Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Automne
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Possibles, 1976, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" PER P-285 |- les pa VOLUME 1 e NUMERO 1 e AUTOMNE 76 ÉCIAL-TRICOFIL vie quotidienne a-t-elle changé?textes de Muriel Garon-Audy ert Laplante, Marcel Simard Gabriel Gagnon ESENTATION r Marcel Rioux EMES Roland Giguère et Gérald Godin FRED DE VIGNY ET LE QUÉBEC S SCIENCES SOCIALES ET LE POUVOIR r Marcel Fournier 237 Fz 1 2% NE ; Ik : y THE id Hel Ga ban Sue \u2014 fil Marcel À Les poss Roland 6 Poèmes Gérald G Poèmes TRCOFI Mar laut U à Theo Mur Sng Ma lr Ln Robe L Let 3 Docume Marcel Unes Lu -295 8 possibles VOLUME 1 \u2014 NUMERO 1 \u2014 AUTOMNE 1976 B.P.114, SUCCURSALE COTE-DES-NEIGES MONTREAL, QUEBEC.Comité de rédaction: Muriel Garon-Audy, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Roland Giguère, Gérald Go- din, Gaston Miron; Marc Renaud, Marcel Rioux.Secrétaire de la rédaction: Robert Laplante.SOMMAIRE page Marcel Rioux Les possibles dans une période de transition .3 Roland Giguère POBIMES © © © oo oo ee 4 LA LL 44 A LA ee 14e 9 Gérald Godin Poèmes .12121211 LL LL LA LL LL LL 4 4 4 LL A A LL 17 TRICOFIL Marcel Simard L'autogestion à Tricofil: lutte sans avenir ou avenir d'une lutte .2 241111111212 25 Tricofil (chanson) .1 241 LL LL LL 2e 46 Muriel Garon-Audy et Robert Laplante Sens du travail et auto-gestion .47 \u201cMais y a de l'espoir\u201d (chanson) .72 Gabriel Gagnon L'exception ou la régle .73 Robert Laplante Lettre à l'autre de ma race .87 Documents: Alfred de Vigny et le Québec .91 Alfred de Vigny Les Francais au Canada .93 Marcel Fournier Sciences sociales, idéologie et pouvoir .99 Abonnez-vous à POSSIBLES Dans les prochains numéros La démocratisation de la santé au Québec: un échec ou un possible?La culture québécoise, de Borduas à la nouvelle passion pour le patrimoine.Un pays peut-il se réduire à sa seule expression culturelle?Bulletin d\u2019abonnement ci-joint un chèque .mandat-poste .au montant de $10.pour un abonnement à quatre numéros à compter du numéro Abonnement de soutien $15.00 Revue Possibles B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 2S4 Marcel Rioux Les possibles dans une période de transition Accepter de collaborer à une action commune, suppose, d\u2019entrée de jeu, que l\u2019on reconnaisse qu\u2019il existe entre les participants suffisamment d\u2019orientations partagées pour que cette action ait quelques chances de réussir; espérer que d\u2019autres personnes acceptent de prendre part à cette action, à divers titres, suppose que l\u2019on essaie de leur faire partager ces points de vue.C\u2019est le défi que pose la publication d\u2019une nouvelle revue et c\u2019est à titre de membre du comité de rédaction de la revue Possibles que je voudrais m\u2019expliquer brièvement là-dessus.Publier une revue, écrire pour une revue et même s\u2019y abonner n\u2019ont jamais été des actes gratuits; ils le | sont encore moins dans le Québec de 1976.À cette époque de polarisation politique et idéologique, tout engagement se révèle, de proche en proche, comme insertion, dans l\u2019une ou l\u2019autre des grandes options qui divisent notre société, et comme prise de conscience située et datée.Ce qui implique que l\u2019on fait de ce temps et de ce lieu une certaine lecture et non une autre, c\u2019est-à-dire que l\u2019on ait du Québec et du monde contemporains une vision commune et cohérente.On pourrait se contenter d\u2019exprimer en termes très généraux les options fondamentales de ceux que réu- p nit cette revue: indépendance du Québec et édification pro-; gressive d\u2019une société socialiste que plusieurs nomment aujourd\u2019hui auto-gestionnaire.C\u2019est là un projet global de société dont les deux axes sont intimement liés; dans cette optique, l\u2019indépendance nationale constitue le moyen indispensable et la seule décision politique qui rendent possible, pour les collectivités et les groupes à l\u2019intérieur du Qué- 3 td gine ee bec, la prise en charge d\u2019eux-mêmes et de leur vie.Pour nous, l\u2019autogestion n\u2019est pas une théorie que les ouvriers et les autres groupes de citoyens n\u2019auraient qu\u2019à appliquer li pour accomplir l\u2019histoire mais plutôt une expérimentation py constante ou les pratiques émancipatoires prennent le pas F.sur la théorie; que ce soit à Tricofil, au JAL* ou ailleurs, et \u2018chaque groupe doit inventer, imaginer et créer des actions u ; qu'aucun manuel n\u2019a cataloguées à son intention.ie Or il arrive que dans le Québec de 1976, le nombre Oe de ceux qui partagent ces options générales augmente alt sans cesse et qu\u2019il est loin d\u2019y avoir accord sur les moyens ci de réaliser ces objectifs.Ce qui oblige à plus de précision ch de la part de quiconque veut cheminer avec ceux qui parta- id gent le même idéal de société.Dire cela veut aussi dire que ii \u2018cette revue ne doit pas chercher à s\u2019opposer a ceux qui je tendent vers cet objectif global en partant d\u2019analyses diffé- i rentes et en privilégiant des moyens d\u2019action différents.II n\u2019est rien tant qu\u2019aiment les tenants du système dominant que de voir leurs adversaires s'engager, tous arguments et crocs dehors, dans des débats sur la contradiction principale de la société capitaliste ou du Québec contemporain.Cela dit, il me semble que deux notions sont au coeur ( des prises de position de ceux qui publient cette re- J vue: celles de transition et de possible, et ce, tant a ce qui a trait au Québec qu\u2019aux sociétés industrielles avancées.Il faut donc expliciter brièvement en quoi ces idées fondent les objectifs de cette revue et aussi en quoi elles sous-tendent une option cohérente, mais limitée aussi, à l\u2019intérieur d\u2019un projet global de société.La revue \u2018\u2018Possibles\u2019\u2019 se propose d\u2019accomplir certaines tâches qu\u2019elle juge indispen- () sables mais ne prétend pas occuper tout le champ des recherches que suppose l\u2019édification d\u2019une société libre et socialiste.Dans la plupart des écrits politiques, la notion de transition a surtout été employée pour désigner la période qui s\u2019écoule entre deux états de société, entre celui de la colonisation et celui de l\u2019indépendance, ou, comme en Russie, entre deux modes de production.Dans cette acception, la période de transition est consécutive à un changement révolutionnaire qui, lui, s\u2019appuie sur une théo- ni = = = = = = = = * JAL: sigle composé du nom de trois villages du Témiscouata (St-Just, Auclair et Lejeune) qui expérimentent l\u2019autogestion de leurs ressources ln et de leurs patrimoines.le \u201cty @ rie et sur une idéologie, sur des partis politiques et, Te ultimement, sur la prise du pouvoir qui doit mener la War À société d\u2019un état à un autre.Si l\u2019on introduit tout de suite Main la notion de possible et qu\u2019on la lie à celle de transition tm ainsi définie, il faut surtout faire appel à celles de cons- ill M cience possible et de maximum de conscience possible.aim Cette problématique fut au centre des interrogations et des réflexions de Lucien Goldman.C\u2019est un exemple que nous : Tomb; Citons ici parce qu\u2019il est caractéristique d\u2019une certaine ; my: | conception des relations entre théorie et pratique et pour i my; | montrer subséquemment en quoi la nôtre est différente.Goldman, analysant certains aspects de la révolution russe, se demande quelles furent, dans la période de transition, \u2018les relations entre Lénine et les classes et groupes révolu- ; tionnaires de son pays.Lénine, devenu la conscience pra- E tique de cette révolution, à partir de ses analyses de la 5 société russe et de l\u2019oeuvre de Marx, qui lui servait de théorie de la société, possédait, selon Goldman, le maximum de conscience qu\u2019il était possible d\u2019avoir à propos des tâches à accomplir.D\u2019autre part, pour être en mesure de mener à bien son projet de transformation de la société E russe, il lui fallait connaître et évaluer les seuils de E résistance que manifestaient les différents groupes et classes, c\u2019est-à-dire leur conscience possible de la situation, à des moments donnés et selon leur insertion dans la société; la connaissance que Lénine avait de ces possibles lui servait à orienter son action et celle de son parti.Dans cet exemple, transition et possible s\u2019appuient sur une ee théorie et une idéologie, puis finalement sur l\u2019exercice du 5 $M pouvoir; on s\u2019intéresse surtout aux pratiques et a la cons- ber | cience des classes et des groupes sociaux pour être mieux | ; (| en mesure de les orienter et de les transformer.pi % Il m\u2019apparaît que la revue Possibles qui reconnaît, i comme pivot de sa propre démarche, les notions de transition et de possible, les utilise différemment, non pas de façon antagoniste mais en complémentarité avec celles E dont il vient d\u2019être question.Si nous parlons de transition bi entre deux états de la société québécoise, de transition entre deux types de société, tant au Québec que dans les sociétés industrielles avancées, c\u2019est surtout qu\u2019il nous apparaît que K des groupes et des individus, sous l\u2019effet des contradictions Bi économiques et culturelles engendrées par l\u2019état de dépen- | dance et le système capitaliste, sont engagés dans des pra- EL tiques de déconstruction d\u2019un certain ordre établi et de re- L in réison par ire que qui s diffé as, minant Sent vie anf à coëur Ae re caf ss ll ndent |, 5-1 SIR ro \u201con dE mer Tl somme si >; Ul hid Err Na 0215 Ny 5 ~ # J construction d\u2019une autre société: c\u2019est donc dire que la transition dont il est question ici est visible dans les prati- : ques collectives et individuelles des citoyens; il s\u2019agit moins de transition consécutive aux luttes politiques pour transformer les structures globales de la société \u2014 bien qu\u2019il y ait des relations certaines entre les deux types de transition \u2014 que de ruptures et de mutations observables |i dans les pratiques concrètes de plusieurs groupes d\u2019agents | sociaux.Les possibles, dans cette autre acception de transition, sont les phénomènes qui se manifestent dans ces pratiques.\u201cEst par contre réellement possible, écrit Ernst Bloch, tout ce dont les conditions ne se trouvent pas encore réunies au complet dans la sphère de l'objet lui-même, soit qu\u2019elles aient encore à mûrir, soit surtout que des conditions nouvelles \u2014 mais médiatisées par les conditions existantes \u2014 nécessaires à la naissance d\u2019un réel nouveau, viennent à éclore\u201d\u2019.(l) Si nous continuions à nous définir par rapport au marxisme, nous nous reconnaîtrions davantage dans ce que Bloch appelle le courant chaud du marxis- , me; le courant froid démasque et critique l\u2019existant, la société capitaliste, alors que le courant chaud s\u2019intéresse | aux possibles que recèlent les pratiques novatrices.Notre démarche, sans écarter la description et la critique de la société contemporaine ni les options idéologiques, s'axera donc davantage sur l\u2019étude des praxis collectives et individuelles, non en ce qu\u2019elles ont d\u2019institutionnalisé et de répétitif, mais en ce qu\u2019elles manifestent des dépassements, des désirs et des possibles.Nous nous tournerons donc davantage vers les pratiques des Québécois \u2014 ouvriers, enseignants, jeunes, créateurs, et de tous ceux qui luttent pour changer la vie \u2014 pour déceler et mettre à jour les possibles de changement qu\u2019elles manifestent._Notre parti pris pour la recherche des possibles_implique \u201cque ce sont moins les contradictions au niveau des structures globales qui requièrent notre attention que celles qui se manifestent au niveau de leur internalisation dans les idées, les valeurs, lës attitudes et les conduites des collectivités et des individus et qui se traduisent par des pratiques non-attendues par le système dominant et qui, à la longue, le détraquent.En d\u2019autres termes, la recherche des possibles passe par l\u2019étude des pratiques novatrices et par (1) Toutes les notes apparaissent à la fin de chaque article 6 fuel pis sur q ls fe : .py 22 4 celles qui contribuent à déstructurer la société capitaliste pra kK | fa et particulièrement celle du Québec dominé.E 5 my Certaines pratiques des individus et des groupes ; - ti passent par des phases de dé-structuration et de ré- i DX construction de ce qui se donne comme la réalité, et de re- | mi, construction à partir d\u2019autres désirs des hommes.Le i eg possible comme le désir est négatif et positif; c\u2019est parce 3 21, que l\u2019homme détruit aussi bien qu\u2019il crée que les deux sont ] 5 liés.La plupart de ceux qui veulent changer la société En, Ÿ S'attaquent aux structures globales de la société faisant moe consciemment ou inconsciemment le pari que de nouvelles time structures vont changer la vie quotidienne.Mais il n\u2019est\u2018, | if Pas sur que si l\u2019on ne fait que changer les structures sans | Ë din que les pratiques n'aient changé et n\u2019aient manifesté des | wa ruptures et des mutations, il y ait grand chose qui ait | ii changé.De toutes façons, quand le désir de changement et i les conditions objectives aboutissent a des révolutions qui is vraiment changent certaines des structures de la société, c\u2019est que des pratiques avaient déjà changé, à tout le moins dans certaines couches de la société.Placés après des événements qui ont transformé une société \u2014 révolution française ou russe \u2014 les observateurs voient surtout les changements institutionnels, le remplacement de classes ou de fractions de classe par d\u2019autres et ont tendance à supputer les changements à venir en évaluant le rapport de, forces entre différents groupes de la société.Saint-Simon, plus près des événements que Marx, parle de mutations et de ruptures dans les pratiques à plusieurs niveaux de l\u2019activité humaine, pratiques novatrices ou en rupture avec les normes établies et qui, ultimement, déclenchent des bouleversements profonds dans la société.Placés avant l\u2019événement, c\u2019est-à-dire dans la période de transition qui pointe vers une transformation profonde de la société industrielle, il faut essayer de repérer dans les pratiques des collectivités et des individus celles qui recèlent des contradictions pour les analyser, les aviver, en dévoiler les possibles et en orienter le cours.Cette démarche est moins rassurante que celle de la science positive qui inven- |! torie le réel, à partir surtout de l\u2019institué; elle est aussi j moins mécaniste que la démarche idéologique qui inter-! prète la réalité selon une grille plus ou moins rigoureuse.Cette démarche critique qui explore les possibles se rapproche de celle des créateurs de possibles que sont les artistes.Que font-ils sinon produire des symboles int là lérèsse EY pions Ia ISU: \u201cste s TOUS 0S col alle à ten, lige Siri sq ns le colle pr ih fi tn ra, men + 7 qui contrairement aux signes qui ressortissent à la logique de l\u2019équivalence \u2014 celle de l\u2019économie qui a envahi toute la vie \u2014 ressortissent à la logique de ambivalence, c\u2019est- à-dire qui créent un surplus de sens, générateur de possibles.Le poète combat sans cesse l\u2019aplatissement de la vie en signes, en équivalents qui se modèlent sur la valeur d\u2019échange de l\u2019économie politique._La recherche des possibles \u2014 dans toutes les activités humaines \u2014 \u201cmanifesté un effort pour sortir de cette économie politique qui domine la vie de part en part.Si nous entendons culture au sens de dépassement, d\u2019appropriation par l\u2019homme de sa propre nature dans des pratiques où création et contrôle ne sont plus dissociés \u2014 le contrôle étant aujourd\u2019hui exercé par la société, par les classes sociales dominantes en dernière analyse \u2014 la culture-praxis devient l\u2019antithèse de /\u2019aliénation, de l\u2019exploitation et de l'autorité qui, au bout de l\u2019analyse des sociétés industrielles, se révèlent comme les trois concepts qui en expliquent la nature.La recherche des possibles veut contribuer à libérer la praxis humaine de l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, de l\u2019aliénation généralisée et de l\u2019autorité que des hommes s\u2019arrogent sur d\u2019autres.(1) Le Principe Espérance, Tome |, Paris, 1976, p.238.| Pol lll im ù toute à Ce, * Pong de l : Valeur FAI ur de à Part, por S prati- 3 ~ Jt Ml } - à l'es Se des 5 0 0 le l'a 2112 \u201cCul Roland Giguere Poemes | JIMAGINE Je vous imagine tels que vous êtes à la fin de cette longue chasse la langue morte et l\u2019arme au fourreau vêtus de la peau des autres vos gants en plumes de corbeau autour du cou la haine en laisse on vous croyait rois vous étiez fous autour de vous naissaient les orties qui pourrissaient votre lit et vos pas devenaient fossiles dans nos musées moisis je vous imagine mais je vous détruis sur vos autels mêmes que nous avons fleuris notre sang était votre lait quotidien que vous suciez jusqu\u2019à la lie nos lendemains étaient sans jour tant cette nuit nous pesait et pourtant ce puits avait sa plage avec ses coquillages profonds ses sables sereins la vague qui devait nous emporter se faisait attendre et nous durions J'imagine mais c\u2019est la vérité que j'imagine avec la rose et la cétoine l\u2019abeille et le tyran mélancolique vos suppliques inutiles roulaient dans la vasque de notre espoir nous avions le rouge en tête nous étions fous aussi mais fous de nos amours fous de notre liberté et pour ne pas crier nous écrivions sur nos murs des lettres voyantes en capitales éclairées.10 | NOUVELLE CULTURE Ce regard ne m\u2019appartient plus | cette voix non plus | qui s\u2019éteint à la fin d\u2019une phrase ! déjà oubliée | ce passé s\u2019efface s'enfonce dans les rainures | disparaît dans les rides | pour ne plus revenir y je ne suis plus ce que j'étais | enfermé dans mes pliures 1 blessé de l\u2019aile | le point au bout de la ligne maintenant je trace i des envols nouveaux je traque l\u2019ombre | dans le nid des oiseaux | J'éclaire aussi les nuits les plus opaques | le drap noir de l\u2019habitude | les matins gris la lueur jaillit au coin de ma table et mes mots ne sont plus les mêmes § i 4 s\u2019ils croisent votre vie j'ai trop longtemps pleuré À! la mort du chène je cultive le cerisier Hy et j\u2019attends son fruit.à a st ERE Janey | I Fi .[ney J \u201c Jere : ors H Joe: it me ; mm ; a lon ile {I II fre ey ; ji Ie D Im ly A A ee ER eR i fl 12 J'ERRE Je ne vous suis plus je ne vous suis plus dévoué je ne vous suis plus fidèle Jerre a ma guise enfin hors des sentiers bénis j'erre aux confins de ma vie J'aime aussi comme je n\u2019ai jamais aimé la ligne courbe du destin le silence des puits j'erre | malgré tout ce que je dis | entre le début et la fin | entre vos mains tendues et vos yeux qui se ferment sous le poids de minuit J'erre parmi mes oiseaux favoris les herbes fines qui se lèvent au jour dit jerre parmi les pauvres ormes et les pins dégarnis sans voir le sapin qui jaunit j'erre parmi mes amis les meilleurs que pourtant je tiens pour vigies mais j\u2019erre j\u2019erre toujours entre vos dires j'erre pour ne pas mourir.ae Eli fa pou felon qu plc du SOI gel ile fel wild wl war i (ile key Blo tly my ete U 0 14 JAI POUR MON DIRE J\u2019ai pour mon dire que tout va pour le bleu quand arrive le geai que le ciel se couvre de plumes au sommet de la nuit que ta main est leste à l\u2019entrée du fourreau | que l\u2019épée dort au fil du temps rare | que l\u2019arbre se couche avant le vent mauvais | que le muguet n\u2019attend pas le premier mai que tout ce que je dis est vrai que ta bouche s\u2019étoile dans ma voie lactée que tes yeux sont plus beaux qu\u2019onyx obsidienne et agate que tes seins s\u2019irisent à l\u2019éclair de l\u2019aube que ton sexe rêve endormi sur sa plage de nacre que je te regarde comme la perche pêchée que je te bois entre les roses des sables que je te froisse par mes mains tremblantes que je ne dis pas tout quand je te hante j\u2019ai pour mon dire que je t'aime au long de nos saisons étales.16 | | ssl \u2014_\u2014 \u2014 » cox _\u2014 a> =~ \u2014 = EOE ge = = EE EE 2 es &o \u2014 ss = ES Ses ES = \u2014 ss == = =\u2014 = => = wz = = = = = = E = = = = = 5H = H 75 wm == & a» ES pee \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 = =z Z = 5 5 SE OSEO SES: Sr = os = = = os = \u2014_\u2014 = fir = _=g _\u2014 [M arcel Simard L\u2019autogestion à Tricofil: lutte sans avenir ou avenir d\u2019une lutte?f Et puis tout à coup, en 1975, St-Jérôme est devenu | le centre du Québec.Légère exagération, sans ldoute.N\u2019empêche que l\u2019un des aspects les plus remarquables de l\u2019expérience de Tricofil tient à ce large courant [d\u2019intérêt populaire qu\u2019elle a suscité au Québec et continue | d\u2019éveiller.Indice à la fois de la capacité souvent sous- jestimée de mobilisation dont dispose la classe ouvrière jaussi bien peut-être que de la pertinence culturelle de cette expérience pour de larges couches de la population.| Les hommes politiques, en tout cas, ont bien saisi qu\u2019ils jne pouvaient se permettre, en fin de compte, de répudier /Tricofil, malgré la critique des institutions économiques [établies que l\u2019autogestion, ainsi popularisée, porte en elle et dont ils ne peuvent manquer d\u2019être conscients.Ainsi, le nouveau chef de l\u2019Union nationale, Rodrigue Biron, nous aura fourni une illustration de ses talents d\u2019administrateur aux décisions sûres et rapides, que nous vantait récemment son parrain d'adoption, M.Bellemare.Il ne lui aura fallu i que trois semaines pour \u2018\u2018virer capot\u201d au sujet de Tricofil et s\u2019en faire le défenseur.\u201cTres, très, très valable\u201d 4 disait-il, lors de sa visite de l\u2019usine.Le ministre St- # Pierre, de son côté, a été stratégiquement plus lent à { changer ouvertement d\u2019opinion.Ne voulant sans doute pas f être taxé de \u2018\u2018girouettisme\u2019, il a donné à l\u2019expérience le { temps, mais non vraiment les moyens, de faire ses preuves fou de mourir d\u2019inanition financière.Lui qui assurait, au { début de l\u2019année, que Tricofil ne pourrait être rentable, le {voila qui entrevoit la rentabilité de l\u2019\u2018\u2018affaire\u2019\u2019 pour la fin { de 1976.Décidément, si gouverner c\u2019est prévoir, nos hom- f 25 en a mes politiques ou ceux qui se prétendent tels sont des apprentis-sorciers.Il ne faut d\u2019ailleurs pas se méprendre sur le sens de telles volte-faces.La légitimité que leurs récentes prises de position confère à l\u2019expérience des travailleurs de St-Jérôme s\u2019inscrit bien davantage dans une perspective de récupération à la fois électorale et idéologique que dans celle d\u2019une reconnaissance et d\u2019une valorisation du changement qu\u2019introduit Tricofil par rapport aux institutions économiques dominantes.Aussi importe-t-il que tous ceux que préoccupent la transformation de notre société par une implication toujours plus étendue de la classe ouvrière, cherchent à saisir les possibilités nouvelles que cette expérience laisse entrevoir.J\u2019y viendrai, pour ma part, à la fin de cet essal.Auparavant toutefois, il importe d\u2019examiner dans ses grandes articulations la réalité de cette expérience d\u2019autogestion et de se demander, au-delà de la chronologie, comment ces travailleurs sont parvenus à être les artisans d\u2019un tel changement.I- Qu'est-ce que l\u2019autogestion à Tricofil?I] importe d\u2019abord de bien préciser que Tricofil est une expérimentation et non l\u2019application d\u2019une théorie ou d\u2019un modèle déjà construits.Aussi faut-il compter, dans l\u2019appréhension de cette entreprise d\u2019autogestion, avec bon nombre d\u2019aspects encore relativement indéterminés.Tricofil n\u2019est actuellement qu\u2019une esquisse et non un portrait dont tous les détails sont fixés.Néanmoins, certaines lignes de force apparaissent déjà et sont, par conséquent, saisissables.Ainsi, dans leur analyse, Muriel Garon-Audy et Robert Laplante mettent en lumière les transformations des conditions concrètes et du sens de l\u2019activité productive, du travail quotidien de cette collectivité ouvrière.L\u2019éclatement de la division rigide du travail par la polyva- lence des tâches, l\u2019institution de la coopération dans le travail par l\u2019élimination du système de boni et l\u2019instauration de la rémunération horaire ainsi que la participation des équipes de travail à la responsabilité de la production, et bien d\u2019autres encore, voilà qui est énorme.Mais à eux seuls, ces changements sont loin d\u2019épuiser la différence essentielle qu\u2019introduit l\u2019entreprise autogérée par rapport à l\u2019entreprise capitaliste.Le penser serait oublier que ces 26 pod As?ion, 9 pl oan il) jus Jounin len pals If les M ps po i lt Troll pnd Hen feds ( : ds le flim dre qu hem fl ct erp my Sont 0s modifications de l\u2019organisation du travail, enrichissement et élargissement des tâches, groupes autonomes de production, sont devenues depuis quelques années, les réponses ÿnormalisées de la fraction moderniste du patronat européen et américain face à la montée des revendications ouvrières.(l) Certes, ces changements sont de nature à donner plus de satisfaction au travail aux producteurs, mais en eux-mêmes, ils sont encore largement compatibles avec le maintien des caractéristiques essentielles de l\u2019entreprise capitaliste.Si donc Tricofil limitait son programme à de telles modifications, il faudrait admettre que les ouvriers se sont contentés d\u2019indiquer au patronat les voies et moyens de moderniser l\u2019organisation du travail tout en sauvegardant ises intérêts.Or il y a beaucoup plus dans l\u2019expérience de Tricofil et c\u2019est la raison pour laquelle les changements iqu\u2019analysent M.Garon-Audy et R.Laplante prennent un sens différent de celui qu\u2019ils auraient eu s\u2019ils avaient été l\u2019initiative d\u2019un patronat éclairé.Ce à quoi, en effet, ces ouvriers/ouvrières se sont également attaqués, c\u2019est à la question du pouvoir idans l\u2019entreprise, d\u2019une manière telle que le titre d\u2019autogestion ne soit pas qu\u2019un slogan.C\u2019est un euphémisme de dire que le pouvoir, à quelque niveau qu\u2019il soit, est un phénomène complexe, bien qu\u2019on ait tendance à l\u2019oublier en certains milieux.On sait par exemple, dans le cas d\u2019une 0, R entreprise, qu\u2019il ne suffit pas d\u2019avoir la propriété juridique (mig des moyens de production pour contrôler de fait l\u2019exercice W0'Edu pouvoir.Certes, la propriété de droit est un des \u2018\u2018moyens de pouvoir\u201d(2), mais ce n\u2019est pas le seul, ni même le plus qii# déterminant en certains cas comme certains le soutiennent.(3) Aussi convient-il d\u2019examiner comment, dans le cas de qu Ÿ Tricofil, les travailleurs ont cherché à s\u2019assurer les con- shm# trôles décisifs sur le fonctionnement de leur entreprise.(4) vite pro En premier lieu, le pouvoir d\u2019orientation, de défini- oui tion des objectifs et des politiques générales de l\u2019en- pi treprise et d\u2019utilisation de la plus-value est entre leurs gs lf mains.Il faut savoir, en effet, que les travailleurs de l\u2019usi- ure ne ne sont pas les seuls propriétaires, ni méme majoritai- pelo res dans la propriété de droit de l\u2019entreprise.Le porte- dif feuille de la compagnie, d\u2019une valeur globale de $1 200 000, 5ialf se répartit en deux groupes d\u2019actions: os, a) S900 000 d\u2019actions privilégiées, dont $400 000 ont jus- pf qu\u2019ici été achetés par le public et $300 000 par la Société uw de développement industriel (SDI \u2014 gouvernemental) qui a X05 Teen valeur Tec Que dan | Change luton pent Plcation rchent : it las el es 3% gr gestion Ment cé Cun tf ofl el 2 heer: compter 27 | | | ! | converti ainsi, au début de l\u2019année \u201976, son prêt initial à l\u2019entreprise; b)et $300 000 en actions ordinaires réservées exclusivement aux travailleurs/euses de l\u2019usine qui les acquièrent progressivement par une formule de retenue hebdomadaire à la source.Toutefois, bien que minoritaires, seuls les détenteurs de ce dernier groupe d\u2019actions ont droit de vote dans la Société populaire Tricofil, en sorte que les travailleurs de l\u2019usine seulement contrôlent le pouvoir de décision sur les orientations et l\u2019élection du conseil d\u2019administration, par le biais des assemblées générales d\u2019actionnaires bi- annuelles.L\u2019assemblée générale n\u2019est cependant pas la seule instance décisive en matière de définition des objectifs et des politiques générales d\u2019une entreprise, ni même la plus cruciale dans la mesure où elle se prononce le plus souvent sur des propositions qui lui sont faites par le conseil d\u2019administration.Aussi est-ce la composition de ce dernier qui est déterminante en réalité.Et c\u2019est pourquoi les travailleurs de l\u2019usine s\u2019y sont assuré d\u2019une représentation fortement majoritaire, sans perdre de vue, toutefois, que la réalité ouvrière et celle de l\u2019entreprise sont hétéro- | gènes.C\u2019est ainsi que sur un conseil d\u2019administration de 11 membres, élus par les actionnaires ordinaires (les travailleurs de l\u2019usine) en assemblée générale, on trouve | représentant choisi parmi les actionnaires privilégiés, | représentant des cadres à l\u2019emploi de l\u2019entreprise mais venant de l\u2019extérieur, i.e.non issu du groupe des travailleurs de l\u2019usine (5), 3 représentants de l\u2019exécutif syndical | et 6 représentants des travailleurs de la base, i.e.ceux qui ne font pas partis de l\u2019organisation syndicale elle-même, (fonction d\u2019officier ou de délégué syndical).S\u2019ajoutent à cela 2 membres observateurs, sans droit de vote, l\u2019un représentant la S.D.I.(gouvernementale), l\u2019autre la Société # d\u2019investissement Desjardins (mouvement coopératif) qui a consenti il y a quelques mois un prêt de $250 000 à Trico- fil.Signalons enfin que sur une délégation de 9 travailleurs» au conseil d\u2019administration, 4 sont des ouvrières, indice § d\u2019un effort collectif réel pour ouvrir les instances décisionnelles à la participation des femmes.(6) L\u2019appropriation par les travailleurs du pouvoir d\u2019orientation générale de l\u2019usine et de répartition de la plus value est donc acquise.Il est bien évident, toutefois, 28 | | | {ie ilque la réalité du pouvoir dans une entreprise ne saurait tre réduite à celui qu\u2019exerce son conseil d\u2019administration.sp@Des dizaines de décisions doivent être prises à chaque jour fpour assurer le fonctionnement d\u2019une usine et c\u2019est à ce Biveau quotidien que doit se révéler la possibilité véritable le l\u2019autogestion de changer les rapports sociaux réels.On yyemble croire, en certains milieux, que la démocratie di- i fecte, i.e.la prise de toutes les décisions par tous en tout lyfemps, soit la seule façon d\u2019y parvenir.Les travailleurs de ofl ricofil, pour leur part, ont explicitement mis de côté une elle illusion pour y préférer une formule plus complexe qui met en rapport une direction générale, des équipes départementales et un conseil des travailleurs.Voyons de quoi 1l i\u2019 agit.Les travailleurs n\u2019ont pas hésité, en effet, à se don- I , ner une direction générale qui puisse, dans le cadre di objectifs et de politique fixés par leur conseil d\u2019adminis- gration, assurer efficacement la gestion quotidienne des .Joroblemes généraux de l\u2019entreprise: finances, comptabilité, qu politique du personnel, marketing, objectifs de production, syfétc\u2026 On pense souvent que la direction générale d\u2019une unité af ndustrielle est une affaire strictement technique, que les i lécisions prises le sont sur la base de critères objectifs \u201cAt neutres.A Tricofil, les travailleurs ont, au contraire, parfaitement saisi, dans leurs rapports conflictuels avec pes anciens ,patrons, que la gestion d une usine est égale- , qnent un phénomène politique, qu\u2019à travers l\u2019administra- ff on des choses s\u2019exerce un pouvoir sur les hommes et wil CUTS rapports dans un sens ou un autre.Aussi ont-ils al sonfié la position de directeur général à un homme politi- 5 que, issu de leur milieu et qui soit capable d\u2019orienter les décisions de la direction générale, qui comprend aussi deux | jautres travailleurs et trois cadres venant de l\u2019extérieur, i dans un sens politique précis, tout en s\u2019assurant cependant \u201c.fque cette équipe dirigeante ne soit pas la seule à définir He une telle orientation.Ainsi, mis a part le conseil d\u2019admi- # [istration qui est la première instance de définition de me l'orientation politique des décisions, il y a également les J Équipes de travail, via l\u2019assemblée des premiers hommes/ femmes, avec lesquelles la direction de l\u2019usine doit élabo- Si lrer les décisions qui affectent les départements.qi Ce sont, en effet, les équipes de travail qui, autour FA de leurs hommes/femmes, constituent le moyen pri- § Wilegie pour l\u2019ensemble des travailleurs de participer di- 29 HENNE NN rectement aux décisions, finalement les plus essentielles parce que toutes les autres s\u2019y condensent concrètement, i.e.celles relatives à l\u2019organisation de la production et du travail.Une équipe de travail comprend tous ceux et celles qui produisent dans un département.A Tricofil, il y a 15 départements de production (effilochage, cardage, filature, etc\u2026).Chaque équipe s\u2019élit un premier homme ou une première femme, personne ayant généralement la plus grande expérience des opérations technique du département et les meilleures capacités pour animer le travail de l\u2019équipe.Avec le premier homme/femme, l\u2019équipe dispose d\u2019une ressource pour résoudre les problèmes techniques qui peuvent être rencontrés, assurer la formation des nouveaux travailleurs, développer la polyvalence des tâches, surveiller la qualité de la production, améliorer les méthodes de travail, faire le lien avec la direction générale de l\u2019usine.Autour du premier homme/femme, c\u2019est le savoir-faire pratique des travailleurs qui se structure, se développe et s\u2019applique à déterminer, conjointement avec la direction de l\u2019usine, l\u2019organisation du travail et de la production (fixation des objectifs hebdomadaires de production, etc\u2026).Certes, c\u2019est progressivement et dans la pratique des rapports d\u2019implication réciproque avec la direction générale que se précisent les limites de cette autonomie relative de gestion des équipes départementale, mais la politique d\u2019extension de la décentralisation semble actuellement prévaloir.Ainsi les départements, regroupés en sections (filature-tissage, tricotage, confection, teinture-finition) commencent à faire l\u2019expérience de la gestion budgétaire.Et puis enfin, il y a le Conseil des Travailleurs.On sait que pour ceux qui sont dirigés, l\u2019entreprise capitaliste habituelle est certainement l\u2019institution où l\u2019exercice du pouvoir est le plus hermétique et le plus opaque.L'intérêt pour les possédants d\u2019une telle politique du secret sur les décisions prises et les motifs de celles-ci n\u2019est plus à démontrer.L\u2019opacité ou, si l\u2019on veut, le contrôle de l\u2019information est un des moyens de pouvoir.A Tricofil, le conseil des travailleurs vise essentiellement à contrecarrer la possibilité d\u2019une telle privatisation de l\u2019exercice du pouvoir.Composé de 7 travailleurs élus par l\u2019assemblée générale, ce conseil a pour fonction unique d\u2019assurer aux travailleurs l\u2019information et la formation politique et économique relative au fonctionnement de l\u2019entreprise.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs sans doute pas un hasard si les travailleurs ont 30 qui} sunt je 100 fre I\" El gant [ype asl qu cons à pan | {inform autre a aux FU d'autant importa adminis ment | du pou bili, ¢ établie J équipés \\ Il n'est ainsi en rapport biués | tique À Privée \u20ac lérstig des die tralié à de lement ss celui-ci fie de Ce d'au travail apna li & des fra tu iy & aff ne i qu og st > ar qu ble 08 il el ont élu à ce poste l\u2019ensemble de leur exécutif syndical.Ils signalent peut-être ainsi la nouvelle orientation qu\u2019ils veulent imprimer à leur organisation syndicale: à la fois une forte implication dans le projet de nouvelle entreprise tout en étant en position de garder ses distances par rapport à l\u2019appareil central de direction.A cet effet, les membres du conseil sont d\u2019office membres-observateurs aux réunions du conseil d\u2019administration et sont assisté d\u2019une personne à plein temps dans leur tâche de mise en place des moyens d\u2019information/formation.Un tel conseil a également un autre avantage, puisque par la participation de ses membres aux réunions du conseil d\u2019administration, se trouve élargi d\u2019autant le nombre de ceux qui sont bien au fait des dossiers importants de l\u2019entreprise, préparant ainsi une relève aux administrateurs en place.De la sorte, existent non seulement la possibilité structurelle de publicité de l\u2019exercice du pouvoir, mais également celle de sa mobilité.Une possibilité, au surplus, qui s\u2019enracine dans une tradition bien établie dans ce groupe, de renouvellement périodique des équipes dirigeantes.Voilà donc, rapidement esquissée, l\u2019articulation des divers mécanismes d\u2019exercice du pouvoir à Tricofil.Il n\u2019est pas difficile de voir que les travailleurs mettent ainsi en place les éléments d\u2019un type de gestion et donc de rapports sociaux différents de ceux auxquels nous avait habitués l\u2019entreprise capitaliste, traditionnelle ou technocratique.À la concentration du pouvoir, fondée sur la propriété privée et/ou la monopolisation du savoir technique, caractéristique de cette dernière et qui exclut les travailleurs des décisions essentielles, Tricofil oppose un réseau décentralisé de pouvoirs, en fonction de la propriété collective et des exigences des producteurs à s\u2019approprier non seulement la pleine valeur économique de leur travail mais aussi à être directement responsable de l\u2019organisation de celui-ci.En effet, bien que la direction générale soit investie de pouvoirs étendus, tout se passe comme si l\u2019expérience d\u2019autogestion consistait pour une bonne part à ce que les travailleurs s\u2019assurent en contrepartie d\u2019un contrôle de l\u2019appareil de gestion centrale à la fois par le haut (assemblée générale et conseil d\u2019administration), le côté (conseil des travailleurs) et le bas (les équipes de travail), instituant du même coup un ensemble de lieux où ils puissent définir et affirmer leurs exigences collectives.Bref, en reprenant une distinction présente dans l\u2019organigramme officiel (re- 31 produit en annexe), on pourrait dire que la compagnie Tri- porta cofil (au sens juridique du terme) est bien autogérée, tandis Is I que l\u2019entreprise Tricofil (au sens fonctionnel du terme) est début beaucoup plus proche d\u2019une forme de co-gestion, notamment uta au niveau de l\u2019organisation du travail, entre l\u2019ensemble des le, © travailleurs répartis en équipes départementales et la di- région rection générale de l\u2019usine.miouré Une telle articulation entre une vigoureuse direction pol générale et un mouvement de base fortement militant leurs n\u2019est d\u2019ailleurs pas fortuite dans l\u2019expérience de Tricofil.geo Elle retraduit, en effet, les axes fondamentaux de dévelop- mn pement de cette collectivité ouvrière qui a su profiter d\u2019une palin situation difficile pour pousser plus loin l\u2019affirmation de jure ses exigences gestionnaires.Développer cette thèse, c\u2019est devel en réalité se demander comment les ouvriers/ères en sont ori arrivés la.Moe n'en II- La genèse historique de l\u2019autogestion à Tricofil ls en La question mérite d\u2019abord d\u2019être précisée, car on le cad peut étre tenté d\u2019assimiler sans précaution l\u2019exigence jee de voir réouvrir une usine que l\u2019entreprise privée vient de de a fermer et celle, présente à Tricofil, des travailleurs qui lesse décident de prendre en charge la réouverture afin de se regie placer en position de contrôler directement la gestion du rele nouvel appareil de production.La première exigence, en ga effet, est caractéristique des populations habitant les ré- à gions économiquement périphériques, qui se trouvent dans me une situation objective de rareté au niveau des possibilités tulle de développement avec les conséquences qui en résultent mad aux plans de l\u2019emploi (taux élevé de chômage, faible mobi- oi lité occupationnelle, etc.) et du revenu notamment.Qu\u2019une entreprise importante ferme ses portes dans une telle région et l\u2019on voit presqu\u2019infailliblement surgir un mouvement fis populaire exigeant la réouverture.Sogefor dans la région de pou Mont-Laurier et Tembec au Témiscamingue, la cartonnerie fu de Cabano et la scierie de Sacré-Coeur dans le bas Saguenay val sont les illustrations québécoises les mieux connues de ces mé mouvements de défense et/ou de promotion du développe- ions ment et de l\u2019emploi.Les travailleurs de Tricofil sont égale- diy ment porteurs de cette exigence de conserver leur travail i (7), encore qu\u2019ici la proximité relative de Montréal rende ln vraisemblablement la nécessité moins impérieuse, compa- ver rativement à l\u2019Abitibi ou la Gaspésie.Dans ce cas, toute- du fois, cette ressemblance s\u2019articule à des différences im- iy 32 on ant fl ic Ke - sic MALE Edd ee Mrsctrt tite te te cid ti tés ta tee) portantes qu\u2019il convient de signaler.À Tricofil, d\u2019une part, les travailleurs de l\u2019usine ont conservé le leadership du début à la fin de l\u2019opération de relance, sans exclure pour autant la mobilisation de la population locale et même nationale, contrairement aux autres cas où les élites locales et régionales ont dans une large mesure assuré la direction du mouvement.Ce contrôle ouvrier du leadership a d\u2019autre part permis de définir clairement l\u2019exigence des travailleurs de l\u2019usine d\u2019obtenir une participation décisive à la gestion entière de la nouvelle entreprise, comparativement aux mouvements précédents où la revendication de participation populaire, en se laissant minorisée, semblait traduire davantage l\u2019exigence d\u2019être associé, i.e.intégré au développement plutôt que d\u2019en contrôler effectivement les orientations et les modalités concrètes.Ainsi, au début du mouvement de réouverture, les travailleurs de Tricofil n\u2019envisageait pas encore sérieusement l\u2019autogestion, mais ils exigeaient a tout le moins la co-gestion complete, dans le cadre d\u2019une location de l\u2019usine liant conjointement le gouvernement et les travailleurs.(8) Et surtout, devant le refus de celui-là à s\u2019engager activement dans la cogestion, l\u2019essentiel est de remarquer que les travailleurs, loin de se replier sur une formule moins exigeante, ont au contraire relever le défi d\u2019un projet encore plus risqué en s\u2019engageant seul dans la location de l\u2019usine et par la suite, dans son appropriation juridique.C\u2019est à ce niveau d\u2019exigence que renvoie la différence essentielle de l\u2019expérience actuelle de Tricofil et à propos duquel il importe de se demander comment il a été atteint par cette collectivité ouvrière.On obtient, me semble-t-il, l\u2019essentiel de la réponse à cette question en considérant l\u2019évolution historique des rapports qui se sont établis, dans cette usine, entre le groupe des travailleurs d\u2019une part et la direction patronale d\u2019autre part.Autrement dit, je fais l\u2019hypothèse que les travailleurs de cette usine avaient commencé depuis plusieurs années, à travers leurs rapports conflictuels avec les patrons, à acquérir un contrôle sur la production tel, que la généralisation de celui-ci leur paraissait non seulement possible, mais réalisable et nécessaire au moment de relancer l\u2019entreprise.Bref, ce qui semble apparaître clairement à travers l\u2019expérience de Tricofil, c\u2019est que les producteurs n'arrivent pas du jour au lendemain, au hasard des circonstances, à l\u2019idée qu\u2019ils puissent se passer d\u2019un pa- 33 tron qui les dirige et les gère de l\u2019extérieur et qu\u2019à ce titre, il y a des conditions socio-historiques qui doivent être réunies pour qu\u2019à l\u2019occasion d\u2019une fermeture, les travailleurs prennent le chemin de l\u2019autogestion et non celui de l\u2019assurance-chômage.Dans le cas précis de Tricofil, le développement de ces conditions a été grandement favorisé par le type d\u2019entreprise et de gestion que la direction patronale a maintenu jusqu\u2019à la fermeture.La con-gestion patronale.Il n\u2019est pas inutile, en effet, de rappeler que la Regent Knitting Mills\u2019 (aujourd\u2019hui Tricofil) faisait partie d\u2019une entreprise de caractère essentiellement familial.Hyman Grover acquit l\u2019usine au milieu des années °40 pour en faire le pilier d\u2019un petit empire qui comprenait une autre usine de textile/vêtement à Montréal, ainsi que des investissements importants dans l\u2019immeuble à bureaux et à logements.Dans le secteur québécois du textile, H.Grover constitua ainsi une des plus grosse entreprise à propriétaire unique (employant dans les années \u201960 plus de 1500 travailleurs dans ses deux usines), sans comparaison toutefois, avec les grandes compagnies à actionnaires multiples comme Dominion Textiles et Celanese.Mais la faiblesse majeure de cette entreprise résidait dans son type de gestion.Sous la pression des importations étrangères et bénéficiant du savoir-faire administratif des sociétés-mères américaines ou britanniques, les grands du textile canadien s\u2019étaient convertis à une gestion de type technocratique, tandis qu\u2019à la Regent Knitting, H.Grover maintenait une gestion typique de l\u2019entrepreneur individuel: hyper-concentration du pouvoir de décision et des fonctions de gérance, absence de cadres intermédiaires susceptibles de décongestionner le processus de décision, faible renouvellement et donc vieillissement technique et humain de l\u2019appareil de maîtrise de la production et enfin paternalisme autoritaire dans les relations avec les employés.Un pareil style de gestion engendra progressivement des problèmes critiques à deux niveaux principalement.En premier lieu, une telle direction de l\u2019entreprise détruisit petit à petit les bases mêmes de sa rentabilité économique, parce qu\u2019elle fut incapable de s\u2019adapter aux exigences nouvelles de celles-ci.Il faut savoir, à cet égard, que la grande transformation qui s\u2019est opérée dans le marché du textile et du vêtement au début des années \u201860, a été 34 >.le gel gen nt ren pouf il être 161 pare À \u2018if, ç de bien eh surtout duction fre! second lei (jon dE St-Jérd eugene dispos Grover de pro pren capable fsa concen mains Usines res in Eugen Nr Ce Crem de dé des ra Envir; derés êtes a my FT rlato ore.i i lee \u2018rfi le développement d\u2019une nouvelle mode, caractérisée par une lui diversification considérable des tissus et des coloris et par nl un renouvellement extrêmement rapide des styles, ou si l\u2019on ti À veut une accélération de leur désuétude.(9) Par conséquent, di ÿ pour être concurrentiel sur ce nouveau marché (10), et donc m.être rentable, il fallait désormais consacrer beaucoup d\u2019é- lin { nergie au développement du produit (diversification des tis- g sus, des styles et des couleurs) et constituer une équipe fe bien encadrée de vendeurs chevronnés et aguerris.Mais 5 surtout il fallait planifier beaucoup plus strictement la pro- ; thÆ duction de manière à sortir les séries assez tôt pour pren- ind dre le marché dès le début de la saison et recevoir ainsi des m secondes commandes sur des séries déjà programmées, is l\u2019efficacité du \u2018\u2018merchandising\u2019 assurant alors une réduc- E mi tion des coûts de production.Technologiquement, l\u2019usine de 5 wf St-Jérôme était en mesure de faire face à ces nouvelles el exigences.Malgré quelques incohérences fonctionnelles (la HE disposition physique des départements par exemple), Hyman «11 Grover avait développé en un seul lieu un appareil intégré s& de production, permettant la transformation de la matière im première brute jusqu\u2019au vêtement prêt-à-porter, souple et id capable d\u2019assurer la fabrication d\u2019une gamme étendue de shf tissus et de vêtements.Mais sur le plan de la gestion, la a concentration de toutes les fonctions de gérance entre les y.Mains de trois cadres supérieurs seulement (pour les deux Bi is] usines de St-Jérome et de Montréal) et la rareté des ca- 4] dres intermédiaires étaient devenues incompatibles avec les ye exigences nouvelles du marché et de la production.Mainte- se nir ce type de gestion équivalait à terme a étrangler finan- uw | cièrement l\u2019entreprise.Il a fallu quatre années successives us de déficit (11) pour qu\u2019en 1972, éclate au grand jour la crise y} des rapports de cette entreprise et du système économique i qo | environnant.(12) Je reviendrai plus loin sur les tentatives 1 | de résolution de cette crise par la direction.Ë sme i .et les débuts de la gestion ouvrière du travail yr Pour l\u2019instant, il importe de faire apparaître les problèmes que ce type de gestion engendrait également au niveau de l\u2019organisation du travail.Le paternalisme et l\u2019autoritarisme dont il a été question plus haut à propos des relations de Grover avec ses employés, avaient également \u201c force de loi dans les rapports entre la haute direction et ses agents de maîtrise et de surveillance du travail.Une telle pratique renforcait systématiquement la structure très 35 pen ale rise centralisée de la gérance, la plupart des surintendants et des contremaîtres craignant, sous cette tutelle arbitraire, de prendre des initiatives et des décisions qui puissent être répudiées d\u2019autorité par la direction.En conséquence, de nombreux problèmes qui auraient pu normalement être réglés au niveau de la maîtrise dans une structure décentralisée de gestion, devaient en fait passer par la haute direction qui était ainsi complètement débordée et n\u2019arrivait pas à les solutionner.Résignés, la plupart des agents de mai- trise assistaient impuissants à la dégradation de l\u2019appareil de contrôle et d\u2019organisation du travail, qui s\u2019accélérait d\u2019autant plus que celui-ci vieillissait et n\u2019était pas renouvelé techniquement et humainement.Cet espèce de vide administratif et l\u2019incapacité corrélative de la direction à régler efficacement de nombreux problèmes d\u2019organisation de la production ont été les conditions structurelles qui ont permis aux travailleurs de St-Jérôme, productivistes et fiers de leur travail, de développer progressivement, au cours des années \u201860, des formes concrètes, certes fragmentaires et officieuses, de gestion ouvrière du travail.La contre-gestion ouvrière est un phénomène tout à fait courant dans les unités de production de type capitaliste ou bureaucratique, dont la structure consacre la séparation systématique des fonctions de direction et d\u2019exécution de l\u2019acte productif.Le freinage, mis en lumière par les recherches d\u2019Elton Mayo (13) est sans doute la forme la mieux connue de ces pratiques ouvrières de gestion du travail, mais il y en a bien d\u2019autres.(14) Et à la Regent Knitting, les travailleurs de la plupart des département ont bénéficié de conditions particulièrement favorables à une prise en charge étendue de l\u2019organisation du travail.Ce contrôle était devenu tel qu\u2019en 1972, au moment des négociations pour le renouvellement de la convention collective et alors que la crise financière de l\u2019entreprise venait d\u2019éclater ouvertement, la compagnie soumettait sérieusement au syndicat la proposition selon laquelle ce dernier serait devenu le sous-contracteur prenant la responsabilité entière de la production tandis que la direction patronale serait l\u2019acheteur et le vendeur de cette production autogérée.Le syndicat a évidemment refusé une telle offre qui aurait rendu les travailleurs entièrement dépendant des conditions fixées par un acheteur exclusif.Jadis industriel, le patron ne se rendait pas moins compte qu\u2019il ne pouvait plus être dans cette usine, qu\u2019un commercant.Il attestait du même 36 coup [oul ( : foncio gti formal candi ES longue de sen d'union casio dont es ¢ yrirs L'échec cent à du Tex fers el de la ouvrier local d deal \u20ac leurs § ls, à] Als dra) rene du CM dolls contri fs et lrg leur, ?Valley ey i, a) bs ng Ite ge til, e as drag die Re, de être ré.entra.2 eg.al Das mai.Pare Xia coute.Kè cor- 2 N0m- été les 2015 de : Ge 3s [or fe gis | at fiction Te COM rection en fi doute de pes {à là eparie- prables aval des nè- lect venai else: dernier lic ae se ied aural gitions para is Ele meme coup que les travailleurs, solidement organisé en un syndicat militant, étaient devenus une force décisive en matiere d\u2019organisation du travail et de la production.L'outil syndical Car il faut également souligner que parallèlement au contrôle que ces travailleurs développaient sur le fonctionnement de l\u2019usine, ils prenaient aussi en main la gestion complète de leur organisation syndicale, la transformation des rapports entre la base et l\u2019appareil syndical conditionnant largement celle des relations patronales-ou- vrières.L\u2019histoire de cette prise en charge serait assez longue à rappeler dans le détail.Aussi convient-il davantage de s\u2019en limiter à l\u2019essentiel.Les vingt premières années d\u2019unionisme (1937-1957) ont été, pour ces travailleurs, l\u2019occasion d\u2019une cruelle expérience de structures syndicales dont l\u2019intégration au fonctionnement des entreprises capitalistes était à peu près complète.De 1937 à 1942, les ouvriers sont affiliés à la CTCC (devenue aujourd\u2019hui la CSN).L\u2019échec total de la grève de trois semaines en 1939 les incitent alors à adhérer à la nouvelle Union des ouvriers Unis du Textile du Canada, mis sur pied par le Congrès des Métiers et du Travail du Canada (CMTC), homologue canadien de la conservatrice American Federation of Labour.Les ouvriers/ères de la Regent Knitting constituent le premier local de cette nouvelle fédération.Mais le négociateur syndical étant l\u2019un des contremaîtres de l\u2019usine, les travailleurs s\u2019aperçoivent rapidement qu\u2019ils sont en fait contrôlés, à leur grand désavantage, par un syndicat de boutique.Aussi obtiennent-ils, quelques années plus tard, une charte fédérale qui les affilie directement au CMTC.Mais l\u2019expérience s\u2019avère aussi désastreuse: le permanent régional du CMTC fraude le syndicat local de plusieurs milliers de dollars, tandis que les négociateurs fournis par la centrale contribuent, par leur incompétence, à maintenir les salaires et les conditions de travail des ouvriers de St-Jérôme largement en bas de la moyenne provinciale dans ce secteur.Pourtant la combativité et la détermination des travailleurs ne manquent pas.En 1950, ils font une grève de 10 semaines, sans support financier, pour un contrat de cinq ans, au renouvellement duquel ils débrayent à nouveau, dans les mêmes conditions économiques, cette fois pour une durée de 17 semaines.Ce que ces déboires répétés traduisent, en fait, ce sont les vices d\u2019une organisation syndicale 37 8 Hii qui échappe au contrôle décisif des travailleurs de la base.Mais le groupe est divisé à la suite de cette désastreuse expérience.À l\u2019élection de l\u2019exécutif syndical, en 1957, deux tendances s\u2019affrontent: l\u2019une qui croit préférable de conserver le même régime syndical et prétend obtenir davantage par une attitude conciliante vis-à-vis du patronat, l\u2019autre qui critique la présente organisation syndicale, propose la désaffiliation et une radicalisation de l\u2019action ouvrière.La seconde, avec Edouard Gagnon, l\u2019emporte.L\u2019élection de cette équipe marque la prédominance au sein de la collectivité ouvrière d\u2019une forte exigence de réapproprier localement les fonctions essentielles de l\u2019organisation syndicale, et notamment la fonction de négociation dont l\u2019expérience antérieure avait montré qu\u2019elle desservait largement les intérêts des travailleurs dans la mesure où elle leur échappait.Toutefois, pour récupérer le contrôle de cette fonction, il fallait que plusieurs conditions soient mises en place.En premier lieu, les travailleurs devaient se donner un leadership fort, capable d\u2019affronter non seulement le patronat, mais également l\u2019appareil syndical supérieur, en plus de refaire l\u2019unité de la base.À partir de 1957, ils vont successivement élire trois exécutifs vigoureux, autour d\u2019E.Gagnon, M.Bonami et P.A.Boucher, des équipes beaucoup plus dirigeantes, organisatrices et mobilisatrices du mouvement ouvrier, que dominantes, i.e.conservatrices de leur position et répressives des initiatives de la base.Les indices de la constitution d\u2019un tel type de leadership sont nombreux: information de plus en plus large aux membres et sur des questions autrefois considérées comme privées, les griefs par exemple, organisation de rencontres départementales pour préparer collectivement le contenu des négociations et de réunions mensuelles, en plus des assemblées générales régulières, pour discuter avec les travailleurs de chaque département des faiblesses de la convention collective et des problèmes de la production, expérimentation de nouvelles modalités de rapport conflictuel avec la direction patronale (journées d\u2019étude et visite d\u2019usine en 1960, grève perlée en 1966, occupation de l\u2019usine en 1972, nombreux débrayages spontanés), forte implication dans le leadership du mouvement ouvrier régional, et ainsi de suite.L'ensemble de ces pratiques novatrices, toutefois ne traduisent pas seulement les qualités personnelles des dirigeants syndicaux, mais davantage encore le mouve- 38 Pro- À Ql.mn IN de Mier Si CA mel leur {fle Sen mer ment eur, As our pes 1088 08S se.(sp nem fr lies y des sem- val Lin ment d\u2019une collectivité ouvrière fermement décidée à s\u2019approprier les moyens d\u2019assurer la promotion de ses intérêts.Voilà pourquoi, en deuxième lieu, il faut signaler le développement dans les années \u201860 d\u2019un large militantisme à la base, qui trouvait dans les initiatives de ses dirigeants à la fois des moyens de se renforcer et des instruments pour définir et affirmer ses exigences.En troisième lieu, enfin, il fallait que ce groupe trouve la formule juridique de son autonomie relative dans le mouvement syndical, dans la mesure où il ne voulait ni s\u2019isoler complètement (v.g.devenir un syndicat indépendant) ni abandonner à des instances supérieures, i.e.extérieures, le contrôle de son action collective.Ce n\u2019est qu\u2019en 1972 qu\u2019on y parvient, alors que le Congrès du Travail du Canada (CTC) crée un précédent et accorde au syndicat local une charte fédérale, acceptant ainsi après plusieurs années de négociations sa désaffiliation d\u2019une union internationale.(15) En 35 ans, les travailleurs de la Regent Knitting avaient dû modifier à cinq reprises leurs rapports avec l\u2019institution syndicale, pour arriver à exercer un contrôle satisfaisant sur leur organisation.C\u2019est la conquête de cette autonomie syndicale relative, avec les composantes que je viens d\u2019indiquer, et l\u2019implication de plus en plus grande des travailleurs de la base dans la gestion concrète de leur travail et de ia production, soulignée plus haut, qui vont permettre à cette collectivité ouvrière de jouer un rôle déterminant dans la dynamique de la crise qui éclate en 1972 et ultérieurement d\u2019instituer les articulations principales de cette expérience d\u2019autogestion dont il a été question en première partie.La crise Et d\u2019abord, la crise! Après plusieurs déficits successifs, la compagnie annonce, en juillet \u201872, qu\u2019elle va congédier dans les délais légaux 310 des 520 employés de l\u2019usine de St-Jérôme.Bien que l\u2019avis officiel de licenciement soit envoyé au Ministère du Travail du Québec, il ne faut pas écarter la possibilité d\u2019un bluff de la part de la compagnie qui négocie avec les syndiqués le renouvellement de la convention collective.Toutefois, la crise financière est bien réelle, l\u2019entreprise étant étranglée par le maintien de méthodes périmées de gestion.Les travailleurs le soup- connent d\u2019ailleurs depuis longtemps déjà.La réorganisation s\u2019impose.Mais pour eux, la question essentielle est de sa- 39 voir comment elle se fera, i.e.avec ou sans leur participation décisive.Ils négocient donc, dès 1972, contre une faible augmentation de salaire, la mise sur pied d\u2019un comité consultatif, à représentation syndicale-patronale paritaire, et qui deviendra rapidement dans la pratique un véritable comité de co-gestion de la réorganisation.Toutefois, pour être efficace, leur participation à ce comité doit s\u2019appuyer sur une connaissance approfondie des problèmes financiers, administratifs et techniques de la compagnie.À cette fin, ils font admettre aux représentants patronaux et gouvernementaux que le comité mixte de reclassement des travailleurs congédiés, habituellement formé dans le cas de congédiement massif, ait aussi un mandat d\u2019étude de la situation économique de l\u2019entreprise et des aspirations des travailleurs.C\u2019est ainsi que la première étude est confiée à la firme d\u2019experts-conseil Kurt and Salmon Associates (KSA), tandis que le sociologue Jacques GrandMaison accepte la responsabilité de la seconde.(16) Les résultats de l\u2019étude KSA sont connus à la fin de janvier \u201873.L'analyse confirme les déficits accumulés, les faiblesses administratives, la qualité d\u2019ensemble du potentiel productif (technologique et humain) de l\u2019usine.Elle conclut que l\u2019entreprise peut redevenir rentable à condition essentiellement qu\u2019on passe à une gestion de type technocratique (direction locale de l\u2019usine, engagement de trois nouveaux cadres supérieurs pour décongestionner les fonctions de gérance, renforcement des équipes de cadres intermédiaires, etc\u2026) et qu\u2019on rétablisse des relations patronales-ouvrières normales, i.e.comme il apparaîtra plus tard, que la direction reprenne le contrôle sur la production et que les ouvriers acceptent de produire davantage pour de meilleurs salaires.En réalité, l\u2019ensemble de ces recommendations définit une solution cohérente d\u2019un point de vue patronal, la seule d\u2019ailleurs qui puisse résoudre la crise conformément aux intérêts de la compagnie même si ses propriétaires ont longuement hésité à s\u2019y engager.C\u2019est peut-être qu\u2019ils voyaient déjà qu\u2019en pratique, cette solution était impossible à appliquer, compte tenu de la nature des rapports conflictuels qui s\u2019étaient développés historiquement entre eux et les travailleurs.Depuis plusieurs années, en effet, ces derniers avaient acquis dans les faits, une position de force dans l\u2019organisation du travail et de la production (17) qui avait recu, dans la convention collective de 1972, une reconnaissance de droit par la formule du comité consultatif dont le libellé équivalait 40 iy à instituer la co-gestion.Tenter, dans ces conditions, d\u2019ap- > i pliquer la solution technocratique ne pouvait que déclencher *W- {un affrontement majeur.ï À Il se produisit effectivement en mars 1974 à propos Li de la première opération de réorganisation du travail, \u2018Kw Ÿ dans les départements de couture et de finition.Il s'agissait pue de faire un cas-type.Le projet patronal, préparé par les Tr, techniciens de la firme KSA, est une illustration typique des = fn principes de l\u2019organisation technocratique (dite \u2018\u2018scientifi- tm que\u201d) du travail: définition standardisé par la direction du Tal génie industriel des tâches de chaque poste, des temps de \u201ctn.travail, des normes minimales de production, des séquen- Latin ces d\u2019opération, principe d\u2019ancienneté occupationnelle con- aval sacrant une division rigide du travail, système de bonus in- dla dividuels comme seul stimulant à la productivité, etc\u2026 hS4 Mais surtout, la proposition prend la forme d\u2019un addendum Mie a la convention collective en vigueur depuis le ler aout \u201cdude 1973 et qui, en cas de différence d\u2019interprétation, prévau- ime drait sur les dispositions de cette dernière.Par là, la com- 8, la pagnie cherche à court-circuiter le pouvoir de co-gestion du que à comité consultatif de manière à récupérer le contrôle com- Tete: plet de la réorganisation.La riposte syndicale ne se fait au pas attendre.Elle s\u2019oppose non seulement au principe de use l\u2019addendum, mais aussi au contenu du projet patronal, pro- yr dé posant après rencontres avec les couturières, le remplace- 1.dé ment du système de boni individuels par la rémunération ls horaire avec possibilité de bonus collectif, la suppression com- de la division du travail par le principe de la polyvalence me le des tâches, l\u2019institution de véritables équipes de travail a de ayant des responsabilités définies en matière d'organisation soit du travail.Nouvelle proposition patronale qui s\u2019en tient, no pour l\u2019essentiel, au projet initial.C\u2019est l\u2019impasse et l\u2019é- sq preuve de force.Le syndicat maintient ses positions et dela dépose, à la fin d\u2019avril, un grief de $100 000.contre la com- hésité pagnie, pour n\u2019avoir pas respecté dans la paie des couturiè- ya res, les taux établis de rémunération à la pièce.Au début me de mai, la compagnie réplique qu\u2019elle ne reconnaît pas- le 1 dé bien-fondé du grief et menace de discontinuer ses opérations de à St-Jérôme.Loin d\u2019abandonner son grief, le syndicat le can soumet à l\u2019arbitrage et demande en plus, le 30 mai 1974, la 1 réouverture de la convention collective pour négocier l\u2019in- i dexation générale des salaires au coût de la vie.Le lende- ur main, la partie patronale refuse d\u2019ouvrir les négociations il sur ce point et demande plutôt si les ouvrières de la coutu- 41 re et de la finition acceptent le plan proposé de rémunération à la pièce (système de boni individuels).La réponse est unanimement négative et pendant toute la première semaine de juin, les travailleurs ralentissent la production.Le 7 juin, la compagnie ferme l\u2019usine, sans le prévis légal de quatre mois.Ce qui se passe ensuite jusqu\u2019à la réouverture de l\u2019usine sur une base d\u2019autogestion, constitue une expérience collective d\u2019une grande richesse, novatrice à plusieurs égards.L\u2019obtention par le groupe du statut collectif de recherche d\u2019emploi auprès de la commission d\u2019assurance-chômage, l\u2019autogestion de la corvée à l\u2019automne \u201874, les démarches pour louer l\u2019usiné conjointement avec le gouvernement provincial et leur échec, les dizaines de rencontres à travers lesquelles le groupe a préparé la relance de l\u2019entreprise en fonction de ses exigences gestionnaires, tout cela mériterait d\u2019être analysé dans le détail.(18) Mais l\u2019espace est insuffisant et il est temps de conclure.CONCLUSION Revenons d\u2019abord à la question de départ formulée dans le titre de cet article.Tricofil est-il une lutte sans avenir ou l\u2019avenir d\u2019une lutte?J\u2019ai tenté, dans les pages précédentes, de montrer que l\u2019expérience actuelle d\u2019autogestion n\u2019est pas une improvisation, mais au contraire la résultante d\u2019exigences développées historiquement par une collectivité ouvrière au travers des rapports qui l\u2019opposaient à un patron exploiteur et à une organisation syndicale centralisatrice.Mais cette expérience a également un avenir qu\u2019il importe d\u2019entrevoir.Un avenir qui lui est propre d\u2019abord, et dont la base économique semble désormais assurée, l\u2019entreprise ayant maintenant réuni les conditions de sa rentabilité à court terme.Il y a, à ce propos, un malentendu qu\u2019il faut dissiper.On s\u2019imagine, en certains milieux, que le fait pour Tricofil d\u2019assurer sa viabilité économique signifie la récupération de l\u2019entreprise par le système économique dominant.Certes, l\u2019usine de St-Jérôme devra être concurrentielle, mais dans un secteur faiblement monopolisé comme celui du textile-vêtement, cela veut simplement dire qu\u2019elle soit aussi productive que les autres.Et que je sache, le capitalisme n\u2019a pas inventé la productivité, mais seulement un mode, aliénant entre tous, de l\u2019organiser et de la développer.Mais il n\u2019est pas du tout certain que le capitalisme 42 i que on hi l'ai po [a I le le ca uw le tra val If fl \u201cUng, Ons y Sema) In, F el de del © ef.i Dl colle Cas Me \"4 le go fencop- ie de 300 + Mais mike i lute & Di ¢ dae rie la ar UM pe sodea- ent un ja base reprise lie 3 Si faut 4 pour ; fu dom uel commé qu che I \u2018amen ; deve: sme ait le monopole des méthodes hautement productives, bien que ce soit là un de ses arguments majeurs pour justifier son emprise.De ce point de vue, le défi que tentent de relever les travailleurs de Tricofil est gros de promesses pour l\u2019avenir.Ce que veulent ces ouvriers, en effet, c\u2019est de produire, mais selon des modalités nouvelles, dont ils ont le contrôle et dans lesquelles ils se reconnaissent collectivement.Et ils font le pari que de rendre ainsi le travail signifiant, en confiant aux producteurs la responsabilité d\u2019organiser les actes qu\u2019ils accomplissent, contrairement au capitalisme qui les en dépouille, ne peut qu\u2019entraîner une augmentation de la productivité.(19) Mais il est clair également que l\u2019expérimentation qui se poursuit à Tricofil a une grande importance pour l\u2019avenir de la classe ouvrière en ce pays.Ceux qui dédaignent une telle expérience d\u2019autogestion sous prétexte qu\u2019elle est réduite ou marginale, alors que la priorité de la classe ouvrière est de s\u2019engager dans une lutte pour conquérir le pouvoir politique, restent aveugles devant le fait qu\u2019une classe devient politiquement efficace non seulement en s\u2019organisant à cette fin mais aussi en acquérant la conviction qu\u2019elle peut se passer de ceux qui détiennent le pouvoir et l\u2019exercer à leur place.Et de ce point de vue, la démonstration pratique que sont à faire les ouvriers de St-Jérôme vaut mieux que bien des argumentations théoriques sur la nécessité objective pour le prolétariat de renverser la domination capitaliste.L'intérêt d\u2019ailleurs que soulève cette expérience dans de nombreux milieux ouvriers et populaires ne signale-t-il pas que l\u2019expérimentation de multiples formes d\u2019autogestion peut être, dans un avenir prochain, la voie privilégiée d\u2019expression des exigences les plus actuelles du monde ordinaire.(1) Cf.Marc Maurice, \u2018\u201cPolitiques syndicales pour l\u2019amélioration des conditions de travail et de l\u2019organisation de l\u2019entreprise: situation en Europe et aux Etats-Unis\u201d, Revue française des affaires sociales, no 1, 1974, pp.53-99.Et aussi le rapport de l'OCDE, Séminaire patronal international sur les progrès dans l\u2019organisation du travail, Paris, 1973.(2) J'emprunte l\u2019expression au bel essai de P.Rosanvallon, L'age de l\u2019autogestion, Ed.du Seuil, Paris, 1976.(3) C\u2019est la thèse notamment de J.K.Galbraith, Le nouvel état industriel, Ed.Gallimard, Paris, 1968.(4) On trouve en annexe, l\u2019organigramme de la structure actuelle de l\u2019entreprise.(5) Ily en a 3 actuellement.(6) Les femmes comptent, à Tricofil, pour la moitié environ de la main-d\u2019 oeuvre.(7) Jacques GrandMaison, Une tentative d'autogestion, P.U.M., Montréal, 1975, pp.57-60.43 (8) Pour une présentation des diverses options entre lesquelles les travailleurs ont choisi, voir J.GrandMaison, ibid, pp.165-172.( 9) Qu'il suffise de rappeler qu\u2019aujourd\u2019hui, ce qui est \u201ca la mode\u201d ne dure guère plus d\u2019une saison, tandis que dans les années \u201850 un style demeurait 2 et même 3 ans.(10) La concurrence est encore très vive dans le textile/vêtement en raison de la faible concentration monopolistique du secteur.(11) On trouve les chiffres exacts de ces déficits et leur imputation à chacune des usines, dans le rapport de la firme Kurt and Salmon Associates, déposé au comité mixte de reclassement des travailleurs de la Regent, en janvier 1973.(12) C\u2019est en juillet \u201872 que la direction avisa les employés de l\u2019usine de St-Jé- rôme du congédiement de 310 des 520 employés.(13) Elton Mayo, The social problems of an industrial civilization, Harvard University Press, Cambridge, 1945.(14) D.Roy, \u201cQuota restrictions and goldbricking in a machine shop\u201d, American Journal of Sociology, mars 1952, pp.427-442.D.Mothé, Journal d\u2019un ouvrier, Ed.de Minuit, Paris, 1959.(15) Les ouvriers de la Regent Knitting étaient affiliés à l'UOTA depuis 1959, mais en refusaient les services, en réalité, depuis 1965, apres avoir perdu le procès syndical qu\u2019ils avaient intenté contre le directeur provincial de cette fédération, pour ses manoeuvres suspectes lors de la négociation et de la longue grève de 1963.(16) Pour les résultats de cette étude, voir J.GrandMaison, op.cit.(17) Rappelons, à nouveau, la reconnaissance qu\u2019en faisait la partie patronale lors de ces négociations avec sa proposition de faire du syndicat le sous-con- tracteur de la production.(18) Pour un rappel de ces faits, voir J.GrandMaison, op.cit, p.174 ss.(19) Depuis l\u2019autogestion, la productivité s\u2019est accrue d\u2019environ 30% par rapport à ce qu\u2019elle était du temps des Grover, sans qu\u2019une armée d'ingénieurs industriels ait envahi l\u2019usine.44 TFRICOFIL COMPAGNIE AUTO GE RE: A TRIcCoFiIL ENTREPRISE slo eus suit que wat \u201cson de ale a po a je gris TRICOFIL COMPAGNIE AUTOGEREE TRICOFIL ENTREPRISE Société Populaire Tricofil Inc.Assemblée Générale 4 th NF a Ad de Direction production \\ études.méfhooes } marketing AGA = entretien Formateur Informateur | J \u2014\u2014 A | | AL ables de Segtions tri Edge conf \u2018ection Sn 41.Its Pons de Départements HV hommes ot fenmasly em NN NN NN A.\u201c3 dha Unités de base équipes.atehers v | / Conseil des Trocs à A fort uvre fmtion fll (A pate lo sas fol A ising a i AA ARR ANNE LANDE AA ARR NC RÉ ARR 45 Tricofil (Chanson sur l\u2019air de \u2018C\u2019est l\u2019aviron qui nous mène) Refrain: C\u2019est Tricofil qui nous mène, qui nous mène.C\u2019est Tricofil qui nous mène en haut -|- Pendant longtemps nous étions des victimes (bis) Et il y a deux ans on ferma notre usine Refrain -2- Car parait-il ce n\u2019était plus rentable (bis) Deux trois millions c\u2019est vraiment lamentable Refrain _3- Il se fichait des gens de St-Jérôme (bis) Car parait-il il est normal qu\u2019on chôme Refrain _4- Nos députés dans un geste subline (bis) Nous condamnèrent à crever de famine Refrain _5- Nous, travaillants, si petits que nous sommes (bis) Avons montré que nous étions des hommes Refrain -6- Nous tisserands et petites couturières (bis) Avons fait la société populaire Refrain 46 gi ole Sens al Me Muriel Garon-Audy Robert Laplante Sens du travail et auto-gestion Ce qu\u2019il y a de fascinant dans Tricofil, c\u2019est que l\u2019aventure ne se donne pas comme l\u2019aboutissant et l\u2019application d\u2019une doctrine toute faite mais résulte au contraire d\u2019une action collective à ras de terrain, à même la quotidienneté et l\u2019enracinement communautaire d\u2019un groupe de travailleurs que le partage d\u2019un même labeur et des mêmes épreuves a lentement solidarisé d\u2019une manière singulière.Les travailleurs ne s\u2019en cachent pas, c\u2019est un peu par accident qu\u2019ils en sont venus à l\u2019auto-gestion.La barbarie du capitalisme colonial, la servilité du bourassis- me et, surtout, la volonté de préserver et faire durer une collectivité qui s\u2019était construite dans un milieu de travail qu\u2019ils ont appris à aimer, les auront graduellement amenés à forger eux-mêmes et a leurs mains les outils nécessaires à la résolution des nombreux problèmes qui pèsent sur leur condition.Ft en ce sens, Tricofil, ce n\u2019est pas la démonstration de la pertinence et de la véracité de quelque doctrine que ce soit; c\u2019est d\u2019abord et avant tout une expérimentation.Quelle que soit l\u2019importance du point de vue structurel, l\u2019histoire et l\u2019analyse des facteurs qui ont contribué à la crise et à l\u2019agonie d\u2019une entreprise capitaliste à gestion colonialiste ne doit pas faire perdre de vue l\u2019histoire d\u2019un groupe de travailleurs qui puise à même ses ressources et son savoir les modalités concrètes de mise en chantier d\u2019une nouvelle insertion du travail autant dans la vie personnelle que communautaire dont Tricofil commence de réaliser l\u2019incarnation.Il faut bien insister sur le fait que le groupe a trouvé en lui-même la matière de sa démarche et que les 47 différents apports extérieurs n\u2019ont jamais fait que s\u2019y adjoindre et non pas s\u2019y substituer.Car comme de raison, très tôt, ils ont dû affronter le pseudo-enseignement cynique et méprisant d\u2019une poignée de sectaires pour qui l\u2019orthodoxie et la réthorique priment sur l\u2019action et l\u2019expérience concrète, mais ils ne se sont guère laissés impressionner par l\u2019insolence de ceux pour qui le labeur et la dignité ne sont que des formules creuses.Pas plus, d\u2019ailleurs, ils ne se sont laissés berner par les prophéties des technocrates et des apôtres de la rentabilité-avant-tout.On n\u2019a pas gaspillé beaucoup de salive à leur répondre car le projet a depuis longtemps dépassé le stade d\u2019une réaction à des conditions et des définitions des problèmes qui viennent de l\u2019extérieur.Ce projet se nourrit et se développe de l\u2019intérieur; il se définit par rapport aux exigences et aux priorités du groupe lui-même et non par rapport aux conseils et directives qui trouvent leur fondement ailleurs que dans l\u2019expérience de travail.Cela ne signifie évidemment pas que les travailleurs rejettent toute influence extérieure, mais bien plutôt que cette dernière ne devient pertinente que si elle trouve à se fondre au creuset de la besogne collective.Et la besogne, à Tricofil, ça ne signifie pas du tout le travail acharné en vue d\u2019améliorer les profits et la productivité.La besogne à Tricofil, ça signifie d\u2019abord et avant tout faire sa part dans la réalisation d\u2019une oeuvre collective.Une oeuvre, c\u2019est-à-dire le produit signifié d\u2019un travail signifiant.C\u2019est en ce sens, et à ce niveau de la signification que Tricofil est davantage une proposition de rechange qu\u2019une simple solution d'aménagement confortable du milieu de travail en industrie capitaliste.Car c\u2019est au niveau du rapport au travail et de sa finalité individuelle et collective que la jeune aventure s\u2019avère d\u2019ores et déjà fondamentalement révolutionnaire.À l\u2019appropriation des moyens de production s\u2019est jointe la remise en question radicale de tout ce qui soustend l\u2019organisation de la production, c\u2019est-à-dire ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la rationalité industrielle.En d\u2019autres termes, on n\u2019a pas seulement pris possession des moyens de production, on s\u2019est aussi attaqué à ce qui, en eux et par eux, réduit le travailleur à une simple force de travail.Bref, on redéfinit les finalités du travail.48 pend Moyen pil sion fs ue pl depos [organ wor i fans | nier, ks mo Ma ail Droits [res 3 af Finalité, rationalité et organisation du travail Falon, On sait que le capitalisme, en s\u2019appropriant à la fois I yg.les outils et les produits du travail, déplace la fina- i lité de celui-ci vers la consommation.Ce déplacement s\u2019ef- Bie fectue sur le divorce entre le geste technique accompli par RS80p le travailleur et la signification de ce geste, son incarnation din dans un produit.Le travailleur ne produit pas pour son rs, J usage, il vend sa force de travail et le résultat de cette rs: vente, le salaire, lui donne accès à la marchandise dont 1l Tà pas veut faire usage (a besoin).Il n\u2019y a plus de lien organique Projet à entre les moyens mis en oeuvre, les gestes techniques et la D à des routine quotidienne, et les fins visées par le travailleur.Le und sens de son travail ne vient pas principalement de ce qu\u2019il ¢ lin produit mais plutôt de ce à quoi il donne accès.prior Ce divorce entre technique et signification ne tient nsel cependant pas seulement à l\u2019appropriation privée des de dans moyens de production; il tient aussi et surtout à ce que le tps} capitaliste s'empare, en plus, de la rationalité de l\u2019organi- éree sation du travail: propriétaire des outils, il s\u2019arroge en tie Plus le droit d\u2019en dicter l\u2019usage de manière à s\u2019assurer woe Une plus grande rentabilité.Ainsi, l\u2019ouvrier est également i dépossédé du droit de faire intervenir sa rationalité dans l\u2019organisation de la production; il est lésé du droit de faire him Valoir son point de vue, de définir lui-même l\u2019usage des ofsa outils qu'il manipule.ford Historiquement, cette appropriation de la rationalité 2 OEUTE de la production fera entrer un nouveau personnage win dans la manufacture d\u2019abord et dans l\u2019usine ensuite, /\u2019ingé- skh ieur.C\u2019est à lui que sera assignée la tâche d\u2019améliorer \u201cmé les modalités d'opération de la production dont il n\u2019aura, rl par ailleurs, pas à discuter la finalité: la maximisation des \u2019 profits.Sa présence et son savoir viendront effacer les traces de l\u2019appropriation de la rationalité de l\u2019organisation kn] de la production en faisant intervenir une autre rationalité, Jan celle de l\u2019objectivité scientifique.On parlera alors de divi- ni sion scientifique du travail.Ce recouvrement donnera lieu somÿ au mythe de la neutralité de la technologie et à l\u2019idéologie gil- delacompétence.Ce qu\u2019on appelle division scientifique du travail re- ve couvre en réalité deux aspects très différents du \" se} problème de l\u2019organisation de la production.La notion ren- yf Yole, dans un premier temps, à une rationalité basée sur (a?des exigences purement techniques, c\u2019est-à-dire ayant trait à la réalité instrumentale de l\u2019outil (lois physiques 49 a1 oF ail EE at EN EE cé .etc.).C\u2019est ce qu\u2019on désigne quand on parle du rendement.La productivité, pour sa part, renvoie à la rationalité dans l\u2019utilisation du capital ou, si l\u2019on veut, à l\u2019organisation du travail en vue d\u2019un profit maximal.Le travail de l\u2019ingénieur ne concerne donc jamais uniquement les seuls problèmes objectifs de la production puisque l\u2019intervention technologique implique toujours, et simultanément, un rapport aux outils et un rapport des travailleurs entre eux dans leur utilisation de ces mêmes outils.Erigé en figure d\u2019autorité objective, l\u2019ingénieur enlève aux travailleurs le droit et le pouvoir de définir et questionner les rapports qu\u2019ils entretiennent entre eux et aux outils dans le contexte de la production.Ainsi décomposée, la notion de technologie laisse voir son fonctionnement politique, mieux, elle dévoile une emprise politique dans et sur le travail par un usage frauduleux d\u2019un certain type de savoir, le savoir technique.Cet usage frauduleux est le fondement même de l\u2019idéologie de la compétence.En attribuant à son usage (la technologie) la neutralité qui revient à sa nature (le savoir n\u2019a pas de valeur positive ou néfaste en soi) le capitalisme utilise en fait le savoir scientifique pour disqualifier le savoir pratique des ouvriers.Toute la notion de compétence repose sur la disqualification du savoir issu de l\u2019expérience au profit de celui acquis par apprentissage scolaire et l\u2019organisation trouve son principe de hiérarchisation dans la possession (ou non-possession) de ce dernier.Le travail se divise alors en fonction de la nécessité plus ou moins grande d\u2019utilisation de ce savoir académique, et les tâches qui le nécessitent le moins seront au bas de l\u2019échelle, reconnues comme inférieures.Pourtant, c\u2019est bien connu, la plupart des usines ne pourraient fonctionner en s\u2019en tenant uniquement aux directives du savoir théorique.Le processus concret de la production pose, a chacune de ses étapes, des problemes dont la solution nécessite l\u2019application du savoir pratique de l\u2019ouvrier.Ainsi, non seulement le savoir pratique est-il disqualifié mais encore est-il systématiquement piraté par ce type d\u2019organisation de la production.| A Tricofil, ce savoir non-reconnu, non-légitime et considéré comme peu pertinent a pourtant permis aux ouvriers de faire, lors de la crise de la Regent Knitting, une analyse de la situation qui identifiait avec la même acuité les mêmes problèmes que ceux que repéra la firme 50 (eles quire § ps ane tion à Lert posa que | fechnoer pour le vequ MIO fetravl I I tchnolo (yan spe cle no fort a prétend neva Cannas ist ihe tags à ater aval | tm, Ÿ d\u2019experts chargée de l\u2019étude administrative et technologi- Clin que.Ils ont évidemment proposé des solutions très diffé- ing ÿ rentes de celles de la firme qui, d\u2019ailleurs, ne cachait ge guère son fonctionnement politique puisqu\u2019elle osa même 10 proposer que son rapport d\u2019expertise soit adopté comme Win convention collective, et cela sans qu\u2019il soit l\u2019objet de négo- Any ciation avec le syndicat.L\u2019acceptation du point de vue de tex entrepreneur ne pouvait être plus évidente; le rapport ne ge proposait qu\u2019une réforme de gestion: il s\u2019agissait, pour rées} soudre la crise, de mettre en place une gestion de type Wors technocratique.Le savoir des travailleurs les avait amenés, mye pour leur part, à la nécessité de mettre sur pied un nou- to veau modèle d\u2019organisation définissant un nouveau rapport x de detravail.car bn Inutile d\u2019ajouter que le cas de cette firme n\u2019est pas gh unique.Toutes les invocations a une quelconque technologie congue comme aseptique fonctionnent sur la me croyance a l\u2019existence d\u2019une rationalité industrielle intrin- is sèque à la technique elle-même.C\u2019est cette croyance \u2014 me Cette non-reconnaissance de l\u2019emprise politique sur le rap- gk port au travail \u2014 qui a conduit bon nombre d\u2019*\u2018experts\u201d à uw ds prétendre que dans une certaine mesure, l\u2019aliénation est snk Inevitable dans le type de technologie moderne que nous sy e Connaissons.Le haut degré d\u2019autommation, prétendent-ils, se à Pour conséquence inévitable de rendre certaines tâches si complètement dépourvues de signification.C\u2019est un peu > jy comme si cette absence de signification était inscrite dans cé la machine elle-même au lieu de provenir du rapport à son ni y usage.On s\u2019enferme alors soit du côté de la nostalgie, au Le nom du mythe du bonheur dans un travail artisanal pré- Le industriel déjà révolu, soit du côté de l'utopie, au nom du ou mythe de la civilisation des loisirs où la machine aura \u2018ag J Téussi à faire disparaître complètement le travail \u201cnon- lt créateur\u201d, et par là, le problème de la signification du «2 travail lui-même.\u201ccesse 5, 100 encor sation Le travail aliéné Cette notion même d\u2019aliénation ne peut fonctionner analytiquement que dans la mesure où l\u2019on néglige de considérer le rapport politique qui se greffe sur le rapport de travail.Car ladite notion, dans toutes ses acceptions \u2014 et Dieu sait s\u2019il y en a \u2014 renvoie toujours à une négation de la capacité de l\u2019aliéné (l\u2019ouvrier, le travailleur) à produire de la signification.Elle prétend toujours que le tra- 51 ame mis db ii, ; mêé firme vailleur aliéné est celui pour lequel le travail n\u2019a plus de sens et ne peut plus en générer à partir de la situation de travail même.Cette négation renvoie évidemment à un rapport pédagogique que l\u2019on entretiendra avec l\u2019aliéné.N\u2019étant pas à même de produire lui-même le sens de son expérience de travail, on le lui enseignera; on l\u2019aidera \u2014 solidarité oblige \u2014 à produire le sens vrai de ce qu\u2019il est dans ce qu\u2019il fait.On voit bien comment la négation du rapport politique dans le rapport de travail conduit à la mise en place d\u2019un rapport de pouvoir (entre le \u201cpédagogue\u201d et l\u2019\u201caliéné\u201d) sur les moyens de libération.Fondamentalement, ce rapport de pouvoir s\u2019exprime par trois types de théories de l\u2019aliénation.La première est ce qu\u2019on pourrait appeler la théorie humaniste de l\u2019aliénation.Celle-ci y est définie comme résultant d\u2019une conception et d\u2019une organisation du travail basées sur des valeurs négligeant la véritable \u2018\u201cpersonne humaine\u2019.Sa pédagogie sera celle de la maturation: il faut mettre sur pied des mesures qui vont permettre au travailleur de devenir un \u2018adulte authentique\u201d.La seconde est une théorie psychologiste de l\u2019aliénation.Elle fonctionne sur une pédagogie de la créativité visant à l\u201d\u201cépanouissement\u201d de la personnalité du travailleur.Sa conception du travail est tributaire de la croyance en des \u2018\u201cbesoins fondamentaux de la nature humaine\u201d.Ce second type de théorie introduit un nouveau personnage dans l\u2019usine, le psychologue, qui viendra tâcher de résoudre des problèmes de \u2018gestion des ressources humaines\u201d.Enfin, les théories de la conscience sociale de l\u2019aliénation fonctionnent, pour leur part, sur une pédagogie par l\u2019histoire.Dans ce cas il faut fournir à l\u2019ouvrier l\u2019interprétation \u201c\u2018vraie\u2019\u2019 (basée sur la certitude du sens de l\u2019histoire) de ses \u201c\u2018véritables intérêts réels\u201d.Tous les débats sur le rôle des élites ou de l\u2019avant-garde ouvrière fonctionnent sur la discussion de cette capacité de déchiffrer le sens de l\u2019histoire et sur la légitimité du déchiffräge.Dans les trois cas, le paradoxe est le même: si on insiste trop sur l\u2019aliénation, on ne parvient pas à expliquer les dynamismes des mouvements ouvriers, et si on n\u2019insiste pas suffisamment, la doctrine est inutile.Dans les trois cas également, on affirme que le travailleur n\u2019a, par ses propres moyens, qu\u2019un accès dégradé à un sens 52 ga | On fer jus le AE pet | qu sit valeurs | «céder Hglime socle \\ i J bias dela nr de son pire 9 oper sa pal lctuée ronal miles ( nel pa process mais $0 ase flion d tsa ( Ii I pése lansfor bs I lenérie dese quo Veiseme Hil me fy 18 eng ns tou | laval, Li yg pl de don de ln Se sp airy {il 54 politi- Mist gp Eg mentale pes de or Me com- nu in pi uration: ele a {alien la crt Jie du re de le ture hu- (eau pe cher de NL de al eat l'ouvriéf sens de Tous ls ufr 2 i of JU + dégradé de son travail et, plus largement, de son existence.On reproduit ainsi la même censure que celle à l\u2019oeuvre dans le cas de la technologie et de la rationalité industrielle: le savoir et le bagage d\u2019expérience du travailleur ne peuvent pas vraiment avoir d\u2019efficace sur la transformation de sa situation; il doit avoir recours à un autre savoir (des valeurs vraies, de la nature humaine ou de l\u2019histoire) pour accéder à une signification reconnue comme pertinente et légitime de sa participation aux divers mouvements sociétaux.Nous abordons là le plus profond mécanisme d\u2019assujettissement mis en place par le capitalisme: par le biais de l\u2019appropriation de la rationalité de l\u2019organisation de la production on a progressivement dépossédé l'ouvrier de son droit et de son pouvoir d'utiliser sa culture, c\u2019est- à-dire son bagage de connaissances forgées à même son expérience et ses espérances, pour se définir et légitimer sa participation sociale.Cette lente dépossession s\u2019est effectuée par la prise en charge par le capitalisme de la rationalité scientifique qu\u2019il a progressivement étendue du milieu de travail à tous les secteurs de la vie sociale.Il n\u2019est pas lieu ici de montrer comment s\u2019est effectué ce processus complexe de diffusion de ce type de rationalité, mais soulignons seulement que sa déconstruction dans l\u2019organisation du travail entraîne nécessairement la déstructuration de tout un ensemble de pratiques qui n\u2019ont pas nécessairement de lien apparent avec celles du travail.C\u2019est d\u2019ailleurs au niveau de ces pratiques extérieures au travail que nous avions d\u2019abord pensé situer la présente analyse.Nous nous demandions comment une transformation des relations de propriété et de pouvoir dans l\u2019organisation du travail pouvaient modifier la vie à l\u2019extérieur de celui-ci.Toutefois la surabondance et la richesse des transformations de sens véhiculées au niveau de la quotidienneté du travail même, et l\u2019ampleur des bouleversements que ces transformations font subir aux 1dées généralement acceptés au sujet du travail nous ont rapidement fait voir que Tricofil \u2014 et ce n\u2019est pas le moindre de ses enseignements \u2014 c\u2019est la pratique constante de dé- construction des évidences que produit, inculque et diffuse à tout l\u2019ensemble social un certain type d\u2019organisation du travail.Ces évidences sont en fait les lieux de recouvrement du rapport de pouvoir dans le rapport de travail; elles sont véhiculées par une série de notions qui servent, dans 53 le discours quotidien, à définir non pas des caractéristiques structurelles mais bien des caractéristiques des individus, de leur savoir et de leurs motivations ainsi que de la valeur de ces derniers.Or par un renversement des perspecrives, ces caractéristiques attribuées aux individus sont utilisées pour justifier les structures qui les ont fait apparaître et rendue nécessaires.Ainsi, nous tenterons de montrer que les notions de compétence, de mobilité sociale et d\u2019émulation constituent trois points stratégiques sur lesquels s\u2019érigent et se diffuse le monopole des significations qu\u2019impose le rapport structurel que nous venons de décrire.Nous montrerons d\u2019autre part comment ces notions subissent une mutation complète quand les bases structurelles qui les rendaient nécessaires et qu\u2019en retour elles aidaient à survivre, sont soudainement remplacées par un modèle dont les fondements diffèrent radicalement.La notion de compétence La notion de compétence est sans aucun doute l\u2019une des plus lourdement investie idéologiquement et par le fait même l\u2019une des plus utiles au maintien de la situation établie de la division des tâches, des responsabilités et du pouvoir.Son fonctionnement peut se résumer en deux mots: elle cloisonne pour mieux hiérarchiser et cela, tel que nous le soulignions plus haut, sous le couvert de la rationalité.La hiérarchisation qu\u2019elle effectue est le résultat de la combinaison de deux axes: d\u2019une part, l\u2019axe travail manuel/travail non manuel, d'autre part, l\u2019axe capacité de prendre des responsabilités/absence de cette capacité.La division travail manuel/travail non manuel est classique: elle permet de subordonner celui qui travaille de ses mains à celui qui effectue un travail intellectuel, celui qui se salit à celui qui n\u2019a pas besoin de le faire, celui qui a reçu une formation scolaire brève, à celui qui en a reçu une plus prolongée, etc.Quant à la dimension responsabilité, la hiérarchisation s\u2019effectue selon la largeur de la réalité que cette compétence peut englober: elle s\u2019étend des aspects techniques, donc spécifiques au travail particulier qui est effectué, aux aspects \u201cpolitiques\u201d du travail: son organisation en vue d\u2019une finalité, une oeuvre à produire, à lancer sur le marché, la rencontre de l\u2019offre et de la demande, le besoin social à satisfaire, etc.54 Si i tie (ul fie.fig qi posi le ouf des clos de l'auto de \u201cpensé Si la phon rement, sivation lusqu'r felraval Les eff - Lepr U I économi Juris 50 fr) fs rap lal L ment sq Ile e 10n mar ts up fire le (se: Wie ( Si l\u2019on se place dans le contexte d\u2019une entreprise industrielle, on voit facilement les coupures que jus- dtifie l\u2019utilisation de ce couple d\u2019axes définissant la compétence.A un extrême, la masse des ouvriers, à l\u2019autre, les dirigeants de l\u2019entreprise; entre les deux, d\u2019une part, quelques positions de supervision du côté ouvrier, d\u2019autre part, le groupe des cols blancs.Entre ces différentes catégories, des cloisons parfois très étanches et une ligne hiérarchique de l\u2019autorité appuyée sur la capacité de certains individus de \u2018\u2018penser\u2019\u2019 l\u2019oeuvre dans ses parties ou dans sa totalité.Si l\u2019on jette un regard sur l\u2019organisation du travail à la Regent Knitting, les conséquences de cette con- sh, Mception de la division des compétences apparaissent clai- 1riy; Rrement.Le caractère arbitraire, non nécessaire de la minis Situation qu'il crée ressort par contre de façon frappante wi florsqu\u2019on se tourne pour examiner la quotidienneté de la vie de travail à Tricofil.Wri.Gs ing Qe \"en fo diy on fi LORS de lig §0- Létiques 8 sgn enon Helv ÿ Les effets de la division des compétences: avant \u2014 Le principe de cloisonnement Une chose est claire: le décalque des rapports économiques de production (qui définissent les intérêts économiques des divers groupes en présence) sur les rapports sociaux de production (en gros les rapports de pouvoir) s\u2019accomplit de façon parfaite au travers la définition des rapports de compétence dans la situation quotidienne du travail à la Regent Knitting.La division des compétences s\u2019y effectuait, selon le modèle traditionnel, par trois formes de cloisonnement scrupuleusement maintenues: d\u2019une part, une ligne nette est tracée entre les employés chargés des opérations non manuelles (les cols blancs) et les travailleurs chargés des opérations manuelles; il y a d\u2019autre part cloisonnement entre les différentes opérations manuelles effectuées à l\u2019usine; il y a enfin coupure entre les exécutants et leurs supérieurs chargés de leur surveillance.Ces trois modes de division remplissent des fonctions qui, bien que localement différentes, n\u2019en demeurent pas moins étroitement imbriquées.Alors que pour le dernier aspect mentionné, celui rattaché à la nécessité de surveillance, le principe de cloisonnement joue le rôle avoué de stimulant de la production, il paraît clair que le résultat principal de ses deux autres aspects, c\u2019est d\u2019assurer une invisibilité complète de l\u2019oeuvre dans son ensem- te l'une © at par + Sue lids el 2n deux za, te bln lat Be > travail cape 3% quel est q tra elle i fae.Slur qu mens largeur de ; vil ws 0 uve i folie 55 PE ble: les cloisonnements ne laissent aux travailleurs que de petites finalités aveugles.Du temps de la Regent, les ouvriers et les employés de bureaux vivaient évidemment dans deux mondes séparés; il en est partout ainsi dira-t-on\u2026et l\u2019on cherchera comme explication le niveau d\u2019instruction plus élevé des, cols blancs, le fait qu\u2019ils ne se salissent pas les mains, etc.Raisons bien triviales à côté de l\u2019évidence du danger pour l\u2019entreprise de la communication entre deux groupes dont l\u2019un a accès, par bribes bien sûr, aux secrets de politiques globales de l\u2019entreprise, et de la nécessité consécutive pour le patronat de s\u2019assurer sa fidélité: ce que la menue monnaie de l\u2019illusion d\u2019appartenir à une classe différente de travailleurs, en l\u2019occurence celle juste au-dessous de celle des patrons, achète à bon prix.Ainsi est assurée l\u2019étanchéité du cercle de la direction.Au niveau des travailleurs manuels, le cloisonnement se poursuit: non seulement on ne se parlait pas d\u2019un département à l\u2019autre, mais encore, bon nombre d\u2019ouvriers ignoraient ce que produisait la collectivité des travailleurs de l\u2019usine dans son ensemble.D\u2019où l\u2019émerveillement de plusieurs, une fois l\u2019usine prise en main par les ouvriers, de découvrir, lors de visites de l\u2019usine organisées pour ses travailleurs, la variété des produits fabriqués: \u201cJe ne savais pas, dira l\u2019un, qu\u2019on fabriquait d\u2019aussi belles choses\u201d (1).Hiérarchie et motivations: le principe d'autorité Au niveau du fonctionnement de l\u2019usine ce mode de cloisonnement aboutissant au confinement des ouvriers de la fabrication au dernier échelon de la hiérarchie se traduit dans la conception corrélative d\u2019une réduction au minimum de leurs motivations au travail.Or, si le travail ne fournit pas en soi sa propre incitation, nécessité est donc de faire intervenir des incitations extérieures, lesquelles ont traditionnellement pris deux formes: la prime au rendement et la surveillance étroite du travail.Avec la première, seul le contrôle sur la qualité du produit est nécessaire puisque, par le dynamique interne de ce mode d\u2019incitation, les intérêts des ouvriers et des patrons deviennent identiques: la production d\u2019un maximum d\u2019unités.Il suffit même de rémunérer sous cette forme un ouvrier placé stratégiquement dans la ligne de production pour qu\u2019il agisse lui- même comme \u201c\u2018stimulant\u2019\u2019 sur les ouvriers dont sa produc- 56 ion 84 i al gai consid \u201cpure semi ! | fo 10 pn pee i ; quand fat 50 étaient Cea n jeudi à A lat tlle 1 quand thr N lise even Regen > Une lou Mpg ig S que de Moy | Thondey ere Jet di as, gp ST Dour 0 don lige live pour We mop.rente de de cell 2 [an ment pas d'un ouvriers alles ment de OUFFIEIS, pour 5 > De 9 ; Del | Ie mode des Ol drach jotion 2 tava st dom quel sy rende prem esl patio it ident: if mk icy gist prod tion dépend.Cette prime au rendement était un mode, de rémunération fort utilisé à la Regent.Et, comme l\u2019industrie du textile est l\u2019une de celles où les niveaux de rémunération sont les plus bas, la pression devenait souvent très considérable.C\u2019est ainsi qu\u2019on entend encore parler de \u201cpauvres vieux qui se faisaient mourir soixante heures par semaine\u201d.La deuxième forme d\u2019incitation joue également sur les motivations extérieures au travail, et cette fois de façon peut-être encore plus vitale puisque c\u2019est le gagne- pain lui-même qui est menacé.La menace constante de la perte éventuelle de l\u2019emploi fait l\u2019essentiel de la \u2018\u201cpsychologie\u201d de la surveillance.La peur supplée à l\u2019intérêt.Or c\u2019est clairement ce règne de la tension et de la peur qui ressort le plus violemment de la description de l\u2019atmosphère quotidienne de travail à la Regent: \u201cT\u2019étais toujours watché.Tu te tournes la tête d\u2019un bord, il y en avait un d\u2019un bord, puis un de l\u2019autre bord.même j'ai connu un surintendant qui se cachait derrière les piles de matériau pour te watcher tout le temps.Ça se faisait ça.Même celui-là y accrochait une femme sur les machines à coudre puis la lâchait pas jusqu\u2019à temps qu\u2019elle pleure\u2026\u201d La ligne d\u2019autorité marquait ainsi un pouvoir absolu sur qui était conçu comme un simple exécutant.Aussi quand les exigences de la production, dont le secret demeurait soigneusement gardé, le demandaient, des ouvriers étaient cavalièrement mis à pied, sans aucun pré-avis.Cela ne relevait pas de leur compétence.\u2018\u2018Ils arrivaient un jeudi avec des petits papiers blancs.On vous appellera.\u201d A l\u2019atmosphère de tension quotidienne s\u2019ajoutait ainsi cette menace d\u2019être slacké sans qu\u2019on sache à l\u2019avance quand et pourquoi.Menace liée à un pouvoir qui pourra aller jusqu\u2019à celui de mettre un cadenas à la porte de l\u2019usine, un beau lundi matin, sans que personne n\u2019ait été prévenu d\u2019avance: on n\u2019avait plus besoin de personne à la Regent.\u2014 Une autre perspective sur les compétences On le voit, la notion courante de la division des compétences, et par le fait même des responsabilités, débouche sur la description d\u2019un travailleur complètement impuissant et sans ressort, ce qui le place, comme la nécessité des choses, dans un rapport d\u2019autorité dont la légi- 57 timité paraît incontestée.C\u2019est ainsi semble-t-il que se prépare le piège à l\u2019intérieur duquel tomberont également, comme nous le soulignions au départ, les apôtres du travailleur aliéné.Le rapport de pouvoir qu\u2019il prépare et justifie est différent, mais il se fait dans les deux cas au nom de la possession d\u2019une vérité: celle de la rationalité de la production dans un cas, celle du sens du travailleur et de sa vocation historique dans l\u2019autre; rationalité vraie à laquelle s\u2019oppose un appel à la conscience vraie.Dans les deux cas, même conséquence: toute la signification de la pratique du travailleur est assujettie, ce qui justifie le pouvoir, qui d\u2019un patron, qui d\u2019un maître à penser.Curieusement, quand on écoute les ouvriers parler de leur travail, se définir comme travailleurs de la Regent Knitting ou de Tricofil, indépendamment du fait que dans le premier cas, comme le dira un travailleur: \u201cNous n\u2019avions pas le droit de penser\u201d, on est loin de cette image d\u2019une activité privée de signification.Il se dégage au contraire de ce discours une conscience vive de la possession d\u2019une compétence réelle, de la prise qu\u2019elle donne sur la matière et la machine, et de la fierté de l\u2019oeuvre qu\u2019elle permet de créer.Ce n\u2019est peut-être que l\u2019emprise de l\u2019idéologie de la compétence qui nous fait nous étonner de l\u2019amour profond et la fierté du métier qui se dégage du discours des ouvriers.Pour en témoigner, on n\u2019a qu\u2019à écouter les travailleurs.Ainsi une ouvrière à qui l\u2019on demande si elle aime son travail répond: \u201cOui, oui, ça, je veux dire, c\u2019est pas une chose à demander, parce qu\u2019on a passé toute notre vie ici\u2026\u201d Une autre affirme: \u201cMoi, j'aimais beaucoup l\u2019ouvrage ici, l\u2019ouvrage de la couture, c\u2019est pour ça que je suis revenue\u2026\u201d Une autre encore: \u201cJe me suis essayée ailleurs.mais je revenais toujours ici.Ailleurs c\u2019était pas le métier que jai- mais.\u201d Et: \u201cOn aimait ça travailler, 'ouvrage était le fun.je veux dire côté travail\u201d.Une autre à qui l\u2019on demande si elle est heureuse dans son travail, répond: \u201cOui, moi.Il y en a plusieurs qui me disent: moi ta job je ne l\u2019aimerais pas beaucoup.Moi c\u2019est un ouvrage 58 à la travail écoulé Deux dimens \u201c| Qe Men, li {fa {l is Uno dl de male à 8 jeg deh ?outer de de la it que \"Nous image {on sion sur la quelle i de ner de lu die æou- mande que j'aime beaucoup, puis je suis vraiment chez nous ici.\u201d Enfin une ouvrière affirme: \u201cJe trouve que tout le monde qui travaille ici, c\u2019est le monde qui sait bien travailler.c\u2019est quelque chose, c\u2019est un métier\u2026\u201d Et elle ajoute en parlant du tissu fabriqué à l\u2019usine et avec lequel elle confectionne des vêtements: \u2018\u2026]l nous passe dans les mains du matériel que c\u2019est de toute beauté.\u201d Dans cette fierté et cet amour du métier, le sens de la compétence et de sa progression continuelle grâce à l\u2019expérience, constitue un facteur très lourd: il enlève au travail son caractère statique, réintroduit la notion du temps écoulé et de la valeur accrue par un apprentissage continu.Deux témoignages illustrent bien l\u2019importance de cette dimension: \u201cJ\u2019aimais à travailler dans le textile.Quand on commence à travailler là dedans, c\u2019est comme autre chose, on finit par s\u2019intéresser à ça\u2026 puis si on travaille 10, 15 ans, 25 ans, on apprend toujours dans le textile.C\u2019est la seule chose qui change à tous les trois mois, qui a du nouveau tous les trois mois, c\u2019est la seule chose.On apprend à tous les trois mois; à tous les trois mois, il faut changer le style de la laine, changer les patrons, ainsi de suite.Il y a toujours du nouveau à faire ici.\u201d Et cet autre: \u201cMoi ça fait à peu près 15 ans que je travaille ici.J'ai commencé comme finisher sur les cardes à apprendre à faire marcher la finition pour la qualité là; ensuite de ça, j'ai appris à huiler, ensuite de ça, j'ai tombé apprenti mécanicien, et puis en fin de compte, je suis rendu premier homme du département ici.Ca prend quelques années d\u2019expérience avant de faire ce que je fais là, mais ça s\u2019apprend\u2026 (suit une description détaillée des opérations dont ce premier homme a la charge, qui se termine ainsi).il faut beaucoup de surveillance, il faut toujours surveiller les hommes, puis voir à ce que l\u2019ouvrage soit bien faite: dans la laine, il ne faut pas qu\u2019il y ait d\u2019accrochoirs, ni de loupes, ni de moutons, ni de brins fins.Il faut que le brin soit absolument uniforme pour le tissage, sans ça c\u2019est 59 pas bon.Donc ça prend plusieurs années d\u2019expérience de pratique pour arriver à ce point là.\u201d C\u2019est à la fois la fierté face au travail et son produit (\u201crendu en avant là, le fil est teint, il est fini, il est beau\u201d) et face à la qualification acquise également conçue comme produit du travail.Et c\u2019est d\u2019ailleurs souvent à partir du sentiment de cette compétence et de cette expérience que s\u2019effectue la critique du fonctionnement de l\u2019usine du temps de la Regent: \u201cC\u2019étaient des gars qui laissaient tout aller.\u201d Ou: \u2018\u2018T\u2019avais un paquet de gens dans les pattes qui connaissaient absolument rien.Ils te nuisaient plus que d\u2019autre chose\u201d.\u2026\u201c\u2018Il ne fallait pas se mettre dans leurs pattes: on les laissait jouer, point.\u201d On voit tout le mépris compris dans le terme \u201cjouer\u201d et la fierté du travailleur en possession de ses connaissances, sa compétence appuyée par son expérience.Enfin, une dernière dimension des significations vécues du travail, dimension étroitement rattachée aux précédentes parce qu\u2019elle en est finalement le produit le plus global: c\u2019est le sentiment d\u2019appartenance qu\u2019une vie de travail faite de sueurs, bien sûr, mais également de réalisations, finit par tisser de façon très étroite.Et c'est sans doute le thème qui revient le plus souvent chez les anciens de la Regent Knitting.Nous l\u2019avons déjà rencontré dans les extraits présentés plus haut, on le retrouve dans de nombreux autres: \u201cMoi j'ai toujours aimé ça travailler ici, je me sens chez nous, tu sais.je n\u2019ai jamais perdu mon temps: j'ai été à la bonne école.\u201d Et encore: \u201cEux autres, l\u2019usine c\u2019était toute leur vie, même c\u2019est un deuxième chez nous, comme on dit\u2026\u201d Ce à quoi contribuent fortement les liens de sociabilité créés dans le travail, lesquels constituent également un des produits non négligeables de la vie de travail: \u201cOn se connaît toutes, apres 30 ans.\u201d Aussi, quand les ouvriers comprennent que l\u2019usine est bel et bien fermée, c\u2019est la consternation et le désarroi: \u2018Dès le départ, il me semblait que c\u2019était impossible Puis prof [em Xllenge Produit ly NU det à pe, an de Mais d'au- 15 leurs Em: sion de la 0 ¥- \u201cdA dit le ie vie sn de cat raz les \u201cONE > CUS 12 508 ii 5 Hl Kl qi ét Al l'usiné ssl que ça ferme, je ne sais pas si c\u2019était parce que j'ai passé ma vie ici, moi.\u201d Puis une fois la certitude acquise: \u201cPuis là, bien, on s\u2019est tenu une secousse en avant, je pense à peu près une semaine, sur le trottoir, comme si ça avait été une grève, mais on faisait pas de piquet, rien; on se tenait sur le trottoir, on regardait la compagnie.\u201d La description de ce désarroi culmine dans la narration d\u2019un épisode qui prend la coloration de récits propres, croirait-on, aux seules sociétés primitives, la ou l\u2019emprise de la société sur l\u2019homme paraît plus forte: il en est ainsi des récits sur la transgression des interdits, où apparaît l\u2019emprise des croyances sur la vie et sur la mort.Cette narration toute simple nous plonge dans un drame quelque peu mythique, semblable à celui vécu par la victime d\u2019un mauvais sort fatal.Seulement ici, c\u2019est la situation de travail qui a pris la place du mauvais sort: \u201cQuand l\u2019usine a fermé, il y a certains ouvriers qui disaient: \u2018\u2018Moi l\u2019usine est fermée, ma vie est finie\u201d.Fait que là, on leur disait à ces ouvriers là: \u201cBien voyons, attends, tu ne sais pas\u201d, mais leur moral n\u2019est Jamais revenu.Nous en avons eu un, entre autres, un ouvrier qui en est mort.Pour lui, quand l\u2019usine a fermé, le matin même, il nous avait dit ça, le 7 juin: \u201cMoi, ma vie est finie\u201d.Non, non, on le croyait pas; tu sais, on disait: \u2018\u201c\u201cil dit ça sur le moment\u201d.Mais sa vie était vraiment finie.\u201d A n\u2019en pas douter, ces forts liens d\u2019appartenance liés à la conscience d\u2019une compétence tissée au cours d\u2019une vie de travail, ont constitué de puissants catalyseurs pour l\u2019entreprise de réouverture de l\u2019usine: \u201cJe ne sais pas si on a un département a part, affirme une ouvrière, on a toujours eu confiance en nous autres.Ca prenait pas la corvée pour ça parce que, comme on dit, notre ouvrage, on la connaît.Tu sais, quand t\u2019as travaillé.la plupart c\u2019est des personnes qui avaient travaillé 14, 15 ans, ça fait que t\u2019as pas grand chose à leur montrer après ça.Si t\u2019es consciencieux un peu, là-dessus, on avait tous confiance, on était certain que si on prenait notre affaire en main, qu\u2019on serait capables.\u201d 61 de ee ga rE Le passage de la Regent Knitting a Tricofil C\u2019est dans cette atmosphère que s\u2019engage le processus qui devait mener à la réouverture de l'usine.Sans doute, on a tout à construire, mais on ne construira pas à partir d\u2019un vide total.C\u2019est à partir d\u2019un solide fond de compétences, d\u2019expérience, en un mot d\u2019une connaissance profonde du processus de production qu\u2019on travaillera à inventer un nouveau modèle d\u2019entreprise.On puisera évidemment dans les expériences tentées ailleurs mais ce qu\u2019on cherche c\u2019est un modèle adapté à la situation particulière de l\u2019usine et répondant aux aspirations collectives du groupe qui se fait lui-même concepteur.On a bien sûr, entre temps, à essuyer des sarcasmes de certains ouvriers d\u2019autres usines du milieu environnant tant est enracinée l\u2019idée de la hiérarchie inébranlable des compétences: l\u2019idée de réorganiser le travail sans \u2018\u201cboss\u201d\u2019 paraît absurde quand ce n\u2019est démentielle.\u201cC\u2019est une affaire qui tient pas debout ça\u201d.\u2014 Le décloisonnement Quand l\u2019usine se remet à fonctionner, l\u2019organisation des rapports de travail a effectivement subi une mutation complète et effectivement l\u2019ensemble des conceptions liées à l\u2019ancienne notion de compétence deviennent caduques.L\u2019entreprise de décloisonnement commence: les barrières tombent une à une.Les ouvriers siégeant désormais au conseil d\u2019administration, l\u2019information se met à circuler: \u201cC\u2019est important d\u2019être au courant de l\u2019administration.Ça nous donne plus confiance: on est plus confiant dans notre travail qu\u2019avant.Puis là on sait pourquoi on fait telle ou telle chose, ensuite aussi pour quelles raisons il se trouve que telle machine marche; avant on ne le savait pas.Ensuite de ça, il y avait un contrat, on ne savait pas.\u201d La barrière cols blancs/cols bleus a également disparu: le personnel de cols blancs est formé d'anciennes ouvrières qui se sont recyclées, mais pour qui il n\u2019est pas question de renier leurs racines: \u2018J\u2019aimais ce que je faisais avant, dit l\u2019une d'elle, et j'aime ce que je fais maintenant.On a besoin de moi ici, mais nous, on a besoin d\u2019eux (les ouvriers).On est tout aussi importants\u201d.62 {ion A vel qsonn A dis tents fion mei fe tan pus che ri ful vers ou Det 0g.Sine ling 100g Since da à à, i Ce part Wi Milieu I ul cdl AU 108 nent 18 Sir \\ \u201cli iol, dans fall ns ne le 0 Uy NES pus 2 à mo ral Les visites de l\u2019usine ont ouvert les départements les uns aux autres, ouverture accentuée par la participation des ouvriers des divers départements aux différents ni- fveaux de la gestion.A l\u2019intérieur des départements, décloisonnement également des compétences par une tentative d\u2019instauration de la polyvalence des travailleurs: une telle tentative a en effet été inscrite dans le plan de ré-organisa- tion élaboré par les ouvriers.Pour ce qui est du cloisonnement jadis créé par la hiérarchie de surveillance, sa signification a égale- ment subi une transformation complète.Le premier homme a remplacé le contremaître et il n\u2019y a pas là uniquement transformation terminologique.Le premier homme n\u2019est pas un surveillant, dans le sens ancien du terme; c\u2019est un chef d\u2019équipe qui travaille avec elle, la guide de son expérience pour assurer la qualité du produit; il est élu par son équipe.Il n\u2019y a donc plus relation d\u2019autorité absolue du haut vers le bas, mais relation de confiance du bas vers le haut, ou mieux encore, prise en charge collective.\u201cIl faut tous s\u2019accorder ensemble pour travailler.puis travailler en coopération\u2019, affirme un premier homme.\u201cS\u2019il y a des choses qui ne marchent pas, entérine une ouvrière, on peut donner son idée, puis on peut essayer de s\u2019améliorer ensemble.\u201d De même un premier homme explique: \u201cOn peut donner un coup de main pour déprendre un gars.¢a fait de la plus belle ouvrage\u201d.\u2014 Une oeuvre collective Toute l\u2019activité est maintenant axée sur le sens de l\u2019oeuvre collective, et de la fierté de l\u2019oeuvre qui, on l\u2019a vu, était déjà forte sous \u2018ancien régime\u201d, mais s\u2019en trouve accrue: \u2018\u201cJ\u2019ai confiance en ce qu\u2019on fait parce que je vois que c\u2019est tellement beau ce qu\u2019on fait.\u201d Dans cette situation les notions de surveillance et de diversité des compétences n\u2019ont pas disparu.On reconnaît la nécessité de la contribution des plus expérimentés; on reconnaît la diversité des compétences.Mais dans ce nouveau mode de rapports économiques où l\u2019ensemble des travailleurs partagent la propriété et la gestion de l\u2019usine, les différences dans la compétence n\u2019ont plus besoin de se travestir en nécessité de cloisonnement et de 63 hiérarchisation des compétences; elles n\u2019ont plus à justifier une hiérarchie de pouvoir.Il s\u2019est en effet, en cours de route, développé une conception organique du fonctionnement de l\u2019usine en vive opposition avec l\u2019ancien modèle hiérarchique, et où chaque organe est conçu comme essentiel à la survie du tout.Cela se manifeste dans le discours quotidien: \u201cJe suis premier homme, J'ai les capacités, j'ai pas le droit de me glorifier\u2026 l\u2019autre rapporte autant pour la compagnie: J'ai besoin de cet homme\u201d.C\u2019est ce que soulignait également cette phrase d\u2019un col blanc que nous rapportions plus haut: \u201cOn est tous aussi importants\u2019.L\u2019atmosphère de travail s\u2019en est trouvée complètement transformée, changement qui se traduit entre autres, par un relâchement marqué de la tension: \u201cLà on travaille calmement\u201d Et ce calme est sans doute l\u2019impression la plus frappante qu\u2019on garde d\u2019une visite de l\u2019entreprise: \u201cSi tu savais la liberté qu\u2019on a\u201d affirme un ouvrier.Et un autre: \u2018\u201cT\u2019as pas de monde qui t\u2019enfarge\u2026 C\u2019est la liberté totale.C\u2019est plus la même chose: tu travailles physiquement mais tu sors d\u2019ici reposé\u201d On a bien sûr rencontré certaines traces de nostalgie relative à l\u2019ancienne discipline et liée au fait que certains profitent du relâchement de la surveillance pour moins travailler.À ce sujet une ouvrière affirme: \u201cY en a qui sont croches et on ne peut les changer.Y en avaient qui botchaient avant et y en a encore qui botchent.\u201d A l\u2019inverse de cela, un premier homme mentionne l\u2019exemple de celui-ci qui un jour ne s\u2019arrête pas pour prendre son heure de dîner, celui-là qui reste le soir, celle-là encore qui revient le soir pour se pratiquer sur une nouvelle machine.\u201cS\u2019il y a quelque chose à faire et que c\u2019est important, affirme bien à propos un ouvrier, tu le fais et tu regardes pas ta montre\u201d.\u2014 Un surplus de compétence Le résultat le plus frappant de ce terrible ouragan qui a voulu balayer tous les cloisonnements, c\u2019est qu\u2019au bout du compte les travailleurs se sont découverts 64 jgulé que heal ist i bp par qui i rend com mor der Il er on pour S01, ant, oi out se verts toute une gamme de compétences nouvelles.En fait, l\u2019ouverture sur les finalités globales de l\u2019usine, de même que, plus localement, le déblocage du confinement à une relation instrumentale de l\u2019ouvrier à la machine, ont redonné au travail une signification élargie nullement incompatible avec la spécialisation des tâches.\u2018\u201cOn s\u2019est découvert des talents qu\u2019on pensait pas, exprime très bien une ouvrière; avant ils nous disaient fait-ci, fait-ça, point final.Mais 1a, il fallait créer nous autres même aussi la chose.On s\u2019est découvert des talents, je peux dire ça\u2026 Des exemples?Bien par exemple, quand on dit qu\u2019on fait les chandails du commencement à la fin, c\u2019est nous autres qui fait ça.Ailleurs la laine arrive toute faite, tandis qu\u2019ici, il faut commencer à zéro pour faire le matériel.Quand vous créez le chandail, vous créez le patron du chandail, c\u2019est pas seulement dire ça prend un devant et un derrière pour un chandail.On fait des échantillons.\u201d Ces ouvrières sont par la suite consultées pour le choix des modèles à produire à grande échelle parmi l\u2019ensemble des échantillons qui sont essayés.Détail qui relève d\u2019un monde de signification impensable dans une approche taylorienne de la division du travail.Une ouvrière rend bien le contraste entre les deux mondes quand elle compare l\u2019idée du \u2018\u2018modèle\u201d\u2019 à l\u2019activité d\u2019\u2018\u2018assembler un morceau, puis un autre\u201d.En partageant le choix des modèles, les ouvrières partagent également le secret du choix jusqu\u2019au lancement.Une ouvrière à qui l\u2019on demande de comparer sa situation actuelle avec sa situation antérieure répond avec un sourire en coin: \u201cJe me sens plus importante qu\u2019avant.je prends mes décisions\u201d.En effet, l\u2019un des aspects de cette importance retrouvée c\u2019est que cette ouvrière peut maintenant \u2018utiliser son jugement\u201d pour l\u2019orientation de son travail, prendre la responsabilité de ses décisions.\u201cAvant j'étais un numéro de punch, ajoute-t-elle\u201d Certains arrivent à exprimer ces choses.Pour d\u2019autres le premier mouvement significatif, c\u2019est le simple accès à la parole: \u201cTout a coup un gars qui n\u2019avait jamais dit un mot, se met a parler\u201d.Mais la seule valeur accrue des compétences ne se 65 FIERA ASAE IN « limite pas à ces incidences directes au niveau du travail.Il semble qu\u2019une fois abattues les cloisons érigées sur les lieux du travail, tout un ensemble de mythes sur la division des compétences peut tomber.Ceux qui étaient confinés à l\u2019ignorance apprennent tout à coup qu\u2019ils peuvent avoir accès à toute une série de domaines qui leur étaient Jadis fermés: \u201cOn a appris qu\u2019on avait plus de talents qu\u2019on pensait.Plusieurs personnes n\u2019en revenaient pas de pouvoir faire ça.\u201d Ainsi, certaines ont appris à se débrouiller avec la loi de l\u2019assurance chômage et ont réalisé le caractère artificiel et en quelque sorte prémédité de leur ignorance: \u201cIls ne veulent pas que tu connaisses les lois.Tout seul on ne peut pas se débrouiller\u201d.Et pourtant la première réaction avait été: \u201cT\u2019es fou toi: aller régler des problèmes quand t\u2019as jamais fait ça\u201d.Une autre a fait une émission de télévision et elle conclut de cette expérience: \u201cFaire de la télé.n\u2019importe qui peut faire ça, ça prend pas un diplôme pour faire ça.\u201d Le mythe de l\u2019ignorance pourtant si bien entretenu, tombe avec les barrières qu\u2019on avait si bien construites pour l\u2019entretenir.La mobilité sociale La notion de mobilité sociale rattachée à la même mise en place sous forme hiérarchique des niveaux de compétence, ressort également du processus passablement transformée.La démonstration pourra cette fois être brève puisque l\u2019ensemble des pièces du casse-tête est maintenant en place.Dans la situation antérieure le phénomène de la mobilité sociale ne pouvait être rattaché qu\u2019à l\u2019effort individuel visant à mettre un individu en évidence, à faire éclater aux yeux de tous ses vertus particulières.Il s\u2019effectuait par le passage des catégories les moins scolarisées (les plus dépourvues de compétence), aux catégories les plus valorisées.Mais il ne pouvait être qu\u2019un phénomène bien délimité, certaines cloisons demeurant fort étanches: ainsi, par exemple, il était indispensable qu\u2019une ouvrière accède aux postes de cols blancs à moins d\u2019une longue et 66 ie 8 laut ye pelo llen Da li \u201cmoe de ss que | xl te, | 3 api : M au jar bls i coll formal I lle | \u201cle de \u2018re | len rea = = tre er coûteuse période de recyclage.D\u2019autre part, et à cause de ce cloisonnement, le nombre des postes à promotion demeuraient restreints.Dans cette situation, c\u2019est la guerre de tous contre tous, c\u2019est chacun pour soi, d\u2019une part pour garder les bénéfices acquis, d\u2019autre part, pour se tailler une plus large part de ceux à venir.Un ouvrier trace un portrait de la situation avec une clairvoyance éclatante: \u201cC\u2019était une guerre sans qu\u2019on s\u2019en aperçoive nous autres mêmes.C\u2019était une guerre entre nous autres mêmes, un moment donné, tu sais, dans le sens qu\u2019on se surveillait tous, on n\u2019avait pas de confiance l\u2019un à l\u2019autre.Mais tu sais, c\u2019était bien préparé, c\u2019était | psychologique l\u2019affaire, tu sais, dans le sens qu\u2019il (le | patron) pouvait donner des chances, si tu veux, à l\u2019un | le lendemain\u201d.Dans l\u2019usine ré-organisée, la mobilité individuelle liée à la reconnaissance de l\u2019habileté et de l\u2019expérience demeure possible.La propriété collective ne signifie pas que toutes les différences inter-individuelles sont abolies: la recherche de l\u2019excellence personnelle n\u2019est pas bannie.Mais l\u2019essentiel de la mobilité n\u2019est pas là: elle est expérimentée dans le passage d\u2019un mode d\u2019organisation là un autre, par la promotion collective des travailleurs qui accèdent collectivement à la participation aux finalités A globales du travail exécuté.Elle est redéfinition d\u2019un rap- | port collectif au travail et à son orientation: tous ont | désormais accès à l\u2019oeuvre de production dans son en- | semble.L\u2019ouvrier n\u2019est plus limité dans ses aspirations à | l\u2019idée de pouvoir participer un jour aux décisions de ca- |Tactère technique liées à son travail.Il est lui-même | partie intégrante et intégrée à tous les niveaux de l\u2019oeuvre: fabrication, gestion et même propriété.Sans que sa tâche ait changé, dans bien des cas, son travail n\u2019a plus le même sens.Ainsi est dépassée la conception selon laquelle la mobilité professionnelle revêt la signification de dépassement individuel de la honte du travail manuel, du | travail sale, de la honte de l\u2019absence d\u2019instruction, honte rendue nécessaire par la dévalorisation de toute compétence autre que sanctionnée par les institutions officielles dispensatrices du savoir: ce dépassement ne pouvait généralement pas être réalisé en une seule génération.Il était reporté sous forme d\u2019aspiration sur les enfants.Est dépassée également cette conception de la mobilité professionnelle qui 67 se traduit, comme le conçoivent certains planificateurs sociaux, par une augmentation globale de la population qui va gonfler la catégorie des cols blancs.La mobilité collective observée ici est précisément une mobilité qui rend caduque ces hiérarchies qui réservaient toutes les tâches de rationalisation à des couches choisies.Elle redonne à chacun droit de cité dans la collectivité, légitémise la contribution que chacun peut apporter à l\u2019oeuvre collective.L'émulation Ces processus de déconstruction de deux notions de base que sont la compétence et la mobilité individuelle lesquelles permettaient de comprendre, d\u2019expliquer et de justifier les hiérarchies traditionnelles, ne va pas sans susciter une méfiance incohercible à l\u2019égard des bouleversements qu\u2019ils désignent.Cette méfiance s\u2019exprime par le recours à une autre notion qui surgit comme argument ultime de la non-viabilité d\u2019un projet collectif.Cette notion, c\u2019est celle d\u2019émulation individuelle définie comme seul stimulant possible de la productivité.C\u2019est elle qui constitue l\u2019ultime justification de la hiérarchisation des individus laquelle en offrant des possibilités d\u2019avancement favorise l\u2019excellence, la position dans la hiérarchie devenant le résultat de la seule valeur, les seuls efforts et les seules motivations d\u2019individus isolés.Et l\u2019on s\u2019empresse toujours, là où cette notion est contestée, de comparer les performances de l\u2019entreprise privée à celles de l\u2019entreprise d\u2019Etat.On oublie toutefois que celle-ci, en société capitaliste, en plus de se voir abandonner les secteurs les moins rentables, est également une institution qui fonctionne sur le principe du modèle hiérarchique; le seul modèle alternatif semble dans cette perspective un modèle où les compétences sont cloisonnées, l\u2019orientation de l\u2019entreprise pensée d\u2019en haut, les ouvriers conçus comme simple force de travail.L\u2019émulation définie comme principal moteur de la productivité et du progrès dans son sens le plus large, conduit à la situation décrite plus haut de guerre ouverte de tous contre tous.Aussi, quand les ouvriers décrivent la situation de compétition a la Regent Knitting, c\u2019est le règne de la méfiance et de la peur qu\u2019ils peignent.Partout on avait peur de montrer son ouvrage.On se retrouvait ainsi, dans certains cas, dans la situation absurde d\u2019un arrêt obligatoire de la production en cas d\u2019absence | fun 0 [ys (nme préooel lL fa pr Bt Le cor i {d\u2019un ouvrier qui avait su monopoliser son savoir quant à l\u2019utilisation d\u2019une machine particulièrement dangereuse.Or il est clair qu\u2019avec une expérience du type de celle de Tricofil, on se trouve en face d\u2019une nouvelle forme d\u2019émulation dont les conséquences sur les relations de travail sont toutes différentes: c\u2019est une émulation qui repose sur l\u2019affirmation de l\u2019identité du groupe dans la poursuite d\u2019objectifs communs.La solidarité, la conscience de l\u2019intérêt commun devient facteur central d\u2019émulation.\u201cOn veut tellement bien faire, en faire plus parce que pour nous autres, hein, on se dit: \u2018Bien là, c\u2019est ma patente à moi, c\u2019est ma bébelle\u201d.Ou encore: \u2018\u201cT\u2019as des parts dans cette compagnie-là, c\u2019est à toi, puis c\u2019est à ton voisin à côté de toi, c\u2019est à tous nous autres.\u201d Aussi veut-on produire bien, produire rapidement.On n\u2019est pas content quand l\u2019un se traîne les pieds.On ne compte pas son temps quand il y a urgence.On se préoccupe de la beauté de l\u2019oeuvre produite.\u201cLa on fait attention pour pas gaspiller rien, tu sais faire de la belle ouvrage, pour que ça soit vendable, présentable dans les magasins.c\u2019est plus encourageant.\u201d Les responsabilités sont accrues, mais également la confiance en soi: \u201cC\u2019est nous autres mémes qui sommes dans la business, ce sont des responsabilités qu\u2019on avait pas avant.Ca nous donne confiance en nous autres mêmes.\u201d Une ouvrière donne une image saisissante du chemin parcouru et du nouveau sens que prend pour chacun une émulation appuyée sur le groupe: \u201cIl y a des journées, dit-elle, qu\u2019on est content, on est tout, on pourrait lever les montagnes.\u201d Pour ne pas conclure Il est bien évident, cependant, que le chemin parcouru n\u2019épuise pas tout le processus de dé-structura- tion/re-structuration.Accompli dans des conditions littéralement héroïques, il fournit par ailleurs la lucidité, le courage et l\u2019assurance nécessaires pour affronter les problèmes qu\u2019on découvre de plus en plus nombreux au fur et à mesure que s\u2019affirme l\u2019emprise concrète de l\u2019entreprise sur son insertion sociétale.Bien sûr, on ne manque pas de 69 subir le stress du défi à relever et le poids des responsabilités nouvelles à assumer, mais, n\u2019est-ce pas là le fardeau normal de la vie à réinventer?Il y a aussi le poids de son propre succès; l\u2019entreprise grandit et réunit de plus en plus de gens qui n\u2019ont pas vécu toute la bataille.Ceux-là n\u2019ont pas nécessairement les mêmes perspectives, le même goût de l\u2019aventure etc.Il faut inventer un modèle d\u2019accueil qui puisse tenir compte des réalités nouvelles qu\u2019introduit l\u2019accroissement du personnel tout en évitant de remettre en marche des formes larvées de dirigisme.Il faut aussi prévoir un nouveau modèle de transmission du patrimoine de savoir pratique auquel on a redonné légitimité.De tout cela, le groupe de travailleurs est pleinement conscient.Evidem- ment, même chez les anciens, chacun n\u2019a pas la même prise analytique sur l\u2019expérience, il y a des disparités parfois très grandes au niveau de la conceptualisation, de la formulation etc.mais, dans une certaine mesure, ce n\u2019est pas grave.En effet, ce qui importe c\u2019est qu\u2019on puisse faire en sorte que ces disparités ne donnent pas prise à un rapport de pouvoir.Et pour cela, on peut faire confiance au modèle déjà mis à l\u2019épreuve: il a justement su assurer l\u2019homogénéité sans réduire les différences.C\u2019est pour cela qu\u2019il n\u2019a pas besoin de secréter d\u2019orthodoxie et c\u2019est pour cela aussi que Tricofil reste fondamentalement une expérimentation ouverte.Une expérimentation ouverte autant aux commentaires et aux observateurs qu\u2019aux éventuels collaborateurs.Récemment, un comptoir alimentaire et un service de dépannage s\u2019installaient à l\u2019intérieur de l\u2019usine.L\u2019ouverture à la communauté de St-Jérôme commence donc de se concrétiser; lentement le rapport milieu de travail/milieu de vie commence à se déconstruire et se restructurer.Bien sûr, l\u2019élargissement pose et posera de plus en plus de problèmes mais il faut bien voir qu\u2019il mobilise corrélativement de plus en plus de ressources et de talents qui commencent à peine à pouvoir agir et se manifester en toute légitimité.Et c\u2019est en cela que Tricofil est vraiment \u201cI'image d\u2019une société nouvelle\u201d, comme le dit si bien son slogan: enfin, chez nous, tous ceux dont la force et le génie se sont engouffrés dans l\u2019invention constante d\u2019une riposte de survivance peuvent désormais entrevoir la possibilité de 70 jie çeulen [| le My Cente M0 Trig ling Mest] (Sony.1 le fir \\ : nig.0 gi 5 Tey.t | den I Dg wn | Marche Soir Un sop ul le Evidem- Me prise parfois a for al pas fare en rapport ; modéle homage qui na Ja asd >ntation mena labor: rie db Louver nde se | mile IIE pus de arate ji com oq lol a Tr en 506 le oii > rio \u201cjé de vivre au grand jour de ce qu\u2019ils sont autant que de ce qu\u2019ils veulent être.(1) Le matériel utilisé pour la préparation de ce texte est constitué d\u2019une série d\u2019entrevues que nous avons réalisées à Tricofil de même que du matériel sonore non-utilisé par Roger Lenoir et François Brault pour leur très beau film Tricofil c'est la clé.Ce document d\u2019une qualité exceptionnelle est un outil absolument indispensable à toute réflexion sur l\u2019auto-gestion au Québec.Il est possible de I\u2019obtenir en s\u2019adressant a LOUISE SPICKLER, tél.: (5 14) 277-1046.71 AI A Ar Paie emma \u2018Mais y a de l\u2019espoir\u2026\u2019 (Chansons sur l\u2019air de \u2018\u201c Ah que l\u2019hiver\u2026\u201d) Refrain Y a pas de justice Mais y a de l\u2019espoir On lâchera pas, non non Y a pas d\u2019justice, mais y a d\u2019l\u2019espoir Parce qu\u2019on est là, là, oui oui oui Couplets 1.A Saint-Jérôme durant l\u2019hiver C\u2019est le chômage y a rien à faire Y a quelques jobs, trois mille demandes Y a des pépins mais peu d\u2019amandes 2.A Saint-Jérôme des usines ferment Ailleurs aussi ça se passe de même On endure ça pis on parle pas Mais un bon jour on s\u2019éveillera 3.A Saint-Jérôme on vit pas riches Du baloné même pas de relish Dans tout l\u2019Québec cinquième région Des bas salaires on est champion 4.A Saint-Jérôme gens ordinaires Vivent aventure extraordinaire A la Regent ça file en grand Ca s\u2019ra pus jamais comme avant 5.A Saint-Jérôme un fait unique Le reclassement c\u2019est pas une clique C\u2019est pas l\u2019idée d\u2019s\u2019éparpiller Mais d\u2019réouvrir avant l\u2019été 72 fur | exc Da fe fs ufour gi es du delà à dame srl de ce fleur av sable | ai souhait slam thang Line gy Li le Hides \u201cits : den \u201cvaleur \u2018te l'en \u201ccent men Toy Ces a n Éma ge | ' \u201clg lng N ily ge \u2018exception ou la règle?Dans toute société, des événements souvent apparemment mineurs prennent soudain figure de symbo- jes autour desquels se cristallisent les enjeux importants qui dessinent les luttes du présent et les voies de l'avenir.Au delà de la richesse de l\u2019expérience de Tricofil et indépendamment de son succès économique encore incertain, le port de ces cent cinquante travailleurs et les répercussions le leur aventure sur le Québec peuvent poser un jalon indispensable vers l\u2019\u2018\u2018âge de l\u2019autogestion\u2019\u2019, dont l\u2019avènement :st souhaité par ceux qui comme nous refusent à la fois le zapitalisme de Power et les mirages de quelque communisme albanais.L'usine aux travailleurs: seulement quand ça va mal?L'implantation de la concentration capitaliste au Québec détruit annuellement emplois et usines sans qu\u2019au lela des protestations des travailleurs et des localités con- rernées d\u2019autres solutions soient trouvées que le chômage, e bien-être, le recyclage ou l\u2019immigration.Parfois, les ravailleurs demandent à l\u2019Etat de les aider à maintenir en place l\u2019entreprise déclarée non rentable par son propriétai- \u2018e capitaliste: lorsque l\u2019appel est entendu, le résultat se fait \u2018arement concluant.Trois noms ont cependant retenu l\u2019at- ention ces dernières années.Cabano où une population af- ectée par le chômage a finalement réussi, après de multi- bles démarches, à ouvrir cet automne une cartonnerie \u201cpopulaire\u201d\u201d dont la seule spécificité réside dans la multiplici- ¢ de ses actionnaires et leur forte implantation locale.[embec constitue essentiellement la reprise en mains d\u2019un moulin de la CIP par les principaux cadres qui y travail- 73 laient auparavant, sans que les caractéristiques de l\u2019ancienne entreprise aient profondément changé.Il s\u2019agit dans ces deux cas de variantes légèrement différentes du système capitaliste, qui ne modifient ni le statut du travailleur ni sa vie quotidienne à l\u2019usine.Tricofil, on l\u2019a vu dans les autres articles de ce numéro, c\u2019est tout autre chose puisque l\u2019ensemble des travailleurs deviennent propriétaires d\u2019une usine en y changeant durablement les relations de travail.Les énormes difficultés de lancement de l\u2019entreprise et son statut non encore définitivement assuré nous amènent cependant à nous demander si l\u2019expérience, étant donné les difficultés chroniques du secteur textile où elle s\u2019est implantée et les appuis considérables qu\u2019elle doit aller chercher à l\u2019extérieur (grand public, Eglise, mouvement coopératif, syndicalisme, gouvernement) constitue un modèle pouvant conduire au développement d\u2019un socialisme autogestionnaire au Québec.Pourquoi l\u2019autogestion vaudrait-elle seulement quand ça va mal?Ne devrait-elle pas s\u2019appliquer surtout quand ça va bien?Une comparaison avec les expériences étrangères s\u2019impose ici pour mieux éclairer un débat que la société québécoise a souvent trop tendance à considérer comme lui étant exclusivement réservé.L'aboutissement de la social-démocratie: cogestion et copropriété Lorsque les travaillistes ou les sociaux-démocrates, appuyés sur un mouvement syndical fort et unifié, sont au pouvoir dans un pays industrialisé (Suède, Danemark, Norvège, Angleterre, Allemagne) l\u2019essentiel des débats politiques tourne actuellement autour du statut des ouvriers dans l\u2019entreprise, le mouvement socialiste y cherchant un second souffle face à l\u2019usure du pouvoir.Déjà, en Allemagne fédérale, depuis 1953, les travailleurs des entreprises minières et sidérurgiques occupent la moitié des sièges aux conseils de surveillance qui désignent les administrateurs, décident des programmes d\u2019investissements et de la politique salariale: les travailleurs jouent aussi un rôle prépondérant dans l\u2019élection du directeur du travail ou du personnel de ces entreprises.Après beaucoup de tergiversations, le gouvernement social- démocrate vient de faire voter par le parlement le premier juillet l\u2019extension de ce système à toutes les entreprises employant plus de deux mille personnes, soit environ 670 74 entré de m0 qu soi _ Me Jing tt du sentan - Lë ment - 8 minal La trav mnt Des § gram à leu ep leader aslo rablen {rail biel al 0¢ de vey lon d de pr Corr de le Popul Use | ue Con (ge I lUmée Chai Bea ete, at «Te ça, C2 bl de ¥ chap.normes Wong an 5 chro- is ap Mérieu | Ame 2 a x.: quand surtout tiens quel sidèrer orale, unifié Dane des de des 00 cher les tro gee alice A A Section quiet | soci etl! reprise of entreprises et six millions de salariés.Un certain nombre de modifications ont cependant été apportées qui constituent autant de concessions aux actionnaires et de reculs pour les syndiqués: \u2014 Même si les travailleurs occupent la moitié des douze à vingt sièges du conseil de surveillance, son président, doté d\u2019une voix prépondérante, sera désigné parmi les représentants des actionnaires qui en constituent l\u2019autre moitié.\u2014 Les représentants des travailleurs devront nécessairement inclure au moins un délégué des cadres supérieurs.\u2014 Les travailleurs n\u2019auront plus de droit de veto sur la nomination du directeur du personnel.La cogestion paritaire, en s\u2019étendant, penche donc du côté des patrons.La Suède s\u2019est aussi engagée dans cette voie sous forme de législation, en ouvrant aux syndicats et aux travailleurs une participation minoritaire aux conseils d\u2019administration des entreprises ayant plus de 25 employés.Des solutions du même type se retrouvent dans les programmes des principaux partis travaillistes européens.Ces nouvelles politiques semblent avoir essentiellement pour effet d\u2019intégrer davantage les travailleurs et leurs syndicats au fonctionnement de la grande entreprise privée capitaliste.Sans doute avantageuse pour les leaders syndicaux et une partie de la classe ouvrière, la cogestion ne semble cependant pas devoir modifier considérablement l\u2019ensemble de la société ni la vie quotidienne des travailleurs, puisqu\u2019elle naît à l\u2019intérieur des postulats habituels de la rationalité technologique.Son développement est d\u2019ailleurs limité de deux façons.D'abord par l\u2019existence des multinationales où, le pouvoir n\u2019étant plus situé au niveau de l\u2019usine ni même de la filiale nationale, l\u2019association des travailleurs à la gestion dans les diverses unités de production de base ne peut concerner que des décisions d\u2019ordre mineur, d\u2019importance négligeable pour l\u2019ensemble de l\u2019entreprise.Par ailleurs, l\u2019expérience des démocraties populaires l\u2019a bien montré, le changement de propriété d\u2019une usine ne se répercute que très peu sur les conditions techniques du travail et sur la hiérarchie au niveau de l\u2019atelier.Consciente de ces problèmes, la social-démocratie avancée y cherche des solutions, prudemment comme à l\u2019accoutumée.Des expériences partielles de transformation des chaînes de montage ont été tentées en Suède et en Norvège.Beaucoup plus important est un projet conçu par les centra- 75 les syndicales suédoise et danoise qui vise à transformer la cogestion en véritable copropriété qui pourrait aboutir à moyen terme au contrôle total des travailleurs sur les entreprises.Il s\u2019agirait de prélever chaque année, avant le paiement des dividendes, 20% des bénéfices des entreprises et de les redistribuer sous forme d\u2019actions non pas aux tra- pailleurs individuels mais à un fonds central d\u2019investissement contrôlé par les syndicats.En Suède, on prévoit qu'une telle politique pourrait au bout de vingt ans faire des travailleurs les actionnaires majoritaires de la plupart des grandes sociétés.Le projet n\u2019y a pas encore été soumis au parlement mais il soulève déjà d\u2019âpres discussions qui ont mis en question l\u2019emprise des sociaux-démocrates, au pouvoir sans interruption depuis plus de quarante ans.Quoi qu\u2019il en soit, ces diverses politiques ne semblent pas remettre durablement en cause la société de type industriel.Il en est de même des réformes beaucoup plus timides amorcées dans les démocraties populaires les plus avancées où le contrôle politique exercé par les partis communistes leur enlève toute véritable signification et ne laisse aux travailleurs que le recours aux moyens les plus extrêmes, on l\u2019a vu en Pologne récemment.Autogestion et nouvelle culture C\u2019est parallèlement à ces transformations tardives du mouvement travailliste et tout-à-fait en dehors de lui que, depuis 1968, se sont multipliés en Amérique du Nord et en Europe occidentale les mouvements de base qui, tout en effectuant une critique de fond du monde industriel et des postulats de la culture occidentale, s\u2019attachent à la constitution d\u2019une société parallèle, convergence d\u2019une multitude d\u2019initiatives assez peu reliées entre elles mais toutes destinées à redonner le \u2018\u2018pouvoir au peuple\u201d dans les quartiers, dans le travail, dans la consommation, dans la vie quotidienne.Surtout développés chez les jeunes des classes moyennes, ces mouvements ont été tolérés puis récupérés par les pouvoirs en place et justement critiqués par les groupes les plus politisés pour leur tendance au retour à un passé idyllique, où l\u2019oubli des contradictions nouvelles du capitalisme et de l\u2019impérialisme mondial permettrait de se mieux loger dans leurs interstices.Cependant, en attaquant les postulats fondamentaux de la rationalité économique, développement illimité des forces productives et esprit de compétition et de hiérarchie, cette nouvelle culture 76 fourni ble mo (mids fie re, Ell concer bord à chs, lepêr nel fon mocral Ja sit: avec le l'avant un glen nu pré le ou Serves, les ent dée d\u2019 leur & industr et com; fit live Vue \u201c (Edi | plea - Le, d'être; d'être | TASSE | dc - La Wel Sei Sp Jer Soutr se.MWh Its A.Sie QU 2 di Il des à NS ui ont i pol RI 30 ° ps | S pls COM 2 las Be 4 dires ars Ge ue du 2 qu rad ih : ll $100 15 18 ml 5 0 Ui fe ès pur pelouf elles al de 0 Jl gi du lure fournit le terreau nécessaire a la naissance de tout véritable mouvement autogestionnaire désireux d\u2019aller au dela de timides tentatives de renouvellement de la social-démocratie.L\u2019autogestion va en effet beaucoup plus loin que la cogestion et les mouvements issus de la nouvelle culture.Elle les unit et les fusionne dans une nouvelle facon de concevoir globablement la politique et la culture.Issue d\u2019abord au siècle dernier de Proudhon et de la tradition anarchiste, l\u2019idée d\u2019autogestion s\u2019est surtout concrétisée dans l\u2019expérience yougoslave, où la direction du parti communiste ne lui a pas laissé dévoiler toutes ses possibilités et, de façon beaucoup plus atténuée, en Algérie, où un début de démocratie ouvrière a vite du s\u2019appuyer sur l\u2019Etat à cause de la situation économique difficile du pays.C\u2019est encore 1968 avec les événements de mai en France qui l\u2019implantent à l\u2019avant-scène d\u2019un pays industrialisé et en font par la suite un élément moteur du programme du Parti Socialiste, devenu prédominant à gauche, et de la CFDT, importante centrale ouvrière du pays.D\u2019utopique qu\u2019elle semblait être, réservée, comme souvent le mouvement coopératif, aux petites entreprises et aux canards boiteux du capitalisme, l\u2019idée d\u2019autogestion devient dans le socialisme français facteur essentiel de contruction d\u2019une véritable société post- industrielle débarassée à la fois des aliénations capitaliste et communiste.Une des meilleures expressions récentes de ce nouveau projet de société me semble fournie par le petit livre de Pierre Rosanvallon, rédacteur en chef de la revue \u201cCFDT aujourd\u2019hui\u201d, intitulé \u201cL\u2019âge de l\u2019autogestion\u201d (Editions du Seuil.Collection Politique.No 80, 1976) J'ai retenu de cet ouvrage très dense quelques idées essentielles qui me sont apparues particulièrement applicables au contexte québécois: \u2014 Le socialisme autogestionnaire est une politique avant d\u2019être une économie, un \u2018mode d\u2019organisation sociale avant d\u2019être un mode de production économique\u201d; il nous déba- rasse de tous les mythes productivistes qui sont encore au coeur des idéologies capitaliste et communiste.\u2014 La technologie n\u2019est jamais une variable neutre puis- qu\u2019elle implique toujours un certain nombre de rapports sociaux, une certaine hiérarchie des rôles dans le travail.Si on change la propriété des entreprises ou leur gestion 77 M fil sans s\u2019attaquer à la variable technologique, on modifie très peu la vie quotidienne du travailleur à l\u2019usine et l\u2019aliénation qu\u2019elle entraîne.\u2014 L\u2019autogestion n\u2019est pas une utopie, prônant l\u2019assemblage de petites unités sociales semblables et autosuffisantes soumises aux modes d\u2019organisation des sociétés préindustriel- les: elle assume au contraire une nouvelle complexité de l\u2019organisation politique grâce à l\u2019éclatement du droit de propriété qui permet d\u2019intégrer dans un plan global défini démocratiquement à plusieurs niveaux les projets des unités économiques, culturelles et sociales de base.\u2014 L\u2019autogestion n\u2019est pas un modèle achevé de société mais un projet susceptible de susciter des expérimentations nombreuses et diverses; l\u2019uniformité sociologique et les 1- négalités économiques qui caractérisent nos sociétés industrielles y font place à l\u2019égalité économique et à la diversité culturelle.Rosanvallon croit qu\u2019à \u2018\u2018une économie des inégalités, l\u2019autogestion substitue une sociologie des différences\u201d (p.172) \u2014 Le mouvement autogestionnaire, s\u2019il vise à la transformation globale de la société, n\u2019est cependant ni dogmatique ni idéaliste ni moraliste ni utopique mais essentiellement réaliste et expérimental.Cette conception très large de l\u2019autogestion, en débouchant sur la politique, dépasse donc considérablement en les assumant la cogestion social-démocrate et les mouvements de base de la nouvelle culture.Tricofil et le syndicalisme québécois Mais il est temps de retourner au Québec et à Tri- cofil pour les confronter à ces perspectives.Dans un texte sur \u201c\u201cles voies de l\u2019autogestion\u2019\u2019, publié dans Parti pris en 1967, j\u2019essayais de dégager, à partir des tentatives de participation amorcées au Québec, à la suite de la \u201crévolution tranquille\u2019, dans les régions, dans les villes et au niveau d\u2019un certain nombre de ministères, une stratégie possible du mouvement syndical pour transformer ces amorces de démocratie industrielle en véritable autogestion.Depuis ce temps, la situation a évolué dans un sens tout à fait opposé, l\u2019Etat ayant mis en veilleuse sa pseudo-participation, les syndicats ayant opté pour l\u2019affrontement, en particulier dans les secteurs public et para-public, et l\u2019idée d\u2019autogestion ayant surtout pris racine à la périphérie de ce combat fondamental.78 i, revisid vre pd 1st al il 18 mation bécos logues cipal | Cong yall depui salfect pire SOCIAL ses In ens ef autres posi VIE, 0 I, | ly fore Sentai le qu lant lransk lel des de Mn e lie des re, 1s, de lait Venu de le iy Maloy The 8 Sp.\u201ctr iE de co de | défi Unités MELE lions st 125 1 id nome ae des Alor natiue sement a 6 erable 2 3 Is arr ull apr de à és, mis | pour Jle of ] ove a vel te pouf hi à < ur Mais c\u2019est ici que Tricofil prend toute son importance, son existence et sa survie imposant au syndicalisme, au mouvement coopératif et aux partis politiques des revisions fondamentales face à cette idée nouvelle.Si, à Tricofil, la réalité autogestionnaire est née du long combat d\u2019un groupe d\u2019ouvriers décidés à survivre par leur travail et non à l\u2019aide du bien-être social, ce n\u2019est que l\u2019appui constant de la FTQ qui a pu donner à leur expérience ses premières assises et sa visibilité.Le fait est assez surprenant étant donné que le syndicalisme international nord-américain et ses filiales canadiennes et québécoises ne se préoccupent, contrairement à leurs homologues européens, ni de la lutte des classes ni de la participation des travailleurs à la gestion des entreprises.Le Congrès du Travail du Canada a eu beau opter pour le travaillisme en appuyant le NPD depuis sa fondation, ce parti, depuis l\u2019expulsion de son aile radicale \u201cWaffle\u201d et la désaffection de ses éléments québécois nationalistes, fait bien piètre figure quant au dynamisme et à l\u2019idéologie face aux sociaux-démocrates scandinaves.La FTQ, hypothéquée par ses travailleurs de la construction et son manque de moyens et d\u2019autonomie, semble avoir suivi timidement les deux autres centrales sur la voie de la lutte des classes, de l\u2019opposition à l\u2019Etat capitaliste et de la formation d\u2019un parti ouvrier, mais elle reste avant tout une centrale du secteur privé, obligée au réalisme devant les fermetures d\u2019usines et la force des multinationales.La CEQ et la CSN, après les crises des dernières années, sont devenues presque exclusivement représentatives des travailleurs des secteurs public et para-pu- blic qui les dominent, le secteur privé y étant parent pauvre tant du côté de l\u2019organisation que de l\u2019idéologie.Cette transformation, en plus de rapprocher les deux centrales, a facilité l\u2019émergence de groupes radicaux qui, à l\u2019occasion des deux grandes négociations entre l\u2019Etat et le Front commun en 1972 et 1976, ont essayé d\u2019enrober dans un vocabulaire de lutte des classes et de combat final du prolétariat des revendications dont le contenu, qu\u2019il s\u2019agisse des salaires, de la définition des tâches ou de la mobilité, apparai- trait ma foi fort réformiste a tout observateur impartial venu de l\u2019extérieur.Ce n\u2019est ni par hasard ni par quelque sombre complot que le syndicalisme agit ainsi aujourd\u2019hui.Le développement important des secteur de la santé, des affaires 79 sociales et de l\u2019éducation, leur rajeunissement grâce à l\u2019arrivée des diplômés de la révolution tranquille radicalisés par leur manque de mobilité sociale, le dévoilement du caractère essentiellement capitaliste et repressif du régime libéral depuis 1970 comme l\u2019insatisfaction profonde ressentie face au leadership du Parti québécois même par les sociaux-démocrates modérés ont contribué de façons diverses a cette évolution.L\u2019idéologie marxiste actuellement dominante chez un groupe important de militants de la CSN et de la CEQ comme en milieu étudiant et dans des revues comme \u201c\u2018Stratégie\u201d et \u2018Chroniques\u2019 apparaît souvent comme une fuite en avant pas toujours adaptée à la complexité de la société québécoise.Dénoncer le capitalisme et I'impérialisme mais s\u2019attaquer surtout à Lévesque et aux sou- verainistes n\u2019est peut-être pas de la meilleure stratégie alors que les travailleurs continuent à souffrir quotidiennement des exactions des multinationales et des petits capitalistes autochtones.Prôner en Amérique du Nord un parti ouvrier dont on ne sait trop s\u2019il sera de type chinois, albanais, soviétique ou portuguais, n\u2019est-ce pas discuter du sexe des anges alors que le pays brûle?Vouloir, comme Lénine en 1917, donner le contrôle du Québec à l\u2019avant-garde de son prolétariat, ceci à l\u2019âge de l\u2019autogestion, de la crise écologique et des inégalités grandissantes entre pays industrialisés et nations dominées, n\u2019est-ce pas oublier un certain nombre de problèmes pour se réfugier dans les lectures mal digérées et la politique-fiction.Face à ceux qui dénoncent l\u2019expérience de Tricofil comme essentiellement inutile, retardataire et révisionniste dans un contexte de lutte des classes, nous prétendons que les travailleurs de la base doivent saisir toutes les occasions de modifier, graduellement ou de façon révolutionnaire, leur vie quotidienne, sans se laisser bercer ou berner par un au dela, qu\u2019il soit chrétien ou marxiste.En ce sens, Tricofil peut être une leçon de réalisme pour les travailleurs québécois.Son existence prouve que, même dans un contexte aussi défavorable que celui de l\u2019industrie textile de 1976, dominée par le dumping américain, il est possible pour des travailleurs de faire fonctionner adéquatement une entreprise et de vendre son produit.Pourquoi n\u2019en serait-il pas de même dans d\u2019autres secteurs plus rentables?Espérons que Tricofil permettra aux syndicats du secteur privé réunis à la FTQ et ailleurs de dépasser les combines et les conventions collectives strictement moné- 80 tas fives PO pli anime au Qué à haie yale ii syn toujour pas fol vir de travail linatio publie fee fondam pour if fepai ces éco peuple | | dl amé posséd Mer se ls mo liennen le 7 tng ) Lions pl au fon plot fee | du moy lll | Siew, | Dogs i gp ang, a à ad amen du 18 Yonde 1 Dy ons i.ame {CSN rue Loom Dlexie [me {SL digi 1 liien- (3h à par ihe er du ome 031 eli 2 Das jèr un & lot: ill IE veel foutes fo 2 12.£1 ur le meme justre al dequ Bruel § pls qdical rls mofé mince, taires qui caractérisent souvent leurs actions revendicatives pour aller au moins aussi loin que les syndicats \u201c\u201ccapitalistes\u201d\u201d allemands ou suédois dans la définition de mécanismes de contrôle des entreprises capitalistes établies au Québec.En attendant le grand soir, il y aurait beaucoup à faire en ce sens pour améliorer la qualité de vie des travailleurs, tâche qui n\u2019est malgré tout pas si négligeable à court et à moyen terme.Ce n\u2019est qu\u2019ainsi relayée que Tricofil pourra être viable à long terme et avoir un véritable impact sur le syndicalisme et la société.Entre la convention collective toujours rattrapée par l\u2019inflation et une lutte des classes pas toujours bien assimilée, il y a un vaste espace à couvrir de façon modeste et expérimentale pour que la vie de travail à l\u2019usine, au bureau ou à l\u2019école ne soit plus une aliénation.La question concerne encore plus les secteurs public et parapublic où le pouvoir réside à Québec et où la recherche du profit n\u2019est pas, quoi qu\u2019on dise, la motivation fondamentale de l\u2019Etat-patron.Il y aurait beaucoup à faire pour inventer et imposer de nouveaux mécanismes de participation des travailleurs à la gestion dans ces hôpitaux, ces écoles et ces entreprises qui sont déjà la propriété du peuple québécois.La tâche sera beaucoup plus rude dans le secteur privé, du fait de son contrôle par le capital canadien et américain.Mais aucune entreprise socialement utile et possédant un minimum de rentabilité ne devrait pouvoir fermer ses portes sans que l\u2019Etat fournisse à ses employés les moyens de la reprendre en mains à des conditions qui tiennent compte des profits accumulés sur leur dos.En effet, à Tricofil, les exigences beaucoup trop élevées des anciens propriétaires, la famille Grover, en termes de locations puis de vente de l\u2019usine aux travailleurs, ont constitué au fond le plus gros handicap, obligeant les ouvriers à s\u2019exploiter eux-mêmes d\u2019une certaine façon afin de leur faire face.L\u2019autogestion confinée aux secteurs les plus faibles du monde capitaliste se bute d\u2019ailleurs souvent à cette difficulté fondamentale, qui la dévalorise aux yeux de plusieurs.Pourquoi ne pas obliger aussi toutes les grandes entreprises opérant au Québec à accorder à leurs employés une représentation minoritaire d\u2019abord puis paritaire au sein de leurs conseils d\u2019administration?On comblerait ainsi l\u2019absence de représentation francophone tout en nous 81 libérant de la présence exclusive des avocats-potiches à la Jean Lesage.Les travailleurs ne transformeraient pas le capitalisme d\u2019un coup de cette façon mais ils se donneraient peut-être des instruments pour mieux commencer le travail.Le mouvement Desjardins change-t-il?En plus d\u2019inquiéter le syndicalisme qui en a permis la naissance, Tricofil semble avoir aussi suscité une prise de conscience et une évolution significatives du côté du puissant secteur coopératif québécois et de son leader économique, le Mouvement Desjardins.En effet, sans l\u2019expertise et l\u2019appui financier du groupe de Lévis, Tricofil aurait sans doute succombé à la suite de la cessation de l\u2019appui gouvernemental.C\u2019est en effet la Société d\u2019Investissement Desjardins (S.I.D.) qui, en accordant le printemps dernier un prêt hypothécaire de $250,000.aux travailleurs de Tricofil leur a permis un premier versement en vue de l\u2019acquisition de leur usine au coût de $650,000.Ce geste devait aussi entraîner la Société de Développement Industriel (S.D.I.), organisme gouvernemental, à transformer en actions privilégiées ne recevant pas de dividendes durant cinq ans un ancien prêt de $300,000, et la Banque de Nouvelle-Ecosse, dans un souci publicitaire devant faciliter son implantation au Québec, à accorder une ligne de crédit garantie par les comptes recevables de l\u2019entreprise.Par ailleurs, le prix payé pour l\u2019acquisition de l\u2019entreprise amenait une baisse sensible de l\u2019évaluation municipale de l\u2019usine et par conséquent des taxes foncières à acquitter.Les $400,000.encore nécessaires pour le rachat définitif devaient provenir de la grande souscription populaire; $200,000 déjà recueillis ont été versés à la famille Grover le 15 juillet; les derniers $200,000.devaient être obtenus avant la fin de septembre, complétant ainsi l\u2019opération, première garantie de rentabilité.Si le Mouvement Desjardins, qui vient à peine de décider de consacrer une partie de ses actifs à des investissement de participation ou de contrôle dans des \u201c\u2018sociétés importantes pour les québécois\u201d, a choisi d\u2019ajouter Tricofil à Magnétisme Digital (rubans et cassettes), aux Gateaux Vachon, à la Banque Provinciale et au Complexe Desjardins de Montréal sur la liste des entreprises dans sa mouvance, c\u2019est sûrement d\u2019abord parce que l\u2019entreprise lui paraissait rentable économiquement et son intervention 82 ae sue sue égal pute pus (oper tés ces forme assoc Is, ¢1 (es di fil 7 cepen ydmini ment \u20ac secteur (ives grit essen domain des lo ques à pourra cie toujour nant, | Tricof popula des tra parte que ( Men | Si ex lion, | Ladi Paré à 2h 4 le aient In- Imig 2 Une Côté caer a of N de Nes: Prin gi ment 0, ment for susceptible de contribuer au bon renom d\u2019un mouvement suspecté d\u2019avoir renié son idéologie coopérative pour une intégration de plus en plus grande au capitalisme, comme partenaire principal de l\u2019Etat québécois.Mais ne s\u2019agit- il pas aussi d\u2019une première reconnaissance de ce secteur coopératif parallèle construit au prix de multiples difficultés ces dernières années par les mouvement de base sous forme de comptoirs alimentaires, logements coopératifs, associations de production en tous genres, communes rurales, entreprises de presse écrite ou électronique, etc.?Ces diverses initiatives ressucitent un esprit coopératif affaibli par les succès du mouvement officiel; il leur manque cependant beaucoup du côté des connaissances techniques et administratives.Tricofil s\u2019insère bien dans le développement de ces expériences autogestionnaires mais dans un secteur, celui des coopératives de production, où les initiatives sont d\u2019autant plus rares et les succès plus restreints qu\u2019il touche au milieu du travail, dont le contrôle est plus essentiel à la survie du système capitalisme que celui des domaines périphériques de la consommation, du logement ou des loisirs.En offrant ses ressources financières et techniques à ces diverses expériences, le mouvement coopératif pourrait contribuer à l\u2019établissement au Québec d\u2019une \u2018\u201csociété coopérative\u201d\u201d où il jouerait un rôle central au lieu de toujours avoir à se définir par rapport au capitalisme dominant.L\u2019effort entrepris par le Mouvement Desjardins à Tricofil devrait ainsi se répercuter dans chaque caisse populaire où toutes les initiatives venues des citoyens et des travailleurs pourraient trouver appui et encouragement.Il va de soi cependant que l\u2019action du syndicalisme comme du mouvement coopératif ne pourront être que partielles tant qu\u2019elle ne déboucheront pas au niveau politique.Car un Etat bien à nous ne nous conduirait nécessairement ni à la social-démocratie ni à l\u2019autogestion, même s\u2019il est sans doute une condition essentielle à leur réalisation.La dimension politique Malheureusement, notre principal instrument politique, le Parti Québécois, semble encore bien mal préparé à aborder l\u2019âge de l\u2019autogestion.En plus de son appui ferme au mouvement coopératif qui, selon l\u2019évolution de ce dernier, peut signifier aussi bien renforcement du capitalisme d\u2019Etat que véritable 83 démocratie économique, le programme du Parti québécois ne contient que de vagues références à la cogestion des entreprises: \u201c11 a)Favoriser en droit et en fait le développement des formes démocratiques de gestion de manière à ce que les travailleurs exercent une juridiction partielle ou complète sur la marche de leur entreprise, par des formules variables selon les secteurs.b) Faire en sorte que l\u2019exercice de cette juridiction par les travailleurs se réalise d\u2019une façon progressive, dans chaque entreprise, suivant le développement de la compétence gestionnaire des salariés.c) Faciliter cette gestion démocratique en mettant sur pied des centre régionaux de formation économique et administrative gérés par un conseil d\u2019administration formé majoritairement de représentants des syndicats de la région et de représentants de l\u2019Etat.d) Assurer aux conseils ouvriers ou comités d\u2019entreprise, élus par l\u2019assemblée générale des travailleurs, l\u2019assistance de spécialistes rémunérés par l\u2019Etat et dont le rôle est consultatif au niveau de la gestion et de l\u2019orientation de l\u2019entreprise.\u201d (Notre vie sociale.Section 6.Les relations de travail).Ce texte ne figure au programme qu\u2019après avoir été tronqué, à la suite d\u2019intervention expresses de l\u2019exécutif du parti, d\u2019une prise de position globale beaucoup plus favorable à l\u2019établissement d\u2019une société autogestionnaire.D\u2019ailleurs le leadership actuel du Parti québécois, concentré surtout dans la majorité de son exécutif national et de ses conseilleurs immédiats comme Jacques Parizeau, partage encore une mentalité essentiellement technocratique, héritée sans doute des positions occupées jadis au gouvernement ou au sein des vieux partis, pour qui les initiatives de la base, à l\u2019intérieur du parti ou dans la société globale, ne valent que lorsque qu\u2019elles coincident avec les conceptions venues d\u2019en haut.On trouve un bon exemple de cette attitude dans la récente crise au journal Le Jour où on a tenté de rejeter sur un mauvais usage par des journalistes radicaux des structures de co-gestion de l\u2019entreprise une faillite due beaucoup plus aux conditions du marché et aux difficultés de financement.En sabordant, grâce aux actionnaires, les structures de cogestion qui faisaient l\u2019originalité du Jour, lors des premières difficultés sérieuses survenues 84 alte Jour ls wele | paire asset dévelop lime 1 \u201cpele frye pus jou quo le il Un dantiste devenir Une 097 pendant sembll nécessite nude to ( ier, à moUvêr réponse chimes réalité pats, RCM upd, ¢ logs Sur Une ergo lle ienpe Partiou entre la direction et les journalistes, l\u2019équipe dirigeante du Jour (Parizeau-Michaud-Lévesque) montrait le peu de cas qu\u2019elle faisait réellement de l\u2019idéologie de type autogestionnaire.De même, les interventions de René Lévesque font assez peu de cas des nouvelles réalités nées au Québec du développement des mouvements populaires et d\u2019un syndicalisme militant, sinon pour les rejeter dans l\u2019enfer des \u201c\u201cpelleteux de nuages\u201d sans doute à exclure de la cité future.Il n\u2019y a donc pas à se surprendre si le Parti Québécois n\u2019a pas toujours très bonne presse dans ces milieux.Pourquoi l\u2019expérience de Tricofil ne susciterait-elle pas ici aussi UN sursaut nécessaire, amenant le mouvement indépendantiste à se mettre à l\u2019âge de l\u2019autogestion, sous peine de devenir un vieux parti comme les autres, croupissant dans une opposition durable ou prenant la tête d\u2019un Québec indépendant où les valets seraient devenus des maîtres en tout semblables à leurs prédécesseurs.Cette transformation nécessitera sans doute un changement de leadership, devenu de toute façon essentiel à moyen terme.Conscients de cette lacune fondamentale, les divers groupes qui travaillent à la fondation d\u2019un parti ouvrier, dont les plus sérieux oeuvrent à l\u2019intérieur même du mouvement syndical, n\u2019apportent malheureusement pas de réponse adéquate, trop occupés encore à lire dans les catéchismes marxistes qu\u2019ils ont récemment découverts une réalité québécoise dont la complexité leur échappe de toutes parts.Seul, le Rassemblement des Citoyens de Montréal (R.C.M.), beaucoup plus modeste, tente, au niveau municipal, de faire déboucher les problèmes vécus par les citoyens et les travailleurs dans leur ville et leurs quartiers sur une critique globale de la société et du système dont on aperçoit encore mal la version positive cependant.Poursuivie à l\u2019échelle du Québec entier, cette méthode expérimentale ne serait-elle pas la seule susceptible de transformer durablement la société et la vie quotidienne?Technocrates du P.Q.comme dogmatiques du parti ouvrier en auraient grand besoin.re = J < os = To Asi Rt SR Bt ruil) up 8 ag 2 plis 2 RS, vécut ques ment curées if Ul us ha nod 5 i ete Jaws fille feu aires jé venus Quant à nous, dans cette revue, tout en étant conscients des limites imposées à notre tâche par la domination étrangère et l\u2019exploitation capitaliste, nous voudrions contribuer à construire un Québec où l\u2019aliénation serait pourchassée jusqu\u2019aux niveaux essentiels du travail et de la vie quotidienne.Nous nous mettrons à l\u2019écoute des di- 85 verses expériences qui nous sembleront aller dans ce sens, parfois pour leur donner une voix, parfois pour en montrer les limites, mais toujours pour essayer d\u2019en dégager toutes les possibilités comme étapes dans la quête d\u2019une société libre qu\u2019il nous faudra bâtir au jour le jour sans modèle définitivement établi.Tricofil nous a permis de nous mettre au travail.lence là es [mites RTE, chaos q ] Ÿ Sons 9 :4] Robert Laplante \u201cdontry T Wig .| Lettre à l\u2019autre de ma race Ë \u201c bE \" Ny Salut de méme humanité des hommes lointains ; malgré vous malgré nous je m'entête à exister : salut ala saumure d\u2019homme À Gaston Miron J'ai vingt-trois ans et je vis seul.Complètement seul.Et l\u2019homme seul est toujours celui du non-lieu, celui qui renonce au pouvoir tout en consentant à la violence la plus ultime, celle qu\u2019on se porte à soi-même.Sa vie se trame dans l\u2019effardochage constant et entêté des limites de sa finitude, la nôtre.La lucidité ne l\u2019empanache guère: elle est cela seul qui rend légitime de vivre le ! chaos que nous aurons peut-étre commis.] Je vous écrirai donc de nulle part puisque votre lâ- : cheté constante me prive même de l\u2019exil.Vos démissions successives auront érigé l\u2019absence de nos frontières, : engendré le pourrissement de mes racines.F J\u2019ai mal à la jeunesse que vous n\u2019êtes plus.Très | mal.Et vous en tiens responsable.J\u2019entends déjà la voix \u2014 celle du grand Paquette?\u2014 qui me reproche et m\u2019accuse de ne rien comprendre à votre désespoir.En réalité, je le transgresse.Car je ne respecte le désespoir que dans la mesure où il est total et inconditionnel.Le vôtre n\u2019est qu\u2019un prétexte.Vous n\u2019hésitez pas à le mettre entre parenthèses à la première dé-saison, à le troquer pour le moindre fantôme de certitude, à le marchander sous la plus petite allure prétentieuse du feeling.N\u2019en déplaise aux pushers, à Molson, Althusser, | Reich, la soirée du hockey, Robert Bourassa, les jeux | olympiques, Jean Drapeau, Réal Giguère, Mao Tremblay, Lise Payette et René Homier-Roy.Et j'allais oubliér les | colombes et puis Chrétien.87 # HR AN Je languis ce soir comme des dizaines d\u2019autres ont dû le faire sous Duplessis.Notre lâcheté d\u2019être aura laissé le clan Simard nous souiller d\u2019une infâme noirceur à laquelle vous réagissez par l\u2019obscurantisme le plus vil: celui du dogme.Nos universités et nos cegeps sont pleins à craquer de jeunes cool, straight et too much à l\u2019ignorance glaciale, se complaisant dans une recherche confortable de la Vérité sous la gouverne flasque mais hypocrite des déclamateurs de clichés.Et qui de plus servile qu\u2019un ignorant convaincu?L\u2019Eglise en sait quelque chose.Faudrait l\u2019apprendre à Léandre Bergeron.Toutes vos certitudes prétendument concrètes, comme celles de la Dame de Ste-Anne d\u2019hier, ne sont que paravent et refuge.Les dogmes changent mais la convicton demeure.Cela reste le propre du colonisé.De la même façon que nous avons formé des milliers de curés mais pas un seul théologien de calibre, de la même façon nous produisons des retraducteurs patentés de théories de la Vérité Historique et de la Civilisation Epanouissante qui s\u2019élaborent ailleurs.Et sur notre dos.Le trip cosmique et l\u2019universalisme que vous préconisez ont confiné mon père à l\u2019usine de l\u2019Anglais d\u2019abord, à celle de l\u2019Américain ensuite et maintenant.Le pseudo-savoir pédant que vous brandissez, il l\u2019a payé de sa sueur et de son ignorance.C\u2019est de son rêve et de son renoncement que votre orgueil indigne se nourrit.Et je ne vous le passerai pas.La dignité et le courage que l\u2019ouvrier, beaucoup d\u2019ouvriers maintiennent envers et contre tout \u2014 et malgré vous \u2014 dans l\u2019enfer colonial/industriel échappent à toutes vos définitions complaisantes de l\u2019\u2018\u2018aliénation\u201d qui, paraît-il, vous assaille aussi et vous empêche de créer, jouir et vous épanouir.Ils savent, eux, que personne ici ne pourra vraiment s\u2019épanouir tant et aussi longtemps que nous ne déciderons pas d\u2019assumer et maîtriser les périls qui pèsent sur notre survie.Malheureusement, beaucoup d\u2019entre eux se rompent à la résistance.Par votre faute puisque vous y consentez.Ceux-là ne voyagent pas: ils boivent de la Molson.Vous faites pire et davantage: vous souscrivez au mythe du voyage et fuyez dans le plaisir d\u2019aller admirer la beauté et les réalisations des autres.Leurs misères ne vous atteignent guère et, quand cela est, elles vous servent ÿ fur gent cille melt être À dire adn.restêz soustr psd de ot dispar fang py Tl Fleur à By.leis Orange be de 2 de; ] img.dr « COM- NI que Micton même is pas s pro- | Vérité élabo- préco- gly i Le des Me um iit res lé ave à fuir la nôtre et à masquer vos démissions devant nos urgences.Et ne me faites pas le coup du répit.Personne ne part en vacances quand la maison brûle.Pour plusieurs d\u2019entre vous, cependant, l\u2019effet du voyage paraît parfois salutaire, la contrainte artificielle de l\u2019exil temporaire \u2014 Air Canada Approved \u2014 permettant d\u2019assumer le minimum de responsabilité dont tout être a besoin, ne serait-ce que pour maintenir l\u2019illusion d\u2019être en vie.Vos existences ouatées vous privent même de cela.Quelle misère.Or voilà, le salut n\u2019est que mirage: vous êtes responsables comme à loisir.Même en voyage vous restez à mi-chemin.D\u2019autres pourtant ne peuvent se soustraire, ne serait-ce qu\u2019un instant, à la charge des responsabilités que vous ne prenez pas.Et c\u2019est de celles-la que le pays se meurt.Par celles-là aussi ma vie languit dans l\u2019éclaboussure de votre renonciation.Votre désespoir \u2014 de \u2014 bon \u2014 ton vous autorise trop aisément à dire que tout est joué, que notre race va disparaître.Mais ignorez-vous donc jusqu\u2019 à la honte?Certains d\u2019entre vous songent même déjà à nous aménager une agonie confortable.A ceux-là je crie l\u2019Amérindien, l\u2019Acadien, la Louisiane et tant d\u2019autres pour qui, demain, les dieux ne naîtront pas.Bien sûr, pensez-vous, la mort nous sera facile, lente et presque imperceptible.Mais par la vie.Je vous le hurle.La lenteur de l\u2019agonie d\u2019un peuple qui s\u2019éteint ne fait qu\u2019accélérer la tragédie des individus alors coincés dans le rythme infernal de l\u2019impossible amourance.L'amour rance.Les démissions et les fuites, les égoïsmes et l\u2019amertume se bousculent et se précipitent.Les plus malheureux d\u2019entre vous en savent déjà quelque chose, enfirouâpés qu\u2019ils sont à prendre l\u2019inconstance pour l\u2019Ephémère.De là la tourmente et la course folle aux \u2018Ce soir c\u2019est la vie!\u201d dans l\u2019effroyable fadeur de la vie cool.Ce que vous nommez désespoir n\u2019est rien d\u2019autre que la paroi, qui vous encercle, du mur creux de vos propres démissions.Beau dommage.89 Med riéhiquess pr: D Al | cm = = =. So = Eo = \u2014 \u2014 22 oF ee oS eA 53 = =& _ = = > = == \u2014 \u2014_\u2014 2 =e Sse Es a = = = \u2014 \u2014 1 Joe LL OR MONO RCE RS LPS BE EIEN RAM A edt RL i dt EN M MIN LE CT A M ANS M AE 0 LEECH, Marcel Fournier Sciences sociales, idéologie et pouvoir A un moment ou leurs noms tendent à être oubliés principalement par les jeunes, Edouard Montpetit et Georges-Henri Lévesque, o.p., qui ont comme caractéristique commune d\u2019avoir mis sur pied au Québec des Ecoles des Sciences sociales, sont l\u2019objet d\u2019études bio-bibliogra- phiques(1).Ecrits non pas par des spécialistes en histoire ou en sociologie des intellectuels, mais par d\u2019anciens élèves et admirateurs de chacun des fondateurs, ces ouvrages n\u2019ont de prétention ni scientifique ni littéraire: l\u2019intention des auteurs est de rendre hommage et plus précisément de célébrer des intellectuels qui les ont profondément influencés.Chez Joubert, qui fut un des premiers élèves de Montpetit à l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Montréal, cette première préoccupation se double d\u2019une seconde tout aussi importante: celle de rendre compte de sa passion, qui est de rechercher et de conserver avec soin et goût les livres anciens et rares.Dans une certaine mesure, l\u2019histoire même de cet ouvrage (rapport entre l\u2019auteur et le fondateur, rapport entre l\u2019auteur et les autres admirateurs du fondateur, etc.) est tout aussi intéressante que l\u2019histoire qu\u2019on y raconte: celui-ci est en effet le fruit de quinze ans de travail, pendant lesquelles furent rencontrées diverses difficultés (relations avec les anciens collaborateurs ou des membres même de la famille de Montpetit, problèmes de financement de l\u2019impression, etc.).Mais parce que cet ouvrage est profondément marqué par le rapport que son auteur entretient avec le fondateur-maître et plus généralement avec la culture (par exemple, goût ou manie de la collection) et aussi qu\u2019il ne tient guère compte du contexte intellectuel, politique et économique, il demeu- 99 re, sur le plan à la fois de l\u2019organisation des données et de l\u2019analyse, relativement faible: son seul mérite est de réunir une très grande quantité d\u2019informations (postes, relations, voyages, opinions, etc.) au sujet d\u2019un des intellectuels et idéologues dominants des années 1920-1950.En comparaison, le petit livre que Robert Parisé consacre au Père Lévesque a au moins la qualité d\u2019être orienté vers la démonstration d\u2019une hypothèse centrale, à savoir que le Père Lévesque est le \u201cPere de la renaissance québécoise\u2019\u2019.Cependant, même si l\u2019auteur parvient à dégager les grands axes de l\u2019action et de la pensée sociale et politique du religieux \u2018\u2018contestataire\u201d, son étude apparaît moins comme le résultat d\u2019une recherche septématique que comme le rapport d\u2019une longue entrevue.Mais, au-delà de leurs faiblesses et de leurs qualités, ces deux ouvrages consacrés aux fondateurs des Ecoles des Sciences Sociales de l\u2019Université de Montréal (1920) et de l\u2019Université Laval (1938), fournissent l\u2019occasion (et certaines données) de s\u2019interroger non seulement sur la signification mais aussi sur les conditions (sociales, culturelles, etc.) du développement des sciences sociales au Québec.De l'Université au Sénat La seule ressemblance entre Edouard Montpetit et le Père Lévesque, qui ont une vingtaine d\u2019années de différence, ne se limite pas au seul fait d\u2019avoir effectué une bifurcation de carrière (du droit ou de la théologie vers les sciences sociales) et d\u2019avoir mis sur pied de nouvelles institutions universitaires, qui ont contribué à la formation de nouvelles catégories de spécialistes.Ces deux universitaires incarnent aussi un type d\u2019intellectuel qui depuis la fin des années 1940 tend à disparaître: il s\u2019agit de l\u2019intellectuel qui est invité à occuper un tel nombre de postes qu\u2019il donne l\u2019impression de jouir du don d\u2019ubiquité.Ainsi, Edouard Montpetit, qui reçoit de nombreuses gratifications intellectuelles (élection à la Société royale du Canada, à l\u2019Académie royale de Belgique, enseignement à la Sorbonne, etc.), n\u2019est pas seulement professeur en droit et en économie politique, directeur de l\u2019Ecole des Sciences Sociales et secrétaire de l\u2019Université de Montréal: cet universitaire \u201clettré, élégant et policé\u201d\u2019 est aussi (simultanément ou successivement) secrétaire de la Revue Trimestrielle Canadienne, secrétaire du comité France-Amérique, directeur 100 i CK.fonda dela | Assur ment | Is pore tonne oe Jy oi Politic fe (ri role Ë du tra Fconon Comm Science tés au grande das | Moniz les am canadie dans d ses élu Goun ney foncto dd pli ques Te dine Te pré Mique dans le ray, | Lous a Poste | ( Tent, ny 3g de Tein log, ly War.! Père i ly ue le Quête.à &.er Kique Moins 2 COm- qua | Is des Vil {occ lement Xidls, les au rele ses de se ue os Js 3 If ion de ell ly fin ele sql AL >ations id hone 2cond- Kills Sa à su (me rectill à C.K.A.C.de l\u2019émission \u2018\u201c\u201cL\u2019heure provinciale\u2019\u2019, membre- fondateur de l\u2019A.C.F.A.S., président du comité de revision de la taxation provinciale, président de la commission des Assurances sociales du Québec, directeur de l\u2019Enseignement technique, etc.Il en est de même du Père Lévesque: les \u201cNotes biographiques\u2019, que présente Robert Parisé, permettent de constater que celui-ci non seulement collectionne de nombreuses distinctions honorifiques mais aussi accede a de multiples responsabilités dans les milieux a la fois intellectuel et universitaire (président de la Canadian Political Science Association, vice-président de I\u2019ACFAS, vice-président de la Société royale du Canada), coopératif (président du Conseil de la Coopération, directeur de la revue Ensemble) et politique (membre du Conseil Supérieur du travail de la Province de Québec, membre du Conseil Economique de la Province du Québec, membre de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019avancement des Arts, Sciences et Lettres au Canada).Ces diverses responsabilités que ces universitaires cumulent leur confèrent une grande visibilité sociale (Montpetit par exemple, excelle dans la tâche de représentant tantôt de l\u2019Université de Montréal tantôt des Gouvernements provincial et fédéral), les amènent à être présents dans les milieux politiques canadiens et québécois et les obligent à prendre position dans différents débats intellectuels et politiques.Pendant ses études et au début de sa carrière, protégé de Lomer Gouin et du Sénateur Dandurand, Montpetit est rapidement intégré, de par son milieu familial et par ses multiples fonctions, aux milieux \u201c\u2018libéraux\u2019\u2019 de Montréal, de Québec et d\u2019Ottawa: on l\u2019invite même, en 1931 à entrer dans la politique active \u2014 il accepte d\u2019abord puis, devant les critiques refuse \u2014 et à la fin de sa carrière, on le fait rêver à une nomination au Sénat canadien.Même si son milieu ne prédisposait pas particulièrement le jeune Lévesque à fréquenter les \u2018\u2018grands\u201d de ce monde, celui-ci s\u2019intègre, dans le cadre de ses fonctions, aux milieux politiques fédéraux, devenant éminence grise et conseiller spirituel de Louis Saint-Laurent, premier ministre du Canada, et se voit aussi offrir, en remerciement des services rendus, un poste de sénateur.Enfin, en raison même de leur grande visibilité sociale et de leur proximité avec des milieux différents, ces deux universitaires en viennent à remplir la fonction d\u2019\u2018\u2018intermédiaire privilégié\u201d entre les intellectuels 101 et les autorités politiques et religieuses et aussi, en tant que vulgarisateurs-conférenciers, entre les intellectuels et le grand public.De la part de tels intellectuels, qui sont ainsi situés au carrefour des milieux intellectuel, politique et religieux, 1l n\u2019est guère étonnant qu\u2019il y ait participation aux grands débats politiques et que leurs prises de positions politiques soient habituellement marquées par la modération.Ceci est particulièrement exact en ce qui concerne Edouard Montpetit: préférant présenter l\u2019image de l\u2019académicien au-dessus de la mêlée, celui-ci évite en effet de s\u2019engager à fond dans les débats, manifeste discrètement ses opinions personnelles et joue \u2018\u2018au conciliateur\u201d.Contraint par ses diverses fonctions à rencontrer des intellectuels de diverses allégeances et des hommes politiques de partis différents, Montpetit peut difficilement ne pas adopter, comme d\u2019autres intellectuels de sa génération (Jean Burchési, etc.), la \u201c\u2018stratégie du diplomate\u2019: nationaliste (défense de la langue, de la culture et de la foi des Canadiens français), il n\u2019est pas chauvin et demeure fervent fédéraliste; francophile, il n\u2019en méprise pas pour autant d\u2019entrer en contact avec des universitaires canadiens-anglais, américains ou anglais; amené à participer à la vie politique de son pays et à intervenir dans différents débats, il parvient à éviter la \u201c\u2018politicaillerie\u2019\u2019; bref, il réussit à s\u2019engager tout en gardant ses distances et à parler tout en se refusant souvent de dire quelque chose.Le jugement sévère que le chanoine Lionel Groulx formule à l\u2019égard de Montpetit n\u2019est donc pas totalement arbitraire: il apparaît comme celui qui manque de \u2018\u2018caractère et de décision\u2019, qui \u2018\u201cse donne, mais en se donnant avec mesure, en reprenant\u2019\u2019 et qui \u2018\u2018parle fort de temps à autres, mais toutes portes bien closes\u201d (2).Chez le Père Lévesque, il y a aussi une telle attitude de conciliation (des contraires): celui-ci critique en effet des abus du capitalisme mais évite de remettre en question le système même; il condamne avec nuances les mouvements socialistes tout en dénonçant l\u2019anti-communisme de Du- plessis; prédicateur religieux, il revendique la déconfes- sionalisation des mouvements coopératif et syndical; la science sociale qu\u2019il propose se veut a la fois \u201cpositive\u201d et \u2018\u201c\u2018normative\u2019\u2019; etc.Cependant, en raison de la conjoncture intellectuelle et politique et aussi des réactions souvent violentes qu\u2019elle soulève, cette attitude tend à se transformer en une \u2018\u2018stratégie du contrepoids\u2019\u2019; en opposition 102 Lang | | Taclère is - yersial yolufor lise, évident fil oles es qutonor Hsatric nement sion 9 théorie d'autré Etudes (ans 4 scignen sables (appre \u201cSel el dans file, met 9 elle dey Science | ( de h I Taliong $ mi Cépend, Is loves ( Mery nant a, g.lig la .oo.,.E he aux fractions de la petite bourgeoisie traditionnelle qui iso @pparaissent trop \u201cconservatrices\u201d, \u201ccléricales\u201d et \u201cnationalistes\u2019\u2019, le Père Lévesque se range ou est rangé par- | 5 mi les \u201clibéraux\u201d, les \u2018\u201claîes-hérétiques\u201d\u2019 et les \u201c\u201cfédéra- | ni listes \u2014 traites a la notion\u201d.Et le réformisme de cet uni- ; oa versitaire, Aussi modéré soit-il a posteriori, apparait ré- E .Volutionnaire et la science sociale qu\u2019il tente d\u2019institution- E he naliser, prend nécessairement et d\u2019une façon beaucoup plus ; ex évidente, parti dans la lutte politique.Par exemple, le seul ; ed fait qu un des professeurs de la Faculté des Sciences So- ; nil ciales de l'Université Laval enseigne les théories économi- 1 me UES de Keynes constitue alors une critique de la politique | me autonomiste de Duplessis et un appui aux politiques centra- ; | lisatrices du Gouvernement fédéral.D\u2019ailleurs, le Gouver- ; ee nement provincial commandera, par le biais de la Commis- i \u201cA sion sur les Problèmes Constitutionnels, une critique des 1.théories de Keynes (et des politiques centralisatrices) à li d\u2019autres \u2018économistes\u2019, professeurs à l\u2019Ecole des Hautes E Mt Etudes Commerciales de Montréal.Et, alors même que cer- L, M ftains universitaires s\u2019efforcent de mettre sur pied un en- à ls seignement plus \u201cscientifique\u201d de la sociologie, les respon- ; ir sables de l\u2019enseignement technique (Service de l\u2019aide à dn l\u2019apprentissage) organise une diffusion systématique de la | «rt.\u201csociologie catholique\u201d dans les Ecoles d\u2019arts et métiers : US Ret dans les écoles spécialisés.L\u2019ancienne unanimité s\u2019ef- we frite.Et parce que la science (sociale) constitue un instru- \u201c0 ment ou une arme de légitimisation (ou de disqualification), «ll elle devient un enjeu important.( wr Ë ommart i msi Sciences sociales, culture générale et classes sociales Lorsque l\u2019on compare les Ecoles des Sciences Soude ciales de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019Université ai laval, ces comparaisons portent habituellement sur le ca- il Practère (plus ou moins), scientifique de l\u2019enseignement et mis #de la recherche et aussi sur l\u2019orientation (plus ou moins) E tr Pnationaliste des professeurs.Sans être ni totalement faus- : ais §ses ni totalement sans intéréts, ces comparaisons risquent d:l Ÿcependant de réduire l\u2019analyse des fonctions sociales d\u2019une si finstitution d\u2019enseignement à la seule étude des caractéris- m0 ftiques (d\u2019orientation scientifique et d\u2019opinion politique) des 5 #membres de son corps professoral.Or tout aussi détermi- 1% Fnant, dans le développement d\u2019une discipline ou d\u2019une insti- i\" tution universitaire, est son mode d\u2019insertion sociale, 103 c\u2019est-à-dire les diverses utilisations qui en sont faites par différents groupes ou classes sociales en fonction même de leurs intérêts.En 1920, lorsque Edouard Montpetit met sur pied, une Ecole des Sciences sociales à l\u2019Université de Mon*- réal, son initiative est généralement bien accueillie: \u2018le triomphe du communisme en Russie et les progrès du socialisme en Europe, ainsi que les progrès de l\u2019industrialisation au Canada et au Québec provoquent alors un vif intérêt pour les questions économiques et sociales.À un moment où les \u2018\u201cdestinées du monde inquiètent tous les coeurs\u2019\u2019, le directeur-fondateur de l\u2019Ecole, qui accorde une grande valeur et une grande place à la doctrine sociale de l\u2019Eglise, n\u2019a guère de difficulté à justifier l\u2019intérêt de son oeuvre: les sciences sociales apparaissent comme des moyens de comprendre et de solutionner les \u2018nouveaux problèmes sociaux\u201d que sont \u2018\u201cl\u2019alcoolisme, la dépopulation, la désertion des compagnes, le surpeuplement et les maladies des sociétés\u201d (3).De plus, ces sciences sociales semblent pouvoir offrir de nouvelles préoccupations et aussi des postes à des jeunes qui n\u2019ont pas d\u2019autres choix que de s\u2019orienter vers des professions libérales (droit) déjà saturées ou \u2018\u2018encombrées\u201d et d\u2019*\u2018abandonner leurs loisirs à des riens, à des plaisirs d\u2019une modanité fiè- vreuse ou d'une monotonie vide\u2019 (4).Si l\u2019on considère l\u2019occupation des diplômés de l\u2019E- cole des Sciences Sociales de l\u2019Université de Montréal, son recrutement social apparaît relativement diversifié: parmi les trois cent trente-six diplômés, il y a en effet \u201c\u2018trente-trois avocats, deux notaires, cinq médecins, six ingénieurs, onze infirmières, soixante-huit instituteurs et institutrices\u201d.Cependant, même si parmi ceux-ci l\u2019un devient ministre, deux diplomates, onze fonctionnaires et vingt journalistes, la plupart ne parviennent pas à la \u2018\u201cchose publique\u201d et n\u2019utilisent que très partiellement la \u2018\u2018culture générale\u201d qu\u2019ils ont acquise.En fait, tous ceux qui y parviennent et, plus généralement; tous ceux qui connaissent une véritable bifurcation de carrière sont ceux-là mêmes qui occupent, avant d\u2019entreprendre des études en sciences sociales, ou qui ont, de par la formation universitaire qu'ils ont reçue, toutes les chances objectives d\u2019occuper des positions supérieures: en effet, si l\u2019on compare les deux populations de diplômés au sujet desquelles des informations sont disponibles, c\u2019est-à-dire celle des professions 104 dirt Moyer 1 \u201cdem 1 Luli {elle o dupa, roles fone Mettre VE, 0 le en Pir omy dors Comm | oi dar ine Tals Is \u20ac choix trot] leurs lie | : |E Mont Vers ef 5, Sl jrs n de ving 5e pu glue pir Tl Temes \u2018en ; qi libérales (avocats, notaires, médecins, ingénieurs) et celle des instituteurs (trices) et des infirmiers (ières), il apparaît que ce sont les membres des professions libérales qui changent le plus souvent d\u2019occupation.Par exemple, parmi la trentaine d\u2019avocats diplômés de l\u2019Ecole, plus d\u2019une dizaine abandonnent la pratique du droit soit pour devenir diplomates, soit pour enseigner à l\u2019université, soit pour entrer dans la fonction publique.Tableau 1 Occupations des diplômés de l\u2019Ecole des Sciences Sociales de l\u2019Université de Montréal, en 1935 (5) Occupation Occupation en 1935 à l\u2019entrée même occupation à l\u2019Ecole occupation différente Total Avocats, notaires, médecins, ingénieurs, agronomes, pharmaciens 68.0% 32.0% 100% (50) Instituteurs (trices) infirmières (ers) 94.5% 55% 100% (70) Ainsi, même si l\u2019enseignement des sciences sociales est, durant les quinze premières années, largement distribué à diverses catégories sociales (des classes moyennes et supérieures) et qu\u2019il y a une plus grande \u201cdémocratisation\u201d que dans les autres Facultés et Ecoles, l\u2019utilisation de ce capital culturel demeure très inégale: elle est fonction du capital culturel que les diplômés ont auparavant accumulé et donc, puisque l\u2019accès aux facultés professionnelles est réservé aux classes supérieures, en fonction de leur origine sociale.Il apparaît donc qu\u2019une des fonctions sociales de l\u2019enseignement des sciences sociales est alors de permettre aux membres des professions libérales de \u2018\u201cconserver, comme l\u2019indique Perrault lui-même, le prestige dont les entoure notre société\u201d et, plus précisément, d\u2019assurer, par cette sorte de \u2018\u201cconversion\u2019\u2019, la perpétuation de leur domination (intellectuelle et politique).En d\u2019autres termes, alors même que l\u2019Ecole des Sciences sociales se donne comme objectif de participer à une véritable \u2018restauration sociale\u2019 et par là à une certaine modification de la struc- 105 ture des rapports sociaux, celle-ci ne contribue en fait, par la contribution même qu\u2019elle apporte à la reproduction de la structure de la distribution du capital culturel entre les classes sociales, qu\u2019à la reproduction de cette structure des rapports sociaux: les membres des professions libérales et aussi les intellectuels canadiens-français, qui constituent avec les petits entrepreneurs et les petits commerçants, la petite bourgeoisie traditionnelle, \u2018\u2018survivent\u201d en tant que \u2018\u2018classe ethnique\u201d, c\u2019est-à-dire en tant que classe politiquement dominante d\u2019un groupe ethnique lui même dominé.(6) Toutefois, l\u2019Ecole des Sciences sociales ne parvient, semble-t-il, à assumer cette tâche que très imparfaitement, car ne s'opère pas parallèlement une transformation, i.e.\u201cmodernisation\u201d de I\u2019appareil bureaucratique d\u2019Etat, qui aurait entraîné le renouvellement du \u201cpersonnel politique\u201d (politiciens, hauts fonctionnaires, diplomates, etc.).Plus de quinze ans, après la fondation de I\u2019Ecole, Edouard Montpetit espere toujours que le \u201cpays utilise les compétences que celle-ci a formées™.Les \u201cPères\u201d de la Révolution tranquille A première vue, c\u2019est-à-dire si l\u2019on ne considère que des déclarations officielles des responsables et les présentations de programme d\u2019enseignement (annuaires), l\u2019Ecole des Sciences Sociales de l\u2019Université Laval qui est mise sur pied en 1932 et qui est alors rattachée à l\u2019Ecole supérieure de philosophie, n'apparaît pas très différente de celle de l\u2019Université de Montréal: il s\u2019agit de seconder l\u2019Ecole Sociale Populaire et les Semaines sociales du Canada et de s\u2019occuper de \u201cla formation d\u2019apôtres laïcs\u201d.Même lorsqu\u2019en 1938 sous la direction du Père Levesque, l\u2019Ecole est réorganisée (création d\u2019un programme d\u2019étude dont les cours réguliers de jour conduisent au baccalauréat et à la licence), les intentions demeurent les mêmes: parce que l\u2019Ecole continue de se donner comme d\u2019ailleurs l\u2019Université, une \u2018\u2018mission\u2019\u201d\u2019 religieuse, celle-ci \u2018\u2018accentue l\u2019enseignement de la philosophie sociale et de la philosophie politique et donne une importance prépondérante à la doctrine sociale des Encycliques pontificales™.(7) Mais, par le fait de transformer l\u2019enseignement des sciences sociales en un enseignement régulier de jour, l\u2019on modifie alors les conditions d\u2019accès à la formation en sciences sociales de même que le rapport que les étudiants entretiennent à la fois avec leurs études et 106 ie | scienoé comm offre 8 aus fats ql 1! formal quirés cies: ners qu'a loge, Str laf Tous | années gene \u2018comp fan\u2019 dao plômé diffus d | d'édue mation fin, nfl Structu ls, ¢ lésard Ts Sociale cond eaux\u201d lang dut à QUE sa Socle CES Moder Sent Dar de tre i qui ent\u201d que lu iles Une ea Ll ire, ation Das D NAS De ct retirer Ad ASE OL MALLE CE EE EN avec leur (futur) marché du travail.Même si l\u2019Ecole des sciences sociales de l\u2019Université Laval se présente toujours comme \u2018\u2018un excellent moyen de culture générale\u201d et qu\u2019elle offre son enseignement aux étudiants en droit et en lettres et aussi aux \u201c\u2018intellectuels professionnels, hommes d\u2019affaires, bref à tous ceux qui prétendent être l\u2019élite\u201d\u2019, celle- ci recrute, de par les nouvelles exigences d\u2019admission et de formation, une population qui se différencie nettement des autres populations antérieures d\u2019étudiants en sciences sociales: pour la plupart démunis de toute autre formation universitaire ou professionnelle, ces \u2018\u2018nouveaux\u201d étudiants, qui auraient pu vraisemblablement s\u2019orienter vers la théologie, le droit ou la médecine, ne peuvent compter, pour s\u2019insérer dans divers marchés de travail, que sur la valeur, à la fois intellectuelle et sociale, du titre qu\u2019ils obtiennent.Tous les efforts des responsables au cours des premières années sont d\u2019ailleurs de hausser le \u2018sérieux\u2019 de l\u2019enseignement et de la recherche-engagement de professeurs \u201ccompétents\u201d, tel le R.P.Delos, o.p., ou le sociologue américain E.C.Hugues \u2014 tout en démontrant, de façon tangible et à court terme, l\u2019utilité sociale de l\u2019Ecole et de ses diplômés (création du Conseil supérieur de la coopération, diffusion de la revue Ensemble, mise sur pied d\u2019un Service d\u2019éducation populaire, etc.).Toutes ces modifications pédagogiques ne sont évidemment pas totalement indépendantes de transformations sociales, politiques et économiques (industrialisation, urbanisation, sécularisation, etc.), mais celles-ci n\u2019affectent les premières qu\u2019en autant que, par une ré- structuration des rapports entre groupes et classes sociales, elles changent leurs intérêts et leurs attitudes à l\u2019égard du savoir et de l\u2019école.D\u2019une analyse des écrits et des actions des professeurs et des étudiants en sciences sociales de l\u2019Université Laval, la tentation est grande de conclure, comme le fait Bernard Parisé, que ces \u2018\u2018nouveaux\u201d intellectuels sont les \u2018\u201c\u2018pères\u2019\u201d de la Révolution tranquille.Une telle démarche intellectuelle est largement, d\u2019un point de vue méthodologique, déficiente puisqu\u2019elle conduit à s\u2019interroger sur la signification sociale d\u2019une pratique sans effectuer au préalable une étude des conditions sociales de possibilité.Or, si le développement des sciences sociales à Québec et la Révolution tranquille, 1.e.la modernisation des appareils de l\u2019Etat provincial, apparaissent si étroitement reliés l\u2019un à l\u2019autre, c\u2019est beaucoup 107 moins parce que l\u2019un est la cause de l\u2019autre que parce que l\u2019un et l\u2019autre coîncident et répondent à des transformations de la structure sociale québécoise.Les transformations économiques qui modèlent l\u2019infrastructure québécoise à la suite de la Seconde Guerre Mondiale (diminution de la part relative des petites entreprises individuelles, installation des relations plus diversifiées et plus complexes entre les unités économiques, modification du mode d\u2019organisation et de gestion, etc.) entraînant une modification des conditions de reproduction de la structure des rapports entre les groupes canadien- anglais et canadien-français et affectent considérablement le poids (et aussi le pouvoir) de la petite bourgeoisie traditionnelle.Afin de conserver les postes à hauts revenus et aussi de se reproduire en tant que groupes \u2018\u201cd\u2019intermédiaires\u2019\u2019, c\u2019est-à-dire en tant que classe dominante d\u2019un groupe ethnique dominé, cette ancienne classe \u2018\u201c\u2018ethnique\u201d\u2019 doit modifier ses stratégies de reproduction (qui deviennent des stratégies de conversion vers de \u201c\u2018nouvelles\u201d occupations) et aussi s\u2019élargir (en une \u201cnouvelle\u201d petite bourgeoisie) et se fractionner.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas un hasard si les années 1950 et 1960, pendant lesquelles le Parti libéral sous la direction de G.E.Lapalme se réorganise et acquiert un poids politique plus grand, sont marquées à la fois par le développement de l\u2019enseignement collégial et supérieur, par des nationalisations, par des réformes de l\u2019appareil d\u2019Etat et par une plus forte mobilité au sein du groupe ethnique canadien-français: sans altérer profondément la division sociale du travail entre les groupes ethniques, ces diverses mesures assurent une redistribution des postes supérieurs ou à hauts revenus en faveur principalement des membres de la petite bourgeoisie et leur con- ferent le droit ou la légitimité d\u2019accéder à ces postes en leur distribuant les titres ou les diplômes nécessaires.Dans l\u2019élargissement de la petite bourgeoisie cana- dienne-française dont les membres contrôlent l\u2019appareil de l\u2019Etat provincial et occupent des positions intermédiaires (et d\u2019intermédiaires) dans les entreprises privées, il apparaît que la contribution des sciences sociales est loin d\u2019être négligeable: celles-ci n\u2019ont pas seulement fourni un nouveau discours (idéologique) et les compétences nécessaires à la conception et à l\u2019élaboration de pratiques politiques nouvelles (néo-libéralisme\u2019 ou \u201c\u201cinterventionisme\u2019\u2019), elles ont aussi constitué, à un moment où le système 108 nie à de pui il tion 0g) dre | dar es dune comm on 0 tres Ine vries | rent: des à (e fl { 1 \u2018 | (uy fy I t me universitaire se développe, de \u2018\u2018nouvelles\u201d\u2019 voies d'accès à des postes supérieurs (en particulier dans la fonction i publique provinciale et fédér ale).sonde D'ailleurs, les années pendant lesquelles la propor- ig tion de diplômés de la Faculté des Sciences Sociales hd de l\u2019Université Laval issus de la petite bourgeoisie traditionnelle (en particulier, professions libérales et commer- - ce) est la plus élevée, sont les années 1956-1962, c\u2019est-a- win dire les années du début de la \u2018\u201cRévolution tranquille\u201d: d\u2019au moins de 50% entre 1947-1956, le pourcentage de diplô- mat més en sciences sociales dont le père est soit membre ud ÿ d\u2019une profession libérale, soit petit entrepreneur, soit , \"F commerçant, passe entre 1956 et 1962 à plus de 60%.Et si \u201c1 on compare le recrutement social de cette Faculté à d\u2019au- STE tres facultés dites \u2018\u2018traditionnelles\u201d\u2019 (droit, médecine, etc.), : du il ne semble pas, si ce n\u2019est que la proportion de fils d\u2019ou- 1 @ vriers est sensiblement plus élevée, qu\u2019il soit très diffé- Ml} rent: les sciences sociales constituent, jusqu\u2019à la moitié XI 4 des années 1960, un excellent \u2018\u2018refuge\u2019\u2019 pour plusieurs fils A { (et filles) de notables québécois de langue française.5 : Pa Tableau 2 TÇaNe Origine sociale des diplômés de quelques facultés La de l\u2019Université Laval, 1947-1968 22 ms de Occupa- XFacultés Facultes Medecine Droit Sciencessec.Sciences is tion du père Rn 1948-65(9) 1947- 63010) 1947- 1965(11) 1947-65(12 -ofondé- sdk Professions libérales 7.8 249 399 24.3 16.1 won Propriété, administration 8.2 \u2014 9.2 5.0 13.4 pk 27 1 ard Commerce, finance 94 \u2014 19.1 22.0 15.3 4 Employés de bureau 7.4 77 10.3 92 10.7 Ouvriers 28.3 22.5 14.6 24.3 31.9 su # Cultivateurs 335 15.5 6.3 13.7 9.9 [gp ÿ Autres 53 23 6.7 1.4 2.7 man Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 - (729) (1774) (446) (218) (1401 is ae fo Une des caractéristiques distinctives des sciences MAS sociales au Québec est donc d\u2019être à la fois le pro- \u201ca pa duit et l\u2019expression d\u2019une crise qui avant d\u2019être culturelle vmh fut d\u2019abord structurelle.Il y a bien, au début des années «sèm 1960, ce qu\u2019on a appelé la \u2018\u2018fin de l\u2019unanimité\u2019\u201d\u2019, mais cette 109 RÉSEAU CROIRE TTI TTT Ty Trea disparition du consensus (idéologique) n\u2019est pas le \u2018\u2018fruit\u2019\u201d\u2019 du seul travail des \u2018\u201cnouveaux\u201d\u2019 intellectuels que sont les spécialistes en sciences humaines et en sciences sociales: cet effritement idéologique coïncide en fait avec le fractionnement même de la classe dominante canadienne-française, qui doit alors répondre aux exigences contradictoires de sa propre reproduction et de la reproduction des rapports (de domination) entre les groupes ethniques canadien-français et canadien anglais.( 1) Joubert, R., Edouard Montpetit, 1881-1954, Editions Elysée, Montréal, 1975.450 p.; R.Parisé, G.-H Lévesque, pére de la renaissance québécoise, Alain Stanké, Montréal, 1976, 172 p.( 2) Groulx, Lionel, Mémoires, Tome 2, Montréal, Fides, 1972, p.178 ( 3) Montpetit, Edouard, \u2018\u2018Les Universités et l\u2019enseignement des sciences politiques et sociales\u201d, La Revue Trimestrielle Canadienne, déc.1921, p.403 ( 4) Perrault, A., \u201cLes professions libérales\u201d, L'Action française, vol.IV, no 3, mars 1970, p.105.( 5) Annuaire de l'Ecole des Sciences Sociales, Economiques et politiques, 1935- 1936, Université de Montréal, Montréal, p.4.Introduite par Marcel Rioux et Jacques Dofny, cette notion de \u2018\u2019classe ethnique\u201d a été, depuis le début des années 1960, l\u2019objet d\u2019un vif débat.L'identification que les auteurs ont faite entre classe (inférieure) et ethnie (canadienne- française) est apparue à plusieurs et avec raison, largement abusive.Cependant, il y a intérêt à conserver cette notion pour caractériser la classe sociale ou la fraction de classe, ou même l\u2019alliance de diverses fractions et classes sociales qui, dans un groupe ethnique économiquement dominé, occupe une position politiquement dominante, qui s\u2019attribue la fonction \u2018\u2018d\u2019intermédiaire™ et qui cherche à fondre les différences de classes en une identité nationale (nationalisme).( 7) R.P.Gonzalue Poulin, o.f.m., \u201c\u2018L\u2019enseignement des sciences sociales dans les universités canadiennes\u2019\u2019, Culture, vol.2, 1941, p.342 ( 8) Source: Raymond Gaudreau, L\u2019évolution des origines sociales des finissants en théologie de l\u2019Université Laval, de 1947 a 1968, Faculté des Sciences de I'Education, Université Laval, 1969, p.128.( 9) Source: Régis Langelier, L'évolution des origines sociales des finissants en médecine de l\u2019Université Laval, de 1948 à 1965, Faculté des Sciences de l\u2019Education, Université Laval, 1967, p.55.(10) Source: Paul P.Chicoine, Evolution des origines sociales des finissants en droit à l\u2019Université Laval (1947-1965), Faculté des Sciences de l\u2019Education, Université Laval, 1967, tableau XIV.(11) Source: Marius Plante, Evolution des origines sociales des diplômés de la Faculté des Sciences Sociales de l\u2019Université Laval (1947-1967), Faculté des Sciences de l'Education, Université Laval, 1968, tableau XVII.(12) Source: André Cloutier, Evolution des origines sociales des diplômés de la Faculté des Sciences de l\u2019Université Laval, de 1947 à 1965, Faculté des Sciences de l\u2019Education, Université Laval, 1968, p.192.110 (6 \u2014 it tite ant bLOtHL SES 420014 AAACN MISH HS SNE EE EE I DE A EEE HN tS CHEE RELA AEH SMES EH CHE OE) \u201c .H H M \u2018 N 4 4 .H nf I lg ls: ton is, de S (de cal à [JT 2 lan que « a 19.se Ani bent aden > (open se so 3 Lasts pe Unk medal\u2019 nie s durs ls sans 60 ei: ans SRIF sls cpl li G8 Achevé d\u2019imprimer le 15 octobre 1976 as sur les presses de Journal Offset is sue ee oe pa - ax \u2014\u2014\u2014 = a = pong 26 cet a co rg oe arate: cut Cor 2 Ber ak = a0 roc ms x w= 2 hE ue ?ES Sia Boca 26 ay poh cos poy - peace es ve ee Le = _ .- em oom eu po EEC as di eh NS TL fees anses Eo 4 a hE re 5 ET ERE ae far Rice Sr Sen 7, a KE ; E Demander Tricofil, c\u2019est endosser toute une philosophie Jusqu\u2019à maintenant, Tricofil s\u2019est davantage spécialisé dans la confection de vêtements pour dames.Cependant, au fur et à mesure que les opérations évoluent, de nouvelles avenues sont explorées afin de les rendre plus conformes aux besoins de notre clientèle.De nombreuses suggestions nous sont parvenues à l\u2019effet que Tricofil devrait \u2018\u2018distribuer ses produits dans les sous-régions.\u201d\u2019 ou encore que \u2018\u2018votre usine devrait fabriquer des produits d\u2019identité purement québécoise.\u201d Ce sont là des informations que nous conservons et tenterons de cristalliser dans des projets de mise en marché.Pour le moment, nous distribuons nos produits sous les marques Tricofil et Paysan et nous sommes spécialisés dans la fabrication de tissus et la confection de vêtements à base de ratine de velours, tricots de laine ou de matériel tissé.Pour le printemps prochain, le rapport de vêtements hommes/femmes est de 30% 70% et nous évaluons rigoureusement la possibilité de fabriquer des modèles pour enfants, très en demande à notre boutique de l\u2019usine à Saint-Jérôme.Actueliement, nos produits sont distribués dans une centaine de magasins ou de boutiques à travers le Québec.Ii serait évidemment irréaliste d\u2019en énumérer les noms.Cependant, en communicant avec Tricofil (514- 430-4043), il nous fera plaisir de vous énumérer la liste des vendeurs susceptibles de mieux vous accomoder dans votre région.Si Tricofil, expérience inédite au Québec, a vu le jour, c\u2019est grâce à l\u2019appui exceptionnel du public québécois.S\u2019il évolue, c\u2019est en raison du zèle dé nombreux supporteurs.Les défis seront encore nombreux mais à Tri- cofil il en fut toujours ainsi.Aussi, si Tricofil progresse et parvient à établir des preuves qui serviront de références à d\u2019autres entreprises, nous pourrons alors parler d\u2019une réussite complète.SI lin mal 310 « \u2014\u2014 Æn.attendant, merci à vous, supporteurs et consom- e Vid Ty Déco > a te a, Nd i .{ ; Jacques Hamelin, , $3.00 J Agent d'information "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.