Le Monde illustré, 1 août 1891, samedi 1 août 1891
[" LE MONDE ILLUSTRE ABONNEMENTS : 8ux ANNEE, No 37H \u2014SAMEDI, I: AOÛT 1891 ANNONCES : Onan, $3.00 - - - Six mois.81.50 La ligne, par insertion - - - .« 10 cents Quatre mois, 81.00, payable d'avance BERTHIAUME & SABOURIN, PROPRIETAIRES.Insertions subséquentes .- - - 6eents Vendu dans les dépêts - - 5 cents la copie BUnkAUX, 40, PLACE JACQUES-CARTIER, MONTREAL.Tarif spécial pour annonces à long terme \u2014 \u2014 LES EVENEMENTS DE 1537-38.\u2014EGLISF ACTUELLE DE SAINT-BUSTACHE, TELLE QUE KESTAURÉE.\u2014VUE DE LA FAÇADE 210 LE MONDE ILLUSTRE \u2014 LE MONDE ILLUSTRE MONTREAL, Ier AOUT 1891 SOMMAIRE Texts.\u2014Nos primes.\u2014-(auserie, par Gilberte, Hiblio- graphie, par J.-B.Chatrian.\u2014 Mémoire, par Francisque Sarcey.\u2014T'iens bon ! Roman canadien inédit : Un amour sous les frimus, par Louis Tesaon.\u2014 L'\u2019église de Saint-Eustache, par Dr Charles-V.-F.Mar- cil.-Mathématiques amusantes : Ce que c'est qu\u2019un million, par Paul Calmet.\u2014l\u2019oésie : La mort de Ché- uier, par l\u2019amplhiile LeMay.- Etudes historiques : Les anciennes églises de Montréal, par (GA.Dumont.\u2014 Grand panorama des modes d'été.\u2014 Poésie : Les enfants à leur mère, par Albert Ferland.\u2014Uue promenade au jardin Viger, par J.-L.Boissouncault \u2014Un épisode de la Commune en 1871.\u2014 Feuilleton : Fleur- de Mai (suite).\u2014Chosas et autres.\u2014 Nouvelles à la main.GRAVUREs.\u2014 Les événements de 1837-38 : Eglise de Saint- Enstache, telle que restaurée : Vue de la fayade.\u2014 Tiens bien !\u2014 Panorama des modes d'été (cinq gravures.Primes Mensueues où Monoe luuosme Ire Prime 1 1 #50 2me \u201c .25 3me \u201c 4444 15 4me 14 10 5me \u201c Ce 5 6me \u201c Ce 4 me \u201c Cee 4 3 8me \u201c ce 2 86 Primes, 2 $1 .86 94 Primes $200 Le tirage se fait chaque mois, dans une salle publique, par trois pervonnes choisies par assemblée.Aucune jrme ne sera payée après les 30 jours qui suivront le tirage de ue mois.NOS PRIMES QUATRE-VINGT-DIX-HUITI EME TIRAGE Le quatre-vingt dix-buitième tirage des primes mensuelles du MONDE ILLUSTRE (numéros datés du mois de juillet), aura lieu samedi, le ler AOÛT.à 8 heures du soir, dans la salle de 'UNION.SAINT-JOSEPH, coin des rues Sainte-Catherine et Sainte-Elizabeth.Le public est instamment invité y assister.Entrée libre.CAUSERIE * La négligence de !'éducation des femmes, uelque brillante que soit leur instruction, est un premier mal d\u2019où naissent d'autres.\u201d ** La femme de bon sens et bien inatruite.Revue Canadienne\u2014ldéc, 1889, uis quelque temps, la question da l'éducation de la jeune fille, de son rôle dans la société et plus encore au foyer, est, je crois, une des plus chaude ment contestées, celle qui donne lieu à des polé miques dans lesquelles des idées absurdes en croisent d\u2019autres non moins ineptes.où un ju gement droit et sain, servi par l'expérienue de la vie, discute souvent avec une ignorance profonde et tenace.Que voulez-vous La question étant d'un auprême intérêt, l'arêne est ouverte à quiconque veut entrer en lice et, ma foi ! les jouteurs ne manquent pas et les projets de réforme uon plus.mais hélas ! tous ces beaux plans combinés dans un moment d'enthou siascue sont le plus souvent relégués dans le du- maine des 1llurions perdues.Et cependant, combien d'exprits sérieux crient que le mode actuel d'éducation n\u2019est plus supportable ! Combien d\u2019intelligences supéricures, cherchant une intelligence ex-«quo, déplorent l\u2019étroitesse des cerveaux féminins ! Combien de cœurs droits, désireux de so créer un foyer, se plaignent qu'on ne trouve plus que drs poupées dans le monde, qu\u2019une femme sérieuse y est aussi rare que Semblable À ces nénuphars dont le calice d\u2019or se balance au-dessus «le l'onde, sans souci de la tempête, la jeune fille de bon sens et douée d\u2019une Ame forte bien haut plane au-dessus de ces intelligences étroites qui ont pour aliment une coquetterie pleine d'astuce et pour rosée des pleurs amères lorsque la vanité n'est pas suilisamment repue, ou l'orgueil entisfait.Hélas ! où trouve-t on, de nos jours, des jeunes filles sérieuses, sages qui, possédant cette connaissance intuitive de leur devoir, s'appliquent à devenir ce que Dieu et ls société demandent d'elles ?Le nombre n\u2019en est-il pas relativement petit et certes, il y a là matière À absolution pour les célibataires ! Je comprends qu'il répugne à un homme sérieux d'associer À sa vie une jeune fille dont le cerveau fiévreux ne rêve que bals, toilettes et chez qui une coquetterie innée s'effarouche d\u2019une vie obscure, presque toujours ridiculise la fidélité et la constance, * + + Et pourtant, qu\u2019elle est belle la femme de bon sens, la femme d'intérieur ! Qu'elle est admirable celle qui sait égayer un foyer, dissiper le nuage qui se dessine à l'horizon, mettre un peu de joie sur un front sérieux, l'espoir dans le cœur brisé par les luties de la vie.celle qui sait pleurer avec l'âme, ec-ur de la sienne, sourire de son bonheur, applaudir à ses succès, l'encourager dans ses échecs et ses déboires.Il est impossible, ce me semble, que le mari d'une telle femme puisse songer À autre chose qu\u2019à son at home délicieux.Que lui sont ces clubs, les théâtres, ces tavernes, ces bouges de tous genres, poisons violents qui tuent lentement et sûrement chez l'homme qui s\u2019y livre, l'amour du foyer ?.N'at-il, pas près de lui une de ces perles précieuses dont l'esprit supérieur et le cu'ur dévoué en font à la fois ln compagne de ses travaux et la contidente de ses pensées ?.Malheureusement, on dirait que la jeune fille ne comprend pas, ne soupçonne même pas cette joie exquise d'un foyer heureux.Conséquemment, elle ne se prépare guère à autre chose qu\u2019à briller le mieux possible dans un salon et à y recevoir avec grâce les ndulations flatteuses de quelques papillons d'un soir qu\u2019une banale règle d\u2019étiquette lui a fait fortuitement rencontrer.Jamais, je ne me marierai si je ne rencontre autre jeune fille qu\u2019une tête de linotte et un cœur vide des qualités essentielles au bonheur,\u201d me disait un quelqu'un, encore tout récemment.Tête de linotte ! pensais je après lui.et depuis, ce qualificatif malin, mais Lien approprié à zea cervelles, que le désir du romanesque et de l\u2019imprévu affole, me bourdonne à l'oreille et me suggère des velléités de réaction.* » cs Mais, sommes-nous seules la cause d'une décadence aursi sensible ?Sans doute, il faut se garder de poser à la pharisien, cependant.jadis, quand un jeune homme voulait se créer un foyer, tout d'abord il cherchait une femme d'esprit et d'intérieur, une femme dont tout le mérite ne consistât pas à danser avec grâce ou à détiter avec à propos ces mille riens adorables qui constituent ce qu\u2019on appelle l\u2019esprit de salon.Ce qu\u2019il désirait, c'était une compagne (le ses labeure, un cœur noble, dévoué, dans lequel il pût incruster son amour profond et loyal, une Ame simple et droite, conseillitre discréte à l'occasion, une side pour gravir cette longue route de la vie dont le calvaire couronne souvent le sommet, une femme comm la sagesse noué la décrit : \u201c\u201c demeurant forme sar ses pieds comme des colonnes d\u2019or sur des bazes d'argent, rendant son mari content et heureux.\u201d Les temps sont bien changés.Aujourd'hui, aucune jeune fille ne court plus lo risque d\u2019épingler le bonnet de Ste-Catherine que celle qui ne sait rendre une romance, toucher an instrument ou barbouilier quelques pastels, serait.elle charmante personne, instruite, spirituelle et causeuse.lien n'y fait : elle n'a pas ce vernis extérieur qui attire la génération actuelle, cetto grâce de mouvements qui enivre trop souvent, cet esprit superficiel qui charme.Elle n\u2019est pas mondaine, clle n\u2019est pas coquette.+ + * La jeune fille ne comprend pas la beauté d\u2019une vie intérieure, calme et tranquille, parce qu'elle ne l\u2019entrevoit qu\u2019à travers le prisme de la légèreté et d'une efllorescence ardente.Elle croit austère ce qui n'est que sérienx.Tout ce qui est reposé lui semble ennuyeux, insipide.Une circonstance imprévue\u2014et en soirée, la chose arrive\u2014la met- elle quelques moments en la compagnie de ces hommes dont le génie élevé ne rase jamais le terre- À terre des esprits étroits ?.Une nostalgie du cwur la saisit et sous prétexte qu'on s'occupe de questions transcendantes, eile court se réfugier dans un cercle plus à la mode où le thème de la conversation sera une minutieuse revue des actes de telle personne.La moindre étourderie devient vite scandale dans ces caquets À huis \u2018clos ! Sa figure s'anime alors, d'ennuyés, mornes, ses yeux deviennent pleins d'intérêt.Comma elle s'ingénie À ne rien perdre de la conversation ! et sur le-champ, apparait en pleine lumière cette satire mordante, cette critique acerbe, assaisonnées de plaisanteries banales À l\u2019adresse de personnes ahsentes.le tout émaillé ça et là de sourires fins et significatifs qui soulignent amplement cette diatribe vivlente.Voilà ce qu'est cet esprit de salon et dire qua l'on recherche ei avidement ces femmes qui excellent dans l\u2019art de médire avec finesse et caus ticité ! L'obstacle à une vie d'intérieur vient donc de ce que la jeune fille occupe ses loisirs à des bagatelles, à des légèretés qui écartent son esprit du devoir et le lancent dans les régions de l'idéal, de l'inconnu, lui faisant croire que le bonheur ne git pas dans le calme de la vie.Que n\u2019oppose t elle l'étude à cet impérieux besoin d'imprévu ! Que na faitelle son intelligence héritière de ces longs instants donnés à la frivo- tité ?Mais, hélas ! à peine sortie du pensionnat, la jeune fille mondaine ne fait plus d'étude.L'idée seule la fait bailler.Aussi, après une année ou deux dans le monde, ca demi-savoir de parade s\u2019eat-il évaporé et la malheureuse, se perdant dans son histoire, ne se gêne nullement de faire mourir Louis NV sur l\u2019échafaud, comme la chose est arrivée à une compagne mienne, devant une réunion d'élite.Et cette chétive mémoire portait cependant une métiaille d\u2019or.Toute confuse, elle s\u2019en alla consoler sa mésaventure dans un quadrille qui s\u2019ouvrait : c'était une danseuse recherchée.Je compris ce soir- là qu'il vaut peut étre mieux figurer gauchement dans un lancier et causer avec grâce et esprit.++ + D'autre part, que ne passeton à lire\u2014mais à lire quelque chose d\u2019utile\u2014ces longues heures consacrées À circonscrire la rue Notre Dame et la rue St-Jacques 1 Xi vous parcourez ces rues vers quatre heures de l\u2019après-midi, vous crolsez sana cesse les mêmes jeunes filles à mine gaillarde, à\u2018tète étourdie.et à cœur blasé peut-être.Elles font assez penser À ces feux follets qui, chaque soir, reviennent errer, et qui, après avoir décrit les arabesques les plus bizarres, vont s\u2019éteindre derrière un toit isolé ou se perdre dans la profondeur des bois.« J'ai beau regarder, je ne vois jamais passer ma belle,\u201d disait un étudiant à un jeune notaire 4 * B \u201c LE MONDE ILLUSTRE 211 dont le couvre-chef s\u2019inclinait à tout instant devant les jolies promeneuses.\u201c\u201c Que vous êtes heureux, mon ami, repartit le notaire, vous avez trouvé une véritable perlo ai cette jeune fille est une femme d'intérieur.\u201d L'amour du foyer, du coin du feu : voilà ce que je voudrais buriner en caractères de feu au plus rofond du cwur de chaque jeune fille.Mais je m'arrête.Je n\u2019ai pas l intention, moins encore la prétention, de faire de cette causerie une étude des mignons péchés, des défauts couleur de rose du sexe auquel j'appartiens.Je n'ai fait qu\u2019émettre quolques idées.J'aurais voulu, pourtant, démontrer qu'avec la volonté et ls patience nous pouvons corriger cette légèreté inhérente à notre nature féminine, cette passion effrénée du dehors.Toute jeune fille, quelque violent que soit son caractère, peut le plier, devenir douce, aimable, bonne et se faire plus tard le génie et l'ange de son mari.Le foyer et la société en bénéficieraient.CILBERTE, BIBLIOGRAPHIE L'amour de Jacques\u2014 Roman, par Charles Fuster.Paris, Fischibacher, 33, ruc de Seiue.\u2014) vol., prix 3 francs.Un nouveau volume de Cliarles Fuster, le brillant écrivain, dont le MonpE ILLUSTRE a publié de remarquables poésies et, tout récemment, une étude sur l\u2019œuvre «d\u2019Erckman-Chatrian, vient de faire son apparition à la librairie Fischbacher, à Paris.Son titre ?\u201c L'amour de Jacques.\u201d Un roman, simple comme le cadre où il se «léroule et dont le sujet tiendrait en dix lignes.Jacques lleurlin est un musicien, que la vie de Paris dégoûte et dont il n'emporte, dans son cher village de Chérisy, qu\u2019une seule wuvre : ** Les lauriers,\u201d qu'il ** avait trouvée un soir d'autonine, à la fin du crépuscule, comme il revenait de dire adieu À la première \u201c amie.\u201d Le succia est venu, car \u2018\u201c pour la première fois, sans s'en douter ni le vouloir, après tant d\u2019opéras manqués et d'oratorios essoufllés, Jacques avait fait un chef-d'œuvre \u201d C\u2019est ainsi qu\u2019il s\u2019envole vers Chérisy, le joli village du Valois, où la vieille maman Îleurlin tient le bureau de tabac, partagée entre le deuil de son mari, tué à \\Viesembourg et l'amour de son petiot, de son Jacques qu\u2019elle adore.C\u2019est une nouvelle existence qui s'ouvre devant lui, calme et reposée, à côté de la bonne maman Heurlin, qui le dorlote ; au milieu du ces belles forêts, où il fait de longues promenades, car \u201c il y a là de la fraichour muette, des parfuma puissants, de la mousse, des brindilles qui craquent, de rapides bruita d'oiseaux, toute une vie enfin, qu'animent les jeux du soleil, les bandes de clarté dans les toiles d'araignées, la caresse de la lumière aux troncs soudain rajeunis.\u201d Et qui sait ?S'il allait rencontrer là has ce qu\u2019il a vainement cherché à l\u2019aris, la réalisation de son rêve, de tout rêve d'artiste \u2018\u2019 une fillette accorte, naïve, gaie, qui ne l\u2019aimera plus pour sa réputation, ni pour ses moustaches, ni pour ses épaules, mais tout franchement, comme la fleur s'ouvre, comme la colombe attend, comme on aime.\u201d Mais non : malgré les bons soins de la maman Heurlin, malgré les cafés au lait exquis et parfumés, dont elie a le secret, Jacques s'ennuie : i! a Ia nostalgic de la grande ville, qu'il faut revoir, des amis, de la brasserie.et il s\u2019en va.Il s\u2019en va, mais il revient, et 1a maman Heurlin est tellement heureuse de revoir son prtiot aupres d'elle, qu\u2019elle lui parle vaguement du pharmacien de Chériay et de mademoiselle Suzanne, sa fille.\u2018 Suzanne, un joli nom, bien doux et cilin, bien tendre ! Mais maman Ileurliu & eu soin de ne pas lui dire que Jean, le fils du marchand do moutons, un ami de Jacques, aime Suzanne et qu'elle n même promis, 4 dix ans, de I\u2019épouser.Il ne désespère cependant pas, Jacques, car il a remarqué que des ceux c'est lui qu'on préfire.Mais si près de la réalisation de \u2018tous ses rêves, \u2014 n'est-ce pes ainsi clans la vie ?\u2014Jean, qui s'est aperçu de quelque chose, se tire un coup de pistolet en pleine poitrine, à la fate de Cliérisy, 4 deux pas de Suzanne, qui s'y promène, au bras de Jacques.Tl en reviendra pourtant, car Jacques le fait transporter chez la maman Heurlin, qui le soigne comme son fils, Et après cela ?Eh ! bien, mon Dieu, après cela, c'est tout simple : Jacques fait le ancrifice de son amour, parce qu\u2019il a entendu le malade \u201c murmurer à trois reprises : Suzanne.et il s'en va à l\u2019aris, avec la maman Heurlin, dans un coin de ce Paris provincial, presque campagnard, qui groupe ses hôpitaux, ges couvents, ses comes, ses larges avenues désertes, autour de l'observatoire.\u201d Il travaille, travaille à mort : \u201c La première année, il s\u2019est senti dévoyé, perdu Mais le travail, un travail effréné.coupé seulement par quelques promenades daus les quartiers tranquilles, a mangé les heures, dévoré les jours, lentement délivré cette pensée.\u201d Et l'histoire se termine sur cette réflexion de la maman Jleurlin, qui la résume toute entière : \u201c Tout de même, mon petit,\u2014il est bon.\u201d + +* + Voilà ce livre, \u2014auque! nous prédisons un succès bien mérité, \u2014simple comme son titre, mais empreint d\u2019une poésie si vraie et si pénétrante.C'est écrit avec le cœur, cela, et son auteur nous disait bien vrai, dans la lettre dont il accompagnait l\u2019envoi d'un exemplaire, qu'il a eu l\u2019amabilité de nous offrir : \u201c Aujourd'hui parait mon livre entre tous chéri, auquel je travaillais depuis cinq ans et qui me tient tout particulièrement au cœur.\u201d Nous avons tenu à le présenter aux nombreux lecteurs du MONDE lI.LURTRÉ, parce que c'est la une de ces «uvres qu\u2019il faut lire et, bien mieux, conserver religieusement dans ce coin retiré et mystérieux de la bibliothèque, où l\u2019on garde les amis intimes des mauvais jours, qui consolent et réconfortent.Car nous en avons besoin, par ce temps de littérature corrompue et de naturalisine éhonté, ou l'art, cette sublime incarnation du Vrai ot du Beau, traine dans toutes les boues et dans toutes les fanges du ruisseau.Lisez donc l'Amour de Jacques et je vous promets quelques bonnes heures de douces jouissances et de courses champêtres À travers ces admirables payaages du Valois, que l'uteur décrit de façon si magistrale et peut être qu\u2019en refermant le volume, sur la dernière page, vous répéterez avec moi tandis que quelques larmes vous monteront aux yeux : \u2014C'est beau, c'est admirable, parce que moi aussi, j'ai eu une \u201c Suzanne \u201d dans ma vie.4 Bb, Bruxelles (Belgigue), 1501.LA MEMOIRE La mémoire se perd elle à mesure que l'on avance en Âge, ou peut-elle être conservée à conci tion de la cultiver et de l'exercer Ÿ C'est un beau thème à discussion.Le malheur est que ces questions ne comportent pas de solutions fermes et précises.Je répondrais volontiers : C\u2019est selon.Il y a des gens qui n'unt jamais eu de mémoire.Comment la mémoire qu'ils n'ont pas eue çe per- drait-clle en avancant en age ?Il y a cent espèces de mémoires.Tel a la mémoire des faits et des dates : tel autre a celle de la poésie : tel autre celle des sons musicaux : tel autre a la mémoire des visages ou des lieux.Il est bien rare que lors que on a ainsi une mémoire particulière très développée, on ne ln garde pas jusqu\u2019à la fin de sa vie.Elle faiblit À mesure que l'on » vance en Âge, cela est probable : c\u2019est le malheur de la vieillesse que tout s\u2019en va défaillant peu À peu ; les membres sont moins souples, l'esprit moins actif, l'estomac moins solide, la santé moins forte, pourquoi la mémoire échapperait-elle seule aux causes d\u2019effritement qui ruinent peu à peu tout le reste.Ue qu'on peut dire, et ce qui doit être vrai, car tous les vieillards l'ont éprouvé, c'est qu\u2019à un certain Age on se rappelle plus nettement les impressions d'enfance que celles de la veille.J'en fais l'expérience sur moi-même : j'ai la mémoire très incertaine, encore qu'assez abondante.Je garde un souvenir très net, très exact et tres précis des grandes premières représentations auxquelles j'ai assisté, il y a trente ans, et des pièces que j'ai vues dans ma prime jeunesse, il y a près d\u2019un demi- siècle.J'oublie le spectacle de la semaine dernière.Il semble que sur une mémoire déjà surchargée les impressions nouvelles ne mordent pas aussi profondément, et qu'elles s'effacent aussitôt que tracées 1! y a des mémoires très promptes qui ne sont pas tenaces ; il y a au contraire des mémoires qui gardent toujours ce qu\u2019elles ont emmagasiné lentement.Les mémoires très promptes tout à la fois et très tenaces sont des plus rares.J'en ai rencontré quelques-unes dans ma vie : celle d'Edmond About par exemple, Un journal cite comme une grande merveille un vieillard qui récitait des milliers de vers : About savait encore par cœur sur la fin de sa vie tout son La Fontaine, qu'il avait appris à l'école primaire ; M.Ernest Legouvé possède à près de quatre vingts ans une des mémoires les plus richement meublées qu'il v ait au monde ; Guillaume Guizot pourrait réciter, je crois, tous les poèmes un peu saillants qui ont été publiés ces cinquante dernières années.La mémoire musicale n\u2019est pas fort rare dans le monde des artistes et chez quelques-uns elle passe toute imagination.1! y a des musiciens qui n\u2019ont besoin que d'entendre une fois un morceau pour le savoir d'un bout à l\u2019autre, et ils le gardent toute leur vie, et trente ans après, ils n\u2019ont qu\u2019à l\u2019évoquer, pour qu\u2019il reparaisse tout entier sous leurs doigts au piano.Il est vrai que ceux-là ne connaîtront peut être jamais d'autre date que celle de la Révolution de 1789.11 est évident qu'on a plus de chance de conserver la mémoire, si on la cultive et si on l\u2019exerce.Mais il faut que le don premier y soit ; autrement, serviteur ! et je défie bien un homme qui n\u2019a pas la mémoire musicale de se mettre un air dans la tête, y employât-il toutes les forces de son attention.On pourra tourner et retourner en cent façons la question posée, on n\u2019arrivera pas à une solution qui s'applique à tous les cas.Il n\u2019y a là, comme disent les avocats, que des espèces.FRANCISQUE SARCEY.TIENS BIEN ! (Voir gravure) Le lourd cheval de peine vient de quitter la charrue, après une longue journée de labeur aux champs.ll n'est encore qu'à moitié dételé.Pour le mener à l\u2019abreuvoir, Pierre, 'ainé des fils, douze ans, a vite grimpé à califourchon par dessus les harnais.Bébé veut en être aussi, et le grand frère le maintient devant lai l\u2019une main, tandis que de l\u2019autre il garde les rênes.Quant à petit Paul, quatre ans, on l\u2019a mis en croupe et il se cramponne bien fort au corps de s0n aîné.Au mouvement plongeant que fait le cheval pour boire à l'étang, \u201ctiens bien !\u201d crieton à petit Paul qui perd presque l'équilibre : et le petit homme serre, serre si fort, qu'il en a les doigts crispés aux habits de Pierre.Pendant ce temps, la maman, avec Rosette, la petite sœur, penchées au daseus du mur voisin, suivent avec intérêt l'émotionnante scène.J.S E.La paresse va si lentement que la pauvreté l\u2019at- toint bientôt.\u2014 FRANKLIN. 212 LE MONDE ILLUSTRE ROMAN CANADIEN INÉDIT ~~ AMOUR SOUS LES FRIMK \u2014\u20140He\u2014 I MARGUKBITE Leur amour avait été comme un coup de foudre dans un ciel serein.C\u2019était un soir.Le hasard les avait mis en présence dans les salons de M.et Mme Spierling.Ila se voyaient pour la première fois.Qui des deux regarda l\u2019autre le premier ?TI serait impossible de le dire ; eux-mêmes probablement n\u2019en savent rien.Toujours est-il que dès que leurs regards se furent croisés, ils ne cessèrent de se reporter l'un eur l\u2019autre, çomme deux aimants, obéjesant à une attraction fatale et aveugle.Marguerite était si belle ! L'ovale du visage, presque pur, s'encadrait merveilleusement dans les ondes soyeuses d'une chevelure blonde.Des mèches foiles jetaient leurs-spirales légères sur la blancheur du front, comme un vol d'oiseaux échappés du nid maternel.Les traite, presque réguliers, respiraient l'élégance, la fraîcheur et la santé.La pesu blanche prenait aux joues des tons roses accentués encore davantage à cette heure par un bon feu qui flambait dans la cheminée du salon, ou plutôt, par l'émotion nouvelle qui venait subitement de s'emparer de la jeune fille.Une sensation délicieuse courait dans ses veines, activant la circulation du sang qui coulait en filets limpides, comme des veines bleues eur la blancheur du marbre.Les ailes délicates du nez semblaient vibrer sous un souffle invisible, et les coins de la bouche toute rose avaient de légères contractions comme ces plis à peine perceptibles qui s\u2019ébauchent, le aoir, sur la surface d'un lac tranquille.Une femme, grande, maigre, venait de se mettre au piano et d'attaquer l'air : O mon Fernand.La voix était claire, sonore, bien timbrée, mais sans chaleur et sans expression.Cependant, soit par li esse, soit par intérêt, un grand silence s\u2019était baie tout à coup dans la tiédeur du salon, et des flots de mélodie coulsient sur les têtes attentives des invités.Seules, deux vieilles dames dans uu coin, s\u2019en- tétaient à continuer à demi-voix une conversation entaméa depuis une demi-heure sur les avantages de la tempérance et les vicissitudes du temps, et le bourdon incessant de leurs paroles servait d'accompagnement au piano.Toutes les autres personnes formaient un cercie rooueilli.Les unes paraissaient écouter conaciencieusement ; les autres observaient silencieusement leurs voisins, les femmes surtout avec cet esprit critique qui leur est si familier.Ce n\u2019était qu\u2019une réunion très ordinaire, presque une soirée de famille, mais la compagnie était certainement une des mieux choisies de la ville de Charlottetown.Toutes les physionomies, jeunes et vieilles, respiraient un air de distinction accentué encore par leur attitude recueillie.Il y en avait de toutes conditions : physionomies ré- veuses de jeunes gens et de jeunes filles, visages plus graves de vieillards robustes et bien conservés.Ils pouvaient être une vingtaine.L'ameublement du salon formait un cadre ma- nifique à ce charmant tableau.Sur la tapisserie Sor et à fleurs des murs s\u2019étalaient de belles toiles, dont quelques unes signées d'un nom fameux.Sous les pieds, un tapis moelleux au fond vert avec des fleurs multicolores, comme une prairie éinaillée de pâquerettes et de boutons d'or.Au-dessus des têtes, le plafond étendait sa surface blaache, relevée çà et là de lignes en relief et de dessins aux angles.Du centre descendait une suspension gracieuse, divisée en plusieurs tiges comme les branches d'érables couvertes de plantes grimpantes, et aux extrémités desquelles s\u2019échappaient des jets de gaz formant une couronne de flammes.Une lumière douce s\u2019épandait dans tout l'appartement, mêlée au rayonnement tiède du feu de la cheminée, allumant l'or dos tapisseries et des tableaux, rehaussant le poli des meubles etle satiné des étoffes, se reflétant dans les vitres des fenêtres et entourant d\u2019une chaude caresse les chinoiseries qui souriaient d'un sourire malin et satisfait du haut de leurs étagères.À peine çà et là les meubles projetaient ils quelques bribes d\u2019ombres comme des formes d'animaux fantastiques accroupis sur les tapis.La grande baie vitrée, formée par la rotonde avancée sur la rue, #allumait de toutes les flammes du gaz qu\u2019elle retlétait et donnait ainsi au salon des profondeurs mystérieuses.Marguerite s'était installée dans la pénombre d'un grand rideau de reps vert.Ainsi placée hors de la direction des regards qui étaient tous concentrés sur le piano, la tête à demi noyée dans l\u2019ombre, elle pouvait regarder à loisir.Alfred s'était placé devant elle sans que personne pût s\u2019en apercevoir.Elle avait des attitudes de chatte pelotonnée dans un coin et guettant ga prois.Par moments, elle semblait sommeiller dans le recueillement de la musique ; puis sa paupière se soulevait lentement et l'œil avait des fixités étranges comme une pro- nelle de fauve dans la nuit.C'était d'abord une lueur timide, un éclair rapide, puis le regard, plus assuré, certain d\u2019être compris cette fois, s\u2019épandait comme une caresse.On eût dit nn océan de tendresses, comme si tonte l'âme de la jeune fille eût débordé de ses yeux humides de passion.Le jeune homme et la jeune fille s'étaient compris, dans ce langage muet, plus expressif que toutes les paroles.Ils s'étaien: dévoilé l'un à l'autre leur amour.Ils paraissaient si bien faits l\u2019un pour l'autre.Tous deux jeunes, grands et beaux.Alfred avait une de ces physionomies distinguées qui attirent de suite la sympathie, cles traits assez réguliers, un front intelligent, ces cheveux blonds.Chose étrange : il avait une ressemblance frappante avec Marguerite.C'était la méme élégance de traite, quoique plus prononcés chez le jeune homme, les mêmes yeux surtout, des yeux clairs et limpides comme un coin de ciel bleu.Le hasard a de ces bizarreries, et c\u2019est peut être là qu'il faut chercher le secret de cette affection subite des deux jeunes gens.° Quoi qu\u2019il en soit, il n'y avait aucun calcul de leur part.lls se connaissaient à peine ; ils s'étaient peut-être entrevus à une ou deux reprises dans la rue, et pour la première fois ce soir le hasard les mettait en présence l\u2019un de l\u2019autre.On voit qu\u2019ils n'avaient pas perdu leur temps.Et comme les minutes leur semblaient courtes ! Qu'ils eussent voulu les prolonger ! Mais bientôt les derniers accords du piano s\u2019é- vanouire nt dans le silence, et la conversation e\u2019éleva de nouveau en fusées légères de tous les coins du salon, comme une bande d'oiseaux, posée un instant à terre, reprend subitement son vol dans l'espace.On entendit alors la voix des deux vieilles dames : \u2014IN y a trente ans, disait l\u2019une, que l'on n'a pas vu un hiver si précoce et s\u2019annonçant avec une telle vigueur.Nous sommes À peine aux premiers jours «le décembre, et déjà la navigation est arrêtée.\u2014Oui, dit l\u2019autre, il y a, paraît il, plusieurs navirez de gelés dans la baie.A ces paroles, un gros monsieur éclata de rire.\u2014(Comment ! est-ce qu'il fait véritablement froid au point cle geler les planches des navires ?Son interlocutrice l'arrêta par un regard qu\u2019elle fit aussi fâché qu\u2019elle pût : \u2014 Toujours le même donc, M.Spierling.Il faut mettre les point sur les +, avec vous.N'avez vous pas compris que les navires sont pris dans la glace ?: \u2014A Ja bonne heure ! je vous comprends maintenant, s'écris M.Spierling en se rejetant nn fond de son fauteuil pour rire tout à son aise du bon tour qu\u2019il venait de jouer encore 4 Mme Emily.Mais, Mme Emily était habituée aux quolibets de M.Spierling, et elle ne se déconcertait pas pour si .conversation reprit de plus belle, \u2014C'est tout de même bien désagréable, fit ol.server un monsieur entre deux Ages, de cet air sérieux que les hommes d'affaires anglais apportent même au milieu des plaisirs Les bateaux ordinaires ne peuvent plus faire la traversée à cause de la glace, et le Stanley n\u2019est pas prêt, ce qui fait que nous sommes sans nouvelles du continent depuis près de huit jours.\u2014Pardine, s\u2019écria une voix de jeune fille.Nous serons bientôt comme Robinson Crusoé dans son fle.Cette raillerie, soulignée de quelques rires, ne fit pas perdre à la conversation le ton sérieux qu\u2019elle avait prise.\u2014 Heureusement qu\u2019il nous reste encore le télégraphe, reprit un voisin.Pour moi, je fais toute ma correspondance par l'électricité.Cela me coûte cher, certainement ; mais au moins mes affaires n\u2019éprouvent pas de retard.\u2014C'est vraiment déplorable, ajouts M.Spencer, politicien appartenant au parti libéral, c'est-à- dire de l'opposition Le gouvernement fédéral nous a dotés d'un bateau capable de faire la traversée de l'Île au continent par presque tous les temps à travers In glace ; mais encore faut il que ce bâteau soit prêt au moment voulu.Ce retard cause des préjudices énormes au commerce et À toute la population.Il est inexcusable.On voit bien que le gouvernement fédéral se soucie de I'le du-Prince Edouard à peu près comme un poisson d'une pomme.M.Spierling l\u2019intorrampit de sa bonne voix un peu railleuse : \u2014Ah ! bah ! vous exagérez toujours les choses.Nous ne sommes pas parfaits, que diable ! et pour quelques jours de retard dans votre correspondance, vous n'en serez pas mort.\u2014 Time is money, répondit sentencieusement M.Spencer.\u2014Vous vous plaignez, ajouta un vieux mon sieur, mais qu'auriez-vous donc dit, si vous aviez été ici il y à quarante ans, alors que le télégraphe n\u2019existait pas et qu'on avait de communications avec le continent que par navire À voiles et que pour la plus grande partie de l'hiver nous étions isolés daus notre ceinture de glace et sans nouvelles de l'extérieur.\u2014l»ah ! bah ! tout cols est très joli ; mais celn ne prouve rien, sinon que nous avons fait des progrès depuis ce temps-là et qu'aujourd'hui, il n'y a pas de raison valable pour que nous restions si longtemps sans communications avec le conti nent.Tandis que ces messieurs discutaient ainsi sur ces graves questions, il s'était formé à côté d'eux un groupe composé principalement de dames et de quelques jeunes gens, où s'agitaient des propos plus mondains.l\u2019abord, Mme Spierling, une dame d'environ dix ans plus jeune que son mari, ce qui laissait encore À son compte une quarantaine d'années, mais encore très fraîche et bien conservée.Les cheveux abondants se séparaient autour du front en longues torsades qui descondaient jusqu'au bas des oreilles, jetant une ombre d'austérité sur ce visage calme.Les yeux bons et doux, s'allumaient parfois, dans la discussion, d\u2019un éclair malicieux.Puis Mme \u2018Spencer, une grande blonde, belle, distinguée, d'environ quarante ans aussi ; avec une masse de cheveux noués sur le sommet de la tête ; et enfin tout un essaim de jolies filles rieuses, entourées de jeunes garçons plus graves.L'atmoaphère du salon s'échauffait toujours et les voix flâtées des femmes se mélaient aux intonations plus graves des hommes, pendant que du dehors venaient des bruits de rafale, comme des plaintes de malheureux égaréa dans la tewpéte, \u2014Cette nuit va être terrible, soupira une dame.Mon Dieu ! que je plains les malheureux matelots qui vont être ballottés par les flots ! \u2014Hélas ! reprit une autre, ce n'est que trop commun dans nos parages.Notre ile, plate et sans protection, est littéralement Lalayée par les brises du nord-est.lleureux encore quand nous n'as ons pas d'accident comme celui de l\u2019autre jour où tant de navires ont été jetés à la côte.\u2014Y a-til eu des noyés ?\u2014Oui, quelques-uns ; tous des étrangers dont les familles nous sont inconnues.1! y a cependant à -\u2014\u2014\u2014= re rte en pr a LE MONDE ILLUSTRE 213 un brave marin de Charlottetown, qui a été blessé On ne sait s'il sera jamais capable de travailler, et sa famille se trouve actuellement dans une grande gêne, et.\u2014 Comment ! interrompit Mme Spierling d'un ton de reproche, vous savez tout cela, Mme Spencer, et vous ne m'en avez pas seulement prévenue ?\u2014Oh ! chère dame, exclama Mme Spencer, n'avez vous pas déjà asses de malheureux sur les bras et ne pouvez vous pas en laisser un peu aux autres 1 \u2014Soyez tranquille, je vous en laisserai toujours assez ; trop méme, hélas ! Mais, dites-moi vite le nom de ce malheureux marin.\u2014John Smithson, ll demeure dans Water Street, tout près du port, dans une maison fort pauvre.Mme Spierling ne lui laiess pas le temps d'achever : \u2014Oh ! oui, je connais bien sa femme, une brave femme, et je ne puis comprendre qu'elle ne soit pas déjà venue me trouver.Mme Spencer se pencha à l'oreille d'une voisine on murmurant ces mots : \u2014Elle n\u2019est pas venue parce que je lui ai recommandé de ne pas venir.Mme Spierling se ruine pour ses pauvres ; elle en a plus sur les bras qu'elle ne peut en assister.Le fait est que ces deux braves femmes rivalisaient de charité.D'un autre côté où les jeunes gens a'étaient rassemblés, la conversation était animée.Alfred s'était rapproché sensiblement du groupe où était Marguerite.Elle était \u201clevenue maintenant le centre d\u2019une sorte de conciliabule.Un jeune homme surtout paraissait très empressé autour d'elle, lui prodiguant toutes sortes d'attentions.(\"était un grand garçon d\u2019une vingtaine d'années, bien découplé, à la figure énergique et distinguée.Marguerite répondait À ses prévenances par des sourires et une gracieuseté où malgré elle, cependant, perçait parfois un peu de contrainte.Alfred, de sou côté, avait ongagé ane conversation avec une de ses voisines, uno grosse brune jouitlue, qui riait à tout propos, ce qui la dispensait de se mettre en frais d'esprit.Cela tombait bien, car la pensée du jeune homme était toute tournée du côté de Marguerite, épiant toutes les occasions de rencontrer son regard.Marguerite était bien son prénom ; il l'avait entendu ; mais quel était son nom de famille, il ne le savait pas encore, car un avait oublié «le le présenter à la Jeune fill.Le jeune homme si empressé autour de Marguerite, il le connaissait bien par exemple ; c'était le fils de M.Spierling, Henry.C'était lui qui l'avait invité à cette svirée chez eva parents, et certes il pensait que c'était très aimable de su part ; mais maintenant en le voyant si galant autour de Marguerite, il sentait le démon de la jalousio lui pénétrer jusqu'au fond du cœur.C'était absurde, quel droit avait il sur cette femme Que lui avait elle promis ?Rien.Et cependant, à cette heure il lui semblait que ce rival lui volait les paroles, les sourires, juaqu'aux regards même qui lui étaient destinés.\u2014 Marguerite, fit tout à coup une voix de femme, ces messieurs demandent que tu leur chantes cette nouvelle romance que tu ns chantée l\u2019autre soir chez Mme X.\u2014Comment ! maman, est-ce encore à moi de chanter ?Ce (levrait être au tour des messieurs.Ceux-ci se récrièrent.Ile ne savaient pas chanter, tandis que c'était un si grand plaisir d'entendre la voix douce de ces demoiselles.À suivre rn CHAT ic; 770 \u2019 Sod ar.Le Dr Rémi Charest, qui a laissé le Canadail y a six ans, est actuellement en promenade a Montréal.Il habite maintenant Duluth, od il eet en possession d'une magnifique clientèle.M.G.-A.D umont, qui a reçu sa visite, à été heureux de le revoir en parfaite santé.VAT a LES EVENEMENTS DE 137-535.\u2014 L'ÉGLISE ET LE CIMETIÈRE DE SAINT-EUSTACHE, LOBS DU BOMBARDEMENT PAR L'EGLISE DE SAINT-EUSTACHE (Voir gravure) L'église de Saint Eustache, incendiée par les troupes de l'armée anglaise, le | ! décembre 1847, fut restaurée par le révérend Jacques Paquin et ouverte au culte le 11 novembre 1-11, Le frontispice du temple actuel est encore celui qui a défié les boulets du colonel Wetherall, eauf quelques petits changements apportés à la partie supérieure des tours.Voici ce que dit dans ses Mémoires M, le curé Paquin : \u201c L'église, placée sur une belle pointe qui ga: vance dans la rivière des Mi le Eles, en face de la grande rue du village, offrai un beau coup d'œil soit de la rive upposée (*) so: du centre du village dont elle terminait les troi- rues qui venaient y aboutir, et auxquelles elle otli sit son imposante façade en pierre de taille, d\u2019une hauteur considérable, avec deux belles tours for nant une largeur de quatre-vingt-dix pieds, ornée de deux ordres d'architecture : dorique et ionique.De chaque côté de la façade s\u2019élevaient deux clochers à deux lanternes, couverts en ferblanc et dont les coupoles et les tlches brillantes annoncaient au loin la mai son somptueuse du Seigneur, Une des tours était décorée d'un beau cadran, «uvre de M.Vaillan court de Ste-Scholastique.\u201c L'intérieur de l'église était orné de riches sculptures dans la voute, le rétable, les corniches, et une culonnade de l\u2019ordre corinthien, dans le sanctusire, avec une galerie tout autour, présentaient une jolie vue d'ensemble.Une niche richement travaillée recevait la statue de saint Eustache, dorée en plein ct à l\u2019antiqne, de grandeur naturelle, ouvrage précieux de M, Thomas Bail- largé de Québec, le meilleur statuaire de la province.\u201c Le coup d'wil qu'offrait cette statue, placée en arrière de l'autel, plus haut que le tabernacle, la colonnade qui entourait le chœur firent une profonde impression sur les personnes de l\u2019armée qui entrèrent dans l'église.Plusieurs officiers s'ar- rôtèrent, frappés d\u2019étonnement à la vue de ce riche ensemble que les boulets avaient épargné jusque là, ayant frappé tout autour et s'étant arrêtés à l'autel.Un d'entre eux, M.Ormsloy, des \u201c Royaux,\u201d a exprimé lui-même la profonde sensation qu'il avait éprouvée à cette vuv.\u201d M.le curé Paquin avait beaucoup contribué à l'ornementation et & l'embellissement de cette église.Dr Cuartks V.E.MagsiL.(*) La gravure ci-dessus représente l'ancienne église «le Saint-Eustache, vue de la rive sud de la rivière des Mille- Iles.LES THOUPKS ANGLAISKS MATHEMATIQUES AMUSANTES CE QUE C'EST qU'UN MILLIARD (1) Un imilliaid en or pèse 722,280 livres ; son vô- lume est d'environ ZI verges 7,12.Mis à la filière il formersit un fil d'or assez long pour faire le tour du globe.Une milliard en argent pèse 11,200,000 livres.Non volume est de 491 verges cubes.Pour transporter un milliard en or, il faut 64 wagons, formant un train de 433 verges ; si l'on préférait le transporter en charrette, il en faudrait 2,000 et 6.000 chevaux, conduits par 2.000 charretiers ; ils porteraient 1,000,000 de sacs lids par 368,000 verges de ficelle, et en route ils occuperaient une espace de trois lieues de chemin.Si le milliard était en argent, il faudrait 1,000 wagons de cinq tonnes, formant un train de 4{ milles Pour soulever un bloc représentant un milliard de francs, il faudrait 6,000 hommes.Pour un milliard en argent, il pourrait être réparti entre 300,- UUU homines, chacun en portant 22 à 23 livres.Un milliard serait représenté par 765 milles de louis rangés aur une seule ligne l\u2019un à côté de l'autre.Sur une seule pile, ces louis s\u2019élèveraient à une hauteur de 34,000 verges (2), soit À peu près huit fois la hauteur du Mont Blanc! Un pourrait, avec un milliard, faire vingt-deux soldats, grandeur naturelle, en or massif ; ou bien six cent trente-six en argent ! Le million de billets de banque de mille francs pour constituer cette somme, entassés les uns sur les autres, formeraient l'épaisseur de deux mille volumes de 500 pages.Voilà ce qui peut s'appeler une riche bibliothèque ! Un employé de la banque, pour compter cette somme, en travaillant douze heures par jour, ne finirait pas sa tâche avant quatorze ans et dix mois.Jugez, maintenant, quelle énorme contribution de guerre la France paya à la Prusse après la funeste lutte de 1870.Français, ne l'oublions pas.Paur CALMKT.Armissan (France), 1891.Réflexion mélancolique d\u2019un mari : Avant mon mariage ma femme m'était chère et j'étais son trésor.Maintenant, elle m'est encore plus \u2018 chère\u201d et je euis son trésorier.(1) Extrait des Petites curiosités scientifiques, par Paul Calmet, en préparation.(2) Tous ces estimés sont des à peu près donnés de la comparaison des poids et mesures françaises ot anglaises, et de la valeur des monnaies, LE MONDE ILLUSTRÉ LA MORT DE CHÉNIER (*) À l'hon, Dr 14, Mareil, (Le Ou entendait l'écho des joyeux chante de féte.Las de souffrir, le peuple enfin leva la tite Et, regardant le ciel avec la fermeté Que donne l'innocence à tout persécuté, Il tira du fourreau les éclairs de son glaive, Le pouple le plus doux se réveille et se lève Comme un vent de tempête après qu'il à souffert.11 se reprend alors, lui qui s\u2019était offert : A ses nouvenux destins il court libre d'entraves.Les liches sous le nombre écrasent les plus braves Quelquefois.Il le sait : mais il meurt sans regret.L'wil du Seigneur voit bien l'holocauste sccret.Ou entendait l'éclat de rire de nos maitres, Ils savaient que partout chaque cause à ses traitres : Des peu eux, des vendus qui désertent leur rang Et croiraient payer cher, d\u2019une goutte de sang.Ua droit acre, Qu'ils soient flétris dans leur bassesse Car c\u2019est par eux qu'un peuple ou périt ou s\u2019ubaisse : Il On était écrasé, Naint-Charle et Saint-Denis, Penchés sur des tombeaux, pleuraient leurs morts bénis La force triomphait partout.Nous le ciel morue, Etendards déploys, venait le vieux C'olborne.Les traitres à l'honneur, les repus, les vautours (\u2018ouraient grossir ses ranys À l'appel des tambours : Et, par les champs glacés, comme uns sombre tache, Le bataillon maudit entrait dans Saint-Fustache.Chénier veillait.Et sur l\u2019église et le couvent, Le drapeau tricolore ouvrait ses plis au vent, Comme un livre mystique ouvre ses pages saintes.Les femmes qui priaient dans ces calmes enceintes Au premier cri de guerre, en pleurant, avaient fui.Chénier était entré, ses soldats avec lui : Et tous ces laboureurs, l'orgueil de notre histoire, Attendaient, aouriants, la mort ou la victoire.Comme un serpent s'enroule autour d\u2019un fier rameau, Le bataillon anglais entoura le hameau.Nur le chemin désert la foule accoutumée Déjà ne passait plus.Et la blanche fumée Au caprice du vent ne fit plus vers les cieux l'es âtres nus monter ses orbes gracieux.Quelque chose ébranla la terrc tout entière.Dans le bourg tout gémit, except lime altière Des héros qui luttaient pour notre liberté.Le prêtre s'éloisoa, l'autel fut déserté Le prêtre s\u2019en allait, redoutant les scandales S'il se fut mis, alors, à genoux eur les «alles Du temple menacé par les boulets hideux, Pour bénir ses enfsuts ou mourir auprès d'eux.111 On entendait rugir l'ardente sonnerie, Crépiter les fureurs de la mousqueterie.On voyais des éclairs aveuglants et pourprés Glieser sinistrement sur la neige des prés.Les boulets déchiraient le toit et la muraille.L'église était changée en fort, et la mitraille Commençait à pleuvuir par les chassis béants, C'était un beau combat, un combat de géants.Parmi les assiégés plusieurs n'avaient point d'armes.Ils s\u2019en plaignaient.Chénier, touché de leurs alarmes, Parut quelques instants éprouver «les remords ; Mais soudain : -Vous prendrez les armes de nos morts \u2018 (*) N.E.\u2014 Nous le répétons encore ici, nos coirespon- slants gardent toute la respousabilité de leurs écrite, si- ynés.Tu n'étais pas, Chénier, de ces citoyens lâches Qui n'osent accomplir les périlleuses täches lit cachent leur frayeur sous le prétexte vain Que tout pouvoir terrestre eat un reflet divin ; Qu'il faut s'agenouiller et souffrir en silence, Quaud le droit profané se change en violence ! Non, non ! tu n'étais pas de ces faux raisonneurs Qui préchent l\u2019héroisme, aspirent aux honneurs, it s'endorment en paix à l\u2019abri d'un précepte Quand le danger s\u2019avance ! Hélas ! le peuple inepte Qui de ses droits sacrés fait un jour \"abandon : Le peuple qui toujours répond par le pardon Aux outrages nouveaux des éternelles haines, l\u2019erdl le sens de l'honneur et se forge des chaines : L'on n\u2019a plus de respect pour son gceptre avili ; Il descend prompteinent au goutïre de l\u2019oulli ; De ses solilats tombés nul ne garde mémoire, Et son drapeau muet ne chante aucune gloire.Poussés par l'égoisme ou l'espoir du succès, Quelques enfants du sol, des Canadiens: Francais, Marchaient au premier rang de l'armée ennemie.lis applaudiesaient quand la mitraille, -omie l\u2019ar les mortiers nombreux, braqués de toute part, l'uait un patriote ou trouait son rempart.Les notres ripostaient hardiment.Leur détense Etait aux yeux des grands une damnable uvffense, Et l'anathème osait descendre sur leur front.Les vieux troupiers rageaient.lle pressentaient l'affront D'an vain engagement, d'un échec ridicule.lc voilà qu'en effet le bataillon recule : Coursiers, drapeaux, canons, soldats, tout est chaos, Tout fuit devant le feu de nos jeunes héros ! tQuel espoir dans ton coeur, quel espoir et quel sloute, O Chénier ! à l'aspect de l'étrange déroute ! A ton cri de triomphe, à ton joyeux transport, T'es compagnons tuée sourirent dans la mort \u2018 ln rayon de soleil, comme un glaive dans l'omiire, De-l\u2019aurore au couchant traversa le ciel sombre, Et tu crus un moment que le droit l'emportait.Mais Colborne, étonné, rappelait, exhortait Pn branclissant le fer et l'outrage à la bouche, Ses grena«liers en fuite.Et bientôt plus farouche Qu\u2019un troupeau de bisons traqués par des chasseurs, Le bataillon rompu des cruels agresseurs S'arrête et ae reforme.Il à fait voite face.L'clan est formidable.Il veut punir l'audace De tous ces jeunes preux li has agenouillés Qui pressent surleurs curs leurs vieux mousquetsrouillés, Avec un bruit de yréle, ur éclat de cymbales, Les grands chassis broyés s'émiettent sous les balles, Et eur la route il cou.t, du portique à l autel, Un soutlle étranve, un soutlle ardent, an soute tel Que l\u2019on croirait ourr le vol de tous les anges, Et des soupirs amers et «es sanglots étranges Des tombeaux enfouis sous les dalles de bois Semblent mouter.Ce sont alors, toutes ces voix Avec l'airain qui vibre au milieu de l\u2019espace, Comme les voix des uids quand l'aigle cruel passe.Et l'aigle, il était là.Non, c'était le vautour Qui venait d'arrèter son vol sur l\u2019humble tour, Kt le temple, ce nid du bon Dieu sur la terre, Allait ètre meurtri sans pitié dans sæ serre | C'était là ta revanche, © vieil orgueil saxon, Et le frisson de joie après l\u2019Apre frisson.Et tes enfants tonbaient, à ma pauvre patrie ! Îls tombaient, tes enfants, comme l'herbe flétrie Nous l'acier du faucheur, aux jours arides d'août.lla L'étaient pas vaincus, ils mouraient, c'était tout.Lachee, n'appelez poiut cette mort : insensée, Leur curps est à la tombe, au monde est leur pensée ! Et, dans leur sang, bientôt, en cet immortel lieu, La douce liberté qu\u2019ils demandent à Dieu Va gerer.* Puis entio, cette docile horde, La horde des peureux qui vantent Ia concorde Et pensent que pour voir lu vertu s'affermir, Il faut briser le glaive ou le laisser dormir, Contre son gré, saura que ses grandeurs futures De ceux-là qu'elle dit des chercheurs d'aventures Auront été l'ouvrage.Oui, de ceux-là surtout, Mais au citoyen pur qui sait rester debout Parmi ceux qui sont là, dans la poussière immonde, Il importe assez peu le jugement du monde, Vv Au bruit de la mitraille, aux clameurs des boulets N'ajouteut tout à coup de menayants reflets, C'eat l'incendie.Horrible et douloureux spectacle! La voûte où court le feu sur le saint tabernacle Ft eur les défenseurs de nos champs opprimés, Laisse tomber déjà cent tisons enflamniés.Mais rien ne ralentit pourtant l'ardeur des nôtres.Chénier voit le danger, | va des uns aux autres, Plein d'une audace extrémo ou d'un dernier espoir, Pour les encourager à faire leur devoir Jusqu'à la mort Malgré le fer qui les refoule, I leur faut s'échapper du temple qui s'écroule, Mettre l'épée au poing et, comme un tourbillon, Ne frayer une route au cœur du bataillon.- Nuivez-moi, mes amis ! clame le patriote.11 s'élance aussitôt Mais un iscariote, Un de ces êtres vils que l'or trouve soumis, Se tenait au milieu des soldats ennemis, (uettant, d'un «eil pervers, eu glorieuse proie.Il voit Chenier qui sort, court, attaque et foudruie, Sublime en sa fureur, tout ce qui s'offre à lui ; Il épaule son arme Un vif éclair @ lui Et le heros s'aflaisse avec ce cri supréme : Vive la l\u2019atrie * Or, luttant toujours quand mème, I se dresse à moitié aur le sol qu'il rougit, Et ne veut pas se rendre.Alors l'autre rugit, Bondit à ses cités, le renverac et l'assomme.Mais ce n\u2019est pas assez encore pour cet homme : Il lui fouille le sein, en arrache le cœur, Et le montre sanglant au barbare vainqueur ! On entendit dans l'air une plainte étouffée, Quelques gouttes «le sang tomlirent du trophée, Comme des pleurs de feu, sur le sol dur et froid.Et l\u2019on dit qu'aussitst, en ce sinistre endroit, [1 parut une fleur à l'ardente corolle, () vous qui m'écoutez, retenez ma parole : Cette fleur qui surgit alors avec fierté Dans le sang du martyr, c'était la LIBERTE ! ENVOI À toi, mon vieil ami, dont la voix solennelle Sonne au fond de nos cwurs comme un chant de combats, À toi qui sais flétrir l'attente criminelle, Et qui rouvre ton uile Au dessus «les troupeaux qui rampent ici-bas, -Voitre ces vers.Chénier, le plus vaillant des nôtres, Chénier restera grand toujours.(iloire aux brigands Qui donnent leur pensée et leur sang pour les autres \u2018 Ms sont de suints apôtres Et le ciel les bénit malgrés les arrogants.Ton front pur, à Chénier, porte un double baptème, Et ta condre est au vent \u2018 Que sert de bien mourir ?Que de Liiches, grand Dieu ! dans ce pays qui t'aime, L'implacable unathime, Depuis un derni-siècle, à fuit naitre et tleurir ! On veut donc que toujoura le peuple se courbe, aise De compter le dernier dans le dernier des rangs ! Le sceptre devient fouet, n'importe, qu'on le baise.Héni le joug qui pèse ! Et béni le petit que dévorent les grands ! 5% LE MONDE ILLUSTRE 215 \u20ac OLS ANCIENNES EGLISES PAROIESIALES DE MONTREAL (Suite) L'une des principales objections \u2014pour ne pas dire la principale \u2014était que la torre de Jean de Saint-Père se trouvait au milieu de la montée, entre la rue Saint-Paul et la rue Notre Dame.Le séminaire désirait que l'église s\u2019élevät sur la hau teur même ; c'était en prévision de cela que la rue Notre-Dame avait reçu ce nom de la part do M.Dollier de Casson, .Les paroissiens se réunirent de nouveau, le 6 juin 1672, pour s'entendre sur le choix d'un site ; île s\u2019entendirent pour demander au séminaire le terrain nécessaire pour bâtir lu futuro église, qui devait avoir cent pieds de long et lui assurer une certaine dépendance.M.Dollier de Casson, au nom des Sulpiciena, c4rit des terrains achetés par eux de Nicolas Godé et de Jacques LoMoyne, situés en arrière de leur séwinaire (entre Urbain Tessier Lavigne et Jean Desroches), et outre ceu terrains une somme de mille livres tournois, pendant trois ans ; ce dernier don était de M.de Bretonvilliers.A une nouvelle réunion des habitants, tenue le 19 juin, ces conditions furent acceptées, et on nomma François Bailli, maître-maçon, comme directeur des travaux.Le lendemain, tel que convenu, M.Dollier donna le terrain nécessaire, et le 71 on commença le creusage pour jeter les fondations.Le 29 juin, après les vêpres, on se rendit en prcuession su site de ln future église, et M.Dol- lier y planta une croix.Lo lendemain, à l'issue de la grand'messe, on se rendit de nouveau processionnellement au mème endroit, pour poser les pemières pierres de l'édifice.Le curé, l'abbé Gilles Perot, étant absent, M.Dollier la remplaca ala bénédiction des pierres.Chacune d'elles portait l'inscription suivante gravée sur une plaque : A Dieu très bon, très grand, et a ls bienheureuse Vierge Mario.sous le titre de la Purification D.nM.et Beata Marin Virgini, sub titulo l\u2019uriticationis L'église fat mise sous le vocable de la Puritica- tion, parce que s'est ce jour là que MM.Ulier et de la Dauversière reçurent leurs vues sur la fon: dation de Villemarie.Chacune des pierres portait aussi les armoiries des personnes qui devaient les poser.\u201c La première, dit un écrivain, fut placée au milieu du rond-point de l'église, par M.Daniel de Rémuy, chevalier, seigneur de Courcelles, guuver- neur-général du Canada.\u201c La deuxième devait être posée par M.Jean Talon, conseiller du roi et intendant de la justice, dont les noms avaient été gravés d'avance tnais n'ayant pu se rendre ce jour-là à Villemarie, il fut remplacé dans la cérémonie par M.Philippe de Carion, lieutenant de M.de la Motte Naint-Paul.Elle fat posée dans l'angle droit de la première chapelle.\u201c La troisième pierre fut posée dans l'angle droit de la seconde chapelle, par M.Francois-Marie Perrot, chevalier, seigneur de Sainte-Geneviève, gouverneur de Montréal.\u2018* La quatrième, dans l'angle gauche de la pre- miére chapelle, par M.Dollier de Casson, au nom de M.de Bretonvilliers.* La cinquième enfin, dans l\u2019angle gauche de la seconde chapelle, par Mlle Jeanne Mance, administratrice de l'hôpital.\u201d : La Hontan, dans une lettre écrite de Montréal, le 15 mars 1684, après avoir parlé des diverses maisons de la ville, ajoute : \u2018\u201c Leur égliee n\u2019est pas moins superbe.Elle est bâtie eur la modèle de at Sulpice de Paris, et l\u2019autel est parcillement isolé.\u201d \u2014 \u2014 Les prêtres du véminaire, pour terminer cette éssliee, décidèrent de démolir l'ancien fort de Ville- marie, qui tombait en ruines.afin d\u2019en employer les matériaux au nouvel édifice.Muis on changea ensuite d'idée : les derniers vratiges de ce fort ne disparurent qu'en 1652 ou 1683.Pour bitir ce temple, loa piroiariens avaient été cotisés, mais bientôt on vit qua les cutiaations n\u2019é- taicut pas sutlisantes ; alors on décida de tenir une assemblée, qui ent lieu le 26 janvier 16476, dans la chapelle de l'Hôpital.A cette assemblée, on résolut de faire une collecte dana l'île ; cette collecte rapporta deux niille sept cents livres.Le 10 juin 1725, vu qu'on n\u2019avait pas assez d'argent pour terminer la tour avant I'hiver, qui pouvait être détériorée par le froid, on se décida à emprunter de l\u2019argent M.Pierre Latour, fondeur, prend un engagement avuc le séminaire, le 12 juin 1778, par lequel il promet de fondre une cloche du puids de 1,200 livres, pourvu que le curé lui fournisse les matériaux nécessaires et lui accorde une somme de 400 livres pour la fonte de cette cloche, ct, de plus, une pension de quinze francs par mois jusqu\u2019à ce qu\u2019elle soit fondue.Ces conditions furent acceptées Le 9 mai 1751 (Jeudi Saint), In quête de lu grand'messe et l'offrande du pain béni furent destinées, à la décoration de la chapelle de Saint- Amable.Dans !es notes d'un écrivain qui a gardé l'anonyme, on lit ce qui suit concernant l\u2019église paroissiale : \u201c 1637.\u2014Le jour de la Présentation au temple, les colons dunnérent a I'église Notre Dame plus de 1,106 livres ; le major Closse en donna 250 et 300 apris ; et le lendemnin de la féte de la Conception, les colons firent un nouveau don de plus de 700 livres.« 165, 6 janvier.\u2014 l\u2019romesse du sieur Lambert Closse de f'urnir pour la bâtisse de l'église paroissiale, pour ln somme de cents francs de travail, auquel il est obligé par une gageure faite contre le sieur Fobar ; en outre dix minots de froment.20 france ont été reçus pour les dix minots.Gilles Lauzon.« 1663, 16 août \u2014M de Maisonneuve, gouverneur de l\u2019île de Montréal, concède à la fabrique, pour bâtir une évlise paroissiale, quatre arpents de terre, joignant la commune d\u2019un côté, et de l'autre côté la terre de feu Nicolas Godé, menuisier, d'un bout à la concession de messieurs les prêtres ce ln communauté de Montréal, et d'autre bout nu chemin qui passe joignant la concession de St André, dont deux arpents appartenant à Nivolas Godé.menuisier, un arpent & Nicolas Gudé, son fils, charpentier, et un arpent & défunt Jean de Saint Père.son gendre.\u201c (662, 21 septembre.\u2014Cession par F.Du- vharme et sun épouse de deux arpents de terre aux environs, en faveur de l'église, moyenuant la la somme de vingt-trois livres, et un pot de vin.\u201c 1663, 16 noût.\u2014Constitution de trente-deux livres et dix sols de rente, au profit de la fabrique, par Jacques Millot dit Laval et Jeanne Hébert, son épouse.\u201c 1665, 21 septembre.\u2014Constitution de onze livres et deux sole do rente perpétuelle au profit de la fabrique, par François l'ailli dit Lalleur : sera payé par chaque particulier qui les prendra, somme de vingt-six livres pour la façon.\u201d (1).Plus tard, le portail de cette église servit à l\u2019église des Récollets, après quo cette dernière eùt été réparée (1515).Le baldaquin de l'autel fut donné À Notre-Dame de Bonsecours ou il y de- meurs jusqu'aux dernières réparations de cette chapelle.Ces ouvrages étaient dus à M.Louis Que- villon, de Saint Vinc.nt de Paul, ouvrier très habile.Un de ses élèves, M.Pnul Rollin, de Longueuil, fit la statue de la sainte Vierge, placée au- dessus du maître autel (2).En 1713, lorganiste de Notre-Dame, M.Du- huisson, recevait cent livres par année.Pour le inême emploi, on donnait au sieur Caron, 1} La chapelle du fort servit au culte de 1642 à 1636 ; celle de la rue Saint-Paul, de 1636 à 167%; et enfin l\u2019église de la Place 4 Armes, de 1678 4 N30 (2) M.l\u2019ant Rollin était frère de M.Benjamin Rollin, avocat.Voir Mémorial de l'atucation, per le Dr J.-B, Meilleur.en 1725, un capot et une veste de kazamet, de la valeur de quarante cing livres.M.Metghler, en 1791, est nommé organiste avec des appointements annuels de 480 france ; lus tard, en 1816, son salaire fut porté à soixante ouie, mais il était obligé de se procurer un souffleur à ses frais.Après avoir tenu l'orgue pendant quarante-deux ans, il eut pour successeur M Brauneis.Dans un prochain article qui contiendra un grand nombre de gravures, nous parlerons de l\u2019église Notre-Dame actuelle.HO GRAND PANORAMA DES MODES D'ETE (Voir gravures) No 1.\u2014 Toilette en foulard gris à pois bleus.Coraage drapé et croisé sur un petit plastron sem- \u2018blable, surmonté pas un col droit.Ceinture miss Helyott en foulard crème et velours noir, attachée par un chou derrière.Manches flottantes, à hauts poignets de foulard uni, ornées de petits galons.Jupe plate devant, ornée sur le côté et en bas par un galon, et très plissée derrière.No 2.\u2014 T'vilette en pékin de soie crème et lilas.Grande veste tout unie fermée devant par des cabochons lilas.Grand col officier.Manches en biais, plates, surmontées par un petit jockey lilas uni.Parements semblables, poches sur les côtés.Jupe droite, plate devant, ornée par deux petits biais dans le bas devant.Plie derrière.Petite capote de dentelle crème, entourée et ornée par des violettes de Parme.No 3.\u2014Tvilette en pékin de laine gris clair rayé noir, genre tailleur.(trande jaquette, coupée en biais, avec revers habit en cachemire uni, encadrant un plastron de cachemire.Sous l\u2019une des basques, longue et large coque en ruban gris, avec pan frangé Manches en biais, très épauléés.Jupe plate et droite devant, garnie tout autour par un large biais de cachemire uni et très plissée derrière.Chapeau de paille à petits bords orné tout autour par une girlande de roses d'où émerge un éventail en dentelle.No 4.\u2014 Toilette en petite suis saumon rayée brun.Cursage bouffant et drapé, ouvert sur un petit plastron en dentelle blanche, avec col montant, et retenu à la taille sous une ceinture miss Helyett, d\u2019où s'échappe un pourpoint Henri Il retombant sur la jupe.Manches épaulées, ornées de manchettes de dentelle.Jupe plate devant, froncée dérrière, garnie dans le bas par une dentelle en baldaquin.Petita capote de dentelle, drapée aur les côtés, ornée sur le sommet et sur la nuque par des choux de dentelle, surmontés d'une aigrette.No 5.\u2014 T'vilette en lainage beige, broché marron.Corsage-casaque à basques doublés, ouvert sur une chemisette bouffante, en soie beau-ciel, avec petit col montant et nœud de cravate semblables.Manches bouffantes, à parements de soie bleue.Jupe toute plate, froncée derrière, dentelée dans le bas sur un haut plissé de soie bleue.Petit chapeau rond en paille beige, orné sur le sommet devant par deux ailes penchées.\u2014 Nos lecteurs voudront bien prendre note des quelques remarques suivantes qui sont faites pour leur avantage autant que pour le nôtre.Si quelques uns d'entre eux nous font des remises d'argent, qu\u2019ils fassent connaître leur nom sans y manquer afin que nous puissions leur en donner crédit.Lorsqu'on sollicite un changement d'adresse, il faut indiquer avec la nouvelle adresse celle qu'on avait auparavant, e telle façon que l'administration du journal puisse remplacer l\u2019ancienne par la nouvelle.En renvoyant le journal il est nécessaire de donner bien exactement son adresse, sans quoi l'envoi régulier est continué par nous, et pour cause.L'ADMINISTRATION, BY 3 2\" & ° ak 5 x M ¥ AY 1 AN = x \u2026 La 2 x .QU.0% 3 A A Ix Yu 3:34 Fae ox EER = go a \u201cay CP \u201c Yar ts (5 xn 1 RI + W» ea en Neg\u2019 À \\ A Le =F AL R\\ i KR er LS 3 = A J Ne vo 1 £ 1 4 4 PA pt 34 23) a 5 a ke! th N © À Nn = Fr oN ih i 74 Eur 23 ol h Vd /, na, | Yh fs?À wy Hill ) ! \\ 7.> i 2 ou l te dy \u2018à Ji ; ho ; à al ho 4 ve 4 ä A whe?4 A \u2019 jo ~ * us Aa \" wn NS mx i J y i fil | é mE 24 4 T= PE 4 N as iG AY wy the J # + Mau = jh I ph dk [i iit / 7 | 0% CE 3 i ES oa y : > lt 4 À W x \\ % Da palqP Ÿ \\ ! 0 ly 1?7 hi NY VE a ans 5 % \\ / 3 $ I NI Ni N \\ ol QU À | 2 qu I e nd # BD 3 Ï N Le % CN .\\ AAS ar ns | if ou.J \u20ac ir.\u201d D GE] A - Ë 7 + A A In = 3 = 1 évrsg bas af = hi x J SS ul ng | ; S== run i > = ys a Sh = tT ta) p= i Sr - aT a = æ - J ng AA cé: Pa 7 \u20ac oo Se IPs 1 \u2014\u2014 er 2 \u2014\u2014 saad, me OP Sr = = > te\u201d tp eat TB x = ox wart \u201cRo -> eee \u2018ue Ae i En Sr -~ A = ad =.een Em ES Eni 9 mme = ny cat ey Fem pa -\u2014 Ne.I AL ; FU) po DU al % } => iad a 8 has (> pis I= Se A TN TIENS BIEN |\u2014TABLEAD DE NM.¥.MORGAN 200 we us) i A WS NS Xe ji SN 4 &! Le 2, \u2019 nO \u201c7 8 4%, 43 \u201c2 ® 17 a fil ; > = ; he ki a Wi $ J Wo A + Ÿ è iN ol RY : À # \u201cà [$d WN { il 15 YN 8 À phi AE 4 \\ i AS Ent D | J i ) 4 fa [J Ny A pe PE \u201833 I~ Bs i = \u2014 \u2014\u2014\u2014 | J $ ID i N 7 y /$ AN #7 frs Ah WW y 3 7 % = TR N E /» 4 IN for) ZN ut on 1 RE wey 1 oN Al) LP 4 =o 4 [Or Le a Mi a co jf 1.w\u201c 2 a Ë \u2019 2] À rd Ÿ 3 +R | fe! if A Li / N° | ; ne à i 1\" \" VX oor / ta « of ge I AS x XW SE Cr | Xi I dad | wa ih 9 i NE4 i \u2018if \\ \u2014_\u2014 à | i IR 4! | \\ \\ oo SU AR M y mA Ny À Ws, À | | CS PS à y IX | à Se iy a Ca \u201cs i i ] 7, x, h I jo 4 A , 4 \\ 4 to» oY + \u2014 .a fs A | = | 5 ; 1 y (À PER = 8 ; [ 0 vw / # uN.di J fF oF ; AL == 4 9 A: SN k 2 A} 1 NY 0 | 1 ; ext À * N © ; | at PANORAMA DES MODES D'ÉTÉ (Messiu de M nr Sonu PS = - = ri Eg sel A CW rn ih a 218 LE MONDE ILLUSTRE \u2014 \u2014 LES ENFANTS A LEUR MÈRE A M.ARTHUR PAQUET Laisse nous donc aller sur le charmant rivage, Où l'on voit miroiter de gracieux cailloux, Que l'onde harmonieuse à su rendre si doux En les grondant si fort durant l'horrible orage, Nous ferons des sillons dans les beaux rables mous, Et, regardant les flots s'incliner sur la plage, Nous laisserons le vent qui berce le feuillage Caresser mollement nos chers petits joujoux.Puis, loraque fatigué d'éclairer la campagne Le soleil descendra derrière la montagne, Et semblera nous dire : \u2018\u201c Adieu, mes bons enfants,\u201d Joyeux, nous reviendrons à notre humble chaumière, En apportant des fruits et quelques fleurs des champs l'our te récompenser, % duuce et tendre mère.ALBERT FERLAND, UNE PROMENADE AU JARDIN VIGER Qui, à ses moments de loisir, ne s\u2019est jamais payé le luxe d\u2019une promenade au jardin Viger 1 Quel plaisir pour le citadin brulé de soleil, poudré de poussière, assourdi par le tapage, d'aller dans un de ces coins bénis, où règnent l'ombre et le grand air! Ce jardin riant et majestueux, où l'orme élève sa tête altière, où l'érable déploie le plus agréable feuillage, où le gazon émaillé sourit aux reflets veloutés du soleil, est rempli d\u2019etfluves odo rantes.Là une nature riche, belle, luxuriante, nous réserve des moments d'ineffable repos.Loin de moi le tourbillon des affaires ! Loin de moices codes de loi, où nion esprit peine si souvent ! Envolez-vous sombres souvenirs, chagrins, prostrations, mon cœur vous est :nterdit pour quelques heures.Oui ! Je sens un changement incom- préhensitle s'opérer dans tout mon être quand je viens sous ces masses de verdure qu\u2019on léger zéphyr agite mollement.Dans une douce ivresse, Dieu! qu'il fait bon de respirer la moite humidité de ces massifs d'arbres où l'œil s'égare délicieusement ! Cette fraicheur donne un regain de vie à nos sens, et toutes nos facultés, comme révoillées d'un long assoupissement, s'exaltent avec transport.Telle est en effet l'intluence du beau sur l\u2019esprit humain, qu'il ne le laisse jamais indiffé- rent.Entouré de sa superbe ceinture de maisons aux couleurs bigaréee, quel aspect pittoresque offre en ce moment le jardin Viger, revétn de ses pompeux ornements printaniers ! Quel splendide tableau champêtre ! Quelle décoration ! Soit que nos regards se lèvent vers les voûtes célestes, soit qu\u2019ils s\u2019enfoncent dans la demi-obcu- rité de ces arceaux ombreux, tout leur sourit ; tout y est beau.La disposition symétrique de tous ces arbres, couronnés de feuilles en festons magnifiques, ces apacieuses allées, tigrées d'ombre et de lumière, ces tertres tout panachés de bouquets dont l\u2019éclat se rétlète sur les verts gazons, ces fontaines lançant vers le ciel leur colonue liquide, se teignant des couleurs de l\u2019arc-en-ciel, ces groupes animés qui se remuent et s'agitent, ces cris joyeux qui vont se perdre dans cette architecture aérienne, ces voix d'enfants, crs ris de jeunes filles forment un spectatle grandiose.Et pardessus ce mélange de vie et de mouvements, cette heurcuse union de tant de beautés raviesantes ge prêtant mutuellement leur splendeur, au milieu de cette poétique diversité d'agréments, on enten le murmure argentin de la brise, tantôt vif et morne, tantôt triste et rêveur, plein de mystère et de mélancolie.Oui, en ce moment le jardin Viger s'offre dans tout l'appareil de sa magnificence La plus vivante peinture que l'artiste puisse trouver dans les secrets de son imagination, les descriptions les mieux réussies des poètes, ne sauraient rendre dans toute sa parfaite réalité le charme de ce beaucsye, dont Montréal est fier à plus d\u2019un titre.Admirez ces touffes de fleurs qui naissent en mille endroits, et versent comme une rosée de parfums délicieux.Ici se balance une jeune anémone qui forme un dôme en s'agrandissant, là, le narcisse, la reconcule, les giroflées s'épanouissent avec touts les attraits qui leur sont propres.Ici l\u2019humble violette étale les grâces dont elle est embellie, tandis qu\u2019une troupe d'abeilles se disputent le riche butin enfermé dans toutes ces brillantes sorolles.Avec quel!e finesse ellos enfoncent leur tête velue dans les calices entr\u2019ouverts ! Puis, fières de leurs dépouilles parfumées, elles reprennent, en bourdonnant, le chemin de Ia ruche.Mais quelles sont donc la bas ces couleurs qui étincellent ?.Ce sont de légers papillons, aux ailes disphanes, volant en zigzags, de bas en haut, de haut en bas, de droite à gauche : image d'une âme s\u2019égarant dans les noirs sentiers du doute.Tantôt nous les perdons de vue ; tantôt nous les voyons s\u2019élancer dans les airs et s'égayer au soleil.Leur légèreté, leur allure animée, leur course vagabonde et volage, tout plaît en eux.A tous les instants un charme nouveau vient réjouir nos regards, et nous faire savourer, dans un délectable oubli de nos fatigues, toutes les délices d'une campagne en miniature.Pendant que le silence n\u2019est interrompu par au- can bruit étranger, on entend, sous la feuillée, la voix plaintive de philomèle qui soupire ses malheurs.Le rouge-gorge, contemplant la richesse de son plumage dans le cristal des eaux, exécute des chauts pleins d\u2019une suave harmonie.Pais tout-a- coup, comme inspirés par l'écho de ces airs enjoués, voici que mille oiseaux chanteurs ébranlent le dôme verdoyant du bocage par les accents de leurs concerts qui se pressent et se succèdent avec rapidité.Quelle variété dans ces longues intlexions cadencées ! Et nous, témoins enchantés de toutes ces choses, nous sentons le printemps reverdir dans nos âmes.Four nous, si tristes, si moroses, tout à l'heure, le bonheur semble jaillir de toutes parts, il s'exhale de chaque fleur, retentit sur chaque rameau.En etfet, peut-on voir un tel paysage sans être frappé, sans qu\u2019il éveille en nous aucune réflexion aucun sentiment ?Celui qui en a jouit quelques instants s\u2019en retourne l\u2019esprit serein comme un beau jour d\u2019été, car dans un atmosphère aussi délicieuse les cœurs comme les plantes s'épanouissent à loisir.Tandis que le scélérat s\u2019élance dans les voies \u201cnébreuses du crime, et que l\u2019intempérant se charge l'estomac de boissons dévoru tes qni en llamment son sang, tandis que l'avire in-atiable se morfond à grossir son pécule, «1 que l'awbi- tieux, enfermé dans un cabinet de travail, roule dans sa tête des plans d'élévation, vons.citoyens et citoyennes, jaloux d'un plaisir plus certain.d\u2019un bonheur plus tranquille, venez goûter ls dou-e quiétude du jardin Viger ; &a fraîcheur procurcra un soulagement aux ennuis, aux langueurs qui empoisonnent votre gaîté.Jeunes gens, plutôt que de vous étioler comme ces fleurs qui manquent de soleil et de rosce, dans vos chambres solitaires, toutes chargées de rêveries et de projets irréalisables, venez vous ébaudir dans la vivifiante volapté de ce séjour enchanteur.Et vous, blondes enfants, dont l'existence est tissue de joies et de peines, vous que l'on regarde comme l'ornement le plus beau de la nature, vous dont on voudrait conserver les charmes et l'éclat, envolez-vous de vos salons parfumés, de vos boudoirs hantés par la mélancolio, et venez raviver vos faibles poitrines, ce doux asile (le tendresse et d\u2019amour, sous les baisers d'une brise légère.Elle vous communiquera cette allégresse et cette activité nécessaires pour remplir votre vocation et jouir des bienfaita de votre vin, Ce chagrin involontaire qui s'empare de la jeune fille, s\u2019évanouira chez vous comme un léger brouillard.Mais vous surtout qui traversez les jours nébuleux mme \u2014\u2014 \u2014 de l'adversité, venez tempérer l'ardeur de vos souffrances par cet air de gaîté et de douceur que donne le mélange et l'union des fleurs et de la ramure.Par le déploiement de leur magnificence et par l\u2019heureuse distribution de leurs couleurs, elles feront descendre comme un baume consolateur dans vos Ames alanguies.Venez tous, venez goûter un moment de tran- quilité, de calme et de joie ! UN EPISODE DE LA COMMUNE EN 1871 Il était nuit, et le canon grondait toujours.Les insurgés avaient élevé une barricade au faubourg Saint Germain en face d\u2019un orphelinat de garçons.Les Filles de Saint-Vincent de l\u2019aul entouraient ces enfants de leurs soins affectueux.Les chers innocents étaient calmes et dormaient sans inquiétude dans leurs petits lits blancs, pendant que leurs mères adoptives veillaient sur leur existence, en ce moment menacée par les terribles obus qui venaient parfois s'abattre sur les murs de la maison.Les bonnes Sœurs qui étaient dans un petit observatoire assez élevé pour qu'elles pussent tout voir sans crainte, aperçurent un oflicier, accompagné de quelques insurgés, qui se dirigeait vers elles.Bientot les portes furent forcées et ces messieurs s'empressèrent «le faire connaître les motifs de cette visite.Après les avoir courtoisement saluées, l'officier leur dit avec une certaine vivacité que les canons étaient braqués sur l'établissement, et que, sans perdre une minute, il fallait fuir.Les Sœurs, calmes et dignes, lui firent alors cette admirable réponse : \u201c Monsieur, nous avons ici cinq cents orphelins : nous ne sortirons pas avant qu\u2019ils soient tous à l'abri du danger.\u201c Mais c\u2019est impossible, reprit l'ofiicier, il faut absolument que le feu soit dirigé de ce côté, et ; nous ne pouvons pas attendre.g \u201c Inutile d'insister, monsieur, dit la Supérieure, au nom de toutes ses compagnes, nous ne parti rons pas avant que tous nos enfants, jusqu'au dernier, soient hors de danger.\u201d L'oflicier, ému, resta quelques instants sans répondre ; soudain, divinement inspirées, les Sœurs l\u2019invitent à les suivre au dortoir.LA, dans cet asile de l'innocence, un spectacle attendrissant se présente au regard du jeune homme, et son cœur se sent saisi d'un sentiment de profonde compassion.Toutes ces petites figures reposaient sans souci du danger présent, pas un ne s\u2019éveilla.\u201c Voyez, monsieur, dit la Supérieure, si nous pouvons abandonner à une mort certaine nos chers orphelins.\u2014Non ! répond énergiquement l'officier je ne serai pas moins courageux quo des femmes, car je cuis un soldat, mais je ne suis pas un bourreau !| Vous pouvez être tranquilles, bonnes Sœurs, il m\u2019 n coûtera la vie, je le sais, mais cette \u2019 Les bonnes Swnra, après le départ de l'officier, se rendirent à la chapeile pour rendre grâce à Dieu de cet heureux dénoûment, puis elles remontèrent à leur observatoire.L'officier avait donné l'ordre de détourner le feu.On avait obéi et les canons furont braqués de manière à ce qu\u2019ils ne pussent atteindre l'édifice Alors une troupe d'ineurgés furieux d'une action dont ils ne pouvaient se rendre compte, se mirent à crier : À bas le traître | un trouble affreux et de terribles menaces suivirent ces cris et toutes les baionnettes se tournèrent vers la poitrine de l\u2019oilicier immobile.On commanda le feu et le courageux soldat tomba sans vie, victime des sentiments de son noble cœur.\u201c Mettons-nous à genoux \u201d, dit la Supérieure à ses compagnes qui, les larmes aux yeux, contem plaiens cette scène horrible.Dieu fera niséri- corde À ce martyr.Alors toutes les Sœurs, profondément émues, récitèrent avec ferveur le De Profundis pour le repos de l'âme de celui qui venait de se dévouer si héroiquement pour sauver ls vie à cinq cents orphelins. LE MONDE ILLUSTRE 219 FEUILLETON DU \u201c MONDE ILLUSTRE \u201d MONTRÉAL, ler AuUT 1591 FLEUR-DE-MAI QUATRIEME PARTIE L'AFFAIRE DE LAURIAC \u2014 Cours au château, \u2014 ordunnait le marquis à Bernard, \u2014 et ramène une voiture.Et surtout ne dis rien à mu mère, À ma sœur.C'est à moi de les prévenir du malheur qui vient d'arriver.Quelques instants plus tard la Petite Mai était transportée avec des précautiong infinies au chô- teau de Lauriac.Henri pénétrait alors dans l'appartement de la marquise.\u2014Ma nère,\u2014commença-t-il.Mme de Lauriac leva les yeux ct poussant un grand cri tomba à lu renverse duns son fauteuil\u2026 Henri n'avait pas songé qu'il était couvert du sang de la pauvre l\u2019etite Mai.A la vue de ce san,, à In vue de lu pâleur de son fils, Mme de Lauriac avait eu la certitude que c'était lui qui venait d'être blessé.\u2014Henri!.mon enfant !\u2014B'écria t-elle d'une voix mourante.A cet instant, le marquis s'aper;ut dans une glace et !a vue de ron visage défait, du sang qui recouvrait ges vêtements, ses maina et jusqu\u2019à son visage qu'il tachait par places.lui fit comprendre l'erreur de sa mère, et l'angoisse qui venait de suiloquer celle-ci.Aussi s'empressa til de s\u2019écrier, pour rassurer la marquise : \u2014Non ! ma mère !.Non ! ce n\u2019ect pas moi qui ai été blessé !.Mais croyez moi, ma mere, mieux cit valu mille fois que ce fut moi.Tan dis que c\u2019est votre fils, par une incompréhensible légèreté, qui a blessé uno malheureuse créature qui se trouvait sous bois.; La marquise laissa échapper un long soupir.1 lui sembla qu'elle revenait d'au delà de la mort.\u2014Ce n'est pas toi !.ce n\u2019est pas toi! mon enfant !.C'est bien vrai ?\u2014 répétait-elle en proie à un tremblement nerveux.Blanche, prévenue par les domestiques, nccou- rait.Elle aussi devint d\u2019une inortelle pâlear À l\u2019aspect de son frère.Henri ia rassura d'un mot.Mais en temps il lui apprenait la désolante vérité.L'émotion de la jeune femme fut loin de se calmer.__La Petite-Mai ! \u2014 s\u2019écria t elle, \u2014 la Petite- Mai!.cette enfant qui » sauvé ina fille.Mais M.Valroy est là.\u2014 Il loi a dunné déjà des soins.Mais il ne peut rien dire encore :.Et comprends-tu mon angoisse, wma swur !.; \u2014Oh ! mon pauvre Henri, \u2014répondit Blanche, \u2014tu doir être profondément malheureux.- \u2014 Blanche, je t'assure que cette catastrophe cat le résultat d\u2019une véritable fatalité !.Ju connais ma prudence.Tu sais que jamais je n\u2019ai été léger, ou distrait, du moment que j'ai eu une arme À la main.\u2014Enfin elle est frappée !.à mort peut être Et mieux que personne, mon frère, je comprends ton désespoir !.La marquise donnait des ordres.| ; La première émction passée, elle avait retrouvé toute son énergie.La Petite-Mai avait été transportée per son ordre dans l\u2019une des grandes chambres du château de Lauriac, au premier étage, non loin de l'appartement du marquis.Cette chambre étuit meublée d'un grand lit de milieu ; vaste, aérée, elle servait d'habitude aux même No 41 invités du chhteau, pendant la saison des chasses.Blanche était accourue, c'étuit elle qui voulait donner des soins à lu blessée.Oui, de cette façon, elle pourrait s'acquitter de sn dette de reconnaiseance demeurée toujours impayée.Valroy était au chovet de la Petite-Mai.Blanche également, de l\u2019autre côté du lit, s\u2019empressait, obéissait avec une précision adroite aux ordres au docteur.Elle avait débarrnssé la Petite Mai de ses haillons sordides.Elle l'avait vêtue de son linge, tan- «is que Raoul Valroy sondait les blessures causées par les chevrotines et, uno à une, enlevant les petites balles qui avaient pénétré si profondément.Peu à peu le sang s\u2019arrêtait et Valroy pouvait enfin prononcer un verdict certain et raisonné.\u2014Eh bien *\u2014 demandait Blanche, en replaçant sur l'oreiller, moins blanc que les joues pâles «de la blessée, la tête de la Petite Mai, eh bien ?-\u2014Je ne crois pas les blessures mortelles, \u2014 répliqua Valroy, \u2014 bien qu\u2019elles soient «xcessive- ment graves.Maircette enfant est jeune, extraordinairement vigoureuse et forte.Elle possède certainement |> gang le plus riche.Seulement, pendant quinze jours, trois semaines, son état va nécessiter des soins constants.Blanche répliqua vivement : \u2014C'est moi qui les lui donnerai.Et vous pouvez vous en rapporter à moi.Je tiens à m'acquitter envers celle à qui je dois la vie de ma tille.\u2014Je ne lu quitterai pas non plus, \u2014ajouta Val- roy, \u2014car je vous le répète, il va lui falloir une incessante surveillance.Avec ln dextérité d'un praticien consommé, Valroy avait promptement posé un appareil sur les blessures de la Patite-Mai Maintenant, blanche comme une cire, la jeune fille reposait dans ce grand lit profond, tenant dans sa main l'une des mains de Blanche, qu'elle regardait avec une infinie tencresse.\u2014Est elle jolie ! cette enfant ! veilleusement belle °.Quels yeux I.grèce!L.\u2014Oui, certainement, \u2014répliquait Valroy distraitement, elle est charmante ! A la nouvelle que Valroy croyait pouvoir répondre des jours de In blessée, Henri avait laissé éclater les transports d'une joie folle.\u2014 Ah ! mon ami,\u2014avait il répondu A Octave de Marcenay qui était demeuré à côté de lui pour le calmer, \u2014ah ! mon ami ! que je remercie Dieu !\u2026 Ni tu savais, ai cette malheureuse enfant était morte, morte par ma faute, par suite de mn lége- reté et de mon imprudence, je n'aurais certainement pas le courage de vivre.Je me serais tué Le marquis de Lauriac, retrouvant un peu de sang froid, prenait toutes se précautions pour que ce déplorable accident ne s\u2019ébruitAt point.Les rebatteurs, les gardes recevaient des recommandations ex presses.Taudis qu'il était occupé, dans la cour d honneur du château, À parler dans ce sens aux traqueurs qui recevaient une forte paie, le garde- chef Bernard s'approchait d\u2019un nir très embarrassé de son maître.Henri, quelque prévceupé qu\u2019il pût être, ne fut pas sans s'apercevoir aussitôt de la contrainte de son vieux serviteur.\u2014 Qu'est ce qu\u2019il y & encore ?mon brave Bernard, lui demanda-t il, \u2014tu ns certainement quelque chose À me dire.\u2014Ma foi, monsieur le marquis, je no suis pas tranquille.et j'ai bien peur que nous n\u2019ayons encore un gros deésagrément, s1 ce n'est un wal.hour à déplorer.- \u2014 Comment cela ! Un nouveau malheur ! Bernard?.\u2014 Dame \u2018 monsieur le marquis, j'en ai une rude peur.\u2014Peur de quoi ?.\u2014 Dans l\u2019émoi où nous nous sommes trouvés, à In suite de votre coup «e fusil., lien que.Dame ! c'est bien ln faute des gens qui n'ont rien à faire dans les bois et qui viennent s\u2019y promener.sans droit, sans rien et surtout sans prévenir personne.\u2014Va droit au fait.Fist-elle mer- quelle ' ese \u2014Eh bien ! Monsieur le marquis n'a pas remarqué qu'il nous manque un chasseur.\u2014Il manque un chasscur 1.\u2014Mais certainement.M.Forcière, l\u2019avoué de Itrétigny, nous ne l'avons pas vu depuis la battue !.\u2014Ah ! mon Dieu ! Tu as parfaitement raison, mon brave Bernard !.S'il lui est arrivé malheur, ce serait une nouvelle catastrophe.\u2014Je l\u2019ai entendu tirer.un coup.Ensuite plus rien.C'est quelques instants plus tard que vous avez crié aussi.Ft dame, quand j'ai su de quoi il s'agissait, j'avoue que je n'ai pas songé à M.Forcière.\u2014Eh bien ! il faut retourner au lieu de la traque, nous suivrons l\u2019enceinte, la ligne des ti.reura.ll faudra bien que nous le retrouvions.Et Henri se mit aussitôt en route accompagné de con garde chef, D'une pas accéléré ils ne mivent pas longtemps à franchir l'espace séparant le château du lieu de la traque.Uu silence mortel dans les grande buis suivis d'immenses sapinières.\u2026 .Henri, précédant toujours lernard, atteignit bientôt la ligne où précédemment étaient placés les tirenrs.Cette voie étroite se perdait au loin, et il était impossible de ne point apercevoir un homme ou un animal.\u20141i n'est pas entré sous bois, \u2014se dit à lui- mème llenri :\u2014s'il avait été blessé, chargé par un sanglier.on le verrait.il serait resté sur place.en mettant les choses au pire.Bernard suivait la ligne et regardait avec soin les pas et les empreintes.Tout à coup il laissa échapper une exclamation de surprise : \u2014\"iens '.\u2014 fit il, \u2014voilà le fusil de M.For ciere ! Effectivement, le fusil d'Arthur était appuyé debout contre un arbre.\u2014 Mais où disble peut-il être \u2014demanda Henri à haute voix 1.Bernard s'était emparé de l\u2019arme et l\u2019examinait attentivement.\u2014Les deux coups sunt chargés, \u2014 dit-il, \u2014et je l'ai pourtant eutendu tirer, j'en suis certain.Donc il a eu tout le temps de recharger son arme.\u2014C'est stupétiant, \u2014 continuait M.de Lauriac.S\u2019adressant alors à son garde : \u2014-Mais que regardes-tu donc, Bernard ?M.Forcière ne s\u2019est pas envolé.Le garde-chef, en eflet, depuis un instant, tournait autour du gros pin contre lequel le fusil avait été appuy et regardait attentivement au milieu de l'épais feuillage d'un vert sombre.Levant alors le bras, il dit doucement au marquis, tandis qu\u2019un sourire arquait ses lèvres : \u2014ll est là !.\u2014Comment ! dans l\u2019arbre !.\u2026.Et malgré les poignantes émotions qu'il venait de subir, M.de Lauriac se sentait pris d'une folle envie de rire.\u2014 (ui ! oui ! Je ne me trompe pas, \u2014répliqua le garde, \u2014 il est collé contre une grosse branche.Ne le voyez-vous past.llenri finissait cependant, en tournant encure, À distinguer la masse du corps d'Arthur qui se détachait au milieu des masses de brindilles de sapin.\u2014 Vous rtes 1a, monsieur Forcitre, je vous vois, descendez.1! y eut un silence, puis Arthur répliqua d\u2019une voix étranglée : \u2014 Je ne peux pas, monsieur le marquis, je ne peux malheureusement pas.Je suis tenu.Ce qui était arrivé à Arthur, aisément on peut le comprendre.Bien loin de lui, il avait vu passer un sanglier au commencement de la traque, et il lui avait en voyé uu coup de fusil inoflensif.Puis une autre bête était sortie plus près de son poste, et la sainte frousse qui s\u2019agitait en lui avait passé à l\u2019état aigu.Alors, n'y tenant plus, affolé par les cris des traqueurs, les coups de fusil des gardes qui tiraient à blanc, pour obliger les animaux à forcer la ligne des chasseurs, il avait soigneusement déposé son 220 LE MUNDLE ILLUSTRE fusil au pied de l'arbre.et il avait lestement grimpé au sapin, avec cette légèreté simiesque que procure généralement la frayeur.Malheureusement, dans ss précipitation aveugle, il avait mie le pied sur une branche morte qui avait craqué, s'était brisée et par bonheur, dans sa chute, sa jaquette s'était accrochée solidement à l'arrête de la cassure et il était demeuré suspendu, collé contre la maîtresse branche, mais ne pouvant parvenir À se dégager.Kt depuis lors, il était demeuré là suspendu dans les airs, Absalon d'un nouveau genre, n\u2019osant appeler, dans la crainte du rédicule eb tremblant en pensant que le moindre mouvement pouvait le précipiter sur le sol, où malgré l'épaisse couche de mousse il se fut violemment meurtri.Bernard avait enlevé son carnier et sa plaque et, sans attendre les ordres de son maître, montait lestement au sapin, atteignait au plus vito l\u2019accroché, auquel, avec des précautions infinies, il rendait la liberté ainsi que la facilité d'atteindre aisément la terre.Une fois sur le sol, Forcière se secoua tout comme un larbet sortant de l\u2019eau, et dit avec un rire forcé : \u2014 Voilà une partie de chasse que je n\u2019oublirai jamais.Le marquis était trop homme du monde pour interroger son hôte sur les motifs de sa stupéfiante ascension.Mais Arthur Forcière tenait à le justifier aux yeux du marquis et à ceux du garde ; il s\u2019embarrassa dans l'histoire mouvementée et entrecoupée d\u2019un monstrueux et furieux sanglier, plus dangeu- reux cent fois que celui d'Erymanthe, qui l'ava\u2019t chargé et ne lui avait laissé que le temps de grimper sur son arbre.Bernard allait répliquer ; un coup d'œil de sun maître le fit taire.\u2014Mais vous même, monsieur le marquis, \u2014fit Forcière, \u2014du haut de mon observatoire je vous ai vu.Vous avez eu un coup de fusil malheureux ! \u2014Oh ! oui,\u2014répliqua Henri, \u2014bien malheureux ! j'aimerais mille fois mieux être blessé, tué moi-même.\u2014On dit ça, \u2014répliqua Forcière avec un sourire qui avait la prétention d'être profond.\u2014Mais on n\u2019a qu\u2019une peau.Et dame.on y tient.\u2014Enfin,\u2014répliqua Henri, jugeant inutile d\u2019entamer une discution sur la délicaterse des sentiments, \u2014grâce à Dieu, le docteur Valroy repond des joura de la pauvre blessée.Elle est installée au château.et c\u2019est après m'être assuré de sa situation que je me suis mis en peine de vous, très inquiet de ce qui avait pu vous arriver.\u2018 \u2014Rien ! ce n'est rien, si ce n'est une mauvaise chance et un effroyable accroc 4 mon habit.Mais ça aurait pu être très grave.\u2014 Monsieur Forcière,\u2014reprit encore Henri, \u2014 j'ai un service à vous demander.\u2014-Monsieur le marquis, je suis tout à vous.\u2014Je vous prie de ne point dire un mot de ce douloureux événement.Je tiens essentielle ment À ce que ce malheur soit absolument tenu secret.La chose serait amplifiée, la malveillance certainement s\u2019en mélerait.Et de la & aller raconter partout que j'ai assassinée quelqu'un, il n'y a qu'un pas qui serait bientôt franchi.\u2014Oh ! monsieur le marquis !.Je me ferais plutôt arracher la langue.; Malheureusement pour Arthur Forcière, si Henri de Lauriac avait réclamé de lui la plus absolue des discrétions, il avait omis d'exiger de Bernard le plus profond secret sur la dernière aventure.De telle sorte que Bernard n\u2019eût rien de plus pressé, en arrivant à Lauriac, que de raconter tout bouillant, de quelle façon Arthur Forcière grimpait aux sapius, tout pareil à un singe sur un cocotier.De telle sorte que la gymnastique d'Arthur Forcière fut vite connue et que touto la livrée du château se mit A faire des gorges chaudes.M.Mouton, le maitre de poste de Lrétigny-sur- l\u2019Aire, qui n\u2019avait pas la langue dans sa puche et aimait un brin à rire, lui dit même dans l'après- midi, en le recopduisant : ; \u2014Parait que vous faites des études sur le tir plongeant, maître Forcière.Que vous avez appris la manière de tirer les sangliers de très haut.\u2014 Ah !mon brave M.Mouton, \u2014répliqua Arthur,\u2014 vous pouvez me féliciter, allez !\u2014Sans ma présence d'esprit, je ne serais pas À côté de vous à l'heure qu'il est.Tandis qu'Arthur Forcière regagnait ses pénates, avec l'intention bien formelle, malgré la role donnée au marquis de Lauriac, de raconter sa façon et sous Je sceau du plus grand secret, à quelques intimes, la sanglante aventure dont il avait été le premier témoin, la l\u2019etite-Mai étai étendue dans ce grand lit de la chambre qu'elle occupait désormais à Lauriac.Comment expliquer le chaos d'idées confuses qui s'agitait dans son esprit ?Malgré la cuisante douleur de ses blessures, malgré la fièvre intense qui commençait à s\u2019emparer d\u2019elle, elle se sentait heureuse, oh ! mais heureuse comme elle ne l'avait pu être, durant un court instant, alors qu'elle s'était trouvée dans les bras de cctto femme jeune, jolie, qui l'avait tenue sur son cœur, en lui parlant d\u2019une voix si duuce.Ne voyait-elle pas à tout instant Henri de Lau- riac qui, sur la pointe du pied, l'œil tout plein d'angoisse, venait s'assurer par lui-même de l\u2019état dans lequel se trouvait sa chère bleesée 7.lanche s'était installée au chevet de la Petite- Mai.et elle aussi, elle ne quittait pas du regard la pauvre créature, lui donnant a boire, essuyant la sueur brilante qui inondait sun visage, et veillant sur elle avec une attendrissante sollicitude, Puis c'était Valroy, qui revenait également sans cesse dans la chumbre de la Petite Mai, se persuadant À lui même et en toute conscience que sa malade avait un coustaut Lesuin de su présence.La pauvre créature voyait tout cela, et les hal- lacinations de la tièvre animaient et agitaient autour d'elle tous ces personnages.Ne lui sembluit il pas qu'Henri la regardait avec des yeux tout pleins de tendresse.Ce regard, dans son imagination, ressemblait à ceux de la jolie dame des Souclies.Mais à un instant, l'hallucination devint tellement violente qu'elle perdit teut sentiment de son être et la nuit se lit dans sou cœur.Lorsqu'elle revint à elle, les mêmes personnes se tenaient auprès de son lit.C'était d\u2019abord Raoul Valroy, celui qui avait pangé res blessures, puis la jeune dame, entin, celui dont l'image était gravée dans son cœur, celui qu\u2019elle venait si souvent épier, alors qu'elle battait les bois et la campagne.Tls parlaient ceux qui l\u2019entouraient.Ils parlaient d\u2019elle, la Petite-Mai le divinait bien a leurs yeux, à leurs regards.Malheureusement, elle ne puuvait comprendre ce qu\u2019ils disaient.Raoul Valroy venait de répliquer à une interrogation d'Henri et de Planche.\u2014Je réponds d'elle maintenant.Voici quatre jours qu\u2019elle a la flèvre, maia elle va s\u2019éteindre, et les blessures vont pour le mieux.\u2014Et sa raisun 1\u2014demanda Blanche.Valroy secoua énergiquement la tite.\u2014Sa raison !.Mais je suis convaincu qu\u2019elle n'est nullement en danger.\u2014Mais, mon cher docteur.ce mutisme.cet air égaré, ce délire persistant ?Nouveau signe de téte de Valroy.\u2014 Pour woi, cette enfant a da subir des commotions violentes.mais de li a avoir dea lésions cérébrales, il y a loin.Le délire gui 8 accompagné la fièvre et qui s'est prolongé pendant plusieurs jours, me fournit une preuve de la puissance de son imagination, vuilà tout.N'avez- vous même pas remarqué que pendant la période la plus violente de son agitation, elle a fait d\u2019incessants efforts pour parler, pour rendre au moyen de la parole les tourmenta, qui la torturaient ?\u2014Parfaitement,\u2014répliqua Henri,\u2014je l'ai très bien observée.\u2014Nombre de fuis elle a prononcé, avec ditticulté, le mot : ma.man, en espaçant les deux syllahes.\u2014Mais, il est bien évident pour moi, reprit Valroy, qu'il sera facile de rendre la parole a cette enfant, aussitôt qu\u2019elle pourra soutenir une contention forcée d'imagination sans fatigue.\u2014Oh ! cher docteur !\u2014s\u2019écris Blanche, \u2014rendre la parole à cette chère créature, ce serait un véri- \u201411 serait pour moi parfaitement réalisable, les yeux de cette enfant m'en sont un sûr garant.Quant au miracle, ce n\u2019est que la volonté du Tout- Puissant qui me permettra de l\u2019opérer.Moi je ne serai que le moyen employé, que l'instrument, \u2014plein de bonne volonté, il est vrai, \u2014mais bien imparfait, alors mème que pleinement je réussirais dans cette tâche.Te marquis de Lauriac prit la main de Valroy et, la pressant énergiquement : \u20141I1 faut 'entreprendre, Raoul.Ce sera une auvre de charité haute et sainte.Et alors nous saurons le mystère qui entoure l'existence de cette pauvre créature.et nous pourrons lui payer lu dette de reconnaissance que nous lui devons.\u2014Oh ! quoi qu'il advienne, \u2014 reprit Blanche avec vivacité, \u2014 elle a retrouvé une famille.car je ne l\u2019abandonnerai jamais.Je veux l'avoir constamment auprès de moi, désormais ; je veux qu\u2019elle vive duus le bien-être de notre vie, au milieu des nôtres.Peut-être cette enfant abau- donnée de tous nous portera-t-elle bonheur.La marquise de Lauriac qui, à cet instant, arrivait sur la pointe du pied dans la chambre de la blessée pour eavoir de ses nouvelles, avait entendu ces dernières paroles.Un rayon d'espérance brilla dane ses yeux.\u2014Oui, mes enfants, \u2014répondit elle, \u2014votre idée est la meilleure de toutes.Il faut garder au- brès de nous ls pauvre abandonnée, il faut qu'elle vive au milieu de nous, la ramener À la vie, à la santé, a la raison.\u2014C'est pleinement que nous nous y engageons, ma mére,\u2014répliqua Blanche,\u2014rien ne me coûtera, quant à moi, pour régénérer cette enfant, qui sera des nôtres, et je suis sûre que je ne parle pas à ln légère en répondant pour Henri.\u2014 Et tu as grandement raison, ma sœur, de parler pour moi, comme je l'aurais fait pour toi même.\u2014 Dien, mes enfants !.liien ' Je vous pro mets que de mon côté également je ferai tout pour concourir & votre wuvre.La question d'argent n'est rien pour nous.kt en wméme temps, si cette pauvro créature est intelligente comme l'affirme le bon docteur, nous aurons fait de cette enfant notre évale.Je suis certain que jo réussirai,\u2014fit Valroy avec enthousiasme.Un sourire doucement railleur apparut sur les lèvres de la marquise \u2014C'est nu mieux, \u2014reprit-elle encore, \u2014seule ment, je vois à tous ces beaux projets des empi- chements sans nombre, les rendant complètement irréalisables.\u2014Eh ! pourquoi cela, ma mère 1\u2014répliqua le warquis avec véhémence.\u2014Tout simplement, mon
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