Le devoir, 19 mai 2018, Le D Magazine
[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Festival TransAmériques Derrière les miroirs où se mirent les rois Lire Jacques Godbout, autobiographie d\u2019un enfant terrible Vivre Virée royale en trois temps L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 FTA Kings of War nous amène derrière les miroirs où se mirent les rois.Les flâneurs Cinéma Arts visuels Musique Vitrines du disque Les Coups de théâtre Écrans et grilles C U L T U R E V I V R E L I R E 4 6 16 21 22 35 18 5 28 30 24 42 44 46 48 51 52 54 Entrevue Dans De l\u2019avantage d\u2019être né, Jacques Godbout fait l\u2019inventaire de sa vie.Bande dessinée May Telmissany Critiques Louis Cornellier Entrevue Voyage Glissez-vous dans la peau d\u2019un duc à Londres, à Windsor et à Édimbourg.Escapade Alimentation Resto Vin Famille Jeux SOMMAIRE 26 32 34 C U L T U R E Photo de la une du D : Jan Versweyveld Photo de la une Lire : Marie-France Coallier Le Devoir ENTREVUE MÉLANIE CARPENTIER COLLABORATRICE LE DEVOIR emportant un franc succès à l\u2019international de par ses nombreuses tournées et en s\u2019associant avec d\u2019importantes institutions \u2014 telles que le Sadler\u2019s Wells à Londres \u2014, le Tao Dance Theater s\u2019est taillé une place de choix comme représentant de la danse contemporaine chinoise et a su gagner en popularité en séduisant le monde de la mode.Discussion avec le jeune chorégraphe trentenaire et fin orfèvre Tao Ye, qui ouvrira le Festival TransAmériques avec son diptyque minimaliste 6 & 9.Quelle place et quelle réception votre style contemporain a-t-il trouvées dans le paysage ar tistique de la danse en Chine?Cela fait des années que mon travail est présenté en Chine, et le style abstrait de mes créations a attiré surtout l\u2019attention d\u2019un public jeune intéressé par les ar ts modernes.Mes pièces ont aussi reçu l\u2019appréciation et le soutien de l\u2019industrie du spectacle.Alors que les arts indépendants en Chine deviennent de plus en plus matures, sophistiqués et dynamiques, notre compagnie continue de persister, de se développer et d\u2019évoluer.6 et 9 font partie d\u2019une suite numérique que vous avez entreprise en 2009 et au long de laquelle vous avez pu raffiner votre signature et votre langage.Pourquoi avoir rassemblé ces deux œuvres en particulier, et comment celles-ci dialoguent-elles ensemble?Ces deux pièces sont reliées par deux extrêmes.6 est extrêmement minimaliste dans l\u2019unisson et 9, plus complexe, présente une forme de chaos.Dans le grand contraste qui existe entre elles, je crois qu\u2019on peut trouver une sorte de pureté absolue.Je suis toujours en quête de cette pureté dans mes créations.Notre monde marche à une vitesse excessive et est saturé d\u2019information.J\u2019aimerais que certains d\u2019entre nous puissent trouver Le minimalisme mystique de Tao Ye L\u2019égérie de la danse contemporaine chinoise cherche une voix vers l\u2019éternité R | 3 Fe s t iva l T r an s A m é r i q u e s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 un chemin simple vers l\u2019innocence et la pureté du monde; même si ça paraît difficile, ce serait salutaire.La répétition et l\u2019accumulation sont des figures essentielles dans votre approche du mouvement.Selon vous, que génère la répétition de phrases chorégraphiques exécutées à l\u2019unisson?Dans mes pièces, la répétition symbolise une circulation éternelle et incessante.J\u2019essaie de faire en sorte que cela devienne l\u2019ultime signification de ma danse.Nous savons tous que le temps passe irréversiblement.Mon point de vue est que la danse est le seul moyen de saisir et de retenir chaque moment, plutôt que le moyen de ressentir et d\u2019expérimenter l\u2019instant.Grâce à la répétition et à son accumulation, nous pouvons trouver une façon de capturer le moment et de le rendre éternel.À titre de chorégraphe, quelle liberté trouvez-vous dans ce procédé?Je pense que la limitation est ma Les deux pièces sont reliées par deux extrêmes, explique Tao Ye.6 est extrêmement minimaliste dans l\u2019unisson et 9 (photo du haut), plus complexe, présente une forme de chaos.FAN XI / MARCO FEKLISTOFF voie vers la liberté.C\u2019est intéressant, car pour moi, le corps en soi est une limitation.L\u2019humain est contraint par son enveloppe corporelle ; physiquement, nous ne pouvons pas voler et nous échouons à évoluer rapidement.Dans une certaine mesure, le corps échappe à notre contrôle.Si on ne prête pas attention à nos limites, alors on ne peut pas percevoir l\u2019existence de notre liberté.La restriction est une méthode qui structure mon travail, car je peux tirer de nouvelles réalisations à travers différentes manières de restreindre le mouvement.Par exemple, si on se limite au mouvement des bras, on peut découvrir de nouvelles options de mouvement dans les épaules ; si on se limite au genou, on peut développer un autre potentiel de mouvement dans les hanches.Ça permet de découvrir des relations complexes.En tant que chorégraphe, je dirais que c\u2019est justement cette limitation qui ouvre mon esprit, élargit ma vision et me fournit des approches pour appréhender ma liberté de création.Comment guidez-vous vos danseurs à travers vos processus, à la fois physiquement et mentalement ?Il n\u2019existe pas de raccourcis en danse.Chaque réalisation est le résultat d\u2019années de pratique et d\u2019entraînement.Pour développer les capacités nécessaires à la qualité de la danse, ça requiert des interprètes un engagement sur le très long terme et une grande dévotion en matière de passion, de temps et d\u2019énergie.Je communique à mes danseurs ma vision de la danse, de la beauté et du pouvoir du corps, et surtout, j\u2019apporte une grande attention au mécanisme à l\u2019œuvre dans chaque mouvement.Nous discutons autour de questions très basiques : où se trouvent nos corps ?Comment ressentir et interpréter leurs perceptions?Pourquoi et comment bougeons-nous ?Grâce à nos discussions et débats, nous approchons graduellement la nature et la solution de chaque problème posé dans les créations.Quels éléments tirez-vous du taoïsme?Diriez-vous qu\u2019il y a une part spirituelle dans votre approche?En Chine, le taoïsme est une religion au genre neutre.Les hommes et les femmes y sont perçus comme égaux.J\u2019apprécie la beauté de la neutralité de genre, c\u2019est pourquoi il n\u2019y a pas de différence entre les sexes dans ma compagnie.Ça permet aux interprètes, hommes comme femmes, d\u2019être forts et puissants tout comme délicats et paisibles.Quant à la spiritualité, je crois que les arts ont le pouvoir de rassembler les gens, ils permettent de rallier les esprits autour d\u2019une recherche et éventuellement de faire réaliser qu\u2019en fait, nous nous battons tous pour atteindre le même but.Quel rôle joue la musicalité dans votre travail ?La musique joue un rôle de support.Pour être honnête, mes chorégraphies peuvent sembler lassantes et insignifiantes aux yeux de certains publics.Cependant, la musique s\u2019insinue dans les esprits très naturellement et déclenche facilement des interactions émotives.Je finalise toujours mes chorégraphies dans un premier temps, et ensuite les musiciens composent en se basant sur celles-ci.Ça implique que mes partitions aient un système rythmique et une structure bien développés.Je passe beaucoup de temps avec les musiciens pour discuter de notre compréhension de chaque section des pièces et des perceptions en jeu.À travers le temps, vous avez développé votre propre technique, le «système du mouvement circulaire ».De quelles expériences et techniques passées est-il dérivé?Le système du mouvement circulaire est dérivé de ma propre imagination.Il s\u2019agit d\u2019imaginer chaque partie du corps comme un crayon dessinant des cercles en mouvement dans l\u2019espace.Tous ces cercles sont intercon- nectés et le corps entier est entouré de cercles de différentes dimensions.À travers cette fusion d\u2019imagination et de mouvement, on peut sentir et explorer l\u2019infini pouvoir de la gravité.Anonyme et sans personnage, ce système présente une pluralité exhaustive qui demande de chaque spectateur de découvrir et d\u2019établir des liens et des connexions possibles de manière individuelle et indépendante.6 & 9 Chorégraphie de Tao Ye avec les neuf interprètes de la compagnie Tao Dance Theater.Présenté dans le cadre du FTA au théâtre Jean-Duceppe du 23 au 25 mai. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e Fe s t i va l T r a n s A m é r i q u e s 4 | Le TRV remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec de son appui ?nancier.rideauvert @rideauvert @rideauvertof?ciel BILLETTERIE RIDEAUVERT.QC.CA Une pièce d\u2019Harold Pinter Traduction Maryse Warda Mise en scène Frédéric Blanchette Avec Julie Le Breton, François Létourneau, Steve Laplante Du 8 mai au 9 juin 2018 Derrière les miroirs où se mirent les rois Ivo van Hove s\u2019intéresse aux crises de leadership à travers une relecture des chroniques historiques de Shakespeare GRAND ANGLE CHLOÉ GAGNÉ DION COLLABORATRICE LE DEVOIR Au Québec, on a pu voir entre autres Five Kings.L\u2019histoire de notre chute, signée Olivier Kemeid et mise en scène par Frédéric Dubois, qui montrait les cinq rois des chroniques nationales en autant d\u2019heures.Les spectateurs du Festival d\u2019Avignon ont quant à eux pu assister aux 18 heures de la folle aventure du Henry VI de Thomas Jolly.La prochaine à être jouée à Montréal sera Kings of War, un spectacle créé en 2015 par l\u2019acclamé metteur en scène Ivo van Hove et sa troupe néerlandaise du Toneelgroep Amsterdam.Marquant le retour d\u2019Ivo van Hove au Festival TransAmériques (FTA) après ses Tragédies romaines en 2010, Kings of War condense les règnes de trois dirigeants en quatre heures et demie.On se dit qu\u2019il faut être en forme pour écouter autant de vers, quoique d\u2019autres questions se profilent.Serait-il dorénavant impératif de présenter aux auditoires contemporains la progression des personnages d\u2019une pièce à l\u2019autre pour saisir en détail les enjeux de chacun des récits ?Ou est-ce que montrer l\u2019implacable succession des monarques permet plus largement de se pencher sur la tragédie de l\u2019Histoire ?Une crise du leadership Pour Ivo van Hove, il s\u2019agit de décliner des manières de mener un État.On sait que le metteur en scène flamand basé à Amsterdam crée à partir de rencontres fortes avec des textes, souvent classiques, parfois même des scénarios de film.Cette fois, il avait pourtant une idée derrière la tête.Il souhaitait parler de leadership.« C\u2019est un thème cr ucia l du XXIe siècle.On voit par tout des crises de gouvernement et de leadership.On ne sait plus quel président, quel roi, quel leader on veut.Il est clair que les leaders d\u2019aujourd\u2019hui ne sont pas capables de résoudre nos problèmes actuels.» En resserrant son adaptation autour de l\u2019idée de la guerre, il commence en plein mil ieu du cycle shakespearien avec Henry V, suivie d\u2019Henry VI et de Richard III.« Dans ces pièces, Shakespeare nous donne beaucoup d\u2019information et d\u2019émotion sur le thème du leadership.On voit chaque fois un roi qui doit choisir de faire la guerre ou pas.Je crois que pour un leader, c\u2019est la décision la plus importante.Car quand il y a une victoire, il y a tout de même aussi des morts.Il y a toujours un trauma.» Si on lui demande si une certaine continuité a aussi guidé sa mise en scène, il souligne que Kings of War est avant tout «une fresque montrant différentes manières de gouverner ».Et par rapport aux lignées royales qui pourraient se perpétuer jusqu\u2019à notre siècle, il précise : « Cer tains pensent que Richard III , c \u2019est Tr ump.Mais à la création de la pièce, il n\u2019était pas au pouvoir.Je n\u2019ai jamais pensé à lui.C\u2019est ça qui est bien avec Shakespeare.À chaque époque, on peut lire quelque chose d\u2019autre dans ses textes.» Du matériau dramaturgique Ce sont d\u2019ailleurs d\u2019autres enjeux qui ont intéressé l\u2019auteur Olivier Kemeid.« Je crois que l\u2019idée de la famille a été très importante pour moi.Avec ce que ça compor te de trahisons et d\u2019alliances.Dans notre spectacle, il y avait cette idée d\u2019une famille unie qui se démembre et ce Si on suit la chronologie historique, les quatre premières pièces du cycle des rois de Shakespeare sont Richard II, puis Henry VI en deux opus, suivies d\u2019Henry V.Viennent ensuite les trois spectacles qui composent Henry VI et finalement Richard III.À partir de ces histoires de monarques britanniques, plusieurs productions monumentales ont pris forme sur les scènes.Regards sur une implacable mécanique théâtrale aux résonances politiques inépuisables. | 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 L E S F L Â N E U RS Des reporters boulimiques de culture partagent leur coup de cœur de la semaine Le coiffeur Jonathan Van Ness est devenu une célébrité attachante avec la série de « remise à neuf » Queer Eye (Netflix).Cette notoriété a dopé l\u2019intérêt pour son blogue Getting Curious with Jonathan.L\u2019idée est simple: deux fois par mois, il se fait expliquer un problème compliqué par un expert.Cette semaine, Jonathan se demande qui était «la Beyoncé, la Adèle ou la Céline Dion de l\u2019art de la Renaissance».Il rencontre donc l\u2019historienne de l\u2019art Lisa Boutin Vitela, qui se révèle une pédagogue hors pair.Sa première réponse cite les Tortues Ninja (Leonardo, Michelangelo\u2026), toutes baptisées en l\u2019honneur des géants universels.Jonathan te parle (et écoute) Stéphane Baillargeon On est très curieux de découvrir le film Les idoles, réalisé par Marc\u2019O, d\u2019après sa pièce, et sorti en 1968.Présentée à la Cinémathèque dans le cadre du cycle Mai 68, cette satire du monde du spectacle, dans laquelle trois vedettes yé-yé se révoltent, promet en effet, dans sa forme éclatée, un reflet des événe- ments d\u2019alors.Le générique éclectique a de quoi rameuter les cinéphiles friands d\u2019objets cinématographiques obscurs, avec les Bulle Ogier, Pierre Clémenti, Bernadette Lafont, Jean- Pierre Kalfon et consorts.Le 22 mai à 21 h.De mai en mai François Lévesque Le 8 juin, le film d\u2019horreur que l\u2019on dit le plus flippant de l\u2019année, Héréditaire, d\u2019Ari Aster, prendra l\u2019affiche.Afin de patienter, pourquoi ne pas regarder un film qui sème l\u2019émoi chez les abonnés de Netflix?Réalisé par Paco Plaza (REC), Veronica s\u2019inspire librement de la seule affaire paranormale reconnue par la police espagnole.Au-delà du climat angoissant et des effets-chocs, dont une magnifique scène où le personnage semble avancer dans un miroir inversé, ce récit d\u2019une jeune fille (bouleversante Sandra Escacena) aux prises avec une entité maléfique provoquée en jouant à Ouija s\u2019avère une illustration de la détresse adolescente.En attendant Héréditaire\u2026 Manon Dumais Ne cherchez plus le silence, c\u2019est Louise Warren qui l\u2019a attrapé.L\u2019écrivain a séjourné longuement à l\u2019abbaye Val- Notre-Dame, des moines cisterciens, à Saint-Jean-de-Matha.En est né L\u2019enveloppe invisible, son dernier essai, paru aux éditions du Noroît.On y plonge, à ses côtés, dans les profondeurs muettes de l\u2019être, sondées dans la chambre de solitude qu\u2019elle a choisie.Elle y livre ses réflexions sur l\u2019écriture, sur le souvenir, sur la mort, sur l\u2019architecture, sur la guerre.Dans cet univers immobile, seules l\u2019écriture et la lecture bougent.L\u2019essai est illustré de dessins de Pierre Thibault, l\u2019architecte de l\u2019abbaye.Temps de pause Caroline Montpetit Marquant le retour du metteur en scène Ivo van Hove au FTA, Kings of War condense les règnes de trois dirigeants en quatre heures et demie.JAN VERSWEYVELD faisant, démembre aussi le corps de l\u2019État.» Pourquoi les pièces du dramaturge élisabéthain of frent-elles autant d\u2019interprétations et provoquent- elles des adaptations aux thématiques aussi variées ?Selon Kemeid, ce serait parce qu\u2019il s\u2019agit de « pur théâtre et de pur jeu.Shakespeare écrit avant tout pour des comédiens.Ça peut paraître fou parce qu\u2019on est aujourd\u2019hui tellement dans une sacralisation de l\u2019ar t, mais il fournit d\u2019abord du matériau avec lequel composer et recomposer à sa guise ».«Il a un processus d\u2019écriture dans le cycle des rois, précise-t-il, qui diffère de ses autres pièces plus fictionnelles où l\u2019imaginaire de l\u2019auteur se déploie en s\u2019abreuvant à moins de sources.Pour ses pièces historiques, des recherches ont démontré qu\u2019il s\u2019inspirait de plusieurs écrits et en constituait une espèce d\u2019amas de textes qu\u2019il triturait, changeait, modifiait.» Il ajoute: « J\u2019ai eu l\u2019impression, en trahissant Shakespeare, de l\u2019honorer et de remonter à sa propre source.» Chercher la paix dans les récits de guerre Plus de 400 après la mort du poète surtout reconnu pour l\u2019acuité de son regard sur l\u2019âme humaine, est-ce que le versant politique de ses pièces mettant en scène des monarchies et des manières révolues de faire la guerre peut se refléter avec force dans nos crises et démocraties actuelles ?« On pense que Shakespeare est traumatisé, avance Kemeid, par cette idée que l\u2019Angleterre a été à feu et à sang jusqu\u2019à l\u2019arrivée des Tudor, c\u2019est-à-dire la famille d\u2019Élisabeth Ire.Ce qui lui importe, et qui importe à beaucoup d\u2019Anglais, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y ait plus de guerre civile au sein du royaume.Et je me demande si ça ne correspondrait pas à des préoccupations très actuelles d\u2019instauration de la paix par rapport aux inquiétudes liées au terrorisme, aux luttes civiles et à l\u2019instabilité de certaines régions.Surtout dans une perspective de gouvernements mondialisés et d\u2019Union européenne.» Dans la préface du livre lui étant consacré aux Solitaires Intempestifs, Ivo van Hove, la fureur de créer, le metteur en scène écrit quelques mots faisant écho à cette idée : « La politique doit se charger de l\u2019ordre social et l \u2019ar t, du chaos.» Et de conclure : « Les grands thèmes actuels, il faut les voir sur nos scènes en regardant derrière le miroir, et non en contemplant le miroir.» Kings of War Texte : William Shakespeare.Mise en scène: Ivo van Hove.Une production du Toneelgroep Amsterdam présentée au théâtre Denise- Pelletier du 24 au 27 mai.En néerlandais avec surtitres français et anglais. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 6 | ENTREVUE ODILE TREMBLAY LE DEVOIR ar t dramatique mène à tout.Ainsi, Vincent Cassel, en préparation du film Gauguin.Voyage de Tahiti, tourné in situ, s\u2019est mis à la peinture.« J\u2019ai pas mal peint durant tout le film », confesse-t-il.Après, eh bien, c\u2019était fini.Au départ, l\u2019acteur français connaissait mal le peintre de Mata Mua, mais avant de l\u2019incarner, il s\u2019est familiarisé avec ses œuvres comme avec sa vie.«C\u2019est un truc dont j\u2019avais envie, dit- il : un rôle d\u2019artiste.Sauf qu\u2019il y a des écueils à éviter, comme montrer le mec qui souffre devant son chevalet.Ici, c\u2019est plutôt une histoire d\u2019amour.Et puis, je voulais voir Tahiti, mais peut-être que j\u2019allais m\u2019y faire chier, après tout.Eh bien, c\u2019était fascinant.Des gens accueillants avec l\u2019envie de célébrer, et la mer.On nage avec les baleines le matin.Il y a des endroits sans personne autour.Comme un rêve rousseauiste.» Le cinéaste Édouard Deluc (Mariage à Mendoza) eut vite une certitude : «Ce film était fait pour Vincent Cassel.Son visage m\u2019est apparu pour camper cet esprit libre, critique.Son physique lui permet d\u2019être de façon concrète dans un rapport au monde, avec une quête intérieure.Quant à la jeune Tuhaï Adam [17 ans], elle vient d\u2019un faubourg de Papeete.J\u2019ai rencontré une centaine de filles.Celle-là a subjugué tout le monde avec son intensité.Elle portait dans son regard la tragédie du peuple tahitien avec la conscience de sa finitude.» Noa Noa est le carnet de voyage tenu par le peintre lors de ce premier séjour à Tahiti en 1891.Le film adapte ces écrits.«Moi qui ai été biberonné aux westerns, j\u2019en retrouvais la matière dans l\u2019histoire française en sachant que je n\u2019aurais pas d\u2019autres occasions de me coller au genre, poursuit le cinéaste.À la lecture de Noa Noa, on est dans la romance.Gauguin y écrivait son propre mythe.À Paris, il courait après l\u2019argent.Au loin, il avait choisi de retrouver une humanité plus proche de ses sources.La radicalité du personnage m\u2019est apparue très forte.À Tahiti, il peignait, mais chassait aussi, se mettait en quête de lui-même.J\u2019ai voulu que les images soient belles, avec quelque chose de sublime, en hommage aussi au mode de vie des Maoris.» Vincent Cassel s\u2019est penché sur la psychologie de son modèle.« Sans être alors reconnu comme tel, Gauguin pense qu\u2019il est le plus grand peintre de son époque, dit-il.Il croit en lui, avec un mélange d\u2019égoïsme terrible et de courage extrême, en désaccord avec la peinture de son époque.Son trait comme dessinateur n\u2019était pas parfait, mais il retransmet l\u2019émotion et a raison de croire en son génie.» Houle autour du film En France, la sortie de Gauguin fut accueillie dans la houle.Cer tains reprochaient au film de ne pas mentionner les 30 ans d\u2019écart séparant le peintre français de 43 ans de sa muse Tehura âgée de 13 ans, et le voyaient en relation de pédophilie.Le débat entre les visions contemporaines et les mœurs d\u2019antan se jouait aussi sur fond du pouvoir colonialiste en Polynésie française, quand les dominants se croyaient tout permis.«On reproche au film de n\u2019avoir pas su reconnaître les crimes de la colonisation française, précise Édouard Deluc.Il fut pris en otage d\u2019une cause, en mélangeant aussi les époques.Gauguin a eu la syphilis, c\u2019est vrai, mais plus tard dans sa vie.Il était également alcoolique, mais ce serait si réducteur de ne voir que ça.» Le cinéaste précise s\u2019être retrouvé face à un dilemme : « Aurais-je dû filmer cet homme avec une vraie fille de 13 ans ?Le spectateur n\u2019aurait vu que ça.Le peintre français est arrivé dans une civilisation en train de disparaître, une semaine après la mort du dernier roi maori, à la tête d\u2019une dynastie vieille de 2500 ans.Fallait-il ramener cette aventure à l\u2019histoire d\u2019un Blanc quadra amoureux d\u2019une beauté exotique de 13 ans ?J\u2019apprécie quand même qu\u2019à travers le film, les gens se soient questionnés sur ce colonialisme passé.» Lors du tournage à Tahiti, des blâmes avaient déjà fusé : «Même là- bas, le film a pu crisper.Les Tahitiens ont un rapport ambivalent avec Gauguin.Les missionnaires le leur ont décrit comme un pédophile, mais dans le temps, ils l\u2019appréciaient.Ils ont toujours eu le sens de l\u2019altérité.Les parents de Tehura lui avaient offert leur fille.On peut toutefois reprocher au film de correspondre au mythe que Gauguin s\u2019était donné.» Tourner à Tahiti, le cinéaste en rêvait depuis longtemps.«Avec le tourisme de masse, on voudrait résumer Tahiti à sa lagune et aux vahinés offrant des fleurs, mais c\u2019est réducteur.Les Tahitiens demeurent l\u2019écho de ce qu\u2019ils ont été.Leur rapport au présent, aux éléments, est différent du nôtre et, La vie tahitienne de Gauguin La sortie française de cette adaptation de son carnet de voyage, Noa Noa, a été houleuse Au départ, l\u2019acteur Vincent Cassel connaissait mal le peintre de Mata Mua, mais avant de l\u2019incarner, il s\u2019est familiarisé avec ses œuvres comme avec sa vie.MK2 MILE END L\u2019 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 En collaboration avec Une présentation de Une exposition conçue par le musée du quai Branly \u2013 Jacques Chirac, en partenariat avec le Musée national Picasso-Paris.Une adaptation du Musée des beaux-arts de Montréal.Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications du Québec, le Conseil des arts de Montréal et le Conseil des arts du Canada pour leur soutien constant.L\u2019exposition a reçu le soutien du ministère du Patrimoine canadien par le biais du Programme d\u2019indemnisation pour les expositions itinérantes au Canada.| Pablo Picasso, Femmes à la toilette, Cannes, 4 janvier 1956.Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979.© Succession Picasso / SODRAC (2018).Photo © RMN-Grand Palais / Art Resource, NY / Mathieu Rabeau | Artiste kamayura, Brésil, Masque (détail), XXe s.Paris, musée du quai Branly \u2013 Jacques Chirac.Photo © musée du quai Branly \u2013 Jacques Chirac / Patrick Gries, Bruno Descoings | Zanele Muholi, Phila I, Parktown, de la série « Somnyama Ngonyama », 2016.© Zanele Muholi.Avec l\u2019aimable concours de Stevenson, Le Cap/Johannesbourg, et Yancey Richardson, New York D\u2019AFRIQUE AUX AMÉRIQUES EN FACE-À-FACE D\u2019HIER À AUJOURD\u2019HUI À VOIR DÈS MAINTENANT ! « Voilà une expo qui relit avec intelligence l\u2019histoire de l\u2019art.» « Cette expo nous entraîne vers une réécriture de l\u2019histoire de l\u2019art, nécessaire dans notre monde contemporain » \u2014 Nicolas Mavrikakis, Le Devoir « Je suis allé pour Picasso, et je suis resté pour l\u2019art africain » \u2014 Charles Olivier Michaux, Radio-Canada Première, Culture Club même si leur quête de sens passe par les églises, j\u2019ai été sidéré par le rapport qu\u2019ils entretiennent avec leur environnement.Pour eux, l\u2019être humain ne peut exister en dehors de cette connexion.Hélas! ce sont des gens dégénérés qui font tourner le monde.» Vincent Cassel refuse de voir dans ce film un biopic.«Ce mot ne veut rien dire.On a fait un film tiré de Noa Noa.Le petit monsieur y a fait son mythe, il s\u2019est inventé.Gauguin avait grandi au Pérou et voulait se voir comme un être primitif.Il s\u2019est rendu métis.L\u2019important n\u2019est pas de savoir si le film est fidèle à la réalité, mais s\u2019il est intéressant, si les objets parlent, comment ils sont agencés, si le cinéaste a quelque chose à dire ou pas.» Ces entretiens ont été réalisés à Paris dans le cadre des Rendez-vous d\u2019Unifrance.Même là-bas, le film a pu crisper.Les Tahitiens ont un rapport ambivalent avec Gauguin.Les missionnaires le leur ont décrit comme un pédophile, mais dans le temps, ils l\u2019appréciaient.Ils ont toujours eu le sens de l\u2019altérité.ÉDOUARD DELUC » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 8 | ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR a célébrité est parfois chose étrange et imprévisible.Prenez Ruth Bader Ginsburg: aux États-Unis, cette juge, seule femme à siéger à la Cour suprême, est depuis quelques années aussi connue qu\u2019une vedette de cinéma.Cela, alors qu\u2019elle vient de célébrer ses 85 ans.Comment expliquer un tel engouement?Pour la simple et bonne raison que la juge Ginsburg est inspirante.À l\u2019affiche le 25 mai, le documentaire RBG revient sur le parcours extraordinaire de cette battante dont la nature discrète of fre un contraste saisissant avec gloire qu\u2019on lui a tardivement accolée.C\u2019est l\u2019un des nombreux aspects sur lesquels reviennent les coréalisatrices Betsy West et Julie Cohen en entrevue.« La juge Ruth Bader Ginsburg est maintenant une personnalité hy- permédiatisée aux États-Unis.Sauf que les gens ne connaissent pas nécessairement l\u2019ampleur du travail qu\u2019elle a accompli pour la cause des femmes.Ni son histoire personnelle, d\u2019ailleurs.Notre but était vraiment de mettre ça en lumière », précise Betsy West.The Notorious R.B.G.À partir de 2013, la magistrate devint un personnage de la culture populaire, faisant l\u2019objet de mèmes, de t-shir ts, et devenant une héroïne auprès des millénariaux.« C\u2019est une dissension de sa part, cette année-là, qui a tout déclenché, explique Julie Cohen.Il s\u2019agissait d\u2019un jugement très attendu : Shelby County contre Holder » opposant le comté de Shelby, en Alabama, au procureur général Eric H.Holder fils.Y fut plaidée l\u2019inconstitutionnalité de deux dispositions de la Loi sur les droits de vote de 1965 mises en place, à l\u2019origine, pour instaurer davantage d\u2019équité pour les citoyens noirs.L\u2019un des arguments pour abolir ces dispositions était que les statistiques récentes indiquaient une situation saine.La Cour suprême donna raison au comté de Shelby.« Dans sa dissension, la juge Ginburg fut par ticulièrement cinglante et nota que la situation s\u2019était améliorée justement grâce auxdites mesures, et que de les abolir, ça revenait à jeter son parapluie en pleine averse sous prétexte qu\u2019on n\u2019est pas mouillé », rappelle Betsy West.De renchérir Julie Cohen : «Sa dissension est devenue virale.On s\u2019est mis à la désigner sous le surnom \u201cThe Notorious R.B.G.\u201d, un clin d\u2019œil au rappeur Notorious B.I.G.C\u2019est une étudiante en droit, Shana Knizh- nik, qui a nommé ainsi son blogue sur Tumblr.» Naissance tardive d\u2019un phénomène.Ces lois misogynes Dès lors, d\u2019autres étudiantes en droit, mais aussi en journalisme, s\u2019intéressèrent aux causes plaidées par cette femme menue, peu loquace, mais dotée d\u2019une force de raisonnement redoutable.Nommée juge à la Cour suprême des États-Unis en 1993, Ruth Bader Ginsburg était alors inconnue du grand public.Elle ne s\u2019en était pas moins illustrée brillamment sur le RBG la justicière Betsy West et Julie Cohen à propos de leur documentaire sur la juge Ruth Bader Ginsburg L Dans le documentaire, le tempérament bûcheur, rigoureux de Ruth Bader Ginburg est bien évoqué.MÉTROPOLE FILMS DISTRIBUTION Ruth Bader Ginsburg est une personnalité hypermé- diatisée.Sauf que les gens ne connaissent pas l\u2019ampleur du travail qu\u2019elle a accompli pour la cause des femmes.BETSY WEST » Le film RBG prendra l\u2019affiche au Québec dès le 25 mai. | 9 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Marie Brassard signe une mise en scène d\u2019une originalité exemplaire, fortement émue par le texte puissant d\u2019Evelyne de la Chenelière.La mise en scène captivante, cérémoniale et dans une zone d\u2019inconfort majestueux.Pari gagné propositions de l\u2019année.Élie Castiel, revuesequences.org angoissante.La metteuse en scène Marie Brassard orchestre cela de main de maître.Jean-Philippe Roy, revuejeu.org entraîner dans ce délire existentiel en créant est pleine d\u2019inventions et d\u2019audaces.Une œuvre Gilles G.Lamontagne, sors-tu.ca La vie utile.L\u2019écriture de la Chenelière et son interprétation force l\u2019admiration et nous déconcerte, nous sortant, de façon assumée, de la zone de confort pendant plusieurs jours.Gabrielle Brassard, montheatre.qc.ca front juridique lors des deux décennies précédentes.Spécifiquement, elle s\u2019est consacrée à la cause des femmes, ciblant des af faires qui mettaient en relief les iniquités dont celles-ci ont historiquement fait l\u2019objet.« Dans les années 1970, il y avait énor mément de discriminat ion contre les femmes, souvent inscrite dans les lois américaines, précise Betsy West.Une femme pouvait par exemple être congédiée parce qu\u2019elle était enceinte.Les femmes devaient demander à leurs maris de cosigner pour l \u2019obtention d\u2019une carte de crédit, ou pour une hypothèque.Un mari ne pouvait pas être poursuivi en justice pour le viol de sa femme.Ces lois et dispositions de lois, les gens ne les remettaient pas en cause.Comme Ruth Bader Ginsburg l\u2019a écrit, en agissant de la sorte, on ne plaçait pas les femmes sur un piédestal : on les enfermait dans des cages.» Une pionnière Une cause à la fois, méthodiquement, Ginsburg s\u2019attaqua à ces lois et à cette perception, provoquant tantôt une réforme, ou mettant en place tantôt une jurisprudence.« Jeune avocate, elle possédait déjà cette vision à long terme, cette stratégie dans la durée, note Julie Cohen.Et elle a vite compris le sens du mot \u201cdiscrimination\u201d.À Harvard, elle était une des 9 femmes inscrites en droit contre plus de 500 hommes.Elle a terminé sa scolarité à Columbia, et bien qu\u2019elle fût l\u2019une des plus brillantes diplômées, une première de sa classe en fait, aucune firme de New York n\u2019a voulu l\u2019embaucher.On n\u2019embauchait pas de femmes dans les cabinets d\u2019avocats, point.» Professeure de droit, elle cofonda en 1970 la revue Women\u2019s Rights Law Reporter, première publication dévolue exclusivement aux droits des femmes.En 1972, elle cofonda le Women\u2019s Rights Project, à l\u2019Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liber ties Union ; ACLU).Entre 1973 et 1976, Ginsburg plaida six causes traitant de discrimination basée sur le sexe.Elle en remporta cinq.Nommée juge à la Cour d\u2019appel en 1980, elle y siégea jusqu\u2019à sa nomination à la Cour suprême.Un grand amour Dans le documentaire, le tempérament bûcheur, rigoureux de Ruth Bader Ginburg est évoqué non seulement à travers les témoignages de collaboratrices et de collaborateurs, mais aussi de proches.« Julie et moi étions très au fait de la car rière de la juge Ginsburg lorsque nous avons décidé de tourner le documentaire.Toutefois, nous ne connaissions pas beaucoup sa vie personnelle.Nous avons dé- couver t qu\u2019elle a vécu cette fabuleuse histoire d\u2019amour avec son mari, Martin Ginsburg [décédé en 2010].Pendant le tournage, tous les intervenants qu\u2019on rencontrait nous parlaient de Mar tin dans les cinq premières minutes, sans qu\u2019on y ait fait allusion.Il l\u2019a toujours soutenue et a mis sa propre carrière \u2014 brillante \u2014 en veilleuse au profit de celle de sa femme.C\u2019est lui qui s\u2019est davantage occupé de leurs enfants à une époque où un mari n\u2019agissait pas de la sor te.» Derrière chaque grande femme\u2026 Le couple n\u2019aurait su être plus contrasté, elle petite et cérébrale, lui géant blagueur.D\u2019ailleurs, apprend- on, Ruth Bader Ginburg n\u2019est tellement pas du genre à se placer à l\u2019avant-scène qu\u2019elle faillit ne même pas être considérée pour le poste de juge à la Cour suprême.Fiscaliste devenu professeur à l\u2019Université de Georgetown, son époux mena une campagne intensive et fit jouer tous ses contacts afin que la candidature de sa femme ne puisse être ignorée.Présence indispensable Se positionnant traditionnellement au centre gauche et cherchant autant que possible le compromis, Ruth Ba- der Ginsburg s\u2019est, stratégiquement là encore, déplacée vers la gauche ces dernières années avec l\u2019arrivée de nouveaux juges campés très à droite.Il n\u2019est pas rare que ses dissensions, le cas échéant, circulent davantage que les jugements eux-mêmes.Souvent « invitée » à prendre sa retraite vu son âge, Ruth Bader Ginsburg continue au contraire d\u2019essayer d\u2019équilibrer la Cour suprême.Ce qui n\u2019est pas pour plaire à tout le monde.À ce chapitre, RBG s\u2019ouvre de manière percutante avec les éructations fielleuses d\u2019hommes puissants, dont le président Trump, qui en ont contre la magistrate.« Ça montre à quel point sa présence reste indispensable », conclut Betsy West.Tour à tour empêcheuse de tourner en rond et objectrice de conscience, la juge Ginsburg n\u2019a, à l\u2019évidence, pas fini de faire œuvre utile.À partir de 2013, la magistrate devint un personnage de la culture populaire, faisant l\u2019objet de mèmes, de t-shirts, et devenant une héroïne auprès des millénariaux et déjà été décidé qu\u2019un homme moins compétent, mais fort « accommodant », aurait le poste.Avec Numéro une, Tonie Marshall, seule femme détentrice du César de la réalisation pour Vénus beauté (institut), propose une visite guidée dans les coulisses désespérément rétrogrades du pouvoir en mettant en lumière ses arcanes misogynes.Instructif sans être didactique, Numéro une se révèle assez passionnant.Le film procède en effet à la manière d\u2019un thriller politico- économique (dimension sur la - quelle insiste une musique aux graves appuyés).En contrée hostile Le scénario coécrit par Marshall, Marion Doussot et Raphaëlle Bac- quée, cette dernière grande reporter au journal Le Monde, distille une information foisonnante.Information qui rend compte de l\u2019expérience féminine dans les hautes sphères décisionnelles occupées principalement par des hommes qui préféreraient, à l\u2019évidence, rester entre eux.En somme, le film parvient à faire partager cette perspective-là, à faire ressentir ce que c\u2019est, au quotidien, que d\u2019affronter un barrage d\u2019hostilité souvent invisible, intangible, mais presque infranchissable néanmoins.D\u2019où la détermination d\u2019Emma- nuelle Blachey qu\u2019incarne la brillante, brillante Emmanuelle Devos.L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 0 | Le voyage d\u2019hiver avec RUSSELL BRAUN Schubert NADIA LABRIE Musique et cinéma BRUNO PELLETIER Poésie des exilés SMAM Musique de cham bre inédite de Mathie u Schubert et Schuman, contrastes et contradictions MARINA THIBEAULT et JANELLE FUNG Célébrons Jacques Hé tu LES SOLISTES DE L\u2019OSM Al\u2019mira ENSEMBLE AL\u2019MIRA EN COLLABORATION AVEC PARTENAIRES PUBLICS 25 MAI AU 16 JUIN 2018 PRÉSENTE CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Emmanuelle Blachey, ingénieure, a gravi un à un les échelons de la grande entreprise.Remarquable, son ascension l\u2019a menée au comité exécutif de sa boîte, un géant de l\u2019énergie.Elle est la seule femme à y siéger.Ce qui a eu l\u2019heur de la signaler auprès d\u2019Adrienne Postel-Devaux, éminence grise à la tête d\u2019un réseau de femmes d\u2019influence.Son of fre ?Aider Emmanuelle à devenir la première dirigeante d\u2019une société du CAC 40, l \u2019indice principal de la Bourse de Paris.Emmanuelle est, dans les faits, la meilleure candidate.Or voilà, il a, en fin de compte, d\u2019ores On ne naît pas dirigeante Emmanuelle Devos excelle en ingénieure qui déjoue les arcanes misogynes du pouvoir Instructif sans être didactique, Numéro une, avec les actrices Emmanuelle Devos et Suzanne Clément, se révèle assez passionnant.AXIA FILMS Le film parvient à faire ressentir ce que c\u2019est, au quotidien, que d\u2019affronter un barrage d\u2019hostilité souvent invisible, intangible, mais presque infranchissable néanmoins | 1 1 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 festival international des arts jeune public 20 > 27 mai Montréal 2018 coupsdetheatre.com Une fois encore, la vedette de Sur mes lèvres livre une interprétation d\u2019une justesse, d\u2019une précision, sans faille, supplément d\u2019âme compris.Le vaste et l\u2019intime Sans perdre de vue le vaste échiquier qu\u2019elle déploie autour de son héroïne, Tonie Marshall prend le temps de regarder du côté de l\u2019univers intérieur de celle-ci.Touchée par le sort d\u2019une inconnue qui s\u2019est suicidée par noyade, Emmanuelle est plus tard hantée par la vision de Shelley Winters submergée dans le classique La nuit du chasseur ; une association d\u2019images et d\u2019idées qui confère à la protagoniste une poésie insoupçonnée.Le portrait se précise lorsqu\u2019à un moment, Emmanuelle évoque sa mère, qui s\u2019est vraisemblablement enlevé la vie : «Érudite, capable, elle souffrait d\u2019un sentiment de grande inutilité, comme s\u2019il n\u2019y avait pas de place\u2026» Une place que sa fille devenue femme entend occuper.Vaille que vaille, mais pas nécessairement coûte que coûte.Car il est des ma- nœuvres auxquelles Emmanuelle n\u2019entend pas s\u2019abaisser.Mais voilà, peut-on espérer demeurer propre lorsqu\u2019on est traînée dans la boue ?À ce propos, Richard Berry compose un antagoniste aussi suave qu\u2019immonde : Jean Beaumel, faiseur de rois et tenant d\u2019une misogynie ordinaire cultivée par une société où prévaut encore une conception mâle de la succession et de la transmission du pouvoir.Ce concept précis, la transmission, est également abordé par le truchement du père d\u2019Emmanuelle, professeur et intellectuel incarnant une autre forme de machisme, inconscient, mais nocif tout de même.Ces scènes comptent parmi les plus belles, avec un Sami Frey frêle et émouvant.Alors qu\u2019on assiste à son parcours de la combattante, on se remémore les réserves qu\u2019avait d\u2019office émises Emmanuelle, pas certaine de vouloir être un symbole.« J\u2019ai passé toute ma carrière à essayer de faire oublier que je suis une fem\u2026 Non\u2026 Enfin, je veux dire\u2026 », explique-t-elle sans parvenir à terminer sa phrase.Avec l\u2019air de celle qui comprend exactement à quoi fait allusion Em- manuelle, la dauphine d\u2019Adrienne, Véra (excellente Suzanne Clément), lui répond : « Je sais.Nous avons toutes vécu cela.» La réussite du film réside dans ce qu\u2019à terme, on comprend aussi, mieux, désormais.Numéro une ?1/2 Drame de Tonie Marshall.Avec Emmanuelle Devos, Richard Berry, Suzanne Clément, Francine Bergé, Benjamin Biolay, Sami Frey.France, 2017, 110 minutes. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 2 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Le drame Désobéissance s\u2019ouvre sur le sermon plein de ferveur d\u2019un rabbin qui parle de la création des « anges », des « bêtes » et des « humains », ces derniers étant dépositaires du meilleur des premiers et du pire des secondes.Surtout, rappelle- t-il, hommes et femmes possèdent un libre arbitre, une capacité de choisir.Des paroles qui ont à peine fini de franchir les lèvres du vieil homme lorsqu\u2019il s\u2019ef fondre.Le récit subséquent illustrera justement ce concept dans toute sa déchirante acuité tandis que s\u2019affronteront amours interdites et dogmes religieux.Passé ce prologue campé dans une communauté juive or thodoxe de Londres, Désobéissance (V.O., s.-t.f.de Disobedience) se transporte, en contraste, dans un loft industrialo- branché de New York.Il s\u2019agit de l\u2019atelier de Ronit, photographe en pleine séance avec un homme âgé on ne peut plus dif férent de celui que l\u2019on vient de voir s\u2019éteindre, tatoué des orteils au menton qu\u2019il est.Lorsqu\u2019une assistante les interrompt d\u2019un air grave, Ronit comprend d\u2019instinct : son père est mort.Approche allusive Le réalisateur chilien Sebastián Lelio met en scène cette entrée en matière avec une subtilité admirable, trouvant des parallèles inattendus, voire des échos entre les mondes sacrés et profanes qu\u2019il évoque sobrement.Ainsi filme-t-il Ronit, ar tiste trônant derrière son objectif, de la même manière que le père de celle- ci un instant plus tôt, rabbin en chaire.Lui, en son temple, tente d\u2019inspirer les siens jusqu\u2019à son dernier souf fle.Elle, dans son studio, trouve de la beauté dans un corps marqué et ridé, sacralisé autrement.La mise en scène, très maîtrisée, est dénuée d\u2019ostentation \u2014 ce qui aurait rompu la complète intimité qu\u2019instaure Lelio.Tout du long, le réalisateur maintient son approche allusive alors que Ronit regagne cette communauté honnie qui la considérait comme morte pour avoir osé partir des années auparavant.Même Dovid, son cousin et le successeur de son père, paraît surpris lorsqu\u2019elle frappe à sa porte au lendemain du décès.Esti, l\u2019épouse de Do- vid, ne semble pour sa part pas tant étonnée que troublée.C\u2019est qu\u2019autrefois, Ronit et elle ont été amantes.Émouvante émancipation Que l\u2019on se rassure, ce triangle amoureux remarquablement interprété et empreint de mélancolie ne sombre jamais dans le pathos.Au contraire, sous la gouverne assurée et sensible de Lelio, c\u2019est à une émouvante histoire d\u2019émancipation que l\u2019on assiste.Émancipation, en l\u2019occurrence, multiple, en cela que chaque personnage vivra la sienne.Le prix?Mettre son âme à nu : Ronit, d\u2019abord, en re- visitant ses actions passées à la lumière des conséquences présentes, Esti, ensuite, en remettant en cause les compromis auxquels elle a consenti, mais aussi Dovid, contraint à une introspection devant l\u2019évidence du déni sur lequel il a bâti une partie de son identité.À cet égard, le cinéaste et scénariste, qui adapte ici le roman de Naomi Alderman en l\u2019épurant jusqu\u2019à l\u2019os, ne cherche pas à désigner un méchant.Au contraire, il médite sur la notion de libre arbitre livrée par le défunt en guise de testament.Il en résulte le constat voulant que les décisions les plus importantes \u2014 se respecter soi-même face au jugement d\u2019autrui, vivre en harmonie avec qui l\u2019on est vraiment, ou encore laisser aller en paix qui l\u2019on aime \u2014 soient aussi les plus difficiles, les plus douloureuses.De l\u2019humanisme Avec Désobéissance, Sebastián Lelio signe son premier long métrage en langue anglaise, mais il s\u2019agit néanmoins d\u2019une œuvre de la continuité.En ef fet, l\u2019auteur réitère ici sa passion pour les personnages féminins marginalisés après les merveilleux Gloria, où une sexagénaire réapprend à aimer et à s\u2019aimer, et Une femme fantastique (Oscar du meilleur film en langue étrangère), sur les tribulations d\u2019une aspirante chanteuse transgenre.Une marginalité, pour le compte, dont Lelio démontre à quel point elle est superficielle, injuste et sans raison d\u2019être car tributaire d\u2019idées reçues et de diktats (sociaux, religieux).En cela, les préoccupations humanistes du cinéaste n\u2019ont sans doute jamais été aussi apparentes que dans ce Désobéissance.Un acte qui constitue par fois le meilleur des choix.Désobéissance (V.O., s.-t.f.de Disobedience) ?Drame de Sebastián Lelio.Avec Rachel Weisz, Rachel McAdams, Alessandro Nivola.Grande-Bretagne\u2013Irlande\u2013 États-Unis, 2017, 114 minutes.Les âmes nues Le premier film anglophone de Sebastián Lelio réitère sa passion pour les personnages féminins marginalisés Le triangle amoureux remarquablement interprété et empreint de mélancolie ne sombre jamais dans le pathos.Au contraire, sous la gouverne assurée et sensible de Lelio, c\u2019est à une émouvante histoire d\u2019émancipation que l\u2019on assiste.MÉTROPOLE FILMS DISTRIBUTION Le cinéaste, qui adapte ici le roman de Naomi Alderman en l\u2019épurant jusqu\u2019à l\u2019os, ne cherche pas à désigner un méchant.Au contraire, il médite sur la notion de libre arbitre livrée par le défunt en guise de testament. | 1 3 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 15 et 16 JUIN Théâtre Maisonneuve PIERRE LAPOINTE La science du coeur première partie : Hollydays (15 juin) Voyou (16 juin) 14 JUIN Maison symphonique L\u2019ÉVÉNEMENT 50e D\u2019ANDRÉ MATHIEU Alain Lefèvre et ses invités : Diane Dufresne, Marc Labrèche, Florence K et Catherine Major avec l\u2019Orchestre de la Francophonie dirigé par Jean-Philippe Tremblay BILLETS DÉJÀ EN VENTE ! en collaboration avec LES GR ANDS SPEC TACLES 8 AU 17 J U I N LES VENDREDIS JAZZ TD avec OLIVER JONES, porte-parole : 1 JUIN : OSCAR PETERSON, LA LEGENDE avec Céline Peterson, Ben Paterson, Dave Young et Jim Doxas 8 JUIN : RHAPSODY IN BLUE + avec ELDAR DJANGIROV et son trio 15 JUIN : GRACE\u2019S JOY PARTY avec GRACE KELLY et son quatuor Salle Pollack, 555 Sherbrooke Ouest festivalmontreal.org 514 489-7444 Billets à partir de 28 $ Tous les concerts à 20 h Billets sur place dès 19 h CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Les influences animées du cinéaste japonais Masaaki Yuasa (Mind Game, Ping-pong) vont dans toutes les directions, et il les assume parfaitement, gavé pendant l\u2019enfance de séries télévisées de son pays et d\u2019ailleurs, sachant apprécier les cartoons américains ou les excentricités du Canadien George Dunning dans Yellow Submarine.L\u2019eau est visible partout dans Lou et l\u2019île aux sirènes, une autre fantasmagorie dont il a le secret, reprenant à la fois des postures familières du cinéma jeunesse et des visions catas- trophistes qui imprègnent depuis toujours la psyché japonaise : un tsunami ou un tremblement de terre est si vite arrivé en ces contrées\u2026 Les habitants du village côtier de Hinashi, eux, craignent les caprices de la mer, et ceux des sirènes, encore traumatisés par une inondation ayant emporté de nombreux êtres chers \u2014 cer tains les pleurent encore après toutes ces années.Le jeune Kai ne pleure jamais, mais tout son être suinte l\u2019ennui, sauf lorsqu\u2019il joue de la musique, et la diffuse en ligne ; deux camarades de classe, éblouis par ses talents, veulent l\u2019inclure dans leur groupe encore très amateur.Lorsqu\u2019ils décident de pratiquer sur l\u2019île que tous redoutent, et où personne ne met jamais les pieds, ils ont la surprise de voir apparaître Lou, une sirène survoltée et dotée de jambes lorsqu\u2019elle entend de la musique.Lou ne demande pas mieux que de se faire des amis \u2014 elle le répète à maintes reprises, et dans un vocabulaire plutôt limité \u2014, mais sa présence suscite autant l\u2019étonnement que la méfiance, et un branle-bas de combat général dans ce lieu paisible, surtout pétrifié par la peur et la routine.Avec ses semblables, bien que toute chose soit relative quand des sirènes ressemblent à des chiens !, et un père gigantesque qui donnerait la frousse à Jaws (la référence ne souffre d\u2019aucun excès de subtilité), Lou insuffle au jeune Kai, et par la suite à tous ses concitoyens, une nouvelle énergie.Mais avant d\u2019en arriver là, les catastrophes vont se multiplier, dans la plus pure tradition du cinéma apocalyptique japonais.Masaaki Yuasa ne cherche pas jusqu\u2019à l\u2019obsession la finesse des traits et des effets, Lou et l\u2019île aux sirènes affichant une esthétique résolument artisanale, parfois dépouillée, ou arborant les couleurs primaires d\u2019un vif éclat.Ce qui ne l\u2019empêche pas d\u2019orchestrer une escalade parfois étonnante, parfois démesurée, des éléments déchaînés, comme la lumière du soleil, menace à la survie des sirènes, et l\u2019omniprésence de l\u2019eau, transformée en cubes volants, par fois d\u2019une teinte verdâtre évoquant la terreur nucléaire.Ces visions cauchemardesques sont télescopées par des personnages à la psychologie sommaire, acteurs d\u2019une fable universelle sur le respect des différences et de la nature, que l\u2019être humain cherche à domestiquer par tous les moyens, y compris les plus détestables.On peut parier que les jeunes spectateurs voudront plutôt taper du pied chaque fois que surgiront les rythmes électros, ceux qui donnent des jambes aux sirènes et du tonus à un film qui aurait gagné à moins s\u2019éparpiller en pirouettes.Lou et l\u2019île aux sirènes ?Film d\u2019animation de Masaaki Yuasa.Japon, 2017, 112 minutes.Pour vivre, il faut entrer dans la danse Dans un style à la fois brouillon et extravagant, une petite sirène qui voit grand Masaaki Yuasa ne cherche pas jusqu\u2019à l\u2019obsession la finesse des traits et des effets, Lou et l\u2019île aux sirènes affichant une esthétique artisanale, parfois dépouillée, ou arborant les couleurs primaires d\u2019un vif éclat.CINÉMA DU PARC L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 14 | Les nouveautés sont en rose Jusqu\u2019à la garde ?Réduire Jusqu\u2019à la garde à un sordide drame conjugal serait faire une injure à Xavier Legrand.Certes, pour son premier long métrage de fiction, il tenait à conscientiser le public à la gravité du phénomène de la violence domestique, mais sans sacrifier les impératifs du cinéma.Et ce n\u2019est pas à grand renfort d\u2019effets tonitruants qu\u2019il y parvient, optant pour quelques choix audacieux, dont une entrée en matière volontairement verbeuse et ambiguë, installant par la suite un climat d\u2019angoisse.Il s\u2019exécute sans nécessairement tout dévoiler de la complexité de ses personnages, observant leurs contradictions et leurs secrets, plaçant la caméra au ras du sol s\u2019il le faut, alignant aussi des scènes du quotidien marquées par des silences lourds de sens.En couple meurtri, Léa Drucker et Denis Ménochet frisent la perfection, aidés par le jeune Thomas Gioria, tout aussi remarquable au milieu de cette tornade émotionnelle.André Lavoie s\u2019en remettra-t-il?C\u2019est avec une acuité poétique que la cinéaste répond, filmant la splendeur et la plénitude immuables des paysages du Dakota du Sud auxquels elle donne valeur d\u2019augure.À l\u2019instar des chevaux qui s\u2019y ébattent, cela fait partie de Randy.Comme une promesse de sérénité.François Lévesque Deadpool 2 de David Leitch 20TH CENTURY FOX fiés, mais demeure cette relation fu- sionnelle dans une Europe en déroute, de la Pologne à Nice avec détours en Afrique et au Mexique.Un spectacle à grand déploiement qui peut compter sur le solide Pierre Ni- ney en écrivain militaire à l\u2019âge adulte, et surtout une étonnante Charlotte Gainsbourg dans un premier grand rôle de composition, celui de la mère dévorante.André Lavoie La promesse de l\u2019aube ?1/2 À une époque pas si lointaine, les adaptations des romans de Romain Gary se succédaient à un rythme effréné.Éric Barbier, un habitué du polar (Le serpent, Le dernier diamant) y revient, et avec panache, dans cette relecture de son célèbre roman autobiographique brouillant une fois de plus la ligne entre vérité et fiction.Ce qui était vrai dans le livre apparaît aussi à l\u2019écran: l\u2019amour excessif et inconditionnel d\u2019une femme brisée par la vie et l\u2019Histoire (de la révolution bolchevique à la Deuxième Guerre mondiale) pour son fils, à qui de grandes choses sont destinées.Beaucoup d\u2019épisodes sont forcément sacri- Tully (V.O.et V.F.) ?1/2 Marlo, 40 ans et des poussières, arrive au bout de sa troisième grossesse et du proverbial rouleau.Son salut revêtira les traits d\u2019une «nounou de nuit», Tully, sorte de Mary Poppins hipster.La réalisation de Jason Reitman (Juno) est adéquate, mais dénuée de personnalité.Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas: Tully est d\u2019abord le film de la comédienne Charlize Theron et de la scénariste Diablo Cody: elles sont respectivement le corps et l\u2019âme de ce récit inusité, et brillant, de difficile post-partum.Theron se transforme pour mieux donner vie au personnage, et rarement l\u2019expression a-t-elle mieux convenu.Cody, elle, multiplie les observations franches, brutales, souvent hilarantes, toujours fines, sur la maternité, la féminité, les méandres de la libido post-ac- couchement, le passage du temps\u2026 Des failles de ses personnages, elle extrait leur humanité.À terme, Tully propose une variation inédite, et mémorable, du thème de la renaissance.François Lévesque La Bolduc ?1/2 Mary Travers est passablement moins connue que La Bolduc: la première, fière Gaspésienne aux racines irlandaises, femme au foyer, mère souvent endeuillée, fut toujours éclipsée par la seconde, une des premières grandes vedettes de la chanson d\u2019ici.Ces deux facettes sont réunies grâce à François Bouvier (Histoires d\u2019hiver, Paul à Québec), transformant cette observatrice de la misère des années 1930 en véritable héroïne féministe, même si l\u2019interprète de La bastringue dictait surtout sa conduite, et ses ambitions artistiques, par pur instinct de survie, pour elle et sa famille.Cet aspect quelque peu plaqué d\u2019une biographie qui couvre principalement ses années conjugales, de gloire et de déchéance physique à cause de la maladie laisse voir une femme de tête autant que de cœur.Son talent, que plusieurs ont longtemps jugé de haut, éclate le temps de quelques scènes magnifiques, et d\u2019autres émouvantes, laissant poindre celui de Debbie Lynch-White dans un rôle qui lui va comme un gant.André Lavoie Après la guerre (V.O.) ?1/2 France, 2002 \u2014 Menacé d\u2019être extradé en Italie où il a été condamné pour le meurtre d\u2019un juge en 1982, un ancien militant d\u2019extrême gauche entraîne sa fille de 16 ans dans sa fuite à Bologne.De leur côté, la mère et la sœur du fuyard subissent en Italie les contrecoups des événements alors que les plaies du passé viennent d\u2019être ravivées par un nouvel assassinat politique.Enfant des Années de plomb, la cinéaste Annarita Zambrano refuse de conférer quelque romantisme que ce soit au révolutionnaire, faisant plutôt de lui un être de paradoxes: inspirant lorsqu\u2019il parle de justice sociale, mais répugnant dans sa manière de manipuler sa fille.Ce volet français est si puissant, si finement observé et joué, que son pendant italien apparaît un peu moins abouti par comparaison.À l\u2019inverse, la mise en scène est maîtrisée de bout en bout, de l\u2019ouverture coup- de-poing jusqu\u2019à la finale dure, mais qui tend vers l\u2019apaisement.À voir.François Lévesque sphères décisionnelles occupées principalement par des hommes qui préféreraient rester entre eux.En somme, le film parvient à faire ressentir ce que c\u2019est, au quotidien, que d\u2019affronter un barrage d\u2019hostilité souvent invisible, intangible, mais presque infranchissable.Presque.François Lévesque Le cowboy (V.F.de The Rider) ?Ce récit d\u2019un champion de rodéo brisé par une chute a l\u2019heur de s\u2019incruster dans la mémoire.Chloé Zhao instaure d\u2019emblée un rapport d\u2019intimité absolue avec le personnage, Randy Blackburn, qui fut modelé sur son interprète, Randy Jandreau (un naturel, une présence).En 2016, à 19 ans, ce dernier fut victime d\u2019un accident qui mit fin à sa carrière \u2014 et à son existence telle qu\u2019il la concevait.Il résulte de la rencontre entre la cinéaste et le cowboy un véritable état de grâce cinématographique.Attentive, Zhao capte les élans de spontanéité, les bouts de magie chaque fois qu\u2019ils surviennent.C\u2019est là une vie qui touche, qui émeut.Randy Deadpool 2 (V.O.et V.F.) ?Le plus irrévérencieux des superhéros n\u2019a rien perdu de sa verve ni de son mordant.Cette fois, Deadpool vient en aide à un adolescent doté de superpou- voirs qui risque de mal tourner pour avoir été torturé.Il est une gravité sous-jacente dans les thèmes du film, qui accède, c\u2019est une belle surprise, à une maturité inattendue.Cela, sans changer l\u2019ADN de l\u2019impertinent Dead- pool, qui fait fi de la rectitude politique, en apparence, pour mieux célébrer la diversité, dans les faits.Oui, il brise encore le 4e mur en se moquant, ici d\u2019un cliché, là d\u2019un retournement paresseux, ce qui désamorce tout reproche et rend l\u2019ensemble irrésistible.Les références satiriques à Marvel et à DC abondent, les clins d\u2019œil cinématographiques désopilants aussi, et plusieurs vedettes font des apparitions cocasses.Enfin, imparti d\u2019un meilleur budget, Deadpool 2 a davantage d\u2019ampleur, visuellement, sans que les enjeux plus intimes perdent au change.François Lévesque Désobéissance (V.O., s.-t.f.de Disobedience) ?Au décès de son père rabbin, une photographe regagne la communauté juive orthodoxe qu\u2019elle a fuie et qui l\u2019a depuis tenue pour morte.Sur place, elle renoue avec une ancienne amante devenue l\u2019épouse de son cousin.Avec Désobéissance, Sebastián Lelio signe son premier long métrage en langue anglaise.Récit d\u2019émancipations multiples, cette œuvre allusive et subtile, remarquablement jouée, n\u2019en est pas moins une de la continuité, l\u2019auteur y réitérant sa passion pour les personnages féminins marginalisés après Gloria et Une femme fantastique (avec protagoniste sexa qui revit et trans- genre qui renaît, respectivement).Une marginalité dont Lelio démontre à quel point elle est superficielle et injuste car tributaire de diktats sociaux, religieux.Ses préoccupations humanistes n\u2019ont sans doute jamais été aussi apparentes que dans ce Désobéissance.Un acte qui constitue parfois le meilleur des choix.François Lévesque Lou et l\u2019île aux sirènes ?Les influences de Masaaki Yuasa sont nombreuses, autant occidentales qu\u2019orientales, insufflant son souffle singulier à l\u2019animation japo- Numéro une ?1/2 Approchée par un réseau de femmes d\u2019influence souhaitant faire d\u2019elle la première dirigeante d\u2019une société du CAC 40, principal indice boursier français, une ingénieure devient la cible d\u2019un milieu largement mâle et sexiste.Instructif sans être didactique, Numéro une se révèle assez passionnant, Tonie Marshall proposant une visite guidée dans les coulisses du pouvoir en mettant en lumière ses arcanes misogynes.La musique appuie un peu le côté thriller, mais Emmanuelle Devos est brillante dans le rôle principal.Le scénario distille une information foisonnante qui rend compte de l\u2019expérience féminine dans les hautes C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Danse + Théâtre Réservez maintenant ! fta.ca 514 844 3822 Dans 4 jours.DARK FIELD ANALYSIS Jefta van Dinther Stockholm + Berlin 25 au 27 mai Théâtre Prospero KINGS OF WAR Shakespeare + Ivo van Hove Amsterdam 24 au 27 mai Théâtre Denise-Pelletier 6 & 9 TAO Dance Theater Beijing 23 au 25 mai Place des Arts Théâtre Jean-Duceppe LA VIE UTILE Evelyne de la Chenelière + Marie Brassard Montréal 28 mai au 1 juin Théâtre ESPACE GO Après Tragédies romaines, en?n le retour d\u2019Ivo van Hove à Montréal Nouveaux billets disponibles ! Deux pièces éblouissantes, virtuoses, raf?nées Une expérience sensorielle hors du commun Un fascinant voyage au cœur d\u2019une mémoire qui se soulève QUATUOR TRISTESSE Daniel Léveillé Montréal 30 mai au 1 juin Édi?ce Wilder - Espace danse Une œuvre où la tristesse perd sa gravité AUTOUR DU LACTUME Réjean Ducharme + Martin Faucher 1 au 4 juin La Chapelle Scènes Contemporaines Une déclaration d\u2019amour lumineuse à Réjean Ducharme How to Talk to Girls at Parties ?L\u2019Angleterre sous Thatcher.Croyant se rendre à une fête privée, Enn (Alex Sharp, crédible), aspirant artiste, a le coup de foudre pour Zan (Elle Fanning, irrésistible), extraterrestre n\u2019ayant d\u2019humain que l\u2019apparence.Tandis que Zan refuse de rentrer dans le rang cosmique, Enn affirme ses velléités créatrices.Des parcours de résistance parallèles qui s\u2019unissent pour former la base d\u2019une histoire d\u2019amour délicieusement excentrique.En toile de fond: une scène punk dominée par une sorte de papesse nihiliste (Nicole Kidman, déjantée).HtTtGaP s\u2019inscrit dans la continuité des premiers films de John Cameron Mitchell, Hedwig and the Angry Inch et Shortbus, tant par son esprit anticonformiste que par ses préoccupations, tel l\u2019appel de la marge conjugué au besoin d\u2019appartenance.Hélas, on sent parfois le remplissage dans le scénario.Le rythme est en outre inégal.Il n\u2019empêche que, dans le genre comédie romantique, on a vu plus convenu.François Lévesque Knock ?1/2 Pas étonnant qu\u2019il soit devenu une star: Omar Sy irradie à chacune de ses présences à l\u2019écran, et son sourire attire tous les regards.C\u2019est sans doute pourquoi on a bien du mal à l\u2019imaginer en petit bandit de grand chemin devenu médecin altruiste, mais parfois retors.Librement adapté d\u2019une célèbre pièce de Jules Romains où l\u2019acteur Louis Jouvet a souvent triomphé, Knock a été réalisé par Lorraine Levy (La première fois que j\u2019ai eu 20 ans), qui signe un film plus gentil que grinçant, oblitérant volontairement certains enjeux, dont ceux à caractère racial, une jolie aberration dans un village vieille-France-béret-baguette des années 1950.Cela en fait un film que l\u2019on dirait peuplé de licornes, du cinéma de papa réconfortant, surtout grâce à la présence d\u2019acteurs chevronnés qui semblent en colonie de vacances.Et pas malheureux d\u2019y être.André Lavoie La reine de la fête (V.F.de Life of the Party) ?1/2 Deanna (Melissa McCarthy, drôle et tendre), quadragénaire fraîchement divorcée, s\u2019inscrit à la même université que sa fille (Mollie Gordon) afin de terminer ses études en archéologie.La panique s\u2019installe lorsque son ex (Matt Walsh), sur le point de se remarier, menace de lui couper les vivres.Comédie gentille et conventionnelle sur l\u2019empowerment au féminin écrite par McCarthy et son mari Ben Falcone (Tammy, The Boss), La reine de la fête ressasse tous les clichés du film de campus avec une pléthore de godiches et de pimbêches.Bonne fête des Mères quand même.Manon Dumais naise, refusant toutefois de friser la perfection technologique.Il revisite quelques thèmes récurrents, dont les préoccupations écologiques quant à une nature parfois déchaînée ou affectée par la folie des hommes, symbolisés par un petit village côtier encore marqué par une grande tragédie.Le jeune Kai s\u2019y ennuie, mais avec deux camarades de classe, leur groupe de musique attire la curiosité d\u2019une petite sirène à qui il pousse des jambes lorsqu\u2019elle entend leurs rythmes endiablés.Sa présence provoquera une série d\u2019événements qui transforma à jamais les paysages, et les mentalités, le tout de manière excessive et quelque peu désordonnée.André Lavoie Club de lecture (V.F.de Book Club) ?1/2 Imaginez quatre grandes vedettes formant un club de lecture pour y dévorer Jane Austen ou Marguerite Yourcenar.La chose est en partie réalité dans Book Club, mais le beau quatuor de stars jette son dévolu sur Fifty Shades of Grey.Pour elles commence une nouvelle étape de leur vie, plus folichonne, mais la trajectoire de ces femmes d\u2019âge mûr ne surprendra pas les habitués du cinéma de la regrettée Nancy Meyers (It\u2019s Complicated, The Holiday) à qui Bill Holderman rend un hommage appuyé avec cette enfilade d\u2019intérieurs chics.Cette comédie constitue surtout un prétexte pour mettre en valeur des actrices dont chacune porte un pan important du cinéma américain, à commencer par l\u2019impériale Jane Fonda aux côtés de la toujours débonnaire Diane Keaton.La prochaine fois, elles devraient tout de même prendre un soin plus méticuleux à choisir leurs lectures.André Lavoie La ch\u2019tite famille ?1/2 Devant la nouvelle comédie de Dany Boon, beaucoup de spectateurs d\u2019ici vont parfois se sentir comme des Parisiens devant un film québécois: désespérément en quête de sous-titres.Le ch\u2019ti, on le connaît pourtant, grâce à son film à succès, Bienvenue chez les Ch\u2019tis.Il ne s\u2019agit pas vraiment d\u2019une suite, mais d\u2019une nouvelle visite dans cette région du nord de la France, avec en prime un clash des cultures avec la bonne société parisienne.Déguisé en couturier renommé, Valentin (Boon) fait tout pour masquer son passé prolo et son accent méprisé de tous, mais l\u2019arrivée tonitruante de sa famille (alors que tous le croient orphelin!) va bousculer son existence.Comme à son habitude, il mélange sentimentalisme et humour burlesque, faisant l\u2019apologie du terroir, mais évidemment sauvé par les bonnes manières des gens de la capitale.Et même si parfois on a autant de mal à la comprendre que tous les autres, la chanteuse Line Renaud triomphe sans partage dans cette sympathique lutte des classes qui ne réinvente jamais le genre.André Lavoie fleuve Congo, les personnages de la vidéo sans son de Bianca Baldi (Johannesburg) suggèrent les récits inaudibles des peuples colonisés.Ailleurs, c\u2019est l\u2019audition qui prend le dessus, comme dans les œuvres des Montréalais Douglas Moffat et du duo Jen Reimer & Max Stein.Le premier, avec l\u2019entre-deux de tuyaux, reproduit la manœuvre de Valsalva pratiquée par les plongeurs sous-marins dans leur descente au fond des eaux, une expérience réservée aux initiés.Quant aux seconds, leurs paysages sonores rendus accessibles par casque d\u2019écoute octroient une attention différente à des parcs urbains si familiers pour être fréquentés au quotidien.Tourisme Malgré l\u2019approche convenue, le dispositif possède une belle ef ficacité qui entre en contraste avec le moyen métrage de Marie Voignier (Paris), Tourisme international, qui s\u2019intéresse aux images que les régimes totalitaires tendent d\u2019eux-mêmes au regard extérieur.De ses visites guidées en Corée du Nord, elle ne présente que les images et les sons ambiants, après avoir exclu le commentaire devant ancrer l\u2019interprétation of ficielle.Il en découle un étrange flottement autour des images, qui dérogent de ce fait de la représentation cristallisée voulue par Kim Jung-un.Malgré leur subtilité, le traitement et la manipulation sur la documentation visuelle opérés par Voignier sont d\u2019une puissance indéniable, ce qui rend l\u2019œuvre captivante, d\u2019autant que le régime nord-coréen subjugue et effraie déjà en partant.Les limites de l\u2019appréhension de cette réalité sont irrémédiablement soulignées.D\u2019autres œuvres prennent la forme de courts et de moyens métrages, ce qui fait que l\u2019exposition se poursuit dans la salle de projection avec une programmation de cinq films, qui pourraient, à tort, être perçus que comme les appendices du corps principal.Dans Ocean Hill Drive, les Allemandes Miriam Gossing & Lina Sieckmann nous plongent par leurs images dans le phénomène très réel d\u2019« ombres mouvantes » provoquées par les éoliennes et faisant intrusion dans l\u2019ordinaire domestique d\u2019un quartier résidentiel du Massachusetts.Aussi inquiétantes soient-elles, ces conséquences insoupçonnées sur la vie des gens de la production d\u2019énergie renouvelable ne sont rien à côté du spectre du nazisme, ce qu\u2019explore la vidéo de Mareike Bernien & Kirstin Schroedinger (Berlin).Leur film est tourné dans la manufacture aujourd\u2019hui inactive d\u2019Agfacolor qui fabriquait la pellicule couleur pendant la Seconde Guerre mondiale, y exploitant des travailleurs juifs pour la propagande nazie.Faite de mises en scène et de manipulations de l\u2019image avec des gels couleurs, l\u2019œuvre force une méditation nécessaire sur les fictions qui ont forgé une image en noir et blanc de l \u2019Holocauste.La vérité n\u2019aura jamais semblé aussi relative que quand elle est donnée à voir.Entends-tu ce que je vois ?Dazibao, 5455, avenue de Gaspé, espace 109, à Montréal, jusqu\u2019au 2 juin L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 1 6 | CRITIQUE MARIE-ÈVE CHARRON COLLABORATRICE LE DEVOIR La remise en question de la prédominance du regard dans l\u2019art occidental a souvent eu une charge politique, notamment dans les travaux pionniers des féministes des années 1960 et 1970, pour ne nommer que ceux-là.Cette tangente générale est poursuivie dans l\u2019exposition de groupe présentée chez Dazibao, Entends-tu ce que je vois?, qui établit une équation entre l\u2019incomplétude des sens et le potentiel critique de l\u2019art d\u2019affiner notre perception du monde, à un moment de l\u2019histoire, comme le précise l\u2019opuscule, «où la réalité est constamment médiatisée».Avec les œuvres de ses 14 artistes et duos de provenances variées, l\u2019exposition fait expérimenter des états liminaux de la perception, visuelle et auditive surtout, qui s\u2019avèrent autant d\u2019occasions de réfléchir sur les amputations paradoxales provoquées par les technologies qui, pour amplifier, reproduire et enregistrer des phénomènes, font toujours en fait leur construction.Toutes les situations abordées sont ainsi présentes parce que médiatisées par le langage technologique et, de là, formées d\u2019une certaine manière.L\u2019exposition réserve plusieurs moments de ravissement en conjuguant l\u2019intelligence du propos des œuvres à l\u2019expérience sensible dont elles exacerbent les ef fets en jouant sur les manques et sur le refus de totaliser le réel.Altérité La vidéo de l\u2019Autrichienne Sofie Thor- sen ouvre le parcours avec à propos.Elle fait découvrir le paysage de l\u2019île de Fur au Danemark en reproduisant la vision d\u2019une personne atteinte d\u2019achromatopsie, une maladie héréditaire ayant particulièrement touché la population locale.Le récit de personnes achromates rencontrées par l\u2019artiste relaie autrement l\u2019expérience rendue par des images dont l\u2019évanescence trouble profondément.La cécité, partielle ou non, se présente en fait comme une lacune qui n\u2019est pas d\u2019ordre uniquement physiologique.C\u2019est l\u2019impossibilité d\u2019occuper le regard de l\u2019autre, de se mettre à la place d\u2019autrui, qui devient le problème.Dans le traitement visuel mirifique de sa vidéo, Simon M.Benedict, de Toronto, confond conquête coloniale et volonté de rencontrer des vies extraterrestres, deux manières de poser la question de l\u2019altérité.Avec leur manipulation étudiée de la malle-lit d\u2019un explorateur français du XIXe siècle ayant parcouru le Ne pas vouloir totaliser le réel L\u2019exposition de groupe chez Dazibao explore le potentiel critique de l\u2019incomplétude des sens Marie Voignier, Tourisme international, 2014.Vue de l\u2019exposition Entends-tu ce que je vois ?Do You See What I Hear ?Photo du bas : Sofie Thorsen, The Achromatic Island, 2009-2010 DAZIBAO Concours d\u2019art public pour l\u2019île Sainte-Hélène Au printemps 2017, l\u2019île Sainte-Hé- lène fut amputée de 1000 arbres afin de permettre la création d\u2019un amphithéâtre de 65 000 places.Un lac fut aussi éliminé\u2026 L\u2019art pourrait-il panser ce site patrimonial mis à mal ?Un an plus tard, le Bureau d\u2019art public lance un concours pour le parc Jean-Drapeau, dans le secteur ouest de l\u2019île Sainte-Hélène, où est déjà installé le stabile Trois disques \u2014 renommé l\u2019Homme \u2014 d\u2019Alexander Calder.Cette nouvelle œuvre d\u2019art public devra être une intervention fragmentée entre trois espaces sur ce site.Chacun des quatre finalistes qui seront choisis recevra un montant de 7000 $ pour élaborer son projet.La proposition gagnante aura un important budget de réalisation de 604 000 $ et sera inaugurée en juillet 2019.Les artistes professionnels intéressés ont jusqu\u2019au 4 juin pour répondre à cet avis de concours.Nicolas Mavrikakis | 17 C u l t u r e A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR Jadis doté d\u2019une des galeries les plus vastes et impressionnantes du Belgo, le centre Circa profite de son 30e anniversaire pour ramener à l\u2019esprit cette époque de grandeurs.Avec regret presque : les espaces de Circa ont à ce point été réduits en 2014 qu\u2019il a fallu sortir du centre-ville pour célébrer avec faste.Ce ne sont pas une, ni deux, mais bien trois expositions qui ont été préparées.Chapeautées du même titre (Feu) et conçues par le même commissaire (André-Louis Paré), elles forment cependant une seule et même expo, scindée en trois parties, ou en trois lieux.L\u2019une prend place au Belgo, en toute logique, les autres dans deux maisons de la culture, sans doute parmi les plus spacieuses.La question d\u2019espace est inhérente à l\u2019histoire de Circa.Fondé en 1988 par un groupe de céramistes, il a rapidement élargi son mandat à celui de la sculpture, puis à celui de l\u2019installation, arts tridimensionnels par excellence.Depuis quelques années cependant, la notion d\u2019espace n\u2019est plus seulement prise au sens sculptural et inclut des artistes qui font dans le 2D ou dans la performance.L\u2019exposition Feu est un des trois volets d\u2019un programme intitulé, lui, Feu et origines et incluant une série de performances et une autre de tables rondes.Comme ces deux autres volets sont de nature ponctuelle, on n\u2019en discutera pas ici.Notez qu\u2019un calendrier est affiché sur le site Web du centre d\u2019artistes (circa-art.com).Entre création et destruction Les trois lieux qui accueillent Feu se partagent les œuvres de 14 artistes ou collectifs.Un tel éparpillement ne s\u2019explique pas.Peut-être l\u2019intention était-elle d\u2019associer la sculpture à un espace sans limites, mais rien dans la thématique choisie ne l\u2019indique.Encore que si les maisons de la culture Frontenac et Plateau-Mont- Royal avaient été investies dans leur totalité, on y verrait un choix pour la démesure.Or, dans les deux cas, on joue dans la modération.On peut certes trouver un trait distinctif à chaque lieu \u2014 la nature à Circa, le sublime au Plateau, l\u2019hybride à Frontenac \u2014, mais le regroupement aurait été préférable.Tel quel, il est difficile de voir une unité dans ce projet tripartite.Pris davantage au figuré que dans une lecture littérale \u2014 vous ne verrez pratiquement ni flammes ni cendres \u2014, le thème du feu s\u2019inscrit dans une variété d\u2019interprétations, notamment par sa double résonance comme source de création (ou de progrès) et de destruction (ou de recul).L\u2019idée de parler des 30 ans de Circa à travers le feu est un clin d\u2019œil aux origines du centre.La céramique, c\u2019est l\u2019art du feu, et c\u2019est avec raison que l\u2019expo inclut des artistes qui y font appel.Mais plutôt que d\u2019évoquer Du 3D aux trois-espaces Le centre Circa célèbre ses 30 ans autour du thème du feu SU R L E R A DA R les métiers d\u2019art, André-Louis Paré s\u2019en est tenu à des cas d\u2019art contemporain.Laurent Craste, un céramiste de formation qui n\u2019hésite pas à corrompre, voire à casser l\u2019objet en porcelaine, apparaît dans ce sens comme un cas emblématique.Philippe Caron Lefebvre et Dominic Papillon, deux parmi les plus jeunes de l\u2019exposition, se jouent des traditions et de la simple représentation.Les formes organiques qu\u2019ils explorent en céramique composent un échantillon de la nature, chez le premier, et une mise en scène énigmatique, chez le second.Le feu, c\u2019est aussi une lumière.Elle peut brûler et faire fondre comme pour Icare, ou comme chez Didi-Huberman, dont les «essais sur l\u2019apparition» ont inspiré une installation à Bruno Santerre.Il y est question de papillons réduits en cendres, alors que chez Catherine Bolduc, c\u2019est le contraire : la lumière, féerique, magnifie le banal.Immatériels dans certains cas, simples images dans d\u2019autres, les exercices sur le thème du feu mènent aussi à des œuvres qui prennent du poids.Connu pour son recyclage d\u2019objets, Éric Sauvé propose ainsi Pour ce qui flotte, une installation à base de bidons d\u2019essence.Le ton ici est politique, voire alarmiste à l\u2019égard de tout ce pétrole que la planète brûle.Emblématique du créateur qui puise dans les éléments naturels, André Fournelle a fait du feu sa signature.Or, ici, point de flammes, sinon en amont : l\u2019installation Et la pierre irradie le feu est le résultat du dynamitage d\u2019une grosse roche.Scindée en quatre, la pierre fait une suite du renouvellement d\u2019une vie, et non pas une rupture.Dans la vidéo documentaire de l\u2019œuvre, Fournelle appelle à «respecter le côté aléatoire de l\u2019éclatement ».« Chaque fragment, dit-il, est la quintessence d\u2019un tout.» Exposition commémorative, Feu n\u2019est pas une af faire passéiste.La grande majorité des œuvres ont été réalisées dans les deux dernières années, y compris celles des « vétérans » Fournelle et Yves Louis-Seize, un des fondateurs de Circa.Le choix du thème, c\u2019est un peu aussi pour illustrer que dans ce centre d\u2019artistes, le feu sacré brûle toujours.Feu Au centre Circa jusqu\u2019au 16 juin, à la Maison de la culture Frontenac jusqu\u2019au 3 juin et à la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal jusqu\u2019au 10 juin Vues de l\u2019exposition Feu BELGO FIRME LEMAY / VILLE DE MONTRÉAL Cette exigence et cette rigueur ont forgé une légende qui a impressionné les plus grands esprits.Dans sa notice, Richard Osborne rappelle que le cinéaste Ingmar Bergman, dans ses mémoires, Laterna magica, évoque une représentation de Fidelio dirigée par Böhm.Bergman parvenait à faire fi d\u2019une mise en scène médiocre et d\u2019un décor pénible grâce à « la simple évidence de la musique, où tout collait, sans artifice, sans effet, sans tempo inhabituel ».Ce n\u2019est pas parce que le chef vécut octogénaire et œuvra dans les années 1950 et 1960 que «papy Böhm » est un vieux lourdaud, aujourd\u2019hui périmé.Son Mozart peut être d\u2019une légèreté duveteuse (écoutez l\u2019accompagnement ailé de l\u2019air de Belmonte L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e C l a s s i q u e 1 8 | BILLET CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR art lyrique connaît une période plutôt faste, élargissant son public en multipliant les réseaux de diffusion, au cinéma, ou en s\u2019ouvrant davantage à la création.Dans ce cadre, quelle leçon pouvons-nous tirer des grands anciens ?Un coffret rassemblant l\u2019héritage discographique lyrique de Karl Böhm nous apporte d\u2019intéressantes réponses.J\u2019ai pensé à Karl Böhm samedi dernier lors de Carmen à l\u2019Opéra de Québec.Non pas que le chef-d\u2019œuvre de Bizet soit associé au chef autrichien.Mais lorsque Don José chantait dans l\u2019Air de la fleur « \u201cPouis\u201d je m\u2019accusais de blasphème », je savais qu\u2019il fut un temps, sous d\u2019autres chefs, où le même ténor, Thiago Arancam, s\u2019était clairement fait dire que \u201cpuis\u201d et \u201cpouis\u201d, ce n\u2019est pas la même chose.Que le ténor brésilien n\u2019ait pas retenu la leçon impor te peu.L\u2019exemple attire notre attention sur l\u2019impor tance du moindre détail à l\u2019opéra.L\u2019ar ticulation et les couleurs, qui reposent à la fois sur l\u2019orchestre et sur les mots, sont les moteurs de l\u2019expressivité et dictent l\u2019impact sur le spectateur.À l\u2019opéra, le chef est le garant du respect de ces articulations et de ces couleurs.L\u2019Autrichien Karl Böhm (1894-1981) était, au XXe siècle, l\u2019un des plus grands per fectionnistes du métier, pourfendeur en chef du laisser-aller et de l\u2019approximation.« C\u2019est mon enregistrement ! » Quelques documentaires, dans lesquels on voit Karl Böhm en répétition, témoignent de son éthique musicale.Parmi ces documents filmés, l\u2019un, datant de 1967, qui a refait surface en octobre 2016 sur YouTube, le montre enregistrant à Prague une intégrale de Don Giovanni pour Deutsche Grammophon avec Dietrich Fischer-Dieskau dans le rôle-titre.Même si cette rareté est narrée en allemand avec des sous-titres en japonais, le langage de la musique étant universel, il est facile d\u2019être fasciné par le travail musical du chef, par exemple dans la confrontation entre Don Giovanni et le Commandeur, à partir de 42 minutes.Personne, ici, ne dit « pouis » (en italien) et rien ne déborde: «C\u2019est mon enregistrement, alors vous suivez mes tempos », sermonne Böhm à 25 min 56 s.La leçon d\u2019opéra de Karl Böhm Le chef autrichien Karl Böhm en juillet 1970 ORTF / AGENCE FRANCE-PRESSE Ce n\u2019est pas parce que le chef vécut octogénaire et œuvra dans les années 1950 et 1960 que « papy Böhm » est un vieux lourdaud, aujourd\u2019hui périmé L\u2019 Quelques documentaires, dans lesquels on voit Karl Böhm en répétition, témoignent de son éthique musicale.Parmi ces documents filmés, l\u2019un, datant de 1967, le montre enregistrant à Prague une intégrale de Don Giovanni avec Dietrich Fischer- Dieskau dans le rôle-titre. dans le 1er acte de L\u2019enlèvement au sérail) et ses opéras de Richard Strauss sont avant tout d\u2019une formidable transparence.On peut ainsi légitimement parler d\u2019enregistrements de référence, car on peut s\u2019y référer, aujourd\u2019hui comme hier, d\u2019autant que les conditions dans lesquelles ont été réalisés les opéras en studio n\u2019ont plus cours.Énorme, mais un peu frustrant Si vous n\u2019êtes pas intéressés par Mozart et Richard Strauss, passez votre chemin.Ce coffret est très majoritairement consacré aux deux compositeurs majeurs qui ont marqué la carrière de Böhm.Sur 70 CD, Mozart occupe les CD 13 à 34, et Strauss les CD 35 à 62 ! Il y a parfois deux versions des mêmes opéras, souvent pour notre plus grand bonheur, puisque le premier Don Giovanni, de 1967 (Fischer-Dieskau, Flagello, Nilsson, Arroyo, Schreier, Talvela, Grist, Mariotti), a été longtemps indisponible, supplanté par le second, de 1977 (Milnes, Berr y, Tomowa- Sintow, Zylis-Gara, Schreier, Ma- curdy, Mathis, Duesing), pas forcément mieux-disant.Bonheur aussi de retrouver le Così fan tutte de 1974 enregistré à Salzbourg avec Gundula Janowitz, Brigitte Fassbaender, Hermann Prey, Peter Schreier, Rolando Panerai et Reri Grist.Dans Strauss, il y a deux Chevalier à la rose (1958 et 1969), trois Ariane à Naxos (1944, 1954, 1969).L\u2019Ariane de 1944 avait été donnée à Vienne pour les 80 ans du compositeur.À Salzbourg, une plaque contextualise désormais le passé du chef à cette époque.S\u2019agissant de Strauss, les manques de la discographie de studio avaient été compensés dès 1994 par la publication de documents de Salzbourg (Arabella, La femme silencieuse).Nous les retrouvons ici.Wagner permet de mettre le doigt sur le point qui fâche.En dépit des 70 CD, le cof fret ne comprend pas tout le legs lyrique de Böhm.Il s\u2019en tient aux enregistrements « DG », c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne contient pas le Ring de Wagner (Philips), les premières Noces de Figaro (Philips), et de chez Decca le premier Così fan tutte, la Chauve-souris, la Femme sans ombre.Il était possible de mettre à part les œuvres chorales (Requiem de Mozart, Missa solemnis de Beethoven), récitals vocaux et disques d\u2019entrevues en allemand pour faire une boîte vraiment exhaustive.La situation est d\u2019autant plus perturbante et confuse que, publié exactement sous le même t i tre Complete Recordings on Deutsche Grammophon.Opera & Choral Works, un cube consacré au chef Eugen Jochum (honorablement intéressant, mais pas essentiel) comprend, lui, tous les enregistrements Philips de ce chef ! Interrogé par Le Devoir sur cette contradiction, Johannes Gleim, chef du catalogue à Berlin, nous dit que le cof fret Böhm, aux espérances de ventes limitées, aurait été trop volumineux et qu\u2019un sticker « DG et Philips » a été désormais ajouté au coffret Jochum.Il est vrai que les anthologies lyriques autour d\u2019un chef se font extrêmement rares.Warner a ainsi renoncé à publier un coffret «Cluytens opéra », analysant que les mélomanes préfèrent acheter les opéras à la pièce (on comprend entre les branches que le « Plasson opéra » a été un échec).Si donc vous cherchez une référence dans Mozart et Strauss, augmentée d\u2019enregistrements de Fidelio, Wozzeck, Lulu, le Vaisseau fantôme et Tristan et Isolde de haut calibre, ne laissez pas passer ce coffret : vous ne le reverrez pas de sitôt.The Operas Karl Böhm, DG, 70CD, 479 8358 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 M O N T R E A L BA R O Q U E .C O M 5 1 4 8 4 5 - 7 1 7 1 UNE SOMPTUEUSE PANOPLIE DE SES PLUS EXTRAVAGANTES ET INTIMES ŒUVRES ! jean-françois guilbault avec monique miller gilles renaud mise en scène frédéric dubois À L\u2019AFFICHE ! TNM.QC.CA \u2014 Mario Cloutier, La Presse+ [\u2026] deux grands comédiens De l\u2018excellent théâtre.Drôle et troublant.[\u2026] simple et émouvant.qui éclatent du plaisir de jouer.admirable ! Une performance \u2014 Francine Grimaldi, ICI R-C Première Samedi et rien d\u2019autre, un grand moment de théâtre.une grande pièce, Une grande œuvre, Quel bonheur ! \u2014 Jean Barbe, Culture club, ICI R-C Première Concerts de la semaine Les Boréades.L\u2019ensemble baroque mené par Francis Colpron et composé pour l\u2019occasion de 10 musiciens s\u2019intéresse à la dynastie des Danican-Philidor.« Descendante d\u2019une famille originaire d\u2019Écosse, cette dynastie couvre plus de 150 ans.La plupart de ses membres ont joué des instruments à vent dans les institutions royales, plusieurs ont contribué à perfectionner la facture de la flûte et du hautbois, et certains ont été de remarquables compositeurs », nous annonce Francis Colpron, qui s\u2019intéressera aux œuvres d\u2019André Danican Philidor, dit l\u2019Aîné, Pierre Danican Philidor, François-André Danican Philidor (un féru de musique vocale), Anne Danican Philidor et Jean-Philippe Rameau.Jeudi 24 mai à 19 h 30, au Conservatoire de musique de Montréal.Lucienne Renaudin Vary.La trompettiste française s\u2019est signalée en France en étant nommée à l\u2019âge de 17 ans « Révélation de l\u2019année » aux Victoires de la musique 2016.C\u2019est avec Les Violons du Roy, sous la direction de Mathieu Lussier, que fera ses débuts au Canada cette musicienne qui a commencé l\u2019étude de la trompette parce qu\u2019il manquait des élèves dans la classe de conservatoire de sa ville, Le Mans.Lucienne Renaudin Vary jouera deux grands classiques du répertoire : les concertos de Haydn et Hummel.Mathieu Lussier, qui dirigera l\u2019ouverture de Così fan tutte et la symphonie « Le miracle » de Haydn, s\u2019est surpassé en dénichant une symphonie inconnue, intitulée « La prise de la Bastille », d\u2019un certain O.J.Vandenbroek.Vendredi 25 mai 19 h 30, à la Maison symphonique de Montréal. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e F I M AV 2 0 | ENTREVUE PHILIPPE RENAUD LE DEVOIR rticle numéro 1 de la charte de l\u2019improvisateur, selon l\u2019un des plus illustres représentants de la scène free jazz européenne, le saxophoniste Mats Gustafsson : «Tout est une question de respect et de confiance.Si t\u2019as confiance en tes collègues musiciens sur scène, la musique suivra.» Ce week-end, au Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV), nous pourrons valider deux fois plutôt qu\u2019une la consigne alors que Gustafsson se produira avec son orchestre jazz avant-gardiste Fire !, puis au sein du trio noise qu\u2019il forme avec Merzbow, pionnier du genre, et le batteur hongrois Balázs Pándi.Le port des bouchons pour oreilles est recommandé! Musicien et per formeur depuis une trentaine d\u2019années, le Suédois est aussi considéré comme un érudit des musiques improvisées en raison de sa collection de disques que l\u2019on dit légendaire.Il n\u2019estime pas sa taille en nombre d\u2019albums amassés depuis l\u2019adolescence et au- jourd\u2019hui entreposés dans le sous- sol de sa maison en Autriche, mais en poids : 1 ,7 tonne de vinyles, confiait-il au webzine britannique The Vinyl Factory.« Le vinyle, c\u2019est une maladie », concède Mats Gustafsson, qui a publié l\u2019automne dernier un recueil d\u2019entretiens avec d\u2019autres célèbres « malades » (Mats Gustafsson.Disca- holics ! Record Collector Confessions Volume 1) tels que Thurston Moore et l\u2019illustrateur-bédéiste Rober t Crumb.« Mais il y a dans ça un côté thérapeutique, surtout avec toutes ces tournées.Il faut bien s\u2019occuper quand on est loin de la famille.Certains musiciens visitent des musées, d\u2019autres préfèrent s\u2019enfermer dans leur chambre d\u2019hôtel avec un livre.Moi, je pars à la chasse au vinyle.Ça me fait du bien.» « De plus, enchaîne-t-il, ça m\u2019aide dans mon travail : il y a tellement de choses inspirantes qu\u2019on découvre dans les disques.Pour moi, c\u2019est extrêmement important d\u2019écouter beaucoup de musique, et de la musique variée \u2014 du jazz et des musiques improvisées, oui, mais aussi beaucoup de musiques du monde, de musique contemporaine\u2026 L\u2019inspiration, l\u2019envie de progresser, comme musicien, mais aussi comme être humain, se trouvent dans ces disques.» Musicien autodidacte, fan de punk et de métal depuis l\u2019adolescence, Gustafsson estime être aujourd\u2019hui «un bien meilleur musicien et improvisateur qu\u2019il y a 30 ans.Le jazz et les musiques improvisées, c\u2019est une vie d\u2019exploration dans le but de toujours chercher à devenir meilleur ».Sa propre discographie en témoigne : multipliant les projets en solo, avec ses deux orchestres « stables » que sont The Thing et Fire !, ou avec des collaborations plus ou moins ponctuelles, Mats Gustafsson a ainsi élargi son propre horizon musical, et celui du jazz et des musiques improvisées, sur plus d\u2019une centaine d\u2019albums portant son nom.Sa production phénoménale n\u2019a d\u2019égale que l\u2019énergie qu\u2019il déploie, armé de son saxophone \u2014 ou de quelques vieux claviers, lorsqu\u2019il per forme avec l\u2019ensemble fusion free jazz-rock Fire ! (Andreas Werliin à la batterie, Johan Ber thling à la basse), qui a lancé un passionnant et contrasté sixième album en février dernier sur l\u2019étiquette Rune Gramo- fon intitulé The Hands.Il s\u2019agira de la toute première performance de Fire ! en sol nord-américain.Pas de compromis « C\u2019est dans la nature de ces musiques improvisées que de s\u2019adonner à plusieurs projets dif férents à la fois, abonde Gustafsson.Personnellement, je juge important de revenir à mes deux groupes principaux, pour mieux pouvoir explorer autre chose ensuite.Je considère The Thing et Fire ! Comme des work in progress, et l\u2019occasion de collaborer avec d\u2019autres musiciens pour explorer d\u2019autres facettes de mon travail.» Ainsi, après le concert de Fire ! samedi soir, le saxophoniste retrouvera Balázs Pándi et son vieil ami Masami Akita, alias Merzbow, bourreau de travail et de tympans : plus de 400 parutions à son nom, un corpus de musique bruyante, agressive, passionnée, qui passe de l\u2019ambient à la musique industrielle.Que prévoir de cette performance ?Le Suédois n\u2019en a aucune idée, sinon qu\u2019il s\u2019imagine que ces deux concerts lui permettront de présenter deux facettes différentes de son travail.« Avant une performance, il nous arrive de jaser musique.Parfois non.Parfois, on discute de la musique, parfois non.Avec Merzbow ou Fire!, j\u2019espère seulement que le public reconnaîtra ma voix, ma façon de jouer.Si les résultats sonnent différemment, c\u2019est parce que la chimie sur scène est dif férente.Ensuite, avec Merz- bow, le résultat est plus bruyant, évidemment\u2026 Cependant, il y a des aspects \u201cnoise\u201d dans Fire!, aussi, et des passages plus rythmés et structurés avec Merzbow.L\u2019important, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y ait pas de compromis.» «Ça va sonner cliché ce que je dis, mais chacun devrait se faire sa propre idée [de la qualité d\u2019une performance].À mes yeux, ce qui importe, c\u2019est de développer mon propre langage dans chacun des projets auxquels je touche, et ne jamais compromettre ce que je suis comme musicien.En concert, on le sait, on le sent quand ça fonctionne, et l\u2019auditoire aussi.Évidemment, les gens peuvent avoir une opinion différente, mais il y a toujours une certaine vérité objective dans la musique improvisée \u2014 et dans l\u2019art en général.On sait si ça fonctionne ou pas.» « Le truc, poursuit-il, c\u2019est que si ça ne fonctionne pas sur scène, il faut user de son expérience, puiser dans ses émotions, pour s\u2019arranger pour que ça fonctionne.C\u2019est une responsabilité partagée entre musiciens.C\u2019est précisément le défi de faire de l\u2019art.Lorsque tu montes sur scène, tu ne sais pas si ça va cliquer.Moi, je serais horrifié de monter sur scène en sachant d\u2019avance que ça va fonctionner.C\u2019est pour ça que je fais de la musique improvisée : pour me mettre en danger et interagir avec les autres.» Mats Gustafsson, surtout, ne rien prévoir À Victoriaville comme ailleurs, le saxophoniste se met en danger afin de mieux interagir avec les autres Musicien autodidacte, fan de punk et de métal, Gustafsson estime être aujourd\u2019hui « un bien meilleur musicien et improvisateur qu\u2019il y a 30 ans ».CATO LEIN A | 2 1 C u l t u r e D i s q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 CHANSON Sainte-Victoire ?1/2 Clara Luciani, Initial/Universal « Hé toi, qu\u2019est-ce que tu regardes ?/ T\u2019as jamais vu une femme qui se bat ?» Ainsi passe à l\u2019attaque la chanteuse marseillaise d\u2019origine corse et sicilienne : c\u2019est La grenade, chanson dansante et dégoupillée qui a lancé la jeune femme en solo à la fin de l\u2019hiver.Celle qui était dans le groupe La Femme, que l\u2019on a vue dans les parages de Nouvelle Vague et de Benjamin Biolay, entre autres, était prête à monter au front.Voici l\u2019album, onze titres à l\u2019assaut.Mais attention ! Une fois passés les trois premiers titres, pul- sants et déterminés, c\u2019est dans un monde de ballades pop qu\u2019on se retrouve, entre une Françoise Hardy et une Véro Sanson : tristesse, colère, mélancolie, tous les états d\u2019amour y passent.Ce disque affronte la déception amoureuse avec abandon et panache, à travers des chansons à la fois résolument pop et pas joyeuses pour autant.« Se remettre de cette douleur », chante-t- elle à la fin, « c\u2019est pouvoir tout affronter.» À commencer par le succès.À suivre.Sylvain Cormier POST-PUNK Wide Awake ! ?Parquet Courts, Rough Trade Les garage-rockeurs de Brooklyn ont fait quelque chose de très spécial avec ce Wide Awake !, à point pour le printemps.C\u2019est le disque d\u2019une nouvelle direction : celle d\u2019un tempo moins précipité, plus funk, celle de la confiance en ses moyens dans l\u2019exploration.Cette fraîcheur peut être attribuée à la présence de Danger Mouse à la production.Mais on ne perd rien de la hargne originelle.Le propos est franchement punk : à la fois profondément critique (injustice, violences, péril climatique) et étonnamment optimiste.Fidèle à ses anciennes inspirations, comme The Fall, Parquet Courts incorpore des éléments des Talking Heads, des Mekons, des Beach Boys, mais aussi des Specials, et des éléments ska en général.Almost Had to Start a Fight / In and Out of Patience est la pièce centrale de l\u2019œuvre : manifeste à la jonction de l\u2019inquiétude anxieuse et du besoin de faire la fête pour passer au travers de cet âge trouble.Vous avez dit éveil de conscience ?En concert au théâtre Fairmount le 26 mai.Sophie Chartier INDIE FOLK Aliso ?Malena Zavala, Yucatan Records Aliso est un été de mouvements lents et de chaleur bleutée, un premier album qui réussit ceci : un envoûtement.Ce que nous offre Malena Za- vala depuis la grisaille londonienne, où elle a grandi après avoir quitté son Argentine natale à l\u2019âge de trois ans, est un chant vaporeux d\u2019après- midi équatorial.Difficile de dire où elle loge : Zavala macère son folk dans un dream-pop aux teintes jazz, rock ou soul \u2014 façon amortie, mais non sans énergie.C\u2019est bien là ce qui fascine.Quand sa voix grave et sensuelle nourrie de trémolos, d\u2019aigus ou de creux à la Melanie De Biasio éclôt sur If It Goes, on soupçonne chez soi un début d\u2019hypnose.De De- vendra Banhart, l\u2019une de ses inspirations, Malena Zavala possède la rondeur des tons et la fantaisie psychédélique, mélange hautement harmonieux et surtout porteur d\u2019un mot : liberté.Derrière sa guitare électrique en petits spasmes, la musicienne observe le doute qui lui parle à l\u2019oreille, mais aussi l\u2019éclosion d\u2019une femme qui n\u2019oublie pas ses origines.Et qui compose comme une magicienne.Geneviève Tremblay EXPÉRIMENTAL Rausch ?1/2 GAS, Kompakt Que le compositeur et producteur allemand Wolfgang Voigt utilise des échantillons de musique orchestrale ou de «vraies» cordes enregistrées en studio pour créer ses petits chefs-d\u2019œuvre ambiant/musique contemporaine n\u2019a finalement pas d\u2019importance, tant le résultat est riche et obnubilant.Or, sur son sixième album sous l\u2019égide de GAS, Voigt se rapproche du son d\u2019un authentique orchestre philharmonique: les nappes de violons, les motifs de hautbois et de cors, même certains sons percussifs, sont reproduits à la perfection, sans effets électroniques, alors que de subtils synthétiseurs s\u2019immiscent entre les couvertures harmoniques.Un an seulement après l\u2019impeccable Narkopop, le vétéran de la scène électronique allemande nous soumet une longue composition de 60 minutes, linéaire sur le plan de la rythmique \u2014 un simple 4/4 surgissant à la 10e minute, disparaissant passé la 30e, puis refaisant surface autour de la 37e \u2014, mais incroyablement nourrissante côté textures et motifs mélodiques.Rausch signifie «intoxication».Ç\u2019aurait pu s\u2019appeler süchtig, pour «addictif».Philippe Renaud CLASSIQUE William Walton ?James Ehnes, BBC Symphony Orchestra, Edward Gardner, Chandos, SACD CHSA 5210 Le chef prolixe Edward Gardner s\u2019est lancé dans une grande anthologie des œuvres orchestrales de William Walton en SACD, affrontant une initiative similaire chez Hyperion, menée par Martin Brabbins en format CD.Après la 1re Symphonie, couplée au Concerto pour violon (avec Tasmin Little) et la 2e, associée au Concerto pour violoncelle, voici l\u2019association du Concerto pour alto avec la Partita pour orchestre.Brabbins, qui n\u2019a pas encore publié d\u2019enregistrement du Concerto pour alto, avait couplé cette dernière au Concerto pour violon.Le violoniste canadien James Ehnes prend l\u2019alto, suivant l\u2019exemple de Nigel Kennedy (honorable) et Maxim Vengerov (médiocre).Ehnes et Garner se distinguent par des tempos vifs, le son de Ehnes étant un peu caverneux et effilé par rapport à ma version préférée, Nobuko Imai-Jan Latham-König (Chandos, 1992).Le CD se poursuit excellemment, mais la prise de son assez réverbérée enlève du mordant à la fabuleuse Partita, dont la version de référence reste celle de George Szell, le dédicataire.Christophe Huss POP 7 ?Beach House, Sub Pop Un septième album en douze ans pour le duo américain Beach House, qui donne une paradoxale impression de renouveau.C\u2019est que le groupe ne se réinvente pas vraiment, proposant encore et toujours ses jolies et taciturnes chansons dream pop confites dans la mélancolie, toujours portées par la voix soyeuse de Virginie Legrand.Non, c\u2019est plutôt dans la facture que le groupe cherche à se transformer: l\u2019embauche du coréalisateur Peter Kember (ex-Spacemen 3) donne du muscle aux orchestrations rêvasseuses avec lesquelles le duo nous avait charmé dès son premier album.La manœuvre saute aux oreilles dès les premiers roulements de tambour de Dark Spring en ouverture; au milieu de la saisissante Dive, un sourd groove rock émerge sous le couplet, provoquant l\u2019extatique crescendo de cette mélodie qui goûte bon le rock de Manchester des années 1980.Tout, des guitares aux claviers bien gras (la ligne de basse de la ballade Pay No Mind !), rehausse le sentiment «d\u2019aliénation sociétale» dépeint sur ce disque qui s\u2019écoute en boucle.Philippe Renaud CLASSIQUE Francis Poulenc ?Sinfonietta, RTE National Symphony, Jean-Luc Tingaud, Naxos 8.573739 Programme avisé, utile, très plaisant et bien plus rare qu\u2019on le pense.Il est en effet assez rare de trouver des disques entièrement symphoniques de la musique de Poulenc, au même titre que les bons enregistrements en disque isolé de la Sinfonietta sont assez rares.La composition parfaite de ce CD de 65 minutes est donc son premier atout et ce bonheur se fait sans compromis sur la qualité.Stylis- tiquement, Jean-Luc Tingaud comprend parfaitement les couleurs des univers de Poulenc.Il sait aussi jusqu\u2019où il peut laisser aller l\u2019expressivité sans tomber dans la mièvrerie.L\u2019orchestre irlandais n\u2019est pas le Concertgebouw d\u2019Amsterdam: ses couleurs sont un peu sèches (je n\u2019oserais dire «vertes»\u2026), mais cette raucité passe mieux dans ce répertoire que dans un poème symphonique de Strauss.La grande découverte pour beaucoup sera la suite des Animaux modèles, œuvre attachante, très «moine et voyou» avec des références explicites à des œu- vres sacrées, comme les Litanies à la Vierge noire à la fin du Petit jour.Christophe Huss GARAGE ROCK Valery Vaughn ?Valery Vaughn, Costume Records «C\u2019est qui ça?», demande le premier extrait de l\u2019album initiateur du (très) jeune duo, en référence au pseudonyme qu\u2019il incarne.Éléments de réponse : remarqués l\u2019an dernier aux demi-finales des Francouvertes, Vincent Huard-Tremblay et Victor Tremblay-Desrosiers n\u2019ont pas perdu trop de temps avant de publier quelque chose de substantiel.Mariage mi-insolent mi-vulnérable entre le grunge lo-fi des années 1990 et des groupes du renouveau punk du début des années 2000 à la Death From Above1979, Valery Vaughn s\u2019inscrit dans une lignée de retour aux guitares fortes et grinçantes auquel on a droit depuis quelques années, entre Montréal et Québec.Avec leur son rauque, lourd et leur attitude de gaillards au cœur tendre (Toi + Moi, T\u2019aimes même pas la plage, anyway), les garçons de Valery Vaughn en font juste assez pour captiver.Les mélodies, un peu faciles (Pablo Placard, Pourquoi), s\u2019adaptent à l\u2019effet recherché, mais pourraient devenir béquilles.À surveiller, en tout cas.Sophie Chartier L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e Fe s t i va l L e s C o u p s d e t h é ât r e 2 2 | ENTREVUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR asse de l\u2019image magnifiée que se donne l\u2019humain sur les réseaux sociaux, l\u2019auteure flamande Kristien De Proost investit l\u2019envers de ce décor superficiel dans sa pièce Au courant présentée dès la semaine prochaine lors des Coups de théâtre.Traduite de la pièce flamande Toestand, mot qui signifie « état », ou plus largement une façon d\u2019être, Au courant est en fait une pièce autobiographique singulière de l\u2019artiste, qui porte un regard franc sur notre façon d\u2019être et d\u2019exister.Jointe par Le Devoir, De Proost explique que c\u2019est avant tout un spectacle sur la condition humaine, conçu comme un autoportrait.« J\u2019essaie de me présenter le plus objectivement possible dans le temps présent.Il y a dans le texte des petits bouts d\u2019information sur ma jeunesse, mais le but n\u2019est pas de raconter une histoire, c\u2019est vraiment un état sur le moment présent, celui d\u2019être heureux, d\u2019exister tout en étant capable de se rendre compte que notre existence n\u2019a pas de but.C\u2019est une idée qui me libère, de savoir que la vie a une fin.Ça m\u2019aide à prendre la vie au jour le jour.» Inspirée notamment des autoportraits réalisés par La Rochefoucauld et Lucian Freud qui, à leur façon, ont offert des représentations sincères et fragiles d\u2019eux-mêmes, De Proost présente ce côté peu valorisé de l\u2019humain, qu\u2019elle dit pourtant lumineux et vrai.Dans une mise en scène qui joue de contrastes entre la surexposition, le self-liking \u2014 son nom apparaît en lettres d\u2019or dans le décor \u2014, et l\u2019état qui nous confine dans une représentation figée de nous-mêmes, l \u2019auteure et comédienne exprime les belles et les mauvaises facettes de l\u2019humain.« Installée sur un tapis roulant, je cours sur place pendant une heure.Ce que je voulais exprimer, c\u2019est que c\u2019est difficile de faire un autoportrait, de s\u2019attraper soi-même, de se trouver.Je cours sur ce tapis d\u2019où je ne Exister là, maintenant, comme tout le monde Kristien De Proost use de l\u2019autoportrait pour parler de condition humaine Quelques perles à signaler Le festival fourmille de pièces prometteuses.Parmi elles, Je suis William, du théâtre musical où l\u2019on découvre que le grand William Shakespeare a une sœur qui souhaite délaisser les corvées ménagères pour se lancer dans l\u2019écriture (9 ans et plus).Avec Cardamone, Daniel Danis propose une plongée dans le monde de l\u2019exil et de la solidarité (10 ans et plus).Enfin, pour les plus petits, L\u2019enfant corbeau investit le thème de la différence avec cet oiseau qui grandit auprès des humains (5 ans et plus).Depuis 2013, Kristien et Mark De Proost sont en tournée ensemble.« Il a septante-huit ans.Il joue bien, il a une bonne présence sur scène », dit la créatrice de son père et complice sur scène.MIRJAM DEVRIENDT L peux m\u2019échapper.Je suis limitée aussi.Et je dois continuer à courir.Il y a quelque chose qui me met en mouvement et qui m\u2019empêche d\u2019arrêter.Je voulais qu\u2019on comprenne que l\u2019humain n\u2019est pas statique, mais mouvant, fluide », explique-t-elle.Se libérer des carcans Afin d\u2019offrir une représentation fidèle d\u2019elle-même, exempte de censure, De Proost s\u2019est adjoint l\u2019aide de quelques amis, professionnels, journalistes, pour lesquels elle devenait un sujet.« Je leur ai demandé de me poser des questions que je n\u2019oserais me poser à moi-même.[\u2026] Le but était que je sois le plus sincère possible.S\u2019il y a un message dans le spectacle, c\u2019est ça : l\u2019importance de montrer nos défauts, nos peurs, nos envies, et de partager ces émotions.C\u2019est très soulageant pour moi de le faire et, paradoxalement, pendant que je joue, il y a toujours cette gêne, omniprésente.Je dis des choses que je ne dirais jamais autour d\u2019une table, mais le faire là me soulage.» La présence de son père sur scène ajoute à cet effet de réel, tout en participant à cette libération de soi.« J\u2019ai beaucoup hésité à lui demander de jouer avec moi.Par pudeur, surtout.Parce que je raconte des trucs très personnels dans le spectacle, ça m\u2019intimidait de jouer devant lui.Mais au- jourd\u2019hui, je suis contente de le lui avoir demandé.Ça a tellement changé notre relation.Grâce à cette intimité, justement, que l\u2019on n\u2019avait pas nécessairement avant.[\u2026] Je ne peux pas m\u2019imaginer ce spectacle sans lui.» De Proost partage ainsi son intimité parce qu\u2019elle la juge universelle.La pièce créée en 2013 pour les adultes est aujourd\u2019hui présentée aux adolescents, qui seront tout autant, sinon plus, interpellés par ce propos qui invite à laisser tomber les masques.« J\u2019ai présenté le spectacle au festival Momix en France à des jeunes de 14 ans et je pense que ça fonctionne, parce que l\u2019identité est un thème qui les préoccupe beaucoup.» Les jeunes sont confrontés à cette société de l\u2019image que les réseaux sociaux accentuent, voire encouragent.Ils sont « suivis », épiés, scrutés.« C\u2019est très marrant que ce soit ce mot qui ait été choisi, d\u2019ailleurs, pour signifier que l\u2019on se fait de nouveaux amis sur les réseaux.Souvent, en tant qu\u2019ar tiste, on vit des moments pendant lesquels on se sent appréciés, mais le sentiment peut devenir si grand que ça nous fige.C\u2019est très super ficiel et très éphémère.Tout comme la surexposition sur les réseaux.Et c\u2019est à ces moments-là que je pense au fai t que nous sommes là simplement pour être là.Sans plus.Je veux exprimer que, moi, je suis un humain, juste un humain, comme tout le monde.» Au courant Texte de Kristien De Proost, en collaboration avec Youri Dirkx et Peter Vandenbempt.Avec Kristien De Proost et Mark De Proost.Une production du Théâtre Tristero.Au Monument-National du 21 au 23 mai. LI RE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Entrevue Anne-Marie Revol en orbite avec Youri Gagarine Jacques Godbout Autobiographie d\u2019un enfant terrible L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 L i r e Yvon Rivard Roman « On voudrait avoir tout le talent d\u2019Yvon Rivard ne serait-ce que pour pouvoir louanger adéquatement ce livre extraordinaire.Dans un style multiples chantiers qui font une vie pleine, l\u2019auteur philosophe avec son lecteur, tente de lui fournir une manière de bilan poétique de l\u2019existence.dans les Cantons-de-l\u2019Est aux plongées du regard dans l\u2019immensité du pective et universelle.Ceux qui ont lu l\u2019œuvre de Gabrielle Roy retrouveront ici les échos d\u2019une voix amie, leitmotiv guidant les méditations, alchimiste patient, capable d\u2019extraire le substrat de la vie avec autant de sensibilité et de sagesse.» Thomas Dupont-Buist (librairie Gallimard), Les libraires © D o m i n i q u e T .S k o l t z GRAND ANGLE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR «Comment fais-tu, Luz, pour dessiner tout en assistant à un concert?» C\u2019est Philippe Manœuvre, le pape du journalisme rock français, qui pose la question au vénérable caricaturiste de presse de Charlie Hebdo dans la préface de Alive (Futuropolis, 2017), sa profession de foi envers le pouvoir salvateur de la distorsion vomie trop fort par les amplis d\u2019une salle crade.« Le plus intéressant est de dessiner l\u2019énergie des musiciens sur scène.Quand on regarde les photos dans les magazines, on s\u2019aperçoit que les musiciens ne transpirent pas pendant les trois premiers morceaux.Aujourd\u2019hui, les groupes ont une peur terrible de leur image\u2026 Avec un crayon, même de loin, je peux dessiner la sueur, le petit truc qu\u2019on ne voit que pendant un concert », ex- plique-t-il dans cette anthologie de ses repor tages musicaux en bédé parus dans différents magazines au cours des vingt dernières années.Témoigner de la salutaire et (parfois) salissante explosion d\u2019énergie d\u2019un show, telle est aussi (entre autres) la mission du supergroupe derrière De concert, formé des Québécois Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard et Vincent Giard, ainsi que du Français Singeon.Ce feuilleton bédées - que, imaginé autour d\u2019un même con - cert des groupes d\u2019indie rock mont- réalais Heat et Solids, vient grossir une pile aussi haute que les monticules d\u2019amplis de KISS de bandes dessinées aspirant à traduire l\u2019irremplaçable incandescence du rock.Le site Web rock-et-bd.com recensait déjà près de 200 rejetons de ce Dessiner dans les décibels Pourquoi la bande dessinée entretient-elle une relation aussi symbiotique avec le rock ?Explications. mariage infernal entre perdants indociles, consommé à la fin des années 1960 grâce à l\u2019univers de l\u2019underground comix, qui dévoyait alors le comic book traditionnel en le traînant dans la boue providentielle du sexe, de la drogue et de la débauche (de décibels).À l\u2019été 2015, le président de la maison de production Heavy Trip, Mi- chaël Bardier, constate que Jimmy Beaulieu achète une quantité troublante d\u2019albums de ses poulains, dont Heat et Solids, sur la plateforme Band- camp.Un projet de cadavre exquis (en bédé) émerge dans le temps qu\u2019il faut pour inviter son voisin guitariste à jammer.«C\u2019est vraiment des milieux, la musique et la bédé, qui se ressemblent.On est tous des gens qui travaillent beaucoup trop pour la gloire ou l\u2019argent qu\u2019on reçoit en retour», fait valoir l\u2019auteur de Ma voisine en maillot et de Comédie sentimentale pornographique.À l\u2019instar de Luz, le fervent mélomane de 44 ans sort souvent son carnet dans les salles de spectacles qu\u2019il fréquente pour sa part seul, « parce que personne n\u2019aime la même musique que moi et que c\u2019est pas vrai que je vais écouter du Radiohead comme tous les gens de mon âge ».Une noble opiniâtreté le contraignant parfois à partager une table avec des fans un brin lourdauds de prog rock, une des scènes les plus consternantes, et hilarantes, de De concert.«On pourrait penser que la bande dessinée aurait davantage en commun avec la littérature, poursuit-il, parce que c\u2019est plus près formellement, mais on a en commun avec la musique indépendante de faire \u2014 avec ferveur!, de manière tonitruante! \u2014 quelque chose de culturellement méprisé, qui appartient à l\u2019enfance ou à l\u2019adolescence dans les yeux de bien des gens.» Les amis de l\u2019underground Pour Vincent Giard, « la bédé, c\u2019est moins le rock que le punk.C\u2019est quelque chose que, contrairement au cinéma, tu es capable de faire seul avec tes propres moyens, sans compromis, sans avoir à faire fonctionner une équipe gigantesque.Tu travailles l\u2019objet au complet, à ta manière, et c\u2019est plus facile de demeure intègre, parce que si tu es le moindrement malin, tu peux t\u2019autoéditer, mettre ça sur le Web.Il n\u2019y a pas grand-chose de plus punk que de tout faire toi-même».Parmi ses bédéistes rock préférés, le cofondateur de La mauvaise tête désigne entre autres Sébastien Lumi- neau, qui a contribué au collectif Nous sommes Motörhead (Dargaud, 2009) et aux deux tomes de Rock Strips (Flammarion, 2009 et 2011).Presque tous les grands groupes de classic rock comptent d\u2019ailleurs aujourd\u2019hui leur bédé biographique, un genre où les tentatives effrontées de passer à la banque abondent autant que sur les ondes FM \u2014 méfiez-vous.Au Québec, le manuel pour guérir les plaies vives d\u2019une rupture à l\u2019aide du second album du groupe Weezer, Pinkerton (La mauvaise tête) d\u2019Alexandre Fontaine Rousseau et François Samson-Dunlop, peut aujourd\u2019hui se réclamer du statut de livre-culte.Vous y aurez peut-être déjà décelé l\u2019influence (revendiquée par ses auteurs) d\u2019une autre bédé rock, la série Scott Pilgrim de Bryan Lee O\u2019Malley, dans laquelle un jeune bassiste doit affronter les ex de sa nouvelle flamme, façon jeu vidéo.En attendant le livre qui documenterait l\u2019histoire d\u2019Offenbach (on peut rêver), ajoutons à cette petite liste la punkette prêtant son nom au Minimax (Colosse) de François Donatien, ainsi que le travail de Julien Dallaire-Cha- rest, qui signe depuis quelques mois sur son blogue une série d\u2019entrevues bédés avec des artistes de passage chez le disquaire Le Knock-Out, du quartier Saint-Roch à Québec.«Le rock et la bédé, ce sont des arts issus de la culture populaire qui se sont rencontrés dans l\u2019underground auquel les avait contraints une certaine culture dominante», observe Alexandre Fontaine Rousseau.Non, les amitiés nées au sous-sol ne meurent jamais.| 2 5 L i r e B a n d e d e s s i n é e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Le succès de l\u2019album d\u2019un super- groupe \u2014 expression employée afin de décrire un projet réunissant plusieurs musiciens issus de dif férentes formations à succès \u2014 suppose à la fois que l\u2019on soit capable de distinguer la signature de chacun de ses membres, tout en ayant l\u2019impression d\u2019entendre davantage que la simple et banale conjugaison de plusieurs voix familières.À l\u2019aune de ces critères, le livre à huit mains De concert est l\u2019œu- vre d\u2019un supergroupe ayant davantage à offrir que l\u2019addition de quatre noms connus de la bédé québécoise et française sur une même marquise.C\u2019est l \u2019évidence : ils ont réellement jammer ensembles, pas seulement rabouter des idées déjà élaborées dans leur coin, en témoignent les nombreuses pages où les héros respectifs de chacun des auteurs se croisent, sor te d\u2019hommage à toutes ces amitiés nées dans la foule moite d\u2019un bar-spectacles.Dans l\u2019écosystème de ce «band dessinée » (dixit le communiqué de presse), Jimmy Beaulieu serait le chanteur obsédé par ses propres angoisses, Sophie Bé- dard, la batteuse faussement espiègle, dont les blagues camouflent un réel mal de vivre, Sin- geon, le bassiste vraiment bizarre et vraiment cool qui dort souvent au local de répétition, et Vincent Giard, le guitariste obsédé par l\u2019expérimentation, grâce à qui la pureté des idéaux du groupe ne sera jamais compromise.D\u2019abord publiée en feuilleton sur le Web, cette chronique d\u2019un concert à la Sala Rossa, temple montréalais des musiques marginales, émeut surtout en ce qu\u2019el le parvient à cataloguer (pres que) tous les besoins primaires que peut combler une soirée à se faire désencrasser le canal auditif.Que ce soit pour nourrir sa misanthropie en observant les autres spectateurs, sortir de son corps, se mettre dans le trouble ou dans l\u2019espoir de frencher un inconnu avant que le soleil ne se lève, le rock demeure le plus fidèle des alliés.Dominic Tardif Le supergroupe de la bédé De concert ?1/2 Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard, Vincent Giard, Singeon, La mauvaise tête, Montréal, 2018, 92 pages Trois bédés rock à lire le volume à 10 Punk rock et mobile homes de Derf Backderf (Éditions Ça et là, 2014) Parce que le rock a de tout temps été le plus efficace des ascenseurs sociaux, le pauvre Otto Pizcok s\u2019arrache au parc de roulottes d\u2019où il grandit pour devenir le roadie de Joe Strummer des Clash.Le local de Gipi (Gallimard, 2005) Le bédéiste italien rend hommage au refuge inviolable que devient pour des ados leur local de répétition, où il fait bon avoir éternellement 16 ans, et oublier ce qui nous attend de l\u2019autre côté de la porte, une fois sa guitare débranchée.But I Like It de Joe Sacco (Futuropolis, à paraître en juin) Bien avant de témoigner des funestes contrecoups de la guerre de Bosnie-Herzégovine ou du conflit is- raélo-palestinien, l\u2019Américain Joe Sacco accompagnait dans une tournée européenne ses amis de The Miracles Workers afin de vendre leurs gaminets et de dessiner leurs sales gueules de paumés du rock.Illustrations tirées des livres De concert (en haut) et Alive (ci-dessus).LA MAUVAISE TÊTE ET FUTUROPOLOS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 L i r e 2 6 | La parole fluide Fragments de ciel, troisième recueil du poète franco-ontarien Daniel Gro- leau Landry (L\u2019Interligne 2018), m\u2019enchante et me stimule intellectuellement.Après avoir résidé dix ans à Montréal et dix ans à Ottawa, m\u2019autoproclamer Québécoise ou Franco-Ontarienne serait absurde.Je me perçois toujours, malgré mes vingt ans de résidence au Canada, comme une immigrante de première génération.Arabophone, francophone, Cairote-Montréalaise- Ottavienne, Canadienne, Égyptienne, nomade.Me prévaloir d\u2019une identité culturelle pour laquelle des communautés de souche plus anciennes ont souffert et ont versé du sang me semble incongru.Voire obscène.J\u2019avoue que vivre en nomade de la pensée octroie une force libératrice incommensurable.J\u2019aime croire que la nouvelle immigrante que je suis a toujours choisi de fraterniser avec les anciens immigrants anglophones et francophones au-delà des étiquettes et des appartenances.Mes appartenances multiples se superposent sans angoisse, sans perte; la perte est plutôt minimale puisque je continue de faire fi des gains que m\u2019aurait apportés une attache unique, définie, conditionnelle, réductrice.J\u2019aime croire que j\u2019ai le choix de ma liberté.«I made the choice to walk away», dit Landry dans la coda.Poésie tout court Au-delà de la question identitaire, je lis la poésie de Daniel Groleau Landry pour la musique et pour la cadence, à la recherche d\u2019images et de mots captivants, à l\u2019affût d\u2019une scène qui raconterait en poésie ce qu\u2019une nouvelle ne pourrait raconter en prose.Je lis par fascination pour et solidarité avec les damnés de la terre, les marginaux, les minoritaires, les autres en déplacement, mes semblables, mes frères.Je lis plus pour l\u2019affect poétique que pour percer le mystère de l\u2019angoisse identitaire déshu- manisante, fabriquée par le discours, imposée par les blocs de pouvoir.Une certaine audace esthétique s\u2019exprime dans le long poème intitulé «Babel», où le poète fait triompher l\u2019allitération et l\u2019assonance, marqueurs d\u2019une fraternité ludique entre les sons et les mots : «Babel/ bible je babille je balafre la peau pure du ciel / j\u2019oublie la mémoire que j\u2019avais, l\u2019Hydromel sucré du Kansas dans mon fiel».Étrange fragment, rythmique et exalté.Dans la grande famille des poètes franco-ontariens, ce jeu en soi revient souvent comme une affirmation du brio linguistique du poète.Et pourtant, les liaisons dangereuses entre poésie et activisme identitaire refont surface.Créer en français en Ontario est, pour Daniel Groleau Landry, un acte de courage, un acte de résistance.«Babel» se transforme alors en arme de propagande sans portée et sans martyres; elle s\u2019érige soudain au cœur de la réflexion sur soi afin de «faire couler mon sang / mon sang queer / mon sang franco-ontarien de franglais mutant / mon sang de Canadien invisible dans l\u2019hégémonie culturelle / le sang de mes ancêtres et de toute ma lignée».Par un geste sacrificiel superflu, l\u2019intrusion de l\u2019affect politique fait couler le sang du poème.Poésie entre-deux Tout le long du recueil, Landry nous fait part des séquelles de cette vacillation identitaire qui le hante : « je vacille entre deux mondes / fluide comme l\u2019air entre les fenêtres [\u2026] je vacille en équilibriste sur un fil de dentelle».Fluidité bénéfique pour la poésie.Car ici et là le poème respire, surtout lorsque la «petite leçon d\u2019histoire franco-ontarienne » se raconte à partir du point de vue d\u2019un adolescent (ou d\u2019un amoureux) gai : «ce petit gars-là / qui avait sérieusement besoin de thérapie / à la place / a découvert le sexe, la drogue / et la motherfucking poésie ».L\u2019oscillation entre le français et l\u2019anglais, trait de marque des poètes franco-ontariens, n\u2019est pas nécessairement le point d\u2019aboutissement d\u2019une quelconque affirmation identitaire; elle est le point de départ qui propulse le poète dans un monde brisé, «qui titube / vacille / mais tient bon».Ce monde nous rappelle l\u2019univers poétique du Milieu de partout de Thierry Dimanche et de L\u2019homme invisible de Patrice Des- biens; son centre d\u2019attraction est le français émaillé d\u2019anglais, alors que son horizon demeure la périphérie, la ville nordique, lieu de résistance et de perdition, selon François Paré.Fragments de ciel donne à voir, réveille les sens, raconte en images, fredonne des airs mélancoliques, fait dialoguer musique, cinéma, poésie et récit.Le poète fait appel à plusieurs médias pour dire le vertige des temps présents avec la clairvoyance d\u2019une conscience rebelle : «notre bière cheap sur le quai près de la canne à pêche / près des enfants qui jouent près du soleil fulgurant / prisonniers du moment présent / heureux dans nos cages / they made us this way».Cette poésie inter-médiale est née du déplacement dans la mémoire proche et lointaine, de l\u2019errance dans un espace familier et étrange, dans le pays intérieur de l\u2019écriture.Elle permet au poète de repenser sa marge de ma- nœuvre dans un monde en mutation, de «vivre le moment présent / comme une série de pertes de temps».Et bientôt, qui sait, de vivre de ses rêves.May Telmissany Chronique ENTREVUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR Il y a 50 ans, au printemps 1968, Youri Gagarine, le premier homme à effectuer un vol habité dans l\u2019espace, perdait la vie dans un banal accident d\u2019avion.Malgré son destin hors du commun, ce héros soviétique, fils de paysan doté d\u2019un diplôme en métallurgie qui s\u2019est lancé vers les étoiles malgré les pronostics de succès mitigés, a peu à peu sombré dans l\u2019oubli.Pour Anne-Marie Revol, journaliste et romancière française, dont la dernière œuvre, L\u2019étoile russe, est consacrée au premier cosmonaute de l\u2019humanité, Gagarine est pourtant un personnage riche, fascinant et « incroyablement romanesque ».«Je n\u2019aurais moi-même jamais pensé que j\u2019écrirais un jour un livre sur Youri Gagarine, dit-elle d\u2019emblée, jointe à Paris par Le Devoir.Je ne suis ni russo- phone ni spécialiste de la conquête spatiale.C\u2019est mon petit garçon Lancelot qui, en se passionnant pour l\u2019astronaute français Thomas Pesquet alors qu\u2019il s\u2019apprêtait à rejoindre la Station spatiale internationale, m\u2019a encouragée à faire quelques recherches.» En redécouvrant le parcours atypique et captivant du pionnier de l\u2019espace, Anne-Marie Revol a immédiatement eu envie de le faire revivre.« Plusieurs aspects le rendent particulièrement extraordinaire.Ses La face cachée de Youri Gagarine Dans L\u2019étoile russe, Anne-Marie Revol retrace le parcours historique et tragique du premier homme des étoiles | 2 7 L i r e F i c t i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Le 12 avril 1961, le métallurgiste Youri Gagarine monte à bord du vaisseau qui le propulsera vers les étoiles pour en faire le premier homme à voyager dans l\u2019espace.D\u2019un calme légendaire, il attend les instr uctions.Les risques d\u2019échec sont élevés.Il n\u2019a pas eu la chance de dire adieu à sa femme et à ses filles, qui ignorent qu\u2019il a été élu pour cette mission excessivement risquée.Une heure et quarante-huit minutes après le décollage, Gagarine effectue sa révolution autour de la Terre et échoue dans un champ aux abords de Saratov, intact.En pleine guerre froide, son exploit est celui d\u2019une nation.Dès lors, et ce, jusqu\u2019à sa mort sept ans plus tard, il devient le pantin du régime soviétique.Dans son deuxième roman, L\u2019étoile russe, l\u2019écrivaine et journaliste française Anne-Marie Re- vol raconte le sinistre destin du plus grand héros de l\u2019URSS.Chaque chapitre, daté de l\u2019un des anniversaires de l\u2019exploit, donne la parole à un nouveau personnage qui a connu la légende.À travers cette multiplicité de points de vue basés sur des faits réels, l\u2019auteure explore avec zèle et une précision dénuée de lourdeur les multiples facettes méconnues de ce pionnier dont les ailes ont été très tôt coupées par un parti qui souhaite s\u2019approprier son image et son sourire charmeur.De son penchant pour l\u2019alcool et les femmes à son grand isolement, de la notoriété empoisonnée qu\u2019il a offerte malgré lui à ses proches aux nombreux rêves qu\u2019il a suscités, Revol fait tomber le mur de secrets entourant le personnage, esquissant de ce fait un por trait exhaustif des impacts de ce vol inaugural.Grâce à sa rigueur, à sa perspicacité et à sa plume franche, fruits de sa prolifique carrière journalistique, Revol parvient à rendre cette foisonnante quantité d\u2019informations et de détails digestes et passionnants.Une œu- vre enrichissante et d\u2019une sensibilité unique sur une histoire trop longtemps demeurée incomplète.Anne-Frédérique Hébert Dolbec Le pantin du régime CRITIQUE L\u2019étoile russe ?1/2 Anne-Marie Revol, JC Lattès, Paris, 2018, 318 pages origines modestes, le secret entourant sa mission, l\u2019idée que sa femme n\u2019était même pas au courant qu\u2019il s\u2019apprêtait à risquer sa vie.» La journaliste s\u2019est dite également bouleversée par l\u2019existence imposée à Gagarine à la suite de son vol historique.« C\u2019est très triste.Il n\u2019a pas du tout été préparé à la gloire qui a été la sienne.De plus, afin de le protéger, on l\u2019a interdit de vol.Alors, après avoir goûté à quelque chose d\u2019extraordinaire, vécu l\u2019apesanteur et vu la Terre du ciel, il a été cloué au sol.Derrière son image d\u2019homme parfait, il était plein de failles.» Dix points de vue Revol retrace l\u2019histoire héroïque et tragique de l\u2019enfant prodige de l\u2019URSS, de ce premier vol jusqu\u2019à sa mort à tout juste 34 ans, à travers les voix de dix personnages que Gagarine a côtoyés ou inspirés.On y rencontre notamment la paysanne qui l\u2019a retrouvé à son retour sur la Terre, la doublure qui devait assurer son remplacement à bord en cas d\u2019imprévus, sa veuve, qui se dévoile à travers un journal intime, et un grand-père soviétique ayant émigré aux États-Unis qui assiste avec dépit à la vente aux enchères du vaisseau Vostok.Bien que plusieurs personnages sortent tout droit de l\u2019imagination de Re- vol, d\u2019autres sont bien réels, tout comme les propos qu\u2019ils tiennent.«C\u2019est le cas d\u2019Anna, cette paysanne qui, les deux mains dans le champ de patates, est tombée sur cet énergumène dans une combinaison orange qui prétendait venir des étoiles.Plusieurs livres d\u2019histoire relatent les propos qu\u2019ils ont échangés lors de leur rencontre, que j\u2019ai rapportés fidèlement.Pour le reste, je lui ai inventé une histoire la plus plausible possible», soutient Revol.Par exemple, rien ne prouve que la milice soit passée dans le village pour interdire à Anna de révéler que le cosmonaute ne se trouvait pas à bord de sa fusée lors de l\u2019atterrissage.«Cette discussion a probablement eu lieu à un moment ou à un autre, car elle a tenu sa version pendant 20 ans avant que la Russie ne révèle que la fusée n\u2019était pas conçue pour que Ga- garine puisse rester à bord.Il devait être expulsé.Mais, à l\u2019époque, il n\u2019était pas question que les Américains soient mis au courant.» Aux couleurs de la guerre froide Cette forme narrative a nécessité un travail de recherche monumental qui a duré près de six mois, partagé entre les reportages réalisés aux quatre coins de la France et le temps passé à la maison, avec sa famille.«J\u2019ai passé au crible des kilomètres d\u2019articles de l\u2019époque sur l\u2019exploit.Chaque année, lors de l\u2019anniversaire du vol, des papiers étaient publiés avec, souvent, de nouvelles révélations, comme la cause de sa mort, dévoilée lors du trentième anniversaire.» Malgré ce que l\u2019URSS a bien voulu faire croire au monde à cette époque où la guerre froide battait son plein et où aucune défaillance n\u2019était permise, le premier vol habité dans l\u2019espace ne s\u2019est pas déroulé sans encombre.«Les statistiques dévoilées a posteriori montraient que le cosmonaute avait 56% de chances de s\u2019écraser et 44% de revenir vivant.Il y a eu plusieurs problèmes techniques et de communication.Il faut dire que les Russes n\u2019ont pas perdu de temps.Quelques jours plus tard, ils se faisaient coiffer au poteau par les Américains.» Malgré les drames, les secrets et l\u2019absence de liberté auxquels s\u2019est heurté Gagarine tout au long de sa courte vie, il demeure, selon l\u2019écrivaine, à une époque où l\u2019exploration spatiale s\u2019accélère à un rythme trépidant, « le père de tous les cosmonautes».«Aujourd\u2019hui, tous les astronautes, peu importe l\u2019origine, reprennent les rituels de Gagarine.Ainsi, ils s\u2019arrêtent pour uriner sur la roue arrière du véhicule qui les conduit à la piste de décollage.Même les femmes le font, dans un verre qu\u2019elles vident sur la route.Ils gravent aussi leur nom sur la porte de la dernière chambre dans laquelle ils dorment et évitent de se raser la journée du décollage.» Hommage ou superstition?«Les deux, je crois», lance l\u2019auteure dans un grand éclat de rire.En 1961, le premier homme de l\u2019espace Youri Gagarine revient sur la Terre en superstar.AGENCE FRANCE-PRESSE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 L i r e Au t o b i o g r ap h i e 2 8 | ENTREVUE CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR l a le verbe facile et l\u2019état d\u2019âme ra - re.« Je n\u2019ai pas d\u2019âme », va-t-il d\u2019ailleurs jusqu\u2019à dire en riant.Est-ce une boutade ?Romancier sans être romantique, Jacques Godbout n\u2019en écrivait pas moins des poèmes aux filles lorsqu\u2019il était adolescent.Aujourd\u2019hui âgé de 85 ans, l\u2019écrivain et cinéaste reste un intellectuel à l\u2019esprit vif qui jette un regard aiguisé sur le monde où il a vécu.C\u2019est ce monde, le Québec du dernier siècle, qu\u2019il décrit dans son autobiographie De l\u2019avantage d\u2019être né, qui paraît ces jours-ci chez Boréal.En avant-propos, il dit avoir écrit ce « récit de mémoire pour conjurer la peur d\u2019une démence et découvrir une forme de cohérence dans le travail d\u2019une vie ».Le titre De l\u2019avantage d\u2019être né fait référence au titre du célèbre ouvrage d\u2019Émile Cioran De l\u2019inconvénient d\u2019être né.«Plus qu\u2019un clin d\u2019œil, c\u2019est un refus de tomber dans le pessimisme intégral et de dire que c\u2019est horrible d\u2019être né », dit Godbout.Il faut dire que le cinéaste et écrivain est né sous une bonne étoile, dans le Québec des années 1930.Son père est le neveu de l\u2019ancien premier ministre libéral du Québec Adélard God- bout, et le jeune Godbout l\u2019admire.On l\u2019accompagne ici dès ses débuts à l\u2019école primaire, puis aux côtés de Rober t Bourassa, ami de longue date, qui lui confiera d\u2019ailleurs dès l\u2019âge de 12 ans son ambition de devenir premier ministre.Godbout, pour sa par t, rêvera longtemps de devenir peintre.Finalement, la vie et les circonstances l\u2019emmèneront plutôt au cinéma \u2014 il œuvre longtemps à l\u2019ONF \u2014 et à la littérature.C\u2019est aux côtés de Robert Bourassa que Godbout fréquente le collège Jean-de-Brébeuf, avec les Pierre Bourgault et Pierre Nadeau.Passionné de voyage, avide, curieux de tout, Godbout visitera alors le Mexique, puis l\u2019Europe et l\u2019Éthiopie, aux côtés de son épouse, qui l\u2019est encore aujourd\u2019hui, Ghislaine Reiher.Il revient au Québec en pleine Révolution tranquille, qui était en fait, remarque-t-il, une révolution accélérée.Le jeune Godbout, qui a depuis l\u2019adolescence des idées anticléricales très arrêtées, se retrouve à diriger le premier numéro de la revue Liberté.Il veut y publier un texte anticlérical de Gilles Constantineau.« Mes camarades de la revue Liberté me disent : \u201cC\u2019est impossible, on ne peut pas attaquer le clergé comme cela.\u201d Ils me démettent de mes fonctions, retirent l\u2019exemplaire et décident de publier un nouveau numéro avec Hubert Aquin comme directeur », se souvient-il.Dans ce Québec en ébullition, il côtoie des gens de dif férentes allégeances politiques, de Robert Bourassa à Jacques Parizeau en passant par Pierre Bourgault.Fervent défenseur de la langue française, il est l\u2019un des fondateurs de l\u2019Union des écrivains du Québec (UNEQ).«Les gens ne vivaient pas dans des cellules, dit-il.Je passais parfois un dimanche avec Jacques Parizeau et René Lévesque, la discussion portait sur la politique, mais aussi parfois sur la culture.Les uns et les autres lisaient aussi d\u2019autre chose.Lévesque était un boulimique de littérature.[\u2026].Mon travail, si on peut appeler cela comme ça, dans ces discussions, était de les convaincre de faire attention à ceci ou à cela.J\u2019essayais de les orienter de ma petite manière, comme une éminence blanche.» En 1976, il vote pour le Parti québécois, même s\u2019il doute de sa victoire.À l\u2019occasion du référendum de 1980, il dirige le comité du Oui dans Côte-des-Neiges.Il votera de nouveau Oui en 1995, mais il a entre- temps appuyé l\u2019accord du lac Meech.« Les résultats du référendum m\u2019ont peiné, mais ils ne m\u2019ont pas étonné », écrit-il.Jacques Godbout l\u2019admet, il n\u2019est pas romantique « si romantique signifie de rêver d\u2019un monde idéal et fleur bleue ».Pour lui, l\u2019idée de l\u2019indépendance a été importée d\u2019Europe par des intel- Jacques Godbout face à la cohérence du travail d\u2019une vie Aujourd\u2019hui âgé de 85 ans, l\u2019écrivain et cinéaste reste un intellectuel à l\u2019esprit vif qui jette un regard aiguisé sur le monde où il a vécu.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR lectuels et ne trouve pas écho dans le commun des Québécois.«En vérité, écrit-il, cette idée d\u2019indépendance est née en Europe dans la tête de Québécois partis étudier là-bas, mais le peuple ne se sent pas aliéné comme ses intellectuels et ses artistes, il est américain de plain-pied.La majorité des citoyens rêvent de séjourner à Old Orchard en hiver et à Las Vegas au jour de l\u2019An, certainement pas de bronzer sur la rive gauche en récitant du Jacques Prévert.» Pour lui, ce concept d\u2019indépendance est européen, précisément parce que l\u2019Europe est formée de différents petits pays.« Il y a beaucoup de pays en Europe, dit-il.Ici, il y en avait deux.» Du nationalisme, il dit sans ciller que « c\u2019est une maladie infantile du patriotisme ».« Je suis un patriote, mais je ne suis pas nationaliste.» Ses positions, notamment lors du dernier référendum, tiennent davantage de De l\u2019avantage d\u2019être né Jacques Godbout, Boréal, Montréal, 2018, 288 pages I Godbout rêvera longtemps de devenir peintre.Finalement, la vie et les circonstances l\u2019emmèneront plutôt au cinéma et à la littérature. | 2 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Jacques Godbout sur\u2026 les ambitions de Robert Bourassa «Bobby, donc, alors que nous attendons le bus pour aller au collège, m\u2019annonce du haut de ses 12 ans qu\u2019il sera un jour premier ministre du Québec.» Refus global « À mon avis, le Refus global prend rétrospectivement tout son sens aujourd\u2019hui ; au moment de sa publication, en 1948, le choc culturel a été étouffé : Borduas, renvoyé de l\u2019École du meuble, s\u2019est exilé à New York comme Riopelle et Barbeau, puis à Paris comme Marcelle Ferron.Il ne restait plus à Montréal suffisamment d\u2019automa- tistes pour inquiéter les grenouilles de bénitier.» le Québec « Comme en Californie [1983, film de Jacques Godbout et de Florian Sauvageau sur l\u2019influence du nouvel âge califor- nien sur le Québec] est le bon exemple d\u2019une tendance à l\u2019utopie chez les Québécois cana- diens-français.Ce n\u2019est pas qu\u2019ils se prennent pour d\u2019autres, ils aiment \u201cdevenir autres\u201d.C\u2019est le pays du mimétisme culturel : un peu comme les Parisiens, nous plongeons dans une mode puis dans une autre avec une déconcertante facilité.» le référendum de 1995 « Président pour le Oui dans le comté de Côte-des-Neiges, j\u2019ai participé avec Pierre Bourgault à une grande assemblée publique au cours de laquelle Pierre a déchiré son diplôme d\u2019officier de l\u2019armée canadienne pour marquer le coup.Il savait comme moi que nous ne pouvions pas l\u2019emporter, et pourtant, il haranguait la foule avec fougue.Il y a eu tant d\u2019hésitations au cabinet de René Lé- vesque sur le libellé de la question référendaire qu\u2019on peut se demander ce que le parti voulait vraiment.» Cuba et le socialisme en 1959 « À un journaliste qui lui demandait comment il avait réussi son putsch alors que tant d\u2019autres avaient échoué, Fidel a répondu qu\u2019il était arrivé au bon moment.On entend des intellectuels montréa- lais espérer réaliser au Québec un \u201cCuba du Nord\u201d ! Comment imaginer que Washington accepterait d\u2019être soudain pris en sandwich entre deux utopies ?Les socialistes ne comprennent rien à la géographie.» e - a , é , - à s e t - t - p n r u , s r e la stratégie que des convictions viscérales.« Ceux qui croient aux rap- por ts entre dif férents gouvernements qui établissent une fédération entre eux avaient le droit de dire : \u201cNous allons donne un mandat à Lucien Bouchard, pour aller négocier une nouvelle entente\u201d », explique-t-il.« C\u2019est ce que Lévesque avait demandé.Sur le plan politique, j\u2019étais favorable à l\u2019accord du lac Meech.C\u2019est une entente pratique, il n\u2019y a pas d\u2019idéologie là-dedans.» Il ajoute d\u2019ailleurs que son indépendantisme n\u2019est pas non plus inspiré de ressentiment, envers l\u2019Autre ou envers l\u2019Anglais colonisateur.« Combien de personnes ont voté pour l\u2019indépendance avec ressentiment, parce qu\u2019ils en veulent aux Anglais, à l\u2019Autre, aux étrangers», dit-il.Dans son livre, Godbout raconte qu\u2019un froid s\u2019est installé, entre lui et Gaston Miron, avant le référendum de 1995.Miron souhaitait que le En vérité, l\u2019idée d\u2019indépendance est née en Europe dans la tête de Québécois partis étudier là-bas, mais le peuple ne se sent pas aliéné comme ses intellectuels et ses artistes, il est américain de plain-pied JACQUES GODBOUT » droit de vote à ce référendum soit réservé aux seuls natifs du Québec, ce qui aurait exclu, notamment, l\u2019épouse de Jacques Godbout, née en Haïti, et son fils, né en Éthiopie.Le dernier chapitre du livre de Godbout est intitulé De l\u2019avantage d\u2019être octogénaire.« Né en 1933 à Montréal, dans un pays tranquille à l\u2019abri des guerres, des famines, des tremblements de terre, des volcans ou des révolutions, je n\u2019ai connu ni drame ni tragédie et je confesse mes privilèges», conclut-il.Le monde dans lequel grandissent ses arrière-petits-enfants, ajoute-t-il, est beaucoup plus complexe que celui qui a été le sien.L\u2019Internet est partout.Son dernier documentaire, Derrière la toile, portait d\u2019ailleurs sur le journalisme à l\u2019ère numérique.Pour lui, comparer cette invention à celle de l\u2019automobile revient à comparer une bombe atomique à un obus. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 L i r e F i c t i o n 3 0 | RÉCIT ILLUSTRÉ Les platanes d\u2019Istanbul ?Tassia Trifiatis- Tezgel et Caroline Lavergne, Éditions du Passage, Montréal, 2018, 128 pages En 2011, Tassia Trifiatis-Tezgel a quitté Montréal avec armes et bagages pour Istanbul, où elle n\u2019avait pourtant jamais mis les pieds.Elle a tout laissé derrière, raconte-t-elle, surtout des femmes.« Les femmes étaient les points reliant toutes les droites de ma géographie interne.» Elle s\u2019est installée à la périphérie de la métropole turque avec son mari d\u2019origine kurde, non loin de l\u2019aéroport Atatürk, dans « un quartier religieux et surpeuplé » loin du Bosphore et des secteurs historiques qui le bordent.L\u2019auteure de Judas et de Mère- grand (Leméac, 2007 et 2010), qui vit aujourd\u2019hui à Toronto, raconte cette parenthèse de trois ans dans Les platanes d\u2019Istanbul, un court récit illustré de quelques jolies aquarelles de Caroline Lavergne \u2014 dont il s\u2019agit du premier livre comme dessinatrice.Avec un cer tain sens de la formule, l\u2019auteure y évoque son exil à coups d\u2019instantanés de la vie quotidienne : des scènes de marchés publics, sa fascination pour les platanes de la ville, des rencontres.Un regard tourné vers l\u2019intérieur, un peu naïf et forcément par tiel, myope au tumulte et aux agitations politiques, alors que les événements de la place Gezi se sont déroulés en 2013.« Istanbul, écrit-elle, appartient à tous ceux qui veulent bien l\u2019envahir.C\u2019est une ville généreuse qui se laisse manger la laine sur le dos de ses coupoles.Elle est surpeuplée et elle s\u2019en accommode.» Entre un « Istanbul à contempler et un Istanbul à incarner », elle deviendra ainsi l \u2019amie d\u2019une jeune femme originaire du Kurdistan turc, Özlem, ar rivée depuis peu elle aussi, qui donnera naissance à un petit garçon atteint d\u2019une rare maladie dégénérative.Une rencontre vraie et un drame plus vrai encore qui servent ici de fil à un récit qu\u2019elle nous livre à cœur ouvert.Christian Desmeules Istanbul, à cœur ouvert CRITIQUE FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Entrer dans un territoire narratif balisé par Philippe Djian, c\u2019est forcément fouler une terre sauvage, c\u2019est pénétrer au cœur d\u2019un écosystème singulier où le détail signifiant est dissimulé dans un jeu fin d\u2019ombre et de lumière où l\u2019intrigue se dévoile par petites touches, au rythme de scènes aux dialogues enchâssés dans la description de l\u2019action et des lieux.Tout est en phase.Rien n\u2019est de trop, pour cultiver les mystères et les secrets donnant cet engrais à une humanité en détresse, à des êtres abîmés par leur condition, par leur environnement et qui s\u2019empêtrent dans leurs vaines tentatives de s\u2019en sortir.Joan, femme forte et déterminée, au cœur de cette nouvelle fiction, tient de la bouture qui reproduit une espèce récurrente dans l\u2019œuvre de Philippe Djian.Elle a le dynamisme de sa trentaine, tient une friperie au centre-ville de Cambridge, dans la banlieue de Boston, avec son amie Dora, commerce bien légitime qui sert surtout de paravent à un vaste réseau d\u2019escor tes dont les deux femmes sont autant les victimes consentantes que les principales actionnaires.La mort violente des parents de Joan vient troubler une existence grise à l\u2019équilibre précaire.Le drame va la forcer à regagner la maison familiale pour prendre soin de Marlon, un frère au développement mental inabouti, mais aussi à côtoyer Howard, ami de ses parents qui débarque dans sa vie pas seulement pour of frir de la compassion, mais surtout pour mettre la main sur un montant d\u2019argent que le couple aurait caché dans le sous-sol.L\u2019origine des billets est bien sûr suspecte.Cela fait partie de l\u2019intrigue.Dans le décor d\u2019une Nouvelle- Angleterre dépeinte loin des clichés habituels, avec, au surplus, une inclinaison du regard témoignant même d\u2019une fine connaissance des lieux, Philippe Djian met en scène, dans ce 29e roman, une attachante constellation de personnages gravitant autour de Joan.Il y a Dora, qui s\u2019interroge sur l\u2019espérance de vie en banlieue «pour une fille habituée à porter des talons hauts et des jupes courtes plutôt que des godasses à semelles de caoutchouc et des salopettes».Il y a John, policier, aspirant shérif, complice de toutes ces femmes à la sexualité tarifée \u2014 l\u2019homme « ne peut pas être complètement mauvais » puisqu\u2019il a pensé voter pour Bernie Sanders.Puis il y a Vickie, qui « se donne un an avant d\u2019arrêter », Corinne, la mère au foyer arrondissant ses fins de mois dans le « réseau », ou encore Ann-Margaret, fâcheuse qui, en s\u2019approchant un peu trop de Marlon, va certainement plus perdre que gagner.L\u2019aube peut être un moment propice pour les nouveaux dépar ts, pour le délestage de poids qui précède un envol ou pour mettre un point final à des histoires qui depuis trop longtemps, par indolence ou aveuglement, attendent leur dénouement.Mais pour Philippe Djian, ce point de commencement devient surtout une matrice, celle qui, dans l\u2019angoisse sourde et le désenchantement, fait tomber les lumières et apparaître les crépuscules.Philippe Djian au crépuscule du drame À l\u2019aube met en scène une constellation de personnages abîmés par leur condition Philippe Djian impose un écosystème singulier où le détail signifiant est dissimulé dans un jeu fin d\u2019ombre et de lumière.JOËL SAGET AGENCE FRANCE-PRESSE À l\u2019aube ?1/2 Philippe Djian, Gallimard, Paris, 2018, 190 pages L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 160 AUTEURS d\u2019ici et d\u2019ailleurs des expositions, des rencontres et des ateliers pour tous les publics.Pour plus d\u2019informations, visitez le fbdm-montreal.ca Essais étrangers Une loyauté à toute épreuve.Vérité, mensonge, éthique.James B.Comey/Flammarion Québec 1/3 Le feu et la fureur.Trump à la Maison Blanche Michael Wolff/Robert Laffont 2/9 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 4/115 Homo deus.Une brève histoire de l\u2019avenir Yuval Noah Harari/Albin Michel 5/34 Le miracle Spinoza Frédéric Lenoir/Fayard 3/24 Lire! Bernard Pivot | Cécile Pivot/Flammarion 6/4 Bad féministe Roxane Gay/Édito \u2013/1 Les primates de Park Avenue Wednesday Martin/Globe \u2013/1 La part d\u2019ange en nous.Histoire de la violence et de son.Steven Pinker/Les Arènes \u2013/1 Un continent derrière Poutine?Anne Nivat/Seuil 7/2 Essais québécois Jeux de coulisses Annie Trudel/Homme \u2013/1 25 mythes à déboulonner en politique québécoise Michel C.Auger/La Presse 1/4 En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 3/80 Les belles-sœurs.L\u2019œuvre qui a tout changé Mario Girard/La Presse 7/2 Libérer la colère Collectif/Remue-ménage 6/4 La crise de la masculinité Francis Dupuis-Déri/Remue-ménage 5/4 L'imaginaire en déroute Tristan Demers/Homme \u2013/1 Le peuple rieur.Hommage à mes amis Innus Serge Bouchard | Marie-Christine Lévesque/Lux 8/24 Demain le Québec.Des initiatives inspirantes pour un.Collectif/La Presse 2/4 Les luttes fécondes Catherine Dorion/Atelier 10 \u2013/1 Romans étrangers La jeune fille et la nuit Guillaume Musso/Calmann-Lévy 1/3 Dernière danse Mary Higgins Clark/Albin Michel \u2013/1 Sur un mauvais adieu Michael Connelly/Calmann-Lévy \u2013/1 La disparition de Stephanie Mailer Joël Dicker/Fallois 2/7 La fille de Maggie Joanna Goodman/Guy Saint-Jean 4/3 Le cas Fitzgerald John Grisham/Lattès \u2013/1 Après tout Jojo Moyes/Milady 3/3 Signe de vie José Rodrigues dos Santos/HC \u2013/1 Madame Pylinska et le secret de Chopin Eric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 5/4 La stratégie de Genève Jamie Freveletti/Grasset \u2013/1 Romans québécois Une simple histoire d\u2019amour \u2022 Tome 4 Les embellies Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean \u2013/1 Yamaska, Julie Anne Boyer | Dominique Drouin/Homme 1/6 Yamaska, Hélène Anne Boyer | Dominique Drouin/Homme 2/6 Yamaska, Réjanne Anne Boyer | Dominique Drouin/Homme 3/6 Dernier appel pour l\u2019embarquement Maxime Landry/Libre Expression \u2013/1 Autoportrait de Paris avec chat Dany Laferrière/Boréal 4/4 Le bonheur des autres \u2022 Tome 3 La ronde des prétendants Richard Gougeon/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Le gazon.plus vert de l\u2019autre côté de la clôture?Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis 5/7 Indésirables Chrystine Brouillet/Guy Saint-Jean 6/4 Le petit chaperon rouge Sonia Alain/ADA 7/4 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 1 2 3 45 67 8 9 10 Du 7 au 13 mai 2018 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG Palmarès www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Le détail des séjours d\u2019été et d\u2019automne sera prêt bientôt.Trésors impressionnistes de la collection Ordrupgaard UNE BONNE NOUVELLE! Ajout de places pour le circuit du 9 juin à OTTAWA Ne tardez pas! NEW YORK Opéra du Met, concert, jardin, musées\u2026 18-21 octobre QUÉBEC pour le FESTIVAL D\u2019OPÉRA 31 juillet - 1er août CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR C\u2019est devenu depuis longtemps le sort des voyageurs modernes : l\u2019impression d\u2019arriver trop tard.Que l\u2019on soit motivé par la nostalgie ou par des fantasmes de découver te, le monde semble avoir été décrit cent fois, cartographié, trahi, piétiné.C\u2019est avec des étoiles dans les yeux, mais sans trop d\u2019illusions, qu\u2019Éric Faye et Christian Garcin, deux romanciers et essayistes plutôt prolifiques, ont mis leurs pas dans ceux de la mythique voyageuse et orientaliste française Alexandra Da- vid-Néel (1868-1969), la toute première Européenne à avoir mis les pieds à Lhassa, «Rome du lamaïsme» et capitale du Tibet.En 1924, après avoir traversé à pied sur presque 2000kilomètres le Tibet déguisée en mendiante, Alexandra David-Néel était restée deux mois à Lhassa complètement incognito en compagnie du jeune lama Aphur Yongden, qui deviendra son fils adoptif en 1929.Un exploit qui recouvre un intérêt sans fin pour les cultures et les mystères de l\u2019Asie centrale.« Le Tibet actuel est en théorie accessible à tous, mais d\u2019une accessibilité trompeuse.» En 2015 et en 2017, passant des cols de 5000 mètres en 4x4, avec guide et chauffeur (nous sommes en Chine, ne l\u2019oublions pas), multipliant les voyages en train au cœur de la Chine, les rencontres et les hôtels miteux, ils ont essayé de voir autant que d\u2019imaginer ce qu\u2019a pu voir l\u2019aventurière au cours de ses multiples voyages dans la région.Pour les deux Français, qui relatent un peu sagement leur expérience au moyen d\u2019un curieux « Je » indistinct, faire coïncider leur voyage avec la chronologie de celui d\u2019Alexandra David-Néel importait peu.« Ce qui comptait, c\u2019étaient les traces, réelles ou fantasmées, c\u2019étaient nos pieds dans ses empreintes, c\u2019étaient nos yeux qui verraient à nouveau les mêmes lieux, les mêmes couleurs, les mêmes reliefs, les mêmes bâtiments qu\u2019elle\u2026» Mais depuis la publication de son Voyage d\u2019une Parisienne à Lhassa en 1927, le Tibet, « dont la densité de population est proche de rien », avait changé de façon considérable.La Chine elle aussi se métamorphose, avance et assimile.« Peut-on imaginer que Lhassa devienne un jour une ville \u201ccomme les autres\u201d à force d\u2019être desservie par les trains à grande vitesse et des vols low cost ?» On le peut, nous disent-ils, avant de prendre la mesure, ici et là, de l\u2019inéluctable.Et pour Faye et Garcin, qui avaient déjà écrit et voyagé ensemble (En descendant les fleuves.Carnets de l\u2019Ex- trême-Orient russe, Stock, 2011), seule l\u2019irréductible dévotion religieuse des Tibétains semble préserver le territoire d\u2019être à jamais aplati par le rouleau compresseur chinois.Malgré tout, le voyage en vaut-il la peine ?« On n\u2019en revient pas indemne, si tant est que l\u2019on en revienne», nous révèle l\u2019un d\u2019entre eux.Tout comme cette « femme aux semelles de vent» qui n\u2019en était jamais vraiment revenue.Sur les traces d\u2019Alexandra David-Néel Christian Garcin et Éric Faye refont dans le Tibet d\u2019aujourd\u2019hui le voyage de l\u2019orientaliste française en 1924 Alexandra David-Néel à son 100e anniversaire en 1968.Elle arriva au Tibet en 1924, alors qu\u2019aucun Occidental n\u2019y avait pénétré depuis 1848.AGENCE FRANCE-PRESSE Dans les pas d\u2019Alexandra David-Néel Du Tibet au Yunnan ?Éric Faye et Christian Garcin, Stock, Paris, 2018, 320 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 L i r e 32 | Groleau pour la vie Avons-nous tort d\u2019accorder la priorité à la raison sur tout le reste ?Dans L\u2019inconsolable et autres impromptus (PUF, 2018), le philosophe André Comte-Sponville, méditant sur l\u2019œuvre de Beethoven, semble le laisser entendre.«La pensée ne fait pas de miracle, écrit-il.On peut bien lire Spinoza ou Kant toute la journée.À quoi bon, si c\u2019est pour se protéger de la vie, de l\u2019émotion, du douloureux secret d\u2019être soi ?L\u2019art va plus vite ou plus profond.Il ne donne à penser qu\u2019en donnant à ressentir, à aimer, à admirer.» L\u2019écoute du grand compositeur allemand inspire une réflexion semblable à Éric-Emmanuel Schmitt.«Car l\u2019entendement auquel se limitent les purs rationalistes ne forme qu\u2019une des couches du cerveau, pas la plus superficielle mais pas la plus constitutive.Sous les idées, les théories, les hypothèses, il y a quelque chose de mouvant qui soutient et porte le reste : les sentiments», note l\u2019écri- vain-philosophe dans Mes maîtres de bonheur (Le livre de poche, 2017).Ces affirmations ont quelque chose de renversant.Voilà deux docteurs en philosophie qui, subjugués par la musique de Beethoven, viennent nous dire que les émotions importent plus que la raison.Ces penseurs, en vieillissant, deviendraient-ils trop sentimentaux?Se réfugieraient-ils dans la vie affective afin d\u2019échapper à l\u2019exigeante quête de rationalité qu\u2019on attend des philosophes?Les deux connaissances Dans L\u2019oubli de la vie (Liber, 2018, 192 pages), un essai absolument remarquable, le Québécois Étienne Groleau, lui aussi docteur en philosophie, leur donne pourtant raison.Il existe, écrit-il, «deux types de connaissance, la connaissance rationnelle et la connaissance affective, et c\u2019est la seconde qui fonde et rend possible la première ».C\u2019est la logique même qui vient montrer que la raison ne peut qu\u2019être seconde.«Pour chercher, explique Groleau, il faut déjà désirer quelque chose.Avant la recherche de la vérité, il y a le désir de vérité.Et cette chose désirée, donc un certain bien, est posée en absolu par-delà la raison qui, elle, ne peut chercher que ce qu\u2019on lui demande.L\u2019on doit reconnaître que la raison n\u2019est qu\u2019un outil, ce n\u2019est pas elle qui fixe les buts.» Or, et c\u2019est là la thèse de Groleau, le monde moderne a renversé cette logique et a mis la raison au poste de commande, ce qui explique le désarroi contemporain.La modernité, explique le philosophe, se caractérise par le souci scientifique de la vérité et, par conséquent, par le règne de l\u2019objectivité.Cet élan a bien sûr mené à de grandes réussites sur le plan des connaissances et des techniques, mais ce fut au prix d\u2019un rejet de l\u2019affectivité.Il ne s\u2019agissait plus de se demander ce qui était bien, mais seulement ce qui était vrai, dans le sens scientifique du terme.La science, toutefois, par sa nature même, en objectivant le monde, le neutralise, puisque «rien dans la nature apparente n\u2019indique l\u2019existence du bien» ou la valeur éthique des choses, même pas celle de l\u2019humain.Une telle pensée ne peut que déboucher sur le relativisme (comment établir qu\u2019une réalité vaut plus qu\u2019une autre?), voire sur le nihilisme, qui s\u2019exprime dans le règne désenchanté des critères mesurables (efficacité, rentabilité, utilité), au mépris de ce qui fait la valeur de l\u2019expérience humaine.L\u2019oubli de la vie, c\u2019est ça.L\u2019éthique du cœur Comme Pascal, qui affirmait que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point», Groleau veut réhabiliter l\u2019affectivité, qui constitue la vérité de l\u2019être humain, «ce qui rend l\u2019existence digne d\u2019être vécue ».Il ne s\u2019agit pas de rejeter la raison, mais de la refonder sur l\u2019affectivité.La vraie sagesse, continue le philosophe, ne se trouve ni dans l\u2019une ni dans l\u2019autre, étant donné que « la raison seule est sans fondement [et que] l\u2019affectivité seule est aveugle », mais dans le logos, qui est dialogue entre l\u2019une et l\u2019autre.Groleau postule, avec Hume et Rousseau, que l\u2019affectivité serait universelle et tournée vers le bien.Pour préserver cet élan éthique, il convient, cependant, d\u2019offrir un milieu propice à son développement puisque, comme l\u2019écrit Thomas De Koninck en préface, notre «moi intime » est aussi le résultat de notre conversation avec autrui.Dans des pages d\u2019une rare profondeur, Groleau livre alors un brillant plaidoyer pour une éducation humaniste, axée sur la culture et sur la formation générale \u2014 arts, littérature, musique \u2014, qui «n\u2019est donc pas le complément accessoire d\u2019une formation spécifique, mais son fondement».Plus que la médecine, précise-t-il, « les soins infirmiers représentent l\u2019un des plus beaux exemples de réussite d\u2019alliance entre la connaissance rationnelle et l\u2019affectivité».Dans l\u2019Encyclopédie de l\u2019Agora, le philosophe Jacques Dufresne a parlé de l\u2019essai de Groleau comme d\u2019un « ouvrage québécois de portée universelle ».Il a eu raison.Louis Cornellier Chronique CRITIQUE MICHEL LAPIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR Le jour, en 1972, où Jacques Lacour- sière préside au lancement, à Montréal au Ritz-Carlton, du premier des 15 fascicules hebdomadaires de son magazine populaire Notre histoire : Québec-Canada, en vente dans la chaîne d\u2019épiceries Steinberg, il confirme avec fracas sa vocation de vulgarisateur à succès.Une série historique agréable, vite traduite et adaptée en anglais, exempte en français de la prédication à laquelle Lionel Groulx nous avait habitués ! Malgré le peu d\u2019influence sur lui du célèbre chanoine historien mont- réalais mort en 1967, Lacoursière, né à Shawinigan en 1932, n\u2019a pas échap - pé au moule clérical, omniprésent à l\u2019époque au Québec.Dans l\u2019ouvrage qu\u2019ils lui consacrent, Faire aimer l\u2019histoire en compagnie de Jacques La- coursière, ses confrères historiens Jacques Mathieu et Denis Vaugeois ne cachent pas le fait qu\u2019il a subi à Trois-Rivières l\u2019ascendant en histoire du prélat Albert Tessier, essayiste plus éclectique et moins doctrinaire que Groulx.C\u2019est dans cette ville de province que Lacoursière, fils d\u2019imprimeur et muni d\u2019un simple baccalauréat en pédagogie, commence sa carrière d\u2019historien surtout autodidacte.Il y entreprend en 1962, sous l\u2019égide de Mgr Tessier et grâce à une équipe de collaborateurs, un récit chronologique des événements et des anecdotes de notre histoire, vus sous l\u2019angle inusité d\u2019un imaginaire journal d\u2019information, publié dans le passé mais selon la formule d\u2019aujourd\u2019hui.Le journal s\u2019intitule Le Boréal Express et dure une dizaine d\u2019années.Dès cette époque, Lacoursière se présente comme un historien «apolitique », du moins aux yeux de Vau- geois, son collaborateur sensiblement du même âge que lui et son ami de longue date, qui livre, dans Faire aimer l\u2019histoire, le témoignage le plus vivant.Dans les différentes éditions du très populaire manuel d\u2019histoire lancé en 1968 et auquel les deux collaborent, les mots Canada et Québec, d\u2019abord absents de la couverture, finissent par s\u2019y joindre l\u2019un à l\u2019autre.Vaugeois, bien qu\u2019il fût ministre péquiste, laisse entendre que le choix politique et identitaire était volontairement mal défini.Il se plaît à rappeler qu\u2019en 1966, Lacoursière « cède aux sirènes fédérales et accepte un contrat avec la Commission du centenaire de la Confédération ».La belle réussite iconographique du magazine Nos racines (1979-1983), qui associe adroitement histoire nationale et généalogie, ajoute de la gloire à l\u2019as de la vulgarisation, présent même à la radio et à la télévision.Si Lacoursière n\u2019a pas la profondeur critique de ses aînés, les historiens universitaires Guy Frégault (1918-1977) et Maurice Séguin (1918-1984), parfois difficiles à comprendre, il a réussi, quant à lui, à faire aimer l\u2019histoire du Québec à un plus grand nombre.Il a vite fait le choix de séduire en visant juste plutôt que de discuter.Ce n\u2019est pas rien.Rêver le présent par l\u2019histoire Jacques Mathieu et Denis Vaugeois rendent hommage à l\u2019historien populaire Jacques Lacoursière Jacques Lacoursière s\u2019est imposé dans le temps comme un historien autodidacte.RÉMY BOILY Faire aimer l\u2019histoire en compagnie de Jacques Lacoursière ?Jacques Mathieu et Denis Vaugeois, Septentrion, Québec, 2018, 292 pages | 3 3 L i r e E s s a i L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 CRITIQUE FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Il faudrait peut-être décoller son nez de ses stories Instagram, de ses « engagements » dans les réseaux sociaux numériques, des big data qui nous façonnent et des égopor- traits qui nous af fligent pour en prendre un peu plus conscience : « L\u2019incessante poursuite de nouvelles connaissances, de découvertes et fabrications innovantes, l\u2019accumulation infinie de données, leur numérisation, leur dif fusion universelle modifient la pensée, qui modifie le langage, nécessairement contaminé par la pensée et la langue technique en général, numérique en particulier», écrit Jean-Michel Delacomptée dans Notre langue française, une exploration politique et esthétique de la langue sur un terrain balisé par l\u2019inquiétude, la lucidité et l\u2019érudition.Comme tout organisme vivant \u2014 et surtout vibrant \u2014, le français a été, est et sera toujours en mutation.Mais par les temps qui courent, il serait bon de puiser dans la richesse de cette langue pour trouver les mots justes, ceux exprimant la méfiance, estime l\u2019écrivain et essayiste prolifique qui nomme, lui, les écueils du moment.«Nous gagnons en précision ce que nous perdons en imagination.» Et pour le gardien des territoires imaginaires, il n\u2019y a pas de quoi se réjouir.Ses craintes sont par tagées par le journaliste Philippe Meyer.Dans un texte intitulé « Les mots pour le vivre », qui fait partie de l\u2019ouvrage collectif Le Français a-t-il perdu sa langue?, il se désole en effet du harcèlement très contemporain des communiquants, « dont le métier est de falsifier les mots.En les vidant de leur substance par une répétition psalmo- dique et un usage clérical ».Des attaques sournoises, un « nivellement par le médiocre », dit Delacomptée, dont les gourous de la Silicon Valley ne sont pas les seuls responsables.Les ténors de la standardisation et de l\u2019homogénéisation ambiante seraient également ailleurs.« Citoyen, solidaire, participatif, moderne, ne sont plus des adjectifs mais des bruits, des signaux sonores indiquant que l\u2019on pénètre dans un territoire sacré où il serait [\u2026] blasphématoire de demander à un orateur de rendre compte du sens de ses phrases et des rappor ts entre ses mots et la réalité », écrit Meyer, en ajoutant : « Nous sommes des fanfarons d\u2019individualisme qu\u2019une pluie de prescriptions, décrétées par [\u2026] des académies invisibles, suf fit à faire entrer dans le rang.Une petite pluie.À peine pistouillante.Mais tenace.» Joli.Pas moraliste, mais «écrivain laborieux » qui « creuse les mots pour en tirer un fruit mangeable », Jean-Mi- chel Delacomptée ne se pose pas non plus en passéiste se désolant face au progrès.Plutôt, il éclaire le caractère pernicieux d\u2019une « novlangue » qui « suce la mentalité » de la langue « avec une boulimie voilée » et qui porte atteinte ainsi à son caractère équivoque, à ce « noyau de valeurs intellectuelles et morales élaborées par les générations passées » et qui maintient la « ligne de démarcation entre une société vivable et un monde post-humain », écrit-il.La langue est patrie, disait Gaston Miron.Elle est aussi héritage et résistance par « la littérature », souligne l\u2019essayiste, littérature à laquelle reviendrait aujourd\u2019hui « la tâche de freiner l\u2019abstraction technicienne en voie d\u2019implantation dans nos cervelles».«Non pas la littérature amincie et déjà mécanique qui tapisse les têtes de gondole, ajoute l\u2019essayiste, mais les œuvres qui brassent large et creusent profond.» L\u2019écrivain et cinéaste Atiq Rahimi, dans l\u2019essai collectif sur l\u2019état du français, auquel participent aussi Nancy Huston, Alice Zeniter, Michaëlle Jean, Alain Rey, Kamel Daoud\u2026, en rajoute, en circonscrivant le texte littéraire comme une syntaxe donnée au cri et à un acte de profération, pour paraphraser Gilles Deleuze.« Et même si ce cri n\u2019éveille pas les esprits endormis au moins il perturbe leur sommeil ! » écrit-il confirmant ainsi qu\u2019une langue qui se menace dans son évolution est aussi capable de se défendre elle-même.Brasser la langue française pour la protéger d\u2019elle-même Entre esthétique et politique, deux essais mettent en mots un appel à la résistance « L\u2019accumulation infinie de données, leur numérisation, leur diffusion universelle modifient la pensée, qui modifie le langage », écrit Jean-Michel Delacomptée.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Un dimanche à ma fenêtre ?1/2 Christian Vézina, Somme toute, Montréal, 2018, 168 pages « Qu\u2019ai-je dit ?Du vent », écrit Christian Vézina dans ce recueil de billets d\u2019abord présentés sur les ondes d\u2019ICI Première, à l\u2019émission Des- sine-moi un dimanche.Du vent, vraiment ?Parlons plutôt d\u2019une saine conscience de la merveilleuse futilité de ce nécessaire exercice consistant à réfléchir sans cadre ni objectif précis, quelque part entre la douceur de la conversation amicale et la fulgurance de la poésie.Si la culture, souvent, « ne consiste qu\u2019à recouvrir de mille couches de vernis une infinie superficialité », les idées de Vézina, elles, refusent l\u2019insolence et ont l\u2019humilité de signaler tout ce qu\u2019elles doivent à Rilke, à Verlaine ou à Michel Gar- neau.Maître des sujets casse- gueule (la langue, l\u2019identité, le vent !), l\u2019homme de théâtre sait utiliser la parole pour rétablir un minimum de silence dans la cacophonie de l\u2019actualité.Il est malin, le chroniqueur parvenant à convaincre son auditeur que la plus grande des sagesses consiste moins à savoir parler, qu\u2019à savoir écouter.Dominic Tardif Le Mai 68 des Caraïbes ?1/2 Romain Cruse, Mémoire d\u2019encrier, Montréal, 2018, 400 pages Sous les pavés, il y avait la plage, en mai 1968, en France.Mais sur les plages, il y avait aussi, au même moment, le même esprit de révolte et d\u2019affirmation populaire.On pourrait croire que les mouvements sociaux et étudiants qui ont teinté l\u2019année 1968 n\u2019ont été que français, et un peu nord-américains.Or l\u2019histoire a oublié que Mai 68 s\u2019est aussi joué à San Juan à Porto-Rico, à La Havane, en République dominicaine, en Jamaïque et même en Haïti, où les masses se sont mises en marche pour rêver un autre avenir et se libérer de leurs chaînes, rappelle le géographe français Romain Cruse, qui vit à Fort-de-France, en Martinique, dans cet essai singulier.Villages contre villes, colonisés contre colonisateurs, petits pays contre l\u2019impérialisme américain et rêve d\u2019un nouveau socialisme, l\u2019ouvrage ratisse large, et a surtout le mérite de rappeler que la grande histoire a toujours tendance à faire oublier celle des plus petits.Fabien Deglise Notre langue française ?Jean-Michel Delacomptée, Fayard, Paris, 2018, 210 pages Le Français a-t-il perdu sa langue ?Sous la direction d\u2019Éric Fottorino, Philippe Rey, Paris, 2018, 96 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 L i r e E s s a i 3 4 | ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR l semble rarement se passer une semaine sans qu\u2019un professeur de littérature ou de philo au cégep se désole dans une lettre ouverte aux journaux de la piètre culture générale de ses étudiants, forcément dépeints en larves prostrées sur leur téléphone intelligent.Une quantité impressionnante de papier a de la même manière été gaspillée au cours des dernières années afin de décrire les compor tements fascinants ou déplorables des millénariaux.« Quand je suis devenu prof de philo, le niveau des élèves n\u2019était vraiment pas ce à quoi je m\u2019attendais.J\u2019avais à chaque session des étudiants qui me jetaient par terre parce qu\u2019ils étaient brillants, ordonnés, cultivés, bien plus que moi à leur âge, alors que je m\u2019attendais à ça, oui, à ce qu\u2019ils ne soient pas intéressés, à ce qu\u2019ils écrivent mal», se rappelle Thomas O.St-Pierre, qui gagne aujourd\u2019hui sa vie en tant que traducteur.« Chaque fois que je lis des textes sur les millé- nariaux, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019en apprendre autant que lorsque je lis un texte qui décrit grossièrement les traits de personnalité que partageraient tous les membres d\u2019une nation.Généralement, c\u2019est pas mal de la bouette.» « Personnellement, ce qui me fascine le plus au sujet de notre époque est l\u2019intensité de la haine que nous lui portons : elle serait individualiste, superficielle, consumériste, violente, postfactuelle », énumère l\u2019écrivain dans Miley Cyrus et les malheureux du siècle.Défense de notre époque et de sa jeunesse, pamphlet heur tant comme un boulet de démolition \u2014 une wrecking ball \u2014 l\u2019idée reçue voulant que notre monde coure à sa perte et que le nouveau millénaire soit invivable.Jadis enfant star, Miley Cyrus devenait, au moment où elle se brassait le bonbon lors des MTV Video Music Awards 2013, le symbole de la déliquescence morale de toute une génération.Une chanteuse pop attisant, pour mieux s\u2019en jouer, les instincts pudibonds de ses aînés ?Incroyable, n\u2019est-ce pas ?« Il m\u2019arrive moi-même d\u2019être parfois agacé par la jeunesse, avoue St-Pierre, jeune père de 31 ans, mais il faut reconnaître, d\u2019une part, que c\u2019est inévitable et, d\u2019autre part, que comme toutes les formes d\u2019agacement, ce n\u2019est pas très fécond ni très élégant.» Pour réhabiliter le cynisme Céder à la modophobie, joli néologisme inventé par Thomas O.St-Pierre afin de désigner la détestation de l\u2019époque, équivaudrait ainsi à embrasser « une f iction dont on se plaît à trouver les preuves qui nous arrangent », parce qu\u2019elle alimente l\u2019illusion de notre supériorité intellectuelle et permet d\u2019apaiser à peu de frais notre peur du changement.Mais comment lutter contre ses élans modophobes ?En renouant avec un sain cynisme et en ajustant nos attentes par rapport à l\u2019espèce humaine, propose l\u2019auteur des romans Même ceux qui s \u2019appellent Marcel et de Charlotte ne sourit pas.«La modophobie trouve à nos frustrations des causes extérieures, c\u2019est une manière sophistiquée de blâmer les autres parce qu\u2019on est malheureux, plaide-t-il.Mon cynisme est davantage une forme d\u2019acceptation que de fatalisme.Il faut juste accepter que les humains ont tendance à se comporter de manière individualiste ou égoïste, même s\u2019ils ne le sont pas toujours.Si on imagine l\u2019humain exempt d\u2019égoïsme, on se condamne à être déçu.C\u2019est Marc Aurèle qui suggérait, pour mieux vivre sa journée, de se lever chaque matin en imaginant qu\u2019on va rencontrer quelqu\u2019un qui pue ou qui est méchant \u2014 ce qui de toute façon se produit rarement.Il suffit souvent de changer ses perceptions, de cesser de vouloir modifier le comportement des autres, pour être plus heureux, plus calme.» Charité intergénérationnelle « Les réseaux sociaux ne sont rien d\u2019autre qu\u2019un condensateur de compor tements humains », observe ailleurs l\u2019essayiste, en s\u2019attaquant au discours voulant que Facebook et Twitter génèrent chez leurs utilisateurs des attitudes problématiques qui n\u2019existaient pas aux temps bénis du pigeon voyageur.« Je ne prétends pas que notre époque n\u2019a rien de particulier, pré- cise-t-il.Forcément, elle va avoir des maux qui lui sont propres.Les réseaux sociaux, les téléphones intelligents ont une incidence sur notre vie, mais je ne pense pas qu\u2019ils nous modifient.Les failles que ces outils-là exploitent sont déjà en nous.Les caractéristiques qu\u2019on juge comme celles de notre époque découlent de caractéristiques intemporelles de la nature humaine.Et la détestation de la nature humaine, c\u2019est une forme de détestation de soi.» « Cette aliénation par la technologie qui ferait que plus personne ne se parle pour vrai, comme on le dit souvent, ça ne rejoint pas du tout mon expérience personnelle, ajoute- t-il.J\u2019organise, grâce aux réseaux sociaux, des rencontres avec mes amis, et on se parle ! Mais c\u2019est tellement plus jouissif de nourrir notre modophobe intérieur et de condamner le déclin de la civilisation ! » Afin de se prémunir contre cette pollution intellectuelle qu\u2019est la mo- dophobie et ne pas mépriser tout ce qui est plus jeune et fringant que nous, Thomas O.St-Pierre en appelle à une forme de charité inter- générationnelle, idée empruntée à l\u2019intellectuel André Laurendeau.«Plutôt que de lire tous ces maudits articles sur les millénariaux qui veulent un horaire plus flexible et pas de voiture, apprenez donc à les connaître, en partant du principe que ce ne sont peut-être pas des imbéciles.» Un boulet de démolition contre le mur de la haine Thomas O.St-Pierre s\u2019attaque à la modophobie, cette détestation de l\u2019époque et des jeunes qui la peuplent Jadis enfant star, Miley Cyrus devenait, au moment où elle se brassait le bonbon lors des MTV Video Music Awards 2013, le symbole de la déliquescence morale de toute une génération.THEO WARGO AGENCE FRANCE-PRESSE Miley Cyrus et les malheureux du siècle Défense de notre époque et de sa jeunesse Thomas O.St-Pierre, Atelier 10, Montréal, 2018, 105 pages I | 3 5 É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C U L T U R E BILLET JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR La reine Élisabeth II a 92 ans.La fin de son règne approche.Mais pas celui de la monarchie.En témoigne le faste avec lequel toutes les télévisions du monde promettent de rendre compte du mariage du prince Harry, pourtant sixième seulement dans l\u2019ordre de succession au trône britannique.Le 19 mai, le mariage du prince avec l\u2019Américaine Meghan Markle à la chapelle Saint-Georges du château de Windsor est retransmis en direct par la télévision française TV5.Décalage horaire oblige, il l\u2019est aussi dès le petit matin par CTV, CBC et Global.L\u2019événement est en outre à l\u2019af fiche de la programmation de tous les grands réseaux américains, y compris PBS.La télévision d\u2019État du Canada propose quant à elle une couverture de l\u2019événement dès 6 h à RDI.Céline Galipeau, chef d\u2019antenne, sera en service.Puis, comme si cela ne suffisait pas, Radio-Canada redif fuse la cérémonie dès 15 h.Et je ne parle pas des émissions spéciales consacrées à cette union : ce serait trop.Vieille tradition Cette tradition d\u2019une surattention accordée aux épousailles royales ne date pas d\u2019hier.Le 20 novembre 1947, Élisabeth II et Philippe se marient à l\u2019abbaye de Westminster.Ils sont couverts de présents, arrivés du monde entier.Comme dans chacun des événements du genre, les symboles et les apparences comptent plus que tout.La future reine souhaite qu\u2019on utilise des coupons de rationnement pour acheter les mètres de tissu nécessaire à la confection de la robe dessinée par un couturier, sans voir bien entendu de contradiction entre les deux.Les origines du nouveau duc d\u2019Édimbourg sont maquillées pour faire bonne figure : ses proches parents liés à l\u2019Allemagne hitlérienne ne sont pas invités et on le gratifie en vitesse de titres royaux.Du côté d\u2019Élisabeth, on ne convie pas non plus l\u2019ancien roi Édouard VIII.L\u2019image de ce dernier est compromise pour des raisons politiques.L\u2019homme est connu en ef fet pour être peu sensible aux conventions et pour avoir flir té avec les théories nazies autant qu\u2019avec Wallis Simpson, une Américaine mariée deux fois pour laquelle il abdique.En d\u2019autres termes, à l\u2019occasion d\u2019un mariage royal, c\u2019est tout le pouvoir qui se met en scène.Le miroir royal du pouvoir La captation de l\u2019union de Meghan Markle et du prince Harry perpétue le lien entre gouverne et divertissement Un couple déambule dans Windsor affublé de masques à l\u2019effigie des futurs mariés, à quelques jours du mariage royal prévu samedi en la chapelle Saint-Georges du château de Windsor.EMILIO MORENATTI ASSOCIATED PRESS Selon CBC, le mariage du prince Harr y et de Meghan Markle est censé illustrer à quel point « la monarchie est devenue moderne».En vertu de quoi?Il faudrait noter, semble-t-il, que Meghan est plus vieille qu\u2019Harry, qu\u2019elle a été précédemment mariée et qu\u2019elle est «biraciale», sachant qu\u2019on trouve dans sa généalogie de roturière des ancêtres noirs.Sans compter que le prince Harry est connu de son côté pour être un peu mauvais garçon.Ce jeune homme a de l\u2019esprit, mais pas toujours de cervelle : c\u2019est lui qui, pour rigoler, s\u2019était déguisé en officier nazi\u2026 Transmission En quoi ce mariage peut-il vraiment constituer un signe de modernisation ?Qu\u2019est-ce qui a changé ?Fort peu de choses en vérité.Hier comme aujourd\u2019hui, cette représentation publique des époux royaux a pour première fonction de baliser et de flatter la représentation de leur autorité.Rien d\u2019étonnant en somme à ce que les formes de pareil événement varient peu.Si la royauté préfère désormais le gâteau de mariage au citron plutôt qu\u2019aux fr uits, cela change-t-il vraiment quelque chose de profond?Machiavel disait : « Gouverner, c\u2019est faire croire.» Ici, il s\u2019agit de faire croire à la transmission du pouvoir.Aussi ces événements éclairés par de puissants projecteurs médiatiques deviennent-ils des passeports grâce auxquels un pouvoir ancien continue d\u2019avancer et de se perpétuer sans entrave.Il n\u2019y a pas que la famille royale britannique qui l\u2019ait compris.Chez des personnages aussi dif fé- rents que Louis XIV, Henri IV ou encore Napoléon Bonaparte, on pourrait analyser de la même façon ce rôle de légitimation du pouvoir qui passe par de grandes cérémonies.Hier comme aujourd\u2019hui, les cérémonies constituent des courroies de transmission de l \u2019ordre qu\u2019elles réaffirment.En un mot, ce sont des instruments de propagande.Le mariage est l\u2019une des principales cérémonies sur lesquelles s\u2019assoie le pouvoir monarchique.Il confirme le pouvoir héréditaire, son autorité, sa place sociale, sa fiction.Un tel mariage invite tout un chacun à se situer en fonction de cette autorité ravivée par ces jeux de miroir qui s\u2019emploient à faire briller le pouvoir de tous les côtés.Devant le mariage de Meghan Mar- kle et du prince Harry, la télévision perpétue tout bonnement l\u2019idée déjà af firmée par la salle des glaces du palais de Versailles : il s\u2019agit de divertir pour mieux rappeler qui gouverne. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 6 | TOUJOURS AU CINÉMA DÉSOBÉISSANCE RACHEL WEISZ RACHEL McADAMS ALESSANDRO NIVOLA « CÉRÉBRAL ET PHYSIQUE.» STUDIO CINÉ LIVE « UNE BELLE ET BOULEVERSANTE HISTOIRE D\u2019AMOUR.» THE GLOBE AND MAIL « WEISZ ET McADAMS SONT EXCELLENTES, NIVOLA SURPREND.» ENTERTAINMENT WEEKLY PAR LE RÉALISATEUR D\u2019UNE FEMME FANTASTIQUE \u2013 GAGNANT D\u2019UN OSCAR® SEBASTIÁN LELIO UN FILM DE CHLOE ZHAO « UN ÉTAT DE GRÂCE CINÉMATOGRAPHIQUE LE DEVOIR MAINTENANT AU CINÉMA EXCLUSIVEMENT AU CINÉMA DU PARC ELLE FANNING NICOLE KIDMAN ALEX SHARP UN FILM DE JOHN CAMERON MITCHELL RÉALISATEUR D\u2019HEDWIG AND THE ANGRY INCH ENTREVUE MANON DUMAIS LE DEVOIR près avoir entendu le cinéaste Hugo Latulippe (Ce qu\u2019il reste de nous) dire à la télévision que « les Québécois n\u2019avaient pas commencé à voir la beauté de leur pays », Nathalie Leclerc l\u2019a contacté parce que cette phrase lui rappelait des propos qu\u2019avait déjà tenus son père.Dans la foulée, la fille de Félix lui dévoile que sa mère, Gaétane Morin, vient de découvrir dans un placard une boîte d\u2019archives de 8mm.Hugo Latulippe se rend alors à l\u2019île d\u2019Orléans afin de voir ce qu\u2019il peut en faire.« Félix est apparu dans toute sa magie dans ces petits moments intimes volés, se rappelle le réalisateur.En fait, la plupart de ces images ont été tournées par Gaétane Morin, la deuxième femme de Félix, décédée en avril dernier.J\u2019aurais pu faire plusieurs films ou une petite série parce qu\u2019il suf fit de frapper à la porte de ses amis, comme Jean-Pierre Fer- land, Gilles Vigneault ou Rober t Charlebois, pour avoir des histoires, des histoires et des histoires.Avant de faire le film, j\u2019ai relu toute l\u2019œuvre de Félix Leclerc et plusieurs biographies ; je pensais tout savoir, mais de nouvelles histoires sont ressorties.» Ainsi, Hugo Latulippe a notamment découvert la technique de son jeu, la richesse et l\u2019imprévisibilité de ses rimes, sa façon de se défiler devant les questions des journalistes, ses influences tziganes, son admiration pour Django Rheinardt et la musique russe, comment il a influencé Georges Brassens et Leonard Cohen.« J\u2019aurais pu développer des quarts d\u2019heure juste là-dessus ! J\u2019ai grandi dans une maison où il y avait du Félix, mais à un moment donné, on prend une distance par rapport à ces grands- là et on a l\u2019impression de les connaître.Félix était un être complexe.» Ponctué des archives, Félix dans la mémoire longtemps donne la parole à divers artistes et personnalités ayant connu ou admirant le patriarche de la chanson québécoise.Défilent ainsi dans ce documentaire qu\u2019a dif fusé Télé-Québec en décembre 2016 les Jean-Pierre Ferland, Gilles Vigneault, Guy Latraverse, François Dom- pierre, Richard Séguin et Denise Bombardier, mais aussi les Louis- Jean Cormier, Vincent Vallières, Éric Lapointe, Monique Giroux, Betty Bonifassi et Catherine Major.Que ce soit à travers leurs témoignages ou leurs prestations musicales, on ressent le grand vide qu\u2019a laissé Leclerc, décédé le 8 août 1988.«On dirait que parler de Félix rend le monde fébrile ; l\u2019émotion était palpable sur le plateau.Avec toute son intégrité, Félix incarne le soulèvement de tout un peuple et il demeure une sorte de phare pour les gens qui l\u2019ont connu.On a parfois tendance à idéaliser le passé, mais on peut se Félix, je me souviens Hugo Latulippe dévoile la complexité du grand chansonnier disparu en 1988 A | 37 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 permettre d\u2019être inspiré par ce grand-là.Ma génération a besoin de revisiter Félix, mais je ne peux m\u2019empêcher de penser à tous ces gens qui arrivent au Québec.J\u2019ai plusieurs amis qui ne sont pas nés au Québec et pas mal d\u2019entre eux ne connaissent pas Félix.J\u2019ai l\u2019impression que, pour par tager le quotidien, il faut partager un certain socle culturel.Félix est un incontournable.» Dans la foulée de Mai 68 Homme discret, jaloux de sa vie privée, Félix Leclerc ne se destinait certainement pas à devenir l\u2019une des figures de proue du nationalisme dans les années 1970.Or, c\u2019est en France que tout cela aurait commencé.« Ça a été long avant qu\u2019il soit nationaliste.Il a fallu les événements de Mai 68.À l\u2019époque, il faisait des shows en France et il côtoyait beaucoup Georges Moustaki, qui lui aurait dit qu\u2019il fallait qu\u2019il fasse quelque chose pour les étudiants en France, qu\u2019il prenne la parole.» S\u2019il incarne encore aux yeux de plusieurs Québécois un grand symbole nationaliste, il n\u2019est pas sûr que Félix Leclerc adhérerait à cette idéologie dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, selon cer taines personnes l\u2019ayant bien connu.« Disons qu\u2019il faut se garder une petite gêne si on est tenté de parler pour Félix, parce qu\u2019il est resté complexe et libre jusqu\u2019à la fin.Dans son Dernier carnet, il a exprimé des doutes, pas nécessairement sur la souveraineté, mais sur la manière d\u2019y arriver.Je dois avouer que ça me rejoint, parce que la souveraineté doit être associée à un vrai projet de société, et quand j\u2019entends parfois des souverainistes sur la place publique, je ne suis pas sûr que ce soient mes frères et mes sœurs\u2026 » N\u2019essuyant que des refus de la part des institutions depuis la sortie d\u2019Alphée des étoiles (2012), Hugo La- tulippe révèle qu\u2019il aurait voulu faire un documentaire sur Félix à la manière d\u2019I\u2019m not There.«Le grand film sur toute l\u2019histoire Félix reste à faire.J\u2019aimerais le faire, ce grand film-là, mais je me suis battu pour le faire, comme je me suis battu dans les deux dernières années pour faire un film avec Gilles Vigneault, qui est malheureusement tombé à l\u2019eau.Les institutions ne croient plus au documentaire et c\u2019est pour ça que cette tradition est en train de mourir.» «Il faut se garder une petite gêne si on est tenté de parler pour Félix, parce qu\u2019il est resté complexe et libre jusqu\u2019à la fin», croit Hugo La- tulippe, ici en conversation avec Nathalie Leclerc, la fille du monument québécois.ESPERAMOS Félix dans la mémoire longtemps TVA, dimanche, 22h Pour partager le quotidien, il faut partager un certain socle culturel.Et à cet égard, Félix est un incontournable, juge Hugo Latulippe. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI UN ÉTÉ ITALIEN (4) (Genova), G.-B.2008.Drame psychologique de Michael Winterbottom avec Colin Firth, Willa Holland, Perla Haney- Jardine.- Veuf depuis peu, un universitaire américain s\u2019installe avec ses deux filles à Gênes, en Italie, où il a obtenu un poste d\u2019enseignant.ARTV 12h SANS ISSUE (4) (No Escape), É.-U.2015.Thriller de John Erick Dowdle avec Owen Wilson, Lake Bell, Pierce Brosnan.- Nouvellement installée dans un pays de l\u2019Asie du Sud-Est, une famille américaine se retrouve piégée au beau milieu d\u2019une violente révolte populaire contre les étrangers.TVA 14h LIGUE MAJEURE (4) (Major League), É.-U.1989.Comédie de David Ward avec Tom Berenger, Charlie Sheen, Corbin Bernsen.- Désireuse de transférer sa franchise à Miami, la nouvelle propriétaire d\u2019une équipe de baseball de Cleveland met tout en œuvre pour que celle-ci reste au dernier rang.V 14h SPLASH (4) É.-U.1984.Comédie fantaisiste de Ron Howard avec Daryl Hannah, Tom Hanks, John Candy.- Un jeune commerçant célibataire se désole de n\u2019avoir jamais connu l\u2019amour véritable, jusqu\u2019au jour où une sirène le sauve de la noyade.MAX 15h30 CET ÉTÉ-LÀ (4) (The Way, Way Back), É.-U.2012.Comédie dramatique de Nat Faxon avec Liam James, Sam Rockwell, Steve Carell.- Forcé de passer ses vacances d\u2019été en compagnie des membres de sa famille dysfonctionnelle, un adolescent introverti se lie d\u2019amitié avec un employé fantasque d\u2019un parc aquatique.MP 16h DIVERGENCE \u2013 INSURGÉS (5) (The Divergent Series \u2013 Insurgent), É.-U.2015.Science- fiction de Robert Schwentke avec Shailene Woodley, Theo James, Kate Winslet.- Dans un Chicago post-apocalyptique, une «Divergente» tente d\u2019échapper aux forces du pouvoir, tout en essayant de percer le secret de son monde.TVA 18h30 UN DUO D\u2019ENFER (4) (The Heat), É.-U.2013.Comédie policière de Paul Feig avec Sandra Bullock, Melissa McCarthy, Demian Bichir.- Pour coincer un baron de la drogue, une agente du FBI aguerrie et inflexible doit faire équipe avec une policière de Boston mal embouchée et agressive.V 18h30 LE RETOUR DE DANNY OCEAN (4) (Ocean\u2019s Twelve), É.-U.2004.Comédie policière de Steven Soderbergh avec George Clooney, Brad Pitt, Catherine Zeta- Jones.- Un cambrioleur et sa bande doivent perpétrer divers casses en Europe pour rembourser une ancienne victime qui n\u2019entend pas à rire.MAX 20h30 PARKER (5) É.-U.2013.Thriller de Taylor Hackford avec Jason Statham, Jennifer Lopez, Nick Nolte.- Un habile cambrioleur trahi et laissé pour mort par ses complices remonte leur piste jusqu\u2019en Floride où il met au point son projet de vengeance.TVA 20h45 CARRIE (2) É.-U.1976.Drame fantastique de Brian De Palma avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Betty Buckley.- Victime d\u2019une cruelle plaisanterie, une adolescente utilise ses dons de télékinésie pour une horrible vengeance.TQ 21h LA TAUPE (3) (Tinker Tailor Soldier Spy), Fr.2011.Drame d\u2019espionnage de Tomas Alfredson avec Gary Oldman, Benedict Cumber- batch, Tom Hardy.- En 1973, un agent secret à la retraite est appelé à enquêter à distance sur la présence d\u2019une taupe au sein des services de renseignement britannique.ARTV 21h ENTRE LES MURS (3) Fr.2008.Drame social de Laurent Cantet avec François Bégaudeau, Rachel Régulier, Esméralda Ouertani.- Une année dans la classe d\u2019un professeur de français d\u2019un lycée multiethnique de Paris.TFO 21h V POUR VENDETTA (4) (V For Vendetta), É.-U.2006.Thriller de James McTeigue avec Natalie Portman, Hugo Weaving, Stephen Rea.- Dans une société totalitaire, une jeune femme se lie à un justicier masqué qui cherche à renverser le gouvernement en commettant des actes terroristes.V 21h SHERLOCK HOLMES (4) G.-B.2009.Drame policier de Guy Ritchie avec Robert Downey Jr., Jude Law, Rachel McAdams.- Le détective Sherlock Holmes et son fidèle associé, le médecin John Watson, cherchent à neutraliser un meurtrier mégalomane ressuscité d\u2019entre les morts.MP 23h SPLASH Voir samedi, 15h30.MAX 23h LA CHAMBRE DU FILS (3) It.2001.Drame psychologique de Nanni Moretti avec Nanni Moretti, Laura Morante, Jasmine Trinca.- Un psychanalyste qui se sent coupable de la mort accidentelle de son fils met en péril les liens qui l\u2019unissent à sa femme et à sa fille.TFO 23h05 TRON \u2013 L\u2019HÉRITAGE (3) (TRON \u2013 Legacy), É.-U.2010.Science-fiction de Joseph Kosinski avec Garrett Hedlund, Jeff Bridges, Olivia Wilde.- Un pirate informatique est aspiré dans le monde virtuel où il retrouve son père qui y est retenu prisonnier depuis vingt ans.RC 23h30 HELLBOY II \u2013 L\u2019ARMÉE D\u2019OR (3) (Hellboy II \u2013 The Golden Army), É.-U.2008.Drame fantastique de Guillermo Del Toro avec Ron Perlman, Selma Blair, Doug Jones.- Un démon grognon combat le prince des elfes qui souhaite prendre le contrôle d\u2019une armée mythique dans le but d\u2019anéantir l\u2019humanité.TVA 23h45 DHEEPAN (3) Fr.2015.Drame social de Jacques Audiard avec Jesuthasan Antonythasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby.- Un soldat sri-lankais fuit son pays avec une femme et une orpheline et s\u2019installe en France, dans une banlieue défavorisée rongée par le trafic de drogue.TV5 0h LE CHEIK BLANC (3) It.1952.Comédie de Federico Fellini avec Alberto Sordi, Brunella Bovo, Leopoldo Trieste.- En voyage de noces à Rome, une jeune femme s\u2019esquive pour rencontrer le héros d\u2019un roman-photo.TFO 0h45 APOCALYPSE NOW (V.F.) (1) (Apocalypse Now), É.-U.1979.Drame de guerre de Francis Ford Coppola avec Martin Sheen, Robert Duvall, Marlon Brando.- Pendant la guerre du Vietnam, un officier des forces spéciales américaines remonte un fleuve en bateau pour aller tuer un colonel renégat.TQ 0h49 BIENVENUE À GATTACA (3) (Gattaca), É.-U.1997.Science-fiction d\u2019Andrew Niccol avec Ethan Hawke, Uma Thurman, Alan Arkin.- Dans un futur proche, un jeune subalterne défie son destin en s\u2019appropriant l\u2019identité génétique d\u2019un homme considéré comme supérieur.RC 2h LA VISITE DE LA FANFARE (3) Isr.2007.Comédie dramatique d\u2019Eran Kolirin avec Sasson Gabai, Ronit Elkabetz, Saleh Bakri.- En visite en Israël, les membres d\u2019une fanfare égyptienne s\u2019égarent et aboutissent dans un bled au milieu du désert où une restauratrice leur offre l\u2019hospitalité.TFO 2h11 DIMANCHE LES SAVEURS DU PALAIS (4) Fr.2012.Comédie dramatique de Christian Vincent avec Catherine Frot, Arthur Dupont, Jean-Marc Roulot.- Chargée de préparer les repas personnels du président français, une cuisinière du Périgord en découd avec le personnel hostile des cuisines de l\u2019Élysée.ARTV 12h ON L\u2019APPELAIT RUBY (4) Fr.2016.Drame policier de Laurent Tuel avec Mélanie Doutey, Karole Rocher, Olivier Loustau.- Dans une petite ville du Pays basque, la découverte du corps d\u2019une adolescente ranime de douloureux souvenirs liés au procès d\u2019un présumé tueur et violeur en série.TV5 13h DEUX SŒURS POUR UN ROI (4) (The Other Boleyn Girl), G.-B.2008.Drame historique de Justin Chadwick avec Natalie Portman, Scarlett Johansson, Eric Bana.- À la cour du roi Henry VIII, les intrigues d\u2019Anne Boleyn afin de supplanter sa sœur Mary dans le cœur du souverain.V 14h30 BABE (3) Aust.1995.Comédie fantaisiste de Chris Noonan avec James Cromwell, Magda Szubanski.- Grâce aux conseils d\u2019une chienne et à sa propre débrouillardise, un porcelet nouvellement arrivé dans une ferme apprend à garder les moutons.CBC 17h LE RETOUR DE DANNY OCEAN Voir samedi, 20h30.MAX 17h30 DANSE LASCIVE (4) (Dirty Dancing), É.-U.1987.Drame musical d\u2019Emile Ardolino avec Patrick Swayze, Jennifer Grey, Jerry Orbach.- En vacances avec ses parents dans un hôtel chic, une adolescente se propose de remplacer la partenaire malade de l\u2019instructeur de danse sociale.TVA 19h LA MAIN QUI BERCE L\u2019ENFANT (5) (The Hand That Rocks the Cradle), É.-U.1992.Thriller de Curtis Hanson avec Annabella Sciorra, Rebecca De Mornay, Matt McCoy.- Après la naissance de leur second enfant, des jeunes mariés engagent une gardienne qui se révèle animée d\u2019intentions malveillantes.V 19h30 SPLASH Voir samedi, 15h30.MAX 20h LE DÉMANTÈLEMENT (3) Can.2013.Drame de Sébastien Pilote avec Gabriel Arcand, Gilles Renaud, Lucie Laurier.- Un éleveur d\u2019agneaux décide de démanteler sa ferme et de vendre la maison familiale afin d\u2019aider financièrement sa fille aînée en instance de divorce.ARTV 21h LE RUBAN BLANC (2) All.2009.Drame de Michael Haneke avec Christian Friedel, Burghart Klaussner, Leonie Benesch.- En 1913, dans un village protestant de l\u2019Allemagne du Nord, divers événe- ments tragiques et actes criminels non résolus sèment le désarroi et la peur.TFO 21h DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH (3) (Being John Malkovich), É.-U.1999.Comédie fantaisiste de Spike Jonze avec John Cusack, Cameron Diaz, Catherine Keener.- Un employé de bureau découvre l\u2019existence d\u2019un passage secret qui mène dans l\u2019esprit de l\u2019acteur John Malkovich.TQ 21h30 L\u2019ÉPREUVE \u2013 LE LABYRINTHE (4) (The Maze Runner), É.-U.2014.Science-fiction de Wes Ball avec Dylan O\u2019Brien, Will Poulter, Thomas Sangster.- Des adolescents se retrouvent captifs dans une clairière ceinturée par un énorme labyrinthe peuplé d\u2019araignées géantes.MP 23h J.A.MARTIN PHOTOGRAPHE (3) Can.1976.Drame de mœurs de Jean Beaudin avec Marcel Sabourin, Monique Mercure, Jean Lapointe.- Au début du XXe siècle, un photographe ambulant qui effectue une tournée annuelle se voit obligé d\u2019emmener sa femme.TFO 23h26 L\u2019ILLUSIONNISTE (4) (The Illusionist), É.-U.2005.Drame sentimental de Neil Burger avec Edward Norton, Paul Giamatti, Jessica Biel.- À Vienne, au tournant du XXe siècle, un illusionniste tente de reconquérir son amour d\u2019adolescence, une aristocrate fiancée au prince héritier d\u2019Autriche.TVA 23h30 IVRE D\u2019AMOUR (3) (Punch-Drunk Love), É.-U.2002.Comédie sentimentale de Paul Thomas Anderson avec Adam Sandler, Emily Watson, Philip Seymour Hoffman.- Un célibataire au tempérament instable vit un premier grand amour qui lui donne le courage de tenir tête à des escrocs qui le harcèlent.RC 0h05 LUNDI LE BON GARS (4) (Mr.Right), É.-U.2016.Comédie de mœurs de Paco Cabezas avec Anna Kendrick, Sam Rockwell, Tim Roth.- Après avoir rompu avec son amoureux infidèle, une femme sans histoire s\u2019éprend d\u2019un ex-tueur à gages, dont la tête est mise à prix par ses anciens commanditaires.VIE 13h DÉDÉ À TRAVERS LES BRUMES (4) Can.2009.Drame biographique de Jean-Philippe Duval avec Sébastien Ricard, Joseph Mesiano, Dimitri Storoge.- Les faits marquants de la vie et de la carrière d\u2019André «Dédé» Fortin, leader du groupe de rock Les Colocs, qui s\u2019est enlevé la vie le 8 mai 2000.TQ 21h SUR MES LÈVRES (3) Fr.2001.Drame psychologique de Jacques Audiard avec Emmanuelle Devos, Vincent Cassel, Olivier Gourmet.- Une employée d\u2019agence immobilière atteinte de surdité s\u2019attache à un ex-prisonnier qui s\u2019apprête à voler un petit malfrat.TFO 21h LA TAUPE Voir samedi, 21h.ARTV 23h30 SA MAJESTÉ LA REINE (3) (The Queen), G.-B.2006.Drame historique de Stephen Frears avec Helen Mirren, Michael Sheen, James Cromwell.- Les efforts du premier ministre britannique Tony Blair pour convaincre la reine Elizabeth II de s\u2019adresser à ses sujets dans les jours qui ont suivi la mort de Lady Diana.TVA 23h35 LE RUBAN BLANC Voir dimanche, 21h.TFO 0h19 CONSPIRATION (4) (Conspiracy), G.-B.2000.Drame historique de Frank Pier- son avec Kenneth Branagh, Stanley Tucci, Colin Firth.- En 1942, des nazis se réunissent près de Berlin pour comploter la «solution finale».RC 1h30 MARDI LE CODE A CHANGÉ (4) Fr.2009.Comédie dramatique de Danièle Thompson avec Karin Viard, Dany Boon, Marina Foïs.- Divers incidents vont bouleverser l\u2019existence des convives d\u2019un dîner organisé par une avocate ambitieuse et son époux au chômage.TVA 13h MICHAEL KOHLHAAS (4) Fr.2013.Drame d\u2019Arnaud des Pallières avec Mads Mikkelsen, Mélusine Mayance, Delphine Chuillot.- Au XVIe siècle, en France, un marchand de chevaux forme une armée pour mener une guerre contre les autorités qui ont bafoué ses droits.TFO 21h LE DÉMANTÈLEMENT Voir dimanche, 21h.ARTV 23h ESCOUADE GANGSTER (4) (Gangster Squad), É.-U.2012.Drame policier de Ruben Fleischer avec Josh Brolin, Ryan Gosling, Sean Penn.- À la fin des années 1940, le chef de la police de Los Angeles crée une escouade secrète pour empêcher le gangster new-yorkais Mickey Cohen de contrôler la ville.TVA 23h35 MERCREDI LE PASSAGE (4) (Holes), É.-U.2003.Comédie dramatique d\u2019Andrew Davis avec Shia LaBeouf, Sigourney Weaver, Jon Voight.- Dans un camp de travail pour délinquants situé en plein désert, un garçon apprend que la directrice recherche activement un trésor.MP 20h L\u2019ARNACŒUR (5) Fr.2009.Comédie dramatique de Pascal Chaumeil avec Romain Duris, Vanessa Paradis, Julie Ferrier.- Un don juan qui gagne sa vie en brisant des couples mal assortis accepte de séduire une propriétaire de vignobles fortunée sur le point d\u2019épouser l\u2019homme qu\u2019elle aime.TQ 21h WHITE GOD (3) Hongr.2014.Drame de Kornel Mundruczo avec Zsofia Psotta, Sandor Zsoter, Lili Monori.- Le gouvernement ayant imposé une taxe sur les races canines croisées, une jeune fille est forcée de se séparer de son chien bâtard, qui mène les siens à la révolte.TFO 21h VICE CACHÉ (4) (Inherent Vice), É.-U.2014.Drame de Paul Thomas Anderson avec Joaquin Phoenix, Katherine Waterston, Josh Brolin.- À Los Angeles, au tournant des années 1960, un détective privé adepte des paradis artificiels enquête sur la disparition du riche amant de son ex-petite amie.TVA 23h05 MICHAEL KOHLHAAS Voir mardi, 21h.TFO 0h28 DÉDÉ À TRAVERS LES BRUMES Voir lundi, 21h.TQ 1h12 JEUDI PAPA OU MAMAN (4) Fr.2014.Comédie de Martin Bourboulon avec Marina Foïs, Laurent Lafitte, Alexandre Desrousseaux.- En instance de divorce, un obstétricien et une ingénieure rivalisent d\u2019ingéniosité pour ne pas obtenir la garde des enfants, quand l\u2019un et l\u2019autre se font offrir un poste à l\u2019étranger.TVA 13h I AM ANOTHER YOU (3) É.-U.2017.Documentaire de Nanfu Wang.- En Floride, une cinéaste d\u2019origine chinoise suit au jour le jour le parcours d\u2019un jeune sans-abri avec lequel elle s\u2019est liée d\u2019amitié.PBS (WETK) 14h UN MONDE IDÉAL (4) (A Perfect World), É.-U.1993.Drame policier de Clint Eastwood avec Clint Eastwood, Kevin Costner, T.J.Lowther.- Pourchassé par la police, un détenu évadé parvient à transformer cette cavale en un jeu pour l\u2019enfant qu\u2019il a pris en otage.TQ 21h À TOUT PRENDRE (2) Can.1963.Drame psychologique de Claude Jutra avec Claude Jutra, Johanne Harelle, Victor Désy.- La liaison d\u2019un jeune homme de bonne famille avec un mannequin de race noire.TFO 21h LE DÉMANTÈLEMENT Voir dimanche, 21h.ARTV 22h ACTIVITÉ PARANORMALE (4) (Paranormal Activity), É.-U.2007.Drame fantastique d\u2019Oren Peli avec Katie Featherston, Micah Sloat, Mark Fredrichs.- Convaincu qu\u2019une entité malveillante sévit dans leur maison, un jeune couple entreprend de se filmer en permanence afin de capter toute manifestation éventuelle.Z 23h WHITE GOD Voir mercredi, 21h.TFO 0h14 LE CRIME DU SIÈCLE (4) (Crime of the Century), É.-U.1996.Drame judiciaire de Mark Rydell avec Stephen Rea, Isabella Rossellini, J.T.Walsh.- Un immigrant allemand est injustement condamné à mort pour le kidnapping et le meurtre de l\u2019enfant de l\u2019aviateur Charles Lindbergh.RC 0h35 VENDREDI LA VIE EST BELLE (3) It.1997.Comédie dramatique de Roberto Benigni avec Roberto Benigni, Nicoletta Braschi, Giorgio Cantarini.- Déporté dans un camp de concentration avec son jeune fils, un libraire juif tente de lui faire croire qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019un jeu.VIE 13h LES INCROYABLE (3) (The Incredibles), É.-U.2004.Film d\u2019animation de Brad Bird.- Les exploits d\u2019une famille de superhéros en lutte contre un inventeur mégalomane.RC 19h L\u2019AS DE VEGAS (5) (Wild Card), É.-U.2015.Thriller de Simon West avec Jason Statham, Michael Angarano, Milo Ventimiglia.- À Las Vegas, un garde du corps dépendant au jeu subit les foudres d\u2019un jeune mafioso arrogant à qui il a infligé une correction pour avoir violé son ex-petite amie.TVA 20h LA LÉGENDE DES GARDIENS \u2013 LE ROYAUME DE GA\u2019HOOLE (3) (Legend of the Guardians \u2013 The Owls of Ga\u2019Hoole), É.-U.2010.Film d\u2019animation de Zack Snyder.- Après qu\u2019un jeune hibou aventureux les a prévenus du danger, de sages Strigidae partent au combat contre une caste de hiboux aux desseins machiavéliques.MP 20h LES NUITS DE CABIRIA (1) It.1957.Drame psychologique de Federico Fellini avec Giulietta Masina, François Périer, Amedeo Nazzari.- Une prostituée connaît une amère déception amoureuse.TFO 21h L\u2019HOMME QUI MURMURAIT À L\u2019OREILLE DES CHEVAUX (4) (The Horse Whisperer), É.-U.1998.Drame sentimental de Robert Redford avec Robert Redford, Kristin Scott Thomas, Scarlett Johansson.- Alors qu\u2019il aide une adolescente à se remettre d\u2019un grave accident de cheval, un cow-boy s\u2019éprend de la mère de la jeune fille.MAX 22h LE DÉMANTÈLEMENT Voir dimanche, 21h.RC 23h05 LE CINQUIÈME ÉLÉMENT (4) (The Fifth Element), Fr.1997.Science-fiction de Luc Besson avec Bruce Willis, Gary Oldman, Milla Jovovich.- Au XXIIIe siècle, un chauffeur de taxi new-yorkais protège une jeune femme mystérieuse qui peut sauver le monde d\u2019une destruction certaine.TVA 23h05 À TOUT PRENDRE Voir jeudi, 21h.TFO 0h21 LES SAVEURS DU PALAIS Voir dimanche, 12h.ARTV 1h30 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable | 3 9 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 MANON DUMAIS LE DEVOIR Pour le John Wayne en vous Il y a 15 ans, l\u2019acteur Steve Jodoin s\u2019installait en Alberta.Afin de joindre l\u2019utile à l\u2019agréable, il a décidé de produire et d\u2019animer une série documentaire où il entraîne le spectateur chez différents ranchers de l\u2019Ouest canadien afin d\u2019y vivre sa passion pour le mode de vie des cow-boys.Stetson bien vissé sur la tête, jean immaculé et bottes trop propres, le sympathique homme de la ville apprendra à monter à cheval, à rouler le foin et à nourrir le bétail sous l\u2019œil parfois amusé de ses bienveillants hôtes d\u2019un jour.Une série de Marie-France Guerrette, écrite par Lyne Barnabé et Josée Thibault, qui célèbre la beauté des Prairies.Cow-boy urbain Unis, lundi, 21h Ça sent la coupe\u2026 de foot Un mois après son lancement au Festival du film de Tribeca et un mois avant la Coupe du monde de football débarque sur les ondes de Fox l\u2019ambitieuse série documentaire Phenoms.Narrée par le fameux chef Gordon Ramsay (Hell\u2019s Kitchen), cette série de cinq épisodes trace le portrait de soixante jeunes joueurs de foot issus de vingt pays qui incarnent l\u2019avenir du ballon rond.Ce vendredi seront présentés les deux premiers épisodes respectivement consacrés aux attaquants et aux défenseurs.Phenoms Fox, vendredi, 20h et 21h Rencontre au sommet Si les Conférences de la montagne de l\u2019Université de Montréal vous enchantent et que vous êtes mélomane, vous ne voudrez certes pas manquer celle qu\u2019anime Jean-Jacques Nattiez, professeur émérite à la Faculté de musique de l\u2019UdeM, où François Girard, réalisateur et metteur en scène, Georges Leroux, professeur de philosophie à l\u2019UQAM, et Lorraine Vaillancourt, professeure honoraire à la Faculté de musique de l\u2019Université de Montréal, s\u2019interrogent sur la place que devrait tenir la musique à l\u2019heure où la productivité l\u2019emporte sur la créativité.La musique, reflet de nos sociétés ?Canal Savoir, vendredi, 18h SU R VOS ÉC R A N S \u2013 À L A C O N Q U Ê T E D E L\u2019O U E ST Le visionnement en continu de la semaine Créée par le cinéaste Guillermo Del Toro (Le labyrinthe de Pan, La forme de l\u2019eau), couronnée d\u2019une quinzaine de prix, la série animée Trollhunters revient sur Netflix pour une troisième saison au plus grand bonheur des petits et des adultes au cœur d\u2019enfant.Intitulée 3 Below, la troisième saison met en scène deux aliens adolescents et leur garde du corps dont le vaisseau spatial s\u2019est écrasé près d\u2019Arcadia.Personnages secondaires des premières saisons, le costaud Steve Palchuk et le chétif Eli Pepperjack seront davantage à l\u2019avant-plan.L\u2019histoire ne dit pas encore s\u2019ils seront de la quatrième et dernière saison de la grande saga d\u2019Arcadia, Wizards.Trollhunters \u2013 3 Below Netflix, dès vendredi L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 05/21 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Des squelettes Rétroviseur Les chefs! Les échangistes Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Sucré Salé Les Gags Coeur et bras Ma maison bien-aimée Les petits doués TVA nouvelles 22h35 Sucré 23h05 Histoire TQ Cochon dingue Subito texto Génial! Mc$ween Point doc DÉDÉ À TRAVERS LES BRUMES (2009) avec Joseph Mesiano, Sébastien Ricard.V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire La trappe Permis chanter Scorpion Le show de Rousseau Atomes ICI RDI Le Téléjournal RDI économie Le National Grands reportages Partie 1 de 2 Le Téléjournal Le Téléjournal Voltigeurs Le Téléjournal TV5 17h50Champion Journal FR Mixeur Champions Mai 68, les coulisses de la révolte Un village français Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Enchères Enchères Le côté sombre du Soleil Phénomènes vus de l'espace R.I.S, police scientifique Mme Lebrun CANAL VIE Vendre ou rénover?ByeMaison Quoi ton plan?Nombreux et heureux Marie-Sol St-Onge: Invincible SPCA en action SPCA en action Vendre ou rén.RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Hockey - Coupe RBC Finale Le sommet À comm.L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Boardwalk ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Prochains Prise de son ICI on chante / René Simard Montréal Symphonique Qc Western Prise de son EXPLORA Les Açores sauvages L'Ouest américain S'aime chien Repères Vivre loin du monde / Ibiza Aux origines de l'histoire Homme mer Z Remorquage Dans l'net Les pires chauffards québécois Fallait pas essayer Animal Kingdom The Leftovers (v.f.) Star Trek: Voy.SAVOIR Face à Face uniVERT Découvertes Santé! Autisme Un grand pas 21h50 De neuf uniVERT Monde Saint-Laurent TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Conseils Carte de visite SUR MES LÈVRES (2001) Emmanuelle Devos.22h50 Visite 23h25 Citoyen Planète 17h30 Secrets Colères de mer Namibie Trésors volés Fantômes du cinéma forain Vu sur terre Iphigénie CBC TBA On the Money LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National On the Money CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Voice / Live Finale: Part 1 For the People CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Super Donuts Man Plan Ransom / The Box Elementary / Our Time Is Up Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition Dancing With the Stars American Idol / Grand Finale News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight The Big Bang Man Plan The Big Bang Mom Elementary / Our Time Is Up Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Antiques Roadshow Independent Lens / ACORN and the Firestorm UNIS Galaxie près Cochon dingue Mauvais karma Mauvais karma Trait d'humour Partie 2 de 2 Cow-boy urbain Augustines, corps et âme Hooké HBO 17h25 SLEEPER (2018) Wyatt Cenac Last Week Elvis Presley: The Searcher Westworld / Akane No Mai Bill Maher TVA Sports 17h30 Destination Coupe Stanley LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) Le TVA sports Kevin Raphael 05/20 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte ICI Laflaque Tout le monde en parle 22h20 Journal 22h55 Infoman 23h25 Danse TVA TVA nouvelles Les Gags DANSE LASCIVE (1987) avec Jennifer Grey, Patrick Swayze.François Morency Partie 1 de 2 Félix mémoire TVA nouvelles TQ Microphone / Dumas Mc$ween Banc public Y'a du monde à messe DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH (1999) John Cusack.V 17h00 LA VIE, TOUT SIMPLEMENT (2010) LA MAIN QUI BERCE L'ENFANT (1992) Rebecca De Mornay.MEURTRE À LA UNE (2015) Peter Benson.ICI RDI Le Téléjournal Vocation Le National Qui êtes-vous?/ Kim Thúy Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Second Regard Le Téléjournal TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché Champions 22h45 Échos-L.Journal/ L\u2019invité CANAL D Madame Lebrun Docu-D Docu-D Déroute Enchères Le convoi de l'extrême Motard espion CANAL VIE Nombreux et heureux J'aurais donc dû, docteur! Accouchements extrêmes Encan et flip au Texas Catastrophe Ouvrez, jamais Des rénos qui RDS Au 19e Sports 30 25 ans d'émotions LMB Baseball / Indians de Cleveland c.Astros de Houston (D) Sports 30 HISTORIA Marty et Bam Bam brocantent Les grandes évasions Les grandes évasions Poirier enquête Poirier enquête Chopper Chopper Fous bolides ICI ARTV Monsieur Selfridge ICI on chante / Joël Legendre Crescendo LE DÉMANTÈLEMENT (2013) Gabriel Arcand.Frank Sinatra EXPLORA S'aime chien Superpouvoirs Le refuge de l'espoir Planète colère Planète techno Étincelles de génie Découverte Sexplora Z Maripier! P.Lemieux En prison Prêt sur gage Les hors-la-loi du volant Fallait pas essayer Lizard Lick T'es pas game Américars SAVOIR Monde Dactylo La boîte noire Routes science 20h15 De neuf Électron/ Nature Nomade mers Au coeur du cinéma québécois Connaissance Apostrophes TFO Subito texto Top! /18h45 Top! Conseils Mosquée Citoyen monde LE RUBAN BLANC (2009) avec Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesh.Planète 17h30 So Fr.Michael Jeremiasz La route de la Kalachnikov Tout savoir.L'ombre d'un doute 7 merveilles ind.CBC 17h00 BABE (1995) LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal Deception / Loading Up The 2018 Billboard Music Awards National News GBL Global News Global National BorderSecur The Simpsons NCIS: Los Angeles NCIS: Los Angeles Madam Secretary / Night Watch Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos American Idol / Performance Finals Deception / Loading Up News at 11 CBS Ch.3 News Weekend News 60 Minutes NCIS: Los Angeles NCIS: Los Angeles Madam Secretary / Night Watch 3 News PBS (33) The Coroner / Dirty Dancing A Place to Call Home Masterpiece Classic / Little Women 22h05 American Masters UNIS Bouffe en cavale Les fermiers / La fin de l'été D'un rire à l'autre Radio enfer Radio enfer Balade Tor.Balade Tor.Constellation fr HBO 17h30 The Royal Wedding Real Time With Bill Maher Being Serena Westworld / Akane No Mai Pete Holmes Last Week TVA Sports 17h00 LCH Hockey / Régina vs LHJMQ (D) RAW CollXtion Le TVA sports Reel Rock Baseball / Oak./Tor.05/19 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Gars, fille Des gens de son pays Les enfants de la télé Notre vie Le Téléjournal Pharmachien Les pêcheurs TVA TVA nouvelles LA SÉRIE DIVERGENCE: INSURGÉS (2015) Shailene Woodley.20h45 PARKER (V.F.) (2013) avec Jennifer Lopez, Jason Statham.23h15 TVANou.TQ LES DEUX FONT LA PAIRE (1995) Mary-Kate Olsen.Microphone / Dumas CARRIE AU BAL DU DIABLE (1976) 22h50 Poldark V Cinéma UN DUO D'ENFER (2013) avec Melissa McCarthy, Sandra Bullock.V POUR VENDETTA (2005) avec Hugo Weaving, John Hurt, Natalie Portman.ICI RDI Le Téléjournal Mariage royal: Prince Harry et Meghan Markle Le Téléjournal Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal TV5 Une saison au zoo Vivement dimanche prochain Qui sera le prochain grand pâtissier?Journal/ L\u2019invité CANAL D Déroute Garage d'élite Mayday / Mythe mortel Madame Lebrun Michel Barrette Fabien Cloutier: Assume Déroute CANAL VIE SPCA en action SPCA en action Mini-maisons Mini-maisons De taudis à logis Survivre / Christian et Heather The Affair (v.f.) Cinéma RDS Sports 30 FIA Rallycross - Berlin E-Prix NASCAR Course automobile - All-Star Race (D) Sports 30 Sports 30 IIHF Hockey HISTORIA De l'acier et du feu / Le talwar De l'acier et du feu Prêt au combat Prêt au combat Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Chopper ICI ARTV Prochains Rétroviseur Pour l'amour du country Appelez mon agent / François LA TAUPE (2011) avec Colin Firth, Tom Hardy, Gary Oldman.EXPLORA Animo Pharmachien Chauve-souris Nous, les singes! 21h45 Vu ciel Cerveau Sexplora Mégast.nazies Z Rapide et mill Blood Brothers T'es pas game Varennes Seuls et tout nu Robot Wars Les stupéfiants / L'épisode final En prison SAVOIR Face à Face Reportage Géo 19h50 Nature Étudiants voyageurs Monde Dactylo Semaine Verte DeNeuf Le grand TFO Subito texto Flip Conseils Mosquée Citoyen monde ENTRE LES MURS (2008) François Bégaudeau.Cinéma Planète 7 merveilles ind.L'affaire Kevin / La mémoire Aux origines.Vu sur terre / Tasmanie Crash Investigations Arts backstage CBC CBCNews Hockey Sat.LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) LNH Hockey CTV CTV News Montreal W5 / North by Northwest TO BE ANNOUNCED The Detail National News GBL Global News Global National BorderSecur BorderSecur Ransom / The Return Home to Win / Home to Swim Rise / Opening Night Global News ABC News News at 6:30 Extra Weekend American Idol / Top Five 20/20 / The Royal Wedding News at 11 CBS Ch.3 News Weekend News Ent.Tonight Royal Romance 48 Hours Channel 3 N.PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances French Fields Want My Wife Doctor Blake / A Good Drop The Royal Wedding UNIS Hooké Filles de moto Blanche Devenir adulte Hors série LE CONFESSIONNAL (1995) Lothaire Bluteau.L'espionne HBO Cinéma A Dangerous Son FAHRENHEIT 451 (2018) Michael Shannon.21h45 The Royal Wedding Live With Cord and Tish! TVA Sports Le TVA sports Coupe Stanley LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) Le TVA sports Aréna Esports CollXtion LCH Hockey S A M E D I L U N D I D I M A N C H E SU R VOS ÉC R A N S Parle, parle, jase, jase, et jappe un peu\u2026 En plus de ramener son émission de confidences «automobiles» de vedettes animée par Michel Barrette et le talk-show à l\u2019américaine avec à sa barre Jean-Philippe Wauthier et Rebecca Makonnen, ICI Radio-Canada ajoute à sa programmation dominicale le « premier talk-show du monde animal ».Les poilus, animée par le sympathique vétérinaire Sébastien Kfoury, recevra chaque semaine une vedette pour discuter de sujets liés aux animaux domestiques ou exotiques.Les poilus / Viens faire un tour / Le beau dimanche ICI Radio-Canada, dimanche, dès 19h30 HBO CRITIQUE MANON DUMAIS LE DEVOIR Protégé du capitaine Beatty (Michael Shannon), Guy Montag (Michael B.Jordan) est un pompier plus que prometteur : sans hésitation, il brûle les livres, les films, les tableaux, la musique.Bref, dans ce futur pas si lointain évoquant à la fois 1984 et Blade Runner, il détruit des œuvres d\u2019ar t dans toutes leurs formes, réelles ou vir tuelles, au grand plaisir de ses fans qui le suivent fidèlement sur les réseaux sociaux.Toutefois, lorsque Montag rencontre Clarisse McLellan (Sofia Boutella), une Anguille, c\u2019est-à-dire une citoyenne privée de son identité pour possession de livres, le pompier s\u2019intéresse au patrimoine que l\u2019on veut dérober à l\u2019humanité.Quelle idée de refaire une adaptation du roman dystopique de Ray Bradbury datant de 1953 à l\u2019ère numérique ?Surtout quand celui-ci a fait l\u2019objet d\u2019un brillant film de François Truf faut en 1966 ?Parti d\u2019une idée casse-gueule, Ramin Bahrani (Éviction) s\u2019en tire plutôt bien.Lancé au Festival de Cannes lors d\u2019une séance de minuit, ce téléfilm de HBO propose une réflexion pertinente sur l\u2019importance de la culture et de la création.Mieux encore, il offre une illustration plus que troublante d\u2019une société célébrant l\u2019inculture où les « faits alternatifs» et autres fake news font figure de vérité absolue.Fahrenheit 451 HBO, samedi, 20h Sur les traces de Bradbury et Truffaut Le cinéaste américain Ramin Bahrani revisite Fahrenheit 451 | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Le demi-siècle du soulèvement étudiant et citoyen qui a secoué la France est déjà largement souligné dans les médias depuis le début de mai.Si vous n\u2019avez pas atteint votre « quota » de nostalgie soixante-huitarde, ces deux documentaires programmés cette semaine risquent de vous intéresser\u2026 La réalisatrice Hélène Choquette (Avenue Zéro, Les discrètes) propose dans un documentaire dif fusé en deux parties un panorama des événe- ments politiques et sociaux qui ont marqué cette année houleuse, en France bien sûr, mais aussi ailleurs en Europe (le Printemps de Prague) et dans le monde, aux États-Unis, au Canada et au Québec.Le film à la facture classique fait alterner les images d\u2019archives et les témoignages de personnalités publiques qui ont vécu de près cette période d\u2019ef fervescence (Guy Rocher, le cinéaste Philippe La- valette, qui a par ticipé à la révolte étudiante française, Louise Forestier, Gilles Duceppe, alors leader étudiant).Une intéressante synthèse.Ce qualificatif peut également s\u2019appliquer au documentaire français Mai 68, les coulisses de la révolte, qui raconte ce mois chaud dans l\u2019Hexagone à travers les commentaires de ses acteurs toujours en vie ou des enfants de ceux qui ne sont plus de ce monde.Cohn-Bendit, Giscard d\u2019Estaing, Regis Debray et, plus surprenant, un petit- fils de De Gaule, alors étudiant universitaire, pris entre le patriarche et ses collègues, racontent leurs souvenirs.Il faudra sans doute revenir sur l\u2019après-Mai 68.L\u2019an prochain\u2026 1968 \u2013 50 ans plus tard Radio-Canada, les samedis 19 et 26 mai, 19h et RDI, les lundi 28 et mardi 29 mai, 20h Mai 68, les coulisses de la révolte TV5, 20h « Soixante- huiteries » Deux documentaires re- visitent les événements qui ont rythmé 1968 05/25 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal À COMMUNIQUER Fatale-Station Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Sucré Salé L'arme fatale / Échos du passé L'AS DE VEGAS (2015) avec Michael Angarano, Jason Statham.TVA nouvelles 22h35 Sucré Cinéma TQ Passager Format familial Cuisine futée, Cuisine futée, Un chef à la cabane Y'a du monde à messe Banc public Belle et Bum V Souper parfait Souper parfait L'arbitre SQ 911 TERREUR SOUS LA MER (1999) avec Saffron Burrows, LL Cool J, Thomas Jane.ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50Champion Journal FR Chasseurs / Kirghizistan Faut pas rêver / Chine, sur la route du thé Sexe autour du monde / Israël Journal/ C à dire CANAL D R.I.S, police scientifique Amour fatal / L'affaire Watson Opération Police Docu-D / Dans l'ombre des Shafia Soldats sec.CANAL VIE Accouchements extrêmes Quoi ton plan?Design V.I.P.Vendre ou rénover au Québec Nombreux et heureux ByeMaison Pro du patio Vendre rénover RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° FIG Gymnastique Coupe du monde artistique demi-finale L'antichambre (D) Sports 30 Sports 30 HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Les montagnards Les montagnards Les montagnards L'acier et feu ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Mission X La petite Dorrit Les grandes entrevues 100% Révélations Le siège EXPLORA Superpouvoirs VolteFace Planète techno Pharmachien Un homme à la mer / S'aimer Internet / Humain vs machine Sexplora Stupidité Stupidité Z Remorquage Dans l'net Maripier! P.Lemieux Rapide et mill Week-end Lizard Lick Prêt sur gage Infiltration Trop fou pour être vrai?SAVOIR Au coeur du cinéma québécois Apostrophes 20h15 Universc Secrets Électron/ Thèse Encore plus FutureMag 10 découvertes Un grand pas TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Danse rêves Carte de visite LES NUITS DE CABIRIA (1957) Giulietta Masina.22h40 Visite 23h25 Citoyen Planète Devoir d'enquête Crash Investigations So France Les Fros L'affaire Kevin / Le secret CBC CBCNews On the Money LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang SUMMER IN THE VINEYARD (2017) Rachael Leigh Cook.Blue Bloods / Brushed Off CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight R.I.P.D.(2013) avec Jeff Bridges, Ryan Reynolds.Emergency Emergency Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition Shark Tank / Bethenny Frankel Shark Tank 20/20 News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight UndercoverBoss:Celeb Hawaii Five-0 Blue Bloods / Brushed Off Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week In Principle Great Performances To Be Announced Business UNIS Galaxie près Cochon dingue Balade Tor.Balade Tor.Radio enfer Radio enfer D'un rire à l'autre Mauvais karma Mauvais karma Nageurs/ Fabi HBO 17h55 Hemingway and Gellhorn Being Serena FAHRENHEIT 451 (2018) Michael Shannon.22h50 Open Your Eyes TVA Sports Destination Coupe Stanley LMB Baseball / Braves d'Atlanta c.Red Sox de Boston (D) LCH Hockey - Coupe Memorial (D) 05/24 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Des squelettes Malheurs Prière de ne pas Les échangistes Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Sucré Salé Chicago Fire: Caserne 51 LE PRINCE ET MOI (2004) avec Luke Mably, Julia Stiles.TVA nouvelles 22h35 Sucré Cinéma TQ Cochon dingue Subito texto Génial! Banc public De garde 24/7 / Sauver des vies UN MONDE IDÉAL (1993) avec T.J.Lowther, Clint Eastwood, Kevin Costner.V Souper parfait Souper parfait Imposteurs Chicago Police Chicago Police / Faire semblant Le show de Rousseau Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages Partie 2 de 2 Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50Champion Journal FR Bande de chacals Des racines et des ailes / Sur la route des Grandes Alpes Terres de cinéma Journal/ C à dire CANAL D Festival Grand Rire Docteur Jeff Les dossiers de la NASA Hantise / L'esprit démoniaque Docu-D / Les vrais Vikings Docu-D CANAL VIE Vendre ou rénover?Accouchements extrêmes SPCA en action SPCA en action Catastrophe Ouvrez, jamais Mini-maisons Pro du patio Vendre ou rén.RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° F1 Magazine Trajectoires / Eric Bélanger 25 ans d'émotions Images/sec.L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Belles ordures Belles ordures Chopper Chopper Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Nos ancêtres les extraterrestres Extraterrestres ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Prochains Rétroviseur Hubert & Fanny Le siège LE DÉMANTÈLEMENT (2013) Gabriel Arcand.EXPLORA Animal Fight Club (v.f.) Des perroquets dans la ville Sonic Sea: Le bruit des abysses Curiosity Repères Rêver le futur Z Remorquage Dans l'net Seuls et tout nu Robot Wars Maripier! T'es pas game Les hors-la-loi du volant Cinéma SAVOIR Santé! Découvertes Un grand pas 19h50 De neuf 21e Siècle Cent regards Sociologie uniVERT Québec monde Planète Terre Révolte TFO Amélie Top!/ Top! Flip Motel Monstre Lightning Point Carte de visite À TOUT PRENDRE (1963) Claude Jutra.22h40 Visite 23h15 Citoyen Planète Pousser planète L'affaire Kevin / La mémoire L'ombre d'un doute 7 merveilles ind.Fantômes du cinéma forain Vu sur terre CBC CBCNews On the Money LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang Young Sheldon Criminal Minds / Hell's Kitchen Quantico CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight STAR WARS: THE FORCE AWAKENS (2015) avec John Boyega, Harrison Ford, Daisy Ridley.Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition To Be Announced To Be Announced To Be Announced News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Mom Life in Pieces S.W.A.T./ Fences Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour A Living Mem Death/ Wilderness Paul Simon: The Concert in Hyde Park Van Morrison UNIS Galaxie près Cochon dingue Cow-boy urbain Les fermiers / Séjour au Maine Blanche Constellation francophone Corps et âme HBO 17h20 ATOMIC HOMEFRONT Last Week Wyatt Cenac Real Time With Bill Maher Westworld / Akane No Mai Newspaperman TVA Sports Destination Coupe Stanley LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) Dave Morissette en direct 05/23 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Des squelettes L'Épicerie Dans l'oeil du dragon Les échangistes Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Sucré Salé Campagne Oeufs d'or Malaises Boomerang Esprits criminels / Cryophilie TVA nouvelles 22h35 Sucré Cinéma TQ Cochon dingue Subito texto Génial! Mc$ween National Geographic L'ARNACOEUR (2010) avec Vanessa Paradis, Romain Duris.22h55 Stasio V Souper parfait Souper parfait Lucifer / Les ailes de l'enfer NCIS: Los Angeles X-Files: Aux frontières du réel Le show de Rousseau Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages Partie 1 de 2 Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50Champion Journal FR Partir Autrement en famille Envoyé spécial 21 jours / Sous terre Journal/ C à dire CANAL D Enchères Déroute Déroute Garage d'élite Australie: La ruée vers l'or Soldats secouristes Docu-D Docteur Jeff CANAL VIE Vendre ou rénover?Marie-Sol St-Onge: Invincible De taudis à logis Vendre ou rénover?Australie Design V.I.P.Mini-maisons Vendre ou rén.RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LMB Baseball (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Restauration Restauration Restauration Restauration De l'acier et du feu De l'acier et du feu Prêt au combat Prêt au combat Poirier enquête ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix ICI on chante / René Simard Pour l'amour du country Enquêtes internes Mozart jungle 23h05 Mozart EXPLORA Animo Planète colère L'Ouest américain La Semaine verte Les codes du désir Grandir et vieillir Origines Z Remorquage Dans l'net Lizard Lick Ça passe Blood Brothers Varennes Week-end Rapide et mill Science Démolition Cinéma SAVOIR Encore plus Électron/ Thèse Découverte DeNeuf/ Idées FutureMag 10 découvertes Planète Terre Reportage Géo 22h20 L'ONU Santé! Découvertes TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Danse rêves Carte de visite WHITE GOD (2014) avec Sándor Zsótér, Zsofia Psotta.23h05 Visite Planète Pousser planète Le mystérieux singe Les routes du crime Faites entrer l'accusé / André Bamberski, promesse à Kalinka La blessure CBC CBCNews On the Money LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Criminal Minds / Elliott's Pond Law & Order: S.V.U.Law & Order: S.V.U.CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Survivor: Ghost Island / Finale Survivor / Reunion Show Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition TOY STORY 3 (2010) avec Tim Allen, Tom Hanks.Lights, Camera, Summer! News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight Survivor: Ghost Island / Finale Survivor / Reunion Show Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Travelscope Yankee Nature Nova Wonders Nova Business UNIS Galaxie près Cochon dingue Guides d'aventures Filles de moto Hooké Devenir adulte Hors série Les fermiers / La fin de l'été Cow-boy HBO 18h10 TOTEM (2017) Kerris Dorsey.19h45 YOU DON'T KNOW JACK (2010) avec Susan Sarandon, Al Pacino.Being Serena Real Time With Bill Maher TVA Sports Destination Coupe Stanley Dave Morissette en direct RAW LCH Hockey / Reg./WHL (D) 05/22 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Des squelettes Les pêcheurs Galas ComédiHa! 2017 Les échangistes Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Sucré Salé Ninja Warrior: Le parcours ultime / Finales à San Antonio Du talent à revendre TVA nouvelles 22h35 Sucré 23h05 Mission.TQ Cochon dingue Subito texto Génial! Mc$ween Point doc Poldark Chroniques du crime américain Chef cabane V Souper parfait Souper parfait Tout s'embellit Taxi payant THUNDERSTRUCK (V.F.) (2013) avec Taylor Gray, Kevin Durant.Le show de Rousseau Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages Partie 2 de 2 Le Téléjournal RDI économie Le National TV5 17h50Champion Journal FR Nos 5 Sens La vie secrète des lacs Sexe autour du monde / Israël Tandem / Les liens du sang Journal/ C à dire CANAL D Phénomènes vus de l'espace Nature sauvage Le convoi de l'extrême Mayday / Point tournant Fugitifs Australie: Ruée CANAL VIE Vendre ou rénover?Mini-maisons Mini-maisons Encan et flip au Texas Vendre ou rénover au Québec Quoi ton plan?Idées-grandeur Vendre ou rén.RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LMB Baseball / Indians de Cleveland c.Cubs de Chicago (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars Fièvre encans ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix #Bougaricci #Bougaricci Appelez mon agent / François Hubert & Fanny Le siège Cinéma EXPLORA Le refuge de l'espoir L'Ouest américain Découverte Mégastructures nazies Siècle d'inventions Internet Z Remorquage Dans l'net Les hors-la-loi du volant Training Day Killjoys Vikings / L'Étranger Infiltration SAVOIR 18h20 L'ONU Reportage Géo 19h20 L'ONU Québec monde CORIM Voir autrement 21h20 Métiers Au coeur du cinéma québécois Vues d'UQAM La bibliothèqye TFO Amélie Top!/ Top! Subito texto Motel Monstre Lightning Point Carte de visite MICHAEL KOHLHAAS (2013) Mads Mikkelsen.Carte de visite Planète Pousser planète L'affaire Kevin / Le secret Retrouvez la nature / Kenya Crash Investigations Martin de Tours Lancaster CBC CBCNews On the Money LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk Roseanne MasterChef Canada The Voice / Live Finale: Part 2 CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight NCIS / Date With Destiny THE LUCKY ONE (2012) avec Taylor Schilling, Zac Efron.Global News ABC News at 6 News Local 22 News Inside Edition Roseanne The Middle The Middle Splitting Up For the People News at 11 CBS Channel 3 News at Six Evening News Ent.Tonight NCIS / Date With Destiny Bull NCIS: New Orleans Ch.3 News PBS (33) PBS NewsHour Points North Outdoor The Great American Read / Launch Frontline / Weinstein Business UNIS Galaxie près Cochon dingue Être bête Ça va brasser! LA BELLE EMPOISONNEUSE (2007) Maxime Denommé.Mardis tout courts Filles de moto HBO 16h15 Spielber 18h45 ALL THE WAY (2016) avec Anthony Mackie, Bryan Cranston.Mostly Sunny Wyatt Cenac Westworld TVA Sports Destination Coupe Stanley LNH Hockey - Séries éliminatoires de la Coupe Stanley (D) Dave Morissette en direct M A R D I J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I TV5 REPORTAGE CAROLYNE PARENT COLLABORATRICE LE DEVOIR À WINDSOR est bien connu, les mariages meurent, mais les palais restent.Pour VisitBritain, l\u2019office du tourisme de la destination, c\u2019est toute une chance ! L\u2019an dernier, 940 000 Canadiens ont séjourné dans la fière Albion.« Et pour ce marché, le palais de Buckingham constitue l\u2019attrait numéro un et le château d\u2019Édimbourg, le numéro 2 », note Cathy Stapells, chef des communications pour VisitBritain au Canada.Peu importe ce qu\u2019on pense de la monarchie et des romances royales à la Cendrillon, il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019héritage des monarques en sol britannique est d\u2019une grande richesse historique.Pardi, s\u2019asseoir dans la chapelle Saint-Georges, dans l\u2019enceinte du château de Windsor, là où l\u2019ordre de la Jar retière a été fondé, là où gît Henri VIII et là où sa fille, Élisabeth 1re, s\u2019est peut-être juré de ne jamais donner sa main, histoire de conserver sa tête, est en soi passablement émouvant\u2026 Imaginez un peu ce que Mlle Markle doit y ressentir en ce jour J de ses noces ! Amanda Bryett, guide dans la petite localité de 30 000 habitants qui accueille quelque 150 000 badauds ce week-end, est fort enthousiaste.«Ce n\u2019est pas tous les jours qu\u2019un mariage royal a lieu dans sa ville !» dit-elle.« Tous les hôtels af fichent d\u2019ailleurs complet depuis février dernier et l\u2019annonce de la date de l\u2019heureux événement.» À Londres, certains se réjouissent plutôt du fait que les épousailles ne s\u2019y déroulent pas.« Quel bonheur ! Les événements qui impliquent des mesures de sécurité nous compliquent tellement la vie\u2026» dit Dewi Evans, guide chez Brit Movie Tours, et pas royal-o- phobe pour deux pennies puisqu\u2019il a créé un super circuit sur le thème de la série netflixienne The Crown.Selon Kate Turnbull, chef des relations publiques en matière de tourisme L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Le mariage, samedi, de l\u2019actrice américaine Meghan Markle et du prince Harry braque les projecteurs du tourisme sur des lieux grandioses, associés à la monarchie.Tournée royale à Édimbourg, à Londres et à Windsor.Ils se marient, on visite royalement ! La salle à manger du Royal Yacht Britannia CAROLYNE PARENT V I V R E C\u2019 chez London & Partners, une agence qui fait la promotion de la capitale, «pour nous, ce sera surtout l\u2019occasion d\u2019aller boire des cocktails au pub!» « Quant aux étrangers, dit-elle, ce sont les Américains, les Australiens et les Chinois qui nous posent le plus de questions au sujet du mariage royal.» Les Chinois ?« Oui, ils adorent l\u2019idée qu\u2019un prince épouse une roturière divorcée ! » Du côté du Britannia À Édimbourg, la capitale du royaume d\u2019Écosse, où le «Royal Mile» relie le célèbre château au palais de Holyrood, la somptueuse résidence officielle de la reine Élisabeth II en terre du tartan, la monarchie n\u2019est jamais très loin.De ce palais, constr uit sous le règne de Charles II, au XVIIe siècle, puis aménagé au goût de la reine Victoria, on peut retenir que le service de vaisselle des banquets compte 2000 pièces.Comme on peut aussi se rappeler que Sa Majesté y a nommé le premier premier ministre d\u2019Écosse, Donald Dewar, en 1999.Ce fut un événement historique majeur pour les Écossais, qui avaient voté pour la dévolution (une décentralisation des pouvoirs assortie de leur délégation) deux ans plus tôt.Ces derniers avaient d\u2019ailleurs confié à un architecte issu d\u2019une région autonome, la Catalogne, le projet du siège du parlement.Et il me plaît bien que l\u2019étonnante structure trône aujourd\u2019hui à deux pas de la demeure royale! Dans un tout autre registre, le Royal Yacht Britannia, une splendeur de teck et de laiton ancrée au port de Leith, fait également vive impression.Le 83e yacht d\u2019une lignée remontant lui aussi à Charles II fut mis hors service en 1997 par le gouvernement de Tony Blair, qui avait refusé de le remplacer au coût de 60 millions de livres.Longue de 125 mètres, cette « ambassade flottante » a parcouru plus d\u2019un million de milles nautiques en 44 ans, inauguré la Voie maritime du Saint-Laurent et fait escale dans 658 ports.Elle a transbahuté notamment les cinq tonnes de bagages qui accompagnaient la reine à chacun de ses voyages d\u2019État à l\u2019étranger, ce qui devait forcément inclure sa voiture officielle, une Rolls-Royce Fathom V, les chapeaux à voilette ne pesant pas grand-chose, comme chacun sait.Les fans de The Crown y retrouveront la déco simple et fleurie d\u2019inspiration mamie aperçue à l\u2019écran, « de fidèles images de synthèse », dira notre guide, puisque l\u2019équipe n\u2019a pas été autorisée à tourner à bord.Quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est sans doute dans ce musée, où l\u2019on peut écornifler jusque dans l\u2019ancien bureau d\u2019Élisabeth II, qu\u2019on s\u2019approche le plus du quotidien d\u2019une souveraine.Chez Victoria et Diana À Londres, le palais de Kensington, home royal depuis 1689, fait parler de lui ces temps-ci puisqu\u2019y vivra le couple du jour.Deux grandes expositions en lien avec d\u2019anciennes occupantes, Victoria et Diana, y sont présentées.Diana : Her Fashion Story réunit, jusqu\u2019au 6 janvier 2019, une vingtaine de tenues qu\u2019elle a portées dans le cadre de son travail.Oui, travail, car après tout, la princesse de Galles participait à pas moins de 130 événements officiels par année! Chaque bout chiffon est accompagné d\u2019une histoire, qui révèle un pan de sa personnalité.On apprend par exemple que lorsqu\u2019elle visitait des hôpitaux pour enfants, elle choisissait de porter des accessoires que les petits malades pouvaient manipuler.On se souvient aussi de la fois où, au Brésil, alors que le monde découvrait l\u2019horreur du sida, elle retira ostensiblement ses longs gants pour serrer la main d\u2019une victime.L\u2019autre exposition, Victoria Revealed, présente toute l\u2019année une femme dont nous ne savons que bien peu de choses, sinon qu\u2019elle vaudra un congé lundi au ROC alors que nous célébrerons nos patriotes ! À l\u2019occasion de la célébration de son 200e anniversaire de naissance, l\u2019an prochain, on souhaite démystifier la souveraine dont le règne a fait époque.La dernière étape de notre pèlerinage royal n\u2019est nulle autre que Windsor et son château défensif.« Reines et rois y vivent depuis les années 1080, note Amanda Bryett.En fait, c\u2019est le plus vieux château habité au monde.» La reine y séjourne habituellement les week-ends et pendant un mois à Pâques.Dans son aile privée, le reste du bâtiment étant le musée qu\u2019on visite, elle accueille des invités de marque, comme Helen Mirren lors de ses convoitées invitations «Dine and Sleep».Dans l\u2019enceinte du château vivent et travaillent 160 personnes, des chefs de cuisine aux garçons d\u2019écurie.Ce week-end, il accueille en sus quelque 2000 dignitaires, parents et amis du couple aux frais de la reine, soit dit en passant, et non de la Couronne.À 13 h, tout de suite après la cérémonie nuptiale, les nouveaux mariés monteront à bord d\u2019une calèche le temps d\u2019une procession dans la ville qui donnera à leurs admirateurs l\u2019occasion de les saluer.Cette tradition, qui remonte à la fin de la Première Guerre mondiale, avait été instaurée pour réjouir le bon peuple en temps tumultueux.Un objectif encore bien d\u2019actualité.Carolyne Parent était l\u2019invitée de VisitBritain.| 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Quant aux étrangers, ce sont les Américains, les Australiens et les Chinois qui nous posent le plus de questions au sujet du mariage royal KATE TURNBULL » Le saviez-vous ?Le Balmoral, grand hôtel de gare ferroviaire d\u2019Édimbourg inauguré en 1902, constituait autrefois une halte pour les nobles en route vers leur maison de campagne dans les Highlands.À défaut d\u2019y loger, il faut y prendre le high tea, quitte à substituer au champagne proposé une bonne rasade de gin local et prolétaire ! roccofortehotels.com Le mandat royal accordé par Sa Majesté aux commerces la desservant doit être renouvelé tous les cinq ans.Aussi, pour s\u2019approvisionner en thé et ne confiseries de qualité, on va chez Fortnum & Mason.Pour se faire concocter un parfum sur mesure à l\u2019instar de Mme Winston Churchill, de James Bond (!) et des aristos, cap sur Floris, dans le chic quartier St.James.Du 18 au 22 juin prochain aura lieu, à l\u2019hippodrome d\u2019Ascot, la fameuse compétition de la Gold Cup, que la reine ne manque jamais.Chapeau ou fascinator (parure de tête) de rigueur ! Dans les environs d\u2019Ascot, à Sunningdale, Coworth Park est LE manoir anglais de nos rêves.Avec son spa, son terrain de polo et ses petits-déjeuners servis dans le Conservatory, on se croirait dans Clue ! À proximité se trouve Bray, où Heston Blumen- thal a deux pignons sur rue étoilés au Michelin : The Fat Duck et The Hind\u2019s Head.Je me suis régalée au dernier.dorchestercollection.com, hindsheadbray.com Des lectures capitales : Escale à Londres (guidesulysse.com, 2016) et Édimbourg en quelques jours (lonelyplanet.fr, 2017) pour ne rien rater de ces destinations.La section «Le meilleur de\u2026», commune à tous les «Escale», est particulièrement inspirante.Bons clics : edinburgh.org, britmovietours.com, royalcollection.org.uk, royalyachtbritannia.co.uk, hrp.org.uk/kensington-palace Combien ça coûte ?Cher puisque la livre sterling s\u2019est remise des soubresauts que lui a infligés l\u2019incertitude du Brexit.Mais on peut quand même bien s\u2019en tirer grâce aux bons plans de visitbritain.com, qu\u2019on découvre en saisissant « budget » dans la barre de recherche.Windsor est prête à acclamer le prince Harry et Meghan Markle, qui se marient aujourd\u2019hui, samedi, à midi (heure locale), en la chapelle Saint-Georges du château de Windsor, en Angleterre.DOUG HARDING L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Vi v r e E s c ap a d e 4 4 | Gagnez une croisière gastronomique vers les Îles de la Madeleine.Le Devoir et Croisières CTMA vous offrent la chance de gagner une croisière d\u2019une semaine pour deux personnes au départ de Montréal jusqu\u2019aux Îles de la Madeleine* sur le thème : Le Québec gastronomique, du 14 au 21 septembre 2018.Pour participer : LeDevoir.com/concoursctma Remplissez le formulaire et répondez correctement à la question mathématique.Le concours se termine le 24 mai 2018.Les points forts de cette croisière : Soupers gourmands signés Ann-Rika Martin, gagnante 2017 de l\u2019émission Les chefs?! Ateliers culinaires et conférence sur les traditions culinaires québécoises Découverte et dégustation des fromages madelinots Escales à Baie-Comeau et à Pointe-au-Pic sur l\u2019itinéraire du retour * Valeur approximative de 3 000 $ CONCOURS NATHALIE SCHNEIDER COLLABORATRICE LE DEVOIR lack Friday 2011 : une pleine page publiée dans The New York Times montre la photo d\u2019une veste de plein air Patagonia accompagnée du slogan : « Don\u2019t buy this jacket ! » Provocation de publicitaire ou simple démagogie marketing?D\u2019un autre que Patagonia, on pourrait s\u2019attendre à tout.Mais ce fabricant de vêtements techniques, qui innove depuis les années 1970, est connu pour son approche durable et environnementale autant pour la fabrication de ses produits que pour leur mise en marché.C\u2019est le fondateur de l\u2019entreprise américaine, Yvon Chouinard, qui a, le tout premier, introduit les fibres écologiques, notamment le coton bio, dans la composition de ses vêtements.Et ce, bien avant que les autres se mettent à penser à des stratégies pour réduire l\u2019impact de notre empreinte sur l\u2019environnement quand vient le temps de nous équiper en plein air.Alors, pourquoi ce drôle de slogan ?Parce qu\u2019avec le nouveau millénaire, l\u2019équipement de plein air \u2014 accessoires et vêtements \u2014 s\u2019est considérablement diversifié, incitant le consommateur lambda à acheter une panoplie de produits déclinés selon ses dif férentes activités.(Le pleinairiste des années 2000 est un touche-à-tout !) Rien que pour les souliers, il a besoin d\u2019une paire pour la randonnée, d\u2019une autre pour la course à pied, encore d\u2019une pour le vélo de route, puis d\u2019une autre encore pour le vélo de montagne.Sans parler des activités nautiques ! Notre veste imper-respirante type Gore-Tex, qui servait autrefois à nous protéger de la pluie et du vent, présente désormais des spécificités (coupe, renforts, poches) en fonction de l\u2019activité pratiquée.Et que dire des couleurs «tendance» qui finissent par être démodées après trois ans! Certes, l\u2019ingéniosité de l\u2019industrie spécialisée n\u2019a guère de limites pour nous inciter à acheter encore et encore.L\u2019obsolescence programmée inonde aussi nos accessoires de cuisine mobile ou nos lampes frontales ; les modèles de base ne durent pas plus d\u2019un an ou deux, foi de pleinairiste ! Sans compter les accessoires à usage unique, comme les car - touches d\u2019air comprimé jetables pour les pneus de vélo ! Alors , Simplicité volontaire en plein air Petit guide du pleinairiste écoresponsable B L\u2019ingéniosité de l\u2019industrie spécialisée n\u2019a guère de limites pour nous inciter à acheter encore et encore comment résister à cette tendance d\u2019hyperconsommation organisée ?Quelques solutions existent.Les réseaux de petites annonces spécialisées of frent des catégories « sport et entraînement » où on peut trouver du matériel d\u2019occasion grand public type skis ou raquettes, embarcations et, même, tentes de camping.Bien sûr, la qualité de ces produits n\u2019est nullement garantie, mais on peut faire de belles trouvailles.Patagonia innove aussi avec sa pla- teforme Worn Wear, où on peut vendre un vêtement de la marque usagé, en contrepartie d\u2019un bon rabais pour le remplacer par du neuf.Le fabricant s\u2019engage à le remettre à neuf avant de le vendre sur la plateforme.Acheter à deux ou trois?Investir dans une embarcation ou un équipement de plongée sous-marine ne vaut que si on est sûr de pratiquer souvent l\u2019activité.Dans un premier temps, avant de débourser des sommes conséquentes, pourquoi ne pas acheter à deux ou trois ?Bien sûr, cette option doit s\u2019accompagner d\u2019un protocole d\u2019entre- t ien rigoureusement respecté.Aussi, Mountain Equipment Coop propose le Grand Marché MEC, une plateforme d\u2019échange et de partage d\u2019équipement entre particuliers.Si vous savez que vous ne pratiquerez un sport qu\u2019une à deux fois durant l\u2019été, cela ne vaut peut-être pas le coup de s\u2019équiper en grand! Les principales boutiques spécialisées proposent un service de location du matériel : canots, kayaks, planches à pagaie, ensemble d\u2019escalade, etc.À La Cordée, on loue surtout du matériel nautique (planche à pagaie notamment), mais les modalités de location sont à l\u2019étude depuis le rachat de la Vie sportive par La Cordée.Le cégep Édouard-Montpetit, qui organise des sorties régulières en plein air pour les étudiants, possède la plus importante boutique de location de matériel spécialisé au Québec.On peut louer des sacs à dos (8 $ par jour), matelas de sol, sacs de couchage, canots (30 $), vélos de cyclotourisme (25 $) et, même des bottes de randonnée ! Aucun dépôt supplémentaire.Des frais seront facturés en cas de perte ou de dommage causé à l\u2019équipement.Pour la location à long terme, le ser vice de location d\u2019équipement (ski alpin, ski de fond, planche à neige ou raquettes) durant une saison entière est la meilleure solution sur tout pour équiper les enfants.D\u2019année en année, on peut ainsi renouveler leur matériel sans frais supplémentaires, en s\u2019assurant qu\u2019ils profitent des meilleurs choix offerts sur le marché.Jusqu\u2019au bout de l\u2019usage On peut aussi faire jouer la garantie du fabricant.Ce n\u2019est pas seulement un argument marketing, c\u2019est aussi l\u2019engagement de réparer ou de remplacer un équipement défectueux.Bien sûr, on ne doit pas s\u2019attendre à faire remplacer un sac à dos ou un sac de couchage qui a servi durant de longues années\u2026 mais plutôt celui qui a subi un dommage prématuré (bris, déchirure) durant la première année.L\u2019altération d\u2019une fermeture éclair ou d\u2019une couture scellée sur un imper- respirant, par exemple, justifie un recours à la garantie.Mieux vaut contacter d\u2019abord le distributeur où on a acheté le produit pour que la demande soit acheminée auprès du fabricant.Si celui-ci ne répond pas, publiez donc un message sur sa page Facebook\u2026 Cela permet souvent d\u2019accélérer les choses.Autrefois, on gardait ses bottes de marche durant dix ans au moins.Au- jourd\u2019hui, on les jette dès les premiers signes d\u2019usure.Un bon cordonnier peut aisément remplacer une semelle usée ou réparer une couture déchirée.Certains ateliers spécialisés, comme l\u2019Atelier Micho, à Montréal, réparent tout: de la tente de camping aux vêtements techniques en passant par les attelages divers et même les voiles de deltaplane ou de parachute! « Depuis quelques années, les gens sont plus conscients de leur consommation.Par fois, ils préfèrent faire réparer par conscience écologique presque pour le prix d\u2019un équipement neuf », explique Alexandre Gagnon, copropriétaire de l\u2019Atelier Micho.Même chose à Québec avec les Ateliers Forest, qui réparent les divers équipements de spor t et de plein air.Pour faire réparer les souliers ou les bottes, Carinthia est la référence montréalaise.| 4 5 Vi v r e E s c ap a d e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 L\u2019équipement de plein air s\u2019est considérablement diversifié, incitant le consommateur à acheter une panoplie de produits selon ses activités.HOT HEIKO WITTENBORN TOURISME QUEBEC Investir dans une embarcation, par exemple, ne vaut que si on est sûr de pratiquer souvent l\u2019activité.CAPE COD 2008 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Vi v r e A l i m e n t at i o n 4 6 | GWENAËLLE REYT COLLABORATRICE LE DEVOIR rofitant des premiers rayons de soleil printaniers, le groupe s\u2019est installé sur la terrasse à l\u2019arrière du restaurant.L\u2019heure est au café et aux discussions matinales.Mais dès que la séance commence, les participants écoutent attentivement et prennent des notes au r ythme du récit conté par Michel Lamber t : « Historiquement, c\u2019est surtout l\u2019huile de phoque qui était utilisée.Pour les autochtones, les Inuits et les Amérindiens, elle servait de beurre ou d\u2019huile de cuisson.Quand les Français vont l\u2019adopter, c\u2019est principalement pour l\u2019utiliser comme huile de cuisson de poisson, explique-t-il en précisant qu\u2019il s\u2019agit du phoque à capuchon, l\u2019une des six espèces de phoques présentes au Québec.On faisait des croquignoles, des beignes et des pains dans l\u2019huile.Mais les gens trouvaient l\u2019odeur désagréable quand elle était associée au sucre.Par contre, quand tu fais une friture de poisson à l\u2019huile de phoque, le résultat est magnifique.» Comme chaque mardi matin depuis trois mois, l\u2019équipe du restaurant Manitoba se réunit pour une leçon d\u2019histoire avec Michel Lamber t.Formé en littérature et en cuisine, il travaille depuis près de 20 ans sur l\u2019histoire de l\u2019alimentation au Québec.Il a parcouru la province pour récolter les témoignages de personnes qui préparaient une cuisine du quotidien.Il a aussi fouillé dans les archives et dans les livres de recettes québécoises.Le fruit de ce travail est réuni dans une série de livres qui aborde les origines et l\u2019évolution de la cuisine familiale au Québec.Maintenant que ce travail est achevé, il espère que Cuisiner l\u2019héritage Faire de l\u2019histoire en cuisine ou de la cuisine en histoire ?Les deux sont possibles.Comme chaque mardi matin depuis trois mois, l\u2019équipe du restaurant Manitoba se réunit pour une leçon d\u2019histoire avec Michel Lambert.PHOTOS MARIE- FRANCE COALLIER P | 47 Vi v r e A l i m e n t at i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 son œuvre ser vira de base de réflexion aux jeunes chefs pour qu\u2019une culture culinaire en adéquation avec notre histoire puisse s\u2019affirmer.« Il y a beaucoup de méconnaissance, et des faussetés sont véhiculées, dit-il en faisant référence à une émission de télévision de grande audience portant sur la cuisine.Je suis déçu de voir l\u2019ignorance concernant notre alimentation et notre culture.J\u2019aimerais que les jeunes chefs se donnent la peine de chercher la véri té historique et non pas de s\u2019inspirer de n\u2019importe quoi comme on le voit aujourd\u2019hui.» Renouer avec nos racines Mais cette démarche ne va pas de soi .El izabeth Cardin et Simon Cantin, copropriétaires du restaurant Manitoba, ont pu le constater.« Quand j\u2019ai acheté les livres de Michel, je les ai amenés à notre chef de l\u2019époque pour qu\u2019il s\u2019en inspire, mais il ne les a jamais ouverts.Ça ne l\u2019intéressait pas », raconte Elizabeth Cardin.Formée en écologie et passionnée de cueillette de plantes sauvages, elle considère son établissement comme un moyen d\u2019expression.«On a été déconnectés de la nature.On a perdu nos repères par rapport aux récoltes et aux moyens de conservation.Ici, on se sert de la cuisine pour s\u2019ancrer davantage dans notre territoire », dit-elle.L\u2019arrivée du chef Simon Mathys dans l\u2019équipe du Manitoba a permis de pousser cette réflexion plus loin.« Il avait déjà tout lu et il était vraiment motivé», poursuit la copropriétaire, qui voit dans leurs séances d\u2019histoire culinaire le moyen d\u2019avoir une démarche encore plus cohérente.« J\u2019ai toujours été un fan d\u2019histoire.Je me documentais déjà beaucoup pour préparer mes menus.Ces rencontres me permettent d\u2019être plus précis.C\u2019est une source d\u2019inspiration incroyable», assure Simon Mathys.La séance se poursuit.Le groupe écoute religieusement les explications sur le phoque.Michel Lambert passe en revue les espèces et leurs usages dans l\u2019histoire chez les autochtones, les Inuits, les habitants de la Côte-Nord et les Madeli- nots.Il raconte aussi l \u2019influence des dif férentes vagues d\u2019immigration sur la préparation de ce produit qui se mangeait aussi bien congelé, cr u, mariné ou encore bouilli avec des algues ou rôti avec des légumes racines.Des recettes aux consonances exotiques se succèdent et amènent le groupe à se questionner : « Pourquoi utiliser le nom \u201ctataki\u201d de phoque alors que nous pour rions empr unter un terme utilisé par les Inuits ?» se demande le chef qui imagine déjà son prochain menu.Mais au-delà des idées de recettes, ces séances ont aussi permis de montrer l\u2019importance de l\u2019alimentation dans notre culture.« On continue à entendre les gens dire qu\u2019on n\u2019a pas de cuisine québécoise et c\u2019est vraiment fâchant, assure Simon Can- tin.Avec les cours de Michel, j\u2019ai réalisé que le développement des cultures passe essentiellement par la bouf fe .Et notre histoire est vraiment riche.» Cuisine universitaire L\u2019histoire alimente la cuisine, mais qu\u2019en est-il de la cuisine dans l\u2019histoire ?L\u2019hiver dernier, Tristan Landry, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Sherbrooke, a quitté sa salle de cours habituelle pour organiser un séminaire d\u2019histoire de l\u2019alimentation dans une cuisine.«Je donne ce cours depuis longtemps.Je me suis rendu compte que les étudiants ont plusieurs types d\u2019intelligence.Certains ont besoin de bouger et de faire des choses.L\u2019idée était d\u2019organiser des activités qui intègrent ça », explique le spécialiste de l\u2019histoire de l\u2019alimentation sous les régimes totalitaires de l\u2019Allemagne nazie et de l\u2019URSS.Malgré quelques dif ficultés pour trouver une cuisine, Tristan Landry a organisé le cours durant lequel sept étudiants de maîtrise ont, parfois pour la première fois, dû se mettre à la cuisine.« En histoire de l\u2019alimentation, on a beau lire, mais à un certain moment, on manque d\u2019information.Plus on remonte dans le temps, plus les recettes sont imprécises sur les quantités et les modes d\u2019emploi.On n\u2019a pas le choix d\u2019expérimenter.Surtout pour connaître le goût, qui est un élément important », assure-t-il en précisant que « lorsque le goût du thé a été développé, c\u2019est toute l\u2019économie européenne qui a été transformée et a donné naissance à un nouveau système économique, le colonialisme.Idem avec le sucre ».Les étudiants ont choisi une recette historique liée à la période étudiée pour leur sujet de mémoire.Ils ont ensuite effectué une performance qui consistait à préparer cette recette tout en présentant son contexte historique.Chaque ingrédient devait également être expliqué et retracé dans l\u2019histoire.Ainsi, une simple recette de fettuccine alla bolo- gnese donnée par le propriétaire du restaurant Elio à Montréal a impliqué de revenir sur l\u2019histoire de l\u2019alimentation en Italie en passant par l\u2019échange précolombien, l\u2019immigration italienne, l\u2019installation des Italiens à Montréal, leur réception ici et à New York où ils étaient moins bien perçus et finalement comprendre comment ils ont transformé le paysage culinaire montréalais avec leurs potagers, leurs épiceries et leurs pizzerias dans la Petite Italie.Dans le cours se sont succédé des recettes du Moyen Âge ou encore de l\u2019époque de l\u2019Empire ottoman.Certaine, comme celle de sphoungata, une «omelette qui sent le chien mouillé» datant du XIIe siècle à Byzance a montré que nos goûts ont changé.Et pour d\u2019autres, comme la fricassée de tourte à la crème datant du XVIIIe siècle, nous ne serons jamais en mesure de connaître le goût de cette recette puisque les petits oiseaux que sont les tourtes ont disparu.L\u2019histoire de l\u2019alimentation a un donc un intérêt pour comprendre comment ont évolué les cultures culinaires.Mais pour Tristan Landry, cela va plus loin, car il voit dans cette démarche un moyen d\u2019appréhender le futur.« Du point de vue environnemental, nous allons au-delà de grands défis.Nous pouvons tirer des leçons de l\u2019histoire », assure-t-il.Ses recherches sur les régimes nazis et soviétiques montrent comment ces sociétés en contexte de crise ont dû adapter leur alimentation.« Il y a eu des choses atroces sous ces régimes.Mais ils ont aussi développé des éléments dont nous pouvons nous inspirer sur le plan alimentaire, dont l\u2019idée de faire mieux avec moins et d\u2019avoir une alimentation plus per formante sur le plan énergétique.Il y a aussi le locavorisme, les techniques de conser vation et de transformation des al iments dont la fermentation ou la préparation des feuilles de légumes.» Que ce soit dans la quête d\u2019une identité et des traditions perdues ou celle des savoir-faire qui nous permettront de nous adapter aux défis de demain, l\u2019histoire semble avoir plus que jamais sa place en cuisine.L\u2019hiver dernier, Tristan Landry, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Sherbrooke, a quitté sa salle de cours habituelle pour organiser un séminaire d\u2019histoire de l\u2019alimentation dans une cuisine.Il y a beaucoup de méconnaissance, et des faussetés sont véhiculées.Je suis déçu de voir l\u2019ignorance concernant notre alimentation et notre culture.J\u2019aimerais que les jeunes chefs se donnent la peine de chercher la vérité historique et non pas de s\u2019inspirer de n\u2019importe quoi comme on le voit aujourd\u2019hui.MICHEL LAMBERT » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Vi v r e R e s t o 4 8 | Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Pour des voyages pas comme les autres DÉJA 24 ANS ! Voyages Symone Brouty offre des voyages constitués de petits groupes.Demeurant tout autant à l\u2019écoute des demandes des voyageurs.La sélection d\u2019hébergement de grande qualité et exceptionnellement bien localisé, vous permettront d\u2019accroitre et de bonifier votre découverte des lieux visités.HISTOIRE ET PATRIMOINE DU ROYAUME-UNIS ET D\u2019IRLANDE \u2013 23 JRS Départ : 5 au 23 septembre (6 places) Un panorama complet, grâce à ce circuit le mieux conçu et ayant le plus de prestations inclus, ayant un prix des plus compétitifs sur le marché ! - GRAND CIRCUIT CULTUREL ESPAGNE & PORTUGAL \u2013 25 JRS Départ : 22 septembre au 16 octobre (6 places) Prenez le temps de découvrir l\u2019art, la culture et les traditions de ces deux pays.46 repas + vins inclus.Hôtels 4* ,3*sup.toutes les entrées, visites incluses.- LES PERLES DES BALKANS \u2013 20 JRS Croatie \u2013 Slovénie \u2013 Monténégro \u2013 Bosnie Départ : 10 au 30 septembre (5 places) Voyage culturel pour découvrir l'histoire et le patrimoine de ces pays passionnants.Split et le palais de Dioclétien, Dubrovnik, Trogir et sa cathédrale romane, les villes médiévales de Korcula et Ston.Dans ce voyage à travers ces pays vous révèlera une véritable mosaïque ethnique et historique.www.voyagesbrouty.com Expérience d'immersion interculturelle Dharamsala (Inde), Madagascar, Pérou, Sénégal et Vietnam.Séjour de 7 semaines COÛT : de 5 195 $ à 6 225 $ (formule « tout inclus ») proposée aux personnes de 50 ans et plus avec hébergement dans une famille et bénévolat Voyages solidaires Pour assister à une séance d'information, téléphonez au 514 325-0150, poste 2039 http://voyagessolidaires.collegemv.qc.ca BON VOYAGE CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Bien sûr, ce serait injuste de parler de l\u2019auberge Willow Inn sans mentionner ce site merveilleux.La vue sur le lac des Deux-Montagnes a quelque chose d\u2019apaisant ; si l\u2019on a le temps et que l\u2019on habite Montréal, on peut même se gâter avec une traversée entre Hudson et Oka, puis rentrer à la maison paisiblement par des routes plus bucoliques que l\u2019autoroute 40.Bien sûr, il faut parler de ces grandes rénovations qui ont permis de métamorphoser l\u2019endroit en un lieu assez impressionnant ; toutes ces boiseries, à défaut d\u2019éclairer l\u2019endroit, lui donnent un je-ne-sais-quoi de cossu.À Hudson, la rue principale s\u2019appelle Main et un beau vendredi soir, on sent que la clientèle, toute pure laine qu\u2019elle soit, est plus 100 % Shetland sheep wool que brebis des Causses.Le personnel, lui, est aussi ef ficace et aimable dans les deux langues officielles du « plusse-meil- leur-pays-au-monde ».L\u2019ambiance au Willow Inn est très bon enfant et même la grosse tivi qui montre les Maple Leafs se faire brasser par les méchants Bruins ne semble pas assombrir la soirée.Sur le menu, un petit encadré attire l\u2019attention : « Auberge Willow est fière de soutenir nos agriculteurs régionaux biologiques et durables [sic].Notre menu est basé sur des ingrédients locaux et frais qui peuvent changer.» De petites choses comme celles-ci suscitent une sympathie instantanée et la deuxième phrase a quelque chose de rassurant.Passons à table.Une salade Wil - low, beau mélange de feuilles tendres, quelques radis passés à la mandoline, en pluie, du fromage d\u2019Oka et une vinaigrette légèrement fumée (maison) qui donne un allant supplémentaire à l\u2019assiette.Une autre entrée de pieuvre grillée, très tendre, présentée en belles bouchées et accompagnée de haricots verts, de fleur d\u2019ail marinée, de quelques feuilles d\u2019estragon et de tomates cerises venues d\u2019une serre voisine.La sauce hollandaise relevée de paprika qui accompagne ce plat était, elle aussi, tout à fait pertinente.Sur une purée de racines de persil, une grosse pincée de chou haché et une brique de merlu poêlé surmontée de jeunes pousses et relevée d\u2019un beurre noisette aux câpres.La maison propose une pièce de viande en deux versions au choix 8 onces ou 10 onces.La présentation est un peu r ustique, mais il s \u2019agit sans doute d\u2019une sor te d\u2019hommage et de clin d\u2019œil à Fergus Henderson, chef du célèbre restaurant londonien St.John, et à son célèbre plat « Roast Bone Marrow and Parsley Salad ».Le faux-filet est d\u2019une grande tendreté, cuit bleu comme demandé, accompagné de beurre de moelle osseuse, d\u2019un fagot de persil et d\u2019échalotes rôties.En complément, une assiette de grosses frites assaisonnées d\u2019épices à steak.Malicieuse, madame Tremblay me fait remarquer que les frites d\u2019un autre plat sont annoncées comme « fr i tes maison », et pas celles-ci.Depuis qu\u2019elle a réussi une béarnaise, Madame raille dès que l\u2019occasion se présente.Je ne vous rapporterai pas son persiflage à propos des deux desserts, un dôme chocolaté et une tarte aux pommes.Je n\u2019irai pas non plus jusqu\u2019à vous recommander de les éviter, mais vous signale quand même qu\u2019il ne s\u2019agit pas du moment le plus jouissif du repas.Auberge Willow Inn ?$$$ 1/2 208, rue Main, Hudson ?450 458-7006 Ouvert midi et soir, du mercredi au dimanche.Le repas \u2014 deux entrées, deux plats principaux et deux desserts \u2014 accompagné de deux verres de chardonnay et d\u2019une excellente bière Willow 1820 a coûté 139$ avant taxes et pourboire.Mon éminent collègue M.Jean Au- bry, docteur ès beaux flacons, semble partager ma perplexité à la lecture des propositions locales de bouteilles: «Pour un amateur de vin, je veux dire pour celui qui en bave de découvrir la perle rare, cette carte laisse sur sa faim.Une carte à mon sens qui mériterait d\u2019être resserrée (et pourquoi pas plus courte?), mais également un chouïa plus inspirée.» Souper au bout de l\u2019île Une purée de racines de persil, une grosse pincée de chou haché et une brique de merlu poêlé surmontée de jeunes pousses et relevée d\u2019un beurre noisette aux câpres.PHOTOS 5POUNDMEDIA | 4 9 Vi v r e R e c e t t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Toutes les boiseries, à défaut d\u2019éclairer l\u2019endroit, lui donnent un je-ne-sais-quoi de cossu.Les actualités gastronomiques à Montréal Promesses de fraises\u2026 \u2026 et de framboises.Demain, les unes et les autres seront là, celles de chez nous qui goûtent le bonheur des jours ensoleillés.Pour vous aider à vous préparer à ce délicieux rendezvous annuel, Caroline Dostie, photographe et instigatrice du livre, publie Ah, les fraises et les framboises ! chez Parfum d\u2019encre.Cet ouvrage collectif propose une cinquantaine de recettes de salades, d\u2019entrées, de cocktails, de confitures, de sirops ou de sorbets.Des crêpes au marché Jean-Talon Des crêpes, mais pas n\u2019importe lesquelles ; une quinzaine de propositions, une infinité de combinaisons au choix des clients et surtout un soin méticuleux apporté à la composition de ces gâteries.Farines bios et sans gluten venues de Gaspésie, farines de riz brun, de sarrazin, de pois chiches et de gourganes, lait de coco ou de riz pour intolérants au lactose et strictement aucune noix.Les œufs viennent d\u2019un petit éleveur voisin qui dorlote ses poules aux grains de lin.Poissons et fruits de mer à l\u2019ITHQ Notre Institut du tourisme et d\u2019hôtellerie du Québec (ITHQ) et le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ) lancent une initiative de promotion des poissons et fruits de mer du Québec, joliment intitulée Pêchés ici.Mangés ici.Dans cette optique, du 22 mai au 2 juin prochain, le restaurant de l\u2019Institut de tourisme et d\u2019hôtellerie propose de profiter de la haute saison de la pêche pour venir déguster les poissons et les fruits de mer de chez nous.L A R EC E T T E D E L A ST Y L I ST E C U L I N A I R E MARIE-ÉLAINE THIBAULT Côtes levées coréennes Ingrédients 6 carrés de bouts de côtes kalbi* 1/2 tasse de sirop d\u2019érable 1 tasse de sauce soya 1/2 tasse d\u2019eau 1/4 de tasse de mirin 4 gousses d\u2019ail 1 oignon émincé 1 petite poire asiatique râpée 2 c.à soupe d\u2019huile de sésame 2 oignons verts émincés Préparation 1.Mettre tous les ingrédients dans un sac étanche et y déposer les côtes levées.2.Laisser mariner toute la nuit (ou quelques heures).3.Chauffer le barbecue à puissance maximale (ou encore une poêle en fonte striée) et déposer sur les grilles très chaudes, 1 à 2 minutes de chaque côté.4.Servir avec du riz, une salade de concombre ou autre.*On trouve généralement les « côtes kalbi » au rayon des surgelés dans les épiceries asiatiques, mais elles peuvent aussi être préparées par votre boucher.Il s\u2019agit de bouts de côtes tranchées de façon transversale en coupant dans l\u2019os.Marie-Élaine Thibault est conceptrice et styliste culinaire.Pour la suivre : marielenfer.com ; instagram.com/maryhellyeah MARIE-ÉLAINE THIBAULT L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 2105, ch.Ste-Foy, Québec voyages-lambert.com PÉROU & BOLIVIE DUO MYTHIQUE AU COEUR DE LA CULTURE ANDINE Du 12 au 31 octobre 2018 TERRES DES ANDES LE DÉSERT D'ATACAMA (CHILI) ET LE SALAR D'UYUNI (BOLIVIE) .& PROLONGATION À L'ÎLE DE PÂQUES Du 4 au 22 octobre 2018 16h00 18h30 MERCREDI 23 MAI 2018 LIEU : AUBERGE UNIVERSEL - 5000, RUE SHERBROOKE EST DERNIÈRES PLACES DISPONIBLES PRÉSENTATIONS DE NOS CIRCUITS - ENTRÉE LIBRE GRAND TOUR DES ÎLES BRITANNIQUES Du 7 septembre au 1 octobre 2018 PLACES 6 BALKANS AUX MULTIPLES FACETTES SERBIE, KOSOVO, MACÉDOINE, ALBANIE, MONTÉNÉGRO & BOSNIE-HERZÉGOVINE Du 10 au 30 septembre 2018 PLACES 4 SICILE & ITALIE DU SUD Du 7 au 27 octobre 2018 PLACES 4 Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Pour des voyages pas comme les autres DÉJA 24 ANS ! Oui, on peut voyager en Égypte aujourd\u2019hui « C'est aussi ça voyager : se rendre compte par soi-même que le pays n'est pas aussi instable que l\u2019on veut nous le faire croire ! » MAGNIFIQUE ÉGYPTE PHARAONIQUE \u2013 18 & 19 JOURS Départs 2018 : 12 au 29 nov.: (2 places à combler) 7 au 24 nov.(6 places) Départs 2019 : 11 février au 1er mars & 4 au 22 mars (Places limitées !) LA GRANDE ARGENTINE & PATAGONIE, IGUAÇU \u2013 20 JOURS Départs 2018 : 3 au 21 nov.(6 places) Demande de partage femme Départs 2019 : 15 février & 5 novembre Depuis plus de 10 ans, chez Voyages Symone Brouty, l\u2019Argentine est une destination très bien connue.Ce voyage conçu par Mme Marie-Pierre Ruatta, ambassadrice du monde, recèle un savoir inégalé dans le domaine et sait mettre également à profit pleinement dans la programmation de ce circuit.Buenos Aires, Croisière de luxe dans les glaciers (Exclusif VSB) Circuit de 5 jours dans le désert du Nord-Ouest, vols intérieurs, entrées, visites, repas, dégustations et plusieurs autres extras.www.voyagesbrouty.com P e r m i s d u Q u é b e c BON VOYAGE VOYAGES GAUTHIER spécialité voyages sur mesure 514.336.0606 www.voyagesgauthier.com info@voyagesgauthier.com Les tarifs sont à partir de, par personne, en occupation double, et sujet à disponibilité.Inclus : transferts, hébergements, visites, transports, et accompagnement lorsque indiqué.P e r m i s d u Q u é b e c Rome, Côte Amalfitaine, Florence, Cinque Terre, Venise \u2014 15 jours / 14 nuits Rome, Côte Amalfitaine, Florence \u2014 13 jours / 12 nuits Tanzanie grandeur nature \u2014 10 jours / 7 nuits du 13 au 22 octobre, circuit en groupe, vol inclus.Kenya et Tanzanie \u2014 15 jours / 12 nuits, circuit en groupe, vol inclus Inde du Nord \u2014 17 jours / 14 nuits, circuit en groupe, vol inclus Circuit groupe Magie de l'Italie \u2014 15 jours / 13 nuits, les 7 et 14 septembre, vol inclus Couleurs du Vietnam \u2014 24 jours / 20 nuits, circuit en groupe, vol inclus 2 990 $ 2 690 $ 6 999 $ 8 499 $ 4 099 $ 4 949 $ 4 099 $ Programme de grand luxe acco mpagné par Mme Louise Drouin POUR LES DÉTAILS ET PRIX DE CE PROGRAMME: www.louisedrouin.com 1 888 475-9992 Croisière haut de gamme L\u2019ANTARCTIQUE Du 3 au 24 février 2019 22 JOURS EXCEPTIONNELS, LE RÊVE D\u2019UNE VIE ! Un voyage unique et d\u2019un grand raf?nement : Équipage français, expertise, service attentionné, gastronomie au cœur d\u2019un environnement 5 étoiles.Départ de Groupe accompagné Du 08 au 30 Octobre 2018 PAR PERSONNE EN OCCUPATION DOUBLE SUPPLÉMENT OCCUPATION SIMPLE 1699$ LES PLUS DU GROUPE VIP : Petit groupe, maximum 17 personnes Accompagnateur de Montréal Vol international avec Lufthansa & Swiss International Airlines 20 Nuits d\u2019hébergement en hôtels 3*-4*-5* Tous les repas inclus Services d\u2019un guide accompagnateur francophone MERVEILLES DE L\u2019 INDE DU NORD ET DU RAJASTHAN 5289$ RABAIS jusqu\u2019à 250$ PAR PERS.OFFRE PROMOTIONNELLE : -100 $ par personne RABAIS PAIEMENT PAR CHÈQUE : -150 $ par personne Réservation au plus tard le 31 mai 2018.Tél.: 514.844.3616 ou 1 877.887.7843 angie@legroupevip.com Adresse : 2055 rue Peel, Suite 525, Montréal, QC H3A 1V4 Visitez LEGROUPEVIP.COM Permis du Québec n s e o * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV de 1 $ par tranche de 1000 $ en sus.Prix valide pour tous les départs en 2018.Permis du Québec (702378).Tous nos circuits comprennent : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides accompagnateurs francophones.beltour.ca 514 336-0033 ou 1 866 235-8687 vous amène ailleurs.Vive les vacances! Voici des idées de courts séjours.4 jours à : PHILADELPHIE, à partir de 389 $* WASHINGTON, à partir de 359 $* 3 jours à : NIAGARA, à partir de 320 $* CHARLEVOIX, à partir de 516 $* LE CONNECTICUT, à partir de 529 $* NEW YORK ou BOSTON départs les vendredis en juin, juillet et août.Pour annoncer dans ce regroupement, contacter Évelyne de Varennes au 514 985-3454 ou edevarennes@ledevoir.com | 5 1 Vi v r e Vi n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Moins de 16 $ Genoli Blanco 2016, Vina Ijalba, Rioja, Espagne (15,65$ \u2013 883033) Ce blanc sec à base de viura joue décidément sur la corde des amers, mais avec en plus cette dynamique aromatique qui le rapproche d\u2019un sauvignon blanc.L\u2019ensemble demeure simple, mais aussi diablement vivace, marquant une présence fruitée soutenue et une finale nette et franche, un rien anisée.(5) ?La surprise Godelia Brut Reserva, Bierzo, Espagne (22,80$ \u2013 13567516) Le cépage albarino a désormais un copain de taille au nord-ouest de la péninsule ibérique.Et il sait mousser sans se soucier de quiconque.Son nom ?Le godello.Il compose, que dis-je, il affirme le caractère de cette cuvée d\u2019une enviable richesse fruitée avec, de plus, à titre de détonateur, une jolie salinité en finale.(5) ?Le blanc Tuvi (or not to be) 2016, Penedès, Espagne (16,40$ \u2013 13574687) C\u2019est sur une base friande de xarel-lo que le «gewurz» mais aussi le riesling et le vio- gnier visent une montée en puissance aromatique de circonstance, tout en demeurant d\u2019une décence exemplaire.Un blanc sec qui offre une jolie sève derrière une structure légère mais hautement sapide.La soif n\u2019est pas loin ! (5) ?1/2 Le rouge Première Vendange 2016, Henry Marionnet, Loire, France (24,30$ \u2013 12517875) Du gamay, que du gamay, oui, mais avec un grain de sagesse, car les vieilles vignes l\u2019étoffent et le laissent discourir longuement sur les vertus du fruit et de la vie.Ajoutez-y un grain de folie pure, vierge et sans tache, presque naïf tant il désarme et laisse obsédé de bonheur.Du Marionnet pur jus, généreux et altruiste.(5) ?1/2 Le bio Domaine La Moussière 2017, Alphonse Mellot, Sancerre, Loire, France (29,85$ \u2013 00033480) Boire La Moussière est à la dégustation ce que le yoga est à la lévitation : une impression de calme et de bien-être toujours à la fine pointe de l\u2019éveil.Comme si l\u2019on devenait soi-même chaire et texture, fruit et calcaire.Un sauvignon qui porte haut, délicatement, finement, tel un souffle frais et persistant.(10 +) © ?(5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E CRITIQUE JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR Démarrons avec un rosé, si vous le voulez bien.Il est d\u2019ailleurs autorisé d\u2019en boire depuis l\u2019ouver ture of fi- cielle de la chasse aux rosés, il y a 18 jours, le 1er mai dernier.Je vous suggérerais par contre d\u2019accélérer la cadence, car cette activité essentiellement saisonnière trouve sa finalité le 31 août, soit dans exactement 104 jours.Que faites-vous alors des 261 autres journées sans boire la vie en rose ?Espérons tout de même que vous ne broyez pas du noir ! Un professionnel de l\u2019industrie me confiait récemment sous le couvert de l\u2019anonymat que le vin rosé, « ce n\u2019est pas du vin, mais de la foutaise»! Un point de vue.Un point de vue qui, à mon sens, a tout intérêt à demeurer sous le couvert de l\u2019anonymat.Car, oui, je ne suis pas d\u2019accord.Sur le plan technique, que ce soit sur celui du pressurage direct (jus libéré et coloré sous le pressoir) ou sur celui de la saignée (écoulement partiel des jus d\u2019une cuve selon la couleur désirée), élaborer un rosé demande sans doute plus de précision que pour les collègues en blanc, en orange ou en rouge.Je ne suis pas œnologue, mais c\u2019est du moins ce que pensent ces femmes et hommes de science à qui j\u2019ai souvent posé la question.Consommation en hausse Vous ne serez pas surpris d\u2019apprendre que la France est non seulement le premier producteur (soit plus de 50 % de la production mondiale sur les 12 dernières années) et le premier consommateur (43 % sur la même période), mais qu\u2019elle importe aussi chaque année une bonne quantité de rosé (d\u2019Espagne notamment) pour sa propre consommation.La courbe ascendante se produit aussi chez nous avec, au moment d\u2019écrire ces lignes, quelque 200 références en provenance d\u2019une douzaine de pays.Vous me trouverez sans doute ringard et vieux schnoutte, mais je ne déteste pas du tout serrer la pince à un homard très frais servi avec un Mateus rosé (9,50$ \u2013 00000166 \u2013 (5) ?1/2) portugais, lui aussi ser vi très frais.Revisiter ses classiques est parfois une leçon de modestie.La dégustation d\u2019un rosé \u2014 comme tout autre vin d\u2019ailleurs \u2014 se pratique en fonction du candidat choisi.À grandes lampées, le sourire aux lèvres et les yeux brillants de gourmandise (avec ce Mateus par exemple) ou, plus discrètement, par petites touches, façon colibri, emporté par ce contraste si recherché entre légèreté et profondeur, finesse et puissance, qui élève parfois le rosé au niveau de l\u2019exception.Dans ce dernier cas, les exemples sont nombreux, mais il faut en payer le prix.Que ce soit ce Rosé d\u2019Équinoxe 2016 de Yannick Amirault en Loire (25$ \u2013 11900872 \u2013 (5) ?1/2), ce Bandol Bastide de la Ciselette 2016 (25,75 $ \u2013 13184056 \u2013 (5) ?1/2), ce Marsannay 2015 de chez Bruno Clair en Bourgogne (28,80 $ \u2013 10916485 \u2013 (5 +) © ?1/2) ou, du côté de la Provence, ces Château de Barbeyrolles 2016 en Provence (39 $ \u2013 13300977 \u2013 (5) ?1/2) et Château Gassier 2016 Cuvée 946 (44,75 $ \u2013 12254657 \u2013 (5) © ?1/2).Mais revenons au tout début de cette chronique.Et démarrons avec un rosé, un rosé d\u2019une nuit.Il arrive justement, en l\u2019espace d\u2019une toute petite nuit, que les peaux fines de cépages tels que les groppello, sangio- vese, marzemino et barbera tirent, du rêve profond où ils sont alors plongés, un discours improbable où le mystère se drape de tonalités fines et envoûtantes que le réveil, au petit matin, concentre en bouteille.C\u2019est le cas ici avec ce Costaripa Mattiavezzola RosaMara 2017 de Lombardie en I ta l ie (20,90 $ \u2013 11415121).Parole de vieux schnoutte! guideaubry@gmail.com Se rosir la vie plutôt que de l\u2019obscurcir ! Vous me trouverez sans doute ringard et vieux schnoutte, mais je ne déteste pas du tout serrer la pince à un homard très frais servi avec un Mateus rosé portugais, lui aussi servi très frais.Revisiter ses classiques est parfois une leçon de modestie.JEAN AUBRY L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Vi v r e F a m i l l e 52 | Pour annoncer dans ce regroupement Contacter Évelyne de Varennes au 514 985-3454 HÉBERGEMENT EN RÉGIONS Abonnez-vous à notre infolettre matinale.Du lundi au samedi, découvrez l\u2019essentiel de l\u2019actualité.LeDevoir.com/infolettre FLORENCE SARA G.FERRARIS LE DEVOIR u parc près de chez lui, Marin, deux ans, a une réputation de casse-cou.C\u2019est que, contrairement aux autres bambins de son âge, on le retrouve souvent perché à la cime des plus hauts modules de jeux.Du haut de ses deux printemps, le petit bonhomme enfourche aussi sans effort son vélo deux-roues- à-pédales avec lequel il fonce à vive allure sur les trottoirs.À la maison, son grand frère, Oscar, quatre ans, et lui manient avec précaution couteaux, allumettes, alouette \u2014 le tout sous le regard attentif, mais confiant, de leurs parents.« Tout est une quest ion de confiance et d\u2019apprentissage, avance doucement leur mère, Roxanne Marcil.On a décidé de leur laisser de la place pour qu\u2019ils prennent des risques, mais ce sont des risques calculés.Je suis convaincue que c\u2019est en expérimentant et en testant leurs limites que les enfants apprennent le plus.» Rencontrée à quatre sous le soleil du matin, en plein cœur de leur quartier montréalais, la jeune femme de 29 ans se raconte avec entrain, décrivant avec fierté les essais-erreurs quotidiens de ses deux garçons.Et ce qui était d\u2019abord intuitif prend aujourd\u2019hui la forme d\u2019un style d\u2019éducation hors norme, une « approche germanique » basée sur une bonne dose de confiance et un joyeux lâcher-prise parental.« On va être honnêtes, on ne s\u2019est jamais vraiment dit qu\u2019on élevait nos enfants \u201ccomme les Allemands\u201d, lance-t-elle entre deux gorgées de café.Au rythme de nos expérimentations, on s\u2019est renseignés sur le sujet, on a mis des mots sur ce qu\u2019on faisait\u2026 Mais avec des petits, on est surtout dans la pratique.» Autonomie et liberté Concrètement, il s\u2019agit sur tout de miser sur une plus grande autonomi- sation des tout-petits.« L\u2019idée est de leur laisser une plus grande liberté, de leur offrir un environnement sécuritaire \u2014 mais le moins contraignant possible \u2014 où ils ont le loisir d\u2019expérimenter de nouvelles choses, de devenir les maîtres de leur univers », explique la journaliste américaine Sara Zaske, elle-même maman de deux enfants et auteure d\u2019Achtung Baby, un livre paru en janvier dernier qui porte sur la question.À mi-chemin entre le témoignage personnel et le repor tage scientifique, l\u2019ouvrage expose, sans filtre, les constats auxquels la jeune mère est arrivée lors d\u2019un séjour d\u2019un peu plus de six ans à Berlin, en Allemagne, avec sa propre progéniture.« Je me souviendrai toujours de la première fois où je me suis rendu compte que les enfants étaient traités dif féremment là-bas, lance Sara Zaske avec un rire franc.Ma fille Éducation à l\u2019allemande Ode au « chaos contrôlé » A | 5 3 Vi v r e Ap p l i c at i o n s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E Un jeu-questionnaire (un peu) payant Deux fois par jour, à 15h et à 21h (heure de Montréal), des centaines de milliers de personnes ouvrent leur application HQ et participent à un jeu en direct qui dure une dizaine de minutes.Douze questions de connaissances générales à choix de réponses défilent à l\u2019écran.Dès qu\u2019on en manque une, on est éliminé, mais si on se rend jusqu\u2019au bout, on partage avec les autres vainqueurs un prix en argent (que l\u2019on reçoit dans notre compte Pay- Pal).Les sommes reçues peuvent être très faibles \u2014 souvent 40 ou 50 ¢ \u2014 ou beaucoup plus importantes: la somme la plus élevée gagnée sur HQ a été de 25 108$.Ça donne envie de s\u2019appliquer! L\u2019application est entièrement gratuite, mais n\u2019est disponible qu\u2019en anglais.HQ Intermedia Labs Des bières à bas prix Vous aimez découvrir de nouvelles bières et vous aimez les rabais?Birre & Co.risque de vous plaire.En ouvrant cette application, vous vous retrouverez face à un catalogue qui vous permettra non seulement de découvrir de nouvelles bières correspondant à vos préférences du moment, mais aussi de bénéficier de rabais sur celles-ci \u2014 un coupon de 1,50$ sur un paquet de quatre cannettes de Bière de coin d\u2019rue de L\u2019Espace public, par exemple.Une fois l\u2019achat effectué, il suffit de prendre une photo de votre facture avec l\u2019application, et lorsque vous aurez accumulé pour 20 $ ou plus de rabais, la somme vous sera envoyée par virement Interac ou par chèque.L\u2019application n\u2019est disponible que sur les appareils Apple, mais une version Android est en route.Birre & Co.Birreco inc.Camille Dauphinais-Pelletier BIRRECO INC.Sophia devait avoir deux ans et demi et nous étions dans une voiture de métro silencieuse.Une dame inconnue, tout sourire, lui a tendu un bonbon sans me demander la permission.J\u2019avoue que, sur le coup, je suis restée sous le choc.» À force de rencontres et en cumulant les heures au parc, l \u2019au- teure s\u2019est pourtant rendue à l\u2019évidence que c \u2019étai t là chose courante.« Et ça va encore plus loin, précise-t-elle.Les enfants sont laissés seuls au terrain de jeu et beaucoup marchent dès l\u2019âge de trois ans pour aller au service de garde.À la maison, ils sont encouragés à mettre la main à la pâte dans la cuisine avec les mêmes ustensiles que les adultes\u2026 L\u2019 idée est de leur expliquer comment faire les choses plutôt que de les leur interdire.» Encore à contre-courant de notre côté de l\u2019Atlantique, où l\u2019enfance est bien souvent (sur)protégée, cette manière d\u2019aborder la parentalité gagne tout de même du terrain, tant au Québec que dans le reste de l\u2019Amérique du Nord.L\u2019éducation des enfants en bas âge étant toutefois de l\u2019ordre du privé, le phénomène demeure difficile à quantifier, n\u2019en déplaise aux réseaux sociaux qui nous renvoient de plus en plus l\u2019image de parents adeptes de la pratique.Risques encadrés Des experts en développement de l\u2019enfant voient pourtant d\u2019un bon œil ce lâcher-prise parental.C\u2019est le cas, notamment, de Christa Japel, spécialiste en psychologie de l\u2019enfance, qui obser ve toutefois que les jeunes Québécois ont peu d\u2019espace et de temps pour laisser aller leur témérité intrinsèque.« Les enfants sont particulièrement encadrés dans toutes les sphères de leur vie, note la profes- seure au Département d\u2019éducation et formation spécialisée à l\u2019Université du Québec à Montréal.Tomber de temps de temps n\u2019a pourtant jamais fait de mal à personne à long terme\u2026 Et à la fin, ça fait des enfants qui ont une plus grande confiance en eux, qui sont conscients de leurs limites et de leurs capacités.» « Mes fils ne sont pas nécessairement conscients des risques qu\u2019ils prennent, mais ils sont quand même capables de les gérer, renchérit Roxanne Marcil avec un sourire.La clé, c\u2019est de passer par-dessus nos propres peurs d\u2019adultes.Alors, même quand ils font des choses qui me pétrifient, je fais de mon mieux pour ne pas leur transmettre mes inquiétudes, pour plutôt les accompagner dans leurs explorations.» Il ne s\u2019agit toutefois pas d\u2019une solution magique, tempère Christa Japel.« Ce ne sont pas des pratiques qui peuvent s\u2019appliquer à tous les milieux familiaux et il faut toujours que les parents soient à l\u2019aise, note la chercheuse.Et, rassurez-vous, un enfant élevé de manière \u201cclassique\u201d ne devrait, au final, pas trop perdre au change.» Question d\u2019aménagements D\u2019autant plus qu\u2019au-delà des choix parentaux, cette philosophie se heurte chez nous à des contraintes physiques par fois di f f ic i les à contourner.« Il ne s\u2019agit pas juste d\u2019aptitude parentale, soutient Juan Torres, professeur à l\u2019École d\u2019urbanisme et d\u2019architecture de paysage à l\u2019Université de Montréal.La manière dont on conçoit nos rues et nos espaces collectifs joue pour beaucoup.Cela a certainement un impact sur les choix que font les parents, comme celui de laisser leur enfant marcher seul jusqu\u2019à l\u2019école.» « Même si on voulait, ce ne serait pas possible, insiste Roxanne Marcil, également urbaniste de formation.Ce n\u2019est pourtant pas l\u2019envie qui manque, mais il y a des limites qui sont hors de notre contrôle de parent.» « L\u2019idée est de laisser une plus grande liberté aux enfants, de leur offrir un environnement sécuritaire \u2014 mais le moins contraignant possible \u2014 où ils ont le loisir d\u2019expérimenter de nouvelles choses, de devenir les maîtres de leur univers », explique la journaliste américaine Sara Zaske, elle-même maman de deux enfants et auteure d\u2019Achtung Baby, un livre paru en janvier dernier qui porte sur la question.SCOTT WEBB UNSPLASH Des experts en développement de l\u2019enfant voient d\u2019un bon œil ce lâcher-prise parental.C\u2019est le cas de Christa Japel, qui observe toutefois que les jeunes Québécois ont peu d\u2019espace et de temps pour laisser aller leur témérité intrinsèque. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | GRILLE BLANCHE GRILLE DES FÉRUS SUDOKU MOTS FLÉCHÉS | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES MOTS CROISÉS DU SAMEDI Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 400 Horizontalement I.Répercussion.II.Apiculteur.III.Virure.Cirta.IV.Ite.Ablution.V.Go.Elsa.Etat.VI.Ogive.Me.Esi.VII.Télé.Lacq.Ts.VIII.Eire.Hie.IX.Néologie.Pie.X.Tensioactifs.Verticalement 1.Ravigotant.2.Epitoge.Ee.3.Pire.Iléon.4.Ecu.Eveils.5.Rurale.Roi.6.Clebs.Lego.7.Ut.Lama.Ia.8.Sécu.Echec.9.Suite.Qi.10.Irrité.Epi.11.Toast.If.12.Néantisées.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 401 1.Belle, noire et vitreuse.2.A toujours une longueur d\u2019avance.3.Mange du bout du bec.Saleté en ville.4.Deuxième abbé de Cluny.A fait tourner nos moteurs sur quatre temps.5.A réussi à trahir son monde.6.Forme de rire.Lessivé.7.A déjà beaucoup servi.Toujours grand quand il sert.8.Bien sombre.9.A consommé sans beaucoup de modération.Rondement ramassés.10.Somme de peu d\u2019importance.Prépare rapidement à l\u2019emploi.11.Personnel.En liasse.L\u2019eau des poètes.12.Bien graduées.I.Tirera toujours son épingle du jeu.II.Sans retenue une fois abattue.Conseil ouvrier.III.Sans grande importance.IV.Sacrée à l\u2019Eglise, banale à l\u2019écran.Fine et froide précipitation.V.Solide.Equipa le bâtiment.Ouvre une voie chez les Chinois.VI.Fait monter le rouge.Grand-mère.VII.Introduit la licence.Supprimé.Note.Reste dans l\u2019ombre.VIII.Impeccable.Laisse aller son intuition.IX.Mît délicatement des couleurs.Energie égyptienne.Comte de Paris devenu roi.X.Se mettent au travail pour travailler encore mieux.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde CITATION MYSTÉRIEUSE L\u2019INTERVALLE Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque mot (incluant l\u2019ajout ou le retrait d\u2019une lettre), trouver les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.É P O U X R O U T E MOTS IMAGES Associez deux mots pour former une expression imagée.À CÔTÉ ALLER RETOURNER TIRER PORTER BOUILLIE BRANLER BUT CHAPEAU CULOTTE BLANC CHATS MANCHE GANT POMPES VESTE 1.2.3.4.5.6.7.8.SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE GRILLE BLANCHE MOTS FLÉCHÉS SUDOKU : SOLUTION DU DERNIER NUMÉRO GRILLE DES FÉRUS CITATION MYSTÉRIEUSE Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier.(Martin Luther King) L\u2019INTERVALLE TARIE / CARIE / CARNE / CERNE / BERNE LES ANAGRAMMES désossera - érodasses / gainer - graine - garnie - regain / sonique - sinoque / farfelue - effleura / mentionner - mentonnier MOT IMAGE L\u2019habit de fait pas le moine / Bonnet d\u2019âne / En avoir plein ses bottes / Esprit de bottine / Jus de chaussettes / Dorer la pilule / Plier bagage / Passer sur le billard Conception de la grille blanche, de la grille des férus et des mots fléchés : Étienne Hannequart-Ferron.R M É I E E UJ N EESSXRPUA E O É I AV S R L SSSPRNOEA 1.3.2.1.3.2.1.2.1.2.1.2.1 7 2 7 Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1 7 2 7 1 7 2 7 1 7 2 7 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 9 E T D I M A N C H E 2 0 M A I / 2 0 1 8 O N N \u2019 E S T P A S C O U C H É LES DIMANCHES 19H Coups de cœur, coups de gueule, tout peut arriver sur le plateau de Ruquier."]
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