Le devoir, 19 août 2017, Cahier B
[" F R A N Ç O I S D E S J A R D I N S Est-ce que le ton de la déclaration tranchante faite par le représentant américain au Commerce mercredi peut offrir un éclairage particulier au sujet de la teneur des négociations?Je ne suis pas sûr que ça nous dise grand-chose sur la teneur, mais ça nous dit certainement quelque chose sur l\u2019état d\u2019esprit et l\u2019inspiration pour cette renégociation.On sait que c\u2019est essentiellement à cause de la vision qu\u2019a M.Trump des accords commerciaux internationaux, qui ont souvent été pris comme cibles durant sa campagne.Il utilise beaucoup de superlatifs, par exemple, voulant que l\u2019ALENA soit le pire accord jamais négocié.Alors, son représentant au Commerce, Robert Lighthizer, adopte le même ton.Ce n\u2019est pas surprenant, car il est là pour réaliser les objectifs du président.Ce qui est étonnant, en fait, pour ceux qui ont déjà pris part à ce genre de négociation, c\u2019est le ton négatif qui est employé.Dans le passé, c\u2019était rare que des responsables politiques comme lui, dans les forums du GATT ou de l\u2019OMC, par exemple, fassent des discours comme ça pour lancer les négociations et que le ton général ne soit pas partagé par les autres pays.Manon Cornellier sur la vente d\u2019armes du Canada à l\u2019Arabie saoudite Page B 4 Robert Dutrisac sur Couillard qui renoue avec l\u2019ère Charest Page B 4 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 A O Û T 2 0 1 7 Attentats en Espagne Un combat antidjihadiste jusqu\u2019alors ef?cace Page B 3 S T É P H A N E B A I L L A R G E O N Une célèbre remarque du philosophe Theodor Adorno af firme que, de la psychanalyse, rien n\u2019est vrai sauf ses exagérations.On peut parfois penser la même chose des disciplines sociopolitiques.En tout cas, les interprétations poussées à l\u2019extrême nous éclairent souvent sur l\u2019état du monde et les menaces qui y grondent.Le magazine de référence The New Yorker vient de publier une analyse demandant carrément si l\u2019Amérique ne plonge pas vers « une nouvelle sor te de guerre civile », photos des tristes événements de Charlottesville à l\u2019appui.L\u2019analyse verse au noir dossier l\u2019avis d\u2019experts des conflits intra-étatiques inter viewés en mars par la très sérieuse et réputée revue Foreign Policy.L\u2019un d\u2019eux donne 60 % de risques de voir se développer une guerre civile aux États-Unis «d\u2019ici 10 à 15 ans».La moyenne du groupe oscille autour de 35 % de probabilités.Ce qui fait quand même beaucoup, sur tout cinq mois avant le choc des contraires en Virginie.Une autre revue de chevet, The Nation, titrait jeudi qu\u2019« il n\u2019est pas hystérique de reconnaître les dangers que pose Trump».Le sous-titre prenait soin de préciser que « la démocratie, telle qu\u2019elle est, se trouve en danger».Soyons sérieux.C\u2019est sérieux?« Les États-Unis se retrouvent dans une étrange et inquiétante situation », répond Graham G.Dodds, professeur de science politique à l\u2019Université Concordia, spécialiste de la présidence des États-Unis, son pays d\u2019origine.«Voir des membres du Ku Klux Klan et des néonazis défiler dans les rues est absolument choquant.Les gens pensaient que ces rassemblements politiques d\u2019extrémistes appartenaient au passé lointain du pays.D\u2019où le choc de les voir réapparaître soudainement et la crainte de les voir proliférer.» La guerre?Quelle guerre?À l\u2019évidence, Donald Trump ne voit pas les choses de cette manière.Il a tenu à partager les fautes pour les violences de Charlottesville et à ménager du même coup les fanatiques fachos.Même le magnat des médias conservateur James Murdoch, président de Fox News, lui a reproché ses positions cette semaine.«Qu\u2019un président, en 2017, ne condamne pas le racisme et l\u2019antisémitisme me semble incompréhensible et choquant, poursuit le spécialiste de la présidence.Je vais tenter d\u2019être posé.Disons que Donald Trump est dif férent.Il fait ressortir ce qu\u2019il y a de pire chez certaines personnes.» Très bien, mais reprenons la question.De quel «pire » parle-t-on ?D\u2019une guerre civile, de classes, ou de races, ou d\u2019un retour des guerres culturelles ?« Je ne crois pas à la lutte des classes dans un pays sans gauche organisée, répond le professeur Dodds.Il y a eu une pointe dans le sens avec le mouvement Occupy Wall Street et la dénonciation du 1 % des plus riches.J\u2019espère qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un conflit racial.Je crois, par contre, que la métaphore de la guerre culturelle paraît la plus juste.Le pays est très divisé politiquement et culturellement.C\u2019est une réalité persistante de l\u2019histoire des États-Unis : le Nord-Est et la côte ouest, aux positions libérales, s\u2019opposent au Sud et au centre, aux positions conservatrices.En fait, il me semble qu\u2019on rejoue en ce moment les drames des dernières décennies.» L\u2019idée d\u2019une guerre culturelle pour définir l\u2019identité nationale des États-Unis remonte aux années 1980-1990.La métaphore de la division, utile pour illustrer le jusqu\u2019au-boutisme de certains groupes d\u2019intérêts idéologiques, oppose une Amérique conservatrice religieuse et patriotique à une autre progressiste, laïque, féministe et multiculturelle.Guerre civile ou guerre culturelle ?À propos des conflits qui divisent profondément la démocratie des États-Unis Les États-Unis, le Canada et le Mexique ont entamé mercredi matin la renégociation de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui a permis depuis 1994 de tripler le commerce entre les trois pays.Compte tenu des demandes américaines et des concessions qui pourraient découler des discussions, Le Devoir s\u2019est entretenu avec Carl Grenier, ancien négociateur aux niveaux provincial et fédéral et aujourd\u2019hui membre de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.ALENA : des négociations difficiles en vue Ce qui est étonnant cette fois dans le processus, c\u2019est le ton négatif employé VOIR PAGE B 2 : ALENA CHIP SOMODEVILLA GETTY IMAGES/AGENCE FRANCE-PRESSE Un affrontement entre nationalistes blancs, néonazis, le Ku Klux Klan, des membres de l\u2019« alt-right », des manifestants antifascistes et la police lors du rassemblement Unite the Right cette semaine, près de l\u2019Emancipation Park à Charlottesville, Virginie.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Faut-il s\u2019attendre à ce que le Canada cède encore du terrain sur la gestion de l\u2019of fre (qui encadre la production de lait, de volaille et d\u2019œufs) ?VOIR PAGE B 3 : CONFLITS Juste de parler de la gauche aux États-Unis me semble presque une blague.Nous avons ces libéraux d\u2019Hollywood et des manifestations sur les campus.Mais il n\u2019y a pas de gauche organisée.Alors, de l\u2019extrême gauche?Voyons donc.Graham G.Dodds, professeur de science politique à l\u2019Université Concordia, spécialiste de la présidence des États-Unis « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 A O Û T 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 J E A N - F R A N Ç O I S N A D E A U T andis que gronde aux États-Unis l\u2019extrême droite qui s\u2019oppose au déboulonnement de statues érigées à la gloire de figures associées à la défense de l\u2019esclavage, faut-il gommer au même moment, au Canada, le souvenir qu\u2019a joué cette colonie britannique durant la terrible guerre civile qui déchira les États-Unis entre 1861 et 1865 ?«Le Canada uni britannique a joué un rôle important en faveur du pouvoir sudiste durant la guerre civile américaine, soutient l\u2019historien Jean Lamarre, professeur au Collège militaire royal de Kingston.L\u2019article du Devoir publié mardi le précisait très bien : Montréal a été une plaque tournante pour les activités sudistes.On y a élaboré notamment des moyens pour contourner, en faveur du Sud, le blocus établi par le Nord.» Depuis 1957, une plaque boulonnée sur un mur du centre-ville de Montréal soulignait que le président déchu des États confédérés, Jefferson Davis, s\u2019était réfugié là après la guerre, avec sa famille, tout comme d\u2019autres sudistes fervents.Or, le jour même de la parution de l\u2019article du Devoir, la direction de La Baie prenait la décision de retirer immédiatement du mur ouest de son bâtiment du centre-ville de Montréal cette plaque commémorative.La plaque avait été installée 90 ans après la fin de la guerre par une association féminine de descendantes de combattants sudistes, la United Daughters of the Confederacy.Durant les années 1980, elle avait été volée, avant d\u2019être réinstallée.En fin de journée mardi, deux employés de La Baie munis d\u2019un grand marteau ont tout simplement arraché la plaque sans faire de commentaires.La scène a été filmée par le journal The Gazette et CBC.On y voit les deux employés empoigner à bout de bras la plaque et repartir avec celle-ci.Qu\u2019advient-il de cette plaque?Pourquoi exactement a-t-on cru bon l\u2019enlever maintenant, après tant d\u2019années?Tiffany Bourré, directrice des communications de La Baie, a refusé de répondre au Devoir à ce sujet, se contentant d\u2019un courriel laconique, en anglais, indiquant en trois mots que la plaque avait été tout simplement enlevée.De nombreuses relances auprès de la plus vieille compagnie à charte au Canada n\u2019ont pas permis d\u2019en savoir plus.Silence complet.Assassiner le passé L\u2019historien Jean Lamarre est un spécialiste de l\u2019implication du Canada dans la guerre civile américaine.Il a notamment écrit sur les Canadiens français partis s\u2019engager pour les armées du Nord, sous la gouverne du président Lincoln.Abraham Lincoln a été assassiné, comme on le sait, en 1864 par John Wilkes Booth, lequel avait séjourné auparavant à Montréal, comme d\u2019autres comploteurs.Le professeur Lamarre ne s\u2019explique pas qu\u2019on puisse confondre la situation qui prévaut aux États-Unis à l\u2019égard de ce conflit et la question de la mémoire au Québec.Si la mémoire de la guerre civile américaine est prétexte chez nos voisins du Sud à projeter des conceptions idéologiques d\u2019extrême droite, il n\u2019en va pas de même au Canada.À Montréal, les militants d\u2019extrême droite ne faisaient pas de ce rappel historique un tremplin pour leurs idées.« Je comprends ce qui se passe ces jours-ci au sud des États-Unis, mais cela n\u2019est pas du même ordre ici.Ce n\u2019est pas du tout la même situation ! Cette plaque rappelait un fait historique : l\u2019ancien président Davis a séjourné à Montréal.C\u2019est un fait.Je suis contre le fait qu\u2019on enlève, comme ça, des traces de l\u2019histoire, même si celle-ci peut être un peu malheureuse parfois.Ce n\u2019est pas positif si on veut parvenir à se rappeler ce qui s\u2019est passé.Et ce n\u2019est pas parce qu\u2019on a vécu quelque chose de malheureux qu\u2019il convient de l\u2019oublier comme société.» Les sudistes recevaient des appuis politiques et cléricaux importants au Canada uni.Pour le clergé, les valeurs du monde agricole défendues par les sudistes étaient plus près de leur conception du monde que celles de l\u2019univers de la ville et de l\u2019industrie des États du Nord.«Le lien entre Montréal et les confédérés est important.Il faut le rappeler.Et enlever une plaque ne va pas aider à ce qu\u2019on s\u2019en souvienne.» Pour l\u2019historien, il s\u2019agit d\u2019un geste qui manque de perspective historique.«C\u2019est peureux.» Du faux-semblant Dinu Bumbaru, d\u2019Héritage Montréal, abonde dans le même sens.Enlever une plaque «est un geste facile ».D\u2019autant plus, dit-il, que le nombre de personnes qui savaient qu\u2019elle était là est faible.«Si on commence à écrémer tout le paysage urbain pour faire semblant de régler des problèmes de justice sociale, ce n\u2019est pas fini ! » Défenseur du patrimoine montréalais, Dinu Bumbaru rappelle que « la personnalité de Montréal tient justement au caractère complexe de son histoire».Les gestes à la pièce pour enlever une plaque ou renverser un monument lui apparaissent hautement discutables.«Quand il y eut le massacre de Polytechnique en 1989, il s\u2019est trouvé des gens pour réclamer qu\u2019on enlève du paysage urbain tous les monuments où on pouvait voir un fusil.Faut-il enlever tous les monuments aux soldats morts à la guerre ?Bien sûr que personne n\u2019aime la guerre ! Mais ça existe tout de même.» Une partie de sa réflexion à l\u2019égard du patrimoine lui vient, dit-il, des suites de l\u2019effondrement de l\u2019Union soviétique.«Quand l\u2019URSS est tombée, on a passé par-dessus bord des œuvres majeures, réalisées par les meilleurs ar tistes d\u2019une société particulière.Fallait-il le faire ?» Des musées s\u2019emploient aujourd\u2019hui à présenter ce qui a pu être sauvé des représentations que se donnait une société à un moment précis de son histoire.Dans cette volonté de lisser l\u2019histoire pour en faire disparaître les aspérités, où s\u2019arrêter ?se demande Dinu Bumbaru.« Nos musées sont pleins de représentations d\u2019empereurs romains qui n\u2019étaient certainement pas de grands défenseurs des droits de la personne.Faut-il aussi les enlever, les cacher?» L\u2019usage du temps Dans l\u2019Antiquité romaine, il était courant de tenter d\u2019effacer les traces du passé d\u2019un empereur ou d\u2019autres personnages majeurs afin de mieux faire luire le présent.C\u2019est ce qu\u2019on appelle en latin damnatio memoriæ.Un empereur pouvait ainsi tenter d\u2019effacer aussi vite que possible la place que l\u2019histoire ferait à un prédécesseur.Le résultat en était tout aussi limité que celui des autodafés : l\u2019histoire a bien montré qu\u2019on n\u2019élimine pas des idées en faisant brûler ou interdire les livres qui les portent.Cette damnatio memoriæ existe toujours dans nos sociétés, soutient le doctorant en histoire ancienne Pierre-Luc Brisson.Mais, «à l\u2019exception [notable] qu\u2019aujourd\u2019hui, il s\u2019agit plutôt d\u2019un exercice de réflexion sur notre propre passé».Renverser des statues ou déboulonner des plaques est une pratique vieille comme le monde.Mais, à la dif férence des pratiques des Anciens, elle résulte désormais d\u2019une évolution des mentalités.«Durant l\u2019Antiquité, il s\u2019agissait d\u2019une pratique politique plus expéditive, contemporaine, immédiate.» Plusieurs sociétés l\u2019adoptent spontanément.D\u2019ailleurs, dit Brisson, « les Égyptiens l\u2019ont pratiquée bien avant les Latins.L\u2019exemple d\u2019Akhenaton est assez connu: on a littéralement martelé son nom de l\u2019ensemble des monuments publics d\u2019Égypte.C\u2019était, disons, un \u201coutil\u201d \u2014 extrême, certes \u2014 entre les mains des politiciens et non pas la résultante d\u2019une réflexion plus large du peuple sur son propre passé.» Le Devoir La mémoire déboulonnée de la guerre civile américaine Démonter une plaque conduit-il à l\u2019effritement de l\u2019histoire ?Il a dit notamment que l\u2019ALENA avait été un désastre absolu, alors que le Mexique et le Canada ont dit au contraire que l\u2019accord avait été plutôt bien pour les trois pays.Faut-il s\u2019attendre à ce que le Canada cède encore du terrain sur la gestion de l\u2019offre (qui encadre la production de lait, de volaille et d\u2019œufs)?La gestion de l\u2019of fre est un cas particulier.Je l\u2019ai défendue longtemps quand j\u2019étais au gouvernement du Québec.Et quand j\u2019étais au fédéral, dans les années 70, c\u2019était une politique toute neuve.J\u2019ai fait partie de l\u2019équipe canadienne du Tokyo Round (dans le cadre de l\u2019Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce qui s\u2019est terminé en 1979), et déjà, c\u2019était attaqué.[\u2026] Une douzaine de pays avaient des systèmes à peu près semblables au nôtre, dont l\u2019Australie et la Nouvelle- Zélande.Avec le temps, on a gardé cette politique, mais les autres l\u2019ont abandonnée à la faveur de moyens dif férents pour protéger l\u2019agriculture.Quand on est tout seul autour d\u2019une table où il y a plusieurs dizaines de pays qui négocient, ça devient de plus en plus dur de dire : « Nous, on va garder ça, c\u2019est la bonne recette.» Ça ne veut pas dire que les politiques des autres ne sont pas contestables, mais les arguments sont plus difficiles à déployer.On a vu ce qui s\u2019est passé dans les négociations de l\u2019Accord économique commercial et global (Europe) et du Partenariat transpacifique (PTP).Sans remettre en question les fondements mêmes du système, on a lâché du lest.[\u2026] En négociation, si vous dites : «Ça, on ne peut pas y toucher», à un moment, les autres vont répondre : «OK, qu\u2019est-ce qu\u2019on peut toucher alors?» Le prix de la défense de gestion de l\u2019offre monte chaque fois.Quand la ministre Freeland évoque des dispositions sur l\u2019environnement et les conditions de travail, est-ce que ça serait superficiel ou ça pourrait avoir du mordant?Ça pourrait avoir du mordant, mais ce serait très surprenant.Ces deux sujets n\u2019ont pas fait partie des négociations de l\u2019ALENA, mais le président Clinton, lorsqu\u2019il a pris le pouvoir en 1993, avait dit que ça prendrait quelque chose là- dessus.Il faisait face aux pressions de certains groupes qui craignaient notamment la concurrence des bas salaires mexicains.On a eu des accords parallèles qui ont été ajoutés à l\u2019ALENA, mais sans dispositions qui lieraient le commerce à ces questions-là.Maintenant, le Canada veut incorporer ces dispositions dans l\u2019accord.Est-ce que ça va changer grand-chose ?Ça va dépendre de ce qu\u2019on met dedans.[\u2026] Je ne crois pas que le gouvernement Trump soit susceptible d\u2019avoir des clauses qui auraient des dents en matière d\u2019environnement dans la nouvelle version de l\u2019ALENA.Comment prépare-t-on des négociations avec les Américains?Il faut mettre tout ce qu\u2019on a comme talent et comme effort.Dans ce cas-ci, on négocie avec quelqu\u2019un qui est demandeur, ce qui généralement implique une position d\u2019infériorité.Sauf que ce sont les États-Unis, et ça ne s\u2019applique pas vraiment à eux.Il faut avoir une idée très claire de nos intérêts, ce qui se forge avec des rencontres et des demandes de contribution des acteurs de l\u2019économie.Ça prend aussi une étude assez approfondie de ce que les Américains sont susceptibles de vouloir demander.[\u2026] L\u2019idée de regarder à nouveau les clauses d\u2019un accord commercial, il n\u2019y a aucun problème avec ça.Il y a des choses qui n\u2019existaient pas, comme le commerce électronique.Et je pense que, dans la plupart des cas, on va réussir à s\u2019entendre.Ces négociations-là ont déjà eu lieu dans le cadre du PTP.Si on était d\u2019accord il y a deux ans, je présume qu\u2019on va encore être d\u2019accord aujourd\u2019hui.Mais renégocier un accord demeure un exercice dif ficile.On préfère négocier de nouveaux accords.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 ALENA MARK WILSON GETTY IMAGES/AGENCE FRANCE-PRESSE Un bronze du président déchu des États confédérés, Jef ferson Davis (à gauche), dans un hall du Capitole à Washington, D.C.Le lien entre Montréal et les confédérés est important.Il faut le rappeler.Et enlever une plaque ne va pas aider à ce qu\u2019on s\u2019en souvienne.L\u2019historien Jean Lamarre, professeur au Collège militaire royal de Kingston « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 A O Û T 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 F R A N Ç O I S M U S S E A U Correspondant à Madrid C omment expliquer que l\u2019Espagne, le pays le plus touché par le djihadisme en Europe avec 191 morts lors des attentats de la gare d\u2019Atocha le 11 mars 2004, était devenue l\u2019un des plus efficaces contre le terrorisme ?La question est d\u2019autant plus délicate que, au début des années 90, la nation ibérique était la plus visée par le mouvement salafiste, à la tête duquel figurait un certain Mustapha Setmariam Nasar, Syrien ultraradical installé en Espagne.Rappelons aussi que ce pays, qui a connu au Moyen Âge une occupation musulmane pendant sept siècles baptisée «Al-Andalus», correspond dans l\u2019imaginaire de nombreux islamistes à un territoire à « reconquérir ».La réponse à la question est complexe, mais, comme l\u2019assure le spécialiste de la lutte antiterroriste José María Irujo, elle peut se résumer à cette phrase : «En l\u2019espace d\u2019une grosse décennie, l\u2019Espagne est passée d\u2019une nation extrêmement fragile et vulnérable à un pays plutôt bien prémuni face au terrorisme.» Au lendemain du massacre d\u2019Atocha, en mars 2004, perpétré par des Marocains et des Tunisiens installés à Madrid ayant posé des bombes dans des trains de banlieue, les forces de sécurité sont groggy.Après avoir été mobilisées pendant trois décennies pour endiguer le ter rorisme basque d\u2019ETA, elles se rendent alors compte qu\u2019elles ne savent rien, ou si peu, des mouvements islamistes sur leur territoire.Attentats déjoués La presse révèle que seule une demi-douzaine d\u2019agents des services espagnols, le Centro Nacional de Inteligencia, parle l\u2019arabe.«Depuis, les forces anti- terroristes se sont mises au travail avec sérieux, confiait il y a quelques jours Fernando Reinares, spécialiste du terrorisme international à l\u2019Institut de relations internationales Elcano.Plusieurs attentats importants ont ainsi pu être déjoués.» Les résultats ont été plutôt probants.Depuis 2004, environ 700 suspects ont été détenus, dont 140 condamnés pour « activités terroristes », et des centaines de personnes ont été expulsées du territoire avec interdiction d\u2019y remettre les pieds pendant dix ans.D\u2019après Elcano, quelque 3000 agents sont mobilisés pour suivre sur les réseaux sociaux les «personnes à risque», et un demi-millier seraient mises sur écoute.Le gouvernement Rajoy a récemment annoncé la nomination de 600 agents supplémentaires dans la lutte antiterroriste, dont « des personnes de culture musulmane ».Les enquêteurs espagnols disposent d\u2019un avantage par rappor t à un pays comme la France : le nombre de ressortissants nationaux ayant été combattre en Syrie est plutôt faible, environ 150, et ils sont très concentrés dans les régions de Madrid, Barcelone, Ceuta et Melilla.Plusieurs facteurs sont à l\u2019œuvre : le nombre réduit de «ghettos », une intégration de la communauté musulmane plus réussie que dans d\u2019autres États européens, une xénophobie faible, une extrême droite quasi inexistante\u2026 Ce à quoi il faut ajouter une très bonne collaboration entre les services secrets espagnols et leurs homologues marocains de la Direction générale de la surveillance du territoire.Libération ATTENTATS EN ESPAGNE Un combat antidjihadiste jusqu\u2019alors efficace Durement touché il y a 13 ans, le pays avait depuis développé de bons services spécialisés, lui qui compte peu de départs en Syrie F R A N Ç O I S - X A V I E R G O M E Z T ous les Espagnols ont en tête ce code : 11M.Le 11 mars 2004, dix bombes explosent à quelques minutes d\u2019intervalle, tôt le matin, dans des trains de banlieue à la gare d\u2019Atocha, en plein cœur de Madrid ou à proximité.Le bilan est de 191 mor ts et près de 1900 blessés : des banlieusards qui se rendaient au travail.Dix-sept nationalités sont représentées parmi les décès.Trois autres objets explosifs (des sacs à dos remplis de dynamite) avaient pu être désamorcés.Tout juste deux ans et demi après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l\u2019Europe réalisait qu\u2019elle n\u2019était pas immunisée contre la terreur.La capitale espagnole subissait l\u2019action terroriste la plus meur trière commise sur le continent depuis 1988, quand un avion de ligne avait explosé au-dessus du village de Locker- bie, en Écosse.Les 270 personnes à bord avaient péri.Vingt-neuf accusés Quatre semaines après l\u2019attentat multiple, sept membres présumés du commando poseur de bombes étaient assiégés dans un immeuble de Leganés, en périphérie de Madrid.Tous étaient morts en faisant exploser l\u2019appartement au moment où la police donnait l\u2019assaut.L\u2019enquête permettra l\u2019arrestation de dizaines de suspects liés à la mouvance djihadiste, accusés d\u2019aide logistique ou encore complices dans la vente d\u2019explosifs.En octobre 2007, 29 accusés comparaîtront devant l\u2019Audience nationale, compétente pour les affaires de terrorisme.Vingt seront condamnés, dont l\u2019un à 42 924 années de réclusion, puisqu\u2019en droit espagnol, les condamnations s\u2019additionnent, même si la peine maximale est fixée à 40 ans.Malgré une revendication sur vidéocassette au nom d\u2019al- Qaïda en Europe, aucun lien ne pourra être fait lors du procès avec une structure organisée supranationale.Le 11M a durablement marqué l\u2019Espagne.Il a d\u2019abord précipité la chute du gouvernement conservateur de José María Aznar.Trois jours après l\u2019attentat, lors d\u2019élections législatives où le Partido Popular (PP) partait clairement favori, le Parti socialiste (PSOE) de José Luis Rodriguez Zapatero a obtenu la majorité et forme le nouveau gouvernement.Les électeurs sanctionnaient la droite qui, durant presque toute la journée des attentats, avait affirmé sans preuve que l\u2019action portait la signature des Basques d\u2019ETA.Le 11M a aussi eu pour effet d\u2019ouvrir le débat au sein du groupe séparatiste, démarche qui a abouti en 2011 à l\u2019abandon de la violence armée.Le premier geste du gouvernement de gauche avait été d\u2019annoncer le retrait des troupes espagnoles engagées dans la coalition militaire en Irak, mandatée par l\u2019ONU et placée sous commandement des États-Unis.Libération Le fantôme des attaques de Madrid Le 11 mars 2004, 191 personnes perdaient la vie dans quatre assauts simultanés qui faisaient 2000 blessés.Un traumatisme toujours à vif.JAVIER SORIANO AGENCE FRANCE-PRESSE Un homme dépose une rose à la fontaine Canaletas, sur le boulevard Rambla à Barcelone, à la mémoire des victimes de l\u2019attaque de jeudi.GABRIEL BOUYS AGENCE FRANCE-PRESSE Le drapeau espagnol était en berne vendredi devant le palace Cibeles à Madrid.Des luttes symboliques Le nouveau chapitre (si c\u2019en est un) reprend les mêmes rengaines, cette fois autour des droits des transgenres, par exemple.La guerre culturelle en cours se joue aussi autour de l\u2019immigration, des musulmans bien sûr, et des lieux de mémoire surchargés symboliquement, dont les monuments aux soldats confédérés et le drapeau sudiste.Le rassemblement de Charlottesville voulait dénoncer le désoclement d\u2019une statue du général Lee, chef de guerre des confédérés.« Je ne crois pas qu\u2019il y ait d\u2019af frontement militaire ou armé en vue aux États-Unis, même si le pays compte des illuminés, dit Francis Langlois, professeur d\u2019histoire au cégep de Trois-Rivières, spécialiste de la guerre de Sécession.La situation est beaucoup plus stable qu\u2019au milieu du XIXe siècle, ou même que pendant les années 1960-1970.» Le film Detroit, sorti au début du mois, raconte les émeu tes dans cette ville en 1967.La rébellion urbaine de cinq jours avait fait une quarantaine de morts et des milliers de blessés.L\u2019habile vulgarisateur propose d\u2019autres liens vers les traces dans la culture populaire pour faire comprendre quels genres de rapports complexes entretient le Sud avec son passé raciste.L\u2019historien évoque par exemple la télésérie The Dukes of Hazard (1979-1985), centrée sur les cousins Luke et Bo et leur bolide General Lee décoré de la bannière confédérée.The Dukes (devenu Shérif, fais-moi peur à TVA) était l\u2019émission la plus regardée à l\u2019époque après Dallas.«Les gens du Nord y sont décrits comme des imbéciles et personne n\u2019a la peau foncée là- dedans.Beaucoup d\u2019émissions proposent ce genre de point de vue en sous-texte.On peut se dire que, pour la plupar t des Blancs du Sud, le drapeau confédéré, ce n\u2019est pas une célébration de l\u2019esclavage : c\u2019est au- jourd\u2019hui un symbole de liberté, de résistance au gouvernement.[\u2026] Mais, assurément, le drapeau comme les monuments disent aussi à la société américaine que les Blancs sont au sommet de la pyramide sociale et que les Noirs sont tout en bas.C\u2019est très clair.» Des combats réels Cet extrémisme se concentre à droite, avec ses ramifications racistes ou antisémites.Il n\u2019y a rien d\u2019équivalent à gau - che.Quelques groupuscules anars ou communistes certainement, mais aucune alt-left \u2014 dénoncée en parts égales des fautes par le président pour la violence de Charlottesville \u2014 pour contrebalancer l\u2019alt-right, selon le professeur montréa- lais et plusieurs autres observateurs.« Juste de parler de la gauche aux États-Unis me semble presque une blague, dit Graham Dodds.Nous avons ces libéraux d\u2019Hollywood et des manifestations sur les campus.Mais il n\u2019y a pas de gauche organisée.Alors, de l\u2019extrême gauche?Voyons donc.» N\u2019empêche, les tensions paraissent exacerbées.Chacun, ou presque, semble maintenant en colère contre quelque chose, ce qui ne rassure pas dans un pays-continent qui compte plus d\u2019armes que de citoyens.À Chalottesville, certains extrémistes de droite étaient équipés comme des soldats en zone de combat.Finalement, c\u2019est une attaque à la voiture- bélier qui a fait une morte et des blessés.« La médiatisation donne l\u2019impression que la situation est catastrophique, avertit alors le professeur Langlois, en revenant finalement sur une certaine exagération des médias.D\u2019où l\u2019idée d\u2019un risque de guerre civile.Une chose est sûre : les groupes d\u2019extrême droite sont très contents de la publicité, de sortir de l\u2019ombre.On a l\u2019impression qu\u2019ils sont nombreux alors qu\u2019ils sont à la frange.Ça reste marginal, même si, aux États-Unis, il y a beaucoup plus de morts engendrées par des actes terroristes de l\u2019extrême droite que par des actes terroristes islamiques.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 CONFLITS Le 11M a durablement marqué l\u2019Espagne.Il a d\u2019abord précipité la chute du gouvernement conservateur de José María Aznar. pparatchik de l\u2019ère Charest, Éric Tétrault traîne quelques casseroles derrière lui et il reconnaît qu\u2019il n\u2019a pas toujours été au bon endroit au bon moment.Qu\u2019à cela ne tienne, Philippe Couillard en a fait son candidat dans la circonscription sûre de Louis-Hébert en remplacement de Sam Hamad, dont le sens de l\u2019éthique avait été jugé trop ténu pour qu\u2019il réintégrât le Conseil des ministres.On peut y voir une certaine continuité libérale.Ou un sans-gêne qui frise l\u2019arrogance.Dès l\u2019annonce de sa candidature, Éric Tétrault a dû se dépêtrer avec cette histoire de spectacle de Céline Dion auquel il a assisté en 2008, dans la loge de Lino Zambito et aux frais de l\u2019entrepreneur (M.Tétrault ne se souviendrait plus s\u2019il a payé ou non ses billets), en compagnie de l\u2019ex-ministre Nathalie Normandeau et de son chef de cabinet, Bruno Lortie, qui font face tous les deux à des accusations à la suite d\u2019une enquête de l\u2019UPAC.La version du candidat sur le temps qu\u2019il a passé dans cette loge a ?uctué.Quand il a constaté la présence de Lino Zambito, Éric Té- trault s\u2019est dit que peut-être il n\u2019était pas «au bon endroit» et il est parti, a-t-il soutenu sur les ondes d\u2019une radio de Québec.Étrange: à cette époque, Lino Zambito n\u2019était pas persona non grata.Sauf erreur, Éric Tétrault était chef de cabinet du ministre de la Justice, Jacques Dupuis, quand celui-ci a rencontré le controversé Luigi Coretti à la demande de Tony Tomassi pour que le patron de la société BCIA obtienne un permis de port d\u2019armes qu\u2019on lui avait refusé.Éric Tétrault n\u2019était probablement pas non plus au bon endroit quand il occupait, de 2004 à 2007, le poste de directeur adjoint du cabinet du maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, qui a démissionné après que l\u2019UPAC se fut intéressée à lui, sans que des accusations soient toutefois portées.À titre de secrétaire de presse, Éric Tétrault était aux côtés d\u2019Alfonso Gagliano, ministre responsable du programme des commandites, pour le défendre au cœur du scandale, de 2000 jusqu\u2019à la démission du ministre en 2002 et sa nomination comme ambassadeur au Danemark, un royaume où on sait depuis Shakespeare qu\u2019il y a quelque chose de pourri.Philippe Couillard a choisi un candidat qui est tellement lié à l\u2019ère Charest que l\u2019UPAC a jugé bon de l\u2019interroger.Cela montre que le chef libéral a une telle con?ance dans la capacité de son parti de remporter la victoire lors des prochaines élections qu\u2019il peut faire ?d\u2019un tel rapprochement.«Confiance en nous», c\u2019est d\u2019ailleurs le slogan électoral que le chef libéral a testé au dernier congrès de la Commission-Jeunesse des libéraux.Le gouvernement canadien attendait une preuve pour envisager l\u2019annulation du contrat de vente de véhicules militaires à l\u2019Arabie saoudite.Il l\u2019a obtenue cette semaine de nulle autre que l\u2019ambassade saoudienne à Ottawa.Le Canada n\u2019a plus d\u2019excuses, il doit prendre acte des déclarations de Riyad et rompre tout contrat de vente d\u2019armes avec ce régime.la ?n de juillet, le Globe and Mail a obtenu des vidéos et des photos montrant des véhicules militaires de fabrication canadienne utilisés pour réprimer des citoyens chiites de la province orientale de l\u2019Arabie saoudite.Riyad s\u2019était pourtant engagé à ne pas utiliser le matériel militaire canadien contre sa propre population ni pour porter atteinte aux droits de la personne.Il s\u2019agissait d\u2019une condition pour que la vente soit autorisée par le Canada.À la suite de ces reportages, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a rapidement annoncé une enquête pour véri?er les faits.Elle a aussi promis que, si ceux-ci s\u2019avéraient exacts, elle agirait.Et agir, a-t-on compris, pourrait dire l\u2019annulation du controversé contrat de vente de véhicules blindés conclu par General Dynamics avec l\u2019aide du gouvernement canadien.Ce contrat d\u2019une valeur de 150 milliards signé sous les conservateurs avait besoin de permis supplémentaires pour se concrétiser.Les libéraux les ont accordés en avril 2016, malgré le tollé.Si des doutes persistaient sur le peu de poids des engagements de Riyad, ils n\u2019ont plus raison d\u2019être.En réponse aux questions du Globe cette semaine, l\u2019ambassade de l\u2019Arabie saoudite au Canada a déclaré que le régime saoudien a le droit «d\u2019utiliser son matériel militaire pour combattre des groupes terroristes d\u2019Awamiyah afin de protéger les civils».Elle a comparé l\u2019utilisation des armes canadiennes à l\u2019usage de la force par les Canadiens pour mettre ?n à l\u2019attentat contre le Parlement canadien en octobre 2014.«Combattre le terrorisme et protéger des civils innocents ne sont pas des violations des droits de la personne», a ajouté la chancellerie saoudienne.Se servir de l\u2019attentat d\u2019octobre 2014 pour justi?er la répression d\u2019une minorité est quelque chose d\u2019indécent.Le village Awa- miyah est le centre nerveux de la dissidence chiite.Il est dans la mire du régime depuis des années, et en particulier depuis des émeutes survenues en 2011 dans la foulée du Printemps arabe.En mai dernier, les militaires ont tenté d\u2019expulser par la force une partie de la population dans le but de raser une partie du village.Des affrontements ont suivi et, depuis, le village est assiégé par l\u2019armée et a subi des tirs à l\u2019arme lourde.C\u2019est dans ce contexte que des armes canadiennes auraient été utilisées.La déclaration de l\u2019ambassade saoudienne élimine toute ambiguïté.Les armes canadiennes servent contre la population civile.L\u2019argument de la lutte contre le terrorisme est trop facile pour être pris au sérieux.On parle ici d\u2019un gouvernement af?chant un des pires bilans en matière de respect des droits de la personne et reconnu pour réprimer les dissidents politiques et religieux, en particulier chiites.Le gouvernement canadien a fait l\u2019autruche trop longtemps, répétant que rien ne laissait croire que les véhicules canadiens avaient servi ou servaient dans des opérations contre les civils.S\u2019il ne réagit pas rapidement et avec fermeté et n\u2019annule pas le ou les contrats de vente d\u2019armes à Riyad, Ottawa nourrira l\u2019impression qu\u2019un volet important de ses contrôles en matière d\u2019exportation de matériel militaire est une farce et que sa défense des droits de la personne est un principe à géométrie variable.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 A O Û T 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S L\u2019utilité des ordres professionnels Quel est l\u2019intérêt de regrouper les enseignants dans un ordre professionnel ?Les opinions exprimées à cette occasion n\u2019ont pas toutes été exemptes d\u2019approches émotionnelles et d\u2019affirmations surprenantes, comme celle de prétendre que l\u2019Ordre des ingénieurs est « financé principalement par les firmes d\u2019ingénieurs-conseils ».C\u2019est pourquoi je propose que l\u2019on procède rationnellement en considérant le sujet sous l\u2019angle de la responsabilité des travailleurs à l\u2019égard du public.On sait que les enseignants pratiquent leur profession dans le cadre d\u2019un contrat avec une commission scolaire L I B R E O P I N I O N B O B B Y A .A U B É Finissant à la maîtrise en littérature I l y a quelques mois, je me trouvais chez un petit commerçant d\u2019alcools du quartier San Telmo, à Buenos Aires, et cherchais sur les étagères de la devanture une ou deux bouteilles à acheter.Me voyant hésiter, le marchand s\u2019était approché pour m\u2019offrir son aide.Après quelques échanges, je me rendis finalement à la caisse avec un malbec argentin et un Fernet-Branca en main.«¿De donde sos ?» me demanda-t-il, curieux de savoir d\u2019où je venais.En lui remettant la monnaie, je répondis que j\u2019étais du Canada.«¿Pero de la parte francesa o inglesa?» «Francesa.» «Ah, du Québec ! Je connais un peu de français », dit-il en ajoutant qu\u2019il avait de la famille à Montréal et en France.« Charmant, le Québec.Rica cultura.» « Si, muy rica.» Nous avons continué notre discussion quelques minutes, puis je sortis de l\u2019endroit, songeur.Constat Comme plusieurs, j\u2019ai pris l\u2019habitude en voyage de me présenter en tant que Canadien lorsqu\u2019on me demande d\u2019où je viens.C\u2019est plus facile à situer pour la majorité des interlocuteurs.Mais depuis mon arrivée en Amérique latine, on m\u2019avait déjà demandé plus d\u2019une fois si j\u2019étais du Québec, et plusieurs avaient été enthousiasmés d\u2019apprendre que ma première langue était le français.Réactions que j\u2019attribuais alors à l\u2019influence que la France a eue dans l\u2019histoire argentine, pour le meilleur ou pour le pire.Un entraîneur, amateur du septième art, m\u2019avait même vanté la qualité du cinéma québécois, qui, selon ses dires, faisait du meilleur « cine de au- tor» que bien d\u2019autres.Encore une fois, en errant sur les pavés de San Telmo, j\u2019étais resté surpris de voir qu\u2019un homme, rencontré au bout de l\u2019Amérique dans un petit commerce, soit plus enclin à reconnaître le Québec que certains de nos concitoyens canadiens.C\u2019était d\u2019autant plus saillant que, quelques semaines plus tard, je lus sur mon fil de nouvelles des articles portant sur les rebuffades que le projet d\u2019intégration à la constitution de Couillard avait reçues.Suivirent ensuite les dernières statistiques sur le déclin général du français au Canada (bien qu\u2019il soit moins important que prévu au Québec) et, pour en rajouter, la proposition d\u2019une frange des jeunes libéraux de Montréal demandant au gouvernement de faire une brèche dans la loi 101.Cette même loi qui, en plus de faire vivre le français depuis 40 ans au Québec, nous a permis d\u2019atteindre l\u2019un des plus hauts taux de bilinguisme en Amérique du Nord.Le paradoxe canadien Il est en ef fet étonnant de voir qu\u2019encore aujourd\u2019hui, par une sorte de rhétorique maladroite, tant de détracteurs cherchent à associer la défense de la langue française à un nationalisme rétrograde.L\u2019idée est certes bien pensée, car depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le nationalisme est associé dans l\u2019imaginaire collectif à un courant politique indésirable.Ce qu\u2019on a tendance à oublier, c\u2019est qu\u2019une bonne partie des acteurs de la Révolution tranquille s\u2019élevaient justement contre un nationalisme sectaire.Même le projet de souveraineté s\u2019y opposait pour plusieurs de nos intellectuels.Que peut-on conclure de ça, sinon qu\u2019il existe une différence entre ce type de nationalisme et le désir de voir son existence, et par conséquent sa langue, reconnue et défendue ?Si certains af firment que le déclin du français est inévitable en raison de la mondialisation, l\u2019histoire nous prouve qu\u2019il s\u2019agit plutôt d\u2019une question de volonté politique que d\u2019une quelconque fatalité.Dans plusieurs communautés autochtones, les langues amérindiennes commencent à revivre dans la bouche des enfants, à qui on a recommencé à enseigner l\u2019idiome maternel au primaire.On a aussi observé une augmentation de la proportion de locuteurs gallois au pays de Galles à la suite d\u2019une série de mesures adoptées au début des années 2000 dans le but de raviver la langue.Or, contrairement à ce qu\u2019on observe dans le reste de la francophonie, au Canada, le français est en déclin, et ce, malgré toutes les initiatives prises par le Québec et les autres communautés francophones du pays pour le rendre plus vivant.Cela me semble un peu paradoxal, considérant le fait que la langue française est l\u2019une des plus parlées sur la planète et qu\u2019elle est encore à ce jour la seconde langue de la diplomatie après l\u2019anglais.On pourrait difficilement faire pire\u2026 Qu\u2019on ne se méprenne pas : la langue anglaise est belle et elle continuera toujours de faire partie du paysage culturel québécois.Elle a d\u2019ailleurs été la matière première de plusieurs de nos grands écrivains, qu\u2019on pense à Mavis Gallant, Cohen, Richler, MacLennan et tous les autres.Mais force est de constater que jusqu\u2019à preuve du contraire, les politiques du gouvernement canadien en matière de langue française constituent un échec.Pendant ce temps, le clivage se creuse, et ce n\u2019est pas parce que la descente est subtile qu\u2019elle n\u2019existe pas.On ne pourra pas toujours tout remettre à demain.Langue française : on ne pourra pas toujours tout remettre à demain FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET selon des conditions négociées avec l\u2019État québécois, puis d\u2019une entente avec une direction d\u2019école qui accepte de les engager.Ainsi, les enseignants assument leurs tâches en garantissant à ces organismes une compétence professionnelle et le respect des règles morales et de l\u2019éthique.Advenant le désir d\u2019une personne ou d\u2019un organisme d\u2019entreprendre une action contre un enseignant pour des raisons de manquement à ses obligations, cela peut s\u2019accomplir par une simple demande d\u2019enquête auprès de la direct ion de l \u2019école ou de la commission scolaire, ces derniers assumant la responsabilité du personnel enseignant à l \u2019égard du public.On ne voit pas ce qu\u2019un ordre professionnel pour rait ajouter pour assurer la protection du public, sinon créer du désordre tout en imposant des coûts inutiles aux enseignants et, par extension, à la société entière.Il n\u2019en est pas de même dans le cas des membres d\u2019un ordre professionnel, car dans ce cas le lien de responsabilité n\u2019existe qu\u2019entre le plaignant et le professionnel.C\u2019est à ce dernier que doit être adressée la plainte, et cela à grands frais, comme on peut l\u2019imaginer.Heureusement, l\u2019État a prévu des règles permettant de déposer une plainte auprès du syndic de tout ordre professionnel afin que ce dernier procède à une enquête et, s\u2019il y a lieu, soumette le cas au comité de discipline qui portera le jugement.Voilà l\u2019utilité des ordres professionnels.Jean-Marie Desgagné, ing.Québec, le 16 août 2017 À VENTE D\u2019ARMES À L\u2019ARABIE SAOUDITE Un aveu incontournable TÉTRAULT, CANDIDAT DANS LOUIS-HÉBERT Couillard renoue avec l\u2019ère Charest A MANON CORNELLIER ROBERT DUTRISAC G U Y R O C H E R Sociologue, professeur émérite à l\u2019Université de Montréal, corédacteur de la loi 101 a loi 101 est une loi nationale.Elle est liée à l\u2019identité de la nation québécoise, parce qu\u2019elle en dit le cœur, la langue française.La loi 101 a contribué à cette identité, et continue à le faire, mais dans un contexte sociopolitique qui a évolué, qui n\u2019est plus celui de 1977, nous imposant du même coup de repenser notre politique linguistique québécoise.La loi 101 et la Révolution tranquille La Charte de la langue française n\u2019est pas apparue comme par magie sur la scène politique québécoise.Sa gestation s\u2019est produite sur plusieurs années, elle a une histoire.Sans invoquer un passé lointain, rappelons que la loi 101 de 1977 est étroitement liée à la Révolution tranquille des années 1960.En effet, la loi 101 découle directement du « Maître chez nous », qui voulait dire bien des choses.Cette formule annonçait avant tout, ainsi l\u2019interprétait-on, la prise en charge de notre économie québécoise par l\u2019État et la collectivité, le contrôle de nos ressources naturelles et le rapatriement de leurs revenus.Mais le «Maître chez nous» impliquait plus en profondeur l\u2019affirmation d\u2019une identité québécoise qui allait se substituer à l\u2019identité cana- dienne-française.C\u2019est au cœur de la Révolution tranquille que cette substitution s\u2019est produite.Les Canadiens français deviennent des Québécois, en même temps qu\u2019on voulait donner une connotation inclusive à notre appellation, pour que tout citoyen du Québec se sente bel et bien Québécois.Cette transition vers l\u2019identité québécoise était préparatoire à la loi 101.Elle en fut assurément une condition essentielle.Elle allait donner son sens national à la loi 101.La fonction identitaire portée par cette loi trouva sa source dans cette dimension fondamentale de la Révolution tranquille.L\u2019autre mutation opérée par la Révolution tranquille, et qui fait partie du contexte de la loi 101, c\u2019est la transformation de l\u2019État québécois.À compter de 1960, il devient interventionniste en matière économique, sociale et culturelle.Il contribue directement à la promotion des intérêts économiques des Québécois et de la société québécoise.Il se charge de l\u2019ensemble du système de l\u2019éducation, financièrement et pédagogiquement, il crée un ministère de la Culture.C\u2019est dans cette même foulée que le législateur québécois a entrepris de légiférer en matière de politique linguistique.La «crise linguistique» De 1967 à 1977, le Québec a vécu une grande crise linguistique, la plus importante de son histoire.Dix années charnières dans l\u2019histoire moderne du Québec, où les Québécois furent à la recherche de ce qu\u2019ils étaient, de ce qu\u2019ils sont.L\u2019élément déclencheur en fut le fait apparu dès le début des années 1968 comme une menace à la communauté francophone : l\u2019anglicisation à peu près systématique des enfants issus de l\u2019immigration, par leur adhésion massive à l\u2019école anglaise plutôt qu\u2019à l\u2019école française.On peut dire que ce choix pouvait aisément être interprété comme un rejet, le rejet de l\u2019école française et, de ce fait, de la communauté québécoise de langue française et de sa culture.Le « libre choix de l\u2019école» devint un enjeu majeur.La question était simple : devait-on laisser aux parents québécois de toute origine, qu\u2019ils soient « de souche » ou immigrants, le libre choix entre l\u2019école anglaise et l\u2019école française?Ou fallait-il restreindre l\u2019accès à l\u2019école anglaise à la seule minorité québécoise de langue anglaise?Ce dilemme enflamma les esprits, entraînant d\u2019importantes manifestations de rue et des affrontements, divisant l\u2019opinion publique.Dans ce climat d\u2019effervescence, le législateur québécois tenta à deux reprises de calmer le jeu, mais sans succès.Le projet de loi no 63 de 1969, qui entérinait le libre choix de l\u2019école, indigna la majorité francophone.En 1974, le projet de loi no 22, qui imposait aux enfants des immigrants des « tests linguistiques » pour accéder à l\u2019école anglaise, choqua la minorité anglophone et les communautés ethniques.Pour comprendre la loi 101, son « esprit » et sa substance, il faut la situer dans le contexte de cette crise linguistique de la décennie 1967-1977.L\u2019arrivée-surprise au pouvoir du Parti québécois le 15 novembre 1976 s\u2019inscrit dans le cadre de cette «crise » : c\u2019est en bonne partie l\u2019opposition au projet de loi no 22 qui porta le Parti québécois au pouvoir.40 ans plus tard Entre 1977 et 2017, le contexte québécois de la loi 101 a connu de grandes transformations, imprévisibles en 1977.On peut en nommer au moins quatre.Primo, la loi 101 a été conçue en 1977 pour assurer le statut du français dans la société québécoise elle-même, sur son territoire propre.En 2017, la politique linguistique devrait être pensée pour un Québec traversé par la mondialisation sous toutes ses formes, surtout culturelle.Secundo, en 1977, la langue anglaise est dominante par la force de l\u2019histoire, celle de la colonisation par la Grande-Bretagne de l\u2019économie, des milieux de travail, concrètement affirmée dans l\u2019af fichage public et privé.En 2017, la langue anglaise américaine s\u2019est répandue comme langue de communication bien en dehors du Commonwealth et connaît chez les Québécois une attraction historiquement inédite.Un nombre sans cesse croissant de Québécois sont bilingues, surtout chez les jeunes.Tertio, au cours des dernières décennies, les technologies de l\u2019information et des communications ont explosé, principalement à l\u2019avantage de l\u2019anglais sur toutes les autres langues.Quarto, la situation du français ne suscite plus d\u2019émotion chez un nombre suf fisant de Québécois pour inquiéter les dirigeants politiques, malgré tous les indices de la fragilisa- tion du français.Ce qui a permis aux tribunaux québécois et canadiens d\u2019affaiblir périodiquement la loi 101, et le législateur québécois de le faire lui-même aussi, sans provoquer aucune manifestation de rue.Comme si la « crise linguistique » était chose du passé.Et pourtant Le Québec vit toujours une « crise linguistique », une crise larvée, une crise étouffée.Statistique Canada, organisme peu enclin au nationalisme québécois, vient de sonner ce qui pourrait être, devrait être, la fin de la récréation.Malgré la loi 101, 40 ans après sa proclamation, le français est en recul au Québec, que ce soit comme langue maternelle, comme langue d\u2019usage ou comme langue parlée à la maison.Voici donc maintenant la crise linguistique chiffrée, et de forte manière.Un gouvernement qui voudrait réagir, faire face à la situation, devrait prendre un certain nombre de mesures.En 2017 comme en 1967, la francisation et l\u2019intégration culturelle des immigrants font toujours problème.L\u2019école et le milieu de travail sont les deux lieux de l\u2019intégration des immigrants.En ce qui concerne l\u2019école, les rédacteurs de la loi 101 étaient persuadés d\u2019aller très loin en imposant leur loi au secondaire aussi bien qu\u2019au primaire.La suite des choses nous fait maintenant comprendre qu\u2019il faudrait revenir à l\u2019intention de la loi 101 et l\u2019imposer au niveau collégial.Charles Caston- guay n\u2019a pas hésité à intituler son dernier ouvrage Le libre choix au cégep.Un suicide linguistique (Éditions du Renouveau québécois, Montréal, 2017).Quant au milieu de travail, les comités de francisation y sont les principaux acteurs.Ils ont fait un bon travail quand ils ont été bien appuyés, par la FTQ en particulier.Mais leur efficacité est fragile et souvent temporaire.Ils auraient besoin que l\u2019État assoie leur pouvoir de façon claire, aux yeux de leur employeur, et de recevoir un appui financier qui leur fait terriblement défaut.De plus, compte tenu de l\u2019importance que ces milieux de travail ont pour l\u2019intégration des nouveaux venus, il faudrait d\u2019urgence étendre l\u2019application de la loi 101 aux entreprises comptant entre 11 et 49 employés.Enfin, la loi 101 a été conçue pour assurer le statut du français comme langue de communication.Il faudrait maintenant la repenser comme langue de culture, dans le contexte global de la culture québécoise, dans la perspective de l\u2019enrichissement mutuel nécessaire de la langue française québécoise et de la culture québécoise.Bref, quand il s\u2019agit du statut et de l\u2019avenir de la langue française au Québec, si l\u2019on ne doit pas être pessimiste, il est incongru d\u2019être optimiste.Alors, peut-on espérer que cet anniversaire marque la réouverture du chantier de la politique linguistique québécoise ?L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 A O Û T 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).Le 26 août 2017 marque le 40e anniversaire de l\u2019adoption de la loi 101 au Québec.Pour l\u2019occasion, Le Devoir a invité dif férentes personnalités à réfléchir à l\u2019histoire de cette loi et à son influence.Une série qui se poursuit toute la semaine dans la page Idées.LES 40 ANS DE LA LOI 101 Il faut repenser la politique linguistique québécoise F R É D É R I C P A R E N T Professeur au Département de sociologie de l\u2019Université du Québec à Montréal uelle ne fut pas ma surprise lorsqu\u2019un ami m\u2019informa du fait que quelqu\u2019un discutait dans Le Devoir de mon livre Un Québec invisible, paru aux Presses de l\u2019Université Laval en 2015 (Jean-François Daoust, « Le mystère de Québec.Les moins bien nantis rejettent la gauche», 15 août 2017).Après une première lecture du texte prétendant invalider mes conclusions à par tir de deux sondages en ligne, je me suis rendu compte, encore une fois, que nous ne parlions pas du Québec invisible, mais de légitimations a posteriori de comportements sociaux.Le texte de M.Daoust consolide à nouveau ce que j\u2019y écrivais alors : la construction d\u2019un «mystère Québec» est une solution commode pour nous éviter d\u2019étudier et de prendre en considération la vie des gens des « classes populaires ».De- vais-je répondre de ces simplifications abusives qui ne portent pas directement sur mes recherches et qui relèvent peut- être davantage d\u2019une lutte concurrentielle pour l\u2019obtention de ressources et d\u2019une « position sociale » dans l\u2019espace universitaire?Ce texte paru dans la rubrique Les idées en revues du Devoir me donne l\u2019occasion d\u2019aborder plus particulièrement l\u2019état actuel de la recherche universitaire, qui calque malheureusement trop souvent le modèle dominant du monde poli- tico-médiatique (sondage, philosophie sociale, etc.) à des fins de réformes sociales, de contrôle des populations et de moralisation des mœurs.L\u2019orientation et le mode de financement de la recherche universitaire par les pouvoirs politiques n\u2019aident en rien à la situation et à la promotion de la connaissance scientifique.La conséquence dans le cas qui nous occupe est la suivante : les territoires québécois (la région de Québec) se voient dotés d\u2019une cohérence extérieure par le simple fait qu\u2019ils sont réduits à une addition d\u2019individus extraits de leurs relations sociales et de leur historicité.Les individus et les groupes deviennent des «répondants » et des « électeurs » avec des «variables» (sexe, âge, niveau de scolarité, etc.) et des «opinions».Ce texte ne peut pas infirmer des conclusions que je ne défends même pas, et encore moins celle où je prétendrais « que c\u2019est essentiellement le rejet d\u2019une présence gouvernementale forte qui expliquerait ce mystère».Le rejet étatique n\u2019explique rien, c\u2019est bien ce qui serait à expliquer.Or je ne prétends pas expliquer ce «mystère», s\u2019il en est un.Pour qui est ce «mystère»?Et qui le construit?Dans une entrevue au Soleil, j\u2019ai en outre mentionné que je rejetais l\u2019analyse simpliste d\u2019une population «aliénée» par les radios parlées de Québec pour expliquer que des « électeurs» de la région votent plus à droite.J\u2019ajoutais : « c\u2019est parce que les universitaires et autres observateurs de la scène politique réduisent ces populations à leur compor tement électoral, comme leur préférence souvent marquée pour les candidats aux idées conservatrices, qu\u2019il existe un \u201cmystère de Québec\u201d».Il est cependant important de défendre la connaissance de la diversité des espaces sociaux du Québec pour éviter de par ticiper à la remontée des extrêmes en colpor tant des simplifications abusives, comme celle que l \u2019auteur me met dans la bouche, sans aucune analyse véritable de mon enquête ethnographique dans un village de la grande région de Québec.Son intervention n\u2019ajoute malheureusement rien à cette connaissance.Si l\u2019auteur n\u2019a pas le temps de lire mon livre, il n\u2019a qu\u2019à écouter l\u2019entrevue que je donnais à Désautels le dimanche sur les ondes de la radio de Radio-Canada.Si les sciences sociales s\u2019inscrivent dans l\u2019horizon des sciences, elles doivent viser la connaissance du réel, et non seulement dans ses justifications légitimantes, mais aussi dans la diversité des pratiques humaines, et le vote politique n\u2019est que l\u2019une de ces pratiques.Pourquoi enfin donner autant d\u2019impor tance à cette dernière si nous considérons par ailleurs que les individus, comme l\u2019écrit l\u2019auteur, sont des «électeurs aliénés»?Le mystère de Québec : des « électeurs aliénés » ?Q JACQUES GRENIER LE DEVOIR «Entre 1977 et 2017, le contexte québécois de la loi 101 a connu de grandes transformations, imprévisibles en 1977», écrit le sociologue Guy Rocher, corédacteur de la loi 101.L Le financement de la recherche par les pouvoirs politiques n\u2019aide pas la science L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 A O Û T 2 0 1 7 B 6 MORDU DE JEUX MOTS FLÉCHÉS LE JUNIOR GRILLE BLANCHE SUDOKU MOTS CROISÉS DU SAMEDI MOTS CROISÉS Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 362 Horizontalement I.Dénonciateur.II.Emotionnable.III.Rouille.Pouf.IV.Oust.Excelle.V.Us.Ecrin.Aar.VI.Iso.Les.Se.VII.Lento.Toul.VIII.Légenda.Réac.IX.Eon.Curé.X.Elémentaires.Verticalement 1.Dérouillée.2.Emoussée.3.Nous.Ongle.4.Otite.Té.5.Nil.Clonée.6.Colère.Don.7.Inexistant.8.An.Cn.9.Tapé.Durci.10.Ebola.Leur.11.Ululas.Are.12.Références.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 363 1.Arc.2.Même funèbre il est beau à entendre.Son pétrole à déclenché des guerres.3.Patron toulousain.Fait roi par Alfred.4.Bon pour le service.Vaut de l\u2019or.Dans les haricots.5.Chez les Grecs.Que l\u2019on retrouve à chaque tour.6.Paquet de chaînes.Sur la portée.Autre grecque.7.Vous entraîne dans un autre monde.8.Dans l\u2019ensemble.Premier à la sortie.9.Sommet helvète.Démonstratif.10.Possessif.Bout de savon.Impeccables.11.Réveilla les sens.Fait la liaison.12.Philosophe qui se prend pour un savant.I.Se retrouvent comme deux ronds de flan.II.Ne le faites pas entrer chez un vendeur de vaisselle.Brisé pour soutenir.III.Blessée en profondeur.Dans les noix et les noisettes.IV.En feu.Aidé pour s\u2019en sortir.V.Moscou et ses satellites.On peut compter dessus \u2026 en principe.Ouvre l\u2019appétit.VI.Du côté des plus petits.Sur l\u2019estrade.VII.Gai participe.Ouverture de compte.Bossai dur.VIII.A conserver s\u2019il est grand.Jupe mal montée.IX.Vieilles à la mâchoire bien garnie.Elément binaire.X.Sa vie ne tient parfois qu\u2019à un fil.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde Vous aimez cette page ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos 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