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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 10 mai 1958
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1958-05, Collections de BAnQ.

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[" .70e année Montréal, 10 mai 1958 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS \u2022\tClaire Gagnicr, par Odette olignt \u2022\tGraphologie, par rant \u2022\tSur toutes les scènes, par FRANCINE MONTPETIT-POIRIER \u2022\tVotre horoscope ¦ lettre (ZL Çjctgnier mil mm HSnMOÉaSfei Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 y Depuis que nous recevons Le Samedi, \\C lis votre charmant courrier et je viens vous demander quelques bons conseils.Je pèse beaucoup trop et tout le monde rit de moi.Je voudrais que vous m'envoyez par courrier un régime qui me ferait amincir la taille, etc.Désespérée Mon courrier porte la devise des \"trois mousquetaires\u2019' : un pour tous et tous pour un.Donc, pus de réponses personnelles mais correspondance ouverte a tous nos lecteurs.Je vous recommande quelques privations dans les bonbons et gâteaux, crèmes et sauces riches, ainsi que l\u2019exercice suivant : tenez-vous bien droite, les bras en l'air ; abaissez le qauclie vers la pointe du pied droit (sans plier les genoux) et recommencez en sens inverse jusqu'à dix fois pour comics muscles un peu endoloris les premières fols, mais n\u2019arrêtez pas vingt fois pur la suite y J'aime un garçon de 21 ans et j'en ai 18.Mes patents s'opposent à ce que je sorte avec ce garçon pour la simple raison qu\u2019il a déjà fréquenté une fille de rien, pendant cinq mois.Il m'a dit : \"Pendant ce temps là, je n'avais pas d'argent et toi, tu avais un manteau de fourrure, l'auto de ton père quand tu la voulais, et c'était très gênant de sortir avec toi.\" Il a eu tort de sortir avec cette fille mais je puis affirmer qu'il l\u2019a toujours respectée.Avec moi, il se tient bien et n'a jamais de paroles déplacées.Noms sortons cependant en cachette, parce que mes parents ne veulent pas le voir et que je l'aime éperdument.Je fais cela depuis un an.A la maison, on m'a gâtée, étant seule de fille, mais on me refuse cela et j'en suis malheureuse.Il y a deux ans que j'enseiqne ; j'aime bien mon métier, il y a des difficiultés mais l'on n'a rien pour rien.Une institutrice amoureuse .Si vous êtes institutrice, vous avez charge d'âmes, et vous trahissez la confiance de i s parents et de vos élèves en faisant une chose défendue : sortir en cachette.C'est plus grate pour vous que pour une autre personne ignorante et sans responsabilités.Quel avantage ce garçon avait-il de sortir avec une fille de rien, quand il n'avait pas d'argent, et \"qu'il la respectait\" selon vous ?Aucun.S\u2019il la fréquentait c'était par amour ou par passion charnelle, et l'excuse qu'il invoque est douteuse.Vous ne me dites pas s'il a autant d\u2019argent que vous aujourd'hui et s\u2019il est capable de vous faire vivre confortablement.Cela m'étonnerait beaucoup que des parents qui ont été aussi tendres que les vôtres vous refusent d'être heureuse avec un bon garçon.Réfléchissez bien avant de vous engager plus avant et soyez sûre de la sincérité de votre amoureux.y Je suis trop grosse des hanches et du buste et je voudrais un conseil pour maigrir.Je mesure 35\" de buste, 27\" de taille et 34\" de hanches.Suis-je normale ?Claudo qui est inquiète /\u2022oui le savoir, il aurait fallu que vous me disiez aussi votre hauteur et votre poids.Je ne vois rien d'anormal dans vos mensurations et je n'essaierais pas de faire diminuer mon bush¦ au risque qu'il s'affaisse.Faites l\u2019exercice que j\u2019ai donné à ' Désespérée\", au début de mon courrier.y J'aime beaucoup votre courrier et pour vous le prouver je viens vous demander conseil.J ai participé à une fête \u2014 genre tombola \u2014 à l'école et j'ai gagné une boite de papier à lettres dont je vous envoie un échantillon.Puis-je écrire à mon correspondant avec ce genre de papier ?Sinon, dans quelles occasions puis-je m'en servir ?A quel âge peut-on avoir un correspondant ?Etes-vous pour cela ?Une Trifluviennc Ce que vous m\u2019avez envoyé est une carte a correspondance.Vous pouvez vous servir pour adresser des voeux de fête, des invitations, etc.A lu rigueur, vous pour l'employer comme papier a lettres, mais pas plus qu'une fois à la même personne, ét donné le dessin immuable de la rose rouge et non un choix varié de fleurs.Si v êtes sentimentale, il est dangereux d'engager une correspondance avec un incoi auquel on s'attache sans le connaître vraiment.Gardez avec lui le ton de la cai raderie pure et simple y C'est encore moi qui vous arrive pour la seconde fois.Je vous remercie très sincèrement pour la magnifique réponse que vous m'avez donnée, il y a environ deux mois.Si je ne vous ai pas écrit avant aujourd'hui, c'est que j'ai dû subir une opération.Voici mon problème : Je suis une jeune fille de 21 ans, pas laide il me semble, tranquille, surtout .pas parlante.J'aimerais beaucoup avoir un ami à qui conter mes joies, mes peines, etc., mais hélas ! je crois que ce n'est pas pour moi car.depuis un an, je n'ai pas réussi à en garder un plus de deux dimanches.De quoi cela dépena il, me direz vous.Malheureusement, je ne puis vous répondre moi-même.Les garçons me disent : \"Parle plus que ça, Claude.\" J'en ai aimé deux principalement et quand je les rencontre ils me parlent .mais pas plus.Aidez-moi, Jacqueline car il me semble que je suis assez vieille pour commencer à penser à mon avenir : celui dé fonder un foyer et d'être heureuse avec mon mari plus tard.Claude Jeans Ma petite Claude, je voudrais vous venir en aide car on sent en vous une nature tendre et délicate mais un peu secrete, comme la violette cachée par ses larges feuilles Pratique.des maintenant Fart de la conversation avec vos amies et vos parents.Quand les tiens racontent quelque chose deux-mêmes, quest ion ne .-les plus avant sur le sujet laites rebondir la conversation Un garçon aime à parler de lui (nous aussi d\u2019ailleurs] et si vous l'encouragez adroitement, il vous trouvera la fille la plus charmante du monde II n y a pas un jour qui passe sans que vous y trouviez sujet à discussion que \"¦ i-i »' v : « WS, sincères et proteste contre une guerre d\u2019extermination que veulent déclencher contre eux les chefs militaires de la colonie.Il intervient en leur faveur auprès du marquis de Vaudreuil.En dépit de la paix, officiellement conclue, les diverses peuplades de la baie des Puants se chamaillaient souvent entre elles et Perrot avait fort à faire pour ramener l\u2019ordre.Un jour qu\u2019il essayait d\u2019arrêter une rixe, entre des sauvages que l\u2019ivresse avait rendus furieux, il reçut sur la tête un coup de tomahawk qui l\u2019étendit raide.Quelques manifestants, moins ivres que les autres, se portèrent au secours de leur ami auquel ils avaient donné le sobriquet affectueux de « Métaminens », ou Petit Blé d\u2019Inde.Perrot veut .étendre l\u2019influence française en pénétrant chez les nations illi-noises : Miamis, Maskoutens et Kika-pous.Il déjoue les ruses des Pouteou-atamis qui veulent garder pour eux les bénéfices de la traite et, après cinq jours d\u2019un voyage difficile, se présente chez ceux que Tailhan appelle les « gentilhommes » de la Prairie.Deux cents jeunes Miamis, armés et peints pour le combat, un vieillard et une femme chargés de provisions l\u2019attendent à une lieue du village et l\u2019escortent.Le chef Miami cèle le pas au chef Maskouten qui fait à Perrot les honneurs du festin, non sans l\u2019avoir auparavant invité à se faire frotter les pieds et les jambes avec une graisse de bison.Cinquante gardes veillent sur sa personne, écartent les curieux, lui ménagent une nuit calme.Le lendemain, Perrot réunit Miamis et Maskoutens pour leur exposer, en un long discours, le but de sa visite.Son discours terminé, Perrot distribua des présents.Il donna aux guerriers un fusil comme gage de l\u2019estime qu\u2019il avait pour leur bravoure, et dans l\u2019espoir, disait-il, que, désormais mieux armés, ils sauraient tuer plus d\u2019ennemis au combat, plus d\u2019ours et de bisons dans leurs chasses ; il offrit aux vieillards une chaudière pour y cuire le gibier en plus grande abondance ; aux femmes et aux jeunes filles des alênes et des couteaux, pour leur rendre plus facile leur tâche quotidienne.Huit jours après, le chef des Miamis, désireux de ne pas être en reste avec son collègue Maskouten, offrit à son tour un grand banquet pour remercier le Soleil de lui avoir envoyé de pareils hôtes ; mais dès le début, surgit une difficulté.Au centre de l\u2019endroit où le festin devait avoir lieu, et sur une espèce d\u2019autel, était placé le « Pindikossan » ou sac à médecine, renfermant en plus du matériel thérapeutique habituel, les manitous ou fétiches protecteurs de la nation.Perrot s\u2019était aperçu que l\u2019on rôtissait des chiens (aliment délicat et symbole de la guerre chez tous les Indiens de l\u2019Amérique du Nord).Peu soucieux d\u2019absorber un tel mets, il déclara que le Dieu qu\u2019il servait lui interdisait de prendre part à des agapes où figuraient des esprits malins.Toutefois, sur sa promesse de prendre part au repas dès que les manitous auraient disparu, le chef fit enlever ces derniers.Il alla même plus loin : il pria Perrot de le vouer au Grand Esprit des Français, dont il espérait plus de secours que des dieux qu\u2019il avait adorés jusque-là.Force fut donc à Perrot de manger du chien (dont il se déclara, par la suite fort satisfait).Ces Indiens n\u2019ayant en leur possession que très peu de fourrures, la traite fut courte et se termina sans profit appréciable pour Perrot.En revanche, ce voyage eut pour la colonie les plus heureux résultats.L\u2019alliance conclue avec les Miamis, les Maskoutens et les Kikapous ouvrait désormais à la France, représentée par ses missionnaires, ses soldats et ses marchands, les plai- nes du Wisconsin et de l\u2019Illinois et la vallée du Mississipi.L\u2019exploration de ces vastes contrées et la découverte du grand fleuve qui les arrose n\u2019était plus, maintenant, qu\u2019une question de temps.Perrot, pauvre et obscur coureur de bois, comprit-il alors l\u2019inestimable service qu\u2019il venait de rendre à son pays ?Nul ne le sait.Cependant, ne l\u2019eût-il que soupçonné, c\u2019en était assez pour faire oublier à un tel homme les fatigues et les dangers de tout ordre ressentis au cours de cette harassante équipée comme la déconvenue commerciale qui l\u2019avait suivie.* * * Durant les cinq années qui suivent, Perrot visite presque toutes les nations de la baie des Puants.Il inspire confiance aux sauvages, se fait aimer et devient, comme ils disent, « leur esprit ».Au printemps de 1670, Perrot se joint à une flottille de trente canots indiens qui part de la baie des Puants pour Montréal.Grossie, en route, de nombreuses embarcations outaouaises, la flottille atteint sa destination et Perrot devient un personnage de marque dont les gouverneurs recherchent les bons offices.Tour à tour, Courcelle, Frontenac, La Barre, Denonville, Callières, réclament son assistance.Il sert leurs desseins politiques et souvent leur intérêt personnel, à son propre détriment.Quand il réclamera un appui officiel, Perrot ne trouvera plus que calomnies, poursuites judiciaires et refus de protection, desservi par ceux-là qu\u2019il aura le mieux servis.Entre deux expéditions, il épouse, dans la seigneurie de Bécancour, Marie-Madeleine Raclos.Le ménage se construit une confortable habitation sur une concession de dix arpents de terre.C\u2019est là que la mère élèvera les neuf enfants que lui donnera son mari.Les affaires de Perrot sont, dès 1684, fort embarrassées.Il en explique la raison dans une lettre au sieur de \"Le Portageur\", sculpture de Aurèle de Foy Suzor-Côté.Saint-Martin, notaire royal, qui lui réclame le paiement de ses dettes : il a dû laisser sur place les pelleteries qu\u2019il avait amassées pour obéir aux ordres qu\u2019on lui adressait de « venir en guerre ».Perrot avait entreposé ses castors dans la mission de Saint-François-Xavier.Or, pendant qu\u2019il participait, avec Denonville, à une expédition contre les Iroquois, le feu détruisit les habitations et les bâtiments où se trouvait sa petite fortune de coureur de bois.La guerre vient d\u2019éclater entre les Outaouais et les Outagamis, entre les Miamis et les Sioux.Perrot se jette entre les adversaires pour empêcher le carnage.Il délivre une Sauteuse ou Outaouaise que les Outagamis gardaient en captivité.Cette affaire à peine réglée, Perrot reçoit Tordre de prendre possession du pays des Sioux.Il y réussit sans peine ; les Sioux l\u2019affectionnaient.Perrot repart pour Québec, emmenant avec lui la Sauteuse libérée pour la remettre aux mains des Outaouais.Or, il trouve ceux-ci, malgré une trêve récente, en conflit ouvert avec les Iroquois.Les Outaouais venaient de faire cinq Iroquois prisonniers et il était à craindre que le supplice de ces captifs par des sauvages alliés des Français ne rallumât la guerre et ne mît obstacle à la conclusion d\u2019une paix avec les Iroquois que l\u2019on cherchait à échafauder depuis des mois.Une fois encore, on recourut à Perrot dont on connaissait l\u2019ascendant sur les Outaouais.Celui-ci se rendit au «Mandions, c\u2019est-à-dire à l\u2019endroit du supplice où les captifs iroquois avaient déjà entonné leur complainte lugubre.Perrot leur enjoignit de cesser ce chant de mort.A la cabane du conseil des chefs Outaouais, il suspendit à une perche un collier de porcelaine qu\u2019il destinait à la rançon des Iroquois et, s\u2019adressant aux chefs : \u2014\tJe viens, leur dit-il, en parlant des prisonniers, couper les liens aux chiens ; je ne veux pas qu\u2019ils soient père Onontio en a lui-même pitié, mangés ; j\u2019ai pitié d\u2019eux puisque mon Le discours impressionna.Le grand chef prit la parole et dit : \u2014\tVoilà le maître de la Terre qui parle ; son canot est toujours rempli de prisonniers qu\u2019il délivre ; que lui pouvons-nous refuser ?On envoya chercher les Iroquois à l\u2019instant même et on leur accorda vie et liberté.Les espoirs d\u2019entente entre les tribus s\u2019évanouirent vite.Quinze cents Iroquois attaquèrent, à la pointe de Tîle de Montréal, le village de Lnchine, massacrèrent la plupart des habitants, brûlèrent les maisons et les récoltes.Ce désastre, le plus grand dont la colonie eût été frappée depuis sa fondation, jeta Français et sauvages dans la consternation, le découragement et la terreur.Méprisant les Français qui s\u2019étaient ainsi laissé surprendre et regardant leur cause comme irrévocablement perdue, les Outaouais et la plupart des nations amies ne songèrent plus qu\u2019à se tirer d\u2019affaire en concluant dans le plus bref délai une paix éventuelle avec les Iroquois et les Anglais, leurs alliés.Cette défection, si elle se fût accomplie, eût consommé la ruine de la colonie.Or, tandis que la Durantaye se morfondait en efforts désespérés pour retenir dans l\u2019alliance de la France les tribus de l\u2019ouest, le comte de Frontenac, nommé pour la seconde fois gouverneur de la Nouvelle-France, débarquait à Québec le 12 septembre 1689, et sa seule présence devait changer radicalement la face des événements.Frontenac, entouré à Québec de quelques Huions et Algonquins plus ou moins fidèles, se rendit immédiatement compte que sa stratégie ne pouvait réussir qu\u2019avec le concours de toutes les nations que Perrot avait, en ces dernières vingt-quatre années, su rallier à la France, et qu\u2019il fallait, comme opération première, remonter le moral des Outaouais défaillants de Michillimakinak.Il fit venir Perrot et lui ordonna d\u2019organiser sur-le-champ un voyage en direction de ce fort, le chargeant de distribuer force présents aux sauvages et de les assurer de la protection intégrale du nouveau gouverneur.Le 22 mai 1690, Perrot s'embarquait à l\u2019extrémité occidentale de Tîle de veau commandant de Michillimakinak, Montréal avec M.de Louvigny, le nou-143 coureurs de bois, 6 sauvages de Nipissing et une escorte de 30 soldats qui devait accompagner le convoi jusqu\u2019à Tîle du Calumet dans la Rivière des Outaouais. Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 Chemin faisant, la troupe rencontra une bande d\u2019Iroquois qui se tenait en embuscade.Trente sauvages ennemis furent tués, quatre restèrent aux mains des Français.Trois furent envoyés au gouverneur à Québec et le dernier conduit au poste de Michilimakinak, pour être remis aux sauvages alliés.L\u2019annonce de cette victoire française redonna du courage aux Outaouais mais ne dissipa pas tout à fait leur crainte de l\u2019Iroquois.Pour se décider en faveur de l\u2019alliance avec la France, ils attendirent que la fortune des armes se montrât favorable au drapeau fleurdelysé.Et Perrot n'en finit plus d'apaiser les luttes toujours prêtes à renaître entre les tribus.Voici maintenant que les Miamis se liguent avec les Mas-koutens et les Outagamis contre les Sioux.Perrot s\u2019interpose et empêche les Sioux d\u2019écraser les Outagamis.«Je n\u2019ai pas oublié, lui dit le chef des Sioux, ce que mes hommes t\u2019ont promis.Nous t\u2019écoutons maintenant.Tu nous ôtes la proie que l\u2019Esprit avait mise entre nos mains.Tu sauves la vie à nos ennemis ; c\u2019est bien.Mais fais pour nous ce que tu fais pour eux : ne permets pas qu\u2019ils nous tuent quand nous serons à la chasse du castor.Le Soleil est témoin de notre obéissance ».Une paix précaire ainsi rétablie, Perrot regagne le fort dont il a reçu le commandement, à la lisière du pays des Sioux, et découvre, dans le Haut Mississipi, une mine de plomb que l\u2019on dit encore exploitée de nos jours.Le gouverneur Frontenac lui donne l\u2019ordre d\u2019aller se fixer encore plus loin et de faire l\u2019union des Miamis et des Illinois.Des années durant, Perrot réussit ce prodige de maintenir la paix entre les diverses peuplades de l'ouest et à les grouper contre l\u2019Iroquois.Il reconnaît que l\u2019oeuvre était difficile.« Il me fallait recommencer, écrit-il, sur de nouveau frais, tant est inconstante et mobile la volonté de ces peuples, composés de braves gens sans discipline comme sans subordination et qui, à la première impression ou à la première débauche d\u2019eau-de-vie, renversent le fruit des plus graves délibérations ».Perrot sauvegarda les intérêts de la France, au préjudice de sa fortune et au péril de sa vie.Que de fois il a failli se noyer, que de fois il a failli être brûlé vif ! Un jour, les Outagamis veulent venger un guerrier dont ils imputent la mort à Perrot.Ils l\u2019attirent dans leur village, le dépouillent de ses marchandises et le condamnent au bûcher.Perrot s\u2019échappe mais une pareille aventure lui arrive, quatre ans plus tard.Cette fois, il se présente en médiateur.Les Sioux s\u2019attaquent aux Miamis, les Miamis aux Sauteux que défendent les Outaouais.Les Miamis s'emparent de Perrot et s\u2019apprêtent à le rôtir après l\u2019avoir pillé ; un Mas-kouten le sauve de la mort.Le chef outaouais Kiskakous offre à Frontenac de venger cette injure.Le gouverneur refuse, sachant bien que les Outaouais ne cherchent qu\u2019un prétexte à attirer les Français dans une guerre contre les ennemis jurés, les Miamis.Ni Frontenac ni ses successeurs ne dédommagèrent Perrot des pertes matérielles qu\u2019il avait subies, au service du roi.Notre coureur de bois commence à se fatiguer.Il aura bientôt soixante ans.Les congés supprimés, le fort de Michillimakinak évacué, les coureurs de bois rappelés seront désormais traités en insoumis.Perrot n\u2019a plus aucun moyen de rétablir ses affaires.Désemparé, harcelé par une foule de créanciers, il a la malencontreuse idée d\u2019intenter un procès à un certain Mon-seignat, personnage louche, ancien secrétaire de Frontenac, qu\u2019il accusait de l\u2019avoir spolié en diverses circonstances, et à qui il réclamait les sommes qu\u2019il prétendait lui être dues par le haut commandement.Perrot perd son procès avec dépens.Ecrasé, il en appelle au ministre de la Marine, le comte de Pontchartrain.Celui-ci demande alors des explications à Cal-lières, successeur de Frontenac, et en reçoit une réponse qui témoigne de l\u2019ingratitude officielle : « Monseigneur, j\u2019ai communiqué à M.de Champigny la requête qui vous a été envoyée par le nommé Nicolas Perrot, lequel lui a dit que son jugement du 22 mai était irrévocable.» « A l\u2019égard des sommes que le nommé Perrot dit que le sieur Monseignat lui a retenues, je sais qu\u2019on lui a fait beaucoup de présents, et même-ment depuis deux ans pour le faire subsister (ce qui implique que Perrot était livré à la charité publique) étant absolument ruiné et accablé de « dettes » par les dépenses extravagantes qu\u2019il a fait mal à propos avec les sauvages dans les lieux éloignés, car il devrait avoir des sommes très considérables par les avantages qu\u2019il a eus de Messieurs les Gouverneurs.Comme il est très pauvre et très misérable, si Sa Majesté voulait lui faire quelque petite pension en considération des longs services, cela l\u2019aiderait à ne pas périr ».La scène ci-dessus rappelle l'établissement de l'Hôtel-Dieu de Montréal, premier hôpital de la colonie française, fondé par Jeanne Mance, première infirmière à venir au pays.Ci-dessous, une ambassade auprès d'une tribu sauvage.\u2014 Ci-contre, le gouverneur Frontenac, chef de la colonie du temps de Nicolas Perrot.IOeuvre de Philippe Hébertl.Le comte de Pontchartrain ne donna aucune suite à cette faible requête et Callières n\u2019insista pas.Indifférent à l\u2019indigence et aux supplications de ce fidèle défenseur des intérêts de la colonie, le gouverneur ne se souvint de lui que lorsqu\u2019il en eut besoin.Le 25 juillet 1701, une assemblée de toutes les tribus indiennes avait été convoquée à Montréal, pour conclure la paix entre elles et avec les Iroquois.Perrot servit d\u2019interprète.Les sauvages s\u2019engagèrent à ne plus faire la guerre aux Français et à les prendre comme arbitres de leurs querelles.Les discours des députés des nations indiennes durèrent quatre jours.Lorsque le chef Pouteouatami, Ounanguis-sé, prit la parole, il regarda longuement Perrot qui s\u2019était présenté à l\u2019assemblée, minable et loqueteux et, jetant fièrement aux pieds de Callières un paquet de castors, il l\u2019apostropha : \u2014 J\u2019affirme que je ne suis venu ici que pour écouter ta voix.C\u2019est moi qui ai fait descendre les nations qui t\u2019entourent.Je ne demande qu\u2019une grâce en récompense de mon obéissance, Perrot est mon corps, je te prie de me le donner.il m\u2019aidera quand il me plaira de faire écouter ta parole.Callières, méprisant l\u2019héroïsme éprouvé et l\u2019infortune pitoyable de son interprète officiel, rejetant l\u2019appel émouvant de ce chef sauvage, ne répondit que par des faux-fuyants ; il abandonna Perrot à son dénuement.Le marquis de Vaudreuil remplaça Callières.Il avait déjà été gouverneur de Montréal ; il avait commandé des expéditions contre les sauvages et sans doute connaissait-il la valeur de Perrot et son rôle dans la pacification des tribus de l\u2019ouest.En reconnaissance de ses services passés, il nomma notre coureur de bois capitaine de côte de ces milices de seigneuries éche- lonnées sur les rives du Saint-Laurent.Ainsi finit sédentaire, à la solde de l\u2019armée, le téméraire voyageur des pays d\u2019En-Haut.Arpentant d\u2019un pas ralenti les berges du fleuve, il ne lui restait qu\u2019à revivre dans son souvenir son aventureuse épopée.Pendant cinquante ans, il avait parcouru en tous sens l\u2019intérieur du pays ; il ne voyait plus que cette eau courante qui l\u2019avait porté si avant dans les profondeurs inconnues ; il avait, au mépris de sa vie et de sa fortune, essayé de pacifier les nations indiennes et de les grouper sous l\u2019autorité de la France ; il avait étudié les langues et les habitudes des sauvages au milieu desquels il s\u2019était introduit ; il s\u2019était efforcé de se faire aimer d\u2019eux et de faire respecter le nom français.Il voulait que son effort ne fût pas vain et il écrivait, dans son Mémoire, que si M.l\u2019Intendant voulait bien prendre garde à ses « modestes connaissances » il serait « éclairé sur le véritable caractère des tribus alliées ou ennemies à la France et sur la nature des ra-ports qu\u2019on devrait normalement entretenir avec elles ».Il finira, sans jactance et sans amertume, modeste comme il le fut toujours et confiant dans l\u2019avenir de la Nouvelle France.Nicolas Perrot a été le Grand Esprit de la baie des Puants.Jamais, de ses mocassins, il n\u2019a touché les marbres de Versailles.Dans la splendeur de son palais, Louis XIV n\u2019a jamais soupçonné l\u2019existence de ce lointain serviteur de sa gloire.Vivants, le monarque et le coureur de bois ne se sont jamais rencontrés.Ne pouvons-nous imaginer que leurs ombres, devenues égales, se sont croisées sur les routes des vrais pays d\u2019En-Haut ?Jeajt Désy.Vue de la ville de Québec.C\u2019est une plaisante reproduction de la vieille capitale à une époque ultérieure à celle où se déroule notre récit.I£W*a» '.Va-.- mmm.ii&V ÎÉ*«« Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 15 ***** SUR TOUTES LES SCÈNES par FRANCINE MONTPETIT-POIRIER TELEVISION - RADIO - THEATRE \u201cMusic-Hall\u201d et Muriel Millard On avait fait très peu de publicité autour de la centième de « Music-Hall ».Espérons que malgré le changement d\u2019heure, aucun des habitués de cette émission de variétés ne s\u2019est abstenu de la regarder.Il avait grande tenue cet anniversaire.Les numéros, choisis avec soin, ni trop longs ni trop courts, ont su dès le début captiver l\u2019intérêt.Des interprètes de la qualité de Pierrette Alarie et Richard Verreault, de Dominique Michel, Denise Filiatreault et surtout de Muriel Millard, ont contribué largement au succès du programme.Je dis surtout Muriel Millard.Son étoile ce soir-là a dépassé toutes les autres justement parce que dans les cadres normaux et réguliers de la télévision, elle ne brille pas assez.On oublie Muriel Millard ; on la met au rancart pour s\u2019en servir à l\u2019occasion.Chaque fois, elle marque un point de plus.Commment se fait-il que cette vedette, dans le sens propre du terme, passe sur nos écrans trois ou quatre fois par année seulement ?De toutes nos chanteuses, elle est la plus consciencieuse.Jamais avons-nous vu ou entendu dire que Muriel se soit présentée en public sans un numéro soigneusement préparé, fignolé jusque dans les moindres détails.Elle doit bien sourire devant les pauvres et paresseux efforts de certaines débutantes ! Pourtant, ces dernières sont souvent passées avant elle.Au cours des années, Muriel Millard n\u2019a pas changé de style.Cette spontanéité qui la caractérise est restée attachée à son nom et constitue un capital précieux, quasi-inépuisable.On ne peut la concevoir sans cet extraordinaire bagoût, ce sens du rythme, cette vigueur jeune et entraînante.Le métier acquis lui donne une incontestable autorité et lui permet de se tenir toujours au premier rang, en première place.Comme toutes les vraies vedettes, elle est simple, sans prétention aucune.L\u2019acharnement qu\u2019elle apporte à l\u2019accomplissement de son travail en est une preuve suffisante.Elle ne peut se permettre une faiblesse, n\u2019ayant plus les excuses d\u2019une débutante.Aussi a-t-elle compris que le public la chérirait tant qu\u2019elle ne se permettra pas de le décevoir.Mais revenons à « Music-Hall » sans lequel la soirée du dimanche 13 avril aurait semblé bien longue aux ennemis du hockey.C\u2019est vrai qu\u2019ils sont si peu nombreux.Au même programme : Olivier Guimont.Il n\u2019y a pas de doute, ce comédien est drôle, très drôle.Si on examine son jeu de très près, on se rend compte de ses innombrables qualités découlant d\u2019une nature toute pure.Adieu la technique ! Au revoir le style ! Chose certaine, il va chercher son auditoire par la peau du cou et l'entraîne dans un irrésistible fou-rire.Habitué à la comédie d\u2019improvisation, on serait porté à douter de ses qualités d\u2019interprète d\u2019un rôle appris par coeur.Il est loin de souffrir d\u2019inhibition cependant ; il y va spontanément, sans se préoccuper des mots, et trouve des effets remarquables.Ses squelettes de textes sont gros, la farce est facile, mais elle prend admirablement sur un auditoire qui a déjà la bouche fendue jusqu\u2019aux oreilles.Juliette Huot et Paul Desmarteaux s\u2019étaient réservé les mauvais rôles.Surtout monsieur Desmarteaux.Heureusement, il n\u2019a plus à prouver son talent quoique nous le préférons dans des interprétations étudiées.Peut-être aurions-nous mieux aimé que l\u2019émission fût entièrement consacrée à la présentation de vedettes canadiennes.On aurait pu laisser tomber ce numéro de lanceur de couteaux qui, malgré son habileté, nous a fait regretter l\u2019absence d\u2019un Marc Gé-linas ou d\u2019une Estelle Caron.Ils auraient eu leur place dans cette production.Loin de moi l\u2019idée de comparer leurs numéros.Ajoutons cependant que la chorégraphie créée par le monsieur lanceur de haches pour lui et sa compagne, nous a semblé un peu ridicule.Quand on manque de grâce, on n\u2019essaie pas de devenir danseur .Georges Guétary, on l\u2019aime ou on ne l\u2019aime pas : on le porte dans son coeur ou non.Peu importe ; on ne peut faire autrement que de s\u2019incliner devant une étonnante sûreté de moyens, un sens incroyable du « Show Business ».Il soulève un tel enthousiasme chez les spectateurs que ceux-ci en arrivent à s\u2019extérioriser de façon quasi-excessive.Bien inutiles en effet, sont ces cris qui accompagnent chacune de ses nouvelles chansons.Ils donnent l\u2019impression pénible de l\u2019hystérie collective à la Elvis Presley.Un peu de retenue serait de meilleur goût.Le centième de Music-Hall ?Un point de plus pour la section Variétés de Radio-Canada.Bien des semaines avant même que commencent les répétitions d'un Théâtre populaire, les principaux responsables de l'émission se réunissent.Ensemble, ils travaillent à l'élaboration de la mise en scène surtout lorsqu'il s'agit de reconstituer toute l'atmosphère et la manière de vivre de gens que nous connaissons peu ou mal comme ce fut le cas pour l'oeuvre d'Yves Thériault, Aaron, présentée au réseau français de télévision de Radio-Canada le 13 avril dernier.Nous voyons ici, de gauche à droite, JEAN-CLAUDE DERET qui incarnait Moishe.M.DAVID ROME, directeur de la Bibliothèque publique juive de Montréal, qui a aidé de ses conseils l'auteur YVES THERIAULT et le réalisateur GUY BEAULNE (à l'extrême droite).Entre Yves Thériault et Guy Beaulne, ROBERT GADOUAS, interprète du rôle-titre.(Photo André LeCox, gracieuseté de Radio-Canadal.Petites nouvelles et commentaires Janine Fluet a été choisie comme la représentante officielle d\u2019un nouveau produit pour une compagnie de savon.Un magnifique contrat pour une charmante camarade.Elle s\u2019est rendue à New-York dans le but de filmer et d\u2019enregistrer le commercial en question.Jean Daigle est fou de joie.et pour cause ! Le Théâtre du Nouveau-Monde l\u2019a engagé pour ses tournées américaines et canadiennes.Il fera partie du divertissement du « Malade imaginaire ».Une chance inespérée et bien méritée.Soit dit en passant, si Denyse St-Pierre avait un garçon, elle l\u2019appellerait Vincent ou Christophe.\u2022 Françoise Gratton ne dissimule pas sa joie elle non plus de reprendre enfin contact avec la scène.Elle est en effet de la reprise de « L\u2019Amour Fou » au Théâtre du Gésu.Elle remplace France Johnson qui, nou- vellement mariée au jeune annonceur Pierre Nadeau, est allée cacher son bonheur quelque part en Europe.Je ne me rappelle pas que Françoise ait été vue nu théâtre depuis les jours héroïques de « La Compagnie du Masque ».« L\u2019Amour Fou » serait-il pour elle la chance tant désirée de s\u2019évader du rôle de Sylvette qui, depuis trop longtemps l\u2019associe à un emploi stéréotypé.Il était temps de voir enfin Françoise dans autre chose.Tous les interprètes de « Cap aux Sorciers » réunis dans une salle de répétition attendaient l\u2019arrivée du patron, le réalisateur Paul Blouin, un modèle d\u2019exactitude.Après trois-quarts d\u2019heure, la script-assistante prend en mains la situation et dirige elle-même la répétition.Entre temps, on avait fait téléphoner chez l\u2019absent, mais sans succès.A la longue, l\u2019inquiétude gagne le groupe et on délègue Allan Mills à l'appartement de Paul Blouin.Maladie, accident, enlèvement.toutes les hypothèses sont envisagées.Mais Allan Mills a tôt fait de rassurer tout le monde.Paul dormait à poings fermés.Il a été souvent mentionné dans cette chronique que les journalistes s\u2019appliquaient trop à dorer la pilule dans la présentation d\u2019un chanteur ou d\u2019un comédien.Jean Vincent dans «Journal des Vedettes» a fait fi de la tradition pour offrir aux lecteurs de sa page une image juste et précise de Marc Gélinas : « C\u2019est un garçon qui exagère : il allume ses cigarettes les unes après les autres, se couche à cinq heures du matin quand il n\u2019a pas de travail, plus tard quand il en a, ne mange presque jamais, aime trop de choses et trop de gens à la fois.Il se conduit avec la vie un peu comme un enfant de cinq ans qui a volé une pomme trop grosse pour ses petites dents.Il y va à fond, il mord de toutes ses forces.Il se croit, il se dit «ambitieux», mais il travaille pour le panache et c\u2019est pourquoi le phénomène Marc Gélinas \u2014 enfant grandi trop vite, débutant devenu vedette en une chanson \u2014 dépasse les frontières de la télévision.Dans son visage pas soigné, dans son allure endimanchée, dans l\u2019expression de son talent, les jeunes essaient de découvrir l\u2019image de leur espoir ».Voilà un portrait un peu cruel mais tellement près de la réalité que Marc devrait en être fier.C\u2019est la première fois qu\u2019on le décrit tel qu\u2019il est.Certes, l'article ne dit pas ni ne spécifie la mesure de ses possibilités.Tout le monde est d\u2019accord [jour trouver en lui un peu de sa jeunesse, qu\u2019elle soit perdue ou en plein essor.« La Comédie Canadienne » se tiendra en pleine forme avec la présentation de deux spectacles canadiens, un de Roger Sinclair et l\u2019autre de Marcel Dubé.Paul Buissonneau sera aussi de la fête.De belles soirées en perspective.On a fiancé Andrée Champagne à Wally Clune.Pour l\u2019instant, la nouvelle est vraie .Mais le sera-t-elle longtemps ?Nathalie Naubert se rétablit lentement du grave accident dont elle fut la victime tout dernièrement.Le réalisateur de «Quatuor», monsieur Jean Faucher se verra cependant dans l\u2019obligation de remettre son émission au mois de septembre.Les comédiennes, de plus en plus à la page, so bal-ladent maintenant en robes sac.Elles arborent le chapeau breton et les souliers pointus.Pourquoi pas ? 16 Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 Une corbeille de records du baseball organisé, qu'on ne brisera pas avant plus de deux décennies ¦ Au cours de la présente saison de baseball, certaines étoiles du losange établiront quelques nouveaux records, faits pour être brisés.Cependant, voici quelques records qui demeureront longtemps debout : Les 3,033 parties jouées par Ty Cobb, en 24 ans dans les ligues majeures.Il conserva au bâton une moyenne formidable de .327.Il fit 11,420 visites au marbre.Il réussit 4,191 coups sûrs.Il vola 892 buts, dont 96 en 1915, deux records qui ne seront pas brisés, tant que l\u2019on jouera au baseball avec des souliers à crampons bien aiguisés.Les 714 coups de circuit de Babe Ruth, dont 60 en 1927.Les 2,056 buts sur balles et les 1,330 fois que Babe Ruth fut retiré au bâton sur 3 prises.Les 874 joutes lancées par l'artilleur Cy Young, dont 511 victoires.Les 113 blanchissages du lanceur Walter Johnson, qui retira au bâton sur 3 prises 3,497 frappeurs.Les 2,209 points que Babe Ruth fit compter au moyen de coups sûrs.Le lanceur Rube Marquard, des Géants de New-York de 1912, remporta 19 victoires consécutives, du 11 avril au 3 juillet 1912.Le lanceur Babe Adams, des Pirates de Pittsburgh, lança une joute de 21 manches, le 7 juillet 1914, contre les Géants de New-York, sans leur accorder un seul but sur balles gratuit.Le 11 juin 1938, le lanceur Johnny Vander Meer, des Reds de Cincinnati, blanchit les Braves de Boston, par 3 à 0, en plein soleil, sans leur accorder un point, ni un coup sûr.Il répéta cet exploit 4 jours plus tard, le 15 juin 1938, sous les réflecteurs électriques, contre les Dodgers de Brooklyn.Donc, deux joutes d\u2019affilée sans accorder à ses adversaires le plus petit des points, ni l\u2019ombre d\u2019un coup sûr.Quand fera-t-on mieux ?Le 15 mai 1941, le célèbre voltigeur des Yankees de New-York, Joe Di-Maggio, cogna un coup sûr contre Smith, du White Sox de Chicago.De cette date jusqu'au 17 juillet 1941, il réussit un coup sûr durant 56 joutes consécutives.Au cours de cette période, Joe DiMaggio fit 223 apparitions au bâton.Il compta 56 points, cogna 91 coups sûrs, dont 16 coups de deux-buts, 4 coups de trois-buts et 15 coups de circuit, pour une moyenne au bâton de 408.Avant l\u2019établissement du record de Joe, le fameux premier but Georges Sisler avait cogné en lieu sûr dans 41 parties consécutives.Avant 1900, c\u2019est-à-dire en 1897, Willie Keeler avait obtenu un coup sûr durant 44 joutes de suite.En 1906, les Cubs de Chicago remportèrent 116 victoires et subirent 36 défaites, au cours de la saison régulière de 1906, avec une excellente moyenne de .763 points.DANS LE MONDE SPORTIF par OSCAR MAJOR Le 16 juillet 1909, les clubs Détroit et Washington bataillèrent pendant 18 manches, sans compter un seul point.Le 1er mai 1920, le Brooklyn et le Boston se livrèrent une chaude lutte qui dura 26 manches et se termina au pointage de 1 à 1.Le Brooklyn enregistra son point, à la cinquième manche, tandis que le Boston compta un point à la sixième reprise.Pendant 20 manches consécutives, aucun bruit.Léon Cadore, lanceur du Montréal en 1916, frondait ses grenades sur le monticule du Brooklyn.Jos Oeschger lançait pour Boston.Ces deux artilleurs ne firent rien qui vaille, après avoir abattu un boulot semblable.A qui la faute ?Aux deux gérants qui ont laissé trop longtemps leurs lanceurs se morfondre pour une petite gloriole .Aimez-vous le bruit ?Le 25 août 1922, les Cubs de Chicago vainquirent le Philadelphie au pointage de 26 à 23, après une orgie de 51 coups sûrs et de 49 points.Les joueurs du Chicago croisèrent le marbre 14 fois à la quatrième manche.Marty Callaghan, du Chicago, se présenta au bâton trois fois au cours de cette manche.Il réussit deux coups sûrs et fut retiré sur trois prises.Quand fera-t-on pire, en grande compagnie, bien entendu ?¦ Le touriste qui se rend à New-York ne se doute pas, à moins qu\u2019un cicerone ne le lui indique, de la prédesti- nation tout à fait spéciale d\u2019une petite maison de pierres.C\u2019est là un cas unique au monde.Elle est, en effet, vouée aux lanceurs des ligues majeures qui ont réussi une partie parfaite : pas de point, pas de coup sûr, pas de but sur balle, aucune erreur, aucun frappeur touché par la balle.Lorsqu\u2019on pénètre dans cette petite maison, propriété d\u2019un chaud partisan des Yankees de New-York, on est surpris de constater qu\u2019à l\u2019intérieur sont disposées, symétriquement, treize niches, dont six sont dépourvues d\u2019effigies.Les sept autres abritent logiquement les sept statues de bronze, chargées de rappeler ou d\u2019apprendre aux générations futures les exploits de lanceurs illustres, dont les noms sont voués à l\u2019immortalité, pour les Américains, du moins.Jusqu\u2019ici, depuis les débuts du baseball organisé, sous la grande tente, seulement sept lanceurs ont accompli un semblable exploit.John L.Richmond, du club Worcester de la Ligue Nationale, blanchit le Cleveland par 1 à 0, le 12 juin 1880.John M.Ward, du club Providence de la Ligue Nationale, vainquit le Buffalo au pointage de 5 à 0.Cy Young, du Boston de la Ligue Américaine, blanchit le Philadelphie, 3-0, le 5 mai 1904.Adrian C.Joss, du Cleveland de la Ligue Américaine, vainquit le Chicago, par 1 à 0, le 2 octobre 1908.Ernie Shore, du Boston de la Ligue Américaine, blanchit Washington, 4 à 0, le 23 juin 1917.Babe Ruth avait commencé cette même joute comme lanceur pour Boston.L\u2019arbotre Owens expulsa du terrain le Bambino, qui avait protesté, avec trop de véhémence et pas assez de politesse, la première de ses décisions, alors qu\u2019il accorda un but gratuit au premier frapeur du Washington.Ernie Shore remplaça Babe Ruth sur le monticule.A sa première offrande, Morgan tenta vainement de voler le second but.Puis, Shore retira dans l\u2019ordre les 26 frappeurs suivants des Sénateurs.C\u2019est pourquoi l\u2019on épingla à son palmarès une partie parfaite.Charlie C.Robinson, du White Sox de Chicago, mystifia les cogneurs du Détroit, Ty Cobb compris, en les blanchissant par 2 à 0, le 30 avril 1922.De 1922 à 1956, rien de semblable ne se montra le bout des doigts.Pourquoi ?C\u2019est qu\u2019en 1921 les mogols des ligues majeures ont décrété l\u2019emploi d\u2019une balle plus vive, plus dynamique, à la grande satisfaction des frappeurs, à la non moins grande stupeur des artilleurs.Et la performance « nec plus ultra » du lanceur des Yankees de New-York, Don Larsen.Ce dernier, au cours de la cinquième joute des séries mondiales, le 8 octobre 1956, ne permit à aucun des joueurs des Dodgers, ces resquilleurs de valeur, d'atteindre le premier but.Aussi, une statue de marbre de Don Larsen occupe-t-elle l\u2019une des 13 niches précitées.Il est probable que bon nombre de gallons d\u2019eau seront charriés par la rivière Hudson, avant que les 13 niches de ce véritable supporteur du baseball majeur reçoivent un titulaire.CLYDE PARRIS, l'habile et réticent troisième but des Royaux de Montréal, rendra de précieux services au gérant Clay Bryant, au cours de la présente saison.Nous croyons, même au tout début du calendrier des ioutes, que son coup de bâton permettra au club montréalais do terminer en troisième place, le 7 septembre.On le verra à l'oeuvre contre les lanceurs des Marlins de Miami et des Cubains, les 3, 4 et 5 mai, au Stadium.On lui demandait, un iour.quelle fut la plus grande surprise qu'il éprouva, au cours de sa carrière ?Elle n'a aucunement trait au baseball.Ce funt à Miami, Floride.Il assistait à une épreuve de courses de chiens.Il misa deux dollars sur le lévrier, portant le No 5, ayant confiance au chiffre impair.Son animal favori fut, tout à coup, victime d'une bousculade au virage et roula à terre.Il le vit se relever.A son étonnement, il vit le numéro 5 reprendre la course dans le sens contraire .La belle bête était étourdie, sans doute, par te choc.Co faisant, elle rencontra le lièvre mécanique et le heurta avec violence, s'infligeant de telles blessures que le vétérinaire jugea nécessaire de l'abattre sur-le-champ.En outre, il fallut annuler l'épreuve, parce que le mécanisme qui règle la course du lièvre artificiel ayant été momentanément hors d'usage par la collision.C'est un accident plutôt rare, dans les annales des courses de lévriers, où ce sport fait florès.Clyde Parris fut surpris qu'on lui remît sa mise de deux dollars .1 \u2019 '\u2022 ' & Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 17 Les athlètes professionnels se proclament esprits forts.Ça ne les empêche pas de garder plusieurs superstitions ancestrales B Presque tous les athlètes professionnelles sont superstitieux.Ils sont d\u2019une résistance à toute épreuve.Ils sont, toutefois, sujets à de curieuses faiblesses.Cela sonne étrangement, n\u2019est-ce pas ?Ils se présentent avec beaucoup plus de tranquillité à leur sport favori, s\u2019ils savent qu\u2019un talisman ami se trouve à leur proximité, si certains signes précurseurs leur ont été favorables.Dans la majorité des cas, la croyance dans le porte-bonheur est individuelle.Bref, la civilisation ne débarrasse pas l\u2019homme en parfait état physique de ses superstitions ancestrales.Pas plus, elle ne lui enlève la croyance secrète et quasi instinctive à la vertu des talismans.En dépit des progrès de l\u2019instruction et de la science, l\u2019amour du merveilleux subsiste au fond de l\u2019humanité.Chassez le naturel, il reviendra au galop, comme l\u2019ont si bien dit de grands savants.bénies, appelées les châtaignes de la victoire.Les petits diables jaunes en font une consommation énorme, chaque fois qu\u2019ils entrent en compétition.Nous prions René Lemyre, Emile Bouchard et Clay Bryant d\u2019acheter des tonnes de châtaignes merveilleuses, qu\u2019ils feraient manger aux joueurs des Royaux de Montréal.Ces derniers feraient-ils plus de bruit à l\u2019aide de leurs bâtons cylindriques ?A notre avis, les plus superstiteux de ces athlètes professionnels sont les joueurs de baseball des ligues majeures, qüi ont pris ces gages d\u2019amicale protection, dans le Sud des Etats-Unis, où les cas absurdes de superstitions La superstition qui s\u2019attache au chiffre 13 remonte dans la nuit des temps.L\u2019excellent lanceur du Kansas-City, Ned Garver et le voltigeur de couleur Larry Doby refusent de se mettre à table, si l\u2019on est treize.Pour notre Léo Dandurand, c\u2019est un signe de chance.abondent.Toutefois, n\u2019allez pas déposer votre chapeau sur son lit, il croirait alors à une catastrophe .LE SAVIEZ-VOUS ?\u2014 Deux joueurs sur les buts, Jean Barrette au premier, Babe Tapin au second.Un joueur seulement hors-jeu, Gérard Thi-beault ayant fendu l\u2019espace sur la troisième prise du lanceur-gérant Jean Drapeau.Le frappeur suivant, Paul Sauvé, le gros canon du gérant Maurice Duplessis, expédie un haut ballon à l\u2019intérieur du losange.L\u2019arbitre Toe Blake, qui connaît ses oignons, juge le frappeur hors-jeu, sur un « infield-fly ».Un fort vent fait dévier la balle, frappée par Paul Sauvé, sur la tête de Babe Tapin (il a une tête assez dure!), dont les deux pieds sont sur le second coussin.Après avoir touché la tête de Babe Tapin, la balle va se promener dans le champ droit.Pendant ce temps-là, Tapin a le temps de croiser le marbre et Jean Barrette se rend au troisième but.L\u2019histoire se corse un brin.Le gérant Jean Drapeau, qui est loin de tout connaître, prétendit que Paul Sauvé, le frappeur, est retiré sur un « infield fly», comme l\u2019a décidé l\u2019arbitre Toe Blake, et que Babe Tapin, aussi, est mis hors-jeu automatiquement, aussitôt que la balle frappée l\u2019eût touché.Le gérant adversaire, Maurice Duplessis, qui connaît son baseball sur le bout des ongles, ne l\u2019a pas voulu ainsi.Il s\u2019adresse à l\u2019arbitre, d\u2019une manière polie.Que décide Toe Blake ?Seul, le frappeur Paul Sauvé est hors-jeu.Le coureur, niché au second but, Babe Tapin, est sauf, mais il doit rester à son but, le point ne comptant pas, et Jean Barrette doit retourner au premier but.Une autre victoire pour l\u2019agressif Maurice Duplessis Toutefois, si Babe Tapin avait été éloigné un brin du second but, lorsque la balle tomba sur sa tête, alors l\u2019arbitre aurait déclaré hors-jeu Paid Sauvé et Babe Tapin, automatiquement.LE CIRQUE NOUS REVIENT Avec une troupe de plus de 300 personnes, et aux dires de George A.Hamid, gérant général de la troupe, le public montréalais assistera cette année au plus grandiose spectacle intérieur jamais présenté dans notre ville.Le fameux « CIRQUE HAMID MORTON » reviendra à Montréal pour la dix-neuvième année consécutive, sous les auspices du Karnak Temple et au profit de l\u2019hôpital des Shriners pour les enfants infirmes.Cette année les représentations du grand cirque intérieur auront lieu au Forum commençant samedi le 10 mai au samedi le 17 mai.Deux spectacles auront lieu chaque jour en matinée sur semaine à 3.15, le samedi à 2.30, et tous les soirs, à l\u2019exception du dimanche le 11 mai où il n\u2019y aura aucune représentation, à 8.30 p.m.« LE CIRQUE HAMID MORTON » nous présentera cette année outre sa ménagerie, comprenant la gamme la plus variée d\u2019animaux de toutes sortes, dressés par les plus habiles dompteurs, une série d attractions qui feront sensations, des aérialistes renommés, des jongleurs réputés, des equilibristes, des bouffons etc.qui feront la joie des jeunes et moins jeunes, qui assisteront à ces représentations uniques.La partie musicale sera sous la direction du fameux Joe Basile surnommé « LE ROI DES CUIVRES » du Big Top.Les billets pour ces représentations sont en vente au Forum.Certes, ces petites superstitions sont fort innocentes.Nous n\u2019en finirions pas de les énumérer.L\u2019ancien champion mondial de la lutte libre, Yvon Robert, ne commence pas un match de lutte sans faire le signe de croix.Il n\u2019est pas le seul.Ces athlètes sont convaincus, non pas de la défaite au cas d\u2019oubli, mais que cette piété les sauveront d\u2019un trop grave accident.Un tas de joueurs de baseball n\u2019aiment pas à se faire photographier avant une partie.Celui-ci tient à toucher du bois avant les débuts de la joute, sans quoi tout est perdu.L\u2019inoubliable Howie Morenz, décédé le 8 mars 1937, avait l\u2019habitude de porter un petit éléphant blanc en cellu-loïde, à l\u2019intérieur de son gilet de laine.Sur son tricot de laine, il épinglait une médaille de la sainte Vierge, que lui avait donnée le révérend père Jésuite Louis Lalande, à l\u2019occasion de la naissance de son premier enfant, Howie junior, frère dé la charmante épouse de Boom-Boom Geoffrion.Les anciens boxeurs Stanley Ket-chell et Jim Jeffries exigeaient qu\u2019un bossu les accompagnât jusqu\u2019à l\u2019arène.Les athlètes italiens et hongrois portent des médailles de toutes formes, de toutes espèces, qu\u2019ils tiennent à leur cou par une chaînette, comme la plupart des joueurs du club de baseball de Cuba .D\u2019après les Japonais, le secret de la supériorité des nageurs nippons est des plus simples : c\u2019est le kachi-kuri, c\u2019est-à-dire les châtaignes « Lefty » Pierce, lanceur des White Sox de Chicago, et son receveur Sherman Lollar croient au présage d\u2019une querelle de ménage si, lorsqu\u2019ils viennent de se laver les mains, leurs épouses essuyent les leurs à la même serviette.Considéable est le nombre des joueurs qui pensent ceci : si trois personnes allument leur cigarette avec la même allumette, la dernière sera menacée des pires malheurs.Le jovial Yogi Berra, receveur des Yankees de New-York, pense le contraire, mais des couteaux et des bâtons de baseball mis en croix lui portent malchance.Hank Aaron, Del Crandall et Ed Matthews, des Braves de Milwaukee, font peser sur les chats noirs ,sur ces pauvres matous, si beaux pourtant dans leur brillante robe noire, les plus absurdes accusations.Chaque fois qu\u2019ils rencontrent un chat noir ils commettent une bévue ou se font retirer sur trois prises deux ou trois joueurs sur les buts.Leurs grands-pères étaient persuadés que le diable s\u2019incarnait souvent dans le corps d\u2019un chat noir .Stan Musial et Del Ennis les deux gros cogneurs des Cardinaux de St-Louis accordent des vertus une bonne influence à un sou percé qu\u2019ils dissimulent au fond de leurs poches.Le grand Ted Williams du Red Sox de Boston rit de tous ces porte-bonheur de tous Ces fétiches et gris-gris de tous ces talismans et de tous les pouvoirs de maléfice des pierres précieuses.Il a pleinement raison.> j\u2019avais su où se Il trouvait ma fille, je n\u2019aurais pas hésité à aller la chercher, à l\u2019obtenir de ce vieux brave homme qui a pris soin d\u2019elle jusqu\u2019à présent, et peut-être même, aurais-je employé la force pour la reprendre si on n\u2019avait pas voulu me donner mon enfant.Il s\u2019interrompit, se tourna vers Hercule : \u2014 D\u2019après ce que dit M.Morel, vous soupçonnez d'être complices de cet enlèvement deux individus qui se trouvaient au café en même temps que vous.\u2014 Oui, un certain Manillon et Fusain.\u2014 Manillon ! répéta Tiarko.« Mais Manillon est un homme à Mossi ! » pensa-t-il.Or, Tiarko était certain que Mossi était l\u2019auteur de l\u2019enlèvement.\u2014 A malin, malin et demi ! dit-il tout haut.Et, se retournant vers Hercule et Pierre : \u2014 Messieurs, dit-il, je crois savoir que l\u2019auteur de cet enlèvement est un certain Mossi, qui demeure à Saint-Germain.Si vous le voulez bien, nous allons nous rendre immédiatement chez lui et lui reprendre l\u2019enfant.\u2014 Etes-vous sûr ?demanda Morel.\u2014 Oui.Je vous dirai plus tard pourquoi.M\u2019accompagnez-vous, messieurs ?\u2014 Pas moi! dit vivement Pierre.je suis trop occupé.mais mon ami Hercule Sénateur se fera un plaisir.\u2014 Pour retrouver Rosette, j\u2019irais jusqu\u2019au bout du monde ! s\u2019écria Hercule.Et malheur à ceux qui l\u2019ont enlevée.\u2014 Oh ! dit Tiarko avec un sourire cruel, c\u2019est moi que regarde le châtiment de ces gens.Il sonna.Félicien apparut si promptement que Pierre eut la conviction que le fidèle Félicien était resté tout le temps de la conversation aux écoutes.\u2014 L\u2019auto, tout de suite! ordonna Tiarko.«Je vous précède, messieurs.Je prends mon revolver.Hercule haussa les épaules.\u2014 Avec moi, pas besoin de ces joujoux, mon prince.Seraient-ils dix à garder Rosette, je me charge d\u2019eux.Il suivit le prince.Pierre lui murmura à l\u2019oreille : \u2014 Je reste pour te tirer d\u2019embarras.si ça tournait mal.tu as compris ?Hercule eut un sourire de pitié.Il se contenta de montrer ses poings.L\u2019auto attendait dans la cour.Tiarko et Hercule prirent place.Pierre les salua d\u2019un : \u2014 Bonne chance ! messieurs.Tiarko, en donnant l\u2019adresse, avait dit : \u2014 Très vite.S\u2019il y a de la casse, je paierai.Ce fut un miracle qu\u2019aucun accident n\u2019eût lieu.Ralentissement, arrêt.On était devant la villa de Mossi.Commencé dans l'édition du 12 avril 1953.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms des personnages nt de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.Mais ils eurent beau sonner à la porte de la villa, nul ne répondit.Portes et fenêtres étaient closes.Un silence de mort régnait dans l\u2019intérieur de la maison.Un peu pâles, Hercule et Tiarko se regardèrent.XVII \u2014 La revanche de Manillon Le lendemain matin, lorsque Fourgas alla ouvrir le garage, dans lequel il avait prudemment enfermé Manillon et Muzin, il trouva les deux hommmes dormant côte à côte sur une botte de paille.\u2014 Allons, paresseux, debout! dit Fourgas.Vous n\u2019êtes pas chez moi pour fainéanter.« Les affaires sont les affaires.J\u2019ai parlé de la vôtre à Mme Fourgas, qui m\u2019a reproché d\u2019être trop généreux avec vous, mais, chose promise, chose due.J\u2019ai dit deux mille, c\u2019est deux mille.« Voyons, la voiture.Ah ! très bien, tous mes compliments.Je défie le propriétaire du taxi de le reconnaître.« Vous pourrez vous en servir sans crainte pour aller chercher la petite.Ne vous en faites pas pour l\u2019essence.J\u2019ai là quelques bidons en réserve.Voyons, comment allons-nous procéder ?.\u2014 C\u2019est simple ! dit Manillen.Je retourne tout de suite à Saint-Germain et sous un prétexte quelconque, je pénètre chez Mossi \u2014 qui me flanque à la porte, s\u2019il est là.Je vais me poster dans un café et j\u2019attends qu\u2019il prenne le train pour Paris.«Je sais qu\u2019il va tous les jours rue des Vinaigriers, des fois le matin, des fois l\u2019après-midi.Une fois qu\u2019il est parti, je reviens en vitesse chercher Muzin, on entre dans la maison.\u2014 Ou on n\u2019entre pas, dit sèchement Fourgas, vu que Mossi a à son service \u2014 je sais tout, moi ?une vieille femme qui est un dragon pour défendre son maître et qui, t\u2019ayant vu flanquer à la porte, Manillon, te t\u2019ouvrira pas et criera de telle sorte qu\u2019elle ameutera touts les voisins.Ton plan est mauvais.\u2014 Alors, patron, dit Manillon mécontent, dites-nous ce que vous feriez à notre place ?\u2014 Vous allez partir tous deux en auto.Vous allez à Saint-Germain.L\u2019un de vous entre chez Mossi qui le reçoit sans méfiance.Il lui assène sur la tête un petit coup de cet instrument que vous voyez là.ce petit boudin de toile, commode à manier, est plein de sable.C\u2019est un instrument merveilleux.On étourdit toujours son homme au premier coup.Mossi étourdi, on le bâillonne, on le ligote et on va faire subir le même traitement à la bonne de Mossi.Après quoi celui qui est resté dans la voiture vient aider son camarade à chercher et à reprendre la gosse.Vous voyez comme c\u2019est simple.Manillon et Muzin ne trouvaient pas la chose si simple que ça.Néanmoins, ils ne firent aucune observation.\t, Invités par Fourgas à prendre un peu de nourriture, qui leur fut servie à la cuisine par une vieille femme toute dévouée à Fourgas, Manillon et Muzin, s\u2019étant restaurés, quittèrent l\u2019hospitalière maison et se rendirent à Saint-Germain.La chance les favorisait.Mossi n\u2019était pas là, ni personne sans doute, car à leur coup de sonnette, personne ne répondit.Ce que voyant, remarquant que la porte n\u2019était pas fermée à clef, les deux coquins ouvrirent et entrèrent dans la maison.Manillon et Muzin avaient, en effet, décidé qu\u2019il valait mieux ne pas se quitter pour faire face aux habitants de la villa.Une fois à l\u2019intérieur, ils appelèrent.Aucune réponse.\u2014 Ça va tout seul! dit joyeusement Muzin, nous sommes chez nous.Tu n\u2019as pas l\u2019air satisfait, Manillon ?\u2014 Ce silence ne me dit rien do bon, pas plus que l\u2019absence des habitants de cette maison.J'ai peur que Mossi, se méfiant, n\u2019ait envoyé la petite dans un autre endroit, sous la surveillance de la mère Grognasse.Et, en ce cas, nous sommes refaits.Fichus, les deux mille francs.\u2014 Sacré nom d\u2019un chien ! jura Muzin.S\u2019être donné tant de mal.\u2014 Chut ! dit vivement Manillon, écoute.Tu n\u2019entends rien ?.\u2014 De la cave où ils ont mis hier la gosse.\u2014 Mais, bon sang.on dirait qu'on égorge quelqu\u2019un.\u2014 Silence.T\u2019as ta lampe électrique ?Allume et descendons.COUPABLE ou NON-COUPABLE ?Comment' prouver un vol ?par ROBERT MILLET, B.A.Des policiers, qui patrouillaient la ville, à Montréal, entendent soudain un bruit de vitre brisée.C\u2019est la devanture d\u2019un magasin de fourrures.Il y a un camion devant le magasin.Au moment où les policiers atteignent le magasin, le camion démarre à toute vitesse.Les policiers lui donnent la chasse.Bientôt une autre voiture de la police se joint à la première.Après d\u2019émouvantes péripéties, on rejoint le camionneur.Sa fuite précipitée est louche, il va sans dire.Des manteaux de fourrure ont été volés dans la montre du magasin où la glace a été brisée et d\u2019où le camionneur s\u2019est éloigné en vitesse.Deux manteaux de fourrures volés ont été trouvés, sur la rue, par la deuxième automobile de la police, alors que le camion fuyait.Toutes ces circonstances justifient une accusation de vol.Mais le camionneur proteste de son innocence.On plaide.Si les policiers qui poursuivaient le camionneur dans la deuxième automobile ont trouvé les manteaux volés, ils ne peuvent cependant affirmer qu\u2019ils provenaient du camion de l\u2019accusé.Les policiers de la première automobile, qui n\u2019ont pas perdu le camion de vue pendant la chasse, n\u2019ont pas vu les manteaux.Si le camionneur s\u2019en était débarrassé pendant que la police était à ses trousses, on l\u2019aurait certainement vu faire.On ne l\u2019a pas vu, non plus, briser la vitre du magasin, bien que son camion se trouvait en face au moment de l\u2019effraction.Le camionneur est-il COUPABLE ou NON-COUPABLE de vol ?NON-COUPABLE ! a décidé le Président du Tribunal dans un jugement rendu aux Sessions de la Paix, à Montréal, le 12 février 1958.Robert Millet, b .a. 20 Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 Par un étroit escalier, au fond du couloir, Manillon et Muzin descendirent sans bruit, Muzin projetant devant lui le rayon lumineux et Manillon à ses côtés serrant dans sa main l\u2019extrémité du boudin de sable dont Fourgas lui avait fait cadeau.Ce qui se passait dans la cave \u2014 prison de Rosette \u2014 était ignoble.Ce démon femelle de Grognasse \u2014 Mossi parti \u2014 après avoir copieusement pris ce qu\u2019elle appelait son petit déjeuner apéritif, c\u2019est-à-dire, après avoir trempé trois ou quatre brioches dans du vin blanc et absorbé son litre pour s\u2019éclaircir les idées, avait eu la charitable pensée de rendre visite à Rosette.La pauvre enfant avait passé une nuit effroyable.Etourdie par le coup de galoche de la Grognasse, sans connaissance, elle n\u2019était revenue à elle que bien longtemps après, sentant sur son visage le contact de petites pattes qui lui causèrent une impression de terreur.Un gros rat courait sur son corps.Rosette se mit à hurler, bondissant hors de sa couchette.Dans l\u2019ombre, il y eut des trottine-ments, des petits cris aigus.Rosette, épouvantée, redoubla ses cris, chercha à tfitons la porte, et son petit poing s\u2019y abattit de toutes ses forces, se meurtrissant les mains.Peine perdue ! Nul n\u2019entendait ses cris et ses pleurs.Epuisée, sans souffle, frissonnante, Rosette alla se blottir dans un coin, tressaillant au moindre bruit.Et des heures s\u2019écoulèrent, bien lentes pour elle qui, gémissante, appelait de tout son coeur à son aide son papa Barnabé et M.Hercule.Enfin, elle entendit un bruit de pas.La Grognasse apparut, le visage enluminé, les yeux brillants, balançant au bout de son bras une grosse lanterne.-\u2014 Pitié.pitié.s\u2019écria Rosette, se jetant aux genoux de la mégère, au nom du ciel ne me laissez pas ici.Je ferai tout ce que vous voudrez,, mais emme-nez-moi.madame.j\u2019ai peur.Pour toute réponse, la Grognasse, de sa main libre, envoya à Rosette un soufflet retentissant, puis, sans plus s\u2019occuper d\u2019elle, elle alla vers la barrique sur laquelle elle avait obligé la veille Rosette à déposer sa jaquette et son chapeau.\u2014 Ces frusques-là, d\u2019abord, c\u2019est pour moi.Dis-moi que tu me les donnes de bon coeur.\u2014 Oh ! oui, madame ! sanglota Rosette.prenez tout.Mais ne me laissez pas ici.\u2014 Si tu recommences à pleurnicher, je cogne.Reste tranquille.Mais il était impossible à Rosette de ne pas pleurer.Ces pleurs exaspéraient la Grognasse qui, fidèle à sa parole, se jeta sur la jeune fille et la gifla à tour de bras, puis, s\u2019emparant d\u2019une corde, lui lia les mains et les pieds, déchira un lambeau de couverture et la bâillonna.\u2014 A présent, dit-elle, faudra bien que tu me fiches la paix ! Rassurée sur le compte de cette « chiâleuse », Grognasse se mit sur la tête le chapea ude Rosette et revêtit la jaquette de la pauvrette.La jaquette, n\u2019étant pas de sa taille, craqua aux entournures, se déchira aux manches.Néanmoins, Grognasse réussit à la mettre.A ce moment, le bâillon étant tombé, Rosette se remit à crier.\u2014 A moi !.à l\u2019aide !.Au secours ! \u2014 Ah ! la poison, rugit Grognasse, elle a défait son bâillon.Attends un peu, vermine.Je vais t\u2019apprendre à la fermer.\u2014 Au secours ! au secours ! cria Rosette au comble de l\u2019épouvante en voyant se précipiter vers elle Grognasse, le poing levé.Mais ce poing ne retomba pas.Ce fut la Grognasse elle-même qui tomba devant.Rosette stun/'ait\" Manillon venait d\u2019asséner derrière la nuque de l\u2019odieuse créature un si violent coup de boudin que la mégère s\u2019écroula sans même faire entendre un cri.\u2014 Remets-y ça ! conseilla Muzin.Manillon obtempéra à ce désir et sur la tête de la Grognasse, étendue à terre, appliqua un nouveau coup de boudin.\u2014 Oh ! monsieur.monsieur, ne la tuez pas ! implora Rosette, qui en ce moment seulement reconnut ceux qui l\u2019avaient enlevée.Puis, pensant qu\u2019ils en voulaient peut-être à sa vie : \u2014 Ne me faites pas de mal ! supplia-t-elle.Que voulez-vous de moi ?Je ne vous ai rien fait.Muzin, plus jeune que Manillon et accessible à la pitié, protesta : \u2014 Vous faire du mal, la gosse! On n\u2019est pas des types qui tapent sur les femmes.On a été contraint de vous enlever parce que le coquin qui nous emploie, si on n\u2019y avait pas obéi, nous aurait fait sauter la cervelle, pas vrai, Manillon ?\u2014 Sûr et certain ! Mais on a attendu qu\u2019il soit débiné pour venir vous arracher à ses griffes et vous reconduire chez vous.Muzin, ôtes-y ses cordes.Muzin déficela promptement Rosette, qui, le visage baigné de larmes de reconnaissance, pleine de confiance en ces deux hommes, s\u2019empara des mains de Muzin, les couvrit de baisers.\u2014 Oh ! que vous êtes bon, monsieur.Comment vous remercier tous deux.Muzin, ému, eut un moment de remords.Il regarda Manillon qui haussa les épaules.\u2014- Chose promise, chose due, dit-il simplement.Faut conduire la gosse.\u2014 Soit, dit Muzin, qui avait eu le vague espoir que Manillon ayant compris son regard abonderait dans son sens et accepterait de ne pas mener Rosette chez Fourgas, mais chez ses parents.Soit, Manillon, on fera ce qu\u2019on doit faire, mais on va mettre cette charogne de Grognasse à la place de la gosse.Manillon se mit à rire.\u2014\tCe que Mossi va faire une tête quand il viendra voir la petite.\u2014\tIl la trouvera un peu changée, ricana Muzin qui déjà ligotait solidement les jambes de la Grognasse.« Les mains, à présent.Allons, sorcière, donne tes jolies menottes que j\u2019y mette un bracelet.\u2014\tQu\u2019allez-vous lui faire?demanda Rosette craintive.\u2014\tPas autre chose que ce qu\u2019elle vous a fait.Tremblez pas pour elle.ça a la vie dure, ces charognes-là.\u2014\tMets-y un foulard sur la bouche! conseilla Manillon.Elle commence à ouvrir l\u2019oeil et va g.à ameuter le quartier.En fait de foulard, Muzin, ayant lacéré avec son couteau la jupe de Grognasse et fait plusieurs bandes, les lui colla sur la bouche, serrant violemment les deux extrémités derrière sa tête.Grognasse avait les yeux grands ouverts.A présent, elle voyait et elle entendait.Elle eut un mouvement de rage terrible, voulut rompre ses liens.Les deux hommes éclatèrent de rire \u2014 Pas la peine de gigoter, mon bébé ! fit Muzin.Quand Mézigue travaille, c\u2019est du boulot bien fait.A la revoyu-re.\u2014 Et bien des choses aimables à ton grigou de patron ! ajouta Manillon.« Dis-y, s\u2019il n\u2019est pas content, qu\u2019il aille se plaindre à Dache, le perruquier des zouaves.Il faisait passer devant lui Rosette, tremblante et ravie.En passant près de Grognasse, Muzin ne put résister au désir d\u2019allonger sournoisement un grand coup de pied dans les reins de la mégère, en ricanant : \u2014 P.P.C.pour prendre congé.Rosette, accrochée au bras de Manillon en montant l\u2019escalier, demandait : \u2014\tEt mon papa Barnabé.sait-il?\u2014\tNon, on va lui faire la surprise.\u2014\tEt M.Hercule ?\u2014\tIl va bien, merci, vous le verrez tout à l\u2019heure.Ne tremblez pas comme ça.Vous êtes sauvée, que je vous dis.Là.nous voilà hors de la turne.Montez dans le taxi.Moi je monte sur le siège avec mon copain.Vous avez pas froid ?Non.alors on se barre.\u2014\tQue vous êtes bon ! et moi qui m\u2019imaginais.\u2014\tChut ! parlons pas de ça.On a été forcé de faire les méchants, mais comme vous voyez.on prend sa revanche.L\u2019auto partit.Renversée sur les coussins de la voiture, ses beaux cheveux épars, Rosette, qui croyait vivre un rêve délicieux, murmurait : \u2014\tLibre.je suis libre.Je vais revoir papa Barnabé.M.Hercule ! Hélas ! elle allait bientôt apprendre que ses prétendus sauveurs étaient les derniers des misérables.L\u2019auto, qui roulait sur une route inconnue de Rosette, bifurqua, prit un chemin de traverse et s\u2019arrêta brusquement devant une grille en fer, encastrée dans des murs épais, très élevés.Manillon sauta à terre.Il vint ouvrir la portière de la voiture.\u2014 Il faut descendre, dit-il à Rosette.Y a quelque chose de détraqué dans cette sacrée guimbarde.Nous en avons pour trois heures de réparations au moins.Heureusement qu\u2019on connaît le propriétaire de ce château, qu\u2019est un brave homme.Venez.On va lui demander s\u2019il ne pourrait pas nous prêter sa voiture.En vous voyant, certainement il ne refusera pas.Sans méfiance aucune.Rosette descendit.Muzin avait sonné à la grille et un vieux jardinier, constituant toute la domesticité des Fourgas, vint ouvrir.Il était sans doute prévenu, car sans rien demander, il laissa passer Muzin et Manillon, qui avaient placé Rosette entre eux, semblant être ses gardes du corps.La cloche de la porte d\u2019entrée avait averti Fourgas.Très digne, installé dans son salon, faisant face à Mme Fourgas, qui tricotait avec ardeur, Fourgas attendait.Introduits par la servante, Manillon et Muzin firent leur entrée avec Rosette.\u2014 V\u2019ià l\u2019oiseau, dit Manillon.M.Fourgas, de ses doigts osseux, prit dans sa tabatière une pincée de tabac, en bourra ses narines tout en regardant Rosette interloquée.Mme Fourgas, délaissant son tricot, laissa tomber : \u2014 Gentille.Un vrai Greuze ! Fourgas dit alors à Rosette : -\u2014 Ma femme va vous mettre au courant.Venez, vous autres.Il sortit du salon, suivi par Manillon et Muzin, que Fourgas conduisit dans une petite pièce d\u2019aspect sévère et dont la fenêtre était protégée \u2014 comme toutes les fenêtres de la maison \u2014 par d\u2019épais barreaux.\u2014 Eh bien, dit Manillon, qu\u2019en pensez-vous, monsieur Fourgas.Un vrai morceau de roi, hein ! Et c\u2019est tout ce qu\u2019il y a de sage et d\u2019honnête.Vertu garantie sur facture.\u2014 Je veux le croire, dit Fourgas.Je vous avais promis deux mille et cinq cents pour la voiture.Je vous donne cinq cents francs de plus.Voilà comment je fais les affaires, moi.« Trois billets de cinq cents pour vous.autant pour Manillon.«Ne vous occupez pas de la voiture que garde Léonard avec les deux L\u2019HOROSCOPE DU \u2019\u2019SAMEDI\u2019\u2019 (Nouvelle (éric) 5\t4\t7\t2\t6\t3\t5\t8\t2\t6\t4\t3\t7\t2\t5\t6 V\tV\tJ\tP\tS\tL\t0\t0\tE\tE\t0\tA\t0\tR\tT\tM 8\t4\t3\t6\t5\t2\t7\t4\t3\t6\t5\t2\t8\t4\t3\t5 N\tU\tP\tA\tR\tI\tI\tS\tR\tI\tE\t0\tV\tE\tI\tS 8\t6\t2\t4\t7\t3\t6\t5\t2\t8\t4\t3\t6\t2\t5\t7 0\tN\tD\tT\tE\tE\tE\t0\tE\tU\tE\tR\tD\tD\tU\tE 8\t2\t6\t5\t3\t7\t2\t4\t6\t3\t5\t2\t7\t4\t3\t5 S\tE\tE\tR\tE\tT\tP\tS\tP\tV\tI\tR\tA\tI\t0\tR 8\t5\t2\t6\t4\t3\t7\t5\t2\t6\t4\t3\t8\t5\t2\t4 A\tE\t0\tL\tD\tU\tR\tF\tS\tA\tE\tS\tD\tA\tP\tA 8\t5\t3\t4\t6\t2\t7\t5\t3\t8\t6\t2\t4\t7\t3\t5 0\tS\tA\tL\tI\tE\tG\tC\tI\tR\tS\tR\tI\tE\tD\tI 7\t4\t2\t6\t5\t3\t8\t2\t4\t6\t3\t5\t2\t7\t3\t4 N\tS\tI\tI\tN\tE\tE\tT\tT\tR\tR\tE\tE\tT\tA\tE Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés, 1945, par William J.Miller, King Features, Inc. Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 21 Curiosités scientifiques par PIERRE LAMBERT chiens.ceci dans le cas où vous auriez voulu vous en servir pour retourner à Paris et la bazarder.« Je rentrerai l\u2019auto moi-même.« A présent, filez, nous sommes quittes.Un bon conseil.Ne vous montrez pas à Paris, évitez de tomber sous la coupe de Mossi.« Au revoir, mes bons amis, et si vous avez une autre bonne affaire à me proposer, venez me voir.N\u2019écrivez pas.n\u2019écrivez jamais.Pas de discours, vous n\u2019avez rien à me dire.Manillon et Muzin se retirèrent silencieux.Manillon exultait ; il avait pris sa revanche sur Mossi.Muzin était moins content, il regrettait d\u2019avoir livré Rosette à Fourgas, se disant qu\u2019une aussi jolie gosse, bien dressée par lui, aurait été une femme d\u2019un bon rapport.Néanmoins, il ne dit rien et, en compagnie de Manillon, se rendit à la gare la plus proche.Une heure après, les deux coquins se perdaient dans Paris, échappant désormais à la rancune de Mossi, devenant introuvables.Et c\u2019est pourquoi Tiarko et Hercule, plusieurs heures après, ne trouvaient dans la villa de Mossi personne pour répondre aux coups de sonnette répétés.\u2014 Rosette n\u2019est peut-être plus ici ! dit Hercule la voix étranglée par le chagrin.\u2014 Il faut en être sûr ! dit Tiarko tournant machinalement le bouton de la porte qui s\u2019ouvrit.« Il y a quelqu\u2019un, dit-il.la porte n\u2019est pas fermée.« Ou bien la servante de Mossi n\u2019est absente que pour quelques instants.Entrons.Ils entrèrent et recommencèrent à appeler.\u2014 Holà ! Mossi ! Mossi !.N\u2019y a-t-il personne dans la maison.\u2014 Visitons l\u2019immeuble, proposa Hercule.La visite, pièce par pièce, ne leur apprit rien.Ils ne découvrirent nul vestige révélant que Rosette fut venue en ce logis.Hercule s\u2019exaspérait.\u2014 Rosette n\u2019est jamais venue ici, dit-il.Nous sommes roulés.Partis sur une fausse piste.Votre Mossi est étranger à cet enlèvement.\u2014 Pourtant, murmura Tiarko, c\u2019est impossible.Manillon est un homme de Mossi.«Ma fille aurait donc été emprisonnée ailleurs.Il se frappa le front.\u2014 Nous sommes stupides.Si on la retient prisonnière, on a dû la mettre en un lieu où l\u2019on ne puisse soupçonner sa présence.entendre ses cris.Il doit y avoir une cave dans cette maison.\u2014 Oh ! dit Hercule, vous avez raison.Attendez.je vois là une lampe.le temps de l\u2019allumer et je descends à la cave.Venez-vous ?\u2014 Mais naturellement.La lampe allumée, tous deux descendirent.Des bruits confus les firent tout de suite tressaillir.\u2014 On dirait des gémissements.ça vient de ce côté, dit Hercule.au fond de ce couloir.Ils se dirigèrent vers le cachot où Rosette avait été enfermée.\u2014 Oh ! rugit Hercule.les misérables, ils l\u2019ont ficelée, bâillonnée.C\u2019est elle.je reconnais sa jaquette.Tenez la lampe.Il remit entre les mains de Tiarko la lampe qui, presque vide de pétrole, éclairait mal, fumait, projetait une vague et tremblante clarté dans la cave.Se ruant vers la captive, à l\u2019aide d\u2019un petit canif pris dans sa poche, Hercule fébrilement, tranchant les liens, arrachait le bâillon murmurant : \u2014\tC\u2019est nous.c\u2019est moi.Mademoiselle Rosette.ma chère Rosette.Dans la main du prince Tiarko, ému, la lampe tremblait, rendait encore plus confuses toutes choses.Hercule se relevant, prit la lampe des mains de Tiarko.\u2014\tMonsieur.voici votre fille.em-brassez-la.Tiarko, radieux, s\u2019avança, ouvrit les bras à la prisonnière, qui se relevait.\u2014\tMon enfant ! bégaya-t-il.je suis ton père.\u2014\tSalop ! répondit une voix de « mêlé-cass ».Et, en même temps, la lourde patte de Grognasse s\u2019abattait sur la joue du prince montrant aux yeux des deux hommes stupéfaits, une face ignoble, congestionnée, aux yeux luisants de haine.Hercule, terrifié, laissa tomber la lampe qui s\u2019éteignit.XVIII \u2014 Patalis ! CE n\u2019était pas uniquement la curiosité qui avait poussé Félicien à écouter la conversation de Pierre et d\u2019Hercule avec Tiarko.Félicien n\u2019était pas ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler une bonne nature.Lâche, sournois, menteur, intéressé, dépourvu de scrupules, prêt à toutes les trahisons, il joignait à ces défauts, augmentés de quelques autres, la déplorable habitude d\u2019être très rancunier.Or, la correction qu\u2019il avait reçue d\u2019Hercule avait immédiatement fait naître en lui un désir impérieux de vengeance.Et il lui parut que la conversation qu\u2019il venait d\u2019entendre pourrait servir son projet, qui était simplement de tout raconter à Fatalis, en lui représentant ce colosse comme un ami intime de Tiarko, par conséquent un être dangereux dont il serait bon de se débarrasser au plus tôt.Ce terrifiant jeune homme, qui s\u2019appelait Fatalis, qui l\u2019avait sauvé, lui, Félicien, imposant sa volonté à cette créature qu\u2019était Andrée, ne manquerait pas d\u2019épouser sa rancune et de punir sévèrement ce grand imbécile brutal qui répondait au nom ridicule d\u2019Hercule Sénateur.Félicien était dans le cabinet de travail de Tiarko, fumant ses cigares, tout en savourant sa vengeance future, lorsque se fit entendre le tintement aigrelet de la sonnerie télépho rique.\u2014 Bon ! fit Félicien avec humeur.je parie que c\u2019est cet animal d\u2019Arsès.Il a toujours besoin d\u2019instructions supplémentaires, ce grand dépendeur d\u2019an-douilles.Quelle moule ! Il prit le récepteur et tout de suite son visage exprima le plus vif étonnement.\u2014 Mais oui, M.Fatalis.c\u2019est bien moi, Félicien.Comment avez-vous su.Vous dites que je vous retrouve à l\u2019instant au café Peyrade.dans la petite salle du fond.Oui.oui.je connais l\u2019établissement.Mais c\u2019est de la chance que le prince ne soit pas là.Ah ! vous le saviez !.Vous pensiez que je serais dans son bureau ?.Bien.bien.je viens tout de suite.Et lâchant le récepteur, courant prendre son chapeau, Félicien se hâta de se rendre au café Peyrade, situé à dix minutes de l\u2019hôtel.Chemin faisant, Félicien se demandait avec admiration comment ce diable d\u2019homme avait pu deviner que Tiarko n\u2019était justement pas là.L\u2019explication fut donnée à Félicien quelques minutes après.Fatalis, qui s\u2019était décidée, après avoir téléphoné à Andrea à rendre visite au prince pour lui demander des explications au sujet de Rosette, avait Les meubles qu'on épluche Bientôt, on n\u2019essuiera plus les meubles, on les pèlera comme un fruit.Un chercheur français a, en effet, imaginé de pulvériser sur le mobilier une invisible pellicule de plastique liquide qui les protège des taches et de la poussière.De temps en temps, et le plus facilement du monde on enlève cette pellicule et l\u2019on en pulvérise une autre.Une association de défense contre le bruit Le bruit, ce mal du siècle, vient de se voir déclarer la guerre par une association française reconnue d\u2019utilité publique.De quoi s\u2019agit-il ?De lutter contre le vacarme qui s\u2019élève des cités modernes, contre le concert infernal que composent les aboiements des chiens, le vrombissement des avions, la radio des voisins, les pétarades des moteurs à explosion, les flonflons des fêtes foraines, etc.Chaque année le bruit fait dans les villes des centaines et des centaines de victimes : traumatismes des organes de l\u2019ouïe, perturbations caractérielles, cardiaques, endocriniennes et bien d\u2019autres.Aussi, la Ligue Française contre le Bruit, qui aura fort à faire, est-elle la bienvenue.Causes inattendues de certains accidents de la circulation La défaillance mécanique, une chaussée glissante, les excès de vitesse et bien d\u2019autres causes journellement constatées sont à l\u2019origine des accidents de la circulation.Mais ce n\u2019est pas tout, et au terme d\u2019une enquête menée par le bureau de la Sécurité Routière de l\u2019Ohio, certaines réponses aux questions posées à différents automobilistes laissent apparaître des motifs d\u2019accidents aussi inattendus que surprenants.On remarque, par exemple, que certains conducteurs ont indiqué avoir provoqué des dégâts alors qu\u2019ils mangeaient un sandwich en conduisant.D\u2019autres ont déclaré avoir été amenés à renverser un piéton n\u2019obéissant pas avec la promptitude désirable à un coup de klaxon ou encore pour avoir reconnu en lui un débiteur.Et la moins « inquiétante » des réponses n\u2019est certainement pas celle de ce conducteur qui a déclaré qu\u2019ayant mauvaise vue, une seconde d\u2019inattention de sa passagère avait eu des conséquences fatales.Cheveux radio-actifs Chaque semaine, des revues spécialisées ou des personnalités qualifiées s\u2019intéressent au taux de radioactivité de l\u2019air.Indépendamment des méthodes employées jusqu\u2019ici pour en déceler la teneur, il deviendrait possible, selon les services de santé américains, d\u2019effectuer des vérifications par simple examen du cheveu, la constatation ayant été faite que celui-ci s\u2019affinait graduellement après une exposition le soumettant durant quelques jours aux influences d\u2019une zone radioactive.Le phénomène va s\u2019amplifiant à mesure que s\u2019accroît la durée de l\u2019exposition.Selon les services intéressés, cette simple remarque permettra de déceler aisément les radiations atomiques.Le parapluie-solaire met la chaleur du soleil à la portée do tous Le soleil allume une cigarette, cuit une côtelette, réchauffe le café, fait bouillir une marmite d\u2019eau en quelques minutes.et cela sans bourse déliée, grâce au parapluie solaire inventé par un chercheur américain, le Dr Georges Loef.Son appareil, un parapluie dont les panneaux sont de minces tôles d\u2019aluminium sur lesquelles un jeu de miroirs projette les rayons du soleil, mesure quatre mètres de superficie.L\u2019ensemble s\u2019ouvre et se ferme absolument comme un parapluie ordinaire et n\u2019est guère plus encombrant.Il remplace avantageusement le feu de bois ou de charbon, la cuisine électrique ou à gaz.Cet ingénieux appareil sera cette année l\u2019ustensile indispensable du parfait compteur.Le parapluie solaire n'est pas autre chose que la transposition à une échelle très réduite, du célèbre four solaire de Montlouis dans les Pyrénées françaises, dont viennent de s\u2019inspirer les Japonais.Ceux-ci chauffent leurs bains en utilisant uniquement (dans certains centres) l\u2019énergie fournie gratuitement par Phoebus.Mais l\u2019appareil portatif du docteur Loef, susceptible de rendre de multiples services est la première application à usage individuel des travaux entrepris, un peu partout dans le monde ces dernières années, pour capter et utiliser l\u2019énergie solaire.Les ménagères pourront faire leur cuisine à distance « Tiens », pense Madame Dupont alors qu\u2019elle est occupée à faire ses emplettes dans un magasin à dix milles de son domicile, « il est l\u2019heure de faire cuire le gigot ».Et madame Dupont de sortir de son sac à main un minuscule appareil à ondes courtes sur le bouton duquel elle appuie.Aussitôt son four télécommandé se met à fonctionner.Ceci n\u2019appartient pas au domaine de la Science-fiction appliquée aux Arts Ménagers.C\u2019est tout simplement le « clou » d\u2019une exposition qui vient de se tenir à Chicago.L\u2019appareil en question serait lancé sur le marché dans les mois à venir à un prix relativement raisonnable.Quand les chiens portent des verres correcteurs Dans une clinique vétérinaire de Californie, un savant américain opère chaque jour des chiens et des chats atteints de la cataracte.Ce praticien est même parvenu à adapter sur la cornée de représentants de la gent canine des verres de contact en matière plastique que ces animaux supportent pm'faitement.Motos et scooters silencieux Un simple appareil pesant moins de deux livres et guère plus gros qu\u2019un bout d\u2019aspirateur, adapté au pot d\u2019échappement d\u2019une moto, d\u2019un scooter et même d\u2019une voiture de courses, les rend silencieux.C\u2019est un ingénieur parisien, le Marquis Marc de la Fournière, qui a conçu ce silencieux économique \u2014 qui augmente la puissance du moteur au lieu de la réduire.Peu coûteux, cet appareil sera lancé prochainement sur le marché pour le prix de cinq dollars. 22 Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 vu sortir de l\u2019hôtel Pierre, Hercule et Tiarko.La présence de Pierre Morel avait déconcerté Fatalis.Il avait vu Tiarko et Hercule monter en auto, disparaître, puis Pierre s\u2019éloigner pensif.Alors, rebroussant chemin, Fatalis était allé dans ce café d\u2019où il avait téléphoné à Félicien, bien certain que la communication toucherait le fidèle maître d\u2019hôtel du prince.\u2014 Et maintenant que vous êtes renseigné, monsieur Félicien.voici ce que vous allez faire.\u2014 De plus, avec la maison, on veas donne gratuitement un flacon da ce liquide à nettoyer les fenêtres.- Avant que Monsieur me donne ses instructions, coupa irrespectueusement Félicien, il faut que Monsieur sache que Monsieur a deux ennemis s\u2019appelant Pierre Morel et Hercule Sénateur.« Monsieur va être de mon avis lorsqu\u2019il saura ce que ces messieurs ont dit tout à l\u2019heure à Monsieur le prince ».Complaisamment, Félicien s\u2019étendit sur la conversation qu\u2019il rapportait à Fatalis, assez exactement, sauf quelques commentaires de son cru et l\u2019adjonction de certaines paroles dans la bouche d\u2019Hercule.-\u2014 Oui, monsieur, cette brute a offert à Tiarko de le seconder dans toutes ses affaires, quelles qu\u2019elles soient, vous entendez, à la condition que Tiarko lui accordât la main de cette Rosette qu'ils allaient chercher chez Mossi.Il faut vous méfier de cet Hercule.Je le crois capable de tout.Impassible en apparence, Fatalis avait écouté Félicien.Mais dans son coeur grondait un terrible orage contre Tiarko que la chance favorisait et qui allait être en possession de sa fille.de cette fille dont Andrea et lui comptaient se faire une arme contre le prince.L\u2019intervention de Pierre Morel dans cette affaire l\u2019irritait particulièrement.Quel jeu jouait donc ce journaliste ?Est-ce que très épris de la comtesse Wanda, il n\u2019aurait pas tourné casaque et, pour se faire bien voir d\u2019elle, il ne se dévouerait pas aux intérêts de son futur mari.Pour Hercule, Fatalis ne s\u2019en souciait guère.Il aimait cette Rosette, cherchait à la retrouver, et employait tous les moyens qu\u2019il jugeait bon.Il n'y avait pas à s\u2019inquiéter de lui.Félicien, dégustant avec béatitude un porto, respecta le silence de Fatalis, ne se permit pas d\u2019interrompre le cours de ses pensées.Sûrement, ce jeune homme songeait aux moyens à employer pour débarrasser la société de cet indésirable Hercule.\u2014 Félicien, dit enfin Fatalis, ce que vous m'avez raconté là est prodigieusement intéressant.\u2014 Daignez accepter ce billet de mille francs.\u2014\tOh ! monsieur.\u2014\tQui sera suivi de beaucoup d'au- tres si vous continuez à me servir fidèlement.\u2014 Monsieur peut compter sur moi ! dit Félicien s\u2019inclinant et faisant disparaître avec satisfaction le billet de mille.\u2014 J\u2019y compte d\u2019autant plus, qu\u2019une heure après votre trahison vous seriez mort.«Voici ce que vous allez faire.« En rentrant à l\u2019hôtel, vous irez mettre cette carte \u2014 ma carte de visite \u2014 bien en évidence sur le bureau de Tiarko.« Bien entendu, vous ne m\u2019avez pas vu.et vous ignorez par quel sortilège cette carte mystérieuse a pu être posée sur ce bureau.car personne n\u2019est venu à l\u2019hôtel.«Vous invoquerez, si c\u2019est nécessaire, le témoignage des autres domestiques.«Vous avez compris?\u2014 Oh ! très bien.C\u2019est pour flanquer le trac à Tiarko.lui donner une petite secousse.Fatalis sourit : \u2014 Vous êtes intelligent, Félicien, on fera quelque chose de vous.\u2014 Peut-être Monsieur, dit Félicien, voudra-t-il, ce soir, savoir ce qui s\u2019est passé chez Mossi.Monsieur pourra me téléphoner sans craindre vers les huit heures, car le prince, ce soir, dîne au Mac-Mahon avec la comtesse Wanda, et ils iront ensemble au théâtre, sans doute.\u2014 Erreur, dit Fatalis, la comtesse téléphonera tantôt qu\u2019elle est souffrante et fixera un autre rendez-vous à Tiarko.\u2014 Vous êtes certain, monsieur?\u2014 Absolument.Donc, je ne vous téléphonerai pas ce soir.demain peut-être.Ne vous préoccupez pas de cela.Quand j\u2019aurai le désir d\u2019entrer en communication avec vous, je le ferai de telle sorte que vous ne puissiez être compromis en quoi que ce soit.\u2014 Au revoir, Félicien.Allez porter ma carte et continuez à espionner ce qui se passe dans l\u2019hôtel.Ayant dit, Fatalis jeta un billet sur la table.\u2014 Payez et gardez la monnaie.je suis pressé.Je vais chez la comtesse.Félicien salua, regarda sortir Fatalis, commanda un second porto, le but et, ayant payé généreusement le garçon, rentra à petits pas à l\u2019hôtel Tiarko.A la porte, il se rencontra avec le baron Arsès qui portait une petite valise à la main.Obligeamment, Félicien s\u2019offrit à porter la valise.Arsès se récria, déclarant que la valise ne quitterait ses mains que pour passer dans celles du prince Tiarko.Et, suivi de Félicien, il se rendit dans le cabinet de travail de Tiarko.\u2014 Puisque vous me dites, Félicien, que le prince est sorti, j\u2019attendrai là son retour.Il s\u2019installa dans un fauteuil, mit la valise devant lui, posa ses pieds dessus.Profitant des soins que le baron donnait à la précieuse valise, adroitement, sans être vu, Félicien déposa la carte de Fatalis sur le bureau.\u2014 Puisque monsieur le baron n\u2019a pas besoin de mes services, dit-il, je retourne à mon travail.\u2014 Passez-moi la boîte de cigares, Félicien.Merci.approchez cette petite table.merci.du feu.merci.vous pouvez vous retirer.Rien de nouveau ?\u2014 Rien, monsieur le baron Ayant exécuté les ordres d\u2019Arsès, Félicien se retira gravement.Arsès, le cigare aux lèvres, l\u2019air réjoui, se complut à suivre de l\u2019oeil les capricieux méandres de la fumée de son cigare, satisfait de la façon dont il avait rempli sa mission, content de sentir sous ses pieds plus d\u2019un million d\u2019argent et de titres, à lui remis par l\u2019honnête Mossi.Le temps ne lui parut pas long.Il entendit enfin rentrer l'auto de Tiarko.Il ne bougea pas, fidèle gardien du trésor, ne voulant pas abandonner sa valise, même pour aller jusqu\u2019à la fenêtre.Tiarko rentrait, en effet, de Saint-Germain avec Hercule.Tous deux étaient fort irrités.Avoir trouvé la Grognasse ficelée à la place de Rosette avait été pour les deux hommes une cruelle déconvenue.Cette déconvenue s\u2019était aggravée d\u2019un combat furieux que dans l\u2019ombre de la cave ils avaient dû livrer contre la mégère, qui, la lampe éteinte, avait voulu s\u2019enfuir.Ils avaient réussi à la maîtriser, mais après maints coups échangés dans la nuit, au hasard, et dont Tiarko portait la trace.En effet, Hercule, exaspéré, avait frappé au hasard comme un sourd ou plutôt comme un aveugle et son poing qui croyait atteindre Grognasse avait souvent frappé Tiarko à la poitrine et au visage.Enfin, Hercule avait réussi à saisir Grognasse qui, dans un état lamentable avait été traînée à la lumière du jour.Là, brève explication.Grognasse s\u2019était ruée sur les deux hommes parce que c\u2019étaient deux amis de cette Rosette, que ces scélérats de Manillon et du Muzin étaient venus traîtreusement enlever en l\u2019absence de Mossi.Donc, si Mossi avait inspiré le premier enlèvement de Rosette, il était étranger au second.Alors, pour le compte de qui la seconde fois avaient travaillé les anciens complices de Mossi ?Hercule, pas un instant, ne pensa à Andrea.Il était, d\u2019ailleurs, incapable de penser, anéanti par la déception qu\u2019il venait d\u2019éprouver.Ne pas trouver Rosette chez Mossi l\u2019avait plongé dans un désarroi sans bornes.Mais Tiarko, après le premier moment de désespoir, s\u2019était ressaisi et son chagrin s\u2019était mué en une rage folle.Lorsqu\u2019ils eurent abandonné Gro- \u2014 Au suivant ! gnasse, en lui adressant les plus vifs reproches et en menaçant Mossi de leur colère, Tiarko et Hercule, remontant en auto, étaient retournés à Paris.\u2014\tQue faire ?gémissait Hercule tout le long du chemin.Que vais-je dire au papa Barnabé ?Le pauvre homme est capable d\u2019en mourir de chagrin.\u2014\tEst-ce que je suis mort, moi ?avait finalement riposté Tiarko énervé par ses lamentations.Et pourtant, c'est moi le père de Rosette.\u2014 Gémir ne sert de rien.Il faut agir:., agir au plus tôt.\u2014 Agir ?répondit amèrement Hercule, c\u2019est bientôt dit.\u2014 Pour ce qui est d\u2019agir, je n\u2019ai besoin de personne.\u2014 Encore faut-il savoir comment agir et contre qui ?\u2014 Contre qui ?.vous avez raison.Mais qui donc, hors Mossi, qui voulait me soutirer de l\u2019argent, avait intérêt à enlever cette malheureuse enfant ?« J\u2019ai beau chercher.je ne vois pas.je ne comprends pas.Ils cessèrent de parler, gardèrent le silence jusqu\u2019au moment où, rentré à l\u2019hôtel, Os pénétrèrent dans le cabinet de travail du prince.Hercule, en effet, avait suivi machinalement Tiarko, n\u2019osant le quitter, ne sachant quel parti prendre.Arsès, voyant Tiarko, s\u2019était levé d\u2019un bond et souriant.\u2014 C\u2019est fait, dit-il, tout va bien.\u2014 Ah ! s\u2019emporta Tiarko, tu trouves que tout va bien, toi ! Tu n\u2019es pas difficile.\u2014 Demande à Monsieur, si tout va bien.Il montrait Hercule, qui salua Arsès d\u2019un air gauche.Arsès, effaré, salua profondément cet inconnu.\u2014 C\u2019est à devenir fou ! rugit Tiarko se jetant dans son fauteuil de bureau.« Mossi a enlevé ma fille, Arsès, et on a volé ma füle à Mossi.« Mais quel est donc le diabolique personnage qui a commandé cet enlèvement ?Qui donc ?.Il s\u2019interrompit, resta stupide, contemplant avec égarement une carte de visite placée bien en évidence au milieu de son buvard.\u2014 Jacques de Fatalis! bégaya-t-il.Fatalis ! encore ! Pâle, il se retourna vers Arsès.\u2014 Que signifie ?dit-il.Ce monsieur est donc venu ici ?Arsès, ahuri, répondit : \u2014 Je n\u2019ai vu personne.Je suis entré ici avec Félicien.Il me semble bien que cette carte était là.Tiarko pressa sur le bouton électrique à portée de sa main, appuyant sans arrêt son doigt.La porte s\u2019ouvrit.Félicien apparut.\u2014 Que se passe-t-il ?.Monsieur le prince, j\u2019étais au bout du corridor et je.\u2014 Tais-toi, dit brutalement Tiarko.A quelle heure est venu cet individu ?\u2014 Quel individu ?\u2014 Le monsieur qui t\u2019a remis cette carte de visite- Félicien écraquilla les yeux, stupéfait.\u2014 Mais.mais personne n\u2019est venu depuis votre départ.que monsieur le baron.\u2014 Tu es fou.Quelqu\u2019un est venu.je te dis.Cette carte a été remise à quelqu\u2019un.Informe-toi.Tu es sorti, peut-être ?\u2014 Quelques minutes, en effet, pour aller prendre un verre avec un parent de province qui est venu me voir.J\u2019ai préféré l\u2019emmener au café au lieu d\u2019aller à l\u2019office avec lui.C\u2019était plus convenable.Il était si mal vêtu.\u2014 Alors, c\u2019est pendant ton absence que ce monsieur.\u2014 Mais non, monsieur le prince, protesta Félicien.Personne'n\u2019est venu en mon absence.j\u2019ai demandé à François, le valet de chambre, à Léopold, à Louis.«Vous pensez bien que si un monsieur s\u2019était présenté, moi, votre maître d\u2019hôtel, j\u2019aurais été le premier informé ».Félicien était sincère, cela ne faisait pas de doute.Mais, si personne n\u2019était venu.Alors, comment, par quel mystère, cette carte se trouvait-elle là ?C\u2019était effrayant, cette chose.Tiarko ne croyait pas au surnaturel. Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 23 Mais, toutefois, il devait convenir que ce qui arrivait là était si inexplicable qu\u2019il y avait de quoi confondre la raison.\u2014\tPeut-être, hasarda Arsès, est-on passé par la petite porte qui s\u2019ouvre sous le perron du grand escalier, dehors ?\u2014\tImpossible, je l\u2019ai condamnée depuis le bal, dit Tiarko, et j\u2019ai la clef sur moi.« La serrure est à secret.Il aurait fallu briser la serrure.\u2014 En ce cas, dit Arsès, je ne comprends plus.\u2014 Sortez, Félicien, ordonna Tiarko.Le maître d\u2019hôtel hors du cabinet, Hercule demanda : \u2014 Ne serait-ce pas celui qui a porté cette carte qui a enlevé Rosette et qui vous nargue?.\u2014\tOh ! s\u2019écria Tiarko avec une joie sauvage.vous avez raison, mon ami.Tas de doute.C\u2019est Fatalis ! Fatalis a enlevé ma fille.Vite.courez après cet homme, informez-vous.tenez-moi au courant.Demain, dans l\u2019après-midi, je verrai Mossi.venez ici vers cinq heures.\tAllez, allez,\tmon\tami.sauvez ma fille, ramenez-la.et je vous la donne en mariage.Hercule, fou de joie, serra la main de Tiarko, s\u2019élança hors de l\u2019hôtel.XIX \u2014 La provocation Pierre Morel était sorti de l\u2019hôtel Tiarko animé\tdes\tplus bizarres sentiments.Certes, il n\u2019avait\taucune sym- pathie pour le prince, loin de là.Le prince n\u2019était-il pas aimé par Wanda ?\tNe devait-il\tpas\tprochainement devenir le mari de la belle comtesse ?Il aurait fallu ne pas être amoureux comme l\u2019était Pierre pour éprouver un semblant d\u2019amitié pour un homme qu\u2019il considérait comme un rival, et un rival heureux.Pierre n\u2019aimait pas Tiarko.Il était près de le haïr.Mais, précisément parce qu\u2019il regardait Tiarko comme un ennemi, il lui répugnait de lui faire cette guerre sournoise et acharnée que préconisait Andrea.Qu\u2019il fût un aventurier, c\u2019était possible.Le chef hardi d\u2019une redoutable bande de voleurs, ceci était au moins douteux.En tout cas, cet homme devait être le mari de la comtesse Stepanowska, et, à ce titre, lui faire la guerre, le déconsidérer, n\u2019était-ce pas faire rejaillir sur la comtesse un peu de cette déconsidération qui allait s\u2019attacher au prince après cette série d\u2019articles venimeux et perfides dont l\u2019Américaine Andrea Smith était l\u2019instigatrice, mais dont lui, Pierre Morel, était l\u2019auteur ?La loyauté et la franchise du journaliste s\u2019indignaient à la pensée qu\u2019il servait aveuglément la haine d\u2019une femme contre un homme qui devait être l\u2019époux de la comtesse Wanda.Son honneur, pensa-t-il, ne lui permettait pas de rester l\u2019agent de Mme Smith, le serviteur de ses rancunes plus ou moins justifiées.Sous l\u2019impulsion de cette idée généreuse, Pierre se dirigea vers la rue Fontaine.Il voulait prévenir loyalement Mme Smith qu\u2019elle n\u2019ait plus à compter sur lui.Marchant à petits pas, ruminant de quelle façon, il pourrait donner sa démission à Mme Smith sans s\u2019en faire une ennemie, ce qui le poserait fort mal auprès de son directeur, qui était fort capable de le flanquer à la porte, Pierre allait, préoccupé, sans faire aucune attention aux passants.Soudain, il tressaillit.Débouchant d\u2019une petite rue, une femme élégante passait devant lui sans le voir, se dirigeant vers un bureau de poste.« Mais, c\u2019est la comtesse Stepanowska ! » murmura Pierre.Machinalement, il la suivit, le coeur tremblant, se demandant de quelle façon il pourrait l\u2019aborder pour lui présenter ses hommages.Et, comme elle était entrée dans le bureau de poste, Pierre, après avoir hésité quelques instants, entra.Au même moment, la comtesse, qui avait demandé un numéro de téléphone, était envoyée par la préposée dans la cabine numéro 1.\u2014 C'est bien vous qui avex demandé un vendeur agressif ?Il y avait foule aux guichets.Se frayant un passage, Pierre se glissa vers la cabine, fut repoussé dans un petit recoin, immobilisé entre cette cabine et l\u2019escalier qui conduisait au bureau du receveur.La voix de Wanda s\u2019élevait si claire que Pierre fut forcé d\u2019entendre.Et ce qu\u2019il entendit le stupéfia.La comtesse Stepanowska disait : \u2014 Allô.allô.mon cher prince.vous revenez de Saint-Germain ?.Qu\u2019alliez-vous donc faire en ce charmant pays?.Vous me le raconterez tout à l\u2019heure?.Hélas !.impossible de dîner avec vous ce soir, de passer la soirée ensemble-Je suis désolée.j\u2019ai une fièvre terrible.Je vous téléphone de mon lit.Non.non.ne venez pas prendre de mes nouvelles.Ma porte est condamnée oui.même pour vous.Le docteur m\u2019a interdit toute visite.Pauvre cher.désolée vraiment.Vous téléphonerai demain.Excusez-moi.je suis à bout de forces.Au revoir.au revoir.Pensez à moi.La communication était terminée.La porte s\u2019ouvrit.Joyeuse, souriante, la comtesse sortit, alla payer sa communication, et d'un pas rapide gagna la rue, suivie par Pierre, qui suffoquait de l\u2019audacieux mensonge de Wanda.« Pourquoi donc dit-elle qu\u2019elle est malade, que sa porte est condamnée ?« Evidemment, c\u2019était pour empêcher Tiarko de lui rendre visite, parce qu\u2019elle ne sera pas chez elle.« Mais alors, si elle ment aussi à son fiancé, à celui qui doit être son mari, c\u2019est qu\u2019elle lui cache quelque chose.« C\u2019est qu\u2019elle passe la soirée chez quelqu\u2019un dont Tiarko doit ignorer l\u2019existence.» De loin, il suivait la comtesse, dont l\u2019allure décidée, heureuse, semblait indiquer qu\u2019elle se rendait chez une personne dont la vue devait lui être particulièrement agréable.C\u2019est du moins ce que supposa Pierre, qui se sentit mordu au coeur par une terrible jalousie.Pierre admettait Tiarko, \u2014 non sans dépit, \u2014 mais un autre.De rue en rue, la comtesse marchait toujours sans une hésitation, sans regarder la plaque indicatrice.L\u2019endroit où elle se rendait devait lui être très familier.Pierre vit la comtesse s\u2019arrêter devant un immeuble de belle apparence, disparaître sous la porte cochère.Il leva la tête, chercha le nom de la rue.« Avenue du Colonel-Bonnet ! » Cela ne lui disait rien.Il s\u2019approcha de l\u2019immeuble, vit le concierge en sortir, bourrer sa pipe.Pierre l\u2019aborda.\u2014\tVous êtes le concierge de la maison ?demanda-t-il.\u2014\tOui, dit le concierge, bourru ; si c\u2019est pour louer, rien à faire.d\u2019abord, parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019appartement libre, ensuite parce que c\u2019est le gérant qui s\u2019occupe de ça.Il ajouta, avec amertume : \u2014\tCe n\u2019est plus nous qui touchons le denier à Dieu ! Si c\u2019est pas malheureux de voir des injustices pareilles.J\u2019ai touché, l\u2019année dernière, jusqu\u2019à trois mille francs.oui monsieur, pour un petit logement de deux pièces, au septième.\u2014\tJe ne cherche pas d\u2019appartement, dit Pierre, mettant dans la main du concierge un billet de cinquante francs, mais un renseignement.Le concierge sentit fondre sa mauvaise humeur.\u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a pour votre service ?demanda-t-il aimablement.\u2014\tJe voudrais savoir chez qui est allée la dame qui vient d\u2019entrer ?\u2014 Ah, ah ! ricana le concierge, clignant de l\u2019oeil, nous sommes amoureux, jeune homme.je vois ça.« Nous avons rencontré une belle fille, nous la suivons et nous la voyons entrer dans une maison dont nous ne connaissons aucun locataire.« Et nous n\u2019ôsons pas demander le nom de la dame.« Pour ça, j\u2019avoue qu\u2019il me serait impossible de vous renseigner, vu que je ne connais pas le nom de la dame.« Et elle vient ici comme chez elle, d\u2019ailleurs.Baissant la voix, confidentiellement, il déclara : \u2014 C\u2019est la bonne amie du vicomte de Fatalis.Pierre Morel pâlit.\u2014 Vous êtes sûr?\u2014 Ah! dame, je n\u2019ai rien vu ni rien entendu.Mais tout le fait croire.D\u2019abord, elle a une clef de l\u2019appartement.C\u2019est déjà une preuve, ça, il me semble.Quand un beau garçon donne la clef de son appartement à une jolie fille.\u2014 En effet, ricana Pierre.c\u2019est une preuve plus que suffisante.\u2014 Quand elle vient ici, elle se dirige directement vers l\u2019appartement, mais jamais elle n\u2019adresse la parole à ma femme ou à moi.« Souvent, même, quand nous sommes devant la porte, à prendre l\u2019air, si elle nous voit, au lieu de passer par l\u2019entrée qui est sous la voûte, elle entre par cette petite porte que vous voyez là, à dix mètres de vous.Oui, l\u2019appartement a deux issues, une sous la voûte, que nous pouvons contrôler, et l\u2019autre qui donne directement dehors.« C\u2019est pas très moral, vu que ça permet à quelqu\u2019un qui veut faire des farces de recevoir toute sorte de monde sans qu\u2019on puisse s\u2019y opposer.\u2014 Merci.merci.dit Pierre, d\u2019une voix rauque.je sais ce que je voulais savoir.\u2014 A votre service, mon cher monsieur.Mais, pour ce qui est de cette dame, vous savez, entre nous, rien à faire.Pierre avait assez de cet odieux bavardage.Sans répondre, il s\u2019éloigna, accompagné par le regard ironique du pipelet, qui, haussant les épaules, regagna sa loge.« Elle aime ce Fatalis ! z> se disait Pierre, qui s\u2019arrêta brusquement au bout de l\u2019avenue et se retourna, comme s\u2019il espérait voir sortir Fatalis et la comtesse de cette garçonnière qui abritait leurs amours.« Elle l\u2019aime.et elle épouse Tiarko ! « Ce n\u2019est pas le prince qui est un aventurier.C\u2019est cette femme qui est une aventurière, et ce Fatalis est, je le vois, quelque chevalier d'industrie, qui accepte le mariage de la comtesse avec le riche Tiarko, si même il ne la pousse pas à cette union.«Ce Fatalis! quel mystérieux et sinistre jeune homme.« Admiré de la comtesse, il est bien vu de Mme Smith, dont il exploite la confiance, en attendant qu\u2019il la fasse chanter.« C\u2019est un homme qui vit des femmes, un ignoble individu.« Il porte sa profession sur son visage.» Il eut un rire de rage.« Et la concierge de la comtesse qui me disait qu\u2019elle n\u2019avait jamais vu ensemble Fatalis et sa locataire ! « Parbleu ! ccs tourtereaux son trop malins pour se compromettre, compromettre leur fortune.Ils préfèrent se voir ici, où nul ne connaît le nom de Wanda Stepanowska.qui croit son secret bien caché.« Mais je la démarquerai, cette perfide.Je le démasquerai, son chevalier.«Je préviendrai Tiarko et Mme Smith.« C\u2019est un devoir, pour un honnête homme, d\u2019ôter le masque à de tels personnages.« Ces aventuriers n\u2019ont pas longtemps à jouir de leur bonheur.» Il parlait à mi-voix, grinçant des dents, et les rares passants qui le croisaient le regardaient avec surprise.Qu'importait à Pierre ?Les yeux fixées sur la maison où se trouvaient Fatalis et Wanda, le coeur gonflé de rage et de jalousie, il s\u2019obstinait à ne pas quitter l'avenue du Colonel-Bonnet.Qu'attendait-il ?Qu\u2019espérait-il ?La petite porte désignée par le concierge à Pierre s\u2019ouvrit.Un homme sortit de l\u2019immeuble, ferma la porte à clef et, d\u2019un pas tranquille, s\u2019avança vers Pierre, qu\u2019il n\u2019avait pas reconnu.C\u2019était Fatalis ! Arrivé à deux pas du journaliste, le vicomte le reconnut.Il s\u2019arrêta, les sourcils froncés, surpris de voir en ce quartier, près de chez lui, Pierre Morel, qui n\u2019avait aucune raison de se trouver là.PRESCRIPTIONS \u2014 Vous seriez bien aimable de surveiller un peu mieux vos ordonnances, mon petit ami.La dernière que vous avez exécutée pour moi avait un goût terrible.« M\u2019espionnerait-il ?» se demanda Fatalis, dont le front s\u2019empourpra d\u2019une subite colère.Pierre marchait vers lui, ironique, insolent.\u2014 Vous n\u2019êtes guère galant, monsieur, dit-il, pour abandonner aussi vite les dames qui viennent vous voir en votre garçonnière.La comtesse Stepanowska va bien s\u2019ennuyer en votre absence.Ceci était d\u2019une impolitesse et d'une 24 Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 LA PAUSE.de bonne bi onne numeur \u2014 Est-ce qu\u2019il y avait beaucoup de monde à votre fête ?demanda quelqu\u2019un à une vedette de Hollywood.\u2014 Mais non, répondit-elle, nous étions tout à fait entre nous.Il y avait mes deux filles, de mon premier mariage, mon quatrième ex-mari avec sa fiancée, mon futur fiancé à moi, et sa seconde femme à lui.* * * Dès la Libération, Charles Boyer reçut d\u2019un ami parisien des articles sur la situation politique en France, avec prière de les faire passer dans la presse américaine.\u2014 Je ne suis pas très fort en anglais, écrivait l'ami, et je vous prie de mettre, dans mes papiers, la ponctuation.\u2014 Cher ami, répondit Charles Boyer, je vous prie de ne m\u2019envoyer, la prochaine fois, que la ponctuation.J\u2019y ajouterai le texte anglais.?Maître Floriot raconte que, dernièrement, un client est venu le trouver lui disant qu\u2019il voulait divorcer.Le célèbre avocat lui fit comprendre qu\u2019il faudrait une raison valable.\u2014 J\u2019en ai une, dit le client : J\u2019ai trouvé mieux !.?Tout à coup, Frankie éclate en sanglots.\u2014 Mais qu\u2019est-ce qu\u2019il y a, mon chéri?demande Maman.\u2014 Ce matin, je me suis mordu la langue.\u2014 Mais, Frankie, et c\u2019est maintenant que tu pleures ?\u2014 Mais oui, Maman, ce matin, tu n\u2019étais pas là !.?Pendant un certain temps, Johnny avait élevé des poules et des canards.Mais, un jour, il put acheter un porc, et il en était très fier.\u2014 Faudrait venir voir un jour mon porc, dit-il à Bill.Deux jours plus tard, dans l\u2019après-midi, Bill y alla.C\u2019était la femme de Johnny qui était sur le seuil.\u2014 Je suis un ami de Johnny, dit Bill, je viens voir le cochon.\u2014 Vous venez trop tôt, répondit la femme.Il ne rentre jamais avant sept heures, cet animal ! ?G.K.Chesterton s\u2019était rendu dans une petite ville d\u2019Irlande pour y faire une conférence.Mais, dès son arrivée, il tomba très malade et dut s\u2019aliter.Un ami vint le voir et essaya de calmer le poète en vantant le bon air de la ville.\u2014 D\u2019après les statistiques, dit-il, nous savons que la mortalité, dans notre ville, n\u2019excède pas une personne par jour.Alors, Chesterton se souleva péniblement sur ses oreillers et chuchota : \u2014 Allez vite vous renseigner si le décès d\u2019aujourd\u2019hui a déjà eu lieu.?\u2014 Vous ne pensez pas, dit le Juge, que l\u2019accusé vous ait appelé «idiot» sans réfléchir ?\u2014 Mais non, Monsieur le Juge ! Il m\u2019a d\u2019abord longuement regardé ! ?* ?La principale occupation de la petite Catherine, six mois, est le hurlement.Elle hurle sans interruption du matin au soir et du soir au matin.Finalement, son père ne tient plus en place.\u2014 C\u2019est insupimrtable ! crie-t-il à sa femme.Il n\u2019y a pas de deuxième enfant au monde comme le tien ! Je m\u2019en vais ! Et il prend son chapeau et s\u2019en va.Il vient de partir quand une amie de sa femme arrive et propose à la malheureuse mère du bébé de le promener un peu au Luxembourg.Une demi-heure après, le père rentre, va vers sa femme, l\u2019embrasse et dit : \u2014 Je te dois des excuses, chérie! Et j\u2019ai fait tort à la petite Catherine aussi.Je viens de rencontrer un marmot au Luxembourg, eh bien! il hurle encore deux fois plus que le nôtre !.?\t?Une voiture roule en zigzaguant à travers les rues de Los Angeles.En la faisant stopper, les policiers trouvent au volant un homme complètement ivre.A côté de lui, sur la banquette, un livre tout neuf : « La vie heureuse sans alcool ».\u2014 Vous devriez lire çà, Monsieur! dit l\u2019un des policiers.\u2014 Pas.pas la peine, dit l\u2019ivrogne.J\u2019en suis.j\u2019en suis l\u2019auteur! ¥ ¥\t¥ Dans une petite ville du centre, plusieurs pompiers avaient pris leur service, à plusieurs reprises, dans un état assez éméché.Le maire de la mile fit alors afficher l\u2019avis suivant : \u2014 « Il est expressément interdit aux pompiers de la commune d\u2019ab- impertinence qui firent blêmir Fata-lis.\u2014\tMonsieur, riposta-t-il, je reçois qui me plaît, et n\u2019ai pas de comptes à rendre à un goujat de votre espèce.\u2014\tUn goujat, moi ! s\u2019emporta Pierre, levant la main, prêt à frapper.Le regard méprisant de Fatalis arrêta le geste brutal.\u2014\tMonsieur, inutile de vous conduire comme un portefaix pour m\u2019arracher la parole que vous souhaitez sans doute.Vous voulez vous battre, n\u2019est-ce pas ?\u2014\tOui, rugit Pierre.et le plus tôt possible.\u2014\tVous permettrez à nos témoins de se réunir et d\u2019arrêter les conditions du combat.Vous ne me contestez pas la qualité d\u2019offensé ?\u2014 Vous voulez choisir vos armes! dit Pierre.Le pistolet vous paraît moins dangereux que l\u2019épée.\u2014 Je choisis l\u2019épée! dit tranquillement Fatalis, redevenu maître de lui.« Mes témoins sont le prince Tiarko et M.de Rognac.\u2014 Le prince Tiarko ! s\u2019étonna Pierre.\u2014 C\u2019est tout naturel.N\u2019est-il pas le fiancé de la dame qui est chez moi, et que votre stupide provocation risque de compromettre à tout jamais.\u2014 Monsieur, je n\u2019ai pas de leçons à recevoir d\u2019un homme tel que vous.\u2014 Vous recevrez tout de même celle que je viens de vous donner, et, pardessus le marché, je vous fais cadeau du conseil suivant : « Prenez garde de ne pas nuire en quoi que ce soit à la comtesse Stepa-nowska, si vous tenez à votre vie ! \u2014 Vos menaces ne m\u2019effraient pas, mon petit monsieur.\u2014 Trêve dè radomontades ! Mes témoins se présenteront demain soir, vers six heures, à l\u2019Echo du Monde.La rencontre aura lieu le surlendemain, dans la matinée, à Saint-Cloud.J\u2019ai l\u2019honneur de vous saluer.Le vicomte de Fatalis porta le bout de ses doigts à son chapeau, et conti-nut sa route en sifflant un air de chasse.Pierre était si surpris de ce qui venait de se passer qu\u2019il demeura un instant comme pétrifié, tournant et retournant dans sa main la carte de Fatalis.Il vit disparaître son rival, et une poussée de haine fit affluer le sang à ses tempes, bourdonner ses oreilles.\u2014 Puisque Manda t\u2019aime, gronda-t-il, après-demain, je te tuerai.Il glissa la carte dans sa poche, se mit à la recherche d\u2019un taxi, et l\u2019ayant trouvé, jeta, d\u2019une voix encore vibrante de colère : \u2014 A l\u2019Echo du Monde ! et vivement.Un quart d\u2019heure ne s\u2019était pas écoulé que Pierre Morel gravissait le grand escalier qui conduisait au premier étage, où se trouvait son bureau, et heurtait Hercule, qui, arrivé depuis une demi-heure, réclamait de toutes parts son ami Morel.\u2014 Eh bien ?demanda Pierre, oubliant ses préoccupations pour se rappeler les recherches d\u2019Hercule et de Tiarko.Rosette ?\u2014 Disparue, volée ! dit Hercule.Il faut que je te raconte.c\u2019est affolant.\u2014 Passons dans mon bureau, dit Pierre, surpris.Hercule narra la visite à la villa de Mossi.\u2014 Et, dit-il en matière de conclusion, en frappant violemment du poing sur la table, nous connaissons l\u2019auteur de cet abominable rapt : c\u2019est le nommé Fatalis ! \u2014 Fatalis ! sursauta Pierre.Il se pourrait ?.\u2014 Le prince Tiarko et moi nous en sommes convaincus, déclara Hercule.«Aussi, je vais me mettre à la recherche de ce Fatalis, et, s\u2019il ne me rend pas Rosette, je le tue comme un chien.\u2014\tTu n\u2019auras pas cette peine, dit Pierre, dont les yeux lançaient des éclairs.Après-demin, je me bats avec M.de Fatalis ! Tu seras mon second.Je vais demander à M.Sérard d\u2019être mon premier témoin.\u2014\tTu te bas en duel avec Fatalis ?s\u2019écria Hercule.Toi ! pourquoi ?\u2014 Ceci est mon secret.Contente-toi de savoir que c\u2019est un duel à mort.\u2014 Mais, objecta Hercule, ému, tu peux être tué.Oh ! je sais bien que tu es un tireur de première force.Mais Fatalis peut être plus fort que toi ! \u2014 Ce jeune homme?.allons donc! dit Pierre, méprisant.J\u2019ai douze ans de salle chez Minewyn, et je n\u2019ai encore rencontré personne qui m\u2019ait battu.\u2014 C\u2019est vrai, dit Hercule, rassuré.Néanmoins, on a vu des choses si bizarres.\u2014 Alors, si je suis tué, tu seras libre de traiter Fatalis comme il le mérite.\u2014 Ne le tue pas tout à fait.qu\u2019il puisse me dire où il a caché Rosette.Pierre murmura : \u2014 Rosette.Rosette.pourquoi l\u2019aurait-il enlevée ?Il aime la comtesse Wanda.Je crois, mon ami, que Fatalis est étranger à ce rapt.Il a assez de choses à se reprocher sans qu\u2019on lui impute, à tort selon moi, ce nouveau méfait.« Nous tirerons cela au clair plus tard ; attends-moi ici.je vais chez M.Sérard.XX \u2014 La jalousie d'Andrea Andrea Smith était depuis plus de vingt minutes dans le cabinet du directeur de l\u2019Echo du Monde.Comme on le devine, la conversation roulait sur le prince Tiarko.Sérard \u2014 businessman \u2014 écoutait avec avec quelque impatience sa richissime conmmanditaire.La campagne sourde désagréable, parce qu\u2019il prévoyait que cela finirait par un scandale qui ferait monter le tirage de son grand journal, mais il s\u2019irritait de voir que discréditer Tiarko était le seul objectif d\u2019Andrea Smith.\u2014 Chère madame, expliquait-il, nous ne pouvons emplir les colonnes de notre journal d\u2019insinuations, d\u2019attaques plus ou moins directes, qui intéressent, je le veux bien, un certain monde, mais laisse indifférente la masse de mes lecteurs.« Les événements mondains ont un certain attrait, je le veux bien, mais un attrait fort inférieur aux événements politiques actuels, qui passionnent l\u2019opinion.\u2014 Ah ! fit Andrea, d\u2019un ton indifférent, faites toute la politique qui vous plaira, pourvu que passent bien en vue, en première page, les articles que je suggère à Pierre Morel.« L\u2019achat d\u2019une écurie de courses ne saurait etre mise en regard d\u2019une crise ministérielle, de la révolution mexicaine, des histoires séparatistes, etc.\u2014 Tout ça ne m\u2019intéresse pas.J\u2019ai souscrit tout à l\u2019heure pour l\u2019augmentation de votre capital.J\u2019ai signé pour trois cent mille dollars.Vous auriez demande plus, j\u2019aurais donné.Je n\u2019ai fait aucune objection.« Si je signe ainsi, sans discuter, faites-moi le plaisir, vous aussi, de ne pas discuter quand je formule un désir.\u2014 Ce désir devient un ordre dans votre bouche ! répondit Sérard, d\u2019un ton bourru.\u2014 Exactly, cher monsieur.Je paie, donc je dois avoir, en échange de mon argent, ce que je veux.«Je vous conseille de ne pas contrecarrer ma volonté. Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 25 « Il me reste plus d\u2019argent qu\u2019il ne faut pour faire un journal plus important que le vôtre, et couler l\u2019Echo du Monde.«En Amérique, nous n\u2019hésitons pas à démolir une maison qui ne plaît pas, et à en édifier une autre à la place.«Je sers vos inté.êts, voulez-vous servir les miens, oui ou non.Sérard était trop malin pour heurter de front Andrea Smith.\u2014 Vous savez bien que je ne demande qu\u2019à vous être agréable.mais laissez-moi le temps d\u2019habituer mes lecteurs à voir les échos en quatrième page passer en première.Vous êtes trop raisonnable pour ne pas comprendre qu\u2019une telle modification ne s\u2019opère pas d\u2019un seul coup.\u2014 Je vous donne dix jours.\u2014 Cela me suffit, dit vivement Sérard.Il sera fait comme vous le voulez.« Et, dans dix jours, que voulez-vous voir figurer en première page ?\u2014 Mon portrait.Non pas telle que je suis à présent.mais telle que j\u2019étais il y a dix-sept ans.Et, au-dessous de mon portrait, un article \u2014 documenté \u2014 sur l\u2019écurie de courses dont, depuis hier, je suis la propriétaire.On annoncera également que je viens de faire l\u2019acquisition de Myosotis.\u2014 Le gagnant du Derby ?\u2014 Oui, un cheval remarquable qui, au Grand Prix, sera le concurrent de Gibraltar, le fameux pur-sang acheté récemment par le prince Tiarko, qui est en train de monter son écurie.« Mes couleurs l\u2019emporteront, je l\u2019espère, sur les couleurs de Tiarko.«Je ne doute pas, d\u2019ailleurs, que, pour s\u2019assurer la victoire, il n\u2019emploie des moyens malhonnêtes pour empêcher mon cheval de courir.Cela me permettrait de le faire disqualifier et de provoquer un scandale retentissant qui déclencherait peut-être la catastrophe que je suis en train de préparer.Sérard ne put s\u2019empêcher de sourire.\u2014 Vous êtes un Machiavel féminin.\u2014 Machiavel, monsieur Sérard, lui un malhonnête homme.Ne me comparez pas à lui.Un coup léger fut frappé à la porte.\u2014 Entrez ! tonitrua Sérard, furieux!.Quel est le raseur ?\u2014 C\u2019est moi, monsieur Sérard, dit Pierre Morel.La présence d\u2019Andrea, qui lui souriait, le déconcerta.\u2014 Pourrais-je vous dire un mot en particulier, monsieur Sérard, dit Pierre Morel, après avoir salué froidement l\u2019Américaine.C\u2019est pour une chose très grave.Sérard, mécontent, bourru, ordonna : \u2014 Suivez-moi ! Ils passèrent dans un petit bureau voisin, dont Pierre referma la porte derrière lui.\u2014 Monsieur Sérard, je viens vous prier d\u2019être mon premier témoin dans une affaire d\u2019honneur.Le directeur regarda Pierre de travers.\u2014 Un duel! Vous que je croyais un garçon sérieux ! Et qui dirigera votre service, si vous êtes tué ?\u2014 Je n\u2019ai pas envisagé cette éventualité, car je suis sûr de moi.\u2014 Sûr de vous ! sûr de vous ! grommela le directeur.C\u2019est bientôt dit.Et, si je vous flanquais à la porte du journal, qu\u2019est-ce que vous diriez ?Pierre sourit.\u2014 Ce n\u2019est pas une réponse à ma demande, monsieur Sérard, fit-il remarquer.« Puis-je espérer que vous consentiriez ?\u2014 A être votre témoin ?Naturel- lement.Vous êtes un charmant garçon, très intelligent, très débrouillard, et dont je n\u2019ai qu\u2019à me louer.La preuve, c\u2019est qu\u2019à la fin du mois dernier, je vous ai augmenté de six cent francs.\u2014\tOh ! monsieur Sérard, comment vous remercier ?\u2014\tNe dites pas de bêtises.Comment s\u2019appelle votre adversaire ?\u2014 Il prétend s\u2019appeler le vicomte Jacques de Fatalis.\u2014 Fatalis ! Il me semble que je connais ce nom ?\u2014 Me Smith, sans doute, vous aura parlé de lui.C\u2019est un fort joli garçon, qui possède l\u2019art de séduire le coeur des étrangères.\u2014 Des étrangères ?répéta Sérard, souriant.Ah ! ah ! si je crois que je commence à comprendre.Vous vous battez pour une femme.pour Mme Smith.\u2014 Oh ! non, monsieur Sérard.je vous jure que Mme Smith n\u2019est pas en cause.\u2014 Alors, c\u2019est pour une autre ?Pierre, embarrasssé, hésitait.Brutal, Sérard dit : \u2014 Dans une affaire d\u2019honneur, les témoins ont le droit de connaître les motifs d\u2019une rencontre, pour voir s\u2019il n\u2019y a pas moyen d\u2019empêcher un galant homme de tuer ou d\u2019être tué.\u2014 J\u2019ai offensé gravement M.de Fatalis.Arranger l\u2019affaire est impossible.Qu\u2019en savez-vous ?\u2014 Il n\u2019aceptera pas d\u2019excuses, et je ne veux pas lui en faire.\u2014 Mauvaise tête que vous êtes ! Que s\u2019est-il passé de si grave ?\u2014 C\u2019est moi qui ai tort.J\u2019ai parlé légèrement d\u2019une femme que j\u2019avais vu entrer chez M.de Fatalis.\u2014 Vous aimez cette femme ?Pierre ne répondit pas.\u2014 Bon.bon.Et, naturellement, vous refusez de me dire son nom ?Bien.très bien.c\u2019est entendu.Quels sont les témoins de votre adversaire ?\u2014 Le prince Tiarko, paraît-il, et M.de Rognac.Comme je n\u2019avais pas désigné mes témoins, il est probable que ces messieurs me téléphoneront pour me demander leurs noms et où ils peuvent les rencontrer.« L\u2019entrevue des témoins est prévue pour demain, vers la fin de l\u2019après-midi.\u2014 Entendu.Vous ne voulez pas revoir Mme Smith ?Non.je comprends ça.Passez par ici.Et surveillez vos échos, mon bon.Coupant court aux remerciements de Pierre, Sérard revint auprès d\u2019Andrea fort intriguée par l\u2019attitude de ce journaliste si empressé et si courtois lorsqu\u2019il était chez elle, et qui maintenant la saluait à peine.Usant du droit qu\u2019ont toutes les jolies femmes d\u2019être curieuses et parfois indiscrètes, Andrea demanda à Sérard : \u2014 Que se passe-t-il donc ?\u2014 Oh ! moins que rien.Morel venait me demander d\u2019être son premier témoin.M.Morel a donc un duel ?\u2014 Oui, avec un monsieur qu\u2019il dit être de vos amis.M.de Fatalis.Je plains fort votre ami, chère madame.Dites-lui de se bien défendre.Morel est de première force à l\u2019épée.Andrea, dissimulant son trouble, se récria : \u2014 Mais, pourquoi donc ces jeunes gens se battent-ils ?\u2014 Oh ! vous savez, les jeunes gens.Toujours la même chose.une femme passa.Ah ! il s\u2019agit d\u2019une femme.Savez-vous son nom ?\u2014 Une étrangère, m\u2019a dit simplement Morel.Sa discrétion ne m\u2019a pas empêché de deviner.Depuis qu\u2019il est allé à cette fameuse soirée du prince Tiarko, il m\u2019a fait un bel éloge, à plusieurs reprises, de la beauté éblouissante de la comtesse Stepanowska.\u2014 Ah ! fit Andrea, se levant, M.de Fatalis se bat pour cette comtesse ?\u2014 Tout le fait présumer.Vous partez, chère madame ?\u2014 Nous n\u2019avons plus rien à nous dire, et je m\u2019en voudrais, cher monsieur, de vous faire perdre un temps précieux.Au revoir.Ne me reconduisez pas.Je connais le chemin.Elle se retira, bouleversée.L\u2019idée que Fatalis se battait pour la comtesse Wanda lui était odieuse.Elle monta dans son auto, et, incapable de se contraindre plus longtemps, elle laissa couler ses larmes, en murmurant avec désespoir : \u2014 Il m\u2019a menti.Cette comtesse n\u2019est pas une amie !.Il l\u2019aime !.il l\u2019aime ! XXI \u2014 La veille du duel La disparition de Rosette avait été un coup terrible pour le vieux Mossi.Le récit de la Grognasse lui avait donné un accès de rage indescriptible.Sa fureur contre Manillon et Muzin avait été sans bornes.Mais ce fut bien autres chose lorsqu\u2019il apprit la visite de Tiarko, en compagnie d'un colosse nommé Hercule, nour lui enlever cette Rosette qui devait lui rapporter tant d\u2019argent.Que le prince eût su que Rosette était sa prisonnière, évidemment, cela le troubla quelque peu.Mais plus troublante était cette pensée que le prince Tiarko avait pu être renseigné par cet invisible fameux chef de la bande de l\u2019Etoile, ce mystérieux et terrible personnage dont la puissance occulte emplissait de terreur Mossi et tous ses complices.Qu\u2019allait-il advenir de tout ceci ?Certes, Mossi avait exécuté le premier ordre du chef, remis à Arsès l\u2019énorme destinée au prince Tiarko, mais il avait perdu Rosette, qu\u2019il s\u2019était engagé à remettre au prince, et puis il y avait encore ce Fatalis, duquel il avait promis de s\u2019occuper.Mossi, rentré tard chez lui, passa la plus grande partie de la nuit à méditer, à échafauder toutes sortes de combinaisons ingénieuses pour se tirer d\u2019une situation difficile dont il était, en somme, responsable.S\u2019il n\u2019avait pas employé de fieffés bandits tels que Manillon et Muzin, les ravisseurs de la jeune fille n\u2019auraient pas songé à la reprendre.\u2014 Ils veulent, parbleu, faire chanter le prince et tout encaisser.« Mais ils ont compté sans le père Mossi, qui a plus d\u2019un tour dans son sac.« Demain matin, je mettrai en campagne tous mes limiers, et je dépenserai cent mille francs s\u2019il le faut.oui, je ferai ce sacrifice, pour retrouver mes gredins.Et après, nous rirons.« Ce n\u2019est pas la justice qui réglera le compte de ces scélérats, c\u2019est moi.« Le prince Tiarko, lorsqu\u2019il saura ce que je fais pour rattraper Manillon et Muzin, me pardonnera d\u2019avoir enlevé sa fille, d'autant plus que je lui prouverai que c\u2019était pour la soustraire aux dangereux amis de Manillon et Muzin.« Mais que diable ont-ils pu faire de cette enfant ?« Elle doit être enfermée du côté des fortifs, dans quelque bouge ignoble, d\u2019où il sera malaisé de la tirer.« Bah ! j\u2019ai fait plus fort que ça.« Je m\u2019occuperai aussi dès demain de Fatalis.« Quel peut être encore ce phénomène à qui s\u2019intéresse tant le prince Tiarko ?« Ah ! si je pouvais voir le chef.lui parler.lui expliquer.Ah ! j\u2019ai mal à la tête.Demain.demain.je réparerai tout.Et, en effet, le lendemain, Mossi, retourné à Paris de bonne heure, employa une partie de sa matinée à rendre visite à un tas de gens de physionomie peu sympathique, habitant dans OFFRE SPECIALE LE SAMEDI - LA REVUE POPULAIRE - LE FILM (Pour 12 mois) Canada\tEtats-Unis n\tCES TROIS MAGAZINES .$5.50\t$8.00 \u2014-\u2014 -\u2014 OU A VOTRE CHOIX-\u2014 ?\tLE SAMEDI (hebdomadaire)____________ 3.50\t5.00 ?\tLA REVUE POPULAIRE (mensuel) .\t1.50\t2.00 ?\tLE FILM (mensuel) .1.00\t1.00 IMPORTANT : \u2014 Marquez d'une croix s'il s'agit d'un renouvellement.?Nom Adresse Localité .Province .POIRIER, BESSETTE & CIE.LIMITEE \u2014 975-985, rue de Bullion, Montréal 18 26 Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 9 9 et le Ciel t'aidera par WERNER H.HIRSIG Prévisions astrologiques générales pour la semaine du 4 au 10 mai 1958 pour vous qui êtes né so us le signe : DU BELIER (21 mars - 20 avril) Vous vous laissez beaucoup absorber par vos problèmes affectifs et intimes, ce qui vous expose à négliger un peu vos affaires et votre travail.Pensez-y h temps.DU TAUREAU (21 avril - 20 mai) Il convient de ménager votre santé et de vous prévenir surtout contre de légers risques de refroidissement.Mais à part ça, la semaine s\u2019annonce comme encourageante, surtout sur le plan matériel.DES GEMEAUX (21 mai - 21 juin) Moment i\\ choisir pour chercher de nouveaux débouchés de travail ou d\u2019affaires.Vous savez présenter avec beaucoup d\u2019à propos vos requêtes et vos sollicitations.Amitiés nouvelles.DU CANCER (22 juin - 23 juillet) En fin de semaine surtout, vous aurez à vous prévenir contre des soucis résultant de dépenses excessives, inconsidérées.Tendance à montrer trop de confiance aveugle dans les amitiés nouvelles.DU LION (24 juillet - 23 août) C\u2019est le moment de mettre tout en oeuvre pour consolider votre situation financière et obtenir certains avantages que vous espériez.Votre santé nécessite quelques ménagements.DE LA VIERGE (24 août - 23 septembre) Dans les affaires en cours, vous avez tendance à faire la part belle à vos adversaires ou à vos associés et à ne pas défendre assez vigoureusement vos propres intérêts.Hésitations nuisibles.DE LA BALANCE (24 septembre - 22 octobre) Vous êtes capable de nouer des relations nouvelles et agréables cette semaine, et h faire des dépenses personnelles excessives à un moment, où, précisément, il serait bon de faire des économies.DU SCORPION (23 octobre - 22 novembre) Vous vous sentez plein d\u2019élan et de confiance en vous-même et cela vous permet d\u2019accentuer encore votre influence sur votre entourage et sur vos umls.DU SAGITTAIRE (23 novembre ¦ 21 décembre) Une semaine intéressante et à choisir pour traiter de tous problèmes nécessitant une solution urgente, aussi bien dans les affaires que dans la vie privée.Des membres de l\u2019entourage peuvent se trouver en difficultés et solliciter votre appui.DU CAPRICORNE (22 décembre - 20 janvier) Un moment à choisir pour reprendre vos activités avec plus d\u2019élan et d'énergie.Vous tenez votre chance entre vos mains, sachez les exploiter à fond, ne reculez devant aucun effort.DU VERSEAU (21 janvier - 19 février) -N.< Si vous avez quelque voyage ou déplacement Important à effectuer, c\u2019est le moment de l'entreprendre, vous le ferez dans de bonnes conditions, en veillant toutefois à ménager votre santé.POISSONS (20 février - 20 mars) Vous avez A fournir des efforts plus considérables que de coutume, mais vous le faites sans trop de peine, conscient d\u2019améliorer notablement votre position matérielle.Ne négligez pas vos amis.les quartiers les plus excentriques de la capitale.Ces dangereux repris de justice, ces échappés de bagne, ces candidats à l\u2019échafaud, dont Mossi connaissait à merveille la vie dans tous ses détails, et qu\u2019il avait souvent aidés de sa bourse, pour s\u2019en faire des amis, n\u2019hésitèrent pas à se mettre à la recherche de Maniollon et de Muzin.S\u2019ils réussissaient, la somme promise avait de quoi tenter la cupidité de ces malandrins, qui savaient bien qu\u2019en un cas pareil le méprisable Manillon et le déporable Muzin n\u2019auraient nullement hésité à trahir leurs chers camarades.Fournir un renseignement à Mossi, ce n\u2019était pas servir la police, au contraire.Donc, il n\u2019y avait nul déshonneur à rechercher ces vieux amis.Satisfait de sa matinée, confiant dans le succès, Mossi était rentré vers une heure rue des Vinaigriers.Il envoya son employé lui acheter des victuailles et une bouteille de bière, et il se restaura allègrement.Une bonne pipe activa sa digestion, facilita l\u2019activité de son cerveau.A deux heures, Mossi se plongea dans ses dossiers, après avoir congédié Bornet \u2014 car il ne voulait pas que son employé vit rentrer chez lui les limiers lancés à la poursuite de Manillon.Mossi espérait bien recevoir un ou deux de ces braves gens, lui appor-*ant déjà d\u2019intéressants renseignements.A quatre heures, un coup de sonnette violent.Mossi alla ouvrir, oubliant de regarder par le judas.Un jeune homme élégant, mince, l\u2019air hautain, était devant lui.\u2014 C\u2019est vous, monsieur Mossi ?dit-il, en toisant le vieux coquin.\u2014 Oui, monsieur.Mais à qui ai-je l\u2019honneur ?\u2014 Je suis le comte de Fatalis ! \u2014 Fatalis ! \u2014 Je vois que mon nom ne vous est pas inconnu.Veuillez, je vous prie, me recevoir dans une pièce plus confortable que ce vestibule crasseux et malodorant.Mossi était tellement suffoqué de cette visite que, perdant sa présence d\u2019esprit habituelle, ne sachant que répondre, il s\u2019empressa de conduire Fatalis dans son bureau.A peine dans ce bureau, Fatalis, comme s\u2019il eût été chez lui, alla ouvrir toutes les portes, regardant ce qu\u2019il y avait derrière.\u2014 Ah ! très bien.ce petit cabinet.D\u2019ici, on peut tout entendre, n\u2019est-ce pas ?.et.l\u2019on peut même voir, à travers ce papier percé de coups d\u2019épingles et adroitement collé contre cette ouverture de porte.C\u2019est parfait ! « C\u2019est là que je me tiendrai pendant que vous recevrez le prince Tiar-ko.\u2014 Le prince Tiarko va venir ?s'effara Mossi.\u2014 Il devrait être là, dit Fatalis, regardant l\u2019heure à un magnifique chronomètre en or enrichi de brillants.Mossi, l\u2019oeil mauvais, se rebiffa : \u2014 En somme, que voulez-vous de moi ?\u2014 Je vous l\u2019ai dit.entendre votre conversation avec Tiarko.Un mot, un geste qui révèle ma présence dans ce cabinet, et je vous brûle la cervelle.« La police ne m\u2019en voudra pas pour ce geste salutaire.Un coup de sonnette impérieux.\u2014 C\u2019est lui ! dit Fatalis, se glissant dans le cabinet noir.Allez ouvrir.C\u2019était Tiarko, en effet, un Tiarko déchaîné, d\u2019abord parce qu\u2019il n\u2019avait pas trouvé Wanda chez elle, et ensuite parce que, se rendant chez Mos- si, il s'était rappelé le peu d\u2019empressement de ce misérable, qui avait volé sa fille, à rechercher Fatalis, à s\u2019informer de ses faits et gestes, ainsi qu\u2019il en avait reçu l\u2019ordre.Il entra en coup de vent, ne permettant pas à Mossi de placer un mot.\u2014 Mossi, vous êtes un abominable scélérat, que je vais livrer à la justice de votre chef ! Vous m\u2019avez menti en disant que vous recherchiez ma fille.vous saviez où elle était.Vous l\u2019avez enlevée, conduite chez vous au lieu de la conduire chez moi.Pourquoi ?\u2014 Monsieur le prince ! \u2014 Taisez-vous, crapuleux personnage, gibier de potence ! Ah ! c\u2019est ainsi que vous vous conduisez envers moi ! Vous croyez qu\u2019on se moque impunément de Tiarko ?Vous allez apprendre ce qu'il en coûte, pour vous attaquer à moi.« Et d\u2019abord, je vous donne quarante-huit heures pour retrouver ma fille.« Passé ce délai, je vous livre à la justice.ou à la vengeance de votre chef, vous choisirez.« N\u2019oubliez pas qu\u2019entre autres méfaits vous avez sur la conscience le vol des sommes déposées chez le percepteur Dauthier, que vous avez fait condamner au bagne.« Vous avez falsifié les livres.\u2014 J\u2019obéissais au baron Arsès.à vous.\u2014 A moi, misérable! T\u2019ai-je jamais rien ordonné de semblable ?\u2014 Directement, non.mais tout le monde sait qu\u2019Arsès.\u2014 On ne sait rien.Les pièces volées par toi.les billets de banque numérotés, inscrits sur les livres de Dauthier, sont déposés par toi en lieu sûr.mais je vais faire mettre les scellés sur ton coffre, en sortant d\u2019ici, si tu ne retrouves pas ma fille, qui est, je le sais, aux mains de ce Fatalis dont tu n\u2019as pas encore voulu t\u2019occuper.sans doute parce que tu nous trahis pour le servir.C\u2019est Fatalis qui t\u2019a volé ou, d\u2019accord avec toi, a fait semblant de voler ma fille.\u2014 Vous mentez! dit une voix éclatante.La porte du cabinet, ouverte, montra sur le seuil Fatalis, vibrant d\u2019indignation après avoir entendu Tiarko s\u2019accuser, en accusant Mossi de l\u2019infamie qui avait causé la mort de Léon Dauthier.A la vue de cette apparition inattendue, Tiarko porta la main à sa poche pour prendre son revolver.Trop tard.Les deux mains de Fatalis, tendus, montraient à chaque main du jeune homme un revolver.Les deux armes étaient braquées, l\u2019une vers Tiarko, l\u2019autre vers Mossi.\u2014 Haut les mains ! commanda Fatalis.Tiarko et Mossi obéirent.\u2014 Vous êtes deux misérables, dit Fatalis.« Tous deux, vous méritez l\u2019échafaud.« C\u2019est assez vous dire que je ne me ferai aucun scrupule de tirer sur vous au moindre geste.« Votre exécution n\u2019est que retardée.«Il est faux, Tiarko, que j\u2019ai volé votre fille.«Je la cherche, au contraire, de mon côté, pour veiller sur elle et la défendre contre tous ceux qui voudraient lui faire du mal.« Cherchez-la comme je la cherche, et si vous avez besoin de mon aide, vous pouvez faire appel à mon secours.« En attendant que cette enfant soit retrouvée, vous allez, Tiarko, retourner à votre hôtel, où vous attend M.de Rognoc, qui est mon second témoin dans le duel qui aura lieu demain entre M.Pierre Morel et moi.Je vous ai fait l\u2019honneur de vous choisir pour premier témoin, Tiarko. Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 27 « Rognac vous donnera toutes les indications utiles.\u2014\tUn duel avec M.Morel, vous ! pourquoi ?demanda Tiarko, dont la colère contre Fatalis était tombée en apprenant qu\u2019il était étranger à l\u2019enlèvement de sa fille.Il y avait bien toujours cet avertissement le jour du bal, la carte de Fatalis mystérieusement parvenue.mais cela serait éclairci plus tard.\u2014\tPourquoi je me bats contre M.Morel ?dit Fatalis, ironique ; parce que M.Morel a parlé en termes outrageants de celle qui doit être votre femme, de la comtesse Stepanowska, que je respecte et que j\u2019aime comme une soeur.\u2014 Il a osé ! s\u2019écria Tiarko.Alors, c\u2019est à moi de me battre.\u2014 Après moi, s\u2019il vous plaît, mon prince.Je suis le premier en date, et je ne cède jamais mon tour de combat.« Serez-vous mon témoin ?\u2014 Mais.\u2014 Je vous donne deux secondes pour vous décider.\u2014 C\u2019est entendu ! dit Tiarko.mais après ?\u2014 Après?dit Fatalis, vous pourrez vous battre contre Morel ou contre moi.Mais, auparavant, vous consulterez la comtesse Stepanowska.« Au revoir, messieurs.« Mossi, ne perdez pas votre temps à vous informer de mes actes, car moi je me suis déjà occupé de vos faits et gestes.Vous êtes un grand criminel, Mossi.je vous ai déjà jugé.et condamné.Sur ces mots lugubres, Fatalis sortit lentement du bureau, sans que Tiarko ou Mossi aient songé à faire le moindre mouvement.Tiarko était resté songeur.Ce Fatalis qu\u2019il exécrait sans le connaître, pour son audace à le défier, à se poser en champion de Françoise Dauthier, à présent qu\u2019il l\u2019avait vu, qu\u2019il le connaissait, il éprouvait pour lui un sentiment étrange, fait de sympathie et d\u2019effroi.Fatalis qu\u2019il croyait son ennemi, était l\u2019ami de la comtesse Wanda.Il allait risquer sa vie pour elle ! Il recherchait Rosette pour la protéger ! Certes, il lui servirait volontiers de témoin, encore qu\u2019il eût exigé de lui ce service le revolver braqué, accompagnant sa demande de mystérieuses menaces et d\u2019insultes graves.Il l\u2019avait traité de gredin, avait parlé d\u2019échafaud.Que savait-il donc du passé de Tiarko, ce frêle jeune homme qui parlait comme un justicier, et dont les yeux avaient des lueurs funèbres ?\u2014 Ah ! monsieur le prince, cria Mossi, qui, jusque-là, était resté accablé, comme foudroyé sur sa chaise.prenez garde à vous ! « Cet homme vous tuera.J\u2019ai lu votre mort dans son regard.la mienne.« Croyez-moi.puisque vous connaissez ce chef tout-puissant, que personne ne connaît.mettez-vous sous sa protection.« Lui seul peut vous défendre contre ce Fatalis ! « Allez voir le chef ! \u2014 Vous avez raison.Je vais chez lui de ce pas ! Il sortit.Mossi bondit vers une armoire, l\u2019ouvrit, en retira une grande barbe à crochet, une perruque brune, un large chapeau, un grand pardessus raglan.Présentement, en moins d\u2019une minute, il était transformé, méconnaissable.Il se jeta dans l\u2019escalier, tirant derrière lui la porte de son appartement.Il arriva dans la rue pour voir l\u2019auto de Tiarko rouler lentement, prendre une rue à droite.Un taxi passait, Mossi le prit.\u2014 Suivez l\u2019auto à bande verte.Oui, la voiture que vous voyez là-bas ! dit-il au chauffeur.L\u2019auto de Tiarko, obligée d\u2019aller lentement à cause de l\u2019encombrement, fut facilement rejointe et non moins facilement suivie par celle de Mossi.Les deux voitures roulèrent sur les grands boulevards jusqu\u2019à la Madeleine, puis, prenant la rue Royale, l\u2019avenue des Champs-Elysées, la place de l\u2019Etoile, l\u2019auto de Tiarko, s\u2019engageant dans l\u2019avenue de Wagram, s\u2019arrêta enfin devant l\u2019hôtel du prince, pénétra dans la cour d\u2019honneur.Mossi, effaré, par la portière de son taxi qui avait stoppé, gronda : \u2014 Il m\u2019a dit qu'il allait chez le chef! Mais, ici, c\u2019cst l\u2019hôtel du prince Tiarko.Alors, le chef, ce serait.ce serait.Malédiction sur moi ! XXII \u2014 Deux heures après iahko trouva chez lui M.de Rognac qui l\u2019attendait.M.de Rognac était un vieux gentilhomme de province, ancien officier, vivant à Paris depuis quelques années, et à qui Fatalis était allé rendre visite à Paris, se recommandant d\u2019un des anciens camarades de régiment de l'ex-officier.Prévenu par le jeune homme du service qu\u2019il attendait de lui, M.de Rognac n\u2019avait pas hésité.Très chatouilleux sur le point d'honneur, l'officier déclara au prince Tiarko que cette affaire n\u2019était pas de celles qui pouvaient s\u2019arranger, et que les conditions du combat devaient être des plus sévères.Tiarko ne fit aucune objection, se mit d\u2019accord avec M.de Rognac, et, séance tenante, téléphona à Pierre Morel, à VEcho du Monde.\u2014 Allô.monsieur Morel.Je suis le prince Tiarko.Voulez-vous prier vos témoins de passer chez moi, où se trouve en ce moment M.de Rognac, le second témoin de M.de Fatalis ?.A moins que vous ne préfériez que nous nous rendions à votre journal.Vous allez demander à M.Sérard ?.Bien, j\u2019attends.Quelques instants après, Pierre Morel annonçait à Tiarko que ses deux témoins, M.Sérard et Hercule Sénateurs, se rendaient chez lui.Ce pauvre Hercule avait été quelque peu décontenancé d\u2019apprendre que Tiarko était le témoin de ce Fatalis accusé d'avoir enlevé Rosette.Il aurait bien voulu obtenir quelques explications, mais Pierre les renvoya à plus tard.Force fut donc à Hercule de suivre M.Sérard sans comprendre.L\u2019entretien des quatre témoins fut des plus courtois.La rencontre fut fixée le lendemain, à sept heures, dans les bois de Saint-Cloud.Arme de combat : l\u2019épée, avec gant de ville.M.de Rognac, choisi pour diriger le combat, décréta qu'il ne prendrait fin que lorsque aurait été constatée l\u2019infériorité manifeste de l\u2019un des combattants.Le procès-verbal fut rédigé, et Sérard et Hercule se retirèrent, pour informer leur client de ce qui avait été décidé.Pas un mot n\u2019avait été dit des motifs de la rencontre.\u2014 J\u2019ai rendez-vous au Cercle militaire, dit Rognac, après le départ des témoins de Pierre, ne pourriez-vous voir M.de Fatalis sans moi ?.Vous savez son adresse ?\u2014 Je vais me rendre chez lui.Voulez-vous, demain matin, vous trouver ici vers six heures.Mon auto nous conduira chez M.de Fatalis, que nous prendrons.A propos, avez-vous un médecin ?\u2014 Oui, le major Barras, un vieil ami.Le médecin, les épées, c\u2019est mon affaire.Ne vous occupez pas de ça.A demain.Tiarko accompagna M.de Rognac jusqu\u2019au perron, lui serra cordialement la main, et commanda son auto.Or, tandis que ceci se passait à l\u2019hôtel Tiarko, Andrea Smith qui avait vainement attendu la visite de Fatalis, \u2014 ne voulant pas téléphoner chez la comtesse Wanda, \u2014 se rendait avenue du Colonel-Bonnet, pour avoir quelques nouvelles au sujet de ce duel, qui l\u2019inquiétait.PATE A FRIRE DOREE % tasse d\u2019huile de maïs 1 tasse de farine à tout usage, tamisée 1% tasse de lait 1\tgros oeuf Mélanger l\u2019huile de maïs à la farine jusqu\u2019à ce que lisse.Ajouter le lait et l\u2019oeuf ; battre au batteur rotatif jusqu\u2019à ce que lisse.(La pâte à frire sera légère).Assécher bien les aliments ; saupoudrer légèrement mais également de farine.Tremper les aliments dans la pâte à frire pour les enduire complètement ; retirer et égoutter.Frire dans 3 ou 4 pouces d'huile de maïs à 375° F.(un cube de pain d\u2019un pouce bruni en 30 ou 40 secondes) jusqu\u2019à ce que tendre et brun doré.Egoutter sur du papier absorbant ; assaisonner et servir ou garder dans un four chaud.Utiliser la pâte à frire dorée pour : Poulet à frire (2% lbs ou moins) coupé en portions.Filets de poisson tel que \u2014 saumons, flétan ; des huîtres, crevettes, éperlans, pétoncles, palourdes entières, cuisses de grenouilles ou des sardines.Saucisses, petits hamburgers, côtelettes de veau, cervelle, ris de veau, saucissons.Petites carottes bouillies, panais, bâtons de carottes, anneaux d\u2019oignon, tranches de concombres non pelées, tranches d\u2019aubergine, salsifis, des parties tendres d\u2019artichaut, petits morceaux de chou-fleur ou de navet.Tranches de pommes ou d\u2019ananas, morceaux de bananes ou fraises.AGNEAU AU CARI ET AU RIZ 16 portions! IV2 !b d\u2019ag4ieau maigre dans l\u2019épaule, coupé en cubes Sel Poivre Farine Beurre 2\ttasses d\u2019eau chaude 1\toignon moyen, tranché 2\tc.à thé de poudre da cari % de tasse de farine à tout usage, tamisée 1% tasse de lait x/\\ c.à thé de jus d\u2019ail (facultatif) % de tasse de raisins secs gonflés Riz chaud Saler et poivrer l\u2019agneau ; l\u2019enrober de farine.Le faire lentement dorer dans un peu de beurre sur tous les c \u2022 \u2022 et pour moi .pour vous par Gisèle Papineau côtés.Ajouter l\u2019eau chaude et l\u2019oignon.Couvrir et cuire à feu lent 1 à 2 heures ou jusqu\u2019à ce que tendre.Remuer occasionnellement et mouiller d\u2019eau au besoin.Mêler la poudre de cari et la farine ; délayer avec un peu de lait pour faire une pâte lisse.Ajouter le reste du lait et incorporer au ragoût d\u2019agneau.Ajouter le jus d\u2019ail et les raisins.Cuire, remuant, constamment, jusqu\u2019à épaississement.Assaisonner au goût de sel et de poivre.Servir sur du riz chaud beurré.D\u2019autres ingrédients peuvent être ajoutés : noix de \u2022 coco séchée, jaune d\u2019oeuf cuit passé au tamis, blanc d\u2019oeuf émincé, pistaches salées, bacon émietté, pommes et chutney.ROTIES AU CAFE GRILLEES Voici une nouvelle version à l\u2019agencement « rôties et café ».Mélanger Vz cuillerées à thé de poudre de café instantané à V4 de tasse de sucre granulé.Découper des tranches de pain blanc enrichi en lisières d\u2019un pouce de largeur, et à l\u2019aide d\u2019un pinceau, en badigeonner toutes les faces de beurre ou de margarine fondus.Mettre sur une plaque et faire griller.Retourner pour faire brunir légèrement les deux côtés.POMMES AU CARAMEL (8 à 10 pommes) 8 à 10 pommes moyennes 8 à 10 hâtelets en bois 2 tasses de sucre granulé 1 tasse de cassonade 1\ttasse de crème épaisse (35%) % de tasse de sirop de blé d\u2019Inde % de tasse de beurre 2\tc.à thé de vanille 1 c.à thé de sel Insérer un hâtelet dans chaque pomme.Mélanger le sucre granulé, la cassonade, a crème épaisse, le sirop de blé d\u2019Inde, le beurre, la vanille et le sel dans une casserole.Cuire à feu moyen jusqu\u2019à ce que le thermomètre atteigne de 254 à 260 degrés ou jusqu\u2019à l\u2019obtention d\u2019une boule dure en mettant quelques gouttes de sirop dans un verre d\u2019eau froide.(Si nécessaire, remuer vers la fin de la cuisson pour empêcher de roussir).Retirer du feu et laisser refroidir jusqu\u2019à ce que le mélange épaississe légèrement.Tremper chaque pomme dans le mélange de caramel et faire tourner la pomme jusqu\u2019à ce que complètement couverte.Egoutter sur un papier parafiné. 28 Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 Ce qu\u2019avait dit M.Sérard de l\u2019adresse de Pierre avait alarmé Andrea.Elle en oubliait sa jalousie contre la comtesse Stepanowska, cherchait toutes sortes d\u2019excuses au geste de Fata-Üs, prenant la défense de cette femme qu\u2019elle détestait.Elle redoutait l\u2019issue du combat pour ce charmant jeune homme, dont la présence \u2014 elle se l\u2019avouait \u2014 lui causait le plus délicieux des émois.Elle aimait Fatalis, et ne cherchait plus à lutter contre un sentiment qui s\u2019était emparé d\u2019elle, la dominait au point de lui faire oublier par instants sa haine contre Tiarko.A quelques mètres de la maison habitée par Fatalis, l\u2019auto d\u2019Andrea s\u2019arrêta.Elle descendit, alla sonner à la porte, d\u2019une main que l\u2019impatience et l\u2019amour faisaient trembler.On ne répondit pas.Pourtant, Andrea était certaine d\u2019avoir entendu marcher dans l\u2019appartement.Elle sonna encore.Silence complet.Au concierge sorti de sa loge, elle demanda : \u2014 M.de Fatalis n\u2019est donc pas chez lui ?\u2014 Je l\u2019ai vu rentrer il y a une demi-heure.Il a dû sortir par la petite porte qui donne sur la rue.\u2014 Rentrera-t-il bientôt ?\u2014 C\u2019est peu probable, madame.\u2014 Mais il reviendra sans doute dans la soirée ?Enfin, vous le verrez ?\u2014 Dans la soirée.ça m\u2019étonnerait.M.de Fatalis ne passe jamais la nuit ici.Andrea, indignée, songea au mensonge que Fatalis lui avait fait lorsqu\u2019elle était venue le voir pour la première fois.Cette histoire de chambre faite de bonne heure par la concierge était une invention pure.Froissée, Andrea allait se retirer.Elle se ravisa.\u2014\tJe vous remercie.Pouvez-vous me donner une feuille de papier, que j\u2019écrive un mot ?\u2014\tMais certainement, madame.Si vous voulez entrer dans la loge ?Andrea, munie d\u2019une demi-feuille de papier, traça au crayon ces quelques mots, qui disaient toute sa sollicitude et son dépit amoureux : «Je viens d\u2019apprendre votre duel.« On dit M.Morel très fort.Méfiez-« vous.Puisque vous êtes introuva-« ble, et que, paraît-il, vous ne passez « jamais la nuit chez vous, ne sachant « où vous voir, je me permets de vous « laisser cet avis amical.« Andrea Smith.» Elle glissa le mot sous la porte de Fatalis.Etait-ce une illusion ?Il lui avait semblé entendre marcher, ramasser la feuille de papier.Elle sonna encore.Non, décidément, personne.Elle rejoignit son auto, monta.Au moment où le valet de pied, fermant la portière, lui demandait ses ordres, Andrea Smith vit arriver une superbe voiture à bande verte.Elle reconnut l\u2019auto du prince Tiarko.\u2014 Dites au chauffeur de dépasser cette voiture et de s\u2019arrêter à vingt-cinq mètres, après l\u2019avoir dépassée.Le valet monta près du chauffeur, donna les ordres.A travers le rideau, précipitamment tiré devant la vitre, Andrea, croisa l\u2019auto.\u2014 Tiarko, chez Fatalis! murmura-t-elle, affolée.que signifie cela ?Sa voiture s\u2019arrêtait.Se rejetant en arrière, Andrea regarda passionnément par le petit carreau qui se trouvait derrière l\u2019auto.Elle vit ressortir Tiarko, l\u2019air ennuyé.\u2014 Fatalis n\u2019était dontc pas chez lui, murmura Andrea.« Je m\u2019étais trompée quand j\u2019avais cru entendre marcher.Elle poussa un cri de surprise.Par la seconde porte, celle de la rue, une femme venait de sortir, appelant Tiarko, qui allait monter dans sa voiture, et Tiarko se précipitait, le visage illuminé par la joie, le chapeau à la main.McNtughl SymlKttr, li \u2014 C'est étonnant qu'aucun naufragé n'ait encore pensé à cela ! Il se courbait devant la dame, baisait la main qu\u2019on lui tendait.A l\u2019agitation de son coeur, Andrea devina qui était cette femme qui sortait de chez Fatalis.\u2014 La comtesse Wanda! dit*-elle, jalouse.Elle.Elle chez Fatalis ! « Lasse de l\u2019attendre, elle est sortie, et elle court se jeter dans les bras de Tiarko.Oh ! l\u2019infâme créature ! «Et Fatalis.Fatalis que j\u2019aimerais, m\u2019a menti.« Il est l\u2019amoureux de cette femme.«Folle que j\u2019étais de croire en lui, de venir le trouver pour le supplier de veiller sur lui.« Pierre Morel peut bien le tuer.Cela m\u2019est indifférent.Que dis-je, j\u2019en serais très heureuse.Elle prit le tube acoustique, et d\u2019une voix mourante, ordonna : \u2014 Retournez rue La Fontaine.Cependant Wanda Stepanowska, cédant aux instances de Tiarko, prenait place dans l\u2019auto et consentait à se laisser reconduire chez elle.\u2014 Mais, chère amie, dit Tiarko, s\u2019asseyant à ses côtés, que faisiez-vous donc chez M.de Fatalis ?\u2014 Je l\u2019attendais.Il m\u2019a laissée chez lui pour aller faire une course urgente.Ne le voyant plus revenir, je me suis décidée à partir, et un heureux hasard m\u2019a permis de vous rencontrer.Ah çà ! seriez-vous jaloux, par hasard ?\u2014 Dame ! il me semble.\u2014 Il vous semble mal ! M.de Fatalis n\u2019est et ne sera jamais qu\u2019un ami pour moi.Il va d\u2019ailleurs épouser bientôt une riche et chai-mante Américaine qu\u2019il aime et qui l\u2019adore.J\u2019espère que cela dissipera vos ridicules soupçons.\u2014 Oh ! fit Tiarko, rassuré, à vrai dire ma jalousie, chère Wanda, n\u2019était que superficielle.C\u2019était un nouvel hommage que je vous rendais.\u2014 Très joli ce que vous dites là, fit Wanda, railleuse.« Mais parlons de choses plus sérieuses.M.de Fatalis se bat en duel demain, avec un journaliste du nom de Pierre Morel, paraît-il.Il n\u2019a jamais voulu me dire la cause de ce duel.Quelque histoire de femme, sans doute.Ce serait au sujet de cette Américaine, que je n\u2019en serais pas surprise.DIS-MOI TON NOM.'6 te dirai j\tqui tu es CELESTIN Tous les dérivés de ce prénom devraient donner la perfection innée, avec quelque chose de vaporeux, d\u2019idéal, de « céleste » enfin ; or, les très rares Céleste, les Célestin et Célestine, un peu plus nombreux sont plutôt terre à terre et positifs que perdus dans les nuages.Très ordonnés, très actifs en même temps, ils vont leur chemin calmement et sûrement.CELINE Très douces, très bonnes, très dévouées, les Céline méritent d\u2019être heureuses et d\u2019attirer l\u2019estime et la sympathie.Lorsque le mauvais sort s\u2019acharne sur elles, ce qui, malheureusement, arrive, elles se montrent si résignées qu\u2019elles en deviennent plus touchantes encore ; cependant, cette douceur n\u2019est pas apathie, cette résignation n\u2019est pas indolence ; nullement autoritaires pour elles-mêmes, les Céline savent se révéler énergiques et surtout persévérantes lorsqu\u2019il s\u2019agit de travailler pour ceux qu\u2019elles aiment et de défendre leurs intérêts.CHARLES Plusieurs peintres, de nombreux écrivains apportent la preuve que les Charles sont bien doués pour les lettres et les arts : deux de nos plus fins conteurs, Perrault et Nodier, ont porté ce prénom ; Montesquieu, lui, déclarait « n\u2019avoir jamais eu de chagrin qu\u2019une heure de lecture n\u2019ait dissipé » ; cette boutade, si elle indique les goûts intellectuels des Charles, semble révéler, d\u2019autre part, qu\u2019ils ne sont guère émotifs, il ne faudrait cependant pas généraliser et les croire sans coeur ; l\u2019éloquence d\u2019un Mon-talembert puisait sa force dans la chaleur d\u2019âme d\u2019un orateur défendant une cause qu\u2019il aimait.Charlotte : Les Charlotte ont une volonté « terrible », indomptable ; pourtant, elles ne parviennent pas souvent à leur but.A quoi cela tient-il ?Sans doute à ce fait que leur imagination voit trop grand et les emporte au-delà du réalisable.Une sentimentalité ardente, on pourrait même dire violente, les agite et les empêche de se contenter d\u2019un calme bonheur qu\u2019elles jugent médiocre et insuffisant.Tiarko, satisfait, murmura : \u2014\tM.de Fatalis est la discrétion même.C\u2019est un fort galant homme.\u2014\tJ\u2019ai appris que vous étiez son témoin.\u2014\tJ\u2019ai cet honneur, et je venais justement chez lui pour lui rendre compte de notre entrevue avec les témoins de son adversaire.Je suis très ennuyé de ne pas l\u2019avoir trouvé.\u2014\tEcoutez, mon ami.Faites-moi part de ce que vous vouliez lui dire.M.de Fatalis me téléphonera sûrement dans la soirée, car il a été faire des courses pour moi, à l\u2019ambassade, au sujet de certains papiers dont j\u2019ai besoin.pour me marier.\u2014\tAh ! chère Wanda, s\u2019écria Tiarko transporté, vous consentez donc?.\u2014\tNe le saviez-vous pas ?dit la comtesse avec son plus séduisant sourire.« N\u2019aviez-vous pas deviné que lorsque ma bouche disait peut-être, mon coeur disait oui ?\u2014\tWanda., ma chère Wanda.Il la prit dans ses bras, voulut cueillir un baiser sur ses lèvres.Coquette, Wanda offrit son front.\u2014\tRespectez celle qui sera votre femme, Tiarko.Les baisers d\u2019amour viendront en leur temps.« Dites-moi vite ce qu\u2019il faut que je dise à M.de Fatalis.Rappelé à la réalité, Tiarko raconta ce qui s\u2019était passé.\u2014 Dites-lui, ajouta-t-il, que M.de Rognac et moi passerons le prendre à six heures un quart, demain matin.« A propos, est-ce que M.de Fatalis est bon escrimeur?.Son adversaire est redoutable, paraît-il, et je suis un peu inquiet.\u2014 M.de Fatalis m\u2019a dit ne craindre personne, à l\u2019épée, et considère ce duel comme une partie de plaisir.\u2014 Hum ! partie de plaisir.\u2014 Pour lui, j\u2019entend.pas pour son adversaire.que je plains de tout coeur.\u2014-Vraiment.Ah! vous me rassurez.Mais, dites-moi, chère et adorable Wanda, votre petite fièvre qui m\u2019a privé du plaisir de vous voir.\u2014 Envolée, disparue.Oh! ce n\u2019était pas bien grave.\u2014 Pourquoi ne m\u2019avoir pas permis de vous rendre visite ?\u2014 Dans la soirée?.vous n\u2019y pensez pas, Tiarko.Et ma réputation.Sachez que, après huit heures du soir, nul n\u2019est admis chez moi, pas même M.de Fatalis.La femme de Sésar ne devait pas être soupçonnée, dit-on, la fiancée du prince Tiarko ne doit pas davantage fournir matière à la médisance.«Et voilà, mon ami, pourquoi je ne vous ai pas reçu, quelque plaisir que m\u2019eût causé votre visite.« Mais, assez parlé de moi.Parlons un peu de vous.« Vous m\u2019avez téléphoné, ce matin, en me disant que vous aviez quelque chose de grave à me dire.Le front de Tiarko se rembrunit.Il pensait à Rosette, à sa fille disparue, à cette enfant, victime d\u2019on ne sait quelle odieuse machination et tombée, Dieu sait, en quelles mains.Ah ! s\u2019il arrivait qu\u2019elle fût perdue à jamais.Malheur à Mossi ! \u2014 Eh bien ?interrogea doucement la comtesse, qu\u2019avez-vous, mon ami ?« Vous semblez, soudain, très malheureux.« Vous aurais-je déplu sans le vouloir ?\u2014 Vous ne le pensez pas, Wanda.Votre amour me rend le plus fier et le plus heureux des hommes.Non, ce qui m\u2019attriste, c\u2019est un souvenir du passé.C\u2019est.Wanda, il faut que je vous fasse un aveu.Je suis père.\u2014 Vous ! \u2014 J\u2019ai une fille.une fille que je croyais morte.et dont le hasard m\u2019a révélé l\u2019existence. Le Samedi, Montréal, 10 mai 1958 29 « Or, je n\u2019ai appris l\u2019existence de cette enfant que pour apprendre en même temps qu\u2019elle avait été volée au brave homme qui l\u2019avait recueillie et adoptée.\u2014 Et cette enfant.vous ne l\u2019avez jamais vue ?\u2014\tJamais !.\u2014\tEt.vous l\u2019aimez ?Tiarko baissa la tête.\u2014\tJe l\u2019ajme.Wanda posa sa main sur la main de Tiarko.\u2014 Votre fille sera ma fille! dit-elle simplement.XXIII \u2014 Le duel IL y avait cinq minutes environ que Fatalis, ses deux témoins et le docteur, descendus de l\u2019auto du prince Tiarko, étaient arrivés dans le bois de Saint-Cloud, à cinq cents mètres environ de la lanterne de Diogène, lorsque arriva l\u2019auto de M.Sérard, \u2014 Votre enveloppe de paye sera un peu plus lourde cette semaine.Nous venons d'acheter une meilleure qualité de papier.avec Pierre Morel, Hercule, Sérard et un médecin de ses amis.Ils saluèrent courtoisement Fatalis et ses témoins.Pierre Morel restant près du docteur, Sérard et Hercule abordèrent Tiarko et M.de Rognac.On tira au sort, et le choix tomba sur les épées apportées par Tiarko.La direction du combat échut à Sérard.Les conditions réglées définitivement, l\u2019emplacement choisi, les témoins invitèrent les deux adversaires à mettre habit bas.Fatalis refusa péremptoirement.\u2014 J\u2019ai les bronches très sensibles, dit-il.Je veux bien risquer un coup d\u2019épée, mais non un rhume.M.de Rognac protesta : \u2014 C\u2019est l\u2019usage, mon cher ami.Vous ne pouvez garder votre redingote et votre gilet.« Il va de soi que personne ne suppose que votre adversaire ou vous, ayez une cotte de mailles sous vos vêtements, mais il est convenu qu\u2019on se bat à l\u2019épée en manches de chemise, alors que dans un duel au pistolet, au contraire, on garde sa redingote boutonnée et le col relevé, de façon à ne laisser passer le moindre bout de linge qui pourrait servir de point de mire.\u2014 C\u2019est absourde ! dit Fatalis.«Je me battrai tel que je suis ou ne me battrai pas.Tiarko transmis aux deux témoins de Pierre le désir de son client.Sérard et Hercule protestèrent avec violence.Pierre Morel, qui avait déjà quitté sa jaquette, haussa les épaules, ricana : \u2014 Si M.de Fatalis craint un rhume, ne le contrarions pas.Il sera bien obligé de se dévêtir pour se faire panser, après le combat.\u2014 Pardon, objecta Sérard, nous n\u2019avons pas à céder aux fantaisies de ce muscadin.Il y a un usage établi.[ Lire la suite la semaine prochaine ] CONNAIS-TOI T
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