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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2017-07-15, Collections de BAnQ.

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[" D O M I N I C T A R D I F L e téléphone sonne dans la centrale des messagers du pavillon Deschamps de l\u2019hôpital Notre-Dame.Au bout du fil, la voix robotique de la réparti- trice annonce à Suzanne Myre la nature de sa prochaine course.En cette fin d\u2019après- midi dominicale, un patient attend en radiologie d\u2019être transporté jusqu\u2019aux urgences.En 1987, l\u2019écrivaine connue pour ses recueils de nouvelles au ton doucement ironique (J\u2019ai des mauvaises nouvelles pour vous, Humains aigre-doux, Mises à mort) devient technicienne en documentation, à la bibliothèque médicale de l\u2019établissement de la rue Sherbrooke.Ce qui ne durera que quelques années.«Les bibliothèques, c\u2019était pas pour moi du tout!» s\u2019exclame-t-elle, devant le tapuscrit de son prochain livre, qu\u2019elle potasse pendant les minutes creuses.«J\u2019avais besoin de sortir du cadre, de sortir des lignes, poursuit- elle, et la beauté de la job de brancardière, c\u2019est que lorsque tu prends le téléphone, tu ne sais jamais ce qui va t\u2019attendre à l\u2019autre bout.Est-ce que ce sera un patient en lit, en civière, en fauteuil roulant ?Vas-tu devoir passer par le pavillon Mailloux [l\u2019unité de santé mentale], reconduire quelqu\u2019un aux soins palliatifs?» Rare membre du personnel d\u2019un hôpital entrant en relation avec les patients sans leur prodiguer de soins, le brancardier jouit d\u2019une cer taine latitude qui lui permet d\u2019envisager son travail comme celui d\u2019un simple « chauffeur de civières », ou d\u2019ajouter à sa description de tâches, selon les circonstances et selon ce que son cœur lui chante, une oreille attentive ou une main sur l\u2019épaule.«On peut être objet d\u2019indif fé- rence ou objet de réconfort, mais moi, je veux être présente pour l\u2019autre», explique celle qui publiait en 2010 Dans sa bulle, un roman narré par une préposée aux bénéficiaires.« Je ne veux pas transporter les gens comme si c\u2019était des paquets, sur tout que les gens sont souvent dans un état de grande vulnérabilité.Quand tu te promènes dans l\u2019hôpital sous les yeux de tout le monde alors que t\u2019es tout croche, t\u2019aimes ça savoir que quelqu\u2019un de doux et gentil est là pour toi.» Grand niveleur social, le milieu hospitalier permet à Suzanne Myre un contact privilégié avec toutes les couches de la communauté, et par fois même des conversations avec M A R I E L A B R E C Q U E E n visitant son grand-père, Pénélope Bourque avait été frappée par la présence d\u2019étoiles de couleurs sur les portes des appartements.Des symboles servant à signaler au personnel de la résidence si l\u2019occupant désirait être réanimé ou pas en cas d\u2019arrêt cardiaque.L\u2019impulsion de Jaunes et rouges brillent les étoiles est née de la fascination de la dramaturge devant ces décisions très intimes ainsi exhibées.«Le rapport à la fin de vie, à la mort y devenait de l\u2019ordre de la sphère publique.» L\u2019intimité est souvent chamboulée dans ces endroits.«À partir d\u2019un certain âge, moins il y a d\u2019autonomie, moins il y a d\u2019intimité et toutes les histoires deviennent publiques.» La diplômée du programme d\u2019écriture dramatique de l\u2019École nationale de théâtre (cuvée 2013) a inventé une histoire d\u2019amour pour des grands- parents qu\u2019elle regrette de ne pas avoir connus davantage.Une romance ici narrée par un chœur de résidantes qui se projettent dans une passion «qu\u2019elles-mêmes n\u2019ont pas eu la chance de vivre».Porté par les expérimentés Béatrice Picard, France Arbour, Dorothée Berryman, Mireille Metellus et Luc Morissette, « un cadeau », le texte est mis en lecture \u2014 et en musique \u2014 in situ, dans la salle communautaire d\u2019une résidence pour personnes âgées autonomes: la Maison des aînés Hochelaga-Maisonneuve.«J\u2019avais envie que ce soit comme si les spectateurs allaient visiter leurs parents ou grands-parents.Les résidants peuvent aussi assister à la pièce.» Pénélope Bourque, qui a elle-même visité des résidences afin de récolter des témoignages, des histoires dont elle a repris, assez librement, des bribes dans son texte, n\u2019a pas eu de mal à faire parler ses sources.« J\u2019ai senti un grand besoin de se raconter.» Elle admet ne pas avoir été détrompée, malheureusement, dans le préjugé négatif qu\u2019elle entretenait envers ce type d\u2019endroit «assez triste », où l\u2019environnement neutre ne reflète pas la personnalité de ses occupants.«Et j\u2019ai découvert énormément de solitude.» Un lieu en marge Le couloir des possibles, l\u2019autre projet dont il est ici question, relève d\u2019une démarche plus large qui réfléchit sur le concept de maison.Et ils ont beau être aux deux extrémités de la vie, les parallèles seraient nombreux entre la clientèle du CHSLD et le groupe étudié dans Album de finissants, les adolescents, dans le précédent opus de la compagnie Matériaux composites.« Ce sont deux points de vue en marge de la vie active, de la course folle », note la metteure en scène Anne Sophie Rouleau.Zone dépourvue même de wi-fi, le CHSLD est un espace en dehors de notre temporalité, qui impose un autre rythme.« On a juste ça, là-bas, du temps.C\u2019est un choc qui nous fait percevoir notre propre vitesse et qui permet une réflexion super intéressante sur notre monde.» Vaste projet qui comportera d\u2019autres créations sur différents supports et dont on pourra ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR «J\u2019avais envie que ce soit comme si les spectateurs allaient visiter leurs parents ou grands-parents», souligne Pénélope Bourque.De gauche à droite, on aperçoit la violoniste Geneviève Clermont, Dorothée Berryman, Mireille Metellus, Béatrice Picard, France Arbour et Luc Morissette en avant-plan.Luc Besson s\u2019attaque à Valérian, la mythique bédé de science-?ction Page E 5 Les écrivains dans l\u2019œil de la photographie Page E 8 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I L L E T 2 0 1 7 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR « On peut être objet d\u2019indif férence ou objet de réconfort, mais moi, je veux être présente pour l\u2019autre », explique Suzanne Myre De l\u2019autre côté de la fiction.Durant tout l\u2019été, Le Devoir part à la rencontre d\u2019écrivains gagnant leur croûte dans des boulots plutôt éloignés de la littérature.En apparence.L\u2019ÉCRIVAIN AU TRAVAIL Toute l\u2019humanité sur la civière de Suzanne Myre La romancière-brancardière aime ce contact avec la fragilité, la douleur et la mort qui s\u2019allongent devant elle La vieillesse ne prend pas de vacances.Au cœur de l\u2019été, le ZH Festival (ZoneHoma) diffuse deux projets théâtraux consacrés aux personnes âgées et aux lieux qui les accueillent : résidences et centres d\u2019hébergement de soins de longue durée (CHSLD).Deux démarches fort différentes, mais qui s\u2019inspirent chacune de rencontres avec une partie de la population trop souvent délaissée.ZH FESTIVAL Le théâtre dans les couloirs VOIR PAGE E 4 : COULOIRS VOIR PAGE E 6 : HUMANITÉ CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I L L E T 2 0 1 7 E 2 Y V E S B E R N A R D En 2016, Ben l\u2019Oncle Soul a fait paraître Under my Skin, un disque qui révèle sa vision de Frank Sinatra.Une vision black, soul, pénétrée d\u2019accents de blues et de jazz, avec quelques syncopes qui rapprochent du reggae.Plusieurs standards y apparaissent : Moonlight Serenade, My Way, New York, New York\u2026 en tout, 11 titres traités à la manière du soulman national de France qui s\u2019amène au Québec pour défendre ses versions de l\u2019icône américaine.Avec ses neuf musiciens, il s\u2019arrête ce dimanche à la place d\u2019Youville à Québec, et le lendemain au National de Montréal.«Pourquoi Sinatra?En fait, je ne le connaissais absolument pas.Le projet, c\u2019est aussi pour combler mes lacunes parce que j\u2019avais l\u2019impression d\u2019être passé à côté d\u2019un monument», admet Ben l\u2019Oncle Soul au téléphone.En 2015, il écoute en boucle une compilation de The Voice qui traînait dans une voiture louée aux États-Unis.Revenu à Paris, il se rend compte que cette atmosphère lui manque.Il décide d\u2019en faire un disque, se plonge dans le Great American Songbook, obser ve les traits de la personnalité du chanteur-acteur, sa manière d\u2019être en studio.Puis, il choisit le répertoire et s\u2019entoure de Benjamin « Waxx » Hekimian aux guitares, de Mathieu Joly au clavier et à la programmation, de Maxime Pinto aux saxophones et à la trompette.Et Sinatra ?«Pour moi, c\u2019est un des héros des temps modernes.C\u2019est déjà un combat, un acharnement, une détermination.Un artiste qui peut friser la folie, mais qui est exemplaire d\u2019une cer taine manière.Il a commencé tout en bas, gamin de la rue, l\u2019immigration italienne, pas un sou en poche, et il est devenu l\u2019entertainer américain par excellence.Il a vécu la grande vie de panache.Il a représenté le rêve américain.» Mais tout n\u2019était pas que lumière.« Bien sûr qu\u2019il y avait aussi du sombre.Il était très solitaire, colérique, caractériel.C\u2019était pas un homme commode.Il a sans doute été aidé à un moment par ses relations mafieuses, mais il expliquait que quand on est un enfant de la rue au New Jersey, les vraies grandes figures, les stars de la base, c\u2019est la mafia italienne.C\u2019est des gens qui ont un côté noir, violent, mais c\u2019est les seuls qui viennent à Noël pour distribuer de la nourriture, de l\u2019alcool et un peu de prohibition à l\u2019arrière des camions.» Au cours de ses recherches, Ben l\u2019Oncle Soul s\u2019est intéressé à l\u2019artiste dans plusieurs de ces contradictions.Une facette de la personnalité du crooner l\u2019a même rattachée à la musique black.«C\u2019est un des premiers à avoir soutenu la cause des Noirs.Il disait que lorsqu\u2019il était à l\u2019école dans le New Jersey, il n\u2019y en avait pas.Finalement, quand il s \u2019est rendu compte que toute une par tie de la population était mal-aimée et en danger, il a eu le pouvoir de faire des discours contre la ségrégation raciale et il l\u2019a fait.» Et le disque Under my Skin?It Was a Very Good Year devient moins lente et plus légère que l\u2019originale, percutée et sans les somptueux arrangements de cordes.All the Way est plus proche du reggae-soul.Fly Me to the Moon lorgne l\u2019électro- soul.I Love Paris donne dans le reggae et le dub.Dans l\u2019ensemble, on est loin du music-hall, mais on se plonge dans une autre forme de charme avec la voix quelque peu éraillée de Ben l\u2019Oncle Soul et sa singulière façon de s\u2019approprier les grandes chansons de Sinatra.En France cet automne, le soul- man intégrera à son spectacle un son et lumières comme dans un Broadway Show.En attendant, on dégustera au Québec la version strictement musicale.Collaborateur Le Devoir BEN L\u2019ONCLE SOUL Québec : à la Place d\u2019Youville, dimanche 16 juillet à 21h10 dans le cadre du FEQ Renseignements : www.infofestival.com Montréal : au National, lundi 17 juillet à 20h30 (Première partie : Tamara Weber-Fillion) Renseignements : festivalnuitsdafrique.com NUITS D\u2019AFRIQUE Ben l\u2019Oncle Soul : à la recherche de l\u2019icône américaine S E R G E T R U F F A U T M ardi 16 juin est tout d\u2019abord un objet musical qui se présente sous les auspices du mystère.Car sur la pochette, on aperçoit un véhicule empruntant une courbe brumeuse du Grand Nord ou de Scandinavie.Allez savoir ! Le milieu de cette couverture est barré par les noms écrits en petits caractères de deux musiciens respectés et bien connus dans nos contrées : le contrebassiste Michel Donato et le batteur Pierre Tanguay.À côté de ceux-ci, le nom d\u2019un pianiste que l\u2019on ne connaissait pas : Jean-Philippe Col- lard-Neven.Après un clic par-ci, un clic par-là, après avoir questionné le grand tout du « ouaibe », on a compris que Collard-Ne- ven est un musicien belge.On a noté qu\u2019 i l avait un contrat avec l\u2019étiquette Igloo- records, qui nous a envoyé ce Mardi 16 juin.Après quoi, on a relevé que toutes les pièces enregistrées par ce trio étaient signées par les membres de ce dernier.On insiste.Ici, l\u2019originalité ou plutôt l\u2019inédit a eu le pas sur un énième hommage à Monk ou une sempiternelle redite du Stardust d\u2019Hoagy Carmichael ou du Cry Me a River d\u2019Arthur Hamilton.À ce propos, il faut bien reconnaître que les impératifs de marketing imposés à des centaines de musiciens relèvent désormais de l\u2019asphyxie.De quoi (bis) ?De l\u2019art, évidemment.Par la suite, on a écouté cet album conçu à l\u2019aune de la frugalité.Et là, on est tombé en bas de sa chaise.La très haute.Celle des cieux.Bref, on est tombé de très haut et sans aucune, c\u2019est à relever, encombre.Car ce disque frise le chef -d\u2019œuvre.En d\u2019autres termes, ce Mardi 16 juin est fort rare.Collard-Neven, Donato et Tanguay nous ont rappelé les grandes heures du lyrisme sans les mièvreries.Ils nous ont rappelé quelque chose qui fait penser illico au parti pris esthétique de Bill Evans, de Tommy Flanagan ou encore de Roland Hanna.Autrement dit , la forme de leur propos musical se conjugue avec le souci pour la beauté.Avec l\u2019ef for t consenti pour sculpter chaque note à l\u2019enseigne du dénuement.Pour ce qui est maintenant du contenu, Mardi 16 juin nous a rappelé un sommet parmi les sommets de l\u2019improvisation, soit ce double album réalisé par le pianiste Chick Corea, le contrebassiste Miroslav Vitous et le saint patron des batteurs Roy Haynes.En 1982, ces messieurs avaient publié sur étiquette ECM un enregistrement int i tulé tout simplement Trio Music et qui, le temps passant, appar tient désormais à la catégorie de l\u2019intemporel.Mardi 16 juin s\u2019avère un écho actuel à ce Trio Music.Tout dans ce disque est à prendre et à savourer.Rien n\u2019est à jeter.S\u2019il fallait donner un exemple du jazz de nuit ou plus exactement des matins blêmes, alors l\u2019objet musical concocté par Collard- Neven, Donato et Tanguay conviendrait à merveille.?Si vous avez apprécié le show que le pianiste Georges Cables a donné à l\u2019Upstairs, alors vous serez peut-être intéressé par les suggestions de disques suivants : Manhattan Symphony avec Dexter Gordon sur CBS/Sony, The Trip avec Art Pepper sur Galaxy, Landscape avec Pepper sur Galaxy également, The Roadgame avec Pepper toujours sur Galaxy, Friday Night at the Village Vanguard avec Pepper, mais sur Contemporary, The Call of the Wild and Peaceful Heart en tant que pianiste du supergroupe The Cookers sur Smoke Sessions, les trois albums intitulés Live at the Jazz Standard avec Frank Morgan, Icons & Influences, ainsi qu\u2019In Good Company deux albums de Cables en trio parus sur étiquette High Note.Collaborateur Le Devoir JAZZ Les patiences du jazz par deux Québécois et un Belge Mardi 16 juin est un disque qui frôle le chef-d\u2019œuvre QUENTIN CURTAT Le soulman national de France vient défendre ses versions de Frank Sinatra, une icône américaine. CULTURE > MUSIQUE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I L L E T 2 0 1 7 E 3 C H R I S T O P H E H U S S M ercredi soir à Gatineau se tenait le concert gala des lauréats du Concours de musique du Canada (CMC).Bien plus qu\u2019un concours, le CMC est, pour les musiciens de 7 à 25 ans, un véritable maillage des talents prometteurs à travers le pays.Encore un chanteur québécois ! Encore un chef canadien ! Nous en avons très peu conscience ici, mais, à l\u2019étranger, notre réputation en matière de pépinière de talents musicaux est faite.Au point de devenir quasiment, en ce qui concerne les chanteurs, un gage de qualité.À Gatineau, mercredi, c\u2019est Nicolas Ellis qui dirigeait les lauréats.Il est avec Andrei Feher, Jordan de Souza, l\u2019un des grands espoirs de la direction d\u2019orchestre.Il en va de même avec les instrumentistes.Charles Richard-Hame- lin, Tony Yike Yang au piano, Blake Pouliot ou Kerson Leong au violon.Le grand public a été récemment sensibilisé au talent des jeunes musiciens à travers l\u2019émission télévisée Vir tuose de Gregor y Charles.Les vainqueurs des deux premières éditions de l\u2019émission connaîtront les honneurs de l\u2019Amphithéâtre Fernand-Lindsay de Lanau- dière ce soir.Une telle émission n'est pas née ex nihilo.Elle doit énormément au travail de fond de dizaines de bonnes volontés à travers le pays.La veille des meilleurs jeunes talents, de Vancouver à Halifax, menée depuis 59 ans par le CMC, est rendue désormais possible grâce à l ' immense générosité du mécène Roger Dubois, de Canimex.L\u2019angoisse de la pérennité Depuis près de 60 ans, le CMC engage des jurys, pédagogues professionnels ou interprètes qui auditionnent environ 500 jeunes musiciens par année.Les par ticipants de 7 à 25 ans (30 ans pour les chanteurs), qui se répartissent en quatre catégories d\u2019âge, sont incités à concourir par leurs professeurs dans les conser va- toires et écoles de musique.« Nous dénichons les artistes au niveau pancanadien, nous sommes partout sur le terrain, nous sommes reconnus par tous les pairs [professeurs et participants], mais peu connus du grand public », résume Marie- Claude Matton, directrice générale du CMC.Ce travail d\u2019utilité nationale n\u2019a droit à aucun soutien public, car sa singularité fait que le CMC ne rentre dans aucune case de programmes d\u2019aide financière.«À la fin des années 90, les concours ont été coupés des programmes à Patrimoine canadien.Le concours se finance donc par des mécènes, les revenus des inscriptions et l\u2019aide des bénévoles.» En 2018 pour le 60e anniversaire, la finale aura lieu à Montréal.Marie-Claude Matton lance un cri du cœur: «Il faut prendre soin de ce joyau.Il y faut réfléchir comment assurer la pérennité de ce que cet organisme fait.» La toile d\u2019araignée Et le CMC en fait beaucoup! « Nous déplaçons un jur y de cinq personnes dans 13 villes au Canada entre avril et mai.C\u2019est la 1re étape du concours.Chaque juge est indépendant, rédige des commentaires et attribue une note.Si la moyenne des notes est supérieure à 87/100, le musicien se qualifie pour la finale nationale.» L\u2019édition 2017 a ainsi jugé (par un autre jury de cinq membres) 75 musiciens lors de la finale nationale.Pour Marie-Claude Mat- ton, le passage devant jury «apporte un outil supplémentaire dans la formation.Un musicien qui va jusqu\u2019au bout aura eu l\u2019équivalent de dix classes de maître, puisque dix juges auront chacun donné une note et rédigé un commentaire personnalisé.Nous ne sommes pas à la recherche d\u2019un gagnant: nous voulons outiller les jeunes musiciens et les amener à se dépasser».Le système est aussi impeccable qu\u2019implacable, d\u2019autant que les jeunes, au cours de leur évolution, peuvent s\u2019inscrire plusieurs fois de suite.Marie-Claude Matton rappelle que le violoniste d\u2019Ottawa Ker- son Leong a glané la meilleure note cinq années de suite.Parmi les lauréats québécois célèbres, on compte Marc-An- dré Hamelin, Chantal Juillet, Louis Lortie, Marie-Nicole Le- mieux, André Laplante, Boris et Denis Brott, Anne-Marie Du- bois, Jacques Hétu, Alexandre Da Costa et Gregory Charles.Ce dernier n\u2019a pas oublié le CMC : « L\u2019émission Vir tuose, chaque année, nous demande une liste de référence de musiciens qui pourraient être approchés pour faire l\u2019émission.» Comment cette matière première résultant d\u2019un travail professionnel de défrichage et de sélection incomparable estelle valorisée ?« Il n\u2019y a pas de contrepartie à l\u2019heure actuelle.Les musiciens qui sont issus du concours vont avoir dans leur biographie la mention qu\u2019ils ont été primés au CMC », avoue Marie-Claude Matton.Le Devoir CONCOURS DE MUSIQUE DU CANADA La méticuleuse recherche des talents musicaux de demain Le Canada impressionne le monde par sa pépinière de talents classiques.Comment sont-ils repérés ?Grands Prix 2017 7 à 10 ans : le violoniste to- rontois Emrik Revermann (95/100) 11 à 14 ans : la pianiste ma- nitobaine Angela Suet Kee Ng (96/100) 15 à 18 ans : la pianiste montréalaise Christine Ke Pan (95/100) 19 à 30 ans : le duo de piano torontois Linda Ruan et Charissa Vandikas (97/100) Depuis plus de 65 ans, le TNM représente un lieu de référence de la culture théâtrale au Québec.L\u2019institution cherche actuellement à combler le poste de Direction, administration et finances.Le titulaire du poste assure la gestion de l\u2019ensemble des opérations organisationnelles et financières de l\u2019institution et a comme fonction de favoriser la pleine réalisation du mandat artistique et de réunir les conditions financières et organisationnelles gagnantes pour assurer le succès et le rayonnement du TNM.Plus particulièrement, il développe et contrôle les budgets et toute autre activité se rapportant à la gestion financière.Il planifie et rédige les demandes de subventions, planifie et coordonne les opérations et activités stratégiques et administratives.Il négocie les ententes de coproductions et les contrats de droits d\u2019auteur et supervise les directions des ressources humaines, gestion du bâtiment, ressources matérielles et informatiques et le secteur de la comptabilité.Exigences : Baccalauréat complété dans une discipline appropriée et reliée à l\u2019emploi.Dix années d\u2019expérience pertinente dont au moins cinq dans un poste similaire.Fortes habiletés de gestionnaire et de négociateur.Grand intérêt pour les arts de la scène et le domaine culturel.Voir autres détails sur le site Internet du TNM : www.tnm.qc.ca/emploi/#administration Les personnes intéressées doivent soumettre leur candidature d\u2019ici le 23 août, par courrier électronique, à l\u2019adresse daf@tnm.qc.ca .Seules les personnes dont les candidatures auront été retenues seront contactées.THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE (TNM) Direction, administration et finances FESTIVALOPERAQUEBEC.COM LOUIS RIEL / HARRY SOMERS DON GIOVANNI / MOZART / STUDIO D\u2019OPÉRA GALA D\u2019OPÉRA SOUS LES ÉTOILES ANTHONY ROTH COSTANZO ET LES VIOLONS DU ROY SHAKESPEARE À L\u2019OPÉRA LA BRIGADE LYRIQUE MASCARADE À VENISE / OPÉRA JEUNESSE QUARTOM / ACTE III VIENNOISERIES MUSICALES BILLETECH.COM 1 877 643-8131 MARIE-ANDRÉE BLAIS Les lauréats du concours 2017.De gauche à droite: le chef Nicolas Ellis, le pianiste Tristan Longval-Gagné, la pianiste Angela Suet Kee Ng, la pianiste Christine Ke Pan, les pianistes Linda Ruan et Charissa Vandikas.Pianiste lauréate en 1970, dans la catégorie 15 ans et moins, alors que Louis Lor- tie concourrait dans la classe d\u2019âge inférieure, Monique Leroux, porte-parole de l\u2019édition 2017, a troqué le piano pour la finance, mais a appris grâce au CMC, à « combattre le stress, s\u2019exprimer plus facilement, faire face à l\u2019échec et apprendre à savoir se préparer » (Radio Canada, 7 juillet).Interrogée par Le Devoir, Monique Leroux pense que ce « centre d\u2019éducation très utile » mérite que « chacun donne appui, visibilité et soutien, en temps ou en argent, pour développer la carrière qui sera parfois artistique, parfois autre ».La réalité du CMC « est d\u2019of frir un tremplin à tous les jeunes et à l\u2019écosystème musical » et l\u2019organisme doit donc trouver les moyens d\u2019assurer sa pérennité.Elle rêve aussi, pour le 60e anniversaire, de « réunir ceux et celles qui ont pu béné?cier du CMC comme d\u2019un tremplin, les lauréats qui ont marqué la musique au Canada ».Monique Leroux JACQUES NADEAU LE DEVOIR Tremplin 2017 (volet «élite» du CMC pour musiciens souhaitant démarrer une carrière) 1er Prix : Jean-Michel Dubé (piano, Québec) 2e Prix : Tristan Longval- Gagné (piano, Sherbrooke) 3e Prix : Antoine Malette- Chénier (harpe, Montréal) voir pour l\u2019instant une étape scénique à l\u2019Espace libre, Le couloir des possibles est né de rencontres entre différents auteurs et des résidents du centre Le Cardinal, à Pointe-aux- Trembles.Comme si chaque artiste ouvrait la porte d\u2019une chambre et rendait ensuite compte des deux heures partagées avec cet inconnu, de manière subjective.« On n\u2019arrive pas neutre dans ces en- droits-là, ça bouscule, constate Anne Sophie Rouleau.Pour cer tains, ça a été très dur, pour d\u2019autres, super drôle, parce qu\u2019on rit beaucoup aussi dans ces lieux.Et en faisant appel à plein de personnes différentes, on arrive à un portrait beaucoup plus riche et contrasté que s i on al lai t juste faire une enquête sur le terrain.» D\u2019autant que le projet a pris soin d\u2019inclure des résidents à divers stades de la maladie.Pour certains auteurs mis devant des gens ne parlant presque plus, la personne rencontrée a servi de muse et le silence est devenu une invitation à « rêver » cet étranger.Ou à plutôt écrire sur leur propre parent âgé.La sélection refléterait aussi le large éventail de situations sociales vécues dans ces centres.« Une technicienne en loisirs dresse une classification of ficieuse des résidents selon quatre types : ceux qui reçoivent de la visite très fréquemment, d\u2019autres pour qui c\u2019est uniquement lors des fêtes importantes ; ceux qui reçoivent juste une carte et les résidants qui n\u2019ont rien du tout\u2026 » énumère la cocréa- trice Marie-Eve Fortier, chargée d\u2019enrichir visuellement le projet.La scénographe et artiste visuelle a notamment composé, à par tir de ces « blind-dates » artistiques, des albums comportant un montage de photos, de dessins et d\u2019éléments divers.Lors de la mise en lecture, un car table sera disposé sur chaque table où les auteurs prendront place \u2014 au milieu même des spectateurs \u2014 afin de l ire leur texte.Un choix collectif Pour les résidents issus de cultures étrangères, l\u2019isolement peut être encore plus prononcé.La dramaturge Ma- rie-Louise Bibish Mumbu, qui a demandé à participer à l\u2019aventure, revenait justement d\u2019aller voir sa mère en perte d\u2019autonomie au Congo.« Là- bas, c\u2019est toute la famille qui la prend en charge, raconte Anne Sophie Rouleau.Le CHSLD, ça peut être très choquant vu de l\u2019extérieur.» Les créatrices désirent aborder cette institution sans jugement.«On ne veut pas nourrir les clichés.Les CHSLD sont souvent représentés de façon très négative.Or il y a là des [employés], sur tout des femmes, beaucoup d\u2019immigrantes, qui travaillent comme des malades.» Reste qu\u2019une critique sociale émerge par la bande.« L\u2019idée, c\u2019est que le CHLSD existe à cause de tout le monde, de choix collectifs contre lesquels on pourrait tous réagir, affirme la metteure en scène.Il y a plein de choix qu\u2019on est obligé de faire pour se permettre notre mode de vie.» Collaboratrice Le Devoir JAUNES ET ROUGES BRILLENT LES ÉTOILES Texte : Pénélope Bourque.Mise en scène : Véronique Bossé.Œu- vre du collectif Ce n\u2019était pas du vin présentée le 15 juillet à la Maison des aînés Hochelaga- Maisonneuve.LE COULOIR DES POSSIBLES Création de : Anne Sophie Rouleau et Marie-Eve Fortier.Textes de : Steve Gagnon, Marie- Louise Bibish Mumbu, Virginie Beauregard D., Claudine Va- chon, Anne-Marie Guilmaine et Jean-Christophe Réhel.Présentée le 28 juillet, à l\u2019Espace libre.SUITE DE LA PAGE E 1 COULOIRS CULTURE > DE VISU L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I L L E T 2 0 1 7 E 4 SKULPTUR PROJEKTE 2017 Lieux divers dans Münster (Allemagne) Jusqu\u2019au 1er octobre M A R I E - È V E C H A R R O N à Münster Skulptur Projekte (SP) se découvre avec à la main une carte de la ville, l\u2019outil indispensable pour trouver les 36 projets inédits de l\u2019événement disséminés dans Münster.Tous les 10 ans, depuis 1977, cette ville allemande est le théâtre d\u2019une exposition spéciale présentant les œuvres spécifiquement conçues pour le site.L\u2019événement né dans le but d\u2019initier la population aux enjeux contemporains de la sculpture et de l\u2019art dans l\u2019espace urbain est depuis devenu une référence mondiale qui a fait école.Mythique par son rôle de pionner, SP se distingue encore par son envergure et sa fréquence, soit une fois par décennie, qui permet un précieux recul par rappor t au site maintes fois investi et enrichi de 38 œuvres héritées des éditions antérieures.Toujours dans l\u2019aventure, l\u2019initiateur Kasper König assure la continuité alors que les commissaires Britta Peters et Marianne Wagner apportent un vent de fraîcheur qui répond aux attentes croissantes.2007 proposait des œuvres qui ancraient l\u2019événement dans son histoire et fournissait avec le catalogue un ouvrage de référence pointu sur l\u2019ar t dans l\u2019espace public.Toujours à l\u2019affût des réflexions de pointe en la matière, l\u2019édition de cette année repense le caractère in situ, ou site-specific, des œu- vres qui est au fondement de SP en attestant de la mondialisation et du tout-numérique.Nomadisme Cela prend forme dans les inter ventions d\u2019Aram Batholl, des dispositifs répartis en trois sites qui convertissent le feu en électricité pour alimenter des appareils numériques devenus incontournables dans nos vies.Près de l\u2019antenne de télécommunication, son BBQ permet de se connecter à une base de données sans Internet, l\u2019artiste rappelant ainsi qu\u2019à l\u2019encontre des apparences, cette plate- forme appartient au privé.L\u2019aspect public des espaces \u2014 incluant les plus immatériels \u2014 et de l\u2019ar t revient au cœur des réflexions abordées par les œuvres qui continuent de faire du contexte de la ville leur matière, que ce soit pour ses dimensions géographiques, architecturales, sociales, historiques ou économiques.Dans l\u2019ancien hôtel de ville où le Traité de Müns- ter a été signé en 1648, assurant la paix en Westphalie, Alexandra Pirici évoque par les corps et les voix de six performeurs une conception de l\u2019histoire et des identités nationales loin de la fixité et du monument.À deux pas de là, le LWL- Museum, toujours le quartier général de SP, abrite quelques œuvres traitant des frontières entre le privé et le public, dont la plus saisissante est celle de Gregor Schneider.Le banal appartement qu\u2019il fait traverser bascule dans l\u2019insolite.L\u2019expérience désoriente et confine, se situant ainsi à l\u2019opposé du projet de Michael Asher, montré par ses archives dans le musée.Avant sa mort en 2012, il a été de toutes les éditions avec sa caravane Eriba qu\u2019il stationnait de semaine en semaine à différents endroits dans Münster, exposant par son nomadisme les trais propres à l\u2019événement : la durée et la ville même.Jardins communautaires D\u2019autres œuvres anciennes qui, elles, marquent durablement le paysage sont aussi à ne pas manquer, comme le pavillon de Dan Graham (1987), le Square Depression de Bruce Nauman (1977-2007) et les boules de billard géantes sur les berges du lac Aasee, œu- vre iconique (1977) de Claes Oldenburg.Pour tout voir, il faut quitter le cœur historique de la ville, une reconstitution des façades détruites lors de la Seconde Guerre mondiale.Le vélo s\u2019impose pour gagner les œuvres plus éloignées, l\u2019événement ne cessant d\u2019ailleurs d\u2019élargir son périmètre.SP va encore plus loin cette année en ajoutant un volet dans la ville industrielle de Marl que plusieurs, comme Le Devoir, cependant risquent de ne pas visiter faute de temps.Contrairement à Münster, tournée vers le passé, Marl dans les années 1950 a fait le choix de la modernité, mais a perdu avec le déclin des activités industrielles.Du reste, c\u2019est l\u2019informatique qui a triomphé, comme en témoignent éloquemment les œuvres de Pierre Huyghe et de Hito Steyerl ; lui avec la progression d\u2019organismes cellulaires automates dans les entrailles inquiétantes d\u2019un aréna; elle avec les récits entrecroisés de robots, anciens et actuels, dans le hall futuriste d\u2019une banque.C\u2019est le passé colonialiste de l\u2019Allemagne qui réapparaît dans le projet du Camerounais Hervé Youmbi.Ses masques fichés dans les arbres d\u2019un ancien cimetière ne sont pas l\u2019incarnation d\u2019entités, mais l\u2019évocation critique d\u2019opérations culturelles (appropriation, hybridation, acculturation).Avec la mondialisation, les échanges culturels se multiplient, souvent dans des rapports asymétriques de pouvoir dictés par le marché.Il faut entrer dans une ancienne boutique asiatique pour visionner l\u2019irrésistible vidéo de Mika Rottenberg, montrant un réel halluciné, celui de la Chine liant par ses marchandises des villes frontalières du Mexique et des États-Unis.L\u2019esprit de SP se résume brillamment dans le projet de Jeremy Deller, amorcé en 2007 avec les jardins communautaires.Dans l\u2019un d\u2019eux, une maisonnette permet de consulter les quelque 30 journaux de bord consignés par les jardiniers amateurs sur 10 ans.Les bouquins recèlent de petits trésors, témoins d\u2019une vie ordinaire qui a lentement cours à Münster quand l\u2019attention se trouve ailleurs.Collaboratrice Le Devoir Skulptur Projekte révèle les hypertextes de Münster L\u2019événement légendaire se déploie pour une 5e fois dans la ville ÉTONNE Z- MOI! Philippe Halsman MNBAQ.ORG Une exposition produite par le Musée de l'Elysée, Lausanne, en collaboration avec les Archives Philippe Halsman, New York.Commissaires : Anne Lacoste et Sam Stourdzé Philippe Halsman, Marilyn Monroe, 1959 (détail).© 2017 Archives Philippe Halsman / Magnum Photos 15 JUIN \u2013 4 SEP TEMBRE 2017 Parc Stewart et Galerie d\u2019art Stewart Hall 176, ch.du Bord-du-Lac \u2013 Lakeshore Rd.PIQUE-NIQUE 16 juillet 2017 12 h à 17 h Guillaume La Brie Mathieu Lacroix Véronique Lépine Marie-Hélène Plante Edouard Pretty Proulx Rousseau Dans le cadre de Géopoétique, un programme d\u2019activités culturelles spécialement conçues pour célébrer le 150e anniversaire de la Confédération canadienne.Apportez votre pique-nique et passez la journée au bord du lac Saint-Louis, alors que sept artistes créent sur place des œuvres expérimentales et éphémères.Entrée libre INFO :514 630-1254 www.pointe-claire.ca www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec \u2022 L\u2019art et l\u2019histoire - MONTRÉAL - tours de l\u2019île (6 août et 24 septembre) \u2022 GATINEAU - OTTAWA - musées et nature (9 septembre) \u2022 Sculpture et poésie à SHERBROOKE (22 octobre) \u2022 BURLINGTON \u2013 MIDDLEBURY (28-29 octobre) Les musées - le Vermont Mozart Festival Prix spécial jusqu\u2019au 25 juillet.Une saison pleine de ressources! HENNING ROGGE SKULPTUR PROJEKTE L\u2019informatique a triomphé dans l\u2019œuvre de Hito Steyerl, avec les récits entrecroisés de robots, anciens et actuels, dans le hall futuriste d\u2019une banque.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Anne-Sophie Rouleau et Marie-Ève Fortier, conceptrices de la pièce Le couloir des possibles CINEMA L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I L L E T 2 0 1 7 E 5 C U L T U R E theatreoutremont.ca # 8,50 $ (GB-FR-BE) VOSTF Le lundi 17 juil.| 16 h et 19 h 30 9,00 $ AVEC DAVE JOHNSON, DAVE JOHNS ET HAYLEY SQUIRES.de Ken Loach MOI, DANIEL BLAKE M A N O N D U M A I S S tar Wars, Blade Runner, Total Recall, Le cinquième élément, Avatar : ce ne sont pas les références qui manquent dans Valérian et la cité des mille planètes.Non pas que Luc Besson ait manqué d\u2019imagination en signant cet ambitieux et opulent space opera adapté de la série de bédés de Christin et Mézières, Valérian, agent spatio- temporel, plus particulièrement du sixième tome, à saveur écologique, L\u2019ambassadeur des ombres (Dargaud, 1975).En fait, c\u2019est la preuve que cette bédé de gauche féministe, lancée dans Pilote en 1967, a grandement influencé la bédé, la littérature et le cinéma de science-fiction.«On dirait Valé- rian », aurait lancé le dessinateur Jean-Claude Mézières en découvrant le premier volet de la saga de George Lucas.Au fait, Luc Besson n\u2019aurait-il pas rêvé de signer l\u2019un des volets de cette célébrissime saga ?«Évidemment, ça m\u2019aurait fait plaisir à l\u2019époque de réaliser un épisode de Star Wars, mais ayant tourné Valérian, je n\u2019en ressens plus l\u2019envie», confiait-il lors d\u2019une brève visite à Montréal en juin \u2014 peu avant qu\u2019on annonce que Ron Howard re- prennait les rênes des aventures du jeune Han Solo.Grand lecteur de la série dans les années 1970, Luc Besson rêvait plutôt, depuis plus de vingt ans, de porter au grand écran les aventures de Valérian (Dane DeHaan, vu dans Kill Your Darlings et Un ours et deux amants) et de sa fidèle partenaire Laureline (Cara Dele- vingne, vue dans La face cachée de Margo et Suicide Squad).Faute d\u2019avoir pu le faire, il avait fait appel à Mézières pour signer l\u2019univers visuel du Cinquième élément.« Je n\u2019aurais jamais pu tourner Valérian si je n\u2019avais pas réalisé Le cinquième élément il y a vingt ans.Je dirais même que ç\u2019aurait été impossible si je n\u2019avais pas tourné Le grand bleu il y a près de trente ans.Si je compare ces deux tournages, les cent jours de tournage de Va- lérian ont été faciles ! On a même terminé avec quelques jours d\u2019avance.» Tournage épique Certes, le réalisateur de Nikita a pris du galon en trente ans, et la technologie a considérablement évolué depuis la sortie du Cinquième élément où Li- lou (Milla Jovovich) atterrissait dans le taxi volant de Korben Dallas (Bruce Willis) \u2014 une idée inspirée du quinzième album de la série Valérian, Les cercles du pouvoir (Dargaud, 1994).Si le tournage de Valé- rian s\u2019est bien déroulé, celui-ci était bien particulier puisque l\u2019on montait les scènes dès qu\u2019elles étaient tournées.«Nous tournions dans le sens des effets spéciaux; je n\u2019avais encore jamais fait ça.Il y avait deux studios de montage, dont un sur le plateau.Certains effets spéciaux prennent presque deux ans, alors c\u2019était une façon de ne pas trop faire attendre les boîtes d\u2019effets spéciaux», explique le cinéaste, qui a dû gérer 7 plateaux, 24 décors et plus de 1000 artisans dans la Cité du cinéma Saint-Denis en 2016.Exigeant envers lui-même, Besson aime s\u2019entourer de la crème des artisans.Pour signer les quelque 2730 ef fets spéciaux de ces 137 minutes de péripéties dans l\u2019espace campées au XXVIIIe siècle, il a fait appel à Weta Digital, studio de postpro- duction créé par Peter Jackson, à Industrial Light & Magic, société d\u2019effets spéciaux fondée par George Lucas, et la compagnie québécoise d\u2019effets visuels numériques Rodeo FX, lauréate de trois prix Emmy pour ses effets spéciaux pour Game of Thrones.Pour Besson, il allait de soi que les artisans de Rodeo FX se retrouvent au générique de ce film au budget évalué à 297 millions d\u2019euros (faisant de celui-ci le film le plus cher de l\u2019histoire du cinéma européen), puisqu\u2019il avait été plus que satisfait de leurs effets spéciaux pour Lucy en 2014.Cette fois-ci, la boîte québécoise a eu pour mission de donner vie à la colossale station spatiale Alpha, où vivent des milliers de peuples, parmi lesquels neuf millions d\u2019êtres humains.Apparitions surprises Au cours du tournage, Chris- tin et Mézières se sont pointés à quelques reprises sur le plateau afin d\u2019apporter leur soutien à Luc Besson: «J\u2019ai vécu ce film à travers les yeux de Mézières et Christin, qui m\u2019aiment encore; c\u2019est bon signe.» Autre signe de satisfaction, Besson ne cache pas qu\u2019un deuxième volet pourrait voir le jour : «Le deuxième Valérian est déjà écrit ! Si le premier a du succès, je suis donc prêt à en tourner la suite.En plus, je retravaillerais n\u2019importe quand avec Dane et Cara.» Enfin, pour ceux qui ne sauraient les reconnaître, sachez que l\u2019on retrouve au générique de Valérian et la cité des mille planètes plusieurs cinéastes français, dont Xavier Giannoli (Quand j\u2019étais chanteur, Marguerite), Gérard Krawczyk (L\u2019été en pente douce, Fanfan La Tulipe) et Benoît Jacquot (Villa Amalia, Les adieux à la reine).«Ce sont des potes et je me disais que ce serait bien qu\u2019ils viennent incarner chacun un capitaine accueillant les dif fé- rents représentants des peuples de l\u2019espace dans la scène d\u2019ou- ver ture où l\u2019on raconte la conquête de l\u2019espace.Ce n\u2019est qu\u2019une courte apparition où ils n\u2019avaient qu\u2019à serrer la main des visiteurs, sans dire un mot, mais l\u2019idée d\u2019imaginer la tête des journalistes intellectuels qui n\u2019aiment pas mon cinéma en voyant Benoît Jacquot m\u2019amusait beaucoup.» Le Devoir VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES En salles le 21 juillet, en avant- première le 19 juillet à l\u2019Auditorium des diplômés de la SGWU (théâtre Hall) à l\u2019Université Concordia, dans le cadre de Fantasia ENTREVUE Luc Besson repart à la conquête de l\u2019espace JOHN SCIULLI/GETTY IMAGES/AFP Le réalisateur Luc Besson a confié les rôles de Valérian et de Laureline à Dane Dehaan et Cara Delevingne, respectivement.WEIRDOS ?Comédie dramatique de Bruce McDonald.Avec Dylan Authors, Julia Sarah Stone, Molly Parker, Allan Hawco.Canada, 2016, 85 min.A N D R É L A V O I E S es premiers films (Roadkill, Highway 61) évoquaient les plaisirs imprévisibles de la route, avec déjà une belle bande de weirdos qui ont marqué l\u2019imaginaire du cinéma ca- nadien-anglais.Depuis bientôt 30 ans, Bruce McDonald, lui, se faufile entre les genres, du film musical (Hard Core Logo) au cinéma d\u2019horreur (Ponty- pool), aimant jouer la carte de l\u2019imprévisible.Il réussit encore à nous surprendre dans Weirdos, un autre road movie, mais plus mélancolique, voire sentimental, avec quelques touches oniriques dominées par Andy Warhol, ou plutôt une vision spirituelle de celui-ci guidant les pas d\u2019un adolescent à l\u2019identité confuse (pardonnez le pléonasme).À 1\u2019été 1976 dans un petit village de la Nouvelle-Écosse, à la confusion s\u2019ajoute un inévitable ennui, celui qui pousse à vouloir prendre le large vers la grande ville, même si on parle ici de Sydney\u2026 Kit (Dylan Authors) a de nobles raisons de vouloir s\u2019y rendre, cherchant à retrouver sa mère, sans bien sûr dire un mot à son père (Allen Hawco) de ce voyage improvisé en auto-stop avec sa copine Alice (Julia Sarah Stone), obsédée par l\u2019idée de passer aux choses sérieuses.Le garçon n\u2019est pas si pressé, et sa fixation pour les excentricités d\u2019Andy Warhol, lisant le magazine Interview comme d\u2019autres les Évangiles, n\u2019échappe pas à sa compagne de voyage.Arrivés à destination après bien des rencontres déroutantes, Kit découvre sa mère (Molly Parker, qui en fait des tonnes, et on en redemande) dans son élément naturel, repaire d\u2019artistes, et de désaxés, où elle semble régner en déesse, capable de camoufler sa fragilité émotive, mais un temps seulement.L\u2019adolescent perdra alors ces illusions, mais gagnera forcément en maturité.Cette aventure sinueuse aux mille détours amusants, farcie de clins d\u2019œil sur l\u2019ambiguïté sexuelle et la singularité canadienne (comme un contrepoint, l \u2019action se déroule un 4 juillet, avec les images télévisuelles d\u2019une parade « qui n\u2019est pas la nôtre », précise un des personnages, marqué par la guerre), se décline dans un somptueux noir et blanc.Tout cela rehausse d\u2019un cran le caractère résolument nostalgique d\u2019un film d\u2019époque dont les bor nes temporelles sont surtout musicales, une belle habitude chez Bruce McDonald.Comme il a depuis longtemps une feuille d\u2019érable tatouée sur le cœur, point de disco new-yorkais ou de protest songs californiennes.Dans une succession de petits moments de grâce, il convie Gordon Lightfoot (Summer Side of Life), Patsy Gallant (From New York to L.A.), Anne Murray (Snowbird), et tant d\u2019autres, suite de points d\u2019orgue le long de cette route pas banale empruntée par ces adolescents en cavale, somme toute assez gentille, où même les policiers sont débonnaires.La sincérité de ce récit d\u2019apprentissage prend sa source dans les souvenirs personnels du scénariste Daniel MacIvor, qui a trouvé en McDonald un traducteur respectueux et inspiré.Le cinéaste aux allures de cowboy délinquant prouve, une fois encore, son assurance et sa maturité, des contradictions qui font sa singularité.Collaborateur Le Devoir Un Warhol dans ma tête 335, boul.de Maisonneuve Est berri-uqam 514-842-9768 cinematheque.qc.ca cinemathequeqc cinematheque.quebecoise Cinéma complètement cirque Paris pieds nus Rue de la Victoire ?Les Nuits ?blanches du facteur de DOMINIQUE ABEL et FIONA GORDON Ven.-dim.mar.-jeu.18 h 30 lun.16 h 30 d\u2019ANDREÏ KONCHALOVSKY Ven.-dim.mar.-jeu.20 h 15 (VOSTF) Dernière semaine ! de FRÉDÉRIQUE COURNOYER LESSARD Ven.-dim.mar.-jeu.17 h lun.20 h 30 (précédé d\u2019un court métrage) EYESTEELFILMS Weirdos raconte les périples d\u2019un adolescent à l\u2019identité confuse. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I L L E T 2 0 1 7 LIVRES E 6 JE M\u2019ABONNE À RELATIONS : NOM ______________________________________________________________________________ ADRESSE____________________________________________________________________________ VILLE ______________________________________________________________________________ CODE POSTAL _____________________ TÉLÉPHONE ( ________ )________________________________ COURRIEL ___________________________________________________________________________ COCHEZ SVP SI VOUS ACCEPTEZ DE RECEVOIR NOS INFOLETTRES TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 JE PAIE PAR CHÈQUE À : LA SODEP (RELATIONS) OU PAR CARTE DE CRÉDIT NUMÉRO DE LA CARTE EXPIRATION SIGNATURE __________________________________________ L\u2019ABONNEMENT DONNE ACCÈS AUX ARCHIVES DES 3 DERNIÈRES ANNÉES SUR LE SITE COCHEZ : VERSION IMPRIMÉE ET VERSION NUMÉRIQUE (PDF) 1 an (6 numéros) 40 $ 2 ans (12 numéros) 70 $ 1 an, étudiant* 25 $ 1 an, à l'étranger 55 $ 1 an, de soutien 100 $ VERSION NUMÉRIQUE (PDF) SEULEMENT 1 an 30 $ 1 an, étudiant* 20 $ Taxes incluses, sauf abonnement à l\u2019étranger * Sur justificatif (OBLIGATOIRE) ARTISTE INVITÉ Christian Tiffet NOUVEAU NUMÉRO 791 AOÛT 2017 POUR VOUS ABONNER, RETOURNEZ CE COUPON AVEC VOTRE PAIEMENT À : SODEP (revue Relations) C.P.160, succ.Place d\u2019Armes, Montréal (Québec) H2Y 3E9 SOMMAIRE ET ABONNEMENT : revuerelations.qc.ca Au moment où le 150e du Canada bat son plein, ce dossier vise à remettre certaines pendules à l\u2019heure \u2013 notamment sur le colonialisme qui caractérise l\u2019entreprise canadienne depuis ses origines \u2013 et à réfléchir aux lignes de fracture qui sont aux fondations de ce pays, au cœur de son identité.Avec la collaboration de : Alain Deneault, Dalie Giroux, Diane Lamoureux, Éric Pineault.À lire aussi : les chroniques de Jean Bédard, de Catherine Mavrikakis et de Rodney Saint-Éloi Durant tout l\u2019été, Le Devoir vous invite à redécouvrir des œuvres littéraires condamnées à vivre dans l\u2019ombre de leur adaptation à l\u2019écran.Cinquième chapitre d\u2019une série de douze : Brokeback Mountain de\u2026 Annie Proulx «T he Wyoming De- par tment of Tourism expects thousands of people to come looking for the real Brokeback Mountain \u2014 the same way people wanted to find Devil\u2019s Tower after seeing Close encounter of the third kind\u2026 But people won\u2019t find the real Brokeback Mountain there, because it doesn\u2019t exist.» (ABC News, 5 mars 2006) Que la montagne vienne à toi ne t\u2019empêche pas d\u2019aller à la montagne, que celle-ci existe ou non, et un film qui rappor te 170 millions et une brassée d\u2019Oscar et de Golden Globes constituera toujours une meilleure pub qu\u2019une nouvelle littéraire d\u2019une trentaine de pages, même parue dans le prestigieux New Yorker.Or, si la montagne est une création imaginaire, pourquoi l\u2019avoir appelée ainsi ?Je suis du genre à penser qu\u2019un écrivain ne baptise jamais rien au hasard, qu\u2019il va tenter d\u2019investir chaque syllabe de chaque nom trouvé d\u2019un maximum de signification.Le colonel Kilgore (« kill gore ») imaginé par le scénariste d\u2019Apocalypse Now en est un exemple assez éloquent, mais la liste de ces créations onomastiques de la fiction pourrait être allongée à l\u2019infini.Il paraît qu\u2019on peut trouver, au Wyoming, un ranch Brokenback, un r uisseau nommé Brokenback Creek, une Brokenback Road, et même un Brokenback Peak ! La toponymie locale ignore en revanche le mot « Broke- back ».Et la question que je me pose et qui ne me semble pas sans intérêt, quand bien même je serais tout seul à la poser parmi les millions de personnes qui ont lu le livre ou vu le film, c\u2019est : quel effet a voulu créer Annie Proulx en amputant ainsi les dos cassés des reliefs sauvages de l\u2019Ouest d\u2019un misérable ?Broke = fauché.Les deux cow-boys de l\u2019histoire ont du mal à joindre les deux bouts, ils sont les gagne-petit des grands espaces.Un châtreur de veaux et un anonyme du rodéo embauchés comme bergers, l\u2019espace d\u2019un été, dans les somptueux alpages des Rocheuses.Brokeback Mountain, ou les aventures de deux fauchés dans la prairie alpine.On pourrait bien entendu s\u2019arrêter là.Mais je suis à peu près convaincu que Proulx s\u2019est arrangée pour compresser (inconsciemment ?) encore plus de sens caché dans ce beau mot à l\u2019abord rocailleux, « Brokeback Mountain », qui résonne tel un emblème poétique planant à la fois sur le long métrage et le texte de fiction.Loin d\u2019une rectitude néomorale Est-ce tout simplement parce que j\u2019ai l\u2019esprit mal tourné ?Quand je l\u2019entends, un mot voisin, un quasi paronyme, surgit des profondeurs de mon cerveau : bareback\u2026 barebacking.Littéralement : chevauchée à cru.Forgé au sein de la communauté gaie américaine au milieu des années 1990, le terme désigne des relations sexuelles volontairement non protégées et revendiquées comme telles, en une manière de défi.La nouvelle de Proulx est parue en magazine en 1997.Ne serait-il pas réjouissant que l\u2019auteure, dont le travail a inspiré ce parfait exercice de rectitude néomorale qu\u2019est le film d\u2019Ang Lee, ait encodé, à même le mot le plus important de sa fiction, une pratique aussi controversée ?De toute manière, la chose est indéniable : ses deux cow-boys de l\u2019ère pré- sidatique «chevauchent à cru».Quant au film d\u2019Ang Lee, il a été tourné dans les Rocheuses canadiennes, près de Calgary.Autre élément canadien à saveur touristique : Annie Proulx séjourne chaque année près de L\u2019Anse aux Meadows, tout au nord de Terre-Neuve, où était située l\u2019action de Nœuds et dénouements, son second roman, qui lui valut un National Book Award et le Pulitzer.Le New Yorker constituant une tribune de choix, la nouvelle de Proulx était loin d\u2019être passée inaperçue à sa première parution.Lorsque le succès de Souvenirs de Brokeback Mountain aura propulsé ce drame passionnel atypique au rang d\u2019événement international, le magazine fera d\u2019ailleurs sa une avec un dessin qui, pastichant l\u2019affiche du film, figurait, dans le rôle des amants vachers, les Texans W.Bush et Dick Cheney, regard fuyant sous les larges bords inclinés de leurs Stetson.La sortie du film, en 2005, relança la nouvelle, qui allait entre autres faire l\u2019objet, en français, d\u2019un tirage à part, commercialisé à l\u2019enseigne des deux beaux gosses jouant aux mannequins du Wild West sur une jaquette aux allures de carte postale.J\u2019ai parlé plus haut d\u2019exercice de rectitude néomorale, mais je ne vais pas cracher dans la platée de bines : Souvenirs de Broke- back Mountain est un beau et assez bon film, bien-pensant, romantique et tout.Ça s\u2019écoute bien, sans ajouter grand-chose, à par t la splendeur idyllique mais rebattue des paysages, aux quelques dizaines de pages sobrement imagées et dénuées de tout pathos écrites par Proulx, dont l\u2019idée de départ, ce contre- emploi de cow-boys «bi», soutient tout l\u2019édifice.Fidèle en adaptation Si une adaptation peut être qualifiée de fidèle, c\u2019est bien celle-là.Une des seules surprises que réserve le film réside d\u2019ailleurs dans le scrupuleux respect, allant presque jusqu\u2019au mimétisme, voué au texte original par la paire de scénaristes \u2014 dont le bon vieux Larr y McMur tr y, lui- même une légende du western littéraire et un ancien de la bande à Kesey dans l\u2019Oregon, le gars tout désigné pour dépoussiérer ce folklore passablement encroûté.À de nombreux endroits, les répliques des acteurs sont repiquées pratiquement telles quelles des dialogues de la nouvelle.On peut lire sur Wikipédia que Proulx s\u2019est montrée plutôt satisfaite de l\u2019adaptation, et on la comprend.Elle est même allée plus loin, épousant la cause de la version filmique jusqu\u2019à rebaptiser « Trash », dans les pages du Guardian, le rival intitulé Crash qui venait de lui ravir la palme du meilleur film.Ce qui n\u2019empêchera pas la romancière de déclarer à la Paris Review, en 2014, qu\u2019elle regrettait d\u2019avoir écrit Brokeback Mountain.«\u2026 the problem has come since the film.So many people have completely misunderstood the story».Proulx devait maintenant composer avec les amateurs d\u2019un art plus populaire qui ne lui réclamaient rien de moins qu\u2019un bon vieux happy end, quand ils ne réécrivaient pas simplement la fin de l\u2019histoire à sa place.« It just drives me wild», qu\u2019elle ajoutait, avant d\u2019aller s\u2019en payer une bonne tranche à la banque.« BROKEBACK MOUNTAIN» LES PIEDS DANS LA BOUE Annie Proulx Traduit de l\u2019anglais par Anne Damour Rivages Paris, 2001, pages 9 à 44 DANS L\u2019OMBRE DES FILMS « Barebacking » et cartes postales GALLMEISTER Dans son plus récent opus, Craig Johnson of fre aux lecteurs une plume dense et lumineuse.M I C H E L B É L A I R O n a déjà dit ici, à plusieurs reprises, le plaisir sans cesse renouvelé de voir arriver un nouveau livre de Craig Johnson.L\u2019œuvre de cet ancien prof d\u2019université-policier new-yorkais-forgeron-« ro- déiste »-charpentier, etc.devenu éleveur de chevaux dans son ranch de Ucross, dans les hauteurs du Wyoming\u2026 est une bénédiction.On retrouvera ici avec bonheur sa galerie de personnages absolument inimitables tournant autour de Walt Longmire, shérif d\u2019Absaroka, le plus petit comté du Wyoming et de tous les États-Unis.Son ami le plus proche, Henry, dit l\u2019Ours ou la Nation Cheyenne; Vic, son assistante bien aimée partisane des Flyers de Philadelphie; et le Chien, son compagnon fidèle.Avec la chaîne des Bighorn Mountains comme horizon, le shérif et sa bande se retrouveront plongés malgré eux dans une histoire invraisemblable mettant en scène une secte et une poignée d\u2019escrocs installés près du Teapot Dome\u2026 Étrangetés en série Dans ce décor somptueux que Johnson sait décrire comme pas un, c\u2019est l\u2019apparition d\u2019un jeune adolescent un peu étrange qui va mettre le feu aux poudres.Le shérif Long- mire constate bien vite que le jeune homme est illettré et qu\u2019il semble sortir tout droit du milieu du XIXe siècle.Comme pour lui prouver qu\u2019il a raison, surgit alors un personnage étrange, qui prétend être Orrin Porter Rockwell, ami personnel de Joseph Smith, le fondateur du mouvement adventiste des saints des derniers jours.Rockwell aurait donc près de 200 ans\u2026 C\u2019est loin d\u2019être la seule étrangeté dans cette histoire où les personnages hors du commun se multiplient en série.Comme ce Roy Lynear, chef de la secte polygame de l\u2019Église apostolique de l\u2019Agneau de Dieu, un personnage « hénorme » tout droit sorti de Dunes et qu\u2019on imaginerait facilement flotter, à la Harkonnen, dans un gigantesque fauteuil à ras du sol.Ou le vieux Van Ross, cet impossible grand-père naturiste qui construit des soucoupes volantes en aluminium en attendant le Jugement dernier.Mais il y a surtout, autour du Teapot Dome \u2014 comme il y a quelques décennies autour de Waco \u2014, une dangereuse bande de détraqués armés jusqu\u2019aux dents qui protège un territoire clôturé.De quoi, sinon de qui ?Et pourquoi ?Le shérif Longmire devra défoncer quelques barrières avant d\u2019avoir un soupçon de réponse.Derrière les agissements rétrogrades de la secte et les machinations d\u2019anciens agents secrets mal intentionnés, on ne saisira avec lui l\u2019ampleur de l\u2019opération qu\u2019à la toute fin, quand tout explosera dans les feux de l\u2019enfer.Au-delà de cette intrigue hallucinante, on sera frappé ici par l\u2019écriture dense et lumineuse de Craig Johnson \u2014 traduite encore une fois de façon somptueuse par Sophie Aslanides \u2014 , tout comme par son humour exceptionnel et sa tendresse profonde à l\u2019égard de ses personnages.C\u2019est probablement, avec Tous les démons sont ici paru en 2015, son livre le plus achevé et le plus lyrique.Et même quand la violence menace tout autour, on tombe, partout au fil des pages, sur des perles comme : «La lune était en train de se coucher, soulevant des marées qui n\u2019existaient plus, mais on sentait l\u2019allégresse de sa lumière qui tombait sur les rochers.» Ahhh, le Wyoming\u2026 Collaborateur Le Devoir LA DENT DU SERPENT ?Craig Johnson Traduit de l\u2019américain par Sophie Aslanides Gallmeister \u2014 Noire Paris, 2017, 370 pages POLAR L\u2019étrange Wyoming de Craig Johnson La dent du serpent allie secte rétrograde et poignée d\u2019escrocs dans un tout explosif LOUIS HAMELIN ses lecteurs ! C\u2019est en quelque sorte l\u2019humanité entière que transporte en civière la nouvel- lière.« J\u2019ai des conversations vraiment inattendues durant lesquelles on parle de la fragilité de l\u2019être humain.C\u2019est un milieu de toutes les rencontres possibles, avec l\u2019autre et avec soi.Je croise toute une panoplie de gens que je ne croiserais jamais dans ma vie normale et même quand je n\u2019en parle pas directement dans mes livres, ce sont les humains que je rencontre ici qui finissent souvent par y surgir sous une autre forme.» Les détours de la mort De tous les types de courses possibles, le brancardier moyen ne raffole pas des promenades entre les soins palliatifs et la morgue.Suzanne Myre n\u2019est pas une brancardière moyenne.« Ce sont mes courses préférées ! » s\u2019exclame à nouveau cette authentique verbomo- trice, qui se dit complètement fascinée par la mort.«Avant, on pouvait passer n\u2019impor te où dans l\u2019hôpital avec le corps [qui est évidemment recouvert d\u2019un drap].Mais on a eu des plaintes, donc il faut maintenant faire plein de détours pour ne pas l\u2019exposer.Ça arrive encore que j\u2019entre dans un ascenseur avec un corps et que les gens sor tent, parce qu\u2019ils sont apeurés.J\u2019ai souvent le goût de leur dire: \u201cÇa va vous arriver à vous aussi, vous savez?\u201d» Avant de transporter l\u2019être humain jusqu\u2019à son ultime dodo, le brancardier escorte le malade pendant certains des moments les plus chargés en émotions de son existence: chirurgies graves, examens douloureux, séances de physiothérapie éprouvantes.Suzanne Myre évoque les trajets à destination des soins palliatifs.« J\u2019aime ça à mor t ! » s\u2019ex- clame-t-elle, sans relever le jeu de mots un brin noir.«J\u2019aime ça parce que c\u2019est un moment extrême de la vie.Non seulement tu accompagnes des proches qui vont perdre quelqu\u2019un qu\u2019ils aiment, mais tu accompagnes quelqu\u2019un qui va bientôt perdre sa vie.Ça demande du courage, se rendre vers le lieu où on va perdre sa vie.» 14 kilomètres à pied, ça use, ça use La nuit dernière, Suzanne Myre n\u2019a presque pas dormi.La sévère insomnie dont souffre l\u2019écrivaine-brancardière de 56 ans s\u2019aggrave lorsqu\u2019elle sait qu\u2019elle devra se rendre au boulot le lendemain.Il y a quelques minutes, elle changeait de chaussures pour une troisième fois depuis ce matin, dans l\u2019espoir vain que se calment ses douleurs aux pieds, qui endurent parfois jusqu\u2019à 14 kilomètres de marche par jour.«Dès le départ, j\u2019ai appris à me protéger, parce que j\u2019accueillais tout et c\u2019était épuisant, confie-t-elle.Les personnes malades sont souvent seules et elles viennent te chercher.Je ne m\u2019attendais pas à ce que j\u2019allais voir, à ce à quoi les corps ressemblent en vieillissant, ce qu\u2019ils sentent.Je me suis donc insensibilisée avec le temps, mais sans doute pas assez.Je pense que mes journées laissent des empreintes dans mon inconscient.» Empreintes se transformant peu à peu en vrais bobos.Pourquoi ne démissionne-t- elle pas, alors ?« Parce que je sens que, le temps d\u2019un transport, je peux faire agir concrètement en écoutant les gens et entrant dans leur monde pendant les minutes où je les accompagne.Ça me suffit pour sentir que je leur ai fait du bien.Si je les fais sourire ou rire, c\u2019est l\u2019ultime récompense.Et cette ré- ponse-là, contrairement à celle des livres, elle est immédiate.Si j\u2019ai du mal à imaginer faire autre chose, c\u2019est qu\u2019il est immense, ce sentiment d\u2019utilité à l\u2019autre.» Royalement allergique aux mondanités d\u2019un milieu de l\u2019édition qui se prend parfois au sérieux, au point où elle peine à se décrire en employant le mot «écrivaine», Suzanne Myre ne peut s\u2019empêcher de par fois renvoyer dos à dos la relative vanité de l\u2019entreprise littéraire et la tragédie sans cesse renouvelée de la mort qu\u2019elle côtoie.« C\u2019est un travail riche parce qu\u2019il est constamment question ici de vie ou de mort.Je ne peux jamais oublier que tout ce qu\u2019il a de réellement important, c\u2019est la santé.» Collaborateur Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 HUMANITÉ L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I L L E T 2 0 1 7 FICTIONS E 7 C A R O L I N E J A R R Y L a crise économique grecque ne fait pratiquement plus les nouvelles, mais elle n\u2019en continue pas moins.Le 15 juin dernier, la Grèce a obtenu de ses créanciers un nouveau prêt pour continuer à payer sa dette.En échange, Athènes a accepté de nouvelles réformes des retraites et de l\u2019impôt sur le revenu, qui vont s\u2019appliquer à partir de 2019 à une population déjà accablée par sept ans d\u2019austérité.Les souf frances causées par la crise ont commencé à sor tir des pages économiques pour gagner celles de la littérature.Après les auteurs Pétros Márkaris et Vassilis Alexakis, le journaliste et écrivain Chrìstos Ikonòmou vient de publier un troisième recueil de nouvelles.Le salut viendra de la mer plante avec beaucoup de sensibilité le décor de cette Grèce exsangue, si loin des cartes postales.Les cinq nouvelles qui composent le recueil mettent toutes en scène des hommes et des femmes qui ont fui la pauvreté des villes pour tenter de se bâtir une nouvelle vie dans une île fictive de la mer Égée.Ils ont des rêves de renouveau, veulent fonder une coopérative, ouvrir une ouzérie pas chère ou faire pousser du bio.Mais tous, Tàssos, Làzaros, Stàvros, vont se casser les dents sur la dure réalité de cette île où ils ne sont pas les bienvenus, indésirables réfugiés intérieurs qu\u2019on appelle avec mépris «ceux d\u2019aut\u2019 part ».Il n\u2019y aura pas de salut.Humiliés La crise économique est centrale, mais c\u2019est le sous-thème de l\u2019humiliation qui domine.Ainsi Tàssos, qui voulait fonder une coopérative indépendante, est battu par des mafieux de l\u2019île et se retrouve une semaine à l\u2019hôpital.Lors d\u2019un affrontement subséquent, Tàssos et l\u2019un des mafieux se tiennent en joue, chacun avec son pistolet.Un ami de Tàssos, témoin de la scène, raconte : « On s\u2019attendait, nous les hommes, à ce que Tàssos appuie le premier sur la détente.[\u2026] On le voulait.[\u2026] On attendait qu\u2019il apporte une fin juste, héroïque, digne d\u2019un homme » à l\u2019injustice et à l\u2019humiliation.Peut-on voir là un parallèle avec la situation de la Grèce devant ses créanciers, quand 61 % de la population a voté contre les conditions de prêts imposées en 2015 ?Mais Tàssos a baissé le bras (et Athènes a accepté les conditions des créanciers).Et lorsque le mafieux lui a envoyé une baffe, Tàssos n\u2019a pas réagi\u2026 Et cette nuit-là, il s\u2019est suicidé.Pessimisme contre idéalisme La Grèce est en partie l\u2019artisan de son propre malheur, suggère l\u2019auteur dans une autre nouvelle, où Làzaros s\u2019adresse mentalement à son fils disparu et qu\u2019il cherche en vain.Il lui dit que l\u2019île a reçu plein de coups de poignard, des Sarrasins, des Turcs, des Italiens, des Allemands.«Mais les plus profonds, ceux qui font le plus mal, nous nous les sommes donnés nous-mêmes.Car le poignard du frère tue deux fois mieux que celui de l\u2019étranger.» Cette nouvelle particulièrement douloureuse montre un Làzaros repentant face à un fils qu\u2019il a obligé à travailler pour un mafieux qui l\u2019a insulté et humilié.Souhaitant son retour, il promet de ne plus lui dire quoi faire : «Je me suis trompé [\u2026].Viens, mon garçon, et fais comme tu le sens.Je fais le serment d\u2019arrêter mes remarques.» Faillite d\u2019une génération devant ses enfants.Le recueil de nouvelles est pessimiste.Cependant, on note aussi en filigrane un excès d\u2019idéalisme qui en affaiblit la charge critique.Les personnages ont des rêves un peu romantiques : « ils cultiveraient rien que du bio, pour n\u2019avoir plus besoin [de ceux] qui leur refilaient de l\u2019ail chinois et des tomates hollandaises », une position antimondialisation un peu simple.L\u2019œuvre tombe parfois dans les stéréotypes : Stàvros n\u2019aime pas l\u2019oncle de sa femme, qui travaille en Allemagne : « sang grec, cervelle allemande», lui reproche-t-il schématiquement.Malgré un style répétitif qui agace par moments, ce recueil montre bien le désespoir vécu en Grèce sans être tout à fait à la hauteur de la quasi-tragédie qui se déroule là-bas.Collaboratrice Le Devoir LE SALUT VIENDRA DE LA MER ?Chrìstos Ikonòmou Traduit du grec par Michel Volkovitch Quidam éditeur Paris, 2017, 192 pages FICTION GRECQUE La crise et ses humiliations permanentes Chrìstos Ikonòmou raconte cette souffrance grecque dont les pages financières ne témoignent pas F A B I E N D E G L I S E I l ne faut jamais se fier aux apparences, y compris lorsqu\u2019elles prennent la forme d\u2019une lettre glissée sous la porte d\u2019un bureau pour rappeler le souvenir d\u2019une présence, d\u2019un lieu, d\u2019un événement, d\u2019un passé dont on a voulu s\u2019extirper, sans doute pour survivre.Franz Jirsa \u2014 c\u2019est peut-être son véritable nom, ou pas \u2014 en prend rapidement conscience au contact de la première missive qu\u2019il reçoit.L\u2019homme, informaticien à l\u2019Université Concordia, est spécialiste des algorithmes et de la mémoire des avatars, ces représentations vir tuelles que l\u2019on se donne pour exister dans les univers numériques.Ou pour faire revivre ceux qui n\u2019existe plus.Il vient de Vilnius en Lituanie où le contenu de ces lettres, porté par la voix d\u2019une femme, va le ramener, en 2003, juillet 2003, quelques jours avant la mort de Marie Trin- tignant sous la violence des coups de Bertrand Cantat dans la chambre 35 de l\u2019hôtel Domina Plaza.Tout est en langueur et en évocation dans Libera me (Éditions Michel Brûlé), nouveau roman de l\u2019auteure prolifique Danielle Dus- sault.La narration oscille entre lui, elle, et surtout entre les fragments d\u2019un passé qu\u2019ils vont exposer chacun de leur côté pour tenter de reconstruire une mémoire commune et lointaine, en passant des couloirs d\u2019une université montréalaise à ceux du Radisson Blu Hotel de Vilnius, du parc du Por tugal à Montréal au Zaliasis Tiltas, ce pont vert qui enjambe la rivière Neris dans la capitale lituanienne, mais aussi en convoquant l\u2019ex-membre du groupe Noir Désir, Leonard Cohen, sa poésie, et les rassemblements devant sa résidence montréalaise qui ont suivi son départ en novembre dernier.Il y est question de violence conjugale, de désespoir, mais aussi d\u2019absolution.L\u2019écriture est classique.Elle laisse ses mots tracer les contours d\u2019une intimité par tagée, douloureuse, interdite et troublée qui puise subtilement dans le mystère de la mathématique, dans les détails de la vie urbaine, comme dans le monde de rêve pour se raconter.«La nuit, le monde disparaît derrière mes yeux.Dans l\u2019obscurité, je me retrouve à mi-chemin entre le rêve et la réalité.Il suf fit de peu pour que tu émerges à l\u2019entrée de mes nuits.Tu as ce regard un peu fou, un regard qui s\u2019empare de tout.La nuit alors que ton visage disparaît, je me retrouve seule dans ma chambre en dialogue avec l\u2019absence.» Il y a eu un couple, de la violence, une Marie rencontrée sur un pont à Vilnius un soir de désespoir, un regard chargé croisé sur la ligne orange du métro, direction Montmorency, mais il y a sur tout très peu de cer titudes dans ce texte, dont l\u2019édition et la mise en page ont été un peu bâclées, et qui avance sans doute un peu trop lentement vers une destination finale, voire fatale sur laquelle le titre du bouquin ne fait pas de mystère.Libera me est ce chant liturgique qui apparaît à la fin des funérailles dans la tradition catholique, ce chant qui implore la délivrance du défunt de tous ses péchés.Le Devoir LIBERA ME ?Danielle Dussault Éditions Michel Brûlé Montréal, 2017, 134 pages FICTION QUÉBÉCOISE Sauver son âme Danielle Dussault recompose les fragments d\u2019une intimité douloureuse entre Vilnius et Montréal M A N O N D U M A I S D\u2019 un passé ancestral fantasmé à un futur anticipé anxiogène, en passant par une illustration lucide du présent, Kanishk Tharoor explore dans ce premier recueil de nouvelles notre rapport à la culture.À travers treize récits, où il nous transporte aux quatre coins du monde, et même dans l\u2019espace, l\u2019écrivain pose un regard plutôt acerbe sur notre temps.De fait, ce n\u2019est pas la richesse de notre culture, et encore moins notre attachement à celle-ci, que Tharoor célèbre.Qu\u2019il emprunte au conte, à la fable, au récit d\u2019aventures ou à la chronique, c\u2019est à sa disparition imminente qu\u2019il s\u2019intéresse, sous les ravages de la colonisation, de l\u2019immigration et de l\u2019appropriation culturelle à travers les époques et les continents.Tantôt émouvantes, tantôt drolatiques, les nouvelles qui composent Nager dans les étoiles abandonnent leurs personnages face à leur inéluctable destin, laissant au lecteur le loisir d\u2019imaginer la suite de chaque monde que Kanishk Tharoor dépeint de sa plume, dont la poésie capiteuse laisse deviner des inspirations indiennes, persanes et arabes.Première nouvelle du recueil, Nager dans les étoiles, où des ethnologues enregistrent la voix de la dernière locutrice d\u2019une langue, donne parfaitement le ton : «Après elle, sa langue n\u2019a qu\u2019un avenir fantomatique.Ils sont peu à se rappeler le temps où ses accents rythmés unissaient les vallées et les hautes terres.Cliniquement parlant, elle est déjà morte.Une langue n\u2019est pas vivante si elle n\u2019existe que dans la tête d\u2019une vieille femme, quelle que soit la qualité de ses dents.» L\u2019envahisseur hégémonique Alors qu\u2019il relate le destin de cette femme transplantée dans un village voisin du sien, où la langue commune n\u2019était pas sa langue natale, l\u2019auteur évoque toutes ces cultures menacées d\u2019extinction par l\u2019hégémonie des peuples envahisseurs \u2014 l\u2019histoire du Canada, ça vous rappelle quelque chose ?Dans La perte de Muzaffar, c\u2019est le regard condescendant du pays hôte sur l\u2019immigrant qu\u2019il dénonce à travers le destin funeste d\u2019un cuisinier venu du Moyen-Orient travaillant à la solde d\u2019une riche famille new-yorkaise.Même lorsqu\u2019il tangue vers le loufoque, comme dans Un éléphant à la mer , où un pachyderme est of fer t par l\u2019Inde à la princesse du Maroc, Tha- roor traduit le désar roi des êtres arrachés à leur culture en s\u2019attardant aux états d\u2019âme d\u2019une bête rêvant de s\u2019abîmer dans la mer plutôt que de vivre loin des siens : « Dès que l \u2019océan cobalt était en vue, les muscles de l\u2019animal semblaient animer d\u2019un désir nouveau \u2014 palpable en dépit de sa retenue, car les éléphants sont des créatures polies d\u2019un tempérament fondamentalement conservateur.Une petite contraction ici, un petit renflement là suf fisaient au mahout pour comprendre que sa monture regrettait déjà la mer.» S\u2019il fallait choisir une nouvelle pour résumer Nager dans les étoiles, ce serait Les Nations unies dans l\u2019espace.Non qu\u2019elle soit la plus représentative de l\u2019art de Tha- roor ou la plus captivante, ou encore la plus enchanteresse, mais elle laisse deviner son inquiétude quant au futur.Alors qu\u2019ils regardent les pays disparaître l\u2019un après l\u2019autre à bord de leur vaisseau spatial, les membres de l\u2019ONU, incapables de trouver une nouvelle planète pour la race humaine, en sont réduits à danser en apesanteur, telle la cigale de la célèbre fable qui n\u2019a jamais pensé à investir dans l\u2019avenir.Pessimiste, Kanishk Tha- roor ?On ne saurait le blâmer.Le Devoir NAGER DANS LES ÉTOILES ?Kanishk Tharoor Traduit de l\u2019anglais par Francis Kerline Seuil Paris, 2017, 239 pages FICTION BRITANNIQUE La disparition imminente de la culture En 13 contes pour adultes, Kanishk Tharoor s\u2019inquiète du futur www.circuitdesarts.com Exposition collective du 19 au 30 juillet Du 22 au 30 juillet 2017 Au Centre d\u2019arts visuels de Magog 61 rue Merry Nord, Magog ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Danielle Dussault multiplie les décors dans Libera Me, des couloirs d\u2019une université au parc du Portugal à Montréal. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 5 E T D I M A N C H E 1 6 J U I L L E T 2 0 1 7 ESSAIS E 8 D ans l\u2019histoire de l\u2019essai québécois, Gilles Marcotte (1925-2015) s\u2019impose comme un précurseur et comme un maître.Ses premiers essais \u2014 Une littérature qui se fait (1962), Le temps des poètes (1969) et Le roman à l\u2019imparfait (1976) \u2014 accompagnent et éclairent le passage de la littérature canadienne-française à la littérature québécoise en y participant.C\u2019est peu de dire que Marcotte était un critique remarquable.Il fut certainement « l\u2019un des plus grands », n\u2019hésite pas à écrire André Brochu, qui fut son collègue et ami, dans Présences de Gilles Marcotte, le plus récent numéro de la revue Études françaises, tout entier consacré à la mémoire de celui qui a laissé sa marque non seulement comme critique (La Presse, Le Devoir, L\u2019actualité), mais aussi comme essayiste, nouvelliste, romancier et professeur à l\u2019Université de Montréal.Étudiant en lettres et nationaliste, à la fin des années 1980, je n\u2019ai pas tout de suite aimé la prose de Marcotte.Fédéraliste, il affirmait, en 1989, dans l\u2019introduction de Littérature et circonstances (Nota bene, 2015, pour la réédition), adhérer « encore à la plupart des valeurs que proposait Cité libre » et multipliait les déclarations de méfiance à l\u2019endroit du nationalisme littéraire.Ses essais, de plus, me semblaient plus impressionnistes que rigoureusement théoriques et dégageaient un par fum canadien-français, deux caractéristiques qui convenaient mal à ma jeune modernité militante.Un véritable écrivain Marcotte n\u2019a pas changé, mais moi, si.J\u2019ai même fait de la critique dans Cité libre, au début des années 1990, avant de renouer avec le souverainisme.Je suis devenu, surtout, je pense, avec l\u2019âge et la pratique, un meilleur lecteur, moins dogmatique, plus sensible à l\u2019intelligence interprétative qu\u2019à l\u2019esbroufe théorique, ce qui m\u2019a permis de comprendre enfin la vraie valeur de l\u2019œuvre de Marcotte.Souvent réduit à son statut de critique, dont la principale qualité aurait été son ar t d\u2019éclairer les œuvres des autres, Marcotte, écrit le sagace Rober t Melançon, est bien plus que ça.C\u2019est un véritable écrivain, « c\u2019est- à-dire non seulement attentif à la langue, mais faisant de la langue le lieu de sa pensée et de sa vie intérieure ».La littérature, continue Melançon, « se signale par une sorte de tremblement du langage, par une incer titude, par une prise de risques qui lui interdit de prétendre por ter tout uniment une vérité aussitôt utilisable », et toute la prose de Marcotte vibre de cette « précarité » lumineuse et nécessairement dérangeante.Il suf fit de lire, pour s\u2019en rendre compte, l\u2019essai que le critique consacre à Nelligan dans Une littérature qui se fait.Il évoque certains vers « gauches et lourds » du poète, mais c\u2019est pour aussitôt leur trouver « une troublante intensité ».Nelligan, poursuit-il, affronte le drame de la mor t, mais cette dernière, dans son œuvre, « n\u2019est pas souveraine » et « reste emprisonnée dans le jeu des mots ».En présentant ce livre, Jean Larose note, chez Marcotte, « ce don de clouer le cercueil d\u2019un auteur en prononçant son éloge ».L\u2019inverse est aussi vrai : il rend hommage en critiquant.Le génie de la discrétion C\u2019est l \u2019ar t de Marcotte, qui a consacré toute son œuvre à bousculer amoureusement, avec une « joie sévère », selon la juste formule de Pierre Popovic, les auteurs québécois, notamment ceux du XIXe siècle, pour, écrivait-il, « déceler derrière leurs pauvres mots la réalité à laquelle nous demeurons présents », une réalité, constate Marie-Andrée Beaudet, qui renvoie à une cer taine « pauvreté natale », un thème aussi cher à Miron.Marcotte croyait à la nécessité de la littérature québécoise, mais refusait un nationalisme aveugle à ses faiblesses.Cela s\u2019appelle de la lucidité.La professeure Isabelle Daunais, auteure du magistral essai Le roman sans aventure (Boréal, 2015), est peut-être, avec Michel Biron, qui signe aussi un bel essai dans ce numéro, la plus brillante héritière de Marcotte.Dans une pénétrante réflexion sur le genre essayistique, elle rend hommage à « l\u2019essayiste discret » que fut Marcotte.Ce dernier, explique-t-elle, se distingue des champions du genre en ne se posant pas en combattant face au monde, « mais à ses côtés », habité qu\u2019il est par un « amour de la réalité » lui faisant fuir « les constructions trop théoriques ».Pour Marcotte, écrit Daunais, « la littérature est nécessaire précisément en ce qu\u2019elle permet de lutter contre l\u2019utilité [\u2026], ses certitudes, ses leçons de morale, sa bonne conscience ».La discrétion, en littérature ou ailleurs, n\u2019interdit pas le génie.PRÉSENCES DE GILLES MARCOTTE ?Études françaises, volume 53, no 1, PUM Montréal, 2017, 172 pages Gilles Marcotte en mémoire LOUIS CORNELLIER Des collègues rendent hommage à ce remarquable critique et essayiste québécois F A B I E N D E G L I S E I l n\u2019y a pas que les mots qui ont constr uit la notoriété exceptionnelle de Victor Hugo.Il y a aussi les images représentant l\u2019homme de lettres et sans lesquelles sa légende, de son vivant comme après sa mor t en 1885, aurait été moindre.« Hugo s\u2019est [\u2026] employé lui-même, en un parallèle systématique et par faite- ment conscient avec la réalisation de son œuvre écrite, à constituer, susciter, encourager et enrichir [l \u2019 imagier] consacré à sa personne », écrivent Jean-Pierre Mon- tier, David Martens et Anne Re- verseau, professeurs de littérature en France et en Belgique pour expliquer la célébrité du père des Misérables et de Notre- Dame de Paris dans L\u2019écrivain vu par la photographie (PUR).L\u2019ouvrage académique met l\u2019accent sur ce que les romanciers, poètes, dramaturges, essayistes ont montré d\u2019eux-mêmes, par l\u2019image plutôt que les mots.« Sur le plan de la représentation, tout por te à croire que l\u2019hugolâtrie finale est le résultat d\u2019un formidable mécanisme de fusion progressive entre l\u2019iconographie de l\u2019homme et celle de l\u2019œuvre », ajoutent-ils en citant un texte publié dans Le monde illustré, au lendemain des funérailles de Victor Hugo.On aurait pu croire les deux mondes aux antipodes.Erreur.Littérature et photographie font très bon ménage.Mieux, la démocratisation des «processus de production de l\u2019image» est même à l\u2019origine d\u2019un phénomène sociologique et anthropologique singulier dans le monde des lettres.Elle a permis aux écrivains de se représenter eux-mêmes, de lier une cer taine intimité à leur travail, de se montrer en groupe, pour faire corps, définir des cénacles, revendiquer un engagement social, politique, linguistique, culturel, découvre-t-on au contact des nombreux universitaires qui se succèdent dans ce bouquin pour contribuer à l\u2019autopsie de clichés, argentiques ou numériques, qui font la littérature et sa mise en patrimoine, depuis hier et encore aujourd\u2019hui.Pour le public qui jusque-là se bornait à lire, la photographie a permis la découver te de l\u2019apparence physique des assembleurs de mots, de ces conteurs d\u2019histoire, de ces constr ucteurs de réalités alternatives et par fois même de leur facétie, comme dans cette série d\u2019images tirées d\u2019un photomaton et montrant Raymond Queneau en 1928 dans une grande diversité d\u2019expressions.Une sor te d\u2019exercices de style.picturaux.« La photographie de l\u2019écrivain renvoie à une multitude d\u2019images d\u2019Épinal, faisant jouer à fond les dimensions symboliques de la figure de l\u2019auteur », exposent Ma- rie-Pier Luneau, prof de littérature à l\u2019Université de Sherbrooke, et Marie-Ève Riel, postdoctorante à l\u2019UQAM, dans ce bouquin qui creuse le sujet dans le vaste territoire de la francophonie.On y découvre d\u2019ailleurs des photographies de Gaston Miron, d\u2019Hubert Aquin, de Gaëtan Dostie.Entre autres.Écrivain à sa table de travail, dans sa bibliothèque, dans les décors de ses inspirations\u2026 ces représentations sont aussi nombreuses que prévisibles.Par la mise en commerce de plus en plus évidente qu\u2019elles soutiennent, ces images ont aussi fait apparaître des écrivains de plus en plus beaux, a confirmé i l y a quelques années Antoinette Rou- verand, directrice du marketing chez Hachette dans les pages du Nouvel Observateur, citée ici par les deux universitaires, à dessein : « Évidemment, une jolie femme ou un beau gosse, ça fait toujours mieux [\u2026] Je ne dis pas qu\u2019un moche va gêner les ventes, mais à l\u2019inverse, un beau va plutôt les booster.» Émile Zola dans le décor orientaliste de son bureau, Alexandre Dumas fils austère derrière son bureau de style Empire, Verlaine entre arrogance et dépression attablé dans un troquet parisien font figures d\u2019exception, mais viennent alimenter malgré tout ce courant critique et puriste qu\u2019éclaire la sociologue Nathalie Heinich à propos de cette célébrité par l\u2019image qui, pour l\u2019écrivain comme pour d\u2019autres ar tistes d\u2019ailleurs, tendrait à « dévaloriser l\u2019œuvre d\u2019art ».C\u2019est du moins ce que le snobisme prétend.«Valeur de célébrité et valeur ar tistique peuvent cumuler dans l\u2019esprit des profanes, mais tendent à s\u2019opposer dans la culture savante », écrit-elle.La condamnation est aussi facile que réductrice.Elle ne tient pas compte non plus de la part de cette iconographie de l\u2019écrivain dans la mise en valeur du littéraire et sa conversion en patrimoine culturel, font remarquer Mar tens, Montier et Reverseau dans une conclusion qui fait écho à Roland Bar thes, pas uniquement exposé sur la plage en 1957, mais également cité sur la mise en spectacle dudit écrivain.« On aurait tort de prendre cela pour un ef fet de démystification.C\u2019est tout le contraire », a-t-il écrit dans Le Figaro magazine en 1970.Le texte s\u2019intitulait « Les écrivains en vacances ».Participer « par la confidence à la vie quotidienne d\u2019une race sélectionnée par le génie » flatte le lecteur.« Le solde de l\u2019opération, poursuit le philosophe, c\u2019est que l\u2019écrivain devient encore un peu plus vedette [il] quitte un peu davantage cette terre pour un habitat céleste.» Un lien de causalité qui reste à voir, même si, ici, à plusieurs égards sur 300 pages, il peut déjà être vu.Le Devoir L\u2019ÉCRIVAIN VU PAR LA PHOTOGRAPHIE ?1/2 Sous la direction de David Martens, Jean-Pierre Montier et Anne Reverseau PUR Rennes, 2017, 300 pages L\u2019écrivain raconté par ses images La littérature peut-elle devenir patrimoine culturel sans la photographie des auteurs, demande un groupe d\u2019universitaires ?P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois À qui la faute?Chrystine Brouillet/Druide 1/4 Les petites tempêtes Valérie Chevalier/Hurtubise 2/9 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 1 \u2026 Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 3/10 Pourquoi pars-tu, Alice?Nathalie Roy/Libre Expression 4/8 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 6 \u2026 Anne Robillard/Wellan 5/8 Le plongeur Stéphane Larue/Quartanier 6/6 Le bonheur des autres \u2022 Tome 2 \u2026 Richard Gougeon/Les Éditeurs réunis 7/7 Les Glorieux et les Réprouvés \u2022 Tome 1 \u2026 Alexandre Vézina/ADA 9/3 Bien roulée Annie Lambert/Mortagne 8/3 La diaspora des Desrosiers Michel Tremblay/Leméac \u2013/1 Romans étrangers Au fond de l\u2019eau Paula Hawkins/Sonatine 1/5 La dernière des Stanfield Marc Levy/Robert Laffont 2/11 Un appartement à Paris Guillaume Musso/XO 4/16 Tous les deux Nicholas Sparks/Michel Lafon 5/8 Noir comme la mer Mary Higgins Clark/Albin Michel 3/9 Jusqu\u2019à l\u2019impensable Michael Connelly/Calmann-Lévy 6/8 Quand sort la recluse Fred Vargas/Flammarion 8/9 L\u2019informateur John Grisham/Lattès 7/10 Vaticanum José Rodrigues dos Santos/HC éditions 9/11 À nous Elin Hilderbrand/Lattès 10/4 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/38 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 2/8 L\u2019inéducation.L\u2019industrialisation du système\u2026 Joëlle Tremblay/Somme toute 3/4 Traces de l\u2019histoire de Montréal Serge Joyal | Mario Robert/Boréal 9/2 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 8/7 La traversée du Colbert.De Gaulle au\u2026 André Duchesne/Boréal 5/3 Camarade, ferme ton poste Bernard Émond/Lux \u2013/1 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 10/5 C\u2019est ben beau de chialer mais toi kess \u2026 Collectif/Moult éditions \u2013/1 Introduction à la philosophie \u2022 Tome 1 Normand Baillargeon/Poètes de brousse \u2013/1 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/73 Lettre ouverte aux animaux (et à ceux\u2026 Frédéric Lenoir/Fayard 3/3 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 2/16 Reconnaître le fascisme Umberto Eco/Grasset 6/6 La mémoire n\u2019en fait qu\u2019à sa tête Bernard Pivot/Albin Michel 4/18 L\u2019Amérique m\u2019inquiète (Édition originale\u2026 Jean-Paul Dubois/L\u2019Olivier \u2013/1 Frères migrants Patrick Chamoiseau/Seuil 5/4 Chère Ijeawele, ou un manifeste pour\u2026 Chimamanda Ngozi Adichie/Gallimard 7/14 Un racisme imaginaire Pascal Bruckner/Grasset \u2013/1 Connaissance, ignorance, mystère Edgar Morin/Fayard \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 3 au 9 juillet 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.FONDS JEAN-MARIE QUENEAU/DIFF.ÉDITIONS GALLIMARD/PUR 2017 Détail d\u2019une série de portraits de Raymond Queneau, croqués dans un photomaton en 1928 ATELIER DE JERSEY/MAISONS DE VICTOR HUGO/ROGER-VIOLLET/PUR 2017 Victor Hugo photographié dans son atelier de Jersey en 1853 (détail) RMN-GRAND PALAIS/PUR 2017 L\u2019écrivain français Émile Zola, chez lui, en 1890 (détail) "]
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