Le devoir, 8 octobre 2016, Cahier J
[" SYNDICALISME RÉSEAU DE LA SANTÉ C A H I E R T H É M A T I Q U E J \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 Les auxiliaires en santé: en faire plus pour moins Page J 5 Le gouvernement doit réinvestir en santé Page J 2 ftq.qc.ca | twitter.com/ftqnouvelles | www.facebook.com/laFTQ La santé au Québec C\u2019EST PUBLIC ! ISTOCK Dans l\u2019esprit de Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la « réforme Barrette» repose essentiellement sur une analyse des coûts afin de niveler tout vers le bas.«Tout est pensé par rapport aux coûts, plutôt que de miser sur la qualité, et au risque de perdre de vue les besoins des patients, dit-elle, notamment au détriment des soins à domicile ou de la prévention, comme on l\u2019observe déjà.» C A R O L I N E R O D G E R S Collaboration spéciale L es projets qui visent à centraliser les ser vices de santé dans le but d\u2019en diminuer les coûts menacent la qualité de ceux qui sont déjà of fer ts, dénonce la FP-CSN, qui regroupe les professionnels de la Confédération des syndicats nationaux.« Avec la réforme du docteur Barrette, on est en train de détruire ce qu\u2019on a mis plus de quarante ans à bâtir », déplore Nancy Corriveau, vice-présidente de la Fédération.La fin des CLSC?Elle cite en exemple la centralisation des ressources vers les médecins des groupes de médecine familiale (GMF), une décision qui risque de heurter la population en bout de course.« On siphonne les ressources des CLSC au point où l\u2019on peut se demander si on ne se dirige pas carrément vers la fin des CLSC, car n o u s s a v o n s , a u - jourd\u2019hui, que ces ressources ne seront pas remplacées.Elles sont drainées vers le système privé parallèle que sont les groupes de médecine familiale.On prend les budgets des établissements pour les envoyer vers les GMF.On s\u2019interroge à savoir pourquoi on n\u2019a pas pris cet argent pour le mettre dans les services des CLSC.On a pour tant actuellement une première ligne accessible pour tous, qui fonctionne bien.» Par exemple, un parent dont l\u2019adolescent éprouve des problèmes de consommation de drogues et qui se serait normalement adressé à son CLSC pour obtenir l\u2019aide de professionnels risque de ne pas obtenir les ser vices dont il a besoin, explique Mme Corriveau.« Ce sont principalement les travailleurs sociaux qui sont transférés, note-t-elle.Avec les CLSC, il y a des points de service partout, et c\u2019est très accessible.C\u2019est une excellente formule, qui fonctionne bien.Il y a des délégations d\u2019autres pays qui viennent ici pour voir comment notre système de CLSC fonctionne, car c\u2019est un modèle reconnu mondialement, et la tendance, partout, est à la décentralisation.Au lieu de bonifier cette formule et d\u2019investir dans la première ligne, le ministre envoie ces ressources dans les GMF.C\u2019est une vision archaïque où le médecin est au centre de tout.Or, est-ce vraiment nécessaire de voir un médecin pour avoir accès à une FP-CSN La centralisation des services aura des effets négatifs C L A U D E L A F L E U R Collaboration spéciale L a profonde transformation du système de santé que met en branle Gaétan Barrette « fait mal\u2026 très, très mal au personnel, aux patients et même aux gestionnaires », déclare Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).«Nous avons eu l\u2019occasion de négocier avec le Dr Barrette, notamment au sujet de sa fameuse réforme, poursuit-elle.Et ce que je déplore le plus chez lui, c\u2019est de voir si peu d\u2019écoute de sa part et la négation des problèmes du milieu.Je déplore aussi le fait d\u2019entendre dire qu\u2019il n\u2019y a pas de compressions budgétaires en santé et que sa réforme est là pour les citoyens \u2014 alors que, dans les faits, on assiste au démantèlement du réseau de la santé.» Louise Chabot cite à l\u2019appui de ses dires les récents propos de la protectrice du citoyen.Dans son rapport annuel, Raymonde Saint-Germain fait valoir que, «de plus en plus, les critères administratifs ont un poids plus important que les critères professionnels pour déterminer l\u2019accès aux services et leur intensité.C\u2019est le cas tant en matière de santé et de services sociaux que d\u2019éducation ou de paiement de rentes et d\u2019indemnités.C\u2019est ainsi que des personnes sont privées de services dont elles ont pourtant cruellement besoin.Je constate que la performance de gestion a de plus en plus RÉFORME BARRETTE «C\u2019est inquiétant pour tout le monde » VOIR PAGE J 4 : RÉFORME Louise Chabot ISTOCK Nancy Cor riveau, vice-présidente de la FP-CSN, craint une réduction des services disponibles en CLSC.VOIR PAGE J 6 : SERVICES Nancy Corriveau RÉSEAU DE LA SANTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 J 2 fiqsante.qc.ca Nous, on parle santé.C Y N T H I A R I V A R D Collaboration spéciale L a réforme instaurée par le ministre Barrette créant les superstructures que sont les CISSS et les CIUSSS est à peine achevée que d\u2019autres grands changements s\u2019annoncent dans le monde de la santé.Cette fois, ce sont les laboratoires médicaux qui sont dans la mire du ministre, qui espère économiser des dizaines de millions de dollars avec le projet Optilab.«Présentement, il y a un laboratoire médical dans tous les hôpitaux du Québec.Cer taines analyses d\u2019échantillon sont faites à l\u2019externe, mais l\u2019essentiel des analyses est réalisé dans les établissements », explique Ca- rolle Dubé, présidente de l\u2019Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).« Optilab, poursuit-elle, est un projet de réorganisation qui vise à centraliser 70% des analyses dans 11 établissements d\u2019ici trois à cinq ans.» Suivant ce plan, les prélèvements du Nord-du-Québec et de l\u2019Abi- tibi-Témiscamingue seront analysés à Montréal, alors que ceux de la Côte-Nord et de la Gaspésie le seront à Rimouski, par exemple.«Il s\u2019agit d\u2019une réorganisation majeure, qui a été annoncée alors qu\u2019il n\u2019y a eu aucune consultation des gens sur le terrain.Nous ne sommes pas contre le changement.Ce que nous demandons, par contre, c\u2019est que l\u2019on prenne le temps de s\u2019asseoir, d\u2019étudier toutes les solutions, de mesurer les impacts, de répondre aux questions.On est incapables d\u2019avoir des réponses à nos questions de la part des directions.Est-ce qu\u2019Optilab va vraiment permettre d\u2019économiser ?Même ça, on ne le sait pas vraiment», illustre-t-elle.Beaucoup de questions sans réponses Touchés au premier chef par la réorganisation, les membres de l\u2019APTS sont inquiets.La réforme prévoit en ef fet jusqu\u2019à 20 % de réduction des heures travaillées, ce qui se traduira, selon l\u2019APTS, par des centaines de suppressions de postes par tout au Québec.«Que va-t-il arriver au personnel ?Les gens seront-ils transférés ?On ne respecte pas les gens ; il ne semble pas y avoir de vision, de plan à cet égard», soutient Mme Dubé.Sur le terrain, « les employés sont démoralisés», confirme Sylvain Sirois, répondant politique dans la région de la Côte-Nord à l\u2019APTS.« Ils ont appris qu\u2019à compter du 1er avril 2017, ils seront sous la responsabilité du CIUSSS du Saguenay\u2013Lac- Saint-Jean.Ce sont des gestionnaires d\u2019une autre région, qui ne connaissent pas la réalité de la Côte-Nord, qui en seront responsables.Les gens craignent la suite.Ils ont peur d\u2019être déracinés.Ce n\u2019est pas qu\u2019eux que la réforme touche; c\u2019est leur conjoint, leurs enfants, leur famille.Que feront-ils s\u2019ils perdent leur emploi dans un domaine aussi spécialisé?Soit ils devront quitter la région, soit ils devront réorienter complètement leur carrière.» Monsieur Sirois se montre également très inquiet des impacts qu\u2019aura la réorganisation sur les usagers du système de santé.Selon le répondant régional, la proximité entre le médecin et le patient est compromise.Or, lorsqu\u2019il est question de santé et de possibilité de diagnostic grave, la flexibilité et la rapidité d\u2019analyse sont importantes : «Déjà, les technologistes reçoivent beaucoup de pression pour les analyses effectuées à l\u2019extérieur.Les médecins veulent avoir rapidement les résultats pour les tests concernant les ganglions, par exemple, sauf que l\u2019analyse se fait en Ontario, et on ne sait jamais quand ils seront traités.Cela va devenir la norme.» Un avis que partage sa collègue de Montréal, Josée Asselin, répondante politique pour le CIUSSS de l\u2019Ouest-de- l\u2019Île de Montréal : «Si on augmente le volume, on va créer un goulot d\u2019étranglement.Le CUSM devra répondre à des milliers de médecins.» Transport déficient M.Sirois rappor te également d\u2019importants ratés dans le transport des échantillons pour les analyses se réalisant déjà à l\u2019extérieur de la région.« Il faut comprendre qu\u2019ils n\u2019ont pas de statut par ticulier ; ils sont traités comme tous les autres bagages», explique-t-il.Des colis imbibés d\u2019une substance huileuse, une route fermée ou un avion pris au sol qui retarde le transport d\u2019un échantillon, la glace sèche d\u2019un colis qui s\u2019évapore ; le représentant est régulièrement informé de situations qu\u2019il juge inacceptables et reçoit, pour la seule région de la Côte-Nord, l\u2019équivalent d\u2019un rappor t d\u2019incident par mois.Des constats qui trouvent également écho à Montréal, où Mme Asselin s\u2019inquiète que des échantillons provenant de lavements pulmonaires, de ponctions de moelle osseuse et de biopsies puissent être perdus, altérés ou arriver périmés aux laboratoires.« Le transport se fait n\u2019importe comment, par des gens qui n\u2019ont pas la formation pour ça.On parle pourtant de la santé des gens», constate Mme Asselin.« Je pense qu\u2019on ne peut se permettre aucune erreur, renchérit M.Sirois.Pourtant, au lieu d\u2019être optimal et de tirer par le haut, on cherche maintenant la norme acceptable.Il me semble que lorsqu\u2019on parle de santé, on devrait toujours chercher à offrir le meilleur service à nos citoyens.» Inquiétudes partagées L\u2019APTS n\u2019est pas la seule à s\u2019inquiéter du projet du ministre Barrette.De plus en plus de voix s\u2019élèvent du monde municipal.C\u2019est le cas au Bas-Saint- Laurent, où les élus demandent eux aussi un moratoire, après avoir demandé une rencontre avec le ministre, sans avoir même reçu un accusé de réception.«Comme administrateur, je sais que la règle d\u2019or, c\u2019est la transparence.Qu\u2019on nous explique comment Optilab va améliorer le service aux citoyens, qu\u2019on nous explique le plan.On nous avait dit qu\u2019un comité d\u2019experts étudierait la situation au Bas-Saint-Laurent et proposerait les meilleures solutions.Là, le comité est parti dans la brume, et on a l\u2019impression qu\u2019on va simplement fermer des services dans les hôpitaux», explique le préfet de la MRC de Rimouski- Neigette, Francis St-Pierre.« Le ministre est très peu à l\u2019écoute, résume la présidente de l\u2019APTS, Mme Dubé.Il veut faire les choses très rapidement et dans un contexte de restriction budgétaire, alors qu\u2019une telle réforme nécessite de l\u2019investissement.Est-ce une façon de faire croire à la population que le public en est incapable, pour l\u2019envoyer au privé ?Il y a de l\u2019argent à faire là, ça, c\u2019est sûr», conclut-elle.Optilab : une centralisation qui soulève des craintes ISTOCK Le rapport fait des constats accablants sur l\u2019état de notre système de santé.Ainsi, le Québec est la dernière parmi les provinces canadiennes en matière d\u2019accès à un médecin de famille.Seulement les deux tiers de la population en possèdent un.S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale L a présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent, croit que le gouvernement Couillard doit prendre acte du dernier rap- por t de la protectrice du citoyen, qui soutient que les compressions budgétaires du gouvernement en santé ont entraîné une diminution de la qualité des soins et des services en santé.Mm e Laurent en a aussi contre les médecins qui refusent toujours de déléguer certains de leurs actes aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS), aussi appelées « superinfirmières ».Elle compte continuer à se battre pour assurer une meilleure qualité des soins aux patients et un meilleur accès au système de santé.Appelée à commenter le dernier rapport de la protectrice du citoyen, Régine Laurent affirme que Philippe Couillard et Gaétan Barrette ne peuvent plus prétendre que leurs compressions n\u2019ont pas eu d\u2019effet sur les soins et les ser vices.Maintenant en situation de surplus budgétaire, le gouvernement doit rapidement réinvestir en santé, croit-elle.Des constats accablants\u2026 Le rapport fait des constats accablants sur l\u2019état de notre système de santé.Ainsi, le Québec est la dernière parmi les provinces canadiennes en matière d\u2019accès à un médecin de famille.Seulement les deux tiers de la population en possèdent un.Et pour les gens qui en ont un, un accès rapide n\u2019est pas garanti.Seulement 13 % de ces médecins offrent, en cas de besoin, une consultation à leurs patients le jour même ou le lendemain.Ce pourcentage est beaucoup plus élevé en Ontario (37 %) et encore plus élevé en Allemagne (67 %).Dernier triste constat, près de 40 000 personnes âgées de 65 ans et plus étaient toujours en attente de services à domicile cette année.Non seulement l\u2019accès à la première ligne est déficient, mais la qualité des soins s\u2019est aussi détériorée, déplore le rapport.À ce sujet, le rappor t relate plusieurs cas où les soins à des personnes dans le besoin ont été coupés injustement dans le seul but d\u2019atteindre les cibles budgétaires décrétées par le ministère de la Santé et des S e r v i c e s s o c i a u x (MSSS).Le cas de la dame atteinte de sclérose en plaques, relaté dans le rap- por t, est par ticulièrement troublant.Cette femme, qui recevait 33 heures de soins par semaine, a vu ce nombre d\u2019heures coupé à 12 heures ; ne pouvant passer seule de son fauteuil roulant à son lit, elle a dû se résoudre à dormir dans son fauteuil roulant ! Une réponse gouvernementale inadéquate Et pourtant, qu\u2019a répondu le premier ministre Couillard à la sortie du rapport?«Les discours sur les personnes vulnérables, les discours sur la solidarité, avec des finances publiques déséquilibrées et un endettement chronique, ce n\u2019est que du vent, ça ne veut rien dire pour la population.» Mme Laurent a trouvé ce rejet cavalier du rapport irrespectueux envers la fonction de la protectrice du citoyen.Mme Laurent n\u2019a guère plus apprécié la réplique du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui jette le blâme sur la volonté du fédéral de réduire la hausse des transfer ts en santé de 6 à 3 % en 2017-2018.Par ses compressions appréhendées, Ottawa empêchera le Québec d\u2019améliorer la qualité des soins et leur accessibilité, a-t-il dit en substance.Bien que la FIQ ait appuyé la motion votée à l\u2019Assemblée nationale (fin septembre) dénonçant la volonté du fédéral de réduire cette hausse des transferts, « il ne faut pas oublier que la réforme Barrette a déjà eu des ef fets ravageurs sur le système de santé, depuis deux ans, et que le ministre ne peut pas mettre les éventuels ratés du système uniquement sur le dos du fédéral ».Toujours pas de «superinfirmières» dans le système Régine Laurent en a aussi contre le corporatisme des médecins qui s\u2019entêtent à refuser une plus grande autonomie aux IPS.« On est à peu près les seuls en Amérique du Nord à ne pas donner plus d\u2019espace à ces infirmières, déplore- t-elle.La FIQ réclame depuis des années que les IPS puissent poser des diagnostics et entreprendre cer tains traitements dans le cadre de leur champ de pratique, comme cela se fait par tout ailleurs au Canada.Ce rôle plus grand accordé aux IPS et aux professionnelles en soins permettrait d\u2019assurer une meilleure prise en charge des patients, en par ticulier ceux souf frant de maladies chroniques.» Le Québec est très en retard sur l\u2019Ontario à ce chapitre.Ici, on compte 294 IPS, la plupart du temps sous la tutelle des médecins, alors qu\u2019en Ontario, on en compte plus de 2500, réparties dans 25 cliniques de « superinfir- mières », où elles travaillent en autonomie.Mme Laurent salue la volonté du ministre Barrette selon laquelle il souhaite donner plus d\u2019autonomie aux IPS.Cependant, les résistances sont fortes du côté du Collège des médecins.L\u2019exemple de la clinique SABSA La présidente de la FIQ s\u2019explique mal ce blocage.Pourtant, le projet pilote de la coopérative SABSA dans le quartier Saint-Roch à Québec «a prouvé que ces infirmières peuvent travailler en autonomie et résoudre la majorité des cas qui leur sont présentés».Rappelons qu\u2019au début de 2016, le MSSS avait décidé de couper les vivres à la coopérative sous le prétexte qu\u2019elle ne correspondait pas au cadre du ministère.Au mois de juillet suivant, revirement de situation, le MSSS s\u2019entendait avec la clinique pour qu\u2019elle puisse continuer à opérer.Une étude récente du chercheur de l\u2019Université de Montréal Damien Contandriopou- los, en association avec six autres chercheurs, a même prouvé l\u2019efficacité de cette clinique.L\u2019étude a démontré que la clinique offrait des soins qui ne sont pas tous offerts dans le système et qu\u2019en traitant des patients ayant une vulnérabilité (40 % des patients de la clinique souffrent de l\u2019hépatite C, du VIH ou du SIDA), cela représentait des milliers de dollars en économies, grâce à la prévention.Le plus grand rôle joué par les IPS permettrait aussi au gouvernement d\u2019économiser des sous en salaires.Une étude de l\u2019Institut économique de Montréal, réalisée en 2016, montrait ainsi qu\u2019une IPS coûte trois fois moins cher qu\u2019un médecin de famille (93 700 $ contre 264 000).Cela, peu de personnes en seront surprises.RAPPORT DE LA PROTECTRICE DU CITOYEN Le gouvernement doit réinvestir en santé Régine Laurent RÉSEAU DE LA SANTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 J 3 Le docteur Barrette et sa restructuration du système de santé font l\u2019unanimité ou presque: à peu près toutes les catégories de personnel à l\u2019intérieur du réseau formulent des griefs à l\u2019endroit des regroupements imposés.Le Conseil provincial des affaires sociales (CPAS-SCFP) grossit les rangs des mécontents.Un réseau ingérable, selon les syndicats R É G I N A L D H A R V E Y Collaboration spéciale P ierre Soucy et Michel Jolin sont respectivement président et secrétaire général du CPAS.L\u2019un et l\u2019autre échangent des propos très critiques à l\u2019endroit de la réforme et de son ministre.Un régime minceur est survenu et le nombre d\u2019établissements est passé de 182 à 34, ce qui cause un glissement vers le privé.Le premier pose le constat «qu\u2019il n\u2019y a pas de bénéfices à retirer de cette opération-là.Les centres intégrés de santé et de services sociaux [CISSS] et les centres intégrés universitaires [CIUSSS] sont devenus des monstres».Ils le sont devenus notamment en fait de territoire : «Si je p rends comme exemple l e CIUSS-Estrie-CHUS, il couvre 12 000 kilomètres carrés.La population devra chercher la bonne porte d\u2019entrée dans le réseau sur une telle super ficie.» Cette situation prévaut dans plusieurs régions du Québec : «Je pense qu\u2019on parle de 14 000 kilomètres carrés dans le Bas- Saint-Laurent, et il en va de même à bien d\u2019autres endroits, comme au Saguenay\u2013Lac-Saint- Jean et en Abitibi.Sur de pareils territoires, ça devient ingérable sur le plan administratif.» Du passé au présent Le président rappelle que le réseau venait à peine de passer, 10 ans plus tard, à travers la fusion qui avait conduit à la mise sur pied des Centres de santé et de services sociaux, les CSSS: «Tout le monde, et pas seulement les syndicats, disait que ces regroupements n\u2019avaient pas fonctionné et qu\u2019ils avaient entraîné une augmenta t i on de s coûts ; on évaluait à 35% le nombre de cad r e s e n p l u s q u i avaient été ajoutés depuis 2005.» Et de conclure que « notre bon ami Barrette a décidé qu\u2019en fusionnant encore davantage, là, c\u2019était vrai que ça allait coû- ter moins cher».Il envisage les dégâts à suivre : « On sait que lorsqu\u2019on va regarder l e s r é su l ta t s dans 10 ans, on va constater que cela n\u2019a aucun sens, ce que le réseau est devenu.Et la population sera la grande perdante au bout du compte.» Jusqu\u2019à maintenant, les transformations majeures sont sur venues dans l\u2019administration, comme il le rapporte : « Pour les salariés, il y a eu beaucoup de bouleversements.Il s\u2019est produit plusieurs changements de chaise ,alors que cer tains ont dû changer d\u2019établissement et de ville.Plusieurs postes ont été supprimés, souvent par attrition, mais il en résulte tout de même qu\u2019il y a moins de monde pour dispenser les services.» La centralisation à outrance Pierre Soucy s\u2019inquiète du fait «que les directions des centres intégrés reçoivent directement des ordres du ministère, qui, à l\u2019heure actuelle, gère tout le réseau: il se vante de donner ses ordres en direct aux 34 p.-d.g.des établissements, qu\u2019il peut réunir autour de la même table, ce qui lui facilite la tâche».La situation peut varier d\u2019un endroit à l\u2019autre : « Tout dépend des centres.Il y a des directions qui ont été un peu plus humaines, et d\u2019autres qui ont voulu respecter à la lettre les mandats que le ministre leur donnait : au diable les conventions collectives, tu supprimes des postes et tu t\u2019arranges pour que ça fonctionne de cette façon.Il y a eu des variantes à travers tout le Québec, mais tout le monde a vécu des bouleversements.» Michel Jolin intervient pour illustrer à quel point le nouveau mode de fonctionnement se révèle aberrant pour certains : «En Abitibi, l\u2019employé devait se rappor ter au service s a n t é d e R o u y n - N o r a n d a lorsqu\u2019il était malade.Ils ont déménagé ce service ailleurs à plus d\u2019une centaine de kilomètres, soit à Val-d\u2019Or.» En cas de maladie, cet employé doit maintenant franchir cette distance aller-retour pour être vu par un médecin au bureau de santé et pour profiter, de la sorte, de l\u2019assurance de l\u2019employeur, qui le couvre : «Auparavant, il y avait de ces bureaux dans tous les établissements, mais ce service a été centralisé, et le travailleur doit se déplacer même s\u2019il est malade.» Un chambardement irréversible Le secrétaire général fournit cette réponse laconique sur une possible amélioration des rouages de fonctionnement au fil du temps : « Ça dépend pend a n t c o m b i e n d e temps le ministre Barrette va rester en poste comme ministre de la Santé.» Pierre Soucy ajoute que, jusqu\u2019à maintenant, les transformations ont eu lieu dans les services administratifs : « Le prochain secteur qui sera touché, c\u2019est la clinique.Il est clair qu\u2019il y a un manque de préposés aux bénéficiaires et, pour le ministre, un préposé pour 10 à 13 bénéficiaires, c\u2019est un ratio qui serait correct, même si, actuellement, ça joue entre 7 et 8 selon les établissements.Je ne suis vraiment pas certain que la clientèle va être mieux servie de cette façon.» Quand tout ce remue-ménage en profondeur sera achevé, sera-t-il encore temps de revenir en arrière?Le président croit «qu\u2019il sera impossible de défaire cette restructuration, de détricoter tout cela.On a détruit des services dans des plus petits établissements pour les transpor ter dans de plus gros hôpitaux, pour que ça coûte moins cher : comment faire par la suite, quand on s\u2019est défait du matériel existant, pour reconstituer tous ces acquis?» L\u2019un et l\u2019autre s\u2019entendent pour affirmer que, sous l\u2019administration de Barrette ou d\u2019un autre, le réseau sera « irrécupérable » : «De telle sorte qu\u2019on se dirige vers un régime à deux vitesses, vers un réseau privé.On espérerait se tromper, mais avec la vaste expérience dont on dispose, malgré toutes les réformes qui ont eu cours, la situation ne s\u2019améliore pas.C\u2019est de pire en pire.» JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le dépar t du ministre de la Santé, Gaétan Bar rette, est indissociable de l\u2019amélioration du système de santé, selon le secrétaire général du CPAS, Michel Jolin.SYSTÈME DE SANTÉ Une réforme monstrueuse, selon la FTQ T H I E R R Y H A R O U N Collaboration spéciale R eprenons depuis le début.En novembre 2014, la FTQ déposait un mémoire devant la Commission de la santé et des services sociaux dans le cadre des consultations sur le projet de loi 10, lequel deviendra loi le 7 février 2015 et sera en vigueur le 1er avril suivant.L\u2019esprit et la lettre du discours de la FTQ n\u2019ont pas changé d\u2019un iota depuis le dépôt de ce mémoire, il y a deux ans, comme en témoigne Daniel Boyer.À titre d\u2019exemple, il y est dit que « nous croyons que le ministre doit refaire ses devoirs, parce que ce dont le réseau a besoin n\u2019est pas une énième réforme de structure, mais bien des décisions pertinentes pour s\u2019attaquer aux problèmes concrets de la population».Cette af firmation tient-elle toujours ?«Plus que jamais, monsieur ! lance M.Boyer au bout du fil.Et je vous dirais même que, deux ans plus tard, ce qu\u2019on craignait est exactement ce qu\u2019il se passe.On a accouché d\u2019un monstre dans le réseau de la santé.Même qu\u2019à l\u2019époque, j\u2019avais dit à la blague qu\u2019un jour, on n\u2019aurait qu\u2019un seul établissement de santé avec un président-directeur général, qui serait le ministre Barrette», dit-il en référence au pouvoir que s\u2019est octroyé le ministre dans le cadre sa propre réforme.Déni de démocratie Une centralisation du pouvoir qui fait dire à Daniel Boyer que cette réforme examinée dans son ensemble sur le plan de la gouvernance n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un déni de démocratie.«C\u2019est exactement ça.Dans une société démocratique, la démocratie ne s\u2019exprime pas tous les quatre ans, elle s\u2019exerce tous les jours », dit-il, déplorant au passage que les décisions prises sur le plan de la santé se prennent par une équipe restreinte dans le bureau du ministre de la Santé.« Ils font ça en pensant détenir la vérité.En fait, ils ne regardent qu\u2019une seule colonne, soit celle des dépenses, mais sans se préoccuper des services dont la population est en droit de recevoir.» Et qui dit centralisation du pouvoir dit hypercentralisa- tion des ser vices, rappelle M.Boyer, dénonçant la trop faible consultation des gens de ter rain et autres cadres pour mettre en place cette réforme qui n\u2019était pas nécessaire, selon lui.« On n\u2019a pas fait appel aux médecins, aux infirmières, au personnel d\u2019encadrement, aux techniciens, pas plus qu\u2019aux gens des cuisines ou encore aux préposés aux bénéficiaires.» Une réforme d\u2019une telle ampleur, affirme-t- il, ça prend le consentement du personnel de la santé et, au bout du compte, « cette réforme a été rejetée du revers de la main.Et franchement dit, des solutions, je n\u2019en vois pas, parce qu\u2019on a accouché d\u2019un monstre ! » Et hypercentralisa- tion des services rime avec un ser vice de plus en plus éloigné de sa clientèle visée, juge encore le président de la FTQ.« En ef fet.Ceux qui avaient un CHSLD au coin de la rue, eh bien, ils n\u2019en ont plus.Il n\u2019est maintenant qu\u2019une partie d\u2019un grand CISSS qui occupe toute la région et, par conséquent, les services sont de plus en plus éloignés de la population.» Des fusions de trop Des réformes de la santé menant à des fusions d\u2019établissements, il y en a eu plusieurs au cours des dernières décennies, rappelle M.Boyer.Il y a eu celles des années 2003, 2004 et 2005, par exemple, qui se sont faites du temps où Philippe Couillard était ministre de la Santé.Sauf que celle de son successeur actuel en est une de trop, selon lui, parce que les CISSS regroupent en plus les centres jeunesse, les centres de réadaptation physique et les centres de déficience intellectuelle.« C\u2019est pire avec la réforme Barrette.Écoutez, on laisse tomber des c l ientè les .Bon, quand ça saigne dans les urgences, on y met de l\u2019argent, c\u2019est normal », d i t - i l , en préc isant qu \u2019en contrepartie, ce sont les programmes de prévention dans les CLSC qui en paient le prix.Privatisation L\u2019autre conséquence de la réfor me Bar rette, c \u2019est qu\u2019elle favorise la privatisa- t ion de cer tains ser vices, souligne à grands traits le syndicaliste.Désormais, dit- i l , pour être admis dans un CHSLD, i l faut démontrer qu\u2019on a besoin d\u2019un mini - mum de trois heures de soins par jour.« Trois heures par jour, c\u2019est du stock pas mal ! Et si vous ne répondez pas à ce cri - tère, vous devrez aller ai l leurs\u2026 » Et ai l - leurs, c \u2019est le privé, non ?« C\u2019est exactement ça ! Il y a des entrepreneurs qui y voient une excel lente occasion de faire des af faires avec un profit au bout.Soyons clairs, il y a des services qui sont attendus par la population et qui doivent être assurés par l\u2019État, mais qui ne sont pas au rendez-vous ! Alors, certains se disent : \u201cMoi, je peux faire de l\u2019argent avec ça.\u201d » Sécurité d\u2019emploi La sécurité d\u2019emploi fait toujours par tie des préoccupations syndicales.Dans le mémoire de la FTQ, il est dit ceci : « Le concept de sécurité d\u2019emploi est for tement mis à mal par la définition d\u2019établissement du projet de loi 10.Faut-il y voir une tentative délibérée de retirer ce droit aux travailleurs et travailleuses du réseau, ou s\u2019agit-il d\u2019une incongruité causée par l\u2019absence de réflexion sur la taille des établissements ou des territoires ?En ef fet, c\u2019est notamment la distance qui définit la sécurité d\u2019emploi, soit 50 kilomètres au-delà desquels on ne peut obliger une personne à changer d\u2019établissement.» Sur ce plan, tout n \u2019est pas noir, a d m e t M.Boyer, depuis la réforme du ministre de la Santé.« On a réussi lors de la dernière négociation à aménager cer taines dispositions de l\u2019application de la sécurité d\u2019emploi.Mais il faut aussi savoir que plusieurs per - sonnes quittent le réseau de la santé pour di f férentes rai - sons : cer tains ont des bénéfices de retraite qui arrivent à maturité.Mais d\u2019autres, pas la majorité, le quittent en raison des conditions de travail, qui sont de plus en plus dif fi- ciles parce qu\u2019il y a de moins en moins de ressources pour dispenser les services.» La FTQ n\u2019y va pas de main morte quand il s\u2019agit de critiquer la réforme du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.En clair, le président de la plus grande centrale syndicale de la province, Daniel Boyer, s\u2019exprime ainsi : «C\u2019est monstrueux !» Voilà qui donne le ton à une entrevue sur cette réforme qui en a fait rager plus d\u2019un depuis sa mise en vigueur en avril 2015.MON SYNDICAT A DE L\u2019IMPACT ICI 1 6 1 7 - 0 5 4 lacsq.org/santeservicessociaux JACQUES NADEAU LE DEVOIR Désormais, dit-il, pour être admis dans un CHSLD, il faut démontrer qu\u2019on a besoin d\u2019un minimum de trois heures de soins par jour.Daniel Boyer «On sait que lorsqu\u2019on va regarder les résultats dans 10 ans, on va constater que cela n\u2019a aucun sens, ce que le réseau est devenu.Et la population sera la grande perdante au bout du compte.» RÉSEAU DE LA SANTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 J 4 Ce cahier thématique a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute demande d\u2019information quant au contenu de ce cahier, vous pouvez contacter par courriel Loïc Hamon, directeur des publications spéciales, à lhamon@ledevoir.com.Pour vos projets de cahiers ou toute autre information au sujet de la publicité, vous pouvez contacter Lise Millette, vice-présidente des ventes publicitaires, à l\u2019adresse courriel lmillette@ledevoir.com.C L A U D E L A F L E U R Collaboration spéciale P arvenir à s\u2019entendre avec le ministre de la Santé pour conclure une convention collective n\u2019a pas été chose facile.«Ç\u2019a été très, très, très dur, confie Claire Montour, présidente de la Fédération de la santé du Québec (FSQ).Mais on est parvenus à faire des gains\u2026 et je dirais même des gains historiques ! » «Bien sûr, lors de toute négo, le gouvernement est dur, mais là, il a été par ticulièrement dur », poursuit-elle.La chef syndicale qualifie même ces négociations de « par ticu- lières », puisque le Dr Barrette cherche à se donner un réseau de santé « à son goût, ce qui s\u2019est transpor té à la table des négociations».S e l o n c e q u e r e l a t e Mme Montour, Gaétan Barrette n\u2019a que faire des règles de convention, à commencer par le respect de la sécurité d\u2019emploi.Il cherche plutôt à obtenir la flexibilité et la mobilité « tous azimuts», c\u2019est-à-dire à pouvoir déplacer n\u2019impor te qui où il veut, comme il veut et quand il le veut, « sans aucune considération pour les personnes ! » dénonce Mme Montour.Le «terrain» contre la « tour d\u2019ivoire» Dans le cadre des plus récentes négociations, la présidente de la Fédération de la santé était accompagnée par deux représentants de syndicats locaux.« On a toujours l\u2019impression que les représentants du gouvernement vivent dans une tour d\u2019ivoire , lance Claire Montour, qu\u2019ils pensent du point de vue de grands principes et de directives ministérielles, alors que nous, nous sommes branchés sur le milieu\u2026 Chose cer taine, on ne parle pas le même langage ! » Ce qui caractérise la FSQ, selon elle, c\u2019est justement d\u2019être une fédération proche de ses membres.« Notre force comme organisation syndicale, c\u2019est de rassembler des syndicats régionaux qui sont très proches de leurs membres, insiste Mme Montour.Nos syndicats conna i s s en t l a r éa l i t é d e chaque milieu et, au sein de la fédération, on se rassemble pour partager les réalités régionales.On se tient toujours très proches de la réalité.» Affilée à la CSQ, la FSQ regroupe 7000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothé- rapeutes, per fusionnistes, puéricultrices/gardes-bébés et techniciennes en circulation extracorporelle.« Nous s o m m e s p r é s e n t s d a n s l a grande majorité des régions du Québec, précise Mme Montour, et nous sommes dans tous les types d\u2019établissements du réseau de la santé, que l\u2019on parle de clientèles en hébergement, en centre hospitalier, en centre spécialisé, en CLSC, en centre de désintoxication, en centre jeunesse, etc.» «Notre plus grande fierté» Mais à force d\u2019arguments et de s\u2019en tenir à ses valeurs, la chef syndicale rappor te que ses collègues et elle sont parvenus à faire entendre raison aux négociateurs gouvernementaux.« Je pense que s\u2019il y a un mot qui résume notre démarche, c\u2019est bien \u201cténacité\u201d, lance-t-elle.Ç\u2019a été dur de faire comprendre que ce à quoi nos membres tiennent par-dessus tout, c\u2019est bien la stabilité.» « Nous voulons des équipes stables et complètes, parce que c\u2019est gagnant pour les patients \u2014 et même si ce ne l\u2019est pas pour les colonnes de chif fres, dit-elle.Nous nous sommes donc montrés plus tenaces que le Dr Barrette ! » Claire Montour explique en fait qu\u2019à force de ténacité et d\u2019argumentation, les négociateurs de la FSQ sont parvenus, dans un premier temps, à « sauver les meubles en préservant le statu quo».Ils ont même dû défendre le concept de postes à temps complet pour le personnel infirmier.Souvent, à cause des compressions budgétaires que subit le ré- s e a u d e l a s a n t é , lorsqu\u2019une personne occupant un tel poste prend sa retraite, l\u2019employeur a tendance à créer deux postes à temps partiel, explique la syndicaliste.«C\u2019est dire que la proportion des postes à temps complet s\u2019ef frite d\u2019année en année.Mais nous, nous sommes parvenus à réintroduire dans la convention collective la protection de ces postes.» En outre, lors des négociations, le Dr Barrette cherchait à ce que toute personne puisse d o r é n a v a n t o c c u p e r d e s postes atypiques, c\u2019est-à-dire, par exemple, travailler selon deux ou trois quar ts dif fé- rents, dans deux ou trois établissements, ou effectuer des quarts de douze heures, selon des horaires inattendus, etc.«Mais nous, on a réussi à mettre de côté de tels postes atypiques, flexibilité et mobilité, indique Claire Montour, puisque, tout compte fait, c\u2019est gagnant pour toutes les par ties \u2014 gagnant pour le personnel, gagnant pour l\u2019employeur, mais, sur tout, gagnant pour les patients.Et ça, c\u2019est notre plus grande fierté ! » En pratique, la FSQ a ainsi cherché à préserver un nombre suf f isant de postes à temps complet par rapport aux postes à temps partiel.« Il ne s\u2019agit pas nécessairement de créer de nouveaux pos tes , ajoute la chef syndicale.Cela, ce sera une bataille qu\u2019on devra livrer sur le terrain, face aux importantes compressions budgétaires que subissent tous les services de santé.» «Du jamais vu dans le réseau de la santé» Un autre gain réalisé par les négociateurs a été de parvenir à introduire la notion de ratio personnel-patients.Par exemple, explique Claire Montour, avant les grandes compressions budgétaires, une infirmière œuvrant en soins intensifs pouvait avoir à s\u2019occuper d\u2019un seul patient qui était sur respirateur, ou de deux patients sans respirateur.« Mais maintenant, on en trouve une pour s\u2019occuper de trois patients et, parfois même, on essaie de lui en ajouter un autre, indique Mm e Montour.L\u2019employeur cherche sans cesse à réduire le personnel\u2026» Elle a joute, sobrement, qu\u2019en conséquence, les infirmières vivent énormément de détresse psychologique lorsqu\u2019elles ne par viennent pas à fournir les soins requis à ces grands malades.« Tout le monde en souf fre, le personne l comme l e s pa t i en t s » , laisse-t-elle filer.La fédération a donc obtenu, dans sa nouvelle convention collective, la mise en œuvre d\u2019un comité spécial pour discuter de la question des ratios personnel-patients, en plus de mener des projets pilotes.«C\u2019est du jamais vu dans le réseau de la santé, clame Claire Montour.Enfin, on va pouvoir parler de se doter de lignes directrices et de critères pour établir des ratios personnel-pa- tients ! C\u2019est un pas important\u2026 dont nous sommes très, très fiers.» FSQ Des gains malgré des négociations difficiles préséance sur la performance de service».De commenter la chef syndicale : « De dire avec des mots si justes que les politiques d\u2019austérité ont fait mal \u2014 très mal \u2014 et qu\u2019on s\u2019attaque aux personnes les plus vulnérables, ç\u2019a été du \u201cbonbon\u201d pour nous.C\u2019est ce que nous dénonçons et c\u2019est ce qu\u2019on tente d\u2019illustrer à propos de la réforme, tant du côté du personnel que du côté des gestionnaires.Et on observe maintenant de l\u2019épuisement professionnel partout, partout dans le réseau.» La présidente de la CSQ s\u2019étonne même de ce que Philippe Couillard laisse agir à sa guise son ministre de la Santé.« J\u2019imagine que, puisqu\u2019il le laisse faire, c\u2019est que la vision soutenue par le Dr Barrette doit bien lui convenir\u2026», dit-elle.Mégastructures et microgestion La Centrale des syndicats du Québec représente quelque 10 000 syndiqués œuvrant à tous les paliers du réseau de la santé et des ser vices sociaux.Comme le relate la présidente, ses membres vivent au cœur de la réforme et des mégastructures imposées par Gaétan Barrette.Songeons simplement aux centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux \u2014 les CIUSSS \u2014 créés par le ministre Barrette et qui, en région, couvrent d\u2019immenses territoires.« À Montréal, ça peut toujours aller, indique Louise Chabot, mais pensez à de vastes régions comme la Côte-Nord ou la Mau- ricie\u2026 Ça n\u2019a pas de bon sens, on crée des monstres ! » Elle parle de « monstres bureaucratiques et administratifs » qui regroupent de vastes ensembles hétéroclites d\u2019institutions \u2014 hôpitaux, centres de recherche et instituts spécialisés, centres d\u2019hébergement, CLSC, centres jeunesse, centres de réadaptation, centres de désintoxication, etc.\u2014, tout cela sous un même chapeau administratif.« Tous ces centres ont chacun leur mission particulière, mais on craint que certaines soient délaissées au profit d\u2019autres », dit-elle.En particulier, la chef syndicale redoute que les établissements à vocation sociale \u2014 dont les centres locaux de services communautaires (CLSC), les centres jeunesse, de réadaptation, etc.\u2014 se retrouvent défavorisés par rapport à la chirurgie et aux urgences.Les impacts sur le personnel de ces mégas- tr uctures sont dif ficiles à cerner, ajoute Mme Chabot, mais on n\u2019a qu\u2019à penser qu\u2019autrefois, l\u2019employé d\u2019un établissement pouvait être déployé dans un périmètre de cinquante kilomètres.« Mais qu\u2019en sera-t-il maintenant avec les mégaétablissements couvrant une région entière ?» s\u2019inquiète-t-elle.Cette crainte est d\u2019autant plus accentuée que le ministre Barrette exige une flexibilité et une mobilité géographique pour tout le monde.« J\u2019avoue que ça bouscule énormément de monde, observe Mme Chabot.Dans ces grands ensembles, on s\u2019y perd tous ! On observe déjà ça dans les relations de travail comme du point de vue des soins et des services\u2026 Et comment les patients, eux, vont-ils s\u2019y retrouver?! » Dérive du ministre En outre, Louise Chabot s\u2019inquiète de ce que Gaétan Barrette s\u2019accorde trop de pouvoir en centralisant tout.« Le fait est que maintenant, le ministre de la Santé a le droit de vie et de mort sur la gestion du réseau, dé- clare-t-elle, comme on l\u2019a vu au CHUM.Il peut imposer ses vues aux administrateurs des mégaétablissements.» Autrefois, rappelle-t-elle, le ministre de la Santé et des Services sociaux établissait les grandes directives et les grands objectifs dont a besoin le réseau pour fonctionner.«Mais il y a une dif férence entre établir les objectifs et les besoins du réseau et sombrer dans la gestion administrative de tout le réseau, résume Mme Chabot.C\u2019est là une dérive inquiétante rendue possible par la centralisation.» Dans son esprit, la «réforme Barrette » repose essentiellement sur une analyse des coûts afin de niveler tout vers le bas.«Tout est pensé par rappor t aux coûts, plutôt que de miser sur la qualité, et au risque de perdre de vue les besoins des patients, dit-elle, notamment au détriment des soins à domicile ou de la prévention, comme on l\u2019observe déjà.» « Pour nous, il ne fait aucun doute que la vision centralisée du Dr Barrette est avant tout une question de gestion, de bureaucratie et de performance qui n\u2019a rien à voir avec le patient », in- siste-t-elle.Et de rappeler la syndicaliste : « On oublie souvent qu\u2019il y a de la qualité dans notre réseau de santé et de services sociaux \u2014 une grande qualité ! \u2014 et que celle-ci est soutenue par le personnel en place, qui fournit plus que sa part d\u2019efforts.Or, pour nous, la centralisation du Dr Barrette laisse peu d\u2019espace à la mobilisation du milieu pour régler les problèmes.» « Et les grands perdants, dans tout cela, ce seront bien sûr les patients, vous et moi ! » conclut-elle.SUITE DE LA PAGE J 1 RÉFORME Au Québec, la santé et les services sociaux, c\u2019est PUBLIC! scfp.qc.ca SCFP-Québec @SCFPQuebec Il y a une différence entre établir les objectifs et les besoins du réseau et sombrer dans la gestion administrative de tout le réseau.C\u2019est là une dérive inquiétante rendue possible par la centralisation.Louise Chabot, présidente de la CSQ « » JACQUES NADEAU LE DEVOIR La FSQ regroupe 7000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes, perfusionnistes, puéricultrices/gardes-bébés et techniciennes en circulation extracorporelle.Claire Montour RÉSEAU DE LA SANTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 J 5 Qu\u2019est-ce qu\u2019une auxiliaire en santé et services sociaux ?Le gouvernement dira que c\u2019est d\u2019abord une aide à domicile qui s\u2019occupe de l\u2019entretien ménager, alors que le syndicat af firme que les services of fer ts sont beaucoup plus importants et s\u2019apparentent à ceux d\u2019une infirmière auxiliaire en CHSLD.M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale C hantal Dufresne est coordonnatrice à l\u2019équité salariale au Syndicat québécois des employées et employés de ser vice (SQESS), af filié à la FTQ.À ce titre, elle participe aux négociations du secteur public.Le syndicat, qui représente près de 1000 aides à domicile, peine actuellement à planifier des rencontres avec le gouvernement dans le dossier de l\u2019équité salariale.Pourtant, l\u2019espoir d\u2019en arriver à un règlement ne s\u2019élime pas malgré les dif férences qui séparent les deux parties.À une certaine époque, le véritable titre d\u2019emploi d\u2019une aide à domicile était auxiliaire familiale et sociale.« D\u2019abord, en 2003, la création de la \u201cloi 90\u201d a fait augmenter les tâches et les responsabilités des auxiliaires.Puis, en 2006, elles sont devenues auxiliaires en santé et services sociaux, après fusion de plusieurs titres d\u2019emploi, et à par tir de ce moment-là, les tâches se sont encore alourdies», rappelle Chantal Dufresne.C\u2019est bien sûr sur le plan des descriptions de tâches que personne ne s\u2019entend.Pourtant, c\u2019est la base pour en arriver à régler le dossier de l\u2019équité salariale.Selon Chan- tal Dufresne, « pour le gouvernement, les auxiliaires font de l\u2019entretien ménager, préparent des repas et accompagnent les usagers.Pourtant, elles n\u2019ont plus de temps pour ce type de tâches, qui sont aujourd\u2019hui effectuées par des organismes sans but lucratif ».La représentante syndicale compare le travail des auxiliaires à celui des infirmières auxiliaires dans les CHSLD.« Elles ont beaucoup plus de tâches de soins à apporter.Ces tâches, dans une proportion de 60%, correspondent aux ac te s dé légués par la \u201cloi 90\u201d.» Les exemples ne manquent pas pour illustrer les responsabilités dorénavant attribuées aux auxiliaires : l\u2019administration des médicaments, les soins de stomies, les pansements secs, les suivis de glycémie et d\u2019insuline, les suivis de gavage\u2026 Mais au-delà de ces tâches, ce sont les auxiliaires qui sont en première ligne, et ce sont souvent elles qui détectent les complications.«Par exemple, l\u2019état de démence d\u2019une personne peut s\u2019accentuer, une plaie peut s\u2019infecter ou n\u2019importe quel problème peut survenir ; l\u2019auxiliaire sera les yeux des professionnels de la santé », précise Chantal Du- fresne.Dans certaines régions du Québec, les auxiliaires vont aussi travailler avec des gens présentant des problèmes de santé mentale, « ce qui peut vraiment alourdir leurs tâches et présenter une certaine dangerosité, malgré la formation qu\u2019elles reçoivent pour soigner ces gens-là», ajoute-t-elle.Un processus d\u2019équité salariale gelé Dans le contexte actuel, un règ lement du doss ier de l\u2019équité salariale ne semble pas près d\u2019ar river pour le SQESS.« Le gouvernement a plusieurs dossiers à régler et n\u2019a pas beaucoup de disponibilité pour nous rencontrer.On tente de concilier nos emplois du temps, parce que la question de la reconnaissance est prioritaire», déclare la syndicaliste.Pour que le gouvernement reconnaisse les tâches de soins effectuées par les auxiliaires, il faudrait qu\u2019elles soient inscrites de manière précise dans la description de tâches.Actuellement, elles y apparaissent bel et bien, mais un flou subsiste.La nomenclature précise que l\u2019auxiliaire : «assume un ensemble de tâches ayant pour but d\u2019accompagner et soutenir l\u2019usager, suppléer ses incapacités, elle doit v e i l l e r au b i en - ê t r e e t au confor t ».Et s\u2019ajoute à cela qu\u2019elle est appelée «à faire l\u2019installation de certains appareils ou donner cer tains soins plus spécifiques pour lesquels elle a été formée».Chantal Dufresne affirme que le gouvernement banalise ce dernier point, alors qu\u2019il représente 60% du travail de l\u2019auxiliaire.«On a demandé à la partie patronale de préciser ce qui, pour elle, représente la partie des soins spécifiques, et on est en attente d\u2019une réponse.» La formation des auxiliaires en santé et ser vices sociaux représente 975 heures.Elles sont tout à fait en mesure d\u2019effectuer les tâches de soins de santé qu\u2019on leur assigne.« Leur formation de base est supervisée par une infirmière du CLSC qui peut voir à enseigner des actes par ticuliers ou des actes qu\u2019e l les ont appris à l\u2019école, mais qu\u2019elles ont peu pratiqués.L\u2019infirmière doit s\u2019assurer que l\u2019auxiliaire est en mesure de le faire », précise la syndicaliste.« On ressent une forte injustice dans le dossier de l\u2019équité salariale », poursuit-elle.Actuellement, le travail des auxiliaires se compare à celui des préposés aux bénéficiaires, et « la revendication est d\u2019obtenir un salaire qui se situerait entre celui des préposés et celui des infirmières auxiliaires des CHSLD, parce que les tâches sont comparables ».Fait à souligner, une entente sur l\u2019équité salariale permettra aux infirmières, aux infirmières auxiliaires et aux inhalothéra- peutes du Québec d\u2019obtenir une augmentation de salaire moyenne de 5 % en avril 2018.Les auxiliaires sont bien déterminées à se faire entendre et à faire avancer le dossier.Le 12 ou le 13 octobre prochain, la date n\u2019est pas encore arrêtée, une manifestation devrait avoir lieu devant le Secrétariat du Conseil du trésor, où 500 signatures seront déposées afin de bien signifier au gouver nement que les auxiliaires sont toujours en attente de cette reconnaissance.«On ose être optimistes dans le dossier, parce que pour nous, c\u2019est vraiment important d\u2019être reconnues.» Les auxiliaires en santé : en faire plus pour moins incontournable.info PLUS DE 120 000 membres dans le réseau de la santé et des services sociaux UNE FORCE INCONTOURNABLE LA CSN, PHOTOS ISTOCK Les exemples ne manquent pas pour illustrer les responsabilités dorénavant attribuées aux auxiliaires : l\u2019administration des médicaments, les soins de stomies, les pansements secs, les suivis de glycémie et d\u2019insuline, les suivis de gavage\u2026 RÉSEAU DE LA SANTÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 J 6 Travailler de très longues et nombreuses heures, c\u2019est le quotidien des infirmières et infirmiers au Québec.Et ce dévouement a un prix.Portrait d\u2019un métier où l\u2019on ne s\u2019arrête pas longtemps pour respirer.T A K W A S O U I S S I Collaboration spéciale Ce n\u2019est pas d\u2019hier que le problème de la surcharge de travail des infirmiers et infirmières a fait son apparition.Depuis plusieurs années, plus précisément depuis le début des années 2000, ces professionnels de la santé décrient la surcharge de travail qui leur incombe.«Au début, la cause de cette surcharge était directement liée à la pénurie de main-d\u2019œu- vre dans le domaine.Cette pénurie est toujours présente, mais moins intense, indique Nadine Lambert, infirmière et vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN (FSSS-CSN).Au- jourd\u2019hui, la charge de travail est plutôt reliée aux décisions politiques, aux réformes du ministre Barrette.C\u2019est une conséquence directe du désinvestissement en santé », af firme celle qui est également responsable du personnel en soins infirmiers et cardiorespiratoires du syndicat.Quand on parle de surcharge de travail, on parle notamment d\u2019une plus grande charge liée à l\u2019augmentation de la clientèle et des besoins grandissants.Le vieillissement de la population n\u2019est évidemment pas étranger à cette équation.Or, avec cette augmentation des patients est apparue une augmentation des compressions budgétaires.« Il y a eu des coupes de plusieurs milliards de dollars depuis plusieurs années, et ça n\u2019arrête pas.Ces coupes ont un ef fet direct sur la prestation des soins et sur la population », ajoute Nadine Lambert.Concrètement, les effets de ce manque d\u2019argent se traduisent par des réductions de personnel, par exemple.Ainsi, les personnes absentes ne seront pas remplacées, et les heures supplémentaires se voient réduites au maximum.Parallèlement, on demande aux infirmières et aux infirmières auxiliaires de prendre en charge plus de clientèle afin de réussir à répondre à la demande.Couper ici pour dépenser là Ironiquement, à trop vouloir couper, on finit souvent par créer plus de dépenses.Sans compter le coût humain .«Nous sommes souvent obligées de répondre aux soins de base urgents, en délaissant le volet psychosocial », déplore la vice- présidente de la FSSS-CSN.Or, c\u2019est un cercle vicieux qui s\u2019enclenche.« Quand on saute une étape qui n\u2019a pas l\u2019air super impor tante, l\u2019épisode de soins est souvent plus long.Ce sont de fausses économies », constate-t-elle.Par exemple, en prenant le temps de discuter avec un patient en proie à une crise d\u2019anxiété, il est possible de le calmer et d\u2019éviter une médication supplémentaire.« C\u2019est aussi la meilleure manière de voir venir certains problèmes, comme des crises de violence.C\u2019est d\u2019ailleurs quelque chose qui ef fraie les infirmières », ajoute Nadine Lambert.Il faut dire que la notion de peur n\u2019est pas étrangère à la problématique de surcharge de travail chez les professionnels de la santé.L\u2019an dernier, le professeur Patrick Martin, de la Faculté des sciences infirmières de l\u2019Université Laval, en était ar rivé à ce même constat dans le cadre de sa thèse de doctorat.Après avoir parlé à une quarantaine d\u2019infirmières du Québec, de dif fé- rents milieux, il remarque que ces dernières ont notamment très peur des erreurs qu\u2019elles pourraient commettre à trop vouloir en faire.«Oui, il y a la peur des répercussions professionnelles de ces erreurs, mais il y a avant tout le côté humain.On travaille avec des personnes, alors les erreurs peuvent être lourdes de conséquences.Et nous avons une conscience », souligne Nadine Lambert.Autre conséquence directe des compressions, qui entraîne également des répercussions économiques : l\u2019augmentation des accidents de travail chez les professionnels de la santé.Les infirmières sont par ticulièrement touchées par des accidents mus- culosquelettiques.Les épisodes d\u2019épuisement professionnel mènent également à de longs congés, qui finissent par coûter cher à la société.Essayer d\u2019aller vite, tout le temps, a certainement un prix.Pour un réinvestissement intelligent Ce que la représentante du syndicat réclame au nom de sa profession, ce n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019un réinvestissement en santé, et aux bons endroits.Il y a quelques mois, le ministre Barrette a par ailleurs annoncé l\u2019injection de 2,2 millions supplémentaires dans l\u2019amélioration des soins à domicile.La somme permettra d\u2019ajouter 5400 personnes aux 91 000 qui reçoivent déjà des services à domicile et permettra de former 4500 nouveaux préposés.Pour la vice- présidente de la FSSS-CSN, ce n\u2019est pas nécessairement assez.« Le problème, c\u2019est que l\u2019argent se retrouve dans les entreprises sociales, où il n\u2019y a pas d\u2019encadrement pour la qualité des soins.Il aurait plutôt fallu investir dans les CLSC et les services publics », affirme- t-elle, en soulignant que certains services sociaux publics sont même en voie de disparition, faute de fonds.Pire encore, Nadine Lambert croit que les plus grands bénéficiaires économiques de ces politiques d\u2019austérité sont les compagnies pharmaceutiques et les entreprises privées.« On est en train de retourner vers les années 1960, avec un système hospi- talocentriste.Sauf que l\u2019hôpital, c\u2019est ça qui coûte le plus cher ! » redoute l\u2019infirmière de formation.Les infirmiers, les infir - mières et le personnel infirmier auxiliaire sont au moins certains de pouvoir compter sur l\u2019appui de la population pour leurs revendications.Dans un sondage exclusif mené par la firme CROP à la demande de la Centrale syndicale du Québec (CSQ) en mai dernier, on apprend que 90 % des répondants considèrent que le personnel infirmier manque de temps pour effectuer un bon suivi et répondre aux questions des patients, et 80 % jugent qu\u2019ils ont moins d\u2019accès aux soins de santé.Pour 91 % de la population, le personnel infirmier représente le visage humain du système de santé.Un visage que ces professionnels comptent bien continuer à promouvoir et à protéger.Surcharge de travail chez les infirmières : un enjeu humain travailleuse sociale?Au lieu de rapprocher les services de la population, il les rapproche des médecins.» Cette approche serait aussi plus coûteuse, croit-elle.« C\u2019est une vision à très court terme.On voit déjà les impacts sur les services.Les services psychosociaux en CLSC fonctionnent bien avec toute une gamme de services spécialisés, groupes d\u2019entraide, nutritionnistes, psychologues, travailleurs sociaux et autres.Ces services sont nécessaires pour faire de la prévention.En passant toujours par le médecin, on ajoute des coûts au service public.C\u2019est une vision plus médicale de la santé.» Optilab L\u2019idée de centralisation est aussi derrière le projet Opti- lab, un réseau de mégalabora- toires qui feront les analyses des échantillons à la place des hôpitaux.«Cela va obliger le transport des échantillons , déplore Nancy Corriveau.Par exemple, les prélèvements de Gaspé devront se rendre à Rimouski.On va faire parcourir des kilomètres à des échantillons qui ont des règles de conservation à respecter.Si un prélèvement est perdu, on va devoir le refaire.De plus, si tout est centralisé, on va perdre l\u2019expertise en région.Selon les régions, il y aura de 15 % à 20 % de ressources en moins.Nous croyons également qu\u2019il y aura des délais plus longs.Plus on fait de manipulation des échantillons et plus il y a des étapes, plus on risque d\u2019avoir des problèmes en cours de route.» L\u2019autre critique formulée à l\u2019endroit de Gaétan Barrette est de ne pas consulter les professionnels sur le terrain avant de prendre des décisions.« Ce qu\u2019il faut retenir, c\u2019est que le ministre a une vision uniquement médicale des services sociaux, qui va à l\u2019encontre de meilleures pratiques.On complexifie l\u2019accès aux services.Les professionnels qui donnent ces services ne sont pas consultés, ce sont des décisions qui par tent d\u2019en haut.C\u2019est décidé à Québec et c\u2019est appliqué.Et une fois que c\u2019est fait, même si on constate des problèmes, il n\u2019y aura plus d\u2019investissements.» SUITE DE LA PAGE J 1 SERVICES JACQUES NADEAU LE DEVOIR Quand on parle de surcharge de travail, on parle notamment d\u2019une plus grande charge liée à l\u2019augmentation de la clientèle et des besoins grandissants.Le vieillissement de la population n\u2019est évidemment pas étranger à cette équation.Or, avec cette augmentation des patients est apparue une augmentation des compressions budgétaires.«Le problème, c\u2019est que l\u2019argent se retrouve dans les entreprises sociales, où il n\u2019y a pas d\u2019encadrement pour la qualité des soins.Il aurait plutôt fallu investir dans les CLSC et les services publics.» "]
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