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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 2016-12-10, Collections de BAnQ.

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[" F A B I E N D E G L I S E S es danses syncopées, sa ceinture de bananes, ses costumes minimalistes ne laissant planer aucun mystère sur sa féminité, sa chanson J\u2019ai deux amours, mon pays et Paris, son strabisme convergent simulé pour faire rire son public, ont détourné les regards pendant des années d\u2019une autre singularité de Joséphine Baker, sans doute la plus extraordinaire dans la succession d\u2019évé- nements exceptionnels qui ont façonné sa vie et forgé son mythe.L\u2019ar tiste de cabaret, égérie des années folles, a adopté 12 enfants de nationalités, de couleurs et de religions dif férentes qu\u2019elle a élevés dans une harmonie exemplaire dans son château des Milandes, au cœur du Périgord.Une expérience familiale et sociale peu connue, mais qui gagne aujourd\u2019hui, plus que jamais, à être rappelée au bon souvenir du présent, estime la bédéiste Catel Muller.« Joséphine Baker a voulu prouver à elle-même et au reste du monde qu\u2019il était possible de vivre dans la tolérance et l\u2019amour des uns et des autres peu importe ses origines, lance à l\u2019autre bout du fil celle qui vient d\u2019inscrire dans le papier, avec son complice de longue date José-Louis Boc- quet, une imposante biographie dessinée de la légendaire artiste.Pour elle, les différences ne pouvaient plus être source de tensions quand on était élevé dans le respect de l\u2019autre.Et elle ajoute: «À l\u2019heure des débats sur les identités nationales et sur l\u2019intégration, à l\u2019heure des replis identitaires, cette composante de sa vie est parmi celles dont il est le plus nécessaire de se souvenir aujourd\u2019hui.» Inspirante de son vivant et bien au-delà.Voilà la Joséphine que Catel et Bocquet ont décidé de mettre en scène dans Joséphine Baker (Casterman), un pavé de 570 pages qui, après Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges ou encore Benoîte Groult \u2014 sur laquelle Catel s\u2019est penchée en solo \u2014, poursuit l\u2019exploration de « l\u2019histoire clandestine » de grandes femmes qui ont marqué leur époque, dans une discrétion et une reconnaissance fragile que le duo cherche, par la densité du dessin et la richesse d\u2019un scénario, à renforcer.« On se souvient d\u2019elle comme d\u2019une image, comme d\u2019une icône, dit Catel Muller.Mais on ne se souvient pas des combats qu\u2019elle a menés.» Et pourtant\u2026 La vie de José- phine Baker, de sa naissance à Saint-Louis, Missouri, en 1906, à l\u2019hôpital de la Salpêtrière à Paris, en 1975, où elle a rendu son dernier souffle au lendemain d\u2019un retour triomphal sur les planches de Bobibo, n\u2019aura été qu\u2019une succession de résistances : contre la ségrégation raciale, contre l\u2019asservissement ENTREVUE Joséphine Baker au-delà du cliché L\u2019égérie des années folles incarnait la modernité et l\u2019harmonie entre les peuples, dit la bédéiste Catel Muller C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 Correcteur avancé \u2022 Dictionnaires riches et complets \u2022 Guides linguistiques clairs et détaillés En français ou en anglais, Antidote est l\u2019arsenal complet du parfait rédacteur.Que vous rédigiez une lettre, un courriel, un rapport ou un essai, cliquez sur un bouton et voyez s\u2019ouvrir un des ouvrages de référence parmi les plus riches et les plus utiles jamais produits.Si vous écrivez à l\u2019ordinateur, Antidote est fait pour vous.D A N I E L L E L A U R I N à Paris «C uba s\u2019est imposé à moi », indique l\u2019écrivain Yasmina Khadra.Un coup de foudre, une collision heureuse : c\u2019est ainsi que cet ex-officier de l\u2019armée algérienne, de son vrai nom Mohammed Moulessehoul, décrit sa rencontre avec Cuba et son peuple.C\u2019était à l\u2019été 2014.Il venait de terminer l\u2019écriture d\u2019un scénario intitulé Panchito \u2013 le film, qui devrait être tourné sous peu à Cuba avec l\u2019acteur américain Forest Whitaker, assure l\u2019auteur.Yasmina Khadra n\u2019avait jamais mis les pieds à Cuba auparavant.Il tentait entre autres de s\u2019assurer que son histoire de pêcheur cubain à qui la vie ne fait pas de cadeau, dans un petit village perdu de l\u2019île, était plausible.Un soir, à La Havane, il se retrouve au mythique hôtel Nacional et assiste au spectacle d\u2019un vieux chanteur qui semble faire partie de la légende de l\u2019endroit.Le regard triste de l\u2019artiste cubain intrigue le romancier à l\u2019affût.« Je me suis dit : s\u2019il venait un jour à être éjecté de la scène, qu\u2019adviendrait-il de lui?» Dès son retour en France il y a une quinzaine d\u2019années, où il s\u2019est établi avec femme et enfants peu après avoir révélé l\u2019identité masculine qui se cachait derrière son pseudonyme très féminin, l\u2019auteur des Hirondelles de Kaboul et de L\u2019attentat se met à l\u2019écriture d\u2019un nouveau roman, Dieu n\u2019habite pas La Havane.Son héros : un chanteur cubain, appelé Don Fuego, qui interprète pour les touristes les classiques du répertoire de l\u2019île.La musique est toute sa vie.Son rêve : mourir un micro à la main.Sauf que le cabaret d\u2019État où il chante depuis plus de 35 ans est soudain cédé à des intérêts privés.À 59 ans, lui qui a sacrifié son couple et ses enfants pour sa carrière, est licencié et se retrouve à la rue.« Il devient un citoyen lambda lâché dans la nature, qui n\u2019a pas de repères », fait remarquer Yasmina Khadra, rencontré il y a quelques jours dans un café parisien.Don Fuego erre, désespéré, dans la ville qui l\u2019a vu naître.Ex-oiseau de nuit obsédé par les feux de la rampe, il redécouvre la réalité de La Havane au grand jour.RENCONTRE La mort de Fidel Castro, et après ?Pour le romancier Yasmina Khadra, Cuba est encore un pays où le rêve est possible KEYSTONE PRESS VIA ZUMA PRESS « Joséphine Baker a voulu prouver à elle-même et au reste du monde qu\u2019il était possible de vivre dans la tolérance et l\u2019amour des uns et des autres peu importe ses origines», souligne la bédéiste Catel Muller.JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE «Cuba est une île carcérale où les passions sont muselées, surveillées», indique Yasmina Khadra.Dufort et Thibault par leurs photos, d\u2019un œil à un autre Page F 3 Pouchkine, Dostoïevski, Tchekhov et le grand miracle russe Page F 5 BEAUX LIVRES VOIR PAGE F 4 : BAKER VOIR PAGE F 2 : KHADRA B E A U X L I V R E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 F 2 E lle a le don d\u2019écrire des livres inclassables.La fantaisie, l\u2019insolite, le drolatique, Hélène Vachon en a fait sa spécialité.L\u2019empathie pour le genre humain aussi.Santa, le cinquième roman de cette native de Québec d\u2019abord connue pour sa littérature jeunesse et récompensée à ce titre par un Prix du Gouverneur général en 2002, ne fait pas exception.Même que ce nouvel opus pousse encore plus loin du côté du saugrenu, de l\u2019absurde.Tout en misant sur l\u2019entraide, la solidarité, l\u2019acceptation des différences.On dirait une boîte à surprises.Un monde disparate, incongr u apparaît, qui ne cesse de nous confronter à l\u2019étrangeté des compor te- ments humains.Pour mieux en rire ?Ce n\u2019est pourtant pas le sentiment premier qu\u2019on a en ouvrant Santa.La note de l\u2019au- teure qui figure en préface de l\u2019ouvrage semble indiquer tout le contraire.Son début, du moins.«Le monde va mal.» C\u2019est la première phrase sur laquelle on tombe.Hélène Vachon enchaîne en montrant du doigt les dérèglements climatiques, les guerres sanglantes, les migrations de population, les destructions du patrimoine culturel mondial\u2026 Mais on va vite comprendre où elle veut en venir.Puisque, tout de suite après, elle nous convie, « pour un instant », à « oublier tout ça ».Le programme qu\u2019elle nous propose : « Souf fler un peu, s\u2019extraire temporairement du désastre et se transporter ailleurs.Lire, en un mot.» Conte loufoque Ce que nous donne à lire Hélène Vachon avec Santa, c\u2019est un roman feu d\u2019ar tifice qui prend les allures d\u2019un conte de Noël loufoque.L\u2019intrigue tient à peu de choses : à l \u2019 a p p r o c h e d e N o ë l , u n e femme de 71 ans se déguise en père Noël afin de dépister un réseau de vols de téléphones intelligents dans un centre commercial.Les choses ne se passeront pas tout à fait comme prévu, l\u2019héroïne se laissant entraîner dans une série d\u2019aventures improbables.C\u2019est l\u2019effet de surprise qui compte.Et la façon incongrue qu\u2019a l\u2019auteure d\u2019Attraction terrestre et de La manière Barrow de raconter les événe- ments, de tourner ses phrases, de filer la métaphore fantaisiste.Ce qui est au cœur du livre, c\u2019est moins ce qui s\u2019y passe que les personnages eux-mêmes, leurs comportements inusités, excentriques.Et les relations qu\u2019ils entretiennent entre eux.Une faune disparate De joyeux lurons de tout acabit, on ne peut plus dissemblables, vont être amenés à se frotter les uns aux autres.Et disons qu\u2019à elle seule, la père Noël, ex-travailleuse sociale « urgentiste », est assez particulière.Asthmatique chronique, ac- cro à sa pompe de Ventolin, elle n\u2019en fréquente pas moins un homme qui fume le ci - gare, ne peut se séparer de son chat et fabrique des sculptures avec du savon.Ce drôle de couple partage le même immeuble mais pas le même logement.Elle qui vit mieux « seule qu\u2019ensemble» habite au premier et lui, en dessous : ainsi depuis cinq ans mènent-ils une « vie commune superposée».En passant, Santa a une fille, Victoire, mère d\u2019un petit Hector.Victoire est une avocate spécialisée en droit matrimonial et, ironiquement, elle est victime d\u2019adultère\u2026 son mari la trompe à son insu.Le mari en question, météorologue de métier, parlons-en : « Algérien d\u2019origine juive, Ab- del-Nasser est un être bouillonnant qui passe le plus clair de son temps à essayer (sans succès) de recoller les morceaux de sa nature bipolaire.» Vous n\u2019avez encore rien vu.La faune que côtoie Santa au centre commercial décrépi où elle officie tous les après-midi sous sa fausse barbe donne le tournis.Le plus surprenant, c\u2019est que tout différents qu\u2019ils soient, les personnages du roman en viennent à former un clan, une sorte de famille liée par l\u2019entraide.Non seulement le père Noël est-il une femme, mais la Fée des Étoiles est un garçon.« Fée des Étoiles avait beau se couvrir de paillettes et de falbalas, sa voix avait des inflexions graves, sa pomme d\u2019Adam jouait à l\u2019ascenseur.» Les contrastes s\u2019attirent, dit- on.Ce jeune homme chétif, «avare de cellules adipeuses», a pour amoureux une sor te d\u2019Hercule : « Presque aussi large que haut, sans cou ni front, le genre de spécimen qu\u2019on imaginerait plutôt dans une foire ou une fête foraine.» Ajoutez à cela des prostituées sœurs jumelles, un ex-militaire canadien qui a combattu en Afghanistan et idolâtre la chanson Vive la Canadienne, un employé de la SAQ qui fume des cigarettes imaginaires\u2026 Et vous y êtes presque.Une bonne action « Rire est une façon de vivre, faire rire est une façon d\u2019aimer », dit Santa.On pourrait croire qu\u2019Hélène Vachon a adopté cette façon de voir.Et on serait bien tenté de l\u2019imiter.D\u2019accord, ce roman s\u2019of fre comme une pure distraction, question de se mettre dans l\u2019esprit des Fêtes.Ça ne va pas tellement plus loin.Mais c\u2019est aussi l\u2019occasion de faire ce qu\u2019on appelle une bonne action.À l\u2019initiative de l\u2019auteure, pour chaque exemplaire vendu, la maison Alto s\u2019engage à verser 5 $ aux banques alimentaires du Québec.Parce que la faim, souligne Hélène Vachon, « sévit près de chez nous », que «nous la côtoyons chaque jour, sans le savoir, peut-être».SANTA ?Hélène Vachon Alto Québec, 2016, 144 pages FICTION QUÉBÉCOISE Le père Noël est une femme « Rire est une façon de vivre, faire rire est une façon d\u2019aimer », écrit Hélène Vachon PHILIPPE RENAUD LE DEVOIR Dans Santa, le cinquième roman d\u2019Hélène Vachon, d\u2019abord connue pour sa littérature jeunesse et récompensée à ce titre par un Prix du Gouverneur général en 2002, la fantaisie, l\u2019insolite, le drolatique sont à nouveau au rendez-vous.Vision désolante d\u2019un régime qui s\u2019essouf fle mais se retient de desserrer son emprise autoritariste.Manque de liberté, pauvreté crasse.Bâtiments décrépis, gens entassés par dizaine dans des logements vétustes.Jeunes qui rêvent encore et toujours de fuir vers l\u2019étranger, au risque de leur vie\u2026 « Personne à Cuba ne décide de son sort », fait dire Yasmina Khadra à l\u2019un de ses personnages.Une île carcérale « Cuba est ainsi faite, argue l\u2019écrivain.C\u2019est une île carcérale où les passions sont muselées, surveillées.Il y a une telle misère.Il y a une jeunesse extraordinaire, très instruite, mais qui est appelée à se joindre aux fonctionnaires de l\u2019État.Souvent, un marchand à la sauvette s\u2019en sor t mieux qu\u2019un médecin ou un ingénieur.C\u2019est un dysfonctionnement outrageant.» La mort récente de Fidel Castro n\u2019y changera rien, du moins à court terme, avance-t-il.«Raúl est toujours en exercice.C\u2019est lui qui gérait le pays et qui continue de le gérer à sa guise.Le régime en place n\u2019est pas près de céder\u2026 Beaucoup reste à faire quant à l\u2019émancipation du peuple cubain.» Tout n\u2019est pas sombre pour autant aux yeux de Yasmina Khadra.« Dans cette île enchanteresse, d\u2019une magnificence cosmique, j\u2019ai été émerveillé par le talent des Cubains, que ce soit dans la musique, la danse, la peinture.Ce qui est rassurant, c\u2019est que ce peuple ne s\u2019est pas dilué dans son désarroi.C\u2019est un peuple qui rêve toujours.Et le rêve est le lieu de toutes les espérances.» Chaleur, lumière, soleil, mer turquoise, sensualité exacerbée, musique omniprésente\u2026 C\u2019est aussi ça, Dieu n\u2019habite pas La Havane.Malgré la sévère critique sociale et politique qui imprime ce roman, un vent de légèreté et d\u2019optimisme règne.Il y a de quoi étonner de la part de cet écrivain de 61 ans traduit dans une quaranta ine de l angues : jusqu\u2019ici, il avait plutôt dépeint avec fracas la violence qui a cours dans le monde.Terrorisme et fanatisme religieux Il a d\u2019abord mis en scène des histoires plutôt inof fen- sives dans son pays d\u2019origine, sous son vrai nom.Puis, pour se permettre d\u2019être plus critique tout en évitant la censure militaire, il s\u2019est caché dès la fin des années 1980 derrière les deux prénoms de sa femme et a signé une série de polars cyniques, dont l\u2019action se situe dans une Algérie corrompue.Ensuite, dans les années 1990, en pleine guerre civile algérienne, il s\u2019est beaucoup employé, avec des romans comme Les agneaux du Seigneur et À quoi rêvent les loups, à montrer du doigt les ravages de l\u2019islamisme radical en Algérie.Tout en continuant au fil des ans à écrire sur sa patrie, il s\u2019est tourné vers ce qui alimentait l\u2019actualité internationale.Il a traité du fanatisme religieux en Afghanistan dans Les hirondelles de Kaboul (2002).Il s\u2019est intéressé au terrorisme en Israël avec L\u2019attentat (2005), adapté au cinéma.Dans Les sirènes de Bagdad (2006), il a mis en scène un jeune bédouin irakien qui pète les plombs sous l\u2019occupation américaine.L\u2019an dernier, il s\u2019est immiscé dans la peau du dictateur libyen Kadhafi avec La dernière nuit du raïs.On aurait pu attendre de Yasmina Khadra un roman sur les attentats des dernières années en France : Char l i e Hebdo, le Bataclan, Nice\u2026 Il s\u2019en défend.« Avec Dieu n\u2019habite pas La Havane, j\u2019ai voulu écrire un livre capable de m\u2019éloigner du chahut qui trouble notre quiétude en Occident.Toutes ces histoires de racisme, d\u2019islamophobie, de folie meurtrière, cet appel au sang, à la guerre qu\u2019on voit par tout\u2026 J\u2019avais besoin de m\u2019en éloigner en écrivant sur un pays où le rêve est encore possible.Parce que sans rêves, on est mort.» Collaboratrice Le Devoir DIEU N\u2019HABITE PAS LA HAVANE Yasmina Khadra Julliard Paris, 2016, 312 pages SUITE DE LA PAGE F 1 KHADRA Yasmina Khadra : l\u2019Algérie dans la peau «Pourquoi je n\u2019ai pas la nationalité française?Parce que je suis Algérien.J\u2019ai les cheveux frisés, je suis basané de teint, j\u2019ai les yeux noirs : j\u2019ai vraiment le physique afro-maghrébin.Ce n\u2019est pas un bout de papier qui va changer les choses pour moi.Je vais rester Algérien jusqu\u2019au bout.Je sais qu\u2019avec un passeport français, surtout en tant qu\u2019écrivain traduit dans le monde entier, j\u2019aurais plus de facilité à aller aux États-Unis, au Canada ou en Angleterre\u2026 Eh bien non.J\u2019ai ma maison en Algérie et je compte retourner vivre là-bas un jour avec ma femme et mes enfants.La France est un pays d\u2019accueil, l\u2019Algérie, c\u2019est mon pays.» « Une ambitieuse entreprise littéraire.Un chef-d\u2019œuvre.» Lire IVAN JABLONKA Une minutieuse enquête sur l\u2019enlèvement où se croisent judiciaire et politique.© H e r m a n c e T r i a y 400 pages 34,95 $ Laëtitia PRIX MÉDICIS DANIELLE LAURIN Avant Santa Dans Attraction terrestre, finaliste du prix France-Québec 2011, Hélène Vachon met en scène un embaumeur introverti et anxieux, épris de littérature.Il en vient à recevoir sur sa table d\u2019embaumeur un homme avec qui il s\u2019était lié d\u2019amitié.Rencontre embaumeur-embaumé plutôt insolite.Dans La manière Barrow, paru il y a trois ans, l\u2019auteure raconte l\u2019histoire d\u2019un comédien raté mais à la voix particulière.Engoncé dans son malaise existentiel, il se voit contraint de gagner sa vie dans le doublage.Il en vient à se confronter à l\u2019acteur d\u2019une télésérie américaine dont il double la voix.Rencontre doubleur-doublé plutôt hirsute. F A B I E N D E G L I S E Le paradoxe n\u2019épargne pers o n n e , p a s m ê m e l e s grands.À preuve : Sophie Thibault, chef d\u2019antenne de fin de soirée à TVA, qui côtoie l\u2019humanité en marche tous les soirs dans le bulletin de nouvelles le plus écouté au Québec, est une grande timide, particulièrement lorsque vient le temps de mettre des humains dans le cadre d\u2019une photo.« Je suis gênée, confie la journaliste, rencontrée la semaine dernière dans son bureau de Montréal quelques heures à peine avant son entrée en ondes.Je ne veux pas déranger les gens.Le principe de la photographie de rue, j\u2019ai donc beaucoup de dif ficulté avec ça.» Témoin du présent, intimidée par ceux et celles qui l\u2019écrivent.Le paradoxe est totalement assumé, dit-elle.Il s\u2019incarne aussi avec force dans les pages de Dans ma nature (éditions de l\u2019Homme), premier recueil de photographies de Sophie Thibault, qui révèle ici une autre facette de sa personnalité publique, moins spectaculaire, plus discrète, plus contemplative, toujours aussi posée, avec un penchant pour les représentations picturales plus proches de la carte postale que du photojournalisme.«Tous les soirs, je nage dans les horreurs, dans les conflits, les drames, les trahisons, explique la journaliste aux nombreux trophées MétroStar et Artis, élue personnalité de l\u2019année en 2004.Avec la photographie, j\u2019ai besoin d\u2019aller ailleurs, vers la beauté des choses, vers la nature, vers les animaux.C\u2019est ma soupape de décompression.Des humains?Il y en a un peu, mais pas trop, en effet, et surtout beaucoup moins que le soir dans mon travail.» Instagramisation du monde Des paysages d\u2019été ou d\u2019hiver, des animaux sauvages immortalisés lors d\u2019un safari, des natures mortes, des scènes de rue relevant du décor plus que de la vie, lustrées par la technique de la grande plage dynamique \u2014 HDR dans son acronyme anglais \u2014 qui consiste à recomposer les tonalités d\u2019ombre et de lumière dans un cliché, le recueil photographique de Sophie Thibault promène son lecteur entre le magazine spécialisé en photographie, la collection de photos d\u2019illustration et l\u2019instagramisation des représentations du monde, dans un tout qui cultive un autre paradoxe, dans le chapitre intitulé Gros plan.À cet endroi t , la photographe semble en effet frayer davantage avec la part journalistique de sa personnalité, en laissant la lentille macro de son appareil photo numérique raconter le détail qui n\u2019est pas autrement visible à l\u2019œil nu.Une sor te de photographie d\u2019enquête qui attire ici le regard sur deux fourmis dévorant une sauterelle sur l\u2019asphalte, là sur l\u2019étonnante symétrie des formes et des couleurs des ailes d\u2019un papillon ou sur la complexe structure géométrique d\u2019un chou romanesco.«C\u2019est de la pure merveille, c\u2019est une œuvre d\u2019ar t, dit Sophie Thibault en s\u2019arrêtant sur la page où le légume dévoile sa proche intimité.La macro, c\u2019est la joie de découvrir une autre forme de beauté, celle du détail.» Et elle ajoute : «Je rêve de devenir photographe.Je me dis même que, si j\u2019avais reçu un appareil photo numérique il y a 25 ans, ma trajectoire professionnelle n\u2019aurait peut-être pas été la même.Mais je constate aussi que la journaliste en moi n\u2019est jamais très loin.» Le Devoir DANS MA NATURE Sophie Thibault Éditions de l\u2019Homme Montréal, 2016, 204 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 F 3 « Une fable écologiste et politique aussi brillante que jouissive qui n\u2019épargne personne.» Josée Lapointe La Presse+ Louis Hamelin autour d\u2019éva roman \u2022 424 pages P h o t o : E l o i B r u n e l l e « Son regard est souvent tendre, même s\u2019il ne manque pas d\u2019ironie ni d\u2019humour.» Le Club de lecture Soirée Bazzo Boréal P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois L\u2019Autre Reflet Patrick Senécal/Alire 1/5 Conversations avec un enfant curieux Michel Tremblay/Leméac 4/4 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 4 Chimères Anne Robillard/Wellan 2/3 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 2 La faute.Jean-Pierre Charland/Hurtubise 5/5 La fois où.j\u2019ai suivi les flèches jaunes Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis 3/5 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 3 1945.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 7/7 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 9/10 Il était une fois à Québec \u2022 Tome 2 Au gré du.Michel Langlois/Hurtubise 6/3 Sur les berges du lac Brûlé \u2022 Tome 3 L\u2019héritage Colette Major-McGraw/Guy Saint-Jean 8/2 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 1 La tentation.Jean-Pierre Charland/Hurtubise \u2013/1 Romans étrangers Le piège de la belle au bois dormant Alafair Burke | Mary Higgins Clark/Albin Michel 1/2 Délires mortels Kathy Reichs/Robert Laffont 2/8 La chimiste Stephenie Meyer/Lattès \u2013/1 Intimidation Harlan Coben/Belfond 3/5 Si tu me voyais comme je te vois Nicholas Sparks/Michel Lafon 4/12 L\u2019homme qui voyait à travers les visages Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 6/14 Les nouveaux amants Alexandre Jardin/Grasset 5/4 Demain les chats Bernard Werber/Albin Michel 7/10 La main de Dieu Philip Kerr/Masque \u2013/1 Chanson douce Leïla Slimani/Gallimard 8/3 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/7 Le témoin Lino Zambito/Homme 2/4 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 3/10 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 4/5 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 5/7 Un présent infini Rafaële Germain/Atelier 10 7/2 L\u2019état du Québec 2017 Collectif/Del Busso 9/2 Je ne sais pas pondre l\u2019œuf, mais je sais quand.Josée Blanchette/Flammarion Québec 6/10 Le centre du monde Emmanuelle Walter/Lux \u2013/1 Cinq chantiers pour changer le Québec Collectif/Écosociété \u2013/1 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 3/42 Guide des égarés Jean d\u2019Ormesson/Gallimard 1/4 Toutes ces grandes questions sans réponse Douglas Kennedy/Belfond 2/5 De l\u2019âme François Cheng/Albin Michel \u2013/1 Dernières nouvelles des trous noirs Stephen Hawking/Flammarion \u2013/1 Laëtitia ou la fin des hommes Ivan Jablonka/Seuil 4/5 7 façons d\u2019être heureux ou les paradoxes du.Luc Ferry/XO 7/2 Petit cours d\u2019autodéfense en économie.L\u2019abc.Jim Stanford/Lux \u2013/1 Le terrorisme expliqué à nos enfants Tahar Ben Jelloun/Seuil \u2013/1 Qui gouverne le monde?L\u2019état du monde 2017 Collectif/Découverte 6/10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 28 novembre au 4 décembre 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdites e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Les bateaux-phares du Saint-Laurent En aval de Québec, 1830-1963 B E A U X L I V R E S POÉSIE LE LIVRE BLOND François Turcot Le Cormier, La Peuplade Bruxelles, Saguenay, 2016, 64 pages Avec candeur, François Turcot explique les circonstances de l\u2019écriture de son Livre blond, alors que sa petite fille vient de naître: «L\u2019origine de ce livre remonte à une secousse tonique, vive \u2014 nouvellement père, désireux de rappeler un espace d\u2019avant-la-mé- moire pour ma propre fille, à l\u2019été 2013, le cœur étourdi j\u2019entrepris ces fragments dans le but d\u2019archiver le bouillonnement d\u2019un début de vie.» Il note alors, dans une prose tranquille, ses émois devant la gracile beauté de l\u2019enfant neuve.Et c\u2019est à elle qu\u2019il s\u2019adresse: «Quelque chose a changé je ne devine pas bien \u2014 t\u2019as dans le regard une roche mère, un clou d\u2019or, cette foudre d\u2019eau.» C\u2019est souvent beau, comme cela, simplement, fulgurant.«Un désir pulse élance \u2014 comme cette sorte de paix des après-midi roux à faire mentir le trajet du soleil.» Ainsi suit-on les apprentissages de l\u2019enfant, les épanchements du père, cette admission de l\u2019être né de soi: «L\u2019époque des cinquante mots je la dessinerais jaune- encore, ça déborderait de la page comme dans tes cheveux, le vent.» Belle réussite, improbable, avec un pareil sujet.Hugues Corriveau D O M I N I C T A R D I F «Chaque fois que je présente une expo ou que je lance un livre, on me dit : \u201cHan, je ne savais pas que tu avais des émotions !\u201d » raconte en rigolant Jean-René Dufort au bout du fil, en route vers le tournage d\u2019un segment de sa traditionnelle revue de fin d\u2019année.Autrement dit : le plus utile de nos clowns n\u2019a pas l\u2019impression de se révéler davantage dans Mon œil !, sa nouvelle fournée de photos, qu\u2019au petit écran, bien que la pudique sensibilité de l\u2019homme derrière la lentille soit plus palpable que celle du gringalet à chaussettes dépareillées qui fait résonner sa voix parodi- quement nasillarde à la télé d\u2019État depuis 16 ans.« Je dirais simplement que le gars qui prend les photos a laissé son costume au vestiaire », précise le superhéros de l\u2019info.Ce sont en tout cas les mêmes obsessions qui animent les deux Jean-René Dufor t.Alors qu\u2019un récent épisode d\u2019In- foman présentait une entrevue avec le père du Stade olympique, Roger Taillibert, jouissive occasion de tancer la passion de l\u2019urbanisme montréalais pour l\u2019édifice en forme de boîte, le trublion radio-canadien s\u2019émeut à plusieurs reprises entre les pages de son deuxième livre devant la richesse architecturale des musées et autres bâtiments de la planète.«Combien vaut un \u201cWow!\u201d qui dure toute une vie?» se demande-t-il devant l\u2019escalier extérieur du Kodak Theater de Los Angeles, exemple parmi tant d\u2019autres dont le Québec pourrait tirer de fécondes leçons.« Je ne sais pas pourquoi on n\u2019a jamais trouvé ça important, le beau », s\u2019interroge en entrevue celui qui trimballe un appareil photo \u2014 jadis argentique, aujourd\u2019hui numérique \u2014 depuis l\u2019adolescence.«C\u2019est comme si on pensait que ce n\u2019est pas pour nous, le beau.Il y a aussi qu\u2019on saute souvent l\u2019étape \u201cy penser\u201d.On a quelque chose à construire, on s\u2019en rend compte à la dernière minute, faut le faire en panique, alors on le fait tout croche.L\u2019école, c\u2019est là où tu rencontres la société, et l\u2019hôpital, c\u2019est là où tu vas mourir, alors pourquoi on ne fait pas des écoles et des hôpitaux qui sont fonctionnels, et durables, et beaux, et trip- pants?Parce que nos hôpitaux, présentement, ils ne donnent pas le goût de mourir.» Un iPhone et une truelle à béton Bien qu\u2019il immortalise dans Mon œil ! l\u2019Homo politicus embrassant le ridicule à bouche que veux-tu (Denis Coderre qui joue au tennis), Jean-René Dufort penche souvent davantage du côté du doux-amer, voire du sérieux, en magnifiant le regard grave d\u2019enfants prisonniers de l\u2019horreur ou en captant sobrement la force de l\u2019humain qui af fronte l\u2019indicible (les réfugiés syriens à l\u2019île de Lesbos).Le trublion radio- canadien revendique-t-il ici pour autant le titre de photo- journaliste, alors que celui de journaliste lui a depuis longtemps été refusé ?« Je te laisse en juger », tranche-t-il, avant d\u2019ajouter : «Du temps de La fin du monde est à 7 heures, on était des bi- bittes dans le paysage journalistique.Tout le monde nous demandait : \u201cÊtes-vous Bernard Derome ou Les Bleu Poudre ?\u201d Aujourd\u2019hui, les modèles ont tellement éclaté que je suis devenu une bibitte assez classique.Pendant une conférence de presse, l\u2019autre fois, il y avait une fille qui faisait un reportage en direct devant un iPhone accroché sur une truelle à béton.Est-ce que c\u2019est ça, le journalisme maintenant, un iPhone accroché sur une truelle à béton?» Collaborateur Le Devoir MON ŒIL ! Jean-René Dufort Éditions La Presse Montréal, 2016, 216 pages ENTREVUE Le troisième œil de Jean-René Dufort Dans un deuxième recueil photographique, le clown se fait sensible devant l\u2019indicible RENCONTRE L\u2019autre nature de Sophie Thibault Par la photographie, la lectrice de nouvelles s\u2019éloigne du journalisme pour s\u2019approcher du beau ANDRÉ LAVOIE ICI RADIO-CANADA Derrière le clown journaliste se cache un photographe à l\u2019œil sensible.JEAN-RENÉ DUFORT ÉDITIONS LA PRESSE Un petit garçon dans les rues de Gaza SOPHIE THIBAULT Avec ce premier recueil de photographies, Sophie Thibault révèle une autre facette de sa personnalité publique.SOPHIE THIBAULT Un escalier à Melk, en Autriche PEDRO RUIZ LE DEVOIR Sophie Thibault L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 F 4 B E A U X L I V R E S des femmes et des peuples, contre les communauta- rismes\u2026 Une succession aussi d\u2019af firmations puisant dans le faste et le caractère festif et débridé de son temps.Dans ces années folles, ces «années sandwich», comme on les a appelées plus tard, entre deux sales guerres, l\u2019artiste de cabaret trouve rapidement sa place en débarquant en 1925 à Paris pour y présenter La revue nègre au Théâtre des Champs-Élysées et amorcer la construction de son mythe.Du modernisme primitif «Elle a été au bon endroit au bon moment, dit la dessinatrice en rappelant la participation de l\u2019artiste à l\u2019avènement du cubisme, de l\u2019ar t nègre, ou en évoquant ses rencontres avec Picasso ou Paul Colin, mais aussi avec Colette, Jean-Claude Brialy, Sacha Guitry, Jean Gabin\u2026 Il y avait de l\u2019ef ferves- cence dans l\u2019ar t, et Joséphine Baker a incarné cette modernité en jouant sur les codes du colonialisme, avec cette pointe d\u2019humour qui rapidement en a fait une coqueluche.» Sur scène, la chanteuse divertit en imposant un corps, des mouvements, une attitude, une voix qui font fi des conventions et des conformismes.En dehors des cabarets, elle poursuit son œuvre en devenant la première star noire internationale, en s\u2019imposant dans ses relations sociales comme une femme libre et émancipée, en s\u2019engageant politiquement.Sa modernité est poussée très loin, jusque dans un rapport délétère qu\u2019elle entretiendra avec l\u2019argent et la dette financière.Elle va en accumuler pour des millions de francs, malgré des sources de revenus phénoménales induites par ses tournées et sa réputation, qui lui ouvre les portes des grands palais du monde.Elle en perdra son château.Écrire l\u2019histoire Dans la France occupée par l\u2019horreur nazie, Joséphine Baker se met au service du général Charles de Gaulle et de la résistance.Elle chante pour les troupes alliées.Elle prend la parole à Washington en 1963 lors de la célèbre marche pour l\u2019égalité et les droits civiques de Martin Luther King.Plus tard, elle se porte à la défense du régime de Fidel Castro, dont elle deviendra une des intimes.Le Líder Máximo l\u2019invite d\u2019ailleurs sur son île en 1966, avec sa ribambelle d\u2019enfants qu\u2019elle baptise elle-même sa «tribu arc-en- ciel » : Luis, Aïko, Kofi, Mara, Stellina, Jean-Claude et les autres.Joséphine Baker aime Cuba, pays qui, selon elle, est le seul à rendre possible la fraternité entre Blancs, Noirs et Métis, «dans une harmonie raciale complète».Harmonie raciale complète?Quand on lui demande si, dans un présent troublé par des envies de réécrire les horreurs du passé, particulièrement dans une Amérique où les droits civiques, le respect, la tolérance sont fragilisés par la montée des populismes, son Joséphine Baker mériterait d\u2019être traduit en anglais, pour porter l\u2019esprit de l\u2019artiste dans le pays qui l\u2019a vue naître, Catel Muller se met à rire.«Bien sûr, et c\u2019est en cours, lance- t-elle.La traduction a été terminée il y a deux mois.C\u2019est notre combat, à José-Louis Bocquet et moi: on raconte des histoires pour faire passer des idées.Si on arrive à apporter, par notre travail, une petite pierre à l\u2019édifice de la tolérance, de la compréhension, de l\u2019humanisme, notre vie aura servi à quelque chose.» Au contact de Joséphine Baker, de sa mémoire, de sa proche intimité que ses enfants ont révélée à la dessinatrice et au scénariste, le risque de devenir comme elle n\u2019en devient visiblement que plus élevé.Le Devoir JOSÉPHINE BAKER Catel Muller et José-Louis Bocquet Casterman Bruxelles, 2016, 568 pages SUITE DE LA PAGE F 1 BAKER C A R O L I N E J A R R Y A vec Cartes postales et autre courrier, Hugues Cor riveau renouvelle l \u2019exploit d\u2019écrire un recueil de micro-nouvelles éblouissant par leur grand nombre, leur brièveté, et la contrainte de leur thème central unique, celui des car tes postales.Les quelque 75 nouvelles, d \u2019environ une pet i te page chacune, se distinguent en outre par la multiplicité de lieux, d\u2019époques et de sujets abordés en sous-thèmes.On sent d\u2019emblée le plaisir que Cor r iveau a eu à les écrire.Auteur d\u2019une trentaine de livres de tous genres (essais, romans, poésie, nouvelles) et critique de poésie pour Le Devoir, il a souvent dit que le style est sa priorité et il le maîtrise bien.Les nouvelles se suivent sur les pages à un r ythme endiablé, cour tes, énergiques, presque bondissantes.La langue est directe, sans fioritures, sûre d\u2019elle- même.Le ton est le plus souvent ludique et ironique, parfois car rément drôle, avec quelques r uptures çà et là pour verser plus rarement vers l\u2019émotion.Comme dans ses recueils de nouvelles précédents, celui-ci est sous-divisé en thèmes, dont histoires étranges, en famille, histoires d\u2019enfants, énigmes.Chaque nouvelle se penche sur le rapport étonnant, voire fantaisiste, des personnages avec des car tes postales, leurs images belles ou laides, leurs textes puissants ou insignifiants, leur contenu historique ou sentimental, leur nature tangible, parfois presque magique, qui traverse non seulement l\u2019espace, en voyageant, mais aussi le temps, en réapparaissant 60 ou 100 ans plus tard.Défile une galerie de personnages colorés qui les écrivent, les reçoivent, les attendent en vain ou même les volent! Une postière cleptomane On a ainsi droit à une postière qui dérobe à leurs destinataires les car tes postales qui lui plaisent le plus, et qui s\u2019est constitué chez elle une véritable exposition de cartes si belles qu\u2019elle décide de ne pas voyager, « persuadée que le monde ne pourrait pas être aussi resplendissant qu\u2019ici, sur ses murs ».Ailleurs, une mère et son fils héritent d\u2019un obscur cousin du sud des États-Unis d\u2019un cof fre rempli de car tes postales de lynchages de Noirs et se demandent avec effroi que faire de cette sinistre collection qui vient rappeler avec toute la force des photographies une époque de grande violence raciste organisée.Une autre carte postale écrite en 1880 par une ouvrière québécoise quasi analphabète, travaillant dans une usine américaine de textile, est conservée par sa fille (qui ne reverra jamais sa mère) comme un talisman sacré.Une des plus délicieuses, Les vacances de Monsieur Blum, raconte comment le président français Léon Blum, ayant fait passer en 1936 la loi octroyant deux semaines de congé annuel payé pour tous les travailleurs, avait reçu cet été-là des milliers de cartes postales de travailleurs reconnaissants, expédiées des quatre coins de la France.« Ainsi, arrivèrent au palais de l\u2019Élysée des cartes postales émouvantes qui relataient en peu de mots la satisfaction du changement, l\u2019émotion vive qui s\u2019en dégageait [\u2026 ] : \u201cj \u2019ai enfin pu prendre le train pour la première fois\u2026 \u201d [\u2026] \u201cj \u2019ai découver t que mes enfants aimaient jouer\u201d.» La chute de cette nouvelle ?Quand on annonça au président Blum que des cartes postales ar rivaient de par tout pour le remercier\u2026, « il était au travail ».Toutes les nouvelles ne sont pas de la même force ; certaines, parmi les histoires d\u2019enfants notamment, paraissent plus faibles.Mais on se délecte de l\u2019imagination d\u2019Hugues Cor- riveau, qui fait de ces cartes postales un riche matériau.Collaboratrice Le Devoir CARTES POSTALES ET AUTRE COURRIER ?Hugues Corriveau L\u2019Instant même Montréal, 2016, 176 pages FICTION QUÉBÉCOISE Au petit bonheur des fragments épistolaires Cartes postales et autre courrier d\u2019Hugues Corriveau pose un ensemble éblouissant de micro-nouvelles C H R I S T I A N D E S M E U L E S E n plein hiver, elle avait mis le feu à une montagne de meubles et de souvenirs sortis de son chalet des Cantons-de-l \u2019Est.Puis elle avait roulé longtemps avant de s\u2019arrêter sur l\u2019accotement de la 389, quelque par t au nord de Baie-Comeau, s\u2019enfonçant par la suite à pied dans la forêt.Comme un animal blessé.En suivant les traces de pas dans la neige, on l \u2019a retrouvée mor te de froid, au bord d\u2019un lac.Pour son fils, il n\u2019y a rien à comprendre.Est-ce un suicide ou un accident ?« Ma mère avait été et resterait un mystère.» Musicien au milieu de la vingtaine, drop-out, le narrateur de S\u2019en aller, le premier roman de Francis Rose, va aussitôt entreprendre avec son père le voyage pour aller « la chercher » et s\u2019occuper ensemble des formalités.Entre Montréal et la Côte- Nord, le père et le fils vont ainsi se retrouver au cœur d\u2019une sorte de huis clos empoisonné.Deux personnages enfermés dans leur deuil, leurs fr ustrations, leurs silences, gonflés à bloc par leurs faillites intimes ou professionnelles \u2014 de père, de fils, d\u2019amoureux ou d\u2019artiste.Il sait peu de choses de sa mère, sinon qu\u2019elle avait autrefois suivi un amoureux aux États-Unis, connu ensuite une vague histoire d\u2019amour avec un Slovaque rencontré en Californie, avant de revenir à Montréal et d\u2019y ouvrir une librairie.S\u2019il lui semble un peu plus transparent, son père, prof de scénarisation et de cinéma, est peut-être au fond une plus grande énigme.Récit solide et tendu, faisant son chemin à coups de flashback, S\u2019en aller met ainsi dos à dos les histoires de ses parents \u2014 depuis longtemps séparés \u2014 comme une manière d\u2019opposer l\u2019imagination au vide, à l\u2019ignorance et à la douleur.« Dès qu\u2019on met des mots sur des événements, raconte le narrateur, ils deviennent fiction.Je ne discerne plus le vrai du faux, les souvenirs du temps présent et de ce qui reste à venir.[\u2026] Tout est histoire.Tout se raconte.La mémoire appelle le souvenir, le souvenir appelle la fiction.» Pendant tout le trajet, en silence dans la voiture ou dans un motel de Tadoussac où ils vont s\u2019arrêter pour la nuit, l\u2019atmosphère tourne vite à l\u2019 affrontement entre les deux hommes.«Cet homme que j\u2019aimais autant que je le haïssais me semblait avoir des pierres précieuses à la place du cœur.J\u2019avais peur d\u2019être comme lui, de devenir comme lui.Avec ses rides et son visage en vieux cuir tanné, ses tourments et sa façon de vivre dans la violence.» « Elle était si discrète, elle se fondait toujours dans le décor, comme une tache blanche sur un mur blanc.» Mais, tout en racontant de manière assez détachée l\u2019étrange disparition de sa mèr e , l e nar ra teur cherche sur tout en réalité à donner un sens à sa propre naissance.Est-il plus qu\u2019un simple trait d\u2019union entre ces deux personnes que tout semblait séparer ?« Ces êtres qui m\u2019avaient mis au monde, ces défricheurs m\u2019avaient laissé seul en plein cœur des fardoches et des souches, j\u2019allais devenir un enfant des maïs, j\u2019allais mal virer, j\u2019en étais certain.» Au moyen d\u2019une écriture visuelle et organique, Francis Rose ajoute une pierre dense à l\u2019édifice branlant des relations père-fils en littérature québécoise, où des générations d\u2019hommes taiseux ont alimenté un non-dit qui finit toujours par leur exploser au visage \u2014 dans le sang, les larmes et les mots.Il reste que la plus grande des violences de ce roman est peut- être son premier acte: le sacrifice symbolique de la mère.Et c\u2019est cet effacement volontaire et impénétrable qui remet en mouvement les deux survivants de la cellule familiale.Roman de colère brute, qui fuit en bonne par tie l\u2019introspection, roman de mort et de renaissance («Écrire, c\u2019est mettre au monde et mettre à mort en même temps »), S\u2019en aller e s t a v a n t t o u t u n r o m a n d\u2019amour filial.Mais un amour pudique et blessé qui n\u2019ose pas vraiment dire son nom.Pas tout de suite.Collaborateur Le Devoir S\u2019EN ALLER ?1/2 Francis Rose Leméac Montréal, 2016, 200 pages PREMIER ROMAN De feu, de glace et de silence Dans S\u2019en aller, la mort énigmatique d\u2019une femme sert d\u2019amorce à un affrontement père-fils ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La plume sensible de Hugues Corriveau se penche sur les rapports étonnants, voire fantaisistes, que l\u2019on peut parfois entretenir avec des images.P H O T O M A G E O N T A G A B R A © B © E W N D N E W E E E E G E I M A G E E E E E E E I M A S ; © S ; © S S S S S S S S O J O F O T O J G / I S O C K / T O C G E T T Y M A G E I M A S P L U S S P L U S S S S S © W ; © W © W © W E S T E N D E S T E N D S T S 6 1 / G 6 1 / 6 E T T Y I T T Y M A G E S .P H O T O A U T E U R : © P A S C A L L I T O I T O Mais où « » se cache-t-il ?Dieu Albin Michel SOURCE CASTERMAN L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 F 5 Après Les Chaussures italiennes, l\u2019ultime roman d\u2019Henning Mankell.HENNING MANKELL « C\u2019est extrêmement touchant et prenant.» René Homier-Roy, Ici Radio-Canada Culture club © L i n a I k s e 368 pages 34,95 $ Les Bottes suédoises B E A U X L I V R E S C\u2019 est peut-être la neige qui s \u2019est mise enfin à tomber.Ou cette conversation d\u2019après-midi avec André Major pendant laquelle on a évoqué Oblomov, la grande salle du Conservatoire Tchaïkovski de Moscou et La faculté de l\u2019inutile de Iouri Dombrovki.Peut- être aussi la publication de ce gros volume des lettres d\u2019Anton Tchekhov qui m\u2019est arrivé la même semaine entre les mains?C\u2019est possible.Un peu comme la pluie qui s\u2019infiltre à travers un toit qui coule , la nosta lg ie prend tous les chemins pour se faire entendre.Mais en attendant de pouvoir retourner en Russie, une question ne me lâche plus.Pourquoi a-t-on vu émerger en Russie, en seulement une petite centaine d\u2019années, des monuments de la littérature universelle à la hauteur de Pouch- kine, Gogol, Lermontov, Tols- toï, Dostoïevski, Tchekhov, Blok ou Akhmatova?On pourrait croire à une sorte de miracle.André Markowicz, traducteur forcené de quelques monstres de la littérature r usse (29 volumes de Dos- toïevski seulement parus chez Actes Sud entre 1992 et 2002), nous fournit un début d\u2019explication dans Le soleil d\u2019Alexandre qu\u2019on réédite en poche, une anthologie poétique qu\u2019il a rassemblée et traduite à partir d\u2019un cercle d\u2019écrivains proches de Pouchkine.S\u2019il n\u2019avait pas été tué dans un duel stupide en 1837, Alexandre Pouchkine aurait aujourd\u2019hui 217 ans, dirait un Russe bien inspiré.La blague est un peu usée, mais elle illustre assez bien l\u2019attachement qu\u2019on por te là-bas à l\u2019auteur d\u2019Eugène Onéguine, qui va parfois jusqu\u2019à l\u2019absurde.L\u2019histoire d\u2019une génération Ce que fait entendre ce « Cercle de Pouchkine », estime Markowicz, est en réalité « une conversation destinée à devenir la base même de la culture russe».Ces textes lyriques du romantisme russe \u2014 pour la plupart inédits en français \u2014 racontent aussi en creux l\u2019histoire d\u2019une génération brisée par le coup d\u2019État raté du 14 décembre 1825.Nikolaï Ka- ramzine, Vassili Joukovski, Piotr Viazemski ou Lermontov, leurs poèmes vibrent de résistance à la tyrannie et d\u2019exil.La plupar t d\u2019entre eux, qu\u2019ils soient ou non « décem- bristes », vont mourir de mort violente, souvent loin, très loin de Saint-Pétersbourg et de Moscou.Grand rénovateur de la langue r usse, explorateur génial des formes (poésie, roman en vers, nouvelles), Pouchkine est hors catégo- r ie .« Alors qu\u2019en France , écrit André Markowicz, depuis au moins Rimbaud, la poésie se construit sur la rupture, sur l\u2019absence d\u2019une mémoire collective, en Russie, depuis cet te génération de poètes, depuis Pouchkine, la mémoire est , s inon le seul thème de la poésie, du moins un thème majeur.Dans un monde non humain, c\u2019est la langue et son expression absolue, la poésie, qui prennent en charge les valeurs fondamentales de l\u2019humanité, c\u2019est la poésie, qui, littéralement, permet de se sentir humain.» P o u r A n t o n Tc h e k h o v, Pouchkine est bien plus qu\u2019un poète en Russie : il est l\u2019air que l\u2019on respire.C\u2019est donc dire qu\u2019on retrouve un peu partout son influence dans Vivre de mes rêves, un choix des lettres écrites par l\u2019auteur de La cerisaie entre 1876 et 1904 \u2014 en r usse, sa correspondance complète fait douze volumes.Incubateur de son œuvre, bassin d\u2019anecdotes et de réflexions, ces 800 lettres à sa famille, à ses amis, à ses éditeurs (surtout à son grand ami Souvorine) fusent de partout.De Yalta, où « les femmes ont une odeur de crème glacée».De Moscou vers Saint-Péters- bourg.Depuis les rives du fleuve Amour, en compagnie d\u2019une prostituée japonaise, en route vers l\u2019île pénitentiaire de Sakhaline qu\u2019il s\u2019est mis en tête de visiter avant de continuer son voyage, pensait-il, vers le Japon et peut-être même l\u2019Amérique.Plus tard, on le voit suppliant à la blague sa femme, l\u2019actrice Olga Knipper (qu\u2019il appelle « toutou» ou «petit cheval »), de lui écrire : « Ou tu m\u2019écris tous les jours, ou tu divorces, pas de demi-mesure.» Dans l\u2019intimité de Tchekhov Les lettres nous le montrent sans l\u2019ombre d\u2019un doute : Tchekhov était un solitaire incapable de faire le vide autour de lui \u2014 par politesse, timidité ou abnégation.Il se venge parfois dans sa correspondance avec une ferveur qui étonne.Écrivains en herbe venus lui soumettre un manuscrit, lecteurs un peu trop collants, inconnus des deux sexes qui croient que ce petit vieux de 35 ans s\u2019ennuie : il distribue les coups.Mais autant i l vitupère contre les importuns dans ses lettres, autant il accepte de se donner jusqu\u2019à la toute fin : à des éditeurs qui le sollicitent, à tous les membres de sa famille omniprésente, aux amis qui s\u2019invitent, à des patients sans le sou (il était aussi médecin) et à la littérature elle- même.L\u2019œuvre de ce petit-fils de serf, élevé dans la crainte de Dieu à coups de fouet par son père, est nourrie d\u2019ennui provincial russe, de sensibilité à la nature et de sa propre exigence.Et si, contrairement à celle de Tolstoï, l\u2019œuvre de Tchek- hov ne cherche pas à nous enseigner quoi que ce soit, elle nous transmet une profonde humanité.Un regard rempli de douceur sur les êtres et les choses, une compassion qui se traduit en actes.Un désenchantement calme qui il lumine comme une première neige.Comme lorsque, dans Les trois sœurs, Tousenbach répond à Macha qui vient de lui demander si tout ça, la vie, avait un sens : « Un sens\u2026 Voici la neige qui tombe.Quel sens ?» LE SOLEIL D\u2019ALEXANDRE ?André Markowicz Actes Sud, «Babel » Arles, 2016, 672 pages VIVRE DE MES RÊVES LETTRES D\u2019UNE VIE ?Anton Tchekhov Traduites et annotées par Nadine Dubourvieux Robert Laffont, «Bouquins» Paris, 2016, 1120 pages Le miracle russe Cent ans à peine ont permis à la Russie de faire émerger des monuments de la littérature universelle CHRISTIAN DESMEULES FICTION AMÉRICAINE L\u2019HISTOIRE SECRÈTE DE TWIN PEAKS ?Mark Frost Traduit de l\u2019anglais par Éric Betsch Michel Lafon Paris, 2016, 359 pages Lors de sa télédiffusion en 1990, Twin Peaks étonna tout le monde.Créée par Mark Frost et David Lynch, cette série campée dans une ville imaginaire du nord-ouest de l\u2019État de Washington contait l\u2019enquête sur le meurtre d\u2019une adolescente, Laura Palmer.Affaire fort étrange.Phénomène à sa première saison, Twin Peaks s\u2019égara dans la seconde.Produit à la hâte pour le cinéma, un antépisode, Twin Peaks: feu marche avec moi, fit chou blanc.Depuis, pourtant, le mythe Twin Peaks n\u2019a fait que croître.Prévue pour 2017, la nouvelle saison imaginée par Frost et Lynch est presque aussi attendue que l\u2019était le nouveau Star Wars.Culture du produit dérivé étant, arrive en librairie L\u2019histoire secrète de Twin Peaks, un roman que Mark Frost a construit comme un dossier confidentiel.Entrelacs de documents divers (rapports du FBI, articles de journaux, etc.) colligés par un mystérieux archiviste, «TP», l\u2019ouvrage couvre 200 ans d\u2019histoire de la municipalité.Entre deux théories du complot émergent des événements troubles qui jettent un éclairage inédit sur la faune «excentrique» qui peuple Twin Peaks.Au passage, Frost en profite pour donner le fin mot sur certaines sous-intrigues laissées en suspens à l\u2019issue de la seconde saison.Passionnant mais laborieux, l\u2019ensemble intéressera surtout les inconditionnels.François Lévesque CINÉMA LA FACE CACHÉE D\u2019HOLLYWOOD ?1/2 Kieron Connolly Modus Vivendi Montréal, 2015, 224 pages.Des potins, en voulez-vous?En v\u2019là! Dans La face cachée d\u2019Hollywood, Kieron Connolly, auteur, journaliste et scénariste irlandais, retrace l\u2019histoire de la mecque du cinéma à travers ses scandales les plus notoires.Du procès de Fatty Arbuckle à celui de Roman Polanski, des caprices d\u2019Elisabeth Taylor aux délires de Mel Gibson, de la chasse aux sorcières à celle des pirates, en passant par l\u2019affiliation à la mafia, à peu près tout ce qui a fait les délices de la presse à scandales et des paparazzis se retrouve condensé en une longue suite d\u2019anecdotes croustillantes, sordides ou sulfureuses mille fois lues, vues ou entendues.De fait, si vous êtes le moindrement intéressé par le cinéma américain, sujet relégué à l\u2019arrière-plan au profit d\u2019histoires de mœurs, de crimes et de corruption, il y a de fortes chances que vous appreniez peu de choses en traversant cet album dont le traitement photographique laisse quelque peu à désirer.Si au moins Connolly avait du style! En effet, il faut être réellement friand de ce genre d\u2019ouvrage pour avoir envie de le dévorer d\u2019un couvert à l\u2019autre tant la plume du scribouillard se fait anonyme (doit-on blâmer le traducteur?)\u2026 et tant tous ces récits de starlettes mortes avant l\u2019heure finissent par se ressembler.Tout au plus saluerons-nous la volonté de Connolly, tout de même diplômé en histoire et en cinéma, de brosser un tableau exhaustif du monde pas toujours merveilleux du strass et des paillettes.Manon Dumais WIKIMÉDIA Dostoïevski croqué par l\u2019artiste Vasily Perov en 1832 Albin Michel LE PLUS INTELLIGENT DES BEST-SELLERS «Le peintre Levitan est mon hôte.Hier soir nous sommes partis ensemble à l\u2019affût.Il a tiré une bécasse ; celle-ci, touchée à l\u2019aile, est tombée dans une flaque.Je l\u2019ai relevée : un long bec, de grands yeux noirs et un plumage magnifique.Elle nous regarde, étonnée.Qu\u2019en faire?Levitan esquisse une grimace douloureuse, il ferme les yeux et, avec un trémolo dans la voix, me dit : \u201cMa colombe, frappe-lui donc la tête contre la crosse de ton fusil\u2026\u201d Je lui réponds : je ne peux pas.Il continue à hausser nerveusement les épaules, avec des tressaillements de la tête et persiste.La bécasse continue à nous regarder, toujours étonnée.Il fallut obéir à Levitan et la tuer.Il y eut ainsi sur terre une belle créature amoureuse de moins, tandis que deux nigauds rentraient à la maison et s\u2019attablaient pour le dîner.» Tchekhov, lettre à Souvorine, le 8 avril 1982. S Y L V A I N C O R M I E R C\u2019 est à la page 145, consacrée à la chanson Stupid Girl, telle qu\u2019enregistrée par les Rolling Stones du 6 au 9 mars 1966 dans les studios RCA d\u2019Hollywood.Un encadré, sous la rubrique « À vos écouteurs», nous dit ceci : «On entend à 1\u201958 un clic qui annonce que Keith change de position de micro sur sa guitare pour exécuter son solo à 2\u201902.» Le saviez-vous ?Teniez-vous mordicus à le savoir ?Le degré monomaniaque de l\u2019information vous procure-t-il un moment d\u2019extase tel que vous vous précipitez sur votre vinyle de l\u2019album Aftermath pour vérifier ?Rigolez-vous en douce ?De vos réponses dépend l\u2019achat.Vous faut-il Les Rolling Stones \u2013 La totale.Les 340 chansons expliquées ?Soit cette brique de 704 pages \u2014 cette somme ! \u2014 vous assommera, soit elle deviendra dans votre bibliothèque rock la pierre (qui roule) sur laquelle votre église est bâtie.« Totale » n\u2019est pas ici un vain mot : les auteurs Philippe Margotin et Jean-Michel Gueston ont déjà signé Les Beatles \u2013 La totale et Bob Dylan \u2013 La totale.Leur méthode éprouvée : tout colliger.Autour de chacune des chansons enregistrées et mises en marché officiellement par l\u2019ar tiste, faire le tour de tout ce qui a été écrit, raconté, colporté.Des dizaines et des dizaines d\u2019entrevues, de biographies, de travaux d\u2019exégètes.Pour les Stones, quelque 150 ouvrages ont ainsi fourni le gros du matériel.À commencer par l\u2019extraordinaire autobiographie de Keith Richards et les diverses déclinaisons des souvenirs plus que précis de Bill Wyman \u2014 le taciturne bassiste qui tint le journal quotidien des activités du groupe.Livres de première main que le fan lambda possède déjà.Parmi d\u2019autres.Mais pas tous les autres.C\u2019est l\u2019intérêt de cette totale : le cumul des sources.Des faits s\u2019avèrent, des rumeurs sont déboutées, et quand on n\u2019est pas sûr, on utilise le conditionnel.Par exemple, la chanteuse Carly Simon, dans une entrevue de 2001, se montra «surprise» de ne jamais avoir reçu son dû pour Till the Next Goodbye (de l\u2019album It\u2019s Only Rock\u2019n\u2019Roll, paru en 1974) : ce serait de Mick Jagger et d\u2019elle, les paroles.Elle seule l\u2019af firme.Ça mérite à tout le moins mention, sous caution.Ce qui est dif férent des commentaires croisés de Keith et d\u2019un Mick Taylor, guitariste soliste des Stones de 1969 à 1975, à propos de la chanson Time Waits for No One : on peut dire qu\u2019on a l\u2019heure juste.Abondance et clarté Chaque album bénéficie d\u2019un texte fouillé, avant d\u2019y aller chanson par chanson.Contexte d\u2019époque, chapitre correspondant de l\u2019histoire du groupe, luxe de détails sur la conception de la pochette, les particularités du son, et même les instruments utilisés.Ingénieurs de son, arrangeurs, réalisateurs, de Jack Nitzsche à Jimmy Miller, ont leurs pages.Et chaque chanson est «expliquée», dans la mesure où une chanson peut l\u2019être, en deux temps: genèse, puis réalisation.Quand deux versions d\u2019une explication ne sont pas réconcilia- bles, on donne les deux versions.Pourquoi la virgule dans le titre Paint It, Black ?L\u2019obsession du gérant Andrew Loog Oldham pour la ponctuation, disent les uns.Pour Keith, « [\u2026] c\u2019est une idée de Decca».Dif ficile d\u2019imaginer que quelqu\u2019un, quelque part, sache déjà tout ce que contient cette totale.Il s\u2019en trouvera pourtant qui ont fait le même travail que les auteurs, tout lu à leur seul profit.De quoi remplir une vie.Ce livre est destiné à tous les autres rollingsto- niens un peu initiés.Moi qui me considérais comme un fan d\u2019honnête niveau, je ne cesse d\u2019apprendre du neuf.L\u2019étiquette Rolling Stones Records a failli s\u2019appeler Panic Records.Le fabuleux solo de saxo de Bobby Keyes dans Can\u2019t You Hear Me Knocking est « une première prise, faite d\u2019un seul coup ».Marianne Faithfull a lancé sa propre version de Sister Morphine trois ans avant celle des Stones, sur un 45 tours vite retiré des bacs (coauteure, elle n\u2019obtiendra la mention qu\u2019en 1994).Et Ry Cooder joue de la mandoline sur Love in Vain.Je vous assure, ce n\u2019est pas rien.Mais tout n\u2019est pas là, forcément.Une totale n\u2019est jamais totale.On ne mentionne pas l\u2019apport de Gram Parsons \u2014 grand copain de Keith \u2014 à l\u2019écriture de Wild Horses, pas plus que l\u2019on attribue la sortie en catastrophe de Get Yer Ya- Ya\u2019s Out !, «le meilleur concert rock jamais gravé sur disque », à la propagation sous le manteau d\u2019un enregistrement non autorisé de la même tournée de l\u2019automne 1969, Liver than You\u2019ll Ever Be.C\u2019est aussi le plaisir de s\u2019offrir un tel pavé : on peut toujours essayer de taper dessus.Le Devoir LES ROLLING STONES \u2013 LA TOTALE LES 340 CHANSONS EXPLIQUÉES ?1/2 Philippe Margotin et Jean-Michel Guesdon Chêne E/P/A Hachette Paris, 2016, 704 pages B E A U X L I V R E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 F 6 Le 14 décembre prochain, La Pastèque vous convie à la Librairie Gallimard à partir de 17 h 30, en compagnie des auteurs de Louis parmi les spectres Fanny Britt & Isabelle Arsenault et de La ligne la plus sombre Alain Farah & Mélanie Baillairgé pour une rencontre et une discussion animées par Fabien Deglise, responsable des contenus littéraires au Devoir.F A B I E N D E G L I S E C\u2019 est le musicien Matthew Robert Fink \u2014 Dr Fink pour les intimes \u2014 qui raconte l\u2019anecdote : à Orlando, dans les années 1980, les potes de Prince lui proposent d\u2019aller visiter Disneyland.Il leur répond: « Allez-y, vous ! Amusez-vous bien.» « Je le revois encore assis sur le balcon de sa chambre d\u2019hôtel, sa guitare à la main», explique-t-il dans les pages de Prince, 1958-2016 (Gallimard).« À notre retour, il avait écrit When You Were Mine pour le troisième album.» La vie de Prince Rogers Nelson, alias Prince, parti trop tôt en avril dernier à l\u2019âge de 57 ans, était régie par une seule chose : la musique.Le journaliste britannique Mobeen Az- har, lui, a décidé d\u2019en révéler la dimension filmique avec cette biographie singulière qui raconte le Kid de Minneapolis, His Purple Majesty, par de nombreuses anecdotes livrées au fil des pages par ses amis, ses musiciens, ses proches collaborateurs, qu\u2019Azhar a très bien connus pour avoir été un des premiers journalistes à les faire parler d\u2019un homme qui protégeait jalousement son intimité.La chose s\u2019est jouée dans le cadre du documentaire Hunting for Prince\u2019s Vault, qu\u2019il a réalisé en 2015 pour la BBC.Le bouquin en est une sor te de produit dérivé, de réalité augmentée.« Ce livre n\u2019est pas une biographie de Prince, ni un ouvrage historique.Il est un recueil de conversations, explique le journaliste en guise d\u2019introduction.Ceux qui l\u2019ont connu m\u2019ont expliqué souvent qu\u2019il vivait sa vie comme si c\u2019était un film.» Les fragments d\u2019existence qu\u2019il rapporte ici en dévoilent ces petites scènes qui ont façonné la grande histoire, scènes que les adorateurs de l\u2019illustre personnage, dans le culte détail, ne devraient pas détester.«Je n\u2019ai jamais vu quelqu\u2019un capable de tenir un tel rythme de travail, de créativité », expose Alan Leeds, responsable de tournée, en se remémorant l\u2019enregistrement de la chanson Lovesexy au s t u d i o d e P a i s l e y Park, centre névralgique de l\u2019univers musical de Prince.«Il arrivait le matin, relevait son courrier, parlait business s\u2019il le fallait, puis s\u2019enfermait dans le studio avec des paroles écrites la veille au soir.Vers 17 ou 18 heures, il m\u2019appelait : \u201cÇa te dirait d\u2019écouter un morceau?\u201d Il montait toujours le son au maximum.Il était impossible de s\u2019entendre ou d\u2019ignorer la musique : on la ressentait jusque dans les tripes.» Surdoué.Exigeant.Perfectionniste.Visionnaire\u2026 Les qualificatifs posés sur Prince de son vivant étaient nombreux, sans réelle possibilité d\u2019en conserver des preuves objectives, l\u2019homme n\u2019ayant jamais accepté que des journalistes enregistrent ses propos.Il est parti enveloppé dans le voile de mystère qu\u2019il avait lui-même imposé à tous.Un mystère qu\u2019éclairent ces petits bouts d\u2019existence, sans toutefois révéler l\u2019entièreté du puzzle.Le Devoir PRINCE 1958-2016 ?1/2 Mobeen Azhar Gallimard Paris, 2016, 144 pages Prince, le film de sa vie Le journaliste Mobeen Azhar laisse les anecdotes des proches du chanteur éclairer une partie de son mystère Tout (presque trop) sur les Rolling Stones La totale offre un degré monomaniaque d\u2019information sur 340 chansons SOURCE HACHETTE PAUL NATKIN GETTY Le guitariste des Stones, Keith Richards, à la fin des années 1980 GALLIMARD Prince devant son bolide purple, en 1999 C\u2019est l\u2019intérêt de cette totale : le cumul des sources.Des faits s\u2019avèrent, des rumeurs sont déboutées, et quand on n\u2019est pas sûr, on utilise le conditionnel. B E A U X L I V R E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 F 7 Y A N N I C K M A R C O U X T ierno Monénembo, prolifique auteur gui- néen, est l\u2019un des monuments de la littérature du continent africain.Son œuvre, plusieurs fois auréolée \u2014 notamment du prix Renaudot en 2008 \u2014, soumet ses personnages à l\u2019errance et à l\u2019exil, dans des univers oppressants.Celui qui, à 22 ans, quitta la dictature de son pays pour rejoindre le Sénégal à la marche, sur plus de 150 kilomètres, nous offre aujourd\u2019hui son dernier roman, Bled, récit d\u2019une femme ostracisée qui entreprend une longue fuite à pied.Le bled, c\u2019est Aïn Guesma, ville algérienne qui, depuis l\u2019arrivée des «barbus de la place des Chameaux», bat au rythme lent et austère de la religion.Ce sont les femmes qui subissent, plus que quiconque, les politiques du nouveau régime: «Il imposa le port du voile et le jeûne.Il jeta les bijoux, le rouge à lèvres et le henné.Il interdit de regarder à travers la fenêtre, d\u2019écouter la musique et de suivre la télé.» C\u2019est dans cet univers terne qu\u2019a grandi Zoubida, narratrice du roman, étouffée dans un nid familial où Papa Hassan et Maman Asma coulent leur existence triste, «par habitude, par flemme, par peur de déranger quelque chose dans le vieil ordre de l\u2019univers».Deux rencontres vont troubler sa routine résignée.Celle d\u2019Alfred, découvert presque mort au volant de sa voiture, qui va l\u2019aider à entrevoir un autre monde, ludique et excessif : «Tes dieux sont toujours saouls.C\u2019est par des libations et par la baise que tu accèdes au ciel.Moi, par la prière et le jeûne.» Et puis Salma, nouvelle collègue de classe venue de France, dont l\u2019esprit libre, rebelle, force les ornières de sa nouvelle amie.Dans la foulée de ses questionnements iden- titaires, Zoubida fricote avec un Breton, s\u2019attire les foudres des moralistes, puis s\u2019enfuit vers un destin tragique qui va la jeter dans les bras d\u2019un bourreau, puis derrière des barreaux, où, ironiquement, elle va finalement trouver sa liberté.La langue de Monénembo y est vivante, soutenue par un style qui se refuse aux détours, mais qui peine à nous emporter.Résiliente devant les épreuves et inspirée par l\u2019altérité, Zoubida rayonne, mais les rencontres qui marquent son parcours semblent parachutées ex nihilo.Le roman se présente ainsi comme un conte qui, au détour de considérations morales et philosophiques, défend la liberté.Certains personnages y sont désincarnés.L\u2019ode à la littérature et à une humanité unie, par-delà les frontières nationales, culturelles et religieuses, est finalement mièvre.Cela étant, même si l\u2019auteur guinéen entame la fluidité du récit par l\u2019insistance de son commentaire, il nous offre ici un voyage courageux dans un univers bien campé.Tandis que l\u2019étau religieux se referme sur les liber tés individuelles, la croisade d\u2019une femme contre la violence ordinaire est inspirante et nous rappelle à tous les possibles.Zoubida, chassée de son passé, soumise à l\u2019insécurité des routes et finalement incarcérée, accède néanmoins à sa souveraineté.Dans cet avenir qui n\u2019appartient encore à personne, Monénembo tend ainsi une perche à ceux qui y cherchent la liberté.Collaborateur Le Devoir BLED ?Tierno Monénembo Seuil Paris, 2016, 199 pages FICTION AFRICAINE Croisade sur les chemins de l\u2019ignorance Monénembo raconte l\u2019épopée d\u2019une femme qui se libère d\u2019une éducation fossilisée F A B I E N D E G L I S E On le savait engagé, subversif, allégorique, pessimiste, outré par l\u2019asservissement des hommes\u2026 En vieillissant, le Nobel de littérature de la cuvée 2003, l\u2019écrivain sud-africain John Maxwell Coetzee, devient aussi de plus en plus nostalgique.Ces Trois histoires (Seuil) courtes donnent d\u2019ailleurs la pleine mesure de cette inclination en laissant la force et la lumière de sa plume caresser l\u2019esprit de lieux que la modernité ou l\u2019ambiguïté finissent par rendre évanescents.L\u2019ensemble est subtilement chagrin, mais reste toujours aussi délicieusement empreint d\u2019espoir.La mélancolie des espaces bâtis, c\u2019est par La maison d\u2019un écrivain dans la cinquantaine qui s\u2019est installé dans un village de l\u2019Espagne, alors aux prises avec une crise économique, que Coetzee réussit à l\u2019attraper, dans cette nouvelle d\u2019ouver ture qui raconte l\u2019étrange rapport que les humains peuvent entretenir avec les choses.« Il veut avoir avec cette maison dans un pays étranger une relation humaine, écrit-il, si absurde que puisse paraître l\u2019idée d\u2019une relation humaine avec de la pierre et du mortier.» Sensible, lucide et éclairé, c\u2019est avec une grande justesse qu\u2019il sonde ici la part de l\u2019humain dans les objets inanimés, tout en laissant ses mots s\u2019avancer sur la fragile frontière de l\u2019intangible et sur la réelle signification des constructions symboliques qui façonnent aussi le monde, pour le meilleur comme pour le pire, a-t-il établi en 1987 dans En attendant les barbares (1987).L\u2019immatériel qui incarne le quotidien, les fictions collectives qui orientent les réalités, Coetzee en avait fait d\u2019ailleurs le cœur de son discours de réception du Nobel, qu\u2019il reprend ici dans Lui et son homme, récit à l\u2019assemblage atypique d\u2019une correspondance entre Robinson Crusoé, installé à Bristol, et un homme qui, depuis Londres, lui raconte les ravages de la peste.Le contexte est aussi étrange que singulier, la forme est saisissante, mais ils nourrissent le questionnement de Coetzee sur les apparences, sur ces mondes imaginaires auxquels carbure la création littéraire.« Il lui semble maintenant qu\u2019il n\u2019existe dans le monde qu\u2019une poignée de récits ; et si on interdit aux jeunes de pirater les anciens, il leur faut alors à jamais garder le silence», écrit-il, dans ce livre à la densité paradoxale qui s\u2019abreuve aux marottes de l\u2019auteur de Disgrâce, Au cœur de ce pays et Journal d\u2019une année noire, à commencer par la critique de la quête aveugle de richesse qui détruit autant les terres que l\u2019authenticité.Coetzee transpose cette préoccupation dans La ferme.La nouvelle relate la visite de la région du Karoo, en Afrique du Sud, en compagnie d\u2019amis américains à qui il va, par l\u2019entremise de son narrateur, exposer le drame du tourisme et de la consommation de masse sur ce territoire rural.Historiquement incarné par ses habitants et leur courage, l\u2019endroit est désormais une zone dédiée à l\u2019aventure safari, l\u2019aventure africaine, gérée à distance par des propriétaires qui n\u2019y habitent même plus.« Tu sembles amer », lui demande son ami.«L\u2019amertume d\u2019un amour déçu.J\u2019aimais ce pays», répond-il.«Il est tombé entre les mains des promoteurs, ils ont changé son aspect, lui ont ravalé la façade et ils l\u2019ont mis sur le marché.» Trois histoires, c\u2019est aussi Coet- zee en deux mots : mélancolique et lumineux.Le Devoir TROIS HISTOIRES ?1/2 J.M.Coetzee Traduit de l\u2019anglais par Catherine Lauga du Plessis et Georges Lory Seuil Paris, 2016, 70 pages NOUVELLES SUD-AFRICAINES L\u2019esprit des lieux En trois histoires courtes, J.M.Coetzee laisse sa plume saisir l\u2019évanescence d\u2019un monde en mutation G U Y L A I N E M A S S O U T R E O n est à Kinshasa, devant la scène du cercle Sony Labou Tansi.Un danseur s\u2019avance, porté par 4.48 Psychose de Sarah Kane, dieu dansant nietzschéen dans une atmosphère d\u2019apocalypse.Cette histoire de suicide résonne tel un avertissement.Un peu plus tard, on est à Istanbul, et on va encore quitter cette ville ensorcelante pour rejoindre Paris, puis Marseille, avant que le trajet prenne forme et signification en sens inverse.Ce récit autobiographique, marqué du sceau de l\u2019émotion et de la mort, Valérie Manteau l\u2019intitule Calme et tranquille, hommage paradoxal à Noir Désir sur fond de drame.La narratrice vit un premier deuil de l\u2019enfance, qui la renvoie, jeune critique littéraire à Charlie Hebdo, à la joie incompressible de ses amis Charb, Wolinski, Tignous, Reiser, Riss, Val, Maris, Pelloux, Cayat, Mustapha, Gébé et les autres.Quels bons enfants, aux entreprises périlleuses ! Valérie Manteau compte sur ces journalistes, dessinateurs insolents et liber taires, qui rient de tout à Charlie Hebdo, pour narguer le sérieux du monde.Plusieurs générations y ont choisi de passer au crible du sarcasme et du rire les têtes politiques, les juifs, les chrétiens, les musulmans, leurs propres mor ts : « Une énergie vitale, une tape dans le dos des spectateurs happés par la fascination morbide, hypnotisés par les images qui tournent en boucle sur toutes les télés et dont personne ne relève l\u2019obscénité », écrit-elle pour décrire leur action.Portée par la joie communicative et potache du groupe, elle se range avec eux derrière l\u2019adage de Beckett : « Il n\u2019y a rien de plus drôle que le malheur.» Elle ne dessine pas, mais milite plutôt dans une association d\u2019actions féministes nommée La Barbe.Même à Charlie, il y a assez de machos pour les trouver consternantes et «pas drôles ».De la radicalisation En janvier 2015, l\u2019incroyable tragédie se produit, quand la tuerie éclate au journal.Valérie habite alors Marseille, où elle essaie de démêler son désir d\u2019humour noir, sa rage sacrée et ses pulsions vitales, où sa vie s\u2019engouf fre et s\u2019enlise.Déjà, l\u2019obsession et le désespoir la tenaillent.Il y a bientôt l\u2019amant turc d\u2019Istanbul, qui va relancer à sa manière amoureuse, parfois brutale, l\u2019engagement et le combat d\u2019idées.En Turquie, c\u2019est plus dangereux qu\u2019à Paris, enfin à Charlie ; au vu de la somme et de la nature des lettres de menace, on sait que rire équivaut à longer un précipice effrayant.Valérie raconte les fêtes avec ceux de Charlie.À Paris.Au Salon du livre de Brive.Les blagues d\u2019andouilles.L\u2019affaire des caricatures danoises, les coups de gueule avec Libé.Et puis soudain, un matin banal, tout est fini, avalé.Charb est mort.Et les autres baignent dans leur sang.«La même horreur, incompréhensible magna de langue inhumaine au milieu des corps.» À Paris, elle plonge dans l\u2019af fairement de l\u2019horreur, entre la solidarité et le deuil.Le trauma lui est tombé dessus, non sans s\u2019être annoncé ; la folie s\u2019installe en elle, tandis que s\u2019impose aussi la fameuse couverture de Luz : «Tout est pardonné».Elle trace la tristesse infinie et la drôlerie épatante pendant les enterrements.Elle dépose son offrande littéraire, ce livre de douleur immense, marqué par l\u2019envie d\u2019en finir avec toute cette absurdité, et malgré tout la résilience d\u2019écrire encore.Istanbul redevient le phare, et le couple interdit par les lois et obligations de visas se reforme dans le déchirement grandissant de la politique turque.Des pages sensibles relaient l\u2019angoisse des intellectuels, des libéraux, des artistes de ce pays au bord de la guerre civile, livrés à une répression sans merci.On y vit les nuits sombres.Est-ce la fin d\u2019un monde, cette ville si belle quand on la descend vers le Bosphore, cette pente aussi de la défenestration qui appelle la jeune femme, vers le noir désir de se sentir enfin calme et tranquille ?Collaboratrice Le Devoir CALME ET TRANQUILLE ?Valérie Manteau Le Tripode Paris, 2016, 196 pages AUTOBIOGRAPHIE Merde ! Charb est mort.Valérie Manteau saisit l\u2019insolence de Charlie Hebdo pour narguer le sérieux du monde Valérie Manteau SEYLLOU DIALLO AGENCE FRANCE PRESSE Tierno Monénembo tend une perche à ceux qui cherchent la liberté.MARIUSZ KUBIK DOMAINE PUBLIC L\u2019écrivain sud-africain John Maxwell Coetzee J E A N D I O N A lors qu\u2019 i l était encore tout jeune, la vie de sir Paul Smith a basculé deux fois.D\u2019abord à 11 ans, quand son père lui of frit un vélo de course pour son anniversaire.Il développa aussitôt une passion folle pour le cyclisme de compétition et rejoignit le Beeston Road Club de Nottingham, sa ville natale, à un membre duquel la monture avait été achetée.Il ambitionnait à ce point de devenir coureur professionnel \u2014 même si « ce n\u2019est pas un métier », lui avait dit le paternel \u2014 qu\u2019il quitta l \u2019école à 15 ans pour se consacrer au spor t.Puis, à 17 ans, i l vit son rêve s\u2019envoler en fumée : un grave accident à l\u2019entraînement sur route l\u2019envoya à l\u2019hôpital pour trois mois et mit fin à ses aspirations.Par chance, il parla à un autre patient et se mit à fréquenter un bar où se rencontraient des étudiants en stylisme.Il s\u2019inscrivit lui-même à des cours et est aujourd\u2019hui devenu un très grand créateur de mode avec une touche particu- l i è r e , don t l \u2019 un des f a i t s d\u2019armes aura été de populariser pratiquement à lui tout seul le sous-vêtement de type boxer dans les années 1980.Comptant maintenant plus de 300 boutiques à travers le monde, il définit sa marque comme étant «une rencontre entre Sa- vile Row [l\u2019avenue de Londres réputée pour ses tailleurs] et Mr.Bean».Son travail original lui a valu d\u2019être anobli par la reine Elizabeth en 2000.Mais si le vélo l\u2019a lâché, Paul Smith n\u2019a jamais lâché le vélo.Et à défaut d\u2019avoir pu disputer le Tour de France ou le Milan- San Remo \u2014 de toute manière, dit-il, il doute qu\u2019il aurait pu connaître une carrière étincelante \u2014, il a monté une collection impressionnante d\u2019objets divers liés à la discipline, au point d\u2019en faire, à 70 ans, un grand livre abondamment (c\u2019est un euphémisme) illustré qui constitue pour l\u2019essentiel un long message d\u2019amour.Mon album du cyclisme allie les deux préoccupations de Smith : la vie passée à aller très vite sur deux roues et l\u2019esthétisme.Et si le tout est empreint d\u2019une nostalgie certaine, l\u2019auteur dit avoir cherché à donner à son bouquin une facture résolument moderne, notamment en jouant des couleurs pour mettre en valeur des images qui sont en bonne partie en noir et blanc puisqu\u2019on remonte fréquemment aux années 1950, 1960 et 1970.Des images, des photos, des peintures, des pages de journaux et de magazines qui évoquent quoi ?Les héros du cyclisme d\u2019antan, de Fausto Coppi à Eddy Merckx en passant par Jacques Anquetil.L\u2019apparence des coureurs, leur « look », qui a toujours intéressé Paul Smith.Les grandes compétitions.Les vélodromes.Les maillots, que l\u2019auteur possède en quantité industrielle et que les cyclistes lui ont souvent of ferts.Et, bien sûr, les bécanes, que Smith étale un peu partout, jusque dans son bureau de Londres.Smith raconte qu\u2019un élément qui l\u2019a fasciné dans sa jeunesse était que les cyclistes portaient des inscriptions sur leur uniforme \u2014 déjà, le designer n\u2019était pas loin.À l\u2019époque, ils étaient les seuls sportifs à le faire, mettant en évidence leurs commanditaires.Smith n\u2019avait aucune idée de ce que pouvaient être St Raphaël ou Peugeot, mais cela le séduisait.Or, en 2013, il a pu boucler la boucle lorsque les dirigeants du Tour d\u2019Italie lui ont demandé de concevoir les maillots des meneurs aux différents classements de l\u2019épreuve.En prime, ces maillots ont reçu la bénédiction officielle du pape François.En fin de compte, Mon album du cyclisme invite à un périple dans le temps et l\u2019espace , en compagnie d \u2019un guide qui vous dirait qu\u2019au fond, la destination, c\u2019est le voyage lui-même.Le Devoir MON ALBUM DU CYCLISME ?Paul Smith et Richard Williams Arthaud Paris, 2016, 240 pages B E A U X L I V R E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 F 8 Lecture publique Série Poètes des cités VOIX AUTOCHTONES AU CŒUR DU TERRITOIRE Une soirée où on explorera l\u2019âme, le cœur et la langue de Montréal avant sa naissance, il y a 375 ans.AVEC Joséphine Bacon, Naomi Fontaine, Louis-Karl Sioui et Jean Sioui MUSIQUE ET CHANT Andrée Lévesque Sioui LE MARDI 14 DÉCEMBRE À 19 H À l\u2019Auditorium de la Grande Bibliothèque 475, boulevard De Maisonneuve Est, Montréal Berri-UQAM PARTENAIRE MÉDIA EN COLLABORATION AVEC P h o t o : i S t o c k p h o t o La vie sur deux roues Sir Paul Smith raconte une vie à pédaler et l\u2019esthétisme qui en découle M I C H E L B É L A I R Erik Winter ne va pas bien\u2026 et le monde dans lequel il vient de se replonger ne fait rien pour arranger les choses.Le commissaire imaginé par Ake Edwardson en est déjà à sa deuxième enquête depuis qu\u2019il est revenu de deux années de convalescence au soleil avec sa petite famille après avoir échappé à la mort de justesse.Angela et les filles sont restées en Espagne et lui a repris son appar tement dans le centre-ville de Göteborg.L e c o m m i s s a i r e Winter n\u2019a pas trop changé : il continue à ne plus fumer, il a toujours un faible pour John Coltrane et il cultive encore son penchant immodéré pour le whisky hors de prix.Signe que tout craque pour tant sous la surface, il s\u2019est mis à écouter du Michael Bolton\u2026 L\u2019affaire qui l\u2019attend est sordide, comme d\u2019habitude.Un homme est retrouvé dans un champ, la tête dans un sac de plastique, le pantalon rabattu sur les genoux et la lettre R, grossièrement peinte en noir sur un grand carton, épinglée au col de sa chemise.Il y aura bientôt deux autres cadavres, un « I » et un « A ».Puis même un « O ».Dans le même attirail , toujours, et dans des lieux isolés non loin de l\u2019ancienne banlieue de Marconi Park, sauf un meurtre, signé aussi, commis à S t o c k h o l m s u r l e même modèle.Winter et son équipe devinent la vengeance qui se cache sous tout cela.Le malheur aussi, et le désespoir mêlé au désarroi.Après de multiples tâtonnements, qui les pousseront comme d\u2019habitude jusqu\u2019à leurs propres limites, ils arriveront à élucider l\u2019énigme avant que le compte (avec le «M» de Marconi) soit complet.Comme dans les douze autres enquêtes d\u2019Erik Winter, c\u2019est l\u2019écriture lucide et introspective d\u2019Edwardson \u2014 en plus, bien sûr, du regard jeté sur le monde par son élégant commissaire \u2014 qui séduit encore une fois: peu d\u2019auteurs ont cette sensibilité à fleur de peau et cette conscience aiguë de la transformation profonde du monde dans lequel nous vivons.Sauf que la dégaine de Winter est de moins en moins fluide.Même qu\u2019il fait preuve ici d\u2019une sorte de « désespoir élégant » qui ne trompe personne et qui s\u2019apparente beaucoup plus au « quiet desperation » chanté par David Gil- mour\u2026 qu\u2019à Michael Bolton.Un inestimable cadeau Il n\u2019y a pas vraiment de lien entre Ake Edwardson et John le Carré.Sauf l\u2019élégance, peut- être, et cette petite touche de désespérance qu\u2019implique leur regard sur le monde.Ce livre touffu racontant des morceaux épars de la vie de David Cornwell \u2014 qui se «cache» depuis toujours sous le nom de John le Carré \u2014 peut facilement se lire comme un testament.Sauf que le Carré que tout le monde connaît atteint ici le sommet de son art \u2014 ce qui est rare dans le cas des vrais testaments, avouons-le \u2014 pour nous livrer un témoignage touchant sur ce qu\u2019il appelle « les histoires» de sa vie.Ceux qui connaissent John le Carré savent déjà à quel point c\u2019est un auteur remarquable ; cer tains le placent même parmi les écrivains majeurs du XXe siècle.Son élégance, on l\u2019a dit, sa grande culture et son sens aigu de l\u2019observation et du détail font de lui un écrivain raffiné maniant tous les styles avec aisance : La constance du jardinier, L\u2019espion venu du froid, Le chant de la Mission et bien d\u2019autres livres remarquables en sont la preuve la plus évidente.Ici, il a choisi le ton de la confidence pour aborder ce qu\u2019i l a fait depuis sa naissance en 1931 jusqu\u2019à tout récemment.Mais disons-le, cela n\u2019a rien d\u2019une autobiographie ordinaire puisque le Carré n\u2019a jamais eu une vie très ordinaire\u2026 Tout le monde sait qu\u2019il fut agent des Services secrets britanniques après la Deuxième Guerre mondiale.Ensuite diplomate, puis professeur d\u2019université et grand voyageur, il est quand même sur tout connu pour les dizaines de romans qu\u2019il a écrits et dont quelques-uns sont tout simplement exceptionnels.Il nous raconte tout cela, bien sûr, mais tellement plus ; parfois chronologiquement, souvent pas vraiment, mais toujours passionnément, avec en arrière-fond cette recherche de la vérité sous les apparences qui le caractérise.Avec cette profonde humilité aussi qui est le fait des vrais grands hommes.En fait, il faudrait pouvoir citer des chapitres complets du livre pour témoigner plus justement de sa profonde connaissance des hommes et des conflits qui les habitent en les définissant souvent.Parler aussi de ses rencontres avec Jean- Paul Kaufmann, Yasser Arrafat ou Andreï Sakharov, évoquer la figure étonnante et gigantesque de Ronnie, son escroc de père, ou celle de tous ceux qui font de ce récit un inestimable cadeau.Citons plutôt cette simple phrase placée sur la jaquette du livre: «Du monde secret que j\u2019ai connu jadis, j\u2019ai essayé de faire un théâtre pour les autres mondes que nous habitons.» Collaborateur Le Devoir MARCONI PARK ?1/2 Ake Edwardson Traduit du suédois par Rémi Cassaigne JC Lattès Paris, 2016, 393 pages LE TUNNEL AUX PIGEONS ?1/2 John le Carré Traduit de l\u2019anglais par Isabelle Perrin Seuil Paris, 2016, 355 pages POLAR Un zeste de désespérance Ake Edwardson surfe sur l\u2019horreur tandis que John le Carré se surpasse SOURCE ARTHAUD Paul Smith, en 2013, avec le maillot qu\u2019il a conçu cette année-là pour le Giro PATRIMOINE UNE HISTOIRE DU CIRQUE ?Pascal Jacob Seuil Paris, 2016, 240 pages Ce sont des marginaux, qui jouent avec la vie et avec la mort pour amuser le peuple, avant de tourner les talons et de reprendre leurs bagages pour conquérir d\u2019autres publics.Même s\u2019il fréquente les hauteurs et semble toujours en déséquilibre maîtrisé, le cirque puise ses origines dans l\u2019histoire de l\u2019humanité, quelque part aux confluences des anciens mondes grec, romain, égyptien et mésopotamien, lorsque les acrobates arrivaient à point nommé pour tromper les longues attentes des caravaniers.C\u2019est cette histoire que raconte Pascal Jacob dans son livre Une histoire du cirque, qui paraît aux éditions du Seuil.Mais c\u2019est au XVIIIe siècle que l\u2019on situe la naissance du cirque «moderne », avec ses défilés d\u2019écuyers et de chevaux, ses prouesses d\u2019acrobates et ses clowns désopilants.On sait que c\u2019est l\u2019officier anglais Philip Astley qui a d\u2019abord eu l\u2019idée de faire profiter ses talents d\u2019écuyer dans le cadre d\u2019un cirque.Après avoir troqué les chevaux pour l\u2019attrait facile des bêtes exotiques, après avoir conquis l\u2019Amérique, le cirque s\u2019institutionnalise dans l\u2019Union soviétique et la Chine communiste.Puis, il reprend un nouveau souffle, entre autres, paradoxalement, avec le Cirque à l\u2019ancienne de Silvia Monfort, en France.On cherchera en vain dans cet ouvrage plus que quelques paragraphes sur le Cirque du Soleil ou celui des 7 doigts de la main.Preuve peut-être qu\u2019une histoire du cirque contemporain demeure encore à être écrite.Caroline Montpetit B E A U X L I V R E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 F 9 124,95 $ ch.59,95 $ chacun Ce Noël, offrez-vous des classiques I S A B E L L E B O I S C L A I R O n la connaît davantage romancière, notamment pour la trilogie des jumeaux (Le grand cahier , 1986, La preuve , 1988, Le troisième mensonge , 1991), qui lui a valu une renommée internationale.Née en Hongrie en 1935, Agota Kristof fuit son pays, sous le joug d\u2019un régime total i taire, en 1956, pour faire de la Suisse son pays d\u2019adoption.Elle y meurt en 2011.L\u2019écrivaine était aussi discrète poète.Les textes inédits livrés ici ont été écrits entre 1960 et 2000, en langue hongroise pour la majorité.Ceux-là composent la première partie du recueil, et des poèmes écrits en français, la seconde.Un passé sombre La seule lumière qui éclaire le recueil perce depuis une époque lointaine, originelle.« Hier tout était plus beau / la musique dans les arbres / le vent dans mes cheveux / et dans tes mains tendues / le soleil ».Mais cette lumière est fugace, bientôt éteinte par les années de plomb : « les bombes [\u2026] pleuvent », « le ciel n\u2019est qu\u2019un immense chagrin bleu ».Le passé reste marqué par la mor t et la désolation, alors que l\u2019enfant « allai[t] voler des pommes de terre / dans les champs infinis de la patrie ».Car « il n\u2019y a plus rien à vendre [\u2026] il n\u2019y a plus rien à mendier dans les villes », même les «marguerites tombent mortes ».Si tout cela peut sembler désespérant, c\u2019est sans apitoiement que témoigne la poète.Elle évoque un monde qui se désole \u2014 il faudrait entendre ici désolation comme un processus \u2014, mais fait acte de présence, résiste : « aucune raison de changer de trottoir / et aucune raison de / s\u2019en aller dans les montagnes ».Elle sait trouver la beauté dans « de merveilleux champs froids sans fleurs » .Pour le reste, elle remet à plus tard : « Une fois [\u2026] je parlerai / de quelque chose de beau de douces / choses tendres avec une imperceptible / tristesse ».Car, pour l\u2019heure, elle préfère se consacrer à une exigeante présence au monde.« Ici les gens sont déjà si heureux / qu\u2019ils n\u2019aiment plus ».À côté des poèmes de guerre et de désolation, sont aussi évoquées les années de travail en usine, à son arrivée en Suisse (« je n\u2019ai vu personne parmi nous qui aurait eu / une seule raison pour éclater de rire ») et aux fatalités que ce dernier aménage : « Préparez donc / vos enfants à se lever tôt dans le voisinage / une nouvelle usine est en chantier».Vivre, écrire, mourir Si la plupar t des poèmes sont centrés sur l\u2019expérience du je, ils mettent par fois en scène un tu.Celui-ci, indéfini, paraît cependant intouchable, toujours sur un dépar t, déjà parti : « ta main ne sera plus là demain » , laissant la poète seule : « puisque tu t\u2019en vas je perds pied je reste là sans savoir / dans quel sens tourner mon visage ».Mais elle garde avec elle les absents, malgré eux : « je sais tu es toujours ici la por te / s\u2019est refermée derrière toi pourtant / je garde ton corps dans mes bras ».Les poèmes tardifs font enfin place aux verbes vivre, aimer, espérer et écrire : « Pas mourir / pas encore [\u2026] mes mains / remettent les lunettes en place / pour que j\u2019écrive».Accompagnés de photographies de l\u2019auteure, ces textes peuvent être lus comme une bouleversante autobiographie poétique, qui nous révèle la sensibilité plombée d\u2019Agota Kristof.Il se pourrait bien, en définitive, que tous ces poèmes chantent « le chagrin qui [l] \u2019accompagne depuis qu[\u2019elle est] née».Comme si la mélancolie qui habitait l\u2019écri- vaine était elle-même amoureuse de ces temps de guerre, de vent, de nuages, de boue, de roches et de « champs sales », amoureuse d\u2019un automne éternel.«Dorénavant ce sera toujours l\u2019automne».Collaboratrice Le Devoir CLOUS POÈMES HONGROIS ET FRANÇAIS ?1/2 Agota Kristof Traduit par Maria Maïlat Éditions Zoé Carouge, 2016, 193 pages POÉSIE L\u2019exigeante présence au monde Poète discrète, la romancière Agota Kristof révèle dans Clous une sensibilité plombée M A N O N D U M A I S Peut-on imaginer Paris sans Prévert et Prévert sans Paris?Indissociables l\u2019une de l\u2019autre, la Ville lumière et le poète font l\u2019objet de ce superbe album de Danièle Gasiglia-Laster, spécialiste d\u2019Hugo, de Proust et de l\u2019auteur de Paroles.Parfait complément à son précédent ouvrage, Le Paris de Prévert, paru l\u2019an dernier aux éditions Alexandrines, Paris Prévert est le résultat d\u2019une méticuleuse recherche où l\u2019auteure nous entraîne sur les traces de Jacques Prévert, qui connaissait Paris comme le fond de sa poche.Riche d\u2019extraits de poèmes et des collages de Prévert, ainsi que de photographies, parmi lesquelles celles de son ami Robert Doisneau, l\u2019œuvre recense les nombreuses adresses où a vécu l\u2019artiste, de même que tous les endroits, mythiques comme le Café de Flore ou anonymes comme la boulangerie du coin, qu\u2019il a fréquentés.Pour chaque époque, Gasiglia-Las- ter met l\u2019accent sur la description des lieux, sur l\u2019atmosphère y régnant, plutôt que sur les détails de la vie et de la démarche artistique de Prévert.«Le Paris d\u2019alors ne ressemble pas tout à fait à ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui : les rues sont pavées, les voitures sont encore, à de rares exceptions, tirées par des chevaux, les jupes des femmes sont longues, les bourgeois ont des chapeaux melon ou des hauts-de-forme, les ouvriers portent des casquettes, on habille les petits garçons comme des petites filles », écrit-elle à propos du Paris de son enfance (1907-1912).Si le Paris de Prévert était celui des amoureux, des pauvres et des jolies filles, le parolier de Kosma et scénariste des Enfants du paradis y a connu des jours plus sombres, comme en témoigne l\u2019auteure, par exemple lorsque Pré- vert revient à Paris durant la Seconde Guerre mondiale après un séjour à Nice.«Paris est en deuil de sa liberté et il a l\u2019impression de ne plus reconnaître certaines rues, autrefois si vivantes et désormais mornes et désertes.Mais tout ciel gris a ses percées de soleil : il retrouve des amis ainsi qu\u2019une jeune femme qui va faire battre son cœur plus fort.» À l\u2019instar de la poésie, les femmes et les amis, dont Desnos et Vian, occupent une place prépondérante dans la vie de Prévert.Alors qu\u2019elle entraîne le lecteur dans les rues de Paris, Danièle Gasiglia-Laster fait défiler de nombreuses personnalités ayant marqué leur époque, du couple Beauvoir-Sartre au groupe des surréalistes mené par Breton, en passant par les Jean- Louis Barrault et Barbara.Tandis que les années passent, Prévert, farouche anticléricaliste et antimilitariste, demeure jeune de cœur et d\u2019esprit : «Le Paris insurgé de mai 1968 plaît beaucoup à Prévert, qui n\u2019a rien perdu de son tempérament rebelle des années 1930.Il constate avec bonheur la solidarité des étudiants avec les ouvriers et se sent en sympathie avec cette fraternité nouvelle.» Certes, on regrette ces quelques erreurs d\u2019impression à la fin du livre nous privant de quelques mots.On pourrait aussi reprocher à l\u2019auteure sa plume par endroits aride et ses propos par instants redondants \u2014 chaque coin de rue valait-il vraiment la peine qu\u2019on s\u2019y attarde ?Au bout du compte, nul ne pourrait regretter d\u2019avoir erré en si agréable compagnie dans un Paris aussi grouillant de vie.Collaboratrice Le Devoir PARIS PRÉVERT ?Danièle Gasiglia-Laster Gallimard Paris, 2016, 288 pages BIOGRAPHIE Promenades parisiennes Paris Prévert nous fait découvrir Paname au gré des déambulations du poète GYULA CZIMBAL AGENCE FRANCE PRESSE Octobre 2009 à Budapest.Dans son œuvre, Agota Kristof of fre une étonnante autobiographie poétique.GALLIMARD Ce bouquin recense les nombreuses adresses où a vécu l\u2019artiste, de même que tous les endroits, mythiques ou anonymes, qu\u2019il a fréquentés. B E A U X L I V R E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 F 10 Nom .Adresse .Code postal .Tél.Courriel .Chèque à l\u2019ordre de Nuit blanche VISA MasterCard N0 de la carte .Expiration .4 numéros par année 35% Abonnement en ligne www.nuitblanche.com En kiosque et en librairie le 15 décembre Économisez jusqu\u2019à du prix en kiosque Magazine papier + Web (inclus) L\u2019état des routes québécoises n\u2019aura jamais mieux paru que dans la fiction romanesque.Postez à Nuit blanche, 1026, rue Saint-Jean, bureau 403 Québec (Québec) G1R 1R7 ou appelez au 418 692 -1354 1 an (34 $) 2 ans (56 $) taxes incluses « Réinventer la roue : petit panorama de littérature routière », par David Laporte PATRIMOINE CULTUREL KAPAK ! NOUS SOMMES TOUS DÉBARQUÉS À QUÉBEC Mathieu D\u2019Avignon PUL Québec, 2016, 90 pages Dans son remarquable essai Champlain et les fondateurs oubliés (PUL, 2008), l\u2019historien Mathieu D\u2019Avignon démontrait que le fondateur de Québec, dans ses derniers récits, s\u2019était donné le beau rôle, en gommant l\u2019importance de ses alliés, notamment montagnais, dans l\u2019établissement de la colonie.Pour l\u2019historien, il importe pourtant de reconnaître que, «sans l\u2019accueil et la contribution des Amérindiens, la société québécoise actuelle n\u2019existerait pas».Afin d\u2019illustrer ce point de vue, D\u2019Avignon a conçu une exposition, présentée à la Maison des jésuites de Sillery jusqu\u2019à la fin du mois.Version augmentée du catalogue de cette exposition, ce Kapak!, publié aux PUL, se veut un hommage aux nations autochtones du Québec.Il traite des alliances entre ces dernières et les Français arrivés ici au XVIIIe siècle (les In- nus auraient dit «Kapak», c\u2019est-à-dire «Débarquez», et les Français auraient entendu «Québec»), des apports culturels amérindiens à la culture québécoise, de la face sombre de cette histoire (Loi sur les Indiens, pensionnats), des enjeux contemporains et de la nécessité, enfin, de créer de nouvelles alliances.Joliment illustré, ce petit catalogue revisite un héritage pour nous inciter à renouer avec l\u2019amitié interculturelle de nos origines.Louis Cornellier ART PICTURAL SCANDALES ÉROTIQUES DE L\u2019ART Claire Maingon Beaux-arts éditions Paris, 2016, 216 pages Mais pourquoi Gabrielle d\u2019Estrées et sa sœur, la duchesse de Villars, sont-elles nues sur ce tableau dévoilant l\u2019une en train de pincer le téton de l\u2019autre?Le sexe de la statue de Diane la chasseresse de Jean-Antoine Houdon a-t-il toujours été si lisse ?Et comment le spasme sexuel d\u2019Apollonie Sabatier, gravé dans le marbre par Clésinger, a-t-il réussi à tromper l\u2019indignation de ses contemporains?De la peinture à la photo, de la gravure à la sculpture, de Fouquet à Jean- Jacques Lebel, Larry Clark ou Picasso, Claire Maingon, historienne de l\u2019art, remonte dans ce magnifique ensemble, autant par sa documentation que son érudition, le fil de ces œu- vres sexuées et sexuelles qui ont ébranlé leurs contemporains.Sublime exercice qui laisse la transgression raconter la censure et l\u2019art révéler par le plus simple appareil la très grande universalité qui toujours le traverse.Fabien Deglise HISTOIRE MES TABLETTES JOURNAL D\u2019UN APOTHICAIRE MONTRÉALAIS, 1820-1850 ?Romuald Trudeau Texte établi et annoté par Fernande Roy et Georges Aubin Leméac Montréal, 2016, 776 pages Lors de l\u2019attaque en 1837 à Montréal des loyalistes britanniques contre les Fils de la liberté, organisation patriote, et le saccage par les mêmes de l\u2019imprimerie du journal patriote The Vindicator, un magistrat leur est favorable.On l\u2019entend dire «qu\u2019avant peu les constitutionnels marcheraient jusqu\u2019à la cheville dans le sang canadien».Indigné, Romuald Trudeau, dans son volumineux journal inédit, l\u2019un des rares écrits intimes de l\u2019époque au Canada, commente : «Voilà l\u2019espèce de gens à qui l\u2019administration confie la police de la ville, la sûreté et les propriétés des citoyens !» Trudeau se montre sensible à ce qu\u2019il appelle la «révolution canadienne».Mais, devant la répression exercée par les autorités coloniales, il préférera se ranger, comme la plupart de nos notables, du côté des conservateurs.Le chemin qui mène à la Confédération, décrétée par Londres en 1867, semblerait déjà tout tracé.Michel Lapierre M I C H E L L A P I E R R E «U n rhume, voilà tout ce que j\u2019ai gagné en allant au Canada », conclut Henr y David Thoreau dans le récit du voyage qu\u2019il y fit en 1850.Biographe avisé de l\u2019écrivain américain, son compatriote Robert Richardson le corrige : «Ce voyage allait lui permettre de développer une conception entièrement nouvelle » de l\u2019Amérique du Nord.Thoreau ne préférait-il pas aux colonisateurs anglais, très ef ficaces, les découvreurs français, combien plus fascinants ?Néanmoins, il aura fallu attendre pas moins de 30 ans pour lire la traduction française, terminée en 2015 mais publiée en 2016, de la «biographie intérieure » d\u2019Henry David Thoreau (1817-1862), vu autant comme refondateur de l\u2019histoire continentale que comme père de l\u2019écologisme.Exégète pénétrant, son auteur, Richardson, né à Milwaukee en 1934, a eu l\u2019heureuse intuition d\u2019insister sur ces deux aspects de la personnalité de l\u2019écrivain plutôt que sur son anarchisme non violent.Il ne diminue pas pour autant l\u2019importance de cette dernière dimension, même si Thoreau la mitigea.Le penseur n\u2019excluait pas la nécessité, pour les progressistes comme lui, d\u2019une opposition politique et violente à l\u2019esclavage qui se matérialisa, de façon plus ou moins directe, par le déclenchement, en 1861, de la guerre de Sécession.Complétée par une postface du poète britannique Kenneth White, la biographie met l\u2019accent sur la conception qu\u2019a Thoreau de la terre comme « une poésie vivante » .Maîtresse des règnes végétal et animal comme de l\u2019humanité, cette terre nourricière, sans laquelle la vie n\u2019existerait pas, rappelle, aux yeux de l\u2019écrivain, que la création du monde n\u2019est pas encore achevée.Richardson redonne à la conclusion de Walden ou la vie dans les bois (1854), de Thoreau, toute sa force : «Une aube viendra, plus éclatante que le jour.Le soleil n\u2019est qu\u2019une étoile du matin.» Cette vénération du caractère évolutif et cosmique de la nature, le biographe la compare, à juste titre, à celle que par tage un compatriote de l\u2019époque : Walt Whitman, dont Thoreau trouve d\u2019ailleurs la poésie «grisante».Pour l\u2019auteur de Walden, la nature est, insiste Richardson, à la fois un paysage et une énergie.Plus elle est vierge, plus elle nous envahit.Le penseur assure même, devançant les écologistes, que «c\u2019est dans cette nature sauvage que réside la sauvegarde du monde».Il considère le Saint-Laurent, voie royale de la Nouvelle- France, comme le « plus beau fleuve de la terre » parce qu\u2019il offrait, selon Richardson, « la meilleure porte d\u2019entrée dans le continent», vers l\u2019univers amérindien, jadis encore intact.Thoreau se demande quel destin aurait eu l\u2019Amérique si « ce fleuve s\u2019était déversé dans la mer au lieu où se dresse New York».Mais il préfère rêver au continent fantôme de nos aventuriers presque oubliés et de la grande nature sauvage.Collaborateur Le Devoir HENRY DAVID THOREAU BIOGRAPHIE INTÉRIEURE ?Robert Richardson Traduit de l\u2019américain par Pierre Madelin Wildproject Marseille, 2016, 476 pages BIOGRAPHIE L\u2019Amérique fantôme de Thoreau Le père de l\u2019écologie préférait le découvreur français au colonisateur anglais WIKIMÉDIA Daguerréotype d\u2019Henry David Thoreau photographié, capté en 1856 par Benjamin D.Maxham M I C H E L L A P I E R R E P lusieurs se sont indignés, il y a peu, de l\u2019absence d\u2019accusations contre les agents de la Sûreté du Québec qui auraient agressé sexuellement des Amérindiennes dans la région de Val-d\u2019Or.La séparation toute théorique du pouvoir policier d\u2019avec le pouvoir politique et socio-économique expliquerait cette étonnante impunité, penseraient les auteurs d\u2019Étouffer la dissidence en soutenant que la police reflète un esprit élitiste et conservateur «qui renforce les préjugés».Ce rappor t de la Commission populaire sur la répression politique (CPRP) s\u2019exprime d\u2019une seule plume.Derrière cette plume militante et acérée se trouvent cinq auteurs: le po- litologue Francis Dupuis-Déri, le plus connu d\u2019entre eux, Céline Bellot, Joëlle Dussault, Lucie Lemonde et Ann Dominique Morin.Si le livre ne traite pas exactement d\u2019agressions sexuelles, l\u2019analyse qu\u2019il fait de la «répression politique» est si englobante et si profonde que, selon elle, «le profilage quotidien pratiqué par la police dans la rue» favorise « les systèmes d\u2019oppression (colonialisme, masculinisme, racisme, capitalisme, etc.».Voilà, soulignent les auteurs, ce qui ressort de certains des 94 témoignages reçus devant la Commission.Précisément, 67 venaient d\u2019individus et 27 de groupes, dont Femmes autochtones du Québec.C\u2019est donc un quart de siècle de répression politique au Québec, de 1990 à 2015, dont la crise d\u2019Oka (1990) et le p r i n t e m p s é r a b l e ( 2 0 1 2 ) comptent parmi les événe- ments les plus marquants.Aux yeux des auteurs, cette répression surtout policière, encouragée par les politiciens de droite et par les médias appartenant au grand capital, se fait « aux dépens des intérêts des groupes plus défavorisés ».La critique perspicace du système judiciaire suffit à dissiper l\u2019impression de simple misérabilisme que le livre pourrait laisser.Les auteurs montrent que la justice dégénère souvent en marchandage à l\u2019imitation de l\u2019ordre établi capitaliste qu\u2019elle protège.Ils expliquent : « Lors de négociations de plaidoyers, la Couronne peut abandonner les accusations les plus graves en échange de plaidoyers de culpabilité à des accusations réduites.» Ils soulignent aussi que, depuis 1990, les corps policiers québécois, à l\u2019instar de tant de forces homologues en Amérique du Nord, ont accentué la répression de la dissidence so- ciopolitique.Mieux rémunérés et plus scolarisés qu\u2019autrefois, ceux-ci se font, de manière assez consciente, les défenseurs du néolibéralisme ambiant.L\u2019illustre bien le propos tenu par un membre d\u2019une brigade antiémeute sur les étudiants contestataires : «Des enfants-rois qui veulent tout avoir et ne rien payer.» La répression réussit souvent à démobiliser ceux qui réclament le changement, mais ne vient jamais à bout du noyau dur dont font partie les auteurs, éloquents par leur espoir increvable.Collaborateur Le Devoir ÉTOUFFER LA DISSIDENCE VINGT-CINQ ANS DE RÉPRESSION POLITIQUE AU QUÉBEC ?Commission populaire sur la répression politique Lux Montréal, 2016, 152 pages ESSAI QUÉBÉCOIS Douter de l\u2019ordre établi Dans Étouffer la dissidence, une commission populaire s\u2019attaque au conservatisme policier CLÉMENT ALLARD LE DEVOIR Grève étudiante de 2005: dérapage policier devant le Complexe G de Québec B E A U X L I V R E S L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 0 E T D I M A N C H E 1 1 D É C E M B R E 2 0 1 6 F 11 D ès les premiers mots de ce magnifique ouvrage, Roger-Pol Droit se livre à une confession.Comme bien des parents de sa génération \u2014 il est né en 1949 \u2014, le philosophe n\u2019a pas cru bon de donner une éducation religieuse à sa fille.Il voulait, explique-t- il, ne pas l\u2019influencer en cette matière et lui laisser faire ses choix.Or, quand sa petite Marie est arrivée à l\u2019adolescence, le papa de bonne foi a dû se demander s\u2019il n\u2019avait pas erré.Sa fille, laissée dans l\u2019ignorance des affaires religieuses, souffrait d\u2019inculture.«Pourtant, écrit Roger-Pol Droit, il est indispensable d\u2019avoir, sur toutes ces questions, des points de repère.Pour la \u201cculture générale\u201d et la compréhension des œuvres d\u2019art.Pour la vie quotidienne dans le monde actuel.Dans tous les pays, à présent, voisinent des gens de croyances dif férentes, qui doivent apprendre à se connaître.» Plus encore, continue le philosophe, « les religions sont un élément essentiel de l\u2019expérience humaine».Ne pas les connaître \u2014 la question d\u2019y adhérer ou non est une autre affaire \u2014, c\u2019est se priver de « trésors d\u2019humanité».Le philosophe le reconnaît : il s\u2019est trompé en laissant sa fille à elle-même dans ce domaine.Il a donc voulu corriger cette erreur en publiant, en 2000, Les religions expliquées à ma fille (Seuil).Le beau livre qu\u2019il publie cette saison, Les religions expliquées en images, reprend le même texte dans une édition de luxe.Avec Luc Ferry, Roger-Pol Droit est un des plus remarquables vulgarisateurs philosophiques contemporains.Ses essais Une brève histoire de la philosophie et Maîtres à penser (Champs, 2011 et 2013, respectivement) s\u2019imposent comme des références essentielles pour les non-spécialistes.Pédagogue, le philosophe ne cherche jamais à jeter de la poudre aux yeux ; il veut faire comprendre des œuvres et des idées complexes à des lecteurs motivés.Le même souci l\u2019anime dans Les religions expliquées en images.Il n\u2019a pas la prétention, confie-t-il à sa fille, de percer le mystère des religions, c\u2019est-à-dire d\u2019expliquer les raisons de leur existence, mais il soutient qu\u2019il est possible de les « raconter », de dire « ce qu\u2019elles contiennent » et de percevoir l\u2019esprit des plus importantes d\u2019entre elles, nommément le judaïsme, le christianisme, l\u2019islam, l\u2019hindouisme et le bouddhisme.Un phénomène universel Le projet du philosophe s\u2019apparente, d\u2019une certaine manière, à celui du cours Éthique et culture religieuse, quand il ne dérape pas : il ne s\u2019agit pas d\u2019identifier la meilleure religion ou de déterminer s\u2019il est préférable de croire ou pas, mais de regarder les religions « comme des témoignages de la recherche inquiète des humains».Les confessions sont multiples, mais «cette recherche est une», affirme Roger-Pol Droit.La religion est un phénomène universel.Cela ne signifie pas que tous les humains sont croyants ou pratiquants, mais que, «dans l\u2019histoire humaine, une société où il n\u2019y ait pas du tout de religion, cela n\u2019a jamais existé ».Toutes les religions, poursuit notre guide, se distinguent par un côté intérieur (la foi, la croyance, les sentiments religieux) et un côté extérieur (les rituels, les vêtements, les fêtes).D\u2019autres «couples d\u2019opposés » sont aussi indispensables à leur compréhension.Les religions, par exemple, tracent une frontière entre le sacré et le profane, forcent la réflexion sur le fanatisme et la tolérance ainsi que, par conséquent, sur la nécessaire transition des sociétés religieuses vers les sociétés laïques, seules à même d\u2019assurer la liberté de conscience et la coexistence pacifique entre les diverses convictions quant à la religion.Une fois ces considérations générales établies, Roger-Pol Droit présente avec intelligence, délicatesse et ouverture d\u2019esprit la révolution monothéiste opérée par le judaïsme, la religion de l\u2019amour qu\u2019est le christianisme, la révolte protestante contre les dérives institutionnelles du catholicisme, de même que les piliers de ces religions qui nous sont moins familières en Occident, comme l\u2019islam, l\u2019hindouisme et le bouddhisme (le statut religieux de ce dernier est contesté, mais ne fait pas de doute pour le philosophe).L\u2019athéisme, conclut Roger-Pol Droit, demeure bien sûr une option, et ceux qui le choisissent n\u2019ont rien d\u2019immoral.Le philosophe affirme toutefois qu\u2019un monde sans religion lui semble impossible, étant donné le « rappor t avec l\u2019infini » qui habite les humains et leur besoin de rites.Très richement illustré par des reproductions d\u2019œuvres d\u2019inspiration religieuse des Jérôme Bosch, Rembrandt, Philippe de Cham- paigne et Chagall ainsi que par de saisissantes photographies de manifestations et de lieux religieux, ce somptueux ouvrage, grâce à son texte de grande qualité intellectuelle, transcende l\u2019intention décorative et est un modèle de beau livre.louisco@sympatico.ca LES RELIGIONS EXPLIQUÉES EN IMAGES ?Roger-Pol Droit Seuil Paris, 2016, 144 pages PHILOSOPHIE Vers l\u2019infini et plus loin encore Pour Roger-Pol Droit, les religions témoignent du rapport anxiogène de l\u2019humain à sa condition LOUIS CORNELLIER JACQUES NADEAU LE DEVOIR Une femme et son coran.Un monde sans religion est impossible, croit Roger-Pol Droit, étant donné le « rapport avec l\u2019infini » qui habite les humains.D A V E N O Ë L En 1861, le prince Jérôme Napoléon débarque à Montréal sous les vivats de la foule.Le turbulent cousin de l\u2019empereur Napoléon III est accompagné de Maurice Sand, le fils de la romancière George Sand.À son retour en France, le porteur de cet écrasant matronyme publie un récit de son voyage qui a intrigué l\u2019ancienne directrice du Devoir, Lise Bisson- nette.Dans Maurice Sand.Une œuvre et son brisant au XIXe siècle, l\u2019écrivaine explore la production éclectique de l\u2019illustre méconnu broyé par la «mécanique de la reconnaissance».Né en 1823, le fils de George a grandi dans la nostalgie bonapartiste, comme en témoignent ses œuvres picturales qui four- m i l l e n t d e s o l d a t s d e l a Grande Armée.Indépendant de fortune, il passe près d\u2019une décennie à l\u2019atelier du peintre Eugène Delacroix, avec qui il entretient une relation tendue.Touche-à-tout, l\u2019artiste multidisciplinaire se lance bientôt dans le théâtre de marionnettes, dont il renouvelle le genre avant la fin du siècle.La car rière de Maurice prend son envol sous le Second Empire.À l\u2019aube de la quarantaine, il s\u2019embarque pour les États-Unis à bord du yacht à vapeur de son ami Jérôme Napoléon.La compagnie de ce prince lui permet d\u2019être reçu par le président américain Abraham Lincoln.On le laisse également visiter le théâtre sanglant de Bull Run, où se sont af frontées les armées nordiste et sudiste deux semaines plus tôt.L\u2019aîné de George n\u2019est pas Tocqueville.Il s\u2019intéresse davantage aux papillons de la Virginie qu\u2019aux premiers coups de canon de la guerre de Sécession.« La politique lui est très antipa- t h i que » , c o n f i e s a mère à l\u2019éditeur de Six mille lieues à toute vapeur, déçu par le peu d\u2019analyse du récit de l\u2019artiste naturaliste.Cette première in- c u r s i o n d a n s l e monde littéraire n\u2019est pas passée à l\u2019histoire.C o l l e c t i o n n e r l e s écrits de Maurice est d\u2019ailleurs plutôt facile, reconnaît Lise Bissonnette, puisqu\u2019ils n\u2019intéressent plus personne.Il y a quelques années, le fonds d\u2019archives de l\u2019artiste a ainsi été acquis par l\u2019Université Yale dans l\u2019indif férence des institutions françaises.C\u2019est en vain que George Sand tente de remettre son fi ls dans le droit chemin lorsqu\u2019il commence à délaisser le fusain pour la plume.« Tu es peintre et non littérateur », lui lance la romancière, dont l \u2019 ingérence a par fois semé le doute sur la paternité des écrits fantastico-histo- riques de Maurice.« L\u2019accompagnement est cer tes lourd et intrusif, nuance Lise Bisson- nette, mais il ne dif fère pas tellement du travail de sévère é d i t i o n q u i e n c a d r e a u - jourd\u2019hui de nombreuses parutions littéraires.» Tiré d\u2019une thèse soutenue en 2015, cet essai reprend la voie tracée par l \u2019historien Jacques Le Gof f pour qui l\u2019étude de l\u2019individu éclaire l\u2019ensemble de son époque.L\u2019 a u t e u r e d é l a i s s e a i n s i l\u2019anecdote pour se concentrer sur la production de l\u2019art i s t e q u \u2019 e l l e e x t i r p e d u « champ sandien » auquel l\u2019ont confiné les biographes de la célèbre romancière.« Rien ne pousse à l\u2019ombre des grands arbres » , dit le proverbe.Or, souligne Lise Bis- s o n n e t t e , « q u e l q u \u2019 u n e t quelque chose ont poussé à l\u2019ombre de George Sand ».Le Devoir MAURICE SAND UNE ŒUVRE ET SON BRISANT AU XIXE SIÈCLE ?Lise Bissonnette Les Presses de l\u2019Université de Montréal Montréal, 2016, 475 pages ESSAI Maurice Sand, l\u2019illustre méconnu Lise Bissonnette sonde l\u2019esprit d\u2019une œuvre qui a poussé à l\u2019ombre de George Sand Lise Bissonnette M I C H E L L A P I E R R E L\u2019architecture montréalaise a une beauté insolite.À McGill, Ramsay Traquair réhabilita aux yeux des savants la spontanéité populaire des constructions laissées par la Nouvelle-France.L\u2019édifice annonciateur de l\u2019anglo-protes- tante ère victorienne fut l\u2019église Notre-Dame, catholique et ca- nadienne-française.Splendides témoins de l\u2019esthétique ultramoderne, le dôme géodésique de l\u2019île Sainte-Hélène et le Stade olympique incarnent chacun une cuisante utopie.Voilà ce qui ressort notamment du monumental, magnifique, ir remplaçable livre Montréal en évolution que l\u2019architecte et urbaniste Jean- Claude Marsan a consacré à quatre siècles d\u2019architecture et d\u2019aménagement.Il renferme quelque 200 photos, dont un grand nombre sont en couleurs.En plus d\u2019une mise à jour textuelle et iconographique, la quatrième édition comporte, par rappor t à la troisième (1994), un chapitre inédit de plus de 110 pages por tant, à cause entre autres du déclin de l\u2019industrie manufacturière, sur ce que l\u2019auteur appelle la postmodernité.Il s\u2019agit d\u2019ensembles nés dans les dernières décennies, comme la Cité multimédia à l\u2019ouest du Vieux-Montréal, le Quar tier international en périphérie du square Victoria et la Cité du commerce électronique au nord de la gare Lucien-L\u2019Allier.Cela témoigne de la complexité, de l\u2019hétérogénéité de l\u2019urbanisme contemporain.Marsan le précise si bien : « Dans la ville postmoderne, si le monument demeure toujours une référence pour son esthétique, il ne tient plus le haut du pavé comme auparavant.C\u2019est l\u2019espace approprié comme sup- por t aux styles de vie qui devient patrimonial.» Souvent reliée à cet espace et au métro, la ville souterraine, toujours en évolution, ne cesse de fasciner l\u2019urbaniste, qui se plaît à souligner qu\u2019elle est « la plus développée au monde ».Critique d\u2019architecture parfois sévère pour d\u2019autres immeubles récents, Mar- san s\u2019émer veille avec raison devant l\u2019« enveloppe extérieure entièrement en verre, élégante et raffinée» du complexe de la Caisse de dépôt et placement place Jean-Paul-Riopelle.N\u2019échappent pas non plus à son admiration justifiée les volets de bouleau jaune qui, dans une haute cathédrale de littérature et de savoir, dissimulent les rayons de la collection nationale de la Grande Bibliothèque qui communique avec la station de métro Berri- UQAM.Marsan laisse échapper le mot « sublime».Ce mot ne pourrait-il pas évoquer aussi le dôme géodésique conçu pour Expo 67 par l\u2019Américain Buckminster Fuller ?En plus d\u2019être le petit-neveu de Margaret Fuller, instigatrice du féminisme dans le Nouveau Monde, le visionnaire descend de pionniers de la Nouvelle-Angleter re, sœur ennemie de la Nouvelle- France.Après des siècles de transformation, ne les aurait- i l pas réunies, toutes les deux, à Montréal, par son œuvre architecturale futuriste et conciliatrice ?Collaborateur Le Devoir MONTRÉAL EN ÉVOLUTION QUATRE SIÈCLES D\u2019ARCHITECTURE ET D\u2019AMÉNAGEMENT ?Jean-Claude Marsan Presses de l\u2019Université du Québec Québec, 2016, 732 pages URBANISME Dans la beauté insolite de Montréal L\u2019urbaniste Jean-Claude Marsan revient sur les quatre siècles d\u2019architecture qui ont façonné la ville Actuellement en librairie Entre autres, aux endroits suivants : Librairie Renaud-Bray 4380, rue Saint-Denis Montréal Librairie d'Outremont 1284, avenue Bernard Montréal Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Le phénomène de la radicalisation Avec: Nagy Charles Bednawi, pédopsychiatre.Directeur du Centre des adolescents du Pavillon Albert-Prévost Mercredi 14 décembre 19 h 30 Entrée libre JACQUES NADEAU LE DEVOIR Jean-Claude Marsan s\u2019émerveille devant l\u2019« enveloppe extérieure entièrement en verre, élégante et raf finée» du complexe de la Caisse de dépôt et placement, sise place Jean-Paul-Riopelle à Montréal. Ne dormez plus, lisez-les tous ! HouHou Gagnez les incontournables de Noël sur www.interforumcanadapresse.qc.ca "]
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