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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-10-29, Collections de BAnQ.

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[" M A N O N D U M A I S L orsque Frédéric Dubois a proposé à Réjean Ducharme de mettre en scène son scénario des Bons débarras, le discret dramaturge ne comprenait pas comment ce dernier allait réussir à faire revivre sur scène l\u2019histoire de cet amour exacerbé d\u2019une fillette pour sa mère.Connaissant l\u2019immense respect de Dubois pour son théâtre, Du- charme lui a alors permis de se l\u2019approprier.Toutefois, il a refusé de lire la version définitive de la pièce.«Mon désir n\u2019était pas d\u2019adapter un film, mais de remettre cette parole-là sur une scène.En dehors de Ducharme, ce qui m\u2019intéressait, c\u2019était ce que le théâtre peut faire avec cette histoire que le cinéma ne pouvait pas faire.Le cinéma ne peut pas tout faire et la scène a des mécanismes que le cinéma n\u2019aura jamais.Ce qui m\u2019intéressait beaucoup, c\u2019était de mettre cette histoire, ce vocabulaire, ces personnages dans ces mécanismes-là», confie Frédéric Dubois.Au moment de décider de monter Les bons débarras sur scène, au Trident, à partir du 1er novembre, Frédéric Dubois ignorait que son frère Patrice Dubois, avec la collaboration d\u2019Alain Farah, allait en faire autant avec Le déclin de l\u2019empire américain de Denys Arcand au printemps prochain à l\u2019Espace Go.Et ils ne sont pas les seuls à lorgner du côté du cinéma.Une tendance lourde?Depuis quelques années, les metteurs en scène puisent directement dans le répertoire du cinéma.Ainsi, Patrice Leconte a adapté au théâtre son film Confidences trop intimes en 2007.Sur Broadway pullulent des «movi- cals » (contraction des mots «movie» et «musical»): Back to the Future en comédie musicale, vraiment ?Après tout, La mouche de David Cronenberg est devenu un opéra en 2006.«Peut-être que la transmédia- lité est de mise un peu partout, et que le théâtre tente de profiter des ef fets de médiation propres à ce genre de stratégie.Il fut un temps où les œuvres du cinéma n\u2019avaient pas la légitimité des classiques du théâtre, ce qui excluait la possibilité P H I L I P P E P A P I N E A U F aire les choses pour plaire ?Très peu pour la chanteuse Klô Pelgag.Celle qui s\u2019est démarquée avec un premier disque éclaté, poétique et coloré \u2014 qui l\u2019a menée jusqu\u2019au titre de Révélation de l\u2019année à l\u2019ADISQ en 2014 \u2014 a jusqu\u2019à ce jour vécu par et pour l\u2019audace et la liber té.Et à l\u2019entendre, c\u2019est ainsi qu\u2019elle périra, et qu\u2019entre-temps elle fera ses albums, dont le tout récent L\u2019étoile thoracique.Vous imaginez peut-être maintenant quelqu\u2019un qui parle for t, qui brasse de l\u2019air, qui vole la vedette dans une pièce.Voilà qui n\u2019est pas Klô Pelgag, petit bout de femme de 26 ans au regard timide, qui pense quelques secondes avant de répondre aux questions, et qui y répond doucement.Pourtant, lorsqu\u2019elle compose, écrit, monte sur scène, la pianiste née Chloé Pelletier- Gagnon joue du coude, prend l\u2019allure d\u2019un tourbillon, ou même \u2014 un peu \u2014 d\u2019un trublion.Sur son premier disque L\u2019alchimie des monstres (2013) comme sur ce nouveau L\u2019étoile thoracique, elle propose de belles chansons aux mélodies hachurées et aux champs lexicaux inor thodoxes, souvent présentées sur les planches avec des costumes \u2014 d\u2019un squelette, d\u2019une mariée, d\u2019un avocat (le fruit, pas le juriste) \u2014 et des décors.Des prix, de la pression, des ambitions Sa musique, qui se démarque du lot, a trouvé beaucoup de paires d\u2019oreilles et a récolté plusieurs prix.À l\u2019ADISQ, donc, mais aussi en France, où elle a reçu non seulement le prix Barbara des mains de la ministre française de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin, mais aussi le Grand Prix de la Francophonie remis par l\u2019Académie Charles Cros.Autant d\u2019attentions qui, lentement, peuvent faire bifurquer un créateur.« Il faut se poser souvent des questions: \u201cQu\u2019est-ce que je veux, moi?C\u2019est quoi, mes ambitions, dans le fond?\u201d», admet Klô Pel- gag.Et sa réponse?«C\u2019est pas mal de me renouveler, et de rester vive d\u2019esprit, et fidèle à mes principes, de rester intègre dans ce que je fais, de ne pas m\u2019oublier pour plaire, mettons.C\u2019est un grand danger quand tu fais de la musique.J\u2019essaie de ne pas tomber là-dedans.» Et dans les trois dernières années, les occasions de créer pour que «ça marche» se sont quelques fois présentées pour Klô Pelgag, entre autres en France, un marché qu\u2019elle a beaucoup développé et qui semble réceptif à celle qui se décrit comme «la timide extravagante qui écrit des chansons de douleur tout en rythmes, déguisée en fruit».«C\u2019est un combat perpétuel, de juste résister.» Au choix de tel photographe dont le travail nous ressemble peu, de telle formule scénique, de tel travail sur la promotion.«C\u2019est sûr que je ne suis pas docile, admet-elle.Même ici j\u2019ai dû convaincre mon équipe que j\u2019allais tourner à six musiciens, que j\u2019allais faire des shows spéciaux à Montréal, où on allait mettre 4000$ dans un spectacle qu\u2019on ne refera pas, avec des costumes qu\u2019on ne réutilisera pas.Mais après, ils sont très contents, ils ont compris maintenant que, Westworld, la série qui demande ce qu\u2019être humain veut dire Page E 3 Marc Messier à contre- emploi dans Le pacte des anges Page E 10 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 PEDRO RUIZ LE DEVOIR «Ma façon d\u2019écrire est très proche de mes sentiments, même si je transforme les choses en langage plus poétique que certains, ce qui rend la chose moins concrète à l\u2019écoute», explique Klô Pelgag.COUP DE CŒUR FRANCOPHONE Le metteur en scène Frédéric Dubois connaît l\u2019œuvre de Ré- jean Ducharme comme personne.Après avoir monté Ha ha !\u2026 et Inès Pérée et Inat Tendu, il transpose au théâtre l\u2019univers ducharmien des Bons débarras de Francis Mankiewicz.En puisant ainsi dans le répertoire cinéphile, il plonge dans un mouvement en pleine croissance.Tour d\u2019horizon.Les bons débarras, de l\u2019écran d\u2019hier aux planches d\u2019aujourd\u2019hui Le metteur en scène Frédéric Dubois revisite le grand film de Francis Mankiewicz et Réjean Ducharme STÉPHANE BOURGEOIS Nicola-Frank Vachon, Érika Gagnon et Vincent Roy, en répétition PELGAG: VOIR PAGE E 4 : PELGAG Sur L\u2019étoile thoracique, la pianiste indocile VOIR PAGE E 6 : DÉBARRAS se battre pour sa liberté, encore et toujours résiste et s\u2019éclate à nouveau KLÔ I l y a une dizaine d\u2019années, à sa sor t ie en édit ion française chez Gallimard, j\u2019avais dévoré Une femme à Berlin, avec l\u2019impression rare de plonger dans un grand livre, lourd d\u2019enseignement sur les derniers retranchements de l\u2019esprit humain quand tout bascule.Celui-là débitait avec calme, jour après jour, des tranches de vie sous abus et dangers infinis, en plein chaos, à l\u2019heure où chacun révèle son vrai visage, après le retrait des masques devenus superflus.Sa relecture cette semaine m\u2019a encore laissée sans voix.La culture du viol, complexe, sournoise et multiforme en temps de paix, étalée sans détour aux heures de grande barbarie, s\u2019enracine depuis la nuit des temps, insolente d\u2019animalité.Comme ici.Ce journal, tenu par une Allemande intelligente et cultivée entre le 20 avril et le 22 juin 1945, devenu best-seller, portait une griffe anonyme, mais son nom était sorti : Marta Hillers, mor te en 2001 sans avoir publié rien d\u2019autre.Tels étaient son cri et son testament.La journaliste de 34 ans avait vu passer sur son corps, à la hussarde en somme, la horde des soldats de l\u2019Armée rouge, qui violaient les femmes allé- grement à la chute du régime d\u2019Hitler.Butin de guerre, là- bas, comme ailleurs, le sexe des femmes.Marta Hillers parlait un peu russe, servait d\u2019interprète à la maisonnée.Tellement violée par la soldatesque qu\u2019elle s\u2019était trouvé un protecteur russe, puis un autre, histoire de faire rempart aux assauts du grand nombre.Ce journal éclairait mieux qu\u2019aucun autre récit la résilience des femmes, affamées, débroui l lardes, au mieux moyennant des vivres à l\u2019occupant contre leurs faveurs, riant de leur sort pour ne pas sombrer.Tout ça sur fond de suicides, de bombardements, de ruines urbaines, de famine, de repères égarés, de serrages de coudes ou de chacun-pour-soi.Un texte inadaptable D\u2019où cette ruée sur l\u2019Espace Go pour assister à l\u2019adaptation du journal par Jean-Marc Dalpé dans une mise en scène de Brigitte Haentjens.Il y avait déjà eu un film de Max Färberböck, également des transpositions européennes à la scène.Cette nouvelle pièce est jouée par quatre actrices, plus un acteur à la toute fin.Les interprètes se partagent plusieurs rôles, d\u2019où certaines confusions.Bon ! La production n\u2019était pas vraiment au point.Trop de texte sans doute (il eût fallu émonder davantage) à se mettre en bouche et par fois débité bien vite.Rares sont les soirs de première sans ovation au Québec, avec foule d\u2019amis assis en salle.Ce fut le cas l\u2019autre soir.On s\u2019en désolait, tant les enjeux soulevés sont importants.Mais si ce journal se révélait surtout inadaptable\u2026 Film et pièces ont du mal à rendre pareil ton clinique, qui donne froid dans le dos à la lecture.Les émotions sont reines dans les ar ts de représentation.Privées de ce ressor t , les répliques-chocs semblent artificielles.A contrario, la littérature, même celle d\u2019un journal intime, avec appel à l\u2019imagination à travers le sous-texte, peut ser vir de la glace au buffet sans perdre sa charge.Dans son jour nal, Mar ta Hillers, aux émotions gelées dur (puissant mécanisme de défense), aux phrases crues et pudiques, maintient une petite ligne d\u2019affect qui court en sourdine et nous atteint entre les mots.À la scène, loin des plaintes et des grands états d\u2019âme, le courage devient abstrait, les plaisanteries sur le viol, trop appuyées\u2026 On remue tout ça au cours du spectacle, constatant une fois de plus que certains écrits résonnent dans leur propre champ seulement et gagnent à y rester.Est-ce un hasard si nul n\u2019a pu porter à l\u2019écran le Voyage au bout de la nuit de Louis- Ferdinand Céline ?Le phrasé de l\u2019écrivain, faussement calqué sur l\u2019argot parlé, sa position de l\u2019innocent (pour ainsi dire) devant les horreurs du monde décrites sans af fect, perdaient leur sève et leur impact au transfert.Ceux qui tentèrent de scénariser le Voyage durent déclarer forfait.Une femme à Berlin semble confiné aussi au monde des mots.Comme quoi la littérature, dans son unicité profonde, possède encore de beaux jours devant elle.Pleinement maîtrisée ou pas, la transplantation du récit à l\u2019Espace Go éveille en nous toutes sor tes de réflexions, qui se bousculent en vrac.La vie de Mar ta Hil lers comporte des parts d\u2019ombre, et son livre, des phrases magnifiques.Dif ficile à croire qu\u2019un texte aussi bien écrit puisse avoir été rédigé d\u2019un premier jet sur des cahiers manuscrits en pages serrées, puis publié tel quel.À des fins littéraires, peut-être aussi afin d\u2019effacer quelques traces d\u2019allégeance hitlérienne, Une femme à Berlin a sans doute subi quelques transformations au long de sa route, malgré les protestations contraires.On songe aussi à quel point les crimes inouïs du IIIe Reich ont longtemps occulté ceux de la libération, estimés bien pâles par comparaison.De fait, il aura fallu attendre le XXIe siècle avant que les esprits, d\u2019un côté comme de l\u2019autre, puissent affronter les fantômes du passé : ceux de la débâcle honteuse en Allemagne, ceux de la brutalité des libérateurs, l\u2019armée russe ne faisant pas dans le baisemain.Et puis\u2026 Après une première publication du journal dans son pays en 1959, l\u2019auteure anonyme s\u2019était fait accuser «d\u2019entacher l\u2019honneur des femmes allemandes».De ces choses impudiques, on ne parlait point.D\u2019autant moins que le livre entachait, pour tout dire, surtout l\u2019honneur des hommes allemands, à la virilité tant chantée par le Führer.La lâcheté masculine s\u2019y étalait au grand jour, de nombreux maris et voisins ayant poussé les femmes dans les bras de Russes (« Mais enfin ! Suivez-les ! Vous nous mettez tous en danger ici ! »).Ce journal n\u2019est guère à la gloire du mâle, décrit comme le sexe faible, écorchant au passage l\u2019exaltation hitlérienne de la virilité aryenne.Par-delà les viols des femmes et à cause d\u2019eux aussi, ce texte au fer rouge aborde avant tout, en cela il est subversif, la débâcle du surhomme\u2026 otremblay@ledevoir.com CULTURE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 E 2 Grands partenaires 25$ EN PRÉVENTE JUSQU\u2019AU 7 NOVEMBRE Du 7 novembre au 2 décembre 2016 Une production du Théâtre de Quat\u2019Sous Le Joker Texte Larry Tremblay Mise en scène Eric Jean Avec Louise Cardinal, Marilyn Castonguay, Normand Daneau, Pascale Montpetit, André Robillard Assistance à la mise en scène Chloé Ekker Décor Pierre-Étienne Locas Costumes Cynthia St-Gelais Lumière Martin Sirois Maquillages et coiffures Florence Cornet Musique originale Laurier Rajotte Régie et assistance sonore Guy Fortin Théâtre de Quat\u2019Sous 100 avenue des Pins Est, Montréal Billetterie 514 845-7277 quatsous.com 475, boul.De Maisonneuve Est , Montréal Berri-UQAM Plani?ez vos sorties.Toute la programmation à banq.qc.ca Possibilité de réserver pour certaines act ivités (frais de 5 $) Gratuit | GRANDE BIBLIOTHÈQUE EXPOSITION PIERRE AYOT \u2013 REGARD CRITIQUE Découvrez une rétrosp ect ive de l\u2019œuvre audacieuse de Pierre Ayot, artist e multidisciplinaire québécois qui a marqué plus d\u2019une génération.Jusqu\u2019au 5 mars 2017.8 NOVEMBRE \u2013 19 H \u2013 AUDITORIUM MON CŒUR EST MONTRÉAL Montréal, un patrimoine communautaire à préserver Dinu Bumbaru, d\u2019Héritage Montréal, et Natalie Voland, de Gest ion immobilière Quo Vadis, présentent l\u2019esp ace collect if Salon 1861, archétype de l\u2019innovation sociale, et un portrait d\u2019avenir de Montréal.En collaboration avec l\u2019Inst itut du Nouveau Monde avec l\u2019appui du journal Le Devoir.20 NOVEMBRE \u2013 14 H \u2013 AUDITORIUM KALIMBA : AU CŒUR DU RYTHME La percussionnist e Kalimba et son amie présentent un sp ect acle musical original pour t\u2019inviter à danser.Au menu : gumboot, percussion corporelle et initiation à diff érents inst ruments.En compagnie de la Fille aux grandes oreilles.Product ion : Prest igo.Dia- bou- Ndao_RET - copie Photo : A l e x i s M e l a n ç o n Dia- bou- Ndao_RET - copie Photo : M a d e l e i n e F o r c i e r DU 3 AU 6 NOVEMBRE \u2013 HALL 2e FOIRE NUMÉRIQUE DE BAnQ Familiarisez-vous avec l\u2019abondante off re numérique de BAnQ en visitant les st ands ainsi qu\u2019en participant aux mini-causeries et aux act ivités sp éciales de l\u2019Esp ace Jeunes et du nouveau Square.?Le jeudi 3 novembre de 17 h à 21 h Les vendredi 4, samedi 5 et dimanche 6 novembre de 10 h à 17 h Dia- bou- Ndao_RET - copie Photo : A l e x a n d r e M e s s i e r 5+ La chute des masques YANICK MACDONALD La transplantation du récit de Marta Hillers à l\u2019Espace Go éveille en nous toutes sortes de réflexions.ODILE TREMBLAY S T É P H A N E B A I L L A R G E O N L es résultats d\u2019une t r o u b l a n t e e x p é - rience scientifique effectuée sur le viol et les agressions sexuelles étaient résumés il y a quelques jours dans Le Devoir.Un chercheur de l\u2019Université de Montréal a soumis récemment à 150 hommes de 21 à 35 ans le scénario d\u2019une rencontre d\u2019un soir.Les résultats montraient que près du tiers d\u2019entre eux pousseraient la séduction jusqu\u2019à l\u2019agression s\u2019ils étaient assurés de ne pas être poursuivis.« L\u2019homme est un loup pour la femme », résumait le titre de l\u2019article.La série télé Westworld que d i f f u s e e n c e m o m e n t l a chaîne HBO fait réf léchir dans le même sens, avec des conclusions tout aussi troublantes sur, comment dire, la nature de la bête.Dans ce cas, la science-fiction imagine un monde futur où les humains, trop humains, vont se divertir dans un parc thématique western peuplé de robots d\u2019apparence humaine.Ces « hôtes » se retrouvent au service des « visiteurs », qui peuvent en user et en abuser comme bon leur semble, y compris par le meurtre et le viol.Et les bourreaux ne se privent pas.Le récit infiniment riche et troublant tourne autour du personnage central de Dolores Aber nathy (ir réprochable Evan Rachel Wood), à la fois le plus vieux robot (en âge) et le plus jeune (pour ce qui est du look, dans la vingtaine).Chaque jour, comme dans celui du Jour de la marmotte qui se répète inlassablement, Dolores se lève, salue son père, chevauche jusqu\u2019à une petite v i l l e , r e ncont r e un b e a u p r é t e n d a n t , r e v i e n t avec lui jusqu\u2019à la ferme familiale alors attaquée par des hors-la- loi.Ses parents et son beau cow-boy sont tués.Elle-même est violée et tor turée par un très inquiétant visiteur.Le lendemain, ça recommence, tandis que le piano du saloon joue No Surprises de Ra- dioHead: «A job that slowly kills you / Bruises that won\u2019t heal\u2026» Ainsi va la vie, réelle et artificielle, dans cette contre-utopie faite pour parler de notre monde en en créant un autre.Dans une scène du deuxième épisode de Westworld, un technicien annonce à une cadre qu\u2019il a résolu cer tains petits bogues du système.«Très bien alors, on peut retourner à la normalité, répond-elle.Les visiteurs peuvent recommencer à tuer et à violer\u2026» Turing Il faudra évidemment attendre toute la proposition pour conclure.En l\u2019état, alors que la première saison arrive à sa césure ce week-end avec la diffusion du cinquième épisode, on a déjà l\u2019impression que notre époque virtuelle, marquée et fascinée par l\u2019intelligence ar tificielle, vient de trouver dans cette magistrale production un autre riche concentré métaphorique à mettre tout à côté des films 2001: A Space Odyssey (1968), Blade Runner (1982) et surtout Ex Machina (2015).Westworld, aussi, gravite autour du test de Turing.Cet exercice du mathématicien britannique Alan Turing (1912- 1954) demande si une machine peut penser et ce que cela veut dire.Pour répondre, il imagine la confrontation à l\u2019aveugle d\u2019un humain et d\u2019un ordinateur, par l\u2019entremise de questions et de réponses.Si le test ne permet pas de distinguer l\u2019un de l\u2019autre, la machine passe le test.Disons, pour faire court, qu\u2019elle peut penser.Le test de Turing est évoqué directement dans Ex Machina et dans le deuxième épisode par le docteur Rober t Ford (Anthony Hopkins, s.v.p.), co- créateur des machines.Il raconte que son associé à l\u2019origine du parc, un cer tain Arnold, est mor t obsédé par cette idée de four nir une conscience aux robots.Dans une scène du troisième épisode, il reproche à un technicien d\u2019avoir couvert par pudeur l\u2019humanoïde dénudé qu\u2019il répare.«Il n\u2019a pas froid, il n\u2019a pas honte», dit-il, outré, en lui enfonçant un scalpel dans le visage.À la fin du quatrième opus, un des Pinocchio du futur lance cette phrase turin- gienne : « C\u2019est rare pour une marionnette de contempler le maître qui tire les ficelles\u2026» Conscience La série télé s\u2019inspire du film éponyme de 1973 du médecin écrivain Michael Crichton, Jules Verne postmoderne, obsédé par l\u2019échec de structures technologiques hypercomplexes (Jurassic Park, Prey, etc.).Dans la première version filmée, les robots se reconnaissent à leurs mains impar faites.Dans la nouvelle version télévisée, les hôtes paraissent à ce point parfaits qu\u2019on ne peut plus les distinguer des humains.Une scène montre un visiteur avant son entrée dans le parc d\u2019attractions.Une sublime hôtesse lui propose des costumes, des accessoires.Elle lui fait des avances.Il lui demande alors si elle est réelle ou pas.Elle réplique : « Eh bien, si vous ne pouvez faire la différence, est-ce important?» Tout le problème est là, dans cette capacité cognitive et symbolique où s\u2019entremêlent la conscience et les rap- por ts à autr ui .Kant note qu\u2019«une chose élève infiniment l\u2019homme au-dessus de toutes les autres créatures qui vivent sur terre, soit d\u2019être capable d\u2019avoir la notion de lui-même, du je ».Il ajoute que c\u2019est par là qu\u2019un humain devient une personne, se distingue des choses et des autres personnes.Il dit aussi que même l\u2019enfant qui ne sait pas encore dire « je » a déjà « cette idée dans la pensée », et que « cette faculté de penser, c\u2019est l\u2019entendement».Les balbutiements de cette faculté de mettre le monde à distance et de se retourner sur soi-même parviennent aux androïdes paranoïdes à travers les souvenirs que leurs créateurs leur fournissent pour perfectionner leur apparence d\u2019« humanité ».La question de la mémoire se retrouve d\u2019ailleurs au centre de l\u2019œuvre de Jonathan Nolan (qui coscéna- rise Westworld avec sa femme Lisa Joy).On lui doit aussi des collaborations aux films de son frère Christopher, Memento et Interstellar.Le Dr Ford force l\u2019ef face- ment des souvenirs pour rendre l\u2019effroyable vie des hôtes tolérable.Son adjoint Bernard Lowe (Jeffrey Wright) ose le contraire.Il ouvre en secret la boîte de Pandore des souvenirs et de la conscience en permettant à Dolores de se remémorer ce qui lui ar rive réellement et ce pour quoi elle existe réellement.Bernard Lowe lui-même est hanté par le souvenir de la mort de son jeune fils.« Cette douleur, c\u2019est tout ce qui me reste de lui », répond-il à sa femme qui lui demande d\u2019oublier.Au quatrième épisode, Dolores se confie à Bernard et reprend la réplique mot pour mot en parlant de ses parents.Elle et lui pourraient aussi bien dire : j\u2019ai mal, donc je suis.Moralité La série explore aussi le problème de la conscience dans le sens du système des règles de conduite.Le « je » de Kant est également un sujet éthique, une personne morale.« L\u2019homme en tant qu\u2019homme » est porteur de valeurs absolues.I l dispose d\u2019une raison pour juger et se représenter le monde.C\u2019est aussi un être libre et une fin en soi qui ne doit jamais transformer les autres en choses, dit l\u2019impératif kantien.Dans Westworld, au contraire, les humains passent leur temps à avilir, violer et tuer leurs semblables synthétiques, ceux que l\u2019on voit formés par d\u2019autres machines dans le magnifique générique.Les visiteurs doivent tirer sur autrui pour voir s\u2019il meurt (c\u2019est un robot) ou pas (c\u2019est un humain).Ils se placent ainsi dans une situation morale bien embrouillée, pour ainsi dire au-delà du bien et du mal, dans un nihilisme absolu où les pires gestes posés librement n \u2019ont aucune conséquence éthique.Dolores, violée mille et cent fois, et qui por te si bien son pronom, émerge peu à peu dans la conscience en contemplant avec effroi l\u2019infernale machine dans laquelle on la broie depuis des décennies.Elle dit : « Ce monde\u2026 Je crois qu\u2019il y a peut-être quelque chose de mauvais avec ce monde.Ou alors avec moi.Et je pense que je voudrais être libre\u2026» Le Devoir T É L É V I S I O N CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 E 3 PROCHAINEMENT FLORENT VOLLANT PUAMUNA 29 octobre MICHEL CUSSON SOLO 19 novembre PIERRE FLYNN SUR LA TERRE 9 décembre LEWIS FUREY BRAHMS LIEDER 1er, 10 et 11 novembre pO MICHEL DONATO SIMPLEMENT JAZZ 25 et 26 novembre pO CHARLES RICHARD-HAMELIN CHOPIN ET LES COMPOSITEURS ROMANTIQUES 13 décembre pO : petit Outremont INFO ET BILLETS theatreoutremont.ca 514 495-9944 #1 Nominé au gala de l\u2019ADISQ 2016 Spectacle de l\u2019année auteur\u2013compositeur\u2013 interprète Nominé au gala de l\u2019ADISQ 2016 Révélation de l\u2019année PARTENAIRES DE SAISON Le Devoir poursuit sa série intermittente d\u2019analyses d\u2019une production télévisuelle à la lumière d\u2019un questionnement philosophique.Aujourd\u2019hui : Westworld et les théories de la conscience.L\u2019alerte au divulgâchage est donnée.LA PHILOSOPHIE DANS L\u2019ACCOUDOIR Androïdes paranoïdes Westworld, une série télé qui demande ce qu\u2019être humain veut dire PHOTOS HBO Le récit infiniment riche et troublant tourne autour du personnage central de Dolores Abernathy (irréprochable Evan Rachel Wood), à la fois le plus vieux robot (en âge) et le plus jeune (pour ce qui est du look, dans la vingtaine).C\u2019est rare pour une marionnette de contempler le maître qui tire les ficelles\u2026 Un des Pinocchio du futur, à la fin du quatrième opus « » S Y L V A I N C O R M I E R L e titre de l \u2019album, Comme dans un film avec Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant, suppose d\u2019emblée une distance.Un décalage.Quand on ouvre la pochette, on lit : «Dans le rôle de la fille : Isabelle Blais.Dans le rôle du gars : Pierre-Luc Brillant.» Normal, se dit-on : ce sont des comédiens, on les voit au cinéma, à la télé, au théâtre.En même temps, Isabelle et Pierre-Luc sont un couple dans la vie.Et n\u2019incarnent pas des auteurs-compositeurs-inter- prètes comme s\u2019ils prenaient la peau de sculpteurs ou de mécaniciens : ils font de la musique depuis l\u2019adolescence, n\u2019ont jamais cessé d\u2019en faire.Elle a été dans Caïman Fu, il a été l\u2019un des Batteux-Slaques.On est loin de la récréation de comédiens entre deux engagements.« Pas du tout un side project », souligne Isabelle.Pierre-Luc ajoute : « Les projets sont totalement et entièrement parallèles depuis une vingtaine d\u2019années.C\u2019est juste par le salaire qu\u2019on distingue la musique du reste\u2026 » Petit rire même pas jaune des tour te- reaux : il est vrai que la chanson ne fait pas vivre grand monde ces jours-ci.Le mélange des deux univers \u2014 les chansons originales country-folk, les personnages inventés, les références cinématographiques \u2014 tient plutôt de l\u2019occasion saisie.Isabelle raconte : « Dans le projet Midsummer qu\u2019on a fait ensemble à La Licorne au cours des quatre dernières années, il y avait des chansons.Qu\u2019on a traduites et réarrangées, très folk en par tant.On n\u2019avait aucune amplification, aucun micro, rien.Deux voix, deux guitares, c\u2019était pas mal ça.» Pierre-Luc continue : « Quatre ans à chanter, à travailler l\u2019harmonisation, ça nous a fait un bon fond, un bon bagage.Après ça, pour s\u2019exercer, pour le plaisir aussi, on a travaillé des chansons québécoises un peu oubliées de nos jours, de Jean Lapointe à Oscar Thiffault.De fil en aiguille, on y a greffé nos propres chansons\u2026» Je est deux autres C\u2019est devenu un disque : Comme dans un film avec Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant.Décalage assumé.Une permission de ne pas être soi-même qui est rare pour des auteurs-compositeurs- interprètes.Même si une Lisa LeBlanc, par exemple, peut très bien et en toute légitimité s\u2019échafauder des fictions de couples en rupture et les chanter au je, le réflexe humain très humain est d\u2019associer la parolière au je de la chanson.Du couple Blais-Brillant, au contraire, on attend du jeu.C\u2019est l\u2019avantage d\u2019être connu par l\u2019écran ou les planches.«Ce qui est drôle, note Isabelle, c\u2019est qu\u2019il y a des chansons très proches de nous, parmi toutes celles qui sont complètement éloignées\u2026 » Au 2e rang, pour ne nommer que celle-là, mêle des souvenirs d\u2019enfance de l\u2019un et de l\u2019autre.«C\u2019est un tableau, précise Pierre-Luc.On essaie de dépeindre une vision des choses par rapport à un vécu : une chanson, pour moi \u2014 l\u2019art en général \u2014, n\u2019est pas le lieu pour entrer dans le personnel.L\u2019anecdote, c\u2019est inintéressant.» Isabelle renchérit : « L\u2019intérêt, c \u2019est de transcender l \u2019expérience.» Dans la chanson Au 2e rang, justement, c\u2019est le désenchantement, entre les souvenirs et l\u2019épreuve de réalité au présent, qui rend « la chanson universelle, ce vieux terme galvaudé», comme dit Pierre-Luc.D\u2019abord présentées l\u2019été dernier dans le cadre des tournées du ROSEQ, les chansons du couple ont fourni la matière d\u2019un spectacle où il s\u2019agit d\u2019exacerber à souhait sa relation.De se faire, comme l\u2019annonce le titre de l\u2019album, son cinéma.« Ça nous a aidés à placer les tounes, et on a trouvé notre ton, constate Isabelle.Nous deux, on aime ça, se pi- cosser, dans la vie.On s\u2019est dit : pourquoi ne pas se servir de ça ?Mais exagéré ! On est exprès le contraire du couple \u201ccute\u201d sur scène, on se provoque, on se bave\u2026 avec amour ! » L\u2019album, en saine liber té countr y-folk-pop (avec un beau son d\u2019ambiance, gracieuseté de Louis Desparois, perchiste au cinéma), multiplie les points de vue : l\u2019amoureux secret dans Justine, « la fille la plus maganée du monde» dans 155 milles, la fille « sans libido» dans Je suis belle, la description un peu trash du milieu artistique dans La soirée de gala.Il y a aussi, poussée loin, la métaphore érotique de Dairy Queen, ainsi qu\u2019un pastiche de western qui n\u2019est pas moins touchant (la bien nommée Chanson d\u2019amour).Isabelle est contente : ils ont tout osé.«Des fois, on se demandait : est-ce qu\u2019on peut dire ça?Ben oui, on peut.» Et Pierre-Luc d\u2019ajouter : « La seule contrainte, finalement, c\u2019était que ça puisse se chanter à deux\u2026» Le Devoir COMME DANS UN FILM AVEC ISABELLE BLAIS ET PIERRE-LUC BRILLANT D\u2019Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant Virago/AMusic M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 E 4 du 25 octobre au 19 novembre 2016 avec Evelyne de la Chenelière Sophie Desmarais Louise Laprade Frédéric Lavallée Évelyne Rompré une coproduction ESPACE GO + SIBYLLINES + THÉÂTRE FRANÇAIS DU CNA texte Marta Hillers traduction Françoise Wuilmart adaptation Jean Marc Dalpé mise en scène Brigitte Haentjens PARTENAIRE DE SAISON THÉÂTRE ESPACE GO | BILLETTERIE : 514 845-4890 | ESPACEGO.COM Supplémenta ires les 6 et 13 no vembre à 16 h Le cinéma de leurs chansons On les connaît comédiens, Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant font pourtant de la musique depuis toujours moi, je dois avoir du plaisir dans ce que je fais, sinon je meurs.Et le public qui me suit, il y a une par t de ça qu\u2019ils aiment en moi.» Esprit orchestral Sur son deuxième et tout nouveau disque, L\u2019étoile thoracique, Klô Pelgag reste en totale harmonie avec ses principes, peaufinant sa plume un peu codée.Elle sent un r ythme dif férent dans ses pièces, «quelque chose de positif et de contemplatif, de plus lent, de plus posé, je pense.Musicalement, l\u2019ef fet de l\u2019orchestration y est pour quelque chose».Et quelle orchestration ! À une époque où les dif ficultés amènent souvent la simplicité plus ou moins volontaire, Klô Pelgag a enrobé ses 13 nouvelles chansons de cuivres et de cordes.Et de beaucoup de cuivres et de cordes.« Je pense qu\u2019il y a 30 musiciens.Je ne suis plus sûre.Ou peut-être 32.» Rendu là, deux de plus\u2026 « Il y a des gens qui disent que trop, c\u2019est comme pas assez.Je ne crois pas du tout à cette expression-là ! » On est étonné, tiens.Pour enregistrer tout ça, la musicienne s\u2019est installée avec le chef Nicolas Ellis au studio 12 de Radio-Canada, utilisant un des prix encore non réclamés qui venaient avec sa nomination comme Révélation de la société d\u2019État en 2014.« J\u2019ai toujours été dans cet esprit orchestral, qui va très bien avec ce que je fais.Quand je fais des maquettes, je pense aux arrangements, je les fais déjà avec ma voix.Je fais des contrepoints sans savoir que c\u2019en est.Et je donne ça à mon frère, qui orchestre ça.» Mémoire émotive Quand elle compose, Pelgag fait habituellement évoluer musique et mots en même temps, les deux se nourrissant.Sur L\u2019étoile thoracique, elle a couché sur papier « la mémoire émotive de tout ce [qu\u2019elle a] vu dans les trois dernières années».Ce qui en ressort ne suit pas un fil conducteur clair, quoique quelques titres pivotent autour de la désillusion, de la mort, «du rapport à la fin», précise-t- elle, en ajoutant qu\u2019il est aussi question d\u2019amour.« Ma façon d\u2019écrire est très proche de mes sentiments, même si je transforme les choses en langage plus poétique que certains, ce qui rend la chose moins concrète à l\u2019écoute.Ça donne plus de place à l\u2019interprétation ensuite.Mais c\u2019est quand même très près de mes sentiments.Je fais ce que je suis.» Le Devoir L\u2019ÉTOILE THORACIQUE Klô Pelgag Coyote Records SUITE DE LA PAGE E 1 PELGAG Au Coup de cœur et aux FrancoFolies Klô Pelgag présentera ses nouvelles chansons dans le cadre du Coup de cœur francophone le 4 novembre, au Club Soda.«On a vendu tous les billets en moins de deux semaines», dit fièrement la chanteuse.La pianiste, qui sera en tournée au Québec cet hiver, a aussi annoncé une nouvelle date cet été dans le cadre des FrancoFolies de Montréal, le 10 juin.Elle montera cette fois sur la scène du théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, avec pas moins de 28 musiciens.PEDRO RUIZ LE DEVOIR D\u2019abord présentées l\u2019été dernier dans le cadre des tournées du ROSEQ, les chansons du couple ont fourni la matière d\u2019un spectacle où il s\u2019agit d\u2019exacerber à souhait sa relation.Ma façon d\u2019écrire est très proche de mes sentiments.[.] Je fais ce que je suis.Klô Pelgag « » C H R I S T O P H E H U S S U niversal publie, en collaboration avec la Fondation du M o z a r t e u m d e Salzbourg, une « nouvelle édition complète » des œuvres de Mozart.Un jalon majeur de l\u2019histoire du disque est paru le vendredi 28 octobre à l\u2019échelle mondiale.L\u2019objet est une véritable brique : 10 kilos pour 200 CD, plus deux livres, des reproductions à encadrer et le nouveau catalogue Köchel ! La Rolls Royce de l\u2019édition phonogra- phique est loin d\u2019être à la portée de toutes les bourses, si bien que l\u2019on peut s\u2019étonner de ne pas avoir vu Universal organiser un système de souscription pour en faciliter l\u2019acquisition.Le prétexte de cette monumentale parution, sans conteste la plus ambitieuse de l\u2019histoire du disque, est le 225e anniversaire de la mort de Mozart le 5 décembre.Une mutation rapide La première idée qui vient à l\u2019esprit, si on ne l\u2019a pas vu ou examiné, est que ce coffret ne serait guère plus qu\u2019un ravalement de façade de la première intégrale Mozart, celle du bicentenaire, parue sur étiquette Philips en 1991.En réalité, rien n\u2019est plus faux : 70 % du contenu est renouvelé ! Cette donnée est capitale, car la nouvelle édition (Mozart 225) permet d\u2019appréhender le vent du changement qui a soufflé ces trente dernières années sur l\u2019interprétation de la musique de la période classique.Parue en 1991, l\u2019ancienne édition Mozar t avait un net par fum des années 1960 et 1970.La nouvelle édition (Mo- zar t 225) est résolument actuelle par le choix des interprétations.Pinnock, Brüggen, Gardiner et Hogwood remplacent Neville Marriner en symphonique ; Mullova et Carmi- gnola succèdent à Grumiaux dans les concertos pour violon ; les concertos pour piano sont joués par les pianofor- tistes Bilson et Levin, alors qu\u2019Östman, Hogwood, Gardi- ner, Solti et Abbado sont choisis pour diriger les grands opéras.Immense honneur pour Yannick Nézet-Séguin : son enregistrement de Don Giovanni a été choisi dans cette édition de référence.Vous l\u2019avez compris à travers les exemples qui précèdent : le panachage des interprètes est une nouveauté, alors que l\u2019édition 1991 reprenait telles quelles des intégrales (symphonies, concertos, sérénades) constituées.Universal est allé loin dans la variété, puisant, à travers des licences, dans les catalogues de 18 labels.Autre nouveauté : Mozar t 225 propose plusieurs interprétations (« Supplementary Performances ») des grandes œu- vres.Si vous n\u2019aimez pas le pianoforte, Uchida, Pires, Bren- del Schif f, Ashkenazy et Gui- lels vous consoleront au piano.Il y a même des « Classic Performances », avec des enregistrements historiques, tel le 27e Concer to pour piano par Curzon et Britten.Les œuvres qui offrent plusieurs versions sont clairement signalées dans des livrets très bien conçus.Nourriture de l\u2019esprit Ce qui est radicalement nouveau, c\u2019est la profondeur de la documentation associée.Deux livres luxueux et reliés (plus de 300 pages en tout) offrent un contexte éditorial d\u2019une haute tenue, sous la houlette de Cliff Eisen, musicologue, professeur au King\u2019s College de Londres et spécialiste de Mozart.Nouveauté, car les livres sont unilingues : les 300 pages sont véritablement «utiles», car toutes en français.En conséquence, il y a des éditions anglaises, françaises et allemandes de cette boîte Mozart 225.Assurez-vous d\u2019acquérir la bonne version! Le premier volume de ces deux ouvrages est consacré à la vie de Mozar t, alors que le volume II, véritable compagnon d\u2019écoute, informe intelligemment sur chaque disque.L\u2019autre outil joint au coffret est le nouveau catalogue Kö- chel édité par le Mozarteum de Salzbourg, qui lie clairement chaque œuvre au disque qui la renferme.Un outil sur Internet est nécessaire pour effectuer les quelques conversions (rares et marginales heureusement) entre les anciens et nouveaux numéros.Ainsi, lorsque l\u2019on cherche le grivois Canon K.382c, dont je donnerais ici le titre « Laisse- nous être heureux ! », l\u2019outil Internet nous permet de trouver sa nouvelle numérotation, K.231, à chercher dans le catalogue qui nous amène au CD 173, un volet de la rubrique « Mozar t privé » (heureusement, car rangé à la rubrique « Mozart public », on appelait ça une par touze !).Au passage, on s\u2019amusera d\u2019en entendre une version aussi sérieuse ! Pour revenir aux choses essentielles, Mozar t 225, c\u2019est 4000 plages et 240 heures d\u2019écoute.On y trouve toutes les œuvres de Mozart, même ses arrangements, des œuvres à l\u2019authenticité douteuse (la si belle symphonie Concertante K.297b est ainsi reléguée au CD 199 !), des fragments, des cadences, etc.Les nouveaux enregistrements réalisés spécifiquement pour cette édition sont assez rares (cinq heures).À mes yeux, il y en a trois principaux.D\u2019abord, le premier, par Fran- cesco Piemontesi, de la sonate Alla turca d\u2019après le manuscrit redécouver t en 2014, avec quelques changements notables dans le finale.L\u2019excellent Piemontesi a été mis à contribution pour graver des fragments et de nouvelles reconstructions (par exemple la Suite K.399 dans le CD 10).Un CD complet de l \u2019Accade- mia Bizantina et Otta- vio Dantone rajeunit le catalogue Universal des lectures de la Plaisanterie musicale et d\u2019Une petite musique de nuit, où le chef encourage bruyamment ses troupes.Enfin, plus anecdotiques, des captations des instr u- ments de Mozart, dont un clavicorde, et l\u2019enregistrement de la découver te musicolo- gique la plus récente : un bref air (K.477a) d\u2019un peu plus d\u2019une minute écrit conjointement avec Salieri.La chose a été découver te en novembre 2015 à Prague et enregistrée, dans un son étrange, en avril 2016 pour figurer ici.Inépuisable est sans doute le mot qui v ient à l \u2019espri t lorsqu\u2019on évoque ce coffret.La différence par rapport à l\u2019édition 1991 est fondamentale.À l\u2019époque, Philips avait simplement publié des disques en coffrets thématiques, avec une petite notice pour chacun.Au- jourd\u2019hui, à l\u2019inverse, Universal propose une approche culturelle, historique et intellectuelle du sujet, matérialisée par deux livres illustrés par une bibliothèque sonore complète.C\u2019est, pour les promoteurs de ce projet, l \u2019œuvre d\u2019une vie.Et ils peuvent en être fiers.Le Devoir M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 E 5 Présenté par La Fondation Arte Musica présente SALLE BOURGIE Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 CHRISTIAN IMMLER, baryton Mercredi 7 décembre \u2014 19 h 30 Les chants du cygne SCHUBERT Schwanengesang (extraits) FAURÉ L\u2019horizon chimérique BRAHMS Vier ernste Gesänge RAVEL Don Quichotte à Dulcinée BARBER 3 Songs Un récital d\u2019une beauté troublante.ISABELLE FAUST, violon ALEXANDER MELNIKOV, piano Jeudi 10 novembre \u2014 19 h 30 BEETHOVEN Sonates nos 1, 2 et 3, op.12 Sonate no 9, « À Kreutzer » Ce duo de renommée internationale interprète Beethoven avec passion et délicatesse.Une soirée d\u2019exception ! BACH SANS FRONTIÈRES Vendredi 25 novembre \u2014 19 h 30 LES VIOLONS DU ROY Mathieu Lussier, chef Mahan Esfahani, clavecin J.S.BACH Concerto pour clavecin no 1, BWV 1052 GÓRECKI Concerto pour clavecin J.S.BACH Suite pour orchestre no 2, BWV 1067 Mahan Esfahani est un véritable poète du clavecin.Outremont une codiffusion avec 3 novembre 20 h 4 novembre 19 h 5 novembre 16 h Pour adultes, à partir de 16 ans Billetterie : 514 328-7437 auxecuries.com PRÉSENTE Paul Zaloom (États-Unis) WHITE LIKE ME : A Honky Dory Puppet Show CLASSIQUE Pour la gloire de Mozart Avec son intégrale, Universal fait sa marque dans l\u2019histoire de l\u2019édition phonographique PEDRO RUIZ LE DEVOIR Immense honneur pour Yannick Nézet-Séguin (ici en concert à Montréal, sur le mont Royal, avec l\u2019Orchestre métropolitain) : son enregistrement de Don Giovanni a été choisi dans cette édition de référence.MOZART \u2013 THE NEW COMPLETE EDITION Decca 200CD 483 0003.Édition limitée à 15 000 exemplaires.Inépuisable est sans doute le mot qui vient à l\u2019esprit lorsqu\u2019on évoque ce coffret.La différence par rapport à l\u2019édition 1991 est fondamentale. même des transfer ts.Dès lors que les hiérarchies sont moins sensibles, ça devient possible\u2026 Vous r emar que r e z que l e théâtre \u2014 je ne parle pas de la comédie musicale, un art de grande consommation par essence \u2014 n\u2019adaptera pas n\u2019importe quoi : Le déclin, Les bons débarras, ce n\u2019est pas La Florida », explique Pierre Barrette, professeur à l\u2019École des médias de l\u2019UQAM.« I l e s t amusant de vo i r que le théâtre a bien profité et continue de profiter du succès de l\u2019adaptation cinématographique de certaines pièces.Pensons simplement à Un tramway nommé Désir de Tennessee Williams : c\u2019est bien sûr le film d\u2019Elia Kazan que nous avons en mémoire (et non la création à la scène, avec le même Marlon Brando), dont les interprétations teintent chacune des productions théâtrales qu\u2019on peut en voir », avance Patricia Belzil de la revue JEU, qui c r o i t que ce t te t endance d\u2019adapter des films au théâtre demeure relativement rare.«Dans la mouvance postdra- matique à laquelle on assiste au théâtre, où le texte perd son omnipotence, les metteurs en scène \u2014 et les auteurs \u2014 ont recours à des matériaux textuels variés, privilégiant l\u2019hybridité, la pluri- vocalité : collages, fragments de romans, lettres, témoignages\u2026 Dans cet esprit, il peut être intéressant de s\u2019inspirer du scénario d\u2019un film-culte du cinéma québécois, mais en s\u2019interrogeant sur le double passage qu\u2019i l subit : d\u2019hier à aujourd\u2019hui et de l\u2019écran à la scène», poursuit Patricia Belzil.Se battre pour vivre Sor ti en 1979, le f i lm de Mankiewicz, où Charlotte Laurier et Marie Tifo incarnaient avec brio la petite Ma- non et sa mère Michelle, a marqué plusieurs générations de cinéphiles.Cela n\u2019a toutefois pas freiné Frédéric Du- bois, qui a écrit la pièce en partant d\u2019une version du scénario incluant des scènes ne se trouvant pas dans le film.« La crainte disparaît très vite au moment où on se met à entendre les acteurs dire ces mots- là, la voix des autres disparaît.Cela a été plus long de me décomplexer du film au moment où je me demandais comment expliquer l\u2019intimité sur scène par rapport à la cruauté.» Le film étant dépour vu de repères temporels, Frédéric Dubois s\u2019est permis de transposer l \u2019action aujourd\u2019hui, sans pour autant jouer avec la langue de Ducharme, se contentant de repenser la str ucture dramatique af in d\u2019éviter de couper les scènes comme au cinéma.Que veulent donc nous dire Manon (Léa Deschamps ou Clara- Ève Desmeules, en alternance), Michelle (Érika Gagnon) et leur entourage près de 40 ans plus tard ?« Ils nous disent qu\u2019on ne peut pas ne pas se soumettre et que c\u2019est tragique, que la vie est plus for te que nous, que la vie nous tue et que, si l\u2019on veut résister, il faut se battre, sinon on meurt.J\u2019ai toujours trouvé que c\u2019était ce que Ducharme nous disait.C\u2019est le discours de Bérénice Ein- berg [L\u2019avalée des avalées], de Mille Milles et Chateaugué [Le nez qui voque], d\u2019Inés Pérée et Inat Tendu.» Le metteur en scène poursuit sur cette idée: « Ces personnages continuent aussi de nous dire, et c\u2019est extraordinaire, que la poésie est là, à côté de nous, et que si on abdique, on ne la voit plus.On a besoin de poésie ! Manon lit Les hauts de Hurlevent ; elle va y chercher tout un vocabulaire, une manière de voir le monde.Les bons débarras est en fait presque un calque du roman d \u2019Emi ly Bron t ë .Ce que c e la nous dit, c\u2019est que, s \u2019il n\u2019y a pas d\u2019équilibre entre le quotidien et le sublime, on meurt.» Collaboratrice Le Devoir S C È N E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 E 6 Musique pour quelques tableaux de la collection Hornstein Samedi 19 novembre \u2013 14 h Par FRANÇOIS FILIATRAULT, spécialiste en musiques anciennes Présenté par La Fondation Arte Musica présente Billets et programmation complète SALLEBOURGIE.CA \u2022 514-285-2000 Les cantates de Bach et la piété religieuse Mardi 1er novembre \u2013 17 h 30 Par GEORGES LEROUX, professeur émérite de philosophie Bach en son temps Mardi 29 novembre \u2013 17 h 30 Par GILLES CANTAGREL, musicologue spécialiste de J.S.Bach À l\u2019auditorium Maxwell-Cummings LES CONFÉRENCES ARTE MUSICA VIP du MBAM : entrée libre Grand public : 10 $ (ttc) 34 ans et moins : 5 $ (ttc) M É L A N I E C A R P E N T I E R I nterprètes dans les rangs du Nederlands Dans Theater lors du dernier passage de celui-ci à Montréal, Paul Light- foot et Sol Leon ont parcouru beaucoup de chemin depuis vingt ans.Répondant à l\u2019invitation de Danse Danse, les deux chorégraphes présenteront deux de leurs créations, ainsi qu\u2019une forme cour te signée par la chorégraphe de renommée mondiale Cr ystal Pite.Cette nouvelle tournée canadienne est l\u2019occasion pour le NDT d\u2019of frir un aperçu de l\u2019excellence et de la diversité des actuels acteurs qui assurent sa postérité et sa prospérité.C o m m e n t e x p l i q u e r l e succès de cette compagnie primée à maintes reprises et qui, jusqu\u2019à ce jour, brille in- ternationalement ?Pépinière de nouveaux talents, le NDT a la particularité de développer et de forger l \u2019écriture chorégraphique de ses interprètes auprès de grands noms de la danse.Ohad Na- harin, William Forsythe, Nacho Duato, Jirí Kylián sont autant d\u2019auteurs ayant apposé leurs marques au très solide réper toire contemporain de la compagnie.C\u2019est un héritage inestimable pour le directeur artistique Paul Lightfoot.Longtemps chorégraphe résident, celui- ci se dévoue entièrement, depuis près de trente ans, à l \u2019 institution néerlandaise.Basé à La Haye, le NDT profite d\u2019un emplacement stratégique au cœur de l\u2019Union européenne.« Je m\u2019estime très chanceux et privilégié de vivre aux Pays-Bas, où on nous donne non seulement du soutien financier, mais aussi une place de choix pour notre travail.Je ne sais pas si ce genre de compagnie pourrait exister dans beaucoup d\u2019autres pays », se désole le chorégraphe britannique.« La clé de notre recette \u2014 si on peut l\u2019appeler ainsi \u2014 est la créativité chorégraphique.C\u2019est-à-dire faire en sor te que les ar tistes puissent user de leur esprit créatif dans la meilleure énergie possible et travailler ensemble à des œuvres communes.» Il assure que de tout temps l\u2019institution s\u2019est ef forcée de refléter des questionnements sur le monde contemporain en veil lant à rester éclec- t ique.« J\u2019ai hérité de cette éthique de travail, je n\u2019ai pas eu à la créer » , constate-t-il avec humilité.Avant tout, son devoir est de rassembler des acteurs ouver ts à l\u2019altérité.Car, même s\u2019il est important de miser sur la vir tuosité et l\u2019excellence physique, plus impor tantes encore sont la chimie artistique, l\u2019écoute et l\u2019intercompréhension.« Dans le contexte mondial actuel, on a spécialement besoin d\u2019art et de culture pour le bien de nos sociétés.Je pense que rien n\u2019a plus de valeur de nos jours que de réfléchir à un moyen d\u2019expression rassemblant une telle variété de nationalités [actuellement une vingtaine au NDT] pour parler de mêmes sujets, créer et projeter des visions de l\u2019humanité », remarque cet infatigable idéaliste.Succès planétaire Une cer taine théâtralité apporte texture et profondeur à Sehnsucht (2009) et à la plus personnelle Stop-motion (2014), créations de Light- foot et Leon.« Sehnsucht » est un terme allemand qui \u2014 tout comme « saudade » en por tugais \u2014 peut dif ficile- ment se traduire.Littéralement, il signifie « recherche de sensations ».« Cela évoque à la fois la nostalgie, la mémoire, le manque de quelque chose qu\u2019on possédait et qu\u2019on aimerait retrouver », explique Paul Lightfoot.Cette idée est d\u2019ailleurs le principal motif de cette création à grand déploiement sur une musique de Beethoven.« Nous voulions faire un hommage au temps où la compagnie dansait souvent en grand groupe, afin de pouvoir retrouver cette sensation de puissance tout en rassemblant ces voix artistiques bien singulières, qui ici ne font qu\u2019une.» Soucieux de ramener le travail de Cr ystal Pite sur ses terres d\u2019origine avec In the Event, le directeur artistique n\u2019a que de bons mots pour qualifier les projets de la chorégraphe canadienne faisant par tie des invités réguliers du NDT.Une artiste en haut des palmarès du monde de la danse à l\u2019international, qui « devrait être une fierté nationale », croit - i l fermement.« Depuis six ans, nous avons une relation extraordinaire avec Pite.Son sublime travail consolide la structure chorégraphique de la compagnie.Elle est totalement au sommet de ses capacités et ses créations sont porteuses d\u2019un message clair, universel, transmis de mani è r e sub t i l e .Sans doute parce qu\u2019elle vient de la Colombie-Britannique, où la nature est une impor tante part de l\u2019environnement, on retrouve dans son esthétique une forte connexion à la nature, à l\u2019humain et au cosmos.» Conscient du défi d\u2019éveiller l\u2019intérêt pour la danse dans l\u2019état actuel du monde, Paul Lightfoot reste cependant optimiste quant à un réveil des consciences et au potentiel d\u2019attirer de nouveaux regards sur l\u2019univers du NDT.Lignes centrales de son mandat à la tête de la compagnie, il est question de pousser ses danseurs à leur plein potentiel de créativité, sans manquer de valoriser le travail de toute une équipe de techniciens, de managers et de pédagogues passionnés, rouages de cette grande machine à rêves.Collaboratrice Le Devoir SEHNSUCHT ET STOP-MOTION De Paul Lightfoot et Sol Leon IN THE EVENT De Crystal Pite Présenté par Danse Danse.Avec les danseurs du Nederlands Dans Theater.Au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts du 1er au 5 novembre.Chercheurs de sensations Le Nederlands Dans Theater est en ville pour un ambitieux programme triple SUITE DE LA PAGE E 1 DÉBARRAS Ici et ailleurs Nos serments de Julie Duclos et Guy Patrick Sainderichin.Au printemps dernier, le FTA présentait au Théâtre d\u2019Au- jourd\u2019hui Nos serments, troisième mise en scène de Julie Du- clos.Créée au Théâtre de la Colline en 2014, cette pièce de la compagnie L\u2019In-quarto, ponctuée de scènes filmées en extérieur, s\u2019inspire très librement de La maman et la putain, film mythique de Jean Eustache (1973).Intouchables d\u2019Emmanuel Reichenbach.Avec la collaboration du metteur en scène René Richard Cyr, Emmanuel Reichenbach proposait en mars 2015 au public du Théâtre du Rideau vert une adaptation du film à succès d\u2019Éric Tole- dano et Olivier Nakache (2011), lequel relatait la véritable histoire d\u2019amitié entre un bourgeois tétraplégique et son aide-soignant issu d\u2019un milieu modeste.Antoine Bertrand et Luc Guérin y reprenaient les rôles créés par Omar Sy et François Cluzet.The Lion King de Roger Allers et Irene Mecchi.En août 2011, les spectateurs de la Place des Arts ont été éblouis par la splendide adaptation du film d\u2019animation Le roi lion de Roger Allers et Minkoff (1994) mise en scène par Julie Taymor.Si cette dernière s\u2019est cassé les dents avec Bono et The Edge en adaptant Spider-Man, elle peut se vanter d\u2019avoir séduit le public et la critique avec ce « movical » présenté près de 8000 fois à Broadway depuis 1997.RAHI REZVANI In the Event, de Crystal Pite.Invitée à travailler avec le NDT, elle consolide la structure chorégraphique de la compagnie. M A R I E L A B R E C Q U E H ommes de théâtre polyvalents, talentueux et très actifs, Geoffrey Gaquère, Olivier Kemeid et Mani Soley- manlou croient à la nécessité de mettre sur scène le monde d\u2019aujourd\u2019hui.En 2011, quand les deux premiers ont créé Lettres arabes, ils ont plongé Mouloud et Rachid, leurs bouffons héros, dans un Québec empêtré dans le débat sur les accommodements raisonnables.Depuis, les peurs d\u2019Hé- rouxville semblent avoir envahi tout l\u2019Occident.Et voyant le « repli identitaire » se généraliser dans le monde, le troisième a pressé les autres de reprendre leurs personnages.Devenue une aventure à trois, Lettres arabes 2 s\u2019attaque aux stéréotypes par l\u2019humour, vise à souligner l\u2019absurdité de certains discours et tire sur tous les extrémismes, disent-ils.On rit de ce qui nous fait peur afin de désamorcer les tensions entourant ce qui est arabe ou musulman.« Mais le contexte a changé par rapport au premier spectacle, note Olivier Kemeid.On est dans des zones théâtralement super-intéressantes : jusqu\u2019où peut-on aller avec le rire?On a des débats très intéressants en salle de répétition.C\u2019était plus facile de se moquer d\u2019Hérouxville, c\u2019était cocasse.» Après l\u2019attentat au Bataclan, la guerre en Syrie, les réfugiés\u2026 il y a une gravité, pour- suit-il.« Mais peut-être faut-il d\u2019autant plus ramener l\u2019humanité par un rire inclusif.Un rire de résistance plutôt que de mépris.Même quand on attaque un radicalisme de pensée, on utilise les armes de la comédie.Ce qui a toujours été une veine féconde au théâtre.On ne se prend pas pour Molière, mais on est en train de dépeindre aussi des précieuses ridicules, des Tartuffe, qui sont aujourd\u2019hui chroniqueurs dans les médias\u2026» Car le radicalisme idéologique des uns nourrit un autre extrémisme, constate Geoffrey Gaquère.« Sous des dehors de \u201con dit ce qu\u2019on pense\u201d, il se dit vraiment tout et n\u2019importe quoi.Ça alimente un terreau aussi dangereux, celui de la peur de l\u2019autre.» Alors que notre distance vis-à-vis des problèmes que vit l\u2019Europe pourrait nous donner un certain recul, le comédien originaire de Belgique dénonce notre incapacité «d\u2019apprendre de ce qui se passe ailleurs.Au lieu de calmer cette espèce d\u2019islamophobie ici, on jette de l\u2019huile sur le feu, parce que ça devient un show, et c\u2019est ce qu\u2019on entend le plus étant donné la société du spectacle dans laquelle on vit.Je trouve qu\u2019il y a une responsabilité, médiatique et politique aussi, de calmer le jeu.» Mais le discours stigmatisant « une religion, une race, l\u2019Autre » n\u2019est plus seulement l\u2019apanage des Trump ou de certains animateurs de « radio- poubelle », « tant ces thèmes sont devenus confus », ajoute Mani Soleymanlou.« Il y a comme une démocratisation de la peur, de la haine.» Le choix des mots Pièce montée à chaud, où l\u2019actualité \u2014 par exemple la campagne à la chef ferie du Parti québécois \u2014 s\u2019immisce parfois dans la création, Lettres arabes 2 prend forme en salle de répétition, à coups de discussions puis d\u2019improvisations.Avec un synopsis sur le mode du La vie est belle de Roberto Benigni.Pensant profiter de vacances dans un «tout-compris», Rachid et Mouloud se ramassent plutôt dans un camp d\u2019entraînement djihadiste afghan, en train de préparer un attentat à Montréal.Mais sans jamais soupçonner la vraie nature de ce qu\u2019ils font\u2026 La naïveté de ce duo clownesque, qui s\u2019exprime dans une langue de banlieue française inventée, leur permet d\u2019aller assez loin, espèrent les créateurs.Reste qu\u2019ils sont conscients de l \u2019audace du sujet.Et de la nécessité de la délicatesse dans l\u2019évocation.Peut-on rire de tout?Le nouveau directeur du Quat\u2019Sous rappelle la citation de l\u2019humoriste Pierre Desproges : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde.» « Pour moi, quand les bases sont claires et que le spectateur sait exactement où l\u2019on se situe, que c\u2019est du second degré, tout est permis.Nous, on tente de jeter des bases avec nos personnages dès le début du spectacle, pour que le degré de bouffonnerie soit assez clair.» Ce sujet très sensible les a néanmoins amenés à se poser beaucoup de questions \u2014 davantage que lors de la première mouture.Des discussions triangulaires qui ont dû être animées, à en juger par celles qui se poursuivent durant notre rencontre.Ainsi, ce débat autour du degré de «choix d\u2019autocensure».Un processus propre à tout acte de création, argumente Kemeid.«Je ne me rappelle pas la dernière fois où, dans une salle de répétition, il y avait un tel stress de nommer certaines choses, rétorque Mani Soley- manlou.On fait une pièce sur l\u2019intégrisme, la peur et la haine, et on débat durant trois heures sur l\u2019emploi du mot Allah\u2026» Le choix des mots est important aussi à cause de l\u2019impact potentiel de ce récit, ajoute Geoffrey Gaquère.Le directeur de l\u2019Espace libre se réjouit de l\u2019intérêt que la pièce suscite chez les jeunes.«Lorsqu\u2019on a mis le spectacle à l\u2019af fiche, les premiers qui ont acheté des billets, ce sont 850 étudiants, provenant entre autres du collège Mai- sonneuve.Est-on capables de rire ensemble pour dédramatiser tout ce bazar et permettre d\u2019éviter peut-être qu\u2019il y en ait une couple qui s\u2019en aillent [en Syrie]?» En plus de réunir les gens, la force du théâtre consiste à apporter une compréhension plus profonde de l\u2019être humain, rappelle Olivier Kemeid.En échappant aux réponses toutes faites et en évitant de croire qu\u2019on a tout compris sur les problèmes.« Le théâtre, parce qu\u2019on doit jouer ces personnages, nous force d\u2019abord à admettre qu\u2019il n\u2019y a aucune réponse claire, que c\u2019est beaucoup plus trouble.» Et tant pis pour les démagogues de tous poils.Collaboratrice Le Devoir LES LETTRES ARABES 2 Texte, mise en scène et interprétation : Geof frey Gaquère, Olivier Kemeid, Mani Soley- manlou.Production : Trois Tristes Tigres, Théâtre Debout et Orange noyée.À l\u2019Espace libre du 3 au 19 novembre.S C È N E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 E 7 DER NIÈ RE FIN DE SEM AIN E ! UNE EXPOSITION ORGANISÉE PAR LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL ET THE PHILLIPS COLLECTION, WASHINGTON (DC).HENRI DE TOULOUSE-LAUTREC, L\u2019ANGLAIS AU MOULIN ROUGE (DÉTAIL), 1892.COLLECTION PARTICULIÈRE.PHOTO PETER SCHÄLCHI Accès gratuit aux expositions-découvertes et aux collections le dernier dimanche de chaque mois ! Deux naïfs chez les djihadistes Gaquère, Kemeid et Soleymanlou entendent résister à la peur par le rire M A R I E F R A D E T T E L e lien entre Pierre-Paul Savoie et Prévert remonte à l\u2019adolescence, moment où le chorégraphe découvre cette voie singulière et se sent interpellé par le ton irrévérencieux et surtout le parti pris du poète pour l\u2019enfance «qui ne fait pas dans le joli, ni dans le Walt Disney», se plaît-il à souligner.Ce dimanche, sur les planches de la Tohu, prendra forme une nouvelle création inspirée du poète où danse, musique et chants s\u2019unissent pour rendre hommage à l\u2019enfance.Pour créer L\u2019école buissonnière, produit conjointement par PPS Danse et l\u2019école Dan- sEncorps, Pierre-Paul Savoie a puisé dans les textes issus des recueils Paroles et Histoires, dans lesquels il a vu un fil rouge pour parler de l\u2019apprentissage scolaire.«L\u2019épisode de la vie de Prévert où il était malheureux dans une classe m\u2019a servi.Son imaginaire était beaucoup plus tourné vers l\u2019extérieur de la classe que vers l\u2019intérieur.Le côté rêveur prenait le dessus.C\u2019est ce qui m\u2019a intéressé.» Puiser dans les textes du poète, se ser vir de cette matière pour s\u2019adresser à des enfants qui réussissent moins bien les matières scolaires mais qui se révèlent ailleurs que dans une classe, par la création, a ser vi de base au travail du metteur en scène.«Il y a tellement d\u2019autres systèmes dans lesquels l\u2019enfant peut apprendre, se révéler.J\u2019ai appelé le spectacle L\u2019école buissonnière parce que tout ce qui se passe en dehors de la classe est pour moi tout aussi valable que ce qui se passe à l\u2019intérieur.Toutes les façons d\u2019apprendre sont bonnes.Mon scénario, je l\u2019ai d\u2019ailleurs construit dans deux lieux principaux, la classe et la cour d\u2019école.» Jouer, c\u2019est apprendre Le jeu entre ces lieux chargés de socialisation se manifestera dans une scénographie mouvementée, portée par quatre personnages représentant chacun un archétype d\u2019enfant.Cette mise en scène alliant jeux de corde, de ballon, danse et chant \u2014 interprétée par Alexandre Désilets et Amylie et mise en musique par Benoît Côté \u2014 lui a été inspirée des enfants eux-mêmes.C\u2019est en les observant, en allant à leur rencontre dans les classes, que Pierre-Paul Savoie puise une grande partie de ses idées.«Dans une cour d\u2019école, la cloche sonne et les enfants se garrochent dehors.L\u2019énergie qui est contenue éclate tout d\u2019un coup.Les enfants courent dans toutes les directions, c\u2019est vraiment une chorégraphie extraordinaire.Tous les paramètres de la danse sont là, le jeu, l\u2019espace, le rythme.» L\u2019école buissonnière, c\u2019est la mise en scène du conformisme de l\u2019apprentissage versus la liber té qu\u2019on peut retrouver dans une cour d\u2019école.Pour Savoie, le jeu demeure un des moyens d\u2019apprentissage les plus forts.«C\u2019est quelque chose de très naturel qui sera présenté sur scène : l \u2019enfant dans sa nature profonde, authentique.C\u2019est eux, c\u2019est leur portrait, un portrait de leur condition d\u2019élèves dans le système scolaire actuel.» Culture chorégraphique En parallèle avec cette création, Pierre-Paul Savoie s\u2019immerge dans le monde des enfants, va à leur rencontre et organise des activités culturelles liées à la danse : «On vit un processus avec eux.On leur parle d\u2019adaptation d\u2019une œuvre à la scène, des métiers qui sont impliqués dans un spectacle de danse, on les initie à l\u2019apprentissage du vocabulaire chorégraphique.Il y a aussi un atelier sur la musique.Ils sont en contact direct avec l\u2019œuvre et développent une sensibilité pour l\u2019art contemporain.» Le plaisir palpable qu\u2019éprouve Savoie à créer des pièces pour les enfants se double d\u2019une volonté plus que sentie de les initier à l\u2019ar t de la danse contemporaine, de développer une génération cultivée en la matière.« Il faut le faire, ce travail-là.Mon engagement, il est là : contribuer à développer une culture chorégraphique au Québec.Je suis un défricheur et je l\u2019assume.Je suis à l\u2019aise avec cette fonction-là.Il faut continuer à travailler.» Collaboratrice Le Devoir L\u2019ÉCOLE BUISSONNIÈRE Collage, chorégraphie et mise en scène: Pierre-Paul Savoie.Textes : Jacques Prévert.Interprètes: Mathilde Addy-Laird, Chantal Baudoin, Dany Desjardins, Amélie Rajotte.Musique : Benoît Côté.Voix : Alexandre Désilets et Amylie.Conseillère à la dramaturgie : Lise Vaillancourt.Public cible : 4-10 ans.Chorégraphies d\u2019enfants Pierre-Paul Savoie rend hommage à l\u2019enfance en revisitant Prévert PEDRO RUIZ LE DEVOIR Les hommes de théâtre Olivier Kemeid, Mani Soleymanlou et Geoffrey Gaquère Dans une cour d\u2019école, la cloche sonne et les enfants se garrochent dehors.[.] c\u2019est vraiment une chorégraphie extraordinaire.Tous les paramètres de la danse sont là, le jeu, l\u2019espace, le rythme.Pierre-Paul Savoie « » PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le chorégraphe Pierre-Paul Savoie et le chanteur Alexandre Désilets, qui prête sa voix à L\u2019école buissonnière. L\u2019ESSOR De Matthieu Brouillard MARGES De Jérémie Lenoir VU, 523, rue de Saint-Vallier Est (Québec), jusqu\u2019au 20 novembre.J É R Ô M E D E L G A D O L e corps frêle, d\u2019âge mûr et sans le sou, Christian poursuit néanmoins un rêve casse- cou et presque enfantin pour sa condition : voler.Il y réussira, du haut des Alpes, planant seul sur son parapente.Christian ?C\u2019est l \u2019homme au cœur des plus récentes images (photo et vidéo) de Matthieu Brouillard.L\u2019ensemble intitulé L\u2019essor est pr opr e à la s ignatur e Brouillard, un œil dans le documentaire social, un autre dans la mise en scène étudiée, presque maniérée.Cette série présentée au centre VU de Québec jette autant un regard distant sur le personnage, un genre d\u2019Icare du XXIe siècle, qu\u2019elle participe à la construction de son rêve.Actif depuis 2003, Matthieu Brouillard fait par tie d\u2019une branche de la photographie où la subjectivité est pleinement assumée.Du fait qu\u2019il a souvent dirigé sa caméra vers la marginalité ou même l\u2019étrangeté, il a été comparé à Doni- gan Cumming, avec qui d\u2019ailleurs il a signé le livre photographique Coming through the Fog (2012, éditions Sagamie).Leur exotisme va au-delà de celui de Diane Arbus, du fait que , pour eux , la caméra semble être un agent actif, pas juste un capteur d\u2019images.Dans L\u2019essor, la proximité du photographe avec son sujet se ressent d\u2019une image à l\u2019autre.Christian, il était déjà dans des photographies de Brouillard en 2007, comme figurant dans des projets plus proches de la fiction et inspirés par la peinture classique.Cette fois, il s\u2019est confié entièrement, dans toute sa réalité.Il apparaît dans son monde, tel qu\u2019il est : un être marginal par sa condition sociale et par ses particularités physiques, lui dont l\u2019albinisme avancé rend ses yeux très sensibles à la lumière.En couleurs L\u2019intérêt pour des corps significatifs et des visages expressifs de Brouillard l\u2019incite à jouer avec eux, à la manière des poses que les modèles d\u2019autrefois prenaient pour les causes de la peinture.L\u2019humain est sa matière première, lui qui a déjà parlé du corps comme « du fragment de matière et d\u2019espace où [il] loge, avec lequel [il se] déplace, par lequel [il se] présente à autrui».Comme un livre ouvert, sectionné par chapitre (ou par mur), les photos montrent dif férents aspects de la vie de Christian, dif férents fragments de sa réalité.Ses mains usées ici, sa tête albinos là.On le voit sérieux, penché sur les préparatifs, ou encore fantaisiste, prêt à s\u2019envoler, debout tout nu sur une caisse.Dans la vidéo, qui serait une version réduite d\u2019un long métrage documentaire à venir, on suit le personnage jusqu\u2019aux Alpes, où i l s \u2019élance, muni d\u2019une caméra sur son casque pour faire le plein de sensations.Sauf erreur, L\u2019essor est le premier projet en couleurs du photographe.Il a délaissé le noir et blanc qui accompagnait les lieux sordides au cœur de ses images pour un contenu moins sombre, presque plein d\u2019espoir.Voir son personnage démêler des fils de couleur, c\u2019est un peu ce que l\u2019artiste a aussi fait : se pencher sur son sujet pour le comprendre de l\u2019intérieur et réussir ce qui a été planifié.Matthieu Brouillard semble s\u2019être intéressé à Christian pour le potentiel métaphorique qu\u2019il possède en lui.Faire du parapente, pour cet homme dans la soixantaine, c\u2019est voler de ses propres ailes, en dépit de toutes les embûches sociales et physiques qu\u2019il aura affrontées au cours de sa vie.On peut être pauvre et handicapé et néanmoins concrétiser ses rêves.Dans sa deuxième salle, VU présente les photos d\u2019un autre ar tiste, Jérémie Lenoir.Ses vues à vol d\u2019oiseau de sites industriels complètent, quelque part, ce que Christian pourrait voir de son parapente.Très formaliste, presque à plat, la série Marges transforme le réel rebutant (des usines et leur potentiel polluant) en de magnifiques abstractions, dont le référent devient un pur objet pictural.Si cela pouvait ne pas être une illusion\u2026 Collaborateur Le Devoir D E V I S U CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 E 8 Un centre d\u2019excellence de renommée mondiale Le nouvel Institut canadien de la photographie (ICP) est un centre de recherche multidisciplinaire de niveau international consacré à l\u2019histoire, l\u2019évolution et l\u2019avenir de la photographie.L\u2019ICP est ?er de présenter trois expositions inaugurales : Josef Sudek.Le monde à ma fenêtre 28 OCT 2016 \u2013 26 FEV 2017 Organisée par l\u2019Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada Légende.Les archives photographiques du Globe and Mail 28 OCT 2016 \u2013 12 FEV 2017 Organisée par l\u2019Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada, le Globe and Mail PhotoLab 1 Organisée par l\u2019Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada IMAGES À GAUCHE : Josef Sudek, Quatre saisons : l\u2019hiver, de la série La fenêtre de mon atelier (détail), v.1940\u20131954.MBAC, Ottawa.Don anonyme, 2010.© Succession de Josef Sudek.EN HAUT À DROITE : Dennis Robinson, Manifestation au Nathan Philips Square, Toronto (détail), v.1970.Archives du journal The Globe and Mail.EN BAS À DROITE : Eugène Atget, Boulevard de Strasbourg (détail), 1912, tirée v.1935.MBAC, Ottawa.Don de Dorothy Meigs Eidlitz, 1968.Photos : MBAC Centre culturel de Pointe-Claire, Stewart Hall 176, ch.du Bord-du-Lac \u2013 Lakeshore 29 octobre au 27 novembre 2016 LA COLLECTION 2017 DE L\u2019ARTOTHÈQUE Dessins + Peintures + Photographies + Estampes + Techniques mixtes VERNISSAGE: Dimanche 30 octobre, 14 h DÉMYSTIFIER L\u2019ART Mercredi 9 novembre, 10 h ARTISTES DE L\u2019ARTOTHÈQUE (bilingue) Entrée libre INFO :514 630-1254 www.pointe-claire.ca Voler de ses propres ailes La marginalité est au cœur du travail photographique de Matthieu Brouillard PHOTOS HUBERT GAUDREAU Vue de l\u2019exposition L\u2019essor, de Matthieu Brouillard Vue de l\u2019exposition Marge, de Jérémie Lenoir MARGUERITE ?1/2 Drame de Xavier Giannoli.Avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau.France, 2016, 129minutes.O D I L E T R E M B L A Y A près le biopic de Stephen Frears (mais tourné avant lui), ce film s\u2019inspire plus habilement de la vie de la cantatrice et mécène milliardaire new-yorkaise Florence Foster Jenkins, dont la voix de crécelle et l\u2019amour de la musique sont passés à la petite histoire.Marguerite repose d\u2019abord sur l\u2019extraordinaire prestation de Catherine Frot, couronnée d\u2019un César d\u2019interprétation pour un rôle qui s\u2019impose comme le meilleur de sa vie.À ce personnage à cheval sur les frontières de la folie, l\u2019actrice de Sœurs fâchées et d\u2019Odette Toulemonde offre une humanité, une émotion transcendante, une profondeur qui extirpent cette héroïne passionnée, malheureuse et aveuglée des rets du ridicule, quand tout était là pour l\u2019y enliser.Si ce film, transposé dans le Paris des années 1920, apparaît bien meilleur que celui de Frears, c\u2019est sans doute pour avoir pris justement des libertés par rapport à son sujet.Dans sa rondeur, sa souplesse, ses bons dosages de ton, Marguerite s\u2019 impose comme une grande production populaire française.Giannoli, cinéaste de Quand j\u2019étais chanteur et d\u2019À l\u2019origine, moins inspiré dans le plus récent Superstar, retrouve ici la grande forme, mettant une fois de plus en scène des héros en porte-à-faux avec le monde.Il le fait à travers une œuvre ample et classique qui respire, à l\u2019écoute des personnages et de l\u2019émotion qui monte.Ça se joue entre la tragédie du destin de cette femme et la comédie liée aux ef fets de contraste du montage, à des scènes de Grand-Guignol \u2014 la prestation de Marguerite dans un café-concert anarchiste \u2014 et à plusieurs figures secondaires au mystère préservé, dont Michel Fau, désopilant de snobisme, mis en boîte en professeur de chant.La comédie est indissociable également du thème lui-même : entendre chanter faux des airs exigeants comme celui de La reine de la nuit par une femme au sourire et aux yeux candides suscite en soi l\u2019hilarité, mais le sentier du rire bifurque.Marguerite devient sur tout une histoire d\u2019amour malheureux qui dérape pour un mari déguisé en courant d\u2019air.Rendre attachant ce personnage de châtelaine à la voix horrible qui s\u2019obstine à chanter, devant un cercle d\u2019aristocrates muets par intérêt, puis à l\u2019Opéra de Paris, n\u2019était pas un mince défi, remporté par Catherine Frot avec un brio exceptionnel.Mais elle est aussi bien accompagnée.André Marcon dans la peau du mari faible, exaspéré, profiteur, bouleversé quand même par cette épouse qui lui fait honte, lui offre la réplique à pleine hauteur.Des personnages colorés et individualisés, comme la femme à barbe, le poète anarchiste, le fidèle et machiavélique serviteur noir (imperturbable Denis Mpunga), le journaliste faussement cynique, la jeune chanteuse idéaliste (Christa Thé- ret), s\u2019insèrent avec bonheur dans une œuvre mosaïque qui roule sans temps morts.Les somptueux décors et costumes des années 1920, à la recherche desquels l\u2019équipe artistique s\u2019est plongée avec délectation \u2014 d\u2019autant plus qu\u2019ils ont beaucoup tourné à Prague, aux décors intérieurs si bien conser vés \u2014, insufflent ce vent de folie des premiers assauts de la modernité, sur fond de dadaïsme, de libération des femmes, des débuts de l\u2019explosion des classes sociales si vivaces en France.Marguerite célèbre également l\u2019art, dans ses grandeurs et ses misères, ses créations en tâtonnements, la chute de ses masques, le culte inconditionnel que Marguerite lui voue.Bref, s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019un seul film français à courir voir au cinéma cet automne, ce serait ce touchant et fertile Marguerite, susceptible de séduire chez nous un très large public.Le Devoir Bouleversante Marguerite ! Xavier Giannoli signe un grand film populaire français M A N O N D U M A I S J eune Parisienne au phrasé rappelant celui d\u2019une héroïne truf faldienne, Solange est apparue sur YouTube en novembre 2011.Face à la caméra, elle livre ses angoisses et ses questions existentielles dans le confort de son appartement.Succès viral en France, les capsules Solange te parle polarisent : les uns lui suggèrent de se suicider ; les autres en redemandent.Au Québec, on la découvre grâce à une capsule sur notre parlure.Derrière Solange se cache l\u2019artiste Ina Mihalache, née à Montréal d\u2019une mère québécoise et d\u2019un père roumain.Encore là, elle divise l\u2019opinion : les uns lui reprochent de masquer son accent d\u2019origine ; les autres raffolent de son coquet masque linguistique.Si Solange dérange tant, c\u2019est qu\u2019elle nous tend un miroir de nos propres imperfections.Et si on l\u2019aime tant, c\u2019est que sa douce délinquance est une bouffée de fraîcheur dans notre société de performance.« Ma démarche, c\u2019est le réconfor t, admet Ina Mihalache.Les ar tistes qui m\u2019ont vraiment touchée, comme Sophie Calle ou Miranda July, sont des gens qui assument le fait de ne pas savoir.C\u2019est relativement rare, surtout avec les réseaux sociaux où c\u2019est commun de dire qu\u2019on va bien, qu\u2019on a des amis, un travail.Avouer l\u2019inavouable, c\u2019est quelque chose qui décomplexe.» Solange au cinoche Après avoir promené Solange à la radio et publié un livre plus tôt cette année, Ina Mihalache a voulu explorer un nouveau média.À quoi bon avoir tourné un film ayant fait 5000 entrées en France lorsqu\u2019une capsule récolte 130 000 clics en une matinée ?Tout simplement pour se prouver qu\u2019elle en était capable et de montrer à l\u2019industrie que YouTube n\u2019est pas qu\u2019un lieu de divertissement bas de gamme.La voilà donc qui raconte dans Solange et les vivants la genèse de son alter ego : «C\u2019est le premier long métrage qui raconte la naissance d\u2019une youtubeuse.Ça me tenait à cœur, car c\u2019était un vrai déclic dans ma vie créative.» À l\u2019instar des capsules Solange te parle, le film est construit à partir d\u2019improvisation.Habituée à travailler seule, éternelle insatisfaite, n\u2019aimant pas le conflit, Ina Mihalache a dû apprivoiser le travail d\u2019équipe.Heureusement que sur le plateau se trouvaient des gens qu\u2019elle aime et connaît bien, comme ses parents, le rédacteur en chef des Inrocks, Pierre Siankowski, et Les Trois Accords.« J\u2019avais envie de cinéma avant de naître sur YouTube, mais j\u2019ai souf fer t de travailler en équipe parce que je suis solitaire et que j\u2019ai du mal à expliquer ce que je fais avant de le faire.Quand on travaille avec des techniciens et qu\u2019on a l\u2019ambition de faire un objet formellement abouti, il faut communiquer un minimum ses envies, ses désirs, même quand on n\u2019en a pas trop\u2026 Donc, j\u2019ai pleuré dans les toilettes », confie-t-elle en éclatant d\u2019un rire timide.Comparant son approche à celle d\u2019un sculpteur façonnant la glaise, Ina Mihalache confesse qu\u2019elle déstabilise ses partenaires de travail par son manque d\u2019assurance et que l\u2019inquiétude des autres la fait souffrir.« Cela crée des malaises qui participent à la magie du film, qui parle du malaise.C\u2019est une mise en abyme car, comme Solange, confrontée à la réalité du groupe dans le film, j\u2019ai dû m\u2019obliger à la collectivité.J\u2019aime travailler en chimie avec des ingrédients en direct devant la caméra, avec un filet d\u2019information, de décor, d\u2019action.Ensuite, je laisse chaque séquence m\u2019emmener là où ce n\u2019est pas prévu, et c\u2019est là que je trouve la satisfaction.» Le Devoir Solange et les vivants prend l\u2019affiche le 4 novembre.Ina Mihalache sort de sa bulle La poétubeuse, alias Solange, renaît au grand écran C I N É M A CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 E 9 AMERICAN PASTORAL ?1/2 Drame d\u2019Ewan McGregor.Avec Ewan McGregor, Jennifer Connelly, Dakota Fanning, David Strathairn.États-Unis, 2016, 108 minutes.A N D R É L A V O I E A merican Pastoral illustre à mer veille l\u2019expression familière « Avoir les yeux plus grands que la panse ».Elle nous habite souvent devant ce premier effort derrière la caméra de l\u2019acteur Ewan McGre- gor, lui dont la feuille de route a de quoi faire baver d\u2019envie (si, bien sûr, on exclut sa parenthèse Star Wars des années 2000).Adapter Philip Roth au cinéma, pour les plus grands réalisateurs comme les apprentis, s\u2019est presque toujours révélé une expérience à la fois hasardeuse et décevante (Elegy, The Human Stain).L\u2019écrivain de la conscience tourmentée de l\u2019Amérique se prête mal aux contraintes du grand écran, et la vedette d\u2019origine écossaise croyait sans doute pouvoir rompre avec cette malédiction.Ce n\u2019étai t pour tant pas faute d\u2019avoir entre les mains un sujet absolument fascinant, soit la décomposition progressive du rêve américain devant la trahison des élites politiques et la révolte d\u2019une jeunesse fiévreuse devant les horreurs de la ségrégation raciale, celles de la guerre du Vietnam et, disons-le, un mode de vie qui pour eux suintait l\u2019ennui.Cette indignation permanente, un homme tel que Seymour « Swede » Levov (McGregor, qui aurait dû se contenter de diriger les autres) ne peut la comprendre.Industriel prospère d\u2019origine juive marié à une ancienne, et toujours splendide, Miss New Jersey, Dawn (Jennifer Connelly), cet ex-champion de football de son école est convaincu que les années 1950 vont durer toujours, même s\u2019il tente d\u2019élever sa fille Merr y (Dakota Fanning) d\u2019une manière plus libérale.Celle-ci, affligée d\u2019un trouble de bégaiement, va exprimer son ras-le- bol avec violence, réduisant en miettes le bureau de poste de sa ville, brisant l\u2019idéalisme d\u2019un couple qui ne se reconnaît plus dans sa progéniture.Lorsqu\u2019elle disparaît dans la nature, commence alors pour Seymour une quête désespérée afin de la retrouver.Des années plus tard, un ancien camarade de classe de l\u2019idole déchue (David Stra- thairn, l\u2019alter ego, et quasi-ju- meau, de l\u2019écrivain) découvre cette histoire et en devient le narrateur, une stratégie assez convenue et somme toute cohérente avec ce drame lui aussi figé dans une esthétique passéiste.Si McGregor sait recréer le caractère prospère et propret de ce monde sur le point de s\u2019effondrer, jamais il ne réussit à y insuffler panique et chaos, et les images d\u2019archives ne peuvent suppléer ce manque.La course ef frénée de son héros bien tranquille n\u2019apparaît éprouvante que pour lui-même.Avec ce choix de rester cantonné à ce couple en plein désarroi plutôt que d\u2019illustrer les bravades de leur fille rebelle qui n\u2019existe que dans le regard de son père, l\u2019acteur-réalisa- teur réduit souvent l\u2019affaire à un drame bourgeois et bavard, posant tout de même quelques bonnes questions sur les vertiges des fossés génération- nels.Les parents des jeunes militants du temps du FLQ ou plus récemment du printemps érable vont sans doute se reconnaître.Quant aux autres, ils feront ce qu\u2019il y a de mieux : retourner à l\u2019œuvre de Philip Roth, que l\u2019on peut soupçonner d\u2019éprouver un brin de vanité à l\u2019idée de se savoir presque inadaptable\u2026 Collaborateur Le Devoir Un héros bien tranquille La malédiction du cinéma autour de l\u2019œuvre de l\u2019écrivain Philip Roth se poursuit, hélas FILMS SÉVILLE Merry (Dakota Fanning), affligée d\u2019un trouble de bégaiement, va exprimer son ras-le-bol avec violence, réduisant en miettes le bureau de poste de sa ville.K-FILMS AMÉRIQUE Si Solange dérange tant, c\u2019est qu\u2019elle nous tend un miroir de nos propres imperfections.FILMS SÉVILLE Catherine Frot s\u2019impose dans un rôle qui est celui de sa vie. F R A N Ç O I S L É V E S Q U E à Rouyn-Noranda L e Festival du cinéma international en Abitibi-Témis- camingue (FCIAT) s\u2019ouvre ce samedi soir avec Le pacte des anges.Présenté en première nord-américaine après avoir été projeté au Festival du film de Busan et au Festival international du film francophone de Namur, ce premier long métrage de Richard Angers met en vedette Marc Messier dans le rôle d\u2019un homme dont l\u2019existence solitaire bascule lorsque deux frères le kidnappent.Débute alors un road-trip où, graduellement, un improbable lien filial se tisse entre la victime et ses agresseurs adolescents.Rencontre avec un réalisateur heureux et un acteur comblé.«Je voulais réaliser un film in- tergénérationnel, un film qui mettrait en scène des personnages issus de générations qui ne communiquent pas vraiment entre elles, explique Richard Angers, qui a travaillé sept ans à ce projet.Je voulais aussi parler de paternité et de fraternité dans un contexte de quête de rédemption.Marc a embarqué très tôt dans le processus.Je lui ai envoyé une version préliminaire du scénario un 22 novembre et il m\u2019a répondu le 23 en me disant: \u201cEnvoie ça à personne d\u2019autre ! Ça fait des années que j\u2019attends un rôle comme ça !\u201d J\u2019étais content parce qu\u2019à la base, il me semblait que ce n\u2019était pas un rôle habituel pour lui, et c\u2019était le but.Adrien, le protagoniste, est un homme de la terre, de la nature, ce qui n\u2019est pas ce à quoi on associe Marc.» Une tristesse émouvante De fait, on rencontre Adrien dans un paysage rocailleux nimbé de brume.Repérant la silhouette empanachée d\u2019un caribou, il pointe sa carabine et tire.Arrivé là où devrait être la dépouille, le sexagénaire aux aguets ne trouve que du sang sur une pierre.Son regard perplexe se fait vague\u2026 Puis, Adrien se réveil le dans son bungalow, seul.En quelques scènes cour tes, comme autant de traits de crayon, le scénario esquisse le portrait d\u2019un être isolé qui ne sourit que deux fois : lorsque le petit camelot lui amène son journal (qu\u2019il ne l i t même pas) et lorsqu\u2019 i l fouille dans les entrailles du moteur de la vieille bagnole qui trône dans son garage.Il ignore que cette nuit-là, au détour d\u2019une ruelle, il croisera la route de Cédric et William (Émile Schneider et Lenni-Kim Lalande), deux frères dont l\u2019aîné vient apparemment de tuer un homme.Au gré d\u2019une cavale filmée entre Québec et le parc national de la Gaspésie, le mystère entourant ce méfait s\u2019éclaircit.À l\u2019instar du passé d\u2019Adrien.« Il y a une tristesse chez Adrien qui m\u2019a beaucoup ému, confie Marc Messier, qui offre ici l\u2019une de ses meilleures interprétations.Le traitement de la paternité\u2026 C\u2019est ironique parce que ce scénario-là est l\u2019un des rares que j\u2019ai lus sans m\u2019imaginer en train de jouer le personnage, ce qui est un réflexe normal chez les acteurs.Non, avec ce scénario-là, je me suis juste laissé porter par l\u2019histoire.C\u2019était clair que c\u2019était un récit solide, avec de beaux personnages complexes.Adrien est très gardé ; il ne s\u2019ouvre que petit à petit.» Question de génération En cela, ce héros ordinaire, et c\u2019en est un, ressemble à maints hommes de son âge.Ce que voulait Richard Angers, qui précise : « Dans Cé- dric et William, il y a de ces ados malmenés que j\u2019ai croisés quand je travaillais dans une maison de jeunes.Adrien, lui, est inspiré par mon père et mes oncles : une génération d\u2019hommes qui s\u2019expriment peu, mais qui ont comme des codes entre eux.L\u2019é lément de la chasse, central dans le film, vient de là.Dans le temps de la chasse, ils s\u2019animaient ; ils avaient soudain une lueur dans les yeux, comme s\u2019ils devenaient un peu plus vivants.J\u2019ai voulu évoquer ça, entre autres par le thème de la transmission, qui est également central.» Un banlieusard au quotidien, mais un « gars des bois » dans son for intérieur, Adrien devient davantage un guide qu\u2019un otage pour les deux frères, qui sont orphelins.« Je n\u2019avais jamais tenu un fusil de ma vie, raconte Marc Messier.J\u2019ai appris le maniement de la carabine, mais aussi à me sentir à l\u2019aise en forêt ; je me suis imprégné de ça parce que c\u2019est là où Adrien est bien.» Un registre large Après un silence, l\u2019acteur poursuit : « Autant j\u2019étais ravi que Richard pense à moi, autant ça m\u2019a surpris parce que je n\u2019ai jamais rien joué qui se rapproche de ça.Et dans la vie, je ne dégage pas ça du tout.Toute la dimension renfermée d\u2019Adrien, sa dif ficulté à exprimer ce qu\u2019il pense et ressent, ça ne me correspond pas non plus.Je suis plutôt extraver ti.Et puis, je pense qu\u2019on m\u2019associe surtout à la comédie.» Cer tes, Marc Messier demeurera à jamais associé à Broue, à La petite vie et à la saga Les boys, mais il a plus d\u2019une fois démontré son aisance dans le registre dramatique, qu\u2019on pense à Por tion d\u2019éternité ou à Grande ourse, séries et film, sans parler de Lance et compte.Lorsqu\u2019on lui fait remarquer qu\u2019il ne se donne pas assez de crédit, le comédien reste interdit un instant avant qu\u2019on enchaîne sur ses jeunes par te- naires Émile Schneider et Lenni-Kim Lalande, pour qui il n\u2019a que de bons mots.Manifestement, il a plus de mal à recevoir ceux qui lui sont adressés.On repense alors aux paroles de Richard Angers quant aux origines du personnage d\u2019Adrien, et on se dit qu\u2019au fond, quoi qu\u2019il en dise, Marc Messier est un homme de sa génération.Le Devoir François Lévesque est à Rouyn-Noranda à l\u2019invitation du FCIAT.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 9 E T D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 1 6 CINEMA E 10 C U L T U R E PRÉCÉDÉ DU COURT-MÉTRAGE MUTANTS d\u2019Alexandre Dostie présentement à l\u2019af?che ! CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS version originale avec sous-titres anglais Marc Messier à contre-emploi Le comédien présente à Rouyn-Noranda Le pacte des anges, où il tient un rôle inattendu PEDRO RUIZ LE DEVOIR Réunis pour un film singulier et complexe, le réalisateur Richard Angers et Marc Messier se sont faits plus légers pour la photo.MADEMOISELLE (V.O.AVEC S.-T.F.) ?1/2 Drame de Park Chan-wook.Avec Kim Min-hee, Kim Tae-ri, Jung-woo, Cho Jin-woong.Corée du Sud, 2016, 145 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E Le plus récent film de Park Chan-wook, Mademoiselle, est d\u2019une beauté envoûtante.Il s\u2019agit de l\u2019un de ces cas où, la facture étant si exquise, on excuserait volontiers un scénario faiblard.Or, on s\u2019en réjouit, le fond ne sert en l\u2019occurrence aucunement de faire-valoir à la forme.Dans le roman de la Galloise Sarah Waters, le cinéaste sud- coréen a en effet trouvé ample substance.Entre chronique féministe et critique sociohis- torique, le réalisateur de Lady Vengeance séduit, une fois encore, et se révèle plus habile que jamais à déjouer les attentes.Thril ler sensuel dans sa première par tie puis drame sentimental dans sa seconde, le film révèle ses mystères dans la troisième.Ainsi ce Mademoiselle revêt-il plusieurs identités, ou plutôt prend-il son temps pour dévoiler sa vraie nature, à l\u2019instar, pour le compte, de ses deux héroïnes.L\u2019histoire est d\u2019abord racontée du point de vue de Sook- hee, une pickpocket sélectionnée par un escroc qui souhaite séduire, épouser, puis faire interner lady Hideko, une jeune héritière vivant sous la férule d\u2019un oncle bibliophile possessif.Le plan aurait été sans faille n\u2019eût été un imprévu : le coup de foudre \u2014 manifestement réciproque \u2014 de Sook-hee pour sa nouvelle maîtresse.Récit d\u2019émancipation À partir de cette prémisse en apparence simple, l\u2019intrigue multiplie les retournements de situation, la chute de la première partie étant particulièrement ingénieuse et l\u2019ensemble de la seconde, celle-là relatée par lady Hideko, fourmillant de révélations (quant aux activités réelles de l\u2019oncle et au mode de vie dégradant auquel il soumet sa nièce, à titre d\u2019exemple).Comme l\u2019écrit Virginia Woolf dans Une chambre à soi , la femme était traditionnellement «enfermée, battue et jetée dans une chambre».Une chambre, justement, qui de surcroît ne lui appartenait pas.Il y a de ça chez les amantes créées par Sarah Waters puis réimaginées par Park Chan-wook.Le film, comme le roman avant lui, propose un passionnant récit d\u2019émancipation, avec Sook-hee et lady Hideko toutes deux prisonnières, leurs existences étant régentées par des hommes vils qui les exploitent.Issues de milieux on ne peut plus dif férents, les deux femmes ne communient pas juste sur le plan amoureux : chacune reconnaît dans l\u2019expérience de l\u2019autre une part d\u2019elle-même.C\u2019est autant leur sexualité que leur destinée qu\u2019elles s\u2019approprient.Changement de décor Campé dans l\u2019Angleterre victorienne, le roman épousait volontairement des codes dickensiens.Il s\u2019agissait beaucoup d\u2019un exercice de style en même temps que d\u2019une rebuffade des clichés lesbiens longtemps de mise en littérature (et au cinéma), à savoir que la folie ou la mort guette au bout de ces amours-là.Ici, l\u2019élément d\u2019aliénation mentale ourdi par l\u2019un des antagonistes pour profiter de l\u2019une des protagonistes constitue à la fois un ressort dramatique et un commentaire sous-jacent.Non seulement Park Chan- wook conser ve-t-il cette approche, mais il la bonifie par la satire, une tentative de suicide par pendaison à un cerisier donnant lieu à l\u2019un de ces moments caractéristiques de son cinéma où comédie décalée et grâce visuelle se côtoient de manière inattendue.Bien qu\u2019il ait transposé l\u2019action dans la Corée du Sud des années 1930, soit pendant l\u2019occupation japonaise, Park Chan- wook a imprégné son film d\u2019une atmosphère gothique prenante, avec manoir et jardins anglais justifiés par la passion du maître de céans pour la culture britannique, mais aussi nippone.C\u2019est d\u2019ailleurs par l\u2019ajout de ce dernier aspect que le cinéaste fait œuvre personnelle en transformant l\u2019oncle, un Sud-Coréen désireux d\u2019être naturalisé Japonais, en bourgeois colonisé.Abject sous des dehors raffinés, ce personnage permet à Park Chan- wook d\u2019insuf fler un élément de critique sociohistorique en sous-texte, de vives tensions subsistant toujours entre la Corée du Sud et le Japon.Sens cachés Si l \u2019on décor tique Mademoiselle avec ferveur et délice, il convient d\u2019admettre que l\u2019exercice n\u2019est possible qu\u2019a posteriori.La raison étant que ce qui est présenté à l\u2019écran est d\u2019une splendeur telle qu\u2019on suit le déroulement de l\u2019histoire béat, trop ébloui pour songer à l\u2019analyser.Et pourtant, que de sens cachés couvant sous la superbe surface\u2026 Mais, à la réflexion, sans doute ce paradoxe ne vient-il qu\u2019ajouter à la richesse in- tr insèque du f i lm de Park Chan-wook.Le Devoir Mademoiselle, une vie à soi Park Chan-wook signe une adaptation brillante du roman de Sarah Waters MÉTROPOLE FILMS Une scène de Mademoiselle "]
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