La petite revue de philosophie, 1 janvier 1988, Printemps
[" ili PER | P- 453 mm + petite revue | ep 4 hilosophie | Vol.9, No 2 \u2014 Me a = ~~ = NS ts or rer.eme 27 V À sc WEI Xu a \u20ac BRR 33 AN 3) i ih 4 | té ; 7 ona od ae py, JA == 2 x si * ww % ng REE 5 24 ae py 45% BR Li \u2018 Ha.4 = 2% ee f i if ne i! +, a ta utounde Jam SN Iman Collège Edouard-Montpetit, Longueuil, Québec nA 4 ~~ RET ere Ce dix-huitième numéro de La petite revue de philosophie est subventionné par les Services de l'édition du Collège Édouard-Montpetit Direction Ghyslaine Guertin, département de philosophie Brigitte Purkhardt, département de français Comité de rédaction Pierre Aubry, département de physique (Edouard-Montpetit) Marc Chabot, département de philosophie (F.-X.Garneau) Louisa Defoy, bibliothécaire (Notre-Dame) Claude Gagnon, département de philosophie (Edouard- -Montpetit) Claude Giasson, département de philosophie (Edouard- Montpetit) Philippe Thiriart, département de psychologie (Edouard-Montpetit) Administrateur délégué : Danielle Garcia Correcteurs d\u2019épreuves Gilbert Bataille Claude Giasson Richard Ramsay Jacques Ruelland Philippe Thiriart Maquettiste : Philippe Côté Composition et mise en pages Impression HELVETIGRAF INC.IMPRIMERIE VEILLEUX, 985, route Lagueux 303 , chemin des Pionniers St-Etienne-de-Lauzon (Qc) GOS 2L0Cap- -St- -Ilgnace (Qc) GOR 1H0 Distribution En abonnements En librairies Sylvie Lemay Diffusion Parallèle Inc.Services de l\u2019édition 815,est, rue Ontario Collège Edouard-Montpetit Montréal (QC) H2L 1P1 Secrétariat : Anny Vossen et Martyne Désautels Correspondance Madame Lyne Auger Secrétariat général \u2014 Collège Edouard-Montpetit 945, chemin de Chambly, Longueuil (Qc) J4H 3M6 Dépôt légal : Bibliothèque nationale, 2° trimestre de 1988 Bibliothèque nationale du Canada : ISSN 0709-4469 Périodique semestriel! \u2014 prix du numéro : 6,00 $ (5,00 $ étudiants) \u2014 abonnement institutionnel annuel : 18,00 $ Membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois Volume 9, numéro 2, printemps 1988 as IRC.43 -~ a 3 33e cts Tes Fp TR ev is Sr - = oe ir Pt De \"eh ce Ces 2 TT oy eh ES eT ee Fara Earn Lo ol ial CET eg as F2 = .Le oy SPI 5 3 II jE oN = om on \u201c re es a A eu _ ace tes RK EER Se of Te Hers = et > 5 ss & ek H I Te 1 = Es iy 5 E = po de philosophie La petite revue = IN - Sa Ny Fig nt = BS Cs Fe 2x3 > => 22 Eu Se Se pics &) x oo za = a os Ce = oe eu ee LK pa use = = Bs CES \u2014 He: EN oe Se EN hes Sete AX ds a = 2 = Cy pea pe és a cs Se PR es a rar cacs ÈS ey o> Lo ces es rime ER REE es a = py oT Carer ANCE SR = a ES Gai aS pe Rt = el po : RR Led - JR Vo EE EEE ee = er \u2014_\u2014\u2014_\u2014 ee Autour de James Hillman .there is a backward look, a terror of the back ward in us each which appears in the chronic disorders of our human natures that bespeak the eternal return, the ricorso, of primordial conditions.James Hillman! Du 11 au 15 mai 1987, se tenait à l\u2019Université du Québec à Montréal le colloque /maginaire culturel et Communication avec James Hillman invité pour la circonstance par Ginette Paris du Département des Communications.Dès la première journée, le professeur Hillman trace l'orientation des rencontres de la semaine.En invoquant un retour nécessaire à la Grèce antique, il soulève immédiatement les limites et les possibles de notre périple terrestre, cette traversée du monde combien «plus difficile à découvrir que la traversée de l\u2019Au-delà» selon l\u2019aveu de Wallace Stevens.Nous vivons sous le carcan d\u2019une civilisation dualiste qui ignore la conjugaison des pouvoirs et en réduit les diversités à la plus lamentable unité, de remarquer Hillman.Unité ne résultant même pas de la synthèse des forces oppositionnelles mais s\u2019imposant de par la victoire de l\u2019une d\u2019elles sur les autres.Ainsi le Dieu d\u2019Abraham a-t-il détrôné les dieux d\u2019Ho- mère.Ainsi la loi de la raison a-t-elle étouffé les voix de l\u2019âme.1.«On Culture and Chronic Disorder» in Stirrings of Culture, Dallas Institute, 1986, p.15.MI re get (I ts dite tits BE ANCE EEA tH reese HATE AEE TAME opte Sage ee ARE HI IRE se ee Sop mr ERR EE ga LE REAL BIH hee Qu POUCA Ii: = 4 I A BY.pi: ph \u201cA 8: I: Bt pr SE RE i Re: pa JR pi jeta DRE Tournons-nous donc vers la Grèce et son panthéon pour retrouver les structures multiples de notre conscience.Interrogeons les mythes, ces porte-parole de notre âme.Ici, James Hillman apporte une précision qui mérite d\u2019être relevée : ne considérons surtout pas l'âme comme une entité mais plutôt comme une perspective.Celle-là même que le concile de Byzance a évacuée de la vision tripartite de l\u2019être, il y a plus de mille ans, au profit de la dichotomie corps/esprit.La haine occidentale pour l\u2019image a pris racine dans ce dualisme.!l faudra attendre C.G.Jung pour «desserrer les doigts morts à Byzance, en restaurant l\u2019âme comme expérience première et comme champ de travail, et en nous montrant comment réaliser son Etre \u2014 particulièrement dans le support que nous donnent les images*».| ne serait sans doute pas excessif d'affirmer que l'image a insufflé sa dynamique aux diverses interventions du colloque.L'image en tant qu\u2019interprète de la psyché, témoin de la conscience, instrument de l\u2019esprit, vision du monde, nerf de la culture, souffle de la divinité, complice enfin de toute communication, source et cible de toute connaissance.Une des images «fortes» du colloque «cimente» d'ailleurs les articles ici réunis : il s\u2019agit de l\u2019image de l'arrière- salle dont se sert James Hillman pour explorer les nombreux aspects de la culture et du désordre.Ce sujet a fait l\u2019objet d\u2019une communication, le 12 mai.Nous en publions la version française dans le présent numéro, intitulée «La culture et la chronicité du désordre».2.James Hillman, Le Polythéisme de I'Ame, Paris, Mercure de France, 1982, p.131.IV pt sl lili Dans sa plus large dimension, l\u2019arrière-salle évoque tous les espaces, extérieurs aussi bien qu\u2019intérieurs \u2014 sociaux, culturels, individuels \u2014 où la A .212 .|» à a.«Loi» refoule ses éléments marginaux.Et, si l\u2019arrière- gl salle est d\u2019abord une image, il y a, en outre, les E images de l'arrière-salle.Voilà qui amorce l\u2019explication É de la rubrique chapeautant ce recueil puisque chacun E de ses textes jette un œil singulier sur quelque «lieu» a inquiétant, suspect, ambivalent, controversé, caché, 5 renié, décrié, et, par le fait même, séduisant, intrigant, i attirant.«Défendu» en somme, dans les deux sens i du terme, comme les images qu\u2019ils révèlent et qui les A révélent en retour.Précisons cependant que tous les auteurs ici réunis ne se réclament pas nécessairement ni de la it psychologie archétypale ni de son fondateur.Er Quelques-uns (Paris, Lasnier, Drainville) s'en inspi- gi rent, il est vrai.Pour les autres, nous les avons «gref- bY fés» sur le noyau Hillman de par l\u2019effet d\u2019un simple g et curieux concours de «synchronicité».5 Louis Lasnier déserte notre ère \u2014 dont l\u2019esprit «ressemble à un alchimiste qui voudrait transformer l'or en plomb et qui y réussit» \u2014 pour nous entraîner vers l'aire psycho-esthétique de l\u2019alchimie hillma- nienne et son arrière-boutique où brille la parole d\u2019argent.Gilles Drainville sonde un matériau relégué à l'arrière-plan social, le folklore québécois, dont il interroge une des principales figures, celle du diable.Jean- Paul Daoust capte dans l\u2019arrière-fond des glaces le reflet qui a tué Narcisse et engendré Dracula.Avec Hélène Marchand, nous pénétrons dans l\u2019arrière-pays de la réalité : la fiction et sa constellation de mondes imaginaires gravitant autour du monde réel.Quant à E - Marc Maillé, il interpelle Joséphin Péladan, un des 8 gracieux fleurons de l\u2019arrière-ban de la Rose-croix E catholique, en déterrant le système idéologématique d\u2019un roman oublié Les Amants de Pise, intimement lé au chiasme du visible et de l'invisible.Pour sa part, Hermine de Peyrac nous convie dans l\u2019arrière- chœur de la mystique tantrique qui initie au culte de la Femme éternelle et de l'Infini, de concert avec «les forces érotiques et exotiques de Vie et de Mort».Enfin, Georges-André Tessier fouille l\u2019arrière-corps de l\u2019establishment scientifique, la psychanalyse \u2014 toujours dans la marginalité en tant que science \u2014, et rend justice à l\u2019intégrité de Freud qui a préféré renoncer à une certaine méthode au profit de son objet plutôt que de renoncer à son objet au profit d'une méthode certaine.Comme il est loisible de le noter, les écrits de ce volume ont tous forcé la cloison de quelque «ar- rière-salle» grouillante d\u2019images mentales, autant affectives qu'\u2019intellectuelles.C\u2019est en raison de cette panoplie d'images que nous nous sommes regroupés autour de James Hillman qui n\u2019a jamais cessé de les privilégier dans son discours.Images s'adressant aux sens et au sens et qui n\u2019ont rien à voir avec la pollution de notre société qui \u2014 par l\u2019image \u2014 impose des modèles, dicte des ordres, vend des produits.Sans distinction.Sans distanciation.Sans ce langage subtil, nuancé, indirect dont l\u2019âme a besoin.«On meurt de plus en plus devant son téléviseur», tel que le constate Claude Gagnon.Dans les laboratoires, les animaux qu\u2019on empêche de rêver meurent aussi.Oui, l\u2019âÂme a besoin d'imaginer.Vincent Van Gogh, cet habitué des arrière-salles, dont Le couloir de l\u2019asile illustre ce numéro, l\u2019avait bien pressenti.Devant les impératifs de son art, il avait intuitivement cerné la vocation «noble» de l\u2019image : suggérer, transporter, libérer.Il souhaitait en somme que la peinture VI rom mn ae =m \u2014 devienne «plus musique» et «moins sculpture».Dès lors, il espérait tirer des sons de sa palette de couleurs.«Je voudrais peindre des hommes et des femmes avec ce je ne sais quoi d\u2019éternel, dont autrefois le nimbe était le symbole», écrivait-il à son frère.| travaillait à exprimer «la pensée d\u2019un front par le rayonnement d\u2019un ton clair sur un fond sombre».Et l'espérance «par quelqu\u2019étoile».Et l\u2019ardeur d\u2019un être «par un rayonnement de soleil couchant».«Ce n\u2019est certes pas là du trompe-l\u2019œil réaliste», lancerait-il aux marchands d'artifices, «mais n\u2019est-ce pas une chose réellement existante» que cette parole de l'image «consolante comme une musique3»?Brigitte Purkhardt 3.Lettres de Vincent Van Gogh à son frère Théo, Paris, Grasset.1949, p.230. oe 2 _- acc spe rs .- fee.x pus en er pee Pex SE PER Somer \u2026 - - ic 0e cet faces Rs a es = de pres fe, _ = Zo SE ue sp Rec \u2014\u2014\u2014 x pi SIR = CR res Gex CE y oc 5 , da aed Ee) cs ce Gas re ST os ta fy x per 74 es CE T7 it Evene fea es Sec ae i oy COR BERR Er ao pee pss xy En Ex spoeui ae a a &i a i pe 5 ie 2 AE el Pr at 5 RN ie 7 i = mo se p= 2 Paco Beat =.TS es id IT AL os it RS A .it Ba Eri af tous es N ECR ax ol aN i x 5 2 I 8 a > 2 se Au A CS À EN io iS E _ _ ee LR TE Ji tai pétasse die HAE ii Le Aidit Hp SL Bt ic 304 ia HH Programme du Séminaire et du Colloque IMAGINAIRE CULTUREL ET COMMUNICATION avec James Hillman LUNDI, 11 mai 1987 Matin : \u2014 Qui est James Hillman?(par Ginette Paris) \u2014 A quoi correspond, pour notre psychologie et pour notre culture, le retour a la Grèce antique?Soir : \u2014 «Les cimes de l'esprit et les vallées de l'âme» MARDI, 12 mai 1987 Matin : \u2014 La méthode de la psychologie archétypale propose d'apprendre à «Voir au travers» («Seeing through») Soir : \u2014 «La culture et le désordre» MERCREDI, 13 mai 1987 Matin : \u2014 Pathologiser («Pathologizing»).Quel est le lien entre la souffrance psychologique et la vie de l'âme?Soir : \u2014 «La communication» JEUDI, 14 mai 1987 Matin : \u2014 Féminisme et polythéisme (James Hiliman et Ginette Paris) Soir : \u2014 «La cosmologie animale» VENDREDI, 15 mai 1987 Matin : \u2014 Révision et discussion sur l'ensemble des thèmes du séminaire et du colloque Soir : \u2014 «Anima Mundi» Organisation du séminaire et du colloque Ginette Paris Collaborations Aide financiére du F.C.A.R.et assistance du Département des Communications de l'UQAM Lieu des rencontres Théâtre Alfred-Laliberté de l'Université du Québec à Montréal - belt - w= J bs \u2014 se ES Ross 2er 2 Eee ess So aca C3 cie ü = ee =, Pa por aE Briard ee > rares pers cases = Earl Cre ani Bey ry ir es Page xa = Ft rss a ir: BCs: = SAS er ss lex fal RT ss NE g ès ESSN a = AN atx RE 3 a = EB M pa _ \u2014 >= ee\u2014\u2014re Qui est James Hillman?Ginette Paris Professeure au département des communications à l\u2019Université du Québec à Montréal | L\u2019homme public I! est difficile de présenter l\u2019auteur d\u2019une œuvre aussi considérable et novatrice.James Hillman échappe même aux catégories les plus habituelles de présentation.Par exemple, devrait-on le présenter comme le professeur Hillman puisqu\u2019il a enseigné à l\u2019Université de Syracuse, qu'il fut doyen des études avancées à l\u2019Université de Dallas, et professeur invité aux Universités Yale, Harvard et Princeton?Ou fau- drait-il le présenter comme le Docteur Hillman, analyste, qui pratique maintenant son art à sa maison du Connecticut, où l\u2019on vient le consulter, venant de partout à travers le monde?Est-ce qu'un Américain qui passe trente ans en Europe, dans des lieux aussi différents que l\u2019Irlande, la France, la Suisse allemande, l\u2019Inde et l\u2019Italie et qui parle le français, l\u2019allemand et l\u2019italien répond encore à l'image que nous avons d\u2019un Américain?Ou ne faudrait-il pas insister plutôt sur l\u2019identité d\u2019écrivain, puisque nous avons affaire non seulement à quelqu'un qui «a quelque chose à dire», mais également à un artiste qui se préoccupe de la forme et du médium par lequel il le dit.Le style de James Hillman est vif, surprenant, captivant.Son livre Re-visioning Psychology fut en nomination pour le prix Pulitzer en 1972.TATE NR A : : RINT NRHA trata qe my * poe wii HHS rl RET HIRI HAHA FRE HREM HA HE I ERIC HH Il se dit analyste jungien, et il fut directeur pendant plusieurs années de l\u2019Institut Carl-Jung de Zurich.Mais il développe et radicalise tellement la psychologie de Jung qu'il a fallu trouver un nouveau nom : celui de psychologie archétypale pour distinguer son approche de celle des «jungiens» plus traditionnels.Même cette appellation de «psychologie archéty- pale» échappe à la catégorisation.Ce n'est pas vraiment une école comme on dit «l\u2019école freudienne» ou «l\u2019école jungienne».On voudrait en faire une école que ce serait difficile car les disciples devraient régulièrement renoncer à suivre James Hillman, le héros fondateur, qui ne cesse de changer de ville ou de continent, peut-être justement pour briser dans l'œuf les dogmatismes d'école et le culte des pères fondateurs qui finit toujours par opprimer les adeptes.Ce n\u2019est pas par hasard non plus si James Hillman est également éditeur, donc qu'il consacre une partie importante de son temps à la diffusion des idées des autres et à l'animation d\u2019un réseau international d\u2019intellectuels de disciplines aussi variées que la psychologie, l\u2019histoire, la philosophie, et même l'architecture ou la planification urbaine.La complication qui apparaît quand on veut présenter James Hillman est en fait une complexité qui fait partie de l\u2019œuvre.À certains moments son travail est l'exemple même des qualités associées à la tradition intellectuelle européenne, c\u2019est-à-dire un sens de l\u2019histoire et de la continuité, un réflexe critique si aiguisé qu'aucun courant de la psychologie n'échappe à son œil qui «voit au travers».On devine l\u2019érudit qui expose sa recherche sur un sujet pointu et qui se délecte des petites notes savantes dont il parsème son texte.À d\u2019autres moments, son style, direct, farceur, imagé, relève du journalisme américain et c\u2019est EER Ac SIAR crea ri cat re en SO NS ca ten sans prétention mais avec audace qu\u2019il propose rien de moins que la révision radicale des fondements de la psychologie occidentale depuis les Grecs anciens! La psychologie archétypale ne se présente pas comme une autre approche thérapeutique, ni comme une autre théorie englobante du psychisme, mais plutôt comme un style de pensée, un point de vue sur la souffrance, l'identité, la culture.Elle parle de /\u2019âme et à l'âme qu\u2019Hillman définit comme «une perspective plutôt qu\u2019une substance, un point de vue sur les choses plutôt qu\u2019une chose.[.] L'âme est ce qui transforme les événements en expérience.[.] Elle est ce qui est communiqué dans l'amour, [.\u2026] elle est ce mode par lequel on reconnaît la nature symbolique et métaphorique de toute réalité».C\u2019est là une psychologie passionnément intellectuelle, foisonnante d'idées, riche en retours historiques et en réflexions philosophiques.Mais ces idées nous sont présentées non pas pour qu'on les tue en en faisant une idéologie ou un autre dogme de la psychologie, mais pour qu'on les examine, pour qu'on joue avec elle, pour qu\u2019on regarde l\u2019effet qu\u2019elles ont sur nous, sur notre manière de ressentir l\u2019âme.L'homme privé* Laura Pozzo : Vous avez déjà dit qu'en thérapie, l\u2019amour est plus important que la conscience, et vous avez ajouté que vous êtes «accroché» par cette phrase.Mais qu'est-ce que l\u2019amour, dans la situation de thérapie?* Ce qui suit est extrait d\u2019une série d\u2019entrevues que James Hillman a accordées à Laura Pozzo qui les a rassemblées sous le titre de Inter Views (publiées à New York par Harper & Row en 1984).Ginette Paris a traduit de l\u2019américain cet entretien tiré du chapitre «Loving» où se révèle le «docteur» Hillman cernant un «outil» essentiel dans toute analyse, l'amour.(Note de l\u2019éditeur.) fat SS HT ENS I AT James Hillman : L\u2019amour : un seul mot pour désigner tant de phénomènes différents.mais, est-ce que «amour» ne serait pas pris dans un sens trop littéral, trop concret?La question est la suivante : Qu'est-ce que la psyché est en train de faire lorsqu'elle nous fait tomber dans ce désir concret, dans ce désir du concret?On tombe en amour, on tombe (fall).En allemand, fa// désigne une «trappe» tout aussi bien qu'un «cas», exactement comme le mot latin «cadere» qui signifie «tomber» et qui est la racine du mot «cas».Aussitôt qu\u2019on tombe en amour, on devient un «cas», comme un animal piégé; on tombe dans le piège du désir concret.On est pris.Mais on n\u2019est pas tombé dans le péché, ni dans une sorte de «désir animal».Ce qui nous arrive c\u2019est qu\u2019on est soudainement conscient de la cage dans laquelle on enferme l'animal; alors on blâme l\u2019animal et on dit qu\u2019on est tombé dans l\u2019animalité.Mais l\u2019animal ne tombe pas en amour; il n\u2019en a pas besoin, non parce qu'il est déjà déchu, mais parce qu\u2019il n\u2019a pas cet ego qui s'imagine qu\u2019il n\u2019a rien à voir avec l\u2019animal jusqu'au moment où, forcément, il tombe en plein dedans.Laura Pozzo : «Du moment qu\u2019on est en amour, on devient un cas».pouvez-vous élaborer sur cet aspect névrotique ou pathologique de l\u2019amour?James Hillman : Le sentiment d\u2019être possédé, ou transfiguré, ou n'importe quoi du genre, appartient à l\u2019état d\u2019être en amour parce que l\u2019amour est une des formes par laquelle l\u2019ego normal est amené à se soumettre à la psyché, comme cela nous arrive dans la dépression, ou dans l\u2019ambition.L\u2019ego devient possédé, pris par Psyché.Alors, que l\u2019on considère l'amour comme un salut ou bien comme une illusion n'apporte pas grand chose à l\u2019amour.Qu'est-ce que RPO A RTI l'amour fait?Qu\u2019est-ce que Psyché essaye d\u2019obtenir par cet amour?L'amour, ce n\u2019est pas seulement une description interminable de nos sentiments, et ce n\u2019est pas seulement la découverte d\u2019un univers subjectif.Bien sûr, il peut y avoir cette touche de subjectivité, et certainement l\u2019amour nous rend plus attentifs, plus sensibles.Mais l'amour est surtout une explosion de l'imagination, un moyen extraordinairement puissant par lequel la psyché produit ses images.Il nous faut reconnaître cette explosion d\u2019images et ne pas laisser l'amour se réduire au subjectivisme et se complaire dans le sentiment.ll nous faut voir au travers de ce littéralisme habituel, direct et psychotique, que l\u2019on applique à l\u2019autre personne et qui me fait croire que «je ne peux pas passer deux heures sans entendre ta voix, téléphone-moi», ou bien «il faut que je te touche», ou encore «j'ai passé devant ta porte au milieu de la nuit» \u2014 c\u2019est de l\u2019obsession.Qu'est-ce que Psyché essaye de faire avec cette sorte d\u2019attachement psychotique?De toute évidence, j'ai besoin, ou psyché a besoin de la réponse concrète de l\u2019autre.Mais pourquoi est-ce que Psyché rend cela si obsessi- vement concret, et pourquoi est-ce que toutes les disciplines, de Platon à la théorie du transfert psychologique, ont-elles toutes insisté pour passer au-delà du concret?L'autre personne est devenue une sorte d\u2019incendiaire mystérieux, un fusible qui déclenche l'imagination concrètement, qui amène l\u2019imagination à devenir terriblement, passionnément réelle, physique, vivante, désirable.Je crois que c'est ça que j'ai voulu dire quand j'ai lancé que l\u2019amour est plus important que la conscience, parce que l\u2019amour force l'imagination à devenir ta réalité.Les amoureux sont toujours à se demander pourquoi ils sont tombés en amour ensemble.Ils se racontent des tas d'histoires pour expliquer ce mystère, pour rendre la mystérieuse folie de ce mystère endurable.(La théorie du transfert est une de ces «histoires».) Mais ça ne devient concevable qu'au moment où on réalise que Psyché a besoin de l'amour dans son combat avec le concret; pour certains, ce sera une façon d\u2019entrer dans le concret et pour d\u2019autres, ce sera une façon de s\u2019en sortir, mais toujours l'amour implique la psyché dans la folle impossibilité d\u2019une concrétude physique, directe. \u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 SO PT EE TTT \u2014 \u2014_\u2014\u2014_\u2014\u2014 ee - pe = Co mn .3 h A = pe 3 no BN DIOR _ Er .= ou se PASI 01 == a DES RE CET al rt en Er ri ey es CRA, ols - PES == = PRY a ee a a: AT = fey Lo = mail a, vs Le Ll POA Rr CY = ee tee La culture et la chronicité du désordre* James Hillman Philosophe, analyste praticien et écrivain * Cet article reprend le discours d\u2019inauguration du Dallas Institute prononce par James Hillman et publié dans Stirrings of Culture (Dallas Institute, 1986, p.15-21) sous le titre de: «On Culture and Chronic Disorder».(Traduction de I'américain par Michèle-Isis Brouillet.sociopsy- chologue: revue par Brigitte Purkhardt et Richard Ramsay.) Précisons, dès le point de départ, que je n\u2019aborderai pas mon sujet par la définition de ses principaux thèmes, la «culture» et le «désordre».Mon propos s'ouvrira plutôt sur une image.L'image est celle de l\u2019arrière-salle dans un asile d\u2019Etat, une clinique, une maison de santé.Ce n\u2019est pas important qu\u2019il s'agisse d'une image actuelle ou d\u2019enfance, il y a un édifice de briques ayant une arrière-salle, soit celui des criminels fous, soit celui des maisons d'enfants arriérés, soit celui de l'asile du comté pour les malades incurables.Dans tous les cas, que l\u2019image soit celle de Bedlam, de Bellevue, de Brookhaven, il y a une ar- rière-salle.On y retrouve le retardé, le drogué, l'apathique dans d\u2019étranges postures, vestiges d\u2019une nédgli- gence sans age, d\u2019un refus, d\u2019un délabrement, d\u2019une confusion silencieuse; on y voit aussi un enfer peuplé de bancs, de lits, de murs sales, avec des infirmières dans des réduits de verre, la défaite qui, à la lueur d\u2019une veilleuse, se découpe sur le mur comme l\u2019ombre d\u2019un vampire, d'étranges vêtements sur des corps sans forme, des odeurs inhabituelles de maladie, la ridicule fuite du triste temps perdu.Vous pouvez animer l\u2019image avec des programmes stimulants (pour les jeunes en stage de formation), avec des activités d'artisanat, de la musique, de la peinture fraîche couleur pastel, quelques enseignes humoristiques.Il n\u2019y a peut-être pas de chaînes ni de douches communes, mais à la place, des comprimés aux coloris chatoyants.Malgré cela, l\u2019arrière-salle rappelle une image récurrente où qu\u2019elle soit située : sur un bateau romain d\u2019esclaves, dans une cité tsariste ivre, dans l\u2019hôpital parisien d\u2019Orwell, dans une unité de la VA dans une quelconque ville des USA.Maintenant, voyons l\u2019image de l\u2019intérieur comme les psychologues que nous sommes aimons le faire.Passons de l\u2019arrière-salle à notre propre arriération.Laissons-nous voir notre propre déficience, notre propre invalidité, notre courbure vers l\u2019intérieur, comme Robert Burton appelle nos conditions de vieillissement.La courbure de l\u2019âge, les conditions incurables, permanentes de l\u2019arriération humaine qui ne peuvent être guéries ni ne peuvent être endurées.C'est ici que se situe la chronicité du désordre qu\u2019il apparaisse ou non dans nos liens du mariage, nos contrecoups familiaux, notre peur du noir, nos fantasmes érotiques, nos longues et profondes dépressions, nos inhibitions, nos contraintes.il y a cette vision de l\u2019arriération, cette terreur de l\u2019arrière-salle en chacun de nous.Cette terreur se manifeste dans la chronicité des désordres de notre nature humaine, l'annonce de l\u2019éternel retour, le ricorso des conditions primordiales. Il y a maintenant trois options qui se présentent : d\u2019abord, comment regarder cette arrière-salle, puis, comment négocier avec celle-ci, finalement, qu\u2019est-ce que l'arriére-salle ainsi que la perception que nous en avons et nos modes de négocier avec elle ont à voir avec la culture?Ceci est le but de notre rencontre aujourd\u2019hui et celui de l\u2019Institut que nous inaugurons.1) Comment considérer l\u2019arrière-salle Premièrement, nous pouvons présumer que le champ de la chronicité est déficient.Arrière-fond, d'une part, socialement déprécié, sous-privilégié, sous-développé, et tirant sa nature de forces externes.D'autre part, nous pouvons supposer une déficience génétique, une tare héréditaire, qui doit, à nouveau, son implacable nature aux forces extérieures à sa propre condition.Ou encore, nous pouvons adopter une position darwinienne et dire que l\u2019arrière-salle correspond à une inaptitude.Comme le mentionne Jung, la nature est aristocratique, prolixe, faisant des essais innombrables, mais seulement quelques grains survivent et, même là, seuls quelques-uns s'élèvent jusqu'au génie ou à la culture.La vie humaine est pavée d\u2019essais infructueux.Dans cette optique, I'ar- riere-salle est ce qu\u2019elle est: une démonstration de la nature, des lois naturelles, lesquelles ont peu à voir avec les cas individuels.Deuxièmement, nous pouvons envisager la chronicité comme étant maudite.Ceci donne aux lois naturelles un sens moral.L'arrière-salle devient un cercle dans l\u2019enfer de Dante, un espace de l\u2019âme humaine tel que décrit par Dostoievsky, ou, selon Graham Greene, sous un mode différent, un lieu où la volonté divine se manifeste. Troisièmement, nous pourrions imaginer l'aire de ce désordre irrémédiable comme le sanctuaire d\u2019un Dieu spécifique : Saturne, Kronos, Chronos.Dans ce cas, Saturne atteint nos vies et nous ne pourrions le retrouver ailleurs que dans le retardé et l\u2019impotent, qu'au travers de ce facteur de chronicité immuable.Dieu peut être encore le Destin, les Furies, l\u2019'Anankê; ce qui signifie, à nouveau dans le langage de Jung, qu\u2019il y a un Dieu dans la maladie (cela ne veut pas dire pour autant que Dieu est une maladie ou que la maladie est Dieu et qu'on doit l\u2019adorer en tant que maladie, car ainsi la maladie serait idolâtrée et Dieu réduit à son ombre).Chacune de ces façons d'aborder le désordre de l\u2019arrière-salle entraîne la seconde option : 2) Les modes de négociation Le premier mode est l\u2019héroïisme.Allons de l'avant et agissons.N\u2019acceptons pas, a priori, les désordres chroniques comme allant de soi.En psychiatrie, cette tendance se reconnaît dans le refus d\u2019'allouer au comportement toute gouverne génétique.Il n\u2019y a pas de tare héréditaire, ni de karma : tout peut être changé.Il s\u2019agit d\u2019une vision protéenne, mercuriale de l\u2019âme.Toute nature est sujette à la transformation par la volonté humaine de façon telle qu\u2019elle tende à égaler la réformation.Nous avons besoin, à l\u2019Institut, d\u2019accorder beaucoup de temps à ce thème, car, pour moi, ce type d'héroïsme est l\u2019ennemi primordial de la culture.J\u2019aimerais en passant vous présenter les caractères de ce thème : l\u2019héroïsme et le monomythe américain de la suppression du malheur; l\u2019héroïsme et la déception ou le burnout et le désespoir; l\u2019héroïsme et la fuite : 15 J: iii que ce soit le «Sunbelt», «New Frontier», «Westward Ho!» Eloignez-vous de ce qui traine et éliminez-le.Qu'est-ce qui est actuellement pointé par les pointeurs de troubles?Le déni héroïque de la chronicité semble être un dogme américain fondamental.«Nous devons garder cette nation en mouvement», disent les slogans.Et puis l'opposé : ne pas couler avec son navire pour son étendard, à Alamo, stagnation héroïque qui ne laisse pas de culture non plus.L\u2019héroïsme affiche encore une autre allure: au leu de la rédemption héroïque, émerge l\u2019héroïque suppression.La chronicité est perçue alors telle quelle, c\u2019est-à-dire incurable : inutile donc de perdre du temps avec elle.Disposons-en (par l'euthanasie, le camp de concentration, le ghetto, l'esclavage), as- servissons-la ou liquidons-la.Ainsi, par volonté de pouvoir et de contrôle, nous «nettoyons les étables» dans un sens ou dans l\u2019autre.Pourvu que les frais d\u2019opération soient maintenus à leur juste valeur.Le «bien-être social» est le troisième mode de négociation avec la chronicité des désordres en même temps qu\u2019il en constitue notre principale approche moderne.Une fantaisie de la médiocrité humaniste, de la bonté démocratique et de ses pratiques.Le bien-être social rappelle que l\u2019arrière-salle demeure le prix que nous devons payer pour le succès, pour notre ego endurci par la compétition.Certains éléments sont faibles, non déficients pourtant, mais pas tout à fait aptes à tenir le coup.Aussi devons-nous créer une place pour les désordres chroniques, remédier à la lenteur ou à la bêtise de certains par des programmes appropriés, et, le plus près de la ligne de feu du côté incisif de la civilisation progressive, réintégrer l\u2019arrière-salle après en avoir franchi le seuil que sont les maisons de transition.16 Le «bien-être» est à la fois externe, dans la société, et, interne, lorsque nous abordons notre arriération individuelle.Nous le gérons, nous nous en accommodons ou nous le «mettons à la porte».Nous faisons preuve surtout d\u2019une sorte d'ajustement imaginatif et d'avant-garde en face des buts civilisés du conformisme.Le bien-être passe à côté du fait que la chronicité est une forme d'écart et qu\u2019elle sert d\u2019autres dieux.L\u2019aveugle, le handicapé, le fou ont d'autres bornes que les normes de ceux qui ne sont pas démunis.Et pour cette raison, nous pouvons beaucoup apprendre du poète aveugle, de l'artisan handicapé, du fou prophète.lls imaginent les choses de tout autre manière.Comme le dit Bachelard, I'imagination œuvre à travers la déformation.Mais le bien-être travaille selon des critères différents: il réforme et conforme.Le désordre chronique est précisément ce qui ne convient pas à l'humanisme progressiste; il est précisément la preuve que le plus inapte peut survivre et que même l'idéal platonicien de «complétude» ne saurait s'appliquer ici.En résulte la récidive, l'éternel retour du désordre chronique en soi et dans la société.Le bien-être social échoue et une profonde amertume couvre cet échec.«J'ai essayé et malgré tout rien ne marche\u2026 j'ai été décent, tolérant, bon.».Le bien-être doit faillir car il rappelle, dans son effort héroïque pour changer, la mission héroïque de sauver, bien qu'il s'agisse ici d\u2019un héroïsme sécularisé, castré, soumis, ajusté, «médiocratisé».Sa mission héroïque de sauver est devenue celle d\u2019aider ou d\u2019améliorer.Mission sans mission et sans héros.Une mission muée en administration et l'émotion en institution.Le bien-être social dérive finalement d\u2019un ego cou- 17 pable; non pas d\u2019une passion archétypale comme celle de l\u2019ascète (qui consume) ou celle d'une guerre sainte rédemptrice (le «crois ou meurs» de Jehad).Simple civilité, tout juste de la bonne volonté et des gadgets programmés.Nous avons examiné la rédemption héroïque, la répression héroïque et le bien-être social ou l\u2019hé- roisme sécularisé.Nous aborderons maintenant une quatrième façon de négocier avec le désordre chronique, celle que je vous recommande d'écouter.S\u2019il y a une base archétypale à la chronicité, si celle-ci a sa propre nature, si elle est sa propre forme, elle doit donc requérir son propre code de manœuvre.Disons que ce dernier évoquerait le mode de vie auprès d\u2019un handicapé incurable.(Est-ce pour cela que freaks et handicapés détiennent une place si importante dans nos films et au théâtre?Sommes- nous des héros américains interpellés par la chronicité?) Ce code de manœuvre se veut être une attention, un nursing, une compassion, la charité \u2014 charité, au lieu de bien-être social.Reconnaissance de Dieu dans un état où Dieu n\u2019est violé ni par la cure ni par la conversion.Evinçons et diable et ange et le sacré de l\u2019arrière-salle.Même l\u2019enfer procède de la vision de Dieu.L'amélioration, accomplie a travers la charité \u2014 non la tolérance \u2014 et la compassion, se retrouve dans ces mots: «Voici quelque chose qu'il vaut la peine de vivre, en raison de son ultime différence, de sa parentèle totalement étrangère, qui m\u2019incitent à m\u2019en rapprocher pour ce qu\u2019elle m'offre.» La mission se mute en transformation, non pas en celle du désordre, mais plutôt en celle de mes normes de l\u2019ordre.L\u2019homme-éléphant touche le médecin ainsi que la comédienne parce qu'ils ont su accepter que son 18 état soit irrémédiable, que sa maladie soit chronique et que seule la mort puisse le guérir.Irrémédiable ne veut pas dire irrachetable.La rédemption ne devrait pas changer un état mais le «bénir» tel qu\u2019il est.La première étape de cette bénédiction de l\u2019état- tel-qu'il-est en entraîne une seconde : lui porter de l'intérêt, être piqué de curiosité envers sa nature, désirer rester en sa présence plus longtemps (devenant soi-même chronique) \u2014 chronicité que nous appelons fidélité \u2014, le pousser à se mettre davantage en évidence, le laisser s'exprimer, agir, étendre ses ailes.En d'autres mots, le principe de l'amour se trouve dans l\u2019irrémédiabilité même, dans sa chronicité.3) L\u2019arriére-salle et la culture Nous atteignons maintenant ma troisième option, celle-là même qui concerne le plus cet Institut.D'abord, nous avons tenté d'envisager l\u2019arrière-salle sous différents angles; par la suite, nous avons abordé plusieurs méthodes de négocier avec elle.Deman- dons-nous enfin quel rapport peut exister entre le désordre chronique en soi, sa perception, ses modes de négociation et la culture elle-même.Ici, je suppose que vous vous attendez à quelque définition de la culture.Mais, j'ai plutôt l\u2019intention d\u2019entourer ce mot d\u2019une pénombre, d\u2019une atmosphère connotative.«Culture» évoque culte ainsi que occulte (difficile à percevoir, délibérément caché, ésotérique, mystérieux); de plus, «culture» évoque aussi la fermentation d'organismes hors de leur milieu naturel, qui croissent dans la chaleur d'immenses contenants richement alimentés.La culture nous ramène dans un autre lieu, à une autre époque; il était une fois un âge d\u2019or, au-delà 19 de notre existence ordinaire, et des formes en fermentation.Tout cela réfère aux éléments fondamentaux, aux traditions transmises.Comme telle, la culture tente toujours soit de revenir en vie, de revenir en arrière, d'essayer à nouveau en servant un culte; soit de redessiner ou de ressusciter des formes qui ne surgissent pas spontanément dans le cours naturel de la vie de tous les jours, tout comme s'il s'agissait d\u2019une culture en laboratoire.Puis-je ici me permettre une rapide distinction entre culture et civilisation?(Un risque à prendre, d\u2019autant plus que d\u2019autres pourraient établir cette distinction de façons différentes.) La culture évoque une intelligentsia ou des initiés \u2014 lesquels peuvent se retrouver tout un chacun dans la société et non seulement chez l\u2019élite de ces grands prêtres des «cultivés» \u2014 qui apprécient et même vivent sous l'égide de l\u2019«occulté» (ce qui n\u2019est pas simplement et naturellement acquis comme le sont les idées, les qualités, l\u2019âme, les vertus, les formes).C'est-à-dire, l\u2019invisible des valeurs et la valeur des invisibles.Parce que l\u2019«occulté» n\u2019est pas simplement et naturellement pourvu, parce qu\u2019il se relie à quelque artéfact, on le confond volontiers avec l\u2019Art.Toutefois, l\u2019Art est l\u2019«occulté» rendu visible, la culture littérale, civilisée, et il n\u2019indique pas nécessairement la présence de la culture.Voici maintenant quelques faits concrets tirés du rapport intitulé The Humanities in American Life, «Report of the Commission on the Humanities» (Presses de l\u2019Université de Californie, p.113-128).Cet étalement d\u2019améliorations humanistes démontre le progrès de la civilisation, mais sont-elles pour autant évidence de culture? Par exemple, aux États-Unis, plus de 750 nouveaux musées ont été fondés depuis 1969.Dans le seul Etat du Wisconsin, il y a plus de 170 sociétés historiques alors qu\u2019en 1950, il n\u2019y en avait que 59.Aujourd'hui, on dénombre 2500 groupes de lecteurs de livres de haute qualité.En 1978, les musées recevaient 360 millions de visiteurs, soit six fois plus que de spectateurs réunis aux jeux de baseball, de basketball et de football professionnels.Un nombre plus grand d'Américains assistent à des performances artistiques qu\u2019à des événements sportifs.En 1967, un million de personnes assistaient à des représentations de danse moderne et de ballet; dix ans plus tard, on en comptait 15 millions.Le nombre des adeptes de l'opéra a quintuplé de 1950 à 1978, et, de nos jours, on compte près de 1000 compagnies lyriques.En 1968, il existait 24 troupes de théâtre professionnelles; en 1978, elles s'élevaient à 300.Finalement, les orchestres symphoniques professionnels se chiffrent à 1400.Ces chiffres soulèvent une question qu\u2019il nous faut ici considérer : quelle est la relation entre Humanités (les Arts) et Culture?Le nom de cet Institut les réunit; saura-t-il les traiter tous deux comme «entité»?Peut-être y aurait-il là un risque de les confondre, voire de les substituer l\u2019un à l\u2019autre.La culture se loge en vase clos, se cloître même en déclenchant la putrefactio alchimique ou une dégradation comme celle de corps en fermentation.Génération et dégradation naissent conjointement et il n\u2019est pas toujours facile de les distinguer.La civilisation met de l\u2019avant : systèmes d\u2019irrigation, monuments, victoires, continuité historique, richesse; et le pouvoir comme force de cohésion autour d\u2019un but commun.La civilisation œuvre alors que la culture fleurit.La 21 di civilisation voit devant, la culture regarde derrière.La civilisation tient du registre historique; la culture, de l\u2019entreprise mythique.Toutes deux peuvent être interreliées, mais elles semblent pouvoir aussi agir l\u2019une sans l\u2019autre.De nos jours, nous sommes entourés d\u2019une civilisation dépourvue de culture.Existe-t-il une culture sans civilisation?Je me prends à penser aux Indiens de la Tierra del Fuego, que les Occidentaux découvrirent au XVIHe siècle.Pratiquement sans feu, vêtements, abris, outils ou récipients; toujours affamés, toujours malades, et pourtant leur vocabulaire était plus riche que celui de Shakespeare ou de Joyce, et leur culture était une somme de mythes de tous genres.Ainsi que je viens de l'exprimer, la culture regarde en arrière et appréhende le passé comme une nostalgie des ee Sagas pa ec pea = ERT a ES er TES a 3h 3 a 57 oo a BP = SE giz an Cake.fell 5 Gé ce ess ses BR Sp Tral em 2 So fp mes AX SR A po 5 Re Dex iS Ee pers AX oF 5 [a3 LE = a a It \u2014 oe X = Es al = a a ee ~z : ca AE = nes a i pa pe A Ke AX = fh Ç so i OL Ra : a : a M 3 L\u2019idée de science chez Freud : ruptures, ambivalence et regrets Georges-André Tessier Psychologue à l'Hôpital Saint-François d'Assise de La Sarre titi Hi ee THIN i pi.Vi in ;.re HE HN Hi 3 wif Dés les premiers travaux de Freud, la théorie psychanalytique a fait l\u2019objet d\u2019une critique farouche dans certains milieux scientifiques\u2019.La nature et la cible de cette critique ont cependant considérablement changé au cours du siècle.La première constatation qu\u2019il est permis de faire est que la critique, à l\u2019origine, portait principalement sur les découvertes quant à leur objet d\u2019étude, tandis qu'aujourd'hui, elle porte principalement sur la validité scientifique de la méthode de recherche à travers laquelle l\u2019objet est étudié.Critique des découvertes Les historiens de la psychanalyse\u201c font état, en effet, de l\u2019hostilité explicite des contemporains de 1.Voir à ce sujet : E.Jones, La vie et l\u2019œuvre de Sigmund Freud, Paris, PUF, t.|, 1953, t.Il, 1955; E.Kris, Introduction à La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1956; Marthe Robert, La révolution psychanalytique, Paris, Payot, 1964.2.Voir Sigmund Freud, «Contribution à l\u2019histoire du mouvement psychanalytique» dans Cinq leçons sur la psychanalyse (1914), Paris, Payot, p.69-115.Id., Ma vie et la psychanalyse (1925), Paris, Gallimard, E.Jones, op.cit, t.|, E.Kris, op.cit.136 EL Freud à l'endroit de ses découvertes sur le rôle de la sexualité dans l\u2019étiologie des névroses et le développement infantile.Cette situation a progressivement changé puisque Bertrand Pontalis®, dès 1956, constate que «l\u2019époque héroïque est bien révolue», qu'il n\u2019y a «plus personne» pour contester en bloc les découvertes freudiennes et que, «même chez les prudents jésuites, on accueille Freud les bras ouverts».Cette assertion de Pontalis, tout à fait exacte en ce qui regarde les découvertes de la psychanalyse, mérite d'être nuancée lorsque l\u2019on considère les critiques formelles qui s'adressent aux fondements méthodologiques de ces découvertes.Ces critiques sont devenues non seulement plus actives, mais de plus en plus spécifiques.Critique de la méthode Au départ, la critique de la méthode de recherche psychanalytique était mal dégagée de la critique des découvertes.Jones* montre, par exemple, que les arguments opposés à la psychanalyse au Congrès de Baden Baden (1906) se résumaient essentiellement à dire que la psychanalyse devait être fausse puisque ses conclusions étaient immorales\u2026 De cet état initial, la critique formelle s\u2019est ensuite progressivement dégagée sous l'impulsion de divers courants philosophiques.Plusieurs écoles de pensée ont cherché à développer des critères permettant de départager les savoirs «scientifiques» des autres formes de discours ontologiques.Ce sont ces critères qui ont bien sou- 3.Après Freud, Paris, Gallimard, coll.«Idées», 1971.4.Op.cit, t.1.137 M vent servis de rationalisation (ou de prétexte) à un effort pour discréditer les découvertes freudiennes.C\u2019est chez les positivistes et les néopositivistes que l\u2019on rencontre le plus fréquemment des démonstrations visant à invalider la psychanalyse.Les positivistes ne sont cependant pas les seuls à limiter leurs recherches épistémologiques à la formulation d\u2019un critère de validité que l\u2019on utilise ensuite sèchement, dans l\u2019élaboration d\u2019une méthode de recherche ou comme critère de censure des savoirs établis.De nombreuses écoles de pensée, particulièrement les épistémologues marxistes, ont parfois réduit leurs efforts à ce simple but.Il nous faut ici remarquer que toute tentative de critique d\u2019un savoir scientifique renvoie nécessairement au problème du critère de scientificité.Or, le problème de la validité est si complexe, et les philosophes sont si divisés sur cette question, que la formulation de la moindre généralité peut faire l'objet d\u2019un débat interminable.Contre-argumentation L\u2019éventail impressionnant des définitions de la science ayant cours chez les psychanalystes montre que ces derniers ne se distinguent pas de leurs détracteurs par plus d\u2019unanimité.Comme le remarquent Bouchard et Guérette®, les réactions des psychanalystes vis-à-vis des critiques méthodologiques sont aussi variées et contradictoires que celles des écoles philosophiques concurrentes.Observons cependant, pour notre part, qu\u2019on peut dégager globalement trois 5.Fondements épistémologiques de la pratique en psychiatrie et en psychologie : Une introduction, Université de Montréal, 1985.138 tite moments dans la contre-argumentation des psychanalystes.Premier temps Au début du siècle, disions-nous, la critique de la méthode de recherche de la psychanalyse se confondait avec la critique du contenu des découvertes.C\u2019est donc tout naturellement à des «résistances» psychologiques aux découvertes de la psychanalyse que Freud et ses premiers disciples ont voulu subsumer les reproches méthodologiques qui leur étaient adressés.Le commentaire de Freud, à ce propos, dans «Contribution à l\u2019Histoire du Mouvement Psychanalytique», résume bien l\u2019argument majeur de la défense freudienne.[.] S\u2019il est exact, me suis-je dit, que les faits refoulés dont j'ai découvert l\u2019existence ne peuvent parvenir à la conscience du malade, parce que des résistances affectives s\u2019y opposent, il doit être non moins exact que des résistances analogues se manifestent également chez l\u2019homme sain, toutes les fois où on veut le mettre en présence de faits que, pour une raison ou une autre, il a cru devoir refouler de sa conscience.cherche, sans doute, à justifier cette aversion essentiellement affective par des raisons intellectuelles.Cela n\u2019est pas fait pour nous étonner, puisque nous retrouvons le même effort de rationalisation chez l'homme malade, qui se sert des mêmes arguments Je.Freud a probablement raison d\u2019associer les critiques qui lui étaient adressées à des résistances psychologiques, mais il nous faut également admettre qu'il se faisait ainsi la partie belle.En analysant les 6.Cinq leçons sur la psychanalyse, p.92.139 résistances de ses contemporains, Freud se situait dans un métadiscours et donnait à la psychanalyse la position d\u2019une épistémologie générale.La valeur des concepts analytiques en épistémologie générale est reconnue par d\u2019éminents épistémologues (Bachelard, Habermas et autres), mais leur utilisation à des fins polémiques est irrecevable pour deux raisons.Premièrement, parce qu\u2019en analysant les oppositions à la psychanalyse par la psychanalyse, Freud s\u2019enfermait dans une argumentation circulaire.Deuxièmement, elle est irrecevable parce que la découverte de motifs inconscients dans une critique ou un modèle scientifique ne peut nullement en contredire la valeur empirique ou logique.Ce premier argument est pourtant encore très largement répandu dans les publications psychanalytiques\u201d.Deuxième temps Le développement d\u2019une critique plus spécifique de la méthode a ensuite conduit les psychanalystes (Freud compris) à devenir eux-mêmes plus spécifiques.Dans cette seconde phase, les arguments ont même visé directement des critères de validité spécifique.C\u2019est ici que l\u2019on voit les modèles se diversifier.L orientation générale de leurs recherches divise les auteurs en deux groupes : l\u2019un, préoccupé de montrer ce que la psychanalyse a de commun avec la tradition scientifique (ou un critère de scientificité particulier), 7.Voir N.Walker, «À new Copernicus?» in Psychoanalysis and Scientific Thought, Chicago, Nelson-Hall, 1956, p.35-42; McGuire, Introduction et notes de Freud et Jung, Correspondance | et Il, Paris, Gallimard, 1975; Rapaport & Shakow, «Darwin and Freud»: A comparison of receptions» in Psychoanalysis and Scientific Thought, Chicago, Nelson-Hall, 1977, p.43-64; «Conclusion» in Ibid., p.391-403; C.Chiland, Les écoles psychanalytiques, Paris, Tchou, 1981.140 l\u2019autre, cherchant plutôt à montrer ce qu'il y a de distinct et d\u2019original dans la méthode freudienne.Les auteurs appartenant au premier groupe ont fait reposer leurs arguments sur des notions très diverses et parfois très ambiguës de la science, chacun essayant de détourner au profit de la psychanalyse l\u2019une ou l\u2019autre de ces définitions.Ici, les auteurs ne se sont pas montrés plus fidèles à l'épistémologie freudienne qu'aux critères de validité auxquels ils cherchaient à répondre, déformant l\u2019une et les autres pour faire entrer (de force, si nécessaire) la psychanalyse dans la définition d\u2019une science.Le plus souvent, ces auteurs cherchent à démontrer l\u2019enracinement de Freud dans la tradition scientifique de son époque.Kris évoque, à cette fin, la formation académique de Freud.Jones° remarque l'attachement de ce dernier aux idéaux de la «société berlinoise de physique».Marthe Robert'°, elle, se contente de souligner le grand respect qu'avait Freud pour la «propriété intellectuelle» des hypothèses émises par ses prédécesseurs.Quant à Paul-Laurent Assoun'!, il réussit un véritable tour de force: il montre que la métapsychologie freudienne, en décrivant les phénomènes mentaux à travers les points de vue dynamique, structural et économique répond au même ideal d\u2019intelligibilité physico-chimique que la physique mécanique où les phénomènes sont regroupés sous leurs rapports dynamique, cinétique et énergétique.8.Op.cit.9.Op.cit, t.1.10.Op.cit.11.«Les fondements philosophiques de la psychanalyse» dans Histoire de la psychanalyse, t.|, Paris, Hachette, 1982, p.65-96.141 Hi ii! Les auteurs plus sensibles a la philosophie se sont, pour leur part, attachés à des critères de validité spécifiques.Pour Fénichel'?et Frank, les bases «empiriques» de la psychanalyse et le souci de cette dernière à établir des «lois générales» lui font répondre aux fondements du positivisme logique.Pour Muld- worf'3, le point de vue dynamique que la psychanalyse défend la rend compatible avec le matérialisme- dialectique.Guntrip'*, de manière ambivalente, affirme à la fois, que le critère de «falsifiabilité» de Poppers est un mauvais critère de validité et, que de toute façon, la psychanalyse le supporterait.Will'® se défend du même critère de Poppers en évoquant la scientificité de la psychanalyse suivant le modèle de Bhaskar'.Finalement, comme le remarquent Bou- chard et Guérette'\u2019, le développement de la théorie kuhnienne sur le fonctionnement «paradigmatique» des «sciences normales'®» a servi de prétexte à un nouvel effort pour prouver l\u2019appartenance de la psychanalyse aux sciences dites «normales» (notamment : Mudjeeb-Ur-Rahman'?).12.La théorie psychanalytique des névroses, Paris PUF, 1945.13.Freud, Paris, Éditeurs français réunis, 1976.14.«Psychoanalysis and some scientific and philosophical critics» in Journal of Medical Psychology, 1972, n° 51, p.207.15.«Psychoanalysis as a human science» in British Journal of Medical Psychology, 1980, n° 53, p.201.16./bid.17.Op.cit.18.T.Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1970.19.«The Freudian Paradigm» in Psychoanalysis and Scientific Thought, Chicago, Nelson-Hall, p.3-20.142 Le second courant, plus près de la réalité, établit le caractère scientifique de la psychanalyse à partir de ce qu'elle a de divergent avec certaines pratiques traditionnelles des sciences.Selon ces auteurs, Freud se serait dégagé d\u2019un carcan méthodologique non approprié à son objet\u201c° en mettant au point un procédé original propre à mettre à jour des faits inédits\u201c*.Mudjeeb-Ur-Rahman va plus loin en affirmant que la psychanalyse constitue pour ces raisons une «révolution épistémologique».Selon cet auteur, Freud n\u2019est pas seulement révolutionnaire dans sa façon de concevoir le processus par lequel la science parvient à connaître son objet.Freud, tout comme Albert Einstein, aurait eu le mérite de reconnaître le rôle positif de la spéculation et les limites de la quantification dans le processus de la découverte.Troisième temps La troisième étape, plus récente, consiste, pour les psychanalystes, à admettre que le statut scientifique de la psychanalyse pose des problèmes.Fona- gy?, à ce chapitre, relève dans la littérature deux sources de critiques internes : on reproche à la psychanalyse, d\u2019une part, la faiblesse de ses bases empiriques et, d'autre part, l'ambiguïté et l\u2019anthropomorphisme de sa terminologie.Deux caractères qui, nous le verrons, constituent justement l'originalité de I'epis- témologie freudienne.Le travail de ces auteurs consiste alors à apporter des propositions pour amé- 20.Voir O.Fénichel, op.cit.; L.Horwitz, «Theory construction and validation» in Psychoanalysis and Scientific Thought, Chicago, Nelson-Hall, 1977, p.123-146.21.Voir E.Jones, op.cit., t.|.22.«The Integration of Psychoanalysis and Experimental Science: A Review in Int.Rev.Psycho-Analysis, 1982, n° 9, p.125.143 liorer le statut scientifique de la psychanalyse en transformant la méthode de cueillette des données et d\u2019inférences pour qu\u2019elle soit plus conforme à un certain «idéal» méthodologique, sans pour autant perdre la substance précieuse des découvertes déjà acquises.À notre avis, cette tendance révèle la colonisation croissante des psychanalystes par des modèles et des idéaux qui leurs sont étrangers.Selon Fonagy, le travail de transformation n\u2019est pas parvenu à son but.Nous ajouterons que cet échec est des plus heureux car l'emprunt d\u2019une méthode étrangère ne saurait en aucune façon aider la psychanalyse à clarifier ou à améliorer son statut scientifique.De plus, l\u2019emploi d\u2019une méthode de recherche étrangère, inappropriée à l\u2019objet de la psychanalyse, hypothéquerait lourdement les possibilités d\u2019un développement ultérieur de sa théorie.C\u2019est l\u2019erreur qui a été commise dans plusieurs secteurs de la psychologie.Après avoir emprunté les méthodes des sciences de la nature\u201c, ces secteurs auraient vu leurs démarches minées par un «cancer méthodologique» qui étouffe toute productivité.Plusieurs auteurs°* souhaiteraient d\u2019ailleurs voir la psychologie s\u2019émanciper définitivement de cette attitude mimétique.23.Voir L.G.Rorer & T.A.Widiger, «Personality Structure and Asses- ment» in Annual Review of Psychology, California, Annual Reviews, Inc.1983, p.431-463.24.S.Koch, «The nature and limits of psychological knowledge» in American Psychologist, vol.36, p.257-269; P.T.Manicas & P.F.Secord, «Implications for Psychology of the New Philosophy of Science» in American Psychologist, avril 1983, p.399-413; J.R.Royce, «Psychology is Multi-méthodological Variate, Epistemic, World view, Systemic, Paradigmatic, Theoretic and Disciplinary» in Nebraska Symposium on Motivation, London, University of Nebraska Press, 1976, p.1-64 et Id., «Phylosophic Issues, division 24 and the Future» in American Psychology, n° 37, p.258-266.144 Faut-il que les psychanalystes sautent du problème d'une épistémologie et d'une méthode imprécise, à celui d\u2019une méthode inadéquate?Non! Bien sûr! || existe une troisième piste pleine de promesses; celle de développer et formaliser une épistémologie et une méthode à partir de la pratique réelle de cette science.Cette solution est avantageuse non seulement pour la psychanalyse, mais pour l\u2019ensemble des débats épistémologiques.Serge Robert\u201c remarque, en effet, que ce sont bien souvent les épistémologies internes aux sciences qui réussissent à mettre en branle des révolutions scientifiques importantes et propres à ébranler la théorie épistémologique générale.C\u2019est sur cette piste que le présent texte veut s'engager.Idée de science chez Freud Notre souci n'est pas ici de dégager l\u2019épistémologie freudienne dans son ensemble.Ce travail a déjà été amorcé par Assoun\u201c.Notre souci est plutôt d\u2019en dégager certains caractères originaux et spécifiques.Le fait que la psychanalyse ait prêté flanc à un effort d'invalidation de son statut scientifique vient de la conception originale que Freud se faisait de la science et non de ce qu'il partageait avec ses contemporains.Comme le remarque Assoun, la conception freudienne de la science se dégage principalement du discours ontologique de ce dernier, comme un ensemble de principes sous-jacents au système de re- 25.Les révolutions du savoir : théorie générale des ruptures épistémologiques, Montréal, Le Préambule, 1978.26.Introduction a I'épistémologie freudienne, Paris, Payot, 1981; Id., «Les fondements philosophiques de la psychanalyse» dans op.cit., p.65-96.145 présentations qu\u2019il développe pour rendre compte du fonctionnement psychique.Mais nous ajouterons que cette conception s'exprime aussi, plus explicitement, à travers un discours épistémologique que Freud éparpille dans ses textes théoriques et sa correspondance.Globalement, Freud croit qu\u2019on juge d\u2019une méthode de recherche à sa capacité de mettre en lumière des faits nouveaux, et qu\u2019on juge de la valeur d\u2019un modèle théorique à sa capacité d'expliquer les faits mis en lumière par la méthode?\".Ces deux principes, en apparence très compatibles avec un idéal élevé de la rigueur scientifique, prennent une signification particulière pour Freud qui le mettra en rupture avec la pensée dominante de son époque.Ruptures Retenons deux points de rupture qui semblent avoir une plus grande incidence.La première rupture s\u2019observe dans le choix des matériaux empiriques.Dans l'étude des troubles mentaux, le « eu De AR 3 pre Re CIRE TE Poe BS pou I: EE CLC a i Ce i EX RN pe po ol x x AS Sel Ad ol i ER =.= BR ic = BN LA ol a ie ES & > RE i 5 he pt Nt Ey Le * A I R BON DE COMMANDE Volumes déjà parus de La petite revue de philosophie Cochez les numéros correspondant aux volumes que vous désirez recevoir : Volumes: 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 FX FAN FN FN FN FU FAN FA FN Numéros: ( ) ( )( ) ( )C) (HC) CHC) CHC) CHC) CHC) CHC) () 1 2 1 2 1 2 1 2 1 2 1 2 1 2 1 2 1 2 Quantité : X 5,00 $ (prix unitaire) =, $ Abonnement annuel (2 numéros) Particulier Étudiant Institutionnel 12,00 $ 10,00 $ 18,00 $ =__ , \u2014\u2014 $ Ci-joint un chèque ( ), un mandat de poste ( ) au montant de LU 8 Nom Profession Adresse Ville Code postal Nom de l'institution Veuillez faire parvenir ce bon de commande à : Secrétariat général \u2014 Collège Édouard-Montpetit 945, chemin de Chambly, Longueuil, Qc, Canada, J4H 3M6 fe _ \u2014 Ze oz er i] iff 4 AJ] 0 Achevé d\u2019imprimer en mars 1988 sur les presses des Ateliers Graphiques Marc Veilleux Inc.Cap-Saint-Ignace, (Qc) Li .Tre eae oT ~~ LTT SE \u2014 ces TH CTE vo = : TEE = - Z 2x \"Le Sn - = i - -, ares pa - NUS nes Le : + et = stared ata et taSS, tT D res get at.ee, POS Po i ete Te i, ae Ty a Ee rx yea rea Tas, ts x 5 => x.= = £3 Rotate = Ste der pla Ze Se rn = Seay Ex pret here te Ta Xe = CS = = ace x = = 2 at E Tc = Tes pere IE ERS sise = es Erle STA À ae a = es E35 ES; % £55 = & £36 = Æ 3 ie = 2 ES E SE po = A 2 5 i 3 = 5 ¥ & 2 = 5 HB : > = Vo es 2e = Es 32 TON a 2008 5 = = E pete, 5 £5 ; es ho = £35 = : = : = 5 = 2 8 ks ; X 2 3 ; 3 2 4 5 a ma 5 = ie IN RE Ë Red
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