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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 2 décembre 1950
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1950-12, Collections de BAnQ.

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[" 62e année, No 29 Montréal, 2 décembre 1950 DANS CE NUMERO LE PORT DE NEW-YORK LE DERNIER CARRÉ VOYAGE HISTORIQUE A HUBERDEAU nouvelle dramatique par DENYSE RENAUD S-V 60 LE CHEF DE BANDE C e aJ AZINE NATIONAL DES CANADIENS 10 cents il» ^'j'ajoute de l'eau seulement 3 fois « par an '' ,4 Richard ,f étoiles de h de Hockey < Maurice a membre de regujc^ _ Ligue Hafou\tfour buts détenteur du n ^ comptés-,\tpossédé une P,esl-0-U* n .plus grande réserve liquide J ^^ins \u2014 et I M Us batU \u20183f0ispluslong- ,\u2019,lle fonctionne J jour ^psLnsajouUrj^- - DANS UNE AUTO EMPLOYÉE# NORMALEMENT The battery with FAITE AU CANADA Installez une Prest-O-Lite Hi-Level, la batterie qui n\u2019exige de l\u2019eau que 3 fois par an dans une auto employée normalement.Appréciez les avan-suivants: 3 fois la quantité de réserve liquide contenue dans les batteries ordinaires\u2014durée moyenne 70% plus longue*.L\u2019isolement fibre-glass conserve dans les plaques la puissance productrice ce qui favorise un démarrage rapide et un rendement sûr.Dès aujourd\u2019hui, laissez votre vendeur Prest-O-Lite installer une Batterie Hi-Level dans votre auto! PREST-O-LITE BATTERY COMPANY, LIMITED.Toronto 4\tOntario *Dans les essais poursuivis selon les exigences de la S.A.E.Life Cycle POUR LIRE EN TRAM POUR HÂTER L'ASSIMILATION *\tr,\u201cû™.avec leur * à connaître Lur nouvelle patrie.Il ne s\u2019agit pas de les déraciner brusquement, a connaître leur nouv R\tterre\tlibrement ils ont choisie pour y développement et du prestige de leur pays.En ce domaine, la ville de Medecine Hat, en Alberta, donne certainement l\u2019exemple à tout le reste du pays.Les citoyens de ce centre industriel importan emploient tous les moyens susceptibles d\u2019aider les Meo-Oanadiens a s adapter leur milieu : films, causeries, livres, dépliants, cours du soir, organismes sociaux servent à inculquer aux immigrants les connaissances élémentaires sur leur nouvelle patrie Grâce à la commission scolaire qui a mis une classe a la disposition des gens et qui a promis d\u2019absorber les déficits éventuels, une ancienne institutrice donne des cours basés sur les renseignements fournis par la division de la ci toyenneté du secrétariat d\u2019Etat.Classe peu commune que celle-là puisque 1 âge des élèves varie de 16 à 50 ans et qu\u2019ils sont de nationalités fort diverses.En effet il y a là des gens de Pologne, de Roumanie, de Bessarabie, d Ukraine de Grece e d\u2019Italie.Les métiers des élèves ne sont pas moins variés : anciens employes de ferme domestiques, garde-malades, instituteurs.Pour seconder les efforts du professeur l\u2019IODE et d\u2019autres sociétés de femmes favorisent les rencontres entre les citoyens de Medecine Hat et les nouveaux venus en notre pays.Encore une fois, ce n\u2019est pas une classe ordinaire vraiment puisque des familles entières, pere, mere Mais rien ne vaut le film pour donner une connaissance à la fois étendue et rapide du Canada.Au fait, d\u2019après l\u2019institutrice, Mme Sailer, et M.R.M.Block, directeur de la Bibliothèque de Medecine Hat, le film atteint non seulement ce but, mais encore il attire des gens d\u2019un certain âge qui, sans cela, n assisteraient pas du tout au cours.«Grâce au cinéma, précisent-ils, les Néo-Canadiens se rendent compte de l\u2019immensité du Canada et de l\u2019envergure de ses industries de même que l\u2019étendue de son développement culturel ».Or, précisément, l\u2019Office national du film a pour mission de présenter le Canada sous tous ses aspects, aux Canadiens d\u2019abord \u2014 anciens et nouveaux \u2014 puis aux étrangers.Alors ses productions répondent parfaitement aux besoins d\u2019une telle entreprise.Aussi le Conseil du film et la Bibliothèque de Medecine Hat les utilisent-ils abondamment au cours de représentations régulières ; on fera donc voir des documentaires tels que : Ouverture de la session parlementaire, Les Indiens de la côte Ouest, Portage, Produits du Canada, Oiseaux du Canada, Urnes de scrutin, Lessons in Living, L\u2019Histoire du pétrole.Ces films permettent aux nouveaux citoyens du Canada de connaître sans retard les richesses et la géographie de leur patrie d\u2019adoption.Autre preuve de l\u2019importance du documentaire cinématographique et de sa portée considérable.CONSTRUCTION D\u2019UNE MAISON EN DEUX HEURES Un logement mobile qu\u2019on peut ériger en deux heures aide à résoudre le problème de l\u2019habitation en Grande-Bretagne.Six hommes, durant ces deux heures, peuvent assembler une maison de quatre pièces absolument autonome.Connue sous le nom de \u201cTerrapin\u201d, cette maison est faite d\u2019aluminium et compte une salle commune, deux chambres à coucher, une cuisine et une salle de bain.Quand la production en atteindra le rythme maximum, chacune coûtera environ $3,200.L\u2019inventeur, c\u2019est-à-dire, le major Boult, pense qu\u2019elle sera particulièrement utile dans les régions de colonisation des pays du Commonwealth et des Etats-Unis.MORTS INUTILES L\u2019an dernier, plus de cent enfants canadiens ont succombé à la coqueluche Décès inutiles, que les parents auraient pu éviter en faisant vacciner leurs enfants Ne prêtez pas l\u2019oreille aux vieux préjugés sur les dangers de la vaccination.Celle-ci peut sauver la vie de votre enfant.Consultez à ce sujet votre médecin de famille dès aujourd\u2019hui.L\u2019IMPORTANCE DU FROMAGE Le fromage est une bonne source de calcium, de protéines, de vitamine A et de riboflavine.Il faut le faire entrer dans le régime au moins trois fois par semaine, soit seul, soit combiné avec d\u2019autres aliments.Le fromage est toujours un régal.Mangez-en régulièrement.Il est bon pour la santé et satisfait l\u2019appétit.NOTRE (OUVERTURE Imitant, comme toujours, papa et maman, Jeannot adore faire un peu de lecture au lit avant de s\u2019endormir.Tout frais et rose, ayant revêtu son pyjama aux dessins amusants, il a comme invité ce soir, son ami Fido qui partage d\u2019ailleurs tous ses jeux.L\u2019imagination de ces deux copains se plaît à broder des aventures extraordinaires autour des merveilleuses histoires du livre de contes où se réunissent tous les animaux de la basse-cour.Et voilà comment Jeannot fera de beaux rêves ! Bonne nuit, petit ! (Photo Harold M.Lambert) Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 3 IE CARNET D'UN LINGUISTE LU et ENTENDU Par ÉTIENNE LABBÉ PARESSE DE DICTION C\u2019est la même paresse de diction, probablement, qui laisse tomber les consonnes finales des noms de nombre : ctn, si, sé, hui, neu, di, \u2014 et qui fait prononcer exa pour exact.Paresse, veulerie : les mots traînent après eux des e muets comme des semelles se traînent sur un trottoir.Ce soir, à vingt-e deux heures au Parque des Princes.Il semble parfois que la vulgarité soit établie à la radio comme une tradition qu'on tient à garder fidèlement.On s\u2019y complaît à prendre le ton voyou.Le débranlé des manières accompagne l\u2019incorrection du langage.On me signale le sans-gêne de dame Radio quand elle accueille certaines personnes de qualité.Le prince de Broglie, convié naguère, à un dialogue devant le micro, fut invité à prendre la parole en ces termes : « Dites-nous, Louis de Broglie.» A la télévision, il n\u2019eût manqué que la tape sur le ventre.Au jeune radioteur qui prenait cette interview, il paraissait naturel d\u2019interpeller le grand savant comme s\u2019il se fût adressé à un coureur cycliste.Or, si tout cela finit par sembler normal, dans les studios, le public n\u2019a pas ce sentiment.Le courrier que je reçois, si abondant soit-il, n\u2019exprime pas, sans doute, l\u2019opinion des millions d\u2019auditeurs.Je suis frappé cependant de son importance, de son unanimité, enfin, de sa véhémence.La colère gronde dans certaines des lettres qu\u2019on m\u2019écrit.Les auditeurs ont l\u2019impression qu\u2019on se moque d\u2019eux.Ils considèrent que la radio est un service public mal assuré.Ils ont raison.On ne tolérerait pas, dans le service des postes ou dans celui des chemins de fer, un pareil mépris de la clientèle.\tA.Rousseaux LES RACINES GRECQUES Ce à quoi peut conduire l\u2019étude mal comprise des racines grecques : \u2014 Dites donc, sergent, qu\u2019est-ce que cela veut dire : un homme « polygame » ?\u2014 Euh.je me suis laissé insinuer que cela voulait dire : qui a plusieurs femmes.\u2014 Alors, à ce compte-là, sergent, un homme politique.\u2014 .C\u2019est celui qui a plusieurs tics, parbleu.FESSE-MATHIEU Voici l\u2019origine de cette expression, qui désigne un usurier, un avare.Saint Mathieu était, avant sa conversion, publicain, c\u2019est-à-dire collecteur des deniers publics, et, comme tel, il devint le patron des financiers, des hommes d\u2019argent.Fêter Saint Mathieu est donc synonyme de prêter à usure.Or, au lieu de dire feste-Mathieu, on a dit et écrit, par corruption, fesse-Mathieu, sobriquet qui est devenu synonyme d\u2019usurier.D\u2019autres étymologistes prétendent que fesse-Mathieu est mis pour face Mathieu, face de Mathieu, c\u2019est-à-dire qui a une figure de Mathieu, d\u2019usurier.La première étymologie semble préférable.LE CRI DES ANIMAUX Il y a un mot pour désigner l\u2019action de la plupart des animaux exprimant leur désir, leur émotion, leur frayeur, leur faim, leur douleur.En voici une liste aussi complète que possible : L\u2019abeille, le bourdon, la mouche bourdonnent ; l\u2019aigle trompette, glatit ; l\u2019alouette grisole, tirelire ; l\u2019âne brait, rudit, renable ; la brebis bêle ; le boeuf beugle, mugit ; le buffle souffle, beugle ; le butor butit ; la buse piaule ; la caille margotte, margaude, carcaille, courcail-le ; le canard nasille, couincouine ; le cerf brame ; le chat miaule, ronronne, file au rouet, gronde, jure ; le chat-huant hulule; le cheval hennit, s\u2019ébroue, piaffe, ronfle, souffle, renâcle, casse la noisette ; la chèvre bêle ; le petit chien jappe ; le gros chien aboie, appelle, hurle, gronde, clabaude (à la chasse) ; la chouette hue, chuinte, froue ; la cigogne craque, craquette, claquette ; le cochon, le pourceau grogne, grouine ; la colombe roucoule, gémit ; le coq chante, coquerine, coque-line ; le coq de bruyère dodeldit ; le corbeau croasse, coraille, graille ; la corneille braille, babille ; le coucou coucoule ; le criquet stridale ; le crocodile se lamente, pleure ; le daim brame, rait ; le dindon glougoute ; l\u2019éléphant barrit, barète ; l\u2019épervier piaule, glapit ; le faon râle ; le geai cajole, fri-gulote ; la gelinotte glousse ; la grenouille coasse; la grue glapit, trompette, craque ; le grillon gré-sillonne, craque, craquette ; le hibou hulule, bouboule, hue ; l\u2019hirondelle gazouille, trinsotte, trisse ; la huppe pu-pule ; l\u2019hyène rit, pleure ; le lapin glapit ; le lion rugit ; le loriot et le merle sifflent ; le loup hurle ; le moineau pépie ; le paon braille ; le perroquet cause ; la pie jacasse ; le pigeon roucoule ; la poule glousse ; les petits poulets piaulent ; le renard glapit ; le rossignol ramage ; le rouge-gorge coq uerine, c o-queline ; le sanglier grommelle ; le serpent siffle ; le taureau, la vache mugissent, meuglent.ETIQUETTE .Petit écriteau que l\u2019on met sur des sacs d\u2019argent, des marchandises, etc.Nous rapportons, sans la discuter, l\u2019étymologie que l\u2019on donne de ce mot.Autrefois les procédures s\u2019écrivaient en latin, et l\u2019on mettait sur le sac qui les contenait ces trois mots : est hic ques-tio, ici est la question entre un tel et un tel.Souvent on écrivait, par abréviation : est hic quest., et des praticiens ignorants finirent par mettre étiquet, étiquette.De là le nom d\u2019étiquette donné ensuite à toute marque distinctive.L\u2019ARGOT Dans l\u2019argot des marchands, un rossignol est une article vieilli, qui a traîné sur les rayons des magasins.Monsieur.\u2014 Pas bien jolis, ces rideaux, que tu viens d\u2019acheter.Madame.\u2014 Tu es bien difficile si cette étoffe à ramages ne te plaît pas.Monsieur.\u2014 A ramages ! Parfaitement ! le marchand t\u2019a glissé un rossignol.Ronson Art Métal Works (Canada) Ltd., Toronto, Ont.LES DIMENSIONS DES RONSONS ILLUSTRES SONT REDUITES.Pressez, il s'allume! Relâchez, il s'éteint! Bîi/ititmiYiW pour tous vos amis à Noël Le RONSON PENCILITER.IL allume .il écrit! En plaqué de Rhodium $15 Le RONSON LEON A.Bnquet de table.Plaqué d\u2019argent rehaussé d\u2019émail coloré.$12 Le ronson standard.Briquet pour le goussetou le sac h main.Fini satiné.$6.85* Choisissez un Ronson LE MEILLEUR BRIQUET AU MONDE Enrg.Il n\u2019y a rien comme un Ronson pour rendre les gens heureux .à Noël et longtemps après! Chaque Ronson, qu\u2019il coûte $5.00 ou $32.50, est un bijou de précision, fabriqué pour vous fournir des années de service fiable.Chaque fois qu\u2019on s\u2019en servira, on pensera à vous.Vous trouverez un Ronson pour chacune des personnes dont vous avez le nom sur votre liste.Recherchez la marque de commerce ronson.n banker.Sujet pour le goua-guilloché.$8.85* z棣& iué d\u2019argent Comprenant le \"Plastikit\" contenant des pierres, une mèche, un passe-mèche, une brosse.Ecoutez les émissions Ronson\u2014\u201cLe Journal de Claude-Henri Grignon\u201d chaque semaine à CKAC, Montréal; CHRC, Québec; CKRS, Jonquière; ainsi que \u201c20 Questions\u201d le samedi soir (lundi soir à Vancouver) sur le réseau dominion de Radio-Canada. LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de PA.B.C., et de PAssociation des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985, RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 T é I : PLateau 9638 * * FRED & GEORGES POIRIER Propriétaires JEAN CHAUVIN Directeur Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Drummondville, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) ADELARD PARE 6, rue du Pont, puébec ( Çuébec et Lévis I \u2022 PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Philippe.Trois-Rivières ( Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Autorisé comme envol postal do la deuxième classe.Ministère des Postes.Ottawa.# Entered at the Post Office of St.Albans, Vf., as second class matter under Act of March 1879 \tABONNEMENT\t \tCANADA\t Un\tan\t\t$3.50 Six\tmoi* -\t\t2.00 \tETATS-UNIS\t Un\tan\t\t$5.00 Six\tmois\t\t2.50 \u2022 AU NUMERO: 10 cents \u2022 HEURES DE BUREAU : 9 h.a.m.à 4.45 h.p.m.du lundi au vendredi.\u2022 AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.62e année, No 29 \u2014 Montréal, 2 décembre 1950 EDITORIAL D\u2019UN SAMEDI A L\u2019AUTRE ''Souliers d'boeu'' et \"souliers fins\u201d SOUS le pseudonyme de Bertrand Vac, le docteur Aimé Pelletier, avec son roman, \"Louise Genest , apporte une nouvelle et intéressante démonstration à l'effet de laquelle une littérature canadienne d'expression française ne signifie pas nécessairement l'atrophie de notre parlure.Le docteur Pelletier, pour autant que nous sachions, est tout l'opposé de ces puristes à rebours qui rêvent de génération spontanée en matière de langue.En tout cas, et sans chercher à le mêler au drôle de projet d'une langue canadienne, nous pouvons avancer qu'il peut être lu partout, dans le monde, de ceux qui entendent le français, ce français que M.Grignon, on ne sait trop pourquoi, qualifie d'officiel.Bref, \"Louise Genest , comme du reste \"Un homme et son péché\" (le roman et non le feuilleton radiophonique), sont deux ouvrages canadiens, écrits en français, en un français épicé de canadianismes, mais en français tout de même, avec cette différence, toutefois, que le docteur Pelletier s'en rend bien compte et que M.Grignon, semblable à M.Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, vient de découvrir qu'il écrit, non pas en français, mais en canadien \u2014 en canayen , pour parler \"dret et fort\" comme lui.Mais ce n'est pas tout dë parler \"dret\", ou même \"avec son coeur\" : il faut aussi, et surtout, ainsi que le fait remarquer si souvent Séraphin à sa tendre épouse, parler \"avec sa tête\".Quand, avec Germaine Guèvremont, Claude-Henri Grignon s'extasie devant les mots drove et poudrerie, les \"souliers fins que nous sommes appréhendent que le sortilège fasse perdre prise à la logique, sinon au simple bon sens.Tout bien considéré, une centaine de canadianismes (et je suis bien généreux), fussent-ils de meilleure frappe, ne constituent même pas l'embryon d'une langue autochtone.La morphologie, qu'un homme, ou une femme de lettres ne peut traiter par-dessus la jambe, nous rappelle trop bien qu'une langue ne s'improvise pas comme un outil que requiert une situation d'urgence.Que notre français, au cours de son évolution, soit destiné à se désintégrer au point de favoriser l'épanouissement d'une langue nettement canadienne, la chose est possible, mais personne ne saurait dire quand, ni comment.En attendant, la vie continue et tout ne se passe pas comme dans les romans ré-gionalistes.Exception faite des \"purs\" qui entendent demeurer systématiquement \"souliers d'boeu\", le pédagogue, le prédicateur, le magistrat, le conférencier, le journaliste, l'écrivain même, qui ne fait pas dans la catalogne, ne se soucient guère d'un avenir aussi lointain, aussi aléatoire : il leur faut une langue, et il arrive que le français, que nous parlons et écrivons plus ou moins bien, \u2014 comme ailleurs, du reste \u2014 est tout indiqué.Ils s'en servent donc du mieux qu'ils peuvent, sans s'amuser à jouer les lexicographes, leur gibier étant d'un autre ordre.Comme ils n'ont ni le goût, ni le temps de le dire, nous pouvons bien le faire pour eux : ce projet d'une langue canadienne cultivée en serre leur apparaît comme une absurdité.Que la littérature régionaliste y voit son profit, d'accord.Mais de là à nous faire considérer les avantages de la petite industrie pour des besoins nationaux, il y a de la marge, beaucoup de marge.Ainsi, croyons-nous, eût parlé Olivar Asselin qui s'y connaissait autant que quiconque en fait de bon français et de pittoresque parlure.Un louable projet LORS d'une session de l'UNESCO à Paris, M.Pierre Frieden, ministre de l'Education nationale au Luxembourg, a annoncé la création d'un Institut luxembourgeois universitaire d'initiative privée, avec mission d'étudier les problèmes de rapprochement des peuples.Parmi les premiers projets de l'institution, figure le Livre de la paix dont l'idée émane de M.Frieden.Le gouvernement luxembourgeois a accordé les fonds pour cette anthologie de la paix qui rassemblera les plus beaux textes du monde s y rapportant.Le Livre de la paix paraîtra d'abord en français et puis dans d'autres langues.Il est destiné au^ public, mais son but essentiel est d'être transformé en manuels d'histoire pour l'enseignement à tous les degrés.Désormais, les jeunes, trop gaves d histoire de.batailles et de guerres, se formeraient à l'étude des grandes oeuvres de la paix et de la solidarité humaine.Cet entrefilet, paru récemment dans une publication française, dit assez éloquemment qu'un profond et sincère désir de paix cherche à s'infiltrer, malgré tout, à travers cette psychose de guerre dont tout le monde en général, et la vieille Europe, en particulier, sont si fatigués.Au premier coup d'oeil, le Livre de la paix, ainsi conçu, peut nous sembler comme étant le produit d'une philosophie par trop idéaliste.Quand même, et à y regarder de plus près, pourquoi cette idée de créer un climat de paix ne serait-elle pas cultivée et répandue par les puissants canaux des mass-midia, dont le manuel scolaire à toutes ses phases, précisément ?Voltaire a dit que l'histoire est une suite ininterrompue de sottises et de méchancetés, ce qui est vrai dans une large mesure quand on s'abandonne au pessimisme; mais l'histoire, en revanche, est comme le monde : elle offre à ceux qui veulent et savent voir, c'est-à-dire aux optimistes dont nous sommes, d'inoubliables modèles de bonté et de beauté.Et, si tant est que cette même histoire est un réservoir de possibilités, pourquoi ne pas y puiser de préférence ce qui réconforte, ce qui apaise ?L'initiative que lance l'Institut sus-mentionné répond, dans ce cas, et en temps opportun, au pressant appel.Il est bien vrai que les hommes ne demandent qu'à s'entendre, à condition qu'on ne leur monte pas la tête.Ne pas leur monter la tête.c'est sans doute ce à quoi vise le Livre de la paix : insister moins sur les carnages et situer dans le meilleur éclairage les faits et gestes transcendants de l'humanité.Assurément, il ne s'agit pas de tronquer la vérité historique, mais, puisque l'historien doit inéluctablement faire un choix, pourquoi ne pas le faire, ce choix, dans le sens de l'universelle aspiration : la Paix ?Tout doit s'écrire, attendu que ce serait se leurrer puérilement que de mentir par omission.Cependant, rien n'empêche qu'on le fasse en ne perdant pas de vue le sage conseil du proverbe arabe qui nous invite à écrire du prochain, ses méfaits sur le sable et ses bienfaits sur la pierre.Telle nous paraît être l'idée de M.Frieden.Voilà pourquoi nous y souscrivons de tout coeur.Mode et humour LES caprices de Dame Mode sont bien éphémères.Ainsi, l'an dernier à Londres, le dernier cri, pour les élégantes, consistait à porter la robe du soir écourtee dont la vogue était alors si considérable, à ce qu'en disait un communiqué, que les grands restaurants de la capitale anglaise se virent forcés d'adoucir l'antique règlement qui exigeait le contraire.Et, chose étonnante, il paraît que cela dure, ius-qu'à quand?Dieu seul et les grands couturiers le savent, mais pas les filles d'Eve, soyons-en bien assurés.Badinant sur ces tenues de gala, un humoriste avait dit : \"Ne me parlez pas de ces robes qui com- mencent à peine et n'en finissent plus\".Qu'en dirait-il aujourd'hui, le pôvre / Que tout passe .y compris les prétextes à bons mots, bien que la faculté créatrice de la bonne humeur soit aussi féconde que celle de Dame Mode dont le thème, en somme, est assez circonscrit.Gérald DANIS tSSSSSSU mwÿà UN SYMBOLE DE LA HARDIESSE AMERICAINE Jtlffv %0krSS3B£i Æ jpjgg LE PORT DE NEW-YORK par ROBERT PREVOST Les étrangers qui voient New-York pour la première fois en reviennent avec des impressions diverses ; les uns condamnent la masse froide et sans âme des gratte-ciel ; les autres y trouvent le symbole de l\u2019esprit d\u2019entreprise de la jeune république américaine et de la hardiesse de ses ingénieurs.Il est cependant un point sur lequel tous s\u2019entendent : c\u2019est l\u2019importance du rôle économique que joue le port.Mais ce port, appartient-il vraiment à la métropole ?Il y a plus d\u2019un siècle, déjà que le contraire a été démontré judiciairement.La législature de l\u2019état avait accordé à Fulton et à Livingston le privilège, exclusif de la navigation à vapeur sur l\u2019Hudson, et elle ne faisait pas d\u2019exception pour les caboteurs qui longeaient la côte du New-Jersèy.Tout steamer qui n\u2019appartenait pas à la flotte FuHon7Livingston et qui pénétrait dans la rivière le faisait au risque de poursuites.L\u2019établissement de ce monopole, on le conçoit, souleva les plus violentes protestations, et c\u2019est un capitaine d\u2019originé hollandaise, Cornelius Van Derbilt, qui brava la législature en fournissant aux juges l\u2019occasion de se prononfcer.Van Derbilt pilota son « Bellona » jusque dang*lé pgrtsinême et l\u2019amarra à l\u2019un des quais.Pendant qu\u2019il se dissimulait derrière un panneau mobüe, à bord même de son vaisseau, pour échapper aux recherches dé la police, l\u2019un des membres de son équipage, Thomas Gibbon, portait sa supplique devant les tribunaux.Ceci permit à Daniel Webster d\u2019étayer l\u2019un des plus forts réquisitoires de sa brillante carrière.Le juge en chef John Marshall, de la Cour Suprême, condamna 1 attitude de la législature new-yorkaise, la qualifiant même de répugnante à l\u2019égard de la constitution américaine Bientôt, des centaines de vapeurs labouraient librement les eaux de la rivière Hudson.Le port de New-York n\u2019est donc pas la propriété exclusive de la métropole, pas plus que la statue de la Liberté, qui dresse son flambeau au-dessus de 1 île voisine de Bedloe.Voilà bien l\u2019impression que 1 on ressent lorsque, posté au sommet d\u2019un gratte-ciel, notre regard se porte sur la circulation intense qui donne au plus grand port du monde une constante effervescence.Quatre rivières, autant de détroits, huit baies spac.eu-et 520 milles de voies navigables mouillent les rives ,\tort d\u2019une superficie de 1,500 milles carres, et ce, dans im rayon de 25 milles de la pointe de Manhattan De l\u2019autre côté de l\u2019Hudson, à Jersey-City, on aperçoit l\u2019une des plus importantes cours de triage qui forment les artères côtières du port.Un peu plus haut se distingue une usine d\u2019assemblage pour autos ; des centaines de véhicules attendent, sur des barges, le moment d\u2019être transbordés sur des vaisseaux qui les débarqueront à Calcutta ou au Caire.Tout près, sur un quai, cent wagons tout chargés sont montés sur un navire qui les conduira, dans une semaine, à la Nouvelle-Orléans.Au loin, un svelte destroyer glisse sous lé fabuleux pont de Brooklyn, vers les chantiers maritimes du même nom, suivi de trois modestes chalu- Photo du haut, à gauche, quelques remorqueurs amarrés sous le fameux pont de Brooklyn.\u2014 A droite, à travers la grille ornementale qui encadre la plate-forme d\u2019observation d\u2019un gratte-ciel, on aperçoit un coin du port.\u2014 Ci-contre, à l\u2019ombre de la stature géante des gratte-ciel, se profilent des quais où viennent s\u2019immobiliser les 7,000 vaisseaux qui relient New-York aux autres ports du monde.¦ fe t?l fcittfiû'* p uib11}.' SwSSBSSl' SttUG-\u2019EAti' tiers qui apportent leurs prises au marché à poisson Fulton.C\u2019est cependant dans la baie supérieure que le mouvement se fait le plus intense.Justement, l\u2019un des 7,000 océaniques qui relient New-York aux ports mondiaux vient de laisser la quarantaine, au large de Fort-Wads-worth.Une bouffée de fumée blanche révèle que sa sirène se fait entendre, bien que sa voix ne puisse nous atteindre au haut de notre poste d\u2019observation ; en guise de réponse, un cargo change sa course pour lui livrer passage ; il s\u2019agit d\u2019un C-2, apportant vers les usines de torréfaction d\u2019East River des tonnes de café brésilien provenant de Santos.A travers les myriades de remorqueurs, de traver-siers et d\u2019embarcations de toutes sortes surgissent des centaines de réservoirs flottants.Ce sont des barges de pétrole, de gazoline, de lubrifiants et d\u2019huile à chauffage, le produit de l\u2019un des plus grands centres de raffinage et de distribution de pétrole au monde.Voici quelques-unes seulement des scènes que l\u2019oeil peut capter quotidiennement du sommet d\u2019un gratte-ciel new-yorkais.On comprend facilement, à observer ainsi le mouvement maritime, pourquoi le quart du commerce d\u2019importations et d\u2019exportations de la république voisine \u2014 soit pour une valeur de plus de sept milliards de dollars de marchandises \u2014 passe par New-York chaque année.Quel progrès, depuis trois siècles, alors que la cargaison d\u2019un voilier se composait généralement de quelques- milliers de peaux de castors et de billes de chêne ! Et tout ceci, c\u2019est la main de l\u2019homme qui l\u2019a fait ; c\u2019est le résultat de trois siècles de travail incessant et de placement de capitaux.Les puissants remorqueurs 1 qui vont et viennent inlassablement coûtent bien,$375,-000 chacun ; le transport de café que nous avons aperçu il y a un instant a exigé une dépense de trois millions ; à lui seul, le luxueux paquebot \u201cAmerica\u201d représente un déboursé se chiffrant à $18,500,000.Bref, les vaisseaux, les quais, les édifices, les ponts et le* réseaux ferroviaires de ce port valent des centaines de milliards de dollars.Voilà ce que nous pouvons apercevoir quand la curiosité nous conduit sur le toit d\u2019un gratte-ciel new-yorkais.Ce .te fresque de l\u2019industrie, du progrès et du génie humains ne peut laisser froid même le plus blasé des voyageurs. 6 Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 .Ci-dessus, cet aveugle apprend le braille dans son camp.Toute sa famille a disparu pendant la guerre; il a perdu la vue dans un camp de concentration nazi.\u2014 Ci-contre, ce chimiste et cette étudiante font partie de ceux qui voient leurs possibilités d'émigration, dans les différents pays d'accueil, considérablement diminuées par la nature même de leur profession.\u2014 Ci-dessous, à g., un amputé s'est fait apprenti chez le tailleur du camp.\u2014 Au centre, un autre amputé qui espère refaire sa vie, mais ce train qui emporte des réfugiés vers de nouveaux horizons n'est pas pour lui.\u2014 A d., un autre apprend à tisser dans une des écoles professionnelles de l'O.I.R.LE DERNIER CARRE VIVRE, MALGRE TOUT.En Europe, dans les camps de réfugiés, il ne reste plus maintenant que ceux qui, depuis des années, essayent en vain de trouver la possibilité de refaire leur vie.C\u2019est le dernier carré des personnes déplacées, le groupe des malchanceux.Ce sont les vieux, les malades, les mutilés, les aveugles ; ce sont aussi les techniciens, ceux qui ont des professions spécialisées, et leurs familles.Leurs chances d\u2019émigrer diminuent tous les jours.Hommes, femmes et enfants, ils sont 25,000.Un certain nombre d\u2019entre eux devront recevoir des soins pour le reste de leurs jours ; les autres sont des travailleurs habiles, ou du moins sont capables de recommencer à gagner leur vie.Tous, ils ont le désir et la volonté de fournir leur contribution à la communauté qui les accueillera.Aucun ne marchandera ses efforts ou sa peine.L\u2019Organisation interna ionale pour les réfugiés (O.I.R.) leur procure dans les camps les soins médicaux nécessaires, et une instruction professionnelle ; mais, l\u2019O.I.R.doit avoir terminé ses travaux dans quelques mois, et leur destin dépend entièrement de la générosité avec laquelle les divers pays accueillant des réfugiés ouvriront leurs portes à ces infortunées victimes de la guerre.Grâce à un appel de l\u2019O.I.R., des membres de ce dernier carré des personnes déplacées sont déjà partis ou partiront bientôt pour quatre différents pays : la Belgique prendra soin de 75 des réfugiés les plus âgés ; Israël va recevoir tous les Juifs et leurs familles ; la Norvège accueillera 100 aveugles et leurs parents, la Suède soignera 150 tuberculeux et fournira des maisons à leurs familles.Ces photographies montrent quelques cas typiques du groupe de ceux qui restent.Ils ne pourront entrevoir qu\u2019un avenir d'apatrjdes tant qu\u2019il n\u2019y aura pas plus de nations à vouloir les aider., s» te&tnajion-and reseîik ^\tV î-w, mss.^%g&er - : ' -Pe^Ss.* ¦%**?* '>>U ïÉPr Ci-dessus, les Collèges King et Clore qui font partie de la célèbre université de Cambridge.La grande tradition de sa vie universitaire remonte au début du XIIle siècle.Mais en dépit de son ancienneté, cette institution doit ses principales gloires à l'ère victorienne, alors qu'elle a reçu ses beaux vitraux de trois artistes célèbres du groupe des Préraphaélites : William Morris, Burne-Jones et Ford Madox Brown.Il est bien intéressant de voir comment se manipule le métal en fusion sortant des hauts fourneaux dans une grande usine de l'industrie lourde, mais le public n'y est pas admis comme dans un atelier de dentellerie, et ce, pour les raisons qu on peut imaginer.C'est ici, encore une fois, que l'intervention de la télévision s avère précieuse.Cette photo, nous montre, à gauche et au bas, l'appareil et «es techniciens dans une usine anglaise captant l'impressionnante image à l'intention de l'auditoire invisible.I ' jâ.- Ci-contre, une toute jeune personne en train de faire une belle surprise à sa maman.La petite Anne, prépore toute seule un gâteau qui, du moins elle l\u2019espère, sera magnifique.Elle a mélangé le sucre, le lait, la farine et les jaunes d'oeufs, dans un grand bol et battu les.blancs dans un autre plus petit.Mais peut-être vaudrait-il mieux: que sa maman arrive avant qu'elle» ne mette sa pâte au four.Ci-dessous, une scène qui se déroule quelque part sur le front de Corée : un groupe de soldats américains inspectent le bon travail de destruction accompli par leurs camarades, au cours de la nuit précédente.Ces deux chars d'assaut des armées nord-coréennes sont désormais hors de combat.Spy*!»** mumm 'm* ¦** .ÿ***tW.\u2022jpn iiW'î ISÉsfe* § » \u2022'* *, Ci-dessous, une photo prise è la lumière du soleil de minuit, dont les rayons éclairent les neiges éternelles du mont Kebnekaise.le plus haut sommet de la massive chaîne de montagnes de la Laponie, au nord de la Suède.De nombreux touristes ont quitté Stockholm par avion afin de contempler cet excep-tionnel spectacle, l'un des plus étranges qui soient au monde.mm.ZÊtMiï te 14 Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 LE ROMAN D'UN JEUNE HOMME RICHE [ Suite de la page 9 ] une fois, une femme semblait le trouver à son goût sans savoir qui il était ! Et quelle femme ! Elle était diablement gentille, cette petite.Machinalement, Paul se la représentait sous d\u2019autres vêtements, entourée de ce luxe qui embellit les plus insignifiantes et qui ajoute aux plus jolies ce que le soleil ajoute au paysage qu\u2019il caresse de ses rayons d\u2019or.Cependant, le père Landry ajoutait : \u2014 Peut-être qu\u2019on vous attend chez vous ?B.en sûr, si vous êtes marié, faudrait pas que votre dame s\u2019inquiète ! \u2014 Je ne suis pas marié, répondit Paul.Je suis absolument libre.Il se reprit vivement : \u2014 Autant du moins qu\u2019on puisse l\u2019être quand il faut travailler pour gagner sa vie ! \u2014 Bah ! tout le monde en est là, ou presque ! Sans indiscrétion, qu\u2019est-ce que vous fa tes, monsieur Régnault ?Paul Couturier s\u2019empressa de réitérer le mensonge qu\u2019il avait imaginé à l\u2019usage d\u2019Yvonne.\u2014 Je suis professeur chez Persigny.Permis de conduire en cinq leçons ! \u2014 Ah ! ah ! fit le vieil homme en hochant la tête.C\u2019est un bon métier, ça ?\u2014 Mon Dieu! comme çi, comme ça.On gagne tout juste de quoi vivre, par les temps qui courent.\u2014 En tout cas, on se nippe ! déclara Landry avec un clin d\u2019oeil malicieux vers l\u2019élégant costume du jeune homme.Celui-ci marqua un léger embarras -\u2014Il faut ça, vous savez.Le patron l\u2019exige à cause de la clientèle.\u2014 Je comprends, je comprends ! Mais dites, faudrait pas que ça vous empêche de dîner ici.à moins que vous ne nous trouviez pas assez ch'cs ! \u2014 Oh ! monsieur Landry, comment pouvez-vous croire.\u2014 Alors, vous acceptez ?\u2014 Ma foi, puisque vous insistez si aimablement, j\u2019accepte avec plaisir ! \u2014 A la bonne heure ! ça, c\u2019est gentil 1 Ne bougez pas.et toi, Yvonne, reste tranquille, rapport à ta jambe.Je vais m\u2019occuper de tout.Ça me connaît ! Il hésita un instant.\u2014 Je vous demanderai simplement de m\u2019aider à mettre le couvert.Vous comprenez, faut pas qu\u2019Yvonne se remue trop ! \u2014 Mon oncle, tu n\u2019y penses pas ! intervint la jeune fille.\u2014 Eh bien, quoi ! M.Régnault sait ce que c\u2019est ! Probable qu\u2019il n\u2019a pas de larbins pour faire son ménage, lui non plus.Paul acquiesça en souriant.L\u2019aventure l\u2019amusait par son imprévu.Elle lui semblait aussi pittoresque que s\u2019il eût dîné, \u2014 lui, l\u2019habitué des restaurais à la mode, \u2014 au fin fond de l\u2019Afrique, sous la hutte de quelque sauvage.Ses amis riraient bien quand il leur conterait l\u2019histoire ! En attendant, il aida à mettre le couvert, et bientôt la soupière déroula sur la nappe sa fumée blonde.Le repas fut cordial.Paul s\u2019amusait plus qu\u2019il ne l\u2019eût cru et donnait tous ses soins à tenir sans défaillance son rôle de pauvre diable.Landry bavardait à tort et à travers.Yvonne parlait peu, mais rien de ce qu\u2019elle disait n\u2019était vulgaire ni banal.A défaut d\u2019instruction très poussée, 11 y ava't en elle une finesse d\u2019intuition et une délicatesse de coeur que bien des femmes du monde auraient pu lui envier.Le repas achevé, Land-y alluma sa pipe.Il regarda son invi1 é en se grattant le menton.Au cours du dîner, il avait remarqué que le soi-disant Régnault contemplait Yvonne avec intérêt.Or, l\u2019excellent homme voyait un parti possible pour sa nièce dans tout jeune homme b en tourné que le hasard lui faisait rencontrer.Aussi essaya-t-il de faire ressortir les mérites d\u2019Yvonne \u2014 Ma nièce est une brave enfant, monsieur Régnault ! Comme qui dirait la consolation de mes vieux jours ! \u2014 Mon oncle, je t\u2019en prie ! \u2014 Eh ! c\u2019est la vérité, petite ! Faut toujours dire la vérité.Pas vrai, Monsieur Régnault ?-\u2014 Mais bien sûr ! \u2014 Yvonne est une perle.Puisque c\u2019est vrai, pourquoi que je le dirais pas ?Intelligente, travailleuse, bonne ménagère.et puis tout, quoi ! Quand je pense qu\u2019elle ne gagne que six cents francs par mois chez ce radin de Couturier.Paul sursauta.Mais le père Landry ajouta vivement : \u2014 Oh ! elle peut prétendre à mieux que ça, monsieur Régnault ! Si elle reste dans cette sale boite, c\u2019est que, du moment, les bonnes places sont rares.Mais que les affaires reprennent un peu, et vous verrez si elle ne gagne pas le double dans une autre maison ! Les usines Couturier, voyez-vous, c\u2019est guère intéressant pour le personnel.Le jeune millionnaire était mal à l\u2019aise.Pensant détourner la conversation, il interrogea : \u2014 Comment Mlle Landry a-t-elle eu l\u2019idée d\u2019entrer aux usines Couturier ?\u2014 Mais parce que j\u2019y étais moi-même ! s\u2019écria le vieux.Quarante ans que j\u2019y ai passés, monsieur ! Comme apprenti d\u2019abord, et puis comme ouvrier, comme contremaître.A la fin, j\u2019étais chef d\u2019atelier.Même que j\u2019ai bien connu l\u2019ancien patron, le père du patron actuel.\u2014 Ah ! fit involontairement Paul.\u2014 Oui.C\u2019était un bon bonhomme.Pas toujours commode, mais juste avec l\u2019ouvrier.Quand je suis parti de l\u2019usine, il y a cinq ans, il m\u2019a fait appeler dans son bureau et m\u2019a dit comme ça : « Père Landry, vous êtes un brave homme et un collaborateur modèle.Je tiens à ce qu\u2019on se quitte bons amis tous les deux.» Et il m\u2019a serré la main.et puis il m\u2019a fait une rente de cinq cents francs par mois.Ah ! oui, c\u2019était un bon bonhomme.Dommage que son fils ne lui ressemble guère ! Paul Couturier sentit le rouge lui monter au front.Mais il se rappela fort à propos qu\u2019il n\u2019était pour l\u2019instant que le sieur Régnault, professeur d\u2019auto, et il se borna à questionner : \u2014 Vous le connaissez?\u2014 Qui ça ?Le fils Couturier ?Non, je ne l\u2019ai jamais vu et je ne tiens pas à le voir.Mais j\u2019en ai causé avec des copains qui travaillent toujours à l\u2019usine et que je rencontre quelquefois.Parait que c\u2019est un jeunot, un crâneur qui n\u2019a jamais rien fait de ses dix doigts et qui s\u2019imagine que c\u2019est arrivé parce qu\u2019il a trouvé les millions du papa dans son berceau.Le vieux, lui, avait travaillé dur pour réussir et il bossait dix heures par jour.Le jeune vient à l\u2019usine quand il y pense, et je parie qu\u2019il serait bien incapable de distinguer une poinçonneuse d\u2019un distributeur de caramels mous ! \u2014 Mon oncle ! reprocha doucement Yvonne.Tu t\u2019énerves, tu t\u2019excites.I! ne faut pas te mettre dans des élats pareils ! L\u2019ancien contremaître se calma progressivement.\u2014 C\u2019est vrai, je m\u2019emballe et ça ne sert à rien.Ce que je voulais dire, monsieur Régnault, c\u2019est que celui qui n\u2019a jamais travaillé ne mérite pas d\u2019avoir de l\u2019argent.L\u2019argent, c\u2019est pas tout de le dépenser.S\u2019agit encore de le gagner.C\u2019est bien votre avis ?\u2014 Heu.oui, évidemment! répondit Paul sans conviction.Il y eut un court silence.Le jeune millionnaire digérait péniblement les propos du père Landry.C\u2019était la première fois que l\u2019on tenait devant lui un pareil discours, et, pour un peu, il aurait crié au sacrilège.\u2014 Et vous, mademoiselle ?fit-il en se tournant vers Yvonne avec un pâle sourire.Etes-vous aussi d\u2019avis que ce Paul Couturier est un triste personnage ?Yvonne secoua pensivement sa jolie tête.\u2014 Mon oncle n\u2019a pas dit cela, monsieur, et je ne le pense pas davantage.Mais je crois comme lui qu\u2019un homme n\u2019est vraiment digne d\u2019occuper une haute situation que s\u2019il a lutté pour la conquérir ou pour la conserver.Ce qu\u2019on a sans avoir rien fait pour le mériter, c\u2019est un peu comme si on l\u2019avait volé à de plus courageux, à de plus dignes.Je ne connais pas M.Couturier et je ne le connaîtrai jama's.Tout de même, il me semble qu\u2019à sa place, je rougirais de rester oisif alors que tant de pauvres diables travaillent si rudement pour moi.J\u2019aimerais à m\u2019occuper d\u2019eux, à prévenir leurs demandes, à leur rendre la vie un peu plus douce.Ce doit être si bon de faire des heureux ! Jama's encore Paul n\u2019y avait pensé.Il esquissa un geste vague.Yvonne reprit : \u2014 Je suis sûre que si vous étiez à la place de M.Couturier, vous auriez à coeur d\u2019agir mieux que lui.Avant que le jeune homme eût à répondre, Landry s\u2019écria : \u2014 Laisse donc, ma petite fille ! Tu dis des bêtises grosses comme toi ! Tu vois M.Régnault patron d\u2019une usine et remuant les millions à la pelle ?Sauf votre respect, il y a de quoi faire rigoler les mouches ! Paul ne put réprimer une grimace et la conversation languit jusqu\u2019au moment où le soi-disant Régnault se leva pour prendre congé.\u2014 Maintenant que vous connaissez le chemin de la maison, j\u2019espère que vous y reviendrez ! déclara l\u2019ancien contremaître.\u2014 Vous n\"us ferez toujours plaisir.ajouta Yvonne, timidement.Il sentit trembler dans la sienne la main fraîche de la jeune fille, et soudain son irritation s\u2019envola comme par miracle.Les propos irrévérencieux du père Landry s\u2019estompaient, d sparais-saient de sa mémoire.Il n\u2019entendait plus que la voix musicale de la petite, pareille au ruissellement argenté d\u2019une source.Il ne voyait plus que son exquis visage nimbé de cheveux blonds « Décidément, songeait-il, c\u2019est un bijou, cette gosse! Joie, pas bête malgré ses idées romanesques.Et avec ça, elle doit porter la toilette mieux que Lucienne ! Si on la conduisait chez un grand couturier, elle n\u2019aurait pas de peine à dégoter les femmes les plus élégantes de Paris ! s> Car notre jeune millionnaire était a.nsi fait que la vanité tenait une place prépondérante jusque dans ses préoccupations sentimentales.D\u2019autres, en voyant Yvonne, auraient songé : Quelle compagne délicieuse elle ferait ! » Lui pensait simplement : « On aurait plaisir à se montrer avec elle à Deauville ou à Juan-les-Pins ! » Telles étaient les réflexions de Paul Coutur er, tandis qu\u2019il remontait à vive allure les Champs-Elysées presque dé-ser s où les grands marronniers dressaient leurs silhouettes dépouillées par 1 automne.On eut dit une assemblée méditative tenue sous la présidence de la lune dont le disque pâle brillait faiblement sur un ciel gris.Au meme moment, Yvonne, dans sa petite chambre, cherchait vainement le sommeil qui s\u2019obstinait à fuir ses paupières.« Mme Paul Régnault.Mme Paul Régnault ! murmurait-elle en joignant les mains.Oh ! mon Dieu.ce serait trop beau.je n\u2019ose pas y croire ! » L'HOROSCOPE DU \"SAMEDI\" (Nouvelle série) 5\t2\t8\t4\t3\t6\t2\t7\t5\t3\t6\t2\t8\t4\t5\t2 V\tU\tG\tU\tB\tA\tN\tU\t0\t0\tG\tB\tA\tN\tS\tI 8\t4\t6\t2\t7\t3\t6\t5\t2\t8\t5\t3\t2\t5\t4\t6 I\tE\tR\tE\tN\tN\tE\tE\tN\tN\tP\tN\tF\tA\tG\tA 2\t6\t4\t3\t5\t7\t2\t6\t5\t3\t8\t2\t5\t4\t6\t2 A\tB\tR\tE\tR\tE\tI\tL\tG\tN\tI\tT\tN\tA\tE\tN 8\t4\t3\t6\t2\t5\t7\t3\t6\t2\t5\t4\t8\t2\t5\t4 N\tN\t0\tR\tE\tE\tL\tU\tE\tS\tS\tD\tE\tT\tA\tE 2\t8\t3\t6\t4\t2\t7\t5\t3\t6\t4\t2\t5\t7\t4\t2 J\tS\tV\tN\tS\tA\tE\tU\tE\tC\t0\tM\tG\tT\tI\tA 4\t8\t2\t5\t4\t3\t6\t2\t7\t5\t3\t8\t2\t6\t4\t8 R\tP\tI\tM\tE\tL\t0\tS\tT\tE\tL\tE\tP\tN\tE\tR 2\t5\t7\t6\t5\t2\t5\t6\t5\t8\t2\t7\t5\t6\t2\t3 E\tN\tR\tT\tT\tR\tE\tR\tN\tE\tD\tE\tT\tE\tU\tE Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller, King Features, Inc. Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 15 ANS L'ALUMINIUM S'EST ACQUIS UNE PLACE IMPORTANTE DANS LA VIE DES CANADIENS ilr\"-*\u2014 -ÇiMoHe WMM l'JiitMxwmj i^sm A N » asssi ¦v \t\t - \u2022 i , ,,v\t4f**»^* aSHeS - ; ' nu \u2022 3b5HI] '.m L\u2019intermédiaire entre le lingot et votre demeure A l\u2019aide d\u2019une hache et de quelques autres outils manuels, nos ancêtres pouvaient abattre des arbres, construire des maisons, fabriquer des meubles, des canoës, des ustensiles ménagers \u2014 tous solides, mais lourds et présentant bien des inconvénients.Il n\u2019en est plus de même aujourd\u2019hui, car nous disposons de l\u2019aluminium \u2014 léger, inoxydable, incombustible, et pratiquement inusable.La fabrication d\u2019objets en aluminium exige une multitude d\u2019outils fort compliqués.Tout d\u2019abord, il faut des vaisseaux pour importer le minerai, des docks pour le décharger, des usines génératrices pour fournir de l\u2019électricité, des fonderies .et tout cela ne sert qu\u2019à la \u201cproduction\u201d de l\u2019aluminium \u2014 qui est encore en lingots.Il faut ensuite des usines \u2014 comme l\u2019usine Alcan, à Kingston \u2014 où arrivent les lingots provenant des fonderies, et d\u2019innombrables machines qui façonneront ce métal en tubes, feuilles, tôles minces et pièces forgées.Enfin, plus de 1000 manufacturiers canadiens emploient ce métal travaillé et en font des articles d\u2019usage quotidien: chaises et ustensiles de cuisine, matériaux de construction, avions, etc.Voilà pourquoi nous disons que l\u2019usine de Kingston est l\u2019intermédiaire entre le lingot et l\u2019article fini.C\u2019est un anneau de cette \u201cchaîne de fabrication\u201d que, depuis un demi-siècle, les Canadiens ont créée afin de fabriquer des articles en aluminium.Des milliers d\u2019entre nous y ont trouvé un emploi rémunérateur et notre mode de vie est devenu meilleur, plus confortable.ALUMINUM COMPANY OF CANADA, LTD.Fournisseurs d'aluminium au Canada et à l'étranger Usines à Shawinigan Falls, Arvida, Ile Maligne, Shipshaw, Port-Alfred, Wakefield, Kingston, Toronto et Etobicoke.Æé nfÆrsm-t h Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 16 III \u2014 Toi est pris qui croyait prendre A partir de ce jour, le hasard remit b:en des fois Yvonne et Paul en présence.Lg hasard ?Yvonne le croyait, du moins.Mais elle se trompait.C\u2019était e pseudo-Regnault qui, poursuivant ses projets de conquête, faisait en sorte de se trouver fréquemment sur le chemin de la jeune fille.Elle le rencontrait aux alentours de son domicile, quand elle se hâtait de piendre 1 autobus de Billancourt.Paul lui avait raconté qu'il allait plusieurs lois par semaine à Boulogne donner des leçons à un riche client et elle ne songeait pas à mettre cette affirmation en doute.Comment se fût-elle méfiée ?Elle était dans l\u2019âge heureux où le coeur s ouvre à l\u2019amour comme les roses au matin, ouvrent leur corolle aux baisers du soleil.Yvonne, sans doute, avait souffert : la vie, à deux reprises, l\u2019avait atteinte cruellement en lui arrachant les deux êtres qu\u2019elle aimait le plus au monde, son père et sa maman.Mais ce* douleurs-là, si affreuses quelles puissent etre, ne peuvent déflorer une jeune ame.Yvonne connaissait le chagrin elle ignorait encore le mal et ses traîtrises.Ses parents, puis son vieil oncle, s\u2019étalent efforcés de la préserver de tout ce^qui peut atteindre l\u2019âme, la salir, lui ôter cette fraîcheur exquise que Ion ne trouve que chez les êtres très jeunes et qui ressemble au tendre duvet d\u2019un beau fruit.La douce sollicitude dont ils l\u2019avaient entourée avait épargné à Yvonne bien des spectacles dangereux, bien des pensées mauvaises.N\u2019ayant connu que de braves gens, elle jugeait d\u2019instinct les autres d\u2019après ceux-ci et d\u2019après elle-même; elle ne leur prêtait que de belles pensées, de nobles aspirations Au bureau, cette ingénuité faisait parfois sourire ses camarades.Elles taquinaient Yvonne sans méchanceté, l\u2019appelaient \u201cla poétesse\u201d, parce qu\u2019elle embellissait naïvement l\u2019humble réalité quotidienne et qu\u2019elle ne voyait le mal nulle part.Mais aucune ne se fût permis de lui donner de louches conseils ou simplement de lui faire toucher du doigt certaines vérités.On l\u2019aimait et on respectait ses illusions.On n\u2019aurait pas pu faire autrement : il émanait de la jeune fille de ses yeux, de son visage, de toute sa personne, un parfum de pureté si touchant que les plus sceptiques s\u2019en trouvaient eff'eurés comme d\u2019une brise très douce qui vous caresse et vous attendrit.Hélas ! cette délicatesse, cette fragilité, qui étaient sa défense inconsciente à l\u2019égard de ceux qui en subissaient le doux enchantement, ne devaient-elles pas la livrer sans merci à l\u2019homme assez pervers ou assez aveugle pour les méconnaître et qui ne reculerait devant rien pour s\u2019assurer la possession de cette belle proie ?Plus experte, mieux familiarisée avec les pièges de l\u2019existence, Yvonne Landry se fût défiée de ce jeune homme trop élégant dont les manières raffinées, les paroles si douces cachaient des pièges dangereux.Elle n\u2019aurait pas attribué au seul hasard leurs rencontres de plus en plus fréquentes.Mais elle ne soupçonnait rien.Elle s abandonnait à la douceur exquise de l\u2019amour naissant.Lorsque Paul était auprès d\u2019elle, quand elle écoutait sa voix chaude et veloutée de séducteur, une langueur ineffable l\u2019enveloppait.Elle frissonnait; elle se sentait désarmée contre le sentiment chaque jour plus fort qui l\u2019envahissait, qui submergeait son âme, comme l\u2019océan s\u2019empare de la grève aux heures de la marée victorieuse.D\u2019abord, elle avait essayé de se défendre, de se raisonner.Très vite, elle avait dû y renoncer.L\u2019amour était le plus fort; 1 amour la courbait sous son joug et elle assistait à cette douce conquête avec une joie mêlée de peur, n\u2019osant trop approfondir ce qui se passait en elle, ou ne le pouvant pas.car bien souvent l\u2019amour, pas plus que le soleil, ne se laisse regarder en face.Il faut dire que le père Landry avait sa part de responsabilité dans l\u2019affaire.Quarante ans passés à l\u2019usine avaient pu faire de lui le modèle des contremaîtres.Ils n avaient guère développé le flair et la subtilité du brave homme.Célibataire endurci, il ne connaissait guère l\u2019âme féminine et il ne connaissait pas beaucoup mieux le coeur mas culin.Le soi-disant Paul Régnault avait sur lui une excellente impression.Il avait fair \u201cd\u2019un brave jeune homme\u201d et il paraissait bien gagner sa vie.Il n\u2019en fallait pas davantage pour que Landry vît en lui la perle des neveux par alliance.Comme il admirait Yvonne de toutes ses forces, il jugeait naturel qu'on briguât comme un grand honneur la faveur de l\u2019épouser.Rien de plus logique, donc, que Paul s\u2019éprit de la jeune fille et demandât sa main.Il serait bien difficile s\u2019il ne se déclarait point satisfait d\u2019une aussi jolie future qui, de surcroît, travaillait comme un ange et cuisinait comme un vrai cordon bleu ! Peut-être, cependant, le vieil homme eut-il pris l\u2019éveil si sa nièce lui eût avoué qu\u2019elle rencontrait presque quotidiennement le beau professeur d\u2019automobile.Mais, bien qu\u2019elle se reprochât son silence comme une action coupable, Yvonne ne s\u2019était pas senti le courage de révéler ces rencontres à son oncle.Une force invincible la poussait à garder pour elle son merveilleux secret, ainsi qu\u2019on garde jalousement un trésor qu\u2019on craint de perdre.Et c\u2019est avec la plus absolue sincérité que l\u2019ex-contremaître déclarait souvent : \u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019il devient, ce petit Régnault ?Je voudrais bien qu\u2019il revienne nous voir .C\u2019est un gentil garçon, ma foi, et qui ferait un bon mari pour ma petite Yvonnette ! Comment ces propos, cent fois répétés, n\u2019auraient-ils pas impressionne la jeune fille ?Comment ne l\u2019auraient-ils pas poussée sur la pente dangereuse où elle s\u2019était imprudemment engagée ?Nous devons ajouter que Paul Couturier agissait avec beaucoup de prudence et se gardait de commettre la moindre faute qui eût donné l\u2019éveil au gibier pourchassé et l\u2019eût empêché de tomber dans ses filets.D\u2019ordinaire, le jeune millionnaire ne se piquait point, avec les filles d\u2019Eve, d\u2019un excès de délicatesse.Accoutumé aux jeunes théâtreuses, aux petites femmes des bars et des dancings, il ne s\u2019embarrassait pas de déclarations galantes.Cela commençait par l\u2019offre d\u2019une coupe de champagne et finissait par le don d\u2019une fourrure ou d\u2019un chèque.De part et d\u2019autre, on savait ce qu\u2019on vou\u2019ait, on se comprenait à demi-mots.La plupart de ces aventures demeuraient sans lendemain et les plus durables même n\u2019engageaient guère l\u2019avenir.Toujours et jamais sont des mots que certaines femmes et certains hommes rayent soigneusement de leur vocabulaire.Paul et ses compagnes de plaisir appartenaient à cette catégorie-là.Pour Yvonne, il n\u2019en allait pas Je même.Le jeune millionnaire était trop fin malgré tout pour ne pas s\u2019en apercevoir.Aussi changea-t-il ses batteries.Il abandonna ses façons cavalières, devint tendre, poétique, bref s\u2019efforça de se modeler sur celle qu\u2019il voulait séduire.On trouve les réponses à ces brèves questions au bas, en suivant l'ordre numéral correspondant en caractère italique.Ne pas vous livrer à ce petit exercice en public : on sourirait, attendu qu'il faut tourner sens dessus dessous, à moins que vous ne soyex typographe, et même encore.N.O.L.R.QUESTIONS 1.\tL\u2019arachide croit sur terre, dans la terre, sur un arbre ?2.\tUn événement qui arrive tous les deux ans est semi-annuel, bisannuel ?3.\tQuand je donne mal les cartes, je fais une erreur, une maldonne, une trompe ?4.\tAvant sa conversion, saint Paul se nommait Saül, Tarse.Ananie ?5.\tL\u2019auteur d\u2019Evangél'ne est Parker, Longfellow, Chapman?6.\tLes religieuses qui enseignent aux jumelles Dionne sont des soeurs de la Présentation, de l\u2019Assomption, de la Providence ?7.\tL\u2019auteur de O Canada» (musique) est Gounod, Lavallée-Smith, Ca-lixa-Lavallée ?8.\tL\u2019auteur des paroles de ¦;< O Canada » est Georges-Etienne Cartier, Adolphe-Basile Routhier, Gérin-Lajoie ?9.\tLa liste des commandements de Dieu se nomme catalogue, dialogue, décalogue ?10.La radio se fait eniendre depuis 1920, 1922, 1925 ?REPONSES 0261 01 anBoivooQ g oaii/jnoy aysiig -g daijuavg-v.viivj q uoitduiossyJ ap gg g 'moga/fmoq ç invs f \u2022anuopimu aupi g ¦/anmmsig -g \u2022a.i.o) snog i Seulement, il arriva que ce personne, \u2014 et surtout Paul lui-même ! \u2014 n\u2019aurait pu prévoir,.Il n\u2019y a pas que le vice qui soit contagieux.La beauté morale, la noblesse de coeur, la pureté ont aussi une influence qui s\u2019exerce souvent sans que l\u2019on s\u2019en rende compte.On les respire ainsi qu\u2019un parfum très doux dont l\u2019âme reste imprégnée.A force de se pencher sur la précieuse Yvonne, à force de la voir si bonne, si vaillante, si pitoyable envers toutes les souffrances, Paul sentit une étrange métamorphose s\u2019opérer en lui.Oh ! cela n\u2019alla pas tout seul.Les premiers temps, il y avait deux êtres dans le jeune homme : l\u2019un qui subissait le charme d\u2019Yvonne et dont l\u2019âme s\u2019efforçait inconsciemment de ressembler à l\u2019âme de la petite; l\u2019autre qui résistait à ce doux envahissement et qui tâchait de réagir.Le combat fut long.Ce n\u2019est pas en vain qu\u2019on a pris certaines habitudes, qu\u2019on a décidé une fois pour toutes de considérer les femmes comme des jouets et l\u2019amour ainsi qu\u2019une distraction sans importance.Paul désirait Yvonne et croyait tout d\u2019abord que ses sentiments pour elle se limitaient à ce désir : une aventure flatteuse, comme il en avait eu beaucoup déjà et comme il en aurait beaucoup d\u2019autres par la suite.Rien de plus.Certes, cette petite était gentille, mais elle avait des idées un peu ridicules et elle n\u2019était pas moderne pour un sou.Bref, sans renoncer à la séduire, Paul entrevoyait dans un délai rapproché la fin de l\u2019idylle.Puisque Yvonne ne le connaissait que sous un faux nom, pas de complications à redouter.Un beau matin, il lui raconterait qu\u2019il venait d\u2019accepter une place en province et qu\u2019il lui fallait quitter Paris pour de longs mois.Il joindrait à l\u2019expression de ses regrets un joli cadeau, \u2014 bague ou bracelet, \u2014 il s\u2019arrangerait pour faire quitter l\u2019usine à la petite et il s\u2019en irait d\u2019un coeur léger vers d\u2019autres aventures.Mais, peu à peu, ses idées se modifièrent.Le Paul cynique, coureur de bars et de dancings, se heurtait à l\u2019autre Paul, celui que le charme d\u2019Yvonne avait créé.Les deux hommes se regardaient avec mépris, s\u2019affrontaient avec colère.\u2014 Imbécile ! d sait le premier.Tu ne vas tout de même pas t\u2019amouracher pour de bon de cette petite dinde ! Tu ne vas pas jouer les Roméo auprès de cette Juliette de la rue Saint-Honoré \u2019 Brute! répliquait le second.Elle est adorable, cette enfant ! Jamais encore tu n as rencontré une créature pareille.Elle mériterait qu\u2019on passe la vie à ses pieds, comme dans les romans ! Tu nés qu un jobard, mon pauvre ami ! Si tu as le malheur de prendre cette ingénue au sérieux, tous les amis se moqueront de toi ! \u2014 Mes amis.Parlons-en ! Une bande de tapeurs, de parasites et d\u2019abru-tîs que mon argent attire comme le sucre attire les mouches.Entre eux et elle, mon choix est fait.Tiens ! tu es trop bête.Tu me fais pi ié ! La dispute se renouvelait souvent, avec des issues diverses.Quand Paul était lo n d Yvonne, il redevenait cynique ; il s\u2019exh ortait à brusquer les choses, à provoquer le dénouement de l\u2019aventure.Il avait loué, dans le quartier de l\u2019Europe, une petite garçonnière modestement installée qui correspondait exactement au logis de Paul Régnault, professeur d\u2019automobile.Sous le premier pré\u2019exte venu, il y attirerait la jeune fille, - elle se montrait si j\u201ct,a,nte fl116 CG'a ne serait pas bien difficile ' Et puis il triompherait Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 17 d'elle aisément.N\u2019était-ce pas ce qu\u2019il se proposait depuis que le hasard les avait mis en présence pour la première fois ?Mais, dès qu\u2019il se retrouvait en face de la jeune fille, il devenait un autre homme.Elle n\u2019avait qu\u2019à le regarder de ses beaux yeux, miroir limpide d\u2019une âme que nulle pensée mauvaise n\u2019avait jamais effleurée, et les mauvais désirs du jeune Crésus s\u2019évanou'ssaient, chassés par un grand souffle d\u2019air salubre.Il y avait dans la pureté d'Yvonne comme un talisman qui la protégeait et contre lequel les funestes projets de Paul se brisaient comme les vagues furieuses de la mer viennent se briser contre les murs du phare où brille une lueur pareille à une étoile.Et le combat se poursuivait avec des alternatives de victoires et de défaites Parfois, Paul éprouvait une véritable rancune contre cette petite qui, par sa seule présence, par sa grâce fragile, par la magie de sa douceur, était en train de faire de lui un amoureux chevaleresque comme ces héros de roman dont il se moquait si fort autrefois.Il se jurait de ne plus la revoir.Durant deux ou trois jours, il se tenait parole : il ne la rencontrait plus, il reprenait sa vie d\u2019antan.Mais cette vie, à présent, lui paraissait banale et morne jusqu\u2019à l\u2019é-coeurement.Ses amis de naguère lui semblaient sinistres ; il ne voyait dans ses compagnes d\u2019autrefois que des poupées sans coeur et sans cervelle, uniquement soucieuses de leurs robes, de leurs bijoux et des médisances ineptes qu\u2019elles échangeaient ainsi que les enfants troquent leurs billes.Très vite, Paul avait assez de ce monde frelaté et courait vers Yvonne.Près d\u2019elle, il goûtait une plénitude de joie ; il avait l\u2019impression de respirer le parfum d\u2019une roseraie après s\u2019être empoisonné de miasmes fétides.Il était heureux et il souhaitait que cela durât toujours.C\u2019est ainsi que se glissa en lui une idée qui, dans les débuts, l\u2019aurait fait éclater de rire : l\u2019idée de prolonger sans fin l\u2019enchantement, de ne plus quitter jamais celle par qui le sens profond de la vie venait de lui être révélé.Epouser Yvonne ?Pourquoi pas ?Le Paul d\u2019autrefois eût refusé d\u2019examiner une seconde cette hypothèse.Le Paul d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019y arrêtait de plus en plus fréquemment, poussé par une force plus impérieuse que sa volonté.Bien sûr, on rirait de lui.Et puis après ?Ceux qui riraient ne valaient pas la peine qu\u2019on attachât du prix à leur jugement.Des gens du monde se scandaliseraient que lui, Paul Couturier, le grand industriel, donnât son nom à l\u2019une de ses plus modestes employées.De cela encore, l\u2019ancien Paul ne se fût point consolé.Le nouveau ne s\u2019en souciait guère : en même temps que ses idées sur les femmes, Yvonne avait transformé bien des choses en lui.Jadis, il se souciait fort peu des autres ; il regardait avec la plus complète indifférence les travailleurs de toute sorte, ouvriers, employés, qui peinaient huit ou dix heures par jour en échange d\u2019un maigre salaire.Il les considérait comme les représentants d\u2019une race inférieure, bonne tout au plus à servir les privilégiés comme lui.Maintenant, cette conception simpliste de la vie sociale avait fait place à des vues beaucoup plus équitables.Ce n\u2019est pas qu\u2019Yvonne s\u2019avisât de faire de la politique ni de prêcher la révolte.Rien n\u2019était plus éloigné de la jeune fille que les revendications haineuses.la violence, l\u2019esprit de lutte fratricide entre classes.Mais il la regardait vivre, et cela suffisait.A la voir si vaillante et si douce, supportant sans se plaindre une existence toute de devoir et de dévouement, Paul Couturier prenait conscience de certaines vérités essentielles beaucoup plus clairement que s\u2019il les avait entendu proclamer du haut d\u2019une tribune.Il comprenait que le monde ne se limite point aux bars et aux restaurants chics.Il s\u2019apercevait qu\u2019à côté de quelques milliers de fêtards qui gaspillent follement un argent qu\u2019ils n\u2019ont pas eu la peine de gagner, il y a des millions de braves gens qui peinent et dont l\u2019existence, banale en apparence, n\u2019est faite que d\u2019une suite ininterrompue de privations et de sacrifices d\u2019autant plus émouvants qu\u2019ils demeurent cachés.Et il s\u2019avouait franchement que ces pauvres diables valaient beaucoup mieux que ces oisifs.Ainsi, la présence d\u2019Yvonne agissait sur lui à la façon d\u2019un philtre enchanté.Elle le purifiait, le rendait meilleur.Il cherchait à se corriger pour devenir digne d\u2019elle, et cette préoccupation nouvelle lui dictait une attitude qui surprenait son entourage.Ne s\u2019était-il pas mis dans la tête de faire participer tous ses collaborateurs, même et surtout les plus modestes, aux bénéfices de l'usine ?Les chefs de service n\u2019y comprenaient rien et cherchaient en vain les causes de cette transformation imprévue.\u2014 Le patron est fou! proclamaient-ils en haussant les épaules.Paul n\u2019était pas fou : pour la première fois de sa vie, il aimait.IV \u2014 Le masque tombe CE jour-là, Paul Couturier avait pris rendez-vous avec Yvonne.Ils devaient se retrouver un peu après six heures, à quelque distance de l\u2019usine.Cette rencontre marquerait la dernière apparition de Paul Régnault.Le sort en était jeté ! Notre millionnaire allait tout avouer à la jeune fille : il confesserait ses torts et avouerait la supercherie.Après avoir sollicité son pardon, il demanderait à Yvonne d\u2019être sa femme.Il ne doutait pas un instant qu\u2019elle n\u2019y consentît sans difficulté.Comment pourrait-elle lui tenir rigueur d\u2019une faute avouée avec tant de franchise et réparée d\u2019une façon si éclatante ! Il savourait d\u2019avance la joie qu\u2019il éprouverait à sentir Yvonne tout contre lui, défaillante de tendresse et livrant son consentement dans un baiser.Depuis près d\u2019une semaine il n\u2019était pas retourné à Billancourt.Entièrement dominé par la présence de la jeune fille, il avait négligé tout le reste.Aussi éprouva-t-il une vive contrariété lorsque vers deux heures, son directeur commercial l\u2019appela au téléphone.\u2014 Allô.monsieur Couturier?.Dor-meuil.Je vous présente mes devoirs.Vous savez que c\u2019est tantôt que doit être signé le contrat avec la maison Harrison de New-York.11 faudrait que vous passiez à l'usine entre trois et quatre heures.Tous les papiers seront prêts.Paul se fût bien dispensé de cette corvée, mais c\u2019était impossible.Le contrat avec cette puissante firme américaine devait assurer aux usines Couturier des bénéfices considérables.Y renoncer aurait été pure folie.Il résolut donc d\u2019aller à Billancourt signer le traité Ensuite, il pourrait tout à loisir songer à celle que déjà il regardait comme sa fiancée.A trois heures, le ieune homme était à Billancourt et pénétrait dans son bureau.Dormeuil l\u2019y attendait.\u2014 Le contrat va être prêt tout de suite.On finit de le taper.Dès qu\u2019il sera copié, la dactylo vous l\u2019apportera.Il sortit.Demeuré seul, Paul tira de sa poche une photographie qu\u2019Yvonne lui avait donnée.Il contempla d\u2019un oeil ému le tendre visage qui lui souriait.Quelques minutes s\u2019écoulèrent, et l\u2019on frappa à la porte.[ Lire la suite page 31 ) V f \\ mf / / * D\u2019UNE RÉPUTATION MONDIALE BIEN DÉSIGNÉ AVEZ-VOUS DES CADEAUX A FAIRE ! Ne cherchez pas plus longtemps ! Abonnez vos parents et amis aux TROIS grands magazines: Le Samedi, La Revue Populaire et le Film.REMPLISSEZ VOTRE COUPON D'ABONNEMENT AUJOURD'HUI MEME! ym I -T i .\\ Ootïe Ayante Toutes les femmes doivent être en santé, belles et vigoureuses.Vous pouvez avoir une belle apparence avec le TRAITEMENT H Y R R IA M DUBREUIl C\u2019est un tonique reconstituant et qui aide à développer les chairs.Produit véritablement sérieux, bienfaisant pour la santé générale.Le Traitement est très bon pour les personnes maigres et nerveuses, déprimées et faibles.Convenant aussi bien à la jeune fille qu\u2019à la femme.AIDE A ENGRAISSER LES PERSONNES MAIGRES Notre Traitement est éqalement efficace au» homme, moiqres, denrlmés et souffrant d'épuisement nerveux, quel que soit leur âge.GRATIS : Envoyez en timbres ef nous vous enver-rons gratis notre brochure illustrée de 24 paqes avec échantillon.\t' CORRESPONDANCE CONFIDENTIELLE : Les jours de bureau sont : Jeudi et Samedi, de 2 h.i 5 h.p.m.t POUR LE CANADA SEULEMENT) Mme MYRRIAM DUBREUIL 6880, rue Bordeaux Case Postale, 2353, Place d\u2019Armes, Montréal, P.O.Ci-indus 5c pour échan'illan du Traitement Myrriam Oubreuil avec brochure Nom 4dresse Province 18 Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 NOTRE FEUILLETON Les RICHESSES de la MENDIANTE No 4\tpar MAXIME VILLEMER 1 D ms\u2019 rePrit Christine, il paraît I# que nous allons habiter La Va-renne.\u2014 Sans doute ! \u2014 Vous espérez y revoir cette empoisonneuse.Voilà une détermination que vous n\u2019aviez pas hier.\u2014 Vous vous trompez, ma chère Christine.\u2014 Que ne m\u2019en parliez-vous pas, alors ?\u2014 J\u2019allais le faire aujourd\u2019hui.Et René s\u2019en fut en je ant sur Christine un regard de tristesse.\u2014 Cette femme n\u2019a pas de coeur, pensait-il et, dans sa chambre il s\u2019enferma.\u2014 C\u2019est ma vie ent ère que je joue, songeait Mme de Vaudricourt.« Il faut que je re' rouve Cyprienne, et cette fois elle ne m\u2019échappera pas.Les salons du célèbre Arleff se ressentaient donc de cette disparition d\u2019étoiles à la mode, aussi Mme de Vaudricourt n\u2019attendit-elle pas longtemps dans le ravissant boudoir vert et or, précédant le cab net de Michel.Le docteur prévoyait cette visite.Il trouva Christine changée, le visage inquiet, la parole saccadée Elle l\u2019aborda, les mains jointes.\u2014 Voyons, asseyez-vous près de moi, dit Michel en saisissant les mains fluettes de la jeune femme qu\u2019il porta galamment à ses lèvres.Et comme elle res ait debout : \u2014 Etes-vous donc si pressée que vous ne puissiez me consacrer quelques minutes ! Seriez-vous malade ?\u2014 Je ne me suis jamais mieux portée mais j\u2019ai eu de grandes émotions depuis hier.Arleff devint tout oreilles.\u2014 Cela vous intrigue.\u2014 Certainemen .\u2014 Eh bien, vous ne dev nerez jamais ce qui m\u2019est arrivé hier?\u2014 En effet, je donne ma langue au chat, je ne devine pas.\u2014 J\u2019ai vu Cyprienne.Arleff tressaillit.\u2014 Vous avez vu Mme de Croix-Maur ?\u2014 Parfaitement.\u2014 Vous lui avez parlé ?\u2014 Oui.\u2014 Mais c\u2019est impossible cela ! \u2014 Ce a est cependant.¦\u2014 Et où l\u2019avez-vous rencontrée ?\u2014 A La Varenne, comprenez-vous, à La Varenne, dans le parc de la villa.Ah ! je savais b en qu\u2019elle y allait et que je 1 y trouverais.En quelques mots, elle le mit au courant de ce qui s\u2019était passé.\u2014 Je vais vous causer une autre surprise.\u2014 Voyons ?-Le général est venu rue Royale, réclamer sa fille.Une lueur étrange passa dans les yeux du docteur.\u2014\tEt vous ne savez pas ce qu\u2019est devenue Cyprienne ?dit-il brièvement.\u2014\tNon.Commencé dans l'édition du 11 novembre 1950.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms de person-naaes et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.\u2014 Vous me permettrez de ne pas vous croire.\u2014 A votre aise, mon cher.\u2014 Vous teniez votre rivale dans une maison isolée, vous ne l\u2019avez pas laissée s\u2019échapper.\u2014 Que soupçonnez-vous donc ?\u2014 Vous l\u2019avez tuée, ou enfermée dans quelque cave, où elle mourra de faim ! \u2014 Mon cher, que vous m\u2019inculpez là d\u2019une bien mauvaise action, reprit Christine toujours railleuse ! Seulement je vous ferai remarquer l\u2019injustice de vos soupçons.Je ne me Compromets point dans des affaires douteuses qui, plus tard, peuvent me devenir préjudiciables.\u2014 Qui ne risque rien, n\u2019a rien ! C\u2019est un proverbe que je vous engage à méditer.\u2014 Maintenant, je doute de moi-même ; je me méfie de tous et de tout, f t-elle, en penchant sa tête blonde.\u2014 Alors vous êtes vaincue.\u2014 Je n\u2019abandonne pas ainsi la lutte, fit-elle en jetant sur Michel un audacieux regard.Je retrouverai Cyprienne, et alors ! ! ! Mais qu\u2019es -elle devenue ?Tenez, docteur, eh bien ! j\u2019ai peur, il me semble qu\u2019une catastrophe nous menace.Un sourire e ra sur les lèvres du docteur.\u2014 Ne riez pas, reprit Mme Je Vaudricourt, ce rire me fait mal.Qui vous dit qu\u2019en fuyant, Mme de Croix-Maur ne trouvera pas sur sa route un être intelligent, un savant praticien, comme vous, docteur, qui comprendra ce dont elle souffre ?Qui vous dit que cet être sensitif n\u2019éveillera pas la curiosité de quelque chercheur, et qu\u2019hypno-t\u2019sée une seconde fois, elle ne dévoilera pas le secret de son malheur et la retraite de son enfant ?\u2014 Vous êtes folle! \u2014 J\u2019ai pensé à ce'a, e* cette idée m\u2019a rendue rêveuse bien souvent.\u2014 Alors vous croyez qu\u2019en magnétisant une femme une seconde fois on aurait le secret que l\u2019on cherche, c\u2019est-à-dire la cause première de l\u2019action accomplie sous le coup de la suggestion ?\u2014 Je le crois.\u2014 Eh, je n\u2019aurais pas songé à cela, fit Michel, dont les regards devinrent durs, et c\u2019est vous, une femme, qui venez m\u2019éc'a rer ! Où donc avais-je la tête ?.Tout cela est possible ! Mais alors, n .us serions perdus tous les deux.\u2014 Une telle comp'icité ne me conduira ni au bagne, ni à l\u2019échafaud, fit Christine en un rire qui montra ses dents blanches ; vous savez bien pourquoi j\u2019ai gardé le silence, pourquoi j\u2019ai approuvé ce crime.Il servait ma haine.\u2014 Ce sont de belles paroles qu\u2019on ne croirait pas ! \u2014 Enfin, ne vous ai-je pas empêché de commettre un troisième crime, celui qui vous faisait riche à l\u2019égal des rois ?\u2014 Parce que vous aimiez René.\u2014 Que ce soit pour cela ou pour autre chose, là n\u2019est pas le danger ; aujourd\u2019hui René va seconder le général dans ses recherches.Cyprienne retrouvée, je suis perdue ! Je n\u2019ai plus qu\u2019à fuir.Elle se leva et partit, laissant Michel dans une grande agitation.Pendant la scène qui se passait entre le docteur et Christine, le général fouillait vainement de fond en comble la villa de la Varenne.Le lendemain, on lisait dans les journaux de Paris l\u2019entrefilet suivant : « Hier, Mme la comtesse de Croix-Maur, fille unique du général d\u2019Apre-mont, a disparu.Cette disparition serait-elle due à un crime ou à un suicide ?« Le général d\u2019Apremont est au désespoir ; d\u2019actives recherches sont corn -mencées » DEUXIEME PARTIE FLEUR-DE-MARIE I Depuis deux ans, Fleur-de-Marie était sortie d\u2019apprentissage.Elle travaillait maintenant pour son compte.La vie de l\u2019enfant était réglée, et peu variée.Le matin, dès l\u2019aube, elle apprêtait le déjeuner de Pierre, servait le café, qu\u2019elle buvait d\u2019un trait pour se mettre plus vite à l\u2019ouvrage.Les raccommodeuses de dentelles étaient alors bien payées ; on ne fabriquait pas comme aujourd\u2019hui des imitations de Chantilly et de Valenciennes vendues à vil prix.Angélique avait beaucoup vieilli ; elle aidait Fleur-de-Marie dans les soins du ménage, et encore ne fallait-il pas qu\u2019elle se ressentit de sa paralysie, qui, de temps à autre, la clouait des mois entiers dans son lit.Pierre Guérault ne se plaignait point, le travail marchait, les montures de diamants, très appréciées par les clients de la maison Mertimer, lui valaient de nombreuses commandes.L\u2019enfant adorait les fleurs.Sur la fenêtre de sa chambrette, près d\u2019une cage dorée où gazouillait une fauvette, des rosiers étalaient au soleil leurs boutons éclatants.Chaque matin, Fleur-de-Marie, en les arrosant, enlevait les petits vers des feuilles ; puis elle se mettait gaîment à l\u2019ouvrage.Cette existence ne variait pas.Quelquefois le soir, après la journée, tous trois allaient voir la vieille cousine de la rue d\u2019Ulm, et Fleur-de-Marie jacassait quelque-peu avec le major Maupérin qui, de temps à autre, descendait à la loge prendre son journal.Le vieillard l\u2019avait prise en affection, et souvent le voyait-on s\u2019acheminer vers le faubourg, et gravir péniblement les étages de Guérault pour y voir la fillette et la bonne Angélique.Il lui semblait que le doux visage de Fleur-de-Marie lui rappelât sa fille, si ingrate, et cependant si tendrement aimée encore.Rien n\u2019était changé dans la vie du vieux major.Il sortait rarement.Le Luxembourg était toujours sa promenade favorite.Il ne voyait plus le général, qui depuis la disparition de Mme de Croix-Maur avait quitté Paris, et courait le monde en nomade.Quant aux Guérault, ils étaient heureux, Fleur-de-Marie semblait être leur récompense.Elle donnait à Pierre et à Angélique le nom de père et de mère.La jeune fille était assez intelligente et assez grande pour qu\u2019elle se rendit compte de la parenté d\u2019Angélique, qui ne devait être que sa tante, mais ce titre de mère avait semblé si doux à la vieille fille que pour rien au monde elle n\u2019eût voulu l\u2019en priver.Cependant, elle eut souvent le désir d\u2019interpeller Pierre au sujet de sa mère ; cette pensée la rendait sérieuse et triste.\u2014 Tu as du chagrin, disait Pierre.\u2014 Non, père, je t\u2019assure ! Et malgré elle de grosses larmes noyaient ses yeux charmants.Alors, il la prenait dans ses bras et la pressait à l\u2019étouffer sur sa poitrine.Des années s\u2019écoulèrent ainsi.Fleur-de-Marie était une jeune fille adorable, d\u2019une beauté saisissante ; elle allait atteindre sa seizième année.De sa mère, elle avait les traits fins et délicats, et de son père la démarche hautaine et la taille élevée.\u2014 Avec qui la marierons-nous ?disait Pierre Guérault à Angélique ; il vient ici de bons et braves ouvriers qu\u2019elle ne regarde même pas, \u2014 ça me chagrine.\u2014 Ça viendra, répondait Angélique, qui, en mère jalouse, redoutait le moment où il faudrait se séparer de Fleur-de-Marie.\u2014 Il faudra pourtant la caser, ma soeur ! \u2014 Mais alors, il faudra lui dire que tu n\u2019es pas son père.Pierre fronçait les sourcils, et on parlait d\u2019autres choses.L\u2019été, ils allaient à la campagne.Dès la veille, on préparait le repas champêtre du lendemain, et, à l\u2019aube, ils prenaient l\u2019omnibus, ou montaient à pied le faubourg jusqu\u2019à Vincennes.Un matin d\u2019août, ils partirent aussi pour le bois.Il faisait chaud ; ils étaient venus, tout en causant, respirer l\u2019air matinal.\u2014 Père, sais-tu l\u2019heure qu\u2019il est?dit tout à coup Fleur-de-Marie.\u2014 Six heures, ma mignonne, répondit Pierre en consultant sa montre.\u2014 Nous resterons ici jusqu\u2019au soir n'est-ce pas ?Bien entendu ! nous avons ce qu\u2019il nous faut pour déjeuner et souper.\u2014 Et aussi pour goûter, dit Angélique.Je sais que tu n\u2019oublies rien, ma soeur, tu as bien aussi quelque bon livre pour Fleur-de-Marie ?\u2014 Je n\u2019y ai pas songé ; d\u2019abord ne vaut-il pas mieux qu\u2019elle s\u2019amuse comme autrefois.Çà ! tu as raison, ma soeur.Je n aime pas lire, tu le sais bien, reprit Fleur-de-Marie.Nous irons ju-qu à la Marne, puisque nous avons toute la journée à nous.Pierre, Angélique et la jeune fille mai citèrent longtemps, à la recherche dun endroit abrité du soleil, où ils pussent se reposer et faire le frugal repas qu\u2019ils avaient apporté.- Voilà, dit Fleur-de-Marie, en poussant un cri de joie ; voilà ! J\u2019ai trouvé.Regardez donc comme on sera bien ici pour déjeuner.De sa petite main dégantée, elle montrait à Pierre un coin charmant de haute futaie, où le soleil n\u2019entrait que Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 19 légèrement, pour sécher la rosée matinale.Angélique explora le fourré, et parut contente.En un tour de main elle ôta son chapeau, son châle, qu\u2019elle suspendit à une branche, la plus haute qu\u2019elle pût trouver, et radieuse elle s\u2019assit sur l\u2019herbe, qui en cet endroit solitaire était très épaisse.\u2014 Comme on est bien là, dit-elle.Voyons, faites donc comme moi, vous autres ; il ne faut pas se gêner, vous savez.On ne paye pas les places.C\u2019est gratis ! le bon Dieu en donne à tout le monde.Pierre était heureux, lui aussi, il prit place près d\u2019Angélique et de Fleur-de-Marie.Le festin, composé d\u2019un jambon, d'une bouteille de vin et d\u2019un morceau de fromage, fut tiré du panier.Fleur-de-Marie riait.A tour de rôle, elle embrassait Pierre et Angélique, que ces caresses ne lassaient point, mais rendaient bien heureux.\u2014 Où irons-nous après le déjeuner ?demanda la jeune fille, nous n\u2019allons pas rester ici, je suppose ! Moi, je vote pour la Marne ! et toi, père ?\u2014 C\u2019est bien loin, ça me semble ! \u2014 Bah ! nous avons toute la journée, dit Angélique.\u2014 Tu peux marcher, tes pauvres jambes vont donc mieux aujourd\u2019hui ?\u2014 On a le temps, on ira tout doucement, je m\u2019appuierai sur toi et sur la fillette.\u2014 Il n\u2019est pas encore midi, nous allons rester là une heure encore, si vous le voulez ; moi je ferai un bon somme ; ça vous va-t-il ?\u2014 Pour ça, non ! tu ne dormiras pas, dit Fleur-de-Marie, la lèvre boudeuse.\u2014 Allons, soit ! On ne dormira pas, puisque Mademoiselle le défend ! \u2014 Cher petit père ! Elle s\u2019élança dans ses bras, l\u2019embrassa follement sur les joues, puis on parla d\u2019un tas de choses, de la pluie, du beau temps, puis du travail qui pressait, car Fleur-de-Marie, devenue bonne ouvrière, avait de l\u2019ouvrage plus qu\u2019elle n\u2019en pouvait faire.L\u2019heure écoulée, ils se levèrent ; Pierre remit le reste des provisions dans 1?panier pendant qu\u2019Angélique rajustait son châle et sa coiffure.\u2014-Voilà, partons, dit Fleur-de-Marie en donnant une petite tape sur sa jupe pour la défroisser, et, offrant son bras à Angélique : \u2014 Tu sais, appuie-toi, ne te gêne pas, chérie, attends.« Prenez à gauche cette longue allée, elle conduit à Nogent.Ils marchaient lentement, un silence régnait entre eux.La gaieté de l\u2019enfant, tout à fait disparue, fit place à une douce mélancolie ! Elle avait souvent de ces tristesses-là.Elle rêvait !.A quoi rêvait-elle ?Elle n\u2019eût su le dire ! mais elle sentait qu\u2019il manquait quelque chose à son bonheur.\u2014 Te voilà songeuse, dit Pierre, en jetant sur la jeune fille un regard interrogateur.\u2014 Non, père, je suis heureuse ! \u2014 Je n\u2019aime pas ton silence.\u2014 Je suis si bien, si contente aujourd\u2019hui ; c\u2019est l\u2019air, vois-tu qui me grise ! \u2014 En effet, le temps est si beau, dit Angélique pour donner raison à Fleur-de-Marie, et je me fais une fête d\u2019aller à Nogent.Ils ne dirent plus rien.Quand ils arrivèrent en vue de la Marne, il était à peine trois heures.Mais comme il arrive fréquemment l'été, le temps avait tout à coup changé, et le ciel s\u2019était obscurci.\u2014 Nous ferions bien d\u2019entrer quelque part, dit Pierre ; la bourrasque n\u2019est pas loin.En effet, des flots de poussière passaient devant eux en tourbillonnant, et la rivière menaçante inondait le rivage d\u2019une eau jaunâtre et boueuse.De loin en loin, des barques arrivaient en tous sens, cahotées, soulevées comme en pleine mer.\u2014 L\u2019imprudent, dit Pierre, en jetant un regard inquiet sur une périssoire, montée par un seul homme.\u2014 Partons ! dit Angélique, voici l\u2019orage, et un fameux encore.Regardez un peu le ciel ! En effet, de gros nuages voilaient complètement l\u2019horizon.\u2014 Mais où nous réfugier ?reprit-elle ; il n\u2019y a pas une maison ! \u2014 Bah ! On se paiera l\u2019auberge, ma soeur ! \u2014 On peut demander asile au concierge d\u2019une de ces belles villas, hasarda timidement Fleur-de-Marie.Ils allaient s\u2019élancer au plus vite, vers le premier abri venu, quand un second coup de tonnerre, plus fort que le premier, ébranla toute la campagne, suivi presque aussitôt d\u2019une pluie diluvienne, et d\u2019une obscurité profonde.A la lueur des éclairs, la périssoire se détachait en noir du paysage assombri, et rasait les flots, guidée par des bras agiles.Malheureusement un coup de vent, comme il s\u2019en déchaîne les jours de tempête, s\u2019abattit sur la rivière, qui sembla un instant soulevée de son lit.La périssoire disparut emportée par le courant ; deux fois, elle reparut à la surface mais seule, abandonnée, elle s\u2019en fut à la dérive ; tantôt couchée sur le flanc, tantôt brusquement relevée et fière encore dans sa course rapide, elle passa légère sous les yeux des Gué-rault.Au même instant un cri retentit, vibrant, désespéré.\u2014 Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! murmura Fleur-de-Marie en joignant les mains.Père, un homme se noie ! \u2014 Qu\u2019est-ce que tu dis ?\u2014 Je dis qu\u2019un homme se noie, murmura Fleur-de-Marie, en courant é-pouvantée vers le rivage, et personne, mon Dieu ?personne ! \u2014 Et moi ! tu me comptes donc pour rien, dit Pierre en ôtant son paletot, qu\u2019il jeta à terre.\u2014 Non ! non ! il ne sait pas nager, cria Angélique en appuyant la main sur son coeur pour en comprimer les battements.\u2014 On nage comme un poisson, tu vas voir, ma soeur, dit Pierre en s\u2019élançant dans la Marne.Sur le rivage, les deux femmes étaient tombées à genoux.La Marne, toujours furieuse, s\u2019élevait par bonds prodigieux, battait avec fureur les arches des ponts.Au loin, Gué-rault apparut enfin, soutenant par ses vêtements l\u2019inconnu de la périssoire.\u2014\tA moi ! au secours ! criait Pierre.Je me meurs ! Une barque, de grâce ! Puis un silence suivit ces appels désespérés.\u2014\tC\u2019est fini, ils vont mourir ! murmura Angélique en poussant des cris déchirants.\u2014\tNon, mère, non, les voici ; ils abordent, ils sont sauvés.\u2014\tSauvés, fit la vieille fille en se précipitant vers le rivage, où Pierre ve- nait d\u2019apparaître, poussant devant lui le malheureux naufragé.Malgré le vent qui soufflait avec fureur, les cris d\u2019Angélique retentirent assez loin, et bon nombre de pêcheurs se portèrent vers la berge où Pierre, remis de son bain, frictionnait déjà l\u2019homme qu\u2019il avait arraché à la mort.\u2014 C\u2019est le fils du financier Arleff, fit un pêcheur en s\u2019avançant vers Pierre, vous avez fait là une bonne affaire, mon brave.Ce sauvetage vous vaudra bien quelques louis.\u2014 Le voilà qui revient, frottez plus fort, dit un autre pêcheur ; donnez ! ça me connaît ça ! Allons, un brin de courage, monsieur Arleff.\u2014 Peste ! Quel beau garçon, dit une fille d\u2019auberge, quand il sera remis, on pourra le réchauffer chez nous.\u2014 Il ouvre les yeux, murmura Fleur-de-Marie, en se penchant vers le jeune homme, il est sauvé ! Il est sauvé ! La tempête avait cessé, la terre surchauffée encore, avait des émanations capiteuses.Les arbres agités par les dernières brises, conservaient encore leur murmure.Au loin, le galop d\u2019un cheval résonnait sur la route caillouteuse.Guidé par une main sûre, il avançait rapidement vers le groupe qui ne s\u2019était pas encore dispersé.Le pur sang s\u2019arrêta net, et une voix forte, mais néanmoins un peu tremblante, demanda : \u2014 Est-il arrivé un malheur ?\u2014 C\u2019est la demoiselle de la villa Arleff, la soeur de Monsieur, dit un pêcheur en se découvrant.Mais avant qu\u2019on ne lui eût répondu, Gabrielle avait compris ce dont il s\u2019agissait.D\u2019un élan, sautant de cheval, elle s\u2019élança vers André qui maintenant tout à fait rem s, s\u2019était levé à son approche.\u2014 Ce n\u2019est rien, petite soeur, ne te trouble pas, ce n\u2019est rien ; j\u2019ai pris un bain, voilà tout, et c\u2019est Monsieur, ajou-ta-t-il en désignant Pierre Guérault, qui m\u2019a ramené sain et sauf.\u2014 Tu as encore été en périssoire, dit Gabrielle, la voix changée, les yeux remplis de larmes, et c\u2019est à Monsieur que nous devons ta vie.Ah ! André ! André ! Elle se tourna vers Pierre Guérault, pris ses mains, qu\u2019el'e serra avec une émotion visible.\u2014 Comment pourrons-nous jamais nous acquitter envers vous, monsieur ?\u2014 Je n\u2019ai fait que mon devoir, mademoiselle ! \u2014 Ce n\u2019est pas moi qui dois le mieu: vous remercier ; il faut que vous voyie mon père, monsieur ; la villa est toi proche, et si vous voulez bien m\u2019 suivre.\u2014 Mais, hasarda Pierre, c\u2019est que je ne suis pas seul.Ma soeur et ma fille sont avec moi.Gabrielle se retourna et, en même temps que sa soeur, André chercha autour de lui la soeur et la fille de cet homme dont la mise simple dénotait l\u2019ouvrier.La vue d'Angélique ne les surprit pas ; mais Fleur-de-Marie leur apparut comme une v.sion dont ils furent éblouis.Il Le financier Arleff possédait à Nogent, sur la lisière du bois, une magnifique villa entourée d un grand parc, où l\u2019été il venait se reposer.Gabrielle adorait la solitude de cette vieille demeure.Ici comme à Paris, elle s\u2019occupait des soins de l'intérieur, commandait aux domestiques, dont elle était 1 idole , sa brillante fortune lui avait valu de nombreuses demandes en mariage, que.sans raisons, elle refusa toujours.Gabrielle voulait rester fille, marier son frère, qui allait atteindre sa vingt -troisième année, et entrer au couvent.Elle redoutait un drame dans la vie de son père.Quel était-il ?Elle l\u2019ignorait, mais son coeur sans cesse en éveil se serrait souvent à cette pensée.Capable de tous les héroïsmes, mieux que personne, elle les comprenait.P.er-re Guérault é ait une nature d\u2019élite que, de suite, elle jugea, et c\u2019est avec une vive émotion qu\u2019elle le présenta à son père.En apprenant le danger couru par André, Hubert tressaillit ; l\u2019accueil qu\u2019il fit à Pierre Guérault fut chaleureux ; très émue, Angélique jetait autour d\u2019elle des regards curieux.Quant à Fleur-de-Marie, toujours calme et sereine, sa tenue restait la même, sa tête superbe, levée avec hauteur, ne s\u2019était point inclinée sous les regards du financier.Devant André seulement son visage avait pâli et ses beaux yeux, un peu voilés, s\u2019abaissèrent sous leurs longs cils.\u2014 Que cette jeune fille est belle ' pensait André.\u2014 Qu\u2019il est beau, qu'il est bon! songeait Fleur-de-Marie.Et son coeur battait doucement.\u2014 Monsieur, dt Hubert, en tendant la main à Pierre, vous avez acquis aujourd\u2019hui des droits à ma reconnaissance.Que puis-je faire pour vous ?Une légère rougeur monta au front de l\u2019ouvrier.\u2014 Le service que j\u2019ai rendu à votre fils ne se paie pas, monsieur ! \u2014 Monsieur a raison, fit Gabrielle avec un doux sourire, mais nous comptons cependant qu\u2019il viendra un jour nous rappeler ce que nous lui devons de reconnaissance.Elle les obligea à s\u2019asseoir, sonna et leur fit servir un repas réconfortant qu\u2019elle eut toutes les peines du monde à leur'faire accepter.Le repas achevé, ils se levèrent pour partir.\u2014 Avant de nous quitter, ne nous direz-vous point votre nom ?fit timidement André, en regardant à la dérobée Fleur-de-Marie.\u2014 Je me nomme Pierre Guérault, pour vous servir, monsieur.\u2014 André Arleff vous doit la vie et ne l\u2019oubliera pas, monsieur.Ils se séparèrent sur ces paroles.Les Guérault reprirent le chemin du bois.Pierre, changé, séché, regaillardi par le bon bourgogne qu\u2019il venait de boire, revenait en fredonnant, tandis qu\u2019Angélique et Fleur-de-Marie gardaient le silence.Huit heures sonnaient quand ils arrivèrent rue Sainte-Marguerite.Comme ils n\u2019avaient pas faim, ils allèrent se coucher.\u2014 Bonsoir, père, dit Fleur-de-Marie et sa bouche effleura à peine le front de l\u2019ouvrier ;\u2022 pu s, rentrée dans sa chamb:ette, la fillette s\u2019assit près de la croisée ouverte.Le coude appuyé sur 1 appui, elle se prit à rêver, tout en regardant passer devant elle la populace du faubourg.C éta.t toute cette journée qui lui revenait à l\u2019esprit, tous ces incidents si peu prémédités survenus dans sa vie RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Le docteur Michel Arleff, convoitant les millions de son cousin, le comte de Croix-Maur, hypnotise la femme de celui-ci et lui suggère de tuer son propre enfant, puis d\u2019empoisonner son mari.Mais les deux tentatives semblent avoir échoué ; car la comtesse a bel et bien enlevé son enfant puis l\u2019a lancée dans un bassin, mais, on n\u2019a pas retrouvé le corps, et on soupçonne un bohémien d\u2019être l\u2019auteur du rapt.Quant au comte, il échappe par miracle à la mort.Et croyant à la culpabilité de son épouse, il l\u2019abandonne, puis part pour l\u2019Amérique.Honnie, méprisée, malade de corps et d\u2019esprit, mais complètement innocente de ce dont on l\u2019accuse, la comtesse de Croix-Maur n\u2019a qu\u2019un espoir : retrouver son enfant. 20 Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 tranquille d\u2019ouvrière, tout ce luxe qu elle avait entrevu et qui, cependant, ne 1 avait point éblouie.Mais ce n\u2019était pas cela qui la tenait ainsi éveillée.C était lui, André, ce grand seigneur dont elle avait surpris bien des fois les regards fixés sur elle.Lui ! elle se le rappelait ! Toujours elle reverrait sa douce figure, ses grands yeux bleus, sa fière tournure ! Il se marierait un jour, une belle jeune fille sera t à son bras ! Heureuse femme serait celle-là.Cette songerie s\u2019était prolongée fort avant dans la nuit.C était son premier rêve.L\u2019enfant y glissait craintivement un peu des illusions de la seizième année.Le ciel était plein d\u2019étoiles, elle y jeta machinalement les yeux, comme pour reprendre son rêve envolé, puis elle pria à genoux, près de son petit lit virginal, les mains jointes, le coeur gonflé de sanglots.Le lendemain, elle se leva dès l\u2019aube.Angélique é ait déjà debout ; elle préparait la soupe pour Pierre, qui, bientôt, allait partir à son ouvrage.La nuit avait porté conseil à l\u2019enfant ; près de cette passion spontanée et naissante, était la raison qui lui commandait l\u2019oubli.Quand elles eurent fini le ménage.Fleur-de-Mar'e fit un petit paquet de son travail terminé, et s\u2019en fut le rapporter à son magasin.A midi, elle était de retour; Angélique l\u2019attendait à la fenêtre, trouvant qu\u2019elle s\u2019était bien retardée.La gaieté de la jeune fille semblait revenue ; essoufflée, elle monta vivement les escaliers, et d\u2019une haleine, elle dit à Angélique, qu.était accourue lui ouvrir : \u2014 Voici de 1 ouvrage pour toute la semaine.J\u2019ai une garniture de robe à remettre en état.Quand elles eurent déjeuné, Angélique prépara le repas de Pierre et le porta à l\u2019atelier.Fleur-de-Marie, assise près de la fenêtre, s\u2019était déjà mise au travail.\u2014 Voilà! c\u2019est fat, nous n\u2019avons plus à sortir, dit Angélique en prenant place près de la jeune fille ; je vais t\u2019aider.Donne-moi quelque chose de facile.\u2014 Y verras-tu assez clair ?\u2014 Dame ! je n\u2019ai pas mes yeux de quinze ans, mais on mettra des lunettes, ma fille ! Fleur-de-Marie travaillait vite, vite, ce jour-là, mais elle ne chantait pas comme elle en avait l\u2019habitude.\u2014 Eh bien ! si tu roucoulais quelque chose, dit Angélique, que ce silence agaçait.\u2014 Je n\u2019ai pas envie de chanfer aujourd\u2019hui.\u2014 Ton chardonneret fait comme toi, vois un peu comme il est triste dans sa petite cage.Hier nous avons oublié de lui apporter du mouron ; voilà une promenade dont je me rappellerai longtemps.\u2014 Moi aussi, fit la jeune fille.Cette demoiselle était vraiment gentille, comment l\u2019as-lu trouvée ?\u2014 Charmante.Et son frère ?Fleur-de-Marie ne répondit pas.\u2014 Il est beau garçon, mais il ne me plaît pas, fit sournoisement Angélique.Même silence de Fleur-de-Marie.\u2014 Ah ! çà, fillette, tu es donc sourde ?Voyons, comment as-tu trouvé ce jeune homme ?\u2014 Très bien.\u2014 Et c\u2019est tout?\u2014 C\u2019est tout.Je n y ai pas autrement songé.Le visage d\u2019Angélique s\u2019éclaira.\u2014 Vois-tu, dit-elle j\u2019ai eu peur que tu le trouves trop bien, il n\u2019y faut pas songer, ma mignonne ! \u2014 Tu as toujours raison, petite mère, fit diucsment Fleur-de-Marie.Le reste de la journée s\u2019écoula sans qu\u2019il fût question de l\u2019aventure de Nogent.A la villa Arleff, il n\u2019en fut pas ainsi.André ne tarissait pas sur la beauté de Fleur-de-Marie.Quelques mois s\u2019écoulèrent (on était en janvier) les Arleff s\u2019étaient depuis longtemps réinstallés dans leur hôtel de la rue de Sèvres, ou chacun dut reprendre ses travaux habituels.Hubert retomba sous le poids des affaires et André reprit ses cours de médecine.Quoique riche, André n\u2019était point un de ces viveurs dont Paris pul\u2019ule et passait son temps à l\u2019hôpital et dans la maison de son père, qu\u2019il égayait de son insouciante jeunesse.Le soir, il faisait de la musique avec Gabrielle, car elle aussi avait besoin, autant qu\u2019Hubert, d\u2019être distraite.Le père et la fille ressentaient les mêmes impressions désolées, et souvent leurs regards se rencontraient, cherchant à deviner le secret qui les oppressait tous les deux.André ne se doutait pas du remords qui pesait dans la vie de son père Gabrielle seule, sans se rendre encore bien compte du chagrin d\u2019Hubert devinait en partie la vérité.Depuis quelque temps, le financier semblait éviter son frère, le voyait le mo ns possible.Il n\u2019avait pas été sans apprendre par lui et les journaux la disparition de Mme de Croix-Maur et la douleur du général, qui, depuis ce nouveau malheur, après un fort long voyage s\u2019était cloîtré dans son hôtel comme un ermite.Hubert savait tout cela, et ses remords s'accentuaient tous les jours davantage.Le soir, entre sa fille et son fils, son esprit était plus Iranqu lie ; mais, rentré dans ses appartements, le passé revenait plus terrible, hanter ses nuits.Il essaya de tous les moyens pour chasser cette obsession, mais il ne put y parvenir.Après son infamie, il s\u2019attendait à des catastrophes imminentes, il n\u2019en fut rien.Sa ma son continua à bien marcher, à s\u2019agrandir et à réaliser de gros bénéfices La fortune 1 ui vint, inesoérée considérable, le plaçant au premier rang des capitalistes d\u2019Europe.Alors, où était la justice de Dieu ?Et souvent Hubert se posa cet étrange problème : la justce de Dieu ?Un jour, comme il était seul dans sa chambre, Gabrielle, toujours inquiète et aux écoutes, entendit ces quelques paroles dites à voix haute par son malheureux père.La justice de Dieu ! répéta-t-elle, en étreignant son coeur prêt à éclater, et lentement elle s\u2019avança près d\u2019Hubert q ¦ i, absorbé dans ses pensées, ne l\u2019avait point entendue venir.\u2014- Père, dit-elle, en lui posant ses belles mains sur les épaules, père, tu souffres, tu as du chagrin ?Hubert tressaillit, et se tournant brusquement, il examina sa fille pendant quelques instants.\u2014 Je n\u2019ai pas de chagrin, fit-il d\u2019un ton glacé, après un court silence.Tu te trompes, ma fille ! \u2014 Non, je ne me trompe pas; depuis bien des années déjà, il existe ce chagrin que tu caches à tes enfants qui t\u2019aiment cependant de tout leur coeur.Tu le sais bien, père ! \u2014 Ma fille chérie ! Il lui prit les mains, et, pendant longtemps, il les tint dans les siennes, les caressant, d\u2019une pression douce.\u2014 Tu vois, tu ne peux plus rien nous cacher, reprit-elle en obligeant Hubert à s\u2019asseoir près d\u2019elle, tu n\u2019auras jamais de meilleurs confidents que tes enfants.\u2014 Mais, je suis heureux, je n\u2019ai rien à te dire, ma fille ! \u2014 Alors pourquoi te plains-tu de la justice de Dieu ?reprit la jeune fille, en fixant hardiment son père.\u2014 Je remercie, au contraire, la justice divine.\u2014 Oh ! je t\u2019en prie, père, tu sais combien je t\u2019aime ! Oh ! tu le sais, n\u2019est-ce pas ?Eh bien ! c\u2019est au nom de cet amour que je te supplie de m\u2019ouvrir ton coeur.\u2014 Va-t-en, fit-il en la repoussant, va-t-en.Des larmes coulèrent silencieusement des yeux de Gabrielle ; et elle rentra dans ses appartements, où André l\u2019attendait.\u2014 Qu\u2019as-tu, petite soeur ?dit André.\u2014 Notre père est malheureux ! Voilà ce dont je souffre.\u2014 J\u2019avais cependant une bonne nouvelle à vous annoncer.\u2014 Ah ! et quelle est cette nouvelle ?\u2014 J\u2019ai passé avec succès mon examen d\u2019internat.\u2014 Mon cher petit André, je suis bien heureuse.Et que vas-tu faire alors ?\u2014 Je vais entrer à Saint-Antoine, où je passerai l\u2019année sous les ordres du docteur Larivière, un ami du général d\u2019Apremont, je crois.Les yeux de Gabrielle se voilèrent.Elle ne savait pourquoi, mais ce nom d\u2019Apremont lui faisait peur.\u2014 Alors, te voilà lancé.Tu vas devenir célèbre, toi aussi.\u2014 Je ferai concurrence à mon oncle, je l\u2019espère.André était content, il voulut passer la journée en compagnie de sa soeur, et lui consacra également la soirée.\u2014 Qu'on est bien ici, près de toi, dit André.J\u2019ai désiré souvent que nous nous contentions toujours de ce bonheur d\u2019être ensemble.\u2014 Oh ! toi ! tu te marieras, fit Gabrielle, tu auras des enfants qui te prendront tout ton coeur.\u2014 Mais toi aussi tu te marieras ! \u2014 Jamais! je te lai dit souvent.\u2014 Bah ! quand tu aimeras, toi aussi, tu changeras d\u2019avis.\u2014 Je n\u2019aimerai jamais que toi et notre père.\u2014 Petite soeur, il ne faut pas dire : fontaine, je ne boirai pas de ton eau ! \u2014 Mais je suis une vieille fille.Je coiffe Sainte-Catherine depuis deux ans.Puis, vois-tu, j\u2019ai du chagrin, je ne sais pourquoi.Je suis triste.\u2014 Tu te tourmentes pour rien, ma soeur.Tout à l'heure, tu as eu une discussion avec notre père.\u2014 Non, je t\u2019assure.\u2014 Tu as pleuré, cependant.\u2014 J ai pleuré de le voir malheureux.\u2014 Ah! il est malheureux, fit André, rêveur.\u2014 Il a un secret qui l\u2019étouffe et qu\u2019il ne veut pas nous dire.C'est ce qui le mine constamment.Un secret ?Tu es folle ; mon père subit l\u2019influence des affaires.\u2014 Je ne sais ce dont il souffre, mais il y a une cause à son chagrin que nous connaîtrons plus tard.Enfin, la vie de notre père est au grand jour ; c est un homme honorable, un financier intègre.Gabrielle baissa la tête et ne répondit pas.\u2014 Notre père s\u2019émeut de te voir rester fille ! Voilà.Tu n\u2019as pas deviné le grand motif de son ennui.Ce serait si gentil pour lui de bercer dans ses bras de beaux petits-enfants ! Voyons, suppose que je vienne à me marier, que notre père meure, que deviendras-tu ?J ai tout calculé, tout arrangé déjà ! Eh bien! Voyons ces calculs, ces arrangements ?\u2014 J\u2019entrerai dans un couvent ! \u2014 Toi ! toi ! ma soeur ?\u2014 Cela t\u2019étonne ?Elle reprit : Rien au monde ne changera mes projets.Alors, tu me diras adieu pour toujours, tu fermeras ton coeur à toutes les vieilles tendresses.\u2014 Je t\u2019aimerai toujours, tu le sais bien, grand enfant.Elle s\u2019était penchée vers lui, enlaçant de ses bras la tête brune du jeune homme, que fraternellement elle approcha de ses lèvres.\u2014 Va ! je t\u2019embrasserai encore comme j e t'embrasse aujourd\u2019hui, dit-elle d\u2019une voix câline.Je te verrai souvent, souvent, car je ne serai pas cloîtrée, non, je juge les sacrifices inutiles, du moins ceux qui n\u2019ont pas pour but de soulager l\u2019humanité ; mais je serai soeur de charité dans quelque hôpital, là où tu seras peut-être, mon André, je soignerai les pauvres.Et quelle me sera douce cette vie ! si tu savais.\u2014 Toi ! Toi ! soeur de charité ! \u2014 Mais certainement ! \u2014 Je connais ton coeur, mais je te l'avoue je ne m\u2019attendais point à une telle détermination qui n\u2019a pu éclore dans ta tête, qu\u2019après de violents chagrins : \u2014 Je suis cependant très heureuse! \u2014 A quoi bon mentir ?fit-il en se levant, tu n és pas heureuse, non, tu n\u2019es pas heureuse, ma soeur, tu subis l\u2019influence du caractère de notre père.C\u2019est une maladie cela, qu\u2019il faudra soigner.Et revenant s'asseoir près de Gabrielle, il lui prit les mains et la regardant dans les yeux : \u2014 Tu ne feras pas cela, tu me le promets ?Elle secoua la tête.\u2014 Tu ne feras pas cela: parce que moi aussi, je resterai près de toi à t'aimer toujours, n\u2019est-ce pas.ma soeur ?Puis tu changeras d\u2019avis, tu te marieras ! \u2014 Tu as su l\u2019histoire de la comtesse de Croix-Maur ?\u2014 Oui ! Eh bien ! Après ?\u2014 Eh bien! l\u2019histoire de cette malheureuse femme a jeté une ombre sur ma vie et m\u2019a fait prendre le mariage en horreur.\u2014 Mais cette femme est une empoisonneuse, une tueuse d\u2019enfant.Tu ne lui ressembles pas, je suppose ?\u2014 N\u2019accuse pas cette femme, André ! \u2014 Au fait, tu as peut-être raison.Le docteur Larivière, un ami du général d Apremont, ne croit pas la comtesse de Croix-Maur coupable, et cependant tout l\u2019accuse.\u2014 Oui tout.\u2014\tA ce sujet, Larivière a eu de singulières conversations avec le major Maupérin, tu sais, le père de notre ancienne institutrice.Maupérin voulait lui persuader que la fille du général avait subi les effets d\u2019une suggestion.Larivière ne croit pas à cela.\u2014 Et toi ?\u2014 M°i '¦ c\u2019est autre chose.Je suis de la nouvelle école.Un sourire erra sur les lèvres de Gabrielle.\u2014\tTu ris ?- Je suis comme le docteur Larivière, je ne crois à rien ; pas même au magnétisme.\u2014\tIncrédule ! Le frère et la soeur se turent.Après avoir embrassé Gabrielle sur les deux joues, André rentra chez lui.Il n\u2019était pas encore dix heures, André.qui avait 1 habitude de se coucher de bonne heure, allait le faire, sans doute, quand il se rappela tout à coup un rendez-vous donné à un de ses amis, au café Riche.Il prit vivement son chapeau, jeta sur ses épaules une pelisse doublée de loutre et sortit.Le temps était affreux, la neige redoublait d intensité.Les passants se taraient rares.A quelques pas du jeune homme une jeune fille vêtue de noir marchait vite.Sa mise était simple et honnête, un voile de tulle couvrait son charmant visage. Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 21 André oublia son rendez-vous et se mit à la poursuite de la nocturne promeneuse, dont les pas se ralentissaient visiblement.De temps à autre, glissant sur le trottoir, elle était obligée de s\u2019arrêter, tout en se soutenant de son parapluie, qu\u2019elle serrait fortement dans ses petites mains.A la tournure, aux mouvements de la tête, à la taille svelte et gracieuse, André la jugea jeune et belle.Il s'approcha, passa près d\u2019un réverbère pour la mieux voir.\u2014 Ah ! quelle était jolie ! Mais où avait-il vu ce visage triste, ces yeux mélancoliques ?La jeune fille le reconnut sans doute, car elle poussa un faible cri de surprise, puis elle continua sa course, sans retourner la tête, de la même démarche fière de tout à l\u2019heure.Mais André se rappela aussi ce visage.La scène de Nogent lui revint à la mémoire, avec le souvenir de la chaste enfant qu'il avait trouvée si admirablement jolie, et il n\u2019osa point lui parler.Mais où allait-elle, à cette heure, en un pareil temps ?Il se fit plusieurs fois la même question et un sourire moqueur erra sur ses lèvres.Bah ! elle allait sans doute à quelque rendez-vous d\u2019amour ; néanmoins Fleur-de-Marie continua son chemin, sans qu\u2019il osât l\u2019aborder.Ill La boue épaisse et glissante des trottoirs rendait la marche difficile.Fleur-de-Marie avançait avec une extrême difficulté.Les boulevards étaient devenus presque déserts, quelques passants attardés lui tenaient, en la frôlant, quelques galants propos qu\u2019elle ne semblait point entendre.Elle court à un rendez-vous, pensait André.Mais à cette pensée, le sourire railleur qui tout à l\u2019heure avait crispé ses lèvres, s\u2019effaça.Une amertume profonde se répandait sur ses traits.Etait-il possible que cette jeune fille fût une femme perdue?\t4 Et en souvenir, il la revoyait le jour où il fut sauvé de la mort par Pierre Guérault, cet honnête ouvrier qui n\u2019avait pas craint d\u2019exposer sa vie pour lui.Malgré la violente bourrasque de neige qui s\u2019était déchaînée, Fleur-de-Marie avait pris de l\u2019avance.En cet endroit du boulevard, ils étaient presque seuls, les voitures se faisaient rares aussi, les omnibus ne marchaient plus.Quelques sergents de ville, cachés dans le renfoncement des portes, cherchaient à s\u2019abriter le plus possible.Fleur-de-Marie arriva rue de Richelieu et se dirigea vers le boulevard des Italiens.En voyant la jeune fille ralentir son pas et consulter le numéro des maisons, le coeur d\u2019André se serra affreusement.Onze heures sonnaient à la Madeleine.\u2014 Onze heures, pensait André, où va-t-elle à cette heure ?Il allait la rejoindre, l\u2019interroger peut-être, quand il la vit disparaître sous la porte cochère d\u2019une maison qu\u2019il reconnut aussitôt pour être celle de son oncle le docteur.Mais Michel n\u2019était pas le seul locataire de cette maison, les autres étages étaient habités par des gens riches, chez un desquels la jeune fille se rendait certainement.Décidé à en avoir le coeur net, il attendit.Cependant, FJeur-de-Marie montait lestement les quelques marches garnies d\u2019épais tapis conduisant au premier étage.D\u2019une main fébrile, elle tira un timbre.Un domestique parut.\u2014 M.le docteur est-il chez lui ?de-manda-t-elle.\u2014 Oui, mademoiselle.\u2014 Eh bien! voulez-vous lui dire que je suis ici.Ma mère se meurt ; elle voudrait le voir.\u2014 Monsieur ne se dérange que pour ses clients.Or, il me semble que vous n\u2019êtes pas dans ce cas, mademoiselle ?\u2014 Nous ne sommes pas riches, fit la jeune fille les yeux trempés de larmes ; mais, nous pouvons p^yer une visite de médecin.Votre maître a déjà soigné maman, il y a six ans, et c\u2019est lui qu\u2019elle réclame cette nuit, tout de suite ! \u2014 Eh bien ! que me veut-on ?fit une voix grondeuse partie d'une chambre voisine dont la portière se souleva brusquement.\u2014 Mademoiselle voudrait parler à Monsieur.\u2014 Pour quel motif ?demanda Michel.\u2014 Maman se meurt, monsieur ! \u2014 Mais je ne connais pas votre mère, ma belle petite, et je ne me dérange pas à cette heure.\u2014 Vous la connaissez, monsieur, vous l\u2019avez soignée il y a six ans.\u2014 Je ne me souviens pas de si loin.Enfin ! comment vous nommez-vous, où restez-vous ?\u2014 Mon père se nomme Pierre Gué-rault, nous demeurons rue Sainte-Marguerite ! \u2014 Au faubourg Saint-Antoine ?\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Mais, c\u2019est un coupe-gorge, cela ?\u2014 Il y a des honnêtes gens partout, dit Fleur-de-Marie en levant vers Michel Arleff ses beaux yeux bleus, d'une profondeur étrange.Maintenant, en pleine lumière, la jeune fille apparaissait divinement belle, sous les lourdes torsades de sa chevelure blonde.De grosses larmes roulaient sur ses joues nacrées, voilaient ses regards.Alors le viveur se réveilla soudain, cette beauté superbe l\u2019impressionna ; et pour la première fois, il regarda la jeune fille avec une bienveillance dont elle ne comprit pas le sens.Faites appeler le coupé, dit-il au valet qui attendait ses ordres.\u2014 Oh ! merci ! fit Fleur-de-Marie émue et reconnaissante qu\u2019un si grand personnage voulût bien se déranger pour elle, et elle fit quelques pas vers la porte pour se retirer.\u2014 Restez, vous profiterez de ma voiture, dit Michel avec bonhomie ! \u2014 Je vous remercie, monsieur, tenez, voici notre adresse.\u2014 Vous ne voulez pas profiter de ma voiture ! \u2014 Non, monsieur, je vous remercie.\u2014 Et la raison ?voyons ! vous avez une raison.\u2014 Je ne sais pas, murmura Fleur-de-Marie, dont le front se couvrit de rougeur.\u2014 Si j\u2019étais un jeune homme, ie ne vous aurais pas proposé cela, dit Michel en serrant les petites mains de la jeune fille, mais malheureusement je ne suis plus dans ce cas, et je puis me permettre bien des choses avec des enfants comme vous.Comme elle résistait, il n\u2019insista plus.Michel était un roué en amour ; Fleur-de-Marie lui plaisait, il mettrait le temps à la corrompre, et, en cela, il était absolument certain de réussir.La timidité de la jeune fille lui avait ouvert les yeux, il avait affaire à une vierge qu\u2019il ne faudrait point brusquer, mais qu\u2019il devait prendre par la douceur.Bah ! pensait-il, je la retrouverai ! la mère est malade, j\u2019en serai pour quelques visites dans un bouge ; mais la petite en vaut la peine, je l\u2019apprivoiserai vite ! J\u2019en fais mon affaire.Fleur-de-Marie s\u2019en fut.Elle était à bout de force ; depuis déjà quelques nuits, elle veillait Angélique, sans prendre un instant de som- MARIE BRIZARD APRY 0Queu» MAKIE BRlZARD t.ROGER L'âme de l'abricot Àyxvuc cSlizaw t foncbilsx&z g^IHE e dejfyznlAe Verte ou Blanche t&iV, I MARIE BRIZARD MARIER P HASP .y*** ¦¦¦¦ 1 Etes-vous déprimée! Nerveuse! Sans énergie! Délaissée?La vie n\u2019a-t-elle pous vous que des désagréments?Souffrez-vous de maigreur?des vertiges?de migraines?et votre teint a-t-il perdu sa fraîcheur?C\u2019est alors que vous avez le sang trop lourd, chargé de toxines, et le travail de ce sang non purifié cause de pénibles désordres dans votre organisme.Faites alors votre cure de désintoxication naturelle.Les éléments concentrés qui constituent le merveilleux TRAITEMENT SANO \u201cA\u201d élimineront tous ces poisons.De jour en jour vos chairs se développeront et redeviendront fermes, votre teint s\u2019éclaircira, vous serez plus attrayante avec tout le charme de la jeunesse.Envoyez cinq sous pour échantillon de notre merveilleux produit SANO \u201cA\u201d.Correspondance strictement confidentielle.LES PRODUITS SANO Enrg.,\t(pour le canada seulement) Mme CLAIRE LUCE, Case Postale 2134 (Place d\u2019Armes), Montréal, P.Q.Ecrivez lisiblement ci-dessous : Vorte nom\t.Votre adresse . 22 Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 Par Mme ROSE LACROIX Directrice de l'Institut Ménager, du SAMEDI et de LA REVUE POPULAIRE SALADE POUR SERVIR AVEC POULET FROID, SAUMON OU HOMARD 2 e.à tb.de gélatine\t4 c à tb.d\u2019eau froide /4 de tasse d eau bouillante\t1 c, à tb, de sucre le jus et l\u2019écorce râpée d\u2019un citron 1 pomme coupée en dés et non pelée\tsel, poivre et persil frais 1/2 tasse de céleri taillé en filets\t1 c.à ib.d\u2019oignon haché finement 1 concombre coupé en petits dés sans le peler Saupoudrer, la gélatine sur l\u2019eau froide 5 minutes pour la faire gonfler.Verser au-dessus 1 eau bouillante et la dissoudre parfaitement.Ajouter le sucre, laisser refroidir jusqu à consistance de sirop épais.Y mettre tout le reste des ingrédients et bien mélanger.Verser le tout dans un moule préalablement passé à l\u2019eau froide C est très joli de faire prendre cette salade dans un moule en forme d\u2019anneau.Démouler sur un beau plat, garnir de laitue et de saumon frais et mettre au milieu e poulet, le homard ou le saumon.A défaut de moule en forme d\u2019anneau, on peut aire prendre cette salade dans un plat rond et disposer la viande autour.Servir avec mayonnaise.MAYONNAISE A L'HUILE y2 c.à thé de moutarde\t% de tasse d\u2019huile à salade 1 jaune d'oeuf V2 c.à thé, de sucre\t1 c.à tb.de jus de citron 1/2 c.à thé de sel\t1 c.à tb.de vinaigre quelques grains de cayenne (poivre rouge) Mettre dans un bol la mou arde, le sucre, le se! et le poivre de cayenne (je souligne quelques grains).Vous pourriez facilement gâter votre mayonnaise en en mettant plus, mieux vaut en ajouter un peu.Ajouter un jaune d\u2019oeuf, bien mélanger, y mettre le vinaigre et bat.re avec un moussoir en ajoutant l\u2019huile, très peu à la fois.Quand le mélange commence à épaissir, augmenter l\u2019huile et battre continuellement jusqu\u2019à ce que l\u2019huile soit entièrement épuisée.En dernier lieu, y mettre le jus de citron et bien mélanger avec le moussoir.1 c.à table d\u2019eau bouillante ajoutée quand la mayonnaise est terminée, l\u2019empêchera de se séparer.Cette recette peut servir de base.En y ajoutant différents ingrédients, on obtient des saveurs variées qui agrémentent les salades et en font des mets de luxe qui font bonne figure sur la table.MOUSSE A LA RHUBARBE 3 tasses de rhubarbe cuite\tJ c.à tb.de jus de citron 2 c.à tb.de gélatine\ti/2 tasse denu jroide 2 blancs d'oeufs 6 c.à tb.de sucre\t2 c.à ihé de vanille Faire chauffer la rhuba be avec le sucre, ajouter le jus de citron et la gélatine préalablement gonflée dans l\u2019eau froide Brasser pour bien dissoudre la gélatine.Laisser refroidir un peu et y incorporer les 2 blancs d\u2019oeufs battus bien fermes.Verser dans un moule passé à l\u2019eau froide et laisser prendre bien ferme.Démouler et servir avec une crème aux jaunes d\u2019oeufs faite avec les 2 jaunes d\u2019oeufs.CREME AUX JAUNES D'OEUFS 1 c.à thé d\u2019amidon de maïs (cornstarch) 2 jaunes d oeufs\tUne piticée de sel 1 c.à thé de vanille\t- 1/2 tasse de lait\tt/4 de tasse de sucre Mettre dans un bain-marie le sucre, l\u2019amidon de maïs et le lait.Laisser cuire jusqu\u2019à épaississement.Ajouter les jaunes d\u2019oeufs et laisser cuire encore une minute et servir très froid avec la mousse à la rhubarbe.Cette recette peut se faire avec de la purée de pommes ou de pêches.Cette purée se fait en faisant cuire la rhubarbe, les pommes ou les pêches avec un peu de sucre ; V4 de tasse pour chaque tasse de fruits préparés et passés en purée.GATEAU NON CUIT 2 carrés de chocolat non sucré\t2 c.à t\u2019o.de beurre 2 jaunes d\u2019oeufs\t1 livre de sucre à glacer 1 livre de biscuits secs écrasés 1 tasse de café fort chaud\t1 c.à thé de vanille Faire fondre le chocolat au-dessus de l\u2019eau chaude, ajouter le beurre, les jaunes d\u2019oeufs battus puis le sucre à glacer et le café chaud.En dernier lieu, incorporelles biscuits écrasés finement, aromatiser.Verser dans un moule recouvert de papier paraffiné et laisser prendre bien ferme.Démouler et couper en tranches comme un gâteau cuit.Ce gâteau se sert très bien avec de la crème glacée.Il faut être bien minutieuse pour mesurer les ingrédients afin d\u2019obtenir la consistance désirée.S\u2019il arrive que le gâteau soit trop clair, on peut y ajouter plus de b scuits écrasés.meil ; elle avait marché plus d\u2019une heure dans la neige à peine vêtue ; car depuis bientôt six mois qu\u2019Angélique était malade, les vêtements et toutes les pauvres économies du ménage s\u2019en étaient allés petit à petit.Pour soigner Mlle Guérault.la jeune fille avait abandonné son travail, et Pierre subvenait seul aux dépenses du ménage.Quand elle quitta la maison du docteur, elle était pâle et tremblante, des frissons la secouaient tout entière.Elle se sentait lasse ; et cette course en un pareil temps l\u2019avait brisée.Pour la première fois, l\u2019enfant eut un cri de révolte.La vie misérable qui lui était faite était bien lourde pour cette frêle nature ; seule, ainsi perdue dans ce grand Paris, elle marchait vite, comme au hasard, sur les larges trottoirs d\u2019une blancheur immaculée ; les yeux fixés sur la colonne de juillet, qui se profilait dans la brume, elle fut bientôt rejointe par André.\u2014 Vous êtes fatiguée, lui dit-il, si vous vouliez prendre mon bras, mademoiselle ! L\u2019enfant tressaillit au son de cette voix ; son visage devint extrêmement pâle.\u2014 Nous sommes de vieux amis, dit' doucement André, c\u2019est pourquoi je me permets de vous aborder.Vous vous appelez mademoiselle Guérault, vous êtes la fille d\u2019un digne homme qui m\u2019a sauvé la vie.Vous vous souvenez, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Oui, murmura doucement la jeune fille.\u2014 Vcus sortez bien tard, reprit René, qui avait hâte de savoir d'où elle venait à cette heure.Vous venez de voir votre ami ?Une vive rougeur monta au front de Fleur-de-Marie.\u2014 Mon ami ?dit-elle.Je n\u2019ai pas d\u2019ami, monsieur.Je viens de chercher le médecin pour ma mère, qui est très malade.Puis, d\u2019une voix très grave : \u2014 Laissez-moi, monsieur, suivre mon chemin ! \u2014 Vous êtes fâchée?\u2014 Je suis une pauvre fille qu\u2019un homme croit pouvoir insulter Adieu, monsieur ! \u2014 Non! Je vous en conjure.Ne partez pas.dit André, et pardonnez-moi mes injustes soupçons.La voix d\u2019André était si douce, si tendre, que brusquement la jeune fille s'arrêta.Leurs regards se croisèrent, remplis d\u2019une ineffable tendresse.\u2014 Vous êtes souffrante, voulez-vous que je fasse avancer une voiture ?\u2014 Oui, monsieur, une voiture, dit-elle faiblement, en appuyant sa petite main sur le bras d'André.\u2014 Justement, voici un fiacre vide.Je vais le héler : holà 1 cocher ; hé ! hé ! Le fiacre s\u2019arrêta.\u2014 Montez vite les bourgeois, en voici un temps ! Et comme Fleur-de-Marie hésitait, il l\u2019obligea doucement à prendre place dans la voiture qu\u2019il referma brusquement sur elle, et, son chapeau à la main, il s\u2019avança près de la portière.\u2014 Votre adresse ?dit-il à la jeune fille.\u2014 Rue Sainte-Marguerite, 15.André répéta cette adresse au cocher, tout en lui glissant dans la main le prix de la course, et immobile, en proie à l\u2019émotion la plus vive, il suivit longtemps du regard le véhicule qui disparaissait dans la nuit.Pour la première fois de sa vie, André éprouva une douleur aiguë au coeur.Reverrait-il jamais cette adorable fille que le hasard avait jetée deux fois sur ses pas ?Non, il n\u2019oublierait jamais maintenant ces beaux yeux profonds et doux, cette figure chaste, et, songeur, il revint rue de Sèvres, tandis que Fleur-de-Marie rentrait au logis.Michel Arleff, qui l\u2019avait précédée de quelques minutes seulement, était encore près d\u2019Angélique, dont la fièvre avait redoublé.Pierre Guérault se tenait immobile au pied du lit.En apercevant la jeune fille son visage s\u2019éclaira.\u2014 Ah ! te voilà, dit-il ; ne pouvais-tu attendre mon retour ?\u2014 Père, tu rentres si tard ! et cela pressait ; puis, j\u2019ai voulu t\u2019éviter cette course ! tu es si fatigué.\u2014 Mademoiselle a bien fait, dit Michel en se tournant vers Pierre, il est même un peu tard.\u2014 Oh ! mon Dieu ! ma pauvre soeur est donc bien mal, murmura Pierre, les larmes aux yeux.\u2014 Je ne vous le cache pas, l\u2019état de cette femme est grave, très grave, et je n\u2019en réponds pas.\u2014 Elle est perdue, pensa l\u2019ouvrier, et son coeur se serra affreusement.\u2014 Monsieur, dit Angélique, qui sans entendre ce colloque, l\u2019avait deviné, combien de temps resterai-je dans cet état ?\u2014 Je ne puis le dire, ma pauvre femme ! \u2014 Je ne voudrais pas être une charge pour mon frère et ma petite Fleur-de-Marie, reprit-elle en attachant sur le docteur ses yeux brillants de fièvre.Ils me pardonneront de vous avoir fait appeler.C\u2019est le dernier argent que je veux leur coûter.Je n\u2019avais confiance qu\u2019en vous ! Maintenant, je comprends que tout est fini, que vous désespérez de me guérir.Je veux m\u2019en aller de suite à l\u2019hôpital ! \u2014 Non, tu n\u2019iras pas à l\u2019hôpital, tu ne nous quitteras pas, dit Fleur-de-Marie.en saisissant les mains d\u2019Angélique, qu\u2019elle baisa.Tu guériras, je te le promets, moi ! Je te soignerai si bien, chère petite mère ; tu verras comme je te soignerai ! \u2014 Qu\u2019elle est belle, pensait Arleff.et ses regards ne pouvaient se détacher de Fleur-de-Marie.Enfin, il fallut partir.Il fit une ordonnance, Pierre Guérault l\u2019accompagna jusqu\u2019à la rue pour l\u2019éclairer.\u2014 Votre soeur est très mal, dit Arleff, elle est atteinte d\u2019une paralysie du côté gauche, qui bientôt gagnera le coeur.Elle peut mourir d\u2019un jour à l\u2019autre, comme vivre un mois ou deux.Cela dépendra des soins qui lui seront donnés.Je reviendrai demain.\u2014 Mais, monsieur, nous ne pourrons jamais nous acquitter envers vous, dit Pierre, je gagne quatre francs par jour, et je suis seul pour subvenir à toutes nos dépenses.\u2014 Ne vous tourmentez pas ! les riches paient pour les pauvres.Arleff faisait grandement les choses.Il envoyait les médicaments préparés, du bon vin et quelquefois même de 1 argent qui lui fut cependant impitoyablement refusé.Cependant, Fleur-de-Marie vendit, peu à peu, les quelques bibelots de sa chambre, des objets de toilette, une chaîne d\u2019or, présent de Pierre à sa fete, un bracelet, une bague, et un couvert d\u2019argent, seul luxe de la maisonnée, puis elle porta des draps au mont-de-piété.Les vêtements qui, jusque-là, avaient échappé au naufrage, furent vendus à vil prix à des marchandes à la toilette.C était donc encore la misère noire qui entrait au logis, et Angélique frémissait en se rappelant les mauvais jours de 71.Maintenant, Pierre était sans ouvrage ; la morte-saison était venue : ses yeux s affaiblissaient, il ne voyait plus clair pour travailler ; de jeunes ouvriers le remplacèrent chez les Mor-temer, qui donnèrent pour toute expli- Le Samedi.Montréal, 2 décembre 1950 23 cation son peu d\u2019exactitude, car le malheureux s\u2019attardait le matin, près d\u2019Angélique qui agonisait.Pierre chercha ailleurs de l\u2019ouvrage, et comme le travail n\u2019allait pas, il fit, à ses pièces, des montures que lui confia Loriot.Mais tout cela lui rapportait peu ; l\u2019homme d\u2019affaires connaissait les embarras de l\u2019ouvrier et en profitait.Tout accablait en même temps le pauvre Guérault.Le propriétaire, auquel il devait deux termes, le menaça d\u2019une saisie, s\u2019il ne s\u2019acquittait immédiatement.Un jour, il aborda franchement la question, près d\u2019Angélique, que la paralysie rendait inoffensive.\u2014 Je sais, dit-il à Fleur-de-Marie, que si vous n\u2019avez pas payé votre terme, dans les quarante-huit heures, vous allez être mise à la porte de votre logement ! \u2014 Oui, monsieur, tout cela est exact.\u2014 Et vous ne vous êtes pas demandé ce que vous alliez devenir, vous et vos parents ?\u2014 J\u2019ai tant souffert, murmura la jeune fille en étendant sa main diaphane vers le lit d\u2019Angélique, et tant vu souffrir, que ce malfaiteur ne me touche pas ! \u2014 J\u2019irai à l\u2019hôpital, gémit la malade ! \u2014 Oui, mère, et tu y seras mieux soignée qu\u2019ici.Tu auras chaud, tandis qu\u2019ici, tu as froid.Rien ne te manquera, mère ! Dieu sait qu\u2019autant qu\u2019il a été poss\u2019ble, nous avons retardé ce moment douloureux.Puis, je pourrai travailler, te porter des douceurs.\u2014 Cher ange ! \u2014 Quant à vous, monsieur, reprit lentement Fleur-de-Marie, comment pourrai-je m\u2019acquitter envers vous ?\u2014 Je ne serai pas exigeant, fit Michel en jetant sur la jeune fille un audacieux regard.\u2014 Mon père et moi nous travaillerons pour vous payer intégralement, soyez-en sûr, monsieur.\u2014 Je ne demande pas de salaire, je viendrai ici chaque jour, je subviendrai à tous vos besoins, fit Michel, en se rapprochant de la jeune fille.\u2014 Mais tout cela, à une condition.Angélique essaya de se soulever suf un coude, car avec cette perspicacité des malades, elle avait vite compris ce que cet homme allait dire à sa fille.IV leur-de-Marie s\u2019était reculée de quelques pas.Michel poursuivit : \u2014 Je veux faire de vous la femme la plus belle, la plus heureuse qu\u2019il soit au monde.Fleur-de-Marie détourna sa jolie tête, un sourire de dédain erra sur ses lèvres.\u2014 Vous ne me croyez pas ?\u2014 Non, monsieur.Et quand même je croirais à la vérité de vos paroles, je les repousserais.\u2014 Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! s\u2019écria Angélique en retombant de tout son poids sur son oreiller.Ses yeux effarés ne quittaient pas Arleff, qui doucement s\u2019était avancé vers la jeune fille, comme pour la saisir.\u2014 N\u2019avancez pas, fit Fleur-de-Marie en se redressant superbe d\u2019indignation.\u2014 Mais alors, vous m\u2019aimerez ?\u2014 Jamais, monsieur.\u2014 Je veux vous donner le luxe qui rend belle, un hôtel, des voitures ; mais, de grâce, écoutez-moi ! \u2014 Je vous ai dit, monsieur, mon dernier mot.\u2014 Fleur-de-Marie, je t\u2019aime ! A cette nouvelle insulte, un éclair passa dans les regards de la jeune fille ; et, toisant Michel Arleff, elle lui montra résolument la porte.\u2014 Sortez, dit-elle, et souvenez-vous que Fleur-de-Marie n\u2019est pas à vendre ! Il partit.Quand il fut dans la rue, un cri de rage souleva sa poitrine.Il renvoya son coupé, et pendant longtemps il erra dans Paris, l\u2019esprit perdu.Cette femme l\u2019avait mise à la porte de chez elle, lui, le célèbre Arleff.Et quelle femme, après tout ?Une ouvrière, une petite malheureuse qu\u2019il retrouverait quelque jour, et dont il ferait sa maîtresse.En somme, peu lui importait.Lui manquait-il des femmes ?N\u2019avait-il pas les plus belles à ses pieds ?Celle-ci cependant avait dix-sept ans ; c\u2019était une fille superbe et honnête, et à ce viveur il fallait le piment de la vertu.Certes, il la retrouverait.Ce ne serait pas en vain que depuis quinze jours, il venait chaque matin dans ce taudis.Et ces sottes gens, cette infirme, cet ouvrier en guenilles qui n\u2019ont pas compris de suite le but qu\u2019il s\u2019était proposé d\u2019atteindre.\u2014 Bah! pensait-il, j\u2019irai trouver le père et peut-être avec lui, y aurait-il moyen de s\u2019entendre.A cette pensée une crainte le saisit : en admettant que le père rejetât ses infâmes propositions, il surveillerait la fille.Il valait mieux attendre le moment propice, qui ne pouvait tarder de se produire, et au besoin le faire naître.Il n\u2019était pas encore midi.Michel entra dans un restaurant à la mode ; après son déjeuner, il gagna les Tuileries.L\u2019air était froid, le ciel d\u2019une grande pureté.Les arbres dénudés, couverts de givre br liaient comme du cristal sous les rayons du soleil Quelques promeneurs, emmitouflés de fourrure, suivaient la grande allée et revenaient vi\u2019e près du bassin regarder quelques enfants patiner.Michel s\u2019arrêta lui aussi.Tout à coup il poussa un cri de joyeuse surprise.En face de lui, Mme de Vaudricourt, coiffée d\u2019une toque de loutre, vêtue d\u2019un grand manteau doublé de même fourrure, le regardait en souriant.\u2014 Ah ! quel hasard, fit Arleff en se précipitant au-devant de la jeune femme.\u2014 Il faut, en effet, un hasard pour nous revoir, fit-elle toujours souriante.\u2014 Le travail, les affaires.Il ne faut pas m\u2019en vouloir.\u2014 Voilà l\u2019éternel refrain de ces messieurs.\u2014 Est-ce que René vous donnerait ces raisons ?\u2014 Oh ! René ne me donne pas de motifs pour s\u2019éloigner, dit-elle en haussant les épaules, nous ne nous quittons pas une minute.\u2014 Heureuse femme ! \u2014 Vous l\u2019avez dit, mon cher, je suis très heureuse.\u2014 Et que faites-vous de Mme de Croix-Maur ?\u2014 Elle demeure introuvable.\u2014 Voilà qui est vraiment extraordinaire ! \u2014 Si extraordinaire, que nous la croyons morte ; elle se sera jetée à l\u2019eau, sans doute.\u2014 C\u2019est le cas d\u2019épouser René.\u2014 J\u2019y pense bien.\u2014 Et René ?\u2014 Lui aussi.\u2014 Mais il faut un acte de décès qui établisse bien la mort, reprit Michel toujours railleur, et ce sera difficile de se le procurer.\u2014 J\u2019attendrai, fit-elle en haussant les épaules.Cet état de choses ne peut durer.Et vous, que faites-vous, que devenez-vous, depuis que je ne vous ai vu ?\u2014 Moi, je suis amoureux.\u2014 Vous ?\u2014 Cela vous étonne ?\u2014 On serait étonné à moins, avouez-le.En quelques mots il la mit au courant de ce qu\u2019était Fleur-de-Marie.\u2014\tFleur-de-Marie ! Quel joli nom, dit-elle.Et quand cueillez-vous cette fleur ?\u2014\tPeut-être jamais.\u2014\tBah ! Mais vous êtes irrésistible, mon cher.\u2014\tNe raillez pas, je vous en prie.\u2014\tJe vous trouve une si piteuse mine.\u2014\tEh bien, oui, je su s amoureux fou ! \u2014\tEnlevez votre bien-aimée.C\u2019est facile, ce me semble.\u2014\tPas aussi facile que vous le croyez.La mère va mourir, elle n\u2019en a pas pour deux mois, mais il y a le père, un gaillard qui n\u2019a pas froid aux yeux.\u2014\tEt c\u2019est vous, Arleff, qui venez me dire tout cela, dit-elle en riant, mas il y a des moyens.\u2014\tJe n\u2019en connais pas.\u2014\tVous êtes peu intelligent aujourd'hui.\u2014\tVenez-moi en aide.\u2014\tAh çà ! pour qui me prenez-vous ?\u2014\tNe vous ai-je pas rendu service quand je l\u2019ai pu ?\u2014\tIl y a un service dont je me souviendrais toujours et que vous pourriez me rendre ! Retrouvez-moi Cy-prienne vivante ou morte.\u2014\tVous me demandez l\u2019impossible.\u2014\tAlors ne me parlez plus de vos amours.\u2014\tJe veux vous en parler, au contraire.\u2014\tTenez, vous êtes fou ! fit Mme de Vaudricourt en haussant les épaules.\u2014\tJe veux vous en parler, parce que je sais que vous vous mettrez à ma disposition quand il le faudra.\u2014 Vous êtes présomptueux.\u2014\tDu reste, nous en reparlerons, je vous écrirai à ce sujet.\u2014\tVraiment ! \u2014 Il se peut que j\u2019aie besoin de vous.\u2014 Mais je serai charmée de vous servir, fit Christine railleuse.\u2014 Admettez que je me mette moi aussi à votre disposition.Les yeux de Christine brillèrent.\u2014 Que je vous tienne quitte des cinquante mille francs que vous me devez ! \u2014 Je suis prête à vous les donner, le jour où vous les exigerez.\u2014 Ce n\u2019est pas cela qui vous tente ?\u2014 Non, en vérité.J\u2019ai de l\u2019argent plus qu\u2019il ne m\u2019en faut.\u2014 Vous êtes bien heureuse! \u2014 L\u2019argent ne fait pas le bonheur, mon cher docteur ! \u2014 Vous voilà revenue encore à vos idées matrimoniales ! \u2014 Je considère le mariage comme une sécurité ; c\u2019est pourquoi je veux épouser René.Je ne veux pas que, tôt ou tard, une femme vienne me le prendre.\u2014 Sa vraie femme, par exemple ?Une lueur rouge passa dans les regards de Christine.\u2014 Oui, sa femme ! murmura-t-elle nerveuse, les dents serrées, et c\u2019est ce que je ne veux pas.« Ah ! si vous aviez voulu me servir ! Elle prit le bras et l\u2019entraîna dans une allée déserte, une brise glacée fouettait leur visage sans qu\u2019ils semblassent se ressentir du froid, tellement grandes étaient leurs occupations morales.\u2014 Si vous aviez voulu me servir, reprit-elle après un long silence, vous informer de ce qu\u2019est devenue Cyprien-ne, alors, j\u2019aurais tout fait pour vous, tout ! j\u2019aurais été vous la chercher, cette fille que vous aimez.\u2014 Vous feriez cela ?Et aussitôt la radieuse figure de Fleur-de-Marie passa devant les yeux du viveur, qui reprit gravement : \u2014 Eh bien soit, j\u2019accepte le pacte ; je m\u2019informerai de Mme de Croix-Maur, ' VOULEZ-VOUS UN TEINT PLUS JEUNE ?\\ \u2022 , PILLS _ A W M *\u20221 nc fonctionnement des reins\u2014et, depuis plus d\u2019un demi-siècle, les Pilules Dodd\u2019s pour les Reins ont aidé à soulager les maux de dos en traitant les reins.Achetez des Pilules Dodd\u2019s pour les Reins aujourd\u2019hui à un comptoir de pharmacie.Rechercher la boîte bleue à bande rouge.Vous pouvez compter sur Dodd\u2019s.\t155F 24 Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 mais je ne vous promets pas de réussir.La police n\u2019a pu retrouver les traces de cette malheureuse.\u2014 Enfin, je ne serai pas seule ! j\u2019aurai un ami à qui ouvrir mon coeur, reprit Christine d\u2019un ton bref.\u2014 Et où vous reverrai-je ?-\u2014 A mon hôtel ! Vous savez, nous habitons l\u2019avenue du Bois-de-Boulo-gne depuis deux mois.\u2014 Je le sais.\u2014 Vous pouvez m\u2019écrire, si vous le préférez.\u2014 Pour ça, non ! des écrits, jamais vous n\u2019en aurez de moi.Croyez-moi, pour ne pas éveiller les soupçons de René, venez plutôt me voir.Donnez-moi un rendez-vous quelque part.\u2014 Cela vaut mieux, vous avez raison.\u2014 Il faut de la prudence en tout.Tenez, reprit-il en s\u2019arrêtant brusquement devant elle, il me vient une pensée qui certainement doit être la bonne.\u2014 Voyons! parlez vite! \u2014 H faudrait que Cyprienne passât pour morte ! \u2014 Mais, comment ?comment ?\u2014 Pouvez-vous vous procurer des vêtements, un bijour quelconque, ayant appartenu à Cyprienne ?\u2014 Ce me sera facile.\u2014 Eh bien ! ce stratagème vous donnera l\u2019acte de décès que vous cherchez.Admettez qu\u2019une femme conduite à la morgue, porte ces vêtements-là ! \u2014 Je vous comprends, mais il faut la ressemblance.\u2014 On peut rendre une tête méconnaissable.Immédiatement Christine songea à Polyte et à Paméla.\u2014 J\u2019ai mon affaire, dit-elle.Je connais un misérable qui moyennant salaire, se chargera de la chose.\u2014 J\u2019aurais pu me procurer un cadavre à l\u2019hôpital, mais cela eût offert de graves difficultés.Mieux vaut agir ainsi, dit Arleff.Ils se séparèrent.Christine avait hâte d\u2019être seule ; elle regagna bien vite sa villa de La Varenne, qui depuis ces dernières années s\u2019était transformée René avait décidé que les appartements ayant autrefois appartenu à Cyprienne seraient respectés.Le rez-de-chaussée fut donc hermétiquement fermé avec ce qui restait des souvenirs de Cyprienne et de sa petite fille.Un jour, pendant une sortie de René, elle descendit au rez-de-chaussée, ouvrit la chambre de Cyprienne, dont elle avait eu soin de se procurer la clef.Près d\u2019un grand lit se voyait encore le berceau du nouveau-né, tel qu\u2019il se trouvait le jour de la disparition de 'enfant ; des babouches traînaient près d\u2019un fauteuil, un éventail était sur la table, près d\u2019une bonbonnière ouverte.Christine ne s\u2019attacha pas à ces futilités, elle se dirigea vers une armoire, y choisit une chemise, des jupes et des bas marqués aux initiales de Cyprienne.Le cabinet de toilette attenant à la chambre contenait encore une grande partie de la garde-robe de Mme de Croix-Maur ; elle y choisit un vêtement som bre.Elle fit un paquet de tout, puis comme elle s\u2019en allait refermer la chambre, elle réfléchit que tout cela ne serait pas encore un indice ; il faudrait un bijou connu de René et du général, une bague, un collier.Elle revint sur ses pas.Alors commença la recherche du bijou convoité ; tous les tiroirs du bonheur-du-jour furent ouverts.Dans un écrin, une bague brillait : elle s\u2019en empara.En l\u2019approchant de la lumière, elle y découvrit les initiales de René et de Cyprienne, une date, celle de leur mariage.A cette vue, un sourire effrayant courut sur les lèvres de Christine.\u2014 Enfin ! murmura-t-elle en glissant le bijou dans sa poche, j\u2019ai trouvé ce que je cherchais.Et, prestement, elle sortit de la villa et se dirigea vers Saint-Cloud.V C\u2019est jeudi, depuis le matin, les visiteurs affluent à l\u2019hôtel Saint-Antoine.Les salles sont au complet, une épidémie sévit dans le faubourg ; les religieuses sont sur les dents.Les internes, à leur poste, attendent la consultation du médecin en chef.Fleur-de-Marie est venue des premières, elle demanda la salle 7.On la lui indique : \u2014 Où allez-vous 7 dit une religieuse \u2014 Voir ma mère! \u2014 Vous vous appelez Fleur-de-Marie ; vous êtes la fille d\u2019Angélique Gué-rault, du numéro 4, salle 7.C\u2019est à droite.Surtout, ne restez pas longtemps ; elle est très mal, votre mère.Fleur-de-Marie n\u2019en entendit pas davantage, mais sa marche se fit plus rapide.De grosses larmes coulaient sur ses joues ; un tremblement la saisit.Ces grandes salles tristes, ces lits côte à côte, où des visages livides se détachaient sur les oreillers blancs, serraient affreusement le coeur de la pauvre enfant.Une voix très douce murmura près d\u2019elle : \u2014 Qui cherchez-vous, mademoiselle ?Fleur-de-Marie leva la tête et pendant quelques instants ses regards s\u2019attachèrent avec persistance sur la personne qui lui adressait la parole, et une vive rougeur colora tout à coup son visage.André, car c\u2019était lui, était depuis peu interne à l\u2019hôpital Saint-Antoine, sous les ordres du célèbre Larivière.\u2014 Je viens voir ma mère, fit enfin Fleur-de-Marie.\u2014 C\u2019est le no 4, n\u2019est-ce pas, la nommée Angélique Guérault ?\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Eh bien ! approchez-vous un peu, regardez bien en face de vous, votre mère vous a déjà vue, car elle vous sourit.En effet, Angélique avait aperçu Fleur-de-Marie, et son visage s\u2019était éclairé d\u2019une douce joie.Vers elle tendit ses mains amaigries.\u2014 Mon enfant, dit-elle ; ma petite Fleur-de-Marie ! \u2014 Allons, soyez sage, dit une religieuse en s\u2019adressant à la malade ; il faut parler très peu.Un sourire plein d\u2019amertume crispa les lèvres de la pauvre Angélique.\u2014 Et Pierre, dit-elle quand la religieuse se fut éloignée, que fait-il ?\u2014 Le père travaille, il m\u2019a embrassée bien des fois pour que je te porte tous ses baisers, \u2014 Pauvre frère ! \u2014 Mère, il faut te tranquilliser.Loriot l\u2019a fait demander hier, pour une monture pressée.Il va gagner vingt-cinq francs cette semaine.Angélique leva les yeux, cherchant vers la lumière un coin du ciel bleu ; une larme glissa sur sa joue.\u2014 Tu pleures, mère ?\u2014 Oui, je pleure, car je songe que c\u2019est moi qui suis cause de votre misère ; sans moi, tu serais heureuse, tu aurais continué à travailler ; maintenant tu es remplacée chez ta patronne.\u2014 Je chercherai ailleurs, ne te tourmente pas.Angélique ferma un instant les yeux, comme pour revoir une minute ces jours bénis, pleins de leur bonheur d\u2019autrefois.Avec terreur, elle se rappelait la dernière visite d\u2019Arleff, les infâmes propositions faites à sa fille, puis la misère hideuse des dern'ers temps ; Pierre et Fleur-de-Marie sans travail, leurs meubles vendus sur la voie publique en plein coeur d\u2019hiver ; et elle, mourante, emportée sur un grabat d\u2019hôpital.Oh ! ces souvenirs ! Angélique ne parlait pas, mais son visage reflétait toutes les impressions de son âme.Rêveuse, les mains appuyées sur la couchette de la malade Fleur-de-Marie ne la quittait pas du regard.\u2014 Tu sais que je suis forte, lui dit-elle, et tu sais aussi que je suis courageuse ! Donc, console-toi.Quand tu seras guérie, l\u2019ouvrage sera revenu et la maison aura repris sa gaîté d\u2019autrefois.Un sourire erra sur les lèvres d\u2019Angélique.\u2014 Je ne reviendrai plus, dit-elle.\u2014 Ne dis pas cela.\u2014 Mais tu vois bien que je vais mourir ! ¦ \u2014 Non, mère, non, tu ne mourras pas, tu vivras pour être encore bien heureuse.Angélique ne répondit pas, ses yeux se fermèrent à demi.Fleur-de-Marie entendit sonner quatre heures, elle se leva doucement, embrassa sa mère au front et partit.A la sortie de l\u2019hôpital, perdue dans la foule qui se pressait compacte vers la grille, elle eut la vision d\u2019un visage, de deux yeux qui la regardaient.C\u2019était André.Il n\u2019osa pas l\u2019aborder, mais il la suivit.Il voulait lui parler, lui dire tout de suite son amour, mais en apercevant la tenue modeste et attristée de Fleur-de-Marie, il recula.En effet, ne serait-ce pas un sacrilège, que de mêler son amour naissant à l\u2019agonie de la pauvre Angélique ! Il faisait très froid ; la jeune fille remonta le faubourg et revint rue Sainte-Marguerite, au nouveau logement qu\u2019elle habitait depuis son renvoi du No 17.Dans une grande pièce mansardée et sans feu, Pierre Guérault, affaissé et cassé comme un vieillard, tremblait près d\u2019une fenêtre sans rideaux Dans un coin était un lit de fer échappé à la loi, une table et deux chaises.C\u2019était là que couchait Fleur-de-Marie ; Pierre se dressait un lit dans un réduit qui servait de cuisine et de débarras.\u2014 Eh b:en ! dit Pierre en posant son ouvrage, tu arrives de là-bas ?\u2014 Oui, père ! \u2014 Comment va ma pauvre Angélique ?\u2014 Bien mal ! \u2014 Ah ! fit Pierre, et une ride profonde creusa son front.\u2014 Tu lui as dit que j'irai la voir dimanche ?\u2014 Oui ! père, mais je crains bien que cela soit trop tard.Je l\u2019ai trouvée bien changée.\u2014 Alors, elle mourra à l\u2019hôpital ! nous aurons ce crève-coeur.Accablé, Pierre s\u2019était laissé tomber sur une chaise, et, la tête dans ses mains, il pleurait à sanglots.Fleur-de-Marie ne dit rien, mais lentement elle vint s\u2019agenouiller près de Pierre, dont elle prit les mains que pieusement elle porta à ses lèvres.\u2014 Tu n\u2019as pas de courage, père, ce n est pas bien cela, tu me désespères \u2014 J\u2019ai tant de chagrin.Mais Dieu peut faire un miracle, nous rendre notre pauvre Angélique ! père, il faut espérer.\u2014 A qui, en quoi ?Espérer ! C\u2019est bon à dire cela ! Voilà trente ans que je bûche comme un galérien et je n\u2019ai pu mettre de côté l\u2019argent nécessaire pour faire soigner ma soeur ! Tout cela est malheureusement vrai, mais qu\u2019y faire ?nous n\u2019avons plus rien, plus rien.Si nous voulons manger ce soir, il me faut aller au mont-de-piété.La jeune sortit et se rendit au premier bureau qu\u2019elle trouva.\u2014 On n\u2019engage plus, lui dit un commis ; vous repasserez demain.Fleur-de-Marie n\u2019en entendit pas davantage et lentement elle s\u2019en alla.Elle acheta à crédit, chez la fruitière de la rue, quatre sous de fromage un pain de deux livres chez le boulanger, et revint au logis, où Pierre attendait impatiemment son retour.\u2014 Voilà, dit-elle en posant sur la table ses modestes provisions, je suis arrivée là-bas un peu tard, mais nous dînerons tout de même ce soir.Elle mit vivement le couvert.Elle paraissait gaie pour rassurer le pauvre Guérault, qui, très sombre, la suivait du regard.\u2014 Tu as mauvaise mine, je te trouve changée, dit enfin Pierre, tu aurais besoin de bonne nourriture, de bon vin.\u2014 Je me porte très bien, tu vas voir comme j\u2019ai de l\u2019appétit.Elle coupa un morceau de pain et de fromage, les porta à sa bouche ; mais elle ne put en manger une bouchée.\u2014 Voilà, je n\u2019ai pas faim, dit-elle, toi, soupe toujours, je dînerai tout à l\u2019heure.Elle ne prit rien ce jour-là, se coucha tard ; elle voulait tenir compagnie à Pierre qui achevait son travail.Les émotions ressenties pendant la journée qui venait de s\u2019écouler, lui serraient douloureusement le coeur.Puis elle revoyait le beau visage d\u2019André, elle entendait sa douce voix murmurer à ses oreilles les paroles qu\u2019il n\u2019avait pas osé lui dire, mais qu\u2019elle avait comprises dans ses regards, et son coeur battait délicieusement.VI E DIMANCHE aiTÎVa.Angélique, à demi soulevée sur un coude, les regards fiévreux, attendait Pierre et Fleur-de-Marie.Enfin, te voilà ! dit-elle.Je croyais bien ne plus te revoir.Elle l\u2019embrassa et serra longuement la jeune fille sur sa poitrine.Toi, ma fille, reprit-elle d\u2019une voix très faible, tu vas nous laisser seuls quelques instants ; vois-tu, mon enfant, il faut que mon frère connaisse les derniers voeux d\u2019une mourante, après tu reviendras, et nous causerons longuement, pour la dernière fois sans doute.Elle l\u2019écarta de la main ; Fleur-de-Marie s\u2019éloigna.\u2014 Pierre, dit-elle à son frère, je n\u2019ai plus que quelques jours à vivre, je suis à ma dernière station, mes heures sont comptées, crois-moi ! Allons, allons, ne me dis pas ces bêtises, ma soeur.\u2014 Malheureusement, tout cela est vrai ; je vais te quitter, mon pauvre frère !.Une larme glissa sur la moustache grise de l\u2019ouvrier.Je n\u2019aurais pas voulu mourir sans te revoir, je t\u2019attendais : \u2014\tQue veux-tu dire ?Moi morte, tu restes seul avec Fleur-de-Marie.\u2014\tEh bien ?Eh bien ! que deviendrait-elle, si tu venais à mourir, toi aussi ?\u2014\tCe qu\u2019elle deviendrait ?Ah, mon Dieu ! que vas-tu me dire maintenant ! \u2014\tDes choses sensées, mon frère, des choses que nous devrons prévoir.________ l\u2019enfant tournerait mal peut-être.Tais-toi ! ne me dis pas cela.\u2014\tEn admettant qu\u2019elle reste honnête, elle mourrait de privations et de misère, et c est le sort qui la menace sûrement.Je venais ici rassuré, presque content espérant te trouver mieux, et me voilà désespéré, murmura Pierre, en croisant fébrilement ses mains sur ses genoux. Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 2 \u2014 Raisonne, dis veux-tu ?Une femme peut-elle vivre de son travail ?\u2014 Non ! \u2014 Eh bien ! que fera Fleur-de-Marie, si tu viens à lui manquer ?\u2014 Mais je vivrai pour elle.Oh ! 'a laisser sur le pavé de Paris ; c\u2019est cruel, ce que tu me dis là, ma soeur ! L\u2019abandonner à ses propres forces, sans appui, tu n\u2019y songes pas ! Alors, je l\u2019aurais élevée comme ma fille, pour la perdre un jour ?non, ce n\u2019est pas possible ! \u2014 Comme tu l\u2019aimes ! \u2014 Mais toi, tu l\u2019aimes aussi autant que moi.Ne te rappelles-tu pas son enfance adulée, les soins, les tendresses que nous lui avons donnés, notre joie fière quand elle est devenue belle, et tu parles d\u2019avenir malheureux quand il s\u2019agit d\u2019elle ?\u2014 Mon pauvre Pierre.\u2014 Eh bien ! voyons, que veux-tu me dire encore, où veux-tu en venir avec tous ces préambules ?\u2014 Fleur-de-Marie n\u2019est pas ta fille.\u2014 Ça, c\u2019est une affaire entre elle et moi.\u2014 Mon frère, ne m\u2019en veuille pas, si je te fais de la peine, mais il faut que Fleur-de-Marie connaisse le secret de sa naissance, et que tu lui aides à retrouver sa famille.\u2014 Ça, jamais ! \u2014 Pierre, fit la mourante, d\u2019une voix éteinte, tu me fais une grande peine.\u2014 Toi, tu me brises le coeur.\u2014 Je t\u2019indique ton devoir.Si nous eussions été riches, je t\u2019aurais dit : Garde-la pour toi seul, tu peux la faire heureuse, mais tu es vieux, tu n\u2019as rien au monde.\u2014 Tout ça ne vient pas de toi, Angélique, voyons, dis-moi la vérité, tu t\u2019es confessée ?\u2014 Non, dit-elle.Je parle selon ma conscience.\u2014 Ta conscience ?Elle se tut, le regarda longuement dans les yeux comme pour lui extirper une promesse, puis son coeur se gonfla, et une larme, une seule, tomba sur sa joue ridée.\u2014 Ma soeur ! Pierre tomba à genoux près du lit.\u2014 Adieu, dit-elle, en le renvoyant de la main ; appelle Fleur-de-Marie, qu# je la voie une dernière fois.La jeune fille accourut.Angélique lui tendit les bras, et la tint longuement embrassée ; ce fut la religieuse de service qui les sépara.Angélique les suivit du regard, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils eussent disparu, puis ses yeux se fermèrent et elle s\u2019assoupit.Le temps était brumeux, depuis la veille la neige n\u2019avait cessé de tomber.Fleur-de-Marie grelottait dans ses vêtements légers.Ils songeaient tous leux qu\u2019ils allaient rentrer dans une chambre froide et nue, où personne ne les attendrait désormais.Quand, le soir, ils se retrouvèrent en face l'un de l\u2019autre, Pierre eut la pensée d\u2019obéir aux dernières volontés de sa soeur, de dire à la jeune fille : Tu me crois ton père, eh bien, je ne le suis pas ; je ne veux plus t\u2019associer à ma misère.Nous allons chercher ton père qui se désole et te pleure.Il n\u2019en eut pas le courage.Le lendemain, un jeune homme très élégant descendait d\u2019un coupé de maître, devant la maison de Pierre Gué-rault.\u2014 Monsieur Guérault, demanda-t-il à la concierge.\u2014 Au quatrième à gauche.Arrivé au quatrième, l\u2019inconnu, qui n\u2019était autre qu\u2019André, frappa à la porte indiquée.Ce fut Fleur-de-Marie qui vint ouvrir.Elle comprit, à l\u2019air grave d\u2019André, qu'il était porteur d'une mauvaise nouvelle.\u2014 Ah ! mon Dieu 1 dit-elle, ma mère est morte ! \u2014 J ai voulu moi-même vous annoncer ce malheur, dit lentement André.Fleur-de-Marie pleurait et ne pouvait lui répondre, tandis qu\u2019immobile, Pierre demeurait sombre et calme.\u2014 On vous remercie de la peine que vous avez prise à monter nos quatre étages.On ne sera pas des ingrats, je vous en réponds.\u2014 Monsieur Guérault, c\u2019est moi, au contraire, qui vous suis redevable ; ne m\u2019avez-vous pas sauvé la vie ?\u2014 J\u2019ai pris un bain pour vous, mais c\u2019est oublié depuis longtemps.\u2014 Il y a des choses qui ne s\u2019oublient jamais ! \u2014 C\u2019est bien, nous réglerons ça quand il le faudra.André comprit, à ce langage un peu brusque, qu\u2019il n\u2019avait plus qu\u2019à s\u2019en aller.C\u2019est ce qu\u2019il fit.Il partit le coeur inondé de joie, il avait vu Fleur-de-Marie, il lui avait parlé, et il avait la certitude qu\u2019elle était entre bonnes mains.Le soir, quand il rentra rue de Sèvres, il se rendit à la chambre de Ga-brielle, qu\u2019il trouva travaillant à quelque ouvrage nouveau pour les pauvres.\u2014 Ah ! te voilà, fit la jeune fille en laissant retomber son travail sur ses genoux, tu arrives de bonne heure aujourd\u2019hui.\u2014 Oui, petite soeur, tu ne t\u2019en plains pas, j\u2019en suis sûr ?\u2014 Se plaint-on jamais d\u2019être heureuse, mon cher André ?André regarda attentivement sa soeur, U vit qu\u2019elle pleurait.\u2014 Tu pleures, fit-il en prenant les mains de la jeune fille, qu\u2019il serra dans les siennes.Pourquoi pleures-tu ?\u2014 Je pleure de bonheur, dit-elle en se jetant dans les bras de son frère.Je ne serai pas seule ce soir, et je suis si triste, dans ma solitude.\u2014 Enfant! Mais pourquoi ne te maries-tu pas ?\u2014 Ne me dis pas ces choses, tu connais mes intentions, je ne les changerai pas.\u2014 Alors tu nous abandonnerais, notre père et moi ?\u2014 Je n\u2019ai jamais dit cela, que je sache, André.Le jeune homme respira.\u2014 Toi, tu te marieras, reprit doucement Gabrielle.Alors tu n\u2019auras plus besoin de ta soeur.\u2014 Sans doute je me marierai.\u2014 Veux-tu que je te cherche une femme ?\u2014 Aussi bonne que toi.\u2014 Oui, comme moi, une femme dévouée, qui t\u2019aimera de tout son coeur.\u2014 Si je te disais que je crois l\u2019avoir trouvée cette femme parfaite ?Un sourire de doute erra sur les lèvres de Gabrielle.\u2014 Tu ne me crois pas.\u2014 Non ! \u2014 Eh bien ! tout cela est vrai cependant, j\u2019aime une adorable jeune fille.\u2014 Toi ! s\u2019exclama Gabrielle, les yeux inquie.s.\u2014 Oui, cela t\u2019étonne, voyons, calme-toi, je te vois tourmentée ; tu as peur n\u2019est-ce pas ?qu\u2019à l\u2019exemple de tant de jeunes gens, je me sois laissé entraîner dans quelque liaison inavouable.« Eh bien ! non, ma soeur, rassure-toi, c\u2019est une compagne que je veux te donner, une amie, une soeur qui t'aimeras autant que je t\u2019aime.\u2014 Comment se nomme-t-elle ?Estelle de notre monde ?\u2014 Elle se nomme Fleur-de-Marie, elle est la fille de Pierre Guérault.\u2014 Pierre Guérault, dit-elle, en se frappant le front \u2014 Tu te souviens, n\u2019est-ce pas, de ce pauvre ouvrier qui se jeta si courageusement dans la Marne pour me sauver ?\u2014 Tu aimes sa fille ?\u2014\tJ\u2019en suis fou ! \u2014\tAndré! André! lu t'abuses peut-être ?\u2014 Non, ma soeur ; Fleur-de-Mane est la femme de mes rêves, celle que je vois sans cesse dans ma pensée ! Et en quelques mots, il raconta comment il l\u2019avait connue, leur rencontre sur les boulevards, un soir d\u2019hiver, ses soupçons, la joie éprouvée, en constatant qu\u2019il s\u2019était trompé, puis la mort d\u2019Angélique à l\u2019hôpital, les regards échangés entre lui et la jeune fille et la visite qu\u2019il venait de faire rue Sainte-Marguerite.Gabrielle écoutait attentivement ces confidences.André ne se trompait-il pas dans l\u2019appréciation des mérites de la jeune fille ?Elle essaya de le détourner d\u2019une telle détermination.Il devait réfléchir.\u2014 Tu me parles comme si j\u2019étais ton fils, répondit André.On voit bien que tu ne connais pas Fleur-de-Marie.Quand tu l\u2019auras vue, une fois, tu l\u2019aimeras, toi aussi ! \u2014 Elle n\u2019est pas de notre monde, notre père ne consentira pas à ce mariage.-\u2014Je l\u2019aime! mon père ne résistera pas à cet aveu.\u2014 Peut-être ! Ils se séparèrent sur cette parole, André embrassa Gabrielle et rentra dans son appartement.Ne pouvant trouver le repos, il descendit au jardin ; l\u2019air était calme, une brise légère passait dans les ramures ; des étoiles piquaient l\u2019azur foncé du ciel.Il alluma un cigare et se promena longtemps ; une seule lumière brillait encore à la fenêtre du cabinet de son père.Hubert veillait.André eut tout à coup la pensée d\u2019entrer chez son père et de lui faire la confidence de son amour.Il s\u2019approcha de la croisée et instinctivement il recula, le coeur atrocement serré.Derrière la claire guipure des rideaux, il venait de voir son père dans une attitude si profondément désolée, qu\u2019il devenait impossible de lui parler d\u2019amour en un pareil moment, En effet, le banquier songeait ! Minuit ! une heure, puis deux heures sonnèrent qu\u2019il était encore là, dans cette même attitude désespérée, le front dans les mains, comme assoupi, brisé par le remords.Pendant qu\u2019André rentrait dans sa chambre, Hubert continuait son rêve Seul, il veillait dans la maison tranquille.Est-ce que cela pouvait durer ?En admettant que le comte de Croix-Maur n\u2019apprît jamais la vérité, pourrait-il supporter toute la vie la pensée de son crime passé ?Bien souvent il eut la pensée de fuir, d\u2019emmener et sa fille et son fils si loin, que jamais ils ne pussent revenir en France ; mais Gabrielle et André voudraient des explications, et que dirait-il ?Ce projet était irréalisable.Cinq heures sonnèrent quand le banquier monta dans son appartement pour y prendre un peu de repos.VII E lendemain, vers onze heures, un convoi de cinquième classe sortait de l\u2019hospice Saint-Antoine et prenait le chemin du Père-Lachaise, suivi de quelques personnes.C\u2019était Angélique, que Pierre et Fleur-de-Marie conduisaient à sa der-n'ère demeure.Mêlé au groupe peu nombreux des amis, André suivait aussi le corbillard, qu\u2019il avait lui-même commandé et payé.Sombre la tête inclinée sur la poitrine, Pierre restait calme, mais quand le cercueil fut prêt à être descendu dans la fosse, alors un déchirant sanglot souleva la poitrine de l\u2019ouvrier, et, lentement, sans remercier les amis qui lui tendaient les mains, il prit le bras de Fleur-de-Marie et ils regagnèrent leur demeure.Un meilleur éclairage) LAMPES IACP FAIBLESSE Les maladies les plus graves commencent par la faiblesse N\u2019attendez pas un épuisement complet, prenez ce puissant tonique.Ideal pour hommes, femmes et enfants Chez votre pharmacien Elixir Toniqui Montie O.WATSON A CO .Montreal Elixir Tonique Montier Avez-vous des cadeaux à faire P Ne cherchez pas plus longtemps.Abonnez vos parents et amis aux 3 grands magazines : Le Samedi, La Revue Populaire et Le Film.Remplissez NOS COUPONS D\u2019ABONNEMENT.AViS IMPORTANT POUR des raisons très importantes nous tenons à rappeler à tous nos lecteurs et dépositaires que notre maison, la maison Poirier.Bessette & Cie, Limitée, ne possède et n\u2019édite que TROIS MAGAZINES, qui sont Le Samedi La Revue Populaire Le Film Nous n\u2019avons donc aucun lien d\u2019aucune sorte avec tout autre magazine, revue ou publication quelconque de la Province de Québec.POIRIER.BESSETTE & CIE.LTEE 975-985, rue de Bullion Montréal 18, P.Ç.PARESSEUX?^ PASDESOMMEIL?^> VOICI LE SOULAGEMENT Combattez la constipation et l\u2019indigestion! FRUIT-A-TIVES a fait ses preuves dans des milliers de cas Les FRUIT-A-TIVES sont composés de fruits et de plantes. 26 Pendant les jours qui suivirent, Pierre montra le même calme triste ; mais ses cheveux blanchirent davantage, ses joues se creusèrent.Un jour qu\u2019il paraissait accablé plus que d\u2019habitude, Fleur-de-Marie s\u2019approcha de lui, le regarda avec douceur et lui dit : \u2014- Père, si tu meurs, toi aussi, que vais-je devenir ?\u2014 Oui, fit Pierre, tu as raison, je suis un égoïste.Oui, ma fille, je te resterai, sois tranquille.A partir de ce jour-là, l\u2019ouvrier surmonta son chagrin et se remit courageusement au travail.Fleur-de-Marie trouva aussi quelque peu d\u2019ouvrage et passa les nuits pour le terminer plus vite, mais sa santé s\u2019altérait à ce régime, son visage pâlissait, ses beaux yeux se cernaient ; une seule joie était donnée à la pauvre petite : de temps à autre, elle apercevait André qui passait devant ses fenêtres.Un matin, elle le rencontra ; il la suivit, puis quand elle fut arrivée place du Trône, où elle allait chercher du travail, il l\u2019aborda.Toute rougissante, Fleur-de-Marie s\u2019arrêta.\u2014 Si vous le voulez, nous allons continuer ensemble notre promenade, dit-il, s\u2019enhardissant ; j\u2019ai tant de choses à vous dire ! \u2014 Que voulez-vous me dire ?fit Fleur-de-Marie délicieusement inquiète.\u2014 Bien des choses ! Une vive rougeur monta au front de la jeune fille.André reprit : \u2014 D\u2019abord, comment vous appelez-vous ?je sais votre nom ajouta-t-il en souriant, mais j\u2019aimerais vous l\u2019entendre dire ! \u2014 Fleur-de-Marie ! \u2014 Fleur-de-Marie ! murmura André.Quel nom charmant ! \u2014 Et vous ! Comment vous appelez-vous ?\u2014 André ! Maintenant ils restaient sans parole, ne sachant plus que dire : silencieux, ils avaient gagné l\u2019avenue du Bel-Air, gagné Saint-Mandé et le bois.Au grand air le visage de la jeune fille s\u2019était coloré légèrement, ses grands yeux brillaient.Une joie qu\u2019elle ne cherchait point à dissimuler irradiait de son front.Fleur-de-Marie rêvait ! Toute son enfance revenait à sa pensée.\u2014 Là j\u2019ai été bien heureuse, dit-elle en étendant la main vers la forêt, bien heureuse ! Ma mère vivait.Je n\u2019avais pas encore souffert.\u2014 Et maintenant, Fleur-de-Marie, vous êtes donc bien malheureuse ?Elle hocha tristement la tête.\u2014 Maintenant, j\u2019entre dans la vie, dit-elle simplement.Autrefois, j\u2019ignorais toutes les misères humaines, ma mère vivait, elle m\u2019épargnait bien des chagrins cette pauvre mère ! Aujourd\u2019hui, je suis seule avec mon père, qui est vieux.\u2014 Vous êtes jeune, espérez des jours meilleurs ! \u2014 Je voudrais être vieille déjà, murmura doucement Fleur-de-Marie.\u2014 A peine êtes-vous entrée dans la vie, que vous voudriez en sortir, dit André en riant.\u2014 La vie est si triste.\u2014 Elle aura de beaux jours pour vous.\u2014 Pour moi ?fit-elle étonnée.\u2014 Certainement.\u2014 Les riches ne peuvent se rendre compte des misères cachées, murmura-t-elle en baissant le front ; l\u2019ouvrière est malheureuse, très malheureuse, monsieur André.Ah ! si je devenais riche ! \u2014 Voyons, que feriez-vous ?\u2014 Ce que je ferais ?Ma vie serait toute tracée.Je la corracrerais à ceux qui ont froid, qui ont faim.\u2014 Vous seriez une petite sainte.\u2014 Non, non, monsieur André ; ce serait tout simplement mon devoir.Je consolerais toutes ces pauvres petites malheureuses que je coudoie aujourd\u2019hui ! je serais leur bon ange.Tenez ! à côté de toutes ces misères, la mienne me semble bien petite.Le père et moi nous ne manquons pas d\u2019ouvrage, nous vivons modestement, il est vrai.Mais il y en a tant d\u2019autres qui ne travaillent pas.\u2014 Que vous avez raison, fit André ému.Ce serait une grande et noble tâche que la vôtre, à laquelle je m\u2019associerais de grand coeur.Malheureusement je ne suis pas riche, dit-elle en souriant.\u2014 Vous pourrez le devenir.Il lui prit la main, qu\u2019il serra doucement dans les siennes, sans qu\u2019elle cherchât à la retirer.Maintenant ils marchaient la main dans la main.Jamais la jeune fille ne s\u2019était trouvée si heureuse.Lui, très ému ne se lassait pas d\u2019admirer sa compagne adorable.Ils ne parlaient plus, un lourd silence tombait sur la campagne.Depuis longtemps ils avaient quitté le bois ; non loin d\u2019eux la Marne coulait transparente sous les chauds rayons du soleil.\u2014 C\u2019est là où je vous vis pour la première fois, fit enfin Fleur-de-Marie, en étendant la main vers la rivière.\u2014 Je n\u2019ai point oublié ce jour, je ne l\u2019oublierai jamais, mademoiselle.Cette promenade d\u2019aujourd\u2019hui sera aussi un de mes plus doux souvenirs.\u2014 Oh ! monsieur André, monsieur André, pourquoi me dites-vous toutes ces choses ?Vous savez bien que je ne dois plus vous revoir.\u2014 Et la raison, voyons ?\u2014 Tout nous sépare.\u2014 Voilà donc le grand mot que vous n\u2019osiez dire, répliqua vivement André.Tout, nous sépare, dites-vous.Eh bien, non.Tout au contraire, nous rapproche l\u2019un de l\u2019autre.Il y a dans notre vie un lien qui déjà nous unit.\u2014 Vous croyez à la destinée?\u2014 Oui.\u2014 Peut-être avez-vous raison, monsieur André.\u2014 Ne m\u2019appelez plus M.André, appelez-moi, André, comme je vous appellerai Fleur-de-Marie 1 « Eh bien oui, Fleur-de-Marie, je crois à la destinée, je crois que le temps est proche où nous ne nous séparerons plus.\u2014 Fleur-de-Marie, je vous aime! Je vous adore ! Voulez-vous être ma femme ?Sa femme ! sa femme ! pensait l\u2019enfant, les yeux demi-clos.Elle craignait la lumière.Il lui semblait qu\u2019avec le soleil allait disparaître à jamais ce rêve enchanteur, s\u2019évanouir cette vision, s\u2019éteindie la voix du bien-aimé, et obstinément elle cherchait la nuit et fermait les paupières, sous lesquelles de grosses larmes coulaient lentement.Et comme elle se taisait, André reprit : \u2014 Fleur-de-Marie, je vous en conjure, c\u2019est une prière que je vous fais à deux genoux, voulez-vous être ma femme ?\u2014 Je n\u2019ai que mon vieux père, dont je suis le seul sout'en, je n\u2019ai rien au monde, rien, rien.Que venez-vous me parler d\u2019un tel bonheur ! vous savez bien qu\u2019il est irréalisable ! \u2014 Je vous aime ! \u2014 Vous avez une famille qui s\u2019opposera à une telle union ! Un homme de votre monde ne peut pas épouser une ouvrière.Croyez-moi, monsieur André, ne troublez pas ma vie tranquille.Epargnez mon coeur ! ne faites pas luire devant mes yeux de folles espérances ! Triste et grave, elle se leva et prit le bras d\u2019André.\u2014 Venez ! lui dit-elle.\u2014 Fleur-de-Marie, murmura André en prenant les petites mains de l\u2019enfant, qu\u2019il serra dans les siennes, je vous le répète, vous serez ma femme ! \u2014 André ! André ! \u2014 Songez, reprit-elle en jetant sur le jeune homme un regard d\u2019une ineffable tendresse, qu\u2019une désillusion me tuerait.\u2014 Fleur-de-Marie ! \u2014 Je vous aime! oui, je vous aime! pourquoi vous le cacheras-je ?reprit-elle d\u2019une voix douce et un peu voilée.Je vous ai aimée tout de suite.Je ne sais pourquoi, mais vous avez rempli mon coeur de votre image, de votre voix, de vous tout entier.Depuis le jour où je vous vis ici, mourant sur le rivage, je n\u2019ai vécu qu\u2019avec ce souvenir.\u2014 Vous m\u2019aimez! Vous m\u2019aimez! -\u2014 De toute mon âme.\u2014 Mais alors notre vie sera un bonheur de tous les instants.Vous m\u2019aimez ! Je ne puis croire à un tel bonheur.Moi aussi je vous ai adorée dès le premier jour.Et si vous saviez ce que j\u2019ai souffert le soir où je vous ai rencontrée sur le boulevard ! Ne sachant pas que vous étiez allée chez le docteur Arleff, j\u2019ai eu peur que vous ne fussiez point l\u2019ange que j\u2019avais rêvé.Vous me pardonnerez, n\u2019est-ce pas, ce doute qui, pendant quelques instants, m\u2019a rendu méchant ?\u2014 Je vous pardonne.Elle lui raconta toute sa vie laborieuse passée entre Angélique et son père, son existence p\u2019eine de privations et de douleurs.Cependant, elle lui cacha les propositions Infâmes d\u2019Arleff ; sa pudeur de vierge se révoltait à cette seule pensée.Elle reprit, tris grave : \u2014 J\u2019avertirai mon père, ce soir, de ce qui s\u2019est passé entre nous.\u2014 Jirai moi-même le trouver.Ce soir même il connaîtra mes intentions à votre égard, reprit vivement André.Ils revinrent heureux, rayonnants délicieusement émus.Le faubourg Saint-Antoine était déjà éclairé, et la nuit était venue tout à fait lorsqu\u2019ils arrivèrent au modeste logis où Pierre inquiet, attendait le retour de Fleur-de-Marie.\u2014 Père, dit-elle en montrant André, qui se tenait à quelques pas derrière elle, voici monsieur qui désire te parler.\u2014 A moi ?fit Pierre devenu soupçonneux.Voilà bien longtemps que tu es sortie, ma fille.\u2014 J\u2019ai eu avec M.André un long entretien, père, il ne faut pas me gronder si je suis en retard, mais.\u2014 Ma s quoi ?voyons, reprit Pierre, en dardant sur André un regard foudroyant.\u2014 J\u2019aime votre fille, dit André, et je vous la demande en mariage.\u2014 Hum ! hum ! comme ça, à brûle-pourpoint?Savez-vous, jeune homme, que cette demande, si incorrecte, ne peut être faite que par un écervelé ?En avez-vous parlé à votre père ?\u2014 Pas encore.\u2014 C\u2019est une frime, n\u2019est-ce pas, pour enjôler la fille te ?\u2014 Oh ! monsieur Guérault ! \u2014 Je suis un vieux renard qui ne prend pas facilement des vessies pour des lanternes, et, foi de Pierre Guérault, je vous promets de vous casser la tête, si vous faites jamais verser une larme à ma fille.Nous sommes seuls au monde.Je vis pour elle, uniquement pour elle.Elle est tout pour moi ! ma consolation, mon espoir, mon sou\u2019ien.Si je ne l\u2019avais pas auprès de moi, il y a belle lurette que j\u2019en aurais fini avec la misère.Pierre s\u2019animait.Il enveloppa André d\u2019un regard ha neux.Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 \u2014 Vous voulez la tromper, n\u2019est-ce pas ?reprit-il.Vous vous dites tout tranquillement : ce sont des gens sans le sou, des misérables à qui on peut impunément prendre l\u2019honneur, le seul bien qu\u2019ils possèdent et dont ils sont fiers.Pas de ça, Monsieur.Pierre Guérault n\u2019entend pas de cette oreille-là ! \u2014 Père, dit Fleur-de-Marie qui, depuis un instant songeait et gardait le silence ; père, M.André n\u2019est pas comme tu te l\u2019imagines.Il m\u2019aime, père, il vient de me le dire, et je t\u2019assure qu\u2019il est sincère ; il ne ment pas, lui.Voyons, père, ne sois pas méchant, et dislui au moins une bonne parole.\u2014 Il t\u2019aime.Et toi ?fit Pierre d\u2019une voix sourde.\u2014 Moi aussi, je l\u2019aime.A cet aveu, le coeur de l\u2019ouvrier se brisa, ses yeux se noyèrent et une larme glissa furtivement entre ses paupières.\u2014 Tu l\u2019aimes ! reprit-il en retombant accablé sur un siège et, la tête dans les mains, il resta pendant quelques instants accablé et songeur.Pu s il se dressa subitement et, se tournant vers André : \u2014 C\u2019est bien, monsieur, je vous crois.Vous l\u2019aimez et elle vous aime.Epou-sez-là ! VIII CE soir-là, Fleur-de-Marie chanta comme une fauvette.Tout un horizon nouveau se montrait à ses yeux, elle nageait en plein bonheur.Le lendemain et les jours suivants André vint faire sa cour à la jeune f lie, qui n\u2019avait pas interrompu son travail, et les heures s\u2019écoulaient rapidement, au grand désespoir des chastes amoureux.Quant à Pierre Guérault, sa tristesse ne faisait qu\u2019augmenter.Le moment était donc venu où il faudrait se séparer de sa fille adoptive, lui révéler le secret de sa naissance, se séparer d\u2019elle sans doute pour toujours, et son coeur se brisait.Que deviendrait-il après le mariage de sa fille chérie ?Et sans douter un seul instant que Fleur-de-Marie l\u2019aimerait comme par le passé, il décidait de disparaître après la noce.Il mangeait à peine, ne dormait plus.Levé avant le jour, il travaillait sans rien dire.Fleur-de-Marie, tout entière à son amour, était tellement heureuse qu\u2019elle ne remarquait point la tristesse de son père.L\u2019amour rend presque toujours égoïste.Dans le quartier, les allées et venues de ce beau garçon faisaient jaser; les commères tenaient de mauvais propos.Une femme, d\u2019allures suspectes, était venue dans la maison de Pierre Guérault, s\u2019informer des habitudes de la jeune fille.Pour tous les voisins, il devint évident que Fleur-de-Marie se conduisait mal, et Pierre Guérault consentait au déshonneur de sa fille, pourvu, sans doute, qu il en résultât quelque gain.Un jour Pierre reçut une lettre de Michel Arleff qui le priait de passer chez lui pour exécuter un travail pressé.Pierre ignorait les tentatives du docteur auprès de Fleur-de-Marie ; aussi se rendit-il en toute hâte boulevard des Italiens.L\u2019heure de la consultation était terminée.Michel fit entrer l\u2019ouvrier dans son cabinet et le pria de s\u2019asseoir.\u2014 Vous avez travaillé autrefois chez les Mortimer, dit Arleff, et j\u2019ai entendu souvent vanter votre adresse et votre talent.Vous êtes plus qu\u2019un ouvrier ; vous êtes un artiste et vous montez les diamants avec le goût le plus pur.\u2014 On fait ce qu\u2019on peut, monsieur, dit Pierre en tournant et retournant sa casquette entre ses doigta.\u2014 Vous travaillez maintenant chez vous, à façon ? Le Samedi.Montréal.2 décembre 1950 27 \u2014 Oui, monsieur, et si vous avez du travail à me confier, je vous assure que j\u2019y apporterai toute mon adresse et toute mon attention.Je n\u2019ai pas oublié les bons soins que vous avez prodigués à ma pauvre Angélique et vous en suis toujours très reconnaissant.\u2014 C\u2019est une vieille histoire, à laquelle il ne faut plus songer.Vous ne me devez rien.Tenez, voici des montures que je voudrais changer, dit Ar-leff en tendant à Pierre deux magnifiques bagues ornées de diamants.\u2014 Rien de plus facile, monsieur.La monture est ancienne et vous désirez, sans doute, quelque chose de nouveau ?\u2014 Précisément.Je ne vous donne pas d\u2019autres indications et m\u2019en rapporte entièrement à vous.\u2014 J\u2019espère que vous serez content, dit Pierre en remettant les deux bagues dans leur écrin.\u2014 Et ce brillant, comment le trouvez-vous ?fit Arleff en tendant à l\u2019ouvrier un bijou qu\u2019il venait de prendre dans un tiroir.\u2014 Ce brillant, murmura Pierre ébloui, est merveilleux.\u2014 Combien l\u2019estimez-vous ?Pierre examina pendant quelques instants encore le bijou en connaisseur, puis il dit : \u2014 Il n\u2019a pas de prix, monsieur, mais la maison Mortimer en offrirait certainement 20,000 francs.\u2014 Une fortune pour bien des gens.\u2014 Oui, une fortune, soupira l\u2019ouvrier en rendant le diamant à Arleff, qui le tint quelques instants dans sa main.Il ne fut plus question du brillant.Pierre prit l\u2019écrin qui renfermait les deux bagues et sortit de chez le docteur.Huit jours s\u2019écoulèrent.Le travail commandé par Arleff s\u2019achevait.Un matin, après sa consultation, Arleff se rendit rue Sainte-Marguerite.L'ouvrier était seul et tournait le dos au visiteur.Avant que Pierre se retournât, le docteur déposa vivement dans un vase un objet qu\u2019il avait jusque-là dissimulé dans sa main.Telle était l\u2019attention que Pierre apportait à son travail qu\u2019il n\u2019avait point entendu le docteur et qu\u2019il se retourna brusquement quand, il fut interpellé.\u2014 Et bien, et mes bagues ?dit Arleff en souriant.Nous y travaillons, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Excusez-moi, monsieur, je ne vous avais pas entendu venir, dit Pierre en offrant un siège au docteur.Demain tout sera terminé.Arleff examina les bijoux, fit quelques questions à l\u2019ouvrier, puis se retira en recommandant à Pierre de se presser.Le lendemain, le travail fut livré et payé.Pierre s\u2019en revint tout heureux Il avait touché 70 francs.Ce soir-là Pierre et Fleur-de-Marie soupèrent mieux que d\u2019habitude.La jeune fille fit le projet d\u2019acheter un entourage pour la tombe d\u2019Angélique.L\u2019ouvrier dormit mieux que de coutume.Une aisance relative était assurée pour quelques jours.De son côté, Fleur-de-Marie, levée dès l\u2019aube, partit à son travail après avoir embrassé Pierre longuement, plus longuement que d\u2019habitude.Le soir, elle rentra vers sept heures et trouva la porte entr\u2019ouverte.Pierre était absent, et depuis assez longtemps sans doute, car il n avait point préparé le dîner comme il le faisait chaque soir, depuis que Fleur-de-Marie travaillait à l\u2019extérieur.Elle ne s\u2019en émut pas.Il allait rentrer sous peu.Sans doute il était allé chez les Mortimer ou chez Loriot, qui lui avait écrit de passer à l\u2019atelier pour un travail pressé.Fleur-de-Marie étail neureuse.Elle avait vu André qui, régulièrement, l\u2019at- tendait chaque soir à la sortie de l\u2019atelier.Ils avaient refait ce jour-là leurs plus joyeux projets.André avait gagné le coeur de Gabrielle et allait tenter auprès de son père une démarche décisive en l\u2019informant de la décision irrévocable qu\u2019il avait prise.Bientôt ils pourraient se marier.Et, le coeur débordant de joie, elle revenait plus tôt que de coutume pour annoncer à son père l\u2019heureuse nouvelle.Elle prépara vivement le souper, mit le couvert, alluma la lampe et se mit à travailler à quelque dentelle en attendant le retour de son père.Mais les heures succédaient aux heures.Dix heures, onze heures, minuit sonnaient.Pierre ne rentrait toujours pas.Alors Fleur-de-Marie prit peur.Peut-être sera-t-il arrivé quelque malheur à l\u2019ouvrier.Elle s\u2019enveloppa la tête d\u2019un fichu et descend dans la rue.Sur le seuil de la porte des femmes causent avec animation.Fleur-de-Marie, dont l\u2019oreille est fine entend prononcer le nom de Guérault.\u2014 Voici sa fille, dit la concierge, en toisant insolemment Fleur-de-Marie.\u2014 Il est arrivé un malheur à mon père ?murmure doucement l\u2019enfant.\u2014 Oui, ma belle.Votre père a été arrêté hier comme voleur.\u2014 Voleur ! Et Fleur-de-Marie prononce ce mot, véhémente, pleine de colère.\u2014 Oui, voleur, ma petite.Vous le savez, hein ?\u2014 Voleur ! voleur ! murmure-t-elle les mains jointes.Elle ne peut en entendre davantage.Comme une folle elle remonte chez elle, se laisse tomber sur un siège et reste là des heures entières, affaisée, sans pensées, la tête lourde.Elle attend son père, croit à chaque instant l\u2019entendre monter, et tressaille au moindre bruit.Et quand le bruit s\u2019est éteint, son coeur se serre douloureusement.Elle n\u2019ose descendre.La pensée d\u2019affronter à nouveau les regards insolents des commères du quartier fait courir un frisson dans ses veines.Elle reste ainsi jusqu\u2019au soir.La nuit qui tombe peu à peu rend son isolement plus affreux.Elle se voit seule désormais dans ce logis désert où tout encore lui parle de l\u2019absent.Seule ! que va-t-elle devenir ?que va-t-elle faire ?Puis, brusquement, ses pensées se reportent vers André qui, au sortir de l\u2019hôpital, a dû courir à leur rendez-vous habituel.Qu\u2019a-t-il pensé en ne la voyant pas ?Elle sent qu\u2019après l\u2019avoir attendu quelque temps, il aura pressenti un malheur et que sa première pensée sera de venir consoler celle qu\u2019il aime.Elle ne se trompe pas, André vient.Elle entend son pas ; il entre : \u2014 Fleur-de-Marie ! murmure-t-il.\u2014 André ! Elle le regarde et tombe dans ses bras.\u2014 Mon père a disparu ! \u2014 Disparu ! Il ne comprend pas.Alors elle lui explique tout ce qu\u2019elle sait, tout ce que la concierge a raconté.\u2014 Cette femme se trompe assurément ; il y a méprise, dit André.Et il appelle aussitôt la concierge, qui déjà se trouve aux écoutes dans le corridor.\u2014 J\u2019ai dit, hier, à mademoiselle, tout ce que je savais.Mais, aujourd\u2019hui, j\u2019ai appris du nouveau.\u2014 Vite, dites tout.\u2014 Hier il est venu des messieurs très bien mis qui ont emmené M.Guérault, voilà ! Aujourd\u2019hui, je suis allée chez le commissaire et j\u2019ai su que m\u2019sieu mon locataire était accusé d\u2019avoir volé ci àf t f X 'vÿÿi Ml»' Nom de l'envoyeur.Adresse.Ville.Prov.ou Etat.POIRIER.BESSETTE & CIE.LIMITEE 975-985, rue de Bullion\tMontré 18.P.Ç.Coupon - Cadeau - Aux 3 Magazines ?LES 3 MAGAZINES LE SAMEDI \u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 LE FILM 1 an .(Canada seulement) $5.50 OU \t\t\tCan.\tE.-U.?\tLE\tSAMEDI \t\t\t $3.50\t$5.00 pour 1 on ?\tLA\tREVUE POPULAIRE \t\t\t 1.50\t2.00 \t ?\tLE\tFILM \t\t\t 1.00\t1.00 \u2022\u2022 \" \u201d Veuillez trouver ci-inclus la somme de $.\u2014.pour l'abonnement Indiqué d'un (X) ?IMPORTANT : \u2014 Indiquez d'une croix s'il s'agit d'un renouvellement.Nom du destinataire.Adresse.Ville.Province.L\u2019eteenne PAR Excellence SANS Extravagances: UN ABONNEMENT A NOS TROIS MAGAZINES: LE SAMEDI, aussi traditionnel que la Noël aux yeux de tous les membres de la famille .LA REVUE POPULAIRE, avec son air de fête dont elle se pare à votre intention toute l\u2019année durant.LE FILM, le benjamin, mais quel benjamin ! qui vous tient près de vos artistes préférés du cinéma, du théâtre et de la radio .I Ces trois magazines que vous pouvez souscrire en un seul abonnement I aux noms de vos parents et amis constituent une étrenne par excellence, 1 sans la moindre extravagance, une de ces étrennes qui perpétueront votre | souvenir.L\u2019idée est pratique, simple, économique.Adoptez-la en remplisse sant le coupon-cadeau ci-dessous.h SS\t______________________ 28 Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 un magnifique diamant chez le docteur Michel Arleff.t Chez mon oncle ! c\u2019est impossible, s écria André ; et, comme un fou, il sort avant que Fleur-de-Marie ait songé à le retenir.Une journée se passe sans qu\u2019André revienne.Lui aussi l\u2019abandonne.Les voisines la montrent du doigt.Alors l\u2019enfant eut un immense cri de désespoir* Etait-ce possible que son père fût en prison comme voleur?Sa raison s\u2019égare, sa tête éclate.Elle éprouve le besoin irrésistible de marcher, d\u2019aller droit devant elle, sans but.Elle descend dans la rue.Longtemps elle erre dans Paris.Il lui semble que tous les regards se portent sur elle.Brusquement elle aperçoit l\u2019hôpital Saint-Antoine, là, devant elle.Elle y entre et demande André à une religieuse qui passe.André vient à elle ; mais le visage du jeune homme s\u2019est assombri.\u2014 Eh bien ?demande Fleur-de-Marie d\u2019une voix anxieuse.\u2014 Je suis allé chez mon oncle.Eh bien ?répéta pour la deuxième fois la pauvre enfant.\u2014 C\u2019est vrai.Un rire qui sonnait la folie crispa les levres décolorées de Fleur-de-Marie.\u2014 Alors mon père a été arrêté comme voleur, et vous le croyez coupable, André ?André ne répondit pas.Ils étaient dans la cour de l\u2019hôpital, elle l\u2019entraîna dehors.\u2014 Vous ne répondez pas, dit-elle en regardant froidement le jeune homme.Vous croyez mon père coupable ?\u2014 Les preuves sont convaincantes.\u2014 Aucune preuve ne pourra me faire croire que mon père est un voleur, aucune, aucune, entendez-vous, aucune.Un diamant d\u2019une grande valeur, appartenant au docteur Arleff, a été trouvé chez votre père.\u2014 Oh ! André ! André ! s\u2019écria la jeune fille, vous me causez une grande douleur, vous ne m\u2019aimez pas comme je vous aime.\u2014 Fleur-de-Marie ! \u2014 Non, vous ne m\u2019aimez pas comme je vous aime.Si quelqu\u2019un aujourd\u2019hui venait me dire : le père d\u2019André Arleff est un malhonnête homme, je répondrais : Vous avez menti ! « Le père d\u2019André ne peut-être qu\u2019un homme d\u2019honneur.Et si, comme à vous, on me mettait des preuves devant les yeux, je répondrais : Ces preuves sont fausses ; le père de celui que j\u2019aime a été victime d\u2019une fatalité inexplicable.Le visage d\u2019André s\u2019éclaira.\u2014 Oui, vous avez raison, murmura-t-il en serrant tendrement la main de Fleur-de-Marie.Pierre Guérault est victime de quelque méprise.On nous le rendra bientôt, espérons ! \u2014 Pauvre père ! Si vous le connaissiez mieux, jamais un doute ne serait venu effleurer votre pensée.\u2014 Je vous aime, murmura doucement André, que les paroles de la jeune fille avaient rassuré.Je vais faire tout mon possible pour que votre père soit bientôt remis en liberté.En attendant, Fleur-de-Marie, qu\u2019allez-vous faire ?\u2014 Espérer et attendre.\u2014 J\u2019avais songé à ma soeur, qui serait certainement très heureuse de vous avoir auprès d\u2019elle.\u2014 Votre soeur, murmura-t-elle, votre soeur consentirait à me recevoir ?\u2014 Elle vous aime déjà.Fleur-de-Marie resta pendant quelques instants silencieuse, le regard perdu, indécise.\u2014 Ce serait le bonheur, murmura-t-elle.Mais je dois rester au logis et attendre le retour de l\u2019absent.Puis m\u2019est-il permis d\u2019être heureuse quand mon père se désole ?Non, André, je resterai seule.Des larmes coulaient des yeux de l\u2019enfant, qu\u2019une grande douleur en- vahissait.André, ému, restait sans paroles, et lui aussi avait des larmes aux yeux.Il partageait la conviction de la jeune fille.Non.Pierre Guérault ne pouvait être coupable ; sa bonne figure honnête ne pouvait tromper, et tout son passé irréprochable plaidait en faveur de son innocence.André rentra chez lui de meilleure heure que d\u2019habitude.Il trouva Ga-brielle lisant un journal.\u2014 Un diamant d\u2019une grande valeur a été volé à mon oncle, dit-elle.\u2014 Tu sais tout, ma soeur ?\u2014 Oui, lis, dit-elle en lui tendant le journal.\u2014 Pierre Guérault est un honnête homme, la justice s\u2019égare.\u2014 Je le voudrais comme toi et pour toi, mon cher André ; néanmoins, cette arrestation retardera ton mariage, et peut-être l\u2019empêchera à tout jamais.André baissa la tête et ne répondit pas.\u2014 Notre père ne consentira jamais à ce mariage ; il n\u2019y faut plus songer, reprit Gabrielle après un silence.\u2014 J\u2019ai promis d\u2019épouser Fleur-de-Marie, et je l\u2019épouserai.\u2014 Mais si son père est vraiment coupable.\u2014 Eh bien, je m'expatrierai.Nous partirons si loin, si loin, que jamais le nom de Pierre Guérault ne viendra frapper nos oreilles.\u2014 Tu nous quitterais ?murmura Gabrielle.Oh ! André ! Tu trouves une étrangère sur ton chemin, et pour cette étrangère tu renies tes vieilles tendresses d\u2019enfance et tout le passé qui nous unit tous deux ! Tu oublies notre père qui, lui aussi, a besoin d\u2019affection.Aurais-tu le triste courage de t\u2019expatrier sans plus jamais revenir ?\u2014 Gabrielle ! je l\u2019aime tant ! si tu savais ! \u2014 Mais on guérit de l\u2019amour.Peux-tu, toi, le fils d\u2019un honnête homme, songer à épouser une jeune fille dont le père est en prison, accusé de vol ?Songe donc ! Un voleur ! Ne crains-tu pas qu\u2019un jour on te jette à la face une infamante condamnation ?Ne trembles-tu pas qu\u2019un jour on dise à tes enfants: «Votre grand-père était Pierre Guérault ; il a été condamné comme voleur.» \u2014 Oh ! tais-toi, tais-toi ! \u2014 J\u2019ai réfléchi longuement avant de te dire tout cela.Pour moi, cet homme est coupable.Le diamant a été trouvé chez lui ; qui donc l\u2019y aurait porte ?Il l\u2019aura volé le jour où il alla chez le docteur prendre du travail.J\u2019ai bien réfléchi à tout cela.Je me suis faite juge d\u2019instruction et j\u2019ai acquis la conviction que cet homme est bien le coupable.\u2014 Mais elle, que va-t-elle devenir ?cria André en se promenant de long en large dans le boudoir.Que va-t-elle devenir, dis, ma soeur ?\u2014 Si elle t\u2019était indifférente, je t\u2019aurais dit : Conduis-la près de moi, je la consolerai.Mais tu l\u2019aimes, et cela est impossible.Crois-moi, il vaut mieux ne plus la revoir.\u2014 Ma soeur, répondit froidement André, ne me demande jamais un pareil sacrifice.\u2014 Il le faut cependant.\u2014 Jamais.\u2014 Tu l\u2019aimeras toujours, toujours, soupira Gabrielle, dont les mains se joignirent.\u2014 Oui, ma soeur.Ah ! on voit bien que tu ne connais pas Fleur-de-Marie, cet ange dont la vie est toute de pureté.Si tu la connaissais, ton bon coeur s\u2019attendrirait ; tu la prendrais dans tes bras et tu pleurerais avec elle ! Et comme Gabrielle se taisait : \u2014\tTu ne réponds pas ?Alors, c\u2019est bien là ta pensée ?Ta conviction est entière et absolue ?\u2014\tOui, André.Un sourire sombre erra sur les lèvres du jeune homme.\u2014 Une rupture est facile à conseiller, dit-il froidement, mais difficile à opérer.\u2014 Je t\u2019ai fait toucher la plaie à nu, et, en outre, ce mariage serait un malheur pour elle aussi ; car, serais-tu sûr de ne jamais lui reprocher sa naissance et le nom qu\u2019elle porte ?\u2014 Oh ! je sais : les arguments ne manquent pas.\u2014 Tu ne peux faire d\u2019elle ta maîtresse, reprit Gabrielle après un long silence, et cependant tu ne peux lui donner ton nom.L\u2019honneur me commande de te parier ainsi.\u2014 L\u2019honneur me commande, à moi, de tenir la parole que j\u2019ai donnée.Et, d\u2019ailleurs, je place mon bonheur au-dessus des préjugés du monde.\u2014 Mon cher André, s\u2019il ne s\u2019agissait que de préjugés à écarter, je te dirais : épouse-la ?Mais lorsque tu joues peut-être un rôle de dupe, mon devoir est de t\u2019ouvrir les yeux.\u2014 L\u2019amour ne me rend pas aveugle, et je ne vois pas en quoi je suis dupé.\u2014 Laisse-moi te parler franchement.Crois-tu qu\u2019un rusé voleur éprouvera de longs scrupules et hésitera longtemps avant de jeter sa fille à la tête d\u2019un homme dans l\u2019espoir de la marier richement.\u2014 Je n\u2019ose comprendre.Rappelle-toi la facilité avec laquelle Pierre Guérault a autorisé tes visites, et conviens qu\u2019il y a mis une complaisance qui frise les calculs.André poussa un cri.Une telle accusation le révoltait.Pendant un instant il détesta sa soeur qui osait ainsi profaner son amour et qui rabaissait l\u2019affection si chaste de Fleur-de-Marie à une ignoble spéculation.Les jeunes gens se séparèrent.André passa une partie de la nuit à écrire à Fleur-de-Marie.Vingt fois il déchira sa lettre et la recommença.Finalement, il ne l\u2019envoya pas.Qu\u2019aurait-il pu dire ?Il connaissait le caractère réfléchi de Gabrielle, il savait que sa soeur, dans son honnêteté, éprouvait une répulsion instinctive pour tout ce qui n\u2019était pas pur, et, malgré lui, les accusations qu\u2019elle avait lancées contre Pierre GuéFault, hantaient son esprit et brisaient son coeur.IX OR, que s\u2019était-il passé chez Pierre Guérault dans la journée précédente ?Fleur-de-Marie était partie, comme d\u2019habitude, à son travail.Pierre, resté seul, avait maintenant un peu d\u2019espérance au coeur.Il avait touché quelque argent du docteur Arleff, le travail reprenait un peu et le matin même il avait été appelé chez les Mortimer et Loriot pour exécuter des montures pressées.Depuis longtemps l\u2019ouvrier ne s\u2019était senti aussi tranquille.Fleur-de-Marie, devenue jeune fille, lui causait moins de soucis : elle aussi travaillait et contribuait au bien-etre de la maison.Il déjeuna de bon appétit et forma même le projet de remonter petit à petit le modeste ménage et de constituer à sa fille un trousseau complet qui serait sa dot lorsqu\u2019il la mariera.t à celui qu\u2019elle aimait.Cette idée de se séparer de sa fille amenait bien encore quelques larmes de ses paupières, mais il en avait pris son parti.Il ne vou'ait pas être accusé d\u2019égoïsme, et, après de longues réflexions, il résolut d\u2019avouer le plus tôt possible à la jeune fille le secret de sa naissance.Tout à coup, on frappa brutalement deux coups à la porte.\u2014 Entrez, cria l\u2019ouvrier, sans se retourner, et croyant à quelque visite de camarade.La porte cria sur ses gonds ; Pierre se retourna et aperçut deux hommes militairement boutonnés et serrés dans leurs redingotes noires.\u2014 Vous êtes Pierre Guérault ?dit le plus âgé en fixant hardiment l\u2019ouvrier.\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Je suis commissaire de police et suis chargé de faire une perquisition chez vous.Pierre devint extrêmement pâle.\u2014 Une perquisition chez moi ?dit-il d\u2019une voix légèrement tremblante.\u2014 Oui, monsieur, répondit froidement le commissaire en jetant un regard investigateur autour de lui.Vous habitez seul ici ?\u2014 J\u2019habite avec ma fille, monsieur.\u2014 Vous n\u2019êtes pas heureux ; le travail ne va pas et vos meubles ont été vendus l\u2019hiver dernier pour payer votre propriétaire.\u2014 Cela est vrai, monsieur.\u2014 Il y a une quinzaine de jours, n\u2019avez-vous pas été appelé chez le docteur Michel Arleff ?\u2014 Parfaitement : j\u2019ai travaillé pour lui.\u2014 Vous avez remonté deux bagues ?\u2014 Oui.\u2014 Ne vous a-t-il pas montré un brillant magnifique que vous avez vous-même évalué à vingt mille francs ?\u2014 Tout cela est exact, fit Pierre, qui ne comprenait pas encore.\u2014 Eh bien ce brillant a disparu.\u2014 Et c\u2019est moi qu\u2019on accuse de l\u2019avoir dérobé ?cria Pierre qui, brusquement, se rendit compte de la situation.\u2014 On va faire une perquisition chez vous ! \u2014 Faites, monsieur, dit Pierre d\u2019un air parfaitement calme.La petite chambre qu\u2019occupait Fleur-de-Marie fut mise sans dessus dessous.Pierre, les bras croisés, regardait d\u2019un oeil morne ces deux hommes qui furetaient partout et jetaient pêle-mêle, sur le carreau, les vêtements de sa jeune fille.Son coeur se soulevait indigné.\u2014 Rien par ici, dit le commissaire à l\u2019agent occupé à vider le buffet du réduit qui servait de cuisine.\u2014 Oh ! vous ne trouverez rien, murmura Pierre.Parce qu\u2019un homme est malheureux, sans pain et sans travail, s ensuit-il qu\u2019il doive être un voleur ?Et c\u2019est cependant cela que vous pensez, monsieur.\u2014 Je serais heureux d\u2019établir votre innocence, répliqua le commissaire, que la figure honnête de l\u2019ouvrier avait séduit.Tout avait été fouillé.L\u2019agent et le commissaire allaient se retirer quand, sur la cheminée, les deux vases dans lesquels Fleur-de-Marie mettait parfois des fleurs, frappèrent leurs regards.L\u2019agent s\u2019approcha, pendant que le commissaire reboutonnait sa redingote, et vida sur la cheminée le contenu du vase qui lui tomba sous la main.Il y avait là tout un mélange de boutons, de fil et d\u2019aiguilles.Tout à coup, l\u2019agent poussa un cri de triomphe ; il venait de découvrir le diamant tant cherché.\u2014\tQu est-ce cela ?dit le commissaire dont les sourcils se froncèrent.\u2014\tLe diamant! le diamant! répondit l\u2019agent en toisant insolemment Pierre Guérault.\u2014\tLe diamant ! articula l\u2019ouvrier la sueur au front ; le diamant ! Comment se fait-il qu\u2019il soit ici ?\u2014\tParbleu ! parce que vous l\u2019y avez mis après l\u2019avoir volé.La chose est assez claire.\u2014\tVolé! moi, j\u2019ai volé! cria Pierre, en se dressant livide, les dents serrées! \u2014\tSi vous ne l\u2019aviez pas volé, comment expliqueriez-vous la présence de ce diamant ici ?\u2014\tOh ! je devins fou, s\u2019écria Pierre en piessant sa tête à deux mains ; fou, fou.Il y a méprise, je suis victime Le Samedi.Montréal.2 décembre 1950 29 d\u2019une erreur, d\u2019une fatalité, mon Dieu, mon Dieu ! \u2014\tIls disent tous cela, observa l\u2019agent.Silencieusement un autre agent venait d\u2019entrer dans le chambre.On mit les menottes à Pierre sans qu\u2019il semblât s\u2019en apercevoir.\u2014\tVoleur; moi, voleur, murmurait-il.Etre arrivé à cet âge pour être accusé ainsi.Voleur ! moi dont toute la vie a été honnête et laborieuse ! \u2014 Allons, suivez-moi, dit brutalement l\u2019agent en touchant le bras de Pierre.\u2014 Mais, messieurs, laissez-moi.Je ne peux pas m\u2019en aller.Je ne suis pas seul.Et ma fille ?Vous n\u2019y pensez pas ?Elle ne sait rien, elle.Que dira-t-elle ce soir en ne me retrouvant pas ?Mais commissaire et agents fermaient l\u2019oreille aux plaintes du malheureux qu\u2019ils entraînaient brutalement en prison.Le procès se jugea rapidement et six semaines après, l\u2019affaire était terminée.Pierre, accablé par les preuves, était condamné à un an de prison.Des semaines s\u2019étaient écoulées depuis le fatal événement qui laissait Fleur-de-Marie seule, abandonnée désormais.La jeune fille a voulu assister au procès de son père.Fière et calme, pas un muscle de son visage n\u2019a tressailli en entendant prononcer la sentence qui, peut-être, la sépare à jamais de son père bien-aimé.Elle obtient de voir le condamné et de l\u2019embrasser une dernière fois.C\u2019est avec une indicible émotion qu\u2019elle pénètre dans la prison.Pierre est seul dans sa cellule.Elle se jette dans ses bras, éperdue.Lui la serre follement sur sa poitrine ; des sanglots montent à sa gorge et l\u2019étouffent.\u2014 Ma pauvre fille ! \u2014 Père, je te reverrai.Tu reviendras.Tu n'est pas coupable, cria Fleur-de-Marie en enlaçant le condamné, dont le dos s\u2019est voûté en quelques jours.\u2014 Ma fille, ma fille ! Il ne peut dire que cela.Devant elle il tremble, ses regards se voilent.Le moment de la séparation le rend fou ; il balbutie des paroles sans suite.\u2014 Il perd la raison, pensa Fleur-de*-Marie en s\u2019agenouillant devant son père.Elle lui baise les mains.\u2014 Père, père, ne désespère pas ; tu reviendra?.Oui, nous nous reverrons un jour.La justice reconnaîtra qu\u2019elle s\u2019est trompée, qu\u2019elle a fait fausse route.On te rendra l\u2019honneur et l\u2019estime des honnêtes gens.\u2014 Oublie-moi, abandonne-moi ; il le faut.Il le faut pour toi-même, comme aussi pour celui que tu aimes et qui doit t\u2019épouser.Un soupir souleva la poitrine de la jeune fille.\u2014 Non ! mon père.Je ne me marierai pas, fit-elle faiblement.\u2014 Oh ! je comprends.Il hésite, n\u2019est-ce pas ?La fille d\u2019un voleur, d\u2019un condamné ne peut épouser un honnête homme.Il te fuit, peut-être.Tu es abandonnée, n\u2019est-ce pas ?Ouvre-moi ton coeur, je t\u2019en conjure ! \u2014 André m\u2019aime toujours, mon père.\u2014 Mais il ne te donnera pas son nom.Il ne peut épouser la fille de Pierre Guérault.L\u2019injustice des hommes t\u2019atteindra aussi, toi, ma fille ! Pierre resta absorbé dans ses pensées.Une lutte semblait se faire en lui.Tout à coup, il s\u2019écria : \u2014 Non ! cela ne sera pas.Je ne veux pas que tu sois victime.Et, se redressant, il resta quelques instants immobile, en proie à une lutte suprême.II se souvenait des dernières volontés d\u2019Angélique, et une révolte se fit en lui à cette pensée.Le devoir était impérieux, cependant.Le moment était venu de révéler à la jeune fille le secret de sa naissance.En agissant autrement, il commettrait une mauvaise action.Avait-il le droit de condamner l\u2019enfant à une vie cachée et malheureuse ?Sa conscience lui répondait : non et le forçait à remplir son devoir.Il regarda longuement la jeune fille et lui prit les mains, qu\u2019il joignit dans les siennes.\u2014 Mon enfant, dit-il d\u2019une voix tremblante, il y a dans ta vie un mystère que je t\u2019ai toujours soigneusement caché : Fleur-de-Marie, tu n\u2019es pas ma fille ! \u2014Il devient tout à fait fou, pensa la jeune fille, que cet aveu laissa calme.\u2014 Tu ne me crois pas, je le vois dans tes yeux.Tu doutes de mes paroles.Tu crains que le désespoir et la douleur aient altéré ma raison; et pourtant je t\u2019ai dit la vérité.A présent que ma vie est finie, que je vais te quitter pour toujours et achever dans un déshonneur immérité une existence de probité et de travail, c'est pour moi un devoir sacré de t\u2019apprendre enfin que tu n\u2019as rien de commun avec le flétri et que je ne suis pas ton père.\u2014 Père, je t\u2019en conjure, reviens à toi, \u2014 Tu ne me crois pas encore, reprit Pierre avec un indicible sourire.Et cependant je te dis vrai.Nous allons nous séparer.\u201cJe m\u2019efforcerai d\u2019oublier les seuls moments de bonheur que j\u2019ai passes entre toi et ma pauvre Angélique et ne demanderai à Dieu, pour toute consolation, que de te rendre heureuse \u2014 Oh ! comme je t\u2019aime, s\u2019écria Fleur-de-Marie, en enlaçant Pierre dans ses bras; comme je t\u2019aime ! Si tu savais ! J\u2019aime André, mais, pour toi, je ferai taire mon amour.Je veux partager toujours ton existence, te suivre partout où tu iras, lorsque tu sortiras de prison.Je veux consacrer ma vie à te faire oublier le passé.\u2014 Oh ! ma fille, ma fille.\u2014 Et, en attendant, je resterai près de toi.Tu te diras que je passe sous ta fenêtre tous les jours, que je prie pour toi, et cela te réconfortera.\u2014 Je ne veux pas que tu te sacrifies pour moi, reprit Pierre, après un long silence, et me désobéir me causerait un grand chagrin.Tu te marieras avec celui que u aimes et, plus tard, peut-être nous reverrons-nous.Je ne désespère ni de Dieu, ni de la justice humaine.Il reprit, en faisant asseoir Fleur-de-Marie auprès de lui : grande partie inhabités et le matériel roulant des compagnies ainsi absorbées laissaient beaucoup à désirer.On s\u2019efforça donc de remédier à la situation et de trouver un mode de traction qui à la fois serait économique et répondrait aux besoins du pays de par trop peu peuplé.C\u2019est à l\u2019automne de 1923 que le regretté C.E.Brooks, alors surintendant du service de la traction, fit une visite élaborée des deux Amériques et de l\u2019Europe, en quête des dernières découvertes ferroviaires pour trouver un type de locomotion qui répondît aux besoins du Canadien National.Ces réseaux étrangers ne lui fournirent aucun type de locomotive qui eût pu être adopté avec profit par le Canadien National.Cependant, comme il revenait de Suède, il s\u2019arrêta à Glasgow, Ecosse, où il visita l\u2019avlonnerie de la William Beardmore Company.On était à faire \u2014 Non, tu n\u2019es pas ma fille; je suis un étranger pour toi.Je ne t\u2019ai pas donné la vie, je te l\u2019ai sauvée.Et en quelques mots il lui raconta le drame de la villa de La Varenne.Fleur-de-Marie s\u2019était dressée, l\u2019oeil chargé d\u2019éclairs, la poitrine soulevée par des sanglots.\u2014 Mais tu es mon seul père, ma seule famille, mon seul amour, murmura-t-elle en s\u2019agenouillant devant l\u2019ouvrier; non, non, je ne rechercherai pas cette famille qui est la mienne et qui, sans pitié, m\u2019avait vouée à la mort.Père, c\u2019est toi que j\u2019aime, que j\u2019adore, tu entends ?C\u2019est pour toi que je veux vivre ! Pierre ne répondit pas, mais de grosses larmes noyaient ses yeux et, goutte à goutte, tombaient sur ses joues a-maigries.\u2014 La récompense est grande, soupira-t-il, tu ne me renies pas, et tu ne fuis pas le condamné, et, malgré tout, tu veux que je sois ton père.\u2014 Père chéri, père adoré ! \u2014 Toi seule m\u2019as donné du bonheur et m\u2019as consolé.La misère est venue dans notre pauvre logis, et toi seule, encore, me Tas fait supporter sans colère.Grâce à toi, j\u2019ai changé d\u2019existence, j\u2019ai travaillé, j\u2019ai fait de beaux rêves d\u2019avenir.La vie avec toi était un rayon de soleil de tous les instants.Aujourd\u2019hui tout est changé.Je n\u2019existe plus et tu restes seule sur la terre Pour que tu épouses M.André, il faut que je disparaisse; il faut que j établisse que je te suis étranger, et je suis prêt à le faire.\u201cEcoute-moi bien attentivement.Tu ouvriras la commode et tu trouveras dans un tiroir secret échappé à l\u2019oeil vigilant de la police un voile de mousseline marqué aux initiales C.C.M.qui sont, sans doute, celles de ton vrai nom.Près de ce voile un papier écrit de la main d\u2019Angélique attestera que je t\u2019ai dit la vérité.En outre, en consultant les registres de l\u2019état civil, il sera facile de constater qu\u2019il ne m\u2019est jamais né d\u2019enfant.\u2014 C\u2019est bien, père, dit froidement Fleur-de-Marie.Mon affection pour toi ne changera jamais.Je resterai Mlle Guérault toujours.C\u2019est ma volonté.Tu m\u2019as élevée, aimée, sauvée de la mort: je suis ta fille, je ne me connais pas d\u2019autre famille.Elle se leva sur ces paroles.Son visage avait pris une expression hautai \u2022 ne, presque irritée.\u2014 C\u2019est un devoir pour toi de rapporter cette confidence à André.Aie confiance en son amour; s\u2019il t\u2019aime sm- la vérification de plusieurs nouveaux moteurs d\u2019avions.M.Brooks se rendit compte que ces moteurs pourraient être adaptés à la traction ferroviaire et les ingénieurs de la compagnie partagèrent son opinion.Des arrangements furent alors conclus avec la Beardmore Company.Quelques moteurs, auxquels on fit subir des modifications, furent alors achetés pour fin d\u2019expérience.De retour au Canada, M.Brooks commanda à l\u2019Ottawa Car Manufacturing Company neuf types de wagons spéciaux auxquels on adapta les moteurs Diesel Beardmore.La Canadian Westinghouse fournit les générateurs et les moteurs à traction requis pour transformer le pouvoir.L\u2019assemblage de ces nouvelles unités a été fait aux usines du Canadien National à la Pointe St-Charles au début de 1925.Telle est l\u2019histoire du Wagon Diesel-électrique.cèrement, il ne repoussera pas l\u2019enfant trouvée.\u2014 Jamais je ne ferai cela dit Fleur -de-Marie.Je veux qu\u2019André croit é-pouser Mlle Guérault.Et s\u2019il n\u2019a pas le coeur assez haut placé, eh bien, qu\u2019il m\u2019abandonne.Son amour n\u2019aura pas été assez puissant pour vaincre les préjugés du monde et cet amour-là n\u2019est pas celui que j admets.Je me sé-parerai de lui à tout jamais sans me-me lui laisser deviner ma douleur.Je suis ta fille, père, et je resterai ta fille.Elle le regarda longuement, profondément émue, les yeux noyés de larmes, et puis se jeta dans ses bras.Longuement l\u2019ouvrier la tint embrassee, puis ils se séparèrent et Fleur-de-Marie sortit de la prison.Pendant le reste du jour elle erra dans Paris.Jamais la pauvre enfant ne s\u2019était sentie aussi seule et aussi malheureuse.La confidence de Pierre Guérault l\u2019avait profondément attristée.Elle aussi avait un père et une mère ! et à cette pensée son coeur se serrait douloureusement.Elle rentra enfin et monta rapidement les cinq étages, pénétra chez elle où, désormais, elle devait vivre seule.Elle s\u2019assit épuisée, les mains jointes.C\u2019était fini.Pendant de longs mois, elle serait sans protection, livrée à ses propres forces.Seule ! Ce mot la glace d\u2019effroi.Lentement, elle approche de la commode et cherche le tiroir à secret, qui s\u2019ouvre sous une faible pression.Dans un coin, un voile d\u2019un blanc jaunâtre apparaît à ses regards troublés.Elle le déplie ; il est en mousseline de l\u2019Inde garni d\u2019une Valencienne de grande valeur ; dans un coin, les initiales C.C.M.sont brodées.Les mains de Fleur-de-Marie tremblent, ses regards se voilent.Elle songe que sa mère, sans doute, a brodé ces initiales, et son coeur palpite doucement.Sa mère ! Sa mère ! Elle tombe à genoux et couvre de baisers ce voile blanc qui seul la rattache à sa famille inconnue.Se peut-il qu\u2019autrefois sa mère ait voulu la tuer ?Non.Et son coeur est plein de sa mère.Elle la voit comme elle doit être, avec de grands yeux tristes et un bon sourire d\u2019une douceur infinie.La nuit se passe ainsi.Plongée dans ses réflexions, la jeune fille ne se couche pas.Un sentiment nouveau envahit son coeur.Malgré les confidences de Pierre Guérault, elle est émue délicieusement.Et lorsque les premières lueurs de l\u2019aube viennent l\u2019arracher à ses pensées, un sourire éclaire son visage.Elle ne sera plus seule désormais, il lui reste un souvenir.X L\u2019équipage de Mme de Vaudricourt filait à fond de train dans la direction de Saint-Cloud.A l\u2019entrée du pont, Christine descendit de voiture et s\u2019engagea dans la petite ruelle que nous connaissons déjà.Il faisait presque nuit et les passants étaient rares en ce coin perdu, baigné par les flots.Christine connaissait son chemin.Plusieurs fois déjà elle s\u2019était rendue chez Polyte dont elle comblait la femme de cadeaux et d\u2019argent.Aussi, l\u2019établissement de Polyte s\u2019était-il peu à peu relevé.Grâce à ces largesses, il avait pu payer ses dettes, et son commerce marchait maintenant au gré de ses désirs.Mais cette imprévue prospérité, loin de les contenter, ne les avait rendus que plus envieux ; ils rêvaient d\u2019une grosse fortune.La femme à Polyte, surtout, souhaitait de belles toilettes et désirait quitter au plus vite ce coin malsain qu\u2019elle habitait.Mais pour cela il fallait de l\u2019argent, beaucoup d\u2019argent.[Lire la suite au prochain numéro] LE WAGON DIESEL - ELECTRIQUE.[Suite de la page 7] 30 Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 RIEN DE SÉRIEUX Dans la forêt vierge, deux explorateurs se rencontrent.Je suis venu ici, dit le premier, pour connaître de nouveaux horizons, pour fouler le sol inviolé et savourer les charmes grandioses de la nature Et vous ?Moi, dit le second, je suis venu ici parce que ma fille commence à apprendre le piano.Maurice Garçon, le grand maître du barreau parisien, assistait l\u2019autre jour a un défilé de mannequins.On en était aux toilettes les plus décolletées quand son voisin se pencha vers lui : \u2014 Hein, c\u2019est beau.Ces couturiers, tout de même, en ont-ils des inventions ! Alors, Me Garçon, en souriant : \u2014 Des inventions.Vous voulez dire des découvertes ! \u2014 Comment trouvez-vous mes dents ?\u2014 Magnifiques ! \u2014\tAh ! vous croyez ?\u2014\tOui.Il y en a une douzaine à enlever et le reste à plomber.Dans une ville d\u2019Italie, le lieutenant Y.cherche le chemin qui conduit à la sta-zione.Il a déjà épuisé avec un civil tous les souvenirs que lui a laissés la langue de Dante.Impatienté par un tel effort de mémoire, il s\u2019écrie tout à coup sur un ton énergique : « Gara, if you please ! » On parlait du plus terrible bavard que la terre ait porté.\u2014 Il est effrayant disait un de ceux qui ont eu la douleur de le subir.Pendant des heures, il parle sans discontinuer, ne s\u2019arrêtant que pour tousser.\u2014\tDu moins, pendant qu\u2019il tousse, on a peut-être la ressource de glisser une phrase ?\u2014\tPas moyen, il fait signe de la main qu\u2019il va continuer.C\u2019est une bien belle histoire, une histoire comme nos grand-mères, jadis, en racontaient.Il était une fois, vous voyez.comme nos grand-mères, il était une fois un gentil petit moucheron qui folâtrait dans une prairie, par une belle journée de printemps.Ivre de chaleur, de lumière et de parfums, il était heureux de vivre et voletait gaîment de fleur en fleur.La terre fleurait bon la lavande, le ciel était bleu, l\u2019air était pur, et notre moucheron, étourdi par tant de bonheur, ne remarqua pas la présence d\u2019une vache à ses côtés.Il s\u2019engouffra tout à coup, sans le savoir, dans la gueule large ouverte du ruminant.Il pénétra bientôt dans l\u2019oesophage et continuant de folâtrer, toujours sans rien remarquer finit par échouer dans l\u2019estomac de l\u2019animal.Arrivé là, comme il était fatigué, il se posa et s\u2019endormit profondément.Quand il se réveilla.la vache était partie.LA VIE COURANTE .par Georges Clark \u2014 Tu admettras que c'est une épistolière née : tu entends, ces observations si judicieuses sur ce jeune homme qu'elle n'a pourtant vu qu'une fois \u2014 En parlant avec Colette, j'ai cru, un moment, que c'était le coup de foudre : je me sentis comme étouffé, mais c'était tout simplement un bon rhume qui commençait .par Georges Clark LA VIE COURANTE Elle.\u2014 Dès que la cérémonie sera terminée, papa nous ouvrira un compte de banque.Lui.\u2014 C\u2019est bien ennuyeux, nous allons nous marier un samedi et les banques sont fermées ce jour-là.\u2014 Pas généreux, moi ?Veux-tu que je me dépouille pour toi ?\u2014 Inutile! Jamais ta peau n\u2019aura l\u2019aspect du vison ou de la loutre.\u2014 Vous avez une bibliothèque immense et un nombre prodigieux de volumes.Vous lisez beaucoup ?\u2014 Non, car je n\u2019ai pas le temps.Je forme cette collection pour le temps où je me retirerai des affaires.\u2014 Voilà une excellente idée.\u2014 Non, car si je ne formais pas cette collection, je me serais retiré des affaires depuis longtemps.Cet académicien vient de se relever d\u2019une longue maladie.Pour sa convalescence, le docteur lui prescrit un régime assez sévère à suivre.Sa femme infirmière dévouée, suivant le conseil du médecin, d\u2019une façon très consciencieuse, lui présenta, le premier jour, une cuillerée de bouillon de légumes.\u2014 Une cuillerée seulement ?demanda le convalescent étonné.\u2014 Patience, mon mari, répondit son épouse, c\u2019est le médecin qui l\u2019a ordonné ainsi.Bien, fit le malade, d\u2019un ton résigne, mais est-ce qu\u2019il m\u2019a permis au moins de lire ?Parfaitement, tu peux lire modérément, sans te fatiguer.Entendu, répliqua l\u2019académicien, ironique, si tu m\u2019apportais alors un timbre-poste pour commencer.Un brave campagnard aux prises avec son âne, ne put le faire démarrer d\u2019un pouce.Un jeune estivant, croyant faire le malin, s\u2019adresse au campagnard : \u2014 Eh ! l\u2019homme ! Combien veux-tu me revendre ton âne ?L\u2019autre, toisant un instant l\u2019impertinent blanc-bec, réplique aussitôt : \u2014 Avant de penser à acheter mon âne, faudrait demander à tes parents s\u2019ils ont les moyens d\u2019en nourrir deux ! A 1 Hôtel Royal, où est descendu l\u2019Aga Khan, le directeur appelle le chef comptable : \u2014 Je veux vérifier moi-même les notes de Son Altesse.On les lui apporte.Il voit, entre autres: «Repas du chien de Son Altesse : 3,200 francs ».La semaine suivante même vérification, mais la note du chien s\u2019élève à 15,000 francs.Le directeur demande des éclaircissements, et le chef comptable explique : \u2014 Le chien de Son Altesse a eu, lui aussi, des invités.Il y a un écho remarquable ici, dit le guide suisse au touriste, en s\u2019épongeant le front.Vous n\u2019avez qu\u2019à crier fort.Dites par exemple :\t« Garçon, deux verres ! » Le touriste obéit et écoute avec attention.\u2014\tJe n\u2019ai pas entendu l\u2019écho, dit-il enfin.\u2014\tJe comprends.C\u2019est l\u2019aubergiste da côté qui l\u2019a intercepté.Voyez, il arrive avec deux verres de bière.Quelles sont les dents qui nous viennent les dernières ?\u2014 Les fausses. Jpir\u2014\u201d* FANTASTIQUE ODYSSÉE CONTE ILLUSTRE DU \"SAMEDI\" \u2014 CINQUANTIEME EPISODE im- .«A 1.\tUne lueur de satisfaction dans son regard sombre et farouche, Ahmed Bey surveilla Kitty Sinclair écrivant le billet à Robert, lui rapportant l\u2019offre de rançon de dix mille dollars pour sa mise en liberté.Comme elle finit, il s\u2019en empara.ymkimi 4.\tSachant qu\u2019un seul cri d\u2019Ahmed Bey ou de son garde arabe mettrait tout le village à leurs trousses, nos héros se demandèrent comment ils délivreraient Kitty.Soudain Robert faisant signe au capitaine Evans de le suivre, se glissa plus loin.Y ',/«/; -y'/* 7.\t« Je ne crois pas que Ahmed Bey puisse percer nos déguisements dans cette lueur, » dit Robert comme ils rasaient les murs.« Qu\u2019importe, il nous faut le risquer.» Comme ils allaient tourner le coin de la maison ils virent le garde d\u2019Ahmed Bey.WJk.mm K fl djpïZ 2.\t« Je puis lire l\u2019anglais, » dit-il, fixant Kitty avec suspicion.« Et si vous avez tenté de trahir mon repaire secret dans les collines, eh bien, vous mourrez ! Sur cet avertissement, Ahmed Bey lit la lettre.« Bien ! » murmura-t-il.« Tout est parfait ! » & wm Ml: mm.IWzmÆ 5.\tSe hâtant à travers le tunnel, Robert et le capitaine Evans rejoignirent leurs deux prisonniers arabes.A la pointe de leurs revolvers nos amis les contraignirent à se dévêtir.« Nous allons nous déguiser en Arabes, » dit Robert.8.\tFroidement Robert épia les yeux de l\u2019Arabe prêt à bondir sur lui s\u2019il s\u2019avisait de faire le moindre signe d\u2019alarme.Ma s, celui-ci sourit et fit un signe.« Ahmed Bey veut vous voir, » dit-il en arabe.« Il m\u2019a envoyé vous chercher ».3.\tRobert et le capitaine Evans, eux, ayant jeté un coup d\u2019oeil à travers le rideau suspendu à l\u2019entrée, et ayant vu le garde debout à l\u2019intérieur, longèrent les murs de la maison de façon à n\u2019être pas aperçus, et écoutèrent ce qui se disait en dedans -T II ^ .Sri! r ¦/ 6.\tSitôt les deux Arabes dépouillés de leurs vêtements Robert et le capitaine les lièrent et les bâillonnèrent de nouveau.Puis, endossant eux-mêmes les vêtements de leurs captifs, ils s\u2019engouffrèrent dans le tunnel vers la maison d\u2019Ahmed Bey.tv ÏM 9.\tAvec un soupir de soulagement Robert acquiesça d\u2019un cri guttural et s\u2019élança d\u2019un pas décidé vers la porte.Le capitaine Evans et le garde le suivirent.Comme il entrait, Robert vit Ahmed le A regardant.«Entrez, Nassah ! » dit-il.(à suivre)Jm 32 Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 fa X_.fa tty&M WMHP» its ' £ TROIS/*' Mousquetaire d'tr* j k.Mmdrfn< l J)LUna,^ Conle illustré du Samedi \u2014 Deuxième épisode 54N$DtOU5/ ' MA l£T- FrûÊifnÜHÔwiË QUELLE EST EN EFFET irup r Bien USCHC ! EllECON.TENAIT >\u201e _______ _ /UNE f/0fj HECCHez / CT GENTILHOMME Balancé 5 EST PENCHÉ SUC CXiS Quandvou: ETE \\ MOCBlEU T EZ Evanoui 3 F JE LE TOENDS ¦ 4 CAUSE DE Si COU S LEUR ORIGINALE Celle que l\u2019homme à la balafre a nommée Milady ne semble pas soucieuse de rester en tête-à-tête avec d'Artagnan.Imitant l\u2019exemple de son compagnon, elle saute dans son carrosse et disparaît dans un tourbillon de poussière sans se douter de l\u2019impression qu\u2019elle a produite.Furieux d\u2019avoir été rossé sans avoir pu se venger, d\u2019Artagnan s\u2019exclame : « Je ne resterai pas une minute de plus dans cette auberge de malheur où l\u2019on ne rencontre que des lâches ».Mais en se fouillant pour chercher sa bourse, il pâlit.Où est la lettre pour M.de Tréville ?L\u2019aubergiste sait parfaitement que c\u2019est l\u2019inconnu de tout à l\u2019heure qui a dérobé cette lettre, mais il sait aussi que son client a le caractère vif.donc, plutôt que d\u2019affronter sa colère, joue-t-il à la perfection le rôle de 1 imbécile stupéfait et navré.Bien entendu, toutes les recherches restent vaines et d\u2019Artagnan, la mort dans l\u2019âme, abandonne tout espoir de retrouver sa précieuse lettre.Très grand seigneur malgré tout, il paye largement l\u2019aubergiste, qui, en retour de cette générosité, lui fait comprendre ce qu\u2019est devenue la missive.Battu, volé et mécontent, notre ami brûle les étapes et parvient à Paris où un maquignon lui donne neuf livres de son cheval.Il était temps car, au cours de son voyage, les quinze écus de M.d\u2019Artagnan père ont fondu comme neige au soleil.HOTEL OC BONStüO Ta^nfvitS*H§iOM E TOEWLlf, MONSIEUE^®^ IX VIEUX-OXOM r athos PORTHOS Uramis A Md/ touche a VOIO, mignonne: on Put devance .MONSEIGNEUR./Miwi i l wwMSmM mm* D\u2019Artagnan était jeune et beau et, dans ce temps-là, à Paris, ces deux qualités facilitaient bien des choses.C\u2019est ainsi que, malgré ses maigres ressources, notre Gascon peut trouver un gîte accueillant pour y réparer les désordres de sa toilette.Puis, le bandage qui entoure sa tête, dissimulé sous son béret, il se rend droit au Louvre pour y demander audience à M.de Tréville.Le Mousquetaire de garde le renseigne.M.de Tréville n\u2019est au Louvre que lorsque Sa Majesté le fait demander.Dans l\u2019antichambre de son futur protecteur, un spectacle étonnant attend d\u2019Artagnan.Des Mousquetaires se disputent à l\u2019épée nue leur tour d\u2019audience en ponctuant leurs assauts de remar- ques fort désobligeantes pour Son Eminence le Cardinal de Richelieu.Chaque mousquetaire risque sa vie pour avoir l\u2019honneur d\u2019être admis le premier auprès de M.de Tréville.D\u2019Artagnan admire le courage de ces hommes et il n\u2019a qUè plus hâte de se trouver dans ce corps d\u2019élite.M.de Tréville semble d\u2019ailleprs fait à l\u2019image de ses hommes à moins que ce ne soient ses hommes qui cherchent à lui ressembler.Au moment où d\u2019Artagnan pénètre dans son cabinet, le capitaine des Mousquetaires du Roi pousse des rugissements à faire trembler les vitres.SEULE LA PESTE DE 1 sang a provoque/; [mon carrosse lus M'AVEZ MAN .MONSIEUR- QUEUE IMPRUDENCE/, IL eST GRIEVEMENT SUSSE MONSIEUR VITE.'QjJO AlLlf CHER CHER LE CW NOUS ETIONS TROIS CONTRE .DOUZE.ESTDÜBlfMOI k COURAGEUX ou FAT,CD Et .psncs?WèÊrt i/i-'i\" yn Athos !.Porthos !.Aramis !.A ces trois noms clamés par M.de Tréville, deux Mousquetaires paraissent, l\u2019air penaud : « Mess.eurs, j apprends que vous vous êtes encore battus contre les gardes de M.le Cardinal.» commence M.de Tréville.Puis, il s\u2019aperçoit de la présence du troisième larron.Aramis, dont l\u2019allure fine et distinguée contraste avec la stature massive de Porthos, entreprend de narrer dans quelles conditions le combat s\u2019est déroulé.Sous ses sourcils froncés, les yeux de M.de Tréville pétillent de malice et même d\u2019un certain contentement.Au plus fort du récit, la porte s\u2019ouvre et celui que l\u2019on nomme Athos paraît sur le seuil.Mortellement pâle, il s\u2019avance de quelques pas.«Lorsque M.de Tréville appelle ses Mousquetaires, il n\u2019y a que les morts qui ne répondent pas.» articule-t-il péniblement.Mais l\u2019effort a été trop rude.avant que ses compagnons aient pu le soutenir, Athos, vaincu par la douleur, chancelle et s\u2019écroule tout d\u2019une pièce.Oubliant sa colère, M.de Tréville se précipite.Son meilleur Mousquetaire.Diable d\u2019homme ! Il faut le soigner vite.Muet d\u2019admiration, d\u2019Artagnan a assisté à toute cette scène.Son opinion est faite, les Mousquetaires sont des lions et c\u2019est dans ce corps d\u2019élite qu\u2019il servira.D\u2019ailleurs on emporte Athos qui n\u2019est pas gravement atteint et le moment est venu d\u2019exposer sa requête à M.de Tréville.\t(à suivre) Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 ' 33 LE ROMAN D'UN JEUNE HOMME RICHE [ Suite de la page 17 ] \u2014 Entrez ! fit-il en glissant vivement le portrait dans sa poche.La porte s\u2019ouvrit.Paul crut que son coeur s\u2019arrêtait de battre.Il eut l\u2019impression que le plafond s\u2019écroulait sur sa tête.La femme qui se tenait sur le seuil, une liasse de feuillets à la main, c\u2019était Yvonne Landry ! Le temps d\u2019un éclair, la vérité se fit jour en lui : peu de temps auparavant, la jeune fille lui avait dit qu\u2019on allait la changer de service, sans préciser la nature de sa nouvelle affectation.Il l\u2019avait écoutée d\u2019une oreille distraite, car, tandis qu\u2019elle parlait, il ne prêtait attention qu\u2019au mouvement de ses lèvres découvrant la nacre étincelante du sourire.Jamais il ne s\u2019occupait des mutations dans le personnel ; il savait seulement qu\u2019Yvonne appartenait au service de la comptabilité où jamais il ne mettait les pieds.Comment aurait-il pu prévoir qu\u2019un hasard stupide les mettrait ainsi en présence le jour même où il avait résolu de jeter bas le masque et de déclarer son amour ! Yvonne avait refermé la porte.Plus blanche qu'un suaire, elle fixait sur le jeune homme un regard plein d\u2019une douloureuse stupeur.\u2014 Vous.murmura-t-elle d\u2019une voix rauque.Vous! \u2014 Yvonne.écoutez-moi ! Il s\u2019était levé.D\u2019un geste brusque, elle le cloua sur place.\u2014 Inutile ! J\u2019ai tout compris.\u2014 Yvonne.répéta Paul, qui perdait la tête.Laissez-moi vous dire.Vous ne pouvez pas savoir.\u2014 Si, hélas ! Encore une fois, je ne comprends que trop bien ! Ah ! il a fallu que je vous voie ici pour que je le croie.Vous.vous, me tromper ainsi, vous faire passer à mes yeux pour un pauvre diable, un modeste employé comme moi.quelle ignominie ! Vous saviez bien que si j\u2019avais connu la vérité, je ne vous aurais pas écouté une seconde ! Vous avez essayé de voler mon amour ! Et moi, moi, comme une pauvre sotte que j\u2019étais, je ne demandais qu\u2019à vous aimer.Je vous aimais déjà.Mais tout est fini maintenant ! C\u2019est comme si un voile tendu devant mes yeux venait de se déchirer et comme si je vous voyais pour la première fois ! Vous venez de m\u2019apprendre bien des choses que j\u2019ignorais.et vous m\u2019avez guérie en même temps.Votre lâcheté a tué mon amour.Adieu ! je ne resterai pas une minute de plus dans cette maison ! Pâle, frémissante, les yeux brillants d\u2019indignation à travers ses larmes, elle ne lui avait jamais paru si belle.Comme elle se dirigeait vers la porte sans ajouter un mot, il la rejoignit d\u2019un bond et lui saisit le bras.\u2014 Yvonne.Yvonne.ne partez pas, au nom du ciel ! Ecoutez-moi ! Oui, c\u2019est vrai, je vous ai menti, mais vous devez me pardonner parce que je vous aime sincèrement.de toutes mes forces ! Si je me suis présenté à vous sous un faux nom, c\u2019est que je me défiais de moi-même.Je suis trop riche, voyez-vous ! Trop de femmes ont fait semblant de me chérir à cause de ma fortune, et leur tendresse vénale m\u2019a rempli le coeur de dégoût.« J\u2019ai voulu être sûr qu\u2019on pouvait m\u2019aimer pour moi-même, sans arrière-pensée.C\u2019est pour cela que j\u2019ai pris le masque de Paul Régnault.Ce n\u2019est pas ur.crime, cela ! Puisque je vous dis que je vous aime.que je vous adore, ma chérie ! Aujourd\u2019hui même, j\u2019allais tout vous dire.en vous suppliant de devenir ma femme 1 D\u2019un geste brusque elle s\u2019était dégagée.Elle eut un éclat de rire plus douloureux qu\u2019un sanglot.\u2014 Ah ! taisez-vous ! Pour qui me prenez-vous donc ?Ce que vous me dites, j\u2019ai pu le croire alors que j\u2019ignorais qui vous étiez.A présent, cela m\u2019est impossible.En une seconde, vous avez arraché toutes mes illusions, brisé tous mes rêves.Jamais, jamais je ne vous le pardonnerai ! \u2014 Yvonne, je vous jure.\u2014 N\u2019ajoutez pas le parjure au mensonge ! Pourriez-vous me faire le serment que vous songiez déjà à m\u2019épouser quand vous vous êtes présenté sous le nom de Paul Régnault ?Paul hésita un instant.Il ouvrait la bouche pour répondre, mais Yvonne ne lui en laissa pas le temps.\u2014 Ce n\u2019est pas la peine.Votre hésitation est une réponse.Adieu, monsieur Couturier ! Des larmes tremblaient dans sa voix.Elle jeta au jeune homme un regard plein de foudroyant mépris.Puis, droite, implacable comme une statue de la Justice, elle sortit sans que Paul, écrasé de douleur, esquissât un geste pour la retenir.Trois jours s\u2019écoulèrent.Trois jours durant lesquels Paul Couturier toucha le fond de la souffrance humaine.Jusqu\u2019alors, cet enfant gâté avait joué avec la vie ; il n\u2019avait rien pris au sérieux, confiant dans son étoile et persuadé que le bonheur lui appartenait de droit, comme la fortune.Bien peu de temps avait suffi pour le détromper, et chez cet être mal préparé à supporter l\u2019adversité, le chagrin poursuivait ses ravages avec une fureur dévastatrice.Une tristesse opaque l\u2019enveloppait.R éprouvait la certitude affreuse que tout était fini, que jamais plus il ne serait heureux.L\u2019existence sans Yvonne lui apparaissait comme un désert qu\u2019il n\u2019aurait pas la force de traverser.Toute la journée s\u2019écoula pour lui dans les affres d\u2019un désespoir grandissant.La certitude de son impuissance à convaincre la jeune fille achevait de l\u2019anéantir.Yvonne n\u2019avait point reparu à l\u2019usine et Paul n\u2019osait retourner chez elle.Le jour même de la scène qui les avait dressés l\u2019un contre l\u2019autre comme des ennemis, il lui avait écrit une longue lettre pleine de protestations d\u2019amour, toute débordante de tendresse et de douleur.La lettre lui était revenue sans avoir été décachetée.Le soir tombait ; le crépuscule étendait ses ombres sur la ville.C\u2019était l\u2019heure grise où surgissent les fantômes du doute et du découragement.Paul avait tant souffert qu\u2019une immense lassitude s\u2019emparait de lui.Depuis des heures, une idée, \u2014 toujours la même, \u2014 le torturait : comment persuader Yvonne qu\u2019il n\u2019était pas cm misérable ?Comment la convaincre de sa sincérité ?La pensée qu\u2019elle le méprisait lui était odieuse ; et, fiévreusement, il cherchait le moyen de la détromper.Soudain, il trouva.Saisissant une feuille de papier, il écrivit rapidement : « Yvonne, « Vous avez refusé de croire à ma sincérité.C\u2019était votre droit.On peut mettre en doute la parole d\u2019un vivant, on ajoute foi à celle d\u2019un mort.Quand vous recevrez cette lettre, j\u2019aurai cessé de vivre et le dernier battement de mon coeur aura été pour vous.Adieu Yvonne ! Soyez heureuse et pensez à moi quelquefois.Il inséra la lettre dans une enveloppe, traça d\u2019une main qui ne tremblait pas l\u2019adresse de la jeune fille, sonna.Le fidèle Baptiste parut.\u2014 Va jeter ça tout de suite à la poste ! ordonna Paul.Baptiste prit la lettre, mais il ne bougea point.Ses regards allaient de l\u2019enveloppe à son maître.\u2014\tEh bien ! fit celui-ci avec impatience.Qu\u2019est-ce que tu attends ?\u2014 Monsieur Paul.commença le vieux serviteur avec embarras.\u2014\tQuoi ?\u2014\tRien.Il sortit sans ajouter un mot, et Paul éprouva une sorte d\u2019atroce soulagement.Le sort en était jeté.La lettre qu\u2019il venait d\u2019écrire ne lui laissait plus d\u2019échappatoire possible, et c\u2019est pour cela qu\u2019il l\u2019avait envoyée.A présent, sous peine de passer aux yeux d\u2019Yvonne pour un lâche, il n'avait plus le droit d\u2019hésiter.On peut mettre en doute la parole d\u2019un vivant, on ajoute foi à celle d\u2019un mort.Les mots qu\u2019il avait tracés un instant plus tôt dansaient devant ses yeux.Il imaginait la jeune fille ouvrant la lettre, \u2014 incrédule d\u2019abord, puis inquiète jusqu\u2019à l\u2019affolement.Elle accourrait chez lui, elle apprendrait la nouvelle de son suicide, et alors elle comprendrait bien qu\u2019il était sincère.Paul éprouvait à cette pensée une satisfaction désespérée.Il s\u2019y complaisait : c\u2019était une revanche, la seule qu\u2019il lui fût possible de prendre sur la jeune fille.C\u2019était l\u2019unique moyen qu\u2019il eût d\u2019être pleuré, puisque le sort méchant l\u2019avait empêché de réaliser son rêve.Après un instant de réflexion, il prit une feuille de papier et sa plume courut rapidement.« Ceci est mon testament : j\u2019institue pour légataire universelle Mlle Yvonne Landry.» Il data et signa.Sa tâche était achevée.Il ouvrit un tiroir, y prit un browning qu\u2019il déposa devant lui, sur le bureau.Alors, Paul tomba dans une rêverie profonde.Il songea qu\u2019il avait gâché follement sa vie.Il imagina ce qu\u2019aurait pu être son avenir avec une compagne comme Yvonne.Il se vit, régénéré par un amour sincère, travaillant avec sa femme à créer autour de lui le plus de bonheur possible.Il sourit à la magie d\u2019un berceau, et soudain, avec un frémissement d\u2019angoisse, il retomba dans la réalité.Combien de temps avait-il rêvé ainsi ?Maintenant, la nuit était venue, les ténèbres emplissaient la pièce silencieuse Paul eut un geste vers le commutateur, puis se ravisa.On n\u2019a pas besoin de lumière pour mourir ! Il étendit le bras, ses doigts tâtèrent la forme rigide de l\u2019arme, serrèrent la crosse.Sa main monta lentement et il éprouva un petit frisson à sentir contre sa tempe le froid de l\u2019acier.Mais avant qu\u2019il pressât la détente, des portes claquèrent, des pas précipités se firent entendre.Brusquement, un flot de lumière inonda la pièce et Paul, éperdu, vit Yvonne, échevelée, toute pâle, qui se jetait sur lui et lui arrachait le revolver des mains.L\u2019arme tomba sur le tapis.Sur le seuil de la pièce, le vieux Baptiste se frottait les mains.C\u2019est alors seulement que Paul l\u2019aperçut.Leurs regards se croisèrent et Baptiste déclara, comme pour s\u2019excuser : \u2014\tVous m\u2019aviez dit de mettre la lettre à la poste.J\u2019ai cru que ce serait encore mieux de la porter moi-même.Sans laisser à son maître le loisir de répondre, il s\u2019éclipsa discrètement.Yvonne et Paul demeurèrent seuls, face à face.Vaincue par l\u2019émotion, la petite était tombée dans les bras du jeune homme.Elle répétait à travers ses larmes : \u2014\tPourquoi.oh ! pourquoi vouliez-vous faire cela ?\u2014\tParce que je vous aime ! C\u2019était le seul moyen de vous convaincre.Il la sentit frissonner.Elle leva vers lui son beau visage tout humide de larmes.\u2014Malheureux ! Et moi.moi.qu\u2019est-ce que je serais devenue ?Ses yeux noyés de pleurs se fixaient sur lui avec une expression si tendre qu\u2019il crut défaillir de joie.Il resserra l\u2019étreinte de ses bras autour de la taille souple.Des mots sans suite s\u2019échappaient de ses lèvres.\u2014\tYvonne.vous m\u2019aimez donc malgré tout ?Ah ! c\u2019est trop beau.je ne peux pas y croire ! Yvonne, mon amour chéri.si vous saviez ! n me semble que je n\u2019ai commencé de vivre que le jour où je vous ai rencontrée.Ç\u2019a été comme si j\u2019entrais dans un pays merveilleux.Il me suffisait de vous regarder pour devenir meilleur.Vous avez été ma conscience.Ah ! Yvonne ma petite lumière, maintenant que je vous tiens, je ne vous laisse plus partir ! Nous ne nous quitterons plus jamais.jamais ! Vous m\u2019aiderez à faire le bien, car c\u2019est en faisant beaucoup d\u2019heureux que je veux essayer de me rendre digne de vous ! « Vous verrez, vous verrez ! Ce sera si facile.Je travaillerai, je serai un ami pour tous ceux qui pleurent, pour tous ceux qui souffrent ! Elle lui tendit son visage.Leurs lèvres se joignirent dans un long baiser où ils connurent le goût de l\u2019infini Les enchanteurs des vieux contes sont morts, et les rois n\u2019épousent plus de bergères, mais l\u2019Amour fait encore des miracles et il lui suffira toujours d\u2019étendre sa baguette magique pour métamorphoser un être et pour transformer l\u2019existence la plus morne et la plus banale en la plus éblouissante des féeries ! Albert Dubettx Coupon d\u2019abonnement Canada 1 an .S3.50\t1 an 6 mois .2.00 Etats-Unis $5.00 2.50 6 mois .?IMPORTANT : \u2014 Indiquez d'une croix s'il s'agit d'un renouvellement.Nom.Adresse.Ville II POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE 975-985 rue de Bullion MONTREAL 18, P.Q. 34 Le Samedi, Montréal, 2 décembre 1950 UN CHEF DE BANDE [Suite de la page 10] Les Mots Croisés du Samedi Problème No 988 HORIZONTALEMENT 1\u2014\tEtoffe pour faire un chapeau.\u2014 Débarquement, coup de main sur une côte.2\u2014\tEspace compris entre deux planchers.\u2014 Ce dont une chose est faite.3\u2014\tNom des groupes des corps reproducteurs, chez les fougères.\u2014 D\u2019une bienveillance doucereuse.\u2014 Signe de musique.4\u2014\tLiqueur qui s\u2019exprime des plantes.\u2014 Garanties.\u2014 Mammifère à longues oreilles.5\u2014\tTerminaison d\u2019infinitif.\u2014 Clairsemés.\u2014 Peau tannée.6\u2014\tSe suivent dans cendre.\u2014 Art de lancer.\u2014 Bonbon laxatif.7\u2014\tSe dit des animaux qui se construisent une habi ation avec de la terre.\u2014 Excès de table et de bo.s-son.8\u2014\tQui contient du mica.\u2014 Disposer des branchages pour que les vers à soie y filent leur cocon.9\u2014\tOrnements sacerdotaux.\u2014 Nom donné dans l\u2019antiquité aux peuples de l\u2019Extrême-Orient.10\u2014\tIns ruits.\u2014 Possessif.\u2014 Qui sont à toi.11\u2014\tDate récente.\u2014 Qui pend et oscille nonchalamment.\u2014 Pronom.12\u2014\tPréfixe d\u2019antériorité.\u2014 Petite coiffe de paysanne.\u2014 Etendue d\u2019eau douce.13\u2014\tNégation.\u2014 Droits prélevés par les seigneurs sur les grains vendus.\u2014 Aile d\u2019hélice.14\u2014\tQui sont à elle.\u2014 Pièce réservée aux visiteurs.15\u2014\tUn temps fort long.\u2014 Faculté naturelle de parler.VERTICALEMENT 1\u2014\tDiscontinuer.\u2014 Qui ne vaut rien dans son genre.2\u2014\tParure des femmes.\u2014 Gant de laine sans doigtiers, excepté pour le pouce.3\u2014\tEnclos boisé.\u2014 Siège spécial pour transporter les blessés sur un mulet.\u2014 Pronom.4\u2014\tTemps écoulé depuis la naissance.\u2014 Enlever les cales.\u2014 Commune rurale en Russie.5\u2014\tMarque l\u2019origine.\u2014 Mariages.\u2014 Conformément au devoir.6\u2014\tSans mélange.\u2014 Créés.\u2014 Expulsé.7\u2014\tRédacteur de l\u2019Ami du Peuple.\u2014 Qui a des connaissances étendues.8\u2014\tChancellerie du Vatican.\u2014 Sortie d\u2019un logement.9\u2014\tOter la tête d\u2019une épingle.\u2014 Malpropres.10\u2014\tAncien titre féodal (pi ).\u2014 Plateforme flottante.\u2014 Venus au monde.11\u2014\tDénombrement des citoyens tous les cinq ans.\u2014 Région de l\u2019Asie centrale.\u2014 A lui.12\u2014\tEspace de temps.\u2014 Restaurant élégant.\u2014 A travers.13\u2014\tNégation.\u2014 Dons aux pauvres.\u2014 Auteur du Roi d\u2019Ys.14\u2014\tChrétiens grecs reconnaissant le Pape.\u2014 Salicylate de phényl.15\u2014\tEnfouir.\u2014 Protecteur des lettres et des savants.Solution du Problème No 987 Il s\u2019agissait, si je m\u2019en souviens, d\u2019un fonctionnaire veuf qui prenait sa retraite dans une petite propriété juchée en haut de la falaise.Une progéniture nombreuse l\u2019entourait, des gamins bruyants qui ne nous intéressaient guère ; mais sa fille aînée assumait la tâche de maîtresse de maison et celle-là attira aussitôt notre attention.Elle était, comme dans les contes de fées, aussi bonne que belle, une grande fille aux cheveux dorés, toujours souriante et malheureusement toujours occupée.Nous la rencontrions souvent le matin, allant au village ou en revenant, chargée des provisions familiales.Nous lui faisions un brin de conduite : les garçons se disputaient l\u2019honneur de porter son sac.Elle se joignait rarement à nous dans l\u2019après-midi, malgré nos invites et nos prières réitérées.\u2014 J\u2019ai tant à faire ! disait-elle en riant.Je n\u2019ai pas le temps ! Elle était si charmante que nous, les filles, jugions fort naturel que les garçons prissent, en parlant d\u2019elle, des airs rêveurs et nous étions tous d\u2019accord pour déplorer ces tâches ennuyeuses qui nous privaient de sa compagnie.Présente ou absente, Pâquerette \u2014 elle joignait à tant de grâce ce prénom délicieux \u2014 tenait une grande place parmi nous.Un jour, les vacances tiraient à leur fin, et le temps, pour se mettre à l\u2019unisson de notre mélancolie sans doute, se montrait sous un mauvais jour.Un vent de tempête chassait dans le ciel de gros nuages sombres et les vagues se ruaient à l\u2019assaut des rochers.\u2014 Allons voir la mer battre les récifs, proposa Francis.De la falaise, la vue sera splendide ! Francis montrait une préférence marquée pour les promenades qui nous rapprochaient de Pâquerette ! Justement, nous n\u2019avions pas rencontré cette dernière depuis plusieurs jours.Nous acceptâmes avec entrain la suggestion de Francis, comme toutes les autres venues de lui : nous étions gens de tradition et Francis était toujours notre meneur de jeu.Il avait raison, d\u2019ailleurs, le spectacle était féerique : des lames gigantesques bondissaient sur la côte déchiquetée, jetant sur la pierre luisante des gerbes d\u2019écume.Brisées dans leur élan, elles reculaient, creusant de sombres abîmes, revenaient inlassablement, fou-geuses, force sauvage que rien ne décourageait.Fascinés, nous regardions cette masse mouvante et ses vains et rageurs efforts.\u2014 Il ne ferait pas bon prendre un bain là dedans ! dit l\u2019un de nous.Ces flots déchaînés suggéraient d\u2019angoissants tab'eaux de naufrages et nous faisaient sentir notre faible petitesse d\u2019êtres humains.\u2014 Je n\u2019aimerais pas être poisson ! remarqua Suzanne, qui était assise à côté de moi sur le bord du rocher, ses jambes brunies par le soleil pendant dans le vide, à quelque dix mètres au-dessus de l\u2019eau grondante, ils doivent être bourlingués, les pauvres ! Je ris.Je ne me doutais guère que je riais là peut-être pour la dernière fois sans arrière-pensée.Une voix s\u2019exclama soudain : \u2014 Pâquerette ! Voilà Pâquerette ! Pâquerette s\u2019avançait vers nous, tout au bord du chemin qui suivait la falaise.Nous distinguions dans le jour brumeux sa robe claire que pourchassait le vent.Bientôt, nous vîmes que la jeune fille n\u2019était pas seule : près d\u2019elle marchait un jeune homme élégamment vêtu de flanelle grise.Us semblaient absorbés par une conversation captivante et ne nous remarquaient pas.Je vis que Francis mordillait ses lèvres et, tous, nous ressentions un sourd mécontentement : elle n\u2019avait pas le temps de venir nous rejoindre, Pâquerette, mais elle trouvait assez de loisirs pour se promener en discourant.avec un inconnu ! Nous étions pleins de rancune contre cet intrus qui nous la volait ! Ils arrivaient à quelques pas de nous.Avec une intense stupéfaction, je reconnus le jeune homme en gris, et tous le reconnurent en même temps que moi.C\u2019était Ourson ! Francis se leva d\u2019un saut brusque.Je vis briller dans ses yeux une flamme de colère.Il mit ses mains en porte-voix devant sa bouche et cria, pour dominer la tempête : \u2014\tOurson ! Tu veux du miel ?Gare aux abeilles, mon vieux ! Elles peuvent être mauvaises tu sais, pour les oursons comme toi ! \u2014\tOurson ! Tu veux du miel ?Gare tête nos voix serviles.Ourson avait sursauté.En un éclair, je vis son visage sè crisper d\u2019une rage soudaine, comme si au rappel de l\u2019ancienne et stupide plaisanterie, tous ses ressentiments cachés d\u2019autrefo s se réveillaient tout à coup.Je vis le regard étonné, incompréhensif de Pâquerette, et une peur abominable m\u2019envahit, à me donner la nausée.Je voulus crier, mais ma voix s\u2019étrangla dans un râle d\u2019épouvante.Ourson s\u2019était jeté, les poings en avant, vers Francis.Celui-ci, surpris, reculait.Les cris des autres s\u2019éparpillèrent dans la tempête.Francis perdit pied dans le vide.ses mains battirent l\u2019air, à la recherche d\u2019un inexistant point d\u2019appui.Le hurlement d\u2019horreur jailli de nos poitrines ne nous empêcha pas d\u2019entendre le choc pesant de son corps tombant dans les flots.Tout cela n'avait duré que quelques secondes, des secondes qui resteront à jamais ancrées dans mon souvenir avec tous leurs détails, si épouvantablement nettes que je tremble encore en les évoquant.Je compris alors, dans une aveuglante clairvoyance, que nos taquineries d\u2019enfants avaient fini par faire d\u2019un brave garçon une sorte d\u2019assassin, et que, de cet acte atroce, nous étions tous responsables, nous et le malheureux qui.\u2014 R ne pourra jamais s\u2019en tirer ! cria-t-elle, les vagues.les récifs.Nous nous avançâmes lourdement vers le bord de la falaise, osant à peine regarder la mer.Nous savions.Avant que nul d\u2019entre nous ait pu intervenir, Ourson arracha sa veste, s\u2019élança.plongea, les mains en avant dans les flots.Je ne vous décrirai pas notre affolement, nos gestes désordonnés, notre course éperdue vers le village pour chercher du secours, un secours impossible, hélas ! qui fut tenté pourtant, sans espoir.sans succès.Deux jours plus tard, le flot apaisé déposa doucement sur le sable de la plage, côte à côte, les deux corps de nos amis.Leurs visages avalent retrouvé la sérénité : la tempête, victorieuse de leurs faibles forces, sans même leur laisser le temps de lutter, nous donnait cette consolation suprême : les revoir une dernière fois tels que nous les connaissions.Sans nous être concertés, nous donnâmes tous la même version de la tragédie : un accident.un héroïque essai de sauvetage.Même entre nous, nous n avons jamais eu l\u2019affreux courage de faire allusion à la vérité.Jamais je n\u2019ai oublié Ourson.Denyse Renaud NOTES ENCYCLOPÉDIOUES Au début du XVIIIe siècle, dans la colonie de Massachusetts, les condamnés, hommes et femmes, étaient soumis à la peine du fouet, puis jetés en prison et ces peines étaient suivies d\u2019une autre plus rigoureuse encore : pendant plusieurs années les anciens prisonniers devaient porter sur leurs vêtements une énorme lettre écarlate qui, non seulement les désignait comme malfaiteurs, mais spécifiait leur crime ; B.pour blasphème ; P.pour poison ; V.pour vol.Cette loi était si inhumaine qu\u2019elle fut bientôt répudiée.treize à Léningrad) se passionnent pour la littérature de l\u2019époque tsariste, et il n\u2019y a en a qu\u2019une « poignée » pour s\u2019intéresser à la littérature soviétique.De plus, parmi les professeurs et les chargés de cours d\u2019histoire littéraire, qui ont reçu le titre de docteur, il n\u2019y en a qu\u2019un (exactement un seul) qui enseigne la littérature soviétique contemporaine.Le chapeau claque fit son apparition sous le Second Empire.Il fut dénommé gibus, du nom du chapelier Gibus l\u2019aîné, qui l\u2019avait acclimaté en France.Des vers de terre de plusieurs verges de long existent en Australie, dans la région du Grippsland.Ces géants creusent dans le sol argileux des trous profonds où ils vivent rassemblés en colonies.Leur capture s\u2019avère assez difficile, car dès qu\u2019ils entendent des pas à proximité de leurs cachettes, ces vers répandent un liquide blanchâtre qui leur permet de glisser avec rapidité dans les trous.Il faut souvent mettre à jour des dizaines de ces tunnels souterrains avant de découvrir un spécimen.Robert Bruce (1274 - 1329), libérateur et roi d\u2019Ecosse fut une victime de la lèpre.Il avait fait voeu de participer aux Croisades en Terre-Sainte, mais il en fut empêché par les guerres intestines qui déchirèrent son royaume et par l\u2019affreuse maladie qui l\u2019emporta.La Manufacture de Rouen a été à son apogée à la fin du règne de Louis XIV, lorsque le roi a fait n La petite ville de Colchester, dans l\u2019Essex, en Angleterre, est à la fois la ville des huîtres et des roses.La pêcherie d\u2019huîtres appartient à la ville et chaque automne les autorités donnent une grande fête à laquelle elles invitent 400 amateurs d\u2019huîtres.On cultive tellement les roses dans la région qu\u2019aux approches de la ville on longe des milles de jardins qui en sont remplis.Une tablette d\u2019albâtre dans l'église de la Sainte-Trinité, rappelle au visiteur que William Gilbert est inhumé à l\u2019intérieur du temple.De son vivant, médecin à la cour de la reine Elizabeth Tudor ; il fut le premier Anglais à employer le mot électricité, et c\u2019était dans le but d\u2019amuser la souveraine par des expériences électriques.CONSERVE, au musee de Mulhouse, une grosse pierre que l'on suspendait au cou des bavards ou des bavardes et que les condamnes devaient promener par toute la ville.fondre toute l\u2019argenterie du royaume et a remplacé sa vaisselle par de la faïence.A cette époque, Rouen a copié ses motifs sur l\u2019admirable ferronnerie souvent inspirée des décors de Berain.Dans le Marseille et le Moustiers, la gaîté, les fonds jaunes sont particulièrement recherchés.Pour le Strasbourg, ce sont les fleurs dessinées avec une exquise finesse par la dynastie de Hannong.Le Luxembourg, pays de marches, est trilingue par tradition et par nécessité.Le français et l\u2019allemand sont langues officielles, mais le dialecte luxembourgeois est parlé par tous.Dans les églises, les sermons se font en allemand, les inscriptions des pierres tombales sont en allemand.Le français est la langue véhiculaire de l\u2019enseignement secondaire et supérieur, celle des prétoires et de l\u2019élite.Cette place prépondérante remonte à une très vieille tradition.Lorsqu\u2019au XlIIe siècle la plupart des chancelleries européennes remplacèrent le latin par des langues nationales, Ermesinde, comtesse de Luxembourg, introduisit le français comme langue officielle dans son comté.Un comité belge a offert à l\u2019église Notre-Dame des Victoires, à Paris, une plaque de lave émaillée reproduisant la statue miraculeuse de Notre-Dame de Montaigu, une des madones les plus populaires du Brabant belge.Déjà, sous Louis XIII, avant que le sanctuaire fût consacré à Notre-Dame des Victoires, en exécution du voeu royal, une réplique de Notre-Dame de Montaigu était vénérée en ce lieu par les Parisiens.Le médecins de New-York utiliseront prochainement un minuscule récepteur de radio, conçu spécialement à leur intention.Relié à un récepteur branché sur le central téléphonique de la ville, il permettra aux praticiens de se rendre au cinéma ou au stade.tout en restant à la disposition des malades.Pour tous «¦ES NÔTRÉS Ç'üN OCÉAN 5 l'AUTRÉ UsrCORONfifl^ A VERS LAHK# * * + * rnîiiifi^ Bonded ELLE SE GUERIT Le secrétaire général de l\u2019Union des écrivains soviétiques, le romancier Alexandre Fadeïev, faisait récemment un aveu significatif : presque tous les critiques littéraires russes (il y en a deux cent trois à Moscou et soixante- Le barrage hydroélectrique le plus important d\u2019Espagne est actuellement en construction près de Los Peares.800 ouvriers y travaillent ; sa production annuelle sera de trois cent-cinquante millions de kilowatts par heure.La tuberculose prend du temps à guérir, mais elle n\u2019en est pas moins curable.Plus on découvre le mal et commence la cure de bonne heure, moins il faut de temps pour redonner au malade santé et force.Vous pouvez, par des radiographies périodiques et gratuites des poumons, vous prémunir contre cette maladie. N A D'f J: Vieux de 5 ans \u2018-'\u2022«eus DismuiPiEsVr' 0,3T,ugR3 siiie» Canada \u2019S41 «Loe\" I Prj,?* D\u20acS CANADIÊ^5! I Ü* IES CANADIEN5! :!ru eLENoco|
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