Chroniques, 1 septembre 1977, Septembre
[" è 39 + hroniques i\u201d automne 77 \u2014 hiver 78 la grève des profs 1 l'UQAM prtrait du premier conflit majeur entre les syndi- rés et l\u2019Etat sous le gouvernement péquiste.eee e punk-rock 1 phénomène contradictoire.ie Jeune theatre iu Quebec bn évolution et son importance stratégique.e discours \u201cM-L\" sflexions et controversés sur l\u2019autocritique de OBILISATION. ES RE = = a es \u2014 ==] = © 2er == =.= = 356 8 = \u2014 = \u2014 \u2014 = = == mel HS 5 = = TO SE SE FE = 5 = = pry py a go ERLE] = = ES es [ny Ere fy numéro quadruple ® sommaire.\" automne 77 \u2014 hiver 78 Présentation Ouverture Lettre ouverte au collectif Lettre circulaire Le monstre bicéphale par Jean-Marc Piotte Entrevue avec la Ligue ouvrière révolutionnaire par Yves Alix et Pierre Paquette Notes sur le mouvement ouvrier québécois et la question nationale par Diane Lamoureux Réflexions sur l\u2019autocritique de Mobilisation par Gordon Lefebvre Radio Centreville par le Comité de Démocratisation de Radio Centreville La grève des profs à l'UQAM 1.Préliminaires à une grève de quatre mois par Ginette Rochon et Jean-Yves Soucy 2.Portrait d\u2019un conflit par Jean-Marc Piotte La mort du texte en moi par Madeleine Gagnon Je parle ce qui m\u2019agite par Philippe Haeck A qui profite le punk?par Yves Alix Essai sur l\u2019importance stratégique du \u2018\u2018Jeune Théâtre\u201d par Hélène Beauchamp Dans les marais de la métaphysique par Yves Alix Evénements pour un film par Patrick Straram le Bison ravi La pensée déçue par le concept par Laurent-Michel Vacher Notes sur le livre de Gill par Pierre Paquette L'empire du regard par André Roy Le déjeuner des canotiers par Philippe Haeck Action-chanson par Yves Alix 9 septembre par André Roy Soulever une contradiction par François Charron L\u2019**affaire\u2019\u2019 André Roy par Laurent-Michel Vacher < oC QL 12 29 43 66 144 150 170 210 216 246 262 273 296 308 310 312 313 315 317 318 Présentation Ce dernier numéro de Chroniques correspond à une étape dans un travail critique entrepris par la revue trois ans auparavant.La tâche que s\u2019était fixé Chroniques en janvier 1975 était de \u2018\u2018couvrir chaque mois les activités culturelles et politiques d'importance au Québec dans une perspective critique de lutte des classes.\u201d (Editorial du No 1).Sans se définir une ligne politique, le collectif s\u2019était cependant fixé une orientation politique progressiste sur des bases marxistes.Chroniques se définissait également par le rejet du formalisme artistique et du \u2018\u2018réalisme socialiste\u201d stalinien; et en opposition avec deux \u2018courants\u2019: \u201cla tendance \u201cnationaleuse\u2019\u201d (nationalisme réactionnaire) véhiculée massivement par le PQ en particulier\u201d et la \u201cnouvelle culture\u201d, qui \u201c\u2018escamote la lutte des classes au nom d\u2019une conscience universelle.\u201d Etait présent aussi le souci d\u2019*\u2018articuler les rapports lutte nationale \u2014 lutte de classes\u201d: \u2018\u201cNous concevons le nationalisme progressiste comme la prise en main de la lutte de libération nationale par les forces qui défendent les intérêts réels du prolétariat.\u201d Il s\u2019agissait d\u2019*\u2018analyser toutes les formes de domination (et de controle), sexuelles, morales, psychiques, sur lesquelles reposent finalement l\u2019acceptation (par conditionnement) de l\u2019exploitation capitaliste, toutes les formes de domination qui empêchent le sujet d\u2019accéder à la fois au désir et à la révolution\u2019; étant donné que fl fone Du wl fo] ls iy a Ie big} ~ (ifs le ile ts ons de jen- .3 \u201cce retrait des militants par rapport à de nombreux problèmes vécus par tous quotidiennement, laisse le champ libre à l\u2019idéologie dominante de s\u2019y manifester en force.\u201d Nous ne ferons pas ici le bilan d\u2019une trentaine de numéros de Chroniques, mais nous voulons montrer en quoi la fin de ce cycle ne signifie pas la fin d\u2019un travail critique dans le champ culturel/politique, indiquer ce qui fonde la nécessité de mettre sur pied une nouvelle revue.À la suite d\u2019une période de relative stabilité, Chroniques s\u2019est trouvée prise dans une série de contradictions internes et externes qui a correspondu au départ progressif de tous les membres du collectif initial, remplacés au fur et à mesure par d\u2019autres chroniqueurs.Le collectif de la revue n\u2019a pas su s\u2019adapter à une situation politique nouvelle \u2014 caractérisée par la montée du mouvement marxiste-léniniste et du nationalisme avec l\u2019élection du PQ.La revue s\u2019est trouvée laminée entre ces deux courants à mesure que son attitude de repli correspondait au rétrécissement de son espace d'intervention.Il ne s\u2019agit pas là d\u2019un problème qui est seulement interne à la revue Chroniques, et la disparition de Champs d\u2019application et de Stratégie en témoigne: cet échec traduit une démission, une désertion d\u2019un travail critique qui a lieu actuellement chez les intellectuels, sous l\u2019influence du populisme et de l\u2019ouvriérisme qui encouragent une attitude régressive anti-théorique.Face aux attaques du courant marxiste-léniniste, la revue n\u2019a pas su démontrer son utilité et sa nécessité: nécessité d\u2019un travail critique \u2014 sur des bases matérialistes \u2014 dans le domaine de la culture et de la vie quotidienne quand ce travail est négligé par la majeure partie de la gauche révolutionnaire.Il n\u2019était pas dans la fonction d\u2019une revue comme Chroniques \u2014 non basée sur organisation politique \u2014 d\u2019élaborer ou de définir une ligne politique.Les attaques faites à ce sujet sur l\u2019\u201c\u201cabsence de ligne politique\u201d par le courant marxiste-léniniste et les quatre chroniqueurs démissionnaires (1), portent donc à faux.Par contre était en jeu l\u2019orientation politique de la revue, et s\u2019il y avait absence de débat de fond, \u2018\u201clibéralisme et opportunisme\u201d (1), ce n\u2019est pas le fait de (1) Cf.la lettre des quatre chroniqueurs démissionnaires p.8. 4 démissionner de la revue qui pouvait y remédier.Cette perte d\u2019effectifs conjointe à la difficulté de recruter de nouveaux chroniqueurs et à des difficultés financières, a précipité la chute de la revue et l\u2019échec de sa relance (la publication était interrompue depuis avril 1977).Nous pensons cependant que se dessinent une nouvelle conjoncture et un espace politique favorables à la mise sur pied d\u2019une nouvelle revue.Cette conjoncture est caractérisée par une crise des idéologies néo-staliniennes, par l\u2019émergence d\u2019une gauche ouvrière et populaire en rupture avec le PQ et qui envisage la question nationale dans une perspective socialiste, par l\u2019apparition et le développement de mouvements qui ont tout intérêt à se lier au mouvement ouvrier: mouvement autonome des femmes, mouvement homosexuel, mouvements écologiques et de luttes urbaines, politisés chrétiens, etc.Les objectifs initiaux de Chroniques sont en grande partie toujours valables pour une nouvelle revue apportant une contribution à la lutte pour le socialisme.Yves Alix Gordon Lefebvre Pierre Paquette ar ft Pn ti con Sai pren Sans d'un men iy ng de JU fine Déte iy ÿ suele tie (dl; a Te tte Ouverture Avec ce dernier numéro de Chroniques s\u2019achève un cycle: sans prétendre en écrire prématurément l\u2019histoire, il est peut-être permis de risquer certaines réflexions sur le parcours accompli et de se tourner vers les perspectives d\u2019action à venir.Chroniques est née dans les têtes de Jean-Marc Piot- te, Madeleine Gagnon et Patrick Straram peu de temps après que ce dernier, en compagnie de Philippe Haeck et moi Laurent-Michel Vacher, ait quitté Hobo-Québec.Professeurs d\u2019université ou de Cégep, journalistes, critiques ou écrivains, les membres du premier noyau (qui compta Léandre Bergeron, Thérèse Dumouchel, Céline Saint-Pierre, Noël Audet et Thérèse Arbic en plus des premiers nommés) étaient prêts à se dire \u2018\u2018marxistes\u2019\u201d\u2019, sans toutefois être membres ni même sympathisants, d'un mouvement ni avoir une pratique politique nettement identifiable (moins encore commune).Intellectuels à vrai dire inorganiques, révolutionnaires théoriques, nous nous décrétâmes selon une mode d\u2019alors \u201ccollectif de production\u201d et, tirant de nos comptes de banque et d\u2019une souscription parmi nos connaissances ce qui était nécessaire, produisimes en effet, sans trop de difficultés, une revue qui eut un temps l\u2019avantage d\u2019être mensuelle, d\u2019être progressiste, d\u2019être nouvelle et d\u2019être intéressante.Cela ne pouvait pas durer, l\u2019isolement du groupe étant assez grand, les tensions internes (politiques, person- 6 nelles et autres) s\u2019aggravant peu à peu, et les attaques du jeune et montant mouvement \u2018\u2018\u201cm.-l.\u2019\u201d\u2019 commençant rapidement à faire sentir parmi nous leurs effets dévastateurs.Un à un, victime des conflits intérieurs et externes, qui par lassitude, qui par prudence, qui par revirement, qui par désespoir, qui par individualisme, qui par stalinisme, qui par amour, chacun est donc parti.D\u2019autres, recrutés au fur et à mesure, comblèrent les brèches(l).L'équipe était au trois-quarts transformée au numéro 23, totalement nouvelle au numéro 26.La formule des chroniques mensuelles, qui avait donné son visage à la revue, en prit rapidement un sérieux coup dans l\u2019aile.L'assurance collective du début fit place a la défensive et aux polémiques aigres-douces.Le nouveau collectif s\u2019épuisait en partie, tout comme l\u2019ancien, dans la poursuite (vaine et fabuleuse pour un groupe de cette nature) de la \u2018\u2018ligne juste\u201d, laquelle reculait comme un horizon sous les tirs de barrage de Stratégie, de Champs d\u2019application, de la Ligue, etc.Chaque membre, arrivant ou partant, était désormais virtuellement le droitiste ou le gauchiste, l\u2019opportuniste ou le dogmatique, le révisionniste ou le jacobin d\u2019un autre.Tiraillés entre les groupes féministes, les avant-gardes esthétiques, les luttes syndicales, les grandes manoeuvres des \u201cm.-1.\u201d, les influences culturelles européennes (Foucault, Althusser, Lacan, etc.), les rédacteurs de Chroniques ne trouvèrent pas le tour d\u2019assumer leur désarroi nécessaire et la diversité en devenir.Au lieu d\u2019entretenir ouvertement leurs lecteurs (leurs semblables) des doutes et des divergences \u2014 ce qui aurait été un signe de force ascendante \u2014, ils se sont trop souvent enlisés dans le marasme de certains rôles, avec les inévitables effets de dépression collective et personnelle qui ne pouvaient manquer de naître des contradictions entre le masque préformé du soi-disant \u201c\u2018intellectuel révolutionnaire\u201d et les réalités autrement complexes des pensées et des incertitudes vécues.Chroniques a publié pas mal de textes qui méritent (1) À un moment ou l\u2019autre, ont fait partie de l\u2019équipe de Chroniques: Réjean Jacques, André Roy, Marcel Saint-Pierre, François Charron, André Morf, Jocelyne Lefebvre, Yves Alix, Gordon Lefebvre, Michel Brissonnet. nl ie (ls ie .7 d\u2019étre relus.Pour l\u2019heure, le triomphe apparent du sectarisme \u201cm.-1.\u201d ne laisse guere de place à cette voix- là: qui sait, on redécouvrira peut-être certaines de nos prises de position quand ce mouvement-là aura fait son temps, comme ailleurs on redécouvre Arguments.Pour nous, qui restons, ce n\u2019est pas cela qui compte: c\u2019est la nécessité et le désir de refaire quelque chose de neuf.L.Bergeron avait vu juste en s\u2019opposant à l\u2019époque à une demande de subvention: si nous obtenons de l\u2019argent du Conseil des arts, disait-il, Chroniques se fera couper les vivres dans deux ans et en mourra.Bien sûr, ce sont aussi (et même surtout) d\u2019autres difficultés, de nature politique(2), qui ont porté les derniers coups fataux.Et c\u2019est en pensant à ces difficultés que nous avons décidé de refaire nos forces, de reconstituer nos fonds, de former une autre équipe et de fonder une autre revue sur une base plus large, dans une optique plus ouverte, avec un goût plus affirmé pour la liberté de tout dire et de se tromper.Pour cette raison, nous annonçons à nos amis que la permanence de la revue demeurera ouverte, que la case postale sera conservée, et nous en appelons à la réflexion et à l\u2019aide de tous ceux, intellectuels, artistes, enseignants, étudiants et écrivains progressistes indépendants qui déplorent, entre La Forge et Possibles, de ne pas se reconnaître dans une publication culturelle dynamique et critique.À tous ceux-là, nous voulons dire que ceci peut n\u2019être qu'une étape.Relisez donc avec nous les éditoriaux des numéros 1 et 13 (\u2018Les enjeux de notre lutte\u201d et \u201cUn an après\u201d).La plupart des intentions qu\u2019ils proclament et des tâches qu\u2019ils proposent restent d\u2019actualité pour 1978, même si le langage en est déjà daté et si l\u2019esprit doit en être renouvelé.Une autre étape nous attend et c\u2019est à elle avant tout que nous songeons au moment de mettre sous presse ce dernier numéro de Chroniques.Laurent-Michel Vacher (2) Comme le soulignent avec une feinte subtilité et une facile assurance d\u2019anciens membres du dernier collectif dans une lettre qu\u2019on lira par ailleurs. ANR IR AR GE Lettre ouverte au collectif Le 31 octobre 1977 Au collectif, Le dernier numéro de la revue Chroniques doit paraître sous peu: Tel est ce que nous apprend au premier coup d\u2019oeil la lettre circulaire* adressée à tous les anciens chroniqueurs et collaborateurs de la revue par son actuel comité de rédaction.De ce comité, il est à prévoir que plusieurs noms auront disparus, remplacés par de nouveaux chroniqueurs ou tout simplement par ceux qui auront acceptés de collaborer à ce numéro terminal.Pour éviter qu\u2019il ne soit pas fait mention de cette disparition ou substitution, nous devons par cette mise au point, à la fois, décliner et saisir cette invitation afin que le camouflage dont elle est faite ne passe pas inaperçu.Sous des termes généraux on y apprend que la décision d\u2019arrêter la parution de la revue est venue \u201cà la suite d\u2019une lettre du Conseil des Arts du Canada\u201d annonçant \u201cla fin des subventions\u201d.Mais cet \u201cà la suite \u2014 dit-on \u2014 n\u2019est pas la seule raison ni la plus importante pour justifier notre décision.Ce manque se combine aux difficultés de recrutement d\u2019un groupe.\u201d.Bref! avec le manque de sous c\u2019est le manque de personnel qui est invoqué.En fait, ce qui compromet le projet de relance de la revue n\u2019est pas de l\u2019ordre des raisons invoquées.Il s\u2019agit plutôt d\u2019une absence de ligne politique.Certes, les justifications fournies existent, mais elles ne sont certainement pas les plus importantes ni les seules, car elles font écran à la cause profonde de toutes ces difficultés de recrutement et de fonctionnement.Ce double manque par lequel est expliqué à la fois le retard de la relance et l\u2019annonce de la parution du dernier numéro passe sous silence les différences idéologiques et politiques qui depuis plus d\u2019un an déjà ponctuent à la revue départs et difficultés matérielles de production. A wh at \u2014 Cette explication substitue les effets aux causes réelles: 1.Refus plus ou moins manifeste de faire un travail collectif d\u2019autocritique; 2.Absence de ligne politique claire a la revue; 3.Refus de certains de reconnaitre que la revue souffre de libéralisme et d\u2019opportunisme et, par conséquence, maintient précisément cette ligne.En ce sens, il faut au moins souligner notre inconséquence face aux positions divergentes mises de l\u2019avant dans les diverses chroniques, notre mise de côté des critiques de notre façon d\u2019envisager les questions politiques et culturelles, notre incapacité de prendre position collectivement dans les débats du mouvement marxiste, etc.Sans nier l\u2019importance des différentes pratiques ni des nombreuses tâches dans la production d\u2019une telle revue il faut également reconnaître, pensons-nous, et affirmer que cet arrêt de la production de la revue tout comme ses difficultés de relance ont des causes politiques et non seulement techniques.À ce sujet, il faut aussi signaler que depuis quelques mois déjà et après plusieurs tentatives de mise au point, les débats de ligne à Chroniques ont presque toujours été évacués ou étouffés.À titre d\u2019exemple, cette lettre d\u2019invitation se sert de difficultés réelles pour masquer un problème politique tout aussi réel.En tant qu\u2019anciens chroniqueurs nous devons souligner avoir nous-mêmes trop souvent colmaté les divergences politiques au nom de cette solidarité dans le travail de production.Mais un tel cautionnement ne saurait une fois de plus, bien que ce soit la dernière, faire le jeu de l\u2019opportunisme.Nous avons notre part de responsabilités dans tout cela mais nous croyons qu\u2019avec ce dernier numéro il importe non pas, justement, de \u2018\u2018bien finir\u201d, mais au contraire de \u2018\u201cdébroussailler le passé\u201d avant de \u2018désembourber l\u2019avenir\u201d.Espérant que cette note puisse maintenir ouvert le débat, François Charron Marcel Saint-Pierre André Morf Jocelyne Lefebvre *lettre circulaire Le 27 septembre 1977 Chers amis, Nous tenons à vous faire part d\u2019une décision très importante que le collectif de production de la revue \u201cChroniques\u201d a prise récemment: la revue va cesser de paraître sous peu.Cette décision est venue à la suite d\u2019une lettre du Conseil des Arts du Canada, où l\u2019on nous signifie poliment la fin de subventions à notre revue.Voici un extrait significatif de cette lettre: \u201cLe Comité des périodiques (.), au moment de sa dernière réunion du mois d\u2019août, a cru que Chroniques ne répondait plus à sa vocation première et qu\u2019il n\u2019avait plus dans l\u2019éventail des lettres du Canada français l\u2019importance que pourrait lui mériter une bourse d\u2019une institution d\u2019Etat comme la nôtre.\u201d Le manque d'aide financière n\u2019est pas la seule raison, ni la plus importante, pour justifier notre décision.Ce manque se combine aux difficultés de recrutement d\u2019un groupe suffisamment nombreux d'écrivains, de chroniqueurs et de travailleurs culturels capables, à l\u2019heure actuelle, de soutenir, de produire et de diffuser la revue.Nous sommes donc contraints, bien malgré nous, d\u2019abandonner le projet de relance de \u201cChroniques\u201d, tel que nous l'avons annoncé maintes fois depuis la \u201cmise au point\u201d parue dans le numéro 28 (avril 77).Cependant, nous ne voulons pas mettre fin à la revue sans publier un dernier numéro.Il reste actuellement en caisse assez d'argent pour sortir un numéro terminal.\u2014\u2014 es ES am ve oe oe me wm sr ss \u2014 \u2014 \u2014\u2014 - 11 C\u2019est donc à ce numéro de clôture que vous êtes maintenant conviés de participer.Que sera ce numéro terminal?Nous voulons publier un numéro qui évite deux écueils: 1) terminer en queue de poisson, 2) l\u2019embaûme- ment et la nécrologie.Que pouvez-vous faire?Nous vous demandons simplement ceci: contribuez.Donnez-nous des textes, et que votre apport à ce numéro serve à désembourber l\u2019avenir.Après?Il sera encore et toujours question de mettre sur pied une revue.Laquelle?Quel nom portera-t-elle?Nul ne le sait pour l\u2019instant.Ce qui urge pour le moment, c\u2019est de bien finir ce qui a été commencé en janvier 1975.Nous comptons sur votre apport et croyons qu\u2019il faut faire de ce dernier \u201cChroniques\u201d un jalon qui marque l'évolution culturelle du Québec.Si nous recevons suffisamment de textes d\u2019ici le début de novembre, le numéro paraîtra à la fin de novembre ou au début de décembre.Merci et à bientôt.Le collectif.Post-scriptum: Pour nous, cesser de publier la revue ne signifie pas liquider.Le local de la revue, rue Wolfe, demeure ouvert; il sera maintenu et pourra éventuellement servir à démarrer une nouvelle revue.Les numéros antérieurs de \u201cChroniques\u201d seront écoulés au fur et à mesure des demandes.Le casier postal va demeurer le même. Le monstre bicéphale En octobre 1972, sous la signature de Charles Gagnon (L\u2019Equipe du Journal) paraît Pour le parti prolétarien.Sept ans après le manifeste du M.L.P.(parti pris, vol.3, nos 1-2, août-septembre 1965, pp.2-41), le manifeste de \u2018\u201c\u201cL\u2019Equipe du Journal\u201d reprend deux des thèmes qui structuraient le premier: la lutte de classes pensée en conjonction de la libération nationale et la nécessité de travailler à l\u2019avénement d\u2019un parti révolutionnaire.Le mot d\u2019ordre du Mouvement de Libération Populaire (M.L.P.): \u201corganisation de 'avant-garde en vue de créer le parti révolutionnaire, instrument de la prise du pouvoir\u201d (parti pris, p.34) pourrait, sans grandes modifications, être repris par les m.-1.aujourd\u2019hui.Le fascicule de Gagnon critique la pratique des nombreux noyaux de militants qui cherchaient alors à s\u2019implanter dans les masses populaires tant par les organisations de quartiers que par la pénétration directe au sein même des usines.L\u2019occupation du Québec, qui avait balayé et les groupes gauchistes (F.L.Q.) et le Frap électoraliste, avait du même coup entraîné les militants à prendre conscience de la fragilité de leurs organisations et de leur quasi absence de liens avec les masses qu\u2019ils désiraient représenter.C\u2019est contre le localisme et l\u2019empirisme politique de ces noyaux de militants que Gagnon réitère le mot d\u2019ordre du M.L.P.: tout pour la création du parti.Et Contre l\u2019économisme, publié trois ans plus tard par En Lutte!, ne fera que préciser ce premier objectif que s\u2019était déjà tracée \u201cL\u2019Equipe du journal\u201d.RR I EIRE EE PE A OO RNA OO - 13 Mais Pour le parti prolétarien va beaucoup plus loin que le manifeste de feu le Mouvement de Libération Populaire dans la mesure où il identifie la lutte idéologique comme la tâche prioritaire et la publication d\u2019un Journal comme l\u2019instrument pour mener à bien cette lutte.La coupure politique avec le manifeste du M.L.P.intervient, à mon avis, avec le Document d\u2019entente politique pour la création de la Ligue communiste (marxiste- léniniste) du Canada (non daté, mais publié me semble- t-t-il à l\u2019automne \u201975) qui, lui, est structuré en fonction des cinq axes suivants: 1.la science, c\u2019est-à-dire la théorie marxiste-léniniste et la pensée de Mao Tsé- Toung; 2.une analyse de la situation internationale qui situe et détermine le Québec; 3.un centre de référence politique: la Chine; 4.une analyse originale et articulée sur la contradiction principale au Canada: 5.une définition plus précise qu\u2019En Lutte!, quoique un peu mécaniste, des conditions et des tâches pour créer le parti.Le parti est toujours l\u2019objet désiré des jeunes révolutionnaires du Québec, mais du M.L.P.à la Ligue, les moyens identifiés pour réaliser cet objectif changent radicalement: un nouveau discours révolutionnaire ici se dit (1).Que la Ligue, et non pas En Lutte!, rédige le premier un document qui se démarque nettement et clairement de l\u2019idéologie du M.L.P., voilà un fait incontestable.Cela ne signifie cependant pas que ce nouveau discours révolutionnaire conduira à la révolution, pas plus qu\u2019il n\u2019implique que la Ligue soit plus marxiste-léniniste qu\u2019En Lutte! ou que sa ligne soit plus juste.Ce n\u2019est pas parce qu'on est les premiers à tenir un discours qu\u2019on a raison: la vérité ne réside pas nécessairement dans l\u2019origine.Ce n\u2019est pas par le document de la Ligue que je veux amorcer l\u2019étude: le point de départ sera l\u2019autocritique de Mobilisation publiée au premier trimestre 1976 et intitulée Liquidons le spontanéisme, l\u2019opportunisme et l\u2019é- (1) Le discours de la Ligue est nouveau par rapport à celui du M.L.P,, mais non face à celui du Parti communiste canadien (P.C.C.) dont il reprend, pour l\u2019essentiel, la problématique des années \u201820: Mao: remplace Staline et la Chine se substitue à l\u2019U.R.S.S., mais ils y jouent la même fonction dans un semblable discours. FR EE EE A DA SE RE EEE ED EE EEE HOE MS EMA OC I MDE 40 bt ata a Ht Me bead Matta ata seat Ment 1 14 conomisme.Pourquoi?Elle marque nettement et clairement le lieu de la rupture.D\u2019une part \u2014 et c\u2019est son avantage sur le Document de la Ligue \u2014 elle critique radicalement et impitoyablement son passé qui est celui de centaines de groupes socialistes intellectuels petits-bourgeois qui cherchaient, depuis Octobre \u201970, à se lier au peuple par des organisations intermédiaires (organisations formées à partir d\u2019une librairie, d\u2019une imprimerie, d\u2019une revue, d\u2019une garderie populaire, d\u2019un soutien à des luttes ouvrières, etc.), se situant à mi-chemin entre les organisations de masse (syndicat, association étudiante, coopérative, etc.) et l\u2019organisation rigide du parti marxiste-léniniste (voir à ce sujet Que faire?de Lénine).Et, contrairement aux organisations politiques comme En Lutte! ou la Ligue, ces organisations intermédiaires posaient comme priorité, non pas la création du parti, mais la liaison avec les masses populaires.D'autre part, Mobilisation s\u2019auto-critique sur la base d\u2019une adhésion à la ligne politique de la L.C.(m.-1.)C.De plus, l\u2019autocritique de son passé et l\u2019adhésion à la Ligue sont justifiées par un constant renvoi aux textes de Marx, Lénine, Staline et Mao.Or le nouveau courant révolutionnaire marque l\u2019entrée de la tradition marxiste parmi des couches importantes d\u2019intellectuels petits-bourgeois qui cherchent réellement, et en y travaillant concrètement, à la faire pénétrer dans la classe ouvrière par l\u2019intermédiaire de cercles d\u2019études organisés autour d\u2019un journal.Le fait que le marxisme soit plus au Québec l\u2019apanage de quelques intellectuels est un phénomène nouveau et important.Que le marxisme, le léninisme et la pensée de Mao Tsé-Toung s\u2019apprennent en groupe, en fonction de la pratique et en vue de la révolution, voilà sans doute la meilleure façon de devenir marxiste.Que cette attitude entraîne le plus souvent des positions dogmatiques \u2014 dont le courant En Lutte! se démarquerait (1) \u2014 voilà ce qui est sans doute historiquement inévitable et dont on retrouve un (1) Contrairement à la Ligue, le marxisme-léninisme d\u2019En Lutte! n\u2019est pas dogmatique.Mais si un ou des points fondamentaux du marxisme-léninisme sont dépassés théoriquement \u2014 et donc aussi au niveau de la pratique qui y est appréhendée \u2014 En Lutte! serait, lui aussi, dogmatique.= \u2014\u2026 ss ras ses = 0 en re eee st i ll .15 exemple clair dans l\u2019autocritique de Mobilisation.Mais l\u2019aspect principal et dominant de ce courant ne se trouve pas dans les déviations dogmatiques et sectaires: il est dans cette diffusion sans pareille du marxisme-léninisme, dans les polémiques auxquelles il donne lieu et dans l\u2019approfondissement de nos connaissances qu\u2019entrainent cette diffusion et ces polémiques.Que le Parti Communiste du Canada (marxiste-léniniste) n\u2019ait pas réussi, malgré son antériorité, à créer un tel courant révolutionnaire au Québec est une question différente: nous ne l\u2019aborderons pas ici.Nous ne traiterons pas non plus du courant trotskyste qui s\u2019est développé depuis '60 au Québec.Que le Parti communiste canadien (et le Parti communiste du Québec) n\u2019ait pas réussi à répéter au Québec ses succès qui précèdent la scission du groupe d\u2019Henri Gagnon (\u201947) est aussi un autre probleme.Dans les années \u201960, les jeunes révolutionnaires l\u2019ignoraient pour des raisons nationales tandis que maintenant c\u2019est leur adhésion à la ligne politique de la République populaire de Chine qui les en éloigne.C\u2019est ainsi que le P.C.C.au Québec est surtout demeuré une organisation regroupant des émigrés qui, dans leur pays d\u2019origine, militaient dans un parti communiste.La Ligue et En Lutte! se disputent le marxisme-léninisme dont ils se veulent les dépositaires.Le marxisme- léninisme serait une science qui reposerait sur les principes suivants: 1.il est une science; 2.le prolétariat exerce le rôle hégémonique dans la lutte pour le socialisme; 3.le prolétariat est guidé par un parti d\u2019avant- garde, le parti armé du marxisme-léninisme et de la pensée de Mao Tsé-Toung; 4.la révolution socialiste se réalise par l\u2019intermédiaire de la dictature du prolétariat.Mais cela n\u2019est pas suffisant: pour être marxiste-léniniste, il faut aussi assumer les positions de la Chine sur la scène internationale, positions que je ramènerai pour fins d\u2019analyse à la théorie des trois mondes (1) et la définition de l\u2019U.R.S.S.comme puissance sociale-im- périalisme et comme pays soumis à la dictature bour- (1) En lutte! critique cette conception, appuyant sur ce point l\u2019Albanie. 16 geoise (1).Le garant de la vérité de cette ligne politique \u201cinternationale\u201d serait évidemment la pratique du Parti chinois et celle de l\u2019Etat de la République populaire de Chine.Enfin, pour être marxiste-léniniste au Canada, il faut non seulement accepter cette conception du marxisme et cette ligne politique \u201cinternationale\u201d, mais il faut aussi reconnaître, au Canada, un certain nombre de principes que je subsumerai, pour fins d\u2019analyses, sous les deux items suivants: les contradictions au Canada et la nécessité de travailler à l\u2019avènement du Parti.Mobilisation et la Ligue poussent ainsi leur dogmatisme jusqu\u2019à la (1) Je ne peux résister au plaisir de cette longue citation: \u201cLes marxistes-léninistes doivent aussi: \u2014 reconnaître que nous sommes à l\u2019époque de l\u2019impérialisme, à l\u2019époque de la révolution prolétarienne; \u2014 reconnaître que le monde est divisé en trois.Un Premier Monde composé des deux superpuissances, les Etats-Unis et l'URSS, un Troisième Monde composé des pays en voie de développement (y compris les pays socialistes), et un Deuxième Monde composé des pays capitalistes avancés et révisionnistes; \u2014 reconnaître que la situation mondiale est caractérisée par la montée des facteurs de guerre et des facteurs de révolution; que la tendance principale dans le monde est la révolution: les pays veulent l\u2019indépendance, les nations veulent la libération, les peuples veulent la révolution; que les deux superpuissances accroissent leur rivalité en vue de réaliser leurs visées hégémoniques, que leur rivalité conduira un jour ou l\u2019autre à la guerre, et qu\u2019elles sont les principaux ennemis de tous les peuples du monde; que l\u2019URSS est le principal fauteur de guerre, et est l\u2019impérialisme ascendant; que le tiers monde représente la force motrice de la révolution à l\u2019échelle mondiale, et qu'il constitue le plus puissant rampart contre les visées hégémoniques des deux superpuissances; que tous les peuples du monde doivent se préparer à la guerre, et que les pays des deuxième et troisième mondes, les nations et les peuples du monde doivent s\u2019unir dans un front uni mondial contre les deux superpuissances afin de contrer leurs visées hégémoniques et le menace de guerre qu\u2019elles font peser sur le monde.Les marxistes-léninistes doivent aussi reconnaître que la Chine et l\u2019Albanie sont des pays socialistes; que le capitalisme a été restauré en URSS, qui est maintenant devenu une puissance sociale- impérialiste, que le révisionnisme a triomphé lors du 20e Congrès et que la dictature du prolétariat a été renversée, à la faveur d\u2019un coup d'état, par une clique d\u2019usurpateurs, qui ont instauré sur le prolétariat et le peuple soviétique une dictature bourgeoise, de type fasciste\u201d, Documents de la première conférence de Mobilisation, juillet 1976, p.40. 17 limite et tombent dans une sclérose qui se manifeste même par des rituels dont les caricatures de leurs jJour- naux ne sont qu\u2019un exemple.Car sur quelles pratiques, dites-moi donc, fondent-ils la vérité de leur analyse concrète de la situation concrète\u201d?Quelles sont les pratiques garantes de la justesse de leur application au Canada de la théorie marxiste-léniniste?Aucune, il faut bien l\u2019avouer.Remarquons qu\u2019En Lutte! reprend, de façon moins pompeuse et d\u2019une manière plus nuancée, les mêmes critères du véritable marxisme-léninisme, y compris sur la question québécoise et sur l\u2019identification de l\u2019ennemi principal où, après auto-critiques successives, En Lutte! rejoint la Ligue.Cependant En Lutte! récuse, après l\u2019Albanie, la conception chinoise des trois mondes et considère qu\u2019il peut y avoir des divergences sur la ligne politique canadienne, c\u2019est-à-dire sur l\u2019application au Canada de la ligne idéologique et de la ligne politique internationale, tout en demeurant marxiste-léniniste.C\u2019est pourquoi la Ligue dira qu\u2019En Lutte! tombe dans l\u2019opportunisme de droite en négligeant l\u2019importance d\u2019une claire et précise définition de la ligne politique canadienne tandis que celui-ci attaquera le dogmatisme et le sectarisme (pendant organisationnelle du dogmatisme théorique) du premier.L'unité complète de la ligne politique canadienne n\u2019est pas essentielle, dit En Lutte!, à l\u2019unité de l\u2019organisation ou du parti marxiste-léniniste, celle-ci reposant sur le centralisme démocratique, c\u2019est-à-dire sur la subordination, après discussions, de la minorité à la majorité.En Lutte! et la Ligue s'entendent donc sur la nécessité politique de définir l\u2019orthodoxie marxiste-léniniste, sauf que le premier veut laisser une marge de débats dans l\u2019application de la ligne juste au Canada tandis que le second veut l\u2019inclure dans la définition même de ce qu\u2019est un marxiste-léniniste canadien.Quoiqu\u2019ils en soient de ces divergences, il faut chercher à cerner, dans l\u2019étude des discours des m.-l., la portée et les limites des réponses que ce nouveau courant révolutionnaire donne aux questions qu\u2019il juge lui- même essentielles (les questions ne sont donc pas interrogées): 1.Qu\u2019est-ce que le marxisme?2.Qui sont les 18 pays socialistes?3.Quelle est la situation internationale et quelle place y occupe le Canada?4.Quelles sont les grandes contradictions de la formation sociale canadienne?5.Comment fonder le parti et quel parti?En analysant ces questions, nous découvririons peut-être que l'énigme de la révolution exige que nous reformulions les problèmes de façon différente.Toutefois, ce vaste programme d\u2019étude ne peut évidemment être réalisé ni ici ni par un seul individu.Je me contenterai donc, dans les pages qui suivent, d\u2019explorer la quatrième question.La contradiction principale \u201cPour établir une juste stratégie de la révolution au Canada, il faut déterminer correctement la contradiction principale qui traverse la société canadienne ainsi que les contradictions secondaires majeures.La moindre erreur sur cette question peut compromettre la révolution au Canada pour de longues, très longues années\u2019.(1) Pourquoi l\u2019importance actuelle de cette question stratégique alors que le Parti n\u2019est même pas créé?Mobilisation répondrait sans doute: la juste solution de cette question est une des conditions essentielles à la formation du Parti.La Ligue définit la contradiction principale au Canada comme celle opposant la bourgeoisie et le prolétariat sans préciser ce que recouvre les deux termes de cette opposition.(2) Qu\u2019est-ce que la bourgeoisie canadienne (et québécoise)?Quelles fractions de classe recouvre ce concept?Comment s\u2019articulent-elles pour dominer l\u2019Etat canadien?Qu'est-ce que le prolétariat au Canada (et au Québec)?De qui est-il constitué?En proclamant ce qu\u2019est l\u2019essence de la contradiction principale canadienne sans avoir, au préalable, déterminé la structure de classes au Canada (et au Québec), la Ligue démontre bien son anti-marxisme: elle substitue la méthode déductive à la dialectique et remplace l\u2019analyse concrète de la situation concrète par une conception idéaliste, car (1) Liquidons le spontanéisme, l\u2019opportunisme et l\u2019économisme, autocritique de Mobilisation, 1976, p.30.(2) Document d\u2019entente politique pour la création de la Ligue Communiste (marxiste-léniniste) au Canada.LE na ction que ndre oly.A) raté- bili cètte rmg- ada nat elle ne uvre ner ads ant ane: ture nire Tele sme, 19 abstraite et formelle, de la société.Pour déterminer la contradiction principale au Canada, il faut partir de et se fonder sur l\u2019analyse de la structure de classes du Canada et du Québec.La structure de classes au Canada, elle-même conditionnée par la structure de classes existant dans le M.P.C.(mode de production capitaliste) au stade du capitalisme monopoliste, détermine en grande partie celle du Québec: l'Etat est canadien tandis qu\u2019au Québec subsiste un gouvernement régional avec un embryon de pouvoir d\u2019Etat.L'Etat canadien, par son monopole de l\u2019armée, son puissant appareil bureaucratique, ses tribunaux et la Gendarmerie Royale du Canada, se subordonne les pouvoirs partiels du mini-état québécois: police, tribunaux et bureaucratie.Au stade du capitalisme monopoliste, l\u2019Etat jour un rô- le fondamental de régulateur de l\u2019économie capitaliste, ne serait-ce que par le nombre d\u2019emplois qu\u2019il crée que par son immense pouvoir d\u2019achat, et ce sont les fractions monopolistes de la bourgeoisie qui exercent leur hégémonie sur les autres fractions bourgeoises et dominent ainsi l\u2019Etat.De toutes les analyses de la structure de classes au sein du capitalisme monopoliste, celle de Céline St- Pierre me semble la plus convainquante, la plus rigoureuse et la plus explicative.(1) Je pourrais résumer son analyse de la façon suivante.Le prolétariat est constitué de deux classes: la classe ouvrière proprement dite et la classe laborieuse.(2) La classe ouvrière se compose des travailleurs directement productifs, c\u2019est-a- dire producteurs de marchandises et de plus-value.L\u2019extorsion de celle-ci caractérise le mécanisme économique par lequel la bourgeoisie exploite la classe ouvrière et domine, ainsi, le M.P.C.Les ouvriers manuels (non spécialisés, spécialisés, et qualifiés), les travailleurs des transports et des télécommunications ainsi que (1) St-Pierre, Céline, \u201cde l\u2019analyse marxiste des classes sociales dans le mode de production capitaliste\u201d, socialisme québécois, no 24 (1974): 9-33.(2) Seule une étude approfondie nous permettrait d\u2019affirmer avec certitude que celles-ci constituent deux classes et non pas deux fractions d\u2019une même classe. 20 ceux de l'emballage et de l\u2019entreposage forment la classe ouvrière.Les deux fractions de la classe laborieuse sont les travailleurs indirectement productifs (qui réalisent la plus-value en assurant la circulation des marchandises) et les travailleurs improductifs (qui oeuvrent manuellement, dans le sens gramscien, à la reproduction des rapports sociaux nécessaires à la production de plus-value).Les employés des secteurs commerciaux et financiers font partie des premiers.Les employés manuels des appareils idéologiques font partie de la deuxième catégorie.Ces deux fractions forment une même classe: elles sont exploitées par extorsion de sur-travail, et non, comme la classe ouvrière, par extorsion de plus-value.Evidemment, au Québec, le prolétariat est aussi fractionné par la division linguistique: français/anglais.Le prolétariat est la force fondamentale et dirigeante de la révolution au sein du capitalisme monopoliste.Il produit et réalise la plus-value et sert à la reproduction des rapports sociaux.Le prolétariat recoupe la définition gramscienne de travailleur manuel: il est la base essentielle de l\u2019utopique disparition de la division entre travailleurs manuels et travailleurs intellectuels.Je dis utopique car nous sommes actuellement incapables de déterminer concrètement le comment de cette disparition.Dans leur rapport au sein du prolétariat, la classe ouvrière, étant la source de toutes richesses matérielles, détiendrait le rôle hégémonique.Pourquoi le prolétariat est-il la force dirigeante de la révolution?En Chine et à Cuba, c\u2019est bel et bien la paysannerie qui scelle réellement l'issue de la victoire, et non le prolétariat.Certains scolastiques marxistes- léninistes diront que la classe paysanne a été la force principale de ces deux révolutions tandis que la classe ouvrière en fut la classe dirigeante, mais ils demeurent impuissants à expliquer ce sur quoi a reposé cette prétendue direction sinon sur une métonymie: en Chine.la direction du parti muni de la \u201cthéorie du prolétariat\u201d, le marxisme-léninisme, et, à Cuba, du fuoco avant la révolution et du Parti après celle-ci.C\u2019est précisément l\u2019absence du prolétariat, en terme de contrôle, durant l'ensemble du processus révolutionnaire, qui a histori- qu gl de | (ly.It es ny dise Well.$ lap- dg) Nclers S des ate.lasse non, value, ction.tante te, || tion éfin- base entre e dis es de pa lasse elles, te de en là tour, i force lasse vrent pré ne.là nat, late ment rant stork 21 quement obligé le Parti à se substituer à la classe ouvrière et qui entraine tendanciellement le Parti à tomber sous la coupe d\u2019une nouvelle classe dominante pour en devenir le porte-parole articulé.(1) Contrairement à la Chine, la classe ouvrière au Québec produit la presque totalité des richesses et, contrairement à Cuba et à la Chine, le prolétariat constitue la majorité de la nation québécoise.Le Québec, contrairement à ces deux pays, est une société industrialisée, urbanisée et hautement scolarisée.C\u2019est pourquoi le prolétariat québécois pourrait, en principe, contrôler l\u2019ensemble du processus révolutionnaire et le Québec, vivre une révolution véritablement prolétarienne.En plus du prolétariat, Céline St-Pierre définit la nouvelle petite-bourgeoisie, classe qui se développe avec le mode de production capitaliste.Remarquons que la définition de la nouvelle petite-bourgeoisie peut recouper celle que Gramsci attribue à intellectuel.Au niveau économique, la nouvelle petite-bourgeoisie est constituée des travailleurs salariés employés à l\u2019organisation et l\u2019encadrement du travail productif et indirectement productif: contremaîtres et superviseurs, assis- tants-gérants et cadres administratifs des secteurs privé et nationalisé.Aux niveaux politique et idéologique, la nouvelle petite-bourgeoisie est constituée de ceux qui assurent certaines conditions de production et de reproduction des rapports sociaux par l\u2019entretien de la force de travail et son assujettissement idéologique: médecins et techniciens de la santé, avocats et techniciens juridiques, enseignants, chercheurs, journalistes, cinéastes, écrivains, etc.La nouvelle petite-bourgeoisie bénéficie de la répartition de la plus-value.La classe ouvrière se distingue de la classe laborieuse dans la mesure où elle produit la plus-value.Deux fractions constituent la classe laborieuse: les travailleurs indirectement productifs qui réalisent la plus-value et les travailleurs manuels du secteur improductif.Contrairement aux critères économiques qui déterminent les différences au sein du prolétariat, la discrimination au (1) Dans un ouvrage en préparation, Mise au point politique, j\u2019analyse la nature réelle des rapports sociaux dans les sociétées dites \u2018socialistes\u2019. 22 sein de la nouvelle petite-bourgeoisie est de nature fondamentalement politique et elle sur-détermine la distinction que voit Céline St-Pierre entre les membres de la nouvelle petite-bourgeoisie qui travaillent au niveau économique et ceux qui oeuvrent aux niveaux politique et idéologique.C\u2019est la ligne du pouvoir qui fractionne la nouvelle petite-bourgeoisie: d\u2019une part, les intellectuels qui participent au contrôle de et qui administrent la production et la reproduction des rapports sociaux aux divers niveaux de la structure sociale et, d\u2019autre part, les intellectuels qui sont les relais de cette reproduction.La différence fondamentale entre les administrateurs et les intellectuels administrés a d\u2019ailleurs été vécue et expérimentée par les tenants du syndicalisme de combat dans le milieu, par exemple, de l\u2019enseignement.Si les intellectuels administrés subissent, de façon mitigée, l\u2019oppression, les administrateurs, eux, en sont les garants.Le prolétariat devrait donc chercher à s\u2019allier la fraction administrée de la nouvelle petite-bourgeoi- sie \u2014 même si cette alliance ne pourrait se réaliser pleinement qu\u2019après la prise du pouvoir \u2014 et oeuvrer à l\u2019opposer à la fraction administrateur de cette classe.Au sein du mode de production capitaliste et hors des périodes de crise révolutionnaire, la fraction administrateur de la nouvelle petite-bourgeoisie exerce normalement l\u2019hégémonie sur les autres intellectuels de sa classe et, cela, au profit de la bourgeoisie.(1) (1) Je me sépare donc de Céline St-Pierre sur les points suivants.L'utilisation gramscienne de la distinction travailleurs intellectuels/ travailleurs manuels me permet de démarquer plus nettement la nouvelle petite-bourgeoisie des travailleurs improductifs, membres de la classe laborieuse, qui oeuvrent, eux-aussi, a la reproduction des rapports sociaux nécessaires a la production de la plus-value.(Pour la distinction gramscienne entre travailleur manuel et travailleur intellectuel, voir La pensée politique de Gramsci, éd.parti pris, 1970, pp.17-43) Je nomme classe laborieuse ce que Céline St-Pierre appelle \u201cles classes laborieuses autres que la classe ouvriere\u201d.Je sépare la nouvelle petite-bourgeoisie selon la ligne du pouvoir et affirme que le prolétariat doit chercher a s\u2019allier la fraction administrée des intellectuels.(La distinction entre intellectuels administrateurs et intellectuels administrés recoupe celle de Frédéric Bon et Michel-Antoine Burnier entre les technocrates et les techniciens in les nouveaux intellectuels, éd.Cujas, 1966, 382 p.) De plus, Je ne crois pas qu\u2019on puisse parler \u201cd\u2019exploitation mitigée\u201d de la nouvelle petite- bourgeoisie mais d\u2019oppression mitigée de la fraction administrée de cette classe. fon.ne.b Bp.ee ea vel Mo.rg 11.ls pe.hat es 0, [ler eo ler fa ss, des nis: 23 La bourgeoisie regroupe ceux qui jouissent de la propriété et/ou de l\u2019appropriation des moyens de production.Les dirigeants d\u2019entreprise, qui organisent l\u2019utilisation des moyens de production, même s\u2019ils n\u2019en sont pas propriétaire au sens juridique du terme, font aussi partie de la classe dominante.Au sein du capitalisme monopoliste, c\u2019est évidemment la fraction monopoliste de la bourgeoisie qui détient l\u2019hégémonie dans le bloc au pouvoir.La moyenne bourgeoisie est constituée de ceux qui jouissent de la propriété et/ou de l\u2019appropriation des petites et moyennes entreprises (P.M.E.) des secteurs industriels, commerciaux et financiers, quoique ce dernier secteur soit presqu\u2019entièrement monopolisé.La petite-bourgeoisie traditionnelle est une classe marginale relevant d\u2019une forme antérieure au mode de production capitaliste: la forme de production marchande simple.Elle est appelée tendanciellement à disparaître avec le développement du capitalisme monopoliste.Même à l'étape monopoliste du capitalisme, cette classe tend a s\u2019allier a la bourgeoisie, de par son attachement attavique à la propriété privée et de par sa peur blanche de ce \u2018\u2018monstre\u2019\u2019 rouge qu\u2019est le prolétariat.(1) Au Canada, la bourgeoisie monopoliste se divise en deux fractions: la fraction nationale \u2014 dont la base se trouve surtout dans les institutions financières, dont les banques, et dans le secteur des communications \u2014 et la fraction compradore.(2) La fraction nationale n\u2019est nationaliste qu\u2019en ce qui concerne ses propres intérêts: par l'Etat canadien, elle défend jalousement les institutions financières et le secteur des communications con- (1) Je me sépare ici aussi de Céline St-Pierre qui attribue à la petite bourgeoisie au sein du capitalisme monopoliste la même fonction politique que Lénine accordait aux paysans dans la société russe.On voit cependant que, dans l\u2019ensemble, l\u2019analyse de Céline St-Pierre est beaucoup plus fine et opérationnelle que celle, trop globalisante, de Charles Halary: Etude de la question nationale dans les formations sociales industrialisées: le cas du mouvement ouvrier québécois, doctorat en sociologie, U.de M., 1977.(2) Je préfère employer le terme traditionnel de bourgeoisie nationale au concept de bourgeoisie intérieure inventé par Nicos Pou- lantzas (Les classes sociales dans le capitalisme aujourd\u2019hui, Seuil, 1974, pp.77-85).Car ce concept implique qu\u2019on accepte, a priori, ce que Poulantzas, là comme ailleurs, ne démontre pas: les Etats 24 tre toute ingérence de capital étranger.Pour le reste des secteurs, elle s\u2019aligne généralement sur une politique dite continentale, non seulement parce qu\u2019elle est or- ganiquement liée à la fraction compradore dans la do- 1 « mination de I\u2019Etat canadien, mais parce qu\u2019elle profite a économiquement de la pénétration de l\u2019impérialisme ji américain.(1) M pe Ici, comme en Europe depuis le marché commun, la [i pénétration du capital américain est financée surtout par JE les institutions financières autochtones car elles y trou- 0 vent leur compte.Les banquiers font des placements sûrs ÿ en investissant ou en prêtant leurs capitaux aux monopo- a les américains, et ceux qui possèdent et/ou contrôlent 6 les grands moyens de communication se préoccupent peu [in de l\u2019origine des marchandises qu\u2019ils font circuler, pour- sn die européens prendraient eux-mêmes en charge les intérêts du capital nat impérialiste américain qui dominerait au sein de chaque formation i nationale.De plus, ce capital manifesterait sa présence sociale, non directement, mais par une mystérieuse intériorisation au sein même 3 des bourgeoisies européennes.Pourtant, au Canada, l\u2019analyse de Wal- is i lace Clément (The Canadian Corporate elite: an analysis of economic sub i power, Carleton Library, 1975, 479 p.) démontre bien, au niveau de eh cette sociologie empirique qui dégoûte tellement l\u2019althussérien Pou- a lantzas, l\u2019existence de ces deux fractions, et ridiculise ceux qui nient 8 'existence méme d\u2019une fraction compradore.L\u2019impérialisme améri- : cain n\u2019a pas qu\u2019un pur rapport extérieur au Canada: il est présent au (on i sein méme de la bourgeoisie canadian par ses représentants qui par- frac B tagent, avec la fraction monopoliste de la bourgeoisie américaine même si c\u2019est sous un mode mineur, la jouissance de la propriété ou/et de l\u2019appropriation des succursales canadiennes de l\u2019impérialis- me américain.al ; (1) Sur la pénétration de l\u2019impérialisme américain au Canada et sur = la bourgeoisie canadienne, on peut aussi lire de Wallace Clément, Lt = Continental Corporation Power, McClelland and Stewart, 1977, 408 p.a Notons aussi les ouvrages suivants: la capitulation tranquille: la main- nada\u201d (texte ronéotypé.1976, 64 p.).DER mise américaine sur le Canada de Kari Levitt, Réédition-Québec, 1972, té 220 p., Le rapport Gray, éd.Léméac/Le Devoir, 1971, 213 p.et au ions service des USA de Jim Laxer, éd.parti pris, 1972, 78 p.Sur le Qué- cache 3 bec, on peut lire plus particulièrement la propriété des entreprises tpn â au Québec: les années 60, d\u2019André Raynauld, P.U.M, 1974, 160 p., om a dont j'ai fait un compte-rendu dans la Revue canadienne de science i 3 politique, mars 1975 (VII no 1): 154-157.Retenons enfin les études Seo 4 menées depuis quelques années par Jorge Niosi du département de ~~ 3 sociologie de l\u2019U.Q.A.M., entre autres \u201cLe capital financier au Ca- ih RE RTE TE SO EE ane née lis li gen, 08 p.poil 19 tal Que: rises 09.jence rods it de j (a 25 vu qu\u2019ils les fassent circuler et empochent ainsi une partie de la plus-value.La fraction monopoliste de la bourgeoisie canadian, comme toute bourgeoisie monopoliste, exerce une certaine fonction impérialiste.L\u2019impérialisme canadien manifeste particulièrement sa présence dans les Antilles.Mais quel est le rapport entre cet impérialisme et l\u2019impérialisme américain?Il ne s\u2019agit pas, comme la Ligue, de répéter bêtement les thèses de Lénine sur l\u2019impérialisme et de laisser entendre que la rivalité prévaut continuellement sur l\u2019entente entre pays impérialistes, si on veut comprendre ce qui frappe les yeux de n\u2019importe quel observateur qui garde ouvertes ses paupières: l'impérialisme américain domine à un tel point l\u2019impérialisme canadien qu\u2019on doit qualifier celui-ci de sous-impérialiste.L\u2019entente entre l\u2019impérialisme canadien et l\u2019impérialisme américain se fonde sur la domination du second sur le premier.Qui dit domination dit ravalités, mais celle-là est si écrasante que celles-ci ne se manifestent que dans des secteurs précis et sur des points particuliers: sur tous les fronts principaux subsiste l\u2019alliance entre l\u2019impérialisme américain et celui du Canada, alliance qui repose sur la subordination militaire, politique, économique et culturelle de celui-ci à celui-là et qui se manifeste même dans la composition de la bourgeoisie monopoliste canadien: une fraction compradore et une fraction nationale dont les intérêts économiques même sont liés en grande partie à l\u2019expansion du capital industriel et commercial américain au Canada et dans le monde.L\u2019ennemi principal de toute révolution prolétarienne au Canada et au Québec, l\u2019ennemi principal de toute réelle libération du peuple québécois est bel et bien un monstre à deux têtes: la bourgeoisie canadian qui se cache derrière son Etat et l\u2019impérialisme qui est même représenté au sein de l\u2019Etat canadian par la fraction compradore.Il ne s\u2019agit pas d\u2019affirmer comme Mobilisation (1) que Mao a utilisé les termes de bourgeoisie (1) Liquidons le spontanéisme, l\u2019opportunisme et l\u2019économisme, pp.31-32. ony gr 2 26 nationale et de bourgeoisie compradore pour analyser la Chine qui, contrairement au Canada, était un pays féodal et semi-colonial.Il faut définir la bourgeoisie compra- dore \u2014 celle dont l\u2019existence dépend d\u2019un impérialisme étranger \u2014 et démontrer son inexistence au sein du Canada au stade du capitalisme monopoliste.Ce que ne fait évidemment pas Mobilisation, censurant ainsi les analyses plus subtiles que ce groupe avait publiées avant son \u2018\u2018auto-critique\u201d\u2019.Cette thèse ne nie évidemment pas l\u2019indépendance juridique du Canada, mais elle reconnaît sa profonde dépendance face à l\u2019impérialisme américain, contrairement à Mobilisation (1) qui ne tient compte que du premier aspect et tombe ainsi dans le juridisme.Cette these ne conduit pas à l\u2019affirmation de \u201cl\u2019annexion politique\u201d (2) du Canada aux Etats-Unis.Annexer, selon le petit Robert, consiste à \u201cfaire passer sous sa juridiction tout ou partie d'un Etat\u201d (par exemple, annexion par l\u2019Allemagne du territoire alsacien de l\u2019Etat français).Le Canada dépend fondamentalement des U.S.A.aux niveaux militaire, économique, politique et culturel, mais il n\u2019y est pas annexé.En séparant mécaniquement les \u201cdeux contradictions qualitativement différentes\u201d qui doivent être résolues par \u201cdeux méthodes qualitativement différentes\u201d (3), Mobilisation s\u2019empéche de comprendre comment s\u2019articule concrètement au Canada, et encore plus au Québec, la lutte de libération nationale (peuple contre impérialisme étranger) à la lutte pour le socialisme (prolétariat contre bourgeoisie).Se cacher, comme le fait Mobilisation, sous la \u201cthéorie\u2019\u2019 léniniste des deux étapes, consiste à refuser de voir que la lutte de libération nationale et la lutte pour le socialisme, au Canada, et encore plus au Québec, sont tellement liées qu\u2019on ne peut, sauf abstraitement, séparer l\u2019une de l\u2019autre.(4) (1) Opus cité, p.33.(2) Opus cité, pp.35-37.(3) Opus cité, p.31.(4) Lénine affirme, contre les menchéviks et des membres de son propre parti, qu\u2019il faut passer de la révolution bourgeoise (février \u201817) à la révolution socialiste (octobre \u201817), sans laisser le temps à la bourgeoisie de consolider son pouvoir.C\u2019est la théorie de la révolution ininterrompue que Mao adaptera à la Chine: lutte de libération nationale puis lutte pour le socialisme.Nous devons remarquer que Trotsky, avant Lénine et contre celui-ci, affirmait la théorie de la le qui 0 i le {on ue p a 27 La \u201cmoyenne bourgeoisie\u201d canadian, celle qui con- trole les moyennes et petites entreprises, est membre \u2014 avec les deux fractions monopolistes de la bourgeoisie \u2014 du bloc au pouvoir, même s\u2019y elle y occupe une place nettement subordonnée.Cette \u201cmoyenne bourgeoisie\u201d, en lutte économique contre la puissance ingérente des grands monopoles, donne naissance à un certain nationalisme teinté d\u2019anti-monopolisme et d\u2019anti-impérialisme: Kierans est un digne représentant de ce courant idéologique bourgeois.Mais contrairement au Parti communiste français, je ne pense pas que la \u201cmoyenne bourgeoisie\u201d, dans un pays capitaliste monopoliste, puisse s\u2019allier au prolétariat: son opposition au capitalisme monopoliste est beaucoup plus faible et secondaire que celle qui l\u2019oppose fondamentalement au prolétariat.Je me sépare aussi du P.C.du Canada ou du Québec qui affirme que la composante anti-impérialiste de la \u201cmoyenne bourgeoisie\u201d canadian renforcit, au Canada, la thése du P.C.F.: la révolution anti-impérialiste est si inextricablement liée au Canada a la révolution socialiste que la fraction de la bourgeoisie moyenne, elle, n\u2019a pas la naiveté de croire que ses intérêts ne sont pas du côté de sa classe.L\u2019aspect principal de la contradiction principale au Canada est ce monstre à deux têtes: la bourgeoisie canadian (structurée, par ordre d'importance, par la fraction monopoliste nationale, la fraction compradore et la fraction de la bourgeoisie moyenne) et l\u2019impérialisme américain.(1) Si on en reste à ce simple niveau d\u2019analyse révolution permanente qui a, au niveau national, la même signification que la révolution ininterrompue.Mais la théorie trotskyste a un deuxième volet qui est la transposition au niveau international de la révolution ininterrompue: passage de la révolution dans un pays à la révolution internationale.Sur ce deuxième aspect, sur la question du socialisme dans un seul pays, nous devons admettre que Staline \u2014 qu'il ait tort ou raison, et en excluant la conception nationaliste qui colorait sa politique internationale \u2014 était plus conforme que Trotsky aux positions de Lénine toutes guidées par un froid réalisme politique qui lui dictait qu\u2019il fallait commencer a construire le socialisme en U.R.S.S., même si la révolution allemande s\u2019éloignait dans le temps.(1) Je pose l\u2019hypothèse que la fraction monopoliste nationale domine le bloc au pouvoir, même s\u2019il faudrait de nombreuses et minutieuses recherches empiriques pour démontrer ou infirmer cette hypothèse. 28 de classes, on est contraint d\u2019affirmer que l\u2019aspect secondaire de cette contradiction principale est le prolétariat canadian.Mais il faut aussi tenir compte de la question nationale au Québec et expliquer les faits qui semblent indiquer que le maillon faible de la chaine capitaliste en Amérique du Nord est le Québec, avant de répondre concretement a la question de la contradiction principale: ce que ne font pas la Ligue et En Lutte! Jean-Marc Piotte hs Île Entrevue avec la Ligue ouvrière révolutionnaire La revue Chronique présente dans ce dernier numéro une entrevue avec deux membres de la direction de la L.O.R.La L.O.R.est née de la fusion de trois organisations trotskistes le Revolutionary Marxist Group, le Groupe Marxiste Révolutionnaire et la Ligue Socialiste Ouvrière/League for Socialist Action.Par delà les tabous et le sectarisme, il nous semble important de présenter cette nouvelle organisation, ainsi que les thèmes qu\u2019elle avance.Y.Alix P.Paquette Q: On sait que la Ligue Ouvrière Révolutionnaire (L.O.R.) est née de la fusion de la Ligue Socialiste Ou- vriere (L.S.0.) League for Socialist Action (L.S.A.) et du Groupe Marxiste Révolutionnaire (G.M.R.), qui était lui-même une scission de la LSO.Est-ce que vous pourriez expliquer les principales divergences qui existaient à cette époque, ainsi que leur évolution?R: Je voudrais d\u2019abord clarifier un point.La LOR n\u2019est pas seulement la fusion de la LSO/LSA et du GMR, mais aussi du Revolutionary Marxist Group (R.M.G.), organisation du Canada anglais, qui forment ainsi une organisation pan-canadienne.La LOR n\u2019est donc pas le résultat d\u2019une fusion uniquement québecoise.Pour revenir à la question posée, la scission s\u2019est effectuée en 1972 à la suite d\u2019un long débat fractionnel au sein de la LSO.La cause fondamentale de la scission se situait au niveau de divergences sur la question nationale.D\u2019autres divergences secondaires portaient sur la priorité apportée par la LSO à ce moment-là, à la question linguistique, sur l\u2019appréciation du rôle du mouvement étudiant.Finalement, dans le mouvement anti- guerre en Indochine, la tendance minoritaire qui allait former le GMR considérait qu\u2019il fallait avancer le mot d\u2019ordre \u201cFNL vaincra\u201d, plutôt que d\u2019en rester seulement a \u2018Pour le retrait immédiat des troupes américaines du Vietnam\u201d et à \u2018Contre la complicité canadienne\u201d.Cinq ans après la scission, les deux organisations ont beaucoup changé tant au niveau de la composition de leurs membres, de leur direction qu\u2019au niveau de leur ligne politique.Ainsi, dans toute une série de congrès depuis 1972, les trois organisations ont été amenées à préciser leur ligne politique abandonnant certaines conceptions.Par exemple, en 1975, la LSO/LSA faisait un retour autocritique sur sa conception face au nationalisme québecois.D\u2019un autre côté, le GMR, suite à un important débat, adoptait la position sur le Parti des Travailleurs basé sur le mouvement syndical.On reviendra plus loin sur tous ces points.Donc, à partir de 1975, il apparaissait de plus en plus difficile aux deux organisations de se démarquer politiquement, et on devait enregistrer avec un peu de retard peut-être le fait de cette convergence.La question de la fusion s\u2019est posé et après une période de débat et de travail communs de plusieurs mois, on aboutissait en août dernier au regroupement des trois organisations dans une seule et même force, la LOR.Il y a aussi une autre dimension dans le rapprochement qui a précédé la fusion, c\u2019est celle de la Quatrième Internationale.En mème temps qu\u2019au Québec, avait lieu dans d\u2019autres pays des scissions qui correspondaient aux divergences qui existaient dans l\u2019Internationale, à cette époque.Ces désaccords politiques étaient structurés dans deux tendances principales, la Tendance Majoritaire Internationale (T.M.I.) et la Fraction Léniniste Trotskiste (F.L.T.), auxquelles s\u2019identifiaient respectivement des membres du GMR et de la LSO.Ces dé- in us ent ce, 31 saccords sur la stratégie en Amérique Latine, sur le rô- le de la guerre de guérilla.ont eux aussi évolué et au- jourd\u2019hui les questions politiques se posent en des termes différents aux militants de la Q.I.La convergence a ce niveau, illustrée par la dissolution de la FLT et de la TMI, a grandement facilité la réunification au Québec et au Canada.Q: Pourriez vous brièvement expliciter les principes à la base de la fusion?R: Les principes de base de la fusion sont consignés dans notre brochure \u2018\u201cBase d\u2019unité de la LOR\u201d qui constitue le cadre d\u2019ensemble des principes qui ont fait l\u2019objet d\u2019entente entre la LSO et le GMR.Nous considérons aussi ce document comme la base de discussion dans nos rapprochements avec d\u2019autres organisations politiques.Pour résumer ces principes, on peut dire qu\u2019ils se situent à deux niveaux.Le premier constitue les principes à caractère international, c\u2019est-à-dire la caractérisation de notre époque comme impérialiste; la nécessité de détruire l\u2019Etat bourgeois et d\u2019instaurer la dictature du prolétariat; l\u2019appui aux luttes anti-impérialistes; la caractérisation des Etats chinois et russe comme Etats ouvriers bureaucratisés.Enfin, toute une série de positions politiques qui démarquent le courant trotskiste des autres courants du mouvement ouvrier international \u2014 stalinisme, maoisme, réformisme, centrisme.L'autre niveau, celui-là national, s\u2019attache à la caractérisation de l\u2019Etat canadien comme Etat impérialiste; à défendre le droit à l\u2019auto-détermination de la nation québecoise; à la mise de l\u2019avant de l\u2019indépendance nationale; à présenter clairement, que seule la révolution socialiste rend possible une véritable indépendance; à caractériser le NPD au Canada anglais comme parti ouvrier bourgeois, différent du P.Q.et du Parti Libéral, et à montrer la nécessité de le combattre mais aussi de l\u2019appuyer critiquement contre les partis bourgeois; enfin à montrer la nécessité de construire le parti révolutionnaire des travailleurs.On voit donc que de ces principes découle toute une série de mots d\u2019ordre, de tâches sur lesquelles la LSO et le GMR se sont entendus.Il faut bien insister sur le ñ AE I 4 at: Ki: Te a Bt 32 fait que, lorsqu\u2019on parle de fusion avec des principes clairs, on n\u2019entend pas par là, une fusion sur des principes abstraits.En fait, pendant une assez longue période, précédant l\u2019unité, les deux organisations ont travaillé ensemble, intervenant de façon commune dans les mouvements de masse et dans les milieux.Par exemple, à l'UQAM, le GMR et la LSO présentaient depuis deux ans des listes communes pour les élections a TAGEUQAM.Autre exemple, dans la manifestation pour l\u2019avortement libre et gratuit du 2 avril 1977, le GMR et la LSO structuraient un contingent commun.Il y a eu aussi des meetings communs, par exemple, pour le ler mai.Toutes ces activités militantes ont permis de voir que non seulement la convergence politique n\u2019était pas conjoncturelle mais qu\u2019il y avait aussi possibilité pour deux organisations ayant des passés relativement différents de travailler efficacement ensemble.Q: Est-ce que vous pourriez présenter la LOR en termes d'organisation et d\u2019implantation?R: Nous avons présentement des unités organisées qui interviennent dans sept villes au Canada anglais et pe A A PA oer oe dans quatre villes au Québec.Ce qui représente environ d 400 membres et une importante périphérie de sympathisants.En fait, c\u2019est la plus grosse organisation trotskis- 0 te qui ait jamais existé au Canada.à La composition des membres est assez hautement po syndiquée, environ 30\u201c.D\u2019autre part, le nombre de ca- I} marades femmes est lui aussi assez grand dans l\u2019orga- I nisation, et, ce qui est tres important, dans la direction.ff Les priorités dans notre intervention sont le mouve- in ment ouvrier, ou notre implantation est surtout concen- li trée dans le secteur hospitalier et dans l\u2019enseignement.(a À ce niveau, nous intervenons aussi dans le Rassemble- Da ment des Militants syndicaux (RMS), dans le but de créer or un pôle pour la formation d\u2019un parti ouvrier basé sur Cet les syndicats.Nous travaillons aussi dans le mouvement i étudiant, dans le mouvement des femmes et dernièrement, 5 nous avons pris part à la conférence de l\u2019Association fm des Droits des Gai(e)s.Enfin, nous essayons d\u2019être pré- sa sents dans tous les mouvements qui luttent contre l\u2019ex- mu ploitation et l\u2019oppression capitalistes.A Tyg RRR SE RH NER RD RE RO ses set Iron thi kis: - 33 @: La LOR met de l'avant deux mots d\u2019ordre, \u201cPour l\u2019indépendance et le socialisme\u201d et \u201cPour la république des travailleurs du Québec\u201d, qui étaient respectivement les mots d'ordre de la LSO et du GMR.Pourquoi s\u2019être contenté de les juxtaposer?R: Il est évident qu\u2019à une époque où les deux organisations cherchaient à se démarquer l\u2019une de l\u2019autre, on a tenté de voir une différence de principe entre les deux mots d\u2019ordre.De fait, il est tout aussi évident, maintenant, qu\u2019il s\u2019agit de la même perspective stratégique, c\u2019est-à-dire de la compréhension que la libération nationale ne peut se faire qu\u2019en combinant les tâches de libération au renversement du capitalisme.C\u2019est ça, fondamentalement, que les deux mots d\u2019ordre expriment.En fait, ils sont complémentaires, l\u2019un \u201cPour l\u2019indépendance et le socialisme\u201d insiste sur la liaison entre la lutte pour l\u2019indépendance et celle pour le socialisme; l\u2019autre, \u201cPour la république des travailleurs du Québec\u201d indique la classe qui est la seule capable de mener à bien ces tâches: la classe ouvrière.Q: Dans le même ordre d'idée, quelle est l\u2019importance de la question nationale dans votre stratégie?R: Pour nous, la question nationale est un élément central pour la révolution non seulement au Québec, mais à l'échelle du Canada.En effet, la séparation du Québec pose une série de problèmes touchant la stabilité de l'Etat canadien.Par exemple, les conséquences économiques de la séparation du Québec, sont considérables et ne se mesurent pas en terme de fuite, de tel ou tel investissement, mais en terme de destruction totale des liaisons économiques entre les régions de l\u2019Etat canadien.Cela marquerait un affaiblissement considérable de l\u2019appareil de l\u2019Etat central et on verrait se développer une série de tendances centrifuges au niveau des régions.Cette déstabilisation et cette crise politique mineraient les assises de la bourgeoisie canadienne et on assisterait à la fin de la confédération, c\u2019est-à-dire la forme spécifique qu\u2019a pris l\u2019Etat canadien depuis sa naissance et qui lui a assuré jusqu\u2019à maintenant une très grande stabilité politique.À un autre niveau, il faut se rendre compte que les révolutionnaires n\u2019arracheront pas les masses à l\u2019in- I i ii 1 4 34 fluence du P.Q.s\u2019ils ne reprennent pas à leur compte la lutte pour l\u2019indépendance nationale.Or, arracher les masses, particulièrement les masses ouvrières en vue de la construction du parti, à l\u2019influence du PQ, est la tâche centrale des révolutionnaires à l\u2019heure actuelle.Pour arriver à cela, il s\u2019agit de reprendre les aspirations d\u2019indépendance nationale, de montrer que seule la révolution socialiste peut satisfaire ces aspirations.Donc, ces facteurs, nécessité de la rupture avec le PQ, déstabilisation de l\u2019Etat fédéral et d\u2019autres, militent pour que la LOR non seulement défende le droit à l\u2019au- to-détermination, mais aussi mette de l\u2019avant l\u2019indépendance de la nation québécoise.Nous n\u2019acceptons pas la logique des maoistes, que nous considérons opportuniste, qui dit que l\u2019indépendance du Québec affaiblirait un pays du deuxième monde, le Canada, face à l\u2019impérialisme américain.Nous sommes effectivement pour l\u2019affaiblissement de la bourgeo1- sie canadienne et de son Etat.Finalement, je voudrais dire que pour créer réellement l\u2019unité des travailleurs canadiens et québécois, il faut plus que des principes abstraits.Il faut une égalité réelle; d\u2019où la nécessité de lutter contre le chauvinisme Canadien Anglais et pour la reconnaissance du droit à l\u2019autodétermination de la nation québécoise.Ce qui ne signifie pas, en attendant, rompre l\u2019unité d\u2019action entre les travailleurs Québécois et Canadiens Anglais, cela implique au contraire de développer cette unité sur des thèmes unificateurs précis, comme la loi C-73.la loi C-73.Q: Comment le LOR caractérise-t-elle le PQ et quelle sera sa position face au référendum?R: La LOR comme les organisations qui l\u2019ont créée, ont toujours été claires là-dessus.Le PQ est un parti bourgeois avec une politique bourgeoise.C\u2019est un parti qui est lui-même une scission d\u2019un parti bourgeois.C\u2019est ce que souvent ne comprennent pas les gens qui le caractérisent de social-démocrate, comme l\u2019est le NPD au Canada anglais.Le NPD lui est un parti social- démocrate qui fut créé et qui est encore soutenu financièrement et politiquement par les syndicats, entre autres le Congrès du Travail du Canada (CTC).Alors que DEA NT EEE RR HR IE elle cf, pr pr eos ü le ; | oil nal a Qué 35 le NPD constitue un moyen de pression pour le mouvement syndical, le PQ ne représente que les aspirations d\u2019une petite bourgeoisie étatique qui vise à se renforcer par la création d\u2019un Etat capitaliste québécois.Pour ce qui est du référendum, nous rejetons catégoriquement l\u2019idée d\u2019un référendum à l\u2019échelle du Canada.C\u2019est à la nation opprimée et à elle seule que revient le choix de son avenir.Par contre, il faut lutter contre l\u2019illusion que le PQ entretient selon laquelle le référendum permettra l\u2019accession à l\u2019indépendance, en dehors de toute mobilisation.Un référendum n\u2019est pas un moyen de lutte, c\u2019est une consultation qui peut avoir sa place, mais qui ne peut en aucun cas se substituer à une lutte de masse.Cette lutte de masse nécessaire pour arracher l\u2019indépendance à l\u2019impérialisme canadien, ne peut être, d\u2019après nous, que dirigée par la classe ouvrière, la seule classe qui ait assez d\u2019autonomie pour aller jusqu\u2019au bout de cette lutte.Q: D'autre part, votre position indépendantiste n\u2019estelle pas contradictoire avec l\u2019existence de la LOR à l'échelle du Canada?R: Nous avons eu un long débat sur cette question dans l\u2019organisation qui a tranché en faveur d\u2019une section unique de la IVè Internationale à l\u2019échelle du Canada.En gros, on peut énoncer le principe général qui a déterminé notre position de la façon suivante: l\u2019organisation révolutionnaire que nous voulons construire doit être capable de faire face à l\u2019Etat auquel elle est confrontée.A l\u2019heure actuelle, le Québec reste intégré à l'Etat fédéral par toute une série de relations politiques, économiques et le principal obstacle autant à l\u2019indépendance qu\u2019à la révolution socialiste, demeure l\u2019Etat canadien.C\u2019est cet Etat fédéral central qu\u2019il faut détruire.Aussi, l\u2019organisation qui mène cette lutte doit être capable de créer un rapport de forces à l\u2019échelle canadienne et donc, d\u2019avoir une présence à cette échelle.Q: La LOR préconise la mise sur pied d\u2019un Parti des travailleurs par les centrales syndicales.N\u2019y a-t-il pas là un risque de constituer un parti de type social- démocrate?R: Avant tout, il faut rectifier une chose: la LOR met de l\u2019avant un Parti des travailleurs basé sur les syn- 36 dicats, c\u2019est-à-dire les organisations de la classe ouvrière et non pas sur les appareils des centrales syndicales.D\u2019autre part, l\u2019argument que tu nous amènes nous est souvent servi.Mais il s\u2019agit d\u2019un point de vue abstrait.Concrètement, au Québec, le réformisme prend la forme d\u2019une collaboration entre la bureaucratie syndicale et le PQ.Pour rompre cette collaboration, il est nécessaire d\u2019avoir une alternative à offrir au mouvement ouvrier pour qu\u2019il constitue sa propre politique autonome.D\u2019un autre côté, la lutte pour cette rupture est une lutte contre la bureaucratie, parce que derrière le verbiage des chefs syndicaux sur un éventuel parti ouvrier, il n\u2019y a rien.Cela se comprend bien, la bureaucratie a peur de rompre sa collaboration avec l'Etat bourgeois et le PQ.Elle risque trop dans cette rupture une déstabilisation profonde de son appareil.Il faut aussi voir que ce Parti des travailleurs constitue un cadre à travers lequel des milliers de travailleurs vont accéder à l\u2019action politique concertée.Et ça, la bureaucratie n\u2019en veut pas.À un autre niveau, il est évident qu\u2019un tel parti ne naîtra pas à froid.Il devra naître dans des luttes où une partie importante du mouvement ouvrier effectuera de fait la rupture; aura lieu alors un vaste débat sur que faire maintenant.L'intervention des révolutionnaires pour proposer une ligne de classe claire, la nécessité d\u2019une stratégie révolutionnaire de prise du pouvoir, sera déterminante.En commençant dès maintenant une propagande systématique sur la nécessité de revendications qui posent la question de la prise du pouvoir par les masses ouvrières, rien ne dit qu\u2019un tel parti sera social-démocrate.En fait, tout cela sera l\u2019enjeu du débat où les révolutionnaires défendront leur conception et combattront avec acharnement la bureaucratie syndicale.Nous pensons donc que le mot d\u2019ordre \u201cPour un Parti des travailleurs basé sur les syndicats\u201d engendre à la fois une dynamique anti-bureaucratique et pose concrètement la construction du parti comme une nécessité.Q: La LOR apporte un soutien critique au NPD, n'est- ce pas là encourager des illusions réformistes ?R: Il faut être très clair, dans tous les pays capitalistes avancés les révolutionnaires sont confrontés à une | Tat Ma di la ven \"en Lf Ing re jun en leur ell ne eel ne - 37 même réalité, à savoir la domination des partis réformistes sur la classe ouvrière.Or, cette influence ne peut être détruite que par des dénonciations.Comment s\u2019y prendre\u201d?Il faut d\u2019abord poser la nécessité d\u2019un front unique de toutes les organisations de la classe ouvrière (NPD, syndicats.) face aux attaques de la bourgeoisie.Cette unité doit se faire sur des objectifs précis, par exemple la loi C-73, campagne contre le chômage\u2026 Alors, lorsqu\u2019on appuie le NPD, ce n\u2019est pas sur son programme qui est complètement voué à la défense du capitalisme, mais c\u2019est dans un esprit de Front Unique.Sur plusieurs questions des travailleurs au sein du NPD sont d\u2019accord avec nous, par exemple sur la nécessité de poursuivre la lutte contre les contrôles, sur le refus du tripartisme\u2026 Nous travaillons donc avec ces militants au sein du NPD à une lutte contre la politique réformiste de la direction du NPD.On ne pourrait avoir ces expériences, très importantes au Canada anglais, si on restait à l\u2019extérieur du NPD, en le dénonçant comme parti bourgeois.D\u2019autre part, c\u2019est souvent dans le NPD qu'ont lieu les débats qui forgent la conscience politique de la classe ouvrière canadienne-anglaise.Les considérations que je viens d\u2019énoncer s\u2019appliquent principalement au Canada anglais, le NPD n\u2019ayant aucune réalité au Québec, mais elles sont cependant importantes dans notre approche pour la création d\u2019un parti des travailleurs, ici.D'ailleurs, cette approche de Front Unique était défendue par Lénine et par la IIIème Internationale face aux mouvements sociaux démocrates de masse des années \u201820.Q: Le mouvement trotskiste est présent dans les syndicats, mais il est tout à fait absent des groupes populaires.Quelles importances accordez-vous à vos interventions dans ces deux types d'organisation?R: Les priorités pour nous sont les syndicats, le mouvement étudiant et le mouvement des femmes.Mais la LOR n\u2019est pas fermée aux luttes populaires.Entre autre, une lutte populaire à laquelle les trotskistes ont grandement contribué, la lutte contre la hausse des tarifs de la CTCUM, montre bien notre volonté de nous lier dans la mesure du possible à ces luttes.Mais le problème de 38 ces luttes, c\u2019est leur décentralisation et souvent leur isolement.Aussi notre première préoccupation face aux luttes populaires est de trouver un thème unificateur qui permette de centraliser les mobilisations locales.Q: Est-ce que la LOR envisage des rapprochements avec d'autres organisations, particulièrement avec En Lutte?R: En gros, notre politique générale envers toute organisation qui se réclame du mouvement ouvrier international et québécois est de rechercher l\u2019unité sur des actions précises.Par contre à l\u2019heure actuelle il n\u2019y a qu\u2019un groupe, le Groupe Socialiste des Travailleurs Québécois (GSTQ), l\u2019autre organisation trotskiste, avec lequel nous voyons déjà un rapprochement politique, pouvant aller jusqu\u2019à la fusion.Actuellement, la LOR et le GSTQ débattent en commun d\u2019un certain nombre de questions, procèdent à un échange de publications, organisent des meetings communs et entrevoient la possibilité d\u2019actions communes.D'autre part, nous sommes prêts à nous rapprocher avec des groupes maocistes dans le cas où ils cessent d\u2019être maoistes.Ainsi, par exemple pour nous la LCmlC n\u2019est qu\u2019un représentant de la bureaucratie chinoise au Canada, et nous avons avec elle des divergences de principes qui résultent de clivages internationaux.S\u2019il y avait rupture de la LCÜmIC avec la bureaucratie chinoise, on verrait.Dans le cas d\u2019En Lutte!, on est d\u2019accord avec une série de critiques sur la théorie des trois mondes.Cette critique d\u2019En Lutte! est un pas en avant, mais on ne connaît pas encore les conséquences et le sens de cette évolution.Par contre, et il faut le redire, nous sommes toujours prêts à l\u2019unité d\u2019action, même avec la LCmlC, sur des accords précis.Pourtant il faut signaler un point, dans le cas du PCCml et de la LCmlC, il y a un obstacle majeur à cette unité, c\u2019est leur attitude face à l\u2019utilisation de la violence physique contre leurs adversaires politiques, qui bloque les débats dans les mouvements ouvrier et étudiant et qui fait le jeu de la bourgeoisie en minant la crédibilité de la Gauche Révolutionnaire.Q: D\u2019autre part, votre position indépendantiste n\u2019estelle pas contradictoire avec l\u2019existence de la LOR a oy eee 5 oe I die Edy ver auto 5 by Oly Craie bo Une alg Cadre ae Mate I des ans non Jit ie nait es 39 l\u2019échelle du Canada?R: Nous avons eu un long débat sur cette question dans l\u2019organisation qui a tranché en faveur d\u2019une section unique de la IVè Internationale à l\u2019échelle du Canada.En gros, on peut énoncer le principe général qui a déterminé notre position de la façon suivante: l\u2019organisation révolutionnaire que nous voulons construire doit être capable de faire face à l\u2019Etat auquel elle est confrontée.À l\u2019heure actuelle, le Québec reste intégré à l\u2019Etat fédéral par toute une série de relations politiques, économiques et le principal obstacle autant à l\u2019indépendance qu\u2019à la révolution socialiste, demeure l\u2019Etat canadien.C\u2019est cet Etat fédéral central qu\u2019il faut détruire.Aussi, l\u2019organisation qui mène cette lutte doit être capable de créer un rapport de forces à l\u2019échelle canadienne et donc, d\u2019avoir une présence à cette échelle.@: La LOR préconise la mise sur pied d\u2019un Parti des travailleurs par les centrales syndicales.N\u2019y a-t-il pas là un risque de constituer un parti de type social- démocrate?R: Avant tout, il faut rectifier une chose: la LOR met de l\u2019avant un Parti des travailleurs basé sur les syndicats, c\u2019est-à-dire les organisations de la classe ouvrière et non pas sur les appareils des centrales syndicales.D\u2019autre part, l\u2019argument que tu nous amènes nous est souvent servi.Mais il s\u2019agit d\u2019un point de vue abstrait.Concrètement, au Québec, le réformisme prend la forme d\u2019une collaboration entre la bureaucratie syndicale et le PQ.Pour rompre cette collaboration, il est nécessaire d\u2019avoir une alternative à offrir au mouvement ouvrier pour qu\u2019il construise sa propre politique autonome.D\u2019un autre côté, la lutte pour cette rupture est une lutte contre la bureaucratie, parce que derrière le verbiage des chefs syndicaux sur un éventuel parti ouvrier, il n\u2019y a rien.Cela se comprend bien, la bureaucratie a peur de rompre sa collaboration avec l\u2019Etat bourgeois et le PQ.Elle risque trop dans cette rupture une déstabilisation profonde de son appareil.Il faut aussi voir que ce Parti des travailleurs constitue un cadre à travers lequel des milliers de travailleurs vont accéder à l\u2019action politique concertée.Et ça, la bureaucratie n\u2019en veut pas.À un autre niveau, il est évident 40 qu\u2019un tel parti ne naîtra pas à froid.Il devra naître dans des luttes où une partie importante du mouvement ouvrier effectuera de fait la rupture; aura lieu alors un vaste débat sur que faire maintenant.L\u2019intervention des révolutionnaires pour proposer une ligne de classe claire, la nécessité d\u2019une stragégie révolutionnaire de prise du pouvoir, sera déterminante.En commençant dès maintenant une propagande systématique sur la nécessité de revendications qui posent la question de la prise du pouvoir par les masses ouvrières, rien ne dit qu\u2019un tel parti sera social-démocrate.En fait, tout cela sera l\u2019enjeu du débat où les révolutionnaires défendront leur conception et combattront avec acharnement la bureaucratie syndicale.Nous pensons donc que le mot d\u2019ordre \u201cPour un Parti des travailleurs basé sur les syndicats\u201d engendre à la fois une dynamique anti-bureaucratique et pose concrètement la construction du parti comme une nécessité.@: La LOR apporte un soutien critique au NPD, n\u2019est- ce pas là encourager des illusions réformistes?R: Il faut être très clair, dans tous les pays capitalistes avancés les révolutionnaires sont confrontés à une même réalité, à savoir la domination des partis réformistes sur la classe ouvière.Or, cette influence ne peut être détruite que par des dénonciations.Comment s\u2019y prendre\u201d Il faut d\u2019abord poser la nécessité d\u2019un front unique de toutes les organisations de la classe ouvrière (NPD, syndicats.) face aux attaques de la bourgeoisie.Cette unité doit se faire sur des objectifs précis, par exemple la loi C-73, campagne contre le chômage.Alors, lorsqu\u2019on appuie le NPD, ce n\u2019est pas sur son programme qui est complètement voué à la défense du capitalisme, mais c\u2019est dans un esprit de Front Unique.Sur plusieurs questions des travailleurs au sein du NPD sont d\u2019accord avec nous, par exemple sur la nécessité de poursuivre la lutte contre les contrôles, sur le refus du tripartisme\u2026 Nous travaillons donc avec ces militants au sein du NPD à une lutte contre la politique réformiste de la direction du NPD.On ne pourrait avoir ces expériences, très importantes au Canada anglais, si on restait à l\u2019extérieur du NPD, en le dénonçant com- th Ie {om 41 me parti bourgeois.D\u2019autre part, c\u2019est souvent dans le NPD qu'ont lieu les débats-clés qui forgent la conscience politique de la classe ouvrière canadienne-anglaise.Les considérations que je viens d\u2019énoncer s\u2019appliquent principalement au Canada anglais, le NPD n\u2019ayant aucune réalité au Québec, mais elles sont cependant importantes dans notre approche pour la création d\u2019un parti des travailleurs, ici.D'ailleurs, cette approche de Front Unique était défendue par Lénine et par la IIIème Internationale face aux mouvements sociaux démocrates de masse des années \u201820.@: Le mouvement trotskiste est présent dans les syndicats, mais il est tout à fait absent des groupes populaires.Quelles importances accordez vous à vos interventions dans ces deux types d'organisation?R: Les priorités pour nous sont les syndicats, le mouvement étudiant et le mouvement des femmes.Mais la LOR n\u2019est pas fermée aux luttes populaires.Entre autre, une lutte populaire à laquelle les trotskistes ont grandement contribué, la lutte contre la hausse des tarifs de la CTCUM, montre bien notre volonté de nous lier dans la mesure du possible à ces luttes.Mais le problème de ces luttes, c\u2019est leur décentralisation et souvent leur isolement.Aussi notre première préoccupation face aux luttes populaires est de trouver un thème unificateur qui permette de centraliser les mobilisations locales.Q: Est-ce que la LOR envisage des rapprochements avec d\u2019autres organisations, particulièrement avec En Lutte! R: En gros, notre politique générale envers toute organisation qui se réclame du mouvement ouvrier international et québecois est de rechercher l\u2019unité sur des actions précise.Par contre à l\u2019heure actuelle il n\u2019y a qu\u2019un groupe, le Groupe Socialiste des Travailleurs Québecois (GSTQ), l\u2019autre organisation trotskiste, avec lequel nous voyons déjà un rapprochement politique, pouvant aller jusqu\u2019à la fusion.Actuellement, la LOR et le GSTQ débattent en commun d\u2019un certain nombre de questions, procèdent à un échange de publications, organisent des meetings communs et entrevoient la possibilité d\u2019actions communes.D'autre part, nous sommes prêts à nous rapprocher ee So CES a pe: SSSR gere rar Bet 42 avec des groupes maoistes dans le cas ou ils cessent d\u2019être maoiste.Ainsi, par exemple pour nous la LCmlC n\u2019est qu\u2019un représentant de la bureacratie chinoise au Canada, et nous avons avec elle des divergences de principes qui résultent de clivages internationaux.S\u2019il y avait rupture de la LCmIlC avec la bureaucratie chinoise, on verrait.Dans le cas d\u2019En Lutte!, on est d\u2019accord avec une série de critiques sur la théorie des trois mondes.Cette critique d\u2019En Lutte! est un pas en avant, mais on ne connait pas encore les conséquences et le sens de cette évolution.Par contre, et il faut le redire, nous sommes toujours prêts à l\u2019unité d\u2019action, méme avec la LCmlC, sur des accords précis.Pourtant il faut signaler un point, dans le cas du PCCml et de la LCmlC, il y a un obstacle majeur à cette unité, c\u2019est leur attitude face à l\u2019utilisation de la violence physique contre leurs adversaires politiques, qui bloque les débats dans les mouvements ouvrier et étudiant et qui fait le jeu de la bourgeoisie en minant la crédibilité de la Gauche Révolutionnaire. Notes sur le mouvement ouvrier québécois et la question nationale\u201d Au cours des dernières années, les analyses marxistes de la question nationale québécoise se sont faites de plus en plus rares.La domination du courant mao-stalinien sur l\u2019extrême-gauche québécoise a fait que la problématique lutte de libération nationale/lutte des classes, qui avait été la problématique centrale des courants politiques progressistes au Québec depuis la fin de la révolution tranquille, a été remplacée par une problématique pan-canadienne de la lutte des classes qui évacue le champ national québécois et ravale la lutte contre l\u2019oppression nationale des Québécois(es) au rang d\u2019une simple lutte démocratique qui n\u2019a rien à voir avec le socialisme.Ce n\u2019est qu\u2019au lendemain des élections du 15 novembre 1976 que la gauche québécoise s\u2019est ouvert les yeux et a recommencé à tenter de redécouvrir l\u2019articulation entre lutte nationale et lutte des classes au Québec.Pourtant, une compréhension sérieuse de la question nationale constitue une condition sine qua non de la compréhension du processus révolutionnaire au Québec et de ses modalités spécifiques.Or il est bien évident que toute entreprise révolutionnaire sérieuse ne peut se fonder que sur une compréhension adéquate de la réalité à transformer.C\u2019est dans ce sens que toute problématique authentiquement marxiste doit partir du fait que les affrontements de classes concrets ne se déroulent pas au niveau de l\u2019abstraction bourgeoisie versus prolétariat, mais s\u2019inscrivent dans des champs spécifiques (au Québec, le champ national québécois) dont \u201c\u2018l\u2019ori- 44 ginalité peut déterminer la stratégie révolutionnaire pour de longues années\u201d (1).Au point de départ, il est un phénomène difficile à nier: le 15 novembre 1976, le vote des travailleurs(euses) svndiqué(e)s contribuait fortement à porter le Parti québécois au pouvoir.Face à une telle réalité, nous avons fondamentalement trois choix: soit d\u2019analyser la situation politique uniquement en termes de classe et négliger ainsi un aspect important de la réalité sociale et politique québécoise; soit de rejeter l'analyse marxiste et lui substituer un concept vague de \u201cnation prolétaire\u2019 ou de \u2018\u2018classe ethnique\u201d; soit d'analyser l\u2019articu- 1 lation précise de la question nationale et de Ta lutte des classes.Ce sont les fondements de cette dernière problématique que nous voulons fournir dans cet article en analysant d\u2019une part l\u2019attitude du PQ envers le mouvement ouvrier et d\u2019autre part, les prises de position syndicales sur la question nationale.1.LE PARTI QUEBECOIS ET LE MOUVEMENT OUVRIER Le Parti québécois a toujours voulu utiliser la classe ouvrière comme marche-pied pour le pouvoir.Toutefois les modalités de cette utilisation vont varier avec les années.Dans un premier temps, la classe ouvrière n\u2019a pas véritablement constitué un enjeu pour le Parti québécois qui visait à convaincre un secteur significatif de la bourgeoisie de sa bonne foi de gestionnaire capitaliste de la société, tandis que dans un deuxième temps, la classe ouvrière va constituer la _menace que le Parti québécois va brandir pour convaincre l'impérialisme.\"Et maintenant\u201d qu\u2019il est au pouvoir, le Parti québécois tente d\u2019intégrer le mouvement ouvrier a l'appareil d\u2019E- tat bourgeois.Les possibilités de manoeuvre de la direction péquiste à ce niveau ont été facilitées par l\u2019attitude des hautes directions syndicales par rapport au Parti québécois.On peut déterminer parmi celles-ci trois attitudes par rapport au PQ.Une fraction lui est résolument hostile parce qu\u2019elle s'oppose à l\u2019indépendance du Québec.Une deuxième composante pratique la politique de l\u2019appui nées js tPA rs i } i Tt 1.Léon Trotsky, Préface in La révolution permanente, p.12. - 45 ouvert au Parti québécois; cette composante s\u2019est sensiblement renforcée depuis l\u2019accession du PQ au gouvernement.La troisième attitude enfin est celle des péquistes discrets; tout en faisant le jeu du Parti québécois, cette fraction entend se préserver une marge de manoeuvre par rapport à la direction péquiste qu\u2019elle perçoit comme un allié peu sûr.a) 1968-1973: la période des affrontements De 1968 à 1973, l\u2019objectif central du Parti québécois sera de persuader une fraction de la bourgeoisie de l\u2019inéluctabilité et de la pertinence de son projet politique.Le programme économique du PQ se veut délibérément rassurant pour la bourgeoisie.D'ou sa volonté de respecter les tarifs commerciaux internationaux sanctionnés par les accords du GATT, de rechercher l\u2019union douanière et monétaire avec le Canada, les objectifs maintes fois répétés de ne pas remettre en cause la propriété privée canadienne-anglaise et américaine, mais seulement de \u2018\u2018civiliser\u2019\u2019 le capital étranger.D'où également la réduction du programme social du parti à sa plus simple expression.Contrairement au Parti libéral qui est le parti traditionnel de la bourgeoisie, le Parti québécois doit, au moment de sa fondation, faire la preuve de sa respectabilité bourgeoise et de sa capacité à gouverner un éventuel Québec indépendant.Ceci passe par deux voies: d\u2019une part, il doit montrer qu\u2019il ne veut qu\u2019un réaménagement des pouvoirs et non pas la destruction de la propriété capitaliste; d\u2019autre part, il doit prouver qu'il est un meilleur candidat au pouvoir que le Parti libéral, de par sa capacité à assurer la \u2018\u2018paix sociale\u2019.Ainsi, le Parti québécois est devenu dans cette période un spécialiste de la distribution équitable de blâmes aux \u2018\u2018fauteurs de trouble\u201d où qu\u2019ils soient, faisant concurrence à Claude Ryan sur son propre terrain.Cette attitude est particulièrement évidente lors du Front commun de 1972.Jusqu\u2019à l\u2019adoption du bill 19, le Parti québécois se maintient dans l\u2019expectative et évite de faire des déclarations publiques.Pourtant, dès la fin de la première semaine de grève, il demande aux grévistes de retourner au travail et au gouvernement de leur 46 offrir certaines garanties.Quand le bill 19 est présenté à l\u2019Assemblée nationale.le Parti québécois en accepte le principe et ses amendements, de même que sa proposition de convocation de la commission parlementaire, ne visent qu\u2019à rendre la pilule moins amère pour les syndicats.Ce souci de respectabilité bourgeoise, en même temps que de paix sociale.on peut le voir dans les déclarations \u2018que René Lévesque fera à la presse au cours de cette période: \u2018Le chef du Parti Québécois, M.René Léves- que, a déclaré hier soir qu\u2019il partageait le point de vue du ministre Jean-Paul L\u2019Allier quand celui-ci affirme que les syndicats doivent distinguer, dans les négociations en cours dans le secteur public, entre les revendications salariales et la bataille socio-politique contre le régime\u201d (2) Après la grève générale de mai 1972, Lé- vesque précisera ce qu\u2019il envisage comme moyen de maintenir la paix sociale: \u201cM.Lévesque estime qu'il est possible de rendre le droit de grève inopérant en pratique dans le secteur pubic et para-public sans avoir à l\u2019abolir et qu\u2019un de ces moyens consisterait à inventer une forme de négociation permanente\u201d (3) b) 1973-1976: les liaisons dangereuses Les résultats électoraux de 1973 (30° des voix, mais seulement 6 députés) allaient provoquer une remise en question à deux niveaux.Elle se manifestera d\u2019une part par l\u2019adoption de la stratégie du référendum et d'autre part par un resserrement des liens avec le mouvement ouvrier.À partir de ce moment, le Parti québécois entreprend de faire la preuve qu\u2019il est capable de chevaucher l'agitation sociale et de la canaliser à ses propres fins et, en dernier recours, qu\u2019il peut même susciter l\u2019agitation sociale.C\u2019est ainsi que le Parti québécois commence à développer une politique de soutien à certaines grèves, de préférence celles vouées à la défaite.Une telle attitude ne sera pas sans poser quelques problèmes pour le Parti québécois qui ne possède pas l\u2019ensemble des instruments permettant une politique de chevauchement des luttes ouvrières.Il est assez facile pour 2.Le Soleil, ler mai 1972.3.Le Soleil, 17 mai 1972. { .a7 les tétes d\u2019affiche du Parti québécois de paraitre a quelques réunions syndicales ou de faire des déclarations d'appui à une grève ou à une autre.Toutefois, contrairement aux partis social-démocrates ou aux partis communistes de masse d\u2019Europe occidentale, son influence dans la classe ouvrière est fondamentalement d'ordre idéologique.Il ne possède pas les structures organisationnelles (cellules d\u2019usine ou encadrement des directions syndicales aux divers échelons) qui lui permettraient d\u2019encadrer structement la mobilisation ouvrière.Aussi les risques de débordements sont-ils réels.Pour tenter de les éviter, le Parti québécois devra intégrer au moins partiellement les hautes directions syndicales à son projet en échange de concessions en ce qui concerne la partie sociale du programme du PQ qui à partir de ce moment commence à reprendre certaines revendications syndicales.L'exemple typique de cette période c\u2019est bien sûr la _greve de Ja United -Aircraft.Dès le début, tout indiquait \u201c que cette grève serait longue et la lutte semblait relativement mal partie.Les diverses explosions de violence qui se sont succédé tout au long du conflit ne témoignaient que de l'impuissance des travailleurs à empêcher la poursuite de la production et à imposer ses revendications.À une époque où planait le spectre de la grève de.Firestone avec ce qu\u2019elle comportait de débordement sur eur gauche des directions syndicales et de revendications anti-capitalistes, la grève de la United Aircraft présentait un visage relativement rassurant.La direction des Travailleurs Unis de l\u2019Automobile est beaucoup plus clairvoyante que celle des Travailleurs Unis du Caoutchouc et a constamment cherché à préserver une apparence de démocratie syndicale, ce qui fait qu\u2019elle Jouissait d\u2019une hégémonie non-contestée sur les travailleurs syndiqués tout au long de la grève.Les débordements semblaient donc à exclure.De plus, le type de revendications mis de l\u2019avant par les grévistes de la United Aircraft ne remettait nullement en cause l'arbitraire patronal.Plusieurs d\u2019entre elles figuraient même au programme du Parti québécois.Là encore, le spectre de la Firestone se profilait en 48 négatif.La dynamique gréviste à la United Aircraft ne tendait aucunement à l\u2019anti-capitalisme; et même, la lutte était tellement mal engagée qu\u2019elle risquait fortement de se terminer en queue de poisson.Le Parti québécois a joué sur cette grève à deux niveaux.D'une part, la présence de diverses têtes d\u2019affiche du Parti québécois à des réunions syndicales de masse dont la plus connue est celle de René Lévesque au Colisée Jean Béliveau en compagnie de Marcel Pepin, Fernand Daoust et Yvon Charbonneau.D\u2019autre part, la création d'un comité de soutien à la grève sous l\u2019impulsion du dirigeant péquiste du Syndicat des Enseignants de Champlain, Guy Bisaillon.Or la tâche de ce comité a moins été d\u2019étendre la solidarité à la grève que de dépolitiser le conflit.Très rapidement, ce comité a pris l\u2019aspect d\u2019une oeuvre charitable pour martyrs de la classe ouvrière.Sans fournir trop d\u2019efforts, le Parti québécois pouvaitnavant arborer une image de parti \u201cfavorable aux travailleurs\u201d.c) 1976-2: les tentatives d\u2019intégration Depuis qu\u2019il a pris le pouvoir, le Parti québécois s\u2019efforce d'intégrer le mouvement ouvrier à l\u2019appareil d\u2019Etat par le biais du nationalisme.Le phénomène n\u2019est pas nouveau en soi: en 1936, c\u2019est sous couvert de nationalisme que la classe ouvrière contribuait à porter l\u2019Union nationale au pouvoir; il y a également une volonté nationaliste qui anime le bloc de la révolution tranquille en 1960 et surtout en 1962.Depuis qu\u2019il a pris le pouvoir en novembre 1976, le Parti québécois utilise justement le sentiment nationaliste qui anime la classe ouvrière québécoise pour la faire patienter.Sans marge financière réelle, sans possibilité concrète d\u2019imposer au patronat des concessions économiques à la classe ouvrière, il ne peut gagner celle-ci par le biais de la corruption financière des directions syndicales et d\u2019une couche de travailleurs (euses) qui pourraient constituer l'aristocratie ouvrière.Ce n\u2019est qu\u2019en prenant tous les _moyens pour maintenir son monopole de la lutte nationale que le Parti québécois peut espérer canaliser les énergies ouvrières dans son propre projet et en désamorcer le potentiel explosif: 49 \u201cA chaque occasion, et toujours sous le couvert d\u2019une certaine forme de nationalisme, les travailleurs ont tendance à imaginer pendant un certain temps que les solutions à leurs problèmes quotidiens, surtout au niveau de leurs conditions de salaire et de travail, vont venir d\u2019un nouveau gouvernement\u201d (4).C\u2019est cela qui explique la rapidité avec laquelle le gouvernement Lévesque a présenté un projet de loi sur la question linguistique.La question linguistique constitue, pour nombre de travailleurs(euses) le point nodal de l\u2019oppression nationale.Dans ce sens, en présentant un projet de loi sur la question linguistique, le Parti québécois obtient les résultats suivants: il embrigade derrière lui une grande parti des travailleurs(euses) francophones \u2014 qui y gagnent un sentiment de dignité nationale \u2014 sur la base, Justement, d\u2019une volonté de conquête de dignité nationale et d'autre part, étant donné l\u2019intransigeance des secteurs les plus importants du patronat sur cette question, la classe ouvrière a l\u2019impression de s\u2019engager dans la lutte linguistique sur la base de ses intérêts de classe.De plus, la question du referendum maintient tendues les forces vives de la nation, classe ouvrière comprise, car celle- ci ne voudrait à aucun prix se faire reprocher, à cause de ses luttes revendicatives d\u2019avoir compromis les possibilités d\u2019émancipation de la nation québécoise.Pourtant l\u2019idéologie s\u2019avère insuffisante à elle seule pour maintenir durablement la paix sociale par le biais de l'intégration.Le Parti québécois compte sur un autre volet de sa politique, la concertation au sommet des principaux \u201cagents économiques\u201d, le tripartisme.Ainsi, malgré l\u2019absence de résultats immédiatement tangibles, on peut dire que le Parti québécois a marqué de nombreux points sur ce terrain avec la tenue du sommet économique de Pointe-au-Pic et des mini-sommets sectoriels.Comme le souligne Louis Fournier, \u201cLe simple fait qu\u2019il a eu lieu, ce fameux Sommet économique, voilà déjà une grande réussite pour le gouvernement Lévesque, même si on est encore loin d\u2019un \u201cnew deal\u201d québécois.Le gouvernement du Parti québécois a ainsi réussi ce que Bourassa ni Trudeau n\u2019ont pu faire: \u201cséquestrer\u201d 4.4e congrès.Conseil du travail de Montréal, p.6. titine SR SM ti nr rh sin deb td EE DEL DES 50 150 représentants du capital et du travail et les obliger, sinon à se parler, du moins a s\u2019écouter\u2019 (5).2.LA QUESTION NATIONALE ET L\u2019ATTITUDE VIS-A-VIS DU PARTI QUEBECOIS C\u2019est principalement au niveau de la position à prendre vis-à-vis de la question nationale, et du Parti québécois qui en fait sa chasse gardée, que se manifeste toute l\u2019ambiguité de la radicalisation qui a affectée le mouvement ouvrier québécois dans la période 1970-1976.D'une part, la grande majorité des directions syndicales se réclament du syndicalisme de classe et de combat (6).D'autre part, elles n\u2019offrent aucune perspective politique centrale qui permettrait d\u2019unifier les énergies ouvrières actuellement dispersées dans une série de combats isolés les uns des autres.Dans ces conditions on aboutit à la situation suivante: un vocabulaire marxiste un peu tonitruant qui donne un vernis radical côtoyant une politique d\u2019appui implicite au Parti québécois, parti bourgeois dont la nature s\u2019exprime clairement dans son projet politique.a) Le mémoire conjoint de 1966 Pourtant les centrales syndicales partent de très loin par rapport à la question nationale.Dans un mémoire conjoint soumis au comité de la constitution de l\u2019Assemblée législative du Québec par la F.T.Q., la C.S.Net l\u2019U.C.C.et dont la première version a été rédigée par Pierre Elliott Trudeau, les deux centrales tentaient de se situer par rapport au mouvement nationaliste québécois en ayant pour objet de défendre les intérêts des travailleurs(euses) dans le débat constitutionnel.Après avoir reconnu qu\u2019il existe au Canada une crise constitutionnelle, le mémoire détermine cinq attitudes possibles: \u2018\u2018a) une centralisation fédérale plus poussée; b) le statu quo; c) les Etats-associés; d) l\u2019indépendance du Québec: e) un régime fédéral adapté à la réalité ac- 5.Le Jour, vol.1, no 17.6.Il y a toutefois une exception notable en la personne de Jean Gérin- Lajoie auquel il faut tout de même reconnaître une cohérence dans sa démarche politique, comme nous pourrons le voir lorsque nous étudierons l\u2019attitude de la F.T.Q.vis-à-vis de la question nationale. 51 tuelle.\u201d (7).Les quatre premières hypothèses sont écartées au profit de a cinquième qui pourrait se définir comme suit: \u201cA une formule globale et sans contenu précis, nous préférons un contenu réel, quoique mesuré, et qui puisse contribuer à orienter la pensée en matière constitutionnelle, aussi bien qu'à inspirer une action et des choix fondés sur une critique des causes de la crise et sur la volonté de les eliminer.(.) Selon nous il faut faire l'essai du fédéralisme, mais dans des conditions nouvelles qui lui permettraient peut-être de durer et de donner justice (.) la constitution actuelle et son régime fédéral subsisteraient dans son ensemble.\u201d (8) Suivent toute une série de dispositions précises pour un fédéralisme renouvelé.Mème si la C.E.Q.n\u2019a pas participé à la présentation de ce méinoire, il apparait probable qu\u2019elle en ait soutenu l\u2019orientation générale.Cela nous permet donc de voir le point de départ des svn- dicats sur la question nationale.b) La Fédération des travailleurs du Québec L\u2019attitude de la F.T.Q.a I'égard de la question nationale sera toujours surdéterminée par la présence en son sein d\u2019unions internationales fortement dépendantes des centres de décision américains et son appartenance au Congrès du travail du Canada, dont elle ne sera qu\u2019un relais régional jusqu\u2019en 1974; même après 1974, son autonomie sera toute relative.Il faut constamment avoir cela en tête pour comprendre les tergiversations de la F.T.Q.sur la question nationale.Dans un premier temps, nous allons analyser la position de la F.T.Q.lors des différentes élections pour ensuite aborder les résolutions de congrès qui touchent la question nationale, les débats internes qui ont entouré cette question dans la centrale et finalement l\u2019interpénétration du personnel F.T.Q./P.Q.dans la période 1970-1976.Lors des élections de 1970, la F.T.Q., fidèle en cela aux désisions du C.T.C.appelait à voter pour le N.P.D., sans toutefois faire une véritable campagne.On pour- 7.Mémoire de la C.S.N., de la F.T.Q.et de l\u2019U.C.C.au comité de la constitution de l\u2019Assemblée législative du Québec, p.15.8.Ibidem, pp.17-18. 52 rait qualifier d'indifférence l\u2019attitude de la F.T.Q.face a la question nationale.\u201cNous sommes avant tout un mouvement syndical nous ne sommes pas ni ne pouvons être, sans trahir notre vocation propre, une société nationale et patriotique, ni un parti politique.Nos membres peuvent, individuellement ou collectivement, militer librement dans des formations politiques et patriotiques, mais ce serait pervertir le syndicalisme et en provoquer la destruction que d'en faire autre chose que l'expression de la solidarité des travailleurs en vue de la défense de leurs intérêts communs et de leur promotion collective.\u201d (9) En 1973, de l\u2019avis même de Louis Laberge qui abordera candidement le sujet dans son rapport Le combat inévitable, la F.T.Q.donnera un appui voilé au Parti québécois, annonçant ainsi la position prise en 1976.\u201cJ'ai cru bon de ne pas intervenir malgré la résolution adoptée au congres de 1971, qui nous laissait le loisir d\u2019appuyer massivement un parti ou d'en créer un sur la scène provinciale.(\u2026.) Cette voix, nous ne l'avons pas fait entendre, pour ne pas nuire au seul parti qui répondait à certaines des aspirations du monde ouvrier.Le résultat désastreux de l'élection ne convainc qu'il eüt été assez difficile de nuire davantage au Parti quebécois.\u201d\u201d (10) De plus, un sondage effectué par la F.T.Q.lors de son congrès de 1973 donne les résultats suivants quant au vote des délégué(e)s aux élections d\u2019octobre 1973: Parti libéral: 11°; Parti québécois: 76\u201c.; Parti créditiste: 1,5; Union nationale: 2\u201c, ; Indépendants: 1,5\u201c: Pas voté: 2° : Refus de répondre: 6\u201c En ce qui concerne les élections de 1976, la F.T.Q.s\u2019est insérée dans la campagne du Parti québécois, malgré certaines réserves apportées au congrès de 1975 voulant faire de l\u2019appui au Parti québécois un appui critique.Ainsi, dans Le monde ouvrier, Fernand Daoust et Louis Laberge écrivent, sous le titre significatif de \u2018\u2018L\u2019ur- 9.Discours inaugural du président au lle congrès de la F.T.Q., p.5.10.Louis Laberge, Le combat inévitable, pp.39-40. 53 gence de nous débarrasser du gouvernement Bourassa\u201d, après avoir affirmé qu'ils étaient plus anti-libéraux que péquistes: \u201cIl est sur que nous avons certaines réserves sur certaines des attitudes et des positions du P.Q.Notre appui se base sur diverses raisons: 1) le programme du P.Q.est celui qui se rapproche le plus des revendications du mouvement syndical; 2) c\u2019est la seule formation politique capable de battre l'administration Bourassa a court terme.'\u2019(11) Pourtant, dans un numéro subséquent de Le monde ouvrier ils identifieront la victoire du Parti québécois à celle des travailleurs.Cette position constituait cependant une adaptation relativement fidèle des résolutions adoptées au congrès de 1973 et surtout lors de celui de 1975: \u201cLa F.T.Q., ses syndicats et ses militants doivent participer activement au débat politique et particulièrement à la prochaine campagne électorale provinciale afin d'expliquer à l'ensemble des travailleurs et à la pcpu- lation l'urgente nécessité de nous débarrasser du gouvernement libéral actuel et de le remplacer par un gouvernement qui serait attentif aux revendications des travailleurs.\u201d\u2019 (12) Et un sondage effectué auprès des délégué(e)s au congres de 1975 allait révéler la signification concrète de cette résolution: \u201cConfirmant la tendance manifestée au dernier congrès, le P.@Q.rallierait les suffrages de 79%: des délégués s\u2019il y avait des élections prochainement.Les partis traditionnels n\u2019ont pas gagné d\u2019adeptes (3,7: tous ensemble), les partis dits \u201cde gauche\u201d existants ou pas, ralliant de leur côté 6°c des suffrages\u201d (13) On peut mesurer par là le chemin parcouru depuis le congres de 1969.Tout céla n\u2019allait pas être sans provoquer des débats au sein de la F.T.Q., principalement entre l'aile non-favorable à l\u2019implication formelle (Daoust) et les partisan(e)s de l\u2019appui inconditionnel au Parti québécois regroupé(e)s autour de Jean Gérin-Lajoie.Ceci s'exprimera fondamentalement dans un texte de polémique de Jean Gérin-Lajoie par rapport au document L\u2019Etat, 11.Le monde ouvrier, novembre 1976.l?.Procès-verbal du 14e congrès de la F.T.Q., p.9.13.Le monde ouvrier, janvier 1976. 54 rouage de notre exploitation.Dans ce texte, Gérin-Lajoie soulignera un point fondamental: \u201cC\u2019est en commençant a se sentir politiquement québécois que les travailleurs commencent à réfléchir politiquement sur leurs conditions de travailleurs.Ici comme ailleurs, l'éveil national et l\u2019éveil politique vont souvent ensemble.\u2019 (14) En toute cohérence, il soulignera plus loin que l\u2019Etat n\u2019est pas fatalement au service de la classe dominante: \u2018\u2018Au contraire, l\u2019Etat peut et doit mater la domination capitaliste sur les travailleurs et le syndicalisme doit être présent et actif dans cette lutte pour la démocratie et la liberte.\u2019 (15) Et de conclure: \u201cIci au Québec, il faut regarder la réalité en face.La pénétration du P.@.chez les travailleurs francophones, sans aucun mot-d'\u2019ordre syndical, a été immensément plus grande et plus rapide que la pénétration de toute autre pensée politique patronnée par le mouvement syndical ou sous étiquette socialiste.Il y a là peut- être pour nous une leçon d\u2019humilité et de réalisme.N y a surtout, à mon avis, la leçon que la conscience nationale entraîne la conscience socio-politique, du moins plus que vice-versa.\u2019 (16) Pas surprenant après tout cela qu\u2019en 1973 et en 1976, les métallos se soient activement impliqués dans la campagne du Parti québécois, certains dirigeants locaux des métallos allant jusqu\u2019à se présenter comme candidats péquistes.Le cas le plus éclairant est peut-être celui de Clément Godbout, coordonnateur général des métallos dans la région de Sept-Iles, et militant de premier plan lors de la grève de mai 1972 dans la région, qui s\u2019est présenté comme candidat péquiste dans le comté de Du- plessis aux élections provinciales d\u2019octobre 1973.(17) Dans de telles conditions, tout laissait prévoir l\u2019attitude de la F.T.Q.vis-à-vis du gouvernement péquiste: \u201cNotre attitude face à ce gouvernement ne peut être la même qu'avec les gouvernements répressifs précédents.Son indépendance relative face aux employeurs et ses projets de réforme le rapprochent de nous.Aussi les positions 14.Le Métallo, vol.8, no.4, août 1972.15.ibidem.16.ibidem.17.Québec-Presse, 8 juillet et 5 septembre 1973.PETE TOU TIC on els ns 55 faciles à prendre au niveau fédéral au sujet du tripartisme face à un gouvernement vendu à l\u2019entreprise privée ne peuvent pas être transposées sans discussion face à un gouvernement québécois ayant des volontés social- démocrates.\u201d (18) Ce à quoi font écho les déclarations de Gérin-Lajoie proclamant que les travailleurs(euses) sont actuellement au pouvoir au Québec (19).Toutefois, le Conseil du travail de Montréal semble plutôt soucieux de conserver une certaine distance par rapport au nouveau gouvernement, même s\u2019il n\u2019a pas remis en cause explicitement la participation au sommet économique du gouvernement Léves- que.c) La Confédération des syndicats nationaux Dans sa Lettre aux militants de 1970, Marcel Pepin mettait en garde la C.S.N.contre l\u2019électoralisme et l'appui à un parti politique, rappelant que \u201cce que les travailleurs ont réussi à obtenir, ils ne l\u2019ont pas obtenu par l'électoralisme, mais par leurs propres moyens, par la négociation, par leur esprit de décision\u201d (20).Et il rappelait également que la C.S.N.ne devait s'engager à fond dans la bataille pour l\u2019indépendance que si son contenu social était clair et correspondait aux intérêts des travailleurs(euses).C\u2019est une attitude de prudence vis-à-vis de l\u2019ensemble des partis politiques en lice qui guide l\u2019attitude de la C.S.N.lors des élections d\u2019avril 1970.La C.S.N.s\u2019affirme neutre politiquement, rappelles ses statuts qui lui défendent d\u2019appuyer quelque parti politique que ce soit, mais souligne que les organismes membres de la C.S.N.sont libres d'appuyer qui ils veulent, ceci pour ne pas entrer en conflit ouvert avec la décision du Conseil central de Montréal d\u2019appuyer certains candidats du Parti québécois.Lors des élections de 1973 et 1976, la C.S.N.répétera ce comportement, avec des nuances toutefois.Ainsi, en 18.Le monde ouvrier, numéro spécial, février 1977.19.Voir à ce sujet son rapport au congrès des métallos en décembre 1976.20.Marcel Pepin, Lettre aux militants, p.24. 56 1973, la C.S.N.formule son propre programme et demande à ses membres de comparer ce programme à celui des divers partis politiques.En même temps on souligne que: \u2018Toutefois, il est important de souligner que tout parti, pour mériter la confiance des travailleurs et des syndicats, doit répondre, comme minimum, aux critères suivants: a) présenter un programme qui aille dans le sens des revendications de la classe ouvrière; b) n\u2019être lié d'aucune manière, par sa caisse électorale à la bourgeoisie, aux financiers, aux grandes compagnies et aux intérêts louches mais être au contraire financé démocratiquement; c) posséder des structures et un fonctionnement authentiquement démocratique, à tous les paliers; d) endosser formellement les positions économiques et sociales des trois centrales, mais plus particulièrement condamner formellement le capitalisme et le libéralisme économique.\u201d (21) A la rigueur, avec un peu de mauvaise foi, on peut faire correspondre le Parti québécois a ces criteres, même si ça pose quelques difficultés par rapport au dernier point.La position de 1976 sera encore moins subtile et Norbert Rodrigue ne fera pas le poids devant le raz- de-marée péquiste.D\u2019une part, il souligne qu\u2019aucun des partis en lice ne défend véritablement les intérêts des travailleurs(euses), d\u2019autre part, il invite quand même les syndiqué(e)s à participer au vote pour défaire le gouvernement Bourassa, ce qui, malgré la position officielle, \u2018la C.S.N.n\u2019appuie aucun parti\u201d signifie un appui déguisé au Parti québécois.\u2018Voilà pourquoi le bureau confédéral de la C.S.N., réuni en session spéciale le 31 octobre, a recommandé aux membres de voter pour faire en sorte que le 16 novembre leur rapport de force soit renforcé\u201d (22).En clair, cela signifie se débarrasser du Parti libéral et, dans les conditions concrètes de novembre 1976, voter pour le Parti québécois, qui seul constituait un prétendant crédible au pouvoir.La C.S.N.a certainement été la centrale syndicale 21.Elections générales.Québec, 29 octobre 1973, p.6.22.Le travail, vol.51, no.9, novembre 1976. 1 fe It.ite if art pbre salt jcale 57 québécoise la plus traversée par les débats sur la question nationale et \u2019attitude a adopter face au Parti québécois.Ceci peut s\u2019expliquer par le fait que la C.S.N.est la seule centrale syndicale au sens plein du terme au Québec.Toutefois celle-ci, comme centrale, évitera soigneusement de se prononcer sur la question, méme si son projet de société socialiste fait constamment référence au cadre national québécois (23) et ceci sous peur d\u2019éclater sur une question aussi fondamentale, comme ce sera souligné par Marcel Pepin au congres de 1970 (24).Toutefois, la prudence de la centrale ne sera pas toujours celle des conseils centraux.\u2018\u201c\u2018Les relations toujours informelles entre la C.S.N.et le P.Q.se développeront surtout au niveau des Conseils centraux régionaux de cette centrale dont le rôle est justement d\u2019intervenir au niveau politique pour la défense des travailleurs.\u201d (25).Ainsi, en novembre 1970, le Conseil central des Lauren- tides se prononcera en faveur de l\u2019indépendance du Québec (26).En mai 1971, le Conseil central de Montréal, réuni en congrès, adoptera la résolution suivante: \u201cQue le CCOSNM appuie le P.Q.a condition que les changements constitutionnels soient dans l\u2019optique de la libération économique et sociale des travailleurs.\u201d (27) Lors d\u2019un bureau confédéral de janvier 1972, la C.S.N.demandera le rapatriement complet du secteur de la main-d\u2019oeuvre au Québec pour éviter que les travailleurs(euses) ne fassent les frais de la lutte constitutionnelle.Déjà, au congrès de 1971 du C.C.S.N.M., Michel Chartrand avait lancé la boutade du \u201cpays bicéphale qui n\u2019a pas de tête\u2019\u2019 pour caractériser la politique de main- d\u2019oeuvre au Canada et au Québec.Lors de son congrès de 1972, le C.C.S.N.M.votera sa motion célèbre sur la question nationale qui comprend un nombre record d\u2019attendus pour en nuancer le contenu, mais il n\u2019en reste pas 23.Une lecture un tant soit peu attentive de Ne comptons que sur nos propres moyens et Prenons notre pouvoir, pour ne mentionner que ces deux textes, permet de s\u2019en apercevoir.24.Un camp de la liberté, p.30.Ces précautions n\u2019ont toutefois pas empêché l\u2019éclatement de la C.S.N.25.Louis LeBorgne, La C.S.N.et la question nationale, p.95.26.Voir Québec Presse, vol.2, no.48, 29 novembre 1970.27.Extrait du procès-verbal du 13e congrès du C.C.S.N.M. 58 moins que ce dont se rappelleront la majorité des congressistes, ce sera l\u2019appui au Parti québécois: \u201cCe n\u2019est pas un appui formel au Parti québécois, mais en pratique, ça revient à ça.On ne fait pas la guerre au P.Q.qui est un parti démocratique.Nous rejetons implicitement les thèses gauchistes voulant que le P.Q.soit essentiellement un parti bourgeois.\u201d (28) Le cheminement implicite de la C.S.N.vers des positions indépendantistes peut se vérifier également dans le rapport du Comité des Douze au 45e congrès de la C.S.N.Ce rapport prend de fait une position indépendantiste, tout en évitant une position partisane, et recommande l\u2019organisation d\u2019un débat spécial sur la question à l\u2019intérieur de la centrale.Ce débat n\u2019a pas encore eu lieu, parce qu\u2019on l\u2019a toujours relégué au rang de la dernière \u2018\u201c\u2018priorité\u201d du service d\u2019action politique.Dans le même sens, le conseil confédéral de novembre 1972 va voter le principe d\u2019un referendum à l\u2019intérieur du mouvement sur la question nationale, referendum qui n\u2019aura jamais lieu.En janvier 1973, le conseil confédéral prendra la décision de ne pas procéder à la formation d\u2019une fédération ontarienne, confirmant en cela la volonté de la C.S.N.de se limiter au seul cadre québécois.Pourtant, la première instance à avoir accordé son appui au P.Q., le conseil central de Montréal, sera plus tard amenée a reviser ses positions.Ainsi, lors du 18e congres du C.C.S.N.M., Michel Chartrand, dans son allocution introductive, amènera le conseil central a prendre ses distances par rapport au Parti québécois et soulignera l\u2019urgence de développer un projet alternatif.Une fois de plus, cependant, on en restera au stade des voeux pieux.\u201cIl aurait fallu prendre le temps de voir cela et arriver au congrès de la C.S.N.et se faire une opinion sur l\u2019indépendance du Québec et sur la sorte d\u2019économie que nous voulons: rester dans une économie capitaliste ou si on veut une économie socialiste.Au lieu de dire aux gars qui militent dans le PQ vous êtes des trous-de-cul, on pourrait leur dire qu\u2019on pense que cela pourrait être autrement.\u201d (29) 28.Michel Bourdon cité par Québec Presse, vol.4, no.16, 16 avril 1972.29.Procès-verbal du 18e congrès du C.C.S.N.M. rie des lo quil 59 Mais c\u2019est au niveau de l'attitude à adopter vis-à-vis du gouvernement péquiste qu\u2019auront lieu les plus grandes polarisations au sein de la C.S.N.sur la question nationale.Alors que le conseil confédéral de novembre 1976 fera du 15 novembre \u2018\u2018une victoire du peuple québécois\u201d (30), tout en mettant les syndiqué(e)s en garde contre l\u2019euphorie du moment et en se gardant bien, verbalement, de répéter les erreurs de la révolution tranquille, le conseil central de Montréal adoptera un ton beaucoup plus agressif.\u201cLa victoire du P.Q.ne signifie pas que les travailleurs sont au pouvoir, loin de là.En effet, le P.@.ne représente pas la classe ouvrière et s\u2019en défend bien.(.) le P.Q.n\u2019a jamais manifesté son hostilité envers les capitalistes dont il semble bien s\u2019accommoder et qui lui dicteront bien, en temps et lieu, les mesures à prendre pour mettre au pas les travailleurs trop revendicatifs.\u201d (31) Ces deux attitudes bien démarquées se retrouvent également dans les débats sur la participation au sommet économique où l\u2019exécutif défend l\u2019idée d\u2019y aller pour voir ce qui va se passer et de la nécessité de ne pas couper tous les ponts sur la base d\u2019apriorismes tandis que le congrès du conseil central de Montréal! a rejté catégoriquement cette position à une très forte majorité (32).d) La Centrale de l\u2019enseignement du Québec Depuis son 22e congrès, la C.E.Q.s\u2019est officieusement prononcée en faveur de l\u2019indépendance du Québec quoiqu\u2019elle n\u2019ait pas assorti son choix d\u2019un appui quelconque au Parti québécois.Etant donné sa composition sociale, la C.E.Q.est la première centrale touchée, dans sa masse, par la question de l\u2019indépendance du Québec.Elle est même la seule centrale à avoir publié un document complet sur la question nationale, si l\u2019on fait exception du texte conjoint du C.C.S.N.M.et du 30.Procès-verbal du conseil confédéral de la C.S.N., 17-20 novembre 1976.31.Le travail de Montréal, novembre 1976.32.Selon Le Devoir du 19 avril 1977.dans une proportion de 85. 60 Centre de formation populaire (33).Toutefois, ce document n\u2019a guère dépassé les sphères de la direction de la centrale et de son appareil permanent et plus particulièrement celles de son service d\u2019action socio-politique.Au cours des trois élections provinciales qui se dérouleront dans la période qui nous préoccupe, la C.E.Q.n\u2019a donné aucune consigne de vote, se contentant de souligner, et en 1973 et en 1976, que les travailleurs (euses) n'auraient rien à attendre du parti libéral.Cette attitude est motivée par le raisonnement suivant: \u201cCar, pour parler net, aucun parti en lice actuellement ne s\u2019identifie aux intérêts des travailleurs et nous savons bien que le mouvement syndical, après le 29, devra continuer de prendre ses responsabilités, au nom des travailleurs, de lutter face au pouvoir, quel que soit le parti élu\u201d et plus loin on ajoutera, \u201cDans le Québec, outre les espoirs que certains peuvent mettre dans le Parti québécois, d\u2019où peut venir le changement, si ce n\u2019est des travailleurs décidés, comme majorité populaire, à mettre un terme a [exploitation d\u2019eux-mémes comme salariés et comme consommateurs.\u201d (34) Le véritable débat sur la question nationale et le Parti québécois ne débutera à la C.E.Q.qu\u2019après les élections du 15 novembre 1976, le conseil général passent outre à la résolution du 22e congrès de tenir un référendum sur la question de l\u2019indépendance parmi l\u2019ensemble des membres de la centrale avant que celle-ci ne se prononce officiellement pour l\u2019indépendance.Au lieu du référendum promis, la direction de la C.E.Q.aura plutôt recours à un texte de deux militants, l\u2019un du CAP Michel, l\u2019autre du CAP Maisonneuve, à titre de document de travail certes mais qui, faute d\u2019autre chose, servira de fact de texte de référence dans les débats postérieurs sur la question nationale.Ce document est intéressant à plusieurs niveaux en ce qu\u2019il tente de développer une articulation entre la radicalisation de la classe ouvrière québécoise à partir de ses luttes sur 33.Ce document est le texte de Victor Lapalme et Bernard Normand, Travailleurs québécois et lutte nationale, 1ère édition, publié comme document de travail.Quant au texte du C.C.S.N.M.et du C.F.P., il s\u2019agit de L\u2019indépendance, c\u2019est plus sorcier qu\u2019on pense.34.Nos luttes 73-74, p.27 et p.31. Nor Mt: 1 01 61 le plan syndical et la lutte d\u2019émancipation de la nation québécoise.Ceci amène les deux auteurs à formuler des éléments de tactique relativement originaux par rapport aux conceptions généralement véhiculées dans les documents du mouvement syndical québécois.Comme cela avait été le cas pour le C.C.S.N.M., le document soulignera: \u201cAu plan idéologique, nous devons lutter a la transformation de la lutte nationale dans le sens des intérêts des travailleurs.C\u2019est à cette condition que la lutte nationale peut devenir pour les travailleurs un aspect politique central de toute une phase de la lutte anticapitaliste et anti-impérialiste.\u201d (35) Les auteurs en concluent de la nécessité d\u2019enlever au Parti québécois le monopole de la lutte d\u2019émancipation nationale.\u201cIl est important de soustraire, au moins sur le plan idéologique, les travailleurs péquistes de l\u2019influence et de la domination de la direction du P.Q.Ceci implique une lutte idéologique dans le but de dégager la portée réelle de la lutte nationale et la nécessité d\u2019une hégémonie des travailleurs organisés dans cette lutte.\u201d (36) Mais la question était loin d\u2019être vidée pour autant, surtout que ce texte ne sera jamais pleinement débattu dans la centrale.Aussi, Hubert Sacy, après la victoire du Parti québécois, a-t-il beau jeu pour intervenir et relancer le débat sur la question nationale au nom du réalisme politique.Dans une polémique assez dure contre l\u2019extrème-gauche, en n\u2019hésitant pas a recourrir a des arguments de Jean Gérin-Lajoie pour appuyer ses thèses, Hubert Sacy invoque le caractère fondamental de la question nationale et propose l\u2019orientation suivante qui sera adoptée par le conseil général de janvier 1977: \u201cI.La C.E.Q.considère qu\u2019elle a un préjugé favorable au nouveau gouvernement à l\u2019égard duquel elle pratique la politique de la main tendue et de l\u2019oeil ouvert.2.La C.E.Q.fera une critique lucide, ferme et positive de toutes les décisions du gouvernement qui touchent ses membres et les travailleurs du Québec.3.La C.E.Q.participera aux consultations bilatérales du gouvernement mais maintient ses positions de non- 35.Victor Lapalme et Bernard Normand, op.cit.p.68.36.ibidem.p.68. 62 participation aux organismes consultatifs où sont représentés le Patronat, le Capital et les multinationales.4.La C.E.Q.se déclare en faveur des aspects du programme du Parti québécois en matière de relations de travail (.) 5.La C.E.Q.se déclare en faveur des aspects du programme du Parti québécois relatifs à l\u2019éducation (\u2026)\u201d (37) En fait, a la C.E.Q., le débat sur la question nationale et l'attitude vis-à-vis du Parti québécois s\u2019est posé autant dans le débat sur l\u2019unification syndicale et dans celui sur la question nationale, aussi paradoxal que ça puisse apparaître à première vue.3.LES NOUVELLES CONDITIONS DE LUTTE POUR LE MOUVEMENT OUVRIER L\u2019arrivée au pouvoir du Parti québécois, le 15 novembre 1976 marque l\u2019ouverture d\u2019une nouvelle période en ce qui concerne les affrontements de classe au Québec.La crise du fédéralisme pan-canadien qui avait commencé à se manifester de façon importante au moment des premiers succès électoraux péquistes prend des formes de plus en plus aiguës.Le mouvement ouvrier est donc désormais acculé à formuler un choix sans ambiguité s\u2019il veut jouer un rôle politique autonome dans les affrontements sociaux qui se préparent.La marge de manoeuvre des forces fédéralistes est relativement réduite.L\u2019Etat canadien n\u2019est pas le produit d\u2019une révolution démocratique bourgeoise, ni même le résultat d\u2019un mouvement d\u2019émanipation par en haut de la couronne britannique.L\u2019Etat fédéral pan-canadien est le fruit de la volonté de la Grande-Bretagne de maintenir une puissance impériale britannique sur le continent nord-américain.L\u2019un de ses fondements essentiels est l\u2019oppression de la nation québécoise: cette oppression ne peut être radicalement remise en cause sans remettre également en cause l\u2019existence même de l\u2019Etat fédéral pan-canadien.L\u2019échec de la politique du bilinguisme et du biculturalisme chère à Pierre Elliott Trudeau, ainsi que la ressurgence d\u2019un chauvinisme anti-québécois au Canada-anglais sont là pour le démontrer.Un nouveau 37, Hubert Sacy, La main tendue et l\u2019oeil ouvert, pp.8-14. | | 63 pacte confédératif, dans de telles conditions, aurait fâcheusement tendance à ressembler à celui que l\u2019on con- nait maintenant.Du côté péquiste, la marge de manoeuvre est tout aussi faible.Parvenu au pouvoir, le Parti québécois est désormais coincé entre sa base sociale ouvrière et populaire dont la volonté d\u2019indépendance revêt un caractère anti-impérialiste marqué et son projet politique de réaliser une \u201cindépendance tranquille\u201d sans mobilisation politique et sociale aucune.Avec une telle politique on évolue plus facilement l\u2019autonomie provinciale chère à Duplessis, que vers la libération nationale du peuple québécois.Toutefois l\u2019appui que donnent au Parti québécois les masses ouvrières et populaires revêt un contenu bien spécifique: il marque une opposition, perçue comme nationale et non de classe, aux \u201cvrais boss du Québec\u201d à savoir les impérialismes anglo-canadien et américain.Cela apparaît assez clairement dans les prises de position du mouvement syndical.Si le Parti québécois dans l'opposition pouvait partiellement capitaliser sur ce sentiment, les prises de position du Parti québécois au pouvoir placent le mouvement syndical devant l\u2019alternative de se comporter en allié subordonné du Parti québécois, ce qui, dans la période actuelle de crise de l\u2019économie capitaliste mondiale, signifie accepter une baisse substantielle du niveau de vie de la classe ouvrière ou encore d\u2019élaborer son propre projet politique qui allie une volonté de libération nationale à un projet de transformations économiques et sociales radicales.Seule cette deuxième alternative rendrait possible une évolution du rapport de forces, à l\u2019intérieur de la formation sociale québécoise, en faveur de la classe ouvrière et permettrait à celle-ci d\u2019intervenir comme su- Jet autonome et conscient dans la lutte nationale.Un tel projet n\u2019existe pas encore, mais les débats autour de la participation au sommet économique de mai dernier ont permis de percevoir le dégagement d\u2019une _nouvelle avant-garde ouvrière.Cependant, le rapport de force à l\u2019intérieur des organisations syndicales lui est sensiblement défavorable: elle est extrêmement réduite a la FTQ, assez faible a la CEQ, mais les 37°; de votes 64 contre la participation au sommet économique lors du dernier congrès de la CSN semblent indiquer qu\u2019elle jouit d\u2019une certaine influence au sein de cette centrale.Cependant, il faut également signaler que, selon les données dont nous pouvons disposer jusqu\u2019à présent, cette nouvelle avant-garde semble recruter essentiellement chez les syndiqué(e)s du secteur public et para-public.Cette avant-garde ouvrière se définit principalement a partif de deux Caractéristiques: elle est à la fois indé- bendantiste et socialiste.Sa capacité d\u2019influer sur l\u2019en- emble de la classe dépend d\u2019une part de sa capacité d\u2019articuler la lutte nationale et la lutte des classes pour provoquer l\u2019émergence d\u2019une conscience de classe prolétarienne sur une large échelle et d\u2019autre part de se démarquer des positions d\u2019une extrême-gauche pro- fédéraliste qui s\u2019aliène par ses positions une grande partie de la classe ouvrière.Cela ne pourra s\u2019effectuer que si l\u2019avant-garde ouvrière continue à mener le débat sur tous les fronts à l\u2019intérieur des organisations syndicales et les amène à concrétiser leur projet de socialisme dans le cadre national québécois.1 Dans ce contexte, la mise de l\u2019avant d\u2019un projet de parti politique des travailleurs qui aurait une position claire en faveur de l\u2019indépendance,la possibilité de fournir un cadre centralisateur à cette avant-garde ouvrière en développement, de créer un pôle politique qui en accélère le dégagement et d\u2019opérer la jonction avec les autres secteurs populaires qui sont à la recherche d\u2019une alternative prolétarienne au projet péquiste.Cela permettrait également d\u2019opérer un premier niveau de clivage à l\u2019intérieur du Parti québécois entre sa direction bourgeoise et certaines de ses composantes beaucoup plus liées aux mouvements ouvrier et populaires.La perspective d\u2019un parti ouvrier indépendantiste diffère sensiblement de la revendication d\u2019un parti ouvrier basé sur les syndicats mise de l\u2019avant par le Rassemblement des militants syndicaux et l\u2019ensemble des organisations trotskystes.Elle tient compte de la nature du mode de radicalisation de la classe ouvrière québécoise et de la forme privilégiée que revêt sa conscience spontanée, une forme nationaliste-populiste, en ce qu\u2019elle opère une jonction entre la radicalisation nationaliste , 65 et la nécessaire autonomie politique et organisationnelle de la classe ouvrière par rapport aux organisations politiques bourgeoises, y compris le PQ.De plus, seule cette perspective permet d\u2019entrevoir la possibilité de créer des clivages \u2014 dont il est encore impossible d\u2019évaluer l\u2019ampleur \u2014 au sein du Parti québécois.Mais ce n\u2019est évidemment pas là une solution miracle ni une condition sine qua non de l\u2019émergence de la conscience révolutionnaire et donc d\u2019un parti révolutionnaire des travailleurs(euses) québécois(es).Ce qui importe fondamentalement, c\u2019est la consolidation quantitative et qualitative de cette nouvelle avant-garde ou- vriere, sa jonction avec les secteurs avancés du mouvement populaire et sa possibilité d\u2019influer sur le débat inévitable au sein du parti québécois.La pratique seule tranchera les modalités précises que prendra ce processus.Mais le dépassement de la situation actuelle semble résider dans cette direction.Diane Lamoureux 10 novembre 1977 * Cet article reprend quelques-uns des éléments et certaines des conclusions d\u2019un livre qui sera publié aux éditions Nouvelle Optique au début 1978. | LIQUIDONS LE SPONTANEISME L'OPPORTUNISME L ET L'ECONOMISME fi cher d'un On Del Ja y QUE | lécor par { Mobi Pen c far Ce à Comme Peu à AUTOCRITIQUE DE dis | Surge MOBILISATION Po | i, myst i Blof time \u2018 Den Mi HI 3 IRR RON Reflexions sur l'autocritique de Mobilisation Les réflexions que j\u2019aligne ici gardent leur forme originelle; recherche en cours, les conclusions sont à mi- chemin entre le provisoire et le définitif.Elles sont comme les inscriptions d\u2019un carnet de route, le tracé d\u2019un questionnement en marche qui déroule ses arguments par bribes, retouches et récurrences.J\u2019ai ouvert, en avril 1976, un document politique, presque un testament, intitulé: \u201cLiquidons le spontanéisme, l\u2019économisme et l\u2019opportunisme\u201d.Le sous-titre, écrasé par ce mot d'ordre autoritaire, disait: \u201cAutocritique de Mobilisation\u201d.Pendant l\u2019été et l\u2019automne 76, j'ai tenté de déchiffrer ce fameux document, d\u2019en comprendre la logique interne.Ce déchiffrement s\u2019est opéré, au gré des relectures, comme le dépouillement d\u2019un scrutin secret.Ce n\u2019est que peu à peu que m\u2019apparût le fond du puits.La clé était dans la porte: dans le titre liquidateur.En effet, le texte s\u2019ouvre et se ferme par le même maître-mot: Liquidons.Pour le comprendre, il faut chercher ce qui n\u2019est pas écrit, ce qui est étouffé, refoulé.Le langage de ce texte mystifie; il enterre et il écrase les pratiques vivantes, il étouffe la langue de la spontanéité.Ce qui apparaît comme science \u2018\u201cmarxiste-léniniste\u201d n\u2019est au fond qu\u2019une couverture idéologique, une courte-pointe faite de textes choisis qui recouvre un empirisme politique et des échecs non avoués.Une habile manipulation du langage marxiste 68 permet cette opération à des fins de justifications.Vue sous cette angle, l\u2019Autocritique prend un sens à la fois politique et culturel; son discours peut être analysé comme produit et symptôme de la culture québécoise d\u2019au- jourd\u2019hui.Le groupe Mobilisation s\u2019est présenté entre 1972 et 1976, comme le nombril théorique du mouvement m.l.au Québec.Il a pris l\u2019initiative de publier des textes et des analyses dans la revue Mobilisation, de rééditer des textes de la IIIe Internationale et de diffuser un certain nombre d\u2019auteurs autres que les \u2018\u2018classiques\u2019\u201d\u2019.Il voulait orienter la pensée marxiste au Québec, et il a effectivement joué ce rôle pendant une courte période avant de sombrer.Il s\u2019était donné des tâches titanesques sur le plan de l\u2019analyse marxiste du Québec et du continent nord-américain.Son effondrement et sa disparition n\u2019ont pas passé inaperçus.Les conséquences de cet accident historique sont difficiles encore à évaluer.Ce n\u2019est pas l\u2019objectif de ces notes de dresser le bilan du groupe Mobilisation.Le destin de Mobilisation m\u2019a seulement incliné à la réflexion.Il est pour moi une borne dans un itinéraire.Le langage de cet essai fragmentaire emprunte parfois à la psychanalyse, mais son mouvement et sa recherche ne sont pas psychanalytiques.L'analyse qui est tentée ici ne concerne pas principalement l\u2019inconscient.Elle touche au langage et au comportement qui se définit comme \u2018\u2018marxiste-léniniste\u2019\u2019.Il y a évidemment des rapports avec l\u2019inconscient.C\u2019est plutôt aux problèmes du marxisme québécois tels que véhiculés par Mobilisation que je m\u2019attarderai ici.Cette analyse volontairement restreinte ne juge pas de maniere définitive un mouvement**, le mouvement marxiste-léniniste, qui n\u2019a pas déroulé encore tous ses arguments et accompli toutes ** Ces réflexions portent principalement sur le texte de Mobilisation mais les critiques de fond ne se bornent pas seulement à ce groupe.Le chapeau peut faire à d\u2019autres, y compris aux organisations trotskystes dont le sectarisme est notoire au Québec depuis 1964.( di pa [ for que dut mie de es Î fp mide Lt chee fis prati dans leis LA fas ¢ ment | Voyaien C'était Me \"Er bla Moment Plt ç Comme Meg, P Org: fexte Q r 1a tion ment ue | pa putes lise pa ras ge + 69 ses interventions sur la scène historique.J\u2019ai choisi de décrire les symptômes de la crise du marxisme tels qu\u2019ils se manifestent dans un groupe aujourd\u2019hui considéré comme mort politiquement, Mobilisation, et dont l\u2019Autocritique demeure comme un monument funéraire.C\u2019est à dessein que je choisis les mots du lexique freudien.C\u2019est un choix qui marque une distance: je ne veux pas m\u2019enfermer dans le langage \u201cm.l.\u201d.Ce langage \u201cm.l.\u201d est incapable de se regarder lui-même; il ne permet pas une véritable auto-critique.L\u2019*Autocritique\u201d est un texte révélateur.Le péremptoire, l\u2019excès dans le remords signifie quelque chose.Ce quelque chose, on peut le saisir dès l\u2019entrée en matière du texte: dans l\u2019exagération du titre et l\u2019emphase du premier mot: Liquidons.Mot glissant, visqueux, qui risque de faire déraper les plus vigilants analystes.Ce langage est fort.Peu d\u2019euphémismes.Il apostrophe.C\u2019est le langage de défense qu\u2019adopte celui qui crie fort pour intimider et gagner le respect.L\u2019échec est insituable et insitué.Sa genèse est recherchée avidement.Les symptômes sont peu ou mal identifiés.Au lieu de chercher l\u2019échec et sa genèse dans la pratique militante des années passées, on la recherche dans un langage coupé du réel, dans les vides et les pleins d\u2019un savoir théorique absolutisé.L\u2019Autocritique de Mobilisation a été acclamée par certains comme la meilleure production du genre.Le document leur apparaissait comme un pas en avant; ils y voyaient la victoire de la vérité sur l\u2019erreur.En un mot, c\u2019était le texte du dépassement.Quant à moi (c\u2019est comme \u201ccompagnon de route\u201d, sceptique, agnostique, que je l\u2019ai abordé), après l\u2019avoir parcouru rageusement, au moment de sa parution en avril 1976, il m\u2019est apparu plutôt comme une falsification de l\u2019Histoire, de la petite comme de la grande, et je l\u2019ai senti au fond de moi- même comme une oeuvre magistrale de démoralisation.Pourquoi cet écart entre nous, béant, à propos d\u2019un texte qui s'intitule \u2018\u201c\u2018Autocritique\u2019\u201d\u2019?Pour certains, ce 70 texte fut décisif: il les a fait basculer dans la voie ultra- gauche qui s\u2019ouvrait alors devant eux, et ce qu\u2019ils ont surtout retenu de I\u2019 \u2018\u2018Autocritique\u2019\u2019, ce sont les mots d'ordre liquidateurs.Cette \u2018\u2018Autocritique\u201d est symptôme d\u2019une névrose.C\u2019est comme un délire d\u2019obsédé.Véritable exorcisme qui vise à effacer la différence, ce qui perturbe la conscience conservatrice, dogmatique, et qu\u2019aucun terme du lexique \u2018\u201cm.-l.\u201d ne peut définir.Alors on procède par détournements.On détourne la pensée marxiste à des fins d\u2019auto-justification.L\u2019empirisme politique qui domine le groupe Mobilisation du début à la fin de sa courte existence, cherche à se conserver.Pour ce faire, on détourne les fonctions et du marxisme et de l\u2019intelligence politique.L\u2019 \u201cAutocritique\u201d pompeuse, triomphante et tonitruante, est une simagrée, un signe de croix fait d\u2019un geste presse, qui permet d\u2019épargner la rencontre avec le passé réel, de croiser le fer (et le faire) avec les fautes politiques véritables, vécues selon des déterminations historiques et sociales reconnaissables.Pourquoi faut-il déformer le passé lorsque l\u2019on entreprend l\u2019examen des erreurs politiques dont on se sent prisonnier?Tourner le dos à son passé, c\u2019est s\u2019interdire de comprendre le présent et l\u2019avenir.On ne tourne le dos à son passé que pour s\u2019enfoncer encore plus loin dans le passé.Au passé personnel se substitue un passé mythique.C\u2019est alors qu\u2019on se met à recréer le P.C.C.* à partir des mêmes prémisses, en suivant le mème modèle, en reprenant les mêmes mots d'ordre.L\u2019Autocritique de Mobilisation est une discussion lancée d\u2019en haut et planifiée dans ses développements.Elle n\u2019est pas la sanction d\u2019un débat qui a déroulé tous ses * P.C.C.: Parti communiste du Canada, fondé en 1922 et dirigé par Tim Buck. or an Elle 485 : 71 arguments; elle est plutôt le résultat d\u2019un débat avorté, évité, éludé.Le discours dominant dans le groupe n\u2019est pas le produit d\u2019une pratique collective émancipatrice, mais un discours éteignoir qui appuie son efficace sur les vieux ressorts psychologiques profonds de notre enfance.L\u2019infantilisme de gauche doit être vu comme une véritable infantilisation des militants, une régression dans les attitudes d\u2019antan, qu\u2019illustre tres bien la recherche d\u2019une Ligue paternelle.Or, avant de vénérer tout ce qui se présente comme \u201cm.L.\u201d, il faut voir si les actes sont conformes aux paroles, si la critique de \u2018\u2018l\u2019économisme\u201d n\u2019est pas une - manière d'abandonner son soutien au syndicalisme de combat, si la condamnation du \u201c\u2018spontanéisme\u201d n\u2019est pas le mot d\u2019ordre d\u2019éteignoirs qui descendent sur les mouvements pour moucher ce qui est vivant, si la critique de \u2018\u201cl\u2019opportunisme\u2019\u2019 n\u2019est pas un écran de fumée pour mieux camoufler l\u2019erreur fondamentale, si le silence sur cette erreur n\u2019est pas la persistance délibérée de l\u2019erreur, enfin si le mot d\u2019ordre d\u2019autocritique ne couvre pas une absence d\u2019autocritique.Quand on pense à une autocritique, c\u2019est là un précepte qu\u2019il faut bien garder en tête.La valeur d\u2019une autocritique ne saurait être considérée dans l\u2019absolu, en dehors de toute contingence, hors des déterminations sociales et politiques de l\u2019époque où elles apparaissent.Il n\u2019y a pas de possession de la vérité indépendamment de l\u2019intelligence, du talent, de la probité, de l\u2019action individuelle et sociale du possesseur.Le marxiste est un homme comme les autres, limité, faible, en proie aux mêmes problèmes, aux mêmes difficultés.Historiquement, ou dans l'actuel, dans toutes les conjonctures, la pensée marxiste et le penseur marxiste ne peuvent s\u2019isoler.Si l\u2019on croit le contraire, nous arrivons à la dogmatique, aux interdits et tabous religieux.Le marxisme affirme précisément que la pensée \u2014 toute pensée \u2014 ne se manifeste qu\u2019historiquement, socialement, dans un contexte.gH A 72 Le plus difficile avec les échecs d\u2019ordre politique, c'est qu\u2019ils n\u2019apparaissent pas toujours comme des reculs, comme des défaites.L\u2019échec est souvent insitua- ble.Mais il peut se révéler à travers des formules et des attitudes, paradoxalement; il peut se révéler dans le ton autoritaire et l'attitude triomphaliste.Il peut se camoufler derrière le miroir d\u2019une \u2018\u201c\u2018autocritique\u201d, où seul un bout d\u2019étoffe qui dépasse le trahit.Le triomphalisme de la \u201cligne juste\u201d ne fait que couvrir des échecs et des déceptions, les uns non reconnus, les autres non surmontées.L\u2019échec de quoi?Celui de l'implantation, projet cher au groupe Mobilisation depuis sa fondation en 1972.L\u2019implantation du marxisme dans la classe ouvrière est loin d\u2019être réalisée, malgré les efforts répétés, l\u2019audace et le courage de nombreux groupes de militants socialistes depuis les années 60.Implantation du marxisme et établissement des militants, ces notions ayant été confondues, l\u2019échec dans l\u2019un ou l\u2019autre de ces deux processus distincts devient difficile à repérer.L'implantation du marxisme ne se solde pas par une réussite brillante; ce n\u2019est cependant pas un échec complet et absolu.Il est relatif (historiquement).Par contre, l\u2019établissement des militants est parfois un succès brillant, avant de dégénérer en sectarisme et en durcissement politique.RR Ee mee Si l\u2019autocritique de Mobilisation contient quelques éléments d\u2019analyse de ses pratiques concrètes, c\u2019est seulement sous forme de fragments dérisoires, camouflés par des procédés d\u2019enjolivement.La langue de la pratique est refoulée, ravalée: elle se couvre du vert-de-gris d\u2019un langage ancien, réanimé, réédité (tout comme on ranime un latin de secte).Le langage de la IIIème Internationale, de Lozovski, de Jdanov et de Staline est repris sans autre forme de procès assimilatoire; il est appris par Ji frou qu tionr La nin pre d ¥ Do (8, (mm d'age temen de ag dire & (at çe » df ile par sl l'un ime le.pa - 73 coeur, suivant des méthodes catéchistiques.Le baume du langage tiré (ou dérivé) du marxisme de la IIIème Internationale recouvre à la façon d\u2019un cataplasme, la cicatrice mal guérie infligée par 1\u2019échec multiforme du courant implantationiste.Le fait de ne pas reconnaitre cet échec place le groupe dans une situation intenable.Tout comme un joueur d\u2019échecs qui s\u2019est fourré dans le pétrin, le groupe voudrait que son jeu ne soit pas remarqué.Or, quand vient son tour de jouer, il se décide a avancer malgré tout son cavalier ou son pion.C\u2019est ainsi qu\u2019apparaissent souvent les \u201cimplantés\u2019\u201d\u2019 dans la lutte aventureuse qu\u2019ils mènent contre leurs cibles préférées, les directions syndicales.Sur quoi fondent-ils leurs accusations capitales?Sur des remarques qui se contentent de ressasser de criantes banalités.Des remarques de moralistes.Ce que la secte perd en rigueur scientifique, elle le gagne en rigorisme moral.D\u2019où vient ce besoin de remords avant de fonder le groupe \u2018\u2018m.l.\u201d authentique, la confession et le reniement qui précèdent de manière rituelle l\u2019engagement révolutionnaire chez nous?Lorsque Mobilisation décrit ses ennemis, il fait de l\u2019introspection: il décrit au fond ses \u2018\u2018erreurs\u201d, son propre dessein politique renié, déformé.Toutes ses haines se portent directement contre lui-même.Ses défaillances, ses \u2018\u2018péchés\u2019 politiques, il les clame en public comme un pharisien du temps de Jésus.Il ne pose aucun diagnostic, ne propose aucune issue, il passe immédiatement aux aveux, il renie son passé et fait table rase des acquis et de l\u2019expérience.Il constate la maladie pour dire aussitôt qu\u2019elle est circonscrite et va disparaître, car ce n\u2019était qu\u2019une \u2018\u2018maladie de croissance\u201d.L\u2019Autocritique de Mobilisation ne sort pas du mora- : 74 lisme par lequel on essaie toujours de faire endosser la faute ou l\u2019échec par des boucs émissaires (\u201cHaro sur 3 le baudet\u201d*), sans chercher les causes réelles et les 3 conditions (multiples, jamais simples) de l\u2019échec.L\u2019Autocritique de Mobilisation sent la justification.Sous l'apparence d\u2019un langage fort et vigoureux, porteur de la science \u2018\u2018marxiste-léniniste\u201d, se profile un parti pris fondamental de dépréciation des luttes écono- | miques, grévistes, syndicales.Une longue réflexion ca- ( \u2014 se \u2014\u2014 \u2014 lomniatrice vient s\u2019exprimer ici et trouver refuge dans tt le schéma d\u2019analyse déduit du livre du syndicaliste al- | 0 banais Filip Kota.la Dans leur rivalité avec les dirigeants syndicaux, es- à t saient-ils honnêtement de limiter leurs attaques, la por- al tée de leurs remarques a certaines couches de repré- 8 sentants.Non.Observant le mouvement syndical, ils en con tirent un tableau noirci, terrible, machiavélique.Vont- Mo ils au fond des choses?Montrent-ils comment, dans la pratique, on peut redresser ce qui ne va pas bien?Non.( Ils tranchent.Ils formulent des condamnations où la banalité prend l\u2019apparence du mot d\u2019ordre juste et justifié.; Ils extraient et séparent les notions acquises au contact | oer Don | du réel et les retournent contre ce réel.Ils commencent an le procès du syndicalisme québécois en se servant des Vi 3 conquétes syndicales.Acculés a sortir par la pensée dé- Fr 3 viée, du monde social ou ils n\u2019ont plus leur place, ces fl i déracinés empruntent a cette réalité les moyens qui leur tan permettent de la déprécier.Ils se vengent avec l\u2019am- I w pleur que leur confère un langage fort et rigoureux, à asc i: prétention scientifique.En vérité, c\u2019est avec un langage de A mort, avec une pensée enfermée dans le remugle qu\u2019ils fe accablent ce qui est vivant.Dent La démarche propre à cette Autocritique est une dé- So JH marche de métaphysiciens.Ils prennent un aspect, un 2 élément de leur passé, le séparent de ses conditions, le Op pr portent à l\u2019absolu en le grossissant.Ils prennent un fait, Noire pi -\u2014 ER .« .êbres A * vers tiré d\u2019une fable de Lafontaine: \u201cLes animaux malades de la pes- Ds te\u201d.Lip 75 une réalité, ils l\u2019immolent et l\u2019immobilisent pour la transformer finalement en une vue de l\u2019esprit.L\u2019implantation de l\u2019organisation révolutionnaire s\u2019opérait par des moyens très peu communistes: le noyautage, l\u2019infiltration souterraine, des pratiques d\u2019hégémonisme de groupe.Cet empirisme politique se recouvrait, à diverses époques, de justifications théoriques appropriées.Ainsi, on peut passer en un clin d\u2019oeil du RCT ou de l\u2019APLQ, de Mobilisation ou du Nouveau Noyau, à la Ligue Communiste (m.!l.) du Canada.On peut prôner pendant un temps: \u2018\u2018Bâtir le Parti dans les masses\u201d, ne jurer que par la \u2018\u2018ligne de masse\u201d, proposer des programmes de \u201cdémocratisation des syndicats\u2019, mettre en épingle le \u201cComité des 30\u201d de Firestone, puis tout abandonner, tout laisser choir, faire volte-face et bondir sur les \u2018\u201c\u2018positions\u2019 de la paternelle Ligue dont le train quitte la gare à une heure déterminée de l\u2019Histoire.Dans la concurrence groupusculaire des noyaux d\u2019implantés, course qui a commencé avec le \u201csecteur travail\u201d du CAP St-Jacques, Mobilisation a perdu et s\u2019est fait doubler par la Ligue.Que manquait-il à Mobilisation et au Nouveau Noyau pour rater ainsi le rendez-vous historique où ils croyaient pouvoir fonder l\u2019organisation pré-parti?Ils croyaient aussi posséder tout le \u201ckit\u201d.Or, ils avaient \u201coublié\u201d d\u2019élaborer la \u2018ligne juste\u201d! Mais comment élabo- re-t-on cette \u2018ligne juste\u201d?On fait comme les fondateurs de la Ligue: on puise abondamment dans les rouleaux scripturaires de la IIleme Internationale, on en tire des préceptes et des formules d\u2019emploi.On ne part pas de l\u2019acquis historique, du bilan de l\u2019expérience fondamentale, de la systématisation des luttes, des victoires et des ratages du mouvement ouvrier et du mouvement communiste au Canada.On évite de plus d\u2019analyser ses propres erreurs jusqu'aux racines.On ne bâtit pas un parti en raccollant des débris de mouvements.Certains de ces groupes se sont séparés après quelques mois de mariage.Leur ralliement à la Ligue Communiste (m.l.) du Canada ne peut avoir de NU TRES ; AAT PIAA 41e.» ME EE 76 sens qu\u2019à partir d\u2019un ensemble de références communes dont la principale est, à mon avis, la version stalinienne du marxisme et la réédition du modèle d\u2019organisation communiste né de la période de la IIème Internationale, dite \u2018\u201c\u201cbolchévisation des partis communistes\u201d.Ces références recouvrent la stratégie de l\u2019implantation avec ses tactiques de noyautage; la soi-disant \u201ccréation de cellules d\u2019entreprises\u201d n\u2019est au fond que l\u2019établissement forcé d\u2019éléments petits-bourgeois recrutés par un fort courant ouvriériste mêlé d\u2019une dose non moins forte de culpabilisation.Le courant \u2018\u2018implantationniste\u201d des dernières années et ses avatars sont reconnus comme foncièrement mauvais et erronés, et on s\u2019arrête là, sur le pas de la porte.C\u2019est comme si on avait horreur de pénétrer plus avant dans l'analyse, comme si on ne voulait pas regarder au fond du sac.Pourquoi?Serait-ce une erreur cultivée, une erreur que l\u2019on entretient délibérément pour les bénéfices qu\u2019elle rapporte?Ou serait-ce parce que la rectification qui s'impose, après la reconnaissance de l\u2019erreur, exige des \u2018revisions trop déchirantes\u201d des préjuge- ments originels, des plans élaborés en 1972 et apres?Les implantés s\u2019accusent donc d\u2019avoir été empiristes, spontanéistes et opportunistes.Ils ne disent pas qu\u2019ils sont partis, il y a quelques années, d\u2019un certain nombre de thèses, d\u2019idées préconçues, de préjugements sur la classe ouvrière.Ils implantaient donc pour implanter?Non, ils implantaient \u201cleur\u201d organisation dans le but de diriger les luttes dans les usines.Ces préconceptions, préjugements et thèses de départ ne sont pas questionnées dans l\u2019Autocritique, elles ne sont pas analysées.S'il y a eu empirisme, ce n\u2019est pas seulement dans le sens d\u2019une démarche myope, tâtonnante; mais dans le sens d\u2019une orientation délibérément empiriste.Mobilisation prétend avoir rectifié ce vieil empirisme.Son \u201c\u2018autocritique\u201d ne fait que noyer le poisson dans l\u2019eau trouble d\u2019une conscience scissionnée et malheureuse; ou plutôt, elle s\u2019efforce de faire passer le poisson du revu mer fir te 1m dudo là trang elles ls pe valent (on & ents gn fon, T eri tr @ Yai J Cy SE.fie - 77 bocal étiqueté \u2018\u2018empirisme\u201d\u2019 au bocal marqué \u2018\u2018marxisme-léninisme\u201d (version stalinienne du marxisme).Pour corriger l\u2019empirisme et rectifier I\u2019 \u2018\u201c\u2018erreur opportuniste\u2019\u2019, comme le dit si bien I\u2019Autocritique, il suffit d\u2019ajouter des ingrédients dits de \u2018\u201c\u2018principes\u2019.\u2018\u201cNous avons commis des erreurs parce que nous avons oublié les principes du marxisme-léninisme\u2019\u201d\u2019, semble-t-on laisser croire.L\u2019empirisme change de couleur en fonction de l\u2019environnement.Mobilisation, sous l\u2019hégémonie 1déolo- gique de la Ligue Communiste (m.l.) du Canada, se drape d\u2019un voile plus rouge qu\u2019avant, plus \u2018\u2018authentique\u2019\u2019, un peu plus épais, dans l\u2019espoir de ne pas laisser paraitre les vieux chicots du \u2018\u2018secteur travail\u201d.Et toute cette opération se garantit, sur le plan idéologique, à coups de citations tirées des classiques, entre autres du \u2018Que faire?\u201d de Lénine.L\u2019empirisme politique peut ainsi continuer son parcours en se qualifiant de \u2018ligne politique correcte\u2019\u2019 et de \u2018ligne juste\u201d.La stratégie de l\u2019implantation, elle, en sortira intacte quant au fond.La lutte idéologique menée par Mobilisation dans sa revue et dans son \u2018\u2018autocritique\u2019\u201d contre le Regroupement des Comités de Travailleurs (RCT), principal héritier du \u2018\u2018secteur travail\u201d, aura servi de repoussoir et de tremplin politique à l\u2019émergence et à la consolidation du dogmatisme actuel.La direction du RCT était une cible inespérée; elle trainait un passé lourd de manigances et de scissions et elle se prêtait facilement au rôle de bouc émissaire.Tous les péchés dus à l\u2019influence de \u201cl\u2019implantation\u201d pouvaient lui être attribués.Le RCT ne représentait qu\u2019un courant parmi d\u2019autres de l\u2019empirisme.Sur le terrain de l'établissement en usines, il représentait un concurrent sérieux, non stalinien, non m.l.En outre, c\u2019était une organisation constituée, ramifiée, en voie de consolidation.Tous les \u201cnoyaux\u201d d\u2019implantés m.l.se sont ligués derrière Mobilisation pour éliminer le RCT, le démanteler et prendre son butin: ses contacts, son réseau.Mais les tares politiques du RCT et du \u201csecteur travail\u201d du Cap St-Jacques: son attitude ultra-gauche, aventureuse, face aux syndicats, ses manipulations, ses noyauta- 78 ges, son mépris des luttes populaires, son gauchisme dans la question nationale, où tout cela s\u2019en est-il allé?Ces tares politiques ne sont-elles pas vivaces et florissantes aujourd'hui sous le manteau ombrageux de la Ligue Communiste (m.l.) du Canada qui s\u2019est formé depuis octobre 75 sur les ruines des noyaux d\u2019implantés qui sont nés depuis le début des années 70?Le mot d'ordre d\u2019implantation (lancé à l\u2019époque des CAP) et celui de construction de cellules d\u2019entreprises (depuis la fondation de la L.C.(m.l.) C.ne sont pas des mots d'ordre de masse, visant à attirer la majorité de la classe ouvrière, ni même les éléments politisés de la classe ouvrière.Ce mot d\u2019ordre s\u2019adresse, via une phraséologie ouvriériste typique, aux étudiants et aux intellectuels petits-bourgeois; il vise essentiellement à les embrigader dans l\u2019organisation m.l., à en gonfler artificiellement les rangs.L'implantation, ou mieux l\u2019établissement en usine, ne conduit pas nécessairement l\u2019intellectuel au poste de combat qui lui convient le mieux.L\u2019établissement en usine peut être une source de mystification, s\u2019il est érigé en absolu, car il recouvre une étrange imposture: l\u2019intellectuel tend malgré lui à s\u2019illusionner sur sa nouvelle condition, prolétarienne à demi tant qu\u2019il détient diplômes et certificats qui lui permettent de quitter cette condition à tout moment; il tend aussi à s\u2019ériger en direction des luttes locales et à se substituer à l\u2019ouvrier.Celui qui se nie avec fureur croit s\u2019étre débarrassé de son passé petit-bourgeois.Or, il a beau tourner le dos à ce passé, refouler sa condition et sa fonction d\u2019intellectuel, il continue de les traîner partout où il va et intervient.Ce passé, cette condition seront toujours derrière lui, même dans l\u2019anonymat des files de chômeurs.En se niant avec fureur, en refoulant sa fonction d\u2019intellectuel, l\u2019implanté ne fait que s'emmurer davantage dans ses complexes et s'enfonce dans une impasse.Dans ces groupes, il est exigé du jeune intellectuel qu\u2019il renonce à toute autonomie de pensée, sous prétexte \u2014_\u2014 ee 0 - 79 de discipline et d\u2019efficacité.On lui demande de se plier a une discipline baptisée \u201cdiscipline de fer\u201d, de se donner entièrement, intégralement, à l\u2019agitation essouflan- te et au propagandisme abstrait, et ce, en règle générale, jusqu\u2019à l\u2019écoeurement le plus complet.Quand des marxistes paradent sous la bannière du socialisme, assurés de sa victoire, et assurés de plus que leur politique ne le compromet pas, cela m\u2019inquiete; car, justement, leur politique compromet le socialisme chez nous et donne des résultats contraires aux objectifs recherchés.Malgré les faits et les évidences, ces gens continuent de pratiquer la méme politique.Ce sont ces gens qui chassent le doute chez eux et autour d\u2019eux.Devant cette monstruosité, ce n\u2019est plus de science, de matérialisme qu\u2019il s\u2019agit, mais bien de croyance, de foi, d\u2019idéalisme.En se niant avec fureur en tant qu\u2019intellectuels, certains militants versent facilement dans l\u2019idéalisation du prolétariat industriel.Cette idéalisation est souvent l\u2019envers de la haine de soi.Elle est liée à un volontarisme violent qui cherche la transformation rapide et précipitée de la condition d\u2019étudiant ou d\u2019intellectuel a celle d\u2019ouvrier industriel.Mais cette négation de soi n\u2019est liée à aucun processus prolongé d\u2019organisation du peuple, et la fameuse \u2018\u201c\u2018refonte de la conception du monde\u201d à laquelle ils croient s\u2019adonner reste entièrement abstraite.Le résultat est bien connu: l\u2019activisme groupusculai- re.La propagande déracinée, le sur-place interminable occupent côte à côte tout le champ de l\u2019activité politique.Ce masochisme politique et cette obsession de soi, Mobilisation en offre le modèle parfait.Après avoir connu, comme toute organisation jeune et inexpérimentée, des échecs et des déboires, le mouvement s\u2019est flétri dans la rumination de son passé et de ses lacunes, il a laissé moisir ses jeunes pousses ouvrières et son intel- A Fr Sg pio 80 ligence.Comment ne pas s\u2019apercevoir que ce masochisme politique cesse d\u2019étre une singularité, un trait particulier, pour devenir le climat et comme la recette de déchéance du mouvement.Personne ne s\u2019est pleinement expliqué sur le proble- me de implantation, ravalé trop rapidement a celui de l\u2019économisme, comme le fait Mobilisation dans son Autocritique.Or, toute une mythologie de l\u2019implantation a germé et a proliféré au Québec entre 1970 et 1973, à partir des textes et de la pratique de l\u2019influent \u2018\u2018secteur travail\u201d du CAP St-Jacques.La théorie et la pratique de l\u2019implantation en usines n\u2019ont pas disparues avec l\u2019affaissement organisationnel du \u2018\u2018secteur travail\u201d en 1974.Depuis la fondation de la Ligue Communiste (m.l.) du Canada en octobre 1975 et depuis la liquidation du groupe Mobilisation a la fin de 1976, le terme \u201cimplantation\u201d n\u2019est plus employé; il a été substitué par le mot d\u2019ordre de \u201ccréation de cellules d\u2019entreprises\u201d tel qu\u2019avancé dans les documents de la IIIème Internationale il y a plus de 40 ans.Peu importe l\u2019époque, celle du CAP St-Jacques ou celle de la Ligue Communiste (m.l.) du Canada, c\u2019est le même trait de scie qui traverse le mouvement.En Lutte!, la Ligue Communiste (m.l.) du Canada: deux pôles de référence pour les \u2018\u2018m.l.\u201d.Deux fractions du mouvement marxiste-léniniste.Qu\u2019est-ce qui les différencie fondamentalement?Des attitudes (plus sectaire, moins sectaire)?Des lignes politiques (plus dogmatique, moins dogmatique)?Tous deux se réferent aux \u201cprincipes\u201d\u2019 du marxisme-léninisme, notamment au fameux texte de Staline: \u201cLes principes du léninisme\u201d.Pourtant, nous voyons deux façons différentes de prôner et de créer le Parti marxiste-léniniste et deux visions de ce que doit être l\u2019unité des marxistes-léninistes.Ces deux façons et ces deux visions s\u2019excluent l\u2019une l\u2019autre.Mais sur quoi se fondent-elles, ces différences, ces divergences, ces attitudes?Pourquoi certains cercles m.l.se rallient-ils plus volontiers au pôle En Lutte! et Le Liu Sig 81 d\u2019autres à celui de la Ligue Communiste (m.l.) du Canada?Pourquoi le MREQ, la CMO et la COR ont-ils fondé en octobre 75 la Ligue Communiste (m.l.) du Canada?Pourquoi, dans l\u2019année qui suit, le groupe Mobilisation les rallie-t-il?Puis I\u2019APLQ.Autour de quelle stratégie de construction du Parti marxiste-léniniste les militants de divers \u2018\u2018noyaux\u2019\u201d\u2019 comme ceux du RCT, du Nouveau Noyau, du Noyau des Petites Entreprises (qui deviendra plus tard le Cercle Communiste (m.1.) se sont- ils regroupés?Le dénominateur commun, c\u2019est la stratégie de l\u2019implantation transformée en celle de \u2018création de cellules d\u2019entreprises\u201d\u2019.Voici ce que dit l\u2019Autocritique de Mobilisation: \u201cLes conditions pour créer le parti au Canada, ce sont: l\u2019élaboration d\u2019une ligne politique juste et la formulation du programme révolutionnaire, la démarcation totale et entiere avec le révisionnisme et l\u2019opportunisme, l\u2019unification idéologique et organisationnelle des marxistes-léninistes, et, par l\u2019activité d\u2019agitation et de propagande, le recrutement d\u2019un certain nombre d\u2019ouvriers conscients et la formation de cellules communistes d\u2019entreprises dans les plus grands centres industriels du Canada.\u201d (pp.65-66).Le \u201cDocument d\u2019entente\u2019\u2019 des groupes fondateurs de la Ligue Communiste (m.1.) du Canada avance la proposition suivante: \u201cDans les conditions actuelles, il est important d\u2019envoyer des militants communistes dans les usines pour favoriser, par leur travail d\u2019agitation et de propagande et par leur participation directe dans les luttes, la création de cellules d\u2019entreprises.\u201d (p.81). 82 La question qui se pose ici, c\u2019est de savoir qui va former les \u2018cellules d\u2019entreprises\u2019\u201d, si l\u2019activité d\u2019agitation et de propagande ne vise à recruter qu\u2019un certain nombre d\u2019ouvriers conscients.Le mouvement implantationniste a toujours confondu deux processus distincts: celui de l\u2019implantation des idées révolutionnaires du marxisme dans la classe ouvrière et celui de l\u2019établissement de l\u2019intellectuel en usine.Le triomphalisme de la \u201cligne juste\u201d se nourrit de cette confusion et de l\u2019échec qui en découle.On n\u2019a pas implanté le marxisme vivant dans la classe ouvrière, on a établi des sectaires porteurs d\u2019un marxisme falsifié et mort.L\u2019intellectuel qui ne veut pas servir l\u2019ancien et qui désire ardemment combattre aux côtés du prolétariat est souvent tenté de fonder une organisation politique ou de se joindre à une organisation déjà existante.Il s\u2019engage dans le camp de la classe montante, avec une mauvaise conscience de ses origines; il lui en faut peu pour se déprécier et se détourner de sa fonction d\u2019intellectuel.Généralement, il aborde le marxisme et l\u2019action politique marxiste par son côté organisationnel; il s\u2019attache tout particulièrement à l\u2019aspect \u201cdirection politique\u201d.Des termes comme \u201c\u2018état-major\u201d le fascisne.Il s\u2019insère dramatiquement dans la lutte du prolétariat en comprenant assez mal son rôle et sa fonction.Dans la lutte d'ensemble du prolétariat, où se trouve donc son poste de combat?En règle générale, dans les superstructures.Devenu \u201cm.-l.\u201d, il n\u2019est plus tout à fait sûr de cela.Il tourne facilement le dos aux postes de combat taillés à même les institutions bourgeoises.Il va donc s\u2019engager, s\u2019enrôler, s'implanter.1) il s\u2019engage comme marxiste; définisseur de situations par habitude, il explique ou décrit la lutte des travailleurs; 83 2) il s\u2019enrôle dans une organisation \u2018\u201cm.-1.\u201d\u2019, fondée par d\u2019autres intellectuels (généralement plus avancés parce qu\u2019ils sont établis en usine depuis quelque temps); 3) il va, à son tour, risquer l\u2019implantation, affronter directement le mal dont il entend parler dans les journaux m.-l.: les bureaucrates (boss) syndicaux, trotskystes, révisos, traitres a la classe ouvrière, etc\u2026 L\u2019implantation a été perçue comme le moyen privilégié pour les étudiants révolutionnaires, de se lier à la classe ouvrière, comme la voie royale à suivre pour se prolétariser.L\u2019implantation, difficile et risquée, était vue aussi comme le raccourci historique conduisant à l\u2019édification du parti de la classe ouvrière.Les porteurs de cette théorie se regroupaient en \u2018\u2018noyaux\u2019\u2019 et tentaient de se coordonner via le \u2018\u2018secteur travail\u201d du CAP St-Jacques.Chacun cherchait à s\u2019insérer le plus rapidement possible dans la grande industrie, où l\u2019on croyait pouvoir animer le levier puissant du prolétariat industriel.Certains chefs de noyaux se voyaient devenir du jour au lendemain, par la magie de l\u2019implantation, les héros révolutionnaires, les secrétaires de la cellule communiste modèle, attelés à la tâche titanesque de faire tourner la roue de l\u2019histoire en accéléré et chargés de pourvoir ses fameuses poubelles de tous les détritus révisionnistes rencontrés en cours de mission.Ce mouvement implantationniste a été vécu par trop d\u2019intellectuels comme un apostolat.Certains s\u2019y sont engagés avec une mauvaise conscience de leurs origines petites-bourgeoises.Cette tendance nait spontanément chez les éléments petits-bourgeois qui veulent devenir trop vite de \u2018vrais\u2019 ouvriers.Cette attitude recèle une haine refoulée de soi.Elle n\u2019est au fond que l\u2019envers d\u2019une idéalisation de la classe ouvrière qui caractérise l\u2019ouvriérisme.Les gens influencés par ce courant se tournent facilement contre les intellectuels et les étudiants.Le terme \u2018\u2018petit-bourgeois\u2019\u2019 devient pour eux un anathème, plutôt que la situation objective de ces couches sociales.Cette tendance procède d\u2019une inversion de l\u2019idéalisme bourgeois et de sa façon de voir le travailleur manuel en l\u2019opposant au travailleur intellectuel. Bi: HM eH Bis HN 84 La bourgeoisie met le travail intellectuel en épingle et dédaigne le travail manuel, considéré comme \u2018\u2018deuxième\u201d.L'\u2019ouvriérisme porte ses partisans à faire le raisonnement inverse.Il installe la classe ouvrière sur un piédestal et nie rageusement le rôle du travailleur intellectuel.L\u2019ouvriérisme tend a rendre les intellectuels improductifs sur le plan théorique; il les contraint méme a abandonner leur milieu naturel et les postes de combat ou leur contribution peut le mieux servir.Ce courant produit des intellectuels en chomage, qui se dessechent et négligent la production théorique qui est leur fonction.Ils en viennent méme a ne plus reconnaitre leur fonction d\u2019intellectuels révolutionnaires.Ils se nient comme intellectuels, croyant servir la révolution par le port de la salopette.Ils se condamnent ainsi a trainer pendant des années une conscience malheureuse et à cacher une imposture.Ce détournement du sens et du rôle de l\u2019intellectuel est aussi un détournement de l\u2019intelligence vers des voies improductives, il conduit inévitablement aux multiples erreurs politiques cataloguées dans l\u2019Autocritique de Mobilisation.Que faut-il pour que l\u2019intellectuel contribue à la lutte des masses ouvrières et travailleuses dont lui-même fait partie?Se pencher sur elles?Non, il suffit qu\u2019il soit un intellectuel exerçant sa fonction sans mauvaise conscience et qu\u2019il contribue à la formation d\u2019une conscience révolutionnaire dans les masses, non plus en se substituant aux ouvriers, ou en se déguisant en ouvrier industriel, mais en s\u2019assumant pleinement, en sortant du bavardage des sectes et en produisant de l\u2019intelligence au service du prolétariat.Les gens se trouvent un emploi parce qu\u2019ils ont besoin de gagner leur croûte.Les révolutionnaires aussi sont des gens qui doivent gagner leur croûte.En faisant de l\u2019usine le seul lieu de lutte possible, l\u2019ouvriérisme et con Sin iné ls Der Tes sûrs croi cute ou fitz brig Sef one Its, prise ot 4 eri wl fins lt tlie Qe r soin sont y de ê êl 85 l\u2019économisme ont conduit les militants à tourner le dos à la lutte d\u2019ensemble du prolétariat.Réduire l\u2019ouvrier à n\u2019exister qu\u2019en fonction de l\u2019usine, c\u2019est l\u2019amputer d\u2019une partie énorme de ses qualités d'homme social: ces déviations ont également conduit les militants à se détourner des luttes populaires et de la lutte nationale.Si l\u2019erreur tant décriée n\u2019est pas reconnue en ses racines, si ses causes et ses conditions ne sont pas comprises et analysées, elle se répand comme un feu sous la tourbe, plus tenace et florissante sous d\u2019autres formes.S'il suffit, pour rectifier, d\u2019ajouter des \u2018\u2018principes justes\u201d à son empirisme foncier, de réciter les slogans tirés du remugle de la IIIème Internationale, alors que vaut une \u2018\u2018Autocritique\u201d comme celle du groupe Mobilisation?Où est donc la véritable méthode et l'attitude marxiste capables de dépasser une telle impasse\u201d Ces repentirs que \u2018\u2018l\u2019autocritique\u2019\u2019 enregistre avec tant de complaisance sont loin d\u2019être complets, véritables et sincères.Ce texte contrit exagère les erreurs réelles, inévitables historiquement.Il nomme du bout des lèvres les plus graves et les plus profondes.Cette confession péremptoire serait donc un écran?Le péché le plus grave serait le péché d\u2019omission?On liquide le passé réel sans en tirer la substance d\u2019un enseignement et on laisse croire, sous le clinquant des armes m.l., que l\u2019on discute en profondeur de ce passé et de ses problèmes.Le groupe a laissé des traces ici et là.Combien de projets entamés sans être complétés?Combien d\u2019arrêts, de brusques tournants jalonnent la route du groupe Mobilisation?Où sont les véritables bilans des expériences concrètes du groupe?Les tentatives de s\u2019établir en usines, en quartiers?L'expérience des journaux d\u2019entreprises, d\u2019hôpitaux?L\u2019 \u2018\u2018autocritique\u2019\u2019 prétend être le fin mot de l\u2019affaire, alors que c\u2019est le mot de la fin d\u2019une période non systématisée, non traduite en enseignements politiques.On y omet l\u2019essentiel, on refoule les questions de fond, les vérités vitales pour l\u2019élaboration de tactiques justes en vue d\u2019implanter le marxisme dans la classe ouvrière.Qu\u2019importe! Puisque l\u2019on a rectifié et et que nous reconnaissons nos erreurs! N\u2019est-ce pas la I\" A A RARE ERAN ?} RS hn is aisha oat pe el pie ws tt Cr 86 I'essentiel?Non! La rectification ne s\u2019arrête pas à la reconnaissance de l\u2019erreur; elle commence vraiment lorsque l\u2019on analyse et recherche ses causes et ses conditions.Recherche qui tire les vérités de l\u2019erreur étudiée en ses racines.Rectifier n\u2019a rien à voir avec la perspective de la table rase.Rectifier, c\u2019est dépasser le point d\u2019impasse ou l\u2019obstacle que constitue toute erreur politique.L\u2019\u2018\u201c\u2018Autocritique\u201d ne remet pas en cause radicalement la stratégie de l\u2019implantation ni l\u2019empirisme qui en découle naturellement; l\u2019analyse s\u2019arrête court, à la frontière de la vérité et de l\u2019erreur.N\u2019importe quel aventurier politique peut se conformer à ce rituel autocritique, faire semblant de se corriger, parader partout en m.l.comme l\u2019initié d\u2019une caste d\u2019intouchables.Quand le groupe a cessé de produire des journaux d'entreprises, autour desquels évoluaient des travailleurs combatifs, quelles leçons en a-t-il tirées?Là aussi, on a \u2018\u2018rectifié\u2019\u201d.Comment?Sans aucune analyse concrète de ces pratiques.Quelle chance avait-on alors d'aller à la racine et d\u2019agir sur les effets de ces pratiques en connaissance de leurs causes?On a réduit le phénomène de l\u2019implantation à la seule partie qu\u2019on entendait \u2018\u201c\u2018rectifier\u2019\u2019.L\u2019erreur, elle est toujours la conséquence d\u2019une défaite que la vérité subit sur son propre terrain, et que nos pratiques enregistrent, déforment ou aggravent.Toute tendance à combattre l\u2019erreur comme si elle était née au-delà des frontières de la vérité, à prendre vis-à-vis de l'erreur l\u2019attitude de ségrégation du clan contre l\u2019intrus ou l'étranger, empêche de dépasser cette erreur de la seule façon durable: comme un moment de la crise intérieure de la vérité.Une erreur peut être une vérité partielle.L\u2019erreur fait partie de l\u2019\u201chistoire naturelle\u2019 de la vérité; elle ne peut être extirpée que dans la mesure où elle est dépassée, absorbée.La vérité ne peut être qu\u2019un dépassement.Lénine donnait à l\u2019erreur un rôle privilégié dans le Î tral youl ere igor Que SS, ide dange andly lemen quo, ç perc idée { te hon; ley à my nel fyi ; 87 processus de rectification des connaissances (et aussi dans l\u2019acquisition des connaissances), au point de lui conférer dans la pratique de l\u2019expérimentation scientifique et politique une sorte de primat heuristique sur la \u201cvérité\u201d toute faite, produite par la déduction rigoureuse.Combien de fois n\u2019a-t-il pas redit: Il est plus grave de s\u2019aveugler et de se taire sur une défaite que de la subir, sur une erreur que de la commettre.Or, suffit-il de reconnaitre après coup l\u2019existence d\u2019une erreur (ou d\u2019une déviation) et de se contenter de la \u201crectifier\u201d en silence, sans s\u2019imposer d\u2019en analyser en marxiste (à l\u2019aide de la méthode dialectique) l\u2019histoire réelle, c\u2019est-à-dire les conditions et les causes?Si le groupe, placé devant elle se contente de reconnai - tre une erreur devenue insoutenable, pour la \u201crectifier\u201d sans rien en dire, sans lui consacrer une analyse marxiste réelle et approfondie, c\u2019est tout simplement le gros de l'erreur qui subsistera en sous-main.Il faut considérer très sérieusement cette question du traitement des erreurs, pour bien peser ce que Lénine voulait dire quand il affirmait que le silence sur une erreur est plus grave que l\u2019erreur commise.L\u2019erreur ignorée pèse autant, sinon plus, sur le travail politique que l\u2019erreur flagrante, évidente.Lancer des idées fausses, et y tenir, est certes dangereux.Mais lancer une idée fausse et la retirer négligemment est beaucoup plus dangereux.Car il faut aller au fond des choses et d\u2019abord analyser les conditions d\u2019une erreur pour pouvoir réellement, en connaissance de cause, la rectifier: faute de quoi, on n\u2019en corrige qu\u2019une partie, et une partie très superficielle.Lénine se faisait de la pratique une tout autre idée que celle d\u2019une \u2018\u2018rectification\u201d\u2019 de circonstance, juste bonne pour se conformer à une mode.Le traitement de toute erreur étant politique, et donc à sa manière l\u2019indice de la politique suivie, force est de conclure qu\u2019en laissant les choses telles quelles on suit en fait une ligne et des pratiques qui n\u2019éprouvent nul be- i H ! H } +H 4) } 5 Ï ; A 1 \u201cD 88 soin d\u2019analyser les causes d\u2019une erreur prétendue \u201c\u2018rectifiée\u2019\u2019.Le silence sur l\u2019erreur, c\u2019est la plupart du temps la persistance de l\u2019erreur à l\u2019abri du silence.Et sa \u2018\u2018rectification\u2019\u201d\u201d Mais, justement, qu\u2019a-t-on bien pu rectifier d\u2019une erreur dont on se refuse de rechercher la connaissance, puisqu\u2019on se tait sur son histoire et son analyse?Car, comment prétendre sérieusement, et consciencieusement, rectifier une erreur qu\u2019on ne connaît pas?On se condamne à n\u2019en rectifier arbitrairement que ce qui paraîtra le plus visible, ou le plus gênant, des éléments de détail ou de surface.On voit qu\u2019en ces matières la frontière entre l\u2019erreur, la dissimulation et le mensonge est bien mince.L\u2019aveuglement de fait, voulu ou accepté, sur les racines de l\u2019erreur trahit en fait une certaine politique.Tout comme il faut une volonté politique pour extirper l\u2019erreur en ses racines (aller au fond des choses), il faut également une volonté politique (même si elle n\u2019est pas déclarée) pour ne pas l\u2019analyser, ne pas la connaître et donc ne pas l\u2019extirper dans ses racines.La première voie, celle qui s\u2019inspire de Marx et de Lénine, se caractérise par une volonté de prendre son parti de l\u2019erreur, de trouver la vérité dans l\u2019erreur, de la transformer en acquis de connaissance.La deuxième voie, non marxiste, non léniniste, se donne des raisons politiques de laisser l\u2019erreur persister.Le groupe Mobilisation avance des thèses qui condamnent le syndicalisme de combat qui se développe chez nous depuis quelques années.D\u2019après lui, le syndicalisme de combat est un \u201ccul-de-sac\u201d.Il lui substitue un \u2018\u201csyndicalisme de classe\u201d mi-chair mi-poisson: ni syndicalisme ni organisation marxiste-léniniste.Ses définitions partent évidemment des livres mal digérés, ou d\u2019une pensée coupée du réel, c\u2019est-à-dire de la pratique sociale des travailleurs.C\u2019est d\u2019abord de là qu\u2019il faut partir si on veut donner une claire définition du syndicalisme actuel.Il est inadmissible que l\u2019on parle et que l\u2019on condamne Dlicat Ceux (mh, lsme \u20ac Dréfre SPrdiea ke Mon ang le de ? 89 ce phénomène sans le connaître.C\u2019est ce que fait le groupe Mobilisation qui se veut le détenteur de la science et du savoir marxiste.Mais, pour ses partisans, rien n'est plus opaque ni plus menaçant que le syndicalisme tel qu'il est, avec ses contradictions et ses problèmes.Ils veulent bien lui réserver une place dans l'édifice de leur \u2018\u2019Autocritique\u201d liquidatrice, mais à condition de ne jamais le rencontrer sur le chantier, en chair et en os, pendant les travaux de construction du Front Commun.Quand ils interviennent dans le Front commun, c\u2019est pour sermonner les \u2018\u2018bureaucrates syndicaux\u201d et pour se présenter comme \u2018\u2018l\u2019état-major\u201d du prolétariat.D\u2019après eux, la pratique syndicale se réduit à un menu praticisme artisanal, inférieur: elle ne saurait avoir d'autre horizon que le \u2018\u2018trade-unionisme\u2019.Les tâches de démocratisation des syndicats actuels sont renvoyées dos à dos avec les grandes pratiques affairistes de nos \u201clabor boss\u201d.La lutte entre les \u201cdeux lignes\u201d (ligne prolétarienne, ligne bourgeoise), telle que Mobilisation nous la présente, procède de façon si mécanique et si simplificatrice qu\u2019elle ne permet pas de lire l\u2019écriture intermédiaire, celle des étapes et des transitions nécessaires pour qu\u2019une chose se transforme en son contraire, et notamment le syndicalisme actuel, bureaucratisé et affairiste, en un syndicalisme combatif axé sur la lutte de classe.À cette incapacité à reconnaître l'existence, la diversité et la complexité des contradictions et à leur attitude métaphysique, correspondent tout naturellement, sur le plan pratique, l\u2019unilatéralité, le mépris du travail d\u2019explication politique patient.Ceux qui condamnent aujourd\u2019hui le syndicalisme de combat se montrent incapables de concevoir le syndicalisme en marxistes et d\u2019analyser ses contradictions.Ils préfèrent nager dans l\u2019essence, dans les limbes où le syndicalisme ne touche plus à terre.On dirait que dès le moment où les masses s\u2019emparent du projet, nos avant-gardes retirent leur soutien et se sentent contraintes de proposer quelque chose de plus \u201célevé\u201d.Du syn- ! it A rary BE rs) IH 3 90 dicalisme de combat, trop quétaine et \u2018\u2018réformiste\u2019\u2019, trop empreint de \u2018\u2018démocratisme\u2019\u2019, on passe au \u2018\u2018syndicalisme de classe\u201d sans préciser ce que cela mange en hiver, surtout pendant une période d\u2019austérité.Certains vont jusqu\u2019à pousser le cynisme au point d\u2019insinuer que les syndicats sont entre les mains de la bourgeoisie.Ils ne s'interrogent pas sur les effets de leurs lignes qui ne peuvent logiquement mener les militants qu'au découragement, qu\u2019au décrochage.Ce cynisme attaque la pensée des militants et mine tout effort dans le sens de la démocratisation des syndicats.Il laisse croire que la démocratisation est impossible.Ce qu\u2019apporte cette \u2018Autocritique\u2019\u2019, c\u2019est la manifestation claire et nette de cette sclérose politique.Avant l\u2019Autocritique de Mobilisation, on n\u2019avait pas vu un tel déploiement d\u2019arrogance, une telle haine destructrice du vivant, un tel piétinement du vécu, un tel dédain des luttes quotidiennes, grévistes, syndicales.L\u2019acharnement du groupe Mobilisation contre le syndicalisme de combat n\u2019est qu\u2019un indice de cette tendance à retourner en arrière, à se réfugier dans les icônes du passé, à ne pas voir le nouveau qui naît difficilement.Ce que ces spectateurs ne pardonnent pas au syndicalisme de combat, c\u2019est de mettre en crise le schéma étriqué qu\u2019ils ont tiré du texte de Lénine: \u2018Que faire?\u201d En effet, l\u2019opposition stérile qu\u2019ils instaurent volontairement entre spontanéité et conscience n\u2019a rien à voir avec la pensée de Lénine sur ce sujet.Leurs assertions sur la conscience politique venue de l'extérieur ne fait que justifier leur propre situation d\u2019étranger et d\u2019intrus dans la classe ouvrière.Ils apportent de l\u2019extérieur non pas l\u2019intelligence marxiste des luttes économiques, mais leurs propres préjugements et idées présupposées sur le développement des luttes économiques et leur transformation en luttes politiques.Ils viennent forcé la main aux événements.Bien sûr, il n\u2019y a rien de définitif ou de statique dans cette conception appelée à évoluer avec la classe ouvrière et à subir les contrecoups des échecs et des suc- => os pis | blanc des : tee Eétrou confor dvi sas de 13 le sng ils.Qe bl veu Le In; des Juge Ye, la I Bll ep tut fy: lag Hg, 18 J 91 cès de celle-ci.Le syndicalisme de combat est né de l'initiative des masses ouvrières, non pas seulement de façon spontanée, comme le prétendent certains, mais aussi d\u2019un effort conscient qui part des années 60 et aboutit au début des années 70.Le syndicalisme de combat et les acquis qu\u2019il comporte relativisent ces assertions du \u201cQue faire?\u201d que nos nostalgiques du passé révolutionnaire russe répetent trop religieusement.Ils n\u2019ont qu\u2019une idée fixe: sauver le schéma à tout prix.C\u2019est ainsi qu\u2019ils sont portés à dénier leur propre pratique passée, à discréditer et à disqualifier le syndicalisme de combat par des arguments douteux et parfois proprement patronaux.Il suffit de l\u2019identifier et de le confondre avec son adversaire, le syndicalisme d\u2019affaires.Les luttes syndicales, surtout celles des idées, n\u2019ont pas la simplicité que certains dogmatiques leur prêtent: blanc, noir; bourgeois, prolétarien: une lutte a toujours des aspects d\u2019association, voire de collaboration, d\u2019interpénétration, d\u2019enrichissement mutuel.C\u2019est ainsi qu\u2019on retrouve les deux pratiques syndicales opposées, parfois confondues dans le même milieu, mêlées chez les mêmes individus.Cette interpénétration n\u2019est pas pour nous sans danger, évidemment, car nous sommes, sous bien des rapports, les plus faibles.C\u2019est encore et toujours le syndicalisme d\u2019affaires qui domine nos centrales syndicales.Tous ces phénomènes paraissent plus complexes que blanc, noir.C\u2019est comme dans la vie: pourvu qu\u2019on veuille y voir clair.Le marxisme n\u2019est pas une connaissance qui prononce des jugements définitifs, qui installe une vérité définitive.La théorie, comme chacun le sait, n\u2019est pas achevée.Elle veut justement que l\u2019on ne rabâche pas des idées toutes faites.La critique marxiste ne peut avoir de profonde portée éducative que si elle bannit le ton de commandement, la A A A \u2019 at gt, ob RRR Rabel: iil et meedbiids it JE _.AUS CTY LTTE opr fi 92 suffisance communiste prétentieuse, primaire et contente d\u2019elle-mème.La critique marxiste doit d\u2019abord apprendre.Il faut voir les efforts d\u2019émancipation des travailleurs la ou ils se produisent, et non en réver.S\u2019il est vrai que les directions syndicales ont une ligne réformiste, il est non moins vrai que la nécessité d\u2019organisations ouvrières de masse prenant en charge la lutte économique de classe et éclairant aux yeux des masses ses conditions et ses implications politiques, que la nécessité de telles organisations est aussi impérieuse que jamais, surtout dans les conditions d\u2019existence telles que nous les subissons dans le bastion de l'impérialisme.Certains \u201cml.\u201d parlent trop dédaigneusement des organisations de masse sans voir combien les masses ouvrières sont loin d\u2019ètre organisées, même à des niveaux rudimentaires.Les centrales actuelles, dominées par l'idéologie de collaboration de classe et de paix sociale, sont vouées à la stagnation si elles ne s'ouvrent pas aux masses non organisées.Pour ce faire, il va falloir opérer en leur sein des transformations démocratiques profondes et des changements d'orientation.Aujourd'hui, malgré leurs forces de centaines de milliers de travailleurs, elles ont encore une présence organisée assez faible.La lutte pour la démocratisation des syndicats répond donc aux intérêts des masses laborieuses organisées et non organisées.Les nombreux groupements prolétariens qui ont tenté ces dernières années de démocratiser les syndicats ont pratiquement tous été sabotés par ce courant élitiste issu des Caps et qui est venu forcer la main aux événe- ments.Ces groupements étaient des foyers de culture ouvrière, des laboratoires où s\u2019élaboraient les idées et les tactiques, où se formaient les militants.C\u2019étaient des foyers pleins de contradictions, de faiblesses, mais des foyers vivants, irremplaçables.Certains y ont intervenu non pas pour soutenir la maturation de la classe ouvrière, mais pour faire \u2018\u2018péter les contradictions\u201d, ( ell te lin ls mr sein de | then ment It ¢ Drèse de\" trem) ug diffe sens Lams ble (Urant sn à font 9 cédé { [pig 1, de ting ay Se fren Us que Te de long lle tout S ins tions sont na loge ess 5 non leur 1 des leurs ul lutte aux ng {tent its ont dlinste évemé- culture dees \u20ac \"stgient 5 DS out 1 case tons 93 pour installer dans les syndicats leurs fiefs et leurs sectes.Ils ont démoralisé bien des travailleurs combatifs en les ignorant, ou en ne cherchant que les \u201chappy fews\u2019\u2019, les \u2018avancés\u2019.On peut s\u2019interroger sur le sens profond du volte-face de Mobilisation et de ses partisans sur la question du syndicalisme de combat.La polémique contre le syndicalisme de combat et sa condamnation permettent-elles d\u2019éduquer et d\u2019élever la conscience de classe des travailleurs?Leurs positions ne contribuent-elles pas, au contraire, à répandre encore plus de confusion?Cette confusion ne se présente pas comme confusion, elle se présente comme une analyse \u2018\u201c\u2018claire et cohérente\u201d, avec une apparence \u2018\u2018marxiste-léniniste\u201d.En effet, la méthode qu\u2019ils utilisent pour analyser et caractériser le syndicalisme actuel n\u2019est nullement une méthode marxiste.Le procédé idéologique le plus en vogue au sein du mouvement marxiste-léniniste actuel, c\u2019est celui de l\u2019amalgame.L\u2019amalgame est une espèce de soudure théorique par laquelle on colle des notions qui normalement ne se recouvrent pas l\u2019une l\u2019autre.Mais ce procédé ne se présente pas non plus comme un amalgame.Il se présente toujours sous le couvert de \u2018\u201c\u2018principes clairs\u201d, de \u201cscience\u201d.Ce procédé confond les différences; par exemple: il ne distingue pas le syndicalisme de combat du syndicalisme d\u2019affaires.Dès que l\u2019on camouffle les différences qui existent dans le réel, on maintient les gens dans la méconnaissance et on les mésinforme.L\u2019amalgame n\u2019est pas un procédé de l\u2019analyse véritablement marxiste.Il relève plutôt des procédés de l\u2019obscurantisme.Il sert à semer la confusion, et cette confusion à son tour sert à ne préciser aucune tâche sur le front syndical.À quelle pensée se rattache donc ce procédé s\u2019il n\u2019est pas marxiste?A la métaphysique.Et l\u2019opération fondamentale de cette pensée, c\u2019est de séparer, de diviser, de classer, de déterminer des oppositions du type blanc-noir.Ceux qui adoptent cette pensée se fixent dans un manichéisme où ils assument le rôle EEE D ME SI LP TRE SP AA Fr rer SRIF CRE \u2019 3 94 des \u201cbons\u201d et ou leurs adversaires jouent celui des \u201cmauvais\u201d.C\u2019est la méthode externe, celle du moraliste qui juge et du dogmatique qui condamne.Cette pensée va à contre-courant du développement historique.Elle est tournée vers le passé, s\u2019oppose à ce qui naît, et refuse de le reconnaître.Elle s\u2019attache servilement aux schémas.Alors que la conjoncture révèle une dissolution, une rupture, un antagonisme, cette pensée ressoud mentalement ce qui se défait ou se disloque dans les faits.Elle cherche dans l\u2019histoire et dans les livres un simple reflet d\u2019elle- même.Elle omet le temps historique réel et ne découvre rien qu'une confirmation de ses idées présupposées.Ceux qui réfléchissent ainsi ne souffrent pas qu\u2019on les contredisent.Ils tiennent à avoir raison absolument, même si la réalité les contredit.Les principes tiennent lieu de pensée, et la dialectique est évacuée.On se sert du langage des dialecticiens, bien sûr, mais de la même façon que les sophistes grecs de l\u2019Antiquité se servaient du langage de la dialectique pour réfuter les arguments de leurs adversaires, pour réfuter seulement, et non pour démontrer la vérité par l\u2019analyse concrète du monde vivant.Nous voyons poindre à travers ce courant idéologique qui se recouvre allègrement du vocabulaire marxiste- léniniste, et à travers cette condamnation péremptoire du syndicalisme québécois, le dédain, le profond mépris et l'arrogance des \u2018\u2018boss\u2019\u2019 pour les luttes économiques de la classe ouvrière.Mais nous voyons là surtout l\u2019oubli du fait capital que ces luttes s\u2019en prennent directement aux profits des patrons, au moteur même du système capitaliste.Il y a là aussi un autre oubli impardonnable pour des marxistes: le fait que ces luttes servent à éduquer les travailleurs dans la lutte de classe.Enfin, nous retrouvons là le refus gauchiste de toute négociation, puisque négocier est perçu, dans cette perspective, comme de la \u201ccollaboration\u201d de classe.Tirant argument de la ligne réformiste incontestablement suivie, de façon d\u2019ailleurs différente selon les cen- RRR NR PE CRE CRE AIN oh Des ic les fai À leu dica dica ape mary Que r miqu Qu re (aah du I dicré voyant One Mergen sant lu dese (else Lng Uy, tl gp, It Ite Is le cen 95 trales et les dirigeants, Mobilisation porte dans l\u2019absolu la condamnation du syndicalisme de combat.Pourtant, au cours des dernières années (depuis 1972), ses militants soutenaient le syndicalisme de combat et diffusaient ses acquis.Ils le soutenaient de bien des façons: par la formation politique et syndicale, par le soutien actif à des boycottages, par la recherche militante, par la diffusion de bulletins et de journaux syndicaux dans les entreprises et d\u2019autres milieux de travail.Depuis plus d\u2019un an, et surtout depuis la publication en avril 76 de l\u2019 \u201cAutocritique\u2019\u201d, les acquis du syndicalisme de combat sont rejetés et niés.Ce courant est évidemment liquidateur: il appelle les militants à liquider leurs groupes, à déserter le terrain de la lutte syndicale de masse: il contraint beaucoup d\u2019intellectuels à cesser de soutenir le syndicalisme de combat, de diffuser ses acquis et de faire des recherches qui profitent à son développement.Au lieu de distinguer les formes et les contenus, au lieu de comparer, cette analyse simpliste ravale le syndicalisme de combat à la pratique de son opposé, le syndicalisme de collaboration de classe, communément appelé syndicalisme d\u2019affaires.Ce procédé réduit le marxisme à un schéma de logique formelle, à une logique mécaniste, qui ne tient pas compte du facteur dynamique du mouvement ouvrier.C\u2019est un marxisme figé qui refuse de pratiquer une logique concrète, dialectique, capable de rendre compte des contradictions fécondes du mouvement syndical actuel.Ce marxisme mort se discrédite à mesure qu\u2019il déroule ses arguments.Ne voyant pas, ne pouvant pas voir naître et s\u2019affirmer la conscience de classe des travailleurs à travers l\u2019émergence du syndicalisme de combat, nos méconnais- sants s\u2019isolent des masses, et leurs thèses reflètent leur décollage par rapport a la réalité.Quelque chose d\u2019essentiel est faussé, a partir du moment ou le syndicalisme de combat est disqualifié.L\u2019analyse du mouvement syndical québécois dans l\u2019Autocritique de Mobilisation apparait par trop simpliste: elle considère la lutte syndicale comme purement trade- 96 unioniste ou même comme une trahison permanente des travailleurs.Ici le simplisme s\u2019allie au pire cynisme, et il va de pair avec l\u2019idée infantile que les travailleurs sont prêts à faire la révolution, ou la grève générale illimitée, ou simplement la grève, tous les matins; ce qui les retient, c\u2019est la main-morte des traitres, réformistes, révisionnistes, etc.Le mouvement syndical est ainsi considéré comme une entité simple et homogène, on ne tient aucunement compte de la diversité des couches prolétariennes qu\u2019il représente, ni de la manière que les diverses couches de travailleurs sont représentées en son sein.On s\u2019amuse à dénigrer les centrales sans distinguer au moins les différentes instances qui les constituent: les dirigeants, les permanents, les militants, et les masses ouvrières et laborieuses que le mouvement syndical encadre et influence.I est évident que celles- ci, et la grande majorité des militants, font partie des forces sociales qui ont intérêt au renversement du régime capitaliste et qui souhaitent un nouveau système, que ce soit de façon claire, obscure ou mêlée, peu importe ici.Il n\u2019est pas étonnant que des militants s\u2019interrogent après coup sur la portée exacte de cette condamnation et de cet abandon.Ils se demandent comment ces thèses permettent d'analyser l\u2019expérience passée et présente du mouvement ouvrier québécois, ce qu\u2019un \u2018\u201c\u2018syndicalisme de classe\u201d peut changer dans leur pratique et leurs luttes de tous les jours.Le mouvement ouvrier actuel incarne la force consciente des travailleurs, des masses laborieuses; ce n\u2019est pas encore la conscience socialiste, évidemment; mais il personnifie, même à travers ses contradictions, le progrès social: il en est la puissance de réalisation concrète.C\u2019est une faute grave pour les marxistes de se séparer de lui, d\u2019en vivre à la manière de parasites, de construire à l\u2019écart de lui et contre lui, en déracinant de ses rangs certains de ses éléments les plus conscients pour les transformer en sectaires.fer EE rase RA Le $y Comm Ie que | tal ?Cette lee] tle Mir, a Quand on veut se démarquer a tout prix du syndicalisme de combat, parce que nos conceptions étriquées nous (ie ( - 97 empêchent de voir ce qui nait dans la classe ouvrière, on cherche désespérément les arguments-massues les plus autoritaires.L\u2019abandon d\u2019une ligne de masse sur le front syndical conduit à quoi?À court terme, il conduit à l\u2019asphyxie du mouvement marxiste-léniniste québécois.Pour avoir fait preuve de myopie à l\u2019égard du syndicalisme de combat, le mouvement marxiste-léniniste n\u2019a pas encore trouvé chez nous ce qu\u2019il lui faut pour conquérir les masses: une langue, un style.La plupart des écrits marxistes-léninistes sur les syndicats sont souvent des torrents d'insultes qui n\u2019éduquent aucunement le prolétariat, mais développent le cynisme, le découragement et la scission.Certains tracts ou feuilles volantes, certains journaux ont cette lourdeur des mauvaises traductions, ils sont pétris du vocabulaire des années 30 et de l\u2019Internationale Communiste.Au cours des cinq (5) dernières années, trop d\u2019 \u201cimplantés\u201d venus de l\u2019extérieur de la classe ouvrière ont forcé la note en introduisant une intelligence militaire calquée sur la stratégie et les tactiques de la Troisième Internationale; ils ont ainsi importé dans le mouvement ouvrier des mots d\u2019ordre tirés de la période la plus gauchiste et la plus sectaire de l\u2019Internationale, en ne cherchant même pas à les corriger.L'équation \u201csyndicalisme de combat \u2014 ligne bourgeoise\u201d ne manquera pas de se transformer en boomerang, comme cela est arrivé aux gauchistes du passé.Cette ligne aberrante souligne dramatiquement le vide théorique, l\u2019absence d\u2019analyse concrète et le retard de certains marxistes-léninistes sur la réalité en mouvement.Cette réalité, c\u2019est la jeunesse, les femmes, les intellectuel(le)s, les masses ouvrières et laborieuses qui se soulèvent et revendiquent un monde que le capitalisme mûr, avancé, ne peut pas leur procurer.Ce courant n\u2019est toutefois pas nouveau chez nous.De- 98 puis les Caps St-Jacques et Maisonneuve, ces attitudes n\u2019ont cessé de s\u2019étendre et de prendre racines dans les mentalités déjà gangrenées par l\u2019élitisme.Cette tendance à se substituer à la classe ouvrière par l\u2019implantation d\u2019ex-étudiants ou d\u2019intellectuels dans les usines afin de construire les cellules du parti, à s\u2019ériger comme \u201cdirection\u201d des luttes, s\u2019est consolidée et durcie en sectarisme politique.Le principal danger de cette stratégie de construction du parti de la classe ouvrière, c\u2019est de vouloir forcer le déroulement de la lutte de classe et le mûürissement de la conscience de classe des travailleurs.La négation et l\u2019abandon du syndicalisme de combat est la conséquence politique la plus grave de cette déviation.L'intelligence, au sens courant, de même que la conscience politique, ne sont pas le monopole des intellectuels marxistes-léninistes \u2018\u201c\u2018implantés\u201d dans la classe ouvrière et porteurs du savoir théorique marxiste.Il y a aussi l\u2019intelligence au sens militaire, qui appartient beaucoup plus à la classe ouvrière, et dont nous devons nous saisir en apprenant des travailleurs eux-mêmes.Il faut d\u2019abord apprendre les rudiments de la lutte de classe économique des travailleurs eux-mêmes, se mettre à leur école.C\u2019est le premier moment d\u2019une interaction féconde entre militants intellectuels et ouvriers.Toute autre méthode comme celle de l\u2019implantationnisme du RCT hier et de la Ligue aujourd\u2019hui, met la charrue avant les boeufs.Et pour apprendre, il n\u2019est pas nécessaire pour l\u2019intellectuel de se nier, de nier sa fonction, ni de se déguiser en ouvrier industriel.La transformation de nos syndicats ne se pose que concrètement au cours de la vie réelle des travailleurs.On ne peut pas la forcer.C\u2019est là la principale erreur des noyaux d\u2019implantés issus des Caps.Dans le mouvement de démocratisation syndicale auquel ces noyaux se sont un moment accrochés, l\u2019erreur la plus courante fut celle d\u2019entraver le projet et l\u2019initiative des travailleurs, en confondant constamment le processus de cons- {it lu es cu 10) ons em que Une cro som san tête ig on Ë cons dial ns der ner imm \u2014\u2014 = No exper tent vaille lutter leon (ht Comp) (| se Pour frise Prend me Qu tj - 99 titution de comités de base avec le processus qui tend à lui installer une direction.Une direction qui n\u2019a pas muri a partir des rangs de la classe ouvrière, mais qui est venue de l\u2019extérieur et est demeurée étrangère à la conscience prolétarienne; une direction autoproclamée noyau théorique et avant-garde, embryon du parti, concoctée dans le laboratoire des Caps.L'autoproclamation, d\u2019abord celle de noyau théorique, ensuite celle de Parti, résulte d\u2019une impatience, d\u2019un empressement que l\u2019on justifie par un manque.Il manque un parti, une direction révolutionnaire.Ceux qui ont une conscience aigüe de ce manque en viennent à se croire les dépositaires d\u2019une mission: ils se voient désormais comme la conscience (identifiée à la connaissance du marxisme-léninisme) qui doit se mettre à la tête des masses ouvrières (sans conscience) enclines à la spontanéité.D\u2019une prémisse juste, d\u2019un manque réel, on fait un absolu.Alors tout devient dramatique, il faut construire ce parti le plus tôt possible.La guerre mondiale s\u2019en vient, c\u2019est urgent! L\u2019urgence de bâtir le parti n\u2019est pas un argument sain, mais plutôt un mot d\u2019ordre déroutant, paniquard et dangereux qui conduit à déraciner beaucoup de militants de leurs milieux et des luttes immédiates.Nous devons systématiser les acquis par le bilan des expériences des dernières années, en portant une attention particulière aux initiatives concrètes des travailleurs eux-mêmes, aux hommes et aux femmes qui luttent pour transformer leurs conditions de vie; nous devons capter leur parole en actes, enregistrer leur critique radicale du système actuel et du syndicalisme complaisant qui l\u2019entretient.Ce bilan peut constituer une base solide pour que puisse s'édifier une ligne d\u2019intervention sur le front syndical.Pour ce faire, nous devons absolument acquérir et mai- triser les connaissances de base du marxisme, afin de prendre en main la lutte idéologique contre le syndicalisme d'affaires, collaborateur, et contre les conceptions qui le justifient et le soutiennent. I a.Da 100 Le parti ne naitra pas par proclamation ou fondation par des éléments \u2018\u201c\u2018implantés\u2019\u201d dans la classe ouvrière.La ligne de création du parti ne peut s\u2019approfondir qu\u2019en fonction de l\u2019appropriation par les masses des idées révolutionnaires du marxisme.C\u2019est l'implantation de ces idées dans les masses qui est loin d\u2019être atteint comme objectif.Un certain courant \u2018\u2018marxiste-léniniste\u2019\u2019 peut réussir a établir des intellectuels ou d\u2019ex-étudiants dans les entreprises pour coloniser les syndicats, il peut détrousser les groupes populaires et crier: \u2018Victoire! Vivent nos cellules d\u2019entreprises et de quartiers!\u201d Cela ne peut pas être le triomphe d\u2019une ligne révolutionnaire de masse, mais celle d\u2019une ligne élitiste.Si cette ligne gagne à elle tant d\u2019adeptes depuis un an, cela ne signifie aucunement qu\u2019elle soit juste en matière d\u2019unification et d\u2019organisation.Cela signifie que les idées élitistes sont présentes au sein du mouvement prolétarien.Toute tendance politique, si éloignée qu\u2019elle soit du réel, ne peut éviter la confrontation avec les événements et les conditions objectives.Tout ce dogmatisme de la \u2018ligne juste\u201d, cuirassé comme un titanic, rencontre tôt ou tard son iceberg.Cet iceberg, il est impossible de l\u2019éviter: c\u2019est le mouvement syndical québécois.L'option ml.devient de jour en jour insupportable, impossible.Un jour, il faudra repartir à neuf, dépasser cette option, s\u2019en détourner.Le marxisme a trop de chemin à faire pour se contenter des sentiers battus et des ornières.Ce qui se présente a nous comme \u2018avant-garde\u2019, comme \u2018\u2018bolcheviks\u2019\u201d et comme \u2018direction\u2019 n\u2019est que la manifestation du côté face (l\u2019apparence) d\u2019un phénomène qui a comme côté pile un défaitisme profond, une impuissance maladive à s\u2019insérer dans le mouvement d\u2019émancipation des masses prolétariennes.Cette conscience qui retarde sur le développement spontané du mouvement ouvrier, se présente comme la conscience la plus haute.Cette pensée gavée de lectures et de commentaires pétrifiés par les rééditions, se présente à nous comme \u2018\u2018synthése de 150 ans d\u2019histoire\u201d.Ce sont I i 101 E, des cadres politiques autoproclamés qui prétendent par- À tout à la direction des organisations populaires et ou- 3 vrieres.§ Le sentiment d\u2019urgence à vouloir combler le retard des organisations révolutionnaires et de la conscience révolutionnaire sur les conditions objectives, surtout à l\u2019occasion de la crise qui s\u2019accentue, conditionne la démarche putchiste et liquidatrice.Cet orgueil se prolonge dans une stratégie d\u2019hégémonisme de groupes: il s\u2019agit de plier à son usage et à sa ressemblance tous les groupes antérieurs au nôtre, les détourner de leurs objectifs ou les briser, les liquider.C\u2019est le sens concret de l\u2019hé- gémonisme.Lors de ces conquêtes (sous le mot d\u2019ordre de ralliement), les motivations désintéressées (construire le parti, lutter pour les intérêts fondamentaux du À prolétariat), n\u2019empêchent en rien les motifs intéressés: A controle des garderies, des comptoirs alimentaires, des presses de tel ou tel pour la consolidation du groupe.L\u2019héritage de Staline est ici florissant, il a laissé des traces durables: l\u2019arrogance \u2018\u2018bolchévique\u2019\u2019, d\u2019autant plus intolérable qu\u2019elle s\u2019exerce dans les domaines intéressés, comme celui du savoir théorique, comme celui du prestige du parti, le culte de sa puissance, tout cela res- 3 senti par tous comme un manque.ki L\u2019Autocritique de Mobilisation a avivé un sentiment de È culpabilité chez de nombreux militants face aux erreurs commises sur le plan des luttes pour les réformes.Le thème obsédant \u201clutter contre le réformisme\u201d a servi au cours des dernières années à obscurcir les perspec- ; tives de lutte pour les réformes et a conduit, par con- by séquent, plusieurs à déserter le front des luttes immé- P diates.Ce mot d\u2019ordre a servi à briser les organisations populaires autonomes.Il était porté par les sympathi- : sants de Mobilisation présents dans ces organisations, ; s\u2019affichant comme \u2018\u201c\u2018marxistes-léninistes\u201d et voyant Ë déjà leur destin comme celui de \u2018\u2018dirigeants\u2019 du parti du prolétariat.Dépositaires d\u2019un savoir théorique défini comme la \u2018\u2018science du marxisme-léninisme\u201d, ils se proclament avant-garde, direction politique, sans que les masses aient eu à trancher.Ils sont venus se coller aux i 102 organisations populaires, non pas pour apprendre, mais 9 pour en montrer, et cette attitude paternaliste les oppose inévitablement aux masses.La volonté de se lier au dynamisme des masses, d\u2019apprendre d\u2019elles ne semble pas avoir été le penchant le = plus fort, ni la préoccupation dominante des Comités 4 d\u2019Action Politique issus du FRAP, au sein desquels une bonne partie des m.l.sympathisants de Mobilisation s'étaient formés.Ainsi, on a pu mettre de l\u2019avant le slo- { gan de la révolution culturelle prolétarienne en Chine: \u201cServir le peuple\u2019, en ne comprenant qu\u2019un seul aspect de ce mot d\u2019ordre.Le faible niveau d\u2019assimilation du marxisme ne permettait d\u2019entrevoir que l\u2019objectif final, 3 le socialisme, mais aucunement les chemins réels qu\u2019il à fallait emprunter ni les méthodes pour y parvenir.3 On regarde les luttes immédiates avec dédain et on les étiquette de \u2018\u201c\u2018réformistes\u2019, d\u2019 \u201céconomistes\u201d ou de Ÿ \u201c\u201cspontanéistes\u201d.Les masses sans ressources, semble- : t-on dire, ne devraient-elles pas faire un stage d\u2019étude 1 intensif, afin d\u2019être bien sûres d\u2019avoir le niveau de cons- 3 cience politique qui leur permette de lutter en connaissance de cause.\u201cServir le peuple\u201d a d\u2019abord un sens politique profond a long terme: mettre de l\u2019avant l\u2019intérêt ultime de la classe ouvriere, renverser le capitalisme et construire à une société socialiste.Il a aussi un autre contenu, sans lequel la perspective socialiste reste morte: c\u2019est d\u2019être, au jour le jour, dans les luttes avec les masses pour tous leurs intérêts et toutes leurs luttes.Une telle ligne a des conséquences pratiques simples j mais importantes: 1) Aucune lutte que les masses veulent mener pour leurs 1 intérêts n\u2019est méprisable, qu\u2019elles soient dans les usines ou dans les quartiers, dans les arts, dans l\u2019é- 3 cole, ou ailleurs.C\u2019est notre devoir d\u2019y prendre part lk À activement.Cm À 2) Dans chacune de ces luttes, nous devons clairement Hi identifier le réformisme bourgeois et mettre de l\u2019a- Oman vant une ligne militante appuyée sur l\u2019action et la Ing mobilisation des masses, afin que la lutte pour les ent réformes n\u2019aboutisse pas dans un cul-de-sac.CE $ ou : 103 3) Dans chacune de ces luttes, nous devons travailler a éduquer les gens et a favoriser, encourager et soutenir les initiatives venues des masses, des organisations de base, démocratiques et larges, et finalement l\u2019éclosion d\u2019un leadership fondé sur les conceptions prolétariennes.Lutter contre le réformisme, ce n\u2019est pas rejeter la lutte pour les réformes.La lutte pour les réformes, nécessaire et importante, n\u2019est pas autre chose que le produit de la lutte de classe.Pas de réformes sociales sans que les masses populaires ne luttent avec toutes leurs énergies.Mobilisation n\u2019a pas su distinguer la lutte pour les réformes, lutte objectivement nécessaire qui s\u2019inscrit dans la perspective du socialisme, de I\u2019'idéologie qui souvent recouvre ces luttes populaires et qu\u2019on appelle le réformisme.Nourris presque exclusivement de références à l\u2019histoire du Parti social-démocrate russe d\u2019avant 1905, ces militants oublient cette leçon que tirait Lénine lui-même en mars 1918: \u201cIl faut savoir tenir compte de ce que la révolution socialiste mondiale dans les pays avancés ne peut commencer avec la même facilité qu\u2019en Russie (.) Il était facile, dans ce pays- là, de commencer la révolution: c\u2019était soulever une plume.Mais commencer sans préparation une révolution dans un pays où s\u2019est développé le capitalisme, qui a donné une culture et une organisation démocratique à tous les hommes jusqu\u2019au dernier, ce serait une erreur, une absurdité.\u201d (VIIe congrès du PC(b)R.) Ils s\u2019imaginent que la révolution sociale se prépare comme un grand Grand Soir ou comme la prise du Palais d\u2019Hiver par les bolcheviks en 1917.Grisé par un tel romantisme, ils oublient que le socialisme se prépare longuement et patiemment; et que, dans son développement, la lutte pour les réformes, les victoires partielles sur ce terrain, font partie des manoeuvres préparatoires.Ils oublient surtout que les conquêtes du prolétariat sur HHH di 104 ce terrain l\u2019_éduquent et le renforcent.Cette éducation politique est d\u2019autant plus consolidée que les marxistes sont présents dans les masses qui luttent et à leur poste de combat.Lutter contre le sectarisme ne signifie pas lutter contre des attitudes sectaires seulement, mais contre ce qui fonde ces attitudes: une interprétation bien déterminée du marxisme et un usage non marxiste du langage dérivé des textes classiques du marxisme.Le dogmatisme a des racines dans la philosophie et non pas seulement dans le comportement des militants; leur pensée est atteinte avant que les gestes et les actes la répercutent.Il faut bien comprendre cela avant de blâmer ou de critiquer.La lutte contre le sectarisme ne peut pas se contenter d\u2019une critique superficielle qui ne touche pas à la théorie et à l\u2019interprétation dominante de cette théorie dans le mouvement m.l.Elle doit lever le voile sur certaines pratiques a caractere autoritaire, bureaucratique et anti-démocratique, et ne pas se laisser intimider par un langage qui se prétend celui d\u2019une discipline prolétarienne.Au nom des intérêts fondamentaux du prolétariat, on peut justifier des pratiques liquidatrices, gauchistes, tout à fait contraires aux intérêts du prolétariat.De cette difficulté réelle, les militants doivent savoir qu\u2019ils ne sortiront pas sans un grand effort, sans un effort prolongé de réflexion politique, sans une large discussion collective avec des gens qui pensent autrement qu\u2019eux et qui parlent un langage politique différent de leur propre langage; ils ne sortiront pas du sectarisme sans approfondir leurs connaissances du marxisme et de l\u2019histoire du marxisme.Ils ne peuvent craindre que cette réflexion les affaiblisse.Au contraire.Si cette réflexion va au fond des problèmes surgis au cours des pratiques, si elle touche vraiment aux problèmes de la théorie et du langage marxistes, elle ne peut que les renforcer et renforcer par le fait même leur influence.L'avantage du débat actuel et du questionnement mar- - 105 xiste d\u2019aujourd\u2019hui est qu\u2019il permet de libérer la réflexion théorique des militants d\u2019une conception et d'un usage dogmatiques, ecclésiales et religieux de la théorie marxiste.Dans cette conception et cet usage, les formules consacrées sont arrachées de leur contexte et séparées de l\u2019argumentation et des démonstrations qui les supportaient autrefois; elles deviennent très vite des formules passe-partout, des mots de passe et des réponses stéréotypées, rituelles, que l\u2019on brandit à tout bout de champ et dans n\u2019importe quelle situation.Vidées de leur contenu historique objectif, elles sont invoquées pour couvrir l\u2019empirisme politique et l\u2019économisme le plus vulgaire et le plus éculé.Cette conception et cet usage-là des principes et aussi des préceptes du marxisme, il est urgent de s\u2019en défaire, de les critiquer, d\u2019en trouver les causes et les conditions.Sinon, ce sera l\u2019impasse totale: le marxisme va aller contre l\u2019histoire et contre lui-même.Certains jeunes intellectuels ayant acquis cette culture politique, ayant digéré les formules du passé, se mettent à la tâche de rééditer idéologiquement et matériellement l\u2019ancien.Le résultat est une dégradation de l\u2019ancien, une réduction du marxisme et du léninisme véritables, une falsification monstrueuse de la politique prolétarienne.Nous voyons des mouvements qui se réclament du marxisme-léninisme et qui fonctionnent comme des p.c.miniaturisés, sans base ouvrière de masse et sans traditions nationales, travailler à avilir le marxisme du dedans.On les entend parler constamment du parti prolétarien qu\u2019il faut construire.On imagine, à les écouter, que ce parti est en train de se construire, qu\u2019il sera puissant et qu\u2019il regroupera de nombreuses bases.Quand on regarde de près les groupes qui propagent l\u2019idée, on voit que l\u2019embryon est un véhicule réduit qui porte sur deux lettres: m, |.C\u2019est un petit appareil que l\u2019on appelle péjorativement secte, groupuscule, chapelle.C\u2019est tout au plus un petit parti rachitique qui porte de grandes espérances.Ce véhicule politique ne se construit pas, il se contente du sigle; il est marquise, bannière, drapeau. 106 Ces groupes vivent de déceptions historiques.Ils commémorent le passé, les grands moments des révolutions passées comme les moments menus de leur organisation, celui de la fondation du groupe par exemple, moment sublimé en borne historique.Dans ces conditions, l\u2019histoire est une pétrification, une larve durcie.La pensée, qui n\u2019a plus de mouvement, qui est répétition obstinée du même, ne se nourrit plus du nouveau qui naît, mais des morts.Les passéistes sont des nécrophages.Dans les conditions d\u2019un tel encadrement politique, la vie du militant n\u2019est pas exempte de mystifications.Ses activités sont programmées en haut.Cette vie encadrée par l\u2019organisation m.l.ne produit manifestement pas de connaissances.Elle est toute d\u2019exécution (sommaire, répétitive); elle est comportement, obéissance, d\u2019après une conscience politique déterminée, où le su a très tôt évincé, aboli ou oblitéré le vécu.Ce comportement caractéristique, dit m.l., s\u2019attache à une structure de pensée et de conscience modelées par les mains religieuses du passé et retenues par des interdits anciens.Cette pensée est dans des contorsions, parce qu\u2019elle cherche un compromis entre le statique et le dynamique, entre la théorie du mouvement et la métaphysique.Elle contient le tourment d\u2019une conscience qui ne saisit pas encore son fondement objectif et ses conditions historiques et sociales.Ce qui se produit dans les consciences, mais d\u2019abord dans les conditions d\u2019existence, c\u2019est un arrachement, un déracinement, une dépossession, un dépaysement, une dégringolade dans le prolétariat.Visiblement obsédés par les schémas, ils reprennent \u201cQue faire?\u201d de Lénine sans le critiquer, sans le relativiser.Ils l\u2019arrachent à son histoire et au mouvement historique qui l\u2019a fait naître.Ils ne résistent pas au penchant d\u2019en faire un absolu, un fétiche, substitut de l\u2019absolu religieux ou métaphysique.Leur pensée, cantonnée dans les principes, résiste à la connaissance critique qui insiste sur le caractère relatif de la conscience politique, même la conscience révolutionnaire.Ti 1; ideo au ts dars air fs: sa Mar tr l'an i bn fu le lig sung mots tache fl Bair Juss han deme Présentation Mobilisation a représenté la ligne opportuniste de droite dans le mouvement révolutionnaire.La ligne opportuniste de droite de Mobilisation n'était qu\u2019une «nouvelle» forme de la théorie de la spontanéité, fondement idéologique du révisionnisme moderne.De ce fait, Mobilisation a constitué le courant antimarxiste le plus organisé et le plus influent, propageant de multiples théories réactionnaires dans le jeune mouvement marxiste-léniniste, dans le mouvement ouvrier, et plus particulièrement auprès des éléments avancés de la classe ouvrière, retardant et contrecarrant la fusion du socialisme scientifique au mouvement ouvrier, l'élaboration d'une juste ligne stratégique et tactique de la révolution au Canada, et la création du Parti marxiste-léniniste.Dès sa naissance, le mouvement marxiste-léniniste canadien s\u2019est fondé sur les enseignements universels du marxisme-léninisme.Il renouera avec l'expérience historique du mouvement communiste international, il s\u2019appuiera sur les apports de Mao Tsétoung et Enver Hoxha au marxisme- léninisme dans la lutte contre le révisionnisme moderne et pour l'édification du socialisme.Il entreprit sur ces bases la lutte contre le spontanéisme, l\u2019opportunisme et l\u2019économisme, et contre tous les courants antimarxistes, la lutte pour l'unification des marxistes-léninistes et pour la création du Parti.Partant du juste principe «mieux se démarquer avant de s'unir et pour s'unir», et adoptant la juste méthode «unité-critique-autocritique-unité», le mouvement marxiste-léniniste entreprendra de tracer la ligne stratégique et tactique de la révolution au Canada, et la tactique-plan pour la création du Parti.La lutte entre les deux lignes s'avivant dans le mouvement marxiste- léniniste, les sincères révolutionnaires de Mobilisation, ébranlés sur la justesse de leur ligne politique, entreprirent l'étude du marxisme-léninisme et la critique de certaines positions politiques de Mobilisation.Cette critique demeurait toutefois encore partielle et marquée par l\u2019opportunisme.C'est i \\ i! il 3 + i] x HN PRESENTATION 1 alors que se développera une lutte entre les deux lignes au sein de Mobili- sution, Cette lutte entre les deux lignes s'accentuant.elle conduira bientôt à une remise en question fondamentale de la ligne bourgeoise de Mobilisation.C'est alors que fut lancé un «nrouvement de rectification+ afin d'entamer une autocritique et l'élaboration d'une ligne politique marxiste-léniniste.* * * La ligne politique de Mobilisation a été traversée de fond en comble par le spontanéisme.Niant que «la ligne idéologique et politique est déterminante en tout», Mobilisation a abandonné les principes universels du marxisme- léninisme, et s\u2019est mis à développer le «marxisme créateur» et à approfondir le révisionnisme.Il à «créé» de multiples «théories nouvelles».qui avaient toutes pour caractéristique la surestimation des facteurs objectifs.et la sous-estimation du facteur conscient.Mobilisation a ainsi repris les grandes théories du révisionnisme moderne et les a camouflées sous de nouveaux habits.Il a nié la conception du matérialisme dialectique, lui substituant l'empirisme vulgaire (sous le couvert de la ligne de masse) comme méthode de connaissance.Il a lutté contre le rôle déterminant de la théorie marxiste-léniniste en répandant largement l'idée révisionniste qu'il fallait «créer sa propre théorie révolutionnaire».II s'est attaqué à la mission historique du prolétariat en niant le rôle hégémonique de la classe ouvrière dans la révolution et en lui substituant indistinctement de multiples autres classes et couches sociales.I a rejeté le rôle dirigeant du Parti d'avant-garde du prolétariat-en «créant» l'absurde théorie de «bâtir le partidans les masses».Ces révisions du marxisme-léninisme ont entraîné Mobilisation à développer une pratique caractérisée par l\u2019opportunisme et l'économisme.Dans l'ensemble de son activité pratique.Mobilisation a substitué la ligne tactique à la ligne stratégique, les intérêts immédiats aux intérêts fondamentaux de la classe ouvrière, la recherche du succès immédiat à la lutte pour la révolution prolétarienne et pour le socialisme.Il a conséquemment abandonné la lutte pour la création du Parti d'avant-garde de la classe ouvrière, et s'est mis à la remorque de la lutte économique des ouvriers et de la lutte politique pour des réformes.Il a renoncé à éduquer la classe ouvrière et à rallier les éléments avancés du prolétariat au communisme et au Parti.développant le «queuisme» à l'égard du mouvement ouvrier spontané.et érigeant le localisme et le style artisanal en stratégie d'édification du Parti.L'ensemble de l'activité théorique.pratique et organisationnelle de Mobilisation a été marquée par la capitulation devant l'idéologie bourgeoise.LE * Le premier décembre dernier.Mobilisation suspendra pour une période indéterminée.ses publications et certaines de ses activités, afin d'entreprendre une autocritique en profondeur et l'élaboration d'une ligne PRESENTATION iii politique marxiste-léniniste.Nous considérons que ce fut là une juste initiative.Avec la présente autocritique, Mobilisation annonce qu'il met un terme définitif aux activités de la revue et des éditions Mobilisation.La présente autocritique intervient à la suite d\u2019une campagne d'étude approfondie des principes universels du marxisme, du léninisme et de la pensée Mao Tsétoung, ainsi que d'un profond mouvement de rectification et de lutte-critique-réforme.L'autocritique proclame le profond attachement aux enseignements universels du marxisme-léninisme, de la part des sincères révolutionnaires qui ont entrepris de mener à terme la lutte entre les deux lignes au sein de Mobilisation.L'autocritique marque la victoire de la ligne prolétarienne dans la lutte entre les deux lignes qui s'est poursuivie (et se poursuit encore) depuis le début du mouvement de rectification.Cette victoire du marxisme-léninisme sur la ligne antimarxiste au sein de Mobilisation, signifie la défaite du spontanéisme, de l\u2019opportunisme et de l\u2019économisme qui l'ont caractérisé jusqu\u2019à ce jour.L'autocritique marque la rupture avec le révisionnisme, et la défaite de la ligne et de la pratique antimarxiste développées par Mobilisation.L'autocritique sera une arme acérée dans les mains des marxistes- léninistes de Mobilisation, pour approfondir leur critique, accentuer la lutte et débusquer toutes les manifestations de spontanéisme, d'opportunisme et d\u2019économisme.L'autocritique sera aussi une arme pour tout le mouvement marxiste-léniniste canadien dans sa lutte et sa démarcation avec les courants antimarxistes.Pour nous, la lutte n\u2019est pas terminée.Elle ne pourra l\u2019être tant que tous les courants spontanéistes, opportunistes et économistes n'auront été définitivement battus.Mobilisation entreprendra de façon conséquente la destruction de l'influence antimarxiste et antiléniniste qu'il a eue dans le mouvement marxiste-léniniste et dans le mouvement ouvrier.Comité Central Provisoire de Mobilisation le 15 avril 1976 EEE PAR EE w ht +7 it ZS ie mer PSE re 110 L'utilisation non critique des textes anciens, la dissociation des documents historiques et des problèmes de l\u2019Histoire qui les a produit, causent des dégâts insoupçonnés à la pensée politique naissante.Le danger des schémas, c\u2019est qu\u2019ils désarment l\u2019intelligence et faussent les conceptions.L\u2019image conventionnelle gravée dans l\u2019esprit empêche un jour d\u2019apercevoir le réel.Ceux qui s\u2019accrochent aux schémas craignent l\u2019erreur.Ils n\u2019évitent des erreurs fécondes que pour s\u2019enliser dans l'erreur stérilisante, le dogmatisme.La dialectique même de la vie leur échappe.On craint chez les intellectuels québécois, et souvent pour de mauvaises raisons, de s'opposer à cette falsification du marxisme.On craint de pénétrer dans la zone de feu des controverses entre les deux grands pôles du mouvement marxiste-léniniste, prétextant que c\u2019est une région où les adversaires s'affrontent à coups de citations, d\u2019épithètes et de références plus ou moins objectives à la pratique.Et on laisse ainsi les idées les plus dangereuses et les plus fausses circuler comme des courants d'air, sans patronyme et sous un manteau d\u2019emprunt, celui de Lénine ou de Mao.Ces idées passent pour un bien commun, alors qu\u2019en réalité, elles sont le fait d\u2019habiles falsificateurs de la théorie marxiste.Face à la Ligue Communiste (m.-1.) du Canada ou En Lutte!, certains voient s\u2019évanouir la possibilité du travail de la critique et de l\u2019analyse.Je crois qu\u2019il faut critiquer le mouvement m.l.On n\u2019a pas à hésiter devant lui, pas plus que devant d\u2019autres réalités.Rien n\u2019est à l\u2019abri de la critique, pas même le Parti.Si on est incapable de critiquer le mouvement m.l., c\u2019est parce qu\u2019on est encore victime du terrorisme et qu\u2019on n\u2019a pas encore vraiment quitté le terrain de la culpabilité liée à une religiosité diffuse face à ce qui se présente comme Science.Enfin, on ne saisit pas bien l\u2019enjeu du débat qui traverse le marxisme à travers le monde: cet enjeu, c\u2019est le marxisme lui-même.Je me défie des rééditions communistes non criti- - 171 quées.On nous les sert comme si elles allaient de soi, comme un plat nécessaire contenant tout ce qu\u2019il faut d\u2019essentiel pour nous soutenir dans le combat.Les rééditions orientent la pensée selon une pente bien déterminée, celui d\u2019un passé sublimé, devenu fétiche.\u2018Notre maître le passé\u201d, c\u2019est à ce titre de Lionel Groulx qu\u2019elles me font pensé.J'ai l\u2019impression qu\u2019on veut me tirer en arrière.Les rééditions-fétiches m'\u2019apparaissent comme un symptôme particulièrement significatif d\u2019un certain marxisme, un marxisme évidé, pelé, mort, dont seule l\u2019enveloppe rabougrie demeure, le langage.Seuls des nécrophages peuvent se complaire dans ce culte passéiste et s\u2019entêter à l\u2019entretenir.Les textes d\u2019autrefois, devenus fétiches, orientent la pensée militante vers la nécropole m.-l., la parque là et l\u2019englue dans les réminiscences.Cette nécropole, véritable obsession d\u2019Hattéras,* nord politique absolu, enferme les restes de la momie.Depuis quelques années, nous assistons à un renouveau du marxisme.Du moins, tel nous apparaît la situation de prime abord.Cependant, en parallèle de ce renouveau, surgissent çà et là des symptômes de décomposition du marxisme, une fossilisation et un durcissement sectaire.Nous voyons grouiller des sigles porteurs de son langage, qui en usent et en abusent et qui travaillent à le ruiner, à l\u2019avilir du dedans.Le marxisme renaît chez nous dans des circonstances difficiles, en pleine crise; il renaît sous une forme qui imite l\u2019ancienne version du marxisme qui dominait pendant les années 30.I] revient comme une mode philosophique rétro, entouré d\u2019un culte et d\u2019une fétichisation crispée; cette mode se double d\u2019un mode d\u2019engagement politique grevé d\u2019attitudes ruineuses pour son implantation.En effet, ce \u2018\u201cmarxisme-léninisme\u2019\u2019 se présente trop souvent comme quelque chose d\u2019ésotérique et de fermé à la conscience brute et encore peu formée de la classe ouvrière.Nous n\u2019avons pas à nous surprendre ensuite du fait que la classe ouvrière soit fermée et hostile à cette mode politique.* Personnage de Jules Vernes, obsédé par le Pôle Nord. 112 Dans le sectarisme politique git un goût inavoué pour la persécution.Les sectaires ne sachant plus contre qui et contre quoi s\u2019insurger, s\u2019en prennent machinalement aux gens dont la pensée et les convictions sont les plus apparentées aux leurs.Au lieu de rechercher des alliés, ils se forgent des ennemis parmi des alliés potentiels, faute de savoir discerner les vrais problèmes et les vrais responsables, les vrais maîtres du système capitaliste.Le marxisme, vécu comme une croyance, ne peut se soutenir que par des comportements sectaires qui rendent insolent; nouvellement acquise, cette croyance avive les instincts guerriers et frondeurs.Ceux qui ne la partagent pas font figure de vaincus et d\u2019incapables, ne méritant que mépris.Dans ce courant \u2018\u201c\u2018revivaliste\u2019\u2019, on réédite et on refait de toutes pièces le passé communiste.Cela donne évidemment un passé approximatif, déformé, caricaturé.L'ancien demeure l\u2019ancien, malgré l\u2019apparence enjolivée que se donne cette nouveauté.N\u2019est-ce pas le propre de la mode rétro?Le \u2018\u2018marxisme-léninisme\u2019\u201d nous est présenté comme une \u2018\u2018science\u201d\u2019.Mais c\u2019est une \u2018\u2018science\u201d non appliquée.On lui attribue, dans le langage rigoureux de l\u2019Autocritique, le privilège de l\u2019intangibilité.On s\u2019interdit d\u2019en regarder les maladies, que l\u2019on ne voit que chez les révisionnistes et les autres.Le fétichisme de la théorie, c\u2019est le refus d'analyser le développement historique et matériel du marxisme, sa dérive et sa contamination dans la pratique du pouvoir.\u2018Pour justifier la reconstruction du parti communiste canadien de type \u2018\u2018bolchevik\u201d\u2019, on nous rabat les oreilles avec un malheur: le manque d\u2019un \u201cvrai\u201d et \u2018authentique\u2019 parti communiste et la dégénérescence du p.c.canadien né de la IIIème Internationale, sans analyser et sans comprendre pourquoi et comment le P.C.C.n\u2019a pas réussi.El du cn ge Sur in mur all men le \u201cal find tly ny thi ren Ly ls té Const ting lg 113 Le mouvement ml.continue de puiser paresseusement dans les écrits de la IIIème Internationale.Il a les yeux fixés sur les années 30.Il reprend passivement les mots d\u2019ordre de cette époque sans rien changer, sans même chercher à les adapter lucidement à la situation actuelle.Il se recouvre de la même cuirasse méthodologique et conceptuelle qu\u2019à l\u2019époque de Staline, sans voir (et sans même savoir) que cette cuirasse est faite surtout de défauts.La version stalinienne du marxisme est donc ici transmise et différée par les deux pôles de ralliement des m.l.québécois, à la fois par la L.C.(m.l.)Cet En Lutte!, chacun avec sa manière et ses moyens.Elle s\u2019impose par une extrême dramatisation de la politique: le langage de la guerre, le vocabulaire de la stratégie et de la tactique, la peur devant la possibilité d\u2019une troisième guerre mondiale, les cauchemars de la Crise des années 30.L\u2019unité des m.l.isolés qu\u2019il faut rassembler recouvre un fait qu\u2019on a tendance à oublier trop vite: l\u2019éclatement du marxisme-léninisme.L\u2019unification des m.l., posé comme préalable, sans lien avec un travail de masse large et non sectaire, s'opère comme un rassemblement de débris à recoller.Des noyaux, des centres théoriques surgissent que les militants et les groupes sont appelés à rallier.Débris de quoi au juste?Du mouvement communiste canadien?Les noyaux actuels ne se connaissent aucune filiation dans le passé, sinon par le biais d\u2019une mémoire historique embrouillée, lacunaire et filtrée par les phantasmes infantiles.Le manque d'un \u2018vrai\u2019 et \u201cauthentique\u2019 parti, c\u2019est le révélateur d\u2019une crise profonde de la pensée politique: le \u201cdumping\u201d du passé révolutionnaire, de ses écrits et de son idéologie recouvre un vide théorique, une absence de théorie et une absence d'histoire.La question qui se pose est de savoir si l\u2019on prend vraiment conscience de cette absence et des fêlures qui en découlent ou bien si on camouffle le tout sous les textes-fétiches des grands hommes momifiés, en reconstituant à partir des recettes de la IIIème Internationale, un \u201cvrai\u201d et \u2018authentique\u2019 p.c.de 1921 (avec les 21 conditions de Zinoviev et un certain nombre d\u2019au- 114 tres élaborées depuis), comme s\u2019il s\u2019agissait seulement de rétablir une fidélité face à une trahison.Il faut parfois rebrousser chemin et, au moins une fois dans sa vie, remettre tout en cause.éprouver les fondements mêmes et analyser les actes les plus simples de notre engagement politique.Avec le temps, l\u2019expérience s'use et de désagrège.Ce n\u2019est pas tout que d'acquérir.Il vient un temps ou il faut écrire ce que l\u2019on a vu et compris du passé, un temps pour tirer un trait et repartir.La vie est breve et ne dispense pas a profusion le temps de produire.Si l\u2019on se tue dans l\u2019expérience et pour elle-même, qui en produira les résultats?D\u2019où la nécessité au long du parcours, de l\u2019autocritique.Les générations politiques se succèdent à un rythme accéléré chez nous: elles se suivent sans se toucher et sans que les nouvelles reconnaissent celles qui les ont précédées, et ce malgré le fait que les événements les télescopent et les amènent à se regarder.Les générations sacrifiées ne servent pas nécessaire- Be ment d\u2019humus a féconder la pensée et l\u2019action des géné- 3 rations qui les suivent.Le plus souvent, c\u2019est l\u2019oubli et } l'ignorance qui est la règle.Il est vrai que certaines gé- ; nérations politiques, et principalement celles nées de- 8 puis 1970, manquent de modestie et ne se reconnaissent a pas ou très peu de filiations historiques dans la période 1960-1970.Elles préfèrent s\u2019enfermer à double tour dans les débats et l\u2019histoire du P.O.S.D.R.(Parti Social-Démocrate de Russie) ou dans celle de la Ille Internationale.Nos premières expériences politiques ont été des peti- : tes batailles de rien du tout.Elles nous paraissaient 8 pourtant alors comme des faits monumentaux.Nos souvenirs se sont attachés à ces faits menus comme à des bornes historiques.Pour des militants de fraiche date, cela parait ridicule et sans intérêt.C\u2019est là, cependant, que nous avons fait nos premières armes.Ces premières expériences retentiront longtemps en nous; cent autres batailles, infiniment plus difficiles, n\u2019auront jamais Jon at ir que fin fir mo che dec 115 le même retentissement.Le moment de la première brèche et du premier découvert\u201d ne se referme pas comme une plaie cicatrisée.La brèche initiale tend à s\u2019ouvrir périodiquement, et le premier découvert revient aux détours de l\u2019expérience que nous ramène inéluctablement la spirale de l\u2019Histoire.Il n\u2019est pas facile d\u2019acquérir une intelligence complète de nos luttes et de voir leur articulation avec le mouvement historique de notre temps.Mais tout nous invite à en tirer un enseignement pour l\u2019à venir.les avancées comme les échecs, les retours et les détours.Nous ne pouvons agir qu'en fonction d\u2019une durée limitée: notre temps est court et charcuté: une journée, une semaine, un mois, un an, dix ans.Le temps historique dans lequel s'inscrit notre court laps de vie est, lui, très long.Situés dans la perspective du temps historique, les actes qui nous paraissent importants, dramatiques, s\u2019évaporent.C\u2019est une erreur aux conséquences incalculables que de ramener le temps historique au temps court, infinitésimal, dans lequel nous sommes emboités par la force des choses.L\u2019aventurisme politique commence au moment ou l\u2019on inverse cette perspective et que l\u2019on cherche à réaliser, coûte que coûte, le plan quinquennal de construction du parti.Le militant encadré, souvent digéré par l\u2019Organisation- matrice, ne se soucie pas toujours des pièges du discours m.l.Il le tient pour acquis, comme quelque chose de naturel.La cohérence purement formelle de ce discours voile la falsification du contenu, et le militant accepte facilement, au gré d\u2019une vie mangée par la réunio- nite, cancer de l\u2019organisation-fétiche, les fausses évidences du savoir programmé par en haut et diffusé par le journal.Il ne saisit pas comment la théorie peut être falsifiée, émiettée, déviée par le découpage par tranches lors des sessions d\u2019étude, par le goût et la manie de l\u2019hagiographie, par l\u2019autorité mâle des rééditions.* découvert: au sens géographique du terme. 116 Les dogmes dont il vit sont toujours quelque chose de déjà écrit, prêt à être récité, des recueils de citations J qu'il suffit de dépoussiérer et de rééditer.Tout se passe chez lui comme si la théorie était déja acquise par tous, déjà là, en évidence, au pouvoir.Nul n\u2019est donc censé ' l\u2019ignorer, comme nul n\u2019est censé ignorer la Loi lorsqu\u2019il .comparait devant le tribunal.Peu lui importe si, dans le } réel, cette Loi n\u2019est pas reconnue ou est à peine connue.La \u201cligne juste\u201d, ne peut pas ne pas finir par l\u2019em- porter.Elle avance de victoire en victoire, par vagues Bl successives.Elle l'emporte partout, non pas dans des ne luttes concrètes contre le pouvoir d\u2019Etat.mais par sa ln seule force intrinsèque.Il suffit de décliner les slogans, les mots d'ordre, les réponses stéréotypées.4 On voit les conséquences: rien ne se crée (Mobilisa- chisme des marxistes-léninistes issus du courant des 1 Des 5 tion condamne sa pensée antérieure et la refoule sous te 3 la vedette péjorative de \u2018\u2018marxisme créateur\u2019\u2019), car tout im 4 est déjà là; il ne manque que la lecture, le code pour dé- che A chiffrer les anciennes écritures rééditées, le classement lr i chronologique des textes dits \u2018\u201c\u2018classiques\u201d, enfin les nal 3 plagieurs et les copistes.; 8 ir g TEC 4 L'image qui se dégage du \u2018\u2018marxisme-léninisme\u2019\u2019 vé- da 3 hiculé par l\u2019Autocritique de Mobilisation n\u2019est pas celle ii A d\u2019une théorie critique, vivante, révolutionnaire.Elle be § apparait plutôt comme un arbre dépouillé et déraciné: neu E c\u2019est un treillis de citations mortes, de séquences histo- tng § riques empruntées à l\u2019histoire du bolchévisme.mortes dé i elles aussi avant même la greffe.ils ë lath 4 La version dominante du marxisme-léninisme, celle 1 de Staline, écrase l\u2019Autocritique.C\u2019est un recueil de Le i \u201cmorceaux choisis\u2019, un texte et même un hypertexte.bord ; On peut le comparer sur le plan de l\u2019art moderne à l\u2019hy- Le d # perréalisme: c\u2019est la copie de la copie.La réédition en ae Ï fac-similé.Les membres et les sympathisants du groupe Au de 3 Mobilisation se sont nourris d\u2019une version atrophiée du Class f marxisme, celle que Staline a institutionnalisée a partir eg = de ses \u2018\u2018Principes du léninisme\u201d, véritable petit caté- À Ping 117 CAPs et des noyaux d\u2019implantés.Cette version déterminée du marxisme est diffusée ici par l\u2019entremise des rééditions non critiques.Dans ce cadre institutionnel, la référence aux textes \u2018\u2018classiques\u2019 se ritualise; les textes, philosophiques et politiques, toujours les mémes, sont connus et prévus.C\u2019est l\u2019absence de tel ou tel texte qui passe pour remarquable, parce qu\u2019elle révèle une déficience ou signifie une déviation.Mais ce \u2018\u2018marxisme-léninisme\u2019\u2019, il faut bien le voir, est un dérivé de la version stalinienne du marxisme: ce n\u2019est ni le marxisme (la pensée politique de Marx) ni le léninisme (la pensée politique de Lénine).Les arguments autoritaires proviennent surtout des oeuvres de Staline et des textes \u2018\u2018sacrés\u201d de la IIIème Internationale, surtout ceux de la période dite de \u2018\u2018bol- chévisation\u2019\u2019 des partis communistes et de la période ultra-gauche qui succéda au Sième Congrès de l\u2019Internationale.La théorie de l\u2019implantation cimentée par la dialectique de Staline, sert à justifier la perpétuation d\u2019une stratégie déterminée de construction du parti.à recouvrir un empirisme politique fortement incrusté dans les moeurs m.l.et la conservation des tactiques qui en découlent.La remise à flot du schéma bolchévique des p.c.de 1921, la hiérarchisation du pouvoir à l\u2019intérieur des cadres du mouvement ml.perpétuent et reconduisent la hiérarchie qui s\u2019est instaurée depuis les débuts du mouvement: les détenteurs du savoir théorique absolutisé écrasent ceux et celles qui ne maitrisent pas la théorie.Le recours au dogmatisme stalinien facilite cette subordination du vécu par le su.du vivant par le fétiche.Le dogmatisme stalinien ne s'impose pas brutalement aux consciences malléables des néophytes: il s\u2019introduit au dedans avec les termes consacrés et le vocabulaire classique, par des liaisons de mots et de concepts, presque avec une grammaire politique.Aux tournures de phrases, correspondent des tournures de pensées, des pensées toutes faites, frappées, moulées et des compor- RE CEE 118 tements actifs.Les mots et les connections de mots apportent des règles pour le raisonnement et des maximes pour l\u2019action.C\u2019est un langage de décision qui traduit immédiatement en consignes d\u2019action la stratégie élaborée en haut à partir d\u2019une évaluation empirique des rapports de force et des possibilités.L\u2019exposé des motifs, des arguments, des faits et des informations se réduit au minimum; il réduit au minimum l\u2019écart entre la conception et l\u2019exécution.Ce langage dit ce qu\u2019il faut faire et ne pas faire, ce qu\u2019il faut dire et ne pas dire; un tel langage agit directement sur les actes et les comportements, il les commande sans que ce soit utile d\u2019en appeler à la réflexion.La méthode qui domine agit pour contraindre par l\u2019argument d\u2019autorité, et non pour convaincre et démontrer.Elle contraint et tire dans le sens d\u2019une marche forcée.Elle ne rallie pas au sens propre du mot, elle enrôle dans un mouvement qui force l\u2019abandon des pratiques vivantes et du travail créateur.Elle définit les contours d\u2019une immaturité politique, d\u2019un infantilisme de gauche qui agresse et fait régresser.Ne craignons pas l'argument d\u2019autorité, ni l\u2019argument ad hominen.\u2018\u2018Vous donnez des armes à la réaction, si vous soulevez ces problèmes.\u201d Ceux qui disent cela se mentent à eux-mêmes et mentent aux autres.C\u2019est le bourrage de crânes à coups de triques autoritaires, la création et l\u2019entretien d\u2019un conformisme révolutionnaire aussi conventionnel et mensonger que tout autre, qui est le véritable danger.Le mésusage du marxisme, son emploi polémique excessif et obsédant, son détournement à des fins groupusculaires, voilà ce qui dessert le marxisme, ce qui tue l\u2019idée même du socialisme et ce qui jette le ridicule sur le combat de la classe ouvrière.Le marxisme détourné de sa fonction critique devient un discours sur la classe ouvrière, stérile et plat.Le dogmatisme pèse sur le cerveau et sur la conscien- col ris me le ste Ih ma! pen.ad nS tour ver fun beri maig plete Dour Dour ment, rene encor Gen \u201cef Mary Même, 119 ce.En fait, il règne à ces deux niveaux: il ossifie la pensée: il censure la conscience.Le dogmatisme se maintient grâce à son langage: langage d\u2019autorité, de commandement, mots d\u2019ordre absolus.Il cerne la pensée différente, opposée, dans son lexique à lui et il fait crouler ses adversaires au milieu des épithètes les plus terribles.Savoir se défendre contre l\u2019intrusion de ce terrorisme, c\u2019est déjà maitriser une bonne part du marxisme.De toutes les \u2018maladies de croissance\u201d, le dogmatisme est encore la plus irrémissible et celle qui pardonne le moins: elle avachit le cerveau, tue l\u2019esprit critique, stérilise l\u2019agitation.bétonne la propagande.Il fait virer l\u2019humour en aigreur, se jette dessus comme un vitriol.Le dogmatisme s'attaque aux os et aux moelles du marxisme; il durcit et gèle le mouvement, il fait de la pensée politique vivante un fossile.Il s\u2019accroche en nous à ce qui reste de religiosité diffuse et plante dans nos consciences la châsse du grand homme momifié; il détourne la pensée vivante vers un passé mort, mythique, véritable nord absolu qui continue de fasciner.Le dogmatisme ne disparaîtra pas de sitôt.C\u2019est une manière de penser que l\u2019on ne peut pas facilement éviter dans notre contexte historique et social.L\u2019appropriation du marxisme est bloquée par le vieux pli dogmatique hérité du passé.Ce pli philosophique renait sans cesse malgré nous, en nous et hors de nous.L\u2019éliminer complètement n\u2019est pas possible actuellement: tout au plus pouvons-nous contenir la tendance, la neutraliser.Car, pour dépasser ce dogmatisme, il faut procéder patiemment, au prix même de notre unité groupusculaire, au renversement de l\u2019idéalisme médiéval.Nous n\u2019avons pas encore assimilé la méthode dialectique.Généralement, ceux qui abusent du langage marxiste, s'effacent derrière une palissade de principes tirés du marxisme, ou plutôt se confondent avec les principes mêmes.Le marxisme-léninisme s\u2019identifie à eux; dès 120 que quelqu\u2019un questionne le marxisme, c\u2019est leur foi qui est lésée.En s\u2019identifiant au marxisme comme l\u2019aubier et l\u2019écorce, on s'élève à un degré d\u2019intangibilité et d\u2019autorité absolu, on devient des intouchables.Ils dissocient la capacité du marxisme à interpréter scientifiquement le monde, y compris son passé, et sa finalité première: changer le monde.Ils en parlent comme d\u2019une science.Mais c\u2019est une science non-appliquée.Le recours au dogmatisme, cette dépendance maladive aux textes polémiques du passé, est un signe d\u2019extréme faiblesse, d\u2019une assimilation purement formelle du marxisme-léninisme et d\u2019un manque chronique de confiance en soi et en ses propres moyens.Depuis un certain temps, le mouvement marxiste-léniniste passe d\u2019un cran d'insécurité à un autre, presque de mois en mois.La peur de l\u2019erreur est le symptôme le plus évident de cette débilité.D'où provient cet assaut brusque, ce surgissement violent de la culpabilité chrétienne dans un mouvement politique censé logé à mille lieues des balustrades catholiques?Face à l\u2019inconscient religieux, il y a toujours une dette qu\u2019on oublie d\u2019acquitter pour toutes sortes de raisons, comme l'urgence de bâtir le Parti.Or, c\u2019est au moment où l\u2019on se croit le plus éloigné de la religion, qu\u2019elle surgit avec le masque de la Faute.Quand est-ce que tout ce dogmatisme a-t-il pris forme?Quand le sectarisme a-t-il débuté\u201d Il est difficile d\u2019avancer une date, un moment précis.C\u2019était déjà en germe dès les débuts du mouvement marxiste-léniniste.On pourrait répondre encore par la boutade de Lénine: \u201cA quel moment l\u2019homme qui perd un à un ses cheveux peut-il être considéré comme étant chauve?\u201d Le problème théorique de fond n\u2019est pas tellement 2 A .A R MEE MU ell | 121 qu'on manque d'armes (certains les font cliqueter bien fort): non, le dogmatisme nous enlève le coeur de les porter dans un langage accessible aux gens.Les maladies du marxisme ne viennent pas seulement de l\u2019extérieur, de la pression de l\u2019idéologie dominante, elles se développent au-dedans, chez ceux qui le servent et s\u2019en servent.Elles ne viennent pas des théories anti- marxistes, mais des élites marxistes-léninistes, des dogmatiques marxistes-léninistes.On ne peut pas s\u2019attendre à développer un parti capable de mobiliser les masses dans la lutte de classe si on n\u2019est pas en mesure d'analyser: 1) les rapports de pouvoir existant au sein des organisations m.l.(les rapports de pouvoir réels qui se jouent dans ces micro-appareils): 2) les formes d\u2019appropriation du savoir sur quoi se fonde le pouvoir; 3) les procédés idéologiques (culpabilisation, intimidation, etc.) qui redoublent l'effet de ce pouvoir; 4) les formes de répression bourgeoises à l\u2019oeuvre sous les consignes de \u201cbolchévisation\u2019\u2019 et qui transforment tant de petits- bourgeois en légumes, en enfants débiles, impuissants à penser le nouveau.La pensée marxiste, une fois passée par la filière sectaire, s'ossifie.Elle durcit.Elle se scinde en dialectes m.l.Il n\u2019y a pas deux groupes m.l.qui s\u2019entendent sur les définitions.Une secte répond à l\u2019autre secte sans se faire comprendre: le dialogue de sourds se perpétue ainsi à l\u2019intérieur d\u2019un même langage référentiel, celui des textes classiques, mais l\u2019équivoque, la confusion babélienne s'installent à demeure dans le camp retranché des m.l.On répète à tue-tête et à tue-théorie.La répétition obsessionnelle des vérités brise et liquide l\u2019intelligence, la détourne finalement de sa fonction.L\u2019écart entre l'apparence et le réel s\u2019accuse et devient impossible à combler.Au lieu de recourir au doute salutaire, on répète les lapalissades théoriques, on rabâche les vérités éternelles qui servent à recouvrir le mensonge du langage marxiste transformé en idéologie.Devant l\u2019organisation hypostasiée, on n\u2019évite plus alors la génuflexion rituelle.pe Ce 122 Le présupposé fait dévier la pensée critique de sa fonction; il lui fait prendre la voie de garage et la stationne en permanence dans les schémas.Il permet d\u2019éviter la différence, donc la conjoncture.La conjoncture lui tend ses embûches et provoque des fausses manoeuvres.Le présupposé ancre la recherche dans le statique.Horreur de l\u2019hérésie.On aboutit ainsi à la crainte de toute recherche et de toute façon nouvelle de formuler des vérités premières.Plus de têtes chercheuses, seulement des tétes bourrées de principes, improductives et brûlées.L'erreur est-elle donc si dangereuse dans le processus de maturation politique?La dialectique matérialiste ne nous aide-t-elle pas à comprendre que, dans l\u2019incessante conquête de la vérité scientifique, l'erreur se mêle toujours plus ou moins à celle-ci et n\u2019a pas toujours le rôle funeste qu'on est enclin à lui prêter après coup.Il n\u2019y a pas d'erreur complète, tout comme il n\u2019y a pas de vérité complète.La science n\u2019est pas achevée.\u201cLe marxisme n'est pas un dogme, mais une règle pour l\u2019action.\u201d On aime bien le répéter chez les m.1.Comme on raison! L'action d\u2019une formation politique quelconque est nécessairement entachée d\u2019empirisme.d\u2019erreurs, de tâtonnements, de fluctuations en des sens divers.La vérité, ne faut-il pas qu\u2019elle se fasse sans cesse, qu'elle se vérifie par l\u2019effort de tous, dans des recherches, des discussions, des luttes fraternelles\u201d La pensée marxiste ne commandent pas que l\u2019on pense par idées toutes faites.Au contraire, elle veut justement que l\u2019on ne pense plus par pensées toutes faites.Il y a des gens aujourd\u2019hui qui suivent sans questionner une vogue intellectuelle où l\u2019on pense par idées toutes faites.C\u2019est ainsi que l\u2019on trouve toutes sortes d\u2019analyses se réclamant du marxisme, mais qui n\u2019appliquent pas le raisonnement marxiste selon lequel l'analyse doit être concrète: l\u2019analyse concrète d\u2019une situation concrète.Or ces analyses prétendûment marxistes sont des an 1 me cop l'imp velr Le plein, lee.fer ments tong fale Ie sg ls er fou ¢ dver J Dares Moves ls ne de Com Iran de la | Ques Te Te TO Cs it 8 , I ie Les, nef jtes ent doit (te des 123 analyses qui préexistent aux situations; ce sont des pré- jugements sur le déroulement concret de l\u2019histoire; ce sont des anticipations, des conjectures.Elles annoncent à l'avance ce qui est typique de notre époque, les phénomènes sociaux récurrents qui sont liés au mode de production capitaliste.Ce sont des vérités de Lapalisse qui ne tiennent pas compte du temps long, du temps historique, et des conjonctures définies par la lutte complexe et fluide de toutes les classes de la société capitaliste.Ce marxisme figé, rigide, ne laisse pas de place à l\u2019invention ni à la découverte; les concepts s\u2019ossifient au lieu de s\u2019affiner.La pensée marxiste est justement celle qui ne procède pas par jugement définitif, qui installe une vérité définitive.C\u2019est une pensée qui introduit le doute et l'inquiétude, qui ouvre un ébranlement.C\u2019est une pensée qui, en outre, a ses vides et ses pleins, et qui les reconnaît et se questionne elle-même.On doit tout revoir, combler les vides, affiner les concepts, réviser les schémas dépassés.On débouche sur l'impasse à partir du moment où l\u2019on n\u2019ose plus renouveler les concepts acquis.Le véritable problème n\u2019est pas ce que l\u2019on sait du plein, mais notre ignorance des vides.L\u2019histoire accélérée que nous subissons ne nous laisse pas le temps de tirer pleinement les lecons de la crise: les enseignements ne sont pas absorbés a temps par les organisations révolutionnaires.Les certitudes s\u2019acquièrent trop facilement, par les méthodes catéchistiques; les doutes ne s\u2019acquierent pas parallèlement ou conjointement avec les certitudes.Pas de doutes qui ne viennent facilement: tout comme les certitudes, ils s\u2019acquièrent seulement avec patience et labeur.Or, chez nous, une sorte de paresse intellectuelle règne en s\u2019appuyant sur les réflexes conditionnés par la pensée médiévale retenue dans les mentalités.C\u2019est ainsi que s\u2019installe une habitude de combler les vides théoriques par des formules et des incantations, par des programmes nés de l\u2019expérience de la Illeme Internationale, mais réédités sans critiques et présentés comme valables aujourd\u2019hui. 124 Le gauchisme, ce courant politique cherche à imposer des stratégies et des tactiques qui ne correspondent pas aux exigences et aux possibilités du moment.Il vise à traiter comme contradiction principale ce qui est secondaire.Il sous-estime et même tourne le dos à l\u2019idéologie bourgeoise, à l\u2019Etat.D\u2019après ce courant, ce qui retient les travailleurs d\u2019accomplir la révolution ce sont les écrans: les sociaux-démocrates, les chefs syndicaux, les directions réformistes, etc.C\u2019est là une source de division des travailleurs, auxquels sont proposés des objectifs qui ne peuvent être atteints pour le moment.Ses mots d\u2019ordre font obstacle aux transformations possibles en proposant des objectifs qui ne vont pas dans le sens d\u2019une transformation réelle.Derrière une apparence radicale, de gauche, ils tendent à désarmer les travailleurs, à les dérouter et à les décourager.Le gauchisme vient tondre les coupons, récolter les dividendes du syndicalisme de combat: il vient lui prendre certains de ses \u2018\u2018éléments avancés\u201d pour les détacher des masses, les déraciner et les brûler.tres, d'ou à Juit com lemen imitat fe can Sime relève Eco Les gauchistes ne voient que les assauts, d'apres eux il faut passer à l\u2019attaque.à l\u2019offensive.Ils oublient qu'il v a plus souvent des périodes de siège que des périodes d\u2019assauts dans la lutte de classe.Il y a des temps faibles, des creux où la stratégie défensive doit primer, et des temps forts où certaines conquêtes sont possibles et réalisables.Le gauchisme qui se présente comme l'opposé du réformisme, son contraire absolu, sert en fin de compte le maintien du statu quo.Son caractère conservateur est dissimulé derrière une barricade de principes marxistes.Seule une analyse attentive non seulement de ses mots d\u2019ordre.mais aussi et surtout de ses pratiques permet de faire apparaître son véritable caractère de classe.L'idéologie du prolétariat, ce n\u2019est pas seulement le 3 125 savoir théorique, c\u2019est aussi la pratique et la connaissance concrete de la lutte que se menent la bourgeoisie et le prolétariat.La vérité d\u2019une action se découvre dans l'épreuve, la lutte, et non dans une organisation fermée aux gens du peuple et aux travailleurs et qui émet des messages politiques incompréhensibles, sauf pour les initiés.L'objectif fondamental d\u2019une ligne gauchiste.c\u2019est la conservation des différences de classe, par la conservation des privilèges qui fondent cette différence.Cet objectif est le but auquel tend l\u2019action des gauchistes: renforcement du réformisme, renforcement du syndicalisme d'affaires.Le gauchisme compromet de l\u2019intérieur le mouvement révolutionnaire et sa fusion avec les travailleurs.C\u2019est le but, même s\u2019il ne correspond pas à ce que pensent et disent les partisans de cette ligne.Les résultats sont désastreux.Ils tuent toute volonté de lutter.Ils donnent du crédit aux forces conservatrices et ils entretiennent le fatalisme social des exploités.Grâce à l\u2019impatience des uns, à l\u2019impuissance des autres, grâce surtout à l\u2019absence d\u2019un parti véritablement d'ouvriers, le gauchisme en tant que véhicule politique jouit d\u2019une certaine vogue (et d\u2019une vogue certaine), mais combien de temps sera-t-il encore intéressant?Actuellement, il comble un vide, mais il ne sera jamais qu\u2019une imitation.La première édition du mouvement communiste canadien a vécu sous le signe du tragique.La Troisième Internationale a été tragique.La réédition actuelle relève plutôt du comique, d\u2019un comique caricatural, édulcoré, réduit, atrophié.Le triomphe du gauchisme est passager, comme tout autre type de démagogie.Mais les ruines durent longtemps après son passage.La vague gauchiste actuelle ne passera pas sans exercer de nombreux ravages; elle ne passera pas non plus sans devenir risible.Rien n\u2019est aussi proche parent que 126 le tragique et le comique.Si on veut la formule même du désastre, la voici en clair: laissons de jeunes troupes, sous l\u2019influence d\u2019une théorie falsifiée, assimiler le marxisme-léninisme par son seul côté organisationnel, ressusciter des schémas, des maquettes, des modèles sans prendre la peine de digérer l\u2019histoire qui les a mis au monde et l\u2019histoire qu\u2019ils ont fait (succès et ratages).Une époque difficile, troublée, marquée de heurts politiques et de dépressions économiques favorise les sectarismes, religieux ou politiques.Attitude politique provisoire, le sectarisme se nourrit de faits divers sublimés en faits catastrophiques.Le mot crise est celui qui revient le plus souvent dans le vocabulaire \u201cm.-1.\u201d.Crise, crise, crise.il ne lachent pas crise.Le sectaire, cet être déraciné, néantisé, sans autre forme d\u2019appartenance que celle de son groupe, accede a la politique par une médiation toute spéciale: la phrase révolutionnaire.Phrase érigée en théorie.Pas toute la théorie, seulement des bouts, des pointes, retailles cousues de fil blanc et faufilées, ensemble par des commentaires anciens.Théorie hypostasiée.Le marxisme y affleure ici et là.Il n\u2019est pas totalement absent.Mais il y accède sans le support de la pensée critique.La secte lui dispense le \u201ckit\u2019\u201d\u2019 théorique complet: la théorie lui est donnée au compte-gouttes, par la méthode catéchistique.Questions, réponses.La secte le lie à ses mots d\u2019ordre; elle est pour lui machine distributrice de slogans, de recettes tactiques, de pensées toutes faites.Il n\u2019a qu\u2019à gober le tout selon les prescriptions, comme un pablum idéologique.Chacun de leurs mots d\u2019ordre, quand ce n\u2019est pas leurs mots d\u2019esprit, rappelle la ruine du socialisme soviétique.Jal Jat que Not To de : $0 nal tien que fel (es : peut aile ls : duré Le ter le On ng Sas?tans tent Qe carica Un Det oss du i ton | Se oy him 0 us 2 127 La pensée m.l.est commémorative, \u2018\u2018revivaliste\u201d, elle porte le chagrin du socialisme trahi.Le mot rigueur, comme bien d\u2019autres mots du vocabulaire m.-1., enveloppe de redoutables ambiguités.Le dogmatisme ne saurait qu\u2019imiter la rigueur scientifique; il la transforme en rigorisme.II ne suffit pas de précher: il faut d\u2019abord savoir ce que l\u2019on prèche.Il ne suffit pas de propager, propager.Nous devons faire attention à ce que nous propageons.Toute propagande qui se nourrit de vérités toutes faites, de stéréotypes, est mauvaise, biaisée, porteuse de fausse conscience.La propagande est soumise aux lois ordinaires du travail; l\u2019on n\u2019a rien sans peine, et sans patience.Quand on manque à la vérité historique, on manque forcément à la justesse: à vérité incomplète, partielle, justesse incomplete, c\u2019est-à-dire: injustesse.C\u2019est une illusion dangereuse que de croire que l\u2019on peut publier sans recevoir de leçons, écrire sans lire ailleurs que dans son propre lexique, parler sans écouter les autres, produire des mots d\u2019ordre sans se nourrir du réel.Le sectaire n\u2019a pas grand chose à dire: il aime répéter les vérités toutes faites, éternelles, atemporelles.On ne peut s\u2019opposer soi-même à lui sans faire rétro, sans réécrire les répliques faites autrefois par d\u2019autres dans des circonstances analogues, à l\u2019époque où elles furent dites ou écrites pour la première fois.C\u2019était l\u2019époque du tragique, évidemment; aujourd\u2019hui, c\u2019est avec une caricature rétro que l\u2019on polémique et que l\u2019on se débat, un petit monstre théorique qui nous tire en arrière et nous contraint par sa présence, son obsession, à faire du surplace, à passer et repasser dans le tourniquet dont les bras nous heurtent sans cesse les reins avec ses oppositions binaires.Il lui faut réduire, simplifier, schématiser, dogmatiser.La loi du moindre effort.On AN NN NE NE a 128 peut toujours trouver dans une oeuvre polémique immense, protéique, comme celle de Lénine, la phrase qu\u2019on cherche pour abattre un adversaire.Les phrases, sentences, boutades servent ensuite de palissade et fournissent les arguments autoritaires.Son lexique est pauvre et grevé des termes éculés des cultes: culte du passé révolutionnaire, culte de la momie: il est commémoratif, revivaliste, il rappelle les défunts.Les m.-1.sectaires sont des affairés qui usent l\u2019action jusqu\u2019à la corde.Quand ils s\u2019emparent d\u2019un mot d\u2019ordre, ils l\u2019exposent à toutes les intempéries, le ruinent et le rende finalement improductif.Le cynisme des m.-l., c\u2019est l'humeur de la vie du militant tuée par la réunionite.La répression qui peut s\u2019abattre sur eux ne peut être la cause première, et principale, de leur disparition ou de leur effondrement, pas plus que la main qui tombe sur un chateau de cartes.Une période de \u2018\u2018prospérité\u201d capitaliste comme celle de l\u2019après-guerre aurait fait des étudiants de notre décennie de simples mécontents qui se seraient engagés dans l\u2019Action Catholique et dans les syndicats; la crise des années 70 en a fait des \u201c\u201cmarxistes-léninistes\u201d.Le mécontent vit d\u2019un emploi; le \u201cm.-l.\u201d est un sans- emploi: il ne peut éclore que dans les conditions de chômage chronique.Ecoutons les m.l.s\u2019expliquer: ils font résonner à nos oreilles toujours la même rengaine: crise, crise, crise\u2026 C\u2019est leur manière de nous faire comprendre leurs calamités ou leurs stagnations, leur façon d\u2019aboutir dans l\u2019impasse.Par les sectes actuelles, les jeunes a vat co cea i) 2 que la dés ci poli dene il force lan\u201d.Le ên de le ren mle Qu sa d'uni De Te Dar lr ¢ tation Comme lies, k te Ce dé lang de Mle Cet pa, q i 108 (Ih outs Ail Ines .129 participent à l\u2019Absolu; un torrent d\u2019énergies se canalise dans des voies improductives.C\u2019est une dépense révolutionnaire, un investissement affectif immense dans une société bloquée.Ils sont une catastrophe pour les autres et pour eux-mêmes.Ils trouvent dans l\u2019Autocritique de Mobilisation de quoi détruire et se détruire avec justifications.Pour comprendre le présent politique, il faut avoir éprouvé au moins une fois dans sa vie la fascination des extrêmes.L\u2019extrémisme ici reste une bouée de sauvetage, une planche de salut.Il sauve du suicide.Dans quelques années, nul ne niera le désarroi des esprits, la détresse qui couve sous le couvercle des sectes.Le désastre intérieur qui les menace, la débâcle qui vient va faire éclater le couvercle de ces chaudrons de sorcières.La solidité actuelle ne tient qu\u2019aux conditions politiques et historiques de la crise.La crise va se dénouer, tôt ou tard.Les sectes vont s\u2019effondrer d\u2019elles- mêmes, se dissoudre sans bilan, vidées de toutes leurs forces.L\u2019épitaphe dira: \u2018\u2018Au commencement fut le bilan\u201d.Le débat pour l\u2019unité des marxistes-léninistes lancé en décembre 74 par le groupe En Lutte! se révèle, avec le recul du temps, une vaste mystification.Ce sont les m.l.eux-mêmes qui se jettent de la poudre aux yeux et qui s\u2019aveuglent avec leurs mots d\u2019ordre.Le mot d\u2019ordre d\u2019\u201cunité des marxistes-léninistes\u201d est un écran de fumée qui recouvre un vaste effort de recrutement sectaire par raccolage (et recolage de débris de groupuscules et de cercles d\u2019étude) et de conquêtes par la pénétration souterraine des organisations dites populaires comme les comptoirs alimentaires, les garderies populaires, les Associations de Défense des Assistés Sociaux, etc.Ce débat est mystificateur parce qu\u2019il engage des centaines de militants à espérer vraiment l\u2019unité et le regroupement des marxistes-léninistes, mais ne leur permet pas de voir le fait accompli, qu\u2019En Lutte! autant que TS 130 les protagonistes de la ligne \u2018\u2018implantationniste\u201d\u2019 ca- cé mouflent sous le couvert d\u2019un débat idéologique: ce fait \"û accompli, c\u2019est la scission du mouvement marxiste-lé- el niniste au sein même du mouvement des CAPs.Si l'on jou veut une date pour indiquer le moment fatal, j\u2019avance fir celle de l\u2019automne 72.Cette scission est irréversible à fi partir de la publication par 'E.D.J.de son \u201cPour le par- | ue ti prolétarien\u201d.A compter de la, I\u2019écart va grandissant 1 entre les \u2018\u2018propagandistes\u2019\u2019 déracinés que représente mé.En Lutte! et les \u2018implantés\u2019 regroupés alors dans le ler pulullement des \u2018\u2018noyaux\u201d.ft las A Une certaine hystérie s\u2019est emparée de beaucoup d\u2019es- | fu prits depuis octobre 75, surtout devant la montée de la al lutte de classe du prolétariat et de l\u2019accentuation de la de résistance à l\u2019oppression nationale.À cet état d\u2019esprit se aël greffe tout naturellement une propagande paniquarde se- le! mée principalement par la Ligue Communiste (m.l.) du les Canada et centrée sur le thème obsédant de la proximité plis et de l\u2019inévitabilité d\u2019une IIIème guerre mondiale.gard ) dif i i x Au cours des dernières années, les militants ont eu à | fe s\u2019adapter à un langage et à une mode envahissants: ce | fui à fut le langage de l\u2019animation sociale, concocté surtout ÿ deux 3 dans les laboratoires de la Cie des Jeunes Canadiens, et Ps À ce fut aussi le comportement de l\u2019animateur, à quoi était | end Ë rattaché un prestige diffus.Un phénomène analogue se | ip 3 produit quoique avec un langage plus rigoureux et à pré- to ; tention plus scientifique: aujourd\u2019hui, c\u2019est un certain ten à langage \u2018marxiste\u2019, ou plutôt quelques idées du marxis- \u201ceg me inlassablement répétées, transformées en langage Hil courant, en mots de passe et mots passe-partout; et c\u2019est | code également un certain comportement typique, celui des die gens dits \u2018\u201c\u201cm.l.\u201d, abréviation caractéristique de la ré- | we, duction que ces gens font subir au marxisme et au léni- ene nisme.La moelle, la substance en est éliminée; et il n\u2019en gg reste que les vieux os secs, les initiales m.et 1.le = à Si à 3 .se qe ; \u2018 Porte 1 Le mouvement m.l.fait revivre le matérialisme mé- | wit I - 131 caniste de Kautsky.Le schéma organisationnel tiré du \u201cQue faire?\u201d se matérialise en \u2018\u2018noyaux d\u2019implantés\u201d, en groupes s\u2019adonnant à la propagande abstraite via le journal (comme le fait En Lutte! depuis mai 1973).L\u2019affirmation de Lénine suivant laquelle la conscience doit étre apportée a la classe par une avant-garde extérieure, une fois transposée chez nous via les rééditions de \u201cL\u2019histoire du p.c.(b) de P'URSS\u201d, s\u2019ossifie, devient dogme.Le \u2018marxisme\u2019 que nos implantés importent dans le mouvement ouvrier, c\u2019est cette affirmation là devenue fétiche.Tout est organisé pour matérialiser la thèse de la séparation entre la lutte économique et le socialisme.Au début du processus d\u2019implantation vers 1972-73, la fusion était comprise dans les termes que le groupe italien \u201cLotta Continua\u2019 développait en 1969, lors d\u2019un débat sur l\u2019organisation politique autonome (ce débat a été reproduit dans la revue \u2018Les Temps Modernes\u2019).Le texte du groupe italien a été réédité au Québec par les soins de la Librairie Progressiste.On ne parlait plus alors que \u2018\u2018d\u2019avant-garde externe\u201d et \u201cd\u2019avant- garde interne\u201d, et l\u2019on discutait des heures autour des difficultés de leur fusion.Malgré que l\u2019on s\u2019embrouillait dans la problématique de leur fusion, la thèse du \u201cQue faire?\u201d n\u2019avait pas encore l\u2019emprise qu\u2019elle a depuis.La fusion apparaissait davantage comme l\u2019arrimage des deux types d\u2019avant-gardes.Or, dans la pratique, l\u2019\u201cavant-garde interne\u201d du mouvement ouvrier, trop encline au \u2018\u201c\u2018spontanéisme\u2019, s\u2019est très vite subordonnée à l\u2019\u2018\u201cavant-garde externe\u201d, détentrice du savoir m.l.Le rapport complexe entre le su et le vécu, entre \u2018\u2018conscience\u2019\u2019 et \u201cspontanéité\u201d, s\u2019est durci et hiérarchisé.La \u201cfusion\u201d s\u2019opérant d\u2019après une vision mécaniste, semblable à celle émanant de l\u2019explication de Kautsky, a conduit au primat des intellectuels, au rôle dirigeant d\u2019une petite avant-garde externe qui s\u2019est autoprocla- mée noyau théorique, embryon du futur parti; le recrutement et le repérage des \u201céléments avancés\u201d (terme qui s\u2019est substitué à celui d\u201d\u201cavant-garde interne\u201d) se sont fondés sur des critères intellectualistes: l\u2019adhésion à la \u201cligne\u201d, la conformité aux idées et aux comportements du groupe recruteur.Dans les conditions québécoises, les \u2018\u2018éléments avancés\u201d étaient les tra- 132 vailleurs qui s\u2019apparentaient le plus à la mentalité et au comportement des intellectuels \u201cimplantés\u201d (établis) dans l\u2019usine ou le quartier.Cette vague qui balaie le mouvement sur une période approximative de 5 ans (1970-1975) conduit à la création de nombreux noyaux rivalisant pour la direction; leur ralliement à la Ligue Communiste (m.l.) du Canada au cours de 1976 met un point final à la question de la direction et ouvre la voie à la création d\u2019un pseudoparti de la classe ouvrière, dominé par l\u2019élément petit-bourgeois.Ils avancent des affirmations devenues dogmes.L\u2019histoire montre que seules certaines conjonctures se prêtent à des systématisations provisoires qui sont destinées plus tard à éclater.Ces assertions du \u201cQue faire?\u201d étaient vraies et justifiées il y a plus de 70 ans; elles ne le sont plus aujourd\u2019hui parce que les conditions sociales, économiques et politiques ont changé.Ceux qui maintiennent ces affirmations avec des arguments empruntés à l\u2019histoire du parti social-démocrate russe transforment en une énorme erreur une vérité relative à un moment de l\u2019histoire révolutionnaire.Leur pensée et l\u2019histoire qu\u2019ils conçoivent ne tiennent pas compte du temps ni du lieu, ni du mouvement des idées.Leur pensée demeure figée, incapable d\u2019exprimer le mouvement réel des faits sociaux et politiques.Dans ces conditions, l\u2019histoire est une pétrification, une larve durcie.Les dogmatiques se croient toujours dans une telle conjoncture et toujours proche de la vérité absolue.Chez nous, il y a un tempérament dogmatique qui cherche satisfaction et refuge dans le passé.La pensée dogmatique n\u2019accomplit aucun labeur; elle suit la pente de la facilité; elle se complaît dans la paresse intellectuelle.Il faut voir que cette tendance reflète une résistance profonde aux changements sociaux et politiques de notre époque.On ne viendra pas à bout de neutraliser cette tendance néfaste tant qu\u2019on n\u2019aura pas mis à nu, en ces racines, cette impuissance, ce manque d\u2019ardeur et de vigueur intellectuelles qui s\u2019étale dans les formes de l\u2019ouvriérisme hyper-caricaturé et dans le rabachage des mots d\u2019ordre et des formules toutes faites tirées des proces- verbaux des Congrès de la IIIème Internationale.sal var pet pel pre lun iT ne gH tar pri tal de Porte Mire Ti l'ar- (6 - 133 La théorie \u2018\u2018marxiste-léniniste\u2019 qui recouvre ce courant politique s\u2019avère de plus en plus être une imposture théorique.Ce qui est ainsi \u2018implanté\u2019, ou mieux importé dans le mouvement ouvrier, c\u2019est un marxisme schématisé, caricaturé, pelé et vidé de sa moelle.Ce qui se cristallise après 5 ans, c\u2019est une micro-organi- sation étrangère à l\u2019esprit et à la conscience ouvrière.On croit illusoirement avoir réalisé la \u2018\u2018fusion du mouvement ouvrier et du socialisme scientifique\u201d dans la personne des \u2018implantés\u2019.Ceux qui ne savent pas la petite histoire des \u2018\u2018implantés\u2019\u2019 se laissent facilement prendre au jeu: l\u2019implanté passe pour un ouvrier révolutionnaire, alors qu\u2019il est un intellectuel déguisé en ouvrier industriel, vivant son engagement politique comme une pénitence, une expiation de ses péchés petits-bourgeois.Lorsqu\u2019il se prend pour l\u2019avant-garde du prolétariat, l\u2019intellectuel ne se place pas sur les positions du prolétariat: il se place au-dessus de l\u2019ouvrier et s\u2019installe au volant de l\u2019organisation.Son obsession, qui est de diriger, se révèle.Cette situation démontre comment l\u2019intellectuel révolutionnaire prolonge son aliénation, alors même qu\u2019il croit s\u2019échapper de sa condition d\u2019intellectuel.Lénine récusait avec force tout privilège des intellectuels en tant que groupe social au regard de la théorie révolutionnaire.Pour lui, les intellectuels n'étaient pas plus avancés que les ouvriers.Le triomphe du sophisme sur la dialectique du vivant trouve son couronnement dans la formule suivante de l\u2019Autocritique de Mobilisation: \u2018Le parti se construit de haut en bas\u201d.Cette phrase tirée du texte de Lénine, \u201cUn pas en avant, deux pas en arrière\u201d, est devenue le dogme autour duquel s\u2019est édifié la Ligue Communiste (m.l.) du Canada.Cette falsification théorique domine parce qu\u2019elle trouve facilement un ancrage dans le préjugement qui accorde automatiquement la direction aux intellectuels qui prétendent posséder la \u2018\u2018science du marxisme-léninisme\u201d Le problème ici posé est celui du rapport entre les porteurs investis d\u2019un savoir théorique et la classe ouvrière dans une situation de maturité sociale totale- BR RT RR TI RR RH RHE 134 ment différente de celle que Lénine pouvait connaître.C\u2019est le sens du questionnement proposé par le groupe \u2018\u201cLotta Continua\u201d en 1969 et par d\u2019autres organisations en Europe depuis mai 1968.Ce questionnement a eu peu d\u2019effet chez nous, malgré l\u2019engouement pour Il Manifesto autour de 1970.Le mouvement m.l.a opté très tôt pour la sécurité et la fidélité aux canons de la IIIème Internationale.C\u2019est ainsi qu\u2019il perpétue une séparation que la vaste prolétarisation des masses remet en question quotidiennement, non pas seulement en Italie ou en France, mais chez nous, au Québec.Aujourd\u2019hui, l\u2019avant-garde doit devenir quelque chose de plus vaste, de plus mûr, de plus complexe, de beaucoup moins élitiste et séparé de la classe elle-même.Elle doit être à la mesure de la prolétarisation massive de notre peuple, afin d\u2019être capable d\u2019activer l\u2019organisation la plus large des masses populaires autour du bloc de la classe ouvrière.Dans cette perspective, le travail de l\u2019intellectuel trouve aisément sa place, les lieux d\u2019interventions sont multiples et les manières d\u2019intervenir sont multiformes, à la condition qu\u2019il cherche à s\u2019insérer dans le combat d\u2019ensemble du prolétariat sans verser dans l\u2019ouvriérisme et sans jouer au commissaire politique.L\u2019interprétation de Staline et le système de gouvernement qui en découle se sont rendus insoutenables pour la pensée marxiste, tant celle d\u2019hier que celle d\u2019aujour- d\u2019hui.Pourtant, cette version du marxisme domine actuellement, presque sans conteste, dans le mouvement marxiste-léniniste québécois.Si cette version du marxisme se rend insoutenable pour la raison dialectique, elle ne se rend pas insoutenable pour les pouvoirs qui s\u2019en réclament encore.Si elle se soutient encore, et fort bien aujourd\u2019hui, près de cinquante ans après son élaboration, c\u2019est qu\u2019elle fut au pouvoir et qu\u2019elle y est encore.S\u2019inspirer de Staline ne fera pas sortir le mouvement marxiste-léniniste des pièges de l\u2019interprétation stalinienne du marxisme, du dogmatisme, de l\u2019anti-dialec- ont ai lec: : 135 tique et du volontarisme violent dans lequel il s\u2019enfonce.Staline doit être lu, évidemment; il doit être critiqué, et ce radicalement.Sa version du marxisme doit être mise en crise ici et maintenant.Cette dégradation du marxisme en idéologie (double discours recouvrant des manoeuvres groupusculaires) ne semble pas évident dans un pays où le marxisme est encore peu connu et peu pratiqué.Ceux qui le propage le savent très bien; ils craignent la critique marxiste de leur \u2018\u2018marxisme-léninisme\u2019\u201d\u2019 et de leurs pratiques dites \u201crévolutionnaires\u201d.La version stalinienne leur fournit la garantie des lois de la dialectique dont ils abusent en sophistes.C\u2019est encore notre trop bonne formation de collège qui continue de dicter nos jugements.À l'heure mème où nous croyons nous être dégagés d\u2019elle, nous perpétuons sous le langage marxiste appris par des méthodes catéchistiques, une pensée mécaniste, barrée à quarante, fondamentalement idéaliste.Les dogmes ont toujours étouffé nos émotions.On nous a lancé dans la vie soigneusement munis de catégories étanches.Malgré l\u2019ère libérale et la \u2018\u201c\u2018révolution tranquille\u201d, notre vieille éducation cléricale refait surface, travestie en enthousiasme révolutionnaire.Cette vieille éducation ne nous a pas donné une véritable formation intellectuelle: on nous bourrait l\u2019intelligence de notions vagues, de connaissances livresques apprises par coeur.Tout nous était donné de façon stéréotypée, sans que jamais nous ayons vraiment à chercher à faire quelques efforts de découvertes personnelles.Dans ces conditions, nous n\u2019apprenions pas à penser, ni à nous mettre à la recherche de la vérité.Cette vérité était déjà toute faite, il suffisait de faire acte de foi.Nos éducateurs n\u2019étaient pas préparés à leurs tâches, ils étaient eux-mêmes esclaves de cet état de chose.Ils se méfiaient des \u2018\u201cmauvais livres\u2019, de la pensée différente; ils les enfouissaient avec horreur dans \u2018\u2018l\u2019enfer\u2019\u2019 des bibliothèques.L\u2019erreur était tabou.On nous défendait RSR 136 de nous tromper: on nous privait de l\u2019usage de notre raison.Tout ce qui aurait pu se faire par goût, dans la joie, était considéré comme inutile et pernicieux.Nous étions tenus dans l'ignorance de ce que nous portions en nous-mêmes.Cette vieille éducation que je décris ici ne diffère pas pour l'essentiel de ce qui se pratique actuellement au sein des groupes m.l.Le dogmatisme, religieux ou politique, entraîne l\u2019anémie de la pensée.Dans le mouvement m.l., ceux et celles qui dérogent sont éliminés ou s\u2019éliminent eux-mêmes.Seuls restent les piliers du dogmatisme, ceux qui ont abdiqué (en entrant) leur intelligence et qui renoncent au nom de la fidélité au marxisme-léninisme de la IIIème Internationale, au contact immédiat, intuitif et charnel avec les choses et les êtres.L\u2019inclinaison à l\u2019illusion, à la duperie psychologique et à l\u2019irrationnel est encore forte chez nous, même chez ceux qui abordent le marxisme.En se présentant comme ceux qui ont la science, les m.-l.abusent du langage marxiste et s\u2019en servent pour dominer et faire taire les autres.On sait combien, dans notre société, le pouvoir est lié à la possession de la connaissance scientifique.Ces termes de \u2018science\u2019 et de \u2018\u201c\u2018connaissance scientifique\u201d revient de façon obsédante tout au long de l\u2019Autocritique.Tout ce qui se dit \u2018\u2018scientifique\u201d s\u2019entoure naturellement d\u2019une auréole de pouvoir presque magique.Dans nos organisations, la référence à un savoir dit scientifique procure une formidable valorisation à nos petits jos connaissants du marxisme qui y font la pluie et le beau temps.Le recrutement sélectif des m.-l.s\u2019adresse particulièrement à ceux qui prétendent à la direction des organisations.Le nouveau savoir, ce marxisme réduit et transformé en latin de secte, est un facteur de puissance politique.Quand on veut conserver son pouvoir, on le rend inaccessible aux masses.Le pouvoir se couvre d\u2019un voile mystérieux, d\u2019un langage inaccessible au commun des mortels.Le langage qui dominait dans les organisations populaires, c\u2019était celui de l\u2019animation sociale.Ce langage perdait de la force avec le temps; les gens se mettaient à douter de sa préten- men come Dis da sed Joue uv pré beau histo Vatr fH Inve Le fa Dati Me, Ce a force Teva Jouvg ly ter le | Lavy 137 tion scientifique, les animateurs eux-mêmes le questionnaient.Pour maintenir leur position dominante, beaucoup d\u2019ex-animateurs se sont conformés à la nouvelle mode; ils ont coulé leurs arguments dans un langage plus fort, plus cohérent: le marxisme vidé de sa moelle et transformé en idéologie.Dans cette logique de la domination, tout est possible: on peut se servir de Lénine, se couvrir de son prestige et le transformer en Bouddha pour justifier n'importe quoi.On découvre des textes et des citations de Lénine et on les amalgame à nos arguments pour mieux démolir d\u2019autres militants ou les gens qui dirigent et luttent dans d\u2019autres organisations.La petite-bourgeoisie intellectuelle, qui n\u2019est pas et ne peut pas être la force motrice de la révolution, intervient depuis quelques années dans les larges mouvements de masse (syndicats, groupes populaires).Sa conception spontanée de la politique révolutionnaire n\u2019est pas organisatrice, mais propagandiste.Sa stratégie est d\u2019appoint, non dominante, dans la lutte entre la bourgeoisie et le prolétariat.Comme telle, elle ne peut pas jouer objectivement le rôle que peut jouer une classe ouvrière consciente et organisée en parti politique.Le prolétariat est objectivement révolutionnaire, même si beaucoup de travailleurs sont encore, pour des raisons historiques précises, sous l\u2019influence d\u2019idées conservatrices diffusées et inculquées par l\u2019éducation bourgeoise.Pour l\u2019intellectuel progressiste, c\u2019est souvent l\u2019inverse.Il peut être subjectivement révolutionnaire.Le fait demeure que la classe sociale à laquelle il appartient n\u2019est pas une classe objectivement révolutionnaire, sauf dans des conjonctures précises où l\u2019alliance avec le prolétariat est réalisée.Elle n\u2019est pas une force sociale porteuse de la réalité de l\u2019organisation révolutionnaire, ni d\u2019un projet conséquent de prise du pouvoir.Une frange non négligeable de la petite-bour- geoisie dégringole dans le prolétariat à un rythme accéléré, du fait de la crise (à la fois économique et politique) qui s\u2019approfondit.Cette frange est porteuse d\u2019idées d\u2019avant-garde, elle affirme une volonté radicale d\u2019en 138 finir avec le système et manifeste son impatience devant l\u2019inertie ou la lenteur des transformations sociales.Le radicalisme m.-l.d\u2019aujourd\u2019hui est l\u2019expression de la politique spontanée de ces couches petites-bourgeoises en dégringolade.En tant qu\u2019ils se veulent les spécialistes du savoir théorique, ces intellectuels ne peuvent mettre en avant leur conception propagandiste du travail politique, leur prétention dirigeante, qu\u2019en déclarant qu\u2019ils sont dès à présent la force de direction des organisations populaires et ouvrières.SE RCo rs AT H hi A Ï f \u2018 9 5 i a Il y a une tendance à considérer comme inutile, sinon pernicieuse, toute littérature autre que m.-1.Dans cette tendance, on retrouve la crainte malsaine de l\u2019erreur.On a une peur bleue de transgresser les tabous.Dans ce sentement si vivace chez nous se reconnaît l\u2019intolérance avec ses inquisitions, ses tribunaux, ses juges.La foi lésée, menacée par une inquiétude, un doute, ne pardonne pas.C\u2019est un monde où le doute n\u2019est pas permis.Un enclos où le tabou règne en maître sur l\u2019esclave, et dans sa conscience même.Les thèses nouvelles sont identifiées à des trahisons.Plutôt se tromper avec le parti (ou avec le mouvement m.-l.) que d\u2019avoir raison contre lui.C\u2019est ainsi que beaucoup de jeunes intellectuels réfléchissent encore aujourd\u2019hui, parce qu\u2019ils ignorent ou qu\u2019ils oublient et refoulent le passé réel du mouvement communiste.Leur adhésion au mouvement ressemble en tout point à celui des jeunes communistes sous Staline; et leurs textes sont même du mot à mot, des rééditions.L\u2019on reproduit le passé avec une telle fidélité que même les coquilles reviennent sans corrections; le tout présenté sous un emballage qui respire le remugle de la Ille Internationale.Le procédé le plus courant relève de l\u2019indiscutable.C\u2019est l\u2019exécution sommaire: voilà l\u2019ennemi, tire! On tue symboliquement et politiquement le suppôt du capitalisme, le réactionnaire caché.On le démasque, etc.Cette procédure n\u2019excelle pas dans la réfutation.Au contraire, elle se barre à quarante dans le statique, el- \u2014 ey ee ey .139 le répete les généralités les plus banales déduites des principes scientifiques irréfutables.Il va sans dire qu\u2019elle n\u2019a pas le mérite d\u2019engager la discussion.Elle refuse, par son laconisme, et par son ton dirimant, de donner appui à la réplique.C\u2019est le refus de discuter.Ë Par conséquent, refus d\u2019interroger sa propre théorie et k de remettre en question ses propres convictions.Le refus de discuter avec ceux qui diffèrent, le goût de l\u2019au- 3 torité, ces attitudes héritées de la vieille idéologie ca- Ë tholique prolifèrent.Elles se confondent chez nous avec l\u2019héritage de Staline que tente de s\u2019annexer le mouve- 3 ment m.-l.Cet héritage est ici florissant et nous arri- E ve sous la forme rétro et conservatrice du \u2018\u2018revivalis- 4 me\u201d.Il s\u2019appuie sur les structures mentales du jansénisme canadien-français.Es Ces attitudes, qui tiennent du dogmatisme, se couvrent E d\u2019étiquettes comme \u2018\u2018marxistes-léninistes\u201d, \u2018\u2018progres- E sistes\u201d, etc.Quiconque les porte, doit aussi afficher ; une posture scientifique.La prétention scientifique des i m.-l.ne fait que recouvrir une pratique non-scientifi- que: telle affirmation péremptoire, subjective, passe comme du beurre dans la poêle du fait qu\u2019elle s\u2019abrite derrière une palissade de principes.Tout cela sans analyse rigoureuse, sans démonstration.L\u2019univers du mouvement m.-l.est fermé.Plus il se veut clos, plus fermement il érige autour de lui des barricades de principes, et plus aussi la crise le secoue et E l\u2019ébranle.La lutte entre l\u2019ancien et le nouveau est au E coeur de ce drame.L\u2019ancien s\u2019exprime en son sein de à manière autoritaire, ecclésiastique, par l\u2019entremise du E langage dogmatique.L'organisation m.-l., perçue comme seul lieu d\u2019encadrement politique, agit comme une norme.Elle est structurée et structurante.On n\u2019y entre pas pour la transformer.Illusion du catéchète.On y entre pour y être changé et transformé, pour le meilleur et pour le ; pire.L\u2019organisation règle tous les mouvements, étapes et moments de la vie du militant.La ligne politique du 140 groupe, une fois médiée par le langage et filtrée par la conscience acquise, devient ligne de conduite.Le cadre aseptisé de ce langage protège la version-fétiche du marxisme sur laquelle l\u2019organisation a fondé son prestige.Cette version schématique du marxisme est le gabarit de la pensée; les bouts qui dépassent sont amputés et rejetés.Dans ce cadre politique, on reproduit l\u2019ancien, on réédite le passé, on en mange! La plupart du temps sans le savoir! Le passé n\u2019est pas assimilé, critiqué, digéré.Il est pris passivement, platoniquement, comme on prend une hostie.Ce langage n\u2019est pas nouveau, c\u2019est celui des années 20.Le mouvement m.-l.s\u2019est enfermé dans une parenthèse historique, celle de la bolchévisation des partis communistes et de la IIIe Internationale après la mort de Lénine.Il cherche à remettre à flot la stratégie et les tactiques de cette période.Le langage à prétention scientifique, qui se présente ostensiblement comme Science, se révèle en fin de périple langage de l\u2019exorcisme.Science mêlée d\u2019une forte dose d\u2019idéologie.Le langage des m.-l.est la parodie du langage scientifique.Il ne faut pas se surprendre si le marxisme ainsi malmené, falsifié, dévoyé, reste lettre morte, verbe impuissant, chair exsangue de la momie.Il est le secret bavardage des catacombes m.-l.Ce langage est un manteau d\u2019emprunt, tiré d\u2019un segment historique fétichisé, transformé en matrice de la pensée politique.Il lie le mouvement au prestige d\u2019une Internationale morte et enterrée, dont l\u2019histoire n\u2019est pratiquement pas connue chez nous, surtout parmi les militants qui y adhèrent.Sans doute les idées justes en soi abondent-elles dans le \u2018\u201cmarxisme-léninisme\u201d véhiculé ici, mais les théories les meilleures ont besoin d\u2019une lucide adaptation aux réalités concrètes.Le marxisme ne peut aller vers l\u2019avenir que par les chemins réels.Il est attristant de constater que les m.-l.tournent le dos aux besoins des Ss OT tm che re es ss 0 ao =\u2014 - 141 masses, prennent pour règle d\u2019ignorer l\u2019univers du quotidien, celui des luttes immédiates.Nos avant-gardes n\u2019ayant rien d\u2019autre à faire que de répéter les principes du marxisme-léninisme, se dénoncent les unes les autres, se concurrencent et n\u2019agissent que sous la pression du défi qu\u2019elles se lancent.Cela donne un mouvement de sectes dirigeant leur course par des manoeuvres d\u2019en haut; leur démarche est atteinte de toutes les dépravations du sectarisme a outrance: autoritarisme, fractionnisme, intrigues, étroitesse de vues, intolérance, duplicité.Le sentiment de possession de la vérité cache une trop évidente volonté de puissance.Combien de fois, dans les groupes d\u2019études depuis les CAP jusqu\u2019a aujourd\u2019hui, n\u2019a-t-on pas vu de jeunes militants encore verts en mettre plein la vue a leurs camarades souvent plus agés et plus expérimentés qu\u2019eux, a seule fin de les éberluer et les dominer avec leur savoir théorique.C\u2019est encore le cas de bien des \u2018\u2018implantés\u201d, pourtant plein de bonne volonté, qui ne peuvent se faire entendre des travailleurs parce que leur langage marxiste camoufle une arrogance et un esprit qui demeurent étrangers à la conscience prolétarienne.Rien ne garantit le succès du marxisme chez nous, même pas sa valeur scientifique.Le développement du marxisme est un processus expérimental, un processus qui est donc en cours.S\u2019il échoue, seuls les marxistes seront à blâmer: le fait de s\u2019être présentés comme les détenteurs de la vérité, de l'unique science, de la seule ligne juste, y aura largement contribué.Ce que l\u2019on peut le moins pardonner aux m.-l., c\u2019est de compromettre eux-mêmes l\u2019implantation du marxisme au Québec.Ces réflexions ne sont qu\u2019en apparence une démarche individuelle.Elles doivent beaucoup à d\u2019autres.Elles n\u2019ont pu être formulées et dégagées que parce qu\u2019elles circulaient déjà à l\u2019état latent ou parce qu\u2019elles sont ravalées et tues sous la menace d\u2019excommunications ou d\u2019ostracisme.Ce texte a aussi une valeur d\u2019autocritique, parce qu\u2019il se veut inventaire lucide et sans omissions.J\u2019ai moi-même contribué à répandre l\u2019idéalisation criti- 142 quée ici, celle de l\u2019implantation.S\u2019il reste encore partiel et inachevé, c\u2019est que les circonstances m\u2019y obligent.Il faudrait beaucoup plus de temps que je n\u2019en dispose pour approfondir et étayer cet essai politique.Dans sa forme actuelle, il reflète un cheminement sinueux, fait de rebroussements où les réflexions s\u2019entrecroisent et tournent quelquefois sur elles-mêmes.L'\u2019histoire de notre travail politique est une histoire pleine de détours et de retours, en raison de nos propres insuffisances, en raison aussi des enseignements que les faits ne manquent pas de nous apporter.Toutes nos expériences, si elles sont correctement systématisées, concourrent à nous faire progresser.C\u2019est un progrès que de voir éclater le mythe d\u2019avant-garde dans lequel nous nous sommes fixés si longtemps.C\u2019est un progrès de comprendre pourquoi cette prétention, fondée sur la propriété du savoir m.l., nous a porté à aborder les ouvriers de l\u2019extérieur.\u201cLeçon amère, cuisante, pénible, mais nécessaire, utile, bienfaisante!\u201d Lénine.En adoptant le schéma organisationnel de \u2018\u201cQue faire?\u201d\u2019, nos méconnaissants croient s\u2019inspirer de Lénine.Ils ne savent pas qu\u2019en 1902, Lénine ne faisait que répéter la leçon du maître Kautsky: \u2018Le socialisme et la lutte de classe surgissent parallèlement et ne s\u2019engendrent pas l\u2019un et l\u2019autre.\u201d Ce qui caractérise la formulation de Kautsky reprise par Lénine dans \u2018Que faire?\u201d, c\u2019est qu\u2019elle analyse la fusion du socialisme et du mouvement ouvrier en termes mécanistes.Le socialisme et la lutte de classe du prolétariat sont considérés comme deux effets indépendants des rapports économiques.Ce parallélisme renvoie non aux conditions d\u2019une conjoncture déterminée, mais à la structure de la société capitaliste, qui fait que le \u2018\u2018porteur de la science n\u2019est pas le prolétariat, mais les intellectuels bourgeois\u201d\u2019.D\u2019un côté le mouvement ouvrier, de l\u2019autre le mouvement socialiste.Chacun des éléments du mouvement révolutionnaire est rapporté à l\u2019existence d\u2019un \u20ac cri song tion.dh ue: l'nté .143 groupe social distinct: d\u2019un côté les ouvriers, de l\u2019autre les intellectuels.Le socialisme semble se constituer hors de la lutte de classe, hors de la parole et de l\u2019_écriture en actes des travailleurs eux-mêmes, hors de leur pratique sociale.Le dogmatisme, cette lèpre de l\u2019esprit, mange la face et les mains de l\u2019intelligence.Le marxisme, théorie critique de la société, devient alors une caricature mensongère qui cache une vaste entreprise de démoralisation.Ce qu\u2019il y a de pressé, d\u2019urgent pour nous aujour- d\u2019hui, c\u2019est de barrer la route à cette démagogie politique; c\u2019est de stopper ce détournement du sens et de l\u2019intelligence du marxisme.Gordon Lefebvre Radio Gentreville Pour une radio véritablement démocratique Les lecteurs de Chroniques se souviennent sûrement qu\u2019au mois d\u2019avril dernier deux permanents de Radio Centreville avaient accordé une entrevue à propos de la nécessité de mettre sur pied une structure démocratique pour les usagers de ce média communautaire.Cette entrevue coincida avec le début d\u2019un affrontement capital pour l\u2019existence du caractère communautaire de CINQ-FM, puisque quelques jours plus tard le permanent à la programmation portugaise depuis 1972, fut congédié sans consultation par le Conseil d\u2019administration de Radio Centreville.(RCV diffuse en cinq langues: Portugais, Grec, Espagnol, Anglais et 65\u201c« en langue française.) Le comité pour la démocratisation profite de l\u2019intérêt manifesté par Chronique à RCV pour informer ses lecteurs de l\u2019évolution de la lutte que mènent présentement plusieurs groupes populaires pour une radio véritablement communautaire qui soit la propriété collective des citoyens et de leurs organisations.Cette information est largement diffusée dans le but de mettre en place des mécanismes de participation des groupes populaires pour qu\u2019ils participent à la transformation de RCV, c\u2019est-à-dire à la naissance d\u2019une radio véritablement communautaire qui ne se contente pas d\u2019ê- tre seulement non commerciale.hi Ja i SH R 13h HA 18 11 3 Un R Mt: ' i i A \u2018He fo N gli Ha Hi.Hi = SAR Riri) 145 RADIO CENTREVILLE n\u2019est pas une radio communautaire Radio Centreville s\u2019est toujours dite radio communautaire.Mais saviez-vous que Radio Centreville, depuis le début, est dirigée par quelques petits administrateurs qui n\u2019ont jamais accepté la participation des permanents et des bénévoles, la participation des organisations populaires et des citoyens aux prises de décisions?Saviez- vous que, pour la deuxième fois dans l\u2019histoire de Radio Centreville, les équipes francophones se font mettre à la porte pour avoir exigé le respect du fonctionnement démocratique de la radio?Pourtant Radio Centreville, dans ses propres statuts et règlements, dans ses promesses au C.R.T.C.(Conseil de la radio et de la télévision canadienne) s'engage à ce que la radio soit la propriété collective des citoyens de la communauté dans laquelle la station diffuse et propriété collective; ça veut dire le contrôle complet des citoyens sur la radio: contrôle à tous les niveaux du fonctionnement.(Structure, administration, financement, programmation, technique, etc.) Les promesses de Radio Centreville disaient aussi que la radio devrait servir \u2018\u2018aux couches défavorisées\u2019\u2019 de la population.Ce principe de propriété collective est à l\u2019opposé du fonctionnement actuel de Radio Centreville et cette radio nous trompe en nous disant qu\u2019elle est communautaire.Il n\u2019y a pas de place pour nous à la radio commerciale ni à la radio d\u2019Etat La radio commerciale a un propriétaire-patron qui décide de tout dans le seul but de ses intérêts financiers.Et tout est bon pour parvenir à ses fins: information minimale et complètement biaisée, publicité de plus en plus racoleuse et envahissante, programmation abrutissante, sans oublier l\u2019exploitation des travailleurs de son entreprise.Les propriétaires de radio sont connus pour leur anti-syndicalisme.(cf.Radio-Mutuel).Et, la radio commerciale ça rapporte! 146 Quand on prend connaissance aussi des monopoles importants qui se partagent \u201cle marché\u201d des mass-mé- dia (Power Corp., Radio-Mutuel, Télé-Média, T.V.A.etc.), on constate que l\u2019information est réellement contrôlée par un très petit nombre de personnes qui nous cachent la réalité, qui nous aliènent pour pouvoir mieux nous exploiter.Par rapport à ces média commerciaux, notre rôle à nous, les petits travailleurs, les ménagères, les assistés sociaux, les travailleurs immigrés, les étudiants, se résume à celui d\u2019auditeur passif ou de participant occasionnel aux lignes ouvertes ou à de minces émissions tant que ça ne remet pas en cause de près ou de loin les intérêts du propriétaire: Ces média commerciaux ne défendront jamais nos intérêts et la radio d\u2019Etat fonctionne exactement sur le même modèle.On sait que les travailleurs des média luttent pour dénoncer cette concentration alarmante des moyens de communications, qu\u2019ils luttent pour le droit à la liberté de presse, le droit d\u2019avoir au moins leur mot à dire dans le fonctionnement de leur boîte.Dans l\u2019information, comme ailleurs, il faut s\u2019organiser Face à cette mainmise totale de la classe bourgeoise sur les média, nous pouvons nous donner des moyens de défense, des outils d\u2019information, d\u2019éducation, de diffusion, de lutte, et une radio communautaire peut devenir l\u2019un de ces outils.Comme dans nos co-op, nos cliniques populaires, nos ateliers populaires, nos syndicats, etc., une radio communautaire servira véritablement nos intérêts et nos goûts aux conditions essentielles que nous puissions la posséder et la contrôler.Et, c\u2019est possible si cette radio fonctionne avec une structure de participation démocratique de la population, c\u2019est-à-dire avec des membres qui se réunissent en assemblée générale souveraine; qui décident de l\u2019orientation générale, du financement, de la programmation, 147 des structures de la radio; qui élisent un conseil d\u2019administration (c.a.) représentatif de la population.Radio Centreville n\u2019est pas une radio communautaire Radio Centreville a obtenu son permis du C.R.T.C.en 1974, après avoir promis que cette radio serait sous le contrôle de la population à travers une assemblée générale représentative.Trois ans plus tard, en 1977, il n\u2019y a pas encore de membres, ni d\u2019assemblée générale représentative, ni de c.a.élu.Il y a quand même une direction formée en bonne partie des initiateurs de RCV.\u2014 Mais cette direction n\u2019a jamais été élue, donc ne nous représente absolument pas.\u2014 Cette direction n\u2019a jamais tenté de nous intégrer aux prises de décisions.\u2014 Cette direction prend des décisions sans aucune consultation.\u2014 Cette direction profite de la non-syndicalisation des travailleurs pour congédier arbitrairement le permanent portugais et toute l\u2019équipe francophone au printemps 77.\u2014 Cette direction n\u2019a jamais tenu compte des dizaines de demandes de membres qui lui ont été adressées, d\u2019une longue pétition des citoyens du quartier en mai 1977 qui exigeaient une assemblée générale démocratique.\u2014 Cette direction s\u2019est arrogé le pouvoir jusqu\u2019en 1981.\u2014 Cette direction ne fait-elle pas penser à n'importe quelle direction d\u2019entreprise privée capitaliste?A venir jusqu\u2019a maintenant, Radio Centreville a rendu des services aux organisations populaires.Mais pourquoi Radio Centreville refuse-t-elle notre participation effective aux prises de décisions?Veut-elle mettre des conditions aux services qu'elle rend?Veut-elle garder le choix de mettre fin à ses services\u201d Veut-elle se laisser une porte ouverte à la commercialisation? rer Er AE CE NES cree es I HY \\ (8 3 jt bh A I 148 On a déja vu une radio communautaire s\u2019aligner pour devenir une radio commerciale Vous avez entendu parler de CHUT-FM a Chicoutimi?CHUT a obtenu un permis de radio communautaire, mais CHUT n\u2019a jamais défini a qui elle voulait s\u2019adresser.CHUT a même eu beaucoup de membres, mais qui n\u2019ont jamais été intégrés à une structure de prises de décisions.Le c.a.de CHUT était composé de notables et de professionnels.La direction de CHUT a porté beaucoup plus d'intérêt aux questions de financement qu\u2019aux questions de programmation communautaire.CHUT est devenue une radio de musique et de publicité de prestige.CHUT a fermé en tant que radio communautaire et est en passe de devenir une radio commerciale en bonne et dûe forme.Nous voulons plus qu\u2019un simple service qui pourrait nous échapper au gré des intérêts de quelques individus qui dirigent Radio Centreville.Nous voulons une radio qui nous appartienne et que nous puissions contrôler.C\u2019est à cette seule condition que nous pourrons nous assurer d\u2019un instrument qui répondra véritablement à nos besoins dans les domaines de l\u2019information, de l\u2019auto-éducation, de la mobilisation, des activités culturelles, du divertissement, etc.Et nous, les organisations populaires, les syndicats locaux et les citoyens du centre-ville, sommes les seuls à pouvoir transformer Radio Centreville en radio communautaire.Des actions ont déjà été entreprises (dossiers, pétitions, demandes de membres, participation aux réunions du c.a., plaintes au C.R.T.C., conférence de presse, boycottage de la radio, etc.) et nous devons continuer d\u2019agir avant qu\u2019il ne soit trop tard.Il est essentiel que les groupes populaires, les syndicats locaux, les communautés ethniques et les citoyens du centre-ville intéressés fassent savoir ce qu\u2019ils veulent comme radio et participent aux structures de mise en place d\u2019une véritable radio communautaire.- a OR NO 149 JOIGNEZ-VOUS AU COMITE POUR LA DEMOCRATISATION DE RADIO CENTREVILLE Ce comité est composé de représentants de groupes populaires et de syndicats ainsi que d\u2019ex-travailleurs permanents et bénévoles de la radio et de citoyens du quartier.BOYCOTTONS RADIO CENTREVILLE JUSQU\u2019A TEMPS QUELLE RESPECTE SES PROPRES STATUTS ET REGLEMENTS, SES PROMESSES A LA POPULATION, SON MANDAT COMMUNAUTAIRE.EXIGEONS DE DEVENIR MEMBRE DE RADIO CEN- TREVILLE en envoyant notre demande a Radio Centre- ville, C.P.65, Station G.Montréal.ORGANISONS-NOUS POUR POSSEDER ET CON- TROLER NOTRE RADIO COMMUNAUTAIRE C\u2019EST NOTRE DROIT LE PLUS ELEMENT AIRE! Le comité de démocratisation de Radio Centreville Pour information: 3963 St-Denis, Montréal tél.: 849-4044 (514) m2 2 Ka 2 Ei xs ès der re) est prénoms nds Hs + ask couper 4 rem yt ro TARA: Cr pr SC EHS CAA Er os HERA cry cer oy pre ARIE) prs ind ex ri sce in RURAL ry Ee CAS mers Et TEER EE - Re Sra Cr TE Strieber (xz xz gee, J 22 a\u201d 7 77 a oy .i 7 à 7 \u201cing, a 7 oki 2 7 2 voté 2 7 7 ery £7 2 4 7 wn Ge 7 2 Z 7 we dt A i Ji E: eu E => axe J = = Ma \u2014 = = = = = = Qu | $y N con, A er Bx dec A dan \\ col ra ~ Cra = © La grève des profs à [UQAM |.Préliminaires à une greve de quatre mois\u201d Pour la troisième fois depuis sa création, le syndicat des professeurs de l\u2019Université du Québec à Montréal (SPUQ) entreprend, au mois de mai 1976, une ronde de négociations pour le renouvellement de sa convention collective.Les perspectives ne suscitent pas trop d\u2019optimisme dans les rangs du SPUQ alors que des efforts multipliés de centralisation de la part du Ministère de l\u2019Education via le Siège Social de l\u2019Université du Québec se sont exprimés régulièrement depuis l\u2019ouverture de l'UQAM, par une série de réformes auxquelles le SPUQ s\u2019est constamment opposé.À chaque fois, les professeurs se sont collectivement organisés pour faire échec à ce qui est, de toute évidence, l\u2019imposition d\u2019un modèle \u201cindustriel\u201d d\u2019université et pour sauvegarder ce qui leur semble la raison d\u2019être d\u2019une université publique, la démocratisation.C\u2019est ce principe que défendait, bien qu\u2019imparfaitement, la convention collective qui vient d\u2019étre échue.La partie patronale, de son côté, compte bien, au cours des négociations, faire passer ses projets, plus particulièrement la dernière réforme impliquée, celle qu\u2019on appelle \u2018\u201cDesprés\u201d du nom de son initiateur, l\u2019actuel président du réseau U.Q. 152 Le rapport de force s\u2019organise Le SPUQ n\u2019est pas le seul impliqué dans l\u2019affrontement qui se prépare: six (6) des syndicats du réseau de l\u2019Université du Québec sont concernés.Trois d\u2019entre eux, le SPUQ, le SPUQTR (Trois-Rivières) et le SPUQAR (Rimouski) sont affiliés à la C.S.N.Les trois autres, le syndicat de la DEUOQ (ouest-québécois), le SPUQAC (Chicoutimi) et celui des professeurs de l\u2019INRS (Institut national de recherche scientifique) le sont à la C.E.Q.Par rapport aux nouvelles politiques administratives, les réactions de ces syndicats, en particulier du SPUQ, se précisent rapidement.Au niveau des instances de coordination entre les syndicats, on ressent de plus en plus le besoin d\u2019actions communes afin d\u2019éviter l\u2019isolement des organisations entre elles, alors que l\u2019affrontement avec les administrations semble inévitable et s\u2019annonce très dur.Compte tenu, d\u2019une part, de l\u2019identité des revendications et des conditions de travail, et, d\u2019autre part, de la similitude des rapports avec les administrations locales, et ce dans toutes les constituantes du réseau U.Q., plusieurs font valoir la nécessité d\u2019un projet commun de convention collective.Ce projet est d\u2019abord élaboré au comité de coordination de la négociation (CCNSU) puis discuté dans toutes les constituantes et enfin soumis à l\u2019approbation des assemblées générales locales.Le projet initial du CONSU était la dernière convention du SPUQ (la meilleure du réseau) à laquelle devraient être ajoutées quelques modifications permettant de lever certaines ambiguités et de combler certaines lacunes.Mais l\u2019assemblée générale du SPUQ y apporta un nombre très considérable d\u2019amendements, ce qui eut des effets négatifs d\u2019abord chez les partenaires du CCNSU et par la suite, chez les membres de leurs syndicats.Le projet que doivent défendre les professeurs de toutes les constituantes est, en fait, un projet du SPUQ.Ce projet est finalement complété en avril.Les syndicats du réseau se sont entendus pour déposer conjointement le projet de convention auprès des administrations locales afin d\u2019amorcer les négociations dès le mois tua mi sala Re al Man tique i le It | Savo lon ls ; snd, Dour ë © Doug Ney ley 153 de mai (la convention collective de 1973-1976 expirant le 31 mai).Premières rencontres de négociations Depuis les premières rencontres entre la partie patronale et la partie syndicale pour négocier le nouveau projet, jusqu\u2019à l\u2019ouverture de la session d\u2019automne 1976, au plus une vingtaine de séances de négociation se sont tenues.Entre le moment où le syndicat dépose son projet de convention au mois de mai et le début du mois de juillet, la partie patronale pour sa part a remis par petites tranches au comité de négociation du SPUQ les offres qu\u2019elle entend défendre.Après une brève interruption, les comités de négociation patronal et syndical renouent contact à la fin de juillet.Cependant, les négociations avancent \u201cau pas de puce\u201d.Les quelques accords de principe intervenus entre le syndicat et l\u2019administration locale portent sur des articles qui, tout en n\u2019étant pas insignifiants, ne constituent pas les points majeurs de revendication du syndicat.\u2014 Demandes syndicales: Les demandes syndicales sont de deux ordres: premièrement, ce qui concerne les droits élémentaires du salarié, à savoir, en particulier, la définition de la charge et des conditions de travail, les mécanismes relatifs à l\u2019évaluation des salariés et à l\u2019acquisition de la permanence, le respect des libertés académiques et politiques et la non-discrimination, les classes salariales et les procédures de grief; deuxiemement, ce qui concerne la nécessaire \u2018\u2018démocratisation\u201d de l\u2019université, à savoir l\u2019autonomie départementale comme garant d\u2019une volonté collective exprimée démocratiquement au sein des assemblées départementales, la reconnaissance du syndicat comme porte-parole officiel des professeurs pour tout ce qui les concerne, enseignement, recherche et conditions de travail, et finalement l\u2019extension des pouvoirs et des compétences de la Commission des Etudes, \u2018\u2018principal organisme responsable de l\u2019enseignement et de la recherche\u201d où les professeurs sont actuellement en majorité. 1 A A i 3 | iB 154 \u2014 Offres patronales: Pour l\u2019essentiel de ces revendications, les propositions avancées par la partie patronale au cours de l\u2019été sont inacceptables car elles vont jusqu\u2019à menacer directement les droits acquis par les professeurs de l'UQAM (et de l\u2019ensemble du réseau) dans les luttes syndicales qui ont marqué les négociations des première et deuxième conventions.Sur le fond, les positions patronales, à travers les propositions avancées à la table, visent à isoler le syndicat en le cantonnant à son rôle de défenseur des conditions de travail prévues au code du travail et en refusant désormais qu\u2019il représente les profes- \u2018seurs dans les divers organismes de l\u2019Université, et en particulier a la Commission des Etudes.L\u2019administration de l'UQAM, exprimant de toute évidence les volontés du Siège Social de l\u2019U.Q., entend reprendre en entier ses droits de gérance sur la Commission des Etudes à propos de laquelle le dépôt patronal ne fait d\u2019ailleurs aucunement référence.De plus, l\u2019autonomie et les pouvoirs des assemblées départementales sont sérieusement remis en cause, particulièrement tout ce qui concerne la tâche, l\u2019évaluation, le rôle des directeurs de département.L\u2019administration de l'UQAM souhaite, par ailleurs, établir des règles pour l\u2019acquisition de la permanence qui laissent libre cours à l\u2019arbitraire le plus complet.Les promotions, selon cette politique, sont laissées à la discrétion du vice-recteur.Dans le nême ordre d\u2019idées, l\u2019évaluation des professeurs échappe, si nous acceptons les offres patronales, à tout contrôle des enseignants et des étudiants et est complètement soumise aux diktats de l\u2019administration.Au niveau de la tâche de travail, les dispositions suggérées par l\u2019administration visent à augmenter la charge globale des professeurs, à exercer un contrôle que les professeurs allouent à chacune des composantes de leur tâche et à créer diverses catégories de salariés en les cantonnant dans des fonctions exclusives soit d\u2019enseignement, soit de recherche.Selon les termes des propositions patronales, les décisions de l\u2019administration touchant plusieurs aspects importants des conditions de travail ne peuvent plus faire l\u2019objet de grief de la part du syndicat; elles apparaissent univoques et sans appel.loc soi Cons d'ao ls Clio d'en octo Ming aan fae Time: aig tem thay Paty art 155 Nouvelles tactiques syndicales 1) Dépôt de contre-propositions: Dans la première semaine du mois d\u2019août, le comité de négociation reçoit le mandat de déposer des contre- propositions sur, principalement, les articles touchant la reconnaissance syndicale, les libertés politiques et académiques, l\u2019embauche, l\u2019évaluation et les congés.Malgré cela, l\u2019administration maintient ses positions contenues dans le dépôt initial.Elle demeure inflexible et ses propos à la table de négociation démontrent qu'\u2019elle est décidée à imposer sa politique en ce qui touche la représentation aux organismes de l\u2019Université, les fonctions du personnel enseignant, la permanence et l\u2019évaluation.Face à un tel blocage, le comité de négociation syndical réclame de nouvelles propositions sur tous les articles, ce qui lui est refusé.Les dernières rencontres à la table ont donc fait la preuve que primo, la partie patronale n\u2019est pas disposée à négocier, que, secundo, au niveau local elle n\u2019a aucun pouvoir pour négocier quoique ce soit, et que, tertio, elle recherche délibérément une épreuve de force.2) Demande de conciliation: Cette situation ne vaut pas seulement pour l'UQAM.Des blocages se produisent dans l\u2019ensemble du réseau de l\u2019U.Q.Partout la négociation mène à un cul-de-sac.Dans ces circonstances, le CCNSU propose que chaque constituante demande la conciliation dès le début du mois d'août, pour qu\u2019elle soit effective dès le 11 août.Seuls les syndicats FNEQ (CSN) se conformeront à cette décision.Ainsi, les syndicats peuvent, si aucune possibilité d'entente n\u2019intervient, se mettre en grève vers la mi- octobre.À Chicoutimi c\u2019est la partie patronale qui demande la conciliation dès le début du mois de juillet, avant même qu\u2019il y ait négociation.Elle peut de la sorte faire planer au-dessus de la tête des professeurs des rumeurs d\u2019un lock-out possible pour la rentrée universitaire de septembre, c\u2019est-à-dire 60 jours après la demande.Le syndicat des professeurs de 'UQAC n\u2019échappe pas aux procédés utilisés ailleurs par la partie patronale et les négociations trai nent durant tout l\u2019été. 156 Contraint à la conciliation par la partie syndicale, la partie patronale, avec des airs de vierge offensée, a pris l\u2019initiative de rompre les négociations dans tous les cas.À l'UQAM, une seule rencontre a lieu entre les parties depuis la demande de conciliation jusqu\u2019au début septembre.Cette rencontre tenue au milieu du mois d\u2019août, permet à l\u2019administration de faire connaître au syndicat sa position concernant les offres salariales.Ces offres ressemblent à une mauvaise blague.Dans l\u2019ensemble elles sont fort simples.On vous offre la loi Trudeau appliquée à l\u2019échelle des salaires de la convention de 1973-1976.Rien de nouveau sous le soleil du réseau: l\u2019offre qui nous est faite a déjà été déposée un peu plus tôt à Rimouski.L\u2019acceptation d\u2019une telle échelle entraine, à la fin de 1977, une baisse moyenne de $1,200 sur le salaire réel de chaque professeur.Si la demande de conciliation constitute un des premiers jalons utilisés par les syndicats dans l\u2019établissement d\u2019un rapport de force, elle ne permet pratiquement pas de déblocage à cause de l\u2019incapacité des autorités locales à négocier. 157 3) La table centrale de négociation: Au début de septembre, il apparaît de plus en plus clairement que les offres patronales faites aux syndicats des professeurs dans tout le réseau sont rigoureusement identiques (y compris dans la phraséologie et dans les fautes d'orthographe).De toute évidence, les négociateurs des administrations locales ont adopté une stratégie commune.La négociation, du côté patronal, fait l\u2019objet d\u2019une politique étroitement contrôlée, coordonnée et centralisée au sommet, suivant l\u2019esprit de la réforme \u2018\u2018Després\u201d.Par rapport à la stratégie patronale, la nécessité de discuter de la mise sur pied d\u2019une table centrale se fait sentir plus fortement dans les syndicats du réseau.Elle apparait comme une alternative afin d\u2019éviter l\u2019impasse vers laquelle nous achemine la véritable partie patronale, celle du Siège Social de l\u2019U.Q.Bien qu\u2019effectivement discutée, notamment dans les rencontres au niveau du CCNSU, la table centrale de négociation ne sera jamais effective.Au niveau du comité de coordination, les représentants du SPUQ proposent, environ un mois après la demande de conciliation, que la négociation se fasse localement avec le conciliateur jusqu\u2019à la fin septembre et que si cela devient nécessaire, la table centrale soit alors exigée.À cette rencontre du CCNSU, qui se tient au début de septembre, les représentants des professeurs de chaque constituante s\u2019entendent sur les contrepropositions communes à apporter et à défendre aux tables locales de négociation.Le SPUQ organise sa structure d\u2019appui et sa mobilisation Devant l\u2019impossibilité de faire déboucher les négociations à la table et sur proposition de l\u2019exécutif, le Conseil syndical du 25 août met sur pied les comités d\u2019appui à la négociation.Cette structure d\u2019appui sera composée de cinq comités: \u2014 un comité d\u2019information, dans un premier temps composé de trois personnes dont l\u2019une a comme tâche d\u2019assurer la liaison avec la structure d\u2019information au niveau du réseau, l\u2019autre, l\u2019information auprès des professeurs de l'UQAM, et la troisième, les relations avec la presse; 158 \u2014 un comité de mobilisation susceptible de se transformer le cas échéant en comité de piquetage; comme personne n\u2019accepte alors la responsabilité de ce comité, la tâche est assumée temporairement par les responsables de la structure d\u2019appui; \u2014 un comité de liaison des groupes de 'UQAM ou sont représentés le syndicat des employés de soutien (SEUQAM), \u2019association des étudiants (AGEUQAM), le SPUQ), auquel viendra se greffer le syndicat des chargés de cours (SCCUQ); \u2014 un comité de trésorerie dont l'objectif est d\u2019aménager les finances du SPUQ, notamment en cas de grève; \u2014 un secrétariat, responsable de la logistique des activités du syndicat en cas de grève.Cette structure d\u2019appui est sous la responsabilité de l\u2019exécutif du syndicat.Elle doit préparer les troupes à l\u2019affrontement avec l\u2019administration, ce qui apparaît de moins en moins évitable.Tout un travail reste à faire tant au niveau de l\u2019information et de la mobilisation des professeurs qu\u2019au niveau de la coordination avec les autres groupes de l'UQAM.Au mois de juillet, l\u2019exécutif avait préparé un numéro spécial de son organe d\u2019information le \u201cSPUQ \u2014 information\u201d sur l\u2019état des négociations et particulièrement sur une analyse des offres patronales.À la rentrée de septembre, il met en branle une série d'actions visant à informer systématiquement le corps professoral, les employés de soutien et les étudiants des événements passés, présents et à venir concernant la négociation en cours.Dans un premier temps, le comité de négociation met sur pied la parution hebdomadaire d\u2019un bulletin ronéotypé (SPUQ-information-négociation) dont le premier numéro sort dès la première semaine de la rentrée universitaire.Ces bulletins sont destinés à l\u2019ensemble des salariés et des étudiants de l'UQAM.Dans un second temps, le conseil syndical du SPUQ propose la tenue d\u2019assemblées de pavillon tripartites (SPUQ, SEUQAM, AGEUQAM) dès la rentrée afin d\u2019informer les autres groupes de l'UQAM de l\u2019état de la négociation et plus particulièrement de l\u2019attitude de l\u2019administration locale et de tout le réseau dans ces les de uni pou tir leu des ls GF res ill Sète era fre ment inp mo frat du?à h ! w | Ett lady 159 négociations, attitude que l\u2019on croit compromettante pour l\u2019année universitaire qui commence.L\u2019exécutif du SPUQ organise en outre une tournée des assemblées départementales durant tout le mois de septembre afin de permettre aux professeurs de mieux connaître leur direction syndicale, puis de recueillir les opinions des membres sur le déroulement de la négociation.Dans certains cas cette tournée a permis la consolidation du syndicat en faisant mieux comprendre les enjeux de la négociation.Enfin, l\u2019assemblée générale statutaire du SPUQ de la rentrée sert d\u2019occasion d\u2019un compte-rendu détaillé du déroulement de la négociation et d\u2019une discussion soutenue au sein du corps professoral sur la légitimité de nos revendications et les moyens d\u2019action à utiliser afin de faire valoir nos intérêts.La situation dans le Réseau à la rentrée de septembre Pendant les deux premières semaines de septembre, les événements se précipitent, sauf bien entendu à la table de négociation.À ce niveau, la proximité de la rentrée universitaire n\u2019a pas permis d\u2019accélérer les discussions pouvant mener à une entente raisonnable sur nos conditions de travail.Au contraire, une seule rencontre a eu lieu durant la première semaine et elle n\u2019a porté que sur des points mineurs de la convention collective.À ce stade, les représentants patronaux laissent traîner les choses, en attendant de toute évidence l\u2019arrivée du conciliateur, prévue pour le 9 septembre.Malgré la conciliation imminente, rien ne permet alors d'espérer un déblocage sérieux de la négociation.Ailleurs dans le réseau, la paralysie est aussi totale, alors qu\u2019à Rimouski les professeurs réunis en assemblée générale réagissent vivement à la proposition de la partie patronale qui vise à imposer trois cours par session.La situation est encore moins reluisante d\u2019une part, à Chicoutimi où l\u2019administration peut décréter un lock-out sans pré-avis à compter du 7 septembre créant ainsi un climat d\u2019incertitude face à la rentrée alors que le syndicat reste fortement divisé sur les objectifs poursuivis et les moyens d\u2019action à entreprendre, d\u2019autre part, à l\u2019INRS où la stratégie de l'administration de l\u2019Université du Québec a comme ef- 160 fet de semer la confusion dans le syndicat des professeurs, syndicat relativement isolé et sans tradition de lutte; ce qui explique pourquoi il est prêt à se résigner à l\u2019acceptation d\u2019offres patronales qui consacrent un statu quo peu enviable en matière de conditions de travail, incluant l\u2019échelle salariale inacceptable déjà offerte à la table UQAM.(Le syndicat des professeurs de l\u2019INRS prendra soin cependant d\u2019inclure dans sa convention collective une clause remorque concernant l\u2019échelle salariale).L\u2019acceptation du projet patronal par les professeurs de 'INRS crée ainsi un \u201cpattern\u2019\u2019 sur certains points susceptible de compromettre les revendications des autres professeurs du réseau de l\u2019U.Q.Enfin, les syndiqués de la DEUOQ se heurtent alors à des positions patronales très dures qui s\u2019expriment dans des offres pires que celles qui sont faites ailleurs, le syndicat s\u2019achemine vers la demande de conciliation.Les délégués des exécutifs syndicaux et des comités de négociation de Montréal, Trois-Rivières, Chicoutimi, Rimouski, Hull et Rouyn, se sont rencontrés durant la première fin de semaine de septembre pour faire le point sur les situations respectives de leurs syndicats dans la négociation et ont étudié les moyens susceptibles de mettre fin à l\u2019impasse.Par la suite le comité de coordination inter-syndical (CCNSU) recommande aux syndicats de l\u2019ensemble des constituantes d\u2019envisager dès ce moment des formes d\u2019action propres à activer la partie patronale.Les participants au CCNSU demandent aux exécutifs des différents syndicats du réseau de solliciter de leur assemblée générale le mandat d\u2019amorcer des moyens de pression pouvant aller jusqu\u2019au déclenchement de trois journées d\u2019étude avant le 20 octobre.Le conseil syndical du SPUQ est saisi de cette proposition présentée au CCNSU et la soumet à l\u2019assemblée générale du 15 septembre.Cette proposition sera acceptée à la presqu\u2019unanimité des professeurs présents.Déclenchement de la grève des professeurs de l\u2019Université Laval Entre temps les professeurs de l\u2019Université Laval, regroupés dans le SPUL déclenchent la grève le 7 septembre.Depuis longtemps insatisfaits de leurs conditions 161 de travail, insatisfaits aussi d\u2019une administration qui refuse systématiquement de les entendre et de donner suite à leurs revendications, dégoûtés par le pourrissement des négociations (commencées en novembre 1975, elles n\u2019ont, après dix mois, encore rien donné), les professeurs de l\u2019Université Laval entrent dans une grève qui va durer presque quatre mois.C\u2019est leur première convention collective, et leurs conditions de travail, y compris leurs salaires, sont laissés à l\u2019arbitraire patronal le plus complet.Elles font traditionnellement l\u2019objet d\u2019ententes verbales individuelles avec les administrateurs et très peu de professeurs peuvent compter sur une sécurité d\u2019emploi minimale: pas de contrat de travail, discrimination salariale, etc\u2026 Les professeurs de Laval se rebellent aussi contre la concentration autoritaire des pouvoirs dans les mains des technocrates universitaires.Ils réclament \u2018\u2018le droit à la compétence des assemblées départementales dans la définition des critères d\u2019embauche, de promotion et de répartition des tâches des salariés.(Voir à ce sujet le document publié par le syndicat des professeurs de l\u2019Université Laval intitulé La grève à Laval, ler déc.1976).Ce qui est en cause là comme dans le réseau de l\u2019Université du Québec c\u2019est aussi la main mise accrue de l\u2019Etat provincial sur l\u2019enseignement et sur la recherche universitaires via les administrations locales.Nous sommes conscients que le conflit de Laval a une assez grande importance pour nos négociations.D\u2019une certaine manière l\u2019administration de l\u2019Université Laval a emboi- té le pas à celle de l\u2019Université du Québec dont les principes centralisateurs, mis en oeuvre par la Réforme Després, sont devenus la modèle politique dont s\u2019inspirent alors toutes les directions universitaires.Le conseil syndical du SPUQ, qui s\u2019est réuni le 9 septembre, manifeste son appui inconditionnel aux professeurs de Laval et leur fait parvenir un télégramme exprimant son entière solidarité.De plus le conseil syndical recommande à l\u2019assemblée générale, fixée au 15 septembre, de charger l\u2019exécutif du SPUQ de prendre les moyens appropriés pour leur venir en aide, y compris la constitution d\u2019un \u2018Front pour l\u2019Université Laval\u201d 162 auquel tous les professeurs de l'UQAM sont invités à participer.Début de la conciliation à l'UQAM A Montréal, la première séance de conciliation mène à un échec.Le négociateur mandaté par le Ministère du Travail, à la demande du SPUQ, pour permettre un déblocage dans les négociations à l'UQAM, rencontre les parties le matin du 9 septembre.Dans son innocence calculée, le conciliateur (en l\u2019occurence Jean Meloche), ne peut que constater, après s\u2019être entretenu à tour de rôle avec les négociateurs patronaux et syndicaux, le nombre impressionnant de questions litigieuses.Lors de cette .séance, les négociateurs de l\u2019Université ont été incapables de produire les textes relatifs aux assurances et aux congés de maladie qui ont pourtant fait l\u2019objet d\u2019une entente verbale lors de la séance de discussion précédente.Ils ne disposent pas de réponse écrite aux contre- propositions du SPUQ déposées antérieurement: embauche, évaluation, congés sabbatiques et de perfectionnement.Les négociateurs patronaux ne consentent à présenter leurs positions que sur le mode verbal et refusent l\u2019échange de propositions écrites.De plus ils s\u2019entétent à refuser un calendrier serré de rencontres pour les semaines suivantes.Toutefois, ils manifestent le désir de tenir des séances de négociation les 14 et 16 septembre, c\u2019est-à-dire les jours précédant et suivant notre assemblée générale statutaire.La partie patronale attend de voir ce qui va se passer à cette assemblée générale, s\u2019imaginant peut-être que les professeurs sur le comité de négociation ne représentent pas nécessairement la majorité des syndiqués, convaincue que nous ne nous soucions guère de voir augmenter la tâche de travail après l\u2019avoir \u2018\u201c\u201csaucissonnée\u2019\u201d\u2019 en douzième, ou de perdre notre représentation à la Commission des Etudes et aux instances de l\u2019Université.Sur cette dernière question précisément, le conseil syndical du 9 septembre demande à notre comité de négociation de discuter en priorité les articles concernant la représentation syndicale et la Commission des Etudes compte tenu du fait que ces clauses sont absentes du projet patronal.En termes peu voilés, le Recteur de l'UQAM, Maurice Brossard, s\u2019explique à ce 163 sujet dans le Devoir du 20 septembre: \u201cLe Conseil d\u2019administration de l\u2019Université du Québec à Montréal a des obligations précises qu\u2019il ne peut abandonner sans manquer gravement à ses responsabilités\u201d.En fait, il ne s\u2019agit pas pour le Conseil d\u2019administration d\u2019abandonner quoi que ce soit mais bien d\u2019empiéter avec ses gros sabots sur nos droits acquis.Le Recteur Brossard affirme que l\u2019administration rationnelle des finances universitaires interdit qu\u2019on associe n\u2019importe qui, n'importe comment, à l\u2019orientation des politiques académiques et que l\u2019intervention des professeurs et des étudiants dans la vie universitaire, par la voie de leurs organisations, compromet la crédibilité de l\u2019institution.Bref, les positions qui se dégagent de sa déclaration ne sont pas nouvelles; les quelques indications concernant la négociation comportent un certain nombre d\u2019inexactitudes et d\u2019exagérations au même titre que les tracts que le bureau de recteur fait parvenir à tous les professeurs depuis le mois d\u2019août (par-dessus de la tête du syndicat évidemment).L\u2019assemblée générale statutaire du 15 septembre réunit un grand nombre de professeurs.Après avoir entendu le comité de négociation énumérer les propositions ré- trogades de l\u2019Université, l\u2019assemblée donne son appui sans réserve au comité de négociation syndical.Elle entérine les propositions venant du conseil syndical antérieur concernant les priorités à fixer dans les négociations en cours, à savoir: les articles 4 et 7 relatifs à la participation des professeurs à la Commission des Etudes et au Conseil d\u2019Administration.Cette demande est formulée sous forme d\u2019ultimatum.Cependant, la partie patronale ne voit pas la nécessité d\u2019y répondre.Elle demeure inflexible sur ces questions.Afin d\u2019accélérer les négociations, dans le cas où aucun accord n\u2019interviendrait à court terme, l\u2019assemblée générale se déclare favorable à l\u2019utilisation de trois journées d\u2019étude pour mettre de la pression sur la partie patronale et montrer la détermination des professeurs.La stratégie de pourrissement de la partie patronale Déjà quatre mois se sont écoulés depuis le début de la négociation.Au milieu de septembre, rien ne laisse pré- 164 sager un règlement dans de brefs délais.Les rencontres avec ou sans la présence du conciliateur ne permettent aucun déblocage.La situation à la table reste plus ou moins stable jusqu\u2019à la rupture des négociations par la partie patronale le 30 septembre.Dans le syndicat, on se rend de plus en plus à cette évidence que la partie patronale utilise comme stratégie le pourrissement de la situation (comme ce fut le cas lors de la grève du SEUQAM six mois auparavant).Le conseil syndical qui se réunit le 23 septembre décide de déclencher une première journée d\u2019étude pour le mardi 28, afin de discuter de nos points de revendication et de la stratégie à suivre compte tenu des dispositions de la partie patronale.Par la même occasion, les étudiants regroupés dans l'AGEUQAM apportent leur appui inconditionnel aux revendications du SPUQ comme ils l\u2019ont fait lors de la grève du SEUQAM.Ils se sentent, à juste titre d\u2019ailleurs, directement concernés par la négociation entre le SPUQ et l'UQAM, car cette négociation touche les questions de la qualité de l\u2019enseignement, le droit de regard sur le contenu et l\u2019orientation des programmes et indirectement la reconnaissance de l\u2019AGEUQAM.Le lendemain de la première journée d\u2019étude, pour la première fois depuis le début des négociations, la partie patronale de l'UQAM présente une contre-proposition.Elle fait \u201csuite\u201d à une première contre-proposition syndicale sur l\u2019évaluation, déposée au début du mois d\u2019août.Pour le comité de négociation, il est impossible de négocier sur la base d\u2019une telle contre-proposition car elle contrevient directement aux acquis des professeurs dans ce domaine.Pour ne donner que quelques exemples, elle remet entre les mains du vice-recteur à l\u2019enseignement et à la recherche le \u2018processus général de l\u2019évaluation\u201d: les critères et procédures d\u2019évaluation; si nous acceptons un tel article, les départements doivent soumettre ces critères au vice-recteur pour approbation, et \u2018la formation des comités d\u2019évaluation dans les différents départements\u2019 relève désormais de sa compétence.Il se réserve le droit de faire \u2018parvenir au comité d\u2019évaluation des rapports sur la qualité des activités du professeur à évaluer qu\u2019il aura sollicités des assemblées départementales, des modules, centres de recher- © che ou de tout autre organisme ou personne ayant utilisé les services du professeur\u201d.La même journée, la partie syndicale fait des contre- propositions sur des articles qui, bien que partiellement réglés, posent certains problèmes sur des points importants comme le paragraphe qui dit que \u2018la reconnaissance de ce droit pour tous\u2019.La partie patronale refuse catégoriquement d\u2019accepter une telle clause dans la convention collective.De même, elle refuse de s\u2019engager à ne pas faire d\u2019offre patronale aux professeurs par-dessus les instances dûment mandatées du syndicat.Il est normal qu\u2019elle refuse une telle clause: depuis le mois d'août le \u201cBureau du Recteur\u201d bombarde les professeurs de mémos devant les \u2018\u2018informer\u201d\u2019 sur l\u2019état de la négociation.Situation générale au début du mois d\u2019octobre Au moment où la partie patronale prend prétexte d\u2019une question mineure à l\u2019article \u201cdivers\u201d pour rompre les négocations, le SPUQ passe avec excellence un premier test sur sa volonté de rendre caduques les manoeuvres de centralisation gestionnaire de l\u2019administration: lors de l\u2019assemblée d\u2019élection de trois représentants des professeurs à la Commission des Etudes, malgré les efforts du département des sciences administratives pour 166 défendre une position patronale en présentant leurs propres candidats, ce sont les candidats ayant accepté d\u2019être mandatés par le syndicat qui sont élus à une écrasante majorité des voix.Forts de cette détermination aussi clairement exprimée, les membres du SPUQ votent en conseil syndical, d\u2019une part, la tenue d\u2019une seconde journée d\u2019étude devant se terminer par une assemblée générale où sera recommandé l\u2019envoi d\u2019un avis de grève et, d\u2019autre part, un mandat au comité de négociation dont l\u2019objectif est de faire connaître au conciliateur et au public l\u2019intention du syndicat de poursuivre les pourparlers sur la base de véritables contre-propositions patronales.Au début d'octobre, les négociations en sont donc au point suivant: blocages sur tous les points majeurs tels: représentation syndicale au Conseil d\u2019Administration et à la Commission des Etudes, la tâche, la reconnaissance syndicale, la liberté politique et académique, l\u2019embauche, la permanence, l\u2019évaluation, les congés de perfectionnement et sabbatique, les congés de maternité et les procédures de griefs; après quatre mois de négociation et si peu de résultats les patrons ne trouvent rien de mieux que de quitter la table pour une futilité.Du côté réseau la nature des échos varie selon les constituantes: pendant qu\u2019à Rimouski une journée d\u2019étude a pas mal de succès avec 65\u201c« de participation et qu\u2019à Trois-Rivières une assemblée générale s\u2019en vote une première; à Chicoutimi la partie syndicale dépose le statu quo que la partie patronale ne daigne même pas accepter.A la DEUOQ, rien ne se passe depuis que les patrons ont rompu les négociations suite a une demande de conciliation de la part du syndicat.Une constante, cependant, ressort des états respectifs des négociations dans le réseau: les parties patronales semblent avoir adopté une attitude commune, a savoir celle de faire en sorte d\u2019étirer les discussions sur des points mineurs, comme a Rimouski, ou de rompre carrément les négociations sous n\u2019importe quel prétexte, une attitude donc qui laisse entrevoir leur volonté de ne pas négocier et de faire pourrir les conflits.Une conséquence de cette attitude patronale pour les \u2014 ev row cas \u2014 5p>.-=\u2026 = \u2014 es ey 167 syndicats est, selon une résolution antérieure du CCN SU, de réactiver les discussions sur la nécessité d\u2019une table centrale pour renforcer les positions syndicales face à une offensive qui, de toute évidence, est orchestrée par le Siege Social U.Q.Au CCNSU du ler octobre, toutefois, l\u2019entente se fait davantage sur une coordination au niveau des actions et des contre-propositions à déposer aux tables respectives, que sur une mobilisation visant la table centrale.Cette mobilisation, justement, est, dans la plupart des constituantes, un problème plus ou moins majeur selon les cas, mais toujours importun lorsqu\u2019il s\u2019agit de prendre des orientations d'action.Notre arme ultime: La Grève La journée d\u2019étude du 6 octobre prend la forme d\u2019une plénière au cours de laquelle les syndiqués discutent des moyens d\u2019action à envisager face à l\u2019intransigeance patronale, et en particulier de la grève, éventualité qui s\u2019avère de plus en plus probable.Contrairement à ce qui s\u2019est passé lors des négociations des deux premières conventions collectives, la partie patronale semble vraiment décidée à, d\u2019abord, casser la force syndicale du SPUGQ, et, ensuite, étendre son droit de gérance à toutes les instances universitaires selon le pattern désigné par la réforme \u2018\u2018Després\u201d, et ce d\u2019autant plus que les décisions sur le contenu de ce qui doit être négocié lui échappent.L\u2019ensemble des syndiqués se rendent compte qu\u2019une dure lutte se prépare.Par contre, tous ne sont pas convaincus de la nécessité immédiate d\u2019une grève; il semble à plusieurs que tous les moyens d\u2019action n\u2019ont pas encore été utilisés, et ils hésitent à se lancer dans l\u2019offensive \u2018\u2018ultime\u201d\u2019.Mais l\u2019impasse est totale.Les syndiqués se rendent compte que l\u2019administration de l'UQAM ne veut pas ne- gocier de bonne foi.Aucun point important de la convention n\u2019a été vraiment discuté.L\u2019assemblée générale du 6 octobre vote donc à 92©o l\u2019envoi de l\u2019avis de grève.Et dans le même élan, elle réitère sa participation à la journée de grève générale contre les loi C-73 et C-64 prévue pour le 14 octobre.Suite à une réunion des directeurs de modules, de départements et des vice-doyens, où sont discutées des RER TER MHRERSIN INRA 168 questions de moyens à prendre pour accélérer les négociations et peut-être éviter la grève, une conférence de presse est organisée par des représentants de ces derniers au cours de laquelle sont dénoncées les manoeuvres de l'administration de l'UQAM pour prolonger les conflits de travail et, causer ainsi un tort considérable à la qualité des enseignements donnés aux étudiants.Cette première rencontre se veut l\u2019amorce d\u2019un regroupement des syndiqués occupant des postes de direction.L'envoi de l\u2019avis de grève, la conférence de presse puis la journée d\u2019étude du 14: toutes ces actions demeurent vaines.Nous sommes le 15 octobre, à trois jours du moment où le SPUQ peut légalement déclencher la grève et les négociations n\u2019ont toujours pas repris.Afin de démontrer sa volonté de négocier et d\u2019éviter la grève, la partie syndicale prend l\u2019initiative d\u2019une reprise des pourparlers sur la base d\u2019un compromis de taille: en contre-proposition elle dépose le statu quo de Trois- Rivières sur l\u2019article concernant la représentation des professeurs à la Commission des Etudes et au Conseil d\u2019Administration (parce que contrairement au statu quo de Montréal, il reconnaît le principe de la représentation syndicale à ces organismes), et le statu quo de Montréal sur les articles concernant les pouvoirs et les prérogatives de la Commission des Etudes et les procédures de griefs.Par contre, au matin du samedi 16 octobre, chaque professeur reçoit, à domicile, une copie des offres patronales \u201cfinales\u201d et \u2018\u2018globales\u201d, dans les grandes lignes identiques aux positions initiales.Les discussions qui ont lieu entre les deux parties pendant cette fin de semaine viennent confirmer le fait que l\u2019administration \u201cne veut pas bouger et qu\u2019elle refuse même les compromis proposés par le SPUQ.À la détermination des patrons de vouloir imposer des conditions inacceptables, de poursuivre leurs manoeuvres antisyndicales, de refuser de négocier, les syndiqués opposent leur détermination lutter pour obtenir une convention collective décente: l\u2019assemblée générale du 17 octobre, ils rejettent à 81\u201c: les offres patronales, et votent à 62°c le déclenchement de la grève pour le lendemain matin.à à - 169 Ce pourcentage relativement faible en faveur de la grève résulte en partie d\u2019une erreur grave commise par l\u2019exécutif du syndicat.Lors de l\u2019assemblée générale du 6 octobre, l\u2019exécutif avait reçu le mandat d\u2019envoyer au ministère du travail un avis de grève à tous les jours jusqu\u2019à la prochaine assemblée générale, de sorte que le débrayage puisse être déclenché au moment voulu par les syndiqués.Cependant, après consultation, l\u2019exécutif apprenait que le dernier avis envoyé annulait automatiquement le précé- dent.Après un examen de la situation, il décidait de n\u2019envoyer qu\u2019un seul avis de grève; ce qui d\u2019une certaine manière forçait les professeurs à, soit voter la grève pour le 18 octobre, soit attendre un autre huit jours avant de la déclencher.L\u2019erreur de l\u2019exécutif a été de ne pas expliquer clairement la situation aux membres de l\u2019assemblée, provoquant ainsi une certaine confusion et le sentiment chez plusieurs d\u2019avoir été manipulés et forcés de voter la grève pour un moment déjà déterminé.Ginette Rochon Pierre-Y ves Soucy * Ce texte reprend largement les documents publiés dans le cadre du SPUQ (SPUQ-Information, etc.) entre les mois de juillet et octobre 1976.Il est la deuxième version d\u2019un document réalisé dans le cadre des ateliers du SPUQ sur le bilan de la grève.Les remarques formulées par les professeurs syndiqués ont permis d\u2019améliorer et de compléter sur beaucoup de points cet écrit. es CAD ; bs GE a 7 de 1 2 i GE fai Zr i ter i\u201c % Fi il a i ; tar ral CE _ qu Ve, 7 GE me 2 Dre A HE 228 TES] Le i de \u201cx 4 se ARE 7 [§ py CLÉ Que da Ë de Ea % $ En VE, au cale ao, $ verra fed sd Mn pr fm cé ou du Crème cara i OR 2.Portrait d'un conflit Le 17 octobre 1976, l\u2019assemblée générale du Syndicat des Professeurs de l\u2019Université du Québec à Montréal (S.P.U.Q.) votait a 62°¢ de ses membres, donc avec une faible majorité, la grève générale.Il y eut alors des interprétations variées du rapport de forces.Chacun y allait de son interprétation, et même ceux qui étaient les plus près de la vérité pensaient que la grève se terminerait vers la mi-décembre, donc durerait deux mois.Ce qui démontre, encore une fois, que lorsqu\u2019on fait une grève, on sait quand on sort, mais on ne sait jamais vraiment quand on pourra rentrer.Car on ne peut vraiment prévoir avec certitude l\u2019issue, quant à sa durée et ses résultats, d\u2019un rapport de forces aussi complexe: S.P.- U.Q., d\u2019une part, mais aussi le Syndicat des Employés de l\u2019Université du Québec a Montréal (S.E.U.Q.A.M.), l\u2019Association générale des Etudiants de l\u2019Université du Québec à Montréal (A.G.E.U.Q.A.M.) - auxquels viendra s'ajouter plus tard le Syndicat des Chargés de Cours de l\u2019'U.Q.A.M.(S.C.C.U.Q.) - la Fédération nationale des Enseignants du Québec (F.N.E.Q.), les Centrales syndicales, \u2026 et, d\u2019autre part, l\u2019administration de l\u2019université du Québec à Montréal (U.Q.A.M.), mais aussi le siège social, le ministère de l\u2019Education, le Gouvernement.Les deux principales forces en présence, S.P.U.Q.et administration de 'U.Q.A.M., se disputent cette masse informe qu\u2019est l\u2019opinion publique, car celle-ci oriente le Gouvernement dont les inévitables interventions, lorsqu\u2019il y a grève dans le secteur public, sont toujours ex- trèmement importantes.HTN R IL RÉ EE RER ARE PAPERS ERR HI 172 Le syndicat des professeurs de l\u2019Institut National de Recherches scientifiques (S.P.IN.R.S.), affilié à la C.E.Q., qui était venu au Comité de Coordination des Négociations du Secteur universitaire (C.C.N.S.U.) de l\u2019Université du Québec (U.Q.) dans l\u2019intention d\u2019obtenir le projet de convention collective que nous avions préparé, signait en septembre une convention qui, même si on tient compte des structures particulières de l\u2019I.N.R.S., était bien en deçà de nos demandes.(1) Le syndicat de l\u2019Université du Québec a Chicoutimi (S.P.U.Q.A.C.), affilié a la C.E.Q., fit pire.Le comité de négociation syndical, de connivence avec la partie patronale (dont la tête dirigeante était un comité dirigé par Després et constitué des recteurs de toutes les constituantes du réseau), tenta de faire accepter par son assemblée générale, quelques jours seulement apres notre sortie en greve, les mémes offres patronales que nous venions de rejeter, mais l\u2019assemblée vota 16 amendements a ce projet et retarda ainsi son acceptation.Un mois et demi plus tard, l\u2019assemblée générale du S.P.U.Q.A.C.acceptait le projet avec des modifications mineures, mais le sursis que nous avions alors déjà gagné nous fut d\u2019une aide précieuse.Les autres syndicats du réseau eurent au moins le respect d\u2019attendre.Le syndicat de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (S.P.U.Q.T.R.), affilié a la F.N.E.Q., ne s\u2019était pas relevé d\u2019une grève de six semaines exercée lors de sa première négociation comme membre de la C.S.N.Il avait alors obtenu que l\u2019assemblée d\u2019élection à la Commission des Etudes (C.E.) ne soit dirigée que par le syndicat (la petite clause de l\u2019article 4 de la convention de Trois-Rivières que nous n\u2019avons toujours pas) et que l'équivalent de 10 à 12°« de la masse salariale soit consacré aux congés sabbatiques et de perfectionnement (nous l\u2019avons gagné lors de notre dernière grève).Les militants de l\u2019Université du Québec à Rimouski (S.P.U.- Q.A.R.), syndicat affilié à la F.N.E.Q., réussirent à convaincre leur assemblée générale de voter quatre journées (1) Cette convention contenait une clause remorque sur les salaires: toute augmentation supérieure obtenue par un autre syndicat de l\u2019U.de Q.serait automatiquement intégrée à leur échelle salariale.Pas très solidaire, ce syndicat est toutefois prudent et intéressé.(i + 173 d\u2019étude et le versement au S.P.U.Q.de l'équivalent de la paie d\u2019une journée de travail ($10,000.00), mais l\u2019Assemblée de leur syndicat rejetta à 60\u201c: la proposition de grève qu\u2019ils lui présentèrent.Le syndicat des professeurs de Hull et de Rouyn-Noranda, affilié à la C.E.Q., attendit lui aussi, et fit après notre retour au travail deux jours de grève pour obtenir les acquis de notre très longue et très difficile grève.Le comité des recteurs avait donc réussi, comme six mois plus tôt avec le S.E.U.Q.A.M., à isoler l\u2019'U.Q.A.Met à faire porter tout le poids du conflit sur un syndicat.Nous avions pourtant tenté de créer un front commun des syndicats de professeurs de l\u2019U.du Q.pour négocier à une table centrale.Mais l\u2019expérience du S.E.U.- Q.A.M.nous rendit prudents: il avait négocié en front commun pour se retrouver en grève seul et isolé, puis contraint de retourner au travail, au bout de six semaines, sans gain substantiel.Nous décidâmes donc de commencer à négocier à une table locale, conservant pour l\u2019automne la possibilité d\u2019exiger la table centrale si, et seulement si, les autres syndicats de professeurs de l\u2019U.de Q.étaient mobilisés et prêts à l\u2019imposer.Toutefois, à la décharge de ces syndicats, il faut avouer que de projet de convention collective \u2014 qui était commun \u2014 et l\u2019échéancier de la mobilisation avaient été surtout façonnés par le S.P.U.Q.et ne répondaient pas nécessairement aux attentes des professeurs des autres constituantes de l\u2019U.du Q.(2) La grève des professeurs de l\u2019Université Laval, dont le syndicat est affilié à la Fédération des Associations des Professeurs des Universités du Québec (F.A.P.U.Q.), nous fut utile.Elle démontrait, par sa présence même, que le conflit à l'U.Q.A.M.ne s\u2019expliquait pas par les structures \u201cparticulières\u201d de notre Université ou par l\u2019existence d\u2019un syndicat trop intransigeant.Car il fallait aussi répondre à une campagne de presse, commencée avec l\u2019affaire Couture (qui deviendra par la suite et pour un temps Ministre du Travail), orchestrée par la haute administration de l\u2019U.Q.A.M.et fortement épaulée par les dirigeants (2) Mème pour une fraction non négligeable du S.P.U.Q., le premier projet syndical, S-1, contenait des revendications jugées excessives. 174 du département d\u2019administration (Serruya, Miller, Simon, .), campagne visant à discréditer le S.P.U.Q.en le faisant passer pour un syndicat \u2018\u2018marxiste\u201d\u2019 constitué de \u201cdoctrinaires\u201d et de \u2018\u2018farfelus\u201d\u2019.Nous avons cependant pu compter sur l\u2019existence de la traditionnelle solidarité, à l'U.Q.A.M., entre le S.P.U.Q,, le syndicat des employés (S.E.U.Q.A.M., S.C.F.P., F.T.Q.et l\u2019Association des étudiants (A.G.E.U.Q.A.M., A.N.E.Q.) (3).I y eut évidemment des discussions entre les représentants de ces organisations, et des conflits particulièrement pénibles entre les représentants du S.P.U.Q.et ceux du tout nouveau groupe qui s\u2019est constitué à l\u2019occasion et par notre grève: le S.C.C.U.Q.(F.N.E.Q.).Mais même ces conflits ont été secondaires par rapport à l\u2019essentielle solidarité des quatre groupes face à notre patron commun.Nous avons aussi pu nous appuyer sur la F.N.E.Q.(l\u2019aide financière de ses syndicats locaux, dont la majorité oeuvre dans les C.E.G.E.P.s, nous fut particulièrement utile) et sur les trois centrales syndicales (C.S.N., C.E.Q.et F.T.Q.) (4).Le S.P.U.Q., en plus d\u2019être isolé au niveau du réseau et de l\u2019ensemble du secteur universitaire, était lui- même faible (vote de grève de l'assemblée générale à 62) et divisé (5).Le département d\u2019administration, do- (3) S.C.F.P.pour Syndicat canadien de la Fonction publique et A.N.- E.Q.pour Association nationale des Etudiants du Québec.(4) Confédération des Syndicats nationaux (C.S.N.), Centrale de l\u2019Enseignement du Québec (C.E.Q.) et Fédération des Travailleurs du Québec (F.T.Q.).(5) La faiblesse du vote s\u2019explique aussi par une erreur de la direction du syndicat.L\u2019assemblée générale précédente du S.P.U.Q.avait décidé d\u2019envoyer des avis de grève chaque jour espérant ainsi se garder une marge de manoeuvre de huit jours.Mais des dirigeants du S.P.U.Q.apprirent, après cette assemblée générale, que l\u2019interprétation du ministère du Travail avait été sanctionnée par les tribunaux: tout nouvel avis de grève annulait le précédent.Ils décidèrent alors de n\u2019envoyer qu\u2019un avis de\u2019grève.Des membres du syndicat, mis sans explication devant le fait accompli, se sentirent \u2018\u201ccharriés\u201d à l\u2019Assemblée générale du 17 octobre, mème s\u2019ils auraient pu, en pratique, voter contre la grève immédiate et décider d\u2019envoyer un nouvel avis de grève.Remarquons que l\u2019article 99 du code du travail laisse évidemment prises à deux interprétations \u2014 l\u2019une syndicale et l\u2019autre patronale \u2014 et qu\u2019il nous avait déjà créé des ennuis.En 1973, nous avions appris, après coup, que l\u2019avis de grève ne prenait effet que sur ~~ Técepti Tom lion valté i] J Lad lie ne pouf .175 miné par les trois faucons, utilisa tous les moyens (interventions policieres, ruades sur la ligne de piquetage et provocations a la bagarre), mais la ligne de piquetage du Carré Phillips, consolidée par la présence d\u2019étudiants, résista a tous les assauts et forca les membres de ce département a s\u2019éparpiller dans la ville pour tenter de continuer leurs cours.De plus, le lendemain méme du vote de greve, Le Devoir publiait une lettre, endossée par 50 professeurs ou ceux-ci se dissociaient de toute grève et démissionnaient du syndicat (le syndicat n\u2019a d\u2019ailleurs jamais reçu ces démissions si on excepte celle, publique, des membres du département d\u2019administration (6).Les représentants de ces \u201c50\u201d rencontrèrent même Me Langlois, secrétaire générale de l\u2019U.Q.A.M., cherchant à traficoter une entente par laquelle les \u201c50\u201d seraient payés pour les cours qu\u2019ils continueraient d'assumer.Nous devions donc, en priorité, consolider le S.P.U.Q.car c\u2019est, en dernière instance, réception par le ministère du Travail et non le jour de l\u2019envoi, fut-il recommandé.Enfin, en 1971, nous nous étions conformés à l\u2019interprétation du ministère du Travail, ne voulant pas que la question de la légalité se substitue à la question centrale d\u2019opter ou pas pour la grève.(6) Jean-Louis Houle et Florence Junca-Adenot, du département d'administration, firent exception et ne se dissocièrent jamais du syndicat.ind RYT RR STIR 176 le syndicat directement impliqué dans une grève, c\u2019est- à-dire les membres de ce syndicat, qui décide de l\u2019issue d\u2019un conflit.L'organisation Le S.P.U.Q.a dû assumer dès le mois de mai les tâches d\u2019information et de relation avec les autres groupes organisés à l\u2019U.Q.A.M.Mais c\u2019est au mois d\u2019août que le conseil syndical a mis sur pied les divers comités de la structure d\u2019appui (information, liaison avec les autres groupes de l\u2019U.Q.A.M., trésorerie et secrétariat).Cette structure se transforma en comité de grève qui fut constitué des comités suivants: secrétariat, trésorerie, liaison intersyndicale, information et piquetage.Le comité de grève était aussi formé des sous-comités suivants dont les responsables ne faisaient cependant pas partie du comité de stratégie: la cantine dont, vue son importance, le responsable aurait dû faire partie du comité de stratégie, le soutien financier dont l\u2019objectif était de dépanner les grévistes ayant des problèmes budgétaires catastrophiques, les pancartes et les caricatures.Le secrétariat est responsable de la logistique pour l\u2019ensemble des activités des comités de grève et du syndicat.Le comité de la trésorerie gère et finance les activités de grève du syndicat, en plus d\u2019organiser la distribution, aux grévistes, des chèques de paye du fond de défense professionnelle (C.S.N.).La cantine nourrit les membres des comités de grève lors du diner et, surtout, alimente les piqueteurs.(Et il faut admettre que la qualité de la bouffe a un effet certain sur le moral des grévistes, et nous ne devons pas négliger l\u2019apport considérable de Services collectifs qui mit à notre disposition un camion et un chauffeur de camion, Raymond Jacob, en plus de fournir gratuitement café, beignes et petits gâteaux.) Le comité de liaison syndicale travaille à la concertation et au développement de la solidarité entre le S.P.U.Q., le S.E.U.Q.A.M,, l\u2019A.G.E.U.Q.A.M.et le S.C.C.U.Q.Le comité d\u2019information intervient dans la presse écrite et parlée (publicité, télex, conférences de presse, liens avec des journalistes,.), coordonne la distribution de l\u2019information dans les syndicats par des textes ou par l\u2019envoi de porte-paroles, alimente les lignes de piquetage d\u2019in- DERNIER 177 formations écrites, organise les colloques et les ateliers sur le conflit pour nos membres ou des publics extérieurs, etc.Le comité de piquetage, enfin, voit à la constitution et au maintien de lignes de piquetage solides et durables, distribue aux piqueteurs les textes du comité d\u2019information et, surtout, leur communique verbalement les nouvelles les plus importantes, renseigne le comité de stratégie sur les diverses discussions des divers pavillons, explique aux piqueteurs les politiques de ce comité, voit avec les responsables des diverses lignes de piquetage à trouver les moyens de maintenir le plus élevé le moral de nos membres et cherche à dégager un consensus parmi des pavillons aussi différents que, par exemple, lors de la dernière grève, Carré Phillips et Lafontaine.Face aux attaques des scabs et pour stopper les activités de I'U.Q.A.M., nous avons organisé et consolidé des lignes de piquetage aux pavillons suivants: Carré Phillips, Read, Riverin, Sciences (dont le diner gastronomique, peu après la période des Fêtes, restera gravé dans la mémoire de ceux qui y ont participé), Louis-Jolliet (plusieurs responsables avant qu\u2019un mathématicien le prenne en main et l\u2019organise vraiment), Arts et, enfin, Lafontaine (où un petit groupe de professeurs réussit à convaincre la grande majorité de leurs collègues de venir les rejoindre sur les lignes de piquetage).Après quelques semaines seulement, nous cessions tout piquetage au \u2018théâtre\u2019: personne ne s\u2019y présentait, sauf le garde de sécurité.Faute d\u2019effectifs suffisants, nous n\u2019avons pas piqueter sur la rue Berri, et le module de musique a continué, vaille que vaille, ses activités harmoniques.Pour la même raison, nous n\u2019avons pu, par l\u2019intermédiaire des professeurs du Lafontaine, que maintenir une surveillance discrète sur le Latourelle et non pas y bloquer les activités.Brossard et compagnie pouvaient donc, de temps à autre, y faire du jogging ou jouer au badminton, en appelant à quelques heures d\u2019avis des employés et en les sommant de se présenter au travail! Mais, aux pavillons les plus stratégiquement importants, nous avons pu consolider et maintenir \u2014 durant quatre longs mois, dont les deux plus durs mois de l\u2019hiver \u2014 des lignes de piquetage consistantes: rarement, durant une longue grève, un syndicat a-t-il pu compter, comme 178 nous, sur des effectifs plus nombreux à la fin d\u2019un conflit qu\u2019au début.(Evidemment, la multiplication par deux des prestations de grève, le 16 janvier, nous a aidés).Les dirigeants de pavillon \u2014 par un travail d\u2019information, de mobilisation et d\u2019organisation \u2014 contribuèrent à consolider le syndicat, à le réunifier et à le renforcir.Tous les comités participèrent à cette reconstruction de l\u2019unité, même s\u2019il faut accorder une importance particulière au comité d\u2019information (textes distribués aux pi- queteurs ou envoyés aux journaux, mais aussi atelier du 2 décembre sur les objectifs de la convention collective \u2014 piloté par 2 piqueteurs du Carré Phillips \u2014 atelier qui nous a permis de rejoindre les professeurs qui s\u2019étaient tenus à l\u2019écart de la grève: les textes qu\u2019on leur fit parvenir par la suite continuèrent ce travail d\u2019information déjà entrepris).Grâce à tous ces efforts, nous étions, au début de décembre, plus forts que lors du déclenchement de la grève: la majorité des professeurs était dans et pour le syndicat: l\u2019assemblée générale avait retrouvé son unité militante qu\u2019elle conservera jusqu\u2019à la fin du conflit.Il fallait aussi répondre à la campagne de dénigrement conduite contre le S.P.U.Q.par la haute administration.À la fin de novembre, le comité d\u2019information était parvenu à renverser la vapeur en notre faveur dans la presse écrite et parlée.Nous avons aussi réussi, durant cette période, à maintenir et à consolider nos liens avec le S.E.U.Q.A.M.et l\u2019A.G.E.U.Q.A.M.Nous avons aussi oeuvré à obtenir et à élargir l\u2019appui du mouvement syndical: délégations du S.P.U.Q.dans les assemblées générales des syndicats F.N.E.Q.de C.E.G.E.P.s, syndicats qui contribuèrent à notre fond de grève par des dons qui totaliseront plus de $25,000; manifestation, à l\u2019appel du S.P.U.Q.et du S.P.U.L., de 1,500 personnes à Montréal, manifestation qui sera suivie d\u2019une soirée de solidarité; interventions au Conseil Confédéral de la C.S.N.qui se prononce en notre faveur et vient manifester avec nous devant le Holiday-Inn où se sont réfugiés nos patrons; organisation d\u2019une conférence de presse des trois centrales syndicales (C.S.N., C.E.Q.et F.T.Q.) qui dénoncent l\u2019intransigenace patronale et les somment de négocier de bonne foi.rer de; Dos Tot ther sg tig 179 Mais la négociation n\u2019avançait pas, et nous nous morfondions à attendre des ouvertures sérieuses de la partie patronale.Celle-ci ne reconnaissait pas la représentativité syndicale de notre comité de négociation: elle passait par-dessus sa tête et envoyait directement aux salariés, par courrier express! les dernières concoctions de Brossard et cie.Par ses activités, l\u2019administration de l\u2019U.Q.A.M.cherchait à isoler, des professeurs, notre comité de négociation.Elle oeuvrait à nous convaincre que l\u2019assemblée générale du 17 octobre avait eu tort d\u2019entériner majoritairement, quoique faiblement, l\u2019interprétation des offres patronales faite par notre comité de négociation.Ce comité était constitué du président du S.P.U.Q., du vice-président du S.P.U.Q.responsable de la convention collective, du porte-parole officiel du comité de négociation, d\u2019un représentant pour chacune des familles suivantes: arts, lettres, sciences, sciences humaines et formation des maîtres (le représentant de celle-ci rejoignit notre comité peu après le début de la grève tandis que nous n\u2019avons pu trouver de représentant pour la famille économie et administration), d\u2019un permanent et du président de la F.N.E.Q.Le comité de stratégie élaborait les politiques du syndicat, sa stratégie et ses tactiques ainsi que ses plans d\u2019actions; il devait soumettre les hypothèses élaborées aux instances du S.P.U.Q.pour discussions et décisions (conseil syndical et/ou assemblée générale).Le comité de stratégie était constitué du comité de négociation, du comité de grève et de l\u2019exécutif du S.P.U.Q.(7).Le comité de négociation, de par sa fonction même, cherchant un terrain d\u2019entente avec la partie patronale, est plus porté que les autres membres du comité de stratégie vers le compromis et la conciliation.Le comité de grève, au contraire, dont les objectifs sont d\u2019informer et de mobiliser les membres puis d\u2019obtenir le plus d\u2019appuis possibles de l\u2019extérieur, vise avant tout à renverser en notre faveur le rapport de forces en vue d\u2019aller décrocher le maximum de gains possibles.Ces deux comités, (7) Vers la fin de la grève, les responsables des piquets de grèves des divers pavillons devinrent, eux aussi, membres du comité de stratégie. RSOUREE 180 ayant deux fonctions différentes \u2014 même si elles ne sont pas contradictoires \u2014 développaient normalement en leur sein deux orientations différentes: positions plus fermes pour le comité de grève et positions plus conciliantes pour le comité de négociation.Dans une grève, l\u2019exécutif perd normalement la direction du syndicat aux mains de ces deux comités; son rôle, alors, est de jouer le tampon entre le comité de grève et le comité de négociation.L\u2019exécutif se réunit durant la grève, mais, de façon générale, il ne put jouer ce rôle de tampon.Il y eut des conflits qui ont déchiré le comité de stratégie et, plus particulièrement, des conflits qui ont opposé le comité de négociation aux autres stratèges, dont ceux du comité d\u2019information.Mais la minorité, quelle qu\u2019elle fut, s\u2019est toujours ralliée unanimement, dans une perspective de consensus, à la position majoritaire qui se dégageait des réunions de stratégie: la moindre division durable aurait entraîné une inéluctable défaite.Vue l\u2019absence de négociations, huit jours après le début de notre grève, soit le 25 octobre, le S.P.U.Q.déposait une plainte devant le Tribunal du Travail dénonçant l\u2019U.Q.A.M.pour sa mauvaise foi dans les négociations.Le 9 novembre, le juge Melançon du Tribunal du Travail retint toutes les objections préliminaires de la partie patronale contre notre preuve.Nous décidâmes alors d\u2019en appeler de cette décision devant la Cour supérieure.Le ler décembre, le juge Reeves rejeta sur le banc notre demande d\u2019émission d\u2019un bref d\u2019évocation contre le Tribunal du Travail.Nous inscrivi ment alors un appel contre cette décision du juge Reeves, sans nous faire d\u2019illusions sur le succès de cette procédure: nous retirâmes notre appel après la fin de la grève.Cette contestation juridique s\u2019avéra donc un échec.Elle servit aussi de prétexte à la partie patronale pour maintenir son refus de négocier.Cependant, elle nous permit de faire la manchette dans les journaux durant la période où ceux-ci étaient centrés presqu\u2019exclusivement sur les élections.Il faut dire que, dès la mi-novembre, le comité de stratégie reconnaissait l\u2019échec de notre contestation juridique.Et la majorité des piqueteurs se morfondant en l\u2019absence de négociations, le comité de stratégie accepta vers la fin de novembre les rencontres explora- PL IR EP LES PE RCE PR PE POP ONE PC DEP VOOR ls les Me que ney die $1 for flo Ml Quel ls \u2019 181 toires proposées par le président de la F.N.E.Q.Cette décision fut cependant prise après d\u2019intenses discussions sur l\u2019opportunité et les modalités de ces rencontres.La négociation prend le pas sur la mobilisation Dès le 22 novembre, des contacts étaient établis entre le président de la F.N.E.Q.et le sous-ministre de l\u2019Educe\u2018ion, Pierre Martin, en vue de relancer la négociation.Le 3 décembre, le Ministère de l\u2019Education nomme Me Bruno Meloche afin de trouver, avec le président de la F.N.E.Q., des voies de solution au blocage des négociations.Le lendemain, le comité de stratégie consentit aux rencontres exploratoires en posant trois conditions: 1- le président de la F.N.E.Q.sera accompagné du président du S.P.U.Q.(en retour, Me Meloche se fera escorter par André Matteau, responsable du bureau des relations de travail de l\u2019U.Q.A.M.); 2- les rencontres ne porteront que sur les sept articles suivants (représentation syndicale, commission des études, griefs et arbitrages, pourcentage de réduction des chargés de cours, congés sabbatiques et de perfectionnement, permanence, salaires); 3- les rencontres seront limitées à trois et devront déboucher sur la reprise immédiate des négociations (mais le comité de stratégie ne put empêcher que les rencontres exploratoires s\u2019étendent jusqu\u2019à la mi- décembre).De plus, le comité de stratégie discuta du caractère secret que devaient prendre, selon la partie patronale, les rencontres exploratoires.Après débats, le comité de stratégie accepta partiellement l\u2019exigence patronale: les piqueteurs seraient informés oralement du déroulement de ces rencontres, mais aucune information publique ne serait transmise.Me Bruno Meloche consentit aux trois premières conditions, mais refusa cette dernière proposition lors d\u2019une conversation téléphonique avec le président de la F.N.E.Q.Le comité de stratégie se résigna alors à décréter l\u2019embargo complet de l\u2019information sur ces pourparlers.Il commit ainsi sa plus grossière erreur en tombant dans le vieux piège patronal qui consiste à isoler les porte-paroles syndicaux, quels qu\u2019ils soient, en les enfermant dans le secret.Plus les pourparlers exploratoires se prolongeaient, plus le 182 mécontentement des membres contre cette politique du silence s\u2019accroissait, mécontentement qui entraînait nécessairement dans son sillage une relative démobilisation des militants: les membres avaient perdu le contrôle de leur syndicat: le comité de stratégie décidait à leur place, contrairement aux principes de la démocratie syndicale.Il fallait sans doute trouver un moyen pour ré-ouvrir la négociation.Mais ce résultat serait obtenu surtout suite au renforcement de la mobilisation et à l\u2019extension de nos appuis, c\u2019est-à-dire en travaillant sur les facteurs suivants: 1) mobilisation.de nos propres membres; 2) appui des autres groupes de I'U.Q.A.M.(employés, étudiants et chargés de cours); 3) mobilisation du mouvement syndical et, plus particulierement lors de notre grève, des syndicats C.E.G.E.P.s de la F.N.E.Q.; 4) interventions dans l\u2019opinion publique par l\u2019intermédiaire de la presse écrite et parlée.Cependant, il peut être utile, lorsque les négociations sont bloquées, de passer par dessus la tête des patrons immédiats afin de s\u2019adresser à leurs supérieurs hiérarchiques.Mais avions-nous raison de faire appel au sous-ministre de l\u2019Education?Les rencontres exploratoires avaient été concoctées par Martin (toujours sous-ministre de l'Education) sans doute en consultation avec Girard (technocrate libéral/ péquiste de droite, toujours sous-ministre de l\u2019Education), c\u2019est-à-dire par ceux-là même qui étaient, avec Lachapelle (Ministre d\u2019Etat aux études supérieures sous les libéraux et ex-vice-président de l\u2019U.du Q.: il est revenu après la grève au siège social!) les concepteurs de la réforme libérale en éducation: réformes Nadeau et GTX au collégial et réforme Després au niveau universitaire.Par quelle naïveté avons-nous pu croire qu\u2019ils avaient changé de politique, qu\u2019ils ne voulaient plus nous imposer la réforme Després et casser le syndicat?Par les \u2018rencontres exploratoires\u201d\u2019, ces hauts-fonctionnaires disaient au Ministre de l\u2019Education: \u2018Régler le cas de Laval, tandis que nous nous occupons du règlement à l\u2019U.Q.A.M.N\u2019avons-nous pas l\u2019appui du président de la F.N.E.Q.pour les rencontres exploratoires?\u201d\u2019 Nous fabulons peut-être sur la formulation, mais non sur le fond.Ces hauts-fonctionnaires voulaient montrer patte blanche et se faire valoir auprès du nouveau Ministre de l\u2019Edu- a ls Deg fi sou de | train Ver ion fai Se | dang I $ o i : 183 cation tandis qu\u2019ils utilisaient un moyen différent (rencontres exploratoires entre le président de la F.N.E.Q.et Bruno Meloche, conseiller en relations de travail dans un bureau d\u2019avocats de Québec et ex-permanent de la C.S.N.) pour atteindre le mème objectif: nous faire avaler de gré ou de misère la réforme Després et une convention à rabais.Le 15 novembre, l\u2019électorat québécois avait porté au pouvoir un nouveau gouvernement qui se targuait d\u2019être social-démocrate et plutôt sympathique aux revendications des travailleurs.Voilà un changement heureux pour nous, les grévistes.Des rumeurs, qui avaient commencé à circuler avant la grève et qui s\u2019amplifiaient, voulaient que le Gouvernement libéral maintienne l\u2019U.Q.A.M.fermée jusqu\u2019à septembre, afin de briser le syndicat et nettoyer le corps professoral de ses éléments jugés trop contestataires.Ces rumeurs étaient-elles fondées ou pas?Nous n\u2019en savons strictement rien.Mais le changement politique aurait dû nous conduire immédiatement à intervenir massivement, par l'intermédiaire des professeurs qui étaient en majorité péquistes, au sein de l\u2019organisation politique et de la nouvelle députation du P.Q.pour les faire pencher en notre faveur.Mais, hormi quelques rencontres avec le nouveau Ministre de l\u2019Education, Jacques-Yvan Morin, ça nous a pris deux mois, jusqu\u2019à la mi-janvier, avant de nous convaincre de la nécessité de prendre cette orientation stratégique.Même s\u2019il fallait prioritairement nous mobiliser et obtenir le maximum d\u2019appuis possibles à la base, il fallait aussi oeuvrer à diviser la partie patronale.Or nous avons commis l\u2019erreur stratégique d\u2019essayer d\u2019opposer les hauts fonctionnaires du Ministère de l\u2019Education à Després et Brossard.Pourtant le clivage ne passait pas là: il s'agissait d\u2019oeuvrer à l\u2019introduire entre le nouveau gouvernement et Després/Brossard, en intervenant au sein de la députation et du parti péquistes, en vue de contraindre le Conseil des Ministres à pencher en notre faveur.Nous aurions dû commencer ce travail d\u2019intervention dès novembre, même si le nouveau gouvernement était plus intéressé à régler d\u2019abord le cas de l\u2019Université Laval et même si ce travail aurait dû être amorcé dans un climat plus ou moins d\u2019indifférence. 184 Nous avions voté la grève le 17 octobre, prenant le seul moyen requis pour refuser, pratiquement, la dernière offre patronale qui était nettement en-dessous de nos deux premières conventions collectives.Si nous l\u2019avions acceptée, le syndicat était brisé, n\u2019ayant même pas le courage de défendre les pouvoirs des professeurs obtenus lors de la fondation de l\u2019U.Q.A.M.et protégés dans nos deux premières conventions collectives; à la prochaine négociation, les pouvoirs de l\u2019assemblée départementale auraient été supprimés, la réforme Des- prés aurait été intégralement appliquée et le plan de bataille anti-syndicale adopté unanimement par les recteurs des universités de la province de Québec (et dévoilé par le S.P.U.L.durant la grève) aurait été scrupuleusement respecté.(Que l\u2019U.Q.A.M.n\u2019ait pas été membre de la conférence des recteurs à l\u2019époque où le document a été approuvé n\u2019y change strictement rien.D\u2019ailleurs, le consultant qui a rédigé ce document est le sinistre Claude Magnan, directeur du bureau des relations de travail à l\u2019U.Q.A.M.durant nos deux premières négociations.Il avait sans doute été recommandé au poste de spécialiste des relations au travail auprès de la C.R.E.P.U.Q.par Me Hurtubise, ancien vice-recteur a l\u2019U.Q.A.M.et alors Secrétaire de la Conférence des Recteurs (Léo Dorais avait eu la gentillesse, suite a notre greve, de lui trouver cette porte de sortie).Ma- gnan est maintenant responsable des relations de travail à l\u2019Université de Sherbrooke où le syndicat de l\u2019institution (F.A.P.U.Q.) eut l\u2019insigne honneur d\u2019être le permier au Québec à accepter les propositions contenues dans le document de la Conférence des Recteurs.De plus, le recteur de Sherbrooke est un autre Martin, lui aussi ex- sous-Ministre de l\u2019Education sous les libéraux, et le vice-recteur à l\u2019enseignement et à la recherche de I'U.Q.A.M., Marc Bélanger, \u2014 qui servait de courroie de transmission entre Després et Brossard \u2014 occupait antérieurement le poste de vice-recteur à l\u2019Université de Sherbrooke.Et nous pourrions continuer ce chassé- croisé où la vie professionnelle de hauts-fonctionnaires de l\u2019éducation se structure comme une toile d'araignées.) Mais le 17 octobre nous avons refusé les offres patronales qui étaient en deçà du statu quo: c\u2019était à l\u2019admi- (ig ? 185 nistration d\u2019ouvrir, de faire de nouvelles offres, pas à nous.S\u2019il y a entente claire sur des compromis entre deux parties, le rédacteur du texte du compromis (car qui dit négociations, dit compromis) (8) a l'avantage d\u2019écrire le texte et de faire discuter la partie adverse sur \u201c\u2018sa\u2019\u2019 propre interprétation écrite du compromis.Mais nous avons accepté dès le début de faire la contre- proposition écrite, sans distinguer clairement une négociation qui conduit à des ententes précises \u2014 fussent- elles verbales \u2014 de rencontres exploratoires qui pouvaient conduire à des ententes floues et imprécises.À la fin des rencontres, lorsque le comité de négociation était en train d\u2019élaborer le document S-15, Bruno Melo- che, qui devait se porter garant de la bonne foi patronale, se retire du dossier, sous prétexte que la crédibilité de son intervention et des rencontres en général est gravement compromise du fait que le S.P.U.Q.a contrevenu à l\u2019entente sur l\u2019embargo de l\u2019information en attaquant violemmment Després dans un placard paru dans Le Devoir du 11 décembre.Mais nous n\u2019avions plus le choix: il nous fallait déposer l\u2019offre syndicale (S-15), même si les résultats étaient ambigus et équivoques, et même si Bruno Meloche ne se portait plus garant de la partie patronale.S-15 représenterait donc l\u2019interprétation optimiste, du point de vue syndical, de ces résultats.Nous disions que nous n\u2019avions plus le choix: nous nous étions, dès le début, engagés à faire ce dépôt écrit, et les membres attendaient avec impatience le résultat qu\u2019ils espéraient -heureux de la négociation qui devait succéder aux rencontres exploratoires.L'administration récoltait ainsi le fruit de son attente sournoise de notre dépôt syndical, sachant qu\u2019il constituerait dorénavant le plafond de nos demandes, et qu\u2019elle pourrait ainsi nous tirer et nous entraîner sur un plancher qui serait en de çà du statu quo.Afin d\u2019éviter la grève, nous avions fait une ouverture majeure: le statu quo sur les trois points alors majeurs de divergence: la Commission des (8) Une lutte syndicale ne vise pas à renverser le pouvoir des \u201cboss\u201d: ce n\u2019est pas une lutte dont l\u2019objectif est révolutionnaire: c\u2019est une lutte défensive comme toute lutte économique.I RTH IRN HR 186 Etudes, le pouvoir de représentation des professeurs (9) et le mécanisme de griefs (10).Les message devait pourtant être clair: négocions autour du statu quo sans grève, mais si vous nous forcez, nous nous donnerons des objectifs plus ambitieux.L\u2019administration avait refusé notre ouverture, s\u2019en tenant à sa proposition antérieure (bien en deca du statu quo).C\u2019était donc maintenant a elle de faire une ouverture, une offre écrite, et non pas a nous: dans le jeu de négociations, comme aux échecs, c\u2019est chacun son tour.Mais, par naïveté et/ou ignorance, nous avons commis une erreur tactique en nous commettant dès le point de départ.S-15 n\u2019était quand même pas un chiffon de papier.Les demandes qu\u2019il contenait étaient bien au-delà du statu quo et auraient constitué une victoire inespérée si nous les avions obtenues.Les militants du S.P.U.Q,, n\u2019ayant été ni consultés sur son élaboration, ni clairement informés de son contenu, le prirent comme cible d\u2019attaque(11).Il faut cependant reconnaître que le dépôt de S-15 nous a permis d\u2019obtenir l\u2019adhésion de groupes de professeurs qui, Jusque là, avaient manifesté une résistance passive face aux initiatives du syndicat.De plus, le dépôt de S-15 a rendu possible des percées dans l\u2019opinion publique par l'intermédiaire de la presse écrite et parlée: on comprenait de plus en plus que l\u2019agresseur n\u2019était pas le syndicat mais bel et bien la partie patronale.Durant la période des rencontres exploratoires, le travail d\u2019information entrepris par le comité de grève se poursuit évidemment, tant à l\u2019intérieur qu\u2019à l\u2019extérieur du syndicat.Le 3 décembre, nous participons à la manifestation, patronée par l\u2019A.N.E.Q.mais organi- (9) Claude du syndicat de Trois-Rivières sur la \u201cdirection\u201d des assemblées d\u2019élection à la Commission des Etudes.(10) Proposition du comité de stratégie à l\u2019administration de l\u2019U.Q.A.M.par l'intermédiaire d\u2019une rencontre, quelques jours avant le vote de grève, entre le président du S.P.U.Q.et la secrétaire générale de l\u2019U.Q.A.M., Me Lise Langlois.(11) Seul le comité de stratégie avait pu se prononcer sur le contenu de S-15 lors d\u2019une rencontre qui s\u2019était poursuivie durant toute une journée.Mais le caractère secret des rencontres exploratoires avait entraîné un tel climat de méfiance que le comité de négociation, afin d\u2019empêcher toute fuite, n\u2019avait pas mis à la disposition du comité de stratégie des copies du document S-15.\u2014 187 sée surtout par l\u2019A.G.E.U.Q.A.M., sur la colline parlementaire.La délégation du S.P.U.Q.se rend ensuite au pavillon de Koninck pour fraterniser avec nos collègues grévistes du S.P.U.L.Le 8 décembre, le regroupement des chargés de cours de l\u2019U.Q.A.M.dépose une requête en accréditation auprès du ministère du Travail pour le S.C.C.U.Q.(F.N.E.Q., C.S.N.).(Les chargés de cours refusaient ainsi la suggestion du conseil syndical du S.P.U.Q., en demandant une accréditation séparée: le S.P.U.Q,, lui, était prêt \u2014 afin d\u2019intégrer les chargés de cours \u2014 à solliciter une modification de son accréditation, et acceptait ainsi de transformer radicalement sa structure pour faire place à deux secteurs: professeurs et chargés de cours).Le 10 décembre, sous la bannière du Comité régional inter-syndical de Montréal (C.R.I.M.), 1,500 personnes manifestent à Montréal, en appui aux professeurs de l\u2019U.Q.A.M.et aux travailleurs en grève de la région de Montréal (Métropolitain- provincial, C.S.N.; Standard Paper Box, C.S.N.; Mus- sens, TUA; Uniroyal, C.S.N.; cols bleus de Montréal ouest, S.C.F.P., F.T.Q.; Centre Educatif et Culturel, C.S.N.).Cette manifestation est suivie d\u2019une soirée de solidarité qui se révèle un succès.Enfin le 17, le S.P.- U.Q.organise un magnifique dépouillement d\u2019arbre de Noël qui constitue une grande fête pour les enfants et les parents spuquistes.Nous voulions un règlement rapide et suffisant: ceux deux qualificatifs se révélèrent inconciliables.À partir du dépôt de S-15, le 16 décembre, s\u2019engagea un intense débat sur les lignes de piquetage: avions-nous raison de déposer une offre écrite?N\u2019était-il pas dangereux, à l\u2019étape actuelle, que des piqueteurs visent l\u2019objectif du statu quo.Comment répondre à la tactique patronale de nous tirer le plus en-dessous possible de S-15?S-15 doit-il être un \u2018plancher de béton\u201d?S-15 avait déjà été déposé: ne servait alors à rien de ressasser le passé.L\u2019urgence de la situation commandait que le débat porte sur la présente tactique patronale afin qu\u2019un consensus se dégage sur les meilleurs moyens pour y faire face.L\u2019assemblée générale du 22 décembre, notre plus belle assemblée, donna sa réponse; elle giffla, avec une insolence rieuse, son comité de stratégie qui s\u2019était enfermé A As.188 dans le \u2018\u2018secret\u2019\u2019 et vota, avec euphorie, le retrait de S-15.Cette assemblée nous permit de passer ce cap \u2014 difficile pour tout syndicat \u2014 qu\u2019est la période traditionnelle des Fêtes.Elle démontrait aussi à la partie patronale que notre comité de négociation n\u2019était pas trop radical: l\u2019assemblée générale, au contraire, le trouvait trop conciliant.C\u2019est à partir de ce jour seulement que la partie patronale accepte vraiment de reconnaître la représentativité de notre comité de négociation.S-15 avait été retiré à la suite d\u2019une conversation téléphonique entre un de nos représentants et un membre du comité de négociation du S.P.U.L.qui avait décrit l\u2019entente intervenue à Laval comme si c\u2019était le Pérou pour leurs membres.Nous désenchantâmes lorsque nous pûmes avoir leur projet de convention collective en main: il n\u2019y avait à peu près rien là, et leur convention était en deçà de nos acquis, notamment sur les pouvoirs des professeurs (assemblée départementale et Commission des Etudes à l\u2019'U.Q.A.M.).Nous ne pouvoions plus nous fonder sur le précédent de Laval pour faire des demandes à la hausse: leur règlement était sur bien des points inférieur à nos acquis, même s\u2019il constituait, pour eux, un gain.Nous devions donc maintenir S-15.Car comment justifier le \u2018\u201cback-trackng\u2019\u201d sur S-15 sans diviser profondément le syndicat?Comment l\u2019expliquer dans la presse écrite et parlée face à l\u2019administration du S.P.U.Q.?Il y eut de difficiles discussions sur les lignes de piquetage à ce sujet avant que l\u2019assemblée générale du 6 janvier tranche la question: elle revenait sur sa décision du 22 décembre et maintenait S-15.Nous avions réussi le 22 décembre à arrêter la glissade qui nous aurait entraînés en-dessous du statu quo.Mais les négociations continuent, comme avant, à pas de tortue.Le 13 janvier, la partie patronale déclare à notre comité de négociation, et devant les conciliateurs: \u201cVous ne voulez plus négocier; si vous voulez rester dehors, vous y resterez longtemps\u201d.Le lendemain, un porte-parole de l\u2019administration dédit plus ou moins confusément la position des négociateurs patronaux lors d\u2019une conversation téléphonique avec un journaliste.Suite à cette nouvelle, un porte-parole de notre comité de négociation appelle le conciliateur qui téléphone à la par- te i da Dour Dent fg ca le leurs 189 tie patronale: celle-ci affirme que ses paroles ont été mal comprises et qu\u2019elle est prête à reprendre la négociation.Notre téléphone au conciliateur sous-estimait la contre-attaque comme tactique: nous aurions dû attendre l\u2019appel de la partie patronale et utiliser cette attente pour attaquer, auprès du Gouvernement et dans la presse écrite et parlée, le refus patronal.Nous n\u2019avons donc pas su employer à notre avantage le refus patronal qui était une erreur de leur part dans la conjoncture de janvier.L\u2019assemblée générale du 6 janvier n\u2019avait pas mis fin à la discussion sur les demandes à la hausse par rapport à S-15.Cela empêchait que se développe rapidement une réflexion collective sur, d\u2019une part, la nécessité de mobiliser toutes les forces disponibles en vue de renverser en notre faveur le rapport de forces et sur, d\u2019autre part, les meilleures armes à notre disposition pour atteindre cet objectif.Mais cette réflexion prit cependant racine et crût au sein du comité de stratégie et de ses trois parties constituantes, dans le conseil syndical, sur les lignes de piquetage et, enfin, dans les ateliers.Durant ce temps, les directeurs de module, les directeurs de département et les vice-doyens s\u2019organisaient.LT RC RI 190 Dès le 23 décembre, 39 d\u2019entre eux annoncent en conférence de pressé leur intention de démissionner de leurs postes de responsables pédagogiques, au début de janvier, si aucun règlement n\u2019intervient d\u2019ici là.Le 4 janvier, 59 directeurs et vice-doyens reportent le délai et déposent, pour le 17 janvier, leurs démissions, si aucune entente n\u2019est intervenue d\u2019ici cette date.Ce geste nous a aidés dans notre campagne de presse.Il aurait été cependant plus efficace avant la grève, à la place, par exemple, des trois journées d\u2019étude.Mais, à l\u2019époque, il n\u2019y avait pas de majorité ni de consensus sur l\u2019utilisation de ce moyen qui requérait une grande homogénéité au sein du syndicat et un plus grand contrôle des professeurs sur leurs directeurs ou vice-doyens concernés.Après la signature du protocole de retour au travail, la presque totalité de ceux-ci reprenaient, avec joie ou résignation, leurs fonctions.Maintenir les démissions étaient maintenant inutile (12).Pourquoi reporter sur un autre collègue, moins bien préparé, la pénible consolidation administrative des deux sessions et la difficile réorganisation du département, module ou vice-décanat?L'assemblée générale du 16 janvier tranche le débat entrepris depuis le 6 du même mois: elle met fin à la stratégie de négociations par étapes et petits pas, refuse de se fixer d\u2019autres échéances de règlement (13) et place la mobilisation au poste de commande.Elle se vote pour cela trois moyens.Elle double \u2014 suite au vote du Conseil général de la C.E.Q.qui, deux jours plus tôt, nous endossait pour un prêt de $100,000.\u2014 le montant du chèque du fond de défense professionnelle et, ainsi, consolide et élargit ses lignes de piquetage.Les pavillons recrutent alors de nouveaux piqueteurs et, surtout, consolident leurs lignes.Car de nombreux grévistes, de plus en plus étranglés par des problèmes financiers, se (12) Le protocole de retour au travail prévoyait la libération complète d'enseignement pour les directeurs de module et de département durant la session \u201caustralienne\u201d.Ce fut la principale raison invoquée lorsqu\u2019ils retirèrent collectivement leurs démissions.(13) Jusqu\u2019ici le S.P.U.Q.s\u2019était toujours fixé des échéances de règlement (19 décembre, 22 décembre, 3 janvier et 17 janvier) comme si nous ne pouvions gréver qu\u2019avec l'espoir d\u2019un règlement rapide.Evidemment, la partie patronale ne bougeait pas et attendait la fin de l\u2019échéance, espérant notre écroulement.\u2014_\u2014 vt et = em em > \u2014\u2014 - 191 voyaient forcer de s\u2019absenter du piquetage pour trouver diverses \u2018\u2018jobbines\u201d.L'assemblée générale décide aussi d\u2019intensifier son travail de mobilisation au sein du mouvement syndical et, plus particulièrement, au sein de la F.N.E.Q.Enfin, elle se donne un nouvel outil: interventions massives au sein du Parti Québécois et de sa députation afin de forcer le Conseil des Ministres, le Ministre du Travail puis le Ministre de l\u2019Education à pencher en notre faveur.La mobilisation au poste de commande Nous avions déjà commencé à intervenir auprès du gouvernement péquiste: le 23 décembre, suite à l\u2019impossibilité de s\u2019entendre avec l\u2019administration sur S-15 comme base de règlement, le S.P.U.Q.envoie un télégramme au Ministre de l\u2019Education \u2014 que nous avions rencontré antérieurement \u2014 lui demandant d\u2019intervenir afin de forcer l\u2019administration à négocier sérieusement.Le 30 décembre, Me Morin répond négativement à notre requête.Son refus est le résultat d\u2019un lobbying intense effectué, entre le 23 et le 30 décembre, dans les bureaux du Ministre, par des représentants de l\u2019U.du Q.et de l\u2019U.Q.A.M.et, aussi, par des porte-paroles de la Conférence des Recteurs: aux noms de l\u2019autonomie des Universités et de la décentralisation administrative, le Gouvernement ne devait pas s\u2019ingérer dans les négociations! Evidemment, le Ministre de l\u2019Education est intervenu fréquemment durant les négociations, mais c\u2019était derrière les rideaux, en catimini.Le 30, le Ministre de l\u2019Education, faisant allusion au règlement de l\u2019Université Laval, suggère, à demi-mot, le recours à la médiation.Le S.P.U.Q.refuse évidemment cette suggestion: l\u2019histoire syndicale démontre que la médiation se fait presque toujours au profit des patrons.De plus, nous avions déposé une offre de règlement écrite, S-15, tandis que l\u2019administration n\u2019avait offert aucun autre texte que celui qui nous avait conduit à la grève.Une médiation, à ce stade, serait donc partie des deux propositions écrites, au détriment des demandes syndicales.L'administration, elle, refuse de négocier, affirmant qu\u2019elle ne peut faire des compromis maintenant si le Ministre de l\u2019Education impose plus 192 tard un médiateur qui exigera, lui aussi, de nouveaux compromis.Le 6 janvier, afin de débloquer la négociation, le Ministre du Travail nomme un deuxième conciliateur, Yvan Blain, qui est directeur du service provincial de la conciliation et qui était conciliateur lors de notre première grève.Le 14 janvier, le S.P.U.Q.envoie un télégramme du Premier Ministre demandant l\u2019intervention du Gouvernement afin de forcer nos patrons à revenir sur leur décision de la veille de ne plus négocier.Ce télégramme est rendu public lors d\u2019une conférence de presse et publié, sous forme de placard, en page 2 du journal Le Devoir.Le lendemain de l\u2019assemblée générale du 16 janvier, des spuquistes se rendent nombreux à la conférence donnée par le Premier Ministre à l\u2019Université de Montréal.En réponse à nos questions, Lévesque déclare qu\u2019il n\u2019interviendra pas dans le conflit, sauf a \u201cI\u2019extréme limite\u201d pour empêcher la fermeture de l\u2019U.Q.A.M.Mais il fallait surtout intervenir au sein de la députation péquiste et dans l\u2019organisation du parti.Il fallait entraîner l\u2019aile gauche de la députation et du parti à nous appuyer concrètement (14).Un tel appui pourrait contraindre le Conseil des Ministres, par souci d\u2019unité et/ou par conviction mitigée, à pencher en notre faveur et à se démarquer ainsi des initiatives douteuses de son Ministre de l'Education.Il fallait que nos demandes aux Ministres se fondent et s\u2019appuient sur la mobilisation de nos membres et de nos alliés, sur une intense \u2018compagne d\u2019information dans la presse écrite et parlée et sur notre intervention à la base du parti et du gouvernement.Car le Conseil des Ministres ne pencherait pas en notre faveur spontanément: il fallait tenter de l\u2019y pousser.Le Ministre de l\u2019Education, lui, ne comprenait toujours pas.Le 19 janvier, à la sortie d\u2019une rencontre du cabinet, il annonce une enquête sur l\u2019avenir des Universités et suggère au S.P.U.Q.de s\u2019en tenir à la négociation des problèmes concernant les relations de travail, laissant ouvertes les questions ayant trait au droit de regard des (14) La composition et les mandats de cette Commission, maintenant connus, et sur lesquels les syndicats de professeurs d\u2019Universités n\u2019ont absolument pas été consultés, ne laissent présager rien de bon.mi sion SI Gil au qu der pens quil Notr Is f abat nc bres tls | ladh patro ; dint tin à ment, Aen tation Comm den tion d conf provin side (omy brig ~ À PU de, 193 professeurs sur l\u2019enseignement et \u2018la recherche.Nous nous étions battus en \u201971 pour faire accepter par la partie patronale qu\u2019il fallait, aussi, négocier la répartition des pouvoirs au sein de l\u2019institution.Nous devrions maintenant laisser tomber ces acquis?Nous devrions maintenant accepter la thèse traditionnelle des patrons qui veut que les \u2018droits de gérance\u201d sont sacrés, inaliénables et non négociables?Nous aurions dû confier le sort de la Commission des Etudes \u2014 acquis de nos deux premières conventions collectives \u2014 à une vague Commission d\u2019Enquête dont nous ne connaissions pas la composition, les moyens et les objectifs?(15) Nous devrions accepter benoîtement qu\u2019un nouveau gouvernement renvoie à une commission d\u2019enquête ce qui était en deça de ce qu\u2019il promettait dans son programme politique?Par sa dernière initiative, Morin démontrait, non seulement qu'il pensait comme les technocrates Després et Martin, mais qu\u2019il lui manquait du plus élémentaire doigté politique.Notre comité d\u2019intervention au sein du P.Q., utilisant les fortes ressources péquistes que recelaient nos rangs, abattit un travail remarquable, et c\u2019est ce travail qui, en complétant la fondamentale mobilisation de nos membres et de nos alliés, a empêché que des individus, tels l\u2019arrogant Parizeau ou le suffisant Morin, emportent l\u2019adhésion du Conseil des Ministres à leur politique pro- patronale.L'assemblée générale du 16 janvier avait aussi décidé d\u2019intensifier notre travail d\u2019information et de mobilisation au sein du mouvement syndical et, plus particulièrement, dans le secteur de l\u2019éducation.C\u2019est suite à cette assemblée qu\u2019un Conseil Fédéral spécial de notre Fédération se réunit dimanche le 23 janvier et décide de recommander à tous les syndicats affiliés de débrayer le 8 février en appui à notre grève.Le comité d\u2019information du S.P.U.Q.prépare un nouveau pouvoir sur notre conflit (27 janvier) et envoie nos militants sillonner la province pour informer les assemblées générales des syndicats F.N.E.Q.Près de la moitié des assemblées convoquées se prononce en faveur de la journée de débrayage: un fort militantisme habite les syndicats des (15) Nous avons obtenu plus particulièrement l\u2019appui des dirigeants puis des députés de la région Montréal-Centre du Parti Québécois. fi EE EME te 2 t M 3 AR BH MH Ate its ÿ IL 1 RH HH id Ÿ Te 0 a 194 C.E.G.E.P.s de notre Fédération.(Le débrayage sera reporté aux calendes grecques car, le 8 février, nous aurons alors une convention: il ne nous restait plus que le protocole à négocier.Et le soir du 8, au Plateau - où tous les grévistes des divers C.E.G.E.P.s devaient se retrouver avec nous pour discuter des réformes antidémocratiques aux divers niveaux de l\u2019éducation \u2014 nous nous sentions peu nombreux et dispersés dans la vaste salle de l\u2019auditorium).Il y eut aussi, lors de notre 100e journée de grève, la fameuse assemblée quadri-partite ou, heureusement, les interventions de représentants du S.P.U.Q.et de l\u2019A.G.E.U.Q.A.M.convainquirent la très grande majorité des participants de rejeter la proposition d\u2019occupation.Celle-ci aurait-elle constitué, dans la conjoncture, une provocation?La très grande majorité des membres du S.P.U.Q.répondait affirmativement.De plus, aucun des quatre groupes impliqués n\u2019aurait pu contrôler les modalités et l\u2019orientation de cette occupation.Cela était inacceptable, d\u2019autant plus pour le S.P.- U.Q.qui était le premier concerné par le conflit (comme l'avait été le S.E.U.Q.A.M.6 mois plus tôt ou les étudiants lors de la grève du C.O.P.E.en 72).Une occupation réussie aurait entraîné la création de deux centres dirigeants pour la grève, chacun avec sa propre stratégie et ses propres objectifs: l\u2019un, aux mains des occupants, et l\u2019autre exercé par le comité de stratégie du S.P.U.Q.Ce danger était d\u2019autant plus réel que l\u2019idée d'occupation avait été pilotée au comité puis à l\u2019assemblée quadri-partite par des membres et des sympathisants (deux dizaines d\u2019étudiants, une poignée de chargés de cours, quelques employés et professeurs) d\u2019une organisation politique bien spécifique.Evidemment, les mem- \u201cbres du syndicat recouvrent l\u2019ensemble de l\u2019éventail politique qui va de la Ligue aux créditistes, et le S.P.U.Q.ne fait pas de discrimination contre l\u2019un ou l\u2019autre de ses membres à cause de son appartenance politique.Mais nous n\u2019avons jamais accepté qu\u2019un groupe, quel qu\u2019il soit, ne respectant pas les structures démocratiques du S.P.U.Q.et faisant fi de la volonté clairement exprimée des membres, cherche de l\u2019extérieur à imposer son orientation aux activités du syndicat.Deux jours après cette assemblée, le 27 janvier, une © 195 troisième manifestation-suivie-d\u2019une-soirée-de-solidari- té était organisée, cette fois, sous l\u2019égide du Conseil central.Mais elle était de trop après les précédentes manifestations où nous avions maintenu à peu près le même nombre de participants, et nos piqueteurs exprimaient des réserves certaines face à cette initiative.(On aurait peut-être pu la remplacer par une intervention plus originale comme, par exemple, un spectacle de poésie et de chanson).De plus, la manifestation se tint un soir particulièrement venteux et très en-dessous de 0©(C.: nous étions à peine 200 à lutter contre le froid, le vent et l\u2019isolement\u2026 Malgré ces erreurs de parcours, la mobilisation de nos membres, l\u2019appui du S.E.U.Q.A.M., de l\u2019A.G.E.U.- Q.A.M.et du S.C.C.U.Q,, l\u2019aide du mouvement syndical et, plus particulièrement, de la F.N.E.Q., le travail d\u2019information mené auprès de l\u2019opinion publique dans la presse écrite et parlée donnaient enfin des résultats.Deux jours seulement après l\u2019assemblée générale du 16 janvier qui décide de mettre la mobilisation au poste de commande, la partie patronale se résigne finalement, devant les conciliateurs, à des accords de principe sur une série de points sur lesquels il n\u2019y avait eu alors que des ententes verbales.Quelques jours plus tard, les deux comités de négociation acceptent la proposition provenant d\u2019un conciliateur et voulant que les deux parties préparent leur \u2018\u2018last better offer\u2019, c\u2019est-à-dire leurs demandes minimales en vue d\u2019un règlement, pour faciliter le travail des conciliateurs.Contrairement à notre attente, la négociation n\u2019a pas repris sur la base de ces deux positions de règlement car, quelques jours plus tard, les conciliateurs déposent devant les deux parties une offre finale de règlement.En acceptant la procédure du \u2018last better offer\u201d, nous étions naïvement entrés dans le processus de médiation que nous avait proposé le Ministre de l\u2019Education à la fin de décembre et que nous avions alors rejeté.Et, comme cela était à prévoir, les deux conciliateurs tranchèrent ce qui restait à négocier en trois portions et, comme tout médiateur, en accordèrent deux à la partie patronale et une à la partie syndicale.Après avoir accepté la procédure du \u2018\u2018last better of- 196 fer\u201d, il était difficile, après plus de trois mois de grève, de refuser l\u2019offre de règlement des deux conciliateurs.Aussi, lorsque le comité de négociation rend compte dans la soirée du 26 janvier, au comité de stratégie, des | propositions écrites des deux conciliateurs, celui-ci, non | sans discussions et réserves, est porté à accepter les | suggestions de nos négociateurs: accord conditionnel à | la clarification de quelques ambiguîtés sémantiques et a incorporation de la dernière entente verbale sur le taux de réduction des chargés de cours.Car la proposition de \u2018 0 f Meloche/Blain était inférieure à la deuxième entente a verbale sur ce taux de réducation qui, elle-méme, était 4 inférieure a une précédente entente.Face a la fermeté a de notre comité de négociation sur ce point, les deux \u2018 it conciliateurs, sous prétexte d\u2019une erreur technique dans Ï 3 la formulation, adoptent notre position et s\u2019engagent a la | ; défendre devant la partie patronale.De plus, le comité k 8 de stratégie demande au comité de négociation qu\u2019il dé- ; | fende auprès des conciliateurs le statu quo intégral sur } la Commission des Etudes.d 5 L\u2019après-midi, le conseil syndical entérina la position présentée par le comité de stratégie: il refusa de se prononcer sur le texte des conciliateurs tant que les ambiguïtés n\u2019auraient pas été supprimées.Il était clair que celles-ci comprenaient aussi la Commission des Etudes.Mais le comité de négociation ne voulait pas que la partie 8 patronale le sache, espérant qu\u2019elle accepte les autres exi- pb gences avant d\u2019étre placée devant notre \u201cback-tracking\u201d sur la Commission des Etudes.La résolution délibéré- Hig ment vague du conseil syndical permettait ce jeu.Le comité d\u2019information, au contraire, tenait à faire le plus ,de publicités possible sur ces points afin de préparer \u2018nos membres et l\u2019opinion publique à faire face à la musique qui s\u2019en venait.Ces deux objectifs différents suscitèrent de nouveaux conflits entre ces deux comités, conflits normaux et pratiquement inévitables.Mais ces conflits étaient bien secondaires par rapport à la décision commune de combattre pour la suppression de la petite | phrase dans le texte surla C.E.: Vendredi le 28 janvier, Brossard annonce que l\u2019admi- Un nistration accepte intégralement le rapport écrit des he conciliateurs.Par ce faire, il voulait mettre le S.P.- Le RT hers dy rr 1 ER IHN THE 1% Ci st 1 i li TY iri rR EE 197 U.Q.devant le fait accompli et nous contraindre à entériner tel quel ce rapport.Cependant, Brossard venait de se commettre comme nous l\u2019avions fait avec S-15: le rapport des conciliateurs devenait le plancher patronal et nous allions, à notre tour, les tirer vers nous et les contraindre à monter quelques marches.Aussi, le lendemain, le conseil syndical se réunissait et pouvait définir clairement les points encore en litige, dont la Commission des Etudes.Cela nous permit de refaire l\u2019unité, car un nombre non négligeable de membres avaient quitté le dernier conseil syndical, soit celui du 27 janvier, en claquant les portes, s\u2019insurgeant contre le formulé trop vague de nos demandes.Mardi le premier février, le Conseil Supérieur de l\u2019Education, sans aucune ironie et avec un esprit de sérieux tout patronal, réitérait sa position de moratoire: après plus de trois mois de grève, les professeurs auraient dû retourner au travail, sans entente sur les points encore en litige avec l\u2019administration! Mercredi, Després et Brossard se tenaient dans l\u2019antichambre du Conseil des Ministres (16).(16) Des informateurs péquistes nous affirmèrent plus tard que le Conseil des Ministres avait forcé le siège social de l\u2019U.Q.A.M.à accepter nos dernières modifications, y compris celle sur la Commission des études, à condition que notre assemblée générale se prononce clairement sur ce point.TS RR RR RU HI RSI TH NT SRCET Sais 198 Mercredi après-midi, les conciliateurs annonçaient à notre comité de négociation l\u2019accord de la partie patronale aux modifications sémantiques et à celle sur le pburcentage de réduction des chargés de cours.Le soir, le comté de stratégie en débattit longuement et se résigna à accepter cette offre de règlement, y compris l\u2019ajout de la petite phrase \u201csur les droits dévolus aux parties\u201d qui était introduite dans le texte sur la Commission des Etudes à des fins limitatives.Mais cette petite phrase était-elle insignifiante légalement comme l'attitude du comité de négociation le laissait entendre?Si elle était si insignifiante, pourquoi l\u2019administration tenait-elle tant a ce qu\u2019elle soit incorporée au texte\u201d (Depuis les rencontres exploratoires, l\u2019administration nous promettait cette petite-phrase anodine sans vouloir jamais la définir et, selon les deux conciliateurs, cette petite phrase aurait été rédigée par le Ministre de l\u2019Education lui-même.en consultation avec on peut imaginer quels administrateurs).Et si cette fameuse phrase n\u2019avait comme objectif que de sauver la face à Després et Brossard, pourquoi leur ferions-nous ce plaisir?Voilà les questions qui furent débattues le lendemain au local de grève et entraînèrent une modification de l'orientation du comité de stratégie.Le comité de négociation se rallia, avec quelques réserves pour certains, à la position majoritaire du comité de stratégie.Une phrase aussi ambiguë rendait possibles les interprétations légales les plus contradictoires: la réponse ne se trouvait donc pas dans des textes de loi ou dans la tête de certains juristes.Il fallait y répondre politiquement, compte tenu du rapport de forces.Par expé- = rience et par principe, il faut se méfier de la fourberie patronale, surtout sur un point aussi important que la Commission des Etudes.Le comité de stratégie se résolut donc à se battre et à proposer au syndicat de lutter pour le statut quo intégral sur la Commission des Etudes (C.E.).Nous devions maintenant aller chercher le vote le plus fort possible sur la \u201cpetite phrase\u201d de la Commission des Etudes.Jeudi après-midi et vendredi, les lignes de piquetage des divers pavillons discutèrent, de façon intensive, l\u2019importance de la Commission des Etudes et la : î tN i HS te It 4 iN i Ia i EE EE Kroes re ray LEER porate social Eau 199 signification à accorder à l\u2019ajout patronal.L'assemblée générale du 4 février décide, avec un vote écrasant, de continuer la lutte sur 7.01 et, heureuse de se trouver si unie et combattive après plus de trois mois de grève, spontanément se lève et s\u2019applaudit durant de longues minutes.Nous connaissons maintenant le résultat de nos efforts: dimanche le 6 février, l\u2019assemblée des Gouverneurs de l\u2019U.du Q.se réunit, suspend l\u2019application des Règlements généraux sur la Commission des Etudes et amende en ce sens ses Règlements.Nous avions gagné.Restait maintenant à nous entendre sur un protocole de retour au travail et à le négocier.Une ou deux sessions Il fallait faire l\u2019unité au sein du syndicat, non seulement sur nos demandes, mais aussi sur la question des sessions, tout en tenant compte des intérêts des trois autres groupes (S.E.U.Q.A.M., A.G.E.U.Q.A.M.et S.C.- C.U.Q.) (17).Il fallait faire vite: la négociation du protocole de retour au travail ne pouvait s\u2019éterniser.Cela était d\u2019autant plus vrai que des professeurs, sous le titre de \u2018modérés\u2019, s\u2019étaient regroupés suite à l\u2019assemblée du 16 janvier et interviendront massivement dans la vie du syndicat lors des négociations sur le protocole.Si le dépôt de S-15 avait réussi en décembre à nous attirer l\u2019appui d\u2019un certain groupe de professeurs réticents face à la grève, l\u2019assemblée du 16 janvier, qui mit la mobilisation au poste de commande, suscita une réaction opposée: une fraction du S.P.U.Q., non sans liens avec les \u201c50\u201d du début de la grève, s\u2019affubla du titre de \u2018\u2018modérés\u201d\u2019 pour défendre au sein du syndicat des positions pour le moins ambiguës.Il fallait, en priorité, décider si nous faisions une session ou deux.Le débat s\u2019engagea en même temps au comité de stratégie et sur les lignes de piquetage.Les partisans d\u2019une session s\u2019appuyaient sur des arguments (17) Durant toute la période de négociation du protocole de retour au travail, il y eut des réunions incessantes entre les représentants du S.P.U.Q.et les dirigeants de l\u2019une et l\u2019autre des trois organisations afin d\u2019aplanir les divergences. AS RPI NE OLA ÉS IAE AMI CONS AL DER 200 solides (18).Si nous acceptons d\u2019enseigner jusqu\u2019à la fin de juillet, nous remettons de facto notre droit de grève en question: que sert de grèver si l\u2019administration peut indéfiniment prolonger les cours durant la période estivale?De plus, si nous acceptons d\u2019enseigner jusqu\u2019à la fin de juillet, nous assumons un coût très élevé pour la victoire que nous avons obtenue sur la convention.Enfin, la grève a entraîné un arrêt de quatre mois dans nos recherches: enseigner cet été consiste, en plus, à sacrifier la recherche que nous menons habituellement durant cette session.Aucun professeur ne désirait enseigner jusqu\u2019à la fin de juillet.Mais nous ne pouvions pas, compte tenu le rapport de forces, refuser.Comment les employés auraient-ils pu être payés pour nos quatre mois de grève si 'U.Q.A.M.perdait la moitié des frais d\u2019inscription des étudiants et, donc, la moitié des subventions gouvernementales?Comment les professeurs, dont un nombre non négligeable avait de sérieuses difficultés financières, auraient-ils pu récupérer une partie du salaire perdu durant les quatre mois de grève?Comment aurions-nous pu convaincre l\u2019opinion publique, via la presse écrite et parlée, que notre volonté de ne faire qu\u2019une session était liée à nos intérêts de recherche et non pas à de \u201cbasses\u201d préoccupations \u2018\u2018mesquines\u201d?Quelles raisons avions-nous pour refuser à la majorité des usagers de notre enseignement, les étudiants, la possibilité d'étudier pendant deux sessions?(19) Comment aurions- nous pu répondre à la campagne de presse qui aurait été conduite contre nous par la haute-administration de l\u2019'U.Q.A.M.et de I'U.du Q., les éditorialistes et les représentants du gouvernement?(Remarquons que la néces- \u201c sité des deux sessions est le seul leitmotiv qu\u2019on retrouve dans des diverses déclarations de Jacques-Yvan Morin et de René Lévesque durant toute la grève).Combien de temps les professeurs voudraient-ils continuer la (18) Certains proposaient deux sessions, dont l\u2019une facultative, mais cela revenait, en pratique, à proposer une session: quels professeurs auraient été assez dévoués ou masochistes pour enseigner jusqu\u2019en juillet lorsqu'ils auraient pu consacrer leur été la recherche?(19) Que ces étudiants forment la majorité a été démontré par l\u2019inscription à la session d\u2019hiver \u2018\u2018australien\u2019\u2019.der me Suit lad S0tg feng 201 grève pour ne pas enseigner l\u2019été?Seul syndicat en grève \u2014 celle-ci aurait été moins longue si nous avions été plusieurs syndicats à grèver, et la question des sessions se serait alors posée différemment \u2014 et compte tenu de précédent que venait d\u2019accepter le S.P.U.L,, il était suicidaire de vouloir se battre contre le prolongement des cours durant l\u2019été.Après discussions, le comité de stratégie se rallia à cette opinion et, après une journée complète d\u2019étude le 8 février, le conseil syndical l\u2019entérina en fixant les conditions exigées de l\u2019administration pour la prolongation des activités d\u2019enseignement.Nos exigences \u2014 devant tenir compte des demandes des différents groupes de professeurs et ne devant pas négliger les intérêts du S.E.U.- Q.A.M.et du S.C.C.U.Q.- étaient fortes et nombreuses.Brossard, que notre comité d\u2019information avait réduit au mutisme depuis décembre, utilisa la quantité de nos demandes pour nous attaquer violemment, avec ce manque complet de subtilités qui le caractérise.Il convoqua les 10 et 11 février des conférences de presse, déblatéra contre les demandes exagérées du S.P.U.Q.et menaça de mettre la \u201cclé dans la porte\u201d jusqu\u2019à l\u2019automne.Il fit aussi paraître dans les quotidiens de la région métropolitaine des placards couvrant une page complète dont l\u2019en-tête était la suivante: \u2018Le syndicat des professeurs (S.P.U.Q.) veut-il vraiment régler la grève ou détruire l\u2019U.Q.A.M.\u201d\u201d Il utilisa le sondage C.R.O.P., en fit une interprétation démagogique, traçant ainsi un portrait très sombre de l\u2019U.Q.A.M.dont il rendait le S.P.U.Q.responsable.Nous avions appris l\u2019existence de ce sondage par des étudiants qui avaient été appelés par des employés de C.R.O.P.entre le 9 et le 11 janvier.L\u2019administration avait nié l\u2019existence même de ce sondage avant que le doyen du premier cycle, Michel Leclerc, l\u2019admette, lors de la rencontre des cadres académiques de l\u2019U.Q.A.M.avec les directeurs de départements et de modules et les vice-doyens.Nous avions ensuite tenté d\u2019obtenir les résultats de ce sondage de l\u2019administration de l\u2019U.Q.A.M., mais celle-ci refusait sous divers prétextes.La raison de son refus est maintenant évidente: elle attendait utiliser, au moment opportun, les résultats de ce sondage comme une arme contre a are déc TL rr RT HAT 202 le S.P.U.Q.C\u2019est ce qu\u2019elle fit vendredi le 11 février.(La réputation de la maison C.R.O.P., payée $7,000.00 pour son produit, sort non ternie de cette aventure: son sondage répondait aux normes scientifiques du genre, même si les faits réduisirent de beaucoup la baisse des effectifs étudiants qu\u2019elle prévoyait, et elle se dit responsable ni de l\u2019utilisation de son sondage comme arme anti-syndicale ni de son interprétation farfelue par le recteur.).Mais la négociation du protocole avançait tout de même.Il restait deux gros points en litige: 1) le non-renou- vellement de contrat signifié à 69 professeurs durant la grève et les contrats des salariés assistants ou substituts (environ 60 professeurs); 2) les élections de trois professeurs, juste avant la grève, à la Commission des Etudes, élections qui n\u2019avaient pas été entérinées par le Conseil d\u2019Administration (C.A.).Nous savions, à ce mo- ment-là, que le Conseil des Ministres (suite à notre détermination et au travail de mobilisation entrepris conjointement avec le S.E.U.Q.A.M.sur les coupures de salaire) avait forcé Després et Brossard a accepter de payer intégralement les employés: les tergiversations de administration sur ce point n\u2019étaient que faux-fuyants.Le 13 février, le conseil syndical, dans une atmosphere tendue et houleuse, décide de proposer a la prochaine assemblée générale de retourner au travail aux trois conditions suivantes: contrat d\u2019un minimum d\u2019un an pour tous les professeurs qui étaient à l\u2019emploi de l\u2019U.Q.A.M.lors de la grève; acquisition de la permanence pour ceux qui y auraient normalement droit; élections à la C.E.entérinées par le C.A.Le regroupement dit des \u201cmodérés\u201d, qui était présent massivement à ce conseil syndical, quitta la réunion en colère.Ces dit \u201cmodérés\u201d étaient constitués de deux tendances: l\u2019une, majoritaire, désirait un si rapide règlement qu\u2019elle était portée à en sacrifier les conditions: la rapidité du retour au travail devrait primer toute autre considération.Dès le lendemain du conseil syndical, cette tendance voulait franchir les lignes de piquetage, convoquer une conférence de presse et annoncer la reprise des cours.L'autre tendance, minoritaire, cherchait à faire le pont entre ceux-ci et le syndicat dans une pers- ih Ye) il dis lai lout; 203 picative d\u2019unité syndicale.Mais, heureusement, la minorité réussit à convaincre la majorité des \u2018\u201c\u2018modérés\u201d d\u2019adopter une autre tactique: appeler systématiquement tous ceux qu\u2019ils croyaient réticents face à la continuation de la grève, les convier à la prochaine assemblée générale, tout en leur annonçant une proposition \u2014 dont le contenu restait indéterminé \u2014 venant de la salle en vue de précipiter le retour au travail.Les \u2018modérés\u2019 avaient déjà fait de tels appels, mais c\u2019était la première fois qu\u2019ils l\u2019organisaient sur une échelle aussi élargie.L\u2019assemblée générale du 15 février réussit à maintenir son unité grâce surtout à deux facteurs.Deux professeurs de sociologie avaient occupé leur fin de semaine à étudier le sondage C.R.O.P.et à préparer un document qui démontrait clairement la mauvaise foi de Brossard: ce document, distribué au début de l\u2019assemblée générale, joua un rôle non négligeable pour réduire le climat de panique créé de toute pièce par la campagne de presse de l\u2019administration.Enfin, le comité de négociation, renforci par deux membres du comité de grève, proposa un compromis visant à laisser tomber l\u2019acquisition de la permanence, tout en conservant l\u2019exigence que tous les professeurs soient certains d\u2019être ré-engagés au moins pour l\u2019année académique 1977-78.Cette assemblée, très tendue comme celle du 17 octobre, maintint son unité: notre comité de négociation pouvait donc aller décrocher nos dernières demandes (20).Le lendemain, nous recevions des réponses positives à deux de nos principales requêtes: paiement intégral des employés pour la période de grève; ré- -engagement de tous les professeurs pour au moins une année.Le comité de stratégie renvoie alors le comité de négociation rencontrer de nouveau la partie patronale: 1) il désirait, sans grand espoir, obtenir le 10°« de rétroactivité que l\u2019administration nous devait et qui se retrouverait, nous avait- (20) Il faut aussi ajouter que des représentants du S.P.U.Q.avaient rencontré, dans la journée du 15 février, le Ministre de l\u2019Education, Me Jacques-Yvan Morin puis son supérieur hiérarchique, le Ministre d\u2019Etat aux Affaires culturelles, M.Camille Laurin.Face à nos revendications, celui-ci a fait preuve d\u2019une ouverture d\u2019esprit qui contrastait avec l'attitude réticente que Morin avait maintenue depuis nos toutes premières rencontres. 204 elle menti, dans le protocole de retour au travail; 2) il voulait une nouvelle élection à la Commission des Etudes pour le poste à pourvoir du secteur économie-administra- tion.Car, peu avant la grève, l\u2019assemblée des professeurs avait élu à la C.E.un représentant de la famille des arts et un représentant de la famille des Maîtres, et avait voté massivement contre Simon, de l\u2019administration, qui ne voulait pas accepter intégralement le mandat syndical, tout en élisant aussi massivement, à mains levées, Paul-Martel Roy d\u2019économie qui acceptait ce mandat.La partie patronale, craignant disait-elle des poursuites judiciaires, ne voulait pas entériner notre élection (21).Elle proposait comme solution que les représentants patronaux du secteur académique s\u2019abstiennent de voter sur le représentant de la famille économie-administration a la C.E.lors du prochain Conseil d\u2019Administration.Mais le comité de stratégie e pouvait se fier a cette promesse verbale dont les résultats étaient plus que douteux.Il proposa, en retour, que les représentants des familles arts et formation des mai- tants des familles arts et formation des maîtres soient nommés par le prochain conseil d\u2019administration, et que l\u2019administration s\u2019engage par écrit à convoquer avec le S.P.U.Q.une future assemblée où serait élu le représentant professoral à la C.E.provenant d\u2019économie- administration.La partie patronale accepta cette exigence et refusa le 109% de rétroactivité.Ne pouvant continuer la grève sur une question de fric, l\u2019assemblée générale du 17 février entérina à une très grande majorité la proposition du comité de stratégie d\u2019accepter le protocole négocié de retour au travail.Après l\u2019assemblée, les spuquistes se retrouvèrent au traditionnel Auberge du Vieux Saint-Gabriel pour fêter la fin de ce trop long conflit, fète qui avait commencé dès le matin sur les diverses lignes de piquetage.Aujourd\u2019hui et demain Il était inévitable que nous commettions des erreurs.(21) Selon le protocole d\u2019entente alors en usage entre l\u2019administration de l\u2019U.Q.A.M.et le syndicat, seuls les professeurs ayant déposé par écrit leur candidature dans des délais déterminés étaient éligibles a la Commission des Etudes comme au C.A. 205 Comme pour une partie d\u2019échecs, il est toujours plus facile, après coups, d\u2019identifier les fautes commises (par l\u2019un ou l\u2019autre adversaire).Avant coups, on peut et doit essayer de prévoir les feintes de l\u2019ennmi, tout en sachant qu\u2019on est ni divin ni tout-puissant.Ce qui n'implique pas qu\u2019on ne doit pas apprendre de nos erreurs et viser à faire mieux dans l\u2019avenir.Dans une lutte syndicale, qui est une lutte défensive, la partie syndicale est fondamentalement dans une position de faiblesse.Les ressources financières, le pouvoir économique, les média d\u2019information et, enfin, les appareils judiciaires, policiers et législatifs sont du côté de la partie patronale.Aussi, lorsqu'un patron veut affaiblir ou briser un syndicat jugé trop militant et combatif, les chances sont, au point de départ, du son côté.Tout dépend alors de la volonté et de la capacité du syndicat de lui faire payer le plus cher possible son attaque.Si le patron comprend que les désavantages d\u2019un dur conflit sont plus grands que l\u2019avantage qu\u2019il aurait à briser le syndicat, il cherchera alors à s'entendre, par réalisme, avec la partie syndicale.Il est évident que Després (le siège social) et Bros- sard (la haute administration de l\u2019U.Q.A.M.), avec l\u2019appui de la C.R.E.P.U.Q.et des hauts-fonctionnaires du Ministère de l\u2019Education, voulaient casser le S.P.U.Q., ce syndicat trop militant et ce dangereux modèle pour le corps professoral des autres universités.Després voulait aussi nous imposer, par voie de convention, sa réforme qui est le pendant universitaire de la réforme Nadeau et G.T.X.au collégial et, du nouveau régime pédagogique à l\u2019élémentaire.Ils ont échoué dans leur dessin.Le S.P.U.Q.est sorti de la grève plus fort qu\u2019il n\u2019y était entré tandis que la haute administration de I'U.Q.A.M.et le siège social de l\u2019U.du Q.en sortent ébranlés et affaiblis.De plus, Després a dû convoquer l\u2019assemblée des Gouverneurs pour suspendre l\u2019application des Règlements généraux sur la C.E.et modifier en ce sens les Règlements afin que nous puissions obtenir le statu quo intégral sur la Commission des Etudes: la réforme Des- prés venait alors de recevoir un coup fatal dont elle ne se relèvera peut-être pas.C\u2019est là notre victoire.Evidemment, on peut et doit DEAR 206 analyser le résultat de la grève en termes de convention collective et, pour ce faire intelligemment, comparer ce que nous avons obtenu, d\u2019une part, à notre ancienne convention collective et, d\u2019autre part, à la convention que l\u2019administration voulait nous imposer avant la grève (U-15).On remarquera alors que nous avons subi quelques pertes importantes, que nous avons conservé l\u2019essentiel de nos acquis (Commission des Etudes, pouvoir de représentation, mécanisme de griefs et d\u2019arbitrage) et que nous avons obtenu des gains substantiels (abaissement du seuil de déclenchement de la formule d\u2019indexation qui nous permettra d\u2019obtenir à la fin de notre convention le même pourcentage d\u2019augmentation salariale que celui consenti aux professeurs dans le cadre du Front commun (22); un montant équivalent à 10\u201c de la masse salariale consacré aux congés sabbatiques ou de perfectionnement; la formule de réduction des chargés de cours) (23).Toutefois l\u2019essentiel ne se juge pas en ter- (22) Cette augmentation salariale, obtenue par le S.P.U.Q., suite au précédent du Front commun, est par la suite accordée a tous les professeurs de toutes les universités de la province.De plus, les syndicats de Rimouski, de Trois-Rivières et du Nord-Ouest obtiendront, le dernier après deux jours de grève, les résultats négociés de notre solitaire grève de quatre mois.(23) La signature d\u2019une convention ne marque jamais la fin de la lutte: l\u2019enjeu se transporte alors sur l\u2019application de cette convention.Les agissements de la partie patronale depuis la fin de la grève l'ont encore démontré.Me Lise Langlois, secrétaire générale de l\u2019U.Q.A.M., fermement appuyée par Marc Bélanger, vice-recteur à l\u2019enseignement et à la recherche, ont défendu une élection-bidon où les représentants étudiants au Conseil d\u2019Administration et à la Commission des Etudes ne provenaient que du module d\u2019administration.Pourtant les professeurs, eux, sont obligés d\u2019accepter une série de contraintes: les six professeurs doivent provenir de chacune des six familles et doivent, en plus, comporter un vice-doyen, un directeur de département et un directeur de module.Le conseil d\u2019administration de l\u2019U.Q.A.M.a entériné ces élections au C.A., mais, face à la vigoureuse contre-attaque du S.P.U.Q., a décidé de ne pas valider celles à la Commission des Etudes.De plus, cette année, l\u2019administration de l\u2019U.Q.A.M.a réduit le nombre de cours donnés en appoint, en sabrant dans les banques de cours offerts par les divers départements.Juridiquement, la position de l\u2019administration est inattaquable, même si elle va diamétralement à l\u2019encontre de l\u2019esprit de la clause sur la réducation du nombre de chargés de cours qui visait, non pas à restreindre la variété de cours offerts aux étudiants, mais à accroi - tre leur qualité par l\u2019engagement de professeurs réguliers.AN a tra di - 207 mes de convention, mais bel et bien dans la préservation et la consolidation de notre syndicat, et par l\u2019arrêt imposé à l\u2019implantation de la réforme Després.Evidemment, nous avons dû subir des coûts importants dans ce conflit: coupure de salaire, interruption brusque et prolongée de nos activités de recherche et d\u2019enseignement; prolongation de l\u2019enseignement jusqu\u2019à la fin de juillet; effets négatifs sur nous de la baisse de la clientèle étudiante.Mais nous avions le choix: accepter la réforme Després et la mise au pas de notre syndicat ou réagir, nous défendre et combattre.Nous avons décidé majoritairement de nous battre et nous avons gagné, même si la lutte fut difficile, longue et très dure.Mais un syndicat de combat n\u2019est jamais prémuni contre la déchéance: il risque toujours de devenir un syndicat d\u2019affaires, voire de boutique.C\u2019est pour cela que le travail d\u2019information, d\u2019organisation et de consolidation doit se poursuivre en accordant une attention particulière aux secteurs où le S.P.U.Q.est plus faible (formation des maîtres mais, surtout, économie/administration).Et Georges Leroux a raison lorsqu\u2019il affirme qu\u2019il faut lutter contre la tendance actuelle de la bourgeoisie a séparer les écoles professionnelles de l\u2019Université, en réduisant celle-ci aux activités non directement rentables (24).I] faut aussi tenir compte de certains départements sur lesquels toute baisse d\u2019effectifs étudiants a des effets dramatiques (chimie, physique, philosophie.).La force du syndicat réside dans son unité, elle-même dépendante de ses structures démocratiques et du travail de ses militants.Il faudrait aussi oeuvrer à renforcir les liens avec les trois autres groupes de l\u2019U.Q.A.M.(S.E.U.Q.A.M,, A.G.E.U.Q.A.M.et S.C.C.U.Q.).Ce sont toujours les groupes-appuis qui reçoivent les contre-coups les plus sévères dans tout conflit, car ils en subissent les conséquences négatives sans souvent en retirer d\u2019avantages immédiats.(Rappelons-nous les effets sur le S.P.U.Q.de son appui aux étudiants lors de la grève du Comité d\u2019Organisation provisoire des Etudiants (C.O.P.E.) en 1972).Mais, à moyen et long terme, chaque groupe béné- (24) Leroux, Georges, \u2018\u2018Universités et grandes Ecoles\u201d, in Le syndicalisme universitaire et l\u2019Etat, H.M.H., 1977, pp.127-133.PEUR nN RTE HN THY 208 ficie de cette solidarité face à une commune administration.Dans deux ans, le S.P.U.Q.négociera, pour la première fois, en même temps que le S.E.U.Q.A.M.Jusqu\u2019ici, l\u2019administration s\u2019était toujours fermement opposée à ce que nous négocions au même moment, mais elle n\u2019avait réussi ainsi qu\u2019à multiplier le nombre de conflits sans entamer la solidarité des deux syndicats.Elle s\u2019est donc ravisée, et le S.P.U.Q.et le S.E.U.Q.A.M.seront, de facto, en 1979, en front commun au niveau de l\u2019'U.Q.A.M.Sur quelles bases se fera ce font commun?Nous ne le savons pas encore.De plus le Syndicat canadien de la Fonction publique (S.C.F.P.), auquel est affilié le S.E.U.Q.A.M., représente la quasi totalité des employés syndiqués dans les universités.Voudra-t-il essayer de former un front commun employés et professeurs au niveau du réseau de l\u2019Université du Québec?Voudra-t-il entrer dans le Front commun du secteur public et para-public afin de forcer le gouvernement à être un interlocuteur directement présent dans les négociations universitaires?(25) Voilà une série de questions qui demeurent ouvertes.Mais nous devons comprendre dès maintenant que les modalités et l\u2019issue de notre prochaine négociation ne dépendront pas seulement des autres syndicats de professeurs d\u2019universités, mais aussi les décisions du Syndicat canadien de la Fonction publique (S.C.F.P., F.T.Q.).Nous nous sommes battus, seuls, pour nous avant tout, mais aussi, objectivement, pour les professeurs du réseau de l\u2019U.du Q.et pour les professeurs de autres universités de la province.Nous préférons évidemment, si nous n\u2019avons pas d\u2019autres choix, la figure de Don Qui- chotte à celle de l\u2019esclave.Mais il nous apparaît plus naturel, plus sain et plus avantageux que les salariés qui ont des intérêts communs s\u2019unissent ensemble et les défendent en commun.Il faudra donc que le S.P.U.Q.con- (25) Le gouvernement, qui finance la plus grande part du budget des universités privées et publiques, commande plus ou moins l\u2019issue de toutes nos demandes à incidence monétaire.Il serait préférable pour nous qu\u2019il soit directement présent à la table de négociation au lieu de se cacher, comme maintenant, derrière les roîtelets administrateurs de nos universités.\u2014 eee mm \u2014\u2026 Aa 4 a 25e \u2014_\"ea\u2026s&> \u2014 - 209 sacre d\u2019ici deux ans l\u2019essentiel de ses efforts à sortir de son isolement au niveau du syndicalisme des professeurs d\u2019universités.Actuellement, seuls les professeurs des constituantes du réseau de l\u2019U.du Q.sont affiliés à la C.S.N.ou à la C.E.Q., et leurs syndicats sont souvent faibles.Les autres professeurs des Universités francophones se retrouvent, y compris ceux de Laval, dans la Fédération des Associations de Professeurs des Universités du Québec (F.A.P.U.Q.).Mais cette Fédération, même si elle subit un processus de transformation depuis quelques années, n\u2019offre pas les services et ne fournit pas une orientation qui en feraient une véritable fédération syndicale, fut-elle d\u2019affaires.Les professeurs d'Universités ont donc une difficile route à parcourir avant que leurs syndicats deviennent un interlocuteur respecté des administrations universitaires et du ministère de l\u2019Education.Jean-Marc Piotte * Cet écrit constitue la troisième version d\u2019un texte largement discuté dans diverses instances du S.P.U.Q.: les critiques et les textes des camarades syndiqués m'ont permis de l\u2019améliorer. DENISE BOUCHER / | MADELEINE GAGNON | Retailles complaintes politiques 1 Nous AVONS CONTINUE i reproduire les mémes ¢ fautes du système tant dénoncé.En voulant détruite la vieille 3 imagerie, nous avons rendu tabous les hommes, la beauté, la fête, la séduction, la plaisance\u2026 ! 3 La rigidité estun manque de tigueur.} \u2019 2 Tant qu\u2019il reste de la chair de dieu entre les dents, la parole est ; } filtrée, abusée, faussée.; Xantipez tu n\u2019aurais pas laissé traîner, par hasard, quelque part w dans l\u2019Agora, où tu déambulais pour y faire leur marché, un Ë tout petit livre tout racorni, tout sali, où patfois tu aurais inscrit .tes récriminations et peut-être, des complaintes secrètes?Ils ; ont dû le mettre aux poubelles des temps.Nous ne pouvons .| que supposer et construire sur tes nombreux silences ou sur i\u2018 : leurs censures.Nous ne créerons plus à partir de rien \u2014 comme \" ] ils ont dit de la création \u2014 nous construirons à partir du silence ui : de celles qui nous ont précédées.Et toi, ma petite Ophélie, qui 8.| préfère l\u2019étang aux délires métaphysiques de ton amant?Nous ven n\u2019irons plus nous noyer dans les étangs qui longent leurs le châteaux.pou Lik que| éditions l\u2019étincelle Ret THERE RIT ME MEN RNA RE OS NE PSII HI, RRIF A TN ms sr la mort du texte en moi Maintenant, le lieu de sa lecture (Ce texte a été lu lors d\u2019un débat sur Retailles (écrit avec Denise Boucher et publié aux éditions de l\u2019Etincel- le, en mai 1977), débat organisé au centre culturel canadien de Paris, le 26 oct.1977, et regroupant la majorité des tendances du Mouvement féministe français.Nous savions que Retailles posait pour l\u2019ensemble du mouvement occidental deux questions fondamentales, à savoir, le problème du pouvoir, qu\u2019un certain utopisme généralisé confine à la phallocratie seulement; deuxièmement, l\u2019inclusion des mâles dans la lutte entreprise pour la transformation des rapports inter-sexuels, ce que la tendance dite radicale lesbienne refuse de considérer.Nous avions écrit Retailles en produisant le pouvoir et les hommes dans le tissu du texte.Les thèmes que nous avions proposés pour ce débat étaient: \u201cOn ne peut pas ne pas pouvoir\u2019 et \u2018\u2019Le féminisme, son entrée et sa sortie\u201d.Nous étions conscientes que ces questions ne parleraient qu\u2019à celles et ceux (très peu nombreux) qui avaient suivi de près l\u2019histoire extrèmement vivante et complexe du mouvement féministe occidental.Cependant, nous avions prévu la résonnance de notre intervention, ce qui fut confirmé par la suite.Conscientes, pour reprendre le mot de Borduas dans Projections Libérantes, que \u2018la conséquence est plus importante que le but\u201d.) e Il m\u2019est difficile de parler publiquement de ce livre, Retailles.Non pas par peur de me produire, ni par man- A.Lo A 4.h 212 que du désir d\u2019en témoigner.Mais parce que ce texte vient tout juste de mourir en moi, ayant accédé a la solitude essentielle de sa lecture.Je suis maintenant une simple lectrice de ce texte.C\u2019est dire que mon rapport à son écriture se noue et se dénoue dans l\u2019intimité analytique.En parler publiquement fait donc entrer sa parole dans un ordre, un certain ordre du discours.Un certain ordre du pouvoir.Ma présence ici traduit l\u2019ambivalence fondamentale qui caractérisait la volonté de porter publiquement la parole dans un collectif dit \u201cgroupe de conscience\u201d ou \u201cgroupe de moi-je\u201d (1): nous voulions dénouer le pouvoir qui s\u2019exercait en nous et contre nous femmes, et pour ce dénouement, nous érigions une instance (le groupe, donc le politique) qui allait institutionaliser la parole, la règlementer, l\u2019ordonner, l\u2019encadrer.Et nous ne pourrions jamais analyser cet ordre, cette ordonnance, puisque la parole individuelle n\u2019avait pour objet que le rebondissement, l\u2019étalement, la réflexion du miroir (les fameux \u201cmoi aussi\u201d et \u2018moi non plus\u201d qui nous sortaient temporairement de notre isolement) et jamais son rapport au pouvoir dans lequel elle se parlait.Mais, je crois que d\u2019une certaine façon nous n\u2019avions pas le choix, comme de la même façon, nous n\u2019avons pas le choix d\u2019être ici pour en débattre: nous sommes sur le terrain du pouvoir.Nés du pouvoir de l\u2019autre sur nous, enfants mâles ou enfants femelles, nous sommes assujettis dès la conception et la mise au monde, par d\u2019autres, de nous.Et comme, pour vivre, dans le processus d\u2019individuation et de maturation, nous devons (1) Retailles retrace l\u2019expérience d\u2019un groupe érigé sous le mo- dele des \u2018\u201c\u2018consciousness raising groups\u201d du mouvement féministe américain.Ces groupes disséminés un peu partout dans les pays occidentaux, tentent d\u2019aborder les problèmes relatifs à l\u2019oppression séculaire des femmes, non par la théorie ou l'analyse socio-historique, ce qui peut se faire parallèlement, mais plutôt, par la prise de conscience individuelle qui se dit et se partage entre les membres du groupe.Notre groupe s\u2019est réuni chaque semaine pendant une année.Il était composé de six femmes.L\u2019un de ses buts explicites consistait à produire les résultats de sa recherche dans un livre collectif, ce qu\u2019aucun autre groupe n\u2019avait encore tenté.Dans la filiation directe des Nouvelles Lettres Portugaises, il porte de plus le sceau d\u2019une démarche politique.i Jim von iY Ind In - 213 constamment tuer l\u2019autre en nous \u2014 en même temps que nous l\u2019aimons \u2014 ce meurtre de l\u2019autre en nous se fait à chaque fois au dépends du groupe, du collectif, du politique, dans la solitude amoureuse et analytique.Et à chaque fois, les limites de notre solitude individuelle se précisent.Solitude mais non pas isolement, puisque quelque part en nous nous comprenons que nous ne sommes pas seuls à vivre cette reconnaissance, en chacun, de cette barrière infranchissable du je à l\u2019autre.Cette barrière du pouvoir entre je et l\u2019autre.Le refus de cette admission du pouvoir conduit, par exemple, l\u2019enfant, au retrait autistique.Ne pas vouloir voir le pouvoir s\u2019exercer, c\u2019est aussi ne pas vouloir le dénouer, le tuer.Ne pas pouvoir accéder à l\u2019analyse, c\u2019est-à-dire au langage qui permet à l\u2019enfant de se reconnaître seul, contraint, dominé, et de reconnaître l\u2019autre vivant les mêmes contraintes.Donc, ne pas pouvoir à l\u2019autre, parler.Pour que l\u2019enfant accède à cette parole, à la vie avec l\u2019autre et non pas à la mort symbiotique dans l\u2019autre, un meurtre doit s\u2019accomplir.L\u2019enfant doit apprendre à son tour le pouvoir: quelque part en lui, quelque chose doit être contraint, ordonné, règlementé, dominé.Ce quelque chose, c\u2019est la mort de l\u2019autre en lui, en elle.Rêver que ce meurtre n\u2019a jamais eu lieu, dire le pouvoir n\u2019existe pas, ou prétendre qu\u2019une société nouvelle inspirée par les femmes pourrait se passer de l\u2019assujettissement, donc du langage et de l\u2019amour (le rapport avec l\u2019autre), ne change rien à la réalité de notre socialisation par l\u2019individuation nécessaire.Ne pas voir fonctionner le pouvoir, en nous et au dehors, ne signifie pas que ça n\u2019existe pas: cela signifie seulement qu\u2019il va continuer de s\u2019exercer, aveuglément, et au lieu d\u2019être tué à chaque fois, il va ressurgir à chaque fois, sauvage, n\u2019importe comment: brutal, meurtrier, hystérique, haineux, autistique.\u2026 et ça ne finira jamais, tant qu\u2019il y aura des hommes et des femmes qui vont continuer de se faire concevoir et naître par d\u2019autres.Toute conception, tout ce qui est produit par un individu et soumis a un autre individu, un texte, un film, un enseignement.constitue en quelque sorte une prise de pouvoir.Refuser de le voir mène à un danger certain: 214 danger de se trouver complètement aliéné, écrasé par ce pouvoir.Danger de ne pas pouvoir le tuer à chaque fois.Cela est vrai tout autant des individus que des classes ou groupes sociaux: rien ne peut être subverti sans que les hégémonies ne soient repérées et démontées.Vouloir, par exemple, qu\u2019il n\u2019y ait pas de pouvoir exercé par les parents sur les enfants, par le maître sur l\u2019élève, par l\u2019analyste sur l\u2019analysé, par l\u2019écrivain sur le lecteur, c\u2019est proposer tout simplement que ce pouvoir ne soit ni dépisté, ni compris, ni contraint à son tour.Je ne prône pas le partage du pouvoir entre parents et enfants, entre hommes et femmes, entre bourgeois et prolétaires.Ni son aménagement.Ni sa civilisation.Je dis seulement qu\u2019il doit être reconnu, vu, repéré, parlé, pour qu\u2019il soit possible de le tuer, à chaque fois.Et ça ne se manifeste jamais de la même façon, d\u2019une fois à l\u2019autre.Et ça ne sera jamais fini.Ce repérage du pouvoir aurait-il pu se produire dans le collectif que nous formions, nous, les 5 et 6 femmes nommées dans Retailles?Je ne sais pas.Je sais, en tous cas, que ça ne s\u2019est pas produit.Peut-être que doublé d\u2019un travail analytique individuel, cela aurait pu être possible.Mais nous étions confrontées à deux tâches qui se recoupent sans être identiques et nous ne le savions pas: d\u2019une part, la reconnaissance d\u2019un pouvoir politique \u2014 d\u2019une oppression \u2014 qui s\u2019est exercé sur nous, femmes, globalement, depuis que l\u2019histoire des hommes et des femmes existe.Cela nous le savions; d\u2019autre part, la mise à nue, en chacune, du pouvoir subi et exercé pour accéder à notre socialisation (et au langage): cela nous ne le savions pas.Aurions-nous réalisé cette double tâche, que nous n\u2019aurions, je crois, jamais pris le risque de nous y contraindre.Dans l\u2019affollement et l\u2019affection spontanés des premières heures, nous nous sommes lancées tête la première.Les corps ont suivi.Nous nous sommes heurtées, blessées.Nous avons constamment frôlé cette mort que nous ne comprenions pas.Nous lui avons donné un nom, croyant peut-être, ainsi, l\u2019expurger.Nous l\u2019avons appelé thanatos.Et nous avons été jusqu\u2019à coller ce nom à des visages.Certaines, disions-nous, étaient, de nature, des thanatos.D\u2019autres, comme par magie, des éros.La vérité, c\u2019est \u2019 215 que les forces de vie et de mort se trouvaient en chacune.Je crois bien qu\u2019il nous en aurait coûté trop cher pour les repérer.Nous avons préféré, sans trop comprendre encore une fois, rompre le groupe, le dissoudre.Et je crois que nous avons eu raison.Nous avions senti deux choses: l\u2019utopie du non-pouvoir était tout aussi impossible entre nous femmes qu\u2019entre les femmes et les hommes; dans l\u2019ordre du discours que répète, que reproduit la circulation de la parole dans un groupe et dans le politique, sans travail analytique individuel, cette parole allait calquer les premières morts-à-l\u2019autre-en-nous, sans pouvoir ni les comprendre ni les re-tuer, en se perdant dans une série fantasmatique, on dirait, éternelle, en se perdant, en elle, dans le cadrage de l\u2019ordre que nous avions, à notre insu, instauré.(Ce texte n\u2019est pas une écriture.J\u2019ai préféré reproduire telle quelle une parole livrée dans l\u2019urgence d\u2019un débat nécessaire.Il constituera en quelque sorte le coeur d\u2019un livre à paraître, intitulé LUEUR.) Madeleine Gagnon Je parle ce qui m'agite 1 Je parle ce qui m\u2019agite.J\u2019écris pour parler, entendre ma voix, mon corps.Penser mon milieu du monde.J\u2019écoute ce qui parle par moi, ce qui me traverse \u2014 je travaille à nommer toutes les voix qui font ma voix.Lentement à mesure que j'écris je me réapproprie le cores- prit qu\u2019on m\u2019a volé.J\u2019élague, je m\u2019aère.Je deviens si léger qu\u2019il me prend l\u2019envie de ne plus jamais faire semblant que je ne suis pas je.Je, jeu, jet de toutes les forces qui bouillent en moi, rougissent mon coeur et mes oreilles.J\u2019entre en floraison \u2014 la plupart du temps je n\u2019ai qu\u2019une fleur à la fois, comme si chacune insistait pour bien dire, faire sentir sa forme, parfois, rarement, il m\u2019arrive une infinité de volutes, corolles, pétales qui s\u2019en vont dans tout sens, j'appelle ça une pollinisation folle et je m\u2019en réjouis \u2014 je bats mes nattes.2 Je me fais de la littérature pour éprouver la vie, l\u2019esprit.Pour la beauté.J\u2019ai trop de piquets plantés au cerveau, au coeur, qui me volent sang et souffle, je me fais de la littérature comme les esclaves se font des work songs pour que la journée paraisse moins longue.Je me donne le droit de dire comment ce monde défait de tant entretenir la peur, la haine du plus grand nombre, comment la lutte doit être poursuivie pour une vie non programmée par des exploiteurs soucieux seulement de leurs pouvoirs-privilèges.FI ma.me.= \u2014 217 Je me fais de la musique, du cinéma, parce qu\u2019il y a que je vis mal, que j\u2019aime mal, que j'ai peur.Je rève d\u2019une terre où chaque victoire augmenterait le plaisir des enfants, des ouvriers, des femmes, des hommes.3 Pourquoi ma voix n\u2019a-t-elle pas le ton du plaisir, pourquoi si impatiente, blessée, agressive.Voilà aujourd\u2019hui toute ma littérature, la lutte continue, à quand la victoire \u2014 mais il n\u2019y a jamais de victoire pour toujours.Qu\u2019est-ce que je fais pour elle, je fais de la littérature, je déchire le silence, je parle, je tiens à dire ce que les révoltés et les révolutionnaires commencent ici à penser.La lutte continue pour que la vie soit meilleure, communiste, que le travail cesse d\u2019être une usine à abrutir, la lutte continue pour que la vie naisse, l\u2019amour.4 Je voudrais ma voix belle, pleine, reflets d\u2019un monde amoureux, je voudrais, et à côté, corps déchirés, guerres continuelles, morts par milliers.Je rage quand je vois des enfants, des adolescents, des femmes, des hommes continuer à se suicider à cause de l\u2019ordre que nos dirigeants leur font.Tous ces corps suicidés flottent dans mon sang pendant que les hommes d\u2019affaires accumulent du capitalordur, pourquoi quand quelqu\u2019un se suicide ai-je l\u2019impression que notre camp s\u2019affaiblit?Les capitalistes font des colères qui assässinent et mutilent et cela leur importe peu.La beauté ne s\u2019accumule pas.5 Je perds mon sang à chaque défaite de la classe ouvrie- re, je comprends cette violence des militantes, des militants, cet emportement de la ligne juste, son impatience \u2014 mais qui leur dira votre parole politique est souvent un étau de mort, l\u2019_éducation une longe marche patiente, parler fort et faire taire ne font pas avancer la 218 révolution, elle ne se fera qu\u2019avec qui comprend et sent ce qu\u2019il comprend et l\u2019applique dans toutes les dimensions de la vie.La lutte continue, nous ne nous tairons plus, nous les intellectuels communistes, les ouvriers syndiqués, les femmes-désirs, les poètes-musiciens, nous ne nous tairons plus, nous les étudiantes, les étudiants, les communistes, les amoureuses, les amoureux, les utopistes, nous ne voulons plus frayer avec qui n\u2019a pas soif de la générosité si refoulée de chacune, chacun.6 Il y a des moments où ça sent la victoire, le renversement, la révolution permanente, alors j\u2019ai l\u2019impression de respirer comme je pourrais respirer dans un monde où la liberté ne serait pas un mot paravent.7 Raconte-moi un événement heureux, je veux seulement que tu m\u2019en racontes un.Une femme répond mais il y en a beaucoup, quand tu fais l\u2019amour, quand tu chantes.Oui mais comment faire l\u2019amour, chanter le chant quand presque tout le monde a peur, que ton amante ou ton amant entre tes bras se tait, que tous craignent les maîtres dont ils répètent les idées.Je parle ce qui me questionne, m\u2019affirme, me nie, j\u2019éclaircis ma vie.J\u2019entends ma voix, les vôtres.Difficile de parler, d\u2019écouter.Sortons de nos peurs, entrons en beauté.8 Je sens l\u2019amour à son tremblement à sa floraison à ses volutes corolles pétales qui virent dans toutes jouissances et la langue des transformations vois son poignard ses pointes les points qu\u2019elle marque, vois sa résistance, elle dit l\u2019existence, la vie, ses bonds, ses crampes, ses renversements.Je nous fais de la littérature pour goûter le monde futur, j'avance la langue, je la place dans les changements pour - 219 le plus grand nombre, des ateliers s\u2019ouvrent, de la bouche des femmes et des hommes sortent des paroles, des bêtes, des musiques.9 Hier je ne vivrai pas ma vie et tant mieux.Je ne vivrai pas, cela dure, coince l\u2019esprit, vole le sexe.Aujour- d\u2019hui je fais de la propagande pour que chacune chacun vivent.J\u2019embrasse les perles de sueur du corps de l\u2019ouvrière de trente ans, elles goûtent la colère et l\u2019amour, la lutte et l\u2019affirmation de la vie.Envie de tout dire, de déployer la vie et la mort trop souvent pliées au fond de notre peur.La beauté n\u2019est pas une chose rare, la beauté devient une chose commune, populaire, nombreureuse.Nous vivrons notre vie \u2014 ce ne sont pas tous les morts de papier-loi qui nous en empêcheront: le martyre n\u2019a plus d\u2019intérét.10 Si j'écris c\u2019est par solidarité et amour-propre, que je suis fatigues, désespoirs, grand x de l\u2019anxiété.Je veux l\u2019été pour mon corps abandonné, corps sec, tourné vers le mur, prêt à s\u2019émietter, corps qui attend l\u2019amour, ne comprend pas que l\u2019amour n\u2019arrive pas toujours.Cette peau n\u2019a plus de bras pour embrasser l\u2019autre! Où sont allées toutes les langues, langue rougerousse, langue rieuse, langue secrète, langue fourchue, langue vivante, langue verte?Si j'écris c\u2019est que j'ai envie d\u2019être l\u2019historien de ma vie.Envie de ne plus craindre l\u2019autre, de reconnaître dans l\u2019autre les amis et les ennemis.J\u2019écris par amour-propre, pour me fournir des livres qui me fassent du bien, qui étayent ce que je bâtis, entourent ce que j'aime.11 Je fais du texte délicat, dru, délié \u2014 j\u2019étouffe dans le discours anonyme et terroriste de celles et de ceux qui 220 dominent.Je fais de la littérature pour lutter contre tous ceux qui nous enferment dans le silence ou l\u2019agitation stériles.Je veux attirer l\u2019amour, m\u2019aimanter à lui, me faire un manteau de nos désirs les plus beaux pour une viemort communiste et amoureuse.Alors ta bouche ouverte, frisson de clarté dans ton visage, dessine un arc tendre.Philippe Haeck (Ce texte est extrait de Polyphonie.Roman d\u2019apprentissage à paraître chez VLB éditeur.) on Dar: Gène Nm tres f À qui profite le punk?\u201cD\u2019après la bible BILLBOARD, Montréal sera sous peu la plaque tournante du marché nord-américain du punk- rock.On préfère lancer la mode à Montréal plutôt qu\u2019à Toronto à cause du contexte socio-politico-économique du Québec qui possède une part de plus en plus grande de marginaux\u201d (Journal de Montréal, 23-5-77).(Le Billboard est un magasine américain \u2014 qui fait \u201cautorité\u201d dans le Showbusiness \u2014, destiné aux compagnies de disques, aux stations de radio et au milieu de l\u2019industrie musicale en général).Punk.mot a la mode (\u2018\u201c\u2018chic-punk\u2019), mot mystère, mot publicitaire; terme ambigu, inquiétant, dont la sonorité brutale suggere la violence, le mépris.Punk veut dire: pourri, mal fichu.Au sens archaique, le mot désigne une prostituée; en argot américain, un voyou minable, débile.Par dérision et par provocation, des musiciens \u2018\u2018underground\u201d se sont nommés \u201cpunk.\u201d Quelques années plus tard, les transnationales du disque mettent sur le marché la \u201cnew wave punk\u201d.Au départ, le punk est une réaction à la récupération et à la banalisation du rock par l\u2019industrie musicale.La musique pop est devenue trop sophistiquée et souffre de gigantisme.La \u2018\u201c\u2018scéne internationale\u201d est monopolisée par une vingtaine de super-groupes (Stones, Pink Floyd, Genesis, Gentle Giant, E.L.P., etc.) qui imposent des normes techniques et esthétiques inaccessibles aux autres formations musicales.RSS EEE ME OT TE AR \u2018 SRE Ed IA re RARE Hoe td 222 Ces artistes qui véhiculaient naguère un certain esprit de révolte sont maintenant multimillionnaires et conservateurs.Le rock progressiste est devenu \u2018\u2018progressif\u2019\u2019: \u201cNous nous sommes prononcés contre la guerre du Vietnam, aujourd\u2019hui c\u2019est fini, les gens pensent à autre chose; ils préfèrent entendre des choses qui leur font oublier la réalité et les problèmes qu'\u2019elleur leur cause\u2019\u201d\u2019 (Terry Kath, du groupe CHICAGO).En réaction contre une musique pop sophistiquée, le punk revient au rock du début des années soixante, à des structures musicales plus simples (voire simplistes), et affiche un caractère violent, agressif.Le punk, comme étiquette et marque de commerce, présente une certaine unité de style, une certaine uniformité.Cependant, derrière le stéréotype et la mythologie fabriqués par les médias, il s\u2019agit d\u2019un phénomène contradictoire: révolte et désespoir des jeunes \u2014 victimes du chômage et de la récession économique / racket financier et offensive idéologique fascisante orchestrée par les transnationales du disque.Le \u2018mouvement\u2019 prend également des aspects différents suivant la situation socio-politique et le fond culturel des pays concernés (USA, Angleterre, France, \u2026) ETATS-UNIS Aux Etats-Unis, le punk s\u2019inscrit plutôt dans le phénomène de dégénérescence de la contre-culture que dans un mouvement de révolte sociale.Après la retombée des mouvements sociaux qui l\u2019ont fait naître (mouvement étudiant, mobilisation contre la guerre du Vietnam, révolte des Noirs,.), la contre-culture est entrée dans une phase de décomposition.De plus, la relative prospérité qui avait permis l\u2019existence de la \u201cWoodstock nation\u201d a fait place à une récession économique.Nombre de ces enfants de la classe moyenne \u2014 qui avaient voulu réaliser l\u2019utopie d\u2019une société parallèle basée sur un socialisme primitif \u2014 sont rentrés dans le rang.D\u2019autres ont été récupérés par des sectes mystiques ou ésotériques.En même temps que les vertus du \u2018peace and love\u201d s\u2019effritaient, la \u201cpop music\u201d était soit intégrée dans les structures industrielles et commerciales, soit reléguée JL JH RRL CEH HR EP rs 223 dans l\u2019underground ou elle développait une vision sociale de plus en plus désabusée et cynique.Le punk américain a emprunté aux groupes rock d\u2019inspiration révolutionnaire (fin des années 60, début des années 70) tels que MOTOR CITY 5 de Détroit leur énergie rythmique et s\u2019est inspiré de l\u2019idéologie morbide du rock \u2018\u201c\u201cdécadent\u2019\u2019 de l\u2019underground (ex.: VELVET UNDERGROUND).Ce punk est bien encadré par les structures du showbiz et n\u2019interfère pas avec des mouvements sociaux tels que les luttes des Travailleurs Agricoles Unis (le genre musical correspondant à ce mouvement serait plutôt le \u201cfolk\u201d ou le \u201cprotest song\u2019\u2019), ni méme avec la remontée de luttes ouvrieres importantes (mais \u2014 peu coordonnées).Le punk américain singe la société capitaliste en crise et reflète mécaniquement la violence des rapports sociaux.La crise socio-économique a pour effet d\u2019augmenter la violence sociale, notamment au sein de la famille: plus de la moitié des femmes sont battues par leur mari, de nombreux enfants sont également battus et victimes d\u2019abus sexuels, certains sont utilisés et exploités par les producteurs de films pornographiques.De même que la culture de masse américaine (télévision, cinéma), le punk renvoie une image complaisante de cette violence réactionnaire.Les groupes punk se sont multipliés depuis quelques années: DICTATORS, TELEVISION, SUICIDE COMMANDOS, \u2026 stéréotypes dont les RAMONES ont fourni la version originale.À la manière du cinéma a sensation, les RAMONES reflètent la violence sociale, et véhiculent des clichés- sexistes, sado-masochistes et rétro-nazis: \u201cMassacre a la tronçonneuse au Texas Ils m\u2019ont pris ma blonde Elle n\u2019en reviendra jamais Mais je m\u2019en fous.\u201d \u201cT\u201das une grande gueule, bébé, Tu ferais mieux de la fermer Sinon je vais te donner une volée.\u201d \u201cFrappe sur le gamin avec un baton De baseball.\u201d \u201c\u2018Je fais partie des troupes de choc NE a, A x RES 224 Je suis un nazi Je sais que je me bats pour la patrie; Petit garçon allemand Toi que l\u2019on envoie promener Aujourd\u2019hui ton amour, demain le monde.\u201d Ces extraits de chansons des RAMONES indiquent assez bien en faveur de quoi milite l\u2019apolitisme dont ils se revendiquent: \u201cLes musiciens de Rock\u2019n\u2019Roll ont du pouvoir mais ils ne devraient pas l\u2019utiliser pour faire de la poltique.Je considère un musicien comme une personne dont le travail consiste à divertir.Son travail consiste à faire oublier la politique et la vie de tous les jours.Le rock est une alternative à la politique.Je pourrais vraiment manipuler les gens si je voulais.Vers les années \u201860 tout était politique, maintenant j'espère que c\u2019est fini.\u201d (propos de Joe, chanter des RAMONES: Best, mai 1977) ® Les DILLS, de la deu- 4 xieme génération du #8 punk américain Le punk américain ainsi que les groupes rock \u201csubversifs\u201d\u2019 de la fin des années \u201860 (M.C.5, STOOGES,.) ont influencé le punk anglais.En retour, ce dernier, actuellement plus dynamique, influence les nouveaux groupes américains.Ainsi les DEAD BOYS empruntent le jeu de scène et le folklore vestimentaire du punk anglais avec un brin de \u201cpolitisation\u201d qui fait voisiner ici le marteau et la faucille avec des insignes nazis.A ce trs TS es a at pri ect Mes, 225 confusionnisme politique s\u2019ajoute un sexisme violent à la manière des RAMONES, sur un fond de sado-maso- chisme.Ces punks / ex-jeunes travailleurs sont un pur produit du très pègreux show-biz américain, une matière première que l\u2019on façonne, que l\u2019on exploite et que l\u2019on jette après usage, des marionnettes manipulées par les \u201cproducteurs\u201d: \u201cIls ont un certain sens théâtral, mais ce n\u2019est pas comme du théâtre.En regardant les DEAD BOYS, vous avez l\u2019impression qu\u2019eux-mêmes ne savent pas ce qui se passe, que c\u2019est le show qui les mène \u201d (Sounds, 27-8-77).Un cas à part dans le courant américain: la chanteuse PATTY SMITH, qui se revendique de Rimbaud et du surréalisme \u2014 une musique plus colorée, un punk-rock romantique.ANGLETERRE C\u2019est en Angleterre que le punk a sa base sociale la plus large: jeunes travailleurs, chômeurs, étudiants.La situation de crise économique généralisée, l\u2019augmentation du taux de chômage (plus de 1 600 000 chômeurs), le désarroi d\u2019une partie importante de la jeunesse privée de perspectives sociales et politiques, ont fourni un terrain propice au développement du punk.On assiste en effet à un phénomène social sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale: la marginalisation de centaines de milliers de jeunes (jeunes chômeurs souvent exclus du marché du travail avant d\u2019avoir pu y accéder; étudiants futurs chômeurs; jeunes travailleurs désabusés, réfractaires à l\u2019autoritarisme, à l\u2019ennui et à l\u2019aliénation qui sont le fait d\u2019un travail soumis au mode de production capitaliste).Cette jeunesse \u2018sans avenir\u201d (\u201cNo Future\u201d, un des \u201chits\u201d du punk-rock) est également marginalisée par rapport au mouvement ouvrier traditionnel: syndicats et parti travailliste qui enferment la classe ouvriere anglaise dans un véritable carcan.Le parti travailliste actuellement au pouvoir gere la crise capitaliste au profit de la classe bourgeoise, avec la complicité des directions syndicales qui s\u2019efforcent de faire accepter les mesures d\u2019austérité aux travailleurs.Dans ce contexte de crise sociale, l\u2019extrème-droite \u2014 Nt matte: pani AH HHO Mr to albanien we ote Rh ee dil Hi 0208 Fail H + i % 5 3 iy a 226 représentée par le Front National \u2014 connaît un développement significatif, favorisé par la démission du mouvement ouvrier traditionnel et par la complaisance du pouvoir à son égard.Le Front National mène campagne pour l\u2019expulsion des immigrants de couleur et pour une restriction des droits politiques et syndicaux.En tant que mouvement fasciste (son secrétaire déclare: \u2018Nous sommes en train de construire une machine nazie bien huilée\u201d\u2019), son but ultime est la destruction complète du mouvement ouvrier et l\u2019instauration d\u2019une dictature terroriste du Capital.Le Front National, qui recrute ses membres entre autres parmi les jeunes sous-prolétaires blancs, tente \u2014 actuellement sans succès \u2014 de récupérer à son profit le mouvement punk.Ce jeune mouvement de la classe ouvrière blanche, le plus souvent sexiste, avec son image de violence et ses symboles nazis, apparaissant dans une période de chômage important et de chute du niveau de vie pourrait effectivement être l\u2019objet de manipulations de la part de l\u2019extrème-droite.Mais sa dynamique sera en tout état de cause déterminée par l\u2019évolution du rapport des forces sociales et politiques en présence dans l\u2019ensemble de la société.Dans l\u2019ensemble, les jeunes chômeurs n\u2019attendent rien du gouvernement travailliste \u2014 qui n\u2019a d\u2019ailleurs rien à leur offrir (pas de reprise économique ou de création d\u2019emplois \u2014 en vue), ni du parti conservateur; et les objectifs du Front National ne leur apparaissent pas comme une solution crédible pour remédier à la crise.L\u2019audience de masse du mouvement punk est symptomatique d\u2019un vide politique immense.Avec des problèmes sociaux aussi graves et avec le même phénomène de marginalisation d\u2019une partie importante de la jeunesse, l\u2019Italie ne connaît pas de phénomène semblable au punk: il existe (malgré une certaine confusion) des forces politiques importantes à la gauche du parti communiste italien (lequel soutient la politique d\u2019austérité du gouvernement démocrate-chrétien.).II manque a la classe ou- vriere anglaise une organisation politique autonome qui fasse éclater le carcan syndical (syndicats bureaucratisés et institutionnalisés) et travailliste.Le contexte so- cio-politique a amené un certain développement de la gauche révolutionnaire, notamment avec le Socialist HR INN 227 Worker Party qui a implusé la mobilisation contre le Front National, mais il ne s\u2019agit pas pour le moment d\u2019un mouvement de masse.A la différence de la musique pop, qui a été adoptée par les classes moyennes, le punk rejoint essentiellement les adolescents de la classe ouvrière blanche.Une bonne partie des musiciens de la \u2018\u201c\u201cNew wave\u201d pointent au chômage.Cependant ceux-ci ne se reconnaissent pas dans une classe ouvrière enrégimentée par la discipline du travail et contenue dans des cadres syndicaux rigides.Si le punk traduit un vide politique, il exprime également un manque et une recherche d\u2019identité sociale: la crise généralisée des institutions (famille, école, etc.) ainsi que la situation socio-économique a provoqué une usure des modèles sociaux.Les jeunes chômeurs et marginaux, qui n\u2019ont pas d\u2019identité sociale valorisante, se créent un modèle social avec les appendices d\u2019une société parallèle (rites, attitudes, folklore vestimentaire).Alors que le modèle \u201chippie\u201d de la génération précédente procédait d\u2019une fuite (exotisme) hors des modèles sociaux dominants, le modèle punk est une caricature des modèles sociaux existants: cheveux courts, teints en rouge ou vert, vêtements déchirés, cravate débraillée, comme une corde au cou; épingles à couche sur les vêtements ou plantées dans la chair, lames à rasoir et croix gammées en sautoir.Les punks ressemblent ainsi aux mutants des bandes dessinées de science-fiction, à ces humanoides, mi-hommes mi-robots, qui errent dans la décadence et la barbarie des années 1980, dans une société concentrationnaire hyper-autoritaire et hiérarchisée qui procède à une restauration des valeurs féodales (système de castes, etc\u2026).Nombre de ces jeunes marginalisés, sans prise directe sur la machine économique et sociale, tiennent le monde pour désespérant et impossible à changer.Cette résignation se mue en affirmation morbide de la barbarie sociale: la mutilation de l\u2019environnement (pollution, désastres.) est revendiquée de la même façon que celle du corps et de l\u2019esprit \u2014 par une éducation répressive.Les instruments de mutilation (épingles à couche, lames à rasoir.) évoquent et reproduisent les rites de un ih 1 0 0 TN à à ar XT 228 mortification de la tradition judéo-chrétienne; ils expriment d\u2019une manière ambiguë et contradictoire: à la fois l\u2019acceptation résignée et la dénonciation d\u2019une mutilation physique et psychique.On songe à ces \u201cmilliers de coups d\u2019épingles\u201d \u2014 dont parle Raoul Vaneighem \u2014 que \u2014 l'on subit dès la prime enfance et \u201cqui tuent plus sûrement qu\u2019une balle de fusil\u201d.Le punk va généralement de pair avec un rejet de la sensualité et de la sensibilité, prenant la forme d\u2019une musique urbaine, métallique, dure et violente.Il reflète l\u2019infinie détresse des adolescents (\u201cLa génération vide\u201d, \u201cPas de plaisir\u201d sont des titres de chansons punk), leur sentiment d\u2019exclusion et d\u2019impasse.Lorsque la possibilité d\u2019éprouver un plaisir physique/ amoureux est diminuée ou rendue impossible par une mutilation physique/psychique ainsi que par des conditions économiques désastreuses, ce plaisir peut alors être recherché par des voies détournées, en reproduisant cette violence/mutilation sur soi ou sur autrui: sado-masochisme, agression physique, viol.(cf.certains noms de groupes punk: SEX PISTOLS, STRANGLERS,.) La réaction violente a cette aliénation, cette impossibilité de vivre, représente une menace pour le pouvoir, mais (en l\u2019absence d\u2019une stratégie révolutionnaire) elle ne l\u2019atteint pas directement.Lorsqu'elle se traduit par un sexisme violent, des attitudes sado-masochistes, par une fascination à l\u2019égard du fascisme, cette violence issue d\u2019une classe sociale dominée se trouve canalisée et retournée contre cette même classe sociale.Cependant, en exhibant une représentation sordide de l'idéologie dominante, dépouillée de son masque \u201chumaniste\u2019\u2019 et \u2018\u201cdémocratique\u201d et en laissant apparaître le pourrissement avancé des valeurs sociales traditionnelles (honnêteté, amour familial, etc.) le punk nuit à la paix sociale et dérange à la fois la gauche réformiste et la droite classique.On tente d\u2019exorciser ce \u201ccancer social\u201d perçu comme un phénomène inexplicable, irrationnel, diabolique.Des capitalistes aux préoccupations plus terre à terre s\u2019occupent par ailleurs de le mettre en marché et d\u2019en tirer profit.En Angleterre, les groupes punk se comptent par dizai- nf, Ten Dur de: den the, dé LR Une \u2018\u2018fan\u2019\u2019 des SEX PISTOLS nes, leur audience s\u2019élargit et certains concerts attirent plusieurs milliers de jeunes.En méme temps, le punk, qui s\u2019est développé en dénoncant les super-stars de la musique pop, reproduit le même phénomène de vedettariat au fur et à mesure qu\u2019il s\u2019installe sur le marché.A la différence de la musique pop, les thèmes abordés par le punk ont un caractère plus social et sont plus hi 230 variés: les relations entre filles et garçons, l\u2019école, le chômage, l\u2019ennui suscité par le travail aliénant, etc., et une violence qui est en partie simulée et en partie réelle.Certains groupes sont franchement réactionnaires, d\u2019autres présentent des aspects progressisies.Johnny Rotten, chanteur des SEX PISTOLS Les SEX PISTOLS, par le biais du scandale et d\u2019insolences calculées (insultes a la reine), sont devenus le groupe punk le plus en vue.Cette formation a été conçue et lancée par Mac Laren, un des promoteurs de la mode punk (vêtements de luxe artistiquement déchirés, lames à rasoir, épingles.à couche, emblèmes nazis\u2026).Ils ont une image rentable de provocation spectaculaire et de violence gratuite: \u201cOn est plutôt anti-sociaux que politiques.\u201d \u201cJe ne sais pas ce que je veux Mais je sais comment l\u2019avoir Je veux tout casser, tout détruire Je veux être un anarchiste\u2026\u201d (\u201cAnarchy in the U.K.\u201d) Les CORTINAS donnent le ton de la lignée réactionnaire, avec \u201cFascist Dictator\u2019: \u201cN\u2019oublie pas que tu es à moi Mais je ne veux pas perdre mon temps Avec des histoires d\u2019amour Je veux faire des choses spéciales Je suis un dictateur fasciste\u2026\u201d RE BIE 231 Leur musique est mécanique et sans nuances \u2014 reflet du machinisme et des bruits industriels \u2014, avec un rythme ultra-rapide, obsessionnel et tétanisant, des paroles garrochées, répétitives.Les STRANGLERS, dont la musique est plus élaborée, jouent sur le sado-masochisme et les fantasmes de meurtre: \u201cUn jour je te casserai la gueule, chérie / Je te cognerai jusqu\u2019à ce que tu tombes.\u2019 Rock\u2019n'Folk (revue française de \u201ccritique\u201d rock, juillet \u201c77) parle a leur sujet de \u2018\u2018sexisme rafraîchissant\u201d et produit par mimétisme la même prose hystérique et réactionnaire: \u201cLes STRANGLER sont un vrai groupe punk dans la tradition américaine, un groupe d\u2019inspirés qui redonne à l\u2019expression \u2018\u2018blood on the tracks\u201d toute sa saveur.De toute façon il allait être temps de cravacher nos femmes.\u201d Les DAMNED, POLICE, CRIME, BANSHEES, etc.sont du méme acabit.Tandis que JAM fait été de son parti pris pour lordre: \u201cToute cette histoire de vouloir changer le monde est un peu trop a la mode.La prochaine fois nous voterons pour les conservateurs\u2026\u201d Les HOT RODS se veulent apolitiques: \u201cNous ne livrons pas de message, nous ne faisons pas de politique, parce que la politique, c\u2019est de la merde.Les jeunes ne s\u2019intéressent pas à la politique, ils veulent du rock, c\u2019est tout!\u201d Leur propos est cependant très politique, lorsqu\u2019ils chantent la \u201cTeenage depression\u201d: \u201cJ\u2019ai la \u201cteenage depression\u201d / C\u2019est la même chose tous les matins / Je ne peux plus sortir du lit / J\u2019ai trop de questions qui se bousculent dans ma tête./ J\u2019ai le \u201cteenage depression\u201d / ça devient une obsession / Et si vous ne savez pas / De quoi je parle: Attention, attention!\u201d Le chanteur de DOCTOR FEELGOOD analyse la situation avec lucidité: \u201cLe business est maître.Quelques groupes avaient un réel message politique, le MCS5, les DOORS, STEPPENWOLF.En Angleterre, la politique fait bailler, c\u2019est pourtant pas le moment.\u201d Devant l\u2019amalgame et le confusionnisme politique entretenus par les média au sujet du punk, le groupe CLASH prend ses distances par rapport au courant réactionnaire: \u201cLes gens doivent savoir que nous sommes an- ti-fascistes, anti-violents et anti-racistes, que nous sommes progressistes, en lutte contre toutes les formes 232 d\u2019ignorance.On joue du punk-rock.Ce n\u2019est rien qu\u2019une étiquette, mais pour nous cela veut dire une musique efficace.On joue comme cela parce qu\u2019on vit vraiment une époque de crise.Notre attitude, notre style est le résultat de production de masse.Nous faisons exploser sur scene nos frustrations en créant quelque chose qui se retournera contre ceux qui nous ont exploités.On n\u2019est pas sexistes; on aime bien regarder les filles.Les DAMNED sont sexistes.Et les STRANGLERS sont i encore pires.Dans ce milieu tout le monde se déteste, i la compétition est tres dure.\u201d A CLASH joue devant un paneau représentant un scène RE d\u2019émeute, et s\u2019il peut y avoir une part de défoulement dans la production et la réception du spectacle, la révolte spontanée contre les conditions de vie sociale n\u2019est pas entièrement canalisée et retournée contre la classe dominée.Le contenu des paroles - même s\u2019il ne propose pas de stratégie révolutionnaire et s\u2019il présente certai- 3 nes ambiguités \u2014 préserve et indique la portée subversive de cette révolte: \u2018Je veux une émeute, une émeute a blanche, une émeute bien à moi.Les Noirs ont de la chance, ils sont prêts à se battre avec leurs problèmes.; Pas les Blancs.On est submergé sous les voitures, les \u20ac chaînes HiFi, et la drogue.Nous devons jeter un pont À vers nos freres de couleur \u201d (extrait de \u201cWhite riot\u201d, k chanson qui fait référence aux émeutes des jeunes Noirs d\u2019origine jamaicaine dans la banlieue de Londres).L'identité sociale de CLASH est celle des jeunes Ri \u201c RPT.Tat.act let, ent (L tion PLE 8 chomeurs: \u201cEt maintenant, je suis seul dans le métro uel À / De retour vers mon dixième étage / Ce métro m\u2019y con- My a duit / Cet autre métro conduit a des habitations tout aus- 1 si sembles / Le vent crie à travers les immeubles / Er su Je me sens seul, je n\u2019ai rien à faire.\u201d Le groupe est sn se conscient des limites de son intervention culturelle: He.ili \u201cNous avons été classés groupe favori politique parmi li Af tout le monde de la scène actuelle, mais nous ne som- Le ig mes pas les nouveaux leaders que chacun semble cher- le Bi cher; nous n\u2019avons aucun contrôle sur la situation, pas pu Hid plus que sur nos vies.Nous avons été lancés comme Une iid n\u2019importe qui d\u2019autre.Le pouvoir politique est au bout Meme ie du fusil et nous n\u2019avons pas d\u2019armes!\u201d Qu Dans le fourre-tout idéologique du punk anglais appa- |.Da ti CHEE Angus nnn Os se EEE CIMT ARE te a 1 Le groupe CLAS raissent deux tendances divergentes: \u2014 d\u2019une part celle qui reflète mécaniquement le caractère morbide et décadent de la société capitaliste actuelle, sans remettre en cause l\u2019organisation sociale (ex.: les STRANGLERS) \u2014 d\u2019autre part celle qui véhicule une représentation critique de cette société et qui appelle a la révolte (Ex.: CLASH) Cette distinction n\u2019établit cependant pas une démarcation rigoureuse entre les groupes, et les deux tendances peuvent coexister contradictoirement au sein d\u2019une même formation musicale.(ex.: SEX PISTOLS) FRANCE En France, le punk \u2014 produit importé par les compagnies de disques \u2014 a fait une percée sur le marché, ainsi que dans le tissus social/idéologique, dans lequel il agit | à la manière d\u2019un révélateur chimique.Le phénomène est amplifié par les médias d\u2019information qui exploitent le côté spectaculaire et \u201cscandaleux\u201d du punk, tandis que la presse musicale spécialisée lui donne une cohérence et en fait une idéologie à consommer au \u2018 même titre que la marchandise à laquelle elle sert de support.Dans la stratégie de mise en marché, les revues de \u201ccritique rock\u2019 Best, Rock\u2019n\u2019Folk.) servent de cour- - EE ner RE a SR i: 234 roie de transmission entre les transnationales du disque (Polydor, CBS,.) et les consommateurs potentiels.Sous couvert d\u2019information et de critique, ces revues jouent le rôle de catalogues illustrés pour les produits des compagnies (en retour, ces dernières financent les revues par le biais de la publicité).Par sa vocation publicitaire, cette \u201ccritique\u201d (sic) produit des mythes et des idéologies qui garantissent la valeur d\u2019échange du produit disque/spectacle.Ce travail \u201ccritique\u201d, axé sur le concept de \u2018\u201c\u2018punktitude\u201d, prend la forme soit d\u2019une théorisation qui cache mal son insignifiance sous un vernis intellectualisant: \u201cLe punk à l\u2019anglaise se situe dans une perspective avant-gardiste picturale et non musicale.\u201d Rock\u2019n\u2019Folk, juillet \u201877) soit d\u2019un expressionnisme délirant: \u2014 à propos du chanteur de SEX PISTOLS: \u201cJohny Rotten bave, secoué de spasmes, vomit ses mots de la ma- niere la plus laide.Il a le visage trés blanc et des yeux terrifiants, noirs et fiévreux, ses cheveux sont orange, hérissés \u201d\u2019 Best, février 77).En France, le punk est loin d\u2019avoir l\u2019audience de masse qu\u2019il a en Angleterre; son public se retrouve essentiellement dans le milieu marginal/intellectuel et il touche peu les jeunes de la classe ouvrière qui se reconnaissent dans un rock plus traditionnel: \u201cC\u2019est tellement bidon le punk, que même les jeunes giscardiens et autres fils à papa y participent, à leurs punk-party en haillons.Tandis que le mouvement rocker, c\u2019est purement prolétarien.\u201d déclare un \u2018\u2018rocker anti-punk\u201d (Libération, 24-8-77).La \u201cnouvelle vague\u201d anglo-américaine a suscité l\u2019émergence d\u2019une \u2018nouvelle génération\u201d francaise: METAL URBAIN, TELEPHONE, ASPHALT JUNGLE, LOOSE HEART, STINKY TOYS, etc.qui empruntent au punk anglais et américain, tout en étant marqués par le contexte socio-politique français.Une partie de ces groupes chante en français, l\u2019autre en anglais.| Le punk français reflète la désillusion de l\u2019après-mai 68, un désarroi amplifié par une situation de récession économique et de chômage, une lassitude que ne saurait dissiper la possibilité d\u2019une victoire de l\u2019Union de la Gauche (coalition socialiste-communiste) aux élections de mars 1978., som dr plie mu Io te celle fer Imp ho Der sis lor Prove crise de] fh 3 def | Den EE - 235 C\u2019est ce sentiment d\u2019impuissance et de résignation que chante LOOSE HEART: \u2018Vous êtes la génération de la télévision / La génération dépossédée / Vous êtes la honte de vos parents / Vos rêves sont morts / Les couleurs se sont éteintes / Et maintenant c\u2019est noir et blanc / C\u2019est la télévision et l\u2019ordre / C\u2019est la vie rangée comme celle de vos parents.\u201d ou STINKY TOYS: \u201cJe n\u2019ai pas de religion / Je n\u2019ai pas besoin d\u2019un dieu / Je n\u2019ai pas de réve./ Donnez-nous beaucoup de bière et laissez-nous jouer fort.\u201d Dans le quotidien Libération (23-8-77), une lectrice \u201cpunk\u201d présente l\u2019idéologie de la \u2018\u201c\u2018punktitude\u201d: \u201cLa société telle qu\u2019elle est ne nous convient pas, que ce soit Giscard ou la gauche, ce sera pareil.Nous ne croyons plus à vos valeurs sacrées: la démocratie, le socialisme, la morale bourgeoise, les discussions, l\u2019écrit, la parole et blablabla.\u201cNous aimons le Rock and Roll et le métal.Nous pensons que l\u2019homme et la femme doivent réaliser leur individualité hors de la politique et que quelque chose d\u2019inexplicable nous pousse a dépasser nos forces hors du commun.Soyons nous-mêmes et ne pensons pas; la pensée ronge le corps.Et que le punk soit notre dimention généreuse.\u2019\u2019 Cette profession de foi a bien des points communs avec celle des \u201cNouveaux Philosophes\u201d (\u2018\u201c\u2018anciens combattants\u201d de mai 68 désabusés qui ont découvert tout a coup les imperfections\" de leur \u2018\u201c\u2018paradis socialiste\u201d ainsi que les horreurs du stalinisme; et qui se réfugient dans le giron d\u2019une bourgeoisie qui leur fait une ample publicité et leur promet un brillant avenir.\u2026.): ces deux écoles de la désillusion expriment la même désespérance, la même affirmation de la mort de l\u2019histoire, le même refus de l\u2019organisation politique.La \u2018\u2018punktitude\u201d, qui pratique cependant un style de provocation plus \u2018\u2018radical\u201d, a le mérite de révéler la crise (ou du moins certaines contradictions) de la gauche et de l\u2019extrème-gauche.Le quotidien semi-officiel du Parti Socialiste, Le Matin, a lancé un cri d\u2019alarme \u2018devant la vague punk qui déferle sur la France\u2019: \u2018Attention, les punks arrivent.Dans leur musique il y a comme un désir forcené de tout A PR iit 14 elif 236 détruire, un rejet global et rageur.Ils ne veulent rien d\u2019autre qu\u2019être une insulte à la société, à l\u2019Establishment, au genre humain aussi.Ils se jettent à corps perdu dans la laideur, dans l'horreur.Il y a chez tous ces très jeunes gens \u2014 les punks ont de quinze à vingt ans \u2014 un étrange besoin crépusculaire du néant, le désir morbide de s\u2019anéantir dans un dégoût teinté de masochisme.Aux concerts punk, le spectacle est aussi dans la salle, un spectacle à distiller l\u2019effroi.Dans tous ces mêmes regards métalliques, dans tous ces mêmes sourires figés, glacés, il y a un mélange un peu flou de hargne et de déprime, d\u2019écoeurement et de dédain\u2026 Ils se saoûlent de bruit, noyant cet infini désespoir qui les ronge dans le torrent glacé de leur ultra-violence.\u201d Le Matin, 21-5- 77) Les groupes ASPHALT JUNGLE, METAL URBAIN, STINKY TOYS et L.U.V.répondent à cet article dans le même journal: \u201cNous avons dix-neuf ans, nous sommes punks, nous sommes à Paris, nous sommes des centaines, nous serons des milliers.Nous allons essayer de faire bouger les gens, de les faire réagir contre tout ce qui les endormait.Le \u2018\u2018show-biz\u2019, la radio, PINK FLOYD, les vendeurs de jeans.L\u2019apathie est notre ennemie\u2026 La plupart des groupes punk sont d\u2019obédience anarchiste.Les insignes nazis: ôtez un élément d\u2019un ensemble et il change de signification.Pensez-vous réellement qu\u2019un insigne nazi porté sur la même chemise qu\u2019un portrait de Karl Marx garde son sens initial! Les extremes s\u2019annulent.Nous ne sommes pas les héritiers du Vieux Monde: Marx, Hitler, Mao et les autres sont tous aussi ridicules les uns que les autres, nous ne voulons plus les prendre au sérieux.Les jeunes Blancs ont le punk-rock, les jeunes Noirs le reggae.Deux musiques de révolte, deux musiques de libération.Les punks ne sont pas racistes.Il est cependant vrai que des gens d\u2019extrème-droite que l\u2019on a déjà vus dans d\u2019autres mouvements précédents se sont introduits dans le mouvement punk.Ils sont en minorité, nous les connaissons et nous nous désolidarisons de leurs prises de position\u201d (Le Matin, 28-5-77).Le Matin du 30-5-77 concluait avec un éditorial \u2014 \u201cNon aux punks\u2019: \u201cAu risque de paraître obsédé ou ridicule, av J ( fen le qu - 237 ce que je ressens là est une prédisposition à toutes les aventures fascistes.Il faut parler clair.Le droit au plaisir envers et contre tous, le dégoût et le rejet de toute convivialité, la morbidité, le sentiment de vide de l\u2019existence, le goût de la violence totalement déculpabilisée, le besoin de sang indiquent comme un clignotant rouge que, acculée dans un désespoir sans nom, une partie de la jeunesse, qui n\u2019a plus dans son héritage et dans son inconscient collectif la réalité de l\u2019horreur nazie, est mûre pour une aventure totalitaire, cruelle et sanglante.\u201d Encore une fois des gens \u2018\u2018normaux\u2019\u2019 tentent d\u2019exorciser des démons qui sont les produits directs de la \u2018\u201cnormalité\u201d sociale.(Les punks seraient-ils des extra-terrestres?).Ces humanistes et idéalistes n\u2019éprouvent aucune horreur face à un système social véritablement monstrueux qu\u2019ils désirent seulement réformer, mais ils ont une peur panique des effets monstrueux de ce système.De plus, ils confondent la psychologie de masse du fascisme avec sa base économique (maintien des profits capitalistes par l\u2019institution d\u2019une dictature ouverte sur les travailleurs).\u201cCeux qui sont contre le fascisme sans être contre le capitalisme, qui se lamentent sur la barbarie issue de la barbarie, ressemblent à ces gens qui veulent manger leur part du rôti de veau, mais ils ne veulent pas que l\u2019on tue le veau.Ils veulent bien manger du veau.Ils veulent bien manger du veau, mais ils ne veulent pas voir le sang\u201d (Bertold Brecht).Le quotidien d\u2019extrème-gauche LIBERATION se trouve lui aussi traversé par la guerre du punk\u2026 Il a ses dessinateurs punk, l\u2019équipe \u2018Bazooka\u2019, qui se réclame du \u201créactivisme\u2019: \u201cIls (les réactivistes) sont contre toutes les gauches et pour un retour du fascisme, de l\u2019antisémitisme, de la violence enfin.Tuons les enfants seuls dans la rue.Moquons-nous des vieux, tu vas pas faire de la peine à un vieux.Vive la dictature graphique et l\u2019interprétation réactiviste de l\u2019information \u201d (Libération 4-8-77).Soulas, qui est lui aussi dessinateur à Libération.dénonce les \u2018\u2018ficelles du scandale\u201d et la provocation de Bazooka:\u2018\u2018J\u2019emmerde les révoltes gratuites,\u2026 les actes hermétiques,.les esthetes du pire,.la pratique simpliste du contresens social,.les petits -bourgeois du REE I RL nt £32 sper =o 0 Ee y À in 3 1 I i 3 238 désespoir,.les prétres de leur propre gloire,.les cons du deuxieme degré,.\u201d A partir de photos d\u2019agences de presse, Bazooka produit des dessins d\u2019actualité qui soulignent et accentuent l\u2019aspect violent et morbide d\u2019événements et de rapports sociaux.Ces images et ces faits, que les médias de masse rapportent avec complaisance et sans indiquer les causes sociales qui les produisent, Bazooka en donne un double \u2014 d\u2019une froide ironie \u2014 et où le \u2018\u2018scandaleux\u201d\u2019 devient irrationnel.Ce réalisme \u2018de la cruauté\u201d se présente comme un reflet caricatural (sur un miroir brisé) des réalismes hollywoodien et stalinien; l\u2019idéologie qu\u2019il véhicule étant le produit décomposé des idéologies correspondant à ces \u2018\u2018réalismes\u201d.La \u2018\u2018distanciation\u2019 que Bazooka applique aux représentations de la culture de masse, au lieu de mettre lumière la nature et la réalité des rapports sociaux, rend ces rapports encore plus opaques.CZ, TT - 239 Bazooka, comme une partie des punks français, est passé sans transition (sans analyse politique) de la grande illusion maoiste à la désillusion: \u201cToute ta vie au travail Pour batir la révolution Mais t\u2019es pas tranquille dans la rue Quand t\u2019es seul te v\u2019la perdu Faut que derrière on te surveille Comme les p\u2019tits avec leur vieille Faut qu\u2019on te dise de marcher droit Qu\u2019la terre entière s\u2019occupe de toi T\u2019es vraiment un être unique.Prend exemple sur Tatchaïi Toute ta vie au travail.\u201d (\u201c\u201cchanson\u2019\u201d extraite d\u2019une bande dessinée de Bazooka) 7 DS Nl À Image retravaillée par Bazooka.EL LEE LAS BBL Lr i$ à hy H \u2019 \u2019 £Vo YT on + 4 | R6ADo0 1H à HYGIENE ET REGRESSION BAZOOKA Pour l\u2019extrème-droite française, le punk n\u2019est pas assez \u2018mur\u2019 pour qu\u2019il soit possible de le récupérer, mais on se plait a y voir au moins une provocation contre la gauche: \u2018\u201cLassés des accoutrements hippies et des poings brandis qui ne choquaient plus le moindre bourgeois, des musiciens de rock en mal de provocation ont fini par découvrir l\u2019outrage infaillible, et de se réclamer de la plus outrancière extrème-droite, et d\u2019arborer des croix gammées.Le camarade Pacadis, critique rock a Libération., n\u2019a-t-il pas dit que la croix gammée était un juvénile symbole de révolte.L\u2019art de re- on iE , 241 cupérer l\u2019irrécupérable a en cette occasion atteint des sommets inviolés \u201d (Initiative Nationale, 15-7-77).Malgré les prises de position de certains groupes (cf.article du Matin, le mouvement punk a un caractère ambigu qui ouvre la voie à toutes sortes d\u2019interprétation et d\u2019orientations possibles.La provocation, l\u2019outrage, le reflet morbide d\u2019une société qui l\u2019est ne suffisent pas à se démarquer d\u2019idéologies et de mouvements réactionnaires.Bazooka: dessin d\u2019après photo.RERO SAN URI IN HH 3 242 i QUEBEC r if I 3 La mise en marché du punk est commencée au Qué- it 2 bec.Dans le mensuel Québec-Rock (juillet \u201877) un arti- de 8 cle, \u201cLe Punk-Actualité\u201d, donne le ton (il n\u2019est pas inu- i\" = tile de préciser que Québec-Rock est diffusé gratuite- | |: ment a 50000 exemplaires et financé par CKOI, RCA, 0 2 CBS, Polydor, Capitol, etc.): I \u201cPendant que le Québec en raquettes s\u2019attarde a écou- be ter les \u201cprouesses de nos violonneux\u201d, les yeux du mon- ha de sont tournés vers New York, mère-patrie prolifique i de l\u2019Underground\u2026 Pendant que le chien a mordu l\u2019Eu- 0 Ï rope entière, la rage ne s\u2019est pas encore déclarée ici.\u201d m A On attend donc cette \u201cnouvelle vague\u201d qui doit remettre A i a sa place de dominée et méprisée la culture populaire a \"8 québécoise.On pose aussi les jalons de cette révolte pro- GE 4a mise/permise qui se doit de rester dans le cadre des 0 i \u201cconflits de génération\u201d et dans l\u2019espace de la ruelle: i 9 \u201cLes punks.ont tous les genre que les parents détestent - 8 et que les petites filles adorent! Agression délicieuse, ht pi phantasmes de ruelle.Le phénomeéne.tient tête aux on À rêveurs, qui ne font plus que rêver, et en même temps à qu i l\u2019ordre établi (quelque soit le pouvoir en place).Un bum di i restera toujours un bum et la révolution de ruelle sera a toujours attirante.On conteste tout et rien, on a du fun i ji: pour le fun.\u201d b 8 On ajoute que le mouvement a déjà un pied à terre au va I Québec puisque Lucien Francoeur serait \u2018le premier CH 4 punk québécois\u201d et que Pagliaro, \u2018l\u2019image même du = rocker de ruelle\u2019, mériterait lui aussi l\u2019étiquette \u201cpunk\u201d.4; M Une vague punk \u2014 apportant du sang neuf dans l\u2019indus- Cu i trie musicale \u2014 serait un filon en or pour les milieux fi- ih nanciers du show-biz québécois.C\u2019est ce que l\u2019article de Ca Québec-Rock ne dit pas, mais suggère cependant en par- lg: i lant de ces groupes punk qui ailleurs \u201cattirent des foules ly i a faire réver Donald K.\u201d (Donald K.: organisateur de ht 8 spectacles au Forum de Montréal) i Le procédé de mise en marché du punk est classique, i a mais efficace: on le présente comme étant l\u2019avant-garde rg 1 musicale, tout en l\u2019entourant d\u2019un halo de mystère pen- fm 8 dant un certain temps, pour capter et maintenir l\u2019atten- en i tion du public.Le circuit fermé des radios, journaux et hy = ses =\u2014 sr be \u2014 TU.OCR es ° 243 compagnies de disques vise à contrôler le public, et l\u2019amener progressivement à consommer un produit \u2018\u2018nouveau\u201d et \u2018\u201crévolutionnaire\u2019\u201d \u2014 qui va en fait dans le sens des idées reçues (sexisme, résignation, violence apolitique,.).Sûres de l\u2019efficacité de leurs procédés, les compagnies affichent un cynisme déconcertant.CBS fait ainsi la promotion du groupe punk anglais VIBRATORS, dans Qué- bec-Rock: \u201cLe phénomène anglais qui fera dire \u201cbaby baby\u201d à tous les Québécois!\u201d Le journal Dimanche-Matin (25-9-77) affiche le mème optimisme: \u2018\u201cDéja, a travers les grandes capitales du monde, le punk contrôle le marché.Au Québec, la résistance semble vaine.Déjà l\u2019écurie d\u2019Yvan Dufresne (Telson) vient de mettre en chantier son groupe punk: DANGER.Battant ainsi de vitesse plusieurs firmes rivales qui combleront cette lacune prochainement.\u201d En fait, même si Montréal a servi de rampe de lancement pour la musique \u2018\u2018progressive\u201d\u2019 (ex.: lancement de la tournée d\u2019E.L.P.au Stade Olympique), la percée du punk n\u2019est pas assurée; la saturation du marché ainsi que le renouveau du nationalisme et de la musique traditionnelle peuvent faire obstacle.Les investisseurs sont dans l\u2019expectative.Au cas ou la mode punk s\u2019installerait pour de bon et éliminerait le disco, les artistes de cette catégorie se préparent a prendre le train en marche.Certaines stations de radio (CHOM, CKOI, CKLM,.) se mettent au punk prudemment, car au cas où ça ne \u2018\u2018marcherait pas\u201d, il faut ménager la cote d\u2019écoute.CKOI fait jouer JAM, les STRANGLERS,., et promotionne le \u201cgroupe punk québécois\u201d DANGER.Par la manière dont il se présente, le groupe DANGER met en valeur des aspects caractéristiques du stéréotype punk (origine populaire, amateurisme.): \u201cOn vient de l\u2019est de Montréal, c\u2019est-à-dire près des raffineries\u2026\u201d, \u201cOn n\u2019est pas des musiciens professionnels dans le sens du terme, y'en a même qui ont du mal à se souvenir du nom de leurs accords de guitare.\u201d, \u201cNotre fa- con de composer est tres ordinaire, très radicale.\u201d (entre vue a CKOI) Jouant un rock traditionnel, DANGER cultive la paranoia: Lea CR i SH a i un IR i 244 \u201cPrends ta chance du coté de la démence\u201d \u201cJ\u2019ai toujours l\u2019impression Que quelqu\u2019un vient tchéquer Toutes mes idées, toutes mes pensées\u2026\u201d - et les sentiments morbides: \u201cDes fois j'ai le goût de mourir J\u2019voudrais m\u2019endormir, m\u2019engourdir Pour pu jamais m\u2019réveiller.\u201d \u201cMon sang est sale, Ma tête est toute fuckée\u201d - ou parle de la sexualité des jeunes: \u201cJ\u2019me gele les pieds J\u2019me cherche une fille J\u2019veux faire I\u2019amour a soir.\u201d Dans une \u201cligne ouverte\u201d a CKOI, une partie des intervenants trouve le punk-rock de DANGER médiocre, d\u2019autres le trouvent intéressant: \u2018\u201c\u201cJe les trouve pas mal bons, c\u2019est pour le monde de l\u2019est, le monde qui crooze pas.y\u2019en a qui bad-tripent pas mal.\u201d Méme s\u2019il le fait d\u2019une manière caricaturale (ex.: \u201cL\u2019amour dans I'métro\u201d\u2019), DANGER reflète certaines préoccupations concretes des jeunes.Le développement d\u2019un courant punk au Québec révele- rait probablement d\u2019une manière brutale les conditions d\u2019existence des jeunes des milieux populaires.Comme on l\u2019a vu pour l\u2019Angleterre, le mouvement punk, dans son aspect \u2018spontané\u2019 (hors de l\u2019opération idéologique et financière menée par les média et les compagnies de disques), pose d\u2019une façon aiguë la question de la capacité du mouvement ouvrier (syndicats, organisations politiques) à intégrer les revendications des jeunes des couches populaires.Le moralisme (ou l\u2019indifférence) du mouvement ouvrier traditionnel face aux questions de la vie quotidienne (famille, sexualité,.) \u2014 des jeunes en particulier \u2014 laisse la porte ouverte a toutes les manipulations de la part de la droite et de l\u2019extrème-droite.Cette persistance de la morale bourgeoise au sein du mouvement ouvrier: affirmation des normes et des roles sexuels, défense de la \u201cfamille prolétarienne\u201d (comme si l\u2019institution familiale n\u2019était pas un des piliers de l\u2019ordre établi) \u2014 et le cantonnement dans des revendications strictement écono- fi 245 miques, ne peuvent qu\u2019entretenir et accentuer des divisions existantes dans la classe ouvrière.I] importe donc que les organisations politiques et syndicales prennent en charge les problèmes vécus et posés par les jeunes; qu\u2019elles défendent l\u2019autonomie affective et sexuelle des jeunes et luttent pour des revendications garantissant cette autonomie: travail, logements pour les jeunes, moyens de contraception, etc\u2026 CONCLUSION Il faut démystifier et rejeter la marque de commerce \u201cpunk\u201d qui, comme c\u2019est le cas au Québec pour l\u2019étiquette \u201cRelève\u2019\u2019, crée une confusion délibérée entre des produits de natures différentes, les banalise, et permet ainsi aux compagnies de disques d\u2019élargir la gamme de leurs profits.Il faut également mettre à jour les mécanismes et les contradictions de cette opération de marketing qui fait d\u2019une révolte une idéologie à consommer, et tend à transformer cette révolte en son contraire: violence retournée contre elle-même, parfaite soumission à l\u2019ordre établi.Yves Alix Essai sur l'importance stratégique du \u201cJeune Theatre\".duns le processus de democratisation réelle du théâtre au Québec Le théâtre au Québec, dans son écriture et dans ses modes de production, a connu une évolution très marquée depuis environ dix ans.Ces transformations sont intimement liées à celles, économiques et politiques, que vivent les Québécois dans tous les autres domaines de leur vie quotidienne et pourraient être analysées par ce biais.J\u2019aimerais cependant démontrer comment elles ont surtout été amenées par les artisans du \u2018\u2018jeune théatre\u201d\u2019 (1) qui, se démarquant du théatre officiel, ont défini de plus en plus clairement ou se situaient leurs préoccupations.On n\u2019a pas toujours reconnu aux recherches menées par ces professionnels du jeune théatre leur juste valeur.Certes, cette expérimentation est mouvante, de par les difficultés mémes que rencontrent ces troupes au niveau de leur implantation, de leur continuité et, partant, de leur travail.Mais cette recherche se fait et \u2018l\u2019institut de recherche appliquée en théâtre\u201d existe à la grandeur de la province.Les résultats sont communiqués par voie de congrès, de colloques et de festivals(2).(1) Cette expression \u2018\u2018jeune théâtre\u201d, qui n\u2019a qu\u2019un rapport très lointain avec l\u2019âge de ses artisans, sera définie tout au long du présent article.On peut déjà spécifier qu\u2019il s\u2019agit de travailleurs du théâtre qui se définissent surtout par leur appartenance à un collectif de création théâtrale.(2) Les media de diffusion habituels ont longtemps ignoré ces manifestations, pourtant publiques.Jeu, cahiers de théâtre, publié aux Quinze, est le moyen écrit de diffusion que le jeune théâtre se donne depuis janvier 1976.su théât Boat CR ER ROGE 247 Chose certaine, le jeune théâtre se retrouve actuellement partout, ses artisans vivent intensément la régionalisation de leur travail(3) et la démocratisation de cet instrument d'expression et de communication qu\u2019est le théâtre.Leur préoccupation principale est effectivement de mettre le théâtre en disponibilité, de le sortir du ghetto culturel où il est encore trop isolé et de le proposer, ouvertement, à ceux qui veulent s\u2019en servir comme moyen de dialogue, de rencontre, de discussion, d\u2019animation, voire de revendication(4)! Cet essai se veut une tentative de mise en perspective historique de ce phénomène du jeune théâtre au moment où le ministère des Affaires culturelles souhaite établir ses politiques de subvention aux créateurs en théâtre, où le théâtre officiel semble enlisé dans ses habitudes culturelles, où le jeune théâtre, lui, consolide ses regroupements(5) et se donne des organes de diffusion structurés(6).Théâtre \u2018\u201cprofessionnel\u2019\u2019 et théâtre \u2018\u2018amateur\u2019\u2019 ou \u2014 \u2018\u201c\u201c\u2018théatre oblige\u2019\u2019(7) Nous ne sommes pas encore si loin, vingt-cinq ans a peine, de l\u2019époque où se retrouvaient face à face le théa- tre que l'on disait \u201cprofessionnel\u201d et l\u2019autre, celui qui se faisait par des amateurs, de cette époque où tout était en recherche de définition.Les influences étrangères se (3) Voir l\u2019article de Louis O\u2019Neill, \u201cMise en commun des ressources et concertation pour favoriser l\u2019émergence d\u2019une conscience régionale intégrée\u201d, publié à la veille de la parution d\u2019un livre blanc sur la nouvelle politique culturelle du Québec, dans Le Devoir, mercredi 24 août 1977, p.5.Voir aussi l\u2019article d\u2019A.Gruslin \u201cLe jeune théâtre se développe tout en restant fidèle aux régions\u2019, Le Devoir, 28 octobre 1977, p.23.(4) Ceci sans préjudice à la qualité \u201cthéâtrale\u201d des spectacles offerts, car la recherche que mènent les troupes de jeune théâtre concerne aussi les moyens de théâtralisation.(5) Association québécoise du jeune théâtre, Comité de théâtre pour enfants, Centre d\u2019essai des auteurs dramatiques, Association des travailleurs et travailleuses du théâtre autonome-autogéré du Québec.(6) Jeu, Cahiers du CEAD, Jeune théâtre (AQJT), Cahiers des troupes individuelles, etc.(7) Consulter là-dessus les articles de la section \u201cVers une tradition théâtrale\u201d dans Le Théâtre canadien-français, Archives des lettres canadiennes, Fides, 1976.MER ERNIE HHH tl Rr EE EE 248 bousculaient dans l\u2019esprit dés gens: Copeau, Molière, le boulevard; le jeu réaliste, le divertissement; l\u2019écriture poétique, la recherche philosophique; le décor-photogra- phique, le décor-symbole; le public de collège, le public global, etc.Tous les possibles étaient inscrits dans cette aventure qui visait deux essentiels: la permanence de l\u2019acte théâtral et sa reconnaissance comme fait culturel.Le théâtre québécois était à la recherche de lui-même et ses artisans lui vouaient le meilleur de leur temps, de leurs énergies, de leurs connaissances.Tout était à faire: se rattacher un public fidèle et critique, concevoir et aménager des salles de spectacle convenables, élaborer un répertoire pertinent, encourager les dramaturges.\u2026 du côté du théâtre professionnel\u2026 Dès le début des années \u201950, le théâtre professionnel cherche à s\u2019orienter.Ses pionniers n\u2019oublient pas ce qui a été réalisé dans le passé proche ou lointain, mais ils ne veulent plus s\u2019inscrire dans le même genre de démarche.Le théâtre sort du collège et il souhaite ses salles spécialisées, ses programmations régulières.La tournée, l\u2019opérette et la revue, qui avaient vécu jusque-là malgré les conditions difficiles d\u2019exploitation, sont reléguées aux archives du \u2018\u201c\u2018théâtre populaire\u201d et on leur oppose une nouvelle orientation \u2018\u2018culturelle\u2019\u2019 qui sera défendue par des gens de métier, des artistes ayant reçu une formation adéquate.Les enjeux sont énormes.Seuls quelques essais ont été préalablement tentés soit par des troupes ou des artistes étrangers en tournée, soit par les Compagnons de Saint-Laurent.Mais ce théâtre plus recherché au niveau de ses textes et de ses moyens de production trouverait- il son public?les artistes pour y travailler?les salles où se loger?Rien de tout cela n\u2019est assuré en 1951, date de fondation du Théâtre du Nouveau Monde.Ce questionnement était aussi de nature économique.Le public pressenti pour les productions des textes classiques adhérerait-il a cette mise en marché?A cette lancée du théatre culturel en concurrence libre?Les artistes qui voulaient pratiquer régulierement leur métier pourraient-ils en faire leur gagne-pain?Les arts de la scène étaient-ils rentables?= va.es Tr 1 (à oh su pe de sn de Mat tr the: id nou [op Dl Cons ble qu, 249 Les futurs organismes subventionneurs sont alors aussi à se constituer, suite, entre autres, au Rapport de la Commission Massey sur l\u2019avancement des arts, des lettres et des sciences publié en 1951.Le Conseil des Arts de la Région Métropolitaine est institué en mars 1955, le Conseil des Arts du Canada, en 1956 et le ministère des Affaires culturelles du Québec en 1962.Dès lors, et très rapidement, le théâtre \u201cprofessionnel\u201d sera soustrait a la loi de l\u2019offre et de la demande et donc\u2019 à l\u2019influence possible des spectateurs futurs sur son orientation.Le partage des subventions annonce déjà l\u2019institutionalisation du théâtre professionnel qui devient, avant même d\u2019avoir créé des liens entre les créateurs et avec un public pressenti, le garant d\u2019un théâtre national.On imposait bien tôt une lourde charge à ce qui n\u2019était pas encore clairement défini, à ce qui n\u2019avait pas pris racine.Le théâtre professionnel au Québec a donc passé très rapidement le cap de la nécessaire mise en marché de ses produits pour devenir la réponse à un besoin d'Etat.Car, en subventionnant ce qui venait à peine de s\u2019ébaucher, l\u2019Etat édifiait une tentative en réponse.Ce qui subsistait alors des réalisations spectaculaires passées perdait en crédibilité et en importance.La scission était prononcée qui laissait de part et d\u2019autre d\u2019un fossé qui devait aller en s\u2019élargissant, le \u2018\u201cThéatre\u201d et \u2018\u201cl\u2019amusement populaire\u201d.L\u2019Etat se dotait donc de maisons de production théâtrales officielles et prenait déjà le risque de couper irrémédiablement le producteur des consommateurs du produit.Ce public, peut-on en parler?Quel était-il?Au début des années \u201950, il se faisait sans doute complice volontaire du produit et de ses producteurs, c\u2019est-à-dire du théâtre et de ceux qui voulaient en vivre.Se préoccupait- il de faire connaître ses besoins?ses critiques?D\u2019une part, il n\u2019a pas été sollicité dans ce sens et d\u2019autre part, nouvellement venu lui aussi à l\u2019aventure théâtrale selon l\u2019option culturelle classique, il se sentait sans doute mal placé pour critiquer.Et graduellement, l\u2019habitude de la consommation individualisée s\u2019est installée.Car ce public était en fait constitué de l\u2019ensemble des individus qui achetaient les billets pour assister à une représen- Rs EN Mase NGG tite RE 250 tation.Il s\u2019agissait donc d\u2019un public réuni au hasard du calendrier, public qui, une fois sa lecture des textes classiques dûment terminée, se mit à chercher le visage du comédien connu, de la vedette du spectacle, le nom du metteur en scène ou du décorateur qui assurerait l\u2019intérêt de son placement en temps, en énergie et en argent.Certes, les maisons de production ont utilisé la publication de renseignements pertinents (par un journal ou par des discussions post-spectacles) et ont proposé des sondages d\u2019opinion sur la programmation (par questionnaires), mais ceci pour le besoin de la vente des billets plus que pour la constitution d\u2019un ensemble de spectateurs impliqué et, par le fait même, critique.Certes, les animateurs de ces théâtres officiels étaient préoccupés par l\u2019instabilité de leurs locaux, par la course au répertoire, par l\u2019impérieux besoin de vendre les spectacles puis les saisons.Mais ces trois impératifs ont-ils seuls motivés les pionniers à poursuivre l\u2019aventure?L'époque des \u201cséances\u201d était bel et bien révolue, le produit avait désormais une haute qualité artistique et culturelle, mais ceci au prix de plusieurs oublis: ceux du spectateur et\u2026 de l\u2019artiste créateur lui-même.1978: L'industrie théâtrale a sa place dans les grands centres urbains.Le produit culturel est diffusé.L\u2019insti- tution-théâtre a acquis une stabilité géographique et une régularité de répertoire.Mais qu\u2019est-il advenu entre- temps des artisans même auxquels cette institution fait toujours appel pour fabriquer son produit?Aucune troupe \u201cprofessionnelle\u201d n\u2019a été créée.Pourquoi?La recherche sur le produit n\u2019a-t-elle pas accompagné sa mise en marché?Aujourd\u2019hui, les artistes, syndiqués mais isolés, travaillent sur la foi de contrats individuels qui les placent, plus souvent qu\u2019autrement, en état de haute concurrence économique.La loi du plus offrant s\u2019est instaurée, de même que, concurremment, celle de la course au vedettariat.Aurait-on oublié quelque part le \u201ccollectif\u201d qui donne sa spécificité au genre théâtral?Plus encore, le théâtre institutionnel s\u2019est coupé radicalement de ses spectateurs, de ceux qui achètent désormais leurs billets en consommateurs culturellement obligés et qui sont souvent inconscients du contenu d\u2019un spectacle.Les quelques critiques négatives adressées aux maisons de Jo ) der Tol di lee DUR TR) 251 production sont reçues avec une hargne qui ne se camoufle méme pas! \u201cIl y a parfois des gens qui sont sourds jusqu\u2019a ce qu\u2019on leur coupe les oreilles\u201d (8).or Le théâtre des Cuisines \u2014 \u2018\u2018Nous aurons les enfants que nous voulons\u2019\u2019 \u2014 1974.\u2026Ôdu côté du théâtre amateur.La démarche que tentent parallèlement les artisans du théâtre amateur imite assez fidèlement, au début des années \u201950, celle du théâtre professionnel.Les amateurs sont aussi à l\u2019affût des titres qui réuniront le plus grand nombre de spectateurs et des techniques les mieux au point.La plupart du temps, ils sont ancrés dans la région dont ils sont issus, ils fonctionnent grâce au travail bénévole de tous (même les étudiants ne reçoivent aucun crédit académique pour les productions universitaires ou collégiales) et le théâtre est pour eux un passe-temps, culturel il va sans dire.Les festivals auxquels ils peuvent s\u2019inscrire (dont le Dominion Drama Festival, D.D.F.) encouragent fortement (8) Lichtenberg, phrase citée par Gilbert David en exergue à son article \u201cI\u2019envers du nouveau monde\u201d, Jeu 4, hiver 1977, p.3.Voir la \u201créponse du T.N.M.\u201d.à cet éditorial, qui est intitulée \u201cNotre confession\u201d et qui est signée Anne Le Dain, dans Jeu 5, printemps 1977, p.152. IR Fr te he 252 les rivalités au nom d\u2019une qualité artistique que l\u2019on dit professionnelle.D\u2019une production primée, on dira, s\u2019il s\u2019agit de la mise en scène d\u2019un texte connu, qu\u2019elle était supérieure a celle de Montréal ou de.Paris! Les trophées étaient distribués, les photos prises et l\u2019histoire s\u2019écrivait.; En 1958, Guy Beaulne fonde l\u2019A.C.T.A.(l\u2019Association canadienne du théâtre amateur) afin de réunir tous ceux qui s\u2019adonnent au théâtre amateur d\u2019expression française au Canada et ceci, \u201cdans un désir ferme de contribuer au prestige et à la permanence du théâtre français au Canada\u2019 (9).A ses débuts, 'A.C.T.A.est avant tout une liste d\u2019envois et une bibliothèque de référence.Organisme de service, elle offre des cliniques pour le perfectionnement technique des troupes qui le désirent.Du côté des amateurs, l\u2019objet de la convoitise est aussi le théâtre.C\u2019est lui qui polarise les efforts et les dévouements, c\u2019est autour de lui que l\u2019on s\u2019organise.Contrairement au théâtre professionnel cependant, le théâtre amateur se pose des questions.Au fur et à mesure des congrès de l\u2019ACTA des discussions s\u2019élaborent: les troupes-membres s\u2019interrogent sur leur action, leurs produits, leur définition et, dès 1966, sur la diffusion à donner à leurs spectacles.C\u2019est effectivement en 1966 que l\u2019on présente hebdomadairement des pièces jouées par les troupes de l\u2019ACTA à la télévision de Radio- Canada, dans le cadre du \u201cFestival du théâtre amateur\u201d.En 1967, il y aura le Festival de l\u2019Expo (10) et, par la suite, un festival annuel, non compétitif.Les troupes de théâtre amateur se donnaient ainsi une structure en deux temps: un congrès annuel (septembre) où elles tentent de définir leur orientation et un festival, aussi annuel (mai), où elles évaluent concrètement leur pratique théâtrale.Le questionnement de ces troupes par elles- mêmes viendra aussi de la présence massive des Québécois à l\u2019intérieur de l\u2019Association.Successivement, les résolutions suivantes sont propo- (9) Cité dans Jeune Théâtre, no 1, 1974, p.2, AQIT.(10) Six troupes présentent des créations pendant ce Festival qui a lieu au Pavillon de la Jeunesse dont \u2018Equation pour un homme actuel\u201d de Pierre Moretti, joué par les Saltimbanques, avec l\u2019arrestation et le jugement subséquents que l\u2019on connaît. EE PATES AE DE ERA REDON RS BU RE SEE RCE 253 sées et adoptées, qui révèlent la recherche et le travail de conscientisation qui sont effectués.1967: permanence d\u2019un festival annuel non compétitif; 1968: une troupe de I\u2019A.C.T.A.est \u201ccelle qui n\u2019a pas signé de convention collective avec un syndicat professionnel\u201d; utilisation publicitaire de l\u2019expression \u2018\u2018jeune théâtre\u201d; 1969: promotion du développement du théâtre de création et de recherche \u2014 en accord avec une politique globale et cohérente du développement culturel au Québec: 1970: création d\u2019une commission de structures régionales; \u2018\u201ccanadien\u2019\u201d\u2019 est remplacé par \u2018\u201c\u2018québécois\u201d dans A.Q.T.A ; 1971: la priorité est accordée aux auteurs régionaux et aux pièces québécoises non jouées(11).En 1972, l\u2019A.C.T.A.devient l\u2019A.Q.J.T.(Association québécoise du jeune théâtre), appellation qui correspond à l\u2019orientation que les troupes-membres donnent alors à leur regroupement.A force de confrontations, de recherches et de productions, le jeune théâtre se définissait: son activité artistique, réalisée de façon professionnelle, devait d\u2019abord être à l\u2019écoute de ceux qui le recevaient.Ce faisant, il se dissociait de plus en plus du théâtre officiel.Le théâtre \u201camateur\u201d a compté sur une force extérieure pour se transformer et son questionnement interne a été nourri par l\u2019activité du théâtre que l\u2019on appelait alors \u2018\u201c\u2018semi-professionnel\u201d et plus spécifiquement par l\u2019existence de la troupe des Apprentis-Sorciers, fondée en 1956.Cette troupe se démarquait du théâtre professionnel de deux façons: par son répertoire et par ses modes de production.Les Apprentis-Sorciers choisissent en effet de se consacrer au répertoire d\u2019avant-garde.Ce concensus de création en engage nécessairement un autre: celui du public.Si les spectateurs éventuels ne sont pas consultés sur le produit offert, ils se réunissent néanmoins autour d\u2019un même intérêt qui a nom Betti, Ionesco, Beckett, puis Brecht, Adamov, Vauthier, etc.L\u2019enveloppe technique de ce produit est nécessairement à l\u2019avenant: (11) Tiré de l\u2019article \u201cHistorique\u201d, Jeune Théâtre, no.1, 1974, pp.2-4. HH 254 décor, jeu, costume, maquillage, mise en scène lui répondent en spécificité.Ce choix d\u2019une production définie engage la réflexion de l\u2019équipe de base sur le non-dit, l\u2019actuel, le mouvant.L\u2019anonymat auquel les membres consentent se rapproche déjà du concept du \u201ccollectif de création\u201d.Cette orientation est complètement différente de celle des professionnels puisqu\u2019elle ne vise ni la rentabilité (financière ou individuelle) ni la reconnaissance (universelle et à tout prix).Si on a alors parlé de \u201cmorale\u201d plutôt que de collectivisation de la création, c\u2019est que le vocabulaire connu et ses réalités d\u2019accompagnement allaient alors dans ce sens(12).Aux alentours de 1965 existent donc, parallèlement, trois orientations de l\u2019activité théâtrale, trois modes de production: le mode dit professionnel-culturel dont la définition est demeurée identique depuis; le mode dit semi- professionnel qui s\u2019est éclipsé un temps pour revenir, transformé, sous le récent vocable de l\u2019ATTAQ (Association des travailleurs et travailleuses du théâtre autonome- autogéré du Québec); le mode dit amateur qui se transforme pour devenir le jeune théâtre.Le développement de ces diverses tendances allait cependant se heurter à un même obstacle: celui de l\u2019urgence de l\u2019invention de la dramaturgie québécoise.On s\u2019en doute déjà, les trois instances en présence offriront des réponses différentes.La dramaturgie québécoise \u2014 ou \u2014 la fausse piste \u2026 l\u2019auteur en question \u2026 Quinze ans après la fondation du Théâtre du Nouveau Monde, 20 ans après celle du Théâtre du Rideau Vert, les questions demeurent inchangées chez les artistes et les administrateurs du théâtre professionnel.Le mouvement de diffusion du théâtre a engendré sa propre vitesse, mais dans la même et unique direction de la rentabilisation d\u2019un produit culturel.Locations de salles et vente de billets demeurent les deux jalons fixes de l'itinéraire poursuivi.L\u2019inquiétant silence qui perdure autour du questionnement de fond ne sera brisé que par cette petite phrase, (12) Jean-Guy Sabourin, \u201cApprentis-Sorciers\u201d, Maintenant, no.16, avril 1963, p.139.ble ter Que dlie liz Hog 255 insidieuse au début, de plus en plus pressante par la suite: où en est la dramaturgie québécoise?Et tous les yeux de se braquer sur l\u2019auteur! La réponse lui revenait.À lui de jouer! Mais.la dramaturgie québécoise tenait-elle au seul texte?Admettons que le théatre professionnel, a la recherche d\u2019un répertoire, avait surtout fouillé les textes, mais ajoutons qu\u2019au théa- tre, qui est précisément l\u2019art de la mise en rapport des divers créateurs, il est plutôt étonnant qu\u2019on puisse en isoler un et l\u2019obliger à corriger le tir de tous les autres! On a donc procédé à l\u2019institution de nombreux concours: concours de la pièce en un acte, concours de la pièce québécoise, concours des comités de lecture des maisons de production.Mais le Shakespeare québécois n\u2019apparaissait pas (13)! Et on avait l\u2019impression de piétiner sur place, pire, de tourner en rond: les auteurs québécois ne se manifestaient pas parce que les théâtres ne mettaient pas assez de textes québécois à l\u2019affiche et ils n\u2019en mettaient pas en production parce que les auteurs québécois n\u2019écrivaient pas! Quelques textes primés puis d\u2019autres, venus d\u2019auteurs de la télévision ou de la radio, de romanciers, de poètes ou même de critiques convertis pour un temps à la scène furent quand même défendus dans les meilleures conditions d\u2019éclairage, de jeu, de décor.Mais souvent, l\u2019auteur et l\u2019oeuvre étaient écrasés par l\u2019importance de l\u2019appareil scénique et des budgets et par cette hantise du produit final et consacré \u2014 dont veut alors vivre l\u2019institution théâtrale.Le droit à l\u2019erreur n\u2019existe pas, le virage en U est interdit et l\u2019investissement consenti par la maison doit porter des intérêts.C\u2019est l\u2019effarente série des auteurs morts-nés qui s\u2019annonce.La quête du produit local, vendable et exportable s\u2019avère difficile et les dramaturges québécois se laissent désirer.Où était donc celui qui dirait notre être et nos problèmes, qui orienterait nos destinées, qui nous représenterait dignement à l\u2019étranger, qui définirait le théâtre québécois et qui aurait l\u2019écriture universelle et colorée?Où était donc ce produit qui rencontrerait toutes les attentes et récompenserait tous les efforts?(13) Voir le manifeste de Jean-Claude Germain, \u201cCe n\u2019est pas Mozart, c\u2019est le Shakespeare québécois qu\u2019on assassine\u201d\u2019. \u201c 'q 8 iy i ol 1 0 {8 UY It 3 ; 256 .la création en cause.Au méme moment, du coté du théatre \u201csemi-profes- sionnel\u201d\u2019, des regroupements se forment, l\u2019interrogation se poursuit, des moyens d\u2019action sont inventés.De 1962 à 1969, de nombreux essais sont tentés par ceux qui, dé- ja, sortent des écoles de formation professionnelle(14) et qui ne trouvent pas satisfaction auprès des maisons de production officielles.L\u2019Egrégore (en 1960) puis Les Saltimbanques (en 1962) tentent de dégager une ligne de pensée et d\u2019action suite, entre autres, à l\u2019expérience des Apprentis-Sorciers dans le domaine du répertoire d\u2019avant- garde.L\u2019année 1969 est importante.Trois troupes permanentes sont mises sur pied qui seront à l\u2019origine du renouvellement complet du phénomène théâtral québécois: le Grand Cirque Ordinaire, le Théâtre du Même Nom et le Théâtre.Euh! Elles se donnent une orientation précise, soit celle qui repose sur le travail collectif et ce à tous les niveaux: écriture du texte, jeu, scénisation, vie, insertion sociale, réflexion politique.Leurs membres n\u2019établissent aucun cloisonnement entre ces activités.La \u2018création collective\u201d, concept et produit, s\u2019invente au fur et à mesure de leurs spectacles.Il s\u2019agit toujours de théâtre et, de plus en plus, de dramaturgie québécoise et pourtant l\u2019accent n\u2019est pas placé, au sein de ces troupes, sur ces deux idées, mais davantage sur les relations entre l\u2019activité théâtrale et le questionnement social, entre le métier et la réalité de vie de ceux qui veulent le pratiquer.C\u2019est ce qui a pu faire croire que la création collective constituait davantage un phénomène social lié aux revendications d\u2019une génération qu\u2019une réflexion et une réalisation proprement théâtrales.Ces regroupements de gens de métier étaient effectivement de nature sociale, politique et affective, mais le théâtre, peut-être plus spécifiquement que d'autres formules artistiques plus individualisantes, est intimement lié aux manifestations d\u2019ordre social.Il parle de l\u2019homme à l\u2019homme par l\u2019intermédiaire de l\u2019homme et ces professionnels de la scène voulaient renouer (14) Le Conservatoire d\u2019art dramatique de Québec est fondé en 1955 et l\u2019Ecole Nationale de Théâtre en 1960. Pr RER ARE Le théâtre de l\u2019Oeil \u2014 André Laliberté fabriquant une marionnette.les liens entre le social et le théâtre(15).Ces nouvelles troupes n\u2019ont pas contracté d\u2019alliances | avec les théâtres officiels, leurs objectifs et leurs mo- i des de production étant radicalement différents.A la hiérarchie du théatre institutionnel, elles opposent le collectif de création; elles se soucient moins du dramaturge québécois que de toutes les composantes de la création théatrale.Elles préferent connaitre leurs spec- k tateurs et les impliquer (par le contenu du spectacle, : par l\u2019animation) plutôt que de les comptabiliser.Ces choix leur ont évidemment apporté des problèmes de survie.D\u2019une part, les structures syndicales qui existent alors n\u2019ont pas prévu l\u2019_émergence de ce nouveau type de travailleur artistique.L'Union des Artistes, fondée en 1937, voit à la protection individuelle de ses membres et les salles de spectacle, régies par l\u2019Association des directeurs de théâtre fondée en 1963, n\u2019accueillent que les artistes de l\u2019Union.Le cercle se refermait, ex- fo cluant les jeunes troupes et les vouant à un \u2018\u2018underground\u201d obligatoire de diffusion.D\u2019autre part, leur choix théâtral soustendait un choix idéologique.En ne partici- an (15) Consulter l\u2019article de Fernand Villemure, \u2018Aspects de la création collective au Québec\u201d, Jeu 4, hiver 1977, pp.57-71.En RT Tae \u2019 Hn NERY sebbbi HIMIN HREM RE AH tie ae So a RA i + À Wi Bi: \"DR ÿ i HE HY H 258 pant pas de la \u201cculture\u201d officielle et classique, ces troupes supposaient et pratiquaient une autre culture \u2014 que certaines troupes appelleront populaire, d\u2019autres, politique et d\u2019autres encore, contre-culturelle.Les alliances se sont réalisées tres tot cependant entre ces jeunes troupes et les amateurs de ACTA avec lesquels ils s\u2019entendaient sur le besoin de la création d\u2019une véritable théatralité québécoise, qui dirait la diversité des régions, des milieux, des besoins, des humeurs, des rêves, des sources d\u2019inspiration.Il n\u2019y a plus une seule dramaturgie, mais autant que d\u2019auteurs, de troupes, de publics.Le jeune théâtre, où se retrouvent, dès 1969, les jeunes troupes, le théâtre étudiant et le théâtre amateur, s'engage alors résolument dans la voie de la décentralisation et de la démocratisation réelle du théâtre.De leur côté, les jeunes auteurs se réunissent en Centre d\u2019Essai des auteurs dramatiques en 1965 et créent des structures de travail et de réflexion qui correspondent à leurs besoins: tables-rondes critiques et lectures publiques.L\u2019acte d\u2019écriture, processus et produit, est redéfini en tant qu\u2019expérimentation: on aborde le difficile exercice de la mise en atelier de l\u2019écriture, de la mise en élaboration de la création.Le mythe du produit définitif et génial, mythe auquel avaient sacrifié de nombreux auteurs avec la complicité des maisons de production, allait en s\u2019effritant.Le théâtre en Fou, Fou\u2019 \u2014 1976.le th Fou, ma ét M Ban ET tliat A test 259 .le public redécouvert.Non seulement la dramaturgie québécoise existait, mais elle se maintenait en état permanent de transformation et en relation étroite avec ceux qui la recevaient.Les troupes se donnaient comme priorité l\u2019évaluation de la réception de leurs spectacles par les publics qu\u2019elles souhaitaient toucher.Elles optaient pour l\u2019évolution conjointe du théâtre comme instrument de communication et du groupe social québécois, groupe dont elles faisaient indéniablement partie.Les créateurs du jeune théâtre s\u2019inséraient donc graduellement dans un véritable collectif de création qui englobait désormais les spectateurs.Aujourd\u2019hui encore, ils ne se veulent plus ni avant-garde isolée, ni génies coupés de leurs ou, > SNS SSSR 2 \u2018 PS = e invention du professeur Le théâtre en Fou, Fou\u2019 \u2014 1976.RATHI Ie arise.hae «cise names ses 260 sources, mais bien partie prenante d\u2019un réel en évolution.Cette volonté d\u2019ouverture exigeait une analyse constante des données émanant du groupe social, une réflexion subséquente puis une théâtralisation fidèle aux résultats d\u2019enquête.On pousse désormais des sondes dans ce qui existe, on sort des antennes réceptrices et on met à l\u2019oeuvre l'intelligence analytique et critique.Le théâtre que pratiquent actuellement ces troupes n\u2019est plus en miroir de lui-même: 1l s\u2019ouvre au collectif, il se fait agent actif et touche au plus vif les comportements sociaux, politiques, moraux, intellectuels et affectifs qui se dessinent dans un groupe social en effervescence.Les clefs de ces spectacles ne sont plus, dorénavant, que culturelles(16).la démocratisation réelle du théâtre \u2014 ou \u2014 que la fête continue! Ce cheminement ne s\u2019est pas fait sans heurts.Les collectifs de création se sont faits et défaits; les idéologies, théâtrales et politiques, ont secoué les individus et les troupes.Le questionnement théâtral, s\u2019insérant dans les remises en question politiques et sociales qui se sont succédées rapidement au Québec, subissait des hauts et des bas, négociait parfois des virages brusques, semblait s\u2019enliser dans l\u2019absence de réponses.Mais les troupes et le questionnement demeuraient! Et le jeune théâtre \u2014 qui a fait des petits et qui a beaucoup évolué \u2014 est désormais inscrit dans la réalité québécoise.Il s\u2019y trouve comme une force vive, par ses activités et ses produits: théâtre pour enfants, pour adolescents, pour adultes; animations, écriture, recherches, publications.Et ces produits ne sont pas synonymes d\u2019arrêt ou de point d\u2019arrivée, mais bien de relais, car ils sont intégrés au processus de travail, à l\u2019apprentissage en continuité.Plus encore, les produits du jeune théâtre sont rarement revendiqués en exclusivité par une troupe.Certes, les spectacles sont signés, mais les \u2018\u2018secrets\u2019 de la démarche et de la recherche sont partagés.Ils sont biens collectifs, ouvertement.Le processus de démocratisation véritable du théâtre (16) Sur les spectacles récents des troupes du jeune théâtre consulter la section \u201cChroniques\u201d de la revue Jeu.(& tou er x &, oi cor, Toi ple 261 a donc bel et bien été engagé et il l\u2019a été par ses artisans mêmes, par ceux qui avaient et qui ont toujours à coeur que le théâtre devienne un véritable instrument d\u2019expression et de communication.Ils ont graduellement dissipé les tabous, les mythes qui entouraient la création théâtrale.Le comédien dont ils donnent l\u2019image n\u2019est pas une vedette; le travail collectif auquel ils participent est difficile et ils en sont conscients.Ils ont souhaité et établi des liens de plus en plus directs avec les spec- tateurs-récepteurs de leurs produits qu\u2019ils ont consultés, sollicités, représentés.Ils ont inventé des modes de participation qui ne tiennent plus du tout aux questions- réponses de la scène à la salle, mais qui permettent aux spectateurs de se retrouver \u201csur scène\u201d.Ces troupes travaillent surtout dans les quartiers, dans les écoles, dans les centres culturels.Le théâtre est à la portée de tous et c\u2019est ce que les troupes diffusent en même temps que leurs spectacles.\u201cIl n\u2019y a pas le théâtre.Il y a des théâtres.Le théâtre, c\u2019est des gens qui se rassemblent et décident de faire ensemble, à partir de leur quotidien et de leurs moyens, des histoires sur leur vie, sur leurs espoirs, des marionnettes dans leur quartier, dans les rues de leur ville, de la musique dans leurs soirées, des danses de leur région, de la peinture de leur pays\u201d (17).Le théâtre aura toujours ses artisans professionnels, ceux qui voudront en vivre, le développer, en explorer toutes les avenues et remettre en question ses orientations théoriques de même que ses réalisations.Mais le point d\u2019aboutissement idéal du processus de démocratisation du théâtre sera atteint quand chaque individu, chaque collectif qui en sent le besoin et qui en a le goût, aura la possibilité de s\u2019en servir: pour parler, communiquer, expliquer, demander, manifester, vivre, rêver, espérer.Et quand l\u2019instrument-théâtre sera complètement démystifié, il n\u2019en sera que mieux portant.Hélène Beauchamp (17) Le Théâtre.Euh!', dans Travail Théâtral, no.21, octobre- décembre 1975, p.115.Editions l\u2019Age d\u2019Homme, Lausanne.ob oA a Dans les marais de lu métaphysique \u2018Tant qu\u2019il reste de la chair de dieu entre les dents, la parole est filtrée, abusée, faussée.\u201d (Denise Boucher) Il s\u2019agit ici d\u2019aborder d\u2019une manière succincte et sous forme d\u2019hypotheses, le role du langage analogique dans le discours politique, et le rôle de l\u2019inconscient (et des idéologies et représentations \u2018\u2018dominantes\u201d qui l\u2019im- preignent) dans l\u2019usage et la production symboliques.Le discours métaphysique: La droite fait généralement appel au langage analogique pour dissimuler les articulations et les mécanismes logiques de son idéologie.Ainsi les représentants de la classe dominante demandent aux travailleurs d\u2019oublier leurs intérêts de classe car \u201con est tous dans le même bateau\u201d, il faut donc que \u2018tout le monde rame dans le même sens, pour éviter de le faire chavirer\u2026\u2019\u201d Dans ce discours métaphysique, le développement théorique ne se fait pas à partir des éléments de la réalité, mais dans un espace symbolique défini et organisé de manière arbitraire par le locuteur.Le procédé permet d\u2019éviter de considérer les rapports réels qui existent entre les éléments réels, de leur substituer des rapports imaginaires conformes à l'idéologie dominante.(L\u2019idéologie dominante est soit traduite spontanément en termes symboliques par le locuteur (reproduction idéologique), soit dissimulée consciemment derrière la production symbolique.) pal Jout 263 Ce tour de prestidigitation idéologique fait disparai- tre ou apparaître des éléments \u2014 selon le besoin \u2014 dans le chapeau symbolique.Ce sont en général des contradictions qui sont ainsi escamotées: le métaphysicien invoque une \u2018\u2018harmonie\u2019\u2019 de la nature et un caractère \u2018naturel\u2019 de la société pour en conclure à la nécessaire \u2018\u201c\u201charmonie\u201d\u2019 entre les classes sociales.Dans le discours religieux, le procédé analogique propre à la métaphysique est devenu un mécanisme allant de soi, un \u201cpli\u201d du discours clérical s\u2019inspirant du symbolisme biblique.Cette démarche n\u2019est pas toujours \u2018naïve\u2019, elle peut être théorisée et revendiquée.On voit aussi une extrème- droite mettre de l\u2019avant la \u2018\u2018substitution de l\u2019image au concept\u201d pour élaborer \u2018\u2018une nouvelle vue-du-monde droitière\u201d.Le National, No 32, août-sept.\u201977; organe du Front National, organisation appartenant à l\u2019extrême- droite française).Par souci de modernisme, la contre- culture ésotérique présente sa métaphysique dualiste comme étant \u2018\u2018dialectique\u2019\u2019: \u2018Le langage analogique est le seul qui soit fondamentalement et authentiquement DIALECTIQUE, car c\u2019est le langage de la nature.\u201d (\u2018Le combat des natures\u201d \u2014 Norman Bourque; Mainmise, octobre \u201976) Fonction du langage analogique dans le discours politique Dans le discours politique, le langage analogique peut jouer deux rôles fondamentaux: \u2014 1l peut soit se substituer à un développement rationnel et occulter la démarche idéologique réelle: \u201cNous sommes sûrs de notre avenir car quelles que soient les embûches, le fleuve finit toujours par tracer son chemin vers la mer \u201d (En Lutte, 26-10-77).\u2014 soit illustrer le développement idéologique sans s\u2019y substituer: \u2018\u201cDerrière chaque lutte, notre rôle est de rendre visible l'ennemi commun.(sinon) nous risquons de mettre tous nos efforts a couper les tentacules de la béte en n\u2019atteignant pas son coeur \u2019 L\u2019Etincelle, organe de !\u2019Organisation Communiste des Travailleurs -\u2014 France \u2014; 13-10-77).Dans ce dernier exemple, le développement idéologi- LL LAE Aen bs oe LA ad 264 que est apparent, chaque élément conceptuel est illustré par un élément symbolique: chaque lutte/tentacules, ennemi commun/ coeur de la bête.La distinction entre ces deux rôles (substitution, illustration) n\u2019est cependant pas toujours facile à établir.D\u2019un point de vue superficiel, les séquences symboliques du discours peuvent être perçues comme des passages en blanc, non signifiants, dont la fonction serait essentiellement formelle, fonction d\u2019ornement apportant une certaine emphase au discours.Cependant, particulièrement lorsqu\u2019elle assure un rôle de substitution, la production symbolique se présente sous la forme de \u2018\u2018zones ludiques\u201d, de points faibles dans la carapace du discours, par où ce qui est censuré (désirs, fantasmes\u2026) réapparait sous la forme apparemment anodine d\u2019ornements symboliques.Ces désirs et fantasmes \u2014 investis dans des éléments symboliques \u2014 sont marqués par l\u2019angoisse que génère leur refoulement et conséquemment par leur caractère obsessionnel.La répétition obsessionnelle de certains symboles, qui en fait des stéréotypes, témoigne de leur ancrage inconscient, de leur fixation fantasmique.Ces stéréotypes font référence à des fantasmes d\u2019angoisse sexuelle, anaux, sado-maso- chistes\u2026: \u201c\u2018marais\u2019\u2019, \u201c\u2018ordure\u2019\u2019, \u2018venin\u2019.Les réson- nances inconscientes ainsi que la fonction idéologique profonde des séquences symboliques échappent au locuteur, ce qui est caractéristique du refoulement névrotique.On voit le désir ressurgir à travers les tentatives même de le censurer, de le refouler avec l'angoisse qui lui est associée.À travers la tentative de colmater les brèches du discours, d\u2019exorciser une lecture matérialiste des séquences symboliques, alors que le locuteur invoque un inceste théorique qui serait évidemment frappé d\u2019interdit: \u2018\u201c\u2018réviser les principes marxistes-léninistes en les faisant s\u2019étendre sur le divan psychanalytique.\u201d (Champ d'application, No 6, automne \u201976) Le mode de pensée métaphysique caractéristique de l\u2019idéologie dominante ne se rencontre pas seulement dans le discours de la droite classique, on en trouve également des traits dans des courants qui se réclament du marxisme: lorsque la dialectique vulgaire confine au dua- 265 lisme manichéen, lorsque les valeurs morales dominantes investissent le discours matérialiste, que les fantasmes de propreté obsessionnelle (et de sexualité réprimée) renvoient au mythe de la pureté idéologique.Système métaphorique: La plupart des éléments analogiques se rattachent à une série de méthaphores-types (marais, serpent, feu,\u2026), des archétypes caractéristiques de la pensée prélogique.Ces archétypes fonctionnent comme supports fan- tasmiques pour des sujets pris individuellement, mais leurs propriétés générales en permettent l'usage collectif et l\u2019_échange.Le support fantasmique de ces métaphores leur confère un caractère (et un niveau) sémantique différent de celui de la signification immédiate du mot, un \u2018\u2018sens caché\u201d.Cette polysémie fait que la métaphore, en même temps qu\u2019elle traduit et occupe un vide politique, l\u2019investit d\u2019un sens, d\u2019une charge idéologique qui parasite l\u2019idéologie mème du discours.Par sa projection fantasmique, la métaphore amorce un retour du sujet réel (et de son histoire) à travers un discours qui le nie au profit d\u2019un sujet abstrait: citoyen, militant, prolétariat.Chaque métaphore-type a une connotation fantasmique et névrotique spécifique: angoisse sexuelle, angoisse de mort, régression anale, etc\u2026 Une des métaphores les plus typiques du discours métaphysique est celle du marais: symbole de l\u2019interdit, du désir culpabilisé figuré par l\u2019aspect putride et fiévreux du marécage, traduisant un sentiment ambivalent d\u2019attraction / répulsion, contenant à la fois les pulsions refoulées et l\u2019angoisse sexuelle.La presse de droite allemande utilise cet archétype à propos de l\u2019extrème-gauche: \u201cCe qu\u2019il faut absolument, c\u2019est l'engagement actif de tous les citoyens pour essayer d\u2019assècher le marais dans lequel les libertés démocratique de notre pays pourraient se noyer.\u201d Dans l\u2019extrème-gauche, la métaphore du marais est employée pour stigmatiser des déviations idéologiques coupables, en même temps qu\u2019elle en signale le dangereux attrait: MOREL attache EM 266 \u2014 \u201cLe dogmatisme peut nous conduire dans le marais du révisionnisme \u201d (Unité Prolétarienne, revue théorique du groupe En Lutte!, déc.76).\u2014 \u201cLa direction d\u2019En Lutte! a entrainé le groupe dans le marais de l\u2019opportunisme et du révisionnisme \u201d (La Forge, journal de la Ligue communiste marxiste- léniniste du Canada, 30-9-77).\u2014 \u201cLa Ligue.s\u2019enfonçant pour la troisième fois dans le marais de l\u2019opportunisme et du révisionnisme\u2026\u2019\u201d (Lignes de Démarcation No 6, revue de l\u2019Union Bolchevique).\u2014 \u201cTout ce que le gagnonisme (idéologie du groupe En Lutte) peut faire, c\u2019est de s\u2019enfoncer de plus en plus dans le marais de l\u2019opportunisme \u201d (\u2018\u2018Démasquons En Lutte\u2026\u201d, brochure de l\u2019Union Bolchevique\u201d, oct 77).\u2014 \u2018L\u2019Irish Republican Army.s\u2019enfonce de plus en plus dans le marais réformiste \u201d (Lutte Ouvrière, organe de la Ligue Ouvrière Révolutionnaire, 12-10-77).On peut rapprocher la métaphore du marais de celle de la chute; l\u2019angoisse sexuelle prenant ici la forme pathologique de l\u2019angoisse de mort, gouffre insondable happant le militant ou le groupe politique qui défierait les interdits et dévierait de la ligne juste: \u2018La pente qu\u2019En Lutte a prise depuis son deuxième anniversaire est abrupte et vertigineuse \u201d (La Forge, 2-9-77).L\u2019extréme-droite utilise la même métaphore: \u201cLe Portugal chancelle au bord de l\u2019abime marxiste.\u201d (Le National, No 32 août-sept \u201d77), Le symbole du serpent, du démon tentateur, se profile à travers le venin qu\u2019il crache, à travers une parodie d\u2019acte sexuel empreinte de perversion et de maléfices: \u2014 \u201cLes révisionnistes et les néo-révisionnistes, les trotskystes et les opportunistes de tout accabit qui propagent au sein des masses leur venin bourgeois.\u201d (Champ d'application, No 7 hiver \u201d77), \u2014 \u201cEn Lutte! crachant son venin sur Mao Tsé- toung \u201d (La Forge, 16-9-77), \u2014 \u201cAvec la montée du mouvement marxiste-léniniste\u2026 les vipères sortent de nouveau de leur cachette.\u201d (Unité Prolétarienne, No 3 févr \u201977).La métaphore de la pieuvre semble reposer sur une phobie: mu Rp ble ars ns llr ry tal ile rar Dai = ft ne.She ur 4g une Le démon tentateur.\u201cLa pieuvre que vous connaissez comme le communisme.s\u2019étend dans toutes les directions sur la terre pour étouffer \u2019homme et le réduire a l\u2019esclavage \u2019 (Vers Demain Pélerin, journal catholique intégriste publié par l\u2019Institut d\u2019Action Politique; No 13 janv-févr- mars 77).\u2014 \u201cLe trotskysme.étendit ses tentacules empoisonnées sur de nombreux pays du monde.On vit alors pulluler des groupes et des organisations trotskystes.\u201d (\u201cContre les courants anti-marxistes.\u201d, recueil de textes albanais, Lib.Progressiste).Un bestiaire support d\u2019angoisses sexuelles est utilisé allegrement par la droite et par des groupes de gauche, a travers le méme expressionnisme apolitique: \u201cLes gauchistes, vermines troublant sans cesse la paix publique.\u201d (Le Naional, No 32, aott-sept 77).\u201cNous devons éliminer cette vermine, les écraser et nous en débarrasser.Pas de quartier pour les trotskystes!\u201d (La Forge, '28-4-77).- \u201cCes autres bestioles non moins répugnantes que sont les trotskystes et les révisionnistes.\u201d (En Lutte, 9-6-77).ETES REA ci REN i aa a 268 \u2014 \u201cLes crabes révisionnistes s\u2019entre-déchirent un peu plus.\u201d (En Lutte, 17-3-77).\u2014 \u201cLa direction d\u2019En Lutte! se débat comme un crabe dans l\u2019eau bouillante \u201d (La Forge, 28-10-77).\u2014 \u201cCette espèce de termites qui rongent partout de leur mieux les fondements de la société.\u201d (Discours de René Lévesque au Sommet Economique; Le Soleil, 25- 5-77).Contrairement a la tradition prolétarienne d\u2019inspiration anarchiste où l\u2019on s\u2019affirme comme \u201cdamnés de la terre\u201d, l\u2019idéologie puritaine de groupes comme la L.C.M.L.C,, En Lutte, L'Union Bolchevique\u2026, diabolise l\u2019adversaire au maximum, tout en affirmant sa propre pureté idéologique.Le trotskysme et le \u2018\u2018révisionnisme\u2019\u2019 apparaissent ici comme étant l\u2019incarnation du mal et se trouvent investis à ce titre de supports fantasmiques qui en font de véritables stéréotypes métaphoriques.On s\u2019accuse mutuellement de ces hérésies, symboles du rejet d\u2019un désir culpabilisé.Illustration de Vers Demain: St-Michel terrassant Lucifer.Opn d'u sp délug verse Nel 269 L\u2019emploi de fantasmes anaux et régressifs, qui s\u2019effectue de la même façon que pour les fantasmes d\u2019angoisse sexuelle, permet de remonter au noeud de la liaison fantasme / idéologie: l\u2019apprentissage d\u2019une propreté obsessionnelle et l\u2019intériorisation de la répression sexuelle, sur lesquels se greffe l\u2019éducation des valeurs dominantes.En sens inverse, le discours métaphysique illustre (ici négativement) la pureté idéologique par la propreté et la répression sexuelle: \u2014 La presse chinoise compare la \u2018\u2018bande des quatre\u201d à \u2018quelque chose de sale et de méprisable, semblable à des crottes de chien.\u201d \u2014 Vers Demain Pélerin parle des \u2018\u201c\u2018journaux remplis de pourriture sexuelle\u201d.\u2014 \u201cNos esprits sont infectés par des pensées et des opinions bourgeoises.Il faut purger nos esprits \u201d\u2019 (Lettre d\u2019un lecteur, La Forge 16-9-77), \u2014 \u201cLe paquet d\u2019ordures et de calomnies qu\u2019ont vomi les participants au sommet.\u201d\u201d (En Lutte, 9-6-77).\u2014 \u201cLa troisième conférence d\u2019En Lutte!.A cause du déluge d\u2019ordures contre-révolutionnaires qui s\u2019y est déversé, l\u2019atmosphère était irrespirable \u201d (La Forge 16-9- 77), \u2014 \u201cCe torchon, \u2018\u2018Lutte Ouvrière\u201d, qui répand continuellement ses ordures\u2026\u201d (La Forge 14-10-77).Si les fantasmes d\u2019angoisse sexuelle et anaux sont fréquents très peu de fantasmes \u201c\u2018actifs\u2019\u201d\u2019 franchissent le barrage de la censure consciente ou inconsciente.Ur tel fantasme à caractère sado-masochiste: \u2018\u2018Fouetté au sang, le prolétariat a redoublé de combativité.\u201d (En Lutte! 9-6-77) est un cas isolé, mais assez révélateur des projections fantasmiques que peuvent avoir certains militants par rapport au prolétariat.Dans le discours des groupes marxistes-léninistes canadiens, la métaphore du feu semble plus proche de celle du feu purificateur (cf l\u2019extrait de Vers Demain Péle- rin), symbole de la sublimation des désirs, que de celle de la flamme érotique: 5 QE RARER TN En Lutte (E.L., 23-6-77) P.C.C.M.L.\u2014 \u201cLe parti communiste se construit dans le feu de la lutte des classes \u201d (En Lutte, avril 77).\u2014 \u201cForgeons dans le feu de la lutte des classes notre parti marxiste-léniniste \u2019 (La Forge, 12-5-77).\u2014 \u201cLe monde sera purifié par un baptême de feu.Tout ce qui est pourri périra \u201d (Vers Demain Pélerin, No 8 oct-nov-déc \u201975).L\u2019usage que l\u2019on fait par ailleurs du symbole ésotérique du feu (on est ici en pleine métaphysique) me paraît confirmer cette interprétation: \u201cLe marxisme-léninisme et le trotskysme sont comme l\u2019eau et le feu \u2014 entre les deux rien de commun, c\u2019est le jour et la nuit, l\u2019antagonisme le plus complet, c\u2019est le prolétariat et la bourgeoisie \u201d (La Forge, 14-10-77).A l\u2019image du fer trempé dans le feu se profile une représentation hyper-virile du prolétariat (cf illustrations) et du parti: \u201cUn parti bolchévique trempé comme l\u2019acier\u201d (La Forge, 14-4-77), \u201cLes bases de fer d\u2019un tel parti.\u201d (Manifeste contre la loi C-73, En Lutte, mars 77).Représentation qui occulte les rapports de pouvoir réels a l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur du parti et qui suggère une conception essentiellement militaire du processus révolutionnaire.Cette rigidité néo-stalinienne et cette censure/perversion du désir amoureux ne rompt en aucune façon avec des mécanismes d\u2019oppression et de soumission (1) qui (1): cf W.Reich; \u201cLa révolution sexuelle\u201d?\u201cPsychologie de masse du fascisme\u201d EE OC CES EEE EE FE PE EI Con qa actu d'un \u201cMi fue fie Vieux (ite d'in term Fon Ma gle.Exe ss et tes Jp Magie mi le Vem Tie.lang ~~ 1 en hang (fgg (dl 0 Ë Groupe Marxiste Révolutionnaire Union Bolchevique (Combat Socialiste, 7-6-77) (\u201cDémasquons En Lutte.\u201d\u2019) contribuent à assurer le pouvoir de la classe dominante actuelle et qui peuvent jouer le même rôle en faveur d\u2019une caste dominante bureaucratique \u201ccommuniste\u201d.\u201cMiliter aujourd\u2019hui c\u2019est militer dans le doute et la cri- I tique permanente, ., militer sans mythologies\u2019 (2), pour éviter de préparer une caricature de socialisme, un vieux monde repeint en rouge; car l\u2019avénement d\u2019une so- & ciété communiste véritable n\u2019est pas seulement l\u2019enjeu Ir d\u2019un rapport de force militaire, même si celui-ci est déterminant.fe Formalisme et idéologie: ng) Malgré certaines remarques auto-critiques: \u2018La Lier gue\u2026 n\u2019est pas à l\u2019abri des erreurs de sectarisme.Par A exemple certaines de nos déclarations étaient prétentieu- Re ses et pompeuses \u201d (Brochure \u2018\u2018Pour l\u2019unité des marxis- sa tes-1éninistes\u201d, L.C.M.L.C.).\u201cIl faut se méfier de la une magie (3) des mots qui fait encore bien des victimes paroi mi les jeunes forces marxistes-léninistes et dans le mouvement ouvrier \u2019 (En Lutte 31-3-77); le courant \u2018\u2018marxiste-léniniste\u2019\u2019 canadien considère encore la question du fer langage comme une question de forme.Alors qu\u2019il s\u2019agit ne -_ (2): extrait de Critique Communiste, revue de la L.C.R.\u2014 section française de la IVe Internationale, No 11/12 \u201cMilitantisme et vie quo- aie tidienne\u201d (3): souligné par moi.] oR IE RE TE NT PO PUES CTE RP FOR EEET RE TEE a AR } Co RL AR ET ARTI «(hha doe.1408 Mile in, GE à \" A.He A Bi IN Bi.% 8 272 là d\u2019un problème politique de fond: l\u2019économisme exclut du champ politique les aspects culturels de la vie sociale et reproduit par conséquent l\u2019idéologie dominante dans ce domaine, comme le montre l\u2019analyse de la production symbolique.Cela dit, même si l\u2019on envisage d\u2019un point de vue matérialiste tous les aspects de la vie économique et sociale, il est toujours important d\u2019utiliser le langage analogique d\u2019une manière critique, et de se donner les moyens d\u2019en faire une lecture matérialiste, pour ne pas sombrer \u201cdans les marais\u201d de la métaphysique! Yves Alix H D hete And fer heur (B char ng ior Que lam su \u20ac Que | Sans} Le Tovey; Le 3 Jap ports 1g 1g; img ls pi Evénements pour un film Les saisons ne trompent pas qui sait les encourir.J\u2019ai lieu d\u2019avoir lieux.Lire bien c\u2019est élire.Claire Lejeune Dans \u201cChroniques\u201d 24/25, déc.76/jan.77, \u2018\u201cGodard: hétérogène, justement\u2019\u2019, magistrale lecture/écriture de André Roy, un des plus hauts points de travail critique ici maintenant.Les 7, 14, 21 et 28 décembre 1976, à 21 heures, dans la série \u201cDocuments\u201d de Radio-Canada, C.B.F./F.M., 4 heures a propos du jazz de Gilles Ar- chambault, un panoramique capital qui dit un savoir et un amour comme il en demeure peu, réflexion sur le jazz incomparable et indispensable et une somme radiophonique (invention et information) rompant radicalement avec la médiocrité niaise et abétissante qui a cours désormais sur les ondes (au service d\u2019un Pouvoir qui ne peut durer que la société ignorantisée et déculturée, consommatrice sans besoins ni désirs).Le mercredi 29 décembre: revenir le lendemain.Le 30: revenir le lendemain.Le 31: revenir le lundi 3 janvier.Le 3: revenir le 4.Bien-Etre Social.Pour 235 dollars par mois.Loyer, chauffage, électricité, téléphone, transports en commun, cigares: 242 dollars par mois.Il ne me reste aucun argent pour nourriture, café, vêtements, journaux, papier pour écrire, timbres, etc.Celles et ceux ces les plus proches de moi n\u2019*\u2018imaginent\u2019 rien: par la mé- RE EM EIRE] RII bye oh: yo SEE EN IE SES PS PE POP PES LM A A SE SC DEE ARES EMRENAEY OFAN SH IN CLL PLT pte MOE DE A EM AC PES DOC 4 274 ] me pires que les fonctionnaires sinistres payés a mimer { i une autorité qui voudrait acculer a la misere, a la honte I 3 et à l\u2019angoisse.Il faut endurance de bison pour encaisser, fg 3 et pratique de forces de vie plutôt que de forces de mort.L i Je revois \u2018\u2018L\u2019affiche rouge\u2019 de Frank Cassenti.Com- f ment m\u2019étais-je laissé prendre la lere fois (bien que perplexe)?C\u2019est une abomination monstrueuse.A vomir R de rage.D: le Montréal 1977 (24).: Evénements janvier.Le 13, le lendemain de mon 43e mé anniversaire, Cecil T'aylor, au Musée des Beaux-Arts.i Merci Christiane Charette et Chantal Pontbriand.Ainsi (a 8 je commence ma 44e année dans un sens du jouir et de fl i la pensée qui dit comment je résiste.Si je suis refusé m LE.dans tous les champs où mes capacités ont été prouvées 1 ome (champs qu\u2019occupent ici aujourd\u2019hui l\u2019indigent et l\u2019indi- der 8 geste, l\u2019inconsistance à fins d\u2019ignorantisation érigée en bee a Loi), ceci y répond: depuis 1966 j\u2019entends Cecil Taylor, \"C i en dépit de toutes les injustices qui torturent c\u2019est une fir I \u201craison d\u2019étre\u201d\u2019.Et jécris les événements qui s\u2019inscri- nn a vent, marginaux et contestataires, contre l\u2019ordre établi pm A et sa doxa, parole contre les mass media, geste contre lr I consommation, le sujet contre l\u2019anonymisation, vivre ten - contre exister.Le 24, chez Madeleine Gagnon et Jean- voi I Marc Piotte, 24 heures après avoir écrit pour Dyne a Q Mousso et moi \u2018\u2018Huit fables avec des mots de tous les Ie] 1e jours et une critique/conclusion qui disent le politique des = d\u2019un amour\u2019\u2019 (écriture un spasme infernal/splendide 3 le i jours et 3 nuits, la fièvre déchirante et l\u2019exaltation verti- ques i gineuse marquées d\u2019Adamov): Annie Leclerc.L\u2019une des fm i plus merveilleuses surprises de ma vie, la femme, bien a * que l\u2019écrivain m\u2019ait prévenu, le premier j\u2019avertis d\u2019elle Qué 3 le Québec en janvier 75.Les mots: les corps.Connaitre yal 2 fait se connaitre, entente les différences.Apres la nuit ti 2 fulgurance et parler où savoir et tendresse sont d\u2019un dir 3 méme physique qui déflagre/harmonise, la Louve ironi- Sig A que d\u2019Annie m\u2019offre \u2018\u2018Epousailles\u2019\u2019 (éd.Grasset).Lecture Ais a du 26 au 31, un des moments les plus denses et les plus Pang 3 intenses de mon vivre.\u201cJe dis, j\u2019affirme de tout mon Si a corps que c\u2019est avec la jouissance que toute parole com- Na Î mence, que les lèvres jointes s\u2019entrouvent sur le sens, ques Hl des lle tre ju jun onl turé pis non ens r D re: .275 que le corps tout entier fait mouvement vers le verbe.Ils font de la jouissance le lieu ou tout s\u2019acheve, s\u2019éteint et se tait.\u201d / \u201cJ\u2019appelle pouvoir ce qui prend, opprime et interdit; j'appelle puissance ce qui donne, dilate, féconde.\u201d Evénements février.\u2018\u201cCorps qui suivent\u201d de André Roy (les Herbes rouges éd./46).Le 7, avec Pedro Rubio- Dumont mon cher ami, au Patriote, Zouc.Il n\u2019y a douleur/épouvante d\u2019être vraie que s\u2019il y a rire qui exorcise et transgresse.L\u2019hénaurme alerte: c\u2019est ici l\u2019avènement d\u2019un authentique et d\u2019un chaleureux donnant son sens à vivre, que décante la caricature monumentale.C\u2019est la critique qui fait possible le plaisir.Ce que parle et agit Zouc, c\u2019est la présence d\u2019une intégralité en plein mouvement, toutes souffrances et toutes démences assumées, alors manifeste dans son évidence une entièreté donnant le goût de vivre.Le 10, à la Cinémathèque Québécoise, \u2018\u201824 heures ou plus\u2019\u2019 de Gilles Groulx \u2014 voir \u2018\u201cCinéma/Québec\u201d 47.L\u2019amour et la raison.Apres le film, je vais aux éditions de l\u2019Aurore.Jean Basile m\u2019annonce ne pas vouloir publier \u2018\u201cBribes 3\u201d, dont il m\u2019avait promis en janvier 76 la sortie à l\u2019automne.Neutralisé 1 an.Depuis, Gérald Godin et Gaston Miron me font attendre.Neutralisation ou annulation?Logique d\u2019un pouvoir: pas question que le gouvernement de René Lévesque autorise l\u2019avortement légal et gratuit: le Parti Québécois ne peut conserver le pouvoir qu\u2019avec l\u2019appui massif des classes moyennes: il est impératif qu\u2019il n\u2019y ait de culturel que le plus conformiste et le plus conventionnel: ni questionnement, ni invention, ni critique: la politique est fonction de la majorité silencieuse: interdire le dire: amour et raison censurés.Dorénavant, on ne tolérera au Québec qu\u2019éloges du totalitarisme et de la passivité travail/famille/ patrie, folklore et charismatisme, ego- trips dans l\u2019espace et au cabaret et images de révoltes qui ne dérangent pas le Système mais l\u2019affermissent de s\u2019étaler (créativité et les intellectuels les ennemis).Ainsi réussissent Chamberland ou Duguay.Ainsi Pierre Perrault.Ainsi, malgré, superbe et d\u2019une justesse saisissante, Monique Mercure la Panthère ravie, \u2018\u2018J.A.Martin, photographe\u2019\u2019 (film vu 24 heures apres \u2018\u2018Remorques\u2019 de Jean Grémillon et 4 jours apres \u2018\u201c24 heures LE (PETES I A ST ST Te 2 a ets atc sop SHEL bekaad, chore 276 ou plus\u2019\u2019 de Gilles Groulx le Lynx inquiet: je propose à Jean Beaudin le nom de fourmi sans inquiétudes).Arthur Adamov: IL FAUT BIEN QUE LES NANTIS DE L\u2019ANEANTISSEMENT SE DISTRAIENT UN PEU.Arthur Adamov: \u201cC\u2019est tout de méme un comble.Je croyais avoir atteint les limites de la souffrance permise.Permise?Qui permet?\u201d Evénements mars.Au Conservatoire d\u2019Art Cinématographique, Université Concordia: Jean-Luc Godard, \u201c\u201cNuméro 2°, \u201cIci et ailleurs\u2019\u2019, \u2018Comment ça va\u201d.\u2018Cahier du cinéma\u201d 262/263, janvier 1976: \u2018\u201c\u2026 Godard se heurte à un problème: au-delà de la question de l'engagement RB politique telle qu\u2019il la posait, telle qu\u2019on la posait, il y E a le reste, inexploré, oublié; le reste qui a créé bien i des désillusions dans le monde du militantisme de l\u2019après- Mai (68): l\u2019intérieur: la famille, le corps, le sexe; oublié et laissé à l\u2019ennemi: la télé, le drame sentimental, le cinéma porno.Changement de direction: partir de l\u2019homme et non plus de la théorie.\u201d Thérèse Giraud.\u201cC\u2019est peut-être ça qui se dessine: parvenir à voir et entendre son film, et pas le film qui se déroule, se réapproprier ce qui est lui en nous, nous fragmenter un instant pour nous retrouver plus entiers, moins pensés, plus pensants.\u201d Louis Skorecki.\u201c\u2026 est-il pensable de faire un cinéma pour des minorités, qui ne serait pas un cinéma de ghetto (Straub: \u2018\u201c\u2018Je pense qu'on doit aussi faire des films pour des minorités, parce qu\u2019on peut espérer qu\u2019elles seront, comme dit Lénine, les majorités de demain.\u2019\u201d) / \u2026 ce que nous (nous: les spectateurs) pose \u201cNuméro 2\u2019\u201d\u2019 ou \u201cTei et ailleurs\u201d comme questions: sommes-nous les spectateurs possibles de ces films, sommes-nous bien cette minorité interpellée par ces images?Auquel cas, comment se penser comme public minoritaire contre l\u2019idéologie du cinéma qui ne pense le public qu\u2019en terme de majorité?\u201d Serge Toubiana.A la Casa Pedro, je demande à Godard s\u2019il jouit de vivre ou si vivre le désespère.\u201cJe jouis de vivre, mais c\u2019est dans un monde qui me désespère.\u201d \u201cCahier du cinéma\u201d 264, février 1976: \u201cLe cinéma de Godard, c\u2019est le seul où ça n\u2019arrête pas de jouir.\u201d Pascal Bonitzer.(Je destine ceci plus particulièrement à l\u2019Association Québécoise des Critiques de Cinéma, dont le bureau directeur/comité de sé- NR ESSONNE SRE RE TTR ps rit p 8 : 277 lection du Festival International du Film de la Critique Québécoise n\u2019a retenu, ignorant aussi \u2018\u2018Fous a délier\u201d\u2019 de Bellochio, \u2018\u201cLa question\u2019\u2019 de Heynemann, \u2018\u2018\u201cSartre\u2019\u2019 de Astruc et Contat, \u201cNationalité: immigré\u2019 et \u2018\u2018Safrana\u2019\u2019 de Sokhona, \u2018\u2018Alice dans les villes\u2019\u2019 de Wenders, \u201cLe grand soir\u2019\u2019 de Reusser, \u2018\u2018Moi, Pierre Riviere.\u201d de Allio, les films de Chantal Akerman, n\u2019a retenu qu\u2019un seul film de Marguerite Duras, et aucun de Straub, aucun de Godard.Quelle critique?Quel jouir?Quelle politique?Seule une pratique le dit.) Evénements avril.Le 18, je reçois \u2018La venue à l\u2019écriture\u2019\u2019, que m\u2019adresse Annie Leclerc la Louve jouisseuse, que je lis le jour méme (coll.\u201c10/18\u201d 1121, série \u2018\u2018féminin futur\u201d / Union Générale d\u2019Editions).Hélène Cixous.Malgré l\u2019ambiguité qui inquiète (désir de pouvoir\u201d), c\u2019est que le sérieux brûle qui retient, les grandes brèches de plaisir incandescent dans le travail grave pour expliciter une logique.\u2018Ecrire: pour ne pas laisser la place au mort, pour faire reculer l\u2019oubli, pour ne jamais se laisser surprendre par \u2019abime.Pour ne jamais se résigner, se consoler, se retourner dans son lit vers le mur et se rendormir comme si rien n\u2019était arrivé, rien ne pouvait arriver.\u201d / \u201cCar j'écris toujours pour, j'écris depuis, j'écris à partir; de l\u2019Amour.J\u2019écris d\u2019Amour.Ecrire: aimer, inséparables.Ecrire est un geste de l\u2019amour.Le Geste.\u201d\u2019\u201d Madeleine Gagnon.L\u2019ardeur et la douceur se mêlent, en cet emportement de la plus belle fatrasie et la plus nécessaire, pour faire éclater les genres, venir à bout de la division en appellations contrôlées comme en classes, et dans la marée haute l\u2019esquif est signe du plus important: libération véritable des femmes il y aura à ne pas refouler le désir de l\u2019homme, clameurs et splendeurs d\u2019un verbe que remue le sexe émeuvent, qui font vibrer l\u2019intime en plein soleil.\u201cJe revendique ma place de sujet dans l\u2019histoire.Je revendique mon pouvoir de représentation et de nomination.\u201d / \u201cIl n\u2019y a de sujet que le sexe.Désir de l\u2019énoncé.Sexe de l\u2019énonciation.\u201d Annie Leclerc.Comment dire comment m\u2019habite \u2018\u2018La lettre d\u2019amour\u2019\u2019, quel plaisir fait circuler en moi le texte/jouir, et quel qui-vive il déclenche, et quel engagement il scelle?Je sens que de l\u2019écriture est en train de se faire.Critique vivre est radical.\u201cCar \u201c2 pie\u201d = Hit bate ad Ee an \u2018 a, a A a RB Ri 3 278 voila d\u2019où je voudrais que ça commence, le texte, l\u2019écrit, I ; l\u2019histoire, de là où la barbarie et la bêtise, la vanité et i M la mesquinerie n\u2019ont jamais pu entrer.\u201d / \u201cQu\u2019ils réap- le 8 prennent à marcher auprès de nous, à rejoindre leurs y à corps, à renaître.Qu\u2019ils écoutent la rumeur de leur te $ jouissance, qu\u2019ils apprennent à la parler, à conjuguer leur \u2019 ; langue à la nôtre, à inventer une parole qui ne comble le # pas le manque, mais qui ouvre le corps au corps, qui fr 8 donne chair et nourriture, une parole qui fait jouir, qui li = rend puissant et généreux: une parole de lait, une paro- ce le de sperme, une vraie parole quoi.\u201d Ce soir où je le À terminais au Sancho Panza \u2018\u2018La venue à l\u2019écriture\u2019\u2019 le ON 2 vin rouge avait goût d\u2019amour, et le tragique et le plaisir ai.a m\u2019isolaient de tous ceux qui font profession d\u2019hommes, 1 i sans amour et sans raison, la majorité passive nécessaire figs i au Pouvoir qui m\u2019exclut.Les 21 et 22, lecture de \u2018\u2018Au- de trement dit\u2019, Marie Cardinal se parlant à Annie Le- si clerc (éd.Grasset).En bas de la page 81 je note: Ici, le lane = 29/4, à 0h.15, au Sancho Panza, je n\u2019y tiens plus, et, avec me ( fi: un carafon de vin rouge, je lis la postface de la Louve jm a jouisseuse.\u201cAlors il faut.Il faut écrire.Tracer jour come a apres jour notre propre texte en lettres de sang, de lu- nè a mière, d\u2019amour.Subvertir jour après jour l\u2019autre texte ms A qui nous empêche.Que jour après jour nous le minions, tom A nous le sapions, nous le forcions à défaillir.\u201d Ainsi, aus- sn.I si, Marguerite Duras: le bureau directeur de l\u2019A.Q.C.C./ hia 5 comité de sélection du Festival International du Film de fey - la Critique Québécoise a jugé unanimement inutile de I) E.demander \u2018\u2018Le camion\u2019\u2019 \u2014 \u201cY\u2019a pas d\u2019cinéma là!\u201d Mais nu 8 aussi Godard, Straub, Groulx.Une critique dit toujours ii 3 avec quelles et quels on choisit et on mérite d\u2019être.Chez dise a Tiny et Billard, chez moi, chez Denise Boucher l\u2019Ourse a 3 fantasque et André Valois le Caribou nictitant, chez moi: th .Christiane Rochefort, que je célebre et nomme le Furet ta EL agapactique.Nous nous entendons admirablement, je ind o crois, et c\u2019est a elle que je dois de découvrir qu'avec i 5 mon jouir va non pas l\u2019ennui mais le désespoir (\u2018le ii i désespoir est la forme supérieure de la critique\u201d, et be N Ÿ sans critique pas de jouir).ry Evénements mai.(Le 13 j'arrête de boire pour 1 an.) Cy A Le 4, à la Place des Arts, l\u2019Orchestre Symphonique de \u201d I À Montréal sous la direction de Serge Garant, première de % : ï 279 mondiale de \u2018\u2018Fleuves\u2019\u2019 de Gilles Tremblay.Merci Louise Ostiguy.Le moment sonore vécu va rester en moi longtemps.Le concert est l\u2019illustration de ce que j'écris: après Sibélius, Haendel et Mozart, la moitié des auditeurs sortent, pendant \u2018\u2018Fleuves\u2019\u2019 plusieurs s\u2019en vont.Les \u2018\u2018abonnés\u201d de l\u2019O.S.M.le sont à l\u2019inconsistance et le mépris pour toute recherche et toute créativité, comme le veut un Pouvoir fondé sur l\u2019inchangeable, l\u2019inertie, la mort.C\u2019est la haute bourgeoisie de la Majorité Silencieuse qui quittait la Place des Arts pendant qu\u2019y avait lieu \u2018\u201cFleuves\u2019\u2019, et c\u2019était la première fois depuis longtemps qu\u2019il s\u2019y passait quelque chose, matière d\u2019un devenir, ainsi culturel et politique encore une fois simultanés.Au Dauphin, une des très rares salles à Montréal où 1l fasse bon être, \u2018\u2018Jonas, qui aura 25 ans en l\u2019an 2000\u201d de Alain Tanner.Je le vois 8 fois en 1 mois.Merci monsieur Beauregard.Voir \u201c\u201cCinéma/Québec\u201d 50.Le 24, lancement de \u2018\u201cRetailles\u2019\u2019 de Denise Boucher et Madeleine Gagnon (éd.l\u2019Etincelle).La veille j'ai relu le livre, j'avais lu le manuscrit au début de l\u2019année.Exemplaire concordance de deux différences, jaillissement vital d\u2019un même élan dans ce récit à 2 voix d\u2019une tentative de femmes de se dire, et 2 seulement évitent le piège d\u2019un fonctionnement calqué sur ceux des hommes les a/sujettis- sant, 2 s\u2019écrient/s\u2019écrivent qui forgent une autonomie faisant possible l\u2019amour, et plaisir vivre qui s\u2019articule depuis un désespoir compris comme seuil de critique, les 2 seules qui nous importent, et aussi de nous faire mesurer combien peu nous importent tant des hommes qui ici écrivent (ainsi Jacques Godbout, responsable d\u2019un dossier Québec pour \u201cLes nouvelles littéraires\u201d ou n\u2019existent ni Madeleine Gagnon ni Denise Boucher, pas plus que Jean-Marc Piotte ou Philippe Haeck, entre maints autres \u2014 n\u2019existent que \u2018\u2018Liberté\u2019 et apparentés, fond dérisoire de la grande vague Pouvoir/Majorité Silencieuse \u2014, Haeck le seul dont on pourrait attendre une écriture qui vaille cette année \u2018\u2018Retailles\u2019\u2019: mais il semble que lui aussi, en ces \u201ctemps nouveaux\u201d du Québec, ait bien du mal à se faire éditer, quand règnent Stanké et Godbout, et le pire phallocratisme, qui engendre cet impérialisme arrêt de mort de tout).\u201cUn soir d\u2019alcool et d\u2019espérance, je vous ai rejeté-ées dans l\u2019inimitié.Les 280 images me montent à la tête pendant que de toi, André, me poussent des caresses.Et dans les paroles de Madeleine et de quelques autres.Dans l\u2019alcool, une énergie me sort de la bouche, vous aime et les écrase.Je recommence encore ma vie, en amour et ailleurs, sans peur.Et ce n\u2019est pas de l\u2019alcool à fiction.I] y a des promesses.\u201d / \u201cCar ce qui est toujours censuré, au travers de ce que nous nommons vérités ou connaissances, c\u2019est finalement et inéluctablement l\u2019amour\u2026\u201d Evénements juin.(Le mois s'annonce merveilleusement: bel article sur Madeleine Gagnon la Lionne lionne par Monique Roy, dans \u201cLe Devoir\u201d où le bel article est exception de plus en plus; Monique Mercure prix d\u2019interprétation à un Festival de Cannes où le cinéma de la majorité est malmené; Margaret ne cède à aucune des innombrables pressions exercées et quitte Pierre Elliott Trudeau pour vivre libre, femme.) Le 5, au Con- ventum, lecture par Luce Guilbeault et Raymond Bélisle de lettres de prisonniers politiques québécois.Le texte va droit à l\u2019amour qui s\u2019arrache à l\u2019incarcération.Ce qu\u2019il en est du Québec, ces lettres le disent comme aucun tir Pr ser pla qu.love ke : Dar plis Phi 3 la soi Td fe 5 ques qu de } Poux lng (omy Cla Wey, Dlg 281 livre: publiées, elles seraient le complément le plus d\u2019actualité et le plus d\u2019urgence aux \u2018\u2018Retailles\u2019\u2019.L\u2019analyse des structures d\u2019un système condamnant à la prison ceux qui n\u2019eurent jamais d\u2019autre tort que revendiquer le droit à l\u2019identité d\u2019un peuple que Washington et Ottawa veulent déposséder, elle est juste d\u2019être énoncée par des hommes que la détention protège de ne se dire que par la seule théorie.Pas question d\u2019eux dans le dossier Québec des \u201cNouvelles littéraires\u201d ni dans \u201cLiberté\u201d.Mais demain ici se fait avec ces paroles, qui de l\u2019enfermement ouvrent un être-au-monde libéré, qui d\u2019un vivre aboli disent quelles forces de mort abattre, qui du manque de jouir proclament un amour à la mesure de celui qu\u2019inaugurent les quelques femmes en train de faire un devenir vivable.Ce ne sont pas que la lecture et la représentation que modifie Raymond Bélisle, mais le métier de comédien, passion, responsabilités, sens dans une praxis, l\u2019acteur y prend une dimension exceptionnelle.Le 17, chez Madeleine Gagnon et Jean-Marc Piotte, après assemblées et manifestations pour refuser l\u2019expulsion des appartements sur l\u2019avenue de l\u2019Esplanade, que demande un propriétaire Ziotas de Toronto, qui, après \u201crénovations\u201d (sic), voudrait augmenter les loyers de 85 à 195 dollars, les locataires appuyés par le groupe Habitation Saint-Louis: Claire Lejeune.On parle culturel/politique, pas la séparation, la jontion, plus que jamais une nécessité au temps des Nouveaux Philosophes, dont la mode ne saurait tarder à être reprise ici par certains, comme à Paris conscients (si avec retard) que leur survivance dépend qu\u2019un néo-fascisme soit mis en place ou non.Parfois la hargne affleure, mais toute la nuit c\u2019est le plaisir qui le plus circule, de s\u2019exprimer/exposer, et d\u2019opposer à l\u2019ordre établi le questionnement qui le subvertit.C\u2019est par se parler à quelques-uns réfractaires que commence l\u2019organisation de pratiques qui dé-fassent la Majorité Silencieuse, le Pouvoir, ses Scribes amuseurs avides et avares.(C\u2019est une grande force de vie de \u2018\u201cJonas\u2019\u2019 que tant s\u2019y parle, comme avant tout on parle dans les films de Godard).Claire Lejeune donne \u2018\u2018Mémoire de rien\u2019\u2019 (éd.Le Cormier, Bruxelles).\u2018\u201c\u2018Les signes, les craquements, le supplice, nous sommes quelques-uns dispersés sur la terre Lan A Sinn rT.SH IEID LILI CPUR urs Esra beh bbs HRV 60s 150 8 cel 282 à les avoir solitairement franchis.Dans l\u2019attente de notre communauté visible, c\u2019est cette connivence-là, souterraine, qui nous apparente; c\u2019est ce sentir généreux qui nous anime, nous maintient ascétiquement serrés dans un maquis unique où le désir créant s\u2019exaspère d'heure en heure contre le raidissement d\u2019un pouvoir moribond.\u201d Le 25, chez lui le soir rue De La Roche (bien belle idée), lancement du dernier livre, remarquable, de Roger DesRoches, \u2018\u201cLa vie de couple\u2019\u2019 (Les Herbes rouges éd./50-51).\u201cLa barre du jour\u201d 56/57, mai/août 1977: 19 femmes disent \u201cle corps, les mots, l\u2019imaginaire\u2019\u201d, un volume essentiel au Québec aujourd\u2019hui.Les ler et 3 juillet, a la salle Claude-Champagne: Inti- Illimani.Du 11 au 18 août, à la salle Maisonneuve, à la Place des Arts: Festival International du Film de la Critique Québécoise (Angelopoulos, frères T'aviani, de Antonio, Rivette, Metzaros, \u2018\u201c\u2018 India Song\u2019).Du 19 au 28 août, à l\u2019Expo/Théâtre, à Terre des Hommes: Festival Canadien des Films du Monde \u2014 napoléonien, le titre (\u2018\u201cL\u2019empire des sens\u2019\u2019, Hawks).Quoi qu\u2019en pensent directeurs de l\u2019A.Q.C.C.et Serge Losique, plusieurs festivals de films ici: c\u2019est bien le seul moyen de recommencer à intéresser au cinéma, de pouvoir voir sur nos écrans parfois de quoi nous faire vibrer et nous stimuler, à l\u2019heure d\u2019un creux zéro pire que celui d\u2019avant 1960, l\u2019heure où multinationales made in U.S.A.et P.Q.veulent qu\u2019il n\u2019y ait d\u2019esthétique que vidée de toute substance, au lieu d\u2019un culturel des illustrations à fins de consommation forcée du Vide où s\u2019abolit le sujet.Encore faut-il que les films montrés durant ces festivals.Durant les 6 premiers mois de 1977 j'ai vu (mis a part Godard) 4 films fondamentaux: \u2018\u2018Au fil du temps\u2019 de Wim Wenders, \u2018\u201824 heures ou plus\u2019\u2019 de Gilles Groulx, \u201cJonas, qui aura 25 ans en l\u2019an 2000\u2019\u2019 de Alain Tanner, \u2018\u2018India Song\u2019\u2019 de Marguerite Duras.C\u2019est peu.Ce n\u2019est pas assez.(Mais un cinéma québécois différent s\u2019amorce: Annick de Bellefeuille, Paule Baillargeon, Denyse Benoit.) De quoi suis-je en train de parler?De la différence entre productions de signes et de sens confortables et CIM Sta, Be 2 » LE EEE |, t ! $ , £ ) Ë ¢ ¢ \u20ac \u20ac fe t I \" À, I, 1 E.| il a Hein hy HN Lat D RIT CRIE i Hp EAH HR + > Re + 284 les autres.Les premières sont toutes abjectes, les secondes plus ou moins progressistes.Et c\u2019est aussi d\u2019amour que je parle (geste politique).Le cinéma, bien, mais plus que le cinéma.Inclure ici, par exemple, aussi pendant ces 6 mois, projet de loi 1 sur la langue au Québec, P.Q.et Amérindiens, élection d\u2019un parlement européen au suffrage universel, la droite au pouvoir en Israël, Afrique du Sud, eurocommunisme, élections en Espagne, terreurs en Amérique latine, et Kittie Bruneau, et Gabriel Garcia Marquez.Ce journal/citations, peut-être l\u2019écris-je ainsi pour Mireille Lanctôt la Bisonne poélitique.Ce pourrait être un film.De Gilles Groulx le Lynx inquiet.Avec Dyne Mousso la Déesse-qui-se-marre/la Délirante Magistrale.Dyne Mousso.Initiales: D.M.Initiales pour Duras Marguerite.La première fois, inoubliable, que j'ai vu \u201cIndia Song\u2019\u2019, c\u2019était avec Dyne.La deuxième fois, je demande la projection du film pour Groulx et la Louve ironique, et Madeleine et Pio, et Mireille, et Haeck.Vie quotidienne, et le culturel qui l\u2019infléchit, et l\u2019amour, critiques.20/6/77 (\u2018*\u2018Requiem\u2019\u2019 de Berlioz) passage Ainsi, c\u2019est la fin de \u201cChroniques\u201d.Le manque de \u2018Chroniques\u2019 va compter, dans les années à venir, ou l\u2019existence du Québec se concrétise, ou le Québec cesse.Je demeure convaincu que le politique est voué à s\u2019annuler qui ne considère pas fondamental le culturel.(Je ne saurais trop recommander la lecture de \u2018\u2018Art et politique\u2019\u2019 de Mikel Dufrenne, série \u2018\u2018Esthétique\u2019\u2019, coll.\u201c10/18\u201d 889 / Union Générale d\u2019Editions.) Je venais d\u2019accepter d\u2019écrire une rubrique chaque mois pour \u201cChroniques\u201d.EVENEMENTS/ETUDES SYMPHONIQUES (certains) I reconnaitront la la référence à l\u2019opus 13 de Robert Schumann, enregistré le plus remarquablement par Bruno Leonardo Gelber, ou Sviatoslav Richter, ou Murray Pe- rahia).Mon intention: rapporter certains événements culturels dont il est généralement très mal rendu compte, quand ils ne sont pas complètement ignorés (le plus souvent à dessein: comme toute critique, le silence critique est essentiellement politique), voire au moins les mentionner, pour provoquer au fur et à mesure une curiosité qui ne manque que trop; les inscrire dans le récit de ma quotidienneté, l\u2019information fonction d\u2019un point de vue personnel et d\u2019une pratique, l\u2019écriture travaillée pour sa dynamique intrinsèque (sans créativité pas de critique), Je la voyais assez réplique de la composition et l\u2019improvisation musicales, et toujours \u2018étude\u2019.Entre autres écritures, je travaille actuellement à COLETTE MAGNY quinze ans de chansons Dessin E.Pignon al LA AAR FAN l\u2019\u201cécriture 16\u201d quand on m\u2019annonça que \u2018\u2018Chroniques\u201d\u2019 ne publierait plus qu\u2019un dernier numéro.Ce texte me semble très représentatif d\u2019un cheminement, inséparable de son dit.Il poursuit aussi \u201cévénements pour un film\u201d.D\u2019actualité (il s\u2019articule autour d\u2019une date), il indique que rien ne s\u2019interrompt, chacun des éléments utilisés l\u2019étant pour l\u2019approfondissement d\u2019un mode et un style de vie, au long de passages, changements.Suivent des variations apres un passage a Paris trois semaines.Yvonne Minton chantant Mahler, Berg, Schon- berg, Webern, 1\u2019Orchestre Symphonique de Paris dirigé par Pierre Boulez.\u2018\u2018L\u2019Eden Cinéma\u2019 de Marguerite Duras.\u201cNuits sans nuits\u2019\u2019 de Michel Leiris mis en sce- m er ÿll que, ay hy Yi nea de Jour Si urd ne Foy coke, ery IF HR PSE AE ETES 287 ne par Michael Lonsdale.Romain Bouteille et ses camarades au Café de la Gare.\u2018\u201cLes chasseurs\u2019\u2019 de Theo Angelopoulos.\u2018Le fond de D\u2019air est rouge\u2019 de Chris Marker.\u2018\u2018La caméra je\u2019\u2019 de Babette Mangolte.\u2018\u2018Je Tu I1 Elle\u2019, \u201cJane Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles\u2019, \u2018News from home\u2019\u2019 de Chantal Akerman.1 \u201cChroniques\u2019\u2019 ne paraissant plus, où dire ces passages E qui changent le culturel, et change le politique, vivre 8 c\u2019est fidèle à une perspective critique se changer \u2014 se - faire au fur et à mesure de changements, c\u2019est dans ce qui se change et jamais dans le même qu'a lieu le jouir.Pluralité des sens de \u2018\u2018passage\u2019\u201d\u2019\u2026 Boit-on\u2026 Annie Leclerc.J\u2019écoute \u201cMiss Ann\u2019 de Eric Dolphy par Anthony Braxton et Muhal Richard Abrams, disque \u2018\u2018Duets 1976\u201d Arista AL 4101.16 novembre 77 mots et musiques qu'amour advienne écriture 16 4/10/77 L\u2019imaginaire, les idées, ce qu\u2019on perçoit et sa critique, l\u2019amour et la raison: en dire les très riches heures au jour le jour, inscrire le vivre journal/poésie.4/10/77 i Soixante jours aujourd\u2019hui que j'habite avenue Papineau.Sept ans, depuis mon retour de Californie, il m\u2019a fallu, pour concrétiser ce lieu amorce de l\u2019à venir selon le jouir du présent\u2026 Soixante jours la plupart de pluies et de froids.Au- jourd\u2019hui, du soleil pâle traverse des amas de nuages en grumeaux qui cavalent bas.Festival International du Film de la Critique Québécoise, Festival Canadien des Films du Monde, Festival it International du Film 1977.Bientôt le Festival de Paris.0; # il ig SG SU GRAN PES rentes TT \u2018Le camion\u2019 de Marguerite Duras.Dans ma quatrième chronique pour \u2018Le Jour\u201d, celui du 30 septembre au 6 octobre, \u201cLe personnel, l\u2019ex-cen- trique\u2019\u2019, j'écris: \u201cL\u2019excès lucide, les paroxysmes exposent indéniable le sens.Alors, j'écoute des heures à vif les deux seules, depuis la mort de Janis, les deux seules Duras de la chanson, parce qu\u2019elles font leurs paroles, sens l\u2019ex-centrique indéniable, et leurs musiques, sens le personnel des paroxysmes, l\u2019excès des voix le lucide qu\u2019elles exposent, Colette Magny et Mama Béa Béatrice Tekielski, femmes les seules qui vraiment chantent autre chose autrement\u2026 Le camion roule\u2026 C\u2019aurait été une critique.C\u2019est une critique, oui.Avec \u201cLe camion\u2019, je comprends mieux que je ne conçois de CRITIQUE qu\u2019EX-CENTRIQUE.Ca, c\u2019est du cinéma, du cinéma en train de se faire, qui accentue et accélère ce que je suis et mon amour, hors champ, où advient le personnel.\u201d Persistance de Janis permanente.Aujourd\u2019hui il y a sept ans meurt Janis J oplin.Aujourd\u2019hui il y a trente ans nait Jean-Marc Piotte.Avec café noir et le cigare cubain Sancho Panza que me donnait hier la Louve ironique, j'écoute mes quatre disques de Janis.ber Que ar LE Ale bel: Bug: qu» Le 4 juillet 1975 j'écris pour le numéro d\u2019octobre de \u201cChroniques\u201d dans \u2018\u201c\u2018Le cinéma, bien, mais plus que le cinéma\u201d le texte \u201cI find myself missing you\u201d, à propos du film de Howard Alk et Seaton Findlay \u2018\u2018Janis\u2019\u2019.Texte a partir duquel des membres du collectif de production de \u201cChroniques\u2019\u201d s\u2019appliquent a m\u2019en expulser, je partirai après une troisième opération à cause d\u2019ulcères en janvier \u2014 en janvier (76) je l\u2019écris dans \u2018\u201cBribes 3 / fragments d\u2019écrire\u2019\u2019, que Jean Basile neutralise un an, que Gérald Godin et Gaston Miron puis Gaétan Dostie semblent vouloir à leur tour annuler.\u201cI find myself missing you\u201d texte parmi les meilleurs et les plus importants que j'ai écrits, qui prévient du travail que j\u2019entreprends autour de créativité, différences, excès et ex-centrique.Le 4 janvier 1968 je quitte le Québec pour la Californie.Lors d\u2019une rétrospective Jean-Luc Godard à l\u2019Université de Californie à Berkeley, je rencontre Laura.Une belle extravagante, parente à la fois de propriétaires de Budweiser, une des trois ou quatre bières les plus bues aux Etats-Unis, et de Douglas, les fabricants d\u2019avions qui font une véritable fortune avec la guerre au Vietnam, PR IORTUR EE TE LE TD CE ST EU EE CFTR CEH SS BUNT SF FEY PLOY SL SNPE TE SY OR 1: TE LL NREL EE SE HT RS A I 290 de Berkeley (une sorte d\u2019Outremont en haut), et qui s\u2019imagine de gauche parce qu\u2019elle est abonnée à des dizaines de publications \u201c\u2018progressistes\u2019, parce qu\u2019il fallut l\u2019intervention du Parti Communiste de l\u2019U.R.S.S.pour empêcher son mariage avec un technocrate ukrainien rencontré à Expo 67, parce qu\u2019elle est une compagne du Bison ravi pendant son séjour en Californie (auquel succèdera un cinéaste roumain).C\u2019est Laura qui me conduit au Family Park de Santa Clara, près de San Jose, Northern California Folk-Rock Festival, les 18 et 19 mai 1968, le 18 à 16 heures je vois et j'entends Janis avec Big Brother & the Holding Company \u2014 la dernière fois que je vois et entends J.J., c\u2019est à l\u2019Euphoria, à San Raphael, avec Dianne my american Beauty of the purple sage, elle deviendra mon épouse, elle vit aujour- d\u2019hui à Hawai où elle enseigne la danse du ventre, un concert des Grateful Dead, soudain elle avance sur scène, bouteille de gin à la main, elle parle à Jerry Garcia, les musiciens reprennent \u2018\u2018Turn on your love light\u201d qu\u2019ils venaient de jouer, elle chante avec eux, quarante- cinq minutes, ce moment circulera en moi à jamais, c\u2019est le 16 juillet 1970, moins de trois mois avant sa mort.C\u2019est Laura qui me donne \u2018\u2018Cheap thrills\u2019 \u2014 que je place dans sa valise le jour de septembre 1969 que Mi- liscka me quitte, fin d\u2019un très grand amour consul/ cactus-ookpik.(Je rachète le disque six ans plus tard à l\u2019Alternatif.) C\u2019est une première compagne après le départ de Mi- liscka, l\u2019enfant fréle et filiforme Criss la triste qui me donne \u2018\u2018I got dem ol\u2019 kozmic blues again Mama!\u201d\u2019.C\u2019est Jean-Marc Piotte qui me donne, le soir de mon mariage avec Dianne a Pierrefonds le 22 avril 1971, chez les freres Tremblay, le Chat-Tigre du Cap Octobre et le Castor Bébert-la-Tendresse, \u201cPearl\u201d, comme il m\u2019offre pour mon anniversaire le 12 janvier 1972 \u2018\u201cJanis\u2019\u2019 de David Dalton, où il m\u2019écrit: \u201cCe volume sur ta soeur, qui, comme toi, ne peut vivre qu\u2019à l'extrême limite où se joignent et se disjoignent extase et démence\u2019, et y appose son sceau: Pio le fou.Mon retour à Montréal est annoncé dans le supplément \u201cSpec\u201d de \u201cLa Presse\u201d le 24 septembre 1970 \u2014 une page 291 à 28 ans vivant des intérêts de l\u2019argent placé en banque et propriétaire d\u2019une admirable villa sur les collines y est consacrée à la mort de Jimi Hendrix.Une première interview de moi, par Yves Leclerc, paraît dans le supplément \u201cSpec\u201d de \u201cLa Presse\u201d le 8 octobre 1970 \u2014 une page y est consacrée à la mort de Janis Joplin.Le 16 octobre 1970 à 5 heures du matin je suis arrêté, Loi des Mesures de Guerre.Le 4 octobre 1972, à l\u2019Asociacion Espanola: lancement de \u201cIrish coffees au No Name Bar & vin rouge Valley of the Moon\u2019 (l\u2019obscène Nyctalope et l\u2019Hexagone éditeurs).4/10/77 Le travail d\u2019écriture critique pour \u201cLe Jour\u201d me passionne, qui m\u2019absorbe, et j'aime une intensité dont il imprègne cette saison charnière de ma quarante-quatriè- me année \u2014 j'aime aussi la camaraderie qui débute avec Evelyn Dumas, qu\u2019enclenche le travail, complices elle et moi via un certain sens de l\u2019anarchie.Sept ans que j'étais sans travail.Sept ans que je propose sans aucun succès des projets d\u2019heures radiophoniques \u2014 ainsi cette écriture.Place des Arts.Le 19 septembre les Percussions de Strasbourg respirent/distillent comme alcools cuits \u201cRicercari\u2019\u2019 de Miloslav Kabelac, \u2018\u2018Hierophonie V\u2019\u2019 de Yoshihira Taira, \u2018\u201cMissa\u2019\u2019 de Ivo Malec et, avec des musiciens de Montréal, qu\u2019on n\u2019attendait pas, clameur pouls du plus bel aujourd\u2019hui, \u2018\u2018Tlonisation\u2019\u2019 de Edgar Varèse.Le 26 septembre Raymond Devos (Michel Char- trand tumultueux) \u2014 pas de critique que j\u2019approuve plus de la doxa et la stérotypie où se stérilise un monde RO SET ENT Labbe todas Ltiabhas Baa 2100 tena HH 0 UMN aii] 292 dont la soumission servile au paraître a complètement refoulé l\u2019ètre / me bouleverse de fond en comble dans le débordement du cirque et de la poésie la plus explosive un surplus: terme de l\u2019excès une tendresse et con- Cala We =\u2014\u2026 = ve ea TT SW clusion au terrorisme de salubrité publique une sagesse, comme si un désenchantement compris s\u2019esquissait une morale sans espoir avec conviction, souci d\u2019indiquer l\u2019utopie au moment de l\u2019ultime?(je pense au sentiment violent quand à Dorval j'embrassais Edith Piaf que c\u2019était la dernière fois).Fit Les 13, 14 et 15 octobre à l\u2019Outremont, Pauline Julien i chante, enfin, Denise Boucher et Madeleine Gagnon, la 3 parole la chair et l\u2019Histoire l\u2019amour.i Lire \u2018\u201cL\u2019irique\u201d\u2019 de Sylvie Gagné, le décryptage le cri 1 ponctué jazz, pas de lucide que n\u2019agisse l\u2019irrationnel, le 4 vital ici n\u2019a de sens où tout se joue que l\u2019analyse éprou- JB vée nerfs à vif, décide le style.eu Plus haute pointe de l\u2019écriture québécoise en train i d\u2019advenir et qui change demain: Madeleine Gagnon, Denise Boucher, Sylvie Gagné.Je lis dans \u201cL\u2019Equipe\u201d d\u2019hier le récit de la victoire magistrale que remporte dans le Grand Prix des Nations Bernard Hinault (déja vainqueur cette année de Grand- Wevelgem, Liege-Bastogne-Liege et le Circuit du Pro- gres et du Dauphiné Libéré).Aucune épreuve qui sanctionne mieux, sans doute, la qualité réelle, l\u2019effort et la forme que le Grand Prix des Nations, course contre la montre, le coureur seul contre le temps.C\u2019est à l\u2019occasion d\u2019un Grand Prix des Nations que je vis une dernière fois des coureurs cyclistes en France.C\u2019était le premier que courait Jacques Anquetil.Après l\u2019avoir vu passer, je pariai qu\u2019il gagnait et ferait une très grande carrière.A lire comment il a couru, je parie que l\u2019un des très grands champions cyclistes des prochaines années, sinon le champion incontestable, sera Bernard Hinault, dont m\u2019a tant passionné cette année lire l\u2019ascension irrésistible, et comment il décidait son métier et son devenir.Aller passer une heure avec Piotte, pour son anniversaire lui donner le disque \u2018\u2018A floresta è jovem e cheja de vida\u2019\u2019 de Luigi Nono le musicien que j'aime le plus du pays#le Gramsci, avec un mot sur une carte postale: \u2018\u2018Peinture 26 décembre 1955\u2019° de Pierre Soulages (Sou- peers Cer Cry a NE CY ea EEA SN Ea Ho er Fairer ON A 3 1 Err it RE API 293 lages né le 24 décembre, cet autre capricorne, comme Janis, comme moi, comme Friedrich Wilhelm Murnau qui aurait pu filmer cette écriture.) / Le quatre est signe, quatuor des traditions avenement de la libération du jouir et le dire.Marcher, l\u2019avenue Papineau de Laurier à Rachel, Rachel jusqu\u2019à la rue du Parc Lafontaine, en longeant le parc.Cette saison, mon plaisir, l\u2019intensité sérénité\u2026 Le journal des très riches heures que je vis, dans la densité propre à chaque moment senti/compris singulier et entier la résonnance de fragments signes qui le font coincider avec un survol de l\u2019Histoire où il a lieu\u2026 Les fragments d\u2019un itinéraire cristallisés dans un seul moment se constituant de leur rappel autant que de son présent, c\u2019est cette combinatoire qui fait son sens.Le fait-divers (et sa charge émotive) et un spectre d'événements antérieurs s\u2019alimentent, qui intègrent à l\u2019ensemble conférant à chaque mesure son harmonique.Ainsi vécu, ces événements produisent le corps d\u2019une existence.L\u2019unicité fonction des relations qu\u2019on y situe.Composition et improvisation se répondent une même phase.Le quotidien est éprouvé paroxystiquement de s\u2019articuler en \u2018\u201c\u2018accord\u201d avec des éléments d\u2019une Histoire qui ARR ETAT RAA TH ede at Gg th ee ae Cat ee age PAS en 294 font le plus instantané partie d\u2019une réflexion/action dans toute sa durée.L\u2019algèbre d\u2019une mise en scène la plus complexe permet une immédiate émotion la plus décantée.Un inventaire le plus taxinomique origine le plus spontané romantisme le plus lyrique.Tenter d\u2019ainsi l\u2019écrire excite le vivre que le discours raconte sensation.À quoi servirait d\u2019écrire si ce n\u2019est pour dire le particulier que j'éprouve dans le général d\u2019une généalogie qui l\u2019insiste, l\u2019éphéméride microcinéma d\u2019un politique?Je ne sais de poétique que celle d\u2019informations.Informations énoncées comme l'entend Brecht: \u201cPour argumenter sur du concret, ce qui suit sera personnel.\u201d Et citer, comme des riffs structurent un blues, répétitif contre le répétitif partout du Pouvoir.A A ce point le texte me procure plaisir physique le plus brut \u2014 auquel je ne serais jamais parvenu sans tout le travail de montage le fondant, et plaisir qui va recommencer un même déchiffrement, aussitôt moteur du jouir ma raison d\u2019ètre\u2026 5 Mécanique de précision spéculative et geste qu\u2019agit A le sentir équivalences et le même orgasme.of Equivalences qui m\u2019enthousiasment que Gramsci et Nono, Soulages et \u2018\u201cOur daily bread\u2019\u2019, analyse politique Le de Piotte et l\u2019herbe pour un anniversaire fête.= Après \u2018\u201cLe camion\u2019 aussi bien ne pas dire un seul mot i et écrire des heures.Marguerite Duras / Janis Joplin.4/10/77 \u201cpiece of my heart\u201d.4/16 octobre 77, Montréal PC IS LL t À on & ae Bi I ul i Ï et = ) iH £4 ; pe une carte envoyée par André Paquet le Pingouin une peinture de Jan Balet | Patrick Straram le Bison ravi \u20ac \u20ac- -# 73) {2 pi ire i Cr AE Ea a I La pensée déçue par le concept Il arrive aux systèmes philosophiques, surtout à ceux qui connaissent une grande fortune historique (avec tous les avatars qu\u2019elle implique), qu\u2019ils finissent par devenir trop pour un seul homme.Et même pour deux, comme en témoigne l\u2019écriture à quatre mains de Michel Morin et Claude Bertrand dans Le Contrat d\u2019inversion (1).Marxisme protéiforme Ce qu\u2019il est advenu des \u2018\u201cmarxismes\u2019 depuis plus d\u2019un siècle n\u2019est pas sans exemple dans l\u2019histoire des idées: de schismes en révisions, d\u2019interprétations en relectures, de courants en tendances, de développements en corrections, de l\u2019opposition armée au pouvoir monarchique, les idées issues des écrits de Marx se sont ramifiées, enrichies, métamorphosées, elles ont connu autant de greffes et de transplantations qu\u2019on voudra.Il faudrait faire une page de (mauvais) Joyce pour énumérer les mille visage du marxisme introuvable.Cette diversité va jusqu\u2019à la contradiction pure et simple.Pas seulement contradiction théorique.Contradiction dans la fonction sociale même que jouent ici et là tel ou tel \u201cmarxisme\u201d: pendant que le marxisme aide le prolétariat sud-américain à se libérer du joug de l\u2019impérialisme, c\u2019est encore le marxisme qui opprime le travailleur nord-coréen, alors qu\u2019en Europe occidentale, voici que le marxisme est en passe de devenir d\u2019abord et avant tout l\u2019idéologie.(1) Editions Hurtubise HMH 297 organique de la petite-bourgeoisie intellectuelle aspirant à se constituer en classe dirigeante.Immense et contradictoire, une doctrine a de quoi décevoir le disciple.Et le risque de déception est au même moment aggravé de par le caractère intrinsèquement dé- ceptif de l\u2019état de disciple: adhérer au marxisme, c'est penser dans une matrice de pensée pré-organisée, puissamment productive, dotée d\u2019une mémoire, d\u2019une expérience, d\u2019un savoir, d\u2019un langage, d\u2019une combinatoire, d\u2019un potentiel argumentatif, énormes et multiformes.Le marxisme me donne une science politique, une sociologie, une histoire, une doctrine du droit, de l\u2019Etat, de la culture, de l\u2019art, une économie, une philosophie, une morale, une critique de la religion, des idéologies, de la société actuelle toute antière, une stratégie politique et une tactique, une philosophie.Théorie.Théorie totale, universelle.Censures Le marxisme m'offre tout cela à moi, qui sans son secours serait bien incapable de me donner une économie, une sociologie, une philosophie et une politique le moindrement présentables! Voila a quoi s\u2019expose le disciple: penser au-dessus de ses moyens.Au-dela de ses pouvoirs réels.Bien sûr, personne ne pense tout seul et a partir de rien.Mais il y a des degrés \u2014 et des seuils de tolérance individuels.L\u2019état de disciple d\u2019une doctrine puissante engendre chez beaucoup la mise en place progressive de délicats mécanismes de censure intérieure: il faut effacer les petites pensées boiteuses, mal foutues, non-conformes, qui viennent toutes seules de soi-même (hors doctrine).Avons-nous lu Censures, de J.-M.Geng (2)?Combien de nos valeureux philosophes marxistes, théoriciens marxistes, etc., qui savent en dedans d\u2019eux- mêmes n\u2019avoir jamais osé écrire une ligne sans filet \u2014 sans la protection rassurante et accablante des bons textes, des bons auteurs, des bons cadres théoriques déjà connus, toujours déjà là, hérités, empruntés, dérobés?Il est, dans ces conditions, prévisible que certains craquent.Se laissent aller à poser des questions qu\u2019ils (2) Editions de l\u2019Epi. 298 se sont trop longtemps interdit de poser.Attaquent farouchement ce qu\u2019ils ont adoré.Se vautrent dans de petits doutes, des impressions personnelles, un non- savoir complaisant.Vertiges du retour à soi, du redé- part à zéro.Fascination du commencement absolu.C\u2019est de là que part justement le texte de Morin et Bertrand, de manière assurément métaphorique: \u2018On ne saurait aujourd\u2019hui poser le problème du commencement dans la pensée sans poser en même temps celui du processus qui lui a donné lieu.(.) Or, tout commencement est absolu.S\u2019il s\u2019agit pour nous de commencer, il faut penser la mort de tout commencement qui ne soit que le recommencement du processus, c\u2019est-à-dire la mort du processus lui-même, de son concept.\u201d (p.3) (3) Les nouveaux philosophes C\u2019est une platitude, mais inévitable, que de comparer la démarche de Morin et Bertrand à celle des tristement célèbres \u2018nouveaux philosophes\u201d parisiens.Pour s\u2019étonner que les deux philosophes de chez nous aient commencé leur \u2018\u201c\u2018sortie du marxisme\u201d en 1974?Certainement pas.Précurseurs?Mais non.L\u2019histoire des marxistes décus est déja longue, et nos deux comperes s\u2019apparentent plus à Gide qu\u2019à Bernard-Henri Lévy.Simplement des semblables, et des contemporains.Philosophes avant tout parce qu\u2019ils assument allègrement le retour à un mode de pensée purement réflexif.Nouveaux dans leur désir même de repartir à neuf.Critiques du marxisme les uns comme les autres, naturellement.Critiques d\u2019abord des marxistes, car on ne dénonce rien si bien que ce qu\u2019on a été soi-même, ce qu\u2019on a failli être \u2014 et ceux qu\u2019on a vu s\u2019enliser de près.\u2018Et qu\u2019avons-nous à apprendre de ces traîtres officiels dont tout le prestige repose sur la supplantation des anciens?(\u2026) Encore faudrait-il qu\u2019ils puissent arriver à dissimuler la médiocrité, la vacuité et l\u2019insignifiance de plus en plus évidente et remarquée de leur pensée ou de ce qui en tiendrait lieu: bribes de pseudo-sciences importées en vrac d\u2019un peu partout (fonctionnalismes so- (3) Les citations suivies de leur page sont toutes tirées du Contrat d\u2019inversion.mé de oy les nt pla er, ap eff Led - 299 ciologique, linguistique, économique, d\u2019un usage académique fort rentable), sous-produits infra ou contre-cul- turels (mysticismes faciles des prophètes nouveau style du retour à la terre, métaphysiciens à la manque partis en guerre contre la mort, en marche vers de nouveaux royaumes, don quichottes de foire en mal de moulins et de nouvelles aurores, nouveaux coureurs des bois déguisés en universitaires ou en théoriciens improvisés de la langue populaire), trafic clandestin de concepts achetés à bas prix au marché des nouveaux systèmes à la mode (marxismes de tous les cafés étudiants en quête de nouvelles sensations prolétariennes: sueurs d'ouvriers exploités, accidents de travail de préférence odieux et laissés dans l\u2019ombre; psychanalyses fourre-tout immédiatement collectivisées; formalismes littéraires fertiles en nouveaux trucs déconstructeurs et subversifs à la sauvette, hermétiques non à la manière d\u2019une religion ésotérique mais plutôt d\u2019un livre de cuisine pour gourmets initiés et généralement plagiaires).\u201d (p.41) Ils savent pratiquer la diatribe gratuite et l\u2019amalgame.Mais leur cible principale, c\u2019est dans leur propre expérience qu\u2019ils la trouvent: \u2018Les militants nous deviennent de plus en plus insupportables.(.) Les formules raba- chées et la fraternisation grossière des \u2018\u2018camarades\u2019, nous le savons maintenant, servent à recouvrir la fatigue intellectuelle, une certaine volonté d\u2019inertie: les mots abstraits vidés de leur sens sont répétés avec la complaisance de ceux qui s\u2019arrêtent au seuil des grands ébranlements pour ne plus s\u2019intéresser avec une patience aveugle et sotte qu\u2019aux tâches empiriques faussement appelées \u2018concrètes\u2019.La patience du militant se dit en effet de son incapacité à regarder au delà du grouillement de l\u2019actualité immédiate: une certaine forme de lâcheté, de pleutrerie morale et intellectuelle dans lesquelles on s\u2019installe avec la caution trafiquée de l\u2019idée révolutionnaire.\u201d (p.15) Car du marxisme, c\u2019est dans un groupe de recherche théorique, entre intellectuels, qu\u2019ils ont d\u2019abord le souvenir (ce groupe fit parler de lui à l\u2019époque).Ils en retiennent que \u2018\u2018les intellectuels entre eux ne s\u2019apprennent rien.Leur échange doit porter sur ce qu\u2019ils savent déjà ou sur ce qu\u2019ils sont supposés savoir.Leur entreprise 10 A RE AIERT Re RIRE CEA RTER a Rat (don cas Ave the VI Si ns 300 n\u2019en est une que de reformulation.Par conséquent, leur démarche de connaissance passera toujours par les mêmes étapes, abstraites et stéréotypées: définition d\u2019une ligne intangible et autoritaire, analyse des conditions dites objectives (\u2018\u2018faire de l\u2019analyse de conjoncture\u201d) à l\u2019exclusion de celle des intellectuels eux-mêmes, mise en perspective des classes sociales de façon à bien souligner avec une ardeur répétitive et obstinée la structure dualiste de la société et la position intenable des intellectuels: entre la bourgeoisie éternellement dominante et le prolétariat immuablement dominé dont l\u2019heure se fait toujours attendre s\u2019inscrit la conscience contradictoire de l\u2019intellectuel, petit-bourgeois, bien sûr.\u201d (p.27) Contre la dialectique L\u2019intellectuel \u201crévolutionnaire\u201d préfère l\u2019analyse à la lutte.Il dit: \u2018\u2018\u201cil faut lutter\u2019.Morin et Bertrand entendent le devoir plus que la lutte.Ils entendent la soumission quand on leur dit que l\u2019homme est soumis aux lois de l\u2019histoire, et refusent que la soumission soit garante de la liberté: \u2018Oh, que nous vous retrouvons bien la, dialecticiens contournés.Toutes vos lectures, sans exception, sont retorses et malhonnétes.Ecoutez- vous seulement parler: le ton de votre voix vous a déja trahis.\u201d (p.80) Un groupe dans de telles conditions, c\u2019est inévitablement pour eux le règne du mensonge.Par le biais des objectifs et du savoir abstraits ne se tissent que des liens d\u2019extériorité entre les membres, sans que la réalité de chacun (la \u2018\u201c\u2018vie privée\u201d) y soit engagée.Finalement, \u2018\u2018la transformation du monde, de sa pensée, de soi est indéfiniment ajournée, différée: l\u2019individu est rivé à cela même qu\u2019il est question de transformer.Or, la pensée ne va pas sans une désappropriation qui ne doit rien préserver.\u201d (p.16) La dialectique est à mettre radicalement en question.\u201cLe discours dialectique ne constitue son historicité qu\u2019en réaffirmant sans cesse la nécessaire unité du processus: en ce sens, il est un discours de la maîtrise, en ce qu\u2019il cherche toujours à ramener à l\u2019unité la multiplicité vagabonde.\u201d (p.6) Pensée de l\u2019universel et de la représentation, la dialectique fausse le négatif, l\u2019au- RER ANNEE SEE SOT STA ps = 2e eee a0 ARADO HR TRARES - 301 tre, le double, la mort.\u201cStructurellement déchirée entre le révisionnisme et le gauchisme, la dialectique matérialiste trouve sa vérité dans son impuissance congénitale à comprendre le nouveau autrement que comme répétition de l\u2019ancien.De la répression bureaucratique à la révolution culturelle, ne lisons rien d\u2019autre que le mouvement d\u2019une théorie qui ne peut faire oublier son terrorisme et son conservatisme essentiels qu\u2019en réac- créditant la fausse représentation qui nous l\u2019a fait apparaître comme une théorie du changement et de la liberté.\u201d te (p.7) Ayant mystifié le \u201cdouble\u201d qui hante la vie (\u201cla négativité active, la matérialité, la mort\u201d) pour en faire le paradis utopique du grand soir, la révolution \u2018\u2018promet le double au terme de la lutte, mais ainsi contribue à accentuer la souffrance, à répandre la mort sans jamais tenir sa promesse.Car le double n\u2019est pas insti- tuable; voilà pourquoi il ne saurait avoir de réalité collective.Par ailleurs, il n\u2019est pas assignable, jamais une fois pour toutes réalisé: en ce sens, imaginaire et réel tout à la fois, enfer et paradis.On ne peut vouloir l\u2019instituer qu\u2019en réduisant, qu\u2019en supprimant le temps, c\u2019est- à-dire la mort.Aussi n\u2019y a-t-il pas lieu de s'étonner que les révolutions soient mortelles: elles sont rattrapées par ce qu\u2019elles tentent de supprimer.La course à l\u2019absolu se retourne en son contraire et l\u2019on n\u2019entend plus désormais que gémissements et lamentations dans les asiles et camps de travail qu\u2019elle s\u2019est empressée de semer sur sa route.\u201d (p.116) En bons nietzschéens, ils voient dans le projet communiste un dédoublement forcé et à venir, caricature de terre promise, paradis des faibles, fausse transparence: car la lutte débouche sur la lutte, la force sur la force.La camaraderie socialiste commence par exclure, sa fonction est \u2018\u2018d\u2019enfermement: l\u2019asile, la prison, le camp, refuges ultimes de l\u2019histoire dualisée.\u201d (p.171) Elle n\u2019a qu\u2019un \u2018\u2018grand dessein de mièvrerie et de grégarité universelle.\u201d (p.122) Car Morin et Bertrand nous parlent de haut: leur énergie provient de rien de moins que \u201cdes plus hauts sommets de la conscience\u201d (p.133), ils sont les porteurs de la plus haute exigence, de l\u2019exigence absolue de la pensée et de l\u2019acte pur, l\u2019exigence de l\u2019art et de la philosophie, etc.Vue de cette hautaine hau- DEEE A AE A 1H ; 0 RSR EE deb bootie EI I ed He = i +I +N : J HH SE a SA pe ur cc CN EIRE 4 | i A pi! HH I Motte tas patate LAMA uni PHONE SLA A CLONE 2a Dente FERS 4 ide a 21 302 teur, la société se juge a l\u2019aune de la vraie vie, qui se trouve être entre autres choses individuelle: \u2018\u2018il n\u2019est rien de commun qui vaille la moindre considération, rien de collectif qui vaille le plus subtil déplacement.\u201d (p.119) Ils n\u2019hésiterons donc pas à évoquer \u2018\u2018la solitude hautaine et absolument inaliénable du prince\u201d lorsque viendra la question \u201cEt au nom de quoi prendrions-nous pitié de la misère humaine?\u201d (p.121) Le communisme ne fait que \u2018\u2018troquer le taudis contre la caserne\u201d.Et c\u2019est, plus profondément, le désir même de révolution qu\u2019ils entendent éclairer de cette lumière crue.On croit que la société craint la révolution?\u2018Détrompez-vous, bonne gens, car là se cache le désir le plus profond de toute société: tout recommencer à neuf, à même l\u2019innocente adhésion des masses, dans la violence instituée, la guerre de classe où chacun épuisera ses énergies endiguées au service d\u2019un idéal abstrait qui lui réclamera sa vie en compensation d\u2019un paradis que ses enfants morts-nés ne verront même jamais.\u201d (p.115) Le désir révolutionnaire se trouve réduit à un désir de pouvoir, reposant sur un dressage social, traduisant l\u2019insuffisance de vie et le manque-à-être (p.123), la volonté absurde d\u2019en finir \u2018\u2018avec la misère, la pauvreté, l\u2019inégalité, c\u2019est-à-dire avec la vie\u201d (ibid.) Car, comme chacun sait, la vie ne va pas sans la mort, et ainsi de suite.Ce nietzschéisme du pauvre se drape dans beaucoup de métaphores grandiloquentes et d\u2019allusions térébrantes, destinées sans doute à nous convaincre que Morin et Bertrand parlent au nom du \u2018\u2018désordre, (de) la singularité de la pensée qui se cherche à travers les actes purs, les oeuvres d\u2019art et les systématisations philosophiques.Et peut-être aussi à travers la folie.\u201d (p.115) Rien que ça.Eloge de la rupture Ils sont de ceux pour qui le marxisme engendra une auto-censure de la pensée, une singerie intellectuelle malhonnête.Ils tentent rageusement de réapprendre à penser sur des bases autres, plus proches de ce qu'ils sont vraiment.Ne se doutent-ils pas qu\u2019on construit mal sur le ressentiment?Ce qu\u2019ils ressentent plutôt, dans leur conversion, c\u2019est bien une libération.On peut le qui i êtr le de [ ne ell à ls il fol pu OH - 303 lire Le contrat d\u2019inversion comme le journal de bord de ce revirement: \u2018\u2018La conscience nous était enfin rendue de nous-mêmes.\u201d (p.48) Tout se passe alors comme si, la passion sociale une fois retombée, désacralisée, démystifiée, une sotte crainte de la banalité, de la quotidienneté, de l'existence moyenne réelle, s\u2019emparait de nos deux penseurs: à la passion sociale perdue, il faut à tout prix opposer une passion et un extrémisme égaux, une autre tension, une autre éthique de rupture.Déjà, dans un texte apparemment plus ancien où le social apparaît encore: \u201cL\u2019exercice de la fonction intellectuelle, dans une perspective de transformation radicale de la société, passe par la généralisation et l\u2019organisation d\u2019expériences de rupture dans tous les lieux où se manifestent ce que nous avons appelé des comportements ou des attitudes d\u2019échec.Il s\u2019agit en fait d'organiser la libération, l\u2019expression de la violence contenue à tous les niveaux et retournée contre la subjectivité et son pouvoir transformateur du réel.\u2019 (p.35) Ce qu'était autrefois la fonction intellectuelle?\u201cLa formulation d\u2019une vision d\u2019ensemble.\u201d (p.27) Ce qu\u2019elle doit devenir: \u201cLa compréhension des conditions de possibilité de ruptures à tous les niveaux de l\u2019activité sociale.\u201d (p.37) Par la suite, la folie fonctionnera comme paradigne et métaphore à la fois de la rupture.\u201cLa folie court les rues, la violence aussi, allons-nous les déserter pour rester au chaud dans nos maisons sous prétexte qu\u2019il est devenu dangereux de sortir?\u201d\u2019 (p.142) L\u2019histoire peut aussi être faite avec des éclatements sporadiques, avec \u2018\u2018toutes les intensités qui nous travaillent, nous déchirent, nous menacent\u2019 (ibid.).\u201cInaugurale- ment la folie, proclamons-nous.Inaugurale, précisément en ce qu\u2019elle ne se laissera plus enfermer dans des asiles matériels et intellectuels, qu\u2019elle se mettra à courir les rues enfin elle aussi, de manière à effrayer les bonnes gens, le petit peuple repu, tous les boutiquiers, les épiciers, les roquets de la pensée et de l\u2019esprit.\u201d (p.144) Morin et Bertrand se vautrent avec une étrange volupté dans cette réthorique vaguement anarchiste et vaguement aristocratique tres rétro.Conclusion de cette morale en rupture: \u201cS\u2019ils ne sont pas capables HR HOT LL Torr Mabe RN BERR HR the Din quil be ee eee Sr ERSTE IRE PRET 304 de vivre, laissons-les donc mourir pendant que nous nous occuperons à vivre.\u201d (ibid.) Pensée profonde.Mais l\u2019ironie ne les atteindra pas.\u201cCar il est maintenant loin, très loin, le regard qui pesait sur nous.Nous sommes devenus notre propre regard en même temps que nous nous laissions écouler dans la parole.Cette parole est maintenant trop proche pour que nous puissions y croire.Nous en vivons, voilà tout.Nous avons perdu le sens du culte et de l\u2019autorité.Nous réapprenons la terre en même temps que nous arrivons à éprouver la matérialité de nos êtres.\u201d (p.67) Renaissance Ce qu\u2019il y a de fascinant dans l\u2019écriture et dans le mouvement même de ce livre, c\u2019est l\u2019espèce très particulière de courage qu\u2019implique pour le disciple d\u2019une doctrine hyper-intelligente le dire de ses petites idées plus ou moins géniales, plutôt moins que plus, mais propres (ce qui ne veut assurément pas dire: sans référence culturelle et historique).Une idée faible et vaguement prétentieuse peut-elle valoir plus qu\u2019une idée forte mais inauthentique?L\u2019écriture de Morin et Bertrand porte peut-être la réponse, bien plus en tout cas que ce qu'ils prétendent dire.L'écriture, et un certain mouvement: la dérive à l\u2019expérience intérieure.Se situer dans un non-lieu, ailleurs, ne rien faire, perdre son temps, être irresponsable et inconséquent, s\u2019amuser avec les choses les plus \u2018\u2018sérieuses\u2019\u2019, s\u2019exiler, ne pas répondre et questionner sans cesse, tout laisser, fuir, oublier tout, ne pas se retourner ni revenir, se livrer \u201cà l\u2019imprévisibilité de tous les courants d\u2019énergie, de toutes les forces, de tous les chocs\u201d (p.127), s\u2019en remettre à la \u2018\u201cpure affirmation d\u2019une liberté qui n\u2019aurait d\u2019autre destin que celui qu\u2019elle instituerait à chaque instant\u201d (p.115), descendre en soi jusqu\u2019à \u201cce lieu d\u2019éblouissement\u201d\u2019 où la \u2018double virtualité de vie et de mort\u201d peut advenir \u2018dans sa disponibilité originaire, cet age d\u2019adolescence ou toute renaissance trouve sa source intarissable.\u201d (p.143) Il s\u2019agit d\u2019un traité de la renaissance à l\u2019usage des décadents du vingtième siècle.Renaissance par l\u2019expérience intérieure, et ce n\u2019est / pr {ne éclat Vers phil me ato mêm Sa Sn ave Drèv contr Talen ter I fe! Lach Ls tation Dosito dey Sua 11 à sla nest \u2018 305 pas sans raison qu\u2019on rencontre une expression qui évoque Georges Bataille au milieu d'un fatras d\u2019extases faciles qui évoqueraient plutôt les Nourritures terrestres (\u201cEt la mer aussi peut-étre.\u201d (p.192); \u201cEt ce soleil, ce soleil, ce soleil.\u201d (p.173); etc.) Pensée du subjectif, pensée de la présence surtout.\u201cNous y voila donc! Plus près encore des sources du rêve, nous traverserons le désert des réalités objectives.Nos mains sont vides et nues, et notre chair encore plus ardente qu\u2019hier.Nos corps sont seuls, exposés à l\u2019immensité de ces terres incultes, à la froideur de ces visages, au recul indéfini du temps.Et nous n\u2019avons à rendre aucun compte de cette liberté qui nous est enfin rendue, cette liberté du rêve et du désir enfin possédés.\u201d (p.66) Animée par la haine de l\u2019universel et des totalité, la pensée de Morin et Bertrand se reporte sur les moindres tropismes, sur les rythmes minuscules, sur le mouvement des choses, sur les éclats de la présence, les \u201cmarginalités particularisées, infinitésimales.Les petits détails.Les riens.Une certaine dissémination.\u201d (p.195) Une quête qui \u201cse déploie en de multiples directions, éclate en de nombreuses significations.\u201d (p.164) Traversée des différences, franchissement des altérités, prolifération des multiplicités, désintégration, éclatement, confusion, dédoublement, inversion, dispersion, attroupements, attractions passionnées, passage du même dans l\u2019autre, multiples échappées.\u201cNon qu\u2019il s\u2019agisse de penser la dissémination, mais bien plutôt s\u2019agirait-il de s\u2019y livrer totalement, tout en la refusant avec la plus haute intransigeance, dans la logique imprévisible d\u2019une économie de l\u2019impossible, où les forces contraires, livrées à leur antagonisme, ne chercheraient qu\u2019à se retrouver, à se fondre, sans jamais accepter le compromis amoindrissant de la contradiction, en sa logique.\u201d (p.10) \u201cPlutôt la dissolution\u201d (p.180).La chute hors de l\u2019espoir L\u2019espoir est une fraude.\u2018\u201cRefuser cette haute constatation de l\u2019esprit revient à se mettre objectivement en position d\u2019imposteur qui fait croire à une nouvelle vision, à de nouveaux rêves, à de nouveaux espoirs dans une situation où il ne saurait plus en être question, de ma- NUE PRIE EC PE PERTE TRINH HHH! BRR lit a a ee ao 306 nière à cacher une soif personnelle de pouvoir ou le désir d\u2019arrivisme d\u2019un petit groupe, ne manifestant par là qu\u2019une impuissance à être, une incapacité à vivre dans une situation d\u2019éclatement, dans une société sans ordre, sans destin, sans espoir, propice donc au surgissement de singularités nouvelles mais d\u2019autant plus exigeante qu\u2019il en va de l\u2019individu et de lui seul de régler son destin et de vivre son présent avec la passion farouche de celui qui n\u2019a plus rien d\u2019autre.\u201d (p.43) Il nous reste la vie.Le livre glisse ici dans des échappées de plus en plus tendues, allusives, lyriques, dans des cris et des fulgurations retenus, dans des bribes 8 de récit, des rigueurs poétiques d\u2019où se dégage avant ] tout une thématique: le rêve, le délire, la course folle, 2 la danse, le corps à corps, la mort, l\u2019excès, le rire, la if plage, la terre, la folie, la terreur, le vagabondage, le négatif, la chute, la perversion, le nomadisme, la plu- i ralité, l\u2019inversion, le oui, la vie.Passivité, abandon, i manque, l\u2019irréel, le double, tout un théâtre amoureux se met en place, se fait et se défait par bribes et fragments désarticulés.Tombé hors de l\u2019histoire, voué à une pensé oblique qui transversalement parcourt un réel déchiqueté et lumi- § neux, le sujet noue avec l\u2019autre, avec la double, avec le négatif, un contrat d\u2019inversion: \u2018\u201cL\u2019homme n\u2019accede qu\u2019au savoir de ce qui lui échappe, il ne connaît que ce qui lui fuit entre les doigts\u201d (p.152) Pour retrouver un fondement, il faut sceller un pacte avec le négatif, grâce auquel \u2018\u2018la connaissance, l\u2019action, la vie prennent leur caractère de positivité pleine, inentamable.\u201d (p.152) Là s\u2019arrête la chute.Là s\u2019arrète aussi le cheminement avec § un tel livre, qu\u2019on ne peut plus que rejeter derrière soi.Le contrat d\u2019inversion a valeur de symptome.Comme l\u2019entreprise publicitaire des \u2018nouveaux philosophes\u201d, c\u2019est un symptome inquiétant.À un moment ou il devient clair que le dogmatisme a fait son temps, que les \u2018\u201cmarxismes\u201d multiples et contradictoires aveuglent souvent plus qu\u2019ils n\u2019éclairent et servent parfois des causes pour le moins douteuses, que l\u2019histoire et la critique des démocraties populaires sont à construire presque = de toutes pièces, qu\u2019il nous manque une théorie du pou- 4 voir, que nos stratégies politiques sont dans l'impasse ou ust : 307 \u2014 en un tel moment nous avons besoin d\u2019optimistes, de réalistes.La prolifération d\u2019un nouveau spiritualisme sans perspective historique ni prise sur le quotidien constitue une impasse.Nous avons à comprendre comment la critique du capitalisme a pu devenir une marchandise au service de la nouvelle petite-bourgeoisie intellectuelle.Nous avons à faire la socio-politique de cette classe.Nous avons à démystifier ce qui se passe à l\u2019Est.Nous avons à repenser de fond en comble ce que pourrait être un changement social positif en Occident.Il nous faudra pour cela douter de tout, peut-être, sortir de l\u2019orthodoxie quelle qu\u2019elle soit, refuser les terrorismes d\u2019ultra-gauche, déconstruire nos vieilles autocensures comme nos vieilles auto-satisfactions.Il est à souhaiter que cette mue nécessaire se passe mieux pour nous que pour Morin et Bertrand.Nous écririons comme eux un livre de vertige clos, d\u2019extase rhétorique, de fascination par le vide.Entre le dogmatisme sclérosé et le nihilisme décadent, il faut qu\u2019il y ait d\u2019autres voies pour un effort de pensée digne de ce nom.L\u2019espérance n\u2019est pas une fraude.Il nous reste autre chose à penser que les déplacements infinitésimaux de la présence dans la subjectivité.Morin et Bertrand nous auront quand même aidé à nous méfier des élans de littérateurs.Laurent-Michel Vacher A a PS RE TC TT TUE ARH 101 RRR Ne ARR M: TANT RES Notes sur le livre de Gill Au début de 1977 sortait dans un silence presque total un livre tres important de Louis Gill, \u201cL\u2019économie capitaliste: une analyse marxiste\u2019.À notre avis, cet ouvrage a une grande importance non pas pour son apport théorique mais bien à cause du projet qui y est lié.Ce projet vise essentiellement à combler une lacune en présentant un exposé de la théorie économique marxiste \u2018\u201c\u2018qui intègre des exemples locaux et contemporains de la lutte des classes\u2019.L\u2019intérêt de ce projet est évident: offrir aux militants québécois une véritable liaison entre la théorie marxiste et la pratique des luttes ouvrière et populaire.Louis Gill l\u2019explicite clairement en écrivant de son livre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u2018\u2018une contribution à la lutte des classes qui se déroule ici au Québec et ailleurs\u201d.Il ajoute qu\u2019il présente son analyse \u2018\u2018en vue de donner aux militants de la classe ouvrière la connaissance scientifique indispensable du système dans lequel ils vivent et des lois de son évolution pour qu\u2019ils puissent agir sur ce système en vue de son renversement\u201d.Ceci dit, il faut se rappeler que Gill est professeur d\u2019université et que si son projet est clair, sa pédagogie parfois douteuse vient l\u2019embrouiller.Gill a choisi de suivre presque fidèlement une structure de chapitre, très classique, qui calque celle du Capital de Marx.En effet, après avoir introduit le marxisme comme méthode d\u2019a- malyse, il s\u2019attaque dans son premier chapitre à la marchandise et à la valeur; dans son deuxième à la monnaie; enfin à la plus value, ce qui représente la division des premiers chapitres du livre I du Capital.Un deuxième bloc de chapitres sur la journée de travail, sur le caractère spécifique du capitalisme et sur le salaire s\u2019en éloigne un peu tout en conservant les mêmes thèmes que le premier Livre.Le choix de ce plan fait apparaître les exemples comme des annexes relativement coupées du texte théorique ou comme des illustrations de la théorie artificiellement introduites.SEE EER RARER - 309 À cette faiblesse, il faut signaler une exception, le chapitre sur la journée de travail qui nous semble être ce vers quoi devrait tendre un texte dont l\u2019auteur tient à présenter réellement la liaison théorie/pratique.Une autre insuffisance, liée aussi à la structure de l\u2019exposé affecte l\u2019objectif à terme du livre, c\u2019est-à-dire susciter un débat entre tous ceux qui se réclament du mouvement ouvrier et de son combat.\u2018Le marxisme est une science, mais c\u2019est aussi une pratique\u201d et en aucun cas un dogme.Or, au Québec la théorie marxiste très souvent réfugiée dans les universités, loin des luttes se retransmet comme une croyance.Si l\u2019ouvrage de Gill est sur ce plan un effort louable en voulant concrétiser la théorie, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il se présente comme l\u2019unique porteur de la Vérité.Entre autre, à aucun endroit du livre, on retrouve les éléments d\u2019un débat qui agite actuellement le marxisme que ce soit au niveau international ou québecois.Par exemple, dès l\u2019introduction, l\u2019auteur parle de \u201cdialectique de la nature\u201d.Or, tout un courant du marxisme considère que parler d\u2019une dialectique de la nature n\u2019a pas de sens puis que cela amène à isoler la nature de la pratique sociale ce qui peut conduire à des affirmations métaphysiques.Pour ce courant on ne saurait présenter une dialectique de la nature qui soit distincte de la dialéctique de l\u2019histoire humaine.Autre exemple: Gill présente une théorie \u201cquantitativiste\u2019\u201d de la valeur, alors qu\u2019au terme du débat sur la transformation de la valeur en prix, une importante partie des économistes marxistes admettent que la théorie de la valeur ne possède pas de théorie quantitative des prix.Pour eux, l\u2019objet de Marx dans ses études était de montrer comment l\u2019explication sociale du capitalisme est compatible avec les formes apparentes que prennent les rapports capitalistes; prix, profit, \u2026 Finalement, il n\u2019y a rien qui fasse référence à la question nationale.Nous sommes très conscient de la difficulté que représente introduire tous ces éléments pédagogiquement sans tomber dans le schématisme.Mais c\u2019est au prix de cet effort qu\u2019on en finira avec la séparation de la théorie avec les luttes.En définitive, l\u2019importance du livre de Gill se mesurera dans sa capacité de susciter une discussion.Et à ete ttes sk 1 FAI bc LEA PERRET ERP SE itt i i 4 H wa bh LE an > 4.i i 3) h it ft, Ti st 310 ce niveau-là, c\u2019est la responsabilité de tous de soulever le débat.Pierre Paquette Louis Gill, L\u2019économie capitaliste: une analyse marxiste.Presses Socialistes Internatiorales.L'empire du regard (note sur L\u2019empire des sens d\u2019Oshima Nagisa) \u201cTu veux regarder?Eh bien, vois donc ça!\u201d Jacques Lacan Peu de films importants (1) ont eu le succès de L\u2019Empire des sens.Son scandale vient peut-être de ce qu\u2019on n\u2019a pas su le lire.Lecture difficile puisque le spectateur y a une place déplacée.On ne saurait dire simplement \u2014 comme on le fait souvent \u2014 qu\u2019on aime ou n\u2019aime pas.On sort de la salle troublé, mal à l\u2019aise (\u2018\u201c\u2018soufflé\u201d a dit Lacan).Et cet état de se poursuivre longtemps après la projection.Le discours de ce film est celui de la terreur: de la terreur du regard (que fait entendre la pulsion scopique).Et c\u2019est de cet excès dans la terreur où tente d\u2019en jouir le spectateur que se dérobe toute jouissance (d\u2019où la \u201cmauvaise\u201d place).Ce discours nomme (ou tente de nommer) un impossible nommable: la jouissance féminine.Il accroît, aiguise chez le spectateur (masculin, du moins) une tension mortifère.Le jeu continuel du regard dans le film (Kichi et Sada épiés ou offrant leurs (1) On peut penser à Jonas qui aura vingt-cinq ans en l\u2019an 2000 et à India Song.+ + r\u2014 étreintes à la vue des geishas, les références nombreuses aux yeux, et la plus connue est celle de l\u2019oeuf, métaphore, chez Bataille, de l\u2019oeil) exerce une fascination mortelle qui abolit tout voyeurisme.Non, il ne peut y avoir véritablement jouissance tranquille (perverse) à regarder ce film.C\u2019est que le regard fonctionne, la psychanalyse nous l\u2019apprend, comme pure différence et comme modèle de différence sexuelle.En ces temps où la croyance à l\u2019androgénie, à la bisexualité (c\u2019est du Jung en plein) fait rage pour conjurer la féminité, l\u2019effet- femme (2), ce film fait force, d\u2019autant plus que cette conjuration s\u2019exerce pesamment, férocement, violemment, parce que la singularité de l\u2019effet-femme met tout pouvoir en question.Regardez L\u2019empire des sens: Kichi abandonne toute possibilité de jouissance à Sada pour qu\u2019elle, elle jouisse, il se laisse continuellement mené par elle et accepte même l\u2019étranglement, la mort \u2014 limite intolérable.Le passage de ce regard à la représentation décrit exactement l\u2019impasse sexuelle de notre temps et met ainsi le phallocratisme en charpie.L'oeil, le regard omniprésent découpent le film en une scansion insupportable, tout en étant sa sanction.(2) Voir l\u2019entretien de Julia Kristeva: \u201cUnes femmes\u201d in \u201cLes cahiers du GRIF\u201d, no 7, juin 1975. PPP Try ai.if Hi iti atl ht: iN 312 D\u2019ailleurs, a-t-on vu un montage si abrupt, insolent et insensé (ça fait non-sens dans le sens)?Les gros plans se succedent dans un entrelassement de délire et d\u2019aberration visuelles et créent un espace (pour le regard du spectateur) compact, serré, saturant et suffocant.Ils sont en quelque sorte la paraphrase de tout lieu de terreur: le théatre sur une scene fermée et apotropéenne, ou il ne peut y avoir ni avant ni après.Mais ces plans jouent aussi comme métonymie de la menace de castration, menace que Sada (r)enchérit en brandissant couteaux, rasoir, ciseaux sur Kichi; ils augmentent encore plus le malaise du spectateur: il s\u2019y sent littéralement attaqué, menacé: jouissance perverse \u2014 comme phallus: coupée.La seule échappatoire serait de sortir de la salle, ou bien le corps se glace.Au corps mort, glacé de Kichi (remarquez que toutes les scènes se déroulent en hiver), Kichi tué par le regard de Sada, répond le spectateur glacé, surpris qu\u2019on lui tranche son regard, regard brûlé au rouge sanglant de la représentation; (et qui n\u2019a pas, aux derniers plans, détourné le regard?).L\u2019empire des sens est un film sublime et rare (rare comme un joyau: \u201cLe point de regard participe toujours de l'ambiguïté du joyau \"(Jacques Lacan).André Roy Le déjeuner des canotiers Le Vaisseau de pierre de Bilal et Christin (\u201cLégendes d\u2019aujourd\u2019hui\u201d\u2019, Dargaud, 1976) et Sur les terres truquées (\u2018\u2018Valérian agent spatio-temporel\u201d, Dargaud, 1977) sont deux bandes dessinées dont le travail est proche du discours utopique.Dans la première des habitants d\u2019un aa oy vr bla mal far ( sent hs intel kit Li Publi dut de Cure impr Sectare ar FRR TY SO 313 petit village de Bretagne déplacent leur village par bateau et le reconstruisent à la Terre de feu parce qu\u2019un groupe d\u2019hommes d\u2019affaires avait décidé d\u2019exploiter le site de leur village, c\u2019est-à-dire de modifier unilatéralement leurs conditions de vie.Dans la seconde une créature d\u2019une autre planète s\u2019intéresse à notre histoire à cause de la créativité de ces affrontements (guerres, rivalités, pègre) qu\u2019elle prend plaisir à reconstituer alors qu\u2019elle trouve l\u2019histoire de sa planète terne l\u2019organisation sociale et familiale y étant parfaite; l\u2019amie de Valérian qui dit son dégoût de telles reconstitutions (du colonialisme, de l\u2019impérialisme, du capitalisme, etc.) en opéère une à son tour: elle ajoute une table pour elle et Valérian dans Le déjeuner des canotiers de Renoir, histoire de profiter du soleil, du bon vin, des voiles blanches, de montrer ses seins, de rire, de tenir la main de celui qu\u2019elle aime, de n\u2019avoir rien d\u2019autre à faire que de jouir de la vie.Ces récits, l\u2019un fantastique, l\u2019autre d\u2019anticipation, disent chacun à leur façon comment notre lieu actuel, la société post-industrielle avec multinationales, est intolérable.Philippe Haeck Action-chanson L\u2019Association Action-Chanson du Québec poursuit la publication de Pourquoi Chanter?(vol.no 2), avec pour but de \u2018\u2018promouvoir une conception matérialiste de la culture, dans une perspective anti-capitaliste et anti- impérialiste, tout en se démarquant d\u2019une démarche sectaire ou dogmatique.\u201d 314 Action-Chanson participe au Mouvement des travail- = leurs et travailleuses de la musique du Québec, qui a en- \u2026- tre autre pour objectif la mise sur pied d\u2019un syndicat : des travailleurs et travailleuses de la musique.Au sommaire du No 1-2 (vol No 2): éditorial, La Bolduc, Mouvement des travailleurs et travailleuses de la musique, syndicalisation, entrevue avec deux musiciens, Elvis Presley, luttes dans les media, le punk.(Pourquoi Chanter?, C.P.205 Station G, Montréal H2W 2M9) a Yves Alix : A 9 septembre ; b D\u2019un court texte (qui suit), dit a Sherbrooke le 9 sep- ; 1 tembre dernier, il y eut beaucoup de remous, disons scandale.Fragmentaire, comme extrait d\u2019un texte inter- à miné, voire interminable, sa forme lapidaire donnait, i Je l\u2019avoue, dans la provocation.Sa réception est allée de C # la consternation à la dénonciation, en passant par la % | gêne, la fuite, le silence et la peur.Les épithètes ont af- Ë 3 flué, de la compréhension: hérétique, nihiliste, pessimis- ; te, à l\u2019insulte: réactionnaire, intellectuel de droite.Ce qui était dit, en gros pourtant, sous sa forme (métapho- ; j rique?poétique\u201d), que la croyance en politique c\u2019est dé- À jà le dogmatisme.L\u2019impertinence quant au lieu (Sher- a, 3 brooke) et quelques maladresses ne m\u2019ont peut-étre pas it 8 aidé a rencontrer le questionnement que je voulais poser.3 i Brièvement, disons que je voulais stigmatiser l\u2019attitu- a A de religieuse des groupes de gauche au Québec, particu- je i lierement chez les m-l., attitude néfaste, dangereuse fn 3 car elle entraîne dans l\u2019irrationnel.Une rhétorique sert i i de facade pour éviter d\u2019analyser les vrais problemes qui C A se posent ici; il y a même jouissance de cette rhétori- fa Te que.Un nouveau bon sens, sens commun, s\u2019installe: de nouveaux clichés, de nouveaux stéréotypes empêchent l\u2019analyse, la critique.Ca va de l\u2019obsession au fantasme: À cette gauche vit dans la névrose (et la paranoia).C\u2019est te 315 de ça dont je veux échapper, de cette complaisance, de cet engluement, de cette sclérose, de cet état mortel.Un terrorisme de la pensée y règne; un totalitarisme subtil prolifère: quand des militants tapochent, lors d\u2019une manifestation, les militants d\u2019un autre groupe, les traitant de vermines à éliminer, quand dans un groupe on y exclut les homosexuels, quand on y oblige les gens à se marier\u2026 Me situant à gauche, je ressens ça comme une brûlure.Insupportable.Inacceptable.Et je ne parle pas de ce qui se passe à l\u2019Est\u2026 Je ne suis pas là pour donner des solutions; ça ne se fait pas seul.Rien n\u2019est donné d\u2019avance (mème pas des Grands textes).Il faut trouver de nouvelles formes de lutte (les femmes ont déjà commencé).Regarder autrement, agir différemment.Pour que disparaisse cette pornographie: ce système dans lequel on vit.Donc, depuis un bon bout de temps, je me sentais étouffé.Angoissé.Comme une boule dans la gorge.Il fallait l\u2019arracher.Par tous les moyens.Le fallait.Ca été très dur, tellement difficile.D\u2019où ce texte, reproduit tel qu'\u2019originalement il a été écrit, deux heures avant le départ pour Sherbrooke.Fébrilité?nervosité?quand j'ai lu le texte des lignes ont sauté (je les mets entre parentheses), il y eut des ajouts (improvisation?), je signale ceux dont je me souviens.Tout ça à poursuivre, n\u2019est-ce pas?L\u2019ETAT D\u2019ESPRIT C\u2019est ça, ça, oui c\u2019est ça: regardant, me regardant, à ça seulement: je ne crois plus.Ne crois plus.(La joie de ne plus croire.) Ne plus croire, vous entendez, ne plus croire.Au socialisme, à la dictature du prolétariat (1).Au collectivisme, au terrorisme, au militantisme, au marxisme- léninisme.Au sacrifice, au martyre.Ne plus croire.La liberté.(Le début de toute liberté.) Ca, je ne crois plus.Athée.Enfin.Oui, c\u2019est peut-être ça aussi être matérialiste, être athée (2).Le matérialisme.* Oui, ça: la matière.La voix, le regard, les corps, la virculation des atomes, le ballet des planètes.Oui, ça: RR a A aa Tepe 316 le mouvement de la mer, le mouvement de la lune.Ca.(Et autres choses aussi, beaucoup d\u2019autres choses encore.(3)) + Ne plus croire au politique, au social, à l\u2019artistique.Ne plus croire à la littérature, à la poésie, au roman.Au cinéma.À la peinture.Ne plus croire.x Ecouter.Regarder.Oui, c\u2019est ça.Ecouter, regarder.Considérer, par exemple, la singularité et la différence de chaque sujet (de l\u2019Histoire).Ecouter.Regarder.Et aller à contre-courant et sans arrét.Aller contre l\u2019uniformisation de la pensée, la militarisation des idées, le nivellement des désirs, le ravalement de l\u2019intelligence (4).Aller à contre-courant et sans arrêt.(Allez contre toutes formes de religion.) Aller contre le pouvoir, (contre tous les pouvoirs).PLUS DE POUVOIR.JAMAIS.+ Je ne crois plus.C\u2019est peut-être pour ça que j'écris.Ecire.Le vide.L\u2019éblouissement du vide.L'expérience de la perte.(5) André Roy (1) Il est vrai que j\u2019avais ajouté deux mots, aberrants (dans le contexte): social-impérialisme et dictature de l\u2019argent.(2) A été dit sous une forme légèrement modifiée, mais le contenu était entièrement le même.(3) Au lieu de le lire, j\u2019y ai substitué quelques substantifs.(4) Légèrement modifié à la lecture, mais même contenu.(5) Et j'avais ajouté que la poésie allait à sa perte.P.S.: Trois jours après la lecture de ce texte, c\u2019est en revoyant (pour la troisième fois) Le camion de Marguerite Duras que j\u2019ai compris tout était venu le courage de ça.Mais ce qui m\u2019avait travaillé aussi auparavant: les films de Godard, de Tanner, et certaines lectures (mais pas celles auxquelles on peut penser: je n\u2019ai pas encore lu les \u2018nouveaux philosophes\u201d).A.R. Soulever une contradiction Il est pour moi nécessaire de dénoncer l'attitude opportuniste qui gagne certains intellectuels dits (se réclamant!!!) de la gauche.Par le fait même j'entends me démarquer résolument de ceux qui maintiennent leur sympathie envers la réaction et ses toilettes à la dernière mode (mode du corps, de la forme, de la matière, qui n\u2019a pour effet réel que de perpétuer d'anciens cultes sous des couverts d\u2019avant-garde: les questions touchant à la sexualité et aux recherches formelles, parce qu\u2019elles sont importantes, doivent être nettement situées dans une perspective de classe).Le libéralisme des opportunistes gagne facilement un terrain tout préparé d\u2019avance: celui de la vieille droite qui doit plus que jamais renouveler ses costumes pour essayer de tromper les forces d\u2019opposition.Mais la montée de la gauche aura raison de la classe qui domine et de ses idéologies périmées.Et c\u2019est pour cela que le développement d\u2019une pensée véritablement critique (matérialiste et dialectique) dans le champ culturel demeure une tâche urgente à l\u2019heure actuelle (lire plus que jamais le travail militant de Bertolt Brecht, et aussi celui de Serge Trétiakov).Il est pour moi nécessaire de dénoncer l\u2019attitude réactionnaire du poete et \u201ccritique\u201d André Roy lors de la Nuit de Poésie qui a eu lieu à l\u2019Université de Sherbrooke le 9 septembre dernier (nuit à laquelle je participais).Celui-ci a fait une déclaration publique dans laquelle il affirme ne plus croire (entre autres) au \u201csocialisme\u201d\u2019, au \u201csocial-impérialisme\u201d, au \u2018\u201cmarxisme-léninisme\u201d, à la \u2018dictature du prolétariat\u201d, tout en révant maintenant du meilleur des mondes, là où la \u201cnature\u201d, son \u201ccorps\u201d, et les \u201cplanètes\u201d régenront dans l\u2019harmonie et la splendeur de leur matière.Et cela au nom d\u2019un \u201cathéisme\u201d complaisant sans grand danger pour les croyants au pouvoir.Aujourd\u2019hui c\u2019est à l\u2019aide d\u2019un matérialisme sans dialectique et sans histoire, que de plus en plus de pseu- do-révolutions artistiques apparaissent et disparaissent.A Total: da be she, et S + Hd A Tre Triage bd.caddis pe ; 8 À A À ; I A 8 A i À à : 1.tI i 1: 3 A 318 En bon métaphysicien on s\u2019imagine bouleverser l\u2019univers en ne renversant que des formes.Ayant moi-même travaillé à une revue (Chroniques) qui se voulait sur des positions progressistes (revue que j'ai quittée en mai), et dans laquelle a écrit et écrit toujours André Roy, je me sens personnellement attaqué par de tels propos.Je tiens à réaffirmer le texte de ma réponse que j'ai lue lors de cette soirée: Enfin les masques tombent, avec leurs petits scandales qui se donnent en spectacle.Le jeu de l\u2019illusion, le jeu de l\u2019idéalisme: s\u2019imaginer libre, s\u2019imaginer neutre dans un monde où la propriété privée et les rapports d\u2019exploitation et de sexploitation qui en découlent ne demandent que ça, se reproduire.Qu\u2019on y croit ou pas.Un pied dans la bourgeoisie, un autre dans le prolétariat, et le cul dans la marde! Oublier, refouler les rapports de domination, ça fait 1\u2019 affaire de qui?Je demande donc à tous ceux qui se veulent sur des positions progressistes de lutter fermement contre l\u2019opportunisme, où qu\u2019il se trouve, et sous quelques formes que ce soit.Refusons toute collaboration de classe, soulevons les contradictions, appuyons le combat pour le socialisme! François Charron, le 11 septembre 1977 à Montréal.N.D.L.R.: Ce texte a été expédié au Devoir, La Presse, Chroniques, Stratégie, Brèches, Champs d\u2019application, Les Herbes rouges, à la plupart des participants de la \u2018\u2018Nuit de la poésie\u2019\u2019 et à des personnes ayant travaillé à notre revue.l'affaire André Roy Comme plusieurs autres personnes proches de cette revue, j'ai reçu par la poste, il y a quelques jours, un texte de François Charron destiné à dénoncer les propos tenus par André Roy, secrétaire à la rédaction de Chroniques, lors de la nuit de la poésie qui a eu lieu à l\u2019Université de Sherbrooke le 9 septembre dernier. 319 D\u2019après Charron, Roy aurait enfin découvert publiquement sa vraie nature: un \u201copportuniste\u201d, un \u2018\u2018réactionnaire\u201d, \u2018\u201cmétaphysicien\u201d et \u2018\u201cidéaliste\u201d\u2019.Comme beaucoup d\u2019autres organismes progressistes, Chroniques a failli crever sous les coups des \u2018\u2018m-l\u201d\u2019, victime des effets destructeurs de la névrose dogmatique des nouveaux zélateurs de Hua et Teng.Si I'\u201caffaire\u201d André Roy pouvait mettre un terme à toute équivoque quant à nos rapports avec le soi-disant \u2018\u201cmarxisme- léninisme\u201d des \u2018\u2018m-l\u201d\u2019, ce serait tant mieux.Car si le \u2018socialisme\u2019 c\u2019est le travail aux pièces plus la terreur policière, si la \u2018révolution culturelle\u201d c\u2019est le mensonge organisé d\u2019en haut par une clique au pouvoir, si la \u201cdictature du prolétariat\u201d c\u2019est l\u2019installation d\u2019une nouvelle classe dominante techno-bureaucratique, si la \u201cpensée véritablement critique\u2019 (\u2018\u2018matérialiste et dialectique\u2019\u2019, naturellement) consiste à expliquer n'importe quoi par le Capital à l\u2019Ouest et à ne rien expliquer du tout à l\u2019Est, si \u2018\u2018travailler à la montée de la gauche\u201d c\u2019est saluer sans arrêt le perpétuel \u2018\u201c\u2018accroissement de la combativité ouvrière\u201d et la \u201cmontée des luttes\u2019 durant dix ans même lorsque le mouvement populaire marque le pas, si être \u2018\u2018marxiste\u2019\u2019 consiste à ne plus penser et à ne douter de rien pour chanter les louanges de Tito avec Radio-Pékin \u2014 alors certes nous n\u2019en sommes pas.Que les \u2018\u201cm-l\u201d cessent donc de se casser la tête et d\u2019user leur précieux temps pour le démontrer: la chose est acquise et nous la confessons nous-mêmes, une fois pour toutes.\u201cUn pied dans la bourgeoisie, un autre dans le prolétariat et le cul dans la marde!\u201d C\u2019est ainsi que nous voit François Charron.Il a bien raison.C\u2019est l\u2019exacte position dans laquelle nous nous trouvons.Et nous le savons, par-dessus le marché.Et nous ne trouvons pas cette condition honteuse.Ni ridicule.Moins honteuse et moins ridicule en tout cas que la sienne, qui est très précisément la même, plus la fausse conscience.Laurent-Michel Vacher 15 sept.1977 3 Les numéros antérieurs de Chroniques sont toujours dis- a ponibles.On peut se procurer les numéros simples (à $2.00), doubles (à $4.00) ou une série de 12 numéros (à $20.00) en envoyant un chèque ou un mandat-poste à l\u2019ordre de Chroniques, casier postal 747, bureau \u201cN°\u201d, Montréal, H2X 3N4.Bon de commande À Veuillez me faire parvenir le(s) numéro(s) sui- A vant(S) .ou une série de 12 numéros: no.ano.Case Postale 747, Succ.N, Montréal, H2X 3N4.1 Chroniques A Comité de rédaction: Yves Alix, Gordon Lefebvre, Pier- h re Paquette, André Roy, Laurent-Michel Vacher.Secré- hi taire a la rédaction: André Roy.Courrier de la deuxième classe: Enregistrement no 3451.Dépôt légal à la bibliothèque nationale du Québec.Couverture: Mario Leclerc.Maquette intérieure: Roger Des Roches.Composition et impression: Journal Offset Inc. ot once ro we rare poe _ nm ISSN 0383-6959] Nous pensons que se dessinent une nouvelle conjoncture et ur espace politique favorables à la mise sur pied d\u2019une nouvelle revue.Cette conjoncture est caractérisée par une crise des idéologies néo-staliniennes, par l\u2019émergence d\u2019une gauche ou vrière et populaire en rupture avec le PQ et qui envisage là question nationale dans une perspective socialiste, par l\u2019ap parition et le développement de mouvements qui ont tout inté rêt à se lier au mouvement ouvrier: mouvement autonome des femmes, mouvement homosexuel, mouvements écologiques e| de luttes urbaines, politisés chrétiens, etc.Les objectifs initaux de CHRONIQUES sont en grande parti toujours valables pour une nouvelle revue apportant une contri bution à la lutte pour le socialisme."]
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