Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (5)

Références

Le devoir, 2014-12-20, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Zàt Philosophie : Noël demeure encore fortement porteur de signification Page b 6 Michel David : Aucune amitié ne peut reposer sur l\u2019exploitation Page b 3 Manon Cornellier sur les prétentions de Harper sur l\u2019Alberta verte Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 DECEMBRE 2014 % JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le ministre Yves Bolduc ne voit pas de lien entre le nombre d\u2019élèves par classe et la réussite scolaire.Education Le réel effet des ratios Parmi une série de mesures considérées comme des «vaches sacrées », Québec remet sur la table de négociation les ratios maître/élèves, alléguant qu\u2019ils n\u2019ont pas les effets escomptés sur la réussite.Les recherches ne sont toutefois pas aussi catégoriques.Qu\u2019en est-il vraiment?Tour d\u2019horizon.LISA-MARIE GERVAIS Les enseignants étaient déjà gonflés à bloc en voyant leurs conditions de travail attaquées, on ne s\u2019étonne pas de la forte réaction suscitée par les CQmmentaires du ministre de l\u2019Éducation, Yves Bolduc, démontrant l\u2019inefficacité de la mesure.«En diminuant les ratios, il n\u2019y a pas eu d\u2019effet au niveau de la réussite scolaire», a-t-il déclaré cette semaine pour justifier sa proposition.Le ministre n\u2019a cité aucune étude en particulier, mais a dit s\u2019appuyer sur une référence du rapport sur les commissions scolaires, réalisé par Pauline Champoux-Lesage et rendu public en mai dernier.«Pour que ça vaille la peine, il faudrait descendre [les ratios] beaucoup plus bas», a-t-il brièvement rapporté.Le gouvernement n\u2019a toutefois pas nié que la mesure semblait avoir tout de même eu un effet important au préscolaire et au premier cycle du primaire.Ces ratios maître/élèves, qui régissent le nombre maximal d\u2019enfants dans une classe, avaient d\u2019abord été implantés ep 2000 par l\u2019ex-ministre de l\u2019Éducation François Legault, sous le gouvernement pé-quiste.Dans son plan «L\u2019école, j\u2019y tiens », Ipncé en 2009, la ministre de l\u2019Éducation Michelle Courchesne avait fortement encouragé ce principe, l\u2019étendant à tous les niveaux, les baissant particulièrement dans les milieux défavorisés.Les baisses de ratio ont coûté 179 millions, selon le rapport Champoux-Lesage.Peu d\u2019études Bernard Tremblay, le président du comité patronal des négociations avec les enseignants dans le secteur francophone, rappelle que la décision de remettre sur la table les ratios vient plutôt d\u2019un constat sur le terrain, au terme d\u2019une tournée auprès des directions d\u2019école et des commissions scolaires.«Ils disent que ça produit des effets au préscolaire et au premier cycle du primaire et que ça semble correspondre avec les études ailleurs dans le monde.Par contre, aux dernières négos, on a baissé le ratio d\u2019un élève par classe au premier cycle du secondaire et toutes les études internationales semblent dire que ça ne donne pas d\u2019effets», a-t-il soutenu.Et au Québec, la chose a-t-elle été étudiée pour les 2® et 3®cycles et le secondaire?«On n\u2019a pas d\u2019études.Il y a des analyses qui ont été faites, 70 études ont été recensées, et les constats communs étaient que normalement ça fonctionne surtout au début du parcours scolaire.» Selon lui, il n\u2019est pas facile de tirer un constat «assez ferme et clair».«Si on attendait d\u2019avoir une étude précise là-dessus, ça nous amènerait dans 20 ans.» Et, faute d\u2019étude précise, «si on est pour ne rien questionner, on va au moins demander que les gens sur le ter- rain nous disent ce qu\u2019ils en pensent.Et ils n\u2019ont pas vu d\u2019impact».Un impact positif La recension des « 70 études» et les «analyses» dont M.Tremblay parle sont celles de Claire Lapointe, chercheuse en sciences de l\u2019éducation.Cette professeme à l\u2019Université Laval est l\u2019auteure principale de cette étude que le ministère (MELS) a commandée en 2008 au Centre de recherche et d\u2019intervention sur la réussite scolaire, tout juste avant que le gouvernement libéral n\u2019aille de l\u2019avant avec l\u2019implantation des ratios.Sans faire une méta-analyse, elle a recensé un grand nombre de recherches faites sin le sujet.«La conclusion générale des études est que, oui, la dimi- Une réduction de la taille des classes permet aux professeurs d\u2019enseigner «différemment» nution du ratio maître/élèves a un impact positif sur la réussite scolaire», affirme-t-elle.Et en effet, c\u2019est particulièrement vrai au préscolaire et au premier cycle du primaire, mais également en milieux défavorisés et dans les milieux où il y a beaucoup d\u2019enfants qui ne parlent pas la langue d\u2019enseignement.«Peu d\u2019études ont été réalisées pour le secondaire», ajoute-t-elle, hormis celle de l\u2019économiste français Thomas Piketty, qui avait constaté que les faibles ratios avaient un impact positif sur la réussite des élèves des lycées en milieux défavorisés.«Les populations fragiles le demeurent tout le long de leur scolarisation.» Lapointe, qui faisait aussi partie du comité du rap- port Champoux-Lesage, a analysé deux tendances dans la recherche.La première, plus économétrique, cherche à tout prix à contrôler le plus de variables possible pour isoler l\u2019effet des ratios.Les résultats ont plutôt tendance à montrer que les petites classes ont peu d\u2019impact, ou que, s\u2019il y en a, il est peu significatif.Cela est effectivement peut-être dû au fait que de petites réductions du nombre d\u2019élèves par classe ne font pas une grosse différence.L\u2019observation L\u2019autre courant relève davantage de la psychologie et se base sur des observations expérimentales, qui concluent le plus souvent à un impact significatif des petites classes.Pour peu qu\u2019on réussisse à isoler l\u2019effet des ratios \u2014 et c\u2019est là toute la difficulté, disent toutes les études \u2014, les effets semblent bénéfiques.Avec de petits groupes, l\u2019enseignant passe moins de temps à la gestion de classe, l\u2019enseignement est plus individualisé, les enfants se sentent plus reconnus et la relation enseignant-parent s\u2019en trouve même améliorée.La chercheuse et cqnseil-lère du ministère de l\u2019Éducation en Ontario, Nina Bascia, est arrivée au même constat dans ses plus récentes recherches.Une réduction de la taille des classes permet aux enseignants d\u2019enseigner «différemment» et de développer di-verses méthodes plus VOIR PAGE B 2 : RATIO Lire aussi > Panne d\u2019évaiuation.L\u2019éditorial de Josée Boileau.Page B 5 Cuba à la recherche de sa nouvelle ère Le régime est-il prêt à faire sa révolution?GERARD THOMAS Dans un discours «historique», Barack Obama a annoncé mercredi soir que les Etats-Unis et Cuba allaient renouer leurs relations diplomatiques après 53 ans de conflit entre Washington et l\u2019île castriste.La vie des Cubains va-t-elle changer?Pas à court terme en tout cas.Au-dela de l\u2019effet de surprise télévisuellement orchestré mercredi soir par Barack Obama à Washington et Raûl Castro à La Havane, les 11,1 millions de Cubains englués dans d\u2019inextricables difficultés économiques aggravées en 1991 par le démembrement du grand frère soviétique puis, plus récemment, par les soubresauts d\u2019un Venezuela ami aux prises avec la baisse des cours du pétrole dont il est producteur, vont continuer à tirer le diable par la queue pour pouvoir survivre.D\u2019autant que les devises manquent cruellement dans l\u2019île pour acheter les produits de première nécessité, comme le maïs, les haricots ou l\u2019huile au Canada, au Brésil ou à la Chine, du riz au Vietnam et même \u2014 depuis les mesures d\u2019assouplissement de l\u2019embargo sur les produits alimentaires \u2014 de la viande et des produits textiles aux États-Unis.En cash et avant même l\u2019embarquement des demées dans les ports états-uniens.Mais la porte est néanmoins entrouverte à des relations de meilleur voisinage \u2014 Cuba est en effet situé à quelque 140 kilomètres des côtes de la Floride \u2014 plus compatibles avec un monde civilisé.Une possibilité offerte, comme à la grande époque des échanges d\u2019espions des deux camps à Charlie Check Point de Berlin séparé entre Est et Ouest, par un retour de trois agents cubains à La Havane, d\u2019un pseudohomme d\u2019affaires américain et d\u2019un vrai transfuge cubain à Washington.Les Cubains attendent avec impatience l\u2019ouverture au monde Assiste-t-on à un vrai tournant?Tout en se gardant de surinterpréter une annonce avant tout politique et presque symbolique,, on peut dire que la décision commune des États-Unis et de Cuba marque la fin d\u2019un XX® siècle de confrontation idéologique entre un castro-marxisme depuis longtemps à l\u2019agonie et un libéralisme politique et économique qui peine également à nourrir ses populations et à endiguer la misère.Les Cubains \u2014 et surtout les jeunes qui ne sont plus perméables au discours «révolutionnaire» de leurs vieux dirigeants \u2014 attendent avec impatience l\u2019ouverture au monde, à la civilisation du hamburger, du dollar roi et surtout aux investissements nord-américains qui pourraient découler de cette détente.Les secteurs de l\u2019immobilier, du tourisme et du bâtiment devraient notamment VOIR PAGE X X : CUBA AGENCE ERANCE-PRESSE Raul Castro lors de son allocution télévisée à la nation cette semaine B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 DECEMBRE 2014 PERSPECTIVES De la frime Manon CORNELLIER à Ottawa Le premier ministre Stephen Harper est avare d\u2019entrevues, même en fin d\u2019année.Il choisit ses interlocuteurs et prépare ses messages.L\u2019exercice est généralement prévisible et ennuyeux, à moins qu\u2019il soit entraîné sur un terrain où il est peu à l\u2019aise.L\u2019un d\u2019eux est sans l\u2019ombre d\u2019un doute celui de la lutte contre les changements climatiques.Poussé cette semaine par le chef d\u2019antenne de la CBC, Peter Mansbridge, M.Harper a tenté de sauver la face en donnant l\u2019impression qu\u2019il n\u2019est pas l\u2019empêcheur de tourner en rond qu\u2019on dit et qu\u2019il pourrait même être pour une taxe sur le carbone.Oui, oui, vous avez bien lu, une taxe sur le carbone.M.Mansbridge s\u2019est plu à rappeler à M.Harper le discours qu\u2019il a fait à Berlin en 2007.Il avait alors dit que, «pour les générations futures, nous devons faire tout ce que nous pouvons pour régler ce problème mondial.Et c\u2019est pourquoi les Canadiens devraient jouer un rôle de premier plan pour relever ce défi».A-t-il tenu parole ?Il affirme que oui parce que les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont diminué au Canada depuis 2008.Il omet de dire cependant que la dernière récession y est pour beaucoup, que le crédit revient d\u2019abord aux provinces (comme l\u2019a fait remarquer le commissaire à l\u2019environnement et au développement durable) et que, depuis 2010, les émissions canadiennes stagnent.De plus, selon les dernières prévisions du ministère de l\u2019Environnement, elles vont augmenter à la fin de la décennie et faire en sorte que le Canada ratera les objectifs fixés par son gouvernement.C\u2019est toutefois sa référence à l\u2019expérience albertaine en matière de lutte contre les changements climatiques qui a surpris et qui est à marquer d\u2019une pierre blanche.Depuis 2011, les conservateurs pourfendent la politique du Nouveau Parti démocratique de plafonds et d\u2019échange de crédits d\u2019émission, l\u2019assimilant à une taxe sur le carbone.Et voilà que leur chef s\u2019y montre soudainement favorable.Il ne peut dire le contraire, car c\u2019est exactement ce qu\u2019impose l\u2019Alberta à ses grands émetteurs de GES.M.Harper s\u2019est aventuré sur cette voie lorsqu\u2019il s\u2019est retrouvé coincé par une question embêtante.H venait d\u2019expliquer que, lorsqu\u2019il avait déclaré insensé, dans le contexte actuel, de soumettre le secteur pétrolier et gazier à de nouveaux règlements, il rejetait en fait toute action unilatérale du Canada.Son gouvernement, a-t-il rappelé, a toujours préconisé une approche continentale.Pourquoi ne propose-t-il pas quelque chose alors aux Etats-Unis et au Mexique?«Nous l\u2019avons fait», a-t-il répondu.Ah oui?Quoi?Après une seconde d\u2019hésitation, M.Harper a alors évoqué le cas albertain et affirmé qu\u2019il pourrait être repris à plus grande échelle.Voilà qui est nouveau, car l\u2019Alberta a établi des cibles d\u2019émission pour ses grands émetteurs du secteur pétrolier et gazier (ce qu\u2019Ot-tawa n\u2019a pas fait), des cibles qui sont toutefois calculées par baril.Comme le nombre de barils produits ne cesse d\u2019augmenter, les émissions albertaines font la même chose.En vertu de ce système, les entreprises doivent bel et bien payer 15$ en redevances (ou taxe, une des traductions admises en français du mot anglais « levy ») pour chaque tonne excédentaire de GES émis.Sinon, elles peuvent acheter des crédits auprès de producteprs qui ont réussi à réduire leurs émissions.A noter cependant que la plupart des experts jugent le montant de la taxe trop bas et que les cibles devraient viser la totalité des émissions pour avoir l\u2019effet désiré.M.Harper a aussi tenté de se donner le beau rôle en vantant les règlements adoptés pour les centrales au charbon.Il a noté que cette source d\u2019énergie est la première responsable des émissions de GES dans le monde et soutient, par conséquent, que le Canada a fait preuve de leadership en la matière.Là encore, quelques bémols s\u2019imposent.Le charbon n\u2019est pas la première source d\u2019énergie ni de GES au Canada, ce qui rend plus facile de s\u2019y attaquer.Par ailleurs, les centrales qui ont été fermées au Canada l\u2019ont été à l\u2019initiative des provinces, en particulier l\u2019Ontario, et sans l\u2019aide d\u2019Ottawa.Quant aux règlements d\u2019Ottawa, il faut savoir qu\u2019ils s\u2019appliqueront dès juillet prochain aux nouvelles centrales, mais les centrales existantes, les plus polluantes, disposeront de 50 ans pour se pber aux nouvelles normes.M.Harper nie se croiser les bras, et précise qu\u2019il veut réduire les émissions sans compromettre les emplois et la croissance.Par conséquent, il faut que tout le monde travaille ensemble, sans exception, dit-il.Il n\u2019envisage même pas qu\u2019un pays prenne l\u2019initiative pour faire bouger les autres.Mais si travailler de concert est si important pour M.Harper, il pourrait nous expbquer pourquoi il a toujours refusé de réunir ses homologues provinciaux pour s\u2019entendre sur une approche commune, comme le lui a maintes fois recommandé le commissaire à renvironnement.On en vient à se demander pourquoi les provinces ont pu bouger sans attendre un consensus continental, mais pas le fédéral.La réponse est simple.C\u2019est parce qu\u2019il ne le veut pas, c\u2019est tout, même s\u2019il essaie maintenant de nous faire croire le contraire.mcornellier@ledevoir.com m m DMITRY SEREBRYAKOV AGENCE ERANCE-PRESSE Comme chaque année, Vladimir Poutine a répondu cette semaine aux questions de la population lors d\u2019une émission télé.RUSSIE Au régime sec Au pays de Poutine, la chute des cours du pétrole, les sanctions économiques et la baisse du rouble ramènent le souvenir de 1998.Et brouillent les cartes pour 2015.FRANÇOIS DESJARDINS En temps normal, dans un cas comme celui-ci, la perspective d\u2019une grosse enveloppe du Ponds monétaire international ne serait pas bien loin, a écrit dans son blogue cette semaine l\u2019économiste américain Tim Duy Mais il s\u2019agit ici de la Russie, un acteur problématique, ivre de pétrodollars et corrompu, qui de surcroît a jugé bon de secouer l\u2019échiquier cette année en envahissant le territoire de son voisin ukrainien.La suite des choses, disent les experts, n\u2019est pas claire.La dernière semaine a été chargée.Après les remqus causés par les sanctions économiques des Etats-Unis et de l\u2019Europe, après la chute des cours du pétrole, voilà que le rouble a accéléré sa descente pour porter à 45% le recul de cette année.La banque centrale a fait passer le taux directeur de 10,5% à 17% pour limiter l\u2019exode des capitaux, mais l\u2019effort n\u2019a pas eu les résultats escomptés.Si l\u2019avenir est embrouillé, c\u2019est en partie à cause de l\u2019étau qui s\u2019est resserré autour du secteur financier et des sociétés, lesquelles doivent rembourser environ 100 milliards de dettes en devises étrangères au cours de la prochaine année.«Il est trop tôt pour dire que l\u2019économie s\u2019effondre [.].Le pays a survécu à des épisodes bien pires, notamment en 1998 quand d\u2019innombrables citoyens ordinaires ont perdu leurs économies de toute une vie», affirme Jeff Sahadeo, qui dirige l\u2019Institut des études européennes, russes et eurasiennes de l\u2019Université Carleton.Cette fois, c\u2019est la classe moyenne et privilégiée qui est à risque, une catégorie née pendant la flambée des prix du pétrole.«Vont-ils commencer à remettre le régime en question ou vont-ils croire Poutine quand il dit que c\u2019est une tactique occidentale visant à coincer la Russie ?Il est difficile de voir où il s\u2019en va, lui qui a complètement raté la chance de refaire l\u2019économie du pays.» Récession imminente La Russie s\u2019appuie très lourdement sur l\u2019or noir, dont la production représente les deux tiers de ses exportations.Le pays, qui fournit un peu plus du dixième du pétrole mondial, en produit 60% de plus qu\u2019à la fin des années 90, quand le cours a commencé à grimper.La déprime du marché complique maintenant les choses : la banque centrale prévoit que l\u2019économie va se contracter de 4,5 à 4,7% en 2015, et d\u2019environ 1% en 2016.Selon M.Sahadeo, il n\u2019est pas exclu que le pays soit soudainement incapable d\u2019honorer les paiements de sa dette, un scénario que certains évoquent également pour le Venezuela.L\u2019Occident n\u2019a pas intérêt à ce que cela se produise.Même si la Russie sortait le chéquier pour stimuler l\u2019économie, les projets seraient «embourbés dans la corruption » et l\u2019inefficacité.«Et je doute que le gouvernement veuille dilapider ce qu\u2019il lui reste dans ses réserves de liquidités.» Ces réserves sont estimées à un peu plus de 410 milbards.Depuis juillet, l\u2019argent étranger se fait rare en Russie, a fait remarquer Anders Aslund, du Peterson Institute for International Economies, dans une lettre pu-bbée par le Einancial Times de Londres.«La Russie n\u2019a reçu aucun financement significatif\u2014 même de la part des banques d\u2019Etat chinoises \u2014, car tout le monde a peur des autorités réglementaires américaines.» En gros, le pays vit ce que le secteur financier a traversé après le 15 septembre 2008, déclenchement de la crise financière avec la faillite de Lehman Brothers.«Seule la fin des sanctions américaines mettrait fin à cette crise de liquidités.» Lorsque le cours du Brent a commencé à chuter, le réflexe des analystes a été de dresser la liste des pays producteurs de pétrole et du prix dont ils ont besoin.Il a été estimé que la Russie, par exemple, doit vendre son pétrole à 90 $ le baril afin d\u2019équilibrer ses finances publiques.Or le Brent vient d\u2019enfoncer le seuil de 60$ et l\u2019Arabie Saoudite, premier producteur mondial qui tire les ficelles de l\u2019OPEP, refuse de ralentir le rythme de production pour stabiliser les prix.Débouchés Dans ce contexte, les Russes ont tenté de développer de nouveaux marchés.Le pays vient notamment de signer deux ententes de près de 700 milliards avec la Chine portant sur l\u2019approvisionnement de gaz naturel.Ce rapproche- « C\u2019est un peuple stoïque qui est prêt à endurer tout ce qu\u2019on veut» ment permettrait à la Russie d\u2019alléger sa dépendance envers les autres marchés, dont l\u2019Europe, et à la Chine de bénéficier d\u2019une source d\u2019énergie fiable qui représenterait un peu moins de 20% de sa consommation.La dernière crise économique de la Russie remonte à 1998, une époque où faible productivité et finances publiques catastrophiques ont mené tout droit à l\u2019effondrement du rouble.Si l\u2019épisode ne s\u2019est pas éternisé, c\u2019est entre autres grâce à la remontée des cours du pétrole.Dans cette optique, la population a l\u2019habitude des passages à vide.«Même à l\u2019époque soviétique, toutes les sortes de rationnement qu\u2019on pouvait imposer au monde ne faisaient frémir personne.Sauf les cigarettes», dit au téléphone Ron Popeski, ex-journaliste de Reuters qui a passé une grande partie de sa carrière en Russie et en Ukraine.En 1998, il travaillait à Bucarest quand on lui a demandé d\u2019aller à Moscou pour prêter main-forte.Le rouble était en chute libre et les gens se demandaient comment joindre les deux bouts, dit-il.«C\u2019est un peuple stoïque qui est prêt à endurer tout ce qu\u2019on veut.En général, il n\u2019a peur de rien.» La Russie n\u2019est pas le seul pays à se retrouver dans le pétrin.En entrevue avec l\u2019agence d\u2019informations Bloomberg, un analyste du groupe français Société Générale a dit que, dès 2015, le Venezuela sera incapable d\u2019honorer ses obligation^ financières.Le gouvernement et la société d\u2019Etat responsable du secteur pétrolier doivent rembourser 12 milbards en 2015, mais les coffres ne contiennent que 21 milbards.«Ils pourraient être à sec très vite, a dit l\u2019analyste.Ils doivent poursuivre les importations, car ils n\u2019ont pas le choix, mais en même temps, ils doivent payer leur dette.Ce n\u2019est pas viable.Ils n\u2019y arriveront pas.» Les swaps sur défaibance, ces instruments financiers qui agissent comme protection, situent le risque d\u2019un défaut de paiement à 90%.Pour ce qui est de la Russie, le président Poutine n\u2019a pas été tout à fait rassurant quand il a annoncé, jeudi, qu\u2019un revbement de situation rapide n\u2019est pas envisagé.«Dans le scénario le plus défavorable pour la conjoncture internationale, la situation peut durer deux ans, mais elle peut se corriger avant», a-t-il dit.Pas de nouveau programme, donc, ni de solution de rechange.Le Devoir RATIO SUITE DE LA PAGE B 1 adaptées aux besoins des élèves.Elle a également constaté que l\u2019effet d\u2019une diminution des ratios ne révèle son plein potentiel que s\u2019il est accompagné d\u2019autres mesures.L\u2019Ontario, où 90% des classes du niveau pri-mabe n\u2019ont pas plus de 20 élèves quel que soit le milieu, a calqué ses façons de faire sur le Québec, à cause des taux de réussite des petits Québécois, notamment en mathématiques, dans les classements des pays l\u2019OCDE.«Mais je crois maintenant qu\u2019ils vont nous dépasser sous peu », dit Claire Lapointe.Des études contre Une rapide recherche sur Internet permet de découvrir que plusieurs études et des recensions d\u2019études démontrent un impact peu significatif de la dbninution des ratios sur la réussite des élèves.L\u2019Américain Eric Hanushek, un éco- nomiste de l\u2019éducation qui réfléchit au sein d\u2019un think tank de l\u2019Université de Stanford, a déjà effectué en 1999 une recension d\u2019études \u2014 le Tennessee\u2019s Project STAR \u2014 qui concluait à l\u2019effet marginal des ratios lorsqu\u2019on mettait de côté «certaines incertitudes et certains biais possibles».Professeure à Stanford et également économiste, Caroline Hoxby conclut dans une étude publiée en 2000 dans The Quarterly Journal of Economies que «la taille de la classe n\u2019a pas un effet statistiquement significatif» sur le succès des élèves.Certes, ces études datent un peu.Mais plus récemment, en 2009, John Hattie, célèbre pour ses méta-analyses en éducation, a consigné dans un livre la synthèse des résultats de 50 000 études, touchant 250 millions d\u2019élèves.Il a relevé 138 facteurs qui ont une incidence sur la réussite des élèves, tels que la rétroaction {«feed-back ») de l\u2019enseignant, les classes multi-âges, etc.Parmi les divers éléments, la taibe des classes a un impact, mais ebe ne figure pas en tête de liste.«La taille de la classe n\u2019a pas un effet statistiquement significatif» Selon Claire Lapointe, pour que la variable «ratio» ait un impact, il faut «l\u2019appliquer de manière significative à tous les niveaux, en priorisant les populations d\u2019élèves les plus fragiles» et en évitant le «saupoudrage».L\u2019argent ne pousse pas dans les arbres, convient-elle.«Mais dans un contexte où on doit réduire les dépenses, il y a des endroits où il faut qu\u2019on accepte qu\u2019on va dépenser, où on va investir pour le bien des élèves», avance-t-elle.Dans quoi investir, là est tout l\u2019enjeu de cette négociation qui s\u2019amorce entre le gouvernement et les enseignants.Bernard Tremblay reconnaît qu\u2019il s\u2019attaque à des «vaches sacrées», soit d\u2019importants acquis pour les enseignants.«On peut le voir comme si on s\u2019attaquait à des acquis, mais on peut aussi nous voir comme osant mettre sur la table des problèmes réels, dans un contexte d\u2019ouverture à la discussion.» Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 DECEMBRE 2014 B 3 PERSPECTIVES ENERGIE Haro sur le gaz de schiste.pour le moment Le metteur en scène Dominic Champagne n\u2019a pas «boudé [son] plaisir».«Je suis en feu! Je jubile ! », s\u2019est exclamé le porte-étendard de la résistance à l\u2019exploitation d\u2019hydrocarbures au Québec, pointant le rapport du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE).MARCO BÉLAIR-CIRINO Correspondant parlementaire à Québec Les groupes de citoyens opposés à la fracturation hydraulique ont vu plus de quatre ans de «labeur intense» couronnés par une «victoire de la conscience collective, de la société civile, de l\u2019éveil démocratique, de l\u2019exigence écologique», s\u2019est réjoui Dominic Champagne.Après avoir insisté sur V«ampleur des impacts potentiels associés aux activités de l\u2019industrie du gaz de schiste dans un milieu aussi peuplé et aussi sensible que les basses terres du Saint-Laurent», le BAPE tire une conclusion: Junex, Talisman Energy, Molopo Canada et les autres détenteius de permis d\u2019exploration ont échoué à obtenir l\u2019acceptabilité sociale.D\u2019autre part, ils n\u2019ont pas réussi à démontrer les bénéfices économiques liés à l\u2019exploitation de cet hydrocarbure non conventionnel.Le premier ministre Philippe Couillard a dit partager les conclusions du rapport de 500 pages commandé par le gouvernement Marois.Il a créé toute une surprise en éloignant la perspective d\u2019une exploitation du gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laïu\u2019ent.«Actuellement, je ne vois pas l\u2019intérêt de développer ça », a-t-il déclaré sans détour lors d\u2019entrevues télévisées.Les membres des comités vigilance gaz de schiste formés autoiu- des 31 puits autorisés à ce jour ont esquissé un soupir de soulagement.«Enfin! Enfin! Il commence à [entendre] raison», a même lancé l\u2019élue péquiste Martine Ouel-let, «sa/wjant] » un «changement de position» du chef du gouvernement.«Cest important.» Le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau a également observé une «rupture de ton » de la part de M.Couillard dans le dossier du gaz de schiste.Même si ses réponses sentaient V«improvisation», il «semblait assez clair qu\u2019il ne voulait pas aller de l\u2019avant», affirme-t-il, après avoir visionné les extraits d\u2019entrevue diffusés par Radio-Canada et TVA.Pourtant, la position du premier ministre du Québec n\u2019a pas changé d\u2019un iota au fil des derniers jours, indique-t-on dans son entourage.D\u2019ailleiu-s, M.,Couillard se refuse à imiter le gou-verneiu\u2019 de l\u2019État de New York, Andrew Cuomo, et de légiférer à son torn- afin d\u2019interdire la fracturation hydraulique.Il n\u2019entend pas non plus imposer un moratoire en bonne et due forme sur cette technique d\u2019extraction d\u2019hydrocarbures controversée.«Je n\u2019aime pas le \u201cmoratoire\u201d car, une fois que vous mettez en place un moratoire, c\u2019est un travail d\u2019enfer pour le lever si vous avez besoin de le faire un jour», a-t-il déclaré en point de presse jeudi.Processus «court-circuité» Pierre-Olivier Pineau reproche à M.Couillard d\u2019avoir «court-circuité» le processus d\u2019évaluation environnementale stratégique sur l\u2019ensemble de la filière des hydrocarbiu-es (EES glo-b^e) enclenché par les ministres Pierre Arcand (Énergie et Ressources naturelles) et David Heurtel (Développement durable, Énvironne-ment et Éutte contre les changements climatiques) le 30 mai 2014.«Il a énoncé une conclusion avant même la fin de l\u2019EES sur les hydrocarbures.C\u2019est comme si M.Couillard n\u2019avait pas confiance dans son propre processus», affirme M.Pineau dans une entrevue téléphonique avec Le Devoir.Le spécialiste des politiques énergétiques a aussi été «surpris» de voir le premier ministre statuer sur la profitabilité des entreprises au lendemain d\u2019un éventuel feu vert à l\u2019exploitation du gaz de schiste enfoui dans le sol québécois.«Les compagnies jugeront si ça vaut la peine ou non», argue M.Pineau.Il invite le gouvernement du Québec à établir un «cadre clair» pour les activités gazières à la lumière de l\u2019EES globale, ce qui serait «de nature à gagner une plus grande acceptabilité sociale».«La YAN DOUBLET LE DEVOIR À compter de 2006, il y a eu une ruée vers le shale d\u2019Utica.population n\u2019est pas très chaude à l\u2019idée de développer les gaz de schiste parce que le gouvernement ne s\u2019est pas montré en mesure d\u2019encadrer cette indus-trie-là.Et l\u2019industrie ne s\u2019est pas montrée en mesure de respecter des pratiques qui satisfont la population », soutient-il.Du coup, les projets d\u2019exploitation de gaz de schiste se sont hemtés à une opposition d\u2019une «ampleur inégalée».Pleins gaz A compter de 2006, la hausse du prix du gaz naturel conjuguée à de nouvelles techniques d\u2019extraction d\u2019hydrocarbures non conventionnelles a déclenché une ruée soudaine vers le shale d\u2019Utica enfoui dans les basses terres du Saint-Laurent.Plusieurs entrevoyaient un véritable Klondike pom le Québec, frappé par la récession en 2009.La ministre des Ressources naturelles d\u2019alors, Nathalie Normandeau, a invité la population à faire «les choix qui sont les plus judicieux» dans ce contexte économique.«Les services de garde à 7 $, c\u2019est extraordinaire qu\u2019on se soit doté de ça.Ça nous coûte 1,5 milliard par année.Ça, les amis, si on veut éviter d\u2019aller vous en chercher davantage dans les poches, il faut jouer sur la colonne des revenus et s\u2019assurer de créer de la richesse ici», a-t-elle lancé à Expo énergie Montréal 2010.Mais le gaz de schiste a mauvaise presse.Le p.-d.g.de l\u2019Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), André Caillé, s\u2019avère incapable de défendre les cas de «mauvaise pratique» dévoilés par les médias, sans parler des risques sm l\u2019environnement et la santé.«Il s\u2019agissait d\u2019un piètre choix, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire», fait valoir M.Pineau.L\u2019industrie reconnaît avoir investi la vallée du Saint-Lament de façon «beaucoup trop cavalière», à la recherche de puits d\u2019exploration.Elle ne fait pas le poids face au bruyant mouvement d\u2019opposition dirigé par des «gens très éduqués qui savent comment mobiliser d\u2019autres personnes».«C\u2019est facile de dépeindre l\u2019industrie des hydrocarbures comme une industrie extrêmement dommageable, parce que c\u2019est vrai qu\u2019il y a des risques environnementaux réels», pomsuit le titulaire de la chaire de gestion du sectem de l\u2019énergie.La mobilisation citoyenne a forcé le gouvernement Jean Charest à se tomner vers le BAPE en 2010, puis, l\u2019année suivante, à mettre en branle une évaluation environnementale stratégique (EES).Trente et un puits de forage ont toutefois été creusés sans la moindre analyse d\u2019impacts.Les actems de l\u2019industrie ont mis en veilleuse leur projet.«Ça n\u2019a pas fonctionné pour une raison très simple: le gouvernement n\u2019avait pas de cadre [législatif et réglementaire] qui inspirait confiance», soutient Pierre-Olivier Pineau, avant d\u2019ajouter: «Personne ne veut le développement d\u2019une industrie anarchique.Jusqu\u2019à maintenant, tous les gouvernements québécois, et même tous ceux en Amérique du Nord, ont failli à la tâche de donner un cadre réglementaire qui inspire confiance sur l\u2019exploitation des hydrocarbures».« Il faut jouer sur la colonne des revenus et s\u2019assurer de créer de la richesse ici» Dossier clos?Malgré un rapport implacable du BAPE, «l\u2019industrie n\u2019a pas dit son dernier mot», craint le dramaturge Dominic Champagne.En effet, 12 entreprises \u2014 dont Junex, Talisman Energy et Molopo Canada \u2014 détiennent toujours des permis d\u2019exploration, pom la plupart en Montérégie, dans le Centre-du-Québec et en Estrie.De son côté, le président de l\u2019APGQ, Michael Binnion, exhortait tout récemment le gouvernement libéral à donner le feu vert à un «projet pilote».Il veut faire la démonstration à la fois «au gouvernement, au public et aux investisseurs» de la possibilité d\u2019extraire de grandes quantités de gaz de schiste «de façon sécuritaire».Le (Juébec ne doit pas «faire une croix» sm le gaz de schiste, soutient le professeur Pineau, convaincu (xu\u2019«entre Montréal et Québec, c\u2019est possible de trouver des champs au milieu desquels on ne voit pas âmes qui vivent».Les Québécois sont «plus mobilisés autour d\u2019objectijs de réduction d\u2019émissionp de gaz à effet de serre qu\u2019autour de moyens».A preuve, les Québécois consomment de plus en plus de gaz naturel et d\u2019essence, et conséquemment plus de gaz et de pétrole de schiste.«Il y a une certaine hypocrisie.» Le Devoir CUBA SUITE DE LA PAGE B 1 profiter au premier chef d\u2019une reprise des relations diplomatiques.Difficile cependant d\u2019en mesurer l\u2019impact sur la main-d\u2019œuvre locale, sur l\u2019élévation du niveau de vie et sur l\u2019ouverture politique tant que la djmastie Castro est au pouvoir.Comment expliquer cette «soudaine» annonce de détente?L\u2019incroyable ténacité de l\u2019étonnant pape Pran-çois, un « Latino » argentin qui a été influencé en son temps par la révolution cubaine, et la mobilisation en sous-main de la diplomatie canadienne, qui a largement accompagné les échanges entre les deux pays, ne suffisent pas à expliquer le coup de théâtre de mercredi.De fait, le ^établissement des relations entre Cuba et les États-Unis revient régulièrement au menu de la politique des démocrates à Washington.La victoire de la «politique du cigare» (les Nord-Américains pourront désormais rapporter des puros cubains, alors que cette importation était officiellement interdite jusqu\u2019alors) est en fait la résultante d\u2019une volonté politique née à la fin des années 1960 sous l\u2019influence du président démocrate états-unien Lyndon Jonh-son, poursuivie par Jimmy Carter dans les années 1970, puis stoppée nette par les faucons républicains de la Maison-Blanche Ronald Reagan et par la suite George W.Bush (père et fils).Les multiples « complots » contre Cuba et tentatives d\u2019assassinats de Eidel Castro par la CIA, ainsi que les exodes massifs de Cubains vers la Louisiane et Miami en 1980, et surtout en août 1994 (les balseros), avaient sérieusement retendu les relations entre les deux pays.Glasnost ou realpolitik de la part de la nomenklatura cubaine?C\u2019est finalement l\u2019arrivée au pouvoir de Raül Castro, en remplacement de son demi-frère Eidel rongé par la maladie à partir de juillet 2006, qui a signé la véritable volonté cubaine d\u2019enterrer la hache de guerre avec son puissant voisin.Pour des raisons d\u2019ailleurs plus pragmatiques que philosophiques.«Ou nous changeons, ou nous coulons», avait ainsi déclaré le nouveau Li-der cubain en ouverture d\u2019un mini-congrès du Parti communiste en janvier 2012 au Palais des conventions de La Havane.Au menu de cette conferencia inédite, 811 délégués du Parti communiste cubain s\u2019étaient fait remonter les bretelles dans une violente diatribe du nouveau patron en faveur du «rajeunissement des cadres», du «changement des mentalités», de la lutte contre la corruption et de la rectification des «inepties du passé».Un vaste programme destiné à «actualiser le socialisme» et à soutenir les «réformes économiques ».De fait, Raül Castro, 84 ans, qui apparaissait à sa désignation comme un simple exécutant de la politique du Lider Maximo, s\u2019est révélé plus autonome que prévu.Encouragé en cela par sa fille Mariela, une sexologue défenderesse des transsexuels et homosexuels jadis persécutés par son oncle Eidel.Soutenu par l\u2019armée, dont il a longtemps été le chef suprême, Raül, qui entame son dernier mandat Qusqu\u2019en 2018), a d\u2019ailleurs désigné Miguel Diaz-(îanel Bermudez, 52 ans, comme dauphin pour peaufiner le lent dégel cubain qu\u2019il a amorcé.L\u2019homme, bien que pur produit du parti, est le premier pressenti à la tête du pays qui ne fait pas partie de la «génération révolution» de 1959.Une autre manière d\u2019acter, comme l\u2019avait fait Eidel Castro en 2010, que le «modèle cubain ne fonctionne même plus chez nous».Une référence sans concession à un pays en faillite, miné par la corruption, l\u2019absence de libertés publiques et l\u2019embargo américain.Washington va-t-ll décréter la fin de l\u2019embargo?Chaque chose en son temps et la question, si elle est soumise au Congrès, risque de provoquer un débat musclé entre les républicains purs et durs et les parlementaires prêts à soutenir Barack Obama.Aucune date n\u2019est bien évidemment fixée.Pas sûr d\u2019ailleurs que les autorités cubaines soient véritablement pressées de voir une levée formelle d\u2019un embargo qui leur donne prétexte à une omniprésente « solidarité » nationale contre l\u2019impérialisme yankee.Libération Le bon ami Michel David M Stephen Harper se félicite périodiquement des progrès de l\u2019unité canadienne depuis son arrivée au pouvoir en 2006, mais cela frise maintenant l\u2019euphorie.De toute sa vie, il n\u2019a jamais vu la fédération aussi unie, a-t-il déclaré dans une entrevue à La Presse.D\u2019accord, il charrie un peu.Un an avant sa naissance, le 30 avril 1959, les conservateurs de John Diefenbaker avaient fait élire 208 députés sur 265, dont 50 au Québec grâce à l\u2019appui de Maurice Duplessis.Le mouvement souverainiste, qui se limitait pour l\u2019essentiel à l\u2019Alliance laurentienne de Raymond Barbeau, fondée en 1957, en était encore à ses balbutiements.Quand il contemple le paysage politique, le premier ministre n\u2019en a pas moins de quoi se réjouir.Le Bloc québécois donne l\u2019impression d\u2019être rendu à son dernier souffle, l\u2019avenir du PQ semble bien incertain, la souveraineté stagne sous la barre des 40%, les jeunes sont devenus aussi fédéralistes que les vieux.Bref, il n\u2019y a plus à s\u2019inquiéter.Le premier ministre insiste surtout pour dire qu\u2019il a enfin trouvé en Philippe Couillard un interlocuteur qui est sur la même longueur d\u2019onde que lui, ce qui était nettement moins évident dans le cas de Jean Charest, tout ancien conservateur qu\u2019il était.Manifestement, son arrivée a été un soulagement d\u2019un bout à l\u2019autre du pays.De passage à Québec, jeudi, le premier ministre de rile-du-Prince-Édouard, Robert Ghiz, qui préside actuellement le Conseil de la fédération, a déclaré : «Merci à M.Couillard pour être un bon ami du Canada.» Depuis la mise en place des mesures d\u2019austérité, plusieurs ont l\u2019impression d\u2019avoir été trompés par les libéraux, mais personne ne peut accuser M.Couillard de tromperie en ce qui concerne les relations fédérales-prQvinciales.À aucun moment durant la campagne électorale il n\u2019a tenté de jouer la carte nationaliste.Son adhésion au fédé-Aucune amitié ralisme n\u2019est pas simplement une question de ren-véritable ne\ttabilité, comme c\u2019était le ^\tcas de Robert Bourassa.peut reposer\tm Couillard est aussi un Canadien dans l\u2019âme, qui est sans doute sincèrement l\u2019exploitation.attristé que le Québec n\u2019ait toujours pas signé la Le respect\tConstitution.Actuellement, ^\t, celui qui se rapproche le est essentiel.pj^s de la vision de M.Bourassa, y compris de son concept de «souveraineté culturelle», est probablement Erançois Legault.M.Harper a une autre raison de considérer l\u2019avenir avec optimisme.De la même façon que son grand modèle, John A.MacDonald, avait jadis cimenté la fédération naissante grâce au chemin de fer, il entend maintenant la consolider par le pétrole, dont il attend une «prospérité sans précédent» dans les an- nées a venu-.De toute évidence, la vision harperienne d\u2019un Canada idéal est celle d\u2019un pays sillonné de pipelines qui partiraient de l\u2019Alberta pour permettre au pétrole des sables bitumineux de conquérir le monde.Dans cette grande entreprise de «nation building», il estime vraisemblablement avoir trouvé en Philippe Couillard, sur lequel il compte pour vendre le projet d\u2019oléoduc de TransCanada aux Québécois, le même corpplice que MacDonald avait trouvé en George-Étienne Cartier.Une des choses qui agaçaient M.Harper au plus haut point était d\u2019entendre Jean Charest lui faire publiquement la morale sur les changements climatiques, que ce soit à Copenhague ou à Rivière-du-Loup.L\u2019ancien premier ministre ne l\u2019aurait pas laissé déclarer aussi effrontément que l\u2019Alberta est un modèle pour l\u2019ensemble de la planète.Avec M.Couillard, il n\u2019y a pas à craindre d\u2019éclat de ce genre.L\u2019adhésion au fédéralisme est un choix parfaitement légitime, mais aucune amitié véritable ne peut reposer sur l\u2019exploitation.Le respect est une condition essentielle.Or, dans les conditions actuelles, le projet Énergie Est a toutes les apparences d\u2019un marché de dupes dont le Québec va faire les frais.Il n\u2019y a rien de scandaleux à ce qu\u2019une analyse des coûts et des bénéfices d\u2019un projet amène un gouvernement soucieux de développement économique à la conclusion qu\u2019il vaut la peine de prendre un risque raisonnable avec l\u2019environnement, si les avantages sont réels.Dans ce cas-ci, c\u2019est loin d\u2019être évident, à plus forte raison s\u2019il n\u2019y avait pas de port.On ne peut certainement pas accuser Erançois Legault d\u2019être indifférent à l\u2019économie, mais il a raison de dire que le Québec devrait conditionner son éventuel appui au projet au versement de redevances, comme la Colombie-Britannique l\u2019a exigé.« C\u2019est bien beau de prendre des risques, mais s\u2019il n\u2019y a aucun potentiel de gain pour le Québec, ça ne vaut pas la peine», a déclaré le chef caquiste.C\u2019est aussi ce que croit la première ministre de la Colombie-Britannique, Christy Clark.Pourtant, personne ne la soupçonne de ne pas être une bonne amie du Canada.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 DECEMBRE 2014 EDITORIAL TAILLE DES CLASSES Panne d\u2019évaluation Ce n\u2019est pas un point de détail qui a été jeté à la figure des enseignants, des élèves et de leurs parents quand on a appris que parmi les demandes faites en éducation dans le cadre des négociations du secteur public, figure l\u2019augmentation de la taille des classes.Une solution applaudie à son adoption se trouve menacée au motif d\u2019austérité.Mais l\u2019austérité n\u2019est pas un argument pédagogique.P k.« Josée Boileau our comprendre la mauvaise route que les négociateurs du ministère de l\u2019Éducation viennent d\u2019emprunter pour lancer les négociations avec les enseignants, il faut reculer en 2008.La ministre de l\u2019Éducation de l\u2019époque, la très libérale Michelle Courchesne, avait présenté son «Plan d\u2019action pour soutenir la réussite des élèves handicapés ou en difficulté d\u2019adaptation ou d\u2019apprentissage».Au nombre des propositions : réduire le nombre d\u2019élèves par classe dans les milieux défavorisés.Beau début, mais encore un effort, lui répondit le milieu de l\u2019éducation.Le ministère confia donc au Centre de recherche et d\u2019intervention sur la réussite scolaire (CRIEES) le mandat de faire une _\trevue des recherches mesurant l\u2019impact de la diminution de la taille des classes dans des pays comme les États-Unis, la France, l\u2019Austra-lie, le reste du Canada.Face aux constats po-sitifs recensés par cette imposante analyse, le ' ministère étendit l\u2019année suivante la baisse de ratio à l\u2019ensemble des classes.Les enseignants, qui se battaient depuis des années pour que leur folle réalité (des classes trop grandes avec une clientèle trop lourde) soit enfin reconnue, en furent soulagés.Au cours de ces mois de travail, la ministre Courchesne avait pour fil conducteur un principe : les besoins des élèves devaient être déterminés par les spécialistes de la chose, pas par le budget d\u2019une commission scolaire.Cinq ans plus tard, il n\u2019y en a que pour l\u2019argent.On cherchera en vain le plan d\u2019action en matière de réussite scolaire sur lequel s\u2019appuierait le revirement gouvernemental sur le ratio maître-élèves.Celui-ci est devenu strictement un sujet de négociations de convention collective, sans perspective, sur le même pied que le cumul des congés de maladie ou les augmentations de salaire.Autant dire : un embêtement coûteux.On cherchera aussi les études qui servent aujourd\u2019hui de point d\u2019appui au ministère de l\u2019Éducation.Le négociateur gouvernemental cite une tournée faite à travers le Québec où des «centaines de gestionnaires» de l\u2019enseignement disaient ne pas avoir vu d\u2019impact des ratios sur la réussite des élèves.Mais il est important de noter que la taille des classes ne fut qu\u2019un point parmi d\u2019autres abordé pendant cette tournée, et que ni enseignants, ni parents, ni élèves ne furent consultés.Le ministère s\u2019appuie aussi sur le rapport Champoux-Lesage publié en mai et qui porte sur.«le financement, l\u2019administration, la gestion et la gouvernance des commissions scolaires».Sur les 181 pages du rapport, on trouve.deux paragraphes consacrés à la réduction du nombre d\u2019élèves par groupe ! Voilà donc l\u2019analyse de fond qui justifie le retournement du ministère.Autant revenir à l\u2019étude du CRIEES.Que nous dit-elle?Qu\u2019une plus petite classe a un effet positif sur le développement des élèves, qu\u2019elle diminue le risque d\u2019épuisement professionnel des enseignants, qu\u2019elle plaît aux parents qui sont dès lors davantage portés à s\u2019impliquer à l\u2019école, qu\u2019elle favorise la réussite des garçons, qu\u2019elle permet d\u2019aller plus en profondeur dans la matière.Sur les succès scolaires, il y a des nuances: des élèves forts ne sont pas influencés par le fait d\u2019être dans un petit groupe.Pour les autres, les études varient entre effets neutres ou positifs.Seule assurance : ça ne nuit surtout pas ! Le CRIEES souligne enfin l\u2019importance, pour bien évaluer l\u2019impact d\u2019un ratio abaissé, des caractéristiques de chaque système scolaire.Qr au Québec, les élèves décrochent, les professeurs se brûlent, les parents se désintéressent de l\u2019éducation et l\u2019école publique sert de fourre-tout pour tous les problèmes, au grand bonheur de l\u2019école privée.A l\u2019aune de tels enjeux, une classe plus petite a tout le potentiel de donner un rendement productif, pour parler la langue des libéraux.Mais pour le savoir, il faut se donner le temps d\u2019une évaluation sérieuse.Un sujet d\u2019une telle complexité n\u2019a pas sa place dans le jeu de massacre que s\u2019apprête à être la négociation qui s\u2019arnorce.Et le ministre Yves Bolduc dans tout cela?A quoi bon en parler, il tient si peu la barre de son ministère.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET L'üfl&ltE\tV'Uli eoLOue tfdfWiïTtt LETTRES Les politiques de l\u2019absurde Le coup d\u2019État du PLQ Tout a commencé par un avertissement de notre futur premier ministre au sujet d\u2019une majorité qui ne devait pas écraser les minorités et le désintérêt pour la défense du français ; au discours inaugural, nous avons eu droit à une citation de Rosa Luxemburg.Puis, ce fut la déclaration au sujet du pétrole bitumineux qui devait nécessairement transiter par le Québec, près du fleuve, au risque de polluer à jamais le Bas-Saint-Laurent, en raison de notre soumission au Canada.Parlez-en aux autochtones de l\u2019Quest! Il y eut aussi quelques dérives au sujet de la signature dans l\u2019honneur de la Constitution.Encore plus récemment, les coupes aveugles dans les budgets des universités et dans le domaine culturel nous ont semblé incompréhensibles.Pour finir, et avec la plus grande des désinvoltures, l\u2019on abolirait les classes spéciales et l\u2019on augmenterait le nombre d\u2019élèves par classe dans les milieux défavorisés, ce qui comprend l\u2019accueil des jeunes immigrants.Parlez-en aux professeurs qui œuvrent dans ces milieux! Quels sont les véritables intérêts en jeu et où est la vision de ce premier ministre au parcours sinueux pour l\u2019avenir du Québec français ?Triste fin d\u2019année.Bernard Boileau Montréal, le 18 décembre 2014 Nous gommes habitués à assimiler les coups d\u2019État à l\u2019intervention de l\u2019armée.pour le «bien de la nation» et sans son avis.C\u2019est la forme habituelle.Qr, il y en a d\u2019autres et c\u2019est ainsi qu\u2019on parle de «putsch» dans un groupe ou un parti lorsqu\u2019un petit groupe accapare le pouvoir sans l\u2019assentiment de la majorité ou par des voies malhonnêtes.Lorsqu\u2019il est question d\u2019enjeux majeurs, dans certaines démocraties (comme la Suisse) on a recours au référendum.Il y a débat public sur l\u2019enjeu.C\u2019est d\u2019une élémentaire honnêteté pour tout parti qui veut profiter d\u2019une élection pour faire des changements majeins comme une déclaration d\u2019indépendance, une réorieptadon fondamentale, une réduction de l\u2019État.Qr le PLQ n\u2019a jamais manifesté clairement son intendon de réduire l\u2019État solidaire, dit providence, à une peau de chagrin, en coupant sauvagement dans les services publics en plus de nous plonger dans des marécages d\u2019austérité qui n\u2019ont produit ailleurs que plus de pauvreté et de désespoir.Même la Banque mondiale s\u2019en repent! Le PLQ a plutôt multiplié les promesses de sauvegarde des services qu\u2019il a vite oubliées, une fois au pouvoir.Que voilà un coup d\u2019État par un parti politique, le PLQ, qui a trompé la population par ses men- songes et ses intendçns cachées dans l\u2019ombre.[.] Un coup d\u2019État avec des généraux arrogants et intimidateurs qui menacent d\u2019autres élus, au scolaire et au municipal, qui ne veulent pas marcher au pas de l\u2019oie.Des personnalités problématiques aux ego démesmés.Quel recul pour une démocratie qui était déjà mal en point! [.] Demeurons vigilants face aux manipulations idéologiques, restons informés à de bonnes sources, et soyons créatifs de justice sociale et de solidarité.[.] Gérard Laverdure Montréal, le 17 décembre 2014 Sous le pont des libéraux Sous le pont des libéraux coulent nos cennes Et nos épargnes Faut-il qu\u2019on s\u2019en souvienne Chaque loi venant toujoms creuser la peine Vienne la nuit sonne l\u2019heure Les libéraux s\u2019en vont le monde demeure Sous le pont des libéraux coulaient nos cennes Et nos épargnes D\u2019eux autres pas grand-chance qu\u2019on se souvienne La joie viendra après la peine (Mes excuses, Guillaume Apollinaire) Alain Petel Le 16 décembre 2014 REVUE DE PRESSE La stupéfiante trahison albertaine GUILLAUME BOURGAULT-COTE Une onde de choc?Et comment! Qn parle de trahison, de stupeur, d\u2019incompréhension.D\u2019un geste empreint de cynisme, aucunement éthique, absolument opportuniste.Danielle Smith a reçu tous les pots cette semaine.La décision de celle qui était chef de l\u2019opposition officielle et du Wiîdrose Party en Alberta de passer dans le camp du gouvernement progressiste-conservateur dirigé par Jim Prentice a laissé pantois à peu près tout ce que le Canada compte de commentateurs politiques.Huit députés ont suivi Danielle Smith, réduisant à cinq la députation du Wiîdrose.Pour le dire poliment, les deux principaux journaux de l\u2019Alberta n\u2019en reviennent pas.Le Calgary Herald a parlé d\u2019un «jour très triste pour la politique albertaine et pour la démocratie».En éditorial, le quotidien rappelait que Smith dénonçait encore le 26 novembre deux transfuges de son parti qui, disait-elle, seraient réduits au silence au sein d\u2019un gouvernement imposant une ligne de parti rigide.Impossible, selon elle, de bien représenter ses électeurs dans ce contexte.Qr, elle menait au même moment des pourparlers pour les suivre.Le Herald parle d\u2019une «défection sans scrupule» qui témoigne d\u2019un double discours absolument «hypocrite».Smith aurait pourtant pu choisir la «voie honorable » et démissionner pour remettre les rênes de son parti à quelqu\u2019un d\u2019autre.Mais non.Elle a plutôt choisi la «voie du déshonneur», abandonnant son parti à un futur précaire.Pour les donateurs, les supporteurs, les électeurs du Wil- drose, ce n\u2019est rien de moins qu\u2019un coup de couteau dans le dos, estime-t-on.Danielle Smith a donc décidé de mettre ses ambitions personnelles au-dessus de tout, pense le Calgary Herald.Ce n\u2019est pas la politicienne que les Albertains ont appris à connaître au cours des dernières années, regrette-t-il.Son comportement va contribuer à alimenter le cynisme à propos des politiciens.Dans l\u2019Edmonton Journal, la réaction de l\u2019équipe éditoriale est aussi courroucée.Voilà pour elle un geste sans précédent, renversant, stupéfiant.Le Journal rappelle que les Albertains ont voté il y a 32 mois pour un programme progressiste-conservateur (et pour Alison Red-ford) qui était plus progressiste que conservateur.Redford parlait de lutte contre la pauvreté, de garderies, de nouvelles écoles, de cliniques de médecine familiale.Elle a gagné en dépeignant le Wiîdrose comme un parti d\u2019extrême droite, résume-t-on.Mais aujourd\u2019hui, les Albertains se retrouvent avec un gouvernement qui vient d\u2019avaler le Wiîdrose et qui tient un discours beaucoup plus à droite.Des élus changent de camp, des non-élus sont nommés ministres.Dans ces circonstances, la tenue d\u2019élections s\u2019impose, estime l\u2019Edmonton Journal: les Albertains n\u2019ont pas voté pour ce qu\u2019ils voient.Flanagan Un autre qui n\u2019en revenait pas jeudi : Torn Flanagan, ex-conseiller de Stephen Harper.et du Wiîdrose Party.Dans le Globe and Mail, Flanagan a qualifié le geste de Smith d\u2019acte profondément cynique, fait par pur opportunisme politique.Les leaders jettent parfois des individus qui dérangent sous les roues de l\u2019autobus, mais c\u2019est la première fois qu\u2019un leader jette tout son parti sous l\u2019autobus, note-t-il.Mais au-delà de l\u2019aspect moral du problème, Flanagan y voit des conséquences politiques fâcheuses pour l\u2019Alberta.Le retour à une situation classique pour cette province \u2014 un gouvernement pro^essiste-conservateur très fort, une opposition inexistante \u2014 n\u2019apportera rien de bon, pense-t-il, en rappelant les dérapages de l\u2019époque Ralph Klein ou Ed Stelmach.Comme tous ceux qui ont écrit sur le sujet cette semaine, Flanagan souligne que le Wiîdrose faisait im travail d\u2019opposidon admirable, forçant les progressistes-conservateurs à rester sur le qui-vive.L\u2019Alberta n\u2019avait plus de souvenirs d\u2019une opposition à ce point efficace (les progressistes-conservateurs sont au pouvoir depuis 43 ans.).Sans le Wiîdrose, Flanagan craint un retour aux mauvaises habitudes.Il pose aussi une question à Jim Prentice : comment peut-il penser pouvoir compter sur la loyauté de neuf transfuges qui viennent de révéler ce qu\u2019ils pensent de la loyauté?Dans le National Post, Jesse Kline rappelait que, depuis qu\u2019il est au pouvoir.Jim Prentice s\u2019est appliqué à vider le programme du Wil-drose de sa substance, tout en corrigeant les erreurs de ses prédécesseurs : fin des dépenses outrancières du gouvernement, offensive propipelines auprès des Premières Nations, des gouvernements provinciaux et de politiciens américains, annulation de mesures impopulaires, Prentice cumule les bons coups, reconnaît Kline.Le Wiîdrose s\u2019est ainsi retrouvé à devoir s\u2019opposer (par principe) à des mesures pour lesquelles il milite.Dur dilemme.Sauf que, si Prentice a agi ainsi, c\u2019est parce que le Wiîdrose représentait une véritable menace pour le gouvernement, note-t-il.Cette menace disparue, rien ne garantit que les mauvaises habitudes ne reviendront pas.Et si ça allait mal?Michael Den Tandt (Postmedia) évoque aussi cette possibilité.Il s\u2019étonne qu\u2019un politicien aussi talentueux que Prentice ne soit pas en mesure de comprendre que l\u2019accueil des transfuges lui fera du mal.L\u2019épisode actuel est «honteux» et mauvais pour la démocratie albertaine, dit Den Tandt.Mais il sera aussi mauvais pour les progressistes-conservateurs, pense-t-il.Qu\u2019a gagné Prentice?Il avait déjà une bonne majorité, il n\u2019avait pas besoin de tuer l\u2019opposition.Son parti allait bien : il devra maintenant défendre la morale du geste de Smith et des autres transfuges.Bien sûr que Smith peut avancer que Prentice a adopté une bonne partie de son programme.Mais il reste qu\u2019elle a trahi tous ceux qui ont cru et qui ont financé le Wiîdrose, pense Den Tandt.Les élus sont tenus à un minimum de jugement, d\u2019honnêteté et d\u2019intégrité.Ainsi évalué, le geste de Danielle Smith est l\u2019une des plus grandes trahisons de l\u2019histoire politique canadienne, dit-il.Sur Twitter: ©gbcote Le Devoir Les articles originaux sont liés aux versions numériques. LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 DECEMBRE 2014 B 5 IDEES ^4 RAMON ESPINOSA ASSOCIATED PRESS Les Cubains se sont réjouis des changements annoncés.États-Unis et Cuba Une « décision historique », vraiment ?CLAUDE MORIN Professeur honoraire, Université de Montréal i l\u2019on en croit les réactions dont font état les agences de presse, la planète a presque à î\u2019unanimité salué comme une «décision historique» l\u2019annonce du rétablissement des relations diplomatiques entre Washington et La Havane.Les Cubains n\u2019ont pas manqué de se réjouir des perspectives qu\u2019ouvrait cette annonce.,Mais la nouvelle n\u2019a pas eu la même tonalité aux États-Unis et à Cuba.Pour les Cubains, le premier motif de réjouissance a été la libération de trois hommes qui avaient été arrêtés en septembre 1998 et condamnés à de longues peines de prison aux États-Unis au terme de procès truffés d\u2019irrégularités.Les appels n\u2019avaient rien changé à leur condamnation.Leur seul débt était d\u2019avoir infiltré des groupes anticastristes afin de déjouer des attentats à Cuba, des attentats qui ont fait plus de 3000 morts depuis 1960 et qui ont été cpmmandi-tés et planifiés depuis le territoire des États-Unis.Un vaste mouvement international s\u2019était formé il y a plus de dix ans poru réclamer leru libération.Deux camarades arrêtés en même temps qu\u2019eux avaient recouvré leur liberté récemment après avoir purgé toute leur peine.Ces cinq Cubains étaient considérés à Cuba comme des «héros» et leur libération était une priorité nationale.Le re- tour de Geraldo, Ramon et Antonio y a été célébré comme une victoire.C\u2019est d\u2019ailleurs en annonçant leru retoru que Raid Castro a ouvert son discours à la nation.Dans un discours parallèle, Barack Obama a parlé de la nécessité d\u2019adopter une «nouvelle approche».11 a qualifié comme «dépassée» la politique suivie à l\u2019égard de Cuba, comme un vestige cle la guerre froide.Après touL a-t-il rappelé, les États-Unis entretiennent des relations avec la Chine communiste et avec le Vietnam.Et d\u2019annoncer une série de mesures visant à la normalisation des relations avec l\u2019île, dont la plus importante sera la réouverture de l\u2019ambassade des États-Unis à La Havane, fermée depuis janvier 1961.D\u2019autres gestes seront posés qui faciliteront les échanges de tous ordres entre les deux pays et qui pourraient aboutir, si le Congrès emboîte le pas, à la levée de l\u2019embargo décrété en 1962.11 y avait plusieurs mois que se multipliaient aux États-Unis les signaux en faveur d\u2019un changement de cap.Tous les sondages révélaient qu\u2019une majorité des citoyens souhaitait la levée de l\u2019embargo.Les dirigeants de ^andes sociétés et certaines de leurs organisations s\u2019élevaient contre une politique qui les excluait du marché cubain.Le New York Times a publié récemment trois éditoriaux collectifs rappelant au public à quel point la politique d\u2019hostilité avait échoué à induire un changement de régime à La Havane et avait isolé Washington face à la communauté ipternationale.Chaque année depuis 1992, les États-Unis voyaient une majorité de pays voter une résolution cubaine dénonçant le blocus.À nouveau cette année ils furent les seuls avec Israël à voter contre la résolution.Et les pays d\u2019Amérique latine avaient décidé d\u2019inviter Cuba au Sommet des Amériques qui se tiendra à Panama en avril prochain.La position de Washington était devenue indéfendable.Les États-Unis s\u2019étaient placés depuis un demi-siècle du mauvais côté de l\u2019histoire.Le gouvernement Obama a eu le courage d\u2019engager une rupture.Le moment était opportun, à un mois de l\u2019entrée en fonction du nouveau Congrès, à deux ans de son retrait de la vie publique.Cuba lui fournissait l\u2019occasion d\u2019amorcer un virage indispensable et de marquer sa présidence.L\u2019objectif à Cuba, a rappelé Raiil Castro, demeure inchangé : «construire un socialisme prospère et durable».«Nous devons apprendre l\u2019art de coexister, de façon civilisée, avec nos différences» qui concernent la souveraineté nationale, la démocratie, les droits de la personne, la politique étrangère.Cuba sait que le blocus ne disparaîtra pas du jour au lendemain.Au moins n\u2019est-il plus présenté par la Maison-Blanche comme un levier pour imposer le changement à Cuba.De même, Barack Obama prend ses distances à l\u2019endroit des actions clandestines qui ont visé le même objectif depuis cinq décennies.Rien n\u2019indique cependant que les États-Unis ont renoncé à induire ce changement par d\u2019autres moyens.Ils croient que le soft power pourrait réussir là où l\u2019usage de la force a échoué.C\u2019est, à mon avis, la raison qui guide ce qui n\u2019est au fond qu\u2019un changement de stratégie.Pierre Drouilly (1946-2014) À la mémoire d\u2019un sociologue ROBERT COMEAU Université du Québec à Montréal Extrait du prochain numéro du Bulletin d\u2019histoire politique (vol.23, n\u201c 2) U moment de terminer ce numéro, nous apprenons le décès de notre collègue et ami du Comité de rédaction du BMP, survenu le samedi 6 décembre 2014.Pierre travaillait à la revue et à l\u2019Association québécoise d\u2019histoire politique (AQHP) depuis plusieurs années, avec un sens des responsabilités et un sens de l\u2019humour fort appréciés.11 avait toujours une histoire intéressante à raconter qui nous éloignait de l\u2019ordre du jour.Depuis un an, il avait subi de nombreux et pénibles traitements contre un cancer.Après des études en philosophie et en mathématiques, il a été professeur à l\u2019UQAM de 1971 à 2011, enseignant en science politique ainsi qu\u2019au Département de sociologie dont il a été le directeur.Ses analyses politiques et électorales ont connu un important retentissement dans les médias et la presse.11 les a présentées dans trois ouvrages : Le paradoxe canadien en 1979 ; Les illusions du pouvoir en 1981, dans lequel, avec Robert Barberis, il critique les erreurs stratégiques du gouvernement Lévesque ; et Indépendance et démocratie en 1997, où il analyse les sondages, les résultats des élections et des référendums ainsi que la conjoncture politique de 1992 à 1997.En plus de ses collaborations à plusieurs ou- vrages collectifs et revues politiques, il nous a fourni un nombre important d\u2019instruments de recherche, souvent publiés par la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale, notamment sur le personnel politique et les statistiques électorales.Les deux imposants recueils de statistiques électorales qu\u2019il a publiés en 1986, l\u2019un pour les élections québécoises de 1867 à 1985, l\u2019autre pour les élections fédérales tenues au Québec au cours de la même période, représentent des ouvrages incontournables et indispensables à la science politique.Pierre Drouilly a aussi produit des études sur le profd sociopolitique des Amérindiens ou la participation électorale des femmes.De plus, on lui doit en 1996 L\u2019espace social de Montréal, qui dresse un portrait fort utile de 40 ans de vie sociale et politique montréalaise à travers plus de 400 cartes.11 a aussi travaillé étroitement avec une équipe de recherche sur l\u2019opinion publique pendant plusieurs années.Pendant sa retraite, il a achevé un monumental Atlas des élections au Québec depuis le premier Parlement du Bas-Canada au XVHP siècle jusqu\u2019à nos jours, qu\u2019il a remis à la Pondation Lio-nel-Grouk pour le rendre accessible sur son site Internet.Un travail colossal! Homme engagé, travailleur infatigable, il acceptait de fournir son expertise tant aux organisations politiques qu\u2019aux médias et il aimait présenter ses réflexions à la presse et en débattre.11 était un expert reconnu pour son jugement solide et la finesse de ses analyses, et sans rectitude politique.Dans ses études électorales, il a toujours veillé à distinguer les tendances sociolo- giques exprimées dans le vote de la population, notamment les différences manifestées entre le vote francophone et le vote anglophone, ce qui lui permettait d\u2019affiner ses analyses comme peu d\u2019analystes étaient en mesure de le faire.Dans la présentation de son dernier ouvrage, Pierre Drouilly confiait que son intérêt pour l\u2019analyse électorale au Québec était fondé en grande partie sur l\u2019importance de l\u2019enjeu de la souveraineté du Québec.Et il ajoutait: «Et c\u2019est aussi l\u2019importance de cet enjeu qui m\u2019a toujours poussé hors des cénacles académiques et amené à soumettre publiquement dans les médias le résultat de mes analyses, avec tous les risques intellectuels que cela comporte, car il est toujours plus périlleux de présenter ses idées devant une foule de citoyens réunis dans l\u2019espace public que de le faire devant un cercle restreint de spécialistes, dans lequel le débat est soumis à des règles de politesse et de silence, tacites et convenues.Enfin, c\u2019est l\u2019engagement pour la souveraineté du Québec qui a toujours été pour moi une source inépuisable de curiosité intellectuelle pour les comportements électoraux et d\u2019imagination sociologique pour tenter d\u2019en comprendre les mécanismes.» Pierre était la preuve que l\u2019engagement politique était compatible avec la plus grande rigueur scientifique.Le Québec a perdu un chercheur déterminé, un vulgarisateur qui savait exposer avec clarté les questions d\u2019opinion publique, ainsi qu\u2019un universitaire modeste et soucieux de l\u2019avenir du Québec.Le BMP a perdu un collaborateur apprécié.J\u2019ai perdu un ami, un camarade engagé dans notre combat pour l\u2019indépendance du Québec.Un dernier verre avant la guerre David Desjardins Fermetures.Coupes.Réductions.Gel.Augmentation de la charge de travail.Affrontement.Semaine après semaine, l\u2019actu politique et sociale se charge comme un ciel d\u2019orage, plombant nos humeurs en promettant un hiver gris, suivi d\u2019au moins quelques saisons de mécontentement.Gu peut-être pas?Voyez l\u2019ambigu sondage de la semaine, dans lequel, en gros, les Québécois semblent dire une chose et son contraire.Soit qu\u2019ils approuvent la plupart des mesures d\u2019austérité du gouvernement en même temps que croît l\u2019insatisfaction à son endroit.Essayez, ensuite, de prédire à quoi ressemblera le climat social dans les prochaines semaines.Michel David suppute que c\u2019est sans doute parce que nous n\u2019avons pas encore ressenti le contrecoup de ces mesures qu\u2019un si grand nombre de citoyens y sont favorables.C\u2019est une bonne explication: le plébiscite pourrait bien s\u2019étioler quand le diagnostic et son traitement s\u2019accompagneront d\u2019effets secondaires.Mais cette approbation de mesures qui semblent repousser les limites du système jusqu\u2019à la frontière de l\u2019implosion relève aussi d\u2019autre chose.Et c\u2019est surtout le résultat d\u2019une très efficace campagne de relations publiques qui trouve ses assises dans le mépris grandissant de tout un pan de la population envers les services publics.Pour leur coût, parfois exorbitant, c\u2019est vrai.Pour leur manque d\u2019efficacité.Beaucoup aussi parce que nous agissons de plus en plus comme des clients et de moins en moins comme des prestataires de ces services.Et donc, que nous en voulons plus pour notre argent.Comme au magasin.Et, comme au magasin, nous sommes victimes de l\u2019intox publicitaire, le gouvernement faisant avaler ses mesures à une population habituée aux soldes, à un pouvoir d\u2019achat dopé par la production de la plupart de nos cochonneries dans des pays en développement.Comme pour le Black Eriday, comme pour le Boxing Day, on ne voit que ce qu\u2019on obtient et combien il nous en coûte.La promesse de la pub.Pas ce qui se cache derrière.C\u2019est ainsi qu\u2019on fait avaler à la multitude que les omnipraticiens travaillent à peine plus d\u2019une centaine de jours par an.Et si ce calcul omet les journées à l\u2019hôpital, à l\u2019université et les tâches administratives, cela n\u2019y change rien.Un peu comme on se moque bien des conditions dans lesquelles est fabriqué le chandail vendu à 15$, cousu dans une usine pourrie au Bangladesh.Mais non, ce n\u2019est pas pareil.Le médecin sera encore riche après qu\u2019on aura retranché 30% de son salaire.Sauf que le phénomène participe du même aveuglement.Gn voit ce qu\u2019on veut bien voir.Ici: le mirage d\u2019un médecin de famille.De la même manière, il n\u2019y aura pas grand monde pour pleurer pour les profs dont on s\u2019apprête à augmenter la charge de travail et le nombre d\u2019élèves dans les classes.Eux subissent depuis déjà longtemps le mépris des parents qui cèdent à cette même idée du clientélisme voulant que leur petit trésor ait droit à tous les égards dus à son rang de rejeton de contribuable.Comprenez bien: c\u2019est dans cette contemption que le gouvernement trouvera appui.Comme dans celui de toute la fonction publique, à laquelle il présente des offres en forme de déclaration de guerre en même temps qu\u2019il affirme vouloir éviter l\u2019affrontement.Mais il s\u2019en vient, ce face à face.Et il ne sera pas que syndical.Ce qui s\u2019aimonce est plus profond.Les Coiteux, les Leitâo, les Couillard, les Barrette et les Bolduc sont en train d\u2019attaquer non seulement les services, mais l\u2019idée qui les sous-tend.Le gouvernement peut bien nous faire croire qu\u2019il agit simplement en gestioimaire responsable, mais on voit qu\u2019il prépare la guerre.Déjà, il divise la population qui ne voit pas plus loin que sa propagande.Comme il l\u2019a fait avec les étudiants en manufacturant la crise en 2012, le gouvernement attire dans la rue les groupes qui ne font pas l\u2019unanimité, ceux que les commentateurs railleront en les traitant de bébés gâtés.Et on oubliera qu\u2019en coulisses, c\u2019est autre chose qu\u2019on est en train de saboter.Quelque chose de grand, mais que maudissent les idéologues de droite.Cette idée que l\u2019État n\u2019est pas une boutique.Que nous ne sommes pas des clients.Que la médecine n\u2019est pas une transaction.Que l\u2019éducation n\u2019est pas un achaf de fournitures scolaires.Que les employés de l\u2019État consomment et que les emplois qu\u2019on crée là ne sont pas moins valables que ceux que l\u2019on subventioime à grands frais dans le privé.C\u2019est vers là que nous allons.Vers un face à face entre deux visions du monde.Eabriqué de toutes pièces par un gouvernement qui divise pour régner, en jouant au bon père de famille.En attendanL il y aura Noël.11 y aura les Eêtes.L\u2019occasion d\u2019un dernier verre avant la guerre.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine RobitaïUe (edîtonahste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste), information générale : Isabelle Pare {chef de division), Carohne Montpetit (affaires sociales), Lisa-Marie Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amehe Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deghse (société), Jean Dion (sports), Melanie Loisel et Philippe Orfah (reporters), information politique Marco Fortier (chef de division), Michel T>a.'nA(chroniqueur), Helene Buzzeth et Mane Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Marco Belair-Cmno et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Cornveau et Bnan Myles (affaires municipales, Montreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter), Véronique Chagnon et Louis Gagne (pupitre) information culturelle Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinema), Stéphane BaïUargeon (médias), Fredenque Doyon et François Levesque (reporters), Juhe Carpentier (pupitre), information économique Gerard Berube (chef de division), François Desjardins, Enc Desrosiers, Jessica Nadeau et Karl Rettmo-Parazelh {reporters), Gerald Dallaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emihe Eohe-Boivm (pupitre) , équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Erappier, Benoît Munger, Philippe Papineau et Genevieve Tremblay (pupitre), Martin Blais, Sophie Chartier et Elorence Sara G Eerrans (assistants) , correction : Andreanne Bedard,^Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur), Manon Derome (Montreal), Vanessa Racine (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOClTE Edith Caron (adjointe), Jean de Billy, Jean-Erançois Bosse, Marlene Côte, Evelyne De Varennes, Amel Ehmam, Nathahe Jobin {par intérim), Claire Paquet, et Chantal Rainville (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Amehe Maltais {coordonnatrice), Laurence Hemond (secretaire) PRODUCTION Ohvier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald Eihon, Yannick Monn et Nathahe Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Genevieve O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Maxime-Ohvier Leclerc (coordonnateur du service a la clientele), Manon Blanchette, Nathahe Eihon, Mane-Lune Houde-Bnsebois, Isabelle Sanchez ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Claudine Chevner, Elorentina Draghici, Cehne Euroy et Véronique Page B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 DECEMBRE 2014 PHILOSOPHIE Le Devoir de philo Castoriadis et le « vrai sens » de Noël Notre Noël a beau être frénétiquement consumériste, il n\u2019en demeure pas moins porteur de signification Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.JEAN-PHILIPPE PERREAULT Chargé d\u2019enseignement et chercheur en sciences des religions, Faculté de théologie et de sciences religieuses, Université Laval Au retour du centre d\u2019achat, une fois le sapin décoré, les biscuits mis au four et tout juste avant de planifier la prochaine espièglerie du lutin, restera-t-il ce qu\u2019il faut de patience et d\u2019énergie pour s\u2019interroger: mais à quoi rime cette agitation que certains osent appeler «la frénésie des Fêtes»?Alors qu\u2019il excite les uns et accable les autres.Lavent contemporain semble nous pousser collectivement au déficit d\u2019attention et à l\u2019hyperactivité, de façon telle qu\u2019il est parfois difficile de saisir ce qui adviendra (Avent: adventus, avènement.) le 25 décembre.Sur le long chemin couvert de neige blanche, il semble que le vent siffle davantage le stress qu\u2019il ne souffle la romance que nous chantions petit enfant.Dans l\u2019essoufflement de cette course aux courses, qui d\u2019entre nous n\u2019a pas craint de glisser et de déraper?Comment arriverons-nous à vivre ce Noël si fragmenté: social et familial pour les partys de bureau et le réveillon de la belle-mère ; de consommation pour les cadeaux et le compte Visa du mois de janvier; culturel pour les cantiques fredonnés et les contes lus aux enfants ; spirituel pour la messe de minuit et la crèche sous l\u2019arbre ?Comment ne pas se sentir tiraillé, ballotté, dissipé ?Un sentiment suffisamment vertigineux pour que les chroniqueurs du samedi entonnent le cantique nostalgique «du vrai sens de Noël», reprenant en chœur ce refrain connu voulant que la culture de la consommation soit responsable de cette perte de repères et de précieuses traditions d\u2019antan.Nous avons beau ramer pour arriver aux Fêtes de fin d\u2019année, la marée marchande nous ferait dériver de l\u2019essentiel.Tout autant pouvons-nous être prompts à épurer l\u2019ordinaire des jours de sa dimension explicitement religieuse, plusieurs en appellent alors au maintien ou à la redécouverte d\u2019un religieux « de tradition » et « de valeurs » qui accorderait à ce temps de réjouissance un enracinement que Facebook et les modes de vie hypermodernes n\u2019arrivent pas \u2014 ou pas encore \u2014 à offrir.Une lamentation réactionnaire qui rappelle vaguement l\u2019odeur de la soutane, dites-vous ?Possible.Mais notez que c\u2019est bien une agence de publicité québécoise reconnue qui offre cette année une carte des Fêtes sous forme de webdocumen-taire permettant de tester nos connaissances et de découvrir les origines des traditions de Noël.Quand le marché réhabilite les traditions.Si le «traditionnel», le «vrai», le «signifiant» que l\u2019on réclame ici se présentent comme antidotes à la dispersion ressentie, nos vies sont-elles pour autant morcelées?Sommes-nous condamnés à n\u2019être que des consommateurs de rites, de fêtes, de relations ?Comment notre monde pourrait-il avoir du sens sans un minimum de cohérence et d\u2019unité?En / « 'X # RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Si le «traditionnel», le «vrai», le «signifiant» que l\u2019on réclame se présentent comme antidotes à la dispersion ressentie, nos vies sont-elles pour autant morcelées ?, demande le chercheur en sciences des religions Jean-Philippe Perreault.Uembarras que certains éprouvent à l\u2019approche de Noël ne tient ni à une perte de repères ni à un manque de sens, mais plutôt à un trop-plein somme, vivons-nous dans un univers éclaté dont la fête de Noël est l\u2019illustration exemplaire ou plutôt dans une société fortement encadrée et dont Noël est précisément l\u2019une des instances de régulation?Renversons un instant la perspective en considérant que ces différents Noëls participent d\u2019un seul et même imaginaire collectif.Dès lors, ne faudrait-il pas considérer que les heures passées au centre d\u2019achat tout autant que le Minuit, chrétiens entonné à l\u2019église du quartier forment un seul et même Noël imaginaire qui existe pour nous, pour tous et malgré tout?Ima^naire de Noël et de société C\u2019est à tout le moins l\u2019un des chemins que les travaux de Cornélius Castoriadis (1922-1997) nous invitent à emprunter.Philosophe, économiste et psychanalyste, il demeure un personnage incontournable pour qui s\u2019intéresse à la sociologie de l\u2019imaginaire.Dans L\u2019institution imaginaire de la société (Seuil), ouvrage publié en 1975 et présenté comme un inclassable, Castoriadis cherche à élucider le processus d\u2019« autoinstitution » de la société.La notion d\u2019imaginaire à laquelle il aura recours, comme d\u2019autres, n\u2019est pas associée au «fictif», au «spécu-laire» ou au «reflet».Il le précise d\u2019emblée: «L\u2019imaginaire dont je parle n\u2019est pas image de.Il est création incessante [.] de figures/formes/images à partir desquelles seulement il peut être question de quelque chose.Ce que nous appelons réalité et rationalité en sont les œuvres.» Pour comprendre la société, Castoriadis nous propose donc de considérer qu\u2019elle est instituée par un facteur unifiant.Cette unité imaginaire est l\u2019illusion nécessaire qui permet de créer un espace commun de références guidant les gestes et les actions, déterminant le vraisemblable et le valable.C\u2019est dans et par cette unité imaginaire que non seu- Cornélius Castoriadis, en 1982 lement les membres d\u2019une société se voient accorder une place, mais que la société existe comme société et non comme cumul d\u2019individualités.C\u2019est dire que pour Castoriadis, l\u2019univers social ne se réduit pas à une réponse à des besoins (fonctionnalisme) ou à une combinatoire d\u2019éléments récurrents (structuralisme), mais à une organisation de significations.«Toute société jusqu\u2019ici a essayé de donner une réponse à quelques questions fondamentales: \u201cQui sommes-nous, comme collectivité?\u201d \u201cQue sommes-nous les uns pour les autres?\u201d \u201cOù et dans quoi sommes-nous ?\u201d \u201cQue voulons-nous, que désirons-nous, qu\u2019est-ce qui nous manque?\u201d [.] Sans la \u201créponse \u201d à ces \u201cquestions \u201d, sans ces \u201cdéfinitions \u201d, il n\u2019y a pas de monde humain, pas de société et pas de culture \u2014 car tout resterait chaos indifférencié.Le rôle des significations imaginaires est de fournir une réponse à ces questions.» Si la société est institution d\u2019un magma de significations imaginaires sociales, ce qui fait son identité et son unité est la spécificité de ces significations et la particularité de leur agen- AGENCE ERANCE PRESSE cernent.Ce noyau de significations imaginaires détermine ce qui existe et ce qui n\u2019existe pas, ce qui est valable et ce qui ne l\u2019est pas.ce que doit être Noël et ce qu\u2019il n\u2019est pas ! Imaginaire marchand et de consommation Pour Castoriadis, les sociétés contemporaines relèvent tout autant de l\u2019imaginaire que n\u2019importe qqelle société dite archaïque.A notre époque, l\u2019économie «exhibe de la façon la plus frappante la domination de l\u2019imaginaire à tous les niveaux» dès lors qu\u2019elle prétend n\u2019être que rationnelle, s\u2019accordant ainsi à l\u2019obsession rationaliste de l\u2019imaginaire moderne.Si l\u2019on est d\u2019accord pour reconnaître que l\u2019imaginaire actuel procède d\u2019une régulation de marché, que notre Noël soit de consommation ne devrait pas nous étonner.Fête commune et partagée, elle ne peut qu\u2019appartenir à la société dans laquelle elle est vécue.Logiquement, l\u2019impression de perte, de morcellement, de dissipation tout autant que les appels à la redécouverte du «vrai sens de Noël» sont aussi les produits de cet imaginaire.L\u2019unification du monde que cette culture de la consommation induit se trouve à fixer le sens de l\u2019aventure humaine, à imposer des modes de relations sociales, à définir le vraisemblable et le valorisé.Comme pour tout imaginaire, le nôtre a pour fonction d\u2019éviter le chaos en organisant la vie.Qu\u2019il en soit ainsi ne réduit en rien le défi d\u2019élaboration du sens.Au contraire.S\u2019il faut être critique des aliénations que cette régulation entraîne, cette critique demeurera vaine si elle ne peut reconnaître l\u2019humanité qui s\u2019y joue.Disons-le plus clairement: tout aussi vertueux soit le fait de dénoncer le culte que voue notre belle-sœur aux dieux du commerce, le cadeau douteux qu\u2019elle nous offrira à Noël n\u2019en demeure pas mqins porteur de signification.A travers les réseaux symboliques disponibles, elle cherche à se dire et à se construire.N\u2019est-ce pas la raison première de nos festivités?Sens et symbolisme L\u2019un des mérites des travaux de Castoriadis est aussi d\u2019attirer l\u2019attention sur le fait que «tout ce qui se présente à nous, dans le monde social-historique, est indissociablement tissé au symbolique».Porté par des institutions (des normes, des valeurs, un langage, des outils, des procédures.), le symbolique associe l\u2019objet ou le geste à un signifié.Il impose ainsi des représentations, des obligations, des significations.Du travail au titre de propriété, d\u2019un arrêt du tribunal aux planifications de mesures économiques (d\u2019austérité?), toutes ces réalités appartiennent à l\u2019ordre du symbolique, soutient-il.Symbolisme et imaginaire social sont donc étroitement liés : pour se dire, l\u2019imaginaire utilise le symbole et l\u2019image ; le symbolisme utilise l\u2019imaginaire à son tour en donnant à comprendre ce que l\u2019objet ou le geste représentent, au-delà de ce qu\u2019ils sont physiquement ou matériellement.On peut penser qu\u2019il n\u2019en va pas autrement pour Noël.Le dessert acheté à la hâte comme l\u2019emballage-cadeau en matières recyclées, les kilomètres parcourus dans le rallye de soupers de famille comme le verre de lait et le biscuit déposés près du sapin, la suren- Toute société jusqu\u2019ici a essayé de donner une réponse à quelques questions fondamentales: \u201cQui sommes-nous, comme coUectimté?\u201d \u201cQue sommes-nous ks uns pour ksautres?\u201d [.] Sans la \u201créponse\u201d à ces \u201cquestions\u201d, sans ces \u201cdéfinitions\u201d, il n\u2019y a pas de monde humain, pas de société et pas de culture\u2014 car tout resterait chaos indifférencié.)) Extrait de L\u2019institution imaginaire de ia société, de Cornélius Castoriadis chère de cadeaux comme la guignolée «sont impossibles en dehors d\u2019un réseau symbolique».Bien entendu, en eux-mêmes, ils ne sont pas nécessairement des symboles.Cependant, ils sont ce qu\u2019ils représentent et, in fine, ce qu\u2019ils représentent fait leur pertinence.Le «vrai» sens de Noël?Considérant cet incontournable symbolisme de Noël et la force de l\u2019imaginaire dominant, qu\u2019est-ce à dire que d\u2019en retrouver le «vrai» sens?Certes, il y a des significations discutables, voire condamnables sans doute, mais non pas moins vraies.La fête, que l\u2019on y saute ou que l\u2019on s\u2019en sauve, n\u2019est pas futile.Ces réseaux symboliques, nous pouvons décider de les intégrer ou de les refuser \u2014 pourquoi ne pas mettre fin à l\u2019échange de cadeaux ou fuir le beau-frère sur une plage de Cuba?Néanmoins, le refus ne saura être que parce que nous connaissons le sens de ce que nous refusons.L\u2019embarras que certains éprouvent à l\u2019approche de Noël ne tient ni à une perte de repères ni à un manque de sens, mais plutôt à un trop-plein et à une concurrence.Voilà.C\u2019est bien en cela que Noël est aujourd\u2019hui consumériste : une surabondance de propositions de sens au sein de laquelle nous sommes obligés de choisir sans pour autant avoir la liberté de choix; à la manière de ces grands magasins qui offrent en quantité des articles indifférenciés et interchangeables.Création incessante, il en va de l\u2019imaginaire comme du langage.Nous ne créons pas \u2014 ou si peu \u2014 les mots.La langue s\u2019offre comme un héritage et s\u2019impose à nous.Avec ces mots déterminés par d\u2019autres générations, on crée, on porte nos désirs et on fait naître la liberté.Création, désirs et liberté qui sont toujours neufs et qui ne peuvent se vivre qu\u2019au présent.tout comme la nostdgie et la tradition, d\u2019ailleurs.Des commentaires ?Écrivez à Antoine Robitaille: arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: www.ledevoir.com/société/ le-devoir-de-philo "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.