Le Quartier latin, 23 février 1967, Le nouveau cahier
[" wae -\u2014\u2014 + er le nouveau cahier Les Editions Este- rel, lo plus grosse des maisons d'éditions controlées par les moins de trente ans, lance une revue cultu- velle: QUOI.Cette revue qui sera dons les arts l'équivalent de la revue Parti Pris dons lc politique, offre un premice numéro compre- nont des textes de création dons le style que prône la revue.Le second numéro portera sur l'Esthétique, ct tiendra lieu, en quelque sorte, de manifeste.QUOI est lo seule revue culturelle pronont systématiquement l\u2019art expérimental.Reportage de Luc Latour VOL.Ill, NO.18 23 FEVRIER 1967 Luc Latour: \u2014 Michel Beau- lieu, vous êtes le fondateur de la maison d'éditions Estérel.Quand et dans quel but avez-vous fondé cette compagnie?Michel Beaulieu \u2014 Ça été fondé presque par hasard dans la nuit du 31 décembre 1963 au ler janvier 1964, dans le but de faire de l'édition de très grand luxe \u2014 comprenant gravures ct textes montés à la main \u2014 et de l'édition semi-luxe avec reproduction d\u2019encres originales.Le but était de faire des livres d'une assez haute qualité de présentation.Le projet dont nous avons discuté cette nuitlà a été réalisé en 15 mois.Depuis, nous avons aussi réalisé des éditions dites courantes, c\u2019est-à-dire non illustrées, mais j'ai toujours axé mes efforts sur la qualité de présentation de textes par ailleurs excellents.L.L.\u2014 Alors, vous étiez seul à ce moment-là?Beaulieu \u2014 Oui.Ça c'était le projet; et j'en ai fait une compagnie 15 mois plus tard, juste avant la sortie du premier livre: \u201cLe pain quotidien\u201d, dont j'ai fait les textes, illustrés par Jean Mec.Ewen.Si vous me demandez d'où vient le nom de ia maison: c\u2019est qu'à la nuit de fondation, je me trouvais à Estérel.L.L.\u2014 Ainsi, vous avez partagé votre propriété de la compagnie avec Raoul Duguay, Yvan Mor- nard, Jacques Renaud.Etait-ce pour vous donner davantage à votre travail d'artiste?Beaulieu \u2014 Oui et non.C'était pour avoir un groupe assez ho- mogéne el comme on avait déjà plus ou moins travaillé ensemble surtout au cours de réunions d'écrivains et d'artistes, on avait des idées en commun; j'ai cru bon de faire de ce groupe-là un grou \u20ac qui soit à la fois groupe e discussions, groupe de direction et groupe de rédaction de notre revue.Il y a aussi quelques autres actionnaires, mais qui ne participent pas à l'élaboration générale de notre politique d'édition.André Bohémier administre les fonds de la compagnie.LI.\u2014 Les éditions Estérel sont-elles rentables?Beaulieu \u2014 Oui, en général.Nous avons terminé le premier exercice financier avee un profit assez surprenant.Ml y a eu évidemment des livres qui sont restés sur les tablettes.l\u2019ar contre, le prix Du Maurier a aidé à la vente du livre de Gilbert Langevin: \u201cUn peu plus d'ombre au dos de la falaise\u201d; celui de Gérard Etienne, \u201cLettre à Montréal\u201d, se vend aussi très bien.LL.\u2014 Certaines personnes vous ont reproché de vendre ces livres de luxe 3 un prix beaucoup trop élevé, soit plus de $100.00 l\u2019exemplaire.Beaulieu \u2014 On ne m'a jamais fait \u2018personnellement ce reproche.Ceux qui connaissent l\u2019édition savent que nos prix sont inférieurs à \u2014 donc concurrencent avantageusement \u2014 ceux des Américains.Je puis ajouter ceci: si vous essayez de vous procurer un exemplaire des \"\u201cMé- - tamorphoses d'Ubu' de Rouault, vous allez payer S5,000.00 à 88 000.00.Evidemment, je prends ici un cas qui peut vous sembler extréme mais le prix de ce livre est un prix moyen.La première édition du \u201cRouge et le noir\u201d de Stendhal se vend $18.000.00.Ca, ce sont les prix du marché.selon les lois de l'offre et de la demande.Mais je connais un collectionneur de Montréal qui a acheté le Rouault pour $80.00 il y à quinze ans.Pourquoi le bas prix?Parce que personne n'en voulait \u2014 les illustrations sont en noir et blanc.Pour ma part je ne pense pas qu'un livre comprenant dix gravures à l'eau-forte en plusieurs couleurs tiré à cinquante exemplaires soit vendu trou cher à $150.00 ou $250.00.Aux E.-U., le même livre se vendrait $400.00 à S500.00 pour un tirage plus élevé.Ça, je dis ça.parce que j'en ai vu.Maintenant, ces livres-là, particulièrement \u201cApatride\u201d, ont été mis à un prix le moins élevé possible pour permettre à tous ceux qui sont intéressés de pouvoir en acheter.Et en fait, il v a quelques étudiants qui me l\u2019ont acheté.LL.\u2014 Quel était le prix de ce volume?Beaulieu \u2014 $150.00, au début; 250.00, maintenant.LL.La revue Quoi qui vient de paraître, sous l'égide de l'Estérel.répondra-l-elle à un besoin précis du Québec?Beaulieu \u2014 Je crois que tout ce qui se fait répond à un besoin précis.C\u2019est ce besoin précis qui est difficile à définir.A mon sens, je crois que cette revue, qui en sera une de recherche, axée principalement sur les tendances nouvelles, répondra à un besoin précis, que notre groupe tente de définir.En fait, ce n'est pas une revue littéraire, mals une revue culturelle.Nous lancerons aussi bientôt une collection \u201cQuoi\u201d, avec le prochain livre de Raoul! Duguay.Le besoin précis, c\u2019est, disons.de couvrir et de découvrir ceux qui recherchent de nouvelles formes d'expression.(suite page 3) BDI NDSANOU I] \u2014-AIDY PDI NDIANOU I] - LE QUARTIER LATIN, 23 FEVRIER 1967 * 2 notre choix plicité du Truffaut de Jules et Jim ct un Richardson à son meil leur.cinéma ELYSEE, salle Resnuis: UN HOMME ET UNE FEMME (C.Lelouch): \u201cWhat the hell is that?Must be a cartoon.\u201d ELYSEE, Salle Eisenstein: LES COPAINS (Y.Robert): En vérité, je vous l'affirme, les hommes sont fous.CHEMAZIE QUOI DE NEUF PUSSYCAT?(C.Donner) Un film drôle.De l'humour «t du slapstick.EMPIRE LES AMANTS (lL.Malle) et LES LIAISONS DANGEREUSES MARTIN DUFRESNE NEST PAS IMPUISSANT (Y,M.) \u2014 Selon notre envoyé sp& clal dans le monde interloi à, Martin Dufresne, éditorialiste au Quartier Latin, se serait in- Unoduit sous une fausse repré sentation dans l'appartement d'une pauvre étudiante dans le but de la violer.Se faisant passer pour Mgr Cabana, il sedui- sit la jeune fille en faisant une sortie contre les pilules anticonceptionnelles.Profitant de la confiwice de la jeune [ille, l'ignoble Martin (alias Cabana) en profita, nous dit-on, pour se dévierger lui-même.Cette transfomation de l\u2019individu Dufresne en plus de compromettre sérieusement son ca- rauctère d'humoriste, nous met dans l'obligation de le remercier de ses services.Nous apprécions fortement le fait que Dufresne soit devenu viril, mais nous ne pouvons Wwlerer un collaborateur qui ne cesse de rê- peter, tout ahuri, qu\u2019il n\u2019est pas impuissant.SAVIEZ-VOUS .qu\u2019'on peut brouiller des ondes de radar en jetant du bleu à lessive dans l'atmosphère?Venez RIRE aux exploits mitifiques du COSMONAUTE AGRICOLE qui vous transportera dans la masse azeuse des supernovaes, \u2018\u2018là où à pesanteur perd ses plumes\u2018.Une pièce Prilatante de René de Obaldia, spécialement conçue pour les étudiants en quête de rire.À l'affiche au Théâtre des Saltimbanques coinSt-Paul et Bonsecours.Tél.861-7568, de 17h.à 22h.Au même programme, L'AIR DU LARGE d'Obaldia, ou le diame d'un iso- topiste à la recherchedela poésie.LOEW'S MURDERERS' ROW avec Dean (Everybody loves somebody, so (I.Vadim) L'érotisme, l'amour metimes) Martin, el la femme vu par deux cinéas tes.Merveilleuse femme que .Jeanne Moreau.PLACE VILLE-MARIE.grand ciné.DEAR JOHN (KM.Lingrem) FESTIVAL .gi os .LES AMOUREUX (M.Zetter Si la sexualité comme tabou est une source d'obsessions, une trop SEVILLE THE BIBLE (J.lluston) Lisez le livre: il est merveilleux.SNOWDON A MAN FOR ALL SEASON (F.Zinneman) Pourquoi?Quand c'est si simple d\u2019en avoir un à tous les jours.Ah.oui.vraiment.VENDOME RUM (R.Lester) \u201cSalut Jules\u201d.\u201cAve César.VERDI Jeudi: THE PINK PANTHER et A SHOT IN THE ARK de Blake Edwards avec Peter Sel lers.Vendredi et samedi: HIROSHIMA, MON AMOUR et L'ANNEF DERNIERE A MARIENBAD d'Alain Resnais.linck), version anglaise.\u201cQue jai me voir chére indolente, - De ton corps st beau, Comme une étoffe vacillante, Miroiter la peau.\u201d grande liber.* face à elle est aussi une source d'obsessions.RIVOLI LE DAUPHIN PARIS BRULE-T-1L?(R.Clé MADEMOISELLE (T.Richard ment) où est passé IS PARIS non).La force de Bunuel.La BURNING?Une version francai- précision d'Hitcheock.La sim se.à Montréal, oh! horreur\u2019.LES BONS VIVANTS (De Grangier, Lautner) Une lanterne mais pas celle de l'intelligence.Jean-Luc Godard.WESTMOUNT A FUNNY THING HAPPEN ED ON THE WAY TO THE FO- Trois programmes à manquer.MICHEL VAIS CAFE CAMPUS LES 26-27 FEV.ET 1 2 MARS Le général inconnu de RENÉ DE OBALDIA Mise en scène: MICHEL VAIS AU CAFE-CAMPUS Les 26, 27 fév.- ler, 2 mars a 20h.30 MICHEL VAIS CAFE CAMPUS LES 26 27 FEV.ET 1 ¢ MARS CINE-CAMPUS MURNAU - ASTRUC SUNRISE F.W.MURNAU - E.-U., 1921 \u2014 muet (accompagnement musical sur la pellicule) UNE VIE ALEXANDRE ASTRUC \u2014 Fr, 1558 \u2014 Eashaancolor avec Maria Schell, Christian Marquand et Pascale Petit On o souvent comparé les oeuvres de Murnau et d'Astruc pour leur lyrisme, leur musicalité et leur fascinante beauté plastique et architecturale.Sunrise raconte la tentative d'- assassinat d'une femme par son mari, suivi de la réconciliation des époux; c'est une rêverie poétique sur le jour et la nuit, la vie et la mort, et qui se termine por le triomphe de l'aurore.Dons Une Vie, Astruc dépeint dans des couleurs sublimes le drame du couple malheureux du roman de Mou- passant.'\u2018L'anecdote, écrit Cloude-Marie Trémois, n'a ici aucune importance.Il s\u2019agit d'un déchirant poème en même temps que d'une impitoyable analyse de l'incompréhen sion totale, foncière qui sépare deux êtres.\u2018 ÉGALEMENT AU PROGRAMME: EAUX D'ARTIFICE (Kenneth Anger, It.-E.-U., 1955) LE VENDREDI 24 FEVRIER À 8 H.00 P.MA L'AUGITORIUM GE L'URIVERSITE fFRATUIT POUR LES MEMBRES DE L'A.G.E.U.M.Dimanche, lundi et mardi: LE MEPRIS et VIVRE SA VIE de ne pas Le NOUVEAU CAHIER, voi 100, noî8 Directeur: Yvan Mornard Secrétaire de la rédaction: Luce Latour Chroniques: Arts: Marcel Saint-Pierre Ronald Richard Cinéma: Ginette Charest Conférences: Robert Barberis Musique: Andrée Paul Philosophie: Michel Dufour Robert Nadeau Claude Panoccio François Sauvé Poésie: Nicole Brossard Pierre Charbonneau Roman: André Bertrond France Théoret Martin Dufresne Théâtre: Pierre Laroche Leo Vanasse Maquettistes: Luc Latour Jean-Pierre Urbain Yvan Mornard Photographe: Daniel Rémi Reportages: Jules Arbec Déchets: Clément Rosset Baloyeur: Réjeon Duchasme le Nouveau Cahier est publié chaque jeudi por les éludiants de l'Université de Montréal. (QUOI: suite de la page 1) QUOI et PARTI PRIS LUC RACINE Luc Latour \u2014 Dans quel intérêt faites- vous de la littérature et de la sociologie?Luc Racine \u2014 J'ai d'abord commencé par faire de la littérature, ect ensuite je me suis intéressé à la sociologie pour gagner ma vie, Je me donne soit à la littérature, soit à la sociologie, et tout dépend du moment.Actuellement, je m'intéresse plutôt à la socio- logic.Je m'intéresserai plus spécialement à la littérature lorsque je préparerai une nouvelle édition.Je ne pratique donc pas dans les deux domaines à la fois, mais j'ai besoin de ces deux médiums d'expression.LL \u2014 YY a-t-l un rapprochement entre la sociologie el la littérature?Racine \u2014 En sociologie et en sciences sociales, ce qui m'intéresse ce sont les méthodes et les techniques qui peuvent permetire des études précises sur la société ct préciser en quoi la société a besoin de changements pour atteindre un ordre plus juste.Ces méthodes précises de la sociologie influencent les méthodes de travail en littérature.Je cherche des procédés plus développés que Jes méthodes traditionnelles, plus aptes à exprimer la société industrielle, comme le Québec.Je dois dire que la littérature pour moi, au début, était une compensation.Mais aujourd'hui, c\u2019est vraiment une recherche d\u2019une forme d'expression.L.L.\u2014 Comment appelleriez-vous les recherches littéraires actuelles: formalisme ou littérature expérimentale?Racine \u2014 Le danger du mot forma: lisme, c'est de se référer à tout une école russe et actuelle qui ne s'intéresse au'à la forme.Tandis que ce que j'entends par recherche formelle, c'est de rechercher une forme qui peut exprimer ce que peut exprimer la forme tra ditionnelle.L.L.\u2014- Pourquoi travaillez-vous\u2019 aux éditions Estérel plutôt qu'aux éditions Parti Pris?Racine -\u2014 Je travaille à la revue Parti Pris.mais on ne peut dire que je travaille beaucoup aux éditions Parti Pris.Je nc vois pas de contradictions entre Parti Pris et l\u2019Estérel.Parti Pris public des oeuvres qui expriment le Québec d'une façon plus réaliste que l'Estérel, et il ne publie pas pour cela des oeuvres de radoteurs littéraires comme l'on en trouve chez la majorité des éditeurs québécois.Parti Pris a d\u2019abord tenté la voie de la littérature \u201cjoual\u201d, qui a eu une certaine importance dans l'évolution littéraire au Québec ct qui actuellement est plus ou moins dépassée.La politique d'édition des éditions Parti Pris va toujours rester orientée vers le Québec, et d\u2019une façon populaire par son désir d'exprimer.de décrire une façon de voir les choses qui n'est pas seulement celle de la classe intellectuelle.On peut dire qu'il y a d\u2019un côté une littérature de recherche formelle, telle qu'il s'en fait à l\u2019Estérel, ct d'autre part une littérature réaliste telle qu'il s\u2019en fait à Parti Pris.Je crois que la littérature de Parti Pris exprime d'autres couches de société que celle qui s'exprime par la littérature formaliste.Cette tendance du Parti Pris n'est as régionaliste mais bien au contraire, elle exprime beaucoup plus que l'homme québécois.C'est une entreprise de démystilication du langage, à Parti Pris.C'est montrer que si l\u2019on nc peut écrire qu'en \u201cjoual\u201d, on ne supprime pas l'aliénation, on ne fait aue la montrer.Si nous écrivons en \u201cjoual\u201d, pour démontrer qu'aucune oeuvre valable ne pourra être écrite en joual, c\u2019est une entreprise de libération au niveau du langage.Ft cette attitude rejoint une problématique bien plus vaste que le Québec en ce sens qu'elle rejoint la problématique des pays dominés.Le Québec est un peu A part, car c'est un pays industriel dominé, tandis que le tiers-monde est non industriel, mais dominé.L.L.\u2014 Si je comprends bien, il y a deux engagements qui découleraient de la société industrielle: l'engagement réaliste à la façon de Parti Pris et l\u2019engagement formaliste, à la façon de l'Estérel?Racine \u2014 Au Québec, il semble qu\u2019il arrive ceci: depuis une dizaine d'années, subit beaucoup de changements.Ces transformations ont commencé après la dernière guerre.Il y a de nouveaux groupes sociaux qui prennent plus d\u2019importance ct qui ont tendance, dans une certaine fraction de leurs membres, à s'exprimer au niveau de la culture.I y a certainement deux choses: il Ï a ce qu'on pourrait appeler une nouvelle élite, une nouvelle bourguoisie, une certaine classe que le régime libéral a rendu possible, et qui s'exprime culturellement par diverses préoceupations qui sont plus formalistes que dans les autres groupes.Ces autres groupes semblent s'être manifestés par le mouvement syndical.Mais nous ne pouvons pas dire que la littérature réaliste exprime réellement la classe syndicale.C\u2019est un problème, cette littérature et je crois qu\u2019il apparaîtra de plus en plus nécessaire de le résoudre, afin que a littérature réaliste conserve une efficacité.L.L.\u2014 Quel rapport voyez-vous entre Quoi et Parti Pris, étant donné que vous êtes dans la direction de ces deux revues, qui pourtant relèvent de deux groupes différents?Racine \u2014 Il y a une ressemblance entre ces deux revues, bien que leur sujet soit différent.Parti Pris s'intéresse principalement à la politique, et Quoi, à l'aspect culturel.La ressemblance est dans leur attitude fondamentale: ces deux revues se veulent extrêmement radicales, Parti Pris est sans doute la revue québécoise qui prend les positions politiques les plus radicales, comme Quoi prendra les positions les plus radicales en art, et surtout à partir de son deuxième numéro, dans lequel il sera fait beaucoup plus de place à Ja théorie.Le premier numéro, comme vous le savez, voulant donner un exemple de ce que font les collaborateurs.Bien qual n\u2019y ait pas de correspondance exacte là-dedans, nous sommes en face de deux voies de développement au Québee, qui sont évidemment progressives.En d'autres mots, dans ces deux revues, je ne me sens pas à l'Action Na- onale, QUOI et le NOUVEAU CAHIER Luc Latour \u2014 M.Mornard, directeur du Nouveau Cahier, vous êtes l\u2019un des propriétaires de l\u2019Estérel, vous comptez aussi publier prochainement un roman.De plus vous êtes étudiant à la faculté des Lettres de l'U.de M.Vous retrou- vez-vous là-dedans?Yvan Mornard \u2014 Plus on participe à diverses activités, plus on peut s'approfondir, plus on peut éclaircir certaines nsées.Comment se retrouver dans ut cela?C'est qu\u2019en fin de compte, il y a une ligne importante, c'est la ligne de l'écriture, soit comme journaliste, soit comme écrivain, D'autre part, à mon sens, la ligne la moins importante, c\u2019est la ligne des études, telles que conçues à l'Ü.de M.en faculté de Lettres.- LL.\u2014 Que ce qui a trait ensez-vous du Québec, en son avenir culturel?Mornard \u2014 Le Québec actuellement souffre d'un complexe de l'étranger.Tout ce qui lui vient d'ailleurs apparaît au Québécois comme ayant une valeur supérieure à ce qui est fait ici.Le Québécois n'aurait pas tort de regarder ailleurs qu\u2019au Québec, s\u2019il s'intéressait aussi au Québec.Le Québécois aurait évidemment tout avantage à revenir sur lui-même, sur le Québec.Quant à l'avenir de la culture québécoise, il est évident que nous assistons à une concentration de la culture québécoise, à une amélioration de la pensée.L.L.\u2014 Que voyez-vous dans la revue Quoi?Quels changements, quels tendances espérez-vous que cette revue apporte?Mornard \u2014 Du côté littéraire ou culturel du Québec, nous devons avouer que nous ne sommes pas favorisés.La revue Viberté n'a jamais dépassé le surréalisme.Culture vivante, est très bien présentée.Cependant, on n\u2019y trouve aucune recherche.La Barre du Jour, de son côté, n'a pas su définir jusqu'ici une véritable politique.On y fait encore beaucoup de \u201cremplissage\u201d.La revue Quoi espère satisfaire le goût de l'invention, attirer l'attention sur la recherche en arts, à travers le Québec.L.L.\u2014 M.Mornard, croyez-vous qu'un jour la littérature québécoise sera la première littérature dans nos écoles?Mornard \u2014 Oui.Mais il a des con- itions très strictes à remplir.Les professeurs devront changer, du moins une certaine majorité qui représente la vieille tradition de la culture française.D'autre part, la littérature québécoise marquera un pas très important lorsque l'on cnseignera l'art d'écrire et non seulement l\u2019art d'enseigner.De plus, la mesquinerie de certains professeurs devra isparaitre.Ces professeurs, dans le privé, se permettent de critiquer un autre professeur, ou un critique, ou un écrivain el n\u2019ont pas la force de leurs opinions quand il s'agit de les publier.Le jour où nos professeurs seront assez audacieux pour défendre en public ce qu\u2019ils défendent en privé, nous aurons accompli un grand pas dans la révolution culturelle.L.L.\u2014 La revue Quoi pourrait-elle gider à valoriser la littérature québécoise?Mornard \u2014 La revue Quoi peut susciter au Québec une vision moderne de l'expression.Elle se fixe comme idéal de rechercher différents moyens d'expression aptes à donner au Québécois conscience de ce qu\u2019il est, dans de nouvelles situations.L.L.\u2014 Qui lira, selon vous, la revue Quoi?Mornard \u2014 Le public, pour une revue littéraire au Québec, se fixe, selon la cote, de 500 1000 personnes: on ne peut donc pas parler d'influence mar- uante sur le grand public.Nous allons abord toucher les spécialistes.L.L.\u2014 D'où vient ce désintéressement envers la littérature québécoise de Ja part des Québécois?Mornard \u2014 La cause est simple: l'éducation inexistante en-ce qui touche l'art québécois.On enseigne les \u201cProvinciales\u201d de Pascal, une petite horreur que l\u2019on préfère à la ie de Grandbois, sous prétexte que Pascal a écrit les \u201cPe gs, L.L.\u2014 Selon vous, en quoi consiste l'engagement littéraire?ornard \u2014 Je crois qu\u2019il faut séparer deux choses: l'expression dans la littérature et l'expression dans la politique et le social.Dans la littérature, la seule révolution possible, c\u2019est la révolution concernant le langage.On ne découvre pas par la littérature ie sens de la vie, et c'est à mon sens une erreur que de rechercher d'abord dans une oeuvre d'art le message de l'artiste.Le principal message que peut apporter l'oeuvre d'art, c'est l'expression, le langage lui- même, en tant que ce langage-là est lui-même le premier sens de l'univers, pour celui qui écrit et pour celui qui lit.sens du monde demeure indépendant du langage, du moins jusqu'à preuve du vol ition t rier la 1j évolution que peut apporter la littérature porte donc sur la nouvelle disposition que l'on peut donner au langa- Be et à partir de cette nouvelle disposi- ion, le langage prend un nouveau zens.L.L.\u2014 Sartre ramène tout ce débat, fort somplh ué, à Ja notion pure et simple de \u201clittérature engagée\".Mornard \u2014 La littérature engagée, du moins si mes références son nnes chez Sartre, pêche d'un seul côté.TI prétend que la poésie seule peut se permettre de ne pas être engagée.tandis que la prose se doit toujours d\u2019être en- Bagée.Je ne vois pas pourquoi.D'autre ert, il réduit l'engagement de l'écrivain un engagement moral: le respect.d\u2019une liberté plus sociale qu'ontologique.L'engagement de l'écrivain ne peut être, selon moi, qu'un rapport de niveau d\u2019expression.: (QUOI: suite eux pages 4 et 5) 2961 YAIYAI3 EZ \u2018NILVTYAILUVND IT.E LE QUARTIER LATIN, 23 FEVRIER 1967 * 4 (QUOI: suite de la page 3) QUOI et RAOUL DUGUAY Luc Latour \u2014 Raoul Duguay, vous étes considéré comme l'un des poètes les plus prometteurs du Québec.Que signi- tie pour vous avant-garde?Raou! Duguzy -\u2014 Si l\u2019on me situe dans Pav garde, c'est sans doute parce que je chante mes poèmes ct cette expérience est originale au Québec.On a commencé de me connaître quand j'ai commencé à chanter mes poèmes au perchoir d'Haïti, puis à l'Université de Montréal, et au collège Notre-Dame, à Radio-Canada et dernièrement, au centre Expérimental populaire.Jusqu'à maintenant, l'avant-garde pour moi, c'est le poème expérimental, Mais l\u2019oralité du poème est d'abord et avant tout soutenue par une nouvelle conception de la forme poétique, par une insistance sur certaines dimensions du langage, par un approfondissement des structures sonores lahérentes aux mots pris individuelle ment (le lexique) et pris dans la globalité du poème (la syntaxe).Bref, l'essence du poème consiste dans la création d\u2019un rythme de sonorités (sons vibrés, frottés, explosés, percussifs et irradiants signifiant tantôt la continuité, tantôt la discontinuité): donc rythme des sonorités, éléments intensifs et proprement expressifs de la temporalité poétique et dans la création d'un rythme des images, (cosmogoniques et culturelles) éléments sémantiques et proprement expressifs de la densité et de la spa- cioilté poétique.Je pars donc du principe phénoménologique qui dit que le \u201csens est tout entier dans le son et dans le geste\u201d (Merleau Ponty).Dans un vers comme \u201cle dur désir de durer\u201d d'Eluard, on ut saisir l'importance de la musicalité ntensive qui nous (ait saisir une mimique existenticlle: un besoin de perdurer.Mon problème est celui de I'ephémére et du permanent, du fini et de l\u2019infini, de la tension et de la détente, II s'agit d'unifier ces dimensions de la vie de l'homme à l'intérieur du vers et du poème entier.J'ai alors utilisé le rythme jarzistique emprunté surtout au be bop de Parker et Gillespie.La dernière syllabe du vers et la première du vers suivant sont ainsi veut cerner la réalité culturelle du Québec qui se fait et qui se fera RAOUL DUGUAY scandées comme des temps forts, créant a la fois un rythme de continu et de discontinu.Chaque vers, pris isolément, marque la discontinuité du poème mais chaque vers ne pouvant exister sémanti- quement que dans la totalité du poème, il est alors la partie discontinue du tout continu.L'individu versifié existe en fonction de l'intention globale du poème.Cette globalité du poème se retrouve en général dans l'imagerie et dans le déve- oppement des thèmes au niveau de l'intentionnalité.fn opposant des contraires, (eau.pierre), l'imagerie elle-même comporte une dimension de discontinuité.Les contrastes sont signifiés à la fois par l'image et par le son et par les rap ports rythmiques établis entre eux.L'unité du poème ne peut s'opérer que sur le plan idéologique, intentionnel.C\u2019est la signification qui signifie.Et le poème doit signifier le monde de l'homme, la continuité et la discontinuité de ses opérations et de ses gestes.Par l'oralité, le poème redevient public.El respire dans la masse d'âmes.Ainst le poème redevient poétique.Mais l'aspect le plus positif de ceîte ex rience à mon sens, c'est la créativité instantanée inscrite dans l'improvisation.Improviser en public, c\u2019est un risque total de ma personne.Il me faut apprivoiser la sensibilité du public et vice versa.C'est là la difficulté majeure.Il faut un effort de concentration peu ordinaire et une présence totale.Jusqu'à maintenant, le public semble intéressé et apprécier cette nouveauté.Mais personnellement, je connais les failles et tente de les remplir.L'avantage du poème improvisé, c'est la constante nouveauté.Le même me peut être (et à été) chanté de plusieurs manières.Je ne sais jamais ce que je vais faire.C'est un happening oral.Mais ce mot s\u2019appli.era vraiment à mon expérience quand aurai (et J'ai commencé de le faire) ntégré le spectateur auditeur au poème, uand le spectateur pourra participer le manière physique au poème, Le.chanter des segments du poème.Ça viendra.\u201cLa poésie un jour sera faite par tous\u201d de Lautréamont est un adage qu\u2019ii est possible de réaliser en partie du moins.Ma poésie est donc expérimentale: je fais des recherches dans le sens d'une poésie sociologique qui recouvrirait les différentes couches de consciences, et partant, les différents niveaux de langage du bourgeois au prolétaise.L.L.\u2014 La revue QUOI peut.elle re.pondre aux besoins culturels du Québec?Duguay \u2014 Oui.C'est une revue de l'ici et du maintenant, qui cherche à valoriser la créativité, l'invention des nouvelles formes, des nouvelles techniques des langages artistiques.QUOI veut cerner la réalité culturelle du Québec qui se fait et qui se fera.Si elle est critique, c'est en fonction des formes périmées.Mais elle veut moins contester que créer et découvrir les jeunes créateurs.Ll.\u2014 Y atil des revues qui satisfont actuellement les tendances d'avant- garde québécoise?Duguay \u2014 Non.L.L.\u2014 Que pensez-vous des groupes de discussions?Duguay \u2014 Ils nous ont permis de dégager nos opinions et de les confronter, d'arriver à une certaine homogénéité de pensée et d'intention malgré la diversité des styles d'écriture.Nous avons le sentiment commun qu'il faut faire quelque chose au Québec.L.L.Vous tenez actuellement une chronique littéraire à Parti Pris.L'avant- garde peut-elle se dissocier du\u2019 contexte politico-social?Sinon, en quoi l'avant- Earde peut-elle jouer dans ce contexie?Duguay \u2014 Non.L'écriture nouvelle est nécessairement liée au monde nouveau, à la civilisation industrielle et urbaine.Parti Pris élucide les problèmes de la société québécoise, démystifie par la contestation du système ancien et actuel, mais son attitude critique, apparemment négative, est en fait créatrice, car la décolonisation du Québec vise à l'affirmation d'un Québec libre, neuf et dynamique, Un Québec qui s'appartient- Parti Pris propose, a une influence sur la jeune génération, sur le plan théorique.Sa théorie est une action au niveau des consciences.L'esthétique de QUOI et la politique de Parti Pris sont imbriquées l\u2019un dans l\u2019autre el constituent une nouvelle éthique, une nouvelle condition humaine.Je crois que ces deux revues travaillent chacune dans leur sens, à l'instauration des nouvelles valeurs au Québec, à la formation d\u2019une identité québécoise coïncidant avec sa libération à la fois au niveau politique tindépendance d\u2019Ottawa) et au niveau esthétique (indépendance vis-à-vis de la France).Le Québécois existera vraiment quand nous pourrons l\u2019écrire en Québécois et le vivre.Dès lors, la québécitude aura une valeur et une reconnaissance inier- nationales.Mais le national prime.Le Québec avant tout, (QUOI: suite et fin) QUOI et JACQUES RENAUD Lue Latour: \u2014 Comment êtes-vous passé de Parti Pris à l'Estérel?Jacques Renaud \u2014 J'ai publié des nouvelles, des poèmes à Parti Pris.Je n'ai jamais été militant politique à Parti Pris.A l\u2019Estérel j'y suis comme écrivain.Comme actionnaire aussi.Coopérateur financier par euphémisme.Oui, oui, je suis anticapitaliste.Mais je sais aussi que I'sliénation canadienne-française est en grande partie causée par sa non-participation au capitalisme.Le Canadien fran- cais ne participe pas à l\u2019économique, il ne participe pas au pouvoir.Investir c'est une façon d'y goûter, de constater la réalité.De la transformer.Un leurre?Peut-être.Avoir l'impression de posséder la réalité par l'écriture en est peut- être un aussi.L'important c'est de croire que je la transforme par l'écriture.L'important c'est de le croire.Mais celui qui ne crée pas, qui s'exprime mal, qui s'imprime mal à la réalité, celui qui ne peint pas, ne fait pas de cinéma, doit choisir: posséder la réalité par la révolution, vivre en révolutionnaire ou bien investir, manipuler le capital, s\u2019y relier, mais on peut encore se demander s'il est possible de s'y relier sans s'y rallier.Tout ça n\u2019est pas trés clair dans mon csprit.Je nai pas encore fait de choix.Je ne suis sûr que de deux choses: le capitalisme est appelé à sauter au ralenti ou en accéléré.et il est négatif présentement de vouloir, au nom d'une \u201cpureté\u201d de mes fesses, de moisir dans l'amateurisme, le casséisme, l'argent, il faut le dépenser de toutes façons, à gauche ct à droite, dans le moment on le dépense\u2019 à gauche.Ouais.L.L.\u2014 Quel avenir voyez-vous dans la revue Quoi et dans l'Estérel?Renaud \u2014 Quoi, c'est pas une boule de crisial.Heureusement pour nous.L'avenir c'est le présent en pièces détachées.Quoi, c'est du présent bien présenté.la qualité la fera durer.Cette qualité dépend de nous tous maintenant .Quoi, c'est la revue culturelle de notre génération.L.L.\u2014 Vous avez publié un recueil de poèmes, Electrodes et puis un roman, Le Cassé, comptez-vous publier autre chose vrochainement?Renaud \u2014 Oui.Un ou deux récits dans les mois qui viennent et probablement un recucil de poèmes en collaboration avec Madeleine Leduc.Electrodes, c'est pas bon.Le Cassé, c'est du passé.Il a allu que je cesse d'y penser pour me remettre au dactylographe.On le traduit en slan, age dans le moment.A Paris.C'est Gérald Robitaille qui a mis la patte dessus.J'ai hâte de publier autre chose.Le Cassé, c'est mon label.Mais je ne me suis jamals senti une vocation de boîte de conserve.Il y a eu des malentendus.On a pensé que j'avais orémédité un livre en joual.Je ne m'é tais même pas aperçu que c'était un livre en joual.C'était un livre en plusieurs langues.Si j'avais connu le chinois, j'en aurais mis.J'en mets dans mon récit, dans celui que je prépare.Le chinois c'est le \u201cfun\u201d, c'est du dessin.c'est probablement la seule écriture qui puisse devenir un jour l'écriture universelle.C\u2019est le plus ancien morse au monde.Le joual, personne ne sait ce que c'est.C'est pas facile à définir.C'est Un problème collectif qui appelle une solution collective.C'est un problème social qui appelle une solution politique.Pas littéraire.C'est au gouvernement à décréter l'unilinguisme français au Québec.C'est au gouvernement à normaliser la situation.C'est aussi un problème d'éducation et d'instruction, Hl faut permettre à tout le monde de s'instruire, Il ne faut pas que le gouver- JACQUES RENAUD la revue culturelle de notre génération nement écrase et humilie les enseignants \u2014 c'est de la bétise.Il faut que tout le monde puisse visiter l'Expo, ce n'est pas le cas.Terre des hommes?Oui, c\u2019est ben beau, mais les autres?On a un gouvernement sans envergure.Les planches du système sont pourries, mais on peinture encore.Qu'on lâche les écrivains.Que le gouvernement prenne ses responsabilités.LL.\u2014 Est-ce qu\u2019il est possible de concilier votre style d'écriture avec la tendance avant-gardiste de la revue Quoi?Renaud \u2014 Le mot avanl-garde.je ne l\u2019emploie jamais.Etre d'avant-garde.c'est probablement exister lucidement au présent.L.L.\u2014 Crovez-vous que ça signifie quelque chose dans le contexte québécois à l\u2019heure actuelle?Renaud \u2014 Encore une fois, qu'est-ce que c\u2019est l'avant-garde?Peut-être ceci: il y a les actifs et Îl y a les autres.Ce sont ceux qui sont actifs qui sont à l\u2019avant-garde .Tiens, le sinanthrope était aussi intelligent que nous autres.Aussi bête aussi.Tu essaieras de faire un pot d'argile.Lis Lévi-Strauss.Je ne eux pas être à l'avant-garde, je suis f gauche, c\u2019est latéral.Je veux que le monde entier, hommes, femmes, chiens et chats jouent le jeu de la vie, participent au jeu de la vie.Pas d'exclusion.Je ne crois pas aux dieux, je crois aux humains, leurs besoins, à leur nature multiple, je veux qu'aucune magie ne vienne fausser la réalité, la seule magie acceptable, c'est l'art, c'est non-codifia- ble, et ça peut être à la portée de tous.Tous .en ont besoin.Parce que tous les hommes veulent s'intemporaliser.On va mourir.L'art nous donne l'éternité.Voilà l'important.L'art et l'homme, l'homme et l\u2019art C\u2019est gratuit, la vie, c'est gratuit Durant cette vie, tu choisis: tu aimes tes contemporains ou tu les hais, les méprises.Moi je veux les aimer.Je suis à gauche à cause de ça.À droite, c'est le mépris Le mépris c'est le processus de l'ignorance crasse.Je ne crois ni aux dogmes de gauche, ni aux dogmes de droite, ni aux dogmes du centre, Je veux dire a priori.Je veux surtout dire que je n'en ai pas besoin qu\u2019il fausse beaucoup plus la réal té qu'ils ne l\u2019éclairent.Ne pas confondre avec les méthodes d'approche sociologique qui sonl des instruments, des outils et qui s'avèrent efficaces, partiellement, oui, partiellement, comme tous les ou- -tils, mais qui sont efficaces.Y faut partir des problèmes d'ici L.L.\u2014 Croyez-vous que la littérature québécoise doit ou peut tenir compte du contexte politique et social?Ta question n\u2019est pas \u201cresponsable\u201d, Il ne s'agit pas, pour un écrivain de tenir compte du contexte.Les ex en.ces qu'il vit tous les jours, il Jes vit dans un contexte.Il les transpose en littérature.L'écrivain doit écrire.Sou- haitons-lui du talent, sinon du génie.La transposition littéraire du contexte sera d'autant plus dense, d'autant plus profonde.D'autant plus si nificative.Pour es Jose, litique, | y a les tracts, es journaux, la radio, la télévision, les partis politiques, la clandestinité, ete.littérature, c'est pas sacré, c'est autre chose.Le romain exprime la sensibilité d'un écrivain vivant dans une époque et agit sur la sensibilité de cette époque.L'art est nécessaire, l\u2019homme y vit intensément, l'homme s'y retrouve transformé, intemporalisé, FI sait qu\u2019il va mourir.C'est pour ça qu'il écrit, qu\u2019il Fait ia evolution Quest eP quan PUR ution aussi, et quan: e fait rien de tout ça, 11 A 1961 HIIBVAIS EZ \u2018NILYT UZILEVNO 37 -S LE QUARTIER LATIN, 23 FEVRIER 1967 * 6 \u201cLa malheureuse epouse n\u2019est jamins certaine que l'époux ne va pas décider de rompre et de divorcer, par besoin d'affirmer son être par des choix imprévisibles.\u201d (p.12) Il s'agit peut-étre d'une plaisanterie de la part de M.Niel, sans quoi on ne voit pas très bien comment ce reproche s'adresserait à Sartre, qui explique (rès bien sa position par rapport à l'acte gratuit: \u201cNous ne définissons l'homme que par rapport à un engagement.Il est donc absurde de nous reprocher la gratuité du choix.\u201d Et plus loin: \u201cEn voulant la liberté, nous découvrons qu'elle dépend entièrement de la liberté des autres, et que la liberté des autres dépend de la nôtre.\u201d (12) Tel aussi il faut distinguer ontologie et psychologie: je suis libre ontologiquement mais j'ai à rae faire libre pratiquement.\u201cJe suis libre\u201d signifie que l\u2019homme, originairement, n\u2019est pas déterminé à reconnaître des valeurs universelles (la Bonté, l\u2019Amour,.).On ne peut parler de chaque homme qu\u2019au singu- fier; chacun fixera donc ses propres valeurs.Il n'existe pas d'imago Dei a laquelle je dois me cunformer pour réaliser ce que, essentiellement, je se- rails.\u201cJ'ai à me faire libre\u201d signifie que: si mon originalité la plus profonde est cette liberté, il me faudra assumer cette liberté constitutive de mon être, (si je veux vivre uuthentiquement), en tentant de me retrouver en deçà des dèter- minismes psycho-sociologiques, afin d'agir conformément à ce moi profond et personnel.Loin d'être gratuit, ou in.différent, mon choix procédera d'une connaissance de moi-même de plus en plus lucide: \u201cLa liberté qui s'échappe vers le futur ne saurait se donner de passé au gré de ses caprices ni, à plus forte raison, se produire elle-même sans passé.Elle a être son propre passé et ce passé est irrémédiable \u20ac.) s'il ne dé termine pas nos actions, au moins est- il tel que nous ne pouvens prendre de decision nouvelle sinon à partir de lui.\u201d (13) Le père Geiger l'a trés bien compris: \u201cL'Existentialisme rappelle au chrétien la grandeur et la responsabilité de la libecté\u201d* (14) C.\u2014 Quant au dualisme de l'en-soi et du putr-soi, c'est un problème technique courant et difficile.Transformer ce pseudo-dualisme en antagonisme, comme le fait M, Niel Cp.32), c'est illustrer et nourrir la \u201cmystique du western\u201d «Guy Allard dixit), qui a eu beaucoup de succès dans notre civilisation depuis le mazdéisme des mythologies iranienne et chrétienne.Sans entrer dans les détails, je conscilierai seulement a M.Niel de lire le chapitre de l'Étre et le Néant portant sur la transcendance (p.219 à 271); très clairement, d'ailleurs, après avoir souligné le danger d'un retour au dualisme cartésien, Sartre écrit: \u201cNous n'avons donc pas lieu de nous interroger sur la manière dont le Pour-soi peut s'unir à l\u2019En-soi.puisque le Pour-soi n'est aucunement une substance autonome (.) Si le cogito conduit nécessairement hors de soi, c\u2019est que la conscience n'a par elle même aucune suffisance d'être comme subjectivité absolue, elle renvoie d'abord à la chose.\u201d (p.712) D.\u2014 1 aurait encore beaucoup d'\u201cinsuffisances déplorables\u201d à relever, mais je me contenterai finalement d'une des plus communes dans notre milieu: ue le sartrisme est une philosophie de l'incommunicabilité, On dit habituellement que Sartre ne croit pas aux relations humaines authentiques, que l'autre apparaît toujours comme un ennemi, que la \u201crencontre\u201d se caractérise par le conflit.Ce que M.Niel ajoute à ces lieux communs (et arbitraires), c'est une série de schémas scientifiques \u201cexplicatifs* (2).Pour réfuter ces archétypes de la pensée superficielle, (qu'on ne saurait pourtant pas reprocher à des auteurs comme Moeller et Jolivet, peu suspects de sympathie phitosophique pour Sartre), il importe d'abord de ne pas confondre le sens des oeuvres littéraires avec celui des oeuvres proprement philosophiques et politiques (pe- sition que j'ai tenté de justifier pus haut), puis de comprendre la significa tion du chapitre 110 de la troisième partie de L'Etre et le Néant: Les Relations Concrètes avec autrui (p.428 à 503).Sartre y décrit comment nos relations avec autrui aboutissent à l'échec, même la relation amoureuse, où nous avons le choix entre dépersonnaliser l'autre ou se_dépersonnaliser soi-même.Le but poursuivi n'est pas d'élaborer une conception supraculturelle et universelle (et par conséquent essentialis- te), de nos relations à autrui, mais d'\u2018\u2019expliciter les structures de nos relations les plus primitives avec l'autre- dans-le-monde\u201d (p.428).Nous percevons originairement l'autre comme objet, et non comme personne, ce qui n'implique pas l'impossibilité de ce dernier rapport.Au contraire: \u201cCes considérations n'excluent pas la possibilité d'une morale de la déli- \u201cJ'ai la passion de comprendre les hommes\u201d Sartre vrance et du salut.Mais celle-ci doit être atteinte au terme d'une conversion radicale dont nous ne pouvons parler ici.\u201d (p.484) Cette \u201cconversion radicale\u201d, cet effort de compréhension \u2014 libération de soi, se manifeste par l\u2019autopsychanalyse existenticlle et, plus radicalement, par la mise sur pied de structures socio- économiques qui permettent et favorisent celte compréhension-libération personnelle, en vue de fonder \u201cune véritable communauté intersubjeclive où les seules relations réelles seront celles des homm':s entre eux.\u201d (15) VI.Etourderies regrettables Quand un critique comprend le contraire de ce qu\u2019un penseur veut dire, il risque de défigurer non seulement le sens des citations, mais les citations elles-mêmes.Or, M.Niel cite tres mal, en plus d'induire le lecteur en erreur par laddition de: Sartre confesse, avoue, affirme, confie, admet, (cf.p.72-73 entre autres).Voyons cela de plus près.A.\u2014 Du pseudo-antagonisme du pour-soi et de l'en-soi, M.Niel fait surgir le concept de \u201cconscience malheureuse\u201d, notion hégélienne transposée indûment chez Sartre.Pour nous persuader de la nécessité de lier ce concept à l\u2019ontolo- gle sartrienne, il cite Foulquié qui citerait Sartre (p.35).Ce qui est très étrange, c'est que cette citation de Foulquié n'existe ni dans mon livre, ni dans d\u2019autres éditions que j'ai consultées.D'autre part, M.Niel se sert trés adroitement (7) dex points de suspension pour supprimer l'essentiel de la pensée de Sartre: \u201cLe désir est tout entier dans la complicité avec le corps .dans le plaisir d'être caressé .le pour-soi demande (de) sentir son corps s'épanouir en lui jusqu'à la nausée.\u201d (p.) .M.Niel montre ici que le plaisir sensuel n'apporte, d'après Sartre, rien d'autre que la nausée.Si on relit le passage en entier dans L'Etre ct le Néant, on s'aperçoit cependant que Sartre est pré- cisement en train de montrer que le désir aboutit habituellement au plaisir, \u201cmais ce qui est un danger permanent du désir, en tout qu'il est tentative d'incarnation, c'est que la conscience, en s'incarnant, perde de vue l'incarnation de l'Autre et que sa propre incarnation l'absorbe jusqu'à devenir son but ultime.En ce sens, le plaisir de caresser se transforme en plaisir d\u2019être caressé, ce que le pour-soi demande, c'est de sentir son corps s'épanouir jusqu\u2019à la nausée.Du coup il y a rupture de contact et le désir manque son but\u201d (p.467) Restitué dans son contexte, la citation de Sartre va directement à l'en contre du découpage de M.Niel.Felix culpa! M.Niel saute des lignes et des pages.Cette méthode originale lui permet de décrire l'existen\u2018ialisme-type: alors que Simone de Reguvoir parle de l\u2019aventurier impue\u2019, Jf note: \u201cComprenons que l'aventurier \u201cimpur\u2019 serait l'homme existentialiste\u2026\u201d p.168) C\u2019est bien gênant de comprendre cela car, en lisant les pages précédentes el suivantes de Pour une morale de l'ambiguïté (16), on aurait constaté que Simone de Beauvoir est en train de sépa- ver catégoriquement l'homme existantia- liste de l'aventurier, aussi bien pur qu'impur: \u201cSa aute, c\u2019est de croire qu'on peut quelque chose pour soi sans les autres et même contre eux (p.91), alors que l'horime existentialiste (agit \u2018à fin de libération de lui-même et des autres, s'efforce de respecter cette fin à t'avers les moyens qu'il emploie pour l\u2019atteindre, (et) ne mérite plus le nom d'aventurier\u201d (p.87).M.Niel se surpasse quand ll dénonce ce mot de (?) Sartre: \u201cNous n'avons pas le droit de \u201ccomprendre\u201d nos enne- inis, nous n'avons pas Je droit d'aimer tous les hommes\u2019 (p.159).11 a ensuite beau jeu de s\u2019en prendre au méchant Sartre.Cependant, on peut lui repro- ther de ne pas avoir mentionné trois vlétails: premièrement, si \u201ccomprendre\u201d est entre guillemets, c'est qu\u2019il a le sens étyvmologique de \u2018ranger de son côté\u201d, \u201cprendre avec sol et sur soi\u201d; deuxièmement, le mot \u201clous\u201d est souligné, de façon à insister sur la lotalité des hom.\u2018mes plutôt que sur n'importe quel.Troisièmement, Sartre écrit: \u201cNous n'avons pas le droit d'aimer tous les hommes\u201d, ce qui implique qu'il y a une tâche «\u20ac à accomplir, une resp bilité à prendre avant el en vue d'établir cetie véritable communauté humaine inter- subjective.B.\u2014 M.Niel, par ailleurs, construit une personnalité sartrienne en déployant une magination peu commune.Dire que: \u201cSartre lui-méme n\u2019aime pas le verbe comprendre.I! préfère le verbe choisir.\u201d C'est là montrer qu'on n\u2019a idée ni de la portée de la psychanalyse existentielle sartrienne ni du projet général de son ceuvre, en conformité, avec lequel Jean- son cite, en exergue de son Sartre par lui-même (17), cette parole significative de Sartre: \u201cj\u2019ai la passion de comprendre les hommes.\u201d Ecrire que Sartre n\u2019a \u201cjamais fait partie d'un groupe vivant dans l'état de rareté\u2026 ll aurait appris que la rarcté peut stimuler l'entraide\u201d (p.94), c\u2019est méconnaitre ses neuf mois passés dans un camp de concentration, où il a composé un \u201cNoël\u201d à jouer pour les prisonniers de sa baraque (à la demande d'un jésuite) et où il a risqué sa vie pour éviter des ennuis à un autre ecclésiastique.Loin de moi l'idée d\u2019insinuer que Sartre mourra dans de profonds sentiments chrétiens (!).L'amitié se situe au-delà des croyances et l'abbé Page pouvait bien dire à Sartre: \u201cSi Dieu devait vous damner, je n\u2018accepterais pas son ciel.\u201d (18) Dire enfin que Sartre a peur des responsabilités, sous prétexte qu'il n\u2019a pris ni femme ni parti politique (p.12), c\u2019est passer cavalierement sous silence la demande en mariage a Simone de Beauvoir (19), ct le fait qu'il crée en 1941 un mouvement de résistance, se raltie au Front National, devient cn 1949 le co-fondateur du Rassemblement démocratique révolutionnaire; c'est ou- bliier qu'il s\u2019en prend directement aux antisémites (Rétiexion sur la question Juive, t946), à la guerre d\u2019Indochine (L'Atiaire tenri Martin, 1953), à la 1épression communiste de Hongrie (Le signataire des 121, 1956), à la guerre d'aigérie (Une victoire, 1958), fonde une ligue pour le Rassemblement anti- tasciste en 1962 et proteste contre la guerre du Vietnam en déclinant l\u2019invitation des Américains en 1964.Quant à prêter à Sartre, comme à Teilhard, des discours purement inventés (p.175 et 173), dans lesquels üls renieraient leur philosophie au profit de celle de M.Niel, c\u2019est là du spiritisme puéril de mauvais goût, mais qui résume assez bien la méthode inédite de M.Niel.Vil.Conclusion Antoine est dépassé.(1) Jolivet R, Sartre ou la théologie de l'absurde, p.135, Arthème Fayard, Paris 1965.(2) Niel A, J.-P.Sartre, héros et victi- time de la \u201cconscience\u201d malheureuse, p.181, Lecourrier du livre, Paris 1966 C'est moi qui souligne, pour attirer déjà l'attention du lecteur sur l\u2019in- Jraisemblable perspicacité de notre TOS, (4) Freud S, Abrégé de psychanalyse (1939), 73, P.U.F., Paris 1 (4e édition).(5) Sur ce sujet, cf.L'Existentialisme est un Humanisme, p.59 à Nagel, Paris 1964.) in: Jolivet R.opus cité p.114.(7) Lettres Françaises, 12 novembre (8) Les Mots, p.210, Gallimard, Paris 1864 (9) Geiger L.B.Philosoprie et Spiritualité, t.II, p.17, Cerf, Paris (10) L'Etre et le Néant, p.30 et suivantes, Gallimard, Paris 1955 (47e édition).(11) La Transcendauce de l'Ego, in Recherches Philosophiques, Paris 1936, Réédité .hez Vrin en 1965.(12) L'Existentialisme est un Humanisme, p.79 et 83.(13) L'Etre et le Néant, p.577.(14) Opus cité, , 5 (15) Critique de la Raison Dialectique, R 349, Gallimard, Paris 1960.R.F., Collection Idées, Paris (17) Seuil, Paris 1955.(18) De Beauvoir S., La Force de l\u2019Age, 589, Gallimard, Livre de Poche, aris 1 (19) Idem, p.88.3 - A Guy Allard, ; pour n'avoir pas excommunié Sartre priori.1, .\u201c11 ne semble pas qu\u2019il ait jamais été dans la pensée de Sartre de nier la réalité profonde de tout ce qu\u2019il y a de positif dans l'amour, dans l'amitié, dans la sympathie, dans la solidarité des hommes au sein des communautés humaines et de la société politique.\u201d Monseigneur Jolivet (1) L Niel contre l'Occident S .?Sartre, bien sûr, démasqué enfin, son machiavélisme mis à nu, son nihilisme exposé en pleine lumière.Toute la vérité sur ce malade, ce damné, ce destructeur de l\u2019humanité toute entière.Le héros?C'est André Niel, vainqueur du dragon, sauveur de l'Hlomme, initiateur au nouvel humanisme, dénonciateur des trompe-l'oei) que sont le Christianisme, le Marxisme et I'Existentialisme: \u201cChristianisme, Marxisme et Sartrisme sont des messianismes de diversion, qui tendent à vider l\u2019homme actuel et réel de ses possibilités infinies de créer et d'aimer qui sont en lui.Au principe de ces messianismes, nous trouvons une méme affirmation abusive et partiale: l'homme actuci est voué au mal, au combat, à la haine.\u201d (2) Si l'Occident nage aujourd'hui dans le marasme, si les occidentaux s\u2019entre- déchirent, c'est a cause de: ces hommes, plus ou moins dieux selon le cas, qui ont systématisé I'inauthenticité et ses conséquences meurtrières, cosmologique- ment parlant.La vérité, c'est que ces hommes (et particulièrement: Platon, Jésus-Christ, Hegel, Marx, Malraux, Mon- therlant, Sartre et leurs disciples) n'ont pas eu le courage d'assumer leurs responsabilités dans le monde et sont demeurés à un stade adolescent d'inea- acité sociale\u201d Cp.12); ils ont encouragé e culte de I'avidité, du plaisir combatif, de la fatalité, de la violence et du malheur, au lieu de révéler que \u2018\u2019chacun de nous est, sans le savoir, un ressort de 1 aventure libératrice\u201d (p.176) el que \u2018si nous vivons l'humain, tout le reste viendra de lui-même, \u2014 liberté, justice, abondance, victoire sur la matière \u2014 comme les fleurs et les fruits viennent à l'arbre, dès qu\u2019il peut s'épanouir suivant la loi naturelle de son rapport au monde\u201d (p.185), ble la critique du sartrisme, à laquelle ce livre est surtout consacré.Comment se manifeste chez Sartre cette \u201cconscience égotiste et combative\u201d?Pour celui qui a des connaissances \u201célémentaires\u201d de l'âme humaine, cela est clair: \u201cPour le psychologue, toute cette mythologie du pour-soi-conscience et de l'étre-en-soi a la valeur des images ue provoquent les psychanalystes ans le \u201crêve éveillé\u201d.Au cours de ce rêve artificiel, les malades révèlent les mécanismes secrets de leur ame; ainsi la mythologie sartrienne de l\u2019Etre et du Néant nous révèle-t-clle les secrets d'une conscience constamment aux prises avec son conflit, son instabilité.\u201d (p.32) ; Pour s'en convaincre, d'après Niel, il suffit de relever l'antagonisme fondamental du pour-soi et de l'en-soi, le conflit indépassable du je avec Autrui, l\u2019insistance sur la primauté absolue de l\u2019acte libre, l'importance du désir et la conscience malheureuse qui en découle.Allons même plus loin: il faut distinguer chez Sartre une conscience malheureuse, qui s\u2019'imagine généreuse, et un inconscient, gavé de \u201csatisfactions morbides\u201d, dominé par la peur d'autrui et l'amour de soi.Inutile de dire que toute son oeuvre procède de cet inconscient, ui porte en lui les germes destructeurs e l'humanité.Ill.Cartes sur table Ou bien M.Niet s\u2019est efforcé de comprendre Sartre, auquel cas c\u2019est un incapable, ou bien il ne l'a pas fait et c'est un irresponsable.l1 n\u2019est pas facile de trancher cette question: d'une part, ses \u201cétourderies\u201d sont évidentes, d'autre part ses \u201cinsuffisances\u201d flagrantes.Malgré un caractère plutôt calme et conciliant, je n'hésite pas trop à déclarer que ce livre est une ordure \u201cqui remet en question le problème de la liberté de presse!).Si on condamne un pauvre type qui vole du pain, il n'y a aucune raison our ne pas intenter un proces en diffamation à l'auteur d'une telle mystification.BI serait indigne de ne pas réagir à la lecture de ces «divagations.Je me propose, sans plus tarder, de montrer non seulement que ce livre ne nous apprend que la négligence de iL.Psychanalyse de Sartre Je ne Mm'attarderai malheureusement bas sur l'aspect positif de \u201cnouvel\u201d humanisme, qui rappelle curieusement celui des K.Bech, K.Grün et M.Hess, \u2014 ces socialistes \u201cvrais\u201d fustigés En- £els; ce n'est pas sans un certain étonnement qu'on le voit réapparaiître, même aujourd'hui.Plus suggestive me sem- , mais aussi que cette négli- Cy l'a incité à fausser les écrits mé- mes de Sartre.TV.Propos sur la critique en philosophie mystérieux attrait de la psychana- sé contribue à renforcer le culte que nous vouons à nos \u201cguérisseurs\u201d, auxquels il ne faudrait peut-être .mander trop.Sans doute à ln suite d'un 03H désir inné d'apostolat, plusieurs se sont intitulés grands prêtres du jour au lendemain, conselllant les foules à tort et à travers.Freud insiste pourtant, et avec prudence, sur le caractère inductif de la psychanalyse: il s'agit moins de réduire abstraitement des personnes a un même modèle explicatif, que d\u2019enrichir continuellement vn modèle \u2014 quitte à le modifier considérablement \u2014 à partir de chaque patient.Un comportement n'est pas facilement analvsable: \u201cLe droit de tirer de pareilles conclusions.de pratiquer de semblables interpolations, de postuler leur exactitude, reste, en chaque cas particulier, soumis à la critique.\u201d (4) Aucune interprétation psychanalytique qui espère être prise au sérieux ne peut se passer des relations interpersonnelles (cf.le phénomène de transfert).li n'y a pas moyen de savoir a priori si un comportement X procède directement d'un traumatisme A, ou indirectemnet d'un traumatisme B suivi d'une formation réactive (compte tenu que B est le contraire de A).De même, comment savoir a priori qu'un comportement X, chez un individu, et un comportement Y, chez un autre, (et tel que Y est Je contraire de X) procédent tous les deux d'un traumatisme semblable A, mais surmonté par sublimation dans le second cas?Ce n'est pas seulement à cause du transfert positif que le psychanalyste a besoin d\u2019être en relation personnelle cé concrète avec son patient, mais pour le mieux co-naître de com-prendre.C'est pourquoi je ne crois pas que la tâche du critique philosophe consiste à pratiquer la Jeychanalyse par correspondance ou a distance.Interpréter comme \u201cégotiste\u201d la liberté sartrienne, reconnaître pourtant l\u2019altruisme\u201d de son projet, et expliquer cette contradiction en disant que l'inconscient est égotiste mais que le conscient est altruiste, ne révèle que la faiblesse d'une argumentation qui aurait gagné à s'enrichir d\u2019une soli- Æneuse lecture des textes.El ne suffit cependant pas de lire quelques brides de théâtre dans le \u201cSartre par lui-même\u201d de Jeanson, et de se contenter d'un interview publiée dans Le Monde au lieu de lire Les Mots (je n\u2019insinue rien: je relève les références de M.Niel), pour comprendre des oeuvres, auxquelles on eut faire dire n'importe quoi si on ne es rapporte es à l\u2019idée directrice de leur auteur.Cette intentionalité se ré- véle le plus souvent ou bien dans la vie quotidienne, ou bien dans des écrits qui permettent à la pensée de s'exprimer plus directement (correspondance, discussions, journal).Ce n'est évidemment as toujours vrai, mais c'est le cas pour artre qui n\u2019a jamais caché son intention de choquer pour qu'on réagisse, à une époque où les héros et les saints nous incitent à dormir bienheureusement.(5) H ne faut pourtant pas fréquenter Sartre longtemps pour le savoir, mais on comprend l'inaptitude d'un critique qui évite de s'intéresser à la vie de l'hom- me-Sarire en disant que Sartre ne vit pas, mais qu'il écrit, fr 183) Cela aurait toutefois permis 4 M.Niel de ne pas CL RE WW.Te confondre Sartre avec Roquentin, Mathieu, Oreste et Goetz, \u201cconfusion\u201d sur laquelle il fonde ses élucubrations.Les pires critiques de Sartre savent au moins cela: que les \u201cChemins de la 1i- berté\u201d sont ae \u201cfaux chemins\u201d (6), et que ces personnages sont des \u201cratés de la liberté\u201d, des acteurs jouant sans cesse au point de ne plus se reconnaître eux-memes, parce que, justement, ils sunt devenus personnes.(7) \u2018\u2019d'écrirais joyeusement sur notre malheureuse condition\u201d (8), dit-il aussi, non parce qu'il est saaique (ça me surprend qu\u2019on ne le lui reproche pas encore), dis parce que, s'il est vrai que nous sommes mortels, nous ne supporlons généralement pas trop mal cette situa- Mon ontologique, aont nous distraient \u2018constamment les sollicitations de notre moi psycho-physiologique, les personna- des sartriens sont des étapes qu\u2019il a lui- meme dépassées.V.Insuffisances Un critique aussi ignorant de la vie de Sartie et du sens de ses oeuvres n'a pas beaucoup de chances de saisir exactement la portée d'un traité aussi com- mexe que L'Etre ct le Néant.Par ailleurs, meme si un penseur aussi consciencieux, et aussi peut suspect de sympathie philosophique pour Sartre que le rese Leiger considère le système de Sartre comme \u201cun bloc sans fissure\u201d (9), on doit écouter Sartre lui-même pour porter quelque jugement sur son oeuvre.J'essaierai maintenant de montrer qu'il aurait suffi de lire L'Etre et le iséant avec un minimum d'attention et Le préjugés pour ne pas interpréter gauchement les concepts sartriens fondamentaux.A.\u2014 Une première difficulté sur it, dès l'abord, qui est aisément pardonsia.ble au profane: c'est la différence entre l'ontologie phénoménologique et la pay: chologie, l'égo transcendantal et I'égo psycho-physiologique, Il en résulte que M.Niel assimile l'étre-en-soi à l'être matériel (p.30), contrairement à la conception de Sartre (10); qu'il reproche à Sartre d'ignorer l'égo transcendantai (p.41), alors que Sartre y a consacré un livre (difficile à se procurer, il est vrai et résumé dans aucune revue!) an; qu'il confond le désir d'être et le désir.passion.Pour Sartre, la conscience est, avant lout, présence au monde: c\u2019est un vide où le monde a paraît; en ce sens elle est manque d'être, puisqu'elle n'es pas le monde, et elle est désir d'être, uisqu'elle est spontanément détermina- lon et réalisation du monde.Com ren.pres a sir, ee , cup es gens, cela manque pas d'originalité! s ne B.\u2014 On déforme rarement (ck-haut) de la pensée piri ig rea que plus volontiers le souvent on ees: e concept de .té, qu'on identific A la moti d'acle gratuit.C'est ce que fait rd L96t YIIYAIS EZ \u2018NIÈVT YIFILEYNO 31 L LE QUARTIER LATIN, 23 FEVRIER 1967 * 8 Verdi: incommunicabilité Le cinéma Verdi est un cinéma de répertoire où le public est toujours certain de voir un film de qualité et le plus souvent les deux films sont des pièces maîtresses dans l\u2019histoire du cinéma.Le cinéma américain est, depuis un an ou deux, considéré comme un pestiféré.Le cinéma, aujourd\u2019hui, c'est Godard.Avant lui, néant, après lui, néant.Et c'est à ce déséquilibre des valeurs que le cinéma Verdi s\u2019op- rose.Il est dommage que le pu- Wie montréalais préfère la dernière connerie des cinémas de la rue Ste-Catherine à la certitude de passer une soirée agréable dans un cinéma plus honnête.Dernièrement remarqué au cinéma Verdi, THE GUEST de Clive Donner.Inspiré de la pièce d'Harold Pinter's, THE CARETAKER, le film de Donner prouve la possibilité de lier théâtre et cinéma en respectant les deux moyens d'expression.N'enlevant rien à la pièce, il lui confère une nouvelle dimension, toute visuelle.Tout est sobre.Donald Plea- sance dans le rôle du vicillard est émouvant de vérité et de puissance.Trois personnages: deux frères, un clochard, recherchent la communication.Problème aussi de la domination de l'homme sur les autres.Ce désir constant d'ê- tre le point de mire, l'être essentiel aux autres.M n'y a pas de gens irremplaçables, semble nous dire Pinter\u2019s et Donner.11 n'y a que des hommes seuls, qui ne peuvent se rencontrer.La proximité humaine étouffe mais elle est aussi un besoin fondamental chez l'homme.THE GUEST, film-malaise; un monde clos, la déchéance de l'homme.Une image douloureuse de notre médiocrité intérieure.Le Dauphin: frustration et cruauté \u201cMademoiselle\u201d est institutrice dans un petit village.\u201cMademoiselle\u201d est aussi une nymphomane.Frustrée dans ses appétits sex uels, solitaire, elle veut attirer l'attention d'un bûcheron italien, Manou, de passage dans la région.Elle projette en cet homme tous ses désirs, toute la passion qui la consume.Violence des sentiments qui se manifeste par une violen- ee extérieure.Non pas une extériorisation franche mais une obsession du mal, de faire le mal, de propager le mal.Par ailleurs cette femme n'est pas une femme: C'est un petit animal érotique.La longue scéne d'amour crée chez le spectateur le malaise inhérent à tout abaissement de la condition humaine (se rappeler la séquence où \u201cMademoiselle\u201d, Jeanne Moreau, est appelée par Manou dans les termes du mal.tre appelant son cnien et cette autre séquence où elle lèche la barbe de Manou et fait entendre un long cri plaintif).\u201cMademoiselle\u201d n'est qu'un corps, qu'un sexe.Elle n'a rien de l\u2019être humain avec ses grandeurs et ses faiblesses.Elle gêne, elle surprend.Tant de questions sont Josces; mais pas de réponse.Et pourquoi une réponse?Solution de facilité.\u201cMademoiselle\u201d, un film de Tony Richardson à ne pas manquer.Westmount: le retour de la comédie musicale A HARD DAY'S NIGHT, HELP, puis THE KNACK et maintenant A FUNNY THING HAPPENED ON THE WAY TO THE FORUM ct toujours le même Richard Lester possédant un sens aigu de l'humour et une fraicheur qui commençait à se faire rare au cinéma.À FUNNY THING HAPPENED ON THE WAY TO THE FORUM, c'est une avalanche de gags, tant parlés que visuels.Lester fait fi de toutes les conventions et tout devient prétexte À rire.Le comique ne ridiculise pas ses personnages, il leur donne la jeunesse.On se croirait de retour dans le monde de la comédie musicale des années 30 et 40.On se souvient de Stanley Donen.de Vincente Minelll, de Gene Kelly, Fred Astaire ou Syd Charisse avec la mélancolic d'un assé que l\u2019on voudrait revivre.ais il ne faut pas confondre.Lester n'imite pas; il crée.Il y a une affinité d'univers.Le lan.age de Richard Lester suit l'évo- ution du cinéma actuel: Finies les limites imposées par le studio et une caméra trop fixe.A FUNNY THING HAPPENED ON THE WAY TO THE FORUM c'est la gaicté, la rêve rie.Un hommage à Buster Kes- ton, (\u201cl\u2019homme qui ne sourit jamais\u201d), le plus grand comique du cinéma muet avec Harry Lang- dom et Max Linder.TE uw Place Ville-Marie: inspiration, expiration Parler d\u2019un film suédois signifie parler sexualité.Et c\u2019est regrettable.Voilà un pays qui a la chance de produire, de s\u2019exprimer et qui ne peut plus le faire sans être contraint au \u201cpelotta- ge ou à la provocation.On se éshabille dans le cinéma suédois par habitude, non par nécessité pour l'oeuvre.On ne peut aimer sans se coucher au bout de cinc minutes.J'ai lu sur ce film qu\u2019 s'agissait d'un couple qui, après avoir fait l'amour, tente de rendre permanente leur lisaison.Incompréhensible.On se couche parce que, semble-t-il, on s\u2019aime et l'on pense ensuite à cette acon pour se convaincre que l\u2019on s'aime.Le film de Lars Magnus Lind- fren brille non seulement par a faiblesse de sa conception de l'amour mais aussi par sa forme cinématographique.Vous prenez un film dont vous avez pris soin de faire tirer plusieurs copies, puis vous coupez et recollez le out en insérant par ici par là les scènes que vous trouvez les lus belles et où vous avez la cer- itude d'avoir mis toute la signification profonde de l'oeuvre.Le résultat ennuie le spectateur mais si vous avez l'art de l'affichage de peau et de soupirs \u201csexys\u201d l\u2019un des deux cinémas de la Place Ville-Marie se fera un devoir de projeter votre film.Où il y a des seins, ils sont là."]
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