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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
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Printemps - Été
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  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Possibles, 1979, Collections de BAnQ.

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[" | ossible VOLUME 3 * NUMÉRO 3/4 « Printemps été 1979 ER -285 J (s POSSIBLES EDUCATION \\ Qui s\u2019instruit s\u2019enrichit?\\ Refaire l'école Survivre après Créer ailleurs Avec ou sans l\u2019Etat\u201d Sur les chemins de l'autogestion le JAL tH Poèmes de François Charron et Robert Laplante oe PET eaten er - I Pry J À 3 ; 8 > x etn : 5 2 2; = I: A \u2018 2 A & à .2 he Le AA 2 p ia: g A g al a AO a as ; RER RL A pr 2 PR ex, oh al t) Lo Ie A Bo ; we pray pi EER pa as ro a EA bos foal, ee ee pk 5 Ba 5 kn toe ake 0 ax Te rs pe ee Let 0! A RET es te vf 2 RENIN oy vn me LE PPT 2 = SE = x cms AN re te £1 7 Soden we i FN cu = A Re ae a 8 Le 22 2 et Reet RL +e is Le AR rare =r mers rs RE FRATE FRA AAT CIR 2 al TTI SE écrin Mes 5 te see - RS ES lf TT EE ~ \u2014 - > AOE CORR PE TI ICO] Joys \u201cPUNE Ie pe REAR, (PEP LT py PEN IBIS) PREIS a RAR A ete Ry SNE NP PPS LL. possibles Vol.3,No 3/4 Boîte postale 114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec printemps été 1979 Comité de rédaction : Muriel Garon-Audy, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gau- vin, Roland Giguére, Gilles Hénault, Roger Lenoir, Gaston Miron, Marc Renaud, Marcel Rioux.Secrétaire de la rédaction : Robert Laplante SOMMAIRE EDITORIAL Qui s\u2019instruit s\u2019enrichit?André Allaire, Paul Bernard, Jean Renaud REFAIRE L\u2019ÉCOLE Quand les penseurs de la C.E.Q.veulent faire croire qu\u2019ils ont oublié Poulantzas Léon Bernier page 13 37 L\u2019école autogérée, une utopie?Roger-M.Raymond 55 Un MOI de cristal rayonnant d\u2019arc-en-ciel Jean-Paul Hautecoeur 63 Plaidoyer (régional) pour l\u2019art de l\u2019éducation selon l\u2019ordre de l\u2019univers Zabulon Dostie 77 Un projet d\u2019école pluraliste Guy Durand 85 Le jeu dramatique au primaire \u2014 approches Hélène Beauchamp 101 Innover au passé Alain Massot 111 SURVIVRE APRÈS Être prof au Cegep Raymonde Savard 121 \u201cA l\u2019Université, les étudiants étudient.\u201d L\u2019Université\u2026 déménager ou rester là Gabriel Gagnon CRÉER AILLEURS Éducation populaire autonome et école publique Michel Pichette L\u2019itinéraire d\u2019un \u201canimateur social\u201d: des chantiers d\u2019Emmaus à la Ligue communiste (marxiste-léniniste) du Canada Entrevue réalisé par Marc Renaud La place singuliére de I'l.C.E.A.sur le front éducation Paul Bélanger AVEC OU SANS L\u2019ÉTAT Quelle éducation?Quelle culture?Marcel! Rioux PASSÉ SIMPLE Le passé simple François Charron LE J.A.L.OÙ QUAND L\u2019'AUTOGESTION TROUVE LA CLEF DES CHAMPS Gabriel Gagnon La coopérative du J.A.L.: des rapports nouveaux entre la population et les travailleurs Robert Carrier Paroles de femmes.du J.A.L.Carmen Quintin ENTURES Entures Robert Laplante Frans 135 155 167 183 193 203 213 221 225 243 275 COURTE POINTES et POINTE SÈCHES Cité libre fut un salon Pierre Vadeboncoeur 283 Cent cinquante ans de lutte Gabriel Gagnon 287 Les enfants des normes: un choc nécessaire Lise Gauvin 289 ca X K 3 x A X X x AR X A X A eo X KX A X AK CL & A X XK ) C oY ÉDITORIAL L\u2019éducation constitue le plus vieux apport social, en fait rapport de survie : se survivre à soi-même, se perpétuer dans la continuité, y ancrer ses racines pour mieux se projeter dans l\u2019avenir.Traditionnellement cette dialectique s\u2019est traduite par un appui sur les anciens et la projection des espoirs dans la jeunesse.Mais, à mesure que les sociétés se sont complexifiées, ont spécialisé leurs fonctions, l\u2019école s\u2019est accaparé ce champ de l\u2019éducation : porteuse officielle des produits de la mémoire collective et outil privilégié de la réalisation du projet sociétal.Aussi, par-delà la volonté de continuité, l\u2019école devient-elle enjeu social : le savoir accumulé est source de pouvoir: pour qui le contrôle.Certains ont même fait de la lutte pour ce contrôle la caractéristique spécifique de la société post-industrielle.C\u2019était sans doute oublier qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une bien vieille histoire \u201cQuand un peuple est difficile à gouverner, c\u2019est qu\u2019il en sait trop long\u201d, écrivait Lao-Tseu six cents ans avant J.C.Mais c\u2019était également reconnaître un déplacement des rôles et du principe de légitimité à ce sujet : jadis les anciens étaient les détenteurs incontestés de ce pouvoir, aujourd\u2019hui ce sont les spécialistes.Les premiers tiraient leur légitimité de la tradition, les deuxièmes, de la science.Ce qui modifie évidemment les règles du jeu.En effet, la science se caractérise par une capacité de renouveau accéléré : son acquis se disqualifie rapidement d\u2019où la rapide obsolescnece de l\u2019éducation reçue mais également la disqualification de toute connaissance non sanctionnée par l\u2019institution.La lutte autour de l\u2019école est donc également lutte pour le monopole du sens de la connaissance, de la connaissance pertinente, utile et de la compétence.Avec l\u2019anathème dont la force croît à mesure que s\u2019élargit l\u2019accès à l\u2019école : hors de l\u2019institution, point de savoir.Anathème d\u2019autant plus sérieux que le passage à l\u2019école débouche sur une allocation des places dans le système de production et par conséquent dans la hiérarchie sociale : gare de triage permettant d\u2019aiguiller sur des voies aux destinations clairement prédéfinies, les \u2018\u201c\u2018aptes\u2019\u2019 et les \u2018\u201c\u2018inaptes\u2019\u2019.Car en plus de son contrôle sur le savoir, l\u2019école dispose également de la responsabilité d\u2019y définir les règles de sa dispensation et les critères de réussite.La société industrielle fondée sur la division des fonctions au sein du système de production a donc fait de l\u2019école un instrument parfaitement adapté à ses besoins.Et l\u2019on n\u2019arrive plus à sortir de cette chaîne où l\u2019école ne peut être motivée que par un système de places prédéterminées à combler, ne peut donc que reproduire, jamais constituer un moteur.Au Québec, la réforme de l\u2019éducation au moment de la révolution tranquille consacre ce branchement de l\u2019éducation sur les exigences d\u2019un projet de développement (rattrapage) économique : celui-ci passe par la production d\u2019une main-d\u2019oeuvre hautement qualifiée, les spécialistes, les experts.Les programmes et les structures scolaires dès lors mises en place portent la trace profonde de cette réorientation : nécessité de former des spécialistes, nécessité qui s\u2019appuie sur la seule confiance dans l\u2019expertise et se traduit par l\u2019instauration d\u2019un enseignement éclaté, sans principe unificateur.On assiste dès lors, au sein de l\u2019école, à une dépossession du rôle d\u2019 \u2018\u2018éducateur\u2019\u2019 lequel est remplacé par une nuée de spécialistes (article de R.Savard et G.Gagnon).Situation qui a d\u2019ailleurs l\u2019heureux effet de désamorcer un mécanisme dangereux, un lieu de pouvoir : avec la montée de la part des laïcs dans l\u2019enseignement, l\u2019exper- 8 RRNA EME CEE tise devient l\u2019antidote rêvé contre la prise de contrôle de nouvelles idéologies dont on ne saurait certes espérer la docilité à laquelle l\u2019enseignement confessionnel nous a habitués.Elimination de l\u2019idéologie derrière la soi- disant neutralité des savoirs spécialisés.Et l\u2019étudiant perdu, sans gouvernail, dans cet incessant va-et-vient entre les détenteurs de compétences spécifiques.Pourtant, l\u2019on s\u2019étonne que le produit soit de moins bonne qualité qu\u2019avant, que l\u2019éducation soit moins efficace que jadis, que les jeunes soient moins bien formés.Désenchantement et nostalgie qui débouchent trop souvent sur une volonté de retour en arrière, vers un passé révolu.Pis encore, nostalgie qui amène à juger le présent à partir des critères de l\u2019hier : l\u2019on accuse alors le professeur de manquer de ce dévouement qui permettait d\u2019idéaliser le religieux.À cette attaque s\u2019ajoute la proie facile de ce qui est innovateur donc marginal : on condamne les pédagogies nouvelles dont on n\u2019a pourtant même pas fait l\u2019effort d\u2019une implantation à grande échelle.Responsabilité reportée sur l\u2019engagement individuel ou sur l\u2019innovation.Et pourtant on est poussé à consommer de plus en plus de ce nouveau produit qui se dévalue à mesure qu\u2019il se répand (article de P.Bernard, J.Renaud, A.Allaire).Ainsi réduite, l\u2019école échappe donc à ses principales composantes : les professeurs que tout pousserait à se rabattre sur une lutte corporatiste ou des revendications économiques, les étudiants qui doivent se gaver de plus en plus de connaissance pour conjurer le danger de l\u2019élimination en cours de route ou la crainte de la mise à l\u2019écart à la sortie (entrevue de P.Dandurand, M.Fournier, M.Garon-Audy).Ainsi l\u2019école, nouveau dépositaire du monopole de la fonction éducative en connexion étroite avec le système de production, en arrive-t-elle à désamorcer les principaux mécanismes de contestation intérieure.Contestation menant d\u2019ailleurs à des réformes plus ou moins vaines puisqu\u2019il paraît évident qu\u2019on ne change pas la vie si on ne change que l\u2019école.Situer la lutte pour la transformation du sens et des 9 structures de l\u2019éducation dans l\u2019école n\u2019est donc pas tâche facile.Quand la C.E.Q.présente son projet de réforme, elle est prise dans des ambiguïtés terribles : l\u2019égalité de tous qui y est prônée au secondaire fournit certes à tous l\u2019assurance de partir du même pied dans la course\u2026 mais c\u2019est précisément cette course et sa rationalité qui étaient dénoncées au départ (article de L.Ber- nier).Faut-il dès lors abandonner l\u2019école comme lieu de lutte pour le changement, comme lieu de création ?Ce serait lâcher trop vite un trop gros morceau.Si l\u2019école est à ce point efficace pour la transmission des principes de base d\u2019un système fondé sur l\u2019individualisme et la compétition (principes de destruction de la communauté), elle peut également constituer un lieu privilégié pour la déconstruction de ces schèmes.A cette fin des principes élémentaires doivent être battus en brèche : celui entre autres de la hiérarchie des savoirs (théoriques, techniques, concrets) qui fonde la hiérarchie des fonctions et des individus (article de A.Massot).D\u2019au- .tres doivent être mis de l\u2019avant : instauration d\u2019une po- lyvalence réelle, du sens de la collectivité, du respect des différences qui ne conduise pas à la mise sur pied de réseaux parallèles ségrégationnés (article de G.Durand).Travail de conscientisation qui passe par le renouveau des objectifs, des contenus, des pédagogies (articles de J.-P.Hautecoeur et Z.Dostie), tout autant que des structures (article de M.Raymond), et qui appelle également une participation élargie de la collectivité, notamment celle des parents, longtemps les grands exclus du système (consécration du cloisonnement vie publique/vie privée) : voie étroite certes, mais réelle pour briser le carcan du monopole de la connaissance sanctionnée et des hiérarchies qu\u2019elle fonde.Mais ce résultat ne saurait passer uniquement par l\u2019école, puisque ce serait entériner son monopole sur le savoir.Toute une série d\u2019expériences sont actuellement tentées; les unes visent à faire bénéficier une plus large masse des connaissances produites et accumulées socialement et auxquelles seuls les initiés ont jusqu\u2019à présent 10 es eu accès (tant par la connaissance de leur existence que par la capacité de leur défrichement); les autres à mettre de l\u2019avant des valeurs et des modes d\u2019action nouveaux : apprentissage de l\u2019action collective et de la solidarité, appropriation des moyens nécessaires pour le contrôle et l\u2019orientation de cette action.Là tout est à inventer : l\u2019école a obnubilé toute la conscience des modes d\u2019apprentissage.De nouveaux modes sont à susciter, acte d\u2019auto-création qui seule permettra à la collectivité de sortir de l\u2019ornière dans laquelle elle s\u2019est enlisée (articles de M.Pichette , de P.Bélanger et entrevue de M.Renaud).À cet égard, le cas du JAL qui constitue le sous- thème de ce numéro paraît exemplaire.C\u2019est dans ce sens plus englobant, centré sur l\u2019éducation et non sur l\u2019école que le présent numéro a été construit : sens élargi refusant d\u2019enfermer l\u2019éducation dans un système dont l\u2019extéro-détermination fait ressortir la futilité ou le continuel danger de récupération des transformations entreprises de l\u2019intérieur; sens basé sur une conception de la société comme lieu de surgissement et de création qui, par intervalles, s\u2019oublie comme tel, ne s\u2019ose pas tel.Comment situer le rôle de l\u2019Etat québécois dans cette perspective élargie ?(article de M.Rioux).La publication récente d\u2019une série de \u201clivres\u201d sur les différents paliers du système scolaire témoigne elle aussi de la difficulté de modifier de l\u2019intérieur les règles du \u201c\u201csystème\u201d d\u2019éducation qui le lient au \u201csystème\u201d de production (article de A.Massot).Pourtant à côté de ces analyses, le projet de changement du statut politique d\u2019une société s\u2019appuyant sur la réalité d\u2019un projet culturel marque, au niveau des pratiques éducatives, un défi inégalé : celui de participer à l\u2019oeuvre de re-découverte et de re-création d\u2019une identité nationale.Mais l\u2019Etat fait face, à cet égard, à la difficile tâche de stimuler de façon centralisée une orientation qui s\u2019appuie sur la capacité d\u2019un peuple de s\u2019auto-créer et de s\u2019auto-pro- pulser.Danger du nivellement qui détruit les variantes (ou déviations) locales du projet collectif; tendance à bouffer les initiatives, se les approprier ou simplement à 11 A LA i} ih i RQ Ii Ï ME RER x Ces laisser mourir (par exemple en leur retirant leur financement) celles qu\u2019on ne peut absorber et dont l\u2019orientation menace la belle harmonie rêvée; tendance à centraliser, à réduire le pouvoir des instances intermédiaires, à \u201c\u201csusciter\u2019\u2019 d\u2019en haut des approches de type auto-ges- tionnaire (tels les comités d\u2019école), tendances qui toutes ont pour effet un renforcement de la technocratie, c\u2019est-à-dire, une désappropriation collective du projet sociétal.Uniformisation et centralisation qui semblent une fois de plus rattachées à la peur dont on a pourtant voulu nous afrranchir : peur du caractère subversif de la création collective, de la création de soi qui, si elle est ancrée dans une mémoire collective, n\u2019en demeure pas moins essentiellement projet, donc changement plus ou moins prévisible puisqu\u2019il mobilise des énergies diverses.S\u2019il veut favoriser cette création, l\u2019Etat doit à son tour se débarrasser de cette peur du caractère explosif du projet qu\u2019il met de l\u2019avant, en assumer les risques et prendre conscience du caractère paralysant pour la réalisation de cette oeuvre, qui nécessite la participation de toute la collectivité, du paternalisme qui sape la capacité de création des principaux acteurs concernés.Muriel Garon pour le comité de rédaction 12 André Allaire, Paul Bernard, Jean Renaud * Qui s\u2019instruit s\u2019enrichit?Il y a 16 ans, en avril 1963, paraissait le premier volume d\u2019un rapport qui donnait le coup d\u2019envoi d\u2019une gigantesque entreprise de réforme institutionnelle et de modernisation de la société québécoise.Le Rapport Parent, qui remodelait entièrement notre système d\u2019éducation, proposait une nouvelle synthèse, une nouvelle mise en cohérence des intérêts individuels et du bien commun : \u201cle développement économique de la province de Québec semble suivre cette courbe : les emplois primaires diminuent rapidement, les emplois secondaires deviennent assez stables, les emplois tertiaires se multiplient.C\u2019est vrai de la société en général, c\u2019est vrai de l\u2019usine.\u201d Ainsi, \u201cl\u2019opinion se répand de plus en plus qu\u2019une bonne instruction permet de mieux gagner sa vie dans la société technologique actuelle.\u201d De même, \u201cinstruction est l\u2019un de ces besoins qui se développent avec l\u2019élévation du niveau de vie; mais elle est en même temps un des facteurs de cette élévation; elle serait ainsi tout à la fois cause et effet de l\u2019accroissement des richesses\u201d (Rapport Parent, première partie, pp.60-63).Nous serions ainsi entraînés par la chaîne sans fin du développement social et économique : à une société de plus en plus avide de connaissances et de compétence, notre système d\u2019éducation transformé fournirait des cohortes de jeunes de mieux en mieux préparés, de * Professeurs et chercheurs, Département de Sociologie, Université de Montréal.13 plus en plus polyvalents; ceux-ci y trouveraient également leur compte, il leur serait possible, comme Eric Segal le fait dire au héros \u2018\u2018harvardien\u201d de son Love Story, \u2018to do good and to make good at the same time\u201d.Comment expliquer, compte tenu de ces circonstances, le climat d\u2019amertume et de découragement qui entoure les discussions sur ce même thème au cours des années 70 ?Les forces traditionnelles semblaient pourtant en recul, l\u2019objectif d\u2019un accès généralisé à l\u2019éducation faisait l\u2019unanimité et des modernisateurs et de ceux qui souhaitaient un développement socialiste pour le Québec.Ce but n\u2019aurait-il pas été atteint, même après que nous y ayions consacré une part importante de notre effort fiscal ?Nous verrons plus loin que là n\u2019est pas l\u2019origine du problème.Celui-ci renvoie bien sûr à un grand nombre de phénomènes internes au monde de l\u2019éducation : gigantisme des institutions, bureaucratisation, etc.Mais il repose aussi, et c\u2019est crucial, sur une rupture, quasi indécelable au milieu du remue-ménage idéologique des années 60, des modes d\u2019articulation de l\u2019école et de la société.La chose comporte plusieurs aspects, et nous voudrions insister sur celui qui est le plus matériel : dans une économie secouée par des crises vécues à l\u2019échelle du monde occidental, il n\u2019y a plus de correspondance simple, quantitative et qualitative, entre la scolarisation et le marché du travail.Nombre d\u2019 \u201c\u2018évidences\u201d\u2019 se sont ainsi corrodées.Il n\u2019apparaît plus si clair que le marché du travail peut absorber l\u2019ensemble des nouveaux diplômés, même ceux de niveau élevé : en juin 1978, par exemple, les données de Statistique Canada révèlent que toutes les catégories d\u2019éducation ont des taux de chômage voisins du taux d\u2019ensemble, soit 10,9 pour cent, sauf les diplômés universitaires (5,0 pour cent); même les diplômés du niveau post-secondaire ont un taux très élevé, soit 9,6 pour cent.En corollaire, le taux de participation des cohortes de jeunes (c\u2019est-à-dire la proportion de jeunes de 15 à 24 ans qui sont sur le marché du travail), qui avait baissé considérablement de 1963 à 1972, a commencé depuis 14 une ascension qui le rapproche du niveau du début des années 60.La désarticulation entre l\u2019école et le marché reposerait en dernière analyse, si l\u2019on en croit des auteurs comme Braverman, sur une transformation des divisions sociale et technique du travail dans les société capitalistes avancées : loin de requérir massivement une main- d\u2019oeuvre hautement qualifiée, de telles sociétés décomposeraient le travail en le cantonnant à une simple exécution de tâches de plus en plus codifiées et vidées de toute substance.Les postes d\u2019encadrement créés dans la logique de ce processus seraient bien sûr plus abondants qu\u2019auparavant, mais ils ne compenseraient aucunement la tendance d\u2019ensemble à une dégradation du travail.La résultante la plus évidente, la plus facilement analysable de la désarticulation école / marché du travail, c\u2019est sans doute ce que l\u2019on a appelé l\u2019inflation de l\u2019éducation, c\u2019est-à-dire une course folle, mais en même temps logique et rationnelle, vers la scolarisation.Le phénomène comporte deux aspects indissolublement liés : l\u2019éducation s\u2019imposerait de plus en plus comme condition nécessaire pour \u201cgagner sa vie dans la société technologique actuelle\u201d; mais en même temps, étant donné la rareté relative des emplois intéressants et l\u2019âpreté des conditions d\u2019appropriation du revenu, un niveau d\u2019éducation donné conduirait, au fil du temps, à des situations socio-économiques de moins en moins intéressantes.En d\u2019autres termes, on obtiendrait de moins en moins de bénéfices professionnels pour son éducation; mais celle-ci dicterait de plus en plus les règles du jeu sur le marché du travail.Il faudrait donc courir de plus en plus vite pour rester sur place.Au \u201cqui s\u2019instruit s\u2019enrichit\u201d se substituerait graduellement uh \u201cqui ne s\u2019instruit s\u2019appauvrit\u201d.C\u2019est ce type d\u2019hypothèse que nous voulons mettre ici à l\u2019épreuve.Pour ce faire, nous comparerons deux groupes de travailleurs, qui sont entrés sur le marché du travail québécois entre 1960 et 1970 et entre 1971 et 1978 respectivement.Les nouveaux arrivants de la 15 période I jouissent dans l\u2019ensemble, de conditions favorables : la main-d\u2019oeuvre scolarisée est encore en pénurie.C\u2019est l\u2019inverse pour ceux de la période II : il y a surabondance de diplômés frais émoulus des structures scolaires réformées.Les données nécessaires à l\u2019analyse proviennent d\u2019une enquête par sondage, réalisée en ffvrier et mars 1978 auprès d\u2019un échantillon représentatif de la population active du Québec (N : 3893)*.Nous comparerons dans le temps la rentabilité de l\u2019éducation en terme de revenu au premier emploi (celui-ci étant bien entendu standardisé en dollars de 1977).Bien sûr, il aurait été intéressant de prendre en considération les modifications de l\u2019accès aux emplois eux-mêmes; mais une telle analyse est beaucoup plus complexe, particulièrement du point de vue sémantique.Le revenu, au contraire, nous offrira une image à la fois simple et précise du phénomène d\u2019inflation, ou si l\u2019on veut, de la dévaluation de l\u2019éducation.Signalons un dernier point avant de procéder à l\u2019analyse.On a toujours compté au nombre des objectifs de la réforme de l\u2019éducation une égalisation des chances, en particulier entre les sexes, et un rattrapage des anglophones par les francophones.En triant nos données selon ces clivages, il nous sera possible d\u2019une part de constater l\u2019évolution des écarts entre ces groupes, d\u2019autre part de voir comment se posent maintenant ces problèmes dans le contexte de la folle cours vers la scolarisation.* On trouvera toute l\u2019information pertinente sur la méthodologie de cette enquête dans : Paul Bernard, Jean Renaud, Andrée Demers et Diane Grenier, \u2018\u2018L\u2019évolution de la situation linguistique et socio-économique des francophones et des non- francophones au Québec, 1971-1978\u201d, rapport de recherche remis à l\u2019Office de la langue française du Québec, Montréal, janvier 1979, 150 p.Les recherches sur lesquelles se fonde cet article ont été subventionnées par l\u2019Office de la langue française du Québec, le ministère des Affaires sociales du Québec et le ministère de l\u2019Education du Québec (programme FCAC).16 1.Les premiers impacts de la réforme : l\u2019accroissement de la scolarité Avant d\u2019aborder comme telle la question de la rentabilité de l\u2019éducation, évaluons l\u2019accroissement de la scolarisation des individus qui sont entrés sur le marché du travail au cours de la présente décennie par rapport à ceux de la décennie précédente.Pour ce faire, la variable éducation a été découpée en cinq niveaux de scolarité correspondant \u201c\u2018grosso modo\u201d, à l\u2019heure actuelle, aux principales étapes du cursus scolaire québécois : l\u2019élémentaire (0-7 ans), le secondaire (8-11 ans), le collégial (12-14 ans), le premier cycle universitaire (15-17 ans) et les études universitaires avancées (18 ans et plus).Si nous nous en tenons aux années plutôt qu\u2019aux diplômes, c\u2019est que précisément ceux-ci (et la durée de scolarité qui leur est attachée) ont varié entre les deux périodes; le nombre d\u2019années a un sens plus univoque.Soulignons d\u2019ailleurs que chaque diplôme post-secon- daire exige maintenant une scolairté moins longue; toutes choses égales par ailleurs, ceci devrait tendre à atténuer chacun des deux phénomènes auxquels nous nous intéressons, soit l\u2019allongement de la scolarisation et l\u2019inflation de l\u2019éducation, de sorte que nos hypothèses vaudront a fortiori si elles s\u2019avèrent justes.La figure 1 présente l\u2019évolution des distributions pro- centuelles selon les niveaux d\u2019études entre les périodes I et II.De façon globale, on peut affirmer qu\u2019il s\u2019est produit un changement marqué dans la scolarisation de la population active québécoise : pour que les deux distributions soient identiques, il faudrait déplacer près d\u2019un individu sur cinq d\u2019un niveau d\u2019études à un autre.Il s\u2019agit bien entendu d\u2019un mouvement à la hausse puisque le mode, c\u2019est-à-dire le niveau d\u2019études qui compte la plus grande proportion d\u2019individus, s\u2019est déplacé du niveau secondaire (8-11 ans) au niveau collégial (12-14 ans).On notera aussi que la grandeur même du mode a progressé, passant de 37,9 pour cent de la population à 44,8 pour cent.Quelques chiffres de plus aideront sans doute à mieux 17 FIGURE] DISTRIBUTION PROCENTUELLE DES NIVEAUX DE SCOLARITE SELON LA PERIODE 1960-70 1971-78 50% 4004 30% 20% 10©6 8 .1 1 ._\u2014 \u2019 Lo 0-7 ans 0-7 ans 8-1 1 ans 8-11 ans 12-14 ans 12-14 ans 15-17 ans 15-17 ans 18 ans 18 ans NIVEAUX et plus et plus DE SCOLARITE \u2014a \u2014_\u2014 \u2014_\u2014 _ percevoir cette course vers la scolarisation.La presque totalité, soit 98 pour cent, des individus qui sont entrés sur le marché du travail entre 1971 et 1978, ont au moins de 8 à 11 ans de scolarité, contre 90 pour cent de la décennie précédente; 67 pour cent des entrants de la cohorte II ont au moins fréquenté les C.E.G.E.P.ou les anciens collèges classiques, contre 52 pour cent de la cohorte I.Chez ceux qui possèdent 15 ans et plus de scolarité, la situation a très peu changé entre les deux périodes.La réforme de l\u2019éducation apparaît donc plus démocratique qu\u2019élitiste, en ce sens qu\u2019elle a surtout touché la \u201cmasse\u201d, c\u2019est-a-dire les années de scolarité où se concentre actuellement le gros de la population active.Après avoir décrit l\u2019évolution de la scolarisation pour l\u2019ensemble de la main-d\u2019oeuvre, on peut se demander si la ligne générale qui se dégage de l\u2019examen de la première figure vaut toujours quand on compare les hommes aux femmes et les francophones aux non-francophones.A ce sujet, nos données révèlent que ce sont les hommes qui auraient le plus bénéficié de la réforme.Contrairement à ces derniers, les femmes n\u2019ont pas connu de changement du mode entre les deux décennies, celui-ci demeurant dans la catégorie 12 à 14 ans.De plus, l\u2019augmentation de la proportion des 12-14 ans est environ deux fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes (9,6 contre 4,9 pour cent).Les femmes demeurent néanmoins plus représentées à ce niveau que les hommes.Ainsi, 70 pour cent des femmes qui sont apparues sur le marché du travail entre 1971-78 ont au minimum 12 à 14 ans de scolarité, par rapport à 59 pour cent des hommes.Ce n\u2019est donc pas relativement à l\u2019éducation comme telle, mais bien plutôt sur le marché du travail même que se matérialise la situation d\u2019infériorité des femmes; à cela une unique exception : la sous-représen- tation marquée des femmes au-delà de 17 années de scolarité.L\u2019évolution de la distribution selon la langue d\u2019usage nous met en présence de deux modèles de distribution de l\u2019éducation assez différents.Les francophones sui- 19 to A Kl RI 4 fH: [3 IQ it Mi.Rx: ty Li A A ARON HM) * vent évidemment le méme profil que celui décrit pour l\u2019ensemble de la population active, c\u2019est-à-dire que le mode (tout en augmentant d\u2019une période à l\u2019autre) se déplace du niveau 8-11 ans de scolarité au niveau 12- 14 ans.Chez les non-francophones, on constate le même déplacement du mode, mais celui-ci diminue légèrement entre les deux périodes.Les francophones sont en fait beaucoup plus concentrés au niveau modal que les non- francophones (47 contre 34 pour cent).Mais cet avantage des francophones est vite repris par l\u2019autre groupe au niveau 15-17 ans : 28 pour cent des non-francopho- nes occupent ce niveau, par rapport à seulement 16 pour cent des francophones.La réforme a donc eu pour principal effet d\u2019accroitre considérablement l\u2019avantage proportionnel des non francophones au niveau 15-17 ans.Par ailleurs, au niveau 18 ans et plus, l\u2019écart qui favorisait les non-francophones à la période I disparaît à la période II.2.Accroissement de la scolarité et allocation des revenus au premier emploi Mais quel a donc été l\u2019impact de cette croissance sensible de la scolarisation sur ceux qui y ont participé ?Ont-ils tiré un profit appréciable de la prolongation de leurs études ou au contraire n\u2019ont-ils fait que de la course sur place ou pire encore, se sont-ils trouvés dans la situation paradoxale de gagner beaucoup moins en investissant beaucoup plus ?Pour répondre à ces questions, il nous faut comparer entre les périodes 1960-70 et 1971-78 le sort qui est fait aux sortants du système scolaire à leur premier emploi.Seul ce point, qui constitue le départ de la vie socioprofessionnelle des travailleurs, permet une analyse simple et directe de l\u2019impact de la croissance de la scolarisation d\u2019une période à l\u2019autre.En effet, tout autre découpage aurait permis aux facteurs d\u2019expérience et d\u2019ancienneté, que seuls possèdent les membres de la cohorte I, de venir masquer cet impact.20 EE A EN fm de La question de la dévaluation de l\u2019éducation entre les périodes I et II doit être abordée sous trois angles : y a-t-il eu changement de l\u2019espérance de revenu entre les deux cohortes ?Le nombre d\u2019années de scolarité diffé- rencie-t-il toujours les travailleurs quant à leurs revenus ?Et enfin, comment a évolué d\u2019une cohorte à l\u2019autre le rendement monétaire de chaque niveau d\u2019éducation ?On sait que le revenu réel moyen de la main-d\u2019oeuvre québécoise a crû sans arrêt de 1960 à aujourd\u2019hui, c\u2019est- à-dire que les revenus moyens ont connu une croissance plus rapide que l\u2019inflation.Par exemple, cette croissance a été de 21 pour cent pour la période allant de 1971 à 1977.On s\u2019attend dès lors à ce que les revenus des nouveaux travailleurs suivent cette tendance.On s\u2019y attend d\u2019autant plus que les membres de la cohorte II sont plus instruits que ceux de la cohorte I et qu\u2019il ne serait en conséquence que normal que ceux-là touchent un revenu supérieur.Paradoxalement, tel n\u2019est pas le cas.Loin de connai- tre un revenu plus élevé, les travailleurs qui ont commencé leur vie active entre 1971 et 1978, bien que globalement plus scolarisés, n\u2019ont touché qu\u2019un revenu moyen de $7,557 alors que celui-ci était de $8,499 pour la cohorte 1960-70.Plutôt que de bénéficier de l\u2019accroissement de la richesse, ceux qui sont entrés dans la population active après la réforme de l\u2019éducation ont connu globalement une baisse de revenu de 11,0 pour cent alors que la population active dans son ensemble s\u2019enrichissait.L\u2019allongement des études ne donne visiblement pas de bénéfices immédiats à ceux qui s\u2019y contraignent.Ce qui s\u2019est passé d\u2019une période à l\u2019autre c\u2019est que la croissance des effectifs ayant 12 ans et plus de scolarité a été accompagnée d\u2019une baisse de la valeur monétaire de presque chaque année d\u2019éducation.Ainsi, si l\u2019on se reporte aux deux premières colonnes du tableau 1, on constate que le revenu moyen annuel touché au premier emploi a baissé, de la période I à la période II, de près de $1,400 pour chaque niveau de scolarité de moins de 15 ans, alors qu\u2019il ne s\u2019est accru que pour ceux ayant 18 21 ans et plus d\u2019études.La dévaluation de l\u2019éducation a été plus rapide que la croissance des effectifs aux niveaux élevés du système scolaire.Il en est résulté une baisse des revenus moyens d\u2019ensemble au premier emploi.Par ailleurs, il ne faut pas en déduire que l\u2019éducation n\u2019est devenue qu\u2019un bien de consommation, inutile sur le marché du travail : en 1971-78 tout comme en 1960- 70, chaque année de scolarité acquise au-delà de la onzième améliore le revenu qu\u2019un travailleur peut espérer obtenir.La course entre la dévaluation de l\u2019éducation et le prolongement des études est semblable à une progression vers le haut dans un escalier roulant qui descend; plus l\u2019escalier ira vite plus il faudra courir pour rester sur place et plus de gens courront plus l\u2019escalier ira vite.Ainsi, alors qu\u2019en 1960-70 il suffisait d\u2019avoir entre 12 et 14 ans d\u2019études pour toucher le revenu moyen de cette cohorte, il faut en 1971-78 entre 15 et 17 ans de scolarité pour obtenir ce même revenu.Cette analyse est confirmée par la régression du revenu sur l\u2019éducation (mesurée par des variables poly- dichotomiques cumulatives).A la figure 2 où ces équations sont représentées, il est en effet clair que la courbe de la période II est plus basse que celle de la période I pour la zone 0-14 ans de scolarité, c\u2019est-à-dire que dans cette zone, un même nombre d\u2019années d\u2019études paye moins aujourd\u2019hui qu\u2019auparavant.Le seul point où il n\u2019y a pas de différence entre les deux courbes, c\u2019est-à- dire le point où une certaine scolarisation a la même valeur monétaire pour les 2 périodes est la zone 15-17 ans.Ce niveau de scolarité ne serait pas affecté par la dévaluation de l\u2019éducation alors que tous les niveaux plus bas le sont; c\u2019est également ce niveau qui a connu la plus petite croissance numérique de ses effectifs.A l\u2019opposé, les scolarités de niveau 8-11 représentent le cas ultime de déqualification des diplômes : alors que ce cycle est saturé, il perd toute valeur marchande puisqu\u2019il ne réussit pas à générer un revenu supérieur à celui de l\u2019élémentaire (0-7 ans).Une telle constatation n\u2019est pas sans jeter un doute sur la valeur réelle 22 AAI ATT 4 INT CN \u20ac> 22 Pres ae oF mn \u2026 TABLEAU 1 Moyennes de revenu au premier emploi (en $ 1977), selon le niveau de scolarité, le sexe et la langue d\u2019usage, pour les périodes de 1960-70 et 1971-78.SCOLARITE Hommes Femmes Francophones Non-francophones 1960-70 1971-78 1960-70 1971-78 1960-70 1971-78 1969-70 1971-78 1960-70 1971-78 0-7 ans $7,391* $5,928 $7,872 $6,809 $5,334 $5,205 $7,610 $5,527 $5,428 $8,615 (82) (15) (66) (7) (16) (8) (74) (3) (8) (2) 8-11 ans $7,238 $5,914 $7,671 $6,614 $6,276 $4,922 $7,196 $5,778 $7,599 56,756 (316) (281) (218) (165) (98) (116) (283) (242) (33) (39) 12 - 14 ans $8,339 \"$6,862 $9,188 $7,423 $7,203 $6,335 $8,155 $6,824 $9,841 $7,191 (241) (435) (138) (210) (103) (226) (217) (390) (25) (45) 15 - 17 ans 10,739 10,092 11,044 10,454 10,153 9,697 10,839 10,269 9,870 9,420 (130) (176) (86) (92) (45) (84) (115) (139) (16) (37) 18ansetplus 11,923 13,629 12,134 14,926 10,663 10,334 11,283 13,599 15,069 13,825 (70) (42) (60) (31) (10) (11) (88) (37) (12) (6) ENSEMBLE* 8,499 7,557 9,041 8,163 7,375 6,874 8,394 7,384 9,320 8,650 (839) (949) (568) (505) (272) (445) (747) (821) (94) (129) Rapport 1971-78/1960-70 89.0 p.c.90,3 p.c.93,2 p.c.88,8 p.c.92 8 p.c.* Les fréquences et les moyennes sont pondérées et arrondies; cela explique leurs légères fluctuations d\u2019une colonne à l\u2019autre. des divers programmes fédéraux et québécois de formation de la main-d\u2019oeuvre et de reclassement qui opèrent précisément à ce niveau scolaire dans le but d\u2019aider les chômeurs et les moins bien nantis.A la baisse de la rentabilité de l\u2019éducation entre les périodes comparées, qui touche tous les niveaux scolaires sauf les niveaux supérieurs, s\u2019ajoute un autre phénomène qui vient assombrir encore plus l\u2019image de l\u2019éducation : le nombre d\u2019années d\u2019études détermine deux fois plus fortement (16,1 vs 8,8 pour cent) le revenu dans la période II que dans la période I.En soi, un tel constat n\u2019est ni bon ni mauvais; il témoigne du fait que la scolarité est maintenant plus importante dans l\u2019allocation des revenus et qu\u2019elle les détermine de façon plus systématique.L\u2019ambivalence vient plutôt de ce que ce passage à une société plus régimentée se produit au moment même où l\u2019éducation perd de façon importante sa capacité de donner accès à des revenus plus élevés.3.Et l\u2019égalité des sexes et des groupes linguistiques ?Les deux tendances qui viennent d\u2019être décrites, soit l\u2019allongement de la scolarisation et la baisse de son rendement monétaire pour les niveaux inférieurs à 15 ans, à la suite de la réforme scolaire des années 60, ont également eu des effets sur l\u2019égalisation des chances d\u2019accès aux revenus selon les sexes et les langues.Les figures 3 et 4 représentent l\u2019évolution du rendement de l\u2019éducation selon ces clivages.Dans ses grandes lignes, le profil général dégagé à la section précédente s\u2019applique à chacun des groupes, c\u2019est-à-dire que pour chacun de ceux-ci le rendement de l\u2019éducation a connu une baisse de la période I à la période II pour toutes les années d\u2019études ou se retrouve, en 1971-78, une forte proportion de travailleurs.Mais cette modification s\u2019est faite à des rythmes différents d\u2019un groupe à l\u2019autre, de telle sorte qu\u2019il y a eu globalement une diminution de l\u2019écart salarial hommes-femmes \u2014 celui-ci passant de 22,6 à 18,8 pour cent \u2014 et un accroissement 24 FIGURE 2 REGRESSION DU REVENU AU PREMIER EMPLOI PAR ANNEES DE SCOLARITE REGROUPEES, SELON LA PERIODE REVENU ($ 1977) 1971-78 / / 13,000 / / / 1960-70 14,000 12,000 11,000 Le 10,000 >/ 9,000 \u201c7 8,000 ; 7 1960-70 .EN 7,000 Tree / i ~~ 6.000 197178 > \u2014\u2014 7 5,000 4,000 0-7 8-11 12-14 15-17 18 et plus ANNEES DE SCOLARITE des écarts entre francophones et non-francophones (de 11,0 à 17,1 pour cent).25 FIGURE 3 REGRESSION DU REVENU AU PREMIER EMPLOI PAR ANNEES DE SCOLARITE SELON LA PERIODE ET LE SEXE REVENU ($ 1977) HOMMES 1971-78 14,000 13,000 HOMMES 1960-70 12,000 \u201c- FEMMES \u20181971-78 : FEMMES 11,000 C _ 1960-70 10,000 9,000 HOMMES 8,000 1960-70 HOMMES 7,000 1971-78 FEMMES / 1960-70 , FEMMES 1971-78 ANNEES DE SCOLARITE 12-14 15-17 18 et plus : FIGURE 4 REGRESSION DU REVENU AU PREMIER EMPLOI PAR ANNEES DE SCOLARITE, SELON LA PERIODE ET LA LANGUE D\u2019USAGE NON- NON- FRANCOPHONES FRANCOPHONES 1971-78 1960-70 REVENU re = ($ 1977) FRANCOPHONES FRANCOPHONES 1971-78 PR 0 17,000 Es 1 16,000 Es A 5 15,000 RE JES So Al 14,000 ° ° 13,000 12,000 11,000 10,000 9,000 ANNEES DE SCOLARITE 0-7 8-11 12-14 15-17 18 et plus Ce tt ay DER CHER Il y a deux types de causes à ces transformations.D\u2019une part, ces groupes n\u2019ont pas prolongé dans la même mesure leurs études entre les périodes I et II.D\u2019autre part, ils ont été inégalement touchés par la perte du \u2018\u2018pouvoir d\u2019achat\u201d\u2019 de l\u2019éducation.Ainsi, alors que seuls les hommes ayant au moins 15-17 ans de scolarité ont été à l\u2019abri de l\u2019inflation de l\u2019éducation, chez les femmes ce seuil est plus près de la zone 12-14 ans.Il en est résulté un rapprochement entre hommes et femmes pour l\u2019ensemble des années allant de 12 à 17 ans de scolarité.Or, ce niveau comprend la majorité des gens de chacun des deux sexes.Par ailleurs, pour les niveaux de scolarité plus faibles et plus forts (0-11 et 18 et plus) le désavantage des femmes s\u2019est accentué.Mais si l\u2019on tient compte de l\u2019ensemble des catégories d\u2019éducation, cette tendance a été contrebalancée par la première, de telle sorte qu\u2019il y a eu, en moyenne, rapprochement entre les revenus des hommes et des femmes Cette évolution n\u2019était pas absente dans les intentions des auteurs du Rapport Parent, mais elle apparaissait moins centrale que le rattrapage des anglophones par les francophones.Or, si ce rattrapage s\u2019est effectivement traduit par un allongement sensible des études de la part des francophones, il nous faut aujourd\u2019hui constater que non seulement les non-francophones ont eux aussi prolongé leurs études, ce qui mène à une course sans fin, mais aussi, et la chose apparait plus marquante, l\u2019évolution des rendements de l\u2019éducation a nettement bénéficié aux non-francophones.En effet, alors qu\u2019à la période I francophones et non- francophones ayant 15 à 17 ans de scolarité pouvaient espérer toucher le même revenu à leur premier emploi, cela n\u2019est plus possible à la période II.Pour tous les niveaux de scolarité les non-francophones ont, après la réforme de l\u2019éducation, un revenu supérieur à celui des francophones.Le rattrapage linguistique via l\u2019éducation est donc doublement en panne.4.Les contradictions des sociétés libérales 28 sui Résumons tout d\u2019abord les résultats de notre recher- : che.En ce qui concerne l\u2019évolution du stock d\u2019éduca- { tion entre les périodes I et II, c\u2019est-à-dire en gros avant : et après la réforme de l\u2019éducation, on note : \u2014 une hausse de la scolarisation, particulièrement 1 sensible dans la catégorie des 12 a 14 années d\u2019études; \u2014 chez les femmes, une hausse de la scolarisation 5 moins marquée que chez les hommes; 3 \u2014 une augmentation sensible des écarts entre francophones et non-francophones en faveur de ces der- 5 niers au niveau 15-17 ans; de Quant à la rentabilité de l\u2019éducation, la situation est la ce suivante : te 5 \u2014 l\u2019éducation est maintenant plus importante qu\u2019auparavant dans la détermination du revenu; \u2014 une éducation plus élevée conduit bien sûr encore à un revenu plus élevé, mais ce que rapporte un niveau donné d\u2019éducation a diminué entre les périodes I et II; \u2014 seuls font exception à la règle précédente ceux qui ont terminé 15 années et plus d\u2019études, et particu- a lièrement ceux qui ont atteint 18 années et plus; dans ce cas, on échappe a la dévaluation de l\u2019édu- a cation; CE \u2014 l\u2019écart entre les hommes et les femmes a dans l\u2019en- Te semble légèrement diminué, cela étant dû principalement au rapprochement des rentabilités dans la zone 8 à 14 ans; \u2014 enfin, la zone d\u2019égalité des rentabilités entre groupes linguistiques qui existait à 15-17 ans en période I est disparue, de sorte que maintenant les non- | francophones tirent de tous les niveaux d\u2019éduca- | tion des avantages monétaires supérieurs à ceux des i | francophones.Compte tenu de ces résultats, la réponses à notre question de départ apparaît claire.Le slogan \u201c\u2018qui s\u2019ins- 29 truit s\u2019enrichit\u201d est loin de s\u2019appliquer à tous.L\u2019accès plus généralisé à l\u2019éducation a partiellement ravi à cette \u2018 Ï dernière son caractère de voie privilégiée vers le succès p 3 socio-professionnel.Plus précisément, seuls ceux qui at- 3 teignent le niveau des études supérieures réussissent a en 0 8 tirer, durant la présente décennie, des bénéfices supé- à i rieurs à ce qu\u2019ils étaient durant les années 60.De plus, d a et cela aussi bien dans la première que dans la seconde i i période, I\u2019éducation ne commence a étre rentable qu\u2019à D A partir d\u2019un certain seuil (12-14 ans).it i Doit-on interpréter ces phénomènes comme une sim- Do 5 ple anomalie de la courbe de rentabilité de l\u2019éducation ?I I I faut, nous semble-t-il, aller au-delà et tenter de com- § 0 | prendre les mécanismes sous-jacents a cette situation : co \u2018 les modes d\u2019opération de la variable éducation sur le 1 qu i marché du travail et leur partielle désarticulation.Dans | wm i un premier temps, on pourrait ne voir dans l\u2019inflation de 8 io 3 l\u2019éducation qu\u2019un problème d\u2019ajustement des stocks g 3 d\u2019emplois et de main-d\u2019oeuvre qualifiée, appelant des ; techniques de \u2018\u2018fine tuning\u201d analogues à celles qui sont ner 3 si chères à beaucoup d\u2019économistes depuis Lord Keynes.1 ut i Mais ce serait là une analyse fort paradoxale : on abouti- un i rait à transformer un phénomène de déséquilibre massif É rh ; \u2014 avec tout ce qu\u2019il comporte d\u2019irrationalité, et de i chronique sous-utilisation des qualifications de la main- M d\u2019oeuvre \u2014 en une occasion de plus pour chanter les que louanges du modèle d\u2019équilibre.Ce serait oublier les ori- sont 3 gines de ce déséquilibre, renoncer a rechercher les régles à cel f de sa genese.ment 3 Loin de correspondre seulement a un ensemble d\u2019apti- empl : tudes qui trouvent à se transiger sur un marché et dans 4 my un système de production qui en serait avide, l\u2019éduca- ey tion se présente aussi comme le fondement, ou du moins fe comme la possibilité d\u2019un monopole.Dans cette pers- al pective, sa caractéristique dominante, du point de vue Ie de sa rémunération, serait moins d\u2019étre utile que d\u2019étre rare.En d\u2019autres termes, non seulement certains individus ont, a cause de leur appartenance sociale, la capacité de poursuivre leurs études pendant suffisamment longtemps pour être à l\u2019abri de la dévaluation de l\u2019éducation, ling ny Wp ton, I ie 30 I TR I RR I TR RN mais encore c\u2019est de l\u2019ensemble des décisions prises par ces individus pour garantir leur privilège que résulte le phénomène même de l\u2019inflation.Ce résultat ne renvoie cependant pas qu\u2019à lui-même ou à des mécanismes de rééquilibrage plus ou moins automatiques.Nous voudrions insister sur certaines conditions essentielles qui président à cette érosion du bien collectif qu\u2019est la valeur de l\u2019éducation.Pour que ce phénomène puisse se produire, il faut que l\u2019évolution du stock d\u2019éducation ait une certaine autonomie par rapport à celle des emplois, ce que l\u2019on retrouve actuellement dans les sociétés dites libérales.Dans ces sociétés, d\u2019une part, la poursuite des études se présente largement comme l\u2019aboutissement de décisions personnelles; ce qui veut dire, si l\u2019on ne se laisse pas aveugler par cette perspective individualiste et volontariste, que les conditions \u2014 toujours socialement déterminées \u2014 de l\u2019accès à l\u2019école sont gérées de façon libérale.Cela signifie non seulement que le nombre de places scolaires est relativement extensible, mais surtout que les alliances de classes entre la bourgeoisie et la petite bourgeoisie, voire certaines fractions de la classe ouvrière, ont pour prix le relative ouverture du système scolaire.Mais d\u2019autre part, comme nous l\u2019avons dit, une logique toute différente s\u2019applique aux emplois.Ceux-ci sont créés dans la perspective d\u2019un profit, et ils doivent à cela leurs principales caractéristiques.Plus spécifiquement, les sociétés de capitalisme avancé multiplient les emplois d\u2019exécution, tendance qui à son tour s\u2019accompagne de la création de nombreuses fonctions d\u2019encadrement et d\u2019organisation du travail.Dans cette perspective, rien ne garantit une harmonisation quantitative et qualitative avec la variable éducation : le nombre et le type de fonctions de cadres, professionnels, semi-pro- fessionnels et techniciens n\u2019est pas forcément en correspondance avec l\u2019afflux de diplômés; et surtout, beaucoup d\u2019emplois ayant été réduits à des tâches d\u2019exécution, l\u2019éducation n\u2019y est plus corrélative à la performance et donc n\u2019y est guère rémunérée.31 Ces contradictions, cette désarticulation entre l\u2019école et le marché du travail a dans nos sociétés des conséquences sociales et politiques importantes.Elle engage génération après génération dans ce que les Américains appellent le \u2018\u2018rat race\u201d, la course effrénée, la compétition, voire la guerre, de tous contre tous.L\u2019image de l\u2019escalier roulant, que nous avons employée ci-haut, ou encore celle de la vague que chevauche le \u2018\u2018surfer\u2019\u201d\u2019 sur sa planche traduisent bien tout ce qu\u2019il y a de précaire dans cette situation.De précaire et d\u2019amer, comme on peut le constater dans des situations à l\u2019italienne, où le chômage et le sous-emploi des jeunes, et en particulier celui des diplômés, sert de fond de scène à la violence et révèle la fragilité des institutions.Au Québec, les mêmes pressions des diplômés sur le marché du travail sont à l\u2019origine, entre autres, du problème des chargés de cours universitaires.Nous n\u2019avons évoqué jusqu\u2019ici que les conséquences politiques de l\u2019agrégation des stratégies individuelles; mais qu\u2019en est-il des stratégies collectives elles-mêmes ?Ne peut-on penser que l\u2019investissement massif des Québécois dans l\u2019éducation, s\u2019il a provoqué une inflation de l\u2019éducation au plan individuel, a au moins mieux qualifié la main-d\u2019oeuvre et permis un double rattrapage : celui du Québec par rapport aux autres sociétés occidentales, et celui des francophones par rapport aux non-francophones ?En ce qui concerne le Québec dans son ensemble, il faut situer le rattrapage que nous avons connu dans le contexte de l\u2019accroissement de la scolarisation dans toutes les autres sociétés industrielles.On retrouve là, comme au niveau individuel, un phénomène d\u2019inflation, de course sans fin qui, dans le contexte de la division internationale du travail, permet surtout aux sociétés développées de marquer leur avantage par rapport à celles qui ne le sont pas.Si la volonté de combler l\u2019écart entre francophones et non-francophones a été au centre de la réforme de l\u2019éducation, force nous est de constater la difficulté de telles stratégies dans un système libéral.D\u2019abord parce que tous les groupes, y compris ceux qui sont déjà 32 IR RR Ina fav il tof cel favorisés, profitent de la réforme pour accroître leur éducation.Ensuite parce que, nous l\u2019avons vu, l\u2019éducation joue le rôle de condition nécessaire, mais non pas celui de condition suffisante pour l\u2019accès aux emplois et au revenu.Des écarts importants peuvent donc subsister ¢ par rapport à ces variables même dans le contexte d\u2019une 4 scolarisation accrue.On le constate dans le cas des ! groupes linguistiques; c\u2019est bien sûr aussi la situation qui prévaut pour le clivage sexuel.Pourrait-on penser, puisque la logique de notre analyse nous a forcé à considérer la rentabilité de l\u2019éducation au premier emploi, que nous avons peint une image trop noire de la situation ?Il est bien connu que l\u2019éducation comme telle a des effets non seulement sur le premier ; emploi, mais aussi sur les suivants.Le marasme actuel n pourrait-il voir ses conséquences se dissiper quand les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui seront plus avancés dans leur car- 9 rière ?A de telles questions, il n\u2019existe évidemment pas 5 de réponse directe.Mais deux indications nous empê- a chent de trop rosir par avance le tableau.D\u2019une part, \u201c Thernstrom a montré, dans The Other Bostonians, que = la cohorte qui a débuté sa carriere durant la Grande ä Crise en a porté dans la plupart des cas les marques re socio-professionnelles sa vie durant.D\u2019autre part, comp- a te tenu du poids considérable qu\u2019a maintenant l\u2019éduca- ux tion dans la détermination des carrières, on peut penser ans qu\u2019elle continuera à représenter une stratégie dominante ns pour les cohortes a venir, de sorte que ceux qui auront ed \u201cmanqué leur coup\u2019 auparavant parviendront mal a On rattraper leur chance.De telles situations ne sont pas me inconnues dans nos sociétés; on peut rappeler, à titre CR d\u2019exemple, celle des jeunes et brillants ingénieurs en x E aéronautique qui ont reçu leur diplôme au moment de la x À mise en veilleuse du programme spatial américain.| Ces signes évidents de désarticulation vont non seule- st 8 ment entretenir, autour de la question de l\u2019éducation te § un débat politique extrêmement brülant, mais aussi :e A risquent de modifier à court terme les habitudes de fré- y | quentation scolaire récemment acquises.i 33 RO \u201c RER ER TE NAN RAA RARE SNORET cane Bien nnineiidein dinghies ead ETER CINE IES PO I EN EN HH EAN RRR GURL HR REN AR LEER : i | \u201c% I i AT i po qu i Ni fi hi M i \u2018 ; : a ii iE ; TH 2 | w 1 | 4, wm ï Tn i To ve hk ih i 4 ï I Lu W W if h Xi nt Ji Af ï i: idl 0 i it nl, ih ry ; i Peau i i hi il 4 il i i 4 if | Ri 3 i Ju i ih at Bi il Ÿ a ; PU Ë WW hy 8 i; 7 oo, Hi SEE, cs ?| .] mn Fie hue Zeer pn = Refaire l\u2019école . Te ne Rp a Ce PEE ESE sy ESS ses, iy 2 a coca EST RES S ax js > ne FRR iia ir css Ra ee see i idea gs?ses res oct, rer tr ce Et une care at er 12 Lone res oreo = ga ca Pr en SRE Fee ARS Le es ce i es >e \u2014\u2014 a c= \u2014 \u2014 Léon Bernier * Quand les penseurs de la C.E.Q.veulent faire croire qu\u2019ils ont oublié Poulantzas \u201cle discours n\u2019est pas simplement ce qui traduit les luttes ou les systèmes de domination, mais ce pour quoi, ce par quoi on lutte, le pouvoir dont on cherche à s\u2019emparer.\u201d (Michel Foucault, L'ordre du discours) Au printemps dernier, la Centrale de l\u2019Enseignement du Québec publiait, quelques mois après la parution du Livre Vert du ministère de l\u2019Education portant sur l\u2019enseignement primaire et secondaire, sa propre Proposition d\u2019école (1) pour les deux mêmes secteurs d\u2019enseignement.Cet événement, qui jusqu\u2019à maintenant a trop peu retenu l\u2019attention, pourrait pourtant représenter un point tournant non seulement au niveau de la stratégie d\u2019intervention de la C.E.Q., mais pour l\u2019ensemble du débat sur les questions scolaires au Québec.Si depuis environ dix ans, ce débat a été fortement marqué par les rapports entre l\u2019Etat-patron et les syndiqués de l\u2019enseignement, ces derniers s\u2019étaient contentés jusqu\u2019à maintenant, somme toute, de réagir aux politiques scolaires définies par les fonctionnaires du ministère.Cette fois pourtant, la C.E.Q., en plus de répondre au Livre Vert (2) a marqué un pas décisif en se plaçant sur le terrain même de l\u2019Etat.Ce geste est en soi très significatif puisqu\u2019il représente, beaucoup plus que les attaques et les critiques, une contestation du monopole de Etudiant en doctorat, Département de sociologie, Université de Montréal.1.Centrale de l\u2019enseignement du Québec.Proposition d\u2019école : plate-forme revendicative pour une école de masse à bâtir maintenant.Printemps 1978.2.Centrale de l\u2019enseignement du Québec.Le livre vert, vers quoi au juste ?Décembre 1977. l\u2019Etat en la matière.En présentant un projet scolaire global, complet en lui-même, et donc parallèle à celui du Livre Vert, la C.E.Q.s\u2019attribue un pouvoir, en même temps qu\u2019elle met ouvertement en question la légitimité de l\u2019Etat, et sa capacité de répondre aux besoins scolaires de la majorité.À ce point de vue, la Proposition d\u2019école poursuit et renforce un mode d\u2019action syndicale qu\u2019a cherché à adopter la C.E.Q.depuis plusieurs années, ou la défense des intéréts professionnels passe par un affrontement plus global avec l\u2019Etat, celui-ci étant considéré non pas seulement comme instance patronale mais comme incarnation politique de la classe dominante.Or, dans le cas de la C.E.Q., ce type d\u2019orientation de.l\u2019action syndicale a toujours comporté une certaine ambiguïté provenant de la \u2018position objective\u201d de la catégorie professionnelle des enseignants dans la structure de classe.À moins de se donner une définition très extensive de la classe ouvrière, la catégorie des enseignants ne peut lui être assimilée; elle fait plutôt partie de ce que l\u2019on appelle habituellement la \u2018\u2018nouvelle petite bourgeoisie\u2019\u2019, ou encore, la \u2018\u201c\u2018catégorie socio-professionnelle d\u2019encadrement\u201d\u2019\u2019.Le syndicalisme de classe de la C.E.Q.ne peut donc se fonder uniquement sur l\u2019identification par les enseignants de leurs propres intérêts en tant qu\u2019intéréts de classe; il a ceci de particulier qu\u2019il suppose une mise en subordination des intérêts immédiats des enseignants à ceux, jugés prioritaires, de la classe ouvrière.En faisant appel au langage des classes, la C.E.Q.ne parle donc pas en son propre nom mais se fait le porte-parole d\u2019une autre catégorie sociale, et c\u2019est peut-être cette situation singulière qui explique le radicalisme verbal auquel nous ont habitué les dirigeants de la Centrale des enseignants.L\u2019affirmation et la clarification des positions idéologiques servirait ici de nécessaire médiation entre la dimension de la revendication professionnelle et celle de l\u2019action politique et ce, tant vis-à-vis de \u2019Etat que vis-a-vis de ses membres.Evidemment, ce travail idéologique a pu trouver a la C.E.Q.son terrain privilégié dans l\u2019analyse du système 38 m£ scolaire québécois.Faisant sienne la théorie de la reproduction des classes au sein de l\u2019appareil scolaire, la C.E.Q.a cherché à démontrer que ce que Bourdieu, Baudelot-Establet, Poulantzas, etc., avaient pu dire au sujet de la France se confirmait dans la réalité scolaire d\u2019ici : notre système scolaire en est un qui opère une \u201c\u201csélection-élimination\u2019\u2019 en fonction de la classe d\u2019origine et qui forme différemment les jeunes selon la classe sociale de destination.À cette fonction s\u2019ajoute celle de \u2018\u2018\u201cl\u2019inculcation idéologique\u201d?des valeurs bourgeoises dont l\u2019effet est d\u2019autant plus pernicieux qu\u2019il s\u2019opère au niveau même de structures scolaires apparemment neutres, et à travers les pratiques d\u2019enseignants servant inconsciemment les intérêts du capital, alors qu\u2019ils s\u2019imaginent travailler à l\u2019_épanouissement et au développement personnel des enfants.S\u2019adressant en priorité aux enseignants, ces documents ne pouvaient manquer de les sensibiliser aux dimensions sociales -de leur rôle, de leur faire prendre conscience qu\u2019ils se trouvent, dans l\u2019école et dans leur salle de cours, impliqués dans un rapport de classe, et que dans une société comme la nôtre, l\u2019école constitue, sous le couvert d\u2019un consensus, un enjeu pour le pouvoir politique et économique.En élevant de la sorte le degré de conscience de ses membres face aux \u2018\u2018vraies réalités scolaires\u2019, la C.E.Q.les mettait par ailleurs du même coup devant une contradiction fondamentale de leur pratique d\u2019enseignement.Qualifier d\u2019idéologie (c\u2019est-à- dire en l\u2019occurrence \u2018\u2018discours faux\u201d, \u201c\u2018occulation\u2019\u201d, légitimation\u2019\u2019) ce qui, dans l\u2019école actuelle est présenté comme finalité intrinsèque de l\u2019éducation, c\u2019est en même temps enlever à l\u2019acte d\u2019enseigner son fondement et sa signification immédiate.Qui plus est, c\u2019est réduire le rôle véritable de l\u2019enseignant à celui de valet du pouvoir économique.Pour résoudre cette contradiction, la C.E.Q.ne pouvait donc rester trop longtemps rivée à la seule critique de la situation scolaire actuelle, sous peine de réduire ses membres à faire le choix entre la mauvaise conscience ou le rejet du verdict de leurs dirigeants.Le dépasse- 39 Le, ete Ses ment du moment de l\u2019analyse dans la formulation d\u2019un projet d\u2019école visant à corriger l\u2019ordre existant, s\u2019explique donc en bonne partie par les pressions que la C.E.Q., par son travail idéologique, avait elle-même créé à sa base.Il fallait, autrement dit, briser cette logique de \u201cl\u2019école au service de la classe dominante\u201d et ce, au sein même d\u2019une société de classe.Avant de passer à l\u2019examen du contenu de la Proposition d\u2019école, il importe ici de donner quelques précisions sur ce que j\u2019ai appelé \u201ctravail idéologique\u201d à l\u2019intérieur de la stratégie syndicale de la C.E.Q.Me reportant à une conception de l\u2019idéologie comme pratique dans et sur le social, mon intention n\u2019est pas de discréditer ou de disqualifier ce discours sur l\u2019école.L\u2019idéologie n\u2019est pas ici considérée comme \u201c\u2018discours faux\u201d ou discours \u2018\u201c\u201cmystificateur\u2019\u201d auquel s\u2019opposerait le discours vrai de la science.Elle est plutôt présentée comme \u201cdélimitation d\u2019une aire sociale\u201d, comme dit Dumont.Celui-ci ajoute : \u201cLes pratiques idéologiques ne se limitent pas à cette détermination d\u2019une aire sociale.Elles ne circonscrivent la forme d\u2019une situation et d\u2019une action qu\u2019en définissant aussi la forme d\u2019un agent, d\u2019un sujet.\u201d (3) Autrement dit, les composantes symboliques ne sont pas ici simple reflet de la praxis, ou simple accompagnement de l\u2019action; elles en sont un élément constitutif essentiel, jouant un rôle indispensable dans la constitution des conditions nouvelles d\u2019exercice de l\u2019action.Ce travail idéologique ne joue cependant pas comme pure conscience ou pure rationalité.En ce sens, l\u2019idéologie marxiste de l\u2019école à laquelle se réfère la C.E.Q., ne tire pas tout son sens de sa seule logique intrinsèque.Si la C.E.Q.a fait appel à une telle grille d\u2019analyse, c\u2019est qu\u2019elle lui permettait de composer avec les éléments qui constituent matériellement l\u2019existence sociale du groupe des enseignants.Autrement dit, lorsque la C.E.Q.parle des classes sociales, c\u2019est de son point de vue qu\u2019elle en parle; c\u2019est que ce concept lui est utile pour mieux 3.Fernand DUMONT, Les idéologies, Paris, PUF, 1974, p.104.40 isatitse, ALERT LRICHEEIT JARI : LIÉE TO RI me de fle de | pas fom la Sà leg fu tte se percevoir et agir sur elle-même et sur les autres groupes.Cette précision en appelle une autre.Il existe une tendance fort répandue dans certains milieux intellectuels québécois à établir une distinction entre les idéologies authentiquement québécoises et les idéologies importées.Cette distinction fait pour moi peu de sens puisque la signification véritable d\u2019une idéologie ne peut se comprendre en dehors de la pratique du groupe qui l\u2019utilise.Toute idéologie fait authentiquement partie du \u2018\u201c\u2018patrimoine québécois\u201d à partir du moment où elle est portée par un groupe inséré dans la société québécoise.Il ne s\u2019agit donc pas ici de juger l\u2019idéologie scolaire de la C.E.Q.à sa plus ou moins grande proximité d\u2019un quelconque modèle culturel québécois, mais plus simplement d\u2019en reconnaître l\u2019existence et les étapes, et de chercher à comprendre sa signification en tant que pratique.Dans les limites de cet articles, l\u2019analyse sera forcément très sommaire.Je m\u2019en tiendrai aux grandes lignes de la Proposition d\u2019école ou à ce qui me paraît constituer sa structure de base.Les questions que je vais tenter de soulever s\u2019articulent autour de l\u2019intention formulée au point de départ, par les auteurs du document, soit le passage du moment de l\u2019analyse de l\u2019école à celui de la formulation d\u2019un projet visant à sa transformation : \u201cCe projet de plate-forme sur l\u2019éducation, nous disent ses auteurs, découle des analyses effectuées par la C.E.Q.ces dernières années et qui ont permis de démontrer le rôle que joue de fait l\u2019école dans notre société, révélant ainsi des réalités que le pouvoir tend à camoufler.Ces analyses ont permis de démontrer la relation existant entre l\u2019origine sociale des étudiants et leur situation scolaire, le rôle idéologique que joue l\u2019école, etc.\u201d (p.5) La Proposition d\u2019école fournit ainsi dès l\u2019abord la clé de sa lecture; la cohérence des solutions poursuit la logique du modèle d\u2019analyse des problèmes.On suivra donc cette démarche mais pour tenter de voir si en cours de 41 PE EE CO EIRE UT 15 A mE fis LEE SIR Fra Ea route ne viennent pas se greffer des éléments échappant à cette structure explicite.L\u2019hypothése que j\u2019entends soutenir ici, c\u2019est que la cohérence explicite, qui se présente comme pure transparence du discours, est, de fait, surdéterminée par les conditions matérielles de production de ce discours, qui renvoient pour leur part aux diverses dimensions constitutives de la stratégie du groupe qui le porte.Rester rivé à la surface de ce qui est dit, ce serait, comme on le verra, se rendre incapable de résoudre certaines contradictions du discours.1.Pour une \u2018\u2018école de masse\u201d Fort conscients des implications d\u2019une problématique d\u2019analyse subordonnant tout changement véritable de l\u2019école à un renversement du mode de production capitaliste, les auteurs de la Proposition d\u2019école reconnaissent dès le départ la portée limitée, circonstanciée, et on pourrait ajouter stratégique des solutions proposées pour l\u2019immédiat.En acceptant quand même de travailler dans ce cadre restreint, c\u2019est-à-dire en donnant priorité à la pratique sur la théorie, le concept qu\u2019ils cherchent à développer et à opérationnaliser est celui d\u2019école de masse.Globalement, cela signifie qu\u2019à l\u2019intérieur des limites d\u2019une société de classe, il serait possible de transformer les structures scolaires de telle sorte que l\u2019école ne soit plus définie par et pour une minorité, mais corresponde aux véritables intérêts de la majorité.Les mesures concrètes qui sont proposées touchent d\u2019abord deux caractéristiques structuro-juridiques du système scolaire actuel au Québec; soit la déconfession- nalisation aussi bien des structures scolaires que des écoles, et l\u2019abolition des subventions aux écoles privées (Fiche 3) (4).L\u2019argumentation qui accompagne ces deux mesures repose sur l\u2019idée de démocratisation : 4.Le document se compose de vingt-deux fiches.Je mentionnerai par la suite le numéro de la fiche et/ou le numéro de la page dont sont extraites les citations.42 \u201cNous voulons une école plus démocratique; cette école ne peut donc être que laïque (i.e.non-confes- sionnelle).Cela ne signifie pas que les enfants n\u2019ont plus accès à un enseignement religieux, mais que la doctrine religieuse n\u2019est plus la doctrine de l\u2019école.Une telle école est beaucoup plus respectueuse de l\u2019ensemble des idéologies existant dans notre société tout en reconnaissant le droit des enfants de recevoir un enseignement religieux conforme aux croyances de leur famille.\u201d (p.12) Sur ce point de la déconfessionnalisation, la notion de démocratie s\u2019élabore, on le voit, sur la reconnaissance d\u2019un pluralisme idéologique à respecter.Ce ne sont pas les valeurs religieuses que l\u2019on remet en question mais le fait qu\u2019elles soient la seule forme idéologique admise dans l\u2019école.\u201c\u2018L\u2019imprégnation de l\u2019idéologie religieuse se voit ainsi remplacée par la liberté d\u2019expression et la confrontation des idées\u201d (p.13).Les principes invoqués ici renvoient donc à une philosophie de type libéral.Sur la question des écoles privées, la même notion de démocratisation prend un tout autre sens : \u2018\u201c\u2026l\u2019école privée est celle d\u2019une minorité\u201d.(p.13).Dans son existence même, elle nie le libre choix auquel ses défenseurs font appel pour la justifier.D\u2019une part l\u2019école privée sélectionne doublement sa clientèle : en fonction de critères socio-économiques et en fonction des résultats académiques.D\u2019autre part, elle incarne au plus haut point la structure élitiste du système scolaire actuel, qui prend la forme des diverses filières définies selon la destination des étudiants et le moment de leur entrée sur le marché du travail.L\u2019école privée se réserve la seule clientèle de la filière qui conduit aux études supérieures et laisse au secteur public les divers niveaux de la formation professionnelle.Le scandale de l\u2019école privée c\u2019est donc que les fonds publics servent à maintenir l\u2019existence d\u2019un double système scolaire : l\u2019un pour la majorité et l\u2019autre pour une minorité de privilégiés.Ces positions touchant l\u2019école privée et la confession- nalité ne sont pas nouvelles à la C.E.Q.Elles constituent en quelque sorte un rappel de ce qui avait pu être énoncé auparavant.A l\u2019intérieur de la Proposition d\u2019école elles se présentent d\u2019ailleurs un peu comme un hors- d\u2019oeuvre.L\u2019essentiel du document porte, de fait, sur une restructuration interne de l\u2019école publique de niveau primaire et secondaire.Un point qu\u2019il faut souligner d\u2019abord, c\u2019est l\u2019absence de distinction nette entre ces deux niveaux, du point de vue des solutions proposées.Pour les auteurs du document, l\u2019enseignement primaire et secondaire forme en quelque sorte un bloc autonome.On reviendra plus loin sur cette idée d\u2019une autonomie des niveaux primaire et secondaire parce qu\u2019elle est centrale dans la Proposition d\u2019école.Ce qu\u2019il m\u2019apparaît important de relever dès le départ c\u2019est que ce traitement global pour les deux niveaux indique implicitement une perspective dominante dans la façon d\u2019aborder les problèmes scolaires.Pour les penseurs de la C.E.Q., l\u2019école est avant tout une réalité sociologique dont ne rend pas compte un découpage du processus scolaire en fonction des phases du développement psychologique de l\u2019enfant.Le vrai découpage ne se situe pas au niveau des étapes de maturation de chaque enfant, mais provient du fait que certains poursul- vent la voie royale conduisant aux études supérieures tandis que d\u2019autres, la majorité, ne vont pas au-delà du secondaire, ou plus précisément quittent l\u2019école dès qu\u2019ils ont atteint l\u2019âge fixé pour la fréquentation scolaire obligatoire.L\u2019approche psychologisante par niveaux camoufle, en quelque sorte, cette réalité et ne peut conduire à une appréhension juste des phénomènes scolaires.La vraie réalité structurelle de l\u2019école c\u2019est l\u2019existence de filières ou de réseaux, et non celle de l\u2019enchaînement par niveaux.Les auteurs de la Proposition d\u2019école adoptent ainsi une perspective qui rejoint directement celle développée par Baudelot et Establet : \u201cPour connaître les fonctions et le fonctionnement réels de l\u2019école, il faut d\u2019abord voir à quoi mènent effectivement les différents réseaux de scolarisation que l\u2019 \u2018\u2018école\u2019\u2019 juxtapose dans une fictive 44 ee mm et ee oe \u2014\u2014 unité, et comment ils répartissent la masse des enfants scolarisés.Et pour le voir, il faut opérer un complet changement de point de vue, bien moins facile qu\u2019on pourrait le croire.Il ne faut pas voir l\u2019école du point de vue de sa fin idéale, qui lui est intérieure, il faut la voir du point de vue de ses différents termes réels, qui lui sont extérieurs, et pourtant commandent dès le début son fonctionnement.\u201d (5) Dans cette perspective une distinction nette entre le primaire et le secondaire a effectivement peu de signification.En centrant leur projet sur le primaire-secondai- re, les auteurs de la Proposition d\u2019école s\u2019attaquent non pas aux deux premiers échelons du système scolaire québécois, mais cherchent à transformer ce qui en constitue le réseau le plus court, c\u2019est-à-dire celui qui conduit le plus directement la majorité des jeunes aux plus bas paliers dans la structure des occupations.Une première facette du projet s\u2019offre dès lors comme la mise en place d\u2019un ensemble de moyens destinés à neutraliser les facteurs sur lesquels repose la répartition de la clientère scolaire en réseaux distincts.Ces moyens doivent d\u2019abord s\u2019inspirer d\u2019une toute autre philosophie de l\u2019homme et de la connaissance que celle qui, selon les auteurs du document, définit l\u2019école actuelle, soit la théorie des dons.\u201cLa conception de l\u2019homme sur laquelle repose ce projet reconnaît que la réalisation du plein épanouissement des individus dépend en grande partie des conditions socio-économiques des familles et des conditions qui se vivent à l\u2019école.Elle rejette toute conception qui soutient que les possibilités de développement des individus sont déterminées dès la naissance, qu\u2019elles sont innées.Au contraire, elle reconnaît que tout au long de son développement L\u2019INDIVIDU SE TRANSFORME à condition 5.Christian BAUDELOT et Roger ESTABLET, L\u2019école capitaliste en France.Paris, Maspéro, 1971, p.20.45 CIEL Lei TT LL LE CORE qu\u2019il soit placé dans des conditions favorables pour ce faire\u201d (Fiche 4, p.15).L\u2019école doit donc partir du principe que tous peuvent apprendre à condition qu\u2019elle leur en offre la possibilité, ce qui veut dire qu\u2019elle doive reconnaître la diversité liée à la provenance des enfants et qu\u2019elle s\u2019adapte aux caractéristiques culturelles de leur milieu d\u2019origine.Etant donné que les milieux populaires forment la majorité des effectifs scolaires, c\u2019est donc sur eux que l\u2019école devrait s\u2019orienter.Le concept sur lequel les auteurs font reposer une telle transformation de l\u2019école est celui de \u201cpédagogie de masse\u201d.\u201cLa pédagogie de masse est rendue nécessaire pour solutionner la contradiction existant entre le fait que l\u2019école est aujourd\u2019hui accessible à tous, alors qu\u2019elle continue d\u2019être conçue surtout pour une minorité, pour ceux qui continuent leurs études.Pour résoudre cette contradiction, il faut que les contenus soient accessibles à tous, que les méthodes leur soient appropriées, en fait, que l\u2019école, la pédagogie, s\u2019adressent à la masse, ce dans le cadre de rapports sociaux établis sur une base d\u2019égalité.\u201d (Fiche 5, p.18) Cette idée selon laquelle l\u2019école doit s\u2019adapter à la masse se spécifie par ailleurs autour du concept \u201c\u2018d\u2019utilité des connaissances\u201d (p.19), qui traduit chez les auteurs une conception du mode de rapport au savoir particulier au milieu populaire.On y reviendra plus loin, parce que cette notion, qui semble à prime abord relever d\u2019une vision réaliste et objective de la culture populaire peut facilement conduire à une forme de réification de ce qui pourrait bien être non pas un trait de personnalité typique de ces milieux, mais un mode de réaction et d\u2019opposition aux conditions actuelles de la structure scolaire et plus globalement aux modes dominants de connaissance dans la société.Au plan des structures, la Proposition d\u2019école demande d\u2019autre part que 46 \u2014 et = ss ss ss 28 LE \u2014 em = Das des Sup me Men deb Sen tee flon des fa fom bg nu] Dog it aly On soit modifié le régime pédagogique actuel dans le sens d\u2019une \u2018\u2018formation de base qui soit, au minimum de niveau secondaire V pour tous les étudiants québécois\u201d (Fiche 8, p.14).Ceci inclut donc implicitement une prolongation de la scolarité obligatoire, qui ne serait plus fondée sur l\u2019âge, comme c\u2019est le cas actuellement, mais sur un certain niveau de formation.Un peu plus loin dans le texte, les auteurs précisent que cette formation de base présenterait à tous les mêmes contenus (Fiche 10, p.34).Ceci veut donc dire que l\u2019on éliminerait de la sorte les cloisonnements de programmes, les formations à rabais (il n\u2019y aurait plus de professionnel court), les cheminements sans issues (6).En secondaire V, tous auraient suivi le même parcours, et tous disposeraient des mêmes prérequis donnant accès aux études collégiales.Si l\u2019on propose par ailleurs un Secondaire VI professionnel facultatif (Fiche 10, p.34), il n\u2019y aurait pas pour autant rétablissement d\u2019une double filière puisque cette nouvelle année d\u2019études secondaires serait en quelque sorte un surplus à la formation de base et n\u2019éliminerait pas la possibilité du passage au CEGEP.Toutefois, et cela peut surprendre, ce n\u2019est finalement pas cet aspect de la démocratisation, consistant à créer des conditions réelles d\u2019accession de tous au paliers supérieurs de la structure scolaire qui représente la dimension centrale du document de la C.E.Q.Paradoxalement, le concept d\u2019école de masse qui semblait vouloir déboucher sur un décloisonnement de l\u2019appareil scolaire s\u2019enferme sur l\u2019école secondaire.Et c\u2019est ici qu\u2019il faut réexaminer trois notions déjà évoquées; celles de formation de base, d\u2019utilité des apprentissages et d\u2019autonomie des niveaux élémentaire et secondaire.La tâche en est facilitée par leur mise en association dans une même formule : 6.La disparition des \u2018\u2018voies\u2019\u2019 ou \u2018\u2018rythmes d\u2019apprentissage\u2019\u2019 n\u2019est nulle part mentionnée comme telle.Connaissant les prises de position de la C.E.Q.à ce sujet, on peut supposer que son projet d\u2019école les éliminerait.On sait par ailleurs que le M.E.Q.a lui-même endossé la disparition des voies, à la suite de la consultation sur le Livre vert.47 \u201cDe fait, la formation que reçoient la majorité des élèves ne leur apparaît guère utile, d\u2019où les nombreux problèmes que connaît l\u2019école secondaire (indiscipline, absentéisme, etc.).Nous croyons que pour répondre aux besoins de la majorité la formation de base doit être axée sur les besoins de ceux qui se verront bientôt sur le marché du travail et non plus essentiellement sur les besoins de ceux qui, minoritairement, continuent leurs études.En conséquence, les niveaux élémentaire et secondaire d\u2019enseignement doivent être indépendants des niveaux supérieurs.\u201d (Fiche 7, p.22) Reprenons d\u2019abord la notion d\u2019utilité des connaissances.Plus haut, on a vu que les auteurs de la C.E.Q.y faisaient appel dans un souci d\u2019adapter l\u2019école à un trait culturel du milieu ouvrier.Ici, il n\u2019est absolument plus question de la classe d\u2019origine de l\u2019étudiant mais de sa destination de classe.On ne table plus sur un mode particulier d\u2019accès au savoir, on transmet un type de savoir en fonction de son utilité pour le futur ouvrier.Il y a donc glissement de sens attaché à l\u2019idée d\u2019utilité du savoir et on peut se demander si les auteurs de la C.E.Q.ne sont en train de réintroduire de cette façon un nouveau principe de reproduction scolaire de la classe ouvrière.La \u201cformation de base\u2019, c\u2019est par ailleurs moins le passeport dont tous pourraient disposer pour la poursuite d\u2019études supérieures, que la formation minimum de tout citoyen dans une société moderne.C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce sens-la qu\u2019elle est présentée : \u201cLe développement matériel que connaît notre société ainsi que l\u2019augmentation sans cesse croissante des connaissances rendues nécessaires par la révolution scientifique et technique exigent actuellement une formation de base qui soit, au minimum, de niveau Secondaire V pour tous les étudiants québécois\u201d (Fiche 8, p.24).Comme on le verra plus loin, ce minimum est toutefois conçu avec énormément de générosité et de largeur de vue, ce qui rend encore plus difficile à saisir cette idée d\u2019indépen- 48 =.2.=s = di tio so per de C pro dec der l'él al] dont la d cond Son ç leu ant allt aire i Ded 2 Pa, , Sur | Boy Aut By dance des niveaux élémentaire et secondaire.D\u2019une part, il n\u2019y aurait plus d\u2019obstacle pour personne à franchir le seuil du CEGEP.D'autre part, la seule formation réellement orientée en fonction de l\u2019insertion sur le marché du travail est réduite à une seule année, qui est par surcroît facultative.Les futurs travailleurs dont on cherche à satisfaire les besoins, et en fonction desquels on entend définir l\u2019école primaire-secondaire se retrouveraient donc, face à un éventuel employeur, avec leur seul diplôme général, sans titre et sans véritable qualification professionnelle, et donc sans aucun pouvoir de négociation sur la définition de leur poste (7).On comprend toutefois mieux, lorsqu\u2019on réalise que le futur travailleur dont il est question n\u2019est pas une personne réelle mais un être collectif abstrait, un être de classe.Entendons-nous.Je ne veux pas nier l\u2019existence des classes.Mais parler de classe lorsqu\u2019il s\u2019agit de processus individuels est toujours délicat.Ce qui permet de clarifier les choses c\u2019est de voir que sous un ensemble de principes référant à l\u2019_épanouissement des personnes, l\u2019élément structurant du discours de la C.E.Q.renvoie à l\u2019idée de ménager dans l\u2019appareil scolaire une zone dont la première fonction serait de produire socialement la classe ouvrière.Faire de l\u2019enseignement primaire-se- condaire un secteur indépendant prend dès lors tout son sens : cette section de l\u2019appareil scolaire devient le lieu où la classe ouvrière par la médiation des enseignants, prend le contrôle de son propre destin et de son auto-reproduction.Ceci me conduit à l\u2019examen d\u2019une autre notion centrale de la Proposition d\u2019école, celle de \u201cpédagogie de conscientisation\u201d.2.Pour une \u2018pédagogie de conscientisation \u201d 7.Sur le pouvoir relatif que procure le titre scolaire, voir : Pierre BOURDIEU, et Luc BOLTANSKI, \u201cLe titre et le poste\u201d, Actes de la recherche en sciences sociales, Mars 1975, 2, 95-107.ET PE ERA ERA HA HR ERA HA ERER RTE T RTC REMISE ET NRA SRI IRR IO IR ERI NRRIREH pub tH] RRL TT Cette notion de pédagogie de conscientisation, déjà présentée dans les documents antérieurs de la C.E.Q., avait également servi de cadre opérationnel au Manuel du ler mai de 1975.Elle est reprise dans la Proposition d\u2019école mais avec certaines précautions (8), et dans une insertion en bas de page.\u201cPar \u2018pédagogie de conscientisation\u201d, nous entendons ce courant pedagogique qui vise un double objectif.Le premier objectif veut faire prendre conscience aux étudiants (très majoritairement fils de travailleurs et futurs travailleurs) des intérêts de classe des travailleurs.Cet objectif a soulevé la colère des porte-parole de l\u2019ordre établi, colère qui a gardé dans l\u2019ombre le deuxième objectif.Ce deuxième objectif consiste à améliorer l\u2019acquisition des connaissances et apprentissages soclaires pour les enfants d\u2019origine ouvrière et populaire en partant de leurs conditions de vie, des problèmes qui confrontent leur milieu et leur famille et en tenant compte des caractéristiques de leur langue dans l\u2019enseignement des matières scolaires.Ces deux objectifs sont liés, l\u2019un ne va pas sans l\u2019autre.\u2019 (Fiche 1, p.9) Pour voir comment se présente l\u2019articulation de ces deux objectifs, on se reportera surtout au contenu de la Fiche 9 (p.26-33) qui est de loin la plus volumineuse du document et qui présente les divers contenus d\u2019apprentissage que devrait comporter la formation de base d\u2019un enseignement primaire et secondaire répondant aux intérêts de la classe ouvrière.On doit d\u2019abord souligner que la Proposition d\u2019école innove très peu au point de vue des matières inscrites au programme.Les divers objectifs de formation générale énumérés dans le Livre Vert du M.E.Q.s\u2019y retrouvent à peu près intégralement sauf qu\u2019ils ne sont pas ici découpés en niveaux.Il faut mentionner quelques ajouts touchant plus directement 8.Comme si les permanents de la C.E.Q.avaient depuis le temps, suivi quelques leçons de stratégie politique.50 az © : æ \u201cla réalité quotidienne du travail et des travailleurs\u201d.Mais là où se démarque nettement le projet de la C.E.Q., c\u2019est d\u2019abord par le souci d\u2019articuler et d\u2019intégrer les divers objectifs de formation en fonction d\u2019une sous-popu- lation cible, c\u2019est-à-dire les fils d\u2019ouvriers-futurs travailleurs; c\u2019est deuxièmement par l\u2019explicitation des orientations idéologiques et des valeurs à transmettre ainsi que par la confection de la réalité sociale, économique et politique à développer chez les jeunes.L\u2019élément de base de la prise de conscience des futurs travailleurs c\u2019est le développement chez eux d\u2019une attitude scientifique et critique face à leur propre réalité actuelle et future.\u201cLes objectifs, les contenus et les activités de la formation de base doivent viser à développer chez les jeunes une conception scientifique de l\u2019homme, de la nature, de la société, ainsi que des habiletés, concepts, habitudes, opinions, attitudes et valeurs.Le tout doit être intégré de sorte que, connaissant la réalité (et leur être en fait partie), les jeunes soient équipés et motivés pour la transformer.Une telle formation doit leur assurer une réelle participation au développement social de même que l\u2019épanouissement personnel le plus complet possible.\u201d (p.26) Par rapport aux capacités d\u2019apprendre des enfants, la Proposition d\u2019école est extrémement optimiste et méme audacieuse.Un exemple, l\u2019enseignement des sciences de la nature : cet enseignement est conçu avant tout sous l\u2019angle d\u2019une compréhension générale de la démarche scientifique\u201d (p.28).On peut lire ce qui est énoncé ci-après comme une invitation lancée aux jeunes élèves de l\u2019élémentaire et du secondaire à s\u2019engager dans une démarche qui serait de l\u2019ordre à la fois de l\u2019épistémologie et de la sociologie des sciences : \u201cl\u2019enseignement des sciences devra permettre de découvrir le processus de la connaissance.L\u2019his- 51 RRR yy TR Re IL CA lee Ri i i Ri 0 8 wl SH. toire des sciences est l\u2019histoire d\u2019une recherche continuelle de la vérité; elle doit démontrer comment toute connaissance est relative, comment la science évolue vers une vérité plus précise.Il importe aussi que ressorte le rôle de l\u2019idéologie dominante, à chaque époque, pour empêcher que la vérité soit connue.\u201d (p.28) Présentation donc de la science comme construction dont on peut démonter les rouages, ce qui permet en même temps d\u2019en démystifier l\u2019image et d\u2019en critiquer les utilisations.Ce qui est ici visé, c\u2019est, bien sûr, le développement d\u2019une certaine attitude face à la science, attitude devant permettre à l\u2019ouvrier d\u2019opposer son propre pouvoir à celui des détenteurs officiels du savoir.L\u2019objectif de la formation d\u2019une conscience de classe chez les futurs travailleurs se traduit par ailleurs plus directement dans certains champs de connaissance tels que l\u2019économique.La démarche est la même, mais l\u2019objectif \u201cpolitique\u201d est plus évident : \u2018Tracer l\u2019histoire du développement de la production intégré à celui de l\u2019Humanité, en insistant sur les différents modes de production implantés par les hommes et en démontrant comment chacun d\u2019entre eux a été transitoire, comment il a donné naissance à d\u2019autres ou s\u2019est fait supplanter.Le tout afin de démontrer clairement que le système capitaliste implanté ici n\u2019est pas éternel et que suite aux oppositions qu\u2019il rencontrera il devra nécessairement laisser à son tour sa place;\u201d (p.28-29) Il n\u2019est peut-être pas exagéré de parler dans ce cas de l\u2019apprentissage par les jeunes du matérialisme historique comme mode privilégié de connaissance des réalités économiques et sociales.Allant encore au plus concret et au plus immédiat, la C.E.Q.demande également que soit introduit dans la formation de base tout un ensemble d\u2019activités visant à assurer une connaissance de la réalité quotidienne des travailleurs : 52 ig \u201cToute cette partie de la formation vise à apprendre aux jeunes les multiples problèmes auxquels les travailleurs sont confrontés dans leur vie quotidienne et à leur faire prendre conscience, disons- le carrément, des intérêts de classe des travailleurs.\u201d (p.29) Un même fil conducteur rassemble donc l\u2019ensemble des éléments que la Proposition d\u2019école souhaiterait retrouver dans la composition des programmes du pri- maire-secondaire : un ancrage des connaissances dans la pratique sociale qui sera celle des futurs travailleurs.L\u2019apprentissage de la langue et des mathématiques n\u2019échappe d\u2019ailleurs pas à cette orientation de base ayant fonction d\u2019outils préalables aux autres éléments de connaissance, c\u2019est leur usage social qui leur confè- rera une valeur scolaire, et c\u2019est par là également qu\u2019ils seront susceptibles de rejoindre la motivation des étudiants.Du projet politique à la motivation à apprendre des jeunes, en passant par la démarche et les contenus d\u2019apprentissage, se dégage de tout cela une grande cohérence, une grande organicité.Mais n\u2019est-ce pas là le propre d\u2019un discours idéologique que de paraître cohérent, que de s\u2019offrir avec la force d\u2019une loi de la nature ?En fait, tout ce bel édifice repose sur une seule hypothèse : que les enfants d\u2019ouvriers-futurs ouvriers accepteraient de s\u2019intégrer à celle nouvelle \u2018\u2018culture scolaire\u201d, parce que conçue à leur image et répondant à leurs besoins.Hors ces besoins et cette image, par qui sont-ils définis sinon par des intellectuels qui, pour être progressistes, ne partagent pas moins les habitus qui sont ceux de leur propre classe.Le réflexe anti-école des milieux ouvriers dont parlent Baudelot et Establet ainsi que Willis (9), disparaîtrait-il du jour où l\u2019école se définirait comme école de masse ?Si le milieu d\u2019origine ainsi que l\u2019image projetée auquel le destine son ascen- 9.Paul WILLIS, \u2018\u2018L\u2019école des ouvriers\u2019\u2019, Actes de la recherche en sciences sociales, Novembre 1978, 24, 51-61.53 =- dance, a l\u2019impact que l\u2019on croit sur la perception de l\u2019espace social du jeune de famille ouvrière, il y a lieu de penser qu\u2019un renversement dans sa façon d\u2019aborder l\u2019école ne saurait se produire si facilement.Parlant de la structure profonde de la personnalité telle que produite dans les pratiques de classe, Bertaux nous dit ce qui suit : \u201cOn est à l\u2019opposé de la représentation pseudo- matérialiste de l\u2019être humain comme corps recouvert d\u2019un vernis idéologique, comme couche superficielle déposée par l\u2019idéologie dominante qu\u2019un décrassage approprié par la tornade blanche du marxisme-léninisme suffirait à faire disparaître.\u201d (10) Dans la Proposition d\u2019école, tout semble se passer comme si le poids de l\u2019appartenance de classe pouvait cesser de s\u2019exercer tout juste le temps de la formation secondaire de base, pour reprendre ensuite ses droits à la fin du Secondaire V.On voit donc que cette notion d\u2019une école au service de la classe ouvrière dont les limites d\u2019exercice sont celles du primaire-secondaire n\u2019est pas en soi transparente.Mon interprétation est que le discours de la Proposition d\u2019école ne peut retrouver sa cohérence que- si on y voit non pas un mais deux discours qui se répondent l\u2019un l\u2019autre.C\u2019est là-dessus que je voudrais conclure.La teneur du premier discours, qui est implicite dans la Proposition d\u2019école pourrait se lire à peu près comme suit : les principaux déterminants des inégalités devant l\u2019école sont des facteurs extérieurs à l\u2019institution scolaire.Ce sont des facteurs liés au milieu d\u2019origine de l\u2019enfant, aux conditions matérielles de la famille, au niveau d\u2019instruction des parents, etc., bref a la position de classe occupée dans la structure sociale.Pour faire disparai- tre les inégalités scolaires, c\u2019est sur ces facteurs extra- scolaires (lutte pour réduire les écarts de revenus, etc.) 10.Daniel BERTAUX, Destins personnels et structure de classe, Paris, PUF, 1977, pp.67-68.54 ce qui conduit à la limite à se donner des instruments politiques destinés à un renversement total et définitif du mode de production capitaliste et de tous les appareils de domination qui y correspondent.Les réformes touchant directement la structure scolaire ne peuvent avoir qu\u2019une influence limitée pour l\u2019avènement d\u2019une véritable démocratie éducative.C\u2019est sur la base d\u2019un tel discours que la C.E.Q.a pu jusqu\u2019à maintenant justifier un type d\u2019action syndicale dépassant largement la revendication strictement professionnelle et débordant la question scolaire.C\u2019est là que se loge la légitimation de ce que l\u2019on pourrait appeler la face externe de sa stratégie syndicale, celle qui l\u2019oppose à l\u2019Etat en tant que représentant des intérêts de la classe dominante.Ce premier discours sur l\u2019école, qui situe la fonction reproductrice de l\u2019appareil scolaire dans un processus beaucoup plus large logeant dans la structure de la société capitaliste, n\u2019est toutefois pas sans poser un problème de légitimation du rôle de l\u2019enseignant, comme on a pu le noter au départ.C\u2019est dans cette perspective qu\u2019on a situé la nécessité pour la C.E.Q.de traduire la dimension politique de son action à l\u2019intérieur même de l\u2019école et de la pratique éducative.La Proposition d\u2019école s\u2019inscrit dans cette logique.Elle renvoie non plus à la dimension externe de la pratique syndicale de la C.E.Q.mais à sa dimension interne, c\u2019est- à-dire au rapport du syndicat à ses membres.C\u2019est ainsi qu\u2019au niveau de son discours explicite, la Proposition d\u2019école doit poser comme postulat qu\u2019une transformation significative de la structure scolaire est possible, ce qui constitue au point de départ un déplacement par rapport au premier discours, qui est également celui des analyses antérieures de la C.E.Q.Le passage de la théorie à la pratique ou du moment de l\u2019analyse de l\u2019école capitaliste québécoise à la formulation d\u2019un projet scolaire de dépassement, paraît donc relever d\u2019une démarche dont la logique échappe à la pure et simple mise en application.Contrairement à ce que les auteurs en disaient dans leur texte, la Proposition d\u2019école ne \u2018\u201cdécoule\u201d pas des analyses de l\u2019école actuelle.55 om iis mecs a Le lien entre les deux est d\u2019un autre ordre.Mais la contradiction entre les conclusions de l\u2019analyse et le point de départ de la Proposition d\u2019école n\u2019est, de fait, qu\u2019apparente.Comme on l\u2019a vu, il se produit dans ce dernier document un glissement de perspective qui va d\u2019une volonté de solutionner le problème des inégalités scolaires à celle de faire de l\u2019école primaire-secondaire l\u2019école de la masse, l\u2019école de la classe ouvrière.Cette idée, comme j'ai cherché à le montrer est en elle-même très ambiguë puisqu\u2019elle conduit à un maintien de la fonction reproductrice de l\u2019école, mais cette fois, au nom de la défense des intérêts de classe des travailleurs, et avec la sanction du corps enseignant.Si donc ce second discours sur l\u2019école peut paraître contradictoire vis-à-vis de lui-même, c\u2019est que sa principale fonction pourrait bien être finalement, non pas de viser à une transformation véritable de l\u2019école, mais de faire accepter par les enseignants le discours de classe de leur syndicat.56 Roger-M.Raymond\u201d L'école autogérée, une utopie?Notre école souffre du mal de la tradition.Notre école puise ses principes essentiels dans une époque révolue.La société, les sociétés ont évolué, se sont transformées.L\u2019école n\u2019a pas suivi.Certes, son cadre physique et ses équipements sont modernes, parfois même sophistiqués.Les programmes ont été élargis.L\u2019accessibilité généralisée.L\u2019école est en voie de devenir une institution de masse, mais une institution calquée sur le modèle élitiste des siècles derniers.Une telle inadéquation a donné naissance à quantités de problèmes qui ont retenu l\u2019attention d\u2019une kyrielle de spécialistes.Les conclusions et les recommandations de ces sommités, lorsqu\u2019elles ont été retenues et appliquées, n\u2019ont pas donné les résultats escomptés.Bref, la pédagogie piétine malgré l\u2019importance des investissements de toutes origines.Il se trouve peu d\u2019adultes qui ne pensent avoir leur mot à dire sur l\u2019éducation.De cette cacophonie indescriptible, une voix au registre puissant et étendu couvre les autres : l\u2019ETAT.Loin de lui prêter des intentions machiavéliques, nous nous contenterons de montrer le paradoxe qui se dégage des buts qu\u2019il vise et de l\u2019effet de ses lois, de ses décrets.À certains égards l\u2019école nous apparaît comme un miroir aux alouettes.Ainsi la promulgation de la loi de l\u2019école obligatoire jusqu\u2019à un âge * Professeur à l\u2019école secondaire Eulalie-Durocher.57 ul Ki NT H i (REAR + 1} iy) BH Mi: Ji +8 Bât: RI ER pe H 1 1 a BY: te Et AC, ; Ti RRA pe, iy.1s Ri RK + donné, généralement perçue comme une mesure destinée à la promotion des masses, a toutes les apparences d\u2019une conscription au bénéfice d\u2019instances qui, sous une forme ou sous une autre, se rattachent à l\u2019exercice du pouvoir.\u201cLa personne avant toute chose\u2019\u2019 déclare l\u2019Etat.Mais comment peut-il concilier cette noble et généreuse déclaration, avec son projet d\u2019école qui en est l\u2019antithèse.Imposer le même modèle d\u2019école à tous, sans préoccupation des acquis sociaux et culturels, est faire bien peu de cas des disparités, des particularismes qui sont l\u2019essence même de la singularité des individus.Si on ajoute à cette dimension une expertise des besoins, des aspirations, des espoirs, des lacunes mêmes, toutes caractéristiques éminemment variées, tant au niveau des individus, que des groupes et des régions, nul ne peut plus alors douter que l\u2019école, même si elle est fréquentée par tous, est avant tout au service d\u2019un groupe restreint.A notre avis, l\u2019école ne sera réhabilitée que si elle devient autogérée, ce qui aux vues de certains paraît une utopie, et à d\u2019autres un bouleversement inqualifiable.Pour calmer les appréhensions des uns et répondre aux sarcasmes des autres, nous dirons que, loin de proposer un modèle définitif, nous nous bornerons à montrer comment et pourquoi un tel projet se veut une proposition concrète.L\u2019école, dans sa forme actuelle, n\u2019est pas démocratique.Bien sûr les décisions sont prises par les élus du peuple.Et ces élus sont révocables.Mais ils n\u2019ont pas le monopole de la sagesse et de la clairvoyance.Alors ils établissent leur politique à partir des dossiers préparés par les fonctionnaires de leurs ministères.Mais ces fonctionnaires, eux, ne sont pas révocables.L\u2019école autogérée n\u2019aurait de compte à rendre qu\u2019à elle-même.Il va de soi que ce projet n\u2019est réalisable que dans la mesure où l\u2019école déssert un groupe limité par la géographie et la culture.L\u2019école dans sa forme actuelle, est le lieu de l\u2019exercice d\u2019un pouvoir, tant de la part de l\u2019Etat qui impose les programmes que par l\u2019appareil qui en assure l\u2019application.Le malade peut choisir son 58 médecin, le citoyen son avocat, le constructeur son architecte.L\u2019école ne choisit ni son directeur, ni le personnel.Le malade peut refuser un traitement, le citoyen peut aller en appel, le constructeur peut exiger des modifications aux plans proposés.L\u2019école classe, oriente et juge selon des critères sans appel.L\u2019école autogérée mettrait fin à la domination des autres, du moins dans le domaine propre de son exercice.Elle assurerait l\u2019autonomisation de l\u2019expression des choix d\u2019une collectivité en regard des problèmes qui la concernent en comblant, partiellement du moins, l\u2019abîme de l\u2019inégalité des chances et des pseudo-solu- tions que le système actuel propose.À l\u2019utopie d\u2019une école unique applicable à toutes les classes sociales, l\u2019école autogérée oppose le réalisme d\u2019une école issue du milieu, gérée et orientée par lui.La lucidité et le réalisme prennent ainsi la place de l\u2019utopie.L\u2019école dans sa forme actuelle, n\u2019est plus un lieu de promotion sociale, mais plutôt à la fois une cour de triage et une caserne'de conditionnement.Pendant plus de dix ans, l\u2019écolier du primaire et l\u2019étudiant du secondaire auront tout le temps qu\u2019il faut pour s\u2019auto-évaluer en bon, moyen ou faible.S\u2019il arrivait qu\u2019ils manquent de clairvoyance à cet égard, le certificat qu\u2019ils recevront en fin de scolarité le leur rappellera éloquemment.Par ailleurs conscient de sa valeur, l\u2019étudiant brillant postulera le privilège de joindre les rangs de ceux qui savent, et décident.L\u2019école, dans sa forme actuelle, privilégie l\u2019étude des sciences dites exactes, soutenue en ce domaine par les instances suivantes, C.E.G.E.P.et Université, qui en font leur critère principal de sélectivité.L\u2019école autogérée pourrait mettre un terme à cette politique élitiste en puisant abondamment aux sources et aux méthodes des sciences humaines, axant l\u2019essentiel de ses efforts autour des activités qui contribuent à la qualité de la vie.Or, la qualité de la vie relève plus de la psychologie, de la pédagogie, de l\u2019économie, de la politique, de la sociologie, et j\u2019en passe, que de la chimie et de la physique.Pourtant l\u2019école fait peu ou pas du tout de place 59 à ces disciplines.C\u2019est d\u2019autant plus déplorable que leur approche favorise l\u2019esprit critique, la prise de position, le choix et, par voie de conséquence, la reconnaissance du droit à la différence.L\u2019école semble oublier que l\u2019étudiant d\u2019aujourd\u2019hui sera demain un conjoint, un parent, un syndiqué, un consommateur, un citoyen, etc.S\u2019il est vrai que cet aspect de l\u2019éducation peut être assumé par les parents, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019à cet égard bon nombre d\u2019enfants seront handicapés dès le départ et viendront ainsi grossir les rangs des inadaptés de toutes sortes.L\u2019école autogérée par et pour un milieu donné devrait briser ce cercle vicieux.Pourquoi diable vouloir former des spécialistes avant de former des hommes ?Et peut-on former un homme sans qu\u2019il prenne conscience de ce qu\u2019il est, sans le sensibiliser aux problèmes de son milieu, sans le rendre solidaire des valeurs véhiculées dans et par son milieu.Et si ce n\u2019est pas l\u2019école secondaire qui prend en charge cette responsabilité, qui donc alors ?L\u2019école polytechnique ?Le Barreau ?Les forces armées peut-être, \u201csurtout si la vie vous intéresse.\u201d L\u2019utopie, c\u2019est croire que l\u2019école secondaire puisse, en terme d\u2019apprentissage, répondre à la diversité des besoins du monde des affaires, du commerce, de l\u2019industrie et des services publics.Il revient à ces milieux de mettre en place les structures aptes à assurer le recrutement et le renouvellement de leurs effectifs.Une école autogérée qui s\u2019institue, se construit, s\u2019autocritique, se corrige, étend ou restreint son champ d\u2019action elle-même, à la faveur d\u2019une liberté retrouvée.Mais elle devra être prudente et soucieuse d\u2019efficacité.Pour ces raisons, il lui faudra repousser les avances de pédagogues d\u2019avant-garde, qui voudront y expérimenter les méthodes qu\u2019ils auront imaginées, et des activistes surtout préoccupés de prosélytismes idéologiques.Parce qu\u2019au départ elle sera nécessairement expérimentale, il lui faudra bien prendre garde à ne pas prendre les étudiants pour des cobayes.Elle devra pratiquer la politique du compromis, partir du connu, de l\u2019acquis, et, petit à petit, choisir, élaguer, développer, et surtout 60 chercher à trouver et à maintenir un juste équilibre entre le savoir pratique et le savoir théorique.Quand elle aura fait ses classes, quand elle aura pris un certain rythme de croisière, quand elle aura assuré ses arrières, elle pourra alors amorcer sa marche vers l\u2019avant qui fera de l\u2019école, non plus un lieu isolé et étranger au milieu, mais plutôt un centre communautaire qui pourra regrouper sous un même toit des institutions aujourd\u2019hui séparées, privant ainsi les plus jeunes de l\u2019expérience et de la sagesse des plus vieux, et instituant pour ces derniers de sordides ghettos, antichambres de salons funéraires.61 ss =, \u2014> = = OI ooo Jean-Paul Hautecoeur* Un MOI de cristal rayonnant d\u2019arc-en-ciel AVANT-PROPOS Il pourra surprendre que les poulpes et les méduses, le Vinci, des mémes images et des mémes idées se retrouvent dans le texte de Zabulon et dans le mien.Au départ, l\u2019idée joyeuse de faire un texte commun sur l\u2019éducation spirituelle inspirée de Rudolf Steiner : parce qu\u2019elle est tout à fait méconnue au Québec, qu'en octobre 78 une maternelle \u2014 la première année d'une école Waldorf \u2014 a commencé à Montréal sans publicité ni subvention, que nous avions une vieille histoire de coeur avec la belle Sophia, que la vieille marâtre de la pensée bourgeoise \u2014 le matérialisme scientifique \u2018\u2018uber alles\u201d \u2014 nous inspire un vif dégoût, que nous avions le goût de faire quelque chose ensemble et autrement, le plus proche possible du vivant, en musique et en couleurs.Quelques rencontres à Montréal, des morceaux d\u2019interview complices à tour de rôles, le plaisir de garrocher nos idées, nos expériences, nos souvenirs et nos imaginations pour un collage à faire rapidement.En fait, le temps de se mettre au diapason, et finalement l'épreuve du texte à faire individuellement, chacun dans son minaret.Un dernier rendez-vous à Montréal l\u2019avant- * Sociologue, ministère de l\u2019Education, magistère de l\u2019éducation ego-anthropo-sophique, Québec.63 veille de la date de tombée des articles, pour le collage final qui n'aura pas eu lieu.Les mélanges ont été faits avant.Les textes inachevés sont séparés par fixation de l'écriture, comme scellés une fois qu\u2019ils ont été tapés.Donc, un prétexte, et deux textes.Quant à mon papier, il s\u2019est trouvé inachevé devant l'ambition de traiter de l\u2019éducation devant toute la vie, dans ses grandes phases.Ce qu'on appelle habituellement l'éducation des adultes ou l'éducation permanente n\u2019a pu rentrer que dans l\u2019économie des titres.Dommage, mais aussi bonne affaire ! Dommage, car il aurait été utile de mettre en polarité la jeunesse et la vieillesse et d'imaginer des situations éducatives où les enfants et les vieux auraient été rassemblés (les enfants aiment les contes, mais aussi beaucoup les histoires de vies; les vieillards ont pour meilleurs pédagogues les jeunes enfants.A Spring Valley, N.Y., un jardin d\u2019enfants, est situé à côté du \u201chome\u201d des personnes âgées, etc.).Bonne affaire, car la manière de traiter ici de l\u2019éducation ne peut être seulement théorique, elle est profondément liée à la biographie personnelle.S\u2019il était assez aisé de parler de l\u2019âge scolaire et des écoles, la rétrospective de la phase suivante \u2014 jusqu\u2019à 42 ans environ \u2014 eût exigé un travail plus intense et une distance fictive.Quant à la deuxième grande partie, la période excarnante de la vie, elle devait être entièrement hypothétique et elle exigeait tout un travail qui n\u2019a pas encore été fait.Enfin, sur la période post-mortem, on tombait en pures théories et spéculations ésotériques.Mais il serait impossible d\u2019écarter cette permanente référence à l\u2019entre-deux naissances, à l'avant et à l\u2019après le ici-et-maintenant, quand l'éducation et la pédagogie en question sont conçus dans la dialectique du karma (loi des causes, du passé) et du Moi (essence mystique, \u2018Tout est possible\u201d).Pour vraiment continuer, il faudrait passer par l\u2019expérience de la conscience nocturne, la vision clairvoyance pendant le sommeil, mise en situation de mort expérimentale.Toute l\u2019oeuvre de Georges Bataille est hantée de ce désir contradictoire, la souveraineté-association : pour une science-art de l'homme total, pour une anthro- 64 pologie-sophie, pour un art de vivre dans le temps.Cette âme, nous devons la traiter avec des soins infinis.Rudolf Steiner L\u2019homme moderne n\u2019a pas la force, quand il n\u2019est pas abattu dans sa situation personnelle, de trouver une compensation dans la contemplation de l\u2019univers.Pourquoi cela ?Parce qu\u2019il a reçu de son éducation, de son milieu, peu d\u2019occasions d\u2019acquérir un sentiment de gratitude envers le monde, la simple gratitude qu\u2019on ressent à se sentir vivant au sein du cosmos.Rudolf Steiner Fin de l\u2019adhérence à l\u2019école de l\u2019Etat.Un profond sentiment de malaise, une saturation à la limite de la répulsion sont déclenchés par les images mentales et les images souvenirs associées à l\u2019école, la pédagogie, la morale laïque ou religieuse collectives, leurs clichés con- vainquants, leurs idéologies éducatives, les magisters ès sciences de l\u2019éducation, les constructeurs de fabriques et de manufactures, les mêmes dans les bureaux d\u2019études psychologiques ou incarcérologiques qui dessinent l\u2019espace extérieur ou intérieur à la machine IBM, pour tous.L\u2019égalité des chances des juristes rédempteurs convainc ! Le langage des classes inférieures réveille un autre réflexe catholique, celui de la production de la plus-value enfonce plus sévèrement dans le - pro-cess- us-de-pro-duc-tionn-moral ou immoral.À vous, les juges, de juger.Pour les enfants, les autres pensent apprentissage, socialisation (des moyens de production), chances, mobilité, devoirs, pouvoir.Pour le côté affectif et plutôt sentimental : la famille.Mais entre les deux, après la maison jusqu\u2019au travail productif : la Sciencia ! Le contrôle ! L\u2019in-put et l\u2019out-put comme on ose dire encore ! L\u2019investissement, l\u2019explication, l\u2019Objectivité, la preuve, la 65 critique de la preuve, la conclusion jamais énigmatique.L\u2019école de tous, universelle, obligatoire, post-obliga- toire qu\u2019on tend à faire commencer de plus en plus tôt, jusqu\u2019à la mort retardée.De la naissance aux derniers âges de la vie, la compression de la masse s\u2019exerce inexorablement sur la cage thoracique.Deux annés de répit, le temps de la convalescence après l\u2019épreuve inouïe de la naissance.Heureusement, nous avions le lait et tout ce surplus d\u2019amour qu\u2019il fallait pour cautériser la blessure.Et tout de suite après, l\u2019épreuve des mots à mettre sur des choses.La fontanelle laissait pénétrer la lumière.Tout le corps à la béance de la fontanelle.A deux ans, les premières lunettes sur les yeux.A trois ans, la première leçon.Dictée morale.Correction.Punition.Tu ne tueras point : Moïse ordonnait du haut de sa montagne, ny laissant gravir personne.L\u2019aigle exterminateur recouvre d\u2019opaque les vallées gazouillan- tes.A trois ans, le cor s\u2019est tu.La montagne déjà invisible.En bas, l\u2019ordre règne sous l\u2019incroyable soumission à la pensée divisante des juristes et des docteurs.Le premier maître obéit à la Loi.Juste après l\u2019intervention initiale du chirurgien accoucheur et la première légitimation de mon existence par l\u2019acte juridique signant ma collégialité par filiation paternelle et ma soumission à la souveraineté d\u2019en haut \u2014 ou des autres \u2014 comme à celle \u2014 fraternité oblige \u2014 de la surface agglomérante, le maître es pédagogie et bonnes moeurs se présente.Le réformateur est à l\u2019heure juste.Juste le dimanche pour souffler.Ce même jour encore apprendre à lever modestement la tête, par reconnaissance envers le Grand Inquisiteur et pour le portrait de famille nobilitaire.Mon sang ne m\u2019appartient déjà plus.Il a été scellé d\u2019une obligation patriarcale avec promesse d\u2019héritage.Un soldat m\u2019a baptisé par immersion \u2014 toujours l\u2019oppression du dehors vers le dedans sans laisser-passer inconditionnel.Un gardien me prend en main suivant le tracé des routes.Permission de s\u2019arrêter dans les salles de jeux éducatifs, 66 obligation aux feux rouges, vol au-dessus d\u2019un nid de coucou, programmes vidéo recommandés pour tous, visites annuelles au zoo de Granby et premier compte en banque à la Caisse populaire, costumes de neige phosphorescents, permis à termes-d\u2019exhumer.L\u2019acagonie (Herménégilde Chiasson) s\u2019organise, agonistique d\u2019abord, puis sous la relève du corps de garde, Couvre-feu sur la cité.Promesse scolaire de l\u2019aube.Les murs de la ville protègent des géants, dit-on.Leur totem inspirateur est la fourmi.Quand il faudra gravir la montagne, accompagné, non sans la réminiscence dogmatisée que nous refaisons le parcours demiurge du grand et seul maître à bord, attendez-vous à recevoir l\u2019ordre de descendre en emportant chacun sa corvée.Chez le maître, le contre-maître.La prohibition de l\u2019inceste s\u2019étale sur tout le domaine qu\u2019on m\u2019apprend à mesurer : la règle de calcul en finit de régler ses comptes avec la verge d\u2019or.Voulez-vous danser ?Le probable dans la marge d\u2019erreurs tolérées.Le semblable sans le risque de la différence immesurée.On m°a signifié l\u2019homogène, fatigué de densité fatale, coagulé dans le collectif gesticulant qui tient de la méduse autant que de la poulpe.Prématernelle : comme s\u2019il fallait refaire l\u2019itinéraire initial d\u2019où nous étions sortis rescapés mais singulièrement stigmatisés, cette fois avec chacun des autres dans un même rituel d\u2019assouvissement.Comme s\u2019il fallait répéter en choeur l\u2019Arcadie de laquelle nous étions sortis avec une bonne leçon, pour l\u2019exemple.Comme s\u2019il fallait nous initier à jouer de nouveau, cette fois avec des règles et quelques tolérances.Déjà nous remémorer le commencement du monde, dans l\u2019ordre anthropomorphique, linéaire à désoler, jaloux \u2014 on le découvrira plus tard \u2014 des règnes animal, végétal et minéral insoumis aux rugissements de Moïse.La pré-maternelle est la réappropriation mâle des forces du dedans.Maternelle : L\u2019auberge espagnole, la réunion des rescapés, un service offert à tous de réinsertion sociale, réhabilitation assurée, promesse d\u2019épanouissement, consolidation de la mise au pas et menaces de mise à pied.67 Premières conventions collectives.Les enfants siègent sur le conseil d\u2019administration.Egalité des chances.Que justice soit faite, par enfants interposés.Derrière la maîtresse, le directeur.Derrière lui, le juge.Chez tous les trois, la suprématie réinterprétée.La souveraineté ?Toutes mesures de sécurité la protègent, l\u2019isolent et l\u2019interdisent.La souveraineté ?La complicité tribale de l\u2019être polymorphe vivant dans la cité l\u2019a incarcérée dans un totem fièrement monothéiste.\u201cNous ne comprendrons le petit enfant qu\u2019en voyant en lui ce qu\u2019on trouve plus tard dans l\u2019homme sous forme d\u2019oeil ou d\u2019oreille.Car l\u2019enfant est tout entier un organe sensible.Le sang coule à travers son corps d\u2019une manière beaucoup plus vivante que ce ne sera le cas plus tard.Par une subtile physiologie nous comprenons mieux en quoi consiste la formation d\u2019un organe sensible, par exemple l\u2019oeil.Dans l\u2019oeil, la circulation sanguine est prépondérante pendant les premières années de la vie.Plus tard, la vie nerveuse prend le dessus.Car le développement des sens dans l\u2019organisme humain se fait au profit de cette activité des nerfs au détriment de la circulation sanguine.L\u2019enfant n\u2019a tellement besoin de sommeil que parce qu\u2019il est entièrement organe sensible.Sans ce sommeil, il ne pourrait supporter l\u2019éblouissement du monde extérieur, ni son bruit.Rudolf Steiner Les bases spirituelles de l\u2019éducation Après la chute, le sommeil réparateur.Le seul enfant à naître en riant fut Zarathoustra, l\u2019enfant solaire incarné parmi les hommes après l\u2019épopée indienne des sept Rishis, pour initier les nouveaux rois.I] n\u2019en reste qu\u2019un pastiche tribal et patriarcal en la figure de Moise, l\u2019archétype qui domine encore nos dynasties familiales, nationales et multinationales malgré l\u2019événement du Golgotha.Depuis si longtemps les mères ont été soumises, quand elles ne reprenaient pas à leur compte l\u2019ar- 68 = Es es \u2014- \u2026 mure des soldats.Depuis si longtemps leur royaume occupé, à vivre sur le mode mineur.Dans l\u2019art martial, le cuivre ne résiste pas au fer.Les jardins du Vinci ont colonisé la fourrure végétale.Vous rappellez-vous l\u2019'Homme circulaire ?La parfaite tentative d\u2019en finir avec les métamorphoses, les dilatations et les contractions, les rythmes lunaires dans les eaux dissolvantes rejuvénantes.L\u2019arrêt prométhéen de l\u2019inflorescence à l\u2019ultime jouissance de son histoire.La représentation suprême au-delà du bien, mais au point mâle : la Renaissance ! Après la chute, les voluptés terrestrielles remémoran- tes malgré la vigilance des clercs, dans l\u2019inconscience complices.Le Vinci n\u2019aura pas effacé les visions colorantes de Giotto.Vous laissez compénétrer du bleu d\u2019alors, les yeux fermés.Oubliez la leçon du maître géomètre en jardins princiers, lui-même submergé d\u2019âmes en eaux insinuantes.Le docteur es nombres, poids et mesures peut attendre.Vous laissez inspirer les roses et les bleus du Fra Angelico, les murmures clairs, les yeux d\u2019avant le dedans et le dehors.Trève de mémoire horlogère.Vous y laissez confondre, jusqu\u2019à l\u2019âge de sept ans.Le compte déjà de trop.La mère pour entière maternelle.La nature naturante.Prismes tout autour, d\u2019avant les notes représentées.Une lyre au larynx accorde à la musique des sphères.Soieries animiques entourent son corps fleur de pêcher.Contre- jour à ne pas confondre dans les gris.Petit jour noctambule et sans malice.Même le chat s\u2019y laisse prendre ! \u201cMême si les générations de siècles en siècles se sont transmises sans défaillance et comme un legs universel le patrimoine des contes, c\u2019est qu\u2019il y avait en eux une respiration éternellement variable et qui donnait du souffle, une sagesse qui se posait d\u2019emblée, et sans même qu\u2019elle le sût, dans l\u2019innocence des âmes : une expérience préalable que rien ne pourra remplacer.\u201d Armel Guerne Préface aux Contes des freres Grimm EAR ji RR ta iH au: Mr 1 Ww rates Bll Bi Ai .Ri | > at bi re Déposez les babouches à l\u2019entrée.Dans la forêt de Brocéliandre, semblable à celle du douanier Rousseau, l\u2019instructeur n\u2019a pas passé le seuil.L\u2019inexorable loi des causes, obsolète là où Merlin guide les jeux d\u2019initiation.Tous les chevaliers ont déposé l\u2019armure d\u2019airain à la vue du grand cerf blanc.En-deçà des limites de la forêt sensible, l\u2019arbre renversé des nerfs indifférents cristallise le sang, sclérose la peau, pulvérise la pierre.Au-delà, des canaux d\u2019un suc particulier convergent à la fontaine souriante.Elfes, gnômes, ondines et salamandres réaniment les pensées inorganiques expirées des mortels.La flûte enchantée éveille à l\u2019esprit sensible.Chants de Novalis dans la clairvoyance des coeurs étonnés.Là commence la pédagogie : à l\u2019éveil de l\u2019étonnement.Genèse des formes vivantes du réel dans la magie environnante : les lointains de la pensée individuelle.Sans le magicien hermaphrodite et sans le gardien du seuil de la conscience rêveuse, l\u2019éveil serait une deuxième chute, comme une épreuve à l\u2019électricité.Tout ce qui baignait dans les espaces tièdes, humides et vaporeux se verrait instantanément séparé par incandescence mortelle, destiné au froid et au sec, les conditions idéales de la communication sans plus-value ni perte.Liberté totale conditionnelle de censure absolue.Simple question de rendement maximum, à la gloire de l\u2019état mental en milieu hermétiquement clos ou systématiquement étendu pour un Essai de programmation générale.Voyez la Légende du Grand Inquisiteur inspirée à Dostoïevski.Le chemin de l\u2019_étonnement mène au centre des mystères.Tout le corps sensible confondu en un sentiment de vénération devant l\u2019ordonnance du monde.La vénération aide à vaincre l\u2019effroi, latent depuis l\u2019événement de la chute, l\u2019effroi qui se manifeste sur la montagne, comme pour une deuxième naissance.L\u2019enfant veille toute la nuit.Il a sept ans.Le vif argent des pierres éclairées par la lune éveille à l\u2019entendement des origines en ses corps âme et esprit encore indivis.Désemparé d\u2019être au monde.Désespéré d\u2019être. ès A \u201cDeux âmes, hélas, se partagent mon sein, et chacune d\u2019elles veut se séparer de l\u2019autre : l\u2019une ardente d\u2019amour, s\u2019attache au monde par le moyen des organes du corps; un mouvement surnaturel entraîne l\u2019autre loin des ténèbres, vers les hautes demeures de nos aïeux.\u201d Goethe Faust (Le vieux Docteur Faustus revivait ces instants dans la nuit de Pâques.Quand il allait porter la coupe de boisson dernière à sa bouche, il fut saisi par le son des cloches et les chants des choeurs : \u201cLes choeurs divins entonnent-ils les chants de consolation qui, partis de la nuit du tombeau, et répétés par les lèvres des anges, furent le premier gage d\u2019une alliance nouvelle ?\u201d) L\u2019enfant sur la montagne fut saisi des choeurs célestes au matin du nouveau jour, quand le corps terrassé venait de délivrer l\u2019âme.Son plus grand étonnement s\u2019éleva en vénération envers la création.Baptême spirituel du poète de sept ans, d\u2019une beauté indiscible.\u201cOn passerait pour plus ou moins fou aux yeux des savants d\u2019aujourd\u2019hui si l\u2019on disait que recherches et réflexions ne doivent jamais être séparées de ce qu\u2019il faut bien appeler la vénération et qu\u2019il n\u2019est pas permis de faire un pas sur le chemin de la pensée sans qu\u2019on soit pénétré d\u2019un sentiment de respect envers ce que l\u2019on étudie.\u201d Rudolf Steiner Le monde des sens et le monde de l\u2019esprit L\u2019enfant d\u2019une indiscible beauté descendait la montagne.Fifres et champignons.Une lettre de convocation 71 à l\u2019école de la paroisse.Un titre de recommandation du clerc romain de la place.Les forces de masse et leurs propres forces de l\u2019ordre ont signé un mandat d\u2019inscription obligatoire.Des boursoufflures restangulaires le long des routes : qui d\u2019entre elles aura le plus de vanité militaire ?La manufacture ?La fabrique, la banque, l\u2019hôpital, le collège classique, le couvent ou la polyvalente ?Elevés au-dessus de terre alors qu\u2019ils devaient creuser leur enterrement.Un surcroît de volonté de puissance les a soulevés de quelques étages pour que s\u2019impose notre soumission.Ecrasée de tant de densité, quelques-unes de ces malformations vacillent et mettent à l\u2019encan.Contre leurs forces réinvesties et leurs alliances perfectionnées, il y faudra plus de résistance.Fin du premier acte.En éducation, il est l\u2019acte entier, paradigme de tous les autres à venir.Il en était un plus primordial encore, celui des trois premières années.J'ai essayé de le faire revivre en un plus grand cycle, du commencement à la tombée des premières dents.%* * * Après sept ans et jusqu\u2019à la puberté, toute l\u2019éducation s\u2019inspire des arts.Pendant le premier cycle, l\u2019enfant baignait dans l\u2019imagination.Le second procède de l\u2019inspiration : développement des rythmes, mouvements eurythmiques, astralité de tous les apprentissages, environnement musical.Les premières années de l\u2019école sont dans l\u2019ambiance de la musique pentatonique, et non pas dans la lecture musicale; dans l\u2019ambiance de la couleur \u2014 les trois couleurs fondamentales et leurs mélanges \u2014 et non pas dans le dessin; dans la parole visible du corps \u2014 l\u2019eurythmie \u2014 et non dans les sports de compétition ni dans les exercices de ballet; dans le modelage de l\u2019argile et non dans l\u2019analyse des sols; dans l\u2019écriture d\u2019avant la lecture imprimée, une écriture sensible colorée; dans les jeux dramaturgiques de l\u2019histoire et non dans la mémoire officinale de médailles : totalement dans l\u2019action d\u2019avant la représentation.Tout doit faire image.72 en 5e ey.oe Les grands rythmes de l\u2019univers à revivre dans la clas- se-atelier.Economie de l\u2019automne : mouvements de la périphérie au centre, formation des sucres, débordements du miel, aération des jardins, tendances à la mélancolie contractive.Convergence de toute l\u2019activité vers les formations cristallines de la terre.Observation E des minéraux.Construction des tétraèdres.Initiation ke aux nombres en allant du tout vers les parties, et non # l\u2019inverse.Préparation à l\u2019extérieur du compost alchimi- Es que comme leçon de biologie et d\u2019économie générale E (Georges Bataille) : transformation de la matière froide, Es passage par le chaos de la déconstruction des corps effer- i vescents, création d\u2019humus tiède qui réchauffe la terre ; au printemps et que la terre va refroidir.Le compost, analogue au Noël de la terre : soleil au coeur de la ma- | tière veillée par la lune.Puis de Noël au printemps, dans | un mouvement inverse d\u2019expiration, d\u2019expansion, dans [ une ambiance sanguine communiquante, tout dans l\u2019art i il de l\u2019expression des forces formatrices.Un rythme uni- Ji versel à accorder à la partie médiane de l\u2019homme dans Er le coeur, les poumons et les membres.Chacun son violon.L\u2019école comme une séance d\u2019aquarelle sur papier trempé.L'essentiel chez le maître qui accompagne l\u2019enfant durant les sept années est la manière.Voyez-le marcher.Voyez la couleur de son vêtement.Voyez l\u2019espace du dedans de sa classe : un planétarium, un atelier ou bien une chambre vide d\u2019hopital ?Un microcosme anthropomorphique ou bien un diagramme entêté ?Tranquillement laisser germer le personnage de Ras- kolnikov de la puberté à l\u2019âge \u2018\u201c\u2018post-obligatoire\u201d : TOUT EST POSSIBLE Le cultiver avant reviendrait à faire de lui un usurier nerveux.Bienheureux mongols ! (Quelques-uns de ces dépossédés, dans la classe, feront grand bien pour les uns comme pour les autres : délivrer les asiles, les prendre d\u2019assaut s\u2019il le faut.) Dans le mouvement ascendant de l\u2019éducation, le troi- 73 sième cycle sous l\u2019intuition succède à l\u2019inspiration.L\u2019art révèle la science.Le sang irradie dans l\u2019organe de la tête.Par la pensée \u2014 \u2018\u201coh, mathématiques sévères\u2019\u2019 Lautréa- mont \u2014 l\u2019âme aspire à la métaphysique.Dans l\u2019esprit génère l\u2019acte sublime d\u2019individuation à l\u2019encontre des \u201craisons\u2019\u2019 collectives et de la loi du karma.Les corps de la mère et du père sont renvoyés a la chronique naturelle.Un front irradiant de libération, délibérément individuel, à lire dans les yeux à la patte d\u2019oie naissante.Des maîtres idéalistes \u2014 voir un coucher de soleil là où brûle une chandelle (Nietzsche) \u2014 des biographies au chevet, toujours comme antidote retotalisante aux séquences disséquantes et à la statistique mitoyenne.Lou Andréas-Salomé \u2014 Le chevalier à la triste figure \u2014 Henri de Ofterdingen \u2014 L\u2019Idiot \u2014 Zanoni \u2014 Walden, le philosophe de la forêt.Une académie socratique ou peterbourgeoise dans la solitude d\u2019une abbaye singulière.Autonomie souveraine sous chaque minaret.Une île dans la ville.Sauf-conduit à exiger des Philistins.Trève dans les échanges.L\u2019espace souverain commence au troisième étage, dans le bleu intense au-delà du bien et du mal, des contrats et des accouplements romantiques.Une multitude de maîtres artisans au dehors, un seul maître au dedans, infiniment irréductible.Tout est possible : l\u2019imagination et l\u2019inspiration auront libéré un MOI de cristal, rayonnant d\u2019arc- en-ciel.Fin du troisième acte abrégé.Fin de l\u2019école.Ensuite, la dialectique du MOI et du Monde, la queste de la coincidencia oppositorum, les allées et venues fiévreuses entre les transformations brunatres des sous-sols \u2014 le bal des sorcières \u2014 et les bleus violacés des coupoles, les progressions éthériques pendant le deuxiéme grand cycle de trois fois sept ans.Et puis la longue inspiration commence son expir.Deuxième partie : pour une pédagogie de l\u2019excarna- tion (renversement, involution, reflux).Troisième aprtie : redéchiffrer le Bardo Thodol, pour une pédagogie du MOI cosmique sous les hiérarchies, pour une pédagogie de la réincarnation dans l\u2019âme de 74 conscience, sous le signe de l\u2019Archange Michaël et sous la domination de l\u2019Anté-Christ (revoir Dostoïevski et Soloviev), pour un \u2018\u2018art de vivre dans le temps\u201d (R.Steiner).seu vu 5 5 820 US CSS TL 0 CR Nd bh Wy 2D A TAS IPN 7 = 8 =A 8 Sy x A = / alpes 4.7, IE KA N Te © X LES ES ee NCR SEE ER i \" ws 53 ewe Ewe seen EE sua \" 75 .ue 5 A a ae Co exe MSN pere \u2014 1! } fou | W A : j lu \\ == | > ty 6 es ==\" LL = 7423 \u2014= | gr NV] / AE | 0 ; ( *» i = gy \u2019/ fi eu 4 fo = fu i ki ) ka À IL 4% i | UE te AN % ail hi I, | M ve 4 - PL ree y +77 $ a {qn \u2014 aim a or [Xd PTE oe THE Ld + Zabulon Dostie* Plaidoyer (régional) pour l\u2019art de l\u2019éducation selon l\u2019ordre de l\u2019univers ELOGE D\u2019UN ENSEIGNEMENT (affaires lues et relues) Donc, si tu veux qu\u2019un animal imaginé par toi paraisse naturel \u2014 mettons que ce soit un dragon \u2014 : prends la tête d\u2019un mâtin, ou d\u2019un braque, les yeux d\u2019un chat et les oreilles d\u2019un porc-épic, et le nez d\u2019un lévrier, les sourcils d\u2019un lion, les tempes d\u2019un vieux coq et le cou d\u2019une tortue aquatique.(Leonardo da Vinci, Carnets de notes).\u2014 Mettons que ce soit une pédagogie Waldorf* \u2014 alors prends les sept planètes de l\u2019antiquité, l\u2019évolution de l\u2019univers et la connaissance de la nature humaine, un éducateur sensible à l\u2019âme des enfants et répondant aux exigences de l\u2019Etat, et un programme avec des bases spirituelles.Les sept planètes et l\u2019évolution de l\u2019univers, puisque la personnalité humaine s\u2019épanouit au cours des sept phases planétaires, celles du soleil ayant triplé (Dr Norbert Glass, Nous aurons une vieillesse lumineuse, 'Tria- * Graphiste et artiste, père d\u2019une petite fille qui fréquente la maternelle Waldorf de Montréal.* C\u2019est en 1919 à Stuttgart que la première école Waldorf fut fondée pour les 150 enfants de l\u2019usine de cigarettes Waldorf.Il existe à ma connaissance huit séminaires pédagogiques pour la formation des enseignants Waldorf : un à Stuttgart, Allemagne, un à Dornach en Suisse, deux en France, un en Angleterre, un en Suède, et aux U.S.A., à Détroit, à New York et à Sacramento.77 ; À t 3 A si Ki SR â i des, 1959) nous sommes donc a 63 ans.En notre société moderne; 65 ans est cet age de la vieillesse/retraite.Ce sont les étapes/parties de la vie; elles ont leur correspondance dans l\u2019histoire de la terre.L'évolution de la terre se déroule en sept grandes phases : polaire, hyperboréenne, lémurienne, atlantéenne, post-atlantéenne dans laquelle nous sommes et qui sera suivie de deux autres phases terminales.Dans le stade post-atlantéen, on peut distinguer également sept étapes : les périodes proto-hindoue, proto-persane, égypto-chaldéenne, gréco- latine, notre époque actuelle, suivie de deux autres.La période que nous vivons est la 5e époque post-atlantéen- ne (S.Rihouët-Coroze, édit.Triades).Avant six sept ans, on ne parle pas de scolarité, c\u2019est une pédagogie maternelle.En souvenir des MERES dont parle Goethe (même la pédagogie d\u2019Etat pour ce niveau y permet relativement une ambiance où l\u2019art, le rythme, la couleur et la musique imprègnent la vie sociale).Ici, à Montréal, alentour de l\u2019association pour la pédagogie Waldorf qui travaille à débuter une école (le cycle de huit ans avec le même professeur) le pas est en train de se faire, le fruit en est à son stade germinal; une maternelle a vu le jour depuis septembre 79.Une maternelle la plus vivante possible dans le courant pédagogique de Steiner.Vivante dans son recueillement autour d\u2019un conte qui inspire chaque semaine : ces contes qui cachent et enseignent les archétypes des humains.Et puis le pain qu\u2019on fait d\u2019un bout à l\u2019autre, de la farine jusqu\u2019à le manger.Ces matières qu\u2019on laisse entre les mains des petits : jouets de laine, bois, cuir, os, fer, soie, coton, la cire d\u2019abeille à modeler et l\u2019aquarelle et les chants, danses, rondes, et la musique pentatonique.Tous ces ancêtres de l\u2019homme qui l\u2019ont accompagné dans l\u2019histoire et qui lui donnent encore la main dans ce renouvellement, que le petit enfant fait dans sa vie, des premiers éléments artistiques des civilisations humaines.Puis quand l\u2019enfant vient de perdre ses dents de lait et jusqu\u2019à la puberté, voyez-le animé par le jeu sans fin; c\u2019est l\u2019être rythmique physiologiquement et psycholo- 78 giquement caractérisé par le système respiratoire et circulatoire.Et pour cette période de la vie, de toutes les données qui nous sont accessibles, la plus intéressante c\u2019est que l\u2019Imagination est le Médiateur.La fonction artistique permet de communiquer totalement avec eux, débordants de la vie qui se rythme en eux comme l\u2019air et le sang sans fatigue.HE ! Voilà pour la manière de s\u2019y prendre avec les sept-quatorze (7-14) ans.Voilà comment leur enseigner toutes les matières afin qu\u2019ils atteignent l\u2019harmonieux.Par l\u2019Art, métamorphose de la nature humaine en croissance.\u201cLes arts plastiques\u2019\u2019 \u2014 dessin, peinture, travaux manuels, vers, écriture et lecture.\u201cL\u2019Art des sons\u2019\u2019 \u2014 les contes vers l\u2019élocution, la musique vers les langues vivantes, calcul, géographie locale et l\u2019eurythmie (art du mouvement).Dans la vision normale, l\u2019être humain perçoit d\u2019abord un entier avant d\u2019en remarquer les détails; pour un paysage, un animal autant qu\u2019une plante.L\u2019image qui se dégage du pédagogue c\u2019est l\u2019image moderne de la réalisation de l\u2019eurythmie, dont parlent les anciens : L\u2019Artiste pratiquant le plus grand Art.Spécifiquement, le professeur du primaire qui enseigne avec une conception d\u2019ensemble présentant l\u2019image du Cosmos merveilleusement cohérente.Un exemple : en géographie, le maître traite aussi de l\u2019histoire de la contrée, de sa flore, sa faune, sa civilisation; de manière à en faire un tout organique (H.Bibeau, Plan scolaire d\u2019une école Rudolf Steiner).Et toutes les matières en fin du premier cycle atteignent une certaine floraison.Langue maternelle : les grandes oeuvres; histoire : vue d\u2019ensemble de l\u2019histoire humaine; géographie : les civilisations; sciences naturelles : l\u2019homme mesure de l\u2019univers; physique; chimie; arythmétique; géométrie; dessin; peinture : lumière et ombre; langues vivantes; langues mortes; eurythmie; musique : l\u2019octave; travail manuel : objet usuel; et jardinage : le cycle entier des travaux de la terre, Après la puberté, pour le deuxième cycle (école 79 secondaire) un groupe de spécialistes remplacera le MAITRE; certaines forces musicales sont maintenant achevées, en témoigne la mue de la voix chez le garçon comme les deuxiemes dents marquaient l\u2019achèvement de certaines forces plastiques (R.Steiner, conférence aux éducateurs).Les facultés de penser et de juger sont tout à fait éveillées ainsi qu\u2019un sentiment d\u2019amour pour l\u2019humanité.L\u2019enseignement de l\u2019histoire de l\u2019art débute à ce moment, et, nous voilà avec des êtres presque libres.A partir de 21 ans (20, 21, 22) c\u2019est l\u2019éducation permanente, l\u2019homme est mature, égal à tous les autres hommes.Il est maintenant libre en lui-même de faire ses propres lois et avec les autres de les vivre .LIBRE ET EQUILIBRE Au sujet DES COMBATS TOURBILLONNANTS que se livre LA CONNAISSANCE.Pour une pédagogie lucide et éveillée dans la nuit lourde des exigences du profit matériel.Pour une pédagogie lumineuse et bienfaisante inspirée des actions laissées par les entités d\u2019un rang plus élevé dans les courants cosmiques, comme dans la constitution humaine.Le pré-requis pour la liberté, c\u2019est d\u2019avoir une image que l\u2019Art peut nous donner de cette trace qui y est restée de la conduite des premiers pas de l\u2019homme par les dieux.Les concepts desséchants de la pensée matérialiste règlent la période historique contemporaine d\u2019une grille parfois trop pesante, le souvenir dans l\u2019espace et le temps d\u2019autres grilles s\u2019y superposant aide la conscience individuelle et sociale à recréer l\u2019équilibre.Une nuée d\u2019enfants.Une école où s\u2019agitent dans ses racines les poulpes vaporeuses et les méduses.Un sang universel baignait 80 ie toute la terre stimulant en eux l\u2019activité sensorielle et la reproduction, cet atmosphère de nature albuminoide parcourait les êtres vivants, ouverts et poreux (C.Wasch- muth, Entwickelung der Erde).La maternelle voit en l\u2019enfant mourir cette image et naître le tronc.Les Mères immuables des profondeurs abyssales et les Parques filent la trame.Education, Art des Arts.Que vibre cette matière divine où la sagesse, seul maître véritable, équilibre toutes les formes.En ces temps d\u2019éveil de la conscience individuelle, il ne faut pas chercher le repos surtout là où s\u2019élabore la pensée libre.Toute florissante dans la serre chaude du microcosme individuel, l\u2019épreuve du communautaire appelle des rajustements, sans jamais trouver la juste place dans l\u2019espace et le temps physique.Confiance ou conscience dans l\u2019ordre de l\u2019univers \u2014 mais dans le quotidien il faut changer de pot la plante qui a grandi, il faut que la pourriture engendre le beau.La véritable connaissance de l\u2019homme travaillera avec les oppositions et les médiateurs, avec amour et science à l\u2019image de l\u2019Alchimie.L\u2019Art est maintenant caché dans chaque âme humaine car l\u2019Art doit, maintenant qu\u2019est fini le temps des Rois, éduquer les enfants et guérir les malades, soulager les misères humaines et indiquer l\u2019homme des temps futurs, l\u2019homme qui se doit de demeurer en équilibre entre le recul intérieur et l\u2019élan vers l\u2019avant, constamment à la recherche de la place correcte entre la fièvre de l\u2019égoïsme et la sclérose des masses qui pétrifie.DU TRAVAIL CONSCIENT DE L\u2019HOMME SUR LUI- MEME ET SUR LES AUTRES (L\u2019éducation, pas une affaire d\u2019enfants) Dans le passé, regardant l\u2019immensité du ciel, l\u2019homme dans une espèce d\u2019inconscience y voyait les indications pour être heureux.Mais il faut bien un jour quitter l\u2019école, il fallait oublier jusqu\u2019au souvenir de toutes les 81 cosmogonies.Et aujourd\u2019hui en regardant les cieux, après analyse scientifique, il n\u2019y a plus grand chose à lire au sujet de l\u2019Amour : que des masses, des mouvements mécaniques des couleurs et des chaleurs intenses ou froides et des trous plus ou moins noirs.Car à disséquer pour comprendre on a trouvé la mort.Dans la formule de l\u2019A.D.N.on lit le message suivant : Tout est terminé, il faut retourner d\u2019où l\u2019on vient (T.Leary, Star Dust).Et sûrement le retour sera aussi long que l\u2019aller.La science objective (esprit scientifique) arrive aussi à cette solution.Ce n\u2019est que dans l\u2019extra-terrestre (au sens spirituel) qu\u2019on trouve explication à l\u2019homme entier.L'homme de notre époque s\u2019est affranchi de tous les rythmes sages et antérieurs.Il est maintenant Maître des choses, il peut.Il peut décider d\u2019aller vers le respect des voies inscrites dans les cieux par la marche des corps célestes, par le rythme des saisons, du jour et de la nuit, des quatre tempéraments, du zodiaque, des douze sens, par la lecture globale de la nature.Mais libre aussi d\u2019aller vers la mort.Dans le plaisir électrique du \u2018\u2018feeling\u201d\u2019 nucléaire.Un bon choc chimique dense comme toutes les particules entassées pêle-mêle pour un compost ad vitam aetemam.Superposerons-nous encore communautairement Beauté et Science, Divin et Organique ! La réalisation du Surhomme meéne-t-elle a autre chose que la folie cancérigéne des produits synthétiques ?Le Dragon charme le chevalier moderne, pendant que le jardin magique se couvre de mauvaises herbes.Pour l\u2019homme moderne surexcité et amnésié, tout est possible.S\u2019abreuver à la source intarrissable d\u2019énergie pure, ou mourir, ou un mélange équilibré.En connaissant la mort comme venant de la tête (courant de SAGESSE de la culture et de l\u2019intelligence, lieu de l\u2019intervention politique) et connaissant le coeur comme la fontaine de jouvence (courant de \u2019AMOUR).Ceci dit, Bouddha le Féminin et Zoroastre le Masculin se sont 82 déjà unis (voir le problème des deux enfants Jésus et sa trace dans l\u2019Art.Hella Krause-Zimmer, 1977).Preuve que le vivant et le mort ne sont que des phases d\u2019une métamorphose inachevée.Pry ù (4 5 > 2 | | 5 N , 83 OEE Guy Durand\u201d Un projet d'école pluraliste (l\u2019expérience de l\u2019école Notre-Dame-des-Neiges) Décrivons d\u2019abord le milieu.L\u2019école NDN est située dans le quartier Coôte-des-Neiges à Montréal, près de l\u2019Université de Montréal, de quelques collèges privés et de plusieurs grands hôpitaux.La population est de plus en plus cosmopolite, de même que de plus en plus pluraliste au plan religieux.Il s\u2019agit d\u2019une école primaire catholique, relevant de la CECM.Elle regroupe 245 élèves réguliers de 1ère à Gème année (donc sans compter les 40 élèves de maternelles régulières de 5 ans; ni les classes d\u2019accueil pour immigrants) Il y a 5-6 ans, l\u2019école a été menacée de fermeture : cela a suscité une mobilisation du milieu (parents de l\u2019école et résidents du quartier) qui a permis une conscientisation remarquable et une amélioration notable de la situation (à titre d\u2019exemple, notons que la clientèle régulière a augmenté de 80 élèves durant ces 4 dernières années).Depuis quelques années, l\u2019école a été le théâtre d\u2019une évolution marquée.D\u2019année en année, le nombre d\u2019enfants exemptés de la catéchèse s\u2019est accru pour atteindre aujourd\u2019hui plus du tiers.Pendant que leurs amis suivent le cours de catéchèse (\u2018\u2018obligatoire\u201d dans une école catholique), les exemptés suivent un cours de formation morale.Pour leur part, certains maîtres demandent aussi l\u2019exemption d\u2019enseigner la catéchèse : ils s\u2019occupent alors des groupes de formation morale.* Président du comité d\u2019école, Ecole Notre-Dame-des- Neiges.85 PAT AEA éme A heure fixe, donc, trois fois la semaine, les enfants se regroupent soit pour la catéchèse, soit pour la formation morale.Le régime fonctionne assez bien \u2014 ne noircissons pas la réalité.I] comporte pourtant trois inconvénients.1.Catholique, l\u2019école est l\u2019école d\u2019une majorité, qui accueille (ou tolère) une minorité : la catéchèse y est obligatoire, sauf demande d\u2019exemption.Il y a là une forme de marginalisation et de discrimination.2.Légalement l\u2019aumonier a le droit d\u2019aller dans toutes les classes pour y parler de Jésus-Christ et du mystère chrétien.Sa responsabilité vise tous les enfants et tout le personnel.Cela pourrait facilement devenir odieux pour les \u2018\u2018non catholiques\u201d.3.Enfin, l\u2019école catholique doit normalement avoir un objectif global chrétien, que tous les éducateurs s\u2019efforcent de promouvoir.Ce sont ces trois inconvénients que le milieu scolaire voudrait maintenant supprimer.Trois changements, en particulier, sont désirés : \u2014 transformer le régime d\u2019exemption en véritable option entre cours de catéchèse et cours de formation morale; \u2014 réduire le rôle officiel de l\u2019aumonier à la population qui demande ses services; \u2014 redéfinir l\u2019objectif de l\u2019école au plan religieux : cet objectif ne serait plus de favoriser un projet global chrétien, mais plutôt de respecter le pluralisme religieux ; ou mieux, dans le respect du pluralisme, de favoriser l\u2019éducation de la foi d\u2019un chacun.C\u2019est ce qu\u2019on a appelé une école pluraliste, bien conscient que le terme est plus vaste que ce que le mot évoque pour certains.Eventuellement, d\u2019autres religions pourraient y être enseignées (si le besoin existait et si le ministère de l\u2019Education élaborait des programmes en ce sens); mais actuellement l\u2019option serait double sans plus.Le terme \u2018\u2018pluralisme\u2019\u2019 se justifie quand même 86 parce que les deux options sont sur le même pied.Il est préférable d\u2019ailleurs à tous les autres termes : école autre, école non confessionnelle (très négatif), école multiconfessionnelle (qui convient mal pour désigner les incroyants).Ces trois changements contreviennent à la définition de l\u2019école catholique élaborée dans les Règlements du Comité Catholique du Conseil Supérieur de l\u2019Education.Aussi l\u2019école a-t-elle demandé la révocation de son statut catholique.Tel est l\u2019enjeu juridique actuel.Essayons donc de décrire l\u2019expérience en cours à Notre-Dame-des-Neiges (1ère partie), avant d\u2019en dégager quelques réflexions d\u2019ordre plus théorique (2e partie).L\u2019EXPERIENCE EN COURS L\u2019affaire a commencé au cours de l\u2019année scolaire 1972-73, lors de deux soirées d\u2019information et de sensibilisation à l\u2019adresse des parents, soirées convoquées par l\u2019animateur de pastorale sur le thème : \u2018Education de la foi des enfants : où allons-nous ?\u201d L'affaire a commencé sans bruit, par une simple constatation : il n\u2019y a que 3 ou 4 personnes à chacune des réunions.Au cours des échanges, la consternation du début se change en amertume.Personne n\u2019est vraiment content de la caté- chèse qui se donne à l\u2019école : il y a des maîtres peu motivés, des parents peu intéressés, des enfants qui \u2018\u201cdérangent\u201d\u2019 gravement.Comment les parents peuvent-ils se sentir responsables quand toutes les structures \u2018\u2018décident\u201d pour eux ?Comment un maitre incroyant peut-il enseigner la catéchèse et préparer convenablement à la célébration des sacrements de l\u2019initiation chrétienne ?Comment une catéchèse est-elle possible quand un enfant proclame en pleine classe : \u2018Mon père m\u2019a dit que tout cela n\u2019est pas vrai\u201d ?Ou comment une célébration est-elle réussie quand un autre enfant y déclare : \u201cCe que tu dis, mon père m\u2019a dit que c\u2019était de l\u2019invention\u2019\u2019?De leur côté, à cause de leurs convictions religieuses personnelles, certains parents n\u2019étaient pas heureux que leurs enfants suivent le cours de catéchèse.Certains 87 maîtres non plus n\u2019étaient pas à l\u2019aise dans ce système.La situation changea grâce à l\u2019ouverture d\u2019esprit, à l\u2019imagination, à la franchise et au courage des diverses personnes impliquées : directrice, aumôniers, parents, maîtres, paroisse.Le régime d\u2019exemption En 1973-74, la direction fut attentive a la demande d\u2019exemption que lui formulait un enseignant.Comme la CECM ne voulait pas s\u2019impliquer, on chercha une solution \u2018\u2018maison\u2019\u2019 : la paroisse offrit une catéchèse bénévole, 3 h.semaine, et le professeur exempté allait faire de la récupération auprès d\u2019élèves plus lents des autres classes.L\u2019expérience fut heureuse : d\u2019une part, elle rendait justice à un enseignant et, d\u2019autre part, elle assurait une catéchèse de qualité aux enfants de cette classe.Quant aux demandes d\u2019exemptions de la part des parents, il y en eut très peu cette année-là.Exception faite d\u2019un petit groupe d\u2019enfants de 2e année qui, à la demande expresse des parents, furent exemptés de la catéchèse préparatoire à la première communion.C\u2019est vers la fin de cette année, soit le 4 juin 1974, que par un arrêté en Conseil, était officiellement adopté pour le Québec le nouveau règlement du Comité Catholique du CSE concernant les institutions d\u2019enseignement confessionnel reconnues comme catholiques.L\u2019année scolaire 74-75 fut certes déterminantes dans l\u2019histoire de l\u2019école NDN, car l\u2019école allait tirer les conséquences de deux faits vécus l\u2019année précédente, à savoir : l\u2019expérience de la catéchèse bénévole et la publicité donnée aux règlements du Comité Catholique.L\u2019évaluation positive de l\u2019expérience faite l\u2019année antérieure convainquit quelques professeurs de se prévaloir du droit à l\u2019exemption.Le fait que ce droit était inscrit dans un texte de loi, que la qualité de l\u2019enseignement religieux donnée par la catéchète bénévole était reconnue, qu\u2019un climat permissif était créé à ce sujet dans 88 RERO TIN l\u2019école contribua à ce que d\u2019autres demandes d\u2019exemption s\u2019expriment.Concrètement, trois enseignants bé- EE néficièrent de ce régime d\u2019exemption.Une catéchète i bénévole venait faire la catéchese dans ces trois classes pendant que les professeurs exemptés remplissaient d\u2019autres tâches dans l\u2019école.De leur côté, les parents s\u2019intéressent fermement à la question.En février, le Comité d\u2019école forme un ; sous-comité pour l\u2019étude de l\u2019application des Règle- # ments du Comité Catholique.Ce sous-comité est formé de 5 membres du Comité d\u2019école et de 2 membres du Conseil paroissial de pastorale.Le sous-comité remet un gi long rapport écrit qui se termine par les quelques propositions suivantes : \u2014 ne pas débattre maintenant la question du statut ke confessionnel de l\u2019école; i) \u2014 faire l\u2019expérience concrète de l\u2019exemption, en in- + formant tous les parents de leur droit.i Une assemblée générale de parents, après discussion, fi adopte cette politique.La discussion principale tourne El autour du cours de formation morale, pour lequel il n\u2019y a pas encore de programme officiel.12 Les années suivantes voient augmenter le nombre a d\u2019enfants et d\u2019enseignants exemptés de la catéchèse.La ie catéchèse se fait alors à heure fixe.Les enfants se re- = groupent qui pour la catéchese, qui pour la formation morale.Les maîtres exemptés de la catéchèse enseignent la formation morale.Les autres se répartissent les groupes de catéchèse : parfois il manque un catéchète pour un groupe : l\u2019école s\u2019entend avec l\u2019aumonier pour trouver un catéchète bénévole (religieux ou un parent) que la paroisse rétribue quelque peu en fin d\u2019année.fe.L\u2019aménagement décidé comporte d\u2019évidentes servi- A tudes et imperfections : \u2014 regroupement d\u2019élèves de deux niveaux ou de deux classes de même niveau ; 89 \u2014 matériel didactique non au point (les premières années); \u2014 changement d\u2019attitude de l\u2019aumonier quand il va dans une classe où il y a des exemptés.Il comporte aussi des avantages et des valeurs marquantes : \u2014 l\u2019apprentissage du pluralisme concret autant chez les enfants que chez les maîtres; \u2014 la qualité de la catéchèse assumée par des maîtres qui y croient vraiment, et adressée à des groupes homogènes d\u2019enfants: \u2014 la mise en oeuvre d\u2019une confessionnalité scolaire aérée où les chrétiens trouvent un lieu d\u2019initiation à la foi et de formation chrétienne de bon calibre et où tous les autres (non chrétiens, mal croyants ou incroyants) peuvent trouver pour leurs enfants un lieu de formation pour leur conscience morale sans qu\u2019ils soient violentés dans leurs options fondamentales: \u2014 l\u2019éveil de la communauté chrétienne à ses responsabilités.Il y a certes une contradiction présentement dans le fait que, au sein du système confessionnel actuel, la paroisse doive payer un catéchète bénévole; mais cette contradiction peut aider la paroisse à se souvenir de sa responsabilité qu\u2019elle a trop facilement peut-être laissée entre les mains de l\u2019école.En 1978-79, le système est bien rodé.Les cours de catéchèse et de formation morale ont lieu à heure fixe dans toute l\u2019école.L\u2019exemption touche 90 enfants (38 pour cent).Les élève sont répartis en groupes homogènes.Les enseignants ont pratiquement le choix d\u2019enseigner la catéchèse ou la formation morale : ils se répartissent adéquatement les divers groupes de catéchèse ou de formation morale.Il y a toujours des regroupements d\u2019élèves, mais ceux-ci sont très limités.Le tableau suivant indique la répartition des élèves.90 en lére année 30 en catéchèse (deux classes) 21 en formation morale en 2e année 26 en catéchèse (deux classes) 25 en formation morale en 3e année 23 en catéchèse (deux classes) 12 en formation morale =\" regroupés en 4e année 20 en catéchèse pour le cours (une classe) 8 en formation morale en 5e année 31 en catéchèse (deux classes) 14 en formation morale regroupés en 6e année 21 en catéchèse pour le cours (une classe) 10 en formation morale Dans l\u2019ensemble, cette division des enfants en groupes distincts ne pose pas de problème.Parfois, un parent s\u2019inquiète : il craint que son enfant se sente marginalisé.Pour les élèves, cela semble pourtant bien simple et naturel.D\u2019autant plus que les maîtres expliquent de temps à autre le \u201cpourquoi\u201d de ces options et invitent au respect de ceux qui ne pensent pas comme soi.Il arrive évidemment des anecdotes.Un enfant se plaint de ne pas savoir ce qui se fait dans l\u2019autre groupe.Un autre est triste, un jour, parce que l\u2019autre groupe a fait une fête ou une sortie.Mais il n\u2019y a là rien de grave.La révocation du statut confessionnel Parallèlement à l\u2019instauration d\u2019un régime d\u2019exemption de la catéchèse, se posait le problème du statut confessionnel de l\u2019école NDN.Le comité conjoint (école-paroisse) créé durant l\u2019année scolaire 74-75 avait suggéré de ne pas s\u2019attaquer tout de suite à la question de la confessionnalité : ce n\u2019était pour lui ni opportun, ni urgent.Mieux valait, en instaurant le régime d\u2019exemption, faire l\u2019expérience de pluralisme et mesurer 91 les tendances en présence.La question se posait cependant et, à toutes les discussions publiques, il y avait quelqu\u2019un (parent ou enseignant) pour la soulever.Cette question a surgi, subitement et massivement, lors des assemblées de consultation sur le Livre Vert du ministère de l\u2019Education en mars 78.Lors d\u2019une première assemblée, l\u2019idée a suffisamment sorti pour apparaître dans un projet de Mémoire au ministre.Ce projet a été envoyé à tous les parents de l\u2019école, en même temps que l\u2019avis de convocation à une seconde assemblée pour mettre au point et adopter le Mémoire des parents de l\u2019école NDN.Une très forte majorité des parents présents s\u2019y est prononcée en faveur d\u2019une école non-confessionnelle.La proposition (et la description de l\u2019 \u201cécole pluraliste\u201d projetée) fut incluse dans le Mémoire au ministre, lequel a été présenté oralement au ministre par le président du Comité d\u2019école lors des audiences publiques.Subséquemment, le comité d\u2019école a entériné unanimement cette option.Et il a organisé un sondage en juin 78 auprès de tous les parents de l\u2019école afin \u2018\u201cd\u2019orienter le travail du futur comité d\u2019école\u2019\u201d, disait-on dans la lettre accompagnant le bulletin de retour.Les résultats furent massivement en faveur du changement de statut.\u2014 On a reçu 163 réponses sur 242 familles de maternelle à 6e année (67,4 pour cent); \u2014 sont en faveur de l\u2019école pluraliste, 130 sur 163 répondants (79,9 pour cent).Le début de l\u2019année scolaire 78-79 a été accaparé par des problèmes de classes d\u2019accueil et de personnel.La question s\u2019est réglée le 16 octobre.Ce n\u2019est qu\u2019à ce moment que le Comité d\u2019école a pu revenir sur la question de la confessionnalité.En novembre, le Comité d\u2019école (qui compte plusieurs membres nouveaux par rapport à l\u2019année précédente) s\u2019est de nouveau penché sur la question.Divers éléments ont retenu son attention.D\u2019abord la proportion importante d\u2019enfants exemptés de la catéchèse.Cette proportion a augmenté chaque 92 TERNAL, (WAR: 11715 CA A TEA année pour atteindre 35,2 pour cent et 38,8 pour cent les deux dernières années.année 75-76 16-77 77-78 78-79 nombre d\u2019enfants de 1ère à 6e année 211 221 235 249 nombre d\u2019en- EL fants exemp- E tés 55 60 83 90 i On notait, d\u2019ailleurs, qu\u2019il y a plus d\u2019exemptions dans les basses classes que dans les années plus avancés.(Voir le tableau donné précédemment.) Ce qui permet de penser que la progression ira en augmentant avec les années.Le quartier est lui-même très pluraliste.Ce qui laisse présager que l\u2019évolution continuera dans la même di- : rection.pi Ces faits sont révélateurs.Mais plus encore le mode de i vie qui s\u2019instaurait à l\u2019école.Par respect du pluralisme (respect des exemptés, notamment), les maîtres catholiques limitent leur souci apostolique aux groupes de catéchisés; l\u2019animateur de pastorale limite son action i auprès de ceux qui le demandent et l\u2019école refuse l\u2019ob- à jectif spécifique de l\u2019école catholique, à savoir bâtir un projet éducatif chrétien.Les parents de l\u2019école sont très soucieux de cet équilibre et très vigilants contre toute atteinte à ces règles.À la moindre occasion, le débat rebondit au Comité d\u2019école.Si d\u2019aventure l\u2019animateur va parler de célébration liturgique (et y inviter) dans les classes régulières, la direction et le Comité d\u2019école sont aussitôt saisis de la chose.Certains enseignants n\u2019aiment pas recevoir l\u2019animateur dans leur classe.Concrètement, cependant, la vie se déroule de façon satisfaisante.L\u2019animateur de pastorale intervient surtout dans les groupes de catéchèse.Il ne fait le tour des classes que pour des sujets plus neutres : pour 93 Mari de l\u2019Halloween avec la campagne de l\u2019UNICEF, pour Noël afin d\u2019inviter à la fête et au recueillement, etc.Certains maîtres l\u2019invitent aussi occasionnellement à un \u2018\u201c\u2018cours de formation morale\u201d pour une information sur la religion chrétienne : mais c\u2019est là une autre affaire.Un autre point a retenu l\u2019attention du Comité d\u2019école, la notion d\u2019école de quartier.L\u2019école catholique est l\u2019école d\u2019une majorité.L\u2019exemption marginalise par rapport à un groupe religieux dominant.Même si on avait lieu d\u2019être assez satisfait, dans la pratique, on pouvait améliorer la situation, surtout au plan légal et officiel.De toute façon, l\u2019école ne vivait pas \u2014 et ne voulait pas vivre \u2014 le projet éducatif chrétien.Par ailleurs les catholiques étaient très contents des services rendus par l\u2019école au niveau de l\u2019éducation de la foi : catéchètes qualifiés et consentants, groupes homogènes réceptifs à la Parole de Dieu; service d\u2019animation pastorale de qualité; lien avec la paroisse pour les célébrations liturgiques.Finalement, nous croyons avoir à l\u2019école NDN une meilleure catéchèse que dans bien d\u2019autres écoles catholiques.Le simple fait que la catéchèse se donne à heure fixe dans l\u2019horaire et que les groupes se forment en conséquence est une garantie que la catéchèse se donne, et cela pendant 3 périodes par semaine.Personne ne gruge sur le temps de la catéchèse pour s\u2019avancer en français ou en maths, comme cela existe, nous rappor- te-t-on parfois, dans bien des écoles.L\u2019idée d\u2019une école neutre (école sans religion) fut émise quelquefois (depuis le début, d\u2019ailleurs), mais elle fut rapidement écartée comme non respectueuse de la sociologie et de l\u2019histoire du Québec.Ces motifs et d\u2019autres ont été pesés par les membres du Comité d\u2019école.Toujours est-il qu\u2019en novembre 1978, le Comité se prononce formellement \u2014 et à l\u2019unanimité \u2014 en faveur du changement de statut de l\u2019école NDN : il veut que l\u2019école cesse d\u2019être reconnue comme école catholique (école d\u2019une majorité qui accueille une minorité) pour devenir.une école commune, une école pluraliste, où catholiques et non catholiques sont ac- 94 cueillis de plein pied sans discrimination, ni marginalisation.Par école pluraliste, nous entendons une école : \u2014 qui accueille tous les enfants (sans discrimination, ni marginalisation); l\u2019école de tous indistinctement, et non l\u2019école d\u2019une majorité; \u2014 qui offre une véritable option entre catéchèse et formation morale (et non une exemption); \u2014 qui, offre un service d\u2019animation pastorale à ceux qui le désirent (et non à l\u2019ensemble des élèves et des membres du personnel); \u2014 où le personnel s\u2019engage à respecter ainsi le pluralisme ainsi défini.Le Comité d\u2019école s\u2019est confronté alors au dilemme suivant : entreprendre immédiatement une démarche de révocation du statut d\u2019école confessionnelle en tablant sur le sondage de juin et sur le nombre d\u2019exemptés, ou au contraire faire une nouvelle consultation formelle et explicite sur le changement de statut.Pour éviter toute ambiguïté et éviter de donner flanc à la critique, la seconde part de l\u2019alternative fut adoptée : consulter officiellement et explicitement le personnel (enseignant et de direction) de même que les parents.La consultation a été faite en décembre 1978 sous le sceau du secret.Chacun a reçu au préalable un document d\u2019information décrivant le type d\u2019école désiré et les implications du changement.Les maîtres ont été invités à une rencontre d\u2019information et d\u2019échange avec les membres du Comité d\u2019école; tandis qu\u2019on a offert trois rencontres de ce genre aux parents.Le dépouillement des bulletins a été fait en présence de Robert Ascah, agent de relation publique à la région ouest de la CECM.Les résultats de la consultation sont éloquents.Chez le personnel (de direction et d\u2019enseignement) : \u2014 19 personnes ont répondu sur 19 (100 p.c.); \u2014 parmi les 19 répondants, 15 sont d\u2019accord pour que l\u2019école NDN devienne une école pluraliste (89,9 p.c.); 95 \u2014 et 14 demandent au Comité d\u2019école d\u2019entreprendre des démarques à cet effet (74 p.c.).Chez les parents : \u2014 il y eut 203 répondants sur environ 230 familles (88 p.c.); \u2014 parmi les répondants 187 sont d\u2019accord pour que l\u2019école NDN devienne une école pluraliste (92p.c.); \u2014 et 167 demandent au Comité d\u2019école d\u2019entreprendre les démarches qui s\u2019imposent à cet effet (82 p.c.).Parallèlement à la consultation auprès du personnel et des usagers de l\u2019école, un délégué du Comité d\u2019école rencontrait le Conseil paroissial de pastorale.Celui-ci s\u2019est montré favorable au changement de statut désiré dans la perspective décrite par le Comité d\u2019école.L\u2019exécutif du Conseil de pastorale prépara et signa une lettre en ce sens, dont le Comité d\u2019école pourrait faire état dans ses démarches ultérieures.Le Conseil de pastorale a par ailleurs cru opportun d\u2019informer l\u2019ensemble de la communauté chrétienne de l\u2019évolution désirée par l\u2019école et de l\u2019appui du Conseil de pastorale à cette évolution.Effectivement, ce fut le sujet des homélies du 27 et 28 janvier, lors de la semaine de l\u2019unité.Le prédicateur y a développé trois points : le respect des convictions de tous et de chacun, le refus de l\u2019hypocrisie des étiquettes, l\u2019importance de ne pas abuser de la force du nombre.Fort de cette consultation et de cet appui, le Comité d\u2019école a donc demandé à la CECM d\u2019entériner les aspirations du milieu et de transmettre au Comité Catholique du C.S.E.une requête en révocation du caractère confessionnel de l\u2019école NDN (1).1.Incidemment s\u2019est formé dans la paroisse un comité qui s\u2019oppose à ce changement.Il est formé de personnes sans enfant ou qui ont envoyé leurs enfants aux écoles privées.Il fait circuler une pétition dans le quartier et il téléphone aux parents de l\u2019école.96 REFLEXIONS THEORIQUES De cette expérience, on peut dégager un certain nombre de réflexions théoriques sur la situation des écoles au Québec.Ecole de quartier Depuis 4-5 ans, un objectif s\u2019est de plus en plus imposé a la communauté scolaire de NDN, faire de 1\u2019école NDN une véritable école de quartier, accueillante et satisfaisante pour tous : catholiques, non-catholiques, francophones, immigrants.Cet objectif a animé tous ceux qui ont travaillé à la survie de l\u2019école quand celle-ci était menacée de fermeture; il s'impose encore maintenant que cet avenir est assuré.Par école de quartier, nous entendons : \u2014 une école publique qui rassemble les enfants d\u2019un même territoire et où les jeunes voisins se retrouvent et se cotoient; \u2014 une école qui soit proche des gens (jeunes et parents) et qui serve de pole d\u2019identification d\u2019un quartier et de point de ralliement; \u2014 une école qui soit le reflet du milieu (ici, pluraliste) et qui puisse aussi influencer le milieu et y être un agent de transformation.Nous pensons que l\u2019école de quartier favorise le bien de l\u2019enfant qui a besoin d\u2019un milieu de vie bien délimité pour s\u2019épanouir, trouver son identité et se socialiser.Le déracinement nous semble favoriser les retards d\u2019apprentissage et les problèmes de mésadaptation sociale.Utile aux enfants, l\u2019école de quartier nous paraît aussi importante pour les parents : il y est plus facile pour eux de s\u2019y impliquer et de se sentir chez eux, surtout si cette école est assez petite.Enfin, l\u2019école de quartier peut contribuer \u2014 et grandement \u2014 à vivifier le quartier, et petit à petit à humaniser les villes parce qu\u2019elle est un pôle naturel de regroupement, de communication, de participation et d\u2019initiative. Ecole pluraliste C\u2019est sur cette toile de fond que s\u2019est progressivement élaboré notre concept d\u2019école pluraliste au plan religieux.L\u2019école pluraliste demande un compromis à tous.Elle demande un compromis à ceux qui voudraient une école catholique très explicite parce que l\u2019objectif d\u2019évangélisation et le climat chrétien rebuteraient une partie de la population.Elle demande un compromis aussi à ceux qui voudraient une école \u2018\u2018neutre\u2019\u2019 (sans religion) parce que ce type d\u2019école ne convient pas à ceux qui pensent que la dimension religieuse et catéchétique fait explicitement partie de l\u2019éducation globale du jeune.Tout en demandant des compromis, l\u2019école pluraliste cependant est bien plus qu\u2019un compromis : elle présente des avantages marqués.1.Pour le bien de l\u2019enfant d\u2019abord et avant tout.Celui-ci y apprend à vivre dans un monde pluraliste.Respect des autres : l\u2019enfant apprend à respecter ceux qui ne pensent pas comme lui.Compréhension des autres : le professeur de formation morale explique aux enfants ce qui se passe à la catéchèse, à l\u2019Eglise catholique, etc.Et vice versa pour le professeur de catéchèse.L\u2019éducation au pluralisme ne se limite pas au respect \u2018extérieur\u2019, elle aide à comprendre l\u2019autre de l\u2019intérieur.Développement des convictions propres.L\u2019école pluraliste n\u2019est pas une école qui nivelle les différences, mais qui veut positivement les cultiver.L\u2019enfant y apprend à développer ses convictions propres.Il apprend à être différent et à accepter que les autres soient différents de lui.2.L\u2019école pluraliste contribue à l\u2019existence de l\u2019école de quartier et donc à en réaliser les objectifs.Seule, elle a chance d\u2019ailleurs d\u2019attirer les citoyens autres que catholiques.Et notamment les immigrants non-catholi- ques.Il est paradoxal qu\u2019actuellement la Commission des écoles protestantes de Montréal s\u2019occupe de franciser ces immigrants.3.Cette école enfin s\u2019inscrit dans une plus grande 98 continuité (que l\u2019école neutre) avec notre passé socioculturel.Traditionnellement, la religion et la morale ont relevé de l\u2019école au Québec, faisant partie du système de l\u2019éducation.Plutôt que de couper avec cet héritage, l\u2019école pluraliste permet une évolution qui le rectifie et l\u2019ajuste à la situation actuelle.Par le contact avec les catholiques et les informations que cette proximité suscite, elle favorise d\u2019ailleurs aux non-catholiques la compréhension même de notre histoire et de notre culture, voire l\u2019histoire et la culture occidentale : musique, peinture, architecture, etc.Des garanties pour les catholiques Le groupe qui, de prime abord, a le plus à craindre de cette évolution est le groupe catholique.Il y perd ces droits.Mais voyons-y de plus près : les catholiques y sont bien servis et jouissent de garanties en ce sens.En effet, l\u2019école pluraliste décrite offre une option en catéchèse, option inscrite à l\u2019horaire de l\u2019école.Les maîtres qui la font l\u2019ont positivement choisie : gage de qualité pédagogique très sérieuse.L\u2019école offre un service de pastorale pour tous ceux qui le désirent.Elle ne poursuivra pas un projet global chrétien, c\u2019est exact (c\u2019est d\u2019ailleurs déjà comme cela), mais elle entend favoriser l\u2019éducation de la foi catholique chez ceux qui le désirent et favoriser chez tous l\u2019accueil des autres et le respect des différences dans un climat de sérénité et de paix.Il ne s\u2019agit donc pas de \u2018\u2018sortir la religion de l\u2019école\u201d.Ni même d\u2019un premier pas en ce sens.La catéchèse est là pour y rester.La Charte des droits de la personne reconnaît clairement aux parents, dont les enfants fréquentent une école publique, le droit d\u2019exiger que leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leur conviction (article 41).De toute façon l\u2019école ne pourrait supprimer les cours de catéchèse sans retourner devant les Commissaires de la CECM et donc sans demander l\u2019avis de l\u2019ensemble des parents de l\u2019école.Cela ne pourrait se faire en cachette.Il y a là deux garanties très fermes pour les catholiques.Quant au nom \u201c\u2018école NDN\u201d, il n\u2019a jamais été question de le changer.Change-t-on le nom de la rue Ste- Catherine ou de la ville de St-Jean parce que la population est devenue pluraliste ?Le nom est attaché à l\u2019histoire et à l\u2019image du quartier.Au plan éducatif, l\u2019école pluraliste envisagée offre un autre atout important.Elle oblige les parents qui choisissent la catéchèse à faire un geste positif, un choix positif.Cela constitue une occasion privilégiée pour les impliquer, les mettre en face de leurs responsabilités.Impact sur le Québec Ce modèle d\u2019école n\u2019a pas été pensé pour l\u2019ensemble du Québec.Il a été pensé pour l\u2019école NDN.Cependant, plusieurs ne sont pas sans penser qu\u2019il pourrait être avantageux aussi à quelques autres endroits.Par exemple, à Montréal, s\u2019il y avait 3-4 écoles de ce types, le climat et la discussion en seraient avantageusement changés.Le Comité Catholique du Conseil Supérieur de l\u2019Education depuis plusieurs années appelle de tous ses voeux une diversification de types d\u2019écoles au Québec afin de mieux répondre à la diversité des milieux et de faire des expériences préparatoires d\u2019avenir.Or le modèle d\u2019école pluraliste ici exposé répond à cette demande et semble bien plus heureux que le modèle mis de l\u2019avant par exemple par la C.E.Q.dans sa Plate-forme d\u2019école.100 Hélène Beauchamp* Le jeu dramatique au primaire \u2014 approches 1.L\u2019école (encore) en cause L\u2019école est le lieu premier, pour l\u2019enfant, d\u2019une insertion sociale autonome et d\u2019une approche-préhension du monde dans sa complexité, ses possibles, ses difficultés et ses inconnues.Il serait donc pertinent qu\u2019elle se dote des instruments qui lui permettront d\u2019aider les enfants à atteindre une forme intéressante d\u2019autonomie et à tenter l\u2019apprentissage des différents langages qui existent et par lesquels un individu peut se manifester, communiquer avec les autres et, au besoin, acquérir un esprit critique vis-à-vis de lui-même.: Bien des erreurs ont été commises, au sein du système i scolaire québécois depuis quelques années, au nom des | pédagogies dites progressistes et à cause des restructurations urbaines et régionales.Il n\u2019est pas de notre propos d\u2019y revenir, non plus que de traiter des multiples cloisonnements qui se sont érigés entre les enfants (5-12 ans) et les adultes, entre le milieu de vie et le milieu scolaire.Il s\u2019agit pour nous ici d\u2019entrevoir les avantages de l\u2019enseignement des arts à l\u2019école primaire, plus parti- E: culièrement, de l\u2019art dramatique.Il est entendu que le simple fait d\u2019ajouter des matières scolaires à l\u2019horaire hebdomadaire ne va pas, et de façon magique, tout * Professeur, section théâtre, Université du Québec à Montréal.101 régler.Notons cependant qu\u2019avec l\u2019intégration (officielle) des arts à l\u2019école, le curriculum est complété : il n\u2019est pas gonflé inutilement, il trouve son allure normale.enfin ! (1) Les propos qui suivent ne sont pas le résultat d\u2019une réflexion abstraite.Ils reposent sur une pratique de trois ans pendant lesquels, avec mes étudiant(e)s-stagiaires en enseignement de l\u2019art dramatique (2) et avec de nombreuses troupes de théâtre pour enfants, je me suis déplacée dans les écoles primaires d\u2019au moins dix commissions scolaires situées dans l\u2019île de Montréal et dans un rayon de cent kilomètres autour de ce centre.Nous avons pu, ensemble, constater que les lettres (de l\u2019alphabet), les chiffres et leurs combinaisons, l\u2019histoire, la géographie autant que les sciences exactes et humaines, contribuent toujours à fonder la nécessité de l\u2019école.Apprendre à lire et à écrire, à compter, à reconnaître les phénomènes sociaux et physiques, voilà qui fait partie, de façon identifiable, de l\u2019héritage universel et du patrimoine national.L\u2019enseignement de la musique, de la danse, du jeu dramatique et des arts plastiques y est très occasionnel, il est fonction de la direction de l\u2019école, du comité de parents ou d\u2019un enseignant déjà disposé à ce genre d\u2019activité.Plus souvent qu\u2019autrement, ces \u2018\u2018matières\u201d ont l\u2019allure de périodes de loisirs, de repos, de divertissement.Comment les enfants peuvent-ils dès lors concevoir que les arts constituent des langages ?qu\u2019il est possible de les apprendre, et qui plus est, de s\u2019en servir ?Comment peuvent-ils entrevoir la possibilité de réaliser, à partir des langages artistiques, des oeuvres qui sont essentielles à l\u2019homme, à l\u2019identité collective, à la mémoire culturelle ?1.Sur les rapports ambigus qui ont toujours existé entre l\u2019école et le théâtre, consulter mon article : \u201cLe théâtre à l\u2019école\u201d, Jeu 6, été-automne 1977, Quinze, Montréal, pp.11-15.2.Il s\u2019agit des étudiants du module d\u2019art dramatique de l\u2019Université du Québec à Montréal qui sont inscrits aux cours conduisant à l\u2019obtention du brevet d\u2019enseignement de l\u2019art dramatique.102 L\u2019école primaire demeure donc encore très fortement orientée vers les matières académiques, vers l\u2019enseignement des disciplines identifiées.On oublie trop souvent qu\u2019elle pourrait être le lieu du moi, dans sa totalité corps-esprit; le lieu des rapports inter-individuels; le lieu de l\u2019apprentissage de tout ce qui constitue le domaine artistique : formes, couleurs, sons, rythmes, mouvements; émotions, imagination, sensibilité; expression, communication, créativité.Car les arts constituent aussi des disciplines puisque, encore une fois, ils sont langages, modes de communication.Ils peuvent être appris : langages des formes et des couleurs, des gestes et des sons, des rythmes et des mots; langages du corps et de l\u2019esprit de même que les matériaux qui les prolongent.Reconnaissons cependant que, dans la conjoncture actuelle, l\u2019intégration de l\u2019enseignement des arts au primaire entraîne deux difficultés d\u2019importance.II faut d\u2019abord identifier les disciplines, en structurer l\u2019apprentissage, en bien articuler toutes les composantes.La danse, les arts plastiques, la musique, l\u2019art dramatique sont désormais inscrits à l\u2019organigramme ministériel et cent-vingt minutes par semaine leur seront réservées.Les programmes, présentement dans la phase finale de leur élaboration, devraient être offerts au cours de l\u2019année scolaire 1979-80.Spécifions immédiatement que les modes d\u2019application de cet enseignement seront laissés à la discrétion des écoles et des commissions scolaires, ce qui nous semble porter un préjudice important à la démocratisation des arts.C\u2019est dire que la reconnaissance officielle portée à ces matières, et qui a été si longue à venir, ne signifie pas pour autant que leur mise en disponibilité sera universelle.C\u2019est dommage.D\u2019autant plus que des spécialistes de l\u2019enseignement des arts sont déjà formés et qu\u2019ils sont prêts à collaborer à des projets d\u2019ouverture du milieu scolaire.Il est ensuite nécessaire de prévoir la méthode pédagogique appropriée à l\u2019enseignement de ces matières, et voilà qui est sans doute plus difficile puisqu\u2019en seront touchés directement les enseignants déjà en poste dans les écoles.En effet, les arts sont d\u2019abord expérimentaux: 103 ER Tan eme à qe sn de TS il faut y mettre la main et il faut aussi, en les enseignant, s\u2019attendre à l\u2019imprévisible.Car si le maître connaît les notions fondamentales de la discipline artistique qu\u2019il enseigne, il doit faire preuve d\u2019un grand sens pédagogique lorsque l\u2019apprentissage formel, chez l\u2019élève, cède le pas à la créativité essentielle, à l\u2019imaginaire.La difficulté inhérente à l\u2019enseignement des arts réside dans cette égalité quasi obligatoire qui s\u2019instaure, plus souvent qu\u2019autrement, entre enseignant et enseigné.Ces deux derniers se retrouvent dans un même état de recherche, dans un rapport d\u2019égalité qui devrait pouvoir constituer les fondements d\u2019une pédagogie artistique (sinon de la pédagogie).On entrevoit, des lors, dans quelle mesure on peut espérer que l\u2019intégration de l\u2019enseignement des arts au primaire puisse modifier le paysage scolaire.Pour la suite de cet essai, il sera essentiellement question du jeu dramatique; non pour privilégier un des quatre volets du programme de l\u2019enseignement des arts, mais parce qu\u2019il s\u2019agit du domaine que je connais le mieux.Rappelons que l'appellation \u2018\u201cJeu dramatique\u201d est désormais retenue pour désigner l\u2019apprentissage de l\u2019art dramatique à l\u2019école primaire, appellation, on s\u2019en souvient, qui était déjà proposée dans le \u2018Rapport Rioux\u201d rendu public en 1968 (3) ! 2.1 Le jeu dramatique \u2018\u201c\u201cL\u2019adulte prend le théâtre comme un jeu qui n\u2019a aucun rapport avec la réalité.L\u2019enfant oui.Il sait que c\u2019est un jeu, mais pour lui c\u2019est aussi la vie parce que sa propre vie est aussi un jeu.\u201d Reiner Licker (4) 3.Rapport de la Commission d\u2019enquête sur l\u2019enseignement des arts au Québec.Président : Marcel Rioux.Editeur officiel du Québec, Montréal, 1968.4.\u201cHébert/Lucker : le théâtre pour enfants\u2019\u2019, interview animée par Odette Gagnon, Jeu 1, hiver 1976, Quinze, Montréal, p.79.104 Autour de la notion de jeu, les opinions divergent.Pour certains, le jeu ne peut être que divertissement, il ne peut que détourner d\u2019un objectif prévu; pour d\u2019autres, dont je suis, le jeu est moyen, procédé pour cerner un objectif, pour amener une réalisation.Au même titre que la déduction, l\u2019induction ou l\u2019analyse, le jeu est instrumental.Dans un contexte d\u2019apprentissage, il peut être méthode pédagogique pour l\u2019initiation, par exemple, à l\u2019art dramatique.Le lien est d\u2019autant plus facile à établir ici que le \u2018\u201c\u2018jeu\u201d\u2019 est intimement relié a la fois au théâtre et aux enfants (5).Le jeu, c\u2019est le pont idéal à jeter entre le quotidien créateur des enfants et le cadre scolaire.Les enfants apprennent en jouant.Il s\u2019apprennent d\u2019abord : équilibre et mouvements, rythme et configurations, sons et images.Le corps en tatonnements.L\u2019imagination propose des jeux d\u2019expérimentation et de transformation : ma main devient un cerf-volant.tout mon corps vogue en pleine mer.mes coudes sont des ailes d\u2019oiseau.La mémoire, déjà, ramène des images et des sensations que le corps traduit, transpose, que les mots décrivent tout en les actualisant : on joue a se rappeler le déjeuner du matin, le gout de la confiture et la sensation du verre de lait.Corps, mémoire, imagination permettent des jeux d\u2019identification, de représentation : en venant a l\u2019école, ce matin, j'ai rencontré le facteur qui portait en bandoulière, son gros sac de courrier.Jeux d\u2019imitation, jeux de compréhension du quotidien.Les enfants refont ce dont ils ont été témoin pour mieux se l\u2019approprier.Le jeu est mode de connaissance, d\u2019identification, de transformation et de création.Le jeu est physique, direct; il est actualisation immédiate, il est disponibilité totale.Il contient tous les possibles.Il tient compte de l\u2019erreur et la permet puis- 5.Sur ce problème spécifique, consulter \u2018\u201cLe Jeu dramatique en milieu scolaire\u2019\u2019 de Jean-Pierre Ryngaert, Editions CEDIC, collection Textes et non textes, Paris, 1977, 175 pages, et plus spécifiquement la partie II : \u2018Pour définir le jeu dramatique\u201d.Consulter aussi L\u2019enfant et l\u2019expression dramatique de Monique Rioux, L\u2019Aurore, Montréal, 1976.105 qu\u2019il est tâtonnement vers une réponse, recherche.Il est unique, même si ses règlements sont stricts, car il est fonction de tous les impondérables liés au temps, au compagnonnage, à l\u2019espace, à l\u2019imagination et à la mémoire.Le jeu des enfants, comme celui des comédiens, procède selon des normes prévues, dans un cadre et selon des structures connus; le jeu des enfants, comme celui des comédiens, est unique car il ne se répète jamais, ne se déroule jamais de façon identique à lui- même, se lance toujours à la recherche d\u2019une précision, d\u2019un aboutissement satisfaisants.Le jeu dramatique qui nous intéresse ici est essentiellement relié, comme nous allons le voir, aux composantes de l\u2019art dramatique.2.2 Jeu et art dramatique \u2018\u201cDans la vie quotidienne, l\u2019expression \u2018\u2018comme si\u2019 est une fonction grammaticale; au théatre, \u2018\u2018comme si\u201d\u2019 est une expérience.Dans la vie quotidienne, \u201ccomme si\u2019 est une évasion; au théâtre, \u2018\u201ccomme si\u2019 est la vérité.(.) Jouer est un jeu.\u201d Peter Brook (6) Le théâtre est le lieu des possibles et des enjeux.On peut s\u2019y projeter, s\u2019y reconnaître, s\u2019y essayer.On peut s\u2019y représenter et on peut s\u2019y inventer.C\u2019est tout comme le jeu ! L\u2019art dramatique, par contre, peut être considéré comme l\u2019ensemble des composantes du langage théâtral.C\u2019est ce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019apprendre, ce à quoi il est possible d\u2019être initié, ce qui peut donc composer la discipline scolaire.6.Peter Brook, L\u2019Espace vide, Ecrits sur le théâtre, Le Seuil, collection Pierre Vives, Paris, 1977, p.183.106 ROUTE DRE 11 tL: baba or en. Le jeu dramatique au primaire est alors la méthode privilégiée d\u2019apprentissage de cet art, méthode qui donne la possibilité de jouer des personnages et des situations, d\u2019en composer à partir de l\u2019imaginaire et de combinatoires pertinentes de divers morceaux de réel, de les intégrer à tout un univers en action, lui aussi créé, inventé par les enfants.Personnages, situations et fable (ou récit, ou histoire) constituent les notions de base de l\u2019art dramatique de même que son objet ultime.Ils peuvent être inventés ou composés à partir de jeux sur la gestuelle, le sonore, le verbal, les objets; à partir de jeux sur les couleurs, les tissus, les démarches, les sentiments, etc.L\u2019art dramatique, fondamentalement, c\u2019est l\u2019apprentissage du personnage et de son histoire à travers une fable structurée, où entrent en ligne de compte toutes les notions de la théâtralisation, soit : le costume, l\u2019accessoire, la durée, l\u2019espace, les péripéties, etc.Il repose donc sur \u201cune épaisseur de signes\u201d (7) et sur leur utilisation/ actualisation simultanée.Et c\u2019est dans ce sens que le jeu, lui-même pluri-dimensionnel, est la méthode pédagogique toute indiquée pour cet apprentissage spécifique.\u201cCe qui fait la force du jeu dramatique par rapport à d\u2019autres formes d\u2019expression, c\u2019est son caractère de totalité.Tout l\u2019être de l\u2019enfant s\u2019y exprime et 7.\u201c\u201cQu\u2019est-ce que le théâtre ?Une espèce de machine cybernétique.Au repos, cette machine est cachée derrière un rideau.Mais dès qu\u2019on la découvre, elle se met à envoyer à votre adresse un certain nombre de messages.Ces messages ont ceci de particulier qu\u2019ils sont simultanés et cependant de rythme diffé- rent; en tel point du spectacle, vous recevez en même temps six ou sept informations (venues du décor, de l\u2019éclairage, de la place des acteurs, de leurs gestes, de leur mimique, de leur parole), mais certaines de ces informations tiennent (c\u2019est le cas du décor) pendant que d\u2019autres tournent (la parole, les gestes); on a donc affaire à une véritable polyphonie informationnelle, et c\u2019est cela la théâtralité : une épaisseur de signes.\u201d Roland Barthes, Littérature et significations, Essais critiques, Le Seuil, collection \u2018\u201cTel Quel\u201d, Paris, 1964, p.258.107 ee ta Lb A À Ai Gi 4 Hi! pi v ; | 1 Rt i: Hd: cela à travers l\u2019improvisation verbale, gestuelle, corporelle, musicale et plastique.\u201d Rapport Rioux Cet apprentissage à l\u2019école primaire se présente essentiellement sous forme de jeux, soit d\u2019exercices, d\u2019ateliers.Pas de cours théoriques, l\u2019apprentissage est direct.Le corps en mouvement, l\u2019imagination et la mémoire ont libre cours, le mot et le geste amorcent l\u2019expression et la communication.Les données surgissent et peuvent être organisées, structurées pour l\u2019élaboration d\u2019un objet dramatique.Personnages, situations, fable, entrent en relation avec les autres composantes du langage dramatique (l\u2019espace, la durée, le costume, l\u2019accessoire, etc.) et les enfants, maîtres d\u2019oeuvre, voient ainsi au rassemblement créateur d\u2019éléments disparates pour constituer un ensemble signifiant et théâtral.3.\u2026 et le théâtre ?Le théâtre, à l\u2019école primaire, émane de ceux qui, par choix et par métier, viennent y proposer, en représentation publique, une production théâtrale dûment constituée.Il est spectacle, soit utilisation efficace des composantes du langage théâtral et il véhicule un contenu choisi et dramatiquement orchestré.Il est indispensable puisqu\u2019il constitue le contrepoint essentiel de l\u2019activité d\u2019apprentissage de l\u2019art dramatique.Les enfants, dans le cadre scolaire, apprennent, par le jeu dramatique, les composantes du langage théâtral; la troupe de théâtre vient à l\u2019école leur proposer un spectacle à vivre, à lire, à entendre (8).Il serait dommage que les contenus de ces spectacles offerts en tournée soient uniquement orientés en fonc- 8.Sur le théâtre pour enfants qui se fait présentement au Québec, consulter mon livre : \u2018Le théâtre à la p\u2019tite école\u2019, une production du Groupe de Recherche en théâtre pour enfants, publié et diffusé par le Service du théâtre du ministère des Affaires culturelles, Québec, 1978, 120 pages.108 tion des matières scolaires : spectacles sur le système métrique, sur l\u2019énergie, sur certains personnages de notre histoire ou, même, sur le théâtre.Si l\u2019apprentissage de l\u2019art dramatique en milieu scolaire doit permettre l\u2019utilisation du langage artistique pour l\u2019expression et la communication d\u2019idées, d\u2019émotions ou de projections, il serait un peu illogique d\u2019utiliser le théâtre seulement pour promouvoir les matières académiques ! Les créateurs en théâtre pour jeunes spectateurs doivent pouvoir présenter dans le cadre de l\u2019école des pièces qui débordent de l\u2019unique préoccupation du scolaire.Cette pratique de la tournée par les troupes de théa- tre n\u2019exclut pas du tout qu\u2019un groupe d\u2019enfants, en train d\u2019apprendre l\u2019art dramatique, puisse choisir d\u2019exprimer et de communiquer quelque chose (idée, sentiment, histoire, etc.) à autrui (par exemple, les amis de la sixième année d\u2019à côté) par l\u2019intermédiaire de ce medium.Ce besoin, ce souhait sont tout à fait légitimes dans la mesure où ils ne sont pas imposés de l\u2019extérieur ou pour des prétextes qui n\u2019ont rien à voir avec le processus d\u2019apprentissage.Sans doute, la \u201cfabrication\u201d de l\u2019objet théâtral total, soit le spectacle en représentation, fait partie intégrante du processus d\u2019apprentissage.Mais en art dramatique, plus que pour toute autre forme artistique, il est essentiel que le maître ne précède pas ses apprentis, l\u2019acte théâtral se déroulant toujours en direct et ne pouvant pas être différé.Art du geste et de la parole proférés publiquement, le théâtre doit être le produit d\u2019agents conscients et doit être voulu.Faire dire à des enfants, publiquement, ce dont ils ne comprendraient pas toutes les implications serait grave.En revanche, ce que des enfants demanderaient à dire publiquement, devant un collectif identifié et en utilisant les composantes de l\u2019art dramatique serait tout à fait acceptable.Ils auraient compris ce dont il s\u2019agit véritablement ! ab Il est assez étonnant de devoir écrire un tel texte en faveur de l\u2019enseignement des arts au primaire presque onze ans après la parution du Rapport sur l\u2019enseignement des arts au Québec si clair et si direct en la matière.Est-ce que les années écoulées ont constitué une période d\u2019incubation nécessaire à ce projet ?Chose certaine, elles ont vu naître de nombreuses troupes de théâtre, de danse, de musiciens qui ont choisi de se spécialiser en direction des jeunes spectateurs; elles ont permis la formation pédagogique d\u2019artistes compétents; elles ont occasionné des réflexions sur l\u2019art et les enfants.Sans se montrer débordant d\u2019optimisme, on peut espérer que l\u2019intégration de l\u2019enseignement des arts au primaire soit désormais possible.La preuve en incombe désormais à ceux dont ce sera la responsabilité, à savoir : les enseignants, les directeurs d\u2019écoles, les conseillers pédagogiques et\u2026 tous les parents ! 110 Alain Massot* Innover au passé Si l\u2019école remplit les fonctions d\u2019un appareil idéologique dominant dans les sociétés industrialisées, c\u2019est, entre autres choses, parce qu\u2019aucune autre institution ne monopolise autant le temps de vivre des jeunes; soit, au Québec, tout près de 10,000 heures d\u2019enseignement obligatoire (9,900 exactement) d\u2019après la maquette- horaire du Livre orange : L\u2019école québécoise, énoncé de politique et plan d'action, 1979, (cf.tableau 1).Dans le menu détail, et pour les élèves du secteur français, cela représente 2412 heures de français, 1602 heures de mathématiques, 882 heures de formation religieuse et morale, 882 heures d\u2019éducation physique et d\u2019information scolaire et professionnelle, 612 heures d\u2019arts.etc., parallelement a 90 heures d\u2019économie, d\u2019économie familiale, de biologie, de connaissance du monde et de la technologie, 54 heures d\u2019activités manuelles, etc.Alors, laissons de côté le décorum conceptuel des treize chapitres \u2014 les droits de l\u2019enfant, le droit à la différence et à la dissidence, l\u2019école des enfants, le développement intégral, la polyvalence, le projet éducatif, la participation, l\u2019esprit nouveau des programmes, ce qui demeure, c\u2019est, d\u2019une part, la pondération très traditionnelle de l\u2019importance relative des matières et activités para- * Département d\u2019administration et politiques scolaires, Faculté des Sciences de l\u2019Education, Université Laval.111 Pit mE HY BLL \u201cIne GTI Matières Primaire Secondaire Formation générale Total et préparation à la for- heures p.c.heures p.c.mation professionnelle heures p.c.Français 1512 28.0 900 20.0 2412 24.5 Mathématiques 972 18.0 630 14.0 1602 16.2 Morale, religion et formation personnelle et sociale 432 8.0 450 10,0 882 8.9 Information scolaire et professionnelle 432 8.0 450 10,0 882 8.9 Arts 432 8.0 180 4,0 612 6.2 Histoire et géographie 432 8.0 360 8,0 792 8.0 Sciences de la nature 270 5.0 270 2.7 Anglais 216 4.0 450 10,0 666 6.7 Activités manuelles 54 1,0 54 0.5 Marque de manoeuvre 648 12.0 648 6.5 Economie 90 2.0 90 0.9 Ecologie 90 2.0 90 0.9 Economie familiale 90 2.0 90 0.9 Biologie 90 2.0 90 0.9 Connaissance du monde du travail et initiation à la technologie 90 2.0 90 0.9 Options 630 14,0 630 6.4 Total 5,400 100.0 4500 100.0 9900 100.0 aduel1o aIAlT 9] spade, p o110)eSI[qo jJuautAUSIASUa, | ap aileIoy T AVATAVL scolaires, et d\u2019autre part, le maintien d\u2019un mode organisationnel très \u2018\u2018classique\u2019\u201d\u2019 exposés dans les deux derniers chapitres du document, les deux plus important.En effet, peu importe les hypothèses séduisantes d\u2019un renouveau pédagogique, 2412 heures de français, c\u2019est 24 pour cent du temps scolaire, plus 1602 heures de mathématiques, cela représente déjà 41 pour cent du temps scolaire total.Force est de reconnaître que parmi l\u2019ensemble des valeurs définies dans le cadre des finalités de l\u2019éducation selon le Livre orange (valeurs intellectuelles, affectives, esthétiques, sociales et culturelles, spirituelles et religieuses) il y en a qui prennent plus de valeurs que d\u2019autres une fois institutionnalisées.Et ne parlons pas des habiletés manuelles et techniques discrètement esquivées dans le cadre des finalités, lesquelles occupent 1,6 pour cent du temps des activités obligatoires.Ajoutons a cela, les encadrements plus étroits et les contrôles plus vigilants, la centralisation pédagogique, les devoirs à la maison, les bulletins scolaires, les feuilles de route, les rapports aux parents, les examens nationaux et les tests, la discipline, et nous en restons avec la nette impression que les nouveaux définisseurs de situation s\u2019évertuent minutieusement à planifier l\u2019histoire au passé.Le plan d\u2019action risque de geler l\u2019école québécoise pour la prochaine décennie.Travailler sur l\u2019inversion des institutions ou sur la désinstitutionnalisation pourrait bien être, dans le contexte, une problématique plus féconde.Le parti-pris latent de ce commentaire n\u2019est pas la valorisation de \u201cL\u2019école des champs\u2019 dans un \u201cEtat sauvage\u201d ! C\u2019est tout simplement l\u2019adhésion à deux notions fondamentales, interdépendantes, largement diffusées, et presque déjà anciennes, mentionnées dans le Livre orange, mais dont on ne voit aucunement la trace dans le réaménage- ment, de l\u2019organisation scolaire, celles de polyvalence et de récurrence.Cela fait déjà plus de quinze ans que la notion de po- lyvalence est mise de l\u2019avant en tant qu\u2019armature théorique de l\u2019organisation des écoles secondaires qui n\u2019ont 113 ne adopté de la polyvalence que le nom.Car, dans l\u2019esprit du Rapport Parent, il ne s\u2019agissait pas de la juxtaposition de deux réseaux scolaires parallèles, hermétiques l\u2019un à l\u2019autre, l\u2019un pratique, l\u2019autre intellectuel, assurant pernicieusement, parce que très tôt, la différenciation des clientèles scolaires dont on connaît le caractère quasi irréversible des destins de ceux qui se retrouvent dans le secteur professionnel.La polyvalence se traduit actuellement dans les faits par la maximisation des différences entre deux clientèles : l\u2019une devenant bête et méchante, l\u2019autre, gauche et pédante, telles sont du moins les images qu\u2019entretiennent réciproquement ces deux clientèles.La polyvalence, c\u2019est exactement l\u2019opposé du mode d\u2019organisation scolaire actuel.D\u2019autre part, on sait également que les jeunes qui profitent le moins de l\u2019école sont précisément ceux qui devraient en avoir le plus besoin.Les structures institutionnelles ont vite fait de les diagnostiquer comme inadaptés, donc, inaptes à l\u2019éducation.Ils reçoivent un enseignement au rabais bien en deça d\u2019une \u2018\u2018éducation minimum garantie\u2019\u2019 à laquelle ils ont droit.En sortant prématurément de l\u2019école, parce que, n\u2019ayant pas pu s\u2019y adapter, ils s\u2019excluent à jamais de cette institution qui leur laissera des traces indélébiles d\u2019écoeurement par rapport à tout ce qui ressemble de près ou de loin à la chose scolaire.Donc, pas question pour ceux-là d\u2019éducation récurrente, nouvelle ouverture institutionnelle qui dessert les plus scolarisés parmi les clientèles adultes.Or, comme le soulignent justement les auteurs de Education et travail (1978) (1) : \u201cSi l\u2019on veut instaurer un système d\u2019éducation récurrente qui ait quelque chance d\u2019atteindre ses objectifs et d\u2019assurer à chacun une réelle égalité des chances d\u2019accès à une formation continue, il importe d\u2019assurer à tous les jeunes une éducation de base complète.\u201d (p.179) D\u2019où, leur recommandation : \u201cque l\u2019école secondaire offre une formation polyvalente de caractère à la fois général et pratique; que les activi- 1.Daoust, G., et al., Education et travail, un projet d\u2019éducation pour le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, HMH, Montréal, 1978.114 tés pratiques y soient reconnues à la mesure de leur importance, mais dans une perspective de développement et non de préparation immédiate à une fonction de travail, et que, en conséquence, y soient abolis les divers profils de formation professionnelle\u201d (p.179.Tel n\u2019est pas le cas actuellement, et tel n\u2019est pas ce qui s\u2019en vient.Face à ces objectifs \u2014 \u2018\u201c\u2018polyvalence et récurrence\u2019 \u2014 l\u2019impact du Livre orange risque d\u2019être nul, ou presque.Deux ouvertures mineures, l\u2019une qui n\u2019en est pas vraiment une, l\u2019autre qui pourrait bien engendrer des effets contraires à ceux recherchés : soit, le décloisonnement de la formation professionnelle d\u2019une part, et le régime à options en secondaire IV et V d\u2019autre part.\u201cIl faut, précise-t-on dans le plan d\u2019action, que les jeunes qui s\u2019engagent dans cette voie (le secteur professionnel) puissent bénéficier d\u2019ouvertures, d\u2019égalité des chances et de services comparables à ceux offerts aux élèves qui choisissent le secteur général\u201d (13.7.1).Le paradoxe est manifeste : pourquoi maintenir deux secteurs distincts si on prétend vouloir offrir les mêmes ouvertures, chances et services indépendamment du type de formation ?Proposition qui prend l\u2019allure d\u2019un voeu pieux puisque dans l\u2019état actuel des choses, les bénéfices distribués sont fonction de la formation.Le paradoxe devient intolérable si on l\u2019applique au secteur professionnel \u201ccourt\u201d, \u201c\u2018adapté, dit-on candidement dans le plan, aux éléves qui ont des aptitudes pour les apprentissages concrets et qui désirent trouver du travail apres la 4e année\u201d (13.8.4).\u201cCet enseignement n\u2019a pas comme objectif la correction des troubles d\u2019apprentissage ou de comportement.Il permet plutôt, nous assure-t-on, l\u2019acquisition d\u2019une formation générale par le concret et par la préparation immédiate de l\u2019exercice des fonctions de travail\u201d\u2019 (13.8.4).Plus ça change, plus c\u2019est pareil ! Premièrement, que veut dire \u2018\u201c\u2018formation générale par le concret\u201d ?Deuxièmement, puisque ce réseau s\u2019amorce dès le secondaire II, parions qu\u2019il remplira les mêmes fonctions de sélection-élimination 115 qu\u2019actuellement, c\u2019est-à-dire, une fonction d\u2019épuration du système \u201c\u2018régulier\u2019\u2019.Troisièmement, malgré l\u2019intention proclamée de ne pas asservir l\u2019éducation aux exigences du travail, ce secteur doit préparer à l\u2019exercice immédiat des fonctions de travail ! De paradoxe en contradictions, on ne fait que tourner en rond, cheminement tortueux, combien révélateur de la résistance à s\u2019engager réellement vers la polyvalence.Combien révélateur, également de la pression électoraliste conjoncturelle, car on \u2018décloisonne\u201d le professionnel : \u2018\u2018L\u2019organisation d\u2019un tel enseignement (le professionnel court) devrait permettre à l\u2019étudiant, s\u2019il le désire, et selon ses aptitudes, de poursuivre sa formation générale et professionnelle\u2019 (13.8.4).Cette ouverture aura l\u2019heur de plaire aux parents qui \u2018\u2018considèrent la formation professionnelle comme un cul-de-sac et n\u2019acceptent d\u2019y envoyer leur fils ou leur fille que si ces derniers ne peuvent plus réussir au général\u201d (13.7).Fort bien, le décloisonnement aura pour effet de dédramatiser l\u2019orientation professionnelle, ce qui est louable en soi, mais cette politique revient à défoncer négligemment le fond d\u2019un cul-de-sac en en aucun cas, elle nous rapproche de l\u2019éducation polyvalente.Le régime à option, par contre, semble à première vue nous y conduire.Rien de moins évident.Il est dit qu\u2019en secondaire IV et V les cours de formation professionnelle peuvent préparer à une spécialisation en Ge année ou être suivis à titre de cours a options (cf.p.154).Les cours de technologie seront donc accessibles en tant qu\u2019options dans un profil de formation générale, ce qui est également louable.Mais étant donné que la liste des cours a options contient a la fois des disciplines générales et technologiques, le nouveau régime permet de ne choisir que des cours optionnels de formation générale.Dans l\u2019esprit du plan, il semble donc que la polyvalence ne soit pas une bonne chose pour tout le monde puisqu\u2019elle est facultative.La polyvalence risque, par conséquent, de devenir une qualité partagée par une minorité, comme le bilinguisme à l\u2019échelle canadienne.Deuxièmement, à moins d\u2019être valorisée dans les cri- 116 tères d\u2019admission à l\u2019université, ce qui n\u2019est pas spécifié, la polyvalence risque d\u2019être évitée précisément par ceux qui envisagent des études universitaires.Posons le problème dans les termes d\u2019une stratégie de l\u2019action.La demande d\u2019admission à l\u2019université d\u2019un étudiant ayant des cours optionnels en histoire, langue seconde, littérature, latin.aura certainement plus de poids que celle d\u2019un étudiant ayant des options exclusivement en technologie.L\u2019étudiant polyvalent ne court-il pas le risque de se voir écarter de l\u2019université puisque en choisissant ses options en technologie il révèle la nature de ses motivations profondes ?Pourquoi étudier à l\u2019université si vous êtes plus intéressé par les habiletés techniques, qu\u2019intellectuelles, pourrait-on lui demander ?Le choix des options servira alors de pré-orientation.I] deviendra pré-sélectif en objectivant les motivations des étudiants.Le principal avantage de ce nouveau régime est d\u2019être auto-géré.Nous y décelons les bases d\u2019un processus sélectif dont la responsabilité incombera plus aux acteurs et moins à un \u201csystème abstrait coercitif\u201d\u2019.La po- lyvalence facultative ne ferait rien d\u2019autre que de favoriser l\u2019auto-gestion de la reproduction sociale.Ni le décloisonnement du professionnel, ni le régime à options tels que planifiés dans le plan d\u2019action semblent nous engager dans la voie de la polyvalence, et par conséquent, de l\u2019éducation récurrente puisque la première est un pré-requis à la seconde.La pondération projetée des finalités du système, le maintien du secondaire professionnel court, l\u2019orientation scolaire et professionnelle largement prématurée, l\u2019asservissement du professionnel aux exigences du monde du travail, le régime polyvalent optionnel, la soumission de l\u2019école secondaire aux exigences de l\u2019enseignement post-obligatoire, ne pourront transformer fondamentalement les fonctions sociales du système scolaire tel qu\u2019on les connaît.L\u2019école à l\u2019orange produira une nouvelle génération semblable à celle des \u2018\u2018enfants des normes\u2019 et parlant de normes, c\u2019est peut-être l\u2019école qui est anormale ?Anormale par le contenu largement abstrait des matières dominantes.Aucune pédagogie, aussi répressive ou sub- 117 Rit oh BA 1 H \\ A BA iH ER: A 3 tile soit-elle, n\u2019aura raison d\u2019une adolescence apathique ou effervescente à la recherche de la signification des épreuves qu\u2019on lui impose.Le problème pédagogique n\u2019est pas dissociable du contenu.Méthode et contenu devraient s\u2019articuler autour d\u2019un enseignement polyvalent universel tel que le recommande le Rapport Fau- re (2) : \u201cTendre a abolir les distinctions rigides entre les différents types d\u2019enseignement \u2014 général scientifique, technique et professionnel \u2014 en conférant à l\u2019éducation dès le primaire et le secondaire, un caractère tout à la fois théorique, technologique, pratique et manuel\u2019 (1971), p.220).Or, s\u2019est-on déjà interrogé sérieusement sur l\u2019utilité des enseignements théoriques, technologiques et manuels, non pas dans l\u2019éventualité d\u2019un emploi lointain qui, d\u2019ailleurs, ne correspond pas dans la majorité des cas à la formation professionnelle acquise au secondaire, mais par rapport à des besoins présents en tant qu\u2019acteur au sein de collectivités donnés ?Pourquoi comprend-on fort bien la démobilisation d\u2019un travailleur affecté à des tâches non-signifiantes, alors qu\u2019on reporte toujours au lendemain la signification du travail scolaire qui restera insignifiant pour la majorité des jeunes ?Retarder au maximum la différenciation des clientèles pendant la scolarité obligatoire, détacher l\u2019école obligatoire des exigences du monde professionnel, rendre utile les enseignements pour leur donner une signification réelle, polyvalence généralisée à l\u2019école obligatoire, plus récurrence éducative, voilà quelques jalons pour une relance en profondeur du projet éducatif.2.Faure, E., et al, Apprendre à être, Unesco-Fayard, Paris, 1971.118 co Say Abory ou pry es ces ca oo A0 oc ee DAE a cot 5 retinal fy SAA BE a cé icy RAS NALA » 5 heaton Laced x .ivre après .Surv \u2014- = = == SK C4 A EE Jl 41 ha re RI -\u2014 es 4 3 / [ 7 æ Ponts A \" Ax £a: us fs Me Ag a 4 Nu La 3B, 2 Sted =< = oy n° | bud Ae, /.ea Lo = E ré y $ D Le % Lu y ERE = A Sa SE Leu a 5 41 £3 5 NLT % CNA vi Dé; rec LL NES x, hg \"3 Nd N =\" 8 pe 34 > {x ; ue Feu +; 4 V2 = 3 1 A 2 0d gS i =) oC > Se 3 Na 7 3 a % 4 Ÿ ae Ja == S NS IN MN oN] Er ER NON $ N == LAN - SJ NN & Tes PPS =.pe ae E pe Je} LL 2 A 2427 Raymonde Savard*\u201d Etre prof au Cegep \u2018\u201cEtre prof est le dernier des métiers s\u2019il faut ne préparer les plus jeunes qu\u2019à choisir entre la tradition et l\u2019imitation, qu\u2019à séparer de plus en plus les idées de la pratique, qu\u2019à s\u2019enfermer dans une opposition purement idéologique à l\u2019ordre établi.\u201d Alain Touraine dans Lettres a une étudiante, 1974 Etre prof, c\u2019est préparer des cours dont les contenus peuvent varier d\u2019une année à l\u2019autre, selon la demande ou, plus exactement, selon les modes, les bags : ville, sexualité, travail, communications, éducation, Québec, etc.C\u2019est aussi prévoir du matériel didactique, des travaux et des examens, corriger, évaluer.C\u2019est très souvent causer avec des étudiants, parfois d\u2019un cours, de choses et d\u2019autres, de tout et de rien.C\u2019est déployer des tonnes d\u2019énergies à empêcher que la froide et écrasante machine des univers technocratisés, ne s\u2019étende à tous ces lieux des collèges où la vie peut encore exister.Que d\u2019énergies consacrées à mettre en échec la pédagogie des fonctionnaires !\u2026 Travail et sentiments ! Pédagogie et politique ! Univers cloisonnés, irréconciliables dit-on, dont l\u2019interpénétration serait signe de désordre et d\u2019anarchie.Etre prof dans un cegep, c\u2019est encore transmettre des connaissances produites ailleurs et par d\u2019autres.C\u2019est tenter d\u2019orienter de telles connaissances vers une application professionnelle immédiate ou différée.C\u2019est aussi viser à développer une capacité d\u2019analyse, de distanciation face à la connaissance, à ses utilisations courantes et, ce, dans un contexte favorisant plutôt une conception de plus en plus utilitaire de l\u2019éducation.%* * * Professeur de sociologie au CEGEP Ahuntsic.121 Que signifie avoir vécu, depuis dix ans, au sein de ces créations de la Révolution Tranquille des années 60, ces instituts du Rapport Parent auxquels on donna le nom bizarre de cegeps, nom renvoyant à une réalité sociologique bien particulière, différente de celle des collèges et des instituts techniques d\u2019autrefois.Au début, la satisfaction et, sans doute, la naïveté de vivre une des réalisations concrètes, résultant des pressions politiques venues de toute part vers la fin des années 50, des milieux syndicaux, étudiants, intellectuels, qui réclamaient à grands cris l\u2019accessibilité à l\u2019éducation pour les filles et les garçons de toutes les couches de la société.Des institutions, enfin, où fils et filles d\u2019ouvriers, de cultivateurs, de petits salariés se retrouveraient avec les enfants des bourgeois.Et la substitution, à l\u2019autoritarisme institutionnel de jadis, de structures de gestion impliquant les enseignants, les étudiants et les usagers.Parmi tant d\u2019autres efforts en ce sens, ces premières grèves étudiantes des années 56-57 n\u2019auraient donc pas été inutiles.Ayant revendiqué, de toute la force de mes vingt ans, l\u2019aération de ce système clos, le dépoussiérage des esprits, je ne pouvais que saluer avec joie ces nouvelles maisons d\u2019enseignement; j\u2019avais le goût d\u2019y travailler.C\u2019était à l\u2019époque où la patine du temps ne présentait nul intérêt, sauf pour ces vieilles armoires que l\u2019on commençait à décaper\u2026 Mais, c\u2019était en 1967-68.Déjà le souffle des années 60 était à bout.Le vieux n\u2019en finissait plus de mourir et le neuf ne parvenait pas à naître.La création des cegeps, comme chacune des réformes d\u2019alors, allait plutôt assurer à une élite montante une nouvelle base de pouvoir.L\u2019appareil d\u2019Etat québécois, plus spécifiquement le ministère de l\u2019Education et ses nombreuses tentacules, offrait aux carriéristes de tout accabit une excellente filière de mobilité sociale.Le langage de ces nouveaux clercs fut toujours celui de l\u2019accountability, du rendement, du contrôle, quelle qu\u2019ait été la con- 122 LASER ASUS ENS SI LANOISORRGÉ 1111311 rDMéiéLcUMRS AH Sc SL EDR MO EMILE © joncture économique.J\u2019ai souvent pensé que ces esprits comptables auraient davantage trouvé place à l\u2019intérieur d\u2019une firme industrielle, qu\u2019en plein coeur d\u2019une réforme de l\u2019éducation.Effets pervers d\u2019une réforme, accentués par le contexte d\u2019une société dominée, à laquelle échappe presque tout le champ de l\u2019économie.La qualité en vint ainsi à n\u2019avoir d\u2019existence, que dans la mesure où ils pouvaient la quantifier, en additionnant les unités de production pédagogique et en programmant les enseignements.N\u2019eut été la résistance du milieu, à quoi ressemblerait aujourd\u2019hui l\u2019enseignement collégial ?Quel milieu de vie retrouverait-on dans les cegeps ?Contrairement aux années 50, ce n\u2019était plus seulement à une classe en perte de vitesse qu\u2019il fallait s\u2019opposer.Il nous fallut, et il nous faut encore, faire échec à la classe ascendante, avec tout ce qu\u2019elle représente de foi, d\u2019élan, d\u2019appui social et culturel, et aussi d\u2019arrogance, de suffisance, de mépris envers qui ne partage pas la désormais nouvelle vérité.Avoir vécu dans un cegep, depuis dix ans, c\u2019est avoir ainsi vu ces formes nouvelles et anciennes de domination s\u2019opposer parfois, souvent s\u2019entremêler, à l\u2019occasion se renforcer.C\u2019est surtout s\u2019y être opposé par tous les moyens possibles.C\u2019est avoir vu émerger, à travers luttes et résistances, une sorte de conscience de classe, et se créer de nouvelles solidarités.% * *% Et la pratique du métier d\u2019enseignant dans ce contexte social et politique ?Un métier que l\u2019on dit de communication, mais qui, au départ, s\u2019instaure dans des rapports très inégaux et se vit dans un contexte souvent artificiel.Toi seule, régulièrement, devant 25, 30 ou 40 étudiants venus d\u2019où et attendant quoi ?Et, comme pour compenser l\u2019inégalité numérique, on te donnera le pouvoir d\u2019évaluer, donc de sélectionner.Egalité toute illusoire, statut d\u2019autorité auquel certains s\u2019accrocheront cependant, pour exorciser l\u2019inconfort de se retrouver face à un groupe d\u2019étudiants.123 Re se A a un > Le défi, toujours nouveau, de créer avec le groupe d\u2019étudiants, devant moi, une relation particulière; si possible avec chacun d\u2019entre eux.Et ce, en dépit des fantaisies du calendrier ou de l\u2019ordinateur qui a prévu ces rencontres à dates et heures fixes : lundi matin, huit heures, vendredi après-midi.Quelle signification peut avoir, pour eux, que je leur parle, à ces moments-là, des classes sociales, des groupes formels et informels ?.Et, à l\u2019ère de l\u2019audio-visuel triomphant, quel medium devient la parole sans micro, sans maquillages, sans gadgets, et l\u2019écriture personnalisée au tableau noir, avec cet outil d\u2019un autre âge, la craie ?Séduits d\u2019abord, par le vente de l\u2019électronique, venu des Iles de l\u2019Expo 67, et sans doute aussi pour éviter d\u2019être dépassés par les nombreux atouts de l\u2019école parallèle, plusieurs d\u2019entre nous sont revenus au réinvestissement dans la relation interpersonnelle, sans interférence de la technique.Celle-ci peut sans doute servir d\u2019appui, à l\u2019occasion, sans toutefois devenir le message en soi.À trop investir dans le gadget, deux choses essentielles risquent d\u2019être négligées : le contenu et la relation interpersonnelle pour le transmettre.Il a ainsi fallu en revenir à cette chose simple; savoir qu\u2019une relation directe avec une personne, ou un groupe, constitue encore la meilleure façon de transmettre aussi bien les connaissances que les sentiments.Dans une certaine mesure, la qualité de cette relation peut finir par avoir raison des contraintes d\u2019horaires et de locaux de ces milieux aseptisés.Mais pour qu\u2019existe l\u2019interaction, ne faut-il pas au moins un répertoire commun de signes et de symboles ?Or, qu\u2019étaient donc ces étudiants, venus d\u2019horizons nouveaux ?Pour plusieurs, il s\u2019agissait de la première génération à accéder à un niveau élevé de scolarisation.Pour une fois que des enfants d\u2019ouvriers ou de petits cols blancs (et ils sont encore trop peu nombreux.) pouvaient avoir accès à un niveau d\u2019études supérieur à leurs parents et grands-parents, tout devait être mis en oeuvre pour leur assurer un savoir de qualité.Quant aux autres, ils étaient issus de milieux plus favorisés et, dans la foulée de la contestation des années 68, ils avaient 124 remis en question, non seulement l\u2019utilisation trop souvent faite de la connaissance, mais la connaissance elle- même.En contestant le savoir comme instrument de pouvoir, c\u2019est le savoir lui-même qu\u2019ils avaient tendance à contester.Comment faire comprendre à ceux-ci que le savoir peut aussi devenir un merveilleux outil de libération personnelle et collective ! Ni aux uns ni aux autres, nous ne savions parler ! Qu\u2019il était sécurisant le temps où le même patrimoine se transmettait toujours de la même façon, à l\u2019intérieur du même groupe s\u2019autoreproduisant ainsi, en toute quiétude, à chaque génération ! Il s\u2019y glissait bien, à l\u2019occasion, quelques éléments extérieurs, au hasard des revenus familiaux ou de \u2018\u2018talents personnels prometteurs d\u2019une vocation\u201d, mais bien vite ces nouveaux arrivants tâchaient de rejoindre le groupe, honorés qu\u2019ils étaient d\u2019accéder à l\u2019élite.C\u2019était à eux de s\u2019ajuster, le système ne bronchait pas; il avait l\u2019immuabilité de la vérité.Depuis qu\u2019existent les cegeps, combien de temps été consacré, individuellement ou collectivement, trouver les niveaux de langage permettant d\u2019atteindre la fois des sensibilités et des intellects si différents Innover, chercher, procéder par essais et erreurs.Cet empirisme en a scandalisé plus d\u2019un, qui y virent improvisation et laxisme.Jamais, pour des enseignants, le concept d\u2019 \u201chabitus de classe\u201d n\u2019a été vécu aussi concrètement et aussi quotidiennement.On a beaucoup reproché au système collégial le jeune âge de ses enseignants.Il n\u2019était pas normal, disait-on, que quelques années à peine ne séparent maîtres et élèves.Pourtant, pour relever tant de défis, ne fallait-il pas miser sur la jeunesse de coeur et d\u2019esprit, celle qui permet de vivre dans du non-structuré, du non-établi ?Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, des gens installés dans une pratique professionnelle auraient sans doute été moins aptes à faire face à ces défis.C\u2019est à cette jeunesse des structures et des acteurs que nous sommes redevables, en grande partie, de la mise en échec de la rationalité technocratique.\u2014 D pp 125 R Rr: i A Rit ii N i H 4 t ee MAR IR es 3 E LU EE Qui sont-ils, ces étudiants ?Que viennent-ils chercher au cegep ?Un sondage, réalisé à l\u2019automne 77, nous apprenait qu\u2019ils viennent d\u2019abord y chercher une formation en vue d\u2019une meilleure situation (68,4 p.c.).Mais un nombre important (42,5 p.c.) sont en quête d\u2019une culture personnelle (1).Pourtant ils seront nombreux à chômer, ou encore à travailler dans un secteur autre que celui auquel les préparent leurs études.Je pense qu\u2019il y a une vingtaine d\u2019années, le marché du travail était grand ouvert aux quelques privilégiés détenteurs d\u2019un diplôme.Le chômage existait certes, mais pas pour des diplômés d\u2019université.Je regarde avec sympathie ces étudiants avec lesquels je travaille tous les jours.Nés vers les années 57-60, enfants de la fin du baby-boom d\u2019après- guerre, ils n\u2019ont pas connu la période obscure des années 50.Le duplessisme, pour eux, c\u2019est du pur folklore ! Mais ils auront connu ce que ni leurs ainés, ni sans doute leurs enfants ne connaîtront, savoir les normes d\u2019entassement dans les usines à cours que sont les polyvalentes, les contingentements au cegep, la sélection darwinnien- ne pour des études universitaires débouchant sur des emplois rémunérateurs, enfin, pour plusieurs d\u2019entre eux, le chômage réel ou déguisé.Ils auront vécu le peu d\u2019intérêt réel porté aux jeunes, au-delà des beaux discours, par la société en général et les organisations scolaires en particulier.La pauvreté des projets à leur proposer, sinon l\u2019absence de tout projet.Et vis-à-vis eux aussi, la volonté de contrôle de plus en plus manifeste des dirigeants.À cet égard, les multiples intentions de réforme de l\u2019enseignement collégial, paraissant de façon chronique depuis 1970, commencent tous par souhaiter que les étudiants trouvent au cegep un milieu où prendre leurs affaires en mains, où \u201c\u2018faire l\u2019apprentissage de la vie sociale et politique\u201d, tout en s\u2019empressant, de la façon la plus incohérente, de concentrer dans les mains des administrations locales tous les moyens de contrôler leurs activités, de réduire au minimum leurs velléités 1.Dossier sur l\u2019origine sociale des étudiants, SPECA, bulletin de liaison, no 3, février 1979.126 sil de revendications et leur capacité de mobilisation.Il faut se rappeler dans quel contexte on mit en place les structures des collèges, notamment les Services aux Etudiants.C\u2019était quelques mois après l\u2019automne chaud de 68, et les premières occupations des collèges et des campus par les étudiants.Groupe moteur d\u2019avant les années 60, le mouvement étudiant avait réclamé, de concert avec d\u2019autres groupes, des changements importants au sein de la société québécoise.On oublie parfois que, bien avant les enseignants et leurs organisations syndicales (alors en voie de structuration), les étudiants de 68 avaient mis en évidence l\u2019incohérence de procéder à une aussi vaste réforme de l\u2019éducation, sans mettre de l\u2019avant, en même temps, une réforme des structures économiques pouvant ouvrir des champs d\u2019activités aux futurs diplômés.Le chômage des gens instruits pointait à l\u2019horizon.Cette contestation touchait aussi les modes de gestion des institutions et de transmission des connaissances.On parla alors d\u2019autogestion et de cogestion, ne faisant pas toujours la distinction entre les deux.Elle remettait donc en question, de façon globale, les valeurs-pilier des sociétés occidentales : profit, rentabilité, efficacité, rapports d\u2019autorité et utilisation de la connaissance.Les étudiants furent aussi les premiers à dénoncer le type de participation-bidon que les technocrates commençaient à instaurer.Par la suite, à l\u2019usage, les enseignants comprirent que participer, se faire entendre, ne devient possible qu\u2019à travers un rapport de forces.En 1968, il s\u2019en est trouvé plusieurs pour reprocher aux étudiants l\u2019utopie dans laquelle ils s\u2019étaient, paraît- il, enfermés, et le niveau d\u2019abstraction de leur contestation.On s\u2019en prenait alors au système d\u2019éducation qui transmettait peut-être un beau langage, mais qui rendait les jeunes incapables de sens pratique; on conseillait aux étudiants de revendiquer des choses obtenables à court terme.Au-delà des étudiants d\u2019alors, c\u2019est le potentiel contestataire qu\u2019ils incarnaient que l\u2019on voulut contrôler.En ce sens, les Services aux Etudiants, au-delà des services psychologiques, pédagogiques, médiaux, 127 etc., ont toujours constitué une véritable structure politique de contrôle des activités étudiantes, à toute fin pratique une mise en tutelle déguisée.* * * Contrôles externes, tensions internes insurmontables, on vit alors le mouvement se désagréger petit à petit.Un par un, les étudiants furent récupérés, soit par l\u2019idéologie néo-libérale de la contre-culture, soit par celle de la rentabilité du diplôme.Pour d\u2019autres, le terrain des luttes était désormais à l\u2019extérieur des institutions.Le diagnostic que l\u2019on posa ensuite sur cette génération était que jamais l\u2019on n\u2019avait connu jeunesse aussi rangée et conservatrice.N\u2019avait-on pas justement tout fait pour les démobiliser ?Entassement, structures répressives, société de plus en plus bloquée.Leurs aînés avaient-ils eu grand mérite à vouloir chambarder tant de choses, puisque alors les emplois étaient nombreux et bien payés à qui voulait effectuer des changements.J\u2019ai suivi également le conflit étudiant de l\u2019automne 78, portant sur le problème réel des prêts et bourses.Cette fois, le mouvement partait de loin.Avec bien des maladresses, il tenta de s\u2019organiser.Mais on ne s\u2019improvise pas stratège du jour au lendemain.C\u2019est un long apprentissage.Encore une fois, les attaques vinrent de toute part et avec la même bonne conscience qu\u2019autrefois.Journalistes, hommes politiques, reprochèrent cette fois-ci aux étudiants, outre les fautes de français\u2026, le corporatisme de leurs revendications à court terme.On dénonça, cette fois-ci, une nouvelle classe de profiteurs, totalement dépourvus de vision globale de la société.Quelle ironie ! J'avais toujours en mémoire les discours qui avaient justifié la répression de 68.Pourtant, cette lutte des prêts et bourses était plus que justifiée.Et ce n\u2019est pas un hasard si elle fut amorcée dans les régions éloignées du Québec (Rimouski, Lac St-Jean).Il faut bien vivre tout en étudiant, et l\u2019endettement pour des années à venir ne peut constituer une solution, surtout dans un contexte où l\u2019emploi est 128 rare, même pour des diplômés.Comment justifier la réponse mercantile de l\u2019éducation que l\u2019on servit alors aux étudiants : un investissement en vue de profits assurés ! De plus, 27 pour cent seulement des jeunes en âge de fréquenter le cegep y viennent effectivement et, parmi les nombreuses barrières empêchant les autres d\u2019y accéder, les raisons économiques sont certainement les plus importantes.Que cette lutte ait, par la suite, été récupérée à l\u2019autres fins, c\u2019est une autre affaire que des observateurs moins superficiels et moins conformistes auraient pu analyser.On aurait pu voir aussi que, par cette lutte, les étudiants tentaient de se réapproprier une partie de leurs affaires.On revenait revendiquer, sur le terrain local, des choses concrètes : gestion des affaires étudiantes, meilleure cafétéria, espaces de rencontres et d\u2019activités, etc.Toutes ces luttes visaient les rapports d\u2019autorité dans le cegep.Une petite enquête, effectuée il y a quelques années dans le cadre d\u2019un cours, portait sur l\u2019attribution de l\u2019espace, selon les diverses catégories d\u2019occupants, au cegep Ahuntsic.Il en a résulté que l\u2019espace privé d\u2019un étudiant était de 2 pieds carrés (sa case), alors que celui d\u2019un administrateur était de 232 pieds cassés, et celui d\u2019un prof de 10 pieds carrés.Certaines catégories du personnel de soutien n\u2019avaient, comme espace personnel, qu\u2019une paterre.L\u2019enquête démontrait aussi que, si les étudiants avaient davantage accès à de l\u2019espace social qu\u2019à de l\u2019espace privé, ils étaient encore défavorisés par rapport à d\u2019autres catégories, par exemple celle des enseignants.Les étudiants de ce cours avaient réalisé, à leur grand étonnement, que, au sein d\u2019un lieu de travail, l\u2019espace n\u2019est pas neutre; il constitue un des signes manifestes et tangibles des rapports d\u2019inégalité.Les pieds carrés, et leur aménagement en meubles et en décoration, reflètent non pas des besoins réels, mais plutôt des rapports hiérarchisés entre groupes et individus.Ils apprirent ainsi qu\u2019il existe une relation proportionnelle entre l\u2019espace que l\u2019on s\u2019approprie et le pouvoir que l\u2019on détient sur les autres.Loin de se ramener à des revendica- 129 a = } a A # A ty pb! 3 + tL t 13 i = EE Lee ad ow UD Lt ant 1410 tions d\u2019 \u2018\u2018enfants gatés\u2019\u2019, la lutte dans certains cegeps (St-Laurent) à l\u2019automne 78, pour revendiquer des espaces de vie étudiante, était un refus des rapports d\u2019autorité.Au cegep Ahuntsic (4,500 étudiants), leur seul lieu d\u2019assemblées est un espace public pouvant contenir tout au plus 350 à 400 d\u2019entre eux, et bien tassés.Lors du conflit des prêts et bourses (1978), conflit qui pour une fois avait un potentiel mobilisateur important, puisqu\u2019il touchait des besoins précis, moins de 10 pour cent des étudiants pouvaient effectivement assister à une assemblée, suivre les débats et y participer, voter en toute connaissance de cause, et ce en raison du peu d\u2019espace physique mis à leur disposition.On leur reprocha, par la suite, de tenir des votes non représentatifs de la masse étudiante, un lieu de rencontre pouvant accommoder théoriquement tous les étudiants, n\u2019est-ce pas le strict minimum à l\u2019exercice de la démocratie ?Si on ne le prévoit pas, on ne fait que favoriser l\u2019activisme d\u2019opportunistes, de gauche ou de droite, que l\u2019on s\u2019empressera par la suite de dénoncer.La véritable manipulation ne viendrait-elle pas de ceux qui lésinent sur l\u2019espace nécessaire à l\u2019apprentissage de la vie démocratique ?Pour en avoir rencontré plusieurs, désabusés de l\u2019allure que prenait leur lutte, découragés du peu d\u2019appuis qu\u2019elle rencontrait au sein des media et même chez les enseignants, je réalisai, une fois de plus, qu\u2019un groupe ne doit avant tout compter que sur ses propres moyens.Appuis et alliances ne peuvent que s\u2019ajouter à une force déjà en branle.Dans le cas des étudiants, s\u2019ils n\u2019ont pas la force de l\u2019argent ou la facilité d\u2019accès aux tribunes publiques, ils peuvent compter sur le nombre et sur la vigueur de la jeunesse.Mais ils se heurteront toujours, néanmoins, au monde établi des aînés.Ces derniers auront toujours un parti pris négatif à leur égard, quand ils déserteront les salles de cours ou contesteront hors des murs d\u2019une institution.Quand leur contestation sera globale, on leur reprochera leur manque de réalisme; quand elle portera sur des objets concrets, on leur reprochera leur corporatisme.130 UH RU ROS HAL TT LT (hl TT WIT ear daa RE LACET In Ga TR E h Enseigner la sociologie à des étudiants de cegep, c\u2019est leur apprendre à analyser la société, telle qu\u2019elle se présente à eux dans leur vie quotidienne, beaucoup plus que faire l\u2019étude des grandes institutions sociales.La démarche sociologique en est une de lucidité, de démystification et, par conséquent, de réappropriation des données de son existence.C\u2019est cet outil privilégié qu\u2019elle a toujours constitué pour moi et qu\u2019il me semble important de pouvoir transmettre à d\u2019autres.Si cet outil n\u2019est pas neutre, il ne doit pas pour autant s\u2019enfermer dans l\u2019univers réconfortant des dogmes, des approches globales et abstraites.J\u2019ai toujours cru que l\u2019analyse du milieu environnant, ainsi que de ses composantes, permettait une meilleure insertion sociale, soit dans une salle de cours, soit pour l\u2019élaboration d\u2019un programme, soit à l\u2019intérieur d\u2019une association ou d\u2019une coopérative étudiante et, enfin, au sein même de la société.Plus tard, ce sera leur milieu de travail, leur quartier, leur village qu\u2019ils devront se réapproprier.En chacun de ces lieux se sont forgés, installés, les instruments de domination que l\u2019on retrouve au sein de la société globale, car aucun n\u2019est détaché des rapports de production et des intérêts de classe.Enseigner la sociologie à des étudiants qui ne seront jamais sociologues, mais techniciens, imprimeurs, médecins, radiologistes, avocats, etc, c\u2019est aussi tenter de développer chez eux la curiosité pour les diverses forces sociales en place.Quels sont les projets d\u2019un comité de citoyens, d\u2019une clinique populaire, d\u2019un CLSC, d\u2019un groupe de femmes ou d\u2019Indiens ?Quelles sont les diverses stratégies de ces groupes ?À quelle conception du monde celle qu\u2019ils proposent s\u2019oppose-t-elle ?Quelles résistances rencontrent-ils ?C\u2019est faire avec eux l\u2019anatomie d\u2019une grève ou d\u2019un conflit.C\u2019est aussi, et pourquoi pas, investiguer un groupe d\u2019hommes d\u2019affaires, un Conseil du patronat ?Pourquoi toujours St-Henri ou Hoche- laga-Maisonneuve, et pas Westmount, Outremont-en- haut ?J\u2019ai souvent pensé que, derrière ces forteresses, se 131 cachaient aussi projets, enjeux, stratégies; les pénétrer nous en apprendrait beaucoup sur les données de notre existence.Mais, ce sont des forteresses !'\u2026 Enseigner la sociologie à une génération d\u2019étudiants que leurs études antérieures et, sans doute aussi, tout leur milieu ont peut sensibilisés au passé et à l\u2019histoire, c\u2019est tenter de leur apprendre comment, et à partir de quelles oppositions, le mouvement ouvrier, le mouvement étudiant, les mouvements nationalistes, les mouvements féministes, se sont construits.Ils apprendront alors qu\u2019ils l\u2019ont fait par morceaux arrachés peu à peu à l\u2019ordre établi, beaucoup plus que par une opposition purement idéologique.Que rien n\u2019est donné et que rien n\u2019est acquis une fois pour toutes.Au contraire, beaucoup de temps, d\u2019énergies, de coeur ont été investis pour obtenir si peu parfois.Les véritables gains ne peuvent se mesurer que sur une longue période.L\u2019étude des sociétés leur apprendra aussi que les changements sociaux ne se seraient jamais produits, ni ne se produiront, sans l\u2019action constante de groupes et mouvements.Parce qu\u2019ils véhiculent des projets et des valeurs autres que ceux déjà en place, ils sont essentiels à la vie sociale et à la véritable démocratie.La vie sociale, compren- dront-ils, est du côté du mouvement, non de l\u2019ordre des choses.Il y a fort à craindre que l\u2019ordre, le calme souhaités par les technocrates, ressemblent au \u2018\u2018calme des marécages\u2019\u2019.Ainsi, ils devraient étre amenés a comprendre que la référence au passé n\u2019a de signification, que dans la mesure ou elle permet a la fois une compréhension du présent et une projection vers l\u2019avenir.Ils devraient se méfier des \u2018\u2018projets collectifs\u2019\u2019 issus des milieux technocratiques.Le nationalisme québécois, tel qu\u2019exprimé dans le Livre Blanc sur le Développement Culturel, ou, celui auquel on se réfère dans le récent projet de réforme des cegeps (Le Collège, Nouvelle Etape), ne vient-il pas abriter la même rationalité de contrôle et de rentabilité, risquant ainsi de nourrir les forces les plus réactionnaires a l\u2019heure actuelle ?À quoi leur servira de se sentir québécois, s\u2019ils sont de plus en plus embrigadés 132 dans des fonctions étroites de travail, conformément à une conception utilitaire, toujours en place, de l\u2019éducation ?Quel intérêt peut avoir un projet d\u2019avenir défini par un Etat unificateur, avec ce que tout cela recèle de totalitarisme ?L\u2019avenir n\u2019a-t-il pas plus de chances d\u2019être intéressant et engageant, s\u2019il se situe à côté de ceux qui peuvent représenter l\u2019imagination sociale et créatrice; étudiants, femmes, Indiens, militants syndicaux, écologistes, etc.comme autant de lieux de remise en question ?Lieu de connaissance, de pratiques, d\u2019engagement, espace critique, voilà quelques-uns des possibles du cegep à l\u2019heure actuelle.133 7 Rey RE > FU: 4 LA \u201cA l\u2019Université, les étudiants étudient.\u201d Depuis l\u2019arrivée du Parti québécois au pouvoir, tout le systéme d\u2019enseignement est l\u2019objet d\u2019une vaste réflexion : d\u2019abord le niveau élémentaire et secondaire et aussi le niveau collégial, et maintenant, c\u2019est le niveau universitaire qui est sur la sellette : publication d\u2019un livre vert sur la recherche scientifique, mise sur pied d\u2019une Commission d\u2019enquête sur les Universités, etc.Y a-t-il une crise du systeme d\u2019enseignement qui se manifesterait jusqu\u2019à ces paliers supérieurs ?Les problèmes que rencontrent les universités sont-ils seulement financiers ?Y a-t-il des problemes d\u2019organisation provoques par la plus grande bureaucratisation de l\u2019administration ?Comment réagissent les étudiants à la situation présente ?Autant de questions que l\u2019on se pose aujourd\u2019hui dans divers milieux.La revue Possibles a rencontré trois professeurs et chercheurs du département de sociologie de l\u2019Université de Montréal, Pierre Dandurand, Muriel Garon-Audy et Marcel Fournier, qui depuis quelques années s\u2019intéressent au développement du système universitaire et ont réalisé récemment des enquêtes auprés de la population étudiante universitaire (dont l\u2019une dans le cadre de la C.E.U.et qui sera prochainement rendue publique).135 CROISSANCE ET DEMOCRATISATION Q.Depuis une dizaine d\u2019années, y a-t-il eu une augmentation massive de la population étudiante universitaire ?Quel en fut l\u2019impact ?Il est clair qu\u2019il y a eu une augmentation très importante de la clientèle étudiante et un développement considérable de programmes de cours.On a connu une période d\u2019efflorescence extraordinaire, qui n\u2019est pas, faut-il préciser, un phénomène proprement québécois : une telle explosion s\u2019est aussi produite dans la plupart des pays industrialisés occidentaux.La question est maintenant de savoir quel fut l\u2019effet de cette explosion au niveau du recrutement, au niveau de l\u2019ouverture du système universitaire.Mais il est à remarquer qu\u2019en partie ce développement très rapide du système universitaire québécois s\u2019explique par l\u2019intégration de diverses institutions d\u2019enseignement (écoles normales, écoles des Beaux-Arts, etc.) au système universitaire lui-même.Diverses institutions, principalement, celles de régions périphériques à la Métropole, ont ainsi acquis le statut universitaire.Il y a eu aussi une absorption de tout un ensemble de programmes qui existaient à l\u2019extérieur de l\u2019Université.La création de l\u2019Université du Québec et l\u2019implantation de constituantes dans diverses régions furent également un événement important et eurent un impact important dans chacune des régions.Q.À la suite de la mise sur pied de CEGEPS et aussi de la multiplication de programmes, l\u2019accès à l\u2019Université est-il devenu plus facile ?L\u2019accès à l\u2019Université s\u2019est certes élargi.Il faut se rappeler qu\u2019antérieuremment, la condition d\u2019accès à l\u2019Université sauf dans certaines facultés ou écoles (commerce, Polytechnique, etc.) était le passage dans un collège classique.Le système d\u2019enseignement secondaire public ne constituait guère une voie d\u2019accès à l\u2019Université et lorsqu\u2019il conduisait à l\u2019Université, il orientait vers des 136 DIE facultés ou disciplines beaucoup moins prestigieuses, plus basses dans la hiérarchie universitaire et sociale.Le déblocage s\u2019est d\u2019abord fait aux autres niveaux : en premier lieu une accessibilité plus grande au secondaire et ensuite au niveau collégial.La scolarisation des jeunes Québécois s\u2019est en effet élevée de façon considérable au cours des années 1960.Cependant, aussi important soit-il, ce phénomène ne doit pas faire oublier qu\u2019il y a toujours eu une forte sélection à ces différents niveaux d\u2019enseignement.Mais cette sélection ne semble pas s\u2019opérer à l\u2019entrée même à l\u2019Université : les taux de passage du collégial à l\u2019universitaire sont en effet très élevés.Ce qui signifie que le sort des jeunes se joue à un niveau antérieur.Si à l\u2019Université l\u2019on a encore une proportion plus élevée d\u2019étudiants de milieux aisés que dans l\u2019ensemble de la population active, la raison ne peut en être imputée au seul mode de sélection mis sur pied par les Universités.L\u2019on sait maintenant que la sélection s\u2019opère dès le niveau élémentaire et qu\u2019elle se poursuit au niveau secondaire.Le niveau secondaire est un moment particulièrement important parce qu\u2019il y a alors des divisions importantes \u2014 réseaux \u2014 : au secondaire III, des étudiants prennent des orientations qui déterminent leur destin scolaire, qui par exemple, les destinent dès ce moment vers le secteur des Sciences ou vers celui de la Santé.Les étudiants sont alors contraints à certains choix de cours, ils sont aussi contraints à une certaine réussite scolaire pour se maintenir dans la voie enrichie.Et là où il y a une déperdition importante des effectifs et où la sélection apparaît clairement, c\u2019est entre le Secondaire et le Collégial.Les étudiants qui finissent leur Secondaire dans les voies enrichies et qui se dirigent vers le Collégial peuvent entrer dans le secteur Général et s\u2019orienter vers les concentrations en Sciences et les concentrations en Santé.Q.Quelle est la fonction des institutions d\u2019enseignement privé au niveau secondaire et collégial ?Le système d\u2019enseignement collégial et universitaire a-t-il tou- 137 jours pour fonction de former une \u201c\u2018élite\u201d ?Alors que l\u2019on pensait qu\u2019avec la réorganisation du système d\u2019enseignement le réseau des institutions privées allait se marginaliser, celui-ci s\u2019est au contraire, après une période d\u2019hésitation, développé et a concurrencé le réseau des institutions publiques.Il n\u2019y a cependant pas seulement des fils de riches qui fréquentent les institutions privées : certains parents de milieux populaires acceptent de faire des sacrifices au plan financier pour assurer la promotion sociale de leurs enfants.Mais il est évident que ces institutions sont largement utilisées par les classes plus favorisées ou supérieures pour s\u2019assurer le maintien de positions sociales déjà acquises.Il faut dire qu\u2019en comparaison avec la situation antérieure (c\u2019est-à-dire celle des collèges classiques) les étudiants de ces milieux plus favorisés sont maintenant placés à l\u2019intérieur des institutions collégiales publiques, dans une situation concurrentielle qui risque de leur être moins avantageuse : ces institutions leur offrent en effet moins de garanties quant aux chances de réussite scolaire et quant à la qualité de la formation intellectuelle et morale.De plus, il y a un écart beaucoup plus grand entre les diverses valeurs que partagent les classes sociales aisées (valeur morale et aussi religieuse, respect de l\u2019autorité, politesse, distinction dans le maintien et le parler, etc.) et celles du milieu scolaire : le faible encadrement des étudiants, la diversité de la population étudiante et le faible isolement de l\u2019institution par rapport aux influences externes (\u2018courants d\u2019idées\u201d, \u2018\u2018mode\u201d, etc.) font apparaître le CEGEP comme un lieu \u201c\u201cdangereux\u2019\u2019 et rendent très insécures certaines catégories de parents, principalement celles des classes supérieures, qui ont conservé la notalgie des collèges \u2014 cocons où ils ont été souvent formés.Non seulement le CEGEP ne leur semble pas en mesure de transmettre une bonne formation intellectuelle (et des structures de pensée) mais aussi il met leurs enfants en présence de diverses contaminations qui risquent de détruire les efforts antérieurs de \u2018\u2018bonne\u201d éducation.L\u2019on peut 138 Pr ER même se demander si les diverses critiques dont sont l\u2019objet actuellement les CEGEPS \u2014 par exemple en ce qui concerne l\u2019absence d\u2019une véritable formation générale \u2014 n\u2019ont finalement pour objectif non avoué (et difficilement avouable) de rendre ces institutions d\u2019enseignement plus sélectives.Il faut cependant éviter de conclure que le système collégial public est totalement \u201couvert\u201d ou \u2018\u2018démocratique\u2019\u2019 dans son recrutement : les données recueillies dans le cadre de la recherche ASOPE mettent en évidence divers mécanismes de sélection (général/professionnel, etc.).De plus, le secteur collégial public est loin d\u2019être monolithique, au contraire, il s\u2019est lui-même fortement différencié et stratifié, certaines institutions \u2014 par exemple Bois-de-Boulogne fréquemment dénommé le \u201ccollege public le plus privé\u201d \u2014 étant devenues plus prestigieuses que d\u2019autres.Il ne suffit pas pour rendre compte du caractère plus ou moins démocratique du recrutement d\u2019un système d\u2019enseignement d\u2019analyser les caractéristiques sociales de l\u2019ensemble de sa clientèle: il faut prendre aussi en considération ses diverses parties constituantes (ex.concentrations ou secteurs disciplinaires, etc.) qui remplissent des fonctions sociales souvent très différentes.Il en est de même au niveau universitaire, qui ne s\u2019est pas seulement développé mais qui s\u2019est aussi différencié et stratifié : entre les institutions universitaires et à l\u2019intérieur de celles-ci entre les facultés, modules ou disciplines, s\u2019est en effet établie une hiérarchie.Ainsi les universités qui apparaissent plus \u201c\u2018traditionnelles\u201d\u2019 et qui sont souvent plus anciennes \u2014 pensons à l\u2019Université McGill et à l\u2019Université de Montréal \u2014 imposent une image de \u2018\u2018sérieux\u201d\u2019, de \u2018\u2018qualité de l\u2019enseignement et de la recherche \u2014 ces institutions ont aussi un recrutement plus \u2018\u2018sélectif\u201d\u2019, c\u2019est-à-dire la proportion d\u2019étudiants issus des classes moyennes et supérieures est plus élevée que dans les autres institutions.Par ailleurs, il apparaît que des secteurs disciplinaires, tels ceux de Médecine-Santé et de Sciences pures se distinguent aussi dans leur recrutement social des autres secteurs disciplinaires.On le comprend bien en ce qui con- 139 cerne le secteur des Sciences de Santé, mais non pas pour les Sciences pures : il y a eu un changement d\u2019attitudes à l\u2019égard des sciences parmi les jeunes issus des classes moyennes et supérieures québécoises de langue française.Il s\u2019agit maintenant d\u2019un secteur qui au plan académique est hautement valorisé, même si les débouchés au niveau de la recherche demeurent peu nombreux.D\u2019autres secteurs disciplinaires ont un recrutement plus \u2018\u201c\u2018populaires\u201d : par exemple, Sciences de l\u2019Education.Tout porte à croire qu\u2019à cette différenciation du système universitaire correspond aussi une diversification des fonctions que remplissent les diverses parties (universités et disciplines) de ce système.L\u2019 \u201c\u2018\u2018ancienne\u2019\u201d\u2019 fonction, qui consistait en la formation d\u2019une classe dominante ou de ce qu\u2019on appelait l\u2019 \u2018\u201c\u2018élite\u2019\u2019 est toujours importante, mais à celle-ci s\u2019en est ajoutée une autre qui est de répondre à la demande de formation d\u2019une large main-d\u2019oeuvre hautement qualifiée (en sciences, en administration, en sciences sociales, etc.) indispensable à l\u2019exploitation des ressources naturelles, au développement de la technologie et à la gestion rationnelle des ressources humaines.La réalisation de cette deuxième fonction a exigé l\u2019accès d\u2019une beaucoup plus grand nombre d\u2019étudiants \u2014 l\u2019on a parlé d\u2019une \u2018\u2018université de masse\u2019\u201d \u2014 et aussi un mode de recrutement moins sélectif : l\u2019université québécoise est ainsi apparue au cours des années 1960 comme une importante voie de promotion sociale.Même si elles peuvent être accomplies par des institutions différentes, ces deux fonctions n\u2019en demeurent pas moins contradictoires, et risquent, dans une conjoncture économique plus difficile, de créer diverses tensions, dont le débat actuel entre formation générale / formation spécialisée est une expression.ETUDES, TRAVAIL ET VIE QUOTIDIENNE Q.L\u2019image de l\u2019Université et aussi de l\u2019étudiant universitaire qui a circulé depuis quelques années est souvent négative.On parle de futurs \u201cchômeurs ins- 140 truits\u201d\u2019, on signale des taux élevés d\u2019absentéisme au cours, on décrit l\u2019étudiant comme peu motivé et peu intéressé à l\u2019étude, etc.Qu\u2019en est-il vraiment ?La première évidence est que la population étudiante universitaire n\u2019est plus homogène comme elle l\u2019était il y a quinze ans : elle est éclatée.L\u2019une des caractéristiques nouvelles de l\u2019Université est la présence très importante d\u2019étudiants inscrits en temps partiel, d\u2019étudiants dits \u201cadultes\u201d qui sont déja sur le marché du travail : ceux-ci constituent maintenant la moitié des effectifs des universités.À ce phénomène correspond la multiplication des discours sur 1\u2019 \u201céducation permanente\u201d, sur I\u2019 \u2018\u201c\u2018éducation récurrente\u201d : il y a au niveau du discours un effort pour prendre en considération cette nouvelle réalité et en fournir des explications (par exemple, en faisant référence au développement économique des sociétés industrialisées comme la nôtre qui obligerait les adultes à retourner aux études).Une autre caractéristique de l\u2019Université, c\u2019est la présence parmi les étudiants inscrits à temps plein d\u2019une proportion non négligeable d\u2019étudiants qui ont, pendant l\u2019année académique, un emploi, habituellement, faut-il préciser, à temps partiel.Aussi, que l\u2019on prenne en considération la présence à l\u2019Université d\u2019étudiants adultes qui sont inscrits à temps partiel ou celle d\u2019étudiants inscrits à temps plein qui travaillent, il apparaît que, même si plusieurs étudiants reprochent à l\u2019Université d\u2019être demeurée une \u201ctour d\u2019ivoire\u201d, l\u2019Université d\u2019au- jourd\u2019hui est loin d\u2019être fermée sur elle-même : au contraire, par sa population étudiante celle-ci est ouverte sur le monde du travail, elle est présente dans divers secteurs d\u2019activités de la société québécoise.Cette nouvelle réalité a commencé à provoquer des modifications dans l\u2019organisation et le mode de fonctionnement des universités, mais ces modifications demeurent encore largement insuffisantes : l\u2019on a donné aux adultes un accès à l\u2019Université mais sans leur offrir les mêmes services qu\u2019aux étudiants inscrits à temps plein.Par ailleurs, même là où furent mises ensemble les deux catégories 141 RAA IR FY PER d\u2019étudiants (temps plein, temps partiel) et où furent modifiés les horaires (concentration des cours entre 16 hres et 20 hres), sont apparus de nombreux problèmes : il n\u2019est pas facile de répondre simultanément et de la même façon à des demandes aussi diverses provenant d\u2019étudiants dont les motivations et aussi le rapport aux études sont très différents.La formule travail-études ou études-travail (à temps partiel) peut apparaître à plusieurs égards, enrichissante : elle évite à l\u2019étudiant d\u2019être complètement \u201ccoupé du monde\u201d.Mais en même temps, il faut reconnaître que pour la plupart des étudiants inscrits à temps plein et en particulier ceux du premier cycle, il ne s\u2019agit pas le plus souvent d\u2019un travail très qualifié : au contraire, l\u2019emploi qu\u2019ils détiennent \u2014 par exemple le soir ou les fins de semaine \u2014 est habituellement un emploi non spécialisé dans le secteur des services (barman ou waiter, commis-vendeur dans une chaîne d\u2019alimentation, etc.).Les étudiants constituent alors une sorte de \u2018\u2018cheap labor\u201d\u2019 que certains secteurs d\u2019activités sont très heureux de pouvoir engager (emplois occasionnels ou non réguliers qui n\u2019entraînent pas la permanence ou la syndicalisation, faible rémunération, etc.).Q.Mais s\u2019il y a autant d\u2019étudiants qui occupent à temps plein ou partiel un emploi durant l\u2019année scolaire, ne peut-on pas se demander s\u2019il y a vraiment sur le campus universitaire des étudiants qui étudient ?Il y a évidemment diverses images qu\u2019on a construites de l\u2019étudiant universitaire : faible présence aux cours, faible intérêt pour la matière enseignée, faible motivation pour un travail intellectuel (études personnelles, lectures, etc.).Selon ces images diffusées même sur le campus, l\u2019étudiant aurait \u2018\u2018décroché\u2019\u2019\u2026 La réalité est quelque peu différente : par exemple, les étudiants s\u2019absentent beaucoup moins souvent des cours qu\u2019on tend à le penser.De plus, dans une grande majorité des cas, ceux-ci se déclarent intéressés par les matières qui leur sont enseignées à l\u2019Université.Et enfin, ils 142 Ai RSS LE AGE ES LIRE po hédéé 1: OEM ct RE 4 Une LR consacrent passablement de temps à leurs cours et à leurs études, en moyenne, quarante heures par semaine.Toutefois, l\u2019ensemble de la population étudiante universitaire n\u2019a pas les mêmes pratiques pédagogiques ni le même rapport aux études : en fonction même de leurs trajectoires sociales, c\u2019est-à-dire en fonction de leur point de départ (milieu d\u2019origine) et de leur point d\u2019arrivée ou de destination (occupation ou position sociale future), les étudiants adoptent des stratégies différentes.Il y a effectivement encore des étudiants qui apparaissent plus \u2018\u2018traditionnels\u201d\u2019.Consacrant tout leur temps aux études et différant ainsi leurs gratifications (selon le slogan s\u2019instruire pour s\u2019enrichir) : tel est le cas des étudiants en Santé et en Sciences qui ont des programmes scolaires tres lourds (cours, laboratoires, examens, etc.) et qui ne peuvent pas au risque d\u2019échec scclaires, occuper un emploi rémunéré.Apparemment, un peu plus assurés d\u2019obtenir un emploi a la fin de leurs études, les étudiants acceptent ainsi de travailler plus fort, de faire plus de sacrifices, bref ils se donne un style de vie plus studieux, plus ascétique.Par ailleurs il y a un autre groupe d\u2019étudiants qui détiennent habituellement un emploi à temps partiel : il s\u2019agit là d\u2019une stratégie toute différente qui consiste à minimiser les risques et à rendre les investissements le moins onéreux possible.Souvent moins assurés d\u2019obtenir rapidement à la fin de leurs études un emploi bien rémunéré, ces étudiants, qui se retrouvent souvent dans les secteurs des Sciences humaines ou de l\u2019Education, cherchent ainsi à ne pas trop se pénaliser au plan économique (dettes) et au plan du style de vie (appartement, achat de voitures, voyages, etc.) durant la période même des études.Mais il faut distinguer parmi ces étudiants qui cherchent par l\u2019occupation d\u2019un emploi à élever leurs revenus, ceux pour qui cette stratégie en est une de \u2018\u2018survie\u2019\u2019 : pour ces étudiants, souvent issus des milieux populaires, il s\u2019agit de la seule façon de poursuivre des études tout en \u2018\u2018joignant les deux bouts\u201d.Q.L\u2019étudiant d\u2019aujourd\u2019hui est-il riche ou pauvre ?143 Si l\u2019on prend en considération des demandes de prêts- bourses qui sont effectuées auprès du gouvernement | provincial, il apparaît que de telles démarches ne sont : pas le propre de la majorité des étudiants universitaires : 7 les statistiques du ministère de l\u2019Education pour l\u2019an- | \u2018 née 1977-78 révèlent en effet que parmi les 78,341 étu- | : diants inscrits a temps plein, il y en a 35,126 qui présentent une demande de prét et de bourse, c\u2019est-a-dire \\ 44,8 pour cent.Au niveau du premier cycle, ce pour- ê centage est plus faible : il est de 41,3 pour cent.Quant I à l\u2019aide annuelle allouée, elle est pour les étudiants des I sycles supérieurs de $2,310 et pour ceux du premier d cycle de $1,799.Les prêts-bourses ne constituent donc I qu\u2019une des diverses sources de revenus.Il y a aussi le I travail durant l\u2019année scolaire ou durant l\u2019été, l\u2019aide h familiale, les emprunts, etc.L\u2019étude que nous effectuons i présentement permettra de mieux évaluer la situation financiére des étudiants, en particulier de ceux qui sont 0 inscrits a temps partiel.L\u2019on peut penser qu\u2019en raison de la proportion relativement élevée d\u2019étudiants qui ont, a temps plein ou partiel, un emploi rémunéré que leur situation financiére apparaitra satisfaisante et qu\u2019eux- mêmes la percevront comme telle.Toutefois, il n\u2019est pas facile de déterminer le \u201cseuil de pauvreté\u201d pour un étudiant : est-ce un revenu annuel de $3,500, de fi $4,000 ou de $5,000 ?Cette difficulté est d\u2019autant i plus grande que la situation objective des étudiants 1 ù varie considérablement selon le statut civil ou le lieu = d'habitation : demeurer à la maison chez ses parents et quitter sa région natale pour vivre en appartement à dans la \u201cgrande ville\u201d constituent deux réalités fort différentes.Il y a une fraction de la population étudiante \u2014 environ le quart \u2014 qui vit dans des conditions économiques difficiles.Par ailleurs, il ne semble pas que la situation d\u2019une partie importante de cette population | étudiante universitaire se soit modifiée considérable- | | ment depuis une dizaine d\u2019années : d\u2019une part, une proportion importante des étudiants inscrits a temps plein vivent toujours chez leurs parents; d\u2019autre part, selon une enquête effectuée au début des années 1960 par fer de, lou 144 DRE Jacques Brazeau et Jacques Dofny, le revenu annuel des étudiants était alors en moyenne d\u2019environ $2,000, c\u2019est-à-dire un montant équivalent à celui qu\u2019ajoute actuellement en prêts et bourses le ministère de l\u2019Education.Mais, dans l\u2019ensemble, le revenu annuel de l\u2019étudiant est un peu plus élevé : entre $3,000 et $5,000.Toutefois, l\u2019augmentation du coût de la vie (alimentation, transport, vêtement, logement, livres, etc.) a été très importante au cours de la dernière décennie.Tout porte à croire, et c\u2019est sur cette hypothèse que nous travaillons actuellement, que la situation financière de plusieurs étudiants universitaires ne s\u2019est guère amélioré depuis une quinzaine d\u2019années, que pour ceux-ci la poursuite d\u2019études universitaires implique de nombreux sacrifices sur le plan économique, au plan du style de vie.Q.A la fin des années 1960, les étudiants universitaires sont apparus contestataires et ont adhéré à de \u2018\u201c\u2018nouvelles\u201d valeurs.Depuis, la vie est redevenue tranquille sur les campus.Les étudiants d\u2019aujourd\u2019hui sont-ils plus conformistes ?Les quelques enquêtes effectuées auprès des populations étudiantes tendent en effet à démontrer que les étudiants sont plus conservateurs ou moins contestataires qu\u2019on aurait pu le penser (ou l\u2019espérer) : par exemple, en ce qui concerne le modèle de carrière (travail régulier durant toute une vie), les conduites dites alternatives et aussi l\u2019attitude générale à l\u2019égard de la société, ceux-ci apparaissent en effet relativement conformistes.Et il y a même entre le moment où ils sont étudiants au collégial et celui où ils entrent à l\u2019université, un renforcement du conservatisme : la critique de la société s\u2019atténue, devient moins sévère.Par ailleurs, lorsqu\u2019on demande à ces étudiants, comment ils envisagent leur vie future, c\u2019est incroyable à quel point ils sont centrés sur la famille, ils veulent se marier et avoir entre deux et quatre enfants; les garçons acceptent que la (ou leur) femme travaille, mais ils aimeraient que lors- 145 qu\u2019elle aura des enfants, elle demeure à la maison.Mais à cet égard, les filles se distinguent des garçons : celles-ci ont aussi un point de vue très différent sur le travail de la femme.De plus, il y a des différences très nettes en fonction du secteur d\u2019études universitaires : alors que les étudiants du secteur des Sciences de la Santé apparaissent plus conservateurs, ceux du secteur des Arts et Lettres (Sciences humaines) le sont beaucoup moins.Ces orientations culturelles sont peut-être déjà acquises avant l\u2019entrée à l\u2019université, mais elle peuvent être consolidées au cours des études universitaires : dans une étude réalisée auprès des étudiants en médecine de l\u2019Université de Montréal, il est apparu que le milieu universitaire (ou de la faculté) opérait une socialisation, qu\u2019il y a un \u2018\u2018curriculum caché\u201d : les étudiants, qui à l\u2019entrée à l\u2019université avaient manifesté une attitude d\u2019ouverture à l\u2019égard de diverses questions sociales (avortement, euthanasie, etc.), adoptaient, à la fin de leurs études, une attitude plus conservatrice et aussi plus conforme à celle de l\u2019ensemble de la profession médicale.Dans les-diverses disciplines qui sont professionnellement les mieux constituées, l\u2019on peut penser qu\u2019existent de tels \u2018\u2018curriculum cachés\u2019, que s\u2019opére une seconde socialisation (non seulement à l\u2019éthique professionnelle mais aussi aux valeurs et à l\u2019idéologie des membres de ces professions).CRISE ET CONFLITS Q.Plus conformistes, les étudiants seraient-ils à l\u2019égard de la société et du système universitaire moins revendicatifs ?Sur l\u2019ensemble des campus universitaires québécois, la vie est relativement calme, paisible : les étudiants manifestent peu d\u2019insatisfaction et participent peu à des mouvements de contestation ou de critique de l\u2019université.Même pendant la lutte au sujet des prêts-bourses, la mobilisation sur les campus fut faible : la \u2018\u2018révolte\u201d éclata au niveau des cegeps et ne troubla que très partiel- 146 rT TELL OE LL TR TT IN IR ROSES EIRE SOS ECREE LOUE LIRRGGOQUES à 16747 TPRGAGRRE OPTIONS LESRONOO ITRERELEIGRS à MÉRÉBGRACAIT LIU REDON Phares ME m\u2026 sn =\u2014 = \u2014 lement les étudiants universitaires.Serait-ce que ces derniers apprécient les divers services (enseignement, etc.) qu\u2019offrent les universités ?On peut le croire, sauf peut-être en ce qui concerne les locaux (pensons à l\u2019exi- guité de la cafétéria, à l\u2019absence de lieux de rencontres et de discussion, etc.) et aussi le caractère relativement impersonnel des relations sur les grands campus.Et en regard de leur situation proprement économique, les étudiants n\u2019ont pas appuyé fortement diverses réformes suggérées, ils n\u2019ont par exemple repris à leur compte l\u2019idée d\u2019un \u2018\u201c\u2018service civil obligatoire\u201d ou d\u2019un \u2018\u2018salaire étudiant\u201d.Evidemment, ceux-ci ne refuseraient pas l\u2019établissement de la gratuité scolaire ou l\u2019augmentation des bourses, mais tout se passe comme si ils hésitaient à endosser de telles revendications pour ne pas avoir trop de dettes envers la société : selon cette hypothèse, l\u2019obtention de la gratuité scolaire ou d\u2019un salaire étudiant risquerait de rendre l\u2019étudiant dépendant de l\u2019ensemble de la société, de lui imposer de plus grandes responsabilités sociales (conduisant par exemple à un service civil obligatoire ou le salariat pour certaines professions).L\u2019étudiant universitaire n\u2019a pas actuellement de sentiment d\u2019avoir de dettes à l\u2019égard de la société, et ne veut manifestement pas en contracter, sauf peut-être dans des secteurs tels ceux des Sciences humaines et sociales.Dans le milieu universitaire, est aussi largement diffusé un point de vue idéologique que l\u2019on retrouve dans d\u2019autres secteurs d\u2019activités et qui consiste à individualiser la réussite scolaire et sociale : la réussite est individuelle en ce sens qu\u2019elle repose sur des efforts personnels (et sur des talents personnels).Il revient à l\u2019étudiant de \u201cse débrouiller\u201d tout seul, s\u2019il veut prétendre par la suite accéder à des postes bien rémunérés ou à des positions sociales prestigieuses.Et si l\u2019étudiant est au cours de ses études \u2018\u2018mal pris\u2019 au plan économique (comme d\u2019ailleurs sur d\u2019autres plans : affectif, etc.), on tend à lui imputer personnellement la responsabilité.\u201cIl n\u2019a pas su se débrouiller\u2019, pense-t-on le plus souvent.Cependant, il faut éviter de conclure à l\u2019absence de conflits sur les divers campus universitaires.En fait, il 147 BULL.sii ri HOON y a eu un déplacement des luttes et des conflits : du niveau général ou national a un niveau local (les départements et aussi les classes).Historiquement, les revendications se formulaient en termes d\u2019accès à l\u2019université, de conditions économiques de vie : au début des années 1960, les étudiants demandaient que l\u2019Université se démocratise, que le gouvernement institue un système de prêts et de bourses pour permettre aux jeunes de poursuivre des études supérieures.À la fin des années 1960, est apparue un autre type de revendications \u2014 pensons à la crise étudiante des années 1968-69 \u2014 : aux revendications proprement économiques, s\u2019est superposée une revendication de participation au système de décisions de l\u2019Université.Les étudiants voulaient alors participer aux prises de décision, être associés à la gestion du système universitaire, à l\u2019élaboration des politiques universitaires.Ensuite, le mouvement étudiant s\u2019est rapidement désagrégé : on avait l\u2019impression que \u201cparticiper, c\u2019était se faire fourrer\u2019, c\u2019était accepter à la fois une lourde procédure de discussion et de négociation et aussi tout un ensemble de compromis.Les luttes et aussi les négociations se sont alors déplacées au niveau des départements et des cours : elles concernent de plus en plus la pédagogie, l\u2019orientation, le contenu et la qualité des cours, les exigences, le mode d\u2019évaluation, etc.Les étudiants cherchent maintenant à imposer leur point de vue ou à négocier au niveau des divers départements, voire même au niveau de chacun des cours.Les autres types de revendication n\u2019ont pas totalement disparues \u2014 d\u2019où l\u2019effort actuel de réorganiser le mouvement étudiant universitaire \u2014 mais elles n\u2019apparaissent pas prédominantes.Ce déplacement dans les revendications s\u2019explique peut-être aussi par la modification dans la composition de la population étudiante universitaire : l\u2019arrivée d\u2019un plus grand nombre d\u2019étudiants adultes, inscrits à temps partiel et aussi l\u2019insertion de plusieurs étudiants inscrits à temps plein sur le marché du travail ont un impact sur le rapport que l\u2019ensemble des étudiants entretiennent avec des études et avec l\u2019université.Le milieu universi- 148 soto thi ai 1-10 Ladprurs dé ides cet oH # (a od br taire devient moins significatif : les enjeux importants au plan économique se situent à l\u2019extérieur de l\u2019université, sur les différents marchés du travail et passent par d\u2019autres luttes (luttes syndicales, luttes contre l\u2019inflation, etc.).Ce mouvement est de plus renforcé par l\u2019orientation politique qu\u2019ont prise les étudiants plus politisés et plus militants : ceux-ci ont en effet quelque peu délaissé la lutte sur les campus pour privilégier un engagement à l\u2019extérieur de l\u2019Université, soit dans le mouvement nationaliste (participation aux campagnes électorales du Parti québécois et maintenant à la campagne du Référendum) soit dans le mouvement communiste (marxiste-léniniste).Les militants sont présents sur les campus mais pour y diffuser leurs idées (tracts, journaux et livres) et y effectuer un recrutement de sympathisants et de membres.La conjoncture politique actuelle mobilise l\u2019attention et les énergies sur des thèmes ou problèmes qui ne sont pas à proprement parler universitaires.Q.Ce calme, que l\u2019on observe sur les campus universitaires, n\u2019est-il qu\u2019apparent ?Peut-on prévoir la (re) naissance d\u2019importants mouvement de contestation dans les universités ?L\u2019on peut parler d\u2019une apparente tranquillité, d\u2019un calme temporaire.Objectivement, la condition étudiante se caractérise par des contradictions qui peuvent donner lieu à des contestations, à des luttes.Pensons aux conditions matérielles des étudiants inscrits à temps plein au niveau du baccalauréat : pour plusieurs, ces conditions sont loin d\u2019être excellentes.Il y a aussi chez les étudiants une volonté d\u2019autonomie (par exemple par rapport à leur famille), qui exige une indépendance économique; or, pour plusieurs, la poursuite d\u2019études supérieures les oblige à demeurer dans le milieu familial.Enfin, et c\u2019est un aspect important, objectivement, les perspectives d\u2019emploi ne sont souvent pas, pour plusieurs étudiants, très favorables : ces étudiants risquent de se retrouver pendant une période plus ou moins lon- 149 FREER LL OR IEM gue en chômage et lorsqu\u2019ils obtiendront un emploi régulier, il ne s\u2019agira pas toujours d\u2019un emploi qui correspond à leur formation, à leur qualification.En raison des transformations récentes du monde du travail, des diplômés universitaires qui ont acquis une expertise professionnelle peuvent en effet se retrouver beaucoup plus souvent employés dans de grandes entreprises, privées ou publiques, qui ont un mode d\u2019organisation très bureaucratique et qui ne peuvent respecter l\u2019autonomie professionnelle (et d\u2019organisation du travail) des jeunes diplômés ni canaliser leur esprit d\u2019initiative et de création.Il y a là des situations de travail qui créent des frustrations, qui sont aliénantes.Comment les étudiants réagiront-ils.Contesteront-ils le système universitaire ou le système économique lui-même ?Pour l\u2019instant, il semble difficile de prévoir la constitution, sur les campus universitaires, d\u2019un large mouvement de contestation globale, c\u2019est-à-dire un mouvement qui remettrait en question de façon radicale à la fois le système universitaire et la société.Il est en fait plus plausible que l\u2019Université soit traversée, à différents moments, par divers mouvements sociaux bien spécifiques.Pensons au mouvement contre-culturel qui a atteint au cours des dernières années, le milieu universitaire et qui a bousculé certaines valeurs traditionnelle et remis en question la légitimité de certains savoirs.Des professeurs et des étudiants ont modifié leurs préoccupations et parfois leur stype de vie (vie en commune, modification de l\u2019alimentation, de la tenue vestimentaire et des loisirs, etc.).Les thèmes même des conférences publiques ont changé : conférences sur les nouvelles thérapies, sur la parapsychologie, etc.Kahn et Jacques Languirand sont invités à l\u2019Université de Montréal.De nouveaux programmes et de nouveaux cours ont été introduits.Par ailleurs, il est évident que le mouvement féministe qui se développe et qui est susceptible d\u2019avoir une grande audience auprès des étudiants universitaires, véhiculera au sein du système universitaire de nombreuses revendications : accès à l\u2019université et à l\u2019ensemble des secteurs disciplinaires, accès à des carrières de re- 150 HO IR HT TI | LT TR ST DE ER 1 1} i HA BR BR RBH TIT cherche et d\u2019enseignement, création de cours, mise en question du contenu de l\u2019enseignement, etc.Il en est de même du mouvement écologiste qui a déjà pénétré le milieu universitaire : en plus de sensibiliser les étudiants à leur condition de vie (cadre physique, alimentation, etc.), celui-ci met aussi en question l\u2019orientation de la formation dans certaines facultés (critiques du recours aux médicaments, valorisation de la technologie douce, etc.).Même si la plupart des étudiants semblent encore adhérer à une idéologie scientiste \u2014 la science comme condition du progrès \u2014, la critique dont les sciences sont actuellement l\u2019objet va sûrement les toucher.Déjà, ici et là, on entend parler de plus en plus de \u2018\u2018déprofession- nalisation\u2019\u201d\u2019.Tous ces mouvements sociaux \u2014 mouvement contre-culturel, mouvement écologiste, mouvement féministe, etc.\u2014 s\u2019implantent solidement sur les différents campus : ils véhiculent des revendications qui risquent de créer ici et la des conflits et de provoquer des crises.En plus, les diverses transformations qui touchent actuellement au Québec les professions se répercutent aussi directement au sein du systéme universitaire, au sein des différents secteurs disciplinaires.Il y a d\u2019une part mise sur pied de nouvelles professions et d\u2019autre part contestation du monopole qu\u2019ont déja acquis certaines professions.Pensons a un conflit récent au sujet de la vulgarisation scientifique qui a opposé biologistes et agronomes.Dans le secteur de la santé, apparaissent aussi de nouveaux modeles professionnels : médecine communautaire, médecine non plus curative mais préventive, etc.L\u2019antipsychiatrie remet en question les fondements de la psychiatrie classique.Il en est de même en droit : développement d\u2019associations pour la défense des droits sociaux, création de cliniques juridiques, etc.En éducation, sont aussi apparus depuis une dizaine d\u2019années, des contre-modèles : l\u2019éducation permanente, l\u2019orthopédagogie, la pédagogie alternative.Ces contre-modèles ont permis à des pédagogues d\u2019occuper de nouveaux lieux institutionnels à l\u2019intérieur du secteur de l\u2019enseignement.Même dans des professions 151 Blése coot120 0000 jeunes, par exemple en criminologie, la politique professionnelle dominante est l\u2019objet d\u2019une contestation : remise en question du système de prisons lui-même, de l\u2019incarcération comme moyen d\u2019assurer la réhabilitation de \u2018\u2018criminels\u2019\u2019, etc.Dans diverses professions, se diffusent des contre-modèles professionnels, qui certes permettent d\u2019élargir le champ des pratiques professionnelles mais qui aussi remettent en question les modèles traditionnels.Or, dans le processus d\u2019institutionnalisation de ces contre-modèles, l\u2019université demeure paradoxalement une référence importante, parce que celle-ci confère aux contre-modèles une légitimité, ceux qui contestent les modèles dominants ou traditionnels cherchent à l\u2019investir.Ce qui provoque au sein de divers secteurs disciplinaires, au sein de départements, des remous, des tensions, voire même des conflits.Au cours des années 1960 et au début des années 1970, le système universitaire a été en mesure de répondre à ces diverses demandes en institutionnalisant de nombreux contre-modèles.Les services ou facultés d\u2019éducation permanente ont joué à cet égard un rôle important : mise sur pied de nombreux certificats ou programmes.De plus, la structure universitaire qui repose sur un ensemble de départements a été aussi suffisamment souple pour introduire dans les programmes des cours nombreux \u2014 pensons au marxisme en sciences sociales \u2014 ou pour intégrer dans le corps enseignant de nouveaux éléments.Mais dans la conjoncture économique actuelle, il y a fort à craindre que le système universitaire ne puisse avoir cette souplesse : relativement moins bien pourvue en ressources financières et aussi beaucoup plus centralisée, l\u2019université n\u2019aura plus cette force d\u2019adaptation ou d\u2019innovation qui la caractérisait.Les efforts actuels de rationalisation de la gestion universitaire et aussi de planification (au sein non seulement de chaque institution mais aussi de l\u2019ensemble du système universitaire) sont probablement nécessaires dans une période de pénurie et de stabilisation des effectifs étudiants, mais en même temps ceux-ci provoquent la mise sur pied d\u2019une bureaucratie plus lourde et favo- 152 en LO TIL Bl 1800 0 PURE OT risent la centralisation des décisions (progressivement vers le ministère de l\u2019Education), ce qui contribue à rendre l\u2019université plus fragile face au développement de contre-modèles professionnels qui se diffusent en plus grand nombre au sein des diverses unités départementales ou des facultés.Aussi, si les tendances qui caractérisent actuellement le système universitaire s\u2019accentuent \u2014 ce qu\u2019indique la volonté de réduire le nombre de programmes et de limiter l\u2019accroissement du nombre de cours ou crédits offerts dans chaque département \u2014 il est fort vraisemblable que ces facultés ou départements seront au cours des prochaines années le lieu de nombreux et importants affrontements et conflits.De généralisée que pouvait être la \u2018\u2018crise universitaire\u201d à la fin des années 1960, celle-ci risque de réapparaître maintenant localement sous diverses formes et dans des lieux différents.153 cu PA peu = PR ee ee AT a Es \u2014\u2014\u2014 25 pa rl core meer pee a oe wo, rt ANNE UI NT SISNET PrN ty Ftp ES era Be xs pr SA ns we, ere EC Xe os Be errr pe Goo co me ER CER Te REE Tr Ea) pris rem ES od ECE rye Horas COTA rk res fe _\u2014- ces ee TE ER Pt Ro co = == Gabriel Gagnon L\u2019Université.déménager ou rester la \u201cDans I\u2019Université telle qu\u2019elle est maintenant, je travaille avec joie chaque fois que, dans le bloc assez compact mais parfois assez friable de cette institution de plus en plus bureaucratique, corporative, routiniére, tracassière, paperassiere, je trouve quelque chose comme une prise, une fissure, un interstice dans lequel je peux loger tant bien que mal mon utopie, m\u2019efforcer de la mettre subrepticement en oeuvre, introduire du jeu dans la mécanique institutionnelle et contribuer ainsi, laborieusement, à quelque éclatement subversif et libérateur.\u201d (J.W.Lapierre, Esprit, Nov.-Déc.1978) Décrire une institution au niveau de la vie quotidienne est souvent la meilleure façon d\u2019en exposer les problèmes, par delà le camouflage des idéologies, même au risque de présenter un point de vue personnel nécessairement partiel et volontairement partial.J\u2019enseigne à l\u2019Université de Montréal depuis seize ans, sept en anthropologie et neuf en sociologie; membre de nombreux comités, j'ai gravi assez péniblement les divers échelons de la hiérarchie universitaire, refusant systématiquement les quelques fonctions administratives qui me furent proposées.En 1969, j\u2019ai bien failli quitter l\u2019université à la suite de la grande contestation étudiante qui déchira le corps professoral de mon département entre une minorité québécoise 155 I Hl .[8 Nl HH Ri du 1 En A + | sans permanence dont je faisais partie et une majorité venue d\u2019ailleurs et bien installée dans l\u2019arrogance et la sécurité d\u2019emploi.Depuis quelque temps, j'ai recommencé à me questionner, avec plus d\u2019acuité peut-être, parce que, dans les structures actuelles, j'arrive de plus en plus mal à réaliser le projet intellectuel et social qui m'avait amené à l\u2019Université dans l\u2019euphorie de la révolution tranquille.\u201cBig University\u201d Les administrateurs l\u2019appellent encore \u2018\u2018la maison\u201d, moi je ne peux plus lui donner de nom.En 1963, un département c\u2019était une sorte de communauté de dimension réduite où professeurs et étudiants se connaissaient par leur nom et, lorsqu\u2019il s\u2019opposaient, le faisaient sur des questions précises et bien délimitées.La contestation de 1968, particulièrement active chez nous, a foutu la trouille aux administrateurs qui se sont appliqués depuis à ériger de nouvelles barrières structurelles contre l\u2019érosion de leur autorité.Il y eut d\u2019abord la \u201c\u2018promotion par matière\u201d, l\u2019université- cafétéria: valable pour l\u2019éducation permanente, cette restructuration de l\u2019enseignement par cours et non plus par année a eu comme principal effet au niveau des départements traditionnels d\u2019empêcher par la suite la constitution de ces groupes bien structurés qu\u2019étaient les étudiants d\u2019une même cohorte.Parallèlement, des facultés comme la mienne, \u2018Les sciences sociales\u201d, ou la dimension assez réduite du corps professoral permettait l\u2019ébauche d\u2019une démocratie de participation, ont été noyées dans un nouveau monstre bureaucratique, la F.A.S.(Faculté des Arts et Sciences) où les physiciens côtoient les littérateurs, les chimistes les sociologues.On voulait favoriser ainsi l\u2019interdisciplinarité, disait on.Mais, elle demeure toujours un voeu pieux: je connais pas de sociologues qui suivent des cours de physique et, ma foi, il me surprendrait que chimistes et littérateurs entreprennent une recherche commune.Effectuée sans véritable consulta- 156 tion de la base, l\u2019opération a surtout établi un écran bureaucratique entre professeurs et équipes dirigeantes, par la multiplication des \u2018gens du papier\u201d\u2019 qui, sans doute pour justifier leurs fonctions, inventent sans cesse de nouvelles formalités tatillonnes qui viennent compliquer la gestion des départements et la vie quotidienne des professeurs et des étudiants.Dans cette grande structure, la participation s\u2019est amenuisée au point qu\u2019il est devenu quasiment impossible d\u2019obtenir le quorum nécessaire à la tenue d\u2019une assemblée générale des professeurs de la faculté: la bureaucratie conservatrice cooptée qui occupe les \u201chauteurs de l\u2019institution\u201d\u2019 depuis 1965 peut ainsi facilement, sous le couvert d\u2019une procédure de consultation byzantine et artificielle, placer ses gens aux postes de doyen et de vice-doyens, empêchant ainsi la constitution de tout contre-pouvoir efficace.Le seul lieu ou le professeur puisse exercer tant bien que mal une sorte d\u2019autogestion demeure la département où, si l\u2019assemblée est assez habile pour contourner les statuts, elle désigne elle-même un directeur qui, bien souvent, ne pourra que servir de tampon entre les directives venues d\u2019en haut et une contestation étudiante mal définie qu\u2019il ne pourra d\u2019ailleurs pas régler dans les limites des pouvoirs qui lui sont attribués.Parallèlement à cette bureaucratisation intensive, objectivement confirmée par la prolifération du personnel non-enseignant de haut niveau constatée par la \u2018Commission d\u2019étude sur les universités\u201d dans son document de consultation de janvier 1978, nous avons aussi été atteints par la vague démographique étudiante, particulièrement en sciences sociales où les conditions d\u2019admission sont sans doute plus souples qu\u2019ailleurs et le contenu des disciplines défini de façon assez vague pour attirer à la fois activistes et théoriciens.Nous nous sommes donc retrouvés face à des classe pouvant regrouper facilement de cent cinquante à deux cent étudiants.Comment assurer un véritable enseignement universitaire dans ces conditions ?Comme la 157 plupart des enseignants que je connais, je ressens une véritable coupure psychologique au moment où le groupe auquel je m\u2019adresse dépasse 35 ou 40 personnes, où je sais que je ne pourrai nommer chacun par son nom à la fin du trimestre: dans un cas, c\u2019est de l\u2019enseignement, dans l\u2019autre, du spectacle.Au delà du nombre fatidique, le professeur devient au mieux comédien, au pire préfêt de discipline.Malheureusement, en venant à l\u2019université, je ne me sentais appelé à aucune de ces deux vocations.Dans ce contexte, comment se surprendre si, depuis dix ans, les étudiants, aussi peu à l\u2019aise que nous, se laissent ballotter entre les idéologies rassurantes des groupuscules politiques et les contestations sauvages nées d\u2019injustices criantes ou de \u2018\u2018ras-le-bol\u2019\u201d\u2019 saisonniers.Préter a une pseudo-apathie intellectuelle des nouvelles générations étudiantes la cause de ces problèmes, c\u2019est refuser de voir l\u2019inadaptation grandissante de nos structures, gérées par des bureaucrates à courte vue.Il devient impossible, par manque d\u2019organisation adéquate, de réaliser au premier cycle cet enseignement véritable qui nécéssiterait un encadrement et une présence incompatibles avec les autres tâches qui nous sont imposées par le \u201cprofil de carrière\u201d.Il n\u2019y a donc pas à se surprendre si beaucoup d\u2019entre nous rêvent de se consacrer exclusivement à la recherche et à l\u2019enseignement aux cycles supérieurs.Le chercheur écartelé Comme tous ceux qui voulaient se consacrer à la recherche fondamentale en sciences humaines au début des années soixante, j\u2019ai dû entrer dans une université pour satisfaire mon exigence.Et pourtant, depuis que je pratique mon métier, jamais je n\u2019ai \u2018\u2018cherché\u2019 a mon gout, sauf au cours des deux années sabbatiques que j\u2019ai réussi a obtenir.Parfois par besoin pécuniaire, parfois pour trouver de l\u2019emploi à mes étudiants, parfois pour me conformer 158 aux exigences de bailleurs de fonds potentiels, parfois même pour enrichir mon dossier de promotion, j\u2019ai dû souvent entreprendre des recherches empiriques qui m\u2019ont éloigné de mon projet théorique fondamental tout en nécessitant de ma part de nombreuses démarches administratives pour lesquelles je n\u2019étais pas préparé.S\u2019il est un métier que j'ai toujours détesté dans ma jeunesse, c\u2019est celui de l\u2019entrepreneur capitaliste vendant ses tapis sur un marché concurrentiel, à coups d\u2019arguments plus ou moins honnêtes susceptibles de le démarquer de ses compétiteurs.Et pourtant, combien de \u201cmarchands de tapis\u201d ai-je rencontré sur le marché universitaire, autant chez les promoteurs de la recherche que chez ceux qui se targuent du titre d\u2019intellectuels.Il devrait y avoir toute la différence du monde entre la compétition intellectuelle fondée sur une coopération fondamentale entre ceux qui oeuvrent dans le même secteur et la compétition économique qui consiste à chercher le projet susceptible d\u2019accumuler les plus gros octrois.Tout le discours actuel sur la recherche charrie cependant presque intégralement la seconde conception.J'avoue avoir encore beaucoup de difficulté à m\u2019y habituer.Parmi les meilleurs pages du Livre vert intitulé \u2018\u2018Pour une politique québécoise de la recherche scientifique\u201d, il y a celles qui décrivent en détail comment, malgré les prétentions contraires de l\u2019idéologie universitaire dominante, \u2018\u2018il demeure concrètement difficile d\u2019être chercheur à l\u2019université\u201d (p.118).Comme il est vrai que \u201ctout se passe comme si l\u2019on considérait que les professeurs consacrent à la recherche les loisirs que leur laissent les activités d\u2019enseignement\u201d.Comme il est vrai que l\u2019absence de structures d\u2019encadrement et d\u2019infrastructures de soutien au niveau des départements nous empêche souvent d\u2019effectuer des demandes importantes de fonds dont l\u2019administration nous causerait ensuite plus d\u2019embarras que si nous continuions à travailler seul avec notre plume et du papier.Comme il est vrai que l\u2019absence de statut des chercheurs nous amène à renou- 159 veler constamment des équipes qui ne peuvent jouir d\u2019aucune sécurité d\u2019emploi, ce qui a un effet désastreux sur tout projet à long terme.Malgré toutes ces difficultés, les seuls moments vraiment agréables que j'aie connus à l\u2019université sont les périodes où j\u2019ai travaillé, surtout sur le terrain, avec des étudiants avec qui j\u2019ai rédigé ensuite rapports de recherche et volumes.Je crois avoir retrouvé en ces occasions, beaucoup plus que dans la plupart de mes activités d\u2019enseignement formel, ce qui devrait constituer l\u2019essentiel de l\u2019activité universitaire.Une oligarchie cooptée Ces problèmes qui entravent ma vie quotidienne d\u2019enseignant et de chercheur, j'ai pourtant l\u2019impression d\u2019avoir bien peu de prise pour les régler.Ce n\u2019est pourtant pas que je sois du genre passif : avec des collègues, j\u2019ai participé à de nombreuses tentatives pour forcer l\u2019Université à entreprendre les transformations qui s\u2019imposent.De ce côté, j'ai vraiment l\u2019impression d\u2019avoir échoué, pour des raisons qui ne tiennent pas exlusive- ment à mon tempérament bouillant ni à mes idées sûrement plus radicales que celles d\u2019administrateurs qui n\u2019ont même pas pour la plupart vu passer la \u2018\u2018révolution tranquille\u201d.La première tâche à laquelle je me suis donné avec constance, ce fut la formation d\u2019un syndicat de professeurs susceptible de remplacer une association déclinante surtout reconnue pour servir de tremplin vers de hautes fonctions administratives.Après de nombreux efforts, nous avons finalement obtenu la majorité nécessaire à la création d\u2019un SGPUM, non sans accepter un vice structurel fondamental, sa division en deux unités distinctes pourvues de droit de veto, séparant les facultés professionnelles des unités plus radicales.Notre syndicat, dans la négociation de ses deux premières conventions collectives, en est ainsi arrivé à se calquer sur les structures bureaucratiques ambiantes, se préoccupant beaucoup plus de nos avantages matériels que de l\u2019amé- 160 RR ET SIE IT I CE Et LR Te TS I TT ry an foam oH lioration de nos conditions de travail quotidien ou de notre participation à la structure du pouvoir universitaire.Ce pouvoir, je me suis toujours demandé où il résidait et, pour le découvrir, je me suis laissé présenter à un des quelques postes universitaires importants où l\u2019on peut accéder par élection simple : je suis ainsi depuis cinq ans un des représentants de ma faculté à l\u2019Assemblée universitaire, sorte de Sénat où les professeurs, majoritaires en principe, décident de ce qui concerne leur statut et peuvent donner leur avis sur l\u2019ensemble des politiques de l\u2019Université.Encore ici, l\u2019option des professeurs pour la participation me paraît avoir bien peu fait avancer la solution des problèmes que j\u2019évoquais plus haut.Si je n\u2019ai pas tout à fait perdu mon temps dans cette Assemblée, c\u2019est que j\u2019y ai pu observer de plus près les stratégies du pouvoir en place.Je dis pouvoir mais je me demande vraiment si nos administrateurs ont un autre projet que la préservation du statu quo, la défense de leurs postes et des avantages qu\u2019ils procurent.Le jugement porté par la \u2018Commission d\u2019étude sur l\u2019avenir de l\u2019Université Laval\u201d, dirigée par le professeur Léon Dion, me paraît convenir admirablement aux dirigeants de l\u2019Université de Montréal : \u201cLes personnes en poste ont généralement peu de visibilité et jouissent d\u2019une faible crédibilité en ce qui concerne les aspects intellectuels.Ainsi leur aptitude à motiver, à encourager, à valoriser et à orienter les professeurs et les étudiants est-elle faible.Ils s\u2019impliquent peu dans les débats, laissant plutôt aux nombreux comités le soin de trancher et de décider, sinon d\u2019agir.\u201d Par ailleurs, les autorités en place possèdent ici deux moyens essentiels pour se maintenir.On consulte bien les professeurs lorsqu\u2019il s\u2019agit de choisir un directeur, un doyen, un vice-resteur ou un recteur (jusqu\u2019à l\u2019année dernière, les résultats de ces consultations demeuraient curieusement secrets pour ceux qui s\u2019y étaient prêtés) : le choix définitif est cependant effectué par le Conseil de l\u2019Université qui n\u2019est pas obligé de tenir compte de 161 l\u2019ordre déterminé par la consultation et qui, en l\u2019absence de second tour, nomme souvent des gens qui ont obtenu une faible proportion des suffrages exprimés.Plus le poste est élevé, plus le groupe consulté est restreint et moins son vote a de poids.En 1965 et en 1975, le candidat de l\u2019archevêché puis celui de l\u2019oligarchie universitaire ont accédé au rectorat malgré une consultation populaire largement favorable dans les deux cas à un candidat porteur d\u2019idées réformistes, le sociologue Guy Rocher, devenu ironiquement depuis secrétaire-associé au ministère du Développement culturel, dont dépendent en dernière instance les universités.Sure de sa cooptation quasi perpétuelle grâce aux mécanismes que nous venons de décrire, l\u2019oligarchie en place dispose aussi de l\u2019arme absolue du comité, chaque fois qu\u2019une idée un peu nouvelle surgit au sein d\u2019une assemblée.À l\u2019Assemblée universitaire, aucune question importante ne peut être discutée sur le champ.Il est essentiel qu\u2019un comité de nomination, où le représentant du recteur jouit d\u2019un veto officieux, propose un autre comité ad hoc qui fera rapport sur la question, ordinairement un ou deux ans plus tard.Composés ordinairement d\u2019une majorité d\u2019adeptes du statu quo et de quelques réformateurs isolés, ces comités aboutissent presque toujours à réintroduire de façon plus fonctionnelle et bureaucratique ce qui existait déjà : leur travail étant considéré en priorité, ses résultats sont en général acceptés par une majorité silencieuse dont la principele fonction semble être de lever la main à l\u2019appel du recteur.Face à cette procédure, les professeurs organisés ont presque exclusivement le pouvoir de retarder l\u2019adoption d\u2019un projet ou de s\u2019y opposer verbalement, étant ainsi considérés au mieux comme des rêveurs, au pire comme de facheux \u2018\u2018empêcheurs de tourner en rond\u201d.Je sais maintenant que l\u2019Université ne changera pas fondamentalement par le biais des structures de participation tronquées qui la régissent actuellement.Les seules forces qui pourraient la faire évoluer sont le syndicat par la convention collective, une contestation étudiante bien organisée ou le pouvoir gouvernemental.Les 162 RTE RE TT A FTI PEER A RU RT.\u2019 EDGE « à RE TRAIN D Las: 0 06 BI LTREREBRIORRT 1171 TPO LIER, idetri HR cL HET TH : : i deux premières éventualités m\u2019apparaissent très aléatoires dans les circonstances actuelles; la seconde, beaucoup plus probable, m\u2019effraie parce que je crois que, si l\u2019Université doit se mettre à l\u2019écoute de la société, elle ne doit pas servir l\u2019État.L\u2019écoute de la société Ceux qui évaluent notre carriére prétendent accorder beaucoup d\u2019importance a notre \u2018\u2018rayonnement interne et externe\u201d, comme si nous étions des sortes de soleils destinés à éclairer ceux qui auraient le privilège de venir en contact avec nous.Je n\u2019ai jamais cru à ce vocabulaire et pourtant je suis beaucoup sorti de l\u2019Université, pour voir, pour parler mais surtout pour écouter.Mes principaux interlocuteurs appartenaient aux \u2018\u2018groupes populaires\u2019\u201d\u2019 (syndicats, coopératives, partis de gauche) : je les ai rencontrés dans des sessions de formation, j'ai participé avec eux à des actions militantes, je me suis adressé à eux dans des revues \u2018\u2018engagées\u2019\u201d\u2019.J\u2019ai sûrement consacré à ce type d\u2019activités la plus grande partie de mes loisirs, mon grand regret étant de n\u2019avoir pu les intégrer à ma tâche universitaire, nos administrateurs ne considérant pas comme valable, bien au contraire, ce type de \u201crayonnement\u201d.Pourtant, je dois admettre que les coopérateurs, les syndicalistes et les militants que j'ai rencontrés m\u2019ont bien souvent plus appris dans mon domaine que les étudiants à qui j\u2019enseigne habituellement.Car, malheureusement, dans mon université, jeunes et adultes sont canalisés dans des filières indépendantes et cloisonnées : tout enseignement à la Faculté d\u2019éducation permanente doit être effectué en dehors de la tâche normale du professeur, au lieu d\u2019en faire tout simplement partie.C\u2019est aussi en faisant du porte à porte, soir après soir, durant deux mois, comme candidat du NPD, que j'ai eu certaines des meilleures intuitions sociologiques qui ont ensuite orienté mes recherches.Les articles que j\u2019ai rédigés avec le plus d\u2019enthousiasme et qui ont, je pense, eu le plus d\u2019influence, sont ceux 163 qui ont paru dans Cité Libre, Parti pris, Possibles.Ils ont pourtant toujours été considérés comme inexistants par les grands comptables qui ont eu à évaluer ma production intellectuelle.Pour tout dire, si j\u2019ai réussi à demeurer à l\u2019Université sans y sécher sur place, c\u2019est que mes incursions à l\u2019extérieur m\u2019ont permis d\u2019accéder à cette recherche désintéressée qui, en sciences sociales, n\u2019est pas nécessairement celle qu\u2019on tire de la lecture de Poulantzas ou du dialogue avec l\u2019ordinateur mais plutôt celle qui se met à l\u2019écoute des groupes dominés pour contribuer avec eux à l\u2019élaboration de mouvements sociaux qui changeront peut-être la société, la vie quotidienne et, qui sait, même l\u2019Université.Je me mets parfois à rêver d\u2019une utopie qui atténuerait les contradictions qui minent mon métier d\u2019universitaire.Je vois un centre de recherche et d\u2019enseignement, probablement consacré à la coopération et à l\u2019autogestion, où seules les personnes engagées quotidiennement dans ce domaine seraient admises.Situé de préférence à l\u2019Université, il pourrait aussi en sortir, à condition de demeurer autonome, c\u2019est-à-dire géré par son personnel, ses étudiants et ses usagers.La recherche y serait libre, à la fois théorique, empirique et applicable; les problèmes étudiés, définis en commun par les chercheurs et les représentants des groupes intéressés, puis soumis aux critères habituels de la \u2018\u2018scientificité\u201d.Mon utopie est-elle esquissée dans \u2018\u2018ces instituts publics de recherche\u201d dont parle le \u2018\u2018Livre vert\u201d.Peut-être, à condition que leur structure autogestionnaire les éloigne de la férule de l\u2019Etat pour les rapprocher de la société.De toute façon, en attendant que mon rêve se réalise, je ne sais vraiment plus si \u2018\u201c\u2018je vais déménager ou rester là.\u201d 164 tara dan aes Créer ailleurs .RATES See SL Michel Pichette* Éducation populaire autonome et école publique Voici quelques considérations sur l\u2019éducation populaire autonome, sa dynamique, ses besoins et le rôle possible que peut y jouer l\u2019école publique.Ces considérations doivent être situées dans la continuité de l\u2019essai que j'ai publié récemment sous le titre de L\u2019Université pour qui ?aux éditions Nouvelle optique (Montréal, 1979).Ayant déja largement développé ailleurs cette problé- plus spontanées qui, je l\u2019espère, contribueront à préciser, à compléter ou à enrichir les questionnements actuels sur le rôle des institutions scolaires et scientifiques en matière de \u2018\u2018service à la collectivité\u201d.Les inégalités sociales passent aussi par l\u2019inégalité d'accès à l\u2019éducation et aux savoirs Des inégalités importantes continuent de subsister pour une majorité importante de la population en ce qui regarde l\u2019accessibilité aux diplômations les plus poussées et l\u2019accès aux informations, aux savoirs et à leurs corollaires : la capacité d\u2019autonomisation individuelle et de contrôle des processus sociaux.Réalisée auprès de 6,000 étudiants qui s\u2019étaient inscrits au Secondaire V à l\u2019automne 1971, une étude du * Service de l\u2019éducation permanente, Université du Québec à Montréal.167 groupe ASOPE démontre que 67 pour cent de ces étudiants ne poursuivent pas leurs études à un niveau supérieur, que 18 pour cent d\u2019entre eux terminent le CEGEP professionnel et que 15 pour cent se rendent à l\u2019université.Ces chiffres sont confirmés par une autre recherche effectuée par la CECM.Selon la CECM, en effet, seulement 30 pour cent des élèves du Secondaire V général ont entrepris des études collégiales durant l\u2019année 1974-1975*.Du point de vue strict de l\u2019accessibilité à l\u2019Ecole et à ses diplômes, les paliers supérieurs du système éducatif continuent d\u2019être réservés à une minorité.Au Québec, après tout de même vingt ans d\u2019efforts, la démocratisation de l\u2019accès à l\u2019école exige d\u2019autres mesures que la gratuité, les bourses d\u2019études et l\u2019introduction de psy- cho-sociologues et de travailleurs sociaux dans le milieu scolaire.En effet, l\u2019on ne rendra pas l\u2019égalité des chances effectives pour tous en éducation si l\u2019on ne consent pas à travailler à la racine des causes qui se trouve, elle, en dehors de l\u2019école, sur le terrain même du vécu des classes populaires.A ce niveau, il faut mettre fin aux inégalités socio-économiques et politiques.Plus encore, il faut que l\u2019école institutionnelle reconnaisse, en même temps, qu\u2019il s\u2019y fait un travail éducatif spécifique et différent, non scolaire et axé sur les pratiques quotidiennes de ces classes dans la famille, le voisinage et au travail.Vivant le problème des inégalités à la racine même de leurs vécus, les classes populaires n\u2019ont pas attendus que l\u2019école s\u2019intéresse à elles pour entreprendre le travail éducatif et revendicatif qui leur convient afin d\u2019améliorer et de changer leurs conditions d\u2019existence.Elles ont vite compris que la résolution de leurs problèmes ne pouvait passer par la seule voie de l\u2019école qui de toute façon leur est difficilement accessible et ne garantit pas leur promotion collective.Si l\u2019accessibilité à une scolarisation maximale doit * voir LEVESQUE, Mireille, L'égalité des chances en éducation, Conseil supérieur de l\u2019Education, Québec, mars 1979.168 TRL aT TUES TTT TRH HTT: Ye continuer de faire l\u2019objet des luttes sociales progressistes, la démocratisation de l\u2019éducation ne pourra être atteinte que si l\u2019on continue par ailleurs à la restreindre à la seule dimension de la diplômation.En effet, l\u2019on ne peut continuer d\u2019ignorer plus longtemps ce qui se déroule aux frontières de l\u2019institution scolaire.On ne saurait réussir à changer la situation dans l\u2019école comme dans l\u2019univers éducationnel et scientifique, si au portique des institutions d\u2019enseignement, l\u2019on continue d\u2019exiger de chacun le même passe-port et de perpétuer dans les salles de cours et les centres de recherche un ethnocentrisme de classe marqué du mépris et de l\u2019ignorance de l\u2019éthos des classes populaires, de leurs différences et de leurs dynamiques culturelles.Il faudra reconnaître que la démocratisation de l\u2019accès à l\u2019éducation scolaire passe par la nécessaire reconnaissance des réalités de classes.Plus encore, il faudra reconnaître que l\u2019école ne peut limiter son action à la seule éducation scolaire.L\u2019école doit faire éclater le concept d\u2019éducation de la même façon que les classes populaires l\u2019ont fait avant elle, dans leurs pratiques.Un nouveau rôle tncombe dès lors à l\u2019école démocratique : celui d\u2019être un support matériel, humain, scientifique et technique aux activités et aux projets éducatifs vivants que se donnent les classes populaires dans leurs actions de promotion collective, en dehors du milieu scolaire.La voie scolaire continue d\u2019être une voie de promotion individuelle qui favorise les classes sociales déjà avantagées sur le terrain économico-politique.On ne saurait changer les inégalités d\u2019accès à l\u2019école si l\u2019école elle-même ne s\u2019ouvre pas à la contre-école, plus ou moins silencieuse, qu\u2019ont bâtie les classes populaires à travers leurs associations, syndicats et regroupements volontaires multiples.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019institutionnaliser la contre-école des classes populaires.Il s\u2019agit plutôt pour l\u2019école de reconnaître qu\u2019elle n\u2019est pas la seule maîtresse de l\u2019éducation.Il n\u2019est pas nécessaire, en effet, d\u2019utiliser le langage de l\u2019école, son lexique et ses normes pour être un 169 \u201cs\u2019éduquant\u201d.De la même façon, il ne devrait pas être nécessaire de posséder des titres universitaires et hiérarchiques pour être considéré instruit, spécialiste ou bon interlocuteur.L\u2019école et les savants sont les inventeurs de l\u2019ignorance.La longue histoire des associations volontaires d\u2019éducation populaire autonome de même que les luttes multiples des classes populaires devraient suffir à démontrer combien \u2018l\u2019ignorance\u201d est une notion politico-académique renforcie par le pouvoir de classes des savants.En effet, il n\u2019y a pas une action ou une lutte populaire et ouvrière qui ne fait apparaître les connaissances et des problématiques ignorées des univers académiques.L\u2019école démocratique doit supporter la contre- école des classes populaires en reconnaissant qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une pratique éducative dont la dynamique résulte des différences et de l\u2019autonomie spécifiques aux classes populaires et à leurs organisations.En tant que propriétaire de ressources et d\u2019outils cognitifs, scientifiques et techniques importants et jusqu\u2019ici inaccessibles à ceux qui ne s\u2019inscrivent pas dans les voies de la diplômation, le rôle de l\u2019école démocratique passe par la mise en place de nouvelles formes d\u2019accès à ses ressources.Il faut dé-scolariser le concept d\u2019éducation, faire éclater la rigidité institutionnelle, fonctionnelle et économiste que nous lui avons conférée.Il faut amener l\u2019école à participer à l\u2019éducation déjà vivante qui se déroule en dehors de ses murs.Dé-scolariser l\u2019éducation, ce n\u2019est pas abolir l\u2019école mais lui faire jouer un rôle nouveau, articulé à la dynamique autonome de l\u2019éducation populaire et de ses besoins extra-scolaires.C\u2019est en supportant les classes populaires dans les actions autonomes et volontaires qu\u2019elles mènent pour se libérer des inégalités qui les touchent que l\u2019école pourra devenir une voie de promotion individuelle accessible à tous.Les uns après les autres, les gouvernements ont commencé à annoncer ou à effectuer des réductions importantes dans le financement des programmes éducatifs.Invoquant des arguments démographiques, ils nous for- 170 cent à croire que l\u2019accessibilité et la démocratisation de l\u2019éducation est une affaire quantitative.Et, pendant qu\u2019ils réduisent les ressources éducatives publiques ils accroissent les subventions consacrées à la formation professionnelle dans les entreprises.Au Canada et au Québec, les 2/3 des argents investis dans l\u2019éducation des adultes sont en effet actuellement utilisés dans la formation professionnelle étroitement reliée à la tâche et la tendance actuelle veut que cette formation se fasse de plus en plus dans l\u2019industrie et sous son contrôle.Peut- être est-il temps de relancer les luttes sociales sur le front élargi de l\u2019éducation ?Pour les classes populaires, en tout cas, la question est déterminante.La contre-école de l\u2019éducation populaire autonome et volontaire Dans la société de classes, la promotion individuelle que confère l\u2019école est toujours balisée par les frontières socio-économiques, culturelles et politiques que détermine la division du travail.Aussi, pour les individus des classes populaires, la promotion individuelle aura généralement pour rôle unique de les préparer à l\u2019exercice d\u2019un travail et de rôles sociaux déjà déterminés en dehors de l\u2019appareil scolaire.Et, malgré les espoirs qu\u2019il peut nourrir, l\u2019individu des classes populaires ne va pas chercher à l\u2019école les moyens de changer d\u2019appartenance de classe; il va y cherche les moyens d\u2019occuper une meilleure place à l\u2019intérieur du champ social occupé par sa classe sociale d\u2019origine.L\u2019école promeut les individus un à un et, si exceptionnellement certains d\u2019entre eux changent de classes sociales, cela ne change rien à la réalité objective de la société de classes.C\u2019est en ce sens que l\u2019école actuelle constitue un appareil de reproduction des classes sociales et qu\u2019elle n\u2019est pas un instrument de promotion collective pour les classes populaires.Les vrais enjeux sociaux et individuels se déroulent donc à la frontière de l\u2019école.C\u2019est dans ce contexte 171 A a) H Bi A A À 8 1 i PASSES vo a en gi ig RY qu\u2019il faut situer la \u2018\u2018contre-école\u2019\u2019 de l\u2019éducation populaire autonome.La contre-école est une création stricte et originale des classes populaires.Elle n\u2019est pas un refus de l\u2019école publique mais une dénonciation vivante de son rôle reproducteur, de ses limites et des illusions qu\u2019elle véhicule.Elle n\u2019est pas une école libertaire, anarchique ou expérimentale ayant pour objet la pratique de nouvelles pédagogies ou de nouveaux modes de vie.Elle est, fondamentalement, l\u2019école de la promotion collective dans laquelle se regroupent et s\u2019associent les \u2018individus des classes populaires pour apprendre et agir ensemble, pour se défendre, pour lutter contre les effets d\u2019une organisation sociale et de décisions auxquelles ils n\u2019ont ni participation ni contrôle, pour inventer des alternatives de vie.La contre-école est un lieu et un moyen où la théorie et les connaissances sont articulées à la réalité des vécus et des actions.Elle est un lieu de production et d\u2019invention.Elle est un lieu de conscien- tisation articulée sur la réalité plutôt que sur l\u2019illusion; un lieu d\u2019apprentissage à être et d\u2019autonomisation dont la dynamique repose, comme le dit Paulo Freire, sur une pédagogie de la libération.La contre-école de l\u2019éducation populaire autonome est animée par un processus dialectique perpétuellement rivé au concret-réel, impliquant l\u2019individu en même temps que la collectivité, la solidarité et l\u2019action.La contre-école est l\u2019école de la nécessité Il n\u2019est plus possible aujourd\u2019hui de vérifier la vérité et la qualité des décisions qui modèlent l\u2019organisation de la société, du monde du travail et des conditions de vie sans déployer d\u2019énormes énergies.Energies d\u2019abord pour prendre une distance critique, énergies pour aller chercher et comprendre les informations, énergies pour expliquer et connaître les situations que nous vivons, énergies enfin pour concevoir et réaliser des alternatives qui conviennent à nos intérêts et à nos besoins.Si nous avons relativement vaincu l\u2019analphabétisme, nous en 172 avons aujourd\u2019hui créé un autre dont les individus des classes populaires constituent les premières victimes.En effet, ces derniers sont plus mal équipés que jamais pour résister à l\u2019envahissement des spécialisations qui de toutes parts infiltrent nos vécus et nous désappro- prient des moyens de les contrôler et de les orienter dans les directions qui nous conviennent.Pour les classes populaires la conjugaison du savoir, de la solidarité et de l\u2019action devient dans cette conjoncture le seul moyen de produire les outils de promotion et de défense qu\u2019individuellement ils ne peuvent obtenir.En effet, pour supprimer les risques d\u2019incendies qui sont le lot des habitations des milieux populaires, il faut plus que la vigilance individuelle.Il faut connaître les lois et exiger des mesures de rénovation domiciliaire.Pour enrayer les accidents et les maladies industrielles, il faut plus que l\u2019attention et le port d\u2019équipements protecteurs.Il faut connaître la physiologie du corps humain, la toxicité des produits manipulés, vaincre dans la solidarité la crainte de l\u2019autorité du patron et exiger la modification de l\u2019organisation des conditions de travail.Pour être en santé, il faut non seulement vivre dans un logement salubre mais aussi posséder les ressources économiques et les connaissances permettant une bonne alimentation et un rythme de vie qui accorde du temps au repos.Il faut connaître son environnement physique et social, avoir accès à des espaces verts et à un milieu urbain non pollué.Pour échapper aux pièges de l\u2019endettement, il faut bénéficier d\u2019un revenu adéquat, savoir budgéter, connaître les mécanismes juridiques, financiers et économiques de même que revendiquer- l\u2019abolition des sociétés usuraires.Mais, que faire lorsqu\u2019on est seul et sans pouvoirs ?La publicité diffusée par tous les média, les discours des spécialistes et des contrôleurs sociaux, les décisions politiques et économiques dévient constamment toute velléité de changement vers la résignation.Les vérités sur les causes d\u2019incendie, sur les accidents de travail, la maladie et l\u2019endettement sont réduites à la seule dimen- 173 sion des responsabilités individuelles*.Chacun nous confine à l\u2019isolement de notre conscience et de notre culpabilité.D\u2019autre part, la vérité sur le chômage réside dans l\u2019explication qu\u2019en donnent les ministres des finances en conférence de presse.Toutes les décisions prises en matière d\u2019économie, de transport, de justice, de conditions de travail et de consommation nous sont présentées comme les seules possibles et nous ne savons jamais rien des luttes et des stratégies dont elles ont été l\u2019objet.Tout nous est présenté comme si l\u2019histoire était unique, inchangeable et sans dialectique.C\u2019est pour faire face à ces situations que les individus des classes populaires s\u2019unissent, se regroupent, au jour le jour, problèmes après problèmes, ponctuellement ou sur une longue durée pour réagir.Pour se protéger et se défendre d\u2019abord, pour comprendre et aussi essayer d\u2019inventer des alternatives.C\u2019est à partir de l\u2019expérience des maladies industrielles que des travailleurs ont formulé des revendications et, au travers la création de cliniques autonomes de santé communautaires, suscité de nouvelles approches en sciences de la santé.C\u2019est à partir de regroupements et d\u2019actions collectives que se sont constituées des organismes de protection des intérêts du consommateur contre les pouvoirs des firmes de crédit et des entreprises commerciales et publicitaires.C\u2019est en se regroupant que les citoyens de la région du Bas St-Laurent ont empêché la fermeture de leurs paroisses et inventé des projets d\u2019aménagement forestier collant à leurs besoins.C\u2019est dans des formes coopératives diverses que les citoyens des classes populaires parviennent sur plusieurs fronts à se donner des outils collectifs de développement et de protection de leurs intérêts.C\u2019est par l\u2019association que des citoyens empêchent la démolition domiciliaire et * Voir à ce propos toute la publicité gouvernementale des derniers mois au Québec.Par exemple, l\u2019un de ces messages nous fait dire par le comédien Yvon Deschamps que la meilleure façon d\u2019échapper à l\u2019endettement consiste à cesser de \u2018\u2018singer\u2019\u201d\u2019 son voisin ! 174 exigent la rénovation de leurs logements.C\u2019est par l\u2019action et les luttes syndicales que les travailleurs parviennent à obtenir des conditions de travail décentes.C\u2019est par l\u2019action solidaire que les individus des classes populaires réussissent à faire modifier les pratiques judiciaires, qu\u2019ils se donnent et revendiquent des services de garderies pour leurs enfants et qu\u2019ils luttent contre la marginalisation et l\u2019insécurité à laquelle ils sont confinés au moment de la retraite.Pour réaliser chacune de ces actions, pour promouvoir collectivement leurs besoins et leurs intérêts propres, les organismes populaires et syndicaux doivent, à un moment ou à un autre, compter sur des ressources méthodologiques, scientifiques et techniques qu\u2019ils ne possèdent pas toujours.S\u2019ils parviennent à identifier leurs besoins, leurs objectifs et les formes d\u2019actions à entreprendre, ils doivent aussi produire en même temps les connaissances et la science nécessaires à leur entreprise de promotion collective.Or, à ce chapitre ils sont de multiples façons défavorisés.Bon nombre des informations et des savoirs dont ils auraient besoin n\u2019ont jamais fait l\u2019objet de recherches scientifiques.Bien souvent, en effet, leurs actions génèrent l\u2019ouverture de champs de connaissances sur lesquels, occupés ailleurs, les professionnels de la science, du savoir et de l\u2019information n\u2019ont jamais arrêtés leur attention.De plus, privés très tôt des moyens d\u2019apprentissage requis pour cheminer dans les voies complexes du savoir et du langage scientifique, ils se retrouvent dans l\u2019indigence la plus complète quand il leur devient nécessaire d\u2019analyser, d\u2019interpréter et de critiquer des informations dont ils entrevoient la vérité ou la démagogie.Enfin, lorsque le recours aux scientifiques apparaît pertinent et nécessaire, il leur faut non seulement payer un prix pour lequel ils n\u2019ont pas les ressources financières mais, plus encore, ils doivent affronter les barrières d\u2019un univers culturel, d\u2019un lexique et de rituels qui leur sont étrangers et qu\u2019ils ne maîtrisent pas.Sur le front de l\u2019accès aux informations et aux instruments cognitifs spécialisés, les organisations de pro- 175 motion collective des classes populaires affrontent, là aussi, le problème de l\u2019inaccessibilité et de l\u2019inégalité.L\u2019univers institutionnalisé du savoir et de la production scientifique est non seulement approprié mais aussi sous le controle de \u2018\u2018savants\u2019\u2019, de \u2018\u2018scientifiques\u201d\u2019, d\u2019 \u2018\u2018intellectuels\u201d, de \u2018techniciens\u2019 et de \u2018\u2018professionnels\u201d\u2019 appartenant a des classes sociales différentes.Il n\u2019est donc pas étonnant de constater la réticence des organisations populaires a utiliser sans conditions les ressources spécialisées dont elles ont besoin.En effet, la pratique de la contre-école de l\u2019éducation populaire autonome relève d\u2019une dynamique et d\u2019un univers de classe inconnu dans le monde de l\u2019éducation et dans les appareils scientifiques dominants.La promotion collective, ses contraintes et le rôle possible de l\u2019école publique* La contre-école ou l\u2019école de la promotion collective n\u2019est pas un substitut pour ceux qui n\u2019ont pas eu accès à une longue scolarisation.L\u2019éducation populaire autonome et volontaire n\u2019est pas l\u2019école de la seconde chance.Il ne s\u2019agit donc pas, pour l\u2019école, de développer des espèces de centraide éducatifs auxquels elle consentirait certaines ressources en continuant par ailleurs de développer une pratique scolaire et scientifique institutionnelle qui en serait, tout compte fait, la négation.La reconnaissance de la contre-école suppose tout autant des changements dans les politiques d\u2019éducation que dans les pratiques elles-mêmes des professionnels de l\u2019enseignement, de la science et de la culture.L\u2019on ne peut pas davantage définir la contre-école par rapport aux normes scolaires institutionnelles que la réduire à un phénomène étranger et marginal au proces- * \u201cEcole publique\u201d désigne ici tout le réseau institutionnalisé de l\u2019enseignement et de la production scientifique et culturelle.Cela comprend donc les commissions scolaires, les Cegeps, les universités, les instituts et centres de recherches comme les organismes publics de radio-télédiffusion, etc.176 sus même de l\u2019éducation.La réalité de la contre-école nous oblige à reconnaître et à définir l\u2019éducation comme un processus scolaire et non scolaire, tout à la fois, et pour lequel chacun des secteurs de l\u2019école publique a un rôle et une responsabilité à exercer.C\u2019est là l\u2019un des enseignements auquel nous contraint l\u2019êéchec relatif, pour les classes populaires, des politiques d\u2019accessibilité scolaire et de la promotion individuelle par l\u2019école, tout autant que la multitude des besoins éducatifs non scolaires que suscitent en permanence les formes changeantes de la vie et le développement socio-économique, politique et culturel inégal des sociétés de classes.L\u2019éducation scolaire permet aux individus d\u2019acquérir les qualifications minimales requises pour répondre aux formes et aux besoins, relativement uniformisés, de l\u2019organisation générale du travail et de la vie sociale.De son côté, l\u2019éducation non scolaire prend appui sur les pratiques vivantes des individus, dans la singularité de leurs situations de classe, et dessert leurs besoins permanents d\u2019ajuster ou de changer les conditions sociales générales de la vie en société en fonction de leurs propres projets et besoins existentiels.L\u2019école de la promotion collective est le lieu d\u2019une pratique éducative non scolaire.Mais sa spécificité ne réside pas seulement dans cela.En effet, l\u2019éducation non scolaire n\u2019est pas uniquement le fait et le besoin des classes populaires et ne constitue pas toujours et nécessairement un lieu de promotion collective.Spécifiquement, la promotion collective définit une pratique éducative non scolaire exercée dans la solidarité et orientée vers l\u2019action.Elle naît de la conscience de l\u2019impossibilité d\u2019améliorer ou de changer certaines conditions sociales d\u2019existence par le seul moyen de l\u2019action individuelle.Elle est un lieu où le processus éducatif procède d\u2019abord de l\u2019identification d\u2019une ou plusieurs problématiques concrètes vécues par des individus dans une situation généralement commune.Vient ensuite la mise en commun des expériences et des connaissances des individus concernés, la recherche d\u2019informations pertinentes et complémentaires, la réflexion, 177 l\u2019analyse et la discussion des contenus cognitifs obtenus.Puis enfin, découle la production d\u2019une ou de nouvelles connaissances dont la vérité se concrétise et se vérifie dans une action collective ayant pour but le changement ou la transformation de la situation qui est à l\u2019origine de la démarche de solidarisation des individus.La promotion collective est, de manière générale, un processus éducatif non scolaire caractéristique des sociétés de classes où les enjeux vitaux se décident au travers des négociations ou des rapports de force entre les agents sociaux.Contrairement à ce qu\u2019enseigne l\u2019école, la vie en société est régie fondamentalement par des dynamiques collectives et non par la seule volonté des individus*.La promotion collective puise sa signification fondamentale dans la solidarité et dans la pédagogie de la libération.C\u2019est pour cela qu\u2019elle constitue, dans son sens le plus fort, la marque distinctive des pratiques éducatives de * Ainsi, le Conseil du patronat du Québec comme telle ou telle corporation professionnelle mènent, d\u2019une certaine façon, des actions de \u2018\u2018promotion collective\u2019\u2019 tout autant, à la limite, qu\u2019un comité de citoyens, un syndicat de travailleurs, un regroupement de retraités ou une coopérative d\u2019alimentation.Toutefois, si la promotion collective constitue un processus éducatif propre aux sociétés de classes, elle en subit aussi les diverses déterminations.Aussi, quand les organismes patronaux et professionnels mènent des actions de promotion collective, leurs enjeux et leurs objectifs sont bien différents de ceux des classes populaires.Pour eux, la \u2018promotion collective\u2019 sert à consolider et à développer leurs positions générales de domination alors que pour les classes populaires, elle constitue un outil de libération des formes d\u2019aliénation qui résultent de leur absence des lieux où s\u2019exercent les pouvoirs de \u2018\u2018domination\u2019\u2019 des classes dirigeantes et des groupes sociaux déjà favorisés.Plus encore, les milieux industriels, professionnels, financiers et gestionnaires dominants bénéficient déjà de l\u2019institution scolaire et des centres spécialisés du savoir pour alimenter leurs besoins en connaissances, en informations, en méthodologies et en nouvelles technologies.Enfin, non seulement l\u2019école produit-elle la main-d\u2019oeuvre spécialisée dont ils ont besoin mais elle effectue aussi la plupart de ses enseignements et de ses recherches en fonction des grandes orientations du développement socio-économique qui découlent de leurs visions du monde dominante.178 UE ORAN CIILOA LIT ERNEIEE nr Ry co 3 5 la contre-école des classes populaires.L\u2019école démocratique doit donc non seulement reconnaître l\u2019éducation non scolaire mais aussi favoriser E le développement et supporter les activités de promo- EE tion collective des classes populaires si, bien sûr, elle veut vraiment que soient supprimées les inégalités et favorisée la désaliénation véritable des individus.Ce rôle lui incombe à titre de dépositaire public des ressources i éducatives, matérielles, scientifiques et techniques pr indispensables a tout projet d\u2019éducation.Mais comment E cela peut-il se faire ?J Les rapports possibles entre l\u2019école et l\u2019éducation populaire Il faut dire tout de suite que l\u2019école publique québécoise compte déjà à son crédit un certain nombre d\u2019ex- kL.périences positives en matiére de reconnaissance et de À support aux activités de promotion collective des classes Bp populaires.Des commissions scolaires, au travers les programmes de \u2018\u2018formation du citoyen\u2019, des Cegeps et des universités, au travers leurs services respectifs d\u2019éduca- ) tion des adultes ou d\u2019éducation permanente ont déja = entrepris d\u2019ouvrir leurs portes aux classes populaires., Mais, faut-il le dire, il s\u2019agit encore là de réalisations E bien marginales et bien minces en regard des services qu\u2019elles rendent déjà, sans questions, aux individus des autres classes sociales et aux milieux dirigeants par les moyens de la promotion individuelle et au travers les multiples alliances \u201cnaturelles\u201d qui associent, dans des champs culturels et idéologiques les professionnels de l\u2019école et de la science avec les centres communs de con- trole et d\u2019orientation de la société.D\u2019une façon générale, il ressort clairement dans la conjoncture actuelle, que la tendance des gouvernements et des institutions vise à perpétuer une attitude de comptoir de charité ou de centraide éducatif à l\u2019égard de la promotion collective.En effet, non seulement l\u2019on effectue des coupures drastiques dans les programmes gouvernementaux de financement des organisations \u2018 4 \u201c Ne A: i $0 f AE Eos A i RB te te gai: Reb 4 179 volontaires d\u2019éducation populaire (OVEPs) mais, à l\u2019intérieur de l\u2019école l\u2019on cherche à resserrer encore davantage les liens avec l\u2019entreprise par le biais de la formation professionnelle.Il n\u2019est donc pas inutile de souligner ici l\u2019importance de revendiquer le maintien et l\u2019accroissement des budgets publics en matière de financement des OVEPs.A l\u2019intérieur de l\u2019école et, tout particulièrement aux niveaux pré-universitaire (Cegep) et universitaire, il faut, à ce chapitre, que la politique de financement du ministère de l\u2019Education reconnaisse que l\u2019enseignement non crédité, dans lequel s\u2019insèrent présentement les activités de support à la promotion collective, ne peut souffrir plus longtemps les tracasseries bureaucratiques et administratives auxquelles les contraint l\u2019autofinancement.Mais une politique de financement adéquate et améliorée des activités de support à la promotion collective sera bien peu utile si d\u2019autres conditions ne sont pas en même temps réalisées dans l\u2019école.Parmi ces conditions de base il faut noter, au premier chef, la nécessité pour l\u2019école d\u2019instituer des mécanismes particuliers d\u2019accès à ses ressources, la nécessité de placer le respect et la reconnaissance de l\u2019autonomie des organismes populaires au centre des échanges qu\u2019elle développera avec eux et, enfin, la nécessité pour les enseignants et les scientifiques de quitter leur ethnocentrisme de classe et d\u2019ouvrir leurs champs de recherches à des méthodologies et à des problématiques nouvelles.Il s\u2019agit là de tout un programme dont il ne saurait être possible d\u2019espérer qu\u2019il se développe rapidement et sans difficultés car, en sa base même, il suppose la négociation d\u2019alliances entre des interlocuteurs étrangers.Les classes populaires continuent d\u2019être doublement défavorisées.Au chapitre de l\u2019accessibilité d\u2019abord, car elles n\u2019ont que très faiblement accès à la promotion individuelle académique qui constitue encore la voie royale d\u2019accès élargie aux outils de connaissances et aux informations spécialisées qui en résultent; puis au chapitre des résistances et des ignorances qu\u2019ont développé l\u2019école et les scientifiques à l\u2019égard de leur éthos.Comme 180 TR RSR EEE Te EE TION TETE l\u2019écrit à cet égard, Jean-Claude Passeron* : \u2018Les intellec- y tuels jouent entre eux quand ils jouent avec l\u2019image des ke classes populaires.La condition de ces classes, caractéri- i sée négativement par la dépossession culturelle, constitue un objet symbolique privilégié pour des groupes d\u2019intellectuels définis, à divers titres, par un rapport privilégié à la production ou à la vulgarisation de la culture.Les intellectuels ne révèlent jamais mieux leur propension à monopoliser la définition sociale de la culture que dans leur incapacité à voir dans les autres groupes sociaux autre chose que des prétextes à traiter de leurs propres contradictions culturelles (par un eth- nocentrisme dont témoignent également, quoique sous des formes en apparence opposées, l\u2019aristocratisme et le populisme).\u201d Ce n\u2019est pas un hasard si tant d\u2019enquêtes sociologi- Bh ques se trouvent condamnées par leur problématique id même à ne retrouver la spécificité des attitudes popu- | laires et ouvrières que dans le manque ou le manquement, défaut de motivation, manque d\u2019intérêt ou absence d\u2019aspiration.Le langage, apparemment neutre, des À économistes, planificateurs et spécialistes s\u2019efforçant À de remédier à l\u2019absence d\u2019information des classes popu- oe laires ou rejetant dans l\u2019anonymat de l\u2019irrationalité et des résistances traditionnelles tout ce qui s\u2019écarte d\u2019un type de comportement considéré comme souverain, tend à dissimuler, derrière l\u2019écran d\u2019une idéologie d\u2019ex- i pert, I\u2019assurance propre aux membres des classes domi- À nantes, certains par droit de naissance de la valeur universelle de leur rapport à la culture et à leur condition E de vie.E L\u2019ouverture nécessaire de l\u2019école publique aux besoins + des organismes de promotion collective des classes populaires est tributaire des contradictions et des antagonis- BE mes qui caractérisent les pratiques de classes et des indi- E.vidus dans l\u2019univers social.On ne saurait, pour cette : raison, multiplier inconsidérément les actions de l\u2019école.ig * PASSERON, Jean-Clause, \u2018\u2018présentation\u2018\u2018 in HOGGART, R., È La culture du pauvre, éd.Minuit, Paris, 1970.Ee 181 i Il faudra procéder lentement, sur la base des acquis et des expériences tout autant que sur la base de la capacité d\u2019encadrement et d\u2019évaluation des activités en fonction des besoins et des attentes strictes des organismes populaires et syndicaux.Le développement de ces nouvelles formes d\u2019activités éducatives nécessite la transformation des habitudes pédagogiques, didactiques et scientifiques des professionnels de l\u2019école publique.Il n\u2019est pas faux de penser à cet égard qu\u2019il faille dans un premier moment y impliquer principalement, en les regroupant, celles et ceux d\u2019entre eux qui en ont une certaine expérience.Il n\u2019est pas inutile enfin de rappeler qu\u2019il faudra faire preuve de vigilance et d\u2019une attitude pédagogique profondément concrète et dialectique.Cela suppose non pas d\u2019abord la capacité d\u2019observation chère à l\u2019objectivité institutionnalisée des scientifiques, mais la redécouverte de la capacité d\u2019écoute et de la nature bien vivante, historique et conjoncturelle dans laquelle s\u2019élabore l\u2019action éducative.Cela suppose la re-découverte de la solidarité et de l\u2019affectivité qui président, en son centre, à la dynamique cognitive.Cela suppose de reconnaître, enfin, que l\u2019efficacité de l\u2019éducation ne réside pas dans l\u2019accumulation des informations et dans le dilettantisme mais, en son fondement même, dans la capacité des individus et des groupes à prendre en main leur vie, à la changer ou à la transformer par l\u2019action concrète.Cette action, ils sont les seuls à la décider, à la faire et à l\u2019orienter dans la direction qui leur convient.182 | entrevue réalisée par Marc Renaud L\u2019itinéraire d\u2019un \u201canimateur social\u201d: des chantiers d'Emmaus à la Ligue communiste (marxiste-léniniste) du Canada Voila 15 ans que Pierre Pagé fait de \u2018\u2018l\u2019animation sociale\u201d, cette forme d\u2019action à ras de sol, qui fut, suite au BAEQ, l\u2019apanage de toute une gauche québécoise durant les années 60.Depuis quelques années, l\u2019animation sociale est fortement critiquée comme mode d\u2019éducation populaire et d\u2019intervention dans une communauté.Bien que conscient des limites de cette forme d\u2019action, Pierre Pagé ne renie pas son passé et il se sent plus à l\u2019aise que jamais dans l\u2019action \u2018\u2018à ras de sol\u201d.Détenteur d\u2019une maîtrise en sociologie (\u2018\u2018\u201cTout le temps, tout le temps, tout le temps\u2019, thèse reprise en film par Fernand Dansereau), Pierre Pagé travaille au- jourd\u2019hui à la Clinique communautaire de Pointe Saint- Charles.Il nous livre ici son cheminement, ses réflexions | sur le passé et ses visions de l'avenir.M.R.Quand nous étions ensemble en socio, tu étais, de nous tous, probablement un des plus engagés socialement.Alors que nous étions plongés dans nos études sans trop d\u2019implication sociale, toi, tu nous faisais sentir que des études en sociologie sans engagement social concret, ça ne valait rien.Peux-tu m'expliquer comment tu en étais arrivé là ?P.P.C\u2019est une longue histoire.J\u2019étais étudiant au petit séminaire d\u2019Ottawa.À la fin de mon classique, j\u2019ai rencontré un Fils de la Charité qui avait une volonté profonde de soulager la misère humaine.Ca m\u2019a donné 183 te Hair un choc.Ca m\u2019a fait découvrir le Tiers-Monde, ici et ailleurs, et ça m\u2019a décidé d\u2019aller travailler au Chantiers d\u2019Emmaüs.Là-bas, pendant neuf mois, j'ai lavé des planchers et des murs.Ce n\u2019était pas très utile, à vrai dire.On donnait du poisson aux gens au lieu de les aider à pêcher.Je décide d\u2019abandonner.Un ami m'avait suggéré de venir en socio, un endroit où, me disait-il, on apprend pourquoi les gens se comportent comme ils le font, on analyse la psychologie des groupes et on dissèque les révolutions pour en voir l\u2019anatomie.La socio, ça m\u2019a fasciné.D\u2019apprendre que le suicide ce n\u2019était pas juste un acte individuel, de lire Marx, Weber, Touraine.Ce fut une révélation ! Je t\u2019avoue que je ne me sentais pas très à l\u2019aise avec les grands discours \u2014 je ne le suis pas plus aujourd\u2019hui.Je me sentais un peu complexé dans ce milieu de beaux parleurs.Mais, au moins, j'avais le sentiment d\u2019apprendre quelque chose d\u2019utile pour aider \u2018les pauvres\u201d\u2019.Pendant les étés, je travaillais à l\u2019Action Sociale Jeunesse.C\u2019est à ce moment-là que j\u2019ai commencé à m\u2019intéresser à l\u2019animation sociale.Puis ce fut ma thèse de maîtrise\u2026 M.R.En quoi a consisté ton travail à l\u2019Action Sociale Jeunesse ?P.P.Le premier été, c\u2019est en Gaspésie que j'ai travaillé.Les Caisses Pop avaient le projet d\u2019éduquer les gens à faire un budget familial équilibré.Là, j'ai travaillé avec deux gars qui avaient un talent fou pour organiser des réunions, présenter les choses simplement et, aussi, pour avoir du \u201cfun\u201d en réunion.Les gens en sortaient toujours contents, même si les solutions qu\u2019on leur proposait étaient catastrophiques.Quand on suggère aux gens que, pour boucler leur budget, ils devraient faire de la soupe avec du jus de patates, c\u2019est pas très brillant.On ne savait pas quoi proposer d\u2019autre.Même si, au plan du contenu, cette expérience ne m\u2019a guère apporté, j'ai beaucoup appris au plan des techniques de travail en groupe.Le deuxième été, j'ai travaillé avec des amis à partir un mouvement de travailleurs sur la Rive-Sud.184 Ra TT TEAL ER bir co kbatne.MUR.ANT NEIL 1 On voulait faire l\u2019unité entre les travailleurs des garages municipaux, de la United Aircraft et d\u2019autres compagnies.Là, en contraste avec ce que j'avais vu en Gaspé- sie, je me suis rendu compte de la force du syndicalisme, de l\u2019union des travailleurs, mais aussi des blocages que les dirigeants syndicaux peuvent mettre au changement.J\u2019ai compris que ça prenait du temps pour les convaincre mais que certains d\u2019entreeux étaient \u2018\u2018convainquables\u2019! J\u2019ai aussi commencé à comprendre que les ouvriers, contrairement à ce qu\u2019on nous enseignait à l\u2019Université, n\u2019étaient pas juste intéressés par des questions économiques, de salaire et de conditions de travail.Ils étaient aussi intéressés par les problèmes politiques municipaux, l\u2019utilisation des taxes, etc.Globalement, cette expérience a été un échec : on ne savait pas quoi faire pour répondre aux attentes des ouvriers.Quant à moi, je continuais de penser que ce sont les assistés sociaux, les cho- meurs et les ménagères qui vont faire changer les choses : dans notre société.Pas les ouvriers organisés : ceux que i j\u2019avais rencontrés sur la Rive-Sud, je me disais que c\u2019était pi des exceptions, ils étaient trop à l\u2019aise encore.i M.R.C\u2019est alors que tu fais ta maîtrise ?Ji P.P.Exactement.Ma thèse était une analyse de la culture de pauvreté.Le titre que je voulais lui donner Ee était : \u201cMangez donc de la marde, tout le temps, tout Ek le temps, tout le temps.\u201d\u2019.Pour des raisons que tu imagines, j\u2019ai laissé tomber le début du titre.A partir de pe l\u2019idée générale de la thèse, Fernand Dansereau me pro- Sa pose de faire un film.On regroupe 12 personnes de ET Centre-Sud, la plupart des sous-prolétaires (prostituée, pimp, des gens sur le bien-être social depuis plusieurs générations), et on leur demande de faire le scénario.Curieusement, ce qu\u2019ils choisissent de faire, c\u2019est une fete de famille à la campagne, c\u2019est-à-dire un retour a ce qu\u2019ils aimeraient, la vie rurale en famille.Au cours de cette fête, les gens prennent un coup et les problèmes ressortent.En gros, c\u2019est là le thème du film.Ce film eut peu d\u2019impact.En cours de préparation, les gens impli- 185 qués étaient heureux.Il se sentaient moins isolés.Mais après, leur vie a continué comme avant.Cette expérience m\u2019a appris que le changement ne viendra pas des gens trop démolis, trop pauvres.Parmi les assistés sociaux, les plus fiers, ce sont ceux qui ont travaillé pendant longtemps.Ceux qui sont trop longtemps en dehors du marché du travail ne voient plus la société, les patrons, les moyens de s\u2019en sortir.C\u2019est la classe ouvrière qui va changer les choses.M.R.Tu t\u2019impliques alors dans le syndicalisme ?P.P.Oui, je travaille avec Roger Guy pour la C.S.N.et l\u2019U.C.C.Les gens nous disaient : \u201cLes gars ne participent pas au syndicat.Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire ?\u201d\u2019 Nous, on se rendait sur place pendant une fin de semaine pour brasser les affaires, pour faire prendre conscience aux dirigeants syndicaux des problémes que vivent leur base.Ca a donné des grèves, des restructurations de syndicats locaux, mais nous, nous ne faisions aucun follow-up, aucun encadrement.Nous n\u2019étions pas de cette école de l\u2019animation sociale qui reposait sur la dynamique de groupes et qui se refusait d\u2019intervenir.Nous avions une vision de la société et nous donnions notre point de vue.Mais nous n\u2019avions pas une idée claire de ce qu\u2019il fallait faire après nos scéances de formation, comme nous n\u2019avions pas une conscience claire du rôle de l\u2019Etat, de la nécessité des alliances, etc.Mais, au moins, on était combatif.On n\u2019était pas de cette école qui disait : \u201cIl faut que les gens s\u2019expriment, il ne faut pas trop contester l\u2019Eglise, le code municipal de l\u2019habitation, etc.\u201d.On fonçait, même si c\u2019était aveuglément.M.R.En résumé, ce que tu me dis, c\u2019est que vous aviez, à l\u2019époque, beaucoup de bonne volonté, mais que vous étiez un peu perdus au plan de la stratégie à long terme.P.P.Oui.Ca a commencé à changer avec mon travail au 186 Conseil de Développement social et à la création du FRAP.On s\u2019est dit qu\u2019il fallait faire une union entre les comités de citoyens et les syndicats.C\u2019est alors que furent formés les comités d\u2019action politique.Nous avions un projet d\u2019éducation qui était très bien planifié et nous avons construit un parti politique autour de groupes impliqués.Notre problème, toutefois, c\u2019était qu\u2019on n\u2019avait pas d\u2019idée claire sur la nature de l\u2019Etat qu\u2019on voulait, sur le genre d\u2019entreprises qu\u2019on voulait implanter, etc.On se disait : \u201cIl faut débarquer Drapeau, construire de meilleurs logements, avoir un meilleur système de transport public.\u2026.\u2019\u2019 Mais on n\u2019avait pas encore une vision claire du futur.C\u2019est l\u2019échec du FRAP qui m\u2019a fait réfléchir.Suite aux actions du FLQ, des tensions internes très fortes se sont développées au sein du FRAP.D\u2019un côté les médias avaient gonflé la force du FRAP, mais, d\u2019un autre côté, au sein du FRAP, nous n\u2019étions plus capables de nous entendre sur nos positions politiques.Tu t\u2019imagines le bordel ! Moi, j'avais beaucoup investi dans le FRAP, moralement et financièrement.Ca m\u2019a écoeuré.M.R.C\u2019est alors que tu laisses le Conseil de Développement social ?P.P.Plutôt, je me suis fait vider, le CDS n\u2019étant pas d\u2019accord avec le genre d\u2019action politique qui avait été entreprise.À ce moment-là, je décide de revenir dans les quartiers.Je ne croyais plus aux gros mouvements politiques.Je rentre dans le POPIR (Pointe St-Charles, St-Henri, Petite Bourgogne) pour partir des coopératives d\u2019alimentation, aider les comités d\u2019assistés sociaux, des syndicats, etc.En d\u2019autres mots, je retombe dans le localisme.Je me disais : \u2018\u201cBof, qu\u2019est-ce que ça donne d\u2019avancer son point de vue politique ?Même si les gens n\u2019ont pas conscience des monopoles de l\u2019alimentation, c\u2019est pas très grave.Au moins, avec les coops, les gens payent moins cher.\u2019 Je ne croyais plus à la relation entre théorie et action.Je ne lisais plus.Je ne croyais plus aux \u2018\u2018lignes politiques\u2019 parce qu\u2019elles ne font que pro- 187 duire de la chicane.Je travaille alors un peu dans le P.Q., non pour des raisons nationalistes, mais parce que le P.Q.était capable de mobiliser les gens, de canaliser les débats politiques.Je voyais des gens maganés par leur travail, qui manquaient d\u2019argent et qui avaient des gros problèmes familiaux et ces gens croyaient au P.Q.Evidemment, je me suis vite aperçu qu\u2019il y avait une solide bourgeoisie, un certain patronage au P.Q.et que la question de la langue nous entraînait dans des débats bien étroits et vers des changements qui ne seraient qu\u2019épidermiques.A la suite de ça, mon goût pour la théorie me revient.Avec des amis, on forme un groupe de lectures pour évaluer notre passé d\u2019animateur social par rapport aux nombreuses critiques qui en avaient été faites et pour étudier le marxisme.A l\u2019université, on s\u2019était fait fourrer : on avait appris le marxisme comme outil d\u2019études, non pas comme un moyen pour organiser les travailleurs, fonder un parti et changer le système.M.R.Tu travailles alors à la clinique ?P.P.C\u2019est ça.Je suis venu à la clinique parce que j\u2019avais le goût de me concentrer sur quelque chose.Au POPIR, on faisait trop d\u2019affaires en même temps.C\u2019était un mic-mac terrible.J\u2019avais le goût d\u2019aller en profondeur et le secteur de la santé, même si je n\u2019y connaissais rien, m\u2019intéressait.J\u2019ai d\u2019abord été embauché à contrat pour six mois en 1974 pour enseigner à une dizaine de femmes du quartier comment faire une entrevue, construire un agenda, animer des réunions, etc.Ce fut passionnant parce qu\u2019en même temps que ces femmes faisaient un apprentissage de l\u2019animation, elles dicutaient de leurs situations de vie et de leurs causes.Au bout de six mois, les gens de la clinique se sont dits que tout le monde devrait avoir une initiation historique, sociale et politique.On avait réalisé que le personnel de la clinique connaissait peu l\u2019histoire du quartier, de ses luttes et, surtout, des luttes passées de la clinique.La clinique décide alors d\u2019avoir des séances de formation hebdomadaires pour son personnel.On y parlait du quartier, des classes so- 188 EI CE EEE EE I EE A A NM AA CEE CA TAC RE AO NA AO EEE RH A COG OH ME ciales dans l\u2019histoire et aujourd\u2019hui, et du rôle de l\u2019Etat.Mais c\u2019était un peu trop \u2018\u2018déconnecté\u2019\u2019 de la réalité.On s\u2019est alors dit qu\u2019il serait préférable, plutôt que de donner des cours, d\u2019obtenir des témoignages de luttes ouvrières.Ce fut très intéressant, sauf qu\u2019encore une fois ça n\u2019avait pas d\u2019ancrage concret dans le travail quotidien des gens.Les gens s\u2019endormaient et ils se disaient qu\u2019il serait préférable de soigner les patients plutôt que de parloter.La, je me suis dit : \u201cFormer des gens a contre-coeur, ça ne sert à rien.\u201d Je suis même allé jusqu\u2019à faire voter l\u2019abolition du programme de formation.A ce moment-là \u2014 et tu connais les débats houleux qu\u2019on a eus à la clinique \u2014 on change radicalement de stratégie, on s\u2019est dit qu\u2019il valait mieux former les gens directement dans l\u2019action.D\u2019où l\u2019idée de faire un vidéo et un dossier sur la santé au travail avec l\u2019aide de la Faculté d\u2019éducation permanente : on voulait partir de la santé, partir de l\u2019expression des gens du quartier, partir de gens qui ne comprennent pas nécessairement tous les enjeux, partir aussi de gens plus avancés et plus documentés.Pour la première fois, on rompait avec l\u2019idée que tout document de la clinique ne devrait que réflé- ter l\u2019opinion majoritaire de La Pointe.On acceptait le débat.M.R.Est-ce que c\u2019est efficace tout ça ?P.P.Je n\u2019ai aucune hésitation à dire que la formation technique (comment faire des affiches, organiser des réunions, etc.) ça a été extrêmement utile.En plus, les gens ont appris à se parler de leurs problèmes, à se remettre en question.Quant à la formation historico- socio-politique, l\u2019efficacité est moins évidente.On passait pour des gens qui voulaient vendre leur poutine politique, sans se préoccuper des soins à donner aux pa- E tients.On était vraiment trop intellectualiste.Quant au 2 vidéo, il est encore trop tôt pour juger, mais j\u2019ai le sen- ; timent que ça a permis et que ça va permettre des discussions très fructueuses.189 M.R.Récemment, tu as décidé de militer au sein de la Ligue ?P.P.Pendant longtemps, je refusai de m\u2019impliquer dans la Ligue.J\u2019avais peur du communisme et des coupeurs de tête à la Staline.De plus, je leur disais : \u201cVous parlez mal au monde.Vous avez un langage stéréotypé.Les gens ne vous comprennent pas.Vos interventions en Assemblée sont malhabiles.Votre journal est ennuyant.Mais regardez ! Les gens ronflent quand vous parlez.Vous \u2018\u2018scrappez\u2019\u201d\u2019 l\u2019animation sociale comme si on n\u2019avait jamais rien fait de bon dans le passé.Moi, je ne suis pas intéressé à me faire passer au \u2018\u2018cash\u2019 par vous autres.Allez vous promener !\u2019\u201d Mais, en même temps, je réalisait que leur ligne politique était intéressante.Il faut dire que j\u2019ai été invité à aller en Chine.La, j\u2019ai eu le choc le plus violent de ma vie.Je n\u2019en croyais pas mes yeux : tous les projets d\u2019aide aux pauvres que j\u2019avais eus dans le passé, les Chinois semblaient les avoir réalisés.Ce qui m\u2019a agacé dans ce voyage-là.c\u2019est que bien des Canadiens disaient : \u2018\u2018La Chine, c\u2019est parfait; le Canada, c\u2019est pourri\u201d.Le plus drôle, c\u2019est que les Chinois eux-mêmes disaient aux Canadiens : \u201cCa ne se peut pas que votre pays soit pourri.Ca fait 100 ans que vous faites du travail industriel.Vous avez de bons ouvriers.Bien sûr, les forces négatives sont nombreuses, mais le potentiel est très grand.En plus, votre classe ouvrière est militante.\u201d M.R.A ton retour, tu rentres a la Ligue ?P.P.Oui.Je trouvais que la Ligue commençait à changer.Leur journal était meilleur.Les militants faisaient moins de discours.Et puis, je me suis dit que j'étais pour continuer de l\u2019intérieur la lutte pour que la Ligue change.Je me disais que si ça ne marche pas, je sortirai.Ce que j\u2019ai vu, c\u2019est que les gens de la Ligue savent tirer des leçons de leurs erreurs, qu\u2019ils savent regarder la réalité en face et se parler dans la pipe.Ecoute! Je suis dans une position où, à la journée longue, je vois 190 des gens qui vivent dans la misère noire ou qui sont démolis parce qu\u2019ils n\u2019ont pas de jobs.Bien sûr, j\u2019ai peur du totalitarisme mais il faut que ça change ! Je t\u2019avoue que ça m\u2019a pris du temps avant d\u2019aller vendre le journal et distribuer des tracts.J\u2019avais peur de perdre certains de mes amis qui diraient : \u201cC\u2019est donc malheureux : Pagé a reviré capot.C\u2019était un si bon gars avant.\u201d Je me suis dit que je serais capable de leur expliquer et qu\u2019ils finiraient bien par comprendre.J\u2019ai compris que, dans la mesure où tu ne forces pas les gens à penser comme toi, ils acceptent que tu exprimes des positions différentes des leurs, ils aiment le débat politique.M.R.Tu crois donc maintenent que la révolution va amener des changements fondamentaux et permanents ?P.P.Oui et non.Je suis émotivement un réformiste.J\u2019aimerais que les choses changent pacifiquement.Mais, dans toute l\u2019histoire, les \u2018\u201cboss\u2019\u2019 n\u2019ont jamais laissé leurs privilèges sans bataille.C\u2019est le cas du Chili qui m\u2019a convaincu de ça.Mais ça me fait de la peine.En même temps, je sais bien que la révolution ne se produira pas du jour au lendemain ici, on profite de l\u2019impérialisme, des bananes et du café que les monopoles achètent pour trois fois rien.Pour le moment, ici, il faut se battre pour de meilleures cliniques, de meilleures garderies, de meilleures coops, etc.A travers ces combats, la montée politique de la classe ouvrière, du peuple, s\u2019affirme, se solidifie.M.R.Tu ne crains pas de devenir désabusé, comme ces communistes européens qui ont longtemps cru dans l\u2019U.R.S.S.?P.P.Non.Je suis prêt à discuter de la valeur de la Chine comme modèle.Ce n\u2019est ni le paradis, ni l\u2019enfer.D\u2019après les témoins qui reviennent de là-bas, les changements actuels sont encore positifs.Bien sûr, là comme ailleurs, il y a une lutte des classes.Et puis, admettons 191 PO EL NR A ERA que la Chine devienne conservatrice.Ca me ferait de la peine.Mais ça repartirait en plus grand 10 ans plus tard, ailleurs.L\u2019U.R.S.S.est tombé, la Chine a repris.C\u2019est un mouvement à l\u2019échelle de la planète qui ne peut que durer, même s\u2019il y a parfois des retours en arrière.Le capitalisme se \u2018\u2018défuntifise\u2019\u2019 et le socialisme a le vent dans les voiles.M.R.Une dernière question.Quand on regarde ton cheminement, on observe une espèce de mouvement de balancier entre un intérêt pour l\u2019analyse théorique et une sorte d\u2019activisme a-théorique.Où en es-tu maintenant ?P.P.La Ligue m\u2019a permis de replacer l\u2019importance de la théorie politique.J'ai retrouvé le goût de la lecture, du travail intellectuel, mais sans que ce soit de manière désincarnée.Au sein de la Ligue, notre pratique est vérifiée et, en même temps, c\u2019est extrêmement stimulant intellectuellement.On travaille, on discute, on se remet en question.En plus, on ne se sent plus seul, on se sent partie d\u2019un mouvement.Je suis redevenu aussi \u2018\u201c\u201cpeppé\u201d qu\u2019au début de mes études en socio et au début de l\u2019animation sociale.Je me sens capable de faire le lien entre la théorie et la pratique.192 RO CLS LA TPIS Lai HS TTY TTI LI LI TB TT ITTHN Paul Bélanger\u201d La place singulière de l'I.C.E.A.sur le front éducation Constitué à la fois d\u2019une majorité d\u2019organismes et d\u2019individus représentatifs des classes populaires et d\u2019un bon nombre de membres provenant des trois niveaux du secteur public de l\u2019enseignement, l\u2019Institut canadien d\u2019éducation des adultes s\u2019inscrit déjà structurellement dans la dynamique école-milieux populaires.Accuser les contradictions actuelles de cette relation et y exploiter les possibilités de transformations culturelles qui s\u2019y trouvent, c\u2019est ce que cherchent à réaliser les pratiques certes limitées de l\u2019I.C.E.A.Des pratiques qui, malgré leur champ circonscrit d\u2019intervention et des contraintes objectives, traduisent et élaborent un certain projet d\u2019éducation et de développement culturel.1.Les actions de l\u2019I.C.E.A.des cinq dernieres années Lors d\u2019une assemblée générale spéciale en décembre 1975, les membres de l\u2019I.C.E.A.précisaient ainsi les deux grandes orientations : 1.Le développement de l\u2019éducation populaire dans les organismes volontaires, indépendants, orientés vers la promotion collective; 2.Le développement et la transformation des institutions publiques et des moyens de communications * Directeur de l\u2019Institut canadien d\u2019Education des adultes.193 de masse dans une perspective de promotion collective.On peut résumer les actions les plus significatives de l\u2019Institut en les regroupant sous ces deux objectifs prioritaires.1.1 La promotion de l\u2019éducation populaire autonome L\u2019action la plus connue de l\u2019I.C.E.A.pour promouvoir l\u2019éducation populaire autonome a été l\u2019appui donné aux groupes populaires et aux syndicats dans leurs démarches pour obtenir de l\u2019Etat des subventions statutaires tel que cela se fait en Scandinavie, en Belgique, en Angleterre, etc.Appui technique et étude pour la rédaction des mémoires et prises de position des organismes volontaires d\u2019éducation populaire (OVEP), support similaire pour la finalisation du mémoire sur le financement public de la formation syndicale.L\u2019appui de l\u2019I.C.E.A.ne se limite pas à l\u2019aide apportée à la production de ces textes.Notons les ressources humaines et matérielles fournies au Comité d\u2019action que les groupes populaires se sont donné pour coordonner leur lutte et obtenir un programme adéquat de financement.Du côté des syndicats il y a eu la création d\u2019une table de formation syndicale où les responsables de formation des diverses centrales se retrouvent afin de faciliter la coordination de leur démarche pour obtenir un programme gouvernemental de subvention et pour échanger leurs pratiques et les outils pédagogiques disponibles.A plusieurs reprises, l\u2019I.C.E.A.a pris des positions publiques pour rappeler la légitimité de l\u2019éducation populaire autonome et exiger une modification des politiques beaucoup trop timides de l\u2019Etat en ce domaine.Rappelons que le programme actuel du gouvernement québécois ne finance encore en 1979 que 28 pour cent des demandes acheminées et reconnues admissibles.194 Actions moins connues mais importantes à long terme, l\u2019I.C.E.A.a organisé depuis 1972 une série de séminaires et de stages pour permettre aux praticiens d\u2019éducation populaire autonome d\u2019ici de confronter entre eux leurs pratiques et de se mesurer avec les expériences souvent plus avancées de groupes similaires dans le Tiers- Monde.Ces rencontres ont donné lieu à plusieurs publications qui constituent des outils de travail nécessaires à la critique et à l\u2019auto-critique.Dans cette perspective l\u2019I.C.E.A.prépare actuellement des monographies portant sur certaines expériences historiques significatives des actions de formation organisées par les groupes populaires et les syndicats avant 1960.1.2 Démocratisation de l\u2019éducation des adultes Le secteur public de l\u2019éducation des adultes a connu au cours des quinze dernières années une expansion exceptionnelle : il dessert annuellement au Québec quelque 300,000 adultes.Et ce nouveau secteur de l\u2019éducation constitue un facteur important de transformation de l\u2019école.Aussi importe-t-il pour l\u2019I.C.E.A.de voir jusqu\u2019à quel point la réputation spontanée de l\u2019éducation des adultes comme agent de démocratisation et d\u2019 \u2018éducation de la seconde chance\u201d\u2019\u2019, résiste à l\u2019observation des faits.Un premier dossier sur la formation professionnelle des adultes publié en 1975 montre que les programmes de formation de la main-d\u2019oeuvre ont d\u2019abord pour fonction de régulariser cette main-d\u2019oeuvre selon la conjoncture du marché du travail.Un portrait global de l\u2019ensemble de la formation professionnelle des adultes (F.P.A.) analysé dans sa réponse aux besoins individuels et aspirations collectives des travailleurs sera publié prochainement.Les participants syndicaux à ce comité de travail de l\u2019I.C.E.A.sur la F.P.A.ont rappelé l\u2019impossibilité de réorienter l\u2019ensemble de l\u2019éducation des adultes sans modifier d\u2019abord les conditions objectives d\u2019accès à ces formations.D\u2019où le 195 lancement en mars dernier par les centrales syndicales et l\u2019I.C.E.A.de plusieurs mémoires prônant le droit aux congés payés pour fin d\u2019éducation générale, professionnelle et syndicale.Cependant, comme nous le notions plus haut, le travail éducatif en cours dans une société déborde largement l\u2019action scolaire.Les organisations que les travailleurs et les citoyens des milieux populaires ont mis sur pied pour défendre leurs droits constituent de véritables centres de formation.À travers l\u2019action collective, se forme une prise de conscience, se développent des apprentissages et des connaissances nouvelles sur les réalités sociales vécues; souvent aussi l\u2019action exige de faire des analyses plus systématiques, de produire des informations critiques.Or, ces collèges populaires invisibles posent des demandes et un défi aux institutions publiques.Les ressources publiques (recherche, documentation, techniques d\u2019analyse et d\u2019évaluation, animation, locaux, outils pédagogiques) ne peuvent être confinés aux seules formes actuelles d\u2019utilisation.La démocratisation de l\u2019école déborde la question d\u2019une plus grande égalité des chances de réussite en formation certifiée et celle d\u2019une accessibilité accrue à des formations socio-culturelles non créditées : la démocratisation de l\u2019école passe aussi par l\u2019organisation de services et d\u2019activités de support à la promotion collective des classes populaires.L\u2019I.C.E.A.grâce au travail d\u2019un comité à l\u2019oeuvre sur cette question depuis un an, lancera en septembre 1979 un dossier sur le rôle des institutions publiques en support à l\u2019éducation populaire autonome.L\u2019éducation économique constitue un autre dossier d\u2019actualité fort important.Au moment où le gouvernement tend à rendre cette éducation prioritaire en éducation des adultes, où il annonce un cours obligatoire d\u2019économie aux niveaux du secondaire V et du cours collégial, l\u2019I.C.E.A.a préparé pour ses membres un dossier synthèse et a organisé sur cette question des journées d\u2019étude.Pour l\u2019Institut il est important que les organismes populaires et syndicaux de même que les insti- 196 tutions d\u2019enseignement se préparent en vue de présenter une alternative à l\u2019orientation qui se dessine actuellement où l\u2019absence d\u2019analyse critique prédomine.Bien d\u2019autres questions d\u2019actualité ont fait l\u2019objet d\u2019interventions ponctuelles de l\u2019I.C.E.A.: la démocratisation de la science, les loisirs et l\u2019éducation populaire dans les commissions scolaires, l\u2019éducation des jeunes en milieu défavorisé, etc.Une même conception d\u2019une éducation permanente et une même perspective de promotion a traversé ces diverses interventions reliées à l\u2019actualité.1.3 La démocratisation des média Lorsqu\u2019on affirme que l\u2019éducation déborde l\u2019école il faut aussi reconnaître, face aux expériences d\u2019éducation populaire autonome, l\u2019 \u201cécole parallèle\u201d, c\u2019est-à-dire ces autres appareils de transmission de l\u2019idéologie que sont les média de masse et plus particulièrement les média électroniques.En 1973, de nombreux groupes populaires et syndicaux, animés et regroupés par l\u2019I.C.E.A., réussissaient a bloquer cette pollution accrue des ondes qu\u2019aurait constitué l\u2019arrivée d\u2019une deuxième chaîne francophone de télévision commerciale.Suite à cette prise de position publique, le Conseil du patronat du Québec se retirait d\u2019un Institut qui refusait de se porter à la défense des intérêts privés en matière de communication.Depuis, l\u2019I.C.E.A.n\u2019a cessé d\u2019être actif sur ce front éducatif élargi.Ce fut d\u2019abord la critique du plan original de developpement de Radio-Québec et l\u2019élaboration d\u2019une alternative véritable face à un média prétendant accomplir un travail d\u2019éducation selon un mode de communication unidirectionnel de contenus par surcroît arbitraires.Un travail de consultation fut mené dans les régions qui ont exigé une stratégie télévisuelle d\u2019inter-communi- cation des régions québécoises, de revitalisation des cultures des différents milieux et de participation des collectifs à la programmation nationale et régionale.197 Radio-Québec ne pourra en effet être une télévision éducative que si elle est d\u2019abord une télé fondamentalement différente, un média qui, refusant de bombarder un public réduit à la passivité, permet aux populations cibles de se dire à elles-mêmes et de communiquer ce vécu à d\u2019autres.\u2018 Pour le moment, hélas, Radio-Québec colle au plus facile : le talk show ! Suite à cette action d\u2019analyse et de mobilisation, et sur la base des organismes rejoints durant la bataille de Radio-Québec, on organisa en 1976 un front commun des communications de masse, front auquel l\u2019I.C.E.À.participait de plein pied tout en y fournissant un support technique soutenu.On s\u2019opposa à la télévision à péage, on publia un dossier noir sur les média.Les problèmes soulevés lors des journées d\u2019études consacrées à ce dossier ont par la suite amené le front à étudier le type de \u2018\u2018nouvelles\u2019\u2019 que nous servent à chaque soir les deux canaux.Cette analyse sera d\u2019ailleurs publiée à l\u2019automne 1979 en même temps qu\u2019une autre enquête sur les effets de la concentration des entreprises de presse sur la standardisation des contenus véhiculés.Le Front des communications de masse et le comité que l\u2019I.C.E.A.vient tout dernièrement de créer pour y donner suite, tentent de sensibiliser les classes populaires et l\u2019opinion publique en général ainsi que les artisans de l\u2019éducation formelle à la dégradation de la qualité de l\u2019information et de l\u2019ensemble de la programmation.A moins de vouloir regarder la réalité par le mauvais bout de l\u2019entonnoir, il importe, sur le front éducation, d\u2019être vigilant face à l\u2019évolution de cette école parallèle à laquelle la très grande majorité de la popualtion s\u2019inscrit passivement pendant près de trente heures par semaine.Comme dans l\u2019ensemble de ses dossiers, l\u2019I.C.E.As\u2019intéresse à l\u2019action internationale en matière de communication de masse.Plus particulièrement, l\u2019Institut suit de près la commission internationale de l'UNESCO sur les communications de masse.Les constats de cette commission d\u2019enquête sur les rapports de domination culturelle au niveau mondial sont de nature à nous sensi- 198 IT TITER!) A RE A a ) i JERE ERD RRR 1 rest at di.di biliser sur la dimension internationale de notre action et à nous mieux faire saisir l\u2019impact de la main-mise croissante des grands intérêts privés sur les entreprises de presse.Cependant, quelle est la nature de la \u201cboite\u201d qui porte ces diverses actions ?Quel projet social cela tra- duit-il ?2.L'L.C.E.A.: une petite boîte singulière sur le front éducation Actif dans ces trois champs d\u2019intérêts variés poussant à la culture populaire, à l\u2019éducation et aux communications de masse, l\u2019I.C.E.À.regroupe quelque cent organismes et soixante individus membres provenant des groupes populaires, des syndicats, des coopératives, des organismes d\u2019animation et de formation et des institutions publiques des secteurs de l\u2019éducation (commissions scolaires, Cegeps et universités) et de la santé (CLSC).Le secrétariat permanent est composé d\u2019une équipe de douze personnes formées en équipe de travail autour des deux axes de travail notés plus haut, de la documentation et de l\u2019information, et des tâches administratives.L\u2019éclatement de la notion d\u2019éducation et le rappel constant sur le front scolaire de la nécessaire référence constante aux milieux populaires sont deux caractéristiques de l\u2019I.C.E.A.qui, on le voit, s\u2019inscrivent dans son membership tout comme dans son histoire.La place privilégiée faite à l\u2019éducation populaire autonome est aussi vieille que l\u2019Institut fondé en 1946.C\u2019est d\u2019ailleurs après avoir axé ses activités sur les besoins des mouvements populaires et les moyens de communication de masse, que l\u2019I.C.E.A.constitua, de 1960 à 1967, un lieu-clé, dans le cadre de la révolution tranquille, de promotion d\u2019un système public d\u2019éducation des adultes.Depuis, l\u2019IC.E.A.fut peu à peu amené à exercer un rôle critique face à la mise en place de ces structures, d\u2019abord en rappelant l\u2019importance de développer les milieux défavorisés, puis, après 1973, en centrant son action sur les deux objectifs notés plus haut 199 où la promotion de l\u2019éducation populaire autonome permet d\u2019opposer aux appareils culturels de contrôle et de domination a la fois des ripostes et des contre-mode- les capables d\u2019indiquer des voies de transformation de ces appareils.Peut-être comprend-on mieux maintenant que pour l\u2019I.C.E.A.l\u2019histoire de l\u2019éducation déborde celle de l\u2019école; elle est l\u2019histoire de l\u2019ensemble des rapports d\u2019imposition culturelle et de résistance à cette domination, elle est l\u2019histoire de la dialectique entre l\u2019école (y compris l\u2019école parallèle) et la contre-école.Je n\u2019aurai pas la prétention de m\u2019interroger sur ce qui serait advenu, en l\u2019absence de l\u2019I.C.E.A., de l\u2019histoire de l\u2019éducation au Canada francophone.Cette petite boîte existe et elle constitue pour ses membres une source privilégiée d\u2019information et un support pour mieux structurer les revendications, pour lancer le débat et pour se mettre en contact avec les expériences étran- \u2026\u2026: gères.$1 La précarité organisationnelle (appartenance volontaire) et financiére conduit cet institut a chercher a répondre aux aspirations d\u2019un membership issu des milieux populaires et du monde de l\u2019éducation; un institut ainsi amené à jouer tant bien que mal un rôle singulier sur le front éducation, un rôle marqué à la fois par une recherche empirique et une solidarité populaire enracinée historiquement.200 UM i i Avec ou sans l\u2019État? = eee Te ap oo oa «are Le a wpe me = Keg or LT Loo ces = ao a Eres cas == ee TEE Tens RE, Error irs ce PE IE re TL p=?je & 0 ANA 7 3 FE 3 Marcel Rioux Quelle éducation?Quelle culture?Depuis deux décennies les Québécois et leurs gouvernements ont consommé beaucoup de controverse, de publications et de lois qui ont trait à deux sujets dont ils ne se souciaient guère avant la Révolution tranquille : l\u2019éducation et la culture.Depuis tout temps, l\u2019éducation était l\u2019affaire des Eglises et les citoyens en étaient gardés à l\u2019écart, les \u201c\u201cspécialistes\u2019\u2019, les faiseurs de manuels et les Evêques s\u2019étant arrogés tous les droits en ces matières.Quant à la culture, on en discutait peut-être à voix feutrée dans certains cénacles pour déplorer qu\u2019elle n\u2019eût pas encore débarqué sur nos rives ou pour se congratuler de quelque manifestation prometteuse.Les choses ont bien changé depuis; l\u2019éducation est au menu de tous les palabres qui se veulent dans le vent et la culture envahit de plus en plus le champ de nos préoccupations.Ceux qui, naguère, souhaitaient que le Québec devînt l\u2019Athènes de l\u2019Amérique du Nord seraient fiers de nous.Peuple soumis au plus grand nombre de sondages d\u2019opinion, nous sommes probablement aussi celui qui parle le plus d\u2019éducation et de culture; nous avons de surcroît, et n\u2019en déplaise au Mgr Paquette du début du siècle, allumé aussi le feu de quelques hauts fourneaux.Où en sommes-nous ?S\u2019il ne s\u2019agissait que de bonheur et de confort intellectuel, nous étions peut-être plus confiants quand l\u2019Eglise s\u2019occupait d\u2019éducation, nos intellectuels et artistes de culture et lorsque, comme peuple, disait encore, en 1961, l\u2019ancien premier ministre Lesage, \u2018\u2018nous étions en 203 possession tranquille de la vérité\u201d.On a détruit nos belles certitudes.Il n\u2019est pas la moindre petite association qui ne se déclare angoissée, qui n\u2019a pas sous le bras son petit train de réformes pédagogiques et son plan de sauvetage de la culture québécoise.Les ténors de la Révolution tranquille se sont tôt mis à la tâche pour transformer cette société qui avait duré pendant des décennies en perpétuant les vérités et les institutions héritées mais qui, après la deuxième grande guerre, manifestait des signes d\u2019insatisfaction et de contestation.Faute de pouvoir et de vouloir s\u2019attaquer de plein fouet aux problèmes posés par la dépendance politique et économique, le gouvernement décida de réformer le système d\u2019éducation, dans l\u2019espoir que les mentalités réformées et les connaissances et techniques acquises permettraient aux nouveaux citoyens de transformer durablement la société.Il semble bien que si l\u2019on devait caractériser d\u2019un mot le projet de société qui sous-tendait le premier gouvernement des années 60, c\u2019est celui de modernisation, c\u2019est-à-dire de rattrapage des autres sociétés de l\u2019Amérique du Nord.Il n\u2019est pas exagéré de dire que pour l\u2019ensemble du personnel politique, les idées de bonne vie et de bonne société étaient celles des sociétés avoisinantes, c\u2019est-à-dire d\u2019une société industrielle qui fonctionne à la rationalité et à la fonctionnalité.Le rapport Parent s\u2019élabore au moment où le Québec est en rupture de ban avec son passé et, ce qui plus est, au moment où les sociétés industrielles subissent aussi des assauts de la part des jeunes générations et autres groupes sociaux; la date la plus marquante de ces mouvements est le Mai 68 français.Il apparaissait alors que nous abordions un tournant dans l\u2019évolution des société occidentales.S\u2019opérèrent alors des virages dans les systèmes d\u2019éducation et dans d\u2019autres secteurs de la société, réformes qui devaient tenir compte des turbulences idéologiques.En 1969, dans le Rapport de la Commission d\u2019enquête sur l\u2019enseignement des arts au Québec, on lit : \u201cOn peut dire sans crainte de se tromper que, pour la très grande majorité des populations que les Etats modernes se sont donnés pour mission de 204 scolariser, les impératifs du système économique ont été primordiaux.Comme l\u2019exprime Emile Copferman, \u2018\u201c\u201céducation scolaire, familiale, apprentissage professionnel doivent constituer autant d\u2019étapes préparatoires à une entrée soumise dans le système de production.\u201d (1) Et ce même rapport écrit, dans l\u2019esprit des années soixante : \u201cSi, comme le dit Georges Canguilhem, une culture est un code de mise en ordre de l\u2019expérience humaine\u201d, il faut que cette expérience humaine soit la plus totale possible et laisse libre cours a toutes les virtualités de la perception, de la sensibilité et de l\u2019imagination.En d\u2019autres termes, il faut que l\u2019homme s\u2019engage dans la vie avec tous ses pouvoirs, toutes ses facultés; aucune n\u2019est superflue pour qu\u2019il réalise sa vocation de liberté et de création.\u201d (2) Dis ans plus tard, tout se passe comme si le balancier oscillait dans l\u2019autre sens et qu\u2019on soit tout bonnement revenu à la plus pure rationalité économique et que l\u2019alerte des années 60 étant passée, on revient au \u2018\u2018business as usual\u201d.Les systémes d\u2019éducation et les conceptions de la bonne vie et de la bonne société s\u2019en trouvent modifiées et dans bien des milieux, on prononce le mot de tous les hommes d\u2019ordre, \u2018\u2018finies les folies !\u201d Tout cela veut-il dire que les contradictions surtout culturelles qui, dans les années 60, avaient provoqué contestations et réformes se sont résorbées et qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019effets de surface ?Il n\u2019en est rien mais les contradictions économiques ont repris le dessus et nos bons Etats sont en train de trouver des parades et de mettre sur pied des politiques de re-déploiement du capitalisme.De partout, les néo-conservateurs sortent en force sur la place publique.Il y a des \u2018\u2018limites souhaitables à la démocratie\u201d rappelle le Pr Samuel Huntington, proche collaborateur du Président Carter; il y a des \u2018\u2018limites aux espérances de l\u2019individu\u2019\u2019.\u201cMais c\u2019est la première fois, écrit Pierre Domergues (Le Monde diplomatique, mars 1979), que les limites \u2014 par exemple de la mobilité 1.Vol.1, p.34.2.Vol.1, p.41.205 RR ar soclale \u2014 sont reconnues comme naturelles et inévitables dans le pays où l\u2019idéologie dominante affirmait récemment que \u2018\u2018tout est possible\u2019\u2019.On assiste à un regain de publicité institutionnelle \u2018\u201cglorifiant les bienfaits du capitalisme démocratique\u201d\u2019 financée par le grand capital \u2014 Mobil Oil par.exemple.Depuis deux ans, cette publicité envahit les ondes : \u2018\u201cLa libre entreprise est un système naturel qui suit la loi commune de l\u2019humanité\u201d.\u201c\u201c\u2018Attention ! Méfiez-vous de ceux qui disent du mal de l\u2019Amérique !\u201d Les hommes forts et d\u2019ordre reprennent du poil de la bête et chacun soupire après son ayatollah \u2014 au Québec, nous avons déjà le nôtre, prêt à entrer en action, au moindre signe de la main de Dieu.Comment tout cela se traduit-il au Québec ?Il serait bien surprenant que les vagues du nouveau conservatisme répressif n\u2019atteignent pas nos rives.On a déjà abondamment noté que de-ci de-là des vieilles droites et des nouvelles se font davantage entendre et réclament des politiques répressives contre les jeunes, les ouvriers et les économiquement faibles.En éducation, les slogans américains \u2018\u2018back to basics\u2019\u2019, et \u2018\u2018back to fundamentals\u201d font leur chemin et ont commencé à se traduire par des projets de politique qui assureront mieux \u2018\u2018une entrée soumise dans le système de production\u201d.\u2018\u2018Chatcun à sa place.\u201d dirait la Sagouine.Il reste quand même que le Québec présente en Occident un cas assez particulier.Dernière colonie qui a entrepris sa marche vers la libération nationale, des couches de ses citoyens de plus en plus nombreuses, mises en appétit de changement, ont l\u2019impression et la conviction que l\u2019indépendance doit être le moyen de bâtir un pays plus juste, plus humain, plus créateur et qu\u2019elles doivent participer non seulement à l\u2019émancipation politique mais économique et culturelle.Ces désirs d\u2019autodétermination et d\u2019autocréation demeurent, malgré les énormes contraintes auxquelles est soumis le pays, les atouts les plus certains pour la construction de l\u2019avenir; si les appétits des groupes francophones sont aussi gargantuesques qu'ailleurs, leur rachitisme relatif les contraint à la prudence.Et quand les dominants 206 MALI OTREE HOMATIONM fiesta CMY él.hia politiques sont les mêmes dans d\u2019autres domaines, il peut arriver qu\u2019on rejette à la fois toutes les formes de domination.Il faut avouer, toutefois, que nous en sommes encore loin.Malgré ces mouvements de libération et les désirs d\u2019une majorité de Québécois et des collectivités régionales et autres de se reprendre en main et d\u2019assumer leur destin, il reste que les dangers qu\u2019on décèle dans les démocraties libérales menacent le Québec, avec des caractères spécifiques qui n\u2019en sont pas moins inquiétants.Chacun, bien sûr, peut voir les dangers d\u2019une façon différente, selon sa propre optique des choses.Ceux que représente la prolifération des bureaucrates et des technocrates nous menacent autant que ceux que représentent les pouvoirs d\u2019argent.Parce qu\u2019en 1960, le seul levier que les Québécois possédaient était celui de l\u2019Etat, son rôle s\u2019est fait de plus en plus grand avec les années.Et l\u2019arrivée au pouvoir du Parti québécois avec l\u2019équipe ministérielle la plus compétente depuis 1867 \u2014 dit l\u2019Economist de Londres \u2014 a accentué cette tendance.Désirant bâtir un pays, les Péquistes ont abordé tous les grands secteurs d\u2019activité, ont émis des hypothèses, proposé des solutions et passé des lois qui, pour importantes et opportunes que la plupart fussent, ont élargi le rôle de l\u2019Etat, de ses bureaucrates et de ses technocrates.Avec des idées généreuses de participation, de décentralisation et de régionalisation, il n\u2019en reste pas moins que les discours, les initiatives et les expertises restent le monopole de l\u2019Etat.Les effets peuvent être démobilisateurs et néfastes; l\u2019Etat prend vite le pli d\u2019être le maître.d\u2019oeuvre et les citoyens et les collectivités, celui d\u2019être l\u2019objet de la sollicitude d\u2019un Etat bien pensant et bien agissant.Au mieux, on arrive à une espèce d\u2019Etat-Pro- vidence qui veille sur toutes les activités des citoyens et, au pire, à une espèce de dictature éclairée.De l\u2019assistance économique à l\u2019assistance culturelle, en passant par l\u2019assistance sociale, on en arriverait vite à un peuple dépourvu de toute initiative et à une extension tentaculaire de l\u2019Etat-Provindence.Quelles que soient les raisons invoquées \u2014 incurie des gouvernements précé- 207 RL LE dents, pays a batir, menaces extérieures \u2014, le danger demeure et grandit à mesure que l\u2019Etat se substitue aux collectivités et aux citoyens eux-mêmes.Il ne s\u2019agit pas d\u2019affermir la libre entreprise \u2014 liberté d\u2019exploitation et d\u2019oppression des autres \u2014 mais de fournir les outils et le climat pour que les collectifs s\u2019affirment et réalisent leur propre finalité; il faut redistribuer les pouvoirs de l\u2019Etat aux instances régionales et locales.On a parlé de l\u2019Etat comme de la première des aristocraties constituées; au Québec, et c\u2019est bien là le paradoxe le plus déconcertant, il faut veiller à ce que cette équipe de bons gestionnaires ait la fortitude de se mettre en veilleuse au profit des groupes de citoyens et des collectivités qui veulent que s\u2019épanousisent leurs projets de création, fondés sur des solidarités au ras du réel concret.Ce qui veut dire que la diversité des classes et des groupes, des régions et des ethnies soit reconnue; il va falloir tenir compte de cette diversité à l\u2019intérieur du Québec même.A cause des longues décennies de résistance, il a fallu mettre l\u2019accent sur l\u2019ensemble de la communauté; aussitôt réalisée notre émancipation collective, il va falloir mettre en place des politiques qui reconnaîtront cette diversité intérieure.De plus, il n\u2019est pas sûr, par exemple, qu\u2019il ne faudra pas repenser en profondeur le découpage des ministères et des administrations qui sectionnent verticalement la réalité sociale; il faudra les regrouper selon des axes verticaux qui rassembleront des couches réelles de population plutôt que des catégories économiques et techniques.On charcute les citoyens selon tellement de variables qu\u2019ils sont seuls devant cet Etat, ne sachant où donner de la tête, face aux savoirs bureaucratiques et technocratiques; s\u2019il est vrai qu\u2019il faut ramasser les morceaux de souveraineté qui résident à l\u2019extérieur, il faut aussi les rassembler chez les individus, les collectivités et les régions.\u201cLa maison de fous\u201d dont parle le chef du gouvernement a propos du régime fédéral, elle existe, aussi a l\u2019intérieur du Québec.Un projet de culture québécoise qui n\u2019irait pas jusqu\u2019à briser avec les modèles hérités 208 continuerait, vaille que vaille, les traits les plus contestables de l\u2019aliénation et de l\u2019exploitation généralisées.Cet accaparement par le gouvernement du monopole de la légitimité se traduit tant au point de vue de la culture que l\u2019éducation par la valorisation excessive de la centralité.Même si l\u2019Etat québécois prétend n\u2019émettre que des hypothèses et ne poser que des questions, il reste que c\u2019est lui le professeur, c\u2019est lui qui circonscrit les aires, les découpe et légitimise les réponses.Toute réponse reformulée ou répliquant à d\u2019autres questions que l\u2019Etat ne pose pas s\u2019en trouve rapidement discréditée.L\u2019Etat se faisant le questionneur des besoins des citoyens \u2014 déterminés par des sondages et des enquêtes \u2014 il contrinue par sa centralité et par ses questions à faire dire le besoin; on se congratulera ensuite que les citoyens aient a peu près les mêmes besoins que ceux que les questionneurs de l\u2019Etat avaient prévus : les questions contiennent déjà les réponses.Les machines, les automates, les ministères ont des besoins qu\u2019il faut satisfaire mais seuls les citoyens ont des désirs qu\u2019ils réaliseront si l\u2019on favorise l\u2019autocréation individuelle et collective.Enfin, s\u2019agissant d\u2019éducation, processus que sous- tend une conception de la bonne vie et de la bonne société, et de culture qui, finalement, exprime ce projet de société, il faut nous demander comment ces phénomènes interfèrent avec l\u2019économie.En stricte logique, l\u2019économie devrait être replacée à l\u2019intérieur du projet global de société et contribuer à sa réalisation.Or, qui ne voit pas que dans nos sociétés, c\u2019est bien le contraire qui se produit; l\u2019économie prime sur le politique et le culturel.Au Québec, dans ce pays qui se bâtit, le même écueil nous guette.On aura beau énoncer les meilleurs principes et les meilleurs thèses sur le développement culturel et politique, tout cela ne servira à rien, si, finalement, c\u2019est toujours la rationalité (ou l\u2019irrationalité) économique qui l\u2019emporte.Il arrive justement, au- jourd\u2019hui, que l\u2019on retrouve beaucoup plus de cohérence et d\u2019esprit novateur chez ceux qui pensent le développement culturel que dans d\u2019autres secteurs qui donnent 209 RRR ER l\u2019impression que l\u2019on navigue à vue, au gré des conjonctures.Et, comme les impératifs économiques semblent toujours les plus importants, on retombe ainsi facilement dans les mêmes ornières, donnant priorité à l\u2019économie libérale qui comporte, elle aussi, un projet de société; c\u2019est ainsi qu\u2019au jour se trouve grugé et érodé un autre projet de société, celui de ceux qui pensent à moyen et à long terme.Les impératifs de la conjoncture économique, c\u2019est la plus belle tombe qu\u2019on a trouvée pour enterrer les plus beaux projets de transformation culturelle.L\u2019éducation et la culture sont les premières victimes du réalisme économique, qui n\u2019a de réel que l\u2019appétit de ceux qui se lancent dans toutes \u2018\u2018les libres entreprises\u201d\u2019, y compris celle de l\u2019énergie nucléaire, comme c\u2019est le cas tragique, aujourd\u2019hui, en Pennsylvanie.par exemple.210 Passé simple a François Charron Le passé simple sérénité dans l\u2019aller et le retour vous ne voulez plus quoi ce drame ralenti vous explore et vous livre ceux- là n\u2019ont pas la vue ni la chaleur qui cherche à guérir ces bêtes anxieuses que nous sommes je revois trois personnages devenir une dette du corps une matière plastique fuyante le long des campagnes et ils se résorbent dans la pondération ou l\u2019évanouissement blême éphémère une respiration fascinante et lancinante et secrète je descends les âges au contact d\u2019un éblouissement natal cette assurance des êtres que cache-t-elle que prend-t-elle plus tard à ces objets qui ne bougent pas au moment même où vous pourriez les briser et ils semblent vous regarder drame ralenti avec ceux qui décèdent à chaque décès adagio de glace et ce mur ces collines nous défendent de mourir pour en savoir davantage devant la transparence d\u2019un monde inanimé la pulsation lente ne veut être trahie à aucun moment enclaves de l\u2019intérieur comme si l\u2019origine le noeud y étaient diffus est-ce le temps déjà ennemi * inventez le jamais-plus-jamais du sujet il n\u2019a plus peur il fait face aux mystères aux évidences du passé l\u2019incommunicable à sa lèvre lentement éprouvé pour me confier c\u2019est le tableau qui dirige il a raison dans le nid des souvenirs et les trous de l\u2019enfance on ne 213 sait jamais vous devenez quelque chose sur un rectangle une fois il comprend il arrive près d\u2019une fontaine jeune matelot pressentant l\u2019étouffement sur terre chacun des angles devenus blancs je me heurte sans fin aux coffres fermés je suis un voilier sauvé du naufrage le croisement l\u2019ineffable croisement qu\u2019il donne au lecteur inventez-le poings dévalisés très tôt au bord de ce village à charlevoix et le paysage vivant et le fleuve ce parcours il est proche pour finir à la hauteur du dépouillement si vous allez plus tard ronger les portes barrées lentement c\u2019est long loin du cri espérant les lignes simples l\u2019opacité engourdie cette attention souhaitable un léger balancement à peine il vit labyrinthe où vous m\u2019entendrez plus tard pâle peignant le pâle les restes sous leurs formes initiales leurs intervalles protégés par l\u2019hiver au revoir pétales tout le jour jean-paul lemieux défait ce qui allait nous rejoindre et nous tenir captif un brouillard une imprégnation par je ne sais quel courant déporté l\u2019orphelin avec son père et sa mère à ses côtés puis le verbe aimer angoissante liturgie où les champs deviennent nos substances perdues jusqu\u2019au matin ça et là les frères et les soeurs les parents animés leur stabilité leur tranquillité de vitrail il y a un gouffre dans l\u2019amour de l\u2019oeuvre qui nous vide encore plus mais qui appeler un indice les paralyse les pend a leurs songes entraine un remous figé une lassitude généreuse qui efface les objets parfois givre esquissé à peine nous caresse nous pâme gamme infinie la patine du meuble ancestral sa parfaite sérénité où les frontières se bercent sans jamais être prises déroulées en nous-mêmes fables affalées elles nous parviennent de décembre et au-delà 214 * il écoute naguère le dense univers refermé sur l\u2019espace sfumato qui pèse les mots de l\u2019être et ses fureurs muettes voyez-vous le vertige qui s\u2019ouvre devant vous voyez-vous le désir trouble ce voile de la conversation où rien n\u2019arrive que l\u2019amas l\u2019indicible les abysses nos fouilles patientes de voyageur fatigué sans appuis qui accumulent les astres pendus c\u2019est cela naguère le dense univers que vous êtes où le retrouver avec des noms dessus ce n\u2019est rien un éloignement une adhérence au chemin nulle part en mille neuf cent sur le plancher l\u2019atmosphère affolante de la paix au ras des saisons quand vous ne pouvez plus sortir de la boîte la mélancolie devient une curieuse vitesse une distance l\u2019ensemble combien dépourvu promenade dans le fixe horizontal nous partons silhouettes solitaires et toi la neige l\u2019insondable quelques bruissements que tu donnes là-bas par le silence et la mémoire des lampes l\u2019ennui si vaste une blessure où la retrouver * je tiens le souvenir très long l\u2019inclinaison vers l\u2019obstacle je le frôle comme jaunit une vieille photographie un vieux cliché presque détruit nous avons dû partir éclaboussés quelle séduction se dissimule nous met en cause vers la fin une émergence calme calme presque absolue ou te cachais-tu loin de ces villes vidées et désertes qui nous empêchent d\u2019être ensemble et jouer s\u2019embrasser tellement proches brûlure inclinée une attirance m\u2019échappe l\u2019écran un filet noir au fond à peine une réponse peut-être mais c\u2019est toujours dehors en allé rencontres rythmes disparus l\u2019allusion aveuglante nous offre la non-évidence de janvier cycles qui bougent comme une avalanche impossible mais avant et même où je suis immensément la promesse défaille tente de se faire étonnement forteresse imprenable tout ceci si vous veniez enfin vous aurais-je trouvés vous aurais-je aimés sans merci 215 le bleu l\u2019enfant le blanc près du blanc le rouge qui est mis là je ne sais pas cette densité est déjà un manque hagard gel en plein printemps rêverie du retard arrière-monde habillé avec de quoi se nouer l\u2019arrêt l\u2019éparse au bord entre vous et nous un peu le me suis-je déjà vu là où je ne suis pas la main ouverte gardienne de quel puits de quelle surprise le récurrent du dedans vous passez tout près à peine les ailleurs où je laisse gagner l\u2019intuition la contrée a des vacances pour nous dérouter un visage sur un fond inexistant l\u2019attention perdue aux marges de la vie mais ce n\u2019est guère ce que vous sentez seulement un pincement et ça se passe nue la scène que vous suivez les gerbes de lait et une dimension de deuxième mort au-delà encore ce mince filet au loin on n\u2019ose pas bouger là où nous sommes les rôles ne sont plus préparés l\u2019insaisissable tant de fois pas à pas et simultanément arriverons-nous à mourir vraiment * nuances arrivées à cette constance à cette tiédeur les sapins les peupliers les arbres avec leurs membres sciés oubliés dans les bois l\u2019accord se décide on tend une ficelle entre le théâtre et les bois on plonge à la périphérie le refuge complètement comme s\u2019il n\u2019avait jamais été qu\u2019une attitude un sceau de la naissance avec ce goût propice sans hâte pour la seconde fois ces foules vers où tu passes agitation urbaine de chacun en route pour rien mannequins tranquilles assujettis qui vous font dos quand vous faites dos à ceux qui vous font dos somnambules ici et là ailleurs les bouts coupés j'ai vécu les présages que je fuis j\u2019aspire au glissement à n\u2019être plus qu\u2019un bruit le mien un fanal au fil de la journée un feu délié le peintre infranchissable mesure l\u2019équilibre arrache des absences qui sèchent vite nous ramasse rompus douceur exposée minutieuse discrète et c\u2019est là pourtant près des linges avant qu\u2019on referme le pays entier et nos pas étranglés 216 * profils figés dans la nuit engloutie atteignent cet arrachement promené sans rien dire intensément la comme si quelque chose avait été effacé dominé une perfection de mouvements fades qui remontent en vain jusqu\u2019à l\u2019obscur près du fragile 1\u2019avenir passé F à travers les couloirs les masques avec cette beauté F maigre et ses anneaux imaginaires ses replis me ramèneront jusqu\u2019où sans bouger mais nous serons les visiteurs avec des billes à la place des yeux dans l\u2019infini obsédant village au milieu de ce carré oh très légèrement il la regarde désirer le cadavre : de son enfant qui se repose par-dessus le sol E incantation allant au devant nous avale frôle la lune ES parfois je respire je m\u2019en souviendrai toujours si l\u2019avenir est à côté de moi très fort je touche les miroirs les menottes par quoi déjà depuis longtemps un cauchemar un aboutissement de l\u2019ombre ses ruines enfin comme le vent souvenu qui épèle mes genoux sans doute vieille maison sur les épaules ge * drap enneigé immeuse pour sauver quoi elle semble murmurer les seins naissants et ce serait une flamme derrière la porte une offensive dilatant les parois on ne sait où une source à peine une finesse posée 5 sur les pentes étudiées se propage se disperse E splendide désolation comment oses-tu devenir une plaie un dogme du froid l\u2019isolement à son comble elle perd la vue nous cherchons son regard soulevé son intonation dans les débris sur l\u2019autre côté du monde un détail qui couve les ongles et les dents la plaine l\u2019inlassable plaine au comble de l\u2019isolement ne lui laisse ni le feu ni les cendres l\u2019ancre la retranche et brüle ses pas le corps en deux devient une petite chose une personne comme attachée effarée qui nous parle du sable sans éclairs immense pour sauver quoi le royaume dormait-il presque complet pacifique protégeant Tm A LT 217 les extraits de son sang distribué aux quatre points cardinaux une ultime pensée la traverserait à rebours du temps comment lui expliquer elle avale les distances elle palit trop tard naturellement * on leur enléve jusqu\u2019au sourire parfois la représentation devient domaine flottant une rupture incessante un passage des formes à l\u2019aube aspirant et même ainsi un phare obsédant durant l\u2019été de mille neuf cent quatorze tout près en face derrière le dos l\u2019ombrelle au loin le pavillon dormant immobile inlassablement que veut-il les étreintes partent pour le nord nous revenons emmitoufflés humant les légendes mais qui prétend garder quoi avec ces chapeaux tellement essentiels une barrière peut-être avide ondule que veux-tu la journée commence à peine le repos l\u2019assoupissement une énigme demeure et puis les preuves reviennent tant s\u2019éprouve le départ le calme ou le tout au sommet en plein midi au bout des doigts bien longtemps mais c\u2019est là jusqu\u2019à l\u2019os je vous donne des gestes qui ne sont plus qu\u2019un lieu qu\u2019une laine qu\u2019une horloge je vous offre des boucles elles cessent au fond d\u2019on ne sait quoi 218 = Le J.A.Lou Quand l\u2019autogestion trouve la clef des champs q =) 2p Gabriel Gagnon Parmi les expériences d\u2019autogestion qui surgissent aux quatre coins du Québec, le J.A.L.est en train de i devenir en milieu rural le symbole que joue encore Bi Tricofil en milieu ouvrier.Le danger que courent ces expériences-symboles que nous créons de temps a autre c\u2019est de devenir des sortes d\u2019exceptions, gatées par les subventions des gouverne- E.ments et du mouvement coopératif, au risque de nous faire oublier les problèmes fondamentaux qu\u2019elles posent et les possibles qu\u2019elles proposent à notre ré- i flexion et a notre action.bi Le dossier sur le J.A.L.que nous présentons aujour- i d\u2019hui n\u2019a donc pas pour nous une pure valeur descriptive ou monographique.Il est essentiellement destiné à E ceux et celles qui élaborent dans l\u2019action le contenu du Québec de l\u2019après-référendum.Au fond, Robert Carrier le montre dans son article sur \u201cles rapports nouveaux entre la population et les travailleurs\u2019, les \u2018\u2018Jallois\u2019® sont en train d\u2019imaginer petit À petit une nouvelle forme de gouvernement local beaucoup plus rapprochée que l\u2019ancienne d\u2019une démocratie économique où les producteurs auraient une part il importante dans les décisions qui concernent le déve- pi loppement intégré des ressources d\u2019un territoire.Ces pil nouvelles \u2018\u2018communes\u2019\u2019 pourraient bien, comme d\u2019é- Be ventuels conseils de quartier dans les villes, devenir pi l\u2019unité de base dynamique qui manque dans le projet i de décentralisation du ministre Léonard.A moyen E - 34 Et RS 221 terme, on verrait très bien un ensemble de coopératives de développement comme celle du J.A.L.remplaçant à toutes fins pratiques les municipalités rurales comme interlocutrices des conseils de comtés renouvelés.Par ailleurs, le J.A.L.représente un processus unique en son genre de promotion féminine en milieu rural.Alors qu\u2019on a plutôt l\u2019habitude d\u2019entendre les voix des représentantes, mieux organisées, des mouvements féministes urbains et syndicaux, Carmen Quintin donne ici la parole aux Jalloises.À partir d\u2019une quinzaine d\u2019entrevues effectuées au cours d\u2019un séjour eur le territoire l\u2019été dernier, elle nous fait découvrir ce qu\u2019est pour ces femmes la recherche de l\u2019autonomie dans le travail et la vie quotidienne, comment elles entrevoient l\u2019avenir de leur coopéraive et de leurs villages.L\u2019expérience de ces femmes, situées au centre du processus de transformation de leur communauté, constituera une nouvelle pièce au dossier des mouvements féminins québécois que Possibles compte aborder de façon plus systématique dans un prochain numéro.Les habitants du J.A.L.sentent bien que, pour survivre, leur expérience doit s\u2019étendre, d\u2019abord à l\u2019intérieur de leur région, puis peut-être dans tous les \u2018\u2018arrière- pays\u201d\u2019 québécois.Pour ce faire, un des principaux leaders du mouvement est déjà devenu président du Conseil régional de développement (CRD) de l\u2019Est du Québec.Le groupement forestier, principal pilier économique du J.A.L., a aussi contribué, avec les Unions de producteurs agricoles (U.P.A.) et les autres organisations sectorielles qui s\u2019intéressent au développement agro-forestier (autres groupements forestiers, sociétés d\u2019exploitation des ressources) à l\u2019établissement en 1976 de la Société d\u2019aménagment intégré des ressources de l\u2019Est du Québec (S.A.I.R.E.Q.) : cet organisme à vocation régionale veut qu\u2019en matière de développement les décisions ne soient plus l\u2019affaire exclusive de planificateurs en chambre ou de professionnels imposant leur volonté sur le terrain (agronomes, ingénieurs forestiers), mais de l\u2019ensemble des producteurs et des populations concernés.222 S.A.I.R.E.Q.et gouvernement s\u2019opposent actuellement autour du problème fondamental de l\u2019exploitation des forêts publiques que convoitent à la fois les grosses entreprises privées, la société d\u2019Etat Rexfor et les groupements forestiers que s\u2019appuient sur le Remettre aux populations l\u2019exploitation des forêts publiques, ce serait assurer l\u2019avenir d\u2019une multitude de communautés rurales qui ont contribué grandement à bâtir le Québec et apportent encore des réponses originales à l\u2019exploitation capitaliste et à l\u2019avènement de la société technocratique.223 pt e J = >a Robert Carrier* La coopérative du J.A.L.: des rapports nouveaux entre la population et les travailleurs Cet article mérite un préambule qui a trait à ses conditions de production.La préparation de ce texte a été possible suite à une présence systématique, depuis près de deux ans, sur le terrain J.A.L., à la fois comme professeur, chercheur ou comme militant engagé dans la lutte d\u2019un groupe populaire.Cela a permis un examen attentif de pratiques concrètes et m\u2019autorise peut-être à rendre compte de cette expérience.(1) Toutefois ce texte ne constitue encore qu\u2019une analyse partielle des expérimentations atfogestionnaires du J.A.L.Celle- ci est soumise a la discussion de tous ceux qui se préoccupent de questionner la réalité du développement autogestionnaire.Le défi du J.A.L.c\u2019est d\u2019étre un mouvement politique nouveau, de gauche et démocratique, qui tente de créer les bases autogestionnaires possibles d\u2019un projet de société coopérative et anti-autoritaire.C\u2019est un mouvement encore fragile, qui a besoin de permanence, de maturation, d\u2019auto-analyse, d\u2019auto-critique * Professeur à l\u2019Université du Québec à Rimouski.1.\u201c\u201c\u2026à la périphérie, le savoir social qui prend souvent les formes d\u2019une \u2018\u2018contre-sociologie\u2019\u2019 (au sens ou Lourau donne à cette expression) n\u2019est le plus souvent accessible qu'aux personnes réellement impliquées dans les processus ou dans les dispositifs (analyseurs) naturels ou construits\u201d.Dans Rémi Hess, \u201cLa sociologie périphérique dans les Ardennes\u201d, Les Temps Modernes, juillet 1977, p.2268.225 et qui souffre des récupérations importantes.Il a été construit à partir de pratiques coopératives encore jeunes, inarticulées et souventes fois en opposition entre elles.Il a besoin d\u2019alliances nouvelles (syndicales, coopératives et politiques) qui lui assureraient, lui garantiraient une généralisation possible de ses expérimentations.C\u2019est un mouvement politique, certes, mais qui s\u2019inscrit avant tout dans des pratiques quotidiennes de travail (2), où le \u2018\u2018savoir faire l\u2019autogestion\u2019\u201d\u2019 prime sur le \u2018\u2018savoir sur l\u2019autogestion\u201d\u2019.Le J.A.L.est un mouvement social.Ce sont les populations de trois villages qui, en 1972, ont dit \u201cnon\u201d à la fermeture de leurs paroisses et qui ont décidé de prendre en main le développement de leur coin de pays.Le J.A.L., c\u2019est de plus une série de \u201c\u2018projets\u201d(3) ou entreprises concrètes qu\u2019elles ont mis sur pied depuis ce temps.Des projets qui ont donné 120 emplois permanents et qui ont assuré, pour un temps encore(4), la survie économique des paroisses.Elle a été au Québec la première coopérative de \u2018\u2018développement\u201d et a comme nom \u2018La Coopérative de développement agroforestier du Témiscouata\u201d.Ce type de coopérative, voulu par les Jalois, imposait au gouvernement et au Conseil de la Coopérative du Québec une révision du moins une remise en question d\u2019une notion fondamentale dans les coopératives, celle 2.Au J.A.L., il fallait d\u2019abord assurer des emplois et, pour cela, bâtir des projets.3.Au J.A.L.on parle de \u2018\u2018projets\u2019\u2019 et non d\u2019 \u2018\u2018entreprises\u2019\u2019.Cela traduit concrètement une idée qui dépasse les mots.C\u2019est celle de \u2018\u2018l\u2019aménagement intégré des ressources par et pour toute une population\u201d.4.La survie économique des paroisses marginales en région périphérique n\u2019est jamais assurée.Ainsi la région du Bas du Fleuve et de la Gaspésie voit sa population diminuer au profit de celle du centre au rythme de 5,000 personnes par année.On assiste aujourd\u2019hui dans ces paroisses à ce qu\u2019on appelle maintenant la fermeture \u2018\u2018tranquille\u201d.une année c\u2019est l\u2019école secondaire qui ferme ses portes, l\u2019autre c\u2019est la caisse populaire, une autre c\u2019est le garage du coin.ainsi de suite.226 on = AT 5 de \u2018\u2018propriétaire-usager\u2019\u2019.C\u2019est dans la pratique que ce type nouveau de coopérative a révélé ses potentialités en même temps que ses limites.Nous essaierons de montrer lesquelles.Le J.A.L.avait proposé un objectif politique autogestionnaire, celui de la \u2018\u2018prise en main de développement du J.A.L.par les populations du J.A.L.\u201d\u2019(5), et il a réalisé plus que cela.Il faut voir comment cet objectif a été prolongé au delà du slogan, comment il a été intégré au niveau même des projets, au niveau de l\u2019organisation du travail.Le J.A.L.avait également posé des exigences concrètes à cet objectif aurogestionnaire, tels \u2018l\u2019aménagement intégré des ressources, la création d\u2019emplois stables, la participation effective et efficiente de la population à toutes les décisions qui touchent le projet J.A.L.\u2019(6) Le J.A.L.est une expérience de micro-développe- ment.Or en contexte d\u2019économie de marché, c\u2019est de toutes parts que l\u2019expérience du J.A.L.est menacée, économiquement, politiquement, culturellement, tant de l\u2019intérieur que de l\u2019extérieur.Le J.A.L.a représenté depuis cinq ans une forme de gouvernement (7).Mais ce fut un gouvernement parallèle, illégal, en opposition avec les vrais gouvernements (municipal, provincial et fédéral) et leurs institutions.C\u2019était un gouvernement sans moyens, sans ressources.Les Jalois ont un projet de société à protéger.C\u2019est ce qui ressort lorsqu\u2019on examine les actions quotidiennes qui sont menées là-bas, les tensions et les luttes de 5.C\u2019est le slogan de tous les groupes populaires qui ont lutté pour la survie des villages de l\u2019intérieur dans l\u2019Est du Québec (Esprit Saint, les Hauteurs, St-Jean de Cherbourg.).6.On retrouve ces exigences dans leurs chartes d\u2019entreprises, leurs statuts et règlements, slogans, communiqués de presse, rapports présentés aux gouvernements, manifestes, etc.7.C\u2019est ainsi que s\u2019exprimait Monsieur Adrien Rioux, du ministère des coopératives, consommateurs et Institutions financières, au moment d\u2019une rencontre à Québec, le 2 mars 1979, avec les représentants du J.A.L.227 RETIRE TR THAT RIT IRN ad IG ph in dn tedn nin i IR THR pouvoir qui existent toujours, les réussites également.Mais comment tout cela est-il organisé, structuré ?Comment arrive-t-on à protéger l\u2019autonomie des projets et éviter la concurrence; à planifier un développement intégré, harmonieux, et éviter la centralisation des pouvoirs; à donner la priorité au \u2018\u2018travail\u201d et aux travailleurs dans les projets et protéger cette sorte de \u201cpropriété communautaire et de pouvoir collectif\u201d\u201d qu\u2019on s\u2019est donnés par le biais de la coopérative du J.A.L.?Pour répondre à ces questions, nous montrerons dans un premier temps quelle est la structure globale de la coopérative du J.A.L.Puis en examinant de façon particulière la structure de pouvoir au niveau de certains projets nous ferons apparaître les enjeux importants du projet J.A.L.L\u2019idée de former une coopérative est apparue au J.A.L.dès les années 72-73.On voulait alors \u201cune coopérative générale de développement dont toutes les personnes habitant le J.A.L.seraient les propriétaires et dont les principales fonctions seraient de proposer des orientations pour le développement du J.A.L., d\u2019animer le milieu, de démarrer des projets économiques, de créer et de stabiliser des emplois au J.A.L., \u2026 etc.\u201d (8).Le J.A.L.compte une population de 2,000 personnes réparties sur quatre secteurs géographiques (3 paroisses) (9), et on y dénombre 400 familles.Trois cents per- sornes ont acheté des parts d\u2019admissibilité et sont membres votants de la coopérative.Son Conseil d\u2019administration est formé de 12 personnes, soit 3 représentants par secteur.Elle compte cinq employés permanents si on fait abstraction de ceux travaillant dans des projets qu\u2019elle a mis sur pied.8.Les travailleurs, le J.A.L., actes du colloque : \u201cL\u2019animation sociale et les entreprises coopératives et communautaires\u201d, tenu à l\u2019Université du Québec à Rimouski en septembre 1978.A être publié en 1979.9.Le nom J.A.L.est formé de la première lettre des noms des trois paroisses : St-Juste, Auclair et Lejeune.228 LA POPULATION / / N LA COMITES J.A.L.COOPERATIVE comités conjoints DU J.A.L.J.A.L./municipalités \u2014 agricole \u2014 voirie py \u2014 information téléphone i \u2014 artisanat logement i: \u2014 ete.etc.E LES PROJETS J.A.L.; \\ ; Ë Forêt Agriculture Industries Org.à but Autres , 1 non lucratif E.1.Grou- Pommes de Essences Jaljase Inc.Le Ranch k ) pement terre Jalles Inc des Monta- ; forestier gnards E: 2.etc.Erablière etc.Corporation Stan et E.touristique Gaston ER 3.Serres Fermes etc.BY d\u2019hébergement E.4.etc.Jalmain bi 5.Ass.chasse et péche 6.2 etc.LES TRAVAILLEURS La coopérative a généré directement certains projets tels les pommes de terre et l\u2019érablière qu\u2019elle se prépare à rendre autonomes, c\u2019est-à-dire leur obtenir un statut juridique distinct de celui de la coopérative.Elle a aussi contribué indirectement (10) à la mise sur pied de projets tels le ranch des Montagnards et Stan et Gaston.10.La contribution majeure de la coopérative aujourd\u2019hui repose simplement sur le fait qu\u2019elle est là et qu\u2019elle a généré nombre de projets économiques qui ont assuré des emplois 229 SR Eee Let te à ee pa ee Cp Riel RR TRES: IEEE COMENT POSER PERTE HH THR HH RHR HUH RRR RR RA Hine Elle a de plus réalisé nombre d\u2019études de tous genres telles la production de légumes en serre, la production de charbon de bois, une usine de sciage, etc.Ainsi tous les projets \u2018\u2018dits du J.A.L.\u201d n\u2019appartiennent pas nécessairement à la coopérative, certains en dépendent d\u2019une façon majeure, d\u2019autres pas.2.Un type nouveau de coopérative Le statut juridique que les Jalois ont choisi est celui d\u2019une coopérative de développement.On sait que la notion de propriétaire-usager est essentielle pour bien préciser le type de coopérative auquel on a affaire.Ainsi le propriétaire-usager d\u2019un cooprix ou d\u2019un comptoir alimentaire, c\u2019est celui qui achète ses produits à son magasin.Il en fait un usage de consommation.Le pro- priétaire-usager d\u2019une caisse populaire, c\u2019est celui qui fait ses dépôts et emprunts à sa caisse.Il en fait usage d\u2019épargne et de crédit.Or la mesure de l\u2019usage que le propriétaire-usager fait de sa coopérative est importante parce que dans le cas où les opérations financières de sa coopérative ont été rentables il a droit à une part des suplus (profits) annuels réalisés qu\u2019on lui remet sous forme de ristournes.Et ces ristournes lui sont accordées au prorata de \u201c\u201cl\u2019usage\u2019\u2019 qu\u2019il a fait de sa coopérative.Comment alors définir et mesurer \u2018\u2018l\u2019usage\u2019\u201d\u2019 que les Jalois font de leur coopérative de développement ?L\u2019usage est habituellement défini en termes économiques et mesuré à l\u2019aide de transactions financières précises (factures d\u2019épicerie à Cooprix, montant des dépôts ou emprunts à la caisse populaire, etc.) et cela s\u2019avère impossible dans le cas de la coopérative du J.A.L.Alors, qui sont les usagers de la coopérative du J.A.L.?(11) Qui sont ceux-là qui devraient bénéficier des surplus (profits) générés par la coopérative ?Est-ce ceux qui bénéficient d\u2019une radio communautaire que 11.Pour les lois coopératives québécoises la question n\u2019a pas trouvé de réponses.230 la coopérative a mise sur pied ?Ou est-ce ceux-là qui ont trouvé des emplois dans les projets J.A.L.?Pour ces Jalois, ce sont les uns et les autres, c\u2019est-à- dire, d\u2019une part toute la population qui bénéficie du développement du J.A.L.et, d\u2019autre part, de façon encore plus privilégiée, les travailleurs dans chacun des projets J.A.L.Les discussions qui ont eu lieu au J.A.L.à ce sujet ont une portée qui va au-delà de la simple reconnaissance d\u2019un statut juridique.Celles-ci ont particulièrement mis en évidence les pouvoirs réels que toute une population doit pouvoir exiger de ses entreprises (prévoir des ressources financières pour réaliser des fins autres qu\u2019économiques, l\u2019aménagement intégré des ressources, etc.).Elles ont montré également comme les populations du J.A.L.ont été sensibles au fait que le \u201ctravail\u201d fourni et accumulé constitue l\u2019origine première de la valeur des biens et services produits.D\u2019une part on reconnaît que la production est \u2018\u2018sociale\u2019\u2019 et faite au profit de tous, d\u2019autre part on exige que l\u2019utilisation des surplus ou profits réalisés par les entreprises (la richesse qui est générée) serve avant tout une rémunération juste de la force de travail autant à l\u2019intérieur qu\u2019à l\u2019extérieur des entreprises.Mais ce qui frappe surtout les praticiens et théoriciens des coopératives c\u2019est que les Jalois remettent fortement en question la structure de pouvoir classique des coopératives en posant la question du droit des travailleurs dans les entreprises coopératives.On exige plus de pouvoirs pour les travailleurs au moment de l\u2019assemblée générale; on veut pour les travailleurs un pouvoir au moins égal à celui de toute la population.Cela vient remettre en question le principe (1 homme 1 vote) de la démocratie du sociétariat des coopératives et dénonce en même temps le caractère capitaliste de la coopérative, celle-ci étant moins une \u2018\u2018association de personnes\u201d et davantage une \u201c\u2018association large de détenteurs de capitaux\u201d qui créent des entreprises et achètent la force de travail d\u2019hommes et de femmes contre 1\u2019échange d\u2019un salaire.231 Cth eh CAE tH eh hh pn, hn RE ER NE TRE ENT MEO HRI SR HT TT TTT Le LT EE SRC tT TB TE TR NBT # TT TCR time LEGER Ne Pour voir comment, concrètement, ces discussions ont été suscitées au J.A.L.nous examinerons trois cas où le choix d\u2019un statut juridique doit être fait sous peu.Dans chaque cas, la question posée comporte certaines caractéristiques particulières, mais en tout temps le thème central de la discussion est celui de la répartition des pouvoirs entre la POPULATION et les TRA- V AILLEURS au niveau des projets.3.Le Groupement forestier de l\u2019Est du Lac Témiscouata Le groupement est une compagnie à but lucratif, formée en vertu de la première partie de la Loi des compagnies.Ce n\u2019est donc pas une coopérative et il compte aujourd\u2019hui 225 actionnaires.Son origine remonte à juillet 1973.Sa création avait été suscitée par un comité inter-municipal formé de deux représentants pour chacune des paroisses du J.A.L.et d\u2019un secrétaire, sans droit de vote.Le groupement a été le premier projet économique concret que les populations du J.A.L.se sont donné.Il est même antérieur à la formation de la coopérative.Depuis que la lutte avait été entreprise un an et demi auparavant, on s\u2019était alors associé à Opération Dignité II (12), c\u2019était le premier projet à voir le jour, le premier qui créait concrètement des emplois au J.A.L.L\u2019objectif principal du groupement forestier était de réunir dans une même entreprise les petits propriétaires de boisés privés et de favoriser ainsi une exploitation plus rationnelle de la forêt.Cela voulait dire des travaux de reboisement, de sylviculture et des travaux de coupe sur une base rationnelle pour permettre la regénération continue à long terme des forêts des boisés privés.C\u2019était à coup sûr une question de survie, et pour la forêt privée qui était autrement surexploitée, et pour 12.Opération Dignité II avait vu le jour en 1971.Elle regroupait les représentants de 27 paroisses environnantes et constituait un groupe de pression qui avait dit \u2018\u2018non\u2019\u2019 à la fermeture des paroisses de l\u2019intérieur 232 PR AN NET TS TER TICE TIT A.IHRM CEL.THIEN TTT POTTS (TH TORE HERA SLRS TIE REI RHR THT aies : TE RE LR le propriétaire de lot qui s\u2019assurait ainsi un revenu supplémentaire.Trois décisions ou événements importants qui viennent modifier la structure de pouvoir du groupement ont marqué sa petite histoire.Le premier a trait à l\u2019actionnariat de l\u2019entreprise.À l\u2019origine, seuls les propriétaires privés de lots boisés pouvaient être actionnaires votants du groupement, qu\u2019ils soient simples propriétaires de lot ou propriétaires et travailleurs forestier à la fois.Ainsi les simples travailleurs forestiers non propriétaires de lots étaient exclus de l\u2019actionnariat de l\u2019entreprise.C\u2019est suite à des pressions exercées par les travailleurs forestiers qu\u2019une décision a été prise en assemblée générale des actionnaires (elle ne comptait alors que des propriétaires de lots) pour que l\u2019on accorde aux travailleurs forestiers non propriétaires de lots la possibilité de devenir actionnaires.L\u2019entreprise compte aujourd\u2019hui 225 actionnaires dont 150 sont propriétaires de lots non travailleurs, 25 sont propriétaires de lots travaulleurs et 50 sont travailleurs forestiers non propriétaires de lots.Le deuxième a trait au principe de la démocratie, propre aux entreprises coopératives (un homme, un vote) et que l\u2019on a voulu introduire dans le groupement forestier.Ainsi on a limité volontairement à cinq le nombre d\u2019actions votantes qu\u2019un actionnaire peut posséder.Au fait, très peu d\u2019actionnaires se sont prévalus de leur droit d\u2019acheter plus d\u2019une action et aucun d\u2019entre eux n\u2019a jamais demandé d\u2019exercer plus d\u2019un droit de vote en assemblée générale.On est donc arrivé à la formule du vote démocratique en assemblée générale (une action, un homme, un vote), et aucun actionnaire n\u2019a individuellement plus de pouvoir que son voisin.Le troisième événement a été provoqué par la nouvelle politique du gouvernement du Parti québécois en matière d\u2019exploitation de la forêt publique.Celle-ci veut enlever des mains des compagnies privées l\u2019exploitation de la forêt publique pour la remettre à des Coopératives forestières uniquement.Or le groupement 233 n\u2019est pas une coopérative.Faudra-t-il changer son statut juridique pour qu\u2019il ait accès à la forêt publique ?Voilà la question qui est posée aux propriétaires du groupement.Elle est d\u2019autant plus importante que chacun reconnaît que les opérations forectières sur les terres publiques sont les seules qui puissent être rentables.Mais le passage d\u2019un statut de compagnie privée à celui de coopérative n\u2019est pas si simple.En effet ces nouvelles coopératives forestières devraient être des coopératives ouvrières de production.Cela signifie que seuls les travailleurs forestiers peuvent être membres et donc être les propriétaires de la nouvelle entreprise.Ainsi les 150 propriétaires non travailleurs du groupement devraient céder le titre de propriété qu\u2019ils détiennent et être privés par là d\u2019avoir droit aux profits éventuels de la coopérative forestière.Ce qu\u2019ils ne sont pas prêts à faire aussi facilement.Ces questions sont débattues depuis un an au groupement.Aujourd\u2019hui une proposition est sur la table.C\u2019est celle d\u2019une coopfative MIXTE (13).Le caractère \u201cmixte\u2019\u2019 de la coopérative réside dans le fait suivant.On aurait dorénavant une coopérative d\u2019exploitation de la forêt où on retrouve associés à titre de propriétaires ayant chacun une voix, des propriétaires privés de lots boisés et des travailleurs forestiers.Au niveau du vote en assemblée générale, cette formule vaut celle du groupement puisque chacun a droit à un vote.Par contre les travailleurs forestiers seraient beaucoup plus favorisés avec la formule \u2018\u2018coopérative ouvrière de production\u201d puisqu\u2019ils seraient les seuls propriétaires de la coopérative.Evidemment on retrouve peu de sympathisants pour cette formule chez les propriétaires non travailleurs.C\u2019est à un autre niveau que les discussions au groupement sont les plus vives, soit celui de la répartition 13.C\u2019est une proposition qui a été présentée aux propriétaires du groupement par Adrien Rioux du ministère des Coopératives, Consommateurs et Institutions financières du Québec.234 éventuelle des surplus (profits) de la coopérative \u2018\u2018mixte\u201d.Comment distribuer ces surplus aux propriétaires ?En effet comment mesurer l\u2019échange de chacun des propriétaires avec sa coopérative ?D\u2019un côté on a un propriétaire non travailleur qui place sa terre pour fin d\u2019exploitation dans la coopérative et de l\u2019autre, un travailleur forestier qui vend sa force de travail à la coopérative.On peut mesurer l\u2019échange du premier en termes de capital (valeur du lot) fourni et celui du deuxième en termes de travail fourni.L\u2019un et l\u2019autre sont incompatibles cependant; aussi a-t-on opté au niveau des discussions pour la solution suivante.Les surplus (profits réalisés sur la forêt privée appartiendraient moitié aux propriétaires de lots, moitié aux travailleurs.Cette proposition qui avantage les travailleurs (14) relativement aux propriétaires de lots est justifiée selon les travailleurs parce que les propriétaires de lots ont déjà été rétribués du fait de la valeur au marché de leur lot qui augmente (15) et également du fait de la vente du bois qui a été coupé sur celui-ci et qui leur a été payée.Par ailleurs, les surplus (profits) réalisés sur la forêt publique appartiendraient à 100 pour cent aux seuls travailleurs forestiers.On reconnaît par là que le travailleur forestier est le premier et seul responsable de la génération de ces surplus lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019exploitation de la forêt publique.4.Le Projet Pommes de terre de semence Ce projet ne connaît pas encore de statut juridique distinct et il appartient depuis le début (1974) à la coopérative du J.A.L.C\u2019était le deuxième projet économique concret à voir le jour.Aujourd\u2019hui cinq tra- 14.Les travailleurs non propriétaires de lots sont au nombre de 50 sur un total de 225 actionnaires, ce qui représente 22 pour cent de l\u2019actionnariat.Ils recevraient par contre 50 pour cent des surplus (profits).15.On estime au groupement que la valeur d\u2019un boisé privé augmente d\u2019environ 8 pour cent par année.235 Lu HHL RL dedi a EH lL I ait i a Rai HER Rk RRA eX AA vailleurs y trouvent un emploi permanent, cinquante un emploi à temps partiel.C\u2019est le premier projet qui a démarré grâce à une vaste campagne de financement populaire.En quelques semaines, les 400 familles du J.A.L.avaient été visitées par une équipe de 52 citoyens bénévoles.Au total $30,000 avaient été amassés et 400 personnes avaient acheté des parts privilégiées de la coopérative appelées \u2018\u2018parts patates\u201d.Aujourd\u2019hui le problème d\u2019un statut juridique distinct de celui de la coopérative est posé.Deux événements l\u2019ont provoqué.Le premier, c\u2019est la démission à l\u2019été 78 du principal responsable du projet.Il était \u201ctanné d\u2019avoir 400 boss\u201d.Le deuxième c\u2019est une lettre de la Société de développement coopératif du Québec qui offre une subvention de $50,000 au projet \u201cpommes de terre\u201d à condition que celui-ci se sépare de la coopérative.La raison de cette offre est fort simple.Comme tous ceux qui avancent des fonds en régime capitaliste, la S.D.C.veut pouvoir mesurer le \u201cretour sur investissement\u201d des sommes avancées.Cela signifie que l\u2019on doit s\u2019assurer que la somme de $50,000 servira exclusivement à couvrir des dépenses encourues dans le cadre du projet \u201cpommes de terre\u201d.Pour les Jalois cette demande a une toute autre importance et les enjeux sont grands.D\u2019une part l\u2019on souhaite ardemment \u2018\u2018autonomiser\u2019\u201d\u2019 le projet, c\u2019est-à-dire accorder aux travailleurs la prise en charge réelle du projet.D\u2019autre part, l\u2019on souhaite garder à la popularion, du moins aux 400 détendeurs de \u201cparts parates\u2019, un certain droit de regard fondamental sur les orientations majeures du projet, de méme qu\u2019une certaine forme de propriété collective des actifs actuels de la coopérative.Ceux-ci comprennent aujour- d\u2019hui deux caveaux d\u2019une valeur de $100,000 chacun, des équipements importants et une douzaine de bonnes terres agricoles.Quelle formule juridique permettra un partage des pouvoirs qui soit satisfaisant ?De plus, comme ce projet n\u2019est pas encore rentable, quel groupe de travailleurs voudra accepter, si ce n\u2019est pas la propriété du moins la 236 responsabilité d\u2019un tel projet ?Devant ces enjeux le conseil d\u2019administration de la coopérative vient de répondre à la S.D.C.qu\u2019il refuse les conditions de la subvention de $50,000.Sa réponse est claire; on ne peut pas bousculer la population du J.A.L.et lui imposer de telles exigences.On ne veut donc pas de la subvention de la S.D.C.5.Le Projet Erabliere Le projet érabliére n\u2019a pas lui non plus de statut juridique distinct.Il a démarré grâce à une subvention des programmes P.A.C.L.E.et compte après trois années d\u2019existence neuf travailleurs à son emploi.C\u2019est ce programme P.A.C.L.E.qui oblige le projet érablière à adopter une forme juridique indépendante de celle de la coopérative.Cette question a été à l\u2019ordre du jour de nombreuses réunions des travailleurs au projet, elle l\u2019a été également à plusieurs assemblées générales de la coopérative.La proposition qui est la plus discutée à l\u2019heure actuelle et semble en voie d\u2019être adoptée bientôt est la suivante.Le projet érablière deviendrait une compagnie à but lucratif dont la propriété des actions ordinaires appartiendrait pour 50 pour cent à la Coopérative du J.A.Let, pour un autre 50 pour cent, à une Coopérative ouvrière de production formée des travailleurs actuels au projet érablière.Ce qui donne le schéma suivant : Coopérative Coopérative du J.A.L.de production 50 pc.50 p.c.Erablière J.A.L.Inc.Le projet semble compliqué; on a maintenant deux entités juridiques nouvelles, mais il est le seul possible dans le cadre des lois coopératives actuelles et des 237 RTE TE exigences posées à la fois par les travailleurs au projet et par la population en général.Voyons de façon un peu plus détaillée les implications de ce projet.Le pouvoir en assemblée générale de la nouvelle compagnie \u2018\u2018L\u2019Erabliere J.A.L.Inc.\u201d serait également réparti entre deux blocs d\u2019actions ordinaires, l\u2019un appartenant à la population par l\u2019entremise de la Coopérative du J.A.L., l\u2019autre appartenant aux travailleurs par le biais de leur \u2018\u2018coopérative ouvrière de production\u201d.Il en serait de même au Conseil d\u2019administration de la nouvelle compagnie où l\u2019on retrouverait, siégeant ensemble, trois représentants de la population et trois représentants des travailleurs.Il y a donc obligation pour l\u2019une et l\u2019autre partie de s\u2019entendre sinon leurs votes s\u2019annulent à chaque fois.Un seul recours resterait possible, une sorte de vote prépondérant, et les Jalois souhaitent qu\u2019il appartienne à l\u2019assemblée générale de la coopérative du J.A.L., seule habilitée à trancher les questions en litige.C\u2019est le recours au vote populaire.Pourquoi a-t-on choisi d\u2019accorder des actions ordinaires à un collectif de travailleurs (la coopérative ouvrière de production) plutôt qu\u2019à chacun des travailleurs individuellement ?La raison est double.D\u2019une part on considère qu\u2019un capital-actions divisible permettrait la spéculation privée.Rien n\u2019empêcherait par exemple un travailleur qui détient des actions de l\u2019Erablière J.A.L.Inc.de quitter cette entreprise et de conserver ses actions, ou encore de tenter de les vendre au prix fort.Quelles seraient également les chances pour un nouveau travailleur d\u2019acquérir des actions (16) et d\u2019avoir ainsi son mot à dire ?etc.D\u2019autre part on considère que c\u2019est le travail accumulé de ceux qui auront travaillé à la coopérative qui permettra une augmentation de la valeur au marché du capital-actions possédé par les 16.On sait que les actions de compagnies à but lucratif s\u2019apprécient lorsque l\u2019entreprise fait des profits alors que les parts sociales de coopératives sont toujours transigées à la valeur nominale.238 travailleurs.Ce capital devient donc la propriété collective des travailleurs et il ne peut être aliéné que si une majorité des travailleurs le souhaite et vote en ce sens en assemblée générale.Au cours des discussions qui ont eu lieu, la population jaloise a dit clairement qu\u2019elle ne voulait pas abandonner des projets qu\u2019elle mettait sur pied au profit des seuls travailleurs à l\u2019intérieur de ces projets.Ainsi elle souhaite garder un contrôle sur les grandes orientations des projets et laisser aux travailleurs une autonomie et une responsabilité complètes en ce qui touche les activités du travail quotidien.L\u2019Erablière possède une salle de réception bien aménagée que l\u2019on ne voudrait pas voir détournée des fins communautaires pour lesquelles elle a été construite.Le projet de structure de l\u2019Erablière est encore bien imparfait.Il cherche pourtant à protéger une sorte d\u2019alliance 50-50 entre le capital communautaire et le travail collectivisé, mieux que ça, une sorte d\u2019alliance entre la société politique, celle d\u2019une population qui tente de veiller à son bien-être et la société civile, celle d\u2019un groupe de travailleurs engagés dans des activités économiques de production.6.Vie de travail et vie politique autogestionnaires Les Jalois ont opté il y a six ans pour la voie coopérative et autogestionnaire.Ils ont alors fait le choix d\u2019un projet de société, mais d\u2019une société qui reste à bâtir, qui est en chantier.C\u2019est toutefois un chantier concret et il faut préciser chaque jour ses conditions de réalisation en termes de pouvoirs accordés à la population et aux travailleurs.C\u2019est ce que nous avons esquissé rapidement au niveau de trois projets J.A.L.Aujourd\u2019hui le J.A.L.connaît certains succès économiques.Il est le plus gros producteur de pommes de terre de semence au Québec, il est le plus gros producteur d\u2019huiles essentielles également, il aura bientôt la plus grosse érablière du Québec.C\u2019est beaucoup pour de 239 petites paroisses vouées à la fermeture.Mais c\u2019est encore peu pour le J.A.L.s\u2019il veut assurer la survie à plus long terme de ses paroisses.Il sait quelles batailles politiques quotidiennes il doit livrer; contre le CRTC pour avoir une radio communautaire, contre Bell Canada pour obtenir des lignes téléphoniques individuelles (17), contre le ministère de la Voirie du Québec pour obtenir un meilleur réseau routier.etc.Dans chaque cas, ce sont des dossiers qu\u2019il faut préparer, des militants qui se mobilisent, des populations qui se solidarisent (18).La coopérative du J.A.L.c\u2019est au fond la mise sur pied d\u2019une structure globale de concertation et de planification (19), à la fois politique et économique, où l\u2019on retrouve comme partenaires la population et les travailleurs.Ce sont d\u2019une part des pouvoirs autonomes, ceux des travailleurs, ceux des projets et ceux de l\u2019espace qu\u2019ils occupent.Ce sont d\u2019autre part des pouvoirs concertés, ceux de l\u2019assemblée générale démocratique de toute une population, pour une intercoopération entre les projets, pour un partage plus équitable de la richesse générée, pour un \u2018\u2018aménagement intégré des ressources\u201d.Depuis peu on parle au J.A.L.de la création d\u2019un Fonds de développement coopératif qui viendrait aider à démarrer de nouveaux projets et aider ceux en difficulté.L\u2019originalité de ce projet réside surtout dans les propositions qui ont été faites par certains membres de la coopérative relativement à la provenance des fonds qui seraient ramassés.Ils proviendraient essentiellement des épargnes de la population (20), d\u2019une partie des surplus (profits) réalisés dans chacun des projets 17.Avant que le J.A.L.fasse des représentations devant le CRTC pour qu\u2019il oblige Bell Canada à améliorer son service dans cette partie du Témiscouata, la Coopérative du J.A.L.était l\u2019un des abonnés sur une même ligne téléphonique.C'était l\u2019âge de pierre des communications.18.\u2018Pourquoi faut-il toujours se battre ?\u2019\u201d\u2019 disent les gens là-bas pour obtenir des choses si simples.19.Sorte de SOVIET.240 que la coopérative a mis sur pied et finalement d\u2019un certain pourcentage à être prélevé à même les salaires versés aux travailleurs des projets de la coopérative.Dans le feu des discussions au sujet de ce fonds de développement quelqu\u2019un dans l\u2019assistance a soudainement mentionné qu\u2019ils étaient en train de faire \u2018\u2018renai- tre\u2019\u2019 la caisse populaire.Le J.A.L.compte certaines réussites.Néanmoins il n\u2019est pas absent de contradictions, de récupérations.Récemment une subvention de $50,000 du ministère des Communications remise à JALJASE Inc.a tué dans l\u2019oeuf un projet à peine amorcé de reprise en main du bulletin communautaire sur une base volontaire et bénévole.Le fait est qu\u2019on ne croyait pas obtenir une si grosse subvention.Le J.A.L.oppose toutefois à toutes ces manipulations internes et externes une conscience aiguë des enjeux politiques de son projet.Ainsi un vieux cultivateur, au moment d\u2019une assemblée d\u2019évaluation de la coopérative, s\u2019était montré surpris que le J.A.L.soit maintenant l\u2019objet de visites gouvernementales prestigieuses.En effet, depuis le 15 novembre 1976, les ministres O\u2019Neil et Garon, les dirigeants de la S.D.Cet des dizaines de hauts-fonctionnaires du gouvernement du Québec sont venus au J.A.L.Du temps des libéraux, ajouta-t-il, on se battait et on faisait des gains alors que depuis l\u2019élection du Parti québécois on mange à la même table que le gouvernement et il semble qu\u2019on ait jamais connu autant de problèmes.Le J.A.L.est encore un projet qu\u2019il est difficile d\u2019appréhender concrètement et théoriquement.C\u2019est le projet d\u2019une micro-société en changement que viennent bousculer une économie de marché et une société de consommation qui ne connaissent pas de frontières.Quels changements sont encore possibles et généralisables dans cette expérience ?20.On a recueilli 830,000 dans la population au moment de démarrer le projet \u2018pommes de terre\u2019\u2019, $56,000 dans la population et les projets existants au moment de démarrer l\u2019usine d\u2019huiles essentielles.241 | Hin fat p © ç Bt ST RH: BR In pl af; se Cu TA 2 | NN Co LA Carmen Quintin* Paroles de femmes.du J.A.L.\u201cQuand je pense au Jal, moi, je pense a tout le monde, je pense au territoire, au coin de terre, a la nature, a la forét, aux fleurs.puis je pense au monde, aux p\u2019tites maisons.puis je pense aux gens qu\u2019il y a dedans.me semble que tu peut pas oublier ca !\u201d\u2019 \u201cLe Jal c\u2019est difficile, puis ça fait évoluer très vite.\u201d Bien avant de revendiquer pour elles-mémes, des milliers de femmes de différents pays nous ont démontré ces derniéres années leur capacité de regroupement, lorsque survenaient des crises menaçant l\u2019ensemble de leur société.Malheureusement, le cas de l\u2019Algérie l\u2019a démontré, aussitôt le danger écarté ou la victoire obtenue, les femmes ont souvent tout simplement repris leur rôle officiel d\u2019épouse soumise et de mère dévouée.Au Jal, il y a quelques années, se produisait à une échelle plus réduite, une situation semblable amenant cependant une évolution beaucoup plus positive.Menacées de devoir quitter leurs maisons, de devoir aller vivre en banlieue de grandes villes anonymes, de devoir accepter pour elles et leurs maris des emplois aliénants\u2026 les Jalloises se sont unies aux Jallois pour revendiquer * Etudiante au département d\u2019anthropologie, Université de Montréal.243 leurs droits et sauver leur façon de vivre.Elles ont été à l\u2019avant-garde dans l\u2019établissement d\u2019un plan optimal d\u2019utilisation des ressources qui empécherait leurs villages de fermer et leurs maris de s\u2019exiler au Maine chaque semaine ou sur la Cote-Nord pour de plus longues périodes.\u201cQui, mais avant je pensais a m\u2019en aller aussi parce que mon mari était jamais avec moi.il était parti à l\u2019extérieur, il venait à tous les six jours.ça je trouvais ¢a ben dur.puis me semble que j'avais pas tellement d\u2019intérêt\u2026 tu sais, je me voyais pas tellement dans l\u2019avenir\u2026 parce que je voulais quand même m'\u2019enrichir.je voulais pas rester chez nous.avec les enfants toute seule pendant des semaines puis des années.ah ! non.y en était pas question la.on serait allés ou.je ne le sais pas exactement mais j\u2019aurais été a quelque part.sûrement pour pouvoir m\u2019épanouir.\u201d (une ménagère) \u201cY savait pas trop trop si il allait travailler.Y allait passer l\u2019hiver sur le chômage puis la.y avait peut-être pas d\u2019autres solutions que de retourner dans les bois.ça fait que.je voulais pas qu\u2019il retourne puis lui non plus.\u201d (une ménagère) La dispersion de la population masculine rendait ainsi particulièrement difficile les efforts entrepris pour contrecarrer les plans d\u2019un gouvernement qui cherchait à obliger les gens à s\u2019exiler définitivement loin de leurs sources.En 1973, des cours de relations humaines ont été donnés à la grandeur du Jal pour mieux informer les gens et leur redonner du courage quant à leur avenir.Il en est surgi une prise de conscience collective qui a donné naissance à une streuture nouvelle : la coopérative de développement.Même si ça ne traduisait pas l\u2019idée de tout le monde, les gens de ce milieu ont ainsi 244 commencé à se prendre en mains et à réaliser des rêves qui, dans notre système, sont trop souvent relégués aux oubliettes faute de moyens économiques.mais surtout faute de ressources humaines.Même les femmes les moins impliquées admettent l\u2019action importante de la coopérative : \u201cC\u2019est pas pire eux autres que d\u2019autres, par rapport qu\u2019avant qui soient rentrés par icitte eux autres.y en avait pas comme y en a là de l\u2019ouvrage.Projet- Canada là, puis ces affaires-là là, y en avait pas de ça avant ça ! Projet pommes de terre, puis essences d\u2019huile, puis coopérative y en avait pas de ça ! C\u2019est rien que depuis que Jal est rentré qu\u2019on a ça\u2026 ça fait que.j\u2019ai trouvé que ça avait du bon sens.\u201d (une manoeuvre) Au cours du processus de formation du Jal, l\u2019Information a tenu un rôle central.D\u2019après mes entrevues, les femmes ont joué un rôle majoritaire dans la diffusion de cette information.\u201cL\u2019information m\u2019avait toutjours ben ben intéressée puis on sentait un besoin d\u2019information ici\u2026 parce que les gens un moment donné décrochent.Ca vient que c\u2019est lourd ces structures-là.Puis les gens ne peuvent plus suivre tout ça.Alors c\u2019était ben ben important de les informer.\u201d (une enseignante) Ceci se passait au tout début du Jal.Sur le conseil d\u2019administration d\u2019alors, ils étaient douze.douze hommes.Mais maintenant ceci est du passé : les femmes hésitent moins à prendre des postes-clés et elles s\u2019impliquent de plus en plus dans différents projets économiques sous des titres qui ne rendent pas toujours la lourde responsabilité que représente leur travail.Par exemple, au groupement forestier, ce sont deux femmes qui contrôlent le bon déroulement de l\u2019entreprise une est gérante, l\u2019autre secrétaire.A la coopérative de développement, celle qui est chargée de la gestion ad- 245 A fH ph A Rt is Ki BR. ministrative est nommée secrétaire-comptable.L'information est encore le secteur le plus féminisé et l\u2019administrateur du projet Jal-jase est une femme.D'ailleurs, si les femmes ont accédé à ces fonctions importantes et à plusieurs autres, c\u2019est en grande partie grâce au processus de formation et d\u2019information qui leur a donné confiance et instruments de travail.LE JAL, C\u2019EST QUOI ?Le Jal\u2026 la coopérative.est-ce différent ?Cela dépend des points de vue.\u201cPour moi, c\u2019est ça le Jal ! Qu\u2019est-ce que tu veux, c\u2019est trois paroisses réunies qui travaillent ensemble pour organiser toutes sortes de choses.\u2019 (une artisane) \u201cMoi je dirais que le Jal c\u2019est peut-être une identité physique.C\u2019est trois paroisses, ben quatre secteurs disons : St-Juste, Lots-Renversés, Auclair, Lejeune.C\u2019est physique.Tu rentres dans le Jal.Un moment donné, il y a des pancartes : \u2018Bonjour, vous êtes rendus au Jal\u201d\u2019.Je pense que tout le monde admet qu\u2019il reste dans le Jal.Même les plus farouches adversaires de la coopérative vont admettre qu\u2019ils font partie du Jal.Mais c\u2019est pas tout le monde qui est pour la coopérative.Tout le monde est Jallois de nom, physiquement ou géographiquement, mais tout le monde est pas Jallois de coeur.C\u2019est dommage.\u201d (une enseignante) \u201cJal\u2026 disons qu\u2019on est tous Jal, quand on veut, tu sais, quand on a vraiment l\u2019esprit là, on est tous Jal puis on travaille tous.Mais.du point de vue fonctionnement, les municipalités sont complètements indépendantes du Jal, tu sais, comme les écoles sont complètement indépendantes du Jal.Le Jal, c\u2019est simplement au niveau économique, développement des ressources : 246 le Jal existe pour ca.A part de ca, ben.si on a des ouvrages, ça n\u2019a aucun rapport.\u201d (une enseignante) Par contre, d\u2019autres identifient plus particulièrement la coopérative de développement et même de façon tout à fait féminine.\u201cLa coopérative, c\u2019est le bureau du Jal.\u201d (une permanente) \u201cJe vois la coopérative comme promoteur de projets.Aider aux gens à réaliser des projets.puis quand il est devenu rentable là\u2026 prend quand une femme accouche, elle a son enfant, elle s\u2019en occupe.puis quand il est rendu assez grand, ben elle commence a s\u2019en détacher un p\u2019tit peu.puis il vient autonome; mais c\u2019est la méme chose pour la coopérative.c\u2019est comme une mère qui fait des p\u2019tits enfants puis après ça ben elle les rend autonomes chacun leur tour, tout en gardant une p'tite part dans chaque.\u201d (une permanente) On n\u2019oublie pas qu\u2019on fait partie d\u2019un système capitaliste et que l\u2019on ne devient pas coopérateur du jour au lendemain.Les gens ont des habitudes culturelles qui ne se mettent pas de côté facilement.\u201cC\u2019est peut-être l\u2019affaire la plus intelligente que j\u2019ai vu là à date.mais c\u2019est l\u2019affaire qui est la plus difficile parce que coopérative ça implique.du travail en commun.Le coopérativisme d\u2019une certaine façon c\u2019est un idéal qui est a expérimenter.c\u2019est une affaire qui s\u2019apprend puis avec tous les tâtonnements que ça veut dire\u2026 tous les problèmes de fonctionnement.La société est pas faite en fonction des coopératives.tout le problème des lois, du financement est pas fait pour nous autres.Puis de \u2018\u2018développement\u2019\u2019, \u2026 c\u2019est encore un autre 247 gros problème parce que finalement, ce qu\u2019on essaie d\u2019avoir là, c\u2019est les moyens de contrôle de notre développement.puis c\u2019est pas entre nos mains présentement.alors.entre les mains du gouvernement.Puis jusqu\u2019a quel point les gouvernements sont intéressés a développer la région ici.on est quand méme une région marginale.\u201d (une nouvelle-arrivée) Méme si on est d\u2019abord coopérateur, on encourage aussi fortement l\u2019entreprise privée.Ce qui est important, c\u2019est de développer le milieu pour y vivre convenablement.\u201cC\u2019est une coopérative de développement des ressources qu\u2019on possède, c\u2019est-à-dire, la forêt, l\u2019agriculture, le tourisme, l\u2019industrie.Bon alors si tu veux la coopérative est là un p\u2019tit peu pour pallier à l\u2019insuffisance des individus.Alors, dans les domaines où les individus peuvent pas s\u2019organiser pour en assurer le développement eux autres mé- me, c\u2019est la coopérative, c\u2019est-à-dire c\u2019est tous nous autres, c\u2019est la coopérative qui va le faire.Mais la coopérative encourage fortement l\u2019initiative privée.\u201d (une enseignante) La philosophie n\u2019est pas la préoccupation première des Jalloises.Voici la réponse donné à un ministre qui voulait savoir si elles étaient socialistes : 248 \u201cMon p\u2019tit gars, on a assez les deux pieds dans la friche qu\u2019on a pas le temps de se poser c\u2019est quoi la philosophie tu sais.Il faut qu\u2019on agisse, il faut qu\u2019on travaille, il faut qu\u2019on fasse de l\u2019argent, il faut que.ben que le développement, que ce soit par le biais d\u2019individus, qui à un moment donné se prennent en main, ils sont encouragés, ils sont aidés; ils trouvent à la coopérative les conseillers nécessaires.\u2019 (une enseignante) Ce qui intéresse vraiment les gens, c\u2019est d\u2019arriver à créer un milieu agréable et prospère, tout en gardant leur identité propre.Le travail consacré à ce but ne se comptabilise plus.\u201cJ\u2019te dis que des heures y en ont mis.puis du bénévolat y en ont fait.pourquoi ¢a marche de même, c\u2019est ça !\u201d (une artisane) Par contre, il y a quelque diversité d\u2019opinions au sujet du chemin à suivre.Peut-être que tous les moyens sont bons, s\u2019ils ne sont pas employés de façon excessive.\u201cQue tu t\u2019y prennes par le moyen coopératif ou par l\u2019entreprise privée, c\u2019est pas grave pourvu qu\u2019on arrive à nos fins.\u201d (une enseignante) \u201cA mon point de vue là, on a d\u2019abord parti avec \u201ccoopérative\u2019.ca serait l\u2019fun si ça irait toute dans le même style.Puis, si ça devient une coopérative.ben les travailleurs.ils savent que de toute facon ils peuvent pas tout vendre ca, puis avoir un profit de ca.\u201d (une permanente) Certaines Jalloises expriment cependant une mentalité particulièrement propice à l\u2019esprit coopératif : \u201cJai toujours dit : \u201cToute seule, c\u2019est pas facile.\u201d dans n\u2019importe quoi.Parler.c\u2019est travailler ! Le temps de discuter là.c\u2019est quoi qu\u2019on va réaliser un jour la.on va avoir travaillé fort\u2026 plus que de travailler avec nos mains.c\u2019est ca ! Mon atelier de travail, c\u2019est ça ! C\u2019est de se regrouper là.de réunir des femmes puis dire nous autres on prend 249 MERE EEE EE EL TL PERI PRES LON NHANES tr PRTUITTCIRIC ISR PA TE TO SE TR TITAN TRY by NH SHUNT ut TETTER UT EHH ARTY ONE OAY IH PETITE, CR HTT À ! le temps de parler puis.c\u2019est quoi qu\u2019on và réaliser avec ce qu\u2019on fait la.\u201d (une artisanne) \u201cJe trouve que les femmes, elles donnent vraiment un dynamisme dans le Jal qui est important.Les femmes sont particulièrement responsables dans leur travail.\u201d (une nouvelle-arrivée) \u201cAlors notre objectif n\u2019est pas nécessairement la rentabilité du capital.c\u2019est plus la rentabilité des ressources qu\u2019on a ici puis la rentabilité des personnes aussi.Je veux dire.c\u2019est à la fois développer les ressources et développer les possibilités des individus.\u201d (une nouvelle-arrivée) LES JALLOISES AU TRAVAIL Les femmes ne semblent pas manquer de travail au Jal, du moins si l\u2019on en croit certaines d\u2019entre elles : \u201cAllez dans le bureau de la coopérative à Auclair, vous allez voir deux, trois hommes, vous allez voir huit, neuf femmes.icitte au Lots-Renversés, c\u2019est encore la méme mautadite affaire.la radio a été menée par tet\u2019ben.y a tet\u2019ben, huit femmes encore qui menaient ca.toutes des femmes !\u201d (une manoeuvre) Mais que signifie vraiment le travail féminin dans ce milieu rural ou les emplois permanents et mémes saisonniers sont malgré tout limités ?Les femmes y voient elles vraiment la solution a leurs problémes ?250 \u201cLes femmes.elles sont dures des bouts.Elles sont difficiles a cerner.Elles ont travaillé, mais ce qu\u2019elles voulaient c\u2019est avoir leur chômage, après plus rien.Moi, les femmes m\u2019ont déçue ici un peu pas mal.C\u2019est qu\u2019elles ne considèrent pas le monde du travail.Si je travaille, c\u2019est parce que j'aime travailler puis que je sens que ça m\u2019apporte quelque chose puis que j\u2019apporte quelque chose.Mais, c\u2019est entendu que c\u2019est pas tout le monde qui sont dans des ouvrages qu\u2019ils aiment puis qui se sentent valorisés dans ces ouvrages la.\u201d (une enseignante) Un exemple de l\u2019ambiguité des femmes face au travail est le fameux projet Canada-Travail dans le domaine de la couture.Il s\u2019agissait de fabriquer des prototypes de vêtements, d\u2019essayer de les commercialiser, puis de monter un atelier pour les fabriquer.À la fin de la première étape du projet, sur dix femmes, deux seulement voulaient le continuer.Les huit autres refusaient, prétextant qu\u2019elles ne pouvaient se permettre un travail à plein temps; pour le moment elles retireraient leur assurance-chômage et, plus tard, elles reprendraient bien le projet.On a essayé de garder l\u2019atelier ouvert en demandant aux femmes d\u2019offrir bénévolement une journée par semaine, ce qui ne leur enléverait pas l\u2019assurance- chômage : une seulement s\u2019est jointe aux deux intéressées.Résultat : vente de tout l\u2019_équipement et scepticisme de la part des promoteurs de projet quant à la volonté réelle des femmes de se trouver de l\u2019emploi.Comment expliquer cette attitude des femmes ?\u201cFranchement un travail à l\u2019année, je serais pas intéressée.j'aimerais avoir un travail à temps partiel.Disons quand je travaille à l\u2019extérieur de même, ça me fait apprécier mon chez nous quand je reviens la.J\u2019aime pas étre pognée lade 9 a 5.J\u2019aime étre assez libre.j\u2019al jamais été habituée a respecter des horaires fixes pour travailler.\u201d (une ménagère) 251 SE RE PE TER EEE EEE RATE TH se TH \u201cC\u2019était les mettre dans une insécurité énorme.Puis, elles ont jamais été dans l'insécurité, elles ont toujours été ben dans des draps de flanellette, si tu veux là, chaudement protégées.\u201d (une enseignante) Pourtant, dans d\u2019autres secteurs, les femmes sont très valorisées.Un cheminement a été fait : \u201cIl existait une politique d\u2019engager d\u2019abord des hommes parce que c\u2019était des hommes, puis l\u2019expérience a prouvé que, dans certains postes, les femmes étaient plus compétentes; ça fait que maintenant.\u201d (une nouvelle-arrivée) \u201cJe t\u2019assure que la femme est vraiment valorisée de ce côté là.quand elle veut s\u2019impliquer, tsé la, quant elle veut vraiment la.y a pas de pro- blémes.\u201d (une ménagère) Les plus impliquées associent le travail à leur épanouissement personnel : \u201cJe me suis mariée, j'ai eu mon premier bébé puis j'ai resté avec l\u2019idée de travailler.pas toujours de rester a la maison.puis essuyer les tapis puis balayer puis.Non ! me semble que j\u2019ai un idéal plus haut que ça.\u201d (une permanente) Lorsqu\u2019elles s\u2019y donnent toutes entières, il arrive, plus souvent qu\u2019autrement, qu\u2019elles ressentent des tiraillements qui les placent devant un choix difficile à faire : \u201cParce que quand tu as une famille, puis tu as un mari, puis que tu as une coopérative qui crie de l\u2019autre bord qui a besoin de toi\u2026\u201d (une permanente) 252 \u201cA la coopérative, on avait besoin d\u2019elle, elle sentait que son mari puis ses enfants avaint besoin d\u2019elle puis elle se sentait terriblement déchirée parce qu\u2019elle devait consacrer beaucoup plus de temps a la coopérative.\u201d (une permanente) \u201cDans le travail qu\u2019elle fait, elle aime ça puis, c\u2019est autre chose que la vie familiale.C\u2019est du monde autre que son mari puis ses enfants qui I\u2019apprécient.puis qui trouvent qu\u2019elle vaut quelque chose; puis elle se prouve à elle-même qu\u2019elle vaut quelque chose.\u201d (une permanente) A cause de ces problèmes, on comprend que le travail à temps partiel puisse être recherché par beaucoup de femmes.Formule révolutionnaire à bien des niveaux, le Jal demeure cependant très conventionnel quant au horaires et au type de travail.Comme partout ailleurs, le travail n\u2019est pas pensé en fonction des femmes et ne rencontre pas leurs désirs.Pourtant plusieurs, particulièrement celles qui ont des enfants, souhaiteraient un travail à horaire souple.\u201cAu Jal, il y a deux types de femmes : tu as les femmes jeunes qui ont des enfants, qui veulent avoir un travail à temps partiel avec des horaires souples.tu as des femmes qui sont plus âgées, qui ont une quarantaine d\u2019années, puis que leur famille est faite parce que normalement à 25 ans.les femmes se mariaient tot puis.elles sont disponibles pour le marché du travail.A ce moment la, elles veulent avoir un horaire de 9 à 5.Puis, il y a même des femmes qui ont demandé d\u2019avoir des \u201cshoppes\u2019\u201d dans le Jal.qu\u2019on crée de l\u2019emploi pour aller travailler en usine.\u201d (une nouvelle-arrivée) 253 Et puis, les femmes, peu scolarisées, ont tendance à souffrir d\u2019insécurité face à une instruction qui leur semble nécessaire pour entrer sur le marché du travail.\u201cIl faut être qualifiée pour faire un travail permanent.faut que tu sois capable de le faire.Moi, quand même je voudrais être secrétaire, je suis pas capable.\u201d (une artisanne) \u201cBen, je peux pas toute faire d\u2019abord parce que j'ai pas tellement d\u2019instruction.¢a fait que je peux pas faire n\u2019importe quoi.\u201d (une ménagère) \u2018Moi, je suis pas assez instruite pour partir un projet.ca en prendrait une autre plus instruite que moi pour ouvrir des projets par ici.\u201d (une manoeuvre) \u201cPour suivre des cours, ça prend quasiment de l\u2019expérience puis de l\u2019expérience ben on en a pas ba (une manoeuvre) Mais, il reste vrai qu\u2019au Jal, on n\u2019hésite pas a bouleverser les structures conventionnelles.Les réunions ne manquent pas; on demande aux femmes a travailler en équipes, ce qu\u2019elles n\u2019avaient jamais fait; on demande à la ménagère de dire son opinion, c\u2019est pas facile, elle ne l\u2019a jamais fait non plus et elle a de la difficulté à s\u2019exprimer\u2026 C\u2019est toute une éducation à transformer.un apprentissage à faire.254 \u201cEn tout cas, j\u2019ai eu I\u2019impression d\u2019évoluer en trois ans la.j\u2019ai évolué dans le sens que j\u2019ai appris a communiquer avec le monde.J\u2019ai découvert que j\u2019étais quelqu\u2019un moi aussi puis que j\u2019avais envie quand c\u2019était le temps de le dire, puis d\u2019aimer le monde.\u201d (une ménagère) \u2018Une chose que j'ai remarquée aussi quand j\u2019ai commencé à travailler, c\u2019est que je manquais beaucoup de vocabulaire.\u201d (une permanente) \u201cJe suis restée à la maison puis c\u2019est pour ça i que j\u2019ai tant de misére aujourd\u2019hui a m\u2019expliquer = parce que.j'ai toujours resté avec ma famille | puis.je suis un p\u2019tit peu renfermée hein !\u201d\u2019 E (une artisanne) Ë Il y a aussi le fait que, pour le moment, plusieurs femmes ne semblent pas avoir acquis la conviction que leur travail pourrait être aussi important que celui de leurs maris.Il faut dire qu\u2019une partie de la population réagit encore de façon très traditionnelle face au travrail des femmes : elle le voit comme un deuxième salaire, un supplément : \u201cMon plus vieux commence au Cegep cette année.gi puis c\u2019est dispendieux les études de toute facon.fi Puis c\u2019est surtout pour aider mon mari qui est bien ki ambitieux puis.arréter de travailler.j\u2019aurais gi l\u2019impression de pas être utile.\u201d ki (une permanente) È \u2018\u201c Avec le coût de la vie qui a remonté.on peut pas gE suffire a.Moi, toujours me priver là, être toujours Ei a la derniére cenne.c\u2019est pas moi.Ca fait que EL j'ai senti le besoin, à un moment donné, de gagner E PIE, pa?de I\u2019argent.\u201d a A (une travailleuse à temps partiel) ra RE \u201cUne femme est là pour un deuxième salaire, tu sais.on peut pas considérer la femme comme | autonome, dire c\u2019est aussi important qu\u2019une Rt femme aie au travail.\u201d EE (une nouvelle-arrivée) .{4 Bi ay \u2018 ied = 255 Ee i | | RS tape LEE en Ie Dans ce contexte, comment les femmes conçoivent- elles le travail à la maison ?\u201cAh !.\u2026 je faisais mon ouvrage comme je fais là.avant de partir je faisais mes repas d\u2019avance\u2026 je mettais tout au congélateur.\u201d (une artisanne) \u201cMoi, j\u2019aurais impression, si j\u2019arrivais chez nous puis que je m\u2019évacherais sur un sofa puis : \u201cje suis fatiguée, je veux rien savoir\u2026\u2019\u2019, que j'aurais perdu ma journée.Ca fait partie de ma journée de travail: le complément que je fais à la maison là, si je le faisais pas là.je me sentirais inutile envers ma maison comme quand j\u2019étais à la maison puis que je faisais rien à l\u2019extérieur.Je me sentais pas utile à la maison parce qu\u2019il me manquait un bout.\u201d (une permanente) On peut sûrement parler d\u2019une \u2018\u2018suroccupation\u201d généralisée, pour ne pas employer un autre terme.Cette autre citation de la méme permanente vient ajouter a cette constatation : \u201cJai participé a toutes les assemblées générales, puis j\u2019ai participé à pas mal toutes les réunions qui se sont passées à l\u2019intérieur du Jal; puis j'essaye de me mettre au courant le plus possible.Puis je suis des cours.\u2019hiver passé, j'ai suivi des cours en administration.cours donnés par 1\u2019Université du Québec, ce qui faisait soixante (60) heures de cours puis l\u2019année d\u2019avant, j'ai suivi cent cing (105) heures de cours.\u201d (une permanente) Et ce n\u2019est pas tout.Elles cuisent le pain, font leur patisserie.L\u2019été, elles ne laisseront jamais rien perdre de ce que les récoltes ou la nature ont pu leur apporter.Elles produisent conserves, salaisons.en 256 préparation d\u2019un hiver dur ou d\u2019une autre saison estivale moins généreuse.FAMILLE ET TRAVAIL Si le travail extérieur des femmes du Jal leur a apporté quantité d\u2019avantages au niveau personnel, économique et social, transforme-t-il cependant leurs relations familiales ?Grâce au travail, plusieurs Jalloises ont d\u2019abord acquis une meilleure compréhension face à leur maris : \u201cMoi, je trouve que premièrement ça nous a ouvert des portes pour dialoguer.\u201d (une travailleuse à temps partiel) \u201cOui ! il aime ça que je travaille.d\u2019abord premièrement, ça lui aide pécuniairement puis deuxièmement, il est probablement fier de moi puis.bien je l\u2019sais pas, j'ai peut-être changé envers lui puis, c\u2019est peut-être ça qui est le mieux pour lui.\u201d (une permanente) \u201cJe me dis, c\u2019est pareil pour lui comme pour moi\u2026 il a des hauts puis des bas.puis je le comprends peut-être plus.Les enfants, ben c\u2019est de valeur pour eux-autres\u2026 ils trouvent ça dur.\u201d (une permanente) Mais, l\u2019inverse n\u2019est pas nécessairement vrai puisque, de façon générale, les maris ne participent pas plus qu\u2019avant aux travaux ménagers : \u201cC\u2019est un blcheron, il était jamais chez nous.c\u2019était pas un homme pour ça, puis je l\u2019ai pas habitué non plus, puis je l\u2019ai gâté à travers mes enfants.\u201d (une permanente) \u201cLe mari, c\u2019est ben beau de dire je veux un garçon 257 MS SE D ES EU D ti cel EEE RH TR FRIGINE ANG HET ARI TH RNR mais jusqu\u2019à quel point qu\u2019il peut participer dans tout ça, parce que son travail l\u2019oblige à l\u2019extérieur, si tu veux.il a pas d\u2019heures a consacrer tellement à la maison, puis ça, je trouve ça un p'tit peu dur.\u201d (une ménagère) \u201cBen non ! parce qu\u2019on a toujours eu assez de filles.Les p\u2019tites s\u2019occupaient de la maison.même si c\u2019était pas tout le temps bien faite la.je me disais à l\u2019automne, je vais remettre ça à l\u2019ordre\u2026\u201d (une travailleuse à temps partiel) Il y a quand même des exceptions à la règle : \u201cEncore a I\u2019heure qu\u2019il est, la, moi je pars, je m\u2019en vais a l\u2019hôpital.\u2026.je suis pas occupée, il s\u2019engage pas de fille.il s\u2019engage pas rien.puis il fait les lavages, puis il fait a manger puis.il décrotte la maison puis envoye donc, il travaille aussi ben comme moi dans la maison.\u201d (une manoeuvre) Cependant, pour la majorité des Jalloises, cette répartition des tâches ne pose pas de problèmes puisqu\u2019un grand nombre d\u2019entre elles se consacrent presque exclusivement à leurs foyers.Traditionnelles quand il s\u2019agit de leur cas particulier, ces femmes sont quand même ouvertes aux valeurs nouvelles : 258 \u201c\u201cJe constate que c\u2019est encore à la femme.la mère, la vraie mère à s\u2019occuper de son enfant quand il est jeune.c\u2019est toujours préférable que ce soit la mère\u2026 C\u2019est mon idée personnelle, c\u2019est ce que je préfère.Remarque.je peux dire une chose, je vois des femmes qui s\u2019épanouissent en allant travailler à l\u2019extérieur de leur foyer.elles aiment pas rester à la maison, puis, je les approuve à 100 p.c.Qu\u2019elles s\u2019en aillent, parce que c\u2019est pas enrichissant pour l\u2019enfant à ce moment-là que la mère reste.\u201d (une ménagère) \u201cD\u2019un autre côté, je veux pas m\u2019enfermer dans ma carrière de mère là.Je veux essayer de continuer de faire quelque chose de parallèle parce que, si je m\u2019enferme là dedans, je vais être pognée un moment donné, je vais me retrouver face a rien.puis ça va être difficile pour moi.Puis, d\u2019un autre côté, je veux pas m\u2019enfermer dans mon travail non plus.C\u2019est un problème.une femme qui travaille est obligée de se diviser en deux parce que la société est pas faite pour ça\u2026\u2019\u201d (une nouvelle-arrivée) L\u2019éducation des enfants doit-elle se faire au foyer ?De façon générale, c\u2019est l\u2019épanouissement personnel qui est valorisé.Que l\u2019éducation se donne à l\u2019extérieure ou au foyer, l\u2019important est que la mère soit bien dans sa peau : les enfants n\u2019en seront que plus heureux.\u2018C\u2019est pas nécessairement le temps que tu passes avec l\u2019enfant là, mais l\u2019intensité du temps que tu passes avec l\u2019enfant.\u201d (une enseignante) \u201cMon fils qui a 5 ans me dit souvent : \u2018\u201c\u2018tu sais maman, je t'aime a plein.puis je m\u2019ennuie.\u201d Tu sais, ca fait mal au coeur un peu quand ils disent ca.tu te dis.si je travaillais pas ben peut-être que.mais, dans le fond, si je travaillais pas, je serais peut-étre pas aussi bien.puis eux-autres non plus.\u201d (une permanente) \u2018\u201cL\u2019important, c\u2019est l\u2019intérêt puis le cadre d\u2019épanouissement qu\u2019on peut donner a un enfant.je veux dire, c\u2019est pas certain que ce soit moi la 259 ; i oy REE Tn ES 2e eae PEE Sa meilleure personne pour éduquer mon enfant.J\u2019apporte ce que je suis la.mais je ne suis pas toutes les facettes des étres humains.il y a d\u2019autres êtres humains qui ont des affaires à lui apporter.\u201d (une nouvelle-arrivée) Mais les opinions demeurent partagées : ce point de vue différent nous le démontre bien : \u201cIl a besoin de ses parents, cet enfant la.Et puis, laisser garder ça ailleurs là, ça vient que ça déroutine un enfant.son père, puis sa mère ou bien donc les étrangers.c\u2019est pareil pour eux-autres.\u201d (une manoeuvre) Pour ce qui est des garderies, des expcriences ont été faites et ça n\u2019a pas marché.Ce n\u2019était peut-être pas encore un besoin.Il n\u2019y avait pas assez de femmes au travail avec de jeunes enfants.Puis.les grands- mamans sont la, les grands-papas aussi.Par contre, les garderies sont bien acceptées en principe, cette mere tenant a rester a la maison pour éduquer ses enfants nous le précise bien: \u201cNon ! j\u2019ai rien contre les garderies, je suis pour ca a 100 p.c.parce que méme.je trouve encore que c\u2019est la garderie qui est la plus près du milieu familial.\u201d (une ménagère) Il faut dire que le contexte est difficile et surtout différent de celui de la ville.D\u2019abord, il y a les distances souvent considérables qu\u2019impliquerait le fait d\u2019avoir une garderie au village.Puis, il y a aussi l\u2019avantage d\u2019avoir pour le même prix une jeune fille à la maison, qui remplit à la fois les fonctions de femme de ménage et de gardienne d\u2019enfants.Au sujet de l\u2019éducation, les femmes n\u2019envisagent 260 pas pousser leurs enfants à une longue scolarité, à cause de l\u2019éloignement des institutions scolaires et des coûts qu\u2019il entraîne.Elles admettent cependant que la fin du secondaire est le minimum requis aujourd\u2019hui, même lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019occuper les emplois traditionnels du milieu : bûcheron ou cultivateur.Par ailleurs, des comportements comme le divorce et l\u2019avortement ne sont généralement pas acceptés comme solutions recommandées : le premier est souvent choisi sans véritable effort, le second ne devrait pas remplacer une véritable contraception.Même si les femmes du Jal sont toutes croyantes, la pratique religieuse traditionnelle ne leur apparaît plus prioritaire : le bon exemple leur semble plus important que la messe dominicale.Les conceptions des trois curés du Jal paraissent aussi aller dans ce sens.L\u2019 INFLUENCE DU FEMINISME Le terme \u2018\u201cféministe\u201d n\u2019est pas trés apprécié au Jal.De façon très spontanée, voici l\u2019idée qu\u2019on se fait ou la définition qu\u2019on en donne : \u2018Une féministe, moi, j'ai pour mon dire que c\u2019est une personne qui aime pas les hommes.\u201d (une manoeuvre) \u2018\u201c\u2018J\u2019ai pas honte d\u2019être femme puis.j\u2019envie pas les hommes puis jai rien contre.je les aime bien.\u201d (une ménagere) \u201cMoi, les hommes je me sens aussi supérieure qu\u2019eux-autres.\u201d (une jeune animatrice) Même si le terme \u2018\u201cféministe\u201d fait sursauter, il est certain que le cheminement accompli par les Jalloises correspond en partie aux réalités que ce mot recouvre.261 RES PER EEE RSR OT Les femmes ont su profiter du Jal pour mieux s\u2019épanouir sur le plan humain, en s\u2019empliquant collectivement, en s\u2019adaptant au travail en groupe : \u201cAu fur et à mesure que les femmes avancent dans la vie puis.au fur et a mesure qu\u2019il se déroule des choses dans le Jal.il y aurait peut-étre pas eu besoin nécessairement qu\u2019il y ait une année de la femme puis.qu\u2019on parle tellement de l\u2019évolution de la femme pour que la femme évolue.\u201d (une permanente) \u201cA l\u2019intérieur du Jal même la.je me dis, il y a tellement de choses qui se font, puis il y a tellement de femmes qui s\u2019intéressent à tellement de choses\u2026 qu\u2019elles auraient évolué même sans ça.\u201d (une permanente) \u201cLa femme, elle a beaucoup changé depuis quelques années.La femme, elle a beaucoup évolué depuis que le Jal est commencé.elle s\u2019implique beaucoup la-dedans.\u201d (une permanente) Le scepticisme face aux mouvements féministes dépend surtout du fait qu\u2019au Jal on ne rencontre pas les mêmes problèmes qu\u2019à la ville\u2026 262 \u201cMoi, je pense que la femme de banlieue, la femme de ville, elle vit beaucoup plus ces problèmes-là que nous autres ici, parce qu\u2019on a pas le choix ben ben d\u2019aller travailler à l\u2019extérieur nous autres, puis de faire garder nos enfants puis.de faire des garderies chez nous.Le jour ou je sentirai le besoin de renvendiquer mes droits, ben je serai peut-être la plus féministe, la plus au boutte\u2026 mais ici au Jal on a pas à revendiquer contre ça et dire : \u201cMoi je veux faire respecter mes droits comme femme.\u201d On l\u2019est, respectée\u2026\u201d (une ménagère) \u201cQue ce soit dans sa maison ou que ce soit au travail ou que ce soit\u2026 moi l\u2019émancipation c\u2019est\u2026 d\u2019être satisfaite de ce qu\u2019on est dans ce qu\u2019on fait.\u201d (une permanente) Ce n\u2019est pourtant pas l\u2019avis de toutes les femmes.Quelques-unes d\u2019entre elles paraissent rencontrer des difficultés ou posent le problème de façon complètement différente : \u201cJe comprenais pas au début.puis je me disais : \u201cau fond, si tu veux te libérer.la libération tu la fais toi-même\u201d, mais plus ça va, plus je vois que c\u2019est difficile.\u201d (une jeune permanente) \u201cPour moi, le côté émancipation de la femme c\u2019est hors de propos.Ce qui est important, c\u2019est de se développer comme être humain puis de se faire accepter comme être humain.à ce moment-là, il n\u2019y en aura plus de problèmes de sexes.\u201d (une nouvelle arrivée) Il demeure cependant certain que, lorsqu\u2019une revendication féministe surgit, elle soulève immédiatement beaucoup de controverses.Récemment, une femme du Jal, après une quinzaine d\u2019années de mariage, décidait de reprendre son nom.Se heurtant à beaucoup de critiques, Huguette Rioux (Morin) a ressenti le besoin d\u2019expliquer dans le journal local le pourquoi de sa décision : \u2018\u201cLorsque je me nomme Rioux, je remarque parfois des visages en point d\u2019interrogation ou, j'entends des phrases du genre : \u201c\u201cAh ! c\u2019est votre nom, ça ?Je vous connaissais mais je ne savais pas qui vous étiez.Comme ça, un tel, c\u2019est votre frère ?\u201d Chez d\u2019autres, je sens que ça indispose ou même que ça choque\u2026 et pourtant c\u2019est le nom que j'ai reçu à 263 RO RC MUR HR SERA ERA ER HR RRR R ERR RN PSI ht REP SE SE PRE RTE UE SR TRES ma naissance.Pourquoi ne ferait-il plus l\u2019affaire ?.On offre un nom à quelqu\u2019un qui accidentellement ne peut porter le sien véritable; ce n\u2019est pas mon n cas ! i J\u2019ai porté le nom de mon époux pendant quinze : ans et j\u2019en suis très fier.Alors pourquoi ne pas con- ; tinuer, me direz-vous.Justement, lorsque vous Ë avez un mari intelligent qui pendant ces années i vous a aidée a vous épanouir, il comprend (non i sans un serrement de coeur bien sûr; c\u2019est humain) EE que votre épanouissement va jusque là, que vous i avez des pensées plus profondes que mode et 5 coiffure ! Y a-t-il quelqu\u2019un parmi vous qui ne s\u2019est jamais demandé : \u201cQui suis-je ?\u201d \u2018\u2018D\u2019où est-ce que je viens ?\u201d \u201cOu vais-je ?\u201d J\u2019ai toujours été frappée, lorsqu\u2019une femme perd son mari (et ça n\u2019arrive pas qu\u2019aux autres) de l\u2019entendre appeler \u2018\u2018la veuve un tel\u201d comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une demi-personne seulement.Pourtant, c\u2019est elle la vivante ! Du mari qui perd sa femme on ne dit pas : \u2018\u2018le veuf à Laurence, Hélène ou Thérèse\u201d, mais comme il se doit on continue à dire \u2018\u2018Fran- i çois, Edgar ou Rolland\u201d.J\u2019ai réalisé que perdre ti son nom (si beau soit celui qu\u2019on vous donne), i c\u2019est laisser mourir une partie de soi-méme.Après un certain nombre d\u2019années de réflexions, i tu te dis : \u201cEcoute ma vieille\u201d la meilleure façon d\u2019aimer les hommes, c\u2019est d\u2019être une femme, 5 \u2018\u201c\u2018une vraie\u2019\u2019.Ca fait quatre ans que tu emploies temps et énergies a défendre une classe de travailleurs qui sont des hommes, c\u2019est bien, mais, qu\u2019at- tends-tu pour penser aux femmes aussi ?En l\u2019occurrence, ce qui m\u2019a semblé le plus important et le plus logique, c\u2019est que les femmes soient d\u2019abord reconnues pour elles-mêmes.C\u2019est alors que j\u2019ai repris mon nom.Je crois aussi que c\u2019est le moyen d\u2019assurer à mes filles le droit de porter le leur.\u201d La publication du texte d\u2019Huguette a soulevé des 264 réactions très vives : \u201cC\u2019est ton avis à toi.si tu veux le prendre, re- prends-le.tu as pas d\u2019affaire a faire des histoires avec ca puis essayer d\u2019influencer les autres.Je trouve que ça apporte rien.\u201d (une ménagère) \u201cCa me dérange pas, puis je vais vivre avec mon nom comme ça puis je vais mourir avec.Quand même qu\u2019il y a.au bout, ça me change pas de personnalité\u2026 De toute façon, quand tu portes le nom de ton père.tu portes le nom d\u2019un homme quand même.\u201d (une permanente) \u201cMoi je me dis, si je me marie puis je suis pas capable d\u2019accepter le nom de mon mari.mon nom ou le nom de mon mari, je vais rester la même, ça me changera pas en rien.\u201d (une jeune animatrice) Comme on le voit, certaines condamnent sans presque même prendre le temps d\u2019analyser la situation : pour elles, les nombreuses fonctions que remplissent les femmes sont plus appréciées que les discours féministes.Cependant, ces attitudes ne sont pas généralisées et d\u2019autres femmes respectent de plus en plus cette recherche de l\u2019autonomie : \u201cMon nom c\u2019est.Ca serait bien plus beau hein ! Là ils sauraient à qui ils auraient affaire.\u201d (une commercante) \u201cElle a plein le droit de reprendre son nom.c\u2019est son nom ! Quand j\u2019ai suivi des cours, jai dit : \u201cPourquoi que moi, au moins, je garde pas mon \u201cprénom\u201d .\u201d\u201d Ma carte sociale était faite de même (au nom du mari) parce que je serait prête à reprendre mon nom moi si\u2026 C\u2019est logique !\u201d 265 (une artisane) De toute façon, il est sûr que ce genre de démarches bouleverse les idées conventionnelles.Qu\u2019elles proviennent de l\u2019intérieur ou de l\u2019extérieur, il est certain que l\u2019impact en est énorme au niveau de la population.D'ailleurs, ceux qu\u2019on appelle les \u2018\u201c\u2018nouveaux-arrivés\u201d ont sûrement plus d\u2019influence au Jal que tous les mouvements féministes extérieurs.LES NOUVEAUX-ARRIVES Il existe au Jal deux sortes de nouveaux-arrivés.Il y a d\u2019abord ceux du rang St-Grégoire, les premiers sur place, qui n\u2019ont jamais voulu s\u2019impliquer\u2026 les \u201cdropout\u201d.Ils refusent complètement la communauté, ce qui a nécessairement amené les gens du milieu à être quelque peu choqués, au début, face à leur passivité.Présentement, les habitants du Jal font vraiment preuve d\u2019une tolérance remarquable à leur égard, pour autant qu\u2019ils ne viennent pas perturber leur vie personnelle : \u201cNous autres, c\u2019est nous autres, mais c\u2019est du bon monde quand même.Tu peux pas juger personne de même.moi, je suis pas capable.\u201d (une artisane) \u201cMoi, ce que je trouve de valeur, c\u2019est que la plupart de ces gens-là.c\u2019est tous des gens instruits.IIs disent que le système est pourri mais, quand même, le système est peut-être pas ben bon mais, c\u2019est pas en faisant ce qu\u2019ils font là qu\u2019ils vont le changer.\u201d (une ménagère) Par contre, d\u2019autres nouveaux-arrivés, ceux du rang 10 par exemple, semblent apporter beaucoup d\u2019idées nouvelles.Ce sont des gens qui s\u2019impliquent énormément dans la vie de la communauté.Ils possèdent de l\u2019instruction qu\u2019ils mettent au service de la société, 266 sans toutefois trop imposer leurs idées : \u2018\u201c\u201cEn tous cas, les nouveaux-arrivés\u2026 c\u2019est peut-être pas des gens qui, pour le moment, ont apporté des choses à la société mais il y en a, par contre, qui ont fait leurs preuves puis qui sont bien intéressants.Si on les avait pas, on serait peut-être pas rendus ou ce qu\u2019on est la, a I\u2019heure actuelle.\u201d (une permanente) \u201cIl y a encore de l\u2019influence\u2026 mais la survalorisa- tion des gens de la ville là, je pense qu\u2019elle commence a passer pas mal.\u201cPeut-étre que toi, tu as plus d\u2019Instruction que moi, mais moi, j'ai plus d\u2019expérience puis moi, je connais qu\u2019est-ce qui se passe ici.\u201d Je trouve ça très sain.\u201d (une nouvelle-arrivée) LES PROBLEMES DU JAL \u201cOn a amené des problèmes.on a amené des solutions.on a amené des avantages\u2026\u2019\u201d (une jeune permanente) Au Jal, même si la nouvelle structure représente un type de société \u2018\u2018idéale\u2019\u2019 pour beaucoup de gens, elle apporte cependant avec elle de nouveaux problèmes.Le fait que la coopérative de développement, avec ses permanents, soit située à Auclair amène trop souvent des manifestations d\u2019un esprit de clocher qui n\u2019est pas complètement disparu : \u2018Pour moi, la coopérative, c\u2019est pas la bâtisse qu\u2019il y a à Auclair avec les cinq permanents qui sont dedans, c\u2019est pas ça pour moi la coopérative, c\u2019est tout le monde ! Mais c\u2019est pas tout le monde qui pense de même.Quand quelqu\u2019un parle de la coopérative, c\u2019est les cinq permanents.Il y en a beaucoup qui pensent de même.Tu sais, moi, me semble que dans le fond ça me fait de quoi\u2026 parce 267 que je voudrais pas qu\u2019ils penseraient de même.Parce que la coopérative, c\u2019est tout le monde en fin de compte, puis le Jal c\u2019est tout le monde aussi.\u201d (une permanente) Les idées semblent partagées quant a la crédibilité des permanents qui oeuvrent à l\u2019intérieur de la coopérative.Il existe des opinions extrémistes du genre : 268 \u2018Ils choisissent du monde, ils font une sélection puis ils sont choisis d\u2019avance; ils font déplacer les autres pour aller la.Parce que moi, je trouve la coopérative la.c\u2019est trop une p\u2019tite gagne qui runne toute.Le monde haissent le Jal par rapport aca.\u201d (une jeune animatrice) \u201cC\u2019est peut-être de l\u2019emploi\u2026 mais c\u2019est pas mal tout le temps les mémes qui a ¢a.Une année.six mois c\u2019est une gagne qui a ça, l\u2019autre six mois, c\u2019est l\u2019autre gagne\u2026 Mais, l\u2019autre six mois, c\u2019est l\u2019autre gagne qui était là avant qui a ca.parce que c\u2019est tout le temps la méme gagne qui est la-dedans.\u201d (Une commerçante) \u201cPlus ca va la.ils se servent du bulletin d\u2019abord pour s\u2019entre-déchirer, ils s\u2019écrivent des lettres puis des lettres, puis ils se ridiculisent un et l'autre.pour des niaiseries\u2026\u201d\u2019 (une ménagère) \u201cIls disent qu\u2019ils se donnent la main mais moi, d\u2019après moi, ils font mal.Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a d\u2019implanté, ils devraient en avoir soin.Ils essayent de tout garder pour eux autres\u2026 Ca fait qu\u2019en autant qu\u2019ils gardent tout pour eux autres, ben toi, tu es bloquée à.ton p\u2019tit clos puis fais le tour puis va pas plus loin.Si le monde se battrait pas, ca serait beau.puis, si ils ne caleraient pas qu\u2019est- ce qu\u2019ils ont en main.l\u2019entreprise privée ils l\u2019écrasent, ils l\u2019étouffent\u2026\u201d (une commerçante) Les plus impliquées déplorent cependant ces attitudes qui demeurent marginales : \u201cPourquoi que le monde se sont laissés vraiment berner comme ça et puis, écoute donc, après quatre ans, ils ont pas vu ce que la coopérative fait pour eux autres.Ils sont encore a dire : \u201cWouf, ça n\u2019a pas fait tant que ça la coopérative, puis ceux qui s\u2019en occupent, c\u2019est parce que ça leur rapporte de l\u2019argent\u2026\u2019 Ca fait que c\u2019est difficile.\u201d (une enseignante) \u201cPuis là, il y a tét\u2019ben du monde qui le disent, il y a sûrement du monde qui le disent qu\u2019on se graisse la patte.\u201cOù c\u2019est que ça va toute cet argent-là ?\u201d Même qu\u2019il y a du monde qui croient qu\u2019on devrait leur procurer des jobs parce qu\u2019ils ont pris des parts dans la coopérative.\u201d (une jeune permanente ) \u201cMais étre deux de la méme famille, tu sais, impliqués directement dans une chose.Dans des petites paroisses comme ici ça peut amener du chiâlage\u2026 Ca fait que j'ai pas tellement, tellement forcé à m\u2019impliquer là-dedans.Je sentais que, bénévolement, je pouvais donner quasiment autant que si j'avais été là.\u201d (une enseignante) \u201cSi le cent dollars que je mets là, ça peut permettre de rester dans ma maison où je suis.ben, ça sera déjà un point de faite.\u201d (une permanente) \u2018Depuis que le Jal est là, c\u2019est certain que les en- É treprises privées doivent se sentir plus solides parce k 269 que je te dis qu\u2019il y a un bout de temps.il y en a je pense, qui auraient déménagé leur commerce ailleurs.\u201d (une permanente) Si certaines sont anti-Jal, c\u2019est parce que la coopérative représente finalement un mode de pensée qui n\u2019est sûrement pas toujours tout à fait en harmonie avec le mode de pensée traditionnel.\u2018Ben, c\u2019est vraiment un moyen de défense ça, être anti-Jal, parce que ca fait peur.je veux dire d\u2019une certaine façon.C\u2019est l\u2019fun le Jal, parce que \u2018\u2018ca alle\u201d comme les gens disent\u2026 ça tire, tu sais\u2026 mais, des fois, il y en a qui se sentent tirés trop vite, puis leur moyen de défense c\u2019est de dire : \u201cNon ! moi, je débarque\u201d ou \u2018\u2018moi, j\u2019embarque pas\u2026 c\u2019est con, qu\u2019est-ce qu\u2019ils font\u201d.Puis.d\u2018être négatif au départ, tu sais.\u201d (une nouvelle-arrivée) Puis, il y a aussi des problèmes plus personnels : \u2018\u2018Ben, les problèmes qui vont avec l\u2019évolution personnelle des gens.avec la disponibilité.avec les difficultés de travailler en équipe.avec les valeurs individualistes a transformer.Sur le plan humain, c\u2019est bien difficile.Pour les femmes, ben là il y a toute la réorganisation sociale, la réorganisation de ton ménage à faire en fonction de ça.\u2019 (une nouvelle-arrivée) Finalement, un des plus grands dangers pour l\u2019avenir du Jal réside dans l\u2019attitude des jeunes qui semblent beaucoup plus défaitistes et soumis aux valeurs traditionnelles que leurs aînés.\u2018Ah ! ben, j'étais bien fière de ce qui se passait là mais\u2026 je sais pas, tu sais, ça me disait pas grand- 270 SE chose.Je me disais, ben.me semble que c\u2019est pas le Jal qui va me faire vivre un moment donné.Si je me fie juste sur le Jal, ben.j\u2019peux tomber à rien comme j\u2019peux aller a quelque chose.Je l\u2019sais pas, mais j\u2019me fie pas sur le Jal.\u201d (une jeune animatrice) Prendre des décisions, avec les responsabilités que ca implique au bout, ca ne semble pas facile aux jeunes.Est-ce plus facile pour ceux qui, une partie de leur vie, ont eu à lutter contre l\u2019exploitation d\u2019un boss constamment à la recherche d\u2019un rendement maximal ?L\u2019AVENIR Pour ce qui est de leur avenir personnel, les Jalloises n\u2019ont pas en général la pensée tournée vers le futur.La vie, elle se déroule au jour le jour et c\u2019est comme cela qu\u2019elles le prennent.Elles ne trouvent pas le temps de rêver.Même si elles croient à l\u2019avenir du milieu qu\u2019elles aiment, il reste encore problématique.\u201cJe m\u2019attends que ca va causer de la haine, de la haine plus tard.pas tout de suite.Ca commence, tu vois ça par les petits bulletins.Moi, je m\u2019attends que ça va être fermé.\u201d (une commerçante) \u201cPrenez comme la radio Jal, c\u2019est encore la même mautadite affaire.S\u2019ils ne sont plus subventionnés, ça va rester là ça, ça marchera plus c\u2019te patente là ça.\u2026 Ca prend des subventions partout.\u201d (une manoeuvre) \u201cMoi, je pense qu\u2019il faudrait pas réver d\u2019avoir tout le monde.C\u2019est une société pluraliste, on vit dans une société pluraliste puis si on veut vraiment vivre dans une démocratie.on peut pas exiger de tout le monde qu\u2019ils aient un esprit communautaire, qu\u2019ils soient embarqués dans telle ou telle chose.271 nine Tenino UE PS SR D C\u2019est que chacun la liberté de vouloir vivre tout seul dans le fond de son rang et de s\u2019autosuffire, tu sais\u2026 Alors il faut accepter ça.\u2026 C\u2019est peut-être la continuité du problème, si tu veux.ceux qui sont embarqués dans le Jal et capables d\u2019accepter que tout le monde soit pas embarqué, tu sais.\u201d (une enseignante) Même si on est conscient de l\u2019importance des subventions gouvernementales qui demeurent imprévisibles à long terme, l\u2019effort pour devenir autonome ne semble pas manquer au Jal.De façon générale, les femmes croient en l\u2019avenir du Jal : elles luttent tous les jours pour conserver le droit de vivre convenablement \u2018\u2018chez elles\u201d.L\u2019attitude négative paraït provenir de gens non intégrés dont les valeurs sont fortement remises en question par la communauté.\u201cDans 5-10 ans, ca va étre un coin de pays qui vit de ses propres ressources.du monde qui s\u2019aident.qui vont prendre les moyens qu\u2019il faut pour s\u2019aider.du monde qui vont se connaitre.C\u2019est déjà un coin de pays particulier mais ça va peut- être l\u2019être encore plus dans la maison chez vous.Ca va peut-être être plus Jal chez vous que dans le champ du voisin.\u201d (une jeune permanente) Voici ce que les femmes du Jal ont à nous dire.Leur expérience pourrait sûrement nous servir d\u2019exemple.Elles batissent un pays \u2018possible\u2019.et trop beau pour ne pas y croire.272 Le - Co ee EEE can Srey = ct eg oe cé put rv cor me, 2 a fees 22 A cou cerises pe = re pe 3 a 5 = RE 2 Bes a pe = oe ee ot M Pe Entures a.ab Cras cane tind a ve os Za JAN I Ps i _- A Robert Laplante Entures pour la belle éloignée la fenêtre lente la nuit l\u2019attente la maison le livre les craquements familiers le bruit de la rue dans un coin de la chambre l\u2019absence que viennent redire la lampe et l\u2019éclairage j\u2019ai brûlé tous les calendriers pourtant j'ai soigné ton géranium il n\u2019en peut plus de ne pas fleurir blanche page ce temps nous pèse quand tu n\u2019es pas là même les signes s\u2019ensablent dehors quelques passants traînent encore les plus seuls se donnent des airs de promeneurs d\u2019autres cherchent les cafés pour conjurer l\u2019aube moi je reste là au creux de ton fauteuil il y a ton tricot tout près et tes gestes si loin j\u2019ouvre la radio fais quelques pas puis la ferme au beau milieu du silence on dirait ton pas dans l\u2019escalier 275 la retrouvance cent fois retrouvés les gestes les signes refaite la gerbe dans le nu silence de revenir tendue la trame par l\u2019appel au loin moussu des cendres lasses du détour nécessaire cent fois l\u2019ombre traquée dans la moindre plissure d\u2019aube sans amarre ni esquive ni soupçon seulement parce que ça fouille parce que ça trace puis une fois ça s\u2019ajoure s\u2019éclaire et murmure comme un sentier au temps mur de cheminer et c\u2019est comme le beau secret des tourbières la merveille fragile d\u2019une fleur à feu et les jours consentent enfin à l\u2019impérissable 276 matines j'aime l\u2019aube pour ce qu\u2019elle inscrit de vrai dans le silence de la chambre et de nu sur le calme de ton visage pour ce qu\u2019elle dit de la blancheur des draps quand s\u2019apaise au bout de la nuit la clameur sourde d\u2019hier et des ombres j\u2019aime l\u2019aube quand tu dors à mes côtés comme j'aime le matin quand tu t\u2019éveilles comme j'aime la lumière pour ce qu\u2019elle redit dans cette manière que tu as d\u2019annoncer on est en retard et puis tant pis j'aime le secret du café qui fume comme si c\u2019était un signe des temps surtout quand ça s\u2019embleute tout autour parce que c\u2019est lundi et qu\u2019il fait beau qu\u2019on est ensemble et puis en retard pour peu m\u2019importe-t-il alors que le jour s\u2019échiffe du moins jusqu\u2019à ce que la nuit tombe ou que tu t\u2019en ailles 277 au tricot de notre vie une maille à l\u2019endroit un jour à l\u2019envers ma main l\u2019écorce ta chevelure le vent la rosée l\u2019amorce nos corps l\u2019élan une maille à l\u2019endroit un coeur à l\u2019envers la gerbe flamboie hier la savane ce soir novembre tentant le désert une maille à l\u2019endroit le monde à l\u2019envers nos regards la lampe la toise et les ombres la geste un signe les chemins de halage une maille à l\u2019envers le partage allant droit 278 das anniversaire le jardin tranquille beaucoup d\u2019oiseaux le saule qui parle de nous dans l\u2019ivresse des lilas le vent qui joue des ombres sur la nappe nous revoilà attablés pour le banquet quotidien mais aujourd\u2019hui quelque chose est changé au repas il y a bien sûr le formage et le cidre le pain de ménage et les ustensiles que je dispose toujours à l\u2019envers mais nous avons quelqu\u2019un à table qui n\u2019est pas vraiment un invité quelqu\u2019un qui n\u2019est pas là par hasard mais qui est venu presque à notre insu s\u2019approchant peu à peu de jour en jour sans bruit il n\u2019a pas l\u2019air bien méchant juste un peu tiraillé il a les mains rudes de l\u2019aventure et de la persévérance le dos voûté des portages et des nuits blanches son front ridé porte certainement la marque de grands chagrins mais ses yeux sombres brûlent d\u2019une passion mystérieuse qu\u2019on devine un peu au frémissement de ses lèvres il doit marcher d\u2019un pas lent et lourd il a la parlure des gens qui frappent pour s\u2019expliquer mais je ne penserais pas ça de lui du moins pas maintenant 279 Li lr Ey Tete HR RR RH IO Rt HNRKNRH CE avec cette douceur qu\u2019il a dans le geste en nous tendant sa coupe il a beau s\u2019appeler le temps passé il fait bon boire à sa santé buvons buvons et chantons à boire le lin pousse à profusion quand tu chantes 280 Courtepointes et Pointes sèches pee Se Ln Lee Ps Cité Libre fut un salon È Pierre Vadeboncoeur E Vouloir et volonté ne sont pas deux mots pour dire la même chose.Je suis tombé sur leur différence de sens E en pensant aux fédéralistes.Notre entreprise releve d\u2019un vouloir; la leur, d\u2019une volonté.De fait cette volonté ne bi: procédait guère d\u2019un vouloir et maintenant, au fur et El a mesure que le temps passe, qu\u2019est-ce qu\u2019une volonté : pareille si ce n'est l\u2019effet du peu qu\u2019il reste d\u2019une raison, # une raison qui, dans leur meilleur temps jadis justifiait E peut-être au moins un peu l'espoir qu\u2019ils concevaient pour un avenir dont ils prétendaient à cause d\u2019elle tenir la clef ?Il est possible qu\u2019au début ils aient connu ce que c\u2019est qu\u2019un vouloir, encore que la raison raisonnante È ne puisse pas beaucoup et pas longtemps soutenir cette gi chose-la.Pour un vouloir, il faut un amour et non seule- 5 ment une raison.Du reste, à une grande raison il faut de i grandes images qui l\u2019accompagnent et un puissant idéal; il faut un drame, une espérance.Il n\u2019y a rien, autour i d\u2019eux ni en eux, de ces conditions-la qui attestent une haute raison.Il y a seulement quelques concepts.Mes fédéralistes s\u2019égarèrent dans une voie où il n\u2019y avait rien d\u2019exaltant.C\u2019était un bien mauvais départ.Aussi fut-ce di un départ.Ils quittaient, ils n\u2019allaient pas.Trudeau eut kp le talent de substituer pour son compte l\u2019image du hé- ki: ros, la sienne, à la matière, à l\u2019objet propre, manquants, 5 d\u2019un héros.Ce fut fulgurant, mais c\u2019était du cinéma.Il n\u2019y eut pas de parole, car il n\u2019y avait pas de fond.Il y Bt eut des attitudes.Quand on y repense avec le recul = voulu, c\u2019est étonnant comme la spectaculaire sortie de mes amis, tout en scintillements et couleurs, n\u2019éclairait Bi rien.Le constater, c\u2019est la méme chose que de s\u2019aperce- i voir jusqu\u2019à quel point tout cela fut exempt d\u2019un grand 5 discours.La source du vouloir n\u2019est pas seulement dans ce qu\u2019on pense mais dans ce qu\u2019on aime de toute son âme.E Vouloir, c\u2019est consentir.C\u2019est très différent d\u2019exercer E purement et simplement sa volonté.C\u2019est éminemment E RA) ey 283 A A 4 et humblement dire oui.Les vrais grands hommes sont des hommes du vouloir.Les carriéristes sont des hommes de la volonté seulement.Je ne dis pas que Trudeau et Cie aient été ou soient des carriéristes; je n'ai aucun désir de le prétendre.Mais ils ont mis leurs pas dans les pas des carriéristes, tout simplement parce que leur démarche ne résultait pas et ne pouvait résulter d\u2019un grand vouloir.De Gaulle fut un homme du vouloir.Giscard n\u2019est qu\u2019un homme de la volonté.Castro, Allende, furent aussi des hommes du vouloir, et Mao, bien entendu.Il n\u2019y avait rien à espérer de cet esprit de volonté que je décris ici, mais au début nous ne le savions pas : la vraie nature des choses ne se révèle qu\u2019avec le temps et la philosophie ne nous apprend rien avant beaucoup d'années.Mais nous, nous avons vu le vouloir émerger lentement parmi nous.D'autres avaient coupé au plus court; ils étaient très pressés et voilà que forcément ils fonçaient tête baissée sans rien attendre et sans rien voir venir.Comme nous sommes loin d\u2019eux maintenant, ou plutôt comme ils sont loin de nous, car ce furent eux qui s\u2019éloignèrent, perdus dans quelque rêve préten- dûment réglé par la raison ! Il faut plus qu\u2019un maigre rêve et que les besognes de l\u2019esprit raisonneur pour un vouloir : il faut du peuple et du vouloir populaire, par rapport à ce que lui-même, le peuple, expérimente de vérité courbée; il faut des images de ce qui dort en lui caché.Le discours de ceux qui cherchent à transmettre queique idée d\u2019un projet alors devenu conscient depuis l\u2019espoir diffus qu\u2019il y a dans des masses devient le même dans la bouche des orateurs que ce qu\u2019il est en puissance dans la rumeur d\u2019une foule qui l\u2019attendait.Qu\u2019on se souvienne pour cela de la jubilation du 15 Novembre ! Pour nous, cette foule fut, en cette période, et demeurera la nation, pour le temps qu\u2019il faudra en fonction d\u2019une action commencée et qu\u2019il faut rendre à terme.Le vouloir fait que nous ne voulons pas les choses pour nous et selon nous mais pour un peuple et selon lui.Nous avons appris cela parce que nous l\u2019avons vécu.N\u2019existe de profond vouloir politique que ce qui en pas- 284 se dans une volonté individuelle depuis une source qui a de fait l\u2019ampleur du peuple et je dirais presque quelque chose comme son infini.Il faut que cela nous passe en quelque sorte par le corps et par l\u2019esprit.Autrement, il n\u2019y a pas de vouloir, il n\u2019y a que dessein, prétention, résolution d\u2019un seul homme ou de quelques-uns, calcul étroit, science présomptueuse, élitisme et forcément tromperie constante, sans parler d\u2019entétement et de morgue princiere.Le vouloir vient de bien plus loin que soi et même la simple étude n'atteindra jamais jusqu\u2019à ses sources.Celles-ci sont dans les causes qui patientent au fond de l'âme du peuple et quelquefois le font agir Nous remontions jusqu'a elles, ou, pour employer une autre image, nous étions précédés dans ce que nous pensions, et dès lors nos pensées s'accordaient à cela même qui les précédait, et elles se soumettaient.Elles devenaient dociles et en harmonie avec ce que d\u2019elles-mémes elles ne commandaient pas.Il y a de l\u2019abandon préalable dans ce que j'appelle le vouloir.Nous voulions d\u2019Un vouloir et non d\u2019une simple volonté parce que nous étions allés prendre dans les ressources de la raison et de l\u2019émotion d\u2019un peuple une idée généreuse et qui était la sienne.Une idée comme celle-ci ne git que dans l\u2019authenticité populaire.Pareille idée n\u2019a pas besoin d\u2019abord d\u2019être nombreuse, compliquée, détaillée, car par sa nature elle est complexe, aussi complexe en données analysables virtuelles que le peuple est nombreux en existence et en richesses intérieures jamais taries.Ce sont effectivement des centaines de milliers de personnes qui disent depuis quinze ans ce que l\u2019histoire taisait \u2014 et ce n\u2019était pas seulement le monde officiel qui le taisait mais messieurs les intellectuels dont je suis.On ne peut nier que l\u2019affirmation qui remplit la chronique depuis lors ait été pleine de sens.Un tel mouvement avait certes une justice, et comment nier qu\u2019il révélât l'existence étonnante d\u2019un besoin jusqu'alors réprimé ?Personne maintenant n\u2019oserait prétendre que ce qui a depuis rempli l\u2019histoire n\u2019avait rien à voir avec elle.Mais les dénégateurs dont j'étais l\u2019avaient pour- 285 EE ee ee DE TT FC I EN RAR ANA RATS il tant gage ! S\u2019il fallait un exemple de la futilité des réflexions savantes, celui-ci en serait un assurément ! La transition fut sensationnelle et brusque : nous, autarciques de la réflexion en chambre, nous avons été du jour au lendemain culbutés par l\u2019irruption d\u2019un tout, plein de la populeuse réalité que nous avions niée ! Ce n\u2019était pas banal.Quelques cité-libristes maintinrent leur quant-a-soi \u2014 mais pour aller se figer dans la stérilité de leur esprit et bientôt dans quelque refuge plutôt confortable, qui soulignerait davantage qu\u2019ils avaient choisi au fond de n\u2019être pas, du même coup qu\u2019ils choisissaient de se passer d\u2019une collectivité créatrice.Voilà donc ce qui nous inspirait et déterminait du même coup la direction de nos recherches appliquées.Le peuple québécois doit être politique, comme peuple.Mais ma principale crainte est qu\u2019il ne s\u2019en avise pleinement que dans l\u2019adversité la plus dangereuse et même irrémédiable, un jour, et qu\u2019il ne devienne ainsi \u2014 passé des temps critiques, quand il ne pourra plus que se défendre en vain, quand il sera forcé de se débattre sans espoir, quand ce sera là pour lui la règle rigoureuse d\u2019une destinée manquée \u2014 une minorité réduite, encerclée, jamais gagnante et en définitive nuisible à ses propres membres, qui ne pourront néanmoins s\u2019exiler d\u2019elle et qui devront faire, quoi qu\u2019ils en aient, dans la situation la plus défavorable, une politique nationale tout de mé- me mais dans une peau d\u2019assujettis chroniques et d\u2019assiégés a demeure.Nous n\u2019avons pas le choix.On ne se retire pas d\u2019un destin.On peut seulement l\u2019orienter ou le subir.Que ne vienne pas un temps où d\u2019avoir à la subir serait devenu pratiquement la seule possibilité ! Plus qu\u2019un autre, le peuple québécois doit être politique en tant que peuple.C'est sa grande redécouverte et elle est récente.L'idée de nation, au premier degré, et celle de pays, au second degré, répondent directement et strictement a cette nécessité.À cet égard, nous n'avons pas trente-six chemins; nous n\u2019en avons qu\u2019un et il n\u2019est pas facile.286 C'est cela ou l\u2019abandon.Cependant l\u2019abandon n\u2019est pas la suppression du probleme mais sa multiplication.Il ne peut y avoir de fuite.Un individu pourra s\u2019évader, mais non la masse.Il s\u2019en tirera probablement, mais apres avoir lâché les autres.Je n\u2019ai pas autre chose à démontrer que cette rigueur de la problématique collective.Le 15 Novembre, en bonne partie, nous avons été politiques en tant que nation.Le Référendum, c\u2019en sera la seconde occasion.Une loi historique nous tient et elle est inflexible.Elle nous oblige à un vouloir.Nous n\u2019avons pas de latitude : nous devons nous répondre oui et agir à chaque fois que le problème politique se pose à la nation.Le peuple québécois comprendra de plus en plus que c\u2019est là la loi de l\u2019histoire qui le régit.Viendra peut-être un jour où il sera devenu fort parce qu\u2019il aura entièrement reconnu cette loi-là.Alors il se sera soudé.Le Référendum, si nous le gagnons, sera, pour ce progres, une grande date.Cent cinquante ans de lutte Gabriel Gagnon Voila le titre de l\u2019histoire du mouvement ouvrier au Québec de 1825 à 1976 qui vient d\u2019être publiée conjointement par la CSN et la CEQ.Abondamment illustré et rédigé de façon claire et vivante par le journaliste Louis Fournier, ce volume est l\u2019oeuvre conjointe de militants syndicaux et de chercheurs engagés comme.Hélène David, Stanley Ryerson et Céline Saint-Pierre.I remplit dans l\u2019historiographie québécoise le vide mal comblé jusqu\u2019à date par des travaux scientifiques à diffusion restreinte et l\u2019ouvrage du même type englobant l\u2019ensemble du Canada rédigé par Charles Lipton il y a déjà quelques années (Histoire du syndicalisme au Canada et au Québec, 1827-1959, Parti pris, 1976).Accessible à un large public, l\u2019ouvrage se veut plus près du manuel syndical que du travail scientifique, plus description exhaustive qu\u2019analyse approfondie.Très 287 riche en détails, l\u2019analyse des relations mouvementées entre syndicats \u2018nationaux\u2019 et \u2018\u2018internationaux\u201d demeure particulièrement objective, malgré l\u2019origine de la publication.Sans parti pris dogmatique ni \u2018langue de bois\u201d marxiste, les auteurs prennent toujours d\u2019emblée le point de vue du travailleur, a travers les vicissitudes des diverses organisations syndicales et politiques qui ont tenté de le représenter au cours du développement du capitalisme au Québec.Découpé en 7 périodes historiques, le volume aborde pour chacune l\u2019économie, la scène politique, le mouvement syndical et l\u2019action politique ouvrière.Pour les périodes antérieures à 1930, il y a aussi des sections consacrées aux lois du travail et à la condition ouvrière : on regrette cependant que cet aspect ait été négligé pour les périodes subséquentes au profit de l\u2019étude des organisations, sans doute à cause de l\u2019absence de données adéquates Une première lecture de cet ouvrage essentiel m\u2019amène aux réflexions suivantes : 1.La multiplicité et la richesse des manifestations de la conscience ouvrière au Québec tout au long de notre intégration à la société industrielle, souvent camouflée dans nos analyses par la relative stagnation des années 1945 à 1966.2.La dépendance du mouvement ouvrier québécois face à des initiatives qui lui sont extérieures : américanisation du syndicalisme comme de l\u2019économie, importance des anglophones dans les partis de gauche, imposition par l\u2019Eglise du syndicalisme catholique face au radicalisme et à la neutralité des internationaux.3.La naissance difficile ces dernières années d\u2019un mouvement ouvrier authentiquement québécois, à la fois national et radical, dont la CSN et la CEQ sont cette fois le fer de lance face aux atermoiements d\u2019un syndicalisme international qui parvient mal à se débarrasser de la corruption et de la dépendance, malgré les efforts d\u2019une FTQ demeurée beaucoup plus faible que ses membres et que ses deux partenaires québécois.288 4.Le vieux rêve d\u2019un parti ouvrier québécois, toujours renouvelé mais sans cesse torpillé soit au profit des grands partis canadiens (CCF, PC, NPD) toujours aussi mal ajustés à la spécificité québécoise ou encore des mouvements nationalistes (Action libérale nationale, Bloc Populaire, P.Q.) qui occupent tout l\u2019espace politique provincial lorsque surviennent les crises profondes.Les enfants des normes: un choc nécessaire Lise Gauvin Je n\u2019aurai certes pas été la seule à éprouver une sorte de choc face au film de Georges Dufaux, tourné l\u2019an dernier dans une polyvalente de la région de Montréal, et mettant en scène, selon la technique du cinéma direct, des jeunes de Secondaire III.Choc salutaire sans doute, puisqu\u2019il permet à toute une partie de la population de s\u2019interroger maintenant sur l\u2019efficacité réelle de cette révolution pédagogique des années 60 et 70 qui a peu à peu troqué sa tranquillité pour un ronronnement inoffensif.Avec son équipe et ses caméras, Georges Dufaux a réussi à enfreindre un des tabous les plus jalousement gardés encore aujourd\u2019hui, celui des lieux clos que sont les salles de classe, dont tout visiteur ou parent a été jusqu\u2019à présent exclu.Ce secret bien gardé permettait d\u2019ailleurs aux représentants des institutions d\u2019enseignement de ramener sans cesse la critique à la mauvaise perception d\u2019un étudiant et à la singularité d\u2019une attitude spécifique, marginalisée de ce fait.Tel n\u2019est plus le cas.Les enfants des normes, cette chronique en huit épisodes qu\u2019on a nommée, lors d\u2019une discussion télévisée, \u2018\u2018Les instantanés d\u2019un voyeur\u201d, est, à mon avis, plus qu\u2019un assemblage de scènes prises sur le vif.Le film nous en dit davantage sur l\u2019état présent d\u2019un système d\u2019éducation que tout document pédagogique et \u2018\u201c\u2018normatif\u201d\u2019.Chaque épisode laisse perplexe, interrogateur.De ces images en vrac, désorganisées, sa- 289 vamment agencées pour imiter l\u2019incohérence, surgissent des impressions bouleversantes et, surtout, quelques questions face à ce qu\u2019on ne peut s\u2019empêcher d\u2019appeler la grande misère de l\u2019enseignement secondaire public.Voici, glanés au hasard des séquences, quelques-uns parmi les multiples points d\u2019interrogation soulevés par le film.Le morcellement.Pour augmenter la qualité de l\u2019enseignement, au secondaire, on n\u2019a rien trouvé de mieux que de construire d\u2019immenses polyvalentes (2,600 élèves) où des professeurs spécialisés dispensent des cours de quarante-cinq ou cinquante minutes à des élèves qui, apparemment, s\u2019en passeraient bien.Au mieux, le professeur se contente d\u2019organiser sa classe en atelier.Au pire, il passe toute son énergie à essayer de garder les jeunes gens en classe jusqu\u2019à la prochaine cloche.Dès que la sonnerie se fait entendre, il se produit un branle- bas ou un raz-de-marée tel qu\u2019il est préférable de ne pas se trouver sur le passage des élèves enfin libérés de leur inaction et de leur ennui.Ceux-ci vont vers un autre cours, dans l\u2019attente d\u2019une autre cloche.Fragmentation extrême donc, enseignement morcelé, absence d\u2019intérêt.Quel renouveau ! Faire de l\u2019enseignant une machine distributrice de cours et de l\u2019enseigné un récepteur toujours gavé, ennuyé d\u2019avoir à ingurgiter des aliments dont il ne sent nullement le besoin, quel progrès ! Les normes.La classification.Un haut fonctionnaire du ministère a expliqué que le mot \u2018\u2018norme\u201d\u2019 s\u2019entend dans un autre sens que celui proposé par le film et signifie le rapport élèves/professeur dans chaque institution.Qu\u2019on l\u2019appelle norme ou non, la classification des élèves en trois voies principales : régulière, allégée et enrichie, a quelque chose d\u2019aberrant, lorsqu\u2019on sait qu\u2019il n\u2019y a à peu près pas d\u2019espoir pour un \u2018\u201callégé\u201d d\u2019atteindre le niveau de l\u2019 \u201cenrichi\u201d.Pauvre Flaubert, \u2018\u201cl\u2019idiot de la famille\u2019 (cf.Sartre) qui, dans un pareil contexte, aurait été classé parmi les \u2018\u2018allégés\u2019\u2019 et condamné au rembourrage ! Les professeurs.Ce qui m\u2019a semblé le plus étrange 290 Re dans leur attitude c\u2019est, malgré leur bonne volonté évidente et leur désarroi tout aussi manifeste, le ton avec lequel ils s\u2019adressent la plupart du temps aux élèves, les considérant comme des enfants du niveau de l\u2019école élémentaire.Jusqu\u2019à quel point n\u2019entretiennent-ils pas cette irresponsabilité générale dont les jeunes gens sont atteints ?Jusqu\u2019à quel point sont-ils eux-mêmes les victimes de ce système dont le commun dénominateur semble être l\u2019impossibilité de favoriser l\u2019établissement d\u2019un rapport intellectuel ou humain (à quelques exceptions près : on se souviendra de ce professeur qui a réussi à intéresser ses élèves en leur faisant tout simplement écrire un court texte chaque jour) entre les groupes d\u2019élèves et l\u2019enseignant ?Au désarroi s\u2019ajoute parfois le mépris (le sourire de l\u2019élève qualifié de \u2018\u2018niai- seux\u2019\u2019) et les clichés les plus parfaits (\u2018\u201cContente-toi d\u2019être belle et de te taire\u201d dit un professeur à une jeune contestataire).La beauté des jeunes.Leur intelligence pour rien.Ces jeunes, malgré tout, semblent s\u2019en sortir à peu près indemnes.Ils crânent, parlent, disent leur révolte.Ils s\u2019expriment, résistent.Que d'\u2019intelligence dans cette tête frondeuse amenée un jour au conseil de discipline de l\u2019école et qui répond avec humour à ses accusateurs ! Chacun se renseigne, sait exactement ce qu\u2019il peut faire, connaît les règlements et ses droits.Par contre, ces intelligences semblent ignorer tout autre objet que celui de la défense et de la protection individuelles.Désabusés, dans un état de latence qui est comme un degré zéro d\u2019inquiétude et de créativité, les jeunes ne veulent rien savoir d\u2019un monde qui lui-même les ignore et les parque dans des écoles, ces garderies \u2018\u2018hénaurmes\u201d, parce qu\u2019il ne peut pas les voir ailleurs.Chose paradoxale, c\u2019est en même temps à ces \u2018\u2018enfants\u2019\u201d\u2019 qu\u2019on demande de choisir leurs options définitives et l\u2019orientation de leur vie.La perspective est alarmiste sans doute et les bons élèves sans histoire ne sont pas montrés.De plus, on peut objecter que le direct n\u2019est jamais véritablement du direct, puisque la caméra passe rarement inaperçue.291 RNA TE EE SPE FE FC ITI Ep [SY DEN PI bet RUE En PE EE TIRER E REO ET DCE PRESSE COST CERN COR TERRE OT TR RTS RE RH HHI 1 RH RH RER RATS LH 2 I gi ; A 0 a i Hy és ne etre Toe es Pers SEN a Se es ARE I TR x CPS EE era rep ed EE Mais ceci dit, l\u2019ensemble est extrêmement parlant et devrait amener de sérieuses remises en question.A propos de pédagogie par exemple, que signifient les méthodes dites actives si l\u2019on ne laisse jamais à l\u2019étudiant le temps de découvrir et de formuler ses propres interrogations, si tout est programmé, réglementé, régimenté, \u201cd\u2019une cloche à l\u2019autre\u201d.Au niveau des objectifs visés, on peut aussi se demander à quoi sert une spécialisation excessive dans un temps ou précisément les techniques et disciplines sont constamment dépassées ou modifiées.Peut-être faudrait-il enfin songer à instituer d\u2019autres types d\u2019écoles publiques.Si le parent d\u2019école élémentaire a un certain choix entre l\u2019école traditionnelle (dont les méthodes d\u2019enseignement ont peu évolué depuis cinquante ans) et l\u2019école dite \u201clibre\u2019\u2019 ou \u201cnouvelle\u201d (où l\u2019innovation est souvent limitée à une analyse du comportement individuel et à l\u2019observation clinique des attitudes face à l\u2019apprentissage), celui qui doit inscrire un enfant à l\u2019école secondaire n\u2019a plus aucune autre alternative que le secteur public ou le secteur privé.Il serait peut-être temps que les hauts fonctionnaires du ministère de l\u2019Education songent à remettre en cause une normalisation rassurante et efficace d\u2019un point de vue technocratique pour créer ce que j\u2019appellerais des écoles de \u2018\u2018bon sens\u201d.Au primaire comme au secondaire, le besoin en devient de plus en plus urgent.292 emo tes APOE cou OS RE EET A PS _ 0 1 EEPIr Irs Abonnez-vous à POSSIBLES Dans les prochains numéros : L\u2019utopie Le référendum Les femmes et le pays Bilan de l\u2019autogestion Bulletin d\u2019abonnement Ville.Code postal .ci-joint un cheque.mandat-poste.au montant de $12.00 pour un abonnement a quatre numéros a compter du numéro.Abonnement institutionnel : $25.00 Abonnement de soutien : $25.00 Revue Possibles, B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3s 254 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Québec | D775 027 Dépôt légal Bibliothèque Nationale du Canada 15 \u2014 production MEDIA TEQ 947, Duluth est, Montréal distribution commerciale MESSAGERIES LITTERAIRES DES EDITEURS REUNIS 6585, rue St-Denis, Montréal H2S 2S1, tél.: 279-8476 Achevé d'imprimer sur les presses de l'Eclaireur Ltée, & Beauceville, Qué. SS oa xxx proc rag 98 QUÉLEC 83 S 5 = : & 2X 2 : 2g, \u2014 eee \u2014 ss ner res mms 5 22 000 SE as men $5.95 PF A 7 47 A o AA 2 L 75 AJ AG, LA 48 Va /4 } dl V4 5; V4 4 sm 4 pi 2 PY y [77% 4 b, 1 7 MA 2 0 \"i 7 #8 2 ne 7h lie MES Lt 4 \\ A 7; ÿ a] A ; 7 / / : À ry 7 7 \u201c if #2 ff rly ) 7 /i 7 y a | A 8 / 7% 5 / ; 7 Yrs, hf Wilh 7, 4e Y be VE f A Z, Z 7 Af 7 ~ 7 \\ x VE 7h.0 EL i i of 7 1] ; K / Ë iw i AHH, i , 4 7 CR Yi: 7) Ler ZF 0.5 7 % y PU i 7) Ÿ 4 A = y \u201c| ) Ge i jf 5 7 0, 7, AZ oH, 5.14 7 NT DC J 1 4 y i A M L Ry a K Au 7 7 4% / si A) oo, He 4 lieu, 74 CFE ÿ 7 J A {1 J 7 / 14 ef, Ga | A / cod Ù 7 \u2018a / 1h À fl) A 904, d J 7 i + AA jet ie 2 7 M wiih ji J 1h y Jo |) 7\u2019 3, Wp ge CU 5 $= 7 7 A a HI = ; 7.up i if, | y A 1 Ps / à |) NA id 4 ; J PP \u201c17 Uy i fl AR i ; i hot a \"7 7 i G 5 i ly Là Z SN 7 7 I PJ) GA het 7 2 firs ih J jo! LT | ti, w £7 A fh A 970] Zz a ae A, re = CAES "]
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