Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (3)

Références

Le devoir, 2018-06-23, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUIN 2018 Il y a 50 ans, l\u2019émeute de la Saint-Jean L\u2019un des soulèvements les plus importants de l\u2019histoire du Québec, en un mois où se dessinaient pour des années les plans d\u2019un avenir politique histoire donne parfois l\u2019impression qu\u2019elle est une solution chimique qui, soudain, se précipite au point de changer de nature.Le mois de juin 1968, avec l\u2019émeute de la Saint-Jean, est riche en éléments instables qui finissent par se précipiter.Tout bouge.Le 1er juin 1968, André Laurendeau meurt et avec lui, en quel - que sorte, l\u2019idée d\u2019une troisième voie pour le fédéralisme canadien.Quel - ques jours plus tard, le 25 juin exactement, Pierre Elliott Trudeau est élu premier ministre du Canada.De son côté, au même moment, René Lévesque se prépare à fonder le Parti québécois.Cette émeute du 24 juin, liée de près à la personnalité de Trudeau, montre à quel point les esprits sont alors sous tension.Célibataire, figure de l\u2019intellectuel an- tiduplessiste, millionnaire, Trudeau est en quête du pouvoir, suivi par deux de ses compagnons, le syndicaliste Jean Marchand et le journaliste Gérard Pelletier.La trudeaumanie bat son plein.Les nationalistes québécois découvrent en lui un adversaire farouche.Quelle nation ?Le 5 février 1968, dans le cadre d\u2019une conférence constitutionnelle où il s\u2019oppose au premier ministre québécois Daniel Johnson, Trudeau plombe la thèse des deux foyers nationaux constitutifs du Canada.Il a dit et écrit plus d\u2019une fois qu\u2019il ne croyait pas à l\u2019idée d\u2019une nation québécoise sur laquelle serait appuyée la Constitution de 1867.Puis en mai, Trudeau affirme à Sherbrooke que les Québécois ont vécu 100 ans de bêtises.Or, ce printemps-là, en pleine campagne électorale, la Société Saint-Jean- Baptiste de Montréal croit bon d\u2019inviter Trudeau au grand défilé du 24 juin.Après tout, à titre de successeur de Lester B.Pearson, il occupe les fonctions de premier ministre officiellement depuis le 20 avril 1968.Pour l\u2019événement, une estrade d\u2019honneur est dressée.Les dignitaires sont regroupés devant la bibliothèque centrale de la ville de Montréal, rue Sherbrooke.Vont s\u2019y retrouver côte à côte plusieurs figures majeures, dont le maire Jean Drapeau, le premier ministre du Québec Daniel Johnson et l\u2019attaché commercial de Grande-Bretagne James Richard Cross.Au beau milieu de ce parterre, assis à la première rangée: Pierre Elliott Tudeau.Un peu partout, des hommes de la GRC, des policiers, en civil ou en uniforme.Sur le toit de l\u2019édifice de granit gris, des vigies en armes montent la garde, jumelles à la main.Le pire a non seulement été envisagé, il semble avoir été envisagé comme inévitable.Pourquoi Trudeau tient-il à se présenter à cette fête nationale alors qu\u2019il ne cesse de nier l\u2019existence de cette nation ?En voilà trop, jugent plusieurs de ses opposants.D\u2019autant plus que les indépendantistes se sentent floués pour se voir interdire de manifester leur option au sein du défilé.Si Trudeau est là, aussi bien en vue, pourquoi pas eux ?Ils n\u2019ont qu\u2019à se faire élire, répondent ceux qui ne pensent guère à eux.Pendant les semaines qui précèdent l\u2019événement, le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale et son président, Pierre Bourgault, ne cessent de dénoncer en tout cas le contresens que représente cette présence de Trudeau.De la provocation, disent-ils.Les indépendantistes ont l\u2019intention de bien faire connaître leur opposition.JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Pour l\u2019événement, une estrade d\u2019honneur est dressée.Vont s\u2019y retrouver plusieurs figures majeures, dont le maire Jean Drapeau, le premier ministre du Québec Daniel Johnson et l\u2019attaché commercial de Grande-Bretagne James Richard Cross.Au beau milieu de ce parterre, assis à la première rangée : Pierre Elliott Tudeau.PHOTOS ANTOINE DÉSILETS L\u2019 SONDAGE L\u2019attachement des Québécois pour leur province B 4 La chronique de Michel David B 5 À peine arrivé sur les lieux, le président du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN), Pierre Bourgault, est arrêté.Cet - te photo le montre étranglé fermement par la clé de bras d\u2019un policier, traîné contre son gré.Bilan de la soirée : au moins 123 blessés, dont 43 policiers, et une douzaine d\u2019auto - patrouilles endommagées Un peu partout, des hommes de la GRC, des policiers, en civil ou en uniforme Un ancien policier présent ce jour-là parle de scènes de défoulement de la part de ses confrères du temps.VOIR PAGE B 4 : ÉMEUTE LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUIN 2018 FIN DE SESSION B 2 Sexe, pétrole et rock\u2019n\u2019roll indien La session parlementaire qui s\u2019achève à Ottawa a été fort mouvementée Les libéraux écorchés La session de Justin Trudeau a débuté horriblement avec son voyage en Inde, pendant lequel le port de costumes traditionnels lui a valu les moqueries de la planète.Mais c\u2019est aussi grâce à la scène internationale qu\u2019il a trouvé une certaine rédemption : les attaques vitrioliques du président américain ont rallié les Canadiens derrière lui.Ce voyage en Inde a marqué le début de la chute du Parti libéral du Canada dans les sondages.Il est désormais talonné, parfois même dépassé, par le Parti conservateur.Justin Trudeau a d\u2019ailleurs vécu sa première défaite électorale dans Chicoutimi-Le Fjord, circonscription qu\u2019il avait remportée en 2015.Des analystes y voient la conséquence d\u2019une bien-pensance poussée à l\u2019extrême illustrée par l\u2019épisode « Monsieur-Madame » \u2014 la consigne donnée aux fonctionnaires de ne plus présumer du genre des citoyens à qui ils s\u2019adressent.Les militants libéraux ont mis la table électorale à leur congrès en votant pour la création d\u2019un régime d\u2019assurance médicaments.Enfin, Justin Trudeau a nommé huit sénateurs, portant le total des indépendants à 46 sur 97.Il reste huit sièges vacants.Conquête conservatrice Le Parti conservateur a misé gros sur le Québec ce printemps.Le chef, Andrew Scheer, a entamé une tournée de la province, a bravé le plateau de Tout le monde en parle et a fait aux Québécois quelques promesses taillées sur mesure \u2014 déclaration de revenus unique, pouvoirs accrus en culture et en immigration.L\u2019objectif était clair : séduire les nationalistes déçus du Bloc québécois, à qui le chef a d\u2019ailleurs adressé une lettre ouverte déplorant la « crise existentielle » du parti.Andrew Scheer a même recruté l\u2019un des leurs : l\u2019ancien chef bloquiste Michel Gauthier.Maxime Bernier a cependant causé des maux de tête au nouveau chef en affirmant qu\u2019Andrew Scheer l\u2019avait battu lors de la course à la chefferie en se faisant élire par de « faux conservateurs » devenus membres du PCC pour sauver la gestion de l\u2019offre.Quand M.Bernier a partagé cet extrait de livre une seconde fois pour critiquer la gestion de l\u2019offre, M.Scheer lui a retiré ses fonctions parlementaires.Les conservateurs ont terminé la session parlementaire avec une victoire électorale dans Chicoutimi-Le Fjord.Le NPD bousculé Jagmeet Singh l\u2019a reconnu lui-même : le NPD n\u2019a pas été dans les nouvelles pour les bonnes raisons depuis janvier.Le parti a dû ouvrir deux enquêtes sur des cas de conduite sexuelle inappropriée, dont une a débouché sur l\u2019expulsion du député Erin Weir.Le chef s\u2019est attiré les foudres de son caucus lorsqu\u2019il a puni le vétéran David Christopherson, qui avait eu l\u2019audace de voter avec les conservateurs pour dénoncer l\u2019exigence faite aux bénéficiaires de subventions pour des emplois d\u2019été qu\u2019ils ne soient pas pro-vie.M.Singh a réhabilité le populaire député pour calmer la grogne.Le nouveau chef a paru encore plus déconnecté de ses élus lorsqu\u2019il s\u2019est, en plein point de presse, retourné vers l\u2019un d\u2019eux pour savoir si le caucus partageait sa position sur les armes à feu.M.Singh a dû se défendre de cautionner le terrorisme après qu\u2019il fut révélé qu\u2019il avait participé à des évé- nements indépendantistes sikhs.Il a refusé d\u2019appuyer le NPD-Québec à l\u2019élection provinciale.Et le NPD a été lessivé à la partielle dans Chicoutimi-Le Fjord, n\u2019y récoltant que 8,7 % d\u2019appuis.Implosion bloquiste En un peu plus de trois mois, le Bloc québécois aura éclaté.Fin février, sept des dix députés bloquistes ont claqué la porte du caucus en critiquant le leadership de la chef Martine Ouellet et fondé plus tard le nouveau parti Québec debout.Mais leur désaveu a fait aussitôt boule de neige.Des proches de la chef \u2014 dont l\u2019ancien chef et député Mario Beaulieu \u2014 l\u2019ont sommée de démissionner.Elle a accepté de se soumettre à un vote de confiance.La grogne s\u2019est toutefois répandue parmi une frange des militants, qui lui reprochaient de détourner le Bloc pour en faire un agent de promotion de la souveraineté sur toutes les tribunes plutôt qu\u2019un outil politique pour défendre aussi les intérêts du Québec.Des démissions se sont succédé au parti, notamment celle de sa vice-présidente, Kédina Fleury-Samson.Martine Ouellet a perdu son vote de confiance et a été forcée de démissionner début juin.Mario Beaulieu lui a succédé dans l\u2019intérim.La question du mandat du Bloc n\u2019est cependant toujours pas réglée, deux courants de pensée étant toujours en opposition chez les militants.Une justice accélérée L\u2019arrêt Jordan de 2016 a été un véritable coup de tonnerre pour le système de justice.L\u2019obligation faite par la Cour suprême de traiter les causes dans un délai raisonnable, soit moins de 30 mois pour les procès en Cour supérieure, a permis à de nombreux accusés d\u2019échapper à toute condamnation (dont au moins cinq pour meurtre) et a obligé les politiciens à promettre des mesures pour calmer l\u2019opinion publique.Ottawa a déposé sa réponse en mars.Le projet de loi C-75 abolit les enquêtes préliminaires (sorte de préprocès) pour toutes les infractions, sauf celles débouchant sur une peine à perpétuité.Il élargit aussi l\u2019éventail d\u2019infractions pouvant être traitées en cour provinciale, où les procédures se déroulent en général plus Le bilan parlementaire en dix coups d\u2019œil B Celui à qui on reprochait d\u2019errer dans la consultation à outrance, en début de mandat, s\u2019est démarqué cette année en se montrant plus résolu.Le premier ministre Trudeau n\u2019a pas flanché sur la légalisation du cannabis.Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, lors de sa visite au temple d\u2019Or dans la foulée de son voyage controversé en Inde SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE ouillonnante ce printemps, l\u2019activité fédérale aura eu la particularité de surtout se dérouler hors de l\u2019enceinte parlementaire : Justin Trudeau a été ridiculisé pendant son voyage en Inde, Ottawa a essuyé des attaques d\u2019une virulence sans précédent des États-Unis et une pétrolière texane a contraint le Canada de lui racheter son pipeline.Ce foisonnement d\u2019évé- nements a fait ombrage à un menu législatif pourtant copieux.Retour sur une session tourbillon.Sur le front canado-américain, les relations ne se sont pas améliorées.En janvier, à la suite de l\u2019imposition de droits compensateurs et antidumping à la CSeries de Bombardier, le Canada avait déposé une plainte à l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) à propos d\u2019un ensemble de pratiques américaines.Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, avait déclaré que cette plainte « infondée » ne faisait que « diminuer la confiance » de son gouvernement envers la bonne foi commerciale canadienne.Annonciateur ?Le Canada n\u2019a finalement pas été épargné par les tarifs américains sur l\u2019acier et l\u2019aluminium.Quand, lors de sa conférence de clôture du Sommet du G7, Justin Trudeau a réitéré qu\u2019il trouvait « insultant » de se faire imposer ces tarifs au nom de la sécurité nationale, il s\u2019est immédiatement fait injurier sur Twitter par Donald Trump.Les États-Unis étudient maintenant la possibilité d\u2019imposer des tarifs aux automobiles canadiennes.« J\u2019ai de la difficulté à imaginer, a déclaré Justin Trudeau lors de sa conférence de presse de fin de session, qu\u2019un chef infligerait à sa propre industrie automobile les dommages qui résulteraient de tels tarifs [\u2026] compte tenu de l\u2019intégration des chaînes d\u2019approvisionnement du secteur automobile entre le Canada et les États-Unis.» Ces anathèmes américains auront au moins eu l\u2019avantage de générer un mouvement de solidarité envers M.Trudeau à la Chambre des communes, où tous les partis d\u2019opposition ont cessé de l\u2019attaquer sur le front commercial.Léger baume pour celui qui traînait comme un boulet son voyage en Inde.Le premier ministre et sa famille ont été ridiculisés pour avoir emprunté jusqu\u2019à la caricature les habits et habitudes indiens.De surcroît, l\u2019épouse du premier ministre, Sophie Grégoire, a été photographiée en compagnie de Jaspal Atwal, un sikh condamné pour avoir tenté d\u2019assassiner un ministre indien en 1986 à Vancouver.Sa présence \u2014 puis son retrait \u2014 sur la liste d\u2019invités à une réception pendant le voyage a amené un conseiller du premier ministre, Daniel Jean, à supputer que des éléments du gouvernement indien seraient intervenus pour faire inviter M.Atwal, ou à tout le moins faciliter sa présence en Inde pour discréditer le Canada.Trudeau se montre inflexible Celui à qui on reprochait d\u2019errer dans la consultation à outrance, en début de mandat, s\u2019est démarqué cette année en se montrant plus résolu.Justin Trudeau n\u2019a pas flanché sur la légalisation du cannabis.Provinces, municipalités, corps policiers et chefs autochtones ont beau l\u2019avoir sommé de ralentir la HÉLÈNE BUZZETTI MARIE VASTEL CORRESPONDANTES PARLEMENTAIRES À OTTAWA LE DEVOIR 1 2 3 4 5 LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUIN 2018 FIN DE SESSION B 3 cadence, le premier ministre a gardé le cap.Son projet de loi a été adopté en toute fin de session parlementaire, à temps pour entrer en vigueur en octobre.Et bien que Québec ait tenté de convaincre Ottawa de lui permettre d\u2019interdire la culture de cannabis à domicile, M.Trudeau lui a tenu tête.La Colombie-Britannique a elle aussi fait les frais d\u2019un premier ministre fédéral désormais plus décidé.Le nouveau premier ministre John Horgan s\u2019est opposé farouchement à l\u2019agrandissement de l\u2019oléoduc Kinder Morgan, mais Justin Trudeau s\u2019est rangé dans le camp de la première ministre albertaine, Rachel Notley, pour s\u2019assurer que le projet aboutira.Il s\u2019est carrément engagé à acheter le pipeline, au coût de 4,5 milliards.Le dossier du pétrole n\u2019a d\u2019ailleurs pas fini de le hanter.Car le nouveau premier ministre ontarien, Doug Ford, rejette déjà la taxe carbone que compte imposer Justin Trudeau à l\u2019échelle du pays dès janvier.M.Trudeau a lancé un avertissement à peine voilé à son nouvel homologue cette semaine.Il a rappelé que sa nouvelle loi créant la taxe carbone permettra à Ottawa « de retourner directement aux On- tariens l\u2019argent perçu en Ontario.Et c\u2019est certainement notre intention de le faire ».La querelle des provinces de l\u2019Ouest n\u2019a pas été le seul imprévu à bousculer Justin Trudeau.Sa nouvelle directive réclamant que les groupes qui veulent se prévaloir de subventions pour emplois d\u2019été démontrent qu\u2019ils respectent les droits de la personne \u2014 y compris les droits reproductifs, comme l\u2019avortement \u2014 lui a valu des accusations de « maccarthysme ».Certaines associations chrétiennes contestent même la constitutionnalité de la mesure devant les tribunaux.Justin Trudeau a en outre promis un plan de triage pour gérer l\u2019arrivée massive des migrants à la frontière.Mesure qui se fait toujours attendre.#MeToo éclabousse la colline Aucun des quatre grands partis politiques n\u2019a été épargné par la vague de dénonciations de comportements inappropriés.Le ministre paraplégique Kent Hehr a démissionné du cabinet après s\u2019être fait reprocher d\u2019avoir posé la main sur les fesses d\u2019une femme pendant la prise d\u2019une photo.En février, Andrew Scheer a été obligé, après s\u2019y être refusé, de commander une enquête pour découvrir comment l\u2019ancien député Rick Dykstra avait été autorisé à briguer l\u2019élection de vite.Mais la promesse phare des libéraux de revoir les nombreuses peines minimales instaurées par les conservateurs n\u2019est toujours pas remplie.Craignent-ils de se faire accuser d\u2019être « soft on crime » à un an de l\u2019élection ?Les peines minimales embourbent le système de justice, car les accusés ont moins tendance à plaider coupables.Bang bang ! Justin Trudeau avait bien promis de ne pas ressusciter le défunt registre des armes à feu, mais il a tenté de resserrer les règles entourant leur acquisition.Le projet de loi C-71 oblige tout vendeur, même un particulier, à vérifier auprès de la GRC que l\u2019acheteur potentiel détient un permis d\u2019arme à feu.Chaque vérification générera un numéro de référence pour permettre aux policiers de retrouver le propriétaire d\u2019une arme en cas d\u2019utilisation criminelle.Les vendeurs commerciaux devront tenir et conserver des registres de leurs ventes, que les policiers pourront consulter avec un mandat.Les conservateurs y voient l\u2019instauration d\u2019un registre « par la porte arrière », une crainte que même la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu ne partage pas.Le C-71 prolonge de cinq ans à toute la vie la période durant laquelle les antécédents criminels ou les problèmes de santé mentale d\u2019un demandeur de permis d\u2019arme à feu seront vérifiés.Mais comme Le Devoir l\u2019a démontré, en matière de santé mentale, tout repose sur l\u2019autodéclaration.Scruter les scrutins Prenant acte du fait que l\u2019instauration de scrutins à date fixe permet de contourner les règles sur le financement, les libéraux entendent créer une période préélectorale de quelque 60 jours pendant laquelle les dépenses \u2014 des partis comme des tiers \u2014 seront plafonnées.Les partis d\u2019opposition déplorent que le projet de loi n\u2019instaure aucune limite sur les publicités du gouvernement, qui bénéficieraient au Parti libéral.Le projet de loi casse aussi plusieurs réformes conservatrices controversées, dont celle qui limitait les moyens d\u2019identification des électeurs.Il interdit aux tiers d\u2019utiliser des fonds provenant de l\u2019étranger pour financer une campagne politique, mais le Directeur général des élections (DGE) estime que cette mesure sera facile à contourner.Ottawa a aussi nommé un DGE après un an et demi d\u2019attente.Un mystère entoure la nomination de Stéphane Perrault, car il n\u2019était pas le premier choix.C\u2019est Michael Boda, actuel DGE de Saskatchewan, qui avait été proposé à l\u2019opposition.Est-ce que le fait que M.Boda vit en partie aux États-Unis a joué contre lui ?Réplique à #MeToo Dans la foulée du mouvement #MeToo, le gouvernement Trudeau s\u2019est attaqué au harcèlement dans les milieux de travail fédéraux.Le projet de loi C-65 \u2014 toujours à l\u2019étude au Sénat \u2014 obligerait tout employeur fédéral à se doter d\u2019un mécanisme formel pour traiter les plaintes.Fonction publique fédérale, bureaux de député et entreprises fédérales (comme les banques ou les compagnies aériennes ou de télécommunications) seraient appelés à fournir un médiateur lorsque l\u2019agresseur présumé est l\u2019employeur.Les députés ont par ailleurs modernisé leur propre code de conduite encadrant les plaintes de harcèlement entre élus \u2014 notamment pour préciser que les relations de pouvoir peuvent être un élément pertinent à l\u2019enquête, mais qu\u2019elles ne sont pas essentielles pour juger qu\u2019une plainte est fondée.Le Sénat a quant à lui convenu d\u2019offrir une formation sur le harcèlement aux sénateurs et aux employés de la Chambre haute.Indemnisation pour vol retardé Fini, les attentes interminables sur le tarmac ou les vols annulés sans même être indemnisé ?Le ministre des Transports, Marc Garneau, a promis que sa Charte des voyageurs sera enfin déposée d\u2019ici la fin de l\u2019année.Son projet de loi C-49 promet désormais d\u2019imposer aux compagnies aériennes certaines obligations \u2014 comme le versement d\u2019une compensation financière \u2014 en cas de retard, d\u2019annulation de vol, de perte de bagages ou de refus d\u2019accepter des passagers lorsque les compagnies se sont adonnées à des surréserva- tions.Les longues attentes sur le tarmac seraient aussi encadrées, afin de garantir par exemple de l\u2019eau et de la nourriture aux passagers coincés dans un avion immobilisé.Les détails se font cependant encore attendre.L\u2019Office des transports du Canada mènera des consultations cet été et promet une charte détaillée plus tard cette année.Le projet de loi C-49 requiert en outre que soient installés micros et caméras dans les locomotives de train, pour améliorer la sécurité ferroviaire.Pipelines et poissons L\u2019ancien gouvernement conservateur avait profondément modifié les règles environnementales.Justin Trudeau est venu défaire deux réformes de Stephen Harper.En vertu du projet de loi C-69 déposé ce printemps, les évaluations environnementales de grands projets \u2014 comme les pipelines, les mines, les barrages ou les lignes d\u2019électricité \u2014 seraient à l\u2019avenir confiées à un seul organisme, l\u2019Agence canadienne d\u2019évaluation des impacts.Les délais d\u2019étude seraient plus serrés et le mandat serait élargi pour examiner les impacts sociaux, économiques et ceux sur la lutte contre les changements climatiques.Les consultations seraient plus vastes, pour inclure, entre autres, les autochtones.Le projet de loi C-68 annulerait d\u2019autre part les changements conservateurs à la protection des poissons, dont l\u2019habitat ne serait plus protégé que pour les espèces pêchées à des fins récréatives, commerciales ou autochtones.Et le ministre des Pêches et Océans pourrait intervenir plus rapidement pour restreindre les zones de pêche afin de protéger la biodiversité lors de crises comme celle que vivent les baleines noires.Hélène Buzzetti Marie Vastel Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, lors d\u2019un point de presse PATRICK DOYLE LA PRESSE CANADIENNE Ottawa s\u2019est engagé à acheter l\u2019oléoduc Kinder Morgan, au coût de 4,5 milliards.RICHARD TSONG-TAATARII ASSOCIATED PRESS 2015 alors que les instances du Parti conservateur savaient qu\u2019il avait fait l\u2019objet d\u2019une plainte à la police pour avoir forcé une employée parlementaire à lui faire une fellation.Le résultat de cette enquête se fait toujours attendre.Puis, le député néodémocrate Erin Weir a été accusé par une collègue, Christine Moore, d\u2019avoir un comportement inapproprié avec les femmes.Une enquête a déterminé qu\u2019il n\u2019avait posé aucun geste, mais qu\u2019il ne saisissait pas toujours « les signaux non verbaux ».Il a été expulsé du caucus.L\u2019ironie du sort est que Mme Moore a par la suite elle-même été accusée d\u2019avoir harcelé sexuellement un vétéran qui avait comparu devant le comité parlementaire auquel elle siège.Une enquête est en cours.Même la chef du Parti vert, Elizabeth May, a fait l\u2019objet d\u2019une plainte de harcèlement psychologique de la part d\u2019ex-employés, mais elle a été blanchie.Réconciliation Le gouvernement libéral a par ailleurs poursuivi ses efforts de réconciliation avec les peuples autochtones, en promettant de déposer cette année un projet de loi qui enchâsserait la reconnaissance de leurs droits ancestraux pour faciliter leur autodétermination.Le néodémo- crate Romeo Saganash a quant à lui fait adopter aux Communes un projet de loi qui forcerait le fédéral à harmoniser toutes ses lois pour qu\u2019elles respectent la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.Ottawa a en outre répondu à la mort du jeune autochtone Colten Boushie, qui avait ébranlé le Canada après que l\u2019homme accusé de l\u2019avoir abattu eut été acquitté par un jury entièrement blanc.Un projet de loi sur les procédures judiciaires est venu réformer la sélection des jurés, en abolissant les récusations péremptoires qui permettent d\u2019en écarter certains sans justification.Justin Trudeau a présenté des excuses aux homosexuels qui ont été discriminés dans la fonction publique fédérale jusque dans les années 1990.Une nouvelle loi permettra d\u2019autre part d\u2019effacer des condamnations criminelles antérieures de sodomie ou de grossière indécence.Un député libéral montréalais d\u2019arrière-ban, Anthony Housefather, a quant à lui déposé un projet de loi privé proposant d\u2019autoriser à l\u2019avenir la rémunération des mères porteuses ou des donneurs de sperme.7 8 9 6 10 LE DEVOIR // LES SAMEDI 23 LA FÊTE NATION B 4 L III SONDAGE L\u2019attachement des Québécois pour leur province La Révolution tranquille est désignée l\u2019événement le plus important des 50 dernières années par les francophones, les anglophones et les allophones attachement des francophones au Québec demeure « considérablement plus élevé » que celui des non-francophones.Au total, neuf francos sur dix se déclarent « très attachés » (55 %) ou « plutôt attachés » (36 %) à leur province, tandis que le seuil retombe à deux sur trois pour les anglos et les allophones.Les francophones les plus attachés au Québec avouent aussi une opinion « légèrement plus négative » des anglophones comme des relations entre les deux solitudes.Par contre, chez les anglophones, plus le lien affectif déclaré est fort, plus la perception des rapports entre les deux communautés linguistiques devient positive.Leur perception des francophones com - me de la Charte de la langue française s\u2019avère aussi plus élevée.Ces conclusions proviennent des données d\u2019un sondage universitaire sur l\u2019attachement au Québec publié par Le Devoir et The Gazette à l\u2019occasion du 24 juin, Fête nationale du Québec.« Dans le cas des non-francophones, les résultats paraissent normaux : plus on est attaché au Québec, plus on voit les choses favorablement », commente Jack Jedwab, président de l\u2019Association d\u2019études canadiennes (AEC), qui a commandé le sondage.« Dans le cas de l\u2019opinion plus négative des anglophones par les francophones qui se disent plus attachés au Québec, le résultat ne me semble pas anormal, mais paradoxal.La différence importante dans le degré d\u2019attachement au Québec entre anglophones et francophones, elle, ne bouge pas : on trouve les mêmes données en 2012 et 2007.» Le sondage s\u2019inscrit dans une série.Le premier volet du portrait de groupe diffusé samedi dernier s\u2019intéressait aux perceptions mutuelles entre les deux grou - pes linguistiques, somme toute de plus en plus positives.Le prochain, à venir à l\u2019occasion du 1er juillet, traitera de l\u2019attachement des Québécois au Canada.Voici d\u2019autres révélations du sondage.Jeunes.Les 18-24 ans des deux langues se disent moins attachés au Québec que les répondants plus âgés.Près de la moitié des jeunes ayant l\u2019anglais com - me première langue ne se disent « pas très attachés » (30 %) ou « pas du tout attachés » (23 %) au Québec.Les francophones du même âge font la même réponse à 10 % et 7 %.Chez les baby- boomers de 55 ans et plus, le taux de liaison fort ou assez fort monte à 90 % dans les deux groupes linguistiques.« Les mê mes variations s\u2019observent ailleurs, dit-il.C\u2019est un peu le reflet de l\u2019engagement dans la société.Les jeu - nes votent moins aussi.» Français.Les francophones les plus liés affectivement au Québec sont plus susceptibles de croire que la protection du français est insuffisante.Ils sont 65 % dans ce cas, par rapport à 46 % pour les répondants se disant « plutôt attachés » au Québec.Par contre, neuf anglos sur dix pensent que la langue française est bien protégée au Québec.Événements.La Révolution tranquille est désignée comme l\u2019événement le plus important des 50 dernières années de l\u2019histoire québécoise par les trois grou pes, les francos (30 %), les anglos (20 %) et les allophones (23 %).Le quart des francophones (26 %), mais un anglo sur dix (11 %) seulement, optent plutôt pour l\u2019adoption de la STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR \u2019 Une répression sauvage ÉMEUTE SUITE DE LA PAGE B 1 Mais l\u2019affaire tourne court le jour de l\u2019événement.Prévenues d\u2019éventuels débordements, les forces policières sont massées sur place.Ces policiers sont pour l\u2019immense majorité des patrouilleurs.Ils ne sont en aucune façon entraînés pour ce type de manifestation.Sitôt arrivé sur les lieux, Pierre Bour- gault est porté à bout de bras par des militants.On le soulève de terre.Il est passé de main à main dans les airs, au milieu de la foule.Cette scène inattendue est vite captée par l\u2019œil vif de quelques photographes, dont Antoine Desilets.À peine arrivé, Bourgault est donc arrêté.Une photo le montre, étranglé fermement par la clé de bras d\u2019un policier, traîné contre son gré.Comme des dizaines de manifestants en sang, Bourgault est poussé vers un fourgon.La police n\u2019y va pas avec le dos de la cuillère.Le boxeur Reggie Chartrand est sauvagement battu.Bourgault con fiera qu\u2019il l\u2019a vu très affaibli, brisé, souffrant, pleurant.L\u2019ancien policier Claude Aubin, présent ce jour-là, parle de scènes de défoulement de la part de ses confrères du temps.Diverses images témoignent d\u2019ailleurs de la violence des affrontements.Toutes les rues des environs sont transformées en champ de bataille.La répression se poursuit une fois les détenus arrivés au poste de quartier.Le policier Aubin écrit : « Nous frappons dur avec nos petits bâtons de bois ; quelques hommes tombent, mais personne parmi nous n\u2019a de pitié pour qui que ce soit.» Au même moment, des bouteilles et divers projectiles sont lancés sur l\u2019estrade officielle, plus ou moins en direction de Trudeau.Tout le monde est vite invité à quitter les lieux pour des raisons évidentes de sécurité.Mais Trudeau, par calcul sans doute autant que par tempérament, refuse de quitter sa place.Cette image va donner dans le reste du Canada l\u2019impression d\u2019un homme fort capable de « remettre le Québec à sa place ».Des jeunes gens jettent des billes de verre sous les sabots des chevaux de la police, qui se retrouvent les quatre fers en l\u2019air.Des voitures sont renversées.Quelques manifestants utilisent du gaz MACE, l\u2019ancêtre du poivre de Cayenne, contre les policiers.Bilan de la soirée : au moins 123 blessés, dont 43 policiers.Une douzaine d\u2019autopatrouilles ont été endommagées.Six chevaux canadiens de l\u2019escouade de cavalerie de la police ont été blessés.Taire des hommes À la télévision d\u2019État, le reporter envoyé sur le terrain, Claude Jean Devirieux, décrit le chaos : « La répression a été sauvage.Ceci n\u2019est pas un jugement de valeur, j\u2019ai vu des policiers frapper des jeunes gens de façon fort sauvage.» Il sera lui-même frappé.Taire des hommes, un pamphlet cinématographique réalisé après coup par Pierre Harel et Pascal Gélinas, tente de rendre compte de la violence de la soirée sur une musique empruntée à Ringo Starr, des Beatles.Des militants du Front de libération du Québec vont trouver dans cette répression une confirmation que la société est bloquée et qu\u2019il faut conséquemment, pour espérer la changer, user de moyens hors du commun.Des accusations pour incitation à l\u2019émeute sont portées.Accusé, Pierre Bourgault est défendu par nul autre qu\u2019Antonio Lamer, un proche de Pierre Elliott Trudeau, futur juge en chef à la Cour suprême.Il est acquitté.Au lendemain des événements, René Lévesque annonce que les négociations pour que le RIN puisse se joindre à son mouvement sont rompues.Si la manifestation n\u2019empêche en rien Pierre Elliott Trudeau de devenir premier ministre le lendemain, elle marque néanmoins une vive opposition à un fédéralisme dont il se fait l\u2019apôtre.L\u2019élan brisé En 1968, l\u2019élan qui porte les fêtes de la Saint-Jean est brisé.L\u2019année suivante, l\u2019événement sera réduit au silence par la télévision d\u2019État, qui censure les commentaires critiques des cinéastes Bernard Gosselin et Pierre Perrault, pourtant invités à donner leur avis au nom de leur connaissance du pays.Des fêtes de la Saint-Jean, il n\u2019y aura plus pendant longtemps que des fêtes de quartier, dans une réduction de la dimension nationale à une variable folklorique. B 5 3 ET DIMANCHE 24 JUIN 2018 NALE DU QUÉBEC L\u2019obsession des études F rançois Gendron ne s\u2019est jamais gêné pour dire ce qu\u2019il pensait, quitte à déplaire.Il n\u2019est pas non plus le genre d\u2019homme à se laisser prêter des propos qu\u2019il n\u2019a pas tenus ou à accepter qu\u2019on en déforme le sens.Si le compte rendu de l\u2019entrevue qu\u2019il a accordée à La Presse canadienne trahissait sa pensée, comme l\u2019a laissé entendre Jean-François Lisée, il l\u2019aurait dit.Il est loin d\u2019être seul à être d\u2019avis que le PQ « a des reproches à se faire » pour avoir pratiquement cessé de faire la promotion de la souveraineté depuis le référendum de 1995.C\u2019est probablement ce que pense aussi une majorité de militants.Il est vrai que la défaite du Oui avait été si serrée que plusieurs avaient cru la marche vers l\u2019indépendance irréversible.Quelques années, voire quelques mois suffiraient.D\u2019ailleurs, le camp du Non n\u2019avait-il pas « volé » sa victoire ?Dans l\u2019esprit de Lucien Bouchard, la meilleure façon de convaincre ceux qui hésitaient encore n\u2019était pas de multiplier les études, mais de dissiper leurs inquiétudes sur la viabilité d\u2019un État indépendant en rééquilibrant les finances publiques.L\u2019élection de novembre 1998, où les libéraux ont obtenu plus de voix que le PQ, a eu l\u2019effet d\u2019une douche froide.Le chemin vers la souveraineté s\u2019annonçait beaucoup plus long que prévu.À Ottawa, la contre-offensive était déjà lancée.Loin d\u2019inciter M.Bouchard à reprendre le bâton du pèlerin, son conseiller, Jean-François Lisée, recommandait plutôt d\u2019emprunter une « sortie de secours », en tenant un référendum sur le rapatriement d\u2019une série de pouvoirs.M.Gendron s\u2019étonne qu\u2019aucun document « substantiel » pour faire la promotion de la souveraineté n\u2019ait été produit depuis 1995, y voyant une des causes de la désaffection dont elle souffre.Ce ne sont pourtant pas les études qui ont manqué.Au printemps 2001, le gouvernement Landry avait confié à l\u2019ancien recteur de l\u2019UQAM, Claude Corbo, le mandat d\u2019actualiser au coût de 600 000 $ pas moins de 79 études réalisées dix ans plus tôt par la commission Bélanger-Cam- peau.Un an plus tard, le ministre responsable, Jean-Pierre Charbonneau, les avait déposées en vrac sans faire le moindre commentaire, avouant bien candidement ne pas en avoir lu une seule ligne.Elles ont aussitôt pris le chemin des tablettes.Est-il besoin de rappeler l\u2019étude de François Legault sur les « finances d\u2019un Québec souverain », paru en mai 2005, que son auteur s\u2019est efforcé d\u2019oublier ?« Elle dissipe les vieilles peurs sur la précarité économique d\u2019un Québec souverain et remet en question les arguments à propos de la soi-disant rentabilité du fédéralisme », écrivait-il à l\u2019époque.On se souvient moins du rapport du comité sur la souveraineté créé par Pauline Marois.Un ancien haut fonctionnaire aux Finances et aux Affaires intergouvernementales, Marcel Leblanc, en avait fait la présentation au Conseil national du PQ en novembre 2013.Chiffres à l\u2019appui, il y soutenait que la situation économique et financière du Québec était bien meilleure qu\u2019en 1995.On n\u2019a plus jamais entendu parler de ce rapport.Pierre Karl Péladeau a créé un Institut de recherche dont l\u2019avenir semble aujourd\u2019hui bien incertain.Jean-François Lisée promet qu\u2019un gouvernement péquiste consacrerait 2 millions à la réalisation de nouvelles études sous la supervision de Jean-Martin Aussant.Ce studieux travail de préparation perd cependant tout son sens s\u2019il ne débouche pas sur l\u2019action.Faute d\u2019échéancier référendaire, la multiplication des études depuis 20 ans ressemble plutôt à un succédané destiné à calmer l\u2019impatience des militants.À défaut de pouvoir réaliser l\u2019indépendance, on la dissèque.Les études ne font d\u2019ailleurs pas foi de tout.Après avoir pris la direction de la campagne du Oui le 7 octobre 1995, Lucien Bouchard s\u2019était empressé d\u2019envoyer à la déchiqueteuse celles dont Jacques Parizeau avait confié la réalisation à son ministre de la Restructuration, Richard Le Hir.En trois semaines, le Oui avait rattrapé son retard.M.Bouchard n\u2019a pas essayé de convaincre les Québécois avec de savantes expertises sur le coût des chevauchements ou les règles du droit international sur la continuité de l\u2019État.Il s\u2019est adressé à leurs tripes, leur faisant sentir que la souveraineté était avant tout une question de cœur, de fierté, de responsabilité.Bien sûr, la conjoncture de l\u2019après-Meech était plus favorable qu\u2019elle ne l\u2019est aujourd\u2019hui.MacLuhan nous a cependant enseigné que le message tient largement dans le messager.Pendant la période de grâce qui a suivi son combat contre la bactérie mangeuse de chair, M.Bouchard était véritablement en symbiose avec les Québécois.S\u2019il avait été aux commandes dès le départ, le résultat du référendum aurait peut-être été différent.On peut toujours accuser ses successeurs d\u2019avoir procrastiné ou d\u2019avoir succombé aux attraits du pouvoir, mais aucun d\u2019entre eux n\u2019avait suffisamment d\u2019ascendant pour jouer les Moïse.« Sortir, parler, convaincre », a dit François Gendron.Encore faut-il qu\u2019on ait envie d\u2019écouter.mdavid@ledevoir.com MICHEL DAVID Le lien affectif des francophones au Québec demeure « considéra - blement plus élevé » que celui des non- francophones.Les deux photos ont été prises au défilé de la Saint-Jean 2017 à Montréal.ANNIK MH DE CARUFEL ET JACQUES NADEAU LE DEVOIR Charte de la langue française.Ces derniers positionnent plutôt l\u2019élection du PQ en deuxième choix avec 17 % des voix, le choix de 16 % des francos et de 11 % des allophones.Le sondage a été réalisé par la firme Léger Marketing pour l\u2019Association d\u2019é tu des canadiennes et le Quebec Community Groupes Network auprès d\u2019un échantillon de 1226 Québécois, dont 871 francophones, 275 anglophones et 106 allo- phones.Les sondeurs les ont questionnés par Internet du 14 au 17 mai.Un sondage probabiliste semblable aurait une marge d\u2019erreur de 3,5 points 19 fois sur 20.D\u2019autres données suivront et le professeur Jedwab, historien de formation, associé à son collègue le sociologue Jean- Philippe Warren, s\u2019en serviront pour un livre à paraître cette année.Ils les utiliseront également pour un enseignement sur le sujet des rapports entre les deux solitudes en dialogues, donné en ligne à la saison d\u2019automne.Il s\u2019agira du premier cours entièrement bilingue de l\u2019Université Concordia.François Gendron est loin d\u2019être seul à être d\u2019avis que le PQ « a des reproches à se faire » pour avoir pratiquement cessé de faire la promotion de la souveraineté depuis le référendum de 1995.C\u2019est probablement ce que pense aussi une majorité de militants. B 6 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUIN 2018 AVIS À TOUS NOS ANNONCEURS Veuillez, s\u2019il vous plaît, prendre connaissance de votre annonce et nous signaler immé dia tement toute anomalie qui s\u2019y serait glissée.En cas d\u2019erreur de l\u2019éditeur, sa res pon sa bilité se limite au coût de la parution.AVIS LÉGAUX ET APPELS D\u2019OFFRES Avis légaux et appels d\u2019offres TOMBÉES SPÉCIALES FÊTE DE LA ST-JEAN Jour de non publication : Lundi 25 juin 2018 TOMBÉES : Publication du mardi 26 juin : Réservation et matériel le vendredi 22 juin 11 H Publication du mercredi 27 juin : Réservation et matériel le vendredi 22 juin 15 H TOMBÉES RÉGULIÈRES Les réservations doivent être faites avant 15 H pour les publications deux (2) jours plus tard.Publication du lundi : Réservation avant 11 H le vendredi Publication du mardi : Réservation avant 15 H le vendredi Téléphone : 514-985-3452 Télécopieur : 514-985-3340 Courriel : avisdev@ledevoir.com Régie de l\u2019énergie DEMANDE RELATIVE AU PLAN DIRECTEUR EN TRANSITION, INNOVATION ET EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUES DU QUÉBEC 2018-2023 La Régie de l\u2019énergie (la Régie) tiendra une audience publique pour étudier la demande de Transition énergétique Québec (TEQ) relative au Plan directeur en transition, innovation et efficacité énergétiques du Québec 2018-2023 (le Plan directeur).La demande de TEQ ainsi que les documents y afférents sont disponibles sur le site internet de la Régie au www.regie-energie.qc.ca et à ses bureaux (dossier R-4043-2018).LA DEMANDE TEQ soumet le Plan directeur à la Régie pour que cette dernière : \u2022 approuve les programmes et mesures sous la responsabilité des distributeurs d\u2019énergie, ainsi que l\u2019apport financier requis pour leur mise en œuvre; \u2022 donne son avis sur la capacité du Plan directeur à atteindre les cibles définies par le gouvernement en matière énergétique pour la période 2018-2023, par le décret 537-2017; \u2022 détermine, de manière prioritaire, la quote-part annuelle payable à TEQ, sur la base de l\u2019apport financier annuel de 85,2 M$ requis par TEQ pour le Plan directeur; \u2022 déclare que TEQ a droit au remboursement de ses frais.La Régie traitera l\u2019aspect de l\u2019avis sur la capacité du Plan directeur à atteindre les cibles définies par le gouvernement par voie de consultation.L\u2019aspect de l\u2019approbation des programmes et mesures sous la responsabilité des distributeurs sera, pour sa part, traité par voie d\u2019audience publique.Afin d\u2019entendre la demande prioritaire visant à déterminer la quote-part annuelle payable à TEQ, la Régie tiendra une audience le 27 juin 2018, à compter de 9 h, dans ses bureaux de Montréal.Cette audience portera également sur le mécanisme applicable au paiement des frais à TEQ, le cas échéant, et aux intervenants.Toute personne intéressée à participer à cette audience doit aviser le secrétaire de la Régie, au plus tard le 26 juin 2018, à 12 h.LES DEMANDES D\u2019INTERVENTION Conformément à la décision D-2018-074, toute personne désirant participer à l\u2019examen de l\u2019un ou l\u2019autre des aspects du présent dossier doit être reconnue comme intervenant.Toute demande d\u2019intervention doit être transmise à la Régie et à TEQ au plus tard le 5 juillet 2018 à 12 h et doit contenir les informations mentionnées dans cette décision et celles exigées au Règlement sur la procédure de la Régie de l\u2019énergie (le Règlement) dont le texte est accessible sur le site internet de la Régie.Conformément à l\u2019article 21 du Règlement, toute personne intéressée qui ne désire pas obtenir le statut d\u2019intervenant, mais qui veut soumettre des commentaires écrits relatifs à une question examinée par la Régie, pourra les soumettre à la date qui sera fixée ultérieurement.Pour toute autre information, il est possible de communiquer avec la Régie par téléphone, par télécopieur ou par courriel.Le Secrétaire Régie de l\u2019énergie 800, rue du Square-Victoria, bureau 2.55 Montréal (Québec) H4Z 1A2 Téléphone : 514 873-2452 ou sans frais 1 888 873-2452 Télécopieur : 514 873-2070 Courriel : greffe@regie-energie.qc.ca Avis public AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE Prenez avis de la clôture de l'inventaire des biens de la succession de Geneviève NEHLIL en son vivant résidant au 514-1040, Avenue Rockland, Montréal, province de Québec, Canada, H2V 3A1 et décédée le 8 mai 2016, lequel inventaire peut être consulté par les intéressés à l'étude des notaires Bédard & Chamberland, notaire a/s de Me Conrad BÉDARD, notaire, au 3339 boul.de la Gare, Vaudreuil-Dorion, Québec J7V 8W5.AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE Prenez avis de la clôture de l'inventaire des biens de la succession de monsieur Grégoire Julien, en son vivant domicilié au 11147, avenue de Rome, Montréal (Québec), H1H 4P5, lequel est décédé à Montréal le 15 septembre 2017.Ledit inventaire peut être consulté par les intéressés à l'étude de Me Vital Julien, avocat, au 68, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec), H2V 2A3.Me Vital Julien, avocat PRENEZ AVIS QUE, à la suite du décès de Georges LOOTZAK, en son vivant domicilié au 2577, boul.René-Laennec, Laval, Québec, H7K 3V4, survenu le 3 janvier 2018, un inventaire des biens du défunt a été effectué par Chantal LOOTZAK, le 20 juin 2018, devant Me Martial Lavoie, notaire, conformément à la Loi.Cet inventaire peut être consulté par les intéressés, à l'étude dudit notaire, sise au 3131, boul.St-Martin O., bureau 340, Laval, Québec, H7T 2Z5.Donné ce 21 juin 2018.Me Martial Lavoie, notaire.9312-0103 QUÉBEC INC., corporation légalement cons tituée ayant eu sa place d\u2019affaires au 401-16, rue Industrielle, Delson (Québec) J5B 1V8.Faillie AVIS est par les présentes donné que la faillite de 9312-0103 Québec Inc.est sur venue le 20 juin 2018 et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 9 juillet 2018 à 14h00 au bureau du syndic.Ce 20e jour de juin 2018.BERTRAND DURAND INC., corporation légalement constituée ayant eu sa place d\u2019affaires au 48, Av.Wolseley N., Montréal-Ouest (Québec).Faillie AVIS est par les présentes donné que la faillite de Bertrand Durand inc.est survenue le 20e jour de juin 2018 et que la première assemblée des créanciers a été tenue le 20 juin 2018 à 9h16 au bureau du Séquestre Officiel au 1155, rue Metcalfe, 10e étage, Montréal, Québec.Ce 21e jour de juin 2018.Avis de la première assemblée (paragraphe 102(4) de la Loi) Dans l\u2019affaire des faillites de : Syndics autorisés en insolvabilité PRIMEAU PROULX ET ASSOCIÉ INC., Syndics autorisés en insolvabilité SYLVAIN PROULX, CPA, CA, SAI, Syndic administrateur 103-3410, Chemin de Chambly, Longueuil (QC) J4L 1N8 AVIS PUBLIC DE NOTIFICATION (articles 136 et 137 C.p.c.) Avis est donné à : JACINTH HENRI, dernière adresse connue au 5646, du Bocage, Terrebonne, (Québec) J7M 2K2 MATTHEW DIMITRI INCOLLINGO, dernière adresse connue au 302- 5346, du Bocage, Terrebonne (Québec) J7M 2K2 SÉBASTIEN BRETON, dernière adresse connue au 1073 rue de la Colombière, Lévis (Québec) G6Z 2R6 ROXANNE TRUDEAU, dernière adresse connue au 1744 des Bouvreuils, Terrebonne (Québec) J7M 1X2 MARTIN ASSELIN, dernière adresse connue au 105, Sauriol, Québec (Québec), G1E 3G9 700-32-701486-183 700-32-701486-183 700-32-701654-186 700-32-701525-188 700-32-701212-175 de vous présenter au greffe de la Cour du Québec, Division des petites créances, du district de Terrebonne situé au 25, de Martigny Ouest, Saint-Jérôme (Québec) J7Y 4Z1 dans les 30 jours a?n de recevoir la demande introductive d\u2019instance en recouvrement d\u2019une petite créance qui y a été laissée à votre attention.Vous devez répondre à cette demande dans le délai indiqué dans l\u2019avis d\u2019assignation qui l\u2019accompagne, sans quoi un jugement par défaut pourrait être rendu contre vous et vous pourriez devoir payer les frais de justice.Le présent avis est publié aux termes d\u2019une ordonnance rendue le 20 juin 2018 par le la gref?ère dans les dossiers portant les numéros ci-haut mentionnés.Il ne sera pas publié à nouveau, à moins que les circonstances ne l\u2019exigent.Saint-Jérôme, le 20 juin 2018 François Langevin, Gref?er de la Cour du Québec Des milliers de manifestantes ont crié leur colère vendredi en Espagne après la libération sous caution de « La Meute », cinq hommes qui ont agressé une jeune fille de 18 ans et ont pu rentrer chez eux en attendant que leur condamnation à des peines de prison soit revue en appel.Les cinq hommes, qui s\u2019étaient baptisés La Manada \u2014 la meute en espagnol \u2014 sur leur groupe WhatsApp, sont sortis de prison vendredi, moins de deux mois après leur condamnation à neuf ans de prison chacun pour « agression sexuelle ».Le tribunal qui avait déjà scandalisé l\u2019Espagne le 26 avril en écartant la qualification de viol pour les faits établis \u2014 les accusés s\u2019étaient filmés forçant tour à tour la jeune femme rencontrée pendant les fêtes de la San Fermin à Pampelune en juillet 2016 \u2014 a autorisé leur mise en liberté sous contrôle judiciaire moyennant une caution de 6000 euros (9300 $CAD) chacun.JOSÉ JORDAN AGENCE FRANCE-PRESSE Colère en Espagne contre la libération de « La Meute » SÉBASTIEN BLANC À WASHINGTON AGENCE FRANCE-PRESSE La Cour suprême à Washington a limité vendredi la capacité des policiers américains à exploiter les données de géolocalisation des téléphones portables, dans l\u2019une des plus importantes affaires de libertés publiques des dernières années.Le jugement, rendu à la courte majorité de cinq juges contre quatre, impose aux enquêteurs d\u2019obtenir préalablement un mandat judiciaire.La haute cour réaffirme la suprématie du quatrième amendement de la Constitution américaine, qui protège les citoyens contre toute intrusion dans leur vie privée sans présomption sérieuse.« La décision historique de la Cour suprême [vendredi] sur le pistage des téléphones cellulaires va avoir des conséquences en cascade sur le respect de la vie privée, s\u2019est félicitée l\u2019Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), en pointe dans ce dossier.Cela va aider à protéger toutes sortes d\u2019informations numériques sauvegardées en ligne, des courriels aux données des maisons connectées », a-t-elle ajouté.Le magistrat présidant la Cour suprême, John Roberts, a rédigé l\u2019arrêt qualifié de « révolutionnaire » par l\u2019ACLU, appuyé par les quatre juges progressistes d\u2019une institution qui tranche souvent les grandes questions de société aux États-Unis.Les quatre autres magistrats de la Cour, tous conservateurs, ont chacun exprimé leur désaccord par écrit.L\u2019affaire concernait un petit malfaiteur de la région de Detroit, Timothy Carpenter, arrêté en 2011.Ironie de l\u2019histoire, il avait été condamné pour des vols à main armée de\u2026 téléphones portables.Les policiers ont obtenu la géolocali- sation de M.Carpenter par le « bornage » de son téléphone durant 127 jours.Au total, ils l\u2019ont localisé 12 898 fois grâce aux relevés fournis par son opérateur de téléphonie mobile.« À livre ouvert » Cette traque, dans l\u2019espace et la durée, représentait un abus manifeste et une violation de la vie privée, selon les militants des libertés.Les relevés montraient ainsi à quelle église Timothy Carpenter priait le dimanche, ou encore quand il avait dormi chez lui\u2026 ou pas.En bref, selon l\u2019ACLU, les pistages cellulaires, technologiquement de plus en plus précis, permettent d\u2019exposer quelqu\u2019un « à livre ouvert ».L\u2019éminente organisation était soutenue dans son combat par des universitaires de renom, les géants du secteur des technologies \u2014 Apple, Facebook, Twitter, Verizon, Google, Microsoft \u2014, mais aussi, de façon plus étonnante, des organisations conservatrices, voire des militants des armes à feu soucieux de leur anonymat.À l\u2019opposé, les juges ont donné tort au gouvernement de Donald Trump, qui affirmait que Timothy Carpenter savait à quoi s\u2019en tenir et que sa géolo- calisation par l\u2019activation des antennes téléphoniques relais ne révélait pas la teneur de ses conversations.La Cour suprême a toutefois prévu une petite entorse à l\u2019exigence de mandat judiciaire qu\u2019elle a posée vendredi, en cas de situation d\u2019urgence, comme une attaque terroriste.ÉTATS-UNIS La Cour suprême encadre la géolocalisation des portables Venezuela : l\u2019ONU demande une enquête internationale GENÈVE \u2014 Le haut-commissaire de l\u2019ONU aux droits de l\u2019homme a qualifié vendredi de «lamentable» la situation au Venezuela, appelant à créer une commission d\u2019enquête internationale et demandant un «engagement accru» de la Cour pénale internationale (CPI).«L\u2019impunité doit cesser», a affirmé Zeid Ra\u2019ad al-Hus- sein à l\u2019occasion de la publication d\u2019un rapport sur le Venezuela.«Étant donné que l\u2019État ne semble ni apte ni disposé à poursuivre les auteurs de violations graves des droits de la personne, il y a de solides raisons de demander un engagement accru de la Cour pénale internationale», a-t-il souligné.Ce nouveau rapport accuse par ailleurs diverses forces de sécurité vénézuéliennes d\u2019avoir procédé depuis 2015 à des centaines d\u2019exécutions extrajudiciaires, visant surtout des jeunes dans les quartiers pauvres, dans le cadre d\u2019opérations de lutte contre la criminalité.Plus de 500 exécutions extrajudiciaires auraient ainsi été menées entre juillet 2015 et mars 2017, selon le rapport qui s\u2019appuie sur des statistiques de l\u2019ancien procureur général, désormais en exil.Agence France-Presse Nicaragua : au moins 212 morts en deux mois, l\u2019État montré du doigt MANAGUA \u2014 La Commission interaméricaine des droits de l\u2019homme (CIDH) a dénoncé vendredi «l\u2019action répressive de l\u2019État» au Nicaragua, responsable selon elle d\u2019au moins 212 morts en deux mois de manifestations contre le président Daniel Ortega.«L\u2019action répressive de l\u2019État a fait au moins 212 morts au 19 juin et 1337 blessés», a indiqué la Commission, affirmant que plus de 500 personnes avaient été détenues au 6 juin.Dans un rapport très attendu présenté lors d\u2019une session extraordinaire du Conseil permanent de l\u2019Organisation des États américains (OEA), à Washington, la CIDH a conclu que «la violence étatique visait à dissuader la participation aux manifestations et à étouffer cette expression d\u2019opposition politique».Ce nouveau bilan est publié à l\u2019issue d\u2019une semaine de violents assauts des forces de l\u2019ordre pour reprendre le contrôle de plusieurs villes du pays, dont Masaya, à 35 kilomètres au sud de Managua, déclarée lundi en rébellion par ses habitants.Agence France-Presse EN BREF L\u2019UE joue sa survie, dit Salvini BERLIN \u2014 Le ministre italien de l\u2019Intérieur juge, dans un entretien à l\u2019hebdomadaire allemand Der Spiegel, que l\u2019existence même de l\u2019UE est en jeu d\u2019ici à un an, au moment où les Européens se déchirent sur les migrants.«C\u2019est dans l\u2019année à venir que se décidera si l\u2019Europe unifiée va ou non continuer à exister», a affirmé Mat- teo Salvini, qui dirige aussi la Ligue (extrême droite), dans le magazine à paraître samedi.Ce sont notamment les négociations budgétaires européennes et les élections européennes qui auront lieu en 2019 qui vont déterminer «si tout ceci a encore un sens», selon des extraits de l\u2019interview diffusés par avance vendredi.Agence France-Presse La haute cour réaffirme la suprématie du quatrième amendement de la Constitution américaine, qui protège les citoyens contre toute intrusion dans leur vie privée sans présomption sérieuse B 7 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUIN 2018 QUENTIN RAVERDY À ISTANBUL CORRESPONDANT LIBÉRATION Barbes soigneusement taillées, chemises impeccables et CV de jeunes cadres dynamiques, les nouvelles pousses du Parti de la justice et du développement (AKP) de la Turquie ont tout de la parfaite vitrine politique.D\u2019ailleurs, en cette période de campagne électorale, les membres du mouvement de jeunesse de la formation islamo-conserva- trice (JAKP) sont partout.Multipliant diffusion de tracts, réunions publiques et distribution de nourriture, comme en cette soirée de fin du ramadan dans le centre historique d\u2019Eyüp, quartier conservateur d\u2019Istanbul.Ici, la section ne compte pas moins de 10 000 affiliés.Un vaste réseau sur lequel l\u2019AKP, longtemps premier parti chez les jeunes, s\u2019appuie afin de diffuser son discours.D\u2019autant que, pour le double scrutin de ce dimanche, quelque 19 millions d\u2019électeurs de moins de 30 ans sont inscrits sur les listes.Près du tiers du corps électoral.Une population au profil socio-économique très hétérogène qui pourrait faire basculer le scrutin.Rien d\u2019étonnant donc à voir le président Erdogan et l\u2019AKP dorloter la jeunesse turque.« L\u2019AKP a récemment baissé l\u2019âge minimal pour se présenter à une élection », tient à rappeler Onur, cadre des JAKP d\u2019Eyüp.Grâce à la réforme constitutionnelle de 2017, il est désormais possible de se présenter à un scrutin dès ses 18 ans.Et dimanche, 57 candidats de moins de 25 ans \u2014 sur 600 présentés par l\u2019AKP \u2014 seront présents sur les listes du parti islamo-conservateur.« C\u2019est déjà énorme pour nous », dit Onur, qui glisse sur la table le tract de la très jeune Sevde Sena Dagli, candidate \u2014 placée en bas de liste \u2014 à Istanbul.Tous espèrent un destin « à la Erdo- gan », repéré pour sa verve au sein des jeunesses islamistes et qui a gravi un à un les échelons du pouvoir.Inquiétudes Quelles sont les propositions concrètes du président sortant ?« Des aides financières et fiscales pour les jeunes entrepreneurs et davantage d\u2019efforts sur l\u2019éducation pour s\u2019attaquer au problème du chômage », avance, un peu brouillon, Ramazan, 27 ans, ingénieur agronome.Voilà les principales inquiétudes de la jeunesse turque : un système éducatif sens dessus dessous et un chômage en hausse chez les 18-24 ans, à plus de 20 % (hors secteur agricole), voire au-delà des 30 % dans les régions à majorité kurde.Pas sûr que la proposition phare du président Erdogan d\u2019ouvrir des kiraathane (sorte de cafés où les jeunes pourraient lire, avec thé et gâteaux offerts) emballe grand monde.Pis, elle lui a valu bon nombre de railleries de la part de ses adversaires.« Je parle de développement, d\u2019industrie 4.0.Lui dit qu\u2019il faut ouvrir des kiraathane et manger des gâteaux », lance ainsi Muharrem Ince, son opposant.Selon un sondage de l\u2019institut Gezici, seuls 30 % des 18-27 ans annoncent vouloir voter pour le leader turc, et environ 24 % pour son parti, l\u2019AKP.Lors du référendum constitutionnel, ils étaient déjà 60 % à avoir dit non au projet d\u2019élargissement des pouvoirs du président.« Face aux autres candidats de l\u2019opposition, la campagne d\u2019Erdo- gan envers les jeunes est assez décevante, estime Emre Erdogan, de l\u2019atelier de recherche Infakto.Au lieu de faire des propositions, il se repose sur les importants acquis de ces 16 dernières années.Pis, il joue sur la peur des jeunes de les perdre.» Et de prédire : « L\u2019AKP et Erdogan vont s\u2019assurer les nombreux votes des jeunes conservateurs, souvent ruraux.Mais ils vont peiner à gagner ceux des urbains, éduqués et mondialisés, dont le parti ne parvient pas à satisfaire les aspirations.» Déçu par Erdogan, c\u2019est un euphémisme pour Erhan, Stambouliote de 26 ans.« Les médias sont censurés, Internet est contrôlé.Pour un tweet, tu peux finir en prison maintenant », critique le jeune homme, pourtant électeur de l\u2019AKP depuis toujours.Comme des dizaines de milliers de personnes en Turquie, il a perdu son emploi, accusé par les autorités d\u2019être lié au mouvement de l\u2019imam Gülen, cerveau selon Ankara de la tentative de coup d\u2019État de 2016.« Ils m\u2019ont fait me sentir comme un traître.» Sa décision est prise : « C\u2019est fini, je ne voterai plus pour Erdogan ou pour l\u2019AKP.» L\u2019enjeu jeunes de l\u2019AKP Longtemps très puissant parmi les moins de 30 ans, le parti voit son emprise s\u2019éroder dangereusement Le chef de l\u2019État, homme fort du pays depuis 15 ans, se voit pour la première fois menacé lors des élections générales anticipées qu\u2019il a convoquées dimanche.Celui qui voulait consolider encore son pouvoir doit désormais tenter de le conserver.Analyse.HALA KODMANI ENVOYÉE SPÉCIALE EN TURQUIE QUENTIN RAVERDY CORRESPONDANT À ISTANBUL LIBÉRATION Convoquées à la hâte le 18 avril, les élections législatives et présidentielles qui se tiennent dimanche en Turquie marquent la volonté de Recep Tayyip Erdogan de parachever sa marche vers un pouvoir quasi absolu.Le pari présente de gros risques et de nombreuses inconnues, tant pour le raïs que pour la stabilité de la Turquie.Le détonateur économique Premier sujet d\u2019inquiétude des Turcs, la situation économique du pays aura été le moteur de cette campagne électorale.C\u2019est la menace d\u2019une crise imminente qui aurait même en partie décidé le président Erdogan à annoncer la tenue de ces élections anticipées.La liste des maux est longue.La livre turque a perdu près de 20 % de sa valeur par rapport au dollar depuis le début de l\u2019année.L\u2019inflation dépasse les 12 %.Le chômage s\u2019enracine autour de 17 %.Et l\u2019incertitude qui pèse sur le scrutin ne fait qu\u2019exacerber les inquiétudes des marchés et des investisseurs financiers à l\u2019égard de la Turquie et de son dirigeant.Jusque-là plébiscités lors des scrutins grâce à des indicateurs au vert et un taux de croissance fringant, Erdogan et son parti islamo-conservateur, l\u2019AKP, pourraient bien pâtir dans les urnes des nuages sombres qui s\u2019accumulent au-dessus de l\u2019économie turque.L\u2019incertitude des prévisions «Les électeurs ne parlent pas.Ils n\u2019osent pas déclarer leurs véritables intentions.» Ces propos reviennent dans la bouche des responsables de nombreux instituts de sondage.Qu\u2019ils soient pro-AKP ou considérés comme «sérieux», ils n\u2019ont cessé de faire valoir la volatilité des réponses des électeurs, comme leur réticence à s\u2019exprimer.« Habituellement, pour remplir 18 questionnaires, un enquêteur doit frapper à 40 portes, indique le responsable de l\u2019institut Gezici dans le quotidien Cumhuriyet.Cette fois, il lui fallait frapper à 120 portes.» Conséquence, les résultats contradictoires des différents sondages publiés font le grand écart.Le score attribué à Erdogan pour le premier tour de la présidentielle varie ainsi entre 40 et 60 %.Des alliances improbables Deux principales alliances concurrentes se présentent aux élections législatives.L\u2019Alliance du peuple (Cumhur Ittifaki) est celle du pouvoir sortant, avec l\u2019AKP allié au parti ultranationa- liste de droite MHP.L\u2019Alliance de la nation (Milli Ittifaki) est formé, elle, de quatre partis d\u2019opposition aussi disparates par leur taille que par leur ancrage politique.Parmi eux, le Parti républicain du peuple (CHP, centre gauche, laïque), qui mène le groupe par son poids de première force d\u2019opposition du pays ainsi que par l\u2019ascension de son candidat à la présidentielle, Muharrem Ince, qui grappille du terrain sur Erdo- gan.En revanche, l\u2019assemblage avec d\u2019une part le nouveau parti IYI (libéral, nationaliste et pro-occidental) et d\u2019autre part le vieux parti islamiste Saadet (« félicité ») peut difficilement constituer une option de gouvernement.« C\u2019est une coalition fourre-tout, incohérente et opportuniste, estime Do- rothée Schmid, directrice de la recherche sur le Moyen-Orient et la Turquie à l\u2019Institut français des relations internationales.Plutôt que \u201ctout sauf Erdogan\u201d, elle semble fondée sur un \u201ctout sauf les Kurdes\u201d.» Le Parti démocratique des peuples (HDP), pro- kurde et deuxième force d\u2019opposition, n\u2019a pas été convié à rejoindre l\u2019alliance.Les Kurdes, faiseurs de roi ?Ce sera l\u2019un des enjeux majeurs de ce scrutin : le HDP va-t-il franchir le seuil national de 10 % nécessaire pour siéger au Parlement ?Du résultat de cette formation de gauche qui récolte la majorité de ses voix dans le sud-est du pays (à majorité kurde) dépend l\u2019issue des législatives.En effet, si le HDP venait à passer ce barrage, il priverait dans le même temps l\u2019AKP \u2014 son seul rival électoral dans le Sud-Est \u2014 d\u2019une soixantaine de sièges de députés et ainsi de sa majorité, trustée depuis 2002.Présent à l\u2019Assemblée, le HDP pourrait devenir un potentiel partenaire des autres partis d\u2019opposition.Avant d\u2019en arriver là, le HDP a dû traverser une campagne extrêmement tendue, émaillée de violences et d\u2019arrestations.Aujourd\u2019hui, plusieurs milliers de ses membres, dont son ancien leader et candidat à la présidentielle de dimanche Selahattin Demirtas, sont toujours emprisonnés.La peur du bourrage d\u2019urnes Avec des sondages très incertains, la crainte de fraudes gagne une partie de l\u2019électorat de Turquie.Pour tenter de pallier cela, les quatre principaux partis d\u2019opposition du pays ainsi que des ONG ont décidé de mettre sur pied une plateforme pour réaliser leurs propres décompte et validation des voix.L\u2019objectif est ainsi d\u2019éviter le scénario du référendum d\u2019avril 2017, un scrutin entaché par d\u2019importants soupçons.Mais plusieurs décisions récentes de la majorité et du Haut Comité électoral, comme la prise en compte, le jour du scrutin, des bulletins et enveloppes sans tampon officiel, ont ravivé la peur du bourrage d\u2019urnes.Une crainte particulièrement présente dans le sud-est de la Turquie, où le HDP dénonce la présence massive de forces de sécurité qui pourraient décourager leurs électeurs.Crise de doutes pour Erdogan « Les électeurs ne parlent pas.Ils n\u2019osent pas déclarer leurs véritables intentions.» Ces propos reviennent dans la bouche des responsables de nombreux instituts de sondage.ARIS MESSINIS AGENCE FRANCE-PRESSE En cette période de campagne électorale, les membres du mouvement de jeunesse de la formation islamo-conservatrice (JAKP) sont partout.ASSOCIATED PRESS ÉLECTIONS EN TURQUIE Je parle de développement, d\u2019industrie 4.0.Lui dit qu\u2019il faut ouvrir des kiraathane et manger des gâteaux.MUHARREM INCE » es audiences en détermination de la peine d\u2019Alexandre Bissonnette, qui a abattu de sang-froid six fidèles à la grande mosquée de Québec, donnent lieu à un débat fondamental sur les assises de notre système de justice criminelle.Quel est le point d\u2019équilibre entre les objectifs de dénonciation, de dissuasion et de réhabilitation ?S\u2019il faut écouter les victimes de la tuerie, Alexandre Bissonnette doit finir ses jours en prison.Il a pris six vies, qu\u2019il purge six peines consécutives d\u2019emprisonnement à vie, pour un total absurde de 150 ans.C\u2019est la loi du talion.Œil pour œil, dent pour dent.Une loi cynique adoptée par le gouvernement Harper, intitulée « Loi protégeant les Canadiens en mettant fin aux peines à rabais en cas de meurtres multiples », autorise ce genre de châtiment.On peut le juger cruel et inusité, mais aucun tribunal au Canada n\u2019a encore eu le courage d\u2019invalider cette disposition.La justice humaine doit prévaloir contre la justice divine.Dommage que le procureur de la Couronne, Thomas Jacques, ne soit pas en mesure de faire ces distinctions.Celui-ci agit comme une pâle copie des procureurs américains « durs contre le crime » (though on crime) en exigeant une peine de 150 ans pour Bissonnette.Ses crimes, d\u2019une gravité sans précé- dent, commandent l\u2019imposition de ce châtiment extrême parce qu\u2019ils s\u2019attaquent « aux fondements mêmes du système de valeurs partagées qui est protégé par la société canadienne », a-t-il plaidé.Très juste.Les meurtres d\u2019Alexandre Bissonnette sont abjects.La détresse mentale et l\u2019intimidation qu\u2019il a subie dans son enfance et son adolescence n\u2019atténuent en rien la violence de ce geste tourné, en toute connaissance de cause, contre des Québécois de confession musulmane.Faut-il le priver pour autant de tout espoir de retrouver un jour sa liberté, si et seulement s\u2019il s\u2019est réhabilité après vingt-cinq ans derrière les barreaux ?Les tenants de la ligne dure omettent de préciser que la peine de prison à vie ne constitue pas « une sentence bonbon ».La libération au terme de vingt-cinq ans n\u2019est pas automatique.Elle dépendra de la dangerosité du délinquant et de ses efforts de réhabilitation, deux éléments examinés par la Commission nationale des libérations conditionnelles.Une peine de 150 ans ne change donc rien au fait que Bissonnette, comme d\u2019autres avant lui, puisse finir ses jours en prison.Elle ajoute cependant un élément étranger à notre système de justice en le privant de tout espoir de réhabilitation.En ce sens, c\u2019est la « peine de mort à petit feu » que le gouvernement Harper a introduite en 2011, comme l\u2019affirme le criminaliste Jean-Claude Hébert.Or, depuis l\u2019abolition de la peine de mort en 1976, le Canada a choisi la recherche d\u2019un équilibre entre l\u2019exemplarité du châtiment et le potentiel de réhabilitation du délinquant.La réhabilitation, tout aussi importante que la punition, est aussi l\u2019une de ces valeurs fondamentales à la base de notre système, ce que semble oublier le procureur Jacques.L\u2019idée selon laquelle une sentence exemplaire aura un effet dissuasif sur d\u2019éventuels délinquants relève du « populisme pénal », selon l\u2019expression de l\u2019avocat de Bissonnette, Charles-Olivier Gosselin.La criminologie sait ce que juges et procureurs ignorent depuis trop longtemps.L\u2019agir criminel ne fluctue pas en fonction de la dureté d\u2019une sentence, mais plutôt en fonction des risques de se faire épingler par les policiers.C\u2019est donc sur la vengeance que reposent les arguments de la Couronne.Il ne saurait être question d\u2019un « juste dû » à payer de 150 ans pour le meurtrier, à moins de cautionner une perversion de notre système de justice.LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUIN 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Luce Julien Vice-présidente du développement Christianne Benjamin La glaciation ROMAIN DUMONT SCÉNARISTE C\u2019est tristement drôle comment les abréviations d\u2019initiales sont parfois longues de symbolisme ; aujourd\u2019hui, les trois lettres de ICE, l\u2019agence américaine pour « l\u2019Immigration and Customs Enforcement », sont devenues l\u2019étendard d\u2019une milice au cœur, justement, de glace.D\u2019une bande de red-necks qui exécute de sang-froid des lois néroniennes.Pour saisir la situation, il faut voir les photos d\u2019enfants enfermés dans des cages, recouverts de couvertures de survie posées sur des matelas à même le sol.Leur sommeil laissé entre les mains de ce que la démocratie électorale a de plus dégueulasse ; les politiques démagogues.L\u2019indignation est tellement généralisée que même l\u2019ancien directeur du ICE en est venu à déclarer que ce genre de politiques pourrait créer des milliers d\u2019enfants orphelins.Le terme «créer» est important, car ce sont des orphelins artificiels.Ils ne sont pas issus de la fatalité d\u2019un monde, mais de la cruauté volontaire des hommes.Le message qu\u2019ils veulent passer, est que si vous essayez de passer la frontière vous risquez de perdre vos enfants.Je suis contre ces camps, je suis contre l\u2019argumentaire des sans-dessein, ils ne sont rien d\u2019autre que répulsif, on ne sépare pas les familles, point, mais nous pouvons gueuler aussi LETTRES PROCÈS D\u2019ALEXANDRE BISSONNETTE Non à la peine de mort à petit feu a démocratie est-elle soluble dans l\u2019intimidation ?C\u2019est la question qui pèse sur les élections qui se tiennent dimanche en Turquie, des élections à l\u2019issue desquelles le « sultan » Recep Tayyip Erdogan verra ses pouvoirs renforcés s\u2019il l\u2019emporte, rapprochant un peu plus le pays d\u2019une dictature déguisée en décision électorale.Erdo- gan n\u2019a épargné aucun effort depuis le putsch raté de juillet 2016 pour démolir l\u2019opposition.En campagne, il a fait en sorte que, par répression de la presse critique, presque tous les médias diffusent son seul message, ne laissant pour tribune à l\u2019opposition que les rassemblements en plein air.En parallèle, les centaines de milliers de ménages pauvres dépendant de l\u2019aide sociale ont été prévenus par des représentants de l\u2019AKP (le Parti de la justice et du développement) qu\u2019il serait mal venu de participer à d\u2019autres réunions que celles organisées par le pouvoir.Dans le Sud-Est, le musellement féroce du mouvement kurde \u2014 son candidat à la présidence Selahattin Demirtas fait campagne depuis une cellule de prison \u2014 risque d\u2019avoir sérieusement entamé son poids politique.Et pourtant.Usé par 15 ans de pouvoir, le président voit son étoile pâlir.Pas sûr que soit gagné son pari de déclencher des élections hâtives.D\u2019abord, sa popularité fléchit parce que les signes de détraquement économique se multiplient.Bien que la croissance du PIB demeure importante, l\u2019économie nationale trébuche : chute radicale de la monnaie, inflation au- dessus de 10 %, fuite des investisseurs\u2026 Bref, perte de confiance généralisée et, donc, très mauvaise nouvelle pour ce président islamo-conservateur dont la marque de commerce est la croissance et la stabilité économiques depuis son arrivée au pouvoir.Ensuite, son pari n\u2019est pas gagné parce que, pour la première fois, plusieurs partis d\u2019opposition sont parvenus à s\u2019unir, malgré les obstacles et leurs différends, et que le combatif candidat du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), Muharrem Ince, a le vent en poupe.Non pas qu\u2019il faille absolument s\u2019en surprendre : après tout, c\u2019est de justesse (51,41 %) qu\u2019Erdogan a remporté, en avril 2016, le référendum constitutionnel visant à le doter de superpouvoirs.Preuve que la mainmise politique à laquelle il se livre sur fond d\u2019islamisation heurte de larges pans de la société turque.Ce désaccord trouve maintenant à se cristalliser autour du candidat du CHP, ce vieux parti laïque \u2014 aux racines autoritaires ! \u2014 fondé par Atatürk en 1923.C\u2019est dire qu\u2019Erdogan ne devrait pas pouvoir l\u2019emporter dès le premier tour.Le second aura lieu le 8 juillet.Alors, tout pourrait arriver.L TURQUIE Défier Erdogan L ÉDITORIAL B 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Vice-président des ventes publicitaires Mark Drouin Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu fort que nous le voulons, une chose qui semble évidente à travers ce gouvernement c\u2019est qu\u2019il se fout éperdument de la pression internationale et que ça ne le fera pas changer d\u2019un poil.Bien sûr, ce n\u2019est pas une raison pour se taire, il faut s\u2019indigner, annuler ses vacances mêmes, c\u2019est magnifique comme sentiment et ça rend libre, mais il faut surtout être libre de penser et de savoir comment notre indignation peut être utilisée de manière opérante, sinon ce n\u2019est que pure fantaisie et pure flatterie d\u2019intellos qui aiment s\u2019autoproclamer humanistes.Je suis convaincu que le devoir de s\u2019insurger vient avec celui de le rendre le plus efficace possible.Ici, on parle des pensionnats autochtones comme le symbole de nos barbaries ancestrales, mais dans la même phrase on se rassure: «Nous, contrairement à nos voisins américains, nous avons évolué.» Peut-être, mais pas assez pour se réjouir.Dire que cela n\u2019existe plus est insuffisant.Les statistiques parlent pour elles-mêmes; la moitié des enfants placés par les services de protection de la jeunesse sont issus de la communauté autochtone ou inuite.C\u2019est une crise humanitaire.J\u2019ai relu le récit de Xavier Mous- hoom, un Algonquin de Lac-Simon, et je vous assure, on n\u2019est pas beaucoup plus humains qu\u2019à l\u2019époque des pensionnats.Certes, c\u2019est une œuvre plus précise, plus propre, mais ça garde l\u2019aspect de blanchissement industriel et de mécanisme bien huilé de déracinement définitif.Ils ne sont peut-être pas en cage, mais on cadenasse tout de même leur culture et leur langue.Après, ils deviennent adultes et on les laisse là, étrangers de tous, le cul entre deux chaises.Tributaires d\u2019une histoire qu\u2019ils ne savent pas raconter puisqu\u2019on ne leur a jamais lue.Il faut en parler de ça aussi si c\u2019est par humanité, l\u2019humanisme est englobant et ne doit pas seulement être dicté par l\u2019actualité journalistique.Je ne suis pas venu dire ce dont on devrait ou l\u2019on ne devrait pas parler, je suis convaincu qu\u2019il faut hurler sur tous les toits du monde le désespoir de ces enfants arrachés à leur famille rendus coupables d\u2019avoir rêvé à l\u2019Amérique, mais dans cette même phrase, dans ce même pénible hurlement de révolte, il faut aussi pointer du doigt ce qui se passe chez nous.Sinon, cela n\u2019est qu\u2019hypocrisie théâtrale visant à blâmer tout le monde sauf nous-mêmes.L\u2019hypocrisie, elle, se soigne par la pertinence de mots les plus éclairés, informatifs et précis possible.Il y a des dizaines de mots pour désigner la glace en inuktitut, par exemple ; sikuaq, qui signifie « petite glace », ou bien igalaujait pour décrire « les glaçons minces qui s\u2019accro chent au x herbes et aux végétaux ».À bien y penser, il en faudrait peut-être un nouveau, en anglais cette fois, pour décrire l\u2019ICE with humanity.LIBRE OPINION Accurso n\u2019est pas à court d\u2019argent Nous apprenons que l\u2019ex-entrepre- neur Tony Accurso a demandé à la cour d\u2019invalider la loi provinciale qui a été votée pour récupérer l\u2019argent de la collusion.L\u2019argent ne lui manque pas pour se défendre dans ses innombrables causes, mais je constate qu\u2019il en a aussi pour contre-attaquer.Sa carrière dans la construction aura été très payante, et on peut affirmer sans se tromper que jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, sa retraite est bien occupée.Sylvio Le Blanc Montréal, le 21 juin 2018 GUY TAILLEFER Ruptures d\u2019enfants On assiste à un événement des plus troublants par rapport à la politique de séparation des familles à la frontière des États-Unis.On écoute les protestations qui fusent de toutes parts et les dénonciations de ce scandale inédit dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.On a lu le parallèle fait avec les grandes épurations raciales du passé qu\u2019on ne pensait plus possibles.On est estomaqués et scandalisés par cette déchéance sociétale.Le fait est que des centaines d\u2019enfants en bas âge subissent actuellement des traumatismes de séparation inhumains qui les blessent profondément et qui leur laisseront des séquelles pour toute leur vie.On connaît l\u2019impact de ce genre de polytraumatismes sur la santé physique et mentale à court et à long terme, ainsi que leurs effets pervers sur le cerveau et le développement.Ils sont à risque de ne pas s\u2019en remettre à vie ! Le lien entre parents et enfants est primordial pour un sain épanouissement des enfants.Ce lien, brisé ou coupé pour différentes raisons, est un acte de violence inouïe.En période de grand stress comme celui d\u2019une migration difficile, on peut manquer de soins, de nourriture ou d\u2019abri, mais on ne peut pas se passer de ce lien de sécurité essentiel, la « base de sécurité ».Pour tous et particulièrement pour les enfants, c\u2019est la référence unique pour envisager des jours meilleurs et se bercer de l\u2019espoir de la lumière au bout du tunnel.Un parent qui met ce lien en péril est rapidement signalé à la Protection de la jeunesse pour abus et négligence.Une communauté ou une société qui enlève ce lien essentiel devra être accusée de crime contre l\u2019humanité.Les États-Unis d\u2019Amérique sont le seul pays qui ne reconnaît pas la Convention internationale relative aux droits de l\u2019enfant.Dans cette triste histoire d\u2019une politique de séparation automatique, ce pays et son président confirme leur insensibilité aux enfants et acceptent ouvertement de bafouer les droits les plus précieux.Quel désespoir pour l\u2019avenir ! L\u2019humanité subit une grande menace.Que tous se lèvent pour protester à leur façon.Gilles Julien, pédiatre social, président-directeur général de la Fondation du Dr Julien Le 21 juin 2018 BRIAN MYLES B 9 LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUIN 2018 IDÉES Directrice de l\u2019information Marie-Andrée Chouinard Directeur de l\u2019information numérique Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné, Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet DINU BUMBARU DIRECTEUR DES POLITIQUES, HÉRITAGE MONTRÉAL CAROLE DENIGER PRÉSIDENTE DU CONSEIL, HÉRITAGE MONTRÉAL PHYLLIS LAMBERT DIRECTEUR FONDATEUR ÉMÉRITE DU CENTRE CANADIEN D\u2019ARCHITECTURE La semaine dernière, le premier ministre et la ministre de la Culture dévoilaient la nouvelle politique culturelle du Québec, enfin publiée au terme de plus de deux ans de consultations et de travaux.Il y a tout lieu de saluer cette annonce, et ce, d\u2019autant plus que cette politique culturelle est gouvernementale et qu\u2019elle reconnaît officiellement le territoire, comprenant le patrimoine, comme une orientation fondamentale d\u2019un développement culturel digne du XXIe siècle.Parmi les mesures qu\u2019elle avance, mentionnons la reconnaissance du devoir d\u2019exemplarité de l\u2019État québécois dans la gestion de son patrimoine bâti, l\u2019aide aux municipalités pour prendre en compte le patrimoine et les paysages ainsi que l\u2019attribution de sommes pour soutenir les efforts des communautés pour mettre en valeur ou reconvertir les édifices du patrimoine religieux.Cette annonce fut aussi l\u2019occasion de rendre public l\u2019impressionnant rapport qu\u2019ont produit Michelle Cour- chesne et Claude Corbo sur la question spécifique du patrimoine.Cet excellent rapport contient de nombreuses recommandations dont on regrettera que plusieurs ne trouvent pas d\u2019écho dans ladite politique ; par exemple, une fiscalité positive et incitative, la création d\u2019un Commissaire à la valorisation du patrimoine immobilier, la production d\u2019un rapport régulier sur l\u2019état du patrimoine culturel au Québec ou la reconnaissance des compétences nécessaires, tant parmi les gens qui exercent un métier et les professionnels que parmi les élus responsables de décisions souvent sans appel pour le patrimoine.Le cas du jardin des Sœurs grises Cela dit, quelques jours avant le dévoilement de cette politique culturelle, le ministre de l\u2019Éducation annonçait à la surprise générale qu\u2019une école associée au programme LAB- école serait construite dans le jardin historique de la maison mère des Sœurs grises de Montréal.Le communiqué de presse du ministre décrivait même ce jardin comme un quelconque « terrain vacant » alors que, selon le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, il s\u2019agit d\u2019un site patrimonial protégé par le gouvernement du Québec ! En effet, le gouvernement a classé la maison mère des Sœurs grises et ses jardins en 1976 en réponse aux demandes citoyennes pour prévenir des constructions.Qui plus est, la maison mère a fait l\u2019objet d\u2019une reconversion remarquable dans le cadre d\u2019une entente entre les Sœurs grises et l\u2019Université Concordia.En 2018, on ne peut s\u2019expliquer une telle ignorance d\u2019un ministère aussi important alors qu\u2019un des grands fondements de la politique culturelle est justement le lien entre culture et éducation et que le Québec a, depuis 2006, une loi qui instaure la protection du patrimoine comme principe de développement durable.L\u2019exemplarité et la cohérence de l\u2019État sont ici en cause.Dans sa nouvelle politique culturelle, le gouvernement alloue ainsi un maigre montant de 5 millions de dollars pour soutenir sa volonté d\u2019agir de manière exemplaire dans la gestion du patrimoine de l\u2019État alors qu\u2019il dépenserait quelque 20 millions pour acheter le jardin de l\u2019Université Concordia afin de le raser avec ses grands arbres, contrevenant ainsi au programme particulier d\u2019urbanisme que la Ville de Montréal a adopté pour ce quartier dit « des grands jardins » et qu\u2019elle applique avec l\u2019appui vigilant d\u2019une table de concertation locale.Comme dans le cas de la démolition non autorisée de certains murs historiques de l\u2019hôpital Hôtel-Dieu en 2017, ce projet du ministère de l\u2019Éducation trahit une indifférence, voire une régression vers des habitudes destructrices des années 1970 contre lesquelles se sont mobilisés les ci- t o ye n s a i n s i q u e d e s m i n i s t r e s comme les regrettés Jean-Paul L\u2019Allier et Denis Hardy.Alors que le besoin d\u2019écoles, en particulier au centre-ville de Montréal, est bien réel, pourquoi le gouvernement oppose-t-il ainsi deux valeurs positives comme l\u2019éducation et la mise en valeur du patrimoine ?Des solutions existent pour répondre aux besoins scolaires au centre-ville qui respecteraient le patrimoine et l\u2019urbanisme.Par exemple, le site patrimonial du Grand Séminaire, lui aussi classé pour sa valeur nationale après une mobilisation citoyenne, prévoit dans son plan directeur des espaces bâtis ou à bâtir pour y installer des écoles sans le dénaturer.Voilà une piste prometteuse dont on peut se réjouir qu\u2019elle soit l\u2019objet de discussions sérieuses entre la Commission scolaire de Montréal et les Sulpiciens.Dans les circonstances, au lieu de provoquer une opposition injustifiable entre éducation et patrimoine, le gouvernement du Québec doit : retirer son projet de construction dans le jardin patrimonial des Sœurs grises et soutenir l\u2019accès du site à la population ; collaborer aux efforts pour créer des installations scolaires publiques au centre-ville, par exemple au Grand Séminaire.Enfin, pour assurer la pertinence, l\u2019intelligence et la qualité des investissements gouvernementaux, particulièrement lorsqu\u2019ils touchent au patrimoine, le Québec doit se doter d\u2019une véritable politique d\u2019aménagement du territoire.Cela évitera des décisions contradictoires et coûteuses en s\u2019assurant de poser des gestes cohérents qui répondent bien aux valeurs et aux besoins collectifs actuels et futurs.Politique culturelle, un appel à la cohérence BERNARD TREMBLAY PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA FÉDÉRATION DES CÉGEPS Réaction à la lettre de M.André Campagna, « La Fédération des cégeps démissionne aussi devant l\u2019anglais », parue dans Le Devoir du 21 juin 2018.C\u2019est avec un certain étonnement que nous avons pris connaissance de la lettre de M.André Campagna, publiée dans Le Devoir du 21 juin dernier.Comme il le rappelle lui-même, M.Campagna a notamment été directeur général du cégep Gé- rald-Godin et, à ce titre, il a évolué au sein des instances de la Fédération des cégeps, avec toute la latitude pour y faire entendre sa voix.Par ailleurs, si elle a notamment pour rôle de défendre des positions consensuelles alors que ses 48 membres font face à des enjeux qui peuvent varier considérablement d\u2019une région à l\u2019autre, la Fédération des cégeps se fait un devoir de prendre en considération les commentaires de son réseau.D\u2019où notre surprise de voir un ancien directeur général de cé- gep choisir la voie des médias pour exprimer son point de vue.Puisque la lecture que fait M.Campagna des actions actuelles de la Fédération des cégeps semble prendre essentiellement appui sur une position qu\u2019elle a tenue il y a maintenant près de 25 ans, en lien avec la création d\u2019un nouveau cégep dans l\u2019ouest de Montréal, il faut rappeler le contexte dans lequel s\u2019ancrait cette prise de position.Les cégeps devaient alors composer non seulement avec une situation démographique qui posait particulièrement problème dans la région de Montréal, mais surtout avec un financement déficient qui menaçait déjà la formation et les services offerts dans les établissements existants.Cependant, dès son ouverture, le cégep Gérald-Godin s\u2019est joint à la Fédération des cégeps \u2014 qui regroupe ses membres sur une base volontaire, il faut le rappeler \u2014 et bénéficie depuis du soutien et de la collaboration entière de cette dernière.Quant à la question récurrente de la langue d\u2019enseignement au collégial, il est connu que la Fédération des cégeps, en accord avec l\u2019ensemble des 43 cégeps francophones et des 5 cé- geps anglophones, prône le libre choix en raison de l\u2019appartenance des cégeps à l\u2019enseignement supérieur.L\u2019admission d\u2019un étudiant dans un programme d\u2019études et dans un cégep continue donc de se faire sur la base du dossier scolaire et non sur celle de la langue maternelle, une position que reflète bien le mémoire entériné par l\u2019ensemble des cégeps, que la Fédération a déposé en 2013 auprès du gouvernement du Québec.Au moment où les défis pour les 48 cégeps regroupés au sein de la Fédération des cégeps consistent plutôt à faire valoir la qualité de l\u2019enseignement offert au collégial face à la concurrence mondiale, dans une société qui mise toujours plus sur le savoir, ainsi qu\u2019à faire en sorte qu\u2019un plus grand nombre de jeunes poursuivent leurs études au moins jusqu\u2019au cégep pour y obtenir un diplôme, il nous apparaît que les enjeux cruciaux pour l\u2019avenir du Québec et de ses jeunes se trouvent ailleurs.Comme il a professionnellement contribué à sa qualité et à son accessibilité, nous ne doutons pas de l\u2019attachement de M.Campagna à l\u2019enseignement supérieur ni de l\u2019importance qu\u2019il lui accorde.Nous l\u2019invitons donc à signer la déclaration commune lancée par tous les cégeps avec les établissements du réseau de l\u2019Université du Québec dans le cadre des célébrations du 50e anniversaire de ces deux réseaux de l\u2019enseignement supérieur.Cette déclaration réclame l\u2019adoption d\u2019une stratégie nationale en enseignement supérieur, une nécessité face à laquelle personne ne saurait « démissionner » et qui dépasse largement les débats de langue d\u2019enseignement au collégial.ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR Le libre choix, une valeur fondamentale LORI SAINT-MARTIN PROFESSEURE DE LITTÉRATURE À L\u2019UQAM, AUTRICE ET MEMBRE DE LA CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE Débute sous peu, à la Cinémathèque québécoise, un grand cycle intitulé «Femmes, femmes: 100 réalisatrices», destiné, selon le site Web de l\u2019organisme, à montrer que « les femmes ont fait l\u2019histoire du cinéma » et à illustrer « la diversité, la richesse et la qualité du cinéma féminin à travers les époques et les continents ».L\u2019initiative est magnifique et j\u2019ai tout à coup envie d\u2019annuler les vacances qui vont m\u2019éloigner du coin de Maisonneuve et Saint-Denis pendant une partie de l\u2019été.Pas envie de mordre la main qui me propose 100 films de femmes, mais tout de même, un certain malaise\u2026 Pourquoi un tel cycle justement en juil- let-août, quand il fait (en principe) trop beau pour qu\u2019on ait envie de s\u2019enfermer dans une salle obscure, quand trop de gens sont partis de toute façon, quand la presse travaille au ralenti et ne pourra répercuter l\u2019événement ?Et qui peut voir 100 films en moins de 60 jours ?Beaucoup risquent de passer, une nouvelle fois, à la trappe.Espérons que non.Espérons que les salles seront envahies par une foule réjouie, curieuse et\u2026 mixte (les hommes aussi ont tout à gagner à connaître le travail des réalisatrices, tout comme les femmes cinéphiles voient énormément de films d\u2019hommes).Parce que, comme le dit Sophie Deraspe, porte-parole de l\u2019événement avec Monique Simard, «j\u2019aspire au jour où nous n\u2019aurons plus à parler du \u201ccinéma de femmes\u201d, quand les femmes auront tout simplement leur place équitable dans le corpus de tous les films qui seront produits et montrés, ici comme ailleurs ».Elle a raison, c\u2019est une question de justice économique (les femmes paient elles aussi le financement des films \u2014 et du secteur culturel en général \u2014 à même leurs impôts), de parité sociale, de parité culturelle.Mais il semble encore lointain, ce jour où les femmes \u2014 réalisatrices, actrices, productrices, techniciennes, spectatrices \u2014 auront leur « place équitable ».En juillet 2016, Isabelle Boisclair et Martine Delvaux commentaient dans Le Devoir la domination presque absolue des regards masculins dans le cycle « Histoire de l\u2019érotisme ».Cette domination est générale.De fait, la Cinémathèque nous offre, bon an mal an, une programmation très masculine (plus de 90 % des longs métrages projetés au cours des derniers mois ont été réalisés par un homme).E n t o u t e j u s t i c e , « H o m m e s , hommes » pourrait \u2014 devrait \u2014 être l\u2019article de tous les autres cycles et projections normales de la Cinémathèque, mais un tel titre est impensable, puisque la domination des hommes a été tellement banalisée qu\u2019on ne la voit plus.Habile tour de passe-passe qui laisse faussement croire que leurs œuvres sont universelles et celles des femmes, particulières, banales, mineures.On ne sent pas du tout, à parcourir la liste des titres projetés à la Cinémathèque en temps normal, que les femmes ont « fait l\u2019histoire du cinéma » ou que « la diversité, la richesse et la qualité » de leurs œuvres sont mises en valeur.Mais il n\u2019est jamais trop tard.L\u2019histoire n\u2019est pas donnée une fois pour toutes, elle se récrit sans cesse.On ne peut pas refaire le passé, mais on peut en révéler les pans cachés, en réparer les oublis, mettre en lumière ce qui a longtemps été relégué dans l\u2019obscurité.On peut aussi miser sur les créatrices actuelles et sur l\u2019avenir, comme le demandent \u2014 et l\u2019obtiennent \u2014 parfois les organismes comme Réalisatrices équitables.Mais abandonnons-nous à l\u2019optimisme, en ces jours d\u2019été.Espérons que ce cycle de films de femmes inaugurera une nouvelle ère.Que ce bel événement ne restera pas sans suite.Programmer, c\u2019est exercer un énorme pouvoir : n\u2019existent que les films qui sont vus, célébrés, reconnus.La Cinémathèque québécoise a ce pouvoir.Espérons qu\u2019à partir de maintenant, cette grande institution fera pleinement honneur au principe d\u2019équité de genre (et que les autres voix marginalisées y seront également entendues).Espérons que, des « 100 réalisatrices » qui seront bientôt à l\u2019honneur, on ne retournera pas au « sans réalisatrice », ou presque, habituel.La parité n\u2019est pas un geste unique.Comme toute forme de justice, elle est à créer et à recréer, sans cesse, dans les grandes orientations et les décisions quotidiennes.Parce que le « cinéma de femmes », c\u2019est, tout simplement et tout bellement, du cinéma.Cent femmes ou sans femme ?Valérie Plante, mairesse de Montréal, Sébastien Proulx, ministre de l\u2019Éducation, et Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM, souhaitent construire une école sur un terrain appartenant à l\u2019Université Concordia, non loin de l\u2019ancien couvent des Sœurs grises.JACQUES NADEAU LE DEVOIR La Fédération des cégeps prône le libre choix en raison de l\u2019appartenance des cégeps à l\u2019enseignement supérieur Le « cinéma de femmes », c\u2019est, tout simplement et tout bellement, du cinéma LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 JUIN 2018 B 10 PETITES ANNONCES DEMEURES , OCCAS IONS D \u2019AFFAIRES ET L IEUX PR IV ILÉG IÉS 514.985.3322 1 800 363.0305 petitesannonces@ledevoir.com PRESTIGE 514.271.2131 votreagentdouble.com JOËLLE GERVAIS CAROL NADON COURTIERS IMMOBILIERS OUTREMONT 18, CHEMIN BATES, APP.102 RDC sur 2 étages, 2 CAC, 2 SdB, fenestré sur trois côtés.Lumière naturelle.Planchers bois franc, stationnement à l'arrière.Proximité : train de banlieue, parcs, nouveau Campus de l'UdeM, Collège Stanislas, Parc à chien, Centre commercial, dépanneur, piscine municipale.Idéal pour aménagement intergénérationnel.549 000$ \u2013 MLS # 23670637 AHUNSTIC 12360 DE ST-RÉAL Face au boisé, belle victorienne détachée de 4 chambres et 2.5 salles de bain.Façade de pierre.Terrain de 7100 P.C.Grand jardin paysager et piscine creusée.Accès à la rivière et la piste cyclable.La campagne à la ville ! 825 000 $ - MLS # 10411553 CÔTE-DES-NEIGES 5390 AV.DECELLES app.7 Belle acrchitecture art déco, boisiries et cachet.30 secondes de l\u2019Université de Montréal et 2min.du métro.Unité de coin exposé au soleil.Chauffage et eau chaude inclus.Près de tous les services.Non-fumeur, pas d\u2019animaux, verification de crédit.1 235 $ / mois - Centris # 18423753 OUTREMONT 345 AVENUE BLOOMFIELD Construite en 1922 par l'architecte Aristide Beaugrand-Cham- pagne pour sa famille, cette prestigieuse résidence patrimoniale vous charmera avec ses pièces de réception magnifiques, grenier aménagé et vue sur la fontaine du Parc Outremont.Architecture unique pour une maison mythique.2 695 000$ \u2013 MLS # 26545383 LOIS HARDACKER 450 242-2000 www.loishardacker.com Ctr.imm.Agréé.Royal LePage Action, Agence Immobilière LAC BROME LAC BROME BELLE CENTENAIRE \u2013 Rénovations modernes de bon goût et beaucoup de caractéristiques originales préservées.Véranda fermée, garage, 2 acres.Le zonage offre plusieurs possibilités.Accès rapide à l\u2019Autoroute 10.445 000 $ OFFERTE AVEC FIERTÉ \u2013 Résidence de style classique des Cantons dans un secteur convoité de Knowlton.Décorée au goût du jour, 4 ch., dont une au rdc, 2 ½ sdb, solarium avec vue sur le jardin.Accès au lac Brome à distance de marche.559 000 $.NANSENHAUS 136 RUE BONDURAND - 1 795 000 $ Magnifique maison de ville de 5 CAC, imposante terrasse + spa avec vues panoramiques.# MLS 23243690 LA CONCEPTION 1433 ROUTE DES ORMES - 1 395 000 $ Ferme unique offrant une exceptionnelle plage privée au bord de la rivière Rouge avec grange, écurie et arène d?entraînement.# MLS 13475882 PROJET CHIC SHACK 2150 ROUTE PRINCIPALE - à partir de 249 000 $ Projet intégré de micro-maison dans les Laurentides.# MLS 11902891 LAC XAVIER ROUTE DES ÉRABLES 600 000 $ à 700 000 $ Terrains bord de l?eau des plus extraordinaires ! Option clé en main disponible.# MLS 14053485 & MLS 20131998 LES TENDANCES DE L\u2019ÉTÉ / RÉGION TREMBLANT LUCIE R ICARD V O I R M E S P R O P R I É T É S L U C I E R I C A R D R E / M A X Q U É B E C C O U RT I E R A G R É É R E / M A X A L L I A N C E , A G E N C E I M M O B I L I È R E 514 386-9804 FACE AU PARC LAFONTAINE, PRÈS MÉTROS ET SERVICES Les Dauphins sur-le-Parc figurent parmi le nec plus ultra du patrimoine montréalais.Qualité de vie en plein cœur du Plateau, prestige, vue spectaculaire, piscine, gym, saunas.Condos à vendre 3 ½ au 9 ½, Penthouse.CONDO VEDETTE \u2013 289 000 $ Situé dans édifice de prestige, beau 4 ½, 2 salles de bains, planchers de bois et céramique, portes-patios changées, balcon séparé.Au cœur du plateau, près des services.Possible d\u2019acheter le garage à 37 000 $.CENTRIS # 23377137 L E P L U S B E L E M P L A C E M E N T D E M O N T R É A L O F F R A N T U N B E A U C H O I X D E C O N D O S ! ! ! Plus qu'un très beau condo au bord de l'eau, un style de vie dans un environnement de rêve! Estrie, Deauville, à moins de 11 km de Magog avec ses avantages sans ses inconvénients.Domaine Aux Berges des Pins, possédant 4 acres dont plus de 400 pieds sur les rives du lac Magog, près de North Hatley, de centres de ski et autres attractions.Condo en rangée sur un coin, avec des voisins d'un seul côté personne au-dessus ni en dessous.3 chambres, 2 terrasses donnant sur le lac.706 rue du Parc, Deauville, Sherbrooke 819-578-4350 duProprio #478024 OPPORTUNITÉ EXCEPTIONNELLE - 262 000 $ Résidence de 2 étages située à la Terrasse Bellevue, LA PLACE à Granby.L'intérieur est à découvrir.La cuisine est digne des plus grandes revues design avec ses comptoirs de quartz, plafond de 17' au salon procurant tout l'espace recherché avec une vue magnifique sur la mezzanine du 2ème.Unique à Granby la rue est sans issue et le terrain boisé est à vous couper le souffle.104 PLACE DES PLUVIERS - GRANBY - #MLS 11828120 À VOIR ABSOLUMENT ! REMARQUABLE RÉSIDENCE « PRESTIGE » CHRISTIAN LALUMIÈRE 450 771-7707 CELL.: 450 378-4130 Licencié indépendant et autonome de Re/max Impact inc.Courtier immobilier agréé DA - Re/max impact C.L.- Agence immobilière - 2603, rue Ste-Anne, Saint-Hyacinthe, (Québec) J2S 5J4 OBTENEZ L\u2019INSCRIPTION DE VOS VISITES LIBRES DANS NOTRE RUBRIQUE DU VENDREDI.COMMUNIQUEZ AU 514 982-3322 "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.