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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier H
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-03-04, Collections de BAnQ.

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[" 40E JOURNÉE INTERNATIONALE C A H I E R T H É M A T I Q U E H \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 Contrer le décrochage scolaire des ?lles Page H 6 Conciliation travail- famille-études Le gouvernement doit envoyer un signal clair Page H 3 EMPLOIS DE QUALITÉ + ÉQUITÉ SALARIALE + FORMATION QUALIFIANTE + LOI-CADRE SUR LA CONCILIATION FAMILLE-TRAVAIL + RETRAITES DÉCENTES égalité femmes.ftq.qc.ca | www.facebook.com/ccf.ftq | twitter.com/ftqnouvelles DARRYL DYCK LA PRESSE CANADIENNE Une femme crie devant l\u2019hôtel et la tour Trump en construction lors de la Marche des femmes, en janvier dernier à Vancouver.Déjà, lorsqu\u2019elle faisait son droit après un premier baccalauréat en relations industrielles, Louise Cordeau savait qu\u2019elle ne passerait pas sa vie comme associée dans un grand cabinet d\u2019avocats.Elle avait envie d\u2019occuper des postes de gestion et de s\u2019impliquer dans la société.Si l\u2019ancienne éditrice et chef de la direction du Journal de Québec n\u2019avait jamais pensé devenir présidente du Conseil du statut de la femme, poste qu\u2019elle occupe depuis le 6 février, elle constate aujourd\u2019hui que son parcours rempli d\u2019expériences variées lui sera CONSEIL DU STATUT DE LA FEMME Une nouvelle présidente engagée FÉDÉRATION DES FEMMES DU QUÉBEC L\u2019égalité sans limites ! Petites histoires des luttes Si 2017 marque la 40e Journée internationale de la femme, les luttes féministes n\u2019ont pas attendu 1977 pour être menées sur les continents américain et européen.En fait l\u2019idée de consacrer une journée en l\u2019honneur de la femme remonte au 28 février 1909, jour où est célébré le National Woman\u2019s Day à l\u2019instigation du Parti socialiste d\u2019Amérique.Puis, le 19 mars 1911, l\u2019Internationale socialiste des femmes organise la première Journée internationale des femmes pour revendiquer le droit de vote des femmes et le droit au travail.S\u2019en suivent chaque année des manifestations et des rassemblements.En 1977, les Nations unies décrètent officiellement le 8 mars comme la Journée internationale des femmes, une journée pour les droits des femmes.Cette année, il vaudra la peine de jeter un œil chez nos voisins américains où le 8 mars ne risque pas de passer inaperçu.En effet, l\u2019organisation Women\u2019s March, qui avait organisé une manifestation à Washington ainsi que dans plusieurs grandes villes des États- Unis au lendemain de l\u2019élection de Donald Trump, lance un appel à une grève générale, A day without a woman, ou la journée sans femmes.À suivre\u2026 M A R I E - H É L È N E A L A R I E Collaboration spéciale M élanie Sarazin est une femme e n l u t t e , à l\u2019image de nombreuses autres.La présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) voit dans la thématique de la Journée des femmes 2017 une forme de contresens: «L\u2019égalité sans limites, nous, on la sent de plus en plus limitée\u2026» Ici au Québec, c\u2019est le Collectif 8 mars qui est responsable de l\u2019organisation de la Journée.Ses membres sont issus de la FFQ, du comité condition féminine de la CSN, de la FTQ et de l\u2019Intersyndicale des femmes (représentant les comités condition féminine de l\u2019APTS, CSD, CSQ, FAE, FIQ, SFPQ, SPGQ).Comme Mélanie Sarazin l\u2019explique, «c\u2019est en discutant, qu\u2019on a tenté de dresser un bilan des dernières années en réalisant que non seulement il y a de moins en moins d\u2019égalité, mais qu\u2019en plus on voit les inégalités se creuser entre les femmes elles-mêmes.On considère qu\u2019on assiste à un véritable recul ».Le Collectif recense clairement les diverses raisons qui font en sorte qu\u2019au- jourd\u2019hui, les femmes semblent s\u2019éloigner d\u2019une réelle égalité.Les causes du recul Si le régime d\u2019austérité du gouvernement de Philippe Couillard a fait mal à de nombreux Québécois, les femmes elles, en ont été les doubles victimes : « On sait que, dans les services publics, là où l\u2019on a assisté à de nombreuses coupes, ce sont les femmes qui sont majoritairement travailleuses, et ce sont elles qui sont en grande partie les utilisatrices de ces services », précise la présidente.D\u2019ailleurs, une étude de l\u2019IRIS publiée en 2015 montre que les mesures d\u2019austérité touchent sur tout les femmes et qu\u2019elles auront créé un fossé d\u2019environ 7 milliards entre les hommes et ces dernières.Mais encore plus insidieux, ces mesures forment des inégalités entre les femmes elles- mêmes : « Avec les mêmes diplômes et pour le même travail, le salaire d\u2019une femme blanche sera en moyenne de 17 % plus élevé que celui d\u2019une femme de couleur.» On ajoute à cela les coupes dans le système de santé : d\u2019abord, ce sont les femmes qui bénéficient de ces services, mais ce sont elles aussi qui sont surtout les proches ai- dantes : « C\u2019est la femme qui a la responsabilité \u201csociale\u201d de la famille.En ce sens, son rôle est très impor tant et, d\u2019une certaine manière, c\u2019est la femme Cette année le Collectif 8 mars a proposé comme thème de la Journée internationale des femmes « L\u2019égalité sans limites ».La présidente de la Fédération des femmes du Québec rappelle que la force du mouvement féministe est sa capacité à lutter.VOIR PAGE H 2 : ÉGALITÉ fort utile.M A R T I N E L E T A R T E Collaboration spéciale « J e me suis toujours impliquée partout, j\u2019ai été représentante de ma classe pratiquement de la première année à la fin de l\u2019université, affirme-t-elle.Toute mon enfance, la politique, les valeurs démocratiques, le travail parlementaire et l \u2019engagement communautaire faisaient partie de la vie et des discussions.» Louise Cordeau voyait sa mère, Yvette Perreault, préparer deux fois par semaine des repas pour les plus démunis du coin.Quant à son père, Fabien Cordeau, il a été conseiller municipal à Saint-Hyacinthe plusieurs années, puis député de l\u2019Union nationale.« J\u2019étais à l\u2019Université Laval à l\u2019époque et je par tageais l\u2019appar tement avec mon père les jours qu\u2019il devait être à Québec », raconte celle qui a été à cette époque duchesse du Carnaval de Québec.Pratique du droit et engagement Louise Cordeau s\u2019est toujours fait dire par ses parents qu\u2019elle serait capable de tout.Elle les a pris au mot.Après avoir fait provoquer son accouchement entre deux examens du Barreau, Louise Cordeau s\u2019est associée avec son frère pour ouvrir son bureau d\u2019avocats à Saint-Hyacinthe.Elle a fait du droit du travail, du droit matrimonial et de la responsabilité professionnelle.Elle a continué à s\u2019engager, notamment comme présidente de l\u2019Association des avocats et des avocates du district de Saint-Hyacinthe et comme membre du Comité sur les femmes dans la profession du Barreau du Québec.Elle a également été présidente de l\u2019Association des femmes d\u2019affaires de Saint-Hyacinthe.Mère de deux filles, maintenant âgées de 29 et 31 ans, Louise Cordeau a de plus cofondé avec d\u2019autres parents l\u2019école primaire privée La Petite Académie qui est dans sa 26e année de fonctionnement.« Je souhaitais une école dif férente pour nos filles, alors nous en avons inventé une», indique- t-elle.VOIR PAGE H 8 : PRÉSIDENTE Louise Cordeau DES FEMMES 40E JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 H 2 Ce cahier thématique a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute demande d\u2019information quant au contenu de ce cahier, vous pouvez contacter par courriel Loïc Hamon, directeur des publications spéciales, à lhamon@ledevoir.com.Pour vos projets de cahiers ou toute autre information au sujet de la publicité, vous pouvez contacter Mark Drouin, vice-président des ventes publicitaires, à l\u2019adresse courriel mark.drouin@ledevoir.com.qui fait économiser le gouvernement et, pourtant, c\u2019est elle qui s\u2019appauvrit.» Ce qui a fait très mal aux femmes ces dernières années, c\u2019est, comme l\u2019appelle Mélanie Sarazin, le démantèlement du réseau des centres de la petite enfance : « La FFQ vient tout juste de fêter son 50e anniversaire et, au départ, la plus grande revendication était d\u2019obtenir un service de garderies gratuit pour les femmes.En 2017, on est toujours à militer pour ça\u2026 Des services qui sont de plus en plus privatisés.» Comme s\u2019il était nécessaire d\u2019en ajouter, la présidente mentionne le sous-financement des groupes qui viennent en aide aux femmes: «Les besoins des femmes augmentent, mais le financement diminue.» De manière très concrète, Mélanie Sarazin donne l\u2019exemple de ce qui se produit régulièrement en région, où les CLSC possèdent des ressources limitées : «Si une femme se présente avec des problèmes de santé mentale ou même dans des cas d\u2019agression sexuelle, le CLSC, parce qu\u2019il aura atteint son quota, dira ne pas pouvoir rien faire et la renverra au centre de femmes.Souvent là-bas, les travailleuses sont sous- financées et n\u2019ont donc pas accès à la formation.Ce sont des cas où les femmes se retrouvent face à des travailleuses en surmenage, fatiguées, sous- payées et pas assez formées.» Ce qu\u2019on voit maintenant apparaître, ce sont des travailleuses qui partent et qui sont remplacées par de jeunes étudiantes avec peu d\u2019expérience\u2026 «Tout ça parce que le gouvernement a mis des quotas dans les CLSC et que la clinicienne en psychologie ne peut plus recevoir les femmes.» Pas d\u2019égalité sans équité, pourrait-on affirmer.Et si tout le dossier de l\u2019équité salariale préoccupe beaucoup la FFQ, parce qu\u2019il est vrai que de nombreuses femmes n\u2019ont toujours pas accès à cette équité, il y a aussi tout ce qui touche à l\u2019égalité des femmes entre elles.Il est facile d\u2019imaginer tous les problèmes que peut rencontrer une femme immigrante ou handicapée qui tente de trouver un travail : elle souffre presque toujours de discrimination, car « il n\u2019y a plus de mesure qui feraient en sorte que ces femmes-là puissent mieux s\u2019intégrer».La stratégie gouvernementale en matière d\u2019égalité n\u2019est toujours pas annoncée alors que les femmes l\u2019attendent depuis plus de deux ans.«Déjà qu\u2019il aura fallu deux ans pour obtenir celle contre les violences sexuelles\u2026» Mélanie Sarazin déplore aussi «tout ce discours ambiant anti-immigration, islamo- phobe et contre les femmes qui portent le foulard».La communauté féministe est en outre extrêmement déçue de tout ce qui se passe ou ne se passe pas dans le dossier des violences à l\u2019encontre des femmes autochtones : «Le gouvernement ne se responsabilise pas dans ce dossier-là ! Historiquement, il y a eu des promesses qui ne sont toujours pas tenues.La mobilisation va sûrement monter d\u2019un cran dans les prochains mois.» Cette année, l\u2019affiche qui fait la promotion de la journée du 8 mars porte le symbole ?: « Il rappelle que les femmes sont toutes mobilisées et à l\u2019infini\u2026 » Mais peut-on se féliciter de certains acquis ou, au contraire, les femmes sont- elles vouées à lutter infiniment parce que tout est toujours à recommencer ?« On est toujours mobilisées, mais la mobilisation est de plus en plus dif ficile, en par ticulier pour cer tains groupes de femmes.En général, les femmes seront toujours au-devant des luttes, elles l\u2019ont toujours été et vont toujours l\u2019être.Quarante ans plus tard, il y a encore l\u2019importance de s\u2019indigner», affirme Mélanie Sarazin.SUITE DE LA PAGE H 1 ÉGALITÉ Encore et toujours en 2017, les mesures d\u2019austérité touchent les femmes au premier chef.Pour la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot, le gouvernement doit mener une politique claire, en faveur de l\u2019égalité, pour que cette situation critique cesse enfin.A L I C E M A R I E T T E Collaboration spéciale Rien n\u2019a changé depuis le rapport publié par l\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socio-économiques (IRIS) en 2015.Celui-ci concluait que, en ce qui a trait aux mesures d\u2019austérité, les femmes sont doublement perdantes.«Nous pouvons dire que, même si on fait des avancées depuis des années, les reculs se font plus vite et sont plus significatifs», déplore la présidente de la CSQ, Louise Chabot.Elle ajoute que les politiques du gouvernement actuel sont discriminatoires envers les femmes, dans l\u2019emploi, mais aussi d\u2019un point de vue économique et social.La Journée internationale des femmes constitue, cette année encore, une occasion de rappeler l\u2019importance de l\u2019analyse différenciée selon les sexes (ADS).Pour Mme Chabot, si le gouvernement prenait en compte l\u2019ADS pour chaque projet de loi, il se rendrait compte que de nombreuses politiques publiques et économiques désavantagent largement les femmes.«Nous sommes bien déçues, extrêmement déçues même, et le mot est faible, lance-t-elle.Après toutes ces années, même si l\u2019ADS est un principe inscrit dans la politique d\u2019égalité entre hommes et femmes, on voit que le gouvernement actuel n\u2019en tient pas compte.» La déception est d\u2019autant plus grande que les syndicats se sont largement battus pour que cette mesure soit mise en place.Un service public en péril « Le service public ne semble pas être la priorité du gouvernement, ni le dénominateur commun, constate Mme Chabot.Au contraire, on a senti de sa part une forme de démolition des services publics, dans tous les domaines.» Alors que les femmes représentent une forte proportion de la main-d\u2019œuvre dans le secteur public, elle regrette que les investissements en santé, éducation et dans la petite enfance soient encore considérés comme une dépense.Au contraire, ils devraient être envisagés comme de réels investissements, autant en matière d\u2019emplois que d\u2019égalité.«Les gouvernements décident d\u2019investir plus massivement dans les infrastructures et de faire des compressions dans les grands secteurs des politiques sociales », se désole-t-elle.À son avis, le domaine de la petite enfance est le plus criant.«On est en train de priver les enfants et leurs parents d\u2019un service public de qualité, parce qu\u2019on mise beaucoup plus sur des services de garde privés que sur des services éducatifs à la petite enfance, et on pénalise une majorité d\u2019emplois féminins, renchérit la présidente de la CSQ.Cela fait en sor te de privilégier le privé dans une politique familiale qu\u2019on s\u2019était donnée il y a 20 ans.» Ainsi, enfants et parents paient le prix de ses restrictions budgétaires.La politique familiale du Québec, qui, Mme Chabot le rappelle, a été une mesure permettant aux femmes de se retrouver massivement sur le marché du travail.« Au Québec, contrairement aux autres provinces, de plus en plus de femmes travaillent grâce à ces politiques familiales et, pourtant, le gouvernement est en train de les sabrer», ajoute-t- elle.Alors que le premier ministre affirme régulièrement faire de l\u2019éducation sa priorité, « les bottines ne suivent pas les babines», du point de vue de la CSQ.«On ne peut pas en même temps parler d\u2019une politique nationale d\u2019éducation publique et sabrer les services à la petite enfance, tranche-t-elle.Il y a un double discours, il y a quelque chose qui ne marche pas.» Le domaine de la santé et des services sociaux est aussi très touché par les politiques d\u2019austérité.Mentionnant, entre autres, les fortes restrictions budgétaires, la centralisation des établissements de santé, le manque d\u2019accessibilité des soins et la centralisation des laboratoires, Mme Chabot estime que «les politiques du ministre Barrette nous mènent droit devant la privatisation des services, en vue de diminuer le rôle de l\u2019État dans une grande mission comme la santé».En attente du budget Leitão À l\u2019approche de l\u2019annonce du prochain budget, la CSQ souhaite rappeler l\u2019importance du service public, réaffirmant que celui-ci fait partie de la solution.Entendue dans le cadre des consultations prébudgétaires, la principale recommandation formulée par la CSQ est l\u2019investissement massif dans les services publics et les programmes sociaux.« En plus de contribuer à l\u2019économie, cela permettrait de continuer à réduire les inégalités sociales, mais surtout les inégalités entre hommes et femmes », souligne Mme Chabot.De la même façon que l\u2019avait dénoncé la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, dans son dernier rapport, la CSQ déplore que le gouvernement ait abandonné les citoyens.«Comme l\u2019a dit haut et fort Mme Saint-Germain, il y a des dénis de services dans plusieurs domaines », croit Mme Chabot.Lors des consultations, la CSQ a dénoncé la diminution des services, mais aussi la pénibilité au travail.«Nous avons apporté des exemples pour montrer que, derrière les mots qu\u2019on dit, il y a des cas concrets », précise-t-elle.Égalité sans limites Cette année, le Collectif 8 mars \u2014 dont est membre la CSQ \u2014 a choisi pour thème «L\u2019égalité sans limites».«L\u2019égalité devrait être transcendante dans tous les domaines, je pense que c\u2019est une question de respect, déclare Mme Chabot.Les femmes représentent la moitié de la population et, même si de grands pas ont été faits, on constate que l\u2019égalité de faits n\u2019est toujours pas atteinte, tant au niveau des responsabilités familiales, qui sont encore le lot des femmes, qu\u2019en ce qui concerne la violence, l\u2019écart de salaire entre hommes et femmes ou encore la précarité et pauvreté qui se retrouvent surtout du côté des femmes.» Pour Mme Chabot, cette journée et ce thème soulignent encore une fois l\u2019importance de la solidarité et de la bataille, mais, surtout, de la conscience sociale qu\u2019aucun écart entre les sexes ne devrait être accepté, et cela, sur tous les plans.ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES La CSQ dénonce le « double discours » du gouvernement ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pour Louise Chabot, cette journée et ce thème soulignent encore une fois l\u2019importance de la solidarité et de la bataille, mais surtout de la conscience sociale qu\u2019aucun écart entre les sexes ne devrait être accepté, et cela, sur tous les plans.«On ne peut pas en même temps parler d\u2019une politique nationale d\u2019éducation publique et sabrer les services à la petite enfance» 40E JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 H 3 Ce cahier thématique a été produit par l\u2019équipe des publications spéciales du Devoir grâce au soutien des annonceurs qui y figurent.Ces derniers n\u2019ont cependant pas de droit de regard sur les textes.Pour toute demande d\u2019information quant au contenu de ce cahier, vous pouvez contacter par courriel Loïc Hamon, directeur des publications spéciales, à lhamon@ledevoir.com.Pour vos projets de cahiers ou toute autre information au sujet de la publicité, vous pouvez contacter Mark Drouin, vice-président des ventes publicitaires, à l\u2019adresse courriel mark.drouin@ledevoir.com.CONCILIATION TRAVAIL-FAMILLE-ÉTUDES Le gouvernement doit envoyer un signal clair H É L È N E R O U L O T - G A N Z M A N N Collaboration spéciale 5 -10-15.Connaître son horaire au moins 5 jours à l\u2019avance, bénéficier de 10 jours de congés payés pour responsabilités familiales ou pour maladie et, bien sûr, le salaire minimum à 15 dollars.Si cette campagne 5-10-15 n\u2019est pas complètement nouvelle, elle revient en force à l\u2019occasion de la Journée internationale des femmes qui aura lieu le 8 mars.« Il s\u2019agit d\u2019un enjeu fondamental de conciliation travail- famille-études, souligne Véronique De Sève, vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), responsable du dossier de la condition féminine.Oui, les femmes qui ont des enfants veulent les voir grandir et ont envie d\u2019être près d\u2019eux.Mais le seul choix qu\u2019on leur of fre aujourd\u2019hui, c\u2019est de réduire leur temps de t ravai l , parce que l e s employeurs refusent de leur accorder plus de flexibilité.Si elles avaient une autre option, certaines choisiraient le temps p a r t i e l , m a i s p a s toutes.D\u2019autant que ça a un impact sur la retraite par la suite.» Cer tes, l \u2019homme prend de plus en plus de responsabilités au sein de la famil le , mais lorsque vient l \u2019 h e u r e d u c h o i x , dans un couple, de savoir qui va avoir la charge de la sphère familiale, dans la très grande majorité des cas, c\u2019est à la femme que cela incombe.Avec les conséquences que cela a en matière d\u2019avancement professionnel.«Tant qu\u2019elle est en couple, ça fonctionne, note Mme De Sève.Tant qu\u2019elle a ses enfants à la maison.Mais lorsqu\u2019ils s\u2019en vont faire leur vie, ou si le couple éclate, elle se rend compte que le choix fait généralement d\u2019un commun accord, c\u2019est elle qui le subit.» Sans compter que les emplois traditionnellement féminins continuent à être les moins bien rémunérés dans notre société.«Les femmes naviguent beaucoup dans le secteur des services, rappelle Sylvie Nelson, Secrétaire générale du Syndicat québécois des employées et employés de ser vice (SQEES-FTQ).Ça se caractérise par de la précarité, du temps partiel, des avantages et du salaire plus faibles, elles n\u2019ont pas beaucoup de pouvoir décisionnel sur leur travail.Elles sont sous-représentées dans les emplois syndiqués et surre- présentées dans les emplois payés au salaire minimum.» « Les emplois traditionnellement féminins sont peu valorisés, ajoute Véronique De Sève.Ce sont des postes en rappor t avec les soins de la personne et, dans l\u2019inconscient collectif, c\u2019est comme si c\u2019était dans la nature des femmes de s\u2019occuper des gens.Pourquoi, dès lors, bien les payer alors que ce n\u2019est pas un ef fort pour elles ?Je caricature, mais ce sont des choses qu\u2019on entend\u2026» Mme Nelson prend l\u2019exemple des résidences privées pour personnes âgées.Le salaire moyen des préposées aux bénéficiaires y est de 12,50 dollars l\u2019heure.« Pour joindre les deux bouts, bien souvent, ces femmes sont obligées d\u2019avoir deux emplois, indique-t-elle.Déjà à 12,50 dollars de l\u2019heure, on vit sous le seuil de la pauvreté, mais en plus, ce sont pour la plupar t des emplois à temps partiel.Les femmes travaillent également souvent dans des petits milieux, qui ne sont pas assujettis à la loi du 1 % pour la formation.Elles ont donc moins accès aux formations qualifiantes et transférables, et il leur est alors plus dif ficile d\u2019aller vers d\u2019autres emplois qui seraient plus payants.» D\u2019où la revendication de la part des syndicats d\u2019une loi-cadre, qui intégrerait, entre autres, le 5-10-15.« Sans cette loi, l\u2019employée se retrouve à aller négocier de meilleures conditions de travail, plus de flexibilité, directement avec l\u2019employeur, qui bien souvent, lui répond que c\u2019est t r op c o m p l i q u é , r a c o n t e Mme De Sève.Le gouvernement doit envoyer un signal clair et ça doit passer par une loi-cadre.Ça fait plus de quinze ans, qu\u2019on parle sérieusement de la conciliation travail, famille, études.Je ne peux pas croire qu\u2019en 2017, on ne puisse pas arriver à des solutions.» «Si les femmes connaissaient une semaine à l\u2019avance leur emploi du temps, ce serait une aide précieuse, ajoute Sylvie Nelson.Les congés payés pour obligations familiales, c\u2019est la moindre des choses.Quant au salaire minimum à 15dollars\u2026 plusieurs études montrent que ces 15dollars, c\u2019est ef fectivement le minimum pour être juste au-dessus du seuil de pauvreté.Or, selon ce que le gouvernement a annoncé, en 2020, on sera rendu à 12,45 dollars.Si on prend en compte l\u2019inflation, ce n\u2019est pas tenable.Et encore une fois, ce sont les femmes qui travaillent le plus souvent au salaire minimum.» En ef fet, 57 % des emplois payés au salaire minimum sont occupés par des femmes.Et contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas des étudiantes qui se font la main avant de trouver un meilleur poste, puisque 40 % de ces emplois sont des temps pleins occupés par des travailleurs, le plus souvent des travailleuses.« Elles touchent aujourd\u2019hui 11,25dollars l\u2019heure et, malgré tout, les exigences sont de plus en plus grandes de la part des employeurs, ajoute Mme Nelson.Les conditions de vie au travail se dégradent.Il y a de nouvelles attentes, de nouveaux besoins.On leur demande d\u2019en faire toujours plus avec moins.On les fait travailler de plus en plus fort, on leur donne des responsabilités qui ne sont pas nécessairement rémunérées.Elles vivent également de plus en plus d\u2019insécurité avec les horaires atypiques, la surcharge de travail, les dif ficultés de la conciliation famille-travail.Ça nuit à leur santé physique et mentale.» Plus de vingt ans après l\u2019adoption de la Loi sur l\u2019équité salariale, la route semb l e donc encore longue pour en arriver à une véritable équité hommes-femmes au travail.« Nous devons rester mobilisées, conclut Véronique De Sève.Cer tes, il y a eu des avancées.Mais lorsqu\u2019on lit dans le journal qu\u2019au sein même des ministères, il y a une dif férence de 12 % entre la rémunération des directeurs de cabinet selon qu\u2019ils sont des hommes ou des femmes, il y a de quoi être scandalisé.Oui, nous avons obtenu l\u2019égalité de droit.Mais cette égalité ne doit pas être juste une valeur, elle doit se traduire dans tous nos gestes, au quotidien.» Plus de vingt ans après l\u2019adoption de la Loi sur l\u2019équité salariale, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour que les femmes obtiennent réellement l\u2019égalité sur le marché du travail, estiment les syndicats, qui croient aujourd\u2019hui que seule une loi-cadre permettrait d\u2019obliger les employeurs à avancer sur le terrain de la conciliation travail-famille-études.SCFP-Québec SCFP-Québec scfp.qc.ca @SCFPQuebec ISTOCK «Les emplois traditionnellement féminins sont peu valorisés, ajoute Véronique De Sève.Ce sont des postes en rapport avec les soins de la personne et, dans l\u2019inconscient collectif, c\u2019est comme si c\u2019était dans la nature des femmes de s\u2019occuper des gens.» CSN-FTQ Véronique De Sève, vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ÉRIC DEMERS Sylvie Nelson, secrétaire générale du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES-FTQ) 57% des emplois payés au salaire minimum sont occupés par des femmes 40E JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 H 4 Les mesures d\u2019austérité du gouvernement Couillard ont des impacts dramatiques sur les femmes.Ça nous concerne austerite.lacsq.org C L A U D E L A F L E U R Collaboration spéciale «B ien que la Loi sur l\u2019équité salariale célèbre ses 20 ans \u2014 c\u2019est super ! \u2014 , nous constatons qu\u2019il y a malheureusement encore beaucoup à faire.On observe entre autres que, lorsqu\u2019il y a une féminisation des emplois, les salaires ne suivent pas.» Voilà le constat que dresse Manon Therrien, deuxième vice-présidente du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).Ce syndicat regroupe les employés professionnels qui œuvrent au sein de la fonction publique québécoise, donc dans un environnement propice à l\u2019équité.Pourtant, le SPGQ observe que c\u2019est loin d\u2019être le cas et, par conséquent, a entrepris une vaste étude pour documenter la situation.«Nous n\u2019en sommes qu\u2019au début de notre étude, prévient Mme Therrien, mais nous faisons déjà certains constats.» Elle cite en exemple les 16 collèges dont le personnel professionnel est membre du SPGQ.En l\u2019an 2000, la rémunération des cadres de ces cé- geps était de 16 % supérieure à celle des professionnels, « ce qui nous semble normal », in- dique-t-elle.Cependant, au- jourd\u2019hui, cet écart est de 36 %.« On a donc l\u2019impression que puisqu\u2019une majorité de femmes occupent à présent les postes de professionnel, ces fonctions sont maintenant moins bien rémunérées», indique Mme Therrien.« Y a-t-il un lien direct ?de- mande-t-elle.On n\u2019en est pas encore rendus à conclure cela, mais disons qu\u2019on se pose des questions.» Pour cette raison, le SPGQ cherchera à obtenir des explications auprès des directions de collège.Autre exemple : en l\u2019an 2000, les professionnels des cégeps gagnaient 21 % de plus que les enseignants, alors qu\u2019au- jourd\u2019hui, ces derniers gagnent 5 % de plus.« Ça s\u2019est donc renversé, constate la syndicaliste.Notez qu\u2019on n\u2019a aucun problème avec le rattrapage dont bénéficient les enseignants, mais on se demande pourquoi nos professionnels n\u2019ont pas suivi.Que s\u2019est-il donc passé?» «Pour le moment, on ne comprend pas trop pourquoi, en moins de vingt ans, la situation a évolué dans ce sens, dit-elle.On n\u2019est qu\u2019au début de notre ana l y s e e t l a s eu l e constante qu\u2019on voit, c\u2019est que les emplois se sont féminisés.» Avant de conclure, toutefois, le SPGQ cherchera à comprendre ce qui se passe réellement.« Nous souhaitons que l\u2019employeur \u2014 c\u2019est-à-dire le gouvernement \u2014 nous fournisse des explications», déclare Mme Therrien, qui souhaite en fait interpeller à ce sujet Lise Thériault, ministre responsable de la Condition féminine.Des milieux pourtant favorables Le SPGQ représente plus de 25 500 employés de la fonction publique, des sociétés d\u2019État, des réseaux de l\u2019éducation et de la santé.Il peut s\u2019agir d\u2019actuaires, de bibliothécaires, d\u2019arpenteurs ou d\u2019administrateur, mais aussi de chimistes, de comptables, d\u2019ingénieurs forestiers ou encore de pédagogues ou de spécialistes en réadaptation, en sciences de l\u2019éducation et de travailleurs sociaux.« Nous représentons ceux et celles qui fournissent des informations et des conseils aux ministres afin que ceux-ci prennent les meilleures décisions possible », explique Manon Therrien.«Je vous dirai que la fonction publique reste un choix de carrière pour ceux et celles pour qui la conciliation travail-famille est impor tante, ajoute-t-elle, puisqu\u2019on peut souvent aménager notre temps de travail.» En outre, le SPGQ serait l\u2019un des rares syndicats où règne une quasi-parité entre hommes et femmes puisque environ 55 % de ses membres sont féminins.«Nous sommes peut-être l\u2019organisation syndicale la plus proche du 50-50, avance-t-elle.C\u2019est intéressant, car ça nous donne une couleur particulière et ça nous amène à faire des réflexions stimulantes.» Comme deuxième v i c e - p r é s i d e n t e , Mme Therrien assume comme responsabil ité les « dossiers féminins », à savoir l\u2019accès à l\u2019égalité, la conciliation travail-vie personnelle, le harcèlement sexuel et le sexisme.« Je défends donc l\u2019intérêt des femmes, et l \u2019un de mes principaux dossiers est celui de la féminisation des emplois professionnels », précise- t-elle.Pourtant, même si le SPGQ œuvre dans un contexte très favorable à l\u2019équité et à l\u2019égalité, la vice-présidente constate que la situation n\u2019est pas facile pour autant pour les femmes.Ainsi, lance-t-elle : « Ce n\u2019est pas parce que, dans notre syndicat, on est à peu près moitié- moitié hommes-femmes, que ça se reflète dans les instances.» Femme et pouvoir De fait, Manon Therrien observe que, malheureusement, même dans un syndicat formé à 55 % de femmes, la participation de celles-ci reste toujours difficile à obtenir.«Souvent, la famille occupe la première place pour elles, ce que je ne remets nullement en question, rapporte Mme Therrien.Pour nombre de femmes, c\u2019est toujours le dilemme entre s\u2019impliquer dans son milieu et s\u2019occuper de sa famille.» Certaines femmes choisissent tout de même de s\u2019engager, mais dans des postes moins demandants, « où elles vont laisser la place à d\u2019autres [hommes] et être plutôt en soutien», déplore-t-elle.Mme Ther- rien s\u2019empresse cependant d\u2019ajouter que cela peut être un bon point de départ.Elle constate aussi un certain manque de confiance en soi.Celle qui est pourtant la deuxième vice-présidente du SPGQ avoue avoir elle-même é p r o u v é c e m a n q u e d e confiance en soi.« Je ne vous cacherai pas que j\u2019ai été dans la même situation, dit-elle.On m\u2019a demandé plusieurs fois de me présenter à des postes syndicaux et ça a pris du temps avant que j\u2019accepte.» Selon elle, on doit aussi prendre en compte la façon dont les femmes perçoivent le pouvoir.« Je pense qu\u2019elles ne voient pas la plus-value qu\u2019elles pourraient appor ter et, par conséquent, malheureusement, elles ne s\u2019impliqueront pas, déplore-t-elle.On devrait peut-être démystifier ce qu\u2019est le pouvoir et, surtout, faire valoir ce que cela peut apporter», suggère-t-elle.« Car après tout, on ne peut pas mettre 50 % de la population de côté si on veut faire progresser notre société, lance-t- elle comme un cri du cœur.Et nous, comme syndicat, nous voulons contribuer à l\u2019avancement de la société.» FÉMINISATION DES SECTEURS D\u2019EMPLOI Les salaires ne suivent pas nécessairement ISTOCK Le SPGQ représente plus de 25 500 employés de la fonction publique, des sociétés d\u2019État, des réseaux de l\u2019éducation et de la santé que ce soit des biblithécaires, des actuaires ou autres.Manon Therrien 40E JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 H 5 Des milliers de femmes et d\u2019hommes unis pour une santé sans barrières.Journée internationale des femmes 2017 fiqsante.qc.ca FTQ Militer pour l\u2019avancement des femmes É M I L I E C O R R I V E A U Collaboration spéciale F ormellement établies tous les trois ans, soit chaque f o i s q u e l a F T Q t i e n t u n congrès, les priorités du Comité de la condition féminine de la FTQ découlent en général des résolutions votées par les délégués de la centrale syndicale à l\u2019occasion de leur rencontre triennale.Lors du dernier colloque de la Fédération, lequel avait lieu à la fin novembre 2016, les congressistes ont adopté une douzaine de résolutions touchant par ticulièrement les femmes.«C\u2019est principalement sur ces résolutions que nous nous sommes appuyées pour déterminer nos priorités des trois années à venir, confirme Mme Ra- vary.Mais ce n\u2019est pas tout.Ce qui se passe dans l\u2019actualité a aussi un impact important sur les dossiers qu\u2019on choisit de mettre en avant.Il y a aussi des questions qui nous préoccupent depuis longtemps et, comme elles nécessitent une attention continue, on les considère comme prioritaires.» De la violence conjugale à la hausse du salaire minimum Diversifiées, les priorités du Comité de la condition féminine de la FTQ pour le prochain triennat concernent une multitude d\u2019enjeux.« Elles touchent autant la conciliation travail-famille que la violence faite aux femmes, le soutien aux Centres de la petite enfance, le retrait préventif des travailleuses enceintes, l\u2019équité salariale, la hausse du salaire minimum à 15 $, la solidarité auprès des femmes autochtones et le harcèlement psychologique», relève Mme Ravary.Aussi, au cours des prochains mois, le comité militera activement pour faire avancer ces dossiers.Ses actions prendront plusieurs couleurs.Par exemple, en ce qui a trait à la violence faite aux femmes, il veillera à sensibiliser les membres de la FTQ pour qu\u2019ils négocient dans leur convention collective des congés payés pour toutes les victimes de violence conjugale.Par l\u2019entremise des dirigeants syndicaux, il fera aussi pression auprès du gouvernement pour que la loi assure une sécurité d\u2019emploi à ces personnes.« C\u2019est un enjeu majeur pour nous.On veut que les femmes qui sont victimes de violence puissent prendre des congés payés sans s\u2019inquiéter de leur emploi » , confie la vice-présidente.En ce qui concerne la rémunération, le comité redoublera d\u2019efforts pour faire avancer le dossier de l\u2019équité salariale.Il poursuivra également les activités de mobilisation qu\u2019il a entamées en 2016 pour la hausse du salaire minimum à 15 $ l\u2019heure.« Près de 60 % des personnes qui sont payées au salaire minimum sont des femmes, indique Mme Ravary.C\u2019est très préoccupant.Nous considérons qu\u2019en haussant le salaire minimum à 15 $ l\u2019heure, on permettrait à plusieurs travailleuses d\u2019améliorer leur condition.C\u2019est pour ça que nous allons continuer à participer activement aux campagnes pour la hausse du salaire minimum.Nous allons aussi faire pression auprès des gouvernements et inciter les membres de la FTQ à négocier des clauses dans leurs conventions pour hausser le salaire minimum à 15$ l\u2019heure.» Dans le même esprit, le comité fera pression pour que le gouvernement québécois, qui a effectué d\u2019importantes compressions budgétaires au cours des dernières années, réinvestisse de manière importante dans le réseau de la petite enfance.« La création des CPE a été un avancement important pour les femmes au Québec, souligne Mme Ravar y.Malheureusement, depuis quelques années, le gouvernement ne cesse de diminuer sa contribution au réseau de la petite enfance.C\u2019est quelque chose qui nous préoccupe beaucoup.On va donc poursuivre nos revendications pour le réinvestissement dans le réseau.» De surcroît, le comité appuiera les dirigeants syndicaux dans leurs démarches auprès des gouvernements pour que les Québécoises enceintes travaillant dans des entreprises de compétence fédérale puissent avoir le droit au retrait préventif lors d\u2019une grossesse, ce qui n\u2019est actuellement pas le cas.En outre, le comité entend aussi apporter s o n s o u t i e n a u x femmes autochtones dans le cadre de la commission Écoute, réconciliation et progrès.« Lors du congrès, on a adopté une résolution pour que le gouvernement procède à la création d\u2019une commission d\u2019enquête publique indépendante por tant sur les causes systémiques du maintien des actes de violence envers les femmes autochtones.Quelques jours plus tard, le gouvernement a annoncé qu\u2019il y aurait une enquête publique.Nous allons suivre de près les travaux de cette commission et apporter notre soutien aux femmes autochtones », précise la vice- présidente.Biennale Les 12 et 13 septembre prochain, soit un peu moins d\u2019un an après avoir déterminé ses priorités pour le prochain trien- nat, le Comité de la condition féminine de la FTQ tiendra une biennale.Ce sera l\u2019occasion pour les militantes et les travailleuses des syndicats affiliés de faire un premier point sur les dossiers prioritaires du comité et d\u2019échanger sur les enjeux touchant les femmes.« C\u2019est une rencontre qui devrait réunir plus de 250 militantes et travailleuses, note Mme Ravary.On va y discuter de plusieurs dossiers qui les concernent.Ce sera également un moment pour entendre les femmes sur les enjeux qui les préoccupent.» Rappelons que la FTQ est la plus grande centrale syndicale québécoise et qu\u2019elle représente plus de 600 000 membres, dont près de 40 % sont des femmes.« On a fait beaucoup de chemin à la FTQ au cours des dernières décennies, commente Mme Ravar y.Mais il reste encore pas mal à faire.Malheureusement, les dossiers qui touchent les femmes n\u2019avancent pas toujours aussi vite qu\u2019on l\u2019aimerait.Nous avons cependant bon espoir qu\u2019au cours des trois prochaines années, nos ef for ts permettront des gains intéressants ! » Mis sur pied en 1973, le Comité de la condition féminine de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) œuvre depuis ses débuts à l\u2019avancement de la cause des femmes en milieu syndical.Si, au fil des ans, ce dernier est parvenu à améliorer grandement le sort des syndiquées, force est de constater que toutes les luttes ne sont pas encore gagnées.Bien conscientes de la situation, ses membres se sont récemment fixé plusieurs priorités pour le prochain triennat.Le Devoir en a discuté avec l\u2019une de ses vice-présidentes, Mme Joëlle Ravary.8 MARS : JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES ça suf?t ! a deux vitesses - ISTCOK «On veut que les femmes qui sont victimes de violence puissent prendre des congés payés sans s\u2019inquiéter de leur emploi», confie une des vice-présidentes du Comité de la condition féminine de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Joëlle Ravary.Joëlle Ravary 40E JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 H 6 S T É P H A N E G A G N É Collaboration spéciale L e 7 février dernier, l\u2019Union des municipalités du Québec (UMQ) lançait la campagne « Ça prend des femmes comme vous».Le but est d\u2019en- c o u r a g e r d a v a n t a g e d e femmes à se lancer en politique municipale.En 2005, on compta i t 25 % de femmes conseillères.Huit ans plus tard, en 2013, elles étaient 30 %.Les femmes n\u2019occupent toutefois que 17 % des postes de maire dans les 1104 municipalités du Québec.Si on cumule les deux pourcentages, on arrive à un taux de 25 %.Nathalie Simon, mairesse de Châteauguay depuis 2009 et présidente du Comité femmes et gouvernance locale de l\u2019UMQ, aimerait hausser cette proportion à 30 % d\u2019ici les prochaines élections.Une présence encore faible Le Comité travaille depuis 2004 à encourager davantage de femmes à se lancer dans l\u2019arène municipale.À l \u2019approche des élections municipales, prévues pour novembre 2017, le Comité a choisi des ambassadrices qui donnent des conférences partout au Québec depuis le 11 février der nier.Le Comité a aussi mis en ligne plusieurs capsules vidéo où des élues municipales expliquent les raisons pour lesquelles elles se sont impliquées.Une de ces capsules met en scène Nathalie Simon.Comment explique-t-elle la pré- s e n c e e n c o r e f a i b l e d e s femmes en politique municipale ?« Plusieurs femmes ne se font pas confiance et d\u2019autres croient encore que cela est une chasse gardée des hommes », dit-elle.Elle connaît d\u2019ailleurs des femmes qui ont été élues e t o n t v i t e d é m i s s i o n n é lorsqu\u2019elles se sont aperçues qu\u2019elles se retrouvaient dans un monde en majorité composé d\u2019hommes.La question de la conciliation travail-famille peut aussi entrer en ligne de compte.« Le travail d\u2019élue municipale exige de nombreuses heures, et les émoluments reçus par les élus sont souvent assez faibles, surtout dans les municipalités de petite taille [il y en a beaucoup au Québec].En outre, lorsqu\u2019une femme tombe en congé parental, son traitement comme élue ne devrait pas lui être retiré durant cette période, car elle continue à être à la disposition de ses citoyens et à assister à des réunions.» Des raisons de se lancer Il peut y avoir plusieurs raisons pour lesquelles les femmes s\u2019engagent en polit i q u e m u n i c i p a l e .P o u r Mme Simon, qui était journaliste avant d\u2019amorcer sa carrière en politique, ce sont notamment les soupçons de corruption qui planaient au-dessus de la ville de Châteauguay et la nécessité pour elle d\u2019assainir la situation qui l\u2019ont incitée à se lancer.Ses soupçons se sont confirmés e n d é c e m b r e 2 0 1 3 lorsque l\u2019Unité permanente anticorruption (UPAC) a procédé à l\u2019arrestation de quatre hommes d\u2019affaires.Ces personnes avaient tenté de corrompre la mai- resse quelques mois auparavant.La mairesse en avait alors informé la police.Mme Simon avait également d\u2019autres raisons de briguer le poste de mairesse.« Je voulais redonner la place aux citoyens et j\u2019avais la volonté de travailler pour le bien commun.» L\u2019une des ambassadrices de la campagne, Francine Ruest- Jutras, ex-mairesse de Drum- mondville pendant 26 ans, avait aussi de bonnes raisons de se lancer.«Alors que j\u2019étais conseillère depuis quatre ans [de 1983 à 1987], j\u2019assistais à la mise en œuvre de la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme qui prévoyait entre autres la création des MRC et l\u2019obligation de planifier l \u2019aménagement du ter r i to i re .C\u2019était très stimulant, et je souhaitais par t i - c i p e r à c e l a » , d i t - e l le .Mme Ruest-Jutras a aussi été préfète de la MRC de Drummond et présidente du comité Femmes et gouvernance locale de 2004 à 2013.Elle avait également une autre bonne raison de se lancer.« C\u2019était l\u2019époque où la revue Croc avait pris Drum- mondville comme tête de Turc af firmant qu\u2019il ne se passait pas grand-chose dans notre ville », dit-elle.La revue L\u2019act u a l i t é a v a i t m ê m e t i t r é « Drummondville une ville à l\u2019agonie ».Mme Ruest-Jutras voulait changer cette image négative et on peut dire qu\u2019elle a plutôt bien réussi.Lorsqu\u2019elle est partie en 2013, elle a laissé la ville en très bonne situation économique et sur tout la perception que Drummondville est une ville très dynamique.Cette capacité d\u2019améliorer ainsi les choses est très stimulante, selon Mme Ruest-Jutras, qui a été la première femme à Drummondville à occuper la mairie.Bien qu\u2019elle admette qu\u2019il est important d\u2019avoir une bonne capacité à débattre et à faire valoir son point de vue en politique municipale, elle soutient que les décisions se prennent généralement par consensus.Mme Ruest-Jutras croit aussi que la présence des femmes en politique est un atout puisqu\u2019elles possèdent une bonne capac i té d\u2019écoute.Comme ambassadrice, Mme Ruest-Jutras donnera d\u2019ailleurs une conférence dans le cadre de la campagne « Ç a p r e n d d e s f e m m e s comme vous» à Gatineau le 19 mai e t à Longueu i l l e 15 juin.CAMPAGNE «ÇA PREND DES FEMMES COMME VOUS» L\u2019UMQ lance un appel aux femmes JACQUES NADEAU LE DEVOIR La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, s\u2019est dite fière d\u2019avoir permis à d\u2019autres femmes de songer à la politique, lors de l\u2019annonce récente de son retrait de la vie politique après huit ans à son poste.P I E R R E V A L L É E Collaboration spéciale A u Québec, lorsqu\u2019on pense au décrochage scolaire, c\u2019est spontanément le décrochage scolaire des garçons qui, en premier, vient en tête.Mais qu\u2019en est-il du décrochage scolaire chez les filles?Une question qui a interpellé la Fédération autonome de l\u2019enseignement (FAE), dont 75 % de ses membres sont des femmes.« Nous avons commencé par faire une enquête préliminaire en 2012, notamment par une revue de la littérature scientifique sur le sujet , explique Joanne Bertrand, vice-présidente au secrétariat et à la trésorerie à la FAE, pour ensuite approfondir notre réflexion, ce qui a mené à la publication d\u2019un rappor t en 2015.» Si le rappor t dégage plusieurs pistes intéressantes, il demeure toutefois incomplet.«Malheureusement, malgré nos ef for ts, il a été très dif ficile d\u2019avoir accès à des données sur le sujet, ces dernières étant disséminées dans chacune des commissions scolaires, et parfois même pas colligées.Certaines questions soulevées par notre réflexion demeurent donc sans réponse et l\u2019on ne peut qu\u2019offrir des hypothèses.» D\u2019abord les chif fres, bien réels.Selon le ministère de l\u2019Éducation, le pourcentage de garçons n\u2019ayant pas de diplôme d\u2019études secondaires à l\u2019âge de 19 ans s\u2019établit à 21,6 %, et celui des filles à 12,4 %.Par contre, si l\u2019on retient l\u2019âge de 24 ans pour le calcul, comme le font Statistique Canada et l\u2019OCDE, le pourcentage s\u2019établit alors à 10,3 % pour les garçons et à 6,6% pour les filles.«En retenant l\u2019âge de 24 ans pour le calcul, on constate que l\u2019écart entre garçons et filles se réduit.» Comment expliquer ce rapprochement entre garçons et filles ?Est-ce que les garçons raccrochent davantage ?«On n\u2019a pas de réponse définitive.Notre hypothèse, c\u2019est que les filles raccrochent moins parce qu\u2019elles ont des enfants et qu\u2019elles sont souvent mères célibataires.» Cet écart plus mince entre le décrochage des garçons et des filles est, aux yeux de Joanne Bertrand, une raison pour s\u2019occuper davantage du décrochage des filles.« Il faut s\u2019assurer que les mesures que l\u2019on met en place pour lutter contre le décrochage scolaire ne s\u2019adressent pas principalement aux garçons, mais aussi aux filles.» D\u2019autant plus que les conséquences économiques du décrochage chez les filles sont plus impor tantes.« Un garçon sans diplôme secondaire sur le marché du travail peut espérer un salaire annuel d\u2019environ 24 500$, mais pour une fille, ce n\u2019est que de 16 500$.» Axes de solution Dans son rappor t, la FAE propose trois axes de solution pour lutter contre le décrochage scolaire des filles et des garçons.« La cause principale du décrochage, peu importe le sexe, c\u2019est la pauvreté.Les études sur le sujet démontrent clairement que c\u2019est dans les familles défavorisées sur le plan socio-économique que les enfants décrochent le plus.Si le gouvernement veut combattre le décrochage, il doit d\u2019abord éradiquer la pauvreté.Malheureusement, les programmes de lutte contre la pauvreté mis en place n\u2019ont pas donné les résultats escomptés.Il est temps de corriger le tir.» Le second axe propose de lutter contre les stéréotypes sexuels.« Les études ont démontré que plus un jeune adhère aux valeurs et comportements sexuels stéréotypés, plus il éprouve des dif ficultés scolaires et le risque de décrochage s\u2019accroît.» Et contrairement à ce FAE Contrer le décrochage scolaire des filles Nathalie Simon MICHAËL MONNIER LE DEVOIR Selon Joanne Bertrand, vice-présidente au secrétariat et à la trésorerie à la FAE, il faut s\u2019assurer que les mesures que l\u2019on met en place pour lutter contre le décrochage scolaire ne s\u2019adressent pas principalement aux garçons, mais aussi aux filles.VOIR PAGE H 7 : FILLES 40E JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 H 7 que l\u2019on pourrait penser, ce sont les garçons les premières victimes.«C\u2019est une découverte de notre enquête à laquelle on ne s\u2019attendait pas.Ce sont les garçons, et non les filles, qui adhèrent le plus aux stéréotypes sexuels.Il faudrait donc s\u2019assurer que les activités proposées aux garçons pour lutter contre le décrochage ne viennent pas au contraire renforcer les stéréotypes sexuels.» L\u2019adversité familiale est aussi une cause du décrochage scolaire, mais elle affecte dif féremment les garçons et les filles.« Les garçons qui vivent de l\u2019adversité familiale ont tendance à l\u2019extérioriser, tandis que les filles l\u2019intériorisent, ce qui rend plus dif ficile le dépistage des filles qui sont plus à risque de décrocher.D\u2019ailleurs, c\u2019est pourquoi nous suggérons l\u2019usage d\u2019analyses différenciées selon le sexe dans la lutte contre le décrochage.» Autre raison de mettre davantage d\u2019effort pour contrer le décrochage chez les filles.«La scolarité de la mère a une influence sur le risque de décrochage des enfants.Moins une mère est scolarisée, plus le risque augmente.D\u2019ailleurs, le ministère de l\u2019Éducation le reconnaît puisque la scolarité de la mère est le principal indice pour déterminer si un milieu est défavorisé sur le plan socio-économique.Lutter contre le décrochage des filles, c\u2019est lutter contre le décrochage des filles comme des garçons.» Raccrocheuse Mère célibataire de deux enfants, un garçon de 11 ans et une fillette de 7 ans, Mélanie Riel, âgée de 31 ans, travaille aujourd\u2019hui comme préposée aux bénéficiaires dans un hôpital.Mais ce ne fut pas toujours le cas, elle qui a été longtemps une décrocheuse.« J\u2019ai décroché dès que j\u2019ai pu, raconte-t- elle, mais bien avant, j\u2019étais déjà sur la voie de sortie.» Elle enfile alors les petits métiers, barmaid, serveuse et puis se marie et donne naissance à ses enfants.« J\u2019étais mariée à un militaire, et comme femme d\u2019un militaire, j\u2019étais donc au foyer.» Mais le couple ne dure pas et se divorce.« C\u2019est à ce moment que j\u2019ai décidé de me prendre en main et de raccrocher.» Ce sera un DEP pour devenir préposée aux bénéficiaires, un métier qu\u2019elle a aimé dès les premiers instants.Et les enfants alors ?« C\u2019est sûr que j\u2019ai entrepris cette démarche pour améliorer la situation de mes enfants.Mais ces derniers m\u2019ont épaulée et ont été une source de motivation.Comme ils étaient aussi à l\u2019école, on faisait nos devoirs ensemble.On a même fait des concours de devoirs.» Aujourd\u2019hui, en plus de son poste de préposée, elle étudie à l\u2019éducation des adultes afin de terminer son secondaire et ainsi s\u2019inscrire l\u2019an prochain au DEC en sciences infirmières.«C\u2019est évident que raccrocher, au départ, ça fait peur.On se demande comment on peut y arriver.Mais c\u2019est possible, je l\u2019ai fait.Aux femmes qui sont dans la même situation que j\u2019étais, je leur dis : laissez faire vos peurs et allez-y.Ça vaut vraiment la peine, je suis là pour en témoigner.» SUITE DE LA PAGE H 6 FILLES Faire place aux « savoirs féministes » dans toutes les disciplines É T I E N N E P L A M O N D O N E M O N D Collaboration spéciale H élène Lee-Gosselin a « pris son bâton de pèlerin » , comme elle l \u2019 i l lustre elle-même.La professeure au Département de management de l\u2019Université Laval, titulaire de la Chaire Claire-Bonenfant \u2013 Femmes, savoirs et sociétés, a pris contact avec neuf facultés de s o n é t a b l i s s e m e n t d\u2019enseignement supérieur.« Toutes les facultés que j\u2019ai sollicitées pour appuyer la création de l\u2019Institut ont répondu : \u201cOui, il faut qu\u2019on fasse de la place au savoir féministe dans nos contenus\u201d.» El le cons idèr e l \u2019 IFSEE comme un levier pour la visibilité et le rayonnement d\u2019autres initiatives de l\u2019Université L a v a l , d o n t l a r e v u e R e - cherches féministes et l\u2019Université féministe d\u2019été.Mais surtout, elle espère que l\u2019Institut permettra d\u2019 introduire la perspective féministe dans l \u2019 e n s e m b l e d e s c h a m p s d\u2019études et de recherches pour démontrer comment celle-ci peut renouveler les savoirs.« Mon premier dossier est celui de la mise en place de cours interdisciplinaires offer ts dans toutes les facultés », affirme-t-elle.Au-delà des sciences humaines Si les études féministes répondent présentes en sciences humaines et sociales, elles restent marginales dans plusieurs autres domaines, malgré leur pertinence dans ceux-ci.« Il y a très peu d\u2019espace dans la formation des étudiants, tant au premier, deuxième et troisième cycle, pour ces questions des rappor ts sociaux des sexes, déplore- t-elle.Donc on produit des générations d\u2019étudiants et étudiantes, qui ne se posent même pas la question : \u201cest-ce que cela fait une différence?\u201d.» Dans l e domaine des sciences de la santé, elle évoque les stratégies de diagnostic ou les traitements, qui ont traditionnellement été testés sur des souris mâles sans accorder aux distinctions obser vables sur le corps des femelles l\u2019intérêt qu\u2019elles méritaient.Elle donne aussi en exemple les signes précurseurs d\u2019une crise cardiaque.Longtemps, les études à ce sujet se sont attardées aux hommes.Mais des recherches ont ensuite mis en lumière des symptômes dif férents chez les femmes.« La conséquence de ne pas avoir posé la question avant, c\u2019est qu\u2019il y a beaucoup de crises cardiaques de femmes qui n\u2019ont pas été détectées à temps pour être traitées, sou- lève-t-elle.On le sait parce que la question a été posée pour la crise cardiaque.Maintenant, pour toutes ces autres maladies pour lesquelles on n\u2019a pas posé la question, il n\u2019y a pas de documentation et il y a un risque de sous-détection des symptômes qui permettraient une reconnaissance ou un traitement qui éviterait une aggravation.» Elle souligne, dans la même logique, les dangers d\u2019autoriser un médicament sans mettre en relief les effets potentiellement dissemblables sur les femmes.Elle ajoute que la formation actuelle en médecine invite peu les professionnels de la santé à réfléchir sur les rappor ts sociaux liés aux sexes, qui peuvent jouer un rôle dans l\u2019adhésion ou non d\u2019une patiente à un traitement.Ces questions se révèlent aussi cruciales dans d\u2019autres disciplines, comme en ingénierie, où tout projet devrait tenir compte autant des usagères que des usagers.« Cela devrait avoir des impacts sur la façon dont on pense les systèmes pour qu\u2019il n\u2019y ait pas plus d\u2019obstacles pour les uns que pour les autres.» Le milieu de la recherche est-il adapté aux femmes?L e 8 m a r s p r o c h a i n , Mme Lee-Gosselin prononcera une conférence à Québec, au sujet du sexisme en science.Car au-delà de la prise en considération la réalité des femmes dans les dif férentes disciplines, il est permis de se demander si le milieu de l\u2019enseignement supérieur, et de la recherche, dans son ensemble, en tient aussi compte.Mme Lee-Gosselin se montre préoccupée devant la diminution, dans plusieurs domaines universitaires, du pourcentage de femmes parmi les étudiants dans le passage d\u2019un cycle supérieur à l\u2019autre.Selon un rapport statistique publié en juin 2016 par la Chaire pour les femmes en sciences et en génie au Québec (CFSG), rattachée à l\u2019Université de Sherbrooke, la représentation féminine était plus faible dans les inscriptions au doctorat qu\u2019à la maîtrise dans la ma- jo r i t é des d i sc ip l ines en sciences pures et appliquées.Mme Lee-Gosselin souligne la nécessité d\u2019observer l\u2019évolu- t i o n d e l a p r é s e n c e d e s f e m m e s s u r u n e l o n g u e échelle de temps, en rappelant la situation en informatique.Selon des chiffres diffusés par la National Public Radio (NPR) aux États-Unis, les femmes représentaient plus du tiers des ef fectifs en science informatique au début des années 1980, avant une chute constante de ce pourcentage à par tir du milieu de la même décennie.«Les gens surestiment les progrès réalisés et sous-estiment aussi le temps que prend le progrès à se manifester, observe Mme Lee-Gosselin.En montrant que les progrès ne sont pas aussi grands qu\u2019on le pense et que cela prend plus de temps, j\u2019espère dé- construire l\u2019idée que l\u2019égalité est déjà présente et aider les gens à réaliser qu\u2019on ne peut pas compter simplement sur le passage du temps.Il faut des actions d\u2019un autre ordre pour accélérer le progrès vers l\u2019égalité.» Mme Lee-Gosselin s\u2019interroge notamment sur la prise en considération de la réalité des femmes dans les milieux de recherche.« Il faut se demander comment la carrière scientifique est organisée, juge- t-elle.Est-ce que la carrière présume de la disponibilité des chercheurs 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, à ne faire que ça ?Ou est-il possible d\u2019avoir une autre implication sociale, notamment avoir des enfants et s\u2019en occuper en même temps que d\u2019avoir une carrière scientifique?Avec la pression pour les publications, avec la concurrence de plus en plus grande pour l\u2019accès au financement, est-ce qu\u2019on ne crée pas des conditions structurelles qui font q u e l e s f e m m e s o n t p e u confiance en la possibilité de faire des enfants et d\u2019avoir une carrière intéressante ?» Elle évoque le nombre de présences dans les événements internationaux et d\u2019articles signés dans des revues scientifiques, éléments souvent pesés pour juger du travail d\u2019un chercheur, alors que ces activités demeurent dif ficiles à concilier avec la vie de famille pour une jeune mère.« On sait que la très grande majorité des chaires de recherches sont dirigées par les hommes.Ce sont des symboles de l\u2019excellence, signale-t-elle.Si c\u2019est le seul modèle, cela renforce des rapports sociaux entre les sexes potentiellement inégalitaires.Est-ce qu\u2019on veut vraiment ça ?» L\u2019Université Laval a annoncé la création de l\u2019Institut Femmes, Sociétés, Égalité et Équité (IFSEE) le 31 janvier dernier.Entrevue avec sa directrice, Hélène Lee-Gosselin, sur l\u2019importance d\u2019intégrer les études féministes dans tous les domaines scientifiques.Hélène Lee-Gosselin ISTOCK «J\u2019espère déconstruire l\u2019idée que l\u2019égalité est déjà présente et aider les gens à réaliser qu\u2019on ne peut pas compter simplement sur le passage du temps.Il faut des actions d\u2019un autre ordre pour accélérer le progrès vers l\u2019égalité », af firme Hélène Lee-Gosselin, professeure au Département de management de l\u2019Université Laval, titulaire de la Chaire Claire-Bonenfant \u2013 Femmes, savoirs et sociétés. 40E JOURNÉE INTERNATIONALE DES FEMMES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 H 8 alma mater, a été incendié, elle a collaboré avec les religieuses de la Présentation de Marie à sa reconstruction.« Les premières femmes d\u2019affaires que j\u2019ai rencontrées dans ma vie ce sont des religieuses, af firme Louise Cordeau.Les cendres étaient encore chaudes lorsqu\u2019elles ont décidé de rebâtir et elles sont allées de l\u2019avant rapidement.» Son engagement s\u2019est poursuivi par la suite comme présidente du conseil d\u2019administration du Collège Saint-Mau- rice, même si ses intérêts professionnels l\u2019avaient amenée à Québec.Cap sur l\u2019Assemblée nationale Depuis le début de sa pratique en droit, Louise Cordeau se donnait un horizon de dix ans.Ensuite, elle serait prête à passer à autre chose.Elle l\u2019a été après huit ans.Elle avait un objectif clair : devenir directrice de cabinet du président de l\u2019Assemblée nationale du Québec.« Je connaissais bien l\u2019Assemblée nationale et je voulais occuper ce poste apolitique, explique Louise Cordeau.Le président de l\u2019Assemblée nationale représente l\u2019institution qui gère l\u2019ensemble des travaux parlementaires et veille sur tous les députés.Par des contacts, j\u2019ai obtenu une entrevue, ça a fonctionné et je me suis installée pour de bon à Québec.» Le président de l\u2019Assemblée nationale était alors Roger Bertrand.Puis Jean-Pierre Char- bonneau lui a succédé, et Louise Cordeau est restée en poste.Lorsque Jean-Pierre Char- bonneau est devenu ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques dans le gouvernement péquiste de Bernard Landr y, Louise Cordeau l\u2019a suivi pour devenir sa directrice de cabinet.« Il avait un rôle au conseil exécutif qui relevait du pre- m i e r m i n i s t r e , i n d i q u e Mm e Cordeau.C\u2019était une toute nouvelle expérience que j\u2019allais chercher.» Passage dans les médias Travailler en politique ne vient évidemment pas avec une sécurité d\u2019emploi.« Je n\u2019ai jamais cherché ça, j\u2019ai toujours aimé sortir de ma zone de confort tout en m\u2019entourant de gens forts », ajoute celle qui a toutefois une grande stabilité personnelle en par ta- geant sa vie avec le même conjoint depuis 35 ans.Après ce passage à l\u2019Assemblée nationale, un chasseur de têtes l\u2019a contactée pour un poste de directrice de Radio- Canada \u2013 Québec.«C\u2019était d\u2019abord pour la télévision, puis la radio et le Web se sont ajoutés, explique-t-elle.J\u2019ai travaillé à l\u2019intégration de l\u2019ensemble des médias de Radio- Canada.» Elle est ensuite passée au Journal de Québec comme éditrice et chef de la direction.C\u2019était la première fois que ce poste était occupé par une femme.«Je n\u2019ai pas pensé à ça quand je suis arrivée en poste, affirme- t-elle.J\u2019ai souvent évolué dans des milieux d\u2019hommes et j\u2019ai toujours fait ma place.En même temps, je suis une femme d\u2019action et de conviction et j\u2019ai toujours posé des gestes.Par exemple, le conseil de direction du Journal de Québec était composé uniquement d\u2019hommes, alors lorsqu\u2019un poste s\u2019est libéré, on a choisi une femme.Je crois que l\u2019équilibre est important.» L\u2019arrivée au Conseil du statut de la femme Si elle a travaillé de dif fé- rentes façons pour le soutien et l\u2019avancement des femmes \u2014 elle a également été membre du conseil d\u2019administra- t ion du Y des femmes (YMCA Québec) \u2014, Louise Cordeau n\u2019avait jamais pensé devenir un jour présidente du Consei l du statut de la femme.Mais, le défi ne lui fait pas peur.« Que ce soit à Radio-Ca- nada, au Journal de Québec, ou maintenant, au Conseil du statut de la femme, je suis arrivée sans connaître personne et je crois que c\u2019est une force, af firme-t-elle.J\u2019arrive sans amis ni ennemis dans l\u2019organisation.Chaque fois, j\u2019ai découvert les employés, bâti des équipes, apprivoisé l\u2019ensemble des dossiers et établi des axes prioritaires avec les gens en place.» À 57 ans, elle est enthousiaste de se lancer dans ce nouveau défi.« Le Conseil du statut de la femme appor te une pierre à l\u2019édifice de l\u2019égalité au Québec, af firme-t-elle.Grâce à mon parcours, à mes convictions et à mon ouverture, je crois que je pourrai appor ter un point de vue peut-être nouveau.Je souhaite être capable de mener des réflexions por teuses pour la société.» SUITE DE LA PAGE H 1 PRÉSIDENTE Il y a une vingtaine d\u2019années, la Loi sur l\u2019équité salariale entre hommes et femmes au travail entrait en vigueur au Québec.En 2009, cette loi était revue et cor rigée en même temps qu\u2019elle perdait du mordant : le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) tente toujours de contester devant les tribunaux certains éléments de ce virage législatif.Il s\u2019insurge aussi contre le sort réservé aux femmes enceintes dans les milieux de travail relevant du fédéral.R É G I N A L D H A R V E Y Collaboration spéciale I l importe d\u2019éclaircir dès le départ ce point avec Édith Cardin, qui est coordonnatrice de l\u2019évaluation des emplois au SCFP : il n\u2019est vraiment pas donné à toutes les femmes au travail de profiter de l\u2019équité, même si la loi touche toutes celles qui travaillent pour des entreprises québécoises qui ne relèvent pas du fédéral.Elle explique : « C\u2019est plus facile d\u2019y recourir pour les femmes salariées syndiquées.Il se pose un gros problème pour celles qui ne le sont pas et il n\u2019y a rien de prévu pour elles dans la loi ; elles ont énormément de misère à faire valoir leurs droits, voire même à faire diminuer l\u2019écart salarial avec les hommes.» Les syndicats veillent à l\u2019application d\u2019une loi complexe, mais «elle est presque inapplicable là où ils sont absents parce que les femmes ne la connaissent pas ; elles ne disposent pas des moyens requis, du droit et des avocats, ainsi que des conseillers syndicaux pour les aider à la faire appliquer et respecter».Le provincial conteste Cela dit, elle évoque le litige qui a cours actuellement avec le gouvernement du Québec sur le plan juridique : «On avait prévu de revoir en 2009 cette loi qui était nouvelle, probablement pour la bonifier.Il y a eu des changements qui ont été appor tés, sur lesquels por tent nos contestations ; ils ont grandement diminué la portée de la loi.» Le SCFP revendique que des correctifs soient apportés à ces changements : « Il y a trois éléments de la loi qui ont disparu.D\u2019abord, il existe maintenant un manque d\u2019information pour les employés ; ils ne peuvent vérifier si l\u2019employeur applique correctement le programme.» Elle soulève un autre point : «Dans la loi d\u2019origine, il y avait un comité paritaire employeur- employés qui devait être formé pour en assurer l\u2019application, ce qui a été amendé de telle manière que les salariés ne peuvent plus participer au processus, à moins que l\u2019employeur fasse preuve de bonne volonté.» Elle relève un autre aspect des changements que le Syndicat conteste particulièrement : «On maintient une périodicité de cinq ans pour se livrer à l\u2019exercice de l\u2019équité, mais sans que l\u2019accompagne une rétroactivité.C\u2019est un problème majeur parce que le milieu syndical n\u2019a pas manifesté au départ de désaccord avec cette période pourvu qu\u2019elle comporte en contrepartie un caractère rétroactif.» Édith Cardin explique par la suite où en est le dossier devant les tribunaux : « L\u2019année même où la loi a eu 20 ans, le gouvernement Couillard a porté la cause devant la Cour suprême, malgré le fait que nous ayons gagné en Cour supérieure et en Cour d\u2019appel [octobre 2016] ; ces tribunaux ont invalidé certains des changements à la loi d\u2019origine, notamment sur le plan de la rétroactivité.» La Cour suprême n\u2019a pas encore décidé si elle entendra ou non cette cause : « Mais c\u2019est la volonté du gouvernement de contester.» Le fédéral traîne la patte Le Québec s\u2019est doté de politiques considérées comme progressistes en matière de congé de maternité, de congé parental et de retrait préventif.Le Programme de maternité sans danger (PMSD) par exemple n\u2019apparaît pas comme une mesure sociale ou un congé de maternité : il s\u2019inscrit dans la Loi sur la santé et sécurité du travail comme une mesure de prévention lorsque les conditions de travail présentent un risque de danger pour les travailleuses ou leur enfant à naître.Josée Aubé, coordonnatrice du dossier des droits de la personne au Québec pour le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), situe de cette façon le cas des retraits préventifs des femmes enceintes : « Au Québec, ce retrait est placé sous la juridiction de la Commission des normes, de l\u2019équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et s\u2019accompagne d\u2019une rémunération ; une fois que la mère a accouché, le Régime québécois d\u2019assurance parentale (RQAP) prend le relais.» Il en va autrement au fédéral : «On a au Québec des entreprises fédérales et des femmes qui devaient quitter leur travail en situation de retrait préventif.La Commission des normes ne s\u2019occupe pas d\u2019elles puisqu\u2019elles ne sont pas sous sa juridiction.» Le Syndicat a livré bataille devant les tribunaux pour qu\u2019elles obtiennent tout de même ce droit à la rémunération, mais a perdu sa cause, bien que l\u2019Assemblée nationale du Québec se soit prononcée à l\u2019unanimité en leur faveur.Le Parlement a plutôt choisi de déposer le projet de loi (C-243) qui inclut présentement ce retrait préventif à l\u2019assu- rance-emploi.Le SCFP conteste ce choix législatif parce que ce dernier n\u2019augmente pas pour autant le congé de maternité.La femme enceinte est placée devant ce dilemme: «Afin de rester avec son enfant après l\u2019accouchement, elle doit choisir entre sa santé et le congé.» Le problème n\u2019a donc pas été réglé et risque même de s\u2019amplifier : « Au Québec, le patronat veut que le retrait soit placé sous l\u2019égide de l\u2019as- surance-emploi.» Elle dénonce cette position : « On a déjà deux catégories de femmes, celles qui relèvent de la CNESST et celles qui relèvent de l\u2019assurance-emploi : dans le premier cas, il est question de 90 % du salaire et de 55 % dans le deuxième.» Le C-243 a franchi l\u2019étape de la deuxième lecture à Ottawa et n\u2019a pas encore été sanctionné.Au terme des échanges, tant Édith Cardin que Josée Aubé, qui pilotent les dossiers de l\u2019équité et du retrait préventif, tiennent ce discours sur l\u2019égalité hommes-femmes : « On est tellement préoccupées, comme groupes de femmes, à maintenir et à protéger nos acquis que nous ne sommes même pas capables d\u2019aller de l\u2019avant.Il suf fit pour le constater de se tourner vers les mesures d\u2019austérité de 4 milliards de dollars qui ont été appliquées et qui ont énormément af fecté les femmes dans dif férents domaines.» ÉQUITÉ SALARIALE Une loi qui ne rejoint toujours pas toutes les femmes ISTOCK Les syndicats veillent à l\u2019application d\u2019une loi complexe, mais «elle est presque inapplicable là où ils sont absents parce que les femmes ne la connaissent pas», assure Édith Cardin, coordonnatrice de l\u2019évaluation des emplois au SCFP.Édith Cardin Josée Aubé ÇA PREND DES FEMMES COMME VOUS! #desfemmescommevous umq.qc.ca @UMQfemmes "]
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