une plainte plus distincte, cette fois, une sorte de râlement venait de sortir du caveau que connaissent nos lecteurs.Elle se redressa palpitante, et tout son corps se couvrit de la peau de poule.Elle heurta violemment à la porte du caveau qui rendit un bruit sourd, mais ne bougea pas.Alors elle cria : \u2014 Gargasse, Pierre Gargasse, est-ce vous ?Le malheureux, car c\u2019était bien lui, répondit par une sorte de hurlement.La\tmère\tLanglois\tessaya\tencore d\u2019ébranler la porte ; mais, comme nous l\u2019avons dit déjà, elle était solide.\u2014 Au secours, au secours ! cria Gargasse, sauvez-moi !.L\u2019eau monte, l\u2019eau monte ! L\u2019eau montait, en effet ; la mère Langlois sentit qu\u2019elle en avait plus haut que les chevilles.Gargasse\tcontinuait\tà pousser des cris rauques, désespérés.La\tmère\tLanglois\tne se\ttroubla point, elle regarda encore la porte du caveau, regagna l\u2019escalier en colimaçon et le grimpa rapidement.\u2014 C\u2019est Dieu qui a voulu que je descende dans cette cave ; il me laissera le temps de le sauver ! s'écria-t-elle\tavec\tun geste\tsuperbe\td\u2019éner- gie et d\u2019audace.En enfermant Gargasse dans le caveau, Blaireau s\u2019était peut-être aperçu que sa victime respirait encore.Dans ce cas, il ne crut pas devoir se donner la peine de l\u2019achever.Il avait l\u2019intention d\u2019inonder le sous-sol, et c\u2019est ce travail mystérieux que Pauline Langlois lui avait vu faire.Dans le jardin, il y avait un vaste réservoir d\u2019eau dont le trop plein était jeté hors de la propriété par un tuyau de drainage.Un autre conduit prenait l\u2019eau à la base du réservoir, mais elle était subitement arrêtée par un robinet fermé, à l\u2019endroit où Blaireau avait creusé.Le robinet ouvert, l\u2019eau se précipitait avec une grande puissance vers le puits dont nous avons parlé ; elle montait rapidement jusqu\u2019à l\u2019ouverture servant de fenêtre ou plutôt de bouche d\u2019air au caveau : alors celui-ci, et bientôt tout le sous-sol étaient inondés ; en moins de deux heures, l\u2019eau pouvait atteindre les voûtes.Voilà ce qu\u2019avait fait Blaireau après l\u2019effroyable drame de la chambre et avant de reprendre le chemin de Paris.Gargasse, qui avait échappé pour ainsi dire miraculeusement à la mort par strangulation, était donc menacé d\u2019une autre asphyxie non moins horrible.Si Blaireau l\u2019eût laissé dans le caveau la face contre terre, il eût été complètement étouffé avant d\u2019avoir repris connaissance.Heureusement, il se trouva sur le dos et la tête un peu plus élevée que le reste du corps.L\u2019eau arrivait déjà à sa bouche et à ses yeux, lorsque l\u2019impression produite par son contact le rappela à la vie.Il se souleva avec peine et parvint à se mettre sur ses genoux.Peu à peu, la mémoire lui revenant, ce qui se passa en lui fut horrible.Il reconnut le caveau, il savait le secret du réservoir, il ne crut pas qu\u2019un secours pouvait lui être envoyé par Dieu.Dieu ! le malheureux n\u2019y croyait pas.Il voyait se dresser devant lui, livide et sans yeux, le spectre décharné et terrifiant de la mort violente.Pourtant, l\u2019instinct de la conservation dompta son épouvante, il se mit à crier et à appeler au secours.C\u2019est alors que la mère Langlois l\u2019avait entendu.L\u2019eau montait avec une effroyable rapidité.Il fut forcé de se lever, et comme la voûte était basse, il dut s\u2019arquer en s\u2019appuyant au mur, afin de se tenir sur ses jambes.Mais il était d\u2019une faiblesse extrême, et il sentait venir le moment où, à bout de forces, il disparaîtrait tout entier sous l\u2019eau.La mère Langlois ne perdit pas une minute.Dans une espèce de cellier, autrefois une salle de bain, elle trouva la pioche dont Blaireau venait de se servir.Elle cacha son cabas sous un amas de branchages et revint dans le sous-sol.Pour arriver au caveau où Gargasse courait un si grand danger, elle marcha dans l\u2019eau jusqu\u2019au dessus des genoux.Elle trouva le moyen d\u2019attacher sa bougie au mur, et elle attaqua la porte et la serrure.Cette dernière, frappée à coup redoublés, se détacha peu à peu du bois et finit par tomber.La porte, qui s\u2019ouvrait au dehors, ne pouvant plus résister, fut jetée violemment contre le mur par la masse d\u2019eau qu\u2019elle retenait et qui se précipita dans le passage souterrain avec un grondement de colère.La mère Langlois faillit être renversée par le choc, mais elle eut le temps de se blottir contre le mur.Moins heureux que celle qui venait le sauver, Gargasse ne put se tenir en équilibre ; la force du courant détacha ses pieds du sol, il tomba en jetant un cri d\u2019appel désespéré ; il se débattit un instant, croyant pouvoir lutter, mais LA VIE COURANTE .par George Clark \u2014 Je l'ai tellement gâté que si je ne retrouve pas son disque il ne voudra jamais s'endormir ! 30 Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 l\u2019eau l\u2019entraîna et le jeta hors du caveau.La mère Langlois l\u2019arrêta au passage.Avec son aide, le malheureux parvint à se remettre sur ses pieds.Alors, avec beaucoup de précautions, pour ne pas être culbutés, et en marchant tout près du mur, qui offrait un point d\u2019appui, ils parvinrent à gagner l\u2019escalier, lui s\u2019accrochant à elle.Pierre Gargasse était sauvé.Faible, brisé, meurtri, la mère Langlois dut encore lui donner l\u2019aide de ses robustes épaules pour monter au rez-de-chaussée et ensuite au premier.Quand il fut débarrassé de ses effets dégouttants d\u2019eau, elle l\u2019obligea à se mettre au lit, car tout son corps grelottait.En même temps, elle allumait un grand feu dans la cheminée, au moyen duquel elle pouvait faire sécher son vêtement, à elle, qui était trempé jusqu\u2019au dessus des reins.Le paquet de hardes, apporté par Blaireau quelques jours auparavant, et qu\u2019elle trouva dans un coin, lui permit de quitter momentanément sa robe et ses jupons mouillés.Ensuite, elle songea de nouveau à Gargasse.Le pauvre diable ne pouvait rien dire, il n\u2019avait pas la force de parler ; mais son regard étincelant de gratitude suivait partout la mère Langlois et ne perdait pas un de ses mouvements.A un moment, son émotion fut tellement forte, qu\u2019il se mit à pleurer.Oui, il pleura, lui, Pierre Gargasse, le complice de Blaireau, l\u2019ancien forçat ! Depuis son enfance, cela ne lui était probablement jamais arrivé.Mais, chose étrange, en même temps qu\u2019il pleurait, il y avait de la colère dans ses yeux, et son visage prenait une expression de cruauté sauvage.Evidemment, deux sentiments contraires s\u2019agitaient en lui.A côté de sa reconnaissance pour cette brave fem -me qui venait de l\u2019arracher à une mort certaine, s\u2019élevait dans son cœur une rage sourde contre son ancien ami, devenu son assassin, et déjà il songeait à lui demander un compte terrible.Un grand bol de vin chaud bien sucré, que la mère Langlois lui fit prendre, commença à le réchauffer et lui procura beaucoup de soulagement.Peu à peu, la paralysie de la langue cessa, la parole lui revint.Les premiers mots qu\u2019il prononça furent un remerciement adressé à Pauline.\u2014 C\u2019est bon, répondit-elle simplement, j\u2019ai fait ce que l\u2019ai dû.\u2014 Oh! ma vie ne vaut pas grand-chose, reprit-il, la mort d\u2019un gredin de mon espèce n\u2019aurait pas été une perte ; mais puisque je suis encore vivant, je pourrai peut-être faire quelque chose pour vous, d\u2019abord, et aussi pour d\u2019autres personnes.Quand je pense à l\u2019emploi que j ai fait de ma vie, je suis effrayé et je n\u2019ose plus regarder en arrière.Est-ce qu\u2019on appelle le remords ?Je n\u2019étais pas né avec des instincts mauvais ; mais j ai rencontré Blaireau un jour, cest le génie du mal ; il a pesé sur ma volonté, il m\u2019a entraîné, m\u2019a associé à ses infamies et je suis devenu ce que je suis : un misérable !.Je n\u2019ai jamais assassiné, moi ; mais j ai commis d autres crimes, toujours conduit par la main de Blaireau.Voulez-vous savoir la vérité ?Eh bien, j ai ete au bagne, je suis un forçat libéré ! La mère Langlois tressaillit et le regarda avec une sorte d'effroi.\u2014 Quand, jeune, on perd le goût du travail, continua-t-il, comme on veut se procurer des plaisirs à tout prix, on fait argent de toutes les manières, et peu à peu l\u2019on, devient voleur, et cela dure jusqu\u2019au jour où un agent de police vous empoigne au collet et vous ouvre la porte d\u2019une prison.C\u2019est mon histoire.Il ne me manque plus que d\u2019être un assassin.Assassin ! poursuivit-il d\u2019une voix rauque, une flamme sinistre dans le regard, je le deviendrai, je le sens ; Blaireau aura mon premier coup de couteau, oui, oui, je le tuerai comme un chien enragé, j\u2019ai soif de son sang !.La mère Langlois frissonna d\u2019horreur.\u2014 Je sais bien des choses, reprit-iJ, je connais une partie des secrets de Blaireau ; je le gênais, il a voulu se débarrasser de moi, cela se comprend .Il m\u2019a manqué, tant pis pour lui.Moi je ne le manquerai pas !.Il pouvait acheter mon silence ; pour cela, qu\u2019est-ce que je lui demandais ?Trente mille francs, une misère pour lui, la fortune pour moi.Il a trouvé que c\u2019était trop cher ; il a préféré user de la corde que vous m\u2019avez enlevée du cou tout à l\u2019heure .Ah ! ah ! ah ! fit-il avec un rire nerveux, il ne se doute guère de ce qui l\u2019attend !.Ce que je sais, je vous le dirai ; on ne sait pas ce qui peut arriver ; si je ne réussissais pas à me venger, c\u2019est par vous qu\u2019il recevrait son châtiment, car vous devez le haïr, le lâche !.\u2014 Non, pensait la mère Langlois, rien de ce que j\u2019éprouve en moi ne ressemble à la haine.Gargasse continuà : \u2014 Surtout, ne soyez pas comme moi : j\u2019ai été un véritable imbécile ; je me suis laissé jouer, il a voulu m\u2019étrangler, me noyer ; sans vous, à l\u2019heure qu\u2019il est, je n\u2019existerais plus.Défiez-vous de lui, Blaireau est une bête venimeuse, ses morsures tuent.Quand vous connaîtrez sa vie, quand vous saurez ses secrets, il sera en votre puissance ; si vous savez vous y prendre, il vous donnera tout l\u2019argent que vous voudrez .La mère Langlois eut un geste de répulsion.Gargasse ne comprit pas, il poursuivit : \u2014 Tout l\u2019argent que vous voudrez, car ce qu\u2019il aime plus encore que son or, c\u2019est sa vie, c\u2019est sa liberté, et vous pourrez l\u2019envoyer où il m\u2019a conduit, moi, aux galères ! Oui, vous ferez ce que je n\u2019ai pas osé faire ; vous n'avez pas peur de la justice, vous, car vous êtes une brave et honnête femme, je le lis dans vos yeux.J\u2019ai eu peur, moi, parce que je suis un forçat en rupture de ban.Eh bien, oui, continua-t-il d\u2019un ton farouche, j\u2019ai peur, peur du cachot, des geôliers et des gardes-chiourme !.Il resta un instant silencieux, l\u2019œil sombre, le front courbé.Puis il reprit : \u2014 Et, pourtant, je suis à peu près sûr qu\u2019on a perdu ma trace, qu\u2019on ne me cherche plus.Depuis un mois, je suis allé à Paris souvent ; je voulais savoir ce qu\u2019était devenue Marguerite, la seule femme au monde qui ait été bonne pour moi et qui m\u2019aime encore, malgré ce que je lui ai fait souffrir .Le hasard m\u2019a servi, et je l\u2019ai retrouvée.La première fois que j\u2019ai eu la hardiesse de m\u2019aventurer dans les rues de la grande ville, c\u2019était la nuit, pour qu\u2019on ne pût me reconnaître ; un autre jour, j\u2019y suis allé de jour, mais par une pluie battante, pensant bien que je n\u2019avais rien à craindre .Ensuite, je suis devenu plus audacieux : j\u2019ai traversé Paris en plein soleil ; j\u2019ai même fumé un cigare sur le boulevard des Italiens.Ah ! comme cela m\u2019a semblé bon, à moi, un bandit souillé de fange, de me retrouver, pour un instant, au milieu des honnêtes gens !.Je ne me cachais pas, allez ; je levais haut la tête ; je crois même que j\u2019étais fier .Drôle de fierté, n\u2019est-ce pas ?Que voulez-vous, c\u2019est comme ça ! De plus grands scélérats que moi ont aussi leur orgueil.Moi, j\u2019étais content, j\u2019étais fier, parce que, en passant, j\u2019avais presque touché des agents de police, qui ne m\u2019avaient pas reconnu.Et je ne me suis pas trompé, c\u2019étaient bien des hommes de la police : quand pendant des années on a eu affaire à eux, on les flaire de loin, on les reconnaît dans la foule entre mille.Donc, j\u2019avais lieu d\u2019être rassuré, mais pas complètement.D\u2019ailleurs, je ne pouvais rien sur Blaireau ; il ne m\u2019était pas possible de lui nuire sans me perdre moi-même.Je ne pouvais faire qu\u2019une chose : le tuer.je ne l\u2019ai pas fait ; voilà pourquoi je suis un trembleur et un imbécile !.\u2014 Non, répliqua la mère Langlois, vous n\u2019avez pas commis ce crime odieux, parce qu\u2019il reste en vous quelque chose de bon, et vous ne toucherez pas à Blaireau, d\u2019abord parce que je vous le défends, et ensuite parce que vous n\u2019avez pas le droit de vous venger vous-même.Au-dessus de vous, Pierre Gargasse, il y a la justice des hommes et, au-dessus de celle-ci, la justice de Dieu ! Blaireau sera puni, n\u2019en doutez pas.Quant à vous, Pierre, pensez à Marguerite, dont vous avez brisé la vie, et tâchez d\u2019arriver au repentir sincère afin de mériter l\u2019indulgence des hommes, le pardon du ciel.Gargasse grommela quelques paroles inintelligibles et baissa la tête.Deux heures plus tard, la mère Langlois et Pierre Gargasse prenaient une voiture de louage au pont de Sèvres pour les conduire à Paris.Le soir même, Gargasse était installé rue Chap-tal dans une chambre meublée.Pauline envoyait aussi, près de Marguerite, pour lui donner les soins que réclamait son état, une femme en qui elle avait une entière confiance.XVIII \u2014 Une partie de bésigue L\u2019Espagnol que Blaireau se plaisait à appeler senor Antonio, par dérision sans doute, était un Argonnais que la misère avait jeté en France.Venu à Paris, Blaireau, toujours à la recherche d\u2019hommes sans aveu ou déclassés, disposés à devenir des coquins fieffés, le rencontra, le prit à sa solde Nadette, petite mère [ Suite de la page 17 1 \u2014 Adieu les convenances, dit-il en riant et en embrassant le frère et la sœur à tour de rôle, nous sommes en famille, personne ne s\u2019y trompera, ma chérie, rassurez-vous, et rendez-moi un peu tous les baisers que je vous donne.Nadette enfin réalise son envie, sa jolie tête repose sur l\u2019épaule de Jean, et Claude leur caresse les joues de ses mains barbouillées.\u2014 Ah ! que c\u2019est bon la jeunesse, dit en passant près d\u2019eux un vieillard qui venait chauffer au soleil ses jambes sans force.Oui, c\u2019est bon et c\u2019est beau .Profitez-en bien, quand c\u2019est parti, ça ne revient plus ! Un peu de mélancolie glissa au cœur des amoureux, mais l\u2019heure présente, si riche, si savoureuse, emplissait leur âme d\u2019une telle force de bonheur et d\u2019espoir qu\u2019ils pensaient avec certitude, en regardant le vieillard s\u2019en aller à petits pas : « Nous resterons toujours jeunes ! » Pierre Montanay.et, pendant deux ans, Antonio fut un de ses mercenaires.Un jour, dans un accès de jalousie, l\u2019Espagnol tua d\u2019un coup de couteau une jeune et jolie ouvrière qui ne voulait pas accepter ses hommages.Blaireau, qui n\u2019aimait pas que ses employés tombassent entre les mains de la justice, trouva le moyen de mettre celui-ci à l\u2019abri des poursuites, et plus tard, après un séjour de deux années à Rome, Antonio, revenu à Paris, était entré chez le docteur Morand Chose singulière, sa conduite était exemplaire, ce qui lui avait acquis l\u2019estime des maîtres, et la confiance et l\u2019amitié du personnel de l\u2019établissement.Le mercredi, il reçut le petit paquet que lui avait annoncé Blaireau, et, en même temps des instructions précises sur ce qu\u2019il avait à faire.Le lendemain soir, vers quatre heures, M.et Mme Morand partirent pour Paris.A cinq heures, comme toujours, on servit le dîner des pensionnaires.A six heures et demie les domestiques dînèrent tous ensemble, à l\u2019exoeption de Claire qui, d\u2019ailleurs, n\u2019était plus considérée comme telle, et prenait tous ses repas dans sa chambre en compagnie de Léontine Landais.A huit heures, au moment où la concierge se disposait à fermer à clef la grille intérieure qui sépare la maison des aliénés des appartements privés du docteur, Antonio entra dans la loge.\u2014 Je ne suis pas de service ce soir, dit-il, et je viens causer avec vous, si ça ne vous gêne pas.\u2014 Du tout, répondit le mari.\u2014 En même temps, nous pourrons vider une vieille bouteille.\u2014 Ma foi, tout de même.\u2014 C\u2019est mon tour de payer, fit l\u2019Espagnol en mettant deux francs dans la main de la concierge, et maman Cha-pus sera bien gentille d\u2019aller nous chercher la demoiselle au bonnet rose.\u2014 Avec plaisir, monsieur Antonio ; du reste il faut que je sorte, je n\u2019ai plus rien dans ma tabatière.La concierge alla fermer la grille, rapporta la déf, qu\u2019elle accrocha à un clou, et sortit.Dix minutes après elle était de retour et les deux camarades se disposaient à faire honneur au contenu de ce qu\u2019Antonio appelait la demoiselle au bonnet rose.\u2014 Voyons, maman Chapus, vous ne voulez pas trinquer avec nous ?dit l\u2019Espagnol.\u2014 Je n\u2019ai jamais bu de vin de ma vie, vous le savez bien.\u2014 Vous avez eu tort, je vous assure.\u2014 Du moment que je ne l\u2019aime pas, ce n\u2019est pas une privation.\u2014 Ma femme a ses idées, reprit le mari, ne nous occupons pas d\u2019elle, Antonio, à ta santé.\u2014 A la vôtre, madame Chapus.Les deux hommes vidèrent leur verre avec des mouvements de tête qui indiquaient leur satisfaction et rendaient justice à la qualité du liquide.\u2014 Tout de même, il est bon, dit le concierge.\u2014 Excellent ! amplifia l\u2019Espagnol.Mme Chapus sortit de sa loge pour jeter un regard dans le préau à travers la grille.Antonio profita de cette circonstance attendue.\u2014 Si nous faisions une partie de bésigue ?dit-il.Tiens, tout de meme, répondit Chapus.Il se leva pour prendre les cartes dans un tiroir de la commode.L\u2019Espagnol tira vivement de sa poche le petit flacon de Blaireau et, pendant que le concierge lui tournait le dos, il en versa le contenu dans son verre.[ Lire la suite au prochain numéro j Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 31 L'ORGANISTE AVEUGLE .[ Suite de la page 8 ] Durant les trois jours suivants, sa pensée retournait sans cesse à ces heures brèves de bonheur, les plus précieuses qu\u2019il eût encore vécues.Dès le début de l\u2019après-midi tant souhaitée, il quitta la ville par un faubourg somnolent et patriarcal, sa main gauche dans la main de son garçonnet tandis que de la droite, avec sa canne légère, il effleurait le sol.Devant les promeneurs, un voile bleuâtre tremblait sur l\u2019ossature puissante des montagnes.Au bas d\u2019un contrefort pelé, la tour pointue du château jaillissait en blancheur crue, telle qu\u2019un phare, d\u2019une noire verdure.Ils laissèrent la grande route pour s\u2019engager à même la pente veloutée de près, que Claude gravissait comme un escalier.Solange le salua la première de l\u2019étroite terrasse : \u2014 « Quel courage de braver ce soleil ! » Doucement, elle glissa sous la nudité de son coude le bras frémissant de l\u2019aveugle et tous deux se réfugièrent dans la pénombre du salon où le critique les rejoignit.Puis, les premiers propos échangés, Guy Néral se mit au piano et la jeune fille commença une mélodie ukrainienne.Son mezzo-soprano, souple et pur dans les notes hautes, émouvait dans les notes graves \u2014 et une onde chaude comme une sève coula jusqu\u2019au cœur de Claude.Quand elle eut fini, l\u2019organiste se leva, presque implorant : « Ah ! chantez-nous maintenant quelque chose que je puisse accompagner par cœur ! Du Schumann, par exemple.» Ensemble, ils firent un choix de leurs lieder préférés.Emportés par une passion égale, ils semblaient se répondre l\u2019un à l\u2019autre.Guy applaudit frénétiquement : « Quel dommage que je sois votre unique auditeur ! » Au retour, Claude ne sentit pas, tant son cœur le brûlait, le pénétrer l\u2019humidité du crépuscule .Le frère et la sœur descendaient fréquemment en ville et, chaque fois, visitaient leur nouvel ami.Marie Bes-seyrias, dont la mélancolie des yeux bleus se cernait dans un visage creusé, avait tout deviné, avec son intuition d\u2019amoureuse : oppressée, elle suivait malgré elle les causeries à travers la mince cloison et surtout, elle épiait le front de l\u2019aveugle où une aube intime se réflétait soudain, les prunelles mortes où l\u2019on eût dit que le regard allait revivre.Le Claude sage et triste d\u2019autrefois qui se défendait de tout espoir, ne voulait plus songer à sa cécité ni à sa pauvreté relative : peut-être, à force d\u2019adoration silencieuse, cueillerait-il enfin la belle fleur ardente qu\u2019il pouvait respirer éperdument, sinon voir1 De plus, le critique lui avait promis de lui chercher, dans une paroisse parisienne, une situation plus digne de son talent.Un après-midi de la mi-septembre, il attendait les Néral.Une heure vaine s\u2019écoula, puis une seconde.Chaque minute perdue de la présence de Solange irritait sa souffrance, quand une fillette essoufflée, descendue des Olagnes, lui remit un billet.Sans hésiter, il alla frapper chez Marie Besseyrias : « Je suis confus de vous déranger .Mais on vient de m\u2019apporter une lettre urgente que je ne puis lire .» « Donnez-la moi bien vite, alors ! > Et Marie déchiffra à mi-voix, comme pour essayer d\u2019atténuer la brutalité du coup qu\u2019elle devait porter elle-même : « Pardonnez-nous, cher ami, de partir sans vous dire adieu.Une dépêche nous rappelle à Paris .car ma sœur est officiellement fiancée à un camarade d\u2019adolescence.Celui-ci attendait, pour parler à mon père, d\u2019avoir obtenu au Crédit Bordelais une place importante depuis longtemps promise.« A la hâte et bien affectueusement vôtre.« Guy Néral.» Claude, livide, eut pourtant l\u2019énergie de balbutier un remerciement sans que Marie osât risquer vers lui une parole ou un geste.A tâtons, il poussa le verrou de sa chambre et s\u2019abattit sur son lit où son insomnie l\u2019enfiévra jusqu\u2019à l\u2019aube.Pendant cette nuit de détresse, il faillit, absous par sa souffrance passée et sa torture actuelle, céder à la tentation du suicide : un dernier reste de sa foi religieuse d\u2019enfance le retint \u2014 trop faible toutefois pour le ranimer ensuite dans la tâche quotidienne machinalement continuée.Marie \u2014 sa propre blessure l\u2019aidait à sonder cette plaie \u2014 se vouait au jeune homme sans illusion pour elle-même car elle doutait qu\u2019un cœur comme celui de Claude pût se donner deux fois.Souvent, elle apportait à l\u2019aveugle des fruits choisis ou suppléait le petit guide pour l\u2019escorter à Saint-Joseph.Un jour, elle lui dit en souriant, sachant bien que l\u2019art seul le touchait encore : «J\u2019ai profité de mes loisirs pour apprendre le Braille.Chaque fois que vous recevrez de la musique nouvelle, je pourrai désormais vous la copier.» « D\u2019une pression de main émue, il confirma sa gratitude.Tout en gardant farouchement son secret, il lui était doux de laisser cette sollicitude pareille à celle d\u2019une mère ou d\u2019une sœur, envelopper sa misère.Et au début de l\u2019automne suivant, l\u2019excellente Mme Deraine put lui insinuer dans une conversation : « J\u2019estime de plus en plus Marie Besseyrias, si fine et si sérieuse.Quelle femme dévouée elle ferait ! » Elle ajouta même un pieu plus tard : « Marie paraît éprouver une vive sympathie pour vous.» De retour place des Minimes, Claude réfléchit longuement : oui, pourquoi n\u2019épouserait-il pas la jeune fille ?Il lui rendrait une affection sincère et, en échange de la liberté sacrifiée, lui assurerait du moins un pieu de bien-être et d\u2019aisance.Alors, au souvenir trop cher de Solange, deux larmes brûlèrent ses prunelles éteintes.Il se décida pourtant à s\u2019expliquer le soir même : « Marie ! Vous qui m\u2019avez témoigné tant d\u2019amitié et de bonté, si l'avenir auprès d\u2019un infirme ne vous effrayait pas, accepteriez-vous d\u2019être mienne pour toujours ?» Et comme elle se taisait, interdite, tristement heureuse, même sans une récompense d\u2019amour, d\u2019offrir son humble zèle à Claude, il insista : « Je vous chéris d\u2019une grande tendresse.Et je ferai de mon mieux pour que vous ne vous repentiez pas d'avoir dit oui.» Deux lèvres tremblantes effleurèrent les paupières de l\u2019aveugle dont les bras se refermèrent sur la jeune fille .Ils furent bénis par un vicaire en présence de quelques amis, dans une chapelle latérale de Saint-Joseph.Puis ils se retirèrent place des Minimes La chambre de Marie, ornée de quelques meubles nouveaux, devint la chambre nuptiale et celle de l\u2019artiste compléta leur logis.Claude avait exigé que la jeune femme abandonnât son métier de modiste et il la gâtait de menues prévenances.Mais ils souffraient l\u2019un et l\u2019autre : lui, obsédé par son mal ancien, bien qu\u2019il eût cessé toute relation, même écrite, avec les Néral ; elle, voilant scrupuleusement de douceur et de résignation sa douleur passionnée (étouffe-t-on jamais en soi le suprême désir du bonheur ?) Aucun d\u2019eux ne savait se passer d\u2019amour \u2014 et ils ne pouvaient se rejoindre ! Certes, Claude se réjouit quand Marie lui confia son espoir de maternité, et la jeune femme amassait d\u2019avance tout un trésor de tendresse nouvelle ; mais, hélas ! le petit être attendu ne serait point fêté comme le fruit né à la fois de leur chair et de l\u2019accord total de leurs cœurs .Le vieux docteur attribuait à une cause physique la pâleur et la lassitude de sa cliente.Un soupçon l\u2019effleura pourtant et il questionna l\u2019organiste : « Mme Sujobert n\u2019a-t-elle aucun souci ?Aucune contrariété ?» Un matin de printemps, tandis que Claude s\u2019angoissait dans la pièce voisine en se heurtant gauchement aux meubles, Marie, avec une longue plainte, donna le jour à une petite fille blonde et vivace qu\u2019on nomma Françoise.Ses joues se fardaient d\u2019un rose insolite et lorsqu\u2019elle embrassa le bébé, deux larmes jaillirent de ses paupières baissées.Le surlendemain, le médecin déclara bas à Claude qu\u2019il redoutait une fièvre puerpérale.Vers le soir, l\u2019accouchée se sentit plus mal et attira l\u2019aveugle contre elle : « Mon Claude chéri, je me demande si je ne vais pas mourir ! Ecoute-moi : quand nous nous sommes mariés, j\u2019ai cru que je parviendrais à te consoler \u2014 et je n\u2019ai pas même su ! Mais je t\u2019ai bien aimé : beaucoup plus que tu ne le supposes ! » Claude, haletant, tremblait comme un coupable : Marie avait donc toujours connu son secret et souffert autant que lui-même ! En vérité, elle l\u2019avait aimé jusqu\u2019à la mort \u2014 et lui seul, il le sentait bien, pourrait la faire revivre.Il se courba vers elle, secoué d\u2019un grand sanglot : « Pardonne-moi !.Pardonne-moi, ma petite Marie, mon amour ! » Et pour la première fois, ses lèvres pressèrent en un baiser d\u2019amant les lèvres closes de sa femme.Puis, pieusement, elles remontèrent vers les paupières battantes : « Maintenant, il faut dormir bien vite afin de guérir.Tu verras comme nous allons être heureux.avec Françoise ! » « Donne-moi la main, Claude », murmura la malade, acquiesçant d\u2019un faible sourire.Les longs doigts de l\u2019artiste emprisonnèrent les minces doigts brûlants : ceux-ci, peu à peu quittés par la fièvre, se rafraîchissaient miraculeusement ! Et Claude son anxiété penchée vers le lit, perçut une respiration aussi égale, aussi douce que celle du petit enfant qui sommeillait, lui aussi là tout près, dans le berceau Marie-Louise Vignon.QUI EST-IL, QUI EST-ELLE?PHIL LALONDE, l\u2019une des personnalités les plus en vue de notre monde radiophonique.Directeur du poste CKAC, il appartient à plusieurs mouvements ou groupes radiophoniques de la Métropole, du Canada et même des Etats-Unis.Le poste qu\u2019il dirige est affilié à la Columbia Broadcasting System.Sous sa direction, le poste CKAC a multiplié ses activités.La radio canadienne doit beaucoup à cet homme qui connaît son métier.\tPhoto Famous Studio 32 Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 Vous les Préférerez THÉ ET CAFÉ SALAM RIEN DE SÉRIEUX ETUDE DES MOTS Traquenards orthographiques Les mots terminés par ote, otte donnent du fil à retordre à certains premiers prix d\u2019orthographe.Tirez ceux-ci à la courte paille ! Par ALBERT LEMIEUX ¦ Afin de vérifier votre compétence orthographique, nous vous posons dans la dictée ci-dessous quelques colles poivrées, comme on dit en argot d étudiant.Lisez une seule fois et soulignez tout mot mal orthographié que vous y ^\"contrerez.Si vous possédez votre orthographe à fond, vous dénicherez probablement de quinze à dix-huit des fautes qui sont dissimulées dans ce morceau choisi.Déterrez douze à quinze erreurs et vous méritez une classification moyenne.Moins que cela, c\u2019est médiocre ! LA MERE JAVOTTE (1) La mère Javotte, une vraie nabotte qui souvent jabote, tient depuis longtemps une célèbre gargote, ayant pour enseigne : A la vigne de Naboth.Si vous avez parfois envie de jouer à la bouillotte, de manger une bonne matelotte qui ravi-gotte, du veau aux carottes, de délicieuses compotes de bergamotes, une bonne gelinotte, une excellente gibelotte aux échalottes, je vous conseille d aller chez la mère Javotte.Javotte ne radotte pas, quoique vieillotte ; elle n\u2019est ni sotte, ni manchote ; il faut la voir lorsqu\u2019elle trotte ou qu\u2019elle danse la gavotte, vêtue d\u2019une gentille cotte ; on lui donnerait vingt ans.La vieille se frisotte encore et porte des papil-lottes ; elle dorlotte fort bien son monde, ne renfle pas ses notes et ne cote pas trop haut ses mémoires.En hiver, elle tricote, fait des pelottes, et je vous assure que son ouvrage n\u2019est pas de la camelote.On ne tremblote pas dans sa gargote, on y grelotte encore moins, car elle a toujours un bon feu alimenté avec des mottes et non avec des chèvrevottes.Son mari est un homme qui escamotte à merveille.Ordinairement il est vêtu d\u2019une laide redingote et d\u2019une culotte de velours ; il porte souvent des hautes bottes et une calotte ; et lorsqu\u2019on le rencontre, sa hotte sur le dos, on ne pourrait croire, qu\u2019outre sa cote personnelle et mobilière, il paye 200 francs d\u2019impôts.Il a été autrefois le sujet de plus d\u2019une anecdotte plaisante, aujourd\u2019hui il vote comme un bon patriote ; il était le compatriote de Bernadotte.Javotte a deux enfants : son fils qui est pilote, dans la flotte, et qui a possédé plusieurs galiottes, a une vraie tête de linotte.Son étourderie lui a fait mettre plus d\u2019une fois les menottes.Sa fille, qui se nomme Charlotte, et qui est idiotte depuis plusieurs années, est veuve d\u2019un prote à qui elle avait apporté une jolie dote.C\u2019était une grande dévote, quoique sa famille fût d\u2019origine huguenote.Elle marmotte souvent des prières, sanglote sans raison, chuchotte tout bas ; on dirait qu\u2019elle complotte de mauvais coups.Elle barbotte dans tous les ruisseaux qu\u2019elle rencontre, et lorsque passe à côté d\u2019elle un cheval qui trotte avec une voiture qui cahote, alors elle gigote, se sauve en poussant des cris affreux ; cela dénote la folie.Très souvent aussi on la trouve dans un coin, revêtue d\u2019une capotte dans laquelle elle s\u2019emmaillotte ; là elle dort comme ferait une marmotte renfermée dans une grotte.Le père de Charlotte, pour se consoler, se met quelquefois en.(pardon, pour ce mot, mais il me faut une terminaison en ote) en.ribotte, il dit, c\u2019est sa marotte, que le vin est un antidote.Non seulement il buvotte et il sirotte, mais il crachote sur les carreaux, alors il faut que Javotte frotte et décrotte.Avec cela elle passe pour une despote, et son mari dit qu\u2019elle le traite en Hotte.Décidément, plaignons la pauvre mère Javotte.Nous aimerions mieux avoir la picote ! REPONSES \u2022ajo[t : a;oais ! a;oqu : ajodeo \u2018 a^ogig ; a;oqjeq : 3}0[duioa ; a;oqonqo '.jop ; a}otpi ; sa^oqe3 ! ajopoaue I ajouieosa : sajoiad \u2018 ajopop : a;opea ! sa^ojeqoa : ojoSiabj ; a^opjeui ! o}oqe^ Pour ne plus commettre des fautes aussi sottes, appliquez les principes que nous avons énoncés dans notre leçon précédente.Incrustez au moyen du cliché mental l\u2019orthographe correcte de ces mots et votre main qui tremblote maintenant en les écrivant, jamais plus n\u2019en fera de la compote ! (1) CLARISSE JURANVILLE, Dictées récréatives, (Larousse).Une visite au musée Grévin [ Suite de la page 4 ] La dame au docteur.\u2014 Je regrette, cher docteur, que vous ne soyez pas venu souper avec nous à notre fête d\u2019hier soir.Comme vous auriez été content ! \u2014 Pas tant qu\u2019aujourd\u2019hui.J\u2019ai déjà soigné trois de vos hôtes pour des indigestions.\u2022 Le commis de l\u2019hôtel grommelait avec impatience en voyant un client prendre un tel temps à lire les noms du registre avant d\u2019inscrire le sien : \u2014 Dépêchez-vous de signer ici, dit-il au voyageur, en lui indiquant la ligne.\u2014 Jeune homme, répond l\u2019autre, je ne suis pas assez novice pour signer quoi que ce soit sans le lire.\u2022 Au lieu d\u2019aller au prêche le dimanche, le petit Paul avait été à la pêche.Le soir, en revenant, il rencontra le ministre qu\u2019il ne put éviter.S\u2019attendant à des reproches, il prévint le coup : \u2014 Monsieur le ministre, qu\u2019est-ce que la Bible dit au sujet des poissons qui s\u2019amusent à gruger des vers le dimanche ?Un Juif travaille pour une compagnie d\u2019assurances dont tous les agents sont des Canadiens français.On lui parle de la religion catholique et on l\u2019invite à se convertir.Le Juif ne paraît pas revêche à cette idée.On lui indique un bon curé de la ville, habitué à ce genre d\u2019apostolat.On décide le Juif à aller voir le pasteur.Le lendemain, le Juif arrive au travail à l\u2019heure ordinaire.On s\u2019informe.Le Juif ne s\u2019était pas converti, mais il avait assuré le curé.\u2022 On dit beaucoup de mal des plombiers qui oublient toujours quelques outils, vont les chercher ensuite en faisant inscrire le temps exigé sur le compte du client.Un plombier et son aide arrivent à une maison.Le chef est triomphant : \u2014 J\u2019ai tous mes outils, je n\u2019ai rien oublié.\u2014 Oui, répond l\u2019homme de la maison, vous avez oublié quelque chose : l\u2019adresse où vous devez aller.Personne ici ne vous a appelés.\u2022 Pour la dixième fois Latonne comparaissait devant le juge pour ivresse : \u2014 Etes-vous marié, interroge le juge.\u2014 Non.\u2014 Eh bien ! tant mieux pour elle.\u2022 C\u2019est dans un village de campagne.Les pompiers sont à éteindre le feu à un bout du village, lorsque le maire arrive tout essoufflé : \u2014 Dépêchez-vous, crie-t-il au chef des pompiers, le feu est à l\u2019autre bout du village.\u2014 Tâchez de l\u2019entretenir, répond le chef.Quand nous aurons fini d\u2019éteindre celui-ci, nous éteindrons l\u2019autre.\u2014 Avez-vous pris beaucoup de temps à vous faire payer les assurances de votre défunt mari ?\u2014 Que cela a donc été long, et ennuyeux.Il y a des jours où j\u2019aurais préféré que mon mari né fût pas mort.\u2022 Le mari et la femme sont chez le quincaillier.Ils viennent d\u2019acheter une brouette pour faire les travaux du jardin.La femme s\u2019adresse au vendeur : \u2014 Ne pourriez-vous pas donner quelques leçons à mon mari sur le fonctionnement de la brouette ?Il n\u2019est pas fort en mécanique.\u2022 Une compagnie d\u2019éclairage avait un employé nouveau.On l'avait chargé de faire la levée des compteurs automatiques fonctionnant selon les pièces de monnaies qu\u2019on y déposait.Au bout de trois semaines, comme il ne s\u2019était pas présenté pour faire son rapport, le gérant le fait venir.\u2014-Vous n\u2019êtes pas encore venu chercher votre salaire, dit le gérant.\u2014 Comment, répond l\u2019autre, j\u2019ai un salaire par-dessus le marché ! \u2022 Le locataire : \u2014 Si, apres trois ans, je quitte votre logis, c\u2019est parce que vous n\u2019avez pas de chambre de bain.\u2022 Dans un asile d\u2019aliénés, un fou accompagne le plombier qui répare le toit.A l\u2019appel du dîner, le fou saisit le plombier par le cou et lui crie dans les oreilles :\t-\u2014 Maintenant, nous allons sauter en bas.Le plombier ne perd pas son sang-froid :\t\u2014 Sauter, une folie ; tout le monde est capable de faire cela.Allons plutôt en bas, puis nous sauterons sur le toit.\u2022 \u2014 Que construisez-vous là ?\u2014 Si je puis louer cette construction pour l\u2019été, ce sera un bungalow ; sinon, ce sera une grange.\u2022 Avez-vos serin, piano, radio ?Non, mais ma plume gratte un peu.\u2022 \u2014 Je désirerais un autre sandwich.\u2014 Autre chose ?\u2014 Oui, un presse-papier ; le vent a emporté l\u2019autre.\u2022 Agent d\u2019assurance : Buvez-vous beaucoup \u2014 Mangez-vous beaucoup ?Je mâche un peu de gomme de temps en temps.\u2022 Il fait de la généalogie et il a fait remonter son arbre généalogique très haut, au temps où ses ancêtres grimpaient dedans.\u2022 \u2014\tChaque question a deux côtés.\u2014\tC\u2019est vrai.Même chose pour le papier à mouches, mais il est très important pour la mouche de se poser sur le bon côté.ne manque jamais de matière première.A l\u2019heure actuelle, il possède cent-vingt figures, si l\u2019on exclut les tableaux à grand spectacle, tel le couronnement du Roi Charles VII ou celui de Napoléon, qui comprend à lui seul quarante-huit personnages.C\u2019est un défilé ininterrompu de soldats alliés, de Parisiens et de provinciaux qui passe chaque jour dans les salles sombres du vieux Musée Grévin : 1,200 à 1,500 entrées en semaine, près de 3,500 le dimanche.Voilà, assurément, un indice certain que le peuple de Paris reprend graduellement sa vie normale.A cette affluence au Musée Grévin, il convient de comparer les foules qui se rendent aux spectacles et aux concerts.Dernièrement encore, des correspondants nous décrivaient tout l\u2019intérêt que suscita une récente exposition de peinture.Un peuple qui n\u2019a pas perdu le goût de la distraction est un peuple qui n\u2019a pas abandonné l\u2019espoir d\u2019une vie meilleure.Cette vie meilleure, il faudra certes du temps pour qu\u2019elle soit ce qu\u2019elle était au cours des dernières années d\u2019avant-guerre, mais on a appris à se montrer patient quand on vient de traverser l\u2019orage et que les pronostics sont rassurants.On nous dit, et avec raison, que Paris est loin d\u2019être ce qu\u2019il était autrefois.A cela il fallait s y attendre meme quand on se réjouissait si bruyamment de sa libération.Ce qui demeure de certain, c\u2019est que peu à peu, comme nous le démontre ce reportage photographique, la vie, là-bas, reprend son cours normal, et cela nous réjouit grandement. Le Samedi, Montréal, 1er décembre 1945 33 _ ; r/AL ^z>rzt -F/RAA//?TVA/SL^F V zz /x>/r
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