Le devoir, 1 décembre 2018, Le D Magazine
[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 E R E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Consentement Dans les zones grises des relations humaines Lire Notre édition 100 % jeunesse Vivre À table à San Antonio, la créative u beau, du divertissement, de l\u2019émotion.Voilà des étiquettes rébarbatives qu\u2019on colle encore aux œuvres de danse pour en faire des produits culturels.Et si l\u2019on permettait à la danse de s\u2019extirper de la marchan- disation des arts du spectacle et de se montrer autrement que sous la forme d\u2019un produit f ini ser vant d\u2019échappatoire au réel ?Mis en œuvre par la danseuse Katya Montaignac, Attabler est un objet atypique proche de l\u2019essai chorégraphique qui fait se télescoper gestes dansés, prises de parole, images plastiques et fragments de texte.Fidèle à l\u2019esprit de la compagnie de faire déborder la danse de ses cadres habituels, la principale tête pensante de La 2e Porte à Gauche s\u2019est associée à l\u2019artiste visuelle et perfor- meuse Nadège Grebmeier Forget pour codiriger ce projet inédit et élaboré sur la longue durée.Les deux directrices artistiques et leurs collaboratrices \u2014 Emma-Kate Guimond, Hanako Hoshimi-Caines et Véronique Hudon \u2014 ont tiré matière d\u2019une série de séminaires menée sur deux ans à l\u2019Agora de la danse.Un cadre où des artistes aux bagages pluridisciplinaires ont pu mettre leurs idées sur table et réfléchir autour d\u2019une question de base : « Qu\u2019est-ce que la danse produit (d\u2019autre) ?» En se livrant à l\u2019exercice de penser à partir de la danse, chaque participant a laissé sa trace dans le processus de L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Théâtre Anne-Élisabeth Bossé et Patrice Robitaille explorent les limites du consentement.Odile Tremblay Les flâneurs Cinéma Arts visuels Musique Écrans et grilles télé C U L T U R E V I V R E L I R E 6 78 18 35 16 5 33 28 26 25 42 44 46 48 50 51 53 54 Littérature non genrée Promouvoir la diversité sans qu\u2019elle devienne à son tour contraignante.Jeunesse Critiques Louis Hamelin Entrevue Critiques Louis Cornellier Voyage À table à San Antonio, désignée ville créative de l\u2019UNESCO.Escapade Alimentation Resto Vin Bière Société Jeux SOMMAIRE 27 30 32 Photo de la une du D : Valérian Mazataud Le Devoir Illustration de la une Lire : Chloloula C U L T U R E ENTREVUE MÉLANIE CARPENTIER COLLABORATRICE LE DEVOIR La danse, hors du spectaculaire Des réflexions collectives animées par La 2e Porte à Gauche font l\u2019objet d\u2019un essai dansé D | 3 D an s e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 La danseuse Katya Montaignac s\u2019est associée à l\u2019artiste visuelle et performeuse Nadège Grebmeier Forget pour codiriger Attabler, un projet inédit.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR création ; d\u2019où les présences fantomatiques et les citations invisibles qui viendront teinter les performances des cinq femmes.Une formule parallèle « Ce qui m\u2019intéressait à l\u2019origine, c\u2019était d\u2019imaginer le format du spectacle de danse d\u2019une manière plus large et de regarder la danse par des prismes différents et élargis, explique Mme Montaignac.En danse, on a tendance à répéter certains patterns.À La 2e Porte à Gauche, on a toujours travaillé à nous interroger sur ces habitudes, à les modifier et à changer les modalités de réception des œu- vres.Notre pari était de mettre la situation de partage de nos pratiques et de nos rituels en amont de la création et de laisser le public en être témoin.» En se défaisant du dispositif à l\u2019italienne et de la boîte noire, les créatrices ont imaginé un dispositif plus malléable proche de celui de la galerie et adoptant la forme d\u2019un 5 à 7.Il s\u2019agit pour elles de déjouer les codes ordinaires du spectacle, de proposer un type de relation plus engageante entre spectateur et performeur et de mettre en valeur ce qui est habituellement édité de la création pour faire un spectacle : « On ne s\u2019est pas attachées à l\u2019idée de lisser et de polir un spectacle.Pour nous, l\u2019œuvre déborde du temps de la performance.C\u2019est à la fois un prolongement et une trace de nos échanges et de nos relations, qu\u2019on a voulu rendre visibles sous différentes formes.» Assumer le dissensus « On est dans un monde qui bouge super vite et qui produit énormément.Un des thèmes qui revenaient dans nos temps de recherche était l\u2019éthique du \u201ccare\u201d et le fait de prendre soin.On s\u2019est donc permis de prendre le temps d\u2019explorer sans que la création d\u2019une œuvre devienne une finalité en soi », af firme Nadège Grebmeier Forget, pour qui le fait de travailler en collectif transforme foncièrement l\u2019approche et pose de nouveaux enjeux de responsabilité partagée.Par leur prise de position, les artistes entrent en tension par rapport aux modes de fonctionnement et aux impératifs de production de l\u2019institution qui les accueille.L\u2019idée de résistance, un des principaux sous-thèmes de leur recherche, s\u2019inscrit ainsi à même la forme de l\u2019essai dansé.« Il est vrai que ce projet est pour nous une façon de résister, même si on se méfie beaucoup de ce terme-là, parce qu\u2019on le trouve un peu galvaudé et presque à la mode.Comme artistes, résiste-t-on encore aujourd\u2019hui ?Si oui, comment ?» se demande Katya Montaignac, soulignant que le terme « résistance » sert de plus en plus de faire-valoir marketing.Préférant écarter la prétention de la résistance par l\u2019ar t de leur discours, les deux complices ont voulu traiter cet enjeu en l \u2019élargissant à notre société contemporaine.Les réflexions livrées sur ce point dépassent les pratiques artistiques et s\u2019étendent également à la sphère personnelle : « On sait que le milieu de l\u2019art est très surproduc- tif, mais même dans nos vies personnelles, on retrouve à dif férents degrés ce même impératif de dépassement de soi, de devoir doublement s\u2019af ficher, de briller, d\u2019être présent et visible.» Au fil de ce processus collectif est apparue la nécessité de laisser des interrogations en suspens et de ne pas chercher à tout prix de consensus, mais d\u2019au contraire, laisser résonner les dissensus provenant de la diversité des points de vue des par tici- pants aux séminaires.Cette pluralité est un point auquel tient la directrice sortante de La 2e Porte à Gauche, car pour elle, plus il y a de voix, plus l\u2019œuvre gagne à montrer les façons différentes d\u2019entrevoir la création et d\u2019entreprendre le mouvement.Attabler Création et performance: Katya Montaignac, Nadège Grebmeier Forget, Emma-Kate Guimond, Hanako Hoshimi-Caines et Véronique Hudon.Présenté par l\u2019Agora de la danse.À l\u2019édifice Wilder \u2013 Espace Danse, du 5 au 8 décembre.On ne s\u2019est pas attachées à l\u2019idée de lisser et de polir un spectacle.Pour nous, l\u2019œuvre déborde du temps de la performance.C\u2019est à la fois un prolongement et une trace de nos échanges et de nos relations, qu\u2019on a voulu rendre visibles sous différentes formes.KATYA MONTAIGNAC » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e D a n s e 4 | UNE COLLABORATION DE Un classique remixé Une distribution cinq étoiles Dernière semaine à Montréal\u2026 EN TOURNÉE AU QUÉBEC EN JANVIER ! TNM.QC.CA ENTREVUE CHRISTIAN SAINT-PIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR On rencontre le directeur de Rubber- bandance, Victor Quijada, alors qu\u2019il est à mettre la touche finale à sa plus récente création, Vraiment doucement .Après Quotient empirique (2013), un spectacle sur la nature changeante de nos identités, puis Vic\u2019s Mix (2016), un florilège des meilleurs morceaux du répertoire de la compagnie fondée en 2002, le chorégraphe cristallise en ce moment avec dix interprètes et deux musiciens les luttes dans lesquelles sont engagés les habitants du monde.Né en Californie de parents mexicains, initié à la danse dans les rues de Los Angeles à travers la culture hip-hop avant d\u2019épouser professionnellement le ballet classique, notamment aux Grands Ballets canadiens, Victor Quijada est installé à Montréal depuis 2000.Pour décrire son travail, on parle toujours, forcément, d\u2019un mélange de ballet classique, de danse urbaine et de danse contemporaine, des étiquettes avec lesquelles le créateur semble un peu lassé de devoir composer.« Ce sont mes influences, recon- naît-il.Il y a dans mes réalisations la grâce du classique, sa délicatesse, sa subtilité, mais c\u2019est continuellement amalgamé avec l\u2019énergie presque agressive du hip-hop, l\u2019esprit de dépassement d\u2019une scène que j\u2019ai connu à une époque où les \u201cbatai l les\u201d Victor Quijada absorbe les chocs Aux agressions de notre époque, le chorégraphe oppose la lenteur et la douceur Vraiment doucement compte dix interprètes et deux musiciens.On en voit une partie ici, en répétition, lors du passage du Devoir cette semaine.PHOTOS VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Le créateur refuse de concevoir ses pièces comme des assemblages de pas ou de mouvements empruntés ici et là | 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Cet automne, deux pièces m\u2019ont fait songer : «Tiens ! On a évolué, mine de rien, côté inclusion des minorités ethniques dans la famille théâtrale\u2026 » J\u2019y voyais un début plutôt qu\u2019un fil d\u2019arrivée, mais des cloisons bougeaient devant mes yeux.Ça se passait au Quat\u2019Sous, devant Chapitres de la chute de Stefano Mas- sini, brillante saga capitaliste mise en scène par Marc Beaupré et Catherine Vidal.Six comédiens, issus ou pas de la diversité, Didier Lucien, Igor Ovadis, Louise Cardinal, Vincent Côté, Catherine Larochelle et Olivia Palacci, se partageaient l\u2019ensemble des rôles : tour à tour maîtres, esclaves et valets, hommes et femmes, jeunes et vieux.Didier Lucien, si talentueux, est l\u2019un des rares acteurs noirs à travailler au Québec.Et encore, pas si souvent.Mais le voir incarner l\u2019épouse blanche d\u2019un grand financier avait quelque chose de réjouissant.Magie du théâtre ! On y croyait, autant qu\u2019à la partition des jeunes comédiennes transformées en riches banquiers sur le retour.Même réflexion devant Centre d\u2019achats d\u2019Emmanuelle Jimenez, mise en scène par Michel-Maxime Legault au Centre du Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui.La toute jeune Tracy Marcelin, Afro-Québécoise, y joue la fille d\u2019une Montréalaise blanche pure laine qui magasine sa robe de bal de fin d\u2019études avant de renoncer aux joies de la consommation.On se dit d\u2019abord: «Tiens! Sa peau est noire!» Ensuite: «Bonne idée!» Puis: «Elle a de la présence, cette fille-là!» Plus la pièce prend du souffle, mieux son personnage s\u2019insère au chœur féminin.Les happenings éclatés des années 1970 revendiquaient déjà la dissolution des genres et des origines, remarquez, mais le phénomène pénètre d\u2019autres couches théâtrales.Des metteurs en scène allumés cassent de plus en plus la tyrannie de l\u2019adéquation entre interprète et personnage.Ça donne des résultats bigarrés, toniques, très modernes.J\u2019entends déjà protester : Hep! Robert Lepage s\u2019est fait reprocher la représentation des Noirs et des Autochtones par des comédiens caucasiens dans SL?V et Kanata.Pourquoi devrait-on alors applaudir lorsque des Noirs jouent des Blancs?On leur dépeindra des minorités sous-représentées dans notre espace Inviter les minorités au bal ODILE TREMBLAY culturel, avec une histoire volée racontée par les vainqueurs, mais faut- il repartir la controverse estivale?Tout a été dit et son contraire : cris à la censure s\u2019opposant aux sympathies envers les revendications des minorités, population divisée mais lancée dans un rare débat public.Le milieu théâtral y aura trouvé matière à réflexion, côté jardin et côté cour.Rapport et questionnements Les recommandations de l\u2019organisme Diversité artistique Montréal (DAM) cette semaine tombaient dans un champ déjà en partie labouré.L\u2019idée d\u2019établir des quotas faisait peur.Le milieu culturel privilégie avec raison des pistes moins contraignantes.Et puis, à chaque secteur ses entraves.Le pouvoir suggestif du théâtre, capable de figurer un château avec trois créneaux esquissés sur une toile de jute, est tel que la couleur de peau des comédiens peut nourrir la machine à illusions.Le cinéma se colle davantage aux codes du réalisme.Reste que les séries télé offrent des modèles plus diversifiés que les films, à moins que le sort des minorités soit au centre d\u2019une proposition cinématographique.Préjugés ancrés, rôles stéréotypés : 55 personnes interrogées faisaient état de discriminations diverses dans ce rapport.Rien du portrait exhaustif d\u2019un racisme systémique au Québec, mais plusieurs pistes de solutions à prendre ou à laisser.Multiplier les contraintes pour les institutions et les scénaristes ne paraît pas l\u2019idée du siècle.Ceux-ci ont déjà tant de paramètres à respecter.Prenons ça comme une invitation à nous éloigner des clichés et des exclusions.Car, bousculée ou pas, la sous-re- présentation artistique des minorités visibles saute toujours aux yeux.L\u2019entortillement de chaque communauté culturelle sur sa tige ne crée pas de liens, plutôt un lot de malentendus.Longtemps, les Québécois n\u2019auront adopté comme figures artistiques de diversité que Normand Brathwaite et Gregory Charles\u2026 Aujourd\u2019hui, le climat de tension face à l\u2019immigration engendre de nouvelles crispations.Quand même, ça commence à bouger.On le voit au théâtre et à la télé, on l\u2019entend dans la bouche des dirigeants culturels.Nul besoin de quotas pour entrer au XXIe siècle, juste d\u2019ouverture d\u2019esprit, de volonté et d\u2019imagination.L\u2019art pour respirer réclame les vents du large et beaucoup d\u2019apports extérieurs.Toute une relève artistique le comprend et le tourbillon multicolore rafraîchissant provient de la cour des jeunes.Voyons-y une promesse d\u2019avenir.étaient plus spontanées, pas du tout organisées comme elles le sont de nos jours.Je pense d\u2019ailleurs que la compagnie a contribué à ce que les danses de rue soient considérées comme valables au sein des arts de la scène.Aujourd\u2019hui, elles sont même présentes à la télévision à heures de grande écoute.» Tout en sachant bien que les gens ont besoin de définir un style, de lui accoler des étiquettes, le créateur refuse de concevoir ses pièces comme des assemblages de pas ou de mouvements empruntés ici et là : « Je dirais plutôt qu\u2019il s\u2019agit du fruit d\u2019une seule conscience, la mienne, mais influencée, bien entendu, par dif fé- rentes cultures et par dif férents styles.Si j\u2019ai fondé Rubberbandance, c\u2019est justement pour abolir les frontières, sortir des cases, exister hors de toute classification, de manière à pouvoir chorégraphier sans avoir peur de dépasser les limites.» Ainsi, de tout ce qu\u2019il a réalisé depuis qu\u2019il a donné naissance à sa compagnie, ce dont Quijada est le plus fier, c\u2019est d\u2019être parvenu à systématiser ce qu\u2019on peut dorénavant appeler la méthode Rubberbandance.«Ça m\u2019a pris dix bonnes années avant d\u2019être en mesure de définir mon style, de le nommer, de coder ma technique, mais aussi de déterminer, au-delà des pas et des mouvements, ce que je conçois comme le pourquoi et le comment.Je suis maintenant capable de transmettre ma vision, mon savoir, mes connaissances à travers un entraînement, ce qui facilite grandement l\u2019intégration d\u2019un nouvel interprète à l\u2019équipe, peu importe son bagage initial.» Une dimension théâtrale Après avoir à plusieurs reprises investi la Cinquième Salle de la Place des Ar ts, le groupe prolonge son partenariat avec Danse Danse, mais cette fois dans un lieu plus imposant, le théâtre Maisonneuve.Pour créer Vraiment doucement, le chorégraphe, assisté pour la première fois d\u2019un conseiller dramaturgique, Mathieu Leroux, a d\u2019ailleurs fait appel à des méthodes plutôt théâtrales.« Nous n\u2019avons pas recours à la parole, précise-t-il, mais il y a une certaine partie du travail qui s\u2019apparente à celui de l\u2019acteur.On se demande par exemple ce qu\u2019on veut dire avec un mouvement.On s\u2019interroge sur les intentions.Il ar rive même qu\u2019on creuse les origines d\u2019un personnage, son passé, ce qu\u2019il a traversé pour se rendre jusque-là.» Aux oppressions, aux agressions, à tout ce qui bombarde les êtres humains au quotidien, le spectacle oppose la résilience, la solidarité et le calme.« J\u2019ai vécu beaucoup de chocs culturels dans ma vie, explique Qui- jada.De graves remises en question identitaires, existentielles.Chaque fois, je pense qu\u2019on a le choix de la manière dont on va réagir.On peut se braquer, lutter contre le changement.Ou alors, s\u2019ouvrir et laisser graduellement une adaptation se faire.Il y a beaucoup de ça dans le spectacle.» C\u2019est, vous l\u2019aurez compris, ce qui explique le titre de la pièce : Vraiment doucement (Ever So Slightly, en anglais).« Qu\u2019on le veuille ou non, estime Quijada, qu\u2019ils soient sociaux, idéologiques, politiques ou culturels, les changements ne se réalisent pas en claquant des doigts.Ils se produisent vraiment doucement, selon un lent processus.» Pour le chorégraphe, très à l\u2019aise dans la vitesse et l\u2019intensité, cette prise de conscience a bien entendu des incidences formelles : « Ça me sort de ma zone de confor t, ça m\u2019incite notamment à explorer le silence et l\u2019immobilité, ce qui est une très bonne chose.» Différentes portes Soucieux de ne pas réduire le sens que les spectateurs pourront prêter à la pièce, le chorégraphe refuse de préciser de quels chocs il est question précisément : « Je dirais qu\u2019on ouvre différentes portes pour observer des réalités diverses.» Quijada évoque le traitement réservé par les États-Unis à la caravane de migrants, mais aussi les 43 étudiants qui ont été portés disparus au Mexique, en 2014, après de terribles affrontements avec la police.«On est préoccupé par la violence des puissants envers les faibles, explique- t-il, par les génocides qui se déroulent en ce moment même sans qu\u2019on lève le petit doigt.» Cette fois, avec l\u2019expérience qu\u2019il a accumulée, et l\u2019aide d\u2019un conseiller à la dramaturgie, Victor Quijada s\u2019estime apte à cibler son propos comme jamais.« Je me sens capable d\u2019aller plus loin, et même d\u2019avancer dans ces endroits en partie inconnus, des territoires qu\u2019auparavant, c\u2019est-à-dire avant d\u2019être père, avant de ne plus danser et d\u2019être pleinement chorégraphe, j\u2019aurais probablement fuis.» Vraiment doucement Chorégraphie: Victor Quijada, en collaboration avec les interprètes: Amara Barner, Jean Bui, Daniela Jezerinac, Sydney McManus, Dana Pajarillaga, Brontë Poiré-Prest, Jerimy Rivera, Zack Tang, Ryan Taylor, Paco Ziel.Musique sur scène: Jasper Gahunia et William Lamoureux.Une production de Rubberbandance.Une présentation de Danse Danse.Au théâtre Maisonneuve, du 5 au 8 décembre.Le chorégraphe Victor Quijada L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e T h é ât r e 6 | ENTREVUE MARIE LABRECQUE COLLABORATRICE LE DEVOIR ui dit vrai, lorsque deux versions s\u2019opposent ?Une femme violée peut-elle trouver justice dans le système pénal?Les questions que fouille Consentement résonnent for t, un an après #MoiAussi.Sauf que la pièce de Nina Raine a été créée au printemps 2017, au National Theatre de Londres, précédant donc le mouvement.« C\u2019est ce qui est fascinant, estime Patrice Robitaille.Probablement que la pièce n\u2019aurait pas été écrite de cette façon-là, après #MeToo.C\u2019est audacieux de monter ce show.On ne prend pas parti.J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il va secouer un peu les spectateurs parce que ce n\u2019est vraiment pas manichéen.» Selon Anne-Élisabeth Bossé, la tragicomédie montée au théâtre Jean-Duceppe dit que « tout le monde a sa part d\u2019ombre, ses motivations cachées.Elle adopte un point de vue un peu plus trouble sur la question.Après le mouvement, l\u2019auteure a d\u2019ailleurs craint de ne pas avoir l\u2019air solidaire ».La pièce, qui touche plusieurs thèmes, ne trahit pas les victimes, nuance-t-elle.Disons plutôt qu\u2019elle embrasse la complexité humaine, avec ses perceptions subjectives, ses zones grises.Et comme l\u2019expliquait Nina Raine au magazine TimeOut, le « manque d\u2019ambiguïté » qui caractérise le mouvement social ne permet pas d\u2019écrire de bonnes œuvres\u2026 « Sinon, c\u2019est plutôt un manifeste, dit la comédienne.Alors que là, la pièce ouvre toutes sortes de réflexions presque malaisantes.» Par exemple : « Est-ce qu\u2019on peut se servir d\u2019une agression pour avoir quelque chose ?Est-ce que ça peut être un objet de vengeance ?» Auteure montante Consentement met en vedette deux couples d\u2019amis, dont la plupart exercent le métier d\u2019avocat.Le récit examine les répercussions d\u2019un procès pour viol plaidé par l\u2019un d\u2019eux (David Savard), mais aussi comment, une fois que la vie personnelle des protagonistes est déchirée par l\u2019adultère et la trahison, leur perspective change.Les émotions et l\u2019irrationalité humaine prennent le dessus.Tour à tour, les personnages blessent et sont blessés.Tous por tent des contradictions et révèlent différentes facettes, «c\u2019est leur force ».Le titre de l\u2019œuvre renvoie non seulement au consentement dans une relation sexuelle, mais au déficit d\u2019assentiment que constitue l\u2019infidélité dans un couple.«C\u2019est fou à quel point la pièce touche à la notion de consentement, aux limites bafouées dans plein de microdétails, ajoute Anne-Élisabeth Bossé.C\u2019est vraiment riche.Quand un texte est bon comme ça, il est encore plus facile à jouer.On n\u2019a pas besoin de creuser une scène, tellement elle est évocatrice.Cette auteure est brillante.On découvre encore des choses dans le texte à la 28e répétition.» À sa quatrième pièce, Nina Raine impose déjà sa marque dans le théâtre britannique par ses récits imbriqués et son sens du dialogue mordant.C\u2019est grâce à une autre production mise en scène par Frédéric Dans les zones grises des relations humaines Anne-Élisabeth Bossé et Patrice Robitaille explorent dans le détail les limites du consentement Q Consentement Texte : Nina Raine.Mise en scène: Frédéric Blanchette.Traduction : Fanny Britt.Avec Anne-Élisabeth Bossé, Patrice Robitaille, David Savard, Mani Soleymanlou, Marie Bernier, Véronique Côté et Cynthia Wu-Maheux.Au théâtre Jean-Duceppe, du 12 décembre au 2 février. | 7 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 L E S F L Â N E U RS Dire haut pour dénoncer fort ; dire autrement pour témoigner diversement.C\u2019est ce que fait la comédienne Rachel Graton avec La nuit du 4 au 5, pièce sobre d\u2019une maîtrise formidable qui paraît ce mois-ci chez Dramaturges éditeurs.On plonge avec une fascination mêlée de crainte dans l\u2019histoire de ce viol qui a valu à son auteure le prix Gratien-Gélinas.En attendant son adaptation au cinéma, on pourra aussi l\u2019entendre à nouveau au Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui, du 11 au 21 décembre.À la mise en scène, Claude Poissant est passé maître de chœur.Raconter l\u2019irréversible Il faut voir Pol Pelletier brûler les planches de son propre appartement du Plateau Mont-Royal, chaque samedi jusqu\u2019à Noël, pour nous présenter son Théâtre des mystères.L\u2019artiste passionnée, qui a cofondé le Théâtre expérimental de Montréal et le Théâtre expérimental des femmes, vend ses biens, livres, costumes, meubles, et transforme son logis en magasin-théâtre, avec un spectacle dont le thème est «Qu\u2019est-ce que le tragique ?».Il faut voir aussi la performance solo de sa protégée, Maïté Sinave, qui présente Mère, l\u2019histoire d\u2019une femme qui n\u2019arrive pas à aimer son enfant, inspirée de la mère de Richard III, dans la pièce de Shakespeare.Pol Pelletier reçoit L\u2019Agence France-Presse lance un ba- lado sur les États-Unis baptisé Fragments d\u2019Amérique.L\u2019immersion sonore proposée permet d\u2019entremêler la couverture de l\u2019actualité et les témoignages personnels des correspondants.Dans le deuxième épisode, sur les incendies apocalyptiques de Californie, le journaliste Laurent Baquet décrit par exemple les effets produits sur lui par la découverte de cadavres : «On ne s\u2019habitue jamais, on regarde la réalité en face », dit-il en reprenant la phrase d\u2019un secouriste.Bref, c\u2019est l\u2019actualité, avec un supplément d\u2019âme.Je sais bien que certains cinéphiles trouvent interminable et souvent bavard le cinéma de Nuri Bilge Ceylan, mais que de grands moments il nous sert\u2026 Son Poirier sauvage, qui dure plus de trois heures, est une œuvre qui se gagne.Le héros antipathique, apprenti écrivain dans son bled turc, a beau nous soûler parfois, la lumière, les cadrages parfaits, les longs plans admirables d\u2019hiver et de brouillard sous le chant du coq et les bêlements des moutons, une discussion à Istanbul entre le blanc-bec et un écrivain confirmé sont des éléments précieux qui éblouissent.Maître turc sur son poirier Des journalistes français aux USA ODILE TREMBLAY STÉPHANE BAILLARGEON CAROLINE MONTPETIT LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Les comédiens Patrice Robitaille et Anne-Élisabeth Bossé VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Blanchette, le succès Tribus, en 2014, que les Montréalais ont découvert la dramaturge de 43 ans.Deux ans plus tard, La Licorne accueillait aussi des représentations \u2014 dirigées par Olivia Palacci \u2014 de sa première œuvre, Rabbit.Et la justice ?Consentement met aussi en lumière la différence fondamentale entre la loi et la justice.Les comédiens ont d\u2019ailleurs rencontré un avocat de la défense, qui les a éclairés sur les causes d\u2019agression sexuelle.Le système juridique « n\u2019est pas adapté aux victimes » de ces crimes, constate Patrice Robitaille.Contrairement à l\u2019accusé, représenté par un avocat tout au long du processus, celles-ci ne sont pas accompagnées.« C\u2019est là que c\u2019est un peu choquant, dit-il : le \u201cvilain\u201d a quelqu\u2019un pour parler en son nom, alors que [la personne qui por te plainte] n\u2019est qu\u2019un témoin dans l\u2019affaire dont elle est la victime.» Visiblement indignée, la comédienne, elle, a découvert grâce à cette séance d\u2019informations un processus «encore plus dur» qu\u2019elle ne l\u2019imaginait.«Ce qui est dur aussi, c\u2019est qu\u2019on va miner la crédibilité de la personne qui [dénonce] un viol en fouillant dans son passé.Ça peut être si humiliant.Je comprends tellement qu\u2019on décide de ne pas porter plainte ! J\u2019ai compris que cette démarche n\u2019est surtout pas thérapeutique.Il n\u2019y a aucun processus guérisseur là.Ça m\u2019a vraiment choquée de voir comment ça marche.Il faut qu\u2019il y ait une réforme dans ce système-là.» L\u2019impact d\u2019un mouvement À la lumière de #MoiAussi, Anne- Élisabeth Bossé dit avoir revisité des expériences passées \u2014 en tant que femme, pas nécessairement dans la pratique de son métier \u2014 et conclu que certains gestes qu\u2019elle avait laissé passer étaient inacceptables.Elle a décidé de faire confiance à sa voix intérieure lorsqu\u2019elle sent qu\u2019une situation est déplacée.« Avant, on dirait que j\u2019accordais toujours [le bénéfice du doute].Maintenant, je mets davantage mon pied à terre.» Patrice Robitaille rappelle que les problèmes d\u2019abus concernent tous les milieux, pas seulement l\u2019ar tis- tique, plus en vue.Mais il peut être difficile de dénoncer, pense le comédien, dans ce métier de travailleur autonome où « on va où on nous appelle ».Un interprète cherche à être aimé.« Dans ce milieu, non seulement on est aussi bon que la dernière chose qu\u2019on a faite, mais on est tout le temps dans le désir.On veut plaire.Et on est à la merci des gens qui nous engagent.Alors on veut être agréables dans le travail.» Il est en tout cas renversé par l\u2019étendue du problème social.«Il y en a partout, des agresseurs et des filles qui ont souffert ! Je trouve donc d\u2019une importance capitale d\u2019en parler.» Mais lui-même, comme spectateur, n\u2019aime pas qu\u2019une œuvre lui dise quoi penser.«Et Consentement est le genre de show que j\u2019adorerais voir : on expose une histoire et c\u2019est au public, avec ses valeurs, à rendre son verdict.» «C\u2019est puissant, le théâtre, quand il est bien écrit, ajoute sa collègue.Il crée une rencontre entre des pensées.La dernière pièce que j\u2019ai jouée où j\u2019ai ressenti ça, c\u2019était L\u2019obsession de la beauté , de Neil LaBute.Je n\u2019avais jamais vu un public [émettre] autant de points de vue dif férents après, dans le hall du théâtre.Surtout entre les hommes et les femmes.La pièce les amenait à réfléchir sur des [sujets] dont ils n\u2019auraient pas naturellement discuté ensemble.Je pense que Consentement va faire ça.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 8 | Peindre le cinéma Avec une audace rigoureuse, Julian Schnabel imagine les dernières années de Van Gogh Willem Dafoe défend le rôle de Vincent Van Gogh.À la Mostra de Venise où elle fut dévoilée, la fiction brodée autour de ce que l\u2019on sait des dernières années de vie de l\u2019artiste est repartie avec le Prix d\u2019interprétation masculine.ENTRACT FILMS O n était impatient de découvrir le film À la porte de l\u2019éternité pour deux raisons.D\u2019abord parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un retour à la réalisation pour Julian Schnabel après huit ans d\u2019absence, ensuite parce que le formidable Wil- lem Dafoe y défend le rôle de Vincent Van Gogh.D\u2019ailleurs, de la Mos- tra de Venise où elle fut dévoilée, cette fiction brodée autour de ce que l\u2019on sait des dernières années de vie de l\u2019artiste est repartie avec le Prix d\u2019interprétation masculine.La mise en scène n\u2019est pas en reste et atteste de choix formels audacieux, mais rigoureux, comme le révèle le cinéaste joint entre deux séances de travail dans son atelier new-yorkais.Car avant d\u2019être le réalisateur primé des films Avant la nuit, sur le poète cubain Reinaldo Arenas, et Le scaphandre et le papillon, sur la vie de Jean-Dominique Bauby après qu\u2019un AVC l\u2019eut laissé presque entièrement paralysé, Julian Schnabel est un peintre coté.D\u2019ailleurs, son premier long métrage, Basquiat, portait sur son contemporain Jean-Michel Basquiat, graf fiteur devenu coqueluche des galeries, fauché en pleine gloire.Avec À la porte de l\u2019éternité (At Eternity\u2019s Gate), c\u2019est donc la seconde fois que Schnabel s\u2019intéresse au destin d\u2019un autre peintre.« Lorsque j\u2019ai tourné Basquiat, les outils du cinéma ne m\u2019étaient pas encore très familiers.Je n\u2019ai donc pas essayé de réinventer la roue : je me suis borné à raconter une histoire campée dans un monde que je connaissais bien, voire à laquelle j\u2019avais participé.Ce film-ci bénéficie de l \u2019expérience acquise sur des films plus ambitieux sur les plans de la forme et de la narration.Je n\u2019aurais pas pu réaliser À la por te de l\u2019éternité il y a vingt ans.» Caméra subjective Comme dans Le scaphandre et le papillon, le cinéaste recourt abondamment à une caméra subjective qui épouse le point de vue du protagoniste, mais aussi volontiers à de très gros plans des autres personnages.« J\u2019utilise une caméra objective dans des moments clés, afin de fournir un contexte au spectateur et de le guider vers ce qui se passera ensuite sans le prendre par la main.J\u2019instaure ainsi une syntaxe cinématographique.La caméra subjective permet à l\u2019inverse une intimité avec le protagoniste, et quand je fais intervenir ces très gros plans d\u2019individus [une tenancière d\u2019auberge curieuse, une institutrice hostile, un prêtre érigé en juge du bon goût, etc.], c\u2019est ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR | 9 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 comme s\u2019ils inter féraient avec sa rêverie.Là encore, la technique varie dans ces passages selon le niveau d\u2019anxiété que ressent Van Gogh ; il y a des paliers.Tout le film se passe dans sa tête.» Il résulte de ces partis pris marqués un phénomène étonnant.En cela que, plutôt que d\u2019être déstabilisé, on entre en complète empathie avec Van Gogh.De fait, cette subjectivité si organiquement cultivée donne l\u2019impression de partager sa vision du monde, celle-ci changeant selon qu\u2019il vit un épisode troublé ou un moment d\u2019extase.On croirait, le temps du film, faire l\u2019expérience des gens et des paysages, du monde en somme, exactement comme lui au moment de les peindre.Une manière à soi Et qu\u2019est-ce que cette « por te de l\u2019éternité »?C\u2019est ce lieu où échoit un artiste en quête d\u2019un absolu qu\u2019il devine et frôle même parfois sans parvenir à le toucher : une obsession que peut comprendre Julian Schnabel.Un ar tiste au surplus, et c\u2019est l\u2019une des pistes que suggère le scénario coécrit avec le vénérable Jean- Claude Carrière (La piscine, Danton, Cyrano de Bergerac, toute la période française de Buñuel), qui évolua peut-être à la mauvaise époque.Mais Van Gogh aurait-il davantage percé s\u2019il était né un demi-siècle plus tard ?C\u2019est là un autre aspect \u2014 la nature insaisissable du beau et du vrai en art et la faculté de reconnaître ceux-ci \u2014 qu\u2019explore le film.À cet égard, le Paul Gauguin qu\u2019incarne Oscar Isaac a des paroles révélatrices vers le début, tandis qu\u2019il invite son ami à faire fi des diktats formels et autres écoles de peinture, lui enjoignant plutôt de suivre son instinct et de peindre « à sa manière », aussi singulière et ridiculisée soit-elle.Le concept de mise en abîme étant inhérent au film, on ne peut alors s\u2019empêcher de penser à Julian Schnabel lui-même qui, en tant que cinéaste, a filmé cette scène et ce film exactement comme cela: «à sa manière».Lorsqu\u2019on le lui fait remarquer, le principal intéressé éclate d\u2019un rire franc.« Les spécialistes ont été formés en étudiant et en appréciant ce qui a d\u2019ores et déjà été fait.Pour leur par t, les ar tistes plus âgés, d\u2019aussi bon conseil soient-ils, essaieront toujours d\u2019imposer aux plus jeunes leur manière à eux, souvent sans en avoir conscience.Très tôt comme artiste, j\u2019ai compris qu\u2019il valait mieux n\u2019écouter les conseils de personne, car on sait soi-même, mieux que quiconque, quoi faire et comment le faire, instinctivement.» Un film peint Or, jamais auparavant, de son propre aveu, Julian Schnabel n\u2019avait-il réalisé un film en s\u2019en remettant autant à cette philosophie.Louise Kugelberg, Lorsqu\u2019on regarde ses tableaux, on voit leur technique, on comprend comment ils ont été peints, mais on n\u2019en est pas moins mystifié lorsqu\u2019on essaie de comprendre comment ils fonctionnent, et pourquoi ils produisent l\u2019effet qu\u2019ils produisent JULIAN SCHNABEL » designer de profession et sa partenaire à la ville, l\u2019y aida incommensurablement en montant le film avec lui, en plus de collaborer au scénario.« Juliette Welfling, qui a monté Le scaphandre et le papillon, devait monter À la porte de l\u2019éternité, mais un contretemps l\u2019en a empêchée.Louise a téléchargé un logiciel de montage sur son portable et, très vite, nous avons isolé tout ce qui relevait de l\u2019identité profonde du film, quitte à aller à l\u2019encontre des codes cinématographiques établis.» Comme Vincent Van Gogh alla jadis à l\u2019encontre des codes ar tis- tiques établis, avec le résultat que l\u2019on sait.« Si son œuvre me tient autant à cœur, c \u2019est parce que, lorsqu\u2019on regarde ses tableaux, on voit leur technique, on comprend comment ils ont été peints, mais on n\u2019en est pas moins mystifié lorsqu\u2019on essaie de comprendre comment ils fonctionnent et pourquoi ils produisent l\u2019effet qu\u2019ils produisent.» Après un silence, Julian Schnabel conclut qu\u2019il a réalisé À la porte de l\u2019éternité comme il l\u2019aurait peint.«On ne peut séparer la forme du fond et la structure du contenu.La façon dont c\u2019est raconté est aussi significative que ce qui est raconté.Oui, ce film est celui qui se rapproche le plus de ma peinture.» À la porte de l\u2019éternité prend l\u2019affiche le 7 décembre.KIRSTY WIGGLESWORTH ASSOCIATED PRESS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 0 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Son diplôme universitaire en poche, Sinan rentre dans son village natal le temps d\u2019y extraire la substance d\u2019une première publication.Une collection de « digressions sur les gens du cru\u2026 entre autofiction excentrique et métaroman », explique-t-il à un écrivain établi.Hélas, sitôt arrivé, Si- nan est sollicité de toutes parts, son père s\u2019étant endetté à répétition.Ses maigres économies, Sinan compte en l\u2019occurrence les utiliser pour l\u2019édition de son ouvrage, une entreprise coûteuse.De déconvenues en découvertes, cet aspirant auteur s\u2019impose comme le protagoniste plus candide qu\u2019il ne le croit du magnifique récit d\u2019apprentissage qu\u2019est Le poirier sauvage, de Nuri Bilge Ceylan.Pour mémoire, on doit au cinéaste turc un trio d\u2019œuvres primées à Cannes : Les trois singes, Prix de la mise en scène, Il était une fois en Anatolie , Grand Prix, et Winter Sleep, Palme d\u2019or.D\u2019une durée de 188 minutes, Le poirier sauvage, après les 150 et 196 minutes des deux précédents, poursuit dans un sillon où le contemplatif devient narratif, et vice versa.On pense à cette rencontre clandestine entre Sinan et Hatice, une ancienne camarade de classe.Dissimulés par un arbre, ils échangent : elle lui remet son arrogance sous le nez, il interroge ses choix sans réaliser qu\u2019elle n\u2019est guère maîtresse de son destin\u2026 Elle lui demande une cigarette, ils parlent encore, puis se taisent\u2026 Derrière un entrelacs de feuillage, un soleil rendu brumeux par les volutes de fumée\u2026 La chevelure de la jeune femme dévoilée en gros plan, telle une forêt bruissante et mystérieuse dans laquelle s\u2019apprête à s\u2019enfoncer Sinan\u2026 Un baiser silencieux, pas tant inattendu qu\u2019inespéré.Ce faisant, Hatice, jadis la fiancée d\u2019un camarade à eux, à présent promise à un bijoutier plus âgé, devient le sujet de l\u2019une de ces « digressions » sans que le protagoniste s\u2019en rende compte.Rentré au bercail comme narrateur, le voici devenu personnage.Ne douter de rien Il y a quelque chose de fascinant à voir évoluer Sinan tandis qu\u2019il renoue avec proches et accointances, puis au gré de nouvelles rencontres, souvent pour parler de son roman.D\u2019emblée, il affiche cette assurance tranquille qui n\u2019est l\u2019apanage que de ceux qui ne doutent de rien.En voix hors champ, il déclare, en observant son ami en peine d\u2019amour : «Lorsque nous comprenons que nous ne sommes pas importants, pourquoi notre instinct est-il de nous sentir blessés ?Ne serait-ce pas mieux de traiter cela comme une épiphanie ?» Des paroles qui sonnent bien, mais qui sont pour le compte formulées par quelqu\u2019un qui n\u2019a pas encore vécu ce à quoi il a réfléchi.« Toi, tu sais tout, et nous, nous ne savons rien, c\u2019est ça ?» résume sa mère en mettant en exergue la condescendance de son fils.Or, le moment venu, et il viendra au cours du film, la réaction de Sinan quant à sa relative insignifiance ne sera guère plus sereine que celle de son copain : récit d\u2019apprentissage, écrivait-on.Figure centrale de cette histoire qu\u2019il vit en essayant de se couper de ses émotions, comme pour se la jouer narrateur objectif, Sinan est interprété avec force sympathie par Dogu Demirkol.Par son jeu, il rend un être potentiellement rebutant profondément attachant.Nuance fondamentale Qui plus est, le film parvient à instiller, par sa volonté de « donner le temps au temps» et grâce à son pouvoir d\u2019évocation visuelle, une qualité romanesque des plus à propos.À cet égard, Nuri Bilge Ceylan reste fidèle à sa manière et privilégie l \u2019harmonie au sein du cadre plutôt qu\u2019une esthétique ampoulée.De cette mesure émane une beauté sobre mais constante, traversée çà et là de fugaces éclats de splendeur formelle.Coscénarisé par le cinéaste et sa conjointe Ebru Ceylan, collaboratrice assidue, avec l\u2019apport d\u2019Akin Aksu, Le poirier sauvage progresse à pas menus mais assurés.Pour peu que l\u2019on aime à s\u2019immerger dans une autre culture, une autre psyché, l\u2019intérêt demeure constant.D\u2019autant qu\u2019à terme, le parcours de Sinan revêt une portée universelle.Transformé par ses tribulations, le fils mettra enfin ses cer titudes de côté lors du dénouement.Sans en dévoiler la teneur, on dira simplement que le père y énonce quelques vérités, fruits de ce que lui a vécu ce à quoi il a réfléchi.Une nuance fondamentale que le fils, et peut-être le cinéphile avec lui, aura dorénavant appris à saisir.Le poirier sauvage (V.O., s.-t.f.) ?Chronique de Nuri Bilge Ceylan.Avec Dogu Demirkol, Murat Cemcir, Bennu Yildirimlar, Asena Keskinci, Serkan Keskin, Hazar Ergüçlü.Turquie, 2018, 188 minutes.Les fruits de l\u2019expérience Nuri Bilge Ceylan conte le parcours d\u2019un aspirant écrivain dans la Turquie rurale contemporaine Rencontre clandestine entre Sinan et Hatice, une ancienne camarade de classe.Dissimulés par un arbre, ils échangent : elle lui remet son arrogance sous le nez, il interroge ses choix sans réaliser qu\u2019elle n\u2019est guère maîtresse de son destin\u2026 MK2 MILE END C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Le regard que pose la documentariste Danae Elon sur la société israélienne comporte mille nuances, et s\u2019il peut paraître militant à certains, il n\u2019est cer tes pas unidimensionnel.Car Danae Elon a longtemps vécu aux États-Unis, et habite maintenant à Montréal : entre les deux, il y a eu cette fascinante parenthèse décrite dans P.S.Jerusalem, où elle observait sa difficile intégration, et celle de sa famille, dans un pays marqué par de profondes divisions.Son rêve d\u2019une cohabitation harmonieuse entre Juifs, Palestiniens et expatriés de différents pays s\u2019est vite fracassé contre le mur de la réalité politique explosive de ce coin du monde.Cette ouverture à l\u2019autre ne pouvait que la conduire vers des univers en apparence étrangers au sien, dont celui de l\u2019Église orthodoxe grecque.Après La chambre du patriarche, qui levait le voile sur les dessous douteux d\u2019un vaste scandale immobilier, elle poursuit son exploration dans Le chant d\u2019une sœur, observation d\u2019une profonde fracture au sein d\u2019une famille depuis longtemps dispersée.Son film aurait pu s\u2019intituler «Le soliloque d\u2019une sœur » tant l\u2019une, Marina, parle beaucoup et l\u2019autre, Tatiana, très peu.Car Tatiana est également religieuse, retirée du monde depuis plusieurs années, recluse dans un monastère en Grèce après avoir vécu en Israël auprès de ses parents, des Russes qui avaient fait le choix de s\u2019établir là-bas pour ensuite partir vivre aux États-Unis.Ne reste plus là- bas que Marina, mère célibataire établie avec son fils à Haïfa, visiblement meurtrie par cette séparation d\u2019avec sa sœur.On comprend d\u2019ailleurs que c\u2019est à l\u2019adolescence, à la faveur d\u2019une visite impromptue dans un monastère à Jérusalem, que le destin de Tatiana fut scellé, si fascinée par ce monde qu\u2019elle ne voudra plus le quitter.Au point de mettre sa famille à distance, pour ne pas dire à l\u2019écart.Danae Elon observe la situation de près et sa présence, si discrète soit- elle, constitue un détonateur, un prétexte à des retrouvailles longtemps attendues par Marina, de même que par leur mère, à qui Tatiana refuse d\u2019adresser la parole, ne serait-ce que de façon vir tuelle.Comme les choses ne sont expliquées que par ce que les protagonistes disent à voix haute, tout le film semble enrobé d\u2019un mystère, particulièrement autour de la figure énigmatique de Tatiana, que l\u2019on pourrait bien croire sous l\u2019emprise d\u2019un quelconque gourou.L\u2019autorité morale de cet homme qui dirige ce groupuscule spirituel apparaît incontestable, et il se garde bien de se montrer devant la caméra.En fait, c\u2019est ce mutisme qui donne toute sa force à ce portrait familial étonnant, montrant à quel point une fratrie résiste parfois mal à un certain fanatisme religieux (peu importe lequel\u2026), brisant aussi le mythe de la plénitude qui émanerait de ces lieux de prière isolés.Danae Elon saisit quelques moments qui battent en brèche les clichés les plus tenaces, dont un échange à bâtons rompus avec la « mère supérieure» qui en dit long sur sa vraie nature et celle de ses semblables.Le chant d\u2019une sœur, c\u2019est la complainte d\u2019un lien brisé au sein d\u2019un clan dont la trajectoire sinueuse illustre toute la complexité de notre temps et l\u2019impact encore brûlant des remous qui ont marqué le XXe siècle.Pour Marina, le XXIe s\u2019avère tristement spirituel, et cette réalité, douloureuse à ses yeux, lui a dérobé sa sœur\u2026 Le chant d\u2019une sœur (V.F.de A Sister\u2019s Song) ?1/2 Documentaire de Danae Elon.Canada, 2018, 80 minutes.La religieuse silencieuse Quand la foi devient une douloureuse ligne de fracture au sein d\u2019une famille dispersée Le chant d\u2019une sœur, c\u2019est la complainte d\u2019un lien brisé au sein d\u2019un clan.FILMOPTON INTERNATIONAL L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C i n é m a 1 2 | PARTENAIRE DE PRODUCTION CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR À la lecture du synopsis du film Joueurs, on se surprend à penser au titre de la célèbre pièce Le jeu de l\u2019amour et du hasard.Non que l\u2019intrigue du premier long métrage de Marie Monge ait quoi que ce soit en commun avec celle de Marivaux.En effet, Joueurs relate l\u2019amour fou qui naît entre Ella, restauratrice prématurément usée par la vie, et Abel, beau parleur dont chaque déclaration sonne comme une gageure.Il l\u2019entraînera à sa suite dans un Paris interdit, celui du jeu illégal, d\u2019où l\u2019improbable association avec le titre en question.Joueurs, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un couple moderne pris dans les arcanes d\u2019un film noir d\u2019antan.C\u2019est le récit d\u2019une passion furieuse entre deux amants qui, contrairement au spectateur qui a apparemment vu plus de films qu\u2019eux, ignorent être d\u2019emblée maudits.Non, il ne s\u2019agit pas d\u2019une simple boutade.C\u2019est le célèbre critique Roger Eber t qui, excédé par les agissements illogiques ou aberrants de cer tains personnages, énonça un jour cette fort intéressante théorie selon laquelle trop de films, se voulant pour tant réalistes, paraissent exister dans un univers parallèle où les personnages n\u2019ont jamais fréquenté de cinémas.Y auraient-ils été, au cinéma, qu\u2019ils sauraient exactement ce qui les attend, tant leurs actions relèvent de clichés éculés.Certes, chaque fois qu\u2019il y recourut par la suite, Ebert formulait ce Le jeu de l\u2019amour et du hasard Joueurs voit des amants modernes se débattre dans les arcanes d\u2019un film noir d\u2019antan Tahar Rahim confère l\u2019intensité requise à Abel, un aimant vers lequel Ella (Marie Monge) est irrépressiblement attirée.AXIA FILMS reproche avec une pointe d\u2019humour, mais l\u2019argument de fond tenait et tient toujours.Cela s\u2019applique sur tout au personnage d\u2019Ella, aux décisions que lui commande l\u2019intrigue.Au commencement, Stacy Martin joue Ella avec un mélange parfait d\u2019impassibilité et de renfrognement sourd qu\u2019Abel a l \u2019heur de désamorcer d\u2019un sourire ou d\u2019une œillade.Puis, tandis qu\u2019Ella passe de la curiosité à la fascination et à la dépendance en moins de temps qu\u2019il n\u2019en faut pour dire « vraisemblance », prévaut dès lors une vulnérabilité hagarde en porte à faux avec la force de caractère établie auparavant.Inoubliable dans Un prophète, de Jacques Audiard, Tahar Rahim confère l\u2019intensité requise à Abel, personnage à la fois opaque et esquissé à gros traits, un aimant vers lequel Ella est irrépressiblement attirée.Autre modèle Les archétypes qu\u2019ils incarnent tous deux évoquent par ailleurs cet autre modèle américain parent du film noir, novateur en son temps, qu\u2019est Bonnie and Clyde, d\u2019Arthur Penn.Le cinéma français a souvent usé de ce qui est depuis devenu une formule, de Tir à vue, de Marc Angelo, pour le pire, à Sur mes lèvres, de Jacques Audiard, bis, pour le meilleur.À ce chapitre, Joueurs s\u2019avère un film du milieu.Sans réelle trouvaille narrative pour renouveler ladite formule des amoureux criminels, le scénario a néanmoins ses forces, notamment une attention aux détails de la vie professionnelle d\u2019Ella (et de glisser une référence à Ella Fitzgerald dans le dialogue pour appuyer non seulement l\u2019influence américaine, mais aussi la nostalgie).Quoique, comme on le disait, la courbe dramatique de cette dernière pose problème, en cela que la jeune femme change bien vite ses habitudes, pour ne pas dire sa personnalité.Vers le glauque Quant à la réalisation de Marie Monge, elle se fait tour à tour effervescente et éthérée au temps de l\u2019émerveillement et des batifolages insouciants, avec direction photo tendance monochrome pour des tableaux impressionnistes, tel le doré pour la richesse soudaine au poker clandestin suivi de la blancheur sous la couette au petit matin.Graduellement, le look glisse vers le glauque, à mesure qu\u2019approche l\u2019inévitable.Car on sait d\u2019office comment cette histoire-là se terminera.Là, encore, contrairement aux protagonistes, qui décidément auraient gagné à aller davantage au cinéma.Joueurs ?1/2 Drame de Marie Monge.Avec Stacy Martin, Tahar Rahim, Bruno Wolkowitch, Karim Leklou, Marie Denarnaud.France, 2018, 105 minutes. | 1 3 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 DENISE-PELLETIER.QC.CA BILLETTERIE 514 253-8974 Un conte merveilleux pour toute la famille ! AVANT L\u2019ARCHIPEL Un très beau mélange de musique, de théâtre et d\u2019improvisation.[\u2026] C\u2019est poétique, mais aussi très actuel.Un très beau spectacle à découvrir ».- ICI Radio-Canada Première DÈS 8 ANS DU 4 AU 15 DÉCEMBRE 2018 À LA SALLE FRED-BARRY DE EMILY PEARLMAN TRADUCTION DANIELLE LE SAUX-FARMER MISE EN SCÈNE JOËL BEDDOWS AVEC DANIELLE LE SAUX-FARMER ET ANDRÉ ROBILLARD PRODUCTION L\u2019IRRÉDUCTIBLE PETIT PEUPLE, EN COPRODUCTION AVEC LE THÉÂTRE LA CATAPULTE ET LE THÉÂTRE FRANÇAIS DE TORONTO « Une histoire charmante, drôle et tragique » - Le Soleil RÉCIPIENDAIRE DU PRIX COUP DE FOUDRE RÉSEAU ONTARIO THÉÂTRE DENISE-PELLETIER CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Une cruelle ironie traverse de part en part le documentaire New Memories : il s\u2019agit du portrait d\u2019une survivante esquissé par une cinéaste partie trop vite.En effet, la photographe Anne J.Gibson confie sans gêne son passé tumultueux de toxicomane à la cinéaste Michka Saäl (Le violon sur la toile, Prisonniers de Beckett, China Me), qu\u2019une foudroyante maladie a emportée en juillet 2017, laissant ce film en chantier, ainsi qu\u2019un autre qui prendra l\u2019affiche en 2019 (Les aventuriers).Il ne s\u2019agit pas d\u2019une œuvre crépusculaire, mais plutôt de la célébration d\u2019un talent brut, unique, celui d\u2019une femme qu\u2019un appareil photo a littéralement sortie du gouffre, prétexte parfait pour aller vers les autres, et en pleine lumière.Mais pas n\u2019importe laquelle.Anne J.Gibson ratisse, et depuis fort longtemps, le célèbre Kensington Market, à Toronto, formidable enclave bohémienne qui nous attire tel un aimant.C\u2019est à l\u2019âge de 13 ans que la petite provinciale issue d\u2019une famille de confession anglicane, et très conservatrice, a fait la découver te de ce quartier, coup de cœur devenu plus tard le cœur de sa vie.Michka Saäl se garde bien de montrer les signes ostentatoires de la Ville Reine, préférant concentrer son attention sur cette femme dont tout le corps témoigne d\u2019une vie douloureuse, ainsi que sur ses pérégrinations inspirantes dans un secteur pas totalement javellisé par l\u2019embourgeoisement.Anne J.Gibson le dit elle-même, et la cinéaste le prouve à maintes occasions : la photographe sait se fondre dans la foule bigarrée de ce quartier, captant une excentricité perpétuelle qui pulvérise certains clichés tenaces à l\u2019égard de Toronto.Ses modèles se font rarement prier pour prendre la pose, si ce n\u2019est de rares récalcitrants dont elle réussit quand même à tirer quelque chose, à défaut d\u2019un sourire.Dans l\u2019intimité de sa demeure, le tout filmé en noir et blanc, Anne J.Gibson se livre à une véritable confession, souvent sur un ton lucide et détaché, comme si tout cela était très loin derrière : les violentes corrections à la ceinture de son père ; sa fuite vers Toronto alors qu\u2019elle était adolescente ; sa dépendance à l\u2019héroïne qui a bien failli l\u2019emporter ; son combat quotidien pour s\u2019en tenir loin.Son secret ?Pas seulement la méthadone pendant de nombreuses années.En fait, l \u2019appareil photo qu\u2019elle tient constamment entre ses mains lui ser t aussi de bouée de sauvetage, toujours à l\u2019af fût de la créativité, de l\u2019indolence, et de la douce anarchie qui règne dans ce secteur de la ville.Deux amies de cette artiste témoignent avec tendresse de la singularité de cette femme qui a longtemps préféré l\u2019isolement, puisant maintenant sa force dans ces rencontres quotidiennes impromptues, bénéficiant d\u2019une renommée grandissante avec ses photographies humanistes.En guise de preuve, et en conclusion, cette belle échappée à New York, un endroit que ne craint pas l\u2019ar tiste, marchant avec la même assurance, et surtout la même curiosité, que dans sa ville d\u2019adoption.Elle qui « devait être morte » quelque part dans ces rues a fait un pied de nez au destin pour y façonner sa renaissance.Michka Saäl, dont les por traits d\u2019artistes ont depuis toujours témoigné de sa sensibilité pour les inclassables et les téméraires, affiche une fois de plus sa cohérence dans New Memories.Elle ignorait seulement en être déjà à la conclusion de sa propre trajectoire créatrice, ici fort belle et émouvante.New Memories ?1/2 Documentaire de Michka Saäl.Canada, 2018, 79 minutes.Toronto est une fête La photographe Anne J.Gibson a fait du cœur de la métropole canadienne le cœur de sa vie La photographe sait se fondre dans la foule bigarrée, captant une excentricité perpétuelle qui pulvérise certains clichés tenaces à l\u2019égard de Toronto.ANNE J.GIBSON L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 14 | Les nouveautés sont en rose La disparition des lucioles ?L\u2019été s\u2019amène et Léo, 17 ans, tâche de ne pas penser à l\u2019avenir, préférant le présent.Sur un coup de tête, elle apprend la guitare auprès de Steve, adu- lescent insouciant et troisième figure paternelle après Sylvain, père absent idéalisé, et Paul, beau-père présent et détesté.Reprenant un thème de prédilection, le rapport père-fille, Sébastien Pilote s\u2019arrime pour la première fois au point de vue de la seconde après avoir privilégié celui du premier dans Le vendeur et Le démantèlement.Léo, héroïne, réglera ses comptes avec ladite figure, avec ces trois hommes en orbite autour de sa vie, de son récit.Récit que l\u2019auteur raconte avec plus de couleur et de légèreté qu\u2019à l\u2019accoutumée.En résulte un côté suranné, irrésistible, avec musique orchestrale grandiose et effets technicolor discrets, en faux avec la morne modernité.Dotée d\u2019une présence peu commune, Karelle Tremblay suggère chez Léo un feu contenu qui, le moment venu, jaillira.François Lévesque Casse-Noisette et les quatre royaumes (V.F.de The Nutcracker and the Four Realms) ?Ce n\u2019est pas un ballet, encore moins un conte de Charles Dickens, bien Garçon effacé (V.F.de Boy Erased) ?Était-ce l\u2019aspect troublant du sujet ou l\u2019envie d\u2019envoyer un message clair à tous les fossoyeurs de la diversité?Boy Erased, inspiré des mémoires de Gar- red Conley, est porté par une distribution exceptionnelle, des acteurs de tous les horizons, et même du Québec (Xavier Dolan, Théodore Pellerin), défendant ce portrait dévastateur des thérapies de guérison de l\u2019homosexualité, elles, très dévastatrices\u2026 Jared, le fils d\u2019un pasteur baptiste et alter ego de l\u2019auteur, traverse cette épreuve comme un chemin de croix; il ne sera pas le seul à sortir écorché de ce traitement de choc.Celui-ci est décrit avec sobriété, si ce n\u2019est quelques percutants Mademoiselle de Joncquières ?Cette plongée dans le passé, plus précisément le XVIIIe siècle, réussit très bien à Emmanuel Mouret (Vénus et Fleur, Changement d\u2019adresse, Caprice), explorant ici les mêmes thèmes que d\u2019habitude, mais avec un degré supérieur d\u2019élégance.S\u2019inspirant librement, et partiellement, de Jacques le fataliste de Denis Diderot, il décrit la vengeance d\u2019une femme noble et veuve (impériale Cécile de France) trahie par un libertin (du sur-mesure pour Édouard Baer) dont elle croyait aux sentiments amoureux.Son cœur brisé deviendra cœur de pierre pour assurer l\u2019élaboration d\u2019une vengeance dont on peut dresser quelques parallèles avec Les liaisons dangereuses, de Laclos, et certaines de ses adaptations au cinéma.Chez Mouret, la joute est bien sûr verbale et littéraire, mais surtout d\u2019un goût exquis et d\u2019un raffinement constant.André Lavoie Transit (V.O.s.-t.f.) ?1/2 En possession des papiers d\u2019un écrivain qui vient de se suicider, Georg (remarquable Franz Rogowski), un réfugié juif allemand, fuit le Paris occupé pour Marseille, où il espère trouver un passage vers l\u2019Amérique latine.Périlleuse, sa situation se complique lorsqu\u2019il s\u2019éprend de la veuve qui s\u2019ignore telle.Jeux de dupes identitaires sur fond mélodramatique assumé et rehaussé par une atmosphère quasi onirique rendant plausibles les développements les plus invraisemblables, mélancolie amoureuse, rumination sur le sentiment de culpabilité des survivants : tout cela envoûtait dans Phoenix, film précédent de Christian Petzold, et éblouit encore davantage dans Transit.Or, s\u2019il maintient les données historiques de la Deuxième Guerre mondiale, le cinéaste transpose l\u2019action dans un présent indéfini, parti pris radical donnant à cette épopée valeur de fable.Une fable qui aborde, avec un raffinement ne souffrant aucun didactisme, les avancées actuelles de l\u2019extrême droite.François Lévesque Le poirier sauvage, drame psychologique de Nuri Bilge Ceylan MK 2 MILE END retours en arrière, et une caméra au service d\u2019interprètes bouleversants, parfois même le temps d\u2019apparitions éclair, tout ça grâce au doigté de l\u2019acteur et cinéaste Joel Edgerton, s\u2019octroyant un rôle de crapule bien-pensante.Ce monde en comporte quelques-unes\u2026 André Lavoie que le décor londonien puisse créer l\u2019illusion.Il s\u2019agit en fait d\u2019un bel amalgame du chef-d\u2019œuvre de Tchaï- kovski, d\u2019une nouvelle aux contours macabres d\u2019E.T.A.Hoffman et d\u2019emprunts parfois évidents à The Wizard of Oz.La petite Clara (excellente Mackenzie Foy) se retrouve elle aussi au milieu d\u2019un monde enchanté, mais pas seulement en spectatrice émerveillée.Elle aura pour tâche de le sauver, entre des souris, des soldats de bois et des princesses hypocrites (suave Keira Knightley), une fantaisie orchestrée avec assurance et panache par Lasse Hallström (The Cider House Rules).Le cinéaste s\u2019y connaît en gui- mauveries (Dear John, Safe Haven), mais il se met cette fois au service d\u2019un spectacle éblouissant pour petits et grands.Avec, oui, parfois, quelques magnifiques pas de deux.André Lavoie Le chant d\u2019une sœur (V.F.de A Sister\u2019s Song) ?1/2 Un gouffre sépare Marina et Tatiana, deux sœurs autrefois complices, et il se nomme Dieu.Car depuis que Tatiana a choisi de rejoindre les rangs de l\u2019Église orthodoxe grecque, cette famille d\u2019immigrants russes d\u2019origine juive installée en Israël a littéralement éclaté.Depuis près de 20 ans, Marina, mère célibataire vivant à Haïfa, et la seule à toujours vivre en Terre sainte, n\u2019accepte pas le choix de sa sœur, qu\u2019elle croit sous l\u2019emprise d\u2019un gourou.Or, la religieuse se réfugie le plus souvent dans le mutisme, ce qui n\u2019aide pas à rétablir les ponts.De manière respectueuse et discrète, la cinéaste Danae Elon (P.S.Jérusalem, La chambre du patriarche) observe les lignes de fracture au sein de ce clan éparpillé dans trois pays et qui tente (en vain?) de recoller les morceaux.Un portrait sans fard et sans complaisance de l\u2019intrusion divine dans les relations familiales.André Lavoie Le poirier sauvage (V.O.s.-t.f.) ?Son diplôme en poche, Sinan revient dans le village lui ayant inspiré un roman qu\u2019il espère publier grâce à ses maigres économies.C\u2019est hélas sans compter les dettes de son père.De retrouvailles en nouvelles rencontres, Sinan affiche l\u2019assurance stoïque de ceux qui ne doutent de rien.Cela, tandis qu\u2019il devient à son insu le protagoniste plus candide qu\u2019il ne le croit d\u2019un magnifique récit d\u2019apprentissage.Réalisé par Nuri Bilge Ceylan, Palme d\u2019or pour Winter Sleep, Le poirier sauvage par sa volonté de « donner le temps au temps » et grâce à son pouvoir d\u2019évocation visuelle, une qualité romanesque des plus à propos.Fidèle à sa manière, le cinéaste privilégie l\u2019harmonie au sein du cadre plutôt qu\u2019une esthétique ampoulée.Découle de cette mesure une beauté sobre mais constante, traversée çà et là de fugaces éclats de splendeur formelle.Tout campé autre part soit- il, le parcours de Sinan revêt une portée universelle.François Lévesque New Memories ?1/2 Kensington Market, c\u2019est le cœur vibrant et désordonné de Toronto; c\u2019est aussi au cœur de la vie et de la démarche de la photographe Anne J.Gibson.Véritable survivante (d\u2019une enfance marquée par la violence de son père et d\u2019une existence plombée par la dépendance à l\u2019héroïne), elle déambule dans les rues de ce quartier avec le désir de capter la beauté spontanée des gens qui y vivent ou le fréquentent.Au moment du tournage, rien ne laissait présager que Michka Saäl (Le violon sur la toile, Prisonniers de Beckett, China Me) était pratiquement au bout de sa propre trajectoire artistique, elle qui est décédée en juillet 2017 alors que ce beau portrait n\u2019était pas encore achevé.Cette rencontre, qui laisse toute la place aux propos, aux souvenirs et aux pérégrinations de la photo- | 1 5 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Les veuves (V.F.de Widows) ?1/2 Ce polar féministe du cinéaste britannique Steve McQueen (Twelve Years a Slave, Shame) marie à Chicago les codes du film de genre aux contraintes de la production de divertissement, en embrassant de grands enjeux sociaux.Portée par une très forte distribution dominée par Viola Davis en veuve de malfrat trahie et déterminée, cette histoire de femmes qui exécutent le cambriolage prévu par leurs maris défunts afin de payer leurs dettes et de vivre à l\u2019aise est menée tambour battant.Les répliques sont souvent jouissives et les revirements, imprévus.Mais ce film efficace, souvent poignant, entre plusieurs tons, dont l\u2019humour noir, a parfois du mal à maintenir sa charge.Odile Tremblay À tous ceux qui ne me lisent pas ?1/2 Beaucoup de poètes trouveront savoureuse, ou déprimante, l\u2019ironie du titre du premier long de fiction de Yan Gi- roux.Sans compter le culot qu\u2019il a fallu au cinéaste pour consacrer un film à Yves Boisvert, écrivain qui n\u2019a jamais connu gloire et fortune.Cette tranche de vie, pleine de libertés face à son sujet, présente les errances d\u2019un être en périphérie de tout: du milieu littéraire, de la société mercantile, de son entourage qui a du mal à le suivre ou à le comprendre.C\u2019est aussi une ode à la transmission, ce pouvoir subtil de la poésie lorsque l\u2019on tend l\u2019oreille, comme le fait un adolescent (Henri Picard), d\u2019abord malgré lui, perplexe devant cet original débarquant chez sa mère (Céline Bonnier) sans crier gare.Ce magnétisme sera aussi ressenti par le spectateur devant l\u2019interprétation de Martin Dubreuil, lui dont l\u2019audace et l\u2019abandon sont choses coutumières, et qui trouve ici un grand rôle à sa mesure.André Lavoie Limonade (V.O.s.-t.f.) ?1/2 Se déroulant pour l\u2019essentiel sur une durée de 24 heures, le film conte le désenchantement de Mara (excellente Malina Manovici), une immigrée roumaine venue chercher aux États-Unis non pas le rêve américain, mais juste un avenir décent pour son fils et elle.Mariée depuis peu à un homme dont elle a été l\u2019aide-soi- gnante, Mara subit ainsi humiliations et agressions, tantôt au sein d\u2019un système sourdement hostile, tantôt aux mains d\u2019un officier de l\u2019Immigration abject.Se voulant quasi documentaire, choix logique en théorie, la facture se traduit hélas en pratique par un résultat tout bonnement drab.Même absence de fla-fla dans l\u2019écriture, avec cette fois une immédiateté seyant parfaitement à la proposition.Quant au titre, il trouve son sens à la fin.En cela qu\u2019à force de ne rencontrer que malheurs \u2014 c\u2019est-à-dire de se faire donner des citrons par la vie, comme le dit l\u2019adage \u2014 en étant honnête, Mara apprendra les vertus du mensonge.Constat ironique, voire acidulé.François Lévesque Une étoile est née (V.F.de A Star Is Born) ?1/2 On exagère à peine en disant que cette histoire-là a été racontée mille fois \u2014 quatre versions officielles pour maintes officieuses.Fort d\u2019une chimie palpable avec sa partenaire Lady Gaga, voici que Bradley Cooper, aussi réalisateur et coscénariste, s\u2019y attelle à son tour.Gaga affiche un naturel désarmant en aspirante chan- Le livre de Green (V.F.de Green Book) ?Un Prix du public au dernier Festival du film de Toronto apparaît évident pour cette œuvre édifiante et consen- suelle, vantant les mérites du voyage, du métissage et de la simple curiosité culturelle.En 1962, Tony (Viggo Mor- tensen, dévoué comme De Niro dans un film de Scorsese), un Italo-Améri- cain du Bronx, devient le chauffeur d\u2019un grand pianiste, riche et princier.Border ?Alors qu\u2019elle s\u2019est toujours crue affligée d\u2019un dérèglement chromosomique rare, Tina, une agente des services douaniers suédois, est stupéfaite puis fascinée par un inconnu pareillement affligé: Vore.Le titre Border, gräns en suédois ou «frontière» en français, outre un rapport volontairement flou au réel, s\u2019applique aussi aux identités multiples du film: drame social, romance aux accents surnaturels, policier\u2026 Une «fluidité de genre», ce n\u2019est pas un hasard, qui distingue également Tina et Vore.Hélas, ledit volet policier paraît plaqué et l\u2019ambiguïté de la relation entre Tina et son colocataire Roland, controuvée.Imaginatif et audacieux néanmoins, le film se prête, lorsqu\u2019il s\u2019en tient à sa dimension fantastique, à moult lectures allégoriques.Au bout du compte, ou du conte, Border séduit davantage par ses idées que par son exécution.François Lévesque Or, en tant qu\u2019Afro-Américain, celui-ci a besoin, pour une tournée dans le sud des États-Unis, d\u2019une protection, et Tony ne saurait rechigner sur le salaire offert pour nourrir sa famille.Ce voyage en sera un de découvertes, celles de ce pays contradictoire, de cette société opulente et obtuse, mais aussi l\u2019occasion d\u2019illustrer que, même en amitié, les contraires s\u2019attirent.Et vous avez bien lu: tout cela est orchestré par Peter Farrelly, lui qui a signé quelques formidables pochades avec son frère Bobby (There\u2019s Something About Mary, Dumb and Dumber To).André Lavoie teuse face à Cooper, très habité en idole country-rock sur le déclin.À cet égard, le surcroît d\u2019attention accordé à la déchéance de ce personnage engendre des longueurs alors que l\u2019acteur-réalisateur se regarde jouer.Certaines défaillances de montage heurtent également la temporalité.En revanche, la critique de l\u2019industrie musicale qui broie l\u2019authenticité, enjeu propre à cette mouture-ci, est bien développée.En cela, le jeu de miroirs entre la trajectoire réelle de Gaga et son personnage est fascinant.Il en résulte une variation prenante, voire électrisante lorsque chante Lady Gaga.François Lévesque graphe, témoigne aussi de la sensibilité de la cinéaste pour tous ces magnifiques créateurs singuliers qui ont jalonné sa filmographie.André Lavoie Bohemian Rhapsody ?L\u2019épopée de Queen défile sous une tonne de succès, comme un best of, en images.Mais il n\u2019y a pas que ça.Revoir l\u2019histoire du groupe britannique, c\u2019est célébrer son leader charismatique Freddy Mercury, ses costumes moulants, sa moustache.Or, derrière la bête de scène, il y a l\u2019homme qui fuit sa réalité, ses réalités.Si le portrait social manque de profondeur, ce que le réalisateur Bryan Singer a réussi à livrer (avant son congédiement !) dépasse la simple fresque musicale.Croire en ses rêves, se battre comme des champions, c\u2019est ça, Queen.En parfait sosie de Freddy Mercury, Rami Malek porte le film sur ses épaules avec brio.La reconstitution presque note par note de la participation de Queen au Live Aid de 1985, quant à elle, étonne et émeut.Jérôme Delgado Joueurs ?1/2 Ella, restauratrice rangée, s\u2019éprend d\u2019Abel, beau parleur dont chaque parole sonne comme une gageure.Avec lui, elle découvre un Paris interdit, celui du jeu illégal: couple moderne et arcanes de film noir d\u2019antan.Contrairement au spectateur, les amants ignorent être d\u2019emblée maudits.Stacy Martin joue d\u2019abord Ella avec un mélange parfait d\u2019impassibilité et de renfrognement sourd qu\u2019Abel a l\u2019heur de désamorcer d\u2019un sourire.Tandis qu\u2019Ella passe de la curiosité à la fascination et à la dépendance en moins de temps qu\u2019il n\u2019en faut pour dire «vraisemblance», s\u2019installe une vulnérabilité hagarde en porte à faux avec la force de caractère établie auparavant.Tahar Ra- him, de son côté, infuse le charisme requis à Abel, un être opaque.La réalisation se fait tour à tour effervescente et éthérée au temps de l\u2019émerveillement et des batifolages insouciants, puis glauque à mesure que pointe le dénouement que, là encore, les personnages sont seuls à ne pas voir venir.François Lévesque Ralph brise l\u2019Internet ?1/2 Un peu moins naïf (ou frais) et un peu plus usé (ou répétitif) que Les mondes de Ralph, Ralph brise l\u2019Internet (Rich Moore et Phil Johnston) est une suite\u2026 non pas de trop, mais pas loin.Il ne manque pas grande-chose à cette fresque technologique pour qu\u2019elle décolle.L\u2019allégorie du nouveau territoire à explorer est fascinante dans sa mise en images.Mais le récit passe par les mêmes voies, entre des obstacles à franchir (ici l\u2019argent et le temps) et un puissant ennemi à éliminer (un virus).Il y a néanmoins un effort louable de féminiser un univers d\u2019action et de compétition et de recycler, dans ce même esprit, le concept de princesse.La scène où on retrouve toutes les Blanche-Neige et Pocahontas de Disney est un pur ravissement.Jérôme Delgado Animaux fantastiques.Les crimes de Grindelwald (V.F.de Fantastic Beasts \u2013 The Crimes of Grindelwald) ?Toujours en deuil des aventures d\u2019Harry Potter et jamais rassasié d\u2019histoires de sorciers ?J.K.Rowling ne perd plus de temps et écrit de nouveaux univers directement pour le grand écran.Dans le deuxième chapitre (d\u2019une série de cinq, du moins pour le moment\u2026) de Fantastic Beasts, le magizoologiste Newt, reclus à Londres après avoir foutu le bordel à New York, se voit confier une périlleuse mission par son ancien professeur, un jeune Al- bus Dumbledore, pour contrer les desseins maléfiques de l\u2019inquiétant Grindelwald.Toujours sous la gouverne de David Yates, immuable dans le monde d\u2019Harry Potter, ce nouveau volet se veut ténébreux et tarabiscoté, plantant un décor macabre pour la suite des choses, pessimisme nourri par le choix des années 1920 comme cadre historique.Tout le reste n\u2019est que pure fantaisie, avec son lot d\u2019allusions politiques et de références sexuelles.Mais que les disciples des évangiles selon Rowling se rassurent : ils auront beaucoup à décoder\u2026 André Lavoie Journal d\u2019une FIV ?Raphaëlle Catteau désirait un enfant de toutes ses forces.Et toutes ses forces lui ont été nécessaires pour y arriver.Dans son dernier documentaire, Journal d\u2019une FIV, la réalisatrice raconte son long parcours à travers la procréation médicalement assistée pour donner naissance.Le film a été entièrement tourné avec un téléphone intelligent, tenu la plupart du temps par son conjoint et compagnon dans cette aventure, Rodolphe Rinnert.Voici donc la procréation médicalement assistée «comme si vous y étiez».Ces images, tournées au plus près de la procréation médicalement assistée, donnent le meilleur compte rendu possible de ce que vivent les couples qui s\u2019y adonnent.Caroline Montpetit L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 1 6 | CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR Un océan d\u2019images, la très grande majorité en noir et blanc\u2026 Pourtant, au centre Occurrence, on nage, on flotte même, sans trop de peine.Il faut dire que l\u2019exposition Archipel, autant par son contenu que par son design, laisse amplement le temps de souffler.C\u2019est bel et bien une expo de photographie, et de manière plus précise de la photographie telle que pratiquée, organisée et dif fusée depuis 40 ans par Serge Clément.Ici, point d\u2019images isolées ni sur le mur, si ce n\u2019est celles projetées dans la petite salle.Ce qu\u2019il y a à voir, ce sont une vingtaine de livres, dispersés en une série d\u2019îlots-tables.Si la plupart sont à ouvrir, il y en a quand même un, Chassé-croisé (2015), qui s\u2019étale de tout son long, pages debout.Sa reliure en accordéon \u2014 leporello est le terme exact \u2014 fait figure de sculpture et expose à vif son contenu, soit une succession d\u2019images issues des nombreuses déambulations urbaines de l\u2019artiste.Il faut comprendre que Serge Clément, depuis 1979, pense ses corpus d\u2019images, les organise pour et par le livre.C\u2019est ça, l\u2019archipel de Clément, un ensemble de bouquins, chacun avec sa singularité.Cer tains, faits maison avec leur reliure en spirale, n\u2019ont jamais été publiés, d\u2019autres sont des livres d\u2019artistes à tirage limité, parfois presque sculptures, et enfin quelques-uns ont été imprimés en grand nombre, avec l\u2019appui de maisons d\u2019édition établies.L\u2019exposition réunit de tous les types.Potentiel narratif Le plaisir du livre, sa célébration, est palpable, littéralement, puisqu\u2019on est invités à feuilleter la plupart des objets exposés.Au-delà de cette fascination à manipuler le livre, à choisir le rythme et la manière de le consulter (et pour l\u2019artiste, à le concevoir), la photographie trouve ici tout son potentiel narratif.Les récits varient d\u2019un ouvrage à l\u2019autre, d\u2019une époque à l\u2019autre, de- vrions-nous dire.À ses débuts, à l\u2019instar de la génération de photographes issue des années 1970, Serge Clément suit la trace documentaire.Dans Affichage et automobile (1979) et dans Notes urbaines (1985), on décèle néanmoins déjà l\u2019œil de Serge Clément, celui attiré par l\u2019insolite dans le paysage urbain et par une légère distorsion des espaces.Dans la plus pure tradition du photographe de rue, il donne sens à des éléments pourtant si innocents, tel ce cri sur un mur aveugle, « ne plus jamais travailler », mis en danger par l\u2019échelle posée devant lui.Avec le temps, Serge Clément s\u2019est fait moins descriptif, ses thèmes, moins explicites.Fragrant Light (2000), tiré de séjours à Hong Kong, Sutures (2003), à Berlin, Au passage Patience (2006), Géomètre (2015)\u2026 Les titres deviennent poétiques et la lecture, libre d\u2019interprétation.Formes multiples Conçue avec la contribution d\u2019une commissaire, Zoé Tousignant, l\u2019expo a tout d\u2019une rétrospective.Plus d\u2019une fois, l\u2019artiste a exploré le livre photographique sous de nouvelles formes, tant le contenu, en renversant l\u2019orientation des images, par exemple, que le contenant.N à Y (2011) se lit ainsi au recto comme au verso, la photo couleur numérique y faisant son apparition.Zone cinéma (2018), issu de sa toute récente résidence-exposition à la Cinémathèque québécoise, se présente sur du papier journal.Sauf erreur, ce projet serait le seul qui s\u2019appuie sur des images qui ne sont pas celles du photographe.Clément a conçu à deux occasions deux livres de très grand format, qui embrassent presque le lecteur, d\u2019autant plus que les images sont imprimées à la grandeur de la page.Exposés plus d\u2019une fois, ils gardent les traces de leur manipulation, les gens s\u2019étant même permis de signer le livre, comme sur un cahier de présences.Walking Berlin/& Now (2017), lui, n\u2019existe que sous forme de maquette, en deux exemplaires.Il est pourtant un de ceux qui suivent une belle progression dans le choix des images.Divisé en trois parties, ponctuées de pages blanches, le livre passe de la photographie de rue à la visite d\u2019un bunker, où l\u2019artiste jongle avec des compostions géométriques, qui frôlent parfois l\u2019abstraction.Tout chez Serge Clément semble découler d\u2019une grande patience à raconter des histoires, qui lui sont propres.Cet écrivain de la lumière prend son temps, temps qui s\u2019exprime surtout par le décalage entre la prise de vue et la sortie du livre.Il n\u2019est pas rare de voir et revoir des mêmes images, des séquences réorganisées, sous différents titres.L\u2019expo à Occurrence a donné lieu, bien sûr, à un nouveau livre et à une énième occasion de faire défiler des images prises aux quatre coins du globe.Replonger dans Archipel , l\u2019expo, le livre ou les deux, c\u2019est nager encore et toujours dans une mer de photos, sans pour autant s\u2019en lasser.Archipel De Serge Clément.À Occurrence, espace d\u2019art et d\u2019essai contemporains, jusqu\u2019au 21 décembre.Le photographe des livres Serge Clément a droit à une rétrospective qui met en relief son sens d\u2019organisateur de récits | 17 C u l t u r e A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 SU R L E R A DA R Mouvements de caméra L\u2019homme des sténopés et des images réalisées sans appareil photo, ce photographe expérimental qu\u2019est Guy Glorieux n\u2019est pas à une expérience près.Le projet Noctambule, combinant livre et expo, lui a certes fait reprendre la caméra, mais il repose sur d\u2019autres aléas.Celui de la dérive, la nuit, sous les soins d\u2019un taxi.Celui surtout du mouvement de l\u2019outil photographique, quitte à agir à contre- courant.Caméra instable, en voiture ou à pied, Guy Glorieux dresse un portrait de Montréal autour du thème du feu, entre les vues des raffineries et les jets fuyants de l\u2019éclairage urbain.Insaisissables au premier regard, peu nettes, les photos de Noctambule laissent transparaître le souffle, le geste de l\u2019artiste.Jérôme Delgado Noctambule Un livre (Guy Glorieux, Guy Glorieux éditeur, Montréal, 2018, 45 pages) et une exposition, à la galerie Carte Blanche, à Montréal CRITIQUE NICOLAS MAVRIKAKIS COLLABORATEUR LE DEVOIR Le bleu pastel \u2014 teinte associée aux vêtements du roi de France et de la Vierge Marie à partir du XIIIe siècle \u2014 a laissé sa trace dans l\u2019histoire, en particulier occidentale.Tout comme l\u2019indigo \u2014 le bleu des Indes \u2014, couleur tirée de plantes tropicales qui supplanta vite le pastel, au pouvoir colorant plus faible.Quant à l\u2019ultramarine \u2014 utilisé en peinture \u2014, il fut un des pigments les plus chers du monde, longtemps obtenu grâce au broyage du lapis-lazuli, roche souvent extraite de mines en Afghanistan.Au cours des siècles, le bleu \u2014 et toutes ses teintes \u2014 est devenu la couleur préférée des Occidentaux.Mais ce bleu cache une autre histoire, celle d\u2019une autre couleur, celle de la peau.Le bleu indigo fut en ef fet l\u2019une des couleurs de l\u2019exploitation, celle de bien des groupes ethniques, des Indiens, des Amérindiens et des Noirs qui, dans les colonies, produisaient ce pigment.Cette couleur prit un envol considérable avec les empires coloniaux, qui exploitèrent les Autochtones pour le commerce de la canne à sucre, du café, du coton, mais aussi de l\u2019indigo.L\u2019artiste belge Vincent Meessen a constitué une exposition qui, par une constellation de liens, propose une relecture de l\u2019histoire du colonialisme, du racisme, de l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme et de la couleur bleue.Intitulée Blues Klair, elle traite du régime d\u2019appropriation effectuée alors par le colonialisme, en fait, par le capitalisme en général.L\u2019approche de Meessen n\u2019est pas celle du célèbre historien des couleurs Michel Pastoureau.Sa démarche est une sorte de tissage entre une recherche historique et une création artistique.Il effectue un travail de recomposition, de réénoncia- tion historico-poétique qui résiste aux récits conventionnels d\u2019une histoire linéaire occidentale.À vrai dire, cette exposition est bien difficile à résumer.C\u2019est d\u2019ailleurs une de ses qualités.Le texte de présentation parle d\u2019une « contre-archive tentaculaire » qui fait référence autant au livre Le peuple du blues : la musique noire dans l\u2019Amérique blanche (1963) d\u2019Amiri Baraka qu\u2019à la pièce Blues clair de Django Reinhardt\u2026 L\u2019œuvre centrale de cette expo \u2014 littéralement plongée dans la couleur bleue \u2014 en est l\u2019installation filmique Ultramarine, œuvre projetée sur un réseau de textiles.Elle permet de voir et surtout d\u2019entendre Kain The Poet, de son vrai nom Gylan Kain, performeur et poète africain américain qui, à la fin des années 1960, fit partie du Black Arts Movement.Il fut aussi l\u2019auteur, en 1970, du légendaire disque Blue Guerrilla.Sa pratique du spoken word \u2014 sorte de parlé-chanté, de scansion lyrique \u2014 a fait de lui un des initiateurs du hip-hop.Il est ici accompagné par le batteur Lander Gyselinck.Kain y explique entre autres comment il est fatigué de voir à la télévision des images d\u2019enfants noirs mourants.On remarquera aussi dans ce film une photo d\u2019Oscar Mallitte montrant une plantation-manufacture d\u2019indigo en 1877.On peut y voir des indigènes surveillés par des colons portant ces tristement célèbres casques blancs, dont l\u2019image est persistante, même dans notre monde contemporain.C\u2019est ce couvre-chef que Melania Trump porta «innocemment» au Kenya.Mais ce film n\u2019est qu\u2019une petite partie de cette expo.Celle-ci traite aussi de la résonance du colonialisme et du racisme dans notre monde contemporain, mais souhaite aussi offrir des perspectives sur des histoires et des types de récits oubliés.Meessen fait référence aux courageuses grèves étudiantes ayant éclaté en 1968 après que six étudiants caribéens eurent vécu de honteuses discriminations à l\u2019Université Sir-George-Williams de Montréal.Vous y retrouverez aussi des l iens avec André Frankin et le concept « d\u2019histoires occultées » ou avec Patrick Straram, porte-parole de la contre-culture qui anima entre autres l\u2019émission Blues clair à Radio- Canada à la fin des années 1970, nom d\u2019émission qu\u2019il reprit comme titre de ses écrits publiés en 1980.Blues Klair Vincent Meessen.Commissaire : Michèle Thériault.À la galerie Leonard et Bina Ellen, jusqu\u2019au 23 février.Avoir les bleus ; broyer du noir Vincent Meessen propose de réfléchir aux liens entre couleurs et politique Vincent Meessen, Ultramarine, 2018 HUGUES DUGAS Guy Glorieux, Noctambule 14, Mtl, Hochelaga-Maisonneuve GUY GLORIEUX Le plaisir du livre, sa célébration, est palpable, littéralement, puisqu\u2019on est invités à feuilleter la plupart des objets exposés.SERGE CLÉMENT L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e M u s i q u e 1 8 | ENTREVUE PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR Je me définis pas mal plus comme compositeur que comme interprète », nuance Jean-François Bélanger, même si son instrument de prédilection en fait un interprète hors du commun : le nyckelharpa, instrument à cordes et à « pitons » emblématique des musiques folkloriques suédoises.«C\u2019est l\u2019instrument qui me rend le plus service comme compositeur.Il traduit la mélancolie de manière complètement unique.Il a quelque chose d\u2019aérien dans le son qui porte au recueillement.Tout de suite, une ambiance se crée avec cet instrument » que le public sera invité à découvrir le 6 décembre à la splendide salle Bourgie du Musée des beaux- arts de Montréal.Formé au violon classique, Jean- François Bélanger dit avoir « trouvé sa voie» dans les folklores du monde.Celte d\u2019abord, québécois ensuite, naturellement.«Or, il y a quelque chose de particulier aux musiques traditionnelles scandinaves \u2014 et suédoises surtout \u2014 qu\u2019on retrouve peu dans d\u2019autres répertoires folkloriques : la palette d\u2019émotion est large.» Si large, en fait, que Bélanger a dû enregistrer deux albums de compositions originales inspirées du folklore scandinave pour en cerner toutes les nuances.Le premier volet baigne dans des atmosphères « contemplatives, intérieures, propices à la réflexion», l\u2019expression d\u2019une facette de la musique traditionnelle suédoise « dont on a l\u2019impression parfois qu\u2019une partie de ses influences s\u2019arrête à l\u2019époque de la musique baroque ».Le plus récent volet s\u2019avère nettement plus charnel, « plus \u201cviking\u201d », illustre Bélanger en évoquant les rythmiques marquées qui, elles, rejoignent le traditionnel set carré québécois.C\u2019est ce dernier volet qui sera au cœur du concert of fert en formule quatuor incluant un percussionniste « pour donner un peu plus d\u2019entrailles à la montagne ».Sa petite église Le concert du 6 décembre marque aussi pour le musicien la fin d\u2019un cycle de création entamé en 2014 avec la parution, à compte d\u2019auteur, de Les vents or fèvres, suivi l\u2019an dernier de Les entrailles de la montagne, dernier volet du diptyque scandinave qui a requis trois ans de travail en studio avec d\u2019autres pointures de la musique folklorique québécoise.Retenu parmi les finalistes dans la catégorie de l\u2019album de musique traditionnelle de l\u2019année au dernier gala de l\u2019ADISQ et lors du gala Prix OPUS 2017-2018, Les entrailles de la montagne a d\u2019excellentes chances de rem- por ter un prix aux Canadian Folk Music Awards ce week-end à Calgary, alors que Bélanger se retrouve finaliste dans les catégories Album de l\u2019année \u2013 instrumentiste solo, Artiste de l\u2019année \u2013 musique du monde solo et Prix innovation musicale.Car même s\u2019il défend une tradition musicale de plus de 600 ans, Bélan- ger innove cer tainement à travers ses compositions finement orchestrées et lustrées par la sonorité singulière de cet instrument suédois.«C\u2019est un instrument qui a une résonance particulière, explique le compositeur.J\u2019ai un peu l\u2019impression de traîner une petite église personnelle lorsque j\u2019en joue, à cause d\u2019abord de sa caisse de résonance, mais aussi à cause de ses cordes sympathiques.» Le nyckelharpa a l\u2019apparence d\u2019un gros violon, avec une série de clés le long de son large manche ; selon les modèles, trois ou quatre cordes mélodiques sont frottées à l\u2019aide d\u2019un petit archet, et les notes sont jouées en appuyant sur les clés, comme pour une vielle à roue.Une douzaine de cordes dites sympathiques \u2014 qui vibrent toutes seules au diapason des cordes frottées, comme sur le sitar indien \u2014 sont tendues sous les cordes mélodiques.«Le son est plus grave que celui d\u2019un violon, et les cordes sympathiques génèrent une réverbération plus importante, ça fait son effet.Mais y\u2019a aussi le petit bruit du claquement des clés \u2014 moi, j\u2019aimais ça!» Réchappé des oubliettes « Si le violon est le premier instrument que j\u2019ai maîtrisé, la musique classique n\u2019était pas mon truc, et c\u2019est ainsi que j\u2019ai commencé à m\u2019intéresser aux autres traditions, plus spécifiquement les musiques scandinaves.Puis j\u2019ai découvert des enregistrements réalisés avec le nyckelharpa, et là je me suis dit : il m\u2019en faut un.» Ce qui ne se fait pas sans difficulté : le nyckelharpa, un instrument ancien, est pratiquement tombé en désuétude avant qu\u2019une poignée d\u2019enthousiastes ne le réchappe des oubliettes du temps dans les années 1960, alors qu\u2019un répertoire de chansons composées pour lui était colligé.« L\u2019instrument était pratiquement disparu au siècle dernier, raconte Bé- langer.Il n\u2019en restait que quelques- uns encore fonctionnels, appartenant à des gens qui n\u2019osaient même pas le montrer en public parce qu\u2019ils faisaient rire d\u2019eux.» Peu à peu, de rares luthiers ont entrepris d\u2019en fabriquer, modernisant du même souffle son mécanisme.Le folkloriste québécois s\u2019est tourné vers l\u2019American Nyckelharpa Association pour trouver un luthier suédois acceptant de lui en fabriquer un.« J\u2019ai attendu deux ans avant de le recevoir.» Depuis, il a acquis deux autres versions de l\u2019instrument, le kontrabasharpa et le tenorharpa, qui seront aussi mis en évidence lors du concert.Le cycle bouclé, Jean-François Bé- langer entrevoit déjà la suite de ses explorations nordiques.« Mon prochain projet sera en continuité avec mon diptyque, annonce-t-il.Probablement en suivant une approche plus minimaliste \u2014 une formule simple ; piano, contrebasse, nyckelharpa.Plus près du jazz aussi, inspirée du travail d\u2019un jazzman suédois décédé trop tôt, Jan Johansson, qui a composé des arrangements jazz pour des chansons traditionnelles suédoises » sur son album Jazz på svenska, paru en 1964, «un de mes albums préférés à vie, tous styles confondus».Les entrailles de la montagne Jean-François Bélanger.À la salle Bourgie, le 6 décembre à 19h30.Sensibilités nordiques Jean-François Bélanger raconte la mélancolie aérienne du nyckelharpa Formé au violon classique, Jean-François Bélanger dit avoir « trouvé sa voie » dans les folklores du monde.LAURENCE CAMPBELL « Il y a quelque chose de particulier aux musiques traditionnelles scandinaves, suédoises surtout, qu\u2019on retrouve peu dans d\u2019autres répertoires folkloriques : la palette d\u2019émotion est large JEAN-FRANÇOIS BÉLANGER » tête à Michel, c\u2019est ma carrière qui est le succès, ponctuée de chansons plus ou moins connues.Mais il a toujours été fier de ma démarche ».Une démarche tout de même en marge de ce que le milieu musical attendait d\u2019un chanteur folk, précise le guitariste.Voilà une espèce de disque rétrospective pour Corcoran.Lorsqu\u2019il a écouté le tout, deux jours avant que le disque soit envoyé en production, le musicien s\u2019est instantanément replongé dans ses souvenirs.« C\u2019est presque 40 ans de ma vie, alors de chanson en chanson, je me suis souvenu des séances studio, des frissons que j\u2019avais, des rencontres avec les musiciens, les choristes, les techniciens.» Jeu de guitare et jeux de mots Complètement Corcoran met un certain accent sur la guitare acoustique, estime le principal intéressé.Il a pu comprendre à l\u2019écoute de l\u2019album comment son jeu de guitare a évolué et « de quelle façon c\u2019est le point de dépar t de toutes les chansons.Je suis comme un métronome.Je ne fais pas de solos, je suis comme la section rythmique et j\u2019ai besoin de solistes, comme Pierre Côté ».Cette collection de chansons, re- matricées pour l\u2019occasion, révèle aussi une plume où les relations à l\u2019autre, à la femme, sont reines, mais aux tons variés.« Pendant une bonne période de ma carrière, il y avait une pudeur dans mes écrits, dit Corcoran.\u201cTes manières m\u2019intriguent\u201d, ou \u201cça vaut pas la peine d\u2019ouvrir toujours son journal à la même page\u201d, c\u2019est gentil.Quand on arrive à \u201cque j\u2019te badigeonne de moi\u201d, la pudeur a pris le bord ! Je me suis dit, Jim, dis-le, et n\u2019ait pas peur d\u2019une sensualité.Je ne la refoule pas en privé, pourquoi le faire en public, dans mes textes?» S\u2019il peut toucher aisément un public adulte avec Complètement Corco- ran, est-ce que ce sur vol musical pourrait intéresser les plus jeunes amateurs de folk ?« Je ne veux pas téter une génération, tranche Corco- ran.Mais j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y a pas un jeune après l\u2019écoute de ça qui ne dirait pas : \u201cLe gars est sauté, j\u2019aime pas tout, mais il a eu du fun dans sa vie, ce gars-là.\u201d Ça me suffirait.Parce que c\u2019est vrai ! » Complètement Corcoran Jim Corcoran, Audiogram | 19 C u l t u r e M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 ENTREVUE PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR Les hommages et les moments de bilan se multiplient, ces temps-ci, pour le vétéran musicien Jim Corco- ran.Alors qu\u2019il vient de quitter le micro de l\u2019émission de radio À propos, qu\u2019il animait depuis 30 ans, l\u2019auteur de Ton amour est trop lourd et D\u2019la bière au ciel a récemment reçu un prix hommage de la SOCAN en plus d\u2019être honoré mercredi de l\u2019Ordre des francophones d\u2019Amérique.Cerise sur le sundae, voilà qu\u2019un disque aux allures de compilation voit le jour.Presque contre son gré.C\u2019est que Complètement Corcoran, paru vendredi, vient non pas du désir du sympathique musicien aux lunettes rondes, mais plutôt de Michel Bélanger, patron de l\u2019étiquette de disques Audiogram.Pas très chaud à l\u2019idée d\u2019un best of, M.Corcoran?« L\u2019idée de faire un disque qui est juste le calcul des chansons les plus connues et de demander aux gens d\u2019acheter ce qu\u2019ils ont déjà, moi, ça ne m\u2019intéresse pas », admet candidement Jim Corcoran.Michel Bélanger, aidé par l\u2019ancien directeur musical de CKOI Guy Brouillard, a donc adopté une autre voie.Il a tout écouté le réper toire du chanteur depuis 1980 et en a fait ce que Corcoran appelle « un documentaire personnel ».« C\u2019est pas business as usual , c\u2019est un regard poétique sur ma poésie par Michel Bélanger.Et je suis reconnaissant, c\u2019est un maudit beau cadeau qu\u2019il me fait.Le compromis qu\u2019on m\u2019a proposé me plaît et me bouleverse.» Toutes époques Les 19 titres de Complètement Corco- ran offrent un regard sur toutes les époques du chanteur, et on y trouve bien sûr les plus connues, comme J\u2019vais changer le monde, D\u2019la bière au ciel, Ton amour est trop lourd, Je me tutoie et C\u2019est pour ça que je t\u2019aime.Michel Bélanger a aussi sélectionné quelques titres moins évidents pour un public lambda, comme De quoi j\u2019me mêle, Fallait s\u2019y attendre ou Ça tire à sa fin, enregistrée à Memphis en 1983 avec des choristes à la Joe Cocker.« Il y a d\u2019ailleurs certaines chansons où j\u2019ai dit : \u201cWô, qu\u2019est-ce que ça fait là ?\u201d J\u2019étais étonné de voir une chanson comme J\u2019ai tout mangé, qui est complètement surréelle.C\u2019est le texte le plus sauté que j\u2019ai fait, et je l\u2019ai presque jamais chanté en public.Mais c\u2019est quand je l\u2019ai écouté que j\u2019ai compris pourquoi il l\u2019a mis là.Je l\u2019ai senti.» En résumé, dit Corcoran, «dans la Le survol non sollicité de Jim Corcoran Complètement Corcoran offre un regard poétique sur sa poésie à toutes les époques Voilà une espèce de disque rétrospective pour Corcoran.Lorsqu\u2019il a écouté le tout, deux jours avant que le disque soit envoyé en production, le musicien s\u2019est instantanément replongé dans ses souvenirs.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR « J\u2019ai pas dit mon dernier mot » C\u2019est bien beau, les hommages et les bilans, mais Jim Corcoran a encore des chansons en lui, assure-t-il.C\u2019est entre autres pour avoir davantage de temps pour la création qu\u2019il a quitté son émission de radio en septembre.« J\u2019ai fait le survol, j\u2019ai ramené tellement de souvenirs extraordinaires que ça me donne le goût de continuer, explique-t-il.J\u2019ai fait des maudites bonnes choses, mais j\u2019ai pas dit mon dernier mot.[\u2026] Le créateur en moi s\u2019ennuie de lui-même.Je réalise que je me suis négligé.» Reste le plus dur : plonger dans le travail ! Il n\u2019y a à ce jour que quelques fragments de chansons en banque, car le musicien a besoin de longues périodes continues pour avancer des morceaux.Jim Corcoran avoue avoir tendance à jongler avec des images obscures, à exagérer les métaphores.«C\u2019est une fuite, reconnaît-il.J\u2019ai regardé quelques textes que j\u2019ai entamés, et je me suis dit : \u201cJim, ça frôle la malhonnêteté, tu fais juste jouer avec les mots au lieu de dire des choses, fais attention.\u201d » La base musicale restera ancrée dans la guitare acoustique, dit le natif de Sherbrooke.«Aussi, je veux bercer, bouleverser et détendre.Il y a tout ça.» L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e C l a s s i q u e 2 0 | Musique tchèque o 2 o 1 o 2 Vendredi 7 décembre 19h30 Conservatoire de Montréal, 4750, ave Henri-Julien Focus Cassandra Miller Quatuor Bozzini Concert / Causerie 10 décembre 2018 > 20h Chapelle historique du Bon-Pasteur 100 Sherbrooke Est Billets 15/25 $ quatuorbozzini.ca ENTREVUE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR Un génie ! » avions-nous écrit lors de son dernier passage.Sergeï Babayan était alors entré dans le cercle très fermé des pianistes à la touche magique, les An- drás Schiff, Arcadi Volodos, Grigory Sokolov ou Radu Lupu de ce monde.C\u2019est mercredi que nous attendons confirmation de ce statut très particulier à la salle Bourgie dans le cadre du Festival Bach.Sergeï Babayan, quoiqu\u2019il arrive mercredi à Montréal, est assuré de marquer l\u2019année 2018 avec son disque Prokofiev, enregistré en tandem avec Mar tha Argerich pour Deutsche Grammophon.Babayan est désormais of ficiellement un pianiste DG, une forme de consécration, à 57 ans.Il lui a fallu attendre longtemps, très longtemps, cette reconnaissance, arrivée après quelques rencontres déterminantes.Le goût de la liberté Sergeï Babayan, cela fait deux décennies que le monde musical aurait dû prêter davantage attention à ce nom.Ricard de la Rosa, technicien de pianos new-yorkais, nous l\u2019avait fait connaître dans deux parutions de son étiquette Pro Piano, notamment un programme de Sonates de Scarlatti, dans les années 1990, peu après une arrivée en Occident que Sergeï Ba- bayan a accepté de raconter au Devoir.«Arrivé à l\u2019âge de participer à des compétitions de piano, j\u2019ai bénéficié de l\u2019un des assouplissements induits par Mikhaïl Gorbatchev en URSS: la possibilité de concourir à l\u2019étranger sans représenter officiellement le pays.» En effet, précédemment, un département du ministère de la Culture du gouvernement soviétique contrôlait quel jeune artiste participerait à telle ou telle compétition.« D\u2019ailleurs, le gouvernement choisissait d\u2019abord les compétitions et dans ces compétitions-là, vous aviez des membres soviétiques dans le jury.Je ne me souviens pas de compétitions où de jeunes artistes russes étaient envoyés sans que l\u2019URSS ait des représentants au jury», précise Sergeï Babayan.« En mars 1989, j\u2019ai découvert une règle disant que vous pouviez demander un visa touristique pour la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis afin de participer à une compétition à condition d\u2019avoir sur place un contact disposé à envoyer une invitation of ficielle.» C\u2019est un ami du pianiste habitant le Massachusetts qui lui a permis de participer au concours Robert Casadesus de Cleveland.« Cela m\u2019arrangeait bien, car ma professeure étant cataloguée comme opposante au régime, ses élèves étaient écartés de toute compétition internationale.» « Le pr ogramme f rança is du concours m\u2019inspirait beaucoup.Il y avait aussi Scarlatti et Bach et un Sergeï Babayan, rigueurs et bonheurs de l\u2019exil Le pianiste arménien de génie se raconte au Devoir à la veille de son passage à Montréal concerto de Beethoven en finale.La direction du concours a eu ma bande.J\u2019ai été invité, j\u2019ai obtenu le visa touristique et j\u2019ai acheté un billet d\u2019avion.Il semble que j\u2019ai été le premier à utiliser ce nouveau système.» Babayan a atterri à Cleveland.Cela aurait pu être Paris, Lyon ou Montréal.Restait à éviter un écueil : la composition du jury ! « Par chance, il n\u2019y avait pas de membres russes dans le jur y.Les membres du bloc soviétique créaient partout des situations embarrassantes.Ils pouvaient voir blanc et dire noir sans même sourciller.C\u2019est la vérité : il y a de la malhonnêteté par tout, mais ce qui se passait dans les concours en Union soviétique dépassait l\u2019entendement.» Arrivé à Cleveland, Babayan a été subjugué par « le style de vie, le respect de la vie privée, l\u2019ouverture des gens».Sa vie a basculé là-bas.« Je ne savais pas que j\u2019allais gagner.Tout ce que je faisais, c\u2019était prier pour avoir le 6e prix afin d\u2019avoir assez d\u2019argent pour payer mon billet de retour.Idéalement, je voulais aussi pouvoir rembourser mon père.» Sergeï Babayan a gagné, sa vie a changé, il a remboursé son père, gagné d\u2019autres compétitions, comme Hamamatsu au Japon ou Glasgow en Écosse, obtenu un visa de travail puis une car te ver te et glané un poste d\u2019enseignement à Cleveland.Des succès au doute Les premiers prix, les succès d\u2019estime du CD Scarlatti ne lanceront cependant pas la grande carrière.Sergeï Babayan ne cache pas qu\u2019il a vécu des périodes dif ficiles.« Il y a des moments où j\u2019aurais pu être déprimé.Je ne jouais pas et j\u2019avais tellement en moi.La vapeur n\u2019avait pas d\u2019échappatoire.» Alors Babayan apprend.Frénétiquement.« J\u2019avais des périodes de trois mois sans concerts.Donc, j\u2019ai appris de très gros programmes que j\u2019ai présentés à la faculté, par exemple dix sonates de Beethoven en deux soirées.» Sergeï Babayan a tenu ainsi, aussi parce que son activité d\u2019enseignement au Cleveland Inst i tute of Music lui a toujours permis d\u2019avoir un nombre réduit d\u2019élèves et de continuer à emmagasiner du répertoire.« J\u2019ai pu étudier un répertoire Concerts de la semaine Ladies\u2019 Morning.Programme on ne peut plus solide et éminent pour le trio piano et cordes composé du violoniste Philip Setzer, du quatuor Emerson et du duo David Finckel-Wu Han, directeurs artistiques de la Chamber Music Society du Lincoln Center de New York.Ils joueront les deux monuments du répertoire : le Trio en si bémol majeur, opus 97 «Archiduc» de Beethoven et le Trio en mi bémol majeur, opus 100 de Schubert.Dimanche 2 décembre à 15h30 à la salle Pollack.Alexander Shelley.Superbe visite à l\u2019Orchestre Métropolitain, avec la venue d\u2019Alexander Shelley, le chef visionnaire de l\u2019Orchestre du Centre national des arts (CNA), que l\u2019on espérait plutôt secrètement dans les prospects testés prochainement par l\u2019OSM.Programme autour de Shakespeare, avec des œuvres de Mendelssohn, Tchaïkovski, Hillborg et Strauss, une occasion de découvrir le clarinettiste David Dias da Silva, qui a gagné de nombreux prix.Jeudi 6 décembre, à 19 h 30 à la Maison symphonique.Et le 4 à Saint-Lau- rent, le 5 à Rivière-des-Prairies, le 7 à Pierrefonds-Roxboro et le 8 à Saint-Léonard (même heure).» | 2 1 C u l t u r e C l a s s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 énorme de concertos [2e de Prokofiev et 2e de Brahms la même année].» Ce capital est précieux aujourd\u2019hui : «Si vous me demandez le 3e Concerto de Prokofiev, je peux vous le préparer en deux heures, même si je ne l\u2019ai pas joué depuis cinq ans.» Voilà le genre de flexibilité qui intéresse Valery Gergiev, l\u2019un des acteurs du milieu qui lui a mis le pied à l\u2019étrier : « Je l\u2019ai rencontré après un concert de mes étudiants.Il m\u2019a demandé si je jouais des concer tos rares et contemporains.Nous avons interprété Lutoslawski ensemble et, à par tir de là, bien d\u2019autres choses, notamment les Concer tos nos 2 et 5 de Prokofiev.» Depuis quelques années, la vie de Sergeï Babayan change au fil de ces rencontres, par exemple celle avec Martha Argerich.« Lors d\u2019un concours en Arizona, où nous siégions au jury, elle a dit : \u201cJe veux bien jouer mais seulement avec Sergeï.\u201d Elle m\u2019a ensuite invité à Lugano\u2026 » L\u2019étape d\u2019après, ce furent les transcriptions de Prokofiev, le disque et le contrat DG.Sergeï Babayan, qui tresse de nombreux lauriers à son agent Marcus Felsner (« Un bon management change tout et Marcus Felsner et son intelligence ont tout changé.Le talent d\u2019un agent doit se conjuguer au talent d\u2019un artiste »), a vu, ironiquement, sa notoriété décoller en flèche grâce à son élève le plus talentueux, Daniil Trifonov, « arrivé de nulle part, recommandé par un professeur comme un élève doué, il est devenu une superstar ».Maintenant qu\u2019il est reconnu, Ba- bayan, qui, parmi les gloires pianistiques du passé, admire Sergueï Rach- maninov, Ignaz Friedman, Vladimir Horowitz, Arturo Benedetti Michelan- geli, Walter Gieseking et Alfred Cor- tot, ne changera rien.Il reste indéfectiblement attaché à Bach, à Chopin et à Rachmaninov et ne saurait se passer de Beethoven, Mozar t, Schuber t, Schumann, Ravel ou Prokofiev.Bref, composer un récital qui soit le reflet de toutes les facettes de sa personnalité est mission impossible.Sergeï Babayan Œuvres de Rameau, Chopin et Bach.À la salle Bourgie, mercredi, 19h30.Sergeï Babayan est assuré de marquer l\u2019année 2018 avec son disque Prokofiev.Il est désormais officiellement un pianiste DG, une forme de consécration, à 57 ans.MARCO BORGGREVE Si vous me demandez le 3e Concerto de Prokofiev, je peux vous le préparer en deux heures, même si je ne l\u2019ai pas joué depuis cinq ans SERGEÏ BABAYAN » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e D i s q u e 2 2 | JAZZ 12 Little Spells ?1/2 Esperanza Spalding, Concord Il y a une ombre qui plane au-dessus du nouveau disque d\u2019Esperanza Spalding : celle, bienveillante, de Joni Mitchell.Non pas que 12 Little Spells copie la grande musicienne canadienne, mais il y a assurément communion d\u2019esprit entre cet album et l\u2019œuvre de Mitchell.La contrebassiste et chanteuse américaine accentue ici son virage pop, cela dit dans le sens heureux du terme : esthétique recherchée, jon- glage harmonique et mélodique incessant, mixité d\u2019influences artistiques.Spalding ne fait rien sans une bonne dose d\u2019audace et de volonté exploratoire.Mais encore ?À la limite de l\u2019ésotérisme, l\u2019album semble parfois s\u2019égarer dans son propre concept (chaque pièce est associée à une partie du corps), cela, au détriment d\u2019un fil narratif musical clair.N\u2019empêche : qu\u2019on y adhère ou pas, la proposition a le mérite de pousser la musique plus loin.Comme Mitchell.En spectacle lundi au théâtre Maisonneuve.Guillaume Bourgault-Côté CLASSIQUE Play Bach ?Jacques Lous- sier \u2014 5 albums originaux, Decca, 5CD, 537 941-1 Il fut un temps où le terme «crossover» pouvait signifier le croisement du meilleur de deux mondes plutôt que la dilution hahnemannienne de parcelles d\u2019insignifiance dans un néant quasi absolu.Le souverain de ce crossover glorieux fut Jacques Lous- sier, ancien élève d\u2019Yves Nat au Conservatoire de Paris, qui, en 1959, enregistra Play Bach, album teintant de jazz les airs les plus connus de Jean-Sébastien Bach.Plus qu\u2019un succès, Play Bach, qui associe à Loussier le contrebassiste Pierre Michelot et le batteur Christian Garros, devint un phénomène, avec des millions de microsillons vendus.Le 1er volume fut suivi d\u2019un second en 1960 et de plusieurs autres.Play Bach No.5 parut en 1965, année d\u2019un premier live au Théâtre des Champs-Élysées.La série initiale de cinq disques, jamais vraiment surpassée, assez régulièrement rééditée, est aujourd\u2019hui rassemblée dans un magnifique petit fourreau au prix d\u2019un CD.Il loge des pochettes cartonnées reproduisant les visuels originaux.Glenn Gould admirait.Alors pourquoi pas vous?Christophe Huss ALBUM POSTHUME En amont ?Alain Bashung, Barclay / Universal Fonds de tiroirs sortis du purgatoire ?Maquettes maquillées?Tout n\u2019était pas dit, voilà tout.Autour de Bleu pétrole, nombre de chansons avaient été tâtées, tentées, certaines choisies, d\u2019autres pas.Le temps pressant, Gaëtan Roussel et Arman Méliès avaient peint avec Bashung une fresque de fin qui semblait finale.Et puis, de vie à trépas notre Alain est passé, et le forage en est resté là.Le deuil a été vécu, le monument érigé, on a laissé en l\u2019état le vaste champ de rimes bombardé par les Boris Bergman et Jean Fauque.Rien à ajouter au cimetière.Jusqu\u2019à ce que l\u2019on entende ces chansons tombées au combat, signées Mios- sec, Daniel Darc, Méliès, Dominique A.Et que l\u2019on se rende à l\u2019évidence qu\u2019il n\u2019y a pas de Bashung de derrière les fagots.Que du Bashung essentiel.Les guitares et programmations d\u2019Edith Fambuena (ex-Valen- tins) se contentent de dessiner le désert dans lequel la voix s\u2019élève, magnifique : « Je ne t\u2019ai jamais dit / Mais nous sommes / Immortels».Sylvain Cormier PSYCH-ROCK Silence ?1/2 Will Driving West, willdriving- west.com Le bouche-à-oreille ne suffit plus.Le groupe de folk atmosphérique formé autour du tandem Andréa Bélanger- David Ratté doit se faire entendre comme jamais auparavant, pour avancer.C\u2019est la réussite de ce quatrième album de Will Driving West, qui a des ailes, de l\u2019envergure, de l\u2019espace de résonance, de l\u2019horizon.Je dirais même de l\u2019ambition dans les sons : les tambours tonnent dans Cannonball, la guitare explose à la Pink Floyd première époque dans Wings, les cordes hachurées tournoient à en perdre le nord dans Waltz of Life.Ces éclats égratignent, ces grandes saillies piquent, mais sans dénaturer WDW.Les harmonies des tourtereaux ne bercent pas moins les mélodies qu\u2019avant, et les refrains ne sont pas moins naturellement porteurs.Oui, ça remue, ça brasse, ça pose des questions aiguës sur l\u2019engagement, les enfants, et même la potentielle fin du monde, mais à la fin, ça fait surtout du bien.La douceur l\u2019emporte.Un peu moins en vain : c\u2019est le but.Atteint.Sylvain Cormier FOLK Marion ?1/2 Jenina MacGillivray, Indépendant Ce qui marque, d\u2019abord, c\u2019est la voix: grave, sensuelle, parfois réduite à un trémolo très subtil.Une autre époque habite cette voix, celle où Jenina Mac- Gillivray aurait peut-être voulu vivre pour n\u2019avoir pas toute cette vitesse au corps.Marion, premier album de la musicienne de l\u2019Île-du-Prince-Édouard désormais installée à Terre-Neuve, tire son nom de sa mère, disparue trop tôt il y a deux ans.Si la mort et la mélancolie dominent les narrations serrées de Jenina, des histoires où passent des amants, des amitiés, des îles et des bateaux à vapeur, jamais il n\u2019y a apitoiement.C\u2019est au contraire une certaine espérance qui semble tirer l\u2019ensemble, long fil à suivre lentement jusqu\u2019au bord de la mer.Jenina MacGillivray donne à son country-folk sobre et velouté (Carvoeiro), surtout acoustique, des effets choraux (Holy Winter, Roots) et même des airs de western spaghetti (Some Day We\u2019ll All Be Dead) avec une main désinvolte, mais sûre.Nous voilà doucement sommés de réapprendre à ressentir le monde.Qui a dit que la vie ne pouvait pas aussi être un chant apaisant?Geneviève Tremblay ROCK GARAGE Princes de l\u2019amour ?1/2 Johnny Mafia, Dirty Water Records Prenez une tasse de Oh Sees, une pincée de Wavves, une cuillerée à thé de Ty Segall, mélangez bien comme il faut, ajoutez juste ce qu\u2019il faut de «French Touch» et vous obtenez un beau soufflé garage rock appelé Johnny Mafia.Sanctionnés par l\u2019étiquette britannique Dirty Water, les quatre (très) jeunes garçons originaires de Sens (quelque part en France) proposent ce second album, Princes de l\u2019amour, dont la production a été signée par Jim Diamond, collaborateur des White Stripes.Bref, un très beau bulletin pour ces jeunes hommes \u2014 serait-ce même un petit clin d\u2019œil aux Ramones dans leur nom ?Mais vous connaissez l\u2019adage, hein?Qui trop embrasse, mal étreint.Princes de l\u2019amour contient tout de même quelques beaux élans de pugnacité juvénile, mais souffre d\u2019un mimétisme trop grand.On les entend presque clamer «ce sera nous, les Cloud Nothings de France ! ».On aime beaucoup Cloud Nothings.Mais on aurait aimé connaître les Johnny Mafia.Sophie Chartier PSYCH-FOLK Momentary Glance ?Lisa / Liza, Orindal C\u2019est enfin le retour de la voix patiente et légèrement plaintive de Liza Victoria.S\u2019il y a eu le court Barn Coat au printemps, il y avait deux ans que la musicienne du Maine ne s\u2019était pas lâchée en longueurs.Six pistes en 42 minutes: un format parfait pour sa construction mélodique lente, en volutes libres et imprévisibles.C\u2019est ainsi que naît la grâce.Momentary Glance, enregistré à Montréal (à l\u2019exception d\u2019un morceau) dans le froid pénétrant de l\u2019hiver dernier, fait entendre pour la première fois le groupe qui accompagne Lisa/Liza \u2014 la guitare est maintenant électrique, on entend des percussions, du reverb, du pedal steel, des bruits.Mais c\u2019est toujours aussi fuyant qu\u2019avant: comme une seule piste qui traverserait plusieurs paysages.Lisa/Liza fait d\u2019ailleurs souvent référence à la nature, aux oiseaux, à ce qui nous entoure pour poser sa contemplation.Et cette fois, sa voix vacillante a chanté malgré le deuil d\u2019un ami, qui s\u2019est suicidé peu avant l\u2019enregistrement.Pour cela, et pour le talent qu\u2019il recèle, Momentary Glance est d\u2019une précarité grandiose.Geneviève Tremblay CLASSIQUE Antonio Caldara ?Maddalena ai Piedi di Cristo, Le banquet céleste, Damien Guillon, Alpha 2CD 426 L\u2019oratorio d\u2019Antonio Caldara (1670- 1736) Maddalena ai Piedi di Cristo, que les musicologues datent autour de 1698, nous a été révélé il y a un peu plus de 20 ans par un enregistrement de René Jacobs (Harmonia Mundi).Caldara y décrit le cheminement spirituel de Marie-Madeleine tiraillée entre Amour terrestre et Amour céleste sous les yeux de Marthe et d\u2019un pharisien.Il y a une évidente légitimité à la lecture alternative du Banquet céleste, qui propose une vision plus «modeste».Nous sommes dans une chapelle, face à l\u2019édifice sonore plus grand de Jacobs.Damien Guillon lui- même interprète la Voix céleste, rôle tenu par Andreas Scholl chez Jacobs.Il séduit Emmanuelle de Negri, une Maddalena qui fait le prix de cette parution, tant elle est convaincante, vocalement mais aussi dramatiquement, dans sa métamorphose et ses doutes.Le petit bémol est à mes yeux la contralto Benedetta Mazzucato, un peu placide en Amour terrestre.Il est vrai qu\u2019il n\u2019est pas facile de succéder à Bernarda Fink.Belle nouveauté d\u2019une œuvre attachante.Christophe Huss L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 E R E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 LI RE Grand angle Vers une littérature non genrée SPÉCIAL 1OO% JEUNESSE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Le garçon aux chiens Je t\u2019aime beaucoup cependant Au carrefour Maman veut partir M\u2019étendre sur l\u2019asphalte Quand la guerre est finie Hare Rama Des éclats de nous LINDA AMYOT SIMON BOULERICE JEAN-FRANÇOIS SÉNÉCHAL JONATHAN BÉCOTTE JULIE BOSMAN ILONA FLUTSZTEJN- GRUDA FRANÇOIS GILBERT JENNIFER TREMBLAY audacieux bouleversants et Des romans jeunesse | 2 5 L i r e 1 0 0 % j e u n e s s e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 ROMAN Je t\u2019aime beaucoup cependant ?1/2 Simon Boulerice, Leméac «Jeunesse», Montréal, 2018, 264 pages Après Jeanne Moreau a le sourire à l\u2019envers, Paysage aux néons et L\u2019enfant mascara, Simon Boulerice publie un quatrième roman dans la collection « Jeunesse » de Leméac : Je t\u2019aime beaucoup cependant.C\u2019est bien connu, quand il s\u2019agit de plonger dans la délicate psyché d\u2019un enfant, ou alors de trouver le ton juste pour exprimer les contraintes et les liber tés de l\u2019adolescence, le prolifique auteur n\u2019a pas son pareil.Cette fois ne fait pas exception.S\u2019emparer de l\u2019affaire Cédrika Pro- vencher, de ce que la mystérieuse disparition de la fillette et la découverte de ses restes ont laissé dans l\u2019inconscient collectif des Québécois, pour transposer tout cela dans une fiction sensible, sans jamais verser dans le pathétique ni le sensationnalisme, et qui plus est avec de l\u2019humour, des images percutantes et de délicieuses métaphores, voilà le défi relevé par Boulerice.De 9 à 17 ans, Rosalie a vécu tant bien que mal avec le vide occasionné par l\u2019inexplicable disparition de sa meilleure amie, Annie-Claude.Pour trouver la force de continuer, elle s\u2019adresse à sa complice comme si elle était toujours là : « Tu es sur le qui-vive de ma conscience.» Vous aurez compris que le quotidien de la narratrice n\u2019est pas de tout repos : « J\u2019ai passé à travers mon adolescence comme on traverse un champ de bovins : en retenant ma respiration et en regardant où je mettais les pieds pour éviter de marcher dans une bouse.» Puis les ossements d\u2019Annie-Claude sont retrouvés : « Tu es enfin morte.Je vais pouvoir passer à autre chose.Entamer mon deuil.» Heureusement, Rosalie n\u2019est pas seule.Auprès de la cégépienne, outre Vincent, son chum, dépassé par la situation, il y a Wendy, sa nouvelle complice, une fille pas banale, et les livres, notamment ceux de Philippe Besson, d\u2019Anise Koltz et de Sylvia Plath, dans lesquels elle trouve un réconfort crucial : «Les mots et la fiction sont l\u2019armure pour entrer en scène, dans la vie, avec un semblant de sécurité.» Pas de doute, un jour, la joie viendra.Christian Saint-Pierre La joie viendra GRAND ANGLE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR i la littérature socio- réaliste connaît un indéniable engouement depuis quelques années, cela ne signifie cer tainement pas une baisse de régime du côté de la littérature essentiellement ludique, celle qui amuse, dédramatise et fait sourire.De fait, d\u2019Olivier Tallec à Élise Gravel, en passant par Philippe Béha, André Bouchard, Mi- chaël Escoffier, Alain M.Bergeron et Yvan DeMuy, ils sont nombreux d\u2019ici et d\u2019ailleurs à empr unter le chemin du divertissement.Pour Alain M.Bergeron, auteur prolifique dont les files d\u2019enfants au Salon du livre font l\u2019envie de bien des auteurs, privilégier l\u2019humour est salvateur.« C\u2019est agréable d\u2019explorer toute la palette des émotions, tout en précisant, évidemment, que j\u2019ai beaucoup plus de plaisir à écrire pour amuser les enfants.Il n\u2019y a rien de plus beau que le rire d\u2019un enfant.De savoir que j\u2019en suis à l\u2019origine, ça fait toujours mes journées.Chacun sa vocation, j\u2019imagine.Mais la forte majorité de mes 265 livres publiés jusqu\u2019ici sont pour divertir et amuser les jeunes lecteurs et lectrices.Et j\u2019en suis fort aise, comme dirait l\u2019autre », raconte-t-il dans une entrevue accordée au Devoir.Que ce soit la série «Dominic Abel et ses amis » chez Soulières, les documentaires de la collection «Savais- tu ?» chez Michel Quintin ou encore « Capitaine Static » chez Québec Amérique, il explore surtout le côté lumineux de la littérature.« J\u2019aime m\u2019amuser dans la vie.J\u2019ai découvert, à force d\u2019écrire, que j\u2019avais plus de plaisir à écrire pour divertir les enfants.Quand tu investis temps et énergie sur un projet qui s\u2019échelonne sur des mois, tu as intérêt à y trouver ton compte.Et mon compte, c\u2019est d\u2019avoir du fun en écrivant.» Même principe pour Michaël Es- cof fier, auteur pince-sans-rire des célèbres albums Tempête sur la savane (D\u2019eux), La mouche qui pète (Kaléidoscope), La crocccinelle (Frimousse), qui investit tout naturellement l\u2019humour pour les petits sur tout : « Quand j\u2019ai commencé à écrire pour l\u2019édition jeunesse, je ne me suis pas vraiment posé la question.Ce qui m\u2019a motivé dès le premier instant, c\u2019est de voir les enfants sourire ou rire en lisant mes histoires.La vie se charge déjà pas mal du reste», raconte-t-il au Devoir.Fait-on assez rire nos ados ?Cette littérature essentiellement amusante semble toutefois réservée, en majeure partie, aux préadolescents ou aux petits alors que les adolescents héritent souvent d\u2019une littérature plus dure dans laquelle on aborde des thèmes sociaux tels que la maladie, la mort, la guerre, l\u2019intimidation.M\u2019étendre sur l\u2019asphalte (Leméac) de Julie Bosman, Dernier départ pour l\u2019ailleurs (Soulières) de Nadine Descheneaux, parus cet automne, en témoignent.Alain M.Bergeron a lui aussi opté il y a quelques années pour le ton sérieux et dramatique dans deux romans qu\u2019il destinait aux plus grands, soit L\u2019initiation et C\u2019était un 8 août (Soulières), angle qu\u2019il ne privilégie pas pour les enfants.Ainsi, accompagner, former, aider les adolescents à affronter les dif ficultés, à comprendre le monde par l\u2019entremise de sujets graves ou sérieux, voilà les visées principales de cette littérature.Alors, fait-on assez rire nos ados?Robert Soulières est formel.«Non.On écrit moins de livres humoristiques pour les ados, et c\u2019est dommage.L\u2019humour, ça ne fait pas sérieux et ça ne gagne (plus) pas de prix littéraires.Il faut faire sombre\u2026» Et, comme dirait Sylvie Desrosiers dans son roman Le long silence (La courte échelle, 1996), qui traitait du suicide pour l\u2019une des premières fois \u2014 et que je mettais en exergue dans Un cadavre de luxe \u2014: «Tu m\u2019as toujours reproché de ne lire que des bandes dessinées ou des livres qui ont pour seul but de faire rire.Je ne vois pas pourquoi un livre drôle serait moins profond qu\u2019un drame.Même que c\u2019est probablement le contraire, tu sauras.Comme si la profondeur était dans la mort! [\u2026] J\u2019aime rire.Ça ne veut pas dire que je suis complètement inconscient.» Certains auteurs qui écrivent pour les adolescents flir tent toutefois et bien sûr avec l\u2019humour, notamment Sarah Lalonde, qui emprunte cette voie pour parler amour et sexualité dans Le sexy défi de Lou Lafleur (Bayard), Julie Champagne, qui aborde ainsi la relation amoureuse dans sa série «L\u2019escouade fiasco » (La courte échelle), sans compter Raymond Plante \u2014 grand initiateur du roman miroir \u2014 qui, avec Le dernier des raisins, s\u2019est amusé ferme pour parler de l\u2019adolescence et de ses travers.Si l\u2019humour peut sembler à première vue un chemin facile, une voie légère et sans profondeur, rien n\u2019est moins sûr.Pour Michaël Escoffier, l\u2019humour permet au contraire beaucoup : « Je peux aborder n\u2019importe quel sujet sous couvert de l\u2019humour.C\u2019est une arme redoutable, capable de faire vaciller une dictature.Mais ce que je cherche avant tout, c\u2019est à divertir le lecteur, lui faire passer un bon moment tout en lui permettant de relativiser certains moments du quotidien, ce qui est déjà un objectif très ambitieux.Et je pense qu\u2019il n\u2019y a rien de plus sérieux que l\u2019humour.» Où est le fun ?L\u2019humour abonde en jeunesse, mais il semble destiné surtout aux plus petits Image tirée de la couverture de Ma sœur n'est pas un cadeau, d'Alain M.Bergeron, illustré par Sampar.SOULIÈRES S L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 L i r e 1 0 0 % j e u n e s s e 2 6 | Félicitations à Marianne Dubuc ! Lauréate du Prix TD de littérature canadienne pour l\u2019enfance et la jeunesse 2018.La petite fille blanche ?Lili Chartrand et Marie Lafrance, Montréal, Québec Amérique, 2018, 36 pages « Ida était une petite fille menue, toujours de blanc vêtue.Avec des yeux pareils à des morceaux de ciel.Qui était-elle ?D\u2019où venait- elle ?Mystère.» Ange, spectre ou fée, le gracieux petit personnage éthéré né de l\u2019imagination de l\u2019au- teure Lili Chartrand et de l\u2019illustratrice Marie Lafrance paraît sortir d\u2019un conte d\u2019Andersen.Dotée de pouvoirs magiques, vivant en parfaite communion avec la nature et les animaux, la petite Ida délivre les êtres de leur souffrance.Invisible aux yeux de tous, sauf de ceux qui vont bientôt mourir, la fillette affiche à la fois un air de bonté et de tristesse.Alors que les illustrations aux jolies rondeurs, aux verts vibrants et aux délicats gris bleutés traduisent tendrement la solitude et la mélancolie du personnage central, l\u2019émouvant conte traite avec finesse de la maladie, de la vieillesse, du deuil et de la mort.En résulte un magnifique album initiant en douceur les tout-petits au plus grand mystère de la vie.Manon Dumais Nous sommes faits l\u2019un pour l\u2019autre ?1/2 Jui Er, lu par Pascale Bussières, La Montagne secrète, Montréal, 2018, 112 pages Les habitués des albums très chansonniers de La Montagne secrète seront peut-être un peu déstabilisés par ce livre audio, désormais sans disque physique, qui ne propose aucune ritournelle, aucune chansonnette, aucune comptine.C\u2019est toutefois une très belle mais discrète musique aux accents orientaux, réalisée par Olaf Gundel, qui berce la lecture enjouée et enveloppante qu\u2019offre Pascale Buis- sières de ce très beau recueil d\u2019une cinquantaine de petites vignettes sur les petits bonheurs du quotidien de Petit Soleil le cochon, de Petite Souris et de leurs amis.On a heureusement pensé à ajouter quelques notes de guitares distinctives pour que les lecteurs encore en devenir ou pas trop habiles puissent savoir quand tourner la page.Ces petits récits aux accents philosophiques écrits et magnifiquement illustrés par l\u2019artiste et auteure jeunesse chinoise Jiu Er, dont plusieurs empruntent la forme poétique, célèbrent avec sagesse et humour l\u2019amitié, ses défis, ses vertus et quelques petites et grandes questions de la vie.Amélie Gaudreau Carré ?Mac Barnett et Jon Klassen, traduit de l\u2019anglais par Kevin Viala, Scholastic, Toronto, 2018, 40 pages Le prolifique duo Barnett et Klassen poursuit sa série de contes mettant en scène des personnages géométriques plutôt que des animaux.Après Triangle en 2017, c\u2019est au tour de Carré de changer sa perception de lui-même et des autres.Dans cette sympathique fable, le costaud quadrilatère, qui passe ses journées à transporter des blocs de pierre, veut épater son amie, la « parfaite » Cercle.Le croyant « génial », cette dernière lui a demandé de lui sculpter une œuvre à son image, mais Carré doute fort de son talent et de ses capacités à y parvenir\u2026 On retrouve encore dans cet album la douce ironie qui émane de la prose concise et ludique de Barnett et le trait de crayon si reconnaissable de Klassen (la série des « Chapeaux »), qui sert à merveille ce récit d\u2019amitié avec une finale en forme de point d\u2019interrogation moqueur\u2026 De quoi faire travailler un peu l\u2019imagination des jeunes lecteurs de la fin du préscolaire et leurs aînés.Amélie Gaudreau Ce n\u2019est pas comme ça qu\u2019on joue au hockey ?Andrée Poulin et Félix Girard, Montréal, Québec Amérique, 2018, 32 pages Vous souvenez-vous de la collection jeunesse «Un bon exemple de\u2026» parue chez Grolier au début des années 1980 ?Parmi ces titres, il y avait Un bon exemple de ténacité : Maurice Richard raconté aux enfants, de Line Fortin.Eh bien, c\u2019est exactement à cette série de livres que l\u2019on pense en lisant Ce n\u2019est pas comme ça qu\u2019on joue au hockey !, biographie illustrée didactique et moralisatrice de Jacques Plante.Martelant presque à chaque page le titre de l\u2019album, l\u2019au- teure Andrée Poulin raconte les différents exploits du célèbre cerbère du Canadien, à qui l\u2019on doit le port du masque au hockey, de sa petite enfance jusqu\u2019à la première de ses six coupes Stanley.Agrémenté des illustrations d\u2019un charme suranné et aux couleurs chaudes de Félix Girard, ce bel exemple d\u2019inventivité et de courage a le double mérite de rappeler à notre bon souvenir l\u2019un des plus grands joueurs de la LNH et l\u2019époque bénie où l\u2019on surnommait le Canadien à juste titre nos Glorieux.Nostalgie, quand tu nous tiens\u2026 Manon Dumais MARIE LAFRANCE JIU ER JON KLASSEN FÉLIX GIRARD | 2 7 L i r e 1 0 0 % j e u n e s s e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Liens d\u2019amitié L\u2019autoroute 20, en direction de Québec, un samedi après-midi.Aux environs de Laurier-Station, sorti de nulle part, un bouchon de circulation.On freine dans un clignotement de feux d\u2019urgence, ça roule au pas devant nous, et on se dit : OK, ça leur prend un troisième lien, c\u2019est vrai qu\u2019il y a un problème\u2026 Puis on saisit ce qui se passe: un chien suicidaire trottine en zigzaguant sur l\u2019autoroute, et comme personne ne veut avoir de chien écrasé sur la conscience, on préfère risquer le carambolage.Incrédules, nous voyons s\u2019ouvrir des portières, des cœurs sensibles mettent pied à terre sans prendre le temps de se ranger sur la voie de service, la vie d\u2019un pauvre clebs est en jeu, à croire que personne n\u2019a jamais lu l\u2019histoire d\u2019Emma et des trois petits canards.Après avoir enfin réussi à dépasser par la droite en roulant sur l\u2019accotement et en saluant tout ce beau monde de quelques coups de klaxon, j\u2019aperçois une autre harde de chevreuils attirée à découvert par les grains de maïs qui se trouvent sous la neige.Ça me fait 45 points.Des chevreuils, c\u2019est 15 points.Des dindons sauvages, 5 points\u2026 Je vous expliquerai une autre fois.Toujours est-il que ma fille, voyant bondir ces gracieux animaux dans le champ enneigé, leur trouve un air de ressemblance avec les rennes du père Noël.Elle met le doigt sur quelque chose: dans les livres pour enfants, les rennes sont souvent représentés sous les traits délicats du cerf plutôt que ceux, plus robustes, de notre caribou du Nord.Bref, chacun ses obsessions dans la vie.Elle, c\u2019est Noël.Elle en parle depuis le mois de mars.Moi, je fais toujours plein de liens quand je passe sur le pont Pierre-Laporte.Vents du large Plus tard, ce jour-là, nous nous pointons à la très belle Maison de la littérature de Québec, où se déroulent, en marge du Salon du livre des Premières Nations (SLPN), un lancement (Nous sommes des histoires.Réflexions sur la littérature autochtone, sous la direction de Marie-Hélène Jeannotte, Jonathan Lamy et Isabelle St-Amand, Mémoire d\u2019encrier, 2018, traduit de l\u2019anglais par Jean-Pierre Pelletier) et une lecture publique.Pour sa septième édition, Kwahia- tonhk! (le SLPN) a quitté son berceau, l\u2019Hôtel-Musée Premières Nations, à Wendake, pour un environnement plus ouvert aux vents du grand large qui balaient le Vieux-Québec.LOUIS HAMELIN Ce déménagement, effectué pour, selon les mots du directeur, Daniel Sioui, « faire rayonner encore davantage notre belle et vivante culture», comme la croissance du SLPN lui- même, modeste mais réelle \u2014 six éditeurs présents là où la première édition était monopolisée par deux «spécialistes» (Hannenorak et Mémoire d\u2019encrier) ; une durée de quatre jours contre un seul à l\u2019origine, etc.\u2014, n\u2019empêchent évidemment pas ce rendez-vous de novembre de conserver son caractère éminemment chaleureux.Cette atmosphère conviviale, cette franche camaraderie, ce généreux esprit de solidarité, ces espoirs, la littérature québécoise écrite par les descendants de colons européens les a aussi connus, à l\u2019époque où elle se donnait une mission, l\u2019ambition de bâtir quelque chose, quand elle avait un but dans la vie\u2026 Parmi les 25 auteures et auteurs du Québec et du Canada invités cette année, on retrouvait les Joséphine Bacon, Naomi Fontaine, Louis-Karl Picard-Sioui, d\u2019autres visages connus, d\u2019autres écritures à découvrir\u2026 Deux éclaireurs Le lendemain, après une promenade sur les vieilles plaines où des grêlons poussés par le vent de l\u2019histoire nous fouettaient la peau comme de la grenaille tirée par les bombardes anglaises, et après une lumineuse visite au Musée des beaux-arts, nous avons repassé la porte Saint-Jean pour nous diriger vers le Centre culturel Mor- rin, où le SLPN tenait pignon sur rue.Cette fois, j\u2019ai envoyé mes deux éclaireurs âgés de cinq et huit ans prospecter les présentoirs de livres.Ma fille n\u2019a pas tardé à revenir avec Vilains maringouins ! (Scholastic, 2017, traduit de l\u2019anglais par Christiane Duchesne) du bon vieux Robert Munsch, que nous connaissions déjà pour avoir tant de fois glissé vers le sommeil en lisant le classique Allez ouste, l\u2019orignal ! Munsch, cette fois, s\u2019est associé à un spécialiste des moustiques et des mouches noires, le dessinateur Jay Odjick, originaire de la communauté anichinabée de Kitigan Zibi.Et ça tombe bien, car voici justement Jay qui, sa séance de dédicaces bouclée, s\u2019apprête à quitter le salon.Oui, il reste une dédicace dans son stylo, pas de problème.Entre-temps, une crise a éclaté : même si le texte de Vilains maringouins ! est imprimé en gros caractères et qu\u2019il paraît un peu « jeune » pour un garçon de huit ans, mon fils, s\u2019avère-t-il, a aussi jeté son dévolu sur lui.Il veut exactement le même livre que sa petite sœur.Il me vient une théorie sur le rapport des jeunes enfants au concept de triangulation du désir élaboré par René Girard.Mais ça aussi, je vous l\u2019expliquerai une autre fois.CRITIQUE YANNICK MARCOUX COLLABORATEUR LE DEVOIR André Gide a écrit un jour : « Les plus belles œuvres des hommes sont obstinément douloureuses.Que serait le récit du bonheur ?Rien, que ce qui le prépare, puis ce qui le détruit, ne se raconte.» Il faut se méfier de ces citations pontifiantes qui, du haut d\u2019une apparente justesse, flottent au-dessus du monde.Le plus récent roman jeunesse de Jean-François Sénéchal, Au carrefour, montre bien qu\u2019une histoire peut être bouleversante dans le bonheur du quotidien, sans convoquer les grands fracas.C\u2019est que la vie n\u2019est jamais vraiment ordinaire, sur tout celle de Chris, « né en retard ».Sa mère est partie quand il a eu 18 ans, « peut- être parce qu\u2019elle aimait trop sa liberté », et c\u2019est à elle qu\u2019il s\u2019adresse en narrant cette vie nouvelle : « Moi, je parle souvent de toi, en plus que je te parle tout le temps dans ma tête.Je suis pas capable de m\u2019en empêcher, maman, c\u2019est pas de ma faute.Faut croire que je serais pas capable de vivre sans toi pantoute.» Grands et petits moments Il semble qu\u2019il y arrive, concierge du bâtiment dans lequel il partage un loyer avec son amoureuse, Chloé : « On se débrouille bien, Chloé pis moi, sans monde normal pour nous aider dans l\u2019appartement.» En réalité, ils sont nombreux à veiller sur lui.Son père, revenu d\u2019une longue absence, Joe, son parrain adoptif, Brigitte la mère de Chloé, et puis madame Sylvester, la propriétaire du bâtiment : « Vraiment quelqu\u2019un de pas comme les autres.» Ces anges gardiens, qui s\u2019ajoutent à ses copains et connaissances, peuplent ses jours de grands et de petits moments.La vie et ses obstacles lui offrent plusieurs défis, mais Chris, ouvert au hasard des rencontres humaines, s\u2019ancre dans le moment présent.Il admet volontiers sa dif férence et, en vérité, c\u2019est plus grand que nature qu\u2019il nous apparaît : « Le monde arrête d\u2019être gêné quand il commence à me connaître.Il se rend compte que je suis pas gênant pantoute, pis que je suis capable de jaser comme n\u2019importe qui d\u2019autre.» Ce roman, très tendre, est la suite narrative de Boulevard, paru en 2016, mais il n\u2019est pas nécessaire de l\u2019avoir lu pour être happé.Jean-François Sénéchal se révèle habile à nous interroger de façon inattendue.D\u2019un regard oblique, inhabituel sur le monde, il porte une réflexion lumineuse sur la liberté, l\u2019engagement, la résilience et l\u2019altérité.Les personnages secondaires y sont nombreux, mais chacun d\u2019eux est pétri d\u2019une humanité qui lui est propre, complexe.La force de la solidarité Au carrefour est le récit d\u2019un bonheur, simple ou compliqué, préservé par la force de la solidarité.Couvé de bienveillance, cet univers met en scène des interactions, abondantes et spontanées, qui soulignent l\u2019im- por tance de liens humains for ts : « L\u2019amour, quand on en manque, c\u2019est dur d\u2019en trouver après, parce qu\u2019on dirait que c\u2019est jamais assez.» Franchement touchant.Né en retard Au carrefour est le récit touchant d\u2019un homme atteint d\u2019une légère déficience intellectuelle Le roman de Jean-François Sénéchal montre bien qu\u2019une histoire peut être bouleversante dans le bonheur du quotidien.JULIE DUROCHER Au carrefour ?1/2 Jean-François Sénéchal, Leméac, Montréal, 2018, 315 pages L i r e 1 0 0 % j e u n e s s e 2 8 | L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T Mémoire vivante La maison d\u2019édition Le Lièvre de Mars remet à l\u2019honneur des textes jeunesse fondateurs Une illustration tirée de Qui rassurera Truffe ?TOVE JANSSON A vec émoi, enthousiasme et une volonté d\u2019investir dans le souvenir, l\u2019auteure et éditrice Nadine Robert s\u2019adonne à un véritable travail de recherche pour retrouver, dépoussiérer et faire revivre des albums issus du patrimoine mondial qui ont, jadis, connu de beaux jours.Portant le nom du célèbre lapin de Lewis Carroll, Le Lièvre de Mars est une toute petite maison d\u2019édition fondée en janvier 2018 et dans laquelle cette éditrice \u2014 qui est aussi à la tête de Comme des géants \u2014 fouille les archives à la découverte de petites perles qui n\u2019ont pas connu de réédition depuis plus de 80 ans, faute bien souvent de rentabilité.« Je crois que ces œuvres-là sont encore légitimes artistiquement.Et c\u2019est dommage d\u2019en voir autant abandonnées », raconte Nadine Robert dans une entrevue accordée au Devoir.L\u2019intérêt pour les vieux livres jeunesse se double chez elle d\u2019une véritable mission qui est de faire connaître un patrimoine culturel et de le garder vivant.« Il y a ce désir de décloisonner des œuvres, mais aussi un désir de mémoire qui accompagne tout ça.Je veux faire connaître des œuvres importantes ou des auteurs que je juge incontournables.Mon but, c\u2019est vraiment plus de garder des œuvres vivantes le plus longtemps possible.» Effectivement, l\u2019aspect lucratif n\u2019est pas du tout l\u2019objectif de l\u2019auteure de Peter le chat debout.Bien qu\u2019elle ne soit pas la seule à croire en cette mission, Nadine Robert constate que les lecteurs restent un peu frileux devant ces « vieilleries ».« En fait, les li - braires adhèrent, mais quand on dit que c\u2019est un livre des années 1950, par exemple, le consommateur, lui, est plus rébarbatif.Il croit peut-être que ce sera suranné.Il n\u2019est pas aussi facile de défendre ce catalogue-là que la nouveauté.» Cependant, remettre à l\u2019honneur un vieil ouvrage oublié en fait inévitablement une curiosité : «En effet, et il y a toujours de nouveaux lecteurs, de nouveaux enfants, alors pour eux, que ce soit un titre des années 1970 ou des années 1950, ça reste nouveau.C\u2019est comme une seconde vie que je donne à certains titres.» ENTREVUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Si elle conserve les textes d\u2019origine, la proposition graphique des œuvres sélectionnées, pour sa part, n\u2019est pas toujours conservée.«Graphiquement, il y a des trucs qui vieillissent moins bien et je suis sensible à ça.Quand j\u2019arrive à dater l\u2019illustration d\u2019un livre, ce n\u2019est pas bon, parce que ça témoigne d\u2019une mode.» Consciente qu\u2019elle est aussi perméable aux courants à la mode, l\u2019éditrice avoue que ses choix en sont inconsciemment orientés, guidés.S\u2019ouvrir sur le monde « Il y a, par exemple, un engouement pour Tove Jansson depuis un certain temps.Son style est très moderne, très avant-gardiste pour son époque.Et il y a un retour à cette illustration en aplat qui simule de vieilles techniques d\u2019impression où il y a une juxtaposition des couleurs.Dans l\u2019art visuel, il y a des cycles, des choses reviennent à la mode.Je pense qu\u2019il y a de ça aussi un peu quand je fais mes choix.Ça s\u2019explique dif ficile- ment.C\u2019est un peu de l\u2019instinct aussi.On est influencé par toutes sortes de courants, de modes.» Si quelques œuvres sont choisies d\u2019abord parce qu\u2019elles faisaient partie de la bibliothèque personnelle de l\u2019au- teure, cette dernière ne cesse de faire de nouvelles découvertes dans le patrimoine mondial.Mais, comme Le lièvre de Mars ne publie que quatre titres par année, le choix des œuvres doit reposer sur certains critères.« C\u2019est important, en fait, d\u2019équilibrer le tout, qu\u2019il y ait du conte, des incontour nables\u2026 J\u2019essaie aussi beaucoup de diversifier les provenances.En ce moment, par exemple, je fais des recherches pour inclure un classique québécois.L\u2019année prochaine, il y aura un livre américain, un anglais (Béatrix Potter), un danois, et je suis à finaliser un projet concernant un auteur japonais, pas connu ici, mais que tous les Japonais connaissent.» Il y a chez Nadine Rober t une réelle volonté de faire un tour du monde, d\u2019offrir un corpus très varié : « Culturellement, je vois ça comme jeter des ponts.Quand tu développes des relations avec des éditeurs étrangers, i ls s\u2019 intéressent aussi à ce qu\u2019on fait.Derrière les ventes de droits, il y a un aspect humain important.On est enthousiastes et on veut par tager.Il y a tellement d\u2019auteurs qui ne sont pas encore connus.C\u2019est un monde infini.On dirait que je participe à quelque chose.Des fois je me sens comme si je faisais de la cu- ration d\u2019expositions.Je me fais aussi beaucoup plaisir.» Dans cette volonté de rejoindre les lecteurs, de leur faire découvrir la littérature mondiale \u2014 et de faire découvrir la nôtre \u2014, Nadine Robert est très soucieuse de la qualité graphique des ouvrages qu\u2019elle publie.Elle s\u2019amuse aussi à défier des illustrateurs et leur demande parfois de revoir le conte, la fable, l\u2019histoire dans une perspective contemporaine.Les fables de La Fontaine illustrées par Jean Jullien ?Tout est possible ! | 2 9 D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 SUPERSTITION DU 4 DÉCEMBRE « De toutes les obsessions terrestres, la volonté de connaître l\u2019avenir est celle qui engendre les pratiques les plus singulières et les plus attendrissantes.Selon une superstition, la jeune femme curieuse de savoir si la nouvelle année lui apportera un mari doit se mettre à la recherche d\u2019une branche de lilas qu\u2019elle coupera le 4 décembre, jour de la Sainte-Barbara, vierge et martyre.Cette branche doit être placée dans un verre d\u2019eau et gardée dans la demeure.Si des feuilles apparaissent avant Noël, la jeune femme se mariera dans la nouvelle année.Dans les pays froids où le lilas se trouve partout en abondance, cette activité est à la portée de toutes les bourses.Mais le savoir du lilas est limité, car il ne répond qu\u2019à une seule question: l\u2019année nouvelle m\u2019apportera-t-elle oui ou non un mari?» LA ROUTE DU LILAS ERIC DUPONT LA ROUTE DU LILAS UN NOUVEAU ROMAN D\u2019ERIC DUPONT, AUTEUR DE LA FIANCÉE AMÉRICAINE.DISPONIBLE EN LIBRAIRIE.Nadine Robert fouille les archives à la découverte de perles qui n\u2019ont pas été rééditées depuis plus de 80 ans.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR Qui rassurera Truffe ?Tove Jansson, traduit du suédois par Catherine Renaud, adapté par Nadine Robert, Le Lièvre de Mars, Montréal, 2018, 40 pages Truffe est un troll timide et très peureux, surtout la nuit alors que les hurlements de bêtes effrayantes se font entendre.Bien décidé à ne plus avoir à vivre seul ces moments d\u2019effroi, il quitte sa maison et part à l\u2019aventure.Un jour, alors qu\u2019il regarde la mer, une bouteille attire son attention.À l\u2019intérieur, une demoiselle y a écrit un petit mot et demande qu\u2019on aille la rassurer.Il n\u2019en faut pas plus à ce petit troll pour oublier ses tracas et courir vers cette Mouchette.Tout dans cet album \u2014 publié pour la première fois en 1960 \u2014 permet de transcender la peur.Les personnages imaginaires se mêlent au réel dans une ronde des plus poétiques grâce au texte offert en rimes suivies qui assurent un rythme constant tout au long du récit.La beauté du texte se double, par ailleurs, des illustrations éclatantes de Jansson.Le mouvement dans l\u2019image, les changements de couleurs assurant des contrastes entre la nuit noire et lta quiétude colorée du jour, tout comme les perspectives variées appuient la traversée de Truffe.Un voyage qui reste intemporel et universel. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 L i r e 1 0 0 % j e u n e s s e 3 0 | CRITIQUE YANNICK MARCOUX COLLABORATEUR LE DEVOIR «Il me semble que les choses les plus importantes sont toujours les plus difficiles à dire», admet d\u2019emblée la narratrice de M\u2019étendre sur l\u2019asphalte, premier roman jeunesse de Julie Bosman.Julie baignant dans un milieu populaire où les émotions demeurent coincées dans un silence bruyant, les mots sont rares dans sa famille.À travers les bouleversements de son dernier été avant l\u2019entrée au secondaire, elle apprend cependant à s\u2019affirmer.Tout est pourtant au beau fixe dans sa « rue style-rond-point-cul-de-sac, comme si on avait érigé un quartier au milieu de nulle part».Le quotidien a peu à offrir et les attentes de Julie sont modestes : «J\u2019espère toujours un scandale pendant la messe.Rien de grave, juste quelqu\u2019un qui lâche un gros pet inoffensif ou quelque chose du genre.Ça n\u2019arrive jamais.C\u2019est vraiment straight par chez nous.» Entre un père occupé par le travail et souvent absent, une mère obsédée par la propreté, un grand frère asocial et un cadet toujours énervé, Julie trouve refuge dans la musique, chérissant les derniers succès de Diane Dufresne et de Starmania.Si les chansons mettent des mots sur ses sentiments, elle est à court lorsque Dominic, son voisin et grand ami, meurt pendu dans un bête accident.Julie cherche à s\u2019expliquer la mort, dont personne ne parle et qui occupe tant de place en elle : «Moi, je ne peux pas m\u2019empêcher de penser que c\u2019est le premier été sans le rire de Dominic.Je ne suis sûrement pas la seule à le remarquer, mais personne n\u2019y a plus jamais fait allusion après la nuit des gyrophares.» Dans cette communauté où tout finit toujours par se savoir, la mort demeure un grand tabou devant l\u2019éternel.Heureusement qu\u2019elle rencontre Nicolas.Plus âgé qu\u2019elle, il lui fera vivre un premier amour, lui ouvrant les por tes d\u2019un monde sensible et ardent : « Voilà, je suis amoureuse folle de Nicolas sans h, dix-sept ans, cousin de Jonathan et Dominic, mon ami mort pendu, et, aujourd\u2019hui, sa main a touché la mienne, aujourd\u2019hui, j\u2019ai senti contre ma peau la peau d\u2019un garçon qui n\u2019est ni mon père ni mon frère, et un monde inconnu s\u2019ouvre devant moi.» L\u2019auteure, qui avait donné voix à plusieurs femmes dans son recueil de nouvelles Nous sommes bien seules, aborde ici la construction iden- titaire d\u2019une jeune fille qui doit composer avec la multiplicité des regards posés sur elle : «Je n\u2019avais pas le courage aujourd\u2019hui d\u2019exposer mon absence de seins (selon l\u2019avis de tout le monde), mon gros cul (selon l\u2019avis de mon grand frère), mes or teils de Flintstones (selon l\u2019avis de mon père) et mes genoux par en dedans (selon l\u2019avis de ma mère, qui en a des pareils).» Porté par un rythme soutenu, M\u2019étendre sur l\u2019asphalte est une généreuse immersion dans l\u2019intimité de l\u2019adolescence qui, avec justesse, nous invite au sublime et à l\u2019insécurité des premières fois.Voyage à fleur de peau Julie Bosman et les rites de passage de l\u2019adolescence Julie Bosman aborde ici la construction identitaire d\u2019une jeune fille qui doit composer avec la multiplicité des regards posés sur elle.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR ROMAN M\u2019étendre sur l\u2019asphalte ?Julie Bosman, Leméac, Montréal, 2018, 205 pages CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR En apparence, les productions pour ados ne font pas dans la subtilité : au théâtre comme en littérature, on va droit au but et on dit les choses comme elles sont.L\u2019important, c\u2019est de capter l\u2019attention et de susciter l\u2019intérêt en évoquant des préoccupations d\u2019adolescents : de préférence, dans la langue qu\u2019ils parlent.Point.Mais ce n\u2019est pas tout à fait vrai, pas « complètement » vrai, devrait-on plutôt dire.Et ce gros roman de près de 500 pages en est une illustration bien concrète.Derrière les personnages Le récit s\u2019amorce de façon radicale : cinq jeunes se retrouvent barricadés dans les toilettes des garçons d\u2019une école secondaire.Il y a là deux filles et trois garçons, cinq personnages aux antipodes les uns des autres, réunis par le hasard à la suite d\u2019une alerte de confinement.Leurs dif férences s\u2019accentueront encore plus quand ils réaliseront qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un exercice, mais qu\u2019un véritable tireur fou court dans les corridors de l\u2019école.Le huis clos particulièrement intense se déroulera sur une période d\u2019une heure ; avant que les cinq occupants sor tent en trombe pour la scène finale, on aura eu le temps de tout apprendre d\u2019eux, ou presque.Sur tout de voir disparaître le masque que chacun d\u2019eux arbore en se cachant derrière le personnage de composition qu\u2019ils endossent en mettant le pied à l\u2019école.Bien sûr, on découvrira là des êtres meur tr is , beaucoup plus complexes qu\u2019 i ls ne le la issent croire au départ.Bien au-delà de l\u2019intrigue habilement construite \u2014 et malheureusement brûlante d\u2019actualité \u2014, c\u2019est cette découver te progressive qui rend le livre intéressant.Ceux qui se terrent derrière les clichés d\u2019un langage stéréotypé tout comme derrière l\u2019image qu\u2019ils présentent aux autres sont en fait \u2014 c o m m e t o u s l e s p e r s o n n a g e s construits pour plaire ou pour répondre à une fonction \u2014 immensément plus fragiles et vulnérables qu\u2019ils paraissent l\u2019être.Sauf bien sûr Noah, l\u2019autiste du collège, dont la petite sœur, la très littéraire Alice, s\u2019occupe avec dévouement.Cela vaut autant pour Alice, que l\u2019on découvrira torturée, que pour le personnage de Hogan, qui est beaucoup plus intéressant que la « brute sans culture » qu\u2019il semble être.Pour Isabelle aussi, « la fille parfaite », l\u2019hyperper formante présidente de l\u2019école, et pour Alex, le « nerd de service » qui se cache, lui, derrière l\u2019objectif de sa caméra.La crise provoquée autant par l\u2019enfer- mement que par la présence du danger fera éclater ces constructions de sur face pour dévoiler des univers troubles et des vies déchirées.Septième roman Caroline Pignat, qui enseigne au secondaire dans la région d\u2019Ottawa, sait visiblement raconter ses histoires aux adolescents puisqu\u2019elle en est déjà à son septième roman ; deux d\u2019entre eux (Greener Grass en 2009 et The Gospel Truth en 2015) lui ont même valu le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada.Raison de plus pour offrir ce thriller réussi en cadeau dans quelques semaines\u2026 Sauve qui peut la vie ! Un tireur fou sévit dans une école secondaire tandis que cinq élèves sont barricadés dans les toilettes Caroline Pignat, qui enseigne au secondaire dans la région d\u2019Ottawa, sait visiblement raconter ses histoires aux adolescents.ANGELA FLEMMING POLAR Tireur ! ?Caroline Pignat, traduit de l\u2019anglais par Rachel Martinez, La courte échelle, Montréal, 2018, 456 pages | 3 1 L i r e 1 0 0 % j e u n e s s e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 EXPOSITION DU 16 DÉCEMBRE 2018 AU 17 MARS 2019 Partez à l\u2019aventure et retrouvez les jouets égarés ! CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR De quoi se nourrit un écrivain?D\u2019où viennent les histoires ?Comment s\u2019écrit un livre, de l\u2019idée de départ à l\u2019objet que l\u2019on tient entre nos mains?Le prolifique auteur François Gravel a eu la bonne idée d\u2019expliquer à ses jeunes lecteurs quelles sont les étapes de son processus de création.Dans Comment je suis devenu cannibale, cet ex-professeur d\u2019économie au collégial, qui a publié une centaine de livres depuis 1985, s\u2019est fait poser ces questions un nombre incalculable de fois et a décidé d\u2019y répondre en illustrant par l\u2019exemple son processus créatif, réfléchissant pour ainsi dire à voix haute.L\u2019auteur d\u2019Ostende et d\u2019Adieu, Betty Crocker, surtout romancier pour la jeunesse (les séries Sauvage et Klonk, c\u2019est lui), pratique un métier qu\u2019il adore et qui lui «permet de passer presque toute la journée en pantoufles».À ses yeux, d\u2019abord, la patience est la première qualité que devrait posséder tout écrivain.« Vous voulez écrire ?Achetez-vous un pot de colle format géant, étendez-en une couche généreuse sur votre chaise préférée et assoyez-vous dessus.» Lui qui ne fait pas de plan avant de se mettre à écrire (il le fait après) nous dit qu\u2019en ce qui le concerne, le « problème n\u2019est pas tant de manquer d\u2019idées que d\u2019en avoir trop» ! Entre l\u2019idée de départ et le produit final, de son amour du tiret aux dangers d\u2019avoir trop d\u2019imagination, avec Comment je suis devenu cannibale l\u2019auteur nous fait ainsi « l\u2019histoire d\u2019une histoire ».Des enseignants qui disparaissent, un restaurant rapide situé près d\u2019une école qui ser t un exotique et savoureux plat de viande, deux jeunes qui font enquête.Trois pincées de suspense et un soupçon de rebondissements.Tout en élaborant sous nos yeux son histoire, l\u2019auteur partage avec nous comment celle-ci lui a été inspirée, il ne nous cache pas ses doutes ni ses hésitations.En d\u2019autres mots, il explique qu\u2019un livre ne tombe pas du ciel.Un livre est le fruit conjugué de l\u2019inspiration, du talent et peut-être, surtout, nous dit Gravel, de l\u2019effort.«Vous voulez quand même écrire un roman?Allez-y.Personne ne vous en empêche.Vous en aurez donc pour des mois, et peut-être même des années, mais c\u2019est possible : en écrivant un mot à la fois, on finit par composer des phrases qui se transforment bientôt en paragraphes, en pages, en chapitres et en tomes ! » De quoi se nourrit un écrivain?De tout et de rien.Mais en lisant un peu entre les lignes, on découvre qu\u2019un écrivain est peut-être un peu cannibale.Et bien entendu, c\u2019est aussi la « viande » que François Gravel sert lui-même à ses lecteurs\u2026 «Si jamais il vous prend l\u2019envie de commettre un meurtre, faites comme moi : écrivez plutôt un roman, c\u2019est moins risqué et ça peut même être payant ! » Écrire, mode d\u2019emploi Le prolifique auteur François Gravel fait « l\u2019histoire d\u2019une histoire » Pour François Gravel, la patience est la première qualité d\u2019un écrivain.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR ESSAI Comment je suis devenu cannibale L\u2019histoire d\u2019une histoire ?1/2 François Gravel, Québec Amérique, Montréal, 2018, 174 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 L i r e Commandez maintenant en ligne sur parchemin.ca *Rabais à partir du prix courant et ne peut être jumelé à toute autre promotion.Livres en stock et en magasin seulement.\u2014 En magasin seulement \u2014 Berr i -UQAM 15 % De rabais* SUR BD ET LIVRES JEUNESSE Du 1er au 8 décembre 2018 Du plus petit au plus grand, chaque don Partenaires d\u2019avenir Soutenir Le Devoir, c\u2019est soutenir le média de référence les idées et les causes qui assureront l\u2019avancement politique, économique, culturel et social de la société québécoise.Parce que c\u2019est une façon de contribuer au développement et à la pérennité du Devoir.Vos dons permettent d\u2019enrichir plateformes numériques.Pour faire votre don : www.lesamisdudevoir.com ou envoyer votre chèque à : Les Amis du Devoir 1265, rue Berri 8e étage, Montréal Québec, H2L 4X4 Donner le goût de l\u2019histoire Si, comme moi, vous aimez l\u2019histoire, si vous la trouvez passionnante en soi, mais aussi indispensable à la construction de l\u2019identité, individuelle et collective, ainsi qu\u2019à la formation du citoyen, vous souhaitez sûrement qu\u2019elle occupe une place importante à l\u2019école et que les élèves désirent l\u2019apprendre.Comment réussir cette mission ?Des recherches ont illustré que, même si les jeunes États-Uniens ne sont pas particulièrement versés dans l\u2019histoire de leur pays, ils ont des idées assez précises au sujet de la guerre du Vietnam : il y a eu plusieurs manifestations pour la contester et les vétérans en sont les victimes.Où donc ont-ils appris ça?En écoutant Forrest Gump (1994), le film de Robert Zemeckis.On peut tirer deux conclusions de cette révélation.La première : les jeunes n\u2019apprennent pas l\u2019histoire qu\u2019à l\u2019école et retiennent souvent plus celle qu\u2019ils découvrent ailleurs, notamment dans les films.La seconde : ce serait donc une bonne idée d\u2019utiliser le cinéma, comme la littérature et d\u2019autres formes d\u2019art, pour intéresser les élèves et pour leur apprendre à développer un esprit critique quant à ces versions populaires du passé.Connaître la guerre du Vietnam par Forrest Gump et l\u2019Holocauste par La liste de Schindler (1993), de Steven Spielberg, n\u2019équivaut pas, en effet, à une fine connaissance de ces événements.Dans Mondes profanes.Enseignement, fiction et histoire (PUL, 2018, 532 pages), une foule de didacticiens en histoire, sous la direction des professeurs Marc-André Éthier, David Lefrançois et Alexandre Joly, se penchent justement sur les usages possibles des films, chansons, jeux vidéo et lieux historiques, avec le souci d\u2019apprendre aux élèves à développer une pensée historienne critique.L\u2019ouvrage, savant et porté sur le vocabulaire spécialisé, contient néanmoins des propositions d\u2019activités d\u2019enseignement très concrètes, susceptibles de dynamiser la classe d\u2019histoire.Augustine à l\u2019école Les films historiques, note Vincent Boutonnet, attirent les élèves, leur permettent d\u2019avoir de l\u2019empathie envers les gens du passé et s\u2019avèrent une manière de « transmettre des connaissances historiques, tout en brisant la monotonie ».La preuve est faite, de plus, qu\u2019ils marquent les élèves.Ces films, toutefois, n\u2019ont pas LOUIS CORNELLIER la rigueur du discours historique savant.Il convient donc, pour les mettre à profit, de fournir aux élèves des outils d\u2019analyse critique.Ces outils sont notamment ce qu\u2019on appelle les euristiques de l\u2019histoire, c\u2019est-à-dire, selon Olivier Côté et Alexandre Lanoix, l\u2019analyse de la source (un film allemand sur la Deuxième Guerre mondiale aura un point de vue différent d\u2019un film français), la contextualisation (budget, financement, diffuseur, public), la corroboration (consultation d\u2019autres documents sur le sujet) et la lecture en profondeur (souci du détail).L\u2019approche, inspirée par le Renouveau pédagogique, est exigeante, mais très formative.L\u2019historien Dominique Laperle propose une stimulante activité d\u2019apprentissage destinée aux élèves de 4e secondaire.Il s\u2019agit de visionner La passion d\u2019Augustine (2015), le beau film de Léa Pool, pour « faire comprendre les mutations qui ont affecté la société québécoise durant la Révolution tranquille » et pour faire connaître « certaines contributions positives d\u2019agents liés à l\u2019Église catholique ».Dans un premier temps, les élèves notent ce qu\u2019ils connaissent de cette période.Ensuite, ils regardent le film en en retenant les thèmes, l\u2019ambiance et les éléments historiques.Ils lisent, enfin, des textes d\u2019historiens sur cette époque.À l\u2019arrivée, les jeunes ont vu un excellent film, ont appris qu\u2019il existe différentes versions d\u2019une même histoire et que seule une démarche critique sérieuse peut nous permettre d\u2019avoir un point de vue valable sur le passé.Déboulonner Maurice Richard L\u2019activité conçue par Chantal Rivard et Sylvain Larose est aussi captivante et porte sur le déboulonnage des statues.Si la Ligue nationale de hockey décidait enfin d\u2019interdire les bagarres, faudrait-il songer à déboulonner la statue de Maurice Richard, un joueur qui n\u2019hésitait pas à jeter les gants ?Après ce préambule visant à «déstabiliser les élèves en leur apprenant que les valeurs de la société actuelle [\u2026] ne seront peut-être pas celles de leur propre société dans le futur », Rivard et Larose plongent les élèves dans le débat concernant la statue de John A.Macdonald.En lisant des documents d\u2019époque et des textes d\u2019historiens, les jeunes font le portrait du personnage, pèsent le pour et le contre et se familiarisent avec la complexité de l\u2019histoire.Pour donner le goût de l\u2019histoire aux élèves, il faut les convaincre que cette matière n\u2019est pas plate.Or, les jeunes aiment le cinéma, les histoires, les chansons et, souvent, les débats.Servons-nous de tout ça, intelligemment, pour rendre le passé présent. | 3 3 L i r e 1 0 0 % j e u n e s s e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 GRAND ANGLE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR Il est fini le temps où les petites filles portaient des robes roses et où les garçons jouaient avec des camions, du moins dans une certaine littérature jeunesse, qui tend à se faire de plus en plus inclusive et dénuée de clichés de genre.Ayant pour objectif de ne confiner aucun personnage dans des rôles précis, cette littérature montante est investie d\u2019une volonté de faire tomber les stéréotypes de façon naturelle, d\u2019offrir une pluralité de propositions aux enfants et de se méfier des carcans préétablis.Ils sont plusieurs auteurs et éditeurs à emboîter le pas, à s\u2019inscrire dans ce qui s\u2019apparente de plus en plus à une tendance.Le vide (Anna Llenas, Les 400 coups), Au-delà de la forêt (Nadine Robert, Comme des géants), Dépareillés (Marie-Francine Hébert, QA) et Lili entre deux nids (Jonna Lund Soren- sen, D\u2019eux) sont quelques livres dans lesquels les personnages se tiennent loin des modèles entendus.Leur attitude et leur vision du monde n\u2019ont rien de typiquement féminin ou masculin, mais restent fondamentalement et avant tout humaines.Cette neutralité, l\u2019auteure et illustratrice Marianne Dubuc en fait particulièrement son cheval de bataille.« Quand j\u2019écris une histoire, je vais spontanément, et sans réfléchir, tomber dans le stéréotype.Par exemple, j\u2019aurai tendance à mettre une jupe à une petite fille et à l\u2019entourer de ses amies tout simplement parce que c\u2019est ancré en moi», raconte-t-elle dans une entrevue accordée au Devoir.Écrire ou illustrer sans basculer de l\u2019autre côté du spectre se révèle un enjeu tout aussi délicat.«Si je veux créer un personnage féminin non stéréotypé, je vais lui mettre des pantalons, ses amis seront des garçons et elle va jouer au soccer.Mais ce n\u2019est pas mieux parce que, là, je tombe dans le piège», poursuit Mme Dubuc.Pour l\u2019auteure de Facteur Souris, la meilleure façon d\u2019éviter tout problème est de mettre en scène des personnages qui peuvent faire office à la fois de garçons ou de filles sans incidence sur l\u2019histoire.Sa propension à mettre en scène des animaux lui permet justement, dit-elle, de ne pas se prononcer.« Je dessine des animaux parce que j\u2019aime dessiner des poils, des oreilles, mais aussi parce que ça me permet de ne pas afficher un genre.» L\u2019auteur et éditeur Yves Nadon s\u2019inscrit aussi dans cette lignée de créateurs qui aspirent à démanteler les frontières, à offrir une pluralité de modèles, de réalités aux enfants.«Les livres devraient offrir, dans leur ensemble, ce que la vie offre.Et nous montrer l\u2019empathie, l\u2019ouverture et l\u2019acceptation des différences, quelles qu\u2019elles soient.Nous sommes différents, et c\u2019est ce qui est beau.» Tout comme Marianne Dubuc, M.Nadon croit qu\u2019écrire ou illustrer des histoires non genrées, écologistes et féministes sans faire intervenir le rationnel demeure improbable : « Je traîne, moi aussi, des archétypes.Les miens, naturellement.Mes regards, mes espoirs.Mais encore une fois, c\u2019est la variété de ce que nous lisons qui brise ou renforce nos regards.» Si certains auteurs et maisons d\u2019édition tendent vers cette façon de faire sans se définir par celle-ci, d\u2019autres en font une véritable mission.À l\u2019instar de Talents hauts \u2014 maison française qui bouscule les idées reçues \u2014, la toute petite et nouvelle maison québécoise Dent-de-lion se définit comme une maison féministe, non genrée et non stéréotypée.Leur proposition est avant tout de s\u2019éloigner d\u2019une littérature qui est prévisible, dans laquelle on met en place un discours dominant qui laisse dans l\u2019ombre les gens qui ont moins de privilèges.«Nous, on a l\u2019impression que, quand on s\u2019éloigne d\u2019une littérature attendue, il y a plus de place pour la créativité et les bonnes histoires.Il faut connaître intimement un sujet pour s\u2019écarter du stéréotype.C\u2019est sûr que, si on démarre une cassette féministe, ça ne fera pas une bonne histoire.J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019en s\u2019attardant au point de vue de quelqu\u2019un qui sent, qui voit la réalité avec plus de détails, de nuances, tout de suite on a un récit de meilleure qualité», explique Rachel Ar- senault, coéditrice de la maison fondée Vers une littérature non genrée Promouvoir la diversité sans qu\u2019elle devienne à son tour contraignante Une illustration tirée du livre Derrière les yeux de Billy CHLOLOULA Une littérature montante est investie d\u2019une volonté de faire tomber les stéréotypes de façon naturelle, d\u2019offrir une pluralité de propositions aux enfants et de se méfier des carcans préétablis en 2016 avec Stéphanie Barahona.Avec Derrière les yeux de Billy, l\u2019auteur et comédien Vincent Bolduc signe le premier titre à paraître chez cet éditeur.Centrée autour des thèmes du deuil et de l\u2019anxiété, l\u2019histoire met en scène Billy, qui a peur de perdre tout ce qu\u2019elle a de plus précieux.Un jour, la mort lui prend son grand-père.Malgré l\u2019immense peine, et avec le temps, elle se rend compte qu\u2019elle peut garder précieusement ceux qu\u2019elle aime dans sa petite boîte à mémoire.Ses parents, ses grands-parents, ses amis, celle qui lui donne de gros papillons dans le ventre et avec qui, une fois devenue adulte, elle aura un enfant.Joint par Le Devoir, Vincent Bolduc explique l\u2019importance et la volonté de ne pas faire de l\u2019orientation sexuelle le centre du récit.«L\u2019histoire est centrée autour des thèmes du deuil, de la mort et de l\u2019anxiété.Je savais qu\u2019avec Dent- de-lion je pouvais insérer une famille homoparentale sans que ça devienne le sujet principal de l\u2019histoire.» Et c\u2019est bien là l\u2019objectif de cette littérature, que ce soit fait de façon affichée ou non: présenter des propositions différentes et qu\u2019elles soient, au bout du compte, intégrées naturellement par les lecteurs.Cocréation de l\u2019auteur Vincent Bolduc et de l\u2019illustratrice Chlo- loula, le premier titre de la toute nouvelle maison d\u2019édition Dent- de-lion remplit de très belle façon ses promesses de présenter des modèles familiaux non traditionnels et des personnages d\u2019origines diverses sans que cela soit souligné à gros traits.Ce magnifique conte aborde avec originalité et une infinie tendresse le deuil d\u2019un être cher à travers les yeux de la jeune Billy, qui a le malheureux travers de tout perdre.Le décès de son grand-père adoré suscite chez elle de grandes questions existentielles et une peur de «perdre» tous ceux qu\u2019elle aime.Billy découvrira une solution toute simple pour calmer cette crainte\u2026 Avec ses considérations philosophiques sur la mort, la vie et la mémoire, le réalisme du texte, à la fois drôle et poignant, parlera autant aux tout-petits qu\u2019aux grands.De plus, le tout est admirablement servi par les superbes illustrations totalement au diapason du ton adopté.Voilà donc un très bel ouvrage, à découvrir en famille, qui suscitera sans doute d\u2019intéressantes et essentielles discussions sur des questions qui taraudent les enfants, mais aussi les adultes\u2026 Amélie Gaudreau Derrière les yeux de Billy ?Vincent Bolduc et Chloloula, Dent-de-lion, Montréal, 2018, 37 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 L i r e 1 0 0 % j e u n e s s e 3 4 | ROMAN Dernier départ pour l\u2019ailleurs ?1/2 Nadine Descheneaux, Soulières éditeur, Montréal, 2018, 128 pages Jeanne, adolescente de 15 ans, a un petit frère de 12 ans qui prend toute la place.« Son diagnostic a trois mètres de long avec plein de lettres mélangées comme si on jouait au Scrabble en déposant des plaquettes sur notre plateau.» Elle se sent comme une figurante dans sa propre famille.«Une lourdeur embrumait mes horizons courts.» Bien entendu, ses parents ignorent qu\u2019elle va mal.Sous prétexte d\u2019aller passer son samedi à la bibliothèque, la jeune protagoniste de Dernier dépar t pour l\u2019ailleurs se rend plutôt passer le temps à l\u2019aéroport, dans la zone des départs.L\u2019adolescente malheureuse voudrait partir, être ailleurs, disparaître.Mais même à l\u2019aéropor t, le nuage gris qui l\u2019accompagne n\u2019arrive pas à se dissiper : « Je suis étrangère.Je suis de trop.Comme partout.» Auteure d\u2019une quarantaine de titres pour la jeunesse depuis 2006 (dont la série Les secrets du divan rose), Nadine Descheneaux a conçu Dernier départ pour l\u2019ailleurs comme un long soliloque dépressif sans véritable récit, fait de retours à la ligne, de phrases courtes et nominatives, où la répétition du même tient lieu de moteur de l\u2019inaction du personnage.Dans ce récit qui n\u2019avance pas \u2014 un aspect peut-être intentionnel, mais qui transpire la facilité \u2014, on verra, à la page 22, Jeanne dire : « Ma place n\u2019est nulle part.Je n\u2019ai plus d\u2019ici.» À la page 50, le monologue est toujours sur la même note : « Je veux être quelqu\u2019un d\u2019autre.Je veux être quelqu\u2019un pour quelqu\u2019un d\u2019autre.Exister.Compter.Valoir.Signifier.» Un peu plus loin encore, pour être bien cer tain que le lecteur comprenne l\u2019état d\u2019esprit du personnage : « Ma vie est plus lourde que ma valise.» Si la prémisse est intéressante, l\u2019au- teure ne pousse cependant pas très loin son idée \u2014 et s\u2019y rend en piétinant.Christian Desmeules Piétiner à l\u2019aéroport Une adolescente malheureuse rêve de disparaître GRAND ANGLE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR « Un pet XXX / est un pet MAJEUR // Un pet xx / est un pet mineur / Un pet x / est un pet anonyme / MAJEUR ou mineur », écrit Philippe Béha à l\u2019entrée X de son Abécédaire du pet (Soulières éditeur, 2014), une série de petits poèmes en vers (très) libres, à classer parmi les grands textes de ce microgenre décrivant sur un ton plus ou moins fantaisiste les joies et les contrariétés des bruits, des courants d\u2019air et des matières émanant de notre arrière-train.Un corpus assez fer tile et imposant pour que l\u2019auteur et animateur littéraire Nicholas Aumais ait pu imaginer un pétaradant atelier baptisé Le pet dans tous ses états, qu\u2019il trimballe dans les écoles primaires de la province.« Des pets, tout le monde en fait, même les animaux, mais ce sont seulement les êtres humains qui les trouvent drôles ou qui en sont gênés.Ce sont des sujets qui font rire parce qu\u2019ils font rougir », explique celui qui œuvre pour l\u2019organisme de promotion de la littérature destinée aux jeunes de 0 à 17 ans Communication- Jeunesse.« Parmi tous les ateliers que je donne, c\u2019est le seul où je n\u2019ai jamais de discipline à faire, parce que ça intéresse tout le monde.» Pour le didacticien du français et professeur adjoint à la Faculté d\u2019éducation de l\u2019Université de Sherbrooke Martin Lépine, les fèces interpellent à ce point les jeunes enfants pour la simple raison qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un des rares sujets qu\u2019ils connaissent réellement.«Les enfants aiment particulièrement les textes miroirs, qui renvoient à leur propre réalité », rappelle celui pour qui ces albums imaginés autour de la défécation et de la flatulence représentent depuis 15 ans un authentique phénomène d\u2019édition.En 1989, les Allemands Werner Holzwar th et Wolf Erlbr uch faisaient paraître De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête (repris en français aux 400 coups en 1998), qui est aux livres sur le caca ce que l\u2019Iliade est à la littérature occidentale.La bestiole agacée du titre enquête dans ce polar excrémentiel afin d\u2019épingler celui qui s\u2019est malicieusement soulagé sur son coco.J\u2019y vais, de Matthieu Maudet, Caca boudin, de Stephanie Blake, et Le mouton farceur, de Mark et Rowan Sommerset, fondent aujourd\u2019hui les bases, plus mignonnes que scatologiques, de la bibliothèque fécale idéale.Au Québec, le prolifique auteur et illustrateur Richard Petit lançait ce mois-ci Sur les traces de l\u2019abominable\u2026 Big Prout (Andara éditeur), à placer aux côtés de son King Crotte.« Avec le caca, poursuit le professeur Lépine, on est dans le texte miroir collé sur le nombril, et même un peu plus bas.Ce sont des thèmes que les enfants adorent parce que c\u2019est drôle, mais aussi parce qu\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019efforts à fournir pour se projeter dans un protagoniste ou un monde qui leur serait trop étranger.» Petite histoire du grand voyage C\u2019est pour répondre aux questions nombreuses de sa fille qu\u2019Angèle De- launois s\u2019engage en 2011 dans Le grand voyage de monsieur Caca (Les 400 coups), grand succès d\u2019édition traçant le parcours d\u2019une petite pomme rouge, de la bouche jusqu\u2019à son issue ultime.Le livre jaune, aussi instructif qu\u2019amusant, connaîtra des traductions en anglais, en coréen et en espagnol, ainsi qu\u2019une suite en 2013, Le nouveau voyage de monsieur Caca (toujours illustré par Marie Lafrance), accompagnant cette fois-ci son odorant personnage principal dans les égouts.Y avait-il un plaisir transgressif à ennoblir, d\u2019une certaine manière, le mot « caca » en le plaçant sur la couverture ?« Non, parce que ce n\u2019est pas un sujet tabou ! C\u2019est un sujet qui concerne toutes les familles », plaide celle à qui l\u2019on doit aussi l\u2019encyclopédie Cacas et compagnie.« Je ne vois pas pourquoi on en parlerait derrière des por tes closes, ou en refusant d\u2019appeler un chat un chat.» Par-delà les fascinantes informations qu\u2019ils contiennent, les albums d\u2019Angèle Delaunois permettraient aussi à parents et enfants d\u2019apaiser l\u2019angoisse inhérente à l\u2019apprentissage de la propreté.«À tous les salons du livre, des parents viennent me voir pour me dire qu\u2019ils ont laissé un de mes livres dans la salle de bain et que leurs enfants s\u2019y sont référés.Il y a quelque chose là-dedans qui rassure le bout de chou, qui lui indique que ce qui se passe dans son corps est normal.» L\u2019apprentissage du bon goût Pouvoir principal du livre sur la chose : associer la notion de rigolade et de pure jubilation à l\u2019acte de lecture dans la caboche d\u2019un bambin.Ce qui n\u2019empêche pas les auteurs n\u2019ayant pas encore tout à fait émergé de leur stade anal d\u2019ouvrir, grâce à leurs œuvres, des portes sur des domaines aussi divers que la biologie, la faune ou l\u2019environnement.Oh, crotte alors !, de Stéphane Frattini, recense, par exemple, une série de photos d\u2019excréments animaliers que les gamins devront tenter d\u2019identifier.«Quand on parle d\u2019exclusion, on se doit de parler aussi d\u2019inclusion, et quand on parle de caca ou de pet, on se doit de parler de savoir-vivre», souligne Nicholas Aumais.Les plus réussis de ces livres traceraient ainsi implicitement les limites du bon et du mauvais goût, distingueraient aux yeux et aux oreilles de l\u2019enfant les mots appropriés, ou tolérés, pour décrire ces fonctions du corps, de ceux appartenant au registre de l\u2019intolérable vulgarité.Le secret d\u2019un album sur le caca qui ne foire pas?« Je pense qu\u2019il faut que ce soit drôle, sans que ce soit une farce complète, estime Nicholas.Il faut que ça reste intelligent, qu\u2019on emploie le plus possible les vrais mots.Il faut, au fond, qu\u2019on ne salisse pas davantage le sujet.» La littérature jeunesse est-elle obsédée par le caca ?Réflexion (presque) sérieuse autour d\u2019un microgenre aussi amusant qu\u2019utile Détail de la couverture du livre Le grand voyage de monsieur Caca ILLUSTRATION MARIE LAFRANCE | 3 5 É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C U L T U R E CRITIQUE ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR Leur image a été plus qu\u2019entachée par les campagnes des groupes ani- malistes, alimentées depuis des décennies à grand renfor t d\u2019images trompeuses qui, encore aujourd\u2019hui, mettent en scène les célèbres blan- chons, ces « bébés phoques » du Groenland qui ne sont pourtant plus chassés depuis\u2026 1987.Les chasseurs de phoques des îles de la Madeleine, qui pratiquent une chasse dont l\u2019origine remonte à l\u2019occupation même du territoire de cet archipel, ont été et sont toujours la cible d\u2019attaques très virulentes.Ils ne sont d\u2019ailleurs pas les seuls à faire les frais des campagnes contre la chasse.Pour avoir osé mettre du phoque au menu, certains restaurateurs ont déjà reçu des menaces directes.Encore pire pour les chasseurs, depuis 2010, l\u2019Union européenne \u2014 où la surpêche est un problème récurrent, où l\u2019importation d\u2019ivoire d\u2019espèces menacées est massive et où les cas de cruauté dans les abattoirs se sont multipliés au cours des dernières années \u2014 impose un embargo sur les produits dérivés du phoque, jugeant les méthodes d\u2019abattage «cruelles».Les chasseurs d\u2019ici ont donc perdu l\u2019accès à leur principal marché d\u2019exportation.Malgré la multiplication des embûches, cer tains continuent néanmoins de pratiquer la chasse aux phoques, et le réalisateur Nicolas Lé- vesque a décidé de leur donner la parole, à hauteur d\u2019hommes vrais.Le documentaire Chasseurs de phoques permet ainsi de découvrir les paysages hivernaux magnifiques des îles de la Madeleine, mais aussi un art de vivre propre à cette communauté insulaire qui s\u2019accroche à son amour du territoire, au-delà de la cohue touristique estivale.« Le discours sur la chasse aux phoques est très débalancé, surtout lorsqu\u2019on voit les budgets qu\u2019ont les groupes animalistes pour démoniser cette pratique, explique M.Lévesque, en entrevue au Devoir.Ces groupes décrivent les chasseurs comme des barbares, alors que la réalité est complètement différente.Je trouvais donc ça important de se coller à leur réalité.Ce sont des gens qui veulent développer une économie locale, mais aussi partager leurs connaissances.» Espèces abondantes « On a toujours été un peuple de cueilleurs.Ce qui arrivait, on le cueillait pour se nourrir.Et de génération en génération, on a essayé de se La chasse aux phoques dans l\u2019œil sensible des chasseurs madelinots Nicolas Lévesque va à la rencontre de ceux qui tentent de raviver cette pratique ancestrale Le documentaire permet de découvrir les paysages hivernaux magnifiques des îles de la Madeleine, mais aussi un art de vivre propre à cette communauté insulaire qui s\u2019accroche à son amour du territoire, au-delà de la cohue touristique estivale.MC2 COMMUNICATIONS défendre pour vivre sur une île », résume d\u2019ailleurs très justement le boucher Réjean Vigneau, lui-même partie intégrante de «ce peuple qui a le courage de se salir les mains pour nourrir son monde ».Le cinéaste part aussi à la rencontre de Bernard, lui-même chasseur, qui s\u2019attarde à transmettre les connaissances nécessaires à la capture du phoque à ses deux fils.Et il en faut de la volonté, mais aussi du savoir très tangible et beaucoup de patience, pour partir en bateau dans les glaces du mois de mars et chasser le phoque du Groenland.Les chasseurs doivent également suivre une formation pour assurer un abattage efficace des pinnipèdes.Et non, « ils ne prennent pas plaisir à donner la mort à ces animaux dont ils ont le plus grand respect », assure Nicolas Lévesque.I l faut par a i l leurs le dire : le phoque du Groenland et le phoque gris ne sont pas menacés par la pression de chasse commerciale, en raison notamment de l\u2019établissement de quotas par le gouvernement fédéral.D\u2019ailleurs, ces quotas ne sont habituellement pas atteints.Ainsi, la population de phoques du Groenland, l\u2019espèce qui vient mettre bas sur les glaces qui se forment au large des îles de la Madeleine, s\u2019élève à 7,4 millions de têtes.Dans le cas du phoque gris, un animal qui peut dépasser les 700 livres à l\u2019âge adulte, la population de l\u2019est du Canada dépasse les 425 000 têtes.Les populations de ces mammifères marins sont telles qu\u2019elles limiteraient le rétablissement de certaines espèces de poissons anéanties par la surpêche.Dans ce contexte, affirment les chasseurs, pourquoi ne pas développer davantage les débouchés pour les produits du phoque ?Montrer le visage profondément humain de ces Madelinots est peut-être un premier pas.Chasseurs de phoques Unis, lundi, 21h, rediffusion mercredi, 12h30 et dimanche 9 décembre, 14h30 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e 3 6 | Arte Musica présente sallebourgie.ca Présenté par 18 19 Salle Bourgie FÊTE NORDIQUE Jeudi 6 décembre, 19 h 30 JEAN-FRANÇOIS BÉLANGER ET SON ENSEMBLE Un concert d'inspiration scandinave pour accueillir l\u2019hiver.MAGNIFICAT DE BACH Samedi 22 décembre, 15 h Dimanche 23 décembre, 14 h I MUSICI DE MONTRÉAL JEAN-MARIE ZEITOUNI, chef J.S.Bach Magni?cat, BWV 243 Cantates de Noël, BWV 110 et 197a PASTORALE DE NOËL Vendredi 7 décembre, 19 h 30 ENSEMBLE CORRESPONDANCES SÉBASTIEN DAUCÉ, direction Œuvres de M.-A.Charpentier L\u2019extraordinaire ensemble français présente son premier concert à Montréal.Noël en état de grâce ! Concerts du temps des Fêtes SÉRÉNADE D\u2019HIVER Mercredi 12 décembre, 19 h 30 NEW YORK POLYPHONY L\u2019ensemble vocal de New York est de retour à la salle Bourgie ! Un antidote parfait à la frénésie des Fêtes.ENTREVUE FLORENCE SARA G.FERRARIS LE DEVOIR On peut dire que Laurence Trépanier et Tanya Lapointe ont le sens du timing.« On n\u2019aurait jamais pu imaginer que les choses prendraient une telle ampleur lorsqu\u2019on a commencé à travailler sur notre documentaire il y a trois ans, lancent-elles d\u2019une même voix.On savait qu\u2019on voulait se pencher sur la question de l\u2019égalité entre les hommes et les femmes, mais pas que la recherche se ferait presque toute seule.On s\u2019est vraiment laissé emporter par la vague.» Jointes par téléphone à quelques jours du lancement de leur projet, dont les fruits seront bientôt disponibles en librairie et dif fusés dans le cadre des Grands reportages le 5 décembre, juste avant d\u2019être déposés sur la plateforme numérique du diffuseur public, les deux jeunes femmes en avaient long à dire sur ce qui les a poussées à s\u2019attaquer à cette épineuse question.« Ç\u2019a toujours été un sujet central dans nos discussions \u2014 qu\u2019on parle d\u2019économie, de politique, de famille\u2026 On revenait toujours au fait qu\u2019être née femme change notre rap- por t au monde, raconte Tanya Lapointe, un sourire dans la voix.Mais la première fois qu\u2019on a parlé sérieusement de 50/50, c\u2019était en juillet 2015.» Nous sommes alors moins d\u2019un an après la déferlante numérique d\u2019#AgressionNonDénoncée.La poussière entourant l\u2019af faire Ghomeshi peine à retomber et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, n\u2019est qu\u2019à quelques mois de prononcer son fameux « Parce qu\u2019on est en 2015 », lancé un peu en boutade lors du dévoilement de son cabinet paritaire.« Il y avait déjà quelque chose dans l\u2019air, se remémore la journaliste de formation.Quelque chose à saisir, de plus grand que nous ! » Série d\u2019histoires La suite des choses leur aura finalement donné raison, comme en témoignent la vingtaine d\u2019entrevues qu\u2019on retrouve dans les œuvres documentaires \u2014 le film et le livre \u2014 qu\u2019elles présentent aujourd\u2019hui au public.«Nous avons voulu donner la parole à des figures marquantes de cette quête d\u2019égalité \u2014 on peut penser ici aux Pauline Marois et Françoise David de ce monde, par exemple \u2014, mais aussi Parler d\u2019égalité ensemble Le documentaire 50/50 vise à bâtir des ponts entre les sexes et les générations offrir une voix à celles qu\u2019on entend peu ou qu\u2019on n\u2019entend pas du tout, souligne Laurence Trépanier.Il y a des voix fortes et rassembleuses qui n\u2019ont pas toujours un espace pour exister.C\u2019est là qu\u2019on a voulu agir : ce sont leurs histoires, leurs réflexions et leurs prises de parole qui nous ont guidées tout au long de notre travail.» Issues de différents horizons \u2014 de la politique à la philosophie en passant par le travail social, le journalisme et la philanthropie \u2014, leurs protagonistes nous livrent ainsi tour à tour leur vision de l\u2019égalité dans le Québec actuel.Après, il est certain que le format des Grands reportages \u2014 on parle ici d\u2019à peine 52 minutes pour faire le tour de la question \u2014 a obligé les réalisatrices à faire des choix pour le documentaire.Ou, plutôt, à ne pas en faire, mais à rester en surface.«On s\u2019est attaquées à un sujet complexe, qui peut prendre de multiples formes», concè- dent-elles, en rappelant que le livre complète bien là où le film n\u2019a pas pu approfondir.«On se voyait mal mettre un angle de côté.» Le résultat final est donc un peu décousu, mais il demeure un outil pédagogique fort intéressant, en particulier pour ceux qui entament tout juste leur réflexion sur la question.« On s\u2019est toujours dit qu\u2019on voulait créer des ponts entre les genres, mais aussi entre les générations, affirme Laurence Trépanier.On n\u2019aura jamais trop de voix qui vont dans ce sens-là.» On y parle donc de sexisme ordinaire, de congé parental, de charge mentale, de violence conjugale, d\u2019inter- sectionnalité, d\u2019équité salariale\u2026 Mais aussi de solidarité et de beaucoup Complètement indépendant de son alter ego télévisuel, le livre- documentaire 50/50 pose un regard étoffé sur la question de l\u2019égalité entre les hommes et les femmes au Québec.Complètement indépendant, mais tout de même fichtrement complémentaire dans l\u2019optique où l\u2019ouvrage, quelque part à mi-chemin entre le reportage et le journal de bord, pousse l\u2019analyse, offrant aux lecteurs une multitude de morceaux d\u2019entrevues inédits.« En trois ans, nous avions cumulé plus de 22 heures d\u2019entrevue, souligne Tanya Lapointe, qui leur a, pour l\u2019occasion, prêté sa plume.C\u2019était tellement riche en informations, ç\u2019aurait été du gaspillage de ne pas faire autre chose avec ce matériel.» On y parle d\u2019ailleurs davantage de ces autres femmes \u2014 moins blanches, moins fortunées et moins éduquées \u2014 qui ne faisaient qu\u2019une courte apparition dans le pendant cinématographique de l\u2019œuvre.Cette version offre aussi une réflexion soutenue de Tanya Lapointe sur l\u2019épineuse question à laquelle Laurence Trépanier (en retrait ici puisqu\u2019elle venait tout juste de donner naissance à son plus jeune fils) et elle ont décidé de s\u2019attaquer.Au fil des pages \u2014 à mesure que les contours de la réalité, tantôt triste, tantôt surprenante, se dessinent \u2014, on comprend ainsi que de leur enquête journalistique a aussi émergé une quête de sens, toute personnelle.Florence Sara G.Ferraris 50/50 Réflexions et solutions pour atteindre l\u2019égalité Tanya Lapointe, Éditions Cardinal, Montréal, 2018, 224 pages | 37 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Produit par Attila Glatz Concert Productions L\u2019ORCHESTRE STRAUSS du QUÉBEC Extraits de valses, de polkas et d\u2019opérettes Chanteurs européens, danse de salon et ballet dimanche 30 décembre 2018 \u2022 14 h 30 418-643-8131 / 1 877-643-8131 grandtheatre.qc.ca salutetovienna.com/quebec Laurence Trépanier et Tanya Lapointe n\u2019auraient jamais pu imaginer que les choses prendraient une telle ampleur lorsqu\u2019elles ont commencé à travailler sur leur documentaire il y a trois ans.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR d\u2019espoir.«C\u2019était important pour nous d\u2019offrir des solutions et de mettre en lumière des initiatives lumineuses», soutiennent les deux complices, en citant comme exemple le cas de Time\u2019s Up, né en marge de la bombe #MoiAussi et qui s\u2019est imposé à la toute fin de leur processus.«On voulait, oui, faire un état des lieux, mais surtout réfléchir aux moyens qui peuvent être mis en œuvre \u2014 ou qui le sont déjà \u2014 pour se rapprocher de l\u2019égalité.On voulait ouvrir un dialogue positif et sain sur ces questions qui, la plupart du temps, nous divisent.» D\u2019où l \u2019 intérêt, estiment-elles, d\u2019avoir donné la parole aux femmes, mais aussi à certains hommes qui, à leur sens, s\u2019activent au quotidien pour rendre leur milieu de vie plus égalitaire.«On voulait montrer que la défense de l\u2019égalité entre les sexes, c\u2019est l\u2019affaire de tous», souligne Tanya Lapointe, en ajoutant que tout le monde, qu\u2019on soit homme ou femme, se porte mieux dans une société égalitaire.«C\u2019est d\u2019ailleurs en donnant la parole à un homme [l\u2019animateur et journaliste Matthieu Dugal] qu\u2019on a trouvé, selon moi, la meilleure définition du 50/50.C\u2019est plus qu\u2019une question de quotas ou de représentativité, c\u2019est avant tout une question d\u2019empathie.» 50/50 Aux Grands reportages de RDI, le 5 décembre à 20h et sur ICI Tou.tv dès le 6 décembre L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI TOMBOY (3) Fr.2011.Drame psychologique de Céline Sciamma avec Zoé Héran, Malonn Lévana, Jeanne Disson.- Une fille de dix ans aux allures androgynes se fait passer pour un garçon auprès des enfants de son nouveau voisinage.ARTV 12h WELCOME TO LEITH (4) É.-U.2014.Documentaire de Michael Beach Nichols.- En 2012 au Dakota du Nord, le suprémaciste blanc Craig Cobb a tenté, par des tactiques d\u2019intimidation, de prendre le contrôle d\u2019une petite ville.PBS (WETK) 12h ELLE S\u2019APPELAIT SARAH (4) Fr.2010.Drame de Gilles Paquet-Brenner avec Kristin Scott Thomas, Mélusine Mayance, Niels Arestrup.- Une journaliste découvre que le grand-père de son mari a pris possession de l\u2019appartement familial dans la foulée de la rafle du Vel d\u2019Hiv.ARTV 13h35 LOSERS (5) (The Losers), É.-U.2010.Thriller de Sylvain White avec Jeffrey Dean Morgan, Zoe Saldana, Chris Evans.- Un commando de la CIA laissé pour mort en Bolivie retourne aux États-Unis incognito afin de se venger du dangereux mégalomane qui l\u2019a piégé.V 14h MAMAN, J\u2019AI RATÉ L\u2019AVION (4) (Home Alone), É.-U.1990.Comédie de Chris Columbus avec Macaulay Culkin, Joe Pesci, Catherine O\u2019Hara.- Oublié par sa famille partie pour les vacances de Noël, un gamin se met en frais d\u2019assurer la garde de la maison lorsque surviennent des cambrioleurs.TVA 16h 12 CADEAUX DE NOËL (5) (12 Gifts of Christmas), É.-U.2015.Comédie sentimentale de Peter Sullivan avec Katrina Law, Aaron O\u2019Connell, Donna Mills.- Une artiste fauchée devient acheteuse de cadeaux de Noël pour un publicitaire débordé de travail.MAX 16h BÉTELGEUSE (4) (Beetlejuice), É.-U.1988.Comédie fantaisiste de Tim Burton avec Alec Baldwin, Geena Davis, Michael Keaton.- Un couple de fantômes fait appel à un esprit malin pour chasser les nouveaux propriétaires de leur ancienne maison.V 16h LE RÉVEIL DES GARDIENS (4) (Rise of the Guardians), É.-U.2012.Film d\u2019animation de Peter Ramsey.- Une troupe de valeureux gardiens sous la gouverne du père Noël affronte un individu maléfique qui menace de transformer en cauchemars les rêves des enfants.TQ 18h HARRY POTTER ET LA CHAMBRE DES SECRETS (4) (Harry Potter and the Chamber of Secrets), É.-U.2002.Drame fantastique de Chris Columbus avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson.- Au péril de leur vie, trois apprentis sorciers enquêtent sur le mystère entourant la chambre des secrets de leur école.V 18h L\u2019HOMME D\u2019ACIER (4) (Man of Steel), É.-U.2013.Science-fiction de Zack Snyder avec Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon.- Un extraterrestre élevé sur la Terre et doté de pouvoirs extraordinaires combat un compatriote surgi de l\u2019espace qui menace de détruire l\u2019humanité.TVA 18h30 POM LE POULAIN (4) Bel.2006.Drame d\u2019Olivier Ringer avec Richard Bohringer, Morgan Marinne, Philippe Grand\u2019Henry.- Dans les Ardennes belges, un palefrenier vient en aide à un poulain qui se laisse mourir depuis que sa mère a été vendue sous de faux motifs.TFO 19h32 LA PETITE HISTOIRE DU PLAISIR (5) (Hysteria), G.-B.2011.Comédie sentimentale de Tanya Wexler avec Hugh Dancy, Maggie Gyllenhaal, Jonathan Pryce.- Dans les années 1870 à Londres, un médecin employé dans le cabinet d\u2019un spécialiste de l\u2019hystérie développe le prototype de ce qui deviendra le vibrateur.ARTV 20h AN HONEST LIAR (4) É.-U.2014.Documentaire de Tyler Measom.- La vie de James Randi, un magicien réputé qui a consacré une partie de sa carrière à dénoncer les guérisseurs, mentalistes et fraudeurs de toutes sortes.PBS (WETK) 20h MON PETIT DOIGT M\u2019A DIT.(3) Fr.2005.Comédie policière de Pascal Thomas avec Catherine Frot, André Dussollier, Geneviève Bujold.- Une châtelaine en mal de sensations fortes enquête sur une disparition et une série d\u2019empoisonnements survenues dans une maison de retraite cossue.TFO 21h NUIT ET JOUR (5) (Knight and Day), É.-U.2010.Comédie de James Mangold avec Tom Cruise, Cameron Diaz, Peter Sarsgaard.- Une jeune femme sans histoire est entraînée dans une folle aventure par un agent secret en disgrâce.TVA 21h19 BIRDMAN OU (LES VERTUS INSOUPÇONNÉES DE L\u2019IGNORANCE) (2) (Birdman or (The Unexpected Virtue of Ignorance)), É.-U.2014.Comédie dramatique de Alejandro González Iñárritu avec Michael Keaton, Emma Stone, Edward Norton.- À trois jours de la première de sa pièce sur Broadway, un acteur déchu de Hollywood sombre dans une grave crise existentielle.V 21h30 CHRONIQUE D\u2019UN SCANDALE (3) (Notes on a Scandal), G.-B.2006.Drame de mœurs de Richard Eyre avec Judi Dench, Cate Blanchett, Bill Nighy.- Une enseignante d\u2019âge mûr entretient une amitié ambiguë avec une jeune consœur qui a une liaison avec un élève de 15 ans.TQ 22h 12 CADEAUX DE NOËL Voir samedi, 16h.MAX 22h TOMBOY VOIR SAMEDI, 12H.ARTV 23h LE CŒUR A SES RAISONS (3) Isr.2012.Drame de Rama Burshtein avec Hadas Yaron, Yiftach Klein, Irit Sheleg.- Une jeune femme issue de la communauté hassidique de Tel-Aviv subit la pression de sa mère afin qu\u2019elle épouse son beau-frère endeuillé.TFO 23h LE SEUL SURVIVANT (4) (Lone Survivor), É.-U.2013.Drame de guerre de Peter Berg avec Mark Wahlberg, Taylor Kitsch, Emile Hirsch.- Envoyés dans les montagnes afghanes afin de frapper un camp de talibans, quatre soldats d\u2019élite de l\u2019armée américaine sont accidentellement repérés par l\u2019ennemi.TVA 0h LE DERNIER DIAMANT (4) Fr.2014.Thriller d\u2019Éric Barbier avec Yvan Attal, Bérénice Bejo, Jean-François Stévenin.- Alors qu\u2019il prépare le vol d\u2019un diamant rarissime, un cambrioleur tombe amoureux de l\u2019experte qui en a la charge.RC 0h30 MON PETIT DOIGT M\u2019A DIT.Voir samedi, 21h.TFO 1h DIMANCHE LE TEMPS N\u2019EST RIEN (4) (The Time Traveler\u2019s Wife), É.-U.2009.Drame sentimental de Robert Schwentke avec Eric Bana, Rachel McAdams, Brook- lynn Proulx.- Un bibliothécaire de Chicago capable de voyager dans le temps n\u2019a cependant aucun contrôle sur ce pouvoir, ce qui complique sa relation avec son épouse.TVA 10h LE RÉVEIL DES GARDIENS Voir samedi, 18h.TQ 12h GABRIELLE (3) Can.2013.Drame psychologique de Louise Archambault avec Gabrielle Marion-Rivard, Mélissa Désormeaux-Poulin, Alexandre Landry.- Une handicapée intellectuelle de 22 ans réclame son indépendance après que son amoureux, lui aussi déficient, eut reçu de sa mère l\u2019interdiction de la fréquenter.ARTV 14h MA VIE POUR LA TIENNE (4) (My Sister\u2019s Keeper), É.-U.2009.Drame de Nick Cassavetes avec Cameron Diaz, Abigail Breslin, Sofia Vassilieva.- Une fillette intente un procès à ses parents pour qu\u2019ils cessent de la soumettre à des procédures médicales visant à sauver sa sœur aînée atteinte de leucémie.V 14h LA MÉLODIE DU BONHEUR (3) (The Sound of Music), É.-U.1965.Comédie musicale de Robert Wise avec Julie Andrews, Christopher Plummer, Charmian Carr.- Devenue gouvernante des enfants d\u2019un noble autrichien, une novice entraîne toute la famille au chant choral.TVA 14h30 FROZEN (3) É.-U.2013.Film d\u2019animation de Chris Buck.- Une princesse part à la recherche de sa sœur la reine, qui a plongé le pays dans un hiver perpétuel avec son pouvoir magique maudit.CBC 17h LES MATINS INFIDÈLES (4) Can.1988.Comédie dramatique de Jean Beaudry avec Denis Bouchard, Jean Beaudry, Violaine Forest.- Un photographe qui a entrepris avec un écrivain un projet d\u2019envergure ne tarde pas à tricher avec ses engagements.ARTV 20h LE CŒUR A SES RAISONS Voir samedi, 23h.TFO 21h LE PASSÉ (3) Fr.2013.Drame d\u2019Asghar Farhadi avec Ali Mosaffa, Bérénice Bejo, Tahar Rahim.- De retour en France pour officialiser son divorce avec une commis de pharmacie, un Iranien découvre que celle-ci veut refaire sa vie avec un commerçant dont l\u2019épouse est dans le coma.TQ 22h30 ELLE S\u2019APPELAIT SARAH Voir samedi, 13h35.ARTV 23h LES CITRONNIERS (3) Isr.2008.Drame social d\u2019Eran Riklis avec Hiam Abbass, Ali Suliman, Rona Lipaz-Michael.- Une veuve palestienne s\u2019oppose à la coupe de ses citronniers pour assurer la sécurité d\u2019un ministre israélien, venu s\u2019installer en face de sa plantation.TFO 23h ANGE ET GABRIELLE (5) Fr.2015.Comédie sentimentale d\u2019Anne Giafferi avec Patrick Bruel, Isabelle Carré, Alice de Lencquesaing.- Le patron d\u2019une agence d\u2019architectes apprend que son fils, qu\u2019il n\u2019a jamais reconnu, a mis enceinte la fille d\u2019une pharmacienne.TVA 23h03 LES SAVEURS DU PALAIS (4) Fr.2012.Comédie dramatique de Christian Vincent avec Catherine Frot, Arthur Dupont, Jean-Marc Roulot.- Chargée de préparer les repas personnels du président français, une cuisinière du Périgord en découd avec le personnel hostile des cuisines de l\u2019Élysée.RC 23h25 UNE SÉPARATION (2) Iran.2011.Drame d\u2019Asghar Farhadi avec Peyman Moadi, Leila Hatami, Sareh Bayat.- Après le départ de son épouse, un homme entre en conflit avec la jeune mère qu\u2019il a engagée pour prendre soin de son père atteint de la maladie d\u2019Alzheimer.RC 1h LE CŒUR A SES RAISONS Voir samedi, 23h.TFO 1h30 LUNDI GABRIELLE Voir dimanche, 14h.ARTV 12h FILM DE SUPER-HÉROS Voir dimanche, 21h.MP 12h FLAMME SUR GLACE (5) (The Cutting Edge), É.-U.1992.Comédie sentimentale de Paul Michael Glaser avec D.B.Sweeney, Moira Kelly, Roy Dotrice.- Un jeune hockeyeur accepte de former un duo avec une patineuse artistique au tempérament difficile.TVA 13h LE PASSAGE (4) (Holes), É.-U.2003.Comédie dramatique d\u2019Andrew Davis avec Shia LaBeouf, Sigourney Weaver, Jon Voight.- Dans un camp de travail pour délinquants situé en plein désert, un garçon apprend que la directrice recherche activement un trésor.MP 21h LES CITRONNIERS Voir dimanche, 23h.TFO 21h VA, VIS ET DEVIENS (4) Fr.2005.Chronique de Radu Mihaileanu avec Moshe Agazai, Yaël Abecassis, Sirak M.Sabahat.- À Tel-Aviv, les expériences d\u2019un jeune Éthiopien chrétien qui a échappé à la famine en 1984 en se faisant passer pour juif.TFO 0h10 MON AMOUR (3) (Bright Star), G.-B.2009.Drame sentimental de Jane Cam- pion avec Ben Whishaw, Abbie Cornish, Paul Schneider.- L\u2019histoire d\u2019amour tragique du poète John Keats avec la jeune voisine coquette et extravertie qui lui a inspiré certaines de ses plus belles œuvres.TVA 0h35 MARDI LE PASSAGE Voir lundi, 21h.MP 11h30 LES ORANGES (5) (The Oranges), É.-U.2011.Comédie dramatique de Julian Farino avec Leighton Meester, Hugh Laurie, Catherine Keener.- Un couple du New Jersey est stupéfait de voir sa fille tomber amoureuse d\u2019un ami de la famille vivant avec femme et enfants de l\u2019autre côté de la rue.TVA 13h LE PASSAGE Voir lundi, 21h.MP 16h30 PARTIS EN 60 SECONDES (5) (Gone in 60 Seconds), É.-U.2000.Drame policier de Dominic Sena avec Nicolas Cage, Angelina Jolie, Giovanni Ribisi.- Une bande de voleurs s\u2019efforce de subtiliser 50 automobiles en 24 heures.MP 21h VA, VIS ET DEVIENS Voir lundi, 0h10.TFO 21h MONSIEUR IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN (4) Fr.2003.Comédie dramatique de François Dupeyron avec Omar Sharif, Pierre Boulanger, Gilbert Melki.- Dans les années 1960 à Paris, un adolescent juif laissé à lui-même se lie d\u2019amitié avec un vieux musulman qui lui fait découvrir la vie.TFO 0h30 MERCREDI BONS BAISERS D\u2019HOLLYWOOD (4) (Postcards from the Edge), É.-U.1990.Comédie satirique de Mike Nichols avec Meryl Streep, Shirley MacLaine, Gene Hackman.- Une actrice de cinéma traverse une période difficile après être sortie d\u2019une cure de désintoxication.VIE 13h PARTIS EN 60 SECONDES Voir mardi, 21h.MP 16h30 AVANT TOI (5) (Me Before You), É.-U.2016.Drame sentimental de Thea Sharrock avec Emilia Clarke, Sam Claflin, Matthew Lewis.- Une jeune femme originale s\u2019éprend d\u2019un châtelain paraplégique dont elle est l\u2019aide-soignante.TVA 19h30 ANT-MAN (4) É.-U.2015.Science-fiction de Peyton Reed avec Paul Rudd, Michael Douglas, Evangeline Lilly.- Un ex-cambrioleur est recruté par un vieux scientifique pour endosser un costume qui permet à celui qui le porte de rétrécir à volonté tout en décuplant sa force.MP 21h MONSIEUR IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN Voir mardi, 0h30.TFO 21h GABRIELLE Voir dimanche, 14h.ARTV 22h LES SEPT JOURS DU TALION (4) Can.2010.Thriller de Daniel Grou-Podz avec Claude Legault, Rémy Girard, Martin Dubreuil.- Sa fillette ayant été violée et assassinée par un pédophile, un chirurgien capture ce dernier et le soumet à sept jours de torture, au bout desquels il compte l\u2019exécuter.Z 23h BEAUMARCHAIS, L\u2019INSOLENT (4) Fr.1996.Comédie de mœurs d\u2019Édouard Molinaro avec Fabrice Luchini, Manuel Blanc, Sandrine Kiberlain.- Aperçu de la vie publique et privée d\u2019un célèbre auteur dramatique du XVIIIe siècle à l\u2019aube de la Révolution française.TFO 0h05 MONSIEUR IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORAN Voir mardi, 0h30.TFO 1h50 LES PSYCHOPATHES (4) (Seven Psychopaths), G.-B.2012.Comédie de Martin McDonagh avec Colin Farrell, Sam Rockwell, Christopher Walken.- Un scénariste en panne d\u2019inspiration est entraîné par un ami acteur dans une folle histoire de kidnapping de chien.ARTV 2h JEUDI NEW YORK EN AUTOMNE (5) (Autumn in New York), É.-U.2000.Drame sentimental de Joan Chen avec Richard Gere, Winona Ryder, Anthony LaPaglia.- Un tombeur invétéré tombe amoureux d\u2019une jeune designer qui s\u2019avère atteinte d\u2019une maladie incurable.VIE 13h ANT-MAN Voir mercredi, 21h.MP 16h30 AU CŒUR DE LA TERRE (4) (The Core), É.-U.2003.Science-fiction de Jon Amiel avec Aaron Eckhart, Hilary Swank, Stanley Tucci.- Pour prévenir la fin du monde, une expédition est envoyée au centre de la Terre afin de réactiver le magma autour du noyau de la planète.MP 21h BEAUMARCHAIS, L\u2019INSOLENT Voir mercredi, 0h15.TFO 21h INSPECTEUR BULLDOZER (5) It.1978.Comédie policière de Steno avec Bud Spencer, Enzo Cannavale, Werner Pochat.- Un policier italien se rend en Afrique du Sud pour enquêter sur l\u2019assassinat d\u2019un collègue local qui avait requis son aide.Z 23h LES MATINS INFIDÈLES Voir dimanche, 20hs.ARTV 23h ESCOUADE GANGSTER (4) (Gangster Squad), É.-U.2012.Drame policier de Ruben Fleischer avec Josh Brolin, Ryan Gosling, Sean Penn.- À la fin des années 1940, le chef de la police de Los Angeles crée une escouade secrète pour empêcher le gangster new-yorkais Mickey Cohen de contrôler la ville.TVA 23h35 RIDICULE (3) Fr.1996.Comédie dramatique de Patrice Leconte avec Charles Berling, Jean Rochefort, Fanny Ardant.- Grâce à son bel esprit, un gentilhomme se fait connaître à Versailles où il espère obtenir une audience avec le roi afin de plaider la cause des paysans de sa région.TFO 0h03 BEAUMARCHAIS, L\u2019INSOLENT Voir mercredi, 0h15.TFO 1h45 VENDREDI RIDICULE Voir jeudi, 0h03.TFO 21h LE GAMIN AU VÉLO (3) Bel.2011.Drame de Jean-Pierre Dardenne avec Thomas Doret, Cécile de France, Egon Di Mateo.- Un garçon placé en foyer d\u2019accueil bénéficie chaque fin de semaine de l\u2019hospitalité d\u2019une coiffeuse, dans une cité où il tombe sous la coupe d\u2019un petit dealer qui l\u2019initie au crime.TQ 23h UNE MÉTHODE DANGEREUSE (3) (A Dangerous Method), G.-B.2011.Drame historique de David Cronenberg avec Michael Fassbender, Keira Knightley, Viggo Mortensen.- Au début du XXe siècle, la liaison de Carl Jung avec son ex-patiente Sabina Spielrein provoque la rupture idéologique entre le psychanalyste zurichois et son mentor Sigmund Freud.ARTV 23h LES MATINS INFIDÈLES Voir dimanche, 20h.RC 23h06 LE FEU PAR LE FEU (5) (Fire With Fire), É.-U.2012.Thriller de David Barrett avec Josh Duhamel, Rosario Dawson, Bruce Willis.- Menacé de mort par le criminel contre lequel il est appelé à témoigner en cour, un pompier californien prend les grands moyens pour sauver sa peau.TVA 23h35 DIALOGUE AVEC MON JARDINIER (4) Fr.2007.Comédie dramatique de Jean Becker avec Daniel Auteuil, Jean-Pierre Darroussin, Fanny Cottençon.- Un peintre parisien s\u2019installe à la campagne dans la maison familiale et embauche un jardinier qui s\u2019avère être un ami d\u2019enfance.TFO 0h06 PANCHO VILLA DANS SON PROPRE RÔLE (5) (And Starring Pancho Villa as Himself), É.-U.2003.Drame historique de Bruce Beresford avec Antonio Banderas, Alan Arkin, Jim Broadbent.- Dans les années 1910, Hollywood passe un accord avec le révolutionnaire mexicain Pancho Villa pour tourner un film sur sa vie.RC 0h30 INFECTÉE (4) (Maggie), É.-U.2015.Drame d\u2019Henry Hobson avec Abigail Breslin, Arnold Schwarzenegger, Joely Richardson.- Bien que sa fille adolescente soit infectée par un virus qui la transformera en zombie, un fermier refuse de la placer en quarantaine, pour prendre soin d\u2019elle jusqu\u2019à la fin.TVA 1h35 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable | 3 9 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 VELO.QC.CA/NOEL 514 521-8356 1 800 567-8356, poste 504 *Cette offre se termine le 21 décembre 2018 à 17 h par téléphone, et 31 décembre 2018 en ligne.Taxes en sus.Offre valide au Canada seulement.Limite d\u2019un abonnement d\u2019un an par personne, par magazine.PLUS DE 60 %* DE RABAIS À Noël, ABONNEZ VOS PROCHES ET PROFITEZ D\u2019UN TARIF EXCEPTIONNEL ! GILLES VIGNEAULT Le temps qu\u2019il fait sur mon pays Un coffret incontournable, disponible maintenant! 8 ENREGISTREMENTS ORIGINAUX REMASTERISÉS & TOUS LES TEXTES AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR S\u2019en sortir, ou pas La série documentaire Face à la rue a non seulement changé la perception de «chaîne de madame » qui collait à Moi et cie, elle a surtout permis à bien des téléspectateurs de perdre bien des préjugés à l\u2019égard de l\u2019itinérance et de ceux et celles qui la vivent au quotidien.L\u2019équipe de production et l\u2019animateur Jean- Marie Lapointe ont réussi en deux saisons à aborder avec beaucoup d\u2019humanité et de délicatesse des enjeux inhérents à cette problématique complexe à travers des rencontres authentiques et respectueuses avec des personnes qui vivent dans la rue.Cette édition spéciale se veut un bilan plutôt positif de cette expérience télévisuelle pas banale.L\u2019animateur retrouve des itinérants jeunes et moins jeunes dont la vie a beaucoup changé depuis qu\u2019ils ont participé à l\u2019émission.La plupart d\u2019entre eux ont réussi à sortir de la rue et ils se construisent aujourd\u2019hui des existences plus lumineuses.C\u2019est toutefois l\u2019histoire d\u2019une participante qui n\u2019a pas réussi à s\u2019extirper du cercle vicieux de la toxicomanie de façon durable qui est sans doute la plus émouvante et malheureusement la plus représentative de la réalité\u2026 Face à la rue : que sont-ils devenus ?Moi et cie, mercredi, 19h30 SU R VOS ÉC R A N S \u2013 R É D E M P T I O N S, AT T I R A N C E S E T R I G O L A D E S Le visionnement en continu de la semaine Après la désastreuse série Marseille, un drame politique qui avait le vilain défaut de nous faire rigoler, la nouvelle production originale française du géant Netflix penche cette fois du côté de la comédie romantique, un genre où les clichés rassurants sont souvent un gage de succès.Plan cœur raconte les tractations des amies d\u2019une éternelle célibataire qui essaient de lui redonner confiance en engageant à son insu une escorte masculine pour lui faire la cour.On peut aisément deviner le reste.Plan cœur Netflix, dès vendredi Attirance à distance L\u2019hybristophilie, ça vous dit quelque chose?C\u2019est la première chose que l\u2019on apprend dans ce documentaire : il s\u2019agit de l\u2019attirance éprouvée pour des personnes qui ont commis des crimes, parfois très violents, une pa- raphilie qui serait habituellement plus fréquente chez les femmes.Ce film de Danic Champoux (Mom et moi, Séances) donne la parole à des femmes qui ont entretenu des relations épistolaires puis bien réelles avec des criminels emprisonnés, allant parfois même jusqu\u2019au mariage, à une entremetteuse pour les détenus canadiens, à un psychiatre et à un spécialiste des tueurs en série afin de comprendre un peu mieux les mécanismes de ce penchant singulier.Mon amour, ma prison Investigation, lundi, 22h Fête des diplômés Enregistré au printemps dernier, ce gala-bénéfice soulignant les 30 ans de l\u2019école qui forme les comiques québécois offre une affiche très bien garnie, qui réunit une trentaine de diplômés : des très connus (Patrick Huard, Martin Matte, Jean-Michel Anctil) et des «émergents» mais plus pour longtemps (Rosalie Vaillan- court, Les Grandes Crues, Mehdi Bousaidan, notre photo).Le Gala des 30 ans de l\u2019École nationale de l\u2019humour Radio-Canada, mardi, 20h L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 12/03 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Discussions Erreur fatale / Un père en colère Ruptures Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Refuge animal VLOG L'échappée / Mutinerie Philippe Laprise Partie 2 de 2 TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Conseils Génial! Ça vaut le coût Point doc Cette année-là L'heure grave Mc$ween Dans médias V Souper parfait Occupation Rire et délire Vendeurs Je suis chef Scorpion / En plein délire Rousseau 22h45 Occupation double ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Rhumatismes Pouvoir et paranoïa 21h10 L'Île de Lumière Monuments Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Enchères Enchères Naissance d'un océan Le cosmos dans tous ses états Ancient Mysteries Déroute CANAL VIE Nate et Jeremiah: designers Quoi ton plan?Les gratteux Je serai là demain Goldwater à l'écoute Amour aveugle Amour aveugle Célibataires RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° L'antichambre Blitz 20h15 LNF Football / Redskins de Washington c.Eagles de Philadelphie (D) HISTORIA FantomWorks Fous bolides Fous bolides La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Nos ancêtres les extraterrestres Extraterrestres ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Temps-Paix Amour du country / Andy Bast Sinatra, le crooner à la voix de velours 22h05 Fleuve.Faire oeuvre utile EXPLORA Le refuge de l'espoir L'odyssée des primates S'aime chien Repères Exploration glaciale Mystérieux vestiges Étincelles Z Les pires chauffards québécois Top Gear Les hors-la-loi du volant Pros du ticket Rodéo Québec Arrow Commando SAVOIR En mouvement 18h50 Capsule Réparer nature 19h50 Nature Nomade mers Monde Hollywood 21h50 1763 Dactylo Publications Semaine Verte TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Amélie Métiers/ Top! Conseils Motel Monstre LES CITRONNIERS (2008) Hiam Abbass.22h45 Amélie Miam! Planète L'enquête de ma vie Les reines de la mafia Le Requiem de Mozart Trésors volés Ewan McGregor Ces villes qui CBC CBCNews Politics Coronation St.Coronation St.MURDOCH MYSTERIES: HOME FOR THE HOLIDAYS (2017) CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang The Big Bang Magnum P.I.The Good Doctor / Quarantine CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Neighborhood H.Together NCIS / House Divided Bull / Separation Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Great Christmas Light Fight The Great Christmas Light Fight The Good Doctor / Quarantine News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Neighborhood H.Together Magnum P.I.Bull / Separation News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Vermont Memories Vermont Memories II / Into the '50s Amanpour & C UNIS Pas plus bêtes Cochon dingue Chez nous Chez nous Cow-boy urbain Chasseurs de phoques Louis la faune Guides HBO Divorce Divorce Camping Fight Game My Brilliant Friend My Brilliant Friend Say Her Name: Sandra TVA Sports 17h30 TVA sp.LHJMQ Question tue Le top LNH Avant-match LNH Hockey / Oilers d'Edmonton c.Stars de Dallas (D) D.Morissette 12/02 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte ICI Laflaque Tout le monde en parle 22h20 Journal 22h50 Sports 22h55 Infoman TVA TVA nouvelles VLOG LOL :-) Révolution / Finale Tout le monde aime TVA nouvelles Opér.Narcos Cinéma TQ Les francs-tireurs Deux hommes en or Une identité dans la diversité Like-moi! L'heure est grave LE PASSÉ (2013) V Cinéma Occupation double / OD: la soirée d'élimination OD+ en direct Occupation double / OD: la soirée d'élimination LE COSTUME DU PÈRE NOËL ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Découverte Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Le National Semaine Verte TV5 Saison au zoo Journal FR On n'est pas couché Mixeur / David Hawksworth Journal/ L'invité CANAL D Madame Lebrun Texas Chrome Le convoi de l'extrême Dian Fossey: Secrets Dian Fossey: Secrets Dian Fossey CANAL VIE Josée Boudreault La famille Groulx La vie avec des quintuplées Jazz: Ado Jazz: Ado Sans coupons Les gratteux Idées-grandeur RDS Sports 30 Hockey 360° LNH Hockey / Sharks de San Jose c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre (D) Sports 30 Canadien HISTORIA La malédiction d'Oak Island Braqueurs Braqueurs Hitler déclassifié Sur le pied de guerre Klondike Confessions ICI ARTV Saint-Élie-de-Légen./ Rocker Faire oeuvre utile LES MATINS INFIDÈLES (1988) Jean Beaudry.BD QC Les Borgia Cinéma EXPLORA S'aime chien Curiosités Destination Floride Alex+Tyler, éco Planète techno Homo sapiens Découverte Sexplora Z T'es pas game Maripier! Rodéo Québec Passe ou casse Seuls et tout nu Les Brown: génération Alaska Remorquage South Park Les hors-la-loi SAVOIR Semaine Verte Nature/ Savoir Arrêt monde Publications De garde 24/7 20h45 Beau 36.9° Autisme Cancer 22h55 L'ONU Routes science TFO Jack/ Jack Petit gruffalo L'Agent Jean LES OISEAUX DE PASSAGE (2015) LE COEUR A SES RAISONS (2012) Hadas Yaron.Cinéma Planète 16h30 L'accusé L'Antiquité Le cerveau, amour Energy Observer Champs de bataille Rochefort en baskets CBC 17h00 FROZEN (2013) Olaf's Frozen Mickey Cmas The Nature of Things the fifth estate CBC News: The National CBCNews CTV 16h25 LNF Football (D) NFL on CTV The Thank You Canada Tour / Patrick Chan , Meagan Duhamel.Victoria's Secret National News GBL Global News Global National Security Security Dancing With the Stars: Juniors ELF (2003) avec James Caan, Bob Newhart, Will Ferrell.Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos Dancing With the Stars: Juniors Shark Tank Victoria's Secret News CBS Ch.3 News Weekend News 60 Minutes Garth: Live at Notre Dame! NCIS: Los Angeles News PBS (33) Koko: The Gorilla Who Talks Tales From the Royal Wardrobe Tales Royal Bedchamb Secrets of Highclere Castle Westminster Westminster Midwife UNIS Bouffe en cavale File d'attente Devenir adulte Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Trait d'humour HBO 17h55 Divorce Divorce 18h55 Bill Maher My Brilliant Friend My Brilliant Friend Camping Sally4Ever 23h05 YouHere TVA Sports RAW CHACUN SON COMBAT: À FINIR (2016) Michael Jai White.Top 25 insolite Le TVA sports Hockey / Halifax vs Rimouski 12/01 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie Crescendo Anne Docteur Foster Le Téléjournal Que mangera-t-on / Food 3.0 TVA TVA nouvelles L'HOMME D'ACIER (2013) avec Amy Adams, Michael Shannon, Henry Cavill.21h15 NUIT ET JOUR (2010) avec Cameron Diaz, Tom Cruise.23h15 TVANou.TQ LE RÉVEIL DES GARDIENS (2012) Hugh Jackman.Cette année-là Belle et Bum CHRONIQUE D'UN SCANDALE (2006) V HARRY POTTER ET LA CHAMBRE DES SECRETS (2002) avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grint.BIRDMAN OU (LES VERTUS INSOUPÇONNÉES DE L'IGNORA.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Enquête Le Téléjournal Second Regard Le Téléjournal Le National Reportages TV5 Saison au zoo Journal FR Vivement dimanche! 20h15 42e Festival International du Cirque de Monte-Carlo Journal/ L'invité CANAL D Enchères Enchères Douanes Douanes Galas ComédiHa! 2017 Madame Lebrun Galas ComédiHa! 2017 Docu-D CANAL VIE Pas le choix de rénover! Le combat des flips Maisons Célibataires Amour aveugle Amour aveugle Vendre ou rénover?Le Club Mel RDS Sports 30 CH Express (D) PGA Golf - Challenge Mondial Hero 3e ronde Sports 30 /21h45 Antichambre 22h45 Sport30 23h15 Sport30 HISTORIA Les a$ de la brocante La route des croix L'épave milliardaire Révoltes barbares Trésors décodés Grands nature ICI ARTV Faire oeuvre utile Amour du country / Andy Bast LA PETITE HISTOIRE DU PLAISIR (2010) Maggie Gyllenhaal.Génie: Picasso TOMBOY EXPLORA Animo Pharmachien Le refuge de l'espoir Comment fabriquer un homme bionique Stupidité Titans des mers Cerveau Z Les hors-la-loi du volant Comédie Dans l'net Les stupéfiants Expédition extrême Rodéo Québec South Park Vandal show SAVOIR Nomade mers Archi branchés Rature et lit Connaissance Au coeur du cinéma québécois L'inis reçoit.Jean-Claude Lord VJ Cégeps en spectacle TFO L'Agent Jean Le gruffalo Flip POM LE POULAIN (2005) Richard Bohringer.MON PETIT DOIGT M'A DIT (2005) Catherine Frot.Cinéma Planète Castro: Mythe Energy Observer Capri et les îles romantiques Barroco Pourquoi nous détestent-ils?/ Nous, les noirs.CBC CBCNews Hockey Sat.LNH Hockey / Maple Leafs de Toronto c.Wild du Minnesota (D) Hockey / Vegas vs Edmonton (D) CTV CTV News Montreal W5 THE WISHING TREE (2012) avec Erica Cerra, Jason Gedrick.The Big Bang The Big Bang National News GBL Global News Global National Security Security A CHRISTMAS HERO (2016) Anna Hutchsison.Remedy Global News ABC 15h30 Football Football Score.Extra NCAA Football - ACC Championship (D) CBS 16h00 NCAA Football / Ala./Ga.(D) Ch.3 News Neighborhood H.Together S.W.A.T.48 Hours News PBS (33) Father Brown Time Goes By 19h40 Appear.20h20 French Fields Happy Valley The Bletchley Circle Austin City UNIS Sacrés objets / Pelle Trait d'humour Partie 2 de 2 Balade Louis la faune FAMILIA (2005) avec Macha Grenon, Sylvie Moreau.Double identité HBO 17h00 RECOUNT (2008) WBC Boxing - HBO After Dark Sharp Objects / Vanish 22h05 Sharp Objects / Dirt SharpObj TVA Sports Avant-match (D) LNH Hockey / Rangers de New York c.Canadiens de Montréal (D) 21h45 Dave Morissette 22h45 TVA sp.23h15 Boxe S A M E D I L U N D I D I M A N C H E CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR Icebox, le titre du film de Daniel Sawka, résume autant le froid qui règne la nuit dans les centres de détention pour enfants illégaux disséminés le long de la frontière américaine que l\u2019indif férence glaçante qu\u2019on leur réserve.Lancé en septembre dernier au TIFF, peu après le scandale de la séparation des familles de migrants par le gouvernement Trump, Icebox fait passer les manchettes du côté de la fiction dans une tradition rodée depuis longtemps par Hollywood.Daniel Sawka raconte ce chapitre sombre de l\u2019histoire américaine à travers la figure attachante d\u2019Oscar, un jeune Hondurien de 12 ans recruté de force par le sanguinaire gang Barrio 18.Forcé à l\u2019exil, il se rend jusqu\u2019en Arizona, où il sera intercepté pour être placé en détention, encagé comme des centaines d\u2019autres jeunes en attente d\u2019un procès.Présent sur presque tous les plans, Anthony Gonzalez est époustouflant de fragilité.À la vérité, tous les enfants sont animés d\u2019un naturel confondant qui insuffle beaucoup de vie à un ensemble, hélas, plus figé.Rigoureusement linéaire, le récit de Sawka prend en effet des allures de fable proprette que son rythme alangui lisse inutilement.Oscar demeure à l\u2019abri du pire, harceleurs et agresseurs étrangement hors course tout au long de sa quête.Reste une atmosphère oppressante, paralysante, que même les meilleurs sentiments n\u2019ar rivent pas à dégeler complètement.Et ce n\u2019est peut- être pas un si grand mal ; ce faisant, Icebox réussit tout en douceur à désarçonner bien des discours que la raison n\u2019était pas arrivée à ébranler autrement.Icebox Vendredi, HBO, 20h.Sur HBO NOW et HBO Go à partir du samedi 8 décembre.Froide indifférence Zoom sur les enfants illégaux encagés au sud de la frontière américaine SU R VOS ÉC R A N S Le livre de la jungle pour les « grands » L\u2019acteur et réalisateur Andy Serkis (Gollum du Seigneur des anneaux) propose une nouvelle adaptation du classique Le livre de la jungle plus fidèle à l\u2019œuvre de Rudyard Kipling, donc vraiment pas destinée aux tout-petits.Tourné en prises de vue réelles et en captures de mouvement, le film, qui devait d\u2019abord sortir en salle en 2016 puis en 2017 sous la houlette de Warner Bros, a été récupéré par le géant du streaming et profitera seulement d\u2019une sortie dans quelques salles.Au générique, le réalisateur, qui prête sa voix à l\u2019ours Baloo.et Benedict Cumberbatch.qui incarne le terrifiant tigre Shere Khan\u2026 Mowgli.La légende de la jungle Netflix, dès vendredi HBO | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 12/07 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Au suivant / Normand D'Amour ICI on chante Galas ComédiHa! 2018 Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Lise Dion Partie 2 de 2 LA NOTE PARFAITE 2 (2015) avec Rebel Wilson, Anna Kendrick.TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Encore plus 180 jours Curieux Bégin Deux hommes en or Belle et Bum Cinéma V Souper parfait Taxi payant L'arbitre / Moments inédits Huissiers Huissiers Bootcamp Les disciples Atomes ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages Partie 2 de 2 Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal FR Cap Sud-Ouest 100 jours Les flots / Québec sous-glace Des bateaux et des hommes Champions Journal/ C à dire CANAL D Ancient Mysteries En quête de vérité Palais Patrouille 60 jours en prison / Le bilan Patrouille Panique 401 CANAL VIE Dépendance SPCA en action Célibataires Sans coupons Vendre ou rénover au Québec Je serai là demain Ouvrez, jamais SPCA en action Dépendance RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Images/sec.Monde sport Curling - Coupe Canada Tir 9 (D) L'antichambre HISTORIA Hitler déclassifié Au coeur de la tempête Les montagnards Yukon Gold / Sur le fil du rasoir Les trappeurs du Klondike Country ICI ARTV Moi et l'autre Mr Bean Dre Grey, leçons d'anatomie Faire oeuvre utile Saint-Élie-de-Légendes / Lovik Créateur d'illusions Cinéma EXPLORA Curiosités Planète colère Planète techno Pharmachien Astronaute Concevoir l'impossible Sexplora Stupidité Stupidité Z Couples en déroute Pros du ticket Remorquage Américars Partie 2 de 2 Top Gear Vandal show South Park Comédie SAVOIR L'ONU/ Métiers Cancer 19h25 ÉTS THz 36.9° Santé! Sur les routes de la science Encore plus Électron/ Nature FutureMag En mouvement TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Club cinq Métiers/ Top! Amélie Motel Monstre RIDICULE (1996) Charles Berling.22h40 Amélie Miam! Planète L'appel de la nature Sur la piste d'une girafe masaï Ewan McGregor: Mission Lancaster Ville du futur Castro: Mythe Observer CBC CBCNews Politics Frosty Returns Coronation St.A CHRISTMAS STORY (1983) Peter Billingsley.CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Blindspot Victoria's Secret Blue Bloods / Authority Figures CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight MacGyver Hawaii Five-0 Chicago Fire / Always a Catch Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Fresh Off-Boat Speechless Victoria's Secret 20/20 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight MacGyver Hawaii Five-0 Blue Bloods / Authority Figures News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week Firing Line Christmas at Belmont Great Performances Amanpour & C UNIS Bizarroscope Devenir adulte Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Trait d'humour À plein gaz HBO Divorce Divorce Divorce Divorce ICEBOX (2018) Genesis Rodriguez.21h40 Stolen Daughters VICE TVA Sports 17h30 TVA sp.Le TVA sports Avant-match LNH Hockey / Sharks de San Jose c.Stars de Dallas (D) Dave Morissette en direct 12/06 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Infoman Les dieux de la danse Enquête Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Lise Dion Partie 1 de 2 Ninja Warrior / Finales à Las Vegas Partie 1 de 3 TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Passager Génial! Mc$ween 180 jours Dans les médias House of Cards (v.f.) House of Cards V Souper parfait Occupation The Amazing Race Bootcamp Chicago Police / En otage Rousseau 22h45 Occupation double ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Grands reportages Partie 1 de 2 Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Mâle vs.Femelle Devoir d'enquête / Pourquoi j'ai vengé mon père Anomalia Journal/ C à dire CANAL D Le convoi de l'extrême Destination cauchemar Docu-D O.J.Simpson Docu-D / Arbitres CANAL VIE Nate et Jeremiah / Le 5 à 7 Nombreux et heureux La famille Groulx Pas facile d'être mère Jazz: Ado et transgenre Espaces RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Canadiens de Montréal c.Sénateurs d'Ottawa (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Plus grands que nature Fous bolides Fous bolides Hitler déclassifié Sur le pied de guerre Voitures de Voitures de Voitures de ICI ARTV 17h30 L'appel L'appel du coeur / Révélations Mr Bean Lumière sur./ Louise Portal Grantchester Grantchester Cinéma EXPLORA Animal Fight Club / Carnage Dans la tête de la bête Planète: Attention danger Astronaute Repères Prouesses d'ingénierie Z Couples en déroute Seuls et tout nu Plus dur Plus dur Maripier! Comédie Dans l'net South Park Cinéma SAVOIR 18h20 1763 L'ombre d'un doute Semaine Verte Capsule/ Nature Publications Dactylo Hollywood 22h20 1763 Arrêt monde Réparer nature TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Flip Métiers/ Top! Doc junior Motel Monstre BEAUMARCHAIS L'INSOLENT (1996) 22h40 Amélie Miam! Planète Le Requiem de Mozart Trésors volés L'Antiquité / Super canons Le jour où.Les oubliés L'appel de la nature CBC CBCNews Politics Frosty Coronation St.Back in Time for Dinner From the Vaults CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang Young Sheldon The Big Bang The Big Bang Law & Order: S.V.U.CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Superstore GoodPlace Will & Grace I Feel Bad S.W.A.T./ 1000 Joules Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition A Charlie Brown Christmas Baking Show / Cake Week Baking Show / Pastry Week News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Mom Murphy Brown S.W.A.T./ 1000 Joules News PBS (33) PBS NewsHour THE HANJI BOX (2016) The British Beat (My Music) Wings Over Grand Canyon Amanpour & C UNIS Échappe Cochon dingue Filles de moto Louis la faune À plein gaz À plein gaz Guides d'aventures Nous, un sur six Peaky Blinders HBO 17h55 Divorce Divorce The Shop The Shop 20h05 HEMINGWAY AND GELLHORN (2012) avec Clive Owen, Nicole Kidman.22h40 Bill Maher: Tulsa TVA Sports 17h30 TVA sp.Le TVA sports Avant-match LNH Hockey / Bruins de Boston c.Lightning de Tampa Bay (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports 12/05 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Trop Les Simone Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Oeufs d'or AVANT TOI (2016) avec Sam Claflin, Emilia Clarke.21h45 VLOG TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Conseils Génial! Format familial Point doc Les francs-tireurs Like-moi! Banc public 180 jours V Souper parfait Occupation Rire et délire Moment Ne jamais faire / Hugo Girard SEAL Team: Coeur et courage Rousseau 22h45 Occupation double ICI RDI RDI économie / Consommation 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Les flots Cash Investigation / Santé, les dessous noirs d'une industrie Les nouveaux vétérinaires Journal/ C à dire CANAL D Texas Chrome Déroute SOS Infesta.Alaska: La ruée vers l'or Parker: Sa ruée vers l'or Les hommes du Yukon Cauchemar CANAL VIE Nate et Jeremiah: designers Maisons Ouvrez, jamais Propriétaire Propriétaire Espaces Dépendance Cris du coeur Les gratteux RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Hors-jeu 2.0 Pas d'match Curling - Coupe Canada Tir 3 (D) L'antichambre HISTORIA Country Country C'est dynamite C'est dynamite Les as de l'aviation De l'acier et du feu Les armuriers Les armuriers Profondeurs ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Temps-Paix Moi et l'autre Les pays d'en haut Les pays d'en haut GABRIELLE (2013) Gabrielle Marion-Rivard.EXPLORA Animo Alex+Tyler, éco L'odyssée des primates La Semaine verte Musclé mon cerveau Prématuré, un bébé Mystérieux Z Les pires chauffards québécois Les stupéfiants BattleBots / Arrachez-lui la tête! La science / Le Far West Ça passe South Park Cinéma SAVOIR Encore plus Archi branchés Passeurs conte Connaissance Au coeur du cinéma québécois Arrêt monde Publications Semaine Verte Capsule/ Nature Ombre doute TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Amélie Métiers/ Top! C'est WOW Motel Monstre MONSIEUR IBRAHIM ET LES FLEURS DU C.22h35 Amélie Miam! Planète Capri et les îles romantiques Barroco L'enquête de ma vie Faites entrer l'accusé Requiem Américain CBC CBCNews Politics marketplace Coronation St.Canada's Smartest Mr.D Comedy Fest CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Goldbergs Am.Housewife Criminal Minds Criminal Minds / Broken Wing CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Survivor: David vs.Goliath SEAL Team / Santa Muerte Chicago P.D./ Descent Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Am.Housewife Modern Family Single Parents A Million Little Things News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Survivor: David vs.Goliath SEAL Team / Santa Muerte Criminal Minds / Broken Wing News PBS (33) PBS NewsHour Born to Expl Yankee Nature Nova Nazi Mega Weapons Amanpour & C UNIS Top science Cochon dingue Bouffe en cavale HISTOIRE DE PEN (2001) avec David Boutin, Emmanuel Auger.Double identité Chez nous HBO Divorce Divorce My Brilliant Friend My Brilliant Friend Sally4Ever Camping 22h05 MY DINNER WITH HERVÉ (2018) TVA Sports 17h30 TVA sp.Le TVA sports Le top LNH Avant-match LNH Hockey / Oilers d'Edmonton c.Blues de St.Louis (D) D.Morissette 23h15 RAW 12/04 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 La Facture 30 ans de l'ÉNH / Martin Matte , Patrick Huard.Les pêcheurs Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur LOL :-) L'Académie UN CHOIX (2016) avec Teresa Palmer, Benjamin Walker.TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Conseils Génial! Banc public Point doc National Geographic L'heure grave Format familial Deux hommes V Souper parfait Occupation Rire et délire Taxi payant L'incroyable M.Goodwin NCIS: Los Angeles Rousseau 22h45 Occupation double ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal FR Voisins/ Voisins Les nouveaux vétérinaires Irresponsable Des bateaux et des hommes Le chalet Journal/ C à dire CANAL D Le cosmos dans tous ses états Rat rods de Vegas Le convoi de l'extrême Panique sur la 401 Texas Chrome Alaska: La ruée CANAL VIE Nate et Jeremiah: designers Le combat des flips Pas le choix de rénover! Vendre ou rénover au Québec Quoi ton plan?Maisons Sans coupons RDS 9h00 Le 5 à 7 Hockey 360° LNH Hockey / Sénateurs d'Ottawa c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA De l'acier et du feu Les a$ de la brocante Les a$ de la brocante Pawn Stars Pawn Stars Plus belles maisons A$ de brocante ICI ARTV Temps-Paix Temps-Paix Temps-Paix Quelle famille! Grantchester Grantchester Génie: Picasso Les Borgia EXPLORA Saisons d'un chêne L'odyssée des primates Découverte 14-18 guerre moderne Titans des mers Concevoir Z Les pires chauffards québécois L'Illusionniste / Pas vu, pas pris Penny Dreadful (v.f.) Surnaturel Après l'Apocalypse Maripier! SAVOIR 18h25 ÉTS THz 36.9° Santé! Mémoires CORIM Sur les routes de la science Découverte 22h10 Avenir Électron/ Nature uniVERT TFO Maxi/ Mirette S.O.S.!/ Top! Amélie Métiers/ Top! Subito texto Motel Monstre VA, VIS ET DEVIENS (2005) avec Yaël Abecassis, Moshe Agazai.23h25 Miam! Planète Six amis en quête de liberté Sublimes bars L'appel de la nature Sur la piste d'une girafe masaï Energy Observer Horizons CBC CBCNews Politics JFL: Gags Coronation St.Still Standing 22 Minutes Baroness In Long Run CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Conners Kids-Alright Law & Order: S.V.U.The Rookie / The Ride Along CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight NCIS / Tailing Angie FBI / Compromised NCIS: New Orleans Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Conners Kids-Alright Black-ish Splitting Up The Rookie / The Ride Along News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight NCIS / Tailing Angie FBI / Compromised NCIS: New Orleans News PBS (33) PBS NewsHour Pass It On Outdoor We'll Meet Again National Ski Patrol Frontline / Left Behind America Amanpour & C UNIS Ouache/ Ouache Cochon dingue Double identité NUIT DE NOCES (2001) François Morency.Ciné tout court Sacrés objets HBO Divorce Divorce The Royal Wedding Live With Cord and Tish! The Emperor's Camping Sally4Ever 22h05 My Brilliant Friend 23h05 Brilliant TVA Sports 17h30 TVA sp.Avant-match LNH Hockey / Avalanche du Colorado c.Penguins de Pittsburgh (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Ninja Warrior J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I M A R D I CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Il y a de ces œuvres qui, en apparence, semblent impeccables, irréprochables, mais quand on les regarde de plus près, on se demande comment on a pu ne pas voir leurs défauts, peu subtils.C\u2019est malheureusement le sentiment qui finit par nous habiter en regardant Nox («nuit» en latin), un thriller policier en six épisodes créé par Fred Cavayé (Sans elle).Nathalie Baye y tient la vedette en ex-flic entêtée qui fait tout son possible (plus ou moins légalement) pour retrouver sa fille trentenaire (l\u2019actrice et réalisatrice Maïwenn), elle aussi dans les forces de l\u2019ordre, disparue dans les galeries souterraines de la Ville Lumière durant une opération policière pendant laquelle elle a désobéi aux ordres.La mère têtue et pourvue d\u2019une intuition presque magique est assistée dans ses recherches par le mollasson partenaire de travail de la disparue (Malik Zidi, crédible), dont on devine qu\u2019il est amoureux.Les indices les mènent toujours plus creux sous terre, là où des gens malveillants semblent se livrer à des activités pas propres du tout.C\u2019est là que le suspense policier, qui flir te avec l\u2019horreur, donne des signes de dérapage et que les défauts de scénarisation (et, avouons-le, de jeu, parfois gros, de la vedette principale) surgissent de cette production lé- chée, à la direction artistique soignée et à la photo somptueuse.Cela dit, si on n\u2019est pas trop regardant sur les détails et qu\u2019on cherche simplement à se divertir, cette «nuit» un peu longue s\u2019avère fort divertissante.À noter que les épisodes sont diffusés par paire.Nox Canal+ International, lundi, dès 20h Dans les profondeurs de Paris La somptueuse série Nox divertit mais s\u2019enlise dans les souterrains de la Ville Lumière CANAL+ INTERNATIONAL VINCENT FLOURET L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 V I V R E La mission San José VISIT SAN ANTONIO e salivais à l\u2019idée de manger un gros steak grillé à point sur le barbecue, mais, ô surprise, on me propose plutôt le tartare de veau et jícama, tamal (papillote) de quinoa au poulet effiloché et autre gâteau à la farine de mesquite (un arbre du cru).Qué pasa au pays de la cuisine tex- mex?Au musée Witte, qui se consacre à l\u2019histoire du Texas, Amy Fulkerson, conservatrice en chef, ne se fait pas prier pour retracer l\u2019évolution gastronomique de San Antonio.« Notre culture culinaire a 13 000 ans!» lance- t-elle en guise de mise en bouche.Cette culture a pour origine une rivière, baptisée San Antonio, qui fut source de vie pour tous ceux qui se sont établis successivement sur ses rives : peuples autochtones, Espagnols, Mexicains, colons des îles Canaries et immigrants allemands.«Les missionnaires espagnols, qui fondent San Antonio en 1718, introduisent vaches, porcs, poulets, et dorénavant, la population a autre chose que du cerf et du bison à se mettre sous la dent», raconte Amy Fulkerson.À la fin du XIXe siècle, l\u2019avènement du chemin de fer favorise le commerce du bétail.« San Antonio est alors la plus grande ville du Texas, une ville prospère, ouverte 24 heures sur 24 », poursuit la conservatrice.Ses grandes places ressemblent aux marchés fermiers d\u2019aujourd\u2019hui : «On y vend ses récoltes, et à la tombée de la nuit y apparaissent les chili queens, de jeunes femmes qui tiennent des restaurants en plein air.» Au menu sur la plaza ?Le chili con carne, un ragoût de bœuf et de chile de árbol qui est à San Antonio ce que le sandwich à la viande fumée est à Montréal.Confluence d\u2019influences En accueillant la belle Texane dans son Réseau des villes créatives, en octobre 2017, l\u2019UNESCO a reconnu non seulement la valeur du chili, mais de tout un legs qui englobe la cochonnaille et la bière des Allemands, tout comme le cumin des Canariens, en passant par l\u2019enchilada mexicaine et le maïs des Payayas.« Pour nous, c\u2019est un héritage à la confluence d\u2019influences », estime Colleen Swain, directrice de l\u2019Of fice du patrimoine mondial de la Ville de San Antonio.Mais qu\u2019est-ce que ça mange en hiver, une ville créative, sur le plan de la gastronomie ?Contrairement à ce qu\u2019on pourrait croire, elle ne se nourrit pas du tout d\u2019étoiles Michelin.«L\u2019objectif du réseau, c\u2019est de stimuler la créativité dans la mise sur pied d\u2019environnements durables», précise la directrice.Plusieurs projets en ce sens sont déjà en cours.Un centre culinaire verra le jour dans le secteur historique de La Villita, que fréquentent les visiteurs \u2014 au nombre de 35 millions annuellement.«Des restaurants y valoriseront nos cuisines mexicaine, espagnole et allemande, on y donnera des cours, et ce sera également un lieu d\u2019échange avec des chefs internationaux», explique Colleen Swain.Des parcours culinaires thématiques seront aussi créés.« Il reste à choisir des établissements qui ont à cœur la pérennité de nos traditions culinaires, note le chef Johnny Hernandez, l\u2019instigateur de la mise en candidature.Comme quoi une fois qu\u2019on a obtenu la désignation, le travail n\u2019est pas terminé, il commence!» S\u2019il lui est dif ficile d\u2019évaluer l\u2019impact du sceau de l\u2019UNESCO sur la ville, Colleen Swain souligne néanmoins que le secteur des industries créatives, qui inclut les ar ts culinaires, connaît une forte croissance : « à hauteur de 12 % par année, pour des retombées économiques de 4,3 milliards de dollars américains» Pearl, modèle inspirant Un exemple probant de la créativité ambiante est le réaménagement des 8,5 hectares de l\u2019ancienne Pearl Brewing Company.Puisse l\u2019éventuel acquéreur du terrain de la brasserie Molson s\u2019en inspirer ! Fondée en 1883, longtemps gérée par une Allemande, la brasserie a sur vécu à la prohibition (merci, root beer !), mais pas aux transactions de la maison mère.En 2001, elle fermait définitivement ses portes, sonnant le glas de tout un quartier du nord de la ville.Or, voilà que, 15 ans plus tard, grâce à un entrepreneur visionnaire, Christopher «Kit» Goldsbury, Pearl est le nouveau carrefour gastronomique de San Antonio.Stetson bas, Kit Goldsbury ! Dans l\u2019ancienne brasserie loge aujourd\u2019hui l\u2019Hôtel Emma, et il faut voir avec quel brio on y a récupéré machinerie et cuves\u2026 Bâtiments d\u2019époque restaurés et édifices neufs cohabitent à merveille, abritant ici des unités résidentielles.Là se trouve le campus texan de la deuxième CIA des États-Unis, le Culinary Institute of America.Plus loin loge Cured, table du chef Steve McHugh et jadis coffre-fort, car on y rangeait les recettes des bières.Quant à la plaza, elle accueille un marché fermier tous les week-ends.« L\u2019idée, c\u2019était de transformer San Antonio pour les San Antonians en créant du même coup une destination pour les visiteurs, dit Elizabeth Fauerso, la directrice générale du marketing pour Pearl.Mais par gravité culturelle, il en a surtout résulté un nouveau quartier.» Un quartier relié au centre-ville par un trait d\u2019union organique : la rivière et sa promenade, le fameux River Walk, un attrait majeur de San Antonio, qui traverse la ville sur 24 kilomètres.Inscrites au Patrimoine mondial en 2015, les cinq missions franciscaines font elles aussi le renom de San Antonio, à commencer par l\u2019Alamo, au cen- tre-ville.C\u2019est là qu\u2019un certain Davy Crockett a perdu la vie au cours d\u2019une bataille, durant de la révolution texane qui opposait Tejanos et Mexicains.On visite ces églises-forteresses en raison de leur belle architecture, voire de leurs messes avec mariachis, mais aussi pour leurs fameuses acequias, d\u2019ingénieux canaux conçus par les Espagnols pour irriguer les champs et activer les moulins.Ce qui nous ramène à la nourriture et au brassage culturel qui a fait en sorte que chacun a mis son grain de sel dans la marmite de chili.Ce brassage est d\u2019ailleurs loin d\u2019être terminé puisque le tex-mex se réinvente en « tex-next ».D\u2019où le tartare de veau et jícama\u2026 «Différente de celle de Johnny, de Steve et d\u2019autres collègues, ma version du tex- next est à base de produits traditionnels», dit Elizabeth Johnson, une autre chef qui a aidé la Ville dans sa démarche auprès de l\u2019UNESCO.« [Chez Pharm Table], je réima- gine tacos, tamales, huaraches [pâte de maïs façonnée en forme de sandale mexicaine, d\u2019où son nom] avec de super-aliments, car ma philosophie culinaire repose sur l\u2019idée que la nourriture nous guérit.» Et vous devriez voir les bonnes surprises que cela donne dans l\u2019assiette ! Carolyne Parent était l\u2019invitée de Visit San Antonio.| 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 À une culture culinaire plusieurs fois millénaire ne manquaient qu\u2019une désignation de l\u2019UNESCO, l\u2019engagement de chefs locaux et la vision d\u2019un milliardaire pour créer une destination gastronomique unique.C\u2019est chose faite, hee haw ! REPORTAGE CAROLYNE PARENT À SAN ANTONIO, AU TEXAS COLLABORATRICE LE DEVOIR À table à San Antonio La cuisine tex-mex n\u2019est plus ce qu\u2019elle était\u2026 ¿ Qué pasa ?Cured, table du chef Steve McHugh, jadis coffre-fort des recettes de bières SCOTT MARTIN J Les missionnaires espagnols, qui fondent San Antonio en 1718, introduisent vaches, porcs, poulets, et dorénavant, la population a autre chose que du cerf et du bison à se mettre sous la dent AMY FULKERSON » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e E s c ap a d e 4 4 | Pour la relâche 2019, un beau cadeau pour la famille SUISSE ET HAUTE SAVOIE v o y a g e r a v e c y v e s p e t i t .c o m Réservation au 514-351-5814 e MS oisièr Cr mars?: 10 au 3 , Punt O AR El F mars?: 10 au 3 squer e a P y Pla au 8 mars?: er 1 compter à , C en Guadeloupe compter à .Dom.ep ana, R a C à compter de 1?6 , Holguin, Cuba o $ 9 6 de 2?2 $ 2?129 de 45 $ saille er (Place V CONFÉRENCE s prix sont pour occupation double et incluent toute ous le T celone Bar mars?: 1 1 au 4 tillo or El P 3 au 10 mars?: e à 18h30 edi 5 décembr cr s) Mer airie R S à la libr GE A Y O S / V s e ax s t s le compter à , Espagne alogne at , C compter à ep Dom., Samana, R affin $ 9 9 1?9 de 8 $ 9 de 2?0 POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT APPELEZ AU 514 985-3454 BO N V O YA G E Splendeurs de l\u2019Italie - 20 jrs Meilleur Circuit 2019 Départs Mai , Septembre Nous prenons le temps de visiter! Nous couchons à l\u2019intérieur des centres de ces 3 villes VENISE 3 nuits - FLORENCE 3nuits \u2013 Rome 4 nuits.Milan Stressa 2nts, Vérone, Pise, Riviera del Brenta Cinque Terre, Assise Sienne, San Gimignano, Pompéi, Golfe de Naples 2nts.Côte Amalfitaine .Toutes les entrées incluse 37 repas Hôtels 4*.Petits Groupes.MAGISTRALE RUSSIE ET SES VILLES D'ARTS - 21 jrs Départ: 8 mai GARANTIE! 14 août Moscou 5nts.Anneau d'or incluant Souzdal 2nts.Croisière Volga et Neva 6jrs, St Petersbourg 4nts Hôtels 4* au centre ville, 58 repas plusieurs dégustations.LA FRANCE ET SES RICHESSES - 24 jrs Départs 2019: mai, septembre Normandie, Blois 2nts, Château de la Loire, Castre 2nts, Provence 3nts, Arles 3nts, Nice 3 nts, Marseille, Paris 3nts 44 repas avec vin.Toutes les entrées incluses, cadeaux VSB.Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Pour des voyages pas comme les autres DÉJA 24 ANS ! Des circuits gui font toute la différence!!! 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Départs 2019 : mai & Septembre Hôtels 4* et 3* au centre-ville.Londres 4nts, Ile de Man 2nts, Lake District, Edimbourg 3nts, Killarney 2nts, Dublin 2nts et autres villes visitées.56 repas.Toutes les entrées incluses.REPORTAGE SYLVIE ST-JACQUES DANS LES BASSES-LAURENTIDES COLLABORATRICE LE DEVOIR e chemin qui mène vers Saint-Placide, puis Saint- André-d\u2019Argenteuil, pour ensuite s\u2019étirer jusque dans les hauteurs de Wentworth Nord, porte à la contemplation.Sur la route 344, il y a de vastes prés où broutent ici et là des chevaux pensifs, l\u2019Outaouais qui rejoint la rivière du Nord, des cabanons de pêche sur la glace en rangs d\u2019oignon qui attendent leur saison.Dans ce coin tranquille à l\u2019ombre de la ville, la rareté de « bling » de centre d\u2019achat est compensée par la créativité de ses résidents.« C\u2019est curieux : ils sont rares, les touristes qui s\u2019aventurent au-delà d\u2019Oka ! » s\u2019étonne Louis-Robert Fri- gault, un ex-Montréalais du Plateau récemment établi à Saint-André- d\u2019Argenteuil.Depuis juillet dernier, le nouveau propriétaire de Station 210 \u2014 une ex-caserne de pompiers transformée en chaleureux bistro\u2013 maison de thé\u2013magasin général \u2014 fait connaissance avec ses covilla- geois et donne du sien pour mettre en valeur un coin du Québec peu représenté sur les circuits touristiques.« Il y a plein d\u2019histoires ici, c\u2019est fascinant !» raconte Louis-Robert Frigault, qui avant de s\u2019y établir ne connaissait à peu près pas l\u2019existence de ce petit village.Localité de 3275 âmes à une heure de route de la République du Plateau (!), Saint-André-d\u2019Argenteuil a eu comme illustres natifs John Abbott (troisième premier ministre du Canada) et Maude Abbott (l\u2019une des premières femmes médecins au pays).D\u2019ailleurs, on peut découvrir la vie et l\u2019œuvre de la famille Abbott en allant se promener du côté du très beau village Carillon, où une exposition permanente leur est consacrée au Musée régional d\u2019Argenteuil.Montée des saveurs En prenant la montée Saint-Philippe vers le nord, on découvre Browns- burg, où le principal attrait est sans contredit le monastère Vierge Marie la Consolatrice et sa communauté religieuse grecque orthodoxe, qui fabrique la feta et le Saint-Mammès de la fromagerie Le Troupeau bénit.On peut aussi s\u2019arrêter à Lachute, avec comme excellent prétexte le projet de goûter à la poutine de la Patate Labelle, ou encore plonger dans le passé en assistant à l\u2019encan agricole des mardis et chiner du côté des antiquaires du marché aux puces.Toujours est-il qu\u2019en contribuant à faire connaître le travail d\u2019artisans et de fabricants de produits de la région, Louis-Robert Frigault entend contribuer aussi à redonner vigueur et attrait à une région assoupie depuis quelques décennies.Sur les étalages de la Station 210, on retrouve une sélection de produits du terroir local, les fromages des moniales de Brownsburg, des couches en coton et d\u2019autres produits écolos pour bébés, des accessoires en bois sculpté fabriqués par un artisan du coin, les douceurs de la chocolatière d\u2019Oka Mathilde Fays\u2026 Louis-Robert Frigault s\u2019épanche avec enthousiasme sur le pimpant spectacle des oiseaux qu\u2019il observe tous les jours, de sa fenêtre qui borde la rivière du Nord.Le jour de notre passage à la fin du mois de novembre, la Station 210 recevait Marie- Claude Inkel, qui offrait une dégustation du safran qu\u2019elle cultive sur sa terre de Grenville.« On a des projets de vernissages, de musique live, de dégustation de produits locaux », dit cet ex-résident du Plateau, qui est heureux de voir bourgeonner des projets de microbras- series, d\u2019initiation à l\u2019ornithologie\u2026 À une soixantaine de kilomètres à l\u2019ouest de Montréal, Saint-Placide, alias le village de Gilles Vigneault, coule des jours paisibles en bordure de l\u2019Outaouais, en retrait de la route 344.L\u2019hiver, la pêche sur la glace, le ski de fond au parc d\u2019Oka ou au mont Rigaud et la Cabane du Pied-de- Cochon sont de bons prétextes pour aller s\u2019y égarer.Et si on décide d\u2019y rester pour la nuit, le gîte Lys et Chardon a tout ce qu\u2019il faut pour nous héberger chaleureusement.Chambres confortables, caramel à la fleur de sel maison et feu de foyer compris ! Le groupe Saratoga (établi à Carillon) s\u2019y est produit le mois dernier, témoignant de la volonté des aubergistes Frances Wynne et Alain Rousseau (un autre résident du Plateau qui a pris la clé des champs) d\u2019ouvrir les por tes de leurs grandes victoriennes à la créativité locale.Alain Rousseau nous fait découvrir une collection de photos en noir et blanc du Saint-Placide du siècle dernier.« Le Lys et Chardon occupe la maison qui appartenait jadis au notaire.Au coin de la rue, il y a celle du médecin, qui était plus modeste.La demeure la plus cossue du village était celle de monsieur le curé ! » Une marche vers le quai, où, autrefois, les pèlerins accostaient avant de prendre le chemin vers le calvaire d\u2019Oka, nous fait découvrir la beauté du paysage en bordure de l\u2019Outaouais.Et on comprend pourquoi Gilles Vi- gneault, loin de Natashquan, a choisi Saint-Placide comme port d\u2019attache.S\u2019évader en Basses-Laurentides Le bonheur à une heure de route de Montréal L On peut découvrir la vie et l\u2019œuvre de la famille Abbott en allant se promener du côté du très beau village Carillon, où une exposition permanente leur est consacrée au Musée régional d\u2019Argenteuil | 4 5 Vi v r e E s c ap a d e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT CONTACTER CHANNEL BOISSÉ AU 514 985-3454 TA B L E S FEST IVES Une marche vers le quai de Saint-Placide, où, autrefois, les pèlerins accostaient avant de prendre le chemin vers le calvaire d\u2019Oka, fait découvrir la beauté du paysage en bordure de l\u2019Outaouais.SYLVIE ST-JACQUES Marrakech, la porte de La Villa Nomade à peine franchie, voilà que flotte déjà un effluve d\u2019eau de fleur d\u2019oranger, celui-là même qui donne cet arôme délicat aux biscuits servis avec le thé à la menthe que l\u2019on offre en guise de boisson d\u2019accueil.L\u2019explosion de parfums se poursuit à la table de la chef Meriem El Guir où, dans un premier temps, on nous sert un assor timent de salades marocaines, parmi lesquelles une salade cuite rappelant la ratatouille, un concassé de betteraves légèrement sucrées et des carottes râpées agréablement épicées.Vient ensuite le couscous géant, garni de brochettes de poulet, d\u2019agneau et de bœuf, en plus d\u2019une montagne de légumes.À la suite de l\u2019invitation de Terres d\u2019Aventure, agence spécialisée en voyage à pied, nous partons vers l\u2019erg Chegaga pour deux jours de randonnée pédestre.Mangerons-nous aussi bien que chez Meriem El Guir dans le désert ?Face à notre inquiétude alimentaire, notre cuisinier, Mohamed Zbair, nous rassure : «J\u2019ai passé deux mois avec Meriem pour apprendre ses recettes.Puis, elle est venue avec nous dans le désert pour comprendre dans quelles conditions on travaille.» En arrivant à notre premier campement, à l\u2019est du lac asséché d\u2019Iriqui, non loin de la frontière algérienne, Mohamed nous prépare un thé à la menthe en moins de deux.Notre guide, Said Barda, nous le ser t en soulevant la théière bien haut pour faire « mousser » le thé.Puis, Mohamed dépose un grand tajine de légumes et de bœuf au centre de la tente qui nous sert de salle à manger.C\u2019est si savoureux qu\u2019on dirait que le plat a mijoté pendant des heures.La magie du désert Lorsque Said nous réveille le lendemain matin, les rayons du soleil commencent à peine à effleurer les dunes qui nous entourent.Une randonnée de six heures nous attend pour atteindre l\u2019erg Zaher.L\u2019immensité du désert nous frappe de plein fouet.Nous nous sentons seuls au monde.Seul le son du vent qui valse de dune en dune habite ce moment magique dans ce décor qui semble inanimé.Et les nomades, que mangent-ils L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e A l i m e n t at i o n 4 6 | REPORTAGE CATHERINE LEFEBVRE AU MAROC COLLABORATRICE LE DEVOIR Parfums envoûtants Le charme marocain entre le désert et l\u2019Atlas Ci-dessus : randonnée dans l\u2019erg Chegaga.À gauche : petit-dejeuner dans le désert, y compris le pain cuit dans le sable et les crêpes aux mille trous.Page de droite : les dattiers de Timidarte, au cœur de la vallée du Drâa.PHOTOS CATHERINE LEFEBVRE À On préfère les fruits et légumes saisonniers et locaux, la viande blanche plutôt que la viande rouge.Et la restauration est basée sur les pratiques ancestrales des villageois.HOSSEIN ACHABAK » | 47 Vi v r e R e c e t t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 dans le désert pendant l\u2019hiver ?« Les repas sont sur tout à base de haricots, de pois chiches et de légumes qu\u2019ils font sécher avant l\u2019hiver, explique Said.Puis, au lieu de cuire le pain dans un four d\u2019argile, comme ils le font à la montagne pendant l\u2019été, ils le font cuire dans le sable.» Une fois installés à notre deuxième campement, nous montons sur la crête de la grande dune pour admirer le soleil couchant.Avec finesse, la lumière caresse les dunes, magnifiant chaque détail du paysage.Pour parfaire la magie, les chameliers font chauffer le sable pour cuire leur fameux pain pendant que nous nous délectons du couscous de Mohamed.Lorsque la température idéale est atteinte, Hamid, spécialiste du pain parmi les chameliers, balance sur les braises une grande pâte aplatie qu\u2019il couvre de cendres et de tisons ardents.En attendant que le pain cuise, nos compagnons berbères entonnent des chansons de leur mélodieux répertoire.Cet instant précis frôle le surréel.Le lendemain matin, lorsque nous cassons la croûte bien craquante du mella (pain), sa mie est encore un peu humide et n\u2019a aucunement un goût de cendres ! De quoi nous sustenter pour les quelques heures de marche devant nous.Contrairement à la journée précédente, nous ne franchissons que quelques dunes avant de retrouver un tapis de verdure qui s\u2019étend partout sur le sable au pied la montagne.Comme quoi, le désert est visiblement plein de vie.Une matinée dans les dattiers Avant de reprendre tranquillement la route vers Marrakech, nous faisons une promenade matinale à travers les dattiers de Timidar te, au cœur de la vallée du Drâa.En pleine L A R EC E T T E D\u2019O L I V I E R P E R R E T, D U R E N O I R Veau de lait en croûte de truffe, mousseline de céleri-rave et brocolis gratinés au parmesan Pour 4 personnes Pour la croûte de truffe 20g de beurre 20g de panko 10g de truffe ¼ de zeste de citron Sel et poivre Ramollir le beurre à température ambiante et y ajouter le reste des ingrédients.Pour le filet de veau 600g de filet de veau Tailler des morceaux de veau d\u2019environ 150g et rôtir dans une poêle.Tartiner les filets rôtis avec la croûte à la truffe et terminer au four afin d\u2019obtenir la cuisson désirée.Pour une cuisson rosée, compter environ 8 minutes au four.Pour la mousseline de céleri 1 céleri-rave de taille moyenne ¼ de litre de lait ¼ de litre de crème Sel et poivre Éplucher puis tailler le céleri-rave en cubes d\u2019un demi-pouce.Verser le lait et la crème sur le céleri-rave, assaisonner et cuire à feux doux jusqu\u2019à obtention d\u2019une texture très fondante.Passer au mélangeur afin d\u2019obtenir une purée lisse.Pour les brocolis 2 pieds de brocoli 50ml d\u2019huile de truffe 80g de parmesan Tailler les sommités de brocoli, éplucher puis émincer les pieds.Blanchir dans une eau salée en gardant le croquant du légume.Refroidir immédiatement dans la glace.Réserver les sommités et mettre les pieds à mariner dans l\u2019huile de truffe.Parsemer le parmesan sur les brocolis et gratiner au four.Pour le jus de veau 1kg de parure de veau 2 gros oignons émincés ½ tête d\u2019ail ½ bouquet de thym Rôtir les parures de veau, puis ajouter les oignons émincés, l\u2019ail et le thym.Laisser suer quelques minutes.Mouiller à hauteur et cuire 1h30 à feux doux.Filtrer, puis réduire au goût.saison, de pesantes grappes de dattes bousthammi (ou bouham- mou), l \u2019une des dix variétés de dattes marocaines, pendent des centaines de dattiers de la palmeraie.Nous n\u2019avons qu\u2019à tendre le bras pour en détacher quelques-unes du bout des doigts.Fraîches, elles ont un goût de sucre moins prononcé que celles que nous connaissons.Ensuite, nous nous arrêtons pour prendre le thé avec Hossein Acha- bak, directeur de la Kasbah Timi- darte, un projet solidaire visant à pré- ser ver le patrimoine culturel et à contribuer au bien-être des villageois.En partenariat avec Terres d\u2019Aventure depuis 2010, l\u2019organisme mise sur le tourisme écoresponsable.« On met l\u2019humain au centre de toutes nos activités, insiste M.Acha- bak.Puis, on préfère les fruits et légumes saisonniers et locaux, la viande blanche plutôt que la viande rouge.Et la restauration est principalement basée sur les pratiques ancestrales des villageois.» Une initiative pertinente et fort inspirante.Nous passons la dernière portion de notre séjour du côté d\u2019Ouarzazate, au sud-est de Marrakech.Française d\u2019origine, installée au Maroc avec son mari Michel, chef cuisinier en France, au début des années 2000, Colette Guillen nous accueille chaleureusement à la Kasbah Ellouze.En compagnie de la voisine, qui a pris soin de lui transmettre son héritage culinaire, Michel cuisine merveilleusement les recettes berbères.Pour l\u2019occasion, ils nous servent un plat tout spécial, appelé sef fa, composé de vermicelles de blé délicatement cuits à la vapeur qui accompagnent parfaitement un tajine d\u2019agneau aux coings et citron confit.C\u2019est sur ces délicieuses notes que nous rentrons à Marrakech, les yeux illuminés par tant de beauté et les papilles complètement sous le charme des saveurs marocaines.Notre collaboratrice était l\u2019invitée de Terres d\u2019Aventure et de Royal Air Maroc.RENOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e R e s t o 4 8 | Pour annoncer dans ce regroupement.Contacter la publicité au 514 985-3454 HÉBERGEMENT EN RÉGIONS Abonnez-vous à notre infolettre matinale.Du lundi au samedi, découvrez l\u2019essentiel de l\u2019actualité.LeDevoir.com/infolettre CRITIQUE JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR J\u2019avais été intrigué par une phrase sur le site Internet de cette maison ouver te depuis à peine quelques jours : « Notre brasserie est la référence de la cuisine de confort française à Montréal, conçue avec une profonde influence locale et des produits canadiens exceptionnels et durables.» La référence ! Ciel ! Elle n\u2019est plus sur le site, mieux vaut tard que jamais, mais elle figure toujours en ouverture de la page Facebook d\u2019Henri, qui, là, s\u2019appelle « Restaurant Henri Brasserie française ».Tant qu\u2019à y être, pourquoi pas: bar, bistro, et la tête, alouette.Mis à part le fait que cette phrase est du charabia, ce qui, pour un établissement niché dans un hôtel cinq étoiles, fait quand même un peu brouillon, « la référence»\u2026 Vraiment?Déjà?Après seulement quelques jours?Vraiment?Intrigué, donc, je passais à l\u2019improviste un midi pour dresser un constat de visu.J\u2019étais intrigué aussi, car le chef qui travaille là est tout sauf prétentieux et arrogant ; quelque chose ne collait pas.Pour essayer d\u2019y voir plus clair, je m\u2019attablai.Un seul plat, au choix de la cuisine, ai-je demandé.Un dessert viendra plus tard, le chef voulant mettre en avant le travail de son collègue Grégory Torino, chef pâtissier.Belle initiative de l\u2019un et beau travail de l\u2019autre.La bijouterie iconique fondée par Henr y Birks en 1879 a subi un remodelage majeur.Donnant sur le square Phillips, les por tes majestueuses d\u2019un hôtel cinq étoiles attendent le client for tuné.Juste à côté s\u2019est installée Henri Brasserie française.Accueil impeccable et clientèle distinguée sont de bon augure.Le décor très luxueux aussi, en principe.C\u2019est exactement ce qui pouvait être constaté ce midi-là.La très chic brasserie de M.Birks Chez Henri Brasserie française, l\u2019accueil est impeccable, le décor est splendide, et la cuisine l\u2019est tout autant.PHOTOS MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR | 4 9 Vi v r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E Avec les vacances des Fêtes, les jours froids et les tempêtes de neige à nos portes, le temps sera parfait pour découvrir de nouveaux jeux vidéo.Saviez-vous que votre téléphone intelligent est tout à fait capable de remplacer une console?Voici deux jeux qui devraient bien vous occuper : une longue aventure épique et un curieux mélange de tir et de construction.Le shooter de l\u2019heure Ne vous laissez surtout pas dérouter par son look enfantin : Fortnite, développé par Epic Games, est le jeu du moment.À preuve, on a même pu voir ses danses ridicules passer de l\u2019autre côté de l\u2019écran lors de la Coupe du monde de la FIFA.Son principe est simple : à la manière de Hunger Games, 100 personnes sont lâchées sur une île, mais une seule pourra s\u2019en sortir.Pour compliquer l\u2019affaire, ces combattants peuvent construire murs, escaliers et autres structures pour ainsi remporter l\u2019avantage ou se mettre à l\u2019abri.Maintenant offert pour les téléphones intelligents Apple et pour certains appareils Samsung, Fortnite vous laisse aussi vous joindre à la partie de vos amis sur d\u2019autres plateformes.Fortnite Epic Games, gratuit Apple iOS et Android Une grande aventure Alors que deux nations se font la guerre depuis trop longtemps, les héritiers de leurs trônes sont promis en mariage l\u2019un à l\u2019autre.Tout n\u2019ira cependant pas comme prévu.Final Fantasy XV (Pocket Edition) est une version allégée du road trip épique du prince Noctis et de ses trois acolytes publié sur console en 2016 par Square Enix.Simplifiée pour les téléphones intelligents, la formule fonctionne si bien que l\u2019adaptation a été réadaptée pour les consoles comme la Sony PlayStation ou la Xbox de Microsoft.À essayer.Final Fantasy XV (Pocket Edition) Square Enix, essai gratuit, version complète 27,99$ Apple iOS et Android Olivier Sylvestre Fortnite OLIVIER SYLVESTRE LE DEVOIR Bien sûr, lorsque l\u2019on va au restaurant, le contenu des assiettes est im- por tant, mais il y a des établissements, comme celui-ci, qui ont mis tant d\u2019efforts dans le contenant que c\u2019est aussi \u2014 et parfois surtout \u2014 de cela dont on se souvient.Pour pallier cela, cet Henri-ci a eu le bon goût d\u2019engager un vrai chef \u2014 Romain Abrivard \u2014, qui prépare de la vraie cuisine.À peine quelques jours après l\u2019ouverture, on servait même ici de la très bonne cuisine.La carte contient suffisamment de propositions pour satisfaire tous les goûts et tous les appétits.Ce petit poisson me tentait vraiment.Le chef appelle ça : « Doré du lac, petits pois à la française, jus d\u2019arêtes».On aime pour trois raisons plus ou moins défendables : 1.le doré est un poisson de chez nous qui attire la sympathie de manière assez unanime ; 2.il est impossible de ne pas aimer les petits pois et, de plus, «à la française », ça va de soi ; enfin 3.ce « jus d\u2019arêtes» m\u2019intriguait.En portion généreuse, le filet de poisson est snacké* à la plancha côté peau et posé délicatement sur un lit de petits pois.On ne peut reprocher d\u2019utiliser des petits pois en cette saison lorsqu\u2019ils ont été impeccablement congelés et préparés ainsi « à la française », c\u2019est-à-dire accompagnés de quelques oignons cipollini poêlés, d\u2019une pluie légère de petits lardons, d\u2019une chif fon- nade (ici très discrète) et de ce jus d\u2019arêtes parfait.Ce dernier est réalisé avec les restes de découpe et les arêtes du poisson, traité comme un jus de viande, à peine caramélisé et déglacé avec un vin blanc réduit.Une réussite.La [sic] millefeuille pamplemousse manque \u2014 tant dans le suprême que dans le gel \u2014 de cette amertume vivifiante du pamplemousse.Cette petite déception est compensée par le plaisir éprouvé en dégustant le reste de la composition proposée par le chef pâtissier : feuilletage inversé fait maison, ganache pamplemousse montée au chocolat blanc, praliné aux pacanes maison, pacanes en chouchou.Deuxième visite Deux semaines plus tard, deuxième visite en soirée avec quelques amis gourmands, gourmets et un peu portés sur la boisson.Sans doute sous le charme de la luxueuse bijouterie voisine, les filles commandent du champagne ; ça sent la soirée festive.Quand ces trois filles sont en forme, c\u2019est-à-dire pas mal tout le temps, Alain, Georges et moi, époux dociles et réservés, nous laissons porter par l\u2019enthousiasme.Ça me donne également plus de temps pour observer, goûter et noter.Lorsque six personnes sor tent de table sans émettre le moindre commentaire négatif , c \u2019est déjà bon signe.Lorsque mes cinq amis et amies, habituellement assez critiques lorsque l\u2019on passe à table, manifestent leur admiration pour chacun des plats goûtés, c\u2019est une autre indication de la qualité de la cuisine.Tout était ef fectivement par fait, dans l\u2019esprit d\u2019une brasserie très chic, et la qualité de la cuisine rattrape les erreurs de communication qui nous aiguillaient vraiment sur une voie désagréable.Midi et soir, le service est assuré avec application, et les défaillances des premiers jours semblent avoir été corrigées.Côté décor, il n\u2019y avait vraiment rien à corriger, tout a été fait dans l\u2019esprit d\u2019opulence de la maison Birks et s\u2019harmonise bien avec l\u2019au- toproclamé cinq étoi les voisin.L\u2019endroit est accueil lant, cossu mais accueillant.Ce splendide décor mène à une cuisine qui l\u2019est tout autant et il est assez rare que tout s\u2019accorde aussi bien, décor, cuisine (salé et sucré) et service.(Merci, M.Fausto, pour la concentration et l\u2019attention constantes d\u2019un bout à l\u2019autre du repas, malgré l\u2019indiscipline des dames.) La carte des vins De la plantureuse car te des vins, Jean Aubry dit : «Le choix de vins au verre mériterait un peu plus d\u2019amour avec une sélection plus soutenue et diversifiée, mais l\u2019ensemble de la carte demeure classique et de bon niveau.Quelques fautes d\u2019or tho- graphe à corriger cependant.» C\u2019est amusant (ou pas) que Jean en parle lui aussi.Les communicants de cette maison devraient faire un effort, le plumage actuel ne se rappor tant vraiment pas au ramage.Ça ne rime pas tellement non plus avec « la référence » évoquée plus haut.À suivre.Pour les sceptiques, dixit Le Robert : * «snacker [snake], verbe.2.Cuis.v.trans.\u2014 Saisir très rapidement un aliment à feu vif (quelques secondes suffisent), à la poêle ou sur une planche de cuisson.» Henri Brasserie française ?$$$ 1/2 1240, square Phillips Montréal ?514 544-36742 Ouvert midi et soir, sept jours sur sept.À midi, comptez une trentaine de dollars en faisant attention.En soirée, prévoyez de vous laisser aller\u2026 et plus, car affinités.Trois plats servis chez Henri Brasserie française. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e Vi n s 5 0 | Moins de 16 $ Borsao Seleccion 2017, Campo de Borga, Espagne (11,80$ \u2013 10324623) Des grenaches libres, généreux et heureux de vivre côtoient ici du tempranillo et du cabernet sauvignon dans une ambiance qui se veut des plus décontractées, comme si le passé et le futur n\u2019avaient plus aucune importance.Car voilà, c\u2019est bon maintenant, avec corps, puissance et simplicité.Hamburger ?Tout bon.(5) ?La surprise Clos de l\u2019Oratoire 2016, Châteauneuf-du-Pape, Rhône, France (51$ \u2013 13745642) Le 1er décembre fournit l\u2019occasion d\u2019enfiler son capot de poil et de servir au souper un rouge qui n\u2019en manque pas.De poil, je veux dire, même sur la langue! Du nez et de l\u2019étoffe, touffu, mais aussi glissant par le moelleux de son fruité.Une petite merveille où le grenache domine et conforte par sa puissance et par sa maturité.(10+) ?Le blanc Côtes-du-Rhône 2016, Guigal, Rhône, France (19,70$ \u2013 00290296) Les vins blancs du Rhône sont trop peu nombreux.Ils représentent pourtant ici, chez Guigal, 25 % de la production, pour près d\u2019un million de cols par an.Ce classique où domine le viognier (65 %) est un modèle du genre.Avec ce qu\u2019il faut d\u2019acidité, de moelleux et de présence fruitée, rien ne vous autorise à l\u2019éviter en tablettes, au contraire ! (5) ?Le rouge Hermanos Lurton 2017, Toro, Espagne (15,45$ \u2013 10359261) Le tempranillo local (tinta del país) s\u2019affirme avec beaucoup de vigueur en portant un fruité à bout de bras, sans fléchir.Plus robuste, moins raffiné que dans la rioja, par exemple, mais pourvu d\u2019une sève sombre bien ajustée à une trame tannique bien construite.Beaucoup de vin ici à ce prix, signé François Lurton.(5) ?1/2 Le bio Volpaia Chianti Classico 2015, Toscane, Italie (27,10$ \u2013 10858262) Du sangiovese, tout simplement.Mais cette simplicité n\u2019est pas le fruit du hasard, car fruité il est, sans fard.De cette trempe de rouge bien élevé, du cep au verre, avec ce petit quelque chose dans le ventre qui gagnera la faveur des gourmands comme des esthètes.Maturité, élégance, corps et fraîcheur.On en boirait! Buvons donc.(5+)?1/2 (5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR Le vin est un art que l\u2019on dit éphémère.À peine accouché de sa fermentation originelle et le voilà déjà livré aux af fres d\u2019une lente mais inéluctable oxydation.L\u2019usure du temps, dit-on.Comme pour l \u2019être humain, son temps est compté.Les amateurs qui disposent de caves à vin parfois pha- raoniques devraient y «boire», car un vin bu sur le tard n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019un rendez-vous manqué.Une fuite vers l\u2019avant J\u2019aime bien l\u2019idée de laisser du temps au temps.L\u2019œnologue champenois ne bousculera pas le vin laissé sur lattes pendant 48, 72 voire 120 mois, alors qu\u2019un boucher ne dédaignera pas attendre ses côtes de bœuf 48, 60, 120 jours et même plus pour en approfondir les saveurs.Et que dire de ces amants déjouant le sablier du temps sous des parades amoureuses à faire rougir un saint?«Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.» C\u2019est que le temps sait faire.En matière de vin, un petit coup de pouce au temps n\u2019est cependant pas déplacé pour autant.Prenez un vin que vous passez en carafe.Que se passe-t-il alors?Il y aura d\u2019abord une évaporation de l\u2019alcool.Plusieurs degrés de cet alcool pourraient être retranchés au vin après 12 ou 24 heures.Mais pas les saveurs élémentaires, contrairement aux idées reçues.Un vin ne «mange» pas ses sucres, par exemple, c\u2019est la structure qui change.Intervient ensuite l\u2019oxydation en tant que telle.Après quelques minutes déjà, l\u2019impression dégagée en sera une d\u2019ouverture, de libération aromatique, suivie en bouche d\u2019une sensation arrondie de souplesse des tanins.Les notes «piquantes» de soufre et autres touches réductrices donneront l\u2019impression de s\u2019évanouir alors que le vin gagnera en textures.À noter cependant que toutes déviations, même subtiles, liées de près ou de loin au fameux bouchon, ne disparaîtront pas.J\u2019ai testé cette semaine pour vous deux instruments \u2014 aux antipodes l\u2019un de l\u2019autre \u2014 susceptibles d\u2019avoir un impact sur leurs oxydations respectives.Nul protocole scientifique ici, sinon, une dégustation comparative à l\u2019aveugle du Rioja Conde de Valdemar Crianza 2015 à base de tempranillo (16,20 $ \u2013 897330 \u2013 (5) ?1/2).Résumons.L\u2019aérateur.Par Daniel Durand, artisan (69 $, taxes et frais postaux inclus).Cristal entièrement soufflé bouche, ce bel objet conçu scientifiquement selon les préceptes du «laminage des fluides de Bernoulli », que l\u2019on place en entonnoir au-dessus du verre, fonctionne.Encore faut-il être attentif aux résultats.Le nez du tempranillo semblait plus «relâché», plus ouvert, un rien plus détaillé.La bouche elle, m\u2019est apparue plus souple.Illusion?Peut-être.Reste qu\u2019il a été testé trois fois avec le même résultat.iFavine, the Sommelier, Brevil le (560$).Le principe est simple : injecter un flux constant d\u2019oxygène purifié et hautement concentré pour améliorer les saveurs et lisser les tanins.Ici, une minute correspond à une heure d\u2019aération, chaque cépage ayant son temps d\u2019oxygénation requis selon un tableau fourni dans la brochure.Dans le cas du tempranillo, on suggère deux minutes.Trois tests plus tard avec un verre témoin évalué par triangulation (trois verres, mais deux semblables), mêmes résultats.Les arômes originels de cerise se sont déplacés vers le moka avec une trame tannique moins ronde, plus en relief.Mon impression est que le vin a cédé sur le plan qualité pure.Cela demeure mon impression.Morale de l\u2019histoire?Prenez deux heures à vous ouvrir au vin plutôt que deux minutes à le voir per- coler.Vous pourrez ainsi faire d\u2019une pierre deux coups: boire et manger! La semaine prochaine : champagne ! guideaubry@gmail.com La machine à voyager dans le temps Le temps sait faire les choses, mais rien n\u2019empêche de lui donner un coup de pouce À gauche, iFavine, the Sommelier de Breville et à droite, l\u2019aérateur par Daniel Durand, artisan JEAN AUBRY | 5 1 Vi v r e B i è r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 \\\\\\PHILIPPE RENAUD COLLABORATEUR LE DEVOIR Après la région des Cantons-de-l\u2019Est, la vaste région de l\u2019Est-du-Québec\u2013 Bas-Saint-Laurent\u2013Gaspésie et le Sa- guenay\u2013Lac-Saint-Jean, la Mauricie vient d\u2019inaugurer sa propre Route des bières, trajet touristique brassi- cole visant à mousser le talent des ar- tisans-brasseurs de cette région qui en compte déjà presque une douzaine.L\u2019occasion d\u2019aller à la rencontre de deux brasseries du coin, la pionnière À la Fût de Saint-Tite et la toute nouvelle Brasserie Dépareillée de Yamachiche, et de leurs créations, la Rouge de Mékinac et la Brut IPA.La Rouge de Mékinac Dans l\u2019univers des bières artisanales québécoises, la Rouge de Mékinac de la microbrasserie À la Fût est désormais considérée comme une classique.Le brasseur Mathieu Bro- chu acquiesce : « C\u2019est une bière tellement complexe, un hybride entre deux styles de bières belges qu\u2019on adore », la kriek et les saveurs des cerises griottes ajoutées durant la fermentation ainsi que la célèbre Rouge des Flandres, une bière tannique et fr uitée de fermentation mixte caractérisée par son acidité et sa couleur rougeâtre qui a fait la réputation de la brasserie Rodenbach.« C\u2019est extraordinaire, elle se rapproche presque plus d\u2019un vin rouge que d\u2019une bière, à cause justement de ses saveurs acidulées qui donnent une complexité et une longueur en bouche qui diffèrent d\u2019une bière simplement houblonnée, s\u2019emballe le brasseur.Au début, les gens se disaient : \u201cOh !, une bière acide ?Je ne suis pas sûr\u2026\u201d Mais on devient vite accro ! » Au moment de créer cette recette, les brasseurs chez À la Fût notaient que ces deux styles belges étaient encore peu brassés au Québec, peut- être en raison des soins nécessaires au bon conditionnement de la bière : la Rouge de Mékinac mûrit 18 mois en fûts de chêne avant d\u2019être embouteillée.Capiteuse et explosive, cette bière ne s\u2019éloigne pas de la tradition en affichant 5,4 % d\u2019alcool \u2014 l\u2019équipe de la microbrasserie a d\u2019ailleurs visité plusieurs brasseries belges pour peaufiner sa technique.Pour une Rouge comme la sienne, Brochu assure que le vieillissement en fût est nécessaire.La couleur rougeâtre est produite non pas par le fruit, mais par le type de malt d\u2019orge (100 % québécois) employé \u2014 « un malt dit \u201cmunich\u201d qui, sur le plan visuel, se rapproche beaucoup des malts caramélisés, mais avec des goûts dif férents, les grains laissant plus de sucres résiduels sans leur donner le goût du caramel.Ensuite, l\u2019oxydation qui se développe dans la bière durant la maturation en fût va aussi colorer le liquide ».Côté houblons, la discrétion est de mise ; le brasseur privilégie les houblons surannés (vieillis au moins un an pour atténuer l\u2019amertume), sinon les houblons nobles tels que le saaz, aux arômes discrets.« La grande dif férence dans la fabrication d\u2019une telle bière se passe au niveau de la fermentation.On ne va pas seulement utiliser une levure [à ale belge] traditionnelle, mais on va aussi lui donner des micro- organismes [brettanomyces, lacto- bacilles] pour lui donner son côté acide ».Les levures sont d\u2019abord ajoutées en fermentation, puis à certains moments précis lors du vieillissement en fût.Les fruits \u2014 complets lorsque la production québécoise de griottes le permet, sinon en jus importé d\u2019Europe \u2014 sont graduellement ajoutés dans les fûts durant la fermentation.« À terme, c\u2019est presque 40 % du fût qui est rempli par les cerises », note le brasseur.Un véritable délice : « Le genre de bière qu\u2019on pourrait partager durant un lunch d\u2019affaires, au lieu de prendre une bouteille de vin », assure Martin Brochu.La Brut IPA La Brasserie Dépareillée de Yama- chiche, la plus récente microbrasse- rie de la Mauricie, n\u2019en fait qu\u2019à sa tête.«C\u2019est pour ça qu\u2019on l\u2019a appelée Dépareillée : pour ne pas avoir de limites, pour pouvoir brasser ce qu\u2019on veut, donner n\u2019importe quel nom à nos bières, jouer dans nos styles, ne pas suivre de règles», dit Martin Poirier, maître brasseur et cofondateur de l\u2019entreprise qui s\u2019est démarquée sur les tablettes d\u2019abord en raison des noms débiles qu\u2019il donne à ses bières \u2014 sa série d\u2019IPA s\u2019appelle La Fois qu\u2019sé pas ça qu\u2019sé, clin d\u2019œil à Alaclair Ensemble ; il y a aussi un porter baltique du nom de Fuck All, ou encore la Oh ! Ma chérie !, une ambrée d\u2019hiver.« C\u2019est justement pour ça qu\u2019on l\u2019a simplement appelée Brut IPA \u2014 après tous les autres noms qu\u2019on a donnés, on trouvait justement ça un peu stupide de l\u2019appeler simplement Brut IPA ! » À ainsi expérimenter, il allait de soi que le brasseur s\u2019essaie à la brut IPA, un style de bière qui n\u2019en est pas véritablement un \u2014 en tout cas, pas selon le guide du Beer Judge Certification Program généralement consulté pour classifier les bières.C\u2019est que la brut IPA est un genre apparu sur la côte ouest américaine il y a à peine un an et dont les paramètres (apparence, goût, taux d\u2019alcool) varient énormément selon l\u2019inspiration des artisans-brasseurs.« La première br ut IPA aurait d\u2019abord été brassée à San Francisco», note Poirier, qui a tenté quelques recettes de cette bière houblonnée et particulièrement sèche, un contraste radical avec le caractère juteux, parfois capiteux, des populaires NEIPA (North East India Pale Ale) qui ont converti tant de nouveaux amateurs de microbrasseries.« Le truc pour obtenir cette sécheresse est de travailler avec un mélange d\u2019enzymes qui viennent simplifier [la composition] des sucres, ce qui a pour effet de faciliter le travail des levures, qui peuvent ainsi mieux les fermenter que dans une India Pale Ale normale.» Résultat : le goût sucré est grandement atténué, laissant ainsi une plus grande place, selon le brasseur, aux arômes des grains.Le brasseur s\u2019approvisionne chez « le Maltraiteur, une petite malterie artisanale de Trois-Rivières ».« C\u2019est du grain de notre région, Maskinongé, il pousse à 20 km de chez nous, et nous revient directement.Que du local ! » Mar tin Poirier a par faitement réussi à développer la sécheresse recherchée dans sa version d\u2019une brut IPA apparue sur nos tablettes il y a à peine un mois et qui présente une robe légèrement voilée et une belle effervescence.Mais encore, il s\u2019agit d\u2019une interprétation très libérale d\u2019un genre en voie d\u2019être défini : « En fait, je pense que personne ne sait ce qu\u2019est vraiment censé goûter une vraie brut IPA», échappe le brasseur.« C\u2019est justement ce que je trouve intéressant du style : y\u2019a pas vraiment de référence.Personne ne fait une br ut IPA de la même manière au Québec, tout le monde essaie des recettes, tout le monde tente de peaufiner sa bière.Nous, on a choisi de la brasser faible en alcool \u2014 elle ne fait que 4,5 % \u2014 pour avoir une bière légère et désaltérante qui laisse ressortir les arômes des grains et des houblons, pas trop amers, justement à cause de la sécheresse.C\u2019était un beau défi, et le résultat est précisément ce qu\u2019on espérait, on retrouve bien les arômes des deux houblons qu\u2019on a utilisés, le mosaic, le wakatu et le calypso, qui développent des saveurs de cassis et d\u2019ananas.» Sur la Route des bières Le tour de la Mauricie, une pinte à la fois Deux bières respectivement créées par À la Fût de Saint-Tite et par la Brasserie Dépareillée de Yamachiche.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com POUR LES DÉTAILS ET PRIX DE CES PROGRAMMES: www.louisedrouin.com 1 888 475-9992 Croisières accompagnées CAPITALES DE LA MER BALTIQUE 2 DÉPARTS Du 22 juin au 6 juillet 2019 (15 jours / 13 nuits) A bord du Brillance of the Seas Du 24 juin au 8 juillet 2019 (15 jours / 13 nuits) A bord du Celebrity Re?ection GARANTIS Incluant toutes les excursions en pr ivé et en français NOS DÉPARTS 2019 : FÉVRIER , MARS OCTOBRE & NOVEMBRE Voyages Symone Brouty 1 800 650-0424 www.voyagesbrouty.com Pour des voyages pas comme les autres VOYAGES GAUTHIER spécialité voyages sur mesure 514.336.0606 www.voyagesgauthier.com info@voyagesgauthier.com 2 860 $ 3 890 $ 2 769 $ 4 990 $ 6 390 $ 4 990 $ 3 029 $ 2105, ch.Ste-Foy, Québec voyages-lambert.com À MONTRÉAL LIEU : AUBERGE UNIVERSEL - 5000, RUE SHERBROOKE EST ENTRÉE LIBRE PRÉSENTATIONS DE NOS CIRCUITS DIMANCHE 2 DÉCEMBRE 2018 DIMANCHE 9 DÉCEMBRE 2018 LA BOLIVIE & LE PÉROU DUO MYTHIQUE AU COEUR DE LA CULTURE ANDINE PROLONGATION À NAZCA ET PARACAS Départs : 5 avril & 4 octobre 2019 LE BRÉSIL UN KALÉIDOSCOPE HUMAIN PROLONGATION AUX CHUTES D\u2019IGUAÇU Du 1 au 19 octobre 2019 13h00 14h45 TERRES DES ANDES LE DÉSERT D\u2019ATACAMA (CHILI) ET LE SALAR D\u2019UYUNI (BOLIVIE) PROLONGATION À L\u2019ÎLE DE PÂQUES Du 10 au 25 octobre 2019 L'ÉQUATEUR & LES ÎLES GALAPAGOS Du 17 au 30 novembre 2019 11h00 13h00 * Par personne.Chambre d'hôtel en occupation quadruple.** Occupation double.Toutes taxes incluses.Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyage FICAV de 1 $ par tranche de 1000 $ en sus.Prix valide pour tous les départs en 2018.Permis du Québec (702378).Inclus : autocar grand tourisme, hôtels 3,5 étoiles (ou plus), petits déjeuners, guides accompagnateurs francophones et circuits captivants.beltour.ca 514 336-0033 ou 1 866 235-8687 vous amène ailleurs.Les fêtes À NEW YORK Célébrez le jour de l\u2019An sur Times Square à New York! 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Ça pousse au Québec « Le Québec compte déjà plus de 80 jardins pédagogiques, toutefois nous souhaitons en voir éclore de nouveaux, explique Frédéric Therrien, directeur de l\u2019initiative 100° chez Québec en forme.Et on aimerait prêcher davantage aux non-convertis.» Pour plusieurs, la création de jardins pédagogiques ne se retrouve pas en haut de la liste des priorités, que ce soit par manque de ressources humaines ou matérielles.Il existe toutefois déjà plusieurs organismes qui veillent à soutenir les petits et les plus grands projets à vocation environnementale et alimentaire.Un bon exemple de projets existants est certainement Croquarium.Depuis plus de 10 ans, cet organisme a pour objectif de « contribuer au bien-être des jeunes par l\u2019éducation alimentaire expérientielle axée sur le plaisir de manger, de la terre à la table ».Dans le cadre du programme Un trésor dans mon jardin, les enfants, accompagnés par leur enseignant, conçoivent, plantent et prennent soin de leur jardin, grâce aux outils conçus par Croquarium.Lorsque vient le temps de goûter aux fruits de leur récolte, les enfants bénéficient d\u2019apprentissages concrets mettant en valeur une approche globale tenant compte des principaux aspects de l\u2019alimentation : social, économique, culturel, environnemental, physiologique.C\u2019est par le fait même un bon exemple à suivre pour repenser le modèle alimentaire actuel.Dans la forêt Une autre approche intéressante est celle des forêts nourricières, mises en avant par l\u2019organisme Eurêko.Cet OBNL a pour mission de « proposer aux citoyens et aux acteurs communautaires, privés, institutionnels et gouvernementaux du Sague- nay\u2013Lac-Saint-Jean diverses activités axées sur la défense et la promotion d\u2019un environnement sain et l\u2019amélioration de la qualité de vie de la collectivité ».La forêt nourricière a comme objectif d\u2019amener la population à s\u2019approprier son environnement en s\u2019engageant à l\u2019entretenir pour ensuite bénéficier des récoltes de la forêt.Des affiches et un guide éducatif permettent de se familiariser avec les différentes variétés de végétaux qui ont été plantées et surtout, de savoir comment les cuisiner.À titre d\u2019exemple, l\u2019école secondaire Jean-Gauthier d\u2019Alma, la ville de Saint-Félicien et l\u2019Université du Québec à Chicoutimi ont désormais leur forêt nourricière.Outre l\u2019appel de projets de 100°, d\u2019autres organismes visent à soutenir le développement de jardins pédagogiques, comme Arbres Canada \u2013 Subventions communautaires, qui finance entre autres la plantation d\u2019arbres fruitiers dans les communautés pour lutter contre l\u2019insécurité alimentaire, et Nouveaux Horizons pour les aînés \u2013 Projets communautaires, un programme soutenu par Emploi et Développement social Canada.Dans ce dernier cas, les projets financés doivent favoriser la participation et l\u2019inclusion sociale des aînés, comme dans le cas du jardin collectif intergénérationnel de Dunham.Apprendre en jardinant Un pas de plus vers une éducation écoresponsable Si apprendre à cuisiner le plus tôt possible peut donner envie aux enfants de goûter à de nouveaux aliments, de mettre la main à la pâte lors de la préparation des repas et favoriser l\u2019estime de soi, il y a fort à parier qu\u2019il en est de même lorsqu\u2019on les invite à passer du côté jardin.ISTOCK Les enfants pourront prendre conscience de tout le travail nécessaire pour faire pousser les fruits et légumes, ce qui leur permettra certainement d\u2019être plus reconnaissants envers le travail des agriculteurs L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.1.2.CR ATEFILIÉTI 1.2.CÉDÉSNOF 1.2.RIAFLESUR 1.2.TR AQILUES 1.2.CL ANIALE 1755 Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 427 Horizontalement I.Tapis-brosses.II.Odonate.Août.III.Nains.Feinte.IV.Ign.Sauté.Er.V.Tireuse.Psi.VI.Roi.Ebènes.VII.Lésa.Di.Bi.VIII.Ails.Dragées.IX.Nse.Péage.Ré.X.Testostérone.Verticalement 1.Tonitruant.2.Adagio.Ise.3.Pointillés.4.Inn.Es.5.Sassées.Pô.6.Bt.Aubades.7.Refusé.Rat.8.Etendage.9.Saie.Eiger.10.Son.Ps.11.Eûtes.Bern.12.Stérilisée.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 428 1.Bon à rien.2.Demi tour.Maintient la charge en place.3.Apporte douceur et chaleur.Romains.4.Ne broutent plus dans nos prairies.Mit la presse en circulation.5.Se débrouillent pour dépenser le moins possible.6.Na pas su résister aux assauts de César.7.Couvrit le sol.Prépara la sauce.8.Observent en secret.Traversent la France à grande vitesse.9.Article.Lieu de grève.Spectacle en Asie.10.Conjonction.Tour d\u2019appel.11.Presses chez les plus jeunes.Lune des mers chaudes.12.Poursuivis.I.Au jardin ou sur la cheminée.II.A suivre sans avoir à discuter.Bloqué par surprise.III.Qu\u2019il faudra remettre au propre.A suivre chemin faisant.IV.Tombe froidement.Possessif.V.Douillettement préparé.Détruit complètement.VI.Raffoles.Pour préparer de belles peaux.VII.Bon accompagnement pour le loup.Equipé pour être le premier en cas d\u2019accident.VIII.Personnel.Consommait.Expulsé pour se libérer.IX.Occupe le premier rang.Mis bas à la bergerie.X.A pu retrouver sa place.Expressions libres.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER GRILLE BLANCHE CITATION MYSTÉRIEUSE Offrir l\u2019amitié à qui veut l\u2019amour, c\u2019est donner du pain à qui meurt de soif.Proverbe espagnol MOTS ENCHAÎNÉS MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS L\u2019INTERVALLE LARME LARGE MARGE MARRE MARBRE LES ANAGRAMMES \u2022 NÉVRITES/SÉVIRENT \u2022 NOTERAIS/NOTAIRES \u2022 NUPTIALE/PIAULENT \u2022 FERMIONS/INFORMES \u2022 FILERAIENT/ENFILERAIT/REFILAIENT JEUX 1754 1755 1755 Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque étape (changement, ajout ou retrait d\u2019une lettre), trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Formez une chaîne de mots à partir des trois dernières lettres de chaque mot et à l\u2019aide des définitions.Les noms propres sont permis et les accents peuvent changer.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1755 1.Peuple réunifié depuis 1990 2.Chez l\u2019homme âgé, perte d\u2019appétit! 3.Fatiguèrent, ou consommèrent, ou élimèrent 4.Persister avec obstination 5.Du monde où nous vivons, paradis ou pas (adj.) 6.Mouiller 7.Hésitant 8.Entraîner 9.Celui de Kaboul a séduit bien des lecteurs 10.Charbon \u2022 COULANT \u2022 ANTICYCLONE \u2022 ONÉREUSE \u2022 USER \u2022 SERPENTIN \u2022 TINTINNABULER \u2022 LÉROT \u2022 RÔTIR \u2022 TIRAGE \u2022 AGENOUILLER GARDE PORC S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R 3. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 1 er E T D I M A N C H E 2 D É C E M B R E / 2 0 1 8 OFFREZ-VOUS CUBA POUR NOËL ! « INCROYABLE, ÉBLOUISSANT, SAISISSANT » - The New York Times SAMEDI 23 FÉVRIER 2019 \u2013 20H THÉÂTRE MAISONNEUVE DE LA PLACE DES ARTS LUMIÈRES SUR CUBA EN TOURNÉE AU QUÉBEC 24 février, Salle André-Mathieu, Laval - 450-667\u20132040 \u2022 2 mars, St\u2013Hyacinthe - 450-778-3388 \u2022 3 mars, St\u2013Jean-sur-Richelieu - 450-358-3949 \u2022 6 mars, Grand Théâtre, Québec - 418-643-8131 DE LA HAVANE, 17 DANSEURS ET 8 MUSICIENS.ARTISTIQUEMENT FLAMBOYANT, MUSICALEMENT DÉSALTÉRANT ! BILLETTERIE : 514 842-2112 "]
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