Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Laval médical
Éditeur :
  • Québec :Faculté de médecine, Université Laval,1936-1971
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec
  • Successeur :
  • Vie médicale au Canada français
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Laval médical, 1954-09, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" LAVAL MÉDICAL VOL.19 N° 7 SEPTEMBRE 1954 NECROLOGIES LE PROFESSEUR J.-EDMOUR PERRON 1886-1954 La mort vient de ravir à l\u2019affection des siens, à l\u2019amitié de ses confrères, à la Faculté de médecine, à l\u2019Hôprtal du Saint-Sacrement, à la Profession, un médecin distingué, le professeur J.-Edmour Perron.La soudaimneté de sa disparition, mattendue autant que prématurée, accentue le choc et l\u2019émotion ressentis par tous ceux qui l\u2019ont connu dans les milieux universitaire, hospitalier, radiologique et social.Certes, aucun homme, si éminent soit-Il, n\u2019est irremplaçable ; la vie quotidienne et la nécrologie médicale le démontrent incessamment.Mais lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un pionnier dans une discipline médicale en plein devenir, le vide est plus vivement perçu.Ceux qui ont vu à l\u2019œuvre un ouvrier des premières heures difficiles et ingrates, comprennent mieux ce qu\u2019ils doivent à celui qui a contribué aux réalisations actuelles et préparé les progrès futurs.Aussi, convient-il de rappeler, pour l\u2019édification et le profit de ceux qui font la relève, les grandes lignes d\u2019une carrière bien remplie et les caractéristiques d\u2019une riche personnalité.Sa vie médicale réussie a été faite, comme elles le sont toutes, de travail persévérant, de succès et de déceptions, de heurts et de sympathies.Nul doute que ses collaborateurs, assistants et successeurs, tiendront de leur côté à préciser les traits biographiques et les mérites d\u2019un collègue estimé et d\u2019un patron regretté.Le docteur Perron a été foudroyé à 67 ans par une crise cardiaque ; décidément, les médeems en sont une victime favorite.Et pourtant, 882 Lavar MÉDicaL Septembre 1954 il eut pu escompter une verte vieillesse, car il fut tempérant jusqu\u2019à l\u2019abstmence, ennemi du tabac, indifférent aux efforts athlétiques, modéré en tout et d\u2019ambitions modestes.Sa mort entame une fois de plus les théories qui prétendent tout expliquer et prévoir par des chiffres, des courbes ou des statistiques, négligeant les impondérables biologiques.Perron, dont le père mourut presque centenaire, aurait même pu tabler sur ses chances héréditaires de longévité.Sa fin brutale témoigne de la valeur toute relative des diagnostics et pronostics stéréotypés.Il importe plutôt de tirer de cette vie les leçons et les exemples qu\u2019elle comporte, et de garder du confrère disparu le souvenir de qualités soulignées par d\u2019humaines imperfections.Sa probité, sa dignité professionnelle, son désintéressement, son dévouement à la cause radiologique ; son ardeur à vouloir combler l\u2019insuffisance scientifique notoire de nos étudiants, sa curiosité et son amour du progrès, sa culture étendue, sa bonhomie serviable et son origmalité : voilà ce qui, de consensus unanime, a caractérisé Perron et perpétuera sa mémoire.I naquit en 1886.Son père fut, à Saint-Charles de Bellechasse, l\u2019omnipraticien modèle et actif jusqu\u2019à l\u2019âge vénérable de 97 ans.L\u2019enfance et la jeunesse du fils furent donc témoins réceptifs de l\u2019activité paternelle ; elle devait polariser vers la médecine la destimée du jeune Perron.Après de solides études au Séminaire de Québec, 1l s\u2019inscrit en 1910 à l\u2019École de médecine : le cours venait d\u2019être porté à cinq ans.Tant au Séminaire qu\u2019à l\u2019université, Perron fut naturellement l\u2019étudiant à la fois original et sérieux, déjà piqué de la curiosité scientifique qu\u2019il cultivera toute sa vie.Docteur en médecine en 1915, 1l se livre immédiatement à l\u2019exercice de la médecine à Limoilou.Durant plusieurs années, et dans un quartier populeux, 11 acquit ce sens médical et humain né du contact direct et Intime avec le malade.La nécessité d\u2019examens cliniques complets, que n\u2019aident, \u2014 ou ne brouillent, \u2014 les résultats de laboratoire, développe le sens critique et les facultés d\u2019observation.C\u2019est sur cette base qu\u2019il appulera sa formation radiologique ultérieure ; toute sa vie, il reconnut la valeur de son expérience première, support de sa spécialisation. Septembre 1954 Lavar MÉDicaL 883 En 1925, 1l décide de devenir radiologiste ; mais pas par correspondance, disait-il, ni par procuration, ni par cours accéléré.Il part donc pour Paris, où nous l\u2019avons nous-même coudoyé, et y séjourne quatre années entières.Il y eut tout le loisir de fréquenter les centres réputés de l\u2019époque et les hommes émments de la spécialité : Regaud, Belot, Bourguignon, Maingot, Zimmern, Béclère.Il revient en 1929 prendre la direction du Service de radiologie à l\u2019Hôpital du Saint-Sacrement, nouvellement inauguré, et avec lequel il s\u2019identifia jusqu\u2019à la fin.Etre vingt-cinq ans radiologiste d\u2019un hôpital est vite dit, mais exprime bien imparfaitement la somme de travail, de problèmes et d\u2019ennuis inhérents à un Service chargé.Il y faut contenter tout le monde et le client, satisfaire à des exigences médico-chirurgicales sans cesse accrues et pas toujours proportionnellement a I\u2019exploration clinique.De son côté, l\u2019Université l\u2019appela à l\u2019enseignement et lui confia la chaire d\u2019électrologie et de radiologie médicales.Ses élèves, même s\u2019ils n\u2019ont pas toujours assimilé la théorie des quanta ou les lois de la mécanique ondulatoire, gardent le souvenir de sa conviction, de son imdulgence et de son désir de les aider.Entre temps, il participa à de nombreux mouvements scientifiques.Co-fondateur de la Société canadienne-française d\u2019électro-radiologie, \u2014 la première organisée au pays \u2014, Il fut appelé à la présidence de PACFAS.A son congrès de 1940, 1l y présenta un travail remarqué : l\u2019histoire de la Radiologie depuis Ræntgen.Il n\u2019aurait Jamais manqué un congrès international, et c\u2019est au retour du dernier qu\u2019il fut terrassé.Le professeur et radiologrste Perron a été un type au sens plein du mot.Tous ceux qui l\u2019ont approché le reconnaîtront à cette appellation, riche de sens dans sa brièveté.C\u2019est dire qu\u2019il ne fut pas un numéro de série, que sa mentalité ne pouvait être grégaire ; qu\u2019à l\u2019instar d\u2019un autre radiologiste-type, le docteur Parizeau, les cadres conformistes étaient impuissants à le contenir ; qu\u2019il partageait ses propres convictions, bien qu\u2019attentif à celles des autres.Personnel jusqu\u2019à l\u2019origmalrté, 1l lui fallait pour se déployer, une certaine latitude de vie et d\u2019activités, ou la régularité ne tenait pas nécessairement la première place.Bref, il avait tout ce qu\u2019il faut pour se créer des amitiés et des critiques ; celles-ci ne lui ont pas manqué : les arbres chargés, paraît-il, sont les seuls qu\u2019on lapide . 884 Lavar MÉDICAL Septembre 1954 Selon l\u2019expression quelquefois mal comprise, Perron était marqué par la déformation professionnelle, à laquelle du reste nul n\u2019échappe.Elle devait s\u2019y graver plus profondément qu\u2019en aucun autre.Après sa longue préparation, ses lectures spécialisées, ses contacts avec les sommités radiologiques de tous les pays, il ne pouvait en être autrement.Mais cette déformation prenait une qualité spéciale, parce que greffée sur une culture étendue.Ses conversations et ses cours étaient centrés sur sa spécialité chérie.En l\u2019écoutant, auditeurs et élèves se rappelaïient d\u2019abord l\u2019adage des années classiques : Timeo bominem unius lib .\u2026.; puis ils constataient que ce livre unique était en fait un condensé d\u2019une érudition nombreuse et variée.La physique, la chimie, la littérature, Phistoire et même la musique s\u2019y coudoyaient à l\u2019aise, et dans un beau désordre.S\u2019il sortait apparemment de son sujet, c\u2019est que son savoir supportait mal ies rênes de l\u2019ordre et de la concision .Avec le docteur Perron, disparaît un des pionniers de la radiologie canadienne-française et québécoise.Il fut à la fois témoin et artisan de ses progrès depuis vingt-cinq ans.Elle a enfin franchi la période de latence mévitable qui l\u2019a marquée au début du siècle, et durant laquelle se sont dévoués, à l\u2019âge héroïque, les Larue, Verge, Mayrand, Ahern, Frémont.Ses collègues de la Faculté, de l\u2019hôpital et de la spécialité conserveront le souvenir du médecin instruit, de \u2019humaniste un peu dilettante, du radiologiste compétent et aimablement bohéme que fut notre ami.Sous des dehors assez hermétiques, Perron cachait une vive sensibilité et un cœur d\u2019or.Quelque peu sceptique parce qu\u2019expérimenté, déférent parce que compréhensif, parfois violent parce que convaincu, 1l a mis sans compter au service de l\u2019université et de l\u2019hôpital son savoir, son dévouement, ses qualités et même ses imperfections.L'hôpital où 1l s\u2019est dépensé pendant un quart de siècle, ses assistants et successeurs ne manqueront pas de mettre l\u2019accent sur son travail et ses mérites, à peme soulignés dans cette brève esquisse.Sa fidèle compagne sait encore mieux que nous toute la gamme de ses qualités intimes.Qu\u2019elle veuille croire à notre sympathie émue pour la disparition d\u2019un ami cher, d\u2019un confrère apprécié, d\u2019un époux attentif et dévoué dont seul le cœur d\u2019une épouse pourrait faire l\u2019éloge adéquat.A.-R.Porvin LE DOCTEUR ANTOINE POULIOT 1903-1954 Mesdames, Chers Confrères |, Croyez-bien que j'apprécie hautement la délicatesse des autorités médicales de l\u2019Hôpital qui, par l\u2019entremise du président du Bureau médical, m\u2019ont demandé de vous remémorer le souvenir de notre confrère disparu le docteur Antoine Pouliot.Vous comprendrez que ce n\u2019est pas sans une vive émotion que je vous entretiendrai de celui qui fut un ami sincère pendant vingt-cinq ans.Après un brillant cours classique au Séminaire de Chicoutimy, il entrait à la Faculté de médecine de Laval en septembre 1923 et, cing ans plus tard, soit en juin 1928, il obtenait son doctorat, le premier de sa promotion, avec la note summa cum laude.La même année, il se destimait à l\u2019orthopédie et devenait le premier assistant du docteur J.-E.Samson avec lequel 1l devait demeurer trois années.Suivant les conseils de ce dernier, 1l alla se perfectionner au New York Post Graduate Medical School and Hospital en 1929.Le départ du docteur Samson pour Montréal en 1931, lui donna l\u2019opportunité de devenir chargé du Service d\u2019orthopédie jusqu\u2019en 1943, alors qu\u2019il en devenait le chef attitré.Très actif, au fait de sa spécialité et habile technicien, il fit rapidement évoluer son Service tant par la qualité que par la quantité des malades qui y sont passés.I.Hommage à la mémoire du docteur Pouliot, présenté devant le Bureau médical de l\u2019Hôpital de PEnfant-Jésus le 16 juillet 1954. 886 LavaL\u2026 MÉDicaL Septembre 1954 Le travail médical quotidien ne l\u2019a pas empêché de s\u2019occuper des choses paramédicales de son hôpital, car 1l l\u2019aimait bien et voulait le voir progresser sans cesse.D\u2019un caractère sérieux, réfléchi, honnête, franc, simcère, méme jovial, il se fit rapidement remarquer de ses supérieurs et de ses confrères qui lui confièrent des postes de commande à lourdes responsabilités : présidence du Conseil médical et de l\u2019Exécutif, membre du Comité conjoint, etc.Vous savez avec quelle dextérité et quel doigté 1l a rempli les mandats qu\u2019on lui a confiés.En 1946, 1l recevait son diplôme de Spécialiste en orthopédie du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et en 1951 celui du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec.Lors de l\u2019entrée de l\u2019hôpital dans le giron universitaire en 1947, il fut nommé professeur agrégé et par la suite, malgré ce surcroît de travail, il fit honneur sans s\u2019esquiver à de nouvelles charges.Au cours de sa courte mais féconde carrière il a publié plusieurs communications et travaux scientifiques d\u2019importance dont voici les principaux : 1° «Anesthésie par refrigération » (Union médicale du Canada) ; 2° «Un film sur l\u2019anesthésie par réfrigération ), présenté au Congrès des médecins de langue française, Juin 1946 ; 3° «Traumatismes articulaires », présentés à la Semaine du praticien à l\u2019Hôpital (1950) ; 4° « Fistules artério-veineuses congénitales et acquises» (Union médicale du Canada), 1951 ; 5° «Formes graves de fragilité essentielle des os » (Laval médical) ; 6° « A propos de trois cas de dysplasie fibreuse de l\u2019os» (Laval médical).Il était membre de nombreuses sociétés médicales, entre autres : La Société médicale des Hôpitaux universitaires ; La Société médicale de Québec ; L'Association médicale des médecins de langue française du Canada ; L\u2019Association médicale canadienne ; Septembre 1954 Lavar MéDicAL 887 L\u2019Association provinciale d\u2019orthopédie et de traumatologie, dont 1l fut le premier président en 1949 ; L\u2019Association canadienne d\u2019orthopédie et de traumatologie ; La Société internationale d\u2019orthopédie et de traumatologie ; Fellow de I\u2019 International Academy of Medicine (1944).Il est disparu trop tôt ; trop tôt pour son Service, son hôpital, ses amis et surtout pour sa famille.À cinquante ans, il était déjà un patron averti, un conseiller recherché, un père de famille dans toute l\u2019acceptation du mot et un ami vrai de tous les jours.Les dessins de la Providence sont msondables et sa Volonté indiscutable.Que son épouse et ses trois enfants acceptent nos vives condoléances et sachent ce que l\u2019Hôprtal de l\u2019Enfant-Jésus et son corps médical ont ressenti de ce départ précoce.Sur sa tombe encore fraiche je laisse planer le souvenir de notre amitié.Maurice BEAUDRY LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HÔPITAUX UNIVERSITAIRES Ordo des séances pour l\u2019année 1954-1955 1954 10 septembre : Hôtel-Dieu Saint-Vallier de Chicoutimi.24 septembre : Hôtel-Dieu de Québec.8octobre =: Clinique Roy-Rousseau.22 octobre : Hôpital du Saint-Sacrement.5 novembre : Hôpital Laval.19 novembre : Hôpital Sainte-Foy.3 décembre : Séance spéciale, à l\u2019endroit indiqué lors de la convocation.17 décembre : Hôpital de l\u2019Enfant-Jésus.1955 14 janvier ASSEMBLÉE GÉNÉRALE (Faculté de médecine).21 janvier : Hôtel-Dieu de Québec.4 février : Clinique Roy-Rousseau.18 février : Hôpital du Saint-Sacrement.4 mars : Hôpital Samnte-Foy.18 mars : Crèche Saint-Vincent-de-Paul.1\u20ac\" avril : Hopital Laval.15 avril : Hôpital de l\u2019Enfant-Jésus. COMMUNICATIONS TROUBLES DU COMPORTEMENT CHEZ L\u2019ENFANT : CORRÉLATIONS CLINIQUES ET ÉLECTROENCÉPHALOGRAPHIQUES (Étude de vingt cas) * par Jean DELAGE Assistant universitaire à la Clinique Rov-Rousseau chef du Service psychiatrique au Centre médico-social pour enfants t I est maintenant admis par la plupart des auteurs (2, 3, 4, 10 et 11) qu\u2019environ 65 à 70 pour cent des enfants présentant des troubles sérieux du comportement ont des tracés électrocéphalographiques perturbés, alors que ces anormalités ne se retrouvent que dans 16 pour cent environ d\u2019un groupe d\u2019enfants normaux (2) ; certains auteurs trouvent Jusqu\u2019à * Présenté à la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec le 5 février 1954.t Tous nos cas sont des patients du Centre médico-social pour enfants, inc.Nous tenons à remercier tout le personnel du Centre, et particulièrement son directeur médical, le docteur Alphonse Pelletier, pour la coopération et l\u2019esprit d\u2019équipe qui ont rendu ce travail possible.Nos remerciements vont aussi au docteur Charles-A.Martin qui, en plus d\u2019avoir fait l\u2019étude et l\u2019interprétation de tous les tracés, a grandement facilité notre travail par ses conseils judicieux. 890 LavAL MÉDICAL Septembre 1954 90 pour cent de tracés anormaux chez les enfants caractériels (11).Il s\u2019agit surtout d\u2019enfants coléreux, instables, désobéissants, etc.Afin de ne garder pour notre étude que les troubles primitifs du comportement, nous avons éliminé tous les cas où, cliniquement, nous trouvions : \u2014 de vraies crises convulsives ou leur équivalent (grand ou petit mal, absences, équivalents psycho-moteurs ou psychiques, etc.) ; \u2014 des signes neurologiques ; \u2014 une encéphalopathie mfantile, avec ou sans séquelles neurologiques ; \u2014 une grande arriération mentale.Parmi les cas de troubles primitifs du comportement, nous n\u2019avons pas pris tous les enfants présentant des troubles marqués du caractère ; n\u2019ont été retenus pour notre étude que les enfants présentant les troubles suivants : \u2014 colères subites, violentes, clastiques, impulsives : cette notion de « colère explosive », d\u2019irritabilité excessive, était exigée dans chaque cas et constituait la note dominante dans le comportement de ces vingt cas ; \u2014 somnambulisme, cauchemars, instabilité psycho-motrice, tics et quelques autres traits, quand ils existaient sur un fond d\u2019irritabilité chronique (« coléreux d\u2019habitude »).L\u2019importance des altéracions que nous avons trouvées dans nos vingt cas nous semble due à cette rigueur dans le choix des sujets.DEsCRIPTION CLINIQUE DES TROUBLES Les crises de colère ont constitué le symptôme essentiel que nous exigions dans l\u2019histoire clinique de l\u2019enfant.Précisons toutefois ce que nous entendons par « crises de colère » : il est normal pour tout enfant de se fâcher de temps à autre ; nous n\u2019avons considéré que la colère vraiment morbide, explosive, impulsive, clastique, immotivée ou éclatant pour un motif futile et se répétant très fréquemment.Ces colères sont souvent « aveugles », l\u2019enfant ne se rendant qu\u2019imparfaitement compte de ce qu\u2019il fait ; il y a parfois amnésie partielle, mais Jamais Septembre 1954 LavaL MEpicAL 891 amnésie totale.Pendant ces crises, l\u2019enfant semble inaccessible et incontrôlable ; fréquemment aussi, 1l faut que la crise se déroule jusqu\u2019au bout, complètement, comme une crise comitiale, et, par la suite, l\u2019enfant épuisé sent le besoin de dormir.Dans nos vingt cas, ces colères constituaient le motif principal de la consultation.Voici, dans les termes mêmes des parents, quelques exemples caractéristiques : \u2014 (il a toujours été coléreux ; à la moindre provocation, il menace et frappe ; il ne contrôle pas ses crises et ses gestes ; 1l est très fatigué, après » ; \u2014 «il se pAme, menace, frappe, crie presque jusqu\u2019à perdre connaissance » ; \u2014 (il se Jette par terre, se roule, crie, cherche à briser son linge, menace de s\u2019étouffer » ; \u2014 «al lance des objets, menace de tuer » ; \u2014 - Cl crie, hurle, sans sembler savoir ce qu\u2019il dit » ; \u2014 (il fait des colères « bleues » ; dans ce temps-là, 1l perd la « carpe », brise tout, court après ses frères avec un marteau ou autre chose, essaie de se faire mal » ; \u2014 « il devient le regard fixe, la face « violette » ; 1l dit qu\u2019il se rappelle pas tout ce qu\u2019il fait ; \u2014 «dans ses colères, 1l frappe tout et tous, déchire, brise, chante, danse, pleure, s\u2019arrache les cheveux, est grossier ; il a le regard perdu ; après, il est épuisé, il dort ».Dans neuf cas, nous avons trouvé en plus une instabilité psychomotrice intense ; dans quatre cas, du somnambulisme ; dans quatre cas, des tics (figure, mains, épaules, etc.) Les troubles du sommeil, agitation surtout, étaient fréquents dans l\u2019histoire de ces enfants.Nos vingt cas se composent de seize garcons et de quatre filles.La moyenne d\u2019âge est de dix ans et demi (le plus jeune étant âgé de quatre ans et demi et le plus vieux de quinze ans et demi).Quinze des enfants sont d\u2019intelligence moyenne : leur quotient intellectuel varie entre 85 et 101 ; deux sont d\u2019intelligence moyenne supérieure : 115 et 116 ; un test d\u2019intelligence supérieure, 135, et deux sont des débiles mentaux. 892 Lavar MÉDiCAL Septembre 1954 Certains auteurs ont rapporté que les anormalités des tracés électro- encéphalographiques sont plus marquées et plus fréquentes quand on trouve une histoire familiale chargée (psychoses, inadaptation, alcoolisme chronique, épilepsie) ou une histoire personnelle de traumatisme cérébral ou de maladie infectieuse grave (9).Dans les antécédents familiaux de nos enfants, nous avons relevé de l\u2019alcoolisme chronique dans huit cas, des troubles mentaux dans cinq et de l\u2019épilepsie dans quatre cas.Ces antécédents pathologiques se répartissaient chez quatorze enfants ; six seulement avaient une hérédité apparemment normale.Dans les antécédents personnels, nous avons trouvé des faits pathologiques sérieux dans treize cas sur vingt : quatre asphyxies bleues de la naissance, un débile prématuré, un cas de dilacération par forceps après un accouchement laborieux, quatre cas de convulsions fréquentes de la petite enfance (dents, hyperthermie, etc.), deux cas de maladie infectieuse de l\u2019enfance avec atteinte encéphalitique probable (température élevée, délire, convulsions .), un cas d\u2019asphyxie accidentelle de plusieurs minutes à l\u2019âge de six ans (avalanche).Quant au milieu familial, il est toujours important dans les troubles de comportement de l\u2019enfant, quels qu\u2019ils soient.Sur vingt cas, nous avons fait les constatations suivantes : foyer inexistant ou complètement désorganisé : six cas ; mésadaptation familiale grave (rejet paternel ou maternel, surtout) : neuf cas.L\u2019importance des facteurs familiaux ne peut manquer de nous frapper, puisque dans quinze cas sur vingt, il existe des troubles graves du milieu familial.Nous verrons plus loin que cette notion s\u2019intègre bien à l\u2019ensemble des faits cliniques.ÉTUDE DES TRACÉS ÉLECTRO-ENCÉPHALOGRAPHIQUES À cause de l\u2019analogie que ces « crises coléreuses » présentent avec la crise épileptique et du fait que chez l\u2019épileptique le tracé cérébral est très souvent altéré, on a recherché s\u2019il existait des anomalies typiques dans les tracés corticaux de ces enfants souvent appelés « épileptoïdes ».Quoique la majorité des chercheurs rapportent une proportion importante de tracés anormaux, les chiffres varient d\u2019une publication à l\u2019au- Septembre 1954 LavAL MÉDICAL 893 tre ; deux facteurs semblent influencer ces résultats.Premièrement, le choix des cas : dans certaines publications, tous les enfants présentant un trouble de caractère, de quelque nature qu\u2019il soit, sont soumis à l\u2019électro-encéphalogramme ; dans d\u2019autres publications, seuls les cas graves, psychopathes ou délinquants, y sont soumis ; deuxièmement, le fait que l\u2019électro-encéphalogramme de l\u2019enfant est plus difficile d\u2019interprétation que celui de l\u2019adulte ; certaines ondes, nettement patholog:- ques chez l\u2019adulte, se rencontrent parfois chez l\u2019enfant sans qu\u2019on puisse parler d\u2019anormalité.Nous reviendrons sur ce point plus loin.Pour ce qui est du premier, nous avons essayé d\u2019y remédier en choisissant des cas cliniques qui réunissaient des facteurs communs, constants et précis.Tous les tracés électro-encéphalographiques de nos enfants sont anormaux ; nous avons d\u2019ailleurs choisi à dessein des enfants caractériels dont les tracés sont altérés, afin d\u2019étudier les anomalies prédominantes.Ce qui ressort d\u2019abord de l\u2019étude de ces tracés, c\u2019est la fréquence des ondes lentes (thêta ou delta) ; elles représentent l\u2019anomalie la plus fréquente : dans nos tracés, ces ondes lentes sont constantes, en plus ou moins grande quantité, mais de façon toujours significative (selon certains auteurs, dans les tracés d\u2019enfants, la présence de dix pour cent d\u2019ondes lentes est pathologique (14) ; elles deviennent parfois le rythme dominant, ce qui est hautement pathologique.La présence des ondes lentes de façon significative dans les troubles du comportement de l\u2019enfant est signalée par tous les auteurs qui ont fait des recherches dans ce domaine.On sait que les ondes lentes (deux à sept cycles par seconde) se rencontrent fréquemment dans les maladies convulsivantes et en particulier dans l\u2019épilepsie.Elles existent dans les tracés d\u2019enfants normaux, aux premiers stages de maturation nerveuse, mais Jamais aussi nombreuses que nous les avons trouvées dans notre série, compte tenu de l\u2019âge des enfants.Ce qui est pathologique chez l\u2019enfant, c\u2019est l\u2019excès d\u2019ondes lentes de trois à six c/s (10) ou de deux à sept c/s (11) et aussi leur persistance chez l\u2019enfant plus âgé.Vers neuf ans, l\u2019enfant doit avoir un tracé à peu près superposable à celui de l\u2019adulte.La crois- (6) 894 LavaL\u2026 MÉDicaL Septembre 1954 sance et les facteurs de maturation organique et neurologique doivent Jouer un rôle très important dans ces troubles physiologiques cérébraux, car les anomalies de l\u2019électro-encéphalogramme ont tendance à diminuer avec l\u2019âge, chez les sujets anormaux comme chez les normaux (11).Bien des auteurs parlent d\u2019immaturité devant de tels tracés (figures 1 et 2).Fp-T AP heh MAAS AMAA Arma © ton 89 \\ h\u2014 O WIA AAAI Are Figure 1.\u2014 Solange L., 15 ans.Tracé normal, pour comparaison avec les tracés suivants.Figure 2.\u2014 René B., 10 ans.Ondes lentes de 3 à 5 cycles-secondes.Paroxysmes.Voltage élevé dans les paroxysmes (200 microvolts).Ces anomalies sont présentes dans tout le tracé. Septembre 1954 LavaL.MÉDICAL 895 En plus des ondes lentes, présentes en plus ou moms grande quantité dans tous les tracés, nous avons relevé des décharges paroxystiques, surtout temporales, dans cinq cas (25 pour cent des cas) ; dans deux autres cas, nous avons mis en évidence des foyers irritatifs d\u2019ondes très lentes et de pointes.Ces anomalies ont été retrouvées surtout aux régions occipitales et temporales.Dans certains cas, l\u2019hyperventilation (technique utilisée en élec- tro-encéphalographie pour favoriser l\u2019apparition d\u2019ondes pathologiques chez les épileptiques) nous a permis de faire les constatations suivantes : pl see Sh Ar 75 AA A pe detre a A \u2014 F Le-n AMAIA AAA 21777 MAN AS VA a - LET ala A Wats at AAA A Na i, PTO i ANA A enti Figure 3.\u2014 Laurent L., 914 ans.Ondes lentes de 4 cycles-seconde.Pointes et pointes-ondes dégradées (bouffées).Anomalies marquées aux régions temporales, présentes dans tout le tracé.désorganisation compléte du tracé, multiplication et accentuation des ondes lentes pathologiques, apparition de décharges paroxystiques (figures 3 et 4).Cet effet important de l\u2019hyperventilation chez les caractériels avait été particulièrement noté par Lmdsley et Cutts (14).L\u2019épilepsie sous toutes ses formes et les colères violentes et soudaines que nous avons décrites présentent au moins une analogie frappante : ce sont des décharges cérébrales paroxystiques.Il n\u2019est donc pas étonnant qu\u2019il y ait aussi analogie dans les tracés : ondes lentes, pointes, décharges paroxystiques.Le facteur cortical, révélé par l\u2019électro-encéphalogramme, n\u2019est pas nécessairement la cause du comportement anormal, tel que nous l\u2019avons 896 LavaL MÉDICAL Septembre 1954 décrit.C\u2019est un témoin qu\u2019il se passe quelque chose dans la physiologie nerveuse, mais c\u2019est un témoin important qui ajoute du poids aux facteurs héréditaires, chimiques et histologiques qui sont invoqués dans l\u2019étiologie de ces troubles caractériels et qui sont trop souvent sous- estimés.En effet, cette dysrythmie cérébrale serait souvent héréditaire (8,13) : c\u2019est la partie innée du syndrome ; quant aux lésions traumatiques, infectieuses, et aux facteurs psychologiques et sociaux, 1ls constituent la partie acquise.Po PE MMA 1sea.RTT aed aM A | F \u2014 Fv - pare Penn À / E JOSEPE B, 9 rns.\u2014 Te PV p< | T= Pe eae WA - 1% (P= Oar Wait ne Figure 4.\u2014 Joseph B., 9 ans.Hyperventilation (aprés 114 minute) : décharges d\u2019ondes lentes, aigués, irréguliéres, de localisation temporale droite.Voltage jusqu\u2019à 175 microvolts.Tracé suspect de comitialité.Tracé altéré avant l\u2019hyperventilation qui n\u2019a fait qu\u2019accentuer les anormalités.Il est sûr qu\u2019un électro-encéphalogramme anormal n\u2019indique pas nécessairement un trouble du comportement ; on rencontre des électroencéphalogrammes perturbés chez des enfants normaux et, par contre, de grands caractériels ont des tracés normaux (20).Mais nous pouvons dire avec assez d\u2019assurance, je crois, que chez l\u2019enfant normal ayant un tracé altéré, l\u2019apparition de certaines circonstances traumatisantes, psychologiques ou physiques (infectieuses, traumatiques, métaboliques) Septembre 1954 Lava.MéÉDpicaL 897 susciterait plus facilement que chez un autre enfant des troubles marqués du comportement.Que conclure de ces faits?Il a été amplement prouvé par de nombreux auteurs (et nos observations ne font qu\u2019ajouter à ce qui a déjà été écrit) qu\u2019il existe un trouble du rythme dans l\u2019activité électrique corticale de ces sujets, dysrythmie qui explique, partiellement du moins, leur tendance à « l\u2019explosion psychique », à l\u2019irritabilité chronique, à l\u2019imstabilité psycho-motrice, au somnambulisme, etc.À cause de cette activité neurale anormale, ces enfants sont, plus que d\u2019autres, instables, coléreux, agressifs, irritables.Les parents, souvent plus ou moins consciemment responsables du déclenchement des troubles, réagissent très mal à ces manifestations caractérielles, sévissent gauchement et par leur attitude rendent la situation encore plus tendue ; il s\u2019établit un cercle vicieux très difficile à briser.Le traitement médical, en rétablissant l\u2019équilibre nerveux et en réalisant la sédation de l\u2019hyperexcitabilité corticale, permet à l\u2019enfant de mieux contrôler ses réactions coléreuses ; dans les cas favorables, ces réactions diminuent de fréquence et d\u2019intensité ; la tension familiale baisse, l\u2019enfant est mieux accepté des parents et ceux-ci deviennent plus accessibles à la psychothérapie.L\u2019action combmée, psychiatrique sur l\u2019enfant et sociale sur les parents, donne de très bons résultats.Ces enfants, à cause de l\u2019irritabilité de leur système nerveux, sont moins souples pour s\u2019adapter aux difficultés de leur milieu familial et social ; il faut donc tenter une thérapeutique qui tienne compte de l\u2019enfant et du milieu avec lequel 1l entre en conflit.Dans la plupart des cas que nous rapportons, une médication antr- convulsivante (dilantin, sulfate d\u2019amphétamine, etc.) a donné des résultats très satisfaisants et parfois spectaculaires (disparition de toute manifestation coléreuse en quelques jours de traitement) ; toutefois le traitement ne peut être qu\u2019individuel et doit être entrepris, si possible, sur les plans physiologique, psychologique et familial.Nous réservons l\u2019étude de la thérapeutique à une présentation ultérieure.En résumé, nous avons présenté vingt cas d\u2019enfants coléreux et 1m- pulsifs, dont les tracés électro-encéphalographiques étalent nettement 898 Lava\u2026 MéÉpicaL Septembre 1954 anormaux.Ces tracés étaient remarquables par la grande quantité d\u2019ondes lentes, surtout, mais aussi par des décharges paroxystiques typiques des états convulsifs.Les facteurs héréditaires, acquis et sociaux, qui contribuent à expliquer le syndrome sont brièvement discutés.Discussion Le docteur Delage répond au docteur de la Broquerie Fortier qu\u2019on ne trouve pas de corrélations de l\u2019électro-encéphalogramme avec l\u2019âge mental des enfants, mais plutôt avec leur âge chronologique.Le docteur Charles-AÀ.Martin signale qu\u2019il existe encore bien des discussions sur la situation nosologique des « enfants problèmes ».À cause des divers types d\u2019anomalies électro-encéphalographiques observées, on a interprété leurs troubles comme étant des manifestations d\u2019épilepsie psychique, ou d\u2019épileptoïdie, ou encore d\u2019immaturité fonctionnelle.BIBLIOGRAPHIE 1.BAKWIN, et BakwiN, Epilepsy, J.Pediat., 39 : 776, (déc.) 1951.2.Bercez, N.A, Diagnosis and treatment of epileptic and epileptoid disorders, J.A.M.A., 149 : 1361, (août) 1952.3.BrapLEY, C., Behavior disturbances in epileptic children, J.A.M.A., 146 : 436, (juin) 1951.4.Brirr, N.Q., Seipeman, H., MonTAGUE, H., et BaLser, B.H, Electroencephalographic studies in delinquent behavior problem children, Am.J.Psychiat., 98 : 494, 1942.5.Brown, W.T., et SoLomaN, C.I., Delinquency and the electroencephalogram, Am.J.of Psychiat., 98 : 499, 1942.6.CATTELL, J.P., et PaceLLa, B.L., Electroencepphalographic and clinical study of children with primary behavior disorders, Am.J.Psychiat., 107 : 25, (juil.) 1950.7.Erkorr, L., et BErvers, C.À, The electroencephalogram in mala- justed children, Am.J.Psychiat., 104 : 194, 1947.8.GoTTLIEB, J.S., AsHBy, M.C., et KNorT, J.R., Primary behavior disorders and psychopathic personality, Arch.Neurol.& Psychiat., 56 : 281, 1946. Septembre 1954 Lava\u2026 MÉDICAL 899 9.10.11.12.13.14, 16.17.18.19.20.21.GortrLIEB, J.S., Knott, J.R,, et AsuBy, M.C., Electroencephalographic evaluation of primary behavior disorders in children, Arch.Neurol.& Psychiat., 53 : 138, 1945.Hirr, et Parr, Elecgroencephalography, MarDonald & Co.Ltd, 1950.Hunt, J.McV., Personality and the behavior disorders, vol.II, Ronald Press Co, N.-Y., 1944.KENNARD, M.A., Inheritance of electroencephalogram patterns in children with behavior disorders, Psychosom.Med., 11 : 151, (mai, juin) 1949, Knorr, J.R., PLarT, E.B., AsuBy, M.C., et GoTTLIEB, J.S., À familial evaluation of the electroencephalogram of patients with primary behavior disorder and psychopathic personality, Electro- encephalog.ér Clin.Neurophysiol., 5 : (août) 1953.LinpsLEY, D.B., et Cutts, K.K., Electroencephalograms of « constitutionally inferior » and behavior problem children, Arch.Neu- rol.¢» Psvchiat., 44 : 1199, 1940.MARCHAND, et AJURIAGUERRA, Epilepsies, Desclée, de Brouwer et Co., Paris, 1948.NYLANDER, INGVAR, et K&RrsNER, Electroencephalography and cerebral lesions : a clinical investigation on children, J.Clin.& Ex- per.Psychopath., 13 : (juil.-sept.) 1952.RoGER, CORNIL, et PAILLas, Les épilepsies, Flammarion, Paris, 1950.SEcunpA, L., et FinLey, K.H., Electroencephalographic studies on children presenting behavior disorders, Arch.Neurol.& Psychiat., 47 : 1076, 1942.SoLomon, C., et Brown, W.T., Electroencephalography m behavior problem children, Am.J.Psychiat., 101 : 51, 1944-45.SoromoN, P., Jasper, H., et BRapLEY, G., Studies on children with behavior problems, Arch.Neurol.ez Psychiat., 38 : 1350, 1937.TimmE, A.R., What has neurology to offer child guidance, Neurology (Mimneapolis), 2 : (sept., oct.) 1952. LE SERVICE D'HYGIÈNE MATERNELLE ET INFANTILE DE L\u2019UNIVERSITÉ LAVAL * par Marcel LANGLOIS et Maurice RICHARD Le Service d\u2019hygiène maternelle et infantile fut constitué en 1950, afin d\u2019augmenter les facilités de l\u2019enseignement clinique.Avant cette date, et jusqu\u2019au 12 septembre 1951, la part de l\u2019enseignement qui relevait de ce Service était limitée à la phase prénatale et obstétricale.Depuis, 11 couvre la phase postnatale pour les enfants, de la naissance à sept ans.Cette extension a été rendue nécessaire pour accroître l\u2019efficacité du Service et, aussi, pour augmenter l\u2019assiduité aux consultations prénatales et obstétricales proprement dites.Lorsque la surveillance médicale de la grossesse se prolonge et se complète par celle de l\u2019enfant, il devient plus facile, non seulement de saisir, mais aussi de mettre en relief les imnombrables facteurs d\u2019interdépendance.Cette surveillance de la grossesse perdrait beaucoup de sa valeur si l\u2019état de l\u2019enfant n\u2019était pas médicalement apprécié à sa naissance, surtout en fonction des facteurs prénataux ou obstétricaux susceptibles d\u2019avoir affecté son état de santé.* Présenté à la Société médicale des Hôpitaux universitaires de Québec, le 19 mars 1954, à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. Septembre 1954 LavAL MÉDICAL 901 La contribution du Service à l\u2019amélioration de l\u2019hygiène maternelle et infantile ne se prétend pas exclusive, et encore moins supérieure à ce qu\u2019accomplissent dans le même domaine les organismes ou les institutions qui y consacrent une part variable de leur activité.Le recrutement du Service d\u2019hygiène maternelle et infantile se limite, autant que possible, à une partie de la population qui, autrement, serait privée de services analogues.Les chiffres cités ultérieurement démontreront amplement que la portion de la population desservie est fragmentaire en regard du nombre annuel des naissances.Il s\u2019agit beaucoup plus de collaboration que de concurrence.LE PERSONNEL Six médecins, en tout et partout, assurent le fonctionnement du Service ; 1ls sont assistés de cinq infirmières graduées.SERVICES RENDUS On peut les diviser en deux secteurs : A.Le secteur prénatal ; B.Le secteur postnatal.A.Secteur prénatal : L'activité débute par l\u2019inscription des femmes enceintes ; en plus d\u2019une histoire clmique aussi complète que possible, elle couvre l\u2019aspect économico-social, telles que les conditions de logement, de travail, et de revenus de la famille.Un tel contexte est établi non seulement à titre de critère d\u2019éligibilité, mais aussi afin de pouvoir déterminer dans quelle mesure une ambiance physique, faite d\u2019encombrement, de privations et de misère physiologique influence l\u2019évolution de la grossesse en cours.Aucun effort n\u2019est ménagé pour stimuler une inscription aussitôt que possible après l\u2019établissement du diagnostic clinique de grossesse.On procède ensuite à un examen clinique complet comportant l\u2019anamnèse et le prélèvement des divers spécimens requis.La patiente 902 Lavar\u2026 MÉDicaL Septembre 1954 est ensuite invitée à se présenter à la clinique une fois par mois au cours des six premiers mois de sa grossesse, et deux fois par mois dans Ja suite.St une patiente ne se présente pas à la date fixée, une enquête est faite dans le but de déterminer la part de responsabilité encourue par le Service et la procédure à suivre pour corriger la situation.Au cours des consultations subséquentes, les examens sont répétés au besoin et l\u2019interrogatoire porte autant sur le régime alimentaire, le comportement général de la patiente que sur l\u2019évolution médicale proprement dite.Dès qu\u2019un cas présente quelque chose de pathologique il est référé à un hôpital ou à une autre agence, selon le cas.La surveillance des dents est réservée à un dentiste qui, bénévolement, examine les cas les plus pressants.Le Service se rend responsable des accouchements à domicile.Ils sont faits par un des médecins qui fait partie du Service, au choix de chacune des malades.Il est aidé de l\u2019une des infirmières et de l\u2019un des étudiants en médecine qui fréquentent le Service.Le Service prénatal est complété par un examen post partum effectué trente ou quarante jours après l\u2019accouchement.B.Secteur postnatal (de la naissance à sept ans) : L'inscription du nouveau venu (nouveau-né ou plus âgé) est aussi extensive que celle de la mère, et l\u2019une et l\u2019autre se complètent.Si l\u2019accouchement a eu lieu à l\u2019hôpital, celui-ci nous fournit tous les renseignements requis.Il faut 1ci souligner l\u2019excellente coopération que nous accordent les hôpitaux intéressés.Les enfants nés à l\u2019Hôpital de la Miséricorde, tombent immédiatement sous la surveillance de la section pédiatrique du Service.Quelques chiffres rapportés ultérieurement démontreront que, de plus en plus, les mères font inscrire leurs enfants très tôt après la naissance.Au cours des visites subséquentes à la clinique, l\u2019état de l\u2019enfant est évalué et les difficultés que présente l\u2019enfant sont discutées avec la mère et corrigées dans Ja mesure du possible.Tout enfant qui pose un problème diagnostique ou pathologique est référé à son médecin ou à un dispensaire d\u2019hôpital.A partir de trois mois, et sauf contre- indication, la série des immunisations est mise en marche. Septembre 1954 LavaL MÉDicaL 903 Entraînement clinique : Nos clmiques prénatales et postnatales constituent un excellent médium d\u2019entraînement clinique.Les étudiants en médecine les fréquentent par groupes de six pour le secteur prénatal et de huit pour le secteur postnatal.Leur stage est de deux mois.Le tableau I donne une idée de leur fréquentation de notre Service.TaBLEAU | Fréquentation du Service d\u2019hygiéne maternelle et infantile par les étudiants en médecine AcTivITES 1952 1953 Cliniques prénatales.239 256 Cliniques postnatales.396 592 Accouchements & domicile.136 72 Les mémes cliniques sont aussi utilisées par deux autres groupes.Le premier est constitué par des élèves fmissantes de l\u2019une des écoles d\u2019mfirmières et le second par un groupe d\u2019élèves finissantes en diététique.Celles-c1 s\u2019intéressent avant tout aux multiples aspects que pose le problème alimentaire.En regard de la formation clinique de nos futurs médecins, le Service d\u2019hygiène maternelle et infantile joue le rôle d\u2019une consultation externe, où, tour à tour, femmes enceintes et leurs enfants viennent consulter.Comme nous ne sommes pas rendus au point où la plupart viendraient consulter par unique souci d\u2019hygiène ou de prévention, il en résulte une très grande variété de cas.Il ne se passe pas de jours, soit dans le secteur prénatal, soit dans le secteur postnatal, où l\u2019étudiant en médecine ne soit pas mis en présence d\u2019un cas franchement pathologique ou de l\u2019un de ces cas où le diagnostic clinique devra être complété ou établi à l\u2019aide d\u2019autres examens, qu\u2019il n\u2019appartient pas au Service d\u2019effectuer.Comme complêment à leur formation clinique, nos étudiants y reçoivent aussi une formation médico-sociale, dont l\u2019importance est 904 LavaL\u2026 MÉDICAL Septembre 1954 aujourd\u2019hui admise universellement.Ce serait vraiment trop rétrécir l\u2019éducation médicale que de la limiter a la seule maîtrise des mécanismes curatifs.Le plus possible elle doit mettre ses disciples en contact avec toutes les occasions et les sources propices à aiguiser leur sens social.I! faut qu\u2019ils puissent percevoir les exigences nouvelles, les élans et les frustrations qu\u2019impose à la santé ou à son concept une société en perpétuel changement.Que l\u2019éducation médicale ainsi conçue ne se substitue pas à une disciplme médicale proprement dite et qu\u2019elle ne soit jamais assez poussée pour faire de nos futurs médecms des experts dans tous les domames, cela va de sor.Mais l\u2019enseignement médico-social doit être suffisant, d\u2019une part, pour leur signaler que les conditions sociales imposées à une certaine catégorie d'individus ont un rôle pathogénique certain et, d\u2019autre part, pour leur permettre de conserver les postes de commande dans tous les organismes destinés à promouvoir la santé.C\u2019est à ce propos que À.Flexner a écrit que « l\u2019éducation médicale n\u2019est pas un problème de médecme, mais un d\u2019éducation ».Au dernier Congrès international de pédiatrie, tenu à La Havane |, une séance spéciale a été consacrée aux problèmes sociaux de l\u2019enfance, et au cours de cette séance, S.Farber, du Children\u2019s Hospital, de Boston, exposa sa conception de l\u2019hôpital moderne pour enfants.À son avis, «un tel hôpital ne doit pas être seulement un centre de diagnostic et de traitement, si perfectionné soit-il, de toutes les maladies des enfants ; il doit en plus être un centre de puériculture et de médecine préventive, un centre d'enseignement et d\u2019éducation en matière d\u2019hygiène maternelle et infantile ; 1] doit travailler, en étroite coopération avec les familles, à protéger efficacement l\u2019enfant et à le maintenir en bonne santé ; il doit, en définitive, s\u2019efforcer de lui assurer un développement intégral, harmonieux, tant au point de vue mental que physique.C\u2019est parce que la santé de la famille fait la santé de l\u2019enfant que l\u2019hôpital moderne de pédiatrie doit chercher par tous les moyens possibles à améliorer le milieu familial.Dans ce domaine le rôle du Service social est capital ».Plus récemment encore, à une réunion du Comité de formation médicale de la Canadian Pædiatric Society, tenue à London, Ontario, 1.P.LEToNnDAL, Bulletin de l\u2019Association des médecins de langue française du Canada, Union méd.du Can., 82 : 1392, (déc.) 1953. Septembre 1954 Lavar MÉDICAL 905 le 27 février 1954, et à laquelle étaient représentées toutes les Facultés de médecine du Canada, un vœu a été formulé dans le même sens.On a proposé que le curriculum médical en pédiatrie comporte un stage aux cliniques de puériculture, à un titre égal à n\u2019importe quel autre stage, pour remplacer la clinique externe qui, en plus d\u2019un endroit, a changé.De part et d\u2019autre, on a déploré une orientation qui a tendance à se généraliser : celle de la transformation de la consultation externe en un bureau d\u2019admission.Avant longtemps, nous serons en mesure d\u2019offrir un entraînement postgradué, à tous les médecins intéressés.Nous tenons à remercier tout le personnel du Service dont les efforts et l\u2019intérêt soutenu nous ont permis d\u2019accomplir un travail dont les tableaux et les graphiques ! suivants fourniront un aperçu.L\u2019activité du secteur prénatal est représentée par les tableaux II, III et IV et les figures 1, 2, 3 et 4 ; celle du secteur postnatal par le tableau V et la figure 5.TasLeau II Relevé annuel du nombre d\u2019 inscriptions AUGMENTATION ANNÉES NOMBRE SUR L\u2019ANNÉE PRÉCÉDENTE 1948-49 * 1111111 LL LL LL LL LL 275 101 1940-50 *.LL LL ALL LL 378 103 1950-51 *.11111111 LL LL 455 77 1951-52 *.LL LL LL LL LL 533 78 1952-53 * LL LL LL LL LL 586 53 1952.LL ALL LL 567 66 1053 LL LA La 593 33 * Du ler avril au 31 mars.On voit donc que le Service d\u2019hygiène maternelle et infantile mam- tient une activité annuelle assez soutenue, tant par les services rendus que par sa contribution à l\u2019enseignement clinique.|.Nous nous devons d\u2019exprimer au docteur F.Martel tous nos remerciements, pour sa bienveillante collaboration à la partie statistique de ce travail. 906 Lavar Mépicar Septembre 1954 TasLeau III! Nombre moyen de consultations par clinique de trois beures (deux médecins).N NOMBRE MOYEN ANNEES oM BRE DE DE CONSULTATIONS SEANCES PAR CLINIQUE 1948-49 * 11111 LL 49 14,8 1949-50 *, 1111 LL Le 49 23,7 1950-51 *.1.111111 LL LL ALL 51 28,0 1951-52 % 11111111 LL LL a 98 21,2 1952-53 *.11111 LL LL LL 99 22,4 1952.LL LL LL LL LL Aa 99 23,0 1953.LL La LA A A a a a aa ane 96 26,5 * Du ler avril au 31 mars.TasLeau IV Relevé de la mortalité ANNÉE ANNÉE ANNÉE ANNÉE ANNÉE ANNÉE 48-49 49-50 50-51 51-52 1952 1953 Nombre d\u2019accouchements.174 303 358 417 425 494 Mères.12221 1200 a caen 0 0 0 1 21 0 Nouveau-nés.1 4 3 2 22 2 Prématurés.4 33 3 4 34 2 Morts-nés.1 2 3 3 3 3 1.Cardiopathies.2.Décédés à domicile (suites de l\u2019accouchement).3.Jumeaux.4.Tous en milieu hospitalier.TaBLEaUu V Nombre moyen de consultations par clinique de deux beures (deux médecins).ANNÉES Nomsze DE CONSULTATIONS SEANCES PAR CLINIQUE 12\" septembre 1951 au 31 mars 1952.54 14,0 1°\" avril 1952 au 31 mars 1953.97 22,0 1952.LL LL La ee 96 23,4 98 22,5 N ombre d'ascscouchamans + T 325 @&\u2014\u2014G Accouchements normaux À domicile @#&-0 Accouchements normaux à l'hôpital 300 O\u2014\u2014O Accouchements prém.à domicile ploz 968 O-\u20140 Accouchements prém.à l'hôpital / 275 A.250 > 225 3 175 Jor: 761 150 5 Nombre d'accouchements 8 75 50 à 25 Sg TI 32 ge 1 ' ¥ T I V 1948-49 49-50 50-51 51-52 52-53 1952 1953 Figure 1.\u2014 Nombre annuel des accouchements à domicile et à l\u2019hôpital 908 Lavar MÉDICAL Septembre 1954 e\u2014e 1948-49 Oo 1952 e\u2014a 1953 120 J 110 4 100 \u2014 90 - 80 \u2014 70\u2014 60 \u2014 50 = Nombre de cas 40 - 30 - 20 10 + Grossesse \u2014_ { T | I 1 nd en mois 1 2 3 4 5 6 7 8 Figure 2.\u2014 Inscription en regard de l\u2019âge de la grossesse. Septembre 1954 Lava\u2026 MÉDICAL 909 an La: ce a \u201c> > Ss, a a ° é é é é 5 prec 4 piece Z brece i © é ô 1616 61816 6|168|618/8/818 Figure 3.\u2014 Les symboles marqués d\u2019un X indiquent le nombre idéal de personnes par famille selon le nombre de pièces de leur appartement.Les symboles en noir indiquent l\u2019encombrement actuel des appartements des familles À qui fréquentent nos services (relevé de 1952).(7) é é é é ® ® & ® ® @o Bo @ Q Ro Bo Bo @ Q Oe Lavar MÉDicaAL Septembre 1954 1 2345 Famille de 8 12 34517123 4 5 32245 345 620 345 6 Famille Famille [Famille Famille de 11 ds 12 de 13 de 1.et plus 456 ' | su L 56714 Figure 4.\u2014 Chacun de ces treize graphiques indique, en pourcentage (colonnes situées au-dessus de la ligne de zéro), le nombre de pièces occupées par nos familles.Les colonnes non marquées d\u2019un X indiquent le nombre idéal de pièces dont devrait disposer chaque famille en fonction du nombre de ses membres.Aucune de nos familles de cinq membres et plus (colonnes brisées situées au-dessous de la ligne de zéro) n\u2019occupe un logement idéal. Septembre 1954 Lava\u2026 MÉDICAL 911 260 e-\u2014\u2014 O à 1 mois 240 + \u20148 1 à 3 mois O-\u2014=\u20140 3 à 6 mois o\u2014\u20140 6 à 12 rois 220 + 2=\u20142 2 à 5 ans 200 \u2014 180 \u2014 160 + 140 ~ 120 + Nombre d'enfants 100 80 40 20 - ROMEO OS À | I T | Sept-Avril Avril-Avril 1952 1953 Fig 1re 5.\u2014 Roulement annuel des inscriptions selon l\u2019âge des enfants. NOUVEAUX ASPECTS SUR LE TRAITEMENT DE LA TUBERCULOSE PULMONAIRE.\u2014 LA VENTILATION PULMONAIRE * par J.-Émile LABRECQUE de Hopital Saint-Michel-Archange Les méthodes de diagnostic et le traitement de la tuberculose pulmonaire ont fait des progrès énormes depuis quelques années.Au point de vue diagnostic, de nouvelles techniques et de nouveaux appareils radiologiques ont contribué à faciliter la tâche du phtisiologue.Le photofluorographe perfectionné a amélioré les techniques de dépistage en simplifiant la procédure des enquêtes radiologiques de masse.Le tomogramme, supérieur au sérioscope, a rendu presque mathématique le diagnostic de la localisation des foyers dans la topographie thoracique et a permis de rendre accessible à l\u2019exploration, des zones pulmonaires autrefois impossibles à visualiser ; tels, par exemple, l\u2019évaluation radiologique des régions pulmonaires masquées par des densités produites par des pachypleurites ou des thoracoplasties anciennes, la situation exacte des masses tumorales et les diamètres de ces formations pathologiques.* Reçu pour publication le 19 mars 1954. Septembre 1954 Lava\u2026 MÉDicAL 913 Au point de vue traitement, l\u2019ère des antibiotes a apporté son contingent d\u2019espoirs au phtisique.De même la chimiothérapie, après de multiples tâtonnements, a fourni des substances qui ont permis au phtisiologue de maîtriser, dans une certaine mesure, l\u2019évolution de certaines formes de la maladie.Après l\u2019ère des sels d\u2019or, de la sérothérapie, de la tuberculimothérapie, des sels de cuivre, de la suralimentation ; après l\u2019ère de la collapsothérapie par pneumothorax, phréni- cectomie et alcoolisation, thoracoplastie et enfin pneumopéritoine ; après les tours de force chirurgicaux de certains chirurgiens thoraciques, dont Overholt, de Boston, fut et demeure l\u2019un des plus hardis, on a vu s\u2019ajouter à l\u2019arsenal thérapeutique la streptomycine, la dihydro- streptomycme, l\u2019acide parammosalycilique et le thiosémicarbazone.Tous ces médicaments et ces modes divers de collapsothérapie ont amené un besoin de diagnostic plus précis à cause de leurs indications diverses.Ils ont permis la guérison relative de cas qui n\u2019avaient autrefois comme seule perspective que l\u2019attente de l\u2019exitus à l\u2019abri des murs d\u2019un sanatorium.Ils ont permis de guérir certames formes considérées comme fatales, de diminuer de façon considérable les complications au cours du traitement.L\u2019intérét des divers gouvernements a de plus permis des développements intéressants par des octrois généreux qui ont aplani des routes impraticables.À travers ces progrès dans des milieux bien différents, l\u2019intérêt de tous envers cette maladie, qui fut à un moment donné une parente pauvre de la médecine, a subi un réveil quasi-général qui n\u2019a pas épargné les physiologistes et qui nous a procuré des constatations intéressantes sur un aspect du problème jusqu\u2019alors négligé : la physiopathologie pulmonaire.Les médecins s\u2019étarent longtemps attachés à l\u2019étude des changements sérologiques, anatomo-pathologiques, radiologiques et cliniques de la tuberculose, étudiant ces diverses aspects par l\u2019analyse pour ensuite en synthétiser les résultats.Cependant, au point de vue fonctionnel, on se contentait d'apprécier la capacité vitale par la simple spirométrie sans pousser plus lom la curiosité, négligeant ainsi d\u2019étudier les perturbations du fonctionnement de l\u2019appareil respiratoire considéré comme milieu d\u2019échanges gazeux importants et modifié quantitativement et qualitativement par la maladie et ses séquelles.En effet, nous admettons 914 Lavar MéÉpicaL Septembre 1954 facilement que l\u2019étude des maladies d\u2019un organe suppose une analyse soigneuse des manifestations cliniques, une investigation des changements morphologiques et, enfin, une évaluation des troubles fonctionnels.C\u2019est sur l\u2019évaluation des troubles fonctionnels, autrement dit sur les changements apportés dans la physiologie pulmonaire par la tuberculose et ses différentes modalités de traitement que portera cette étude.J\u2019ai cru utile de colliger quelques notions de physiologie normale, pour nous rafraîchir un peu la mémoire sur les phénomènes normaux, avant d\u2019en venir aux changements morbides.La respiration, par sa définition la plus simple, est la consommation, par un organisme quelconque, de l\u2019oxygène de l\u2019air ambiant et l\u2019élimination du produit de combustion : l\u2019anhydrique carbonique.Ces échanges gazeux s\u2019effectuent chez l\u2019homme par un appareil composé des voies respiratoires supérieures, de l\u2019arbre bronchique et du parenchyme pulmonaire proprement dit.Ce parenchyme présente une surface de contact de cent cinquante mètres carrés entre l\u2019air mspiré et le sang de notre économie qui y circule à un débit de cinq litres par minute.Le tissu noble du poumon possède des propriétés physiques spéciales qui lui permettent d\u2019assumer des divers rôles.Ce sont l\u2019élasticité et la contractilité.La première est assurée par la présence de fibres élastiques situées généreusement dans les parois alvéolaires et bronchiques ; la deuxième, par la présence de fibres musculaires lisses situées anatomiquement autour des bronchioles et sous la dépendance du système neuro-végétatif, dont le sympathique est bronchodilateur.Les phénomènes mécaniques qui assurent l\u2019inspiration sont la contraction du diaphragme et les mouvements costaux ; les côtes projetées en avant et latéralement par la contraction des muscles inspirateurs agrandissent ainsi la cage thoracique dans tous les diamètres et assurent, par le vide pleural, une dilatation aspiratrice du poumon.L\u2019expiration, phénomène passif assuré grâce à l\u2019élasticité dont nous avons parlé plus haut, ne nous intéressera que dans certains cas extrêmes où la transformation fibreuse du tissu pulmonaire aura annulé Peffet physique normal.II existe, suivant les régions pulmonaires, d\u2019intéressantes variations dans la vitesse et dans les pressions du courant aérien dans la lumière ds Septembre 1954 LavAL MÉDICAL 915 bronchique et le poumon, en ce sens qu\u2019elles nous expliquent, dans une certaine mesure, le mécanisme de localisation de l\u2019infection tuberculeuse dans certaines régions pulmonaires.Ainsi les sommets, les gouttières paravertébrales et d\u2019une façon générale les régions postéro-supérieures aux racines bronchiques et vasculaires, sont ventilées beaucoup moins efficacement que les zones sous-costales antérieures et diaphragmatiques où les côtes et le muscle exercent leur action maximum.À cause de cette pauvre ventilation, la circulation, tant lymphatique que sanguine, y est également diminuée, les parois vasculaires ne subissant pas ces changements de pression, ce véritable massage qui, dans les autres régions, activent le passage du sang et de la [ymphe dans les capillaires.D\u2019une part, nous avons un endroit de choix où le bacille s\u2019est introduit par voie aérienne, et est allé se loger à l\u2019occasion d\u2019un effort de toux, et d\u2019où 1l ne sera pas délogé à cause d\u2019une ventilation réduite, d\u2019autre part la circulation diminuée favorise encore l\u2019implantation du bacille en ne permettant pas l\u2019exploitation normale des moyens de défense présents dans les endroits où le flux sanguim est abondant.Ces conditions demeurent les mêmes évidemment si le transport de I'agent infectant s\u2019est fait par voie lymphatique ou sanguine et il n\u2019est pas rare de voir des films présentant des aspects granités des plages pulmonaires dans ces régions, alors que les bases demeurent claires.Le volume de l\u2019air en circulation dans le poumon et les bronches se divise pour son étude en air résiduel, soit environ 1,500 cm3, air de réserve 1,500 cm* également, air courant 500 cm3 et air complémentaire 1,500 cm3 encore une fois.Les trois derniers composent par leur addition la capacité vitale, soit un total de 3,500 cm* chez l\u2019individu normal.Cette capacité vitale sera la quantité volumétrique dont nous nous servirons aux fins d\u2019évaluation et elle ne le cédera en importance qu\u2019au quotient respiratoire.Le quotient respiratoire est établi à la suite de l\u2019étude des échanges qualitatifs au niveau de l\u2019alvéole pulmonaire.Le poumon normal absorbe 23,9 litres d\u2019oxygène par heure et dégage 19,2 litres d\u2019anhydrique carbonique.Le rapport de la quantité de CO?dégagé sur la quantité d\u2019oxygène utilisée établit le quotient respiratoire ; cette valeur est toujours plus petite que l\u2019unité, et normalement donne une valeur moyenne de 0,82. 916 Lavar MÉDicAL Septembre 1954 Les autres mesures couramment utilisées sont : la dépense minimale, la capacité vitale efficace et la capacité respiratoire maximale.La dépense minimale est établie par une technique identique à celle du métabolisme basal et est Ie quotient de la quantité d\u2019oxygène employée durant dix mmutes de respiration par le nombre de respirations.La capacité vitale efficace se calcule d\u2019aprés la moyenne de quatre épreuves de spirométrie à des intervalles mégaux, soit, une premiére épreuve, suivie d\u2019une deuxième après dix secondes, puis cinq et enfin deux.Cette moyenne donne une idée plus exacte de la capacité réelle du patient examiné qu\u2019une seule épreuve spirométrique.Munis de ces notions élémentaires, nous allons maintenant rapidement passer en revue les perturbations que peuvent apporter différentes formes de tuberculose à la plèvre, à l\u2019arbre bronchique et au parenchyme pulmonaire lui-même.A l\u2019espace pleural, deux phénomènes retiendront notre attention quelques instants.D\u2019abord l\u2019aspiration négative du vide intrapleural qui permet l\u2019introduction d\u2019air en vue de créer un pneumothorax artificiel, et ensuite les échanges gazeux qui se produisent dans cette même cavité À cause de la riche vascularisation du parenchyme sous-séreux.En effet, la pression négative ou vide mtrapleural, que l\u2019on constate par l\u2019introduction d\u2019une aiguille à travers la paroi thoracique, permet à l\u2019opérateur de s\u2019assurer qu\u2019il est réellement dans cet espace virtuel et assure l\u2019innocuité de l\u2019imtroduction de l\u2019air.Cette pression négative est de l\u2019ordre de moins trois cm d\u2019eau en expiration et de moins huit em d\u2019eau en inspiration.D\u2019après Coryllos, ce vide intrapleural proviendrait d\u2019un développement mégal du poumon lui-même et de la cavité thoracique.Celle-ci s\u2019agrandit plus rapidement que celui-là, et le poumon, grâce à son élasticité, à cet espèce de recul élastique qui fait qu\u2019on peut dire que son état normal en dehors des fonctions respiratoires est d\u2019être collabé, exerce une véritable traction sur la paroi thoracique et réalise ainsi les conditions nécessaires à la création de ce vide.En deuxième lieu, passons brièvement sur les échanges gazeux intrapleuraux.Si l\u2019on injecte une certaine quantité d\u2019air entre les plèvres, qu\u2019adviendra-t-1l de cet air qui présente évidemment les mêmes proportions entre ses différents composants gazeux que l\u2019air ambiant ?D Septembre 1954 LavaL MÉDICAL 917 Quelques heures après l\u2019insufflation, une analyse du mélange mtra- pleural révèle des proportions complètement renversées, puisque nous retrouvons l\u2019oxygène et l\u2019anhydrique carbonique dans les mêmes proportions que dans le sang veineux circulant.Il serait impossible par exemple de créer un pneumothorax en insufflant de l\u2019oxygène intra- thoracique, la résorption trop rapide de ce gaz empêchant de maintenir décollés les feuillets pleuraux ; mais 1l serait encore moins pratique d\u2019y mtroduire de l\u2019anhydrique carbonique, puisque ce gaz y serait resorbé vingt-cinq fois plus rapidement.Certains expérimentateurs, forts de ces faits, ont essavé d\u2019introduire de l\u2019azote aux fins d\u2019entretenir un pneumothorax artificiel.On a constaté alors un phénomène inverse, le sang libérant dans la cavité pleurale une quantité d\u2019oxygène et de CO?suffisante pour rétablir la concentration de ces gaz dans le sang circulant.Cette facilité de diffusion des gaz dans l\u2019espace pleural est conditionnée par l\u2019état de la membrane pleurale elle-même.Une plévre saine laisse diffuser les gaz très rapidement, ce qui explique la nécessité de la répétition des insufflations au début d\u2019un pneumothorax, alors qu\u2019une plèvre épaissie par la formation d\u2019un exsudat, une infection chronique ou un ancien empyème devient virtuellement imperméable.Cette imperméabilité pathologique de la plèvre a son rôle au point de vue thérapeutique puisqu\u2019elle empêche la réexpansion du poumon lorsque le pneumothorax artificiel est abandonné.Et c\u2019est cette condition qui nécessitera la décortication chirurgicale pour ramener le poumon à la paroi.La mesure des échanges gazeux intrapleuraux peut nous permettre de diagnostiquer des pneumothorax spontanés occultes où la fistule bronchopleurale est tellement minime que l\u2019air s\u2019introduit lentement, à bas bruit, dans l\u2019espace pleural sans donner naissance aux signes cliniques classiquement décrits dans une telle éventualité.Il est important, cependant, de connaître l\u2019existence d\u2019une telle condition puisqu\u2019elle pourra changer complètement l\u2019aspect de notre thérapeutique.Il nous resterait à parler des changements importants survenant à la suite des pleurésies dans les pachypleurites, mais elles appartiennent beaucoup plus à la pathologie pulmonaire, et nous en dirons un mot plus loin. 918 LavAaL MÉDICAL Septembre 1954 Maintenant, gardant en mémoire les changements anatomopatho- logiques qui peuvent survenir au niveau de l\u2019arbre bronchique, essayons de faire une brève incursion dans la physiopathologie du lobule desservi par une bronchiole dont la lumiére est partiellement ou complétement obstruée par le processus tuberculeux.Ou bien la bronche est partiellement obstruée par, disons, une bronchite végétante et, dans ce cas, nous avons une obstruction bronchique complète au moment de l\u2019expiration et une circulation aérienne au temps de l\u2019inspiration, la lésion formant une soupape à la phase expiratoire, non pas par des changements de volume, mais à cause des variations du diamètre de la lumière bronchique.Nous avons alors de l\u2019emphysème par obstruction et, comme conséquence, s\u2019il y a cavité, une cavité ballon à paroi sphérique qui n\u2019aura tendance qu\u2019à augmenter son volume.Les mêmes conditions peuvent se rencontrer dans un pneumothorax, par exemple, lorsqu\u2019un collapsus trop poussé amène des coudures bronchiques.Ou bien encore, la lumière bronchique est complètement obstruée par un bourgeonnement interne ou par compression externe et nous avons alors le phénomène bien connu de l\u2019atélectasie du segment pulmonaire desservi par cette bronche.En passant, disons que l\u2019emphysème par obstruction signalé plus haut est facile à diagnostiquer par l\u2019examen fluoroscopique.Il suffit de faire prendre au patient une inspiration profonde, suivie d\u2019une phase d\u2019apnée volontaire de quelques secondes puis d\u2019une expiration forcée.Nous avons à Interprêter l\u2019image d\u2019un lobe ou d\u2019une partie de lobe qui, à la phase expiratoire, demeure illummé alors que tout le reste des deux plages s\u2019assombrit.Je me souviens d\u2019un patient, vu au dispensaire, qui présentait une infiltration de nature indéterminée a sa base droite.Au cours de l\u2019examen fluoroscopique nous lui avons fait prendre inspiration profonde suivie d\u2019expiration forcée : à l\u2019mspiration profonde, le lobe inférieur droit demeurait plus opaque que l\u2019ensemble des plages et à l\u2019expiration forcée, ce même lobe demeurait illuminé par rapport au reste des plages.Nous avons alors porté un diagnostic provisoire de néoplasme endobronchique ce qui fut vérifié par bronchoscopie exploratrice avec biopsie.Dans les lésions tuberculeuses localisées à un seul lobe, nous assistons parfois à une guérison spontanée par sclérose rétractile, spécialement Septembre 1954 LAavAL MÉDICAL 919 au niveau du lobe supérieur droit.Le mécanisme le plus fréquent serait celui d\u2019un blocage complet de la lumière bronchique par sclérose des tissus voisins ou par végétations endobronchiques.Si l\u2019on se reporte aux dernières découvertes biochimiques relatives aux conditions de vie in vivo et in vitro du bacille de Koch, on se souviendra que ce bacille est strictement aérobie et a besoin, pour se maintenir productif et virulent, d\u2019importantes quantités d\u2019oxygène.Or, comme dans l\u2019atélectasie la ventilation pulmonaire est devenue nulle dans le secteur atteint et que, par ailleurs, la circulation y est aussi diminuée, le bacille est rapidement privé des sources d\u2019oxygène possibles et le milieu devient impropre à sa survie.De plus, à cause de la résorption graduelle de l\u2019air emmagasiné derrière l\u2019obstruction bronchique la pression intracavitaire baisse et les parois ont tendance à s\u2019affaisser amenant ainsi l\u2019accollement et la guérison.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que tente de réaliser artificiellement la collapsothérapie chirurgicale, par thoracoplastie extrapleurale, l\u2019affaissement de la paroi thoracique amenant des coudures bronchiques qui produisent l\u2019atélectasie et la fibrose.Au niveau du tissu noble pulmonaire nous étudierons d\u2019abord les changements physiopathologiques produits par la fibrose d\u2019un lobe pulmonaire.La fibrose pulmonaire, mode de guérison le plus fréquent d\u2019une tuberculose, transforme le parenchyme en une masse de tissu fibreux ou l\u2019histologie normale de ce tissu devient méconnaissable.Au point de vue fonctionnel, ces régions pulmonaires deviennent absolument neutres quant à la respiration.Je m\u2019explique : un certain volume d\u2019air continue à circuler dans un arbre bronchique déformé par toutes les variétés possibles d\u2019ectasies et de scléroses ; mais 1l y circule sans subir de modification qualitative importante : on n\u2019y observe aucune absorption d\u2019oxygène et le dégagement de l\u2019anhydride carbonique y est négligeable.S1 la seule spirométrie est employée, elle ne donne pas une idée exacte de la situation et c\u2019est à la bronchospirométrie qu\u2019il faut s\u2019adresser ; ce procédé permet de faire des mesures qualitatives et quantitatives électives.Nous pouvons comparer l\u2019importance de cet examen à celui des cathétérismes urétéraux en urologie.Un cas clinique nous servira d\u2019illustration.Le patient R.G.a fait, en 1943, une tuberculose ulcéro- 920 LavaL MÉDICAL Septembre 1954 caséeuse droite qui a dû être traitée par pneumothorax.Ce traitement fut abandonné, en juillet 1944, à cause d\u2019un empyème tuberculeux.Le poumon est revenu lentement sur lui-même pour s\u2019accoler quelques mois plus tard à la paroi grâce à des lavages pleuraux fréquents.II est à noter que nous n\u2019avions pas alors de streptomycine.Les radiographies pulmonaires font voir une image de fibrose importante sans qu\u2019il soit possible de mettre de cavité en évidence.Nous n\u2019avons cependant pas de tomogramme.Les expectorations ne contiennent pas de bacille de Koch et l\u2019état général est excellent.Cependant le malade présente une dyspnée importante et même la marche sur un plan horizontal devient impossible après quelques minutes ; cet exercice physique, pourtant bien modéré, crée chez le malade une carence respiratoire qui le force à s\u2019arrêter pour se réoxygéner.Ce patient revient sans cesse à la consultation pour demander un soulagement au médecin.Il a toujours l\u2019air anxieux, il est un peu cyanosé et ne peut faire aucun travail.Finalement, il est dirigé vers le Service de physiologie appliquée du docteur Wright, de Saranac Lake, en 1948.Des études broncho- spirométriques sont faites.Elles révèlent que la capacité vitale est de 2,200 cm3.Des mesures électives démontrent que quarante pour cent de cet air circule dans le poumon droit.Les analyses qualitatives sont plus concluantes, puisqu\u2019elles démontrent qu\u2019aucun échange gazeux ne se produit dans la masse scléreuse qu\u2019est Ie poumon droit.Le docteur Wright recommande le malade au Service de chirurgie pour pneumectomie.Les chirurgiens se laissent longtemps tirer l\u2019oreille, peu pressés d\u2019intervenir chez ce patient présentant d\u2019importants troubles respiratoires.Ils se laissent finalement convaincre.Nous revoyons le malade seize mois après l\u2019intervention.Il est très bien, n\u2019est plus cyanosé et s\u2019est engagé depuis quelques semaines comme commis de bureau sans ressentir de fatigue anormale.Il doit monter un escalier pour se rendre à son travail et il le fait sans aucune gêne respiratoire.La connaissance de la cause de cet état dyspnéique conduit évidemment à la solution de ce problème.II faut se reporter aux travaux de Gordon, de New-York, pour en trouver explication.Gordon a fait des recherches extensives sur le sort des vaisseaux pulmonaires, dans le poumon fu Septembre 1954 LavaL MEbicaL 921 apparemment guéri d\u2019une atteinte tuberculeuse ; le résultat de ces travaux démontre que la circulation est beaucoup moins touchée qu\u2019on pourrait le croire ou, plutôt, que le calibre et la morphologie vasculaires sont presque intégralement conservés.Chez l\u2019mdividu dont nous avons exposé le cas, le poumon droit non fonctionnel au point de vue respiratoire conservait cette vascularisation presque intacte et de ce fait créait une stase sanguine qui elle-même provoquait une accumulation de CO?dans son organisme.Cette accumulation de CO?produisait une stimulation trop marquée du centre nerveux respiratoire sensible à des valeurs anormales en anhydride carbonique, d\u2019où cette dyspnée disproportionnée à l\u2019effort et cet état cyanotique même au repos.Quantitativement, la ventilation pulmonaire est diminuée de façon importante dans les pachypleurites organisées où la coque scléreuse empêche le libre exercice des mouvements thoraciques.Ainsi le patient J.B., atteint durant son emprisonnement par les Japonais de deux pleurésies pour lesquelles il n\u2019a reçu aucun traitement, présente, actuellement, une incapacité totale sans que nous ayons pu mettre en évidence de lésions pulmonaires.Sa fréquence respiratoire, au repos, est de vingt-quatre par mimute, avec une quantité d\u2019air courant évaluée à deux cents em* ; sa capacité vitale est de huit cents cm3.A l\u2019examen fluoroscopique, on remarque que le jeu de ses diaphragmes qui est de cinq à huit pouces chez l\u2019individu normal, est chez lui de %$e de pouce à droite et 34 de pouce à gauche.De plus, on ne remarque pas de changement appréciable dans l\u2019illummation des plages entre les phases mspiratoires et expiratoires.Ces constatations permettent d\u2019affirmer que cet ancien soldat est un grand mfirme respiratoire et que, en se basant sur de strictes données médicales, le médecin peut recommander une incapacité totale permanente dans son cas, à moins qu\u2019un miracle chirurgical ne vienne le soulager.L'étude de la ventilation pulmonaire est donc précieuse pour établir l\u2019incapacité d\u2019un mdividu qui a subi une atteinte pulmonaire quelconque et nous avons beaucoup plus de chance de donner justice aux parties concernées si nous faisons ces examens avant de donner une opinion médicale quand ces cas nous sont envoyés pour expertise. 922 LavaL MEbpicaL Septembre 1954 Au cours des traitements collapsothérapiques, l\u2019étude de la ventilation pulmonaire guide l\u2019évaluation du traitement.Voyons, à titre d\u2019exemple, un cas de pneumopéritoine.La patiente J.H.atteinte d\u2019une tuberculose bilatérale, a subi une phrénicectomie droite.On n\u2019observe aucun changement appréciable dans la capacité vitale.A cette section du phrénique, nous ajoutons un pneumopéritome.Après six mois de ce dernier mode de traitement, la capacité vitale est passée de 2,800 à 2,000 cm3, ce qui indique une collapsothérapie efficace et nullement nuisible.Dans les pneumothorax artificiels nous n\u2019avons pu faire de mesures que dans certains cas bilatéraux à cause du manque d\u2019appareil permettant de faire des mesures électives.Et nous n\u2019avons pu également que comparer le patient à lui-même puisque l\u2019étendue des lésions pulmonaires empéêchait toute comparaison avec l\u2019individu normal.Le patient E.L., tuberculeux bilatéral, a une capacité vitale de 2,200 cm3.Six mois plus tard, avec un pneumothorax bilatéral, elle s\u2019abaisse à 1,600 cm3, trois mois plus tard une nouvelle détermination, à l\u2019occasion d\u2019un épanchement intrapleural droit, donne capacité vitale de 1,220 cm3.Ces différents résultats indiquent donc que le pneumothorax exerce des actions physiologiques variables sur Ie poumon collabé, minimum avant l\u2019insufflation et maximum après, et que, par conséquent, il faut en tenir compte dans nos évaluations et ne pas attribuer uniquement aux lésions parenchymateuses des changements dans la ventilation pulmonaire qui sont attribuables au traitement collapsothérapique.Dans la thoracoplastie où Ie collapse est définitif, l\u2019évaluation faite six mois après l\u2019intervention peut être considérée comme permanente.Nous n\u2019avons malheureusement pas à notre disposition ni les facilités, ni les fonds, ni le temps pour faire des analyses qualitatives et électives des échanges gazeux mtrapulmonaires ; cependant nous croyons que c\u2019est de ce côté que se feront, dans un avenir rapproché, des progrès importants dans la phtisiologie, puisque ces méthodes nous permettent d\u2019évaluer les lésions au point de vue fonctionnel, par conséquent, de poser des indications thérapeutiques plus sûres et d\u2019évaluer l\u2019incapacité chez le malade apparemment guéri, ce qui facilite son orientation et sa réhabilitation dans la lutte pour la vie. Septembre 1954 Lavar MÉDICAL 923 Il n\u2019existe actuellement, à notre connaissance, que deux centres hospitaliers dans la province outillés pour ces examens : l\u2019hôpital du Queen Mary Road, de Montréal, et l\u2019Institut Lavoisier du docteur Fernand Grégoire.Il faut espérer que, dans un avenir prochain, Québec sera doté d\u2019un tel Service de physiologie appliquée.En attendant, en gardant tous ces faits en mémoire et en employant largement le spiromètre et le fluoroscope pour étudier la dynamique de l\u2019appareil respiratoire, Il y a tout de même moyen de rendre service à nos malades, et c\u2019est ce que nous continuerons de faire en espérant que l\u2019attente sera brève. SYPHILIS CARDIO-VASCULAIRE AVEC AORTITE * par André BEAUCHESNE Il arrive fréquemment, dans un Service de phtisiologie, qu\u2019un patient présente une affection qui sort des cadres du Service.Tel est le cas de notre patient.Le diagnostic de syphilis cardio-vasculaire avec aortite est d\u2019une importance telle que cette manifestation nous a semblé présenter un intérêt particulier.Le 22 octobre 1952, monsieur S.P., âgé de 51 ans, entre au Sanatorium Saint-Michel de Roberval, référé pour des signes radiologiques en rapport avec une tuberculose ganglio-pulmonaire probable.Malgré la difficulté que nous éprouvons à obtenir de bons renseignements par l\u2019intermédiaire d\u2019un interprète, le sujet ne parlant ni anglais ni français, nous croyons cependant comprendre qu\u2019il n\u2019a pas de passé pathologique, ni familial, ni personnel.Radiographié lors d\u2019examens massifs pour dépistage, le patient subit par la suite un examen sommaire.Le diagnostic de tuberculose ganglio-pulmonaire probable fut posé.On signala de plus une hépatomégalie d\u2019origme indéterminée.Le patient est admis au Sanatorium, le 12 octobre.Il semble assez bien portant.Son poids est de 159 livres.La courbe de la température reste dans les limites de la normale.Il ne tousse pas et expectore peu.Mais 1l présente, à l\u2019hémithorax gauche et à la région rétrosternale, une douleur que nous ne pouvons faire décrire, mais qui se serait intensifiée graduellement.* Travail présenté au Bureau médical de l\u2019Hôtel-Dieu Saint-Michel, Roberval, le 9 novembre 1953. |, Septembre 1953 LavaL\u2026 MÉDicarL 925 La dyspnée est assez marquée à l\u2019exercice.L\u2019mspection de la cage thoracique montre que l\u2019amplitude respiratoire est normale pour les deux hémithorax.La percussion met en évidence une matité cardiaque et artérielle aux limites étendues.L\u2019auscultation du thorax ne révèle aucun signe adventice dans l\u2019étendue des deux plages pulmonaires.L\u2019auscultation du cœur décèle un double souffle : à la base, le souffle systolique, rude et intense, est entendu dans toute l'aire cardiaque ; le souffle diastolique est plus doux et ne s\u2019entend qu\u2019à la pointe.La tension artérielle est de 200/60.Le cœur nous semble donc en état d\u2019insuffisance mitrale et aortique.Le foie est augmenté de volume : son bord inférieur dépasse de trois travers de doigt le bord inférieur des côtes.Les signes de compression des organes thoraciques sont absents.Nous n\u2019observons pas de manifestations nerveuses et les autres organes sont Indemnes.La radiographie pulmonaire (figure 1) nous montre des images hilaires élargies et une opacité diffuse dans l\u2019ensemble des deux plages, donnant l\u2019impression d\u2019une péri-alvéolite ou d\u2019un dessin broncho-vasculaire fortement accentué par de la stase.Le cœur est énorme (diamètre transverse de 814, avec diamètre transverse du thorax de 114).L\u2019augmentation du diamètre aortique nous semble exister quoique difficile à apprécier, même à la scopie, sans doute à cause de la stase ou à une mé- diastinite concomitante.Les examens de laboratoire restent constamment négatifs à la recherche du bacille de Koch.La sédimentation globulaire est de 16 mm après une heure.La formule sangume et l\u2019examen d\u2019urme sont sensiblement normaux.La lecture du tracé de l\u2019électrocardiogramme (6/11/52) démontre, comme conclusion, une atteinte certame et sérieuse du myocarde, une souffrance coronarienne.La réaction du Bordet-Wassermann est alors effectuée (8/11/52).L\u2019examen de l\u2019échantillon de sang donna un Wassermann douteux et un Kahn positif.Le syndrome est donc interprété comme une insuffisance aortique s\u2019accompagnant d\u2019une dilatation ventriculaire principalement gauche, puis d\u2019une insuffisance mitrale.Le diagnostic de syphilis cardiovasculaire avec aortite est donc posé (maladie de Hodgson).(8) 926 Lavar MÉDicaL Septembre 1954 On recommande une vie calme, un régime non toxique, la prise de diurétiques.La digitaline Nativelle a d\u2019abord été prescrite à la dose deux gouttes b.1.d.Après réception du diagnostic sérologique, un traitement spécifique fut institué.Il débuta par dix injections de bismuth, au rythme de deux par semaine.La pénicilline fut ensuite administrée à Figure 1.la dose initiale de 300,000 unités pour les quatre premières injections, puis à la dose de 600,000 unités pour les injections suivantes, au rythme de trois par semaine (total 9,000,000 unités).Après ces injections, il apparut sur le corps du patient une éruption cutanée généralisée, prurigineuse, d\u2019aspect peau de chagrin et de couleur + i x Septembre 1954 Lava\u2026 MÉDICAL 927 rouge.Cette éruption disparut finalement après 12 jours, grâce ou non à l\u2019administration de Péribenzamme d\u2019abord, puis de Bénadryl.Les quatre radiographies subséquentes ne révélèrent que très peu de changement.Un nouveau tracé électroradiographique (29/2/53) est parfaitement superposable à celui du 6/11/52.La tension artérielle reste élevée : 180/60 à la sortie.Le poids descend de 159 à 151 livres.Un nouvel échantillon de sang donna une réaction identique à celle du 13/11/52 : Bordet-Wassermann douteux, Kahn positif.Se sentant toujours bien portant, le patient quitte l\u2019hôpital le 31/5/53 pour rejoindre les siens dans les bois.RÉsUMÉ Un homme de 51 ans est hospitalisé pour une tuberculose ganglio- pulmonaire probable.Le diagnostic d\u2019insuffisance aortique et mitrale est d\u2019abord posé, puis confirmé comme celui d\u2019une syphilis cardio-vasculaire avec aortite.Un traitement est institué, mais les résultats sont décevants, et le patient fait une réaction d\u2019intolérance au médicament.Discussion [I s\u2019agit d\u2019un patient présentant une anomalie à la radiographie.L\u2019examen clinique révéla une décompensation cardiaque : insuffisance aortique et mitrale.Le patient est âgé de 51 ans.Ses lésions prédominent au cœur et à l\u2019aorte.On retrouve des signes d\u2019hépatite.La sérologie est fortement suspecte : Kahn positif, Bordet-Wassermann douteux.lI est impossible de nous faire comprendre suffisamment pour obtenir, dans l\u2019anamnèse, les informations utiles.Or la syphilis cardio-vasculaire survient le plus souvent chez des sujets relativement jeunes.L'homme est attemt deux fois plus souvent que la femme.Le tréponème manifeste une prédilection toute particulière pour l\u2019aorte.Les lésions de myocardite et d\u2019hépatite sont souvent associées à l\u2019aortite spécifique.La réaction sérologique est habituellement positive ou suspecte.D\u2019après Vaquez, Babmski, Étienne de Nancy et Sergent, elle le serait dans 60 à 90 p.cent des cas.Ce sont là 928 Lavar MÉDICAL Septembre 1954 tous des signes de présomption d\u2019une syphilis cardio-vasculaire.L\u2019échec de l\u2019épreuve thérapeutique ne prouve rien, s\u2019il s\u2019agit d\u2019une artérite dont les altérations organiques sont fixées.L\u2019état général demeure satisfaisant ce qui est de règle dans la majorité de ces cas.La douleur thoracique, la dyspnée à l\u2019effort, le double souffle cardiaque, l\u2019augmentation de la pression artérielle différentielle, avec élèvement de la maximum et abaissement de la minimun, ce sont là des manifestations clmiques de l\u2019insuffisance mitrale et aortique.Cette Insuffisance cardiaque donne naissance aux signes radiologiques observés ici : opacités fort diffuses, élargissement des hiles, augmentation du diamètre aortique, augmentation des dimensions du cœur, surtout celles du ventricule gauche.Nous avons donc une dilatation hypertrophique du cœur, surtout du ventricule gauche.Il s\u2019agit donc vraisemblablement d\u2019une forme fruste de syphilis cardio-vasculaire (maladie de Hodgson), à l\u2019évolution lente et, jusqu\u2019à maintenant, sans répercussion grave sur l\u2019état général du patient.SUMMARY A man, 51 years old, is referred as suflerimg from glandular and pulmonary tuberculosis.On admission, the diagnosis is changed into that of syphilitic disease of heart, aorta and valves : failure of compensation with aortic and mitral msufficiency.(Hodgson disease.) BIBLIOGRAPHIE 1.BEZANÇON, F., et al., Pathologie médicale, tome Lv.Cœur et vaisseaux, Masson, Paris.2.DesmeuLEs, R., Cardiographies et fausses tuberculoses, Bull.de la Société médicale des hôpitaux universitaires de Québec, 227, 1934.3.DiBLE et DaviE, Pathology, Grune and Stratton, New-York.4.Ricuarp, Ph., Lessarp, C., et Gareau, P.-E., Aspect pseudo- tuberculeux d\u2019une cardiopathie, Laval médical, 17 : 6 : 895, (sept.) 1952.5.Savy, Paul, Traité de thérapeutique clinique, Masson, Paris. CHRONIQUE HÉMATOLOGIQUE LES SYNDROMES HÉMORRAGIQUES Les hypoprothrombinémies par Jean-Marie DELÂGE, F.R.C.P.(C) bématologiste à l\u2019Hôpital du Saint-Sacrement La prothrombine est l\u2019élément capital du deuxième stade de la coagulation.Le schéma suivant (tableau I), volontairement simplifié, montre sa place dans le mécanisme de la coagulation.TaBLEAU Î Les trois phases de la coagulation I.Activation de la thromboplastine : Facteur plaquettaire + globuline antihémophilique + facteur christmas (pte) + (?) un autre facteur, le plasma thromboplastin antecedent.II.Conversion de la prothrombine en thrombine : Prothrombine + thromboplastine + facteur VII + facteur VIII.Formation de la fibrine : Thrombine + fibrinogène. 930 LavaL\u2026 MÉDICAL Septembre 1954 La prothrombme est cette substance plasmatique qui réagit avec la thromboplastine en présence de calcium et d\u2019au moins un accélérateur pour donner de la thrombine (Stefanini, 1953 ; Baserga, 1950 ; Koller, 1952).Sa constitution est celle d\u2019une glycoprotéine.Le Scandinave Astrup (1944) a montré qu\u2019elle contient de la tyrosine, du tryptophane, du soufre et de l\u2019azote.Elle existe dans le plasma en quantité plusieurs fois supérieure aux besoins de la coagulation.On admet généralement qu\u2019elle est synthétisée au niveau du foie et que la vitamine K est nécessaire à cette synthèse.Toute carence en vitamine K s\u2019accompagne d\u2019une hypoprothrombinémie.Découverte par Dam (1937), la vitamine K appartient au groupe des vitamines liposolubles.Il y en a deux types : la vitamine K., huileuse, qu\u2019on trouve surtout dans l\u2019alfalfa et qui s\u2019admi- per os avec des sels biliaires et la vitamme K3, moins active, qu\u2019on retire du poisson putréfié.La synthèse n\u2019a pas tardé à venir : vitamine K; de synthèse, menadione ou vitamme K4, 3 fois plus puissante que la Ky, vitamine K5 ou synkamme.Cette dernière peut s\u2019administrer par voie orale sans l\u2019adjonction de sels biliaires.La menadione et la synkamine peuvent s\u2019injecter par voie intraveineuse.L\u2019hykinone, dérivé de la vitamme K, est hydrosoluble et peu toxique.On la prépare en concentrations élevées (72 milligrammes par ampoule).L\u2019oxyde de la vitamine K, a été mis dans le commerce.Le produit peut s\u2019injecter dans la veine et s\u2019avère le meilleur antidote au Dicoumarol.La vitamine K est probablement une composante de la prothrombine comme la vitamine Bj fait partie du ferment respiratoire.Honorato (1942) lui attribue une action lipotrope, à la maniére de la choline.Un autre facteur, présent dans la levure de bière et l\u2019extrait de foie, doit s\u2019ajouter à la vitamine K pour permettre la synthèse de la prothrombine.C\u2019est le protein synthesis factor (Owren, 1953), différent de l\u2019acide folique et de la vitamme B417.Nous avons vu (Delâge, 1953) que la thrombinoformation exige non seulement la présence de calcium, de thromboplastine et de prothrombine, mais requiert en plus celle de deux accélérateurs diversement appelés (tableau II).Nous leur donnerons les noms de facteur V et de facteur VII au cours de ce travail.Ces facteurs accélèrent la conversion de la prothrombine en thrombine et leur entrée en action est nécessaire à la Septembre 1954 LavaL MÉDICAL 931 rapidité de la coagulation.Sans eux, la thrombinoformation serait extrêmement lente et ne répondrait pas aux besoins de l\u2019hémostase.TApLEAU II Les accélérateurs de la protbrombine TABLEAU DES SYNONYMES Facteur V et facteur VI : Facteur VII : Thrombogène de Nolf Serum prothrombin conversion accelerator Facteur labile de Quick (SPCA) de de Vries, Alexander et Pro-accélérine et accélérine d\u2019Astrup et Goldstein Owren Proconvertine d\u2019Owren Plasma et sérum ac-globuline de Ware, Co-thromboplastine de Mann et Hurn Guest et Seegers Prothrombin accelerator de MacMillan Accélérateur de Fantl et Nance Stable conversion factor (SCF) de Owen et Co-facteur de la thromboplastine de Hono- Bollmann rato Plasma protbrombin conversion factor de Stefanini Prothrombin converting factor de Jacox (facteur VI ?) Le facteur V est une globuline hydrosoluble.Le chauffage, à 58° C., l\u2019imactive rapidement.Dans le plasma conservé à la température de la pièce, 1l se détériore très vite, d\u2019où son nom de facteur labile.Cependant, à 5°C., sa disparition se fait plus lentement (plasma citraté).Le facteur V, au cours de la coagulation, se transforme en accélérateur sérique (serum ac-globulin de Seegers), lui aussi très labile.Il est synthétisé dans le foie, comme la prothrombine et le facteur VII.Beaucoup plus stable que le facteur V le facteur VII résiste au chauffage à 56° pendant trente minutes et sa concentration sérique (c\u2019est-à-dire après coagulation) est identique à sa concentration plasmatique.C\u2019est Ie seul facteur pro- coagulant qu\u2019on trouve dans le sérum dix jours après la coagulation.Il partage plusieurs propriétés avec la prothrombine.Il est sensible aux médicaments du type dicoumarol et sa concentration plasmatique baisse plus précocement que celle de la prothrombine chez les sujets soumis à l\u2019anticoagulant.Chez l\u2019homme, 1l est difficile d\u2019isoler la prothrombine 932 LavaL MÉDICAL Septembre 1954 et le facteur VII tandis que chez les bovidés certains procédés de filtration permettent de les séparer l\u2019un de l\u2019autre.Le facteur VII est peut-être un dérivé de la prothrombine (Stefanini, 1953).On le voit, la prothrombme n\u2019est pas aussi simple qu\u2019on le croyait.La technique de Quick, présumée mesurer l\u2019activité prothrombmnique du plasma, dose en réalité la prothrombine elle-même et ses deux accélérateurs.Aussi, serait-Il plus juste d\u2019abandonner l\u2019expression temps de prothrombine et de revenir à celle de temps de Quick.Le temps de Quick est sensible aux variations de l\u2019un quelconque des trois facteurs dont il mesure l\u2019activité.Chez un malade à temps de Quick allongé, on ne peut parler de déficit en prothrombine.Il faut, par des épreuves sélectives, déterminer quel élément du complexe (prothrombme, facteur V ou facteur VIT) est en déficit.LES HYPOPROTHROMBINÉMIES EN CLINIQUE LA MALADIE HÉMORRAGIQUE DU NOUVEAU-NÉ Les nouveau-nés présentent presque tous un retard de la coagulation et on connaît de temps immémorial la fréquence des hémorragies dans la première semaine de la vie.On sait aujourd\u2019hui que cet état n\u2019est que l\u2019exagération d\u2019une hypoprothrombinémie qu\u2019on pourrait qualifier de physiologique.Pour que le déficit se manifeste en clmique, 1l faut qu\u2019il soit extrème et que des facteurs associés, comme les traumatismes, entrent en jeu.A Brinkhous, Smith et Warner (1937) revient le mérite d\u2019avoir rapporté la maladie hémorragique du nouveau-né à un déficit grave de prothrombme, démontré par le temps de Quick.Cette interprétation pathogénique fut rapidement confirmée par les traitements à la vitamine K.On a invoqué plusieurs raisons pour expliquer l\u2019hypoprothrombi- némie du nouveau-né.Certains pensent à une carence alimentaire du côté maternel.Par ailleurs, chez le nouveau-né, la synthèse endogène de la vitamine K ne se fait pas avant que l\u2019alimentation apporte des bactéries du type colibacille dans l\u2019intestion.Enfin Tocantins et Yllpo insistent sur l\u2019immaturité fonctionnelle du foie.D'ailleurs, les prématurés font une hypoprothrombmémie beaucoup plus nette que les enfants Septembre 1954 Lavar MÉDICAL 933 normaux.Ajoutons que l\u2019hypoprothrombimémie du nouveau-né n\u2019est pas due à un déficit de la prothrombine seule mais aussi à un déficit associé de facteur VII (Koller, 1952 ; Soulier, 1952).On a décrit des hémorragies partout.Cependant la localisation gastro-intestimale est si fréquente qu\u2019elle a valu à la maladie son nom de mæœlena neonatorum.Le mœléna vient en premier lieu, suivi de l\u2019hématémèse.Les épanchements intracraniens sont les plus à cramdre.Ils comptent parmi les premières causes de mortalité et sont responsables de séquelles neurologiques graves chez les survivants.Les temps de saignement et de coagulation sont généralement prolongés.Le temps de Quick l\u2019est toujours.On peut trouver du sang dans les urines, les selles, le liquide céphalo-rachidien.LES HYPOPROTHROMBINÉMIES ACQUISES Ces hypoprothrombmémies couvrent un vaste domaine.Nous nous attacherons d\u2019abord aux cas idiopatiques.Le groupe des hypo- prothrombinémies 1diopatiques congénitales se présente comme une forme presque toujours familiale de diathése hémorragique non liée au sexe et avec manifestations apparaissant en bas âge.On ne peut affirmer que dans toutes les observations rapportées, la baisse de la prothrombine soit le seul facteur responsable de la diathèse, mais elle n\u2019en reste pas moins le défaut dominant.Comme exemple d\u2019hypoprothrombinémie idiopathique, nous prendrons le cas principe de Rhoads et Fitz-Hugh publié en 1941.Le malade faisait des hémorragies depuis l\u2019enfance.A la suite d\u2019un hématome frontal grave, les auteurs lui trouvent un temps de coagulation allongé.Le diagnostic d\u2019hémophilie avait d\u2019abord été porté.Le malade eut par la suite, plusieurs accidents.Le temps de Quick, à l\u2019âge de quinze ans, était nettement prolongé.L\u2019hypoprothrombmémie se montra insensible à la vitamine K.À l\u2019âge de dix-huit ans, le patient meurt d\u2019une hémorragie cérébrale.Il s\u2019agissait bien d\u2019un syndrome hémorragique différent de l\u2019hémophilie, imputable à un déficit de prothrombme.Cette publication fut suivie de plusieurs autres : Quick, (1942) ; Plum, (1943) ; Giordano, (1943) ; Murphy, (1944).Dans plusieurs 934 Lava\u2026.MEDICAL Septembre 1954 de ces cas, on a trouvé des antécédents hémorragiques dans la famille, et Quick, dans sa publication de 1946, trouve une hypoprothrombinémie chez la mère et la sœur de sa patiente.Il est remarquable que presque tous les cas d\u2019hypoprothrombimémie idiopathique et congénitale furent réfractaires à la vitamine K.Soulignons que la majorité des observations ont été publiées avant la découverte des facteurs V et VII et qu\u2019il est fort possible qu\u2019aujourd\u2019hui certaines d\u2019entre elles seraient classées différemment.L\u2019HYPOPROTHROMBINÉMIE DES AFFECTIONS HÉPATIQUES Le syndrome hémorragique des hépatiques Les affections hépatiques et les ictères par obstructions s\u2019accompagnent volontiers de troubles hémorragiques.Prenons par exemple le cas d\u2019ictère par obstruction : un déficit en prothrombine, de degré variable, y est quasi-constant.Il s\u2019explique par un trouble d\u2019absorption de la vitamine K au niveau de l\u2019mtestm.On sait que la bile est indispensable à l\u2019absorption de ce corps liposoluble.Règle générale, dans les cas purs, le trouble de la prothrombme reste isolé.L\u2019hypoprothrombinémie des ictères par obstruction ne conduit pas nécessairement aux saignements.Elle n\u2019en doit pas moins constituer un avertissement d\u2019hémorragie, advienne une intervention chirurgicale.De pathogénie semblable est l\u2019hypoprothrombmémie des fistules biliaires ; ici, encore, la bile manque pour l\u2019absorption de la vitamine K.En 1935, Hawkins et Whipple créaient une fistule biliaire chez le chien et voyaient apparaître une maladie hémorragique.L\u2019année sus- vante, l\u2019hypoprothrombinémie en était reconnue la cause.On peut en rapprocher aussi le cas de la très rare atrésie congénitale des voies biliaires.Les maladies du foie proprement dites, du simple ictére catarrhal jusqu\u2019à la phase terminale des cirrhoses, voient fréquemment leur tableau clinique se compliquer de signes hémorragiques.Les ecchymoses et les taches purpuriques aux membres inférieurs ne sont pas rares dans l\u2019ictère catarrhal.Les hématomes du grand droit ont été notés.Le syndrome hémorragique des cirrhoses peut être d\u2019une gravité extrême.Certes, la stase portale avec formation de varices cesophagiennes et gastriques de de I, Septembre 1954 Lava.MépicaL 935 constitue le primum movens des hémorragies, mais l\u2019atteinte hépatique, avec hypoprothrombinémie secondaire, y est pour beaucoup et elle est grandement responsable des gingivorragies, ménorragies, hématuries et troubles menstruels (Tocantins, 1948).On observe un temps de Quick très allongé.Du côté expérimental l\u2019intoxication par le chloroforme et le phosphore donnent à la fois une chute de la prothrombme et du fibrinogène.L'étude précise, tant en recherche qu\u2019en clmique, montre que dans les lésions du foie la synthèse hépatique de la prothrombine est toujours touchée en premier.Suit la baisse du fibrinogène, celle-là ne se montrant qu\u2019aux derniers stades de l\u2019évolution.Les troubles de la synthèse de la prothrombme dans les affections du parenchyme hépatique ont donné à Koller le prmcipe d\u2019un test du fonctionnement hépatique permettant de distinguer entre l\u2019ictère d\u2019origine hépatique et l\u2019ictère d\u2019origine extrahépatique : on fait un temps de Quick à jeun, puis, on mjecte deux milligrammes de ménadione par voie intramusculaire ; vingt-heures après, on répète le temps de Quick.Si le deuxième temps de Quick montre une augmentation de dix pour cent ou plus, on peut exclure une affection hépatique.Résumons la question en disant que l\u2019hypoprothrombinémie est toujours présente dans le syndrome hémorragique des hépatiques.Parfois, elle est le seul facteur détermmant, souvent, elle s\u2019associe à une fragilité vasculaire, à une baisse du fribrmogène (atrophie jaune aiguë), à une stase vasculaire œsophagienne et à une thrombopénie (Banti).Cette hypoprothrombinémie ne réagit pas ou très peu à l\u2019administration de la vitamine K.Enfin, 1l y a déficit associé des accélérateurs, les facteurs V et VII, et parfois une augmentation de l\u2019activité fibrinolytique du plasma (Stefanini, 1953).On voit à ce point de vue, l\u2019importance capitale du foie, organe où s\u2019élaborent la plupart des protéines nécessaires à la coagulation.I! est remarquable qu\u2019une chute du taux des protéines plasmatiques précède de longtemps l\u2019atteinte de la prothrombine.La revue des syndromes hémorragiques des ictères nous a permis d\u2019entrevoir deux explications possibles de leur hypoprothrombmémie : défaut de synthèse dans les atteintes du parenchyme, manque d\u2019absorption de la vitamine K là où les sels biliaires ne pénètrent pas dans l\u2019im- testin. 936 LavaL MEpicaL Septembre 1954 Pareillement attribuables à un défaut d\u2019absorption sont les hypo- prothrombinémies des maladies gastro-Intestinales, telles que la sprue, les fistules gastro-coliques, la colite ulcéreuse, l\u2019occlusion intestinale.On comprend que dans les affections où 1l existe un trouble profond de l\u2019absorption des graisses puisse s\u2019installer un état d\u2019avitaminose K.Cependant, le temps de Quick ici est variable, il alterne d\u2019un taux normal à des chiffres bas, ces derniers coincidant avec les crises hémorragiques.L\u2019hypoprothrombimémie des médicaments antimicrobiens répond à un double mécanisme : 1° Bactériostase exercée par les sulfamidés et les antibiotes sur la flore bactérienne intestinale et, en particulier, sur le colibacille, d\u2019où baisse de la production endogène de la vitamine K ; 2° Attemte de la cellule hépatique, par les sulfamidés en particulier.LES HYPOPROTHROMBINEMIES DU DICOUMAROL ET DES SALICYLATES Les hypoprothrombinémies les plus courantes de nos jours sont volontairement provoquées.Laissant de côté, l\u2019étude précise du dicou- marol et des anticoagulants apparentés amsi que leur mode d\u2019administration, nous ne retiendrons que leur action sur le complexe prothrombme et les accidents qui découlent d\u2019un dosage trop élevé ou d\u2019une intolérance.Les incidents ne se voient pas souvent si on contrôle constamment le traitement au moyen du temps de Quick.Sur 1,686 patients traités au Dicoumarol après des interventions chirurgicales, Allen (1947) note une incidence hémorragique de quelque importance dans 1,9 pour cent des cas.Ces hémorragies ne surviennent qu\u2019à des taux de prothrombine inférieurs à dix pour cent de la normale.Et, encore, une faible proportion de ces cas présentent-ils des complications hémorragiques.Les ecchymoses sont rares, de même que les hémorragies multiples.On peut dire que le saignement après dicoumarol est localisé, à l\u2019encontre de ce qui se passe dans les diathèses hémorragiques spontanées.II y eut des mortalités au dicoumarol.Il est remarquable qu\u2019elles surviennent chez deux groupes de patients.T'antôt 1l s\u2019agit d\u2019admmistration non-con- trôlée.Shelvin et Lederer (1944) rapportent le cas d\u2019un patient qui mourut d\u2019hémorragie dans le bassinet, la vessie et le cerveau après avoir Septembre 1954 Lavar MÉDicaL 937 absorbé la dose de 2,100 mg de dicoumarol, sans contrôle de la prothrombine.II est évident que le médecin qui conduit un traitement anticoagulant dans de telles conditions peut s\u2019attendre au pire.Tantôt l\u2019hémorragie survient chez des opérés (atteinte hépatique transitoire due aux anesthésiques ?) ou chez des cancéreux (Delâge et Brunet, 1954).Parfois, il faut invoquer, faute de mieux, une sensibilité mdividuelle.Enfin on a découvert une hypoprothrombinémie chez un assez bon nombre de sujets atteints de maladie bleue (Favre-Gilly, 1951).Les anticoagulants hypoprothrombinémiants (type dicoumarol, danilone, tromexan, cumopyrim) agissent à la fois sur la prothrombine et le facteur VII.Ce dernier est plus précocement attemt que la prothrombine.Plus rapidement qu\u2019elle, 1l revient à la normale lorsqu\u2019on suspend le traitement.Le facteur V n\u2019est pas affecté.Les anticoagu- Jants du type dicoumarol agiraient directement sur la vitamme K amenant une dépression secondaire de la synthése de la prothrombine et du facteur VII.Au sens strict, leur action anticoagulante n\u2019est que secondaire, indirecte.Quant aux salicylates, 1ls peuvent provoquer une hypoprothrom- binémie.La chose ne se produit qu\u2019avec de fortes doses administrées pendant longtemps, ou encore, l\u2019action dépressive se manifestera électi- vement chez les sujets au foie déficient.Du point de vue métabolique, il existe une parenté entre le dicoumarol et les salicylates.Le dicoumarol se dégrade en acide salicylique in vitro.Le tableau III résume les hypoprothrombinémies en clinique.LES PSEUDO-HYPOPROTHROMBINEMIES Nous venons de voir les hypoprothrombinémies vraies.On sait que le temps de Quick réflète globalement la teneur de l\u2019organisme en prothrombine, facteur V et facteur VII.Et toute baisse marquée de l\u2019un de ces facteurs se traduit par un allongement du temps de Quick.En pareille éventualité, lorsque le dosage de la prothrombine seule est normal, l\u2019allongement du temps de Quick ne peut venir que d\u2019un trouble du côté du facteur V ou du facteur VII.A ces maladies, on donne le nom de pseudo-hypoprothrombinémies. 938 LavaL MÉDpicaL Septembre 1954 TasLeau [11 L\u2019hypoprothrombinémie vraie (Allongement du temps de Quick par baisse de la prothrombine seule.) 1.Congénaitale (familiale ?).2.Acquise.A.\u2014 Déficit en vitamine K (réagit au traitement par la vitamine K) a) Carence alimentaire ; b) Stérilisation du contenu intestinal par les sulfamidés ou les antibiotes ; c) Troubles de l\u2019absorption de Ia vitamine : Ictère par obstruction ; Fistule biliaire ; Sprue, stéathorrhée idiopathique ; d) Maladie hémorragique du nouveau-né.B.\u2014 Trouble du métabolisme de la vitamine K (réagit peu ou pas à la vitamine K) a) Affections hépatiques ; b) Action de certaines toxines, du dicoumarol, tromexan, danilone, cumopyrin, des salicylates.C.\u2014 Idiopatbique.Déficit en facteur V : II porte différents noms : déficit en ac-globulme, déficit en facteur labile.Owren (1947) l\u2019a baptisé parahémophilie, terme assez malheureux puisqu\u2019il prête à confusion avec pseudo-hémophilie et maladie hémophiloïde.Pour nous en tenir à la terminologie que nous avons choisie, nous accepterons le terme de déficit en facteur V.Alexander (1952) en a décrit un beau cas que nous citerons.Il s\u2019agit d\u2019un malade de 17 ans.Des hémorragies multiples l\u2019amenèrent à consulter : épistaxis, ecchymoses fréquentes, hémorragies après avulsions dentaires et ménorragies.Son temps de coagulation est de 45 minutes et le temps de saignement est allongé à 32 minutes.La rétraction du caillot se fait bien.Le frère et la sœur de la malade ne saignent pas mais tous deux présentent les mêmes anomalies du saignement et de la coagulation. Septembre 1954 Lava\u2026 MÉDpicaL 939 Étudiant les temps de Quick des trois sujets, l\u2019auteur les trouve très anormaux : de deux à cinq pour cent de la normale.Alexander montre que cet allongement du temps de Quick n\u2019est pas dû à une baisse quantitative de la prothrombme mais à un déficit en facteur V (ou proaccélérine ou facteur labile ou ac-globulme).On peut déceler un déficit en facteur V par une technique assez simple.On sait que le plasma normal conservé à la glacière a un temps de Quick prolongé par disparition du facteur V.Si à ce plasma vieilli, on ajoute du plasma normal dans la faible proportion de une partie pour dix, on obtient un raccourcissement considérable du temps de Quick.Dans le déficit en facteur V on n\u2019obtient pas avec le plasma du malade cette correction du temps de Quick du plasma vieilli.Le déficit en facteur V simule donc une sévère hypoprothrombiné- mie tant en clinique qu\u2019au laboratoire, en dépit du fait que la quantité de la prothrombine est normale, en tout cas jamais assez basse pour expliquer des phénomènes hémorragiques.Le syndrome peut être acquis : 1l a été observé dans les affections hépatiques, la scarlatine et les leucémies (Alexander, 1952).Stefanini (1951) a trouvé une diminution du facteur V après certaines interventions chirurgicales.Le syndrome peut aussi être congénital.On connaît, à l\u2019heure actuelle, quelque huit cas de parahémophilies congénitales.Les trois cas d\u2019Alexander concernaient les membres d\u2019une même famille.Les malades avaient une hypoprothrombinémie réelle, mais légère.De Vries (1951) a observé la même chose chez une de ses malades qui souffrait d\u2019ailleurs de syndactylisme.Notons qu\u2019un des sujets d\u2019Alexander (tait attemt d\u2019épidermolyse bulleuse congénitale.Il faut donc retenir association possible du trouble de la coagulation à d\u2019autres anomalies plus évidentes.L\u2019allongement du temps de Quick et du temps de coagulation chez ces malades montre que lorsque l\u2019activité de la prothrombine est beaucoup diminuée 1l se produit un ralentissement distinct de tout le processus de la coagulation.La transfusion de sang ou de plasma normal donne de bons résultats thérapeutiques.A condition qu\u2019on en donne en quantité abondante ct que le produit soit frais en raison de la destruction du facteur V dans les conditions de conservation du sang ou du plasma. 940 LavaL MÉDICAL Septembre 1954 Déficit en facteur VII : Une diminution du facteur VII peut donner lieu à une maladie hémorragique.Citons, à titre d\u2019exemple, le cas de Bernard et Soulier (1953).II s\u2019agit d\u2019une enfant de deux ans.Dès le quatrième jour de son existence, elle présente des hémorragies labiales, des ecchymoses disséminées et des saignements rectaux.A ce moment, elle avait un temps de coagulation à vingt minutes.Le temps de Quick était à 68 secondes, par conséquent, très allongé.Chez cette malade, :l ne pouvait s\u2019agir ni d\u2019un déficit en prothrombme seule ni d\u2019un déficit en facteur V, pour les raisons suivantes : a) le sérum normal, riche en facteur VII, corrige le temps de Quick de la malade ; b) le plasma de la patiente, de son côté, corrige parfaitement le temps de Quick allongé d\u2019un plasma vieilli, indiquant par là que le facteur V est en quantité normale dans le plasma de la patiente.Le déficit en facteur VII constitue un syndrome hémorragique inconnu jusqu\u2019à ces derniers temps, de nature congénitale et en rapport avec un défaut dans le mécanisme de la conversion de la prothrombine en thrombine.À l\u2019encontre de ce qu\u2019on a vu pour le facteur V, 1 n\u2019y a rien qui laisse croire à la nature héréditaire de l\u2019affection.Beaucoup plus fréquentes que les déficits congénitaux sont les anomalies acquises.Koller (1952) a bien étudié la signification clinique du facteur.Il est arrivé à de remarquables constatations.1.A la fin de la grossesse, la valeur moyenne du facteur VII est de 147 pour cent.La prothrombine est en moyenne à 95 pour cent de la normale.L\u2019hypercoagulabilité du sang de la grossesse, qui explique en partie sa prédisposition à la thrombose, n\u2019est donc pas due à une augmentation de la prothrombine mais bien à une élévation de la concentration du facteur VII.2.Chez le nouveau-né, le taux du facteur VII est aussi abaissé que celui de la prothrombine.3.Le dicoumarol et les corps apparentés font baisser le facteur VII avant la prothrombine.Koller propose de déterminer les deux facteurs, prothrombine et facteur VII, pour le contrôle de la thérapeutique.À 3 Septembre 1954 LavaL MEbpicaL 941 choisir entre les deux, l\u2019auteur donne sa préférence au dosage du facteur VIT mais, comme la baisse du facteur VII et celle de la prothrombme ne se font pas parallèlement 1l vaut mieux doser les deux à la fois (méthode prothrombine-proconvertine de Owren).4.La vitamine K a une action plus prononcée sur le facteur VII que sur la prothrombine.Ainsi, dans l\u2019ictère par obstruction, où le taux des deux facteurs est diminué, la vitamine K produit une élévation de la prothrombme et du facteur VII mais l\u2019action de la vitamine sur ce dernier est, en général, plus rapide.Notons, enfin, que toutes les affections sérieuses du foie, qui peuvent donner un déficit de la pro- thrombme et de facteur V abaissent aussi la teneur de l\u2019organisme en facteur VII.Ainsi donc, il nous faut désormais démembrer le groupe vaste des hypoprothrombinémies.Il doit être envisagé aujourd\u2019hui sous deux angles : 1° Le groupe des hypoprothrombtnémies vraies principalement représenté par le moelena neonatorum, les troubles hémorragiques des maladies imtestmales et hépatiques et par le groupe, pas très pur, des hypoprothrombinémies congénitales et idiopathiques ; TABLEAU IV Les pseudo-bypoprothrombinémies (Allongement du temps de Quick par déficit en Facteur V ou en Facteur VII) A.\u2014 Le déficit en facteur V (ac-globuline) 1.Congénital (héréditaire ?) (Para-hémophilie d\u2019Owren) ; 2.Acquis : affections hépathiques, leucoses aiguës ou chroniques, Biermer, thrombocytopénies secondaires, scarlatine.B.\u2014 Le déficit en facteur VII (SPCA) 1.Congénital ; 2.Acquis : intoxication par le dicoumarol ; chez le nouveau-né; hépatoses graves ; ictéres par obstruction ; avitaminoses K, 9 942 LAvAL MÉDICAL Septembre 1954 2° Le groupe des pseudo-hypoprothrombinémies où le déficit ne vient plus de la prothrombine elle-même mais de celui de l\u2019un des deux accélérateurs, le facteur V ou le facteur VII (tableau IV).Ajoutons que les déficits des trois substances peuvent s\u2019associer, comme on le voit dans les hépatoses graves.BIBLIOGRAPHIE 1.ALEXANDER, B., Rev.hémat., 7 : 168, 1952.2.ALLEN, E.V., et coll., Ann.Int.Med., 27 : 371, 1947.3.AsTrUp, T., Acta physiol.scandinav., suppl.21, 1944.4.BASERGA, À., et DE NicorLa, P., Le malattie emorragiche, Società editrice libraria, Milan, 1950.5.BERNARD, J., et SOULIER, J.-P., Presse médic., 1953.6.BRINKHOUSs, K.M,, et coll., Am.J.M.Sc., 193 : 475, 1937.7.Dam, H., et coll., Biochem.J., 31 : 22, 1937.8.DELAGE, J.-M., Laval méd., 18 : 1372, 1953.9.DE VRIES, A., et coll, Acta hemat., 5 : 129, 1951.10.Favre-GiLry, J., et coll, Sang, 22 : 278, 1951.11.GiORDANO, À.S., Am.J.Clin.Path., 13 : 285, 1943.12.Hawkins, W.B., et WureeLE, G.H., J.Exper.Med., 62 : 599, 1936.13.HonoraTo, F.C.G., Am.J.Physiol., 150 : 381, 1947.14.KoLLER, F., et coll., Rev.hémat., 7 : 156, 1952.15.Murvnry, F.D., et CLark, J.M., Am.J.M.Sc., 207 : 77, 1944.16.OWREN, P.A., Acta med.scandinad., suppl.194, 1947.17.Owrwn, P.À, Am.J.Med, 14 : 201, 1953.18, PLUM, P., Acta med.scandinav., 113 : 262, 1943.19.Quick, A.J., The hæmorrhagic diseases and the physiology of hæmostasis, C.C.Thomas, Springfield, 1942.20.Ruoapbs, J.E., et Fitz-HucH, T., Am.J.Med.Sc., 202 : 662, 1941.21.SueLvIN, E.L., et LEDERER, M., Ann.Int.Med., 21 : 332, 1944, 22.SOULIER, J.-P., et Larrieu, M.-J., Sang, 23 : 549, 1952.23.STEFANINI, M., Lancet, 260 : 606, 1951.24, STEFANINI, M, Am.J.Med., 14 : 64, 1953.25.Tocantins, L.M., J.À.M.A., 136 : 616, 1948. REVUE DERMATOLOGIQUE TENDANCES ACTUELLES DE LA THÉRAPEUTIQUE EN DERMATOLOGIE * par le professeur Claude HURIEZ (de Lille) Jusqu\u2019il y a dix ans, la thérapeutique dermatologique visait, à peu près exclusivement, à agir sur les lésions cutanées par des topiques locaux.Depuis lors, la découverte des antibiotiques, d\u2019antiparasitaires nouveaux, d\u2019antidotes et de détoxicants, d\u2019antihistammiques, d\u2019hormones notamment corticotropes, l\u2019emploi de vitamines connues à des posologies massives et le recours à de nouveaux corps à activité vitammique, la découverte d'actions biostimulantes ont donné à la thérapeutique générale en dermatologie une primauté que nul ne conteste.I[ ne saurait être question, en si peu de pages, de brosser une revue générale de ce qui a été publié, ni de citer un seul nom, car cet essai de synthèse ne peut prendre figure de catalogue de milliers de publications, françaises et étrangères, ni de rapporter des statistiques, ni de préciser des détails de posologie ou de technique, ni de discuter d\u2019hypothèses sur le mode d\u2019action de la plupart de ces thérapeutiques.Il eut été tentant * Reproduit de Dermatologie, vol.IV, fase.4, 1953. 944 LavaL MEbicaL Septembre 1954 de les envisager pour chaque chapitre de la dermatologie, mais c\u2019eût été dresser un mémento vraiment très primaire et heurter chacun dans ses préférences de pratique, car la multiplicité des possibilités thérapeutiques laisse une grande indépendance dans le choix des prescriptions pour la plupart des dermatoses.Nous avons été tentés de faire le point des résultats qui peuvent être considérés comme valables pour chacune de ces thérapeutiques, qui se classent logiquement en deux groupes : \u2014 Les unes, luttant contre l\u2019élément spécifique des dermatoses, que l\u2019agent agresseur soit infectieux, parasitaire ou toxique ; \u2014 Les autres, dénuées de spécificité, militent en faveur du terrain, dont elles essaient d\u2019atténuer l\u2019hypersensibilité, de corriger les dérèglements hormonaux et les carences, ou de stimuler les moyens de défense.En rappelant, à grands traits, leurs possibilités, nous n\u2019insisterons, que sur les quelques positions maîtresses qui leur sont reconnues glissant sur les indications plus discutées.Mais je pense que ce tour d\u2019horizon aidera peut-être à dégager les grands courants et l\u2019orientation actuelle de la thérapeutique générale en dermatologie.1.La thérapeutique anti-infectieuse : Elle a été bouleversée par la découverte des sulfamides et des antibiotiques.Après une phase d\u2019application aux affirmations initiales trop optimistes parfois et aux indications un peu largement étendues, le moment parait propice pour dégager le bilan réel.a) On a trop tendance à oublier les sulfamides, ces pionniers des premières heures de la bactériostase.Ils gardent encore des positions maîtresses en d\u2019autres disciplines.Du fait de leurs hautes concentrations tissulaires, leurs possibilités subsistent contre les streptococcies, qu\u2019il s'agisse d\u2019érysipèles, de dermo-épidermites et surtout d\u2019hypodermites, de lymphangites, avec réactions ganglionnaires ou blocage lymphatique, générateur d\u2019éléphantiasis ; qu\u2019il s\u2019agisse encore de la surinfection des ulcères de jambes, gagnant progressivement tous les tissus des membres inférieurs.d à Sir Septembre 1954 Lava.MÉDICAL 945 Une autre indication pratique concerne des infections plus superficielles comme l\u2019impétigo, l\u2019ecthyma, les gales surimfectées, où, certes, les antiseptiques locaux peuvent suffire.Mais leur liquidation est bien plus rapidement obtenue par une cure modeste et de ce fait sans dangers de sulfamides.Ils conviennent à cette médecine de masse, à l\u2019occasion de petites épidémies familiales ou scolaires d\u2019infections cutanées superficielles.Dans la gamme des sulfamides, dressée d\u2019après leur activité, leur métabolisme et leur tolérance, le Juste milieu est tenu par les sulfathiazoles et les sulfadiazines.Deux autres indications, beaucoup plus limitées, concernent : \u2014 les sulfapyridines, qui gardent des fidèles pour le traitement de la maladie de Dühring, et \u2014 les solutions isotoniques de soluseptoplix pour les injections dans les collections ganglionnaires, même de nature tuberculeuse.Disons de suite que nous reporterons avec les résultats de la vitamine D2 toutes les indications antibacillaires d\u2019organo-souffrés comme les thiosemicarbazones, les sulfones et les autres antibiotiques du bacille de Koch.Par contre, on peut signaler ici les résultats obtenus dans la lèpre, par les sulfones mères, nettement supérieures aux sulfones mono- ou disubstituées.Les thiosemicarbazones et la streptomycine n\u2019ont d\u2019intérêt que dans les poussées aiguës et le traitement d\u2019attaque des formes jeunes ; elles sont sans effet sur les lésions organisées.Par contre, l\u2019association des sulfones mères à la classique huile de chaulmo- groa paraît bien être le meilleur traitement des formes mixtes et de consolidation des formes [épromateuses.Les organo-souffrés tiennent donc encore quelques positions en dermatologie.Les sulfamides avaient cependant éveillé des inquiétudes dans le traitement des surinfections des dermatoses irritables (eczéma et érythrodermies), en raison de la difficulté de leur maniement, chez des sujets particulièrement intolérants.C\u2019est dire avec quel intérêt furent accueillis les antibiotiques dont la tolérance singulièrement meilleure a délivré de la hantise des accidents sanguins, hépatiques et rénaux des sulfamides. 946 LAvAL MÉDICAL Septembre 1954 Par leur origine, ils se rangent en 2 classes d\u2019importance très mégale : x a) Les antibiotiques provenant des bacilles à spores sont de peu d\u2019importance pratique, malgré les efforts déployés pour attirer l\u2019attention sur la thyrothricine.Limitée à un emploi local, du fait d\u2019accidents hémolytiques après administration parentérale, elle s\u2019est révélée très eczématigène, même dans le traitement sans épilation des teignes, où ne furent pas vérifiés tous les espoirs initiaux.b) Par contre, les 5 grands antibiotiques d\u2019origine fongique (pénicilline, streptomycine, auréomycine, chloromycétine, terramycine), ont acquis dans le traitement des infections cutanées des places proportionnellement aussi importantes qu\u2019en pathologie infectieuse générale.1.La pénicilline est le médicament le plus administré en raison de sa polyvalence sur les infections cutanées et vénériennes : elle reste encore la thérapeutique d\u2019actualité de la plupart de ces dernières, de la gonococcie et même de toutes les formes de syphilis récentes ou tardives, acquises ou héréditaires.En dermatologie, elle convient non seulement aux streptococcies mais parfois encore aux infections staphylococciques, notamment aux staphylococcies malignes de la face.Nous reviendrons sur la tendance de plus en plus marquée de résistance de ces germes à la pénicillme.Elle procure quelques résultats dans le lupus érythémateux et les dermatoses bulleuses.La parfaite innocuité de la pénicilline, quand elle est bien réfractée, en a fait, à petites doses, une thérapeutique possible de la surinfection des dermatoses irritables.Mais c\u2019est cependant avec ces malades intolérants que beaucoup de pénicilline-retard ont montré leurs insuffisances et leurs dangers.Beaucoup de véhicules-retard ne retardent pas assez la diffusion de la pénicilline.Il en résulte, peu après les injections, des concentrations en flèche excessives pour ces intolérants.Par contre, des dépressions trop prolongées de la pénicillémie dans les périodes intercalaires retardent ou empêchent la guérison de l\u2019infection.2.L\u2019auréomycine a un spectre d\u2019action beaucoup plus étendu.Les streptocoques et les staphylocoques des infections cutanées y sont rarement résistants : tout au moins actuellement.À petites doses, elle est Septembre 1954 LavaL.MÉDicaL 947 tolérée et efficace contre la surinfection des dermatoses irritables ; à grosses doses, contre celle d\u2019infections comme l\u2019acné conglobata.Son action mdéniable sur les virus de la maladie de Nicolas et Favre et de la lymphoréticulose bénigne d\u2019inoculation ont mcité à y recourir contre des viroses indiscutables, comme l\u2019herpès et le zona, ou discutables comme la maladie de Dühring.Puis on a étendu son usage dans toutes les dermatoses bulleuses et aux virodermatoses avec des résultats variables : Les poussées d\u2019herpès sont influencées mais sans modification de caractère récidivant, mieux jugulé par de hautes doses de vitamine C ou des chocs vaccinaux en série.Dans le zona, il y a certainement plus qu\u2019une action sur la surinfection des bulles, qui cicatrisent plus rapidement, mais la disparition des douleurs n\u2019est pas constante.Parmi les dermatoses bulleuses, les résultats sont de moins en moins satisfaisants, suivant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019érythème polymorphe, de maladie de Dühring ou de pemphigus, et le caractère récidivant de ces affections ne s\u2019en trouve pas modifié.Dans les dermoviroses, l\u2019auréomycine a, mdiscutablement, une action sur les verrues, qui n\u2019est retenue que dans les formes étendues et non accessibles aux traitements locaux.Beaucoup moins constants sont les résultats dans le lichen.Retenons des effets favorables dans le lupus érythémateux, surtout dans sa forme exanthématique évolutive.Restent imexpliquées des améliorations de sclérodermie et de maladie de Pick-Herxheimer, qui avaient déjà tiré bénéfice de la pénicillme.3.La chloromycétine a donné des résultats intéressants dans l\u2019acné rosacée et parfois dans les dysidroses.Son action sur la flore gramme- négatif tendrait à confirmer le bien fondé du rôle des germes intestinaux dans la production de ces dermatoses.4.La terramycine est d\u2019utilisation trop récente pour qu\u2019on puisse l\u2019apprécier valablement.Elle a surtout été essayée dans les cas ou les autres antibiotiques s\u2019étalent montrés ou étaient devenus inopérants, ou encore dans ceux où l\u2019auréomycine et la chloromycétine avaient procuré des incidents gastriques et ano-rectaux, évitables par une réduction de posologie, un régime alcalino-lacté et la prescription de vitamime B. 948 LavaL.MÉDicaL Septembre 1954 Tels sont, à larges traits, les résultats substantiels de l\u2019antibiose en dermatologie, auxquels s\u2019ajouteront ceux, très appréciables, des antibiotiques du bacille de Koch.Ils sont grevés, cependant, de quelques menaces qui vont s\u2019amplifiant : Les servitudes de la pénicillo-thérapie réfractée, les coûts élevés des nouveaux antibiotiques .et un réflexe vraiment professionnel en dermatologie les ont fait essayer en applications locales.L\u2019expérience est maintenant assez concluante pour qu\u2019on souligne les énormes risques d\u2019eczématisation et de sensibilisation de l\u2019antibiose locale, que ce soit avec la poudre de sulfamide, les solutions de thyrothricine, les pommades pénicillés.Les accidents professionnels de la manipulation de la streptomycine ont suffi à écarter l\u2019application locale de cet antibiotique.Seules les pommades à l\u2019auréomycine et à la tifomycme, d\u2019ailleurs remarquablement actives sur les infections superficielles, paraissaient tolérées.La survenue de plus en plus fréquente d\u2019intolérance à des cures générales de ces antibiotiques chez des sujets qui avaient été préalablement soumis à des applications locales d\u2019auréomycine et de tifomycine confirme bien les dangers de l\u2019antibiose locale.On a pu reprocher à l\u2019antibiose de n\u2019être qu\u2019une médication de présence et de n\u2019avoir que des effets transitoires en matière de staphylococcie notamment.On peut porter un jugement moins pessimiste à condition : \u2014 de choisir un antibiotique auquel le staphylocoque isolé n\u2019est pas résistant, \u2014 d\u2019associer à une cure bien faite, le débridement ou l\u2019irradiation des collections, suivant qu\u2019elles sont volumineuses ou disséminées, \u2014 d\u2019essayer de développer une immunité antitaphylococcique par de très longues cures d\u2019anatoxine ou de divasta, cependant que quelques dermatologues sont revenus sur l\u2019imtérêt d\u2019injections mtraveineuses de glycocollate de cuivre.Mais l\u2019antibiose apparaît menacée par le phénomène beaucoup plus redoutable, s\u2019il se généralisait, de l\u2019accoutumance et de la résistance des germes aux antibiotiques.C\u2019est un des problèmes les plus angoissants Septembre 1954 Lavar MÉDprcaL 949 de la thérapeutique contemporaine.I! a été différé par le recours à de nouveaux antibiotiques pour déjouer les effets de l\u2019accoutumance microbienne.Cette solution de facilité aura peut-être des limites.Par analogie avec les heureux effets de l\u2019association du P.A.S.à la streptomycine, qui retarde l\u2019accoutumance du bacille de Koch, on tente le recours à des associations d\u2019antibiotiques.Ces cocktails ne sont pas toujours digérés par des organismes à tolérance réduite.Mais à côté de quelques rares synergies, il y à surtout des antagonismes.C\u2019est pourquoi, pour primaires qu\u2019ils apparaissent, les meilleurs moyens d\u2019éviter ou de retarder le phénomène d\u2019accoutumance, et de résistance, tiennent à l\u2019observation stricte par les praticiens des règles générales de l\u2019antibiose.Celle-ci doit être précoce pour ne pas être trop prolongée.Elle doit être adaptée dans le choix et la posologie des médicaments aux possibilités viscérales des malades et au degré de virulence de l\u2019infection.Comme on y tend de plus en plus en pathologie infectieuse générale, il faudrait baser plus souvent le choix de l\u2019antibiotique sur les épreuves de sensibilité des germes isolés, qui sont simples et procurent une réponse rapide.Le dosage des concentrations sanguines obtenues est éminemment souhaitable, mais les praticiens sont privés de ce confort biologique.C\u2019est d\u2019eux que dépend la véritable prophylaxie de l\u2019intolérance et de l\u2019accoutumance : en ne mettant pas intempestivement en œuvre des applications locales d\u2019antibiotiques et en évitant de les utiliser ensuite par voie générale, sans cohérence ni persévérance, à des posologies péchant par défaut ou par excès.De la mesure dans la prescription des antibiotiques empêcherait certainement un plus grand développement de cette résistance des germes à ces substances.2.Les acquisitions contre les agents parasitaires n\u2019intéressent que peu le sujet consacré aux thérapeutiques générales.On ne peut cependant passer sous silence la découverte, durant la décade écoulée, des meilleurs insecticides et antiparasitaires de contact : la gammexane et le D.D.T.La glucantime ressort plus du cadre de cette étude, mais n\u2019intéresse que des affections du bassin méditerranéen : bouton d\u2019orient et leishmaniose. 950 Lavar MÉDICAL Septembre 1954 3.Antidotes et détoxicants : a) Contre les toxiques que représentent les chimiothérapies mal tolérées, 1l est mamtenant possible d\u2019opposer parfois un antidote.La découverte du B.A.L.marque certainement une date importante dans la neutralisation des effets nocifs des métallo-thérapies mais son action est à la la fois partielle et à double tranchant.\u2014 Partielle, car le B.A.L.n\u2019agit que sur le toxique et laisse à des organismes tarés ou imsuffisants la charge de liquider la surinfection qui s\u2019est développée du fait de la paralysie des moyens de défense de l\u2019organisme.C\u2019est dire que l\u2019action antidotique du B.A.L.doit parfois être complétée par celle des antibiotiques.\u2014 À double tranchant : Dès que la neutralisation (B.A.L., As, Bi, Hg, ou Au) ne se fera plus sur le champ et dans le sang, lorsqu\u2019elle se fera dans les tissus et surtout à une époque de plus en plus éloignée de l\u2019injection déclenchante, il faudra redouter la possibilité d\u2019incidents (fébriles, hépatiques ou rénaux) qui traduisent la toxicité propre de ce mercaptan, dans un organisme peu capable de le détoxiquer.Le B.A.L.a permis de sauver des spécifiques atteints d\u2019accidents majeurs de l\u2019arséniothérapie (apoplexie séreuse \u2014 coma novarsénoben- solique \u2014 agranulocytose).Mais dans les accidents cutanéo-muqueux de ces chimiothérapies (eczéma \u2014 érythrodermie \u2014 lichen postarseni- caux ou auriques \u2014 stomatites bismuthiques) il est apparu tout aussi utile et moins dangereux de recourir à un détoxicant peut-être moins actif mais plus souple et imoffensif : le thiomalate de soude.L\u2019action dévésicante de ce produit, qui libère les groupes sulfydriles des protéines tissulaires, a conduit à y recourir \u2014 non sans succès \u2014 dans le traitement des eczémas non chimiothérapiques et même de la maladie de Duhring.Mais ce détoxicant n\u2019a pu être livré à la pratique courante en raison de la fréquence des abcès aux points d\u2019injections.Il paraissait cependant devoir jouer un rôle dans le traitement des dermatoses allergiques.b) La thérapeutique de ces états allergiques offre le meilleur exemple de la nécessité de lutter à la fois contre l\u2019élément spécifique, le réactogène, et de modifier les éléments non spécifiques de l\u2019affection, en agissant sur le terrain. Septembre 1954 LAava\u2026 MÉDicaL 951 La méthode des tests épidermiques a considérablement facilité Ie diagnostic biologique et la guérison des dermites par contact.On pourrait supposer que la découverte et l\u2019élimination de l\u2019allergène était devenue maintenant à la portée du praticien.Un bon testeur n\u2019est pas un testeur occasionnel ; c\u2019est un collaborateur qui pratique de façon permanente ces dépistages, disposant d\u2019une collection extrêmement importante de ré- actogènes qui s\u2019enrichit de nouveaux allergènes presque quotidiennement.La mise en évidence d\u2019un réactogène, assez fréquente dans les dermites de contact, est beaucoup plus malaisée en cas d\u2019eczéma chronique, où un résultat positif n\u2019est obtenu que dans 15% des cas.Même si l\u2019allergène est objective, 11 ne faudra pas compter trop sur le résultat d\u2019une désensibilisation spécifique, car la skeptophylaxie s\u2019est avérée encore bien plus souvent décevante dans l\u2019eczéma que dans l\u2019asthme.Dans toutes les dermatoses allergiques, et surtout si le dépistage du réactogène s\u2019est avéré infructueux, il faudra donc s\u2019adresser aux médications modifiant la sensibilité de l\u2019organisme.Les résultats plus que médiocres des méthodes dites de désensibilisation non spécifique, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019ingestion de peptone, des injections intraveineuses d\u2019hyposulfites ou de calcium, de sédatifs nervms, des auto-hémo-, hétéro-hémo-, hémolyso- et auto-ouro-thérapie, suffirent à expliquer leur abandon progressif dès l\u2019avènement des antihistaminiques et des hormones.4, Depuis l\u2019introduction en thérapeutique en 1942 du premier antihistaminique, l\u2019antergan, on a expérimenté plus de dix mille produits de synthèse.La vingtaine de corps retenus se rangent en deux groupes : \u2014-\u2014 les convulsivants, dont font partie l\u2019antergan, le néoantergan, la pvribenzamine et la théphorine.-\u2014 les sédatifs, comme le phénergan, où l\u2019adjonction d\u2019une molécule barbiturique calme peut-être mieux le prurit mais ne présente pas que des avantages chez ces intolérants.Les antihistaminiques n\u2019ont la prétention que d\u2019atténuer certains symptômes allergiques, soit par compétition avec l\u2019histamme libérée au niveau de l\u2019organe de choc, soit par blocage des organes récepteurs, rendus insensibles à l\u2019histamme. 952 Lavar MépicaL Septembre 1954 Leur effet principal est de ramener à la normale la perméabilité capillaire perturbée.Cette propriété est particulièrement utile dans le traitement de la capillaro-dilatation et de l\u2019exosérose de l\u2019eczéma et des érythrodermies, dont les antihistammiques calment bien le prurit.Leur admmistration locale est décevante.Par voie générale, ils sont peu mdiqués chez des sujets de plus de 60 ans, qui supportent mal leur action hypoglycémiante.Mais il importe de ne les administrer qu\u2019après la liquidation de la surinfection des dermatoses allergiques, par application locale de bactéricides ou par des cures modestes, prudentes et parfaitement réfractées d\u2019antibiotiques, sous peine de n\u2019enregistrer que des échecs ou des aggravations.Des recherches précises en ont fourni l\u2019explication, en montrant l\u2019aggravation, voire le carâctère mortel des infections expérimentales chez la souris recevant des antihistammiques, par rapport à des lots de témoins.Sous cette condition d\u2019avoir liquidé préalablement la surinfection, on peut dire que l\u2019admmistration des antihistaminiques, même s\u2019ils ne sont que des médicaments de présence, constitue un des temps utiles, presque indispensable, du traitement des dermatoses allergiques.Beaucoup d\u2019autres facteurs sont susceptibles d\u2019agir sur les défaillances du terrain, pour stimuler les moyens de défenses de l\u2019organisme : bormones, biostimulines, vitamines.Mais pour guider leur emploi et apprécier leur nécessité, il est regrettable que les moyens valables d\u2019exploration du terrain soient si modestes et donnent des résultats si difficiles à apprécier.Il faut d\u2019ailleurs reconnaître que les affections dermatologiques constituent le secteur de la pathologie où on a très peu poussé les recherches sur le tonus sympathique, les dérèglements hormonaux, les perturbations humorales et les métabolismes tissulaires.L\u2019emploi des hormones, biostimulines, vitamines et autres chimiothérapies a trop souvent procédé d\u2019admmistrations empiriques, sans grand fil directeur.5.Opothérapies et bormones.La fréquence des dysendocrinies, sans grande précision biologique, a conduit à quelques tentatives assez disparates : les unes visaient à ie Septembre 1954 LavaL MEbicaL 953 agir sur des byperfonctionnements, plus supposés que démontrés.Durant ces dix dernières années, on a enregistré quelques résultats favorables de parathyroïdectomie dans les sclérodermies, voir même dans l\u2019ichtyose.Pour freiner l\u2019hypophyse, incriminée d\u2019une hypersécrétion d\u2019hormones mélanophores dans les mélanoses cervico-faciales, on a irradié la région hypophysaire, cependant qu\u2019on essayait, dans d\u2019autres cas, d\u2019obtenir la même action frénatrice par administration de paraoxipropiophénol.Dans les dermatoses où l\u2019on suspectait au contraire des déficiences, glandulaires, on n\u2019avait pas obtenu de grands résultats par les opothérapies pratiquées avec des extraits totaux de glandes, soit avec des extraits pluriglandulaires.A cette opothérapie, se sont substituées progressivement des hormonothérapies plus précises : \u2014 Les bormones génitales furent les plus employées : elles ont permis une amélioration de prurits vulvaires, parfois même compliqués de kraurosis.Après constatation d\u2019une msuffisance œstrogénique chez la plupart des acnéiques, 1l a été conseillé de leur implanter des pellets d\u2019hormones gonodatropes sériques.Dans la sclérodermie féminine, on a cru noter le rôle favorable des androgènes.Enfin, on a souligné la guérison d\u2019eczémas de sensibilisation, malgré le contact avec le réacto- gène testé, grâce à ces mêmes injections.\u2014 L\u2019hormone lipocaïc, peut-être la vagotonine, sont des facteurs lipotropes qui auraient donné quelques résultats dans les dislipoidoses : xanthomatose, nécrobiose Iipoïdique, et de façon fort inconstante dans le psoriasis, où les troubles lipido-protidiques sont d\u2019ailleurs loin d\u2019être constants.Dans tout ces faits épars, il y a peut-être quelques données intéressantes.Mais combien est regrettable l\u2019absence trop fréquente de dosages hormonaux, pour mieux guider ces essais thérapeutiques.6.Les hormones corticotropes furent accueillies avec un intérêt passionné en raison des modifications spectaculaires qu\u2019elles apportaient à l\u2019allure de dermatoses, particulièrement graves ou chroniques.Très rapidement on dut reconnaître que ces améliorations ne persistaient pas, dès l\u2019arrêt de l\u2019administration de ces hormones.On dut enregistrer 954 Lava\u2026.MÉDICAL Septembre 1954 aussi de fréquentes complications : la plupart étaient bénignes, tenant à l\u2019exaltation des germes de surinfection, si fréquents dans les dermatoses traitées.Mais survinrent aussi des accidents graves, menaçant la vie des malades par le développement d\u2019infections sévères, voir septicémiques, par la constitution d\u2019accidents thrombo-emboliques ou par des manifestations d\u2019hypercorticisme, allant de bouffées tensionnelles jusqu\u2019à de véritables syndromes de Cushing.Les espoirs avaient été tellement grands, que la déception fut très profonde.Mais passer d\u2019un enthousiasme excessif à un dénigrement systématique ne conduirait qu\u2019à un nihilisme stérile.Les résultats de leur emploi furent améliorés grâce à deux compléments thérapeutiques : celui des antibiotiques, pour liquider préalablement toute surinfection et en les reprenant dès la moindre alerte clinique ou hématologique, celui des substances dites cortisone-like qui prolongent ultérieurement leur action, de facon moins active mais mmoffensive, et susceptible d\u2019utilisation prolongée.On a accordé ce pouvoir, peut-être avec un minimum de preuves, à l\u2019acétate de prégnénolone, au salicylate et au gentisate de soude, à quelques vitamines, notamment C et Dj, et on tend 34 admettre que les thérapeutiques tissulaires n\u2019agissent également que par le jeu de cette stimulation hypophysosurrénalienne.Elle est sans doute une façon facile, purement verbale, de tenter d\u2019expliquer des effets favorables jusqu\u2019ici mystérieux.Ams:1 complétées, 1l est permis d\u2019apprécier avec un peu moins de scepticisme les possibilités des hormones corticotropes.Elles peuvent être utiles dans le traitement des dermatoses allergiques, les plus rebelles, mais après la suppression du réactogène ou de toxications, après liquidation de la surinfection et après recours aux antihistammiques.Leurs effets ont pu être consolidés par le salicylate ou les vitamines C et D».Dans les dermatoses bulleuses, les posologies moyennes avaient des effets immédiats mais éphémères.Dans la maladie de Dühring, on s\u2019est engagé par l\u2019alternance avec l\u2019auréomycine dans un cycle infernal qui prolonge la durée de l\u2019affection et dont on ne sait plus sortir.Les rapports américains au XX* Congrès international affirment des guéri- de (lt Ï £0 der el Septembre 1954 LAavAL MÉDICAL 955 sons durables de pemphigus après emploi de doses massives et prolongées.Dans l\u2019érythème polymorphe bulleux, de très longues cures de salicylate et de gentisate de soude, comme dans une maladie de Bouillaud, semblent devoir suffire.Le pronostic sans espoir des bématodermies autorisait toutes les tentatives thérapeutiques.Les hormones corticotropes ne provoquent qu\u2019un affaiblissement transitoire des lésions du mycosis fongoïde, des réticuloses malignes, des formes cutanées de leucémie et de maladie de Hodgkin.La fréquence et la gravité des complications infectieuses dans ces hématodermies font admettre qu\u2019il est préférable de s\u2019en tenir à la radiothérapie classique.Rappelons ici que les moutardes nitrées n\u2019ont donné que des résultats passagers et que les isotopes phosphorés radioactifs sont encore plus décevants.Dans les collagénoses, indications de choix en théorie, les hormones corticotropes n\u2019ont procuré que des résultats inconstants dans les chéloides, incomplets dans les sclérodermies et la maladie de Pick-Herxhei- mer.Dans le lupus érythémateux, des résultats brillants mais éphémères ont été très améliorés et consolidés, en intercalant l\u2019emploi des hormones corticotropes entre un prélude antibiotique et de longues cures salicylées ultérieures.Le pronostic des lupo-érythémato-viscérites n\u2019en est pas moins resté fatal.Dans le psoriasis, le caractère récidivant subsiste malgré des essais de consolidation des blanchiments obtenus par des implants ou des cures de vitammes D».Signalons, à titre de curiosité, l\u2019action inattendue des H.C.sur la repousse des pelades décalvantes, résultat à rapprocher une fois de plus de réponses similaires à des grosses doses de vitamine D».Ainsi donc, si les hormones corticotropes se sont montrées capables de faire rétrocéder dans un délai record un prurit, une exosérose, un processus bulleux ou parakératosique, elles sont absolument incapables de guérir à elles seules un eczéma, une érythrodermie, une maladie de Dühring, un pemphigus, un lupus érythémateux ou un psoriais.Ces médications, dénuées de spécificité, purement fonctionnelles et de présence, ne sont qu\u2019un des recours ultimes dans le traitement des 956 Lavar.MÉDicaL Septembre 1954 dermatoses allergiques, bulleuses et des collagénoses.Elles ne doivent être employées qu\u2019après l\u2019échec des médications classiques, en alternance avec les antibiotiques, indispensables à la liquidation du facteur infectieux.Leur action Incisive, mais transitoire, doit être consolidée par l\u2019admimistration prolongée de substances cortisone-like, moms coûteuses et n\u2019offrant pas de dangers de complications.Grâce à cette tactique thérapeutique, le pourcentage des guérisons durables a été amélioré pour les dermatoses réputées chroniques et les plus graves.Mais de toutes façons, si le pronostic de celles-ci n\u2019a pas encore été radicalement transformé, les hormones corticotropes ont cependant déjà apporté un bouleversement dans la conception du nombre de dermatoses et certainement ouvert la voie à de grands progrès thérapeutiques.7.Dans toutes ces actions sur le facteur non spécifique des maladies, il faut accorder place à la thérapeutique tissulaire de Filatov.Cette méthode originale est de réalisation facile, grâce à des implants d\u2019amnios ou de placenta, nettement supérieurs aux extraits injectables.Il a paru préférable de répéter les implantations 5 à 6 fois, à intervalles de 2 à 3 semaines : leur activité va cependant en s\u2019émoussant.Cette méthode est presque toujours bénigne, sauf au cas de lésions évolutives des reins et des organes hématopoïétiques.Cette histothérapie est douée d\u2019une indiscutable activité qui se traduit par une amélioration rapide de l\u2019état général et plus lentement par le remaniement favorable d\u2019un certain nombre de lésions dermato- logiques.Les résultats les plus nets sont observés au niveau des ulcères de jambe ; les douleurs disparaissent, même et surtout en cas d\u2019artérites associées.Le bourgeonnement est stimulé mais l\u2019épidermisation est moins influencée.Les placards de capillarite et d\u2019hypodermites ne sont pas modifiés.Cette stimulation a été exploitée pour faciliter la cicatrisation des escharres et des radiodermites.Le blanchiment de la moitié des cas de psoriasis ainsi traités n\u2019est guère durable, non plus que celui du lupus érythémateux.Dans la (on {on in les De im \u201cmp Qery Rta Sn J Mant | 4 1 5 Septembre 1954 Lavar MEbpicaL 957 lèpre, il ne s\u2019agit que d\u2019une thérapeutique d\u2019appoint des cures de sulfone- chaulmogroa.Ces résultats n\u2019ont été que partiellement vérifiés dans le lupus.On en est réduit à des hypothèses sur la réalité, la nature et le mode d\u2019action des principes actifs, élégamment dénommés biostimulines.Elles agissent peut-être par stimulation du système réticulo-endothélial, ou plus vraisemblablement par stimulation hypophyso-surrénale, ainsi que le laisserait supposer l\u2019augmentation pondérale des surrénales chez les animaux d\u2019expérimentation et un certain parallélisme entre les valeurs du test de Thorn et les améliorations constatées.Cette thérapeutique tissulaire constitue un moyen supplémentaire de stimuler les capacités réactionnelles de l\u2019organisme.Il faut en rapprocher la sérothérapie orthobiotique, qui, sous la seule forme originale de Bogomoletz, aide à la cicatrisation des ulcères, mais dont les résultats sont beaucoup plus inconstants et peu durables dans le blanchiment du psoriasis.VITAMINES 8.Terminons ces considérations sur les facteurs non spécifiques par le rappel des possibilités des vitamines : Ce mot paraîtrait devoir être toujours lié à un état de carence, mais en dehors de quelques dermatoses indiscutablement carentielles, comme la pellagre, si exceptionnelle dans nos pays, il semble bien qu\u2019on commette un double abus en parlant encore de vitammothérapie dans un grand nombre de dermatoses.Les posologies employées sont d\u2019abord singulièrement différentes des doses infimes, nécessaires au maintien de la vie dans les carences expérimentales.Il ne s\u2019agit que de chimiothérapie et le plus souvent à grosses doses.D\u2019autre part, les indications sont basées sur des analogies : tel symptôme a-t-il été constaté lors d\u2019une carence expérimentale, on pratiquera l\u2019invitamimation correspondante dans toutes les affections comportant ce symptôme, plus ou moins déformé.Bien peu nombreuses sont les dermatoses où l\u2019invitamimation est basée sur des dosages affirmant la carence en ce facteur.Aussi ne faut-il pas s\u2019étonner du poly- (10) 958 LAvaL MÉDICAL Septembre 1954 morphisme des indications et de la médiocrité des résultats procurés, sauf avec les vitammes C et D».Nous ne citerons que les améliorations obtenues durant ces dix dernières années, le plus souvent à l\u2019occasion de posologies singulièrement plus massives qu\u2019initialement.La vitamine À, dite vitamine des épithéliums, à grosses doses synthétiques en émulsion alcoolique, a donné des résultats bien inconstants et incomplets dans l\u2019ichtyose, le pityriasis rubra pilaire, la maladie de Darier, les hyperkératoses congénitales ou acquises, et certaines dystrophies des phanères, telles que les cheveux cassants et les ongles fragiles.Elle améliorait le syndrome de sécheresse des muqueuses, l\u2019acné- couperose et parfois même la sclérodermie et le psoriasis.Rappelons quelques indications dermatologiques de la plupart des facteurs vitaminiques B : Le B; et le B;2, antinévrétique et antianémique, sont parfois utiles dans le traitement des algies zonateuses.Le B3, lactoriboflavine, le serait dans les dermatoses sèches, fissu- aires, la perlèche, les chéléites, stomatites et glossites.Le facteur P.P., initialement réservé en association avec le Bg à la pellagre, a été étendu au traitement des lucites, des dermites de photo- sensibilisation, de tous les états d\u2019hyperpigmentation s\u2019accompagnant d\u2019hyperporphyrinurie.L\u2019acide pantothénique ne rend que très médiocrement dans la séborrhée et ne procure pas souvent la repousse des cheveux dans la calvitie habituelle.Le rôle du facteur Bg ou pyridoxine n\u2019est pas apparu tellement démonstratif dans la thérapeutique de l\u2019eczéma, même en association avec la vitamine F.La vitamine E, à grosse dose de tocophérol, donne parfois des améliorations du lupus érythémateux, de la sclérodermie et de la maladie de Pick-Herxheimer.La vitamine F, nom de baptême attribuée à l\u2019acide Imoléique, a été bruyamment recommandée 1l y a quelques années dans le traitement de l\u2019eczéma, surtout infantile.La prescription de panne de lard à des Septembre 1954 Lavar.MÉDicaL 959 nourrissons devait tout au mois attirer l\u2019attention.Elle s\u2019appuyait sur des dosages déficitaires en acides gras non saturés au niveau de la peau.Ils traduisaient sans doute la prolongation et la rigueur excessive des régimes lactés délipidés, auxquels 1l était classique de soumettre ces nourrissons.Cette surnommée vitamine a paru agir plus favorablement au cas d\u2019eczémas invétérés que dans les formes récentes.La vitamine H, véritable antisulfamide, n\u2019a pas résolu le problème du grisonnement ni de la canitie.Elle a échoué dans le vitiligo dont la repigmentation aurait plus bénéficié de l\u2019Ammi majus en administration locale et générale.Dans ce groupe, la biotine n\u2019a pas confirmé non plus ses propriétés préservatrices des épithéliums.La vitamine K est certes utilisée dans le purpura et dans toutes les manifestations cutanées hémorragiques.Ces dernières bénéficient aussi, de substances à activité vitaminique P (rutine, esculoside, épicatéchine).Leur action sur la perméabilité capillaire a été utilisée dans le traitement des réactions allergiques, des dermatoses bulleuses et des radiodermites.À grosse dose (80 à 100 mgr par jour), chez des sujets ayant un signe de lacet d\u2019autant plus positif, ces substances ont paru utiles dans l\u2019urticaire et avoir des effets antiprurigmeux et asséchants dans l\u2019eczéma.Ce tour d\u2019horizon volontairement simplifié des indications dermato- logiques d\u2019une dizaine de corps, dont la plupart sont abusivement appelés vitaminiques, eu égard aux posologies auxquelles Ils manifestent \u2014 et souvent combien timidement \u2014 quelques activité pharmacodynamique, apparaît singulièrement décevant.Il est au contraire réconfortant de souligner, pour termmer, la place remarquable et méritée, acquise en thérapeutique dermatologique, durant ces dix dernières années par l\u2019acide ascorbique et le calciférol, encore et toujours appelés vitammes C et D», bien qu\u2019elles soient maintenant employées à des doses mille fois supérieures à celles nécessaires pour prévenir ou guérir les véritables avitaminoses, que sont le scorbut et le rachitisme.VITAMINE « C)» L\u2019acide ascorbique est un des constituants essentiels des tissus et intervient dans presque tous les processus d\u2019oxydoréduction de la vie 960 LavaL.MÉDicaL Septembre 1954 cellulaire.On a pu dire qu\u2019il n\u2019y avait presque pas de circonstances pathologiques où la vitamme C ne soit utile.Sa carence, objective par la mesure de l\u2019ascorbémie provoquée, conditionne la défaillance des réactions de défense de l\u2019organisme.À doses suffisantes et prolongées durant des mois, l\u2019acide ascorbique a donné des résultats indiscutables dans le traitement des herpès et aphtes récidivants, des glossites dépapillantes, des onyxis.À doses massives (10 gr par Jour et per os, ou en intraveineuse de 1 gr) 1l a témoigné une action anti-mfectieuse utilisable dans le traitement des furonculoses récidivantes, des tuberculoses hypodermiques ou papulonécrotiques, rebelles à la vitamine D3 et à la plupart des antibiotiques du bacille de Koch.Comme adrénalmo-sécréteur, il améliore le tonus sympathique, et est particulièrement utile dans toutes les dermatoses, où une éosinophilie est le reflet hématologique d\u2019une parésie neuro-végétative : dans les dermatoses allergiques et dans la maladie de Dühring-Brocq.Mais aussi, 1l se comporte comme un véritable réanimateur des fonctions anti-toxiques du système réticulo-endothélial : 11 facilite l\u2019augmentation de la tolérance, sans réduire aucunement leur activité, des diverses thérapeutiques chimiques et antibiotiques.II est particulièrement utile à ce sujet chez les malades à tolérance réduite que sont les porteurs de dermatoses allergiques.Il réalise enfin une des cortisone-like les plus souples, susceptible de prolonger les effets des hormones corticotropes et de prévenir les rechutes consécutives à l\u2019arrêt de leur administration.Médication peu onéreuse et de maniement facile, n\u2019engendrant pas de complications sauf chez les hypertendus, l\u2019acide ascorbique est un des moyens les plus simples de combattre le facteur non spécifique des maladies.VITAMINE « Dy » De toutes les acquisitions dans la thérapeutique générale des dermatoses, aucune n\u2019est certainement comparable par sa simplicité et son importance à celle procurée par l\u2019administration de hautes doses de vitamine Dj dans le traitement du lupus. Septembre 1954 Lavar.MÉDICAL 961 Le pronostic de cette affection désespérante a été transformé par une méthode simple et peu coûteuse.Avec le recul suffisant, on peut affirmer que cette thérapeutique est susceptible de procurer, à elle seule, la guérison du lupus.Les résultats les plus spectaculaires furent obtenus surtout dans les formes hypertrophiques et ulcérées.Il fallut cependant enregistrer plus d\u2019un tiers de rechutes et des échecs complets dans 109, des cas, surtout dans des formes limitées et planes, considérées du fait de leur peu d\u2019ancienneté comme les cas apparemment les plus favorables.D\u2019autre part, si les scrofulodermes étaient sensibles à ces grosses doses de calciférol, par contre les tuberculoses verruqueuses, gommeuses, ulcéro-végétantes, et les chancres d\u2019inoculation n\u2019en bénéficient guère, ainsi que les tuberculides papulonécrotiques et hypodermiques.Sans préjuger des rapports exacts de la maladie de Besnier-Bœck-Schaumann et de la tuberculose, 1l fallait enregistrer l\u2019mactivité sur ces lésions de grosses doses de vitamine D».Avec les divers et déjà nombreux antibiotiques du bacille de Koch, on obtient parfois des résultats assez rapides et brillants sur le lupus, par l\u2019usage isolé de streptomycine, de P.A.S., de thiosemicarbazone, de sulfone et d\u2019hydracides de l\u2019acide isonicotinique.Mais les résultats incomplets, les échecs et les rechutes parurent encore plus fréquents qu\u2019avec la vitamine Ds.Par contre, tous ces antibiotiques du bacille de Koch, quels qu\u2019ils soient, ont procuré souvent des guérisons définitives des lésions ulcéro- végétantes, verruqueuses et même pour les sulfetrones et l\u2019hydrazide de l\u2019acide isonicotinique de tuberculoses hypodermiques et papulo-nécroti- ques.I[ a été également signalé quelques résultats favorables de la streptomycine et des sulfones sur la maladie de Besnier-Boeck-Schaumann.Par voie générale, ces antibiotiques ne suffisent pas devant ces collections ganglionnaires ramollies.Il faut alors leur associer des injections in situ d\u2019antibiotiques et recourir à l\u2019action sclérogène de grosses doses de vitamine D2.Enfin, malgré toutes ces acquisitions, la thérapeutique des chancres d\u2019inoculation reste toujours délicate chez le nourrisson. 962 LavaL MÉDICAL Septembre 1954 Ces résultats apparemment dissociés du calciférol et des antibiotiques tiennent sans doute à plusieurs facteurs : \u2014 le premier est bactériologique : le lupus est une bacillose pauci- microbienne, beaucoup moins virulente que les autres tuberculoses de la peau ; \u2014 le deuxième est histologique : les lésions lupiques sont surtout dégénératives et les autres sont plus mflammatoires.Le dernier facteur, le plus important, concerne le mécanisme d\u2019action de ces diverses médications : \u2014 les antibiotiques empêchent avant tout la multiplication du bacille de Koch ; \u2014 le mode d\u2019action de la vitamine D2 est tout différent : l\u2019histologie a montré le développement d\u2019une sclérose arciforme, avec étranglement par le collagène des follicules tuberculeux et pénétration de leur centre par des fibrilles de réticulime.Trés souvent, ces follicules ne sont qu\u2019enserrés et subsistent partiellement, ce qui explique les rechutes.Dans les cicatrices de sujets guéris au contraire, persiste le tissu de sclérose, avec disparition de tout élément tuberculoide.Les grosses doses de vitamine D2 jouent donc le rôle essentiel dans le traitement des lupus.Mais cette sclérose arciforme se développe électivement dans les zones hypervascularisées.Ceci explique le paradoxe des succès les plus brillants dans les formes hypertrophiques et ulcérées, même anciennes, et des échecs relatifs dans les formes jeunes et les plus limitées.| On a signalé récemment les hautes doses de vitamine Dj entrainant chez le lapin et le rat une hyperplasie du cortex surrénalien.Cela confirme les propriétés cortisone-like de la vitamme D».On avait déjà enregistré, sans pouvoir les expliquer, des résultats paradoxalement favorables dans le psoriasis, la sclérodermie, la pelade .et aussi des complications exceptionnelles et inattendues, telles que le gonflement mammaire chez des hommes.Ces constatations isolées n\u2019autorisent aucune conclusion hâtive.Elles orientent des recherches en cours.Elles entraînent cependant assez loin de l\u2019explication initiale d\u2019une calerfication des lésions cutanées Septembre 1954 LavAaL MÉDICAL 963 par une cure que son promoteur lui-même n\u2019a Jamais appelée vitamino- calcique.Sur le plan pratique, la formule qui paraît donner le meilleur pourcentage de guérisons durables dans toutes les tuberculoses de la peau consiste en l\u2019alternance d\u2019une antibiose dévitalisante et d\u2019une vitamino- thérapie D2 sclérogène, sans négliger parfois la destruction par électrocoagulation d\u2019un foyer limité ou résiduel.Cet exemple final paraît typique de l\u2019évolution actuelle de la thérapeutique générale en dermatologie ; elle associe des traitements spécifiques agissant sur le germe causal et une médication dépourvue de toute spécificité provoquant une réaction favorable du terrain.Tel paraît bien être le sens général des acquisitions thérapeutiques générales durant ces dix dernières années en dermatologie.Les traitements locaux, purement protecteurs de la peau, qui représentaient depuis le début du siècle l\u2019essentiel de la thérapeutique dermatologique ne deviennent plus qu\u2019un appoint, certes indispensable et toujours perfectionné.Nous n\u2019en voulons pour preuves que la découverte durant cette période de nouveaux bactéricides, comme l\u2019hexomédine, de stimulants du bourgeonnement, comme les poudres de globules rouges desséchés, de méthionine et surtout des solutions de digitale, de réducteurs d\u2019exosérose et d\u2019antimitotiques, comme le podophyllin, de kératolytiques, comme l\u2019acide trichloracétique, d\u2019antifongiques, comme l\u2019acide undécylénique et l\u2019acide pélargonique, de parasiticides de contact, comme le DDT et la gamexame, et tant d\u2019autres topiques que nous ne pouvons énumérer.C\u2019est également durant cette période qu\u2019on a réussi à porter plus profondément dans la peau les produits actifs à l\u2019aide de mouallants et de pâtes pénétrantes.C\u2019est la période où l\u2019on a perfectionné les diverses modalités de la radiothérapie, qu\u2019elle soit fonctionnelle ou destructive, notamment par la radiothérapie de contact.C\u2019est la période durant laquelle on a vu se développer la chirurgie d\u2019exérèse, et sous couverture d\u2019antibiotiques, la chirurgie réparatrice des ulcères par des greffes à grands lambeaux prélevés avec des dermatomes, avec correction de l\u2019hypertension veineuse chronique par les diverses modalités de la phlébochirurgie, guidée par les données de la phlébographie. 964 Lavar MÉDICAL Septembre 1954 Mais le fond de la thérapeutique dermatologique est maintenant procuré par des traitements généraux.Le recours aux antibiotiques, à des antiparasitaires nouveaux, à des antidotes et à des détoxicants, la détection permettant la suppression des réactogènes, ont amené un progrès considérable dans la lutte contre élément pathogène spécifique de bien des dermatoses.Mais 1l est remarquable et passionnant que durant la même décade des progrès non moins considérables aient été effectués grâce aux antihistaminiques, aux hormones, aux biostimulmes, aux vitamines et autres chimiothérapies contre les éléments non spécifiques des affections cutanées tenant compte cette fois du malade, de sa constitution, de ses dérèglements neuro-glandulaires, voir même psychiatriques, de ses carences, en un niot de sa capacité de résistance et de son mode réactionnel.On vient d\u2019écrire que d\u2019une dermatologie de faits on tendait de plus en plus vers une dermatologie d\u2019idées.D\u2019une dermatologie purement morphologique, qui eut été condamnée à la médiocrité des thérapeutiques locales et vouée aux topiques empiriques, on évolue vers une médecine, certes toujours spécialisée, mais qui fait appel à toutes les connaissances de la pathologie et à toutes les ressources de la thérapeutique générale.Récemment aussi, on a schématisé les étapes parcourues par la dermatologie et on a constaté qu\u2019après avoir franchi les étapes cliniques, anatomo-pathologiques, et bactériologiques, elle entrait dans sa phase d\u2019exploration biologique, qui, plus que tout autre, nécessite le travail en équipe de par la diversité et la complexité des problèmes à résoudre.Il n\u2019est pas exagéré de dire que cette dernière décade marque pour la dermatologie, aussi et enfin, le début de son ère thérapeutique. HISTOIRE DE LA MÉDECINE CHIRURGIENS-BARBIERS A DÉTROIT par Charles-M.BOISSONNAULT Il fut un temps où la langue et la science françaises dominaient le continent nord-américain.Des rives du Samt-Laurent à celles du Mississippi, des plages de la Nouvelle-Orléans à celles de la baie d\u2019Hudson, le drapeau français flottait sur maints forts, et des enfants de France sillonnaient le continent à la recherche des pelleteries et des âmes.La Nouvelle-Amsterdam, la Nouvelle-Orléans, Philadelphie et Boston étaient inconnues dans l\u2019univers que, déjà, Samuel de Champlain connaissait le site merveilleux de la ville de Détroit grâce aux descriptions que lui en avaient faites les Amérindiens.Au temps lointain ou pas un seul blanc n\u2019avait mis le pied sur le sol de Détroit, 1l y avait sur les bords de la rivière Samt-Clair et du lac de ce nom une agglomération indienne appelée par les Algonquins Yon-do-ti-ga ou Yon-do-ti-a, mot qui signifie Grand Village.D\u2019autres observateurs avaient noté qu\u2019à cet endroit la rivière fait une courbe et lui avaient donné le nom de Wa-we-a-tun-ong, ce qui signifie proprement détour.Quant aux Wyandottes, ils désignaiïent la future cité de Détroit par un terme ayant à peu près la même signification : Toghsa- 966 LavaL MéEpicaL Septembre 1954 gbrondie ou Tyschsarondia.Enfin, les Hurons l\u2019appelaient Ka-ron-ta-en, ce qui veut dire rive du détroit 1.Chacun sait que Cadillac, en y établissant le premier poste français, lui donna le nom de Fort-Pontchartrain, en mémoire du ministre français de la marine à qui il devait son commandement.Les coureurs de bois et les militaires prirent vite l\u2019habitude de désigner cet endroit par l\u2019expression suivante, le détroit, et ce nom lui est resté jusqu\u2019à nos jours.Le Père Bonnecamps ?nous a laissé la description suivante de cet endroit historique : « J'ai demeuré trop peu de tems au Détroit pour pouvoir vous en faire une description exacte.Tout ce que je puis vous en dire, c\u2019est que la situation m\u2019a paru charmante.Une belle riviére passe au pié du fort ; de vastes campagnes, qui ne demandent qu\u2019à estre cultivées, s\u2019étendent à perte de vue.Rien de plus doux que le climat.À peine y compte-t-on deux mois d\u2019hiver.Les fruits d\u2019Europe et surtout les bleds y viendroient beaucoup mieux qu\u2019en plusieurs cantons de la France.C\u2019est la Touraine et la Beauce du Canada.De plus, on doit regarder le Détroit comme un des postes les plus importants de la Colonie ; il est à portée de donner du secours à Michilimakinak, à la Rivière St.Joseph, à La Beye, aux Miamis, aux Ouiatanons et à la Belle Rivière, supposé qu\u2019on y fasse des établissements.Ainsi on ne sauroit y jetter trop de monde ; mais où le prendre ce monde?Ce n\u2019est pas au Canada.Les colons que vous y envoyates l\u2019année dernière se sont contentés de manger la ration que le Roy leur donnoit ; quelques uns même d\u2019entre eux emportés par leur légéreté naturelle ont quitté le païs et sont allés chercher fortune ailleurs.Combien de pauvres laboureurs en France seroient charmés de trouver un pais qui leur four- niroit abondament de quoi les dédomager de leurs travaux et de leurs sueurs.«Le Fort du Detroit est un quarré long : Je n\u2019en sais pas les dimensions ; mais il m\u2019a paru grand.Le village des Hurons et celui des Outaouas sont de l\u2019autre côté de la rivière .» Il y a là quelques observations intéressantes quant à la colonisation du pays.À relire les Relations des Jésuites, on s\u2019aperçoit que nos manuels d\u2019histoire ignorent encore trop de détails sur la vie au temps 1.FARMER, Silas, The History of Detroit and Michigan or The Metropolis Illustrated.A chronological Encyclopedia of the Past and Present, including a full record of territorial days in Michigan and the annals of Wayne County, Detroit, Silas Farmer ¢» Co., 1884, p.3.2.The Jesuit Relations and Allied Documents \u2014 Travels and Explorations of the Jesuit Missionaries in New France, 1610-1791, Edited by Reuben Gold Tbwaites, Vol.LXIX All missions, 1710-1756, pp.190-192. fit il Septembre 1954 LavaL MEpicaL 967 jadis.Quoiqu\u2019il en soit, le Détroit aux dices des voyageurs du xviii siècle était un endroit idéal.A propos du nom actuel, l\u2019historien Silas Farmer y va d\u2019une observation étymologique qu\u2019il convient de rapporter ici sans toutefois en discuter le bien-fondé.« Il est bien curieux, note-t-il, que les premiers habitants blancs du Détroit soient venus d\u2019un endroit qui, lui aussi, étymologiquement, porte ce même nom.En effet, selon certains auteurs, le mot Québec proviendrait d\u2019un terme algonquin, quebeis ou quelibec qui signifie détroit.Ainsi, Détroit et Québec portent des noms semblables et par leur origine et par leur signification.» Sise à quatre milles du lac Saint-Clair et à vingt milles du lac Érié, sur la rivière du même nom qui sépare la province d\u2019Ontario de l\u2019État du Michigan, Détroit se trouve à la même latitude que Rome et Constantinople.Tous les historiens de la métropole du Michigan se plaisent à observer que si Paris s\u2019élève sur les bords de la Seine, Rome sur les rives du Tibre, Londres le long de la Tamise, New-York à l\u2019embouchure de l\u2019Hudson, Détroit dresse aujourd\u2019hui ses gratte-ciel sur l\u2019une des plus belles rivières du monde, la Saint-Clair.Au témoignage des Anciens, on s\u2019explique cet engouement.Quels furent les premiers habitants de cette région?Cadillac a cru que les premiers Amérindiens descendaient de certames tribus israélites.On trouve aux Archives de la Marine, en France, un long mémoire du fondateur de Détroit à ce sujet.Les Aléoutiennes, selon d\u2019autres chercheurs, auraient permis aux premiers habitants de l\u2019Amérique de passer d\u2019Asie sur notre continent.Il faut plus de foi que de science pour admettre les différentes théories qu\u2019élaborent les diver ses catégories de savants attachés à la solution de cette énigme.Comme le note un spécialiste remarquable des origines ethniques de la population amérmdienne, Aristide Beaugrand-Champagne, les historiens, les archéologues, les anthropologues et les Iinguistes, la conception que se faisait l\u2019homme du peuplement de l\u2019univers avant la découverte des Amériques a été complètement bouleversée par un simple fait géographique : l\u2019existence d\u2019un continent indépendant séparé de l\u2019Europe par l\u2019Atlantique et de l\u2019Asie par le Pacifique.Une fois convaineus de ce fait qui nous paraît anodin aujourd\u2019hui les savants : historiens, linguistes, anthropologues et archéologues, se mirent à la recherche d\u2019une 968 LavaL MEDicAL Septembre 1954 nouvelle explication du peuplement des Amériques.Après avoir étudié toutes les hypothèses, Beaugrand-Champagne conclut en ces termes : «Il n\u2019y a qu\u2019une façon de termmer cette vieille controverse, c\u2019est de porter la guerre chez les Génétistes en leur demandant de déterminer par les lois de l\u2019hérédité, quels sont les ancêtres des Indiens de l\u2019Amérique du nord ; ils le peuvent, surtout s\u2019ils s\u2019appuient sur l\u2019indice bio-chimique des groupements sanguins, dont la valeur en anthropologie n\u2019est apparue que depuis une dizaine d\u2019années seulement.» 3 On sait que de telles recherches se font dans différents pays à l\u2019heure actuelle.«La découverte des groupements sanguins est un contrôle rétrospectif et contemporain des métissages.Quand on l\u2019aura appliqué à un assez grand nombre de groupements dans chaque peuple, et à tous les peuples de la terre, écrit Beaugrand-Champa- gne, on aura établi une généalogie que ne viendra troubler aucune préoccupation étrangère à la recherche de la vérité, et devant laquelle 1l faudra s\u2019inclimer, quelque sacrifice qu\u2019il en coûte.» LA PREMIÈRE SOCIÉTÉ MÉDICALE EN AMÉRIQUE Si l\u2019origine des Amérindiens reste obscure, celle de la plupart de nos premiers chirurgiens n\u2019est guère plus claire souvent.II faut d\u2019innombrables recherches pour découvrir quelques signatures dans différents greffes de notaires ou la mention de leurs noms dans telle ou telle relation.Néanmoins, il est évident que chaque expédition qui partait de Québec à destination de l\u2019intérieur devait amener avec elle son chirurgien- barbier.Il suffit de jeter un coup d\u2019œil sur l\u2019histoire de Détroit pour se rendre compte que, si le climat était beau le long de la Samt-Clair, la guerre y était aussi fraiche et peut-être joyeuse.Au xviie siecle, il n'y avait pas de médecins en Nouvelle-France.C\u2019étaient les chirurgiens-barbiers qui remplissaient cette tâche.On peut se demander si la première société médicale fondée en Amérique ne l\u2019a pas été par des Wyandottes.En effet, cette tribu possédait de 3.Aristide BEAUGRAND-CHAMPAGNE, Sur le peuplement de l\u2019Amérique du nord, étude parus dans Les Cabiers des Dix, tome 3, Montréal, 1938, pp.243 et suivantes.Beaugrand-Champagne s\u2019appuie sur les théories du docteur René Martial.Cf.René Martial, La Race française, pp.296 et suivantes.Les sciences médicales jouent un rôle primordial dans l\u2019interprétation scientifique de l\u2019auteur. Septembre 1954 LavaL MÉDICAL 969 nombreux et puissants sorciers qui s\u2019étaient formés en une association secrète, la Wa-be-no.Les meilleurs guérisseurs en faisaient partie.Elle tenait des assemblées régulières.Il appert que les membres parlaient un charabia indien qui pouvait rendre des points à la langue médicale que Molière prête si généreusement à ses Médecins malgré eux.Incantations, danses, repas pantagruéliques marquaient les réunions annuelles de cette société dont la réputation s\u2019étendait dans l\u2019ouest canadien et dans le sud jusqu\u2019aux bouches du Mississippi.HENRY BÉLISLE, CHIRURGIEN ET CENTENAIRE Quoiqu\u2019il en soit, le premier guérisseur blanc dont on ait conservé le nom à Détroit est Henry Bélisle qui, le 27 avril 1704, signe, à titre de parrain de la fille de Pierre et Marguerite Roy, dans les registres de l\u2019église Samte-Anne.Cette inscription établit sa présence, au moins temporaire, en ces lieux et ce, moms de trois ans après la fondation du Fort-Pontchartrain.Le chirurgien suit toujours de près l\u2019explorateur qui part soit à titre de chasseur recherchant les fourrures, soit comme soldat revendiquant de nouvelles terres pour son souverain.Pendant qu\u2019il commandait à Michilimackinac, Antoine de la Mothe-Cadillac fut mis au courant des grands avantages que comportait la région de la rivière Détroit, et se mit en tête de convaincre la Cour de France des avantages de cette région 4.Au comte de Frontenac, alors gouverneur de la Nouvelle-France, Cadillac écrivit : « Le Détroit est le véritable centre de la région des lacs \u2014 la porte de l\u2019ouest.J\u2019en ferais un poste permanent, non sujet aux changements comme le sont tant d\u2019autres.Si nous nous établissons au Détroit, ils (les Anglais) ne peuvent plus espérer nous priver des bénéfices du commerce des fourrures.» Ainsi, dès sa fondation, on projetait de faire de Détroit un poste permanent et un centre commercial de distribution.Titulaire d\u2019une 4.Rau, Louise, Three Pbysicians of Old Detroit in Burton Historical Collection Leaflet, Published bi-monthly, September to June, by the Detroit Public Library, Edited by M.M.Quaife, Vol.VIII (nov.) 1929, n° 2. 970 Lavar.MÉDicaL Septembre 1954 commission portant la signature du comte de Pontchartrain, ministre de la Marine, et en possession d\u2019une somme équivalant à trois cents dollars, Cadillac, le deux juin 1701, accompagné d\u2019une centaine de Français et d\u2019autant d\u2019Indiens, partit de Montréal.Le 23 juillet, il atteignait Grosse-Isle.De bonne heure, le matin du 24 juillet, le fleur-de-lis flottait sur le sommet d\u2019une élévation qui correspond, nous dit Louise Rau, au pied de la rue Shelby d\u2019aujourd\u2019hui.Cadillac avait donc pris possession du pays au nom de Louis XIV.Les soins spirituels et médicaux constituaient l\u2019un des principaux soucis de tous les chefs d\u2019expédition en ce temps-là.Cadillac, comme les autres, prit ses précautions.Il amena avec lui un Jésuite et un Récollet chargé de prendre soin des âmes.Bien qu\u2019on n\u2019ait pas encore produit un document a cet effet, il est normal, légitime, de penser qu\u2019il s\u2019adjoignit également un homme de l\u2019art.Était-ce Henry Bélisle ?La courte notice que lui consacre Ahern * ne permet pas de l\u2019établir.Heureusement, M.Raymond Douville qui a publié dans Les Cabiers des Dix 6 une longue biographie de Bélisle, la meilleure jusqu\u2019à ce jour, établit parfaitement son identité, identité sur laquelle planait une obscurité persistante.De ces recherches érudites, il appert que le maître chirurgien que l\u2019on rencontre un peu partout dans la Nouvelle- France sous le nom d\u2019Henry Bélisie se nommait en réalité Henry Lamarre, étant le fils d\u2019Antoine Lamarre et de Marguerite LeVasseur.C\u2019est d\u2019ailleurs sous ce nom d\u2019Henry Lamarre qu\u2019il se maria avec Catherine de Mosny.Le contrat de mariage, enregistré au greffe Rageot, le dix-neuf juin 1690 porte sa signature ainsi : Henry Lamarre dit Bélisle.À cette époque Catherine de Mosny n\u2019avait que quinze ans.C\u2019était la fille du lieutenant des chirurgiens de la Nouvelle-France, Jean de Mosny, originaire de Grande, évéché de Lisieux, en Normandie, et de sa femme, Catherme Fol, fille de Claude Fol, Sieur des Marets, et Estien- 5.AHERN, les docteurs M.-J.& Geo., Notes nour servir à l\u2019Histoire de la Médecine dans le Bas-Canada, depuis la fondation de Québec jusqu\u2019au commencement du XIXe siècle.Québec, 1923.«Fils d\u2019Antoine et de Marguerite Levasseur, de Saint-Michel évêché d\u2019Angers, il était médecin et demeurait à Québec où il épousa en 1690, Catherine de Mosny, âgée de 15 ans, fille de Jean de Mosny, chirurgien de Québec, et de Catherine Fol.Ils eurent quatre enfants.» (Tancuay, Dict.gên., vol.I, pp.178, 341.) 6.DOUVILLE, Raymond, Chirurgiens, barbiers-chirurgiens et charlatans de la région trifluvienne sous le régime français, in Les Cabiers des Dix, n° 15, Montréal, 1950, pp.92-93-94. am vr hl pit eat | Septembre 1954 Lavar MÉDicaL 971 nette Michel de Saint-André, de Fornu-sur-Saulne, évêché de Châlons, en Champagne.Catherine Fol et Jean de Mosny s\u2019étaient mariés à Québec, le célébrant étant Louis-Ango de Maizerets, curé de Québec, le neuf Janvier 1673.On trouve leur contrat de mariage au greffe de Pierre Duquet, notaire ; ce contrat porte la date du trente et un décembre 1672 7.Par ailleurs, Henry Bélisle signa aussi souvent, ou à peu près, Henry Le Vasseur, du nom de sa mère, Marguerite Le Vasseur.Il lui arrive également de signer Belle-Isle.L\u2019un de ses fils qui portait également le prénom d\u2019Henry signait Bélisle, mais le notaire Dubreuil, dans son contrat de mariage avec Catherine Gaultier (elle signe geautier) écrit Belle-Isle, fils d\u2019Henry Belle-Isle, maître chirurgien à la Pointe- aux-Trembles en l\u2019île de Montréal.Ce contrat porte la date du vingt et un novembre 1720.C\u2019est dire qu\u2019à ce moment notre Maître chirurgien habitait du moins, pour quelque temps, aux environs de Ville-Marie.M.Douville qui l\u2019a suivi jusque-là nous apprend qu\u2019il y est mort « âgé d\u2019environ cent ans ».Le douze août 1712, 11 s\u2019v était marié avec Jeanne Archambault.Antoine Lamarre, le pére du chirurgien Bélisle, était apothicaire à Angers.Jeune encore, Henry qui faisait les messages de son père se familiarisa avec les médicaments.C\u2019est sans doute ce qui l\u2019incita à étudier la chirurgie et peut-être même la médecine quoique rien n\u2019indique qu\u2019il ait jamais pris le titre de médecin en notre pays.On sait que nul guérisseur ne prit ce titre sous le régime français.CADILLAC RÉCLAME UN HOPITAL Quoiqu\u2019il en soit, l\u2019une des premières préoccupations de Cadillac, en fondant le fort Portchartram, fut précisément de fournir des soins aux malades.Dans une communication portant la date du 18 octobre 1700, il s\u2019en ouvre carrément 8.Il était temps d\u2019ailleurs que la Nouvelle-France s\u2019établisse sur le détroit qui sépare les lacs Érié et Ontario, car les Anglais venaient de fonder une colonie dans les environs du lac Ontario et menaçaient de 7.Registres Notre-Dame de Québec, Cf.AHERN, p.134.8.Michigan Pioneer and Historical Collection, vol.33, 1903, pp.96 à 101.Cf.Fannie ANDERSON, Doctors under three Flags, Wayne University Press, Detroit, 1951, pp.1 et suivantes. 972 LavaL MEDicaL Septembre 1954 s\u2019étendre vers l\u2019Érié.Par ailleurs, il importait d\u2019assurer un avant-poste aux troupes de la Nouvelle-France, sans quoi les Iroquois y dominaient.Ce qui fait la force des sauvages, écrit Cadillac, c\u2019est l\u2019éloignement des Français.De plus, ajoutait-il, il ne serait pas suffisant de tenir une simple garnison à Détroit, 1l faudrait y établir une cinquantaine de Canadiens, ce qui constituerait un noyau de population.On devrait aussi y établir vingt à trente familles avec leurs bestiaux et leurs instruments aratoires.Après avoir longuement exposé ce qu\u2019il croît indispensable à l\u2019établissement matériel d\u2019une colonie, Cadillac réclame des missionnaires et des religieuses, puis il continue en disant qu\u2019il serait également urgent d\u2019établir un hôpital pour les Sauvages malades ou infirmes, car, ajoute-t-il, il n\u2019y a rien de plus propre à nous gagner leur amitié et leur fidélité que de prendre som d\u2019eux quand ils sont malades.Les Hospitalières de Montréal seraient toutes désignées pour ce faire, car elles connaissent bien les Indiens, savent comment les amadouer, comment les satisfaire.Malgré le scorbut et quelques autres maladies qui sévissaient alors dans la région, durant la première année de séjour à Détroit, il n\u2019y a pas eu un seul malade dans la colonie du fort Pont- chartram.Il n\u2019y a pas eu un seul malade et pas un seul décès, écrit Cadillac, ce qui s\u2019est rarement vu dans un poste aussi éloigné.Le 31 août 1703, 1l affirmait de nouveau cette absence de maladie chez les blancs de Détroit.Et cependant les indigènes, eux, souffraient de différentes fièvres.Chaque année, un grand nombre d\u2019Indiens mouraient de tuberculose.La France décida d\u2019y envoyer des ânesses, car le lait de cet animal était alors considéré comme un remède idéal contre la phtisie.La variole existait à l\u2019état endémique et épidémique.On rencontrait une foule de personnes que cette terrible maladie avait marquées.Elle [aisait des ravages particulièrement considérables chez les Indiens.Qu\u2019il suffise de rappeler les épidémies de 1640, de 1670 et de 1702.Le régime alimentaire auquel devaient s\u2019astreindre les habitants de Détroit durant les longs hivers provoquait chez eux le mal de terre.On conçoit que dans ces conditions Cadillac ait réclamé, à plusieurs reprises, la présence d\u2019un médecin.Il insistait en particulier sur la nécessité de payer convenablement le chirurgien-barbier qui consentirait à vivre à Détroit. Septembre 1954 Lava\u2026 MÉDICAL 973 [I est vrai que la profession ne payait guère en ce temps.En trois ans, le chirurgien Beaudouin gagna avec une certaine madame de La Vallière qui n\u2019était, certes pas, l\u2019amie de Louis XIV, la somme mimime de trente-trois livres.Au surplus, voici la liste des remèdes fournis pendant cette période par le chirurgien en question : 1718 livres 5mai.I lavement.5 lavorr.Î 2a0lt.Pour 2 onces de Reglise.1 9 septembre.lavement.1 23 septembre.Pour une pinte de ptisane pectoralle.1 2 octobre.4 once syrop de pavot blanche.2 11 octobre.4 once de syrop de méme.2 21 octobre.4 once syrop de méme.2 1719 3 février.Pour un pot ptisane pectoralle.2 7 février.4 once Angelique en tablette.\u2026.3 10 février.Pour un pot ptisane pectoralle.2 14 juin.1Seigné.1 25 juin.1 Medecine.2 1720 27mai.1 Medecine.2 6juin.2 once Coquelico.2 4 juillet.1 Medecine.2 5 octobre.1 Medecine.2 1721 6juin.1 Medecine.2 22 juin.2once Mannea3s.3 Voilà ce qui, orthographié tel quel, apparaît dans l\u2019imventaire de madame de la Vallière.Elle mourut le 6 septembre 1721.Ces médicaments l\u2019avaient probablement prolongée de trois ans?On s\u2019explique alors pourquoi le commandant du Fort-Pontchartrain doit payer le chirurgien.Dans un mémoire des dépenses encourues par Cadillac, mémoire qui porte la date du 14 juin 1720, Cadillac réclame la somme de 2,906 livres pour paiement du chirurgien, de l\u2019interprète et de l\u2019aumônier.Dommage qu\u2019il n\u2019ait pas indiqué quelle part revenait au chirurgien là-dessus.Un peu plus haut, il réclame 455 livres pour dépenses encourues par des soldats malades.Ailleurs, cependant, il (11) 974 Lavar MÉDICAL Septembre 1954 réclame 300 livres pour un chirurgien qu\u2019il désignera lui-même.Plus tard cependant le roi précise que le commandant du fort bénéficiera du commerce et qu\u2019en échange 1l défrayera les dépenses du poste, y compris, spécifie-t-1l, le salaire de l\u2019aumônier, du chirurgien et les médicaments nécessaires aux malades, D'ailleurs, on constate que Jacques- Charles de Sabrevois, qui fut commandant du fort après Cadillac, paya lui aussi un chirurgien dont il ne nous a pas laissé le nom et quand 1l voulut se faire rembourser par le roi, on lui répliqua que cela faisait partie de sa charge.Bélisle fut-il le premier chirurgien à exercer son art à Détroit.On n\u2019en sait rien.Il est probable que l\u2019un des Pinars y pratiqua également, car on trouve son nom sur la [iste des engagements de Cadillac.Quoiqu\u2019il en soit, après avoir passé par Champlain en 1705, et s\u2019y être marié le 26 novembre avec Françoise Perrinne Dandonneau, veuve de Jean Desrosiers, il l\u2019amena à Détroit.Si l\u2019on en juge par le nombre de fois où ils servirent de parrain et de marraine, on peut affirmer qu\u2019ils y étaient fort populaires.Ils devaient également assister à tous les mariages car, selon Louise Rau, Bélisle et sa femme ont maintes fois signé comme témoms.Perrinne mourut au bout de cinq ans.Vers le même temps, Cadillac qui n\u2019avait que des ennuis à Détroit fut nommé gouverneur de la Louisiane.Bélisle quitta alors Détroit définitivement et vint exercer son art à Montréal et dans la région comme 1l a été dit plus haut.LEs FORESTIER Le second chirurgien connu de Détroit paraît bien être Jean-Baptiste Forestier qui naquit à Montréal le 16 novembre 1688.On trouve sa signature pour la première fois sur les registres de l\u2019église Sainte-Anne le 30 octobre 1713, deux ans après le départ de Bélisle.Entre 1713, et 1718, 1l fut parram d\u2019un grand nombre de jeunes indiens.Dans chaque cas, nous apprend Fannie Anderson, apparait son nom et son titre : Jean-Baptiste Forestier, chirurgien.Il était possesseur d\u2019un lot sis à l\u2019intérieur du fort.C\u2019est du moins ce que l\u2019on constate à la date du 4 novembre 1721.Forestier était le fils de l\u2019un des chirurgiens les plus en vue de Montréal, Antoine Forestier, et de Marie-Madeleine LeCavelier.An- Septembre 1954 Lavar MÉpicaAL 975 toine Forestier était né à Sévérac-le-Chasteau, évêché de Rodez, en Rouergue.Marie-Madeleine n\u2019avait que quatorze ans lorsqu\u2019elle devint sa femme.Elle lui donna dix-huit enfants.« M® Tanguay, dans son dictionnaire, dit que deux de ces enfants furent baptisés sous le nom de Jean-Baptiste, deux sous celui de Pierre et deux Marie-Catherine.Le premier Jean-Baptiste est né en 1677 et épousa en 1737 Louise Boucher à Boucherville ; le deuxième vint au monde en 1688.» ?UN DESCENDANT DU ROI HENRI IV Lequel des deux Jean-Baptiste a habité Détroit, nous l\u2019ignorons.Vers 1720, il fut remplacé par le chirurgien Jean-Baptiste Chapoton, mais son nom apparaît de nouveau dans les archives du notaire Robert Navarre le 30 juin 1739, et cette fois Forestier ne se donne pas comme chirurgien, mais comme marchant voyageurant.Serait-ce l\u2019autre Jean- Baptiste ?Possible.Il s\u2019agissait d\u2019un conflit entre Forestier et la veuve de Pierre Esteve dit Lajeunesse au sujet d\u2019un montant de 2,718 livres.D\u2019après Louise Rau, Robert Navarre, notaire royal, avait dans ses veines du sang d\u2019Henri IV, le bon roi Henri.Le chirurgien Chapoton, Jean-Baptiste, devait être parent avec la veuve Esteve, car 1l avait épousé Marie-Magdeleine Esteve le seize juillet 1720.Il en eut vingt- deux enfants.Le nom de Chapoton apparaît pour la première fois sur les registres de Sainte-Anne le 29 janvier 1720.Fannie Anderson nous apprend qu\u2019il était originaire de Bagnoles-sur-Rhône.II était chirurgien major des troupes.C\u2019est apparemment le seul praticien français qui ait fait souche à Détroit.Le successeur de Chapoton tut Gabriel Christiphe LeGrand né à Roche, en Normandie.II était le fils du Sieur de Sintré, vicomte de Mortrain.Le 17 avril 1758, il se maria avec une fille de Chapoton, Marie-Magdeleme.LeGrand joua un rôle considérable dans la vie médicale et judiciaire de Détroit dont 1l devint l\u2019un des juges.Devenu veuf, il convola en justes noces avec Véronique Réaume qui lui donna huit enfants.Vers la fin de sa vie, 1l signait Legrand, écuyer chevalier 9.AHERN, p.226.« Dans le quatrième volume de ce dictionnaire, ajoute Ahern, à la page 60, Mer Tanguay ne mentionne que sept enfants et ils ont tous des noms différents.» 976 Lava\u2026 MépicaL Septembre 1954 de Saint-Bré.D\u2019après Ahern, il n\u2019eut que cinq enfants de Véronique Réaume et, selon Tanguay, Marie-Madelaime Chapoton lui donna un enfant quatre mois après leur mariage.Cet enfant mourut un mois plus tard.Avec la prise de Détroit par Rogers, LeGrand cessa d\u2019exercer son art et fut remplacé par un chirurgien allemand du nom Georges Christian Anthon.Le 13 août 1771, Anthon se maria avec la fille de Robert Navarre, Marianne.Anthon était originaire de Salzungen dans le duché de Saxe-Meiningen ou il était né le 25 août 1734 du mariage de Jean- Michel Anthon et de sa femme, Dorothée.Il avait étudié la médecine à Eisenach où sa mère, devenue veuve, s\u2019était remariée avec le chirurgien Jean Gottlieb Baumhart.En 1754, il était à Amsterdam.Engagé par la compagnie des Indes comme chirurgien, le bateau sur lequel il se trouvait, le Sainte-Anne, fut capturé par un corsaire britannique et conduit à la Nouvelle-York.On avait alors besom de chirurgien à l\u2019hôpital général militaire d\u2019Albany et il y exerça son art.Licencié, il devint assistant chirurgien dans le premier bataillon du Soixantième Régiment, le Royal Americans, que commandait le major Rogers.C\u2019est ainsi qu\u2019il vint à Détroit.Anthon exerça son art parmi les Indiens de la région.Une tradition familiale veut qu\u2019il ait assisté au siège du fort par Pontiac.Bien qu\u2019il ait, dit-on, ressemblë à Luther physiquement, 1l était sympathique.Quand 1l se maria avec la fille de Robert Navarre, celle-ci était déjà veuve d\u2019un imterprète du nom de Jacques Saint-Martin, très versé dans les dialectes hurons.Marianne Navarre mourut en 1773 et Anthon cornvola en secondes noces avec une de ses filleules, Geneviève Jadot, qui n\u2019avait que quinze ans.À cette époque, Anthon avait 44 ans.Ce devait être curieux que de voir ce ménage dont le mari était dans la force de l\u2019âge tandis que la femme jouait encore avec ses poupées.J Dans une lettre du commandant (major) Henry Bassett a Haldi- mand (15 octobre 1773), on peut lire I\u2019éloge suivant du chirurgien Anthon à qui Basset donne d\u2019ailleurs le titre de docteur : « Le D\" Anthon qui exerce auprès de la Garnison est un homme fort utile, l\u2019allocation médicale de trois compagnies ne suffit pas à payer pour les médicaments, 1l a rencontré beaucoup de difficultés cm en ce 14 0 = son Septembre 1954 LavaL MÉDICAL 977 depuis notre arrivée.Maladies et accidents se sont multipliés.II était très généreux envers les Indiens qui, chaque Jour, venaient le consulter.Ils lui disent souvent qu\u2019il est obligé de les soigner, que leur Père (le Roi sans doute) l\u2019a envoyé ici dans cette intention.On ne saurait se passer d\u2019un chirurgien ici tant pour les troupes que pour les Sauvages.Ces derniers sont maintenant dans un état déplorable et souffrent de maladies vénériennes qui menacent malgré toutes les précautions prises de se communiquer aux troupes.Le D' Anthon m\u2019a confié un mémoire, adressé à Votre Excellence, mémoire que je ne vous aurais pas transmis n\u2019était la haute considération dans laquelle je le tiens.En vérité, Anthon a besoin d\u2019être encouragé et bien payé », dit en substance, dans son style vieillot, Henry Bassett 10, Basset estimait que nul autre chirurgien ne pourrait remplacer avec autant d\u2019efficacité et de savoir-faire le docteur Anthon.« Nous ne pourrons jamais, J'imagine, écrit-il, avoir la bonne fortune de trouver un autre gentilhomme aussi remarquable dans sa profession.» Moins d\u2019un an plus, tard, soit Ie trois juillet 1774, Georges Anthon donnait un reçu en bonne et due forme pour plus de cing livres à Henry Bassett!!.L'année suivante, en 1775, Anthon reçut cent livres pour ses soins aux Indiens.On a relevé plusieurs autres reçus de ce chef.Toutefois, il ne fut jamais nommé chirurgien de l\u2019hôpital comme il le voulait.Il s\u2019en plaignit à plusieurs reprises, mais sans succès.10.« Dr Anthon who attends this Garrison is a very worthy good man, the medicine money of three companies is not sufficient to pay for the medicines the men have taken, he has had a great deal of trouble since our arrival ; what with sickness & accidents, besides he\u2019s really kind to him to the Indians who com daily to him.They often tell him he\u2019s obliged to attend them, their Father sent him here for that purpose, there\u2019s nothing can be more wished for than a surgeon established here, both on account of the Troops & Savages, the latter number are now in a wretched state, with the Venereal desorder, I'am afraid notwithstanding every possible precaution is taken its often communicated to our Troops, Doctor Anthon has entreated me to enclose a memorial to Your Excellency which I should not have do done, only he\u2019s so worthy a man & really merits a provision from the Governments, has mentioned in a letter to me, that he should be considered for his trouble ; & the difference could not be worth speaking about, of whether he had an allowance annually, or was established to attend the Troops & Indians which would make a certainty to him, otherwise its not worth his while to stay here, and should he leave this, a Surgeon would be much wanted for this Garrison .» (Michigan Pioneer, V.19, p.314.) 11.« Detroit, 3rd July 1774.Received of Major Henry Bassett The Sum of five pounds one shilling, two pence halfpennies sterling : Medicine Money of the three Companys of His Majesty\u2019s tenth Regiment Quarter\u2019d at this post from 24th February to 24 Junc AC.« Further received the Sum of Thirteen pounds twelve sterling three pence Sterling being an Additional Allowance for the Surgeon at this post from 24 June 1773 to 24 June 1774.Geo.AnTHON surgeon » (Gage Papers). PROPOS MÉDICO-PSYCHOLOGIQUES LE GÉNIE ET LA FOLIE par le docteur CAFFIAUX (Lille) * (Les notes qui vont suivre étaient primitivement destinées à servir de base à un travail d\u2019un de nos étudiants.Il n\u2019était pas cependant dans leur destinée de le faire.\u2014 Habent sua fata libelli .\u2014 Il semble que telles qu\u2019elles se présentent, elles soient peut-être susceptibles d\u2019utilisation par le lecteur et nous laissons à celui-ci le soin d\u2019en tirer éventuellement parti pour faire son éveil, nous dispensant ainsi, quant à nous, de lui présenter un ouvrage véritablement achevé, complètement élaboré.) INTRODUCTION Le génie et la folie?Est-ce bien Ia le thème d\u2019un travail médical sérieux ?Ne sommes-nous pas en présence d\u2019un sujet de dissertation quelque peu scolaire, propre à déchaîner tout au plus un feu d\u2019artifice d'idées éventuellement brillantes mais sans conclusion possible?Plusieurs raisons nous conduisent à penser que le sujet n\u2019est pas mdigne * Chargé de cours à la Faculté de médecine de Lille, France. Septembre 1954 Lavar MÉDICAL 979 de notre Faculté.La passion même avec laquelle, non sans quelque surprise, nous en avons vu discuter les évidences diverses qui représentaient aux yeux des antagonistes les réponses auxquelles ils s\u2019étaient ralliés, imvitaient à l\u2019examen critique.Enfin, l\u2019imaptitude de l\u2019immense majorité du corps médical à traiter le problème autrement que ne le fait l\u2019homme de la rue, nous laissait à penser que notre mémoire ne pourrait ne pas être totalement inutile.Le sujet est vaste qui comporte examen des rapports du génie et de la pathologie mentale.Les matériaux sont nombreux que l\u2019on peut faire concourir à l\u2019édification d\u2019un semblable travail.Si nous parvenons à montrer ce que peuvent apporter la méthode et l\u2019analyse en pareille matière ; si nous attirons l\u2019attention sur l\u2019intérêt qu\u2019il y a à rechercher les raisons et les facteurs irrationnels qui conditionnent les choix et attitudes individuels ; si, enfin, nous aidons le praticien à se détacher plus fréquemment des préjugés populaires qu\u2019il confirme par légèreté en les consacrant, aux yeux du public, du sceau de la science, nous croirons avoir assez fait.PAS DE FOLIE SANS GÉNIE Les sociétés primitives, ou du moims relativement primitives, ! telles que nous pouvons les connaître ou nous les représenter, font grand cas du malade mental.Elles en font des meneurs, des devins et si l\u2019affection psychiatrique va jusqu\u2019à interdire tous rapports avec le milieu social ambiant, l\u2019aliéné demeure respecté, mcompris et « sacré ».Seul le surnaturel, en effet, semble pouvoir l\u2019expliquer.Les premiers sont trop en syntonie avec le groupe et le dernier trop impénétrable, trop incompréhensible, pour être rejetés comme criminels antérogrades ou rétrogrades au sens où l\u2019entead Maxwell.La société primitive est peu tendre pour ce genre de « criminels » et à ce titre bien des sociétés dites évoluées 2 sont étrangement primitives.1.Et ayant encore peu subi, sur le plan intérieur, le choc de civilisations rivales.2.Les sociétés civilisées, ou du moins certaines prétendues telles, ont une prédilection pour les exigences inconciliables, telles que par exemple : spécialisation sans différenciation. 980 Lava\u2026.MÉDICAL Septembre 1954 Si le dément (non pas au sens juridique mais au sens psychiatrique du terme) a perdu une part de son prestige dans nos sociétés européennes actuelles, st même la crise d\u2019épilepsie a perdu de son importance politique comitiale et renoncé au titre de morbus sacer, le malade mental joue toujours un rôle social éminent, qu\u2019il s\u2019agisse de pervers, de paranoïaques, de sadiques, d\u2019hystériques, de maniaques, de débiles mentaux, de toxicomanes .Ces divers génies jouent un rôle bien connu au sein des foules et sur lequel nous n\u2019avons sans doute pas besoin d\u2019insister.Ce qu\u2019il faut dire, c\u2019est que bien des sociétés se comportent affective- ment comme des foules.Le caractère irrationnel de certaines décisions, en milieu industriel 2 bis par exemple, fait songer d\u2019autre part à la permanence du respect de l\u2019homo sacer, au prestige fait de mystère et d\u2019extraordinaire.Quant aux fous moraux, mystiques, persécutés, pithiatiques et débiles mentaux, ils conservent le royaume de la terre.Tant que l\u2019on confte la direction des peuples à ces hommes qui n\u2019ont d\u2019autre génie que leur folie et tant que l\u2019irrationnel (par euphémisme) préside à l\u2019exercice du pouvoir, tant qu\u2019aucune véritable science politique n\u2019est promue, le génie politique reste d\u2019une essence suspecte et l\u2019alréné peut continuer de fusiller le psychiatre.Il PAS DE GÉNIE SANS FOLIE Au caractère absolu de l\u2019identification : folie-génie, tel qu\u2019il se présente à l\u2019état le plus pur chez les peuplades primitives, succède, avec toutes les formes de transition 3 et toutes les résurgences 4 possibles, Ie point de vue actuel selon lequel 1l n\u2019est pas de génie sans folie.2 bis.Simplificateur mécaniste, l\u2019industrialiste, le technicien, fuyant le biologique, se tend ses propres pièges.Sa sûreté est trop grande pour n\u2019étre pas surprise.La pensée est souvent acculée à un choix entre la réduction arbitraire simpliste et l\u2019appel au surnaturel.3.Rôle de la Pythie de Delphes par exemple.(Combien de foyers modernes \u2014 et de collectivité plus vaste ?\u2014 ne sont-ils pas gouvernés eux aussi par leur Pythie domestique ?) 4.Jung dirait : les permanences. Septembre 1954 Lavar MÉDicaL 981 Sous sa forme la moins macceptable, cette affrrmation est celle d\u2019un certain déséquilibre nécessaire à toute production géniale *.La prétention d\u2019une telle hypothèse à l\u2019universalité et à la nécessité, s\u2019avère rapidement insoutenable.Sans doute ne convient-il pas de nier les facteurs qui déterminent 6 l\u2019éclosion de l\u2019œuvre de génie : écologie au sens le plus large, physiologie.mais pourquoi, si l\u2019on admire l\u2019œuvre, pourquoi admettre qu\u2019elle ne puisse procéder que d\u2019un mauvais fonctionnement du mécanisme psycho-physiologique humain?Pourquoi, si l\u2019on admet le bon fonctionnement de ce mécanisme dans le domaine considéré, pourquoi ce bon fonctionnement dans un domaine particulser en fait-il supposer un mauvais dans les autres domaines ?Il faut sans doute s\u2019entendre sur ce qu\u2019il convient d\u2019appeler le génie.Il est des hommes que la foule acclame comme tels parce qu\u2019elle a besoin d\u2019idoles et qu\u2019elle les façonne avec les matériaux dont elle dispose.Ces génies de situation sont très souvent les enfants du hasard.II fallait un homme ou mieux un personnage, Il fallait un nom ; on les a pris où on les a trouvés.Parfois les circonstances sont telles qu\u2019elles ne comportent pas même une ébauche de choix.Le génie militaire, plus que tout autre, réside dans la victoire.Puisqu\u2019il faut au moins un vainqueur, Il y à au moins un génie.(Le vaincu s\u2019avère en principe immédiatement un traître.) La pensée estelle chose si fragile qu\u2019il faille expliquer que de telles vérités d\u2019évidence admises sans discussion par le grand public, ne constituent pas autre chose que des absurdités ?7 Dans le génie scientifique ou philosophique, où est la folie?L\u2019adéquation de l\u2019esprit à l\u2019objet est-elle msanité?Lorqu\u2019une vérité est établie par un homme en présence de l\u2019opposition de ses pairs victimes de préjugés, est-ce donc cet homme qui a vu juste qui est fou?Non, il est seulement psycho-physiologiquement plus sain à cet égard.5, Si l\u2019on part de ce principe qu\u2019un certain déséquilibre se présente chez tout homme, il est véritablement excessif d\u2019en faire la caractéristique du génie.6.Il semble que ce soit plutôt le partisan de la thèse du génie-folie qui nie ces déterminations et leur supplée par l\u2019hypothèse métaphysique de la folie, parce qu\u2019il n\u2019a pas la culture et la compétence nécessaires à l\u2019élaboration d\u2019une explication véritable.7.Nous ne nions pas la possibilité éventuelle du génie militaire mais il est d\u2019un diagnostic malaisé et le maximum de célébrité n\u2019en est qu\u2019une médiocre garantie.Peu de cas résistent à l\u2019examen. 982 LavaL MEbicaL Septembre 1954 L\u2019artiste qui a senti juste est-il plus fou que l\u2019homme aux sens obtus et à l\u2019esprit sommaire?Le moraliste qui analyse finement, qui remarque ce qui avait échappé à la masse, est-Il moins normal que la brute?Pourquoi une telle primauté de l\u2019morganique ?Tout ne se passe-t-Il pas au contraire comme si le génie n\u2019était autre qu\u2019une réussite exceptionnelle, plus maître de ses sens et de sa pensée.Plus d\u2019adéquation, d\u2019adaptation, de mesure, de résistance aux courants d\u2019imsanité, plus de vérité, de beauté, d\u2019intelligence et de force, donc plus de santé.La foule des anormaux est telle que le normal devient anomalie.La masse oligophrène ou perverse doit faire de la pensée une forme de la folie et de la folie une forme de la pensée.Mais, nous concédera-t-on, le génie présente bien cette aptitude particulière à son domame propre.Toutefois cette aptitude même indique un manque d\u2019harmonie et de profondes lacunes, des imaptitudes monstrueuses dans d\u2019autres domaines.Nous répondons qu\u2019il faut se garder de faire des génies de simples spécialistes inférieurs (ceux qui sont spécialistes par incapacité de beaucoup embrasser).En tout état de cause, l\u2019état de santé de l\u2019une des fonctions propres à l\u2019homme ne semble pas devoir postuler un état morbide pour les autres.Ce serait supposer pour celui qui jouit d\u2019une vue parfaite la quasi certitude d\u2019une déficience de l\u2019ouïe ou de la motilité.Ce serait attendre de l\u2019athlète aux bras développés des membres inférieurs atrophiés, d\u2019un foie sain la certitude d\u2019un cœur malade, voire d\u2019un ruisseau clair la probabilité d\u2019une source polluée.Ainsi, l\u2019aptitude aux mathématiques exclurait toute valeur littéraire, la beauté du style littéraire exclurait toute aptitude musicale.N\u2019est- ce pas absurde et même, au moins dans le second exemple, contradictoire ?Il y a quelque unité de l\u2019imtelligence et l\u2019élève doué ne l\u2019est-il pas souvent dans plusieurs domaines?S\u2019il est premier en littérature, est-il toujours dernier dans les autres matières d\u2019enseignement ?Mais prenons des exemples d\u2019indiscutables génies : Pascal, remarquable écrivain, était-il nul en mathématiques ou en physique?Gœthe n\u2019a-t-il pas assimilé avec la même aisance l\u2019anatomie et le droit et cela Septembre 1954 LavaL\u2026 MÉDICAL 983 lui a-t-il interdit la philosophie et la poésie?Anormal sans doute?\u2014 Non, magnifiquement normal, plemement homme.Fous, les humanistes de la Renaissance ?Aliéné, Pythagore?La joie de comprendre, chez l\u2019homme de génie véritable, montre souvent autant d\u2019éclectisme que celle de lire chez un Théophile Gautier.Sans doute ne niera-t-on l\u2019existence de « génies » partiels, de génies qui ont pu finir leurs Jours dans la déchéance psychique, de génies ayant présenté des tares psychologiques à titre d\u2019impureté 8 ou même d\u2019instruments de travail.Ces faiblesses ne constituent pas le génie et ne l\u2019accompagnent pas comme des éléments constitutifs.L\u2019essence de la force physique d\u2019un colosse n\u2019est pas dans la cachexie qui précédera sa mort, ni dans ses insuffisances accidentelles en certains domaines.L\u2019essence de la santé n\u2019est pas la maladie même bénigne.Enfin, l\u2019appel au morbide ?à titre d\u2019instrument de travail ne peut à nos yeux constituer un argument en faveur de la thèse du caractère psychopathologique du génie.Il constitue l\u2019indice d\u2019une faiblesse, d\u2019une msuffisance, d\u2019une aridité, en un mot : d\u2019une absence de génie.Le «dopage » et le «truquage » sont des indices de force bien suspects.La sentimentalité de l\u2019ivresse alcoolique est un indice d\u2019altruisme bien sujet à caution.La description des phénomènes hallucinatoires n\u2019a pu réussir à faire de Gérard de Nerval un génie littéraire indiscuté.Les paradis artificiels n\u2019ont pas fait davantage pour Baudelaire, pour Loti.Ils fournissent des documents au psychiatre, 1ls ne couronnent pas le génie.Si ces hommes sont des génies, c\u2019est moins grâce à la drogue que malgré elle.St méme on admet que l\u2019anormal, sous la forme de l\u2019alcool par exemple, puisse faciliter momentanément le développement d\u2019un effort 8.V.Hugo présente des insuffisances, ne parvient pas à se dépouiller suffisamment de ses haines, à en libérer son esprit.Là n\u2019est pas son génie.Ses tares psychologiques ont inspiré seulement les pages qui demeurent indignes de lui et sans intérêt pour la postérité.Le génie, dans son œuvre, est ailleurs : dans le rythme, dans la vision .(présupposant d\u2019ailleurs d\u2019autres facultés que celle d\u2019écrivain : les dessins de V.Hugo sont excellents.Cette faculté de dessiner est complémentaire chez lui de celle d\u2019écrire, bien loin de l\u2019exclure).9.Il ne s\u2019agit pas ici de la description du morbide, qui relève d\u2019une science et d\u2019un art d\u2019observation et n\u2019est au plus que l\u2019exotisme, dont la racine n\u2019est pas nécessairement morbide à moins que l\u2019on ne fasse du morbide l\u2019origine de toutes choses comme W.Stekel fait de la sexualité le primum movens universel.Mais un morbide qui serait commum à tous les hommes aurait nom : la normale. 984 LavaL MÉDICAL Septembre 1954 intellectuel ou physique, nous ne pouvons nous résoudre à le considérer comme caractéristique de la vigueur physique ou intellectuelle.Les descriptions d\u2019allure hallucinatoire ne semblent confiner au génie que dans le cas du seul Hoffmann.10 Mais le génie d\u2019Hoffmann, bien que desservi ( ?) par des circonstances tragiques, pouvait utiliser les fruits qu\u2019un labeur considérable avait tirés de ses multiples dons.Compositeur de musique, metteur en scène, peintre de décors, en même temps que poète, Hoffmann avait assez d\u2019expérience pour introdure le merveilleux dans ses contes riches en mythes.Le pathologique ne s\u2019y retrouve plus qu\u2019à titre de matériaux (tirés des observations de Reil ou d\u2019autres sources) discrètement utilisés au sein d\u2019une œuvre artistique délicatement élaborée.Rien de commun entre une œuvre de génie comme Der goldne Fopf et certaines pages d\u2019auto-observation d\u2019 Aurelia.11 Si la thèse du génie-folie ne peut parvenir à s\u2019édifier à l\u2019aide d\u2019exemples pourtant aussi avantageux que possible, que ferait-elle de Corneille, d\u2019André Chénier?Quelle est la part de folie qui signe leur œuvre?De quelle affection mentale les écrits de Théocrite sont-ils pathognomoniques ?Ne s\u2019agit-il pas là de plus authentiques génies littéraires que le marquis de Sade?Les tares ne sont pas la rançon indispensable du génie, 11bis Tout au plus engendrent-elles, ou plutôt caractérisent-elles, des hommes célèbres ou connus : Bonaparte, Robespierre .Si le génie, notamment le génie scientifique, exclut toute 1dée de tare mentale nécessaire, les tares (si fréquentes parmi: les hommes) peuvent Jouer un rôle dans la détermination de certams thèmes, ou de certaines tonalités d\u2019art ou de littérature au même titre que les particularités psychologiques individuelles dites normales.Un Rousseau non 10.Dessinateur, musicien, magistrat .soit en passant (pour ceux qui ne peuvent pardonner à un Péguy d\u2019avoir fait de la philosophie).11.Nous ne chercherons pas à déterminer si Gérard de Nerval a du génie ou simplement du talent mais (si l\u2019on met de côté l\u2019Apocalypse) 1l faut bien reconnaître que l\u2019onirisme n\u2019est jamais retenu comme l\u2019expression du génie.En tout état de cause le morbide décrit (comme par exemple dans La maison du canal du romancier contemporain Simenon) n\u2019est pas symptôme pathognomonique du génie ni indice certain de la folie de l\u2019auteur.Chez Nerval, on voit bien une sensibilité vive mais parfois une abolition des forces de contention et de contrôle.La première est son génie, la seconde sa folie.11 bis.C\u2019est aussi l\u2019avis de Jaspers. Septembre 1954 LavAL MÉDICAL 985 masochiste n\u2019aurait pas écrit certaines pages et n\u2019aurait peut-être pas même conçu les Confessions.(A fortiori, Masoch n\u2019aurait-il pas écrit La Vénus aux fourrures?) Un Pascal plus robuste eut été moms tourmenté par les problèmes de l\u2019infini, de la mort, du néant et de Dieu.Mais des « tares » si légères sont presque de simples particularités du tempérament et des goûts.L'éducation et la mode engendrent de semblables phénomènes : la littérature courtoise, résolument masochiste, succède à la chanson de geste sadique sous l\u2019action de facteurs de civilisation divers.L\u2019époque, le milieu, la formation, les particularités psychophysiologiques (normales ou non) 11 \u2018er, etc, marquent et contribuent à déterminer l\u2019œuvre.C\u2019est tout ce que l\u2019on peut et doit dire.D'ailleurs, l\u2019irrationnel même ne peut être appelé anormal car les facultés d\u2019adaptation ne comportent pas que des composantes rationnelles, bien que celles-ci constituent le plan propre du génie, dont la raison fait toute la rareté.Jung insiste à Juste titre sur le caractère inéquivalent des termes rationnel et raisonnable.II! QUE DOIT-ON APPELER GÉNIE ?A.La position du vulgaire : Le vulgaire est frappé par I'inusité.Son mode de raisonnement qui n\u2019est pas rationnel mais associatif est déconcerté par ce qui lui parait hors du commun.!2 D\u2019où la facilité de rapprocher les phénomènes insolites 13 ou mystérieux : génie, folie extravagante .et l\u2019aisance à les confondre : tel génie sera regardé comme un anormal, tel misérable radiesthésiste sera regardé comme un génie.Tout ceci, qui échappe à son esprit, ne peut être apprécié sainement par lui.Il en fait une espèce particulière.Son attitude variera dès 11 ter.C\u2019est le cas des « tempéraments ».(Divers auteurs ont d\u2019ailleurs voulu rattacher le génie soit à un tempérament cyclothymique, soit à l\u2019introversion, etc, sans établir toutefois, semble-t-il, l\u2019évidence et la nécessité d\u2019une psycho-physiologie pathologique.) 12.Lorsqu\u2019il ne réussit pas à ne pas le percevoir.13.« Nous appelons contre nature ce qui advient contre la coutume.» (MONT AIGNE.) 986 LavaL MÉDICAL Septembre 1954 lors avec ses intérêts particuliers : le psychologue qui pouvait être génial en se prodiguant à titre gracieux peut devenir un simple anormal s\u2019il se fait honorer.Que dis-je, le vulgaire, oligoïdéique, suivra plus vite le fou que le génie, les idées ainsi reçues lui étant plus accessibles et souvent exprimées avec plus de conviction.La paranoïa est plus contagieuse que la santé intellectuelle et mmfluençable.«Un fou convainc plutôt cent sages que cent sages ne convainquent un fou, » rappelle Jaspers.Qu' sera génie aux yeux du vulgaire ?\u2014 Le génie de situation, le génie d\u2019occasion, le génie de publicité, le beau parleur.« Les esprits subtils qui, dans les temps d\u2019ignorance, sont les beaux esprits.» (MONTESQUIEU.) Par contre le génie sans ses signes extérieurs ne saurait être identifié que par le génie et l\u2019on sera bien tenté dans la société actuelle de parler de gênie et folie lorsqu\u2019il y a génie et pauvreté.L\u2019on ne distingue pas assez, avec Montesquieu, les pauvres par servitude des pauvres par liberté.S'il est vrai que pour le nègre tout effort vers un autre but que la nutrition serait sexualité, violence, cruauté ; pour trop d\u2019européens, tout effort tendant au delà de la satisfaction de quelques instincts, est anormal, voire choquant.Même lorsqu\u2019on en bénéficie, l\u2019on n\u2019aime guère constater chez autrui une plus grande vigueur, un plus grand courage intellectuel.On se console de sa médiocrité et de sa paresse en les nommant sagesse et mesure et l\u2019on se venge de la supériorité en l\u2019appelant délire, folie, déséquilibre.Cette attitude est une prophylaxie du vertige, de l\u2019effort redouté, du remords et de la rancœur, de I\u2019envie .Le préjugé populaire 14 selon lequel il n\u2019est d\u2019aptitudes que partielles et spéciales, lui fait voir dans le génie non un épanouissement de toutes les facultés et leur parfait équilibre, leur enrichissement mutuel mais une dysharmonie !4bis, un déséquilibre, une sorte de déformation professionnelle et de monomanie.Reconnaître dans le génie le type de l\u2019homme complet, hautement normal, serait d\u2019autre part un aveu de mutilation, d\u2019échec de la réalisa- 14.Tiré de l\u2019expérience populaire.14 bis.Il n\u2019est pas une idée de génie sans intuititions d\u2019ensembles, de rapports.me sp.= zx bey lve; nl Ww! 3 Septembre 1954 LavaL MEDicAL 987 tion du moi.Le vulgaire étant la mesure de toutes choses préfère déclarer anormal le génie que lui-même et lui céder ses tares en une sorte d\u2019identification.Il protège amsi son moi, sa routine, ses préjugés, tout en rendant possible une certamne indulgence à l\u2019égard du « crimmel antérograde » auquel son « anomalie » confère parfois un statut un peu spécial lui permettant de poursuivre ses services.Avouons d\u2019ailleurs que diverses sortes de génies sont reconnues et distinguées par le vulgaire mais comme 1l ne peut en distinguer des types psychologiques, il les classe selon leur utilité apparente, dans les domaines récréatifs, artistiques, inventifs, etc, 15 B.La position de l\u2019homme cultivé : L'homme cultivé ne recherche pas l\u2019explication de intelligence humaine dans des phénomènes plus ou moins magiques et ne renonce pas à l\u2019analyse de la psychologie purement humaine.Il épargne au génie l\u2019excès d\u2019honneur et l\u2019indignité.Michel de Montaigne, le sage Montaigne (si sévère d\u2019ailleurs à l\u2019égard des médecins et si injuste même si, faisant mine de mépriser le médecin, il n\u2019avait reconnu respecter la médecme), définit clairement le grand homme : « Je connoy des hommes assez, qui ont diverses parties belles : qui, l\u2019esprit ; qui, le cœur ; qui, l\u2019adresse ; qui, la conscience ; qui, le langage ; qui, une science ; qui, un autre.Mais de grand homme en , > général et ayant de belles pièces ensemble, ou une en tel degré d\u2019excellence qu\u2019on s\u2019en doive estonner, ou le comparer à ceux que nous honorons du temps passé, ma fortune ne m\u2019en a fait voir nul.» Iln\u2019est pas de notre propos de dire pourquoi Montaigne trouve son siècle pauvre en grands hommes et de dénoncer son excès d\u2019admiration pour l\u2019antiquité.16 Le | 15.Un inventeur sera apprécié selon le caractère « utile » ou « nuisible » de son invention.Le vulgaire ne voit pas que tout est bon ou mauvais selon l\u2019usage que l\u2019on en fait, qu\u2019il s'agisse d\u2019un couteau, d\u2019un avion, du feu, d\u2019un poison .(c\u2019est la dose qui fait le poison) .; 16.Boileau, lui, n\u2019écrira-t-il pas : « Dans cet amas confus d\u2019opprobre et de misère, Qui distingue mon siècle et fait son caractère, Quels chants pouvaient former les enfants des neuf sœurs?Sous un ciel orageux dans ces temps destructeurs, Des chantres de nos bois les voix sont étouffées Au siècle des Midas on ne voit point d\u2019Orphées.» .Nous ne dirions pas mieux au xxe siècle . 988 LavaL MÉDicaL Septembre 1954 grand homme mort ne porte plus ombrage.17 Terrassé, on reconnaît I : sA 1 ° , ses mérites avec une grandeur d\u2019âÂme à meilleur marché.Ce que nous avons voulu mdiquer, c\u2019est la définition du grand homme selon Montaigne.Il note ailleurs, cependant, l\u2019excès d\u2019intelligence mutile à l\u2019action (dont l\u2019automatisme est si opposé à la réflexion : La pensée est sursis et inhibition de bien des actes) mais sans distinguer formellement le génie d\u2019action (ni démontrer son existence) du génie de pensée.La Rochefoucauld est aussi sceptique à l\u2019égard des faux génies : « La fortune fait paraître nos vertus et nos vices comme la lumière fait paraître les objets.Nos actions sont comme les bouts-rimés que chacun fait rapporter à ce qui lui plait.» « Les grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux des hommes sont représentées par les politiques comme les effets des grands intérêts au lieu que ce sont d\u2019ordinaire les effets de l\u2019humeur et des passions.Amsi la guerre d\u2019Auguste et d\u2019Antoine qu\u2019on rapporte à l\u2019ambition de se rendre maîtres du monde, était un effet de la jalousie.» C\u2019est pourquoi les génies de situation ou d\u2019occasion sont si contestables.Parmi, eux, il convient de classer un grand nombre de « génies » politiques.«Quelque éclatante que soit une action, elle ne doit pas passer pour grande lorsqu\u2019elle n\u2019est pas l\u2019effet d\u2019un grand dessem.» «Le monde ne connaissant point le véritable mérite.» La Roche- foucault ne laisse pas d\u2019en préciser la nature : « La sagesse est à l\u2019âme ce que la santé est pour le corps.» « On s\u2019est trompé lorsqu\u2019on a cru que l\u2019esprit et le jugement étaient deux choses différentes : le jugement n\u2019est que la grandeur de la lumière de l\u2019esprit ; cette lumière pénètre le fond des choses, elle y remarque tout ce qu\u2019il faut remarquer et aperçoit celles qui semblent imperceptibles.Ainsi il faut demeurer d\u2019accord que c\u2019est l\u2019étendue de la lumière de l\u2019esprit qui produit tous les effets qu\u2019on attribue au jugement.» « Ce n\u2019est pas assez d\u2019avoir de grandes qualités, il en faut avoir l\u2019économie.» « La nature fait le mérite et la fortune le met en œuvre ), « pour être un grand homme, 1l faut savoir profiter de toute sa fortune.» Pas d\u2019éclair de folie dans le génie mais mens sanissima in corpore sanissimo, permettant les plus riches connexions intellectuelles et l\u2019adap- 17.Et ne vient plus guére nous contredire. Septembre 1954 Lavar MÉDICAL 989 tation la plus appropriée.N\u2019est-ce pas l\u2019avis de Platon ?\u2014 « Les maladies de l\u2019âme naissent de nos dispositions corporelles : 1l en est deux sortes : la folie et l\u2019ignorance.» (Timée) \u2014 et celui de Montaigne lorsqu'il écrit : « La volupté, la sagesse, la science, la vertu, sans elle (la santé) se ternissent et esvanouissent.» Tel est l\u2019avis du médecmn, lorsqu\u2019il veut bien le demeurer, celui par exemple de Léopold Levi qui insiste sur l\u2019importance des facteurs endocriniens mais non de troubles mentaux : « La formule endocrinienne de l\u2019homme, écrit-il, avec une hypophyse et une surrénale relativement actives, le prédispose à une grande activité physique et psychique, à une forte concentration de l\u2019esprit, à la fermeté du caractère, à la décision, à la logique, à une grande facilité pour les études abstraites, à la fonction créatrice.» Le testicule reprend ses droits pour ces deux caractères masculins.Après Brown-Sequard qui a montré l\u2019influence des fonctions génitales sur l\u2019excitation cérébrale et sur I'inspiration, Pende a insisté sur Pimportance du testicule du point de vue de la création artistique.Parmi les eunuques, on n\u2019a Jamais relevé d\u2019artistes de génie.Aucun exemple n\u2019est fourni de femme géniale.M.F.Regnault a montré la répercussion des amours d\u2019un grand poète tel que Victor Hugo sur son œuvre ; J.-J.Rousseau qui, d\u2019ordinaire, peinait à assembler et coordonner ses idées écrivit aisément et rapidement La nouvelle Héloïse, grâce à l\u2019excitation amoureuse que lus mspirait Mme d\u2019Houdetot.Dans un roman : Fort comme la mort, Guy de Maupassant a décrit la transformation opérée chez son héros, le peintre Berton, « par l\u2019éclosion d\u2019un amour, encore ignoré de lui-même ».Pourtant, et ceci n\u2019est pas contradictoire, « la disparition de la fonction sexuelle chez l\u2019homme se traduit parfois par un sentiment d\u2019augmentation de la puissance du cerveau, qui peut s\u2019appliquer à la recherche scientifique ».Si l\u2019homme, qui, a élevé la folie au rang des dieux (Bacchus) fait du génie un fou !8 parce qu\u2019il ne peut croire qu\u2019au hasard qui dans les 18.« Presque tous les hommes sont fous.L\u2019ignorance a donc deux privilèges : l\u2019un de s\u2019accorder parfaitement avec l\u2019amour-propre ; l\u2019autre d\u2019attirer à soir la plus grande partie du genre humain.Vous seriez bien simple de vouloir vous élever au- dessus du vulgaire par un savoir vraiment philosophique ; il en coûte beaucoup ; ce savoir fait que tout le monde vous fuit et que vous fuyez tout le monde ; enfin, vous ne trouverez presque personne capable d\u2019entrer dans votre goût et dans vos sentiments.» Geert GEERTS.(12) 990 LAavaL MÉDicaL Septembre 1954 errements de la folie ferait trouver quelque vérité de rencontre, comme l\u2019observe finement Érasme, le génie n\u2019en demeure pas moins celui qui, par quelque côté, a été un peu moins insensé ou privé d\u2019esprit que les autres ou un peu plus raffiné qu\u2019eux.Ribot voit le génie dans les hautes volontés avec leur coordination et cite comme exemples : César, Michel-Ange, saint Vincent de Paul.Dans tous 1l retrouve : unité, stabilité, puissance ainsi qu\u2019originalité de la pensée.Nous ne pouvons passer sous silence la doctrine de Maurice Pradines qui fut en Sorbonne l\u2019un de nos initiateurs : Pour Pradimes, l\u2019homme est un animal artificieux chez qui le jeu 19 est signe avant-coureur du génie.Ce n\u2019est pas en fabriquant que l\u2019on apprend à penser mais en pensant que l\u2019on apprend à fabriquer.Variété, différenciation, vont de pair avec progrès et civilisation.La vision commune généralise, l\u2019art spécifie.Il faut rendre hommage à l\u2019auteur d\u2019avoir fait une place convenable à l\u2019innéité du génie, aussi indispensable que ne l\u2019est à son épanouissement «la fortune», sur laquelle l\u2019école sociologique s\u2019est attachée à insister.Il n\u2019est pas moins important de reconnaître la valeur de l\u2019individuel (qui, comme le génie, a dû se rencontrer peu ou prou au sein de toutes les civilisations mais que celles-ci étaient inégalement aptes à utiliser).Enfin, le terme « spécifier » ne doit pas faire l\u2019objet d\u2019une grossière confusion avec celui d\u2019 « individualiser ».Entre la généralisation confuse de l\u2019homme vulgaire et une individualisation paralysante, il reste de 19.Il s\u2019agit Ici du jeu apprentissage et invention.Cela est vrai encore du jeu- détachement, signe d\u2019une juste appréciation des choses.Hoffmann écrit : « Nos mœurs pâles et prosaïques nous ont ôté l\u2019esprit qui consiste à jouer avec soi-même, et \"égalité sociale, qui a mis tous nos travers en commun, nous a ôté le gout d\u2019en rire.» Pour le jeu-compensation, le cas est moins évident.Certes cette activité de jeu isole et ampute en explicitant et il reste ainsi quelque chose d\u2019incomplet et d\u2019arbitraire, d\u2019imparfait dans la science et le génie.Cette lacune ne peut se compenser que par un retour à l\u2019activité ludique et des exercices de réceptivi- sation.Le génie abuse moins d\u2019ailleurs de ses acquisitions que le vulgaire qui s\u2019en empare sans esprit critique.(Le jeu est divers comme la pensée et il convient de ne pas confondre les diverses significations possibles d\u2019un tel symptôme.Il peut être compensation, aliment de parure pour celui que la vie restreint.Il peut être utilitaire : exercice.Il peut être expression et instrument de l\u2019invention et même se confondre avec cette dernière.Catharsis dans tous les cas par quelque côté et générateur d\u2019un sentiment de puissance.) Septembre 1954 LAvAL MÉDICAL 991 spécifier.Et peut-être l\u2019une des grandes faiblesses de l\u2019esprit français est-elle fortement de ne pas spécifier.Le savant, comme l\u2019artiste, reste à égale distance de la généralisation vulgaire qui conduit à l\u2019action mtempestive et de l\u2019individualisation excessive, qui appauvrit l\u2019action et rend la pensée malaisée.La science exclut l\u2019opinion comme la narration, dit Pradmes, mais l\u2019esprit commun ne s\u2019élève guère au-dessus de la première et le commerce humain vit de la seconde .le langage exprime la narration dans les propositions particulières et l\u2019opinion dans les universelles.Science et art cherchent plus à découvrir qu\u2019à exprimer.Si l\u2019animal est fataliste, l\u2019homme véritable espère pouvoir se révolter et dommer la nature par la magie ou par la science.La pensée crée la vérité et risque l\u2019erreur.Le génie suppose la pensée et sa récompense : quelque vérité.La découverte d\u2019un instrument inédit peut entraîner une redécouverte par un homme de génie.L\u2019instrument peut être utilisé de manière inadéquate par la masse ou seulement, ridiculement, par quelques-uns (s\u2019ils sont peu nombreux on les jugera fous).II faut découvrir les rapports objectifs (Aha-Erlebnis, de Bühler) et y ajouter un Jugement de relation nécessaire.Est-ce là œuvre de fou ?C\u2019est œuvre de magis babens.Le progrès, l\u2019explication, tient à la découverte par l\u2019esprit d\u2019une mathématique et d\u2019une mécanique qu\u2019il portait en lui et appliquait à son insu.Le génie observe, compare, généralise, spécifie, etc., en un mot : réfléchit, passe de l\u2019implicite à l\u2019explicite, s\u2019oppose à l\u2019action instinctive .Mais si la technique utilise \u2019'mvention, I'mvention n\u2019utilise pas la technique.L\u2019invention est par essence indépendance.Les conditions d\u2019invention de l\u2019outil ne peuvent se confondre avec celles de son usage.Découvrir, c\u2019est, pour Tarde, « s\u2019éveiller d\u2019un rêve familral ou national, échapper momentanément à la société.» Le génie apparaît ainsi comme porteur de plus de perfections et de dynamisme vital, d\u2019adaptation souple, d\u2019une conscience psychologique plus aiguisée, de sympathie qui le fait plus contemplatif qu\u2019actif.Les représentants sont les précurseurs de l\u2019humanité supérieure dont tant de forces continuent d\u2019étouffer les chances d\u2019apparition. 992 LavaL\u2026 MÉDicaL Septembre 1954 En esthétique, le génie donne une particulière convenance du moyen à la fin, en même temps qu\u2019un biais qui fait oublier la fin dans la contemplation du moyen.Ici encore, il y a libération de la routine par une sorte de surabondance de moyens.Certes, Pradimes ne parvient pas à donner du génie une définition qui le satisfasse.« L\u2019inspection extérieure de toutes les activités d\u2019invention, constate-t-il, pourra bien faire apercevoir en toutes certains caractères communs ; elle n\u2019y fera pas découvrir le principe de toutes les mventions, si l\u2019on ne peut reconstruire ces activités au moyen de ce principe, ce qui suppose que l\u2019on part de quelque idée anticipée de ce qu\u2019il peut être.L\u2019imagination, faute de l\u2019hypothèse en question, apparaît moins comme une fonction mentale de combinaison particulière que comme le nom générique d\u2019une multitude de fonctions enveloppées dans l\u2019acte d\u2019invention.Dira-t-on qu\u2019elle désigne partout ce principe de puissance, d\u2019éclat et de fécondité qu\u2019on appelle le génie?Il est certain que cette théorie de l\u2019imagimmation est souvent devenue en fait la théorie du génie.» Mais Pradines est embarrassé de ce génie, « amalgame de fonctions dénué de toute spécificité fonctionnelle 2° y et qui, assimilé à l\u2019imagmation, est conçu comme une fonction de l\u2019esprit humain tout en n\u2019appartenant qu\u2019à une poignée de privilégiés (peut-être bénéficiaire d\u2019une « mutation »).Aussi recherche-t-il plutôt : « activité qui apparaît dans l\u2019émotion esthétique et dans le génie de l\u2019artiste .le génie inhérent à l\u2019activité de science », etc.(en un mot, l\u2019intelligence ?Sous ses diverses formes?) tout en pressentant bien la fonction de synthèse de cette imagination, 21 de ce génie.Selon que l\u2019œuvre sera de technique, d\u2019art ou de langage, le génie sera raison, imagination ou Jugement.Le génie apparaît comme pensée, réflexion, tentative de sortir de la folie humaine, le vulgaire comme action et donc instinct, décision de se confier à la folie humaine, ou du moms de renoncer dans une large nesure à la raison.20.Spécificité fonctionnelle dont 1l convient de ne pas de perdre de vue le caractère, selon nous, quelque peu didactique.21.Le commun n\u2019a l\u2019expérience que d\u2019une imagination décousue, fragmentaire.1! s\u2019en défie donc comme d\u2019une manifestation morbide.L\u2019habituelle stérilité de cette imagination la fait mépriser par lui comme « imaginaire », sans relation avec les faits objectifs.C\u2019est la « folle du logis », pour lui folie par excellence. Septembre 1954 LavaL MEbicaL 993 S\u2019il se demande ce que peut comporter de vrai l\u2019opinion qui assimile l\u2019art au rêve et la poésie au délire, c\u2019est en notant que l\u2019anormal apparent, selon la thèse jacksonnienne, libère une fonction dont les conditions de pensée communes font méconnaître la portée.22 Mais toute illusion d\u2019une concession au point de vue du vulgaire est vite dissipée car le délire lucide de l\u2019art n\u2019a aucune parenté avec le délire pathologique si l\u2019on en croit ce passage : « Mais les analogies avec le vrai délire sont tellement lointaines, tellement fuyantes et vraiment tellement métaphoriques qu\u2019on se demande comment elles ont même pu suggérer l\u2019idée d\u2019une assimilation.Cependant, comme faute de prétendre à expliquer l\u2019imagination de l\u2019artiste ou du savant, les faits en question pourraient au moins servir à justifier l\u2019existence d\u2019une puissance de fiction naturelle indépendante de celle qui apparaît dans la perception même ou dans les anticipations qui la complètent, nous voudrions montrer que ces hypothèses ne supportant pas l\u2019examen et qu\u2019il n\u2019y a ni dans le délire, ni dans le rêve, aucune trace sérieuse de la puissance créatrice originale dont on veut qu\u2019ils nous portent témoignage.Considérons d\u2019abord l\u2019hallucination .perception manquée .» La conclusion mérite d\u2019être rapportée in extenso : « On ne manquera pas de remarquer que (PrADINESs, Psychologie générale, 11** pp.25 et 26) toutes ces théories, qui voudraient assurer à l\u2019image une puissance propre de se constituer en réalité, reposent sur l\u2019exploitation, ou des formes anormales et morbides (hallucination), ou des formes réduites et désorganisées (réves) de la fonction mnémonique.Or, nous l\u2019avons plusieurs fois relevé contre des conceptions psychologiques adverses, les désordres ou relâchements qui défont ces connexions d\u2019éléments naturels (ici celle de l\u2019image et de la sensation) peuvent avoir aussi bien pour effet de mutiler les éléments qu\u2019ils isolent que de les libérer.L\u2019imagmation 1solée, dans l\u2019hallucination et dans le rêve, apparaît ainsi plutôt comme une fonction diminuée que comme une fonction dilatée.Elle ne produit que des ébauches, des monstres ; ses enfantements ne sont que des avortements.Nous sommes ainsi conduits à confirmer, par les exemples mêmes qui semblent au premier abord la démentir, cette thèse que le rôle propre de l\u2019image c\u2019est de 22.II faut détendre notre délire trop systématisé, dirions-nous, et nous reposer la vue du point lumineux conscient qui s\u2019éveille avec l\u2019action mais masque un peu le reste du monde. 994 Lavar MÉDicaL Septembre 1954 servir à la perception et que la tendance incontestable qu\u2019elle possède à s\u2019objectiver n\u2019est aussi qu\u2019une pure tendance, qui ne peut atteindre sa fin que par l\u2019union de l\u2019image avec la sensation.On tirera facilement de ces observations la critique des conceptions, plus ou moins systématiques, qui ont tenté \u2014 à bien des époques avant la nôtre \u2014 de rattacher l\u2019inspiration imagmative \u2014 principalement littéraire \u2014 à un délire, naturel ou provoqué.Une imagination liée normalement à un tel désordre ne serait plus pour l\u2019artiste un instrument de création.Elle serait le piège ou sombrerait mévitablement, non seulement son génie, mais même sa raison.Aussi bien les faits n\u2019ont-ils nullement justifié cette vue que la vivacité des Images se lierait chez l\u2019artiste à quelque diathèse hallucinatoire.T'aine même, qui semble inclmer à la confusion, se voit forcé de noter que, jusque dans les cas où l\u2019Einfüblung du génie créateur atteint son caractère paroxystique, comme chez Flaubert, le phénomène, au témoignage de l\u2019artiste, est sans aucun rapport avec une hallucination.Nous avons dit que chez les auteurs mêmes, qui, à la manière de Baude- delaire, d\u2019Edgar Poë, ont cherché délibérément leur source d\u2019inspiration dans des excitants susceptibles de créer des délires imagmatifs, Ie délire qui s\u2019est révélé capable d\u2019alimenter l\u2019activité créatrice est toujours resté contrôlé, c\u2019est-à-dire maîtrisé.Il n\u2019a certamement jamais perdu ce caractère dans les œuvres surréalistes de quelque prix.Ces tentatives s\u2019inspiralent certainement de l\u2019assimilation si naturelle de l\u2019imagination poétique avec le délire, que tant de métaphores depuis l\u2019antiquité ont popularisée.Or elles ont moins conduit à la justifier qu\u2019à en révéler erreur de principe.L\u2019art sous toutes ses formes n\u2019est sans doute pas simplement un jeu, mais il est d\u2019abord un jeu : 1l suppose une capacité de s\u2019enchanter d\u2019images connues pour telles.La disposition, naturelle ou provoquée, à en être dupe n\u2019est pas la forme supérieure de cette capacité : elle en est la négation, et elle risque d\u2019en devenir rapidement la ruine.» (Voir le texte de Baudelaire cité par Porché : « J\u2019ai pris tout excitant en horreur à cause de l\u2019amplification du temps et du caractère d\u2019énormité que cet excitant quelconque donne à toute chose.[On remarquera qu\u2019il n\u2019est d\u2019ailleurs pas question d\u2019une hallucination proprement dite.] I! est impossible d\u2019être, non pas seulement homme d\u2019affaires > AUS À - Septembre 1954 LavaL MEbicaL 995 mais méme homme de lettres avec une orgie spirituelle continue.») Sans doute, Pradmes ne semble-t-il pas avoir médité sur le cas d\u2019aliénés polygraphes, cependant nombreux, parodiant parfois le génie mais sans risquer de donner le change, pas plus que sur celui des aliénés peintres de talent aux œuvres souvent dignes de remarque.Il n\u2019en reste pas moins que le témoignage de cet esprit dintmgué, cultivé, souvent pénétrant, est absolument clair .et de bon sens.L\u2019invention, pour Pradines, comme pour Souriau (1881), Ribot, Le Roy, À.Rey, Séailles, Delacroix, etc, est imagination et celle-ci est synthèse (onirisme et illusion n\u2019en sont pas, il va sans dire).II s\u2019agit d\u2019un mécanisme d\u2019une complexité infinie que l\u2019auteur cherche surtout à surprendre dans ses fonctions, sans en contester l\u2019unicité vitale.Pradines eut pu la nommer santé de la vie de relation, adaptation, etc.Il fait de l\u2019intuition la source de toute imagmation et trouve quelque génie élémentaire dans la plus simple sensation esthétique, dans la moindre intuition causale .L\u2019émotion y joue selon lui un rôle tout au plus de catalyseur ; quant à nous, nous lui contesterions même ce rôle 23.Ainsi, l\u2019mtuition est purement conscience mais conscience élargie et synthétique (réagissant contre les erreurs et les impasses du comportement héréditaire ou les représentations perceptives communes).Pradines ressent bien le caractère équivoque de l\u2019émotion et du jeu, étrangers et apparentés à la fois à l\u2019activité créatrice.Le point de vue de Ribot, pour qui dissociation et association rendent possibles les combinarsons nouvelles de l\u2019imagmation créatrice, est adopté par Pradines à titre de première approximation qu\u2019il cherche à préciser davantage en ajoutant : « L'art et la science sont réalistes et leur idéalisme incontestable n\u2019est que la forme apparente de ce réalisme profond qui oppose la réalité de l\u2019esprit à celle des sens.» 23.Inspiration et émotion ont ceci de commun, dirions-nous, que l\u2019influx passe dans les deux cas par des voies non frayées par lui, ni même, dans le cas de l\u2019émotion, pour lui.Iya découverte et originalité (et c\u2019est ici qu\u2019il peut être permis de parler parfois de mutation \u2014 et on a pu dire que l\u2019inspiration, sous toutes ses formes, n\u2019est ue l\u2019aspect individuel d\u2019une mutation dans l\u2019espèce), dans le premier cas, erreur et déviation dans le second.La différence n\u2019est que du succès indiscutable, de l\u2019appropriation remarquable, à la faillite notoire.Toutefois, l\u2019inspiration peut être entourée parfois d\u2019une frange d'émotion qui peut incidemment avoir contribué à « mouiller » ses voies. 996 LavaL\u2026 MÉDICAL Septembre 1954 Étudiant le phénomène de la mémoire, Pradines distingue la mémoire du présent et celle du passé, de telle sorte que la personne se constitue comme un être que la mémoire reconnaît dans un passé et anticipe dans un avenir.Cette constitution de la personne avec la confrontation de la mémoire spontanée et de la mémoire logique, est un art.24 Dans l\u2019exécution de cet art, tous les degrés de perfection sont possibles.On pourrait déduire de ces vues une triple éventualité, selon que la mémoire logique (sociale) est prévalente et mcontrôlée par la mémoire spontanée (cas du commun et aussi de folies raisonnantes notamment du groupe ou de l\u2019individu) ; qu\u2019au contraire, la mémoire spontanée prédo- mime à l\u2019excès (mobilité, mpulsivité, arriération, débilité, etc.).La plupart des imdividus appartiennent à l\u2019un ou l\u2019autre de ces deux groupes ou ont une personnalrté ( ! ) formée de « blocs erratiques de conscience » jouissant d\u2019une puissance de synthétisation amoindrie.Là tente de s\u2019ébaucher une organisation issue de la désorganisation même, comme au Parlement français : états hystériques, délires de la contagion sociale et autres délires passionnels.Dans le cas, enfm, d\u2019une combinaison des deux formes de mémoire avec contrôle réciproque, confrontation, 1l serait permis de parler de génie et de pensée véritable, amsi que de personnalité vraie.25 24.Dans cette perspective, la moralité est un art.25.Inversement, « le rétrécissement de l\u2019attention donne naissance à un rétrécissement de la perception, d\u2019où naissent des amnésies, qui peuvent être seulement des subconsciences, mais, sous cette forme, n\u2019en exercent que plus dangereusement leur action dissclvante sur la personne.Ces i images qui ne peuvent s'intégrer ni à l\u2019activité perceptive sous forme consciente, ni à l\u2019activité personnelle sous forme d\u2019inconscience organisée, ni d\u2019ailleurs à l\u2019activité franche du rêve et de l\u2019art, se groupent en une conscience crépusculaire et plus ou moins honteuse qui est une des causes les mieux étudiées des altération de la conscience personnelle ».(Maurice PRADINES.) \u2014 Nous dirions que l\u2019attention comporte mémoire logique et mémoire spontanée.\u2014 Nous vous ramènerons tel exemple, observé jadis durant notre internat dans le Service de Baruk, d\u2019un vide psychologique profond survenu chez un ancien confrère, avec conservation intégrale des attitudes.Le malade suivait la visite dans les rangs médicaux avec un air doctoral, se frottait les mains avec des mines entendues, murmurait : « Eh bien, on va lui faire .lui donner.» sans jamais rien préciser.Certains mauvais plaisants diront peut-être qu\u2019il aurait dû poursuivre l\u2019exercice de sa profession.Certaines démences séniles présentent un phénomène analogue de préservation de la forme avec désagrégation du fond.Tel ouvrier atteint de confusion mentale chronique, observé par nous, se rendit à l\u2019usine encore durant de longs mois.Incapable de dire son adresse ou son Age, il trouvait tant bien que mal le chemin de l\u2019usine et accomplissait durant quelques instants le travail pour lequel on le mettait en position (balayage).Les chefs furent très surpris d\u2019une mesure d'exclusion prise par le médecin du travail à l\u2019égard de ce salarié ! Persona, tu supplées souvent, tu survis parfois à la personnalité ! L\u2019inconscient, chargé BB x ee ; ps Septembre 1954 LAvAL MÉDICAL 997 Quant à l\u2019association des idées, Pradines est bien loin de la confondre avec la pensée, mais y voit bien plutôt une logique 26 en action, automatique, animale, apparentée tout au plus à une sorte de « pensée enveloppée ; alourdie par la routime et dévoyée par des règles simplistes ».En échappant à cette règle ordmaire, deux issues se présentent : le génie, la folie.Ainsi ne sort-on du médiocre que pour le mieux ou pour le pire.La logique humaine est le fruit d\u2019une mutation de l\u2019association des idées qui devient, convient-il d\u2019ajouter, multilatérale et sélective.La schématisation, sous la forme de la conceptualisation humaine, n\u2019est qu\u2019un aspect du jugement et du raisonnement.Abstraire et généraliser n\u2019y font qu\u2019un, pour Pradines.27 Par contre, dit-il, «il y a un abîme entre associer des images et exprimer des pensées, et la seconde de ces opérations est la seule qus constitue la conceptualisation ».Quoi qu\u2019il en soit, cet auteur en revient toujours à un a priori : « La raison est la faculté de doubler d\u2019a priori tout ce que la sensibilité peut atteindre.» Sans doute la sensibilité est déjà pour lui une intelligence mais la pensée en est une autre et qui ne peut être reconnue que dans ses œuvres.Un concept est avant tout une expérience subjective conçue comme objective, 28 Conceptualiser, c\u2019est penser une sensation, c\u2019est convoyer l\u2019image subjective en objet car une pensée qui généraliserait sans objectiver ne serait qu\u2019une sensibilité pure.29 À cette sensibilité pure, à la coutume, à l\u2019état de fait, 11 oppose la raison, qui établit des liens.Pradmes ajoute l\u2019rIlumination, comme d\u2019automatismes, soutient encore ton masque.\u2014 Cet inconscient est encore à étudier sous ses diverses formes chez l\u2019épileptique, le confus, le dément .il n\u2019est guère connu que chez l\u2019hystérique, un peu chez le schizophrène, le délirant.Dans l\u2019épave que peut être la survivance de l\u2019automatisme inconscient, Il y a plus d\u2019une fois, davantage que cela mème.26.« La logique est la fenction de la cohérence dans la pensée, dans la parole et dans l\u2019action.» Maurice PRADINES.(Ne pas oublier la distinction entre logique réelle et logique formelle.) 27.11 n\u2019entend pas ici par généralisation cette vague reconnaissance dont se contentent les sujets les plus incapables d\u2019abstraire.28.Ajoutons que le parti-pris de subjectivisme est une démission devant la mutation nécessaire qui produit l\u2019homme.L'homme doit être conçu comme susceptible, dans certains cas, de dépassements.29.Cette phrase de Pradines pourrait faire songer à admettre une composante motrice de la pensée.Ce serait alors seulement qu\u2019il y aurait compréhension et pensée, la voie de l\u2019action étant frayée.Pensés = sensation + action prête ; ou : (sensation + action prép.(cu pensée) + pensée (2 degré), d\u2019ou lien de pensée et adaptation.Attitude neuve devant une situation neuve, responsabilités, risques pratiques.Pour Bain, déjà, penser c\u2019est prendre conscience d\u2019une action motrice d\u2019inhibition exercée sur nos réactions spontanées à l\u2019excitation. 998 Lava\u2026 MÉDICAL Septembre 1954 inhérente et spécifique, à la pensée mais elle semble due seulement à la joie de la fin d\u2019une contrainte.Peu importe que Pradmes oppose peut-être d\u2019une manière trop absolue ou plutôt analyse mcomplètement le mode de raisonnement qu\u2019il oppose l\u2019un à l\u2019autre, l\u2019un rationnel, mécaniquement objectif, l\u2019autre affectif, animal, fait d\u2019induction associative, téléologique, tel qu\u2019on l\u2019observe fréquemment dans les relations sociales, en milieu indus- trialiste et ailleurs ; l\u2019un remontant l\u2019ordre du temps, l\u2019autre le suivant.Pour lui, le premier seul est analytique, humain.Là est la pensée, mtuition rationnelle, synthèse a priori (nous dirions : adaptation systématisée).« L'exercice de la pensée est malaisé, plein de risques et de pièges et toutes les fonctions qui la définissent exigent une énergie mentale portée à sa plus haute tension.» Existe-t-il, dans ces conceptions, la moindre assimilation entre la réussite, l\u2019échec et l\u2019absence de la pensée, entre le génie, la folie et l\u2019animalité humame?Mais sans doute convient-il de poursuivre quelques instants encore l\u2019exposé des vues de Pradmes, exposé enrichissant, pensons-nous, malgré le caractère peut-être un peu a priori de quelques affirmations.Le raisonnement, selon lui, peut être fondé sur une coutume (raisonnement inductif), sur une convention (raisonnement formel ou syllogistique), être un vrai raisonnement, fondé sur une raison (raisonnement synthétique a priori).Dans ce dernier cas, nous sommes en présence de effet d\u2019une mutation, résultat elle-même d'efforts, en vue de dépasser la condition associative et source nouvelle de curiosité et d\u2019amour.L\u2019homme apparaît ainsi comme l\u2019être éminemment imsatisfait de lui- même 30 et cherchant à se dépasser, en état de révolte contre la routine associative.Une mutation de besoin social fait passer l\u2019homme de l\u2019état de communion à celui de collaboration.Une mutation esthétique vient transformer les tendances adaptives de la perception (l\u2019on pourrait beaucoup épiloguer d\u2019ailleurs sur cette mutation).La pensée 30 bis résulte d\u2019une mutation tendancielle.La pensée (tendance et amour) réunit toutes les tendances humaines.« La pensée est une tendance, et elle est la tendance.» 30.et pas seulement de lui-même.30 bis.Élaborée par l\u2019inconscient et la réflexion. Septembre 1954 Lavar MÉDicaL 999 Sa naissance apparaît comme un \u201crenversement de vapeur », comme un coup d\u2019état du cœur, et, citant Pascal, l\u2019auteur la présente comme un instrument servant mieux que l\u2019association les fins de l\u2019amour, 31 du moins de \u2019amour considéré comme une aspiration à nous complêter, 32 La pensée est une « révolution permanente installée dans la vie ».Que sont maintenant, pour ce même psychologue, ces sentiments que le vulgaire reproche au poète comme manifestation majeure de sa « folie » ?\u2014 S1 les tendances sont aspirations (vers un objet concret ou vers une représentation), les sentiments sont « de véritables régulations soit des aspirations soit des aversions originelles.» \u2014 « Le sentimeat est à la tendance éclarrée par la perception ce qu\u2019est l\u2019instmet à la tendance sans lumière du comportement automatique.» Son étude de la passion et de la raison montre comment l\u2019une parodie l\u2019autre et comment le génie ne peut être assimilé à l\u2019aveugle passion, « passion ruineuse du sentiment sur le plan de la pensée », démesure et dérégulation.Sans doute, le vulgaire fait-il parfois d\u2019elle le deus ex machina qui vient résoudre les problèmes qui le dépassent.Elle peut passer à ses yeux pour l\u2019essence du génie.°* En effet, « la passion peut 31.Discuter la valeur de cette formule nous entraînerait hors du cadre de ce travail.32.Formule séduisante avant analyse mais vague dès qu\u2019elle se veut générale et risquant de conduire à une conception égoïste de l\u2019amour qui risquerait de le confondre avec l\u2019instinct de domination qui peut apparaître à d\u2019autres égards comme son antagoniste.Cette aspiration à nous complêter se présente un peu comme amour de soi-même et laisse place à une aspiration à compléter l\u2019objet, moins centripète.De fait, l\u2019auteur remplace de suite le mot amour par celui de domination pour s\u2019expliquer sur cette équivalence, sans l\u2019analyser et sans y reconnaître la marque d\u2019un tempérament plus que d\u2019une philosophie.Voici le passage : « .assimiler la pensée, avec Pascal, à un amour, ou plutôt d\u2019y signaler l\u2019instrument d\u2019un dessin qui sert infiniment mieux que l\u2019association des fins véritables de \"amour.Nous confirmions ces vues dans notre psychogenése de la technique : le but de la technique .le vrai but en est de maîtriser une nature par où l\u2019homme se sent injustement dominé, et l\u2019ambition technique a, au fond, une source morale.Elle le montre dans le caractère de ses principes fondamentaux qui sont de foi, d\u2019illumination affective, même à l\u2019aube animale de la pensée et qui le deviennent d\u2019une manière bien plus patente encore dans l\u2019espèce humaine.Là où une mutation de cette grandeur apparaît, c\u2019est justement que sont en action ces mouvements du cœur.» 33.Le vulgaire confond volontiers l\u2019effet produit sur lui avec la genèse de l\u2019œuvre.Si un poème le fait rêver, il verra souvent dans le rêve l\u2019essence de la poésie.Cette confusion entre la cause et l\u2019effet est tragiquement visible en politique.Elle est aussi quotidiennement observable chez nos malades lorsqu\u2019ils voient dans la prescription d\u2019un régime une accusation d\u2019excès antérieurs. 1000 LavaL MÉDICAL Septembre 1954 rendre éloquent, en ce sens qu\u2019elle est habile à se communiquer par le langage, mais elle ne rend pas vrai et au contraire on peut soutenir qu\u2019elle marque presque mfailliblement tout ce qu\u2019elle touche d\u2019une erreur toujours apparente » (toujours apparente aux yeux d\u2019une minorité de critiques mais elle peut assurer longtemps le succès de faux génies en qui le public se refuse à voir des agitateurs, des aventuriers, et dans ce public figurent volontiers des « hommes cultivés » dont les passions, plus ou moins rationalisées, excitent encore davantage les foules car Ie faux intellectuel est au service du faux génie, la raison doit alors se terrer, fuir, se renier ou périr.La passion ne peut être démasquée que par celui qui lui échappe mais elle est très contagieuse et la passion collective est un torrent dévastateur auquel rien ne résiste).Si le propre de la passion est de ne pouvoir résister à l\u2019appel du présent en considération de l\u2019avenir, ce qu\u2019Alquié rapporte à un accroissement anormal de la puissance du passé (c\u2019est-à-dire à l\u2019habitude dans ce qu\u2019elle a de plus paresseux, de plus passif), la passion est dès lors fondamentalement opposée au génie, et notamment au génie scientifique.L\u2019habitude ainsi comprise est passion, contraignante, retour au passé, refus de s\u2019engager en avant et horreur de l\u2019avenir (d\u2019un avenir véritablement différent), refus d\u2019enregistrer et de reconnaître l\u2019imédit.Pradmes, tout en ne voyant dans le point de vue d\u2019Alquié que l\u2019exposé d\u2019un cas particulier, auquel on peut juxtaposer celui d\u2019une révolte de la sensibilité contre une raison, voit aussi dans la passion un sacrifice de la durée, de l\u2019avenir, sur l\u2019autel de l\u2019imstant qui passe, ainsi qu\u2019un retour à l\u2019automatisme et à l\u2019impulsion.Pour lui, la passion est bien régression.La volonté, action réfléchie 34 raisonnée, s\u2019oppose à l\u2019automatisme.Elle est Ie fait de l\u2019homme d\u2019esprit, non de l\u2019empirisme ou de la routine.Elle est raison.Pradines a bien vu cette évidence : La volonté est la faculté d\u2019agir par raison et une volonté (vraie) mauvaise est toujours une raison fausse.Il trouve dans Kant, dans W.James, des raisons de l\u2019identifier à la morale comme à la raison.34.« Vouloir, c\u2019est agir véritablement, par la conscience des fins et la connaissance des moyens.» Septembre 1954 Lava.MÉDicaL 1001 Ainsi, chez ce psychologue, les divers aspects de la vie psychique retrouvent le maximum d\u2019unité.Le génie apparaît dès lors comme une réussite particulière, spécialement appropriée, de ce fonctionnement psychique, à la fois intense, universel et par là équilibré et dont nous savons combien il est conditionné par la santé du système nerveux, ou si l\u2019on veut sa sursanté.Conscience, raison, volonté, attention, synthèse, sont les marques de la mutation géniale, qui rend possible jusqu\u2019à la moralité, la moralité consciente, réfléchie et voulue et dont Pradmes écrit : « Les fins morales sont d\u2019abord des fms biologiques et la raison en nous détachant de l\u2019affectivité, ne fait que nous rendre à la nature.» Et la vraie Iïberté nous délivre d\u2019un dêtermmisme artificiel.Mais cette intelligence, cette moralité, cette volonté supérieures, sont regardées par cela même qu\u2019elles sont supérieures et rares, comme antisociales plus que comme correctrices.Elles constituent pourtant un genre social supérieur car c\u2019est la routine 3° qui est dissolvante et l\u2019union est du côté des forces qui libérent I'individualité.Pour Basch, « L\u2019artiste est un phénomène rare et jusqu\u2019à un certain point un monstre : la nature toute entière, les choses, les hommes et jusqu\u2019à Dieu lui-même, ne lui apparaissent que comme des matériaux à élaborer par son art.Il ne vit pas pour vivre, il ne vit que pour créer et c\u2019est cela qui est supra-humain, et par conséquent monstrueux.» Quel est ici l\u2019humain sinon l\u2019animalité pure?Génie, dès lors, serait qui ne se laisse pas vivre, qui ne se satisfait pas de l\u2019erreur collective (ni de la vérité collective qui, dès qu\u2019elle comporte l\u2019épithète, devient nécessairement à quelque degré une erreur), qui annonce en un sens conscience et raison.| Victor Basch insiste, dans tel article de la Revue Philosophique, sur le caractère inconscient (réflexe même) de l\u2019instinet créateur.3% Remarquons de suite qu\u2019inconscient n\u2019est pas morbidité.Celui qui a conservé et fait revivre l\u2019expérience de l\u2019humanité doit-il être tenu pour anormal?L\u2019inconscient est-il pathologique ou en fait-on une sorte de démon ?(de bon ou mauvais génie?).Il faut s\u2019entendre une fois pour toutes 35.Mais « nous appelons contre nature ce qui advient contre la coutusme.» (MONTAIGNE.) 36.Peut-être, mais l\u2019acte créateur marque et tout au moins rend possible le passage de l\u2019inconscient au conscient. 1002 Lavar.MÉDICAL Septembre 1954 sur le fait que la fovea n\u2019est pas tout le cerveau, le conscient toute la psychologie et le reste démonopathse.Faire de l\u2019étrangeté de l\u2019mexpli- qué le fruit d\u2019un démon, d\u2019une main invisible ou d\u2019une entité morbide sont des explications presque aussi populaires et simplistes.Faire de la conscience claire le tout de l\u2019homme c\u2019est faire de la raison raisonnante la totalité de l\u2019esprit humain alors qu\u2019elle ne constitue bien souvent qu\u2019un voile.Y chercher l\u2019explication de tout, c\u2019est se condamner à trop d\u2019erreurs.C\u2019est juger d\u2019une attitude par les données d\u2019une autre et confondre tous les plans, toutes les disciplines, en ramenant au chaos les premiers chemmements d\u2019une patiente analyse.On voit la vérité comme substance et pas assez comme sujet.L\u2019extraversion a emmuré la psychologie.Il est permis de voir dans le génie selon Basch, le général de la pensée et cette conception hégélienne de l\u2019esprit libre c\u2019est-à-dire réalisation de l\u2019unité de l\u2019esprit théorique et de l\u2019esprit pratique.Nietzschéen, Basch juge que « la fin de l\u2019humanité est de produire des hommes supérieurs ».Il ne souhaite pas l\u2019universel nivellement, la panbéotie, « sorte d\u2019américanisme qui blesse tout raffinement et toute délicatesse ».Il écrit : « La fin dernière des civilisations n\u2019est ni de créer, aux dépens de l\u2019humanité moyenne, de petites aristocraties jalouses et tyranniques, ni de détruire toutes les aristocraties pour faire descendre la société toute entière au niveau de l\u2019humanité inférieure, mais c\u2019est de faire de tous les hommes des aristocrates véritables, c\u2019est-à-dire des êtres nobles, raisonnables et purs », (des peuples de « Messieurs »).Le Senne établit une hiérarchie des valeurs des vies humaines : vie moyeane (à morale négative stricte), vie dévouée : vie moyenne + don de soï à quelque chose (vocation) ; vie créatrice : vie dévouée + esprit : « quand par une rare faveur de l\u2019Esprit la valeur à laquelle est dévoué l\u2019effort lui donne l\u2019éclat de la nouveauté et l\u2019essence d\u2019une révélation, la vie dévouée devient créatrice.Toute création est un concours par lequel l\u2019inventeur devient en même temps l\u2019auteur et le lieu d\u2019une participation à la création universelle.» S1 l\u2019esprit entre pour une plus grande part que le dévouement, l\u2019effort, le courage, on distingue plus le génie de sa base nettement morale.ont ny Septembre 1954 LavaL MÉDICAL 1003 Mais .«la connaissance entraîne le mépris 37 de l\u2019art, de la moralité et de l\u2019amour :.elle est indifférente à toute valeur autre que la vérité ».\u2014 Quoiqu'il en soit des divergences de détail dans les points de vue à l\u2019égard du génie, plus ou moins directement explicites, une chose est certaine : l\u2019homme réfléchi ne tente pas de bafouer les plus hautes manifestations de la pensée et de la culture humame.Les compagnes de la folie, selon Érasme : l\u2019amour-propre, la flatterie, l\u2019oubli, la fainéantise, la volupté, l\u2019égarement d\u2019esprit, les délices, ne hantent guère le génie véritable si l\u2019amour-propre n\u2019est que vanité et la volupté abandon.Le grand humaniste néerlandais avait une comception très aristocratique du génie.Écoutons-le plutôt : (le philosophe) « ne sachant ce que c\u2019est que les usages et le commerce de la vie et étant directement opposé aux opinions et aux coutumes du vulgaire, 1l ne se peut pas sans doute que cette grande différence de sentiments et de manières ne lui attirent une haine universelle.» « Tout ce qui se fait chez les hommes est plein de folie : ce sont des fous agissant avec les fous.Si donc une seule tête entreprend d\u2019arrêter le torrent de la multitude, 38 je n\u2019ai qu\u2019un conseil à lui donner : c\u2019est qu\u2019à l\u2019exemple de Timon 1l s\u2019enfonce dans le désert et qu\u2019il y Jouisse tout à son aise de sa sagesse.» Et à propos de Socrate : «.il s'amuse à mesurer le pied d\u2019une puce, à admirer le bourdonnement d\u2019une mouche ; et 1l ignore toute sa vie l\u2019art nécessaire de se conformer à ses semblables 39 ».De préférence à un sage sans passions, « on choisirait plutôt parmi la plus folle populace quelqu\u2019un qui, étant fou, saurait commander ou obéir aux fous.» (A suivre.) 37.Que n\u2019a-t-il substitué à mépris : une autre conception de l\u2019art, etc.38.Pascal n\u2019écrit-il pas : « Pourquoi suit-on la pluralité?Est-ce à cause qu\u2019ils ont plus de raison?Non, mais plus de force.Pourquoi suit-on les anciennes lois et anciennes opinions?Est-ce qu\u2019elles sont les plus saines?Non ; mais elles sont uniques et nous ôtent la racine de la diversité.» 39.ou supposés (ou dénommés) à peu près tels. ANALYSES H.LABORIT, J.DELGA, H.BAYLON, R.HUGONOT et J.DECHEN.La thérapeutique « héparine-lipocaic » par administration sub-linguale.La Presse médicales, 62 : 79, (23 janvier) 1954.Les lipides contenus dans le sérum sanguin sont presque entièrement combmés aux protéines par des « cénapses » dont on ne soupçonne pas encore la nature exacte.Par des procédés d\u2019ultracentrifigation, on a réussi à distinguer parmi ces cénapses lipido- protidiques des formes à poids molédulaire élevé et des formes à plus faible poids moléculaire.Ce serait les seules molécules géantes qui conditionneraient la formation des dépôts lipidiques dans l\u2019intima artérielle, caractéristiques de l\u2019athérosclérose.Ces dépôts lipidiques, le plus souvent extracellulaires, confluent, s\u2019entourent de tissu scléreux et, finalement, d\u2019mcrustations calcaires, ce qui constitue essentiellement l\u2019athérosclérose.Les molécules à faible poids moléculaire sont assimilées et métabolisées par l\u2019organisme ; les grosses molécules se retrouvent en abondance dans le sérum des diabétiques et des athéroscléreux.L\u2019héparine paraît jouer un rôle important dans la transformation des grosses molécules Irpido- protidiques en petites molécules, beaucoup moins nuisibles.L\u2019héparime est sécrétée par les matzellen : cette sécrétion est inhibée, est bloquée par l\u2019excitation sympathique et par l\u2019mjection d\u2019adrénaline.L\u2019hypohéparinémie des athéroscléreux serait la conséquence du spasme adrénergique « le spasme, le fonctionnel crée l\u2019athérome, c\u2019est-à-dire l\u2019organique » (Leriche).La vie moderne, riche en réaction Incessante contre le milieu, réactions adrénergiques par excellence, explique peut-être le nombre croissant d\u2019athéroscléreux que l\u2019on rencontre en clmique.Des doses faibles d\u2019héparine, mactives sur la coagulation sanguine, sont en mesure d\u2019assurer la conversion des molécules lrpido-protidiques.L\u2019admmistration de l\u2019héparine pendant la période d\u2019excitabilité maximum du système nerveux adrénergique présenterait donc les meilleures chances d\u2019efficacité dans le but recherché.En plus de l\u2019héparine, un facteur pancréatique : l\u2019hormone lipocaïque, paraît Jouer un rôle non négligeable dans le métabolisme des lipides en favorisant leur utilisation dans les cellules mêmes.L'association de ces deux hormones agissant en synergie augmenterait sensiblement l\u2019efficacité du traitement.Ces considérations Septembre 1954 Lavar MÉDICAL 1005 ont invité les auteurs à associer les deux produits.La voie d\u2019admmis- tration restait à trouver.La voie intramusculaire, la vie mtravemeuse ont paru peu pratiques, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un traitement à longue portée ; la voie digestive est sans valeur ; aussi a-t-on eu recours à la vole sub-limguale qui s\u2019est montrée suffisamment efficace.Les deux hormones sont associées en glossettes contenant 10 mg de chacun des deux produits.Le traitement doit être étalé dans la journée et poursuivi pendant très longtemps.Des recherches ultérieures en établiront la posologie.Les auteurs ont expérimenté cette médication avec quelque succès chez des malades porteurs d\u2019athérosclérose, de coronarite, d\u2019artérite des membres inférieurs.Ils ont pu ainsi démontrer que l\u2019héparine associée à l\u2019hormone lipocaïque admmistrée par voie sub-Iinguale augmente la mobilité des cénapses lipido-protidiques du sérum, ce qui doit recommander son emploi dans le traitement des athéroscléreux.Une expérience clinique plus prolongée permettra de mieux juger des effets de cette nouvelle médication.Honoré NADEAU Joseph HERZSTEIN, Chun-I.WANG et David ADLERSBERG.Effect of heparin on plasma lipid partition in man : Studiesin normal persons and in patients with coronary arteriosclerosis, nephrosis and primary hyperlipemia.(Effet de l\u2019héparme sur les lipides plasmatiques chez l\u2019homme.Études chez l\u2019homme normal et chez les malades atteints d\u2019artério-sclérose coronarienne, de néphrose et d\u2019hyperlipémie primitive.) Annals of Internal Medicine, 40 : février 1954.Ce travail envisage les effets de l\u2019héparine sur les lipides du plasma.Quoique l\u2019héparine diminue l\u2019opacité des plasma, il reste encore bien des inconnus sur les conditions des lipides plasmatiques chez l\u2019homme normal et chez le malade.Dans ce travail, les auteurs étudient les effets de l\u2019héparine chez 25 sujets, 10 normaux, 5 atteints d\u2019artério-sclérose coronarienne, 7 de néphrose et 3 d\u2019hyperlipémie idiopathique.Mode de procéder.Après une prise de sang chez le sujet à Jeun, on fait une injection intraveineuse d\u2019une quantité determmée d\u2019héparme, puis on fait de nouvelles prises de sang, 15, 60 et 120 minutes plus tard puis on fait une lecture de l\u2019opacité du plasma au spectrophotomètre Coleman.Ils firent des dosages de lipides totaux, du cholestérol, du cholestérol estérifié et des phospholipides et 1ls calculèrent le taux des graisses neutres., 1.Cinq sujets normaux reçurent de l\u2019héparine à jeun (dose de 25 mg la.Cinq sujets normaux ayant reçu de l\u2019héparine, trois heures après un repas en graisses (25 mg).(13) 1006 Lavar.MÉDicaL Septembre 1954 2.Cinq sujets en convalescence d\u2019un infarctus du myocarde et ne recevant aucun anticoagulant (héparine 25 mg à jeun).3.Sept cas de néphrite au stage de néphrose ; chez la plupart, le plasma était lactescent a jeun : 25 mg d\u2019héparine pour les adultes et proportionnellement pour les enfants.4.Une fillette de quatre ans, avec une hyperlipémie idiopathique, un goutteux de quarante-quatre ans et un homme de quarante-six ans, apparemment sains, mais avec un sérum lactescent.Ils reçurent respectivement 10, 25 et 100 mg d\u2019héparine.Dans presque tous les cas, le plasma était devenu plus transparent quinze minutes après l\u2019i injection ; transparence qui persistait encore soixante et cent vmgt minutes après l\u2019injection d\u2019héparine.L\u2019opacité du plasma était proportionnelle à la quantité des lipides totaux et des graisses neutres, à quelques exceptions près.À jeun, l\u2019opacité du plasma varie considérablement d\u2019un plasma à l\u2019autre, elle est deux fois plus grande chez les hyperlipémiques les artérioscléreux et les néphrotiques.Après l\u2019injection d\u2019héparine, le plasma des néphrotiques se clarifie moins que celui des sujets normaux et des artério-scléreux et même au bout d\u2019une heure 1l est plus opaque qu\u2019avant l\u2019injection de l\u2019héparine.Chez les trois patients atteints d\u2019hyperlipémie idiopathique, l\u2019injection d\u2019héparine ne produisit pas de changement appréciable.Chez les sujets normaux, ayant pris un repas graisseux (groupe la), quinze minutes après I\u2019 héparine, le plasma se clarifie nettement.Chez les néphrotiques, une contre-épreuve avec une plus forte dose d\u2019héparme (100 mg) ne produisit pas plus d\u2019effet.En conclusion, le plasma héparmé des sujets normaux se clarifie plus rapidement que celui des artério-scléreux et surtout que celui des néphrotiques.Cependant, d\u2019autres auteurs ont démontré que la sensibilité à l\u2019héparine varie d\u2019un sujet à l\u2019autre ; il n\u2019en reste pas moins qu\u2019avec des petites doses d\u2019héparine le plasma des artério-scléreux se clarifie moirs vite que celui des sujets normaux et ceci serait dû à une inhibition de l\u2019héparine ou à un état anormal des lipides chez les malades.L\u2019héparine semble n\u2019avoir eu aucun effet sur le cholestérol, le cholestérol estérifié et les phospholipides.Sur les graisses neutres, l\u2019héparine a produit une baisse chez les sujets normaux à jeun ou ayant pris un repas gras ; cette baisse fut un peu plus marquée chez [es athéroscléreux et les néphrotiques et la diminution des graisses neutres fut encore plus évidente chez les malades atteints d\u2019hyperlipémie 1diopathique.Des doses plus fortes d\u2019héparine réduisirent davantage le taux des graisses neutres sans affecter le cholestérol et les phospholipides.Discussion.Le fait saillant de cette expérience fut une chute des graisses neutres aussi bien dans les trois groupes de malades que chez les sujets normaux et une diminution variable de l\u2019opacité du plasma.Chez le sujet normal en phase de lipémie, la diminution de la lactescence du plasma est fonction de la diminution des graisses neutres.Par contre, chez les hyperlipémiques et les néphrotiques, la dimmution des graisses neutres ne marche pas de pair avec la lactescence du plasma. Septembre 1954 LavaL MÉDICAL 1007 Au cours de leurs expériences, les auteurs n\u2019ont pas observé que l\u2019héparine puisse faire baisser le cholestérol.Commentaires.Il n\u2019y a pas d\u2019explication généralement acceptée de l\u2019action de l\u2019héparine sur la lactescence du plasma.L\u2019on croit que l\u2019m- jection d\u2019héparme provoque la formation d\u2019un clearing factor formé sous l\u2019influerce des cellules, des enzymes et des sels minéraux, qui transformerait les grosses molécules des lipo-protémes en molécules plus petites et rendrait aussi le plasma plus clair et l\u2019élimination des graisses plus facile.Les docteurs E.Douzelot et H.Kaufman, de Paris, dans la Presse médicale du 29 novembre 1952, parlant de l\u2019action de l\u2019héparme sur les milieux sanguins, croient que la plupart de ses effets pharmacodynamiques sont dus à un effet « de dispersion » du milieu sanguin, Elle en modifie I équilibre protidique et la pression osmotique et son action anticoagulante n\u2019est qu\u2019une manifestation de cette propriété de modifier l\u2019équilibre des protides.Elle s\u2019oppose à l\u2019effet de sludging c\u2019est-à-dire cette propriété qu\u2019ont les éléments figurés du sang de s\u2019agglutiner, comme les globules rouges, en piles de monnaie.Enfin, elle exerce une action sur les lipoprotémes.Le tout se ramène à un effet de dispersion qui explique son action dans les thromboses, l\u2019anaphylaxie, les syndromes exsudatifs et ischémiques et qui est en antagonisme avec celle du sympathique.Et, dans la Presse médicale du 24 octobre 1953, le docteur Armand Tawchis parle des propriétés anti-athéromateuses de l\u2019héparine.Il a été démontré par Graham et ses collaborateurs que l\u2019héparime, à petites doses, atténue les accès d\u2019angine de poitrine, et cela, en faisant baisser le cholestérol sangum et en transformant les grosses molécules des lipoprotéimnes en molécules plus petites.L'auteur prétend avoir démontré que l\u2019héparme, à part son pouvoir anticoagulant, peut restaurer les parois des vaisseaux (artères et veines) : c\u2019est sa propriété anti-athéromateuse, et qu\u2019elle est, en plus, angio- spasmolytique.L\u2019héparine à la dose de 5,000 unités-Toronto, tous les deux jours, agit dans tous les troubles de la circulation artérielle et encore mieux contre l\u2019artérite cérébrale sénile que contre l\u2019angme de poitrine.Son action est particulièrement favorable dans les infarctus datant de quelques mois et alors même qu\u2019il existe, en plus, une asystolie irréductible.Après quelques mois de traitement à l\u2019héparme, l\u2019auteur a même vu, dans certains cas d\u2019angimne de poitrine, disparaître les altérations électro- cardiographiques du segment ST et de l\u2019onde T.Les anticoagulants de synthèse ne possèdent pas les propriétés anti-athéromateuses de l\u2019héparme, aussi celle-ci doit [eur être associée dans le traitement de longue haleire ; la vitesse de sédimentation baisse aussi plus rapidement.Les effets de l\u2019héparine s\u2019expliquent par son action sur les lipoprotéines, mais aussi et surtout par son action directe sur la paroi des vaisseaux.J.-B.JoBIN 1008 Lavar MÉDICAL Septembre 1954 New drug checks nausea, vomiting.(Nouveau médicament contre la nausée et les vomissements.) Science News Letter, 26 septembre 1953.Les docteurs Leonard Cook et John J.Toner, de Philadelphie, ont annoncé à la Société américaine de pharmacologie la découverte d\u2019un médicament appelé chlorpromazme (Smith, Kline & French) qui arrête la nausée et le vomissement sans causer d\u2019inconvénients secondaires ; la formule chimique est : chlorhydrate de 2-chloro-10 (3-diméthylamino- propyl) phénothiazine.Les docteurs Kent, Morris, Rogers et Knight, de Houston, l\u2019ont essayé chez 67 malades présentant des nausées et des vomissements qui méritalent d\u2019être traités.Une simple dose a complètement soulagé les symptômes chez 53 ; le vomissement a cessé chez 12, mais la nausée a contmué ; deux n\u2019ont pas été soulagés.On peut administrer le médicament par la bouche ou par injection intraveineuse et on peut répéter la ose.Les effets secondaires observés furent 38 cas de dépression, 26 cas d\u2019étourdissement, 15 cas de sécheresse de la bouche, 16 cas de trachycardie légère et 13 cas d\u2019une petite baisse de la pression artérielle.Tous ces symptômes ont été légers et transitoires.Pierre JoBIN L.PÉRIN.La teinture de thuya en pommade dans le traitement des verrues.Ann.de dermatologie et syphiligraphie, 81 : 43, 1954.La teinture de thuya est employée à une concentration de dix ou douze pour cent dans de l\u2019axonge.Cette pommade est appliquée sur les verrues, soit d\u2019emblée, soit après un pansement humide destiné à ramollir les téguments.La durée du traitement est en moyenne de trois à cinq semaines.L\u2019absence de résultat après un mois est considéré comme un échec.La teinture de thuya à dix ou douze pour cent dans l\u2019axonge a été bien tolérée chez les 53 malades atteints de verrues.L\u2019auteur rapporte une guérison totale, en deux à cinq semaines, dans 35 cas, soit 66 pour cent.Il y eut amélioration dans quatre cas ou 7,5 pour cent.Quatorze patients, ou 26,5 pour cent ne s\u2019améliorèrent pas, ce qui fut considéré comme un échec.L\u2019action favorable de cette méthode s\u2019est manifestée dans toutes les variétés de verrues.Cependant ce sont les verrues banales, planes et sous-inguéales qui ont répondu le mieux à la teinture de thuya.L\u2019auteur mentionne que la suggestion ne saurait expliquer à elle seule les résultats obtenus.La teinture de thuya en pommade constitue donc, selon l\u2019auteur une médication efficace dans le traitement des verrues.Jean GRANDBOIS M CHRONIQUE, VARIÉTÉS ET NOUVELLES Faculté de médecine PRIX SPÉCIAUX (juin 1954) Médaille du lieutenant-gouverneur Médaille d\u2019argent.M.Jean-Paul BRETON (5° année).Prix du gouvernement de la république française ( Jean-Paul BRETON Médaille d\u2019argent : ex æquo.MM.{ Fernand Hourp | Augustin Roy Le sort a désigné M.Jean-Paul Breton comme gagnant de la médaille.Prix du Collège des médecins et chirurgiens Cinquiéme année.M.Jean-Paul BRETON.Deuxième année.Mlle Madeleine BLANCHET.Prix Morrin Premiére année.M.Rodolphe TREMBLAY.Troisième année.17.M.Jean VEILLEUX.2e 1111 M.François PARENT.Quatrième année.1°.M.Pierre Por vin.2e 1.1.M.Roch LEMIEUX.Prix Lemieux Première année.M.Dollard BERGERON. 1010 LavaL MÉDICAL Septembre 1954 Prix de I\u2019 Internat M.Roch Lemieux.Prix Vézina Quatrième année.1\u201c prix.M.Pierre Porvin 2° prix.M.Guy SAUCIER.Prix Jobin Première année.Mlle Adrienne TREMBLAY.Prix Laénnec Quatriéme année.M.Pierre TREMBLAY.Prix Poliquin Jean-Paul BRETON ; Cinquième année : ex æquo.MM.Fernand Hourp ; Augustin Roy.Prix Simard Premiére année.M.Raynald De&ry.Prix de l\u2019Acfas Deuxiéme année.M.Roméo LAFRANCE.Prix René Fortier Cinquiéme année.M.Gaston LAPOINTE.Les universités du Québec auront plus de pédiatres M.David L.Menzies, vice-président et gérant général de Mead Jobnson e Company of Canada Limited, vient de faire connaître comment sera distribuée la deuxième bourse annuelle que la maison Mead Jobnson décerne à ceux qui font des études postmédicales en pédiatrie.Cette arnée, les trois universités du Québec recevront un total de $10,000.00 qui seront distribués de la façon suivante : A l\u2019université McGill : Docteur Albert G.Hewitson, docteur J.Markus, docteur Donald A.Hillman.À l\u2019université de Montréal : docteur Jacques April, docteur Jean-Luc LeBlarc, docteur Guy Saint-Laurent.À l\u2019université Laval : docteur David Jacob, docteur Yves Cossette, docteur Pierre-Paul Demers, docteur Fernand Hould.Les gagnants de la bourse Mead-Jobnson ont complété leur internat et ils sont maintenant prêts à devenir résidents en pédiatrie.Dans ose = Septembre 1954 LavaL\u2026 MÉDICAL 1011 chacun de ces cas, la Faculté de médecine et le département de pédiatrie de l\u2019université concernée agiront en qualité de dépositaires et admimnis- trateurs des fords.Consciente du fait que le Québec a de plus en plus besoin de pédiatres qualifiés pour prendre soin de ses 1,500,000 enfants, la maison Mead- Jobnson, bien connue par ses recherches dans le domaine de l\u2019alimentation infantile, accorde ces bourses afin d\u2019encourager des jeunes hommes et des jeunes femmes de talent à se consacrer à la pédiatrie.Le docteur Markus se fixera à Montréal lorsqu\u2019il aura complété ses études postmédicales.Le docteur April se fixera à Montréal lorsqu\u2019il aura complété ses études postmédicales.Le docteur Hillman a projeté de procéder ainsi : 1l sera résident en chef à l\u2019hôpital des enfants à partir de juillet 1954.L\u2019année suivante, il a l\u2019intention de poursuivre un entraînement postmédical à Boston, après quoi il reviendra pratiquer la pédiatrie à Montréal.Le docteur Hould a l\u2019intention de se fixer aux Trois-Rivières lorsqu'il aura terminé ses études postmédicales.Le docteur Hewitson a l\u2019intention de pratiquer la pédiatrie à Montréal (Pointe-Claire) après avoir complété ses études postmédicales.Le docteur LeBlanc entend passer une autre année à l\u2019hôpital Children\u2019s Memorial, de Montréal, pour aller ensuite pratiquer la pédiatrie à Saint-Lambert.Le docteur Demers a projeté de s\u2019établir à Québec après avoir complété ses études post-médicales.L\u2019augmentation du coût de l\u2019enseignement et la nécessité de créer de plus en plus de spécialistes ont lourdement grevé le budget de nos universités.C\u2019est ce genre d\u2019étroite collaboration entre les universités et l\u2019entreprise privée qui procure les moyens d\u2019évoluer dans le sens des derniers progrès de la scierce médicale et d\u2019entraîner de nouveaux candidats pour les en faire bénéficier.A l\u2019occasion du décernement de la deuxième bourse annuelle de la maison Mead Jobnson, il est à espérer que l\u2019on attirera l\u2019attention du public sur la pédiatrie et que l\u2019on mettra de nouveau en lumière l\u2019importance qu\u2019il y a pour l\u2019enfant de recevoir les soins médicaux appropriés.Promotion au docteur Roger Gaudry Il nous fait plaisr d\u2019arnoncer la nomination du docteur Roger Gaudry au poste d'assistant directeur des Recherches pour la compagnie Averst, McKenna e» Harrison, Limited, importante maison de produits pharmaceutiques de Montréal.Le docteur Gaudry a fait ses études au Petit Séminaire de Québec, à l\u2019École supérieure de chimie, maintenant la Faculté des sciences de l\u2019université Laval, et à l\u2019université d\u2019Oxford à titre de boursier Rhodes.Nommé en 1940 chargé du cours de chimie générale et organique à la Faculté de médecine de Laval, 1] devenait agrégé en 1945 et professeur 1012 LAvAL MÉDICAL Septembre 1954 titulaire à la même Faculté en 1950.Attaché au département de biochimie de la Faculté de médecine, 1l s\u2019est fait connaître au Canada et à l\u2019étrarger par ses travaux de recherches et ses nombreuses publications dars le domaine de la synthèse et du métabolisme des acides aminés.Il fut trois fois récipiendaire du prix des concours scientifiques de la province de Québec.Récemment, le docteur Gaudry se rendait en France faire une série de conférences sous les auspices de l\u2019Institut scientifique franco-canadien et à titre d\u2019invité de la Société chimique de France.Membre de la Société royale du Canada, il occupe cette année Ie poste de vice-président de l\u2019Institut de chimie du Canada.Off.ciers de la Société canadienne d\u2019ophtalmo-oto-rhino-laryngologie Les officiers de la Société canadienne d\u2019ophtalmo-oto-rhino-laryn- gologie pour le terme 1954-55 sont les suivants : président : le docteur Paul-Emile Julien, de Shawmnigan-Falls ; vice-président : le docteur Valmore Latraverse ; secrétaire : le docteur Michel Mathieu, Montréal ; trésorier : le docteur Paul Fugère Québec ; conseillers : les docteurs F.Letarte, Québec ; Lepage, Rimouski ; Jules Brahy, Montréal ; aviseur : le docteur Paul Painchaud, Québec.Invitation au Congrès de la Guadeloupe Nous recevons du président du Syndicat des médecins de la Guadeloupe, le docteur Jean René-Boisneuf, le message suivant : Depuis 1951, nous avons organisé d\u2019abord en Guadeloupe, puis à Martmique et enfin en Haïti des congrès annuels des médecins caribéens de langue française.Le dernier Congrès, celui de Port-au-Prince, comme les précédents, connut le plus vif succès.Le corgrès de 1954 se tiendra à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) dans la première quinzaine de décembre, nous serions heureux et particulièrement honorés si votre association accepte d\u2019être représentée à ce congrès.Votre venue parmi nous, en augmentant de considérable façon l\u2019importance de ces manifestations, nous apporterait le bénéfice d\u2019un ensei- grement à l\u2019échelle mondiale, car nous espérons bien que vos représentants accepteraient de nous faire des conférences et aussi des projections de films sur l\u2019actualité médico-chirurgicale.Le professeur de Sèze, de la Faculté de Paris, représentait la métropole au congrès de Port-au-Prince et selon toute probabilité lui-même ou un autre de nos maîtres de Paris sera parmi nous en décembre 1954. Septembre 1954 Lava\u2026 MÉDicaL 1013 Je fais des vœux pour que ma suggestion vous agrée et que cette année voit naître d\u2019amicales et fécondes relations entre tous les Français du continent américain.Prix du diabète La Revue Le Diabète a décidé de consacrer un prix de cinquante mille francs à un mémoire traitant du diabète et des problèmes aussi bien cliniques, expérimentaux, thérapeutiques ou médico-sociaux qu\u2019il pose.Le jury est compose par le Comite de direction scientifique de la Revue.Il décernera le prix au cours de son diner annuel en mai.Pour cette année, les mémoires devront parvenir à la Rédaction, 21, rue Saint-Fiacre (II°), à Paris, avant le 31 janvier 1955.Ils devront être rédigés en français et dactylographiés en 3 exemplaires ; 1ls ne devront pas dépasser 20 pages de format courant à simple interligne (figures et tableaux en sus).Un résumé obligatoire, en 3 exemplaires aussi, d\u2019une page environ devra accompagner le manuserit.Pour tous renseignements, écrire à la Rédaction du Diabète, 1, rue Saint-Fiacre, Paris (II°).La Semaine médico-chirurgicale pratique de la Pitié La semaine médico-chirurgicale pratique de la Pitié (IX© session) aura lieu les 11-16 octobre 1954.Cette semaine, organisée chaque année par le professeur Lian et les chefs de Service de la Pitié, répond au besoin qu\u2019éprouvent tous les médecins omni-praticiens d\u2019être mis au courant des nouvelles techniques de diagnostic et de traitement.Pour cela, quatre causeries sont faites chaque matin et autant chaque après-midi, exclusivement par des professeurs, des agrégés, des chefs de Service des Hôpitaux.Ce ne sont pas des leçons ex cathedra d\u2019une heure, non plus des résumés de 5 à 10 minutes, mais des causeries d\u2019une demi- heure exposant clairement tous les détails nécessaires pour une bonne application pratique.De plus, chacune de ces causeries est suivie d\u2019un quart d\u2019heure consacré aux questions posées dans l\u2019amphithéâtre par les auditeurs, auxquels le conférencier répond immédiatement.Ainsi tous les éléments de cette discussion profitent à la totalité des auditeurs.A noter que toutes ces causeries sont ultérieurement publiées dans un numéro spécial, hors série, de la revue pratique L\u2019Hopital, au prix de 300 fr.De plus une exposition pharmaceutique permet aux auditeurs d\u2019être mis au courant des nouvelles spécialités pharmaceutiques.(14) 1014 LavarL MÉDICAL Septembre 1954 x Enfin, sont offertes à tous les médecins inscrits, ainsi qu\u2019au conférenciers une soirée théâtrale et une soirée de films médico- chirurgicaux.Aussi n\u2019est-il pas surprenant que de nombreux médecins omni-pra- ticiens remplissent chaque année l\u2019amphithéâtre des Cours de la Pitié pendant la Semaine médico-chirurgicale pratique, qui est un des plus beaux fleurons de l\u2019Enseignement médical postuniversitaire parisien.La liste des Conférenciers est la suivante : MÉDECINE Appareil circulatoire : professeur Lian, docteur Facquet (Tenon) ; Appareil respiratoire : professeurs Bariéty, Étienne Bernard et de Léobardy (Limoges), docteur Brocard (Tenon) ; Appareils digestif : docteurs Hillemand (Tenon) et Lambling (Bi chat) ; Foie : professeur agrégé Fauvert, docteur Caroli (Saint-Antoine) ; Endocrinologie : professeurs agrégés Decourt et Gilbert-Dreyfus ; Nutrition : professeur Boulin, docteur Uhry (Pitié) ; Neurologie : professeur Haguenau, professeur agrégé Castaigne ; Reins : docteur Dérot (Hôtel-Dieu) ; Pédiatrie : professeur Debré, Lelong et Turpin, docteur Fouquet (Salpétriére) ; Maladies infectieuses : professeur Benhamou (Alger), professeur Verge (Alfort) ; Dermato-vénéréologie : professeur Degos et F.P.Merklen Rhumatologie : docteur Weissenbach ; Hématologie : professeur agrégés J.Bernard et G.Marchal ; Médecine générale : docteur Siguier (Pitié) ; Médecine professionnelle et médecine du travail: docteur Pollet (Saint-Louis), docteur Paul Lemoine.CHIRURGIE ET SPÉCIALITÉS Chirurgie générale : docteur Henri Welti (Pitié), professeurs agrégés Flabeau et Rudler ; Chirurgie orthopédique : professeur Mathieu, docteur Trèves (La- Croix Saint-Simon) ; Chirurgie pulmonaire : professeur Robert Monod ; Chirurgie infantile : professeur Fèvre ; Neuro-chirurgie : professeur Petit-Dutaillis ; Obstétrique : professeur Lantuéjoul, professeur agrégé Grasset ; Gynécologie : professeur Funck-Brentano ; Chirurgie génito-urinaire : professeur agrégé René Kuss ; Oto-rhino-laryngologie : professeur agrégé Maduro ; Septembre 1954 Lava.MÉDICAL 1015 Ophtalmologie : docteur Dolfus (Pitié) ; Stomatologie : professeur Dechaume.Droits d\u2019inscription : 2,500 francs à adresser au professeur Lian, Hôpital de la Pitié, 83, boulevard de l\u2019hôpital Paris (XITI®), sous forme de mandat, chèque bancaire ou postal (Paris 5913-30).Les médecins | Inscrits reçoivent un certificat et ont droit à un ou deux fichets de réduction de 20 pour cent sur les chemins de fer français.Bourses des recherches du centre international de l\u2019enfance Le Centre international de l\u2019Enfance disposera, pour l\u2019année académique 1954-55, de bourses de travail destinées à des chercheurs désireux de travailler dans les laboratoires du Centre à Paris.Actuellement le programme des recherches est essentiellement lié aux problèmes de la vaccination contre la tuberculose et la coqueluche.La bourse est de 60,000 francs français par mois.Le voyage de son lieu de séjour à Paris est aux frais du boursier.Les chercheurs qui désireraient postuler pour les bourses sont invités à adresser leur demande, avec un curriculum vite et un exposé dc leur carrière, une attestation de leurs chefs de Service, à Monsieur le professeur Bugnard, Centre international de l\u2019enfance, château de Longchamp, Paris (XVI®).Congrès panaméricain d\u2019endocrinologie On nous anrorce que le 3° Congrès panaméricain d\u2019endocrinologie a eu lieu du 21 au 27 septembre 1954 à Santiago au Chili.Au programme : L\u2019hypophyse, les gonades et le placenta, la thyroïde et les surrénales.Le docteur C.-P.Leblond, de l\u2019université McGill, de Montréal, a traité de la thvroïde et du métabolisme de l\u2019iode, et le docteur Hans Selye, de l\u2019université de Montréal, a parlé des bormones surrénaliennes dans l\u2019inflammation.La Société canadienne-française d\u2019électro-radiologie médicale La Société canadienne-française d\u2019électro-radiologie médicale a tenu, à l\u2019Hôtel-Dieu de Saint-Vallier de Chicoutimi, le 12 juin 1954, sa séance régulière sous la présidence du docteur L.-A.Gagnier. 1016 LavaL MEpicaL Septembre 1954 L\u2019ordre du jour comportait, après la lecture du procès-verbal, de la correspondance et l\u2019étude des affaires nouvelles, les travaux scientifiques suivantes : 1° Docteur Henri Lapointe : Coarctation de l\u2019aorte visualisée sur films ; 2° Docteur Paul de Varennes : Polypose gastrique ; 3° Docteur André Lapointe : Opacification des voies biliaires par la Biligrafin en injection intraveineuse ; rapport préliminaire sur 20 cas ; 4° Docteur Léo Tremblay : Tomographie pulmonaire.Cours de cardiologie pour les médecins praticiens L\u2019Institut de cardiologie de Montréal a organisé, pour les médecins praticiens, un cours de cardiologie du 20 au 24 septembre dernier.Le programe fut le suivant : Lundi \u2014 20 septembre 9 à 10 a.m.\u2014 Inscription.Présentation du cours et de l\u2019invité d\u2019honneur, le professeur Jean LENÈGRE : docteur Paul Davip.1014 à 1114 a.m.\u2014 Diagnostic du rbumatisme articulaire aigu : docteur Jean-Marie BEAUREGARD.1134 4 1214 a.m.\u2014 Diagnostic clinique de la sténose mitrale : docteur Paul DAvip.2 à 3 p.m.\u2014 Diagnostic clinique de l\u2019insuffisance mitrale : docteur Régmald JoHNsOoN.314 à 444 p.m.\u2014 Diagnostic clinique de la sténose aortique : docteur Harold SEGALL.415 4 515 p.m.\u2014 Diagnostic clinique de l\u2019insuffisance aortique : docteur Harold SEGALL.Mardi \u2014 21 septembre 9 à 10 a.m.\u2014 Principales complications des lésions valvulaires : docteur Paul DAvip.1014 à 1114 a.m.\u2014 Conséquences radiologiques des lésions valvulaires : docteur Jules LABERGE.1114 à 12% a.m.\u2014 Conséquences électrocardiographiques des lésions valvulaires : professeur Jean LENÈGRE.2 a 3 p.m.\u2014 Traitement chirurgical des lésions valvulaires : docteur Édouard-D.GAGNON.314 à 414 p.m.\u2014 Les étiologies de l\u2019hypertension artérielle : professeur Jean LENÈGRE.414 à 514 p.m.\u2014 Évolution de l\u2019hypertension artérielle : dorteur Léon LEBEL.\u2014\u2014 Septembre 1954 LAavaL MÉDICAL 1017 Mercredi \u2014 22 septembre 9 à 10 a.m.\u2014 Traitement médical de l\u2019hypertension artérielle : docteur Jacques GENEST.1014 4 114 a.m.\u2014 Traitement chirurgical de l'hypertension artérielle : docteur Arthur VINEBERG.1116 à 125 a.m.\u2014 Diagnostic de l\u2019angine de poitrine et de la thrombose coronarienne : professeur Jean LENÈGRE.2 à 3 p.m.\u2014 Électrocardiographie dans l\u2019angine de poitrine et la thrombose coronarienne : professeur Jean LENÈGRE.374 à 434 p.m.\u2014 Traitement médical de l\u2019angine de poitrine et de la thrombose coronarienne : docteur Arthur VINEBERG.Jeudi \u2014 23 septembre 9 à 10 a.m.\u2014 Les anticoagulants en thérapeutique cardiaque : professeur Jean LENÈGRE.1014 a 11 34 a.m.\u2014 Types les plus fréquents de malformations congénitales : docteur Ghislaine GILBERT.1114 4 1215 a.m.\u2014 Cathétérisme cardiaque : docteur Ivan LEssARD.2 a 3 p.m.\u2014 Angrocardiographie : docteur Jules LABERGE.314 à 444 p.m.\u2014 Diagnostic clinique des principales malformations congénitales : docteur Arnold JOHNSON.4145 à 55 p,m.\u2014 Traitement chirurgical des malformations congénitales : docteur Edouard-D.GAGNON.Vendredi \u2014 24 septembre 9 à 10 a.m.\u2014 Diagnostic et traitement des péricardites : docteur John PALMER.1034 à 1134 a.m.\u2014 Étude de la dyspnée par des épreuves fonctionnelles respiratoires : docteur Fernand GRÉGOIRE.11% à 12 a.m.\u2014 Cœur pulmonaire : professeur Jean LENÈGRE.2 à 3 p.m.\u2014 Endocardite bactérienne : docteur Jean GRATTON.314 à 444 p.m.\u2014 Diagnostic des troubles du rythme et traitement : docteur Paul Davip.454 à 5% p.m.\u2014 Diagnostic des troubles du rythme et traitement (suite) : docteur Osman GIALLORETO.Samedi \u2014 25 septembre 9 à 10 a.m.\u2014 L\u2019ædème au cours de l\u2019insuffisance cardiaque : docteur Eugène ROBILLARD.1014 à 11 a.m.\u2014 Traitement de l\u2019insuffisance cardiaque : docteur Léon LEBEL.111 à 12% a.m.\u2014 La digitale : professeur Jean LENÈGRE.(16) NOUVELLES PHARMACEUTIQUES LES VICTIMES DE MALADIE DU FOIE PEUVENT, DÈS MAINTENANT, CONSIDÉRER L\u2019AVENIR AVEC PLUS DE CONFIANCE Quoiqu\u2019on ait coutume de considérer que de bien vivre et particulièrement de bien boire soit à l\u2019origine de [a plupart des désordres du foie, les médecins savent que les causes de ces maladies peuvent être tout autres et que, bien souvent, leurs victimes se rencontrent parmi les enfants en bas âge.Le traitement et la prévention des maladies de foie constituent un problème d\u2019intérêt mondial parce qu\u2019elles sont à l\u2019origine d\u2019un nombre mcalculable de décés tant chez les enfants que chez les adultes, dans toutes les parties du monde.Aux Indes, par exemple, des centaines de bébés, âgés de 6 à 18 mois, meurent chaque année d\u2019une cirrhose insidieuse \u2014 c\u2019est-à-dire d\u2019une dégénérescence du fore \u2014 particulière à ce pays.Les spécialistes estiment que ces enfants \u2014 qui ne reçoivent pour toute nourriture que du lait de vache \u2014 souffrent d\u2019une carence alimentaire qui, à son tour, entraine un affaiblissement des défenses du foie contre les invasions bactériennes.II en résulte qu\u2019on se trouve en présence d\u2019un bébé souvent de moins d\u2019un an dont le foie est aussi malade que celur d\u2019un buveur invétéré.Selon des rapports récemment reçus des Indes, cependant, 1l semble s\u2019avérer que, grâce aux antibiotiques, ces enfants pourraient avoir la vie sauve.Ledocteur P.Krishna Rao, de Bangalore, écrit dans Les Annales de l\u2019Académie des sciences de New-York qu\u2019après traitement à la terra- mycine, la thérapie étant complétée par des éléments nutritionnels essentiels, « .des enfants qui, autrement, seraient morts, sont toujours en vie.» Une autre maladie qui atteint le foie, le kwashiorkor, est probablement la plus mortelle parmi celles qui s\u2019attaquent aux enfants.Un spécialiste de cette maladie, dont l\u2019existence a été constatée pour la pre- Septembre 1954 LavaL MEbicaL 1019 mière fois en Afrique, a écrit a son sujet qu'elle est « .capable de tuer 30% des bébés dans leur première année (et) d\u2019endommager le foie d\u2019un grand nombre de personnes rendues ainsi invalides et qui finissent toutes par y succomber ».Malheureusement, cette maladie, causée par un régime insuffisant en protémnes, ne se rencontre pas que dans la région africaine, mais on la trouve dans la plupart des pays tropicaux et dans de nombreux pays soustropicaux.Les victimes deviennent des enfants irritables, apathiques, qui n\u2019ont guère d\u2019appétit et dont le corps est souvent couvert de lésions.Pourtant dans l\u2019avenir, ces enfants pourraient être aidés grâce au biochimiste Paul Gyôrgy, qui a découvert qu\u2019il est possible de protéger les animaux manquant dans leur alimentation de protéine contre les affections de foie en ajoutant à leur nourriture de petites quantités d\u2019antibiotiques tels que la terramycine ou la pénicilline.Les maladies du foire, malheureusement, ne se cantonnent nullement dans des limites géographiques ou dans des Iimites d\u2019âge.Des statistiques démontrent que les maladies du foie se rangent dans les dix premières sur la liste des affections qui, dans certaines régions, sont cause du plus grand nombre de décès.C\u2019est ainsi qu\u2019au Japon, en 1950, on a constaté que la cirrhose avait causé presque sept fois plus de décès que l\u2019influenza.Un autre exemple se rencontre à Berlin où 37,8 décès sur 100,000 ont été causés, en 1951, par les maladies de foie, alors que seulement 2,7 d\u2019entre ces décès étaient dus à l\u2019influenza.Au cours d\u2019une année récente, les maladies du foie et du canal biliaire ont été responsables, en Bolivie, de deux fois le nombre des décès dûs au cancer.La maladie du foie, l\u2019hépatite infectieuse \u2014 communément appelée jaunisse \u2014 a été longtemps considérée comme une « maladie du soldat », ayant été à l\u2019origine de graves épidémies au cours de la première et de la deuxième guerres mondiales ; pendant la dernière guerre, elle avait même été la cause de difficultés stratégiques dans les opérations en Afrique du nord où de 35 à 40 pour cent des effectifs de certaines unités s\u2019étalent trouvés mis hors d'action pendant trois mois ou davantage.Aujourd\u2019hui les médecins savent que l\u2019hépatite infectieuse est un danger auquel il faut faire face partout où des Jeunes gens vivent en groupes serrés, En 1944, une épidémie de la maladie s\u2019est déclarée dans un camp de jeunesses aux Etats-Unis et d\u2019autres épidémies ont été signalées dans différentes parties du monde.Quoiqu\u2019il ait été maintenant reconnu que l'hépatite infectieuse représente en soi un problème épidémique capable de prendre des proportions mondiales, au même titre que l\u2019influenza, 1l n\u2019existe pas encore de traitement médical bien établi pour y faire face.Cependant, les antibiotiques et les hormones semblent apporter des résultats notables dans de nombreux cas de la maladie.Ainsi, les docteurs R.Heilig et R.K.Sharma ont rapporté dans le Journal of the Indian Medical Association que des malades si gravement atteints par cette affection qu\u2019ils se trouvaient dans un profond coma avaient repris connaissance après un traitement à la terramycine.Des résultats semblables ont eté observés par des médecins chiliens, les docteurs H.Ducci et R.Katz, qui, dans un article publié par la revue (18) 1020 Lava\u2026 MÉDICAL Septembre 1954 américaine Gastroenterology, affirment que le même antibiotique, administré en méme temps que la cortisone, aurait sauvé la vie de Jeunes malades gravementatteints d\u2019hépatite.« Au cours de notre longue expé- rince dans les soins de l\u2019hépatite aiguë », disent-ils, nous n \u2018avions Jamais eu l\u2019occasion, jusqu \u2019à ces derniers temps, de constater une guérison après que le malade soit tombé dans le coma ».LES PROGRES ACQUIS AU CANADA DANS LE DOMAINE DE LA SANTE PUBLIQUE SONT SOULIGNES AU COURS DE L\u2019INAUGURATION D\u2019UNE USINE Les moyens dont dispose le Canada dans le domaine médical et de la santé s\u2019étendent actuellement plus rapidement que Jamais.C\u2019est ce qu\u2019a fait ressortir M.Donald S.Gilmore, président du conseil d\u2019administration et directeur de la société Upjohn, qui a également affirmé que les soins médicaux qu\u2019on peut obtenir maintenant au Canada, ainsi que les programmes de recherches dans ce domaine sont parmi les premiers au monde ; et, a-t-il ajouté, les progrès vont toujours croissants.M.Gilmore, qui dirige l\u2019une des plus importantes firmes de produits pharmaceutiques aux Etats-Unis et dont l\u2019activité au Canada remonte fort loin, a fait ces déclarations à l\u2019occasion de l\u2019inauguration à Toronto d\u2019un laboratoire et d\u2019un nouvel immeuble pour les bureaux de la société canadienne Upjohn.« La société canadienne Upjohn, a déclaré M.Gilmore, est heureuse de participer à l\u2019accroissement régulier de l\u2019arsenal de la santé au Canada.« La construction de la nouvelle usine Upjohn est une manifestation de la confiance que nous avons tous dans l\u2019avenir du Canada.« C\u2019est depuis environ 25 ans que notre activité se développe au Canada et ce pendant une période de croissance sans précédent.Et pourtant, malgré tous les progrès réalisés, Jamais l\u2019avenir ne nous a-t-il semblé plu prometteur.» M.Robert S.Jordan, président de la société canadienne Upjohn, a déclaré que celle-ci emploie environ 100 personnes.Il a ajouté que ce chiffre s\u2019accroit au fur et à mesure des besoins.L\u2019usine, situé dans la région de Don-Mills, au nord de Toronto, s\u2019étend sur une surface de 20,000 pieds carrés, selon ce qu\u2019a déclaré M.Jordan qui a ajouté qu\u2019il serait possible de l\u2019étendre jusqu\u2019à 200,000 pieds carrés."]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.