Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Laval médical
Éditeur :
  • Québec :Faculté de médecine, Université Laval,1936-1971
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec
  • Successeur :
  • Vie médicale au Canada français
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Laval médical, 1952-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Vor.17 .\u2014 No 2 Quésec, FEVRIER 1952 PE) a LAVAL MEDICAL BULLE TIN DE LA SOCIETE MEDICALE HOPITA er UX UNIVERSITAIRES DE QUEBEC \u2019 1 9 ° i ent des anemies ¢ micer Traitem eytaires e geytaires mac prog MATUREX\" Ni No 340 \u2014 enferme: Vitamine By, Estomac M esséché, Ac Rede foliave ci e ascorbiqu® mu ae ferreux P-B + Extrait de foie.7 - a a Togs ur 1006 oe reste roux.\u2019 co ologie moyenne | a mémes Ea 338 \u2014 enferme les 0 mais à Un dosage ites destinées co MATUREX\" (Enfan as) N° Ee dionts que le moins élevé.Ca ee s plus petite aux enfants- \u201cMATUR \" Non © x (En nfants) No 339 \u2014 Formule y N° Tee, s s Su fate A RRISON LIMIT ÉE e MO ONTRÉAL, CANADA En ESE En AYERST: McKENNA & HAR | Biologistes et Pha armaciens ® À VITAMINE Br INJECTABLE Boîtes de 6 ampoules, 15 microgrammes par c.c.Vials 10 c.c., 30 microgrammes par c.c.USINES CHIMIQUES DU CANADA, INC 1338, Lagauchetière est, MONTRÉAL. LAVAL MÉDICAL VOL.17 N° 2 FÉVRIER 1952 COMMUNICATIONS PNEUMOTHORAX COMPLIQUÉ D\u2019UN SYNDROME DOULOUREUX ET VASO-MOTEUR DE LA FACE APRÈS JACOBÆUS * par R.DESMEULES, F.R.C.P.(C) et R.DION de Hôpital Laval Si les avantages du pneumothorax artificiel sont universellement reconnus et ses bienfaits non discutés, l\u2019on connaît également l\u2019influence trop souvent néfaste des adhérences au cours de l\u2019opération de Forlanini.Etant donné qu\u2019elles sont presque toujours situées autour des régions malades, cavités et foyers d\u2019infiltration, elles empêchent d\u2019obtenir un 2 \u2018> ., ., collapsus là où 1l serait le plus nécessaire et, conséquemment, entravent la guérison.De plus, on sait combien les pneumothorax thérapeutiques * Présenté à la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec, le 9 novembre 1951.(5) 148 Lavar MÉDicAL Février 1952 bridés sont fréquents, les auteurs s\u2019accordant à reconnaître que 20 pour cent seulement des décollements pleuraux sont complets d\u2019emblée.C\u2019est dire l\u2019importance de la libération de ces pneumothorax bridés par la section de brides ou opération de Jacobæus.C\u2019est en 1913 que Jacobæus appliqua, le premier, la méthode endoscopique à la section de brides.Sa technique, perfectionnée par la suite, est admise et appliquée par les phtisiologues de tous les pays.C\u2019est, à l\u2019heure actuelle, une opération courante en phtisiologie, gardant son originalité quant aux détails techniques qui varient suivant les opérateurs.Cependant, l\u2019opération de Jacobæus, comme toute autre intervention, d\u2019ailleurs, peut se compliquer.Alors que les complications les plus fréquentes, telles que l\u2019emphysème sous-cutané et l\u2019épanchement pleural, sont bien connues, 1l n\u2019en est pas de même des troubles nerveux qui, tout en étant heureusement très rares, présentent cependant le plus grand intérêt.Les lésions nerveuses peuvent se produire après la libération d\u2019adhérences de la coupole ou de la région médiastinale ; elles sont toujours importantes, car leurs suites fâcheuses persistent généralement longtemps.Certains auteurs ont rapporté, après la pleurolyse, des lésions nerveuses du phrénique, du récurrent, du pneumogastrique, du sympathique, des nerfs intercostaux et du plexus brachial.L\u2019observation suivante nous parait contenir des faits assez intéressants pour justifier sa présentation.Une patiente de trente-huit ans (dossier 9903) est admise dans le Service de médecine de l\u2019Hôpital Laval, le 18 mai 1951, pour lésions pulmonaires tuberculeuses du tiers supérieur gauche.L\u2019anamnèse ne révèle rien qui soit digne de mention.Comme l\u2019indication d\u2019un pneumothorax thérapeutique est évidente, notre malade reçoit sa première insufflation gauche dès le 28 mai.Une radiographie pulmonaire de contrôle, prise le 6 juin, fait voir de multiples adhérences apico- médiastinales et sous-claviculaires ; adhérences qui, douze jours plus tard, soit le 18 juin, sont sectionnées en totalité suivant la méthode de Jacobæus.L'intervention est bien réussie et un nouveau contrôle radiologique, fait le 28 juin, montre en effet un collapsus électif du lobe supérieur.On note, cependant, un petit épanchement pleural qui disparait, Février 1952 Lavar.MÉDICAL 149 par la suite, sans incident.Le 25 juin, soit sept jours après l'intervention, la patiente a sa première insufflation postopératoire : elle ne reçoit que 150 centimètres cubes d\u2019air.Environ une demi-heure après l\u2019insufflation, notre malade ressent à l\u2019angle oculo-nasal gauche une sensation de picotement, sensation qui s\u2019étend rapidement à toute la joue gauche sans \u2018+ oar « * ¢ .Figure 1.\u2014 Images de tuberculose ulcéro-caséeuse au tiers supérieur du poumon gauche.dépasser, en avant, le nez, en haut, l\u2019œil, en arrière, l\u2019oreille et, en bas, l\u2019hémi-maxillaire inférieur.Puis, cette sensation de picotement fait rapidement place à des douleurs de forme névralgique, douleurs qui gagnent alors toute l\u2019arcade dentaire supérieure gauche.En même temps, on observe un écoulement aqueux et de la narine gauche et du canal 150 Lavar.MéÉDicarL Février 1952 lacrymal ainsi que des troubles vaso-moteurs se traduisant par une sensation de chaleur et une rougeur de la pommette.Il v a conservation de la sensibilité cutanée à la chaleur, au froid, au toucher et à la piqûre.Après vingt-quatre heures, tout rentre dans l\u2019ordre.La seconde insuflla- tion post-opératoire est donnée le 2 juillet, soit sept jours après la premiè- Figure 2.\u2014 Pneumothorax et nombreuses adhérences.re : la quantité est de 300 centimètres cubes.Environ une demi-heure après, les mêmes troubles réapparaissent à la même région ; mais, cette fois, un peu plus marqués et d\u2019une plus longue durée, soit trente-six heures environ.Puis, tout rentre de nouveau dans l\u2019ordre jusqu\u2019à l\u2019insufflation suivante.Notre patiente est encore présentement porteuse Février 1952 Lavar.MÉDICAL 151 du même syndrome, mais avec des caractères plus atténués, Il faut cependant noter que l\u2019écoulement nasal et lacrymal ne fut observé qu\u2019après les trois premières insufflations seulement ; il fut toujours absent, par la suite.De plus, l\u2019intensité et la durée des douleurs sont proportionnelles à la quantité d\u2019air insufflé : leur durée est généralement étre ên che Figure 3.\u2014 Après Jacobæus.Collapsus marqué du lobe supérieur gauche.de un à deux jours et elles sont en partie soulagées par les analgésiques généraux et l\u2019atropine.Enfin, nous n\u2019avons jamais noté de modification de la pupille ni de la fente palpébrale.En résumé, il s\u2019agit d\u2019une malade dont le pneumothorax gauche s\u2019est compliqué d\u2019un syndrome douloureux et vaso-moteur de la face, après 152 Lava\u2026 MÉDICAL Février 1952 Jacobæus.La nature et la localisation des troubles, le moment de leur apparition et leur durée, leur intensité proportionnelle à la quantité d\u2019air insufflé, la localisation radiologique et des adhérences sectionnées et du lobe supérieur collabé, sont autant de facteurs qui nous font croire à une atteinte du sympathique thoracique au niveau de l\u2019articulation vertébrale de la quatrième ou cinquième côte.À cet endroit, en effet, la chaîne sympathique thoracique qui passe en avant des articulations costo-vertébrales serait possiblement comprimée par le moignon collabé ou tiraillée, soit par une petite bride résiduelle, soit par le fascia endo- thoracique ou la plèvre.Et ces troubles d\u2019irritation s\u2019observeraient Justement au moment où la pression intrathoracique est la plus élevée.Du fait que l\u2019opération de Jacobæus et ses suites furent non douloureuses et sans incident nerveux immédiat, nous n\u2019avons pu mettre en cause une blessure directe du tronc ou des ganglions du sympathique ni une lésion de ce dernier par la chaleur ravonnante du cautère.Les auteurs ont toujours reconnu que les complications nerveuses après Jacobæus, surtout celles du sympathique, étaient exceptionnelles.Et leur rareté fait en sorte qu\u2019elles présentent un intérêt encore plus grand.Quoi qu\u2019il en soit, elles ne restreignent nuliement la valeur de l\u2019intervention dont l\u2019efficacité est nettement prouvée.BIBLIOGRAPHIE 1.Bourceo1s, Pierre, Tuberculose pulmonaire et pleurale, Paris, 1950.2.Dovapy, et Mayer, Manuel de pleuroscopie et de section de brides, A.Legrand, Paris, 1942.3.MisTaL, O.M., Endoscopie et pleurolyse, Masson ¢= Cie, Paris, 1935.4.La Presse médicale, Paris, 1936.or rr ee ÉTUDE BACTÉRIOLOGIQUE COMPARATIVE DES EXPECTORATIONS ET DES LAVAGES GASTRIQUES ET DES SÉCRÉTIONS BRONCHIQUES CHEZ LES TUBERCULEUX * par M.GIROUX et R.DESSUREAULT Service des laboratoires de l\u2019Hôpital Laval Le bactériologiste possède, aujourd\u2019hui, une série d\u2019examens qui Jui donnent la possibilité, s\u2019il agit méthodiquement, de mettre en évidence le bacille de Koch.Ces examens consistent couramment dans la recherche du bacille, soit directement, soit après homogénéisation, dans les expectorations, le liquide de lavage gastrique ou les autres produits pathologiques de l\u2019organisme.Ces techniques d\u2019analyse microscopique sont suivies, au besoin, de l\u2019ensemencement sur divers milieux spéciaux, tels que le milieu de Loewenstein, le milieu de Petragnagni, le milieu de Dubos, ou, encore, les milieux au sang et au sérum humains.Et, enfin, l\u2019inoculation aux animaux de laboratoire, tels que le cobaye et le lapin, augmente les chances de mettre en évidence le bacille de Koch.* Présenté à la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec, Ie 9 novembre 1951. 154 Lavar MÉDICAL Février 1952 Cependant, toute cette gamme d\u2019examens bactériologiques n\u2019est parfois plus suffisante pour satisfaire les exigences raisonnables des phtisiologues qui désirent obtenir une confirmation bactériologique de la maladie et, surtout, une preuve bactériologique de la guérison de leur patient.Le dépistage systématique de la tuberculose pose très souvent le problème de sujets présentant une radiographie suspecte et un diagnostic clinique difficile à préciser, même par un phtisiologue averti.On observe aussi, de plus en plus fréquemment, depuis l\u2019usage parfois exagéré des antibiotiques, comme la streptomycine en particulier, des malades présentant des radiographies franchement positives et une bacilloscopie toujours négative, même en variant les genres d\u2019examens ci-haut mentionnés.Le bactériologiste est de plus en plus souvent appelé à résoudre des cas de ce genre et, devant la carence des méthodes usuelles, 1l doit chercher d\u2019autres modes d\u2019examens plus sensibles pouvant résoudre ces deux problèmes importants : le diagnostic précis de la maladie et de la guérison de celle-ci.Il ne faut pas oublier l\u2019affrmation de Dubos qu\u2019il faut au moins 100,000 bacilles de Koch par millimètre cube pour pouvoir en voir une certaine quantité au microscope.Une nouvelle méthode susceptible de compléter avec succès la recherche du bacille de Koch chez les malades paucibacillaires, d\u2019après les résultats obtenus par plusieurs auteurs avertis, consiste dans l\u2019examen des sécrétions bronchiques, qui, en somme, véhiculent le bacille de Koch venant des lésions pulmonaires.Manoel de Abreu a préconisé, dès 1944, cette nouvelle technique d\u2019examen du liquide de lavage broncho-pulmo- naire qui apporterait une solution satisfaisante au difficile probleme des sujets négatifs dans leurs expectorations et le liquide de lavage gastrique.De Abreu effectue le lavage pulmonaire par injection trans- ou sous- glottique, après anesthésie locale, de 5 à 15 centimètres cubes, selon les cas, de sérum physiologique.Les sécrétions bronchiques sont recueillies pendant, puis après l\u2019anesthésie, aussi longtemps que possible.Assez souvent, la seule instillation intrabronchique de 4 à 5 centimètres cubes de la solution anesthésique suffit pour provoquer une expectoration satisfaisante.Fernandès et, successivement, plusieurs bronchoscopistes, ont modifié la méthode originale de de Abreu, mais toujours pour en arriver au J) V1 Février 1952 LavarL MÉDICAL 1 même but : celui de rechercher le bacille à l\u2019endroit même où il se trouve.Dès 1937, en France, Léon Kindberg et ses collaborateurs ont proposé le cathétérisme des bronches, mais ce n\u2019est que plus tard que Gernez- Rieux et Fourestier, par leurs recherches, ont popularisé cette technique en Europe.Quoi qu\u2019il en soit, cette méthode nous permet de procéder de trois façons, comme l\u2019a démontré Fourestier : a) Recueillir les expectorations quand le patient, par irritation de ses bronches au moment de l\u2019anesthésie, tousse suffisamment ; b) Quand le malade n\u2019a pas vidé ses bronches, au premier temps, prélever le liquide de lavage bronchique par broncho-aspiration ; c) Enfin, lorsque les prélèvements n\u2019ont pu être effectués comme dans les cas précédents, ou se sont révélés abacillaires, prélever les expectorations dans les quelques heures et les quelques jours qui suivent.En effet, le simple cathétérisme des bronches provoque justement l\u2019irritation désirée qui fera cracher plus abondamment le patient, durant les Jours suivants, et cela permettra à l\u2019examen bactériologique de mettre en évidence la présence des bacilles chez un nombre appréciable de patients paucibacillaires.Il s\u2019agit donc là d\u2019un procédé facile qui, s\u2019ajoutant aux examens habituels, peut les compléter en dépistant un nombre passablement élevé de tuberculeux ignorés, a diagnostic difficile, ou, encore, permet d\u2019étiqueter comme encore bacillaires, donc contagieux, des sujets traités et apparemment guéris et désignés comme non-bacillaires par [es procédés usuels.Voici, d\u2019ailleurs, quelques chiffres qui montreront les services que peut rendre la méthode du lavage endobronchique ou broncho-pulmonaire, chez des sujets négatifs dans leurs expectorations et même dans le liquide de lavage gastrique.(Cf.tableau suivant) : 1944 DE ABREU (étude de 265 cas) : Liquides gastriques négatifs.265 Secrétions bronchiques positives.48, soit 18.1 pour cent. 156 Lavar.MÉDICAL Février 1932 1947 De ABREU (étude de 1741 cas) : Liquides gastriques négatifs.1,741 Secrétions bronchiques positives.293, soit 16.8 pour cent.1947 Macnus et Van der HorpEn (133 cas) : Liquides gastriques négatifs.133 Secrétions bronchiques positives.98, soit 73.3 pour cent.1948 J.S.BORNSTEIN (75 cas) : Liquides gastriques négatifs.75 Secrétions bronchiques positives.12, soit 16 pour cent.Il nous avait paru intéressant, depuis quelques années, de pratiquer l\u2019examen bactériologique des sécrétions prélevées par bronchoscopie, soit sur des méchettes, soit au moyen d\u2019un liquide de lavage bronchique, et nous avons pensé qu\u2019il serait de quelque intérêt de relever au hasard, les résultats de 492 investigations endobronchiques pratiquées à l\u2019Hôpital Laval depuis 1945 pour les comparer aux résultats obtenus par la recherche du bacille de Koch dans les expectorations et les liquides de lavage gastrique de ces mêmes patients.Nous avons divisé nos patients en deux groupes comme suit : Hôpital Laval (étude de 492 cas) : Groupe I : Expectorations positives.\u2026.Lavages gastriques positifs.262 cas Secrétions bronchiques positives.Groupe II: Expectorations négatives.\u2026., 230 cas.Lavages gastriques négatifs.Secrétions bronchiques positives : le même jour.45, soit 18.5 pour cent ; les jours suivants.74, soit 30.3 pour cent.Total : 51.7 pour cent. Février 1952 Lavar MÉDicaL 157 Si nous examinons les résultats obtenus dans le premier groupe, nous constatons qu\u2019il s\u2019agit, dans la plupart des cas, d\u2019examens pré- ou postopératoires, de confirmations d\u2019une tuberculose endobronchique évoluant sur une tuberculose pulmonaire avérée ou de grands malades ayant eu des broncho-aspirations, pour débarrasser un arbre bronchique trop obstrué par des sécrétions.Quant au deuxième groupe, il comprend cette catégorie de patients dont nous parlions au début de cette présentation et pour lesquels 1l fallait faire le diagnostic bactériologique d\u2019une tuberculose pulmonaire minime paucibacillaire et également la confimation bactériologique de la présence d\u2019une élimination bacillaire encore existante, quoique minime, chez des patients traités, soit par les antibiotiques, soit par une forme quelconque de collapsothérapie médicale ou chirurgicale.II convient de noter également qu\u2019il ne faut pas se contenter d\u2019étudier les sécrétions prélevées lors de l\u2019exploration endobronchique, mais qu\u2019il faut continuer les examens pendant les quelques Jours qui suivent, comme le démontrent les statistiques du tableau précédent.En nous basant sur les statistiques des auteurs précités et sur celles que nous venons de présenter, nous croyons que la recherche du bacille de Koch dans les sécrétions bronchiques ou le liquide de lavage broncho- pulmonaire doit être effectuée fréquemment, tant au point de vue diagnostique qu\u2019au point de vue épidémiologique chez des patients apparemment guéris, mais encore bacillaires et peut-être encore contagieux.BIBLIOGRAPHIE I.BarieTy, PaiLvras, Rev.Tub., 337, 1944-45.2.Bueno, Marcio M., Quartelv Bulletin, Sea View Hospital, 8 : 212, 1946.3.DE ABREU, Manoel, Dis.of Chest, 11 : 639, 1945.4.De ABreu, Manoel, Amer.Rev.Tuberc., 52 : 570, 1946.5.FouresTier, Le Boucher, RaMEeix, Rev.de la Tub., 222, 1947.6.GFrNEz-RI1eux, Ch., BRETON et MEREAU, Rerue de la Tuberc., 740, 1946.7.GINEs, A.R., Tuberculogogy, 8 : 89, 1946. 10.11.12.13.14, Lavar MEDICAL Février 1952 .GinEs, A.R., Amer.Rev.Tuberc., 56 : 13, 1947.KinBErc, Léon, LAPINÉ, ApiPa, B.M.Soc.Méd.Hôp.Paris, 302, 1937.KRAMER, C., Amer.Rev.Tuberc., 53 : 385, 1946.LEMOINE, DiAcoumorouLos, Rev.de la Tub., 117, 1943.Nassau, E., Proceedings of the Roval Society of Medicine (Londres), 34 : 397, 1941.TRIBOULET, F., et DAnony, M., Revue de la Tub., 5 : 892, 1939.Vincent, V., et Birce, E.A., Amer.Rev.Tuberc., 55 : 556, 1947. THORACOPLASTIE ET APICOLYSE * par J.-A.GRAVEL, F.R.C.S.(C) M.S., chirurgien thoracique à l\u2019Hôpital Laral Au début de ce travail, il convient de répondre à quelques questions.Qu\u2019est-ce que la thoracoplastie en général, quelle est son histoire et quelle place occupe-t-elle dans le traitement chirurgical de la tuberculose ?La thoracoplastie est une opération qui, par Ja résection sous- périostée de plusieurs côtes, le nombre dépendant de l\u2019étendue de la maladie, produit un affaissement du poumon sous-jacent.Dans la thoracoplastie, cet affaissement est permanent, alors qu\u2019il est temporaire ou réversible dans le pneumothorax artificiel et, du moins, en théorie, aussi dans le pneumothorax extrapleural.Le but de cet affaissement est d\u2019enlever au poumon toute fonction, de le mettre au repos, lui permettant ainsi de cicatriser ses lésions tuberculeuses.Cette opération nous a été donnée par Ferdinand Sauerbruch, qui, au début, pratiquait ce qui a été appelé la thoracoplastie para- vertébrale totale.Elle acquit une grande popularité, mais elle présen- * Présenté à la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec, le 9 novembre 1951. 160 Lavar MÉDicaAL Février 1952 tait, tout de même, des désavantages sérieux : a) tout le poumon était sacrifié, même si seulement un lobe ou une partie de lobe était atteint ; b) l\u2019affaissement complet des cavités n\u2019était pas toujours obtenu : c) le taux de mortalité était trop haut.Alors, à partir de la technique préconisée par Sauerbruch, on évolua vers la thoracoplastie sélective, c\u2019est-à-dire vers une thoracoplastie qui n\u2019affaissait que le lobe malade et le moins possible de tissu sain.Des constatations pathologiques révélèrent que les lésions siégeaient surtout au sommet, et, de cette constatation, découla la technique actuelle de résection de côtes de haut en bas.Le taux de mortalité élevé fut bientôt abaissé et même rendu presque nul, lorsqu\u2019on se mit à diviser la thoracoplastie en différents stades.Ainsi, on avait remédié à deux des objections portées contre la grande thoracoplastie de Sauerbruch.La thoracoplastie était devenue sélective et comportait un taux de mortalité négligeable.Mais une des objections demeurait ; elle demeure encore, aujour- d\u2019hui, et, à mon avis, elle est importante : c\u2019est qu\u2019on affaissait peu de cavités et, par conséquent, on guérissait bien peu de malades.C\u2019est en face de cette constatation que Carl Semb, d\u2019Oslo, entreprit l\u2019étude du problème.Il travailla à élaborer une méthode plus efficace et basée sur des principes plus précis et rationnels.Il faut dire que le développement de la thoracoplastie avait eu une base purement empirique.L\u2019expérience prouvait, et elle le prouve encore, que la thoracoplastie simple mais sélective donne des résultats qui ne sont pas assez satisfaisants.Pourquoi cette opération ne donne-t-elle pas les résultats auxquels nous nous étions attendus ?Parce qu\u2019elle viole certains principes fondamentaux de physique.La thoracoplastie simple ne fait qu\u2019affaisser le poumon en une direction, c\u2019est-à-dire de dehors en dedans, peut-être, aussi, d\u2019arrière en avant.Tout organe, surtout un organe rond ou parabolique comme le lobe supérieur d\u2019un poumon, suit des lignes de force qui vont du centre vers la périphérie, en expansion (graphique 1), et de la périphérie vers le centre, en état de relâchement (graphique 2). Février 1952 Lavar MÉDICAL 161 (1) En expansion.(2) En état de relâchement.mA En d\u2019autres termes, un organe de cette forme ne peut être bien affaissé que concentriquement.Une force appliquée seulement en latérale se décompose en deux forces qui étirent le poumon en longueur.Ainsi la force a, appliquée à la face latérale du poumon, se décompose en forces betc.Il en résulte que nous aurions le même résultat en tirant 162 LavaL MEbpicaL Février 1952 sur le sommet et sur la base du poumon.Et ces forces vont en des directions contraires, à l\u2019état de relâchement parfait.SI, au milieu de cette forme pulmonaire, se trouve une caverne, que devient-elle?Elle subit l\u2019effet de la décomposition de la force latérale et se laisse étirer par en haut et par en bas.£ J Les gens du métier en ont assez vu qu\u2019ils doivent me concéder que c\u2019est bel et bien l\u2019aspect que prennent la plupart des cavités résiduelles.C\u2019est ce qui correspond au mot si imagé de cavité en cigare.Cet étirement de la cavité a pour effet de rapprocher ses deux parois et c\u2019est par ce mécanisme que, en effet, dans un certain pourcentage des cas, se produit la cicatrisation.Mais, il a aussi pour effet d\u2019empêcher le relâchement concentrique et l\u2019état de repos du poumon, si nécessaires à sa guérison.Pour croire qu\u2019un simple rapprochement des parois d\u2019une cavité bacillaire va produire l\u2019accolement et la cicatrisation, il ne faut pas avoir examiné beaucoup de ces cavités.Mes confrères, les phtisiologues, trouvent qu\u2019il n\u2019y a pas de meilleur affaissement que celui qui est donné par le pneumothorax artificiel de Forlanini.Je suis bien de leur avis ; j'ai choisi ce mode de collapsus Février 1952 Lavar.MÉDicaL 163 me Y À | Figure 2 * #4 FE ES # f À Figure 1 « 1 à \"2 (6) 164 Lavar MÉDICAL Février 1952 comme modèle pour mes thoracoplasties.Dans le pneumothorax, c\u2019est précisément parce que l\u2019affaissement se fait de façon concentrique que les résultats sont bons et, aussi, parce qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une compression forcée, mais bien d\u2019un relâchement, d\u2019une libération du poumon, ce qui lui permet de se contracter.Quand le poumon est suspendu par le haut, ne sommes-nous pas demandés, comme chirurgiens, d\u2019intervenir par voie endoscopique et d\u2019essayer de libérer ce sommet ?Pourquoi?Pour créer un relâchement concentrique du poumon.Voici une radiographie (n° 1) que je détiens d\u2019un phtisiologue averti.Il m\u2019a assuré que c\u2019est l\u2019image d\u2019un pneumothorax excellent.Il s\u2019agit d\u2019une lésion du sommet.On dit pneumothorax excellent, qu\u2019on le sache ou non, parce que l\u2019affaissement du lobe supérieur est concentriquement parfait et que le sommet n\u2019est pas suspendu.Une autre radiographie (n° 2) montre un pneumothorax non satisfaisant ; ce n\u2019est pas moi qui le dis, ce sont les phtisiologues qui classent ainsi ce résultat de pneumothorax.Et, pour le rendre parfait, on nous demande d\u2019aller sectionner les adhérences qui suspendent le sommet.Ces phtisiologues ont parfaitement raison.Une autre radiographie (n° 3) montre qu\u2019un relâchement concentrique parfait a été ainsi obtenu.La radiographie (n° 4) démontre ce que l\u2019on classe comme un affaissement très imparfait, parce que la traction se fait dans l\u2019axe apico-dorsal, vu l\u2019attachement du sommet.SI on veut, maintenant, transposer ces faits dans le plan de la thoracoplastie, en gardant les mêmes principes, ne voit-on pas un rapprochement entre les images d\u2019une thoracoplastie simple et celles d\u2019un mauvais pneumothorax ?Comparons les radiographies 2 et 5, est-ce que cela ne donne pas l\u2019idée d\u2019aller abaisser ce sommet qui est resté suspendu ?Regardons les radiographies suivantes (5 et 6), ce sont de beaux exemples d\u2019une thoracoplastie simple où le poumon est resté suspendu au sommet par ses attaches anatomiques normales.Et c\u2019est cette suspension qui maintient la cavité béante.Nous avons, un peu plus tard, réséqué Février 1952 Lava\u2026 MÉDICAL 165 i t ma Figure 4 f a se.\"g * LE , FOR A\u201d \\ o> A Figure 3 ip \u2018 * | y \\¢ va = 166 LavaL MEDICAL Février 1952 sf.f Ë A x ag » À \u2019 vd \u201c# 48 (47 NY +o w.% £ Figure 6 pére & i ~ = Fo ; \\ / id Ve A Figure 5 fo ne À x AS / \u2018 __ Février 1952 Lavar.MÉDICAL 167 ce lobe ; il contenait une cavité de trois pouces de long et d\u2019un pouce et demi de large.J\u2019ai parlé de principes de chirurgie et je suis peut-être demeuré dans un plan bien théorique.Regardons, maintenant, les résultats qu\u2019a donnés la thoracoplastie simple.Je ne puis donner de meilleure statistique que celle qui nous a (te fournie, en avril de cette année, à la réunion annuelle de l\u2019Association américaine de chirurgie thoracique.Elle provient du Service d\u2019Alexander, auteur de la thoracoplastie moderne simple, telle qu\u2019elle est pratiquée d\u2019une manière étendue en Amérique.Le rapport porte sur 278 malades opérés, entre 1935 et 1945, et réexaminés en 1950, soit cinq ans après leur thoracoplastie : 65.1 pour cent des opérés présentent des lésions apparemment inactives et sans cavités ; 62.5 pour cent des opérés ont des expectorations négatives après ensemencement sur des milieux appropriés.La stabilité des lésions cicatricielles, la disparition des cavités et l\u2019absence du bacille de Koch dans les crachats ou le liquide gastrique, sont les critères sur lesquels nous nous basons pour décider si une thoracoplastie a été ou non un succès.Évidemment, d\u2019autres facteurs, tels que l\u2019insuffisance respiratoire, pour n\u2019en mentionner qu\u2019un, exercent aussi une influence relative.Cela est un peu loin des beaux résultats à 90 et 95 pour cent de guc- rison apparente que proclament des chirurgiens.Par curiosité, voyons ce que sont devenus les autres 35 pour cent : 27 pour cent sont décédés et 8 pour cent ne sont pas améliorés.Nous savons tous qu\u2019on peut faire dire bien des choses aux statistiques.Voila pourquoi, dans ce même rapport, on déclare que 85 pour cent des patients sont négatifs.Mais, il ne s\u2019agit que des sujets vivants et on ignore les 27 pour cent qui sont décédés.A la même réunion, un autre auteur américain rapporte 514 cas ayant subi le même genre de thoracoplastie, de 1927 a 1946.Il se contente de donner un chiffre.C\u2019est le seul, dit-il, qui.ne peut mentir et c\u2019est son chiffre de mortalité : il est de 47 pour cent.Évidemment, ce taux comprend la mortalité précoce et tardive.Il semble raisonnable de croire que, plus on aura des cavités résiduelles et des expectorations positives pendant des mois, plus haut sera le taux de mortalité tardive par tuberculose. 168 Lavar MeEbpicaL Février 1952 Je veux maintenant parler de l\u2019apicolyse extrafasciale associée à [a thoracoplastie.D'abord, qu\u2019est-ce que l\u2019apicolyse?Comme son nom le dit, c\u2019est la libération du sommet du poumon au cours d\u2019une thoracoplastie.Libération d\u2019au moins le lobe supérieur, sur toutes ses faces, pour lui permettre comme au cours du pneumothorax artificiel, de s\u2019affaisser concentriquement sur lui-même.Il s\u2019agit donc, après avoir enlevé deux et demie ou trois des premières côtes, de trouver un plan de clivage entre la paroi thoracique, c\u2019est-à-dire ce qui reste des côtes, d\u2019une part, et le sommet du poumon ou la plèvre pariétale, d\u2019autre part.Cette séparation crée une cavité qui est appelée l\u2019espace de Semb.Le poumon, recouvert de plèvre pariétale est détaché, d\u2019abord, du sommet, puis, de la gouttière costo-vertébrale, ou il est souvent très adhérent, puis de la surface médiastinale.Le décollement se poursuit, antérieurement Jusqu\u2019à la deuxième côte et, postérieurement, Jusqu\u2019à la sixième.La surface médiastinale est exposée, l\u2019apicolyse est considérée comme satisfaisante quand on expose la crosse de l\u2019aorte, à gauche, et la crosse de l\u2019azygos, à droite.Une fois faite, l\u2019apicolyse donne à peu près l\u2019image radiologique de la radiographie n° 7.Tout le lobe supérieur s\u2019est affaissé concentriquement.Notez bien que lorsque les médecins voient cette image chez un porteur de pneumothorax, ils disent : affaissement sélectif à peu près parfait.Théoriquement, donc, nous croyons que la thoracoplastie avec apicolyse est supérieure a la thoracoplastie simple, parce quelle est basée sur des principes chirurgicaux logiques, et non sur un simple empirisme.En pratique, que donne cette opération?Son innovateur, Carl Semb, réclame que 80 pour cent des opérés cicatrisent leurs lésions et deviennent négatifs, quant à l\u2019examen bactériologique de leurs expectorations.Le chirurgien royal, Pryce Thomas, le protagoniste de cette opération en Grande-Bretagne, m\u2019a assuré personnellement qu\u2019il avait 85 pour cent de succès avec cette méthode. Février 1952 Lavar\u2026 MÉDICAL 169 Nous l\u2019avons adoptée, parce que le raisonnement sur lequel elle est basée nous plaisait et aussi parce que nos maîtres scandinaves et anglais nous ont montré sa valeur et la technique de son accomplissement.Les avantages de la thoracoplastie avec apicolvse : 1.D\u2019abord, elle donne un plus haut pourcentage de guérison.À ce sujet, le Service des voies respiratoires de l\u2019hôpital Cochin rapporte 20 Figure 7.pour cent de cavités résiduelles dans les thoracoplasties avec apicolvse contre 45 pour cent dans les thoracoplasties simples.2.Elle cause moins de difformités.Les apophyses transverses ne sont jamais réséquées et la statique vertébrale est mieux conservée. 170 Lavar MÉDICAL Février 1932 3.Elle prépare mieux le terrain, advenant la nécessité d\u2019une résection post-thoracoplastie.4.Cette opération produit deux affaissements séparés mais simultanés : celui du poumon et celui de la paroi thoracique.Contrairement à la thoracoplastie simple, qui ne collabe le poumon que par l\u2019action de l\u2019affaissement de la paroi.5.Elle produit moins de respiration paradoxale.6.Elle maintient elle-même l\u2019affaissement du lobe par la collection liquidienne dans l\u2019espace de Semb.Les désavantages de cette opération : 1.Le premier stade est une opération plus longue et plus difficile que le premier stade d\u2019une thoracoplastie simple.Cela peut être un désavantage, mais on ne peut, aujourd\u2019hui, en faire une objection.2.L\u2019espace de Semb peut s\u2019infecter.Depuis quatre mois, nous n\u2019avons eu qu\u2019une petite infection passagère.Avec les antibiotiques, cette complication est devenue plus rare.3.On peut avoir un affaissement trop marqué da a la collection liquidienne dans l\u2019espace de Semb.Ce fait qu\u2019on considérait comme un désavantage, au début, est maintenant considéré comme une bonne chose qui aide à l\u2019affaissement.Toutefois, il est facile d\u2019aspirer du liquide, si la chose devient nécessaire.4.On peut avoir un suintement de la collection liquidienne vers l\u2019extérieur, à travers les points de la plaie.Cela nous est arrivé quelquefois, au début, mais, en surveillant notre technique de fermeture et en obtenant que les malades demeurent plus assis dans leur lit, nous avons surmonté cette difficulté.5.La plus grande objection et la plus valable qu\u2019on ait portée contre cette opération, c\u2019est que le bon affaissement obtenu n\u2019est que temporaire et que,ssouvent, le sommet du poumon réintègre son ancienne situation.Nous n\u2019avons pu mettre en évidence la cause de ce phénomène.I! en résulte à peu près 15 pour cent de cavités résiduelles.* Ce 15 pour cent fait l\u2019objet de notre plus grande attention.Il est très difficile de dire quels patients seront dans les 15 pour cent, mais nous avons à peu près la certitude que, dans ces cas, c\u2019est vers la résection Février 1952 Lavar MÉDICAL 171 qu\u2019il faut se diriger ; certainement pas vers une forme de thoracoplastie encore moins collapsogène.Nous nous efforçons de ne pas dépasser quinze jours entre nos temps de thoracoplastie pour ne pas perdre le bon effet de notre apicolyse et nous essayons de nous abstenir d\u2019aspirer l\u2019espace de Semb, afin d\u2019aider à l\u2019affaissement.Nous étudions, actuellement, diverses méthodes de garder le sommet abaissé, telles que l\u2019emploi de sacs de polythène, de boules de plastique, etc.Cela fera Ie sujet d\u2019une autre communication.Nous avons voulu montrer la supériorité de la thoracoplastie avec apicolyse sur la thoracoplastie simple.Notre étude a été bien théorique, nous nous en excusons ; mais tout bon travail pratique doit être basé sur un système d\u2019idées et de raisonnement.Je vous assure que nous sommes moins abstraits au cours de notre travail quotidien et j'espère que, d\u2019ici quelques mois, nous pourrons présenter les preuves vivantes de ce que nous venons d\u2019avancer. MÉDECINE EXPÉRIMENTALE CONTRIBUTION A L\u2019ÉTUDE DU PROBLÈME DE L\u2019ANESTHÉSIE DANS LA CHIRURGIE THORACIQUE ET PULMONAIRE * Le pentothal par Adrien PAQUET anesthésiste à l\u2019Hôpital du Saint-Sacrement et à l'Hôpital Laval * L\u2019ANESTHÉSIE ENDOBRONCHIQUE L\u2019anesthésie endobronchique est une méthode d\u2019anesthésie qui consiste à introduire une sonde dans l\u2019orifice de la bronche-souche du poumon sain, de sorte que l\u2019oxygénation du malade et l\u2019entretien de l\u2019anesthésie se feront exclusivement du côté du poumon sam.En comparaison avec l\u2019anesthésie endotrachéale, elle présente des difficultés encore beaucoup plus grandes, surtout si l\u2019introduction doit se faire du côté gauche, là où la bifurcation des bronches à un angle aigu beaucoup plus prononcé.Difficile d\u2019introduction, l\u2019anesthésie endobronchique est aussi difficile à maintenir et, une fois la sonde introduite, les réflexes de la toux doivent * Cf.Laval médical, 17 : 1, 39, (janvier) 1952. Février 1952 Lava MEDICAL 173 être constamment abolis, puisque le moindre effort de toux aura pour effet de déplacer la sonde et de faire de l\u2019anesthésie endobronchique une simple anesthésie endotrachéale.Tous les inconvénients qui ont été énumérés au sujet de l\u2019anesthésie endotrachéale ont tous leur raison d\u2019être au sujet de l\u2019anesthésie endo- bronchique et 1l faut y ajouter les difficultés de technique spéciale qui, en somme, compliquent de beaucoup le problème de l\u2019anesthésie.Tout de même, l\u2019anesthésie endobronchique a des indications et sa plus belle application est dans les interventions où 1l existe des fistules broncho-pleurales.Si, en plus de sa situation dans la bronche-souche du poumon sain, la sonde est munie d\u2019un ballon qui fait manchon sur la paroi de la sonde, le poumon sain sera totalement 1solé du poumon malade ; c\u2019est là le grand avantage de cette technique d\u2019anesthésie endobronchique.II est, en plus, possible, avec cette technique, de faire l\u2019aspiration des sécrétions dans la bronche saine en installant une succion dans la lumière de la sonde.Avec une anesthésie endobronchique réussie, l\u2019anesthésiste a le malade sous contrôle.II pourra, à volonté, augmenter ou diminuer la profondeur de son anesthésie, 1l sera assuré d\u2019une oxygénation normale du sang du malade, 11 pourra instituer la respiration contrôlée et faire la respiration sous pression.Les succès dans ce domaine relèvent, pour une grande part, de l\u2019habileté de l\u2019anesthésiste et il y a une distinction à faire entre la théorie et la pratique.Du point de\u2018vue du chirurgien, cette technique sera de nature à lui inspirer confiance et il n\u2019aura pas cette crainte que les manipulations sur un poumon malade puissent contribuer à l\u2019évacuation dans les bronches d\u2019une quantité de pus et de sang qui, introduite dans le poumon sain, peut être cause de fatalité brutale au cours de l\u2019intervention ou de complications pulmonaires sérieuses dans les suites opératoires.LA PRESSION POSITIVE Dans les techniques d\u2019anesthésie pour la chirurgie pulmonaire, il faut tenir compte d\u2019un facteur spécial à cette chirurgie, facteur qui est 174 Lava\u2026 MÉDICAL Février 1952 constitué par les perturbations de la pression pulmonaire dans un thorax ouvert.La technique anesthésique doit avoir tendance à corriger ces perturbations de pression ; et se pose alors le problème de l\u2019anesthésie en pression positive.Tout comme pour la question de l\u2019anesthésie endotrachéale, les opinions sont nombreuses et différentes les unes des autres.La question est en litige.Quoi qu\u2019il en soit, il est utile de rappeler ici quelques notions fondamentales qui serviront à la bonne compréhension du problème.Chez l\u2019individu normal, la pression intrapulmonaire est de moins cinq millimètres de mercure pendant l'expiration et de moins dix millimètres de mercure pendant l\u2019inspiration.Mais, advenant un pneumothorax spontané, Il se produit des perturbations importantes dans cet équilibre qui peuvent même conduire à l\u2019asphyxie provoquée par l\u2019affaissement du poumon.Cet affaissement du poumon est le résultat de l\u2019entrée de l\u2019air extérieur qui exerce une pression atmosphérique d\u2019environ quinze millimètres de mercure par pouce carré.Il est inutile d\u2019ajouter que dans la chirurgie pulmonaire le thorax est ouvert, 1l se fait nécessairement un pneumothorax, le poumon s\u2019affaisse et c\u2019est pour corriger les inconve- nients de cet état de choses que se pose le problème de la respiration sous pression positive pour les interventions pulmonaires.Plusieurs théories ont été émises sur les causes des inconvénients que peut donner la perte de la pression négative du poumon.Kirschner affirme que le facteur important de ces troubles n\u2019est pas dû à l\u2019affaissement du poumon, mais aux mouvements du médiastin.En effet, si le médiastin est devenu immobile pour une raison pathologique quelconque, l\u2019ouverture de la cavité pleurale ne produit plus aucun trouble.Par contre, si le médiastin est mobile, le pneumothorax cause des accidents graves.Le médiastin n\u2019est plus soutenu, il devient flottant, et les accidents sont dus moins à l\u2019msuffisance respiratoire qu\u2019à la constriction et au déplacement des gros vaisseaux du médiastin qui nuisent au travail du cœur.Toute cette théorie a tout de même subi une dure épreuve quand des chirurgiens ont commencé à faire des interventions pulmonaires à l\u2019anesthésie rachidienne pour constater qu\u2019avec cette technique anesthésique le patient respirait facilement, sans aucune difficulté et que des Février 1952 Lavar MéÉDicaL 175 lobectomies de durée importante ont été aflectuées, sans la moindre cyanose du côté du malade.Ils en ont conclu que, chez les patients sous anesthésie générale, de même que chez les patients qui n\u2019avaient aucune anesthésie, 1l existait des facteurs qui produisaient ces résultats désastreux de ballottement du médiastin quand le thorax était ouvert et que ces mêmes effets désastreux n\u2019existaient plus avec l\u2019anesthésie rachidienne.Hess et Killion ont alors démontré qu\u2019il existait un mécanisme réflexe entre le poumon et les espaces intercostaux et que ce réflexe régularisait l\u2019intensité des mouvements respiratoires, suivant les besoins d\u2019oxygène de l\u2019organisme.Ce réflexe est particulièrement visible quand le poumon est affaissé.ll se produit alors, des mouvements violents du diaphragme et une hypertonicité des muscles intercostaux.Sous anesthésie rachidienne, l\u2019insensibilisation des nerfs intercostaux empêche ce réflexe de s\u2019établir et c\u2019est ce qui explique l\u2019absence des troubles respiratoires avec la rachianesthésie.La pression positive est donc un facteur dont il faut tenir compte dans la chirurgie pulmonaire sous anesthésie générale ; elle n\u2019a aucune indication dans la rachianesthésie.Elle devient utile quand le pouls est rapide et que le malade est pâle.Elle comporte, tout de même, des dangers importants et elle doit être employée avec précaution.Elle comporte le danger de repousser les sécrétions dans les parties saines du poumon et de propager l\u2019infection.La pression positive doit être maintenue à environ cinq millimètres de mercure.Supérieure à la pression atmosphérique, la limite serait de huit millimètres de mercure.Dans les cas ou il y a des lésions de la plèvre viscérale, il peut s\u2019établir des communications broncho-pleurales et la pression positive peut être augmentée considérablement jusqu\u2019à cinquante-huit millimètres de mercure.Une pression positive à vingt-quatre millimètres de mercure sur un poumon dont la plèvre est normale aboutit à de l\u2019emphysème du médiastin, ce qui est une complication sérieuse.Cette éventualité peut se produire si l\u2019anesthésiste ferme sur son appareil à anesthésie la valve 176 Lavar MÉDICAL Février 1952 d\u2019expiration.La pression intrapulmonaire monte de façon dangereuse pendant l\u2019expiration, 1l peut s\u2019établir un pneumothorax et de l\u2019emphysème pulmonaire.L'air s\u2019infiltre dans les espaces périvasculaires et le long des vaisseaux du médiastin.I! se produit alors une distension thoracique intense, les vaisseaux sont comprimés et 1l peut s\u2019établir de la cyanose.Au cours d\u2019une intervention, l\u2019anesthésiste peut maintenir une pression positive pour toute la durée de l\u2019intervention.Ceci est facilité par les techniques d\u2019anesthésie en circuit fermé et par l\u2019anesthésie endo- trachéale.Il est important, pour arriver à ce but, que l\u2019appareil d\u2019anesthésie soit muni d\u2019un manomètre indicateur de la pression et seul ce manomètre est capable d\u2019indiquer ce degré exact de pression.Une autre technique consiste à établir une pression positive de façon intermittente et une méthode simple est de faire, de façon manuelle, des compressions du ballon de la machine.La pression positive va permettre, au cours de l\u2019intervention, de réaliser un équilibre de tension du poumon à peu près égal à l\u2019équilibre physiologique.Elle va servir à diminuer les effets nocifs de l\u2019ouverture du thorax et de l\u2019affaissement du poumon ; elle aura tendance à maintenir la tension exercée sur le médiastin, la cyanose ne viendra pas, la circulation sera meilleure et les causes de chocs opératoires seront beaucoup diminuées.LA RESPIRATION CONTROLÉE Le phénomène de la respiration contrôlée peut se définir comme l\u2019aptitude de l\u2019anesthésiste à contrôler, à volonté, les mouvements respiratoires d\u2019un malade sous narcose profonde et chez qui les mouvements respiratoires automatiques n\u2019existent plus.La respiration contrôlée est cause de nombreux succès de l\u2019anesthésie moderne.Elle a certainement empêché un grand nombre de morts anesthésiques et elle trouve toute son indication dans la chirurgie thoracique et pulmonaire.Elle doit être utilisée à bon escient dans le but de maintenir en activité les mouvements respiratoires, mais non pas dans le but de les remplacer.Elle doit être instituée au moment, et à ce moment seul, où les mouvements respiratoires naturels sont déficients Février 1952 Lavar MÉDicaL 177 et elle permettra alors de maintenir une oxygénation normale, avec toutes les conséquences qui peuvent s\u2019ensuivre chez un patient en état de menace de syncope respiratoire.Crawford a utilisé la respiration contrôlée dans le but de diminuer la tension du gaz carbonique dans le sang, au cours des interventions thoraciques.Il provoque la nécessité d\u2019établir la respiration contrôlée en instituant des mouvements de respiration artificielle intense qui ont pour effet de diminuer le taux de l\u2019acide carbonique dans le sang à un niveau si minime qu\u2019il est insuffisant pour stimuler le centre respiratoire et, dès lors, la respiration ne peut être maintenue que par les techniques de respiration contrôlée.Cette technique de provocation de la nécessité de la respiration contrôlée est peu en faveur et ne semble pas recommandable, car, en effet, si l\u2019usage de la respiration contrôlée a permis d\u2019éviter de nombreux êchecs, son utilisation exagérée n\u2019en comporte pas moins des dangers réels et qu\u2019il faut savoir éviter.En effet, un des meilleurs critères que possède l\u2019anesthésiste pour juger de la profondeur et de la qualité de sa narcose, ce sont, sans aucun doute, les caractères de la respiration avec la respiration contrôlée, les signes respiratoires sont profondément modifiés et l\u2019anesthésiste aura de la difficulté à reconnaître la profondeur de son anesthésie.De plus, une respiration contrôlée maintenue pendant trop longtemps produit l\u2019alcalose du sang ; l\u2019alcalose augmente la fatigue du centre respiratoire et 1l y a un danger réel.Les techniques de respiration contrôlée peuvent être des plus simples et des plus variées.Crawford utilise un appareil mécanique très compliqué ; un spiropulsateur automatique qui exerce une compression et une décompression toujours rythmée.Une technique très facile est celle de Nosworthy qui consiste, le plus simplement possible, à se servir de l\u2019appareil à anesthésie ordinaire et à faire la compression manuelle du ballon à chaque inspiration suivant le rythme de la respiration.De toute évidence, la respiration contrôlée est un facteur qui contribue à inspirer un caractère de sécurité et de contrôle des accidents de la narcose.Elle à toujours ses indications dans la chirurgie pulmonaire ; surtout si elle est utilisée de façon intermittente, aux moments critiques 178 Lava\u2026 MÉDICAL Février 1952 de l\u2019intervention, elle saura maintenir l\u2019effort du centre respiratoire et prévenir de nouveaux échecs.En résumé, ce long exposé de principes sur les conditions normales et pathologiques de l\u2019anesthésie générale en chirurgie pulmonaire était de nature à mettre en évidence les difficultés et la complexité de ce problème.C\u2019est réellement dans ce domaine que l\u2019anesthésie générale s\u2019est manifestée comme une grande spécialité médicale et elle a obtenu des résultats qui sont tout à son honneur.Dans une revue d\u2019ensemble des progrès de l\u2019anesthésie en chirurgie thoracique, 1l est possible de mettre en évidence les points importants qui découlent de l\u2019application des techniques anesthésiques.Maintenir à tout prix les voies respiratoires libres, contrôler en tout temps l\u2019oxygénation normale des tissus, voir à l\u2019élimination constante de l\u2019acide carbonique, empêcher les sécrétions bronchiques de diffuser dans le poumon sain, évacuer les sécrétions, éviter l\u2019atélectasie pulmonaire, rétablir le réflexe de la toux le plus tôt possible après l\u2019intervention, réveiller les malades rapidement, favoriser l\u2019usage du thermocautère pour diminuer la longueur et l\u2019hémostase : tous ces problèmes relèvent des techniques anesthésiques modernes en chirurgie thoracique et pulmonaire ; mais à la solution de tous ces problèmes s\u2019ajoutent encore toutes les difficultés de l\u2019anesthésie générale moderne dont il est nécessaire d\u2019avoir une maîtrise complète avant de s\u2019attaquer à la narcose spéciale de la chirurgie thoracique et pulmonaire.Un point capital pour arriver à des résultats satisfaisants est le choix des techniques anesthésiques et la possession d\u2019un matériel approprié.Il est reconnu que la technique anesthésique approuvée dans tous les milieux est l\u2019anesthésie en circuit fermé, avec absorption du gaz carbonique par la chaux sodée, c\u2019est la seule technique qui puisse permettre le contrôle parfait de la respiration, la respiration sous pression positive et la respiration contrôlée.Henri Beecher, qui utilise l\u2019anesthésie à l\u2019éther, condamne, de façon catégorique, les techniques d\u2019administration au masque ouvert et 1l affirme que c\u2019est la possibilité d\u2019administer l\u2019éther en circuit fermé, avec un fort pourcentage d\u2019oxygène, et l\u2019absorbtion de l\u2019anhydride carbonique qui lui ont permis d'obtenir des résultats avec ce médicament, au point Février 1952 Lavar MÉDiCAL 179 de le préconiser comme un agent idéal, là où la plupart des auteurs le jugent dangereux et mapte à l\u2019utilisation en chirurgie thoracique.Le succès semble directement en rapport, non pas avec les qualités de l\u2019agent anesthésique, mais plutôt en rapport avec les qualités des techniques anesthésiques et la possibilité de contrôler à volonté la profondeur de la narcose, de pouvoir aspirer les sécrétions, de faire de la respiration contrôlée.\u2019Tous ces éléments de succès ne peuvent être garantis sans la technique d\u2019anesthésie en circuit fermé et sans la présence des appareils qu\u2019il est nécessaire d\u2019avoir à sa disposition.L\u2019anesthésiste doit avoir à sa disposition tout le nécessaire à anesthésie endotrachéale et tout le nécessaire à l\u2019aspiration des sécrétions.De plus, au cours des interventions, une attention spéciale sera apportée à l\u2019utilisation des sérums, des transfusions et du plasma, suivant l\u2019état du malade.Les analeptiques auront leurs indications et, en aucun temps, la vigilance de l\u2019anesthésiste ne devra être trompée.Les différents stades d\u2019anesthésie générale apportent chacun leurs difficultés.Ces difficultés sont de l\u2019essence même de l\u2019action des anesthésiques sur les centres nerveux et sont, en conséquence, difficiles à éliminer.Mais, tout de même, en modifiant les techniques d\u2019anesthésie et en connaissant mieux l\u2019action des anesthésiques, on peut arriver à restreindre au minimum les inconvénients des différents stades d\u2019anesthésie.C\u2019est ainsi que les difficultés de la période d\u2019induction de l\u2019anesthésie générale sont très importantes et il est possible de les contourner, sinon de façon absolue, du moins de façon provisoire, en adoptant une technique d\u2019anesthésie qui sera applicable seulement à ce stade d\u2019anesthésie, quitte ensuite à compléter la narcose en changeant la technique et même l\u2019agent anesthésique.L\u2019effort fourni par les anesthésistes pour contrôler [a période d\u2019excitation a été de nature à faire naître une quantité de techniques anesthésiques spéciales qui sont toutes modifiées pour l\u2019entretien de la narcose au stade d\u2019anesthésie chirurgicale, là où les problèmes à résoudre sont tout à fait différents des problèmes de l\u2019induction anesthésique.Une revue d\u2019ensemble du problème des techniques anesthésiques donne l\u2019impression que, pour tous, les difficultés de la narcose se divisent (7) 180 Lavar MépicauL Février 1952 en deux grandes catégories : celle de l\u2019induction et celle du contrôle de l\u2019anesthésie.I! faut signaler que les techniques anesthésiques modernes ne comprennent que rarement l\u2019usage d\u2019un seul médicament mais, en réalité, elles peuvent utiliser plusieurs anesthésiques dont un sera l\u2019agent principal et les autres, des agents de complément.Aussi, un tel affirme qu\u2019il fait ses anesthésies à l\u2019éther, quand, en réalité, 1l a administré de l\u2019avertine ou du pentothal ou du protoxyde d\u2019azote, comme complément à son agent anesthésique principal.En réalité, ce n\u2019est plus une anesthésie à l\u2019éther ni au cyclopropane qu\u2019il a faite, mais une anesthésie mixte dont l\u2019agent principal a pu être l\u2019éther ou le cyclopropane ou encore tout autre agent susceptible d\u2019être utilisé.Aussi, les techniques d\u2019anesthésie varient-elles à l\u2019infini ; toutes ont le même but, mais, pour atteindre ce but, les moyens diffèrent.Dans la chirurgie thoracique et pulmonaire, il ne saurait être question de faire une description détaillée de toutes les techniques d\u2019anesthésie générale décrites par les auteurs ; de plus, toutes ces techniques ont des points de repère communs et ces points de repère ont déjà été assez longuement étudiés sans qu\u2019il soit nécessaire de les souligner de nouveau.En conséquence, 1l devrait être suffisant de signaler l\u2019essentiel des techniques les plus en évidence, tout en évitant les répétitions lourdes et pénibles.Résumé de quelques techniques reconnues et approuvées Un certain nombre de techniques anesthésiques ont reçu l\u2019approbation de différents centres chirurgicaux ; elles sont reconnues et approuvées ; d\u2019autres sont caractérisées par leur originalité et ne peuvent avoir qu\u2019un intérêt de curiosité.Il est utile d\u2019en signaler quelques-unes accompagnées des noms des auteurs qui les préconisent.Crawford.Il préfère la méthode de la respiration contrôlée qu\u2019il obtient en utilisant un appareil spécial spiropulsateur qui effectue, de façon mécanique, et l\u2019inspiration et l\u2019exprration.Le gaz carbonique est éliminé ; le centre respiratoire n\u2019est plus stimulé et ce sont les manœuvres mécaniques de son appareil qui remplacent le fonctionnement du centre Février 1952 Lavar.MÉDICAL 181 respiratoire.L'agent anesthésique est le protoxyde d\u2019azote qui peut être renforcé par le cyclopropane.Beecher.ll utilise l\u2019éther-oxygène en circuit fermé avec absorption du gaz carbonique et met le poumon sous pression positive pour toute la durée de l\u2019intervention.L\u2019induction se fait au protoxyde d\u2019azote.Nosworthy.La médication préliminaire est très intense et suivie de administration de cyclopropane.Il maintient une pression positive par la méthode de compression manuelle du ballon de l\u2019appareil à chaque mspiration.L\u2019élimination de l\u2019anhydride carbonique abolit la respiration normale et Il institue la respiration contrôlée.Bradshaw.Il recommande une anesthésie de base à l\u2019avertine suivie d\u2019une induction au protoxyde d\u2019azote et complétée à l\u2019éther.Il se sert d\u2019un tube endotrachéal seulement pour s\u2019assurer d\u2019un libre passage de l\u2019air.La respiration se fait à la fois et par la lumière du tube et par l\u2019espace entre le tube et les parois de la trachée-artère.Corrillos et Boss.Ils favorisent l\u2019anesthésie au cyclopropane et préconisent une intubation seulement s\u2019il y a beaucoup de sécrétions.Ils utilisent aussi d\u2019autres agents anesthésiques volatils ou non.Halton.L\u2019induction se fait au chlorure d\u2019éthyle ou au vinethène, puis il passe à l\u2019éther et au chloroforme.I! fait, ensuite, une intubation à l\u2019aveuglette avec une sonde, type Magill, dont le diamètre est la moitié de celui du larynx.Hutton.Sa technique lui permet d\u2019utiliser le thermocautère.La médication préliminaire est forte, puis c\u2019est l\u2019anesthésie de base de l\u2019avertine.Il se sert, ensuite, de l\u2019anesthésie locale, puis l\u2019induction se fait au pentothal et l\u2019anesthésie est maintenue au protoxyde d\u2019azote.Lundy.Pour les thoracoplasties, 11 recommande la rachidienne.Il favorise le cyclopropane et le protoxyde d\u2019azote.Neff et Gunn.Ils exigent l\u2019anesthésie endotrachéale, la position de Trendelenburg et l\u2019aspiration bronchique par le tube.Ils utilisent le cyplopropane et l\u2019infiltration à l\u2019anesthésie locale des hiles.Phillipps.Il adopte l\u2019anesthésie [locale avec un complément d\u2019éthylène.Il recommande le drainage des bronches par la position déclive.Wiggin et Schult.Chez les patients qui ont beaucoup de sécrétions, ils recommandent la bronchoscopie préventive avant l\u2019anesthésie.Puis, 182 Lavar MÉDicaL Février 1952 sous anesthésie au cyclopropane, 1ls font une intubation et maintiennent une pression positive qui n\u2019est Jamais supérieure à vingt millimètres de mercure.Stephens.Dans le but de permettre l\u2019usage du thermocautère, Stephens utilise le protoxyde d\u2019azote et le curare dont le but est d\u2019obtenir une apnée nécessaire pour pouvoir faire de la respiration contrôlée avec la possibilité d\u2019utiliser Ie thermocautère dans la cavité pleurale, sans danger d\u2019explosion.Cette nomenclature des noms des auteurs, accompagnée de l\u2019essentiel de leur technique anesthésique, pourrait se prolonger, mais elle parait suffisante pour mettre en évidence la diversité des opinions sur les moyens à prendre pour conduire à bonne fin une narcose chirurgicale dans la chirurgie pulmonaire.Toutes ces techniques anesthésiques sont nécessaires dans un but ultime et unique qui peut se résumer en deux mots : permettre l\u2019intervention.Mais, envisagées à un autre point de vue, ces techniques anesthésiques comportent des éléments de gravité et des complications souvent fâcheuses qui peuvent être de nature à compliquer le problème du risque opératoire du patient.De plus, en matière de chirurgie thoracique et pulmonaire, il n\u2019y a pas d\u2019intervention dont la gravité ne soit pas tres importante et la nature même de l\u2019intervention peut toujours laisser prévoir des résultats qui relèvent du hasard.\u2018état général des patients est presque toujours déficient et ces opérations seraient toujours mieux supportées si l\u2019état général était meilleur.SURVEILLANCE DES MALADES Aussi, le rôle de l\u2019anesthésiste ne se limite pas à la conduite de la narcose ni à la prévention et au contrôle des accidents de l\u2019anesthésie, au cours d\u2019une intervention, mais 1l doit, de plus, favoriser les manœuvres du chirurgien et voir au maintien de l\u2019état général du patient, car, au cours de ces interventions héroïques, telles qu\u2019une pneumectomie, l\u2019anes- Février 1952 « Lavar MÉDICAL 183 thésie peut être parfaite, l\u2019acte chirurgical très satisfaisant et le patient peut, quand même, aller très mal.Il est donc essentiel de soutenir l\u2019état général du malade, tout le temps de l\u2019opération, et cela relève encore des attributions de l\u2019anesthésiste.La surveillance du malade sera toujours constante et elle devra même se prolonger, quelquefois, plusieurs heures après l\u2019intervention.Il est inutile de prendre tellement de précautions pour parfaire une opération délicate, si on abandonne, par la suite, le malade à ses propres ressources et qu\u2019on le laisse mourir de choc opératoire ou de complications évitables.Aussi, pendant tout le temps de l\u2019opération, l\u2019anesthésiste devra s\u2019intéresser, en plus des phénomènes de l\u2019intoxication anesthésique, à prendre et à compter les pulsations du pouls ; à détermmer la rapidité et la force des pulsations ; 1l devra s\u2019intéresser à l\u2019évolution des changements de la pression artérielle ; il devra se rendre compte de l\u2019état de coloration des surfaces cutanées : pâleur ou cyanose, puis se renseigner sur le degré de diaphorèse des malades.L\u2019écoulement sangum de la plaie opératoire lui donnera un aperçu des qualités de la circulation et, chaque fois que des altérations seront signalées dans ces divers domaines, ce sera du ressort de l\u2019anesthésiste d\u2019instituer une thérapeutique appropriée.S\u2019il est important d\u2019insister sur ce sujet, c\u2019est qu\u2019en réalité, du point de vue pratique, rares sont les interventions sur l\u2019appareil respiratoire qui ne comportent pas par elles-mêmes une répercussion sur l\u2019état général des malades et, presque toujours, le succès de l\u2019intervention est en rapport avec l\u2019efficacité des moyens de réanimation.L\u2019ensemble de l\u2019intoxication anesthésique et l\u2019importance de l\u2019acte chirurgical sont de nature à favoriser cet effondrement de l\u2019état général chez des sujets déjà affaiblis par une maladie chronique.C\u2019est pourquoi, au cours de l\u2019intervention, la surveillance des malades est aussi importante que l\u2019acte anesthésique lui-même.LES ANALEPTIQUES Toute une médication préventive et curative aura pour but la prévention et le contrôle de l\u2019état de choc opératoire. 184 Lavar MÉDICAL Février 1952 En effet, le choc opératoire peut souvent être évité si une thérapeutique préventive est mstituée au moment opportun.La rapidité du pouls, la tendance à la baisse de la pression artérielle, la pâleur et la transpiration du malade, sont des signes avertisseurs de la venue prochaine de l\u2019état de choc.C\u2019est pourquoi, au cours de ces interventions, 1l est bon, soit de renforcer l\u2019action du cœur par de la digitaline, soit de maintenir les contractions normales des vaisseaux par de la coramine qui agit en même temps comme un stimulant respiratoire.La pression artérielle doit être maintenue par une injection d\u2019éphédrine et, si elle est tombée, la méthé- drine pourra être utilisée avec avantage.Les analeptiques ont donc toute leur indication au cours de ces interventions, mais encore faut-il savoir comment et quand les utiliser.Une trop importante stimulation des systèmes cardio-vasculaire et respiratoire peut aussi conduire à un désastre.Dans ce même ordre d\u2019idées, il faut aussi faire la part de l\u2019usage des sérums, du plasma et des transfusions.Cette médication, qui est toujours à l\u2019honneur dans la chirurgie moderne, a des effets incontestés sur la prévention et la guérison des états de choc opératoire et il ne peut pas être question de ne pas les utiliser dans la chirurgie thoracique et pulmonaire ; -de fait, tous sont d\u2019accord pour administrer, soit du sérum, soit du plasma, soit une transfusion, dans ces cas.La nécessité de leur administration est indiscutable, mais l\u2019opportunité de cette thérapeutique prête à certaines controverses.Le tout est évidemment en rapport avec l\u2019importance de l\u2019intervention et l\u2019état général du patient.L\u2019indication d\u2019une transfusion sera certainement moins évidente chez un malade floride qui doit subir un troisième temps de thoracoplastie que chez le malade débile qui doit subir une pneumectomie.À ce premier, l\u2019indication d\u2019un simple sérum pourra même être discutée, tandis que, pour le dernier, sérum, plasma et transfusion seront à peine suffisants pour les besoins du malade.Il sera souvent utile d\u2019installer un sérum tout simplement de façon préventive et cette prévention consiste à s\u2019assurer une voie certaine de communication avec le système vasculaire.Cet acte préventif est important, puisqu\u2019il prévient les échecs de la thérapeutique intraveineuse Février 1952 Lavar MÉDiCAL 185 qui peut devenir difficile d\u2019application au moment de l\u2019établissement du choc opératoire.Ce sérum préventif ne peut en aucune façon nuire au patient.Il lui sera au contraire toujours utile, même si son indication n\u2019est pas absolue, et il a l\u2019avantage de pouvoir facilement être transformé en une médication plus active, un plasma ou une transfusion, sans obliger hâtivement à des manœuvres incertaines de ponction veineuse ; 1l suflit, dans ces cas, tout simplement de fermer le courant du sérum et d\u2019ouvrir le courant du plasma ou de la transfusion pour modifier du tout au tout la thérapeutique.Il est d\u2019observation courante qu\u2019un patient peut avoir un système veineux bien développé qui permet l\u2019installation d\u2019une médication intraveineuse très facile ; mais, si, au cours d\u2019une intervention, ce malade présente un choc opératoire grave, le système veineux s\u2019effondre totalement et il devient impossible souvent d\u2019avoir accès à la voie veineuse sans faire une dissection de la veine.La prévention de tous ces troubles sera l\u2019installation préventive d\u2019un sérum qui assure en tout temps, l\u2019accès facile à toute la thérapeutique intravemeuse.Certains auteurs préfèrent, pour des interventions graves comme une pneumectomie, l\u2019administration d\u2019une transfusion pour toute la durée de l\u2019opération ; ils ne s\u2019inquiètent guère de l\u2019effet du sérum qu\u2019ils jugent peu efficace pour une intervention du calibre d\u2019une pneumectomie, un goutte à goutte de sang total coule constamment dans le système veineux et les changements qui peuvent être institués dans cette thérapeutique sont en rapport seulement avec la vitesse de l\u2019écoulement du sang.Cette vitesse de transfusion est elle-même en rapport avec le degré des pertes sanguines, suivant les différents temps opératoires, et le résultat proposé est de tendre à remplacer approximativement la quantité de sang perdu par le malade.La vitesse de transfusion dans ces cas sera aussi en rapport avec la gravité de l\u2019état de choc du malade.D\u2019autres auteurs, comme Richardson, préfèrent suivre les évêne- ments.Ils installent tout d\u2019abord un sérum au début d\u2019une opération et 1ls modifient à volonté cette thérapeutique suivant les besoins du malade.Le saignement devient-il important ?Par ce même tube à sérum, Ils administrent une quantité équivalente de sang dont la vitesse d\u2019injec- 186 Lavar.MÉDICAL Février 1952 tion sera en rapport avec le degré d\u2019hémorragie.Puis, cette thérapeutique instituée, ils retournent au sérum.Le choc opératoire fait-il son apparition, il se produit une hémoconcentration et l\u2019indication du plasma est toute trouvée, Le traitement du choc relève de la thérapeutique plasma/transfusion et le degré de chute de pression peut indiquer la quantité de sang à injecter.Selon Richardson, la quantité de sang à administrer est de 500 centimètres cubes pour chaque 10 millimètres de chute de pression artérielle.Tel est, en résumé, un aperçu très général de toute la médication analeptique au cours des interventions sur la chirurgie thoracique et pulmonaire.Cette thérapeutique relève des fonctions de l\u2019anesthésiste qui doit savoir en reconnaître toutes les indications.SUITES OPÉRATOIRES Les malades qui ont subi une intervention chirurgicale majeure de la chirurgie thoracique ou pulmonaire seront évidemment l\u2019objet d\u2019une attention spéciale dans leurs suites opératoires immédiates et éloignées.Un malade qui vient de subir une thoracoplastie, une lobectomie ou une pneumectomie est un grand malade et il a besoin d\u2019une attention spéciale.Le personnel attaché à ce malade doit être averti et compétent et l\u2019anesthésiste a le devoir de continuer à s\u2019occuper de ces patients.La thérapeutique stimulante est continuée : stimulants cardiaques, sérums, plasma et transfusion, selon les indications.La position du malade est importante, suivant qu\u2019il est ou non en état de choc.Un malade encore sous l\u2019influence de la narcose doit avoir la tête basse et il ne prendra la position demi-assise qu\u2019au moment où 1l aura repris conscience.Un malade en état de choc ne doit pas avoir la tête haute, il faut le maintenir couché, la tête basse, même en léger Trendelenburg, tant que cet état de choc ne sera pas contrôlé et 1l y a certainement des malades qui ont été perdus par une malheureuse faute de ces techniques essentielles.L\u2019état de choc produit inévitablement une 1schémie cérébrale qui pourra devenir fatale si le patient ne conserve pas une position déclive.La position déclive permet tout de même un certain degré de stagnation du Février 1952 Lavar MÉDrcaL 187 sang dans les centres et cette condition par elle-même peut être suffisante pour entretenir la vie en attendant qu\u2019une thérapeutique intense et appropriée ne relève tout le système cardio-vasculaire.L\u2019oxygénation des opérés thoraciques et pulmonaires est encore une question capitale dans les suites opératoires, elle est nécessaire pendant plusieurs jours après l\u2019intervention.Elle contribue à l\u2019oxygénation normale.Elle compense pour l\u2019insuffisance respiratoire causée par les délabrements de la chirurgie thoracique.Ces opérés ont toujours une capacité vitale très diminuée et la suppléance à cette infériorité est l\u2019administration d\u2019oxygène.Le surplus d\u2019oxygène apporté par cette thérapeutique pout aboutir à une meilleure oxygénation du sang veineux qui contribue à maintenir la coloration des malades et surtout sert à diminuer l\u2019excitabilité du centre respiratoire dont la réponse est une diminution des besoins respiratoires qui se manifeste par un ralentissement et un manque d\u2019amplitude des mouvements respiratoires.Le malade n\u2019a pas le besoin de respirer et il en éprouve un grand soulagement.Il a été prouvé que la saturation du sang artériel en oxygène tombe après une opération ; la normale est de 94 pour cent et ce pourcentage peut diminuer jusqu\u2019à 92 pour cent.Si ce pourcentage baisse à 90 pour cent, il s\u2019établit un état d\u2019anoxémie qui peut devenir grave, si le pourcentage d\u2019oxygène baisse à 85 pour cent.Cette diminution du pourcentage de l\u2019oxygène du sang se corrige à la longue, mais cette correction peut prendre huit Jours à s\u2019effectuer.C\u2019est pour lutter contre cette anoxémie que l\u2019oxygène est indiqué.Une médication qui peut causer des préjudices sérieux aux malades après l\u2019opération, c\u2019est la médication sédative postopératoire.Elle doit être appliquée avec jugement à des doses efficaces mais prudentes et le choix des médicaments doit se tourner du côté des analgésiques qui dépriment le moins le centre respiratoire.I y a là un facteur d\u2019anoxémie qui peut compliquer les suites opératoires.En résumé, l\u2019importance des soins postopératoires est capitale dans le succès d\u2019une intervention chirurgicale thoracique ou pulmonaire.Ils doivent être confiés à un personnel averti, capable de juger de l\u2019état du malade et d\u2019instituer un traitement approprié. 188 Lava\u2026.MÉDICAL Février 1952 Une vue d\u2019ensemble de tout le problème de l\u2019anesthésie en chirurgie thoracique et pulmonaire laisse voir, d\u2019une part, toute l\u2019étendue et la complexité du problème avec tous les échecs et toutes les insuffisances qu\u2019elle comporte ; mais, d\u2019autre part, elle laisse voir aussi, et cela à l\u2019honneur de l\u2019anesthésie et des anesthésistes, toutes les conquêtes et tous les succès qui ont été effectués dans ce domaine qui a conduit la spécialité de l\u2019anesthésie à un sommet qu\u2019elle n\u2019aurait jamais pensé pouvoir atteindre.Aussi, les résultats sont-ils en rapport avec l\u2019efficacité des solutions des problèmes anesthésiques et, dans la chirurgie pulmonaire et thoracique, les résultats sont plus que satisfaisants, comme en font foi les statistiques récentes.STATISTIQUES Mortalité : Une première statistique est celle de Richardson qui est basée sur 546 cas de chirurgie thoracique et pulmonaire : le taux de mortalité générale est de 7.9 pour cent et sont calculés dans ces chiffres, tous les décès qui remontent jusqu\u2019à trois mois après l\u2019opération.Les agents anesthésiques employés étaient l\u2019éthylène, l\u2019éther, le protoxyde d\u2019azote et l\u2019aver- tine, tous combinés de façon variable.Les causes de la mort furent des abcès du foie, des abcès du poumon, des bronchectasies, des troubles circulatoires et cardiaques, des toxémies.Une autre série de 1,370 cas, comprenant tous les genres d\u2019opérations thoraciques et pulmonaires, donne une mortalité générale de 7 pour cent.Le plus haut pourcentage de mortalité a été obtenu chez les patients qui ont reçu du cyclopropane et la statistique s\u2019est élevée jusqu\u2019à 9 pour cent de mortalité ; avec l\u2019avertine, la mortalité a été de 8.4 pour cent, avec l\u2019évipal, de 6.4 pour cent ; à l\u2019anesthésie locale, 11 n\u2019y a eu aucune mort.Dans une série de pneumectomies, sur 34 patients, il y a eu trois morts, soit 8.8 pour cent.L\u2019anesthésie fut faite au cyclopropane avec mtubation endotrachéale.Dans une autre série de 102 cas, sous anesthésie a l\u2019éthylène, au protoxyde d\u2019azote, à l\u2019éther, on rapporte 18 morts dont le pourcentage serait 17.6.Cette statistique est énorme, mais elle manque de commentaires. Février 1952 Lava\u2026.MÉDICAL 189 Une statistique intéressante est celle qui a été publiée à la suite de l\u2019usage d\u2019un appareil spiropulsateur pour l\u2019entretien mécanique de la respiration contrôlée.La statistique comprend tous les cas de chirurgie pulmonaire et thoracique.Sur 94 patients anesthésiés, au protoxyde d'azote, en utilisant le spiropulsateur, 27 patients sont morts ; soit un pourcentage de 28.Sur 282 cas de thoracoplastie sous anesthésie rachidienne, 17 patients sont morts, soit 6 pour cent.Une autre série de 42 cas à l\u2019anesthésie rachidienne a donné 2 morts, soit 5 pour cent.Morbidité : Les complications anesthésiques varient avec chaque agent anesthésique et avec chaque technique employée.Avec le cyclopropane, les vomissements apparaissent dans 41 pour cent des cas et l\u2019état de choc opératoire dans 35 pour cent.Cela après une série de 300 cas de thoracoplastie.Une autre série de 546 thoracoplasties effectuées à l\u2019éthylène et au protoxyde d\u2019azote donnerait seulement 4 pour cent de choc opératoire.Avec l\u2019évipal, le choc apparaîtrait dans seulement 13 pour cent des cas, ce qui serait inférieur à tout autre agent anesthésique.On a constaté une diffusion de l\u2019imfection le plus souvent en utilisant Pavertine.D\u2019autre part, cette propagation de l\u2019infection a été très rare avec l\u2019usage de l\u2019anesthésie locale.Les complications pulmonaires dans une série de 1,370 cas, en regard de l\u2019agent anesthésique utilisé, se sont établies comme suit : avertine : 6.5 pour cent ; protoxyde d\u2019azote: 5.2 pour cent ; cyclopropane : 31.7 pour cent ; évipal : 2.3 pour cent et pour l\u2019anesthésie locale, aucun cas de complication pulmonaire.Différents auteurs rapportent des statistiques intéressantes qu\u2019il est important de signaler.Beecher et Adams utilisent l\u2019éther comme agent anesthésique.Sur 126 cas de thoracoplasties pour tuberculose pulmonaire, ils ont eu 8 morts précoces, soit 6.3 pour cent et 8 morts tardives, soit 6.3 pour cent d\u2019où la mortalité totale est de 12.7 pour cent. 190 Lavar MÉDICAL Février 1952 Haight et Alexander rapportent un taux de mortalité de 5.6 pour cent de morts précoces pour 178 cas de thoracoplasties et un taux de mortalité totale de 6.1 pour cent.Ils utilisent le protoxyde d\u2019azote.Ausses utilise le protoxyde d\u2019azote ; sur 90 cas de thoracoplasties, il obtient 7 pour cent de morts précoces et 11 pour cent de mort globale.Diffenbach et Creecca utilisent l\u2019évipal et le protoxyde d\u2019azote ; sur 100 cas the thoracoplasties, la mortalité précoce est de 2 pour cent et la mortalité globale de 13 pour cent.| Finnez utilise l\u2019avertine, le protoxyde d\u2019azote et le cyclopropane ; sur 104 thoracoplasties, le taux de la mortalité précoce est de 5.7 pour cent et la mortalité globale de 18.2 pour cent.Meltzer utilise l\u2019anesthésie locale ; sur 181 cas de thoracoplasties, la mortalité precoce est de 1.6 pour cent et la mortalité globale de 4.4 pour cent.RÉSUMÉ Une étude détaillée du problème de l\u2019anesthésie en chirurgie thoracique et pulmonaire a été le motif de la présentation de ce travail.L\u2019essentiel de toute cette question importante a été condensé et rédigé sans prétention.Le but proposé était de faire resssortir la valeur et l\u2019importance de l\u2019anesthésie dans ce domaine de la chirurgie ; de signaler les difficultés et les embarras qui peuvent s\u2019y rencontrer ; de bien mettre en évidence l\u2019efficacité des moyens que l\u2019anesthésie possède pour résoudre tous ces problèmes et, enfin, de laisser entrevoir toute la grandeur, toute la beauté et toute l\u2019efficacité de l\u2019anesthésie moderne.En dépit de tous les déboires, de toutes les amertumes, de toutes les critiques, il existe un fait qu\u2019il ne faut pas oublier : les résultats sont très satisfaisants, la chirurgie thoracique et pulmonaire avance toujours de plus en plus, et de façon indéniable, ce sont les qualités de l\u2019anesthésie qui permettent à cette chirurgie d\u2019atteindre de nouveaux sommets.Il est tout à l\u2019honneur de l\u2019anesthésre d\u2019être responsable pour une large part des succès des opérations, en chirurgie thoracique et pulmonaire.Cette responsabilité, l\u2019anesthésie la revendique à cause de la préparation opératoire qu\u2019elle donne au malade ; à cause du contrôle qu\u2019elle a sur tous les phénomènes de la narcose ; à cause de Ia prévention et du traitement des accidents. Février 1952 Lavar MÉDicaL 191 L\u2019anesthésie permet l\u2019acte opératoire et, dans la chirurgie pulmonaire plus que dans tout autre domaine chirurgical, la part de l\u2019anesthésie est toujours importante et la qualité de cette dernière est la seule et unique condition du succès.Deuxième Partie CONTRIBUTION PERSONNELLE A L\u2019ÉTUDE DU PROBLÈME DE L\u2019ANESTHÉSIE EN CHIRURGIE THORACIQUE ET PULMONAIRE HISTORIQUE C\u2019est un peu l\u2019effet du hasard qui, dans notre vie médicale, nous a orienté vers la spécialité de l\u2019anesthésie.Interne, puis médecin résident à l\u2019hôpital Saint-Sacrement, en 1932 et 1933, dans le Service de chirurgie du D P.-C.Dagneau, nous avons immédiatement été dirigé vers cette spécialité.Un intérêt un peu particulier nous y poussait.C\u2019était aussi à l\u2019époque où notre prédécesseur en la matière abandonnait de plus en plus ses positions et se dirigeait franchement vers la chirurgie.La porte était grande ouverte et nous avions la possiblité d\u2019y pénétrer.C\u2019était aussi pour l\u2019anesthésie une période de transition importante.C\u2019était l\u2019époque où une nouvelle technique d\u2019anesthésie avec un nouveau produit faisait son apparition dans les salles d\u2019opérations.C\u2019était le début de l\u2019application pratique de cette chose tellement merveilleuse qu\u2019est l\u2019anesthésie intraveineuse.Aussi, intrigué par le caractère hasardeux de ce nouveau développement en anesthésie, profondément intéressé par l\u2019évolution constante et progressive de tout le problème de l\u2019anesthésie, soutenu par des chefs qui comprenaient et cui désiraient l\u2019avancement médical dans ce domaine, nous nous sommes consacré, depuis, à l\u2019étude de l\u2019anesthésie.C\u2019est encore le hasard qui a voulu que, dans notre milieu, travaillent des spécialistes en chirurgie thoracique et pulmonaire qui, pour effectuer 192 Lavar MÉDiCAL Février 1932 leurs interventions chirurgicales, avaient besoin d\u2019un anesthésiste et c\u2019est ainsi que nos activités ont pu être dirigées, en plus de nos services, dans la chirurgie générale, vers l\u2019anesthésie en chirurgie thoracique et pulmonaire.C\u2019est donc depuis 1932 que nous sommes intimement lié à ce problème et le travail que nous entreprenons maintenant comporte la lourde tâche de résumer, d\u2019apprécier et de juger ces années consacrées à l\u2019anesthésie.Il importe, dès maintenant, que l\u2019auteur signale à l\u2019attention de tous que, pour la bonne compréhension des pages qui vont suivre, il est nécessaire de s\u2019attarder un peu et de revenir sur des considérations qui peuvent, à prime abord, donner l\u2019impression qu\u2019elles n\u2019ont pas leur raison d\u2019être dans ces pages.Il faut comprendre que, pour arriver aux résultats que nous avons obtenus, il s\u2019est établi tout un enchevêtrement de faits et de circonstances qui ont assuré l\u2019évolution et la progression constante de notre travail.Ces choses doivent être signalées parce que ce sont elles, et elles seules, qui ont conduit au succès.Il faut nous garder de ce défaut si désagréable qu\u2019est la fatuité ; nous le réalisons, mais nous avons à réclamer quelque priorité dans le domaine où nous exerçons nos activités ; nous avons des choses à nous, qu\u2019il faut défendre ; nous avons aussi des résultats à produire dont nous sommes fier.Aussi, avons-nous l\u2019intention, dans les lignes qui vont suivre, de vous donner tout d\u2019abord l\u2019orientation qu\u2019a prise l\u2019anesthésie dans les milieux où nous travaillons, soit à l\u2019hôpital Samt-Sacrement, soit à l\u2019hôpital Laval.Cette orientation est tellement en rapport avec le but de ce travail que nous pouvons affirmer qu\u2019elle en est la cause et que les résultats que nous avons à présenter en sont les effets directs.Ajoutons immédiatement, pour plus de compréhension, que c\u2019est un problème nouveau auquel nous nous sommes attaqué dès le début.Ce problème nouveau, c\u2019était l\u2019anesthésie intraveineuse, plus spécialement, l\u2019anesthésie au pentothal dont nous avons fait une spécialité.Nous avons rendu possible son utilisation en chirurgie thoracique et uimonaire.C\u2019est une priorité que nous réclamons et que nous défendons.Pp Février 1952 Lavar.MÉDICAL 193 Ces résultats ne peuvent tout de même être compris sans au moins une vue d\u2019ensemble de l\u2019orientation que prend, chez nous, le problème de l\u2019anesthésie.ORIENTATION DE L\u2019ANESTHÉSIE L'origine de cette nouvelle orientation a pris naissance en 1932, alors que venait s\u2019ajouter aux techniques d\u2019anesthésie générale le nouveau développement de l\u2019anesthésie intraveineuse.Nous ne flimes certainement pas les derniers à l\u2019utiliser, puisque, dès 1932, un nouveau médicament susceptible de produire la narcose et connu seulement sous la dénomination de E-334 était déjà expérimenté dans notre milieu.Ce n\u2019est que quelque temps plus tard qu\u2019il était connu sous le titre d\u2019évipal.En 1934, les laboratoires Abbott lancent sur le marché un nouveau produit : «le pentothal».Il est immédiatement expérimenté chez nous en même temps que chez Lundy, de la clinique Mayo.Le produit est supérieur.Il remplace de façon définitive l\u2019évipal et c\u2019est exclusivement de ce produit qu\u2019il sera question dans l\u2019avenir.L\u2019étude de ce nouveau mode d\u2019anesthésie a toujours été l\u2019objet d\u2019une attention spéciale constante et progressive.Elle fut pour nous une véritable obsession.De jour en jour, des succès nouveaux et des appl:- cations nouvelles du pentothal laissaient toujours entrevoir de nouvelles possibilités d\u2019avancement et c\u2019est ainsi que, encouragé par des résultats toujours plus beaux, nous allions toujours de l\u2019avant et nous sommes devenu enthousiaste et passionné pour l\u2019étude de cette question.C\u2019est cet enthousiasme et cette passion qui ont donné le ton et l\u2019orientation nouvelle de l\u2019anesthésie dans notre milieu.Les résultats toujours meilleurs que nous obtenions contribuaient toujours à un nouvel avancement.Nous en sommes venu au contrôle parfait de toutes les difficultés de cet anesthésique.Puis, nous avons fait des associations anesthésiques les plus diverses avec le pentothal pour en arriver à la maitrise d\u2019une technique d\u2019anesthésie générale pour laquelle nous ne craignons pas la comparaison.II a fallu, pour arriver à ces résultats, de la hardiesse, de la persuasion, des 194 Lavar.MÉDICAL Février 1952 convictions fermes, associées à un travail ardu et persévérant.Il a fallu combattre des préjugés et vaincre des difficultés.L\u2019exigence de la chirurgie moderne, avec toute la collaboration qu\u2019elle exige de la part de l\u2019anesthésie et la grandeur du rendement qu\u2019elle en attend, nous a obligé à suivre une technique dont les difficultés à surmonter étaient constamment l\u2019objet de notre avancement.En regard des deux extrêmes de tout le problème anesthésique, qui sont, d\u2019une part, la nécessité de provoquer une intoxication anesthésique brutale et toujours indésirable pour le patient et, d\u2019autre part, la nécessité de fournir à la chirurgie des conditions de travail qui se rapprochent le plus des conditions idéales, soit un malade sous narcose jouissant d\u2019une résolution musculaire complète, nous avons adopté pour la conduite de toutes nos anesthésies un grand principe qui sert de directive à toutes nos interventions : le minimum d\u2019intoxication anesthésique pour le maximum de facilité opératoire pour le chirurgien.Tel est le grand principe que nous défendons et c\u2019est, à notre avis, le but ultime vers lequel doivent tendre les aspirations de l\u2019anesthésie.Et c\u2019est pour arriver à cette fin, que, pendant longtemps, nous avons corrigé, changé, modifié nos techniques ; nous avons ajouté, nous avons retranché pour en arriver à des résultats que nous apprécions comme très rapprochés des conditions idéales.C\u2019est à la possibilité de combiner le pentothal aux autres anesthésiques et à d\u2019autres agents, comme le curare, que nous devons ces résultats.Les qualités des uns corrigent les inconvénients des autres.Aussi, nous pouvons affirmer que, dans le domaine de nos activités anesthésiques, l\u2019agent fondamental de nos techniques est le pentothal, et que c\u2019est à cet agent principal que nous ajoutons un agent de complément dont l\u2019importance est pour nous toujours moindre.C\u2019est au développement de cette technique d\u2019anesthésie que nous devons, aujourd\u2019hui, de pouvoir affirmer que nous réussissons à maintenir le principe : le minimum d\u2019intoxication anesthésique pour le maximum de facilité opératoire.Et, à preuve de cet avancé, les caractéristiques de nos anesthésies se résument à trois éléments : le premier, l\u2019induction est si rapide que, quarante-cinq secondes après le début de l\u2019anesthésie, le chirurgien peut Février 1952 Lavar MÉDICAL 195 commencer à opérer.Le deuxième, en tout temps de l\u2019intervention, la profondeur de l\u2019anesthésie varie se maintenant toujours à un minimum, mais à un minimum toujours suffisant pour que l\u2019acte opératoire s\u2019effectue dans des conditions idéales.Le troisième, les signes de réveil sont si précoces, à la fin de l\u2019intervention, que, souvent, par excès, la fin de l\u2019acte opératoire, soit la mise en place des agrafes de Michel, en est rendue pénible pour le chirurgien.Ce sont là les trois caractéristiques de nos anesthésies et 1l faut ajouter que cela est un phénomène constant que nous obtenons à chaque opération, quelles que soient la nature et la durée de l\u2019intervention.La preuve est faite que, après trois heures d\u2019anesthésie chirurgicale, souvent le malade éveillé est conscient, parle et quelquefois peut même répondre à nos questions pendant que le personnel complète le pansement.Et cela est encore vrai pour des interventions qui demandent des anesthésies profondes et longues, comme des hystérectomies, des gastrectomies ou des cholécystectomies.En aucun moment, l\u2019acte opératoire n\u2019a eu à souffrir des inconvénients d\u2019une anesthésie insuffisante et, à la fin de l\u2019intervention, le malade est éveillé.C\u2019est l\u2019application du principe fondamental : le minimum d\u2019intoxication anesthésique pour le maximum de satisfaction opératoire.C\u2019est de façon intentionnelle que nous avons voulu insister sur ces faits et signaler la qualité de nos anesthésies en chirurgie générale.Nous croyons que la connaissance de ces faits est nécessaire pour bien établir nos positions vis-à-vis du problème de l\u2019anesthésie en chirurgie thoracique et mettre en évidence les principes fondamentaux qui nous dirigent dans ce domaine encore plus spécialisé.ORIGINALITÉS DE LA QUESTION L\u2019anesthésie en chirurgie thoracique et pulmonaire que nous préconisons n\u2019est rien autre chose que l\u2019application, dans ce domaine de chirurgie spéciale, des principes que nous appliquons à la chirurgie générale et l\u2019étude de ce problème n\u2019aurait que peu d\u2019intérêt sans les circonstances de toute nature qui ont contribué à lui conférer un caractère d'originalité spéciale.C\u2019est d\u2019abord l\u2019introduction d\u2019un médicament nouveau dont (8) 196 Lavar MÉDicaL Février 1952 l\u2019action est tellement différente de celle des anesthésiques utilisés habituellement.Ce médicament, le pentothal, au début, est encore mal connu ; ses indications et ses contre-indications sont imprécises.Il passe la période d\u2019expérimentation ; mais, déjà, ses propriétés mises en regard des indications et des principes de l\u2019anesthésie en chirurgie pulmonaire semblent vouloir le condamner.Son adaptation à la chirurgie pulmonaire semble impossible.Mais déjà, avant même que soient connues chez nous toutes ces hésitations, avec prudence, conscient que nous étions les premiers à pénétrer dans l\u2019obscurité de ce problème, déjà notre expérimentation a commencé.Elle a débuté Ie 1°\" avril 1938.Nous obtenons des résultats et nous préconisons le pentothal dans - les thoracoplasties.Nous sommes pratiquement les seuls à défendre nos théories.L\u2019impression générale qui parvient des différents centres est une désapprobation formelle.Des principes fondamentaux s\u2019opposent à l\u2019usage du pentothal ; c\u2019est du moins l\u2019impression qui se dégage de nos lectures et des témoignages verbaux que nous apportent des confrères qui arrivent de l\u2019étranger.Tout de même, nous publions des travaux, les premiers sur le sujet.L\u2019International Anæsthesia Research Society y fait écho et publie notre travail.Dans [e méme temps, Randoff publie sur le même sujet.Nous ne sommes plus seul.L\u2019intérét augmente, les démonstrations se multiplient, notre travail semble de plus en plus approuvé et de l\u2019étranger nous viennent des anesthésistes curieux de voir cette chose apparemment extraordinaire que pouvait être une anesthésie au pentothal pour une thoracoplastie.Tout cet état de chose a contribué à entourer notre travail d\u2019une atmosphère d\u2019origmalité un peu spéciale.Aux yeux de tous, tout cela paraissait un peu extraordinaire et tous en ont rendu témoignage.Nous avons conservé longtemps un sentiment de crainte en pensant que nous pouvions être dans l\u2019erreur et ce sentiment était exagéré du fait que nous étions le seul à préconiser ces techniques.Aussi, est-ce avec une grande joie que nous avons accueilli la publication de Randoff qui nous a donné le réconfort de ne plus être le seul à travailler dans ce domaine.D\u2019autres publications ont suivi celle de Randoff et les nôtres.Elles ont contribué à affermir nos opinions et, en y ajoutant les résultats Février 1952 Lavar MÉDICAL 197 que nous avions, c\u2019est maintenant une conviction tenace que nous avons de la supériorité de nos techniques.Tel est l\u2019aspect original du problème que nous défendons.Il parait de toute première importance que cette originalité dans sa conception même, puis dans son application, ensuite, soit bien mise en évidence.A cet élément d\u2019originalité s\u2019ajoute encore cette notion de priorité que nous revendiquons : priorité de conception et priorité d'application.C\u2019est en effet depuis le 1°\" avril 1938 que nous avons travaillé la question du pentothal dans les thoracoplasties et notre premier travail a été présenté à la Société médicale de Québec, en avril 1942, et c\u2019est seulement un an plus tard, en avril 1943, que Randoff et Kober publiaient sur le même sujet, dans le journal de \"American Medical Association.TEMOIGNAGES Aussi nous pouvons aflirmer que notre travail a été l\u2019objet d\u2019une curiosité spéciale et en fait foi le grand nombre de médecins étrangers qui, en différentes circonstances, se sont présentés chez nous pour assister à une démonstration de thoracoplastie sous anesthésie au pentothal.Les désapprobations ne sont certes pas parvenues jusqu\u2019à nous et nous n\u2019avons pas d\u2019illusion a ce sujet.Mais, le sentiment général nous a paru fortement en notre faveur et plusieurs nous ont rendu témoignage.Dans notre milieu, ce sont tout d\u2019abord les chirurgiens qui, à chaque occasion, sont à même de constater la grande amélioration apportée par ces techniques nouvelles et qui savent affirmer que pour rien au monde ils ne voudraient changer ces techniques.Pour eux, la supériorité de nos techniques est indiscutable et, d\u2019ailleurs, les résultats le prouvent.Nous voulons signaler de façon spéciale le témoignage du docteur Hudon, une autorité en anesthésie, et, en plus, pour nous-même, un collaborateur et un ami personnel.La qualité de l\u2019enseignement du docteur Hudon attire chez lui une quantité d\u2019étudiants étrangers et nous savons qu\u2019il lui est agréable de conseiller à ses élèves de venir se rendre compte par eux-mêmes de l\u2019exécution d\u2019une thoracoplastie sous anesthésie au pentothal.Nous lui sommes reconnaissant de ce témoignage.Ajoutons aussi l\u2019approbation de l\u2019International Anæsthesia Research Society qui a publié ces travaux. 198 Lavar MÉpicar Février 1952 Puis, celle des laboratoires Abbott, qui, dans leur journal de vulgarisation, ont fait un grand état de toute cette question et ont contribué à la diffusion de toutes ces choses.Enfin, signalons que l\u2019intérêt de ces travaux s\u2019est répandu jusqu\u2019en Allemagne et le docteur B.H.Miebeck, chirurgien en chef de la clinique Oberarzt, d\u2019Offenbach, nous a adressé une lettre nous demandant de lui faire parvenir une copie de notre travail intitulé : Les indications du pentothal dans la thoracoplastie.Nous nous sommes peut-être trop longuement attardé sur tous ces à-côtés de la question ; nous avons, pour nous en excuser, le besoin de mettre en relief l\u2019origmalité et la priorité de ces travaux, en même temps que l\u2019enthousiasme que nous avons mis à préconiser et à défendre les théories personnelles pour lesquelles nous combattons.Nous nous proposons maintenant de discuter de l\u2019usage du pentothal dans les thoracoplasties et, plus loin, de ses possibilités dans la chirurgie pulmonaire.LE PENTOTHAL Le pentothal est un agent anesthésique, un barbiturique dérivé de la malonylurée.C\u2019est un éthyle-méthyle-thiobarbiturate de soude.Il s\u2019administre par voie intraveineuse et il a une action anesthésique puissante.Il est actuellement beaucoup utilisé dans toute la chirurgie générale.Il rencontre toutes ses indications dans les interventions de courte durée.Il peut être associé à d\u2019autres agents anesthésiques volatils et, ainsi administré, 1l peut répondre pratiquement à tous les besoins.Son action sur le système cardio-vasculaire se manifeste par une chute passagère de la pression artérielle.Il n\u2019y a pas d\u2019accélération sensible du pouls et le rythme cardiaque n\u2019est aucunement troublé par l\u2019intoxication barbiturique.Il peut être toxique pour le foie qui est son organe d\u2019élimination et, chez les hépatiques, il peut être employé mais la posologie doit être prudente.Ces éléments très simples sur la connaissance du pentothal peuvent suffire pour le moment et il paraît nécessaire d\u2019insister davantage sur son action sur l\u2019appareil respiratoire.L'action du pentothal sur la respi- Février 1952 Lavar MÉDICAL 199 ration est une action dépressive.Le pentothal déprime la respiration.Cette dépression respiratoire peut même aller jusqu\u2019à l\u2019apnée totale avec toutes les conséquences que cette idée comporte.Aussi, c\u2019est évidemment sur les phénomènes respiratoires qu\u2019il faut s\u2019attarder le plus et bien mettre en évidence l\u2019action du pentothal sur la respiration.La dépression de la respiration par le pentothal est un phénomène constant qui se réalise toujours, mais, par contre, cette dépression respiratoire varie toujours en intensité suivant le degré de profondeur de l\u2019anesthésie et ces variations de profondeur des mouvements respiratoires sont même un barème qui permet à l\u2019anesthésiste de reconnaître le degré d\u2019anesthésie.Une dose massive de pentothal va produire une perte de conscience presque instantanée en même temps que les phénomènes respiratoires vont évoluer de la façon suivante.Tout d\u2019abord, au moment de la perte de conscience, il se fait habituellement une ou deux grandes inspirations pendant lesquelles l\u2019amplitude de la cage thoracique est fortement exagérée.Cela, accompagné souvent d\u2019un léger stridor laryngé suivi d\u2019une dépression constante progressive, l\u2019amplitude et le rythme respiratoires diminuent de plus en plus pour aboutir, le plus souvent, à une apnée presque totale.Ce phénomène est appelé de façon conventionnelle : l\u2019apnée du début de l\u2019anesthésie.Elle pouvait être inquiétante au début de l\u2019introduction du pentothal et ce phénomène est certainement désagréable, mais son contrôle est facile et les médecins s\u2019y sont habitués et se sont faits à cette idée.Cette apnée est passagère, mais peut tout de même persister quelques Instants suivant l\u2019importance de la dose d\u2019anesthésie administrée et suivant le degré de réceptivité du patient.Puis, les mouvements respiratoires reprennent et deviennent perceptibles à l\u2019œil d\u2019une intensité et d\u2019une amplitude infiniment restreinte au début, ils reprennent graduellement une amplitude et un rythme normal.II faut signaler que le pentothal ne donne jamais de polypnée et que le maximum d\u2019amplitude de la respiration sous narcose est à peine comparable à la respiration normale d\u2019un individu au repos qui jouit de son sommeil naturel.II est important aussi de remarquer qu\u2019il existe un rapport direct entre la profondeur de l\u2019anesthésie et le degré de dépression respiratoire, 200 Lavar.MéDicaL Février 1952 au point que l\u2019anesthésiste juge de la profondeur de son anesthésie par les qualités de la respiration.Une diminution dans l\u2019amplitude des mouvements respiratoires est un signe d\u2019approfondissement de la narcose quand, au contraire, une augmentation dans l\u2019amplitude des mouvements respiratoires est un signe de réveil.Cela est encore un phénomène constant et c\u2019est sur leur production que l\u2019anesthésiste apprécie le besoin ou non d\u2019une nouvelle administration de pentothal pour maintenir la narcose.Tous ces signes respiratoires se produisent ainsi, mais à condition que toutes les réactions soient normales et, souvent, cette réalisation idéale est devenue impossible, car à cet état normal s\u2019ajoute une quantité d\u2019éventualrtés moms intéressantes.L\u2019induction lente de l\u2019anesthésie au pentothal est cause d\u2019inconvénients qui peuvent devenir sérieux.Ces inconvénients semblent être en rapport avec une trop grande excitabilité réflexe dont la cause serait un sous dosage anesthésique qui produit cet incident si désagréable de l\u2019anesthésie au pentothal : le spasme de la glotte et le bronchospasme.Le pentothal est un paralysant du sympathique et cette inhibition sur le sympathique favorise l\u2019action exagérée du pneumogastrique ayant pour conséquence une exagération de la toux, de l\u2019éternuement et des spasmes.C\u2019est certainement l\u2019incident ou l\u2019accident le plus fréquent de l\u2019anesthésie au pentothal.II se produit au début de l\u2019anesthésie.Il n\u2019est pas facilement contrôlable.Il peut conduire à une gêne respiratoire grave et à une cyanose importante.La prévention de ce spasme laryngé est, à notre avis, liée à la modili- cation des techniques d\u2019injection et nous préconisons une vitesse d\u2019injection dont la rapidité pourra varier selon la résistance approximative du sujet ; mais l\u2019injection devra toujours être assez rapide pour inhiber cette irritation réflexe et prévenir le spasme.Il est rare que, dans notre milieu, nous ayons à envisager la production d\u2019un spasme et la vitesse de nos in- Jections n\u2019est jamais lente.Il faut, dans l\u2019administration du pentothal, un juste équilibre ; une dose trop petite d\u2019anesthésique est un facteur qui peut causer le spasme, pendant qu\u2019une surdose est cause d\u2019une apnée prolongée. Février 1952 Lavar.MÉDICAL 201 L\u2019apnée prolongée du début de l\u2019anesthésie conduit inévitablement à la cyanose, à l\u2019anoxémie, et peut devenir difficile à corriger, quoique, habituellement, 1l suffise d\u2019administrer de l\u2019oxygène ou même de faire quelques mouvements de respiration contrôlée pour maintenir l\u2019oxygénation normale en attendant la reprise des mouvements automatiques de la respiration.Mais tout cela n\u2019est pas toujours aussi simple et, dans le contrôle de la respiration, 1l peut survenir des difficultés énormes qui souvent rendent les situations tragiques.Les gènes mécaniques de la respiration, l\u2019abaissement de la langue dans l\u2019arrière-gorge, un spasme de la glotte, des sécrétions pharyngées et bronchiques, toutes les causes multiples de gêne mécanique nuisent à l\u2019efficacité de la respiration contrôlée et tout cela associé à la grande dépression respiratoire du pentothal, sont des facteurs auxquels 1l faut attribuer des fatalités.C\u2019est pourquoi il est un principe établi, primordial, avec l\u2019anesthésie au pentothal : « l\u2019anesthésiste doit à tout prix maintenir les voies respiratoires libres ».Et c\u2019est la liberté des voies respiratoires qui, seule, peut permettre le contrôle de la respiration du malade.Il n\u2019est pas surprenant, après la lecture de ce sombre tableau des accidents respiratoires que peut produire l\u2019anesthésie au pentothal, et si l\u2019on considère, de plus, que ces accidents sont d\u2019autant plus fréquents que l\u2019anesthésiste en est encore à la période d\u2019expérimentation avec ce produit, 1l n\u2019est pas surprenant que ces spasmes, cette apnée, voire même la cyanose, aient contribué à faire rejeter l\u2019utilisation du pentothal! dans la chirurgie thoracique.Comment était-il possible d\u2019adopter cet agent anesthésique dont la pharmacologie indiquait une aussi grande modification des phénomènes respiratoires et qui, en plus, se compliquait d\u2019accidents respiratoires surajoutés dont le contrôle était difficile?Cette simple constatation clinique était à elle seule de nature à marquer la contre-indication.Il ne fallait pas songer à compliquer davantage le problème en administrant cet anesthésique à des pulmonaires souffrant déjà de trop grandes perturbations dans la physiologie de leur respiration et chez qui, en plus, devait se faire une intervention sur cet organe déjà malade et auquel se seraient ajoutés les inconvénients du pentothal. 202 Lavar MÉDicaL Février 1952 Aussi, au début du pentothal, 1l était reconnu officiellement que celui-ci ne pouvait pas être utilisé pour les interventions sur l\u2019arbre respiratoire ; c\u2019était une contre-indication formelle.Il est évident que, avant de se créer de nouveaux ennuis, il était plus simple de ne pas l\u2019utiliser et la possibilité de l\u2019appliquer aux interventions thoraciques et pulmonaires était conditionnée par la possibilité de contrôle de ces inconvénients primordiaux.Tout de même, nous pouvons ajouter, d\u2019ores et déjà, que ce qui nous a permis d\u2019administrer du pen- tothal dans les thoracoplasties, c\u2019est le contrôle que nous possédions sur la prévention et le traitement de ces accidents et tout cela, non pas en chirurgie thoracique, mais en chirurgie générale.Ce contrôle, nous le possédions, et comme nous avons eu l\u2019occasion de le signaler antérieurement, ce sont les qualités de notre technique d\u2019administration du pentothal qui nous ont fourni ce contrôle.La vitesse d\u2019injection n\u2019est jamais trop lente, mais toujours assez rapide.Elle prévient l\u2019apparition du spasme laryngé et la respiration contrôlée corrige la période d\u2019apnée.C\u2019est l\u2019étude du pentothal dans la chirurgie générale qui nous a permis ce contrôle.Nous pouvons affirmer que, chez nous, 1l est rare de voir se produire un spasme du larynx avec le pentothal, même s\u2019il est reconnu que cet incident est le plus fréquent et le plus fâcheux de ce mode d\u2019anesthésie.En définitive, ces inconvénients du pentothal ne sont plus une objection dans notre milieu.OBJECTIONS \u2014 INTERPRÉTATIONS Il est de toute évidence que la grande objection à l\u2019utilisation du pentothal en chirurgie thoracique et pulmonaire est la dépression caractéristique que produit ce médicament sur la respiration.Et c\u2019est là, à coup sûr, le point délicat de ce problème qui se complique davantage du fait qu\u2019il devient un facteur surajouté aux éléments désavantageux déjà si nombreux du problème de l\u2019anesthésie thoracique et pulmonaire.Des arguments fort nombreux et d\u2019une valeur indiscutable ont été apportés et des auteurs, appuyés par une argumentation très forte, ont Février 1952 Lavar MÉDICAL 203 condamné, et de façon catégorique, l\u2019usage du pentothal dans la chirurgie thoracique et pulmonaire.La publication du docteur C.A.Moyer, de Boston, dans le journal Thoracic Surgery en fait foi.Ce travail a une grande valeur et nous devons y apporter une attention spéciale.Le docteur C.A.Moyer désapprouve de façon catégorique l\u2019usage du pentothal et ceci après un exposé très élaboré de principes physiologiques et une expérimentation approfondie chez l\u2019animal.II intitule son travail : Major changes in the fundamental relationship of the respiratory drive mechanisms during evipal and pentothal anasthesias, with special consideration of possible applications to trans- pleural surgery.Le docteur Moyer a fait une étude élaborée de l\u2019action du pentothal sur les centres respiratoires.Il a expérimenté sur le chien et ses constatations sont d\u2019une importance capitale.Son étude comprend l\u2019action du pentothal quand l\u2019anesthésie est superficielle, quand elle est moyennement profonde et quand elle est très profonde.Sa théorie est basée sur le contrôle fondamental de la respiration et ce contrôle est directement en rapport avec la possibilité de stimuler les différents réflexes de la respiration.Ces réflexes sont nombreux et comprennent, tout d\u2019abord, le centre respiratoire principal qui réagit à l\u2019action stimulante de l\u2019anhydride carbonique ; s\u2019il se produit une paralysie de ce centre, la respiration sera fortement modifiée mais elle n\u2019arrêtera pas nécessairement, car les mouvements de la respiration pourront être entretenus mais modifiés par un réflexe accessoire : le réflexe carotidien et aortique.Ce réflexe est l\u2019ultimum moriens de la respiration.Il ne fonctionnera qu\u2019à la condition exclusive que le centre principal soit inhibé par une intoxication ou une paralysie.Puis, intervient encore dans la respiration le réflexe d\u2019Hering-Breuer qui peut être déclenché par un changement de volume de l\u2019alvéole pulmonaire, mais aucunement par les altérations de la pression intra- pulmonaire.Puis, ce sont les réflexes des muscles respiratoires et les réflexes vasculaires qui, à leur manière, peuvent influencer la respiration. 204 Lava\u2026.MépicaL Février 1952 Moyer affirme que l\u2019administration du pentothal produit toujours une dépression respiratoire constante d\u2019origine centrale en diminuant, ou même en abolissant totalement, la possibilité de ce centre à répondre à l\u2019action stimulante de l\u2019anhydride carbonique.Cette dépression du centre varie naturellement avec la profondeur de l\u2019anesthésie ; mais, quand elle se produit, il y a une modification des mouvements respiratoires et la persistance de la respiration passe sous le contrôle des centres accessoires aortiques et carotidiens.S1 l\u2019anesthésie devient plus profonde, l\u2019action de ces réflexes aortiques et carotidiens est elle-même dimmuée et 11 peut se produire un arrêt de la respiration.En somme, l\u2019intoxication anesthésique agit sur le centre respiratoire pour diminuer ou même abolir les mouvements de la respiration ; et à cette respiration déjà diminuée s\u2019ajoute encore la diminution de l\u2019excitabilité du réflexe aortique et carotidien qui déprime davantage la respiration.Le pentothal agit sur le vague en produisant un ralentissement progressif de la respiration à mesure que l\u2019anesthésie s\u2019approfondit.C\u2019est le contraire des effets de l\u2019éther ou du cyclopropane sur le pneumogastrique.L'effet de ralentissement de la respiration sous anesthésie à l\u2019éther décroit progressivement à mesure que l\u2019anesthésie s\u2019approfondit et les réflexes des sinus carotidien et aortique ne sont pas modifiés par l\u2019éther.Aussi, Moyer accepte-t-il comme possible une anesthésie superf:- cielle au pentothal, mais rejette Ja possibilité d\u2019une anesthésie profonde qui, en plus d\u2019inhiber le centre respiratoire, peut aussi paralyser les centres accessoires du sinus carotidien et aortique.Ces troubles respiratoires se produisent avec le pentothal à un niveau d\u2019anesthésie comparable au deuxième stade de la troisième période de l\u2019anesthésie à l\u2019éther.C\u2019est le degré d\u2019anesthésie qu\u2019il est nécessaire d\u2019obtenir pour la chirurgie majeure et, en conséquence, le pentothal est inutilisable dans ces conditions.De plus, appliqué à la chirurgie pulmonaire, aux inconvénients de la disparition de l\u2019efficacité de stimulation de la respiration et par le centre principal et par des réflexes accessoires, s\u2019ajoute encore la disparition du réflexe vago-pulmonaire d\u2019Hering-Breuer qui agit sculement par le degré d\u2019insufflation du poumon.Or, dans les interventions pulmonaires, la Février 1952 Lavar MéÉDicarL 205 cage thoracique est ouverte, le poumon s\u2019affaisse et le réflexe d\u2019Hering- Breuer est disparu.Aussi, Moyer en vient-il à la conclusion que le pentothal ne peut pas être employé dans la chirurgie pulmonaire, à cause de la perte de tous les moyens de contrôle de la respiration qui sont conditionnés par la possibilité de réponse du centre respiratoire et des réflexes secondaires.Le pentothal abolit l\u2019activité du centre principal et il abolit aussi l\u2019action réflexe des sinus carotidien et aortique.Il enlève donc tout élément de contrôle et de sécurité.L\u2019éther ou le cyclopropane, au contraire, peuvent diminuer ou abolir l\u2019activité du centre principal, mais ils donnent la sécurité en n ayant pas d\u2019action déprimante sur les smus carotidien et aortique.De plus, si le thorax est ouvert, le réflexe vago-pulmonaire n\u2019agit plus et c\u2019est la perte de tous les éléments de contrôle de la respiration.Tel est un aperçu des conclusions du travail magistral du docteur Moyer.Son argumentation est très forte, son expérimentation très poussée et ce travail a une réelle valeur scientifique qui, d\u2019ailleurs, a été reconnue, puisqu\u2019elle lui a valu l\u2019honneur d\u2019être couronné du grand prix de la fondation Rose Lampert Graft.Il va de soi qu\u2019une telle publication n\u2019était pas de nature à encourager l\u2019utilisation du pentothal en chirurgie pulmonaire.C\u2019était même une condamnation définitive de ce mode d\u2019anesthésie, une réprobation basée sur des faits et jugée par une expérimentation positive, sérieuse et probante.La publication de ce travail a certainement contribué à la propagation de l\u2019opinion que le pentothal était contre-indiqué dans la chirurgie pulmonaire et cette opinion s\u2019est généralisée par la suite.Aussi, après une telle publication, il était à se demander quelle espèce d\u2019allure allait prendre la poursuite de nos travaux sur le sujet.Mais nous étions tellement encouragé par nos bons résultats et tellement stimulé par le point d\u2019origmalité que tout cela créait que notre expérimentation s\u2019est poursuivie toujours enthousiaste, ardente et passionnée.Nous n\u2019avons pas la prétention, en quoi que ce soit, de vouloir diminuer la valeur scientifique réelle du travail de Moyer, ce serait vouloir être ridicule, surtout quand on sait que ce travail a reçu l\u2019approbation 206 LavarL MÉDICAL Février 1952 générale et qu\u2019il a même été couronné du grand prix de la fondation Rose Lampert Graft.Par ses expériences, Moyer a contribué à définir de façon précise toute l\u2019étendue de la dépression de la respiration causée par l\u2019anesthésie au pentothal.C\u2019est un travail de maître dont il faut reconnaître toute la portée scientifique et 1l serait insensé de ne pas le reconnaître.Tout de même, en dépit de toutes ces conclusions, nous n\u2019avons pas la prétention de faire nos anesthésies en chirurgie thoracique et pulmonaire au pentothal dans le but de faire mourir nos malades.Bien au contraire, nous avons l\u2019impression de nous orienter vers des succès encore inespérés.; Il y a donc entre les conclusions de Moyer et l\u2019attitude que nous gardons une mise au point qu\u2019il est opportun d\u2019établir.C\u2019est à relire plus attentivement le travail de Moyer et en le comparant aux principes que nous défendons qu\u2019il nous sera possible d\u2019admirer le travail de Moyer tout en justifiant notre attitude.Mais il est un fait qui, tout d\u2019abord, doit retenir notre attention et sur lequel nous voulons qu\u2019il nous soit permis d\u2019insister avec fermeté, au risque peut-être de paraître encore origmal ou même trop révolutionnaire.Mais en réalité, avec l\u2019expérience que nous avons du pentothal, nous comprenons mal que ce barbiturique à action anesthésique si personnel et si unique en son genre, dont les signes ne peuvent même pas se rapprocher des signes des autres anesthésiques, soit comparé quand on étudie ses propriétés, aux propriétés si différentes des autres anesthésiques.Le pentothal a une morphologie spéciale, à lui seul, et 1l ne peut pas entrer dans le cadre, si bien défini soit-il, des signes d\u2019anesthésie des autres agents anesthésiques.Nous comprenons qu\u2019il était nécessaire de comparer ses effets à ceux des différents anesthésiques habituels et, pour des besoins de classification, d\u2019adapter ses propriétés au grand tableau que nous fournissent les signes d\u2019anesthésie générale, soit la période d\u2019induction, la période d\u2019excitation, puis la période d\u2019anesthésie chirurgicale avec ses quatre stades et, enfin, la période de syncope terminale.Mais, en réalité, la morphologie du pentothal est tellement différente qu\u2019elle s\u2019adapte très mal à ce cadre classique et nous ne savons pas Février 1952 Lavar.MÉDICAL 207 s\u2019il n\u2019aurait pas été plus simple de lui faire un cadre à luiseul, sans souffrir la comparaison qui, d\u2019ailleurs, paraît remplie d\u2019inexactitude.Le pentothal donne une anesthésie instantanée.Il agit directement sur les centres, il n\u2019a aucune action sur les hémisphères cérébraux et, de plus, le comportement de cette intoxication sur les centres n\u2019est pas du tout le même que le comportement sur ces mêmes centres des autres anesthésiques généraux.En conséquence, il devient illusoire de vouloir comparer ses effets à ceux des autres anesthésiques et, de fait, le deuxième plan de la troisième période d\u2019anesthésie chirurgicale au pentothal nest pas du tout comparable au même plan de l\u2019anesthésie à l\u2019éther.Et, d\u2019ailleurs, s\u2019il nous est permis d\u2019insister, la période d\u2019induction au pentothal ne peut en aucune façon se comparer à celle de l\u2019anesthésie à l\u2019êther.Il ne peut pas être ici question d\u2019induction consciente et inconsciente ; 1l ne peut pas être question ici de suivre l\u2019évolution de la diminution des réflexes, à peine peut-il s\u2019établir une comparaison, et tellement différente encore, des phénomènes respiratoires.S'agit-il de la période d\u2019excitation dont il est fait si grand état pour l\u2019anesthésie à l\u2019éther ; pour le pentothal, elle n\u2019existe même pas et nous passons, d\u2019emblée, à la période d\u2019anesthésie chirurgicale.Cette même anesthésie chirurgicale a ses caractères qui\u2018lui sont propres et, s\u2019il est vrai de dire pour l\u2019éther que l\u2019acte opératoire pour une intervention majeure ne peut être effectué dans des conditions anesthésiques favorables qu\u2019en atteignant le deuxième stade de la troisième période d\u2019anesthésie chirurgicale, cette affirmation ne peut pas être soutenue pour le pentothal.Et, de fait, les expériences du docteur Moyer nous en fournissent la preuve, puisqu\u2019il a bien démontré, et ses expériences sont concluantes, qu\u2019en atteignant avec le pentothal les effets anesthésiques que l\u2019on obtient en utilisant l\u2019éther au deuxième stade de la troisième période d\u2019anesthésie chirurgicale, il obtient une paralysie des centres respiratoires et une paralysie également des centres accessoires carotidien et aortique et ses animaux meurent.Et il en vient à la conclusion que le pentothal ne peut pas être utilisé dans la chirurgie majeure sans faire courir des dangers énormes au patient. 208 Lavar MÉDICAL Février 1952 Or, la preuve est faite actuellement de ces millions d\u2019interventions pour la chirurgie majeure qui ont été effectuées sous anesthésie au pentothal en obtenant une profondeur de narcose amplement satisfaisante pour que le chirurgien travaille dans des conditions idéales, sans, pour cela, que la malade meure de son intoxication anesthésique.Cette intoxication anesthésique avait certainement les caractéristiques du stade d\u2019anesthésie chirurgicale, puisqu\u2019elle a permis l\u2019intervention, mais elle n\u2019avait pas les caractères du deuxième stade de la troisième période d\u2019anesthésie chirurgicale, puisque les malades ne sont pas morts.En conséquence, de tout cela ne serait-il pas plus juste d\u2019en venir à la conclusion que l\u2019anesthésie au pentothal a des signes d\u2019anesthésie qui lui sont propres et que ces signes ne peuvent pas être comparés à ceux des autres anesthésiques et encore moins à ceux de l\u2019êther, comme le fait le docteur Moyer.Peut-être serait-ce une caractéristique spéciale de l\u2019anesthésie au pentothal d\u2019être directement sous la dépendance de la réaction à la douleur et c\u2019est un fait que, tous les jours, nous constatons : l\u2019intoxication anesthésique, bien qu\u2019elle soit toujours progressivement décroissante, l\u2019élimmnation du pentothal se faisant toujours de façon constante et progressive, peut se maintenir à un niveau toujours suffisant pour permettre l\u2019intervention jusqu\u2019au moment où s\u2019interpose l\u2019élément douleur d\u2019un nouveau temps opératoire.Ce fait est bien concrétisé dans toutes les laparotomies au pentothal où le travail chirurgical intra-abdominal s\u2019est effectué dans des conditions idéales.Mais, vient le pincement du péritoine pariétal pour la fermeture de la paroi, la réaction a la douleur est trés vive ; immédiatement, le malade réagit par une contracture musculaire, par des mouvements des membres et méme, quelquefois, par des gémissements et ce passage brutal d\u2019une narcose parfaite, dite chirurgicale puisqu\u2019elle permet facilement l\u2019intervention, à une narcose qui se rapproche instantanément de la période d\u2019analgésie, est déclenché par la seule réaction à la douleur.Cette hypothèse que nous émettons de cette caractéristique de l\u2019anesthésie au pentothal en rapport avec la réaction à la douleur est basée sur l\u2019expérience clinique.Sa valeur peut être discutable, mais 1l est indéniable que ces faits cliniques ne peuvent pas être constatés avec Février 1952 LavAa\u2026.MÉDICAL 209 aucun autre agent anesthésique et cela nous rapproche encore davantage de l\u2019idée que le pentothal ne peut pas être comparé dans ses effets à aucun des autres agents anesthésiques.Moyer en vient à la conclusion que le pentothal ne peut pas être utilisé dans la chirurgie pulmonaire, parce que ce dernier produit la paralysie du centre respiratoire et l\u2019abolition du réflexe aortique et caroti- dien.De plus, l\u2019ouverture de la plèvre abolit encore le réflexe vago- pulmonaire et il n\u2019existe plus aucun moyen de contrôle de la respiration.Mais, pour obtenir ces résultats expérimentaux sur le chien, il affirme qu\u2019il doit atteindre et maintenir le deuxième stade de la troisième période de l\u2019anesthésie chirurgicale.Il en vient à la conclusion que cette profondeur d\u2019anesthésie étant le degré d\u2019anesthésie nécessaire à l\u2019exécution d\u2019une intervention chirurgicale majeure, le pentothal ne peut pas être utilisé dans ces conditions.Etila raison, mais à une seule condition : c\u2019est qu\u2019il soit nécessaire pour permettre une intervention chirurgicale majeure de maintenir une profondeur d\u2019anesthésie qui atteigne le deuxième stade de la troisième période d\u2019anesthésie chirurgicale et c\u2019est seulement dans ces conditions qu\u2019il peut perdre le contrôle de la respiration.Mais, c\u2019est, à notre avis, une affirmation gratuite que de dire que, pour une intervention majeure, il est nécessaire que l\u2019anesthésie atteigne le deuxième stade de la troisième période d\u2019anesthésie chirurgicale ; et c\u2019est là que Moyer a été trop loin dans ses déductions, à preuve du contraire : toutes les thoracoplasties, les pneumectomies, les lobectomies, que nous avons effectuées en maintenant l\u2019anesthésie à peine au début du premier stade de la première période d\u2019anesthésie chirurgicale.Le travail de Moyer n\u2019en a pas moins une grande valeur scientifique et nous lui accordons toute notre admiration, mais nous affirmons qu\u2019il est possible d\u2019utiliser le pentothal dans la chirurgie thoracique et pulmonaire et de conserver tout le contrôle de la respiration.La profondeur de l\u2019anesthésie n\u2019est pas toujours en rapport avec la gravité de l\u2019opération et 1l existe nombre d\u2019opérations très graves qui peuvent comporter la nécessité d\u2019une anesthésie longue, mais pas nécessairement profonde.Les interventions sur le thorax et le poumon sont de cenombre.Ce sont des interventions majeures, d\u2019une gravité excep- 210 Lavar MéÉDicaL Février 1952 tionnelle, souvent très longues, mais en aucun temps opératoire il n\u2019est nécessaire d\u2019obtenir une anesthésie profonde ; bien au contraire, il y aura tout avantage à maintenir l\u2019anesthésie la plus superficielle qui soit, afin de rendre cet aspect des risques opératoires le moins néfaste possible, Dans la chirurgie thoracique et pulmonaire, il n\u2019y a aucune nécessité d\u2019obtenir un relichement musculaire parfait et il suffit souvent, pour permettre l\u2019intervention, que le patient soit inconscient et ne réagisse pas à la douleur.Nous pouvons obtenir ces résultats en anesthésie, dès la période d\u2019analgésie.Nous sommes donc très éloignés de l\u2019intoxication anesthésique du deuxième stade de la troisième période d\u2019anesthésie chirurgicale de Moyer et la marge de sécurité est très grande.Aussi, nous ne craignons pas d\u2019affirmer que, dans notre milieu, ce qui rend possible l\u2019utilisation du pentothal, c\u2019est précisément le maintien de cette narcose superficielle qui est Juste assez profonde pour permettre l\u2019intervention et qui ne dépasse Jamais le premier stade de l\u2019anesthésie chirurgicale.Ft même cette profondeur d\u2019anesthésie est encore diminuée selon les besoins de l\u2019acte opératoire, et il n\u2019est pas rare de constater que le malade bouge, au cours d\u2019une intervention, nous avons laissé intentionnellement la profondeur de l\u2019anesthésie diminuer au maximum avec l\u2019elimination graduelle de l\u2019anesthésique.Nous revenons même à un plan d\u2019anesthésie antérieur à la période d\u2019anesthésie chirurgicale et nous emplétons même sur la période d\u2019analgésie.C\u2019est l\u2019application du grand principe que nous avons émis au début et qui est le mobile de toutes nos anesthésies.Remplir l\u2019indication anesthésique, c\u2019est donner le minimum d\u2019intoxication anesthésique pour le maximum de facilité opératoire.DÉPRESSION RESPIRATOIRE Mais, tout de même, s\u2019il nous est possible d\u2019affirmer que nous possédons le contrôle de la respiration en maintenant l\u2019anesthésie à un degré toujours superficiel, il reste encore un fait important : c\u2019est que même avec une anesthésie superficielle, le pentothal déprime la respiration et cette dépression de la respiration demeure encore une objection à l\u2019utilisation du pentothal et il paraît imadmissible que l\u2019on puisse diminuer Février 1952 Lavar.MÉDICAL 211 l\u2019amplitude et le rythme respiratoires chez des patients qui souffrent déjà d\u2019une insuffisance pathologique de la respiration et chez qui cette insuffisance est encore exagérée par l\u2019ouverture de la plèvre, la création d\u2019un pneumothorax, l\u2019affaissement de tout un lobe pulmonaire ou même de tout un poumon.Il serait plus logique de mettre notre confiance dans les médicaments dont l\u2019action apporterait une augmentation du rythme et de l\u2019amplitude de la respiration et pourrait contribuer à corriger les autres insuffisances respiratoires.Malgré tout, pour nous, au lieu de craindre l\u2019effet dépressif du pento- thal sur la respiration, non seulement nous n\u2019y voyons pas de contre- indication, mais nous y voyons, au contraire, une grande indication ; et cette dépression de la respiration contribue à la prévention de complications importantes et peut aider à prévenir l\u2019état de choc.Qu'il soit bien entendu, tout d\u2019abord, que cette dépression de la respiration ne peut nuire en rien à l\u2019efficacité des échanges respiratoires, qu\u2019elle permet une oxvgénation normale et une élimination constante de l\u2019anhydride carbonique, elle n\u2019admet, en aucun temps, la présence de la cyanose et c\u2019est après avoir rempli toutes ces conditions que les interventions thoraciques et pulmonaires peuvent bénéficier des avantages que lui procure la dépression de la respiration.Sous anesthésie au pentothal, l\u2019amplitude des mouvements respiratoires est toujours diminuée ; de plus, :l est admis qu\u2019un des principaux facteurs de choc opératoire, dans les interventions sur le thorax et le poumon, est l\u2019apparition de la respiration paradoxale qui est occasionnée par l\u2019ouverture de la plèvre et dont les effets nocifs sont augmentés par les tractions rythmées et inégales qu\u2019elle cause au médiastin.Il est facile de concevoir qu\u2019une respiration rapide, ample et profonde va exagérer cette respiration paradoxale au maximum et que les tractions sur le médiastin seront d\u2019autant plus fortes que la respiration paradoxale sera plus accentuée ; en conséquence, les chances d\u2019apparition du choc opératoire en seront augmentées d\u2019autant.L\u2019inverse est également vrai ; et c\u2019est à notre avis un grand avantage du pentothal et une indication de son application en chirurgie thoracique et pulmonaire.Il diminue l\u2019amplitude et le rythme des mouvements respiratoires et ainsi diminue l\u2019intensité de la respiration paradoxale ; il (9) 212 Lavar MÉDICAL Février 1952 diminue les tractions sur le médiastin et diminue ainsi les chances d\u2019apparition du choc opératoire.Inutile d\u2019ajouter que, dans nos interventions, non seulement nous ne nous sommes pas inquiété de cette dépression respiratoire, mais que nous v avons vu un facteur de succès important.C\u2019est ainsi qu\u2019une contre- imdication formelle de l\u2019anesthésie au pentothal a été transformée pour nous en une indication primordiale.LES SECRETIONS Une autre objection à l\u2019utilisation du pentothal dans la chirurgie thoracique et pulmonaire relève du contraste établi entre la dépression respiratoire et la possibilité de la présence de sécrétions bronchiques ; l\u2019mcompatibilité vient des ennuis que peuvent causer ces sécrétions sur une respiration déjà déprimée par l\u2019action du pentothal et dont l\u2019association peut entraîner une gêne fonctionnelle importante dans l\u2019oxygénation des malades et produire une cyanose inquiétante dont le contrôle sera rendu difficile.Évidemment, les tuberculeux que nous opérons sont tous des tuberculeux cavitaires qui toussent et souvent expectorent quotidiennement des quantités appréciables de pus et de sécrétions bronchiques, et c\u2019est certainement une hantise pour l\u2019anesthésiste d\u2019avoir à tabler avec ces sécrétions qui peuvent souvent créer une gêne mécanique très importante de la respiration.De plus, avec le pentothal, il est un grand principe qui veut que l\u2019anesthésiste maintienne libres, à tout prix, les voies respiratoires ; sans quoi, il aura des échecs et le tableau que nous offre la dépression de la respiration associée aux sécrétions bronchiques peut paraître sombre.Aussi, est-ce encore une raison pour ne pas approuver l\u2019usage du pen- tothal dans les thoracoplasties.Les correctifs à apporter pour lutter contre cette situation indésirable seraient, tout d\u2019abord, de ne pas utiliser le pentothal, de faire une anesthésie au cyclopropane, au protoxyde d\u2019azote, ou même à l\u2019éther, comme plusieurs le préconisent, et, ensuite, de faire une anesthésie endo- trachéale et de faire l\u2019aspiration constante des sécrétions par la lumière de la sonde endotrachéale. Février 1952 Lavar MÉDiCAL 213 Dans notre opinion, les anesthésistes qui utilisent chez les tuberculeux pulmonaires l\u2019anesthésie endotrachéale avec l\u2019éther ou le cyclo- propane ont certainement beaucoup de sécrétions à aspirer, puisqu\u2019il est de la nature même de ces techniques et de ces médicaments de causer de l\u2019irritation et de favoriser les sécrétions qui peuvent être produites d\u2019autant plus facilement que les bronches déjà malades sont plus sujettes à répondre par des sécrétions abondantes à tout agent irritant, de quelque nature qu\u2019il soit.La fréquence de l\u2019apparition de ces sécrétions bronchiques est tellement grande et le contrôle de ces états prend une s1 grande importance que c\u2019est un facteur de premier ordre dans l\u2019évaluation des risques anesthésiques ; ce sont ces sécrétions qui favorisent le plus les complications pulmonaires postopératoires par la diffusion de l\u2019infection dans des territoires encore sains.Il va de soi que le problème des sécrétions s\u2019est posé pour nous avec l\u2019usage du pentothal et les conclusions auxquelles nous en venons sont extraordinaires dans leur originalité.On aurait pu s\u2019attendre, et c\u2019était normal d\u2019y croire, que nous aurions eu beaucoup de difficultés et de troubles respiratoires en associant aux sécrétions bronchiques la dépression respiratoire du pentothal.Non seulement nous n\u2019avons aucun trouble, mais au contraire, et nous voulons fortement insister sur ce résultat parce que nous le jugeons d\u2019une réelle valeur, bien qu\u2019il puisse paraître, à prime abord, extraordinaire, nous avons vu disparaître les sécrétions bronchiques de façon totale.Ce résultat nous l\u2019avons obtenu avec le pentothal et la contre- indication que tous y voyaient est maintenant changée en une indication précise.Nous voulons insister sur ce résultat, parce qu\u2019il se produit de façon si inattendue et il est tellement imprévu que beaucoup de gens expérimentés, en matière d\u2019anesthésie thoracique et pulmonaire, pourront peut-être ne pas y croire, tellement tout cela semble irréel.Et pourtant, nous ne craignons pas d\u2019affirmer que les techniques d\u2019anesthésie que nous utilisons nous permettent d\u2019obtenir, au cours des interventions, l\u2019absence totale de sécrétions bronchiques.Cela est tellement réel qu\u2019actuellement nous ne nous préoccupons même pas d\u2019installer l\u2019appareil à succion prêt à fonctionner au cas où nous aurions des sécrétions à aspirer.L'appareil à succion reste dans l\u2019ombre. 214 Lavar MÉDicaL Février 1952 Nos thoracoplasties se chiffrent par plusieurs centaines et nous n\u2019avons pas souvenance, une seule fois, d\u2019avoir eu à aspirer des sécrétions bronchiques au cours de l\u2019intervention.Ce résultat est, d\u2019ailleurs, comparable à celui obtenu par l\u2019anesthésie au pentothal dans la chirurgie générale.C\u2019est par milliers que se chiffrent nos anesthésies au pentothal en chirurgie générale et il est caractéristique de constater l\u2019absence des sécrétions bronchiques.Ce résultat est encore plus grand dans la chirurgie thoracique du fait que ce sont des tuberbuleux pulmonaires qui toussent et expectorent quotidiennement, mais il n\u2019en est pas moins typique et original et nous sommes d\u2019avis que ce résultat, à lui seul, est de nature à contribuer au succès de nos interventions.Aussi, c\u2019est un motif primordial pour préconiser le pentothal dans les thoracoplasties.Évidemment, tous attendent une explication sur l\u2019absence des sécrétions sous anesthésie au pentothal dans les thoracoplasties.Nous ne serons pas très affirmatifs sur ce sujet dont la solution complexe relève plus d\u2019un physiologiste ou d\u2019un pathologiste que d\u2019un anesthésiste.Mais, tout de même, 1l peut nous être permis de formuler l\u2019opinion que cette absence de sécrétions serait due à l\u2019action de la médication préliminaire associée à l\u2019action du pentothal.L'association nembutal/ morphine/atropine/pentothal, serait, à elle seule, suffisante pour obtenir une action inhibitrice sur les sécrétions.Ce serait surtout l\u2019action de l\u2019atropine, mais renforcée par l\u2019action du pentothal qui serait cause de ces phénomènes.Nous émettons, de plus, l\u2019hypothèse que la rapidité d\u2019injection du pentothal est peut-être la réponse à ce problème, l\u2019action de l\u2019anesthésique étant variable non seulement avec la quantité d\u2019anesthésique injectée mais surtout avec la rapidité de la dose massive administrée.Et cela, au même titre que la possibilité d\u2019inhiber les sécrétions bronchiques dans une anesthésie à l\u2019éther en obtenant une concentration rapide d\u2019éther dans les centres nerveux par une absorption massive provoquée par l\u2019administration d\u2019anhydride carbonique.Mais, si la solution reste à trouver, le fait clinique existe et 1l est indéniable que, dans notre milieu, les malades opérés pour thoracoplastie sous anesthésie au pentothal ne présentent Jamais de sécrétions bron- Février 1952 Lavar MÉDICAL 215 chiques au cours des interventions.Ce résultat est à l\u2019honneur du pentothal.Nous avons apporté une attention spéciale à l\u2019étude des objections à l\u2019utilisation du pentothal en anesthésie pour la chirurgie thoracique et pulmonaire.L\u2019importance de ces objections et la valeur de la réponse à y apporter étaient pour nous un point capital, puisque de ces résultats dépendaient l\u2019approbation ou le désaveu de toute notre expérimentation.Nous avons fortement insisté, après interprétation de nos opinions, sur la transformation de ces contre-indications de l\u2019anesthésie au pentothal dans la chirurgie pulmonaire en des indications réelles dont l\u2019exposé en détail de nos constatations a contribué à mettre en évidence les raisons qui motivent notre opinion.INTERPRÉTATION PERSONNELLE Il reste maintenant à donner une opinion sur la possibilité d\u2019adaptation de l\u2019anesthésie au pentothal avec des techniques anesthésiques dont il sera intéressant, en même temps, de discuter l\u2019opportunité en chirurgie thoracique et pulmonaire.C\u2019est toute la question de l\u2019adaptation du pentothal à l\u2019anesthésie endotrachéale, à l\u2019anesthésie endobronchique, à la respiration contrôlée et à la pression positive du poumon.ANESTHÉSIE ENDOTRACHÉALE Nous avons vu, dans la première partie de ce travail, jusqu\u2019à quel point étaient grands les chocs d\u2019idées et les controverses au sujet de l\u2019anesthésie endotrachéale.C\u2019est précisément de ces controverses que peut ressortir l\u2019argumentation que, si ce genre d\u2019anesthésie était tellement nécessaire et que son abstention contribuait à causer tant d\u2019inconvénients, 1l n\u2019y aurait pas de si nombreuses discussions ; tous admettraient la nécessité de cette technique.C\u2019est dire que cette technique a des avantages et des inconvénients et notre opinion personnelle sur ce sujet est plutôt de ne pas utiliser ce procédé.Nous ne critiquons pas 216 Lavar MÉDicaL Février 1952 ceux qui l\u2019utilisent, parce que nous savons qu\u2019ils ont des raisons majeures pour le faire, puisque, pour eux, le but principal de l\u2019endotrachéale est l\u2019aspiration des sécrétions bronchiques.Peu importe que la présence de ce tube endotrachéal soit, ou non, une cause d\u2019irritation productrice de sécrétions.Il est un fait qui demeure : il y a des sécrétions et elles doivent être aspirées.Aussi, faut-il une anesthésie endotrachéale.Mais chez-nous, la question de l\u2019aspiration des sécrétions ne se pose pas et l\u2019indication de l\u2019endotrachéale n\u2019est pas justifiable.A ceux qui prétendent que l\u2019endotrachéale est nécessaire pour maintenir libres les voies respiratoires, nous pouvons objecter : l\u2019expérience est faite que la liberté des voies respiratoires est facilement réalisable par une technique d\u2019anesthésie et une conduite de la narcose bien dirigée.Nous voyons dans l\u2019anesthésie endotrachéale, outre la présence d\u2019un corps étranger dans les bronches, ce qui est une cause d\u2019irritation constante de la trachée ajoutée à l\u2019irritation du larynx, la nécessité, pour réaliser cette technique, d\u2019obtenir un degré d\u2019anesthésie plus profond et qui n\u2019est pas absolument nécessaire à l\u2019acte opératoire, mais est seulement exigé pour rendre l\u2019anesthésie plus parfaite et ceci est contre le principe primordial de toute thérapeutique médicale : Primo non nocere.De plus, le fait de maintenir une anesthésie endotrachéale demandant une anesthésie plus profonde est encore en contradiction avec un autre principe qui est la raison d\u2019être de toutes nos actions anesthésiques : le minimum d\u2019intoxication anesthésique pour permettre l\u2019intervention.D'ailleurs, dans notre milieu, la profondeur d\u2019anesthésie est trop peu marquée pour que le malade tolère un tube endotrachéal, puisqu\u2019il est exceptionnel que les réflexes pharyngés et laryngés soient totalement abolis.Tout de même, 1l ne faut pas être trop catégorique, et il nous arrive d\u2019utiliser l\u2019anesthésie endotrachéale ; nous en avons fait même une ind:- cation importante dans les pneumectomies et les lobectomies.Nous ne l\u2019avons Jamais utilisée dans les thoracoplasties.Ajoutons à toutes ces considérations que la présence du pentothal ne peut pas être un inconvénient à l\u2019administration d\u2019une anesthésie endotrachéale et que les difficultés de celle-ci relèvent plus de la profondeur de l\u2019anesthésie que de l\u2019agent anesthésique. Février 1952 Lavar MéÉDicar 217 ANESTHÉSIE ENDOBRONCHIQUE Les idées que nous émettons pour l\u2019anesthésie endotrachéale ont toutes leur valeur pour ce qui concerne l\u2019anesthésie endobronchique et elles sont même renforcées du fait que leur technique est difficile d\u2019application, qu\u2019elle demande une anesthésie trop profonde et que l\u2019installation même de tout cet attirail anesthésique, avec toute sa complexité, constitue une complication et une prolongation du temps de l\u2019anesthésie dont les bons effets peuvent être profondément dimmués par les inconvénients qu\u2019elle procure.Il n\u2019y a aucun doute qu\u2019il y a une énorme différence de temps entre les techniques simples que nous utilisons et celles des anesthésies endo- trachéales et endobronchiques ; cette différence de temps, dans la longueur de l\u2019anesthésie, peut même, en certaines circonstances, s\u2019évaluer jusqu\u2019a un maximum de trente minutes.Il faut bien apprécier que, dans nos techniques anesthésiques, l\u2019induction de l\u2019anesthésie se fait à peine quarante-cinq secondes avant que le chirurgien ne commence à opérer.Tout a été préparé à l\u2019avance, le malade est mis en position, le champ opératoire est désinfecté et, au moment où l\u2019anesthésiste commence son anesthésie, le chirurgien a le bistouri en main et, quarante-cinq secondes après, il effectue l\u2019icision de la peau.Ce n\u2019est pas du tout le même tableau que nous offre l\u2019anesthésie endobronchique où le patient est endormi sur le dos, puis c\u2019est toute la démonstration du laryngoscope de la succion, de la sonde à introduire, du paquetage de la gorge ou du ballon à souffler ; ensuite, la mise en position opératoire du patient, la préparation du champ opératoire, toute cette démonstration se fait sous anesthésie générale profonde et peut durer souvent trente minutes avant que l\u2019intervention commence.Ce n\u2019est évidemment pas le même tableau et nous donnons notre préférence au premier.Tout de même, 1l est des cas où l\u2019anesthésie endotrachéale ou endo- bronchique est indispensable et nous devons faire ici la distinction entre la chirurgie thoracique et la chirurgie pulmonaire.Si, d\u2019une part, nous ne voyons aucune indication de l\u2019anesthésie endotrachéale dans la chirurgie thoracique, nous y voyons, d\u2019autre part, une indication dans la chirurgie pulmonaire, parce que, dans ce domaine, si nous avons réussi à contrôler l\u2019apparition des sécrétions bronchiques 218 Lavar MÉDjcaL Février 1952 par l\u2019administration du pentothal, nous ne sommes pas exempt d\u2019une inondation bronchique par l\u2019évacuation d\u2019une suppuration de bronchectasie ou d\u2019un abcès du poumon qui peut obstruer les bronches et être cause de gêne respiratoire importante.L\u2019expérience nous a appris dans ce domaine, celui de la chirurgie pulmonaire, la nécessité d\u2019une anesthésie endotrachéale ou endobronchi- que, mais le caractère de cette anesthésie doit comporter la perméabilité de la sonde endotrachéale qui ne doit pas obstruer complètement les voies respiratoires.L\u2019avantage de cette perméabilité est de permettre l\u2019évacuation entre la paroi de la trachée et la paroi extérieure de la sonde, du sang, des sécrétions et des suppurations qui peuvent venir des bronches ; si de plus, on donne, au malade une position déclive, ce drainage des bronches peut s\u2019effectuer facilement et permettre l\u2019évacuation progressive.Nous avons souvent constaté au cours de ces interventions que l\u2019aspiration des sécrétions par la lumière du tube endotrachéal ne ramenait aucune sécrétion, mais que, par contre, à certains moments de l\u2019opération, le pus s\u2019échappait en abondance d\u2019une cavité pulmonaire dont l\u2019évacuation était grandement facilitée par le libre passage entre la paroi de la trachée et la paroi externe de la sonde.Nous aurions certau- nement rencontré des difficultés à l\u2019occasion de ces évacuations massives si nous avions suivi la technique de l\u2019anesthésie endotrachéale avec obstruction hermétique par un ballon soufflé sur la paroi de la sonde.Il n\u2019y a pas d\u2019intérêt à utiliser ce ballon avec les techniques d\u2019anesthésie que nous préconisons : le pentothal.En effet, le contrôle de la profondeur de l\u2019anesthésie au pentothal ne commande pas la nécessité d\u2019un circuit fermé et cette condition est plus importante pour les anesthésies au cyclopropane dont le maintien de la concentration d\u2019anesthésique dans le sang est en rapport avec le maintien de la concentration d\u2019anesthésique dans le ballon de l\u2019appareil.Avec ces techniques, il est important d\u2019avoir une anesthésie en circuit complètement fermé.C\u2019est encore un avantage du pentothal! de permettre l\u2019usage d\u2019un circuit qui n\u2019est pas hermétiquement fermé et qui permet l\u2019évacuation des suppurations pulmonaires aussi facilement, car, sans le pentothal, :l serait impossible de maintenir l\u2019anesthésie dans ces conditions. Février 1952 Lavar MÉDicaL 219 LA RESPIRATION CONTROLÉE Il y a, au sujet de la respiration contrôlée, des distinctions à faire sur son emploi en chirurgie thoracique et pulmonaire ; cette distinction est à faire entre l\u2019utilité de la respiration contrôlée pour toute la durée de l\u2019opération et la respiration contrôlée par intermittence et dont l\u2019indication relève de l\u2019état du malade.La respiration contrôlée pourra servir momentanément à corriger une surdose anesthésique qui aurait pu provoquer la syncope respiratoire.Elle est tout indiquée dans ces cas, mais, pour qu\u2019elle soit réellement efficace, il est nécessaire, tout d\u2019abord, de vider le ballon qui contient des gaz anesthésiques et d\u2019administrer seulement de l\u2019oxygène.Certains appareils sont munis tout simplement de deux ballons dont l\u2019un contient seulement de l\u2019oxygène et l\u2019autre, le mélange de gaz anesthésique et d\u2019oxygène.Mais, même avec ce dispositif, il faudra, après un certain temps, vider de nouveau ce ballon d\u2019oxygène afin de permettre élimination de l\u2019excès d\u2019anesthésique hors de l\u2019organisme.Dans les surdoses anesthésiques, l\u2019efficacité de la respiration contrôlée est en rapport avec la possibilité d\u2019élimination de cet excès d\u2019anesthésique.Une belle indication de la respiration contrôlée est son utilisation dans la chirurgie pulmonaire à certains moments où les temps opératoires sont de nature à provoquer des perturbations réelles de la respiration ; elle est très utile au moment de l\u2019ouverture de la plèvre et au moment de la ligature du pédicule pulmonaire.Nous l\u2019instituons dans ces cas de façon préventive et nous avons l\u2019impression que ces manœuvres contribuent largement à la prévention de l\u2019établissement d\u2019un trop grand état de choc.La respiration contrôlée est utile souvent au début d\u2019une anesthésie au pentothal-curare-cyclopropane.La première dose de pentothal a pu provoquer une dépression respiratoire importante, sans que la narcose soit suffisante pour permettre l\u2019intervention et le complément d\u2019anesthésie doit se faire au cyclo- propanc.Mais, il est une condition essentielle à la possibilité d\u2019approfondir l\u2019anesthésie au cyclopropane : c\u2019est que cet agent puisse pénétrer dans l\u2019organisme et, pour obtenir cette diffusion du cyclopropane dans l\u2019organisme, 1l est nécessaire d\u2019avoir des mouvements respiratoires.Or, 220 LavAar.MÉDiCaL Février 1932 ces mouvements respiratoires sont fortement diminués par le pentothal.Les mouvements de respiration contrôlée dans ces conditions servent à approfondir la narcose en dépit de l\u2019insuffisance des mouvements respiratoires spontanés.La façon la plus simple d\u2019instituer la respiration contrôlée est de pratiquer des pressions rythmées sur le ballon d\u2019oxygène et de permettre ainsi la pénétration de l\u2019oxygène dans l\u2019alvéole pulmonaire et, en autant que la circulation se maintient, de favoriser l\u2019oxygénation du sang.Il est un point qu\u2019il faut signaler.C\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire d\u2019avoir une anesthésie endotrachéale pour effectuer efficacement la respiration contrôlée, celle-ci peut fort bien se pratiquer avec son maximum d\u2019efficacité au moyen d\u2019un masque ordinaire, pourvu qu\u2019il soit bien appliqué et que le tout se fasse en circuit fermé.De plus, il est utile d\u2019avoir sur l\u2019appareil un manomètre indiquant le degré de pression qui nous permette de juger de l\u2019intensité de la pression qu\u2019il est bon d\u2019effectuer sur le ballon.Cette pression ne doit pas dépasser cinq à dix millimètres de mercure et, de plus, entre chaque mouvement de respiration contrôlée, le ballon ne doit pas être sous pression, puisque cette trop grande pression serait un obstacle à l\u2019expiration et ne favoriserait pas la déflation du poumon.LA PRESSION POSITIVE Des idées générales ont été émises sur cette question dans la première partie de ce travail ; qu\u2019il suffise donc de rappeler que, si elle est instituée, elle ne doit pas dépasser cinq à dix millimètres de mercure.Mais, en ce qui nous concerne, nous pouvons affirmer que nous ne l\u2019employons pas de façon systématique, mais, bien au contraire, de façon exceptionnelle.La nécessité de cette pression positive est d\u2019ailleurs beaucoup discutée et les opinions diffèrent sur ce sujet : nous ne croyons pas que le fait de ne pas utiliser la pression positive au cours des interventions thoraciques ou pulmonaires ait, en réalité, beaucoup d\u2019influence sur les résultats.Il est à se demander si l\u2019avantage qu\u2019on attribue au rétablissement de l\u2019amplitude respiratoire est si réel qu\u2019on le prétend, car le fait de main- Février 1952 Lavar MÉDicaL 221 tenir ce poumon sous pression peut diminuer l\u2019activité du réflexe vago- pulmonaire ; en plus, Il rend les échanges gazeux plus difficiles et ne permet que partiellement l\u2019élimination de l\u2019anhydride carbonique.Aussi, sommes-nous d\u2019opinion que cette pression positive ne doit pas être instituée de façon continue au cours d\u2019une intervention pulmonaire.Elle a de grands avantages si elle est utilisée de façon extemporanée.Nous l\u2019utilisons dans les interventions pulmonaires au moment de l\u2019ouverture de la plèvre dont le pneumothorax est la conséquence essentielle.II peut, à ce moment, s\u2019installer un état de choc dont l\u2019origine est, sans aucun doute, le changement brutal de la pression intrathorac:- que.Dans le but de prévenir et d\u2019atténuer les effets de ce changement de la pression intrathoracique, nous instituons momentanément une pression positive au poumon, mais cette pression positive n\u2019est que passagère et nous l\u2019abandonnons presque aussitôt.Le but que nous nous proposons d\u2019atteindre en instituant cette pression positive n\u2019est pas d\u2019empêcher le poumon de se collaber, mais seulement de diminuer la brutalité de ce phénomène et nous sommes d\u2019avis que le choc qui suit l\u2019ouverture du thorax est causé beaucoup plus par la brutalité de son apparition que par l\u2019affaissement du poumon lui-même.Il se produit, évidemment, des troubles importants du côté de la respiration et de la circulation, mais nous sommes convaincu aussi que l\u2019organisme a un pouvoir d\u2019adaptation à cet état de chose et que cette adaptation est indépendante de la pression intrapulmonaire positive.Peut-être est-1l discutable que la pression intrapulmonaire positive prévienne l\u2019apparition du choc en diminuant l\u2019intensité de l\u2019amplitude Inspiratoire et expiratoire, car il n\u2019y a aucun doute que, sous pression positive, le thorax est distendu au maximum et que les mouvements d\u2019expiration sont restreints d\u2019autant dans leur amplitude.Comme conséquence, 1l y a une respiration paradoxale moins marquée et des tractions moins fortes sur le médiastin.C\u2019est dire qu\u2019il y a une atténuation du choc opératoire.Nous avons vu, antérieurement, comment nous réussissons à arriver au même but, soit diminuer l\u2019amplitude et de l\u2019inspiration et de l\u2019expiration en utilisant, à cet effet, la propriété de dépression respiratoire du 222 Lavar MÉDICAL Février 1952 pentothal.Somme toute, nous arrivons au même résultat et nous avons, en plus, l\u2019impression de ne pas avoir à subir les ennuis de la pression positive.Il est reconnu, d\u2019ailleurs, que cette pression positive n\u2019est pas tolérable chez un mdividu qui n\u2019est pas sous anesthésie et il n\u2019est pas bien certain que les conditions soient tellement différentes sous narcose.Il nous faut signaler, enfin, à ce sujet qu\u2019à plusieurs reprises l\u2019acte opératoire a eu à souffrir de cette pression positive, tout spécialement au cours d\u2019une lobectomie où on a rencontré des difficultés auxquelles le chirurgien n\u2019était pas habitué.C\u2019était la présence de la pression positive qui donnait au lobe pulmonaire voisin une expansion assez grande pour nuire à la bonne exécution de l'opération et, à la demande du chirurgien, 1l a suffi d\u2019enlever cette pression positive pour rendre le travail beaucoup plus facile en permettant un affaissement relatif du lobe sain dont le degré d\u2019inflation ne venait plus gêner par son volume le champ opératoire.Le même phénomène s\u2019est encore produit au cours d\u2019une gastrectomie transthoracique.Le poumon sous pression positive gênait considérablement par son volume la lumière du champ opératoire et c\u2019est en arrêtant cette pression positive que l\u2019acte opératoire a pu être effectué beaucoup plus facilement.Nous pouvons ajouter que, dans ces cas, les malades ne se sont pas trouvés plus mal parce qu\u2019on avait cessé la pression positive.Ils se sont adaptés à l\u2019état pathologique causé par le pneumothorax et la suppression de cette manœuvre a contribué à assurer une meilleure exécution de l\u2019acte opératoire.Nous avons formulé une opinion personnelle sur les points capitaux qui orientent la direction d\u2019une anesthésie générale en chirurgie thoracique et pulmonaire, en même temps que nous avons discuté du problème de l\u2019adaptation du pentothal en regard de tous ces faits.(A suivre.) HISTOIRE DE LA MÉDECINE HISTOIRE DES MÉDECINS CANADIENS par Ch.-M.BOISSONNAULT III PIERRE DE SALES LATERRIÈRE, FILS De son mariage avec Catherine Delzenne, veuve Pélissier, Pierre de Sales Laterrière avait eu deux fils, Pierre de Sales et Marc-Paschal.Tous deux embrassérent [a médecine et, a l\u2019instar de leur père, firent leurs études outre-mer.Pierre de Sales étudia sous sir Ashley Cooper et devint médecin des Voltigeurs de Salaberry en 1812.En 1823, 1l se rendit en Angleterre où 1l habita pendant de longues années.Il ne revint de Grande-Bretagne que peu de temps avant sa mort survenue aux Éboulements le 15 décembre 1834.Il s\u2019était marié à Londres en 1815 avec Mary-Anne, fille unique de sir Fenwick Bulmer, qui lui donna plusieurs enfants.Il a publié sous le pseudonyme de Un Canadien un ouvrage intitulé : À political and historical account of Lower Canada, with remarks on the present situation of the people, à Londres en 1830.Ce livre que nous n\u2019avons pas lu serait, si l\u2019on en croit l\u2019abbé Henri-Raymond Cas- grain, remarquable.Cet ouvrage, écrit-il, ©où la largeur de vues le 224 Lavar MÉDicAL Février 1952 dispute aux élans du patriotisme, fit sensation dans notre province, et contribua à retarder l\u2019union des Canadas que préméditaient les ennemis de la race canadienne ».! Vers la fin de la guerre de 1812, Pierre de Sales II partit pour l\u2019Europe, Il entendait se rendre en France et réclamer un héritage que son père avait tenté de récupérer, mais sans succès, en 1807.Il fit le trajet de New-York à Bordeaux et arriva au beau milieu dés Cent-Jours, c\u2019est-à- dire que Napoléon venait de quitter l\u2019île d\u2019Elbe et de voquer vers Paris.chassant de nouveau les Bourbons du trône de France.Pierre de Sales II était donc en mauvaise posture, car l\u2019Angleterre allait recommencer la guerre avec l\u2019Empire et les citoyens anglais qui seraient découverts en France risquaient de subir un mauvais sort.Pierre de Sales II rencontra à Bordeaux dans la personne du préfet un compatriote, originaire de Montréal, du nom de Mézières.Après avoir examiné le passeport du Jeune médecin canadien, le préfet lui dit cec1 : « Mais, mon cher compatriote, que venez-vous faire en France dans un temps si critique?Vous allez être enrôlé dans l\u2019armée, et forcé de prendre part à la lutte gigantesque qui va s\u2019engager.Demain, J\u2019envoie un brick, comme aviso, sous pavillon blanc, en Angleterre ; je vous conseille d\u2019y prendre passage, voici votre passeport revisé.En attendant, venez ce soir diner avec moi, dans ma ville ; nous parlerons du Canada ; il y a longtemps que je n\u2019en ai pas eu de nouvelles.»?C\u2019est ainsi que, sañs avoir pu rencontrer ses parents de France, Pierre de Sales revint en Angleterre, séjourna chez sir Fenwick Bulmer, l\u2019ami de son père, et finit par convoler en justes noces avec sa fille unique.Quant au préfet de Bordeaux, Mézières, après la chute de l\u2019Empire, il dut s\u2019expatrier et revint en Canada.Casgrain nous révèle que c\u2019est ce de Mézières qui rédigea pendant deux ans le périodique intitulé : l\u2019Abeille canadienne.Pendant son séjour en Angleterre, 11 publia, comme nous l\u2019avons dit, un intéressant ouvrage sur le Canada, ouvrage qu\u2019il avait rédigé en langue française et qui fut traduit en anglais 3 par le fameux Rœbuck, l\u2019un des députés de Westminster les plus favorables aux Canadiens.1.Henri-Raymond CAsGRAIN, Œuvres complètes 11, Biographies, p.224.2.Cité par CasGrAIN, 2bid., H, p.225.3.AHERN, 1bid., p.358. Février 1952 Lavar MÉDICAL 225 L\u2019abbé Casgrain raconte dans sa biographie de Pierre de Sales II que Marie-Anne Bulmer, la jeune femme de Pierre de Sales II, n\u2019avait pas particulièrement goûté son séjour aux Éboulements, c\u2019est pourquoi ils étaient tous deux retournés en Angleterre, finalement.« Née en Angleterre, d\u2019une famille opulente, élevée au milieu d\u2019une société d\u2019élite, 1l est facile d\u2019imaginer quel serrement de cœur, quel écrasant ennui dut fondre sur elle, lorsque après son mariage (Marie-Anne | Bulmer) se vit transportée dans cette âpre solitude, dans notre climat rigoureux qu\u2019attristent des hivers interminables.Aussi les exclamations d\u2019ennui que lui arrachait cet isolement de toute société, sont-elles restées proverbiables dans les environs.Ob! the Eboulemagnes! the Eboule- magnes ! s\u2019écriait-elle avec horreur, au milieu de l\u2019hilarité générale, chaque fois qu\u2019on lui rappelait, dans la suite, le souvenir de cette courte mais triste époque de sa vie.Elle ne put s\u2019habituer à cette morne solitude, et vint, avec son mari, s\u2019établir à Québec.» % Aussi n\u2019habita-t-elle le Canada que durant sept ans.Les descendants de cette branche anglaise de la famille Laterrière vivent encore en Angleterre où 1ls occupent une haute situation dans le commerce et le négoce.Casgrain estime à cent mille livres sterling la fortune léguée par sir Fenwick Bulmer à Pierre de Sales II.Pierre de Sales II mourut jeune encore, à 45 ans, le 15 décembre 1834, laissant le souvenir d\u2019un parfait gentilhomme.Dans les Mémoires de Philippe Aubert de Gaspé, on retrouve le portrait suivant de Pierre de Sales II : « Un journal de Québec annonça la mort de mon ami, écrit le bon vieillard à qui nous devons les Anciens Canadiens.Je laissail tomber la feuille, et m\u2019enfermant dans une chambre, d\u2019où je découvrais la paroisse des Éboulements, je fis de pénibles réflexions, en pensant que là gisait le corps inanimé de celui dont la galeté animait naguère les cercles de ses nombreux amis, de celui dont tous les traits s\u2019épanouissaient de plaisir chaque fois qu\u2019il venait à ma rencontre, comme l\u2019aurait fait un tendre ami après une longue absence.O néant de la vie ! m\u2019écriai-je ; s\u2019il m\u2019était donné de traverser ce fleuve couvert de glace, de me pencher sur la tombe de mon ami, je n\u2019y rencontrerais que le froid accueil des hôtes ordinaires du sépulcre ! Dors en paix, à mon ami, sur la rive gauche 4.CASGRAIN, ibid, II, p.211. 226 Lavar.MÉDicaL Février 1952 du majestueux Saint-Laurent ! Celui que tu as tant aimé trouvera aussi bien vite le repos sur la rive opposée du même fleuve ! Les tempêtes qui bouleverseront ses flots ne troubleront pas plus ton repos que les ouragans beaucoup plus terribles de la vie humaine, auxquels ton ami sera exposé jusqu\u2019au jour où il trouvera aussi la paix et la tranquillité dans le silence d\u2019un sépulere creusé en face de ta tombe.» > IV L\u2019HONORABLE MARC-PASCHAL DE SALES LATERRIÈRE Médecin, conseiller législatif, membre du Conseil spécial qui administra le Bas-Canada du 2 avril 1838 au 10 février 1841, Marc-Paschal de Sales Laterriére naquit a la Baie-du-Febvre en 1792 et mourut octoge- naire aux Eboulements le 29 mars 1872.C\u2019était le second fils de Pierre de Sales Laterriére et de Marie-Catherine Delzenne, veuve Pélissier.II fit ses études au Séminaire de Québec et sa médecine à Philadelphie sous le docteur Benjamin Rush, un praticien célèbre en son temps.À peine reçu médecin, il pratiqua à Québec et s\u2019enrôla en 1812 dans les milices du Bas-Canada dont il devint bientôt le chirurgien général.En 1816, il vendit sa clientèle au docteur Joseph Morrin, un Écossais venu très jeune en Canada et qui joua un rôle de premier plan à Québec tant en qualité de médecin que dans la politique municipale et provinciale.C\u2019est ce même Morrin qui fut président de la première École de médecine de Québec et du Collège des médecins et chirurgiens du Bas-Canada.Sa pratique vendue, Marc-Paschal de Sales alla s\u2019établir aux Éboulements dans le manoir seigneurial.Entre temps, il joua un rôle politique considérable.De 1824 à 1830, 1l représente la circonscription de Nort- humberland à l\u2019Assemblée et de 1830 à 1832 celle du Saguenay.En 1824, il avait été élu « membre de la législature provinciale, conjomtement avec M.John Fraser, par le comté de Northumberland, désigné depuis sous le nom de comté de Saguenay ».1 5.Philippe-Aubert de Gaspé, Mémoires, p.242.1.Voir au sujet de Marc-Paschal de Sales Laterriére les ouvrages suivants : Pierre de Sales I.ATERRIÈRE, Mémoires ; AHERN, Notes pour servir à l\u2019histoire de la médecine dans le Bas-Canada ; Gustave TURcOTTE, Le conseil législatif de Québec 1774-1933 ; Henri-Raymond CAsGRaIN, Œuvres complètes, II, Biographies canadiennes. QUÉBEC, Musée de la Province \u2014 Portrait de Marc-Pascal de Sales Laterrière (Baie-du-Febvre, 25 mars 1792 et Les Éboulements, 1872), médecin et homme politique.(Fils de Pierre de Sales Laterrière et de sa maîtresse, Catherine Delezenne.) H.37° 1\u201d L.2\u2019° 5\u201d T.Œuvre de Théophile HAMEL, 1853.Exposition du centenaire de l\u2019Institut canadien de Québec, 26 septembre 24 octobre 1948.(Publiée avec l\u2019autorisation du directeur de l\u2019inventaire des Oeuvres d\u2019art.) H-9 (10) 228 Lavar MÉDicaL Février 1952 En 1832, lord Aylmer étant gouverneur du Canada, Marc-Paschal de Sales est nommé membre du conseil législatif et conserve ce poste jusqu\u2019à la suspension de l\u2019Acte constitutionnel du Bas-Canada en 1837 après les troubles.C\u2019est alors qu\u2019il fut nommé membre du conseil spécial dont nous avons parlé plus haut.La constitution de 1841 ou Acte d\u2019Union ayant été adoptée, Marc- Paschal Laterrière ne se présenta pas immédiatement.Ce n\u2019est qu\u2019en 1846 qu\u2019il brigua de nouveau les suffrages dans son fidèle comté de Saguenay dont il demeura le député jusqu\u2019en 1851.En 1856, le conseil législatif étant devenu électif, Marc-Paschal résolut d\u2019y siéger de nouveau.Il brigua les suffrages dans'la division des Laurentides et fut élu.Ce fut sa dernière victoire électorale.Adversaire de la confédération des provinces britanniques de l\u2019Amérique du nord, il fit la lutte aux partisans de la nouvelle constitution et quand il voulut se présenter aux Communse en 1867, il fut défait.En vérité, la division des Laurentides lui appartenait bel et bien s\u2019il faut en croire un paragraphe de la biographie que lui consacre l\u2019abbé Casgrain, paragraphe qui nous montre Marc-Paschal de Sales Laterrière, «la hache à la main, à la tête d\u2019hommes courageux, aidé d\u2019un faible octroi », se frayant, « à travers les Laurentides, cet immense et difficile chemin qui, aujourd\u2019hui (1870), met toute cette côte en communication avec Québec ».Marc-Paschal Laterrière, se souvenant sans doute des traverses dont son père avait tant souffert, avait proposé alors qu\u2019il faisait partie de la législature de soumettre les diplômés des universités étrangères (britanniques ou coloniales) aux lois du Bas-Canada.Il voulait que tous subissent un examen régulier pour l\u2019obtention de « leur licence provinciale », licence qu\u2019il avait lui-même reçue le 23 avril 1812.Marc-Paschal Laterrière laissa quatre fils et deux filles que lui donna sa femme, née Eulalie Dénéchaud.C'était la fille de Claude Dénéchaud, ancien député, et d\u2019Adélaide Gauvreau.De ses enfants, deux, Pierre et Laure, madame Frédéric Braun, furent emportés par la phtisie.Braun était secrétaire du département des travaux publics 4 Ottawa.L\u2019ainé des fils de Marc-Paschal Laterriére se nommait également Paschal et mourut d\u2019une blessure que lui causa æ = A,\u201d > QUÉBEC, Musée de la Province \u2014 Portrait de N™\u20ac Pascal de Sales Laterrière (née Eulalie Dénéchaud).H.3\" 1\" L.2\u2019 >\u201d T.Œuvre de Théophile HAMEL, 1853, reproduite avec l\u2019autorisation du directeur de l\u2019inventaire des œuvres d\u2019art.Exposition du centenaire de l\u2019Institut canadien de Québec, 26 septembre- 24 octobre 1948.H-10 230 Lavar MÉDICAL Février 1932 l\u2019explosion d\u2019un canon.«Un jour, rapporte Casgrain, il prit fantaisie à l\u2019aîné des fils de M.de Laterrière de tirer un vieux canon français depuis longtemps abandonné.L\u2019arme, chargée imprudemment, éclata en pièces et un énorme fragment vint frapper le malheureux jeune homme au côté, en lui déchirant les entrailles.Il ne survéeut que vingt-quatre heures à cette horrible blessure ; mais, aidé des prières de sa mère, il se prépara à la mort avec des sentiments de piété et de résignation si édifiants, 1! expira avec des marques si consolantes de prédestination, que sa pauvre mère, en souvenir de reconnaissance, fit bâtir une chapelle dédiée à la très sainte Vierge.» On se demandera peut-être quelle sorte de médecin était Marc- Paschal.Il faut à cet égard accepter le témoignage de l\u2019abbë Casgrain qui dit ceci : « Un demi-siècle de services et de dévouement, comme médecin, ont appris aux Éboulois à lire dans l\u2019âme de leur seigneur.Pour lui, la médecine est un sacerdoce : le malade est un être sacré à qui il se doit, même au risque de sa vie.Jusqu\u2019a ce jour (1870), chargé de ses quatre-vingts ans, M.de Laterrière, par pur motif d\u2019humanité, a rempli les devoirs de son art.L\u2019année dernière, appelé, au milieu de la nuit, pour un pauvre malade, il s\u2019engage à travers les montagnes, prodigue ses soins à son patient, revient accablé de fatigue, et tombe victime de sa charité.Que lui importait?Le devoir était accompli!» C\u2019est ainsi qu\u2019en ces temps reculés les médecins canadiens, à la campagne, exerçaient l\u2019art de guérir et de soulager la pauvre humanité souffrante.V JOHN ROLPH, AVOCAT, MEDECIN, REVOLUTIONNAIRE Par un beau jour de l\u2019année 1827 ou 1828, les personnes qui entraient dans le palais de justice de London, ville du Haut-Canada, l\u2019Ontario d\u2019aujourd\u2019hui, apercevaient souvent un homme solide, vigoureux, chargé de sacoches, l\u2019une contenant des instruments de chirurgie, l\u2019autre des documents légaux et des livres de droit.C\u2019était le docteur John Rolph, avocat et médecin, qui transportait dans les pochettes de sa selle tout ce qui était nécessaire aux deux professions qu\u2019il exerçait quotidiennement, si l\u2019on peut dire.En ces temps reculés, on avait aussi souvent besoin Février 1952 Lavar.MÉDICAL 231 d\u2019un avocat que d\u2019un médecin.C\u2019était l\u2019époque heureuse de la distribution des terres dans la future province d\u2019Ontario.Cette partie du Canada, explorée par les militaires et les coureurs de bois canadiens, est devenue, en 1763, par proclamation royale, une portion du territoire de la première province de Québec.En 1774, le Parlement britannique adopta une loi étendant aux frontières actuelles le territoire de la colonie et englobant une partie de ce qui constitue le nord des États-Unis d\u2019aujourd\u2019hui.En 1775, par suite de la guerre de l\u2019Indépendance américaine, les territoires qui forment aujourd\u2019hui l\u2019Ontario furent peuplés par une foule de gens venus des États-Unis chercher refuge en notre pays.Les uns s\u2019établirent aux environs du fort Niagara, d\u2019autres à Détroit, d\u2019autres sur le site de la ville actuelle de Kingston, mais la majorité se réfugia dans le Bas-Canada et attendit que le gouvernement leur octroya des terres.En vérité, cet immense territoire n\u2019était alors qu\u2019une vaste solitude boisée dont 1l fallait d\u2019abord faire l\u2019exploration et l\u2019arpentage.Dans ces conditions, la médecine s\u2019y pratiqua d\u2019abord d\u2019une façon fort sommaire et souvent par des hommes qui n\u2019avaient qu\u2019un simple diplôme de chirurgien, quand ils en avaient un.En somme, l\u2019art médical a commencé en Ontario comme dans la province de Québec, comme dans la Nouvelle-France, par la chirurgie.On ne peut guère s\u2019attendre, en de telles périodes, et dans des pays tout à fait neufs, à voir les questions médicales prendre une place importante dans l\u2019administration publique.Un coup d\u2019œil sur les débuts de la médecine et de l\u2019hÿgiène en Nouvelle-France nous donnera une idée de la façon dont les choses se passaient alors.Aux débuts, le Canada est sous la domination de compagnies de traite qui ont loué le pays du roi de France tout comme on louerait un terrain de chasse ou de pêche.Évidemment, de telles compagnies n\u2019ont qu\u2019une seule préoccupation : faire avec les indigènes un commerce des plus fructueux, en l\u2019occurrence celui des pelleteries.On est quand même étonné de constater avec quelle précision et quel sens pratique certaines questions médicales ou démographiques sont envisagées sous le règne de Louis XIV.C\u2019est ainsi que le roi de France, en 1667, établit, par une de ces ordonnances qui tinrent si longtemps lieu 232 Lavar MÉDiCaL Février 1952 de code civil au Canada, un système de tenue des régistres de l\u2019état civil, système qui fut sans doute le premier au monde et qui est encore en vigueur aujourd\u2019hui dans la province de Québec.Le progrès n\u2019a pas toujours été réservé à d\u2019autres.C\u2019est le clergé qui est chargé de tenir registre des baptêmes, des mariages et des sépultures et d\u2019en fournir copie à l\u2019autorité civile : « Seront faits, dit le roi, en chacun par deux registres pour écrire les baptêmes, les mariages et les sépultures en chacune des paroisses .l\u2019un desquels servira de minutes et demeurera entre les mains du curé et l\u2019autre sera porté au Juge royal pour servir de grosse.» C\u2019était là prendre, dès les origines, une mesure efficace pour surveiller le développement de la colonie et en assurer l\u2019état civil.Quelques années plus tard, le conseil supérieur de Québec s'occupe d\u2019une manière très éclairée de la question alimentaire.Ainsi, Il convoque en 1677, une assemblée générale des habitants pour faire l\u2019essai du pain et en fixer le prix.En 1707, voulant assurer aux habitants une viande de bonne qualité, 1l adopte, au sujet de l\u2019inspection de la viande, des règlements qui équivalent à notre estampillage moderne.Aucun boucher ne peut, sous peine de confiscation et d\u2019amende, abattre un animal sans prévenir le procureur du roi ou son représentant officiel, «afin qu\u2019il s\u2019y transporte pour connaître si les bêtes sont en assez bon état pour être distribuées au public ».Aucun habitant de la campagne ne peut apporter et vendre de la viande à la ville sans présenter d\u2019abord, au procureur du roi ou son représentant, un certificat du juge, s\u2019il y en a un dans la place qu\u2019il habite, ou sinon du seigneur, du curé ou de l\u2019officier de milice, lequel certificat doit établir «comme les bestiaux par eux apportés n\u2019étaient pas attaqués d\u2019aucune maladie avant d\u2019avoir été tués et qu\u2019ils ne sont pas morts d\u2019accidents, comme noyés ou empoisonnés ».Il serait difficile de faire mieux aujourd\u2019hui.Aux lendemains de 1763, l\u2019elément démographique nouveau cherche à s\u2019emparer des positions-clefs, ce qui amène forcément, pendant quelque temps, une perturbation sociale prononcée.C\u2019est aussi une époque de militarisme et les chirurgiens de l\u2019armée et de la marine prennent l\u2019autorité en main.La menace d\u2019un danger nouveau fait apparaitre les premières mesures sanitaires.Lors de l\u2019épidémie de typhus en Irlande (17935), les navires ta WwW Ud Février 1952 Lavar MÉDicaL venant d\u2019un port infecté doivent subir une inspection et être mis, s\u2019il le faut, en quarantaine.Le capitaine ne doit rien cacher à l\u2019inspecteur sous peine de perdre sa tête, et on peut tirer sur les vaisseaux.Si vigoureuses que ces mesures puissent paraître, elles ont le grand tort, au point de vue de l\u2019organisation, de n\u2019être que temporaires, ce qui oblige médecins et fonctionnaires à recommencer à chaque nouvelle alerte.Ainsi, de 1815 à 1821, le gouvernement nomme des médecins vaccinateurs, accorde des prix à un mémoire sur les avantages de la vaccination et encourage, autant qu\u2019il se peut, cette pratique, sans toutefois la rendre obligatoire, ce qui serait essentiel à son efficacité.Pendant ce temps, la médecine s\u2019organise.On a vu plus haut les différentes difficultés auxquelles se heurtèrent les médecins canadiens.Dans le Haut-Canada, 1l n\u2019y eut pas de loi civile avant 1788, nous dit Canniff I.C\u2019est en effet à cette époque que le Canada occidental fut subdivisé en quatre régions : Lunenburg, Mecklenburg, Nassau et Hesse.Le souvenir de l\u2019Allemagne devait être fort vivace en cette partie du pays.Kingston, Niagara et Détroit comptaient à peine un ou deux médecins, ou mieux chirurgiens militaires.Pendant des années, les pionniers dépendirent de ces chirurgiens de l\u2019armée qui consentaient volontiers à parcourir de grandes distances pour aller soulager un malade qui ne payait guère.Il arriva aussi que certains endroits furent colonisés par des soldats licenciés.Dans ce cas, leur chirugrien de régiment les accompagnait et ils bénéficiaient de ses services.Voici quelques noms que l\u2019on trouve dans le livre que William Canniff a consacré à la profession médicale du Haut-Canada : Solomon Jones, chirurgien officier des Loyal Rangers, Sparham, officier d\u2019hôpital qui avait servi dans la guerre de 1763, Pontiac, je suppose ; James Stuart, officier chirurgien des Royal Rangers de New-York, James Walker, chirurgien militaire.Sparam, de son vrai nom, Thomas Spareham, venait d\u2019Augusta, dans le Maine.D\u2019après la Gazette de Kingston, il serait mort à l\u2019âge vénérable de 88 ans.Il exerça apparemment la médecine durant toute sa vie en même temps qu\u2019il défricha et cultiva une terre à Waterloo, près Kingston.Nous possédons un document plus élaboré touchant la 1.The Medical Profession in Upper Canada, p.16 et suivantes. 234 LavarL MÉDicaL Février 1952 carrière de Solomon Jones, document conservé aux Archives publiques du Canada et émanant de Jones lui-même.Il s\u2019agit d\u2019une requête présentée à Robert Prescott, capitaine général et commandant en chef de la province du Bas-Canada.Solomon Jones y déclare qu\u2019il est citoyen des États-Unis par sa naissance et qu\u2019en 1776 il s\u2019est joint aux armées du roi dans les rangs desquelles il a combattu jusqu\u2019à la signature de la paix en 1783 en qualité d\u2019officier chirurgien.Depuis lors, il a vécu sur les terres de la Couronne dans la province du Haut-Canada où, durant une période considérable de temps, il a souffert toutes sortes d\u2019ennuis et de misères ainsi que sa famille, ennuis et misères qui attendent tous ceux qui colonisent un nouveau pays.Le requérant ajoute qu\u2019il est le père de six enfants et le mari d\u2019une femme, qu\u2019il lui faut faire vivre cette famille et subvenir en même temps aux besoins d\u2019une femme âgée qui est sa propre mère.En conclusion, Solomon Jones réclame le poste de médecin de l\u2019hôpital de Kingston, poste devenu vacant par la mort du docteur Latham, le médecin auquel on attribue l\u2019introduction au pays des méthodes d\u2019inoculation de la petite vérole.Cette requête était accompagnée d\u2019une recommandation de quatre lignes portant la signature du chirurgien Charles Blake, demi-solde.C\u2019est précisément la veuve de ce Blake qui se remaria le 13 juin 1814 avec Bernard-Antoine Panet, avocat et coroner.Apparemment, Solomon Jones était originaire du Connecticut et avait fait ses études médicales à Albany.Jones faisait partie, à titre de chirurgien, de l\u2019armée de Burgoyne qui se rendit à Saratoga.Comme bien d\u2019autres, 1l parvint à s\u2019échapper et vint s\u2019établir au Canada, d\u2019abord à Trois-Rivières.Plus tard, Jones alla s\u2019établir dans les environs de Brockville où 1l exerça la médecine et fut en même temps l\u2019un des premiers colons de la région.On a dit de lui qu\u2019il avait été dans cette région le premier en tout : premier colon, premier médecin, premier par l\u2019instruction, l\u2019éducation et l\u2019honorabilité.De Cornwall à Kingston, on connaissait bien le docteur Jones et presque toutes les familles de cette région eurent l\u2019occasion, à une époque ou à une autre, de réclamer ses services professionnels.Comme bien d\u2019autres médecins de son temps, il joua également un rôle politique dans la vie de la jeune province haut-canadienne.Tour à tour magistrat, Février 1952 Lavar MÉDICAL 235 membre du parlement (1796-1800), commissaire d\u2019écoles, 11 mourut en 1822 alors qu\u2019il était devenu juge du district de Johnston.Ainsi, Spareham et Jones, ainsi que Walker et James Stuart, comptent au nombre des premiers chirurgiens anglais qui ont pratiqué dans le Haut-Canada.Cependant, le plus brillant et le plus actif de tous les médecins du x1x\u201c siècle dans cette partie du pays semble avoir été, après les Baldwin, le docteur John Rolph dont nous avons fait le portrait au début.Comme le note Canniff, sa vie forme l\u2019un des chapitres les plus intéressants de l\u2019histoire politique et sociale du Haut-Canada.Praticien, avocat, homme politique, professeur de médecine, 1l fut tout cela avec autant d\u2019aisance que de compétence.Né à Thornbury, Gloucestershire, Angleterre, le 4 mars 1793, 1l était le fils d\u2019un médecin connu, Thomas Rolph, et de Frances Petty.Vers 1810, son père émigra dans le Haut-Canada et 1l y vint lui-même en 1812 après avoir parachevé ses études.Non content de cela, 1l retourna outremer plus tard pour y étudier le droit et la médecine.Il y demeura jusqu\u2019en 1821.Quand il revint d\u2019Europe, John Rolph avait été reçu membre du Barreau à l\u2019Inner Temple et faisait partie du Collège royal des chirurgiens.Son voyage ne se fit pas sans difficulté la première fois, car on était en 1812 et la guerre faisait rage sur mer entre les États-Unis et leur ancienne mère-patrie.Grâce, dit-on, à l\u2019intervention personnelle du président Madison, il parvint, après avoir été fait prisonnier sur le navire qui le transportait, à rentrer en Canada par la route de Buffalo.Mais à Buffalo, parce qu\u2019il s\u2019était amusé à faire quelques dessins, on le captura et on l\u2019accusa de s\u2019être livré à l\u2019espionnage.Il fallut toute l\u2019énergie de Rolph pour s\u2019en tirer.Peu après la bataille de Queenston, où Isaac Brock s\u2019illustra et trouva la mort, Rolph reçut une seconde fois l\u2019autorisation de traverser la frontière et de revenir en Canada.Un ami de Rolph a confié au docteur Canniff que le docteur Rolph n\u2019oublia jamais cette aventure d\u2019autant plus qu\u2019il n\u2019avait eu qu\u2019à se louer de la façon dont les chirurgiens militaires et les autres officiers de l\u2019armée républicaine l\u2019avaient traité.C\u2019est à la suite de cette guerre qu\u2019il retourna en Angleterre et étudia, comme nous le disons plus haut, la médecine et le droit.Sa médecine, il la fit sous la direction de sir Astley Cooper.I| suivit en même temps les cliniques de l\u2019hôpital Guy et de 236 Lavar MÉDicaL Février 1952 l\u2019hôpital Saint-Thomas, à Londres.II revint au Canada en 1821 et la même année 1l était admis à la pratique du droit au Barreau du Haut- Canada.Il s\u2019installa à Charlotteville, dans le Norfolk, et pratiqua concurremment la médecine et le droit jusqu\u2019au jour, où, mécontent d\u2019un Jugement prononcé par le juge Sherwood, il jeta la toge aux orties et Jura de ne plus mettre les pieds au tribunal.Ce serment, il le tint, ce qui dut être assez difficile, étant donné que Rolph était déjà un avocat réputé et jouissant d\u2019une nombreuse clientèle.D\u2019après Canniff, l\u2019incident que nous venons de rapporter remonterait à 1828 et Rolph n\u2019aurait pas été le seul à jeter la toge ce jour-là, les deux Baldwin, père et fils, en auraient fait autant.On sait que Robert Baldwin, le fils du médecin de ce nom, allait être quelques années plus tard l\u2019associé politique de Louis-Hippolythe LaFontaine.Persuadé qu\u2019il ne pourrait jamais obtenir justice à cause des conditions qui prévalaient alors dans la magistrature du Haut-Canada, Rolph résolut d\u2019abandonner la pratique du droit et de se consacrer uniquement à l\u2019exercice de la médecine.Ce n\u2019est que deux ans plus tard, cependant, qu\u2019il mit à exécution la décision qu\u2019il avait prise à la suite des injustices commises, selon lui, par le juge Sherwood.Rolph termina les causes que ses clients lui avaient confiées, mais n\u2019en accepta pas d\u2019autres à compter de 1828 et en 1832 1l remit son bureau légal entre les mains de son frère, George Rolph.Ainsi, après 1832, John Rolph, dit Canniff, ne parut plus jamais en qualité d\u2019avocat devant les tribunaux.Avant 1829, John Rolph avait bel et bien pratiqué la médecine, mais sans en avoir l\u2019autorisation officielle, ce qui montre jusqu\u2019à quel point la liberté préconisé par la Révolution française s\u2019était répandue dans le monde, c\u2019est-à-dire la liberté du travail.Il avait alors une quarantaine d\u2019années.Aussi, fut-on surpris d\u2019apprendre soudain que « John Rolph, du village de Dundas, district de Gore, s\u2019étant conformé aux prescriptions des statuts, était, le 10 juillet 1829, déclaré licencié en médecine ».En vérité, Rolph était capable de réussir aussi bien en médecine qu\u2019il l\u2019avait été en droit et 1l ne tarda pas à voir sa réputation grandir, sa renommée s\u2019étendre dans toute la région d\u2019York (Toronto) et finalement dépasser celle qu\u2019il s\u2019était acquise au Barreau.En exerçant la médecine, Février 1952 Lavar\u2026 MÉDICAL 237 Rolph ne tarda pas à s\u2019apercevoir que certains de ses confrères étaient loin de posséder les connaissances requises pour remplir les obligations qui leur incombaient.Il résolut de fonder une école de médecine et commença par enseigner lui-même les rudiments de l\u2019art d\u2019Esculape à quiconque voulut suivre ses leçons.Dent, l\u2019historien de The Last Fortu Years, nous apprend que le lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, lui- même, demanda a Rolph de fonder une école de médecine.En 1831, il quitta Dundas et vint s\u2019établir à York (Toronto).L\u2019année survante, il devenait membre du Bureau médical du Haut-Canada.Quand York devint la ville de Toronto, l\u2019un des premiers conseillers ou échevins élus fut le docteur John Rolph.À cette époque, dans les municipalités canadiennes, les conseillers choisissaient eux-mèmes le maire.Ils devaient l\u2019élire en désignant l\u2019un de leurs collègues à ce poste.William Lyon Mackenzie, le futur chef de la Rébellion dans le Haut-Canada, fut élu de préférence à Rolph et devint ainsi le premier maire de Toronto.C\u2019était une affaire purement politique.Mackenzie qui avait commencé sa lutte contre le Family Compact venait d\u2019avoir des ennuis à la législature et ses amis, qui étaient en majorité au conseil municipal de Toronto, avaient voulu le consoler de ses échecs à l\u2019Assemblée en l\u2019élisant premier magistrat de la Jeune ville.Rolph démissiona et fut remplacé par un autre médecin comme conseiller, le docteur John E.Tims, originaire d\u2019Irlande.Tims était également un politicien et un agitateur.Il était vice-président de la Toronto Political Union Society et prit part à la rébellion en 1837.À cette époque, William Lyon Mackenzie commençait ses revendications.Il entendait confier aux députés du peuple l\u2019autorité voulue pour disposer des revenus provinciaux à l\u2019exception des revenus héréditaires et territoriaux.II proposait de réserver à l\u2019approbation des députés les décisions financières de l\u2019exécutif.Pendant près d\u2019un demi-siècle, la lutte continuera autour de cette question.En outre, alors que l\u2019exécutif se recrutait dans le conseil législatif, Mackenzie voulait, exigeait la séparation des deux groupements.En réalité, il réclamait la responsabilité ministérielle, c\u2019est-à-dire la responsabilité des membres de l\u2019exécutif vis-à-vis des députés.De là vint tout le trouble, toute la rébellion, si l\u2019on peut dire, tant dans le Haut-Canada que dans le Bas-Canada. 238 Lavar MÉDICAL Février 1952 Commient concilier l\u2019autorité de la mère-patrie avec l\u2019autorité des mandataires des colons?Voilà ce que personne ne pouvait encore indiquer en ce temps-là.Le gouverneur répondait de ses actes devant le parlement de Londres ou du moins devant les hauts fonctionnaires de la Grande- Bretagne.Comment aurait-il pu en même temps satisfaire les exigences d\u2019un conseil détenant son autorité d\u2019une chambre élue par Ie peuple du Haut-Canada ?Les griefs dont se plaignaient Mackenzie et ses partisans ne pouvaient cependant être résolus que par un parlement élu et un exécutif responsable à ce parlement.Tel était le groupe qui venait d\u2019élire Mackenzie au poste de premier magistrat de la nouvelle ville de Toronto.Vers le même temps, John Rolph se maria.L'annonce de son mariage, reproduite par Canniff, parut le 30 octobre 1834.En voici le texte : « À Kingston, vendredi, le 30 octobre, le Révérend Monsieur Cartwright a présidé au mariage du docteur John Rolph, m.a., de la cité de Toronto, membre de l\u2019honorable société de I\u2019 Inner Temple, de Londres, avocat, avec Grace, fille de George Henry Haines, de Leicester, Angleterre, autrefois.» L\u2019année suivante, Rolph devenait membre de l\u2019exécutif de la province, c\u2019est-à-dire collègue des docteurs Baldwin, Dunn et Bilwell, mais tous résignèrent presque aussitôt, mécontents qu\u2019ils étaient de la conduite du lieutenant-gouverneur.Déjà, Rolph avait été élu à deux reprises député de Middlesex et une fois de la circonscription de Norfolk dont il fut de nouveau élu en 1836.L\u2019heure de la colère approchait.Mackenzie tenait des assemblées publiques et des réunions secrètes dans toute la région de Toronto et souvent même dans la pénmsule de Niagara.Le 13 juin 1837, les conjurés s\u2019assemblèrent une fois de plus, le docteur Rolph étant présent, et adoptèrent une résolution spécifiant que, la résistance constitutionnelle n\u2019ayant donné aucun résultat satisfaisant, 1l fallait que tous les réformistes s\u2019armassent pour défendre leurs droits.Dans le Bas-Canada, Papineau et ses partisans approuvèrent immédiatement la décision de Toronto et un système secret d\u2019entraînement militaire fut mis sur pied par les Patriotes du Haut et du Bas-Canada.Le 9 octobre, au cours d\u2019une nouvelle assemblée secrète à laquelle participait le docteur Rolph, Mackenzie proposa un plan par lequel Tes conjurés pourraient s\u2019emparer du gouverneur et des édifices du gouvernement à Toronto. Février 1952 Lavar MÉDicaL 239 Quelques-uns des conjurés reculèrent devant la révolte ouverte, mais les autres appuyèrent Mackenzie qui poursuivit ses préparatifs.Le 25 novembre 1837, alors que, déjà, la rébellion avait éclaté dans le Bas- Canada, Mackenzie lança une proclamation qu\u2019il signa en faisant accompagner son nom du titre suivant : président pro tempore du gouvernement provisoire de l\u2019État du Haut-Canada.Dans cette proclamation, il invitait le peuple à la révolte.Le gouvernement administré par sir Francis Bond Head ne bougea pas.Il semblait croire, ce bon gouverneur, que Mackenzie ne serait pas suivi et qu\u2019en le laissant faire, 1l lui fournirait, comme on dit familièrement, assez de corde pour se pendre.Généreux, 1l expédia toutes les troupes régulières qui composaient les forces haut-canadiennes dans la province du Bas-Canada.Ainsi, Toronto, la x A capitale, se trouva à peu près sans défense.Si Mackenzie, écrit un historien anglo-canadien, avait eu au plus minime degré possible des qualités de commandant et s\u2019il avait été suivi par les partisans sur lesquels 1l se croyait en droit de compter, 1l aurait certainement capturé le gouverneur et les édifices du parlement haut- canadien.Pour comble de malheur, il décida à la dernière minute de changer la date de l\u2019ouverture des hostilités avec le résultat que le matin du 5 décembre 1837 quelque sept cents hommes mal armés s\u2019engagèrent dans la rue Yonge pour aller prendre des édifices dont les défenseurs étaient déjà alertés.Ce fut une défaite et Mackenzie, irrésolu, furibond, prit la fuite cependant que les plus Patriotes se battaient à la taverne Montgomery et se faisaient écraser deux jours plus tard, soit le sept décembre.MacNab, un futur chef de gouvernement, commandait les lovalistes, ou gouvernementaux.Mackenzie s\u2019enfuit aux Etats-Unis et durant une douzaine d\u2019années 1l demeura en exil.L\u2019amnistie de 1849 Jui permit de revenir au pays et, à l\u2019instar de Papineau à son retour, Mackenzie eut beau se faire élire, il ne parvint Jamais à reprendre son autorité sur la chambre.Son temps était passé.Quand sir John Colborne arriva à York ou Toronto en 1825, on lui présenta une adresse qui portait deux signatures de médecins, W.W.Baldwin et Thomas David Morrison, deux hommes qui devaient, avec Mackenzie et Rolph, jouer un certain rôle dans la rébellion.Le docteur Morrison était un ancien commis arpenteur général du Haut-Canada qui 240 Lavar MÉDICAL Février 1952 avait été destitué sans aucun motif.La destitution avait été faite peu de temps après qu\u2019il eut adhéré à la foi méthodiste, selon Ryerson !.Le 5 juillet 1824, il était devenu médecin et admis à la pratique de la médecine dans le Haut-Canada.En 1834, il était élu député de York (Third Riding) et conseiller municipal immédiatement après l\u2019incorporation de Toronto en municipalité.En 1836, lors d\u2019un remaniement du bureau médical haut-canadien, Morrison en devint membre.En 1935, 1] devenait maire de Toronto et président du bureau de santé de la ville de Toronto.Radical reconnu, Morrison faisait partie du groupe Mackenzie qui, en somme, régnait à Toronto à cette époque.Dent raconte qu\u2019il accueillit fort mal les projets de Mackenzie quand celui-ci proposa de capturer Toronto et d\u2019y établir un nouveau gouvernement, mais c\u2019est alors qu\u2019intervint le docteur Rolph dont l\u2019intelligence et l\u2019audace n\u2019avaient d\u2019égales que ses connaissances Juridiques et sa volonté de libérer la population torontoise de la clique, c\u2019est-à-dire du Family Compact.A mesure que l\u2019effervescence gagnait dans le peuple, le nom du docteur Morrison était de plus en plus cité.Bientôt, le gouvernement le fit rechercher.Il devança les autorités et se présenta devant un comité d\u2019enquête.C\u2019est alors qu\u2019il déclara formellement qu\u2019il n\u2019avait pas participé à la rébellion.Il ne faut pas lui tenir compte de cette attitude, affirme Canniff 2, car il savait très bien que sa tête était en Jeu.On trouve dans l\u2019histoire de la rébellion haut-canadienne de Dent un intéressant compte-rendu du procès subi par le docteur Morrison, procès qui se termina par un acquittement.Toutefois, ayant lieu de craindre de nouvelles poursuites, Morrison prit la route de l\u2019exil et alla s\u2019établir à Rochester, dans l\u2019État de New-York, où il demeura jusqu\u2019en 1843.Le docteur Morrison vécut ensuite quelques treize ans à Toronto où il exerça de nouveau la médecine.Il mourut âgé de soixante ans.le 19 mars 1856.La fuite du docteur Morrison et surtout son procès firent réfléchir le docteur Rolph qui décida de prendre la fuite à son tour et de mettre la frontière entre les adversaires de Mackenzie et lui-même.Un élève du 1.The Christian Guardian, 2 février 1830.2.Willlam CANNIiFF, The Medical Profession in Upper Canada, p.523. Février 1952 Lava\u2026.MÉDICAL 241 docteur Rolph, le futur docteur Henry Hover Wright, avait eu connaissance des démêlés de Morrison avec le gouvernement et s\u2019empressa de lui rapporter l\u2019aventure de son confrère.Wright était un Canadien originaire de l\u2019île du Prince-Édouard tandis que Morrison était né à Québec même.Wright resta en apprentissage chez le docteur Rolph de 1832 à 1837 et alla même à Rochester où Rolph se réfugia pendant le reste des troubles.A Rochester, Wright suivit également les leçons de médecine de Rolph.Il appert cependant que Wright n\u2019avait rien à craindre de l\u2019administration haut-canadienne puisque, dès le 28 janvier 1839, il était admis à l\u2019exercice de la médecine par le collège des médecins et chirurgiens du Haut-Canada.Quoiqu'il en soit, quand Rolph apprit les difficultés qu\u2019avait rencontrées son ami Morrison et sa fuite, il ne perdit pas une minute et se prépara à son tour à traverser la frontière.II devenait évident que les rebelles n\u2019obtiendraient pas le succès escompté.Sachant que sa part!- cipation au soulèvement était déjà connue, il ne pouvait espérer aucune clémence de la part du gouvernement.En quelques instants, Rolph sella un cheval et Wright y monta.Dent à qui nous empruntons ces détails affirme que le Jeune élève remonta lentement la rue et que son professeur le suivit à pied à quelque distance.À quelques arpents de sa demeure, Rolph rencontra le juge en chef Robinson, l\u2019un des chefs de la clique, et ses deux fils.Ce groupe se rendait probablement aux édifices du Parlement pour conférer avec Head.Rolph et Robinson se saluérent gravement et continuèrent leur chemin, Rolph continuant jusqu\u2019à l\u2019endroit situé aujourd\u2019hui à ce qui est maintenant l\u2019intersection des rues Dundas et Queen, à Toronto.Wright l\u2019attendait là, tenant le cheval gris par la bride.Rolph se mit en selle, fit adieu à Wright et commença de descendre la rue Dundas cependant que Wright retournait vers la ville.Ce n\u2019est qu\u2019à une douzaine de milles de Toronto que Rolph rencontra quelqu\u2019un qui décida de s\u2019enquérir des motifs de son voyage.À cette question, Rolph répondit en exhibant une lettre de son beau-frère Salmon de Norfolk lui annonçant que sa sœur, madame Salmon, était gravement malade.Le groupe que Rolph venait de rencontrer se composait de volontaires loyalistes et leur commandant connaissait, écrit Dent, les activités révolutionnaires de Rolph, c\u2019est pourquoi 1l eut des doutes à son ID + ND Lavar MÉDiCAaL Février 1952 égard en l\u2019apercevant s1 lorn de Toronto.Douze milles étaient alors une distance considérable.Le commandant des volontaires se mit sans doute à réfléchir et les circonstances de cette rencontre lui parurent sans doute suspectes, car bientôt après il envoya deux volontaires à la poursuite du fugitif et Rolph, ainsi escorté, dut revenir à l\u2019endroit qui se nomme Port Credit.Dent affirme que celui dont 1l tient ces renseignements ajouta que Rolph, une fois en état d\u2019arrestation, se montra fort agité et inquiet.Heureusement pour lui, l\u2019un de ses anciens élèves, le docteur James Mitchel, de Dundas, arriva sur les entrefaites et, sincèrement sans doute, déclare Dent, fit observer aux volontaires qu\u2019il était impossible qu\u2019un homme du calibre de Rolph fût acoquiné avec le rebelle Mackenzie.Non seulement James Mitchell parvint à convaincre le chef des volontaires, mais il poussa l\u2019amitié jusqu\u2019à offrir son propre cheval à Rolph, la monture de celui-ci étant déjà fourbue.« Votre monture, lur aurait-il dit, ne sera pas capable de faire un si long trajet.Prenez la mienne », dit James Mitchell.Rolph accepta et reprit sa route, mais l\u2019aventure avait éveillé ses inquiétudes.En conséquence, il se rendit chez un certain Asa Davis qui habitait dans la banlieue du village de Wellington Square, village qu\u2019il connaissait bien puisqu\u2019il est proche de Dundas où Rolph avait déjà exercé la médecine.Davis, un partisan de Mackenzie, le reçut aussitôt et lui conseilla de poursuivre sa fuite le plus rapidement possible.Rolph prit une heure de repos, changea une seconde fois de cheval et repartit à destination de Niagara ou 1l arriva le lendemain matin.Il ne s\u2019arrêta que lorsqu\u2019il eut traversé la rivière.Alors, il était aux États-Unis et n\u2019avait plus rien à craindre des officiers du gouvernement haut-canadien.Canniff affirme que la fameuse lettre annonçant à Rolph la maladie de sa propre sœur avait été écrite par le docteur C.W.Covernton, le propre médecin de madame Salmon.Charles William Covernton était un Anglais d\u2019Angleterre qui avait fait ses études à Boulogne-sur-Mer, en France, et à l\u2019Académie Duhamel, dans le Kent.Venu au Canada parce qu\u2019une maladie l\u2019obligeait à entreprendre un long voyage sur mer, il y demeura parce que les neufs semaines passées en mer l\u2019avaient complètement dégoûté de tout voyage sur l\u2019océan.A Québec, il fut reçu Février 1952 Lavar.MÉDICAL 243 chez Henry Atkinson, alors propriétaire de Spencer Wood, et trouva la vie canadienne si agréable qu\u2019il résolut de s\u2019établir en ce pays.C\u2019est ainsi qu'il s\u2019était trouvé en mesure de fournir un document de première importance au fugitif qui était l\u2019un de ses amis.À peine Rolph avait-il quitté le pays que le gouverneur sir Francis Bond Head mettait sa tête à prix, offrant une récompense de cinq cents livres à quiconque le capturerait et le livrerait à la justice 3.Heureusement, Rolph était déjà loin et Sir Francis Bond Head en fut pour ses frais.Comme on l\u2019a vu plus haut, Rolph demeura aux États-Unis jusqu\u2019en 1843 alors qu\u2019une loi permit à tous les exilés de revenir dans le Haut- Canada.Pendant cette période, 1l exerça la médecine à Rochester et eut même des élèves tant sa science médicale était réputée et son enseignement renommé.Wright alla terminer ses études chez Rolph pendant qu\u2019il était à Rochester.Un autre médecin haut-canadien, devenu célèbre depuis, y alla aussi.Ce fut le docteur James-Henry Richardson, le fils d\u2019un évêque méthodiste.C\u2019est en 1841 que ce dernier commença ses études sous Rolph.Il fallait que la réputation de ce médecin soit grande pour que des jeunes gens quittassent Toronto et allassent à Rochester étudier.Richardson étudia pendant deux ans à Rochester, II devait devenir l\u2019un des meilleurs professeurs d\u2019anatomie du Haut- Canada.On ne sera donc pas étonné que, si des hommes comme Wright et Richardson ont cru qu\u2019ils devaient faire le voyage de Toronto à Rochester pour aller étudier la médecine sous Rolph, d\u2019autres aient cru qu\u2019il fallait collaborer avec ce même Rolph pour créer à Toronto même une bonne école de médecine.L'enseignement donné par Rolph, affirme Canniff, était si bon, si complet, que McGill acceptait ses élèves et tenait compte 3.Voici le texte de la proclamation de sir Francis Bond Hcad : , «© Whereas, it appears that Doctor John Rolph, of Toronto, absconded hastily from his residence, on the breaking out of the insurrection.« And whereas, from facts which have come to the knowledge of His Excellency the Lieutenant-Governor, it appears that he has been concerned in the traitorous attempt, which has happily been defeated, to subvert the Government of his Province, the above reward of Five Hundred Pounds is hereby offered to any one who will apprehend the said John Rolph, and deliver him up to justice, in the city of Toronto.» « December 11, 1837.» (41) 244 Lavar MÉDICAL Février 1952 du temps passé chez lui par un étudiant comme s\u2019il s\u2019était agi d\u2019une école régulière.D\u2019ailleurs, Rolph, une fois revenu à Toronto, commença de donner des cours réguliers et les annonça officiellement, si bien qu\u2019ils devinrent extrêmement fréquentés % En conséquence, Rolph invita quelques-uns de ses collègues à donner eux-mêmes des cours chez lui.L\u2019école de médecine de Rolph finit par rivaliser avantageusement avec celle du King\u2019s College.Toutefois, les professeurs de King\u2019s faisant partie du bureau médical, la rivalité des deux institutions finit par nuire aux élèves de Rolph, tant 1l est vrai que l\u2019homme, même très instruit, ne recherche pas le bien général, mais son intérêt personnel et tout professionnels qu\u2019ils étalent ces messieurs du bureau médical haut-canadien n\u2019eurent pas l\u2019âÂme assez haute pour juger à leurs mérites les élèves du docteur Rolph.Finalement, l\u2019école de médecine du docteur Rolph qui s\u2019était adjoint entre autres professeurs le célèbre docteur Joseph Workman, devint l\u2019école de médecine de Toronto et fut incorporée comme telle.Le docteur Rolph mourut le 19 octobre 1870 chargé d\u2019honneurs et respecté de tous.En 1851, 1l avait Joué un rôle important dans la politique, sir Francis Hincks l\u2019ayant appelé à faire partie du gouvernement des Deux Canadas ; il demeura ministre jusqu\u2019en 1854.VI MÉDECINS PATRIOTES Mil huit cent trente-sept marque une date importante dans l\u2019histoire du Canada.Le duel des forces patriotes et des armées britanniques v 4.Voici le texte des annonces faites à cette époque par le docteur Rolph : « Medical students, who do not intend to enter the university, will be, as heretofore, received by the subscriber, conducted through the usual course of medical studies, with such additional assistance as may be most desirable, and prepared for their diploma from the Medical Board.Lot Street, January 1, 1844.John RoupH.» TORONTO SCHOOL OF MEDICINE « The session will commence on the last Monday in October, and end on the last Saturday in May, under Dr.Workman, Dr.Park and the subscriber.Toronto, September 25th, 1848.John Rocpn.» Février 1952 LavarL MEpicaL 245 prend une ampleur dont les conséquences politiques et sociales auront une répercussion indéfinie sur toute l\u2019histoire de la province de Québec.Vainqueurs à Saint-Denis, les Patriotes sont défaits à Saint-Charles et à Saint-Eustache.On sait que ce sont là les trois grandes batailles de la révolution de 1837.Il y en eut d\u2019autres cependant, mais de moindre importance, et le soulèvement ne s\u2019apaisa que vers 1840.S1 l\u2019on relève les noms de ceux qui y ont pris part, si l\u2019on étudie les différents documents de l\u2019époque, si l\u2019on examine à quelles conditions sociales appartenaient les rebelles dont les archives nous ont conservé les noms, on constate que vingt-huit médecins au moins ont Joué un rôle important dans la préparation et l\u2019organisation de la rébellion comme dans les événements qui accompagnèrent le soulèvement et dans la vallée du Richelieu et dans la région du lac des Deux-Montagnes |.Vous avez tous 2 4 la mémoire les noms de Nelson, de Chénier et de Côté, les trois rebelles les plus en vue.C\u2019est le docteur Wolfred Nelson qui a remporté la victoire de Saint-Denis ; le docteur Chénier commandait à Saint-Eustache ; le docteur Cyrille-Hector-Octave Côté fut l\u2019un des plus violents agitateurs canadiens de la vallée du Richelieu durant toute la période qui précéda le soulèvement.L\u2019historien Lower note que si plusieurs noms de Patriotes surnagent dans la mémoire des gens, ceux qui ont dirigé la répression, sauf les gouverneurs, sont complètement oubliés.Une auréole de gloire nimbe le souvenir de Jean-Olivier Chénier, le héros de Saint-Eustache.C\u2019est probablement le médecin de ce temps lointain qui a commencé le plus Jeune à étudier la médecine.En effet, dès l\u2019âge de douze ans, il étudie chez le docteur Kimber qui dirige, à cette époque, les études de plusieurs jeunes apprentis praticiens.C\u2019est le nom qu\u2019on leur donne alors.À vingt-deux ans, Chénier est admis à l\u2019exercice de la médecine et s\u2019établit à Saint-Benoit.Le 26 septembre 1831, il se marie avec la fille du docteur Jacques Labrie, Marie-Zéphy- 1.Archives canadiennes, serie Q.239-1, p.86 ; série G, pp.27, 37,87.Documents de 1837 dans le Rapport de I\u2019 Archiviste de la province (1937-38) ; consulter les journaux de l\u2019époque, surtout l\u2019Avenir, la Minerve, le Canadien, la Gazette \u2018de Québec, le Fantasque, les Papiers d\u2019État du Bas-Canada.Les principales études sont celles de FAUTEUX, Ægidius, de CAroN, Ivanhoe, de Firreau, Gérard, de Davip, Laurent-Olivier, etc.2.Ce texte a été lu par l\u2019auteur devant les membres de la Société canadienne de l\u2019histoire de la médecine. po pg m\u2014\u2014\u2014 = a ae aie ee \u2014\u2014\u2014r re ee creme ET freemen Pr de Jr a rot artère qua res SE Ua S RS, r = ry = oy Ad > 208) RS Nite DN 2 ji Q LR ! 032 as Ÿ NA NN % FA 3 a = > L7 I; vk i x CR IH ÿ à is Xu oy aa fy 3 ve a ow 4 3 Ng OH) ~~ ci 8 mort en 183 = N +1; / \u2014 Le Dé.CHÉNiER bu GH 3 .LES HOMMES DE 37 Re 8 3 A \u2014 - LS UR Adi 38 = (Y) EAN [TY hi | Sy fod ion 8 - 2 ie KY) 7; > Co, a Xe 2 Mh 7e f.& VE 5 6 Gx z wl > df i; E Le docteur JEAN-OLIVIER CHENIER, 7e 7 yet a8 S Le À ; I\" S LÉ; \\, N À ir SIAR aa (Archives publiques du Canada.) \u2014 re Février 1952 Lavar MÉDICAL 247 rine, et succède au docteur Labrie à Saint-Eustache à la mort de celui-ci, mort survenue en 1834.Chénier prit part à toutes les assemblées qui précédèrent le soulèvement et adressa la parole.Orateur éloquent, disert, 1l était très écouté.Quand l\u2019heure de prendre les armes fut venue, 1l assuma le commandement des troupes de la rive nord du Saint-Laurent et s\u2019enferma dans l\u2019église de Saint-Eustache lorsque les troupes gouvernementales vinrent pour l'arrêter lui et ses compagnons.C\u2019est lui qui répondit aux Patriotes se plaignant du manque de fusils : Soyez tranquilles! Il y en aura de tués, et vous prendrez leurs armes ! Paroles dignes des plus grands capitaines et que, dans une histoire de France ou d\u2019Angleterre, on ne se lasserait point de les citer.Le docteur Cyrille-Hector Coté n\u2019a pas laissé un souvenir aussi pur, ni aussi héroïque.On se souvient plutôt de son évolution religieuse.Baptisé à Notre-Dame de Québec le premier septembre 1809, il a fini ministre baptiste après avoir publiquement apostasié.Fils de Charles- Claude Côté, navigateur, et de Rose Duhamel, c\u2019est un ancien élève du collège de Montréal.Il fit sa médecine au Vermont, dans les États- Unis, et devint médecin en 1831.Encore étudiant, il avait fait de la politique.Son éloquence enflammée lui permettait de faire une critique cruelle des administrateurs politiques de son temps.Député du comté de l\u2019Acadie, de 1834 à 1837, Côté contribua plus que beaucoup d\u2019autres à soulever la population de Napierville et des villages voisins.Il était réputé pour la violence de ses discours et la virulence de ses attaques.Aussi s\u2019empressa-t-il de mettre la frontière entre lui et les forces gouvernementales sitôt que les troupes marchèrent contre les Patriotes de la vallée du Richelieu.Avec Robert Nelson, le frère de Wolfred, il proclame en 1838 Ia République canadienne.Filteau, dans le tome trois de son Histoire des Patriotes, rapporte ainsi une assemblée tenue alors à Napierville et cite les discours de Côté et de Nelson.Voici comment Côté présenta Robert Nelson aux Patriotes réunis à Napierville : « Je vous présente l\u2019homme que nous attendions avec tant d\u2019impatience et de confiance, Robert Nelson, le chef des Patriotes et le président de la future république canadienne.Voilà notre chef, Messieurs ; il est venu au milieu de vous i\" pt A 5 es \u20ac wl Ty pu EF \\ J bg Le docteur WOLFRED NELSON (Archives publiques du Canada.) Février 1952 Lavar MÉDrcaL 249 comme il Pavait promis ; il vient se mettre à notre tête pour arracher le pays à la tyrannie et conquérir l\u2019indépendance du Canada.Je vous présente aussi ses deux compagnons, deux nobles et vaillants officiers français qui seront vos généraux et vous conduiront à la victoire 3.» À ces paroles de Côté, Robert Nelson aurait répondu dans les termes suivants : « Mes amis, je n\u2019ai qu\u2019un mot à vous dire : merci pour votre accueil.J\u2019espère que je saurai mériter votre confiance ; la tâche que nous entreprenons est difficile, mais elle n\u2019en sera que plus glorieuse.L\u2019année dernière, vous avez été écrasés parce que vous n\u2019aviez pas d\u2019armes, mais cette année, nous triompherons parce que nous aurons ce qu\u2019il nous faut, de l\u2019argent et des fusils.Courage, mes amis, et soyez convaincus qu\u2019avant longtemps, nous aurons libéré notre pays de la tyrannie et conquis sa liberté.» C\u2019est à l\u2019issue de ce rassemblement que le choix de Robert Nelson comme président de la République canadienne fut ratifié par Ie peuple.Côté, à son tour, fut nommé général en chef.On était alors au trois novembre 1838 et les forces de la République étaient maîtresses de Napier- ville, le docteur Côté dirigeant les opérations.On sait que la défaite ne se fit pas attendre et que les Patriotes qui ne furent pas capturés durent s\u2019enfuir aux États-Unis pour échapper à la corde.Cyrille-Hector- Octave Côté fut de ceux-là.Il se réfugia à Swanton où 1l exerça la mêde- cine.En même temps, il s\u2019occupait de rédiger un Journal patriote, le North American.Un autre apostat, N.Cyr, a écrit la biographie de Côté.Voici comment Ægidius Fauteux raconte l\u2019évolution religieuse du docteur Côté : « C\u2019est de 1841 que date son apostasie formelle, écrit-il, apostasie préparée depuis longtemps par de fréquentes disputes avec le clergé catholique de sa région.Il se fit prédicant baptiste et, revenu au pays en 1844, il alla s\u2019établir comme tel à Saint-Pie-de-Bagot.Malgré les charivaris répétés de la population catholique, 1l tint bon pendant plusieurs mois et réussit même à faire quelques prosélytes.Ordonné ministre baptiste, il fut peu après transféré à la Grande-Ligne, près de l\u2019Acadie.Il mourut le 4 octobre 1850 A Hinesburg, dans le Vermont, où 1l était allé assister à une convention baptiste, mais son corps fut ramené pour sépulture à la Grande-Ligne.» 3.Davin, L.-O., Les Patriotes, cité par FiLrEe AU, Histoire des Patriotes, pp.166-167. 250 Lavar MÉDICAL Février 1952 « Je n\u2019al jamais eu tant de plaisir dans ma vie », s\u2019exclamait un médecin, le docteur Joseph Allaire, au cours de la bataille de Saint-Denis, le 23 novembre 1837, alors qu\u2019il faisait le coup de feu contre les troupes que Gore venait de lancer à l\u2019attaque de la fameuse maison des Samt- Germain.Le premier coup de feu contre les troupes gouvernementales, affirme-t-on, aurait été tiré par le docteur Allaire alors qu\u2019il se trouvait en embuscade dans la maison des Pagé.La victoire de Saint-Denis fut de courte durée et le docteur Allaire dut s\u2019enfuir à travers les bois jusqu\u2019à Saint-Michel de Bellechasse.Le docteur Allaire mourut le six juillet 1839.Si le docteur Allaire a eu beaucoup de plaisir pendant le soulèvement, le docteur Jean-Baptiste Allard n\u2019aurait pas pu en dire autant, car il passe un certain temps à entrer en prison, à en être libéré et à y retourner.Très populaire dans tous les milieux, Allard avait également beaucoup d\u2019ennemis.Quand, en 1838, il fut arrêté pour trahison, un magistrat anglais du nom de Pyke le libéra aussitôt, mais un Canadien qui avait alors la manie des dénonciations le dénonça immédiatement à lord Cathcart qui l\u2019envoya chercher : La veille de Noël, « le 24 décembre, écrit Fauteux, ce dernier (Allard) est de nouveau ramené en prison.Le 7 fevrier 1839, les commissaires militaires écrivent au procureur-général que le docteur Allard est coupable et doit subir son procès.» On se demande bien pourquoi un procès après un tel jugement.Toutefois, Pinstruction n\u2019eut pas lieu et Cathcart libéra le docteur Allard moyennant un fort cautionnement.Jean-Baptiste Allard fut le père de Jean- Frederick-Émery Allard, «\u20ac médecin qui épousa Henriette-Catherine, fille du juge Maguire, et niece de Mer Horan, de Kingston ».Ceux qui connaissent l\u2019histoire de l\u2019université Laval savent que l\u2019ancien évêque de Kingston, M®\" Horan, fut secrétaire de l\u2019université Laval et s\u2019en montra l\u2019un des plus actifs et des plus efficaces.C\u2019était un ami des Canadiens.Parlant le français aussi parfaitement que l\u2019anglais, il écrivait également dans les deux langues et son épiscopat, assombri par certaines querelles, a été l\u2019un des plus fructueux de la province d\u2019Ontario.Aussi pieux que généreux, M®\" Horan est mort après une vie exemplaire. Février 1952 Lavar.MÉDICAL 251 En ce temps là, les prisons de Montréal regorgeaient de médecins.Voici, par exemple, Gabriel Aymong dont Fauteux ne nous donne pas les origines.Il ne passa qu\u2019une nuit, il est vrai, au fond de la geôle, celle du 14 novembre 1838.Le docteur Aymong avait fait son apprentissage médical chez le docteur Barnabé Gosselin, à Montréal.Aymong fut admis à la pratique de la médecine le 6 août 1828.Un autre médecin, Guillaume Beaudriau, lui, n\u2019avait pas encore été admis à l\u2019exercice de cette profession lorsqu\u2019il se mêla au mouvement révolutionnaire.Il est vrai qu\u2019il avait sous les yeux un exemple vraiment attirant puisque le médecin chez lequel il faisait son apprentissage était le fameux docteur Wolfred Nelson.Avant les troubles, le jeune Beau- driau traversa la frontière et alla chercher ses titres de médecin à Pitts- field, dans le Massachusetts.Une fois pourvu des documents nécessaires, le docteur Beaudriau revint à Montréal, fit un bref séjour à Québec et alla se fixer ensuite à Chambly où 1l pratiqua son art en attendant l\u2019heure de la révolte.Voici comment il s\u2019exprime a cet égard dans une lettre que cite Ægidius Fauteux : « Enfin, ce Jour arriva ; c\u2019était la nuit du 3 au 4 novembre.Nous nous assemblâmes plus de 800 à Chambly.J\u2019étais chirurgien dans notre régiment.Nous attendions des signaux, n\u2019avions que 75 fusils, mais beaucoup d\u2019ammunition (sic).Le matin arriva, point de signaux ! Nous nous débandâmes et gagnâmes chacun chez soi.Il faut remarquer qu\u2019à deux milles étaient postés 1,000 hommes de troupes ennemies, un régiment complet, et 250 dragons .Je me cachai pendant trois semaines.Enfin, par des chemins détournés, je me rendis à Saint-Jean.Le pyroscraphe allait partir pour les États, J\u2019éludai la vigilance des gardes, qui examinaient les passeports, montai sur le vaisseau et arrivai pour la seconde fois sur la terre de la liberté .»4 De là, Beaudriau se rendit à la Nouvelle-Orléans en compagnie d\u2019un autre médecin en fuite, lui aussi, le docteur Pierre Damour, de Montréal.Damour qui mourut à la Nouvelle-Orléans, était né à Montréal le 14 octobre 1811 et y exerçait la médecine quand la province devint en effervescence.Selon le Populaire, c\u2019était « l\u2019un des agitateurs les plus effrénés 4.Ægidius FAUTEUX, Patriotes de 1837-1838, p.100.BerrtHELOT, Le bon vieux temps, volume 11, p.76. 252 LavAL.MÉDICAL Février 1952 du faubourg Québec ».D\u2019après Ægidius Fauteux, Damour méritait cette qualification : Damour, écrit Fauteux, est « celui qui provoque toutes les réunions, préside tous les conciliabules, fait les discours les plus excitants, s\u2019intitule capitaine de quartiers et emploie tous ses efforts pour soulever les citoyens ».S\u2019il en est qui furent immédiatement arrêtés en 1837 ou en 1838, 1l en est d\u2019autres qui surent s\u2019en tirer.Ainsi, un médecin qui agissait comme chirurgien des rebelles que commandaient Nelson et Cyprien Côté avait su esquiver toutes représailles en 1838, en déclarant qu\u2019il avait été fait prisonnier par les rebelles et gardé au secret.Mais son audace remplaça sa prudence en 1846 et 1l poussa la témérité jusqu\u2019à réclamer une indemnité que les commissaires, mieux renseignés, lui refusèrent.On avait découvert, entre temps, qu\u2019il avait rempli les fonctions de chirurgien des armées de la République canadienne et qu\u2019il avait, à ce titre, reçu des honoraires.Un « bon, fait à son ordre par le notaire Huot, quartier-maître des Patriotes », lui avait permis d\u2019obtenir des marchandises d\u2019un nommé Wilson, épicier de son état.Ils\u2019agit, en 'occurrence, du docteur Louis-Albert Bender, le mari de Thérèse Perrault, fille de François-Xavier Perrault, et d\u2019Ursule McCarthy, et le père d\u2019Albert Bender, protonotaire de Montmagny, et de Louis-Prosper Bender, médecin, ainsi que d\u2019Olympe-Éléonore Bender, femme d\u2019Eugène Taché.Et puisqu\u2019il s\u2019agit de parentés, notons immédiatement qu\u2019il n\u2019était pas bon, à cette époque, d\u2019avoir des parents ou même des alliés qui jouaient à la révolution.Le docteur Amable Berthelot d\u2019Artigny, tour à tour député des Trois-Rivières, de Québec et de Kamouraska, fut arrêté le 30 novembre 1838 pour la seule raison, écrit Louis Hippolythe LaFontaine, qu\u2019il était le beau-frère du futur premier-mmistre des Canadas-unis.LaFontaine ajoute que la qualité de médecin dont se prévalait Amable Berthelot d\u2019Artigny ne lui servit point de recommandation.Vraiment, il y avait trop de disciples d\u2019Esculape en cette affaire.Si la qualité de médecin n\u2019était pas incompatible avec celle de Patriotes, elle ne l\u2019était pas non plus avec celle de banquier et le docteur Pierre-Claude Boucher de la Bruère, médecin de Saint-Hyacinthe en ce temps-là, en sut quelque chose puisqu\u2019il fut soupçonné d\u2019avoir fondé une banque dans l\u2019intention de financer les Patriotes.Par suite de cette Février 1952 Lavar MEpicaL 253 accusation, Pierre-Claude Boucher de la Bruére fut incarcéré le 4 décembre 1838.« Le mandat d\u2019arrestation, écrit Fauteux, fut signé par le magistrat P.-E.Leclère qui, quelques années plus tard, devait marier sa fille au fils de son prisonnier.» Libéré sans avoir subi son procès, le 29 décembre 1838, Pierre- Claude Boucher de la Bruère, quelques années plus tard, devenait directeur de la colonisation dans le Bas-Canada.En 1870, lors des feux de forêts qui ravagèrent la région de Chicoutimi, le gouvernement lui confia la mission de porter secours aux sinistrés.Un an plus tard, soit le 19 mai 1871, il décédait, laissant un fils unique, que lui avait donné sa femme, née Marie-Hippolyte Boucher de la Brosquerie et dont la mère se nommait Sophie Boucher de Montizambert-Niverville.Ce fils unique fut médecin et plus tard surintendant de l\u2019Instruction publique ; 1l se nommait Pierre-René-Joseph-Hippolyte Boucher de la Bruère.Son fils, Montarville Boucher de la Bruère, fut longtemps trésorier de la Société historique de Montréal.Les Patriotes étaient de diverses origines et accédèrent, avant comme après la Rébellion, à de hautes fonctions gouvernementales.L\u2019un des médecins les plus en vedette à la bataille de Saint-Charles fut le docteur Thomas Bouthillier dont le frère, Flavien Bouthillier, marchand de Saint-Hyacinthe, est précisément celui qui sortit de « l\u2019église pendant la grand-messe lorsque le curé annonça qu\u2019un Te Deum serait chanté en l\u2019honneur de la Reine ».Tous deux étaient les fils de Guillaume Bouthillier, huissier à la verge noire.« Au combat de Saint-Charles, écrit Fauteux, le docteur Thomas Bouthillier avait le commandement d\u2019un piquet composé d\u2019une centaine d\u2019hommes.La défaite qui le força de fuir aux États-Unis, ne modifia point ses sentiments.» C\u2019est pourquoi le colonel Marryatt qui faisait enquête outre quarante-cinquième sur l\u2019état d\u2019Ame des Patriotes lui déclara : « Monsieur, avec vos dispositions, vous faites mieux de ne pas retourner au Canada.» La plupart de ces braves étaient de tout jeunes gens qui, souvent, venaient à peine d\u2019être admis à l'exercice de leur profession.Le docteur Jean-Baptiste Brien était de ceux-là.Il n\u2019avait que 22 ans et avait poursuivi son apprentissage pendant cinq ans sous la direc- 254 Lavar MEgpicaL Février 1952 tion du docteur Smallwood, de Saint-Martin.Smallwood fut plus tard, croit-on, l\u2019un des fondateurs du Bishop\u2019s College Medical School.Quand survint la Révolution, Brien abandonna le scalpel pour les balles et se mit à en fabriquer pour les Patriotes.Ce fut l\u2019un des héros de la bataille de Beauharnois lorsque les rebelles s\u2019emparèrent de la maison Ellice, mais quelques mois plus tard l\u2019héroïsme l\u2019abandonnait.C'était à I\u2019heure ou il franchissait le seuil de Ia prison de Montréal.Tout en avouant carrément avoir participé au soulèvement, il dénonçait, fort mutilement d\u2019ailleurs, un certain nombre de ses compagnons d\u2019armes.Le tribunal le condamna à mort, mais il fut gracié et libéré à condition de s'éloigner de la province.On lui fixait même la distance : il devait s\u2019installer à plus de six cents milles du territoire de la province.Il avait le choix entre les régions septentrionales et les États-Unis.II se dirigea vers le sud.Un document émanant du conseil exécutif spécifie que « en conséquence des renseignements qu\u2019il a fournis, Jean-Baptiste-Henri Brien ne sera pas exécuté ».Comme tant d\u2019autres, il avait cherché refuge aux États-Unis.I! s\u2019était d\u2019abord établi à New-York, croit-on.On perd ensuite sa trace.Un autre frais émoulu d\u2019un cabinet médical, le docteur Henry Cartier, membre de l\u2019Académie de médecine de Castleton, dans Ile Vermont, prit, Jui aussi, une part active à la bataille de Saint-Denis.On le retrouve avec Georges-Étienne Cartier quand celui-ci, craignant d\u2019être mis sous verrous, prend la fuite et passe l\u2019hiver chez un autre Patriote qui les cache, tous deux, jusqu\u2019au printemps.Revenu au Canada après l\u2019amnistie, il «se fit admettre à la pratique de la médecine, grâce au diplôme du collège d\u2019Albany et s\u2019établit à Vaudreuil ».Sans insister sur les aventures du docteur Pierre-Antoine-Louis Consigny qui fit surtout du recrutement à Saint-Damase et alla mourir inspecteur d\u2019écoles\u201d à Saint-Hyacinthe, passons au docteur Joseph-François Davignon.C\u2019est en effet en l\u2019honneur de ce médecin que furent tirés les premiers coups de feu de la Rébellion.Médecin depuis le dix juillet 1833, Davignon partageait ses activités entre son art et le recrutement des Patriotes.Les membres du Conseil exécutif furent informés de ses activités révolutionnaires et ordonnèrent son arrestation, mais les Patriotes veillaient.Davignon fut capturé pendant la nuit alors qu\u2019il dormait paisiblement Février 1952 LavarL MÉDICAL 255 chez lui.Aussitôt, un détachement de Patriotes, commandé par Bonaventure Viger, attaqua l\u2019escorte policière et délivra Davignon et son compagnon, Demaray.Il abandonna alors la pratique de la médecine et s\u2019employa plus efficacement que jamais à soulever ses compatriotes jusqu\u2019en 1839.À compter de cette époque, 1l exerce la médecine à Sable- Forks, dans l\u2019état de New-York.Pendant la Guerre de sécession, il servit comme chirurgien dans le 97° régiment de New-York.Deux fois, il tomba aux mains des sudistes qui, la seconde fois, le gardèrent prisonnier pendant quatre mois environ.Les Patriotes ne sont pas tous morts Jeunes, sur l\u2019échafaud ou en exil.Voici par exemple le docteur Adélard-Isidore Desrivières, décédé dans son lit à l\u2019âge respectable de quatre-vingt-quatre ans, après une vie agréable.Il avait étudié la médecine sous le docteur Wolfred Nelson, à Saint-Denis.Il avait été compléter son apprentissage à Castleton, dans le Vermont, mais 1l revint assez tôt pour prendre part aux combats de Saint-Denis et de Saint-Charles.A la suite de ces batailles, 1l voulut fuir aux États-Unis, mais ne put y parvenir et dut attendre paisiblement dans une chambre bien gardée de l\u2019Hôtel Châtelamn, a la Pointe-aux-Trembles, près de Montréal.Des- rivières avait suivi un certain Gauvin, Henri-Alphonse, de son prénom, médecin de son état.C\u2019est ce Gauvin qui avait organisé la défense de la maison Debartzch, à Samt-Denis.Desrivières et Gauvin, ainsi que le docteur Eugène-Napoléon Duchesnois, étaient les principaux conseillers de Thomas Storrow Brown, le commandant en chef des troupes patriotes à Saint-Charles, commandant en chef qui, d\u2019ailleurs, prit la fuite sitôt que l\u2019ennemi se trouva en vue.Le docteur Duchesnois, lui, ne craignait pas de s\u2019exposer.A la porte de l\u2019église de Varennes, comme en plusieurs autres endroits de la région de Montréal et de celle de Saint-Hyacinthe, Gosford avait fait afficher des proclamations antipatriotes.Duches- nois, en présence de la majeure partie de la population de Varennes, arracha la proclamation de Gosford et la détruisit.Le docteur Duchesnois, allié aux Massue de Varenne par sa mère, avait fait trois ans d\u2019apprentissage médical sous la direction du docteur Perkins Nichols, de Varenne, avant de s\u2019inscrire à la Montreal Medical Institution.Admis à la pratique le deux décembre 1830, 1l fut Ie parrain 256 Lavar MÉDicaL Février 1952 d\u2019Amury Girod qui était son beau-frère.Duchesnois prit part au premier et au second soulèvement et s\u2019en tira chaque fois indemne.Il chercha ensuite refuge à New-York où 1l fit connaissance du consul de France.Celui-ci lui obtint un poste de chirurgien à bord de la frégate, le Météore, qui faisait voile vers le Havre.Aprés avoir vécu quelque temps en Europe, il partit pour l\u2019Amérique du sud, échoua en Argentine, à Buenos-Ayres, où 1l devint, dit-on, régent de la Banque du Brésil.Voici maintenant le docteur Jacques Dorion qui avait trente-neuf ans lors du soulèvement de 1837.Il était député du comté de Richelieu depuis le 26 octobre 1830.L\u2019un des signataires des quatre-vingt-douze Résolutions et l\u2019un des principaux orateurs de l\u2019assemblée des six comtés, Jacques Dorion avait ordonné le bombardement du vapeur Varennes, lors de la bataille de Saint-Denis.Grâce à l\u2019influence de Debartzch et de Saint-Ours, shérif de Montréal, il s\u2019en tira en versant un cautionnement de mille livres de même que le docteur Adolphe Dugas qui, étant encore étudiant en médecine, avait refusé de prêter le serment d\u2019allégeance.Après le soulèvement, Dugas exerça la médecine pendant quelque temps ; plus tard, attiré par l\u2019appât de l\u2019or, il s\u2019en alla en Californie et revint à Montréal où 1l décéda le 19 mars 1878.L\u2019une de ses filles, Cordélie, convola en justes noces avec Georges Duhamel, avocat, plus tard membre du cabinet Mercier.Parmi les médecins patriotes, on relève le nom du père de sir Lomer Gouin, le docteur Joseph-Nérée Gouin, praticien de Grondines.À son sujet, l\u2019auteur des familles Richer-Laflèche et Hamelin, raconte que, traqué par les bureaucrates, le docteur Joseph-Nérée Gouin se réfugia à Sorel, chez sa mère, Marguerite Richer, et que « cette vaillante femme réussit à sauver son enfant par un ingénieux stratagème.Elle fit placer le docteur proscrit en arrière de la porte de son salon, puis allant ouvrir aux perquisiteurs, leur dit : Vous cherchez mon fils?Visitez partout, à votre aise.Ils ne se doutaient pas que le docteur était derrière la porte sur laquelle madame Gouin était appuyée, et leurs recherches furent vaines ».Au nombre des médecins qui ont pris part au soulèvement, 1l en est plusieurs qui avaient fait leurs études médicales aux États-Unis et quelques-uns à Paris, tel le docteur Timothée Kimber, originaire de Québec, Février 1932 Lava\u2026 MÉDicaL 257 mais établi à Chambly en 1837.On est moins étonné d\u2019apprendre que l\u2019un des premiers Patriotes à arborer sur sa maison le drapeau tricolore fut ce médecin qui avait sans doute aimé son séjour à Paris.Ainsi Chambly vit flotter dans la brise d\u2019automne les trois couleurs de la Révolution française, symbole vivant de ce que les Patriotes canadiens s\u2019apprêtaient à imiter.Certains auteurs affirment que Kimber fut chargé par son confrère le docteur Wolfred Nelson, commandant des Patriotes à Saint-Denis, de surveiller le lieutenant Weir.On sait que le lieutenant Weir, prisonnier des Patriotes, chercha à s\u2019enfuir et fut tué sur le champ, exécution que les hommes de Gore et Wetherall comme ceux de Colborne ne pardonnèrent point la qualifiant de meurtre.Pendant la bataille de Saint-Denis, le docteur Timothée Kimber servit comme chirurgien auprès des Patriotes et des prisonniers blessés.Un autre médecin qui avait fait des études médicales dans la capitale de la France, le docteur Jean-Baptiste Bossu, dit Lyonnais, est mort à l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal des suites d\u2019une maladie qu\u2019il avait contractée pendant un séjour en prison, séjour qu\u2019il fit à la suite d\u2019une accusation de révolte porté contre lui par le gouvernement du temps.Né à Québec le 15 décembre 1794, « il fit des études privées sous le célèbre professeur Wilkie et, à 23 ans, en 1818, 1l était licencié en médecine.Après avoir pratiqué à Québec de 1818 à 1819, écrit son biographe, et ensuite à la campagne, il se rendit à Paris vers 1822 afin d\u2019y complêter ses études médicales.Il s\u2019y maria avec une française, Joséphine Perrin, et revint au pays deux ans plus tard, s\u2019établissant d\u2019abord à Saint- Nicolas, puis à Chambly ».S1 le docteur Jean-Baptiste Bossu, dit Lyonnais, ne semble pas avoir joué un grand rôle dans les batailles, le docteur Luc-Hyacinthe Masson, de Saint-Benoît, au contraire, prit une part très active au glorieux combat de Saint-Eustache et tenta même d\u2019y ramener Amury Girod qui avait pris la fuite.Dans ses notes manuscrites, le notaire Girouard raconte ce qui suit au sujet du docteur Luc-Hyacinthe Masson : « Les 13 et 21 avril 1838, le docteur Masson écrivait au secrétaire civil deux lettres des plus pressantes pour obtenir de Son Excellence la permission d\u2019aller donner des soins, comme parent et médecin, à une de ses sœurs aux portes 258 LavarL MEebicaL Février 1952 de la mort, offrant de fournir des cautions et méme de payer les dépenses d\u2019une garde qu\u2019on lui donnerait.Sa mère, seul support de cette demoiselle, avait Cté entièrement ruinée par les troupes et les Volontaires qui avaient pillé et incendié ses propriétés dans l\u2019affreuse dévastation de Saint-Benoit.Cette Jeune personne, dépouillée par les pillards d\u2019une partie de ses vêtements, avait été chassée de chez elle dans cet état, ainsi que plusieurs autres dames de Saint-Benoît.Le froid qu\u2019elle endura dans sa fuite était la cause de sa maladie, car ces infortunées dames furent obligées de marcher de nuit pour trouver un gîte, les Volontaires ayant menacé de brûler les propriétés de ceux qui leur donneraient asile.Les lettres du docteur Masson sont restées sans réponses.» Exilé aux Bermudes, il y contracta le goût du commerce et troqua la médecine pour le négoce.Il devint député et finit régistrateur du comté de Soulanges et greffier de la cour de circuit.Le docteur Amable Simard, né à Montréal, le 21 septembre 1804, est aussi un autre médecin qui a complété ses études en France avant de participer à la rébellion de 1837.Simard était le chef de la première section des Fils de la Liberté.Il fut libéré moyennant un cautionnement de mille livres.Il n\u2019en coûta pas aussi cher au docteur Joseph-Adolphe Perrault pour recouvrer la liberté qu\u2019on lui avait enlevé tout simplement parce qu\u2019il était le frère du héros Charles-Ovide Perrault, blessé mortellement au cours d\u2019une mission périlleuse que lui avait confiée le docteur Wolfred Nelson pendant la bataille de Saint-Denis.Dans son Journal, L.-J.-A.Papineau mentionne aussi un autre jeune homme, le docteur Magloire Turcot, qui s\u2019est tout particulièrement distingué par sa bravoure.Le docteur Turcot n\u2019était alors qu\u2019étudiant en médecine chez le docteur Bouthillier, de Saint-Hyacinthe, où 1l faisait son apprentissage, selon la coutume du temps.Plus tard, 1l fut maire de Saint-Hyacinthe et donna deux fils à l\u2019art d\u2019Esculape.Est-ce à son expérience militaire de 37, qu\u2019il dut en 1847, d\u2019être nommé chirurgien du 6° bataillon ?Il n\u2019était pas nécessaire de participer activement au soulèvement pour subir les avanies du régime.Parce qu\u2019il avait cautionné pour un trop grand nombre de Patriotes, parce qu\u2019il était notable, parce qu\u2019il était Canadien, le docteur Guillaume-Jacques-Léon Vallée fut incarcéré Février 1952 Lavar MÉDICAL 259 en 1838 et contracta une paralysie dont 1l ne se remit jamais.I! mourut un an plus tard des suites de cette maladie.Ce fut une perte considérable pour la médecine de son temps et pour la science médicale de notre groupe ethnique.Avant de se voir incarcérer, le docteur Vallée avait fait de brillante études au Collège de Montréal.Reçu médecin, il était allé compléter ses études à Edimbourg et à Paris.«On peut encore trouver, rappelle l\u2019un de ses biographes, dans quelques bibliothèques, les rares exemplaires de sa thèse de doctorat présenté à la Faculté de Paris.En voici le titre complet, il est long comme c\u2019était l\u2019usage au début du X1XxE siècle : Dissertation sur le cancer de l\u2019utérus présentée et soutenue à la Faculté de médecine de Paris, le 10 mar 1826, par Guillaume-J.-L.Vallée, de Montréal, Bas-Canada, Docteur en médecine, Bachelier ès Lettres, chirurgien et médecin du Canada, accoucheur chirurgien du Collège royal d\u2019Edin- bourg.Paris, de Imprimerie de Didot le Jeune, 1826, 32 pp., in 4to.» C\u2019est dire que de bonne heure les Canadiens ont étudié en France et y ont recueilli des titres qui équivalaient à ceux que l\u2019on décernait alors dans les grandes universités européennes.Il est probable que tous ces médecins qui ont étudié là-bas ne se sont pas bornés à faire le tour de la science médicale de leur temps.Ils ont aussi absorbé les idées de l\u2019époque fertile en controverses, en discussions politiques, époque caractérisée par de fréquents changements de régime dans les pays européens.Une étude de l\u2019influence des idées européennes de 1800 à 1830 sur les Canadiens nous révélerait sans doute une infinité de choses.Vraiment, les médecins de ce temps avaient l\u2019esprit révolutionnaire et beaucoup avaient assez d\u2019énergie et de volonté pour mettre en pratique ce qu\u2019ils ressentaient.Joseph-Émery Coderre en est une preuve irréfutable.D\u2019abord commis, négociant, il ne prit jamais les armes, mais tout le monde savait qu\u2019il partageait les sentiments des Patriotes.C\u2019est pourquoi sans doute, le six novembre 1838, Coderre fut incarcéré à la prison de Montréal.Il en sortit deux jours plus tard et profita de sa liberté pour assurer la fuite de son ancien associé en négoce, Benjamin Ouimet, frère du président des Fils de la Liberté.« Joseph-Emery Coderre, écrit Ægidius Fauteux, devait devenir l\u2019une des sommités de la profession médicale dans la métropole canadienne.Pendant plusieurs années, après ses journées passées au comp- (12) 260 Lava\u2026 MÉDICAL Février 1952 toir, il occupa une partie de ses nuits à étudier la médecine et, en 1844, 1l était admis à la pratique.En 1857, il était nommé médecin à l\u2019Hôtel- Dieu.Après avoir été professeur agrégé de matière médicale et de thérapeutique à l\u2019École Victoria.Il se distingua surtout lors de la grande épidémie de variole, en 1885, par son irréductible opposition à la vaccination.Il publia même à cette occasion un petit journal intitulé, I\u2019Anti- vaccinateur.» Et cependant, la variole a causé de grands ennuis dans la province.On nous permettra de rapporter à cet égard le récit d\u2019une contagion qui a fait du bruit à la fin du x1x° siècle, alors qu\u2019une seule malade contamina plus de cent personnes.Le 8 septembre 1891, une servante du nom de Bujold, employée dans une famille de Québec, se présentait à la consultation de l\u2019hôpital.Elle souffrait de la fièvre et avait le visage couvert d\u2019une éruption encore peu accentuée, disent les rapports officiels de cet incident.Le médecin ne pouvant encore donner d\u2019opinion sur le cas, remit son diagnostic au lendemain et, par prudence, la fit placer seule dans une chambre pour l\u2019isoler des autres malades.Cette servante, goûtant peu la perspective d\u2019avoir à demeurer à l\u2019hôpital, trouva moyen d\u2019en sortir.Une fois libre, elle traversa à Lévis, prit le convoi de PIntercolonial à bord duquel elle se rendit jusqu\u2019a Dalhousie, N.-B., et de là, par le vapeur, Admiral, elle atteignit Carleton, dans le comté de Bonaventure, où résidait sa famille.En route, comme elle se sentait très indisposée, elle reçut les soins attentifs de plusieurs personnes qui voyageaient en même temps qu\u2019elle et dans le même wagon.De ce nombre, il y avait une famille de Saint- Paul-de-la-Croix, un certain Thibault, accompagné de sa femme, de sa fille et de son gendre.Ils étaient de retour des États-Unis et se rendaient dans leur village situé dans le comté de Témiscouata.Il y avait également une femme de Saint-Damase, comté de Rimouski.Elle retournait chez elle en compagnie de ses deux enfants.Tous trois revenaient de Montréal.Rendue à Carleton, la fille Bujold résolut de se rendre seule chez elle.La maison de ses parents se trouvait située à quelques milles à peine du débarcadère.Une faiblesse extrême l\u2019empêcha de continuer sa route et de parcourir ce court chemin.Alors, comme elle connaissait les gens wr aw Ra a Tr + | evene + ns concis ti sii pr ar iF 5 & = ad u $ + a 7 $ Be\u2019 ~%.,- cesar tems x cam tits 25 JOSEPH-ÉMERY CODERRE, Mm.p.de History of Montreal, par Borthwich, 1875. Hpk 60 3.48 jt) Oth HES.MO} AS ; fi SEE SEE PTE Hi JOSEP (J RE, M.D.WwW IaTd 1 ani $ T 27 5 \u201cwl $ $ | hk + cut presi- Ne % \u2018 pur .Lig \u20ac tr DT > 4.+ x + £7 ty or, è XY ga ¥ 3 \u20ac eu 4 i 2 pa Pe 3 ide : rE LL » # vo! OTK] & iy 4 Bo a + ee vol a Fi » + x 2K, Fy AW 5 le \u201c, ties 4 { 7 \u2018 La + 7 Y oA 44 a = \\ 9 Pu, Se oe Mey k LP eu.ow 4 as @ J Th ry # dr 4 > 4; \u2019 9\u2019 ki de vtr he, ui : ORT CRG KZ HE é oy ize «ETES De History of Montreal, par Borthwich, 1875. Février 1952 Lavar MÉDicAL 263 habitant les demeures devant lesquelles passait la route qu\u2019elle suivait, elle s\u2019arrêta dans diverses maisons.De peines et de misères, elle parvint chez elle.Mandé, le médecin diagnostiqua aussitôt la variole.C\u2019est dire qu\u2019elle avait semé le long de sa route les germes qu\u2019elle portait.Peu à peu, des cas de variole éclatèrent dans les maisons où elle s\u2019était arrêtée et à leur tour les gens qui avaient fréquenté les nouveaux malades contractèrent la maladie.Presque toutes les personnes qui vinrent en contact avec la fille Bujold, dans son voyage de Québec à Carleton, prirent la contagion variolique ou la transportèrent dans les diverses localités où elles se rendirent.A Carleton, la variole se déclara dans chacune des familles chez lesquelles la fille Bujold s\u2019était arrêtée avant d\u2019arriver chez elle.Un matelot du vapeur Admiral qui lui aida à descendre du quai, à Carleton, tomba malade de la variole à Dalhousie, N.-B., et une femme qui lui avait donné des soins à bord du même vapeur prit la contagion et la transporta à Pabos, dans le comté de Gaspé, où elle demeurait.De Carleton, la variole s\u2019étendit à Newport localité située à quelques milles de là.A son arrivée à Saint-Paul-de-la-Croix, monsieur Thibault se rendit avec sa famille chez le maître de poste de l\u2019endroit, son gendre, où le soir, il y eut grande réunion de parents et d\u2019amis.Quelques Jours après, la variole se déclarait dans presque toutes les familles représentées par quelqu\u2019un de ses membres à cette réunion.C\u2019est ce qui explique la grande propagation de la contagion dans cette localité où 1l y eut 61 cas de variole répartis dans treize maisons dont la plupart ont été infectées par communication directe avec la famille Thibault.De Saint-Paul- de-la-Croix, la contagion se communiqua à l\u2019Ile-Verte et à Saint-Clément municipalités voisines où 1l s\u2019en déclara quelques cas.Madame Trépanier et ses deux enfants se rendirent a Saint- Damase où tous trois tombèrent malades et moururent de la variole après l\u2019avoir communiquée à d\u2019autres personnes de la famille venues en contact avec elle.De Saint-Damase, la variole s\u2019étendit à Macnider ou Sandy-Bay, paroisse voisine.Un monsieur Cyr, résidant à Ascot dans le comté de Sherbrooke, qui était allé à Saint-Damase pour assister aux funérailles de madame 264 Lava\u2026 MÉDICAL Février 1932 Trépanier, sa belle-sœur, rapporta la variole dans sa famille et la communiqua à des parents domiciliés dans la ville de Sherbrooke et, de Sherbrooke, la contagion fut transportée à Brompton-Falls localité située à peu de distance.A Québec, la variole se déclara dans la famille même où la fille Bujold était employée et, de là, elle fut transportée à la Jeune-Lorette par une blanchisseuse de l\u2019endroit qui y avait apporté du linge de cette famille.En faisant des recherches pour trouver l\u2019origine de cette épidémie variolique, l\u2019inspecteur du conseil découvrit que la fille Bujold avait pris la contagion d\u2019une personne atteinte de la variole qui demeurait dans la maison voisine de celle où elle avait été employée et avec laquelle elle avait eu de fréquentes communications.Cette personne, du nom de Gale, était une des gardes-malades de l\u2019hôpital Jeffery Hale de Québec et avait été renvoyée dans sa famille aussitôt qu\u2019elle était tombée malade dans le mois d\u2019août précédent.Une autre garde-malade du même hôpital du nom de Macpherson, également atteinte de variole, avait laissé l\u2019hôpital dans le mois d\u2019août, mais avant Mlle Gale, pour aller à la campagne dans un village de Québec.Antérieurement à ces deux cas, dans le cours du mois de Juillet, il y eut dans le même hôpital, un employé qui y est mort d\u2019une maladie éruptive que l\u2019on a toutes les raisons de croire de la variole.Cet employé, paraît-il, aurait pris la contagion d\u2019un matelot ou journalier de bord qui serait venu à l\u2019hôpital au commencement du mois de juillet.I! paraît probable que ce matelot ou journalier aurait été en communication avec le SS.Brazillian à bord duquel un cas de variole s\u2019était déclaré dans le cours de juin précédent après avoir laissé ses malades et avoir été désinfecté à la quarantaine de la Grosse-Ile.En descendant de Montréal à Grosse-Ile, ce vaisseau s\u2019est arrêté à Québec où l\u2019on rapporte que des matelots descendus à terre ont vendu de leurs vêtements dans un magasin de seconde main de la ville.Tels sont les faits que l\u2019on peut recueillir dans le rapport d\u2019une enquête épidémiologique effectuée quelques années après la lutte conduite par l\u2019Anti-Vaccinateur d\u2019Émery Coderre.A cette époque, la province de Québec subissait de lourdes pertes démographiques du fait de la variole Février 1952 Lava\u2026 MÉDicaL 265 et il fallut une lutte longue et ardue de la part des autorités sanitaires pour obtenir l\u2019établissement de la vaccination.Le docteur Adélard Groulx, surintendant des Services de santé de la ville de Montréal, a raconté les différents épisodes de cette lutte dans plusieurs conférences ainsi instructives qu\u2019intéressantes.Mais il faut terminer cette série d\u2019études sur les médecins qui ont participé à la Rébellion de 1837.Il ne nous reste plus qu\u2019à retracer la biographie du docteur Wolfred Nelson, le commandant des troupes à Saint-Denis, un médecin réputé en son temps puisqu\u2019il avait presque toujours chez lui quatre ou cinq étudiants en médecine qui faisaient leur apprentissage sous sa direction.Wolfred Nelson était né à Montréal le 10 Juillet 1792 et avait étudié la médecine sous divers médecins de cette époque.Durant la guerre de 1812, il servit comme chirurgien dans un régiment et y acquit sans doute l\u2019expérience qu\u2019il manifesta plus tard sur le champ de bataille.Dès 1827, il représentait Sorel à l\u2019Assemblée législative du Bas- Canada et agissait comme l\u2019un des premiers lieutenants de Papineau.Pendant dix ans, il suivit ce chef et figura dans les principales assemblées qui contribuèrent à soulever les Patriotes.Wolfred Nelson exerça la médecine durant tout ce temps.Il jouissait d\u2019une nombreuse clientèle répandue dans toute la vallée du Richelieu.C\u2019est probablement pour cette raison que tant de Jeunes médecins firent leur apprentissage sous sa direction.Après avoir pris part aux batailles de Saint-Denis et de Saint-Charles, il tomba aux mains des policiers de Gosford et fut jeté dans les prisons de Montréal.Heureusement pour lui, lord Durham vint en Canada et soucieux d\u2019épargner la vie des révoltés, il décréta que huit inculpés seraient exilés aux Bermudes.Le docteur Wolfred Nelson était de ce nombre.Libéré en 1838, il s\u2019en alla aux États-Unis et ne revint en Canada qu\u2019après l\u2019amistie de 1843.Il reprit alors l\u2019exercice de sa profession non pas à Saint-Denis qui était un village en ruines, mais à Montréal.On sait en effet que Saint-Denis était, avant la rébellion, un village prospère, un centre industriel et commercial appelé à de hautes destinées économiques, mais, déclarait à l\u2019auteur de ces lignes le vénérable docteur Richard, l\u2019historien de la bataille de Saint-Denis, quand la rébellion se fut apaisée, 266 LavarL MÉDicaL Février 1952 le commerce s\u2019enfuit vers Saint-Hyacinthe et Saint-Denis resta un petit village, prospère encore, mais paisible et calme.Toutefois, le docteur Wolfred Nelson possédait encore de nombreux amis dans la vallée du Richelieu.C\u2019est pourquoi il y brigua les suffrages et fut élu par le comté de Richelieu à l\u2019Assemblée du Bas-Canada.De 1844 à 1851, il représenta la circonscription de Richelieu.Pour lui comme pour Papineau dans le Bas-Canada, comme pour William Lyon Mackenzie dans le Haut-Canada, les temps étaient changés, de nouvelles générations avaient pris les leviers de commande, des idées différentes inspiratent les hommes politiques, une nouvelle conception de la défense des droits du peuple s\u2019était fait jour et les hommes de 1838 n\u2019avaient plus leur place dans ce parlement.Wolfred Nelson se retira bientôt de la vie publique.En 1851, ironie du sort ou de ceux qui le nommèrent, il devint inspecteur des prisons canadiennes.En 1859, 1l devint président du bureau des inspecteurs de prison et mourut à ce poste a Montréal, le 17 jum 1863, au moment où un nouveau régime allait remplacer la constitution que 1837 avait imposé au pays.Un fils de cultivateur de Saint-Denis, le docteur Émery Coderre, dont nous avons parlé plus haut fut l\u2019un des premiers à obtenir que l\u2019on rende aux Patriotes de 1837 les honneurs dus à leur sacrifice.C\u2019est en partie grâce à lui, écrit Borthwick, dans son Historv of Montreal, si on leur a élevé un monument dans le cimetière où reposent les restes de ces infortunés.Coderre avait passé 38 jours en prison avec les Patriotes.Il fut l\u2019un des fondateurs de l\u2019Aurore des Canadas.Ce n\u2019est qu\u2019en 1840 qu\u2019il étudia la médecine sous la direction du docteur O.Bureau.En 1853, 1l devint président de l\u2019Institut canadien.VI LE DOCTEUR JEAN-BAPTISTE MEILLEUR Quand on examine la structure de la société canadienne au cours du X1x\u201c siècle, on s\u2019aperçoit que l\u2019une des professions qui compte le plus d\u2019hommes instruits a été la médecine.Adam Mabane, les trois Laterrière, John Rolph, les nombreux médecins qui ont participé à la rébellion de \u2014 rm ane SR TIE XT = - ~ \u2014_ A AI id sed.= 5 x ro Pin = Ï 7 li pr \u201chg fag Hs.# pr ei Pug EM ok $+ NF 7% E nF Le de Ê A >, Ma te YE ni EY, ei seit A : Og se Si i ei Sa T= lès He up ge 1] \u20ac : nomen ty - JRE a WE ik 4 RO i ES 0 À PRE a RE PSR Pr ES 3 ge.Ti # gr # ao 4 wr, a LAIR, all aE id + x 2) ele, wk sep, TE, x oe A etats AH, 2 pas PF = À 06 5H La 4 a oon » 44 act (+ it td ys | £a J EE + 31 walk 7 appar < ét # JO de 2 QUÉBEC, Archives -\u2014 Québec vu de la Pointe-Lévy vers 1838 ; le château Saint-Louis est rasé H.1\"2 1\" L.1\u2019 84,\u201d Lith.en couleur.Dessin du capitaine BEAUFOY.Exposition du centenaire de l\u2019Institut canadien de Québec, septembre \u2014 octobre 1948.(Dessin fourni par le directeur de l\u2019inventarre des œuvres d\u2019art.) A-12 268 Lavar MéÉpicaL Février 1932 1837 en sont le témoignage évident.Ces hommes avaient fait de fortes études et leurs connaissances s\u2019étendaient bien au delà de la science médicale.D\u2019autres dont le nom n\u2019apparaît pas dans la nomenclature ci- contre ont également manifesté, au cours de leur carrière, une science sûre de la médecine, une connaissance élaborée de la politique, une érudition remarquable.Il suffit de nommer le docteur François Blanchet, le docteur Joseph Blanchet, le docteur Jacques Labrie pour s\u2019en rendre compte.Il en est un autre qui a laissé dans l\u2019histoire de la province de Québec une trace ineffaçable.C\u2019est le docteur Jean-Baptiste Meilleur, le premier surintendant de l\u2019Instruction publique du Bas- Canada.Le docteur Jean-Baptiste Meilleur naquit à Saint-Laurent, île de Montréal, le 8 mai 1796.Il fit ses études au collège de Montréal, au Middlebury College dans le New-Hampshire et au Castleton College, dans le Vermont (M.D.1825).Pendant plusieurs années, 1l fut professeur de français au Dartmouth College, dans le New-Hampshire.En 1834, 1l fonda le collège de l\u2019Assomption.En 1842, il fut nommé surintendant de l\u2019Instruction publique du Bas-Canada et devint ainsi notre premier surintendant.Le système d\u2019enseignement de la province de Québec, nous le devons au docteur Jean-Baptiste Meilleur qui améliorait et transformait tout ce à quoi 1l touchait.! Le premier Parlement des Canadas-unis créa le poste de Surintendant de I\u2019Instruction publique.Deux hommes bien connus posérent aussitot leur candidature.Tous deux parfaitement qualifiés pour ce poste, ils avaient apparemment autant d\u2019influences l\u2019un que l\u2019autre.C\u2019étaient Jacques Viger et le docteur Jean-Baptiste Meilleur.Le médecin l\u2019emporta.D'ailleurs, ce médecin avait commencé par étudier le droit.Pour des raisons que ses biographes ne nous ont pas encore dites, Meilleur renonça brusquement au droit et s\u2019en alla aux États-Unis, au collège de Castleton, dans le Vermont, Castleton était fréquenté par une foule d\u2019étudiants canadiens.Meilleur ne se contenta pas d\u2019étudier la mêde- cine.Il fit sa philosophie en même temps au collège de\u2019 Middlebury sous un professeur célèbre, un certain Hall, élève de l\u2019abbé Hawy, qui lui 1.W.Stewart WaLLACE, the Dictionary of Canadian Biographies, Toronto, 1945, 2 vols.Bulletin des Recherches bistoriques, 1937.Revue trimestrielle canadienne, 1938, Voir aussi LAREAU. Février 1952 Lavar MÉDICAL 269 enseigna, nous apprend Damase Potvin, entre autres sciences, la géologie et la minéralogie.Le 14 décembre 1825, Jean-Baptiste Meilleur devenait docteur en médecine.Non content d\u2019être médecin, il alla recueillir d\u2019autres diplômes à Middlebury et à l\u2019université de Dartmouth, fondé par le comte de ce nom.Il enseigna pendant un certain temps la langue française à Hannorre dans le New-Hampshire.C\u2019est pendant son séjour à Hannorre que le docteur Meilleur publia le premier d\u2019une série d\u2019opuscules aussi intéressants qu\u2019instructifs et fort bien faits si l\u2019on tient compte de l\u2019époque et des moyens que l\u2019on avait alors de se renseigner.Cette étude portait sur l\u2019alphabet français dont Meilleur faisait une analyse destinée à ses amis d\u2019outre quarante-cinquième.Mélant la philosophie à la lexicographie et à la médecine, il attira sur lui l\u2019attention des intellectuels du Vermont si bien que la Société médicale et philosophique de cet état l\u2019invita à entrer dans ses rangs.Vers le même temps, 1l publiait un traité sur le charbon.On voit que ses préoccupations scientifiques l\u2019entraînaient dans tous les domaines.Quelques années plus tard, il écrivit un premier traité de géologie, traité qui eut l\u2019honneur d\u2019être traduit aux États-Unis.De retour au Canada, le docteur Jean-Baptiste Meilleur exerça la médecine, mais n\u2019abandonna pas pour cela ses spéculations intellectuelles.Il collabora à divers périodiques et en particulier à L\u2019Écho du Pays et à la Bibliothèque canadienne, de Michel Bibaud.C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce dernier périodique que Meilleur publia le traité de géologie traduit par le savant professeur étatsunien Frederick Hall.Hall avait écrit une préface très élogieuse à l\u2019égard de Meilleur.Toujours intéressé aux sciences pures, le docteur Meilleur publia en 1833 notre premier traité de chimie, affirme M.Potvin.Ce traité portait le titre suivant : Cours abrégé de leçons de chimie, contenant une exposition précise et méthodique des principes de cette science.En somme, Jean-Baptiste Meilleur n\u2019avait guère le temps d\u2019exercer la médecine, ses multiples recherches scientifiques l\u2019occupant presque entièrement.Dans les milieux cultivés, il occupait une place de premier plan.Les sociétés scientifiques le réclamaient un peu partout.C\u2019est ainsi que la Société d\u2019histoire naturelle de Montréal le nomma membre correspondant.Vers ce temps, il assuma la direction 270 Lavar\u2026 MÉDicaL Février 1952 et la rédaction d\u2019un Journal fondé par P.D.Debartzch et publia une première édition de sa Nouvelle grammaire anglaise, rédigée, annoncait-il, d\u2019après les meilleurs auteurs.La démographie l\u2019intéressait également et il fit une étude des conditions sociales du comté de l\u2019Assomption qui est un véritable essai de géographie humaine.La topographie, la géographie, les statistiques avaient été utilisées pour assurer à cet essai, intitulé Extrait du recensement du comté de l\u2019Assomption, une valeur de document scientifique.Je ne sais si c\u2019est pour le récompenser de ses recherches, mais il arriva que la circonscription électorale de l\u2019Assomption lui confia en 1834 le soin de la représenter à l\u2019Assemblée du Bas-Canada.Après avoir jeté un coup d\u2019ceil sur les travaux importants que constituent les recherches entreprises par le docteur Jean-Baptiste Meilleur, on ne sera pas étonné de le voir à l\u2019Assemblée réclamer un meilleur système d\u2019enseignement pour le Bas-Canada.Chaque fois que l\u2019occasion s\u2019en présente, il pose la question devant les représentants du peuple et y revient aussi fréquemment que le vieux Caton réclamant la destruction de Carthage.C\u2019est vers la fin de ce régime détruit par la révolution de 37 qu\u2019il publia ses Lettres sur l\u2019Éducation considérée sous ses divisions et dans son application générale et particulière, et sur les principaux movens propres à la répandre d\u2019une manière pratique et profitable à l\u2019indiridu et à la société.On l\u2019a vu plus haut le premier parlement qui se réunit après la mise en vigueur de l\u2019Acte d\u2019union adopta une loi créant le poste de surintendant de l\u2019Instruction publique et sir Charles Bagot, alors gouverneur du Canada, confia ce poste à Jean-Baptiste Meilleur de préférence à Jacques Viger qui avait cependant l\u2019appui des évêques de Québec et de Montréal.On prétend que quand la nouvelle de sa nomination fut lancée dans le public, le docteur Meilleur était à soutenir une polémique touchant l\u2019électricité, contre un abbé Desaulniers et à préparer différentes conférences sur des sujets scientifiques, conférences qui devaient être prononcée devant la Société d\u2019histoire naturelle de Montréal.Avant d\u2019accepter le poste de surintendant de l\u2019instruction publique, le docteur 2.L\u2019édition de décembre 1842 de L\u2019Encyclopédie canadienne contient un éloge de l\u2019Extrait du recensement du comté de l\u2019Assomption.Encore une fois, rappelons que tous les détails contenus ici ont été communiqués à l\u2019auteur par notre grand journaliste, M.Damase Potvin, qui garde dans ses dossiers une ample gerbe de renscignements touchant le docteur Jean-Baptiste Meilleur. to I ah Février 1952 Lavar MEbpicaL Meilleur exigea carte blanche et Bagot lui promit qu\u2019il aurait les coudées franches.Telles sont, paraît-il, les circonstances qui entourèrent sa nomination au poste de surintendant de l\u2019Instruction publique.« En cette qualité, nous dit M.Potvin, il fit deux fois le tour du Bas-Canada pour étudier la situation scolaire, réformer ce qui existait et ce dont on se plaignait, créer ce qui manquait.Il occupa ce poste pendant treize ans et présida à la fondation de quarante-cinq établissements d'éducation supérieure.» C\u2019est l\u2019année suivante, 1843, que le docteur Jean-Baptiste Meilleur publia son premier rapport.Le dernier qu\u2019il ait signé parut en 1854.Cette année-là, l\u2019université du Vermont lui décernait le titre honoraire de docteur ès arts et l\u2019université de Saint-Jean, de New-York, d\u2019autres titres Dans Morgan, Bibliotheca canadensis, publié en 1867, l\u2019auteur note que le docteur Meilleur, à peine sorti de l\u2019université du Vermont, publia plusieurs articles touchant divers sujets médicaux dans Le Journal de médecine, de Québec.Membre de l\u2019Association américaine pour l\u2019avancement des sciences, il faisait partie de la société médico-philosophique du Vermont et était membre correspondant de la Société historique du Michigan.À propos de son Treatise on the Pronunciation of the French Language, with Practical Irregularities Exemplified, paru aux États-Unis en 1823 et à Montréal (seconde édition) en 1841, Garland a écrit l'appréciation suivante : « The author has taken the question at its root, and followed it through with a skill and industry which is as honorable to himself as it must be useful to those who will avail themselves of the result of his labors.» On s\u2019accorde aujourd\u2019hui, ce semble, à reconnaître que son Mémorial sur l\u2019Éducation est sa meilleure œuvre, probablement parce que les études historiques ne vieillissent guère.Il contient un résumé des transformations subies par l\u2019enseignement au cours de la période qui va de 1615 à 1765.Le docteur Jean-Baptiste Meilleur est mort à Montréal le six décembre 1878 à l\u2019âge de 83 ans, ce qui indique que le travail ne tue point.Sa femme, née Joséphine Éno Deschamps l\u2019avait précédé dans la tombe le 272 Lavar MÉDICAL Février 1952 9 mai 1873, à l\u2019âge de 67 ans.Il avait été président de la société Saint- Jean-Baptiste et directeur des postes à Montréal.En 1885, le docteur Meilleur fit des instances auprès des autorités gouvernementales et obtint le poste moins important de directeur des postes à Montréal.Sir Edmund Walker Head, à l\u2019occasion du départ du surintendant, le félicita de son œuvre et « le remercia officiellement de ses longs et fructueux services ».C\u2019est un ancien premier ministre de la province de Québec, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, qui lui succéda.L\u2019œuvre de Meilleur a valu à la province de Québec un développement considérable.On a remarqué qu\u2019elle s\u2019étend sur une très longue période : 1842 à 1885.Peu de grands fonctionnaires ont tenu si longtemps la tête d\u2019un département comme celui-ci.L\u2019œuvre de Meilleur devrait être étudiée en détail.Elle constitue non pas un chapitre, mais plusieurs chapitres de toute l\u2019histoire du Canada.Médecine, sciences générales, enseignement, vie intellectuelle y tiendraient une place de choix. PROPOS SUR LE TRAITEMENT DE L\u2019INSANITÉ IL Y A CENT ANS * par C.-A.GAUTHIER Professeur de déontologie et d\u2019économie médicales Alors que ceux que la spécialité intéresse sont encore à étudier les rapports du congrès international de psychiatrie, tenu à Paris en 1950 ; au moment où l\u2019on parle surtout de traitements par le choc et de con- vulsivothérapie biologiques, chimiques et électriques ; en ce temps où l\u2019expression de « l\u2019intégration de la psychiatrie dans la médecine » est devenue une phrase à la mode, et que, à tort et à raison, le mot psychosomatique est sur toutes les lèvres, il nous a semblé intéressant, du moins pour quelques-uns, de jeter un regard en arrière et d\u2019essayer d\u2019entrevoir en quoi consistait le traitement de l\u2019insanité, il y a cent ans.Non pas qu\u2019il soit ici question d\u2019en faire une revue générale, ce qui vraiment serait aussi inutile que fastidieux, mais, nous nous proposons bien plutôt, de relater brièvement ce que quelques lectures récentes dans de vieux bouquins nous ont révélé d\u2019aussi étonnant que de contradictoire.* Présente en partie à la Societe canadienne d'histoire de la médecine, a Québec, mai 1951. 274 Lavar.MÉDICAL Février 1952 Aussi, en parcourant la septième livraison du deuxième volume du British American Journal of Medical and Physical Sciences (volume 1846-1847), nous y trouvons deux résumés, l\u2019un d'article, l\u2019autre d\u2019une leçon, et tous deux sont signés du nom de Williams.Le premier, par J.Williams, Esq., porte sur « Un traitement de l\u2019insanité et de l\u2019excitation nerveuse ) ; le second, extrait d\u2019une leçon, a pour titre « Sur l\u2019épilepsie » et fut écrit par C.J.B.Williams, F.R.S., ete.Il n\u2019en fallait pas moins pour retenir l\u2019attention, tout autant par les sujets traités que par la coïncidence de ces deux noms semblables dans un même numéro de cette publication médicale.Mais, tout d\u2019abord, qui sont ces Williams, ou avons-nous affaire au même homme signant de façon différente, (ce que nous nous sommes demandé pendant un moment, nous l\u2019avouons)?Mais non, ici, deux individus bien distincts et nettement différents sont en cause : le premier, « Pécuyer » J.Williams, qui nous donne le « traitement de l\u2019insanité », n\u2019est « probablement qu\u2019un autre Williams » et paraît être peu ou pas connu.Son article avait été extrait du Monthly Journal of Medical Science.Quant au second, C.J.B.Williams, c\u2019est là une toute autre affaire.Son titre même de fellow of the Roval Society est un de ceux que l\u2019on gagne, on le sait, et qui classe immédiatement le récipiendaire.Sa leçon sur l\u2019épilepsie avait été reproduite du Medical Gazette parmi tant d\u2019autres qu\u2019il avait faites et publiées.Car 1l écrivait beaucoup, nous dit H.E.Macdermott, « et plusieurs de ses volumes sont encore à la bibliothèque de l\u2019université McGill » ; il y en a un qui ne fut publié qu\u2019en 1884 sous le titre de Memories of the Lifework et qui, paraît-il, est particulièrement intéressant.Il fut, en son temps, une personnalité marquante, an outstanding figure et, détail qui témoigne de son envergure, il fut un des pionniers qui se sont attachés à promouvoir l\u2019emploi du stéthoscope de Laënnec en Angleterre.Nous essaierons donc d\u2019extraire de ces deux intéressants travaux les principales données, tant physiopathologiques que thérapeutiques, en commençant, d\u2019abord, par l\u2019article de « l\u2019autre Williams ».Ce monsieur donc, se déclare, avec un bel aplomb, dès le début de son article sur le traitement de l\u2019insanité, très fortement en faveur de l\u2019emploi des narcotiques et des autres remèdes procurant le sommeil, Février 1952 Lavar MÉDICAL 275 non seulement dans le but de calmer, mais méme de guérir une attaque de manie.Voilà une attitude optimiste et assez tranchée et j'espère que les événements et les expériences ultérieures ont pu lui en démontrer jusqu\u2019à certain point le bien-fondé.De nos jours, on en rencontre aussi de non moins catégoriques, tant dans le même penser que dans une manière de voir tout à fait opposée.Et, à y bien songer, qui pourrait dire que, en théorie, l\u2019idée de freiner, d\u2019inhiber les mécanismes cérébraux en hyperactivité par un état de sommeil provoqué, prolongé doive être automatiquement rejetée.En principe, personne, je crois bien, ne l\u2019oserait.Mais, en pratique, même en concédant certains points aux tenants de la narcose subcontinue et de la narco-analyse, c\u2019est là une autre question.Les effets immédiats et les conséquences tardives possibles, simon probables, se chargent de ramener les plus convaincus du début face à des réalités qui tendent plutôt à corriger la beile assurance théorique.Quoi qu\u2019il en soit, avant d\u2019aborder le sujet de cette présentation, nous avons lu dans ces leçons une phrase qui nous a longtemps retenu et que nous ne pouvons pas ne pas rapporter ici : « Parmi les cas bénins que l\u2019on rencontre, accompagnés d\u2019excitation « præter-naturelle » et d\u2019insomnie (vigilantia) il faut noter ceux chez qui une application continuelle et soutenue, surtout confinée à un sujet unique de travail, est devenue la cause d\u2019un surmenage des pouvoirs mentaux ; et 1l semble que ces conséquences se rencontrent plus fréquemment alors que craintes et espoirs se surajoutent à l\u2019état de tension, comme on le constate si souvent chez les jeunes avocats et chez les étudiants de nos universités.» Ici, Il y a donc lieu de s\u2019apitoyer un peu sur ce que nos confrères de langue anglaise appellent les one-track minds, en se demandant avec inquiétude quel serait leur sort.Heureusement que l\u2019auteur ajoute que l\u2019incertitude et la non-satisfaction constituent les facteurs les plus fréquemment nocifs du surmenage, car, autrement, quelle glorification de la loi du moindre effort certains esprits n\u2019en pourraient-ils pas déduire ! Étonnant aussi, et sûrement du nouveau pour nous, l\u2019état d\u2019esprit et l\u2019intensité des activités, mono-rail de ces « jeunes avocats » que M.Williams a pu étudier.Sans doute, je l\u2019imagine, les vicissitudes réservées (13) 276 Lavar MÉDicAaL Février 1952 au jeune barreau, il y a cent ans, devaient-elles être bien différentes et ne laissaient-elles aux membres de cette confrérie à peu près aucune alternative de soupape de sûreté.Autre temps, autres mœurs, je suppose.Mais, Ô surprise extrême ! suspections-nous que, en certaines universités, en certains pays, il y a quelque cent ans, certains étudiants «avec craintes et espoirs » confinaient leur application continuelle et soutenue à un sujet unique de travail»?Commissions athlétiques, fraternités et loges, pubs, et que d\u2019autres choses ou sujets, mon Dieu ! sur lesquels Je n\u2019insisterais pas, tout cela nous serait arrivé avec les temps modernes ; de même, peut-être aussi, qu\u2019une vague tendance à l\u2019effort sporadique alternant avec un dolce farniente ou un intérêt extracurriculaire ; toutes choses que ces pauvres étudiants, « dans le temps », ne pouvaient ou n\u2019osaient se permettre ! Et l\u2019on dira que « ça ne change pas » ! Pas surprenant, alors, ce que nous pouvons maintenant peut-être comprendre, qu\u2019il ne pouvait en résulter autre chose qu\u2019une agitation præter-naturelle ! Avant de donner les indications et les modes d\u2019administration des hypnotiques, le docteur Williams, cependant, se dit opposé à la saignée, sauf dans les cas très graves d\u2019excitation avec pouls très rapide et bondissant.(Ici, suit une longue dissertation sur les qualités du pouls accompagné ou non de « sudation froide »).Mais, en signalant que la saignée est, d\u2019après les données acceptées alors, supposée procurer le sommeil, le conférencier s\u2019insurge et contre l\u2019idée et contre la pratique, parce que, dit-il, « dans la majorité des cas, l\u2019organisme est impuissant à se remettre de cet assaut ».Aussi, constatant que l\u2019insanité survient très souvent alors que les pouvoirs s\u2019abaissant, l\u2019irritabilité « s\u2019élève », il suggère plutôt les deux moyens suivants : d\u2019abord, durant le jour, brandy à hautes doses, et, la nuit, morphine à hautes doses aussi ; histoire de soutenir ce qui s\u2019abaissait et d\u2019abaisser ce qui se soulevait.Mais, un bien bon moyen «de soulager les symptômes mentaux », sans avoir recours à cette exécrable saignée et si l\u2019on croit qu\u2019une légère soustraction sanguine est indiquée, consiste dans l\u2019action à distance et la dérivation ; observe-t-on une congestion des organes (l\u2019auteur ne mentionne pas lesquels, mais insiste tout de même sur le foie) on n\u2019a Février 1952 Lava\u2026 MépicaL 277 qu'à appliquer des sangsues (eh oui! leeches) .à l\u2019anus et le patient s\u2019en trouve bien.Et, « si c\u2019est nécessaire », on « peut » après cela, le mettre dans un bain chaud !.Tableau !.La grande erreur, donc, en thérapeutique était « de permettre aux pouvoirs de sombrer » ; ce pouvoir doit être soutenu, mais l\u2019excitation vaincue (pas une seule fois ne rencontrons-nous le mot exhaustion, bien qu'il soit évident que c\u2019est là ce que l\u2019auteur veut faire entendre).Le but du traitement sera donc de « calmer l\u2019action et non pas de diminuer les pouvoirs » ; si on saigne le malade, il en résultera, « soit la stupeur, soit le coma, ou encore une manie confirmée ».Pour ne pas tomber dans cette erreur fatale au malade, on administre les hypnotiques de la façon suivante : d\u2019abord, et en premier lieu, l\u2019omniprésent opium, mais à « pleine dose », c\u2019est-à-dire un ou deux grains ; jusqu\u2019à quel point peut-on augmenter la dose est chose difficile à établir, mais on peut considérer que de deux à cinq grains en une fois serait le maximum tolérable pour une forte constitution.Cependant, après cette mise au point, M.Williams avoue qu\u2019il a eu un malade qui prenait trois grands verres à vin de laudanum par jour, « des mois durant », et il rapporte le cas de Pinel qui, en une seule dose, avait pris impunément 120 grains d\u2019opium.En tout cas, important était de ne pas y aller de main morte.En effet Burrows administrait de trois a cing grains répétés toutes les deux ou trois heures, ce que Williams croit moins osé que la dose dite régulière de quinze grains en deux prises.Il ajoute cependant « qu\u2019il est sage » de donner la seconde dose moins forte que la première (ce qu\u2019il fait en l\u2019associant avec le calomel, le camphre, le tartre émétique, le laudanum ou la digitale).Et l\u2019auteur répète : « Il est bon de se souvenir que lorsque l\u2019opium est indiqué dans l\u2019insanité, les doses doivent être fortes ».Mais c\u2019est surtout dans les cas de folie avec ou par intoxication que l\u2019on doit s\u2019en souvenir (1dée précurseur du traitement similia similitus, je suppose).Oui, on peut voir survenir de la « sécheresse des glandes », de « l\u2019hyposécrétion des organes » et des « vomissements continuels » ; dans ce dernier cas, on l\u2019administre dans une potion effervescente.Mais on peut aussi le donner sous forme de lavement.Et M.Williams s\u2019étonne de ce que l\u2019école française, qui, dit-il, « emploie le lavement beaucoup 278 Lavar.MépicauL Février 1952 plus que nous », soit totalement opposée au lavement opiacé qui, dit-il, le rend « plus doux ».Est-il impossible de l\u2019administrer par la bouche ou de l\u2019introduire par l'anus, vous n\u2019avez qu\u2019à faire des frictions sur l\u2019abdomen avec quatre cuillers à thé de laudanum, selon les données de Chiarragi, de Florence, et de White et Hill, d\u2019Angleterre.Et même, en certains cas, il sera nécessaire de frotter le cuir chevelu avec un liniment contenant de la morphine, de la belladone, du vératrix et ou de l\u2019aconitine.Mais, si le malade ne peut tolérer cette médication (6 surprise, peut-être !), on aborde alors la morphine.Après avoir établi que l\u2019hydrochlorure était de beaucoup préférable à l\u2019acétate « des temps anciens », l\u2019auteur déclare : « un autre grand avantage de la morphine, c\u2019est qu\u2019on peut en continuer l\u2019administration pendant des semaines et même des mois, sans en voir amoindrir les effets, sans avoir à augmenter les doses et sans produire de symptômes désagréables ou troublants, tandis qu\u2019alors, si on avait donné l\u2019opium, on aurait probablement vu survenir la démence ou « l\u2019idiotie ».Ici, il nous faut encore dire « que les temps sont changés » ! Un mot seulement de la digitale : le docteur Cless, de Wurtemberg, l\u2019administrait «à pleine dose » (?) à toutes les deux beures dans le delirium tremens ; l\u2019auteur nous dit que lorsque les manifestations toxiques apparaissaient, peu après survenait .la guérison.Et nous qui croyions que seul le chirurgien avait le privilège de dire que, le malade étant mort, l\u2019opération avait été réussie ! Mais, on disposait aussi de l\u2019hyosciamine et on nous apprend qu\u2019en association avec l\u2019opium « son action est plus douce et plus uniforme ».Mais à quelles doses ! Opium, camphre et hyoscine se donnaient à cing grains de chacun, toutes les quatre heures, M.Williams rapporte que Thompson « préférait une grosse dose de dix grains de chacun, répétant avec des quantités inférieures » ; mais il ajoute prudemment qu\u2019en cas de dose trop élevée «cela peut causer la stupeur, le vertige, les convulsions et même le coma ».Précaution importante : le mélange ici ne doit pas être donné en lavement, car « plusieurs cas fatals ont été le résultat de cette indiscrétion ». Février 1952 Lavar MÉDicaL 279 Et puis, la belladone.Mais, ici, plusieurs objections, car si la drogue peut procurer le sommeil, le réveil consécutif s\u2019accompagne « de violence plus grande » que celle pour laquelle on l\u2019avait admmistrée.La voie d\u2019introduction, cette fois, est « endermique ».On se demande avec perplexité comment se comportaient les malades soumis à ces assauts thérapeutiques.Une observation détaillée rapportée par M.Flood, de Leeds, l\u2019illustre jusqu\u2019à un certain point d\u2019une façon apparemment heureuse et vaut la peine d\u2019être résumée.Un publican (cette homonymie homographique nous surprend un peu), un tavernier donc, ivrogne avéré, fait une attaque typique, dit-on, et non la première, de delirium tremens d\u2019une qualité superbe et d\u2019une violence extrême.On rase les cheveux et on applique douze sangsues, lotions froides et « puissants purgatifs ».En huit heures, les intestins «sont vidés », mais l\u2019agitation est croissante.Morphine, deux grains avec tartre émétique, un grain, que l\u2019on augmente, à la deuxième dose, respectivement à dix grains et à huit grains et que l\u2019on administre à toutes les deux heures avec une potion contenant du sesquicarbonate d\u2019ammoniaque, de la teinture d\u2019opium (dont on augmente aussi la proportion) et une mixture camphrée ! «Le lendemain, aucune amélioration », mais, au contraire, il devient (6 surprise !) de mal en pis jusqu\u2019au septième jour (6 double surprise !), bien que « hyocine, opium et morphine sous toutes leurs formes, accompagnés de digitale, d\u2019antimoine et de son stimulant babituel, » et aux doses plus haut cités, aient été régulièrement et avec grand zèle administrés ; il devint ungovernable ! Or, le huitième jour, on déclencha la blitzkrieg.Purgation drastique par huile de ricin et provocation d\u2019une énorme phlyctène iInterscapulaire.On enlève la peau et on applique directement sur ce sous-derme dénudé « trois pouces par deux » un « extrait pur de belladone ».«La douleur fut intense » mais « l\u2019agitation se calma ».En cinq minutes, apparurent des mouvements convulsifs de la face et des membres supérieurs, « une apparence d\u2019intoxication », une mydriase consécutive à un myosis et, enfin, Ja somnolence.Au bout de neuf minutes (bien comptées), on enlève la belladone et le malade est dans «un profond sommeil » qui se prolonge sept heures durant.Le pouls, dit-on, tient le coup.Il s\u2019éveille paisible, mais « devient bientôt très agité ».Au dixième jour 280 Lavar MÉDicaL Février 1952 (encore de ce monde), on note qu\u2019il demeure insomnique et agité, que l\u2019opium n\u2019a plus d\u2019effet, et que, de plus, il semble « sombrer à cause de cette hyperactivité prolongée ».Nouvelle phiyctène, plus haut située que la première, nouvelle application de belladone, sommeil au bout de vingt-six minutes, de quatre heures et demie de durée, éveil très calme, pouls à 70, nuit paisible, bien que sans sommeil, « et, après cela, il entra progressivement en convalescence ».Et voilà.N\u2019aimerions- nous pas apprendre la taille et le poids de ce gaillard de trente-six ans qui en revint, tout de même, et de loin, pour préparer peut-être sa prochaine crise.Et c\u2019est là comment un malade a réagi.M.Williams ajoute que «l\u2019insanité est quelque peu périodique » et que les malades bénéficient dans ces cas du sesquichlorure ferreux, du zinc, du cuivre, de l\u2019arsenic (« qui altère la sensibilité du cerveau ») et, enfin, de la quinine, qu\u2019il administre à la mode de Barbier, de l\u2019Hôtel- Dieu d\u2019Amiens, soit en cinq grains et demi au coucher, « mais pour peu de temps ».Et pas de douches, déclare l\u2019auteur, «à moins de nécessité impérieuse » ; le sac de glace sur la tête étant de beaucoup supérieur dans ses effets.L\u2019article se termine par ces mots : le but du traitement «is to keep the head cool, not to make it suddenly cold », et les doses de ces « précieux médicaments » doivent être « judicieusement » déterminées.Ici, deux commentaires semblent s\u2019imposer.A prime abord, on peut s\u2019étonner de l\u2019énormité et de la fréquence des doses médicamenteuses administrées.Mais, s\u2019il est vrai que les chiffres soient élevés, 1l ne faut cependant pas perdre de vue la qualité thérapeutique des agents en cause.Les préparations pharmaceutiques de l\u2019opium ou de ses dérivés étaient bien loin d\u2019atteindre alors le degré de pureté que nous leur connaissons maintenant et une forte proportion de leurs composants ne consistait qu\u2019en matières à peu près inactives.Et c\u2019est par un quotient assez élevé que nous devons diviser la quantité globale du produit pour nous imaginer la dose réelle et active des alcaloïdes aussi emprisonnés dans la masse.Cependant, convenons-en, même en tenant compte de la qualité, la quantité ne manque pas d\u2019impressionner et les malades devaient être de rudes et solides gaillards pour tolérer le tout. Février 1952 Lavar MÉDICAL 281 Puis, il y a peut-être lieu de se demander s1 ces phlyctènes, enduites « d\u2019extrait pur de belladone », n\u2019équivalaient pas très rapidement, avec leur « pus louable » que nous avons peine à ne pas voir apparaître, à d\u2019énormes abcès superficiels de « quasi-fixation ».Peut-être, en plus de l\u2019effet hautement sédatif de la belladone, était-ce là partie de leur mode d\u2019action.En tout cas, la technique ne manquait pas d\u2019héroïcité, d\u2019une part, et devait, d\u2019autre part, être accompagnée, tout au moins dans les premiers moments, de réactions assez violentes.Si la lecture de ce premier article nous réservait quelque étonnement, c\u2019est avec une réelle surprise, mais d\u2019un caractère tout à fait différent, que nous parcourerons maintenant une leçon clinique donnée par C.J.B.Williams, f.r.s.publiée, d\u2019abord, dans le Medical Gazette et reproduite en très grande partie dans la même livraison que l\u2019article précédemment étudié.Cette fois, il s\u2019agit de l\u2019épilepsie et le distingué professeur en attribue la cause à un trouble sanguin et circulatoire et, pour résumer, considère qu\u2019un seul traitement est vraiment efficace \u2014 «il n\u2019en existe pas de plus utile », dit-il \u2014 et c\u2019est la teinture de muriate de fer.Ici, tout en se demandant jusqu\u2019à quel point cessaient ou s\u2019espaçaient les convulsions, on peut tout de même respirer un peu plus à l\u2019aise.L'auteur mérite certes notre respect quand 1l dit que la cause déclenchante des convulsions paraît, pour lui, résider surtout dans les variations brusques de la tension et du débit circulatoires.Et, partant de la constatation que tout phénomène convulsif voit une hyperactivité motrice succéder une perte de conscience, 1l en conclut qu\u2019à la faveur, soit d\u2019une émotion forte ou d\u2019un surmenage (gastrique ou physique) le sang se retire du cerveau (siège de la conscience) pour, au contraire, amener une congestion de la moelle épinière (qu\u2019il dit siège de la motricité).Si la vision primitive est lumineuse, l\u2019explication consécutive est plus sujette à sourire, en notre temps de « localisation ».Comme 1l y a loin du penser d\u2019alors à l\u2019Homunculus de 1949 ! Il n\u2019est pas possible, dans le cadre de cette étude, d\u2019analyser plus en détail tous les points très subtils que cet auteur avait observés au cours des crises convulsives, phénomène plutôt neurologique que mental ; 282 LavAaL MÉDicAL Février 1952 mais son interprétation hématologique et cardiaque du mécanisme physiopathologique n\u2019est pas sans nous laisser songeur.Quand à l\u2019emploi de la teinture de muriate de fer sur lequel il insistait tant, c\u2019est qu\u2019il reconnaissait à l\u2019état d\u2019anémie coexistant une importance primordiale dans la genèse de l\u2019irrégularité du débit circulatoire.Et il concluait que ce médicament surtout et quelques autres « améliorent le tonus de l\u2019organisme, la condition de la circulation générale et rendent plus effective l\u2019action cardiaque ».(A peine vingt-cinq années plus tard, Legrand du Saulle faisait part des extraordinaires résultats qu\u2019il obtenait à Bicêtre dans le traitement de l\u2019épilepsie par le bromure de potassium, dans des communications à la Gazette des Hôpitaux, en février 1872.) Or, pendant ce même temps, Corrigan, qui pratiquait et enseignait la médecine au Withwork and Hardwick Hospital, informait ses auditeurs que le delirium tremens pouvait reconnaître trois groupes cliniques ; qu\u2019en fait de traitement, le moins on faisait, le mieux on faisait (« tout en sauvant les apparences ») ; que l\u2019on ne devait à peu près jamais administrer l\u2019opium et, enfin, que la saignée était « quelque fois indiquée ».En somme, très faibles et rares doses d\u2019opium, air frais, demi- obscurité, « encouragements », « faire aussi peu que possible » et « laisser faire la nature ».Introduction ou insistance sur la psychothérapie avec, comme politique de fond, le « laisser faire, laisser aller » qui, jusqu\u2019à un certain point et pendant un certain temps, à si bien profité à certain peuple.C\u2019était aussi le temps où l\u2019humanisme et la philanthropie de Pinel, mort en 1826, avaient fait remplacer la violence et la crainte d\u2019autrefois par la douceur et l\u2019attention auprès des malades de l\u2019esprit.C\u2019était le temps où rageait, en France et en Allemagne, [a querelle ou plutôt les discussions entre « matérialistes » et « spiritualistes », tous apparemment beaucoup plus occupés à observer comment les choses se passaient qu\u2019à trouver comment les guérir, et le dilemne cartésien « ou c\u2019est physique ou c\u2019est psychique » voyait dans ces deux clans opposés autant de grands esprits pour le blanc que pour le noir.Mais, c\u2019était aussi le temps où les écrits de Gall (publiés à Paris en 1819 et 1822) étaient de plus en plus répandus, en quatre langues, Février 1952 Lavar MÉDICAL 283 allemand, anglais et italien, en plus de l\u2019édition française originale, et faisaient grande impression.Dans le tome second sur Les fonctions du cerveau on relève le passage suivant: «.On lui ordonna les médi- camens que les médecins et les dames appellent des calmans ; le mal de tête augmenta tellement, que bientôt 1l devint furieux, avec un abattement total et une raideur universelle » (semble un peu paradoxal, mais, enfin .) « Là, vous auriez vu le zèle de cinq médecins à lui couler dans la bouche du vin, des teintures, de l\u2019éther, à le frictionner avec du camphre, et ce qu\u2019il y a de plus volatil et spiritueux, administrer les lavements irritants, etc.» «.En m\u2019enallant, je priai ces messieurs d\u2019avoir la bonté de m\u2019inviter le lendemain pour l\u2019ouverture du cadavre.Il serait difficile de calculer le mal que les notions défectueuses de diverses espèces de faiblesses, et le mot calmans, font encore tous les jours !'» Tot capita.Et, que se passait-il en notre pays durant cette même période et jusqu\u2019à quel point se préoccupait-on des maladies de l\u2019esprit « et de leur traitement »?En 1835, la ville de Saint-Jean, au Nouveau-Bruns- wick, voyait le premier asile d\u2019aliénés ouvrir ses portes.En 1841, Ontario imitait le geste.Dans le Bas-Canada, les membres du parlement tergiversaient depuis près de cinquante années en discussion et disputes de caractère beaucoup plus politico-économiques qu\u2019humanitaires.Les enquêtes succédaient aux enquêtes et les recommandations restaient lettre morte ou inopérantes.De la fameuse enquête Metcalfe et de la visite de Dorothy Dix à Québec résulta finalement l\u2019ouverture de l\u2019Asile provisoire de Beauport dans lequel les premiers malades furent admis le 15 septembre 1845.Le temps des loges, des cabanons et des prisons était révolu et l\u2019humanisme prévalait.Il est permis de présumer que les méthodes thérapeutiques employées avant cette époque seraient cause de bien des étonnements de notre part.Mais, il ne faudrait pas en conclure que la profession médicale locale se désintéressait de la question, bien au contraire.Les études sur les « diathèses » et les « tempéramens » se succédaient dans le Journal de médecine de Québec (1826 et 1827).On suivait attentivement les discussions de Villarmay (qui plaçait la cause de l\u2019hypochondrie dans l\u2019abdomen) contre Georget 284 Lavar.MÉDicacL Février 195?et Falret (qui, eux, au contraire, en faisaient une affection cérébrale).C.-N.Perreault rapportait le cas d\u2019une agitation psycho-motrice qu\u2019il avait guéri en retirant de l\u2019oreille «un ver long d\u2019environ cinq pouces et demi et de grosseur proportionnée », ne s\u2019arrêtant pas, au sujet de ce ver, à considérer « comment 1l est parvenu, ou s\u2019il s\u2019y est développé spontanément » .Ce même Perreault présentait à la Société médicale de Québec un travail sur « la manie » ; John Rawley et James Douglas offrait chacun le leur, à un an d\u2019intervalle : On Delirium Tremens.Et, on traitait les attaques d\u2019épilepsie avec l\u2019onguent de tartre émétique que l\u2019on devait « frotter sur la partie supérieure du bras » ., l\u2019huile de croton administrée à tous les deux matins (Dieu sait pendant combien longtemps) et des pilules à base d\u2019opium, mais cette fois, en fractions de grains.Quant aux délires aigus, Frs Blanchet les traitait surtout au moyen des douches, espérant ainsi « débarrasser subitement le système de l\u2019accumulation du fluide électrique qui a lieu dans les fièvres », car, écrivait-il, © si, comme le suppose Sir Humphrey Davy, Berzelin et leurs disciples, feu, chaleur et électricité sont la même chose, mon avancé actuel devient très probable ».Ce qui ne l\u2019empéchait pas de pratiquer des saignées abondantes, mais, répétait-il, «les douches agissent comme par enchantement ».De tout cela, que penser ?D\u2019abord, à mon avis, Je croirais que tout dépend des trois états d\u2019esprit accompagnant les trois Ages du médecin : la superbe assurance du début, le doute non moins profond de l\u2019âge mûr et, enfin, le quasi-fatalisme de l\u2019expérience.Selon que nous traversons l\u2019une ou l\u2019autre de ces périodes, nos jugements sont différents.Il paraît surtout important qu\u2019ils ne soient pas intransigeants, trop de facteurs nous échappent partout, chez tous et toujours.Mais, surtout, quelles que soient les surprises que nous réservent les lectures de ce genre, un grand point doit toujours en ressortir et ce point, de quelque couleur qu\u2019il soit, en est toujours un de lumière (la lumière noire n\u2019existe-t-elle pas ?).C\u2019est que, si empremtes d\u2019empirisme que nous paraissent certaines techniques, si fausses que puissent nous sembler, à distance, certaines notions, le médecin de tout temps et de partout maintient toujours l\u2019effort pour essayer de comprendre les phénomènes qu\u2019il constate en vue d\u2019aider « à mieux » l\u2019humanité souffran- Février 1952 [LAavar MÉDICAL 285 te en la « soulageant souvent, la guérissant quelquefois et la consolant toujours », nous l\u2019espérons.10.11.BIBLIOGRAPHIE .WiLLiawms, J., Esq., A treatment of insanity and nervous excitement, The British American Journal of Medical Science, 2 ; (novembre) 1846.Wirriams, C.J.B., F.R.S., On epilepsy, The British American Journal of Medical Science, 2 ; (novembre) 1846.CorriGaN, docteur, Delirrum Tremens, The British American Journal of Medical Science, 2 ; (novembre) 1846.Gaz, F., Sur l\u2019origine des qualités morales et des facultés intellectuelles de l\u2019homme, etc., Boucher, éditeur à Paris, 1822, tome second.Er, Henri, Études psychiatriques, Desclée de Brouwer, Paris, 1948.LAIGNEL-LAVASTINE, Les maladies de l\u2019esprit et leurs médecins, 1930.MACDERMOTT, H.E., Correspondance personnelle, 1951.MARTIN, C.-A., Le premier demi-siècle de la psychiatrie à Québec, Laval médical, 12 : 710, (septembre) 1947.GAUTHIER, C.-A , Histoire de la Société médicale de Québec, Laval médical, 8 : 62, (janvier) 1943.LEBLOND, Sylvio, History of the Hôtel-Dieu de Québec, Can.Med.Ass.Journal, 60, 75, 1949.LesLonp, Sylvio, L\u2019Hôpital de la Marine de Québec, Bulletin de l\u2019Association des médecins de langue française du Canada, 80 : (mai) 1951. ANALYSES J.B.FIRSTBROOK.Recent research on atherosclerosis.(Dernières nouveautés dans l\u2019athérosclérose.) Brit.M.J., 4724 : 133- 138, 1951.Dans l\u2019hémisphère septentrional, l\u2019athérosclérose est la maladie qui cause possiblement le plus grand nombre de morts.J.B.Firstbrook croit que, d\u2019après les protocoles d\u2019autopsies, l\u2019athérosclérose peut être rendue responsable d\u2019environ 95 pour cent des décès par maladie des coronaires, d\u2019environ 50 pour cent des décès par diabète et de 50 pour cent des décès dans les maladies des vaisseaux cérébraux.On rencontre peu d\u2019athérosclérose chez les sujets de vingt-cinq ans, mais 1l y en a beaucoup à l\u2019âge de cinquante ans.Hypercholestérolémie.Malgré les apparences, on n\u2019a encore aucune preuve pour démontrer que le cholestérol alimentaire est impliqué dans l\u2019athérosclérose humaine.I! paraît raisonnable de restreindre le cholestérol, mais la restriction est variable avec les individus : les lapins, par exemple, peuvent tolérer de grandes quantités de cholestérol alimentaire avant de faire de l\u2019hypercholestérolémie.Le fait que le degré de l\u2019athérosclérose ne soit pas toujours proportionnel au degré et à la durée de l\u2019hypercholestérolémie suggère l\u2019idée que l\u2019état physique du cholestérol du plasma peut être plus important que sa quantité absolue ou sa concentration.Après quarante ans, environ la moitié des personnes en santé possèdent dans leur sérum des molécules géantes d\u2019hypoprotéine ; les réactions sont variables suivant les individus.On trouve de ces molécules géantes dans 90 pour cent des infarctus du myocarde.La concentration sanguine en est habituellement élevée dans les coronarites, le diabète, l\u2019hypothyroïdisme, la cholémie familiale, les néphroses et l\u2019hypertension.Chez les myxædémateux, on doit s\u2019attendre à ce que la correction du trouble thyroïdien arrête les progrès de l\u2019athérosclérose.On doit, cependant, être prudent dans l\u2019administration de thyroïde desséchée dans les cas de maladies coronaires.L\u2019on connaît depuis longtemps la fréquence des complications athérosclérotiques mortelles chez les obèses.L\u2019autopsie a révélé chez Février 1952 Lavar.MÉDICAL 287 1,300 personnes âgées de trente-cinq ans et plus que l\u2019athérosclérose était dix fois plus fréquente chez les obèses que parmi tout autre groupe d\u2019individus.Il paraît éminemment désirable de corriger l\u2019obésité quand on veut contrôler l\u2019athérosclérose.L\u2019on connaît bien l\u2019heureuse influence des régimes maigres.Dans l\u2019hypertension, l\u2019athérosclérose grave est deux fois plus fréquente que chez les sujets non hypertendus du même âge, du même sexe et du même poids Pierre JOBIN.M.JANBON, L.BERTRAND, J.SALVAING et R.LABAUGE.Le traitement hormono-salicylé de la maladie de Bouillaud.(Cortisone starter, Salicvlate relais.) La Presse médicale, 65 : 1344, (17 octobre) 1951.La cortisone et l\u2019ACTH possèdent une efficacité certaine sur les signes généraux, les phénomènes articulaires et les localisations séreuses au cours du rhumatisme articulaire aigu.Leur action sur la cardite rhumatismale en particulier, sur l\u2019endocardite est moins bien connue.Il semble assez bien établi que l\u2019action du salicylate de soude dans le rhumatisme articulaire aigu soit à peu près identique, du moins qualitativement, à celle de la cortisone et de l'ACTH.Le salicylate de soude se comporterait comme un stimulant de la sécrétion de l\u2019hormone hypophysaire cortico- trope.Il aurait une action analogue à celle de la cortisone sur l\u2019hyaluro- nidase qui joue un rôle important dans la génèse de la turgescence fibrinoïde.Dans ces conditions, les auteurs ont pensé qu\u2019il serait légitime d'associer les deux agents thérapeutiques en commençant par une cure hormonale intensive et de courte durée, suivie d\u2019une cure salicylée dont l\u2019importance et la durée dépendront des résultats obtenus.Cette méthode de traitement permet d\u2019éviter la période de tâtonnements au début de la cure salicylée.Les malades n\u2019étant pas également sensibles au salicylate, on en arrive ainsi à diminuer grandement les risques d\u2019intoxication salicylée chez les malades particulièrement susceptibles.De plus, cette méthode de traitement employée dans une maladie où il importe d\u2019aller vite se comporte comme un excellent préventif contre l\u2019installation des lésions endocarditiques.Enfin, le traitement combiné élimine les risques toujours assez grands d\u2019un traitement hormonal prolongé ; « la cure hormono-salicylée pallie efficacement les inconvénients de l\u2019usage exclusif de l\u2019une et l\u2019autre médication ».Les auteurs ont choisi la cortisone de préférence a ACTH, cette dernière exposant plus facilement aux accidents cedémateux dans la petite circulation.Les doses habituellement employées sont fortes et dépressives.Il s\u2019agit d\u2019un traitement d\u2019attaque (Cortisone-Starter) qui sera arrêté dès l\u2019apparition de l\u2019apyrexie, vers le troisième ou quatrième jour, Selon la gravité du cas à traiter, les doses varieront de 300 288 Lavar.MÉDICAL Février 1952 * à 400 milligrammes en quatre injections, le premier jour ; de 200 à 300 milligrammes en deux fois, le deuxième jour, et de 100 à 200 milligrammes en une fois, le troisième jour ; 1l est rare que l\u2019on doive poursuivre la cure plus de trois jours.Chez l\u2019enfant, les doses varieront selon l\u2019âge, elles seront de l\u2019ordre de 150 à 200 milligrammes, le premier jour.\u2018Dans cette méthode de traitement, le salicylate de soude reste le traitement de fond de la maladie de Bouillaud ; le point important est de savoir à quel moment doit commencer la cure salicylée.En général, la cure hormonale est suivie d\u2019une période d\u2019apyrexie qui dure de cinq à sept jours, puis la fièvre s\u2019allume de nouveau, traduisant le réveil de la maladie.Il importe de commencer la cure salicylée au cours de cette période apyrétique, même dès la fin de la cure hormonale, en employant des doses progressives.L'administration de gentisate de soude à la dose de 12 4 14 grammes par jour, en doses fractionnées, et de salicylate de soude par voie intraveineuse, à la dose de deux grammes deux fois par jour, semble avoir donné d\u2019 excellents résultats.Dans la plupart des cas, les malades ressentent une amélioration nette, dès les premières vingt-quatre heures.La courbe thermique s\u2019abaisse rapidement pour atteindre la normale en trois ou quatre jours ; les phénomènes articulaires disparaissent dans le même délai.La péri- cardite est plus résistante ; les signes de myocardite s\u2019effacent rapidement.Dans les cas où 1l existe une atteinte cardiaque et des lésions pleuro-pulmonaires avec dyspnée, cyanose, tachycardie, l\u2019amélioration est véritablement spectaculaire.Les pleurésies rhumatismales ont régressé en deux ou trois jours ; la disparition de l\u2019épanchement, quand 1l existe, est plus tardive.Ce traitement hormonal ne modifie en rien les lésions cardiaques résiduelles d\u2019une affection rhumatismale antérieure.Le traitement hormonal semble avoir une action préventive de l\u2019endocardite, s\u2019il est commencé avant le quinzième jour de l\u2019évolution de la maladie ; après le vingtième Iour, l\u2019efficacité du traitement s\u2019atténue rapidement et apparaît à peu près nulle sur les lésions endocarditiques déjà installées.Le traitement salicylé assez intense et prolongé peut donner les mêmes résultats, mais il semble bien que la cortisone posséde une action plus régulière et surtout remarquablement plus rapide.Des rechutes sont toujours à craindre si le traitement salicylé n\u2019est pas poussé avec assez de vigueur.Il importe donc de surveiller étroitement le traitement et de ne diminuer que très progressivement les doses de salicylate, quitte à cesser le traitement lorsque la sédimentation globulaire sera revenue à la normale.Des résultats obtenus, 1l semble résulter que la cure hormono-sali- cylée soit une médication qui doive être prescrite d\u2019urgence dans les cas graves.Son emploi est discuté dans les cas bénins, encore là cette méthode permet de sauver un temps précieux, en évitant l\u2019installation des lésions cardiaques.L'association cortisone-salicylate représente une méthode relativement économique qui peut être à la portée d\u2019un plus grand nombre de malades.Honoré NADEAU. CHRONIQUE, VARIÉTÉS ET NOUVELLES XXII congrès L\u2019Association des médecins de langue française et le centenaire de l\u2019Université Laval Le centenaire de la Faculté de médecine de l\u2019Université Laval coïncide, en 1952, avec le vingt-deuxième congrès de l\u2019Association des médecins de langue française du Canada.C\u2019est pourquoi les organisateurs comptent sur une assistance record.De grandes manifestations scientifiques et sociales ont lieu, cette année, à Québec, en l\u2019honneur de Laval qui a fait beaucoup pour assurer le rayonnement de la médecine française et canadienne sur notre continent.Le congrès s\u2019ouvrira mardi le 23 septembre 1952 par une journée consacrée au centenaire de la Faculté de médecine.Cependant, on n\u2019a rien épargné pour faire de ces grandes assises médicales un congrès scientifique d\u2019un intérêt pratique immédiat.II faut assurer à nos médecins un exercice éclairé de leur art et le meilleur moyen n\u2019est-il pas de leur offrir, chaque année, l\u2019occasion de renouveler leurs connaissances scientifiques et culturelles.La biologie des glandes surrénales, les maladies du thorax et la pathologie vasculaire des membres feront l\u2019objet des principales études offertes aux congressistes par quelques-unes des plus remarquables sommités médicales de France et d\u2019Amérique.Cancer de l\u2019æsophage, propriétés thérapeutiques des hormones surrénales, pathologie-vasculaire, maladie du thorax permettront à divers experts de rappeler l\u2019évolution médico- chirurgicale de la thérapeutique.Quelques études touchant l\u2019économie médicale et l\u2019histoire de la médecine fourniront à chacun l\u2019occasion de se reposer des données purement scientifiques et de s\u2019initier aux principes essentiels de la pensée médicale et de son évolution contemporaine.Il s\u2019agit, en somme, d\u2019un programme destiné aux praticiens.Tous doivent profrter de ce nouveau Congrès des médecins de langue française. 290 Lava.MÉDICAL Février 1952 Quand ils retourneront chez eux, ils auront enrichi leur intelligence, acquis de nouvelles connaissances ou, du moins, précisé certaines notions et ils emporteront en même temps un souvenir plein d\u2019admiration pour Québec et l\u2019université Laval à qui doivent tant tous ceux qui s\u2019expriment en français sur la terre d\u2019Amérique.Le docteur Émile Velter à Québec Le docteur Emile Velter, professeur d\u2019ophtalmologie à la Faculté de médecine de Paris, a passé trois jours pendant février dans les cliniques de nos divers hôpitaux québécois avec les confrères de sa spécialité ; il présenta également devant les élèves de la Faculté une communication scientifique.II était, à Québec, l\u2019invité personnel du docteur Henri Pichette qui l\u2019avait rencontré à Mexico au cours d\u2019un récent congrès.Le docteur Jean-Paul Dugal à la Société de gastro-entérologie La National Gastro-Enterological Association, lors de son récent congrès tenu à Chicago, a élu membre de sa Société notre confrère spécialiste en gastro-entérologie, le docteur Jean-Paul Dugal, assistant dans le Service de médecine de l\u2019Hôtel-Dieu, médecin du Service de santé des étudiants et chargé d\u2019un cours de pathologie médicale à la Faculté.L\u2019élection a été faite sur titres et travaux.Le docteur Dominique Gaudry au département d\u2019anatomie Le docteur Dominique Gaudry, F.r.c.s.(c), chirurgien de Chicou- timi, en préparant ses examens du Collège royal, a fréquenté le département d\u2019anatomie.Après avoir constaté les progrès survenus depuis vingt ans et l\u2019intérêt que l\u2019on portait à la recherche, 1l a souscrit un fort montant pour aider le chef du département à poursuivre ses travaux et à aider ceux qui désirent éprouver, au laboratoire, des hypothèses scientifiques nées de la clinique.Pierre JoBIN. Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire_reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 or MMA ANSE Recommandée et prescrite par le Corps Médical dans le monde entier INDICATIONS : ARTHRITISME Rhumatisme aigu, chronique Une bouteille par jour, soit : Goutte un verre à jeun, un verre à chaque Diabète arthritique repas et un verre le soir.VILIT CELEOEINO EAU MINÉRALE ALCALINE NATURELLE \u2014 PROPRIÉTÉ DE L'ÉTAT FRANÇAIS MALADIES DES VOIES URINAIRES Gravelle urique et phosphatique Une bouteille par jour comme ci-dessus.Albuminurie des goutteux et des | Une demi-bouteille par jour.soit : graveleux \u2026.Un verre à jeun.Cystites.\u2014 Néphrites Un verre une demi-heure avant | le repas du midi.Artério-sclérose au début Un verre le soir.© MÉFIEZ-VOUS DES IMITATIONS \u2014 PRESCRIVEZ « CÉLESTINS » Représentants exclusifs pour le Canada.HERDT & CHARTON, Inc.2027, avenue du Collège McGill, - Montréal, Canada.Laval Médical, Québec, février 1952 \u2014 Vol.17 = No 2 \u2014 31 (14) \u2014ALGESAL- ©BAUME
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.