Le devoir, 11 octobre 2014, Cahier B
[" Philosophie : Un « selfie » au massacre de la Saint-Barthélemy Page b 6 Michel David : Quelle fol accorder aux engagements dePKP?Pa^eB3 Manon Cornellier et les finances publiques à Ottawa Pa^e B 3 PERSPECTIVES CAHIER B » LE DEVOIR, LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 OCTOBRE 2014 GROUPE ÉTAT ISLAMIQUE Pourquoi la Turquie ne vient-elle pas au secours des Kurdes ?Pierre Karl Péladeau a quitté le Salon bleu jeudi avant le vote sur la motion présentée par la CAQ.Course au PQ Faux pas dans une nouvelle vie JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Les libéraux soutiennent dur comme fer qu\u2019ils entendent ne pas se mêler de la course à la direction du Parti québécois.C\u2019est vrai qu\u2019ils tiennent déjà pour acquise la victoire de Pierre Karl Péladeau.Une victoire qui, dans le grand ordre des choses, pourrait faire leur affaire.On veut bien lui nuire, mais pas trop : il ne faut pas qu\u2019il se désiste.ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec Quand les libéraux ont appris que la Coalition avenir Québec allait présenter une motion, mercredi, pour demander au gouvernement de modifier la Loi sur le Code d\u2019éthique et de déontologie des parlementaires afin d\u2019empêcher un député d\u2019occuper ses fonctions s\u2019il détient un intérêt majoritaire dans un média, les stratèges libéraux se sont dit : «Ah non ! Pas encore.Les caquistes ne sont pas stratégiques : toujours prêts à sortir le bazooka pour réaliser des gains immédiats sans penser plus loin que leur nez.» Il faut dire que l\u2019occasion était belle pour les caquistes de sauter dans le train que Jean-François Lisée avait lancé lors de la Conférence des présidentes et des présidents du PQ.Déjà, en campagne électorale, François Legault avait attaché le grelot en exigeant que Pierre Karl Péladeau vende ses actions.Mais la sortie du député frondeur a donné beaucoup d\u2019élan à une position que le chef ca-quiste ressassait depuis des mois.C\u2019est avec réticence que les libéraux ont voté pour la motion caquiste.Dans un monde idéal, ils auraient bien voulu réserver l\u2019essentiel des salves non pas contre PKP le simple député de Saint-Jérôme, mais contre PKP le chef du Parti québécois.Débat de société S\u2019ils ont voté pour cette motion qu\u2019ils jugeaient prématurée, c\u2019est qu\u2019ils ont obtenu de la CAQ qu\u2019elle appuie la tenue d\u2019une commission parlementaire pour faire du cas Péladeau «un débat de société absolument fondamental», a affirmé mercredi le premier ministre Philippe Couillard à l\u2019Assemblée nationale, c\u2019est-à-dire «la relation entre ce qu\u2019on appelle le quatrième pouvoir, les médias, et les autorités gouvernementales ou les gens en responsabilité parlementaire».Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, s\u2019est découvert un intérêt marqué pour les débats sur l\u2019indépendance journalistique.Ce «débat de démocratie qui se soulève dans la population» va «happer» le leader parlementaire péquiste, Stéphane Bédard, il va «happer» le Parti québécois, a-t-il déclaré, sans qu\u2019on sache trop si se faire happer signifiait pour lui se faire frapper, devenir la victime d\u2019une sorte de choc des idées.Lors du débat sur la motion mercredi, Jean-Marc Fournier a évoqué un projet législatif ambitieux : la commission parlementaire, où seront entendus la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, le Conseil de presse du Québec, des universitaires patentés et experts des médias, pourrait déboucher sur des propositions de modifications non seulement de la Loi sur le Code d\u2019éthique des parlementaires, mais aussi de la Loi sur l\u2019Assemblée nationale et de la Loi sur l\u2019exécutif.Jean-Marc Fournier s\u2019est découvert un intérêt D\u2019autres consultations Ce branle-bas de combat législatif, auquel s\u2019opposent vivement les pé-quistes, donnerait lieu à d\u2019autres consultations en commission parlementaire : l\u2019enjeu serait encore bien vivant \u2014 et pour des mois encore \u2014 au moment de l\u2019élection d\u2019un magnat de la presse à la tête du PQ le printemps prochain.On a même évoqué l\u2019idée que ces projets de loi qui régissent les élus soient adoptés sans l\u2019appui de l\u2019opposition péquiste, les trois autres partis formant un «consensus» qui regroupe plus de 75% des élus de l\u2019Assemblée nationale.Mais, au lendemain du débat sur la motion, Philippe Couillard a mis le holà à cette stratégie.Le premier ministre a dit qu\u2019il voulait éviter un «déchirement partisan qui va laisser les citoyens amers».Il croit que Pierre Karl Péladeau devra choisir et que la réalité politique le rattrapera.Et si son choix, c\u2019est de conserver son «patrimoine légué par son père», comme il le dit, il sera jugé par les militants péquistes, puis par la population.Ça ne date pas d\u2019hier que la CAQ se fait accuser par les libéraux de manquer de sens stratégique.Mais en présence de PKP, caquistes et libéraux ne partagent pas du tout les mêmes intérêts stratégiques, souligne-t-on marque pour les débats sur l\u2019indépendance journalistique dans l\u2019entourage de François Legault.Le candidat Péladeau, avec son poing en l\u2019air, a donné non seulement la victoire aux libéraux aux dernières élections, mais un gouvernement majoritaire, fait-on observer.On ne le cache pas : l\u2019arrivée de Pierre Karl Péladeau à la tête du PQ serait de mauvais augure pour la CAQ.D\u2019abord, son profil de chef d\u2019entreprise est semblable à celui de François Legault.En outre, tout comme François Legault, le magnat est perçu comme étant au centre droit de l\u2019échiquier politique, bien qu\u2019il fasse des pieds et des mains pour se montrer plus à gauche.Des craintes Mais surtout, avec Pierre Karl Péladeau à la tête du PQ, la perception que l\u2019indépendance se rapprocherait serait plus forte.Les libéraux ressortiraient la carte du référendum imminent, polarisant ainsi l\u2019électorat, au détriment du deuxième parti, la CAQ.Oui, c\u2019est vrai, les caquistes ont peur de PKP.Aux yeux de François Legault, plusieurs inconnues subsistent au sujet du nouveau venu.Ainsi, Pierre Karl Péladeau, à la tête du PQ, dirigerait un parti fondé par un journaliste alors qu\u2019il ne daigne pas, le plus souvent, répondre à la presse, se contentant de s\u2019exprimer sur le média narcissique Facebook, fait-on remarquer.Impossible aussi de prévoir l\u2019effet célébrité du couple Sny-der-Péladeau en politique, une première au Québec, ajoute-t-on.Avant que le débat sur la motion ne commence mercredi, Pierre Karl Péladeau, de façon théâtrale, s\u2019est retiré du Salon bleu, invoquant l\u2019article 25 du Code d\u2019éthique qui dit, en substance, que si une question dans laquelle un député a un intérêt personnel est abordée, il est tenu de le déclarer et de se retirer.La même mise en scène, signée par la leader parlementaire péquiste, Agnès Maltais, s\u2019est répétée le jour du vote, jeudi.Or, c\u2019est précisément cet article que Pierre Karl Péladeau a reconnu avoir enfreint en intervenant au sujet du studio Mel\u2019s.«J\u2019avoue qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un nouvel environnement pour moi ainsi que d\u2019une nouvelle vie», disait-il, mercredi, de la politique.Il ne pouvait mieux dire.Les libéraux pourraient avoir à revoir leur jugement sur PKP.Le Devoir Le groupe État islamique est en passe de prendre la ville kurde de Kobané, en Syrie.L\u2019assaut des djihadistes dans cette région frontalière de la Turquie a poussé quelque 300 000 habitants à fuir, dont plus de 200 000 ont trouvé refuge en Turquie.Ankara a massé des troupes à la frontière.Son Parlement a voté, le 2 octobre, un dispositif permettant au gouvernement d\u2019intervenir militairement en Irak et en Syrie pour lutter contre TEL Pourtant, les forces turques ne portent pas secours aux combattants kurdes qui défendent la ville.Pourquoi ?Kobané appartient à la région du nord-est de la Syrie, majoritairement peuplée de Kurdes, qui a proclamé son indépendance vis-à-vis du régime syrien en novembre 2013.Les Kurdes, 30 à 40 millions de personnes divisées entre la Turquie, l\u2019Irak, la Syrie et l\u2019Iran, forment un peuple sans État.Mais l\u2019embryon d\u2019un Kurdistan indépendant est aujourd\u2019hui en train de voir le jour.Il est contrôlé par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et sa branche politique syrienne, le PYD (Parti de l\u2019union démocratique).Ce sont les forces armées de ce parti, les Unités de protection du peuple kurde (YPG), qui défendent Kobané.Depuis juillet 2012, tout en ménageant le régime de Bachar al-Assad, ces mouvements s\u2019emploient à établir en Syrie leurs propres institutions.S\u2019appuyant sur des méthodes répressives, ils entendent défendre un projet de société mettant l\u2019accent sur l\u2019égalité des sexes, l\u2019intégration des minorités religieuses et une certaine forme d\u2019autogestion locale.La Turquie s\u2019en inquiète.Fondé en Turquie en 1978, le PKK mène une guerre d\u2019indépendance contre l\u2019armée turque qui a fait plus de 40 000 morts en 30 ans.Le gouvernement d\u2019Ankara craint l\u2019émergence d\u2019un État kurde autonome à sa frontière, dirigé par cet ennemi acharné.Il se dit ainsi au moins autant menacé par le PKK que par le groupe État islamique, sinon plus.«L\u2019EI et le PKK, c\u2019est la même chose», ne cesse ainsi de répéter le président turc.Recep Tayyip Erdogan.Le processus de paix turc menacé Depuis janvier 2013, Ankara et le PKK se sont engagés dans un processus de paix historique.Une trêve a été décrétée.Le gouvernement négocie, à travers la vitrine légale de la rébellion kurde en Turquie, le Parti pour la paix et la démocratie (BDP), avec son chef, Abdullah Ocalan.Celui-ci purge depuis 1999 une peine de prison à vie sur l\u2019île d\u2019Imrali, en Turquie.Mais ces négociations, impopulaires en Turquie, piétinent.Le gouvernement turc a engagé les négociations alors que les Kurdes de Syrie prenaient déjà le large.Il craint qu\u2019en se renforçant en Syrie, le PKK ne puisse dicter de nouveaux termes.La Turquie demande ainsi notamment que l\u2019autorité kurde en Syrie s\u2019ouvre aux autres mouvements kurdes et se désolidarise du PKK.VOIR PAGE B 3 KOBANÉ i-ri' lab GUII ¦ r- ,\t¦ ¦ Z h\"* i» -sJ, *\u201c¦ \u201c ^ .i.i r ( F ¦r r ^ ^\t-.*?- ARIS MESSINIS AGENCE ERANCE PRESSE Des chars d\u2019assaut turcs cette semaine tout près de Kobané où se déroulaient de violents combats. B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 OCTOBRE 2014 PERSPECTIVES Le prix d'une obsession ((T\"' V ^ A Manon CORNELLIER à Ottawa Le gouvernement du Québec a décidé de s\u2019attaquer au déficit sans faire de quartiers.Et il veut aller vite.Cela a un prk, comme on le voit à Ottawa depuis quatre ans.Le gouvernement conservateur a fait du retour à l\u2019équilibre budgétaire avant les prochaines élections une idée fixe.11 est sur le point de remporter son pari.Cette semaine, le ministre des Finances a rendu public le bilan financier du gouvernement fédéral pour l\u2019année 2013-2014.Le déficit, au 31 mars dernier, était de seulement 5,2 milliards, soit 13,2 milliards de moins que prévu dans le budget 2014.Comment cela est-il possible?Les revenus ont augmenté au-delà des espérances du gouvernement, c\u2019est vrai, mais les dépenses ont aussi chuté.Les compressions font leur oeuvre et, comme les transferts aux particuliers et aux provinces ne sont pas touchés, ce sont les dépenses de programmes qui écopent.Selon un rapport récent du directeur parlementaire du budget (DPB), les dépenses de fonctionnement du gouvernement ont atteint un creux historique.L\u2019Etat fédéral rétrécit.En chiffres, cela ressemble à ceci : le DPB prévoit que les mesures d\u2019austérité prises depuis 2010, et surtout 2012, généreront des économies récurrentes totali-sapt 14,6 milliards cette année.A ce rjphme, Ottawa pourrait afficher un surplus de 5 milliards d\u2019ici le avril 2015, estiment les économistes de la Banque TD dans un rapport rendu public cette semaine.Si Ottawa ne change pas son cadre fiscal ni ses dépenses, il pourrait cumuler jusqu\u2019à 56 milliards de surplus d\u2019ici 2018-2019.Pendant ce temps, note le DPB dans son dernier rapport sur la viabilité financière du gouvernement fédéral, les provinces vont en arracher pour faire face aux conséquences financières du vieillissement de la population.Le rouleau compresseur est donc passé et on en voit de plus en plus les effets.Le gouvernement résiste à présenter un portrait d\u2019ensemble de l\u2019impact de ses compressions sur les politiques, programmes et services aux citoyens, mais il y en a un.On le découvre à la pièce cependant.Cette semaine, c\u2019était le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, qui nous apprenait que les mesures budgétaires ont eu des répercussions sur les communautés de langue officielle.On a, entre autres, coupé les fonds qui leur permettaient de participer à des activités de recrutement des immigrants.La commissaire à l\u2019environnement et au développement durable, Julie Gelfand, a pour sa part montré, mardi, comment le manque de ressources empêche la Garde côtière et le Service hydrographique du Canada de se préparer adéquatement à l\u2019accroissement du trafic maritime dans l\u2019Arctique.L\u2019enquêteur correctionnel Howard Sapers, qui publiait son rapport annuel mercredi, a lui aussi noté que les pressions que subit Service correctionnel Canada découlent en partie de ses moyens limités pour faire face à l\u2019afflux de détenus, à la complexité des cas et aux besoins en matière de réinsertion.L\u2019OCDE, de son côté, a publié cette semaine un rapport sur l\u2019aide publique au développement (APD).De tous les pays recensés, il n\u2019y a que le Portugal qui ait fait pire que le Canada.Le budget canadien de l\u2019APD a baissé de 11,4% entre 2012 et 2013.Alléchés par les surplus à venir, les conservateurs, eux, font déjà des annonces très ciblées et pofentiellement rentables sur le plan électoral.A la mi-septembre, on a dévoilé la réduction des cotisations à l\u2019assurance-emploi (AE) pour les petites entreprises, une mesure destinée, di-sait-on, à encourager la création d\u2019emplois.Dans un rapport publié jeudi, le DPB démontre qu\u2019au final, cela voudra dire, en termes nets, 200 emplois de plus en 2015 et 600 en 2016.Pour cela, le gouvernement dépensera 550 millions sur deux ans, soit 550 000 $ pour chaque emploi supplémentaire.Par contre, 2000 emplois seront perdus en 2015 et 8000 en 2016 à cause du gel des cotisations pour les autres entreprises, le taux de cotisation étant plus élevé que nécessaire pour assurer l\u2019équilibre du compte de l\u2019AE.Mais avec ce taux, le gouvernement s\u2019offre des revenus supplémentaires et, donc, un surplus gonflé au détriment des cotisants et des chômeurs.Cette semaine, le premier ministre Stephen Harper a lui-même annoncé l\u2019augmentation du crédit pour l\u2019activité physique des enfants.Une étude publiée l\u2019an dernier montrait que ce crédit profitait d\u2019abord aux familles plus aisées, capables de payer les frais d\u2019inscription de leurs enfants.Et même là, ce n\u2019est pas le Pérou.Tout ce qu\u2019elles peuvent économiser est 15% des dépenses engagées, jusqu\u2019à concurrence de 500$.Le gouvernement va maintenant faire passer le seuil des dépenses admissibles à 1000$, ce qui veut dire un remboursement d\u2019au plus 150$.Pour le trésor public, en revanche, cela risque de faire passer la facture de 115 millions à 230 millions par année.Pour réduire la taille de l\u2019État autant qu\u2019on peut, on rogne partout et, avec les économies réalisées, on offre des bonbons électoraux qui, si on les accepte, grugeront la marge de manœuvre du gouvernement et le menotteront pour les années à venir.mcornellier@ledevoir.com MEXIQUE À l\u2019enseigne de l\u2019impnnité Nouvelle atrocité au Mexique avec le massacre présumé de dizaines d\u2019étudiants et la découverte de charniers à Iguala, dans l\u2019État de Guerrero.Se voient encore une fois exposées la violence et l\u2019impunité qui empoisonnent la société mexicaine sous la tutelle des cartels de la drogue.Le président Enrique Pena Nieto a promis d\u2019y voir dans un discours télévisé.Qui le croit?GUY TAILLEFER Vendredi 26 septembre dernier, des étudiants se sont rendus dans la ville d\u2019iguala, par l\u2019autoroute reliant Mexico et Acapulco, pour protester contre le sous-financement de l\u2019éducation et tenter d\u2019amasser des fonds pour leur collège.En fin de journée, ils ont intercepté deux autobus dp transport public pour rentrer chez eux, à l\u2019École normale d\u2019Ayotzi-napa, une école du reste bien connue pour son militantisme de gauche, située à environ 150 kilomètres de là.La pratique est courante : les passagers sont poliment priés de descendre, les chauffeurs ont appris à faire avec.Ce jour-là, la police s\u2019est interposée.Leur manifestation pacifique ayant comcidé avec une activité officielle à laquelle participait l\u2019épouse du maire, mal leur en prit.Six étudiants ont été tués par balle, plus trois quidams, comme les policiers ont aussi ouvert le feu, à l\u2019aveugle, sur un autobus qui transportait à proximité une équipe de soccer.Vingt-quatre personnes ont été blessées dans l\u2019affrontement, certaines grièvement.Quarante-trois autres étudiants, que de jeunes hommes âgés de 17 à 21 ans, ont été emmenés de force.Ont disparu sans laisser de traces.Que sont-ils devenus ?La fin de semaine dernière, six fosses communes, contenant une trentaine de cadavres calcinés, ont été découvertes en périphérie d\u2019iguala \u2014 une agglomération de 50 000 habitants située à un jet de pierre de la ville coloniale et touristique de Taxco.Quatre autres fosses ont été découvertes jeudi soir.«C\u2019est le cimetière préféré des tueurs», a affirmé un résidant d\u2019un village proche à VICE News, un réseau d\u2019informations internationales basé à New York.Les autorités gouvernementales hésitaient encore vendredi à faire officiellement le rapprochement.Mais il n\u2019y a plus guère de doute.Les mains sales, les mains propres A ce jour, 34 personnes ont été arrêtées, dont 26 policiers municipaux.L\u2019armée a pris lundi dernier le contrôle du corps de police d\u2019iguala.Les aveux ont commencé à couler dans la presse.Des hommes de main auraient avoué que l\u2019ordre leur avait été donné de tuer 17 des 43 étudiants.L\u2019enquête a immédiatement confirmé l\u2019évidence, à savoir que la police locale avait agi en étroite collaboration avec les Guerreros Unidos.Et que le maire aujourd\u2019hui fugitif de la ville, José Luis Abarca, membre du Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche), avait des liens étroits avec ce gang local de narcotrafiquants.Iguala est devenue au cours des dernières an- S \\\tVUIS KnGEG HECTOR GUERRERO AGENCE ERANCE-PRESSE Une manifestation mercredi, à Mexico, pour exiger que justice soit faite .«Le message, c\u2019est qu\u2019au Mexique, tout est nées un maillon important du marché de la drogue et, par conséquent, le champ de bataille d\u2019organisations criminelles,rivales, les Guerreros Unidos et Los Rojos.L\u2019État de Guerrero est au demeurant l\u2019un des plus pauvres qt des plus violents du pays.Le gouverneur de l\u2019État, Angel Aguirre, lui aussi du PRD, a répété cette semaine que «le crime organisé a infiltré la majorité des services policiers du Guerrero, ça, c\u2019est très clair».Lui, par contre, «a les mains propres», a-t-il juré.«Je n\u2019ai honte de rien», a-t-il ajouté.Un État pauvre et corrompu, donc, où nombre de campus sont par ailleurs le terreau d\u2019organisations de guérilla, comme l\u2019Ejército popular re-volucionario (EPR), un groupe fondé en 1996 et toujours aptif au Guerrero, mais aussi dans les États d\u2019Oaxaca et du Chiapas.Les murs de l\u2019école d\u2019Ayotzinapa, raconte la journaliste de VICE News qui y a récemment passé plusieurs jours avec les parents des disparus, sont couverts de portraits du Che, de Marx, d\u2019Engels, de Lénine.«C\u2019est un mélange de narcos, de guérillas, de conflits sociaux et de caïds politiques», dit Alejandro Hope, analyste de sécurité nationale mexicain, au Christian Science Monitor (CSM).Sur Twitter et dans un discours télévisé, une bonne semaine après le fait, le président Pena Nieto, élu en 2012 à la tête du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), a brisé son silence pour exprimer sa «consternation» et promettre qu\u2019««7 n\u2019y aura pas d\u2019impunité».Ce qui aura assez peu convaincu les Mexicains, qui sont descendus par dizaines de milliers, mercredi, dans les rues de Chilpancingo, capitale du Guerrero, mais aussi de Mexico et de San Cristobal de Las Casas, au Chiapas, à l\u2019appel de l\u2019Armée za- patiste, pour demander justice.Au-delà, la tragédie reconfirme auprès des Mexicains à quel point les institutions du pays, à commencer par ses services de police, sont tenues en laisse par le crime organisé.«Le message, c\u2019est qu\u2019au Mexique, tout est permis», a commenté José Miguel Vivanco, de Human Rights Watch.C\u2019est très révélateur de la gravité de la situation des droits de la personne dans le pays.Une étude récente du think tank Mexico Evalua indique qu\u2019à l\u2019échelle du Mexique, plus de 80% des crimes restent impunis ou ne font pas l\u2019objet d\u2019une enquête.Au Guerrero, ce « taux d\u2019impunité » serait supérieur à 96%.permis) Torture institutionnalisée A cette situation se superpose le fléau du recours à la torture, pratique généralisée dans la police et l\u2019armée, se désolait en mai dernier l\u2019envoyé spécial de rONU, Juap Mendez, à l\u2019issue d\u2019une visite dans plusieurs États mexicains.«J\u2019ai l\u2019obligation de dire au gouvernement, mais aussi à la société mexicaine, que la torture est une endémie, une plaie qu\u2019il faut soigner.» Les cas de torture ont augmenté de 500% depuis 2006, quand l\u2019ex-président Felipe Calderon est arrivé au pouvoir et a lancé sa «guerre» contre les cartels de drogue.Rien n\u2019a manifestement changé sous M.Pena Nieto, qui a fait voter de nouvelles lois \u2014 mais au final peu appliquées \u2014 dans l\u2019espoir d\u2019endiguer le problème.Avec le résultat que le recours à la torture s\u2019est institutionnalisé, a constaté M.Mendez, et que, là encore, les tortionnaires bénéficient d\u2019une «impunité absolue».Le Devoir TURQUIE Le PKK s\u2019établit comme puissance régionale ALLAN KAVAL à Erbil Le drapeau irakien ne flotte plus sur la petite caserne battue par les vents de sable qui gardait autrefois la frontière avec la Syrie.Ceux qui tiennent la position depuis près d\u2019un mois ont hissé une pièce de tissu jaune frappée d\u2019un visage ombrageux : celui d\u2019un homme détenu depuis 15 ans sur une île-prison turque de la mer de Marmara, Abdullah Ocalan, chef historique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).Nous sommes au sud de l\u2019ancien poste-frontière de Rabia, à l\u2019entrée du corridor que les combattants des Unités de protection du peuple (YPG), l\u2019une des branches armées du PKK, ont percé depuis les zones qu\u2019ils contrôlent en SjTie pour secourir début août les yézidis, assiégés sqr le mont Sinjar par les djihadistes du groupe État islamique (El).Ouverte pour tenter de répondre au désastre humanitaire qui a suivi le repli des peshmergas \u2014 les combattants kurdes irakiens \u2014 devant l\u2019offensive des djihadistes, cette piste à travers le désert est devenue l\u2019une des principales voies de pénétration du PKK en Irak.Fait inédit L\u2019opération dans le Sinjar du PKK, début août, n\u2019est pas le seul fait d\u2019arme de sa nouvelle campagne irakienne.En effet les combattants kurdes ont largement contribué, grâce à des renforts venus des montagnes, à la reprise de Makhmour, où ils contrôlent depuis les années 1990 un camp de réfugiés kurdes de la Turquie acquis à leur cause.Depuis cette localité, à 30 kilomètres au sud d\u2019ErbU, l\u2019EI menaçait directement la capitale kurde.Des détachements du PKK sont également présents face aux djihadistes sur la ligne de front de Kirkouk, aux côtés des peshmergas.Le déploiement de combattants du PKK dans le nord de l\u2019Irak face aux djihadistes est un fait inédit.Il est la conséquence, presque mécanique, de l\u2019enracinement de l\u2019organisation en Sj^rie depuis deux ans.En juillet 2012, le Parti de l\u2019union démocratique (PYD), émanation syrienne du PKK, a pris le contrôle des régions kirdes de la Sjuie en bonne intelligence avec le régime de Damas et s\u2019emploie, depuis, à y établir des institu- f AHMAD AL-RUBAYE AGENCE ERANCE-PRESSE Des combattantes du PKK sur la ligne de front à Mossoul, en Irak, au mois d\u2019août fions autonomes.Placé sous le contrôle du PKK et adossé q un puissant appareil répressif, cet embryon d\u2019État qui se développe sur un territoire non contigu se veut porteur d\u2019un projet de société mettant l\u2019accent sur l\u2019égalité des sexes, l\u2019intégration des minorités religieuses et une certaine forme d\u2019autogestion locale.L\u2019expérience sj^rienne sert de vitrine aux prolongements légaux du PKK auprès de son électorat en Turquie.Parallèlement, le PYD et le PKK mènent, depuis le printemps 2013, une lutte armée acharnée \u2014 et pour l\u2019instant globalement victorieuse \u2014 contre l\u2019EI et les groupes djihadistes qui dominent le nord de la Syrie.Une force imposante Pour le PKK, l\u2019aventure du Kurdistan sj^rien autonome est un moyen de se réinventer un rôle de puissance régionale que ses récentes incursions en Irak ne font que renforcer.Présents dorénavant sur le territoire de deux États le long d\u2019une ligne de front qui s\u2019étend d\u2019Alep à la frontière iranienne, le PKK et ses alliés constituent l\u2019une des forces les plus sérieuses face au califat.Un rôle de rempart que ses cadras mettent volontiers en avant.A cheval sur deux pays, fondé sur une idéolo- gie séculière puissamment mobilisatrice en Syrie et surtout en Turquie, porteur d\u2019un projet utopique dans les zones qu\u2019il contrôle, bénéficiant d\u2019un recrutement de jeunes volontaires des deux sexes et entièrement dévoués à la cause à la suite de ses succès, le RKK soutient le rapport de force avec le groupe État islamique.«Nous avons montré au monde que nous pouvions contenir la menace djihadiste.Nous combattons pour protéger le Kurdistan mais, ici, c\u2019est aussi l\u2019Europe et les pays occidentaux que nous défendons.Pourtant, nous n\u2019avons droit à aucune aide», regrette Sabri Ok, membre des instances dirigeante du PKK qui siègent à la frontière irako-iranienne.Mais l\u2019idée d\u2019une union sacrée entre les différentes forces kurdes face à l\u2019EI est largement dépassée.Au sein du PKK, les tenants de l\u2019aile dure mènent une violente campagne de dénigrement contre le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, président de la région kurde, qui s\u2019inquiète de la volonté du PKK de ne pas quifter ses nouveaux bastions irakiens.Si le groupe État islamique est loin d\u2019être vaincu, les Kurdes se déchirent déjà pour l\u2019après.Le Monde LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 OCTOBRE 2014 B 3 PERSPECTIVES ENTREVUE Samantha Nutt : dangereuse, mais essentielle, Faide humanitaire La fondatrice de War Child Canada favorise les ententes avec des organismes locaux MELANIE LOISEL Depuis la création de War Child Canada en 1999, la docteure Samantha Nutt a foulé le sol des pays les plus dangereux de la planète.Avec la peur au ventre, mais dopée par l\u2019adrénaline, elle est parvenue à mettre sur pied une panoplie de programmes pour venir en aide aux populations civiles.Alors qu\u2019elle vient de publier son récit de vie dans Guerriers de l\u2019impossible, elle fait le point sur l\u2019aide humanitaire alors que les conflits se multiplient et se radicalisent.Depuis cet été, il y a eu Gaza, l\u2019Ukraine, la Syrie et maintenant l\u2019Irak aux prises avec le groupe État islamique.Quand on regarde ce qui se passe dans ces coins du monde, on a souvent l\u2019impression d\u2019étre impuissant, mais est-ce le cas?On a plus de pouvoir qu\u2019on ne le pense.Tout le monde peut poser des questions au gouvernement, aux compagnies ou aux organismes.On l\u2019oublie souvent, mais on contribue indirectement à ces conflits à travers nos investissements ou encore nos achats.Dans nos régimes de retraite, par exemple, il y a des centaines de millions de dollars qui sont investis dans des compagnies qui fabriquent des armes.Dans nos téléphones intelligents ou nos ordinateurs, on retrouve des minerais qui ont parfois été extraits par des compagnies qui financent des conflits en Afrique.En tant que citoyen et consommateur, on a donc le devoir de poser des questions.On se doit de demander aux compagnies comment elles fonctionnent, quelles sont leurs pratiques, pour les forcer à devenir plus responsables.Et sur le terrain, je peux vous dire qu\u2019il est encore possible d\u2019avoir un impact.Depuis plus de 20 ans que je travaille dans des pays en guerre, j\u2019ai compris que la meilleure chose à faire est de former des partenariats avec des organismes locaux qui œuvrent dans les communautés.On peut ainsi mettre en place des programmes humanitaires pour soutenir les populations civiles qui ont besoin de nourriture, de soins de santé, d\u2019éducation et d\u2019infrastructure.Ces dernières semaines, la décapitation de journalistes et de travailleurs humanitaires en Irak démontre à quel point plusieurs zones de conflit sont devenues extrêmement dangereuses.Est-ce possible de venir en aide aux populations sans risquer de mettre sa vie en danger?C\u2019est vrai que c\u2019est très dangereux en ce moment.Je ne veux pas dire que ce ne l\u2019était pas quand j\u2019ai commencé, mais il y avait un respect envers notre travail.Dans la plupart des pays où j\u2019ai travaillé, comme au Liberia et en Sierra Leone, il y avait un espace humanitaire où on pouvait travailler relativement en sécurité.Mais depuis les conflits en Afghanistan et en Irak dans les années 2000, on a vu des forcer militaires s\u2019engager dans l\u2019aide humanitaire.A partir de ce moment-là, les travailleurs des ONG sont devenus des cibles.Pour tout vous dire, auparavant je voyageais toujours à bord de véhicules identifiés comme appartenant à l\u2019ONU, mais je prends aujourd\u2019hui des taxis ou je voyage avec des travailleurs locaux pour éviter d\u2019être repérée.Dans quelle mesure ces nouveaux conflits asymétriques changent-ils votre travail d\u2019humanitaire sur le terrain ?Notre travail est plus compliqué parce qu\u2019il y a énormément d\u2019insécurité.Par exemple, on utilise aujourd\u2019hui des drones, des armes chimiques et des avions dans les conflits.Quand on met sur pied un programme dans une communauté, il faut être conscient qu\u2019il n\u2019y a plus de frontières et que la menace peut venir de partout.Cette nouvelle réalité est vraiment déprimante et frustrante pour moi.Avec le temps, je sais ce qui fonctionne pour aider les populations locales.Je l\u2019ai expérimenté, j\u2019ai vu les changements grâce à nos programmes.Mais c\u2019est de plus en plus difficile d\u2019agir dans le contexte actuel.Malgré tout, on doit continuer à être sur le terrain.On ne doit pas oublier qu\u2019il y a des milliers de victimes qui sont des civils, qui ont besoin de protection et de notre aide.Si on ne s\u2019implique pas, ces gens vont mourir, un point c\u2019est tout.On l\u2019a bien vu avec toutes ces images d\u2019enfants 4 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Au fil des ans, Samantha Nutt a pu observer de nettes améliorations dans certains pays.morts après l\u2019utilisation d\u2019armes chimiques en Syrie ou à la suite de bombardements à Gaza.Comment expliquez-vous qu\u2019on en soit rendu à attaquer délibérément des écoles?Ce sont des crimes de guerre et cela démontre bien tout le danger qu\u2019il y a.Malheureusement, on n\u2019a pas toujours assez d\u2019outils pour y mettre fin et la prévention demeure difficile.C\u2019est d\u2019ailleurs pour cette raison qu\u2019il est important de créer dqs partenariats avec les organismes locaux.A War Child, la plupart de nos employés sont des Soudanais, des Afghans ou des Congolais parce qu\u2019ils sont déjà très engagés sur le terrain et comprennent bien les enjeux.Les grandes organisations comme l\u2019ONU continuent aussi de jouer un rôle très important, même si elles sont critiquées.L\u2019agence des Nations unies pour l\u2019alimentation et celle pour les réfugiés sont encore les seules à avoir les capacités logistiques pour intervenir rapidement auprès des populations civiles quand un conflit prend de l\u2019ampleur.Malheureusement, les pays ont réduit leur contribution aux Nations unies et ces agences n\u2019ont plus autant de moyens.En effet, le gouvernement Harper a sabré la contribution canadienne à l\u2019ONU en plus de changer les règles en matière d\u2019aide humanitaire.Il cible maintenant des pays et choisit les projets en fonction des intérêts économiques du Canada.Est-ce pour vous une approche qui permet de venir réellement en aide aux populations vulnérables?11 y a des choses qu\u2019on a faites correctement.En Syrie, par exemple, on a donné des centaines de millions de dollars en aide humanitaire et c\u2019est ce qu\u2019il fallait faire.Mais depuis les cinq dernières années, ce souci de lier l\u2019aide humanitaire à nos intérêts commerciaux n\u2019est certainement pas la bonne chose à faire.On remarque que le gouvernement ou les compagnies veulent surtout investir dans des projets qui donnent des résultats spontanés.Mais est-ce vraiment ce dont les pays ont besoin?L\u2019aide humanitaire doit favoriser des initiatives qui améliorent les conditions de vie des communautés, afin qu\u2019elles puissent se développer.Si on change les problèmes structurels créés par la pauvreté, je peux vous affirmer que tout le monde va en bénéficier, même nous.Mais avec ce tournant opéré par Ottawa, comment l\u2019aide canadienne est-elle maintenant perçue à l\u2019étranger?Les nouvelles politiques du gouvernement nuisent à la réputation du Canada.On a longtemps été les agents de la paix dans le monde.On avait la réputation d\u2019être un pays qui fait du bien.Mais de plus en plus, le Canada est perçu comme un pays qui exploite des minerais et des populations locales.Ce changement fait en sorte que les Canadiens sont moins bien vus et moins en sécurité.Quand le premier ministre Stephen Harper affirme, notamment, qu\u2019il soutient Israël dans sa guerre contre Gaza ou encore qu\u2019il est aux côtés de l\u2019Ukraine dans le conflit qui l\u2019oppose à la Russie, quel peut être l\u2019impact sur les Canadiens à plus ou moins long terme?Ce type de discours engendre une polarisation.11 réduit par le fait même notre engagement dans la diplomatie et notre participation dans les différentes organisations de l\u2019ONU.Le Canada était pourtant une voix progressive, honnête et importante auparavant.On avait de l\u2019influence.Mais avec des positions canadiennes où tout est blanc ou noir, on va nous prêter de moins en moins d\u2019attention.C\u2019est dommage.Il n\u2019en demeure pas moins que le Canada a énormément donné en aide humanitaire à l\u2019époque de l\u2019ACDI.Depuis la création de votre organisme War Child en 1999, avez-vous remarqué une amélioration sur le terrain ?Dans certains pays, j\u2019ai vu certainement du progrès.Depuis 2002, en Afghanistan, notre programme de formation pour les jeunes mères analphabètes a vraiment bien fonctionné.Après deux ans, celles-ci pouvaient lire et écrire.Elles ont même pu ouvrir de petites entreprises pour se faire un peu d\u2019argent.Et après cinq ans, on s\u2019est aussi rendu compte que toutes ces femmes tenaient à envoyer leurs enfants à l\u2019école.Cette aide a complètement changé leur façon de vivre et leurs relations avec leur communauté.C\u2019est la preuve que, si les programmes d\u2019aide sont menés correctement, on arrive à changer des choses, mais il faut généralement une génération pour voir une réelle amélioration.Le Devoir GUERRIERS DE LTMPOSSIBLE L\u2019argent, les armes et l\u2019aide humanitaire Samantha Nutt Traduit par Alain Roy Editions du Boréal Montréal, 2014, 288 pages KOBANÉ SUITE DE LA PAGE B 1 De son côté, Abdullah Ocalan a menacé de rompre les négociations de paix si les djiha-distes commettent un massacre à Kobané à la faveur de l\u2019inaction Jurque.Par ailleurs, une paix durable avec l\u2019État turc condamnerait le PKK à se désarmer et à se dissoudre.Le processus connaît donc des oppositions internes.Enfin, les mouvements de protestation contre l\u2019inaction de l\u2019armée turque, qui ont fait 18 morts au Kurdistan mardi, et la présence accrue de l\u2019armée dans la région font craindre un engrenage de violence.Que veulent les Kurdes de Turquie?Les Kurdes représentent 20 % de la population de la Turquie.Ils peinent à s\u2019intégrer dans un régime républicain, centralisateur et autoritaire, où l\u2019armée a longtemps été prépondérante et où la notion de minorité pose problème.Ils réclament l\u2019abolition des obstacles à l\u2019utilisation de la lan^e kurde, une révision de la définition de la citoyenneté, le renforcement du pouvoir des administrations locales.Le gouvernement islamo-conservateur de M.Erdogan, qui q lui-même fait les frais de l\u2019autoritarisme de l\u2019État turc laïque, s\u2019est engagé dans une discussion sur ces termes.Une rupture des négociations ne lui profiterait pas.Des élections législatives auront lieu en juin en Turquie.Le réservoir de votes des Kurdes favorables au processus de paix paraît important pour son parti, l\u2019AKP.Que fait la Turquie à sa frontière?Les combattants, les chars et les véhicules de transport de troupes blindés turcs restent inactifs à la frontière.Mais la Turquie a accueilli sur son sol près de 200 000 réfugiés kurdes syriens venus de la région de Kobané, ville où demeurent plusieurs centaines d\u2019habitants.Des combattants kurdes blessés à Kobané sont également soignés en Turquie.La Turquie soutient la création d\u2019une zone tampon entre la Syrie et la Turquie pour ac- cueillir et protéger les déplacés, une idée à laquelle le président français, Erançois Hollande, a apporté son soutien mercredi.Elle demande également une zone d\u2019exclusion aérienne dans le nord de la Syrie, afin de protéger les secteurs tenus par l\u2019opposition modérée au régime Assad.Par ailleurs, la Turquie entretient de bons rapports avec les autorités du Kurdistan irakien, distinctes du PKK et rivales.Le gouvernement de cette région autonome au sein de l\u2019Irak a profité de l\u2019avancée des djihadistes et de la décomposition de l\u2019armée irakienne pour étendre le territoire qu\u2019il contrôle dans le nor4 du pays.C\u2019est le second modèle pour un État kurde aujourd\u2019hui en gestation.Ses combattants, les peshmergas, sont également un rempart contre l\u2019El.Ils sont armés et entraînés par la coalition internationale.Celle-ci ne peut soutenir ouvertement le PKK, qui est considéré çomme une organisation terroriste par les États-Unis et l\u2019Union européenne.Le Monde Sur l\u2019honneur Michel David Cela s\u2019appelle être pris les culottes baissées et démontre bien qu\u2019il est parfois nécessaire d\u2019ajouter des bretelles à la ceinture.Plus tôt cette semaine, Pierre Karl Péladeau non seulement avec accepté de confier ses actions dans Québécor à une fiducie sans droit de regard, il s\u2019était aussi engagé «sur l\u2019honneur» à ne jamais intervenir dans le contenu éditorial des médias dont il est le propriétaire.Vendredi, La Presse a révélé que M.Péladeau est intervenu à deux reprises en faveur de Québécor depuis qu\u2019il est député, en flagrante contradiction avec le code d\u2019éthique et de déontologie des membres de l\u2019Assemblée nationale, qu\u2019il s\u2019était également engagé de façon formelle à respecter.Quelle foi peut-on encore accorder à ses engagements ?L\u2019article 25 du Code est d\u2019une parfaite limpidité : « Un député qui, à l\u2019égard d\u2019une question dont l\u2019Assemblée nationale ou une commission dont il est membre est saisie, a un intérêt personnel et financier distinct de celui de l\u2019ensemble des députés et de la population et dont il a connaissance est tenu, s\u2019il est présent, de déclarer publiquement et sans délai la nature de cet intérêt et de se retirer de la séance sans exercer son droit de vote ni participer aux débats sur cette question.» En juillet, en commission parlementaire, bj.Péladeau a pourtant demandé au ministre de l\u2019Économie, Jacques Daoust, d\u2019intervenir pour s\u2019assurer que les studios de cinéma Mel\u2019s demeurent entre des mains québécoises, alors que Québécor était le seul rival d\u2019un fonds d\u2019investissement américain qui voulait s\u2019en porter acquéreur.Non seulement M.Péladeau n\u2019aurait pas dû aborder ce sujef mais il n\u2019a pas précisé non plus que Québécor était impliqué dans ce dossier.Deux mois plus tôt, il avait déjà plaidé sa cause en haut lieu à Investissement Québec.De toute évidence, M.Péladeau ne semble pas avoir saisi que les règles ne sont pas les mêmes dans l\u2019univers politique et dans le secteur privé.Qu, pire encore, il s\u2019en fiche éperdument.Qui peut croire que la santé économique de sa région, qui aurait pu profiter d\u2019une relocalisation des ins-L\u2019entrée\ttallations de Mel\u2019s à Mira- bel, était sa seule motiva-en politique tion ?11 y a quand même ,\tdes limites à prendre les a un pnx et gens pour des valises.PKT> Hûwq\tLe commissaire à l\u2019éthique a jugé l\u2019affaire suf-décider\tfisamment grave pour ou- vrir une enquête.Même s\u2019il s\u2019il est prêt est reconnu coupable, il se-, .\trait étonnant que M.Péla- a le payer deau écope de la sanction ultime, soit la perte de son siège, mais il risque un sérieux blâme.En attendant, on s\u2019inquiète à Québec de l\u2019effet négatif que cette affaire pourrait avoir sur la vente des studios de Meî\u2019s.11 est tout aussi inquiétant que PKP ne se soit pas rendu compte du cadeau qu\u2019il faisait aux libéraux en intervenant de façon aussi grossière.11 était pourtant évident qu\u2019ils allaient faire en sorte que cela se sache un jour ou l\u2019autre.De toute évidence, son apprentissage de la politique n\u2019est pas terminé.Pour les militants péquistes qui voient en lui un nouveau messie, il y a là matière à sérieuse réflexion.Les députés qui ont protesté de la bonne foi du grand favori dans la course au leadership et crié au complot doivent être bien embarrassés.Les avait-il informés ,de ses démarches pour favoriser Québécor ?A la réflexion, Jean-Erançois Lisée avait peut-être raison de parler d\u2019une «bombe à retardement ».Lui-même ne pensait sans doute pas qu\u2019elle éclaterait aussi rapidement.Soudainement, l\u2019issue de la course ne paraît plus aussi évidente.Bernard Drainville a dû se surprendre à penser que l\u2019hôpital était sans doute le meilleur endroit où il pouvait se trouver cette semaine.Maintenant que M.Lisée est hors de combat, il devient presque la seule solution de remplacement à PKP.Son report du référendum aux calendes grecques a été mal reçu par plusieurs, mais il a encore le temps d\u2019y réfléchir.Un sondage SQM réalisé les 7 et 8 octobre pour le compte de Cogeco Nouvelles indiquait que les Québécois sont partagés également sur la nécessité que M.Péladeau se départe de ses actions dans Québécor.Les dernières révélations de La Presse ne sont pas de nature à faire augmenter la proportion de ceux qui sont d\u2019avis qu\u2019il devrait les conserver.Personne ne demande à PKP de céder sa fortune à des œuvres de charité, mais l\u2019entrée en politique a indéniablement un prix et il lui faudra décider s\u2019il est prêt à le payer.Au point où les choses en sont rendues, il devra vraisemblablement renoncer à ses ambitions ou se résigner à une restructuration de Québécor qui aurait pour effet de lui faire perdre le contrôle sur la partie médiatique de son empire, comme l\u2019a suggéré l\u2019Institut de la gouvernance.11 pourrait sans doute se réhabiliter aux yeux d\u2019une bonne partie de l\u2019opinion publique en donnant l\u2019impression de sacrifier une partie de l\u2019héritage de son père au service public.Autrement, il pourra compter sur les libéraux et sur la CAQ pour faire en sorte que son calvaire s\u2019éternise.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 OCTOBRE 2014 EDITORIAL LE NOBEL DE LA PAIX A YOUSAFZAI ET SATYARTHI Le droit des enfants Le prix Nobel de la paix a été décerné à Malala Yousafeaï et Kailash Satyarthi pour les combats menés depuis des années afin que les droits des enfants soient reconnus et respectés.Des combats menés à l\u2019enseigne de la ténacité la plus affûtée qui soit.S Serge Truffaut i la défense des filles et des garçons à travers le monde est jour après jour à l\u2019ordre du jour de Yousafzaï et Satyarthi, leurs obsessions, dans le sens le plus noble du terme, se distinguent comme suit : Pakistanaise d\u2019origine, la première s\u2019attelle à ce que le droit des enfants à l\u2019éducation soit un droit universel.Elle symbolise d\u2019autant mieux la guerre contre l\u2019obscurantisme, contre le nivellement par la bêtise, contre le culte des superstitions religieuses, qu\u2019elle fut elle-même victime d\u2019une tentative d\u2019assassinat orchestré par les talibans, par les fous de Dieu qui avaient décrété en 2009 l\u2019interdiction des écoles aux filles.Indien d\u2019origine et ingénieur de formation, Satyarthi est un marathonien de la cause évoquée.Cela fait 30 ans qu\u2019il combat le travail forcé des enfants depuis le début des années 80.Plus exactement, il a consacré sa vie à la lutte contre l\u2019état d\u2019esclavagisme que subissent des dizaines de millions d\u2019enfants à travers le monde ou plus précisément en Inde, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud.Grâce à lui, grâce à elle, des améliorations ont été observées, mais pas suffisamment poin clamer mission accomplie.En effet, selon les chiffres de l\u2019IINESCO, le nombre d\u2019enfants n\u2019ayant aucun accès à l\u2019Éducation scolaire dans le monde avoisine les 57 millions.Certains assurent que la réalité des chiffres est bien au-delà de celui avancé.Toujours est-il qu\u2019au Pakistan, l\u2019opposition à Yousafzaï, à son ambition, a convaincu un fou de Dieu de commettre en juin dernier un attentat suicide contre un bus scolaire transportant des jeunes filles.Quatorze d\u2019entre elles sont mortes.Il en va du travail forcé comme de l\u2019éducation.A la faveur d\u2019une étude faite sur le terrain par le Center for Health and Human Rights de l\u2019IIniversité Harvard, pas moins de 3200 ateliers et usines de production de tapis exploitant des enfants, parfois de cinq et six ans, ont été répertoriés dans neuf États de l\u2019Inde.La majorité d\u2019entre eux sont musulmans.Le salaire?1,58$ pour huit heures de travail.Mais encore là, ce chiffre doit être nuancé.Car très souvent les enfants sont vendus par des familles affamées ou endettées.Pour faire court et brutal, des millions d\u2019enfants et d\u2019adolescents devant débourser pour le lit, la nourriture, les médicaments, sans oublier les pénalités imposées pour des erreurs de fabrication, ils travaillent pour rien.Absolument rien.Et au bénéfice de quelles compagnies ?Crate and Barrel, Williams-Sonoma, Macy\u2019s, Bloomingdale\u2019s, Neiman Marcus Group, Target, Pottery Barn et encore et toujours IKEA.C\u2019est à retenir.A la mine, ou plutôt les mines de zinc et d\u2019argent de Cerro Rico qui dominent la ville de Potosi en Bolivie, on estime que 3000 enfants sont dispersés dans des tunnels hauts de trois pieds seulement.Leurs conditions de travail?Elles sont exactement celles constatées et décriées par Karl Marx quand il était journaliste, par Émile Zola ou Jules Vallès.Mais encore ?Adolescents, ils ont les poumons abîmés.Quoi d\u2019autre ?Bon an, mal an, une centaine de gamins décèdent des suites d\u2019un accident de travail.En Afrique, on a noté que l\u2019Éthiopie était en train de devenir un atelier où les jeunes suent la consommation du monde.En Chine, en août dernier Samsung a été condamnée pour non-respect des lois interdisant l\u2019exploitation des gamins.Au-delà de l\u2019inhumanité dont le sort réservé aux enfants est le nom, les vices évoqués sont autant d\u2019échos de l\u2019essor des inégalités financières là-bas comme ici.Bref, la déflation rôde.POLICIERS ET ÉTUDIANTS Toujours une raison vec le recul, après le rapport de la Commission spéciale d\u2019examen des événements du printemps 2012 présidée par Serge Ménard, après la décision de 30 pages d\u2019un juge de la Cour du Québec, division des petites créances, rendue le mois dernier, on aurait pu croire que quelques leçons auraient commencé à porter.Qu\u2019il serait désormais entendu, par exemple, que de faire des arrestations de masse dans des cas de manifestations remuantes mais non violentes, c\u2019est abusif.Mais il reste difficile, même pour un chef qui souligne le rôle social désormais dévolu aux policiers, d\u2019admettre que parfois la police ne fait que jouer inutilement aux gros bras.L\u2019entrevue qu\u2019a donnée au Devoir le chef du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), M.Michel Desgagné, le démontre bien.Qui, dit-il, en principe, on aurait pu trouver, ce soir du 28 mai 2012, une façon de retenir moins longtemps les jeunes manifestants du printemps étudiant, ce qui a valu une amende de 4000$ et un blâme au SPVQ.Mais le chef Desgagné insiste: identifier 84 personnes, c\u2019est long.Et comment ne pas les arrêter ?Les manifestants du printemps 2012 suscitaient de l\u2019hostilité dans la population de Québec, les organisateurs de manifs d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019encadrent plus aussi bien leur monde que ceux du passé, puis il y a toujours des détails que le grand public ne connaît pas quand de tels événements arrivent.Bref, tout bien considéré, le SPVQ peut être fier de sa manière de contrôler les foules.Au lendemain du jugement des petites créances, M.Desgagné avait déjà défendu le travail de ses troupes en disant au Soleil que la police avait alors fait face à des manifestants «quasi professionnels».Tout le Québec se serait donc heurté à des pros ce printemps-là?A la fin de mai 2012, on avait pourtant compris depuis longtemps que c\u2019était vraiment des étudiants qui avaient pris la rue.Et M.Desgagné a lui-même souligné à la commission Ménard qu\u2019à Québec, les manifs avaient été plus pacifiques qu\u2019ail-leurs.D\u2019ailleurs, ce 28 mai là, Léo Bmeau-Blouin, alors président de la Eédération étudiante collégiale du Québec, avait demandé aux policiers de laisser les manifestants se disperser.En vain : on les avait plutôt photographiés et envoyés par bus à Beauport.Sans raison autre que les préjugés, les actions de certains groupes \u2014 les jeunes, les marginaux \u2014 restent donc apparentées à des gestes criminels, et traitées comme tels.Le rapport Ménard donne pourtant la marche à suivre pour sortir de ce cercle vicieux, qui mine la confiance envers une institution, la police, pourtant indispensable.Mais le rapport Ménard a été dénoncé par le gouvernement libéral et oublié ensuite.La culture des gros bras n\u2019est pas à la veille de changer.A Josée Boileau LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET ?|c?tl LfS CoOFUTS ^'iKTCR^TS.i (rAtTANi AiiaiTf ccç tÊ $ANTf! ¦lsl4-lci.ll LETTRES Harrison contre Harding Hunter Harrison, patron du Canadien Pacifique, n\u2019a pas tort de dire qu\u2019un «individu [.] n\u2019a pas appliqué les freins correctement» dans la nuit du 6 juillet 2013, causant la mort de 47 personnes à Lac-Mé-gantic.Par contre, regardons un peu dans quel contexte cet individu travaillait cette nuit-là, de même que pendant toutes ces années qui ont précédé l\u2019açcident fatal.Contrairement à Adam et Éve, il n\u2019était pas le seul humain sur Terre et une réaction en chaîne d\u2019erreurs et de négligences humaines l\u2019a précédé.Pour n\u2019en nommer que quelques-unes : laxisme des politiciens à réglementer, refus d\u2019une compagnie ferroviaire à faire les réparations qui s\u2019imposaient sur les rails, retard à remplacer des wagons peu sécuritaires pour le transport de produits dangereux, et j\u2019en passe.Hunter Harrison n\u2019a pas tort non plus lorsqu\u2019il affirme que la réglementation ne pourrait «faire cesser [de tels] comportements.» En revanche, 11 se met le doigt dans l\u2019œil s\u2019il refuse de reconnaître que les règles que l\u2019on s\u2019impose comme société peuvent agir en guise de pare-feu contre l\u2019erreur humaine que chacun de nous peut commettre, et limiter l\u2019ampleur des dégâts.Claude Normand Le 6 octobre 2014 Tuer n\u2019est pas un sport ! Presque 25 ans après la tuerie à l\u2019École polytechnique, nous en sommes là?Nous frôlons le bas-fond de l\u2019absurde?! Le Canada régresse jusqu\u2019à vouloir défendre, comme un droit fondamental, la possession et le port d\u2019armes à feu?Bienvenue au F^r West, songeons à nous annexer aux États-Unis ! Et tant pis pour l\u2019expertise de nos corps policiers, pour la GRC qui jugeait capital de prohiber certaines armes précises ! Le ministre de la Sécurité publique deviendra le shérif en chef; le ministre de la Justice sera à l\u2019aise de s\u2019afficher avec un chandail d\u2019un lobby pro-armes ! Et le gouvernement Coulllard, que l\u2019austérité obsède, tergiverse, hésite à créer un registre provincial des armes à feu.Trop coûteux ! Je demande à nos gouvernements ce qui a le plus de valeur : le gibier ou les futures victimes d\u2019un crime crapuleux, d\u2019une «irresponsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux», d\u2019une récidive de violence conjugale ?Carol Patch-Neveu, Montréal, le 8 octobre 2014.REVUE DE PRESSE Les médias, instruments de guerre partisane GUILLAUME BOURGAULT-COTE Les médias canadiens devlendront-lls complices obligés de la propagande partisane conservatrice ?Plusieurs le craignent et le dénoncent à travers le pays.Le gouvernement a confirmé cette semaine son Intention de modifier la Loi sur le droit d\u2019auteur pour permettre aux formations politiques d\u2019utiliser sans autre permission tout matériel journalistique gratuitement dans des publicités électorales.Des «éléments de nouvelles» sortis de leur contexte pourront donc être remâchés à la sauce partisane voulue.Ce projet conservateur est dans les faits une contre-attaque à un consortium de diffuseurs (CBC/Radio-Canada, Bell Media, Shaw et Rogers) qui se sont unis en mai dernier pour prévenir les partis qu\u2019ils n\u2019accepteront aucune publicité politique utilisant leur contenu sans un consentement explicite.Il en va de la protection de l\u2019indépendance journalistique, disaient-ils.Animateur à CTV et chroniqueur politique de longue date.Don Martin rappelle que ce projet émane d\u2019un premier ministre qui a constitué sa propre équipe de télévision pour fabriquer des reportages que «personne n\u2019écoute».Mais Stephen Harper a besoin de plus, dit Martin.Il a besoin d\u2019une loi qui lui permettrait d\u2019utiliser et de déformer chaque parole prononcée par n\u2019importe quel député ou commentateur.Si le règlement passe, Martin prévoit que la langue de bois robotisée deviendra encore plus la norme.Entre autres choses inacceptables, dit-il, le projet souhaité obligerait les médias à diffuser les publicités montées avec du matériel détourné (même s\u2019il provient du même diffuseur).Impossible de refuser \u2014 le gouvernement parle d\u2019empêcher les médias de «censurer» le contenu.Don Martin estime qu\u2019un gouvernement qui veut forcer la diffusion de sa propagande flirte avec le «fascisme».Seule consola- tion, suggère-t-il: les autres partis politiques pourront eux aussi utiliser des images embarrassantes pour les conservateurs, par exemple celles impliquant les sénateurs Mike Duffy ou Patrick Brazeau.Dans le Toronto Star, Tim Harper rappelle que les conservateurs font campagne depuis longtemps contre les «élites médiatiques » (c\u2019est un terme utilisé pour recueillir des fonds) et ne rechignent jamais à présenter les journalises comme étant des ennemis officiels de l\u2019État.Selon le chroniqueur, le projet conservateur créerait une deuxième loi sur le droit d\u2019auteur : la première est là pour protéger les artistes et la deuxième rendrait les médias complices des intérêts partisans.Si cela fonctionne, le Canada de 2015 en sera un où les médias seront une sorte d\u2019extension du gouvernement, dit-il.Le moindre reporter, caméraman, photographe, technicien, réalisateur, éditeur, annonceur deviendrait partie prenante de campagnes partisanes, dénonce Tim Harper., Ce genre de mesures existe dans des États où les médias sont liés aux partis politiques, écrit-il.Pas dans une société démocratique.Il est convaincu que les conservateurs auraient aimé cacher cette mesure dans un projet de loi fourre-tout.La fuite à CTV aura au moins forcé la ministre du Patrimoine, Shelly Glover, à faire face à la musique.Mais pour Tim Haiper, le sujet est truqué : plus les médias s\u2019insurgeront, plus les conservateurs pourront enfoncer le clou contre ces «élites» soupçonnées d\u2019être prolibérales.En éditorial, le Globe and Mail rappelle que les médias n\u2019aiment pas que leur matériel se retrouve dans des publicités politiques \u2014 surtout celles qualifiées de «négatives» \u2014 parce que cela donne l\u2019impression qu\u2019ils sont liés à un parti.Le Globe s\u2019attarde sur le fait que la proposition ne toucherait que les partis politiques : pourquoi les citoyens, les groupes de défense, les syndicats, ne pourraient-ils pas eux aussi se prévaloir de cette liberté d\u2019utiliser des images et de faire valoir leur point de vue ?Les conservateurs veulent se donner le pouvoir de lancer des attaques quand ils le veulent, avec ce qu\u2019ils veulent comme matériel, sans être ralentis par des règles restrictives.Ils ne peuvent pas empêcher les autres partis politiques de faire de même, mais ils ne veulent manifestement pas que d\u2019autres en profitent.Pour le Globe, c\u2019est un projet de la plus mauvaise inspiration.Trudeau l\u2019hésitant La position des libéraux dans le dossier (Je l\u2019engagement canadien contre le groupe État islamique a suscité toutes sortes de commentaires cette semaine.Une récurrence : Justin Trudeau a très mal paru.Dans le National Post, John Ivison évoque une «performance chancelante» qui n\u2019aidera pas Trudeau à rassurer ceux qui doutent de ses qualités de leadership.Son discours voulant que les libéraux ne soutiendront pas la mission de combat, mais soutiendront les soldats impliqués, a généré plus de satires que le déodorant géant dont la Zamboni des Maple Leafs de Toronto est affublée cette année, dit Ivison.La décision hésitante du chef libéral a probablement été prise en fonction de l\u2019opinion québécoise et parce qu\u2019il y a un risque que la mission devienne impopulaire, croit Ivison.Mais celui-ci pense que les électeurs retiendront surtout que Trudeau n\u2019a pas su être clair dans un dossier important, qu\u2019il y a eu dissension chez les libéraux et que, face à lui, Stephen Harper a eu l\u2019air de ce qu\u2019il est: un leader du G7.Sur Twitter: ©gbcote Le Devoir La version numérique intègre les liens vers les articles originaux. LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 OCTOBRE 2014 B 5 IDEES Mommy : un grand film, oui, mais.La langue des personnages de Dolan nous fait comprendre que l\u2019on s\u2019acadianise de plus belle PAUL WARREN Ex-professeur de cinéma à VUniversité Laval Auteur, entre autres, de Fellini, ou la satire libératrice (VLB, 2003) et des Secrets du star système américain.Le dressage de Vœil (L\u2019Hexagone, 2002) ommy : j\u2019ai rarement vu un film Moù la technique colle aussi bien au sujet traité.C\u2019est remarquable ! 5^vier Dolan, qui bâtit des images sur la non-communication, sur l\u2019impossibilité maladive de communiquer, enferme ses trois personnages dans des images-geôles; il les empri-sonne dans des plans carrés qui nous apparaissent plus hauts que larges.Des plans où les personnages sont acculés au mur et dans lesquels ils doivent crier.et sacrer à tue-tête pour s\u2019en sortir.J\u2019ai noté \u2014 vous aussi?\u2014 au milieu et vers la fin du film deux séquences en plans larges, rectangulaires jusqu\u2019au cinémascope.Dolan veut nous montrer ses trois personnages qui nagent dans le bonheur.Dans la première séquence, les deux femmes.Die et Kyla, roulent à vélo et Steve glisse sur sa planche à roulettes.C\u2019est Steve (et c\u2019est carrément génial d\u2019avoir pensé à ça) qui, en pleine euphorie, écarte ses deux bras et ouvre les deux bords de l\u2019écran à l\u2019infini.Les trois personnages sont libres enfin.Die et Kyla en arrivent à pouffer de rire devant le comportement délinquant de Steve qui lance des légumes, derrière lui, sur la route, devant des automobiles qui le suivent.Dans la deuxième séquence, l\u2019écran s\u2019agrandit pour nous montrer nos trois personnages, en automobile, qui quittent Montréal pour aller se promener au bord du fleuve.Dolan compose alors des images et des sons en pleine euphorie audiovisuelle: Die fume une cigarette appuyée sur sa voiture; elle regarde son fils Steve et son amie Kyla qui s\u2019amusent comme des enfants sur la grève.Et elle rêve : Steve s\u2019en est sorti ; il est diplômé de l\u2019université, il est honoré, il est fêté.il se marie.Brusquement, l\u2019image s\u2019est dégonflée.Elle s\u2019est remise au carré, sans issue, ni à gauche, ni à droite, ni en haut, ni en bas.Nous sommes dans la voiture, enfermés avec nos trois personnages.Il pleut.Nous découvrons que Die et Kyla conduisent Steve au centre de détention.Dolan va nous fabriquer là les images les plus violentes de son film, en totale contradiction avec celles du rêve qui GEORGE SEGUIN WIKIMEDIA Xavier Dolan ne voit pas de problème avec les jurons qui secouent la parlure de notre dialecte.ont précédé.J\u2019ai été particulièrement touché par la dernière séquence du film (il y a des images qui vont la suivre, mais qui ne formeront pas des séquences, ce seront plutôt des flashs).Kyla vient visiter Die chez elle.Nous sommes en champ/contrechamp.L\u2019image est bloquée dans le carré, comme à son habitude.Les deux femmes, si elles n\u2019ont plus à s\u2019occuper de la folie de Steve, demeurent enfermées en elles-mêmes.Kyla annonce à Die qu\u2019elle va partir avec son mari pour Toronto.Or, à aucun moment de leur conversation Die n\u2019a révélé (en paroles ou en regard) sa peine de perdre sa meilleure amie.A aucun moment elle n\u2019a pensé à elle.Elle s\u2019est identifiée à Kyla, à son plaisir de connaî-trcToronto.A la fin de son film, Dolan nous redit, avec plus de force qu\u2019à aucun autre moment, combien cette femme est grande.cette mère qui aime plus son fils malade qu\u2019elle ne s\u2019aime elle-même.Et Kyla qui regarde Die (Kyla dont les yeux sont infiniment plus éloquents que la parole) nous dit, en le lui disant, qu\u2019elle sait bien que sa peine de la perdre est immense.Ces deux artistes dans Mommy sont «les deux plus belles femmes du monde», comme l\u2019écrit Jean-Marie Lanlo dans son article remarquable de la revue Séquences.Inquiétante langue Mais il y a un «mais» ! Les «crisse de tabar-nak», pis les «hostie d\u2019ciboire» qui secouent la parlure de notre dialecte québécois d\u2019un bout à l\u2019autre des formats carrés de Mommy {«quand y pète une fiouse, tasse toé de d\u2019là, parc\u2019que ça joue rough») m\u2019inquiètent.Xavier Dolan n\u2019y voit pas de problème.On n\u2019a qu\u2019à sous-titrer le film en langue française pour les spectateurs qui parlent français.et à s\u2019exprimer en anglais lors des conférences à Cannes.Et le tour est joué! Un drôle de tour, qui fait peur.Mommy, qui connait un succès monstre au Québec et dans le monde, va convaincre encore davantage nos jeunes réalisateurs (ceux qui ne sont pas passés à Hollywood) que c\u2019est drôlement payant de sacrer au grand écran et que notre cinéma doit continuer, plus que jamais, à parler le québécois de la rue et à manger les mots de notre langue.Et c\u2019est comme ça qu\u2019on est en train de s\u2019acadianiser de plus belle.Pour embarquer nos immigrants dans la langue anglaise.La Réplique > L\u2019exotisme chez nos écrivains Contre la conception rétrograde de la littérature Adopter un point de vue extérieur ?Un moteur à fiction sain et vieux comme le monde qui échappe à Louis Cornellier HELENE EREDERICK Écrivaine québécoise, elle vit à Paris.A publié Forêt contraire (Verticales, 2014) et La poupée de Kokoschka (Verticales, 2010; Héliotrope, 2014) ^^=1 ans une lettre adressée au journaliste T Christian Desmeules, où il apporte des I précisions sur ce qu\u2019il appelle «la tenta-I j tion exotique en littérature québé-I À coise», Louis Cornellier, professeur de ^^=1 littérature, essayiste et critique au Devoir, affirme entre autres ceci: «Les artistes ont un devoir moral de s\u2019inscrire, même si c\u2019est pour la critiquer ou la rejeter, dans leur tradition.» Il avance également que «si un écrivain ne trouve pas dans son milieu, dans sa société, dans son pays suffisamment de sources d\u2019inspiration pour nourrir son œuvre», c\u2019est pour l\u2019une de ces deux raisons: soit cet écrivain «manque gravement d\u2019imagination», soit «sa société est vraiment inintéressante».Je ne cours pas les occasions de me saisir du micro, mais à la lecture \u2014 répétée \u2014 de cette lettre, une prise de parole m\u2019est apparue nécessaire.La littérature du Québec et le Québec lui-même ont-ils fait tout ce chemin pour en arriver à ce constat si clairement rétrograde?Que pour être «incarnée», la littérature doit être fidèle à une tradition?Cette littérature telle que décrite par Louis Cornellier semble mal dans sa peau.En tout cas elle n\u2019est pas libre, mais bien muselée par des principes éculés, voire réactionnaires, indignes de ce que nous avons construit jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.La littérature et l\u2019art sont-ils tenus de représenter un pays et sa tradition pour être dits authentiques?Si oui, selon quels critères?Les chefs-d\u2019œuvre de la littérature universelle se sont-ils attachés à ces questions de frontière et d\u2019identité ?Ou bien, au contraire, les ont-ils dépassées?* Les auteurs québécois habitent-ils vraiment le pays décrit par Cornellier?Je ne suis pas la seule à en douter fortement.«Thomas Bernhard est sans merci à l\u2019endroit de rAutriche,^ mais il ne parle que de l\u2019Autriche», écrit Cornelfier.Ainsi il faudrait, pour être un romancier québécois qui aura évité les pièges de l\u2019exotisme, ne parler que du Québec, ou du moins adopter une «perspective québécoise».N\u2019y a-t-il pas dans ces propos une véritable pensée de colonisé, ce statut que nous fuyons pourtant, dont il SALON DU LIVRE DE PARIS Hélène Frédérick faudrait sortir une fois pour toutes, dont nous sommes déjà sortis en vérité?Car si nous sommes persuadés d\u2019avoir une existence propre \u2014 qu\u2019elle soit en situation minoritaire ou non \u2014, comment justifier qu\u2019il faille la contraindre?Si les auteurs d\u2019ici ou d\u2019ailleurs avaient eu à répondre d\u2019un devoir moral, de quel patrimoine littéraire aurait-on hérité?Dans le cas où l\u2019écrivain se permettrait de situer son roman hors des «questions nationales», Louis Cornellier évoque la nécessité pour cet écrivain d\u2019adopter une «perspective québécoise» à moins de tomber dans la «frime».Cette perspective liée à la tradition serait la condition d\u2019un roman réussi, défini par le journaliste comme «incarné».Comment juger de cette perspective?Ne découle-t-elle pas d\u2019une identité souvent multiple et indéchiffi*able?Le regard de l\u2019écrivain, comme celui du lecteur, est teinté de ce qu\u2019il est, c\u2019est-à-dire difficilement définissable, c\u2019est-à-dire d\u2019abord et avant tout humain, doté d\u2019une conscience, d\u2019une histoire qui lui est propre, labyrinthique ou en ligne droite.Que ce soit rassurant ou non: cette perspective est mouvante, et sa qualité d\u2019authenticité ne change pas au gré de cette mouvance.La littérature qui perdure se situe au-delà de ces questions; elle revêt toujours un masque, et c\u2019est précisément en cela qu\u2019elle est capable de tout.La contraindre à respecter des principes tels qu\u2019énoncés par Louis Cornellier, c\u2019est lui retirer son pouvoir subversif et sa raison d\u2019être.Les œuvres qui Le Déclencheur «Quelques éléments de réponse sur [.] la tentation exotique en littérature québécoise, en vrac, sans le fini qu\u2019un débat d\u2019une telle importance requerrait: [.1 Les grandes œuvres, les chefs-d\u2019œuvre de la littérature traitent de réalités dans lesquelles leurs auteurs sont plongés.Proust, Flaubert, Maupassant et Victor Hugo partent et parlent de réalités françaises, liées à certaines classes sociales spécifiques (qu\u2019ils connaissent intimement).Leurs œuvres dépassent cet ancrage, évidemment, et atteignent une sorte d\u2019universel humain, mais elles y parviennent parce qu\u2019elles ne sont pas désincarnées.» Louis Cornellier, «Lettre sur la tentation exotique», à relire sur LeDevoir.com à ledevoir.com/documents/pdf/lettre_cornel ier.pdf resteront, qu\u2019elles soient du Québec ou d\u2019ailleurs, n\u2019ont que faire des frontières identitaires.L\u2019autre agit en miroir, en révélateur de ce que nous sommes.Et si cette révélation et cette curiosité représentent une menace pour notre intégrité, c\u2019est que cette dernière n\u2019est pas assumée.Adopter un point de vue extérieur, se mettre dans la peau de ce qui nous est étranger: voilà un moteur à fiction vieux comme le monde.Notre littérature métissée s\u2019octroie des libertés que la littérature française ne se permet pas toujours, rigidifiée qu\u2019elle est parfois, aux yeux de certains, par le carcan de sa tradition.Parmi ces libertés, il y en a deux qui vont de pair: celle de parler de nous et de ce que nous sommes sans entraves, bien sûr, et celle d\u2019aller voir ailleurs, toujours pour se trouver.*A la demande de Louis Cornellier, quelques exemples: Salammbô (Flaubert), L\u2019homme qui rit (y.Hugo), la plupart des nouvelles du recueil Fictions de Borges, Mémoires d\u2019Hadrien (Yourcenar), Nocturne indien (Tabucchib de nombreuses œuvres de Shakespeare, Le Cid de Corneille (on lui reprocha un sujet espagnol alors que la France est en guerre contre l\u2019Espagne), L\u2019Amérique (Kafka), Sallinger (Koltès), etc.Chasseurs defantômes David Desjardins On nous roule dans la farine.On nous dore dans la poêle, des deux côtés, jusqu\u2019à l\u2019obtention d\u2019une chair grasse et croustillante, suintant le beurre bruni de notre renoncement.On nous sert encore bien chauds à tous ceux qui veulent notre bien et l\u2019obtiennent sans trop rencontrer de résistance.Suffit d\u2019entretenir l\u2019illusoire choix de la démocratie ou du marché libre, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un buffet de condiments au milieu desquels nous nageons dans le bonheur, alors que c\u2019est pourtant nous qu\u2019on dévore.On se moque de nous, donc, mais on nous a si habilement retournés les uns contre les autres qu\u2019on n\u2019y voit plus clair.Comme dans cette ère d\u2019austérité où le contribuable se braque contre le prestataire de services.Où la classe moyenne s\u2019entre-déchire, se divisant entre les bénéficiaires de généreuses caisses de retraite qui, habilement provoqués, jouent trop bien le rôle de la brute épaisse que le citoyen-payeur-dœtaxes reconnaît comme étant le comportement attendu du syndiqué gâté pourri.Une époque où l\u2019on entretient l\u2019illusion que notre confort est menacé par les plus pauvres.Où nous ruons comme des chevaux fous chaque fois qu\u2019on éperonne notre conscience en nous parlant de justice sociale, de distribution de la richesse et du coût réel des choses.Leur coût réel?Prenez Amazon, royaume virtuel du livre el cheapo, sur qui on a ouvert une enquête cette semaine pour avoir manigancé avec le Luxembourg un bidouillage fiscal qui lui permet de se soustraire un peu mieux à l\u2019impôt dans une Europe exsangue.Amazon qui, pour épargner une poignée de dollars, refuse de payer ses employés tandis qu\u2019ils poirotent pendant 20 à 30 minutes pour être fouillés à leur sortie du boulot.Quitte à aller jusqu\u2019en Cour suprême pour défendre son droit à cette petite saloperie.Voilà combien en coûte votre économie de 3$ sur le magnifique Rue des boutiques obscures de Patrick Modiano que vous achetez sur un coup de tête parce qu\u2019il vient de remporter le Nobel.Vous ne trouvez pas qu\u2019il pue un peu, tout d\u2019un coup, votre bouquin à rabais?On se moque de nous, et ce, chaque fois que l\u2019on manufacture nos envies et que nous applaudissons.Prenez cette citation tirée d\u2019un article du Time à propos de la montre intelligente d\u2019Apple: «Cette compagnie maîtrise parfaitement l\u2019art de produire des objets pour lesquels il n\u2019y avait aucune demande en nous convainquant que nous ne pouvons plus vivre sans eux, cela, mieux qu\u2019aucune autre entreprise.» On se moque de nous comme de la grenouille que l\u2019on met dans l\u2019eau froide en montant lentement la température du poêle.On rit au nez des parents forcés de procurer des tablettes électroniques à leurs enfants tandis que les génies de la techno de Silicon Valley envoient les leurs dans des écoles où il n\u2019y a pas l\u2019ombre d\u2019un microprocesseur, parce que les gens qui conçoivent ces objets auxquels nous sommes accros sont convaincus qu\u2019ils tuent la créativité.Amenez-en des tableaux intelligents pour les profs carencés en français qui forment des cohortes d\u2019analphabètes fonctionnels.Des enfants dont les parents déchirent leur chemise quand les commissions scolaires menacent de ne pas acheter de nouveaux livres alors qu\u2019eux-mêmes n\u2019en ouvrent jamais un à la maison.On se moque de nous, mais nous n\u2019y voyons plus clair.Ne parvenant plus à discerner notre propre responsabilité, nos devoirs, accablés que nous sommes par nos envies, nos dépendances, désorientés par toutes les tentatives de mystification.Nous plaçons notre confiance à la fois en tout et en personne.Nous sommes crédules et sceptiques.Comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019humeurs inconstantes, qui semblent se former aussi mystérieusement 6our le profane que je suis) que des phénomènes météorologiques.Peut-on considérer comme valable la promesse de Pierre Karl Péladeau de ne jamais s\u2019ingérer dans le contenu de ses journaux?Et peut-on voir autre chose qu\u2019une manœuvre politique dans ce soudain sursaut éthique de l\u2019Assemblée nationale ou de Jean-François Usée?Comment choisir entre l\u2019angélisme des écolos et l\u2019argent du pétrole ?Entre les va-t-en-guerre conservateurs et les colombes du NPD ?Nous voudrions des réponses claires à nos questions confuses.Des explications simples pour des problèmes complexes.Nous brassons l\u2019air, dans le noir, chassant les fantômes d\u2019idéaux mort-nés dont nous ne nous souvenons que des contours, et rarement du nom.L\u2019insouciance de la société de loisirs ne sera jamais advenue, et pourtant on la pleure.C\u2019est comme si ce deuil nous empêchait de voir clair.Dans une entrevue aux Inrocks il y a deux ans, Patrick Modiano disait que le problème, ce n\u2019est pas la nostalgie, pas la mémoire.Le problème, c\u2019est l\u2019oubli.C\u2019est ainsi que chaque fois on nous replace dans la marmite avant d\u2019à nouveau allumer le feu.Et nous attendons là.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Antoine RobitaiUe (éditorialiste, responsable de la page Idées), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste); information générale : Isabelle Paré {chef de division), Caroline Montpetit (affaires sociales), lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien DegMse (société), Jean Dion (sports), Mélanie Loisel et Philippe Orfali (reporters): information politique : Marco Forüer (chef de division), Michel Oa.YiA(chroniqueur), Héléne Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau et Brian Myles (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter); Véronique Chagnon et Louis Gagné (pupitre), information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et François Lévesque (reporters), Julie Carpentier (pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins, Eric Desrosiers, Jessica Nadeau et Karl Rettino-Parazelli {reporters), Gérald DaUaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emilie Eolie-Boivin {pupitre) ; équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Erappier, Benoît Munger, Philippe Papineau et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Sophie Chartier et Elorence Sara G.Eerraris (assistants) ; correction : Andréanne Bédard,^Christine Dumazet et Michéle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire); Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome (Montréal), Vanessa Racine (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Édith Caron (adjointe), Jean de BiUy, Jean-Prançois Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Nathalie Jobin {par intérim), Claire Paquet, et Chantal Rainville (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais {coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald PUion, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Maxime-Olivier Leclerc (coordonnateur du service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Eilion, Marie-Lune Houde-Brisebois, Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Elorentina Draghici, Céline Euroy et Véronique Pagé. B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 OCTOBRE 2014 PHILOSOPHIE Un « selfie » au massacre de la Saint-Barthélemy L\u2019avalanche d\u2019« égoportraits » sous laquelle les réseaux sociaux croulent se situe à l\u2019antithèse de la quête de soi de Montaigne Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.STÉPHANE DELISLE Enseignant en philosophie au cégep Limoilou, à Québec Au mois de juin, la jeune Breanna Mitchell profite d\u2019une visite au camp d\u2019extermination d\u2019Auschwitz pour publier un « selfie » (traduisons : égo-portrait), tout sourire, qui a déclenché une vraie tempête sur les réseaux sociaux.Certes, la principale intéressée a tenté de justifier, quoique maladroitement, son image numérique prise «à bout de bras », mais il n\u2019en demeure pas moins que son moi, de même que sa vanité, a assurément connu ses 15 minutes de gloire.Que penser encore du phénomène récent, très populaire auprès de la iGénération, où, par l\u2019entremise d\u2019un clic, on télécharge ad nauseam les vidéos des vedettes et autres quidams qui se versent sur la tête un seau d\u2019eau glacée («Ice Bucket Challenge») pour soutenir la recherche sur la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ?S\u2019agit-il d\u2019une nouvelle forme d\u2019humanisme pixélisé accessible via Face-book?Permettez-moi d\u2019en douter étant donné la mise en scène qu\u2019elle suppose pour que le donateur puisse récolter des dons.Au point où il est légitime de demander si l\u2019essence même du don ne se trouve pas dévaluée par cette façon de s\u2019exposer au vu et au su de tous.Qu\u2019on le veuille ou non, les réseaux numériques font partie du quotidien.Force est de constater que cette technologie de l\u2019information et du divertissement redessine les frontières par lesquelles les êtres humains pensent le monde et se définissent par les images qu\u2019ils diffusent d\u2019eux-mêmes.Mais derrière cette surexposition d\u2019égoportraits rendue possible grâce aux téléphones « intelligents » et autres gadgets dans l\u2019ère du temps, ne se cache-t-il pas un essai plus ou moins fructueux pour masquer l\u2019ahurissante insignifiance de nos existences ordinaires et éphémères?Dit autrement, se peut-il que cette célébration d\u2019ego traduise en fait un malaise où le besoin de se travestir en ayant recours à des portraits envoyés sur Instagram évite justement de plonger dans les profondeurs de l\u2019introspection sans laquelle on peut difficilement se comprendre, se découvrir et se saisir?C\u2019est à cette exploration de soi que le philosophe Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592), auteur des non moins célèbres Essais, convie le lecteur.Tout comme lui, il encourage ce dernier afin qu\u2019il prenne le pinceau pour brosser son autoportrait dont l\u2019appréciation ne se jaugera qu\u2019à la manière dont l\u2019artiste aura réussi à former sa vie.Car, comme l\u2019écrit avec justesse le philosophe: «J\u2019ai mis tous mes efforts à former ma vie.Voilà mon métier, et mon ouvrage.» (Livre II, chap.37) C\u2019est donc à un projet de création de soi, réel et authentique, que le lecteur est invité en parcourant les pages des Essais.Un projet existentiel d\u2019autant plus engageant qu\u2019il exige un temps d\u2019arrêt propice à l\u2019introspection et un déploie- L\u2019enseignant de philosophie Stéphane Delisle avance que, pour l\u2019humaniste français Montaigne, l\u2019encre et la plume ne remplissent pas qui, par l\u2019image ou la vidéo, tente d\u2019élever nos actions issues du quotidien au rang des épopées homériques.Car l\u2019art de l\u2019égoportrait si chèrement maîtrisé par Montaigne n\u2019a rien de rassurant.Sceptique jusqu\u2019aux bouts des doigts, il doute du pouvoir de la raison quant à sa capacité à trouver des vérités universelles.ment d\u2019efforts que jamais un «post» (envoi) instantané ne pourra égaler.Un humaniste sans crainte de parler de lui-même Homme de la Renaissance, à la fois amateur de voyages et citoyen engagé qui ne manqua pas d\u2019occuper des charges publiques au cours de son existence, Montaigne fut l\u2019homme des Essais, dont les trois livres jouissent actuellement d\u2019un intérêt renouvelé auprès des essayistes.(Sur le sujet, lire Un été avec Montaigne d\u2019Antoine Compagnon, éditions des Equateurs, 2013.) Et cela s\u2019explique par une évidence : comment ne pas éprouver de la sympathie pour un philosophe qui a fait de la question « Qui suis-je ?» le cœur ainsi que la raison d\u2019être de son projet d\u2019écriture?C\u2019est en digne successeur de Socrate qu\u2019il prend le relais en faisant du fameux «Connais-toi toi-même» le leitmotiv de son œuvre.Difficile alors de résister au charme dans la mesure où Montaigne, par son projet d\u2019écriture de soi, opère une révolution dans les idées puisque ce n\u2019est plus Dieu qu\u2019il veut célébrer (ce fut l\u2019entreprise .,de la scolastique au Moyen Age), mais son âme, son corps; en bref, spn existence tout entière.Ecoutons-le: «Je veux qu\u2019on m\u2019y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention [effort] ni artifice: car c\u2019est moi que je peins.Mes défauts s\u2019y liron t au vif et ma forme naïve [naturelle] [.]» {Avertissement au lecteur, préface au Livre 1.) Montaigne portraitiste Ainsi, ce Montaigne, à peine âgé de 38 ans et choisissant de mener une vie oisive pour méditer sur le temps qu\u2019il lui reste à vivre, aurait été le pre-
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.