Le devoir, 30 septembre 2017, Cahier F
[" L\u2019équipée d\u2019un incapable, selon Julie Mazzieri Page F 4 Une lecture de la société avec Josée Boileau Page F 5 C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 S E P T E M B R E E T D I M A N C H E 1 E R O C T O B R E 2 0 1 7 D A N I E L L E L A U R I N à Paris «O n est en train de léguer à la génération de nos enfants une planète extraordinairement différente de celle sur laquelle je suis née en 1969, s\u2019alarme l\u2019écrivaine et psychanalyste française Marie Darrieus- secq.Ce n\u2019est pas la fin du monde, mais c\u2019est la fin de notre monde.» Un monde déshumanisé, dominé par les écrans et les robots.Un monde où règnent la peur et l\u2019injustice.Où le clonage humain est devenu réalité\u2026 pour les plus riches.C\u2019est le monde mis en place par l\u2019auteure de Truismes dans son nouveau roman, Notre vie dans les forêts.Ce monde est à nos portes, s\u2019inquiète Marie Darrieussecq, rencontrée chez elle à Paris.« On est dans un état d\u2019angoisse.Rien n\u2019est sûr.J\u2019ai écrit mon roman avec un sentiment d\u2019urgence.» C\u2019était en pleine campagne présidentielle française, le printemps dernier.« Je n\u2019étais pas du tout sûre que Marine Le Pen ne passerait pas », précise la romancière, collaboratrice au journal satyrique Charlie Hebdo.Entre les deux tours de scrutin, elle a d\u2019ailleurs appelé publiquement, avec une centaine d\u2019artistes, à voter contre le Front national.« J\u2019avais peur, indique-t-elle.Tout pouvait arriver.Bien sûr, ça s\u2019est décalé dans mon écriture.Mon roman ne raconte pas cette histoire- là, mais politiquement, ça partait de la même urgence.» Au centre de Notre vie dans les forêts : une psychothérapeute en fuite nommée Marie.Avec un groupe de résistants avides de liberté, elle a réussi à tromper la vigilance des sbires de la société de surveillance robotisée et s\u2019est enfuie dans la forêt.Se sachant condamnée, alors que son corps rafistolé de toutes parts tombe en morceaux, Marie entreprend dans l\u2019urgence de témoigner par écrit du monde en déliquescence dans lequel elle a vécu.C\u2019est une bouteille jetée à la mer, une sor te de testament qu\u2019elle laisse, pour la postérité.« Je sens le monde comme ça : un peu testamentaire », glisse Marie Darrieussecq.La peur du terrorisme Notre vie dans les forêts se situe dans un futur proche, marqué par une série d\u2019attentats terroristes qui ont semé la peur dans la population : peur dans les transports en commun, peur dans la rue, sur les terrasses des bistrots\u2026 « J\u2019imagine un monde encore pire que celui d\u2019aujourd\u2019hui, relate l\u2019au- teure d\u2019une vingtaine de livres.Les gens ne peuvent plus bouger beaucoup, il y a même des passages où ils sont confinés chez eux.On n\u2019en est pas si loin : les jours des attentats, on nous demandait de rester chez nous.» Elle ne se voit pas du tout comme une « paranoïaque complotiste ».Elle trouve que les gouvernements qui se sont succédé pendant les attentats en France au cours des dernières années ont agi comme il le fallait.Et elle accepte un certain niveau de surveillance pour la sécurité, dit-elle.«Mais c\u2019est une thin line», laisse-t- elle tomber.Un sentiment de peur l\u2019habite, confie Marie Darrieussecq.Mais, en tant que mère d\u2019un garçon et de deux filles (de 16, 13 et 8 ans), c\u2019est pour ses enfants qu\u2019elle dit ENTREVUE Marie Darrieussecq pose un regard inquiet sur notre époque « Ce n\u2019est pas la fin du monde, mais c\u2019est la fin de notre monde » JACQUES DEMARTHON AFP L\u2019auteure à Paris, en 2013 VOIR PAGE F 4 : ÉPOQUE PEDRO RUIZ LE DEVOIR Jean-Simon DesRochers est professeur débutant, romancier prolixe, scénariste occasionnel : on pourrait s\u2019attendre à rencontrer un écrivain à bout de souffle.C\u2019est pourtant tout le contraire.C H R I S T I A N D E S M E U L E S A u 8e étage d\u2019un pavillon de l\u2019Université de Montréal, Jean-Simon DesRo- chers reçoit dans son bureau, avant l\u2019un de ses cours de création.L\u2019espace est aussi bien rangé que ses romans sont foisonnants et parfois malpropres.Sur le bureau, Bakhtine côtoie sagement Bret Easton Ellis.Une œuvre tentaculaire de papier plié de sa compagne grimpe sur un mur, des étagères bien ordonnées nous enveloppent.On y trouve surtout un écrivain avec les idées claires.Second et dernier volume de L\u2019année noire, « Les cer ti- tudes » se déroule de mai à octobre, après une suite d\u2019événe- ments tragiques sur venus dans le premier tome.Le roman choral s\u2019ar ticule autour de la disparition d\u2019un garçon de huit ans dans un quartier de l\u2019est de Montréal, élément déclencheur de petits et de grands drames.Six mois plus tard, Xavier Boutin-Langlois est toujours aux mains d\u2019un réseau de pédophiles, un homme est en prison, un autre se croit condamné par la maladie, un pyromane escalade les degrés de sa perversion, un jeune poète trash est sur le point d\u2019être publié.À coups de révélations familiales et de retournements, les questions y trouvent leurs réponses sans vraiment soulever la chape de plomb de leur existence.La noirceur enveloppe tout.Avec ses 1100 pages en deux tomes, L\u2019année noire fait également le lien entre chacun des romans précédents de l\u2019écrivain, marqués du sceau de l\u2019hyperréalisme.De La canicule des pauvres (2009), qui s\u2019intéressait aux 26 locataires d\u2019un immeuble montréalais pendant dix jours de chaleur suffocante, à Demain sera sans rêves (2013), en passant par Le sablier des solitudes (2011).Encore du souffle Rencontré au printemps peu après la sortie du premier tome de L\u2019année noire, «Les inquiétudes», l\u2019écrivain avait laissé entendre être par venu à la fin d\u2019un cycle d\u2019écriture.« Je suis à la fin d\u2019un cycle à plusieurs niveaux avec L\u2019année noire, qui est un projet un peu pharaonique», confie Jean-Si- mon DesRochers, au terme de sept ans de travail et de beaucoup de planification.«Cette tendance à créer une structure et à la peupler de personnages \u2014 une chose que j\u2019adore faire et que je ne crois pas avoir épuisée \u2014, je crois que j\u2019en ai un peu fait le tour.J\u2019avais vraiment l\u2019intention cette fois d\u2019aller au bout d\u2019une manière de penser le roman.» «Avec L\u2019année noire, poursuit l\u2019écrivain de quarante ans, j\u2019avais un peu l\u2019ambition de faire la synthèse de tout ce que je croyais avoir compris.Évidemment, quand on croit avoir compris, c\u2019est qu\u2019on n\u2019a rien compris\u2026 Et j\u2019ai découvert beaucoup plus de choses aussi quant à mon rapport à l\u2019écriture, au flux de conscience, à la parole et surtout à propos de ce que j\u2019avais envie d\u2019écrire et de ne plus écrire.» Professeur débutant, romancier prolixe, scénariste occasionnel : on pourrait s\u2019attendre à rencontrer un écrivain à bout de souffle.C\u2019est pourtant tout le contraire.«Après 1100 pages, je peux garantir que cette forme- là, chez moi, dans les prochaines années, on ne la verra plus.Je suis allé au bout de quelque chose.» L\u2019écrivain a envie de phrases longues, de jouer avec les tonalités, envie d\u2019écrire au «je», au «tu».«J\u2019ai faim, lâche- t-il, et j\u2019ai envie de faire mille et une autres choses.» Lecteur vorace, de Carole David à Michael Delisle, en VOIR PAGE F 4 : NOIRE La fin d\u2019un cycle Jean-Simon DesRochers clôt L\u2019année noire, un roman sombre et colossal POÈTES INVITÉS PRIX DE POESIE BOUCHER, Denise Grand Prix Québecor du Festival international de la poésie 2017 BEAUMEL, Laetitia Prix Piché de poésie de l'UQTR 2017 + Bourse STDG LANDRY, Sophie-Anne Finaliste - Prix Piché de poésie de l'UQTR 2017 SALMERON, Odelin Prix Jean-Lafrenière/Zénob 2017 VEILLEUX, Laurence Lola Prix Félix-Leclerc de poésie 2017 LAMBERT, Roseline Prix Félix-Antoine-Savard de poésie 2017 LOJO, Maria Rosa (Argentine) Prix international de poésie Antonio Viccaro 2017 MALPICA, Luis Armenta (Mexique) Prix de poésie Jaime-Sabines/ Gatien-Lapointe 2017 LESSARD, Rosalie Prix de poésie Alain-Grandbois 2016 DE BELLEFEUILLE, Normand Prix de poésie du Gouverneur général 2016 SAGALANE, Charles Prix de poésie Radio-Canada 2016 BOULERICE, Simon Prix ANEL-AQPF 2016 LAMY, Jonathan Prix Emile-Nelligan 2017 PHELPS, Anthony (Haiti/Québec) Prix de l'Académie française 2017 LEBLANC, Georgette (Nouvelle-Écosse) Prix Champlain 2016 FILLION, Geneviève Prix Innovation en enseignement de la poésie 2017 - \u2014 POÈTES INTERNATIONAUX AITKEN, Adam (Australie) © 34.Amadou Lamine (Sénégal) BASSRY, Aïcha (Maroc) oO CABRERA PONS, Juan Carlos (Mexique) CHERAMIE, David (Louisiane) COCKBURN, Ken (Ecosse) DIALLO, Bios (Mauritanie) POÈTES INTERNATIONAUX DUNAEVSKAYA, Elena (Russie) ELIAS, Olivia (Palestine/France) ETTORI, Jean-Claude (France) FRANÇOIS, Rose-Marie (Belgique-Wallonie) GAGGERO, Aldana (Argentine) oO GIGLIO, Paula (Argentine) INIGUEZ, Gustavo (Mexique) LENKOWSKA, Krystyna (Pologne) @ MENDOZA, Clyo (Mexique) MONTAGUT, Cinta (Espagne) OUMHANI, Cécile (Belgique/France) POZZANI, Claudio (Italie) SI, Zhao (Chine) TIMOL, Umar (Îles Maurice) VANDEBRIL, Michaël (Belgique/Flandres) @ VAR MADRUGA, Elaine (Cuba) VILLANUEVA Tino (États-Unis) CH CR ANDESSOIREEYQUEBEC OR(DEISASPOES IE SEI eel 7 GGL ss NEE: Cel 3 ES DY Kell) AYANT ETE PUBLIES HORS-QUEBEC BOLDUC, Monica (Nouveau-Brunswick) HARRISON, Brigitte (Nouveau-Brunswick) KONYVES, Tom (Colombie-Britannique) LEBLANC, Raymond-Guy (Nouveau-Brunswick) REQUIER, Pierrette (Alberta) SHIKATANI, Gerry | (Japon/Ontario) AUDET, Martine BEAUCHAMP, Marjolaine BEAULIEU, Germaine BOUCHER, France BOUDREAU, Geneviève CARDUCCI, Lisa (Québec/Chine) CHEVARIER, Corinne CORRIVEAU, Hugues COTNOIR, Louise DESPATIE, Stéphane DÉSY, Jean DORION, Hélène DUPRÉ, Louise ELICEIRY, Rose FERRIER, lan FOREST, Violaine FORTIN, Catherine GAGNON, Renée GAY, Michel GILL, Marie Andrée LABRIE, Pierre LAUZON, Nicolas LÉTOURNEAU, Michel MESTOKOSHO, Rita MOLIN VASSEUR, Annie PLEAU, Michel POIRIER, Hélène POISSON, Sylvie QUERO, Alberto (Venezuela/Trois-Rivières) SALDANA PARIS, Daniel (Mexique/Québec) @© Au moment où ce programme est entré sous presse, ce poète était en attente de visa ou d'AVE.Il est possible qu'il ne l'ait pas obtenu.Veuillez consulter le site fiptr.com pour obtenir l'information à jour ainsi que l'horaire détaillé du festival.np livresgg.ca Prix littéraires du Gouverneur général PRESENTE PAR CMTE.LZ) 4 _ X Sampo | ET GALERIES DU CENTRE-VILLE Yo 1A D'AILLEURS A | 1 Maison de la culture LA ET PLUS DE 160 MOMENTS DE Lp] OMR =) rervareeterrmetrerran red À ee | [OLAS restaurateurs : BOY Four.a bo FR MO hurt dhe Tes] ph uge CE I ES Chega = vs.\" OF: EAs: l\u2019Embuscade,Caté GaleriesLa > it hé NET, NE Pâtissier® oriente] Ro Hôtel Qui GO! LJ Ne ey Patrimoine canadien Lui Canadian trois-rivières D O M I N I C T A R D I F S cénario classique : un couple quitte le tumulte de la ville, habité par l\u2019espoir d\u2019enfin goûter à la campagne à une forme de sérénité que seul l\u2019éloignement permet.Il découvrira rapidement que l\u2019apparente quiétude rurale camoufle ce genre de petits secrets, et autres tabous, fleurissant généreusement dans l\u2019humus fertile de l\u2019exiguïté.«Nous construisons sur le terrain un abri invisible, anti-nu- cléaire, anti-gravité, ensemble dans un cocon de béton armé jusqu\u2019aux dents.[\u2026] Nous ne savons pas trop comment nous y prendre, ni pour faire un feu dans la cour ni pour commencer à être heureux», explique Marie, une des deux narrateurs d\u2019Ici, ailleurs, premier livre de Mat- thieu Simard à paraître à l\u2019enseigne de la maison Alto.Avec son chum Simon, la citadine trimballe une mélancolique langueur, dont nous ne connaissons pas d\u2019emblée les raisons, jusque dans une maison abandonnée, sise dans un de ces villages fantômes où tout le monde connaît trop tout le monde, et où Lyne, la serveuse du seul bar des environs, vous ser vira de la grosse 50, que vous en vouliez ou non.Évidence dès les premières pages: l\u2019écrivain à succès, ayant beaucoup ausculté la quête amoureuse du jeune homme urbain (le roman de 2005 Ça sent la coupe, récemment porté au grand écran par Patrice Sauvé), se risque à une écriture du lent ensorcellement, en accumulant d\u2019entrée de jeu des scènes d\u2019une étrangeté revendiquée, pleine de métaphores qui ne révéleront leur sens que plus tard.Entre un épicier sur le point d\u2019abandonner son commerce, une ancienne ser veuse sexy moins accueillante que ses rabais ne permettent de le croire et des voisins souriant en permanence comme sur une photo Sears, Marie et Simon apparaissent comme les seuls membres de cette communauté osant encore croire que demain est un ailleurs digne d\u2019être habité.Ne plus souffrir C\u2019est bien connu : on ne fuit jamais autant un lieu qu\u2019un passé.Mais la douleur du deuil est une opiniâtre poursuivante, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de faire la paix avec la mort d\u2019un enfant.En insufflant des éléments de mer veilleux à sa chronique d\u2019une tragédie intime, Matthieu Simard donne des allures de fable à ce roman qui tente de toutes ses forces de croire à la possibilité d\u2019un nouveau départ, sans jamais tout à fait parvenir à s\u2019en convaincre.Peut-on se remettre de toutes les épreuves?Le garagiste Fisher, lui, pense que non.«Le monde c\u2019est comme des shocks\u2026 Des amortisseurs\u2026 Tu peux les écraser mille fois, ils vont absorber le coup, mais à m\u2019ment donné, y cassent.Pis quand y cassent, ça se répare pas», suggère-t-il à Marie, dans un passage encapsulant le rapport du roman entier avec la notion d\u2019espoir.Avec un cer tain courage, Matthieu Simard abandonne plusieurs de ses outils de prédilection (dont l\u2019humour) pour se soumettre à l\u2019exercice périlleux d\u2019une réelle métamorphose.Il en émerge en envoûtant créateur d\u2019atmosphères anxiogènes, capable de suggérer une émotion sans l\u2019imposer, malgré cette chute d\u2019une violence tranchant inutilement avec la tendresse de son écriture.Les personnages de ses précédents livres se sont souvent obstinés à ne pas laisser le passage du temps les changer.Les êtres à la dérive d\u2019Ici, ailleurs, eux, ont beaucoup en commun avec la bourgade au cœur de laquelle ils espéraient tout oublier : ils ne rêvent de rien d\u2019autre que d\u2019une mémoire ne s\u2019enracinant pas que dans la souffrance.Collaborateur Le Devoir ICI, AILLEURS ?Matthieu Simard Alto Québec, 2017, 128 pages Matthieu Simard : fuir la ville et le passé L\u2019auteur de Ça sent la coupe risque la réinvention dans Ici, ailleurs L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 S E P T E M B R E E T D I M A N C H E 1 E R O C T O B R E 2 0 1 7 FICTION F 3 L I V R E S HUGUES THÉORÊT L\u2019EXPÉDITION ALLEMANDE À L\u2019ÎLE D\u2019ANTICOSTI s e p t e n t r i o n .q c .c a LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC C H R I S T I A N D E S M E U L E S À cinquante-cinq ans, divorcé après vingt et un ans d\u2019un « mariage usant », René McKay semble être au bout du rouleau.Malgré tout, sa lucidité morose le pousse à philosopher : « Le temps lézarde tout, même les pierres les plus solides.Les plus beaux souvenirs se fanent, les meilleurs vins dépérissent.Comment pourrait-il en être autrement pour l\u2019amour?L\u2019amour aussi vieillit.C\u2019est inéluctable.Il se ride, se dessèche et s\u2019atrophie.Rien ne résiste au passage du temps.Pas même l\u2019amour.Surtout pas l\u2019amour.» Sans surprise, le cynisme est l\u2019un des sujets de recherche de ce professeur de littérature à l\u2019université qui a de moins en moins envie d\u2019enseigner, amateur de Houellebecq qui affuble ses collègues du département de surnoms savoureux : la Pute, le Dragon, Ti-Coq ou La Corriveau.Personnage amer, prof blasé et intraitable, homme à la sexualité frustrée, le narrateur de La chaleur des mammifères a l\u2019impression de manquer d\u2019outils «pour décoder le réel».Évoquant son ex-femme, il dira : «Elle avait la vitalité des mammifères et moi j\u2019étais un reptile à sang-froid.» Son fils de vingt ans lui semble aussi être d\u2019une autre espèce, créateur anglicisé de jeux vidéo.« J\u2019étais un dinosaure et la Terre avait été percutée par la comète Internet.Le monde changeait.Le climat se déréglait.Les volcans se déchaînaient et l\u2019horizon était obscurci par des poussières toxiques.Je n\u2019avais pas la capacité de m\u2019adapter.J\u2019allais devoir laisser la place aux petits mammifères.» Invité à prononcer une conférence à Stockholm, en Suède, il va en profiter pour recycler un vieil article consacré au point- virgule, apogée de sa «gloire» professionnelle il y a dix ans.Alors qu\u2019au même moment se font entendre les premiers échos d\u2019une grève étudiante qui va vite se transformer en contestation générale, René n\u2019hésitera pas à se placer du côté des étudiants.«La jeunesse était indestructible.Alors que les flics avaient tout fait pour la démolir et la démoraliser, elle répliquait avec l\u2019humour des enfants.C\u2019étaient mes enfants.Ils avaient l\u2019âge de mon fils.Et j\u2019étais si fier d\u2019eux.» Quatrième titre pour adultes de Biz, alias Sébastien Fré- chette, membre du groupe rap Loco Locass, depuis Dérives (Leméac, 2010), La chaleur des mammifères file d\u2019un bout à l\u2019autre la métaphore animalière.Et l\u2019auteur y va à son tour d\u2019un roman consacré au Printemps érable de 2012, qui devient ici un facteur de brassage entre les générations et une occasion inespérée de solidarités nouvelles.Moitié reptile, moitié dinosaure, l\u2019existence de René \u2014 choix de prénom aussi pertinent que peu subtil \u2014 va ainsi connaître un second souffle, libérée de la gangrène cynique, bercée d\u2019amour et d\u2019idéalisme.Court roman à l\u2019écriture efficace malgré un déroulement prévisible et des passages sentencieux, La chaleur des mammifères reste du côté des livres qui font sourire plus que réfléchir ou bouleverser.Collaborateur Le Devoir LA CHALEUR DES MAMMIFÈRES ?Biz Leméac Montréal, 2017, 160 pages Un second souffle La chaleur des mammifères, quatrième roman de Biz, s\u2019inspire du Printemps érable de 2012 PEDRO RUIZ LE DEVOIR La crise étudiante devient dans le dernier opus de Biz, alias Sébastien Fréchette, un facteur de brassage entre les générations.C H R I S T I A N D E S M E U L E S M arqué par le temps qui passe, alourdi par la vieillesse et par la mort qui rôde autour de quelques personnages, comme une meute de loups qui assiège un village, L\u2019habitude des bêtes, le cinquième roman de Lise Tremblay depuis L\u2019hiver de pluie en 1990, est éclairé par la lumière grise de l\u2019automne.Dans un village du Sague- nay, des orignaux mutilés, morts ou blessés ont été récemment découver ts.On soupçonne vite qu\u2019ils ont été attaqués par une meute de loups qui rôde depuis peu dans la région.Dentiste retraité, longtemps passionné de chasse et de pêche \u2014 jusqu\u2019à piloter son propre hydravion \u2014, celui que tous appellent encore « docteur Lévesque » est le témoin plus que l\u2019acteur d\u2019un sombre branle- bas de combat.Originaire de Montréal, ce sexagénaire a été l\u2019un des premiers « étrangers » à acheter un chalet dans le village.Et même après vingt ans, on considère toujours sa présence comme une sorte d\u2019anomalie.Installé à temps plein dans son chalet après son divorce, il ne chasse plus et y vit tranquillement seul avec son vieux chien, Dan, qu\u2019un Amérindien lui avait mis entre les mains il y a longtemps.Son chien, explique-t-il, lui a en quelque sorte rendu un peu de son humanité.Autour de ce loup solitaire gravitent une vétérinaire, un voisin qui «ne se trompe jamais sur les bêtes ni sur les humains », Rémi, et une femme de 83 ans, ancienne propriétaire du dépanneur local qui vit seule dans son chalet, Mina, prête à regarder la mor t en face et sans ciller.Un peu plus loin, il y a sa fille psychotique qui souf fre de « troubles de l\u2019identité de genre» et qui veut se faire amputer les seins.Est-elle trans- genre ?Elle ne cherche pas davantage à devenir un homme : elle ne veut rien qui dépasse.« Elle répétait qu\u2019elle voulait être rien.» Préoccupé par la condition de sa fille, souffrant d\u2019insomnies chroniques, inquiet des tensions qui secouent le village et désemparé par la mort prochaine de son chien malade, le narrateur de L\u2019habitude des bêtes semble marcher au bord d\u2019un précipice.Tout comme la fille du narrateur cherchant à faire disparaître tout « ce qui dépasse » de la sur face de son corps, quelques chasseurs du village vont se mettre en tête d\u2019éliminer les loups, ennemis immémoriaux de l\u2019homme venus déranger leurs petits privilèges et leurs habitudes confor tables de prédateurs.Alors que le village est sous tension et que son monde se met à tanguer, son propre instinct de survie lui dicte encore la prudence et l\u2019isolement.« J\u2019ai appris il y a longtemps à ne pas me mêler de ce qui se passe au village.Ils sont comme les loups, ils vivent en meute et se protègent.Ils peuvent s\u2019entre-tuer, mais ne t\u2019avise pas d\u2019intervenir, même la victime va se retourner contre toi.» Un corps étranger qui remet en question l\u2019homogénéité d\u2019un écosystème isolé, des magouilles de campagne et des secrets ataviques : c\u2019est un terrain marécageux déjà exploré avec force par Lise Tremblay, on s\u2019en souvient, avec les nouvelles de La héronnière (2003).Si la manière semble être proche, l\u2019écrivaine née à Chi- coutimi en 1957 revisite ces espaces de la fiction au moyen de phrases qui ont la tonalité sèche du compte-rendu, sans véritable souffle et sans beaucoup d\u2019éclat non plus.Un cru plus faible.Collaborateur Le Devoir L\u2019HABITUDE DES BÊTES ?1/2 Lise Tremblay Boréal Montréal, 2017, 168 pages Seul contre les loups Avec L\u2019habitude des bêtes, Lise Tremblay nous entraîne en terrain connu P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois Les enfants de Mathias Denis Monette/Logiques \u2013/1 Au chant des marées \u2022 Tome 1 De Québec à.France Lorrain/Guy Saint-Jean 2/2 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 2 La déroute Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 1/7 L\u2019espoir des Bergeron \u2022 Tome 3 L\u2019héritage Michèle B.Tremblay/Les Éditeurs réunis 3/2 Les saisons de l\u2019espérance \u2022 Tome 1 L\u2019innocence Richard Gougeon/JCL 4/2 Le temps de le dire \u2022 Tome 1 Une vie bien.Michel Langlois/Hurtubise \u2013/1 La chaleur des mammifères Biz/Leméac \u2013/1 Les portes du couvent \u2022 Tome 2 Amours.Marjolaine Bouchard/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 1 L\u2019incendie Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 8/21 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 7 Vent de.Anne Robillard/Wellan 5/6 Romans étrangers Une colonne de feu Ken Follett/Robert Laffont 1/2 Millénium \u2022 Tome 5 La fille qui rendait coup.David Lagercrantz/Actes Sud 2/3 La vengeance du pardon Eric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 3/4 La villa rouge David Ellis | James Patterson/Archipel \u2013/1 Un appartement à Paris Guillaume Musso/XO 4/27 Cross, coeur de cible James Patterson/Lattès 7/7 Au fond de l\u2019eau Paula Hawkins/Sonatine \u2013/1 Underground railroad Colson Whitehead/Albin Michel 9/4 Prince Lestat et l\u2019Atlantide Anne Rice/Michel Lafon \u2013/1 La dernière des Stanfield Marc Levy/Robert Laffont 8/22 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/49 Survivance.Histoire et mémoire du XIXe.Éric Bédard/Boréal 9/2 Dictionnaire critique du sexisme linguistique Collectif/Somme toute 2/4 La grande dérive Jean-François Cloutier/du Journal \u2013/1 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 3/19 Maternité, la face cachée du sexisme Marilyse Hamelin/Leméac \u2013/1 Grammaire non sexiste de la langue française Michaël Lessard | Suzanne Zaccour/M éditeur 4/3 Sauvons la justice! 39 propositions pour agir Collectif/Del Busso \u2013/1 Les révolutions inachevées Michel Cormier/Leméac \u2013/1 Infiltrer Hugo Meunier Hugo Meunier/Lux 6/3 Essais étrangers Ça s\u2019est passé comme ça Hillary Rodham Clinton/Fayard \u2013/1 Homo deus.Une brève histoire de l\u2019avenir Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/3 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/84 Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les.Frédéric Lenoir/Fayard 4/14 La vie secrète des arbres Peter Wohlleben/Multimondes 3/27 La machine à tuer.La guerre des drones Jeremy Scahill/Lux 7/2 Un monde enclavé.Voyages à l\u2019ombre des.Marcello Di Cintio/Lux \u2013/1 Qu\u2019est-ce que l\u2019hospitalité?Joan Stavo-Debauge/Liber \u2013/1 L\u2019écologie politique (Édition revue et augmentée) Dimitrios I.Roussopoulos/Écosociété \u2013/1 La face cachée d\u2019Internet Rayna Stamboliyska/Larousse 8/2 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 18 au 24 septembre 2017 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019auteur Matthieu Simard LIVRES> FICTION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 S E P T E M B R E E T D I M A N C H E 1 E R O C T O B R E 2 0 1 7 F 4 s\u2019inquiéter surtout.« J\u2019ai peur au quotidien pour eux.» Peur qu\u2019ils soient dans le mauvais bus, peur qu\u2019ils se retrouvent face à un camion fou\u2026 Peur des attaques au gaz aussi : «On est dans un monde où le dictateur coréen a réussi à miniaturiser la bombe atomique.Donc, ça veut dire qu\u2019elle est transportable\u2026 Je suis un peu désolée d\u2019avoir balancé mes enfants dans ce monde-là.Je ne regretterai jamais d\u2019avoir des enfants, mais je suis désolée pour eux.» Notre vie dans les forêts montre des super-riches qui ont tous les pouvoirs, qui jouissent de tous les privilèges, dont celui de la jeunesse quasi éternelle garantie par le clonage de masse.«L\u2019extrême enrichissement de beaucoup de gens et l\u2019appauvrissement de beaucoup, cette énorme injustice sociale était quand même moins vécue dans le monde où moi je suis née, avance Marie Darrieussecq.Là, on ne peut même plus parler de classes sociales.» Dans son roman, il est dit que les 1 % de super-riches possèdent 99 % de la richesse du monde.Ce qui déclenche la fureur de la population.« Le monde est en train de se déséquilibrer de façon culbuto.Et c\u2019est extrêmement dangereux », insiste l\u2019écrivaine.Elle a imaginé une situation où la très petite minorité richissime a accès à des clones en permanence, sor tes de doubles asser vis que l\u2019on maintient dans un état comateux et sur lesquels on peut prélever des organes de remplacement.Question de prolonger sa vie.À la base de son nouveau roman, il y a une courte nouvelle qu\u2019elle a écrite en 1996 à la demande de Philippe Sollers pour la revue L\u2019infini.L\u2019histoire d\u2019une femme qui se rend tous les jours au chevet de son double endormi, dont on comprend que c\u2019est un clone.« Cette nouvelle m\u2019est revenue en tête avec force et je trouvais qu\u2019elle parlait d\u2019aujourd\u2019hui », explique Marie Darrieussecq.Quand je me sens fatiguée le soir : c\u2019est le titre de cette nouvelle matricielle, rédigée dans la foulée de Truismes, premier roman de l\u2019auteure, écoulé à plus d\u2019un million d\u2019exemplaires et traduit dans une trentaine de langues.Dans Truismes, une jeune femme se métamorphosait en truie.Tout comme l\u2019héroïne de Notre vie dans les forêts, elle se racontait dans l\u2019urgence.Et elle tournait elle aussi le dos au monde en se réfugiant\u2026 dans la forêt.Marie Darrieussecq estime que le monde cauchemardesque qu\u2019elle décrivait avec ironie il y a 21 ans dans Truismes, où on assistait notamment au renvoi de migrants par avions nolisés, est presque pire aujourd\u2019hui.«Ça s\u2019est aggravé par rapport à ce que je voyais en 1996.Il y avait déjà beaucoup d\u2019histoires de migrants qui se noyaient, mais on en parlait beaucoup moins.» Note d\u2019espoir La seule chose à ses yeux qui s\u2019est améliorée depuis une vingtaine d\u2019années, outre les avancées technologiques qui permettent d\u2019avoir accès au bout des doigts à des quantités phénoménales d\u2019informations, c\u2019est la situation des femmes.« Je trouve que le grand progrès dans l\u2019humanité, c\u2019est pour les femmes.C\u2019est mieux aujourd\u2019hui qu\u2019en 1996, et c\u2019était mieux en 1996 qu\u2019en 1969, mieux en 1969 qu\u2019en 1938, etc.» Bien sûr, elle déplore le fait que les salaires sont toujours inégaux.Et se désole de voir que « la religion nous emmerde plus qu\u2019avant ».Mais cette grande voyageuse se félicite de constater que les femmes meurent moins lors de l\u2019accouchement dans le monde et que les conditions d\u2019hygiène se sont améliorées.Elle salue aussi les femmes qui, dans les pays du Maghreb, « se battent, mine de rien, pour leurs droits et ont plus de voix qu\u2019avant, entre autres grâce à Internet ».L\u2019auteure d \u2019 I l faut beaucoup aimer les hommes, prix Médicis 2013, se réjouit aussi de voir que le harcèlement dans la r ue, s\u2019il existe toujours, por te désormais un nom.« Moi, on ne me harcèle plus dans la rue, lance-t-elle dans un rire.Mais quand j\u2019avais 20 ans, poursuit-elle, à Paris, c\u2019était l\u2019enfer.Et il n\u2019y avait pas de nom pour ça.Et on ne savait pas comment se plaindre.De toute façon, la plainte elle-même n\u2019existait pas : ce n\u2019était pas un délit.Ça va beaucoup mieux au- jourd\u2019hui, au sens où on a donné forme à cette agression permanente, on ne la nie plus, on ne la minimise plus.» Grand soulagement pour Marie Darrieussecq.«Mes filles ne vivent pas dans la même ville que moi à leur âge », se félicite-t-elle.Tout n\u2019est peut- être pas si noir, finalement, dans le monde que sa génération lègue à la génération qui suit\u2026 Collaboratrice Le Devoir NOTRE VIE DANS LES FORÊTS Marie Darrieussecq POL Paris, 2017, 192 pages L\u2019auteure sera présente au Salon du livre de Montréal en novembre prochain.SUITE DE LA PAGE F 1 ÉPOQUE passant par Annie Dillard, ses influences viennent de toutes les directions, même si le roman n\u2019est pas le genre qu\u2019il pratique le plus.Le gigantesque 2666 du Chilien Roberto Bo- laño, aperçu dans la bibliothèque de son bureau, a été le cautionnement moral de ce projet.«Au sens de: vas-y, lance-toi dans un projet de fou, admet-il.Bolaño était un écrivain immense et 2666 est sa cathédrale.L\u2019idée de créer un roman aussi volumineux autour d\u2019une figure absente, elle vient de lui.» La bêtise gagne du terrain Solitude, fatigue, dépendances de toutes sortes, l\u2019écrivain semble dresser depuis son premier roman une sorte d\u2019inventaire du malheur de ses contemporains.À travers tous ces corps obligés de vivre ensemble, il cherche en quelque sorte à résumer l\u2019humanité.La morale, il la laisse aux lecteurs.«Il y a peu de moments de bonheur dans ces livres-là, c\u2019est vrai, reconnaît-il.J\u2019en vois peu dans la vie des gens, même si dans la mienne j\u2019en ai tout plein.Je dois être une sorte de privilégié hors- norme.Je viens de vivre l\u2019année la plus dif ficile de ma vie et je suis encore capable de rire aux éclats.J\u2019ai ce besoin en moi.» Mais il fait remarquer du même souffle que l\u2019on vit dans l\u2019une des sociétés les plus médicamentées au monde, bourrant nos enfants de cocktails de pilules quand ils ne correspondent pas à des normes arbitraires.La notion de citoyen n\u2019existe presque plus, les étudiants à l\u2019université sont devenus des clients.La bêtise gagne de plus en plus de terrain.« Je ne vois pas beaucoup de beauté, de joie et d\u2019allégresse.Et à partir du moment où on prend conscience qu\u2019il n\u2019y a pas nous et la nature, mais juste de la nature et qu\u2019on en fait partie, on se rend compte à quel point ça va très mal.Je ne crois pas qu\u2019on est dans une période magnifique de l\u2019humanité.On est au contraire au début d\u2019un déclin massif, dangereux, dont tous les signes annonciateurs n\u2019arrêtent pas de se manifester.On croit avoir des problèmes aujourd\u2019hui avec l\u2019immigration, mais le jour où on va se retrouver avec des millions de réfugiés climatiques, que va-t- on faire?» En attendant, Jean-Simon DesRochers a plus que jamais envie de jouer avec la littérature.« Je n\u2019ai surtout pas envie de devenir une caricature de ce que j\u2019ai su bien faire à un moment donné.Pour moi, ça serait l\u2019équivalent d\u2019être mor t avant le temps.» Ça serait surtout éthiquement contraire à la fonction qu\u2019il occupe : professeur de recherche et de création.«Parce qu\u2019il n\u2019y a pas de création sans recherche.» Collaborateur Le Devoir L\u2019ANNÉE NOIRE, VOL.2 « LES CERTITUDES » Jean-Simon DesRochers Les Herbes rouges Montréal, 2017, 504 pages SUITE DE LA PAGE F 1 NOIRE F A B I E N D E G L I S E À quoi sert la vie si la mort n\u2019arrive pas à la fin ?Voilà en substance la question que pose une énième fois le romancier américain Don DeLillo dans Zero K (Actes Sud), récit d\u2019une introspection bien sombre sur fond de transhuma- nisme et de corps cryogénisés.S\u2019y croisent les marottes habituelles de ce grand des lettres américaines : l\u2019aliénation, la violence de l\u2019être, l\u2019angoisse de la mort, sa fascination pour les langues, dans un tout qui convoque par moments des images des films de Wim Wen- ders, mais dont la lourdeur et la redondance finit toutefois par assommer.Tout est sinistre dans ce voyage vers la fin du monde auquel invite Don DeLillo, en passant par le face à face entre un père et son fils dans les installations secrètes de l\u2019entreprise Zero K, un centre de recherche en cryogénisation des corps.Ross Lockhar t est le propriétaire des lieux.Riche.Capitaliste.Vendu à la technologie.Il est là pour faire devancer la mort à sa jeune épouse, Ar tis Mar tineau, atteinte d\u2019une maladie incurable, dans l\u2019espoir de mieux lui faire rattraper la vie \u2014 et qui sait, l\u2019éternité \u2014 quelques années plus tard.Il pense l\u2019accompagner pour ne pas avoir à subir le vide laissé par ce départ, et appel à témoin Jeffrey, son fils unique, dans cette danse avec la mor t qui très vite devient une réflexion sur la course à la vie.Nature sauvage « Les gens qui séjournent un certain temps ici finissent par découvrir qui ils sont, explique un homme, sans doute sur le départ, croisé par Jef frey dans un jardin.Non pas en consultant autrui mais par l\u2019introspection, la révélation de soi.Une étendue de terre perdue, l\u2019étourdissante sensation de la nature sauvage.» Et c\u2019est justement dans cette nature sauvage que se perd Don DeLillo, en laissant toute l\u2019épaisseur de son questionnement métaphysique envelopper un texte où le pessimisme domine et où la pérennité et le renouvellement de soi passe forcément par une r upture avec un présent subit qui n\u2019a rien à offrir de bon, si ce n\u2019est la possibilité de mourir.La pesanteur est constante, y compris dans la deuxième partie de ce récit dans lequel Jef frey, marqué par son passage dans les couloirs de Zero K, tente de renouer avec la joie de vivre dans la banalité d\u2019un quotidien et d\u2019une relat ion ordi - naire.En vain.La quête de renaissance plaçant forcément l\u2019humain «à l\u2019extérieur de la narration que nous appelons l\u2019Histoire».Les romans de Don DeLillo ont toujours eu des relents prophétiques.Joueurs, publié en 1977, préfigurait les attentats du World Trade Center, son Cosmopolis en 2003 racontait la crise financière qui s\u2019est jouée quelques années plus tard.Ce statut d\u2019oracle, le principal intéressé le réfute régulièrement, prétextant être plus sensible aux choses qui l \u2019entourent plutôt que prophète en ses pays imaginaires.Et, en sortant de son Zero K et de sa dystopie dépressive, le romancier ne laisse qu\u2019une seule envie : celle, cette fois-ci, de lui donner raison.Le Devoir ZERO K ?Don DeLillo Traduit de l\u2019anglais (américain) par Francis Kerline Actes Sud Paris, 2017, 298 pages Saisir la fin du monde Don DeLillo livre une introspection sombre sur les angoisses originelles de l\u2019humanité D O M I N I C T A R D I F L a tombe, l\u2019embaumement, les fleurs, les porteurs, le banquet, le chauffeur, le trou à creuser : mourir, ça coûte cher.Parlez-en au père Bosco, dont la femme Suzanne vient de définitivement lever les feutres, et dont la peine semble moins tenir à la perte de sa bien-aimée qu\u2019à celle de tous ces sous dont il devra se délester.Seule solution pour chasser de sa petite tête ses créanciers : s \u2019envoyer un gros coup de rouge qui tache dans le nez.Son fils, Charles, ne laisse pas, lui non plus, sa place en matière de pingrerie.Il obsédera au sujet de ce billet de 50 $ que lui a subtilisé son paternel pendant les quelque 120 pages contenant La Bosco, deuxième livre de la Québécoise résidant aujourd\u2019hui en Corse Julie Mazzieri.Nous voici donc au cœur d\u2019un Québec appartenant davantage à hier qu\u2019à aujourd\u2019hui, mais pas strictement.Un Québec sur lequel règne une glauque noirceur, que l\u2019écri- vaine lauréate du Prix du gouverneur général pour son roman Le discours sur la tombe de l\u2019idiot (Corti, 2009) contemple d\u2019un œil à la fois amusé, mythifiant et hyperréaliste.Un Québec profond et profondément englué dans l\u2019alcool, la folie et la misère.Mais qui était la défunte, Suzanne Bosco ?Imaginez un instant une mère préférant avaler les pions de son fils, avec qui elle joue au parchési, plutôt que de faire face à l\u2019éventualité d\u2019une défaite (une scène d\u2019un grotesque loufo- quement tragique).« Vous voyez, c\u2019était une femme merveilleuse, formidable, mais toute en ner fs, explique son veuf de mari.Et il lui arrivait parfois de surchauf fer.Quand cela se produisait, elle allait faire un petit séjour dans cette maison [un asile], le temps de refroidir un peu.» Grande bouffe en odorama Déserter l\u2019enterrement de sa femme, afin de ne pas en assumer les frais, n\u2019est habituellement pas la marque de l\u2019homme qui sait se tenir debout.Peu importe, c\u2019est dans la fuite que s\u2019enfonce le père Bosco.En chemin vers on ne sait trop où, l\u2019éternel velléitaire ne par viendra ni à enguirlander convenablement les Perreault, qui n\u2019ont pas rendu hommage à sa femme bien qu\u2019elle ait été pendant des années leur domestique, ni à ne pas se pisser dessus, quand viendra le temps de se soulager dans un champ.Chronique de l\u2019équipée d\u2019un incapable, La Bosco compense la minceur de son intrigue en déployant des scènes doucement métaphoriques, dont la sage Julie Mazzieri ne s\u2019entête pas toujours à trop expliciter le sens.Ce texte bref, et sa subtile critique sociale, se lit néanmoins davantage comme une nouvelle, ou comme un conte lyrique, sans morale ni chute.La description en odorama de la très carnavalesque grande bouffe que s\u2019offre le père à l\u2019hôtel Grand Union incarne sans doute le mieux la déliquescence de ces personnages mal-nés.Il y a sur le comptoir «des prunes flétries et des pêches couvertes de contusions à l\u2019endroit où s\u2019étaient posés des doigts indélicats.Une orange momifiée.Une pomme au flanc rongé par un chancre noir.Et juste au-dessus, des figues trop mûres qui avaient éclaté et dont le ventre charnu dégorgeait un exsudat ambré.» Comment ces fruits peuvent- ils sembler aussi appétissants?Sans doute grâce à la langue attentive et chatoyante de Julie Mazzieri.Et c\u2019est avec une tout aussi étonnante tendresse pour les Bosco que nous abandonnerons cette famille pourtant pas spécialement attachante à son sommeil.Collaborateur Le Devoir LA BOSCO ?Julie Mazzieri Héliotrope Montréal, 2017, 128 pages L\u2019équipée d\u2019un incapable, selon Julie Mazzieri La lauréate du Prix du Gouverneur général raconte la grotesque pingrerie d\u2019un endeuillé Le monde est en train de se déséquilibrer de façon culbuto.Et c\u2019est extrêmement dangereux.Marie Darrieussecq « » PEDRO RUIZ LE DEVOIR La Bosco compense la minceur de son intrigue en déployant des scènes doucement métaphoriques, dont la sage Julie Mazzieri ne s\u2019entête pas toujours à trop expliciter le sens.TIMOTHY HIATT AFP / GETTY IMAGES L\u2019écrivain Don DeLillo D O M I N I C T A R D I F L\u2019 éditorial, exercice anachronique ?Oui, af firme- ront les tenants d\u2019un monde médiatique où les idées ne s\u2019exprimeraient qu\u2019en une série de coups de gueule et d\u2019effets de style visant à générer des réactions sur les réseaux sociaux et à moissonner les clics sur le Web, nouvelle obsession de bien des salles de nouvelles.Éditorialiste et responsable de la page Idées du Devoir de 2003 à 2007, puis rédactrice en chef de 2009 à janvier 2016, Josée Boileau aura incarné cette résistance face au rouleau compresseur du prêt-à- penser, au cœur d\u2019une époque où la nuance est souvent réduite à une ridicule coquetterie.Prendre position exige rigueur et sensibilité, note-t-elle en conclusion d\u2019Avec le recul, recueil regroupant une cinquantaine de ses éditoriaux.Ce geste grave exige aussi une capacité à arracher à la frénésie de l\u2019actualité des espaces de lenteur, sans laquelle une réflexion ne peut réellement prospérer.Complaisant gaspillage de papier, que de la réédition d\u2019articles du genre, par définition périssables?La crainte était légitime, mais s\u2019évapore rapidement grâce aux très substantiels textes de synthèse \u2014 le grand intérêt de ce livre \u2014 dont la journaliste ponctue son regard dans le rétroviseur.Plongée dans ses archives, et donc dans celle de notre vie collective des deux dernières décennies, elle relève les atermoiements nombreux du politique, défend ses marottes et dédouane la dureté de certaines de ses opinions.Elle rappelle surtout que la route cahoteuse du progrès impose à une société une limite de vitesse qu\u2019il faut savoir respecter, au risque de se décourager.L\u2019importance de la lecture Divisé en six grands thèmes \u2014 l\u2019éducation, la mémoire et le territoire, les questions de politique, les gens, la laïcité, les femmes \u2014, Avec le recul s\u2019ouvre par un fer vent plaidoyer de Josée Boileau pour la lecture et sa promotion, une des pierres d\u2019assise de sa pensée.Comment espérer que des citoyens apprennent à lire la société s\u2019ils ne mettent jamais le nez dans un livre ?Capable de sarcasme et d\u2019humour, celle qui collabore aujourd\u2019hui au Journal de Montréal et à Châtelaine demande en 2005 dans «La sous- télévision » : « Combien de fois Normand Brathwaite devra-t-il encore se confesser avant qu\u2019on ne sache tout de sa vie ?» Jamais condescendante envers ce précieux vecteur culturel, la téléphage rêve d\u2019un petit écran certes divertissant, mais capable de fournir à ses spectateurs des outils de compréhension du monde.Deux textes au ton plus personnel écrits sur les cendres de la tragédie ferroviaire de Lac- Mégantic, ville où sa famille creuse des racines, révèle la vé- térante dans toute sa sensibilité.«Avec tous les autres deuils, c\u2019est donc aussi celui d\u2019une ville sans histoires, où rien ne se passe si ce n\u2019est la vie, qu\u2019il faudra apprendre à faire», observe la Mont- réalaise, très attentive à l\u2019identité propre de chacune des régions de la province, trop souvent assimilées à un vaste ensemble indistinct à travers l\u2019œil médiatique métropolitain.« Mourir n\u2019est donc pas pour demain », insistait Josée Boi- leau dans son ultime éditorial, au sujet de ce quotidien qu\u2019elle aura tant aimé, « un des points d\u2019ancrage du Québec ».Espérons qu\u2019un long avenir attend aussi tous ceux qui, comme elle, préfèrent passer pour anachroniques que de baisser les bras face à l\u2019injustice, l\u2019obscurantisme, le marché triomphant de tout et autres ennemis d\u2019une vie démocratique digne de ce nom.Collaborateur Le Devoir AVEC LE RECUL ÉDITORIAUX (2003-2016) ET REGARDS D\u2019AUJOURD\u2019HUI ?1/2 Josée Boileau Éditions Somme toute Montréal, 2017, 320 pages LIVRES L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 S E P T E M B R E E T D I M A N C H E 1 E R O C T O B R E 2 0 1 7 F 5 Presses de l\u2019Université du Québec PUQ.CA Plus de 1 500 livres à feuilleter On a tous besoin de savoir POUR AGIR Ré?exion sur les fondements du fédéralisme canadien LES DÉFIS DU PLURALISME À L\u2019ÈRE DES SOCIÉTÉS COMPLEXES Félix Mathieu Collection POLITEIA 2017 | 978-2-7605-4772-8 3500$ PAPIER À quelle levée de boucliers, à quelles accusations de racisme colonial, de déformation historique et d\u2019apologie d\u2019une culture génocidaire aurait droit, aujourd\u2019hui, un roman comme Le dernier des Mohicans (Gall- meister, 2017, traduit par François Happe) s\u2019il n\u2019avait pas la bonne excuse d\u2019avoir paru il y a près de deux siècles ?On frémit juste d\u2019y penser.Son auteur, James Fenimore Cooper, issu d\u2019une bonne famille blanche émigrée d\u2019Angleterre en 1679, ne pouvait même pas arguer, pour sa défense, de quelques onces de sang indien, comme un Joseph Boyden sommé naguère de produire sa généalogie autochtone pour avoir prêté vie à des Iroquois du XVIIe siècle sans demander la permission.Et s\u2019il paraît s\u2019être raisonnablement documenté, auprès, entre autres, du missionnaire Heckewelder dont les écrits faisaient alors autorité sur les Indiens Delaware, ou Lenape \u2014 autrement dit les Mohicans \u2014, nous n\u2019avons aucune raison de croire que Cooper a pris la précaution d\u2019aller consulter quelque vieux sage tribal dans le genre de son personnage Tamenund afin d\u2019équilibrer sa vision de l\u2019histoire.Oh que non.Car la vision de l\u2019histoire bien sanguinolente dans laquelle baigne Le dernier des Mohicans est tout entière soumise aux impératifs coloniaux des empires belligérants de la guerre de Sept Ans.Les Anglais, et spécialement ceux nés sur le continent, futurs Américains, y sont les Bons, alliant courage et sens de l\u2019honneur.Et même lorsqu\u2019ils ne peuvent se ré - c l amer de v ie i l l e souche écossaise, tel le commandant du fort William Henry, ils sont des supréma- cistes blancs avant la lettre, du genre à priser l \u2019homogénéité géné t ique .C \u2019es t ainsi que le fameux Natty Bumppo, alias Œil-de-Faucon, qui est un coureur des bois aussi rusé et habile que le plus sauvage des Sauvages, insistera à plusieurs reprises, dans le roman, sur ce qui le dist ingue ul t ime- ment de la masse des Indiens, amis comme ennemis : son rang «d\u2019homme blanc au sang pur».Les Français, eux, ne sont pas les Méchants \u2014 ce rôle étant dévolu aux Hurons, Iroquois, Mingos et autres Maquas \u2014, ils seraient plutôt quelque chose comme les moins-bons-que-les-Bons.Disons les Pas-Bons.On ne saurait, en ef fet, présenter des manières aussi exquises et un esprit aussi fair-play que le chevaleresque marquis de Montcalm et compter parmi les ennemis de la civilisation.Ce que Cooper, se faisant en cela le porte-voix du tribunal de la postérité, reproche au général français, dans l\u2019épisode qui se trouve au cœur du roman et est passé à l\u2019histoire sous le nom de « massacre du for t William Henry », est donc, au fond, de l\u2019ordre de la simple défaillance : Montcalm et ses officiers, une fois obtenue la reddition des messieurs anglais, n\u2019auront pas su brider la férocité naturelle des éléments amérindiens opérant sous leurs ordres.« [\u2026] les milliers de personnes qui savent que Montcalm est mort en héros sur les plaines d\u2019Abraham ne devraient pas ignorer combien il lui a manqué ce courage moral sans lequel il ne saurait être de véritable grandeur.» À côté des Bons et des Pas- Bons, il y a donc les Indiens.Certains bons, car luttant du bord des Bons, mais ils sont plutôt rares et, en fait, leur peuple est déjà pratiquement exterminé, ce qui est assez commode.Et puis, il y a tous les autres, fourbes, cruels, assoiffés de sang et de scalps et, ce qui n\u2019arrange rien, se battant du côté des Français.Aux sources de l\u2019Hudson comme à la Little Big Horn, tomber vivant aux mains des Indiens fut toujours la hantise du Visage-Pâle.Custer et son « dernier carré » formé de cavaliers démontés préfèrent se tirer une balle dans la tête.Raf finé tant qu\u2019on voudra, Montcalm (celui du roman en tout cas) paraît bien conscient de l\u2019avantage psychologique que représente cette terreur viscérale engendrée par la seule réputation des guerriers rouges.« Je serais désolé de voir cette résistance prolongée de telle manière, lance-t-il à l\u2019émissaire des assiégés, qu\u2019elle finisse par irriter mes amis Peaux-Rouges ici présents.[\u2026] J\u2019ai toutes les peines, déjà maintenant, à faire en sor te qu\u2019ils respectent les usages de la guerre.» Revisiter l\u2019histoire L\u2019occasion de revisiter cet épisode aussi peu glorieux que méconnu de l\u2019aventure coloniale française sur le continent américain est un des bénéfices associés à cette réédition de l\u2019ouvrage le plus connu d\u2019un pionnier (si ce n\u2019est même le fondateur) d\u2019une grande littérature.Pour le reste, au-delà du caractère rétrospectivement suspect de toute l\u2019entreprise pour cause d\u2019impérialisme historico- culturel, il ne manque pas de bonnes raisons pour éviter de lire (ou de relire) ce livre : sa prose ampoulée, ronflante d\u2019adjectifs, ses dialogues d\u2019un académisme surréaliste, son accumulation pléthorique de péripéties feuilletonnesques\u2026 Mais pour peu qu\u2019on oublie le procès en violation d\u2019authenticité ethnique que ne manqueraient pas (et ne manqueront pas) de lui faire les petits amis Facebook qui se soucient du passage des siècles comme d\u2019une guigne, il est possible d\u2019adresser au chef-d\u2019œuvre de Cooper un reproche nettement mieux fondé : son inexactitude historique.Dans une préface ajoutée en 1831, l \u2019auteur, y al lant d\u2019un louable ef for t d\u2019ethnographie, place les Six Nations \u2014 que les Français appellent alors Iroquois et que Cooper désigne sous les noms de Mengwes, Maquas ou Min- gos (les deux derniers étant péjoratifs) \u2014 dans le camp des Français pendant la guerre de Sept Ans.Or, une recherche cer tes rapide et superficielle sur l\u2019état, au mitan du dix-huitième, de l\u2019all iance franco-indienne où Frontenac avait puisé environ le quar t de ses troupes permet d\u2019identifier les Abé- naquis, les Ottawa, les Meno- minees, les Winnebagos, les Mississaugas, les Illinois, les Sioux, les Hurons-Peton (sic) et les Potawatomis.Cooper donne par fois l\u2019impression de confondre Hurons et Iroquois, les seconds n\u2019ayant jamais, on le sait, été les alliés des Français.En pillant les sépultures de fort William et en rachevant les blessés, certains Indiens des troupes de choc de Frontenac auraient, paraît-il, contracté la variole qui décimait les soldats anglais.Ah, les goddam\u2026 Géno- cidaires jusque dans la mort?Les derniers seront les premiers LOUIS HAMELIN Lire la société avec Josée Boileau L\u2019ancienne rédactrice en chef du Devoir plonge dans ses archives PEDRO RUIZ LE DEVOIR «Mourir n\u2019est donc pas pour demain», insistait Josée Boileau dans son ultime éditorial dans les pages du Devoir.JE M\u2019ABONNE À RELATIONS : NOM ______________________________________________________________________________ ADRESSE____________________________________________________________________________ VILLE ______________________________________________________________________________ CODE POSTAL _____________________ TÉLÉPHONE ( ________ )________________________________ COURRIEL ___________________________________________________________________________ COCHEZ SVP SI VOUS ACCEPTEZ DE RECEVOIR NOS INFOLETTRES TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 JE PAIE PAR CHÈQUE À : LA SODEP (RELATIONS) OU PAR CARTE DE CRÉDIT NUMÉRO DE LA CARTE EXPIRATION SIGNATURE __________________________________________ L\u2019ABONNEMENT DONNE ACCÈS AUX ARCHIVES DES 3 DERNIÈRES ANNÉES SUR LE SITE COCHEZ : VERSION IMPRIMÉE ET VERSION NUMÉRIQUE (PDF) 1 an (6 numéros) 40 $ 2 ans (12 numéros) 70 $ 1 an, étudiant/ou membre d\u2019association partenaire* 25 $ 1 an, à l'étranger 55 $ 1 an, de soutien 100 $ VERSION NUMÉRIQUE (PDF) SEULEMENT 1 an 30 $ 1 an, étudiant/ou membre d\u2019association partenaire* 20 $ Taxes incluses, sauf abonnement à l\u2019étranger * Sur justificatif (OBLIGATOIRE) ARTISTE INVITÉ Lino NOUVEAU NUMÉRO 792 OCTOBRE 2017 POUR VOUS ABONNER, RETOURNEZ CE COUPON AVEC VOTRE PAIEMENT À : SODEP (revue Relations) C.P.160, succ.Place d\u2019Armes, Montréal (Québec) H2Y 3E9 SOMMAIRE ET ABONNEMENT : revuerelations.qc.ca Le transhumanisme, qui prône l\u2019augmentation de nos capacités physiques et mentales et l\u2019amélio - ration de l\u2019espèce humaine par le biais des technosciences, étend son influence avec l\u2019appui de grandes multinationales.Il est urgent de réfléchir sur cette idéologie et ses conséquences inquiétantes pour la vie et la société.Avec la collaboration de : Miguel Benasayag, Gilles Bibeau, Jean-Claude Guillebaud, Céline Lafontaine, Nicolas Le Dévédec, Sylvie Martin, Louise Vandelac.NOUVEAUTÉ : la chronique poétique de Denise Desautels et le Carnet de Robert Lalonde.L\u2019occasion de revisiter l\u2019aventure coloniale française sur le continent américain est un des bénéfices associés à la réédition du Dernier des Mohicans WIKIMEDIA COMMONS James Fenimore Cooper, écrivain photographié par Mathew Brady L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 S E P T E M B R E E T D I M A N C H E 1 E R O C T O B R E 2 0 1 7 ESSAI F 6 L I V R E S S erait-ce que je vieillis ?Il m\u2019arrive souvent, en tout cas, de me sentir plus proche des plus vieux que des plus jeunes.En chanson, les Rivard, Séguin, Dufresne et Vigneault me semblent supérieurs aux jeunes loups.En journalisme, Fo- glia et les regrettés Bourgault et Cour te- manche me manquent.Dans le débat d\u2019idées, je trouve plus de justesse et de sagesse chez Bernard Émond et Guy Rocher que chez les nouveaux penseurs.En littérature, j\u2019attends avec plus d\u2019impatience le prochain essai d\u2019André Major ou de Jean Larose que celui d\u2019un jeune écrivain à la mode.Pourtant, à 48 ans, je ne suis pas si vieux que ça, je fréquente la jeunesse cégépienne au quotidien et je reconnais fréquemment la valeur des œuvres des jeunes créateurs.Il n\u2019empêche que, le plus souvent, je trouve les vieux meilleurs.Cette prise de conscience m\u2019a saisi en lisant Pièces d\u2019identité (Leméac), de Jean Paré.Je n\u2019ai jamais été un admirateur de ce journaliste qui a fondé et dirigé L\u2019actualité pendant des décennies.Je le trouvais trop à droite et trop autoritaire dans sa façon d\u2019exprimer ses idées.Or, voilà qu\u2019à la lecture de ce gros carnet de presque 400 pages présenté par l \u2019auteur comme un « banc d\u2019essais », je me surprends à me trouver en terrain agréable.Qui a changé ?Paré ou moi ?L\u2019avantage de l\u2019âge Le phénomène s\u2019explique.Dans ce livre qui est une sorte de journal combinant des considérations autobiographiques et des réflexions sur quelques grands sujets (nature, culture, littérature, philosophie, musique, langue française, médias, religion et mort), Paré met de côté ses opinions sur la politique et sur l\u2019économie.C\u2019est une occasion de friction de moins entre nous.Il y a plus.Le journaliste est aujourd\u2019hui âgé de 82 ans.Or, l\u2019avantage de l\u2019âge, chez les gens d\u2019esprit, c\u2019est la culture, la liberté de pensée et la capacité qui s\u2019ensuit de distinguer l\u2019essentiel de l\u2019accessoire.Rendu à un âge certain, on a eu le temps de lire et on n\u2019a plus de position sociale à défendre, alors on peut y aller souverainement, sans faux-semblants, sans souci stratégique.C\u2019est le cas, ici, de Jean Paré, avec pour résultat que ses Pièces d\u2019identité ont un saisissant caractère de vérité.Mécréant convaincu que « la laïcité est une nécessité absolue », Paré, même s\u2019il est sans merci pour le cléricalisme québécois d\u2019avant la Révolution tranquille, qu\u2019il dénonce sans nuance, se défend d\u2019être antireligieux.« Incroyant, écrit-il, je ne suis pas militant, sinon contre le cléricalisme.» S\u2019i l croit en quelque chose, malgré un scepticisme foncier, c\u2019est au potentiel réflexif de la culture et à la richesse de la nature, qu\u2019on ne sauvera pas avec des sermons écomoralisateurs, lance-t - i l , mais en l \u2019aimant, donc en la connaissant.Le refus du relativisme Paré n\u2019est pas tendre envers le collège classique, qu\u2019il a fréquenté.Il en parle comme d\u2019un lieu où régnait le vide intellectuel et où la seule philosophie proposée était une « prodigieuse logomachie ».Malgré tout, l\u2019étudiant frustré est devenu un lecteur boulimique des classiques dont on l\u2019a alors privé et un libre penseur, qui s\u2019amuse aujourd\u2019hui à critiquer férocement, à la manière de Jean-François Revel, tant la philosophie thomiste que l\u2019œuvre de Sar tre.Si les collèges classiques étaient aussi nuls que Paré le dit, comment expliquer cet élan intellectuel que le journaliste partage avec bien des penseurs de sa génération et que l\u2019école actuelle peine à transmettre ?Amateur de grande musique \u2014 sur une île déserte, il apporterait l\u2019œuvre de Beethoven \u2014 , sur laquelle il réfléchit avec éloquence, Paré se scandalise du relativisme culturel, de l\u2019idéologie du « tout se vaut », qui règne à l\u2019école et dans les médias.Il se livre d\u2019ailleurs à une solide charge contre ces derniers.Les médias de l\u2019image, déplore-t-il en s\u2019inspirant de Marshall McLuhan, dont il fut le traducteur, ont transformé le citoyen en consommateur et ont fait « taire l\u2019intelligence culturelle ».Quand il parle de l\u2019avenir du français au Québec, Paré semble dépassé.Il n\u2019y a plus, contrairement à ce qu\u2019il semble croire, de partisans sérieux d\u2019une langue québécoise radicalement distincte du français, et l\u2019idée que la qualité d\u2019une langue assure sa sur vie est contredite par la réalité linguistique.L\u2019anglais ne s\u2019impose pas aux États-Unis parce que les Américains sont des locuteurs exemplaires.Aussi, ce n\u2019est pas seulement en parlant et en écrivant bien le français que les Québécois le protégeront, mais en l\u2019imposant dans tous les domaines de la société.Qu\u2019importe.On n\u2019aimera pas ce livre dans le détail, pour ceci ou pour cela.On l\u2019aimera en général, pour sa profondeur culturelle et pour sa sagesse vivante, donc impar faite, mais libre.Paré à tout LOUIS CORNELLIER À l\u2019âge des bilans, le libre penseur Jean Paré plaide pour une vie nourrie par la culture S A R A H R .C H A M P A G N E L\u2019 Histoire est faite de grands événements, de petites choses et d\u2019espoirs déçus.Le patron de l\u2019information de Radio-Canada, Michel Cormier, renfile sa veste (et souvent son gilet pare-balles) de correspondant à l\u2019étranger pour raconter les déroutes des puissances internationales depuis septembre 2001.Son plus récent livre, Les révolutions inachevées, rassemble des épisodes marquants de la première décennie du nouveau millénaire, surtout au Moyen-Orient.Grâce à un vieil hélicoptère soviétique, il débarque d\u2019abord en Afghanistan, « un pays malchanceux », en 2001, deux semaines après les attentats sur les tours jumelles à New York.La villa qui abrite son équipe au nord de Kaboul porte encore les traces de fumée de l\u2019explosion kamikaze qui a emporté Massoud.Le célèbre commandant y a été assassiné deux jours avant le 11-Septembre après avoir échappé à la mort durant plus de deux décennies, en combattant d\u2019abord les Soviétiques, puis les talibans.Le Lion du Panshir a été vaincu, mais les étrangers vivent une forme d\u2019euphorie de la « libération » qui s\u2019annonce déjà.Une « libération » qui se mue rapidement en « invasion» dans le cœur et la tête de beaucoup d\u2019Afghans.Le correspondant retourne à Kaboul en 2003, cette fois pour documenter la mission des Forces canadiennes.Il y expose avec justesse l\u2019équivoque irréparable de cette guerre menée au nom de grands principes.Quand l\u2019explosion d\u2019une mine tue deux Canadiens à bord d\u2019un Jeep, cette contradiction se lit lugubrement sur le visage des autres soldats.Mais ne sont-ils pas venus faire la guerre?«De ce point de vue, le désarroi des militaires canadiens devant la mort de deux de leurs camarades s\u2019expliquait.Ils faisaient partie d\u2019une mission de maintien de la paix.Il était par conséquent illégitime et immoral pour quiconque de mettre en cause leur mission, et a fortiori de les attaquer.» Ses séjours en Afghanistan seront aussi l\u2019occasion d\u2019une entrevue avec le président Hamid Karzaï, décrit comme un « fonctionnaire » de la résistance, tour né moudjahid (combattant) à temps pour faire de lui un leader légitime.Rencontre au sommet qu\u2019il réitère en 2007 au Pakistan, avec Benazir Bhutto.Une entrevue-présage où elle donne l\u2019impression « de savoir que la mort finirait par la rattraper et qu\u2019elle acceptait cette réalité », une fatalité qui s\u2019abat en effet sur elle à peine deux mois plus tard.Réalisation démocratique M.Cormier y a visiblement cru lui aussi, à l\u2019imposition de la démocratie, à la fin de l\u2019histoire comme l\u2019annonçait le politologue Francis Fu- kuyama.La guerre froide derrière, la victoire idéologique des principes du bloc de l\u2019Ouest devait être totale, au point où la démocratie libérale ne serait pas seulement un horizon indépassable, mais une réalisation effective.Mais voilà, « le communisme était peut-être mort, mais la religion était de retour ».Juguler le « nouveau terrorisme » afin de remettre le monde dans l\u2019axe démocratique n\u2019était qu\u2019une illusion.Le journaliste tire ses conclusions aussi tardivement que nos dirigeants.Funérailles de Yasser Arafat, déconfiture de Jacques Chirac au référendum sur la Constitution européenne, manifestations des « chemises rouges » à Bangkok ; les échecs historiques et les taches de sang s\u2019accumulent au fil des pages.Les émeutes des banlieues françaises aussi, qui démarrent le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois.Cette fois, le dérapage verbal est délibéré et opéré par le président français, Nicolas Sarkozy, qui promet à une dame du quartier de la débarrasser de «cette bande de racailles».Une insulte que les émeutiers et manifestants refusent d\u2019endosser.La colle entre les morceaux du casse-tête est ici moins évidente, bien qu\u2019une section pertinente.Michel Cormier poursuit son travail de correspondant en voulant relier l\u2019ailleurs au public québécois.L\u2019on doit cependant tendre l\u2019oreille par moments pour entendre ce qu\u2019il a à nous suggérer, ce qu\u2019il brûle de dire en plus de raconter.La forme se rapproche souvent davantage du grand reportage que de l\u2019essai, la réserve journalistique ne s\u2019étant pas complètement évanouie.Impossible de lui reprocher de manquer de matière : ses récits sont denses et précis, cousus dans une patiente toile de fond historique et géopolitique et évitent le piège de l\u2019anecdote.Michel Cormier est finalement rentré pour de bon afin de poursuivre une autre révolution à très petite échelle, celle de l\u2019information à Ra- dio-Canada dans un contexte de coupes budgétaires.Réinstallé au pays aussi, son guide et interprète afghan Shokoor Feroz, quand la révolution inachevée a fait place au seul espoir resté possible, celui d\u2019une vie digne et un peu plus prospère\u2026 à Mississauga.Le Devoir LES RÉVOLUTIONS INACHEVÉES ?Michel Cormier Leméac Montréal, 2017, 264 pages Le vain combat des idéaux L\u2019ancien correspondant de Radio-Canada Michel Cormier signe l\u2019essai Les révolutions inachevées M I C H E L L A P I E R R E À l\u2019heure où l\u2019Espagne tente d\u2019empêcher la Catalogne de se prononcer sur son avenir, la confiance qu\u2019un homme politique d\u2019ici, De- nis-Benjamin Viger, mit en 1849 dans la sagesse d\u2019une autre puissance hégémonique, l\u2019Angleterre, fait sourire.Il pensa que l\u2019« indépendance complète » d\u2019une colonie de celle-ci, comme le futur Québec, « serait fondée sur leur avantage réciproque».L\u2019historien Martin Lavallée décortique le rêve cohérent de l\u2019utopiste.Il consacre à Denis-Benjamin Viger (1774- 1861), journaliste né à Montréal et formé en droit, un essai au sous-titre explicite : Un patriote face au Canada-Uni.Patriote plus modéré que son cousin Louis-Joseph Papineau, Viger n\u2019en est pas moins emprisonné de 1838 à 1840 pour avoir soutenu des journaux jugés séditieux.Après avoir siégé à l\u2019Assemblée législative du Bas-Canada, il sera député, dès 1841, à celle du Canada-Uni, après l\u2019Union du Bas-Canada (futur Québec) et du Haut-Canada (futur Ontario).Toujours opposé à la domination britannique, il estime que l\u2019Union, décrétée par Londres en 1840, menacerait la survie de la nation de langue française à laquelle il appartient, car la croissance rapide du Haut-Canada par une immigration anglophone mènerait à une minori- sation irrémédiable du futur Québec dans un grand pays anglo-saxon.Malgré cette menace imminente, il n\u2019ose, à la différence de Papineau, voir dans le rejet de la monarchie britannique la clé du problème.Lavallée explique, avec érudition et clarté, que Viger, héritier de son père Denis Viger et de son beau-père Pierre Foretier, devient l\u2019un des plus importants propriétaires fonciers de l\u2019île de Montréal, en plus de recevoir avec sa femme la seigneurie de l\u2019île Bizard.On comprend que l\u2019homme, comblé par les sources les plus traditionnelles de la fortune, ait choisi comme maître à penser des conservateurs : l\u2019Irlandais Edmund Burke et le Savoyard Joseph de Maistre.Comme Lavallée le souligne, Viger tempère son penchant conservateur en suivant Félicité de Lamennais, libéral politico-religieux français, mais se refuse à devenir républicain et panaméricain à l\u2019exemple de Papineau.Si son rejet de la domination britannique est moins radical que celui de son célèbre cousin, il s\u2019oppose à Louis-Hip- polyte La Fontaine qui accepte l\u2019Union en misant sur l\u2019alliance avec les réformistes du futur Ontario.Il le fait pour sauver l\u2019autonomie de ce qui deviendra le Québec.Viger déconcerte les progressistes lorsqu\u2019il accepte du gouverneur en chef Metcalfe le poste de coprésident du Conseil exécutif du Canada-Uni avec le conser vateur W.H.Draper.Mais, pas plus que celle de La Fontaine, sa stratégie ne rendra les anglophones sensibles aux aspirations du Canada français.Lavallée a raison de voir dans cet échec le refus d\u2019envisager une rupture complète avec la Grande-Bretagne.La liberté ne s\u2019accorde pas avec les demi-mesures.Collaborateur Le Devoir DENIS-BENJAMIN VIGER UN PATRIOTE FACE AU CANADA-UNI ?1/2 Martin Lavallée VLB Montréal, 2017, 200 pages Un autonomiste trop conciliant La vaine stratégie anticoloniale de Denis-Benjamin Viger au XIXe siècle canadien JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le patron de l\u2019information à Radio-Canada, Michel Cormier, photographié ici en mai 2014 Contrairement à son cousin Louis-Joseph Papineau, Viger ne possède pas les qualités d\u2019un chef politique capable de rallier le peuple derrière lui Extrait de Denis-Benjamin Viger.Un patriote face au Canada-Uni « » BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA Le portrait (détail) daté de 1832 du journaliste montréalais Denis-Benjamin Viger "]
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