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Titre :
Le droit
Éditeur :
  • Ottawa :[Le droit],1913-
Contenu spécifique :
Cahier 3
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
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Le droit, 1966-02-26, Collections de BAnQ.

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[" Pare MES EEE ERE #3 3 A PREMIÈRE VUE, l'asile psychiatrique de York- ton, en Saskatchewan, ne présente aucun trait révolutionnaire.Comme dans tous les centres modernes, des pavillons ne recevant pas plus de trente malades ont remplacé l'antique \u201cprison\u201d.Pas de barreaux aux fenêtres, pas de fenêtres percées presqu\u2019à hauteur du plafond, pas de dortoirs communs où la vue d\u2019un malade en crise boùleverse les autres.Chaque patient a sa chambre.C\u2019est l'aménagement intérieur qui révolutionne toutes les données de l\u2019architecture traditionnelle.Un homme normal se sentirait peut-être mal à l\u2019aise dans les murs de l'asile de Yorkton; le schizophrène, lui, y trouve sa sécurité.En deux mots, à Yorkton, l\u2019architecture autant que la science psychiatrique vient au secours du malade mental.La science a dressé une longue liste des illusions sensorielles \u2014 et particulièrement d'optique \u2014 qui frappent les schizophrènes.Mais comment, à partir 2 - PERSPECTIVES No 9, 26 Février 1966 B LE MONDE VERTI DE KYO IZUMI = L'architecte Kyo Izumi, dont les expériences audacieuses ont conduit à la construction de Yorkton.INEU d\u2019une description purement verbale, dresser les plans | d'un hôpital qui leur convienne parfaitement?L'architecte canadien Kyo Izumi s\u2019intéressait depuis 1948 à la construction d\u2019hôpitaux et était en relation avec de nombreux psychiatres, dont le Dr Humphrey Osmond, qui est à l\u2019origine du centre de Yorkton.Izumi comprit un jour qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une façon de vraiment saisir le monde du schizophrène: y pénétrer.Il eut donc recours à une drogue qui provoque artificiellement la schizophrénie: l'acide lysergique diéthylamide, mieux connu sous le sigle de L.S.D.C'est ainsi qu\u2019un soir de l'été 1957, dans le vivoir de sa demeure de Regina, un monde étrange et terrifiant l\u2019envahit peu à peu.Ce n\u2019était plus sa femme, Amy, qu\u2019il voyait à ses côtés, mais un éventail d'images, déformées et aux couleurs exagérément vives.La fenêtre flottait dans les airs; sa main s\u2019enflait de façon grotesque.Il se leva pour traverser la RE MIE ET a, =\" Bt Pour construire l\u2019asile psychiatrique de Yorkton, il a plongé dans l\u2019univers de la schizophrénie CS w. pièce: plancher, murs et plafond gondolaient; il avait l'impression de nager dans un aquarium.Il répéta plusieurs fois l\u2019expérience et nota ses observations, Sous l\u2019effet de la drogue, par exemple, il peut lire sans lunettes, ce qui lui est normalement impossible.Pour ce qui est de l\u2019ouïe, les sons lui paraissent amplifiés.La musique provenant d\u2019un appareil stéréophonique le surprend par sa lenteur; aucun changement dans le timbre ou la tonalité, mais chaque note semble ne plus vouloir s\u2019éteindre.Côté sensations tactiles, la fourrure n\u2019est pas douce mais rude au toucher.Il trouve une tiédeur fraîche à la soie et une tiédeur chaude à la laine écrue .De même pour l\u2019éclairage: une lumière blanche lui procure une impression de fraîcheur; un éclairage indirect et tamisé le plonge dans la chaleur.\u201cLa découverte la plus importante que j'ai faite, dit Izumi, c\u2019est que la réalité a deux visages.L'être normal, qui raisonne, peut faire le partage entre le réel et l\u2019irréel, au-delà, parfois, du témoignage des sens.Pour le schizophrène, seul compte ce dernier.Il est prisonnier de ses phantasmes.\u201cSous l\u2019effet de la drogue, je regardais, par exemple.un homme à table et il me semblait qu\u2019il prenait une éternité à porter sa tasse à ses lèvres.Un autre mangeait et il m'apparaissait qu\u2019il mastiquait sans arrêt la même bouchée et qu'il ne viendrait jamais a bout de I'avaler.\u201cTel détail qui ne troublerait pas un homme normal suffisait a me bouleverser.Par exemple, la hauteur des lits.De mon lit, le plancher de terrazzo m\u2019apparaissait comme un abîmz sans fond et je me cramponnais de peur à mes couvertures.\u201d C\u2019est de ces observations vertigineuses qu'est né l'asile de Yorkton.A Yorkton, contrairement à ce qui se fait ailleurs, on ne réduit pas au minimum le nombre de meubles dans les chambres.La présence des meubles rassure le malade: V'ils sont id, et nombreux, c'esi qu\u2019un plancher solide les supporte.Quant aux vêtements, on ne les range pas dans une garde-robe faisant corps avec le mur mais dans une armoire mobile.Le schizophrène en train de décrocher un vêtement dans une .-de-robe pratiquée dans le mur sera en effet trouble par un bruit venant d\u2019une chambre voisine et pourra se sentir menacé.Izumi a également vu à ce que chaque pièce commune \u2014 salle 3 manger, salons de lectuse cu de jeux \u2014 renferme un grand nombre de chaises.Le schiro- phréne est jaloux de son intimité et ne prendra jamais place sur un divan dont une partie est déjà occupée.\u201cTout homme, dit Izumi \u2014 et le schizophrène plus que tout autre \u2014 , se sent ma! a I'aise dans un espace dégarni.II lui semble être exposé à tous les regerds, comme sur une scène, et surtout si on lui offre un siège le long d'un mur blanc.On dispose donc les Suite à la page suivante PERSPECTIVES No 9, 26 février 1966 = 3 ER ee RE _\u2014\u2014 \u201cUne simple fissure dans le mur me terrifia: je craignais qu\u2019il n\u2019en sorfit quelque créature monstrueuse.\u201d Le psychiatre Humphrey Osmond, qui a travaillé de concert avec Kyo Izumi dla construction de Yorkton.Les garde-robes dans les murs effraient les schizophréres.A York- ton, elles sont mobiles.Assis sur un lit bas, Kyo Izumi peut toucher le plancher.Un malade se sent ainsi en plus grande sécurité, TX KYO IZUMI Suite de la page précédente meubles de façon à ce que le patient nat pas l'impression d\u2019être un point de mire.Tout en se trouvant avec d\u2019autres, il doit pouvoir trouver un certain isolement.\u201cJe sais aussi quel choc peut subir un schizophrène qui, ouvrant une porte, se trouve face à face avec quelqu\u2019un.Ce peut être un ami de longue date: il ne le reconnaîtra pas.Et il aura l'impression qu\u2019on le regarde fixement, et ce regard lui semblera peser sur lui interminablement.Il voudra fuir, mais ne saura comment se dérober.\u201d Dans les salles communes, Izumi a fait percer des issues à l'extrémité des murs seulement et se faisant face.Ce peut être des arches, normalement dépourvues de portes et offrant passage direct de la pièce à une autre ou a un couloir; ou encore des portes, mais laissées toujours ouvertes.Un patient peut ainsi traverser la salle en longeant un mur et atteindre la porte sans avoir eu à faire face à personne.Il est une expérience que, sous l'effet du L.S.D., Izumi a trouvée particulièrement troublante: longer de longs corridors.\u201cL\u2019émail des murs, dit-il, semblait produire toutes sortes de réflexions qui gênaient ma vision: et le corridor n\u2019avait ni commencement ni fin.Je voulus me rendre a la salle de toilette, mais elle me sembla si loin que je fus pris de découragement.Une fissure dans le mur me terrifia: je craignais qu'il n'en sortit quelque créature monstrueuse.Les dalles du plancher me parurent autant de marches d\u2019escalier à gravir.Je levais la jambe, qui me semblait se déplacer avec une lenteur infinie.Je me sentais flotter dans l\u2019air, vers une issue qui reculait sans cesse.\u201d A Yorkton, l\u2019émail a été remplacé par une peinture mate.On a supprimé ou raccourci les corridors.Ceux qui subsistent se terminent tous par des portes de verre ouvrant sur des jardins.Le verre offre l'avantage de bien définir les espaces.Le parvient sait que, d\u2019un côté de la porte se trouve l'hôpital, de l'autre, le monde extérieur.Pas de confusion possible.Izumi n\u2019est toutefois pas satisfait des carrés de vinyl du plancher, qui réfléchissent trop fortement la lumière.Il avait demandé des tapis mais n\u2019a pu les obtenir, vu les limites fixées par le ministère au budget de construction.Constitué de cirq pavillons, l'asile de Yorkton n\u2019est pas isolé mais construit en pleine ville.Et déjà sa conception architecturale fait école.\u201cNos hôpitaux psychiatriques.dit Izumi, sont de véritables prisons.Du seul point de vue de leur architecture.non seulement ils ne contribuent pas à soulager les malades mais ils aggravent leur cas.\u201d Seul le temps dira si l\u2019expérience architecturale de Yorkton est vraiment capitale en psychiatrie.Mais déjà l'on peut affirmer qu\u2019elle est profitable aux malades, le cadre ayant en sui un effet thérapeutique.Et n'oublions pus que c\u2019est en pénétrant.comme par effra:tion, dans l'univers déboussolé du schizophrène qu\u2019Izumi a pu imaginer et construire un lieu qui rende cet univers su;- portable \u2014 j'isqu'à la guérison.Grâce au L.S.D., Izumi sait maintenant ce que c\u2019est que de crier au secours.
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