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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 4 mars 1950
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1950-03, Collections de BAnQ.

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[" DIX CENTS ; Jfifj \\\"y'% &m$0m - *- \u2022% JÛé.61e année, No 42 Montréal, 4 mars 1950 D4NS CE NUMERO le Samec S^oo \u2022\tUN \"MUSEE SUZOR COTE\" \u2022\tCHEMINOTS VS NEIGE \u2022\tAU PAYS D'HAILE SELASSIÉ \u2022\tLA CROIX-ROUGE J LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS 4 \\ \\ t \"Æ L\u2019HOMME DU 7*\"1 ÉTAGE Par CLAUDE ASCAIN ir- ' /9JO .elle est mis en vue \\ oici la Plymouth qui prime par ses avantages! Vous en aimerez la beauté .p us longue, plus 1-a-r-g-e .vous aimerez aussi 1 arrangement de tous ses dét de votre confort et de votre commodité.Piélassez-vous en tout Confort dans une Plymouth! Ouvrez toutes grandes ses larges portes .\t.essayez ses banquettes moelleusement rembourrées et \"de la hauteur d'un fauteuil .Etirez-vous .redressez-vous .vous avez toute la place voulue dans tontes les directions.Mettez-vous au volant .remarquez comment les instruments sont placés pour etre lus du premier coup d oed .comment la clé d allumage vous lance en marche tn quelques secondes.Pas d'étrangleur à tirer .pas de bouton à presser! La 1 K mouth a tous les avantages de la Technique Chrysler! La suspension indépendante des roues avant qui permet à chaque roue d\"enjamber\u201c littéralement les obstacles\u2014les amortisseurs type avion qui diminuent les rebondissements.Le gros moteur de 97 cv débordant de fougueuse énergie.La visibilité parfaite et sure du chauffeur, par tous les temps, nuit et jour.Les gros freins hydrauliques qui garantissent des arrets doux, rapides et sûrs avec un minimum de pression sur la pédale.Comparez la Plymouth sous tous rapports .Confort .Commodité .Rendement .Sécurité et economic! \"Vous admettrez alors que la Plymouth 1950 prime pur ses avuntuges .I ous Le constaterez d'emblée.sis-\" y M O U T H à** PLYMOUTH \"SPÉCIAL DE LUXE\" SÉDAN QUATRE PORTES Equipement spécial: pneus à bande blanche PLYMOUTH i / LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de l\u2019A.B.C., et de l'Association des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 61e année, No 42 \u2014 Montréal, 4 mars 1950 EDITORIAL D\u2019UN SAMEDI À L\u2019AUTRE Printemps et fisc\t\"Faites vos comptes.3 975-985, RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA T é I : Plateau 9638 FRED & GEORGES POIRIER Propriétaires JEAN CHAUVIN Directeur Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Drummondville, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) \u2022 ADELARD PARE ô, rue du Pont, Québec ( Québec et Lévis ) \u2022 PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Philippe, Trois-Rivières ( Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Autorisé comme envol postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.\u2022 Entered at the Post Office of St.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA Un\tan\t\t- S3.50 Six\tmois\t\t\u2022 2.00 \tETATS-UNIS\t Un\tan\t\t- S5.00 Six\tmois\t\t-\t2.50 \u2022 AU NUMERO: 10 cents \u2022 HEURES DE BUREAU : 9 h.a.m.à 4.45 h.p.m.du lundi au vendredi.\u2022 AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.Bientôt, le contribuable sera appelé à faire l\u2019examen de ses livres peut-être aussi celui de sa conscience \u2014 en vue du fisc.Pendant que Madame en est déjà à l\u2019étude de quelque projet pour son grand ménage du printemps, Monsieur, de son coté, suppute mentalement le montant de la douloureuse dont il devra faire part, avec chèque approprié, au Receveur général du Canada.Comme indices de fin d\u2019hiver, on peut dire que ces deux maux de tête sont plus sûrs que le réveil de la marmotte, à preuve de quoi, on n\u2019entre pas dans la belle saison sans passer par des épreuves purificatrices.Eh oui, c\u2019est bien ainsi, le rapport de l\u2019impôt\u201d entre tout doucement dans nos traditions, tant et si bien que la prochaine génération (sinon la nôtre) n y verra plus qu\u2019une affaire de routine saisonnière comme le ratissage du jardin potager, le printemps venu, ou le branle-bas annuel et général de la maison.Il y a bien les anciens qui voient la chose d\u2019un tout autre oeil, mais les anciens sont les anciens : ils s\u2019entêtent à ne pas vouloir s\u2019y adapter.Pis encore ils s obstinent à ne pas vouloir comprendre les conditions nouvelles issues de notre essor en pleine voie de réalisation et acceptent volontiers de se laisser submerger par les événements plutôt que de renoncer à la factice illusion de réversibilité.En-tendez-les : \u201cAh, le bon temps de l\u2019autre avant-guerre, quand il n y avait pas d\u2019impôt !.\u201d Voilà le type de contribuable que le percepteur ne harcèle pas plus que de raison, sachant bien que c\u2019est une espèce évanescente, et qu\u2019à l\u2019occasion, un salutaire exemple vient lui rappeler qu\u2019il est plus naïf que malin.Ceci, tout naturellement, nous incline à croire qu\u2019au fisc, il se trouve des fonctionnaires passés maîtres en matière de psychologie, ce qui, en passant, vient donner raison à Valéry lorsqu\u2019il prétend que la comptabilité comporte un appréciable élément de poésie.Comptable, le fonctionnaire du fisc, qui se penche sur un dossier, l\u2019est très certainement, mais dites-vous bien aussi qu\u2019à ses yeux, les colonnes sèches et glacées du débit et du crédit d\u2019un \u201crapport\u201d s\u2019animent et prennent l\u2019aspect d\u2019une autobiographie.Dieu sait si cette mulitude de dossiers qu\u2019il scrute à la journée longue lui en révèle des types, mais comme il est méthodique, cette diversité apparente ne le dépiste pas : tous, il sait les ramener à un nombre étonnamment restreint de catégories pour la commodité de sa surveillance, débordée, malgré tout.Nous venons de voir le rentier pittoresque et têtu, mais il est d\u2019autres espèces, si tant est qu\u2019on peut faire un rapprochement entre un bureau de district de l\u2019impôt et un jardin anthropologique.L\u2019homme de profession libérale, par exemple, instruit, celui-là, ouvert aux idées nouvelles et parfaitement conscient que notre Patrie, étant une puissance en puissance, doit compter sur le portefeuille de ses enfants pour élargir ses cadres dans un monde où l\u2019on joue des coudes.Ce n\u2019est pas lui qui contestera la constitutionaîité de la pratique établie.Il en reconnaît l\u2019inéluctable nécessité ; seulement, il la trouve bien amère et se prend plus souvent qu\u2019à son tour à se dire intérieurement, avant la date fatidique, et sans trop de conviction : \u201cM.le Percepteur, éloignez de moi la tentation.\u201d Il y a aussi les banquiers, les courtiers, les industriels, les commerçants, hommes froids, cérébraux, calculateurs à rendre des points au Ministre des finances lui-même, qui, en cette épreuve, se montrent généralement de bonne composition, bien que certains d\u2019entre eux, à l\u2019instar de Don José, turlutent à l\u2019Etat : \u201cO laisse-moi te sauver et me sauver avec toi.\u201d Enfin, il y a le péquin de salarié, ce grand privilégié qui ne connaît pas son bonheur puisqu\u2019il n\u2019a même pas la peine de calculer, ni de débourser (pour la plus grande part, du moins), un service bienveillant, compétent et gratuit de comptabilité étant mis à sa disposition, en permanence, à cette fin et pour sa commodité.Votre humble serviteur appartient à cette catégorie de bienheureux, et c\u2019est presque avec le sourire aux lèvres qu\u2019il se laisse tondre, parce qu\u2019il a au moins cette consolation d\u2019avoir la conscience en paix, parce qu\u2019il sait qu\u2019en définitive, rien ne se perd, rien ne se crée, parce qu\u2019il se dit que si la venue du fisc coïncide avec celle du printemps, ce dernier n\u2019en est pas moins agréable et, enfin, parce qu\u2019il se dit qu\u2019un beau jour ensoleillé d\u2019avril ne sera jamais taxé.\u2014 G.D.Le grave problème auquel ont encore à faire face la plupart des pays d\u2019Europe en est un d\u2019équilibre entre la production et la distribution.Dans son analyse de la situation en France, André Siegfried n\u2019emploie pas de circonlocutions pour y voir clair : Pourquoi, écrit-il, le déficit est-il devenu une maladie chronique ?D\u2019autre part, et presque en même temps, on a vu que le Président du Conseli a posé la question de confiance sur le projet du budget du Gouvernement français en soulignant la \u201cnécessité d\u2019un équilibre réel et sincère.\u201d Thierry Maulnier, de son côté, parle de déficit universel et met ses compatriotes en garde contre une politique de primes qui trompe le public, lui laissant croire que le pays vit de son revenu alors qu\u2019il dépense ce qui lui reste de capital.C\u2019est Siegfried, cependant, qui nous paraît toucher le point névralgique de la question quand il propose que le niveau de la vie soit réduit ou alors que les prix de revient soient abaissés.Ce problème qui agite les peuples se retrouve en plus petit chez les individus, tout aussi bien en notre prospère Amérique du Nord qu\u2019en Europe ou en Asie où l\u2019on accepte avec stoïcisme cette étrange philosophie qui consiste à se laisser mourir de faim selon ses moyens.Qui ne connaît pas, chez nous, de ces gens pourtant assurés d\u2019un revenu à tout le moins décent et qui passent leur temps à ennuyer le ciel de leurs lamentations inutiles ?Nous reconnaissons que les temps nous sont relativement difficiles, à cause des indices de vie chère qui persistent, quand ils ne s\u2019accentuent pas.Très volontiers, nous admettons qu\u2019ils sont trop nombreux les foyers où on a peine à boucler le budget, même avec la meilleure volonté du monde.D\u2019accord, mais regardez attentivement autour de vous, grattez tel braillard qui crie plus haut que les autres et vous verrez que vous aurez de grandes chances de trouver un dépensier vivant très à son aise, au delà de ses moyens.Le vidangeur vous dira que bon nombre de ménagères jettent des \u201cchoux bien gras\u201d à la poubelle.Les caissières et préposées aux vestiaires de certains clubs, cercles ou boîtes de nuit seraient en droit de se montrer sceptiques quant à ces \u201ctemps durs\u201d, elles qui sont témoins de si grandes prodigalités de la part de gens qui doivent pourtant trimer du matin au soir pour gagner leur subsistance.On n\u2019en finirait plus d\u2019allonger une liste de ces petites ou grandes extravagances qui obèrent tant de budgets familiaux.A ce compte, la remarque de Siegfried s\u2019adresse tout aussi bien à nous : diminuons notre train de vie puisqu\u2019il ne saurait être question, en notre pays, d\u2019un abaissement des prix de revient de nos produits.Mais voilà bien le hic de toute l\u2019affaire, car c\u2019est plus facile de geindre que de mettre un frein à ses caprices.C\u2019est Henri Bourassa, croyons-nous, qui a dit un jour : \u201cFaites vos comptes et vous connaîtrez vos sottises.\u201d Faire ses comptes, cela paraît tout simple, si simple que la plupart du temps, on ne s\u2019en donne pas la peine, et pourtant, là est le point de départ de tout équilibre budgétaire, petit ou grand, collectif ou individuel .\u2014 G.St-O.Du tragique au comique Un journal très sérieux et généralement bien informé a communique à ses lecteurs la nouvelle pour le moins étrange que voici : Pour décrire un empoisonnement, un écrivain américain s\u2019empoisonne.et il en meurt.\u201d Voilà qui s\u2019appelle de la conscience professionnelle poussée jusqu\u2019à l\u2019héroïsme.Dans le domaine de la médecine, nous avons vu par contre qu\u2019un disciple dEsculape prétend avoir découvert un sérum de longévité, et qu\u2019il est si sûr de son affaire qu\u2019il s\u2019en est inoculé lui-même,\u2019un peu théâtralement, en présence de journalistes et de photographes.mise en scène qui nous paraît de goût douteux puisque seul l\u2019avenir dira s\u2019il se blouse ou s\u2019il a raison - le quidam étant censé vivre un siècle, si ce n\u2019est davantage.Il n\u2019est pas encore venu à notre connaissance qu\u2019un psychiatre ait pris les dispositions pour devenir fou afin de pouvoir mieux écrire un traite sur la folie, mais ne désespérons pas, en cette ère de superbombes et de bombes à l\u2019hydrogène, tout nous paraît maintenant possible.Pour revenir au genre plumitif, les dramaturges chez nous, défendent leurs pièces à coups de rapières .provenant de chez Ponton.Ça ne fait pas mal du tout.Ce n\u2019est qu un peu ridicule, mais le ridicule ne tue pas, contrairement à ce qu\u2019on a voulu nous en faire croire.\u2014 L.S. 4 IM i(«f '* É lilMBBLîSÏI&^* f£V\u2018 -W W*** r: ^ j39MZj N&5* /' ¦\u2022: ; LA CROIX-ROUGE LA GRANDE AMIE DES ANCIENS COMDATTANTS La Croix-Rouge fut créée pour apporter aux blessés de guerre les soins les plus élémentaires.A l\u2019origine, ce rôle était la seule raison d\u2019être de cet organisme qui fut d\u2019abord baptisée : \u201cSociété pour l\u2019aide aux soldats malades et blessés à la guerre\u201d.Aujourd\u2019hui, les gouvernements se sont chargés d\u2019instituer les services d\u2019ambulance et de fonder les hôpitaux militaires qui assurent à tous les soldats, avant et après le conflit, les soins médicaux les plus efficaces.Cependant la Croix-Rouge continue de contribuer au bien-être des anciens combattants en leur apportant ces douceurs soi-disant \u201csuperflues\u201d qui ne sauraient raisonnablement figurer sur un budget ministériel mais dont la psychologie moderne a révélé la nécessité réelle pour la santé morale et physique de tout être humain.A titre d\u2019exemple, on peut rappeler comment la Croix-Rouge, dès la fin des hostilités, s\u2019installa, avec un nombreux personnel féminin, à Paris et dans les grandes villes de l\u2019Europe occidentale.C\u2019est ainsi que les combattants retenus dans les petites villes ternes de l\u2019Allemagne vaincue, ruinée et triste, pouvaient venir passer une permission à Paris où, grâce à la Croix-Rouge, ils trouvaient des hôtels confortables, où les dames de la Croix-Rouge, leur réservaient un accueil souriant, leur fournissaient des billets de théâtre, les renseignaient sur la façon de se diriger, leur conseillaient des excursions.Des milliers de Canadiens se souviennent aujourd\u2019hui d\u2019avoir visité les plus belles villes d'Europe comme des touristes millionnaires, grâce à l\u2019ingéniosité et au dévouement de la Croix-Rouge.La guerre finie et toutes les troupes rapatriées, la Société canadienne de la Croix-Rouge continue de se soucier du bonheur de ceux que retiennent encore en dehors de la vie civile normale, les conséquences de la guerre.Son personnel rend régulièrement visite aux hôpitaux militaires disséminés un peu partout et distribue ces petits cadeaux qui font oublier aux hommes 1 ennui, la douleur et la désespérance : fleurs, cigarettes, articles de toilette, bonbons, etc.C\u2019est la Croix-Rouge qui se charge de la plupart des spectacles offerts aux anciens combattants hospitalisés.C\u2019est souvent elle qui assume les frais des appareils les plus coûteux qui peuvent ajouter à leurè distractions ou enrichir leur activité.Enfin les dames de la Croix-Rouge consacrent une grande partie de leur temps et de leur habileté à la rééducation des mutilés à qui elles enseignent des métiers manuels variés.Et le temps passe ainsi plus vite pour ces hommes immobilisés.Ils reprennent goût à la vie.Ils espèrent en l\u2019avenir.Ils se font même un peu d\u2019argent lorsqu\u2019ils réussissent à confectionner quelque article vendable, tandis que leurs muscles et nerfs déficients se réadaptent à un rôle utile.La Croix-Rouge Canadienne n\u2019oublie pas non plus les anciens combattants qui ont quitté l\u2019hôpital, ceux qui ont regagné leur domicile, mais qui sont restés invalides, et n\u2019ont pas pu reprendre une vie normale.Ces hommes continuent d\u2019être l\u2019objet de la sollicitude des dames de la Croix-Rouge qui leur rendent visite régulièrement, leur apportent des douceurs, leur font faire des promenades, les emmènent à des réunions.La Croix-Rouge se souvient que c\u2019est à nos anciens combattants que nous devons d\u2019avoir pu conserver notre bonheur quotidien, nos habitudes les plus chères, nos libertés, et le mode de vie qui nous tient tant à coeur.Souvenons-nous à notre tour que nous leur devons tout cela, et aidons la Société canadienne de la Croix-Rouge à leur démontrer en notre nom que nous leur sommes toujours reconnaissants.Photos du haut, de g.à d\u201e les bénévoles montréalaises de la Société canadienne de la Croix-Rouge préparent les petits cadeaux qui seront distribués aux malades des hôpitaux militaires.\u2014 Un des chalets de repos et de récréation mis à la disposition des anciens combattants malades ou blessés par la Société canadienne de la Croix-Rouge.\u2014 Sous les bienveillantes directives d\u2019une auxiliaire, un soldat blessé rééduque les muscles de ses mains en s'exerçant sur un petit métier à tisser.\u2014 Ci contre, de haut en bas, dans un chalet ouvert pour les anciens combattants, les volontaires préparent et servent continuellement sandwiches et rafraichissements.\u2014 Ici, un groupe de représntants de la Croix-Rouge, sous la direction de Mlle ANNETTE BEAUCHAMP, (premier plan) présidente du Club d'outremer, rendent visite à LEONARD BERGERON, de Québec, un membre des Fusiliers Mont-Royal, hospitalisé à Montréal.\u2014 Au chalet tenu pour les visiteurs des anciens combattants, à l'hôpital militaire de Ste-Anne-de-Bellevue, les dames de la Croix-Rouge entretiennent la gaieté parmi les pensionnaires.gaaS.^fiii J Ce n'est pas le confort d'Air-Canada, de la B.O.A.C.ou d'Air-France, mais c'est tout de même l'avion qui vous transporte en vous évitant les chemins accidentés et difficiles de l'Ethiopie.Du coup, les plateaux, les vallées abruptes, les régions montagneuses disparaissent.Comme vous voyez, on s'installe sans plus de façon, à la bonne franquette.sur la banquette latérale pendant que les moteurs ronronnent et qu'on file vers sa destination et ses affaires Mais en Ethiopie, on se heurte à un léger inconvénient quand on emprunte l'avion pour se déplacer, c\u2019est ru'humains et bagages doivent faire ménage tout le long du parcours.Naturellement, tout dépend de quoi consiste la marchandise ; si c'est du café, tant mieux, vous déjeunez presque à l'oeil ! Mais c\u2019est une toute autre histoire si vous êtes dans le voisinage d'un colis de peaux de vache à destination de la tannerie.Le pincement de nez du voyageur ci-dessus paraît de mauvais augure.L'AVIATION COMMERCIALE AU PAYS DE HAILÉ SÉLASSIÉ ¦ \"sr 'w -c 4.Iw L'v Il paraît qu\u2019une seule compagnie d\u2019aviation africaine a enregistré quelque profit au cours de 1949, c\u2019est le réseau éthiopien qui est la propriété de capitalistes américains.La recette a été maigre, il est vrai : tout au plus quelques mille livres, ce qui, dit philosophiquement le directeur de la circulation, M.Leif Olsen, \u201cvaut un peu mieux qu\u2019un déficit\u201d.L\u2019empereur d\u2019Ethiopie, afin de reconnaître les services rendus à son pays par ce réseau d\u2019aviation, a fait don à la compagnie d\u2019une somme de deux millions de dollars, en argent éthiopien.Le transport aérien semble bien être celui qui convient le mieux à cette région et qui résout avec le plus de satisfaction son problème du transport.Les routes créées au cours de 1 occupation italienne ont été défoncées durant la guerre et comme il n\u2019y a que 2,500 camions en circulation, on trouve trop onéreux de les réparer.Les voyageurs qui quittent l\u2019Ethiopie en avion n\u2019ont rien des touristes élégants habitués au confort moderne.C est ainsi qu on verra un paysan, qui circule pieds nus, tiré d\u2019une poche de sa tunique une liasse de billets de banque et payer, sans broncher, le prix d\u2019un passage qui s\u2019étend sur un parcours de plusieurs centaines de milles.De même, les marchands ont vite adopté ce mode de transport rapide pour l\u2019expédition de leurs marchandises.C\u2019est ainsi qu\u2019ils font transporter leur café à Addis-Abéba, quittes à l\u2019y laisser en entrepôt jusqu\u2019à ce que le prix du café soit assez élevé pour leur procurer un profit substantiel.Il arrive que certaines odeurs, beaucoup moms agréables que l\u2019arome du café, se dégagent des, ballots chargés sur l\u2019avion\u2019et causent un véritable malaise à ceux des voyageurs qui n en ont pas l\u2019habitude, tels les missionnaires et [ Lire la suite page 30 ] Ci-contre, arrivés d\u2019un avion commercial sur la piste de Debra Marcos.Le policier à gauche, (premier plan) vérifie la liste de, voyageurs descendant de l\u2019avion.En Ethiopie, il faut un passe-port pour voyager d\u2019une province à l\u2019autre.Photos Canada Wide illfc.P».SOUVENIRS D UN GRAND ARTISTE POUR UN \u201cMUSÉE SUZOR CÔTÉ LA Commission des Monuments Historiques de Québec apposera, le printemps prochain, une plaque commémorative sur la maison natale de notre grand peintre-sculpteur, Suzor Côté, à Arthabaska.La plaque sera placée en bordure de la route en face de la maison qu\u2019on a appelée longtemps la \u201cmaison de brique rouge\u201d et qui fut celle que construisit en 1851, le père de notre peintre, Théophile Côté, lequel fut l\u2019un des premiers courageux habitants des Cantons de l\u2019Est à entreprendre, en 1849, l\u2019aven ureux voyage de la Californie où l\u2019on venait de découvrir 1 or qui a provoqué l\u2019historique et à la fois légendaire \u201cRuée vers l\u2019Or\u201d de cette année-là.Théophile Côté, qui était notaire, fut deux ans en Californie d\u2019où il rapporta l\u2019énorme somme de $3,000.Mais elle fut suffisante pour lui faire réaliser un rêve qu\u2019il avait caressé avant son départ : se construire une maison.Et c\u2019est dans cette maison que naquit Suzor Côté et qu'il passa les années de son enfance et de son adolescence.La vieille \u201cmaison de brique rouge\u201d mériterait donc d\u2019être classée comme maison historique, d\u2019autant plus qu\u2019elle contient un nombre considérable de meubles anciens, de vieux bibelots et nombre d\u2019objets, meubles et autres choses ayant appartenu à l\u2019auteur des fameuses illustrations de l\u2019édition canadienne de \u201cMaria Chapdelaine\u201d de Louis Hémon.Il y a donc lieu d\u2019organiser dans la vieille maison le \u201cMusée Suzor Côté,\u201d comme à Arthabaska également fut établi le \u201cMusée Wilfrid Laurier\u201d dans la maison, désormais classée, et qui fut habitée pendant cinquante ans par le grand Wilfrid Laurier.Tous ces meubles, ces bibelots, ces objets divers au milieu desquels a vécu et travaillé, pendant plusieurs années, Suzor Côté, s\u2019il s\u2019en trouve plusieurs dans la maison paternelle, sont, pour le reste, dispersés un peu partout, chez des membres de sa famille.On les récupérerait facilement en vue de l\u2019organisation du futur \u201cMusée Suzor Côté\u201d.Suzor Côté, qui avait l\u2019âme d\u2019un peintre sans que rien puisse l\u2019altérer, aimait tout ce qui était beau et il en avait la passion.Il a toujours cru avec raison qu\u2019une oeuvre d\u2019art, pour être belle, doit être originale et réfié.er le génie de celui qui Ta créée.Aussi, quand il revint au pays natal après ses années d\u2019études en Europe aimait-il à se recueillir et à réfléchir au milieu d\u2019objets qui parlaient à son âme d\u2019artiste.Il aimait l\u2019art canadien auquel il apportait une force nouvelle et dont les oeuvres ont marqué une glorieuse étape dans les annales artistiques.\tDamase Potvin Ci-cortne, au centre, sur le mur de gauche, pastel de la mère de Suzor Côté tel qu'on peut le voir dans un coin du bureau de l'abbé Côté à Rimouski.\u2014 Ci-dessous, superbe piano Steinway de concert qui a appartenu au regretté Léo-Pol Morin et qui est maintenant en possession d'un frère de Suzor Côté, l'abbé Edouard Côté de l'Archevêché de Rimouski.Ci-dessus, de gauche à droite, bibliothèque en acajou massif appartenant à la famille Côté.Ce meuble en est un de la période Chippendale et a une valeur considérable aujourd'hui.\u2014 Un vieux buffet de la période de l'Empire français, propriété d'un frère de Suzor Côté, M.l'abbé Ed.Côté.\u2014 Arrière plan, bureau de toilette en bois de rose sculpté, venant de la famille Cook d'Angleterre ; avant plan, rouet monté sur chevilles, chaise Louis XV et autres objets de valeur.\u2014 Cabinet Boulle, venant de la comtesse d'Edieux de qui Suzor Côté avait fait le portrait.Ci-dessous, galerie de peintures, toutes de Suzor Côté, et ornant le grand salon de l'Archevêché de Rimouski.Comme le fait remarquer notre collaborateur, tous ces meubles, ces bibelots, ces objets divers au milieu desquels a vécu et travaillé pendant plusieurs années.Suzor Côté, pourraient facilement être récupérés en vue de l'organisation du futur \"Musée Suzor Côté\", voilà ce que deviendrait la \"vieille maison de brique rouge\" d'Arthabaska.* \u2019 * ü ¦HH -¦ -¦¦¦ ¦¦ I SHAWBRIDGE I PIEDMONT^ [ MONT RO|^.STE.MAR VAL MORi^j VAL DAVll J STfop* Il \u2014 Gonzalès a disparu Armandine avait relevé la tête et paraissait décidée à faire front à présent.Marcellin restait d'un grand calme.Dessin de JEAN MILLET Il monta à l\u2019appartement, examina les lieux, étudia le corps.La victime avait été attaquée de face.Tout était bouleversé, les tiroirs pendaient, de la lingerie gisait pêle-mêle sur le tapis.Le lit était ouvert, les draps rejetés au fond.Mme Ganada était étendue sur le sol, au pied même de la couche.Marcellin ne dit pas un mot, mais il regardait partout.Ses compagnons gardaient le silence également.De temps à autre, il inscrivait quelque hiéroglyphe sur une page.Finalement, ils redescendirent.Dans le bureau de M.Carton, Marcellin demanda au commissaire : \u2014\tDites, Dalat, avez-vous constaté la disparition de bijoux ou d\u2019argent là-haut, lors de votre enquête ?Le directeur du Melchior devança la réponse : \u2014\tElle déposait toutes ses valeurs dans le coffre spécial de l\u2019hôtel dont je possède, seul, la clef.Elle ne gardait sur elle que la monnaie courante pour la journée.Pour les grosses dépenses, elle avait l\u2019habitude de payer par chèques.Soudain, M.Carton s\u2019agita : \u2014\tMais, j\u2019y pense .Ses bagues .Ses boucles d\u2019oreilles .Tout ce qu\u2019elle portait hier.Elle ne me les avait pas remises comme d\u2019habitude.Du reste, elle avait tout repris.Il ouvrit un tiroir et tendit un papier : \u2014 C\u2019est son reçu.J\u2019ai l\u2019habitude de faire signer à mes clients une déclaration pour dégager ma responsabilité.C\u2019est dans l\u2019après-midi même qu\u2019elle m\u2019avait tout demandé.\u2014 Sans vous donner de motifs ?\u2014 Sans rien m\u2019expliquer.Cela ne me regardait pas d\u2019ailleurs.\u2014 Oui.Evidemment.Et cela représentait un gros chiffre ?\u2014 Une très grosse somme, monsieur l\u2019inspecteur.En rentrant à son bureau, Marcellin songeait à deux choses déjà acquises : 1° Mme Ganada n\u2019avait pas été attaquée par un homme inconnu d\u2019elle, sinon elle eût crié en le voyant apparaître.Au contraire, elle s\u2019était levée pour le recevoir, car elle était en peignoir.2° L\u2019assassin ne devait pas ignorer qu\u2019elle avait ses bijoux dans sa chambre.Et cela donnait bigrement à réfléchir.leurs personne ne pouvait entendre, parmi les domestiques, au septième étage.Elle s\u2019en fut et il se mit à réfléchir.Quand on lui apporta le rapport du médecin légiste, il put constater que c\u2019était bien à l\u2019aide d\u2019un instrument contondant qu\u2019on avait frappé.D\u2019après le docteur, la mort se situait vers trois heures du matin.Pendant ce temps, dans son bureau, M.Carton contrôlait les notes des locataires et les cochait, en compagnie d\u2019un secrétaire, au fur et à mesure que celui-ci annonçait leur règlement.Le travail paraissait terminé, lorsque l\u2019employé remarqua : \u2014 Il manque la note de M.Gonzalès .\u2014\tAh ! oui ! Celui-là, je vais l\u2019expédier à présent ! Je ne l\u2019ai jamais beaucoup aimé.Si jamais il n a pas payé.M.Carton décrocha un appareil accoustique et parla à l\u2019employé de la réception.Il apprit que M.Gonzalès était sorti et n\u2019avait rien dit de spécial.\u2014\tIl a quitté le palace à quelle heure?demanda-t-il.\u2014\tUn peu avant le déjeuner, monsieur Carton.Et il était plus de six heures du soir, à présent.Gonzalès ne manquait jamais le dancing, d habitude.La chose parut bizarre au directeur.Une idée naquit.Il se précipita au dernier étage et fit ouvrir la porte de la petite chambre, à l\u2019aide d\u2019un des nombreux passe-partout en réserve.Le lit n\u2019était pas défait.Perplexe, M.Carton [ Lire la suite page 14 ] Armandine entra dans le bureau de l\u2019inspecteur Marcellin.C\u2019était une grande fille brune et pâle, d\u2019une trentaine d\u2019années.Elle paraissait fort émue.\u2014- Asseyez-vous là, mademoiselle.N\u2019ayez pas peur.Tout ce que je vous demande, c\u2019est de bien vous rappeler les circonstances.\u2014 Oui, monsieur .bégaya-t-elle, d\u2019une voix étranglée.\u2014 Vous étiez chargée de réveiller Mme Ganada, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Oui, monsieur.Tous les matins, à huit heures.Et ce matin.Ah ! c\u2019est horrible .Pauvre madame ! Elle se mit à sangloter.Marcellin la calma avec patience.Elle s\u2019épongea les yeux.L\u2019inspecteur reprit : \u2014 Vous aviez une clef?Un passe-partout ?\u2014 Non, monsieur, elle ne verrouillait jamais sa porte.Je suis toujours entrée librement, le matin.Peut-être que la nuit.Mais non, je suis sotte, elle ne se levait pas pour tourner sa clef.Marcellin la regardait fixement pendant qu\u2019elle avait les yeux baissés.Il posa encore diverses questions.Non, elle ne pouvait avoir entendu.D\u2019ail- lu Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 Dessin de JEAN MILLET LA LETTRE dont j\u2019ai failli mourir Par GEORGES LANGE Une lettre anonyme .L\u2019imagination s\u2019affole, construit un terrible roman .il n\u2019est plus qu\u2019une issue : la mort ! Mais, par bonheur .J\u2019ai retenu la date facilement : c\u2019était celle de mon anniversaire, le 7 juin.Drôle d\u2019anniversaire, en vérité ! La lettre arriva au courrier du matin.Enfouie sous une pile d\u2019autres lettres, de revues et de journaux, elle était bien cachée.Pourquoi n\u2019y est-elle pas restée ?Ou, mieux, pourquoi n\u2019a-t-elle pas été dirigée sur la boîte à ordures, sans passer par mes mains ?Inutile d\u2019épiloguer .L\u2019enveloppe était libellée à la machine à écrire.Un détail de la suscription attira mon attention, la mention \u201cpersonnel et urgent\u201d ajoutée à l\u2019adresse : \u201cMme la doctoresse Dominique Valtier, clinique des Ormes.\u201d Qui pouvait m\u2019écrire ?Et de cette façon ?Je n\u2019attendais de lettre de personne .\u2014 Ce ne peut être, me dis-je, qu'une cliente ou un client qui aura oublié de me confier quelque chose .Les malades sont parfois bizarres.Voyons ! J\u2019insérai un coupe-papier dans un coin du rectangle jaune.Et je me rappelle fort bien avoir eu conscience que j\u2019étais en train de me salir les doigts.A l\u2019intérieur, une feuille de papier quadrillé, pliée en quatre.Quelques lignes seulement, également tapées à la machine.Pas de signature.Sans aucune expérience de ce genre, j\u2019avais cependant imméd atement compris.Mes regards étaient tombés sur deux ou trois mots, suffisamment explicites par leur ignominie.Quand au texte intégral, puisque je nai jamais pu l\u2019oublier, le voici : \u201cMadame, il m\u2019est pénible de constater qu\u2019une personne aussi jolie et intelligente que vous s\u2019use la santé à une besogne ingrate, tandis que le Dr Valtier passe le plus clair de son temps à filer le parfait amour avec l\u2019une de vos meilleures amies.Si vous ne me croyez pas, ouvrez donc vos jolis yeux, notamment le vendredi, de quatre à six heures.C\u2019est dans le cabinet même de votre mari que la pièce se joue.Une femme avertie en vaut deux.A bon entendeur.Quelqu\u2019un qui vous veut du b en.\u201d Quelqu\u2019un qui vous veut du bien ! Dans les premières années de ma jeunesse, il m était arrivé, par hasard, de lire de ces romans d\u2019amour dans le corps desquels l\u2019inévitable lettre anonyme se terminait aussi par ces mots.Ainsi, à mon tour, quelqu\u2019un me voulait \u201cdu bien\u201d.Pas un instant, je n\u2019avais pensé qu\u2019un êtrehumain puisse être assez bas et assez répugnant pour se rendre coupable d\u2019une telle saleté.Et pourtant les faits étaient là.Cette lettre, ce morceau de papier innommable sous mes yeux, non, ce n\u2019était pas un cauchemar .D\u2019un effort violent, je rompis l\u2019espèce d\u2019envoûtement, d\u2019hypnose, sous le charme desquels j\u2019étais demeurée prostrée.Je pris une pince chirurgicale et saisis la feuille de papier par un coin, puis je l\u2019approchai de la flamme de mon briquet.Nous dinâmes fort tard ce soir-là.Mon mari, le Dr Didier Valtier, avait eu une journée chargée en consultations.Le premier moment de stupeur passée, je m\u2019étais enfermée pendant une demi-heure dans ma chambre Il faisait encore une chaleur étouffante à près de neuf heures.De gros cumulus noirs s\u2019amoncelaient à l\u2019horizon, annonciateurs d\u2019orage.Pendant quelques instants, je les contemplai.En les voyant monter rapidement sur la région, je me fis l\u2019amère réflexion qu\u2019un autre orage, autrement grave celui-là, allait éclater bientôt sous notre toit.Puis je m\u2019étendis sur mon lit et restai ainsi, jambes allongées, la joue sur le bras, pour essayer de faire le point dans mon cerveau affolé.\u201cCe n\u2019est pas possible, me dis-je tout d\u2019abord.Entre Didier et moi, il n\u2019y a jamais eu le moindre nuage depuis bientôt dix ans de vie commune.Didier m\u2019aime comme je l\u2019aime.S\u2019il avait dû s\u2019éprendre d\u2019une autre femme, ce serait fait depuis [ Lire la suite page 30 ] Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 11 DANS LE MONDE SPORTIF PAR OSCAR MAJOR CHOSES ET AUTRES B Jack Dempsey, l\u2019ancien champion mondial des boxeurs poids lourds, le plus populaire des pugilistes de tout temps, ne voit pas grand-chose de bon pour la boxe dans la télévision.Voici son opinion à ce sujet : Quels sont ceux qui assisteront à des combats de boxe, où il leur faut payer tant de dollars, lorsqu\u2019ils pourront les voir beaucoup mieux, assis à leurs foyers ?D\u2019ailleurs, les spectateurs trop éloignés de l\u2019arène ne voient presque rien des combats, tandis qu\u2019avec la télévision, qui ruinera la boxe, tout le monde pourra voir les gestes des deux boxeurs dans le rond, tout aussi bien que l\u2019arbitre.Donc, il n\u2019est point besoin d\u2019être grand clerc pour pronostiquer une faillite financière de la boxe, avant la prochaine lune, c\u2019est-à-dire dans trois ou quatre ans, peut-être plus tôt .Dempsey est aussi d\u2019opinion que la boxe, aux Etats-Unis, ne devrait pas être, comme elle l\u2019est, sous le contrôle d\u2019un petit groupe d\u2019écumeurs, qui se font fi de tout ce qui marche sur une ligne droite.Il termine son allocution en disant que les boxeurs de couleur de nos jours sont, en majorité, meilleurs que bon nombre de nos pugilistes blancs, parce que les boxeurs noirs n ont pas tout cuit dans le bec et que, pour gagner leur vie, ils doivent surmonter un tas d\u2019obstacles, où la bizarrerie n\u2019est pas excluse, loin de là .De plus, Dempsey déplore le fait que les jeunes boxeurs n\u2019ont pas assez de gymnases à leur disposition, ou ils pourraient apprendre à boxer sous les yeux d instructeurs compétents .Cet état de choses a toujours existé, d\u2019ailleurs.¦\tRéponse à M.C.Loiselle, Montréal Oui, monsieur, vous gagnez votre pari de dix dollars avec l\u2019un de vos grands amis, vendeur d\u2019automobiles lui-même.La célèbre étoile du Canadien, pour nous servir de votre expression, Maurice Richard, récemment nommé représentant des ventes de la compagnie d\u2019automobiles Jarry Ltée, de la rue St-Denis, a gratifié d\u2019un briquet de marque Ronson tous les rédacteurs sportifs et commentateurs sportifs de la radio, qui ont récemment assisté aux agapes fraternelles de 1 hô ce Richard, où tout le monde fut gracieusement accueilli.Ce fut une soirée inoubliable.¦\tEn maintes circonstances, on a parlé des stimulants, employés par certains athlètes pour obtenir de meilleurs résultats, pour faire tomber des records du monde, par exemple.Généralement, ces stimulants, strychnine, cocaïne, opium, etc, sont pris de telle façon que nulle trace ne recèle leur absorption.Il est donc facile de constater qu\u2019une semblable^ pratique est condamnable, à tous points de vue, même pour les chevaux de courses .Si le succès est parfois obtenu, c\u2019est toujours au détriment de la santé et de la forme future.On pourrait citer plusieurs exemples, chez certains coureurs à pied, sur courte distance, surtout chez un bon nombre de coureurs cyclistes des Six-Jours.C\u2019est, d\u2019ailleurs, l\u2019une des raisons pour BILL DURNAN, cerbère du Canadien, le meilleur gardien de buts de notre temps, a fait l'impossible pour arrêter la rondelle, lancée dans les filets par Alex Kaleta, des Rangers de New-York.Sans réussir, il dut se jeter sur la surface polie, se demandant où était alors l'un des joueurs d\u2019arrière-garde.Il n'est pas organisé de match de football, à Buenos-Ayres.Argentine.sans qu'on appelle d'importants renforts d'agents, de gardes à cheval, de., pompiers.On craint que le football ne soit tué par l'enthousiasme et l'emportement des fervents spectateurs.Les supporteurs montréalais aiment trop leur hockey pour ne pas garder la mesure, la plupart du temps.Il leur arrive parfois d'encourager la biiarrerie.Le petit groupe de spectateurs, qui ont raillé Bill Durnan, l'excellent gardien de buts du Canadien, déjoué six fois.I autre soir, contre Chicago, ont manqué d'élegance et de sportivité.Il est à parier que la majorité de ces spectateurs ont déjà fait partie d'un consortium d'anges gardiens qui tenaient, il y a 4 ou 5 ans, a ce que le grnnd Bill fût remplace dans les filets du Canadien par Paul Bibault.Un chauvinisme outranc.er conduit toujours à des excès, que ce soit a Montreal ou ailleurs.lesquelles Frank Selke, gérant-général du Forum, hésite à présenter, de nouveau, aux amateurs sportifs montréalais, un événement du genre .Depuis un an ou deux, les autorités fédérales de la Californie ont trouvé déplorable le fait suivant : trois cyclistes professionnels de San Francisco et Los Angeles, dans le but de bien figurer jusqu\u2019à la fin, dans une course de Six-Jours, ont eu recours à un stimulant quelconque.Le plus grave, c\u2019est que ce stimulant leur fut administré au moyen de piqûres.Il paraît que l\u2019opération fut faite, devant plusieurs personnes.Il ne faut pas être des plus fins pour sortir, sur la piste de bois, une seringue quelconque et s\u2019injecter sous la peau des remèdes pour agonisants, à base d\u2019huile camphrée et d\u2019éther ! B La pêche de la baleine se fait avec des bateaux construits spécialement, capables de grande vitesse et maniés rapidement.Un canon monté à l\u2019avant lance un harpon barbelé, muni d\u2019un obus réglé de manière à éclater trois secondes après être sorti du canon.L\u2019explosion, d\u2019habitude, tue l\u2019animal instantanément.Comme le corps se met à couler immédiatement, il est amené près du bateau, et on le gonfle d\u2019air jusqu\u2019à ce qu\u2019il flotte facilement.On y fixe une bouée avec le pavillon du bateau et le bateau continue la pêche jusqu\u2019à ce que la troupe disparaisse.Les baleines sont alors traînées vers une station ou tirées à bord de la baleinière.Commercialement, les baleines sont de grande importance.L\u2019ambre gris, le spermaceti, l\u2019huile de baleines et la colle forte sont les principales substances que fournissent ces cétacés.Au Japon, où chaque partie de la baleine est utilisée, la bonne viande est consommée, soit fraîche ou en conserves, une seule baleine en fournissant jusqu\u2019à 80,000 livres, parfois.B Réponses à J.Lacroix, Montréal.1° James J.McGuire a joué 26 ans dans les grandes ligues de baseball, 4 pour l\u2019Association Américaine qui faisait, alors, partie des ligues majeures, 13 pour la Ligue Nationale et 9 pour la Ligue Américaine, soit de 1884 à 1912.C\u2019est un record mondial.2° Eddie Collins a joué dans les ligues majeures pendant 25 ans, de 1906 à 1930 pour les clubs Philadelphie et Chicago, de la Ligue Américaine, tandis que Rabbit Maranville, ancien gérant des Royaux, a joué durant 23 ans dans les ligues majeures pour les clubs Boston, Pittsburgh, Chicago, Brooklyn et St-Louis, de la Ligue Nationale, de 1912 à 1935, à l\u2019exception de 1934.3° Trois joueurs ont joué 22 ans pour le même club dans les grandes ligues.Ce sont : Pop Anson, pour Chicago, de la Ligue Nationale, de 1876 à 1897 ; Mel Ott, Giants de New-York, de 1926 à 1947 ; Ty Cobb, du Détroit de la Ligue Américaine, de 1905 à 1926.B Réponse à M.W.Chevalier et M.Robidoux, Montréal.Dans les ligues majeures, les joueurs d\u2019arrêt-court qui participèrent au plus grand nombre de doubles-jeux, au cours d\u2019une joute régulière, sont les suivants : Glenn Wright, du Pittsburgh, le 23 septembre 1925, et Charles O\u2019Leary, du Détroit, le 23 juillet 1905, avec cinq doubles-jeux chacun.ifÿfttfi ; -¦ * * -, ¦ ¦ ' t; .rp.\".\\i.L ' -a*- ' .¦'*'¦ ¦¦- p \u2022 ü ^ mr^sassl jSHpi tfSSsSra nri,»=*# Ci-dessus, PIERRE MAHIEUX, un phénomène unique au monde, puisqu'il n'a de naissance ni bras ni jambes.Il habite un village breton et son unique occupation est de fabriquer, avec ses dents, de petites chaises de poupées.\u2014 Ci-dessous, à gauche, DONNA GEBHART, à l'âge de sept ans, alors qu'elle était une petite infirme dont une maladie des os avait crochi la jambe droite.La photo de droite nous la fait voir trois ans plus tard, nous montrant avec fierté ses jambes bien droites, après un traitement chirurgical approprié au Children's Hospital de Milwaukee.MARCEL BARDIAUX, le navigateur solitaire, au moment où il s'apprêtait à quitter Paris, à bord de son SLOOP pour effectuer le tour du monde.Cette photographie a été prise sur la Seine, à Paris, à la hauteur du pont Alexandre III.Réussira-t-il dans sa périlleuse entreprise?L'avenir le dira.En attendant, admirons son audace.Une photo prise en Suisse, dans la région des Grisons.Un skieur triomphant, et sans doute fatigué, est monté jusqu'à St-Moritz.Il a planté ses skis dans la neige et s'est assis afin de se reposer tout en contemplant le Pic Corvatsch qui domine ce paysage de solitude.Kyl Ci-dessus, à Smithland, deux fillettes se préparent à sortir par la fenêtre de leur maison envahie comme toutes celles de la région, par la crue des eaux.Un garde-côte s'apprête à transporter DIANNA et DONNA OWEN sur la terre ferme, mais il devra aussi sauver deux poupées et un chat: ce qu elles ont de plus précieux au monde.\u2014 Ci-dessous, monté sur rails, cet étrange véhicule a été conçu aux fins de se rendre scientifiquement compte [usqu'à quelle vitese maxima un pilote d'avion à réaction peut voler sans danger de pression atmosphérique.Muni de quinze fusées, l'appareil peut atteindre la vitesse de 1,100 milles à l\u2019heure.northwj# iiKHMT WU SA USAf MHJj Mi UK HO* sut ust\tI iVV-J ffigg&i WÈW igS-sq ; : ;.t '\u2022 Ce coupé Cadillac a été l'une des attractions les plus remarquées durant l'exposition annuelle tenue par la General Motors, au Waldorf Astoria de New-York.Madame Moyra Sullivan, la propriétaire de ce véhicule, est assise à la roue.Elle est à juste titre fière de la splendide peau de léopard dont est capitonnée la carrosserie.Cette peau, de dimensions remarquables, est celle d'un léopard du Somaliland.Les fauves originaires de ce pays sont les plus gros et les plus féroces que l'on connaisse.La Somalie Anglaise ou Somaliland est située en Afrique orientale, sur la côte des Somalis.Le ministre des Pensions du cabinet Attlee, M.H.A.Marquand, a visité le centre d'urgence des membres artificiels ouvert à Universal House, Buckingham Palace Road.Ce centre fonctionne depuis la fin de la guerre dans le but d'effectuer des réparations urgentes nécessitées par des militaires ou des victimes de bombardements.Depuis le récent programme de santé, tous les civils peuvent également en bénéficier.On voit ici la nouvelle main mécanique capable de ramasser une bille de 3/16 de pouce de diamètre, une épingle ou une cigarette.Elle est munie de coussinets en caoutchouc et a toutes les jointures d'une main normale.mm* ;**> «Si y.¦***«§§ Ci-contre, MABEL STARK, de Thousand Oaks, en Californie.photographiée avec l'un des fauves qu'elle dresse pour le cirque ou le cinéma.Mlle Stark a subi des morsures et des écorchures de la part d'un énorme tigre du Bengal et on a dû la transporter à l'hôpital de Burbank.\u2014 Ci-dessus, de confortables fauteuils et de spacieux divans qui étaient l'orgueil du transatlantique AÇUITANIA et la joie de ses passagers sont maintenant en entrepôt dans les hangars de la douane, à Southampton, en attendant une vente à l'encan.Tout sera vendu, non seulement le mobilier mais les plafonds, les murs, les boiseries et les parquets de ce qui fut.il y a quelquei années, un navire de grand luxe. 14 Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 L'HOMME DU SEPTIEME ETAGE [ Suite de la page 9 ] ouvrit machinalement un tiroir de la commode qui, avec la couche et la chaise, formait le mobilier très sommaire de l\u2019endroit.\u2014 Quoi ?Vide ! Et les autres tiroirs aussi ! Dans un coin, une valise était dans le même état.Aucun doute, l\u2019homme était parti, emportant toutes' ses affaires.Mais comment avait-il pu dissimuler un colis, même de faible volume ?Le personnel était d\u2019accord sur ce point : Pablo Gonzales était sorti les mains vides.1 Alors, il avait fait disparaître ses vêtements, son linge, ses menus objets peu à peu, en plusieurs fois ?Pourtant, jamais on n\u2019avait vu le jeune homme emporter un paquet.Il s\u2019en allait, les mains dans les poches, son étemelle cigarette aux lèvres.Le directeur redescendit, l\u2019esprit en déroute.Un groom l\u2019informa qu\u2019on l\u2019attendait dans son bureau.C\u2019était l\u2019inspecteur Marcellin.\u2014 Pouvez-vous me donner la liste \u2014 si liste il y a \u2014 des fréquentations habituelles de la victime ?\u2014 Elle recevait peu de visites à l\u2019hôtel.Je ne crois pas qu\u2019il y ait une piste de ce côté .Mais, attendez ! Le directeur agita les mains.\u2014 Il y a eu ce Gonzalès avec qui elle a pris le thé et dîné.\u2014 Quel est ce personnage ?\u2014 Un bellâtre que je supportais, chez moi, parce que Mme Ganada s\u2019était prise d\u2019amitié pour lui.Alors, vous comprenez, je le ménageais.Il la faisait danser, il lui tenait compagnie.Marcellin parut intéressé.Il apprit que le jeune homme ne paraissait pas posséder des moyens bien définis d\u2019existence.D\u2019après M.Carton, il devait tirer du jeu les quelques petites ressources dont il disposait.Il ajouta autre chose : \u2014 Je ne serais pas étonné que Mme Ganada lui eût prêté \u2014 c\u2019est une façon de parler \u2014 quelque somme, de temps à autre.Marcellin et Carton échangèrent un regard et un sourire rapide.Ils s\u2019étaient compris.Le directeur murmura : \u2014 Je dois dire que je n\u2019ai jamais remarqué quelque chose de précis entre eux.Discrétion .Discrétion .\u2014 Eh bien ! je voudrais voir M.Gonzalès.Je vais lui laisser une convocation et je .\u2014 Il a disparu.Je viens de le constater.M.Carton narra ce qu\u2019il venait de découvrir.Le visage de l\u2019inspecteur devint fort sérieux.\u2014 Son signalement, monsieur Carton.Aussi précis que possible ! Après avoir noté, il demanda l\u2019autorisation de téléphoner.\u2014 Allô ! Donnez-moi Jocquier.Oui, ici, inspecteur Marcellin.C\u2019est toi, Jocquier ?Parfait.Je t\u2019attends au Melchior.Un taxi et à toute allure.Le fidèle lieutenant de l\u2019inspecteur apparut en un temps record.\u2014 Tiens, fit Marcellin, un signalement à répandre.Il faut me retrouver le bonhomme.Marcellin constata sa montre et se tourna vers le directeur.\u2014 J\u2019aimerais jeter un coup d\u2019oeil dans la chambre de Gonzalès.C\u2019était facile.L\u2019ascenseur les déposa au sixième et les deux hommes prirent un petit escalier.Dans le couloir, l\u2019inspecteur serra fortement le bras de M.Carton et mit un doigt sur ses lèvres.____Pas de bruit, chuchota-t-il.Restez ici ! D\u2019un bond, il s\u2019élança vers la porte.Il l\u2019ouvrit et se trouva face à face avec Armandine.Il avait fallu son oreille exercée pour entendre le petit heurt produit par la femme de chambre et qui l\u2019avait trahie.\u2014 Tiens ! Qu\u2019est-ce que vous faites là?Elle ne répondit pas tout de suite.Elle avait un regard de bête traquée, elle était livide.M.Carton surgit et d\u2019une voix autoritaire : \u2014 Votre place n\u2019est pas ici, Armandine ! Pourquoi êtes-vous dans cette pièce, alors que votre service est au premier étage ?\u2014 Je .je remettais de l\u2019ordre, monsieur ! \u2014 Allons, fit paternellement Marcellin, il n\u2019y a pas de quoi fouetter un chat.Sortez, mademoiselle.Elle passa, le visage dur, l\u2019air rogue.M.Carton s\u2019exclama sourdement, désignant la valise qui était au milieu de la pièce : \u2014 Je crois bien qu\u2019elle y a touché.\u2014 Bah ! elle allait la ranger sans doute.Il feignait l\u2019indifférence, mais en réalité, la présence d\u2019Armandine chez Gonzalès l\u2019intriguait fortement.Ils reprirent l\u2019ascenseur de service pour le personnel.En bas, des éclats de voix attirèrent leur attention.Les deux hommes se dirigèrent vers l\u2019office et se trouvèrent en présence d\u2019un sommelier aux prises avec une sorte de brute.\u2014 Ah ! voici le directeur justement ! dit l\u2019employé.L\u2019homme était vêtu du costume classique de plombier-zingueur.Les deux poings sur les hanches \u2014 des poings énormes \u2014 il se dandina, d\u2019un air de défi.\u2014Ah ! c\u2019est vous le patron ?grommela-t-il.Ben faudra m\u2019remplacer mon marteau.On m\u2019I\u2019a volé.\u2014 Oui, oui, c\u2019est entendu, fichez-moi la paix ! Dans son bureau et visiblement agacé, M.Carton manda son régisseur : \u2014\tQu\u2019est-ce que cette histoire de marteau volé réclamé par l\u2019ouvrier qui travaille aux réparations dans la cave ?\u2014\tComment ! Il a osé vous impor-tuner ?Cet ivrogne ! Ah ça ! je vais le congédier et le remplacer.Je lui avais déjà dit que je ferais le nécesaire.Vous ne savez pas ce qu\u2019il a fait, monsieur Carton?Je viens de l\u2019apprendre incidemment par le portier.Il s est si bien enivré dans la cave qu il a passé la nuit entière dans le bâtiment.\u2014 Il y a longtemps ?demanda M.Carton avec vivacité.\u2014 Mais non.La nuit dernière ! Malgré lui, Marcellin sursauta.C\u2019était la nuit du crime.Le régisseur offrit obséquieux : \u2014 Voulez-vous, monsieur Carton, que je fasse venir Gustave pour vous donner tous détails ?\u2014 Comment donc ! s\u2019exclama Marcellin, faites venir Gustave.C\u2019était le portier grisonnant qu\u2019il connaissait de vue.Car il y en avait deux, dont l\u2019un prenait son service le jour, Gustave, et l\u2019autre, la nuit.\u2014 Sauf votre respect, commença-t-il, c\u2019est une belle rigolade.Eh ! bien, voilà.J\u2019avais fini mon service et, comme chaque soir, j\u2019étais allé dîner chez ma fille et mon gendre, qu\u2019ont un petit commerce à .-\u2014Passons, Gustave.Je veux l\u2019histoire.\u2014 Bon, m\u2019sieu l\u2019inspecteur.Voilà.J\u2019étais rentré à minuit et je descends au sous-sol pour me coucher.Faut vous dire qu\u2019il y a deux chambres, en bas.Une pour moi, pis une qu\u2019est vide et qui ne sert à rien.Et puis, il y a la cave avec les bouteilles, le chauffage central, et tout quoi.J\u2019entends des ronflements, j\u2019en suis épaté.« Je vais voir.Cette grande carcasse qui était allongée, là, par terre, avec une bouteille vide, à côté.J\u2019ai regardé l\u2019étiquette.Du Chambertin.Il l\u2019avait peut-être volée?En tout cas, elle était proprement vidée ! _Alors ?fit impulsivement M.Car- ton.\t,\t_ _Alors, jTai secoue, c rhomme.il a grogné, ouvert un oeil et pis il l\u2019a refermé.J\u2019ai bien vu qu\u2019il était fin saoul.Alors, j\u2019ai été me recoucher chez moi.\u2014 Comment?Vous l\u2019avez laisse la?_Faites esscuse, m\u2019sieu Carton, ça valait pas la peine d\u2019alerter la maison pour un poivrot qui n\u2019faisait d mal à personne.La preuve qu\u2019y ne faisait pas de mal, c\u2019est qu\u2019il est parti tranquillement.____Il est parti, dites-vous ?Vous l\u2019avez vu ?A quelle heure ?Les questions se succédèrent comme des balles de mitrailleuse.\u2014 Bon ! non, m\u2019sieu l\u2019inspecteur, je ne l\u2019ai pas vu.Je l\u2019ai entendu.Il a marché dans le couloir.Il s\u2019en allait.Oh! ça j\u2019en suis sûr, parce que j\u2019ai un rhumatisme qu\u2019est régulier comme une montre.Ça me travaille toujours vers les trois heures du matin.Ill \u2014 Le mystère s'épaissit C\u2019ÉTAIT tout de suite après déjeuner.Marcellin allumait une gauloise.En face de lui, dans son bureau, le brave Jocquier, attentif, écoutait le récit de l\u2019incident qui s\u2019était produit dans la chambre de Gonzalès, la veille, lors de la visite de son chef, au palace.\u2014 Alors, qu\u2019est-ce que tu en penses, Jocquier ?\u2014 La disparition de l\u2019homme me paraît significative.\u2014 S\u2019agit pas de ça pour le moment.Qu\u2019est-ce qu\u2019Armandine faisait chez lui ?Jocquier se gratta la nuque avec embarras.\u2014 Ça.Aucune idée, chef.Je croyais que ça n\u2019avait pas d\u2019importance à vos yeux, d\u2019après la manière dont vous en parliez.Marcellin tira une bouffée et reprit : \u2014 Bon ! Laissons ça de côté.Ton opinion sur le Gonzalès, à présent ?Jocquier s\u2019anima tout de suite.\u2014 Ici, je crois qu\u2019on peut travailler sur les données suivantes.Le type est l\u2019ami de la grosse Mme Ganada.Celle-ci l\u2019entretient plus ou moins largement, ce qui explique les fluctuations d\u2019aisance et de dénuement.Le soir, ou plutôt la nuit du crime, il y aura eu dispute et le gigolo aura tué.\u2014 Pour quel motif, mon garçon ?\u2014 Est-ce que je sais?La jalousie peut-être ! \u2014 Tu crois qu\u2019un individu de ce genre est jaloux ?\u2014 Non, pas lui, mais la dame devait l\u2019être.Elle lui aura fait une scène et alors, il.\u2014 Un assassinat pour une scène ?C\u2019est tiré par les cheveux.\u2014 Supposons qu\u2019elle l\u2019ait menacé de lui couper les vivres.Marcellin fit tomber la cendre de sa cigarette et déclara : \u2014 C\u2019eût-été tuer la poule aux oeufs d\u2019or.Ou encore se jeter, à la manière de Gribouille, dans l\u2019eau pour ne pas être mouillé par la pluie.Ça cloche, mon vieux Jocquier.Mais admettons que je sois d\u2019accord.Comment reconstituerais-tu le crime ?Jocquier, qui paraissait tenir à son idée, reprit aussitôt : \u2014 Voici, chef, Le Gonzalès ne devait pas passer ses nuits entièrement dans l\u2019appartement de Mme Ganada, puisque la femme de chambre trouvait celle-ci toujours seule le matin.Mais cela explique pourquoi la porte n\u2019était jamais fermée à clef.Marcellin eut un mouvement de tête bref.\u2014 Ici, c\u2019est bien raisonné.Continue.Les domestiques les plus matinaux se levant a cinq heures, Gonzalès avait L\t' H\t01\tRO\tSCO\t\tPE\t\tDU\t1\tr r\tSA\tMEDI\t\tr\tr \t\t\t\t\t\t( Nou\tvelle série)\t\t\t\t\t\t\t\t 3\t4\t2\t8\t4\t6\t3\t5\t2\t4\t7\t3\t6\t5\t2\t4 E\tU\tV\tU\tN\tL\tP\tT\t0\tE\tG\tA\tE\t0\tT\tV 8\t4\t3\t7\t5\t2\t6\t4\t8\t3\t6\t2\t4\t5\t7\t3 N\tI\tR\tR\tU\tR\tT\tC\tN\tG\tT\tE\tT\tT\tA\tN 4\t8\t2\t6\t5\t3\t4\t7\t2\t6\t4\t3\t5\t8\t2\t4 0\t0\tP\tR\tV\tE\tI\tN\tR\tE\tR\tZ\t0\tU\t0\tE 8\t3\t7\t4\t6\t2\t5\t4\t3\t8\t6\t2\t4\t5\t3\t4 V\tP\tD\tS\tA\tJ\tU\tU\t0\tE\tG\tE\tR\tS\tU\tV 8\t4\t2\t6\t5\t3\t4\t7\t2\t6\t3\t4\t5\t8\t2\t3 A\t0\tT\tR\tR\tR\tT\tE\tR\tE\tD\tR\tE\tU\tE\tE 8\t3\t8\t4\t6\t2\t7\t4\t3\t5\t2\t6\t4\t3\t7\t2 B\tM\tU\tE\tA\tU\tJ\tR\tA\tU\tS\tB\tI\tI\t0\tS 5\t2\t6\t4\t3\t5\t4\t7\t2\t5\t6\t8\t4\t7\t2\t5 S\tI\tL\tV\tN\tS\tA\tI\tR\tI\tE\tT\tL\tE\tA\tT Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller, King Features, Inc. Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 10 toujours le temps de rentrer chez lui, là-haut.Cette nuit-là, il se sera glissé dehors, comme de coutume.\u2014 Avec quoi aura-t-il frappé ?\u2014 Avec un objet « contondant », comme dit le médecin légiste, et qu\u2019il aura emporté avec lui ensuite .\u2014 Pour le jeter dans la Seine, sans doute, acheva Marcellin avec une pointe de sarcasme immédiatement perçue par Jocquier.\u2014 Et alors ?Pourquoi pas ?Sans répondre, Marcellin prit une autre cigarette dans le paquet sur le bureau.Il fit, à la longue : \u2014 Je ne t\u2019ai pas conté l'épisode du plombier.Ecoute ça, et dis-moi ensuite s\u2019il n\u2019est pas possible de bâtir, contre lui, une accusation aussi logique que celle que tu viens de formuler contre le gigolo ! Il relata ce qu\u2019il avait appris, insista sur la disparition du marteau, et ajouta : \u2014 L\u2019homme peut avoir joué l\u2019ivresse.A trois heures du matin, il monte chez sa victime .\u2014 Comment ?Il la connaissait ?\u2014 Oui .Du moins, il connaissait l\u2019appartement.La fuite qu\u2019il réparait en bas concernait la malle de bains de la millionnaire argentine.Une fois le coup fait, il redescend et se faufile dehors.Plus tard, il réclamera à cor et à cris son marteau qu\u2019on lui a, prétend-il, volé.Hein ! Est-ce vraisemblable ?\u2014 On l\u2019a vu ressortir, chef ?\u2014 J\u2019attends justement un coup de téléphone de M.Carton qui a interrogé son personnel, ce matin.Le veilleur de nuit a dû le fixer sur ce point très important.Une petit silence régna jusqu\u2019au moment où le téléphone fit éclater sa sonnerie.Marcellin décrocha.\u2014 Allô ! Ah ! M.Carton ?Alors ?Jocquier vit le visage de son supérieur se tendre tout de suite, et les yeux devenus durs.Lorsque Marcellin raccrocha, il se tourna vers Jocquier et articula : \u2014 Le plombier est sorti le lendemain matin à sept heures.Par l\u2019issue des fournisseurs.C\u2019est net et précis.\u2014 Alors, son affaire est clair, chef ! S\u2019il a quitté la cave à trois heures et le palace à sept heures .Hein ! Marcellin tambourina sur son bureau.\u2014 Une surveillance de plus à exercer.Je te fournirai tous les détails sur le plombier.S\u2019il cherche à filer, à disparaître, hop ! la main sur l\u2019épaule, tout de suite.Mais surtout, qu\u2019il ne se doute de rien.Tant que nous aurons l\u2019oeil sur lui, il peut aller et venir.\u2014 Ça fait deux suspects, avec le Gon-zalès.\u2014 Minute ! Gonzales, pour le moment, n\u2019est qu\u2019un témoin, ne l\u2019oublie pas.C\u2019est en tant que « témoin » que je désire le voir, pas autre chose pour le moment.\u2014 Et les bijoux?patron?On les a volés, sans aucun doute.D\u2019après la liste, il y en a pour une somme fantastique.Des boucles d\u2019oreilles, des solitaires, des colliers de perles, des rivières de diamants, des boucles de ceinture, que sais-je encore ?\u2014 Oui, dit tout à coup Marcellin, en prenant son chapeau, je file.Au revoir, Jocquier ; tiens ! voilà le signalement, le nom et l\u2019adresse du plombier.Tu feras le nécesaire.C\u2019était un petit café des environs du boulevard Bonne-Nouvelle.Marcellin entra, chercha des yeux et fit quelques pas vers un groupe au fond de la salle.Une magistrale belote était en train.L\u2019homme que l\u2019inspecteur toucha à l\u2019épaule sursauta, se retourna, l\u2019air à la fois furieux et inquiet, reconnut le policier.\u2014\tBesoin de toi.Peux-tu venir ?murmura Marcellin.\u2014\tD\u2019accord, patron.Est-ce que j\u2019ai le temps de finir ?Mais oui.Je prends un verre au comptoir.Un quart d\u2019heure après, le dénommé Mathiot était assis dans le taxi de Marcellin.\u2014 Qu\u2019est-ce que c\u2019est, patron ?\u2014 Tiens ! Lis ça.Et tout de suite en chasse.Il faut savoir aussi vite que possible tout ce que tu peux trouver là-dessus.Ce qu\u2019on en a fait, par où c\u2019est passé, et ainsi de suite.Compris ?Mathiot était un indicateur.Naguère, alors qu\u2019il s\u2019était compromis dans une affaire de fausse monnaie.Marcellin l\u2019avait tiré d\u2019un mauvais pas en lui proposant d\u2019entrer au service de la police.Trop heureux, Mathiot avait accepté avec empressement.Il vouait un culte au « patron ».Ses relations dans le monde interlope le servaient à souhait.Marcellin en avait déjà fait plusieurs fois l\u2019expérience, non sans succès.Mathiot jeta un coup d\u2019oeil, émit un sifflement de connaisseur : \u2014 Oh ! mais.Il y en plutôt pour quelques sous ! \u2014 Oui.Tu feras la tournée des fourgues (recéleurs).C\u2019est toi de t\u2019arranger pour que le renseignement te soit fourni sans que tu aies éveillé les soupçons.\u2014 Bon.Ça me connait, patron.Je me mets au boulot.Il était venu à l\u2019esprit de Marcellin que le voleur et assassin, quel qu\u2019il fût, avait confié les bijoux à un recéleur.Ils étaient de trop grande valeur pour que tout bijoutier à qui on les aurait proposés directement, n\u2019eût pas le désir de poser des questions .tout au moins embarrassantes.Il fallait agir vite.Avant que la presse y songât elle-même.Car une fois ces détails connus du public, le coupable, et ses complices après coup, seraient sur leurs gardes.A la vérité, Marcellin était persuadé que la première chose qu\u2019avait dû faire celui qui les avait reçus avait été la transformation des joyaux.Dessertir les pierres, fondre les montures, transformer les bagues.« Pourvu que Mathiot réussisse à trouver leur trace », murmura l\u2019inspecteur pendant que l\u2019homme s\u2019éloignait à grands pas.Il était environ six heures du soir quand l\u2019indicateur commença à «travailler ».Chance ?Ou habileté ?Mettons qu\u2019il y ait eu des deux.En tous cas, à huit heures, il avait appris quelque chose \"de capital.On venait de lui glisser à l\u2019oreille que le père Chaussu, le brocanteur de la rue de Belleville que chacun connaissait dans le milieu de la pègre, avait eu entre les mains une paire de boucles d\u2019oreilles en diamants.\u2014 Exactement le genre de ce que tu cherches, mon vieux.En route pour la boutique du père Chaussu.Les volets étaient déjà accrochés sur la sordide devanture.Mathiot frappa d\u2019une certaine façon.La porte ne tarda pas à s\u2019ouvrir.Le vieux bonhomme, une lampe de pétrole à la main, le fit entrer, puis se barricada avec soin.\u2014 Qu\u2019est-ce que tu viens chercher, Mathiot ?\u2014 Mon vieux, je t\u2019apporte une affaire.Ecoute ça.Mathiot avait préparé sa petite histoire en cours de route.Il se lança dans une explication filandreuse et présenta ladite affaire sous un tel jour qu\u2019elle ne plut pas à Chaussu.Le rusé compère y comptait bien.Et de fil en aiguille, très adroitement, il amena la conversation sur le seul sujet qui lui tint au coeur.Lorsque Mathiot U SIMPLES MOYENS D\u2019EMBELLIR SON TEINT i Essayez ce nouveau traitement de beauté, simple et pratique \u2022 Rêvez-vous d\u2019un teint plus attrayant \u2014 plus velouté et plus agréable à l\u2019oeil ?Vous n\u2019avez qu\u2019à suivre le conseil que vous donnent des milliers de jolies Canadiennes qui ont renoncé aux traitements compliqués ainsi qu\u2019à leur multitude de pots et de flacons, pour s\u2019en tenir à une unique crème de beauté\u2014Noxzema.C\u2019est la méthode employée par d'innombrables actrices, modèles et femmes d\u2019affaire.Ce traitement de beauté Noxzema, simple et pratique, est extrêmement facile à suivre et donne des résultats étonnants \u2014 très vite, le plus souvent.Création d'un Dermato/ogiste \u2014 Le nouveau Traitement Noxzema a 4 opérations est l\u2019oeuvre d\u2019un spécialiste de la peau.Un grand nombre de femmes participèrent à un test clinique.Chacune d\u2019elles avait à se plaindre de son teint pour une raison quelconque.A la fin de la première semaine, la plupart étaient enchantées de l\u2019amélioration de leur teint.A la fin de l\u2019expérience, 4 femmes sur 5 obtinrent un teint plus doux, plus velouté, plus séduisant \u2014 et ceci en deux semaines seulement! Vous n avez qu à les imiter.CREME DE NUIT! \u201cJ'applique tous les soirs sur mon visage, le merveilleux \u201cmasque\u201d Noxzema\u201d.dit la jolie Jan Barker, \u201cmon teint en a été tellement embelli que je le recommande à toutes mes amies.\u201d PEAU SECHE ! La gentille et blonde Mme Sonia Dorsey a la peau très sèche.Elle nous dit : \u201cNoxzema m\u2019aide énormément à garder ma peau douce et fraîche.Il constitue mon unique crème de beauté.\u201d Nouveau Traitement de Beauté \u2014 Ces femmes firent régulièrement les 4 opérations suivantes : 1.\tLe matin \u2014 se baigner le visage à l\u2019eau chaude, appliquer la crème Noxzema sur une serviette mouillée et s\u2019en laver le visage.2.\tAppliquer Noxzema comme fond de teint.3.\tLe soir \u2014 Répéter le nettoyage à la crème du matin avant le coucher.4.\tMasser légèrement Noxzema sur le visage.et en appliquer davantage sur les boutons.Vous ferez \"Peau Neuve\" \u2014 Suivez fidèlement ce traitement pendant deux semaines.Vous en serez absolument enchantée ! Après quelques jours, vous verrez s\u2019écailler les peaux mortes.Ne vous en alarmez pas.N\u2019allez pas croire que Noxzema assèche votre peau.Continuez à vous en servir jusqu\u2019à ce que, débarrassée des peaux mortes, votre peau retrouve un éclat, une douceur, un velouté jusque là insoupçonné.Commencez donc dès aujourd\u2019hui ! Procurez-vous Noxzema aux pharmacies ou rayons de cosmétiques.21 ç, 49ç-, 69ç\\ $1.39.BOUTONS ! D\u2019après la belle Shirley O\u2019Hara : \u201cNoxzema nous assure contre les vilains boutons et bien d\u2019autres affections cutanées.Je m\u2019en sers tous les matins avant mon maquillage.\u201d FOND DE TEINT ! 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C\u2019est de l\u2019astuce.Et alors ?\u2014 Alors, il m\u2019a dit que si j\u2019étais venu un mois plutôt, je les aurais eues toutes les deux.Mais depuis, il les avait maquillées et revendues.Oui il les a achetées, il y a cinq semaines à .Marcellin eut un mouvement de stupéfaction.\u2014 Qu\u2019est-ce que tu me racontes ?Il y a cinq semaines ?Ça n\u2019existe pas ! Ce ne sont pas mes boucles d\u2019oreilles ! Tu as loupé la commande, mon petit Mathiot.Blessé dans son amour-propre, l\u2019indicateur se redressa avec une grande dignité qu\u2019en tout autre temps l\u2019inspecteur eût trouvé fort comique.\u2014 Ah ! pardon ! Je sais ce que je dis.C\u2019est bien des bouques avec un gros diam\u2019 en pendeloque et trois petits, sertis en feuille de trèfle, au-dessus.J\u2019suis pas fou.Marcellin ne comprenait plus.Le crime venait d\u2019avoir lieu.Et ces boucles qui provenaient du butin auraient été vendues, un mois auparavant ?Impossible, puisqu\u2019elles figuraient sur le reçu signé Elvira Ganada ! Mathiot poursuivait avec une ardeur doublée d\u2019un air offensé.\u2014 Oui.Le père Mathiot a été précis.Au début d\u2019octobre.Un type de Monte-Carlo, un de ces gars qui rôdent autour des joueurs décavés pour faire des affaires.Le sourire de Marcellin était toujours incrédule, mais connaissait le caractère de son interlocuteur, il acquiesça.\u2014 Bon .Bon.C\u2019est très bien.Tu passeras demain pour la prime.Sauve-toi, maintenant.Marcellin fut extrêmement long à s\u2019endormir.Il étudia, juxtaposa, fit des rapprochements.Mais toujours ce mur infranchissable : comment des bijoux volés en novembre pouvaient-ils avoir été vendus, à un recéleur, en octobre ?Il eut des cauchemars.La victime dansait une ronde, tenant par la main Pablo Gonzalès, le plombier, la femme de chambre, et même M.Carton ! Au réveil il constata qu\u2019il avait abondamment transpiré.Il se leva, furieux de cette nuit sans repos et surtout contre lui-même.Ce fut en se faisant la barbe que l\u2019idée lui vint.De saisissement, il faillit agrémenter sa joue d\u2019une estafilade.\u2014 Bien sûr.Idiot que je suis ! Il acheva de se vêtir et se précipita sur un horaire des chemins de fer.Puis, empilant son pyjama, quelque linge de rechange, il boucla sa valise.Il n\u2019oublia pas de fourrer dans sa poche arrière, son petit browning extra plat.Dans la rue, un taxi passait, en maraude.\u2014 Hep ! Vite, à la gare de Lyon ! Dans le hall, il avisa une cabine téléphonique.\u2014 Oui, j\u2019ai encore cinq minutes! Pourvu que Jocquier soit là-bas ! Jocquier était rue des Saussaies, heureusement.\u2014\tAllô ! C\u2019est vous, patron ?Justement je voulais vous dire que ce matin .\u2014\tPas le temps de t\u2019écouter, mon garçon.Je file.Je suis à la gare de Lyon.Je pars pour deux ou trois jours.Ne t\u2019inquiète pas et continue ta besogne.Ah ! à propos, Mathiot viendra ce matin, tu lui verseras la gratification habituelle.\u2014 Allô, allô ! patron.Ecoutez ! Je .\u2014 Impossible.Au revoir.Tu me diras ça au retour ! \u2014 Allô ! Allô ! Nom de nom, il a coupé ! Pas eu moyen de lui dire que le Gonzalès est retrouvé ! Marcellin galopait.Il eut juste le temps de franchir le portillon au moment où le convoi allait s\u2019ébranler.Dans le compartiment, il souffla et se cala confortablement.Il songeait qu'après tout, Mathiot ne s\u2019était pas trompé.Le contraire eût été étonnant, car l\u2019homme avait fait ses preuves.\u2014 Seulement, il fallait réfléchir pour rafistoler ensemble les deux bouts de la solution.IV \u2014 Voyage impromptu Jocquier était embarrassé.Il ne savait pas où était allé son chef, il ne savait pas combien de temps durerait l\u2019absence, il ne pouvait donc pas communiquer avec lui pour obtenir de lui des instructions.«Qu\u2019est-ce que je vais faire de Gonzalès jusqu\u2019à son retour ?» Marcellin lui avait recommandé de traiter le jeune homme en témoin.« C\u2019est vraiment embêtant ! Il va me filer entre les doigts.Ah ! et puis, de l\u2019initiative, hein ! » Jocquier n\u2019était pas de l\u2019avis de l'ins-pecteur-en-chef, en ce qui concernait le rôle de Gonzalès.« En fait de témoin, je vais bel et bien l\u2019inculper.» Ce n\u2019avait pas été sans mal qu\u2019on l\u2019avait découvert.A la gare d\u2019Orsay, au moment où il présentait au portillon un billet pour Saint-Sébastien, en Espagne.Lorsque l\u2019agent en bourgeois, Legros, l\u2019avait abordé, il avait manifesté de la surprise, mais l\u2019autre insistait de telle façon que Gonzalès, pour ne pas créer de scandale, le suivit sans résistance.Maintenant, devant Jocquier il le prenait de haut : \u2014 Je ne comprends pas, monsieur, pourquoi cet homme m\u2019a obligé à le suivre.C\u2019est un abus d\u2019autorité ! Il roulait les r, il faisait des gestes véhéments.Jocquier leva la main pour endiguer le flot de paroles qui s\u2019annonçaient.\u2014 Un peu moins d\u2019éloquence.Vous êtes ici pour être interrogé et non pour poser des questions ! \u2014 De quel droit, monsieur ?C\u2019est inconcevable ! \u2014 Vous le saurez dans un instant.Ganzalès souffla bruyamment.D\u2019un mouvement de tête, il rejeta ses cheveux en arrière.Ceux-ci n\u2019étaient pas gominés, ce matin et s\u2019amoncelaient en une belle toison ondulée.Jocquier le regardait et pensait : « Le type classique du gigolo pour vieilles dames.» Il posa, d\u2019abord, les questions usuelles.Il apprit ainsi que Pablo Gonzalès était né à Buenos-Aires quelque vingt-cinq années auparavant et qu\u2019il exerçait la profession de .d\u2019artiste cinématographique.Jocquier faillit pouffer.\u2014 Vous tournez beaucoup en ce moment ?fit-il, narquois.\u2014 Pour le moment, non, justement.Et je me rendais en Espagne, où l\u2019on m\u2019avait signalé quelque chose.\u2014 Qui vous l\u2019avait signalé ?-\u2014 Un ami, monsieur.Un excellent ami à moi.Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 Jocquier haussa les épaules.Cela sentait le mensonge à plein nez.Il reprit, d\u2019un ton faussement placide : \u2014 Nous disons donc que vous n\u2019aviez pas de besogne à Paris.Quelles étaient vos ressources, ces jours derniers temps ?\u2014 Je .J\u2019étais danseur professionnel.\u2014 C\u2019est-à-dire, danseur attitré de Mme Elvira Ganada.Gonzalès eut un mouvement, puis un éclair d\u2019inquiétude passa dans son regard.Visiblement, il savait pourquoi la police s\u2019intéressait à lui.Cependant, il fit un effort pour paraître calme.\u2014\tSi vous voulez, monsieur, murmura-t-il.\u2014\tIl ne s\u2019agit pas de ce que je veux, dit sèchement Jocquier, il s\u2019agit de faits indiscutables.Gonzalès ne daigna pas répondre.Jocquier reprit : \u2014\tVous avez passé la soirée du 29 novembre avec cette dame, n\u2019est-ce pas ?Inutile de nier.\u2014\tOui, monsieur.Je n\u2019ai pas à le cacher, d\u2019ailleurs.\u2014\tVous savez qu\u2019elle a été assassinée durant la nuit qui a suivi cette soirée ?\u2014\tOui.Je l\u2019ai appris le lendemain matin, comme tout le monde au Mel-chior-Palace.Jocquier paraissait préparer un effet.Il dit à brûle-pourpoint, en regardant fixement l\u2019homme dans les yeux : \u2014 Pourquoi avez-vous disparu du Melchior depuis cette date ?Gonzalès soutint le défi, mais une faible rougeur envahit ses pommettes, si mates de coutume.\u2014 C\u2019était la fin du mois.Je devais payer ma note.Je n\u2019avais pas d\u2019argent.Je voulais en emprunter à.à cet ami que je supposais être en fonds.Alors, je .\u2014 Le not de cet ami ! C\u2019est indispensable.\u2014 Inutile de le compromettre.Il n\u2019était pas chez lui, je n\u2019ai pu le voir, on ne peut le mettre en cause.\u2014 Ah ! très bien.Autrement dit, il n\u2019existe pas.Je l\u2019ai toujours pensé.Veuillez maintenant m\u2019expliquer pourquoi vous vous cachez jusqu\u2019au moment où l\u2019on vous a pincé à la gare d'Orsay.\u2014- Moi ?Caché ?Ce n\u2019est pas vrai ! \u2014 Vous mentez encore.Mes hommes vous ont suivi à la trace, d\u2019un endroit à l'autre, pour arriver toujours trop tard.Gonzalès jeta un regard autour de lui.Il serra les poings.\u2014 Je craignais, dit-il sourdement, de me faire arrêter pour cette dette au Melchior.Toutes ces réponses étaient plausibles.Jocquier commençait à regretter son impulsion.Evidemment, l\u2019inspecteur Marcellin aurait mené l\u2019interrogatoire de toute autre façon.Maintenant, il était trop tard, il fallait poursuivre.\u2014 Où avez-vous passé la nuit du crime ?Vite, répondez ! Mais .mais, dans ma chambre, monsieur ! \u2014 Ce n\u2019est pas vrai ! Vous n\u2019étiez pas dans votre chambre ! Jocquier ne le lâchait pas du regard.Cette fois, Gonzalès était visiblement troublé.Le policier le pressa, comme un boxeur qui sent qu\u2019il a touché dur son adversaire : Allons La vérité.C\u2019est très grave.Si vous ne voulez parler, je vous arrête.L Argentin se figea dans un mutisme obstiné et haussa les épaules.Puis il déclara : Eh bien ! arretez-moi.Je ne crains rien.Je ne parlerai plus qu\u2019en présence d\u2019un avocat.Furieux, Jocquier ordonna son incarcération.LA VIE COURANTE .par Georges Clark \u2014 Maintenant, s'il faut que tu viennes m'aider, toi aussi, nous ne soupe-rons jamais ce soir. Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 17 Le sùbordonné de Marcellin rumina longtemps, ensuite.Il se fortifia dans la conviction qu\u2019il avait agi pour le mieux.«La préméditation est certaine.D\u2019abord, ce déménagement par petites étapes de sa mansarde, les jours précédents.Puis, il aura persuadé la victime de reprendre ses bijoux, sous un prétexte quelconque.Ensuite, le crime et la fuite .» « Habile, le gaillard.Le choix de cette date en fin de mois, pour se réfugier derrière le prétexte de la note impayée.Mais on est aussi habile que lui, ici.Allons, le chef ne sera pas mécontent.Je ne lâcherai pas le Gon-zalès, même s\u2019il doit attendre quinze jours ou trois mois » Marcellin venait de débarquer à Monte-Carlo.« Le paradis .Ou plutôt, l\u2019enfer du jeu », murmura-t-il.Il se rendit tout de suite aux bureaux de la police monégasque.Les fonctionnaires étaient aimables et empressés.\u2014 Je voudrais, dit-il, une carte d\u2019entrée permanente dans les salles de jeu du Casino.Il n\u2019ignorait pas que ces cartes n\u2019étaient délivrées qu\u2019à bon escient, c\u2019est-à-dire aux personnes pouvant justifier de ressources suffisantes pour ne pas causer de scandale en cas de pertes répétées.On l\u2019accompagna jusque chez qui de droit.Les cartes ainsi délivrées étaient assez nombreuses.Mais, grâce à une prodigieuse organisation et sans qu\u2019il fût besoin d\u2019y apposer de photographies, chacun de leurs possesseurs était mentalement enregistré par les préparés.\u2014 Oui, monsieur, précisa-t-on à Mer-cellin, une fois que vous aurez été répéré par nos vérificateurs, vous serez toujours reconnu par eux, à chaque passage.\u2014 Malgré la quantité considérable de joueurs ?\u2014 Malgré leur nombre.Ces employés possèdent, pourrait-on dire, un sens spécial, un flair comparable à celui de la police, mais orientés vers la mémoire des visages.Marcellin paraissait enchanté de ces détails.\u2014 Ainsi, dit-il, si je donnais un nom, l\u2019on pourrait m\u2019en décrire le possesseur ?\u2014 Ce serait difficile, car on ne peut se souvenir nominalement de chacun.Mais montrez une photo et l\u2019on pourra vous dire si le personnage est abonné, on pourra même vous signaler approximativement l\u2019époque de sa dernière apparition.Marcellin se frappa le front.\u2014 Au fait, inutile.Le nom que je veux retrouver doit être inscrit dans les registres.On chercha.Mais ici, un échec.Ledit nom n\u2019existaint pas.Marcellin n\u2019en fut qu\u2019à demi étonné.Le personnage avait, à son avis, présenté de faux papiers.\u2014 Eh bien ! lui dit le chef de service, s\u2019il vient ici, ou s\u2019il y est venu autrefois, il a du être enregistré par l\u2019oeil de nos physionomistes.Interrogez-les.Une heure plus tard, Marcellin, qui, au fond, était un peu sceptique, apprenait que l\u2019on n\u2019avait pas vanté la perspicacité des employés en question.L\u2019individu qu\u2019il recherchait avait été vu assez souvent à de brèves reprises.La dernière apparition dont on se souvenait remontait au début d\u2019octobre.Allons, tout se déroulait comme il le désirait.Il pénétra dans les salles de jeu.Autour des tables, c\u2019était une foule compacte, intoxiquée, minée par le bacille du jeu.Quelle âpre et réaliste étude de moeurs ! L\u2019examen de chacun de ces personnages, hommes ou femmes, était attristant.Les visages ne reflétaient que cupidité, avidité, espoir de gain, désespoir de malchance .Sourire et grimaces .Tous des damnés.Le seul qui gardait un visage neutre était le croupier à la voix monocorde, à la raclette agile qui poussait vers le joueur heureux, ou attirait à soi les jetons et plaquettes.Ici, éclatait une joie nerveuse.Là, c\u2019était un enragé qui, l\u2019oeil fou et la bouche tordue, risquait un dernier billet.Les femmes n\u2019étaient pas les moins exaltées.Il n\u2019y avait plus de beaux visages, toutes étaient défigurées par la hideuse passion.Marcellin vit une vieille à cheveux blancs dont les mains tremblaient et la voix s\u2019éraillait en annonçant la mise.C\u2019était une atmosphère vénéneuse autour de ces fracs et de ces robes de soirée.Une humanité ?Non, une jungle ! Des fauves aux regards farouches, prêts à s\u2019entredévorer pour la moindre contestation, le plus petit différend.Marcellin se retira un peu à l\u2019écart.Il y avait là des groupes qui attiraient son attention.Autour de quelques hommes à visage d\u2019oiseau de proie, c'étaient des tractions à voix basse.Il comprit.Ces odieux trafiquants, vautours à la curée, spéculaient sur le vertige des joueurs malchanceux.Ils offraient pour « ramener la veine », de prêter quelques billets.Leur portefeuille se regorgeait.Et dans leurs poches de cravates, bagues, colliers .Une joix doucereuse se fit entendre à l\u2019oreille de l\u2019inspecteur.\u2014 Vous ne jouez pas, monsieur?Je puis vous avancer, si vous le désirez, une.Marcellin le dévisagea et hocha négativement la tête.-Non, je vous remercie.Le jeu ne me tente pas.Je suis ici pour tout autre chose.Immédiatement, il inventa une histoire appropriée à ses fins.Cela lui était venu d\u2019un jet.\u2014 Venez par ici, proposa-t-il.Dans l\u2019embrasure d\u2019une fenêtre, il expliqua ce dont il s\u2019agissait.\u2014 Je cherche des bijoux de famille qui ont été dissipés, ici même, il y a quelque temps.Je suis chargé de les retrouver pour le compte d\u2019une personne qui est prête à des sacrifices pour les récupérer.Vous comprenez, il s\u2019agit de bijoux de famille.Un patrimoine, en quelque sorte.\u2014 Ah ! Des choses anciennes ?\u2014 Non.Modernes, au contraire.Mais ils font partie d'un trésor que l\u2019on veut conserver dans son intégralité.Une lueur de convoitise passa dans les yeux du trafiquant.\u2014 Je peux essayer de vous aider, j\u2019ai beaucoup de relations parmi ces messieurs, ici.Vous voulez bien me les décrire ?NOTRE COUVERTURE Exception faite de la panne stupide loin de tout secours, il est peu de chose que l'automobiliste déteste plus que la bordée de neige soudaine qui l'oblige à pelleter et nettoyer l'entrée du garage aux heures tardives de la soirée.C'est à n'en pas douter un des \"plaisirs\" de l'auto qui n'est pas plaisant.(Photo Harold M.Lambert Studiosl Marcellin se garda bien de commettre la faute de parler tout de suite des boucles d\u2019oreilles.Il fit mention d\u2019une boucle de ceinture incrustée de diamants.\u2014 Oui, oui ! fit l\u2019homme en se frottant les mains.C\u2019est de la chance.Car j\u2019ai eu ça entre les mains ! Et aussi des boucles d\u2019oreilles.Puis des colliers.Malgré son sang-froid, Marcellin eut un petit choc au coeur.C\u2019était assez rare de « mettre dans le mille » aussi rapidement.\u2014 Il y a cinq ou six semaines, continuait l\u2019autre.Ah ! monsieur, il avait de la guigne, ce joueur.En une soirée, tout y est passé.\u2014 Et qu\u2019est-ce que c\u2019est devenu ?\u2014 Dame, je les ai écoulés, à droite et à gauche.C\u2019est mon métier.Notez que je lui avais proposé de les reprendre, mais je ne l\u2019ai plus revu, depuis.Marcellin en savait assez.Mais il lui fallait achever sa petite comédie et il prit un air navré : \u2014 Alors, ils sont perdus ! Quel malheur ! \u2014 Heu! Pas tout à fait.Je sais à qui je les ai cédés.Je crois que, moyennant un prix raisonnable et une petite commission pour moi, je puis remettre la main sur la plupart.Marcellin assura que rien n\u2019était plus aisé à conclure.\u2014 Je verrai la personne pour qui je travaille, dit-il, et je prendrai ses instructions.On vous trouve toujours ici, sans doute ?\u2014 Oui, oui.Tous les soirs.Dès le lendemain matin l\u2019inspecteur roulait vers Paris.Le trafiquant ne le revit jamais.Pourtant, à ce moment où il débarqua dans la capitale, Marcellin avait bien l\u2019intention de procéder, dès qu\u2019il tiendrait le coupable, à une confrontation avec l\u2019homme de Monte-Carlo.Mais, en fin de compte, il ne devait pas en avoir besoin.V \u2014 Où le plombier s'agite OH ! chef, je suis rudement content de vous voir ! Jocquier avait bondi de joie en voyant apparaître son supérieur.Marcellin avait une expression guil- \u2014\tJe suis, reprit Jocquier, plongé jusqu\u2019au cou, dans un drôle de galimatias.Ce Gonzalès du diable ne veut pas .\u2014\tQuoi ?Tu l\u2019as retrouvé ?\u2014\tOui, chef, déclara Jocquier avec orgueil.Et même coffré.Mais il n\u2019y a rien à faire pour obtenir un aveu.Il s\u2019est cantonné dans un sytème idiot de défense.Avec vous, ça va marcher rondement.\u2014\tBon.On verra ça.Dis donc, ajouta Marcellin en riant, tu as fait draguer la Seine pour retrouver le casse-tête ?Jocquier eut un pétillement dans le regard.\u2014 Vous voulez vous payer ma figure, mais .regardez, chef ! Il alla s\u2019accroupir devant un meuble à casiers du bureau de Marcellin et tira, du dernier compartiment, un objet enveloppé dans plusieurs feuilles de papier journal.Le visage ironique, guettant l\u2019effet produit, il désigna le paquet : \u2014 Si vous voulez l\u2019ouvrir ?Marcellin défit les journaux.Il trouva un marteau.Un marteau dont le fer était taché de quelque chose de sombre.Muet, il l\u2019examina.\u2014 Hein, chef, du bon travail ?\u2014 Est-ce bien le marteau du crime ?Les deux phrases s\u2019étaient croisées.Jocquier fit un grand mouvement de tête affirmatif.\u2014 On Ta trouvé au Melchior.Pas eu besoin de draguer la Seine.Heureusement ! C\u2019est avec ça que l\u2019agreS-seur a tué.Oh ! vous pouvez être tran- COMMENCE à agir en 2 SECONDES AVEC MARQUE DÉPOSÉE AU CANADA LE VÉRITABLE ASPIRIN EST MARQUÉ COMME CECI St DETECTIVES \u2022 Agents secrets.Hommes ambitieux de 18 ans et plus demandés partout au Canada, pour devenir détectives.Ecrivez immédiatement à CANADIAN INVESTIGATORS INSTITUTE.Casier 25, Station T.\tMontréal, P.Q.Si vous avez aux alentours de Montréal .PROPRIETE, TERRE OU TERRAIN à vendre Adressez-vous à ROMEO AUGER CR.9363\t7662, rue St-Denis, Montréal de t'komme! H I R A M WALKERS ROYAL OAK Un Whisky Canadien bien corsé EMBOUTEILLE EN^BOND\" Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 18 quille, le laboratoire a analysé le sang coagulé et étudié toutes les autres traces.Ça concorde.\u2014 Compliments, mon vieux.Tu l\u2019as exhibé à Gonzales ?\u2014 Oui, chef.Et il est fort, ce type-là.Il a feint l\u2019indifférence.En tout cas, je n\u2019ai pu enregistrer une réaction.En revanche, le plombier a reconnu son marteau et il a fait une scène à tout casser.\u2014 Tu l\u2019as fait arrêté aussi ?\u2014 Non.Mais l\u2019envie m\u2019en démange.Il était temps que vous rentriez.Ah ! ce n\u2019est pas drôle.Il m\u2019a raconté une histoire à .à dormir debout, dirai-je, si j\u2019avais envie de faire des jeux de mots.Marcellin avait une cigarette aux lèvres.Il examinait le marteau.La tête relevée, il demanda.\u2014 Pas d\u2019empreinte digitales ?\u2014 Si ! une quantité .Celles du plombier, celles de M.Carton qui Ta trouvé et puis d\u2019autres très confuses.\u2014 Ah ! c\u2019est le directeur du Melchior qui.\u2014 Oui.C\u2019était dans un coin de la cave.\u2014 Ce qui inculpe le plombier, à présent.Car cela tiendrait à laisser supposer que, son coup fait, il est redescendu pour reprendre son somme jusqu\u2019au moment de s\u2019éclipser.\u2014 Vous vous rendez compte, chef?Tout ça n\u2019est pas pour éclaircir les choses.Moi, j\u2019en tiens toujours pour la culpabilité de Gonzalès.Mais comment raccrocher les deux épisodes ?Marcellin, assis dans son fauteuil, articula : \u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019il a fait comme récit, le plombier ?\u2014 Attendez.J\u2019ai là sa déclaration.Dans le dossier.Vous allez voir si c\u2019est grotesque ! Jocquier prit la feuille et commença la lecture : «.On m\u2019avait appelé pour une réparation dans la salle de bains, au premier étage.Après examen, je constatai que la fuite provenait d\u2019un tuyau dépendant de ceux de la cave.«Je reviens le jour suivant pour effectuer ma besogne.Dans le courant de l\u2019après-midi, j\u2019eus soif.D'habitude, quand je travaille dans un hôtel important comme le Melchior-Palace, on me donne, au moins, une bouteille pour la journée.«Je remontai à l\u2019office pour demander du vin.Un domestique me répondit qu\u2019il allait se renseigner.Je redescendis à mon travail.Mais on ne m\u2019apportait rien du tout.Et j\u2019avais de plus en plus soif.Je réclamai de nouveau.« Alors, un groom est venu avec une bouteille.« \u2014 Tu as été long ! lui ai-je dit.« \u2014 Il fallait la permission de la direction \u2014 m\u2019a-t-il répondu.«Je regardai l\u2019étiquette.C\u2019était du Chambertin.Comme je n\u2019en bois pas tous les jours, et que j\u2019avais une soif de tous les diables, je la vidai en deux ou trois gorgées.« J\u2019ai repris mon travail.Ça me faisait une bonne chaleur à l\u2019intérieur.Seulement, j\u2019avais dû boire trop vite, parce qu\u2019à un moment donné, je me suis senti fatigué.« J\u2019ai eu envie de faire un petit somme et je me suis couché dans un coin.Quand je me suis réveillé, j\u2019ai regardé ma montre.Il était six heures et demie du matin.« J\u2019avais dormi, par conséquent, tout l\u2019après-midi, la soirée et la nuit.C\u2019était un fameux somme.Je me suis secoué et je suis parti en emportant ma sacoche.« Une fois chez moi, je me suis aperçu qu\u2019il me manquait mon marteau.Vous me demandez si c\u2019est bien celui-là ; je réponds : « \u2014 Oui, c\u2019est le mien! « Mais je ne comprends pas comment on me l\u2019a volé.» Jocquier acheva sa lecture et ajouta : \u2014 Je n\u2019ai pas fait mentionner tout ce qu\u2019il a déclaré en supplément contre l\u2019humanité entière et les voleurs d\u2019outils en particulier ! Et, bien entendu, j\u2019ai traduit en langage clair le principal de sa déclaration.Marcellin avait une sorte de rire silencieux.Jocquier s\u2019exclama : \u2014 Vous ne trouvez pas que c\u2019est abracadabrant ?Ça ne tient pas debout ! Nous avons la déclaration sous la foi du serment de ce portier qui Ta entendu s\u2019éloigner à trois heures du matin ! Et quand j\u2019ai interrogé le plombier là-dessus, il a l\u2019air de croire que j\u2019étais fou.Il ne se souvient même pas d\u2019avoir été réveillé par Gustave ! L\u2019inspecteur tira sa montre et regarda le cadran : \u2014 Il est quatre heures et quart, pro-nonça-t-il.Veux-tu vérifier et me dire si nous sommes d\u2019accord ?Absourdi, Jocquier obéit docilement.Il avançait de quelques minutes.Marcellin reprit du même ton détaché : \u2014 Ecoute-moi bien.Tout d\u2019abord, tu vas te mettre à la même heure que moi.C\u2019est capital, sinon mon idée ne pourrait réussir.Non, ne demande pas d\u2019explication.Je te promets tout ce que tu voudras pour après.\u2014-Cependant, chef, agir dans l\u2019obscurité .\u2014 Cela vaut mieux.Contente-toi d\u2019exécuter point par point ce que je vais te dire.Dans une demi-heure, tu me demanderas au Melchior.Tu me diras n\u2019importe quoi.Et surtout ne t\u2019étonne pas de ce que je te répondrai.Hein ! Convenu ?\u2014 Convenu, patron .Mais .Ah ! je n\u2019y comprends rien ! Marcellin arriva en coup de vent au palace.Tout de suite, il se dirigea vers le coin des grooms, où il surgit en pleine conversation de trois adolescents en livrée rouge à boutons dorés.Il interrompit leurs propos animés.\u2014 Quel est celui qui a apporté la bouteille de Chambertin à l\u2019ouvrier plombier, dans la cave ?Tout le monde, parmi le vaste personnel, du haut en bas, connaissait l\u2019aventure, et il n\u2019eut pas de besoin de préciser davantage.L\u2019un des grooms répondit aussitôt : \u2014 C\u2019est moi, m\u2019sieu .\u2014 Ah ! Ah ! Et où l\u2019avais-tu prise ?\u2014 Ben, m\u2019sieu, c\u2019est le chef du personnel qui me l\u2019avait donnée.Le groom avait envie de bavarder, mais Marcellin tourna les talons.Le temps passait, il n\u2019avait plus que dix minutes.Il trouva le chef du personnel, M.Richard.Ue petit homme sec et nerveux, à l\u2019allure perpétuellement inquiète.Quatre minutes s\u2019écoulèrent.Marcellin se hâtait de plus en plus.Maintenant, dans le corridor menant au bureau de M.Carton.VI \u2014 Où Armondine est troublée Le directeur fumait un gros cigare et accueillit le policier avec son amabilité coutumière.Celui-ci coupa court.\u2014 Excusez-moi, il faut que j\u2019interroge Armandine sans retard.Voulez-vous la faire venir ?Je vous demanderai également de nous laisser seuls tous les deux, ici.\u2014 Mais certainement, certainement ! Montre en main, Marcellin guettait.\u2014 Pourvu quelle arrive.Trente secondes, et tout sera loupé.La femme de chambre apparut.Elle entra, et aussitôt, drrring !, le téléphone.M.Carton qui s\u2019apprêtait à quitter son bureau décrocha, écouta, puis passa le récepteur : \u2014\tC\u2019est pour vous, monsieur Marcel- lin .\t_ \u2014 Allô ! cria ce dernier, oui, j écouté.C\u2019est toi, Jocquier ?\u2014\tOui, chef.Alors, qu\u2019est-ce qu\u2019il faut dire ?\u2014\tAh ?Très bien.Ainsi, le sieur Gonzalès est arrêté?Parfait.Garde-le à vue, je m\u2019en occuperai dès que je serai rentré.Ah ! au fait, tu m\u2019enverras Leroux.Il me demandera ici.__Sérieux, chef ?Faut vous envoyer Leroux ?\u2014\tMais oui, voyons.Puisque je te le dis ! Il coupa.Tout le temps qu\u2019avait duré le colloque, Marcellin guettait Armandine.Lorsqu\u2019il annonça sa satisfaction de l\u2019arrestation de Gonzalès, qu\u2019il connaissait parfaitement, et ce qui estomaquait Jocquier, il vit Armandine chanceler et devenir pâle comme un suaire.C\u2019était ce qu\u2019il avait voulu provoquer.Maintenant, il était face à face avec la domestique.La femme de chambre baissa la tête.Ses mains tourmentèrent l\u2019ourlet du tablier blanc qu\u2019elles avaient agrippé.Elle avait cet air de bête aux abois qu\u2019il lui avait déjà vu.\u2014 Pourquoi ne m\u2019aviez-vous pas dit que Gonzalès était votre amant ?Allons, répondez ! Elle éclata en sanglots.Marcellin continua : \u2014 Allons, parlez.Il est grand temps ! Par phrases hachées, elle se libéra, peu à peu de son secret.Marcellin conduisait l\u2019interrogatoire avec une rare maîtrise.\u2014 Que faisiez-vous dans la chambre de Gonzalès le jour où M.Carton et moi vous avons surprise ?Elle ne répondit pas tout de suite.Alors, il lança : \u2014 Vous veniez pour prendre la valise ! \u2014 Je.Oui.Pour la lui envoyer .Avec son linge.Un point de marqué.Marcellin en marqua tout de suite un second, puis un troisième, coup sur coup.\u2014 Ce linge, c\u2019est dans votre chambre que vous l\u2019aviez caché, n\u2019est-ce pas ?Vous étiez sa complice ! \u2014 Oh ! monsieur, je vous jure qu\u2019il n\u2019est pas coupable.Le nuit du crime, il.il.\u2014 Vous allez sans doute affirmer qu\u2019il était chez vous ?\u2014 Oui, monsieur.J\u2019en fais le serment ! Elle avait relevé la tête et paraissait brusquement décidée à faire front, à présent.Marcellin restait d'un grand calme.On ne pouvait savoir ce qu\u2019il pensait.Armandine parlait toute seule.Elle faisait des révélations qui tendaient à innocenter Gonzalès.Mais pouvait-on y accorder quelque crédit ?L\u2019inspecteur enregistrait sans la moindre manifestation pour ou contre.Il savait que l\u2019interrompre serait tarir la source de paroles qui affluaient.\u2014 Je lui avais offert de lui avancer I\targent de sa note.Il ne voulait pas.II\tavait décidé de partir à la recherche d\u2019un ami.« Tiens ?songeait Marcellin, cela concorde avec ce qu\u2019il a dit à Jocquier ! » Vérité?Ou entente totale entre les deux amants ?Pour tout autre que Marcellin, il devenait infiniment difficile, de prouver l\u2019un ou l\u2019autre.Elle continuait, elle précisait qu\u2019elle savait où le jeune homme s\u2019était réfugié en premier lieu.J étais folle d\u2019angoisse, monsieur.Moi, je me doutais bien que sa fuite serait interprétée comme un aveu du crime.Mais je n\u2019osais lui écrire de reparaître.Et puis, ç avaient été les angoisses multiples d Armandine à partir du mo- LA VIE COURANTE .par Georges Clark __ Non, ma chère, je ne me cherche pas une nouvelle situation; c'est la seule partie du journal qui n'intéresse pas les enfants !. Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 19 ment où lui-même n\u2019avait plus donné signe de vie.\u2014 J\u2019étais sûre que la police le traquait ! Pour un crime dont il est innocent.Le téléphone, encore.C'était l\u2019employé à la réception, dans le grand hall.\u2014 Monsieur Marcellin ?Il y a un M.Leroux qui est là pour vous.\u2014 Merci.Qu\u2019il m\u2019attende, je suis à lui dans un instant.Le directeur du palace se trouvait dans le salon de lecture lorsqu\u2019il vit arriver dans le hall Marcellin accompagné d\u2019Armandine dont les yeux rouges attestaient qu\u2019elle avait beaucoup pleuré.M.Carton se rapprocha à temps pour voir l\u2019inspecteur s\u2019adresser au subalterne assis sur une banquette.Quelques mots échangés rapidement et Leroux partit en compagnie de la femme de chambre.Le directeur était stupéfait.\u2014 Quoi ?Vous l\u2019arrêtez, monsieur Marcellin ?Le policier fit un geste furtif pour recommander le silence.Les employés les observaient.\u2014 Venez dans votre bureau, monsieur Carton.Vous allez comprendre.Ils s\u2019installèrent.Marcellin prit une bague dans son gilet.Un beau bijou orné d\u2019une magnifique émeraude avec entourages de brillants, et la tendit.\u2014 Vous la reconnaissez ?dit-il avec un petit sourire.M.Carton bégaya, le front soudainement moite d\u2019émotion.Mais.Elle appartenait à Mme Ganada !.Vous.vous avez retrouvé ses bijoux ?Où cela ?C\u2019est trouvé ses bijoux ?Où cela ?C\u2019est.c\u2019est magnifique ! \u2014 Non, malheureusement.Je n\u2019ai que cette bague.Et savez-vous où elle se trouvait ?Chez la victime.Je l\u2019ai ramassée dans un pli du tapis, le jour même où je suis venu, pour la première fois.\u2014 Elle avait échappée à l\u2019assassin, sans doute ! \u2014 C\u2019est ce que j\u2019ai conclu tout de suite.Plus tard, j\u2019en ai confirmation en constatant qu\u2019elle répondait en tous points à la description couchée sur la liste, parmi les autres bijoux.M.Carton hochait la tête d\u2019un mouvement machinal.\u2014 Cela ne dit pas pourquoi vous arrêtez Armandine, fit-il.Etait-elle donc la complice de Gonzalès ?Car je pense que c\u2019est ce gigolo qui a assassiné la pauvre Mme Ganada ?\u2014 Attendez.Il y a autre chose.Cette bague, je vous l\u2019aurais montrée plus tôt, monsieur Carton.Mais elle se trouvait à l\u2019expertise.\u2014 A l\u2019expertise ?Que voulez-vous dire ?\u2014 C\u2019est très clair cependant.Je l\u2019avais remise à un expert pour qu\u2019il l\u2019appréciât.Car figurez-vous qu\u2019il m\u2019était venu une idée bizarre.J\u2019avais des doutes sur son authenticité ! M.Carton leva les bras au ciel d\u2019un air qui était comique.\u2014 Ça, alors, c\u2019est complet.\u2014 Mais oui.Et mes doutes ont été confirmés.La bague est fausse .Le directeur du palace resta sans mouvement, il s\u2019exclama : \u2014 Ce qui veut dire que tous ses bijoux étaient sans valeur ! Et moi qui croyais qu\u2019il y en avait pour une fortune ! \u2014 Attendez, dit Marcellin pour la seconde fois.Cette bague, elle ne vous l\u2019avait jamais confiée.\u2014 Mais si, puisqu\u2019elle figure sur le reçu qu\u2019elle m\u2019a signé quand je lui ai rendu sa mallette.\u2014 Et moi je dis que non, car sa mallette ne contenait que des bijoux authentiques.Mais, très dé finasseries, monsieur Carton, vous savez ou je veux en venir ! Le directeur du palace avait les yeux fixes, et un rictus effrayant de terreur et de désespoir.Marcellin se leva, très sec : \u2014 Vous me suivez sans résistance, n\u2019est-ce pas ?M.Carton se dressa, raide, et son visage devint pâle, puis rouge, et tourna au violet.Il porta les mains à son faux-col comme pour l\u2019arracher.Mais d\u2019un seul coup, il s\u2019abattit sur le sol.Marcellin se précipita avec un juron.\u2014 Il va me passer entre les mains ! Vite, une carafe d\u2019eau, vidée sur le visage, des claques, les vêtements défaits.Mais trop tard.L\u2019oreille appuyée sur la poitrine de M.Carton, l\u2019inspecteur constata que tout était fini.Dans le bureau de Marcellin, la femme de chambre, assise sur une chaise, pleurait tout doucement.Jocquier la regardait sans mot dire.Il prêtait l\u2019oreille à tous les bruits de pas dans le couloir.« Je voudrais bien qu\u2019il vienne, le chef, songeait-il sans arrêt.Elle me fait pitié cette petite ».Soudain, la porte s\u2019ouvrit.Marcellin était là.\u2014 Mademoiselle, s\u2019exclama-t-il, vous voudrez bien passer à côté pour renouveler toutes les déclarations que vous m\u2019avez faites.Je puis d\u2019ores et déjà vous dire que, grâce à vous, Pablo Gonzalès est totalement déchargé de toute accusation.Ce soir même, il sera libre.\u2014 Oh ! merci, merci.Dans sa joie, elle s\u2019empara de la main de l\u2019inspecteur qu'elle voulut porter à ses lèvres.Il se dégagea et d\u2019un ton bourru : \u2014 Allons! Vous exagérez.Et ne perdez plus de temps.Jocquier allongeait le cou comme un héron.Quand elle fut sortie, il bégaya, l\u2019air stupéfait : \u2014 Alors, chef, c\u2019était le plombier ?\u2014 Mais non, idiot ! C\u2019était le directeur du Melchior-Palace ! \u2014 Hein ?Le .Lui.M.Carton ?Il a avoué ?\u2014 Non.Il est mort.\u2014 Quoi, il s\u2019est suicidé ?\u2014 Non, congestion cérébrale.L\u2019action judiciaire est éteinte.Mais j\u2019ai tout de même résolu l\u2019affaire.Je savais déjà, là-bas, à Monte-Carlo, qu\u2019il avait volé les bijoux.\u2014 A Monte-Carlo ?Vous y êtes allé ?Pour quoi faire ?\u2014 Ecoute, tu n\u2019as jamais eu l\u2019air si ahuri.Viens prendre un apéritif, plutôt, et je te raconterai toute l\u2019histoire.VII \u2014 Marcellin s'explique Les deux hommes étaient attablés.Marcellin allumait son étemelle cigarette.Un garçon versa, d\u2019un geste artiste, les deux apéritifs et remporta sa bouteille.On était bien dans une atmosphère tiède, au fond de la salle.Jocquier se pencha vers son supérieur : -\u2014Je ne comprends pas comment vous aviez repéré Carton.A quel moment, chef ?Moi qui m\u2019étais hypnotisé sur Gonzalès.Marcellin eut un petit sourire.\u2014 Oui.Et je ne peux te blâmer.Moi aussi, j\u2019aurais pu trotter sur sa piste.D\u2019ailleurs, il le savait bien lui-même qu\u2019on pouvait le soupçonner.\u2014 Il a eu tort de disparaître, à ce moment-là.Marcellin envoya une bouffée en l\u2019air.\u2014 Oui et non.Car il ne se serait pas tiré facilement d\u2019affaire.Sais-tu, qu\u2019au fond, je suis persuadé qu\u2019entre lui et Mme Ganada, il y avait quelque chose ?La femme de chambre n\u2019en savait rien, naturellement.Mais j\u2019ai ma petite idée sur ce qui s\u2019est passé la nuit du crime.L\u2019inspecteur but une gorgée et reposa son verre.\u2014 Le chef du service, M.Richard, m\u2019a dit des choses qui me permettent de reconstituer l\u2019atmosphère.Carton devait savoir ce qui existait entre sa cliente et le gigolo.Il ne doutait pas que ce dernier s\u2019introduisit souvent chez elle.\u2014 Ah! Voilà pourquoi elle ne s\u2019enfermait jamais à clef ! \u2014 Evidemment, Jocquier, évidemment.Et le fameux soir, il avait chargé M.Richard de manoeuvrer de façon que Gonzalès fût obligé de monter directement chez lui.Le chef du service se trouvait, comme par hasard, dans le corridor menant chez Mme Ganada, lorsque celle-ci est apparue, en compagnie de Gonzalès.« Il a assisté au baise-main, et à la séparation.Gonzalès est ensuite redescendu au grill-room.Mais M.Richard veillait toujours, de telle sorte que le jeune homme a fini par monter définitivement au septième.\u2014-Vous croyez qu\u2019il est allé réellement chez Armandine, alors ?\u2014 Oui.La femme de chambre était sincère dans sa déposition.\u2014 Ha ! Ha ! Tl s\u2019est consolé avec elle.\u2014 Entre nous, Jocquier, la consolation a dû être très facile, parce que l\u2019autre .hein .Enfin, passons.\u2014 C\u2019était pour avoir le champ libre cette nuit-là que Carton avait manoeuvré de la sorte ?\u2014 Bien entendu.Et cela explique pourquoi Mme Ganada s\u2019était levée dans l\u2019obscurité, avait enfilé son peignoir et attendu, croyant que Gonzalès s\u2019introduirait à un moment quelconque durant la nuit.Mais c\u2019est Carton qui est entré.Jocquier vida son verre et rumina.Puis il murmura : \u2014 Mais comment êtes-vous arrivé à le soupçonner ?Moi, j\u2019en reste là, chef.Parce que tout ce que vous me dites, c\u2019est ce que vous avez découvert après avoir arrêté votre conviction.\u2014 Oui, en effet.Eh bien ! mon petit Jocquier, je vais peut-être te paraître fat, mais j\u2019ai presque tout de suite pensé à lui.Jocquier sursauta et roula des yeux ahuris.\u2014 Non ! Ça, alors !.Il avait pourtant une bonne face, un air paternel ! Et puis, quel eût été son intérêt ?Parce que même maintenant, je ne vois pas en quoi le crime lui a profité.\u2014 Hé! Les bijoux ne représent-ils pas une fortune ?\u2014 D\u2019accord, chef.Mais il pouvait simuler un cambriolage ! Pourquoi avoir massacré la malheureuse ?\u2014 Attends.Ne nous égarons pas.Tu m\u2019as demandé comment j\u2019ai pris tout de suite la piste.Je vais te le dire.Dès que j\u2019ai appris que Mme Ganada avait demandé tous ses bijoux, j\u2019ai dressé l\u2019oreille.Je me suis dit, à ce moment-là que quelqu\u2019un avait intérêt à ce qu\u2019elle eût sa mallette précieuse chez elle.« De là à penser que ce quelqu\u2019un était le coupable.Il n\u2019y avait qu\u2019un pas.Je le fis et.je refis le même pas en arrière, ensuite.Note que je ne connaissais pas l\u2019existence de Gonzalès, alors.Je m\u2019étais dit simplement que ce ne pouvait être que Carton qui l\u2019avait influencée.Et je me demandai autre chose.-\u2014 Quoi donc, chef ?\u2014 Les raisons pour lesquelles elle exigeait sa précieuse quincaillerie.Est-ce que, par hasard, elle ne se méfiait pas de Carton ?Le reçu signé de Mme Ganada me parut suspecte.\u2014 Il était faux, je parie.[ Suite de la page 31 ] la CONSTIPATION MENACE DANGEREUSEMENT LA SANTE Etes-vous une victime de la constipation et d\u2019une mauvaise digestion?Eh! bien, vous souffrez inutilement.Il est prouvé que les FRUIT-A-TIVES vous rendront et vous maintiendront bien portants.Fruit-a-tives\u2014un composé de fruits et de plantes, préparé scientifiquement pour activer le foie et produire plus de BILE\u2014purifie le sang, chasse les poisons du corps, régularise l\u2019intestin, et soulage rapidement de l\u2019indigestion, des brûlures d\u2019estomac et des maux de tête.Prenez Fruit-a-tives en suivant bien les instructions.Mettez fin à vos malaises.Soyez plein d\u2019entrain et d\u2019énergie.Se vend partout à 50c.et 25c.Prix remboursé aux personnes non satisfaites.Achetez les vraies FjRUIT-A-TIVES.Vous les reconnaîtrez à leurs fruits Mal de tête Rien n'est plus pénible que les maux de tête.Pourquoi souffrir?.La poudre Lambly soulage instantanément le mal d\u2019oreilles,le mal de dents, la névralgie, les douleurs du dos, de l'estomac, des intestins.POUDRES ma .7êÆ/ A M B L Y CONTRE LE MAL DE TETE FAIBLESSE Les maladies les plus graves commencent par la faiblesse N\u2019attendez pas un épuisement complet, prenez ce puissant tonique.Idéal pour hommes, femmes et enfants.Chez votre pharmacien Ettxiiïbniqufc ¦ Monti\" Distributeurs: D V/ATSON & CO., rElùdr fe Samedi COUPON D'ABONNEMENT Canada\tEtats-Unis 1 an .$3.50\t1 an .$5.00 6 mois .2.00\t6 mois .2.50 ?Important : \u2014 Indiquez d'une croix s'il s'agit d'un renouvellement.Nom.Adresse.Ville.Prov.POIRIER.BESSETTE & CIE.LTEE 975-985, rue de Bullion Montréal 18, P.Q. Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 NOTRE FEUILLETON LES MAILLES DE FER Noll\tpar PAUL D'AIGREMONT f aed°n, monsieur le procureur gé- U néral, fit-il, j\u2019ai failli laisser échapper une chose très grave, et avancer une opinion qui vous blessera peut-être.Vivement M.Grollier-Savemes se redressa.\u2014 Ce que vous avez à me dire, est-ce l\u2019expression vraie de raisonner de votre opinion ?.Cette opinion, quelque sévère qu\u2019elle soit, et n\u2019importe sur qui vous l\u2019ayez eue, est-elle consciencieusement et strictement l\u2019opinion intègre et loyale d\u2019un magistrat honnête, qui, pour la formuler, a mis de côté toute passion de quelque nature qu\u2019elle soit, tout parti pris, tout intérêt personnel?.\u2014 Oui,.monsieur le procureur général, et c\u2019est après beaucoup de réflexions, beaucoup de renseignements pris à des sources certaines, beaucoup d\u2019observations faites par moi-même que j\u2019ai porté le grave jugement que j\u2019ai été sur le point de vous énoncer.\u2014 Alors, parlez, parlez sans crainte et sans réticence.Je ne serai peut-être pas de votre avis, c\u2019est possible, mais je vous écouterai, et qui sait même si votre opinion ne modifiera pas la mienne ?.Continuez.A quoi vous êtes-vous heurté dans cette enquête ?.\u2014 A un parti pris évident, chez M.de Combremont qui était chargé de l\u2019instruction.« Il voulait que le sculpteur Robert fût le coupable, et il avait la prétention de ne pas me laisser chercher ailleurs line autre main que la sienne, un autre mobile, un autre intérêt que ceux qui pourraient avoir fait agir ce jeune homme.« Instinctivement, alors, tout en étant, je l\u2019avoue, grandement impressionné par son intelligence, son honnêteté et sa pénétration habituelles, je me suis caché de lui, j\u2019ai agi en dehors de lui, cherchant dans le plus grand secret, pour ne pas le blesser, à éclaircir les doutes qui, en remplissant mon esprit, me torturaient.\u2014 Vous avez agi comme un homme d\u2019honneur et un magistrat prudent.Allez.\u2014 Au milieu de ces enquêtes, je me suis rencontré avec Mlle France de Ro-chebelle.Elle est venue me faire, dans mon cabinet, les plus graves confidences.Cette démarche avait été réalisée d\u2019après les conseils et sous les auspices de Mme Jacobsen.C\u2019est de cette façon, monsieur le procureur général, que j\u2019ai connu la baronne, et que j\u2019ai été appelé à avoir des rapports avec elle.\u2014 Bien maintenant que je sais comment vous avez connu Mme Jacobsen, racontez-moi bien tout ce que vous avez appris ou découvert sur cette mystérieuse affaire.N\u2019omettez rien.M.Gervais obéit.Il prit l\u2019affaire dès ses débuts, et en faisant le portrait de Robert, il n\u2019oublia pas de mentionner comment le sculpteur avait fait la connaissance de Thérèse Dangely, son admirable dévouement pour la malade, lui donnant, avec une générosité de prince, toutes Commencé dans l\u2019édition du 24 décembre 1949 Publié en vertu d\u2019un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms de personnages et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.les pauvres économies de sa vie entière.Puis son intimité avec le jeune ménage.André lui confiant sa femme en partant.Etait-il étonnant que, dans son intimité de chaque jour avec Thérèse, celle-ci lui eût confié son bon à vue de deux cent mille francs à aller toucher à Londres ?Des événements extraordinaires entouraient le jeune homme, des coïncidences incroyables, ou machinées comme un chapitre de roman, l\u2019enserraient de leurs griffes redoutables, c\u2019était possible.Mais, ce qu\u2019il y avait de sûr, c\u2019est que Robert expliquait tout, simplement, naturellement, sans un effort, ni un balbutiement, surtout sans se couper jamais.\u2014 Est-ce que Mme Dangely ne l\u2019accuse pas formellement ?demanda à ce moment-là M.Grollier-Savemes.M.Gervais se redressa.Son oeil gris étincela.\u2014 Ah ! dit-il, voici peut-être le plus intime, le plus délicat de l\u2019affaire.\u2014 Redoublez de confiance et de sincérité, fit le procureur général ; moi, je redouble d\u2019attention.Le chef de la Sûreté, ainsi encouragé, raconta les singulières scènes auxquelles il avait assisté, rue Saint-Dominique, lors de la confrontation de Robert et de Thérèse.Comment celle-ci, d\u2019abord indifférente, peu à peu avait paru s\u2019habituer à la présence de Robert incliné devant elle ; comment, sans qu\u2019elle protestât, le jeune homme s\u2019était agenouillé à ses pieds avec France ; comment encore il avait pris la main de Thérèse dans les siennes.\u2014 Et c\u2019est à ce moment-là qu\u2019elle l\u2019a sans doute reconnu ?demanda M.Grollier-Savemes.\u2014 Non, monsieur le procureur général, au contraire ?.\u2014 Comment, au contraire?.\u2014 Oui, M.le juge d\u2019instruction, que ce spectacle, et surtout les ardentes paroles de Mlle France paraissaient horripiler, s\u2019est alors approché du groupe.« Il a, d\u2019une voix très dure et avec infiniment d\u2019autorité, ordonné à Mme Dangely de dire si Robert était son assassin.«Non seulement la folle, alors, ne lui a pas obéi, mais son visage, qui jusque-là ressemblait à un visage de marbre, s\u2019est éclairci ; une lueur d\u2019intelligence Ta positivement animé, tandis que ses yeux hagards devenaient moins fixes et se posaient très attendris, très bons, sur le sculpteur et sur Mlle de Rochebelle, toujours à ses pieds.\u2014 Vous avez vu cela ou on vous Ta dit ?\u2014 J\u2019étais là, monsieur le procureur général, et pas un des détails de la scène ne m\u2019a échappé.\u2014 Continuez.\u2014 Une chose plus extraordinaire encore s\u2019est produite : devant cet étonnant résultat, les supplications de Mlle France à Thérèse ont naturellement augmenté Alors, Mme Dangely, qui regardait toujours sa soeur et Robert, s\u2019est penchée vers eux et positivement leur a souri.Elle allait parler.« M.de Combremont a vu comme moi cette incroyable transformation.A ce moment, il s\u2019est approché.» « \u2014 Je vous ordonne de dire la vérité, a-t-il fait de sa voix de plus en plus dure.Robert est votre assassin, n\u2019est-ce pas ?\u2014\tIl a posé la question en ces termes ?\u2014 Absolument, monsieur le procureur général.Du reste, une fois pour toutes, je vous donne ma parole d\u2019honnête homme que je n\u2019ajoute ni n\u2019omets un iota à ce qui s\u2019est passé devant moi, ou à ce que j\u2019ai découvert.\u2014\tAlors, qu\u2019est-il arrivé ?Mme Dangely allait répondre, et ses yeux de plus en plus attendris, de plus en plus intelligents, qui restaient fixés sur les deux jeunes gens, le sourire de ses lèvres, très doux, ne laissaient aucun doute sur sa réponse, lorsque son regard s\u2019est levé et s\u2019est dirigé vers la porte où un léger bruit venait de se produire.« Aussitôt, une transformation complète s\u2019est opérée chez la malade.Ses traits sont devenus livides, ses yeux se sont remplis d\u2019éclairs, ses sourcils se sont horriblement froncés, toute sa physionomie a revêtu l\u2019expression d\u2019une haine profonde, atroce, épouvantable.« M.de Combremont a répété sa demande, et, en balbutiant affreusement, elle a redit les dernières paroles du juge, mais les yeux toujours dirigés et le bras subitement levé vers cette maudite porte comme pour désigner quelqu\u2019un.« Oui.oui !.a-t-elle fait, mon assassin.c\u2019est Robert !.» \u2014 Et le jeune homme où était-il pendant cette scène ?\u2014 Toujours agenouillé aux pieds de Mme André.\u2014 Et elle ne le regardait pas ?\u2014 Elle ne regardait que la porte.\u2014 J\u2019ai voulu le savoir, j\u2019y suis allé aussitôt : Mme de Rochebelle était affalée sur une chaise, contre la draperie, pâle comme une morte, les yeux cernés et les lèvres blêmes, en proie à une terreur folle.\u2014 Ah ! c\u2019est très grave, cela ! \u2014 Je l\u2019ai pensé ainsi.Et cette découverte coïncidait si bien avec les confidences, les soupçons, même les affirmations de Mlle France, que je me suis rendu, immédiatement à Sainte-Anne, chez le célébré docteur Mériane, pour lui demander si une folle dans l\u2019état de Mme Dangely pouvait prendre une personne pour une autre, donner à Tune le nom de l\u2019autre, et attribuer ainsi les actes de '\u2019une à l\u2019autre.Le docteur Mériane a été catégoriquement, spontanément affirmatif.\u2014 Est-il prêt à soutenir cette opinion?\u2014 Oui, car je l\u2019ai revu depuis, et fl a étudié la question, qui ne laisse aucun doute pour lui.\u2014 De plus en plus grave.Alors, dans leurs moindres détails, le chef de la Sûreté raconta ses entretiens avec M.de Combremont, qu\u2019il n\u2019avait jamais pu faire revenir de ses préventions, de son entêtement.les scènes de l\u2019hôtel de Rochebelle, la tentative d\u2019empoisonnement sur Thérèse.son enlèvement par France, aidée de Sybil et de Mme Jacobsen ; son enquête à lui, M.Gervais, à Montmartre, les diverses découvertes faites dans le logement contigu à celui de Thérèse.les rencontres de Théodore, de Mme Fischer, l\u2019Alsa-cienne, avec cette femme de si fière tournure, qui pour lui n\u2019était autre que Mme de Rochebelle.les racontars également de la concierge.Enfin, il termina en disant les confidences de Charlotte à Mme Jacobsen, touchant l\u2019existence d\u2019une fille illégitime du marquis de Santa-Cruz, laquelle pouvait bien ressembler à la véritable Nadine puisqu\u2019elles étaient toutes les deux le portrait vivant de leur père.le testament bizarre de don José\u2014 la maladie et l\u2019affaiblissement de M.de Rochebelle, dont la mort arrivant avant celle de Mme Dangely, enlevait à sa soi-disant veuve la jouissance de l\u2019énorme fortune qui avait été la sienne jusque-là.Un pli profond entre les deux sourcils, M.Grollier-Savemes l\u2019avait écouté sans l\u2019interrompre.R n\u2019avait perdu aucune des paroles du chef de la Sûreté.Celui-ci, dans la rapidité de son récit, avait été d\u2019une clarté merveilleuse.Il avait montré, d\u2019un côté Robert, que toutes les circonstances extérieures, les témoins, les faits eux-mêmes accusaient et qui n\u2019avait pour le défendre, aux yeux des honnêtes gens, qu\u2019une vie d\u2019une loyauté, d\u2019une droiture rares, un caractère qui s\u2019était fait seul, sans jamais dévier, sans jamais faillir.De l\u2019autre, c\u2019était la comtesse de Rochebelle, la Juanita certainement, fourbe, intelligente, vicieuse et gangrenée, capable de tous les crimes, ayant médité son forfait depuis longtemps, mais placée dans une situation inexpugnable ; aux yeux du monde, grande dame estimée, femme, mère irréprochable protégée par son nom, sa fortune, et encore couverte par l\u2019amitié et l\u2019estime de M.de Combremont, tout-puissant en cette affaire.\u2014 D\u2019après vous, que faudrait-il tenter pour la démasquer ?demanda M.Grollier-Savemes.\u2014 Attendre, avant de faire passer Robert aux assises, l\u2019arrivée d\u2019André Dangely qui est en route ; et dont le retour, \u2014 M.Mériane et le docteur Stei-kein l\u2019espèrent très vivement \u2014 peut rendre la raison a sa femme ; ensuite, confronter cette comtesse d\u2019aventures avec Minerve Cassara, laquelle arrivera avant M.Dangely, probablement; enfin, retrouver Ursule, la gouvernante de la rue de la Tour, qui reconnaîtra également la demi-mondaine au service de laquelle elle est restée dix-huit mois ou deux ans, je crois.\u2014 Bien, dit le magistrat, je verrai le juge d instruction, et j\u2019aviserai avec lui, \u2014 Vous ne le convaincrez pas, monsieur le procureur général.Cette femme, intelligente entre toutes, lui a inspiré depuis de longues années une reconnaissance et une estime à toute épreuve.M.de Combremont ne croit pas.ne croira jamais la moindre accusation dirigée contre elle.De plus, avec son habileté extraordinaire, elle s\u2019est emparée absolument de son esprit et le dirige, sans que même le juge se doute de l\u2019empire qu elle a acquis peu à peu sur lui.M.Grollier eut un beau geste confiant, sur de lui-même.\u2014 Tout cela m\u2019importe peu, dit-il.M.de Combremont a pu etre aveuglé ; il a pu surtout avoir une faiblesse d\u2019intelligence ; je suis certain que son honneur est intact et c\u2019est à lui que je ferai appel. Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 21 L après-midi de ce même jour, en effet, le procureur général fit prier Maurice de se rendre chez lui.Celui-ci, auquel ces invitations-là arrivaient assez souxent, s\u2019y rendit sans appréhensions.\u2014 Eh bien ! mon cher juge, lui dit, dès le seuil, M.Grollier-Savemes, où en sommes-nous avec l\u2019assassinat de Mme Dangely ?\u2014 Tout est fini, monsieur le procu-ieur general, 1 instruction et les diverses enquetes.J ai 1 intention, ces jours-ci, de vous soumettre mon travail, pour le déposer ensuite, et le plus tôt possible, avec toutes les pieces de procédure, entre les mains de la chambre des mises en accusation.\u2014 Tous vos témoins sont entendus?\u2014 Tous.oui.\u2014 Mme Dangely est toujours dans le même état ?J ai tout lieu de le croire, car elle a été enlevée par sa soeur, et soustraite ainsi à la tutelle de son père et de sa mère.\u2014 Je le sais.Mais je sais aussi qu\u2019une violente émotion peut lui rendre la raison qu\u2019une violente émotion lui a enlevée.C\u2019est l\u2019avis d\u2019un de nos savants spécialistes.\u2014 En êtes-vous sûr, monsieur le procureur général ?\u2014 Absolument, oui.Donc, la plus grande secousse que puisse éprouver une femme telle que la marquise de Saint-Jean-d\u2018Angely, c\u2019est de revoir son mari, l\u2019homme qu\u2019elle adore d\u2019une passion profonde, et pour lequel elle a tout abandonné, tout supporté, tout souffert.A ces mots, prononcés avec une conviction absolue, il sembla à Maurice de Combremont qu\u2019on lui labourait les côtes avec un fer rougi au feu.Eh oui.c\u2019était vrai.Il y avait au monde un être que Thérèse, sa Thérèse, l\u2019unique tendresse de sa vie, aimait ainsi.Il se raidit.Allait-il laisser voir cette impardonnable lâcheté de son coeur?\u2014 Mais, monsieur le procureur général, dit-il, le marquis d\u2019Angely est aux extrémités de la terre, dans une partie perdue de la Guyane, au delà des territoires contestés, c\u2019est-à-dire dans une contrée qui n\u2019a que des communications rares et difficiles avec le reste du pays.Le retour de M.d\u2019Angely ne peut avoir lieu qu\u2019à une date extrêmement reculée.« Pour un résultat aussi éventuel que l'effet à produire sur une femme folle, et d\u2019après moi irrémédiablement folle, allez-vous prolonger la détention de Robert aussi longtemps?.Il avait mis une si ardente âpreté à prononcer ces paroles, lui, toujours si calme, si pondéré, que M.Grollier-Savemes sentit une grande appréhension entrer en lui.M.Gervais avait-il raison, encore plus dans ses réticences que dans ses affirmations ?.Et ce magistrat, jusque-là si intègre, si juste, avait-il, avec un parti pris impardonnable chez un juge, commis une faute contre l\u2019honneur ?.Le procureur général ne répondit pas à M.de Combremont, et, entrant plus vivement dans le coeur de la question, il lui dit : \u2014 Il y a autre chose dans cette affaire ; j\u2019aime mieux vous le déclarer, une chose extrêmement grave.\u2014 Laquelle ?\u2014 J\u2019ai vu Mme Jacobsen, l\u2019amie de la marquise de Santa-Cruz, la marraine de sa fille.Elle m\u2019a confié un détail qui m'a profondément étonné, mais que j\u2019ai accueilli comme le doit être toute parole de cette femme sérieuse et loyale.\u2014 Peut-on connaître cette confidence de Mme Jacobsen ?\u2014 Je vais vous la répéter.D\u2019après elle, la comtesse de Rochebelle actuelle ne serait point Nadine de Santa-Cruz, mais une aventurière de la pire espèce, fille du marquis de Santa-Cruz, et d\u2019une mulâtresse de Saint-Thomas.« Cette aventurière, nommée Juanita, fort connue dans son île natale, aurait séduit le comte de Rochebelle, rencontré lors du voyage que fit celui-ci à la Havane, avec la véritable comtesse dont cette Juanita aurait depuis lors pris la place.\u2014 Je connais cette fable, dit M.de Combremont avec un suprême dédain.Elle est absurde, et d\u2019une invention bien pauvre en vérité.\u2014 Pas tant que cela.Laissez-moi finir la confidence de Mme Jacobsen.Je parle toujours d\u2019après elle.Cette Juanita, d\u2019une intelligence remarquable, aurait tenté d\u2019assassiner la marquise d\u2019Angely, pour ne pas être dépossédée des millions de don José, que la mort de M.de Rochebelle lui enlevait.Pour la première fois, M.de Combremont eut un coup en plein coeur.Ces millions de don José, en avait-il entendu jamais parler ?Il réfléchit.Oui, il se rappelait cette histoire qu\u2019il avait oubliée, et qui, surtout depuis son échec matrimonial, ne lui était jamais revenue à la mémoire, les questions d\u2019argent comptant peu pour lui.Dans tous les cas, son esprit, qui avait pu être aveuglé par les efforts d\u2019une intelligence supérieure, comme celle de Nadine, n\u2019était pas celui d\u2019un imbécile, loin de là.En une vision plus rapide que l\u2019éclair, il eut la perception nette et spontanée de la vérité.Ces millions à garder, c\u2019était un but, cela ! Le même but qui avait poussé jadis Nadine de Rochebelle à lui offrir Thérèse ; car elle connaissait bien Maurice, elle savait qu\u2019en sa reconnaissance infinie, avec son désintéressement naturel, il lui laisserait la jouissance de la fortune revenant à sa femme, même après la mort de Christian.Mais en comprenant ces choses tout à coup, comme si, aux paroles de M.Grollier-Savemes, un voile se fût instantanément déchiré devant lui, le juge entrevit également une silhouette de femme, si monstrueusement criminelle, si foncièrement vicieuse, qu\u2019il ne put croire la chose possible.Il essaya de lutter contre sa propre conviction.\u2014 Oh ! monsieur le procureur général, s'écria-t-il, ce que vous me racontez là est un rêve de France enfant et malade !.Où voulez-vous qu\u2019il se rencontre deux créatures assez identiquement semblables pour tromper tout le monde, même un mari ?\u2014 Le mari a été complice de la substitution, et a dû donner les détails de vie qui ont aidé cette aventurière à mieux entrer dans la personnalité de celle qu\u2019elle avait supprimée.\u2014 Admettons-le.Mais les domestiques ?.Miss Sybil Andrew élevée avec la comtesse ?.Mme Jacobsen qui l\u2019aimait comme une mère ?.Enfin Thérèse, la fille aînée de Mme de Rochebelle ?.\u2014 Thérèse avait douze ans, quand la comtesse est partie.Elle est restée deux ans sans la revoir.En deux ans, les traits s'effacent du cerveau d\u2019une enfant un peu légère.« Mme Jacobsen était absorbée par sa constante douleur, et a pu avoir sa perspicacité naturelle-aveuglée dans cette circonstance.« Quant à miss Andrew, elle était trop honnête pour soupçonner dès l\u2019abord un forfait aussi monstrueux.Cependant c\u2019est la première qui est allée chez Mme Jacobsen, avant même la fin de la maladie de France, dire à la baronne quel doute lui était venu sur la personnalité de sa soeur adoptive.\u2014 Parfaitement, monsieur le procureur général.Seulement, il ne faut pas oublier que miss Andrew soignait France depuis plusieurs jours déjà, qu\u2019elle était affaiblie par les veilles et l\u2019inquiétude ; que France, même enfant, a toujours eu une très grande influence sur son institutrice, et qu\u2019à force de lui entendre répéter que Mme de Rochebelle, n\u2019était pas sa mère, miss Andrew a pu s\u2019imprégner de cette idée malgré elle, et l\u2019adopter même à son insu.\u2014\tC\u2019est possible.Mais vous avez un moyen bien simple, aujourd\u2019hui, de savoir si cette opinion-là est vraiment le rêve d\u2019une enfant malade et rancunière, ou bien une réalité vraie et tangible.\u2014\tComment cela ?.Oh ! parlez, monsieur le procureur général.Vous devez le comprendre, je ne demande qu\u2019à me renseigner, à obtenir le triomphe de la vérité.\u2014\tVous n\u2019avez qu\u2019à entendre comme témoin Minerve Cassara, la négresse qui, dit-on, a servi pendant longtemps la Juanita et la Maho, sa mère, à Saint-Thomas, leur île natale.A ce mot.M.de Combremont ne fut pas le maître d'un violent geste d'indignation.Nadine avait bien opéré, en le prévenant, et sa manoeuvre portait ses fruits.\u2014\tEntendre Minerve Cassara comme témoin ?dit-il, jamais ! \u2014\tOh ! pourquoi donc ?\u2014\tMais parce qu\u2019elle est folle, ivrognesse et vicieuse.De ses yeux clairs profondément enfoncés sous l\u2019arcade sourcilière, le procureur général observait M.de Combremont.\u2014 Qui vous a donné ces renseignements-là ?demanda-t-il.Le juge était incapable de mentir.A cette question si nettement formulée et accompagnée d\u2019un regard si autoritaire, il répondit : \u2014\tMme de Rochebelle.\u2014 Ah!.Elle a donc un bien grand intérêt à ce qu\u2019on ne voie pas cette Minerve Cassara, pour qu\u2019elle vous en ait déjà parlé ?\u2014 Telle ne m\u2019a pas paru être son intention.Elle a surtout eu peur qu\u2019un nouveau scandale s\u2019abattit sur elle.Elle m\u2019a prié de le lui épargner.\u2014 Alors, vous avez eu la faiblesse de lui promettre que Minerve Cassara ne serait pas appelée comme témoin ?M.de Combremont se troubla profondément.Mais s\u2019il était incapable de mentir, il n\u2019avait pas assez de fermeté dans le caractère pour reconnaître ainsi spontanément l\u2019aveugle faiblesse qui avait été la sienne.Bien plus, cette faiblesse-là il commençait à la pressentir, l\u2019idée qu\u2019il avait été dupe peu à peu entrait en lui et l\u2019humiliait.Et, cependant, avant même de l\u2019admettre complètement.il y avait encore du chemin à parcourir\u2014 Il essaya de s\u2019excuser et de soutenir toujours son opinion.\u2014 Cette Minerve Cassara est si loin ! dit-il.Comprenez donc, les Antilles !.Avant de l\u2019avoir fait citer comme témoin et de l\u2019avoir vue arriver, combien va-t-il s\u2019écrouler de temps, et jusqu'à quelle époque cela va-t-il nous reculer, pour faire passer cette affaire ?.\u2014 Ah ! si c\u2019est là votre seul scrupule, s\u2019écria le procureur général, rassurez-vous donc ! Ce n\u2019est pas en matière criminelle qu\u2019un retard est à craindre.Le temps est au contraire notre meilleur agent pour découvrir la vérité, et vouloir le supprimer serait bien téméraire.« Quand il s\u2019agit de l\u2019honneur et de la vie d\u2019un homme, on ne saurait apporter trop de prudence et s\u2019entourer de trop de renseignements.Du reste, je recherche vainement pour quelles raisons on précipiterait cette affaire, lorsque deux personnages de la valeur de M.Gervais et de Mme Jacobsen viennent vous affirmer tous les deux que vous ne tenez pas le vrai coupable.\u2014 Ils peuvent se tromper l\u2019un et l\u2019autre.\u2014 C\u2019est possible, mais il y a cependant plus de présomptions en faveur de leur opinion que contre elle.M.Gervais se base, en effet, sur les enquêtes qu\u2019il a faites, sur les indices qu\u2019il a recueillis, et sur les diverses choses qu\u2019il a découvertes.Je dois vous avouer qu\u2019il y en a de fort graves.\u2014 Contre Mme de Rochebelle?\u2014 Oui, contre Mme de Rochebelle.\u2014 Je ne les ai pas sues, alors.\u2014 Elles ont été relevées ces jours-ci ; et, si vous voulez connaître toute la vérité, elles ne vous ont pas été dites de peur que vous ne les répétiez à la comtesse, qui, avec sa diabolique intelligence, fût peut-être arrivée à les annihiler.Cette fois-ci, M.de Combremont reçut en pleine poitrine un coup capable de le tuer.Ainsi, un homme honnête et intelligent comme M.Gervais s\u2019était à ce point méfié de lui, qu\u2019il lui avait caché ses découvertes ?.Le plus terrible, c\u2019est que, tout au fond de lui-même, une voix intime lui disait qu\u2019il avait mérité cette suspicion.Le procureur général ne profita pas du trouble dans lequel il voyait M.de Combremont.Son caractère d\u2019une si réelle élévation était au-dessus de ces minces triomphes.D continua : \u2014 Outre l\u2019opinion de M.Gervais, nous avons encore celle de Mme Jacobsen.Ne devons-nous pas prendre en considération tout ce qu\u2019elle dit, elle qui a si bien connu l\u2019intérieur de la famille de Rochebelle, les divers incidents qui ont pu la désunir, un jour que les instructions les plus minutieuses et les enquêtes plus intelligentes ne donnent pas?.Maurice de Combremont baissait la tête.\u2014 Mme Jacobsen, essaya-t-il toutefois de répondre encore, n\u2019aime pas la comtesse de Rochebelle.Et, comme toutes tes personnes intelligentes qui n ont pas l\u2019habitude d\u2019être contredites, elle apporte dans sa haine contre sa filleule une passion dont on doit se méfier.\u2014- Pardon, là encore je vous arrête.D où cette haine de Mme Jacobsen pourrait-elle raisonnablement venir?.A-lors, au contraire, qu\u2019elle a jadis passionnément aimé sa filleule, qu\u2019elle avait rêvé d\u2019en faire sa fille.Or, celle-ci, d\u2019après ce que j\u2019ai compris de son caractère, nest pas de celles qui oublient ou qui changent.RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS La comtesse de Rochebelle vivait heureuse dans une maison honnête, ouverte, choyée par son époux, entourée de deux jolies jeunes filles.Par une indéfinissable intuition.Nadine pressentait quelque mystère, peut-être quelque infamie, comme dans tant d\u2019autres maisons, où la belle comtesse dut passer, malgré elle .L\u2019une de ses filles, France, devint bizarre, ne voulut plus la reconnaître comme mère.Souffrir par son enfant, par elle surtout, ce fut trop en vérité ! La comtesse résolut de trouver une solution à cette mystérieuse affaire à l\u2019aide de sa marraine, qui lui apprit qu\u2019elle ressemblait, à s\u2019y méprendre, à une autre jeune femme, ayant le même visage, les mêmes traits, ta même taille, le même son de voix.Situation renversante, n\u2019est-ce pas ? 22 Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 \u2014\tFrance, qu\u2019elle adore, l\u2019a impressionnée.\u2014\tC\u2019est une erreur.Pour une chose aussi grave, France n\u2019eût pas changé la manière de voir de Mme Jacobsen, et cette haine dont vous parlez, mon cher juge, cette haine, née sans motif plausible dans le coeur d\u2019une personne aussi juste, est bien certainement une des choses qui m\u2019impressionnent le plus contre votre protégée.A ce mot, tombé comme sans intention du bout de ces fines lèvres incisives, Maurice de Combremont tressaillit jusqu\u2019aux entrailles.\u2014 Ma protégée?.reprit-il, effrayé de la responsabilité qu\u2019assumait ce mot.Mme de Rochebelle n\u2019est pas ma protégée, monsieur le procureur général ! C\u2019est moi, au contraire, qui ai été jadis le sien, lorsqu\u2019elle me faisait l\u2019honneur de me vouloir pour gendre.« Depuis, elle a été parfaitement bonne pour moi, et je lui avais voué une reconnaissance profonde.Cette reconnaissance allait de pair avec une très grande estime.La croire coupable, en effet, je ne l\u2019eusse jamais pu, je ne le peux pas encore.Mais si cette culpabilité m\u2019était prouvée, je serais le premier à demander justice contre elle.L\u2019oeil de M.Grollier-Savemes brilla avec une expression non équivoque de profonde satisfaction.De l\u2019honnêteté du juge, il n\u2019avait jamais douté.\u2014 Je vous crois, dit-il.Je vous crois absolument, et c\u2019est pour cela que je vous ai parlé comme je l\u2019ai fait.C\u2019est pour cela aussi qu\u2019avec ma vieille expérience de magistrat je vous dis : au lieu de paraître redouter, et le temps qui s\u2019écoulera, et le supplément d\u2019enquête que nous pourrons faire, même l\u2019audition comme témoin de cette Minerve Cassara qu\u2019on vous a dépeinte comme folle, laissez toutes ces choses se produire.« Si cette négresse est une créature indigne d\u2019intérêt, vous vous en apercevrez sûrement à ses paroles, à son attitude.Je la verrai moi-même, et je vous certifie bien que rien au monde ne surprendra ma bonne foi, ni ne me la fera prendre pour ce qu\u2019elle n\u2019est pas.« Mais refuser à un inculpé, sur lequel pèse une accusation capitale, d\u2019entendre un témoin, ce témoin fût-il encore plus loin que ne l\u2019est Minerve Cassara, non, non.c\u2019est une chose à laquelle, moi, procureur général, je ne prêterai jamais les mains.M.de Combremont se leva.Il était affreusement pâle.\u2014 Je m\u2019incline devant votre volonté, monsieur le procureur général, dit-il.Il sera fait comme vous le désirez.\u2014 Bien.Maintenant, j\u2019ai à vous demander encore votre parole d\u2019honneur que rien de ce que nous venons de dire ici ne sera répété à âme qui vive.Et comme, de mortellement pâle qu\u2019il était, Maurice de Combremont était devenu très rouge, M.Grollier-Savemes ajouta : \u2014 Avec un homme tel que vous, je ne veux pas biaiser en quoi que ce soit ; Mme de Rochebelle, si les dénonciations dont elle est l\u2019objet sont vraies, cherchera par tous les moyens possibles à savoir ce qui s\u2019est passé entre nous, afin de se tenir au courant de l\u2019affaire.Voulez-vous me donner votre parole d\u2019honnête homme que vous ne lui en direz plus un mot, ni de près ni de loin.\u2014 Il me sera bien difficile de l\u2019empêcher de me poser certaines questions, murmura le juge comme se parlant à lui-même.\u2014 Il ne faut pas que vous lui répondiez.Il ne le faut pas, continua M.Grollier-Savemes avec une très grande autorité, car, jusqu\u2019ici, il n\u2019y a eu que trop de fautes commises, oui, des fautes et des fautes graves.« Monsieur de Combremont, je vous estime assez pour croire que l\u2019aveuglement dont d\u2019autres également auraient pu être frappés, en a été la seule cause.Honnête et droit, vous avez cru à l\u2019honnêteté et à la droiture.Mais aujourd\u2019hui que j\u2019ai essayé d\u2019ouvrir vos yeux et de vous signaler le danger qui a failli entamer votre honneur de magistrat, vouloir rester aveugle serait un crime.« Ne me répondez pas.Je sais à qui je m\u2019adresse.Je sais de qui vous êtes le fils.«Vous avez déjà beaucoup souffert, vous souffrirez peut-être plus encore.Le devoir, surtout à nous qui jugeons les autres, n\u2019est pas toujours facile.Qu\u2019importe s\u2019il se remplit quand même, et si au fond de notre conscience, nous pouvons nous dire que notre honneur de magistrat est tel que nous avons juré de le garder toujours !.Puis, le conduisant jusqu\u2019à la porte de son cabinet, il lui tendit la main et lui dit : \u2014 Si l\u2019épreuve est au-dessus de vos forces, revenez me voir.Je suis là pour vous soutenir et vous aider.C\u2019est mon rôle.QUATRIEME PARTIE JUSTICE I Sur le placer Il est midi.Sous le ciel embrasé de l\u2019équateur le soleil a des rayons tellement chauds, des étreintes si ardentes, des caresses si dévorantes, que tout se repose, la nature comme l\u2019être humain.Dans la grande forêt aux arbres magnifiques, règne un grand silence, un silence absolu.Autour du placer, les ouvriers ordinaires de la mine, les coolies hindous, les noirs transportés, les Annamites ou les Européens libérés dorment étendus sous les toits des baraques saines et bien construites, élevées exprès pour leur permettre, à l\u2019ombre, le repos du milieu du jour.Un peu plus loin, une véritable usine profile ses constructions relativement considérables et ses hauts tuyaux sous l\u2019azur implacable de ce ciel des tropiques.Des wagonnets, les uns pleins de terre, les autres de quartz aurifère, des brouettes remplies de pelles, de pics, de haches, de pioches, attendent pêle-mêle la reprise du travail.De temps à autre, un Européen vêtu de blanc, toujours le même, le grand chapeau sur la tête, passe et examine si ses hommes, de grands enfants qui ne pensent à rien et ne prévoient aucun danger, ne sont pas menacés par la morsure de quelque serpent, ou bien par celle de la repoussante araignée-crabe, ou bien encore par la chique, ce terrible petit insecte qui se faufile sous la peau pour y déposer ses oeufs, enfin par la lucilia hominivore qui ressemble à une mouche ordinaire, sans dard ni venin, mais qui, cependant, tue aussi sûrement que le serpent le plus venimeux.Cet homme qui circule ainsi est Bernard Leguilloux, le contremaître du placer, l\u2019homme de confiance d\u2019André Dangely.Cette confiance, il la mérite.Il est Breton, honnête et sûr comme tous ceux de son pays.Le jour où il l\u2019a rencontré, André était guidé par sa bonne étoile.Bernard en effet est l\u2019énergie, la vigueur, l\u2019activité mêmes.Sa force physique est surprenante, et inspire une crainte salutaire à tous ses subordonnés ; de même que sa bonté, même les soins matériels dont il les entoure, l\u2019ont fait adorer de tous ces gens, bandits pour la plupart, recrutés dans tous les milieux, dans tous les pays, et le plus souvent épaves de toutes les sociétés, des plus primitives comme des plus raffinées.Bernard Leguilloux a fait la connaissance d\u2019André Dangely d\u2019une singulière façon.Après avoir cherché, comme tant d\u2019autres, de l\u2019or dans les terrains aurifères de la Guyane, et en avoir découvert, mais sans pouvoir l\u2019extraire, car il n\u2019avait pas les fonds nécessaires pour établir une exploitation par lui-même, il avait dû se mettre simple prospecteur pour le compte de gens plus riches que lui.Un jour.André Dangely, qui était arrivé sur les terrains dont lui avait par-là Mme Jacobsen, entendit des gémissements non loin des brousses que ses hommes défrichaient déjà.Ils lui semblaient venir d\u2019un fourré plus profond, plus impénétrable que les autres.Un sabre d\u2019abatis à la main, un revolver à la ceinture, il s\u2019élança et se trouva bientôt en présence de deu?t hommes, un blanc et un noir.Le noir était à teri'e, se tordant dans les douleurs de l\u2019agonie ; le blanc, debout, pâle comme un mort, regardait un hideux serpent encore enroulé au bras du malheureux nègre qu\u2019il venait de mordre, mais le menaçant déjà, et prêt à s\u2019élancer sur cette seconde proie.Au bruit que fit l\u2019ingénieur en sortant du fourré, la hideuse tête se retourna et fixa sur André ses yeux semblables à de petites escarboucles noires.Mais Dangely ne connaissait pas la peur.Au lieu de s'enfuir et d\u2019appeler ses hommes, il se plaça résolument devant Bernard Leguilloux, auquel une surhumaine fatigue avait enlevé jusqu\u2019à l\u2019instinct de sa conservation, il tira son revolver de sa ceinture, ajusta le reptile, et fit feu avec un sang-froid VOUS BRODEZ, MADAME?y r*300 18\u201d 12\u201d POUR OCCUPER VOS LOISIRS Les roses sont de toutes saisons, même sur vos jolis services de toile.Le centre illustré mesure 18\u201d x 18\u201d.Les napperons au même motif mesurent 12\u201d x 12\u201d et peuvent servir pour le couvert ou pour le cabaret.Ils sont étampés sur pure toile d\u2019Irlande blanche.Brodez-les en blanc ou en couleurs, rose pour les roses, vert pour les feuilles avec festin blanc.Mme L.DE BELLEFEUILLE, 61, Bord du Lac, Valois, P.Q LISTE DE PRIX \u2014 Patron» Nos 300 - 300A Veuillez m\u2019envoyer les articles suivants : ?\tNo 300 \u2014 Centre étampé sur toile d\u2019Irlande 18\u201d ?\tNo 300A \u2014 Centre étampé sur toile d\u2019Irlande 12\u201d ?\tGros écheveau de fil blanc ?\tFils de couleurs ?\tPatron étampé sur papier pour les deux grandeurs ?\tPapier carbone bleu ou jaune pour tracer Prière de mentionner la nuance de toile désirée.Prière à mes lectrices d\u2019inclure le prix du patron, plus la taxe de 5% ou 3%, selon le cas, sous forme de bon postal, mandat d\u2019express ou argent sous pli recommandé.Nom Adresse Localité\tProvince Le Samedi \u2014 4 mars 1950 .85 .60 .20 .25 .25 .10 Le Samedi, Montréal, 4 Tnars 1950 23 aussi gra id que s\u2019il avait été à Paris devant un carton de tir.Le serpent, touché entre les deux yeux, se redressa d\u2019abord avec un sifflement épouvantable, puis retomba foudroyé, ses anneaux distendus, tout droits, subitement mous et immobiles.Le coup de feu, l\u2019adresse merveilleuse de celui qui venait de tirer rappelèrent instantanément le Breton à lui-même.\u2014 Pas Notre-Dame d\u2019Auray, s\u2019écria-t-il, un fier coup sur mon âme ! Je crois, monsieur, que vous venez de me sauver la vie.André se mit à rire.\u2014 Je ne le sais pas ; mais dans tous les cas, fit-il en montrant l\u2019épouvantable reptile à tête triangulaire, j\u2019ai débarrassé la création d\u2019une bien laide bête.\u2014 Si ! si ! sans vous j'étais un homme mort.Et quelque peu que je sois, je ne l\u2019oublierai jamais, et j\u2019aurai peut-être la chance de vous le rendre quelque jour.Car, dans ce satané pays, tonnerre de Brest ! on ne sait jamais ni ce qui vous attend, ni de qui on peut avoir besoin.Ces deux expressions, \u2014 Notre-Dame d\u2019Auray et Tonnerre de Brest ! \u2014 avaient suffisamment appris à André qu\u2019il était en présence d\u2019un fils de la vieille Armorique.Il le regarda plus attentivement : les yeux intelligents et droits, le grand front énergique, l\u2019expression de franchise et d\u2019honnêteté répandue sur ce visage brun et hâlé, lui furent aussitôt extrêmement sympathiques.\u2014 Qu\u2019est-ce que vous faites dans ce pays-ci ?demanda-t-il aussitôt à celui qu\u2019il venait de sauver.\u2014 Je cherche de l\u2019or, comme tout le monde, parbleu ! mais malheureusement pas pour mon compte, car, avec une chance extraordinaire pour le trouver, je n\u2019ai pas un sou d\u2019avance pour commencer une exploitation sérieuse.\u2014-Etes-vous libre dans ce moment-ci ?Et voulez-vous que je vous engage?\u2014 Je ne demande pas mieux; car je travaille pour le compte d\u2019un bandit qui m\u2019a déjà mis dedans plusieurs fois, et n\u2019a jamais tenu aucun de ses engagements vis-à-vis de moi.\u2014 Eh bien, c\u2019est entendu.Je vais vous mettre tout de suite à l\u2019épreuve.Si je suis content de vous, je vous donnerai un poste de confiance et votre fortune sera faite.A partir de ce moment-là, Bernard Leguilloux devint pour André une sorte d\u2019alter ego, sur lequel ce dernier pouvait se décharger des plus rudes, des plus fatigantes besognes.Tandis que le mari de Thérèse dirigeait, pensait, surveillait les ingénieurs américains qu\u2019il avait dû amener de New-York, Bernard Leguilloux, avec sa vigilance inlassable, sa force physique extraordinaire et son énergie à toute épreuve, était devenu le maître de toute cette pièce de mercenaires et de travailleurs si difficile à surveiller, et qui grouille dans tous les placers de la Guyane.Bientôt, malgré la différence du niveau social, une solide amitié les avait unis.Dévouement de chien fidèle chez l\u2019un, bonté à toute épreuve chez 1 autre, ils marchaient la main dans la main, n\u2019ayant qu\u2019un but commun : la réussite de l\u2019affaire et le retour dans la commune patrie.Le jour où André, riche, pourrait aller retrouver sa Thérèse, Bernard Leguilloux irait également rejoindre en Bretagne une fiancée qui l\u2019attendait aux environs de Vannes, et sur la fidélité de laquelle il ne gardait aucun doute.Pendant qu\u2019André, occupé sans cesse à la direction de sa mine, cherchait du matin au soir des perfectionnements aux laveurs, aux broyeurs, aux extracteurs, Bernard Leguilloux ne se contentait pas de remplir avec une conscience et une énergie sans pareilles les délicates fonctions de chef de placer ; mais il trouvait encore le moyen de me- ner à bien tous les menus détails de la vie du chef qu\u2019il adorait.A côté des grands bâtiments de l\u2019usine, il avait fait arranger par ses hommes, avec un goût exquis, la modeste case de l\u2019ingénieur, qu\u2019il partageait avec André afin de mieux veiller sur lui.Certes, basse et petite comme elle était, la maisonnette ne brillait pas par son luxe architectural, mais la splendeur de l\u2019encadrement suppléait à cette simplicité du fond.Leguilloux était parti lui-même dans la forêt avec les plus intelligents de ses hommes, et dans la nombreuse famille des lianes, il avait choisi celles qui, plus obéissantes que les autres, formaient les charmilles les plus ombreuses, les guirlandes les plus élégantes, les murailles de verdure les plus impénétrables à la chaleur.Ce jour-là, comme l\u2019heure de la sieste touchait à sa fin, et pendant que Bernard Leguilloux terminait sa ronde accoutumée, un frisson mystérieux passa au milieu des ouvriers qui s\u2019étaient éveillés les premiers.Ils tendaient tous le cou du côté de la forêt, vers un buisson plus impénétrable que les autres, et on entendit aussitôt ces mots qu\u2019ils échangeaient entre eux sur le ton d\u2019une vive et poignante curiosité : \u2014 Là!.Là!.voyez donc.N\u2019est-ce pas que c\u2019est la Heine de l\u2019or ?.\u2014 Est-ce qu\u2019elle viendrait ici ?\u2014 Je t\u2019assure que c\u2019est elle.Regarde donc, là-bas.elle va passer entre les branches de ce cèdre gris.\u2014 Mais oui, tu as raison.On dirait bien, en effet, que c\u2019est la Reine.Hé bien ! en voilà une chance pour le patron !.Car, vous savez, on ne la voit jamais que dans les placers dont les filons sont énormes.L\u2019or l\u2019attire.\u2014 De là son nom, alors?\u2014 Parfaitement, et jamais elle ne s\u2019est trompée.\u2014 Partout où elle gîte, on peut laver la terre, ou creuser le roc s\u2019il y en a un à côté, le filon est là ! A cet instant, Bernard Leguilloux arrivait.\u2014 Qu\u2019est-ce qui vous occupe donc tant que ça, mes bijoux ?demanda-t-il.Un libéré français, plus intelligent que les autres, lui narra l\u2019histoire, Bernard haussa les épaules.\u2014 Une folle, une voleuse ou une femme de mauvaise vie, dit-il en se servant d\u2019une expression plus énergique.Tout le monde se révolta.\u2014 Oh ! pour ça, non ! s\u2019écria-t-on de tous côtés, avec de grands gestes indignés.Celui qui avait déjà raconté l\u2019histoire de la Reine de l\u2019or, Gallet, ajouta : \u2014 Pour ce qui est d\u2019être folle, il se pourrait qu\u2019elle le fût, car ses yeux, de beaux yeux de velours noir comme on n\u2019en peut certainement pas rencontrer de pareils, ont toujours l\u2019air de regarder et de voir des choses surnaturelles ou très lointaines.Quant à ses paroles, on n\u2019en connaît pas la couleur, et elle est peut-être muette, vu que personne n\u2019a jamais entendu un seul mot sortir de ses lèvres.«Mais pour être une voleuse, une femme de mauvaise vie, oh! non.La Reine de l\u2019or, avec ses beaux cheveux tout blancs, son visage pâle et encore jeune, ressemble plutôt à la Vierge Marie.Et il n\u2019y en a pas un de nous qui n\u2019ait envie de lui parler à genoux quand il la voit ; demandez plutôt aux camarades.\u2014 C\u2019est vrai, ça, affirma un autre libéré, mais elle le mérite aussi.Car, si l\u2019or l\u2019attire, il y a une chose qui semble l\u2019appeler bien plus encore, c\u2019est la maladie.« Ainsi, l\u2019année que la fièvre jaune s\u2019est mise sur les placers, on aurait dit qu\u2019il n\u2019y avait pas seulement une Reine, mais trois ou quatre.Elle se multipliait, aliant de l\u2019un à l\u2019autre, portant des herbes que les Indiens lui ont, paraît-il, appris à connaître et à trouver dans la forêt.Et elle soignait ainsi, nuit et jour, tous ceux qui étaient malades.Rien ne la rebutait.\u2014 Tu l\u2019as vue, toi ?demanda Leguil-loux.\u2014 J\u2019ai fait plus que la voir.J\u2019ai été soigné par elle.Nous étions à ce moment-là plus de trente à râler dans nos carbets, trente qui, sans elle, mangeraient à l\u2019heure qu\u2019il est les pissenlits par la racine.Elle nous a, à tous, sauvé la vie.« C\u2019est à partir de cette époque qu\u2019on lui a voué le culte dont elle est l\u2019objet sur presque tous les placers de la Guyane.Oh ! ne haussez pas les épaules, maître.Si jamais vous aviez le malheur d\u2019être malade, et si elle vous soignait, vous feriez comme les autres, vous l\u2019adoreriez.\u2014 C\u2019est bon ! C\u2019est bon !.En attendant, je la surveillerai de près.En marche, vous autres ; il faut reprendre la pioche et le pic.La roche ne se percera pas toute seule, mes enfants.Allons ! houp ! Pêle-mêle, les ouvriers se levèrent, obéissant à Bernard Leguilloux, et chacun se dirigea vers le poste qui lui était désigné.Une grande roche de quartz blanc était déjà entamée et laissait voir les raies jaunâtres qui la zébraient de tous les côtés.A une centaine de mètres environ à gauche, une femme était debout, appuyée contre une paroi un peu plus haute et plus lisse que celle à laquelle on était en train de travailler.L\u2019inconnue était grande, mince, et sous les vêtements qui la drapaient à la façon des Indiennes, elle avait une élégance d\u2019attitude et de tournure vraiment extraordinaire.Ses cheveux, plus blancs que la neige, faisaient comme une auréole de sainte autour d'un front très développé.Ses yeux, comme l\u2019avait dit le libéré français, ressemblaient à du velours noir.Son visage, long et étroit, était d\u2019une régularité admirable et gardait les traces d\u2019une beauté souveraine.Mais ce qui frappait par-dessus tout, c\u2019était avec une distinction et une dignité sans égales, l\u2019expression de tristesse douloureuse, et même d\u2019incom-mensurabie désespoir qu\u2019avait la figure de cette femme, dont les yeux, en effet un peu vagues, ne semblaient voir ni les personnes ni les objets qui l\u2019entouraient.Le même frisson mystérieux passa au milieu des travailleurs.Tous restèrent debout à la même place, avec un très grand sentiment de vénération et de respect, et tous murmurèrent : \u2014 La Reine !.Puis, tout à coup, le vieux libéré s\u2019écria en parlant à Bernard : \u2014 Maître, il est inutile que nous continuions notre besogne de ce côté-ci.J\u2019ai été prospecteur, moi aussi, et, je vous l\u2019avais déjà dit au moment de commencer, nous sommes trop à droite.A présent, j\u2019en suis tout à fait sûr.Le filon est là-bas, à l\u2019endroit même où la Reine est appuyée.\u2014 Il a raison, il a raison !.s\u2019écrièrent tous les ouvriers en choeur, l\u2019or est là-bas.Il faut y porter nos outils.Bernard Leguilloux n\u2019eut pas le temps de répondre.Un pas rapide, nettement accentué se fit entendre à quelque distance.Toutes les têtes se retournèrent, un silence se fit, et on entendit ces mots balbutiés avec un très grand sentiment de crainte : \u2014 Le chef !.C\u2019était, en effet, André Dangely qui venait sur la mine, comme cela lui arrivait souvent à la reprise des travaux.Le dur labeur auquel André se livrait nuit et jour depuis son arrivée en Guyane l\u2019avait à peine changé.Plus de volonté sur les traits que recouvrait une épaisse couche de bistre ; dans l\u2019oeil, plus fixe et plus pénétrant, l\u2019habitude des subites décisions et des DÉPRIMÉE?NERVEUSE?LYMPHATIQUE?DÉLAISSÉE?LISEZ ALORS CECI.Ne perdez pas courage car la vie peut très bien vous sourire encore ! La maigreur, les vertiges, les migraines, un teint dépourvu d\u2019éclat sont très souvent les caractéristiques d\u2019un sang alourdi, obstrué de toxines, cause très répandue de longs et ennuyeux désordres organiques.Le moyen tout indiqué pour y remédier est une cure naturelle de désintoxication.Or, les éléments concentrés qui sont à la base du merveilleux TRAITEMENT SA N O \u201cA\u201d ont précisément pour fonction d\u2019éliminer ces poisons.Dès que la cure est commencée, on constate un développement, une fermeté nouvelle des chairs.Le teint se ranime et le charme séduisant de la jeunesse réapparaît.Un envoi de cinq sous suffit pour recevoir un échantillon de notre merveilleux produit SANO « A » Correspondance strictement confidentielle.Mme CLAIRE LUCE CMnclus 5 sous pour échantillon du produit SANO « A ».(POUR LE CANADA SEULEMENT) Prov.PRODUITS SANO ENRG.MONTREAL, PQ 24 Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 énergies à toute épreuve, c\u2019était tout.A part cela, le mari de Thérèse était resté le même, avec son beau visage honnête qui attirait si invinciblement la sympathie de tous ceux qui le rencontraient.Bernard Leguilloux marcha vivement vers André Dangely.A voix basse, il lui raconta brièvement ce qui venait de se passer, lui montrant alternativement la Reine de l\u2019or, toujours appuyée à son roc, et le libéré qui avait parlé.\u2014 Ne m\u2019avez-vous pas dit que c\u2019était un très bon prospecteur ?demanda André à son contremaître.\u2014 Oui, chef.L\u2019un des meilleurs que j\u2019aie jamais vus.Rapidement Dangely se dirigea vers le libéré.\u2014 Toute idée superstitieuse à part, mon cher Gallet, lui dit-il, sur quoi te bases-tu pour croire qu\u2019il y a de l\u2019or là-bas plutôt qu\u2019ici ?L\u2019ouvrier n\u2019hésita pas.\u2014 Le quartz y est plus blanc et plus serré, dit-il, et les veines jaunes beaucoup plus foncées.\u2014 L\u2019or ne se trouve pas par veine, répondit André.\u2014 Non, mais il est toujours dans les roches qui contiennent ces marbrures jaunes que vous voyez là, et que j\u2019appelle des veines.Du reste, ce que je vous en dis, monsieur le directeur, peut fort bien ne pas être scientifique, car ce n\u2019est que le simple résultat de mes observations à moi.«Voilà plus de dix ans que je cherche l\u2019or ou que je travaille sur les placers, et, chaque fois que j\u2019ai vu une roche comme celle de là-bas, elle a toujours contenu de l\u2019or en plus ou moins grande quantité ; tandis que, dans le quartz semblable à celui que nous travaillons ici, je n\u2019en ai jamais trouvé.L\u2019ouvrier, Français de naissance, avait un visage et des yeux, surtout des yeux, extrêmement intelligents.R s\u2019exprimait avec une conviction si profonde qu\u2019André, malgré lui, en était impressionné.Quelques autres ouvriers écoutaient debout, appuyés sur leurs instruments de travail.L\u2019attention que le directeur prêtait à leur camarade les enhardit.\u2014 On n\u2019a pas besoin d\u2019avoir été prospecteur et d\u2019avoir le nez de Gallet, dit l\u2019un d\u2019eux.La Reine de l\u2019or est allée s\u2019appuyer à ce rocher, elle ne se trompe pas, elle.Il est sûr qu\u2019il y a un filon, et même un gros filon, à l\u2019endroit même où elle s\u2019est posée.André sourit.Il avait déjà maintes fois entendu parler de cette créature bizarre, sans l\u2019avoir encore ni vue ni rencontrée.R savait qu\u2019elle était honnête et bonne, qu\u2019elle faisait du bien dans la mesure de ses forces, et que son influence sur les ouvriers du placer était plutôt heureuse que mauvaise.\u2014 Leguilloux, dit-il en s\u2019adressant à son contremaître, je vais afler examiner la roche avec Gallet.Vous, faites reprendre le travail à la mine ; les machines et les extracteurs ne doivent par rester inoccupés.Puis, se retournant vers le libéré : \u2014 Viens, Gallet, lui dit-il, et apporte tes outils.L\u2019un suivant l\u2019autre, ils arrivèrent bientôt tous les deux à l\u2019endroit même où était appuyée la Reine de l\u2019or.Celle-ci, toujours immobile à la même place, ne parut point s\u2019apercevoir que des étrangers s\u2019étaient approchés d\u2019elle.De près, avec ses admirables yeux sombres qui empruntaient un éclat et une douceur extraordinaires à la neige dont ses cheveux étaient poudrés, elle était encore plus belle que de loin, tant ses traits étaient fins et délicats.Mais, en l\u2019examinant mieux, on voyait qu\u2019elle était plus âgée que sa souplesse et sa minceur ne le faisaient supposer tout d\u2019abord.En effet, sa bouche, à l\u2019expression si douloureuse, était entourée de quelques rides, tandis que mille petites hachures plus ténues que d\u2019imperceptibles cicatrices, couvraient ses tempes, ses paupières et le tour de ses yeux.Instinctivement, devant elle, André se découvrit.Droite et rigide, ses beaux yeux vagues jetés au hasard vers le lointain, la Reine de l\u2019or ne parut pas remarquer davantage qu\u2019un étranger était à ses côtés.\u2014 Madame !.murmura l\u2019ingénieur.A cette voix, l\u2019inconnue se redressa et parut chercher celui qui lui adressait la parole.Un sourire d\u2019une douceur extrême erra sur sa bouche, mais son regard resta fixe, tandis qu\u2019aucune parole ne venait à ses lèvres.Comme efle s\u2019était retournée vers lui, l\u2019ingénieur la vit mieux et il tressaiUit jusqu\u2019au fond de son être.Pour sûr, il connaissait cette femme.Où donc l\u2019avait-il déjà rencontrée ?Mais tous les efforts de sa mémoire furent infructueux.R ne se souvenait pas- Tandis qu\u2019il lui était impossible de mettre un nom sur cette physionomie qui, cependant, lui était familière, il en était certain, il cherchait encore, il cherchait toujours.Enhardi par son sourire, il lui prit la main.Une main petite et de formes exquises, malgré le hâle épais qui la recouvrait.Loin de se révolter ou de chercher à fuir, la fofle, au contraire, eut un regard plus doux à l\u2019adresse d\u2019André, pendant que son sourire s\u2019accentuait davantage.\u2014 Comment vous appelez-vous ?lui demanda l\u2019ingénieur.Elle ne répondit pas et nul mouvement de ses lèvres ne vint même dire qu\u2019elle fît un effort quelconque pour proférer un son.André s\u2019adressa alors à GaHet, qui travaillait déjà, entamant la roche à grands coups de pic.\u2014 Connais-tu un peu la langue que parlent les naturels de ce pays ?demanda-t-il.\u2014 Oui, monsieur le directeur, mais vous ne serez pas plus avancé après qu\u2019avant, allez ! Nous avons tous adressé la parole à la Reine de l\u2019or, dans tous les dialectes du monde, je crois bien.Elle ne m\u2019a jamais paru seulement nous entendre.D\u2019où nous avons conclu qu\u2019elle devait être muette.\u2014 Ça ne fait rien.Répète-lui en indien ce que je lui ai dit tout à l\u2019heure.Gallet obéit.Mais sa voix, pas plus que celle de l\u2019ingénieur, ne sembla arriver jusqu\u2019aux oreilles de la pauvre femme.N\u2019importe, Dangely essaya encore, mais avec aussi peu de succès.Etait-elle muette, comme le disait Gallet, ou bien sa raison absente ne lui permettrait-elle plus d\u2019être accessible aux choses extérieures ?.André crut cela plutôt, surtout devant l\u2019irrésolution vague de ces beaux yeux sombres c,ui ne semblaient rien distinguer autour d\u2019eux.Et, de plus en plus, cette idée revenait, s\u2019incrustait en lui, prenant une force nouvelle : \u2014 Qù donc l\u2019ai-je vue et connue?.Et cm singulier, un poignant intérêt naissait, au plus profond de son âme, pour cette inconsciente qui avait cm si doux sourire sur les lèvres.Ce fut même avec une joie mystérieuse qu'il la vit le suivre et s\u2019attacher à ses pas, lorsque Gallet, ayant attaqué la roche et lui ayant remis divers échan-tiüons de quartz assez importants pour être analysés, André fit mine de regagner l\u2019usine.\u2014 Voyez, monsieur le directeur, lui dit en même temps l\u2019ouvrier, voyez ces grains plus brillants, cette composition si blanche et si serrée, puis ici cette marbrure foncée ; jamais ces signes-là ne m\u2019ont trompé.Vous pouvez faire creuser plus avant, avec vos outils à vous, car c\u2019est très dur ; mais, aussi vrai que je m\u2019appelle Gallet, l\u2019or est là.\u2014 Je vais examiner ces échantillons chez moi, répondit le mari de Thérèse.Après, je prendrai une détermination.André revint vers son habitation, et, s\u2019étant retourné à plusieurs reprises, il vit la folle qui.doucement, instinctivement, le suivait à distance, comme le chien suit le maître qui lui plaît, et que librement R adopte.Cette marque, certainement inconsciente, le toucha extrêmement, et il voulut faire entrer la Reine chez lui.\u2014 Je la ferai manger, pensa-t-il.Si elle vient de loin, comme l\u2019affirme Gallet, elle doit avoir besoin de repos et de nourriture.Mais cette bonne pensée devait rester à l\u2019état de projet.Se faire comprendre de la folle était un travail dont personne n\u2019était capable, ni André, ni un autre.S\u2019approcher, pour s\u2019emparer d\u2019eUe, paraissait encore plus difficile.En effet, plus légère qu'une biche, plus souple qu\u2019une couleuvre, au premier mouvement de Dangeiy, eüe disparut entre les arbres de la forêt, défiant toute poursuite, déjouant toute ruse.L\u2019ingénieur dut renoncer à l\u2019attirer chez lui.Mais toute la soirée il resta étrangement pensif et préoccupé.La nuit, il eut un rêve singulier : les cheveux blancs de la folle étaient devenus blonds ; ses beaux yeux sombres avaient pris la couleur et les teintes de l'algue-marine ; le visage si doux était plus altier ; autrement, les traits, la taiUe, la tournure étaient restés les mêmes, et c\u2019était Thérèse, sa Thérèse à lui, qui était venue le rejoindre, et qu\u2019André reconnaissait maintenant dans la Reine de l\u2019or.Si vif, si profond fut ce songe ; à son réveil, l\u2019ingénieur en garda une empreinte si poignante, qu\u2019il eut toutes les peines du monde à se reprendre, et pendant plus d\u2019un quart d\u2019heure, il crut que le rêve était une réalité très vraie et très tangible.Mais il finit par se ressaisir ; alors, il sauta à bas de son lit, plongea sa tête dans une cuvette d\u2019eau froide et regarda par la fenêtre.L\u2019aube, qui se levait, éclairait déjà de ses premières lueurs roses la flore superbe de la Guyane, épanouie devant ses yeux, dans le petit jardin que Bernard Leguilloux entretenait avec tant d\u2019amour.A cet instant, une forme svelte apparut derrière la grande palissade, glissant avec une grâce extrême et se dirigeant vers l\u2019habitation.André n\u2019eut pas de peine à la reconnaître, c\u2019était la Reine de l\u2019or.La même auréole blanche entourait sa tête fière ; ses pagnes étaient arrangés avec le même soin minutieux ; elle souriait encore en regardant l\u2019habitation, et elle portait sur sa hanche, à la façon des Indiens, une corbeille finement nattée, pleine de fruits et de fleurs sauvages.André s\u2019empara d\u2019une lorgnette excellente placée sur son bureau, et caché par un rideau de gaze, il examina celle qui s\u2019avançait vers sa maison.Non, c\u2019était un rêve qu\u2019il avait eu, rien qu\u2019un rêve.La Reine de l\u2019or n\u2019avait en efle rien du visage, des traits ou de l\u2019expression de Thérèse.Malgré cette conviction absolue, Dangely la regardait la regardait encore, avec une émotion qu\u2019il ne s\u2019expliquait pas.A coup sûr ce n\u2019était pas à sa femme quelle ressemblait, mais, cependant, ce visage lui était familier, il en était encore plus sûr que la veille.La Reine, maintenant, était arrivée à la porte même de la maison, sous une veranda où étaient placés des bancs et une table sur laquelle, souvent, le matin et le soir, l\u2019ingénieur mangeait ou prenait le café.LA VIE COURANTE .par Georges Clark SJGKl \u2014 Dans le temps, j'avais la ligne voulue pour ce genre de robe, mais je n'avais pas d'argent.Aujourd'hui, j'ai l'argent, mais je n'ai plus la ligne . Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 25 MesRecettes Par IVIme ROSE LACROIX Directrice de l'Institut Ménager du SAMEDI et de LA REVUE POPULAIRE Tarte à la mélasse 1 tasse de mélasse\tV2 tasse d\u2019eau bouillante V2 tasse de farine\ty2 tasse d\u2019eau froide 1 c.à tb.de beurre Mettre la mélasse et l\u2019eau bouillante dans une casserole et porter à l\u2019ébullition.Délayer en pâte bien lisse la % tasse de farine avec la % tasse d\u2019eau froide et ajouter peu à peu à la mélasse en brassant tout le temps jusqu\u2019à épaississement.Laisser jeter quelques bouillons, ajouter le beurre pour donner plus d\u2019onctuosité à la crème.Faire cuire une croûte de tarte d\u2019après la recette ordinaire et remplir de la garniture à la mélasse.On peut aussi faire avec la même préparation une tarte couverte.Dans ce cas, il s\u2019agit de mettre la garniture dans la pâte non cuite et de la recouvrir d\u2019une seconde abaisse sur laquelle on fait quelques incisions.Sauce tartare 1 oeuf\t1 c.à thé de sel 1 c.à thé de sucre 1 c.à thé de moutarde\t2 tasses d\u2019huile 2 c.à tb.de vinaigre Mettre l\u2019oeuf, le sel, le sucre et la moutarde dans un bol à fond rond et pas trop grand.Battre l\u2019oeuf avec un moussoir juste pour le bien mélanger aux ingrédients secs et ajouter peu à peu l\u2019huile en battant toujours au moussoir.Il ne faut pas mettre plus qu\u2019une % cuillerée à thé d\u2019huile à la fols au début.Quand le mélange est épais, on peut ajouter l\u2019huile en plus grande quantité et en dernier lieu, mettre le vinaigre.On obtient alors une belle mayonnaise à laquelle on ajoute pour en faire une sauce tartare, 1 c.à tb.de chacun des ingrédients suivants: échalotes, cornichons, olives et persil frais.Brioches à la cannelle 1 tasse de lait chaud 4 c.à tb.de shortening 1 carré de levure 1 oeuf battu 1 c.à thé de cannelle moulue V4 de tasse de sucre % c.à thé de sel V4 de tasse d\u2019eau tiède 3V2 tasses de farine V2 tasse de raison Ajouter au lait chaud le sucre, le shortening et le sel.Faire dissoudre la levure dans l\u2019eau tiède, mettre dans le premier mélange ainsi que l\u2019oeuf bien battu puis y incorporer la farine à laquelle on a jouté la cannelle.Bien battre le mélange et laisser lever dans un bol beurré au double du volume.Renverser sur une planche farinée, diviser en morceaux d\u2019égale grosseur et placer dans des moules à muffins bien graissés.Laisser lever de nouveau dans les moules au double du volume et faire cuire 20 minutes à 400° F.Servir chaud avec gelée, confiture ou miel.Marmelade d'orange 6 oranges amères 3 citrons sucre Tailler les oranges en tranches aussi minces que possible ainsi que les citrons.Ne pas enlever la partie blanche, parce qu\u2019elle est riche en pectine et c\u2019est ce qui fait prendre la gelée.Mesurer les fruits préparés et à chaque tasse, allouer 2 tasses d\u2019eau.Laisser macérer 24 heures.Le lendemain, faire cuire jusqu\u2019à ce que les écorces soient tendres, 45 à 60 minutes environ.Retirer du feu, mesurer et ajouter autant de sucre.Fair cuire jusqu\u2019à consistance de gelée ou à 220° F.Retirer du feu, laisser reposer pour que les fruits soient répartis également dans le sirop et verser dans des verres stérilisés.Couvrir et conserver au frais.Si la marmelade est faite en hiver, et conservée au frais, il n\u2019est pas nécessaire de paraffiner.A défaut d\u2019oranges amères, on peut ajouter un pamplemousse et suivre la même recette.Pouding \"Boules de neige\" Và de tasse de beurre ou de shortening\tV2 tasse de sucre Vi de tasse de lait 1 tasse de farine\t2 blancs d oeufs 1% c.à thé de poudre à pâte\tV4 de c.à thé de sel Défaire en crème le beurre, ajouter graduellement le sucre.Tamiser la farine, mesurer et tamiser de nouveau avec la poudre et le sel.Ajouter au beurre et au sucre, alternant avec le lait.Quand la pâte est lisse, incorporer parfaitement et délicatement les blancs d\u2019oeufs battus fermes mais non cassants.Beurrer des tasses ou des verres à gelée, y mettre la pâte à la moitié et faire cuire à la vapeur 50 à 60 minutes.Démouler et servir avec une sauce aux jaunes d\u2019oeufs.Sauce aux jaunes d'oeufs IV2 tasse de lait\t4 c- à tb- de sucre 2 jaunes d\u2019oeufs\t1 c- à thé de vanille Battre légèrement les jaunes d\u2019oeufs avec le sucre et y verser le lait chaud.Faire cuire au bain-marie jusqu\u2019à épaississement, retirer du feu et aromatiser à la vanille.Aidez La n , il®#§ Croix Rouge SALADA I iSSP'j) REMPLISSEZ CE COUPON D\u2019ABONNEMENT SELON VOTRE CHOIX ?\tLES 3 MAGAZINES LE SAMEDI \u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 LE FILM 1 an .(Canado seulement) $5.50 OU C on.\tE.-U.D ^ SAMEDI .$3.50\t$5.00\tpour 1\tan ?\tLA REVUE POPULAIRE .1.50\t2.00\t\" \"\t\u2022\u2022 ?\tLE FILM .i.oo\t1.00\t\" \"\t\u2022\u2022 Veuille* trouver ci-inclus, la somme de $.pour l'abonnement indiqué d'un (X) ?IMPORTANT : \u2014 Indique* d'une croix s\u2019il s'agit d'un renouvellement.Nom.Adresse.Localité.».POIRIER.BESSETTE & CIE, LIMITEE -\t975-985, rua de Bullion.Montréal 18 A votre choix SEPAREMENT ou les TROIS ENSEMBLE, mais retenez bien que vous y gagnez en vous abonnant du coup à ce populaire trio de magazines : LE SAMEDI - LA REVUE POPULAIRE - LE FILM 26 Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 Elle regarda longuement autour d\u2019elle.Alors, se croyant bien seule, la Reine déposa sa corbeille sur la table rustique, et, très vite, elle reprit le chemin de la forêt.Sans réfléchir.André avait sauté dehors, et maintenant, il courait derrière la fugitive, en l\u2019appelant.Peine perdue.La folle, de son pas léger, s\u2019en allait agrandissant sans cesse la distance qui la séparait de l\u2019ingénieur.Au moment d\u2019entrer dans les fourrés impénétrables, elle se retourna, lui sourit avec la même expression douce et bonne, puis disparut tout à fait, cette fois-ci.H reste comme interdit et très déçu à la même place.Il semblait, en effet, à André que quelque chose de cher s\u2019en allait de sa vie.Mais ses travaux, ses combinaisons, sa surveillance le réclamaient.Il reprit son existence accoutumée.Tout le monde pensa, du reste, que la Reine de l\u2019or était repartie pour un autre des placers qu\u2019elle visitait d\u2019habitude, car personne ne la revit, pas plus les ouvriers que les chefs.Cependant, le renom dont elle jouissait augmenta encore.En effet, dans la roche contre laquelle la Reine s\u2019était appuyée, un nouveau filon fut trouvé, dépassant en richesse tout ce qu\u2019on avait découvert ou exploité jusqu\u2019à ce jour.\u2014 Pourquoi est-elle partie ?se demandait souvent Dangely.Pourquoi ne revient-elle pas ?.Il me semble que je l\u2019eusse soignée avec joie, et peut-être guérie !.Bien des mois s\u2019écoulèrent.Enfin, un matin, en s\u2019éveillant, il trouva une petite corbeille de fleurs et de fruits semblable à la première, placée au rebord de sa fenêtre.Son coeur s\u2019en épanouit, très heureux.Et toute la journée il courut ses chantiers, explora les environs, marcha dans tous les sentiers de la forêt fréquentés d\u2019habitude.Ce fut en vain.La Reine de l\u2019or n\u2019apparut nulle part Vers le soir, comme il s\u2019était assis assez loin, sous un arbre immense, fatigué de sa longue course, il s\u2019endormit.Au réveil, il était tard ; les étoiles brillaient déjà au ciel.Dans sa crainte d\u2019inquiéter Bernard Leguilloux par son absence, André se leva et voulut rentrer.Mais ses jambes étaient brisées, une singulière lassitude l\u2019empêchait de marcher aussi rapidement qu\u2019à l\u2019ordinaire.Peu à peu, même, la lourdeur de ses membres augmenta, de singuliers vertiges le prirent, le laissant affalé contre un des buissons de la route, sans volonté, presque incapable d\u2019avancer.Enfin, après des efforts sans nom et une fatigue très grande, il vit luire dans la nuit les lumières de l\u2019usine.Encore quelques pas, et il allait atteindre sa maison.Ces quelques pas, il ne fut point capable de les faire.Ses artères battaient, une sueur abondante coulait de son front qu\u2019un cercle de fer étreignait ; sa tête lui faisait un mal affreux ; ses membres endoloris lui semblaient comme liés par des chaînes de fer.Un nouveau vertige le prit.Il allait s\u2019évanouir au seuil même de son jardin, lorsqu\u2019il lui parut reconnaître la voix de Bernard Leguilloux.\u2014 Pour sûr qu\u2019il lui sera arrivé quelque chose.disait de fidèle Breton.Jamais le patron ne s\u2019est ainsi attardé.Il faut prendre des fanaux et aller dans la forêt à sa recherche.Allons, houp ! mes enfants, qui m\u2019aime me suive.André réunit toute l\u2019énergie, toute la volonté qui lui restait et essaya de prononcer le nom de son contremaître.Il ne put qu\u2019articuler un cri indistinct.Mais ce cri, ou plutôt cette plainte, l\u2019oreille de Bernard la saisit.\u2014 Ah ! tonnerre de Brest !.s\u2019écria-t-il, le chef n\u2019est pas loin d\u2019ici !.Je l\u2019ai entendu !.Mais où est-il, mon Dieu.où est-il ?Et, en battant tous les buissons, en regardant derrière chaque touffe de verdure, il cria : \u2014 Monsieur André!.Monsieur André !.Enfin, il se butta au corps inerte de '\u2019ingénieur.\u2014 Ah ! fit-il en se baissant vers lui, pourvu qu\u2019il ne soit pas blessé, ou que quelque satanée bête ne l\u2019ait pas mordu !.Les ingénieurs américains placés sous les ordres de Dangely ont observé qu\u2019il fallait d\u2019abord l\u2019emporter chez lui, et qu\u2019une fois étendu sur un lit et déshabillé, on se rendrait bien mieux compte de son état.Un quart d\u2019heure après, André, entouré de ses aides et de Bernard, reposait dans sa chambre.Il était toujours sans connaissance, et une fièvre ardente le brûlait, mais son corps, soigneusement visité, ne portait aucune trace suspecte.\u2014 Il aura pris un accès de fièvre, dit un des ingénieurs de la mine, qui s\u2019était assez particulièrement occupé de médecine.\u2014 Pourvu que ce ne soit pas un accès de fièvre jaune ! s\u2019écria Leguilloux, voyant déjà les choses au pire.\u2014 De fièvre jaune ?répéta l\u2019ingénieur; non, il n\u2019en a aucun symptôme; mais il pourrait bien être pris de fièvre pernicieuse, ce qui n\u2019est pas plus gai.\u2014 Et que faire pour l\u2019en guérir, mais l\u2019en guérir au plus tôt ?\u2014 Le tenir dans un lieu très aéré d\u2019abord, ensuite lui donner de très fortes doses de quinine, d\u2019une façon très régulière.\u2014 Oh ! notre pharmacie n\u2019en manque pas, s\u2019écria le contre-maître, et c\u2019est moi qui me charge de l\u2019administrer à M.Dangely et de le veiller.Le Breton le fit comme il le disait.Mais, en dépit de ses soins, en dépit de son dévouement de chien fidèle, la fièvre ne quittait pas André Dangely.Et le danger, un danger terrible, un danger de mort, le menaçait toujours , car, depuis plus d\u2019une semaine qu André s\u2019était endormi sous les arbres de la forêt, ses forces ne revenaient pas, et son délire restait le même.Une nuit, le Breton, qui ne s\u2019était pas couché depuis les débuts de la maladie d\u2019André, céda tout a coup à 1 extraordinaire fatigue qui était la sienne.\u2014 Le chef a pris sa potion, se dit-il.Il me semble qu\u2019il est plus tranquille, je vais dormir une heure.Apres, je me réveillerai, et j\u2019aurai les yeux plus clairs pour le soigner.Il s\u2019étendit alors par terre, sur une natte placée dans un coin de la chambre, et bientôt il dormit à poings fermés.Un long temps s\u2019écoula.Bernard, harassé de fatigue, sommeillait toujours.Depuis un instant, quelque chose de blanc passait et repassait devant la fenêtre, qu\u2019on avait dû tenir entr\u2019ouverte à cause de la chaleur.Bientôt une tête couronnée de cheveux blancs se hasarda dans l\u2019ouverture des vitres, et, avec des précautions infinies, elle regarda dans l\u2019intérieur de la pièce.Du lit où était étendu l\u2019ingénieur, les yeux de la Reine de l\u2019or, car c\u2019était elle, se reportèrent sur la natte où Bernard Leguilloux ronflait bruyamment.Alors la fenêtre s\u2019ouvrit un peu plus, et la folle, passant sur le frêle appui, se trouva dans la chambre d\u2019André.Elle portait une calebasse à la main.Cette calebasse devait être pleine d\u2019un liquide quelconque, car la Reine la tenait avec des précautions infinies, comme si elle eût eu peur d\u2019en répandre à terre le contenu.Elle s\u2019approcha du lit du malade.Celui-ci, toujours dévoré de fièvre, somnolait, les yeux mi-clos et la respiration haletante.Alors d\u2019une main, la folle souleva la tête de Dangely, tandis que de l\u2019autre elle approchait la calebasse de ses lèvres.André ne but pas.Une poignante angoisse se vit alors sur le visage toujours 'immobile de la malheureuse femme.Les veines de son front se tendirent, ses lèvres remuèrent, quoi qu\u2019il lui fût impossible de proférer aucun son.Alors ses yeux eurent un éclair.Elle frappa du pied.Tout son être se raidit sous une tension extraordinaire de volonté ; après des balbutiements confus et une contraction nerveuse du visage, elle finit par dire ce mot : \u2014 Buvez ! Comme s\u2019il n\u2019eût attendu que cet ordre, le mari de Thérèse allongea les lèvres, et doucement avala le breuvage contenu dans la calebasse que la Reine tenait dans sa petite main.H n\u2019avait pas encore terminé, que Bernard Leguilloux, éveillé par le bruit, se dressa subitement sur son séant.\u2014 Ah ! tonnerre de bon Dieu ! s\u2019écria-t-il en se levant comme un fou, prêt à s\u2019élancer.Qu\u2019est-ce qui se passe donc ici ?.L\u2019ingénieur achevait de vider la calebasse.Avec des précautions infinies, la folle maintenant le recouchait, arrangeant ses draps et ses oreillers, essuyant la sueur de son front, lui prodiguant des soins qu'une femme civilisée seule donne au malade qui lui est confié.Le contremaître stupéfait, le regardait.Quand elle eut terminé, elle se retourna vers Bernard Leguilloux, lui mit un doigt sur ses lèvres, et disparut par la fenêtre ouverte avant qu\u2019il eût été capable de prononcer un mot.En effet, Bernard avait d\u2019abord été sur le point de sauter sur cette femme qui se permettait d\u2019approcher ainsi de son maître et, brutalement, de la jeter dehors.Mais, au moment où il se disposait à exécuter ce beau projet, il avait été frappé des soins exquis qu\u2019elle prodiguait à Dangely.\u2014 On dirait une mère ! avait-il pensé aussitôt.En même temps, tout ce que les ouvriers du placer disaient d\u2019elle, sa bonté pour les malades, son dévouement en cas d\u2019épidémie, la connaissance qu\u2019elle avait des herbes qui guérissaient, tout ce! a était revenu à l\u2019esprit du Breton, et lui avait inspiré un respect instantané et profond, contre lequel il n\u2019osait pas réagir.Enfin, lorsque, avant de disparaître à ses yeux stupéfaits, la folle se retourna et lui sourit, la conquête de Bernard Leguilloux était achevée.Il revint vers le lit d\u2019André.Etait-ce une illusion?.Il lui sembla que la respiration du malade était plus douce, moins oppressée, tandis que son teint moins coloré disait que la fièvre diminuait.\u2014 Mon Dieu ! dit-il, je le désire tellement que je rêve peut-être ! Alors il étendit la main et toucha le front du ieune homme.La chaleur brûlante avait disparu, remplacée par une température presque normale.Il tomba à genoux.\u2014 O notre bonne Dame d\u2019Auray, murmura-t-il, que le maître que j\u2019adore guérisse, et celle qui aura fait ce miracle, serait-elle encore plus folle, et voleuse, et sorcière, elle peut bien être sûre que je la servirai à genoux toute ma vie.La journée fut relativement calme, mais André n\u2019avait pas encore recouvre sa connaissance.Le soir venu, Leguilloux était en proie à une angoisse surhumaine.Ah ! pourvu que la Reine achève ce qu elle a si bien commencé, se disait-il.Et, au plus léger bruit qui se produisait dans 1 ombre, au plus petit insecte LA VIE COURANTE .par Georges Clark \u2014 Si c'est Dupont, je n'y suis pas .J'ai eu une veine insolente, hier soir aux cartes, et le billet que je lui al signé est passé dû depuis deux semaines .MM N Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 27 qui crécellait dans l\u2019herbe, à la plus mince phalène qui venait dans la nuit se heurter aux vitres éclairées de la case, le Breton était debout, croyant voir arriver celle qu\u2019il invoquait maintenant comme une providence.A la même heure à peu près que la nuit précédente, elle vint de la même laçon.Elle portait la même petite calebasse à la main, et, sans paraître voir le contremaître, elle s\u2019approcha du lit et fit boire André en lui prodiguant les mêmes soins.Alors, 1 ingénieur ouvrit les yeux, il regarda la folle, parut la reconnaître, jt d\u2019une voix très faible, il lui dit : \u2014 Merci !.A cette voix, Bernard Leguilloux se mit à pleurer comme une fontaine.Ses sanglots firent tourner la tête au malade.\u2014 Cest toi?dit André en le reconnaissant également.Allons ! allons ! ne sanglote pas de cette façon, ça me fait mal.Puis, s\u2019adressant à la folle : \u2014 Restez auprès de moi, dit-il.Il me semble que vous allez me guérir !.Et, avant qu\u2019elle pût lui répondre, il \u2022 aissci retomber sur l\u2019oreiller sa tête fatiguée ; puis il s\u2019endormit.On eût juré que la Reine avait compris le désir du malade ; car, au lieu de s\u2019en aller comme la nuit précédente, elle s\u2019assit au chevet du lit, et se mit à le veiller.Un peu avant le jour, elle s\u2019en alla toutefois, mais une heure après elle était de retour, portant dans une calebasse, beaucoup plus grande que la première, une quantité considérable du liquide bienfaisant.Elle-même, elle l\u2019administra dans la journée à plusieurs reprises ; tout le monde, Bernard Leguilloux le premier, la laissa faire.Huit jours après, André, remis sur pied, avait repris ses travaux.Peu à peu également, les absences qu\u2019avait faites la Reine de l\u2019or, soit pour aller chercher ses remèdes, soit pour se procurer des fruits dont elle vivait, étaient devenues plus fréquentes et plus longues.Lorsque André, tout à fait guéri, put revenir dans son usine et sur le placer, elle disparut.Mais au bout d\u2019une semaine environ, elle revint.Maintenant, au lieu de le fuir, elle s\u2019asseyait au contraire à ses côtés sous la véranda et, sans vouloir jamais parler, elle écoutait ce qu\u2019il lui disait, paraissait même le comprendre et éprouvait évidemment pour lui une extraordinaire sympathie.Il La photographie de Thérèse e long mois se passèrent.Maintenant, André s\u2019était habitué à la mystérieuse inconnue, celle qui lui avait sauvé la vie.Il lui semblait même qu\u2019il ne pouvait plus se passer d\u2019elle.De son côté la Reine de l\u2019or ne faisait pliis les longues disparitions d\u2019autrefois.Elle s\u2019absentait bien de loin en loin, mais jamais une semaine ne s\u2019écoulait entièrement sans qu\u2019André ne la vît inopinément surgir à ses côtés, soit aux alentours du placer, soit dans les courses qu\u2019il était obligé de faire dans la forêt.D\u2019accord avec celui de ses ingénieurs qui avait un goût si prononcé pour la médecine il avait essayé de savoir si sa nouvelle amie était réellement folle, et avait voulu rappeler sa raison absente.Au bout de quelque temps d\u2019un examen attentif, ils eurent la certitude que la pauvre femme n\u2019était pas en état de démence.Elle avait perdu la mémoire, probablement aussi la mémoire de la parole, à la suite peut-être de quelque grave maladie ou de quelque violente catas- trophe ; mais il y avait en elle de la pensée, du raisonnement, et même de la suite dans les idées.Alors André se consacra à elle ; il se mit à lui parler comme à un tout petit enfant dont on commence l\u2019éducation, et dont on veut former l\u2019intelligence.Les grands yeux de l\u2019inconnue brillaient chaque jour d\u2019un éclat plus vif ; évidemment, elle comprenait de plus en plus l\u2019ingénieur ; mais il y avait une chose qu\u2019il était impossible à André d\u2019obtenir, c\u2019était de la faire parler.Il avait beau apporter une dose de patience considérable pour lui faire prononcer des mots en lui désignant des objets auxquels ces mots s\u2019appliquaient, il n\u2019arrivait à aucun résultat.La Reine mettait toute sa volonté à lui obéir, on le voyait, mais des sons indistincts seuls s\u2019échappaient de ses lèvres ; et André, qui n\u2019avait pas gardé \u2019a perception des deux syllabes, «buvez », qu elle avait dites pendant sa fièvre, en vint à penser, comme Gallet, qu\u2019elle devait être muette.En effet, dans les lointains confus de cette intelligence qui revenait, quelque douloureux souvenir, sans doute, dut renaître en même temps, car la malheureuse femme qui, jusque-là, allait, venait, agissait avec une indifférence et une placidité que rien n\u2019altérait jamais, devint tout à coup d\u2019une tristesse et d\u2019une mélancolie poignantes.Elle passait maintenant de longues heures assise par terre, les coudes pa-puyés sur ses genoux, la tête dans ses mains, le visage couvert de larmes qui paraissaient intarissables.C\u2019est à cette époque que Dangely, frappé de cette douleur tellement poignante, écrivit à Thérèse et lui parla si longuement de la Reine.Enfin, des résultats inespérés se produisirent dans la mine, et l\u2019or arriva en abondance.Mais les terrains aurifères étaient placés très loin, aux limites des territoires contestés : les communications avec Cayenne étaient excessivement difficiles.Un des ingénieurs n\u2019inspirait pas la moindre confiance à André.Celui-ci avait le pressentiment que s\u2019il quittait son placer pour aller porter son or à la Guyane et de là l\u2019envoyer en France, les plus graves désordres pouvaient se produire, fomentés par cet intrigant, qui devait rêver de s\u2019emparer du placer.Dangely possédait déjà pour une somme considérable de minerai, une fortune qu\u2019il avait déposée dans une caverne contre laquelle son habitation était adossée et encore protégée par de solides portes de fer.Mais comme l\u2019or s\u2019accumulait, il ne pouvait rester ainsi avec cette richesse improductive chez lui, et il allait prendre un parti, quand il reçut la visite de M.Clarkson, le banquier anglais qu\u2019un besoin irrésistible d\u2019exploration et le voyage avait poussé vers la Guyane.André l\u2019avait connu jadis dans sa première jeunesse.Il savait que, sous son extraordinaire originalité, l\u2019Anglais était un homme d\u2019honneur.Dangely n\u2019hésita pas à lui confier l\u2019or qu\u2019il destinait par parties égales à Mme Jacobsen et à Thérèse.L\u2019Anglais, de son côté, qui avait renoué connaissance avec son ancien camarade, et après plusieurs jours passés à ses côtés, avait ressenti pour ce vaillant toute sa sympathie d\u2019autrefois.Et il partit, promettant fermement à André Dangely de ne pas commencer son fameux voyage au pôle Nord sans avoir envoyé à Thérèse sa petite fortune, et même sans être allé la voir s\u2019il le pouvait.Cependant, malgré toute la volonté et tout le stoïscisme de l\u2019ingénieur, cette visite le plongea dans une sorte de découragement assez profond.L\u2019idée que sir Clarkson revenait vers cette Europe où vivait sa Thérèse toujours si ardemment, si uniquement adorée, que l\u2019Anglais allait même peut-être la voir, tandis que lui en avait sans doute pour de longues années encore à souffrir l\u2019horrible supplice de la séparation, cette pensée donna à André le regret le plus poignant qu\u2019il eût encore éprouvé depuis qu\u2019il avait quitté la France.Maintenant, il tirait fréquemment de sa poche un petit portefeuille dans lequel étaient enfermées les lettres que Thérèse lui écrivait et plusieurs photographies de la jeune femme, Une, datant de l\u2019époque où elle était encore enfant, déjà belle et superbe ; puis jeune fille, et, enfin, une dernière fait au moment du départ d\u2019André.Et il relisait les lettres, et il embrassait les portraits, et il se trouvait sans force, extrêmement malheureux, se disant qu\u2019il n\u2019allait plus pouvoir supporter cette épouvantable solitude et cette cruelle séparation.La Reine de l\u2019or, qui n\u2019avait pas paru tout le temps qu\u2019avait duré la visite de M.Clarkson, était revenue après le départ de l\u2019Anglais et elle avait repris ses habitudes familières autour d\u2019André.On aurait même dit qu\u2019elle comprenait le changement qui s\u2019était produit dans le caractère de son ami, et que la mélancolie du jeune homme avait un long écho dans son propre coeur.Dangely, qui apportait toute sa volonté à dissimuler son état de découragement aux yeux de Bernard Leguilloux, ne se gênait pas devant la Reine de l\u2019or.Soit parce qu\u2019il éprouvait pour elle une filiale et profonde affection, soit qu\u2019avec son mutisme, il ne craignait ni ses questions, ni ses indiscrétions, il ne se contenait pas en sa présence, et, sans aucune espèce de honte, il en arrivait à pleurer à sanglots comme si elle n\u2019eût pas été là.Un jour, \u2014 il y avait près de trois mois que M.Clarkson était parti, \u2014 le chagrin d\u2019André fut plus intense et plus violent qu\u2019à l\u2019ordinaire.En effet, les bateaux et les mulets qui, en faisant à d\u2019assez longues intervalles le ravitaillement du placer, portaient en même temps le courrier de France, étaient arrivés la veille.Mais, pour la première fois depuis son installation sur la mine, André n\u2019avait rien reçu de Thérèse.Et cependant, il avait bien calculé ; d\u2019après les propres indications de M.Clarkson, et en faisant la part de toutes les éventualités possibles, l\u2019Anglais avait eu le temps de retourner en Europe, d\u2019avertir Thérèse et celle-ci aurait dû lui avoir écrit depuis plusieurs jours déjà.Que signifiait ce silence qui s\u2019était jamais, jamais produit ?Etait-elle malade ?Mais alors, Robert qui lui écrivait quelquefois, France qui correspondait également avec lui, auraient dû l\u2019en prévenir l\u2019un ou l\u2019autre.Et rien.Pas un mot de personne.Quand on est loin non seulement de sa famille, mais aussi de son pays, la pondération naturelle, l\u2019esprit de sagesse et de raisonnement, tout s\u2019effondre avec une bien grande facilité.Dans l\u2019état de découragement et de regret où l\u2019avait laissé le départ de M.Clarkson, André était en butte, bien plus qu\u2019un autre, à ces sentiments-là.Croire Thérèse capable de le trahir ou de l\u2019oublier ?Ce n\u2019était pas une chose possible.Aussi, André eut-il immédiatement la conviction qu\u2019elle était très malade, peut-être en danger, ainsi qu\u2019il l\u2019avait vue une fois déjà\u2014 \u2014 Robert la soignera encore comme il l\u2019a déjà fait, se dit-il.France également.Sybil aussi.Ce sont des coeurs d\u2019or, et rien ne lui manquera.mais moi ?moi, qui suis si loin d\u2019elle, que vais-je devenir ?.Est-ce que je suis maudit et mourrait-elle sans que je l\u2019aie revue ?Ses sanglots étaient devenus rauques et profonds ; le visage caché dans ses mains, il oubliait la fuite des heures, ne songeant qu\u2019à cette Thérèse qui souf- Fortifiez votre Santé Toutes les femmes doivent être en santé, belles et vigoureuses.Vous pouvez avoir une belle apparence avec le TRAITEMENT MYRRIAM DUBREUIL C\u2019est un tonique reconstituant et qui aide à développer les chairs.Produit véritablement sérieux, bienfaisant pour la santé générale.Le Traitement est très bon pour les personnes maigres et nerveuses, déprimées et faibles.Convenant aussi bien à la jeune fille qu\u2019à la femme .AIDE A ENGRAISSER LES PERSONNES MAIGRES Notre Traitement est également effî-cace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d'épuisement nerveux, quel que soit leur âge.GRATIS : Envoyez 5c en timbres et nous vous enverrons gratis notre brochure illustrée de 24 pages, avec échantillon.CORRESPONDANCE CONFIDENTIELLE Les jours de bureau sont : Jeudi et Samedi, de 2 h.à 5 h.p.m.REMPLISSEZ CE COUPON Mme MYRRIAM DUBREUIL 6880, rue Bordeaux Case postale, 2353, Place d'Armes, Montréal, P.Ç.Ci-inclus 5* pour échantillons du Traitement Myrriam Dubreuil avec brochure.(Pour le Canada seulement).Nom .Adresse .Ville .Province . 28 Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 frait loin de lui, un instinct sûr le lui affirmait.Et il pleurait toujours, lorsqu\u2019il sentit quelque chose de très doux s\u2019appuyer sur ses cheveux et frôler son front.Aussitôt il redressa son visage baigné de larmes, et il éprouva une commotion profonde.La Reine de l\u2019or était debout devant lui, le regardant avec ses yeux si doux, si bons, si remplis d\u2019une incommensurable et profonde tendresse, que le malheureux garçon n\u2019y tint plus.Il lui jeta ses deux bras autour du cou et appuyant sa tête sur l\u2019épaule de la pauvre femme : \u2014 O mère, murmura-t-il, en un besoin infini de confidences, si vous saviez comme je suis malheureux !.Ma femme, celle que j\u2019adore, le seul amour de ma vie, va peut-être mourir loin de moi !.Elle ne lui répondit pas ; mais ses grands yeux devinrent encore meilleurs, encore plus tendres, tandis que de grosses larmes ruisselaient sur son visage pâle, et que ses doigts caressaient les cheveux d\u2019André, comme si en effet il eût été son fils.Ils étaient tous les deux dans une sorte de kiosque aux confins de la forêt ; un kiosque en troncs d\u2019arbres, que Leguilloux avait fait construire afin qu\u2019André pût s\u2019y reposer, ou simplement y faire sa sieste pendant le journée.Et peu à peu l\u2019ingénieur, assis sur un fauteuil de bambou, se mit à raconter à sa compagne son ardent amour pour Thérèse, sa misère passée, son désespoir, les douleurs de la séparation, son courage à travailler pour lui faire l\u2019existence brillante et la vie heureuse.La pauvre femme le comprenait-elle?André ne le savait pas, car elle ne lui répondait que par ses larmes et l\u2019expression de ses grands beaux yeux si honnêtes et si droits.Mais tout de même, à dire sa peine, à la dire ainsi tout haut, le coeur d\u2019André se dégonflait.Il était moins malheureux, il ne voyait plus les choses sous un jour aussi sombre.Plus confiant, apaisé par le nouveau cours de ses idées, il éprouva le besoin de relire la dernière lettre de Thérèse.Et, comme il ne se gênait pas devant la Reine de l\u2019or, il tira son portefeuille de sa poche et l\u2019ouvrit.Un petit carton carré glissa de l\u2019une des pochettes de soie, et tomba à terre.C\u2019était une des photographies de la jeune femme, celle où on la représentait enfant.André se baissa pour la ramasser, mais la Reine de l\u2019or l\u2019avait prévenu et tenait déjà le portrait dans ses doigts.Elle allait le rendre à l\u2019ingénieur, quand par hasard elle y jeta les yeux.Alors, subitement, ses traits se décomposèrent, son visage devint semblable à celui d\u2019une morte, elle poussa un grand cri et couvrit la photographie de baisers et de larmes.Et elle, qui n\u2019avait jamais parlé depuis le mot murmuré au chevet du lit d\u2019André mourant, s\u2019écria : \u2014 O Thérèse, Thérèse !.c\u2019est ma Thérèse, c\u2019est ma fille !.André était debout, plus livide, plus décomposé qu\u2019elle.Il répéta : \u2014 Thérèse, ma femme, aujourd\u2019hui marquise d\u2019Angely, autrefois Thérèse de Rochebelle, Thérèse est votre fille?.Est-ce que nous ne sommes pas fous tous les deux?.Mais la pauvre femme ne songeait pas à répondre à l\u2019ingénieur.D\u2019une voix pure, admirablement timbrée, quoique noyée de larmes, très française, surtout, elle répétait : ___O ma TTiérèse, ma Thérèse adorée, et, mon autre fille, ma chère petite France tant aimée, où êtes-vous?et vous reverrai-je jamais !.Mais comme si l\u2019émotion de ce souvenir eût été au-dessus des forces de la malheureuse femme, elle inclina sa tête à l\u2019auréole blanche, et fût tombée sur le sol si André ne l\u2019eût reçue dans ses bras.Il l\u2019étendit sur une chaise longue placée dans un coin de la pièce, et essaya de la faire revenir de sa syncope ; mais son évanouissement était profond et résista à tous les soins de l\u2019ingénieur.Alors André, debout, considérant cette femme peut-être mourante, étendue devant lui, ne put s\u2019empêcher de dire tout haut, en pensant aux singulières affirmations que Thérèse lui avait répétées si souvent, à l\u2019énergie que France avait mise toute sa vie à soutenir la même idée : \u2014 Est-ce qu\u2019elles avaient raison toutes les deux, et le plus épouvantable des forfaits a-t-il été commis par le comte de Rochebelle et par.une autre ?.Alors, il se souvint de cette mine d\u2019or, située en Guyane, que le comte de Rochebelle avait trouvée dans la succession de don José de Santa-Cruz, et qui avait été, lui avait dit Thérèse, une des causes du départ du comte et de la comtesse pour le Nouveau-Monde.La vraie Nadine, la mère de France et de Thérèse, ne pouvait-elle avoir été abandonnée par son mari dans quelque partie déserte de ce pays aux immenses solitudes ?Et, après avoir erré de nombreuses années toute seule sous le coup de son désespoir et de son impuissance, n\u2019avait-elle pas perdu peu à peu, avec la mémoire, l\u2019usage de la parole, que la foudroyante émotion de l\u2019image de Thérèse, subitement remise devant ses yeux, venait de lui rendre ?Alors André s\u2019approcha plus près encore ; il s\u2019agenouilla, et considéra attentivement la Reine de l\u2019or.Et ses yeux, peut-être sous l\u2019empire de ses idées nouvelles, s\u2019étant subitement ouverts, il poussa un cri.Où avait-il donc eu la tête jusque-là de ne pas avoir reconnu dans le fin visage si beau, dans la coupe hardie du grand front si magnifiquement développé, dans les yeux, dans la bouche, dans la tournure tout entière, le frappant portrait de la comtesse de Rochebelle, avec laquelle cependant il avait vécu en Normandie et à Paris ?.Et, peu à peu, en examinant plus attentivement celle qui était étendue devant lui, en pensant à l\u2019autre avec laquelle André comparait la Reine de l\u2019or, il se rendait compte de ce qui avait paralysé l\u2019effort de sa mémoire.La douleur, la solitude, peut-être aussi le temps, avaient singulièrement adouci le visage qu\u2019il avait sous les yeux ; tandis que celui de l\u2019aventurière, en revanche, là-bas, en France, s\u2019était durci, était devenu méchant, hautain, glacial.De plus, Juanita, ainsi que nous l\u2019appellerons désormais, avait gardé ses cheveux noirs qu\u2019elle portait très avancés sur son front, ce qui diminuait la longueur de sa figure et augmentait l\u2019éclat de ses yeux, pendant que Nadine, la vraie, avec ses beaux cheveux blancs rejetés en arrière, avait un visage très mince, très long, qui la faisait ressembler un de ces beaux portraits de marquise poudrée du siècle dernier.Enfin, l\u2019une, dans sa vie heureuse et confortable, avait un peu grossi, tandis que l\u2019autre, dans son existence de sauvage, existence d\u2019anachorète si jamais il en fût, était restée d\u2019une minceur de jeune fille.Et son coeur battait étrangement.Allait-il donc, pour prix de son amour, rendre à Thérèse sa vraie mère, celle que les deux soeurs regrettaient toutes deux si amèrement ?Quelle joie au retour, et de quelle reconnaissance infinie sa femme et sa petite belle-soeur ne le paieraient-elles pas !.Ainsi, c\u2019était donc là le secret de cette sympathie irrésistible qu\u2019il avait tou- jours éprouvée pour cette pauvre créature errante et malheureuse, auprès de laquelle son coeur battait si fort, plein d\u2019une tendresse inconsciente, si élevée, si pure, si profonde ?.Elle était la mère de Thérèse !.C\u2019est-a-dire la sienne aussi.Et il tomba à genoux.Et il baisa ses cheveux blancs, ses mains fluettes, et il répétait : \u2014 O mère!.pauvre mère qui avez dû tant souffrir, comme nous allons tous vous aimer, pour vous faire oublier toutes vos douleurs !.Mais tout à coup une idée poignante lui vint, labourant son âme délicate, y mettant un doute cruel.Ne se trompait-il pas ?.Et les récits de Thérèse, les affirmations si ardentes et si précises de France, ne l\u2019avaient-ils pas impressionné au point que la première étrangère qu\u2019il avait rencontrée lui avait paru être celle dont une aventurière avait pris la place ?.Et pour corroborer cette idée, il se dit que la Reine de l\u2019or avait bien pu, dans ces derniers temps, avoir entendu ce nom chéri de Thérèse sortir plus d\u2019une fois des lèvres d\u2019André.C\u2019était possible cela ; mais en même temps une conviction souveraine cette fois-ci, vint à son esprit subtil, et le remplit de joie.La Reine, après avoir parlé de Thérèse, avait ajouté : \u2014 Et France, ma chère petite France, mon autre fille, la reverrai-je jamais ?.Or s\u2019il avait nommé Thérèse devant son amie Dangely était bien sûr de n\u2019avoir jamais prononcé le nom de France !.Non, non.André était bien en présence de la comtesse Nadine de Rochebelle, la vraie ; maintenant, il en était certain.Et pour avoir des données exactes sur les criminels qui l\u2019avaient certainement abandonnée, jadis, sans ressources, dans quelque désert, où un miracle seul l\u2019avait empêchée de mourir, il n\u2019avait qu\u2019à attendre que les forces et la mémoire de Nadine, complètement revenues, lui permissent d\u2019apprendre par quel singulier et mystérieux hasard André avait rencontré, dans ce pays perdu, la mère de sa femme.Mais cet espoir du jeune homme ne parut pas devoir se réaliser très rapidement.En effet, une sorte d\u2019assoupissement profond succéda à l\u2019évanouissement de la malade, et cela sans qu'elle eût ni ouvert les yeux ni prononcé une seule parole.Comme le soir approchait et que, dans le kiosque assez éloigné de l\u2019habitation, quelque jaguar ou quelque serpent dangereux pouvait entrer pendant la nuit, André chercha à éveiller la Reine afin de la ramener avec lui dans son habitation.Tous ses efforts furent vains.Il la soulevait sur son séant, lui parlait d\u2019une voix tour à tour très tendre ou très impérative.Nadine, non seulement, ne l\u2019entendait pas, mais n\u2019ouvrait même pas les yeux.Et, dès qu\u2019André l\u2019abandonnait, elle retombait sur la chaise longue avec le même sommeil paisible, mais cependant effrayant tant il était profond.\u2014 Ce n\u2019est plus une syncope, se dit l\u2019ingénieur, mais alors c\u2019est un sommeil léthargique, et ici, loin de tout secours, comment le faire passer?.Il réfléchissait, et allait se décider à emporter bravement la comtesse sur ses épaules, lorsqu\u2019un bruit se fit entendre du côté de la porte.Il y courut et aussitôt il eut un frisson de joie ; c\u2019était Capitaine, le chien de Bernard Leguilloux, qui, l\u2019ayant senti, soufflait et grattait contre l\u2019entrée du kiosque.\u2014 Si la bête est là, s\u2019écria André, le maître n\u2019est pas loin !.Et élevant la voix, il se mit à appeler très fort : \u2014 Bernard!.Bernard!.par ici!.Le chien retourna sa tête intelligente vers le chemin, humant l\u2019air, et tout a coup il bondit dans la direction des fourrés.Moins de cinq minutes après un pas rapide retentit dans un sentier qui longeait le kiosque, et bientôt le contremaître arriva un fusil à la main, et le visage livide d\u2019inquiétude.____Hé bien ! mon vieux, demanda l\u2019ingénieur sur le seuil de la porte, qu est-ce qu\u2019il y a donc que tu as une figure si bouleversée ?__Il y a, tonnerre de Brest ! que ces imbéciles ont prétendu vous avoir vu partir ce matin du côté de la forêt.Or, comme vous n\u2019etes pas rentre dîner a midi, que vous n\u2019avez paru aujourd\u2019hui ni à l\u2019usine, ni au placer, ce soir, le trac m\u2019a pris.« Vous n\u2019aviez qu\u2019à vous être endormi encore comme autrefois sous quelque arbre des taillis.Avec cette idée je suis parti à votre recherche ; heureusement qu\u2019avant d\u2019entrer dans les fourrés, j\u2019ai lancé Capitaine sur votre piste, et il m\u2019a conduit directement ici.\u2014 Oui, je suis joliment content de te voir arriver, car je suis fort embarrassé, et, sans toi, j\u2019avais commencé un travail que j\u2019aurais eu bien de la peine à mener à bien.\u2014 Lequel donc ?\u2014 Pas une suite de circonstances trop longues à t\u2019expliquer en ce moment, mais je te dirai plus tard, la Reine de l\u2019or s\u2019est évanouie dans ce kiosque où elle était venue me retrouver.J\u2019ai passé une partie de l\u2019après-midi à la soigner, et à essayer de lui faire reprendre ses sens.« J\u2019y suis parvenu, l\u2019évanouissement me paraît avoir cessé, mais pour faire place à un sommeil léthargique qui la rend absolument incapable de se mouvoir et même d\u2019entendre ce qu\u2019on lui dit.Or, dans cet état d\u2019insensibilité complète, on ne peut avoir l\u2019idée de lui laisser passer la nuit ici, loin de tout secours.\u2014 Certainement, s\u2019écria le Breton, il faut l\u2019emporter immédiatement chez nous ! \u2014 C\u2019est l\u2019idée qui m\u2019est venue, et j\u2019allais essayer de la mettre à exécution en chargeant cette pauvre femme sur mes épaules, lorsque tu es heureusement arrivé.Dans la case, je la soignerai comme jadis elle m\u2019a soigné elle-même.\u2014 Bien parlé, monsieur André, et je vous aiderai de tout mon coeur.Où est-elle, cette chère Reine ?Voulez-vous me permettre de la voir ?\u2014 Certainement.Viens.Ils entrèrent tous les deux dans la petite pièce où Nadine dormait toujours.Bernard Leguilloux s\u2019approcha d\u2019elle avec un respect infini.\u2014 Comment allons-nous la transporter jusqu\u2019à l\u2019habitation ?dit-il.C\u2019est que c\u2019est encore assez loin, et grande comme elle l\u2019est, elle va peser lourd.Si nous la laissions sur cette chaise longue ?\u2014 Ce serait assez commode, dit André, mais ce meuble n\u2019est pas solide et il est à craindre qu\u2019il ne se démolisse tout à fait en chemin.Si tu avais une cordelette assez forte, il vaudrait mieux fabriquer une civière avec des branches d\u2019arbre.J\u2019ai sur moi mon couteau, tu dois avoir le tien également.\u2014 Et de la bonne corde aussi.Ces deux choses, monsieur André, le couteau et la ficelle, ne me quittent jamais.\u2014 Alors à l\u2019oeuvre ! Et dépêchons-nous, pour que la nuit ne nous surprenne pas à une trop grande distance de chez nous.Il ne fallait pas aller loin pour trouver des branches faites comme à plaisir, et ^ grâce auxquelles une excellente civière fut vite construite.Bernard et André y couchèrent la Reine avec des précautions infinies, et bientôt, précédés du chien qui aboyait joyeusement, ils prirent le chemin de l\u2019habitation. Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 29 III Deux soeurs Le lendemain, tard dans la journée seulement, Nadine entrouvrit ses paupières.André, un peu en arrière de son lit, ne perdait pas un seul de ses mouvements.Elle commença par se soulever sur un coude, regarda longuement autour d\u2019elle, puis reporta ses yeux sur ses vêtements, sur la couche où elle était étendue, et un profond étonnement apparut sur ses traits expressifs.\u2014 Où suis-je ?dit-elle enfin.André, par respect, l\u2019avait déposée sur son propre lit, vêtue comme elle l\u2019était dans la forêt, se contentant de recouvrir ses pieds nus de la couverture de soie dont il se servait lui-même.Il crut devoir s\u2019avancer.\u2014 Vous êtes chez moi, madame, dit-il en s\u2019inclinant profondément.\u2014 Chez vous ?répéta-t-elle.Mais comment cela ?.Car je ne vous connais pas.Je ne crois même pas vous avoir jamais vu.Et cette maison étrangère?.ces singuliers vêtements qui me couvrent ?.Qu\u2019est-ce que tout cela veut dire ?.Evidemment, elle reprenait sa vie très loin en arrière, où jadis elle l\u2019avait laissée.\u2014 Vous êtes en Guyane, madame, dit André.\u2014 En Guyane?.Ah! oui, je sais, j'y suis venue avec mon mari.Ses yeux s\u2019arrondirent à ce mot.Des profondeurs de son être, avec la vie, l\u2019intelligence et le souvenir renaissaient.\u2014 Oh! fit-elle.Christian!.Christian !.Juanita !.Misérables !.Ai-je rêvé ou est-ce vrai qu\u2019ils ont voulu me tuer ?Puis, tout à coup sautant à terre et courant à une petite glace pendue au-dessus d\u2019une table en marbre, elle se regarda et poussa un cri.\u2014 Mon Dieu ! s\u2019écria-t-elle, est-ce bien moi, Nadine de Rochebelle, avec ces cheveux blancs et ce visage de vieille femme ?.Il y a donc de bien, bien longues années que je suis séparée de tous les miens ?Elle tomba assise sur un fauteuil de bambou, placé contre la toilette, et, la tête appuyée sur la tablette de marbre, elle se mit à réfléchir longuement.Subitement, elle releva les yeux, et regarda André avec une douceur infinie.\u2014 Il me semble avoir vu entre vos mains le portrait de ma fille, dit-elle, de ma Thérèse ; ai-je encore rêvé cela, ou est-ce vrai ?Dangely tira le portefeuille de sa poche.\u2014 Le voici, dit-il, le portrait de votre fille, toute petite, puis la voilà encore un peu plus grande, et encore tout à fait femme, tout à fait belle.Nadine couvrit ces images de baisers.\u2014 Oh ! que Dieu est bon ! dit-elle.Mais pour qu\u2019elle ait grandi ainsi, combien y a-t-il donc de temps que je ne l\u2019ai vue ?.Aidez-moi un peu.Moi je ne peux pas, je ne sais plus.\u2014 Thérèse a aujourd\u2019hui vingt-quatre ans, dit André.\u2014 Vingt-quatre ans!.Seigneur!.Elle en avait douze quand je l\u2019ai quittée, et France neuf.Que s\u2019est-il donc passé pendant ce long espace de temps ?.Et est-ce que j\u2019ai été folle pour avoir perdu ainsi la mémoire de tout ce qui m\u2019a entourée ?.de tout ce qui m\u2019est arrivé ?.\u2014 N\u2019y pensez pas.Attendez d\u2019être plus forte.Alors, le souvenir du passé vous reviendra sans effort et sans souffrance.Jusque-là, vivez paisible et calme a mes côtés, en vous laissant soigner par moi.\u2014 Par vous?.Qui êtes-vous donc, vous qui paraissez vous intéresser à moi, et qui avez un visage si honnête, des yeux si droits, si sympathiques ?\u2014 Me promettez-vous d\u2019être très raisonnable, si je vous le dis ?\u2014 Oui, oui.D\u2019ailleurs, je ne suis pas malade.Chaque parole me coûte un effort extraordinaire ; j\u2019ai dans la tête comme une barre qui m\u2019empêche de penser et de me rappeler, mais je sens que j\u2019ai beaucoup de force.Voyons, qui êtes-vous ?\u2014 Votre fils.\u2014 Mon fils?.Vous me prenez pour une autre.Je n\u2019ai jamais eu que deux filles : Thérèse et France.\u2014 Mais le mari d\u2019une de vos filles ne serait-il pas votre fils, dites, mère, pauvre mère ?.Elle porta les deux mains à son coeur.\u2014 Une de mes filles est mariée?.Mon Dieu !.C\u2019est Thérèse, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Oui.\u2014 Mais alors elle est ici?.avec vous ?.et je vais la voir ?.Ah ! où est-elle ?.où est-elle ?.\u2014 Hélas, non ! Il a fallu nous séparer.Thérèse a été obligée de rester en France.Mais nous irons la retrouver tous les deux ensemble, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Ah oui!.mille fois oui!\u2014 Mon Dieu ! qu\u2019elle est belle ! ajouta Nadine en regardant le portrait de sa fille.« Mais parlez-moi d\u2019elle, parlez-moi de France, mon autre adorée.Oh ! dites-moi tout.tout.Comment vous les avez connues\u2014 Où elles sont.Ce qu\u2019elles sont devenues.Et le moindre détail de leur vie.« Et leur père, le comte de Roche-belle.Mais à ce mot, Nadine se dressa toute droite.\u2014 Ah ! le misérable ! s\u2019écria-t-elle, le misérable !.Dieu bon !.Quel crime horrible il a voulu commettre.Ah ! je me souviens !.je me souviens !.Elle fut prise d\u2019un tremblement épouvantable, et, levant sur André des yeux terrorisés, des yeux fous : \u2014 Oh ! ne m\u2019abandonnez pas, vous aussi ! s\u2019écria-t-elle.Ne m\u2019abandonnez pas dans cet affreux désert, au milieu de ces serpents, de ces bêtes, de ces jaguars qui hurlent la nuit autour de moi !.Elle se rejetait en arrière comme si toutes ces horreurs l\u2019eussent environnée, et les mains tendues elle murmura : \u2014 J\u2019ai peur, et j\u2019ai faim !.Mon Dieu, que j\u2019ai faim !.André s\u2019empara par force de sa petite main froide.Il pensa qu\u2019en effet elle n\u2019avait rien mangé depuis la veille au matin.Et, prenant tout à coup avec elle un grand ton d\u2019autorité : \u2014 Mère, lui dit-il, vous allez m\u2019obéir, n\u2019est-ce pas ?Elle le regarda craintivement, mais sans aucune lueur de révolte.\u2014 C\u2019est bien, lui dit-il.Vous êtes encore malade, mais si vous êtes raisonnable, la guérison arrivera vite.Alors, nous partirons tous les deux pour rejoindre Thérèse et France ; jusque-là, nous ne nous quitterons pas.\u2014 Bien vrai ?Il tendit la main.\u2014 Sur ma Thérèse adorée, je vous le jure ! dit-il.Aussitôt André appela Leguilloux.\u2014 Du bouillon, de la viande, du vin de Bordeaux, vite, apporte tout cela ici, lui ordonna-t-il.Mais la malheureuse femme avait perdu l\u2019habitude de la nourriture substantielle qui était celle de l\u2019ingénieur.Avaler de la viande lui fut impossible.Il fallut se contenter de lui faire prendre du potage, un peu de vin et quelques fruits.Lorsqu\u2019elle eut mangé, elle fut tout de suite plus calme.Peu à peu sa mémoire revenait, on le voyait.Des larmes pressées inondaient ses joues pâles.André se mit à ses genoux.\u2014 Mère, lui dit-il, voulez-vous m\u2019être infiniment agréable ?Vous savez que vous m\u2019avez promis de m\u2019obéir ?Elle leva sur lui ses grands yeux de velours.André n\u2019avait qu\u2019à parler.De minute en minute, il prenait sur elle une influence plus grande, plus irrésistible.\u2014 Que faut-il faire ?demanda Nadine.\u2014 Vous coucher et essayer de dormir.Moi, je resterai dans la pièce voisine qui est mon cabinet de travail, et dans laquelle il y a un lit de repos, sur lequel je dormirai très bien.Si vous êtes souffrante, ou simplement effrayée, promettez-moi de m\u2019appeler.Elle inclina sa tête blanche.\u2014 Je veux bien, dit-elle, mais à une condition.\u2014 Parlez.\u2014 Promettez-moi que, demain, vous me direz tout ce que vous savez sur France et sur Thérèse.\u2014 A coup sûr, je vous le promets ; mais seulement si vous êtes très calme, et en état de revenir avec moi vers le passé.Elle se recueillit.Puis, tout à coup, un éclair s\u2019alluma dans sa large prunelle sombre, le même éclair qu\u2019An-dré avait vu briller, lors des grandes occasions, dans les yeux de France : \u2014 Vous avez raison, dit-elle; pour être en état de tout savoir, je dois probablement être plus forte que je ne le suis encore.André ne voulut pas la laisser sous cette impression.\u2014\tSurtout, dit-il, pour être en état de revoir au plus tôt vos filles.Qu\u2019importe le passé, et ses souffrances, et ses douleurs, lorsque l\u2019avenir est là, avec toutes les joies qui vous attendent entre Thérèse et France ?.Elle le regarda, attendrie au dernier point.Toute trace d\u2019exaltation avait disparu de son visage, mais sa pâleur était celle d\u2019une morte.\u2014\tOh ! que Thérèse a bien choisi le fils qu\u2019elle m\u2019a donné, dit-elle.Em-brassez-moi ! Il couvrit ses mains de baisers, et doucement la conduisit vers son lit en lui disant : \u2014\tDormez bien, et surtout rêvez que l\u2019avenir vous paiera du passé.Le lendemain, dès que Nadine entendit remuer chez Dangely, elle l\u2019appela : \u2014\tAndré ! fit-elle, en se souvenant tout naturellement de son nom, que Leguilloux avait prononcé le soir, devant elle.Le jeune homme accourut.Comme la veille, elle était restée toute vêtue sur son lit.Elle lui tendit les deux mains dès qu\u2019elle le vit.\u2014\tJ\u2019ai admirbalement dormi, dit-elle.Et maintenant, au réveil, je me souviens du moindre détail de notre conversation d\u2019hier.« Est-ce possible que j\u2019aie un fils tel que vous, et que je revoie mes filles ?.Oh ! les chères, les chères petites !.Il me semble que jamais je n\u2019arriverai à les serrer dans mes bras.Et des petits-enfants, Thérèse m\u2019en a-t-elle donné ?Il hésita un peu, puis, ne voulant pas l\u2019affliger par le récit du douloureux accident dont la misère de Thérèse avait été cause : \u2014 Non, dit-il, pas encore.Elle n\u2019insista pas.\u2014 Et Sybil, continua Nadine, qu\u2019est-elle devenue ?\u2014 Sybil a veillé sur les deux enfants que vous lui aviez confiées, les a élevées et adorées.\u2014 Bonne Sybil !.Mais vous m\u2019avez promis de tout me dire, André.Vous ne devez avoir que votre parole.\u2014 A condition que vous soyez assez forte pour m\u2019entendre.\u2014 Je le suis.Ce qui me rendrait tout à fait malade, ce serait de vivre dans l\u2019angoisse et l\u2019indécision vis-à-vis des êtres que j\u2019adore.Tout, avec mon caractère, est préférable aux suppositions que je pourrais faire.[Lire la suite au prochain numéro] LA VIE COURANTE par Georges Clark JL-'\" f \u2014 Ta salade était délicieuse, mon chéri.Je me demande si tu ne réussi rais pas aussi bien le rosbif au jus ?. 30 Le Samedi, Montréal, 4 mars 1950 LA LETTRE DONT J'AI FAILLI MOURIR [ Suite de la page 10 ] longtemps.Cette lettre est un tissu d\u2019ordures et je suis folle de lui avoir accordé la moindre attention.\u201d Le vent qui s\u2019éleva brusquement me dérouta un instant du fil de mes pensées.Je me levai pour aller fermer une fenêtre.La pluie, bienfaisante, s\u2019écoulerait bientôt en gouttes énormes.Je poussai un profond soupir et, avec lui, il me sembla que je chassais des fantômes ridicules.Une voix me fit tressaillir.\u2014 Dominique ! \u2014 C\u2019était lui.C\u2019était Didier.Il m\u2019appelait du bas de l\u2019escalier.\u2014\u2022 Oui, chéri, répondis-je.\u2014 Eh bien! que fais-tu?Nous dînons.\u2014 Je viens, mon chéri, je me reposais un peu.L\u2019instant d\u2019après, nous étions réunis autour de notre petite table et Mariette nous servait des hors-d\u2019oeuvre glacés.\u2014 C\u2019est vrai, dit mon mari en m\u2019observant, tu n\u2019as pas une mine parfaite.Je souris et haussai légèrement les épaules.\u2014 C\u2019est ce temps-là .C\u2019est horriblement déprimant.\u2014 Tu crois ?\u2014 Mais oui, mon chéri.Que veux-tu que ce soit ?Je ne souffre de nulle part.\u2014 Tu ne veux pas prendre un ou deux cachets de strychnotonine ?\u2014 Non, non .Didier mangea posément ses tomates.Je l\u2019observai du coin de l\u2019oeil.Lui aussi paraissait préoccupé.Distraitement, après avoir nettoyé soigneusement son assiette, il laissa errer ses regards sur ses ongles courts .Je le regardais toujours et trouvais même extraordinaire qu\u2019il ne s'en aperçut point.Enfin, au bout de quelques instants, il leva les yeux vers moi.\u2014 Si tu le veux bien, dit-il, nous ne nous coucherons pas très tard.\u2014 Bien sûr, chéri.\u2014 Je vais avoir une journée terriblement chargée demain.Il s\u2019était écarté légèrement de la table.Je réalisai soudain qu\u2019.l n\u2019avait plus rien à manger.\u2014 Mariette! appelai-je, apportez la suite.Pendant vingt minutes, Didier et moi parlâmes des sujets les plus divers pour revenir quand même au métier en fin de conversation.Je lui citai le cas d\u2019une malheureuse obsédée que j\u2019avais vue dans la matinée; il me raconta à son tour une anecdote concernant l\u2019une de ses clientes atteinte d\u2019un cancer gangréneux et qui voulait attenter à ses jours.Enfin, après avoir fumé une cigarette, nous montâmes nous coucher.Ainsi que je le faisais chaque soir, je jetai un coup d\u2019oeil à mon agenda et je m\u2019aperçus que le lendemain était un vendredi.Brusquement, quelques mots flottèrent dans l\u2019espace .\u201cNotamment le vendredi, de quatre à six heures .\u201d Je demeurai alors étendue sur le dos plus de deux heures, ne pouvant parvenir à trouver le sommeil.Didier s\u2019était endormi moins de cinq minutes après m\u2019avoir souhaité une bonne nuit.J\u2019entendais son souffle régulier et profond.\u2014 Je suis complètement folle, pensai-je.Cet homme a la conscience tranquille, et je suis impardonnable d\u2019avoir eu le moindre doute à ce sujet.J\u2019entendis sonner deux heures du matin, puis je sombrai enfin dans le néant.Quand je me réveillai le lendemain, j\u2019étendis un bras vers ma gauche et trouvai la place vide.Didier levé, déjà ?Je consultai le réveil ; huit heures un quart ! J\u2019étais sérieusement en retard.D\u2019un bond, je m\u2019enfuis dans la salle de bains en étouffant un dernier bâillement.Dix minutes après, Didier entra en chantonnant.\u2014\tEh bien ! petite paresseuse ?Il me prit dans ses bras, tendrement.\u2014\tBonjour, mon chéri.Oh ! c\u2019est ridicule .Pourquoi ne m\u2019as-tu pas réveillée ?\u2014 Tu dormais si bien ! \u2014 C\u2019est très mal.Je suis horriblement en retard.\u2014 Bah !.Tu rattraperas le temps perdu.Lucienne t\u2019a remplacée à la séance de rayons du petit Fermat.Il n\u2019y a rien d\u2019autre pour l\u2019instant.Sur une chemise blanche impeccable, il venait de troquer sa blouse contre un veston bleu marine.\u2014 Je sors, me dit-il.J\u2019ai trois visites assez urgentes.Je ne pense pas pouvoir rentrer déjeuner avant une heure.\u2014 Encore des visites ?Chéri, quand te décideras-tu à envoyer Marchai à ta place ?\u2014 Mais oui, je le fais .Mais cette fois ce sont des cas que je tiens à avoir moi-même.Au revoir, chérie.En descendant, je vais dire à Mariette de préparer ton petit déjeuner.Mon mari rentra à l\u2019heure prévue.Il était très gai.Je lui en fis la remarque.\u2014 Il fait si beau, me dit-il, on se sent merveilleusement vivre par ce ciel.Rien de nouveau, ici ?Tu as bien travaillé ?Oui, Didier.Ah ! j\u2019aimerais que tu passes voir Mme Bruneval.Elle a un peu plus de fièvre qu\u2019hier.Cinq dixièmes.\u2014 C\u2019est entendu.Veux-tu demander le café ?\u2014 Mais tu n\u2019as presque rien mangé, chéri.\u2014 Je n\u2019ai plus faim et il faut que je me presse.Après avoir bu une tasse de café noir, il me dit : \u2014 Excuse-moi, chérie, je passe immédiatement dans mon cabinet de consultation, il y a déjà du monde.J\u2019eus brusquement envie de crier :
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