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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Hiver
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Possibles, 1979, Collections de BAnQ.

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[" AN MISES MII at \u2018 ne A tartes tai ibles S POSS VOLUME 3 * NUMÉRO 2 e hiver 79 PER °-285 L'ÉCLATEMENT, a! DÉOLOGIQUE: DÉBATTRES AIN ET REVER Ce A EN A ER ES a PAUL CHAMBERLAND LA DEGRADATION DE LA VIE a AMT AN CNA TL ANA i! EE (5 = 2 cara , Cee 00 proces ace 2x Abonnez-vous à POSSIBLES Dans les prochains numéros : Culture et éducation : pédagogie du quotidien Le JAL : Eléments d\u2019analyse Bulletin d\u2019abonnement ci-joint un cheéque.mandat-poste.au montant de $12.00 pour un abonnement à quatre numéros à compter du numéro.Abonnement institutionnel : $25.00 Abonnement de soutien : $25.00 Revue Possibles, B.P.114, Succursale Cote-des-Neiges, Montréal, Québec, H3s 254 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Canada possibles Vol.3, No 2 hiver 1979 Boîte postale 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec Comité de rédaction : Muriel Garon-Audy, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gau- vin, Roland Giguère, Gilles Hénault, Roger Lenoir, Gaston Miron, Marc Renaud, Marcel Rioux.Secrétaire de la rédaction : Robert Laplante SOMMAIRE page PREMIERES CONVERGENCES .5 Penser ses possibles Robert Laplante .11 Quel Etat québécois ?.Pour qui ?Gabriel Gagnon.4 ae ee 29 Le CFP et le mouvement ouvrier : une expérience de formation Marcel Fournier.39 Les turbulences idéologiques et le Québec Marcel Rioux.i 63 La dégradation de la vie Paul Chamberland.69 Petite histoire d'une question .99 Michel Beaulieu.101 Claude Beausoleil .102 Jacques Brault.104 Yves Boisvert.LL LL LA La Le 106 Francois Charron.109 Pierre Chatillon.112 Cécile Cloutier.iii.114 Francine Déry .a a a aan 115 Lucien Francoeur .116 André Gervais.LL LL aa LL 118 Philippe Haeck .i.120 GillesHénault .i.121 Jean-Pierre Guay.ieee.122 Dominique Lauzon .co.124 Michel Leclerc.iii.126 Renaud Longchamps.128 Pierre Nepveu .iii ieee.130 Suzanne Paradis.eee 20 132 Pierre Perrault.iii.134 Marie Uguay .cuit.147 A chaque étape, il faut gagner Pierre Vadeboncoeur.cc.151 L\u2019élection du conseil de la ville de Montréal Roger Lenoir.iii.157 Premières convergences Le monde intellectuel est actuellement secoué par une crise idéologique de grande importance sur le plan international.Cette crise est marquée par un éclatement des certitudes et des vérités qui rendaient si simples les polarisations.D\u2019abord le spectre du Goulag qui s\u2019est enflé, puis la mise en évidence de la facilité de sa récupération par la droite.Ensuite, avec une grande rapidité, plusieurs interventions sur le plan international qui laissent soupconner \u2018le machiavélisme de la raison du plus fort là où l\u2019on avait cru trouver la pureté d\u2019une théorie généreuse\u201d\u2019 (1).Surgissement de l\u2019évidence qu\u2019il n\u2019y a pas de garantie de la théorie généreuse, pas plus qu\u2019il n\u2019y a de recette magique d\u2019un paradis universel.Le Québec ne pouvait être épargné par de telles remises en question.Trop souvent nourri par des problématiques calquées ailleurs, il lui faut maintenant se rendre à l\u2019évidence que pouvoir assurer sa survivance c\u2019est aussi pouvoir produire sa propre matière à penser.Et si les grandes inspirations doivent être recherchées dans les voies tracées par le développement de la pensée socialiste, les outils particuliers de sa réalisation chez nous, de même que les questions spécifiques auxquelles il lui faut répondre, c\u2019est à partir de ses propres matériaux qu\u2019il lui faut les poser.Telle est bien la leçon à tirer de l\u2019effort sincère effectué en pays socialistes, des difficultés auxquelles il se bute, des dangers qu\u2019il n\u2019a pas toujours su éviter.Tout cela souligne la nécessité pour chaque société d\u2019enraciner sa réflexion et son tra- Vail dans les mouvements de base qu\u2019elle suscite et qui expriment son mode particulier de vitalité.La multiplicité des lieux de conflit que ces mouvements de contestation font éclater, même s\u2019ils ne s\u2019attaquent pas toujours au 1.Antoine Prost, \u2018\u2018Les acteurs et l\u2019institution\u201d\u2019, Esprit, nov.-déc.1978, p.258.gr eee) hy SEEN 2 ni M RE AR a Le iY A RE TCI v3 \u201csecteur jugé fondamental\u201d, finissent tout de même par mettre en question les orientations sociales de base.Mais pas plus qu\u2019on ne saurait s\u2019appuyer sur la magie de la théorie générale, on ne saurait attendre un miracle du surgissement spontané des pratiques de contestation.D\u2019où l\u2019importance d\u2019un lieu de coordination de ces pratiques, d\u2019un creuset où sont dégagées leurs significations particulières et leur portée quant à l\u2019orientation d\u2019un mouvement plus large; un lieu de réunion, de communication des expériences réalisées, de discussion et d\u2019articulation.Tel est l\u2019objectif que s\u2019est donné Possibles.Est-il nécessaire d\u2019ajouter que la construction à partir de laquelle le grand ensemble pourra s\u2019ordonner est loin d\u2019être achevée.Mais elle s\u2019ordonne autour d\u2019une série de questions relatives à l\u2019articulation d\u2019un projet de société dont ce numéro a voulu faire état.Ces questions constituent déjà un choix au sein de l\u2019éventail des possibilités et marquent l\u2019orientation du travail que nous voulons effectuer : pour certaines, nous ne disposons que de débuts de réponse, d\u2019autres demeurent encore empêtrées dans la contradiction, d\u2019autres enfin font l\u2019objet de choix plus définis.Cette indétermination marque bien la situation d\u2019éclatement idéologique que nous soulignions plus haut : elle marque également l\u2019hétérogénéité que la revue a voulu conserver dans son noyau de base.Le maintien de cette hétérogénéité est la meilleure garantie, nous semble-t-il, de la capacité de prise en considération, dans cette recherche de solutions originales pour le Québec, des grandes tensions idéologiques qui n\u2019ont cessé de le traverser.On peut faire ici un bref tour d\u2019horizon des questions qui tracent le cadre au sein duquel se situe la recherche entreprise par cette revue.La première est liée à la constitution d\u2019un Etat national souverain : question dont l\u2019explosion.continuelle ici et là dans le monde souligne l\u2019acuité et l\u2019urgence pour les peuples gardés en tutelle.Cette question pose d\u2019abord et avant tout pour nous le problème des conséquences sur l\u2019appropriation de notre subsistance et de notre développement de Jl\u2019accession à la souveraineté nationale : peut-il y avoir priorité du règlement de la question nationale sur la question sociale et économique ?L\u2019appropriation des moyens économiques ne peut sans risque être remise à demain.Dès lors se pose la question des modalités de cette appropriation, celle du modèle de développement à privilégier.Comment ce modèle doit-il être repensé ?Doit-il s\u2019appuyer sur une technologie nouvelle, approche qui serait en continuité avec l\u2019effort que le Québec a consenti au cours de la dernière décennie par l\u2019accent mis sur la formation d\u2019une main-d\u2019oeuvre très qualifiée: mais également, approche qui s\u2019appuierait sur une centralisation des initiatives.Ou au contraire, doit-on miser sur la transformation des rapports à la technologie et des rapports de travail.Une telle approche peut évidemment être favorisée par une intervention gouvernementale : elle pourrait se concrétiser dans un appui solide aux entreprises de type coopératif.Mais elle s\u2019invente le plus souvent au niveau local.Comment dans cette perspective tirer toute la signification de ces expériences locales, celle vécue à Tricofil ou au JAL, par exemple ?Comment amener chacune à profiter des acquis des autres ?Comment, par ailleurs, répondre au besoin d\u2019un organisme de centralisation qui assure la concertation de ces pratiques, seule issue du modèle autogestionnaire dans un environnement économique de type capitaliste ?Quelle place accorder dans ce modèle au secteur tertiaire dont le développement a caractérisé l\u2019orientation de la société québécoise au cours des dernières décennies mais qui demeure sous le contrôle soit de la grande entreprise privée (surtout commerciale et financière), soit de l\u2019Etat ?Comment pondérer ce développement avec celui d\u2019une infrastructure qui demeure dangereusement déficiente au Québec malgré que celui-ci ait accédé à un niveau de consommation de société très développée ?Comment, à partir de là, mobiliser une population traditionnellement méfiante à l\u2019égard du politique ?On a longtemps attribué cette attitude à un manque de scolarisation; mais l\u2019effort massif de scolarisation de la jeunesse ne paraît pas combler les espoirs : cette jeunesse elle-même désenchantée face au politique laisse soupçonner que pour elle \u201cla vraie vie est ailleurs\u201d.De la se profile le danger de la fuite vers d\u2019autres crédos cette fois plus éthérés et d\u2019autant plus facilement récupérables : témoin la prolifération de ces nouvelles sectes socio-religieuses et la mise en évidence récente des extrémités auxquelles peut y conduire l\u2019abandon de la volonté et de la conscience.On peut y voir une résultante de la dégradation de la vie, de l\u2019indifférenciation généralisée liée à une domination culturelle qui érode les pouvoirs de création autour d\u2019elle.Pour Paul Chamberland qui prend la parole en ces pages, l\u2019apocalypse est en cours : toute théorie est soumise à une dévaluation de plus en plus forte qui résulte du bruit formé par l\u2019ensemble des productions théoriques.Aussi lui faut-il témoigner de ce qu\u2019il sent et vit aujour- d\u2019hui; il propose de prospecter le présent pour déceler la fugitive tendance rénovatrice, transfigurative.Mais il est une autre forme de mobilisation à laquelle cette quête de désaliénation ne saurait échapper.Elle part d\u2019une analyse des intérêts que le pouvoir politique défend.Question brûlante dans une période de tentative de libération nationale : désaliénation au profit de qui ?Et l\u2019idée sans cesse renaissante, à mesure que les espoirs d\u2019un \u201c\u201cparti-pris favorable\u2019\u2019 pour les travailleurs sont décus, de la création d\u2019un parti bien a soi qui sache défendre les in- téréts des masses laborieuses : défi que la diversification de ces masses ne fait pourtant que démultiplier.La réponse récente donnée dans ces pages par certains syndicats quant à la place qu\u2019ils sont prêts à y assumer, au rôle qu\u2019ils sont prêts à y jouer est à cet égard assez révélatrice (Possibles, vol.2, no 4).Enfin, à partir de 13, la question du mode d\u2019insertion du Québec dans un monde divisé par la dialectique du dominant-dominé : question de sa possible contribution dans cette recherche du véritable sens et des véritables enjeux de la question des droits de l\u2019homme.Et l\u2019 inévitehle propulsion vers l\u2019extérieur, là où se joue le grand jev, où se manipulent les véritables ficelles, où les pions sont ,acri- fiés aux stratégies et aux appétits du plus fort. Des questionnements.pas de doctrine élaborée : une démarche pragmatique qui privilégie des cheminements.Recherche de nouvelles formes d\u2019appropriation, de pratiques nouvelles à faire surgir; constat de leur localisation fréquente aux marges.Un nouvel esprit d\u2019entreprise à privilégier mais toujours l\u2019écueil de la lutte individualiste d\u2019une génération trop désabuée pour ne pas être sensible au retraitisme et menacée par la renaissance d\u2019un nouvel esprit de petit capitaliste.Ni la question du pouvoir, ni celle du savoir ne sauraient être résolues en un trait de plume et le développement ne saurait être achevé en un jour.Le passage des jours qu\u2019il faut assumer est un passage étroit et semé d\u2019embüches qui s\u2019accommode mal de la grandiloquence des discours puisqu\u2019il est un lieu de travail.Et c\u2019est bien ce que veut être la revue.Lieu de travail et d\u2019articulation où tous ceux qui se vouent à cette même oeuvre sont appelés à se faire entendre, à apporter leur contribution.C\u2019est ainsi que dans ce numéro la revue ouvre de façon toute spéciale ses pages à un groupe qui occupe une place privilégiée dans cette entreprise de re-création continuelle d\u2019une société qui vit, sent, parle et rêve à sa manière : les poètes.Avec nous, ils s\u2019interrogent sur les possibles actuels de la poésie.Et cette quête ne saurait être étrangère à l\u2019ensemble des débats idéologiques dont ce numéro a voulu faire sa trame de fond.FST TYRESE PE UE I UR RL RELL IESE STP AR RR Ri ae \u2018 voue us ox cr ras anses eee ES = a a Pl = of pe Robert Laplante Penser ses possibles* \u201cLa c\u2019est le temps de ramasser toutes les forces créatrices de la place.\u201d Raoul Duguay Outre la médiocrité, qu\u2019y a-t-il donc de si frustrant dans la ré-écriture plate et québécoise d\u2019un marxisme toujours en retard de deux ans sur la dernière mode parisienne ?Qu\u2019y a-t-il de si intolérable dans l\u2019indicible bêtise de la pensée groupusculaire et dans les prétentieuses poutines des universitaires qu\u2019on ne parvienne guère à se satisfaire de les ranger tout simplement au compte de l\u2019étroitesse d\u2019esprit ?Qu\u2019y a-t-il donc de si barbant dans le constat sans cesse répété depuis l\u2019élection du P.Q.que la pensée 4 militante croupit dans un vacuum idéologique indéfinissa- i ble ?Qu\u2019y a-t-il donc de si blessant dans la mollesse et l\u2019in- E croyable fadeur de la vie intellectuelle depuis le 15 novembre ?Il y a le mépris.Mépris de nous-mêmes et de nos oeuvres.Fascination et attirance morbides de l\u2019impuissance.* Ce texte a été soumis au comité de rédaction au début du mois de septembre 1978.Il reçut alors un accueil pour le moins mitigé et c'est dans la \u201cturbulence\u201d idéologique qu\u2019il suscite que naquit le présent numéro.Ce n\u2019est évidemment plus tout à fait le texte que j'\u2019écrirais aujourd\u2019hui mais il m\u2019apparaît important de le ad RL HA tn ee Seth al ae a Te nH IR CNE KERRIER RARER RRR RRR NS Qui donc aurait cru cela possible après l\u2019homme rapail- lé ?Qui donc aurait imaginé cette envie de se taire après l\u2019âge de la parole ?Qui donc voudrait croire que c\u2019est là notre lot Pour la suite du monde ?Et pourtant.Pourtant quelque chose s\u2019est passé.Il nous vient du dedans du froid comme une manière de vertige brûlant comme le soleil de midi sur les yeux des suicidés.Le terrible vertige qu\u2019aura connu Aquin qui aura tout fait pour rendre la parole irrémédiable.À notre insu, presque sans douleur la plaie que nous avons cru trop vite cicatrisée s\u2019est rouverte.Ce fut d\u2019abord un tout petit tiraillement, à peine un malaise.Et puis la voilà maintenant, purulente, qui s\u2019ouvre béante sur un discours de la distance, sur une parole qui s\u2019éloigne et se prétend au-dessus du concret des luttes et des enjeux immédiats.La voilà qui s'ouvre encore sur le non-lieu, profonde et sombre comme la honte de soi-même, celle de s\u2019avouer au travers ses choix.La voilà qui se démasque laide et hautaine dans son refus de se bâtir à même son lieu.La voila tout empesée d\u2019avant-garde et d\u2019universel qui vient nous dire que nos oeuvres ne sont pas des oeuvres, que nos luttes ne sont pas des luttes si elles ne sont pas d\u2019abord des répliques, des copies conformes.La voila tout académique qui parle de purete et qui met en garde contre le goût salin des sueurs qui glissent aux commissures des lèvres de ceux qui serrent les dents de rage et d\u2019effort.La voilà enfin syndiquée qui prétend dénoncer le présent mais s\u2019interdit l\u2019avenir en prenant peur devant la nécessité de choisir ce qu\u2019elle appelle l\u2019aventure.La voilà encore cette plaie de la dérision qui réapparaît comme un ulcère sur nos luttes, cette plaie terrible de la suffisance et du mépris de tout ce qui n\u2019est pas refus de soi-même.Nous voici à nouveau contraints de nous débattre avec le sentiment trouble d\u2019avoir à repartir à zéro; pour la millième fois.Voici à nouveau que plane le soumettre au lecteur tel qu\u2019il s\u2019est présenté au comité de rédaction, histoire de lui fournir, à lui aussi peut- être, l\u2019occasion de faire son numéro. doute et le scepticisme malsain sur les efforts antérieurs.D\u2019où nous vient cette angoissante fascination pour l\u2019amnésie ?À quoi tient cette envie d\u2019abattre l\u2019arbre avant qu\u2019il ne porte fruit ?D\u2019où viennent l\u2019éloignement et la froideur de l\u2019ensemble du champ idéologique à l\u2019égard du parti qui reste encore l\u2019outil le plus efficace pour transformer le présent et assurer la continuité de nos luttes ?D\u2019où vient et à quoi tient la désertion des idéologues et des intellectuels au moment où leur contribution créatrice est plus que jamais nécessaire ?Notre pensée est en exil.LA GAUCHE MALADROITE La peur de ne pas être capable nous revient.La peur de la maîtrise nous revient.Vieux réflexes d\u2019assujettis qui se déclenchent d\u2019autant plus vivement que le pouvoir se pose non plus seulement comme un insupportable fardeau mais encore et surtout comme une alternative engageante.Terrible tentation de choisir la torpeur et l\u2019hébétude de l\u2019impuissance que l\u2019on voit poindre ici et là dans le discours militant : l\u2019opposition perpétuelle reste un moyen facile de ne pas s\u2019identifier ou plutôt de ne se définir qu\u2019en totale dépendance d\u2019un point de vue autre.Tout le contraire de l\u2019action critique qui, elle, est d\u2019abord et avant tout engagement, cette identification par la négative, cette vocation d\u2019être contre est complètement stérile : elle est, à proprement parler, réaction.Et en cela elle ne se confronte jamais elle-même à la nécessité de s\u2019enraciner dans un projet d\u2019abord porté par des solidarités communautaires et encore moins ne s\u2019efforce-t-elle d\u2019être à l\u2019origine de solidarités nouvelles.Privée de dynamisme propre, elle ne peut être inventive et se trouve ainsi condamnée au mimétisme.D'ailleurs, un examen rapide de la production intellectuelle des dernières années est bien suffisant pour nous convaincre que ce mimétisme a atteint les formes extrêmes de la médiocrité quand ce n\u2019est pas le comble du ridicule.Mieux vaut donc ne pas trop s\u2019attarder aux \u2018\u201c\u2018pénétrantes\u2019\u2019 analy- CE TN A EN SL I RI LO UI HR 13 ses de Chroniques non plus qu\u2019à celles non moins \u2018\u2018profondes\u2019\u2019 d\u2019Anne Légaré sur Les classes sociales au Québec, pour ne citer que deux cas parmi les plus crus d\u2019insulte à l\u2019intelligence.Ce mimétisme n\u2019est évidemment pas nouveau et il s\u2019est exercé sur bien d\u2019autres thèmes que la doctrine marxiste.Le souvenir de nos plus-que-thomistes et de nos ultra-per- sonnalistes n\u2019est pas très loin.Plus récemment, nous avons eu aussi, à la suite des Américains nos apôtres du Zen, nos chantres de Khrishna et nos mystiques du L.S.D.Ne reculant devant rien pour nous préserver du danger de nous replier sur nous-mêmes, Le Devoir nous a même gratifié de deux Nouveaux Philosophes (Morin et Bertrand), fresh from Rosemont et fédéralistes de surcroit (l\u2019universalisme métropolitain ne trompe pas).François Ricard, dans un article lucide, \u2018\u2018Octobre et nous\u201d\u2019 publié dans Interventions, avait bien vu dans la recrudescence récente de ce mimétisme un effet direct de la Crise d\u2019octobre.Ayant appris qu\u2019on ne joue pas impunément avec les notions de pays et de liberté, les intellectuels ont déserté le terrain politique immédiat pour tâcher d\u2019atteindre quelque chose de plus subversif : la révolution planétaire ou les vibrations du cosmos, tout dépendant des fonds du Conseil des Arts ou du Secrétariat d\u2019Etat.Deux invraisemblances produits de la même impuissance.Alors que le trip cosmique et l\u2019ensemble des mouvements plus ou moins mystiques ont assez rapidement plafonné quant au recrutement et à l\u2019influence des adeptes, le marxisme au contraire a connu un développement très rapide et assez étendu.Cette montée est d\u2019ailleurs assez confusément perçue mais un peu partout cependant se dégage l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une position majeure et très répandue dans les milieux progressistes.En dehors des explications simplistes par le chevauchement de la contradiction principale sur la contradiction secondaire dans les formations sociales ennuyantes, ce sentiment d\u2019une présence très répandue repose moins sur la réalité chiffrable d\u2019un très grand nombre de croyants, que sur un phénomène structurel de diffusion qui produit l\u2019impression d\u2019une grande occupation par la multiplication des points d\u2019émission de la bonne nouvelle.En effet, contrairement a ce qui s\u2019est passé dans les années trente et quarante, le marxisme ne s\u2019est pas diffusé en s\u2019appuyant sur les luttes ouvrières, mais bien plutôt par l\u2019intermédiaire d\u2019abord du réseau très bien intégré des institutions d\u2019enseignement et par la suite \u2014 et bien subsidiairement \u2014 par le biais des organisations syndicales.Sa remontée tient d\u2019abord d\u2019un phénomène idéologique (académique) et non pas politique au sens strict du terme.Et c\u2019est à cela que tient la référence constante \u2014 implicite ou non \u2014 au marxisme dans la réflexion actuelle : même s\u2019il n\u2019occupe pas sur le plan politique une position déterminante (en fait, une poignée de fidèles dans une multitude de chapelles) il touche cependant un point névralgique de notre imaginaire.On se souvient que l\u2019éclatement de Parti pris s\u2019était produit sur le débat qui opposait les tenants du marxisme à ceux qu\u2019on a appelés les nationalistes et qui puisaient plutôt leur inspiration dans les analyses de la décolonisation (Berque, Fannon, etc.).Il apparaît maintenant clair qu\u2019en dépit de sa formulation théorique la scission s\u2019est opérée sur le rapport à la réalité concrète de l\u2019action, du politique.À partir du moment où la lutte pour l\u2019émancipation déborde du discours et commence à se traduire dans le politique avec une certaine efficacité, l\u2019idée de pays devient réactionnaire ! Dix ans plus tard, le P.Q.est au pouvoir et il se trouve encore des illuminés qui discutent toujours de la formation éventuelle d\u2019un parti des travailleurs et se mettent à la tâche en se dévorant entre chapelles pour s\u2019arroger le droit d\u2019en discuter ! Ils restent dans l\u2019idéologie et parlent du politique.La Crise d\u2019octobre aura donné le coup de jarnac à un discours qui depuis la disparition de Parti pris pouvait tout de même, au moins, avoir l\u2019air sérieux.L\u2019armée, l\u2019occupation et les arrestations nous aurons en effet confronté avec la réalité nue du politique : le pouvoir n\u2019advient pas, il se prend et quand on n\u2019est pas le plus fort il faut à tout prix être le plus rusé.Nous venions de découvrir la nécessité de la stratégie.Le P.Q.aura très bien compris la leçon 15 sii THR THIN NR IO CSC PLU RH ROSE ON PE EE POSE SOI RES E A Lene : RU militaire d\u2019octobre en introduisant dans son programme ce qu\u2019on a appelé l\u2019étapisme.En distinguant son élection d\u2019une déclaration automatique de \u2018\u2018sécession\u2019 le P.Q.prévoyait et il a réussi, à priver le gouvernement fédéral de toute possibilité de recourir à l\u2019armée.Les déclarations de plus en plus fréquentes au Canada de la possibilité d\u2019utiliser l\u2019armée en cas de oui au referendum laisse tout de même penser que le gouvernement fédéral n\u2019a pas complètement renoncé à utiliser ce moyen (il reste toujours la R.C.M.P.qui peut faire du sabotage et simuler le terrorisme pour justifier une intervention militaire).Mais il n\u2019en demeure pas moins que cette stratégie a permis au P.Q.d\u2019acquérir une connaissance plus intime du fonctionnement de l\u2019Etat en même temps qu\u2019une légitimité sur la scène internationale qui ne seront jamais inutiles.Du côté de ceux qui se prennent pour la gauche, Octobre aura eu des effets tout à fait contraires à ceux qu\u2019enregistra le mouvement politique.Des considérations d\u2019ordre stratégique, on s\u2019en souvient, avaient entraîné l\u2019éclatement du F.L.Q.lors de la publication de L\u2019urgence de choisir.Réalisant qu\u2019il est non seulement absurde mais suicidaire de prôner la révolution armée quand toutes les armes sont aux mains de l\u2019adversaire, Vallières proposera de joindre les rangs du P.Q.et d\u2019agir sur lui.Il parlait à ce moment- là au nom du réalisme politique mais il a cependant eu du mal à se convaincre de la leçon : dès que le P.Q.sera au pouvoir, il lui reprochera de ne pas dévoiler toute sa stratégie, de ne pas mettre toutes ses cartes sur la table.Viendront alors les dénonciations, les accusations de trahison, etc.Ployant sous le poids de son choix, il rejoint par d\u2019autres chemins ceux à qui il avait pourtant servi une courageuse lecon.Les tenants du marxisme l\u2019on alors jugé d\u2019opportunisme, de révisionnisme et de tous les ismes auxquels on est habitué et, de ce fait, ils ont renoncé à choisir l\u2019action.Ils ont préféré continuer de déblatérer sur la possibilité de former le vrai Parti-du-peuple-qui-fera-la-vraie-révolution- tra-la-la.Il apparaît actuellement évident que ce choix non seulement ne s\u2019est pas traduit dans l\u2019action politique concrète mais encore qu\u2019il n\u2019en était pas un puisqu\u2019il n\u2019y a 16 toujours pas de parti, encore moins de révolution et de plus en plus de marxismes.Le marxisme ici n\u2019est que le prolongement de l\u2019enfermement dans le discours.Cet en- fermement a même pris des proportions telles que l\u2019enflure théorique faisait du P.Q.un \u2018\u2018adversaire\u2019\u2019 de moins en moins menaçant au fur et à mesure qu\u2019il s\u2019organisait (Trudeau pensait exactement comme cela).Il n\u2019était pas rare à la veille de l\u2019élection de 76 d\u2019entendre les prêtres les plus inspirés du marxisme crétinisme prédire l\u2019écrabouillement total et définitif du P.Q.Devant le résultat, il n\u2019y aura plus qu\u2019une conclusion possible : si cela a été possible, c\u2019est qu\u2019il ne s\u2019est rien passé et la preuve c\u2019est qu\u2019un parti petit-bourgeois a pris le pouvoir.Le marxisme en fait est ici le vecteur le plus puissant du mépris de nous-mêmes et de la reconversion de nos habitudes de dépossédés.Supposément tourné vers l\u2019avenir, il n\u2019aura fait ici que retravailler et déterrer des problématiques que le mouvement politique avait explorées et assumées dans l\u2019action.La production intellectuelle (?) du marxisme des années 70 va tout à fait à rebours de l\u2019évolution des débats idéologiques depuis l\u2019après-guerre : débat sur la littérature, l\u2019art et le social, débat sur la langue, débat sur la question nationale ont été tour à tour repris avec une grille marxiste et la régression termine son périple \u2014 sa révolution, au sens premier du terme \u2014 avec un Charles Gagnon qui parle maintenant du prolétariat canadian, ce que le mouvement communiste québécois des années quarante ne pouvait tolérer ! Dans tous les cas évidemment les solutions adoptées et traduites dans l\u2019action ne sont jamais les bonnes; elles sont l\u2019oeuvre de na- tionaleux, terme qui contient en lui-même tout le mépris qu\u2019on puisse concevoir non seulement pour ce que nous sommes mais pour ce que nous essayons d\u2019être.La grille marxiste sert littéralement à nous enfermer dans le Canada, à nous encager dans la peur et le mépris.Le ton hautain et la suffisance des \u2018\u2018analyses\u2019\u2019 marxistes produites ici ne seraient possibles nulle part ailleurs en Occident même pour le moins doué de sectaires : partout sauf ici les marxistes s\u2019interrogent sur le marxisme.La dictature du prolétariat est ici une évidence inquestionna- ble alors qu\u2019ailleurs en occident même les intégristes n\u2019osent plus en parler.Nos marxistes vivent dans la béatitude dela possession tranquille de la vérité et n\u2019ont que le mépris pour réponse a qui que ce soit qui pourrait troubler les eaux calmes de la certitude.Les réponses au bilan de la gauche de Grand-Maison ont été a cet égard des plus éloquentes : tous ceux qui ont répliqué avaient ceci en commun qu\u2019en tant qu\u2019universitaire, syndicaliste ou fidèle de groupuscule, ils ne toléraient pas qu\u2019on questionne le marxisme comme référent.Ils acceptaient qu\u2019on puisse les interroger sur leurs contradictions et sur la conduite de certains des leurs qui ne sont pas dans le droit chemin (ceux-la, c\u2019est toujours ceux qui ont trahi la pensée du maître) mais il était indécent et ne pouvait être que réactionnaire et chauvin de s\u2019attaquer à une vérité universelle au nom d\u2019impératifs concrets et spécifiques.Ici, point de trouble devant le Goulag, pas la moindre horreur devant le Cambodge.Nous avons la lutte contre la bande des quatre dans un CLSC.Il nous manque seulement les camps de rééducation au Témiscamingue.Ici on n\u2019a que faire des questions qui viennent de partout en Occident secouer l\u2019encombrant monument du XIXe siècle.Ce marxisme accepté comme horizon inquestionné et inquestionnable n\u2019est en réalité que l\u2019expression tragique du trouble d\u2019une pensée qui a peur de s\u2019avouer dans la problématique de son identité.Et en cela il nous renvoie au coeur même de notre imaginaire.Pas étonnant que tous les intellectuels et les idéologues tournent plus ou moins autour et que certains le ressentent comme une brûlure.Il agit comme catalyseur auprès de ceux qui croupissent enfirouâpés dans les rêts d\u2019une vieille socialisation par les dogmes et qui s\u2019arrangent fort bien d\u2019un encadrement sécuritaire dans des catégories qui s\u2019autojustifient.Pauvre misère de ceux-là qui ont peur et honte de se voir tels qu\u2019ils sont et qui appellent et ne demandent pas mieux qu\u2019une réaction critique sévère à leur égard : comme tous les transfuges ils ont besoin de s\u2019inventer des nationaleux fascistes pour radicaliser dans l\u2019imaginaire les alternatives et pour mieux apprivoiser par contraste le visage de leur 18 propre peur de se choisir.Quand on n\u2019est ni réactionnaire ni marxiste, on est rien et on ne peut être rien donc on est réactionnaire.Manichéisme de paccotille.Sortilège effroyable par lequel il n\u2019est possible d\u2019être militant qu\u2019en rang, c\u2019est-à-dire en dehors de ses appartenances.Il y a de l\u2019ordre à gauche.On ne questionne pas si l\u2019on ne s\u2019avoue pas d\u2019accord au préalable.Tout au plus peut-on être troublé par les événements mais cela, voyez-vous, ça s\u2019appelle assumer ses contradictions.La vie nous trouble mais les réponses sont dans le livre.Il n\u2019y a pas de question dans le livre, il n\u2019y a que des exclusions.Les questions c\u2019est pour les Autres.Les questions c\u2019est ça le vacuum idéologique.QUESTION DE POUVOIR, QUESTION D\u2019AVENIR Et pendant qu\u2019on évacue les questions, la réalité, elle, ne cesse de se transformer, qu\u2019on refuse ou non de la voir.Et en fait, c\u2019est ce refus que le pouvoir politique de par sa seule pratique, est en train de saper car il est directement confronté avec des problèmes auxquels la soi-disant pensée de gauche est totalement étrangère parce que coupée des mouvements sociaux qui les portent.Elle n\u2019a alors d\u2019autre choix que de répéter inlassablement ses vieilles analyses.Le caractère méprisant en ressort plus crument dans la mesure où le discours apparaît alors au grand jour coupé des enjeux concrets et peu affecté par le dénouement des luttes.Si le marxisme \u2014 et les intellectuels qui pour la très grande majorité s\u2019y réfèrent comme à une norme \u2014 sont de plus en plus souvent pris à partie dans tous les milieux, ce n\u2019est pas que nous assistons à une quelconque montée de conservatisme, c\u2019est tout simplement que leur discours est de moins en moins pertinent socialement.Et en ce sens, il devient de moins en moins tolérable parce qu\u2019il agit comme un éteignoir et comme un frein sur les mouvements sociaux novateurs.L\u2019arrivée au pouvoir du Parti québécois aura d\u2019abord eu comme effet majeur de rendre caduques les vieux alibis théoriques en les confrontant a la réalité tangible de la 19 dépossession.L\u2019économie est évidemment aux premières lignes de cette confrontation dans la mesure où il n\u2019est plus possible maintenant \u2014 aussi bien intellectuellement que socialement \u2014 de ne pas voir le vrai visage de notre pauvreté et de notre dépendance au travers l\u2019effondrement à peu près complet du secteur de la production.Les discours avaient bien tenté de minimiser l\u2019impact théorique des transformations majeures du monde du travail et de l\u2019économie en abandonnant le terme ouvrier pour le vocable plus abstrait de travailleur, mais c\u2019était là faire l\u2019autruche.L\u2019effondrement du secteur secondaire ne signifie pas seulement une nouvelle répartition de la main-d\u2019oeuvre sur le marché du travail au profit des secteurs d\u2019activité dite tertiaire.Il signifie d\u2019abord et avant tout une modification profonde des rapports de travail et une transformation majeure de la place, des rôles et des revendications des groupes impliqués.A moins de faire la confusion, plus abstraite que réelle, entre un ouvrier du textile, une infirmière et un technicien en informatique, il apparaît en effet évident qu\u2019il est tout à fait invraisemblable de leur attribuer une communauté d\u2019intérêt alors qu\u2019ils ne partagent pas du tout ni le même genre de vie ni les mêmes conditions de travail et encore moins leurs modes de vie.Les rassembler sous l\u2019étiquette ronflante de travailleurs ne sert qu\u2019à masquer l\u2019incapacité totale de saisir la dynamique des transformations qui s\u2019opèrent actuellement au profit du maintien d\u2019un cadre théorique plus soucieux de conserver ses clichés que de produire des explications.Au travers l\u2019effondrement du secteur secondaire le mouvement ouvrier arrive à un point tournant de son histoire.En effet, du point de vue de la composition de sa population, il semble bien que le mouvement a de plus en plus de difficulté à se reproduire socialement, à renouveler ses effectifs.Tout le secteur secondaire est en passe de devenir \u2014 si ce n\u2019est déjà fait \u2014 un ghetto qui enferme les ouvriers qui sont ou bien trop vieux pour se recycler ou bien trop démunis en terme de scolarité pour pouvoir reconvertir et faire valoir ailleurs leur expérience et leur savoir pratique.Les plus jeunes ou les plus adéquatement scolarisés vont 20 plutôt du côté des activités tertiaires où les perspectives économiques sont un peu plus ouvertes.Car du point de vue économique le mouvement se trouve acculé à un type de revendication à la baisse étant donné les contraintes de plus en plus fortes imposées par le vieillissement technologique et l\u2019internationalisation des marchés.On peut toujours s\u2019illusionner en voyant là l\u2019éclatement de la contradiction et une condition préalable à l\u2019avènement éventuel d\u2019un grand futur socialiste, mais il reste que dans le présent ceux qui sont aux prises avec le problème des fermetures d\u2019usines ont besoin d\u2019alternatives concrètes et immédiates.C\u2019est pour avoir refusé d\u2019admettre qu\u2019il est à tout prix nécessaire d\u2019inventer des solutions immédiatement applicables aux problèmes du présent pour pouvoir compter sur une véritable mobilisation à long terme que la C.S.N.est entièrement responsable de la formation de la C.S.D., espèce de solution tragique d\u2019impuissance et de résignation.Sacrifiant un potentiel militant considérable et une conjoncture inédite à une stratégie marxiste-léniniste messianique, la C.S.N.a pris là un tournant qui l\u2019éloigne de plus en plus du potentiel innovateur que véhicule le mouvement ouvrier au travers la crise du secteur secondaire; un tournant qui l\u2019aura conduite à l\u2019attitude complètement stérile qu\u2019elle a adoptée lors du sommet économique de Pointe- au-Pic.Certes ce n\u2019est pas parce qu\u2019elle a tourné le dos au défi que lui pose le secteur secondaire que la C.S.N.n\u2019y est pas présente et active, mais elle y agit sur une base essentiellement défensive et d\u2019affrontement : elle n\u2019est à l\u2019origine d\u2019aucune solution novatrice.Sa référence au socialisme lui sert exclusivement de norme pour jauger et légitimer son refus de se commettre dans cette conjoncture.Il est illusoire d\u2019en attendre une contribution décisive à la construction d\u2019une forme de socialisme enracinée dans notre milieu.Tout comme bon nombre d\u2019intellectuels de gauche, la C.S.N.n\u2019a pas encore compris qu\u2019une lutte d\u2019émancipation passe d\u2019abord et avant tout par la nécessité de prendre le contrôle de tout ce qui est à notre portée.Une politique de réappropriation passe d\u2019abord par une politique du possible et la recherche d\u2019une autonomie toujours plus grande.On est loin là du 21 ade an EEE HLT IER re ER RS HME vieux débat sur le réformisme pour la simple et bonne raison que la Révolution n\u2019est plus un objectif.L\u2019objectif c\u2019est le socialisme en tant que réalité approchable aujour- d\u2019hui, ici et maintenant.Réalisation partielle ?Bien sûr ! Le socialisme est un processus, mieux, une expérimentation constante et un mode d\u2019exploration de la vie communautaire et ne sera de ce fait jamais achevé.Avec beaucoup de réticences et de tâtonnements la F.T.Q.se laisse de moins en moins séduire par ce rêve insensé de la parousie du Grand Soir et commence à orienter son action en fonction de perspectives plus réalistes et mieux adaptées à l\u2019état de nos ressources et à notre condition.Elle a en tout cas très bien saisi la conjoncture qui marque actuellement le secteur secondaire et dont Tricofil constitue sûrement le cas type.Elle a bien vu que le groupe de St-Jérôme avec les difficultés énormes qu\u2019il rencontre mais aussi et surtout avec les succès sans précé- dent qu\u2019il a remportés jusqu\u2019à ce jour, constitue véritablement le fer de lance de l\u2019innovation dans le mouvement ouvrier.À leur tour et malgré des réticences certaines, le gouvernement \u2014 et plus largement le Parti québécois \u2014 ont également compris que cette expérience d\u2019autogestion ouvre une voie fertile à la construction du Québec dans la mesure où elle s\u2019élabore au confluent de trois grands ordres de problèmes : ceux de la réappropriation collective de notre économie, ceux de la création d\u2019une nouvelle place et d\u2019une nouvelle signification du travail dans l\u2019ensemble des rapports sociaux et, enfin, ceux d\u2019une problématique de l\u2019expérimentation sociale à partir de nos ressources existantes.On peut sans aucun doute reprocher à la F.T.Q.de ne pas suffisamment porter sur la place publique et à l\u2019attention des ouvriers en particulier, les enseignements et la réflexion que lui inspire sa participation à cette merveilleuse aventure.Elle manque là une très bonne occasion de forcer la conjoncture en mobilisant sur les problèmes de l\u2019autogestion un vaste potentiel de réflexion, de connaissances et d\u2019analyse de nos ressources humaines et matérielles.Une telle mobilisation contribuerait sans aucun doute à une réflexion plus riche sur le rôle de la coopération dans notre manière à nous de nous occuper de l\u2019économie et à mieux définir la place du Mouvement Desjardins dans nos efforts de reprise en main de notre avenir.Mouvement Desjardins qui jusqu\u2019à présent s\u2019est manifesté timidement mais en laissant tout de même apercevoir un intérêt certain pour l\u2019autogestion et une disponibilité qui mériteraient d\u2019être encouragées et sollicitées avec plus de chaleur et de créativité.Le gouvernement du Québec, quant à lui, vient de prendre un engagement ferme et sans précédent dans notre histoire à l\u2019égard de l\u2019autogestion en mettant sur pied son Programme d\u2019emplois communautaires.Il faut vraiment vouloir à tout prix garder sa tête dans le sable chinois ou albanais pour ne pas le distinguer d\u2019un inoffensif Perspec- tive-Jeunesse.Il est absolument révoltant de voir que la pensée soi-disant militante n\u2019a pas fait plus de cas d\u2019un Programme qui modifie aussi complètement les coordonnées de la lutte pour l\u2019émancipation nationale.II faut véritablement vouloir se complaire dans l\u2019impuissance et mépriser nos efforts pour ne pas voir là l\u2019occasion unique de donner une forme et une impulsion novatrice sans pré- cédent au projet d\u2019indépendance.Le silence de la C.E.Q.et de la C.S.N.sur cet événement historique est aussi suspect qu\u2019impardonnable.Alors que la presque totalité de leurs membres évoluent dans le secteur tertiaire qui n\u2019est pas lui non plus, on le sait bien, exempt de sérieux problèmes, elles se coupent elles-mêmes de la possibilité d\u2019inventer des solutions inédites dans ce secteur, possibilité qui leur est amplement offerte par ce Programme.Quant aux universitaires et autres intellectuels, ils sont inexcusables de ne pas avoir encore saisi l\u2019occasion d\u2019apporter des contributions nécessaires à la réalisation de projets souvent aussi ambitieux qu\u2019inédits.Il y a pourtant là de grands défis de recherche et de créativité et une occasion unique d\u2019explorer de nouveaux modèles d\u2019insertion sociale du savoir.Mais il n\u2019y a pas que la réflexion sur l\u2019autogestion et les nouvelles luttes ouvrières qui soit absente de notre pensée.Depuis quelques années les régions dites périphériques 23 mènent des luttes farouches contre l\u2019exode massif qui les saigne à blanc sans qu\u2019on ait vu que sous ces luttes se dessinent des phénomènes et des mouvements sociaux nouveaux qui modifient grandement les perspectives analytiques et la saisie de notre réalité collective et de notre avenir.D\u2019abord interprétées par les technocrates du B.A.E.Q.comme des \u2018\u2018résistances au changement\u201d, leurs luttes apparaissent au contraire maintenant comme des vecteurs de changements fondamentaux de l\u2019ordre social et génératrices de questions tout à fait nouvelles sur la démocratie.Confrontées à une crise économique globale résultant d\u2019un pillage et d\u2019une exploitation éhontée de leurs richesses naturelles, ces régions ont tout d\u2019abord découvert que pour lutter adéquatement contre les fermutures, il leur fallait avant toute chose définir et contrôler les paramètres d\u2019un pouvoir démographique, c\u2019est-à-dire obtenir un contrôle global de leur population.Tâche d\u2019autant plus difficile que le dépeuplement, qui commence bien entendu par l\u2019exode des jeunes qui n\u2019ont plus sur place de quoi faire leur avenir, s\u2019articule aussi sur une rupture plus profonde de la réalité communautaire, celle introduite par le passage à une culture écrite.Car la scolarisation a d\u2019abord eu pour effet majeur d\u2019ajouter au problème de la difficulté économique en introduisant une brisure dans une culture à prédominance orale : la solidarité des plus jeunes avec les plus vieux était d\u2019autant plus difficile à réaliser que leurs univers culturels leur étaient présentés comme opposés.Une réforme scolaire inspirée d\u2019un modèle américain n\u2019est sans doute pas étrangère à cette situation mais elle ne l\u2019explique pas entièrement : partout dans le monde, le passage de l\u2019oral à l\u2019écriture pose aux sociétés le problème de leur propre continuité au travers la substance de leur mémoire.La valorisation et/ou l\u2019association des valeurs et des modèles urbains conjugués au mépris de l\u2019habitant ont, au départ, rendu beaucoup plus difficiles la perception et l\u2019acceptation, chez les jeunes en particulier, mais aussi dans la population en général, de la légitimité et de l\u2019authenticité de la résistance à des fermetures présentées d\u2019abord comme un progrès.À cet égard le mouvement contre-culturel aura joué un rôle de catalyseur important.24 En effet, les jeunes découvriront en ville un mouvement et une idéologie de retour à la terre et de revalorisation de la culture villageoise et s\u2019apercevront que les trésors qu\u2019ailleurs dans le monde les citadins contre-culturels recherchent dans un passé lointain, se trouvent encore à peine enfouis dans les souvenirs, dans le mode de vie qu\u2019ils avaient appris à délaisser.Retournant peu à peu au village, ils commenceront à assurer un meilleur contrôle démographique en diversifiant les classes d\u2019âges mais aussi et surtout en produisant entre ces dernières des synthèses culturelles nouvelles qui lanceront l\u2019action de ces régions non pas sur la base des revendications de classe mais bien plutôt sur celle de l\u2019autonomie communautaire.En effet, la première chose à être remise en cause par le rapprochement des classes d\u2019âges sera précisément le sens de la revendication économique : ceux qui restent et ceux qui retournent choisissent et acceptent un standard de vie plus bas que celui que pourraient leur offrir les grandes villes parce qu\u2019ils entendent d\u2019abord et avant tout vivre chez eux c\u2019est-à-dire vivre à leur manière et dans leurs coutumes.La richesse pour la richesse n\u2019est plus une valeur poursuivie, l\u2019accès à une plus grande consommation au prix de la qualité de sa vie ne mobilise plus.On préfère chômer au Témiscouata ou en Abitibi plutôt que de s\u2019abrutir dans un travail payant mais sans satisfaction dans la métropole.Et quand on reste dans sa région, le travail qu\u2019on invente n\u2019a pas pour modèle la rationalité capitaliste : on met sur pied des coopératives, on met les terres en commun ou encore on utilise collectivement la forêt domaniale dans le but de permettre à toute la communauté de vivre chez elle.Fondamentalement, au travers ces luttes le travail commence à trouver sa finalité à même sa propre réalité culturelle : des luttes comme celles du JAL ne sont pas seulement des efforts de revitalisation économique, elles sont d\u2019abord et avant tout implantation et création d\u2019un mode de vie nouveau qui assume son héritage communautaire au travers un combat contre un pouvoir centralisateur et uniformisateur dont la rationalité est centrée sur les choses.Rester d\u2019abord une communauté signifie également s\u2019assurer le contrôle de tout ce qui en détermine la spécificité, c\u2019est-à-dire développer un pouvoir culturel permet- tant de combattre l\u2019uniformisation et la standardisation qu\u2019imposent la rationalité technocratique et la société de consommation.Nous assistons donc également à l\u2019élaboration de toute une nouvelle problématique de démon- tréalisation de la culture.Des groupes populaires rejettent les interprétations officielles de l\u2019histoire de leur village et écrivent un magnifique Si St-Jean de Cherbourg m'était conté, des troupes de théâtre choisissent de rester en périphérie, des maisons d\u2019édition s\u2019organisent, etc.Et par dessus tout, des luttes féroces sont menées pour le contrôle sur les moyens de communication (Il n\u2019est pas étonnant que la bataille de la cäblodiffusion ait débuté dans le Bas du fleuve.).À ce pouvoir culturel vient également se greffer tout l\u2019effort de réflexion sur la question écologique : invention d\u2019une technologie appropriée au respect de la nature et des biens communautaires, développement de nouvelles formes d\u2019agriculture, etc.Ce ne sont là que quelques aspects \u2014 et encore ne sont-ils abordés que très superficiellement \u2014 de la lutte des régions périphériques qui renouvellent notre perspective militante.D\u2019autres questions jaillissent encore d\u2019autres luttes.Et l\u2019une des plus brûlantes et des plus occultées d\u2019entre elles reste sans contredit la question autochtone.Alors que les luttes autochtones s\u2019intensifient partout en Amérique du Nord, le mouvement amérindien du Québec reste à peu près sans écho dans la reformulation de nos problématiques.Il n\u2019est cependant pas étonnant qu\u2019il en soit ainsi car ce mouvement nous renvoie de façon cuisante l\u2019image de notre propre situation.Les luttes des autochtones nous posent en effet carrément le problème du génocide que nous refusons obstinément d\u2019envisager sérieusement pour nous-mêmes depuis la fin des années soixante.Etre essentiellement insoumis, l\u2019autochtone refuse de s\u2019assimiler : même totalement dépossédé de sa culture matérielle, même meurtri dans sa mémoire au point bien souvent d\u2019en perdre sa langue, il tourne résolument le dos à notre mode de vie.Malgré des efforts gigantesques (tout un ministère et une multitude de programmes sociaux) déployés pour l\u2019insérer dans notre économie, il reste complètement à 26 dr Hi it] peu (oa ie 0 ton tt Em en Man it lth (dey I U3 | lng l\u2019écart (environ 98 pour cent de \u2018chômage\u2019 chez les autochtones du Québec).Il ne sert à peu près pas de cheap labor parce qu\u2019il n\u2019accepte pas les coordonnées culturelles nécessaires pour le devenir : compétition, temps compta- bilisable, absence de respect pour la terre, etc.De fait, les questions posées par la réalité autochtone sont tenues à l\u2019écart parce qu\u2019elles invalident le marxisme, détruisant de la sorte le plus sûr alibi de la peur que nous avons encore de nous voir tels que nous sommes.Les Amérindiens sont la preuve vivante que, d\u2019un point de vue analytique, le génocide est un phénomène premier par rapport à celui de l\u2019exploitation de classe : il ne peut y avoir de prolétarisation sans désidentification, sans destruction des patterns culturels de base.Leurs luttes sont également menaçantes pour la pensée assoupie dans la mesure où elles ne se laissent pas enfermer dans les discours déjà faits sur les rapports minorité/majorité.Ni immigrants, ni immigrés, les autochtones ne forment pas une minorité ethnique comme les autres.Les fédéralistes ne les acceptent pas dans leur canadian mosaic parce qu\u2019ils ne veulent rien entendre de leur droit à l\u2019autodétermination et parce que, de toute façon, ils n\u2019acceptent dans leur multi-culturalisme que les multiples manières de vivre comme un Américain tout en parlant d\u2019un grand-père italien, grec ou polonais.Les indépendantistes aussi en ont peur parce que leur volonté d\u2019auto-détermination vise au coeur même de notre projet : on ne peut évidemment pas interdire aux autres un droit qu\u2019on affirme légitime pour soi-même.Mais alors il faut trouver une voie de réalisation de cette reconnaissance et cela conduit à un examen critique de la façon dont nous entendons vivre ici dans le respect du droit à la différence.Notre rapport à l\u2019environnement, notre façon de combattre l\u2019impérialisme, notre manière de produire changent de perspective et doivent être vus à la lumière du partage, ce qui est toujours une tâche lourde et exigente car le partage nous renvoie radicalement à notre propre authenticité.Il en va de même également avec les Acadiens qui depuis peu luttent aussi dans le champ politique pour l\u2019obtention de leur auto-détermination.Leur refuserons-nous 27 3 une collaboration et un partage ou nous avons tous deux tout à gagner ?Nous savons très bien qu\u2019ils seront l\u2019objet d\u2019une haine implacable si jamais notre propre projet arrive à terme; cautionnerons-nous leur extermination ?Déjà, le gouvernement fédéral et celui du New-Brunswick ont poussé l\u2019odieux jusqu\u2019à refuser de leur verser des fonds pour financer la tenue d\u2019Etats Généraux, s\u2019ils n\u2019excluaient pas au préalable toute hypothèse de gouvernement acadien c\u2019est-à-dire en d\u2019autres termes s\u2019ils ne sont pas d\u2019abord en faveur de l\u2019unité canadienne.Et là-dessus le gouvernement du Québec a gelé les fonds qu\u2019il avait pourtant promis.BATIR NOS HORIZONS Ne voici la que quelques-unes des plus urgentes questions et des nouvelles voies d\u2019interrogation que nous imposent des luttes que nous n\u2019osons pas regarder en face.L\u2019inventaire est loin d\u2019étre complet.Il faudrait sans contredit parler aussi des luttes des agriculteurs dont la contribution reste tragiquement dans l\u2019ombre, de celle des vieux, des femmes, des groupes écologiques sans compter enfin les nouvelles luttes urbaines.La liste pourrait encore s\u2019allonger.Partout les problèmes sont nombreux, difficiles et urgents mais partout également il est stimulant de constater que les groupes en lutte font preuve de beaucoup de courage et d\u2019imagination.Il est grandement temps que leur action devienne moins clandestine, plus présente dans notre pensée et dans l\u2019ensemble de notre imaginaire.Il est plus que temps que leurs efforts soient appuyés et nourris par un questionnement rigoureux et une recherche créatrice soucieuse de partage et de dignité.Il faut que le débat constructif reprenne sa place dans l\u2019action.Malgré les apparences d\u2019abondance, nous sommes un peuple pauvre et notre condition nous oblige à une utilisation maximale de toutes nos ressources créatrices.Et en cela la recherche constante de l\u2019excellence demeure notre seul et unique moyen d\u2019y parvenir.Dans cette perspective l\u2019activité intellectuelle ne peut être légitime et indispensable que dans la mesure où elle produit des questions qui nous font vivre et nous obligent à vivre dangereusement dans le vif de notre propre questionnement.28 Nous voilà donc à pied d\u2019oeuvre. Gabriel Gagnon Quel Etat québécois ?.Pour qui ?En 1960, les intellectuels et les hommes politiques de \u201cgauche\u201d croyaient a I\u2019Etat, au Québec comme ailleurs dans le monde.Grace a la planification, il deviendrait enfin notre grand instrument de développement économique et social.Mais, la révolution tranquille s\u2019est vite arrétée.C\u2019est la faute au fédéral nous dirent alors de RIN et le PQ : avec un Etat québécois bien a nous, nous trouverons une véritable solution a nos problémes.Puis, le 15 novembre 1976, les anciens intellectuels de \u201cgauche\u201d prennent le pouvoir pour commencer enfin a batir cet Etat bien a nous.L\u2019Etat, on n\u2019y croit plus beaucoup pourtant, a gauche, dans les pays industriels avancés.N\u2019est-il pas totalitaire, bureaucratique, rationalisateur et : aliénant par nature, qu\u2019il soit communiste, social-démo- Ei crate ou capitaliste ?Ne faut-il pas constamment le miner 4 sous l\u2019action des mouvements sociaux, de l\u2019autogestion, Ë de la nouvelle culture ?Mal nécessaire, sa pleine jouissance devrait être réservée aux seuls pays n\u2019ayant pas encore atteint le seuil du démarrage économique.Même ici, on le suspecte déjà, cet Etat qu\u2019on n\u2019a pas encore.Les écoles polyvalentes et les autobus scolaires ont beaucoup contribué à la défaite de Lesage.Le vote créditiste a bien exprimé l\u2019angoisse des \u2018\u2018petits\u2019\u201d\u2019 face aux grosses structures bureaucratisées.L\u2019Est du Québec s\u2019est révolté contre la planification et l\u2019aménagement venus fermer ses paroisses et ses rangs.Bien des jeunes cherchent à fuir l\u2019Etat en créant, de façon individuelle ou collective, de nouveaux milieux de travail et de vie où l\u2019autosuffisance E en ferait oublier la présence de plus en plus envahissante.EE 29 L\u2019Etat québécois n\u2019est-il pas, selon Fernand Harvey, encore plus centralisé que l\u2019Etat français, dans les secteurs qui sont de sa compétence.Peut-être même que le 15 novembre, René Lévesque, qui a beaucoup lu, n\u2019y croyait plus aussi dur qu\u2019au temps du RIN et de Parti pris, à cet Etat souverain et planificateur qu\u2019il avait dans son programme.Petit à petit il n\u2019a plus parlé d\u2019indépendance mais de souveraineté puis d\u2019association.Peut-être préfère-t-il au fond une modeste victoire au référendum à une défaite plus glorieuse, comme les aiment les intellectuels de \u201c\u2018gauche\u2019\u2019 ?Peut-être aussi ne croit-il plus autant qu\u2019avant à l\u2019Etat national et centralisé comme remède à tous les maux ?Cet Etat encore tronqué, dès le début de son gouvernement, il voulait déjà le décentraliser : c\u2019était apparent dans plusieurs entrevues, entre autres celle accordée à FORCES, dans son numéro 39, en 1977.Il voulait même aller assez loin puisqu\u2019il a nommé Jacques Léonard ministre d\u2019Etat à l\u2019Aménagement spécialement pour cela.Mais, était-ce chercher la quadrature du cercle ?Conquérir un Etat à nous pour mieux le faire dépérir.Etait-ce une opération-camouflage pour mieux gagner les régions périphérique au grand projet souverainiste conçu surtout par les professeurs et les fonctionnaires urbains qui forment l\u2019assise essentielle du premier gouvernement PQ ?Un nouveau plan du B.A.E.Q., au niveau de tout le Québec cette fois.Toujours est-il que ça n\u2019a pas encore démarré, la décentralisation.C\u2019est même bloqué, paraît-il.Jusqu\u2019au référendum\u2026 et peut-être jusqu\u2019aux élections.Il ne faudrait surtout pas faire peur au monde.Et puis, finalement, ça serait peut-être mieux d\u2019attendre l\u2019Etat souverain pour régler les problèmes des femmes, des travailleurs et des régions.Ca donne une \u2018bonne excuse\u2019 et puis sans doute pas mal de répit.Mais, en attendant, il est essentiel de chercher pourquoi ca n\u2019a pas marché et ce qui serait possible, si on ne laissait pas le dossier aux technocrates et aux politiciens.30 Les mirages de la décentralisation Dès le début de 1977, le ministère d\u2019Etat à l\u2019Aménagement s\u2019attaquait à la tâche de définir une véritable politique de décentralisation pour le Québec, valable dans le contexte constitutionnel alors prévalant.L'hypothèse de base du ministre et de ses fonctionnaires : la revalorisation d\u2019une vieille institution du Québec rural, le conseil de comté, dont la création remonte à 1847.L'idée n\u2019était pas nouvelle puisque je me souviens d\u2019en avoir parlé dans mon premier article publié (\u201cPour une planification régionale et démocratique\u201d, Cité Libre, Vol.XI, No 29, août-septembre 1960).Au nombre de 71 aujourd\u2019hui, les conseils de comté municipaux regroupent les maires des municipalités rurales, sous la présidence de l\u2019un d\u2019eux, le préfet.Ils ne coïncident en rien avec les comtés électoraux provinciaux ou fédéraux, dont les frontières varient beaucoup plus fréquemment au gré des restructurations de la carte électorale.Les comtés municipaux ne concernent aujoud\u2019hui qu\u2019environ 21 pour cent de la population du Québec puisque, en plus du Nouveau-Québec et des communautés urbaines de Montréal, de Québec et de Hull, les 257 cités et villes (38 pour cent de la population du Québec) sont aussi exclues de leur territoire.Le conseil de comté s\u2019occupe essentiellement des questions affectant l\u2019ensemble des municipalités rurales sises sur son territoire ou plusieurs d\u2019entre elles.Il s\u2019agit surtout : \u2014 des cours d\u2019eau, des ponts et de la voirie intermu- nicipale; \u2014 de l\u2019administration des territoires non érigés en municipalité; \u2014 de l\u2019entretien et de l\u2019acquisition des bureaux d\u2019enregistrement et des palais de justice: \u2014 plus récemment, de la confection des rôles d\u2019évaluation en dehors des cités et villes.En décembre 1977, Jacques Léonard présentait au Conseil des ministres un projet audacieux de décentralisation, doté d\u2019un échéancier précis de consultation et de mise en 32 oeuvre.Il s\u2019agissait de créer, en étendant à l\u2019ensemble du Québec (sauf Montréal, Laval, Québec et Hull qui faisaient l\u2019objet de propositions particulières) la juridiction des conseils de comté, de nouveaux organismes politiques polyvalents, intermédiaires entre les régions administratives, trop grandes, et les municipalités, trop petites.Issus en grande partie du suffrage universel, ces nouveaux conseils de comté auraient rapproché l\u2019administration provinciale de la population dans plusieurs domaines importants qu\u2019ils auraient régi à l\u2019aide de quatre (4) commissions permanentes : \u2014 La commission de l\u2019éducation et de la culture aurait remplacé les commissions scolaires régionales, déjà elles-mêmes en voie d\u2019intégrer totalement les commissions scolaires locales, étendant aussi éventuellement son action aux loisirs et aux activités culturelles; \u2014 La commission du développement social aurait pris en charge les services sociaux et de santé de première ligne, assurés actuellement surtout par les CLSC, s\u2019intéressant aussi aux garderies, à l\u2019aide juridique et aux problèmes de travail et de main-d\u2019oeuvre; \u2014 La commission du développement économique et touristique aurait vu à la promotion de ces deux activités, tout en gérant des parcs industriels et des équipements publics de tourisme; \u2014 La commission de l\u2019aménagement du territoire aurait eu pour principal mandat l\u2019élaboration du schéma d\u2019aménagement de comté, dont je reparlerai plus loin.D\u2019après le projet Léonard, les principales compétences prévues pour ces commissions auraient dû être obligatoirement prises en charge par les conseil de comté vers 1985.D\u2019autres activités actuellement exercées par les municipalités (transport en commun, habitation, approvisionnement en eau potable, traitement des eaux usées) auraient aussi pu être confiées aux comtés, réduisant d\u2019autant le champ d\u2019activités des premières, peut-être en vue de leur éventuelle disparition.Face à une telle modification en profondeur des institutions politiques québécoises, le Conseil des ministres 2 1 Da i 0 Mai eg semble avoir vigoureusement réagi dans le sens du conservatisme, du moins si l\u2019on en juge par les politiques rendues publiques par la suite.Il faut admettre que le document Léonard était trop bref, mal présenté et laissait plusieurs questions essentielles sans réponse.Le projet de loi sur le zonage agricole et le bill 125 sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme déposé à l\u2019Assemblée nationale le 21 décembre dernier constituent une première suite à ce projet.Le processus de zonage agricole est nettement centralisateur, confiant à un organisme provincial ce qui aurait pu être dévolu aux municipalités et aux conseils de comté actuels, trop suspects de mentalité spéculatrice aux yeux du ministre.Il laisse aussi une bonne partie du Québec en dehors de son application, ce qui a été dénoncé par plusieurs députés gouvernementaux.Le bill 125 prévoit la création de conseils de comté renouvelés (corporations de comté).Il restreint pour le moment leur compétence à la préparation du schéma d\u2019aménagement de leur territoire, comprenant : \u2014 les grandes orientations de l\u2019aménagement du comté et les intentions générales d\u2019affectation de son territoire; \u2014 la délimitation de périmètres d\u2019urbanisation et l\u2019établissement des normes applicables en dehors de ces périmètres; \u2014 la localisation des équipements et infrastructures intermunicipaux, gouvernementaux et publics: \u2014 l\u2019estimation des coûts de ces équipements et infrastructures; \u2014 l\u2019établissement de processus de consultation de la population.Le projet de loi décrit aussi de façon détaillée le processus d\u2019élaboration des plans d\u2019urbanismes que les municipalités membres du conseil de comté pourront être obligées d\u2019intégrer à son schéma d\u2019aménagement.Le bill 125 élimine pour le moment des compétences du conseil de comté tout ce qui, dans le projet initial, concernait l\u2019éducation, la culture, le développement social et économique.Un communiqué de presse joint au projet ous.RRO SEE RES 33 MSG EE SEE SEE EE EH ARH D Te suggère cependant l\u2019intégration possible des règlements de zonage agricole aux schémas d\u2019aménagement, une fois les nouveaux conseils mis en place.Par ailleurs, le suffrage universel disparaît complètement du processus de formation des conseils de comté, issus des conseils municipaux des municipalités qui les forment.Finalement, alors que le projet Léonard prévoyait mettre les conseils en opération dès avril 1979, nous n\u2019en sommes plus qu\u2019à une période de consultation d\u2019une durée indéterminée amorcée par la publication par le Secrétariat à la décentralisation, groupe ad hoc relevant du ministère d\u2019Etat à l\u2019Aménagement et animé par son sous-ministre, Yvon Tremblay, de neuf (9) fascicules verts portant sur \u201cla décentralisation : une perspective communautaire nouvelle\u201d.Les titres de ces fascicules sont les suivants : .Une vue d\u2019ensemble; .Les expériences étrangeres; .L\u2019aménagement et l\u2019urbanisme; .L\u2019organisation politique des comtés renouvelés; .Le réaménagement des pouvoirs; .Le territoire des comtés municipaux; .Le régime fiscal des comtés; .La zone métropolitaine de Montréal; .Les zones urbaines de Québec et de Hull.Malheureusement, les numéros 5, 7, 8 et 9 qui portent sur les sujets les plus controversés n\u2019ont pas encore été publiés.Les autres fascicules sont rédigés sous forme de documents de travail destinés à une large consultation : ils sont très en retrait, quant au contenu et à la forme, sur le document de 1977, se contentant de présenter certaines hypothèses générales entre lesquelles ils ne choisissent pas.Le numéro 6 est plus précis puisqu\u2019il propose trois hypothèses d\u2019implantation territoriale des nouveaux conseils de comté (73, 86 ou 96 comtés).Il s\u2019agit d\u2019essayer de rejoindre la \u2018communauté d\u2019appartenance\u201d\u2019 et de lui donner une structure politique.QW Ot Wh HH \u201cLe territoire auquel nous référons est de la nature d\u2019une petite région, d\u2019un coin de pays.Il rassemble 34 \u2014 se sas.ee donc entre 30,000 et 40,000 habitants, quelquefois plus, quelquefois moins; il regroupe de 15 à 20 municipalités; et tous les points de cet espace peuvent être atteints en moins d\u2019une heure d\u2019automobile.\u201d (Fasc.6, page 2) È Dans les trois hypothèses suggérées par le fascicule, le comté moyen rassemble respectivement 20 municipalités et 50,563 habitants, 17 municipalités et 43,170 habitants ki et 15 municipalités et 39,133 habitants.La consultation amorcée par les fascicules devant prendre encore un certain temps, on se demande a quel mo- £ ment le projet 125, même adopté, pourrait être mis en A application puisqu\u2019il ne fait que permettre la création de 4 nouveaux conseils de comté dont on ignore encore l\u2019identité, les compétences et surtout les ressources qui ne seront finalement connues qu\u2018à la fin d\u2019un long processus pas F encore complètement déclenché.E D'ailleurs, on le sait, les municipalités qui contrôleront È les futurs conseils, fief des libéraux, ont été jusqu\u2019à main- I tenant un des principaux pôles d\u2019opposition au gouverne- EF ment péquiste qui, contrairement a ses prédécesseurs, s\u2019est très peu préoccupé d\u2019investir de l\u2019intérieur ces corps intermédiaires importants.Voilà pourquoi, au moment où s\u2019amorcent les grandes manoeuvres devant conduire au référendum et aux élections provinciales, on ne peut qu\u2019être très sceptique même face au timide processus de décentralisation auquel a finalement abouti le grand dessein du premier ministre.L\u2019étapisme règne ici aussi.Le respect de l\u2019appartenance E.En réduisant pour le moment à la préparation de schémas d\u2019aménagement le rôle futur des conseils de comté renouvelés comme en en faisant une simple émanation des i conseils municipaux actuels, le secrétariat a la décentralisation refuse au fond de s\u2019attaquer au principal obstacle à une réforme en profondeur, l\u2019influence prépondérante, au sein du leadership municipal au Québec, de la petite bourgeoisie traditionnelle (marchands, professionnels, assu- 35 reurs, gros cultivateurs) d\u2019allégeance libérale.Jusqu\u2019à maintenant, en effet, le Parti québécois a concentré ses efforts vers la conquête du pouvoir provincial, négligeant les corps intermédiaires (syndicats, coopératives, municipalités, commissions scolaires) qui, ailleurs dans le monde, forment les structures de base des partis sociaux-démocrates, socialistes ou communistes.Le PQ a toujours été jusqu\u2019à maintenant, à cause du charisme exercé par son chef et de la mentalité élitiste de ses principaux leaders, une vaste machine électorale mise en branle surtout au moment des élections, des campagnes de financement ou des périodes d\u2019énumération.L\u2019éducation politique y ayant été négligée, les idées trop nouvelles ridiculisées (autogestion, féminisme, écologie, marxisme), on a l\u2019impression que règne au parti une certaine crainte face à tout allié non inconditionnel, que ce soit au niveau municipal, scolaire, syndical ou fédéral.Cette caractéristique n\u2019apparaît pas encore sous les statistiques triomphantes sur le membership et le financement mais elle risque de conduire à moyen terme à une certaine désaffection de la part des éléments les plus dynamiques, dans les grandes villes, et, dans les régions, à défavoriser le PQ face au nouveau parti libéral de Ryan, mieux implanté au niveau des corps intermédiaires.Ainsi, dans l\u2019Est du Québec, les groupes populaires les plus dynamiques ne se sont pas plus reconnus que les élites municipales dans la stratégie de décentralisation amorcée par le PQ; ils la distinguent mal de celle du parti libéral, a laquelle ils s\u2019opposaient.Voila donc la contradiction fondamentale de la politique actuelle de décentralisation.Venue d\u2019en haut, tronquée quant à son intention initiale, elle risque de décevoir ceux pour qui elle prétendait être conçue tout en fournissant une nouvelle base politique importante aux adversaires, au moment où s\u2019amorce la bataille du référendum, qui devrait malheureusement retenir tous les efforts du parti ces prochaines années.Adopté comme base de travail, le premier projet Léonard aurait pu contribuer à briser cette contradiction.L'élection au suffrage universel des membres des conseils de comté aurait facilité l\u2019émergence de nouveaux leaders 36 Mi Ing dat (on régionaux, différents des membres des conseils municipaux actuels.Cette éventualité aurait eu d\u2019autant plus de chance de se produire que les compétences des conseils auraient englobé l\u2019ensemble des problèmes de développement so- : cial, économique et culturel, en plus du simple aménage- E ment du territoire.; Les objections sont ici venues davantage des ministères sectoriels, semble-t-il.\u2018Vous ne toucherez pas à mes com- i missions scolaires\u2019\u2019, aurait dit Jacques-Yavn Morin.Pour- i tant ce que les groupes populaires les plus dynamiques des régions demandent, ce sont des sortes de gouvernements régionaux : ils rendraient plus efficace l\u2019administration des choses en la rapprochant des populations concernées, ki ce que n\u2019ont pu faire les conférences administratives régio- i nales; ils permettraient, au-dela des conflits inhérents au E processus de développement, de dégager, avec des moyens Bi financiers adéquats, certains consensus globaux, ce que les R.conseils régionaux de développement ne peuvent actuelle- i ment réaliser.3 La diversité des régions du Québec, comme le cas des Indiens et des Inuit, rendent en effet nécessaire une nouvelle conception autogestionnaire du développement gy régional, respectant mieux des particularismes vus comme des phénomènes culturels globaux plutôt que sous forme E de densité d\u2019urbanisation et de localisation d\u2019infrastructures.C\u2019est tout le contenu global du projet de développe- Ek ment québécois qui pourrait ainsi être transformé par la base.Il ne faut pas croire par ailleurs que la seule création de micro-régions dotées de pouvoir politique suffirait à produire d\u2019un coup la société autogérée idéale.Ces nouvelles institutions pourraient tout aussi bien demeurer un moyen EE détourné et moins visible de faire accepter les décisions 4 conçues en haut, tout en fournissant un certain nombre d\u2019emplois bien rémunérés aux chômeurs instruits.C\u2019est en effet au niveau beaucoup plus restreint du quartier, du village, de l\u2019usine, de la coopérative, de l\u2019école, que se situe la véritable réappropriation de la vie quotidienne.Les nouveaux conseils de comté ne pourraient tenir leur dynamisme que de mouvements sociaux construits sur ces 37 bases qui accepteraient de les utiliser sans s\u2019y intégrer complètement toutefois.C\u2019est dans ce sens qu\u2019évolue, dans l\u2019Est du Québec, la réflexion des groupes populaires, alimentée par la consolidation de la coopérative de développement du JAL et par la naissance difficile de la S.A.I.R.E.Q.(Société d\u2019aménagement intégré des ressources de l\u2019Est du Québec).Nous présenterons dans un prochain numéro, de façon beaucoup plus concrète, le bilan de ces deux expériences susceptibles de mener de la décentralisation technocratique à l\u2019autogestion populaire.38 LE Marcel Fournier Le CFP et le mouvement ouvrier: une expérience de formation Comment en 1979 se définir socialiste sans s\u2019identifier à une organisation politique militante bien précise ?Comment développer une solidarité internationale avec les peuples qui luttent contre l\u2019impérialisme américain sans cautionner les divers abus auxquels a pu conduire le stalinisme ?Comment défendre \u201cla lutte de libération nationale des travailleurs québécois\u201d\u2019 sans appuyer le projet politique et les diverses législations du Parti québécois ?Enfin, comment se lier aux luttes du mouvement ouvrier, en particulier du mouvement syndical sans se laisser enfermer dans un syndicalisme d\u2019affaires ?A plusieurs égards, ces questions peuvent apparaître comme des dilemmes difficilement surmontables.Au cours de la dernière décennie, à la suite du développement du Parti québécois et de son arrivée au pouvoir en 1976 et aussi de l\u2019apparition de groupes ou groupuscules politiques et de la constitution d\u2019organisations marxistes-léninistes (En lutte, La Ligue communiste marxiste-léniniste), l\u2019espace politique (et idéologique) québécois s\u2019est considérablement modifié et complexifié.à un point tel qu\u2019il fallut constituer des glossaires pour permettre aux membres des organisations populaires et du mouvement syndical de se démêler.Non seulement les E anciennes distinctions entre \u2018\u2018réactionnaires ou conser- | vateurs\u201d\u2019/et \u2018\u201c\u2018réformistes ou progressistes\u201d, entre \u201c\u2018droite\u2019\u201d et/\u2018\u201cgauche\u2019\u2019 sont brouillées - des leaders syndicaux, des militants de gauche sont traités de \u2018bourgeois\u2019 \u2014 mais aussi la définition même de la gauche qui s\u2019était élaborée d\u2019abord autour du Parti communiste du Canada et aussi du 39 C.C.F.(et du N.P.D.), puis autour du Parti Socialiste du Québec et de revues politico-intellectuelles (Socialisme, Parti Pris, etc.) s\u2019est effritée : les nombreus débats (par exemple sur la question nationale) et aussi des oppositions souvent virulentes ont en effet ébranlé la fragile unanimité qui existait au sein du mouvement anti-capitalis- te québécois et ont conduit les militants tantôt vers le dogmatisme, tantôt vers le désenchantement et le pessimisme.Le marxisme a certes acquis ses \u2018\u2018lettres de noblesse\u2019 (enseignement dans les universités, ouverture de librairies socialistes, publication d\u2019ouvrages marxistes, recherches en économie politique, etc.) et s\u2019est diffusé au sein des organisations populaires et du mouvement syndical, mais en même temps, il est devenu l\u2019objet d\u2019interminables et pénibles discussions, qui souvent sont plus étroitement reliées à des débats extérieurs (par exemple en France) qu\u2019à des luttes concrètes menées au Québec (et au Canada).Paradoxalement, c\u2019est dans cette conjoncture politique et dans ce conteste intellectuel que le Centre de Formation Populaire (CFP), qui a survécu à de fréquents tiraillements internes et de profondes turbulences idéologiques, entend \u201cdevenir un carrefour d\u2019échange, de débats et d\u2019approfondissement des diverses expériences de luttes\u201d\u2019 et fournir, tout en conservant son autonomie, des \u2018\u2018instruments et des programmes de formation aux militants du mouvement ouvrier (syndicats, groupes populaires défendant les intérêts des travailleurs, etc.) (1).Il n\u2019est donc pas sans intérêt de retracer rapidement la brève histoire de cet organisme, d\u2019analyser les diverses positions politiques et enfin de déterminer le rôle qu\u2019il est maintenant en mesure d\u2019assumer (2).( 1) Centre de Formation Populaire, \u2018\u201cLe CFP et le mouvement ouvrier\u2019\u2019, Bulletin de liaison du CFP, Montréal, mai 1978, vol.1, no 4, pp.2-3.( 2) Nous remercions L.Favreau et S.Chartrand, permanents au CFP, qui ont accepté de répondre à nos questions et de nous fournir la documentation du CFP.40 \u2014 ss a rx \u2026 es us es we Con ema rt ee pea \u2014_\u2014 eS, a rr Ty.= ra ea QUELQUES REPERES Dans l'historique qu\u2019il s\u2019est lui-même constitué, le CFP précise qu\u2019il est \u2018né en 1971 de la volonté de militants d\u2019un certain nombre de groupes d\u2019établir une liaison plus étroite entre les travailleurs exclus du système de production (assistés sociaux, chômeurs), des travailleurs qui se regroupaient sur la base de leur quartier pour prendre en mains leurs conditions de vie (comités de citoyens, comptoirs alimentaires, cliniques populaires de santé, etc.) et des travailleurs qui militaient dans le mouvement syndical et dont les éléments les plus actifs tentaient de développer un syndicalisme de combat.\u201d Le Centre de Formation Populaire s\u2019inscrit ainsi, au début des années 1970, dans le mouvement d\u2019animation populaire que connaît alors le Québec depuis une dizaine d\u2019années et qui mobilise plusieurs jeunes intellectuels formés dans les facultés de Sciences sociales (3).D'ailleurs, à son origine, le Centre de Formation Populaire, dont la mise sur pied est facilitée par une subvention ($50 000) de la Fédération des Oeuvres (qui deviendra Centraide), apparaît comme une initiative de quelques militants et intellectuels qui, après une formation en sociologie ou en service social à l\u2019Université de Montréal, ont refusé de poursuivre une carrière dans l\u2019enseignement, la recherche ou la fonction publique pour \u201ctravailler a la base\u201d et pour militer au sein d\u2019organisations populaires (comités de chômeurs, comités de citoyens, etc.).L\u2019expérience qu\u2019ils vivent alors dans ces organisations leur font prendre conscience, à un moment où la vie politique québécoise est très agitée (Crise d\u2019octobre, échec du FRAP, grève à La Presse, Fronts communs, publication par la CSN et la CEQ de manifestes et d\u2019analyses politiques, tc.), à la fois de l\u2019importance de l\u2019unification des luttes que mènent les organisations populaires et le mouvement syndical et de la nécessité d\u2019assurer à ( 3) A ce sujet, voir : F.Lesemann et M.Thiénot, Les animations sociales au Québec, Montréal, Université de Montréal, Ecole de service social, 1972; Ch.C6té et Y.Harnois, L animation au Québec, sources, apports et limites, Montréal, Editions Albert St-Martin, 1976.41 leurs membres une véritable formation politique (au sens large du terme).Dans un premier temps, les responsables du CFP tentent activement de \u2018vendre\u2019 l\u2019idée de la formation non seulement aux organisations populaires qu\u2019ils connaissent bien mais aussi aux divers syndicats.La première action qu\u2019ils entreprennent est l\u2019organisation de sessions de formation dans trois quartiers montréalais (Saint-Michel, Maisonneuve-Hochelaga et Pointe Saint-Charles) où ils réunissent, pendant près de six mois, à raison d\u2019une réunion par quinze jours, des groupes de vingt à vingt-cinq militants : l\u2019objectif est d\u2019amener ces militants, sur la base d\u2019une analyse des problèmes qu\u2019ils vivent et aussi de ceux que vit l\u2019ensemble de la classe ouvrière, à réfléchir sur les luttes qu\u2019ils mènent et aussi à approfondir, par la lecture de textes et la discussion d\u2019exposés, différents aspects théoriques.Mais l\u2019absence d\u2019ouvrages ou de documentation facilement disponibles et pertinents rend difficile l\u2019organisation de telles sessions de formation et incitent les responsables du CFP à se donner leurs propres instruments de formation et même la production d\u2019un ouvrage, Les travailleurs face au pouvoir, dont chacun des chapitres ou parties est l\u2019objet, avant la publication, de discussions avec bon nombre de militants.Publié par le Centre de Formation Populaire et les Editions Québec-Presse, ce petit manuel ou livre de base se présente comme \u2018\u2018un instrument de travail fournissant une information économique et politique de base sur le Québec\u2019 et s\u2019articule autour de trois thèmes centraux que sont : 1) la condition des travailleurs salariés au Québec (analyse de l\u2019exploitation des travailleurs salariés à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur des entreprises), 2) le capitalisme d\u2019aujourd\u2019hui au Québec (les monopoles, l\u2019Etat et les partis politiques) et 3) la lutte des travailleurs salariés québécois et le mouvement ouvrier (syndicalisme, coopératisme, mouvements de base, etc.).Tout en abordant, dans une problématique explicitement marxiste, divers problèmes concrets auxquels est confrontée la classe ouvrière et qu\u2019ils étudient sur la base d\u2019informations précises, les auteurs formulent aussi quelques hypothèses, 42 dont certaines sont temporaires, au sujet de diverses facettes de la réalité sociale québécoise : par exemple au sujet des fonctions du coopératisme et du syndicalisme et au sujet de la question nationale.Déjà les responsables du CFP adoptent une attitude critique à l\u2019égard du mouvement coopératif qui apparaît \u201csous l\u2019emprise de l\u2019idéologie dominante, de l\u2019emprise de la petite bourgeoisie qui y fait prévaloir ses intérêts et de la bureaucratie interne\u201d et aussi à l\u2019égard du syndicalisme québécois : celui-ci est largement un syndicalisme d\u2019affaires centré sur la négo- ciaiton trop exclusivement d\u2019avantages économiques immédiats et faiblement engagé dans l\u2019action politique et ne peut se renouveler que par le développement d\u2019un militantisme plus agressif, le renforcement des conseils régionaux et le virage idéologique (analyse \u2018\u201cdes conflits en termes de classes sociales et de pouvoir plutôt qu\u2019en termes strictement d\u2019injustices sociales à réparer\u201d).Quant à la question nationale, elle est l\u2019objet d\u2019une rapide réflexion à la fin de l\u2019ouvrage : tout en reconnaissant que l\u2019absence d\u2019une analyse serrée des classes sociales et de la situation économique du Québec ne permet pas l\u2019approfondissement de cette question, les auteurs notent l\u2019importance pour le mouvement ouvrier de s\u2019engager dans la lutte pour la libération nationale, mais sur la base de sa p propre organisation et de ses propres objectifs.bl \u201cPersonne ne contestera que le P.Q.ne tient pas ses origines des luttes du mouvement ouvrier ou qu\u2019il en est l\u2019instrument politique, et cela même si dans la situation présente, c\u2019est le parti qui est le moins éloigné des intérêts des travailleurs.Cette affirmation est capitale.Il en découle une conséquence importante : si le mouvement ouvrier doit s\u2019inscrire dans la lutte de libération, il doit le faire à partir de sa propre base d\u2019organisation et à partir de ses propres objectifs; ce qui veut dire travailler à ce que la position de la classe ouvrière soit la plus forte possible dans cette lutte.Qu\u2019il y ait alliance ou pas du mouvement ouvrier organisé avec k le P.Q., - ce qui est une question importante à tran- E 43 A RS ER ER RER TERRE RE TEEN EE FE ERT TU CO CPE OE FY FU FYFE TERPTIPMPEPMRPRLY add a Ll EISEN AY FEN ET ER NI UE EN TN GR OT TR SR ET EH SEE NS SO SETI i cher dans la conjoncture politique actuelle - le mouvement ouvrier québécois ne peut échapper à la nécessité de partir de sa propre base d\u2019organisation (4).Enfin, il ne fait aucun doute, dans Les travailleurs face au pouvoir, que le premier objectif du mouvement ouvrier est le renversement du capitalisme et l\u2019implantation du socialisme.Sans élaborer longuement une définition de la société socialiste, les auteurs en présentent quelques éléments : d\u2019abord un principe de base selon lequel les travailleurs, en raison de leur nombre (majorité) et de leur position dans le système de production, doivent contrôler et diriger la société et aussi trois mécanismes ou conditions d\u2019implantation du socialisme (contrôle ouvrier de l\u2019Etat, contrôle ouvrier des entreprises, contrôle communautaire dans les collectivités locales et régionales).De toute évidence, le mouvement ouvrier québécois ne semble pas engagé très loin dans une telle lutte puisqu\u2019l ne s\u2019est pas encore doté des instruments indispensables, entre autres une presse populaire (quotidien, poste de radio, imprimerie, etc.) et une organisation politique propre.A partir de 1972, le CFP, qui continue son travail de formation auprès des organisations populaires, intensifie ses relations avec le mouvement syndical, en particulier avec le Conseil Central de Montréal (CSN) qui, présidé par Michel Chartrand, s\u2019intéresse à l\u2019organisation d\u2019un programme de formation pour ses militants et aussi avec l\u2019Equipe de formation et le Comité d\u2019action sociale de la CEQ et le Conseil du Travail de Montréal.L\u2019action du CFP se concrétise alors par la préparation de sessions de formation intensive pour les militants syndicaux de la CSN et de la CEQ et aussi par sa participation à l\u2019élaboration d\u2019analyses (par exemple l\u2019analyse que la CEQ fait de l\u2019école dans la société capitaliste) et à la diffusion de manifestes produits par les centrales syndicales.Ainsi alors que la CSN est aux prises avec des conflits internes ( 4) Favreau, L., Les travailleurs face au pouvoir, Montréal, CFP, Québec-Presse, 1972, p.135.44 o> om pee re Se Se tre > (les 3 D) et qu\u2019elle éprouve de la difficulté à diffuser son manifeste, Ne comptons que sur nos propres moyens, le CFP soutient le Service d\u2019éducation du Conseil central de Montréal dans ses efforts pour faire connaître et expliquer les positions de la CSN dans la région métropolitaine.Enfin cette liaison plus étroite du CFP avec le mouvement syndical l\u2019amène à soutenir de façon plus active les débats présents dans plusieurs syndicats et aussi à stimuler le questionnement du mode de fonctionnement \u201c\u2018affairiste\u2019\u2019 (problème de la démocratie ou de la participation \u201c\u2018à la base\u2019) de même que la réflexion sur le type de syndicalisme qu\u2019il faut développer (syndicalisme d\u2019affaires/syndicalisme de combat (5).Ce n\u2019est cependant que l\u2019année suivante que le CFP s\u2019implique directement dans des conflits ouvriers en acceptant d\u2019organiser un programme de formation pour des travailleurs en grève de Firestone en collaboration avec la direction du syndicat (groupe des 30).Les sessions, qui portent non seulement sur des problèmes syndicaux (la négociation d\u2019une convention collective et l\u2019établissement de priorités, le fonctionnement et les objectifs du syndicalisme, etc.) mais aussi sur des problèmes politiques locaux (les politiques d\u2019assurance-chômage, le programme politique des partis) et internationaux (soirée sur le Chili), regroupe plus de la moitié (150) ouvriers de l\u2019usine et leur fournit, dans la longue lutte qu\u2019ils entreprennent, un support intellectuel et moral.Pendant la même année, les responsables du CFP introduisent, comme activité de formation, les débats publics : le premier porte sur la solidarité syndicale et réunit une quarantaine de militants de différents syndicats et de divers secteurs de travail (hôpitaux, institutions d\u2019enseignement, usines).Un deuxième débat suscite beaucoup d'intérêt puisqu\u2019il donne la parole à une ancienne militante communiste toujours active dans le mouvement syndical canadien, Madeleine Parent, mais Le OI ( 5) Cette interrogation s\u2019appuie alors sur les analyses que mène Jean-Marc Piotte et qu\u2019il publiera quelques années plus tard Le syndicalisme de combat, Montréal, Editions St-Martin, 1977.| en même temps crée des tensions entre le CFP et les Métallos Unis d\u2019Amérique.Enfin, le troisième débat est consacré au Chili de l\u2019Unité populaire (1970-73), ce qui par la suite stimulera la création du comité Québec-Chili, auquel quelques responsables du CFP consacreront une partie de leur énergie et leur temps.Au cours de l\u2019année 1973, le Centre de Formation Populaire connaît une intense activité, ce qui l\u2019oblige à réviser son mode de fonctionnement et aussi la nature de ses relations avec les organisations populaires et le mouvement syndical : tout en instituant une campagne de recrutement auprès de groupes (6) et d\u2019individus, Celui-ci modifie en effet sa constitution et crée de nouvelles instances (assemblée générale, conseil d\u2019administration, exécutif).Et en novembre, lors de la première assemblée générale qui réunit soixante-quinze personnes, le CFP élit son premier conseil d\u2019administration et adopte une déclaration de principes qui est la suivante : DECLARATION DE PRINCIPES DU CENTRE DE FORMATION POPULAIRE (1973) LE CFP ET SA PLACE A L\u2019INTERIEUR DU MOUVEMENT OUVRIER 1.Le CFP a pour but de fournir aux militants du mouvement ouvrier (syndicats, coopératives populaires et comités de citoyens.) des instruments et des programmes de formation.Le CFP est, dans le domaine de la formation, une structure de soutien direct et interne au mouvement ouvrier.9.Le CFP est un organisme de formation au service des luttes du mouvement ouvrier et dans ce sens SCR TERE, IRN EE aR ( 6) Le CFP entend en effet réunir à la fois des groupes-membres (syndicats et groupes populaires) et des membres à titre individuel qui sont des militants de syndicats et de groupes populaires. il ne sera jamais lié aux forces capitalistes qui dominent notre société sur le plan économique, politique et culturel.Le CFP veut stimuler la pensée et l\u2019action du mouvement ouvrier en favorisant, par sa pratique de formation, le militantisme des groupes de travailleurs à la base, la reconnaissance de leurs intérêts de classe à court et à long terme, leur plus grande autonomie dans l\u2019élaboration de stratégie de lutte plus générale et leur participation à des luttes plus larges et plus offensives.Le CFP n\u2019est pas subordonné dans son orientation génerale et dans son administration à l\u2019une ou l\u2019autre des parties du mouvement ouvrier (que ce soit des groupes syndicaux, des groupes populaires ou des groupes politiques).Cette indépendance est nécessaire pour que le CFP puisse jouer pleinement son rôle de carrefour tout en conservant une distance critique indispensable à sa pratique de formation.Le CFP reconnaît l\u2019importance de l\u2019engagement du mouvement ouvrier dans la lutte de libération nationale des travailleurs québécois contre la bourgeoisie impérialiste et les bourgeoisies nationales.Le CFP reconnaît aussi l\u2019importance de la lutte des femmes contre leur oppression et leur exploitation spécifique.LE CFP : SON ORGANISATION ET SES METHODES DE TRAVAIL 7.Le CFP est une association sans but lucratif qui s\u2019appuie directement sur des organisations de travailleurs (syndicats, coopératives populaires, comités de citoyens.), sur leurs militants et sur les sympathisants du mouvement ouvrier.Il est dirigé et contrôlé par ses membres quant à son orientation générale et son administration.47 Le CFP, dans ses activités de recherche et de formation, s\u2019inspire d\u2019une analyse critique des problèmes sociaux qui part du milieu de travail (le système de production) et du fait que la société québécoise est divisée principalement en deux grandes classes sociales qui ont des intérêts opposés.9.Le CFP conçoit la formation comme étant une activité de recherche collective qui permet à des groupes de travailleurs de développer une compréhension susceptible de rendre leurs luttes plus justes (plus appropriées à la situation) et plus efficaces.Dans ce sens, la formation exige d\u2019être étroitement liée aux luttes passées, présentes et futures des groupes de travailleurs concernés et doit donc permettre de mieux agir dans son propre milieu là où on est engagé comme militant (milieu de travail, quartier.).Mais au moment même où le CFP se donne une base plus élargie et un mode de fonctionnement démocratique et qu\u2019il établit des relations plus organiques avec les syndicats et les groupes populaires, il est, peut-être parce qu\u2019il devient un enjeu plus important, l\u2019objet de tiraillements internes plus fréquents et plus profonds.L\u2019exemple de ses relations avec le Regroupement des comités de travailleurs, qui fournit au CFP deux permanents, est révélateur : par sa critique à la fois des intellectuels qui prétendent exercer une action sans être implantés dans la classe ouvrière et du syndicalisme lui-même comme facteur de conservatisme, le RCT, qui réunit des intellectuels travaillant en usine, introduit de nombreuses tensions et provoque des affrontements avec des membres individuels et aussi avec des militants syndicaux, qui n\u2019acceptant pas ce point de vue et me tolérant pas une telle intransigeance votent l\u2019expulsion des deux permanents de cet organisme.De plus, à la même période, se développe un courant ml.qui, de la revue Mobilisation, rejoint des permanents du Centre de Formation Populaire et qui en paralyse considérablement les activités : de 1974 à 1976, le CFP se laisse partiellement contrôler par des militants maoïstes (m-l) qui l\u2019incitent à se donner, sur la base de lectures et de réflexions théoriques, des \u2018\u2018idées claires\u201d, et il n\u2019exerce que peu d\u2019activités de formation avec les organisations syndicales et populaires.Toutefois, contrairement à beaucoup d\u2019autres organismes ou groupements populaires qui connaissent les mêmes difficultés, le Centre de Formation Populaire, dont l\u2019enracinement dans les milieux syndicaux lui fournit une sorte de défense contre le \u2018\u2018gauchisme\u2019\u2019, échappe à la tentative de contrôle total de son assemblée générale par des militants m-l et parvient à surmonter le mouvement de liquidation que lance en 1976 le groupe Mobilisation en dénonçant le CFP comme \u201cappareil de la bourgeoisie\u201d.Le Centre de Formation Populaire tient alors de nombreuses assemblées, réaffirme son accord avec la Déclaration de principes de 1973, réactualise son mode de fonctionnement interne et, à la suite d\u2019une réévaluation de ses actions antérieures et d\u2019une critique de l\u2019économisme, entreprend la discussion et l\u2019analyse de thèmes ou problèmes qu\u2019il a jusqu\u2019alors négligés et qui concernent d\u2019autres formes d\u2019oppression, à savoir | la question nationale et la condition des femmes.De hi plus, celui-ci met sur pied un comité de travail sur la social-démocratie, organise à nouveau des débats publics et aussi publie régulièrement des documents qui sont le fruit de discussions et de débats.i Rr H A Bt RY p i i a Al A) De la période actuelle, qui débute a la suite de la tentative de liquidation du CFP, l\u2019on peut dire qu\u2019elle en est une reconstruction et qu\u2019elle se caractérise à la fois par un nouvel effort de recrutement - le CFP regroupe actuellement une quarantaine de groupes-membres (7) et plus de ( 7) Par exemple : le Conseil Central de Montréal (CSN), le Syndicat des employés de soutien du Cegep Ahuntsic (CEQ, SPUQ), le Syndicat des employés-conseils de la CEQ, le Comité Qué- bec-Chili, le CISO, l\u2019'ADDSMM, la ADDS de St-Michel et Mercier, la Librairie socialiste de l\u2019Est (Rimouski), Radio communautaire du Lac St-Jean, le Mouvement d\u2019Action Chômage, Remue-Ménage, le CRAN (Nouveau-Brunswick), le Centre de Pastorale en milieu ouvrier, le Service de forma- A tion de la CSN, etc.= deux cents membres à titre individuel - et par une intense activité de réflexion collective et de diffusion d\u2019analyses politiques.Et, beaucoup moins inquiété par les tactiques des mouvements m-l, qui ne cherchent plus maintenant qu\u2019à le stigmatiser en lui attribuant diverses étiquettes (\u201créformiste\u201d\u2019, trotskiste\u201d, etc.), le CFP entend redevenir un carrefour d\u2019échanges et de débats entre divers courants et différents secteurs du mouvement ouvrier et populaire.Toutefois, méme s\u2019il demeure relativement ouvert et qu\u2019il cherche non pas à imposer une \u201cligne juste\u2019\u2019 mais des éléments de réflexion, celui-ci ne demeure pas pour autant dans un vacuum idéologique : il s\u2019est en effet engagé dans une démarche qui l\u2019amène à fournir des analyses sur divers thèmes ou problèmes actuels et à prendre politiquement position.POSITIONS POLITIQUES Même si le CFP entend maintenant prendre position sur des problèmes nouveaux ou négligés par les militants en milieux populaires et syndicaux (condition féminine, question nationale, etc.), il n\u2019abandonne pas pour autant son champ privilégié d\u2019action et de réflexion, à savoir le mouvement ouvrier, et poursuit, à travers les sessions de formation, les débats et les publications de textes, son interrogation sur le syndicalisme québécois.Dès le départ, par sa volonté d\u2019être \u201cune structure de soutien direct et interne aux groupes de travailleurs qui veulent établir un lien entre les luttes à caractère défensif et les luttes de type politique.\u2019, le CFP s\u2019est opposé au syndicalisme d\u2019affaires qui ne se centre que sur les négociations de conventions et qui le plus souvent est contrôlé de façon peu démocratique par des bureaucraties syndicales éloignées de la base populaire.Et il s\u2019est engagé dans l\u2019élaboration et la défense d\u2019une position à la fois plus agressive (anti-capitaliste et non nécessairement légaliste) et plus démocratique, qui est celle du syndicalisme de combat.En tant que soutien de la gauche syndicale, le CFP apparaît comme un aiguillon de l\u2019ensemble du mouvement syndical.De plus, tout en ayant à long terme comme objectif le développement de 50 \u2014 my a \u2014t rr ea \u2014 \u2014 \u2014 > ed anse.Yk ma.xm\u2014 = Em mS ey \u2014 \u2014- l\u2019autonomie de la classe ouvrière et tout en considérant comme nécessaire la mise sur pied d\u2019une organisation politique propre aux travailleurs (8), le CFP a refusé de subordonner l\u2019action des organisations de masse (syndicats, groupements populaires, etc.) à une quelconque organisation politique.D'ailleurs lui-même en tant qu\u2019organisme populaire, le CFP a dû lutter pour le maintien de son autonomie de fonctionnement et d\u2019orientation politique et refuse \u2018\u201cd\u2019être à la remorque de quiconque\u201d, mais depuis que des centrales syndicales se sont données ou préparent des programmes de formation, celui-ci doit nécessairement redéfinir le travail qu\u2019il est en mesure d\u2019accomplir auprès des militants syndicaux : ce travail tend à se concevoir comme \u2018\u2018complémentaire a ce qui se fait dans les syndicats\u201d et exclut donc diverses activités de formation (formation en techniques de relations de travail, cours sur les structures, le fonctionnement ou les politiques d\u2019une centrale syndicale aux militants de cette centrale) et d\u2019aide (présider l\u2019assemblée d\u2019un syndicat, rédiger son journal ou ses communiqués de presse, etc.).En raison de l\u2019autonomie dont il dispose et qui lui permet d\u2019échapper à diverses contraintes que subit tout syndicat ou groupe populaire (négociations, élections, difficultés budgétaires), le CFP se donne comme tâche spécifique d\u2019appuyer le mouvement syndical et populaire et ses luttes en lui fournissant \u201cdes recherches, des outils de formation, des dossiers, etc.\u201d : cette tâche consiste concrètement à \u2018\u2018conduire certaines recherches et à élaborer des politiques face à certains sujets d\u2019actualité qui touchent directement des membres des syndicats et groupes populaires\u2019 et que souvent ces organismes ne peuvent pas, en raison de leur mode de recrutement (faible homogénéité politique ou idéologique) ou de conjonctures particulières, approfondir.Afin d\u2019\u201c\u2018apporter un éclairage aux discussions qui ont lieu dans les ( 8) Dès 1971, des membres du CFP liés à des comités d\u2019action politique (CAP) amorcent une réflexion sur les conditions d'implantation du socialisme au Québec, et lance le projet de rédaction d\u2019un manifeste socialiste qui devait conduire à l\u2019organisation d\u2019un mouvement socialiste.Eléments d'un manifeste socialiste, Montréal, novembre 1971, 6 p.).51 i organisations syndicales et populaires\u201d, le CFP a ainsi consacré, au cours des deux dernières années, ses énergies à l\u2019analyse de quelques problèmes d\u2019actualité - dont la social-démocratie et la question nationale (9) - et a publié plusieurs documents qui émanent de groupes de travail ou comités et de débats publics.Le choix de thèmes apparaît certes dicté par la conjoncture ou l\u2019actualité mais celui-ci demeure aussi déterminé par la position qu\u2019occupe le CFP dans l\u2019espace politique et qui l\u2019amène à se situer et à s\u2019opposer à la fois au Parti québécois et aux groupes politiques marxistes-léninistes (En lutte, La Ligue).LA SOCIAL-DEMOCRATIE Depuis sa fondation et plus particuliérement depuis son arrivée au pouvoir, le Parti québécois est, dans les milieux intellectuels et dans les mouvements populaires et syndicaux, l\u2019object d\u2019une question qui alimente débats et publications : \u201cQuelle est la nature (de classe) du P.Q.?\u201d À cette question, s\u2019ajoute inmanquablement une seconde : \u201c\u201cS\u2019agit- il d\u2019un parti social-démocrate ?\u201d La référence à la social- démocratie semble d\u2019ailleurs jouir d\u2019une grande popularité au sein du Parti québécois et aussi du nouveau gouvernement du Québec, qui parlent fréquemment de \u201ctripartisme\u201d, de \u2018\u201c\u2018concertation\u2019\u2019, de \u201cnouveau contrat social\u201d, de \u201cpartenaires sociaux\u201d, etc.Mais finalement, en raison de la faible implantation que le NPD connait au Québec, cette référence a la social-démocratie demeure abstraite et ne repose que sur une vague connaissance des expériences social-démocrates en Europe.Afin de combler cette lacune, le Centre de Formation Populaire met sur pied en avril 1977 un comité de travail dont l\u2019objectif est à la fois ( 9) A ces thèmes, il faut ajouter le thème de la condition féminine qui a été depuis l\u2019automne 1978, l\u2019objet de nombreuses discussions en comité et de débats.Toutefois, cette réflexion, qui a créé certaines tensions,n\u2018a pas encore conduit à l\u2019élaboration d\u2019une analyse complète et à la diffusion publique de textes ou positions.Ont été aussi mis sur pied deux autres comités : l\u2019un sur le mouvement populaire et l\u2019autre sur le syndicalisme.52 las St, sa d\u2019\u2018\u2018analyser l\u2019évolution générale du courant social-démocrate dans l\u2019histoire du mouvement ouvrier international et d\u2019étudier deux types européens de social-démocratie (Suède et Allemagne) afin de mieux faire saisir l\u2019orientation actuelle des partis qui se réclament de la social-démocratie et la nature véritable des politiques qu\u2019ils proposent\u201d.Le travail de discussion et de réflexion de ce comité donne lieu à la publication de trois dossiers (10) qui sont utilisés en mars 1978 comme documents d\u2019un débat sur la social- démocratie et permettent au CFP de définir de façon plus claire et aussi plus nuancée sa position par rapport à un mouvement politique auquel il risque d\u2019être tôt ou tard identifié : plus conscient de l\u2019évolution historique de la social-démocratie et de ses diverses formes d\u2019expression, le CFP est en effet conduit à rejeter la social-démocratie qui apparaît \u201chistoriquement le véhicule du réfor- manisme ou, autrement dit, de la politique bourgeoise à usage ouvrier\u2019\u2019.À cet égard, la conclusion de Pierre Beaul- ne qui introduit diverses distinctions (entre parti de type social-démocrate et parti bourgeois à clientèle ouvrière) et qui analyse les conditions dans lesquelles se développe la social-démocratie (prolétarisation de la petite bourgeoisie, crises économiques, etc.)., est particulièrement intéressante et fournit quelques éléments d\u2019analyse du P.Q.\u201cCes choses étant posées, faut-il considérer que le Parti québécois au Québec est social-démocrate ?Oui et non.Il possède tous les attributs idéologiques de la social-démocratie; il mène une politique réformiste qui, sous de nombreux rapports, sont bénéfiques à la classe ouvrière et violentent le patronat.Son programme contient de nombreuses mesures progressistes.Il bénéficie de l\u2019appui des classes populaires et entretient des liens informels avec le mouvement syndical.(10) Vaillancourt, Yves, La social-démocratie dans l\u2019histoire du mouvement ouvrier international, Montréal, CFP, 1978, 22 p.Châtillon, Colette, Social-démocratie : la Suède, Montréal, CFP, 1978, 41 p.; Beaulne, Pierre, Social-démocratie : l\u2019Allemagne, Montréal, CFP, 1978, 70 p.Ces dossiers sont disponibles aux locaux du CFP, 1750 rue St-Denis, Montréal. Mais le Parti québécois ne saurait être considéré comme social-démocrate au même titre que les partis européens.Ce n\u2019est pas un parti issu historiquement de la classe ouvrière.Son réformisme n\u2019est pas ouvrier mais bourgeois.C\u2019est-à-dire que l\u2019alimentation idéologique vient d\u2019ailleurs que du mouvement ouvrier.Elle provient des fractions modernistes de la petite bourgeoisie.De plus, fondamentalement, la composition de la direction est d\u2019extraction petite bourgeoisie.Finalement, c\u2019est un parti déterminé davantage par la question nationale que par la question sociale.(Contrairement au Nouveau Parti Démocratique, par exemple, qui exprime le mieux l\u2019essence social-démocrate au Canada.)\u201d (11).LA QUESTION NATIONALE Tout comme l\u2019indique la déclaration de principes du CFP (1973), la libération nationale des travailleurs québécois contre la bourgeoisie impérialiste et les bourgeoisies nationales constitue un enjeu important pour le mouvement ouvrier québécois et, en tant que telle, ne peut être négligée par aucun militant des groupes populaires et des syndicats.Pour sa part, le Centre de Formation Populaire entreprend alors un travail de recherche et de réflexion et élabore, en collaboration avec des centrales syndicales, des documents et des analyses : V.Lapalme et B.Normand, Travailleurs québécois et lutte nationale, CEQ (D, 4701), 1973 (12); L\u2019indépendance, c\u2019est plus sorcier qu\u2019on pense, Conseil central des Syndicats nationaux de Montréal, 1973.Dès cette date_l\u2019attitude des permanents du CFP à l\u2019égard du Parti québécois est très distante et critique.L\u2019on considère d\u2019ailleurs qu\u2019en raison d\u2019un \u201crapport de force qui lui est défavorable\u201d, une victoire du P.Q.est \u201cimprobable\u201d (13).(11) Beaulne, P., Social-démocratie : l\u2019Allemagne, op.cit, p.69.(12) Une version modifiée de ce texte est publiée par les Editions Militantes en 1974.(13) Travailleurs québécois et lutte nationale, op.cit., p.85.54 \u201cDe plus en plus, précise-t-on, se confirme l\u2019échec de la stratégie de la petite bourgeoisie nationaliste du P.Q.Ne pouvant rallier une moyenne bourgeoisie nationaliste à son projet, ni capable de rejoindre de larges couches de travailleurs qui ont à faire face à l\u2019exploitation accrue du grand capital américain et canadien, la petite bourgeoisie nationaliste a peu de chances de prendre le pouvoir avec le P.Q.\u201d (14).Certes les auteurs de Travailleurs québécois et lutte nationale reconnaissent que le P.Q.n\u2019est pas un \u2018\u2018bloc politique et idéologique monolothique\u201d et que certains de ses éléments \u2018\u2018souvent isolés, peu liés à des organisations de travailleurs, ne possédant pas un programme propre\u201d véhiculent des idées social-démocrates, mais ils concluent que la direction du P.Q.\u2018reste aux mains d\u2019une fraction petite bourgeoise plus liée aux intérêts de la moyenne bourgeoisie et au projet d\u2019une société capitaliste avancée\u201d (15) et qu\u2019il n\u2019est pas en mesure de conduire à une indépendance nationale véritable, c\u2019est-à-dire de \u2018lutter à la fois contre l\u2019oppression nationale de la bourgeoisie canadienne et contre l\u2019exploitation du grand capital américain\u201d.Dés lors, la seule alternative qui s\u2019offre aux éléments les plus actifs de la classe ouvrière et des couches populaires est de \u2018\u2018construire leur propre force politique\u201d et, pour y parvenir, ceux-ci doivent accomplir, \u2018\u2018à l\u2019étape actueile\u201d, les trois tâches politiques majeures suivantes : 1.Etant donné le très faible degré d\u2019organisation combative et de conscience de classe de larges fractions de la classe ouvrière, développer des bases politiques dans les milieux de travail de la classe ouvrière.2.Commencer dès maintenant à réaliser l\u2019alliance entre les couches inférieures de la petite bourgeoisie et la classe ouvrière sous la direction de cette dernière.(14) Ibid.p.88.(15) Ibid.p.85. 3.Rallier progressivement aux forces les plus conscientes et les plus combatives du peuple, des éléments actifs de la classe ouvrière, des couches populaires et des intellectuels progressistes qui ont été divisés entre eux à cause surtout de la manière dont le P.Q.a dirigé la lutte nationale (16).Il s\u2019agit en d\u2019autres termes de constituer, dans un premier temps, un \u2018\u2018front uni de l\u2019ensemble des forces du peuple\u201d autour d\u2019un \u2018\u2018programme politique minimum dirigé contre les principaux ennemis du peuple\u201d.La deuxième étape sera celle de l\u2019organisation d\u2019un parti ouvrier qui \u201cguidé au niveau théorique par le socialisme scientifique, vise à diriger la lutte des différentes forces du peuple dans le sens de l\u2019abolition du capitalisme et de la construction du socialisme\u201d (17).Quelques annés plus tard, alors que certains de ceux qui ont collaboré à la rédaction de Travailleurs québécois et lutte nationale ont quitté le CFP pour se rallier à des organisations politiques marxistes-léninistes, le Centre de Formation Populaire reprend, mais cette fois-ci sur la base de discussions plus élargies (comité de travail, textes de base, débats publics, etc.) et aussi d\u2019une documentation théorique et empirique plus solide, l\u2019analyse de la question nationale (18) et publie en 1978 un dossier, La question nationale : un défi à relever pour le mouvement ouvrier, qui en plus de présenter l\u2019analyse et la position politiques du CFP fournit une \u2018\u201c\u2018petite chronologie de l\u2019histoire du mouvement nationaliste québécois de 1960 à 1978\u201d et une étude du débat sur la question nationale au sein des diverses centrales syndicales québécoises.Même si la problématique est différente - définition de l\u2019Etat-nation, distinction entre trois fractions de la bourgeoisie québécoise (monopoliste, non-monopoliste et (16) Ibid., pp.122-123.17) Ibid.,p.1831.(18) En 1976, Gordon Lefebvre publie un texte qui est débattu au CFP : \u201cComment se pose la question nationale aujour- d\u2019hui ?\u201d, Chroniques, nos 24-25, décembre 1976-janvier 1977, pp.2-21. d\u2019Etat), notions de \u2018\u2018bloc social\u201d et \u2018\u201cd\u2019hégémonie\u201d - le CFP est de nouveau conduit à \u2018se démarquer nettement du P.Q.et de ses solutions pour résoudre véritablement l\u2019oppression nationale des travailleurs québécois\u201d.Tout comme précédemment, le CFP reconnaît le P.Q.comme un \u201cparti pluriclasses qui tente d\u2019intégrer plusieurs intérêts et de les souder ensemble\u201d, mais il définit de façon différente et en s\u2019inspirant des travaux de Ch.Bettelheim en France et de ceux plus récents de G.Bourque et A.Dubuc au Québec la nature de classe du Parti québécois : de parti petit-bourgeois ou de classes moyennes, celui-ci apparaît maintenant comme \u201c\u201cl\u2019expression d\u2019une nouvelle couche ou classe sociale qui tend à s\u2019affirmer comme une bourgeoisie d\u2019Etat\u201d.\u201cCette bourgeoisie d\u2019Etat, en voie de maturation, prendrait appui, précise-t-on, sur le développement monopoliste et massif de l\u2019Etat pour assurer un rôle de leadership économique et politique (.).L\u2019apparition et le renforcement de l\u2019Etat québécois, combinés à l\u2019émergence de l\u2019Hydro-Québec, Sidbec-Dosco, du mouvement coopératif (qui bien qu\u2019officiellement privé est très lié à l\u2019Etat) seront à la base d\u2019une bourgeoisie d\u2019Etat en voie de maturation qui détient l\u2019hégémonie au sein du P.Q.\u201d (19).Un autre rapport de cette analyse est la distinction au sein du P.Q.de deux tendances, l\u2019une néo-libérale (Pari- zeau, Tremblay, C.Morin), dont la stratégie est de constituer une alliance entre la bourgeoisie d\u2019Etat et les secteurs monopolistes (PME) québécois, et l\u2019autre social-démocrate (Marois, Couture, Payette, etc.) qui vise à centrer le pouvoir sur l\u2019alliance entre la bourgeoisie d\u2019Etat et la petite bourgeoisie québécoise.La contradiction entre ces deux tendances explique l\u2019apparente incohérence du gouvernement péquiste, mais elle est masquée ou \u201c\u201cétouffée face a l\u2019enjeu principal pour le P.Q.: la réforme constitutionnelle (19) CFP, La question nationale : un défi à relever pour le mouvement ouvrier, Montréal, 1978, p.22.57 et l\u2019indépendance\u2019\u201d\u2019.Quant à la formule de référendum, elle apparaît d\u2019autant plus astucieuse que non seulement elle permet de maintenir la \u201c\u2018difficile alliance entre les tendances\u2019 mais qu\u2019aussi elle constitue une sorte de \u201cguerre de tranchée\u201d, c\u2019est-à-dire un \u2018\u2018moyen pour la direction du P.Q.de grignoter le pouvoir de la bourgeoisie canadienne tout en développant autour d\u2019elle un large consensus social\u2019.Enfin une dernière caractéristique de ce dossier sur la question nationale : une différenciation plus nette de l\u2019analyse du CFP par rapport à la position des organisations marxistes-léninistes, dont la problématique sur cette question appaît simpliste - la direction bourgeoise du mouvement nationaliste justifierait le retrait du mouvement ouvrier de cette lutte - et dont la conception de la lutte politique est \u2018\u2018dogmatique et utopique\u201d puisqu\u2019elle repose sur \u2018\u201c\u2018la classe contre classe\u201d et qu\u2019elle est conçue comme \u2018\u201c\u2018un face à face immédiat et sans détour entre le prolétariat et la bourgeoisie\u2019\u2019.Or, comme le souligne non sans raison le document, \u2018la réalité sociale est beaucoup plus contradictoire et complexe\u201d.Dans une certaine mesure, le CFP a, en comparaison des textes antérieurs, approfondi son analyse de la question nationale, mais il n\u2019a pas pour autant modifié à la fois sa position à l\u2019_égard du P.Q.et aussi sa stratégie qui est de développer une \u2018\u2018action ouvrière et populaire autonome\u201d.D'ailleurs, ses principaux points de référence demeurent sensiblement les mêmes : \u201c- la nécessité de l\u2019autonomie des organisations de masse ouvrières et populaires et de la pleine émergence de la démocratie de masse; - le pouvoir ouvrier et populaire en tant qu\u2019objectif central du socialisme, ce qui implique une redéfinition des rapports entre producteurs, techniciens et cadres, du rapport entre l\u2019Etat et les organisations politiques, etc.; - l\u2019indépendance politique du Québec comme changement conjoncturel dans les rapports de force, au sein de la bourgeoisie d\u2019une part, et entre la bour- geoisie et le camp populaire d\u2019autre part; et comme revendication du mouvement ouvrier et populaire dans la lutte contre l\u2019oppression nationale.La nécessité pour le mouvement ouvrier et populaire d\u2019édifier un bloc social alternatif et d\u2019élaborer une stratégie d\u2019étapes, où les victoires partielles renforcent le mouvement d\u2019ensemble en fonction d\u2019objectifs fondamentaux (20).- la position internationaliste du mouvenent ouvrier et populaire québécois, son unité objective et fondamentale avec le mouvement ouvrier et populaire canadien et la nécessité de coordonner son action avec lui, tout en tenant compte du développement inégal ; l\u2019appui à toutes les luttes des nations et.groupes nationaux opprimés du Canada (Amérindien, Inuit, Acadien, etc.); la profonde convergence entre la lutte ouvrière et populaire au Québec et la lutte internationale des travailleurs\u201d (21).#%# Les analyses et prises de position que formulent depuis quelques années le CFP ne sont pas définitives et elles ne prétendent pas l\u2019être.Par exemple, l'introduction de la notion de bourgeoisie d\u2019Etat continue d\u2019être l\u2019objet de discussions : celle-ci n\u2019est pas totalement satisfaisante puisqu\u2019elle présuppose qu\u2019il soit premièrement possible de transposer en société capitaliste une notion qui fut (20) \u201cUne stratégie d\u2019étapes ne peut être confondue avec l\u2019étapis- me, pas plus que la lutte pour les réformes ne peut être identifiée au réformisme.Distinguer dans la voie à suivre des étapes et rassembler les forces pour les atteindre une par une, diffère d\u2019éliminer les objectifs fondamentaux au profit de buts immédiats.Le véritable \u2018\u2018étapisme\u2019\u2019 d\u2019un certain courant nationaliste de \u2018\u201c\u2018gauche\u201d, par exemple, conçoit que la question du socialisme ne pourra être posée qu\u201d\u201caprès\u201d l\u2019indépendance.Au contraire, le mouvement ouvrier doit d\u2019abord définir ses propres intérêts (la marche vers le socialisme) pour déterminer une tactique (qui inclut nécessairement des alliances, des étapes\u2019, déterminées par l\u2019objectif fondamental).(21) Ibid.p.30. 60 d\u2019abord élaborée pour analyser une société socialiste, que deuxièmement la définition de bourgeoisie ne soit plus uniquement reliée à la propriété privée (juridique ou économique) des moyens de production et qu\u2019enfin l\u2019on fasse abstraction, ici au Québec, des relations entre l\u2019Etat fédéral et les différents états provinciaux.Au sujet de cette notion comme au sujet d\u2019autres problèmes, l\u2019attitude du CFP en est une d\u2019approximation successive ou mieux de cheminement : parce qu\u2019il n\u2019entend pas définir une position politique qui soit transhistoriquement et universellement valable, celui-ci est amené à prendre en considération la conjoncture elle-même (politique, économique, intellectuelle) et à fournir, en fonction de problèmes précis, des instruments de réflexion et de formation qui, par la suite, peuvent être améliorés, rectifiés ou abandonnés.L\u2019attitude que le CFP prend à l\u2019égard de la politique n\u2019est pas indépendante de la nature de cet organisme et de la position qu\u2019il occupe dans l\u2019espace politique québécois.Mais si celui-ci ne réunissait que des membres individuels, qui sont souvent des militants et des intellectuels, il y aurait de fortes chances que cette attitude traduise un rapport à l\u2019action politique que l\u2019on pourrait définir comme \u201c\u2018intellectuel\u201d et qui se caractériserait par la volonté 1) d\u2019exercer une activité politique sans s\u2019imposer les contraintes de l\u2019action politique partisane (\u2018\u2018politi- caillerie\u201d\u2019, discipline, etc.), 2) de conserver une autonomie et une distance critique à l\u2019égard des organisations syndicales et des groupements populaires et 3) de se donner une identité politique (socialiste) sans être stigmatisé par l\u2019appartenance à une organisation politique particulière.Et un danger qui guetterait alors un tel organisme ne serait pas seulement de se replier vers la seule fonction d\u2019analyse ou de réflexion théorique mais de se situer au \u201cdessus de la mêlée\u2019 et de jouer un rôle d\u2019arbitre idéologique au sein de la gauche.Cependant, le CFP regroupe aussi des organisations populaires et des syndicats et, parallèlement à son travail de réflexion et de recherche, poursuit activement son expérience de formation auprès du mouvement ouvrier (22), en particulier auprès de la gauche syndicale et populaire qu\u2019il soutient concrètement dans ses luttes.Celui-ci n\u2019est donc pas seulement un lieu de discussion - de \u2018\u2018bavardage\u201d\u2019, diraient certains -; il est aussi un instrument d\u2019action, qui, à un moment où dans le mouvement syndical et aussi dans la société québécoise des courants conservateurs prennent de l\u2019expansion, représente un enjeu important.Le CFP n\u2019est malheureusement pas encore parvenu à assurer son auto-financement : sa situation financière demeure précaire et ne pourra se stabiliser que par un élargissement de sa base et le recrutement d\u2019un plus grand nombre de membres.En tant qu\u2019organisme indépendant des diverses organisations politiques, le CFP n\u2019est évidemment pas à l\u2019abri des critiques, mais dans la conjoncture actuelle, ses faiblesses peuvent apparaître comme des qualités et constituent des conditions de son développement et de son expansion future : en évitant toute forme de dogmatisme et de terrorisme idéologique, en maintenant une ouverture intellectuelle, mais sans verser dans l\u2019éclectisme, et en assumant diverses tensions ou contradictions dans lesquelles est pris le mouvement ouvrier québécois, le Centre de Formation Populaire constitue en effet un des rares lieux de débat politique véritable (et aussi de formation) pour ceux qui veulent construire de façon démocratique un projet de société socialiste.Et à la condition qu\u2019il maintienne ses relations avec l\u2019ensemble du mouvement syndical, qu\u2019il puisse se relier à des mouvements progressistes qui se développent (mouvement féministe, mouvement écologique, entreprises autogérées, coopérative de production, etc.) et qu\u2019aussi il mène, lui-même, en collaboration avec ces groupes ou mouvements, des luttes concrètes sur le chômage, la situation des travailleurs immigrés, cului-ci peut devenir une des composantes d\u2019un véritable mouvement socialiste québécois.(22) I faudrait analyser plus en détail la démarche pédagogique qui est propre au CFP : publication d\u2019une douzaine de Cahiers de formation, utilisation de documents audio-visuels, évaluation de chaque session de formation, ete.C\u2019est là un de ses apports originaux.61 a Marcel Rioux Les turbulences idéologiques et le Québec La plupart des sociétés sont entrées dans une période de désenchantement, celle où les candélabres s\u2019éteignent les uns après les autres et où les lumignons s\u2019allument.On ne compte plus les bilans de désillusion que dans plusieurs pays l\u2019on dresse avec un masochisme plus ou moins tempéré.Quand il s\u2019agit d\u2019idéologie, c\u2019est sur la place de Paris que la turbulence est le plus vivement ressentie et que les diagnostics pullulent.La plupart des intellectuels sont partie prenante à ces débats.Avec un certain humour, François George note, dans un récent numéro des Temps Modernes (juillet 1978), que la mort de Marx, \u2018\u201c\u2018annoncée l\u2019an dernier, en pleine campagne électorale\u201d, a provoqué des remous plus grands que ceux qui avaient provoqué la mort de Dieu annoncée par Nietzche et la mort de l\u2019homme, constatée plus récemment par Foucault.Il écrit encore : \u201cUne même stupéfaction douloureuse a saisi l\u2019Europe quand, voici quelques mois, tomba sur les téléscripteurs l\u2019étonnante nouvelle : le grand Marx est mort.\u201d Bien que Marx lui-même ait fait savoir que la nouvelle de sa mort était grandement exagérée, nombreux sont les folliculaires qui, dans leurs rubriques nécrologiques font état de sa disparition.Philippe Sollers, moins alarmiste, se contente d\u2019écrire dans Le Nouvel Observateur (no 739) : \u201cDévaluation accentuée du marx, hausse persistante du freud.Le marx s\u2019était pourtant bien maintenu dans les dix dernières années, on connaît l\u2019histoire de sa dépression\u2026\u201d.La guerre des mots, des slogans, des programmes et des idéologies bat son plein sur cette place de Paris où l\u2019on vend des 63 idées comme d\u2019autres des cacahuêtes.Certains qui seraient hier morts au bûcher pour quelque texte obscur de leur maître-penseur ou quelque lointaine Albanie, scrutent aujourd\u2019hui les textes anciens et les cinq continents pour y déceler quelque idole digne de leur engagement.Les états- majors des partis de gauche ont du mal à contenir \u2018\u201cla hargne, la rogne et grogne\u201d\u2019 de leurs troupes; mais comme ces effets de surface sont devenus depuis longtemps, en France, une espèce de sport national, les choses restent encore tolérables.Cette crise idéologique donne naissance à de nouvelles définitions de vieux mots comme ceux de démocratie et de socialisme, à l\u2019évocation renouvelée des grands ancêtres révolutionnaires et à la mise sur pied de nouvelles stratégies, toujours de plus en plus complexes, pour prendre le pouvoir.Dans l\u2019autre camp, le premier ministre Barre continue de donner à la sauvette des leçons magistrales prônant l\u2019économie libérale.Le président de la République continue de promener son profil aristocratique dans les capitales du monde et les lieux de vacances à la mode; donc, sur le versant de droite, le train-train ordinaire.Dans les milieux libéraux et conservateurs des Etats- Unis, les perturbations sont d\u2019une autre nature, bien que là aussi on doute de plus en plus \u2018\u201c\u2018d\u2019étre en possession tranquille de la vérité\u201d.économique.Comme à peu près tout se mesure à l\u2019aune des statistiques, c\u2019est, bien sûr, l\u2019inflation, le chômage, l\u2019énergie, le produit national brut qui rendent chagrins et moroses.Devant cette crise qui n\u2019en finit pas de durer, les premières victimes risquent d\u2019être celles de toujours : les économiquement faibles, les minorités et tous ceux que la croissance sauvage a laissés sur le carreau.La morale répressive d\u2019Archie Bunker (All in the Family) enregistre une remontée remarquable.Les contempteurs des Sodome et Gomorrhe que seraient devenues nos sociétés possèdent toutes les recettes pour redresser la situation : restauration intégrale de la libre entreprise, budgets stricts, répression des marginaux et des déviants, censure dure, et retour à l\u2019éthique du travail, tous dogmes et pratiques qui ont fait la grandeur des Etats- Unis.Les prédicateurs de toutes les sectes religieuses font des affaires d\u2019or.64 Plus près de nous, au Canada, tout se passe à peu près comme aux Etats-Unis, mais avec une délectation morose accrue.Leurs journalistes sont nombreux qui font état de l\u2019atmosphère \u2018\u201c\u2018fin de régime\u201d qui domine à Ottawa; pour plusieurs, le règne de la \u2018\u2018French Maffia\u201d se meurt.On serait tenté de parler aussi de \u2018fin de siècle\u201d, celui que Sir Wilfrid Laurier avait prédit devoir être celui du Canada.Leurs media rapportent assez bien ce qui se passe aux Etats-Unis \u2014 on peut le constater en pratiquant tous les jours ceux des deux pays.Les chiens écrasés sont, bien sûr, canadiens.La turbulence qu\u2019avait fait naître l\u2019élection du Parti québécois s\u2019est doucement résorbée et il n\u2019y en a plus que pour Jack (Horner) et Joe (Clark), deux boufe- teux terribles.Ceux qui espéraient, comme ce professeur londonien de renom, que le Québec allait provoquer un sursaut de conscience au Canada et le sortir de sa grisaille d\u2019éternelle colonie \u2014 et heureux de l\u2019être \u2014 doivent déchanter : la colonie est toujours de l\u2019avis et de l\u2019humeur de la métropole du capitalisme mondial.Il est bien évident que ce qui se passe en France, aux Etats-Unis et au Canada se répercute de façon différente et à divers niveaux sur le Québec.On a tendance ici, selon les milieux, d\u2019emprunter ses statistiques aux Etats-Unis et ses idéologies à Paris.Ça doit faire partie de notre pluralisme ! Ce n\u2019est ni le lieu ni l\u2019occasion de tenter d\u2019analyser l\u2019enchevêtrement de ces influences et des contradictions auxquelles elles donnent lieu.Puisqu\u2019il s\u2019agit ici de réflexions sur le cheminement idéologique de la revue Possibles et que ce numéro a d\u2019abord été conçu comme un tour de table qui devait faire le point, suite à un accès de mini-turbulence à l\u2019intérieur de son comité de rédaction, il faut s\u2019interroger en quoi ce qui se passe en France et aux Etats-Unis devrait affecter la ligne générale de la revue ?Y a-t-il lieu de modifier ses deux options fondamentales : indépendance du Québec et construction d\u2019un socialisme autogestionnaire ?Il faut préciser qu\u2019à l\u2019intérieur de ces axes, les collaborateurs peuvent insister sur l\u2019un et/ou l\u2019autre, prôner des stratégies différentes et attacher plus ou moins d\u2019importance aux différents groupes qui donnent à penser qu\u2019ils sont engagés dans des pratiques 65 émancipatoires.On a jusqu\u2019ici tenu que ces explorations, à l\u2019intérieur d\u2019une même visée globale, font partie de la recherche des possibles.La marge de manoeuvre de cette démarche semble aujourd\u2019hui assez grande au Québec; mis à part les inféodés qui prônent la dépendance politique et économique et ceux qui, à gauche, trouvent questions et réponses dans de petits et gros livres rouges \u2014 il arrive d\u2019ailleurs qu\u2019ils se retrouvent comme larrons en foire sur bien des questions \u2014 la majorité des Québécois semblent d\u2019accord pour chercher un modèle de développement qui traduira ce que l\u2019histoire nous a fait devenir et les aspirations nouvellement surgies de la conscience que nous prenons de notre domination.Cela dit, il me semble que pas plus que la revue n\u2019a embrassé, hier, un crédo parmi les variétés marxistes, elle n\u2019a pas non plus vocation, aujourd\u2019hui, de se lancer dans un anti-marxisme aussi vulgaire et mécanique que le sont et l\u2019étaient les dogmes éternels.Ce n\u2019est pas au moment où différentes droites, ici comme ailleurs, reprennent une assurance et une combativité qui s\u2019étaient quelque peu émoussées qu\u2019il faut apporter de l\u2019eau à leur moulin.Pour moi, la notion méme de \u2018ligne juste\u2019 a toujours senti le roussi; les excommunications et les bûchers n\u2019en sont jamais bien loin; elle a pour effet immédiat d\u2019empêcher toute recherche et de conduire à des dogmatismes et des mysticismes qui sont peu propices à la prospection des possibles, c\u2019est-à-dire à tout ce qui veut naître et pourrait naître.Quand on adopte une ligne juste, la seule voie non-violente qui s\u2019offre est celle de la prédication des apôtres et la conversion des infidèles.On dira peut-être que Possibles fait état d\u2019une ligne juste : l\u2019indépendance du Québec et la construction d\u2019une société autogérée; c\u2019est vrai, mais ces options et leurs modalités d\u2019application sont soumises à la discussion et à l\u2019approbation des Québécois; la recherche des possibles se fait à même les pratiques des citoyens et des groupes qui visent à leur émancipation et à celle de la société.Les partisans d\u2019autres options \u2014 dépendance politique et capitalisme \u2014 ne prononcent même jamais ces mots et cachent soigneusement la réalité dont ils se font les porte-parole.Cette 66 re A MMI IAEA tad sha ot bade WA LEU réalité, c\u2019est celle qu\u2019il faut combattre parce qu\u2019elle nous domine de part en part; rien ne nous servirait de nous attaquer à des épouvantails qui nous distrairaient de l\u2019essentiel.Nous, que ne guide pas, hélas, la main de Dieu, devons nous contenter de chercher péniblement des réponses à nos questions, quitte à nous demander si ce Dieu qu\u2019on invoque si volontiers, ces temps-ci, est vraiment aussi partisan de l\u2019asservissement politique et économique que l\u2019on veut bien le laisser croire dans certains milieux.Cela dit, et si sur l\u2019essentiel il ne me semble pas que Possibles doive changer de cap en raison des turbulences idéologiques qui s\u2019observent ici et ailleurs, il ne s\u2019ensuit pas que la revue n\u2019ait que des satisfecit a s\u2019octroyer.A | cause de la formule que nous avons adoptée, celle de traiter d\u2019un thème et de solliciter des collaborations extérieu- ; res \u2014 ce qui évite la \u2018\u201c\u2018chapellisation\u201d a plus ou moins long terme \u2014 il arrive que l\u2019éventail des matériaux et des points de vue est peut-être trop large et trop flou.Ce qui peut faire naître chez certains lecteurs l\u2019impression qu\u2019on entre à Possibles comme dans une grange.Il me semble que la | revue peut corriger ce laxisme en élaborant davantage le | thème qui fait l\u2019objet de chaque livraison et en suscitant l\u2019expression de points de vue plus appropriés.C\u2019est le problème de l\u2019ouverture et de la fermeture qu\u2019il n\u2019est pas toujours facile de résoudre, étant donnée la nature même de la revue.Si elle n\u2019était consacrée qu\u2019à la recherche de certains possibles comme d\u2019autres revues le sont qui cher- \\ chent a élaborer pour leur pays un socialisme autogestionnaire, la démarche resterait difficile puisqu\u2019il s\u2019agit de viser un objectif qui ne comporte pas de modèle satisfaisant et qu\u2019il n\u2019y aurait qu\u2019à appliquer au Québec.Sur ce terrain- là, il faut, ici comme ailleurs, chercher laborieusement avec | les groupes qui sont d\u2019ores et déja engagés dans cette voie et ceux qui y convergent, les conditions pratiques et théoriques de sa réalisation.Ce qui rend notre démarche beaucoup plus complexe, c\u2019est la redéfinition radicale de l\u2019association économique que le Québec doit mettre sur pied ; | avec le Canada, à partir d\u2019une négociation entre Etats souverains.Ces deux objectifs \u2014 indépendance et autogestion F \u2014 doivent être simultanément pris en compte.Ce qui pose 67 PECTIN tba RE REE Ss LHL ARE Hn HR 68 le problème de la critique du Parti québécois.Etant donnée la faible marge de manoeuvre dont disposera ce parti lors du référendum, d\u2019aucuns croient qu\u2019il faut éviter de diviser l\u2019opinion virtuellement favorable aux options de ce parti; d\u2019autres croient que notre option socialiste nous oblige à nous montrer d\u2019une très grande vigilance à l\u2019endroit d\u2019un gouvernement qui est loin d\u2019être acquis à l\u2019autogestion.On admettra que ces deux opinions sont valables.Mais que leur confrontation provoque des tensions et suscite des stratégies différentes.C\u2019est la corde raide sur laquelle les Québécois ont toujours dansé et qu\u2019ils sont condamnés à pratiquer pour l\u2019avenir prévisible.Pour une revue qui ne veut pas mettre entre paranthèses l\u2019une ou l\u2019autre option, la corde se raidit davantage.Certains croient que c\u2019est dans la manière, la recherche, la réalisation de ces deux objectifs que réside la possibilité de les concilier.Ce qui soutient cet espoir, c\u2019est que les Québécois décidant de s\u2019autogérer comme pays et de ne plus être dominés par le Canada ni par les capitalistes d\u2019ici et d\u2019ailleurs, acquièrent, ce faisant, le désir de pratiquer l\u2019autogestion à l\u2019intérieur du Québec et ce, à des niveaux divers de la réalité sociale.C\u2019est dire qu\u2019il n\u2019y a aucun mode d\u2019emploi qui accompagne les livraisons de la revue et qu\u2019il ne saurait y en avoir. Paul Chamberland La dégradation de la vie Ce texte est généré selon la logique du fragment.C\u2019est pour moi la pente naturelle d\u2019écriture, le type de dispositif qui \u201cfonctionne\u201d le mieux.Je m\u2019y suis affermi grâce à d\u2019illustres devanciers, tels Nietzche, ou encore le Baudelaire des \u2018journaux intimes\u201d.Ernst Bloch (1) en a légitimé, avec une grande pénétration, la valeur et la portée.Je signale brièvement l'usage que j'en fais dans ces pages.Le point de départ de mon texte est interrogatif.Le texte est formé par une question fort malaisée à établir, cette \u2018\u201c\u2018question inconstructible\u201d qui est au coeur de l\u2019oeuvre de Bloch.Je procède par effets de rupture, de retours, de déplacements, de secousses.Dans son ensemble, le tracé textuel ressemble à une formation spirale.J\u2019y risquais l\u2019inconvérient de répétitions; je me suis efforcé de l\u2019éviter.Toutefois, le texte ne peut progresser qu\u2019en repassant sans cesse par les mêmes traces \u2014 à charge d\u2019obtenir, de toutes ces lignes, l\u2019équivalent suffisamment évocateur de la figure attendue.Enfin, il me faut bien reconnaître l\u2019instabilité d\u2019un texte qui ne parvient pas d \u201cprendre\u201d ni dans le registre du discours conceptuel (théorique, critique) ni dans celui du poétique.Il procède à partir d\u2019une oscillation, sinon délibérée, du moins consentie, entre ces deux plans.Une oscillation qui provient de la visée d\u2019ébranler, l\u2019une par l\u2019autre, la position de E conscience spécifique a chacune.L'écriture est Ë 69 EEE 70 l\u2019exigeant travail d\u2019un tel ébranlement.Et son lieu est celui de l\u2019expérience endogène, tdtonnante, écartelée, résolument risquée dans l\u2019écart, la distance prise par rapport aux catégories et aux protocoles du Discours occidental.En vue d\u2019un savoir que j'appelle gnose.Inscriptions métisses, écriture d\u2019hybridation.\u201c \u2018Too late\u2019, the prophets cry The island\u2019s sinking, let\u2019s take to the sky.\u201d \u2014 Supertramp, Fool\u2019s overture \u201cJe ne veux plus être un Illusionné.Mort au monde; à ce qui fait pour tous les autres le monde, tombé enfin, tombé, monté dans ce vide que je refusais, j'ai un corps qui subit le monde, et dégorge la réalité.\u201d \u2014 Antonin Artaud, Les nouvelles révélations de l\u2019être(2) \u201cCeux qui spéculent sur les portées à long terme des possibilités de la science, et qui se délectent des visions fantastiques de leurs rêves futuristes, peuvent même penser que nous sommes déjà à proximité d\u2019un trou noir, quoique encore assez éloignés de lui pour être en sécurité.\u201d \u2014Isaac Asimov, Trous noirs (3) \u201cIl se passe présentement une effrayante perte d\u2019être, blanche, muette, convulsive-étouffée.\u201d \u2014 Extrême survivance, extrême poésie (4) Il y a un point, dans le futur proche, où le maximum d\u2019involution est atteint.En ce point, il est impossible au moindre atome de sens de rester intact.Il n\u2019y a plus que du crépitement de rayons- x mentaux, puis du silence.Ce point est déja suffisemment proche de nous pour faire sentir son attraction.Et cette attraction ne cesse de grandir à un taux lui-même croissant.Il y a un trou noir dans la durée, et nous avons été captés dans son champ gravitationnel.Impossible de s\u2019échapper.Il semble que certains êtres pressentent, avant les autres, ce point d\u2019ultime involution.Par exemple, Antonin Ar- taud : il savait.Il leur est difficile de faire valoir leur crédibilité.Mais cela ne les dispense en rien d\u2019avoir à témoigner de ce qu\u2019ils sentent, vivent, mêlés à tous.L\u2019idée ne pourrait même pas leur venir de se dérober.Cela ne peut vouloir dire qu\u2019une chose : pour ces êtres, l\u2019atteinte du point ultime s\u2019est déjà produite.L\u2019impact subi n\u2019épargne rien de leurs fibres, de leurs organes : à chaque instant, et sous tous les rapports, l\u2019expérience s\u2019en trouve affectée.Ils sont engloutis, et ils décrivent comme ils peuvent.Présentement.La \u2018\u2018fin du monde\u201d, l\u2019apocalypse n\u2019est pas une éventualité, elle est en cours.Et il ne s\u2019agit pas d\u2019un superthriller hollywoodien.Effet, seulement dans le champ mental : toutes les formations théoriques sont ébranlées; mises en pièces, pulvérisées en particules infrasémiques.La tendance à l\u2019oeuvre est nettement saisissable dans les limites du champ théorique : de brillants fossoyeurs, français notamment, en rendent compte.Comme d\u2019un effet conjonctural, en quelque sorte.Car, parallèlement à l\u2019affaissement involutif, les plus passionnants \u2018\u2018développements\u2019 critiques ont lieu \u2014 splendeurs crépusculaires.L\u2019éclatement, la dispersion, la pulvérisation du champ mental-théorique occidental en innombrables fragments discordants, ce phénomène, pris dans son ensemble, est 72 le symptome d\u2019un processus involutif parvenu en phase terminale, apocalyptique.Le choix du terme apocalyptique implique, sans équivoque, que l\u2019événement identifiable à l\u2019intérieur du théorique est à mettre en rapport avec son dehors.Car, plus largement, c\u2019est le flux de la conscience vivante à l\u2019échelle de l\u2019espèce qui est atteint.Le vertige involutif, surgi de l\u2019intérieur de la conscience (qu\u2019on l\u2019envisage dans le théorique, l\u2019idéologique ou le fictionnel) gagne de proche en proche toutes les pratiques humaines.Mais l\u2019on peut, bien sûr, tenir toutes les pratiques humaines pour synchroniquement frappées par le même détraquage.En somme, la crise du savoir ne pourrait être réduite aux dimensions d\u2019une crise régionale.J\u2019avance l\u2019énoncé suivant : l\u2019affaissement de conscience prend sur terre l\u2019ampleur d\u2019une catastrophe écologique généralisée; il faudrait même la considérer comme l\u2019épicentre de toutes les catastrophes écologiques.La manipulation techno-scientifique de la nature serait-elle dissociable de la matrice symbolique qui lui est corrélative ?Quant aux sciences humaines.De l\u2019Encyclopédie aux marxisme, cet impératif majeur qu\u2019est l\u2019articulation de la théorie sur la pratique (praxis) a surdéterminé le déploiement du champ théorique.L\u2019étroite intrication du corps des sciences humaines et du mouvement révolutionnaire en a été le résultat le plus marquant.Le rôle prépondérant du marxisme tient précisément au fait qu\u2019il s\u2019est acquis le maximum de crédibilité et d\u2019efficacité en tant que théorie unitaire/totalitaire de la société; il a cherché à contenir toute la pratique politique dans le cadre contraignant du parti, en posant celui-ci à la fois comme l\u2019expression et l\u2019instrument d\u2019émancipation du prolétariat, lui-même conçu comme le seul véritable sujet historique pour la présente phase du devenir humain.Il aura fallu attendre que ce monument se lésarde sérieusement, tout d\u2019abord dans la pratique politique puis, par rétroaction, dans la pratique théorique, pour que finisse par flancher la croyance \u2018scientifique\u2019 au progres indéfini hérité des Lumiéres.Le maxisme lui-méme est redevenu l\u2019une des utopies, dont la contre-utopie du Goulag permet d\u2019évaluer à présent la face cachée par l\u2019idéalisme théorique d\u2019un Lénine ou d\u2019un Trotsky.Mais il serait mal à propos de s\u2019alourdir sur le seul marxisme.Je reprends.Etat présent du champ théorique : prolifération inarrê- table des positions, des codes, des terminologies, des axiomatiques, des stratégies, des textes.Prolifération elle-même redoublée par un égal déploiement de retours \u201c\u2018critiques\u201d\u201d sur toutes ces productions théoriques.Dans leur multiplication les uns par les autres, tous ces fragments entrent en collision, se font éclater mutuellement, et, à mesure qu\u2019ils sont produits, se trouvent affectés par un taux croissant d\u2019obsolescence.Leur quantité en augmentation constante est telle qu\u2019elle équivaut à une gigantesque surproduction de moins en moins tolérable pour n\u2019importe quel esprit vivant.Il en va d\u2019ailleurs ainsi dans tous les secteurs de la \u2018\u201c\u2018production\u2019\u201d culturelle.Dans ce contexte, quelle que puisse être sa valeur intrinsèque, n\u2019importe quelle théorie est soumise à une dévaluation de plus en plus forte qui résulte du \u2018\u2018bruit\u201d formé par l\u2019ensemble des productions théoriques.Loin d\u2019être porté à un effet synthétique, le champ théorique involue constamment vers un état de fractionnement, de masse informe, où chaque particule sémique n\u2019est plus entraînée que dans une sorte de tourbillonnement brownien de la pensée.Tous les mouvements théoriques à la fin s\u2019équivalent et s\u2019annullent les uns par les autres.Le riche étalement des complexités et des différences recouvre un état croissant d\u2019indifférenciation, de chute au degré zéro de la pensée.La déperdition du sens.Rien d\u2019étonnant à ce que, dans ces conditions, l\u2019articulation entre théorie et pratique se rompe et finisse par se dissoudre à peu près complètement.Simultanément, l\u2019axiomatique cybernétique tend, par l\u2019expansion et la complexification d\u2019un unique et terriblement simple principe modulaire (0-1), à s\u2019imposer de plus en plus comme \u201cthéorie-praxie\u201d unitaire/totalitaire de la société, garantissant l\u2019emprise de la plus colossale entreprise de dominance qu\u2019ait jamais connue l\u2019histoire humaine.Ainsi, FR 74 à l\u2019état de pulvérisation maxima de la pensée, correspond, à l\u2019inverse, un état de conglomération maxima du socius, qui scelle le pouvoir de la Technocratie.L\u2019incommunication grandit.Parallèlement, le simulacre de la communication se généralise.Par disruption de tous les rapports sociaux qui ne peuvent être reproduits selon l\u2019axiomatique sociocybernétique, on obtient des granules sociaux à peu près équivalents, des individus-particules permutables les uns avec les autres.Cela, dans la mesure où ils deviennent de moins en moins capables d\u2019entretenir entre eux des rapports autres que ceux préprogrammés par l\u2019Axiomatique.Les media, la publicité ont pour effet global de faire circuler, par tout l\u2019espace social, et ce jusqu\u2019à complète saturation, les modèles de simulation de tous les modes d\u2019échange interhumains concevables : leur fonction est de (re)produire l\u2019équivalent de réalité le plus convaincant possible.L\u2019accélération et la diversification de la circulation entre granules sociaux consacre la parfaite illusion de \u2018\u2018naturel\u2019\u201d, de \u201cspontanéité\u201d et de \u2018\u2018liberté\u201d que procure le grand Simulacre hyperréaliste de la communication.Je ne perds pas un instant de vue l\u2019impression que je peux donner à lire, d\u2019une fiction, qui serait du reste un délire d\u2019interprétation paranoïaque.Et pourtant, ce que j'écris procède de la lecture de l\u2019effet que fait sur moi la réalité.Je sais que je mets en jeu ma propre crédibilité.Mais j\u2019entends décourager, autant qu\u2019il m\u2019est possible, la pente qui ferait prendre mon texte pour un \u2018mensonge poétique\u201d.A la rigueur, je juge acceptable qu\u2019on rattache mon texte au registre fictionnel, à condition qu\u2019on lui reconnaisse une fonction hypothétique ou, peut-être plus justement, herméneutique.Je ne prends aucune liberté avec la réalité; j\u2019écarte l\u2019usage gratuit de l\u2019écriture.Le texte procède d\u2019un parcours chercheur, interprétatif, dont je sais bien qu\u2019il n\u2019en est pas moins investi par l\u2019arbitraire fiction- nel.Aussi, en définitive, écrire consiste-t-il à réduire le plus possible le taux d\u2019arbitraire fictionnel.\u201cOn ne parviendra plus maintenant à abattre le Système.\u201d En tout cas, pas avec les armes qu\u2019on avait cru aptes à remplir cette tâche.Par exemple la révolution prolétarienne, pour ne citer que l\u2019un des plus fabuleux souvenirs de la geste moderne (j'ai en vue tout aussi bien les modèles \u201cdérivés\u201d \u2014 la blessure Allende pourrait-elle facilement se refermer ?).Il a suffi de l\u2019inversion totalitaire de l\u2019égalitarisme libertaire, qui formait jadis le noyau de ferveur utopique du mouvement communiste, pour être tout à fait désillusionné.Le système est une machine de mort à présent étendue et appliquée à tout l\u2019environnement planétaire \u2014 sans contrepoids apparent.La raison, matrice des mouvements \u201cprogressistes\u201d modernes, est compromise par la répercussion de ses propres oeuvres : elle ne paraît plus être qu\u2019une puissance enchaînée aux forces de mort qu\u2019elle a (par inadvertance ?) contribué à forger.Ainsi, le foyer générateur de toute la gauche occidentale apparaît-il comme une ressource empoisonnée.Rien n\u2019empéchera plus le progrès du doute.Bien entendu, on ne pourrait assigner, avec certitude, un terme apocalyptique à l\u2019histoire humaine (connue), du moins si l\u2019on a en vue le type de certitude (probabilité) que l\u2019on obtient d\u2019un savoir empirique, basé sur l\u2019observation et le raisonnement.La prospective ne pourra jamais conclure en ce sens, c\u2019est évident, même si le Club de Rome ne peut s\u2019empêcher de laisser entrevoir le pire.En général, chez les gens \u2018\u2018raisonnables\u2019\u2019, on évoque I\u201d \u201céventualité\u201d apocalyptique pour aussitôt la rejeter comme \u2018\u2018alarmiste\u201d\u2019, fantaisiste, en tout cas dénuée de fondement.Mais je ne parle pas de l\u2019apocalypse en termes conjectu- 75 76 raux et probabilistes.Il se passe présentement quelque chose pour lequel l\u2019appellation \u2018\u2018processus apocalyptique\u201d me paraît le plus approprié.Ce dont je suis certain ne se laisse pas appréhender à la manière d\u2019un superthriller hollywoodien.Je ne connais \u2018ni I\u2019heure ni le jour\u201d, et je ne me préoccupe pas de savoir quels pans de continents s\u2019effondreraient.Sans écarter la dimension cosmologique, je porte délibérément toute mon attention sur l\u2019 anthropologique, puisque c\u2019est là d\u2019où vient le danger.Ce dont je suis certain, c\u2019est que l\u2019espèce humaine est présentement atteinte d\u2019un mal dont on ne peut écarter l\u2019éventualité qu\u2019il lui soit mortel.J\u2019assiste au progrès d\u2019un processus autodestructeur, dont les proportions sont en train de croître au-delà de toute possibilité de contrôle \u2018\u2018raisonnable\u201d\u2019.La colère de Dieu n\u2019est pas ailleurs qu\u2019en nous.Si nous ne découvrons pas la puissance qui nous permettrait de venir à bout de toutes les forces de destruction accumulées par notre espèce sur cette terre, comment pourrions-nous écarter facilement la perspective d\u2019un ultime désastre ?Parce que nous n\u2019arriverions pas à en imaginer la figure ?Et que ce serait à juste titre puisqu\u2019il ne s\u2019agirait de toutes façons que d\u2019une inconsistante chimère ?Et si c\u2019était parce que nous ne parvenons pas à lire les signes, les symptômes, de ce qui a déjà cours, tout autour de nous, et en nous.Que nous aurions des yeux, mais pour ne pas voir, et des oreilles mais pour ne pas entendre.Qui donc pourrait se prétendre à l\u2019abri de l\u2019aveuglement ?La vigilance serait-elle déplacée ?Ceci, surtout, est inacceptable : escompter qu\u2019on \u2018\u2018s\u2019en sortira bien d\u2019une manière ou d\u2019une autre\u2019.Est-ce qu\u2019il est possible de \u2018\u2018penser\u2019\u2019 et de \u2018\u2018sentir\u2019\u2019 ainsi ?Y aurait-il moyen d\u2019 \u201c\u2018interpréter\u2019\u2019 autrement cette \u2018\u2018pensée\u201d que comme l\u2019expression d\u2019une grande fatigue \u2014 un optimisme somnambule ?Cette grande fatigue, je la vois partout répandue, et je ne peux que la tenir pour l\u2019un des signes les plus inquiétants, d\u2019autant plus qu\u2019elle se dissimule insidieusement sous beaucoup d\u2019agitation.L\u2019impuissance grandissante face à un Système essentiellement destructeur constitue un symptôme immédiat du processus apocalyptique. La question pourrait être formulée ainsi : d\u2019où peuvent venir les forces de redressement ?Ou encore, de quelle nature doit être la puissance de transformation ?Un contre-pouvoir ?D\u2019une puissance au moins égale aux forces de destruction ?Mais s\u2019il était de même nature, c\u2019est-à-dire généré à partir des mêmes structures de dominance que celles qui informent le Système, et fondé sur la confiance exclusive au contrôle technoscientifique de la matière, comment s\u2019en distinguerait-il ?Paradoxe jusqu\u2019à nouvel ordre indépassé.Rien d\u2019inscrit dans les limites de la raison moderne ne permet plus d\u2019envisager un contre-pouvoir véritable.On pensera au mouvement écologique; on évaluera sa capacité à \u2018\u201cmobiliser les masses\u201d.On voudra en faire le creuset d\u2019un ressaisissement populaire face aux puissants, en espérant modifier le jeu de 1\u2019 \u201céquilibre de la terreur\u201d.Il se déploiera peut-étre.Mais au prix de quelle dénaturation ?Pour susciter l\u2019adhésion de masses cybernétisées, il n\u2019y a qu\u2019un moyen : jouer à fond sur les ressorts de la dominance (peur et fascination), sur tout ce qui coupe les humains du sens profond de l\u2019interdépendance écologique universelle qui commande une attitude radicalement opposée à l\u2019arrogance occidentale moderne.Tous les moyens du pouvoir moderne font partie du processus autodestructeur, y compris ses modalités révolutionnaires.\u201cIl est inexact d\u2019affirmer que la science peut résoudre des questions aussi graves que celle de la prolifération des données (je souligne).Elle-même n\u2019est plus en mesure d\u2019effectuer une synthèse véritable des résultats qu\u2019elle a obtenus par ses propres méthodes et par ses seuls moyens.(.) Des esprits lucides, armés d\u2019une culture étendue et profonde, sont devenus incapables de rassembler les innombrables aspects de la science moderne.C\u2019est là une situation tragique et dont, en général, on ne semble pas comprendre 78 quelle terrible menace elle fait peser sur l\u2019ensemble de la connaissance et sur l\u2019histoire occidentales car l\u2019action efficace dépend d\u2019un jugement juste des valeurs et quand ce jugement ne peut plus être établi à partir de données générales exactes, l\u2019impuissance est la première conséquence du désordre de la pensée et du découragement de l\u2019esprit.\u201d \u2014 René Alleau (5) Je dois me demander à qui je m\u2019adresse ici.Car je ne le sais pas vraiment.Le texte pré-détermine toujours, même à l\u2019insu de son auteur, la performance de lecture du destinataire.Qui tient présentement ce numéro de la revue Possibles ?Que fait-il avec ses yeux, ses doigts, parmi les pages, les lignes, les mots ?Que fait-il ?Que fais-tu ?En principe, nous sommes supposés penser à la même chose.En tout cas, être en rapport grâce à un minimum référentiel commun.Mais tant de textes, de discours circulent autour de nous, et en chacun de nous.J\u2019entends tellement de \u2018\u2018bruit\u2019\u2019 que je n\u2019arrive plus tout à fait a discerner si le sens d\u2019un mot se maintient suffisamment d\u2019un interlocuteur, d\u2019un lecteur à l\u2019autre.Par exemple, qu\u2019en est-il du mot liberté, ou du mot structure, ou encore du mot politique ?Ainsi, si j\u2019écris ceci : \u201cOn ne parviendra plus maintenant à abattre (ce qu\u2019on appelle) le Système\u2019, cet énoncé, qui relève du registre politique, risque de suggérer tout à fait autre chose que ce que je veux dire.Presque fatalement, on y lira une invitation à la démobilisation, ce qui est en réalité incompatible avec mon propos.Comment m\u2019en expliquer ?De plus, un énoncé comme celui-là est tel qu\u2019il paraît commander, de toute nécessité, une séquence d\u2019argumentation; qu\u2019il obligerait son énonciateur à une performance démonstrative.Et c\u2019est là précisément ce que je ne veux pas faire.Pourtant, je ne méconnais pas le fait que je veux susciter l\u2019adhésion.A quoi ?Certainement pas à une opinion, même si mon texte fait circuler (malgré moi) des opinions.Alors à quoi ?La réponse n\u2019est pas facile à établir. Un commencement de réponse, ce pourrait être ceci : adhérer à la volonté de voir.Ce qui est, bien sûr, faire appel à l\u2019exercice de la lucidité.Mais c\u2019est là dire une chose bien vague.Voir, j'entends plus précisément par là : générer une gnose, c\u2019est-à-dire un savoir endogène, constamment produit et modifié à partir des lectures qu\u2019une conscience fait de toutes données qui parviennent dans l\u2019intime.J\u2019ajoute sans délai que la gnose, si elle s\u2019en distingue, ne s\u2019oppose aucunement au savoir objectif, dont elle peut reconnaître parfaitement la teneur en vérité, d\u2019autant mieux qu\u2019en la conjoignant à son propre mouvement elle s\u2019affermit, se déploie en tant que processus de connaissance.Mais voilà, tout le savoir objectif est présentement en crise.Face à cette situation, la gnose doit de toute nécessité s\u2019assurer, en elle-même et par elle-même, de ses propres certitudes ou, si l\u2019on veut, de l\u2019orientation de son cheminement vers le savoir.Or les deux types de savoir ne se distinguent pas par leurs contenus (leur unique foyer est anthropologique).Puisque le savoir objectif est en crise, de ce côté, aucun \u201ccontenu\u201d n\u2019est sûr.Aussi, du point de vue de la gnose, rien qui ne doive être ressaisi et resitué à nouveau.La gnose, si elle veut assurer son propre déploiement, ne peut éluder la nécessité de se spécifier en gnose politique \u2014 ce qui peut sembler une démarche surprenante.Naturellement, il y a des chances que la vision gnostique du politique \u2018\u201c\u2018décroche\u2019\u2019 considérablement des conceptions héritées des savoirs objectifs.D\u2019autant plus que, à la fois elle procède de et s\u2019arrache à la décomposition actuelle de ces savoirs, par volonté de se réapproprier ce qui, autrement, risquerait de se dissoudre complètement.Aussi, ne peut-elle apparaître que comme dissidente par rapport à ceux qui font toujours confiance à l\u2019état actuel de ces savoirs.Je procède en gnostique.Je ne démontre pas des vérités, ou, en d\u2019autres termes, je ne pratique pas un discours d\u2019argumentation logique visant à établir la validité d\u2019un concept et à garantir son efficacité à \u201cexpliquer\u201d des faits.Je procède dans l\u2019indémontrable.Mon texte a pour fonction d\u2019induire, en toute conscience engagée dans un ; A A processus endogène analogue au mien, un parcours transformateur qui lui soit de quelque façon profitable sur ce plan.Un texte, une surface textuelle, un objet manipulable avec plus ou moins de bonheur.Comment pourrait-il valoir autrement que comme un fragment disloqué, erratique, jeté dans la circulation de tous les autres ?Proposé à des compagnons chercheurs.Involution, apocalypse, ces termes ne sauraient être avancés à la légère.Je devrais motiver leur inscription en les assortissant d\u2019une définition exacte.Pourtant, je choisis d\u2019accorder au contexte la propriété d\u2019en produire l\u2019équivalent \u2014 par touches successives.Le véritable point de départ du texte pourrait être ainsi formulé : je suis emporté, immergé dans un processus global de nature telle que la qualification qui lui convienne le mieux est encore celle d\u2019apocalyptique.Je ne perds pas de vue le caractère subjectif, endogène, du processus.Car, je le sais bien, c\u2019est en s\u2019appuyant sur cette considération que n\u2019importe qui pourra me faire remarquer que, par \u201cprojection\u201d, je ferais jouer à l\u2019espèce humaine le drame d\u2019une \u2018\u2018apocalypse\u201d\u2019 tout individuelle.J\u2019ai mis du temps à me rendre compte que vouloir parer à cette objection n\u2019était qu\u2019une fausse manoeuvre.Cela reviendrait à vouloir convaincre, démontrer, là où il n\u2019y a pas lieu.Plus grave encore, à fausser mon orientation, à trahir l\u2019expérience.Je ne veux pas convaincre, mais exposer.Exposer l\u2019expérience pendant qu\u2019elle se fait; en produire l\u2019équivalent textuel pour le proposer aux chercheurs engagés dans une expérience analogue à la mienne.C\u2019est de cette façon que la position du destinataire est pré- orientée.Est-ce que je devrais m\u2019émouvoir à l\u2019idée de passer pour un catastrophé paranoïaque ?Après tout, si tel était le cas, seule une intervention bouleversant l\u2019expérience pourrait avoir un effet transformateur \u2014 certainement pas un discours d\u2019objections, quelle que fit sa valeur par ailleurs.80 - = =.\u2014=\u2014 rp rp mm L\u2019expérience.mais elle n\u2019est pas le moins du monde bouclée sur la sphère personnelle, \u201cprivée\u201d \u2014 réductible à une simple relation autobiographique.Le processus apocalyptique, je l\u2019envisage, certes, tel qu\u2019il fait irruption dans/par l\u2019endogène (le subjectif), et c\u2019est bien de là qu\u2019il me faut en identifier puis décrire l\u2019effet sur moi, en prenant soin de dépister à mesure toute rechute dans une position pseudo-objective.Il n\u2019empêche que sa façon de m\u2019atteindre le signale 1) comme un processus collectif, affectant l\u2019espèce humaine en son entier; 2) comme un processus planétaire impliquant toute la nature terrestre \u2014 phénomène d\u2019ordre non seulement anthropologique, mais cosmologique.Seulement, dans les limites de mon texte, je choisis de ne pas aborder cette dernière perspective.Je propose donc les éléments d\u2019un savoir.Ce savoir porte sur l\u2019expérience individuelle.Mais ce que dit l\u2019individu de son expérience, c\u2019est comment semble l\u2019affecter le présent humain-terrestre, et quelle lui paraît en être la figure générale, vue dans sa perspective.Le monde me fait tel ou tel effet, et je décris, je rends compte, j\u2019interroge.L'histoire individuelle est un fragment de ce monde, elle renseigne sur ce monde, sur ce qui lui arrive, sur ce qui nous arrive.Bien sûr, elle ne peut être plus que ce témoignage fragmentaire, singulier \u2014 mais c\u2019est d\u2019un état de la réalité qu\u2019elle témoigne, et non pas de l\u2019anecdote personnelle.Chaque histoire individuelle intéresse tout le monde : c\u2019est à prendre et à traiter comme une lecture du collectif.La position est la suivante : nous nous communiquons les uns aux autres chacun son témoignage; nous encourageons, nous aidons chacun à le faire.Il est entendu que c\u2019est pour nous faire mieux connaître mutuellement ce qui nous arrive à tous, ce qui est en train d\u2019arriver à notre monde.Il importe beaucoup de procéder ainsi car le moins que l\u2019on puisse dire c\u2019est que nous sommes inquiets, nous sentons une menace, une urgence : présentement le monde est de moins en moins sûr.C\u2019est en rassemblant et en faisant communiquer entre eux tous les fragments individuels que nous parviendrons le mieux à découvrir et à produire le savoir commun (non-objectif, ARE AE Ln en TL nn en eT ee \u201c 81 non-théorique, non-critique \u2014 au sens exact de ces termes) dont nous avons grand besoin pour agir à la hauteur de la situation planétaire actuelle.C\u2019est ainsi que j\u2019établis ma position, que je définis le critère de pertinence et de validité du fragment de savoir expérienciel que je parviens à cristalliser et à communiquer en son texte.La rigueur dans l\u2019exposé ne peut provenir que d\u2019une gnose, d\u2019un savoir se constituant sur l\u2019expérience endogène, tenue comme effet rétroactif du monde sur l\u2019intime individuel.Toute la question reste ouverte de savoir comment les individus se communiquent cette gnose pour en tirer un savoir commun.Chose certaine, l\u2019une des premières et indispensables conditions, c\u2019est de favoriser chacun dans la formation et la communication de son propre savoir expérienciel.Je dérogerai au propos du début du paragraphe précé- dent en proposant des repères définitionnels pour le terme involution (6).Cette notion est antithétique de celle d\u2019évolution, bien entendu.D\u2019un état conçu et défini comme absolu, par-fait, on passe à des stades successifs de dégradation, jusqu\u2019à une limite inférieure indépassable, qui peut être tenue pour un absolu négatif.Les notions de \u201cdéclin\u201d, de \u201cdécadence\u201d\u2019, ou encore d\u2019 \u2018\u201c\u2018entropie\u201d peuvent être associées à celle d\u2019involution, à condition de les tenir pour des notions descriptives, ou encore métaphoriques.Le concept d\u2019involution implique que tout le devenir historique procède d\u2019une \u2018\u2018chute\u2019\u201d\u2019 originelle, dont il désigne en quelque sorte le déploiement, la \u2018\u201cretombée\u2019\u2019.Ce concept appartient à un champ théorique précis, celui d\u2019une histoire cyclique : des cycles involutifs alterneraient avec des cycles évolutifs.Et l\u2019on passerait d\u2019un cycle à l\u2019autre par un saut brusque, une crise apocalyptique (un déluge), une \u2018\u2018catastrophe\u2019\u2019 au sens précis du terme.Dans le présent contexte, je fais un usage restreint, conditionnel, du concept d\u2019involution.Aux fins suivantes : 82 Hs \u2014 es.es 1) mettre hors-jeu la croyance à un processus linéaire- évolutif du devenir humain (il est à remarquer que le concept d\u2019évolution n\u2019est pas moins \u2018\u2018métaphysique\u2019\u201d que celui d\u2019involution); 2) rendre compte, dans les limites de l\u2019histoire moderne, de phénomènes de dissociation (aliénation ?), de dégradation apparemment irréversibles.Bien entendu, je mets en réserve, dans les marges du texte, l\u2019élaboration possible d\u2019une dialectique évolution/ involution, a laquelle il m'arrive parfois d\u2019attribuer la bizarre désignation de transvolution.A tous égards, l\u2019usage, dans mon texte, de concepts tels que celui d\u2019involution est relatif à une position existentielle en elle-même étrangère à toute visée de constitution d\u2019un champ théorique.Je ne méconnais pas pour autant les problèmes d\u2019ordre théorique que cela soulève.En écrivant, je dois sentir que je fais une découverte, et que je parviens à la faire connaître.Ou encore, que j\u2019abats des murs, dégageant ainsi des ouvertures sur de l\u2019inoui enfin appropriable, nourrissant.Du moins, je souhaiterais entretenir la passion de la découverte, qui n\u2019a rien de futile, car elle vise notre affranchissement.A travers l\u2019encombrement de ruines qu\u2019est devenu ce monde, je me fraye un difficile passage vers la trouée d\u2019aurore; se saisir de la trouvaille, c\u2019est à chaque fois provoquer l\u2019afflux de la santé.Je cherche à recouvrer l\u2019intact en me confiant à tous les chercheurs.Le lieu du texte assigne au rendezvous de la délivrance.Tel se désigne à moi le devoir de la poésie.Tout un monde est sur le point de disparaître.Qu\u2019est-ce que je veux dire au juste ?Certainement pas une métaphorique banalité.Que nous aurions, par exemple, fait un saut intergalactique de Gutenberg à l\u2019homme bionique.De 84 quoi, tout au plus, ré-alimenter les interminables recherches sur la nouvelle pédagogie.Ou encore, gonfler les budgets et les effectifs des départements de futurologie.Si je dis que les 2/3 de l\u2019humanité pourraient bien disparaître dans une très prochaine catastrophe, ce que je fais alors, ce n\u2019est pas de supputer des prévisions, ou de vouloir impressionner par de ronflantes prédictions.J\u2019évoque seulement, en un raccourci fort approximatif, ce qui me hante un peu plus après chaque assaut de lucidité.Il se peut bien, après tout, que je parle par métaphores; Isidore Ducasse connaissait bien le vertigineux défilé de plans que procurait cette \u2018figure de rhétorique\u201d (7).Que suggère l\u2019évocation d\u2019une telle possibilité si on la prend au sens littéral ?L\u2019éventualité le plus généralement envisagée, c\u2019est l\u2019holocauste nucléaire.Mais la rhétorique de la \u2018\u2018dissuasion\u2019\u2019 n\u2019est-elle pas venue à bout de ce qui ne serait plus qu\u2019une grossière psychose ?Tout de même, pourrait-on prétendre que son irruption dans la réalité, il y a près de 35 ans, à Hiroshima, aurait porté ses fruits d\u2019amère sagesse ?Ou alors, on pensera au gigantesque sursaut géologique : tremblements de terre, ras-de-maré, éruptions volcaniques, effondrements de continents.Le temps de rendre cette loufoquerie à ceux qui paraissent s\u2019en délecter beaucoup, disciples de Cayce ou témoins de Jéhovah.A la façon dont se fait la vision en moi, je n\u2019ai guère le choix : aucun possible n\u2019est à écarter.En disant cela, je laisse entendre qu\u2019il importe surtout de ne pas laisser échapper l\u2019essentiel.Je ne saurais admettre, de ma part tout au moins, qu\u2019on repousse négligemment, comme de vulgaires épouvantails, ce qui forme, dans l\u2019esprit du temps, les figures-symptômes d\u2019une enveloppante menace qui cerne l\u2019humain et l\u2019atteint jusque dans son germe, dans l\u2019intégralité de son phylum.Cette menace, elle, est-ce que j'aurais le droit de la déclarer fictive ?Tout ce qui tient tête en moi à l\u2019aveuglement m\u2019intime d\u2019en accueillir le corrosif travail, à seule fin de traquer, dans son repaire, le sans-visage aux mille masques truqués, perfidement égarants.Cette idée, habituellement utilisée comme valium, que iv la catastrophe n\u2019arrive qu\u2019à ceux qui l\u2019on appréhendée avec une fervente terreur, cette idée ne mériterait-elle pas un plus soigneux examen ?Si elle s\u2019était infiltrée et fixée massivement au coeur des consciences humaines, ne fau- drait-il pas en attendre un effet redoutable ?Au coeur, dans l\u2019obseur noyau pulseur\u2026 oui, c\u2019est bien en moi que j\u2019assiste au ravage, que je n\u2019arrive plus à mesurer toute l\u2019ampleur d\u2019un mal dont la révélation me ramène aux strates d\u2019être qui rive l\u2019individu à son indissoluble solidarité avec l\u2019espèce.Ce que je repousse, c\u2019est la pose dédaigneuse d\u2019une raison qui s\u2019est gravement discréditée.Compromise avec le pouvoir, avec la violence, avec le mensonge.Et qui, aujourd\u2019hui, abdique dans la mélancolie artiste et irresponsable de ses analystes-nécrophages.Avec la complaisance d\u2019un vieux singe qui, ému par la grandeur déchue de ses effets, s\u2019abîmerait dans leur minutieux démontage.Façon de célébrer toujours ses préjugés, d\u2019en tirer un somptueux suaire, d\u2019étaler, comme des bagues, pour la beauté du geste, toutes les excuses disponibles à l\u2019aveuglement définitif.De se détourner du devoir d'à présent.Bien sûr, je ne veux basculer qu\u2019en avant : dans le transrationnel.Je m\u2019y prépare le mieux possible, je me prête aux inévitables indéterminations (les fulgurations sont aussi des tourments) qu\u2019apporte toute ouverture sur le Non-encore-connu.Et je dois bien m\u2019attendre à la malveillance de ceux qui me jugeraient, sans examen, la proie d\u2019un trop apparent délire.Aucun possible n\u2019est à écarter.je vois un écart constamment s\u2019agrandir dans la conscience, qui se fait en moi, de ce temps et de ce monde.Un écart qui ne sera pas comblé à coups de considérations raisonnables/rationnelles.Aux impératifs de la rigueur chercheuse, il faut un nouveau pivot; inventer, à vue d\u2019abime, les nouvelles mesures.L\u2019écart entre la grandeur de ce qui nous menace et l\u2019état, en comparaison dérisoire, des habituelles ressources de pensée et d\u2019action, du fallacieux confort \u2018\u201c\u2018athée\u2019\u201d\u2019 dont nous héritons, voilà très précisément la nature du trou qui, du centre de mon organisme-conscience, avale et dissout à mesure toutes les stratégies persuasives de la 85 confiance \u2018\u2018moderne\u2019\u2019, laïque, matérialiste, en l\u2019homme, qu\u2019il m\u2019arrive encore, par réflexe, d\u2019ébaucher.Comme si on pouvait encore faire confiance à de l\u2019équipement détraqué.L\u2019idée que cet homme \u2018\u2018moderne\u201d\u2019\u201d\u2019 aurait encore en lui la capacité de se ressaisir et de maîtriser son destin, cette idée est périmée.Une croyance.Le vacillant mirage, le dernier, de la raison.Cet homme moderne, ces empires et ces masses, cette géo-politique du gavage et de l\u2019extorsion, cet homme tenu en otage par ses propres prolongements, enchaîné à la quantification despotique de ses appétits et de ses rêves, à quelle ressource, en lui intouchée, pourrait- il se \u2018\u2018ressaisir\u2019\u2019, s\u2019arracher au servage qu\u2019il s\u2019est valu au terme de son euphorique et tapageuse marche au progrès ?Si cette ressource est, en principe, encore accessible, n\u2019y a-t-il pas toutes les chances qu\u2019elle soit méconnue, et, à peine entrevue, rejetée avec aversion ?Le moins que je puisse en dire; en ce moment du parcours textuel, c\u2019est qu\u2019elle commande un courage dont bien peu semblent capables.L\u2019écart grandissant entre la faiblesse, l\u2019irresponsabilité de l\u2019humanité contemporaine et les forces de destruction qu\u2019elle ne cesse d\u2019accumuler à l\u2019horizon de son devenir, cet écart révèle, comme d\u2019ores et déjà enclenché, l\u2019effet terminal d\u2019un processus de liquidation.Je ne vois qu\u2019une candeur perverse dans la confiance qu\u2019on peut encore accorder à quelque chose comme \u201cl\u2019équilibre de la terreur\u2019.Pauvre façon d\u2019émousser l\u2019attention, de décourager la vigilance.Ce qui menace l\u2019espèce humaine ne peut être réduit au conjectural cocktail nucléaire.C\u2019est là une enveloppe extérieure : à s\u2019y tenir, on se croiera fondé à faire appel à une \u2018\u2018bonne volonté\u201d qui, elle, serait toujours intacte.Illusoirement, car la menace qui pèse sur l\u2019espèce, c\u2019est le pourrissement du désespoir.Certains penseurs détaillent, avec la sophistication du meilleur cru, les résultats spéculatifs de la mort de l\u2019homme.Héritage du nihilisme nietzschéen.Savent-ils qu\u2019ils ne font que disposer ainsi des écrans de dentelle intellectuelle sur l\u2019abîme ?Sans doute, faut-il accorder à certains le Ria AO IE ASCO mérite du cynisme et la passion de la curiosité.Mais que penser de l\u2019inconscience tranquille et studieuse de suiveurs dont l\u2019ambition est de ne rater aucun thème à la mode ?Les horreurs d\u2019une guerre planétaire, de la famine, de la désorganisation de toute société civile, etc., tout cela ne doit être tenu que pour des retombées, à caractère effectivement conjectural.À ce niveau, le jeu de computation des stratèges du possible peut disposer de tout un éventail de paramètres probabilitaires.Les diverses figures de l\u2019extermination ne sauraient me distraire de l\u2019essentiel.Je pourrais, écartant tout pattern de tueries massives, évoquer en sens divergeant le parfait ordre concentrationnaire d\u2019une société d\u2019esclaves bioniques.La paix de Thanatos.Ce dont je suis certain (compte tenu d\u2019une ultime et improbable ressource), c\u2019est de l\u2019horreur équivalente de tous ces futurs.Je ne détache pas ma vue du trou noir qui forme leur commune racine.De partout, j\u2019observe et je recueille les signes (une riche variété) du processus mortel : l\u2019espèce, l\u2019anthrope, massivement, a cessé de croire en lui- même.Il désespère de lui-même, il cède de plus en plus à l\u2019effondrement de sa stature interne, spirituelle.Le récent holocauste de Guyana ne tirerait-il pas son plus pur effet de consternation de valoir, déjouant tous les codes disponibles, comme symptôme préfiguratif ?Dans l\u2019affirmation exclusive de sa sphère d\u2019absolue autodétermination (le trait spécifiquement \u2018\u2018moderne\u2019), l\u2019humain occidentalisé ne rencontre plus que des ruines, de l\u2019enténèbrement.Le dernier appui cède.Et les splendeurs de la fin commencent de paraître.Car, au progrès du désespoir, correspond le sursaut de tous les appétits \u2014 la recherche des extrêmes compensations.Tous les déchaînements, de l\u2019obscène au sublime.Certains tentent de mesurer l\u2019ampleur du phénomène, la plupart suivent d\u2019instinct, sans chercher a comprendre (\u2018\u2018fuck the world\u201d) ce qui stimulerait bien inutilement leur angoisse.Voici venu le temps des \u2018derniers hommes\u201d (Nietzsche).Tous se promettent, chacun selon ses fantasmes, l\u2019assouvissement sans limite que peut se permettre l\u2019imprudente résignation du condamné.Et je n\u2019excepte pas de ce banquet la 87 A By } p + y 88 consommation de terreur religieuse qui commence à faire tache d\u2019huile.Les splendeurs de la fin, le prestige sans égal (\u2018\u201cstar- system\u2019) des divertissements contemporains.Produits de décomposition de toutes les \u2018valeurs\u2019.Mirages, anesthésie, chirurgie plastique, implantation de greffes sur un cadavre.L\u2019euthanasie comme suprême levier des gouvernements.La perte du sens, et la dégradation de la vie.Présentement.Le choix des armes, des poisons, n\u2019est qu\u2019une simple question technique.L\u2019espèce est gagnée par une pulsion suicidaire.Sous l\u2019effet du désespoir, les humains se tourneront les uns contre les autres : la féroce concurrence d\u2019égos avides, déliés de toute allégeance à un commun radical anthropique.Je me rappelle, en ce moment du texte, que j\u2019expose et produis une sorte de rapport de laboratoire, une \u2018\u2018communication\u2019\u2019 à des chercheurs; qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019élaboration d\u2019un savoir, d\u2019une gnose\u2026 Il convient d\u2019être posé.Présentement, nous sommes en train de recueillir toute notre force spirituelle.Je parviens peu à peu au lieu de la ressource (de ressaisissement), mais, pour l\u2019instant, je la tiens en réserve hors du texte.Cette parenthèse me donne tout juste le temps de signaler que je ne suis pas, en définitive, inspiré par le désespoir mais par la confiance.C\u2019est en cela qu\u2019il m\u2019est possible d\u2019envisager toute l\u2019étendue du désespoir.La tournure des textes fait elle-même partie de l\u2019expérience, de l\u2019accroissement de savoir recherché.Les emportements que provoque en moi l\u2019examen du processus apocalyptique doivent être tenus, eux aussi, pour des effets de ce processus.Le point de départ du texte, ne serait-ce pas le plus simplement du monde une question dedignité ?La dignité qui commande de faire résolument sa part pour arracher l\u2019espèce humaine aux forces d\u2019oppression et de destruction endogènes qui la menacent.Pour délivrer l\u2019Anthrope, le Fils de l'Homme.N\u2019être pas tout entier saisi par ce devoir d\u2019à présent équivaudrait pour moi à un suicide spirituel.Face aux sceptiques, je ne me sens pas le besoin de prouver des évidences.Et, par ailleurs, je ne m\u2019imagine pas que mon devoir humain soit réductible à une \u201ccause idéologique\u201d, même si je n\u2019ignore pas que mon texte puisse être continuellement investi par de l\u2019idéologique.Et ce n\u2019est pas l\u2019une des moindres pulsions qui le parcourent, et le relancent, que celle de dissoudre toujours mieux cet insidieux parasitage.Le lecteur et le scripteur ne font-ils pas ça ensemble ?Voici.Depuis le début que je cherche à décrire, à produire l\u2019équivalent textuel d\u2019un mouvement intérieur à ma conscience, mouvement en quelque sorte spontané, et qui informe en son entier la position qui est la mienne par rapport à la question politique globale, à la question anthropolitique.\u201cComment lutter contre le Systeme ?\u201d, telle est la forme la plus courante, la plus efficacement connotative et incitative, qu\u2019on donne à cette question.Alors, il me faut bien reconnaître la naïveté de cette formulation; et mon complet retrait d\u2019adhésion.Le mouvement intérieur dont je parle est un déplacement de la question, déplacement qui s\u2019impose à moi.Quand il est avéré que tel chemin ne peut mener à la destination désirée, on en change.Je sens que le texte pourrait maintenant s\u2019orienter vers une sorte de dramaturgie, que je ne trouve pas forcément souhaitable.Les \u2018\u2018intellectuels de gauche\u201d et les \u201cmilitants révolutionnaires\u201d.Leur grande idée.Après la mort de Dieu et l\u2019expulsion des rois, place au courant évolutif, à la démocratie.Mouvement se portant à ses paliers successifs grâce aux secousses révolutionnaires, contractions d\u2019accouchement.Forme achevée de l\u2019idéalisme moderne, \u2018\u2018renversée\u2019\u2019 en accomplissement théorie/praxie : le matérialisme histo- rique-dialectique (attribué à tort ou à raison à Marx !), 89 PSS DER Sa 90 le socialisme frayant la voie au communisme.Et un éventail de positions, autour de la pivotale.L\u2019histoire du mouvement : de la Révolution française à la décolonisation.La production économique, le développement technologique, le progrès des sciences (humaines y comprises), la démocratisation.Ceci tenu pour la sphère, le lieu de l\u2019humain ré-approprié.Et tout le reste à exclure : arrière- mondes, vestiges, superstitions.Tout ce \u2018\u201c\u2018reste\u2019\u2019 à \u2018\u2018réduire\u201d à l\u2019immanence de cette sphère.Seul et entier levier du devenir terrestre-humain : les hommes ne parviendront à la société idéale (au parfait mode de production) qu\u2019en résolvant les contradictions graduellement distribuées tout au long de l\u2019histoire.L\u2019achèvement évolutif de la société humaine ne peut être atteint que par la compréhension grandissante du déterminisme historique et la praxis que cette compréhension permet de générer.J\u2019ai été projeté hors de cette sphère.J\u2019en ai découvert la courbure finie : ce n\u2019était plus qu\u2019une croyance, celle de la raison moderne.Faire cette découverte équivaut à une chute libre vers le nulle part.Tout ce qu\u2019a édifié le mental occidental moderne \u2014 athée, matérialiste, scientiste \u2014 et qui forme la base de consensus naturelle, indiscutée, de tout \u2018\u2018intellectuel de gauche\u201d.Que ne sauraient dissimuler toutes les sophistications de la critique aux prises avec tant de \u2018\u2018trahisons historiques\u201d.Tous les parcours, séquences, projets, théoriques ou pratiques, fondés sur cette base \u2014 ceux que je fais, ceux que je vois faire à d\u2019autres \u2014 se détraquent, se disloquent, tournent court.Mesurés au défi anthropologique de ce temps.Aussi multiples et complexes qu\u2019ils soient, ils ne font pas le poids, ils s\u2019avèrent inappropriés, trompeurs, inaptes à faire progresser quoi que ce soit de décisif.C\u2019est ainsi, si on attend d\u2019eux, et d\u2019eux seuls, la réponse, le devoir qui soit à la mesure de ce qui nous défie.Il y a présentement de puissants mouvements qui emportent on ne sait où les sociétés humaines, et il y a tout ce corpus de savoirs modernes, ces habitudes mentales, toute cette sophistication théorique ou stratégique, et.ça n\u2019a plus aucun rapport. Je dis simplement qu\u2019il m\u2019est désormais impossible de faire confiance, d\u2019accorder crédit.Pourtant je ne m\u2019associerai pas aux \u2018\u201c\u2018déconstructeurs\u201d de la raison moderne.; C\u2019est savant, perspicace \u2014 et s\u2019achève en une brillante 4 diversion.; Il se peut que je ne parvienne pas bien à rendre compte avec toute la précision souhaitable du déplacement de la question anthropolitique.C\u2019est malaisé.Il me faut telle- : ment reculer dans la pensée.Et la densité de confusion E qui affecte l\u2019exercice contemporain de la pensée me pa- g rait souvent insurmontable.Ce n\u2019est plus avec l\u2019outillage 3 théorique accumulé, ce n\u2019est pas de l\u2019intérieur de ce champ ; mental que j'espère trouver le levier qui m\u2019affranchisse de la confusion, de l\u2019impuissance, de l\u2019irresponsabilité grandissante des jeux intellectuels qui agrémentent la chute de la raison moderne.Les plus raffinés ne s\u2019appliquent-ils pas à faire voir que nos théories ne sont plus que des fictions (Lyotard, Baudrillard) ?Je prends congé.Je cherche un pivot.Dans l\u2019absence reconnue d\u2019appuis, dans une sorte de ré-ensauvagement, dans de l\u2019endogène balbutiant mais résolu à trouver le véritable radical anthropique.Mais dans cet inconfortable déplacement, reste un point majeur : l\u2019immanence de la conscience humaine à elle- pt même \u2014 l\u2019acquis spécifiquement moderne.Les anciens che- 34 mins sont impraticables, du moins si l\u2019on s\u2019imagine pouvoir hi: tout bonnement y régresser.Que quelque chose, méme du plus lointain passé, refasse pour nous résonnance, ceci est E une autre affaire.Ce que j'entends, ce que je pressens, 1 bouge tout de méme en avant : le lieu du Sans-Figure, ou des \u201ctraces\u201d (Bloch) de tous les siècles vont s\u2019y recueillir È en un Sceau.È Le transrationnel, à chercher, à trouver au coeur de l\u2019im- Be manence humaine.Mais comment ?Ars 91 EAs heer pe 10 Du XIXième siècle, c\u2019est moins aux \u2018\u2018maîtres-penseurs\u201d\u2019 qu\u2019à certains poètes que je me découvre rester fidèle : Hôlderlin, Rimbaud.une lignée tenace.\u2018\u2018Proche et difficile à saisir le dieu\u2019\u2019, ce fragment seul, c\u2019est assez pour que soient ultimement nulles et non avenues certaines \u2018\u2018réductions\u2019\u2019 dialectiques a la Feuerbach.Car, dans ces quelques mots, persiste l\u2019irréductible noyau porteur de l\u2019espérance humaine, héritage de la Vie.A Vhéritier des poètes, à Ernst Bloch, je dois aussi beaucoup : pour l\u2019exercice de la vigilance, et le raffermissement de la confiance, élevée à la hauteur d\u2019une méthode, qui soit l\u2019instrumentation d\u2019un devoir.Car il y a un point d\u2019appui.Une fois reconnu, il ne s\u2019agit plus que d\u2019en dégager le socle de tout l\u2019inutile, de tout ce qui a servi, peut-être, mais qui, à présent, ne ferait qu\u2019entraver la marche.Il n\u2019est pas facile de discerner l\u2019orientation, de s\u2019y fixer, quand c\u2019est vers ce qui ne s\u2019annonce que par-delà l\u2019inconcevable, l\u2019infigurable.Tant d\u2019âmes charitables voudraient me décourager, au jugé d\u2019apparences que je veux bien reconnaître déconcertantes.On ne parvient pas au savoir que par le cortex, mais aussi par le coeur.Ce savoir du coeur, est-ce qu\u2019on prétendrait sérieusement le rétrécir en sentimentalité, en ressas- sement d\u2019approximative sagesse \u201cprivée\u201d ?Plus que jamais, c\u2019est l\u2019impératif d\u2019un savoir a la fois transformateur et universel qui me fait reconnaitre et adhérer à l\u2019attraction du coeur.Là, le critère, le pivot, le point d\u2019appui, la ressource, l\u2019inaliénable radical anthropique \u2014 cette pierre \u2018\u2018qu\u2019ont rejetée les batisseurs\u201d et qui va devenir \u201cpierre d\u2019angle\u2019.Le passage-rupture de ce qui meurt a ce qui va naitre pourrait-il être, en dernière instance, interprété comme substitution de \u2018\u2018modes de production\u201d ?Le nouveau mode de production ne représentera-t-il pas un bouleversement conceptuel et praxéologique tel que la fameuse appellation en paraîtra elle-même inadéquate ?Ne fau- dra-t-il pas penser : \u201cmode de.\u201d ?C\u2019est trop certain que, pour l\u2019instant, les désignations font défaut, les matrices 92 conceptuelles ne sont pas disponibles.En tout cas, je doute qu\u2019en ce temps-là on s\u2019appuie sur le phénomène de la production (économie) pour concevoir la relation dialectique- constituante entre l\u2019Anthrope et la Nature, et, dans l\u2019An- thrope, entre l\u2019individu et l\u2019espèce.Dès maintenant, le privilège théorique accordé à la \u2018\u2018production\u201d, la chose comme le concept, commence d\u2019appa- raltre comme le fait d\u2019une position idéologique.L\u2019idéologie caractéristique de l\u2019homme \u201cmoderne\u201d (\u2018\u201c\u2018capitaliste\u2019, \u201cimpérialiste\u2019\u2019), avalisant le projet d\u2019exploitation et de domination technoscientifique de la nature terrestre \u2014 une agression dont l\u2019action en retour sur le tissu humain et planétaire nous permet d\u2019évaluer le prix.Dans ces conditions, l\u2019émergence du nouveau rapport anthroponaturel \u2014 qui sera d\u2019harmonie et non de domination \u2014 ne pourra s\u2019opérer qu\u2019à travers la \u2018\u201c\u2018catalyse\u2019\u2019 apocalyptique.Un dur consentement est exigé de nous.11 La dégradation de la vie, la détérioration de la fibre humaine.Le point de non-retour a été franchi.Prise dans sa masse, l\u2019actuelle espèce humaine est sur le point d\u2019être précipitée au coeur de la crise apocalyptique.Le terme en vue, inévitable.Je ne suis pas en train d\u2019écrire des \u2018\u201c\u2018prophéties\u201d, ni même des pronostics.Ce futur, c\u2019est le présent.Le présent est une agonie.J\u2019évalue l\u2019ampleur d\u2019une rétroaction déjà en cours, qui procède de toutes les forces de destruction accumulées.Ce que je discerne, au terme, ce n\u2019est pas quelque chose comme l\u2019extinction de l\u2019humanité, mais un passage si bouleversant qu\u2019il équivaut à une MUTATION.Ce mot, si j'en fais un usage métaphorique, ce n\u2019en est pas moins en \u2018\u201ctransportant\u201d\u2019 tous les aspects du sens littéral, qui est celui de la biologie : \u201cvariation brusque d\u2019un caractère héréditaire dans une espèce ou une lignée\u201d.Variation brusque, sinon dans l\u2019ordre biologique (?), en tout cas dans l\u2019ordre anthropologique (\u2018\u201c\u2018culturel\u201d, social, historique). Je ne décris pas présentement les résultats éventuels de cette mutation; je ne dis pas que je suis dans le secret de je ne sais quel dieu.Mais je dis que j'en subis les premiers effets, et ça, je tente d\u2019en rendre compte le mieux possible.Les premiers effets, ils ne peuvent être que de destruction \u2014 mort du \u201c\u2018vieil homme\u201d : c\u2019est en moi que je retrace l\u2019inexorable progrès de la rétroaction apocalyptique.Je suis arraché au révolu, à ce qui n\u2019est plus que ruines, à ce qui bientôt aura cessé d\u2019être la figure humaine connue : je suis avalé par le trou noir, par le cratère métamorphique.Rétrogradation au non-humain.En un autre type de langage, cela peut être dit : effets de l\u2019extrême nihilisme.Je ne dénombrerai certainement pas des bizarreries.Déjà, en plusieurs sans doute, l\u2019effet axial de la rétroaction apocalyptique condense toute la psyché sur le retrait résolu au radical anthropique, à la matrice phylétique.Oui, comment appeler ça autrement ?Tous les ancêtres, alertés, s\u2019éveillent en moi.Je n\u2019ai plus d\u2019âge \u2014 le très vieil embryon ré-enroule toute ma mémoire.Résorption, en son noyau, de la ressource humaine.Reflux de tout le manifesté, devenu compost, pour une réintégration aux pures latences du génotype.\u201cL\u2019ombilic des limbes\u201d (Artaud).Oeuvre au noir.Je tente en ce moment de signifier l\u2019opération cruciale, décisive, de renversement, qui est le contraire structural de la dissolution apocalyptique au moment où celle-ci va s\u2019accomplir.L\u2019opération par laquelle, en un certain nombre d\u2019individus qui s\u2019y livrent sans réserve, l\u2019espèce pourra passer à travers le feu transmutateur et se régénérer.Produire le Fils de l'Homme.Cette opération est au plus haut point inconceptuali- sable.Et pourtant, elle s\u2019impose du coeur de l\u2019expérience vive.Je ne peux que constater : elle ne parvient à la conscience que constellée des plus antiques symboles.94 12 \u201cCependant c\u2019est la veille.Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle.\u201d \u2014 Rimbaud, Une Saison en enfer \u201cCar au lieu du péril croît aussi ce qui sauve.\u201d \u2014 Holderlin, Patmos Attendre, ne pouvoir rien faire d\u2019autre.Après s\u2019être assuré, combien de fois !, qu\u2019on ne pouvait faire mieux.Et je veux dire que, quoi qu\u2019on décide de faire, c\u2019est encore, c\u2019est toujours attendre.Alors, ne faut-il pas éliminer tout ce qui distrait de l\u2019attente ?Une attente active \u2014 la synthèse de tant d\u2019élans contenus/intensifiés (\u2018\u2018explosants-fixes\u201d, Breton), portés au dur faisceau du guet.Fouiller l\u2019obscur présent, repérer la fugitive tendance rénovatrice, transfigurative.Pour soi ?Mais non, pour tout le pan de monde, le bloc d\u2019humains auquel on est pris, cellule palpitante, ouverte de toute sa membrane à la filtration secrète de ce courant, au filon dérobé de ce qui cherche à naître en s\u2019arrachant à ce qui meurt.Attendre que ça finisse, parce que rien ne pourrait empêcher la liquidation de ce monde.Pas l\u2019engourdissement résigné, mais bien le redoutable retour de hâte, d\u2019impatience \u2014 oui, qu\u2019on en finisse ! Certains, des jeunes surtout, n\u2019en peuvent plus, et ils craquent.L\u2019inapaisable tourment de ne pouvoir encore se saisir de l\u2019entrevu.Mais l\u2019attente active, c\u2019est aussi pouvoir contrôler l\u2019impatience sans en gâter la ressource.Des jours et des jours, interloqué, hagard.Puis connaître, par moments, une étrange paix, balancé entre la torpeur et l\u2019éblouissement, la tête renversée dans un ciel blanc, la sueur au front, gagné à un improbable espoir.Et ces instants-sommets, hors de tout le dérisoire, où le rapt tonique de la vision fait s\u2019évanouir le doute.Attendre, je veux dire à la fois : s\u2019être résolument retiré de toute agitation et s\u2019affermir dans la station du guet, veiller.Un entraînement de sentinelle, d\u2019éclaireur. Crooeter- ect a ee en \u2014 rie vO pre re ra ee i 5 Gr À IH ; H i i t Par rapport a ce qui n\u2019est plus que du vide, je fais le vide.J\u2019évalue froidement l\u2019étendue des ruines.Je pars.Je n\u2019aurai pas un regard en arrière.Entre ce qui bientôt ne sera plus et ce qui n\u2019est pas encore, en ce cruel hiatus d\u2019à-présent, je veux un partage net.J\u2019appends à trancher.Au plus dense de la nuit, j\u2019affûte le couperet de l'aube.J\u2019ai gagné la lisière du désert grandissant.Je suis un étranger.Mon visage s\u2019imprègne de couleurs inconnues, des lueurs du temps d\u2019après.Je peux me dire saisi et possédé par la vision.Je sais comment je renaîtrai la-bas, et accueilli par quels peuples, associé à quel recommencement du monde.Comment pourrais-je vouloir autre chose que faire place, en ce fragment de monde que je suis, à l\u2019irruption de ce qui va commencer ?Témoigner.Dans un épisode du conte de Goethe, \u2018Le Serpent vert\u201d, un faucon s\u2019élève, un miroir entre les serres, assez haut pour capter la première percée d\u2019aurore et la réfléchir vers les ténèbres au-dessous.Témoigner au faîte de l\u2019attente active.Toute la volonté \u2014 force de pensée et force d\u2019action \u2014 toute la volonté d\u2019affranchissement, de transformation, se consacrer au rigoureux devoir de la maintenit intacte, en la délivrant du révolu.Plutôt vaciller dans l\u2019indéterminé, dans l\u2019infigurable, que de reculer.Se heurter aux chiffres clos, mais le corps arrimé aux déplacements de l\u2019incertaine frontière.Et parvenir à retransmettre, comme on peut \u2014 rares, morcelés, déconcertains, qu\u2019importe \u2014 les signaux parvenus d\u2019un au-delà de ce temps d\u2019agonie et qui est la patrie humaine réappropriée.96 NOTES .Le Principe Espérance, tome I, Gallimard, \u2018\u201cBibliothe- que de philosophie\u201d, Paris, 1976, pp.264-267.Oeuvres completes, tome VII, Gallimard, Paris, 1967, p.150.Trous noirs, explication scientifique de [univers en contraction, L\u2019Etincelle, \u201cGrands débats\u201d, Montréal, 1978, pp.193-194.Extréme survivance, extrême poésie, Parti pris, Montréal, 1978, p.144.Aspects de l\u2019alchimie traditionnelle, Les éditions de Minuit, Paris, 1970, pp.105-106.Sur cette notion, l\u2019on pourra se référer aux ouvrages de René Guénon, notamment La crise du monde moderne et Le regne de la quantité et les signes du temps, tous deux publiés chez Gallimard, \u201cIdées\u201d.\u201c\u201c\u2026la métaphore (cette figure de rhétorique rend beaucoup plus de services aux aspirations humaines vers l\u2019infini que ne s\u2019efforcent de se le figurer ordinairement ceux qui sont imbus de préfugés ou d\u2019idées fausses.\u201d Les Chants de Maldoror, chant quatrième.97 = py are 2 Ett = yo pareve ve oer or ca ecoute cree EEE EE aes Ero FOES reruns A a tes _ ee \u2014\u2014, fi essieu: HIE CO Ete a tbs SAR ALAN Petite histoire d\u2019une question L\u2019idée d\u2019une question adressée aux poètes \u2014 au lieu d\u2019une table ronde sur la poésie comme nous avions d\u2019abord prévu \u2014 est venue de Roland Giguère.\u2018Quels sont les possibles de la poésie\u201d, suggère-t-il de demander.\u2018\u2018Dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui\u201d\u2019, précise Miron.La question ainsi formulée est envoyée à une cinquantaine de poètes, parmi ceux qui ont publié au moins un recueil dans les cinq dernières années.Nous avons tenté de rejoindre à la fois les nombreux lieux de poésie (Hexagone, Herbes rouges, Noroit, Estuaire, La Nouvelle Barre du Jour, etc.) et les diverses générations de poètes en leur demandant de répondre brièvement (une ou deux pages dactylographiées).Les textes nous sont parvenus, variés : nous croyons qu\u2019ils constituent, par leur diversité même, un témoignage éloquent sur la situation actuelle de la poésie au Québec.Nous les reproduisons in extenso et par ordre alphabétique.Au lecteur de tirer ses propres conclusions.Lise Gauvin Gaston Miron pour le comité de rédaction 99 \u2018Le poème, ici, a commencé d\u2019actualiser le poême, ici, a commencé d\u2019être souverain.\u201d Gaston Miron \u2014 rer + a 2 AR A AP +» ===\" Michel Beaulieu QUI SE SOUVIENDRA DE NOUS .La poésie n\u2019a d\u2019autre avenir que celui de l\u2019humanité.C\u2019est en ce sens que la question me semble mal posée.La réduire à ses \u2018\u2018possibles dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui\u2019\u201d limite sa portée tant dans l\u2019espace que dans le temps.L\u2019histoire nous apprend que les nations se font et se défont.Le futur de l\u2019humanité dépend de la prise de conscience que l\u2019Homo sapiens est une espèce vouée à sa propre perte.Tant que nous n\u2019agirons pas directement en fonction du mieux être collectif, nous sommes condamnés au balbutiement inconséquent.D\u2019ici peu, la planète ne suffira plus à nourrir ses enfants.Tous les \u2018\u2018ismes\u2019\u2019 ne font que noyer le poisson sous les mots.Tôt ou tard, il faudra bien que l\u2019espèce en vienne à des solutions extrêmes, ce qui signifie pratiquement la destruction et la limitation rigoureuse des naissances.La poésie n\u2019aura jamais de \u2018\u2018possibles\u201d si l\u2019humanité ne parvient pas à vivre non pas sa diversité mais son unité.Pour ma part, je vis sans espoir et sans illusions.Nous vivons en ce moment même l\u2019impasse évolutive.Il est \u2018\u201cpossible\u201d\u2019 que tout soit en vain.DANS CENT MILLIONS D\u2019ANNEES 101 Claude Beausoleil Promenade du texte : et alors on parle on dit ce que l\u2019on décide de dire et alors on avance dans ce jeu on pourrait tout dire oui mais enfin la problématique la problématique : le texte défonce la niaiserie il sort du tiroir il rit du terroir il s\u2019enfuit s\u2019enlise et se préconise on pense qu\u2019il exagère on lui donne de l\u2019hermétisme il reptile le style n\u2019est pas gêné il a tout lu il va tout écrire Amérique France Népal Vancouver on prend le jet de l\u2019avenir le ticket est d\u2019aventure la neige n\u2019est pas la fin de tout et le pays est une affaire réglée le texte sort un peu et sa promenade effarouche il parle du sort du corps du jeu du multiple du vécu du théorique il enjambe le réel il s'amuse un peu il est en forme tout se peut tout s\u2019écrit : vous parlez de quoi au juste : vous êtes vraiment intéressant : vous faites un peu historique mon cher 102 / les granges sont moins solides que les buildings / New York m\u2019intéresse plus que Drummondville il faut tout lire il faut tout écrire il faut tout délire LE A A 8 8 8 8 8 8 0 7 0 0 0e 6 8 8 0 8 8 8 0 8 0 6 = 8 0 0 0 0 = 0 1 8 8 0» à 1 0 8 le texte moderne est urbain la poésie québécoise sera folle ou morte la ville comme secousse ultime s\u2019y couler comme du béton et que l\u2019explosion Métropolise la pulsion de l\u2019enjeu on joue beaucoup les Bars ferment tard on est internationaux le Maric parle derrière l\u2019exotisme vital on se déplace LA POESIE QUEBECOISE NE TIENDRA PAS SA PLACE (ne pas oublier de fuir la simplicité rabougrie) (OPEN : les portes battent le temps du verbe) Jacques Brault La poésie ne se manifeste qu\u2019à la faveur du poème, qui peut prendre toutes les formes imaginables ou imprévisibles.Ce n\u2019est pas qu\u2019une affaire de langage, on le sait, la vie en poésie se passant comme une autre vie dans cette vie même.L\u2019existence quotidienne ne nous refuse pas les possibles poétiques; les poèmes y naissent davantage de notre accueil que de notre volonté, de notre attention que de notre industrie.Si nous percevons leur étrangeté lointaine, les choses les plus simples et les plus immédiates ouvrent dans notre corps et notre esprit une béance d\u2019étonnement.Mais on nous force maintenant à préférer les certitudes idéologiques aux angoisses amoureuses.Le poème nous tombe des mains et la poésie rentre sous terre.Quant aux \u2018\u201c\u2018possibles de la poésie dans le Québec d\u2019au- jourd\u2019hui\u201d, ils me semblent à l\u2019image de ce que je viens d\u2019évoquer.La poésie langagière a été pour beaucoup, ces dernières années, la grande prétentieuse ou la pauvre fofol- le d\u2019une médiocrité sémantique d\u2019ailleurs fort rentable si l\u2019on en juge par les catalogues de la mode.Je crois qu\u2019un poète-écrivain n\u2019a d\u2019obligation qu\u2019envers le langage qu\u2019il a choisi et qui l\u2019a choisi.Cette liberté engagée sur parole exclut l\u2019attente d\u2019une reconnaissance ou l\u2019alibi d\u2019un service rendu.Le vrai, le seul possible de la poésie, je le devine dans les mots de chaque jour et de chaque nuit, dans nos lieux communs, singulièrement désertés par la musique de l\u2019âme : le silence (que l\u2019on confond avec le mutisme, comme l\u2019extase avec l\u2019hébétude).104 Mais je garde bonne espérance malgré tout.Justement parce que la poésie, à mes yeux, figure le malgré tout fondamental.Jeunes et vieux, les ouvriers du langage, ici, n\u2019ont pas encore déposé leurs outils.Ils ne parlent pas toujours juste, notre temps se moque de la justesse comme de la justice, mais ils parlent et surtout ils écoutent, ils apprennent à savoir qu\u2019ils ne savent ni plus ni mieux que les autres.Et parfois, l\u2019instant d\u2019une tendresse très ancienne, ils chantent.Alors, on dirait que tout est possible.105 il il EE ot Yves Boisvert Ne Nous, les artistes du langage Coincée entre un langage poétique relevant d\u2019une science ethnographique sentimentalisée, a sujet phantasmé, a finalités socialistes et un formalisme collectiviste alimenté par de l\u2019os quantifié dans le style fin-de-siécle bouché des deux bouts par du stock idéologique la génération dans laquelle on m\u2019a placé marche de force; une vraie farce.Ca fait 4 ans que je parle au nom de quelques autres comme si le syndicalisme théorique avait empoisonné les discours humains depuis l\u2019image du hasard jusqu\u2019au concept rigoriste.À matin, je parle sans personne aux alentours.Personne pour autoriser, interdire, valider ou invalider ce que je vais écrire.Le Québec a toujours écrit en cachette, par loisir, pour faire semblant.Les artistes véritablement dangereux ont été tenus en dehors des réseaux officiels de la diffusion ordinaire.Il existe donc un possible au langage artistique québécois : l\u2019avènement de son nomadisme tétravalent (historique, géographique, sémantique, phonético-morphologique).Une perception telle du ridicule des lapsus de cérémonie, du dérisoire politique, du caricatural éducationnel, du risible réalisme quotidien qu\u2019aucun corps vivant en société ne puisse prendre racine dans quoi que ce soit de sérieux.Quatre fois nomades de quatre manières toutes cent fois pires que n\u2019importe quelle critique contemporaine.Pis que j\u2019en voueille pas un vieux crisse venir dire que.la pouésie seras se ke nous zen feront.(le genre téteux qui rit tout bas quand on lit Gau- vreau tout haut pour pas se faire regarder de travers par un sous-officiant de la députation culturelle au cours d\u2019une 106 \u2014\u2014 = =.\u2014 petite veillée comme on a vu le soir du buste aquinien, hein ?).Autre possible : arrêter tout simplement de prendre le poétique pour un genre littéraire.Changer l\u2019enseignement pour l\u2019animation; changer l\u2019apprentissage pour la révélation; changer le livre écrit pour l\u2019espace ouvert du jeu des altérations de réalités.C\u2019est pas possible ?Forcez-vous.Autre possible : lire tout haut et prendre au pied de la lettre.Rire des chefs.faire cracher sa dernière dent à la dialectique littéraire.fabriquer un millier de panneaux à teneur poétique et les afficher aux abords des villages, des villes, des routes.exiger du gouvernement qu\u2019il tolère les accélérateurs de particules métaphoriques et synesthésiques tels que les hallucinogènes.endisquer au moins une fois chaque poète québécois disponible.diffuser sur les ondes de la T.V.canadienne une Nuit de la Poésie annuelle.utiliser la langue québécoise à des fins psychiques de traversée de l\u2019être inconstruit et non d\u2019identification de la citoyenneté.rompre définitivement avec les définitions générales du poétique.rompre définitivement avec les définitions générales du social.rompre définitivement avec les significations générales de l\u2019être.Il n\u2019y a au Québec de possible pour le poétique que la possibilité matérielle de son écriture.Or, je ne chercherai jamais ici comme ailleurs d\u2019autres possibles que ce qui en nie la possibilité, c\u2019est-à-dire, son envers, c\u2019est-à-dire, sa délirante nécessité mentale.Encore faut-il dire que je n\u2019écris pas, je n\u2019ai jamais écrit et je n\u2019écrirai jamais pour 107 mn b \u201c\u201csignifier\u2019\u201d mais pour me soustraire à l\u2019immobilisme de ce que certains caves appelés \u2018\u2018chefs\u2019\u2019 appellent la réalité de la vie.La presse nationale sert à torcher le cul de ceux et celles qui souffrent d\u2019embonpoint existentiel.Le poétique n\u2019a pas plus de place au pays que la gitanerie, l\u2019illégalité, la maladie de l\u2019esprit, la sauvagerie, et l\u2019instinct de création des langages.Le possible est que nous, les artistes, nous ne vivions pas dans le même pays que les politiques, les intellectuels, les sportifs, les travailleurs, les chefs.Ce qui est contrôlable arrivera de gré ou de force, par la clarté ou par la bande.Nous, les artistes du langage, (je me conjugue au pluriel et je n\u2019ai pas de complément) nous n\u2019avons rien à faire avec vos logiques, vos notions d\u2019histoire, vos calculs, vos peurs, vos pisses et vos microbes.Chers chefs du langage, je sais comme vous que le possible est une connotation du stratégique et que nous rions jaune parce que nous ne livrerons jamais le même type de combat.Possible ?What for who ?108 François Charron La poésie l\u2019incroyable La poésie dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui est peut-être la seule pratique qui nous permette de voir qu\u2019hier n\u2019est jamais gagné d\u2019avance et que demain se joue à l\u2019intérieur de nos portes, et qu\u2019il y va de l\u2019impossible à défendre pour rendre le souffle effectif, éventuel.Je pense qu\u2019elle doit et devra décomposer toute unité qui scelle dans une entité sacrée le phénomène humain, le phénomène social, fissurer ce qui cherche à faire de l\u2019histoire une marche linéaire où se concrétiserait \u2018\u2018le\u2019\u2019 sens de la vie.Le travail du poète se doit d\u2019affirmer que le sens de la vie est pluriel, multiple, toujours à construire, à inventer, à refaire, et qu\u2019il y va d\u2019une constante veille pour que rien ne se fige.Il doit réclamer avec force le droit de mettre sa pensée, sa sensibilité, au service des hommes et des femmes qui ne le comprennent pas, qui le comprennent le jour où ils conçoivent que tout peut encore arriver.Ouvrir ce qui était fermé, lutter avec le peuple entier pour que soit vu et entendu chacun des sujets qui le constituent, pour que vienne la démocratie populaire.Dénouer la complaisance des absolus, rompre dans un éclair les pouvoirs qui finissent toujours par devenir des familles entretenant les peurs, les soumissions, les cultes.En ce sens, la poésie n\u2019a pas de territoire, elle les fonde, elle prouve qu\u2019il y a la perpétuelle fondation des territoires.Elle n\u2019habite pas un pays, elle Ë participe à part entière à son émergence.Elle voudrait E désobéir à tous ceux qui souhaitent que le temps s\u2019arrête, ; ou recule, ou recommence.Il nous faudra bien découvrir en elle les matériaux des nouveaux rythmes, les voix d\u2019un 109 Lo MRE THE Ths i rT ed en ibe HHERHRE NRHA ARR RR NR ITCH 110 nouveau sujet qui là et ailleurs, aujourd\u2019hui et hier, pour demain, manifeste son isolement comme la plus grande des solidarités, celle qui ne cherche pas à camoufler les contradictions qui la travaillent.Si l\u2019écrivain souvent regarde à distance, nous interpelle de loin, considère les choses depuis un autre lieu, c\u2019est qu\u2019il n\u2019accorde aucune vérité définitive aux valeurs et aux sentiments qui pour des raisons obscures, des raisons d\u2019amour, s\u2019efforcent de tout conserver comme avant, de faire que ça participe obsessi- vement et de manière inavouée aux souvenirs d\u2019enfance de l\u2019humanité.Il se moque du calfeutré, du préservé, de l\u2019indélogeable.Il y aurait donc pour lui de l'incroyable, il y aurait donc pour lui des désirs plus forts que les interprétations.En cela il sent les libertés comme la condition première des libérations, les regroupements comme ce qui continue et met de l\u2019avant des actes inouïs qui s'expriment de partout.Que peut la poésie, maintenant, en cette terre de Québec ?Signifier qu\u2019il y a des trous, des manques, des restes, se battre contre toute forme de suicide, prouver que la parole singulière, le geste surprenant, sont quand même des faits objectifs que l\u2019analyse pourra tenter de cerner, expliquer, rendre plus accessibles.Je parle bien entendu de cette poésie qui réussit à briser ou secouer tant soit peu le carcan des contemplations narcissiques et familialistes, je parle des poètes qui, consciemment ou non, s\u2019investissent des élans de leur époque, réalisant par le poème que la mort est la prémisse de toute vie.En somme il y a des conjonctures et des êtres imbriqués, tiraillés par leurs différences, et il n\u2019est pas question pour moi d\u2019utiliser, de compartimenter la poésie, de l\u2019engager, de la désengager, de la faire mimer.Je ne peux que combattre pour qu\u2019elle se vive sans interdire ou forcer à choisir, pour qu\u2019elle combatte elle aussi.L\u2019auteur doit s\u2019atteler à l\u2019ouvrage depuis les forces vives qui s\u2019agitent en dehors de lui, à travers lui.Effritement des formules, désagrègement des rites, flux et reflux, océan des populations, débuts toujours étonnants de l\u2019histoire, des histoires, irruption du sujet contre les dieux qui nous envoûtent.La poésie dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui peut son étrangeté garante de la richesse et de la diversité des nations, peut son inquiétude em comme point de départ pour consolider les plus belles certitudes.Laissons-nous imaginer l\u2019inachèvement du monde 111 > iH RR NUE RACE Pierre Châtillon En approchant de la quarantaine, un homme doit faire un choix : ou il continue sur sa première lancée et ne tarde pas à tourner en rond ou il opte résolument pour une remise au monde.Pour ma part, j\u2019achève en ce moment de fermer la porte sur ce que j'appelle désormais ma première vie.Ma naissance dans le Québec d\u2019avant 1960 fut un échec et j'ai bien failli périr mais au lieu d\u2019abdiquer je consacre toutes mes énergies à me recréer nettoyé du passé.C\u2019est moi, cette fois, qui accouche de moi et je serai enfin celui que j'aurais dû être.Je fus le poète des cris, je serai celui du chant, de l\u2019Harmonie.Après tant d\u2019années de haute lutte, je n\u2019en suis qu\u2019au début d\u2019un univers à inventer : l\u2019univers de Pan après celui de Prométhée.A dix-sept ans, en révolte contre l\u2019âge de l\u2019os du jansénisme québécois, j\u2019ambitionnais de vouer mon existence à créer une somptueuse fête du rêve et des sens, à chanter le triomphe de la joie mais j'avais sous-estimé les forces noires.Dans une société qui valorisait le pur et la mort, je me suis mis à crier de rage contre les puissances d\u2019étouffement et j'ai bien failli m\u2019épuiser à massacrer avec des haches de soleil le grand corps blanc de la mort.Mais voici que, petit à petit, je me remets à naître, neuf.Voici que, contre toute espérance, je commence à écrire ce que je révais d\u2019écrire à dix-sept ans.Je vomis mon passé et j'ouvre grand les bras à la lumière du futur.Jamais, pour moi, la poésie n\u2019a été autant possible qu\u2019aujourd\u2019hui. NEEM EI i rte ete Cire ira ere Tic chape aed MAAC L EE ML EL Lied Cet homme neuf qui naît en moi est un homme libre, débarrassé de son passé pourri \u2014 ce passé pourri c\u2019est l\u2019époque de la Grande Noirceur à laquelle, inconcevablement, un certain nombre de Québécois, en ce moment, semblent vouloir retourner.\u2014 et il entend demeurer libre.Les poètes de 1960 ont répété que nous étions des foetus qui se préparaient à naître.Il est temps maintenant d\u2019assumer cette naissance et de faire preuve d\u2019assez de maturité, déjà !, pour pouvoir affirmer comme je le fais ici : je suis un homme d\u2019Amérique du nord qui refuse les émotions, les idées, les structures d\u2019importation.Je ne permets pas que les Boileaux français viennent me dicter de quelle façon je dois sentir la Vie, je ne sens pas non plus la Vie à la mode des U.S.A., et je refuse de me confiner dans la thématique étroite du nationalisme.Je suis d\u2019ici, ma sensibilité est d\u2019Amérique, ma langue est le français, mais les grandes images qui veulent s\u2019épanouir en moi, fleurs de chair et de feu, appartiennent à l\u2019univers.Le Dynamisme qui daigne s\u2019exprimer à travers moi c\u2019est celui de la Vie et la Vie, elle, se meut en marge de toutes les catégories instituées par les hommes.Dans cette optique, il est une seule formule à laquelle j\u2019ai toujours accordé du respect; cette formule c\u2019est le Prince du Feu, Méphistophélès, qui l\u2019utilise en s\u2019adressant à Faust : \u2018Toute théorie est sèche mais vert est l\u2019arbre d\u2019or de la vie.\u201d La poésie a toujours été pour moi un besoin biologique, une possession.Dès le début, je fus envahi par un Autre, tyrannique, et il m\u2019aura fallu du temps pour ademettre que sous cet Autre se camouflait une puissance qui me dépasse infiniment et qui s\u2019appelle le Dynamisme de la Vie.Alors je cède de plus en plus la parole à cette Force et plus je la laisse occuper tout l\u2019espace, plus elle domine tout mon être, et plus j\u2019éprouve l\u2019enivrement de la liberté, car la liberté réside dans l\u2019esclavage consenti au Dynamis- - me de la Vie.Désormais, je me livre en entier, nageur éblouissant mêlé aux houles de l\u2019Océan, j'essaie de retrou- bi ver ma place dans les Grands Rythmes, je m\u2019apprivoise au i Mouvement.Et, danseur encore maladroit dans la Grande Danse du Temps, je sens vibrer dans tout mon être la certitude que la Vie est une fête qui n\u2019a pas de fin.113 Cécile Cloutier Il me semble que la poésie québécoise arrive lentement au bout du visible, du concret, d\u2019une thérapie de groupe, d\u2019une certaine forme de vulgarité exorcisante et que le pendule oscille désormais dans le sens de l\u2019approfondissement, de la connaissance, de l\u2019art.Nous avons été sociaux, temporels, nous deviendrons plus individualistes, plus pénétrés de psychisme et plus pensants.Le politique étant maintenant politique et la société en voie de libération, nous pouvons nous permettre d\u2019être inspirés par notre moi et par notre réalité d\u2019écrivain.Notre rôle de prophète est terminé, ou, du moins, il prendra d\u2019autres formes.Nous serons peut-être moins simplement émouvants mais plus intelligents.Après avoir assumé bellement et douloureusement notre histoire, nous nous tournerons vers une poésie d\u2019imaginaire.Nous serons moins québécois, catholiques ou femmes, mais plus humains et plus unifiés.Il fallait crier nos souffrances, nos fantômes, nos névroses.L\u2019écrivain se devait d\u2019être un Messie.Il fallait dire notre pauvreté, notre aliénation, notre ignorance.Mais notre québécitude est déjà passée de \u201cBonheur d\u2019occasion\u2019 a \u2018\u201c\u2018Kamouraska\u2019\u2019.Nous entrons en mutation.Nous cherchons davantage la perfection.Nous passons de la vérité, du témoignage, à la beauté, de la douleur à la paix.Et rappelons-nous que Phèdre ne fut pas française ni Hamlet anglais.Nous vivons la longue patience de l\u2019écriture et une profonde libération qui portera bientôt son vrai nom de liberté.Nous sortons de l\u2019humiliation par l\u2019humilité pour arriver au triomphe, à la naissance et à la fête.Car, à toutes soifs, même à celles qui sont féériques, l\u2019eau est donnée. Francine Déry Yolande Villemaire a écrit dans un texte intitulé La 4 Grande Ourse, configuration du désir et de la peur schéma de la possession : \u201cIl faut savoir les obscurs objets du désir i soumis aux conflagrations du politique.\u201d E Merveilleuse lucidité des poètes poseurs de mots-bom- E bes.Terrorisme sain dans une histoire percluse d\u2019obus de mémoire.| Au Québec, l\u2019impossible sera castré.à Le poète québécois ne trompera pas son cri colonial.Et } le je s\u2019accordera au nous.Dans la fascination de l\u2019urgence.ji Symbole ultime des connivences libératrices.Ek La poésie se vend assez mal merci.Mais le poète ne se ÿ vendra pas aux éléments d\u2019ordre établis depuis des dogmes.j La poésie québécoise point d\u2019appui du mouvement évolutif.Comblera les vides des ventripotentes consommations.i La poésie dressée derrière le peloton-plastique d\u2019exécuteurs d\u2019oeuvres.E Automne 1978 \u2014 Censure, dénonciation, injonction.È Ta poésie de femme québécoise délivrera sa politique 3 d'amour à poing nommé via l\u2019imaginaire et visionnaire.1 Poésie dérange, bondit, active.Toute propulsion littéraire 1 au-dela des limites-spectres tracées par une prétendue E souveraine majorité satisfaite créera l\u2019angoisse du poète.É Angoisse apprise aux marécages des nouveaux fascismes.gi L\u2019angoisse assumée dans l\u2019extralucide.Automne 1978 \u2014 Censure, injonction, religion.J'ai re-mal au questionnement multiple de nos chères intempéries sociales, viscérales.Faudra-t-il longtemps mordre la pâle apathie et croquer de la cervelle piégée afin de mesurer l\u2019appareil de défense de leurs tristes peaux cibles.115 CREER TERRE TON Lucien Francoeur par ici poésie-poésie la \u201cgame\u201d est lente, c\u2019est une poétique de la vastitude qu\u2019il nous faut.(encore un projet d\u2019analyse pour l\u2019hiver \u2019O1) pour une poésie grandeur nature il nous faut une politique de l\u2019impossible à l\u2019échelle.une poésie d\u2019hommes et de femmes, de transexuels, d\u2019enfants d\u2019abord et de mutants surtout.les poètes de ce pays devront dépasser les conquêtes de l\u2019espace, des regards et des jeux.travailler à une poésie intergalactique, immédiate et \u201c\u201ccybernétique\u201d.qu\u2019enfin on en finisse avec l\u2019inhérence du lecteur au sujet de la lecture : qu\u2019enfin le texte existe en tant que tel dans sa substance et pour l\u2019oeil uniquement.une poésie résine de rétine.approvoiser le territoire de l\u2019iris, réapprendre la vision par coeur, découvrir au fond des choses de tous les jours l\u2019intemporalité textuelle, linéaire, en appliquant un je pense donc j'écris méthodique.que le folklore d\u2019ici comme d\u2019ailleurs ne soit plus la justification historique de débilités langagières.que l\u2019on prenne le folklore pour ce qu\u2019il est : l\u2019expression de douleurs linguistiques, de carences culturelles; en somme un coin bien au chaud à se faire la psychanalyse du feu dans le culte hivernal.ICI, c\u2019est trop souvent la misère noire du nègre blanc d\u2019amérique et de son joual qui va l\u2019amble dans la francophonie.il s\u2019agit bien entendu d\u2019en arriver le plus 116 tôt possible à une redéfinition des concepts de régionalisme dans les paroles écrites et chantées.\u201cMais notre tellurisme n\u2019est pas français et, partant, notre sensibilité, pierre de touche de la poésie; si nous voulons apporter quelque chose au monde français et hisser notre poésie au rang des grandes poésies nationales, nous devrons trouver davantage, accuser notre différenciation et notre pouvoir d\u2019identification.Sans cesser d\u2019écrire en un français de plus en plus correst, voire de classe internationale.\u201d (Miron 1957) nul besoin d\u2019insister sur la pertinence on ne peut plus actuelle de ces paroles.notre \u2018\u2018différenciation\u2019 est maintenant irréductiblement insérée dans la francophonie : joual et franglais sont des spécificités telluriques de notre patrimoine linguistique, il s\u2019agit pour nous d\u2019en faire des emplois de plus en plus particularisés, des usages de plus en plus précis; pour ce qui est de notre \u2018crise d\u2019identité\u201d\u2019 je pense que le 15 novembre nous a permis de la surmonter définitivement (j\u2019ose l\u2019espérer, à moins qu\u2019on tienne absolument à y consacrer dix siècles de recul médiéval).l\u2019amérique appartient désormais aux américains et aux québécois (les canadiens anglais, loin de leur reine, seront bientôt assimilés aux américains).il n\u2019en tient qu\u2019à nous de façonner à notre image l\u2019amérique du nord.comme les poètes de 48 qui s\u2019étaient mis au diapason des inquiétudes de leur temps (écrit Miron en 57) et comme les poètes de ma génération qui vibrèrent dans toute la francophonie au diapason du \u201c\u2018psychédélisme\u2019\u2019, les poètes d\u2019aujourd\u2019hui et de demain devront s\u2019acharner à solutionner les grandes énigmes cosmiques.il leur faudra vider la réalité de tout contenu médiocre, retrouver le goût du sacré, de la sainteté, du sacro-saint.les poètes d\u2019ici devront réapprendre à ne pas craindre le mythe.117 À I A ix + TH st a J g i IY André Gervais Des figurations La figuration d\u2019un possible (pas comme contraire d\u2019impossible ni comme relatif à probable ni comme subordonné à vraisemblable).le possible est seulement un \u201cmordant\u201d physique (genre vitriol) brûlant toute esthétique ou callistique Marcel Duchamp (étandonnés tel titre et telle épigraphe etc - R - ire) 118 Roland Giguere La poésie est le lieu de tous les possibles.Le premier et le dernier.Mais il faudrait se garder de lui conférer des pouvoirs qu\u2019elle ne détient pas.Comparé aux écrivains de toute autre forme littéraire, le poète n\u2019a pas de public, mais des amis.Au mieux, il trouve une audience.Car la poésie est un art de maquis : elle existe, mais on ne la voit pas; elle existe par nécessité, par acharnement.La force de la poésie, c\u2019est son aura, cette lumière diffuse qu\u2019elle persiste à vouloir projeter sur un monde qui ne la regarde pas ou ne veut pas la voir.Mais la poésie insiste et résiste; c\u2019est pour cela peut-être qu\u2019on la respecte \u2014 qu\u2019on la tient en respect aussi \u2014, qu\u2019on magnifie le poète tout en le redoutant.Ici, au Québec, la poésie a certainement eu une influence sur le cours des choses.De fait, à un moment donné, les poètes furent quasi seuls à dire, seuls à crier, seuls à vouloir.Depuis, d\u2019autres s\u2019y sont mis et la roue tourne avec ses rayons de fortune.Gens de théâtre et de cinéma, chansonniers et musiciens, peintres et sculpteurs, artisans et professeurs poursuivent le projet.Le moyeu est solide, mais bien des ornières restent à franchir pour arriver au terme.Les possibles ne sont pas aux seules mains du poète; il ne tient pas la barre, il n\u2019a que sa pauvre boussole affolée pour se diriger dans les méandres du présent.Le poète fait fi et feu de tous mots: il n\u2019est pas au pied de la lettre, il est dedans.Ne lui demandez pas d\u2019être un phare : il est étincelle.ès 10020 3310 ER ROES ER OE Philippe Haeck Une petite voix Le possible de la poésie n\u2019est-ce pas toujours l\u2019impossible, ce possible non prévu par la rigidité et la subtilité des discours qui contrôlent les marches, presque toujours les piétinements, d\u2019une société et d\u2019un individu.La poésie critique, il n\u2019y a qu\u2019elle qui m\u2019intéresse, a toujours un propos subversif : vous demande-t-on de vous serrer la ceinture elle parle d\u2019une jouissance plus grande, vous parle-t-on de la valeur du travail elle fait l\u2019éloge de la paresse, vous chante-t-on de prendre la vie du bon côté elle s\u2019attaque aux fascismes de toutes sortes, vous propose-t-on de penser le malheur comme une banalité à laquelle il faut se faire elle exige le bonheur immédiatement, etc.C\u2019est une petite voix qui résiste aux malheurs aussi gros (siers) soient-ils.La poésie devient une parole libre dont les limites d\u2019action correspondent au dynamitage des langages oppresseurs qui séparent et au tissage des paroles amoureuses qui partagent, transmettent.Les bonnes écritures disent tout haut que toute idéologie à sens unique ne conduit qu\u2019à l\u2019atrophie du plaisir de vivre ensemble.L\u2019impossible : que la poésie fasse circuler l\u2019intelligence et l\u2019amour dans tous les discours, qu\u2019elle en chasse la crainte, l\u2019ignorance, l\u2019imposture.Je n\u2019écris qu\u2019à faire advenir cet impossible dans la vie quotidienne.120 Gilles Hénault Une poésie informée de ses pouvoirs nous vient, pour la première fois, des universités.Eparse, fragmentée, elle ne veut briller que de ses propres feux, et ne survivre que dans les traces de l\u2019écriture.Sans le savoir, peut-être, elle annonce une déflagration.Son éclatement même est à l\u2019image d\u2019une société de plus en plus cosmopolite.Au discours du corps social, elle substitue les emblêmes du corps charnel; le discours linéaire se perd dans les méandres textuels.Mais le quotidien nous attend au détour de chaque jour.D\u2019autres poésies se cherchent un chemin vers les diverses utopies du réel.Les \u2018\u2018possibles\u2019\u2019 de la poésie impliquent \u201cI\u2019impossible\u2019\u2019, l\u2019imprévu, l\u2019imprévisible.Donc.P.S.\u2014 Je connais beaucoup de jeunes qui font une intéressante poésie nouvelle.Leurs oeuvres révolutionnent le langage et transcrivent, très souvent, le vécu au plus près de ses manifestations concrètes.C\u2019est un héritage de la contre-culture, ainsi qu\u2019un moment de la libération psychologique.Dans la pratique, les \u2018\u201cpossibles\u201d\u2019 ce sont les poèmes.121 DT TE Jean-Pierre Guay Journal d\u2019un écrivain (extrait) XXVII Comme un certain nombre d\u2019écrivains de langue française, jai parfois la futile angoisse de la page blanche.A ce sujet, j\u2019en aurais gros sur le coeur à dire.Mais qu\u2019importe : je me doute bien que la langue française a vécu, déja.Pourtant, quels grands écrivains n\u2019a-t-elle pas fait naître, en particulier dans la première moitié du vingtième siècle ?Je n\u2019ai pas le don des langues, je m\u2019enfarge dans quatre mots d\u2019anglais plus facilement que dans la théorie de la relativité.Mais je n\u2019ai pas non plus une foi aveugle dans la langue française, quels que soient par ailleurs, à nous qui parlons cette langue du passé, nos plaisirs solitaires en poésie.La page blanche, donc, ou l\u2019art de mourir en y mettant des manières, beaucoup de prétention et de chauvinisme, et si peu de simplicité.Je veux bien, pour survivre moi aussi un bout de temps, fermer les yeux sur les fougueux ralliements culturels qui ont cours en ce moment dans la plupart des pays.On ne m\u2019empêchera cependant pas de penser qu\u2019ils sont des soubresauts de moribonds, et non quelque nouvelle voie de l\u2019avenir.Un ami roumain me disait souvent de la jeunesse qu\u2019elle est la chose au monde qui vieillit le plus vite.Je trouve aujourd\u2019hui que cette boutade s\u2019applique mieux à l\u2019Histoire tant, sous prétexte d\u2019un avenir meilleur et sans cesse 122 reporté, elle nous illusionne sur nous-mêmes.En vérité, le monde est anglophone depuis bientôt plusieurs siècles et toute distanciation culturelle n\u2019y changera vraisemblablement rien, au contraire.Car à s\u2019écarter de la réalité, on ne peut que perdre sa propre existence.Je regarde les lois passées à l\u2019Assemblée nationale du Québec depuis deux ans par le gouvernement souverainiste auquel, comme tant d\u2019autres, je donne mon appui stratégique, et je ne peux en fin de compte que constater qu\u2019elles sont toutes, par quelque aspect, coercitives.C\u2019est-a-dire que nous en sommes rendus, collectivement, a nous définir par ce que nous ne sommes pas, et méme, par ce que nous ne devons pas étre.II en va ainsi de la page blanche qui propose aux écrivains de langue française, qu\u2019ils soient d\u2019Afrique, de France ou du Québec, un manque à être.À ce qui devrait être dit se superpose, imperceptiblement mais sûrement, ce qui ne peut l\u2019être.On n\u2019écrit pas sa mort, on la vit.123 TR RT FTE EH HK IME) Heo db 131 HER CREER Dominique Lauzon Repères pour une poésie moderne Avant tout, pour (se) situer, revenir, s\u2019arrêter au double principe moteur de la poésie : le travail et le jeu Malgré l\u2019évolution historique et les différents intérêts qui ont marqué (qui marquent encore) l\u2019aspect extérieur de ces deux pôles, un fait demeure : la poésie est un art éminemment social parce qu\u2019elle repose sur la langue.C\u2019est pourquoi le \u201c\u201cgratuit\u2019\u201d\u2019 n\u2019existe pas en poésie : loin de toute idéologie, on est encore en plein dedans.C\u2019est cette CONSCIENCE qui importe, à la base.x * Cela dit, voir où ça mêne et l\u2019y conduire.La langue est l\u2019une des structures fondamentales sur lesquelles toute société est construite.Et nécessairement, on retrouve au niveau du langage les mêmes schèmes, les mêmes structures et les mêmes contradictions que dans la société qui le véhicule.En poésie, les mots, les images s\u2019appellent, s\u2019étudient, s\u2019assemblent selon des agencements prédéterminés \u2014 mais voulus ainsi.C\u2019est en ce sens seulement qu\u2019on peut parler de jeu; et le travail consiste à lui donner un cadre (\u201cla forme\u2019\u2019) et à en établir les règles d\u2019une façon particulière : faire ressortir les contradiction; (s\u2019) armer contre les biai- sements de sens; détourner, dénoncer, décrire, décrier; délimiter clairement : avec qui / contre qui.C\u2019est par là uniquement qu\u2019on peut qualifier la poésie de révolutionnaire.124 Toujours aller au bout du langage mais éviter les écueils, nombreux.Voici quelques culs-de-sac de la poésie (en face, à droite) récente : hyper-éclatement du sens à vide et hypertrophie de la forme; non-validité de l\u2019image; sur- présence d\u2019un moi nombrilique; inflation de radotage; racolage morbide de l\u2019inutilité, néant, morts, etc.etc.* kk A la réflexion sur le langage doit nécessairement faire pendant la réflexion sur le social (la société) puisque l\u2019un et l\u2019autre sont intimement liés.D\u2019où l\u2019importance de l\u2019\u201cétude\u201d\u2019 afin d\u2019orienter l\u2019action du travail dont J'ai parlé plus haut.Conséquent avec lui-même et avec l\u2019outil dont il se sert, le poète doit donc poursuivre le combat social sur le terrain de l\u2019art.Sa fonction : décoder, démythifier, 8 dénoncer mais surtout appuyer, construire, démolir, re- E construire à nouveau.C\u2019est en cela que le poète (s\u2019) apprend, (se) situe par rapport à; travaille avec et pour la majorité.Fait un art vivant.15 Ë TE RT CR PCT ER IT FEE I TR FI NI TIC ISR I RH RR A ATR HR RR Michel Leclerc Toute poésie, en vertu de sa liaison organique au langage, se situe nécessairement sur le sol incertain de l\u2019histoire, donc sur la trame de l\u2019idéologie.Or, dans cet espace de lutte, d\u2019ordre énigmatique et d\u2019agression, la poésie apparaît rarement comme un ensemble de discours unanimes lequel se proposerait comme anamnèse collective du langage, une sorte d\u2019entassement méticuleux des signes sociaux dans l\u2019écriture surchargée de quelques-uns.La poésie québécoise se compose donc d\u2019une multitude de discours plus ou moins inassimilables les uns aux autres.Parce qu\u2019elles ne sont pas supportées par une réflexion politique commune et parce qu\u2019elles s\u2019opposent dans l\u2019échange continu de leur discours, c\u2019est-à-dire de leur idéologie, ces pratiques quasi asilaires de l\u2019écriture poétique ne peuvent rien tenter hors des limites depuis longtemps déchiquetées du langage.En l\u2019absence d\u2019un code social visiblement constitué et dominant, \u2018\u2018les\u2019\u201d\u2019poésies québécoises sont devenues des événe- ments symboliques, un univers où le discours social est mis en scène à la façon d\u2019un commentaire imaginaire.En rejetant les thèmes nationalistes, \u201cles\u201d poésies québécoises ont quitté l\u2019univers matériel de l\u2019action.Désormais c\u2019est dans le seul espace illimité de l\u2019écriture que la poésie québécoise soupèse le réel.La poésie québécoise n\u2019a plus de projet historique; elle est maintenant tout entière définie par sa nature et son ontologie historique, le langage.Or, elle réalise ainsi le vieux rêve héraclitéen : en cessant de dire, elle signifie.Cette \u201créforme\u201d de l\u2019écriture qui substitue au Discours d\u2019autrefois le Texte d\u2019un palimpseste 126 encore archaïque, appartient à l\u2019histoire idéologique de la société qui l\u2019a suscitée.C\u2019est donc par une médiation idéologique et non plus par l\u2019appropriation d\u2019une forme distincte du Discours social, que la poésie québécoise d\u2019aujourd\u2019hui est l\u2019une des figures (enfouies) du politique.Novalis exprimait déjà ce passage du Discours à l\u2019Ecri- ture, ce rapport sémantique du poète à l\u2019histoire lorsqu\u2019il écrivait de celui-ci qu\u2019il \u201cne fait pas mais fait qu\u2019il puisse se faire\u201d.En se définissant d\u2019abord comme acte linguistique la poésie ne proclame pas son expulsion de l\u2019histoire, elle affirme un rapport différent et fondamental à l\u2019histoire.Ainsi les poètes \u201cnationalistes\u201d et les poétes \u201cforma- : listes\u201d\u2019 apparaissent-ils liés à l\u2019histoire de manière tout aussi i étroite.Alors que les premiers dressaient une espéce de taxinomie de la réalité, les seconds lui donnent une forme dans laquelle elle dérive comme un objet a la fois intangible et étranger.Ë Malheureusement la poésie québécoise est devenue le Ë lieu d\u2019une rupture profondément symbolique : ce qu\u2019elle i écrit n\u2019entre plus dans ce qui existe.Par conséquent, son rapport à l\u2019histoire est un rapport conflictuel.Dans ces i conditions, l\u2019écriture poétique québécoise ne peut guère ki devenir qu\u2019un vague ornement sémiologique étalé en creux i dans une historicité qui la nie en tant que connaissance et if production du monde.; Fort heureusement notre poésie n\u2019est pas soumise a ce g! seul destin.En effet, maintenant qu\u2019elle s\u2019est pensée com- E me histoire (1953-65) et comme langage (1968-78) il lui È reste encore à se penser en tant que conscience historique du langage, c\u2019est-à-dire à dresser au-delà des barrières de nos livres, un langage où l\u2019homme vaudra plus que les signes qui le nomment et le nient.127 EB Renaud Longchamps L\u2019état des surfaces \u2018\u201cL\u2019action n\u2019est pas la vie, mais une façon de gâcher quelque chose, un énervement.\u201d \u2014 Rimbaud Plusieurs possibles, évidemment, en autant que l\u2019on réussisse à sortir une fois pour toutes nos imitations japonaises, fades et prévisibles, de la boutique d\u2019import-export du coin.Sommes-nous nés pour un pays nain ?Quand je reviens de mon magasinage culturel, je ne peux que m\u2019interroger sur la pauvreté des étals qui ne m\u2019offrent que des gargarismes poélitiques à la mesure de notre démographie d\u2019extinction et de notre géopolitique très-particu- lière.Ou des préparations instantanées pour féministes patentées et amateurs de pidgin-marxisme qui sont d\u2019ailleurs assez insignifiants pour considérer tout pet-dans-l\u2019trèfle, tout râle existentiel ou prolétarien comme le sommet de l\u2019expressivité, le nec plus ultra de la modernité révolutionnaire.Imitateurs et épais de tout le pays, présentez vos copies ! Nous sommes les Auvergnats de la poésie d\u2019expression française.Voyez-vous, nous fabriquons de la poésie à court thème (terme) forcément partielle et partiale, myope et gauche, qui n\u2019égratigne pas même la surface de notre miroir collectif.Nous n\u2019avons pas de vision globale de l\u2019oeuvre à faire, de la recherche tout azimuth et désintéressée menée de concert avec la fiévreuse spéculation poétique.Nous sommes nus.Nous sommes seuls.Nous sommes encore des adolescents boutonneux qui s\u2019excitent sur lout mouvement social, politique, économique, scientifique ou culturel sans s\u2019interroger sur le mouvement.Nous nous escrimons sur tout code savant-et-très-respectable d\u2019Amérique et d\u2019Europe sans mettre en doute l\u2019organisa- 128 tion même du code, sans essayer d\u2019adapter ce code, par souci d\u2019honnêteté intellectuelle, à nos racines profondes.Nous sommes de pauvres consommateurs et nous manquons visiblement de profondeur.Je ne voudrais pas caricaturer en affirmant que la poé- pi sie québécoise est écrite par des professeurs de cegep et Ë d\u2019université et critiquée par des professeurs de cegep et i d\u2019université qui siégent aussi aux comités d\u2019attribution des \u201cbourses\u201d.Il n\u2019y a pas loin à voir dans ce phénomène une prise de contrôle du dire par une caste fortement culpabilisée (le langage révolutionnaire est un langage essentiellement culpabilisé), qui se sert de la production de la parole pour se dédouaner d\u2019une part et augmenter leur 2 pouvoir à l\u2019intérieur de leur propre groupe d\u2019autre part.1 De vrais bureaucrates, quoi ! 5 Enfin, foin de cette charge.Mais alors, devant tant de misères, quels sont donc les possibles de la poésie dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui ?Brièvement, un possible parmi d\u2019autres consiste en la recherche intense du sens que doit traverser toute l\u2019écriture poétique.Et cette recherche, je la vois spéculative f et rigoureuse, curieuse de l\u2019état premier de la matière i comme de la complexité étonnante de l\u2019univers.Elle occu- k pe d\u2019avance tous les champs du réel.Eu Ce possible poétique, je le perçois en équilibre entre le i signifiant et l\u2019_émotion, objet de connaissance et objet de 5 plaisir-désir.C\u2019est aussi un outil de recherche où tous les possibles, tant scientifiques qu\u2019artistiques, se rejoignent afin de créer \u201cl\u2019oeuvre neuve\u201d.Enfin, par la rigueur et l\u2019entêtement, déboucher sur une ; meilleure compréhension des articulations subtiles et des i mécanismes complexes qui régissent aussi bien le langage E.de la poésie que celui de la matiére.a Nous nous devons de réaliser la synthése de la poésie .g! et de la science, afin d\u2019allier une fois pour toutes l\u2019alchi- i mie à la chimie du verbe.Le projet poétique québécois i se doit d\u2019étre original, pour ne pas dire génial.Nous E n\u2019avons pas le choix.(POS CN 5 PS se) ST FH IC TEE HNTB DRE IR rials RRR Pierre Nepveu Le possible, le pouvoir A la question des \u2018\u2018possibles\u2019\u2019, on est tenté de répondre en termes de pouvoir et d\u2019impouvoir.C\u2019est que la poésie québécoise des années récentes pose cette question d\u2019une manière qui n\u2019a jamais été aussi urgente.S\u2019il faut déterminer un changement par rapport à la problématique d\u2019il y a quinze ou vingt ans, c\u2019est à ce niveau qu\u2019il faut le situer : désormais, l\u2019Histoire se définit avant tout par la notion de Pouvoir : capitaliste, technocratique, informationnel, etc.Les poètes affrontent l\u2019Institution.Ce combat n\u2019est évidemment pas explicite (ou peut-être même conscient) chez tous les poètes, mais sa présence latente est indiscutable.Par exemple, dans cette proclamation de Chamberland dans Extrême survivance extrême poésie : \u201cNous sommes l\u2019Impouvoir.\u201d Autre exemple : toute la poésie féminine des dernières années, ses efforts pour modifier les rapports de force sociaux.Le problème ainsi posé me paraît donner lieu à une ambiguïté : d\u2019une part, la poésie affirme de toutes ses forces son potentiel de transformation du réel, elle cherche par tous les moyens à définir et à montrer son propre pouvoir.D\u2019un autre côté, elle ne cesse de déplacer le terrain de la lutte vers un espace où, précisément, la question du pouvoir ne se pose plus : cet espace, c\u2019est celui du désir, du corps-texte ou du texte-corps.Il ne s\u2019agit pas à proprement parler d\u2019une fuite, et l\u2019on s\u2019empressera de remarquer que ce que l\u2019on a appelé par exemple le \u2018\u2018formalisme\u201d constitue une nouvelle tentative d\u2019insertion historique de la poésie.Sans doute, mais cette tentative est hautement révélatrice par son caractère paradoxal : c\u2019est 130 Er me ea a rs 1 EE EE 1 =r = ss en se situant aux confins du langage et le plus loin possible du réel historique qu\u2019elle prétend assumer l\u2019histoire.En ce sens, le formalisme n\u2019est qu\u2019un symptôme de la situation d\u2019ensemble de la poésie actuelle, comme l\u2019est, de façon plus générale, le \u201cthème\u201d du plaisir et de la jouissance : n\u2019est-il pas significatif d\u2019entendre un poète comme Philippe Haeck, que l\u2019on ne soupçonnera pas d\u2019être un écrivain de droite, \u2018\u2018désengagé\u2019\u2019, parler de \u201c\u201cl\u2019affirmation du je\u201d contre tous les pouvoirs, celui de l\u2019idéologie de gauche autant que celui de la bourgeoisie ?Ici encore, on observera qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mouvement dialectique et aucunement d\u2019une négation de la perspective historique.Je le concède volontiers, mais rien n\u2019empêche qu\u2019à un certain niveau, la poésie actuelle semble obligée de revenir à une affirmation radicale de l\u2019individu, et à ce qui lui est le moins réductible à un quelconque pouvoir inscrit dans l\u2019histoire.I] ne s\u2019agit pas de poser un jugement de valeur sur un tel phénomène : la question de la valeur n\u2019a de sens qu\u2019à propos de textes précis, plus ou moins réellement écrits.A l\u2019échelle globale, on ne peut que déterminer des possibilités, toujours limitées d\u2019ailleurs à une époque donnée.Dans les années soixante, l\u2019histoire avait le sens d\u2019un devenir national, le texte prenait souvent en charge une mémoire collective, le temps futur et la révolution avaient une résonance concrète, une signification déterminée.Mais désormais, en face de tous les pouvoirs, et devant une fragmentation et une abstraction de plus en plus grandes du concept de \u2018\u2018révolution\u201d, il est probablement impossible que la poésie conserve une réalité et un dynamisme sans se réclamer de notions qui, quoi qu\u2019on en dise, sont profondément individualistes : le corps, le désir, le plaisir, tout le tissu de la vie intime.Que conclure sinon qu\u2019il y a quelque chose de profondément totalitaire dans ce concept d\u2019 \u2018\u2018histoire\u2019\u2019, hors duquel nous ne semblons plus capable de penser, et que la poésie se charge à sa manière de saboter, même contre toutes ses protestations et ses professions de foi historique.TEE Suzanne Paradis Sonder le coeur de la poésie \u2018\u2018possible\u2019\u2019 du Québec s\u2019avère une opération douloureuse et certainement privative si on l\u2019isole du reste du monde.Tant que la parole n\u2019aura pas été rendue à la notion première de lien ou d\u2019échange, de lieu de communication non linéaire et ouvert à toutes les libertés, nous nous laisserons bercer par un demi-sommeil que même les cris imprécatoires ne dérangent plus.L\u2019homme de toutes les latitudes n\u2019a cessé de poser les questions essentielles et les pose désormais d\u2019une façon plus catégorique.La vie ne repose-t-elle pas sur sa volonté de réhuma- niser la planète ?La parole poétique du Québec semble prête à quitter ses ornières d\u2019égoïsme et de suffisance, mieux armée et moins mollement investie qu\u2019avant l\u2019avènement du formalisme.En rappelant au langage qu\u2019il est une science, en creusant le mot et en exorcisant les grammaires, le formalisme a finalement aéré la substance poétique.L\u2019opération était à la fois ingrate et nécessaire.Le poète désormais interroge une conscience dont les ruines ont été soigneusement déblayées; il y cherchera sans doute son âme et le don de vivre et libérera son chant.N\u2019est-ce pas l\u2019essentiel de cette obscure et interminable bataille et l\u2019essentiel de ce que dit la poésie d\u2019ici ou d\u2019ailleurs ?Faut-il souhaiter l\u2019avènement du thème miraculeux qui ramasserait toutes les voix comme ce fut le cas pour celui du pays ?Le Québec d\u2019aujourd\u2019hui aspire à l\u2019autonomie, à l\u2019éclatement du carcan historique.Il se pourrait bien que le poète québécois ait envie de se retrouver dans sa propre intimité, au coeur de son propre silence et de son entière 132 liberté.Sa place, dans tous les cas, ne pourra être que celle de l\u2019homme lui-même.Cet homme dont les caractéristiques nous échappent encore n\u2019a-t-il pas en la poésie son plus perspicace et éloquent moyen d\u2019expression ?Le chaos à l\u2019intérieur duquel il se traîne et subsiste malgré tout propose une situation qui, si elle n\u2019est pas entièrement nouvelle, garde ses possibilités de stimulation et de défi à relever.Je ne crois pas que le poète lucide puisse s\u2019abandonner à la nostalgie ni à une langueur désabusée.La poésie des cinq dernières années cherche son souffle, flaire son espace, porte de son mieux une difficile période de transition.La relève ne piétine qu\u2019en apparences : elle surveille les aînés.Mais c\u2019est ensemble qu\u2019ils auront un avenir.FE HE HIE PE AE HI PTI CHF RICA PEN TE IEEE nl Pierre Perrault On demande des poètes de chair et de sang.Qu\u2019on le veuille ou non sans la moindre chose sans le royaume à imaginer de toutes pièces car il n\u2019est plus nulle part ailleurs que dans les bottes du prochain courage sans le royaume tout entier réduit à la servitude des boîtes à lunch et pourtant qui monte à la tête des arbres incendiaires à la veille des grands froids le froid qui nous arrive de loin comme un surplus d\u2019âme sans les fleurs des bois.les fleurs elles-mêmes à tout bout de champ.fleurs consanguines\u2026 fleurs orphelines.à peune nommées.accusées de vulgarité.repoussées dans les scrupules par les blasons pourtant secrètement amoureuse entre les lèvres maternelles des porteuses de langage jusqu\u2019à nous sans les oiseaux à leur tour à blasonner sur fond de gueule pour célébrer le printemps qui saute aux yeux sans l\u2019arbre calamité sans l\u2019arbre blasphématoire qui charpente la race surhumaine et le fils déchu pour peupler de force mercenaire les barons de la couronne 134 sans le carcan du cou sans la bosse du canot sans l\u2019amian- tose des Apalaches pour exalter la fin du jour sans la silicose impatiente pour dépeupler le bout du rang sans toutes les douleurs de père en fils qui nous mémorisent de fond en comble des pieds qui saignent dans les bottes des débardeurs 4 jusqu\u2019à la tête heureuse sous la calotte du petit matin qui tempête à tort et à travers ayant oublié ses motifs sans le sang lui-même et le témoignage des mères chargées È de transmettre une mémoire nourricière i le sang a soutenir jusqu\u2019à l\u2019au-ras du jour entre les cuisses de la belle dent pour perpétuer les saisons et une vision du monde analphabéte et violoneuse le sang qui maille à partir avec l\u2019enfance et les écoutilles pour alerter l\u2019exubérance qui se cherche un violon sans la perte de vue de tant de navires sans la perte de vue de tant de rivages sans les trois navires qui ne nous arrivent jamais depuis toujours que reste-t-il à espérer ?il * kk sans la moindre chose la plus vulgaire la plus vernaculaire la plus quétaine \u201cil sans les morts plus que morts et les croix de bois dévorées eh par l\u2019acidité des savanes calcicoles sans les morts silencieux i sous les autoroutes princiéres sans les morts sans voix au p chapitre de l\u2019histoire sans les morts qui n\u2019ont laissé à leur gE fils qu\u2019une chanson et le goût de miel des diphtongues i pour joualiser un langage sans écriture ou ils s\u2019enflamment \u2014 et il faut encore une fois recommencer l\u2019espérance au premier arbre \u2014 serions-nous encore vivants d\u2019une telle vivacité ?% * %k mais tout se passe comme si l\u2019espoir était un fruit défendu et l\u2019honneur un crime contre l\u2019humanité personne n\u2019ose plus remonter le cours de la mémoire jusqu\u2019à une défaite cinglante A la recherche des mots qui forcent la main de l\u2019histoire qui ?qui donc a tant occupé nos esprits à autre chose ?autre chose qui n\u2019est pas de ce monde.pour détourner l\u2019attention autre chose encore comme l\u2019inimitié d\u2019une couronne infranchissable sous aucun prétexte d\u2019homme à homme \u2014 on ne me fera pas dire autre chose que ce sentiment d\u2019avoir été évincé par la complicité du droit divin \u2014 quelque chose de sournois qui ne refuse pas de croire à la défaite prétendant même y trouver son profit quelque chose de pourri qui dénigre le courage des pommiers et détourne les yeux de la catastrophe Des lors nous manquent les mots qui se ravisent c\u2019est pourquoi on demande des poètes des poètes qui nous délivrent des terreurs de l\u2019abstraction impériale 136 des poètes au nom de l\u2019amour qui disqualifient les mots au profit des objets c\u2019est pourquoi on demande des poètes d\u2019honneur on demande des poètes d\u2019espoir qui déboutent la résignation des dictionnaires et rendent à l\u2019homme la responsabilité du langage qu\u2019il a vécu de mémoire d\u2019homme et à l\u2019écart c\u2019est pourquoi on demande des poètes de tourage à la rescousse du fruit défendu des poètes qui instaurent la parole comme thérapie contre les fatalités de l\u2019écriture de caste Et que le sang soit levé parmi les alarmes et les maternités de bouche à oreille que le sang soit levé d\u2019abord et avant tout dans les cordages du navire pour mémoire\u2026 au dernier navire avant l\u2019hiver qui efface le moindre sentier.du navire peut-être naufragé mais que les yeux brûlés d\u2019horizon sans réponse ressuscitent depuis lors à fendre l\u2019âÂme et les navigateurs imprécis se sont appliqués à suivre mon étonnement parmi les balises expertes qui prétendent restreindre les fleuves aux prétentions des armateurs pourtant je refuserai de me rendre à l\u2019évidence et de repousser les épaves dans les derniers refuges du patrimoine que le sang soit levé jusque dans les lignes de la main où passent les oiseaux de la certitude inattaquable Au débotté des sept lieues trouverai chaussure à mon pied et telle sera ma prétention RTE TER PATES PTE TERRE SE Bic ME HET OUEEE c\u2019est pourquoi on demande des poètes qui préfèrent la neige à l\u2019écriture des poètes qui shoisissent la peur délibérée comme un lichen prétend effacer le passage des glaciers et recommence la terre au premier amour.de mémoire on demande des poètes qui négocient avec le sang étroit\u2026 le parler dru\u2026 la courbe des toits\u2026 une nourriture tacite pour ne pas perdre la fête pour abolir un roi qui les a convaincu d\u2019un joug si doux pour faire usage de tempête et du grand nombre qui est une raison d\u2019être et non pas la royale simplification Au débotté des gabelles trouverai parlure à mon pied on demande des poètes susceptibles de marcher longuement dans le silence héréditaire nous savons bien que nous n\u2019avons que fort peu de morts à invoquer c\u2019est pourquoi on demande des poètes de chair et de sang pour inquiéter l\u2019avenir enfermé dans les coffres de cuir des régences et réveiller l\u2019urgence qui ne demande qu\u2019à dormir parmi les dangers de la résignation comme si l\u2019homme devait se conformer aux écritures et non l\u2019inverse on demande des poètes qui fassent preuve d\u2019imagination pour libérer la vie des textes de loi 138 des poètes qui se lèvent avant le jour et changent les routes en aventure et les portes en salutations Au débotté des apparats petit chemin va loin trop de silences finirait par tuer la maison un homme parfois se laisse prendre à son jeu et le soleil innocent de mars fomente les pommiers la clandestinité d\u2019une pierre soutient la cheminée où je prends feu et lieu encore faut-il habiter la maison et mettre à cuver tout l\u2019espoir d\u2019octobre c\u2019est pourquoi on demande des poètes de chair et de sang comme à la guerre et que l\u2019écriture n\u2019arrive pas à les satisfaire et qu\u2019ils se cherchent autant à gauche qu\u2019à droite une âme requérante\u2026 une âme volontaire pour offrir ses deux bras et ses deux mains aux manchons de l\u2019avenir même si la première pierre plaide coupable à la face du monde pour saluer la neige au retour d\u2019exil je me méfie de l\u2019innocence qui se berce sur sa galerie en comptant les coups de l\u2019angélus aussi bien qu\u2019on m\u2019accorde des poètes qui n\u2019ont pas froid aux yeux un poète que le courage réduit au silence je lui souhaite le bonjour parmi nous et nos pauvres raisons de courber les toits et de façonner notre manière de saluer et d\u2019abattre un arbre Se 139 nous feront-ils longtemps encore défaut les poètes qui nous inspirent une légende ?on demande au premier venu et à ceux qui arrivent d\u2019un long trajet parmi les prudences et les idées.on demande des poètes susceptibles d\u2019approfondir l\u2019hiver dans les racines de moins en moins vulnérables car le bonheur ne suffit plus à peupler la maison\u2026 à tenir bon.à nourrir le feu qui enjambe le récit pour proposer le lait crû d\u2019un navire d\u2019ancêtres des poètes à tout bout de champ des poètes a tous les coins de rue des poètes balafrés de gélivures des poètes fervents de douleurs parmi les loups qui fréquentent nos lignes de trappe des poètes susceptibles Rien n\u2019est aussi facile que les mots pour offrir à boire et en leur faveur et à leur rescousse je réquisitionne l\u2019ignorance et la nudité droit dans les yeux afin que en toute connaissance de cause au lieu de répandre l\u2019écriture ils empruntent la parole pour investir l\u2019oubli et saluer l\u2019exil je réquisitionne les mots désaffectés pour exprimer le joualeresque à juste titre et je récuse les linguistes obséquieux qui me repoussent dans le vernaculaire et je veux qu\u2019ils le sachent avant de s\u2019engager dans l\u2019aventure il s\u2019agit de liberté tout simplement : la liberté saute du train et c\u2019est au milieu du saut qu\u2019elle invente son nom 140 Des mots qui cherchent le nord découvrent l\u2019envergure et c\u2019est ainsi qu\u2019une langue naîtra de ses cendres c\u2019est ainsi que je garde le silence pour que la terre m\u2019entende un concours de branches mortes divulgue mes intentions nocturnes aux yeux des hiboux j\u2019éclabousse l\u2019ombre pour m\u2019y acheminer à la poursuite de l\u2019extase où tu engranges malicieusement l\u2019articulation limpide mi-fleur mi-raisin d\u2019une postérité la parole a le devoir de se reproduire et c\u2019est pourquoi on demande des poètes capables d\u2019aimer par le judas de la lune qui grimace je vois venir un bataillon de nuages à l\u2019assaut des labours arides pour nous survivre allons-nous en pure perte escalader des états d\u2019âme de haute lisse et laisser le lait sûrir dans les jarres francs-poetes.tireurs d\u2019élite.bateleurs ironiques\u2026 chansonniers récalcitrants.violoneux pathétiques de la mémoire nous vous avons mobilisés pour une essentielle Inspiration ne cherchez pas ailleurs d\u2019autres modèles pour vous nourrir de motifs vous êtes vous-mêmes la chair et le sang de la poésie Pour que le sang des mots coule de source J'exerce mes blessures à regarder le monde par les yeux de ma naissance 141 HR a EE SE 142 vous êtes vous-mêmes la raison d\u2019être de la poésie votre regard appliqué aux moindres choses s\u2019avère conquérant qu\u2019il vous suffise d\u2019aimer mieux la claire fontaine et les risques de la tragédie que le confort qui rampe parmi les astuces des herbes compromises qu\u2019il vous suffise de préférer l\u2019honneur et ses frugalités aux honneurs décoratifs et aux connivences des colliers la liberté squelettique c\u2019est pourquoi je vous propose l\u2019humble labour et le dernier navire.je vous propose un fleuve tout entier et ses rivages amoureux à féconder\u2026 à émerveiller\u2026.à réveiller de ses naufrages la fleur d\u2019un rivage humilié dans ses dernières goélettes verbales le génie du blasphème d\u2019un débardeur au long cours repoussé dans la servilité des grèves détournées et le sang le sang lui-même qu\u2019ils ont saigné dans l\u2019humiliante défaite du travail forcé.le sang des femmes qui mettent au monde les mauvais rêves et les berceuses au long cours le sang perpétué dans les maternités du pain de ménage J'inspire aux mots inoffensifs un comportement d'\u2019assiégé le pain étant une forme de l\u2019esprit et sa matière première \u2026 ae on demande à tout un chacun que le pain se lève dans le poème pour le nourrir on demande à tout venant que le pain dénonce la misère rugueuse à souhait et nomme par son nom la décadence et l\u2019humiliation un peuple qui mange le pain des autres on ne pourra plus l\u2019abaisser davantage\u2026 l\u2019asservir plus\u2026 l\u2019humilier autant on demande qu\u2019elle prenne la parole la terre silencieuse et qu\u2019elle retourne le sang et qu\u2019elle délivre la neige et qu\u2019elle respire par la poitrine du pays qui n\u2019a pas une minute à perdre et qu\u2019elle honore les mots bannis que nous avons vécus dans la réclusion des pères accablés de filiation incohérente et si le temps n\u2019est plus propice à l\u2019amour on demande au sang d\u2019apprendre à haïr on demande au premier venu que l\u2019honneur se lève dans le pain et qu\u2019il y consente on demande au premier venu.pendant que les chanoines font de mesquins petits calculs de rentabilité on demande au premier venu.pendant que les notables affairés à leurs affaires qu\u2019ils confondent avec l\u2019histoire se retournent contre le moindre espoir prenant chacun sa peur pour une prudence on demande au premier venu.pendant que les académiques se prennent pour la vérité et défendent l\u2019écriture au lieu de proposer la parole aux muets refusant de mettre au monde leur mère effacée\u2026 indigne\u2026 ménagère 143 on demande au premier venu \u2014 mais qui dont a posé la question indécente ?La question a-t-elle été posée seulement ?\u2014 que l\u2019honneur se lève dans le pain que l'honneur se lève dans le travail de ceux qui ne sont pas sortis de la misere.par fidélité.par ignorance.par amitié \u2014 les autres sont notaires ou littéraires et refusent de convoquer à la table des négociations l\u2019humilité et la patience des tabliers \u2014 que l\u2019honneur se lève avant le jour et qu\u2019on ne voit plus jamais des hommes d\u2019antique sagesse offrir leurs mains.offrir leurs sueurs jusqu\u2019à la dernière goutte de soleil.offrir leur courage de chair vive pour un salaire un salaire de mercenaire qu\u2019on ne voit plus jamais un peuple de main-d\u2019oeuvre offrir ses mains qu\u2019on ne voit plus jamais un grand désir de royaume se chercher ailleurs un souverain.une chanson d\u2019amour emprunter sa musique à la haine qu\u2019on ne voit plus jamais un esclave construire lui-même les maîtrises et les défendre comme son bien qu\u2019on ne voit plus jamais les ouvriers du chocolat et un gouvernement de ce pays en berne implorer un ptit maudit frais qui s\u2019en va à Toronto de rester parmi nous.de ne pas nous abandonner à notre dépendance de rester pour faire du chocolat avec nos mains du chocolat Cadbury avec nos mains québécoises 144 de rester pour faire du pain quotidien avec nos mains blanches de rester pour batir une ville avec nos mains.pour assurer nos vies avec nos mains.pour s\u2019enrichir avec nos mains on demande au premier venu de retirer ses mains de l\u2019esclavage car il n\u2019y a plus rien à espérer de ceux qui prétendent être les seuls a traiter correctement les animaux (Himmler) on demande des poètes de sang nouveau et d\u2019anciennes croyances et qu\u2019ils préfèrent leur petitesse à la grandeur des autres et qu\u2019ils arment la parole à mots couverts des racines et qu\u2019ils n\u2019attendent que d\u2019eux-mêmes une consécration une confirmation on demande des poètes qui ne demandent qu\u2019à résister à la tentation des autres.qui plaident coupable.qui plaident connaissance de cause et plein consentement des poètes à pied levé qui ne s\u2019encombrent pas d\u2019écriture mais de misère et de souffrance et de la mémoire des reins au pied des arbres des poètes qui ne diront jamais que la même chose où il est question de naître a sa naissance.de naître de ses mains reconquises\u2026 de naître de sa mère réhabilitée Et que les mots ne s\u2019acquittent de mémoire que pour produire la mémoire des fils qu\u2019ils soient la parole de tous encore enfouie dans le silence de chacun et qu\u2019ils empêchent en parlant celui-là de sourire d\u2019aise pour trente deniers 145 RENTREE RATE at A w i THUR Sa oo i ee cé aie Hévtitit i EET Rak 146 et qu\u2019ils empéchent en chantant les remords d\u2019étouffer et qu\u2019ils empêchent en saignant le sang de sécher car sans le sang sans le sang qui m\u2019arrive de mémoire et dont personne ne parle parmi les antiquaires sans le sang de la première et de la dernière heure enfin absous de toute allégeance avant pris fait et cause en faveur d\u2019un langage qui ne cherche plus ailleurs ses mots et ses rivages et ses racines sans le sang qui brouille les cartes du pouvoir à coeur joie et à dos d\u2019homme avec la bénédiction des chanoines et la main de Dieu sans le sang de toutes parts qui redouble d\u2019impatience et ne fait qu\u2019un tour sans le sang qui amérindianise les destins.qui vulgarise les fleurs.qui nous singularise et nous encrasse de plus belle sans le sang qui nous peuple et nous barbarise aux yeux des empereurs sans le sang il n\u2019arrive jamais rien sans le sang il n\u2019arrive jamais rien rien que la honte C\u2019est pourquoi on demande des poètes de chair et de sang Marie Uguay J\u2019ai reçu votre lettre à la fin de la semaine dernière, et comme on doit vous remettre le texte avant le 18 janvier je n\u2019ai pas assez de temps pour faire un bel article, d\u2019abord parce que je suis occupée, ensuite parce que je suis très 5 lente a ordonner mes idées et enfin, surtout, parce qu\u2019au i sujet des possibles de la poésie dans le Québec je n\u2019ai guère d\u2019idées mais un sentiment de profond abattement et une vue de l\u2019avenir franchement pessimiste.Je ne m\u2019apitoie pas sur le sort de la poésie mais je me ki demande combien de temps encore les poétes auront le hi gout de tirer leurs petites plaquettes qui n\u2019intéressent per- 4 sonne (je n\u2019ai pas dit : qui ne se vendent pas, je n\u2019en de- pb mande pas tant).Nous sommes pris entre notre solitude et ce que Jean Charlebois homme si bien : le show-business.Il y a des alternatives; faire des chansons et monter Ei des spectacles ou faire des \u201c\u2018textes\u2019\u2019, car une certaine rou- E geur monte aux joues du mot \u201cpoésie\u201d.Alors on fait des \u2018romans poétiques\u201d, des \u201cpoèmes en prose\u201d, \u201cdes paroles\u201d, \u201cdes discours\u201d.On dit que la poésie se trouve partout I ailleurs que dans les poèmes.Il semble d\u2019ailleurs qu\u2019elle y br trouve aussi un plus grand auditoire.k Moi je ne sais plus où j\u2019en suis.Des critiques ont dit que 3 je ne faisais pas de la poésie mais de \u201cpetits paragraphes\u201d Bh formant \u2018\u2018un long texte\u201d.Alors ?à J\u2019écris de la poésie (c\u2019est mon avis) mais je ne sais pas au juste qui elle est.J\u2019aime la poésie parce qu\u2019elle retourne E les mots à l\u2019envers, qu\u2019elle invente et devient un chant, ; elle nomme ce qui dormait dans l\u2019ombre.Elle remet tout bi: 147 IE TRE HR HH RAC RACE EE le réel en question, elle est exigente.Elle donne plus qu\u2019à voir mais à sentir, à comprendre, à découvrir.C\u2019est en cela qu\u2019elle n\u2019est pas facile, d\u2019abord pour celui qui écrit et ensuite pour celui qui lit et voilà pourquoi, peut-être, elle n\u2019est pas lue.Poésie qui serait accessible cependant.Les poètes eux- mêmes ont peut-être contribué à leur isolement.Qu\u2019ont-ils offerts aux autres ?Empêtrés dans leurs vieux états d\u2019âme 148 ou leur esthétisme, leurs mots fermés, craintifs, lourds.Le seul possible de la poésie, pour moi, c\u2019est Pablo Neruda qui le chante : \u201cLa vanité nous demande que nous nous élevions vers le ciel ou que nous fassions de profonds tunnels inutiles sous la terre Et nous oublions ainsi les nécessités délicieusement amoureuses nous oublions les gâteaux, nous ne donnons pas à manger au monde Quelqu\u2019un s\u2019est sali les mains en pétrissant tant de douceur.Frères poètes d\u2019ici, de là-bas, de la terre et du ciel, de Medellin, de Vera Cruz, d\u2019Abyssine, d\u2019 Antofagasta avec quoi se sont faits les gâteaux ?Finissons-en de tant de pierres ! Que ta poésie déborde l\u2019équinoxale pâtisserie que nos bouches veulent dévorer, toutes les bouches des enfants et tous les autres adultes.Ne continuez pas seuls sans regarder sans désirer ni comprendre tant de coeurs en sucre.Je ne crains pas la douceur.Sans nous ou avec nous ce qui est doux continuera à vivre VE et ce qui est doux est infiniment vivant éternellement ressuscité, parce que dans la bouche pleine de l\u2019homme la douceur est là pour chanter ou pour manger.\u201d Mais avons-nous faim ?Je suis bien touchée que vous m\u2019ayez demandé ma participation, mais comme vous voyez c\u2019est là des fragments d\u2019idées.Lorsque je pense à l\u2019avenir de la poésie je déprime.Je viens de terminer mon deuxième recueil et je suis en plein cirage.Je ne sais plus ce qui vaut la peine.A quoi sert de publier puisque de toutes façons ce n\u2019est pas cela qui m\u2019apporte de quoi subsister, et que personne ne lira ce prochain livre ?Je sais seulement que j'aime écrire de la poésie et que j'aimerai toujours cela.J\u2019espère un jour vous connaître.ES I LEITH III] Gen A 8 Senin A TRE RER IHR 149 _ = PERT PE dd sai oat JENS, ue PPS PA Pierre Vadeboncoeur À chaque étape, il faut gagner Les fédéralistes passent constamment à côté de la question nationale.C\u2019est qu\u2019ils refusent les réponses auxquelles cette question les conduirait finalement.Ce sont donc ces réponses qui pour eux déterminent négativement les sujets dont ils se contentent de parler.Subterfuge, conscient ou non selon les cas, mais vieux comme le monde : s\u2019arranger pour qu\u2019une problématique ne soit finalement qu\u2019un assemblage anodin permettant d\u2019éviter certaines conclusions autrement trop assurées.On peut par conséquent dire, caricaturant à peine, qu\u2019un fédéraliste est un homme qui envisage la solution d\u2019un problème sans jamais l\u2019avoir pose.Il lui est en effet interdit de penser à un ensemble de données que pour ma part j'ai souvent décrites : la condition des Québécois, minoritaires, exposés de plus en plus aux forces agrandies de l\u2019histoire, considérablement dépossédés, bizarrement étrangers et poussés du coude même chez eux, en voie de déculturation, économiquement derniers parmi les populations, et devant qui se dresse précisément la question de savoir quel sort méprisé attendrait un tel peuple dans un état éventuel plus que possible, peuple alors différent, encombrant, culturellement diminué, rival déclassé, sous l\u2019impérialisme, le racisme et l\u2019ambition des autres, à partir du moment où leur suprématie et sa faiblesse seraient devenues certaines.Voilà la question, et à cette question il faut des réponses dont on voit bien chez l\u2019adversaire constitutionnel qu\u2019elles ne viennent pas, ni même chez ceux de nos amis qui 151 152 hésitent, tergiversent ou se disent encore fédéralistes.C\u2019est qu\u2019il est indispensable de regarder la réalité en face, la réalité et ses projections, la réalité et sa logique dynamique, cette logique et ses certitudes.Il n\u2019est pas permis de s\u2019en détourner.Il faut s\u2019y tenir et donner les réponses.Le problème que pose le sort des Québécois ne peut être éliminé; cependant on peut aisément le nier, ou le méconnaître, ou le laisser de côté, ou le cacher.Qu'est-ce que \u2018\u2018renouveler\u2019\u2019 le fédéralisme sans la souveraineté québécoise, moderniser la Cour suprême, imaginer un nouveau sénat, chercher la \u2018\u2018troisième voie\u201d c\u2019est-à-dire, en pratique, les concessions qui altéreraient peut-être l\u2019opinion québécoise sans changer la question québécoise, la profonde question québécoise, la redoutable perspective historique québécoise, la dangereuse pente du destin québécois, la dangereuse aliénation historique et future de la nation québécoise ?On entend partout des réponses improvisées dans le silence de la question véritable \u2014 dans le silence de la question du choix à faire entre un avenir d\u2019humiliation et de marginalité et un avenir où nous aurions décisivement appris la forte obligation de nous élever comme inconquis dans une histoire où rien des moyens que nous pourrons maîtriser ne sera de trop pour que nous prévalions sur un destin déplorable et risible.Nous voudrions bien nous-mêmes qu\u2019il ne dût vraiment pas s\u2019agir de changements majeurs.Ce serait très confortable, et si la médecine fédéraliste avait raison \u2014 supposez un instant qu\u2019elle eût raison \u2014, c\u2019est que, sans erreur possible, nous serions un peuple en assez bonne santé et, devant l\u2019histoire à venir, en position presque normale.Qui prétendrait que c\u2019est le cas ?Personne ne pourrait le prétendre, mais bien du monde peut bien n\u2019en pas parler.On se tait et l\u2019on tait la vraie question.Devant l\u2019avenir qui s\u2019avance sur nous, nous sommes d\u2019une vulnérabilité très grande et c\u2019est encore peu dire.Nous sommes une minorité poussée de plus en plus vivement vers des confins de l\u2019histoire en des confins d\u2019un continent, une de ces minorités contre qui, par le monde, pour je ne sais quelle raison, s\u2019exerce et s\u2019exercera davantage, par une préférence dont le type spécial est illustré en bien des lieux de l\u2019univers, l\u2019empire de je ne sais quel instinct de spoliation.Une minorité marquée.Non pas une minorité neuve, ingénue et entreprenante de melting-pot, parmi d\u2019autres.Non.D\u2019anciens irréductibles et d\u2019anciens propriétaires, d\u2019anciens titulaires de droits et d\u2019anciens dominants, déchus de leur pouvoir, difficilement tolérés, tolérés seulement encore grâce à un reste de force des choses et pour qui tout dépend, en dernière analyse, c\u2019est notre chance, de l\u2019accroissement rapide de cette force des choses en notre faveur; autant dire, de l\u2019établissement en légitimité de tout ce que nous pourrons gagner de moyens par lesquels les nations érigent le système institutionnel et moral de leur intégrité.Voilà la question.Il faut clouer cette question sur les murs, pour qu\u2019on ne puisse pas ne pas la voir.C\u2019est la prémisse.Elle doit se retrouver entière sous quelque forme dans les conclusions.Aux donneurs de réponses alambiquées, il faut lancer et relancer la question claire.Vous ne soufflez mot de ceci : c\u2019est d\u2019un peuple perdu qu\u2019il s\u2019agit, un peuple perdu et qui peut encore se sauver.Il ne s \u2019agit pas d\u2019une nation qui, dans le cours ordinaire, aurait simplement à conclure quelque relatif traité ou serait dans la situation, quand l\u2019occasion s\u2019en présenterait, d\u2019avoir à retoucher çà et là sa constitution.Nous ne sommes pas un pays pour qui, de temps à autre, dans le cours d\u2019une existence normale, le moment vient de modifier tel ou tel détail de sa politique avec son voisin.Nous ne sommes pas du tout dans cette situation-là.Notre affaire est fort différente : nous avons à modifier les choses de telle façon que notre politique par rapport au voisin cesse d\u2019être fixée par le voisin lui-même.Bien sûr, en matière économique notamment, nous aurions à négocier, tout comme aujourd\u2019hui, c\u2019est évident.Mais à ce propos, on voudra bien condescendre à remarquer une petite différence de rien du tout dont les peuples prospères, sans doute distraits, ont l\u2019air de s \u2019occuper beaucoup.La différence minuscule dont il s\u2019agit est la suivante.On négocie, on négociera, disent certains, donc qu\u2019est-ce que cela changera ?Bah ! un détail sans importance : au- jourd\u2019hui on discute, on marchande, on jase, avec un voisin Re i I my 153 154 qui, une fois qu\u2019on a beaucoup parlé, possède en propre le pouvoir résiduaire, à toutes sortes d\u2019égards, c\u2019est insignifiant, de décider du marché final.Le pouvoir de discuter serré, comme nous, avec en plus, pour lui, pour lui seul, en vérité, le pouvoir de libeller et de signer.L\u2019institution juridique actuelle est ainsi faite qu\u2019elle comprend, pour le Canada anglais, en de multiples façons, non seulement la faculté de proposer et de composer, mais également celle d\u2019imposer.On compose moins, il me semble, quand on peut imposer.Cela me paraît d\u2019une mathématique plutôt certaine.Négocier dans la fédération, négocier hors de la fédération, quelle différence ?C\u2019est pourtant simple : cette fédération n\u2019étant pas une confédération d\u2019Etats souverains, une partie a ajourd\u2019hui le doigt sur la balance et détermine le poids qui détermine le prix.Nous sommes minoritaires non seulement par l\u2019importance mais dans la décision même et dans la procédure qui y conduit.Si le droit de l\u2019autre n\u2019était pas prédominant, d\u2019ailleurs, pourquoi se démènerait-on tant pour empêcher le client de partir ?Or, on se démène.Que dit M.Lalonde ?Il dit que le Québec est quatre fois plus dépendant des neuf autres provinces que celles-ci ne le sont du Québec.Il prétend que nous leur coûtons des milliards.Est-ce à dire qu\u2019elles nous les déversent joyeusement tant que nous restons dans la fédération et qu\u2019elles les économiseraient tristement si nous leur faussions compagnie ?.Notre situation serait pire alors, la leur serait meilleure ?C\u2019est pourquoi sans doute les provinces se débattent comme des diables pour nous garder.Rien de plus logique.Rien de plus froid.Rien de plus chiffré.Rien de plus évident.Elles sont perdantes, elles veulent le rester; elles deviendraient gagnantes, mais elles ne veulent pas en entendre parler ?.C\u2019est extraordinaire comme on est malheureux là-bas d\u2019avoir à envisager les adieux de quelqu\u2019un qui coûte si cher ! \u2026 Réalisme et cohérence Non, vraiment, il faut remettre les fédéralistes dans leur bon sens.Chez nous, le sens historique, l\u2019intuition, la rai- son, le sentiment, le respect de nous-mêmes et même les chiffres sont d\u2019accord.Chez nous, messieurs, nous ne disons pas que nous voulons garder quelqu\u2019un parce qu\u2019il nous pèse.On n\u2019entend pas pareilles incohérences à la maison.On trouve ici qu\u2019elles ont un air de numéro comique.Nous ne proclamons pas non plus pour nous- mêmes la nécessité de nous rendre plus faibles, par exemple en échouant au référendum.Nous n\u2019envisageons pas d'aller négocier en prenant préalablement la précaution de brûler nos atouts.Chez nous, nous savons ce que c\u2019est que la négociation, mes malins.Par conséquent, on ne nous entend pas dire qu\u2019il faille d\u2019abord nous abaisser pour pouvoir nous relever ensuite.Ici, mes chers, nous ne prétendons pas que l\u2019histoire nous fait des sourires, ni qu\u2019elle ne nous est pas terriblement contraire.La plupart des indications nous forcent, nous, à envisager la réalité dans une perspective de dénouement : un dénouement et rien de moins puisque c\u2019est inscrit dans les signes les plus grands, un dénouement heureux ou malheureux, se dessinant déjà dans un certain lointain, un terme et non un vague passage.Ce n\u2019est pas pour l\u2019année prochaine, bien entendu; ceci n\u2019est pas non plus ce que j'entends.Il s\u2019agit d\u2019une problématique historique, certes, mais tout de même pressante, désormais pressante.Dans ces conditions, il faut d\u2019abord la voir comme elle est.Et puis, que faut-il faire, à chaque étape probable ?Il faut gagner.155 = tex re pr rr.2 es rc arose 2d = XTC ne fp fare rca Doc Been err Soe Meee cram near GE Eu 4 » A Roger Lenoir L\u2019élection du conseil de la ville de Montréal La victoire spectaculaire du Parti civique de Jean Drapeau nous a fait oublier qu\u2019en pourcentage du vote, le changement le plus important s\u2019est produit du côté de l\u2019opposition.Le Parti civique est passé de 49 à 55 pour cent, le RCM de 44 a 18 pour cent et le GAM de 0 a 26 pour cent.En quelques mois, Serge Joyal et son petit groupe ont réussi à se mériter la confiance d\u2019un plus grand nombre de Montréalais que le RCM en quatre ans, quatre ans durant lesquelles le RCM était le seul parti d\u2019opposition.La donnée première de cette élection, c\u2019est que le peuple a congédié son opposition officielle.Durant la campagne électorale on a dit que la bataille se livrait localement, district par district.Certes on travaillait fort dans certains coins, mais les résultats confirment plutôt les affirmations de Gérald Godin au lendemain du 15 novembre 1976 : \u201c\u201cL\u2019électorat porte d\u2019abord un jugement sur l\u2019administration précédente, puis il évalue le parti d\u2019opposition, \u2026 dans un comté, la partie la plus déterminante de la campagne électorale tient à des facteurs sur lesquels le candidat a fort peu d\u2019influence : les erreurs du pré- cédent gouvernement et les grandes manoeuvres du parti.\u201d (Possibles, volume 1, numéro 2, hiver 77).Par exemple, dans le district 44, ou je travaillais pour le RCM, le GAM parachuta un candidat à la dernière minute, un inconnu dans le quartier.Sa campagne se limita à des affiches et à l\u2019utilisation de l\u2019hebdomadaire local.Par contre le RCM disposait d\u2019un minimum d\u2019organisation, 157 ce qu\u2019il n\u2019avait pas en 74.La candidate était du district, elle fit du porte à porte et se servit non seulement du journal local mais réussit même à décrocher des articles dans des quotidiens.Bref, localement le RCM faisait campagne, le GAM pas.Résultats : Parti civique, 72.7 pour cent du vote, le GAM 15.5 pour cent et le RCM 11.8 pour cent.Cela nous ramène aux \u2018\u2018grandes manoeuvres du parti\u201d.Il y a eu les erreurs de la campagne électorale, par exemple choisir son candidat à la mairie cinq semaines avant le vote.Mais les querelles intestines et le manque de présence du parti \u2014 il y a un lien entre les deux \u2014 furent beaucoup plus néfastes.Je crois bien qu\u2019avant la campagne électorale la majorité des Montréalais avait oublié ou n\u2019avait jamais su le nom du parti d\u2019opposition à l\u2019hôtel de ville.Pour d\u2019autres, malgré les efforts de reconstruction, le RCM restait synonyme de sectarisme.Cela explique en outre partiellement la faiblesse de l\u2019organisation du parti : plusieurs militants du PQ ont refusé de s\u2019embarquer dans le RCM à cause de son image.Ils étaient pourtant sympathiques à son programme.On peut dénoncer le rôle des faiseurs d\u2019image en politique, mais l\u2019image d\u2019un parti est un outil aussi important que son organisation.De 74 à 78 on l\u2019a oublié souvent au RCM, a moins qu'on eat décidé de ne pas tenir compte de ceux qui avaient voté RCM en 74, de ne pas tenir compte de la majorité silencieuse.Cela aurait été mépriser beaucoup de monde.Je suppose que le RCM désire réaliser son programme.Aussi, sans minimiser l\u2019importance des autres besoins du parti, l\u2019objectif le plus important et le plus urgent à atteindre relativement à son image, c\u2019est pour le RCM de reprendre sa place d\u2019Opposition officielle dans l\u2019esprit des gens.Par exemple, les candidats du RCM pourraient assister aux assemblées du conseil de la ville.On devrait penser aux interventions publiques possibles.Constamment.Conférence de presse, prises de position, suggestions, questions, au conseil de ville et à l\u2019extérieur, à la télévision, dans les hebdos locaux, etc.Tout cela n\u2019est pas facile, je le sais.Mais je veux simplement souligner que le RCM doit se 158 risicacicien secure donner une politique de présence.On a écrit que le RCM était déchiré entre l\u2019électoralisme et l\u2019action à la base.En fait, pour réaliser son programme le RCM a besoin des deux.| 159 PEINTURE) RC ES a EEE production MEDIA-TEQ 947, Duluth est, Montréal.distribution commerciale MESSAGERIES LITTERAIRES DES EDITEURS REUNIS 6585, rue St-Denis, Montréal H2S 251, tel : 279-8476.Achevé d'imprimer en février 1979 aux ateliers de la Cie de l\u2019Eclaireur Ltée Beauceville, Qué.® pe EZ me = a =A 1 | J | ANY ih ining, NN Fr o NS verte EPS : À I Z AR) CS } A ad] SR 3 N Ld PP S h SS 4 4 j N su AN ee x \\ Gui = a A De ig pe Pd SN LA in Ey \\ 5) \\ A 7 AA Pe vy 77 4 N D S ce > E>.A > \\ 1 A Ÿ VA Eyre 4 7 Ne i Ÿ + l | { D .A za\u201d | ! _ Pd hs gs ae aN 1, 4 Lg GE Pe nd Ve D p PY x Ÿ ê ; (NE + \\ 7 | ON It | y \u2018| ?Nid = wz {id À ah! 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