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Titre :
La revue nationale
Éditeur :
  • Montréal :J.-D. Chartrand, directeur,1895-1896
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La revue nationale, 1895-06, Collections de BAnQ.

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[" ol VoL.I Juin 18y3 No 5 LA EVUR MATIONN Recueil Mensuel DE LECTURES CANADIENNES-FRANCAISES Paraissant le 1er de chaque mois.RELIGION, PATRIE, LITTÉRATURE, Histoire, VOYAGES, ARTS, Sciences, Finances, INDUSTRIE, COMMERCE, AGRICULTURE, &c.ABONNEMENTS Bell Téléphone 2883 CANADA ET ETATS-UNIS .| : ne $300 ANGLETERRE { ; an shellings AUTRES PAYS + 8 8 88 88: { ë nls Ee Le numéro 25c.Strictement payable d\u2019avance La direction ne se rend pas responsable des manuscrits refusés.Tous droits de reproduction et de traduction réservés.Pour les abonnements et les annonces, s'adresser aux bureaux de la Revue Nationale, 7 Place d\u2019Armes, Montréal, ou à nos agents attitrés.Toute correspondance devra être adressée à M.J.-D.Chartrand, directeur, 7 Place d\u2019Armes, Montréal.La date indiquant, sur l\u2019adresse, la fin de l\u2019abonnement sert de reçu à l\u2019abonné.EUSÈBE SENÉCAL & FILS, IMPRIMEURS-ÉDITEURS 20 Rue Saint-Vincent, Montréal di IT LA REVUE NATIONALE (EFFET DU TRAITE FRANCO-CANADIEN) La Compagnie des Vins de Bordeaux (Bordeaux Claret Company) a dans ses caves vingt mille 4 donzaines de vieux Claret, Bourgogne, Sauternes, Port, Sherry, qu'elle offre aux prix de $3 ct $4 la 0 caisse dl» douze grosses bonteillre.Tous ces vins sont garantis purs et importés directement des ; vignobles.Ils sont recommandés par les médecins et presque toutes les meilleures familles de Montréal en ont fait l'essai et n\u2019en veulent pas d\u2019autres.Leurs caves sont onvertes au public ot les acheteurs peuvent goûter le vin aux barriques même.Ecrivez pour liste de prix à LA Cie DES VINS DE BORDEAUX (Bordeaux Claret Company - Bureau à Montréal, 30, rue Hôpital, téléphone 2494.\u2018Bureau à Bordeaux, 17, Allée de Boutaut.VIN MARIANI A LA Coca du Pérou Le plus efficace et le plus agréable des toniques et des stimulants, ne constipant jamais.Préparé avec des feuilles fraîches de Cnca de provenance directe et de premier choix, le VEN MAR*+ 91 est proscrit avec succès depuis 20 ans dans toutes les maladies de voies respiratoires et digestives.Son action analgé- siunte sur les muqueuses et ses pra- priétés stimulantes et toniques en fnt le médicament par excellence pour combattre l\u2019Anésuite, la Chlorose, la Dyspepsie, la Gestralgie, les : larypgzites, les Granulatiouns de In gorge, ctc.D\u2019un goût très agréable, il convient parfai'ement aux convalescents et aux personnes les plus délicates.Vendu chez ies Pharmaciens, Epi- ciers et Marchands de Vins.2 Nous adressons un album contenant 7 38 photographies des personnes célèbres A qui ont témoigné de J'excellence du VIN MARIANI.1 ent pin sai LAWRENGE A.WILSON a Ce vin qui vous rend la santé & Cie.Et qui dissipe l\u2019humeur noire, 11 est de telle qualité MONTREAI Que, du moment qu\u2019on l\u2019a goûté, .(KRJOn voudrait tous les jours se croire Languissant et débilité, Pour avoir prétexte à le boire.MARIAN] & UE, te Fans, Vicronren Sannou.8 le CHAMPAGNE \"GOLD LACK SLC.Py la correspondance avec les annonceurs prière de mentionner la Revue ulionale, Seuls Agents au Canada pour \u2014 ANALYSE DU SOMMAIRE DE CE NUMÉRO M.A-D.De Celles présente aujourd\u2019hui aux lecteurs de la Revue Nationale une étude historique absolument remarquable.La comparaison des moyens de colonisation, omployés par nos ancêtres ct par ceux de nos voisins, est faite à un point de vue très élové, avec des réflexions personnelles et des considérations nombreuses, d\u2019un ordre vraiment supérieur.Notre regretté collaborateur, qu\u2019une mort cruelle vient de nous enlever si rapidement, M.Joseph Marmette, nous donne la suite de : À travers la vie, son intéressant roman de mœurs canadiennes.Cette fois, M.John Hague abandonne les finances pour nous parler de Montréal et de Toronto.Il en fait une comparaison impartiale et très curieuse.Hermance à une nouvelle pleine de fraicheur et de jeunesse et M.Jules Lanos nous donne également une jolie nouvelle, écrite dans un style rapide, avec beaucoup de gaieté et d\u2019émotion.M.Faucher de Saint-Maurice continue son important travail sur Venise et la Province de Québec ct M.Alexundre Girard nous dépeint, en termes sobres, l\u2019horreur d\u2019une exécution capitale en France.Françoise cause toujours bien gentiment des modes et du monde, et M.Roméo Poisson débute chez nous avec une chanson, dont la musique est d\u2019une simplicité douce et délicate.Puis enfin une gracieuse poésic de madame Duval- Thibault, la Chronique de l\u2019Etranyer, Notes éparses et Une Causerie canadienne viennent avec les disparus compléter ce numéro particulièrement intéressant et Varlé.NOTE DE LA DIRECTION Pour faire suite aux renseignements fournis dans le numéro de mai, de la Revue Nationale, à propos du concours de nouvelles, ouvert jusqu\u2019au ler août prochain, nous avons apporté les changements suivants : Les concurrents, au lieu de donner leur nom, devront simplement mettre, en tête de leur copie, une devise ou un numéro d'ordre et y ajouter une adresse quelconque où devra leur parvenir les décisions prises concernant leurs manuscrits.\u2014LA DIRECTION. IV LA REVUE NATIONALE 7 pr Rotissoire Royale, épar- Les A ren gnant 20 070 de Viande, et dispensant d\u2019arroser le rôti.$1.00 à 2.25 chaque.Sorbetiéres, Glaciéres, Tcn- deuses à Gazon, Outils de Jardin, Uustensiles de cuisine, Coutellerie, etc., etc.CHEZ L.-J.-A.SURVEYER, - Tel, 1914, 6 Rue St-Laurent Under y Under The Patronage of |) 2 Patronage H.R.H : a Na À 3 of the = 2) y Void 23S His Excellency et PC Oh i à Ss N Par\u201d Lord Aberdeen.LAZENBY'S PICKLES 11 A A7 fes) LAZENBY'S SOUP SQUARES SAUCE | LAZENBY'S TABLE JELLIES He ORIGINAL RECIPE LAZENBY\u2019S POTTED MEATS BEARS THE WELL KNOWN LABEL Signed LAZENBY'S SOUPS Cliyabe Last EN VENTE CHEZ TOUS LES PRINCIPAUX EPICIERS.| VUVEAUX procédés américains pour plombage de clents, en porcelaine et en verre, plus résistable que le ciment, imitant parfaitement la dent.Nouveau métal pour palais, extra léger.Nouveau procédé pour plomber et extraire les dents sans douleur.A.S.Brosseau, L.D.S.Repas a toute heure No 7, rue St.Laurent Prix Modérés.MONTREAT, Veuillez commander votre \u2018\u2018 GINGER ALE \u201d\u2019 chez GURD.Dans la correspondance avec Jes annouceurs priere de mentionuer lu Revue Nalionate- Restaurant Princesse Louise GEO.CHARTRAND PROPRIETAIRE 1636 RUE NOTRE-DAME Bell Téléphone 2201 MONTREAL Liqueurs de premier choix LA NOUVELLE-FRANCE ET LES COLONIES ANGLAISES SOUS L\u2019ANCIEN REGIME (1) Les annales des Etats-Unis, dans leurs origines, se pré- \u2018sentent à nos yeux sous un aspect tout autre que celui qu\u2019elles offrent au reste du monde.Fondées à la même époque, les colonies françaises et les plantations anglo- saxonnes transatlantiques, ont eu un développement parallèle, mais inégal, sous l'empire de causes différentes.De ce double fait découle un intérêt spécial pour nous et une comparaison s'impose entre les tentatives d'établissement de nos pères et celles de ce peuple; si longtemps notre rival, plus tard notre ennemi victorieux, et aspirant aujourd\u2019hui, dit-on, à devenir notre maître ou, si l'on aime mieux, notre frère.(1) Les pages qui suivent forment le dernier chapitre de l\u2019histoiré des Etats-Unis que notre collaborateur doit publier dans quelques jours.30 4 446 LA REVUE NATIONALE Il serait difficile de définir les premiers essais de colon:- sation des Français en Amérique.Le manque d'expérience et de connaissances des pays nouveaux ouvrait, au début, la porte au hasard.Le vague plane aussi sur l\u2019objet de ces entreprises lointaines.Les premières chartes octroyées aux gouverneurs et aux compagnies de la Nouvelle-France portent bien à la vérité que : \u201cSa Majesté ayant de tout \u201c temps recherché avec zèle les moyens de pousser dans les \u201c pays inconnus, la gloire de Dieu, avec le nom chrétien, fin \u201c première et principale de l'établissement de la colonie de \u201cla Nouvelle-France .\u201d mais Richelieu et surtout ses successeurs poursuivaient un but qui comportait autant l'agrandissement de la France que les avantages de la religion.On vit d'abord les Français s'établir non loin de l'Atlantique, à Port Royal, puis ensuite pénétrer dans l'intérieur jusqu\u2019au delà des grands lacs après avoir jeté les bases de Québec, de Trois-Rivières et de Montréal, puis tourner vers le sud, en suivant les traces de Lasalle, de Marquette et de Joliette, marquant leur dessein de faire du Mississipi la grande voie de communication de ce côté, comme le Saint-Laurent l\u2019est vers l'est.Avec le temps, le plan de colonisation se dessine plus nettement.En 1717, Bienville fonde la Nouvelle-Orléans, qui sera à la région méridionale, ce que Québec est à la colonie du nord.Dès la seconde moitié du dix-huitième siècle apparaît clairement la conception gigantesque d\u2019un empire français fortement établi sur les bords de l'Atlantique, avec Louis- bourg comme boulevard, servant de refuge à la flotte française, chargée de monter la garde dans le golfe Saint- Laurent, pendant que Québec étendra son ombre protectrice sur l\u2019intérieur du pays.Les établissements français se prolongeront vers l'ouest, à portée les uns des autres, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils tournent vers le sud pour aller au devant des Louisianais qui rencontreront à mi-chemin leurs frères du Canada.Le fort Duquesne marque la dernière étape importante où pénètrent les ordres de Québec, tandis que le dra- ra PS se 2222 \u2014 2 ro.eo LE Cer a Eero re x essai == \u2014 me Ti > \u2014\u2014- 25 = ez pee En _ us \u2014 - Sa Ei E : Z E = À em WE eres I: \"7 ot i ' q 23 dé Lo eee eee 7 = og % I A # Le es ISELIN s \\ ¥ 7 LL a % Weep RR 5 GA va \u201c, a > ss Gr Ke le oi in SE wi Bit, HT M.A.-D.DE CELLES green Sté se + 5 % 5 \u2014 time ieee AT \u2014 oe \u2014 a I on EER =k 448 LA REVUE NATIONALE peau blanc porté par les colons de la Louisiane flotte sur le fort de Chartres.Cette vaste conception, dont la réalisation aurait rendu française presque toute l'Amérique du Nord, est restée à l\u2019état de rève ; il lui a manqué, pour entrer dans le domaine des faits, des ressources en rapport avec sa grandeur.C'est aujourd\u2019hui une vérité d'expérience que nulle puissance européenne ne pouvait, aux temps passés, prétendre à un empire colonial sérieux sans avoir une flotte redoutable, en état de tenir ouverte la route entre la métropole et ses colonies et de protéger sa marine marchande.Colbert eut l'intuition de cette vérité que l'histoire des deux derniers siècles a rendu saisissante.Dès son arrivée aux affaires, on le voit créer de toutes pièces une flotte redoutable qui, durant quelques années, en impose a I'Angleterre, et qui aurait maintenu sa supériorité si Louis XIV, emporté par son orgueil, n\u2019avait pas déclaré la guerre à la Hollande, coupable d\u2019avoir osé regarder en face le Roi-Soleil.Il eut été, au contraire, d\u2019admirable politique de s'attacher la Hollande, puissance maritime, car la flotte française unie à celle de ce pays aurait dominé les mers.Au lieu de s'allier aux Pays-Bas, l\u2019inconsidéré monarque demande à Charles Ier de l\u2019aider à écraser la Hollande qui, pour se venger, unira quelques années plus tard, ses forces à celles de la Grande-Bretagne acharnée à détruire l'œuvre de Colbert.Que de fois n\u2019avons-nous pas eu à déplorer l'erreur de Louis XIV surtout au moment suprême de la domination française.Les chroniques du temps nous peignent l'anxiété des Anglais et des Français au printemps de 1760, après la seconde bataille des Plaines d'Abraham.Les deux ennemis, épuisés par une longue série de combats, voient encore l'issue finale indécise.Ils attendent l'arrivée de la flotte qui va ou confirmer les succès de l\u2019armée de Wolfe, ou réparer le désastre de Montcalm et ranimer les espérances de Lévis.A la vue de la première voile qui blanchit au delà de la pointe de l'Ile d'Orléans, les cœurs battent fièvreusement et 1 Co TN HE A HE LA NOUVELLE-FRANCE 449 il s\u2019écoule une de ces minutes angoissantes décisives dans la vie d\u2019un peuple.Enfin l'Union Fack détache ses vives couleurs sur l'horizon ; un cri de joie à Québec et un sanglot dans le camp de Lévis l\u2019accueillent.La puissance maritime de l'Angleterre lui avait assuré la partie, comme quarante ans plus tard, elle ruinera les projets de Bonaparte en Orient, ira l'atteindre dans tous les ports de l'Europe, restant elle- même inexpugnable dans ses murs de bois.La politique continentale de la France ne constituait-elle pas aussi un obstacle à ses entreprises d'outre-mer?Jouer un rôle prépondérant en Europe et pour arriver à cette fin, abaisser la maison d'Autriche qui visait à l'empire du monde européen, tel fut l'objectif de Henri IV, de Richelieu, de Louis XIV et de Louis XV, durant une partie du règne de ce dernier.Cette ligne de conduite traditionnelle engageait la France dans des luttes incessantes, gouffre sans fond où disparaissaient ses ressources en hommes et en argent.Depuis les troubles de la Fronde (1640), jusqu'au traité de Paris, 1763 l'histoire ne compte pas moins de cinq grandes guerres sous le règne de Louis XIV et de quatre sous celui de Louis XV.Pendant la guerre de Sept Ans, alors que la lutte se faisait en Amérique dans des conditions d\u2019infériorité numérique si décourageantes pour nous, la France qui venait de briser avec la politique de Richelieu pour faire cause commune avec Marie-Thérèse d\u2019Autriche, n\u2019avait pas moins de cinq armées en Europe au service de son alliée.Quel avenir pouvaient attendre les colonies avec une orientation de la politique française qui faisait de leur sort un objet tout à fait secondaire\u201d La réponse du ministre Berryer à Montcalm qui lui demandait des secours, résume les idées alors à la mode : \u201c Lorsque le feu est à la maison, disait-il, on ne peut guère songer aux écuries.\u201d Est-ce a dire que la postérité est fondée à blâmer les hommes de l'époque de s'être plus préoccupés de maintenir l\u2019ascendant de la France en Europe que de sauver le Canada, dont la valeur leur semblait douteuse, et, qui, à travers le voile de l'avenir, leur 450 LA REVUE NATIONALE apparaissait bien moins séduisant qu'à nous, les enfants du dix-neuvième siècle.| Ils ne révaient d'aucun empire anglais, les sombres et énergiques puritains, qui, à la même époque, échelonnaient leurs établissements le long des rives de l'Atlantique.C'était la paix religieuse qu\u2019ils cherchaient dans l\u2019exil ; et l\u2019intolérance, alors à l\u2019ordre du jour dans les Iles britanniques, devint un agent d'émigration plus actif que toutes les mesures prises par le gouvernement français pour pousser des colons au Canada.Mais l\u2019idée religieuse ne les dominait pas au point de leur faire perdre de vue les intérêts matériels.Lorsque les Puritains assimilaient modestement leur sort à celui des Hébreux, fuyant l'Egypte, ils ne restaient pas indifférents aux avantages que leur offrait la terre promise de l'Amérique, et le veau d\u2019or finit par attirer les colons en foule, autant que la liberté de conscience.Le succès de ce soi-disant nouveau peuple de Dieu fut immense.New- Plymouth (1620) était à peine établi que le Massachusetts surgissait à ses côtés plus grand et plus prospère ; puis le New-Haven, le Connecticut et le Rhode-Island vinrent bientôt compléter le groupe des colonies puritaines.Lord Baltimore tentait à la même époque de donner droit de cité aux catholiques en Amérique, tandis que vers le sud se développait la Virginie, première colonie (1607) par ancienneté, et qui restera aussi la première en importance jusqu'à la révolution.Sur les rives de l\u2019Atlantique, la colonisation marchait à pas de géants ; sur celles du Saint-Laurent, elle se traînait misérablement ; en 1664, la population de cinq plantations de la Nouvelle-Angleterre s'élevait à 45,000 habitants ; à la même date, un recensement de la Nouvelle-France porte à 2,154 le nombre des colons ; l'Acadie à ce point de vue RC EIOHRS LA NOUVELLE-FRANCE 451 était alors une quantité négligeable, puisque son premier dénombrement (1671) ne lui donne que 441 âmes.Le Massachussetts figurait pour 25,000 âmes au recensement dont nous venons de parler ; le Connecticut et le New- Hampshire pour 10,000 Âmes et New-Plymouth pour 5,000.En 1660, le Maryland comptait 12,000 habitants.Chaque groupe indépendant des colonies anglaises était donc à lui seul plus important que la Nouvelle-France et l'Acadie réunies.Le développement des premières suit sa marche ascensionnelle jusqu'en 1775, en augmentant de plus en plus l'écart entre sa population et celle de la Nouvelle-France de sorte que lors de la lutte finale de la guerre de Sept Ans, nous trouvons le Canada français aux prises avec un ennemi vingt fois son supérieur en nombre.(1) On s'est souvent aapitoyé sur les fautes de Montcalm à la bataille des Plaines d\u2019Abraham et ses conséquences, mais en voyant cette disproportion de forces entre les deux adversaires, ne doit-on pas conclure que si nous n'étions pas tombés alors, ce malheur nous aurait atteint plus tard, étant donné ce principe admis en art militaire, que la victoire finit toujours par se ranger du côté des gros bataillons, comme l'ont démontré les grandes luttes finales de la France sous Louis XIV et sous Napoléon.Notre faiblesse numérique tenait suspendues sur nos têtes toutes espèces de vicissitudes.La révolution française qui souleva tant l'horreur de nos pères, nous eut peut-être jetés dans les bras des Américains, en admettant que ceux-ci se fussent séparés de leur mère-patrie et que la conquête du Canada n\u2019eut pas eu lieu.Et si nous avions échappé à cette Éventualité, qui sait si nous n\u2019aurions pas été échangés, sous l\u2019Empire, comme la Louisiane, contre quelques millions de francs ?Vendre une province c\u2019est jeu de grand homme.Une idée séparatiste avait présidé à la fondation de la Nouvelle-Angleterre ; les Puritains quittaient leur patrie sous le coup de la persécution.S'il leur arrive parfois dans (1) Population : Français, 60,000.Américains, 1,500,000.PCT VEN 452 LA REVUE NATIONALE leurs démélés avec leur métropole de se répandre enr protestations d'attachement pour l'Angleterre, il y perce toujours un vieux fonds de rancune que devaient exaspérer les conflits d'intérêts.Elle était très faible cette affection puisque le premier choc entre les prétentions contradictoires des deux pays, la fit disparaître.La séparation religieuse formait les premières assises de la Nouvelle-Angleterre.De là, elle tendait à s\u2019insinuer dans la politique.Les colons anglais ne sûrent jamais gré à la métropole des bienfaits de la liberté politique qu\u2019elle leur donnait, de la liberté religieuse qu\u2019elle tolérait.Ce sentiment hostile survécut a la scission de 1776 et existe encore.Tout autre fut l'esprit des Canadiens.Moins bien traités durant la dernière lutte que les colons anglais, et sacrifiés à la politique qui amena la conquête, ils aimèrent la France au-delà de la séparation, cherchant toutes espèces de raisons pour entretenir cet amour en face de l'indifférence de leurs parents d'outre-mer.Il y a quelque chose de touchant dans cet attachement qui rappelle le dévouement de la femme refusant de croire à la trahison évidente de l'être aimé.Le groupe des colonies puritaines grandit dans l'indifférence de la mère-patrie qui ne daigna s'en occuper que le jour où elles devinrent exploitables.Les établissements.français végétèrent sous le poids des lisières royales.Habitués à toujours compter sur l'intervention du pouvoir, nos ancêtres manquaient d'initiative et ne faisaient rien sans.demander l'appui du souverain.La correspondance des.gouverneurs.avec les ministres d'Etat est remplie de suppliques, de demandes de secours pour chaque entreprise: naissante, souvent même pour un marchand qui ouvre une boutique.Nulle tutelle de ce genre n'existe au sud du Ca nada ; chacun compte sur soi sans perdre son temps à attendre une aide qui ne viendra peut-être point.Laissés à eux-mêmes, les Anglo-Américains s\u2019enrichissent et viennent même exploiter sous les yeux des Français les pêcheries du: LA NOUVELLE-FRANCE 453 Golfe St Laurent, pendant que les Canadiens attendent souvent de France de l'assistance pour en tirer parti.Si la conception d\u2019un empire français au Nouveau-Monde se fait remarquer par sa grandeur, elle s\u2019est révélée bien faible dans son exécution.En regard des succès anglais, c\u2019est un échec.À quoi tient-il ?A des causes multiples dont nous venons d'indiquer les deux plus sérieuses.La position géographique du Canada ne devait-elle pas aussi détourner l'émigration de ses plages.Les arpents de neige de Voltaire constituaient un épouvantail pour bien plus de gens qu'on n\u2019est porté à le croire.On se figure facilement ce que les esprits du dix-septième et du dix-huitième siècle en pensaient lorsque l'on voit encore, de nos jours, le Canada présenter à l'imagination du plus grand nombre de nos contemporains de l\u2019Europe, l\u2019idée de solitudes glacées où des émigrés disputent l\u2019espace aux ours blancs et aux tribus sauvages.Les écrits de l\u2019époque portent la trace de l'éloignement que le Canada inspire aux colons, et, le croirait-on, Mazarin, au milieu du découragement que lui causent les centaines d\u2019ennemis acharnés à sa perte, ne parle de passer au Canada que comme d\u2019une alternative douloureuse, dans sa situation critique.Ce n\u2019était pas une entreprise souriante que celle de s'établir alors dans le nord de l'Amérique, et les dangers et les ennuis qu\u2019elle comportait, faisaient hésiter les plus courageux.A part les glaces et la neige, la guerre avec les Indiens, l'interruption de toute communication entre l'Amérique et la France pendant sept mois de l\u2019année : tout cela prenait des proportions \u2018terrifiantes dans l'esprit du peuple.Et c\u2019était \u201c le plaisant pays de France \u201d qu\u2019on leur demandait de quitter pour ces contrées éloignées ! Il fallait un attrait plus qu\u2019ordinaire pour pousser l\u2019émigration vers 454 LA REVUE NATIONALE ces plages si inhospitalières aux yeux des Français.Il fallait l\u2019appât du gain qu'on finit par trouver aléatoire.Toute - autre était la situation de nos rivaux.Un hiver comparativement doux, aussi supportable que celui de l'Angleterre laissait la route vers la mère-patrie ouverte toute l'année, ce qui enlevait cette idée d\u2019exil complet qui devait tant peser sur l\u2019esprit de nos ancêtres.Les colons anglais redoutent, il semble, de s\u2019avancer dans l'intérieur : tous leurs établissements s'échelonnent le long de la côte, et, en 1775, ils n'occupent encore qu\u2019une étroite lisière sur les bords de l'Atlantique, tandis que nos ancêtres, non contents de s\u2019avancer à sept cents milles dans l\u2019intérieur, à Québec, à Montréal, poussent sans cesse plus loin vers l\u2019Ouest, affaiblissant leurs forces en les éparpillant, Zozjours plus loin : telle paraît être leur devise, et ils s'en vont vers le soleil couchant à la recherche de nouvelles contrées aussi sauvages que celles qu\u2019ils laissent derrière eux.Champlain s'était rendu jusqu'au lac Huron, avait visité la contrée au sud des grands lacs dès 1613.Mais voici les grands découvreurs : Marquêtte, Joliette, Tonty, Duluth, pour qui les vallées arrosées par le Mississipi et ses principaux tributaires n'auront plus de secrets.La V érandrye parcourt le Nord-Ouest pendant que les Virginiens et les Puritains ne perdent pas de vue les perspectives de l\u2019Océan.Nos ancêtres sont des explorateurs : les Américains plus nombreux ne peuvent inscrire dans leurs fastes des noms comme ceux que nous venons de citer.La forêt attire les nôtres, l'inconnu les fascine, le goût pour l'aventure les possède tous, et s'empare des hommes marquants de la colonie comme des plus humbles.Le coureur de bois marche sur les traces du découvreur et finit par devenir un danger pour le pays.Il est à la colonie naissante du dix-septième siècle ce que sont de nos jours à la province de Québec nos compatriotes émigrés aux Etats-Unis : une cause de faiblesse.Le coureur de bois se détourne des humbles travaux des champs et son exemple devient contagieux.Le Rati at] HALIM ay a asst] rébtéle satay obits (AS EMA MU ES REP A FIA LA NOUVELLE-FRANCE 455 mal grandit à tel point, en dépit des ordonnances qui restreignent les courses dans la forêt, qu'en 1746, un édit est rendu portant les peines les plus sévères contre ceux qui ne reviendraient pas prendre un permis de chasse ou de traite à Québec.Notre colon n'a pas, comme l'Anglais, le commerce lucratif et les pêcheries pour fournir un aliment à son activité.Celui-ci s'enrichit sur place ; celui-là gaspille ses forces et son énergie dans des entreprises risquées.À coté du découvreur, plaçons le missionnaire, qui consacre sa vie à la conversion des sauvages et dont l' intrépidité, le mépris de la mort, le sacrifice de sa vie sans cesse renouvelé, sont inspirés par la plus sublime pensée.C\u2019est l'apôtre de la civitisation autant que de la foi et son œuvre élèverait l\u2019Indien au niveau du blanc, si l\u2019enfant de la forêt n\u2019était pas si réfractaire à nos coutumes.À travers les âges, la grande et noble figure, des Brebœuf, des Jacques et des Lallemand, apparait à la vénération des Canadiens, entourée de l'auréole des bienheureux.Ces existences faites du renoncement de joie et des choses du monde, manquent à l\u2019histoire de la Nouvelle-Angleterre.La misère de l\u2019Indien la laisse indifférente, et elle ne cesse de compléter son extermination.C'est à peine si le Puritain peut citer deux ou trois noms de ministre protestants occupés à l'évangélisation des sauvages, Elliot, le plus célèbre de tous, passe soixante ans à Roxbury, près de Boston ; c'est de là qu\u2019il veut convertir les sauvages pendant que le missionnaire canadien vit sous la tente infecte du Huron ou de l\u2019Algonquin, partage ses souffrances, le suit à la chasse et se plie à un genre de vie qui répugne à sa nature.La mission d\u2019Elliott n\u2019eut guère de succès.\u201c Very soon, dit Harvison, un historien américain, tke praying indians, were looked on, with dislike and distrust by both red men and whites.\u201d SH LHC EE MIEIEL cL 456 LA REVUE NATIONALE Ce qu'il y a de plus étonnant dans la Nouvelle-Angleterre à cette époque, c'est sa merveilleuse organisation politique.Sans instructions du gouvernement, sans l\u2019aide d'hommes d'Etat de la mère-patrie, les Puritains créent de toutes pièces un type de gouvernement parfaitement approprié aux besoins de la colonie, sans qu'il soit une copie servile du système auquel il ne ressemble que dans ses grandes lignes.Dès l'origine, ils façonnent, avec leurs deux chambres et le gouverneur, le modèle que les constituants de 1776 trouveront digne de servir de cadre aux institutions d\u2019un grand peuple.La Common Law de la Grande-Bretagne s'implante avec eux en Amérique: il n'y avait guère à innover de ce côté.Les lois sous lesquelles on a vécu font, avec la langue, partie du patrimoine des nations, mais les Puritains modifient le code criminel anglais, et se donnent un ensemble d\u2019ordon nances d'un rigorisme exagéré ; quelques historiens prétendent que ces lois draconniennes qui portaient à treize les crimes punissables de la peine de mort, n'ont été que rarement\u2019 appliquées.| Relevons ici un trait singulier de cette jeune société.Durant plus de cinquante, ans règne dans la Nouvelle- Angleterre la théocratie la plus stricte que le monde ait vue.La raison déterminante de leur départ de l\u2019Angleterre avait été la conquête de la liberté religieuse.Ce sont avant tout, des sectaires et à leurs veux, la religion doit pénétrer tout le corps social.Il résulte de cet état d'âme une alliance intime entre l'Eglise et l\u2019Etat, alliance si étroite qu'il est difficile de dire où commence le pouvoir de l\u2019une et où s'arrête le domaine de l\u2019autre.Si le pouvoir publie étend son bras protecteur au-dessus du Meeting- House et lui assure des privilèges exclusifs, ce sont d\u2019un autre côté les Elders de la Congrégation qui confèrent les droits de citoyenneté. LA NOUVELLE-FRANCE 457 Quiconque ne fait pas partie de l'Eglise, ne participe pas à tous ses actes, ne fait pas ouvertement des professions de foi répétées, est exclu de la société politique.L\u2019Ancien Testament sert de loi à la communauté civile autant qu\u2019à la congrégation religieuse.Pour bien définir d\u2019un trait ce caractère tout particulier, il avait été statué par la cour générale du Massachusetts et des colonies sœurs qu\u2019en matière criminelle les juges s\u2019inspireraient de l\u2019Ancien Testament pour tous les cas non prévus par la loi.C\u2019est le régime de l'arbitraire à outrance, et il est porté si loin qu\u2019il provoque, vers le commencement du dix-huitième siècle, une réaction violente, et, comme conséquence, un abaissement sensible de la foi.C'est en vain que la secte cherche à ramener le troupeau à la ferveur des premiers jours, en organisant des revzvals, en redoublant ses sévérités à l'égard des dissidents et surtout des catholiques ; le principe de la liberté de conscience s\u2019infiltre partout, avec la diminution du sentiment religieux.Lorsque la révolution éclate, l\u2019opinion publique est mûre pour accepter une doctrine contraire à celle qui a servi de pierre angulaire à l'établissement puritain et la constitution de 1776 prononce la dissolution de l'alliance de l'Eglise et de l'Etat.Si les premiers Puritains se sont montrés conservateurs obstinés en matière de religion, si, par une singulière aberration, de persécutés ils sont devenus persécuteurs, ne voulant de la liberté religieuse que pour leur église, ils se sont révélés hommes politiques habiles, plus avancés que les Anglais, leurs contemporains, plus avancés que ne le sont la plupart des peuples de l\u2019Europe du dix-neuvième siècle.Après avoir étudié leur travail d'organisation gouvernementale, i! nous paraît qu'il n\u2019y a pas lieu de s'étonner si leur race a produit les hommes d\u2019Etat éminents, auteurs de la constitution américaine, l'instrument politique écrit le plus parfait que l\u2019on connaisse, et le mieux adapté aux besoins d'une société démocratique.On aurait difficilement trouvé en Europe à la fin du dix-huitième siècle des légistes de la force 458 LA REVUE NATIONALE de Hamilton, Jay, Jefferson, Adams.Tous les novateurs en matière de constitution avec les travaux de ces derniers sous les yeux, qui depuis soixante ans ont donné au monde, leurs savantes, combinaisons n\u2019ont pas aussi bien compris qu'eux les instincts de la démocratie et ses tendances.Aussi la constitution américaine dans l\u2019ensemble de ses forces si bien pondérées, pour maintenir la co-existence de son double système de gouvernement, sans amener de chocs, avec ses contre poids placés à côté de chaque pouvoir, est un chef-d'œuvre d\u2019ingéniosité qui révèle chez ses auteurs une connaissance intime des besoins de la société moderne établie sur les bases du régime populaire.De la différence de caractère des populations et des.circonstances particulières aux deux colonies, dérivent aussi des mœurs spéciales formant deux tableaux d\u2019un vivant constraste.Du côté des émigrés venus de France, la gaieté gauloise, l\u2019indifférence pour le danger, l\u2019activité fébrile de la race latine, le goût des aventures donnent une physionomie attrayante à la Nouvelle-France.Lä-bas, tout autre est l\u2019aspect du peuple.Acharné au travail et trouvant d'énormes profits dans le commerce, le Puritain ou l'anglican ne se sent pas attiré au loin ; l'intérêt l\u2019attache à sa fown où le négoce et le travail des champs assurent son avenir.La fortune publique et privée vont de pair dans les colonies anglaises avec l\u2019accroissement de la population.Pendant que le gouvernement français met toutes espèces d\u2019entraves sur la voie du commerce de ses colons, l\u2019anglo- saxon émigré jouit d\u2019une liberté relative et s'il se plaint des restrictions que la royauté, sous Charles 1«, et, plus tard, le Parlement, veulent mettre à son négoce, avec l'étranger, 1l ne se gêne nullement de passer outre.Aussi ses produits se montrent dans tous les ports de l'Europe, qui dans la LA NOUVELLE-FRANCE 459 seule année 1744, lui achète quarante millions de livres de tabac, des milliers de quintaux de poissons pêchés dans les eaux canadiennes, des minéraux, des céréales et des bois.En 1763, leurs importations s\u2019élèvent à un million et les exportations à quinze cent mille louis! Un commerce profitable, la vie publique qui coule à pleins bords et l'absorbe, fournissent à son activité un aliment qui manque à celle de nos ancêtres et le détournent des expéditions lointaines.Pourquoi quitterait-il le certain pour s\u2019élancer vers de nouveaux horizons où l\u2019attendent l'inconnu et l'incertain ?Comme si dans cette rivalité, tous les avantages devaient se trouver du côté de nos adversaires, lorsque la guerre éclate entre le Canada et la Nouvelle-Angleterre, c'est toujours notre pays qui sert de champ de bataille aux combattants.Le Puritain regarde modestement sa tribu comme le peuple élu de Dieu, qui lui a donné la terre promise en récompense de ses vertus.Pour un rien il s'écrirait non fecit taliter omni nationt.(1) Cette conviction le gonfle d'orgueil et lui donne une idée extraordinaire de sa supériorité.Il est un être à part et il lui est permis d\u2019accabler de ses dédains ses voisins indignes de sa commisération.Et avec quelle rigueur ne traite-t-il pas tout ce qui est au-dessous de lui ! Les nègres demeurent ses esclaves, les Indiens prisonniers de guerre, partagent le sort de ces derniers, et il traite comme les uns et les autres les engagés (indented servauts) pendant la durée de leur service.Le mosaïsme exagéré qui domine la Nouvelle-Angleterre déteint sur tous les actes ordinaires de la vie et rend difficiles les relations sociales les plus ordinaires.On s\u2019espionne, on se jalouse, et trouver le voisin en faute est œuvre pie.À voir ces farouches sectaires à l\u2019œuvre, on ne dirait pas qu'ils viennent d\u2019un pays qui aime à s'appeler Merry Old England et qu'ils sont les contemporains des Merry Wives of Windsor immortalisées par Shakespeare.Tout ce qui sent la gaieté, la joie de vivre (1) C\u2019est ce que les ministres ne cessent de lui prêcher.FRR NAN ARN RR EN Rm A his À 2 va 3 a.5c Ta 460 LA REVUE NATIONALE est resté en Angleterre.Fêtes religieuses, fêtes de familles, traditions joyeuses du Christmas et du New- Year, rien de tout cela n\u2019a traversé la mer.La chronique du Massachusetts enregistre le retour du nouvel an de cette façon laconique : \u201c /¢ is new year, we went to work betimes.\u201d On est porté à croire, sur l\u2019autorité de M.de Tocqueville, qui a formé les opinions généralement reçues en matière de sociologie américaine, que la démocratie coulait à pleins bords sous le régime quasi-républicain inauguré par les Winthrop, les Mather, les Roger Williams.C\u2019est là une assertion trop absolue, peu conforme aux faits et à l'observation.Les colons anglais apportaient avec eux des habitudes, des traditions et un esprit de caste que la grande poussée populaire anti-aristocratique de notre temps n\u2019a pas encore entamée en Angleterre.On ne rompt point subitement avec le passé, héritage sacré des ancêtres.En dépit de l'indépendance qui formait un trait distinctif du Puritain, il reconnaissait une certaine hiérarchie sociale, et s'inclinait devant le rang et les distinctions honorifiques.Cette déférence pour la noblesse se manifeste de maintes façons au Massachusetts et au Connecticut.C\u2019est ainsi que la même loi édicte pour le citoyen ordinaire et le gentilhomme coupables de la même contravention des peines différentes .pour celui-ci, la simple amende ; pour l'autre, l'emprisonnement.Des lois somphiaires attestent encore cet esprit de caste.Certaines catégories de citoyens ont seuls, le privilége de porter des dentelles, des rubans, des boucles en argent sur leurs souliers, tandis que les étoffes grossières sont le partage de l'homme du peuple.Enfin les historiens américains ont constaté qu\u2019au collège d'Harvard et dans plusieurs autres institutions, les noms des élèves prennent rang d'ordre sur le registre de l'institution selon le degré de noblesse de leur famille. LA NOUVELLE-FRANCE 461 * Soumis à l'inluence du Nouveau Testament, le Canada :se complait à respirer le parfum plus suave de l'Evangile.De mœurs aussi simples que celles de son voisin, le colon normand ou picard n'aurait rien voulu sacrifier de ce qu'il -était possible de conserver des coutumes de France, qui donnent du charme à l'existence et embellissent la vie.Dans les courts intervalles de son histoire que la guerre ne désole point, la Nouvelle-France offre le tableau d'une société de relations agréables où se pratique l'hospitalité la plus large \u2018avec une extrême courtoisie pour les étrangers.Le voyageur Suédois Kalm nous représente les Canadiens sous les dehors les plus aimables.Le jésuite Charlevoix écrit à la duchesse de Lesdiguières que \u201cles Canadiens me perdent aucune occasion de s'amuser.\u201d Leur tempérament élastique résiste à toutes les causes de tristesse et la gaieté suit le coureur des bois jusqu'aux profondeurs des forêts auxquelles il apprend ces gals refrains qui, survivant aux générations successives, égaient encore nos réunions de famille et retentissent, comme un joyeux écho du passé, dans les fêtes qui font tressaillir notre patriotisme.Jamais cette société ne s'est réunie autour du bûcher d\u2019un sorcier comme cela s'est vu souvent dans la Nouvelle-Angleterre et si l'on a cru, comme tout le monde d'alors, à un pouvoir surnaturel chez certains individus, c'était \u2018là une croyance à une sorcellerie bénigne, sujet de plaisanterie plutôt qu'objet de terreur.En 1664, durant l'épidémie de sorcellerie, il y eut dans la petite ville de Salem, Mass., vingt personnes condamnées à mort pour avoir entretenu des relations mystérieuses avec le malin esprit.Au regard des colonies anglaises, créant elles-mêmes leur - gouvernement, la Nouvelle-France accepte le sien tout fait 31 RRR ICUE ny D 4 3 E esse 402 LA REVUE NATIONALE de Paris.Il est implanté à Québec de par le roi et les gouvernés y restent étrangers.Il est fort rudimentaire : le Gouverneur et l'Intendant sont tout, se partageant des pouvoirs mal définis, toujours prêts à s\u2019entrechoquer lorsque les titulaires sont d'humeur batailleuse.Des instructions venues de France leur tracent, il est vrai, la ligne de conduite à suivre, et si le Gouverneur empiète sur le domaine de l\u2019Intendant, celui-ci s'empresse de se plaindre au roi qui reçoit souvent, en même temps, les protestations du premier fonctionnaire contre la conduite de son subalterne armé d'autant de pouvoirs que lui.Ces deux hauts officiers s'appuient sur un Conseil à la dévotion de l\u2019un ou de l\u2019autre.D'organisation municipale, il n\u2019en existe point.En dehors de Québec, l'autorité se concentre entre les mains du seigneur qui, avec son droit de haute, moyenne et basse justice, transmet l'impulsion donnée de Québec.C\u2019est là un mécanisme primitif qui a subi le feu de la critique, mais n\u2019était-il pas, en dépit de ses défauts, le meilleur qu'il fut possible de donner à la colonie?En cette matière de gouvernement les théories sont de nulle valeur.Le meilleur gouvernement est celui qui est le mieux approprié aux besoins du pays, qui s'adapte le mieux aux exigences d\u2019une situation particu- litre.Pour l\u2019époque et les nécessités du moment, il fallait un régime énergique, un instrument facile à manier aux mains d'hommes d'action.Il s'agissait de parer, à l'instant, à toutes espèces d\u2019éventualités auxquelles les lenteurs et les atermoiements d\u2019une assemblée populaire n'auraient pas pu souvent faire face.Au reste, que l'on examine l\u2019ensemble des actes des gouverneurs et des intendants, leurs mesures d'économie interne, leurs ordonnances, et qu'on dise si une assemblée selon la conception moderne de la chose, aurait agi plus sagement que le Conseil Supérieur de Québec.Ce gouvernement, malgré ses imperfections, aurait suffi, pour donner un corps à la vaste conception de Richelieu et de Colbert qui avaient l'intuition des grands avantages que la France retirerait des colonies.Malheureusement, avec le LA NOUVELLE-FRANCE 163 dix-huitième siècle, paraît l'école des économistes, hommes plus brillants que profonds, versés dans l'art d'habiller pompeusement de pauvres idées, de donner une forme scientifique à des paradoxes.Ce sont ces faux savants qui propagent cette idée fausse : \u201cQue les colonies dont les \u201c productions sont les mêmes que celles de la métropole, \u201c coûtent plus qu'elles ne rapportent.\u201d C\u2019est cet axiôme formulé par l\u2019auteur de l\u2019Æspret des lois que répétera bientôt la classe influente, axiôme qui diminue la valeur du Canada et augmente celle des colonies des Indes.Le même philosophe qui, du fond de son cabinet, explique les causes de la grandeur et de la décadence des empires, conclut en parlant des causes de la richesse, à la nécessité de la liberté du commerce, car c\u2019est \u201cla concurrence qui met un juste prix aux marchandises et qui établit les vrais rapports entre elles,\u201d mais ce bienfait il refuse de l'étendre aux colonies.Cette liberté doit appartenir en privilège à la métropole, car, pour Montesquieu, le grand objet des colonies est de faciliter le commerce à de meilleures conditions qu\u2019on ne le fait avec des peuples voisins avec lesquels les avantages sont réciproques.Ce n'est pas seulement Voltaire et madame de Pompadour (1) qui poussent à l'abandon du Canada, mais aussi les classes dirigeantes, la bureaucratie imbues de ces idées que les colonies n'existent que pour le profit du commerce et qu'il ne s'agit point \u201cde la fondation de villes ou d'un empire,\u201d et que les établissements lointains ne sont pas des parcelles du territoire national.Voilà l\u2019état des esprits à l'égard du Canada au dix-huitième siècle, et il n\u2019est pas surprenant que sa perte n\u2019ait pas provoqué de grands regrets.Choiseul lui-même, le seul des ministres de Louis X V qui ait été un homme d'Etat, semble en prendre son parti gaiement, mais cette attitude n'est-elle pas affectée >?On a lieu de le présumer, lorsqu'on voit ce même Choiseul (1) Dans son magistral travail sur l\u2019alliance autrichienne le Duc de Broglie, établit jusqu'à l\u2019évidence que Madame de Pompadour a été étrangère aux négociations qui ont rapproché la France de l'Autriche. 464 LA REVUE NATIONALE favoriser dès 1763, la création à la Guyane de la Nouvelle France Equinoxtale (1) et déployer dans cette entreprise un zèle que jamais ses devanciers n\u2019ont témoigné pour le Canada.Durant une seule année, la métropole verse dans ces régions meurtrières 10,446 colons, que la fièvre et la famine ont bientôt fait de dévorer.Lorsqu'on songe que pendant cent vingt années, l'émigration de France au Canada s\u2019est élevée à peine à 8,000 âmes et que celle du même pays à la Guyane a dépassé 10,000 en douze mois, on se sent envahi d'une immense tristesse à la vue de tant d\u2019existences sacrifiées inutilement là-bas, et qui auraient été une force si considérable au Canada ! C'est la concentration des pouvoirs en une seule main qui a permis à la Nouvelle-France, de prolonger si longtemps une lutte désespérée contre la vaste supériorité numérique de sa rivale, ou de ses rivales devrions-nous dire, puisque chacune des colonies anglaises l\u2019emportait sur elle par le nombre de ses habitants.Mais si les Canadiens du dix- huitième siècle ne forment qu\u2019une faible légion, comme ils comptent cependant par la valeur, l'honnêteté, l'intelligence ! La guerre fait éclater leurs qualités et nous les montre en haut relief.Jamais le dévouement à la patrie n'a été porté plus loin.C\u2019est une société d'élection qui conserve la forte empreinte de son origine, marquée par un choix sévère des colons au point de vue de la moralité, de l'intelligence et de la force corporelle.Les émigrés du dix-septième et du dix-huitième siècles n\u2019avaient rien de commun avec ceux de nos jours.II fallait à ceux-là cette audace, cet æs triplex (1) Dans le total des embarquements pour la Guyane, relevé au ministère de la marine, nous remarquons ce qui suit: \u2018\u201c\u2018De mai 1763 à juin 1764, Acadiens, Canadiens, embarqués à Rochefort, à Boulogne, à Morlaix, pour la Guyane, à diverses époques, 3,580.\u201d LA NOUVELLE-FRANCE 465 qu'Horace attribue aux hommes qui osèrent les premiers affronter les périls de la mer, pour les pousser hors de leur pays, à la recherche d\u2019une patrie nouvelle, où tout était à créer, dans des conditions pénibles, avec l'inconnu et son cortège de terreurs C'était au Canada comme dans la Nouvelle-Angleterre, des hommes d\u2019élite qui entreprenaient cette lutte corps à corps avec la sauvagerie et les misères sans nombre d\u2019un nouvel établissement.Il n\u2019est pas étonnant qu'il soit issu de cette sélection deux races vivaces, remarquables à des titres différents, mais dont le type s'est conservé sans alliage seulement sur les bords du St-Laurent.Ces deux rejetons de la France et de l'Angleterre furent animés de sentiments bien différents à l'égard de leur métropole respective.Les fils des Normands, des Picards, des Parisiens, transplantés sur les bords du St-Laurent, enveloppent leur pays d'origine d'une affection plus forte que toutes les épreuves, bien faites pour l\u2019aliéner ; et qui survit à la séparation que la France fit si peu pour prévenir.Les Anglo-Américains, cuirassés d'indifférence, se détachent de jour en jour des liens de parenté, et finissent par s'arracher violemment eux-mêmes des bras de la mère-patrie.Le duel engagé, sous le drapeau des deux métropoles, entre les Anglo-Américains et les Canadiens-français, a été long, cruel et accablant pour les uns et les autres.Certes, le sort des premiers n\u2019était pas enviable durant la lutte, mais ils l'avaient voulue.N\u2019étaient-ils pas les agresseurs ?Combien plus dur le sort de nos ancêtres ! Leur pays sert toujours de champ de bataille L'invasion avec ses ruines, s'ajoute aux horreurs habituelles de la guerre, qui leur enlève jusqu'aux dernières gouttes de sang.Zoué le monde soldat ! Telle est la loi, chez nous, tandis que les colons anglais, après avoir fait face aux exigences de la situation, voient encore des bras employés aux travaux ordinaires de la vie.Il faut chez nous que la femme remplace l'homme aux champs pour éloigner la famine, pendant que la population mâle s'épuise lentement et glorieusement en des combats terribles.C'est le dévoue- EE AN A OT 466 LA REVUE NATIONALE ment qui lutte chez nous, avec des traits qui le hausse jusqu'à l\u2019héroïsme, car il pressent dans les dernières phases de la guerre de Sept Ans, l\u2019inutilité de ses efforts, que ses dernières victoires sont le prélude de l\u2019agonie suprême.O ! qu\u2019elle sera éternellement vraie cette observation de l'écrivain qui, après avoir étudié les luttes des Français aux Indes et au Canada, s\u2019écriait : \u2018\u201c Là, ce sont quelques hommes qui se distinguent ; \u201c ici, c'est tout un peuple qui se montre grand.\u201d A.-D.DrCrirrs. \u201c Enregistré conformément à l\u2019acte des droits d\u2019auteur.\u201d A TRAVERS LA VIE ROMAN DE MŒURS CANADIENNES PAR JOSEPH MARMETTE DEUXIÈME PARTIE DANS LE MONDE CHAPITRE III UNE.VOCATION C\u2019est en lisant les vers si patriotiques de Crémazie, les Anciens Canadtens \u2014 ce livre si original et si jeune d'un septuagénaire \u2014ainsi que la belle Histoire de Garneau, que Lucien Rambaud s'était senti la passion d'écrire.Cette évocation lumineuse du passé avait éclaté comme un météore dans son cerveau, lui ouvrant des horizons profonds, lui faisant entrevoir les épopées tour à tour glorieuses ou sombres, mais toujours grandioses, de notre Histoire.En étudiant Garneau, il avait aussi compris tout le parti qu'un poète ou un romancier pouvait tirer de nos merveilleuses annales.Le champ était aussi vaste qu'inexploité au point de vue des œuvres d'imagination.Il avait vu là dedans tout un monde de héros taillés à l'antique, attendant que le souffle d'un écrivain de talent les animât d'une vie nouvelle, en les jetant armés de toutes be i Zr Enns aa 168 LA REVUE NATIONALE pièces dans l'arène passionnante de la poésie lyrique, du drame ou du roman de cape et d'épée.Et dès lors, 1l avait commencé à vivre dans l'intimité de tous ces hommes qui nous apparaissent plus grands que nature, et que Garneau a su couler en bronze sur les tables d'or de l\u2019histoire canadienne.Mais avant d'arriver à connaître les particularités intimes de la vie de tous ces personnages, avant que de posséder des détails précis sur la vie d'autrefois, sur les mœurs et les usages des deux siècles passés, que d'études, que de lectures de tous genres ne lui fallait-il pas faire! De tout cela, il ne savait presque rien encore.Et puis, il lui restait a acquérir la forme, c\u2019est-à-dire le style nouveau, concis et correct, sans lequel il ne saurait naître d'œuvre viable.Son premier poème historique, publié à Montréal, lui avait bien causé tout d'abord cette griserie à laquelle ne résiste aucun jeune auteur.Mais le nôtre, lisant beaucoup, constamment même, eut bientôt fait de s\u2019apercevoir combien sa plume était inexpérimentée dans la science d'exprimer correctement, subtilement sa pensée.Alors, pour se former le goût et le style, il eut la bonne idée de lire Sainte-Beuve, Paul de Saint- Victor et Janin, ces trois maîtres, quoique dans un genre différent, de la critique moderne.En même temps, autant pour tempérer ce que l'étude exclusive de ces auteurs sérieux aurait pu avoir de trop absorbant, que pour développer les ressources\u2019 de son imagination et apprendre à donner de la vie, du corps, du brillant à ses créations, il menait de front la lecture des chefs- d\u2019œuvre de l'école romantique : l\u2019œuvre de Victor Hugo et d'Alfred de Musset, les romans mouvementés et si pleins de verve de Dumas, l\u2019incomparable Comedie kumaine de Balzac \u2014 le plus grand des romanciers d'analyse \u2014 les fantaisies paradoxales mais si finement ciselées de Gautier, les chevaleresques visions si délicatement exprimées d'Alfred de Vigny, les rêveries socialistes de George Sand \u2014 aussi intéressantes.qu'invraisemblables, mais toujours d\u2019une admirable correc- MARIE ITS Le me TES A EH Ee 4 HE EE ME RSA RO A A DE \u2018A TRAVERS LA VIE - 469 tion de forme \u2014 et bien d'autres productions de l'esprit dont I'énumération pourrait paraitre ici fastidieuse.Enfin, de temps à autre, pour se faire la main, et pour donner une issue au trop plein de son imagination surchauffée par tant de lectures, il publiait une pièce de vers, un essal, une chronique qui avaient déjà une allure de bonne compagnie et se présentaient assez bien dans le monde où ils ne demandaient du reste qu'à se produire.\u2014 Mais, nous dira-t-on, comment Lucien pouvait il faire à la fois son droit et se livrer à des études littéraires si suivies ?Nous sommes forcé d\u2019'avouer, hélas ! qu'il négligeait | beaucoup, par trop même, l\u2019étude du Code, et qu\u2019il se serait BR bientôt trouvé dans une situation critique et dans l'obligation de renoncer, pour-un temps du moins, à ses chères études littéraires, lorsqu'un événement des plus importants pour le pays vint permettre à Lucien de réaliser son rêve, longtemps caressé, d\u2019embrasser une carrière facile qui lui donnerait le \u2018 loisir de s'occuper, sans trop de contrainte, de la culture des lettres qu'il aimait passionnément.On était à l'été de 1867, et le pays allait changer de constitution.Les deux provinces unies du Bas et du Haut-Canada venaient de décider les provinces maritimes à s'unir à elles pour former la Confédération canadienne.Le gouvernement de la province de Québec avait à s'organiser, et nombre d'emplois publics allaient y être crés.Lucien, dont la famille avait rendu des services importants au parti qui avait élaboré et fondé la constitution nouvelle, se dit qu\u2019il avait grande chance d\u2019obtenir un emploi dans un ministère, pour peu qu\u2019on l\u2019y aidât et que son père voulût bien y consentir.Quand il fit part de son désir à M.Rambaud, celui-ci, qui avait rêvé une carrière plus brillante pour son fils aîné, qu'il savait heureusement doué \u2014-quoiqu\u2019il ne soupçonnât pas combien son fils avait jusque alors délaissé le droit pour la littérature, si peu rémunératrice en ce pays-\u2014se montra | d\u2019abord opposé aux projets de son fils.Mais Lucien insista { 470 LA REVUE NATIONALE tellement, promettant de ne pas moins se faire admettre au barreau, dans le cas même où 1l obtiendrait un emploi; il sut si bièn démontrer à M.Rambaud, chargé d\u2019une grande famille.que, si lui, Lucien, pouvait se caser dans l'administration de la Province, il ne serait plus à charge à son père, qui se pourrait dévouer plus entierement a I'éducation de ses autres enfants; il y mit tant de persistance et de persuasion, que son père finit par se rendre à ses instances, en y posant toutefois une condition.\u2014 Il faut souvent attendre longtemps les faveurs des gouvernants, dit-il à Lucien.Je ne puis t'accorder que trois mois pour réussir, c'est-a-dire trois mois de pension payée d\u2019avance, quand les vacances seront terminées.Si au bout de ce temps, tes démarches ne sont pas couronnées de succes, tu devras te préparer a embrasser la profession, qu'elle te plaise ou non.Lucien fut très heureux d'accepter ce compromis.Il écrivit aussitôt à M.Bergevin, ministre dans le gouvernement fédéral, qui, avec sa ponctualité restée légendaire, lui répondit immédiatement, et, en considération des services rendus au parti de la Confédération par la famille Rambaud, promit à Lucien de le recommander aux ministres de la nouvelle province de Québec.Le mois d'août s'écoula sans que Lucien entendît parler autrement de sa démarche.Afin d'en hâter le résultat, 1l partit pour la ville au commencement de septembre, lesté du léger poids de trente-cinq dollars, et se trouva un gîte dans les mansardes d\u2019une pension bourgeoise, rue Saint-Jean.Cette chambrette sous les toits était bien le nid traditionnel où tout auteur en herbe voit éclore les premiers nés de son imagination.Rambaud se mit tout de suite en chasse, à la poursuite du cher emploi qu\u2019il convoitait avec tant d\u2019ardeur.Son premier soin fut de se présenter chez M.Bergevin, qui l\u2019'accueillit avec bienveillance et lui dit l'avoir déjà fortement recommandé à M.Chauveau, l\u2019un des ministres provinciaux, qu\u2019il conseilla à Lucien d'aller voir sans délai. A TRAVERS LA VIE 471 \u2014 Et surtout, lui dit le bienveillant homme d'Etat, n'allez pas vous laisser décourager par les lenteurs et les retards.Permettez-moi de vous dire, moi qui m'y connais un peu que, quand on veut obtenir une faveur d\u2019un ministre, il faut y mettre tant d'insistance, une persévérance telle, que, n'efit- il pas d'autre raison, il finisse par se laisser gagner pour avoir la paix.Le conseil était aussi bon que désintéressé, et Lucien se promit de le suivre à la lettre.Appelé à la direction des affaires, par son éloquence, ses talents littéraires et ses services rendus depuis des années à la cause de l'instruction publique, M.Chauveau était alors dans la vigueur de l'âge et dans la plénitude de ses moyens.Se rappelant les difficultés qu'il avait dû vaincre lui-même pour arriver, presque complètement par la culture des lettres à la position brillante qu\u2019il occupait alors, il était rempli des meilleures dispositions envers les jeunes gens qui donnaient des espérances littéraires, et se sentait tout porté à faciliter le développement de leurs aptitudes, en leur donnant accès aux emplois publics, et en les mettant ainsi à l'abri des luttes stérilisantes contre les difficultés de la vie.Chacun se souvient de la belle part qu'il sut faire alors aux jeunes auteurs, dans la distribution des fonctions dont il pouvait disposer ; et il a dû avoir d'autant plus droit d'en être fier, que tous les jeunes talents auxquels il ouvrit si généreusement une carrière lucrative \u2014 à part ceux qu'une fin prématurée nous a trop tôt ravis \u2014 ont depuis fait large- gement honneur aux lettres canadiennes.Le ministre reçut avec bonté Lucien, dont il connaissait les premiers essais, l'interrogea sur ses aspirations, ses projets, et, le voyant plein d'enthousiasme, lui promit de l'aider de tout son pouvoir.\u2014 Seulement, lui dit-il en terminant, il va falloir que vous attendiez quelques semaines; car les différents départements de l\u2019administration provinciale sont encore loin d'être orga- RER RRR EO ah, EE a: ach A ANN 472 LA REVUE NATIONALE nisés.Mais ne perdez ni patience ni courage; je crois.qu'il y aura moyen de vous caser quelque part.Il sembla à Lucien, lorsqu'il revint à sa mansarde, qu\u2019elle était tout ensoleillée, bien qu'il fit nuit complète.| Les semaines qui suivirent, il les passa dans une attente fiévreuse.Deux ou trois fois il se présenta au bureau de M.Chauveau, et connut l\u2019ennui des longues et humiliantes.attentes dans l\u2019antichambre d'un ministre, au milieu des solliciteurs ennuyés et ennuyeux.La dernière fois qu'il obtint audience du premier ministre, celui-ci l'assura que son affaire était en bonne voie, tout en lui laissant comprendre, par l'empressement qu'il mit à le congédier, que ses visites se faisaient un peu fréquentes.Lucien, très délicat et fort timide, s'en aperçut et sentit son angoisse s'accroître à mesure qu'il lui semblait voir diminuer ses chances de réussite.Cependant, avec le temps qui s'écoulait, s'en allait aussi les faibles ressources que lui avait laissées son père, et il voyait arriver avec terreur le jour de l'échéance de son deuxième mois de pension, après lequel il lui faudrait reprendre l'étude ardue de la loi, et dire adieu à ses beaux rêves, d\u2019une existence vouée presque exclusivement à ses chers travaux littéraires.Pour dompter l'énervement que lui causaient ses angoisses croissantes, il s\u2019en allait errant par les rues dès le matin jusqu\u2019à la nuit, cherchant autant la détente de ses nerfs que l'ombre d\u2019une espérance toujours fugitive.Le matin du 30 octobre éclaira mélancoliquement la mansarde de Lucien, qui, en ouvrant les yeux sur un jour terne d'automne, sentit aussitôt son cœur se serrer à la pensée que c'était I'avant-dernier jour du délai fixé par son père.Sa pension payée le lendemain, il ne lui restait plus qu'un écu, et la perspective de continuer ses ennuyeux tête-à-tête avec le Code et linsipide littérature des factums et des déclarations.I] passa une journée d'affaissement désespéré. A TRAVERS LA VIE 473 Dans l'après-midi, comme il s\u2019en allait tête basse dans la rue Saint-Jean, frôlant sa désolation contre la gaieté insolente des promeneurs.qui encombraient les trottoirs, il se vit arrêter par Etienne Franquart, une nouvelle connaissance qui devait devenir bientôt son plus intime ami.Franquart était un beau garçon de vingt-quatre ans, grand, brun, le front élevé, l'œil noir pétillant d'intelligence, la moustache en crocs, portant haut sa belle tête et faisant résonner fièrement le pavé de son talon nerveux, tout comme s'il eût encore porté ses éperons d'officier d'ordonnance.Car il était récemment revenu des Etats-Unis, où il s'était bravement battu.Il avait fait toute la campagne, et était revenu au pays après avoir reçu deux blessures.Guéri du goût des aventures, il avait pour toujours accroché sou épée au chevet de son lit, et s'escrimait maintenant gaillardement de la plume pour se faire un nom dans les lettres.Un récit attrayant de ses pérégrinations, qu\u2019il publiait en ce moment dans une revue, et qui était écrit avec une verve et une chaleur de coloris alors tout à fait inusités en ce pays, attirait beaucoup l'attention sur Franquart.Lui aussi briguait un emploi, dans la nouvelle administration, et faisait souvent antichambre chez les nouveaux ministres.\u2014 Eh bien ! dit-il à Lucien, qui l'avait mis au courant de ses propres démarches, avez-vous des nouvelles ?\u2014 Non, répondit piteusement Rambaud.Et vous ?\u2014 Pas d'avantage, mon bon ; et je suis à la veille de faire imprimer, avec le dernier dollar qui me reste, un écriteau portant ce fragment poétique de Dante : /lasciate ogmz speranza, et de le clouer à ma porte, pour me bien dégoûter de la convoitise des emplois publics en général, et de la culture des belles-lettres en particulier.Quand je dis belles, remarquez bien que je n\u2019ai pas l\u2019arrière pensée de croire que ce soit pour nous, sauvages du Canada, que ces grandes dames se mettent en frais de séduction ; car Dieu sait que si nous leur faisons de loin la cour, ce ne peut être, certes, qu'avec les sentiments les plus désintéressés ! RUN ex AANCAR AR Oe acte ARGO AR OGODES dir ac ee a 474 IA REVUE NATIONALE Ils montaient la rue de la Fabrique.Franquart, d'une gaieté à toute épreuve, continuant ses blagues contre le destin, le gouvernement et la littérature, était en train de citer à Lucien, qui ne la connaissait pas encore, cette boutade de Gozlan sur les deux vers de Racine : Aux petits des oiseaux Dieu donne la pâture, Mais sa bonté s\u2019arrête à la littérature.quand ils virent s'approcher Célestin Vachon qui sortait du bureau de son journal.D'aussi loin qu\u2019il les vit venir, il se mit à leur faire des gestes réitérés avec ses longs bras maigres.\u2014 Que diable a donc Vachon ?dit Franquart, qui connaissait, comme tout le monde, les idées terre à terre du journaliste avocat.On dirait une volaille qui voudrait s'envoler au ciel.\u2014 Tous mes compliments, messieurs, tous mes compliments ! Leur dit Vachon, en abordant les deux compagnons.\u2014 Oui, il y a de quoi! repartit Franquart; nous sommes.dans le noir jusqu'au cou, Rambaud et moi.\u2014 À quel propos nous félicitez-vous donc ?s\u2019écria Lucien qui, toujours à l'affut d\u2019une bonne nouvelle, sentait son cœur battre convulsivement.\u2014 Mais à cause de votre nomination, que je viens de consigner dans mon journal.| \u2014 Hein ! quoi ! s'exclamèrent à la fois Franquart et Ram- baud.| \u2014 Mais oui, Vous, Franquart, vous avez un emploi de huit cent dollars à la Chambre ; et vous, Rambaud, un de six cents au Ministère des Terres.; \u2014 Dites donc, Vachon, parlez-vous sérieusement, lui demanda Franquart, tandis que Lucien, par le fait de la surprise et de la joie, restait bouche bée.\u2014 Très sérieusement, comme toujours, reprit Vachon; je viens de recevoir, du premier ministre lui-même, la liste A TRAVERS LA VIE 475 des nominations qui ont été faites hier à la dernière réunion du Conseil.Vos noms y figurent en toutes lettres.Le journal doit être imprimé maintenant, voyez-le plutôt.Quelques pas les amenèrent en face de l'imprimerie où ils entrèrent tous trois.\u2014 Le journal est-il prêt ?demanda Vachon avec toute l'autorité du rédacteur en chef.\u2014 Oui, monsieur, répondit un apprenti en lui tendant une des feuilles encore humides qu\u2019il portait à bras tendus.D'un coup d'œil Vachon parcourut le journal et indiqua du doigt aux deux amis le paragraphe relatif à leur nomination.Et puis, toujours pratique : -\u2014 Voici une nouvelle qui vaut bien un verre?.\u2014 Oh! deux méme, Vachon de mon cœur! s\u2019écria Franquart.Allons chez Laforce célébrer ce bel événement.Tandis qu\u2019ils se dirigeaient vers le Chien d'Or, Célestin Vachon, cédant au besoin \u2014 naturel à sa nature envieuse\u2014 de jeter de l\u2019eau froide sur le bonheur de ses deux compagnons, leur disait, tout en les félicitant d\u2019un air pincé : \u2014 Eh bien! vous voila donc casés, vous autres.Tant mieux pour vous! Quant à moi, je vais continuer d'attendre les clients qui semblent se donner le mot pour ne pas entrer dans mon bureau, et d'écrire de la littérature de gazette pour un dollar par jour\u2014le salaire d\u2019un ouvrier ! \u2014 qu\u2019on ne me pale pas régulièrement, encore ! Tandis que vous vous gobergerez tout d'abord, je vais, moi, m'user quelque temps encore les dents sur le bifteck de la vache enragée.Mais j'espère que le jo:irnalisme et la politique aidant, vous me demanderez, dans dix ou quinze ans d'ici, des augmentations de traitement.\u2014En attendant que vous nous les refusiez, que prendrez- vous avec nous ?demanda Lucien, qui jeta négligemment son dernier écu sur le comptoir.JosepH MARMETTE.(à suivre) MONTRÉAL ET TORONTO Quand Madame Malaprop disait que: \u201ccomparisons are odorous,\u201d elle émettait une idée plus juste que le proverbe quelle.écorchait.les comparaisons sont odieuses quand elles sont inspirées par un manque de charité, mais elles sont parfois odorous, en poësie, par exemple, comme dans la vieille chanson : mey love 25 like @ red, red rose.\u201d Ainsi, en faisant aujourd\u2019hui une légère esquisse, dans laquelle les villes de Montréal et de Toronto sont comparées, sous certains aspects, nous allons nous efforcer de justifier la version que madame Malaprop donne au vieux proverbe, en ne faisant ressortir que les points saillants, qui distinguent nos deux grandes cités canadiennes.La topographie des deux villes présente, de part et d\u2019autre, de remarquables points de ressemblance.Toutes deux sont construites sur le penchant d\u2019une colline, dont les pentes sont traversées par les rues principales; toutes deux ont leur front incliné sur la grande route humide, qui relie le lac Supérieur à l'Océan ; toutes deux sont enveloppées par de fertiles terrains de culture enfin, toutes deux ont à leur porte une île magnifique, utilisée comme lieu d'agrément et séjour d'air vivifiant et pur.La rue Sherbrooke, de Montréal, répond à la rue Bloor, de Toronto, par son cachet et sa situation, de même que la rue Saint-Laurent de la première correspond à la rue Yonge de l'autre.Les rues Sainte-Catherine et Queen sont tellement MONTRÉAL ET TORONTO 477 semblables qu'elles pourraient être superposées l\u2019une sur l\u2019autre sans écarts notables.Les deux plus grandes et plus anciennes églises de chaque endroit, Notre-Dame et King, sont situées dans les deux principales rues du commerce de détail; chacune est l\u2019église paroissiale de la ville, quoique toutes deux portent habituellement le titre de cathédrale.A cause des conditions climatériques, la population de la plus ancienne ville est de beaucoup plus dense que dans l'autre; Montréal, avec 275,000 habitants, occupe une surface de terrain plus restreinte que Toronto, dont la population, quoique inférieure en nombre, s'étend sur une superficie bien plus vaste.: Cette agglomération intense, à Montréal, est due au sys- tême de construction des habitations, qui se collent les unes aux autres, s'entassent étage sur étage, contenant toujours de nombreux ménages, sur un espace relativement très étroit.À l'instant où J'écris, mon œil se repose sur une de ces maisons massives, où vingt-huit familles s'empilent sur une base de 15,400 pieds carrés, à peine 550 pieds pour chaque famille, avec une moyenne de 110 par personne, si nous admettons cinq individus par ménage.| A Toronto, il n'y a pas une seule habitation si peu fournie d'air et d'espace, et, cependant, ces logements de Montréal, dont nous parlons plus haut, sont habités par des citoyens à l'aise, occupant dans la société des positions lucratives, soit comme marchands, soit comme membres du clergé, soit comme hommes de profession.Il est évident qu\u2019une pareille agglomération de logements, \u2018sur une superficie aussi minime, entraîne une absence presque totale de cours et de dépendances.La majorité des habitants sont perchés aux étages supérieurs, qu'ils atteignent au moyen de grands escaliers, vivant là comme des oiseaux dans leurs cages.Vu le prix de location assez élevé, nous devons cependant conclure que ces logements sont confor- 32 rT.478 LA REVUE NATIONALE tables, mais ne s'en suit-il pas, quand même, un grave inconvénient pour les enfants, privés ainsi d'emplacements pour les ébats si salutaires et si naturels à leur âge.D'un autre côté, l\u2019air de ces habitations élevées est évidemment plus pur, mais cela nous paraît être, somme toute, une compensation insuffisante pour le manque de terrain solide.Aussi, ces constructions compactes ont-elles amené la municipalité à créer une foule de petits squares publics, de Jardins frais et bien gazonnés, qui donnent à Montréal, un aspect fort coquet.Il fait bon voir là tout notre petit monde s\u2019ébattre dans les allées ombreuses et savourer à l'aise les plaisirs de l'enfance, qui leur sont refusés chez eux.Sous ce rapport, Toronto a été moins prévoyant, mais en revanche, nous trouvons là un grand nombre de parterres de famille, d\u2019un très joli effet.Nous croyons que ces particularités de l'habitation de nos.deux grandes villes ont eu une certaine influence sur la vie domestique de leurs habitants.L'hospitalité, à Montréal, est plus grave, plus collet-monté qu\u2019à Toronto, où le voisinage est familier, les visites, plus simples et les rapports quotidiens, empreints d'un certain laisser-aller bon enfant.Ce n\u2019est pas que notre population montréalaise soit insensible aux douceurs des relations intimes, mais c\u2019est bien plutôt dû à l\u2019ennui qu'éprouve le visiteur à entreprendre l'ascension de cinquante, soixante et parfois quatre-vingt marches pour atteindre son but.En face d\u2019une tâche pareille, il hésite souvent, se fait plus rare, et, ses visites, s'espagant, deviennent, par là)même, plus sérieuses, plus guindées.: | Les étrangers se plaignent un peu des.difficultés qu'ils ep TINIE Ei MOLMCMIMIIICIMN MONTREAL ET TORONTO 419 éprouvent à pénétrer, à Montréal, dans ce qu'on appelle la société.Ceci se voit partout, principalement dans les villes anciennes comme la nôtre, où les familles, s'étant liées par le mariage, finissent par avoir chez elles un vaste cercle de relations, qui leur suffit et les empêche d'éprouver un trop vif désir d\u2019en étendre les limites, avec des connaissances nouvelles.Aussi bien, il est assez risqué de potiner en famille chez nous, car on s'expose grandement à trouver dans les salons des parents des personnes dont il est question.Cependant, nous dirons que ce genre vzetlle famille, avec une teinte d\u2019aristocratie, est très circonscrit et ne s'étend pas au monde des affaires, qui, à Montréal, est aussi affable et aussi facile d'accès, qu\u2019il est intelligent et entreprenant.La richesse engendre nécessairement l'orgueil, mais cet orgueil est plus supportable chez les familles de richesse ancienne que chez les parvenus ; et, quoiqu'il en soit, je m\u2019abstiendrai d'employer l'arme facile du sarcasme et de la critique.En effet, je me sens désarmé, quand je vois l'hôpital Victoria \u2014 que j'admire de ma croisée \u2014 et les magnifiques établissements de McGz//: deux institutions créées de toutes pièces, au moyen de donations particulières.La critique des travers de la richesse tombe devant de pareilles œuvres pour ne laisser place qu\u2019à l'admiration et à la reconnaissance.Toronto n\u2019a pas été aussi favorisé que nous, sous ce rapport, mais nous devons nous rappeler que la Queen City ne possède pas d'aussi grandes fortunes que Montréal.Cependant, Toronto a d'excellentes institutions de charité qui sont sur un pied d\u2019égalité avec les nôtres.et, nous sommes à l'aise, pour affirmer que les deux métropoles canadiennes se ressemblent ici, de tous points.Notre cher Canada a tout lieu d\u2019être fier de ses deux cités, qui tiennent un excellent rang parmi toutes les villes du monde où la charité est en honneur. 480 LA REVUE NATIONALE - Sous le rapport de l'éducation, nous avons, ici et là, des différences fondamentales dans le système employé, mais l'étude en serait trop longue pour le cadre d'un article.Nous dirons cependant que Montréal et Toronto offrent de très grands avantages scolaires, dont les résultats, dans la pratique, sont à peu près identiques ; mais, nous donnerons la palme à cette dernière pour sa biblithèque publique, unique en Canada.Les habitants de Toronto sont à juste droit fiers de leur bibliothèque et il est regrettable de constater que Montréal ne possède aucune institution de ce genre.Les causes peuvent en être attribuées à ce que la population est composée de deux races et qu'une bibliothèque publique aurait à se garnir des œuvres des deux littératures.Il y aurait encore ici d\u2019autres causes à étudier, mais 1l serait oiseux de le faire, car la controverse là-dessus serait hors de propos, ou tout au moins inutile.Seuls, ceux qui sont familiers avec la manière de vivre dans chacune des provinces-sœurs, peuvent, avec connaissance de cause, parler de cette fameuse question de race, à laquelle nous venons de faire allusion.Des préjugés existent de part et d'autre, de la jalousie, de la mauvaise volonté également, mais ceci provient généralement d'une absence de fréquentation mutuelle.Dans notre pays, l'anglais et le français ont cependant beaucoup de points de contact, où ils se rencontrent, se comprennent et s\u2019apprécient.D'ailleurs, la nature humaine a imposé à tous les peuples des lois, qui leur sont communes, et les vertus et les faiblesses que j'ai pu constater chez les deux races principales qui se partagent notre sol, ne sont l'apanage d'aucune.Par exemple, les marchands français sont plus avenants que les marchands anglais.Nous avons souvent visité plusieurs gree er MONTRÉAL ET TORONTO 181 établissements, dans le but de constater ce fait, et, toujours, un :-\u2014 merce beaucoup, monsteny ! tres poli, avec un salut gracieux, nous accompagnait jusqu'à la porte, qui nous était ouverte avec courtoisie.C\u2019est là une particularité que nous n'avons jamais observé chez un marchand anglais.Cependant, cette politesse n'est pas précisément une vertu exclusive de race, car, nous nous rappelons très bien que le gérant de la banque, où nous étions comme jeune homme, avait l'habitude de reconduire les clients en les saluant très bas.Je croirais plutôt que les français conservent précieusement les vieilles manières, que nous, anglais, avons quelque peu oublié.À Toronto, il n'y a qu\u2019une seule langue; ici, à Montréal, presque tous parlent les deux langues, jusqu'aux ouvriers, cochers, messagers, domestiques, etc.Ce qui nous étonne le plus, c\u2019est de voir qu\u2019un canadien-français, même sans instruction, puisse parler l'anglais aussi facilement, souvent sans accent aucun, comme si c'était sa langue naturelle.Pour bien nous rendre compte jusqu'à quel point la langue anglaise était parlée dans les quartiers français, nous avons visité plus de cent magasins, et nous avons trouvé que quatre-vingt vendeurs parlaient l'anglais couramment et que plus de la moitié avaient un accent très pur.Nous devons cependant dire que les femmes apprennent l'anglais moins facilement que les hommes.Et cela se comprend par l'isolement de la femme canadienne-frangaise, que ses occupations tiennent loin des fréquentations anglaises.Ainsi que nous le disons plus haut, les rapports mutuels adoucissent les froissements de race et nous voyons qu'il existe peu de sentiment anti-anglais à Montréal, où ces rapports sont fréquents, tandis que Toronto est relativement anti-français.Les français canadiens me paraissent posséder, non seulement les qualités de politesse et de sympathie, mais encore un grand fond de philosophie patiente, qui les met bien au- dessus des préjugés insulaires de l'anglais. 482 LA REVUE NATIONALE La différence la plus marquante, entre les deux races, se remarque aux hustings, principalement.Les français ont évidemment été dressés à parler en public ; ils possèdent tous un genre excellent d'éloquence, mais si uniforme qu'il en est monotone à la longue.Tous ont les mêmes gestes, les mêmes poses, les mêmes intonations, les mêmes habilités oratoires.Qui en entend un, entend tous les autres, sauf, bien entendu, certaines exceptions.L\u2019anglais est plus personnel, moins imitateur.Son art est nul, mais comme chacun parle à sa manière, il est peut-être moins habile mais assurément plus guelqu'un pour l'auditeur.Toronto n\u2019a certainement pas un orateur contre douze que possède Montréal, mais, je me figure que les anglais préfèrent le son naturel d\u2019une parole humaine à la musique banale d'une voix toujours sonnée au même diapason.\u2014 \u201c Chacun son goût.\u201d Une autre particularité de la race française, c'est la beauté et le charme troublant des femmes.En outre, l'amour des enfants, la dévotion à la vie de famille, la joie naïve ressentie dans les relations domestiques, sont autant de choses délicieuses et honorables à constater.Le cœur le plus francophobe se sentirait ému et plein de sympathie à la vue d\u2019une famille canadienne-françaisé, qui se livre à un pique-nique intime.Au lieu de s'isoler comme cela arrive fréquemment chez les anglais, on voit toujours les français se réunir en groupes de parents et s'amuser tous ensemble, femmes et hommes, en n\u2019oubliant pas les vieux, qui sont de toutes les fêtes.Ils se groupent tous d'une manière patriarcale et avec une simplicité affectueuse, très attendrissante et pleine de douce bonhomie.Si Toronto possède peu de ces qualités familiales, il peut cependant s\u2019enorgueillir de ce qui manque beaucoup a Montréal, c\u2019est-à-dire, d\u2019un esprit public très éveillé, d'un intérêt profond dans toutes les questions importantes, d\u2019un grand sens d\u2019individualité et d'indépendance.Jean-Baptiste courbe un peu trop l\u2019échine en face de ses AR TNT TES MONTRÉAL ET TORONTO 183 gouvernants, supportant trés débonnairement les grosses charges que lui imposent ses maîtres audacieux ; John Bull, lui, grogne toujours, montre les dents, et, il enverrait ses chefs à tous les diables, s'ils dépassaient un peu trop les limites d'une exigence modérée.Montréal, jusqu'à ce jour, a beaucoup souffert de la patience de ses habitants, par contre Toronto a été souvent la victime des exigences impatientes de ses citoyens.Le canadien-français est en outre un peu dépourvu de la vertu d'association et d'entreprise.Il se cantonne dans le statu-quo, frisant l'indifférence à la chose publique pratique, tandis que l'anglais a presque toujours l'esprit en éveil à la recherche d'un groupement de forces et d\u2019une amélioration.Le français se passionne pour une vétille politique, l'anglais recherche le pratique avant tout.Quoiqu'il en soit, le Dominion est à juste titre fier de ses deux races et de ses deux cités, qui, sous tous les rapports, appellent l'attention et l'étude.Les générations vieilles et jeunes s\u2019améliorent et s'intéressent davantage à leur sol, avec un adoucissement dans les rapports mutuels.Montréal, en ce sens, dénote un esprit plus large qu'il serait désirable de voir Toronto acquérir le plus tôt possible.Le Canada a le droit d'attendre de ses deux grandes cités, des efforts qui permettront de combler complètement les vides des éloignements de races, par une émulation saine, par une fécondité de travail mutuel, dont les résultats prouveront au monde entier que le Canada est peuplé par les rejetons des deux peuples les plus glorieux du monde entier.Joux HAGUE. CHRONIQUE DE L'ÉTRANGER L'importance des évènements universels, durant le mois.dernier, n'a pas dépassé la moyenne d'une honnête médiocrité.Le printemps, qui, généralement, amène partout une effervescence parfois inquiétante, s\u2019est montré, cette année, d\u2019une tempérance de gestes et de faits vraiment recommandable.J'ai souvenance d\u2019avoir assisté, en Europe, a I'éclosion de bruits de guerre, au réveil menaçant d'anarchistes, à des prophéties de calamités effroyables, qui concordaient infailliblement avec la naissance des bourgeons et des fleurs.Il était toujours question de guerre entre la France et I'Allemagne.Et, cette année, par une coïncidence ironique, le printemps nous apporte la nouvelle incroyable d'une alliance entre ces deux pays.C\u2019est là un évènement rassurant pour les humanitaires, mais bien contrariant pour les militaires français et allemands, qui tous, en général, désireraient une bonne guerre, avec ses résultats de désastres, de morts, de gloire et d'avancement.Car, pour le soldat, si on ne tue personne, c'estla nzorée-sazson ; au contraire, la récolte est bonne, quand la mort passe en ouragan.En Angleterre, le parti ministériel est soumis à une dépression alarmante.Les députés libéraux s'égrènent, résignent CHRONIQUE DE L'ÉTRANGER 485 ou abandonnent leur parti.Quelques élections partielles ont remplacé des libéraux par des conservateurs, et la majorité du gouvernement se trouve, en ce moment, réduite a dix.C\u2019est assez maigre pourun ministère qui désire être fort.La maladie de Lord Roseberry est certainement pour beaucoup dans cette espèce de crise.Pas de chef en tête, une armée est vite mise en déroute.Le premier ministre anglais est presque toujours absent, et, quand il est à son poste, tous le trouvent très faible.Dernièrement, il eut une aventure pénible.Au beau milieu d\u2019un discours, il perdait subitement la mémoire, balbutiant des mots inintelligibles.et, finalement, après avoir été remis sur la piste, par le bienveillant concours d\u2019un collègue, il terminait sa harangue avec beaucoup de peine.Cet évènement a eu un grand retentissement en Angleterre, où il a été très commenté.Il est à penser que Lord Roseberry se retirera bientôt du pouvoir.En politique comme en choses militaires, il faut de la jeunesse, de la force et de la santé.L'âge et l'expérience sont deux bien belles qualités, mais ne remplacent pas tout- à-fait les autres.Le gouvernement anglais vient de remporter une victoire éclatante sur la République de Nicaragua.Celle-ci, ayant maltraité des sujets anglais, la Grande-Bretagne lui faisait de suite de vives protestations, en ajoutant une demande d'indemnité assez ronde.Nicaragua se fit tirer l\u2019oreille, refusa d\u2019abord avec fermeté, mais quelques centaines de matelots anglais, ayant pris possession d'un de ses ports, elle dut céder et payer.C\u2019est là un beau succès diplomatique et militaire.Mais, dira-t-on, l'Angleterre ne doit pas s'enorgueillir outre mesure d'avoir mâté un si petit pays. 486 LA REVUE NATIONALE Tout doux.Il ne faut pas croire que les petits pays sont faciles à abattre ; c'est le contraire qui est vrai.Forts de leur faiblesse, ils s'attaquent aux grands comme le roquet s'acharne sur le bouledogue.Un froncement de sourcil, les grosses dents et les avis ne servent souvent de rien, et il faut parfois frapper dur pour avoir raison.Puis, les grands craignent les commentaires des voisins, et ils hésitent avant de porter des coups aux faibles.Ainsi, c'est la faiblesse même des petits peuples qui fait leur force, les rend audacieux et agaçants et les porte à braver tout le monde.Il faut donc souvent une bonne fouettée pour les ramener à l'ordre.| C\u2019est ce que l'Angleterre vient de faire à Nicaragua.Ca manque peut-être de prestige, mais c'est très pratique.Après tout, si l\u2019on tient à voir dans cet événement autre chose qu\u2019une victoire éclatante pour le gouvernement anglais, je ne suis pas assez entiché de mon opinion pour l\u2019imposer à mes lecteurs.En extrême Orient, la Grande-Bretagne n'a pas été aussi heureuse.Elle a voulu supporter le Japon, mais elle a raté son affaire.Et aussi, l'alliance de la Russie, de la France et de l\u2019Allemagne n'était pas une chose à dédaigner, un peu plus difficile à vaincre que Nicaragua.Le Japon, très prudent quoique très brave, a cru devoir céder aussi, mais non sans obtenir une compensation en argent.Les japonais, dans toute cette affaire de guerre et de traité de paix, ont fait preuve d'une grande valeur militaire et d\u2019une adresse diplomatique incontestables.Voilà un pays maintenant qui a une belle place au soleil.J'avouerai que les résultats de cette guerre orientale me surprennent quelque peu, car mon opinion première était que les japonais battraient les chinois au début, et qu'ils finiraient par succomber à la longue en face des masses nombreuses de leurs ennemis. CHRONIQUE DE L'ÉTRANGER 487 Mais ils ont mené les choses si rondement que leurs adversaires ont perdu la tête et tout lâché.Allons, tant mieux, car il n\u2019y a certainement pas lieu de s'attrister là-dessus.On pourrait se demander quels motifs ont poussé les trois grandes nations européennes à entraver le Japon dans ses affaires.| Je vois très bien l'intérêt de la Russie, qui aurait eu un voisin remuant et par là même gênant.Je conçois également l'inquiétude de la France, \u2014 à un degré moindre cependant \u2014 à cause de ses possessions de l'Indo-Chine.Mais l'Allemagne, où sont, dans tout ceci, les causes qui ont pu la guider ?Je n\u2019en vois aucune bien claire, et j'incline à croire qu'elle a voulu simplement faire risette à la France et à la Russie.A la France, elle est reconnaissante d'avoir accepté son invitation de Kiel, et, à la Russie, elle a tenu à lui prouver qu\u2019elle n\u2019avait pas été offusquée de son rapprochement avec l'Angleterre, à la suite de la visite du prince de Gallès, au mariage du czar.La chose la plus évidente, c'est que l'Angleterre a perdu Jà une grande bataille diplomatique.C\u2019est partie remise pour elle, assurément, car la Grande- Bretagne n\u2019a pas l'habitude de jeter ses cartes après une partie malheureuse.Mais, n\u2019en est-il pas moins vrai, qu'elle a laissé, en cette affaire, un fort gros enjeu.Et c\u2019est la paix universelle qui bénéficie de tout ça.Il me faut bien encore dire un mot de cette malheureuse affaire d\u2019Oscar Wilde.Elle vient d'avoir un pendant assez attristant pour deux membres de l'aristocratie anglaise.PTIT EIRE 488 LA REVUE NATIONALE Les nobles sont certainement de la même pâte que les autres hommes, avec leurs faiblesses et leurs travers, mais ils ont l'inconvénient d'être plus en évidence.Leurs moindres actes prennent de suite une réelle importance.Ainsi, quand on voit le père et le fils se battre à coups de poing, dans les rues de Londres, j'en appelle à tous, c'est bien pénible.Et quand ce père et ce fils portent les noms de marquis 1 de Queensberry etde Lord Douglas, cela devient absolument i inacceptable Il me semble qu\u2019ils auraient pu régler leurs différents un peu plus intimement et ne pas mettre le public 2 de Londres dans leurs secrets.Le père a eu le dessus en administrant à son fils un admirable coup de poing, qui fait honneur à la boxe anglaise et 9 qui a laissé un classique black eye à Lord Douglas.8 En face de pareils ébats, je me réconcilie quelque peu avec a le duel, quoique je ne le trouve pas recommandable entre un père et son fils.Ces remarques peuvent paraître ironiques, au premier abord, mais je m'en défends bien, et d'ailleurs, si le marquis de Queensberry et Lord Douglass ne s'étaient pas battus à coups de poing dans les rues de Londres, je n\u2019en aurais 8 évidemment rien dit.Ce sont eux qui ont commencé.% Toute cette affaire n'a pas une très grande importance d'ailleurs, et nous aurions bien tort de nous y arrêter trop 3 longtemps.En concluant, constatons que l'Angleterre n'a pas été heureuse pendant le mois dernier, mais je ne suis pas inquiet pour elle ; je sais qu'elle prendra sa revanche.En France et dans le reste de l'Europe, nous trouvons peu d'évènements saillants.Le président Faure semble devenir de plus en plus popu- CHRONIQUE DE L'ÉTRANGER 489 laire.Il exerce ses fonctions de chef de l'Etat avec un tact parfait.Dans sa visite au Havre, il s\u2019est montré très courtois envers l'Angleterre, qui lui avait envoyé un vaisseau de guerre pour le saluer.A bord de /\u2019Australza, 1 a été admirablement reçu par l'équipage, à qui il a parlé en anglais.Cet incident de parler l'anglais à un équipage anglais, à bord d\u2019un navire anglais, a même été la cause de certains commentaires de la part d\u2019une partie de la presse française.Il paraît que parler anglais manquait aux traditions, la langue française étant la seule officielle dans le monde des diplomates.Ceci me parait un peu puéril, et j'aime à croire que l'incident ne vaut guère la peine 7u'on s'en occupe outre mesure.Le Souverain Pontife, Léon XIII, a adressé une lettre magistrale au peuple anglais.Poursuivant sa politique de conciliation, avec une persistance qui ne s'est jamais démentie, il a conseillé aux chrétiens anglais de rentrer dans le giron de l'Eglise Catholique romaine.Ce document est encore l'objet de l'attention générale en Angleterre, où il a été accueilli avec une sympathie respectueuse, qui fait bien augurer pour l'avenir.Le Souverain Pontife, ayant déjà réconcilié la France républicaine avec l'Eglise, pourrait bien réussir à réunir sous son sceptre tout les nations chrétiennes du Globe.A Cuba, on bataille pas mal, d'après les dépêches.Mais il est bien difficile de se débrouiller dans ce dédale de contr: dictions, qui nous arrivent du théâtre des opérations.[RONAN déRS SG 0R0S ai at O SOS SA AO0S RS DOUTE 490 * LA REVUE NATIONALE Les deux partis, à tour de rôle, réclament l'avantage, et, les chefs des révoltés, tués aujourd'hui, renaissent demain de plus belle.Le maréchal Martinez de Campos, l'homme de guerre le plus éminent d'Espagne, a promis formellement d'écraser le mouvement dans l'œuf.Mais, il y a souvent loin de la parole a lacte.Et l'œuf semble avoir éclos, avec une nuée de poussins, qui ont la vie dure.Il faut avouer que cette malheureuse ile de Cuba est assez à plaindre.Périodiquement, elle est la victime d'une de ces commotions nationales, dont les résultatssont toujours désastreux, et la convalescence, longue et laborieuse.I est certainement difficile de se faire de loin une opinion saine sur les causes, qui amènent ces révoltes fréquentes, mais toutes mes sympathies vont droit aux cubains.Cette coloniè paraît être le récipient, où mijotent toutes les ambitions du fonctionnarisme et du militarisme, avec leur cortège inévitable d\u2019injustices et souvent de malversations.Cuba est mûre pour l'indépendance et nous serons heureux le jour où ce sera un fait accompli.La question de T'erreneuve vient d'entrer dans une nouvelle phase, qui n'est pas faite pour plaire à un observateur consciencieux.J'ai souvent eu l'occasion d'exprimer ici et ailleurs les sympathies que j'éprouve pour ce plucky petit peuple.Pauvre, misérable, perdu dans les froids et les brumes, il lutte vigoureusement contre les éléments et l'étranger.Ayant à peine de quoi vivre, À se voit encore soumis à des servitudes, qui lui arrachent la plus grande partie de sa subsistance.{ Et puis, ce qui arrive infailliblement quand il y a de la gêne dans la maison, on se querelle.orem rm rer \u2014 CHRONIQUE DE L'ÉTRANGER 491 Les luttes politiques récentes, à Terreneuve, ont été particulièrement vives et acrimonieuses.La-dessus, sont venus se greffer de grands désastres financiers, où les plus solides maisons de banque et de commerce ont sombré.En face de difficultés inextricables, le gouvernement a songé à s'annexer au [Dominion canadien, et dernièrement, il envoyait à Ottawa, une délégation, avec pleins pouvoirs de traiter.Le gouvernement canadien leur fit un accueil parfait et leur offrit des conditions d'union très acceptables.Terreneuve ne se montrait pas satisfaite et répondait par des contre-propositions un peu exagérées.Elle voulait simplement entrer dans la Confédération sur un pied d'égalité avec les autres provinces, sans tenir compte de l\u2019état d'infériorité temporaire, où ses malheurs financiers domestiques.devaient nécessaiment la mettre chez nous.Sur le refus d'Ottawa d'accepter ces nouvelles conditions, voilà qu'un délégué terreneuvien se promène maintenant de ville en ville, aux Etats-Unis, sollicitant, ici et là, un emprunt pour parer aux choses.Ce procédé de Tl'erreneuve n\u2019est pas fait pour augmenter la sympathie, qu'elle trouvait généralement chez nous.Bien au contraire, il contribue grandement à refroidir ceux qui lui étaient favorables et à rendre antipathiques, les indifférents.Mon Dieu, si Terreneuve ne veut pas venir a nous, qu'elle aille se faire écorcher ailleurs.J.-D.CHARTRAND.RR HHH HRN RKC RFU HIRI ITN FU NIC SS SPL TIT FUE SL PAGES DE LA VINGTIÈME ANNËE LLE cacha sa tête entre ses mains et s\u2019écria : \u2014 \u201cMon Dieu! Que je suis malheureuse ! Je l'aimais tant.Puis, elle éclata en sanglots.\u2014 \u201c Chère enfant! murmurai-je, déposant un baiser sur ses cheveux, tandis qu'au fond de mon âme vibrait lugubrement ce chant : SS \u201c Oui, j'ai souffert! oui! Jai pleuré! Comme toi, le cœur déchiré, Enfant, je connais la souffrance! Angéline, je l\u2019avais vue grandir.J'étais son aînée ; pourtant elle sattacha à mes pas.Elle était toute d\u2019impulsions, de naïveté, de tendresse : un rien la faisait rire ou s'attrister.Elle chantait devant un oiseau, une fleur, un pur rayon de soleil, \u2014 un vieillard, un malheureux, un pauvre la faisait pleurer.Noble intelligence, éducation soignée, minois gentil, elle possédait beaucoup pour enchaîner les cœurs.Elle avait rencontré Paul au bal.Joli garçon, élancé, gracieux, il avait toutes ces qualités qui font le beau danseur et le spirituel causeur.De sa naissance étrangère, il avait conservé toute la distinction de manières, puis, ce léger et doux grasseyement dans le langage qui fait qu\u2019on écoute encore quand lw voix s\u2019est tue \u2014qui captive PAGES DE LA VINGTIÈME ANNÉE 493 Il avait eu pour elle beaucoup d\u2019attentions, l'avait revue plusieurs fois après ce premier bal, lui avait fait maints envois de fleurs, de livres, de musique, de tous ces brimborions, qui s\u2019échangent si généreusement, et qui sont comme le prélude indiscutable de relations plus étroites, entre jeunes gens, qui s'admirent déjà.Bref, il n\u2019en fallait pas autant.Angéline s\u2019en était follement éprise, ne valsait plus bien qu'entre ses bras; s\u2019y était blottie en imagination.comme l'oiseau craintif sur le cœur qui le peut protéger ;\u2014puis un - jour, une heure, il fallait voir crouler le beau rêve ! le rêve aimé.caressé, dorlotté :\u2014tel l\u2019enfant sur les genoux de sa mère.Son journal était resté là, ouvert à la page même où elle avait jeté son dernier mot, ce mot cruel, qui venait briser toutes les illusions de ses vingt printemps, tout ce raffinement de son imagination vive.servie par un cœur ardent.Comme en son âme, je pouvais lire ainsi qu\u2019en la mienne, je feuilletai au hasard : 33 tata PERS in cs po Ea Mé a a OW S85 a.7 SE # 4 à 24% 7 \u201c7 2 4 Te Kg À Ea ; 7, a < i % 2 A 4 Zs 7, je 7 5 % » x ts © / 7 7 A Ps = M.LE CHANOINE L.-E.A = 2 .2 Ë # Ë % : 5 .ww snd Pp) 72 \u201d $y Wi 3 Mar 7 7 a 3 À ded Li pe À 2d 4 Les oh % 4 » LAR x 4 i Lys i i $Y CE Sr SEE su + pus Las 754 ae $y Ei ach: ee ONES 5 al.SL Sis eu = 5 $id ARS ae ne te SY © ss GE Res x Sats i Sk i % Xi
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