Le devoir, 30 mars 2019, Cahier B
[" PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 UKRAINE Président à la télé, candidat dans la réalité | B 4 BREXIT Troisième rejet du plan de sortie de May par les députés | B 7 DEVOIR DE PHILO Le mouvement antivaccins selon Karl E.Weick | B 9 LE PROJET EST-IL RACISTE ?\u2022 GUIDE DE LA LAÏCITÉ \u2022 MICHEL DAVID ET AURÉLIE LANCTÔT \u2022 B 2 ET B 3 DOSSIER LAÏCITÉ Le clivage de la laïcité Le projet de loi 21 arrive en point d\u2019orgue d\u2019une décennie de division politique au Québec À lui seul, le sort du crucifix du Salon bleu de l\u2019Assemblée nationale illustre à quel point le dossier de la laïcité a été (et demeure) une source majeure de divisions politiques à Québec.Retour sur une décennie de clivages.GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ LE DEVOIR ent trois votes pour, aucune voix opposée : il aura fallu quelques minutes aux élus de l\u2019Assemblée nationale pour trancher jeudi un débat qui accompagne depuis 12 ans la réflexion sur la laïcité de l\u2019État.Exit, donc, le crucifix du Salon bleu.L\u2019ancien chef péquiste André Bois- clair avait été le premier à réclamer son retrait, en janvier 2007.Libéraux et adéquistes s\u2019étaient aussitôt portés à la défense du Christ en croix.Quelque 70 % de Québécois avaient aussi signalé dans un sondage leur opposition à la mise à l\u2019écart d\u2019un symbole religieux ostentatoire veillant sur les débats des élus.Un an plus tard, le rapport Bouchard- Taylor sur les accommodements raisonnables recommandait que le « crucifix au-dessus du siège du président de l\u2019Assemblée nationale soit retiré et replacé dans l\u2019Hôtel du Parlement à un endroit qui puisse mettre en valeur sa signification patrimoniale ».Réponse immédiate de l\u2019Assemblée nationale ?Un non retentissant, formulé dans une motion adoptée à l\u2019unanimité le jour même du dépôt du rapport.Alors dirigé par Pauline Marois, le Parti québécois était de retour dans le camp des pro-crucifix.Au moment de présenter la charte des valeurs du gouvernement Marois en 2013, Bernard Drainville affirmait ainsi que « le crucifix fait partie de notre passé [\u2026].Il est là pour rester, au nom de l\u2019histoire, du patrimoine.» C\u2019était aussi le point de vue de François Legault en octobre 2018.« Notre position est claire concernant le crucifix, on le garde, c\u2019est un objet patrimonial important.» Six mois plus tard, l\u2019affaire a été expédiée sans autre forme de débat.Québec n\u2019est pas seul dans son camp, remarquez : la Ville de Montréal a annoncé il y a dix jours que le crucifix du Conseil municipal sera aussi bientôt retiré.Trame de fond Le consensus trouvé jeudi à Québec autour de cette question symbolique apparaît néanmoins pour le moins inusité.Il témoigne peut-être d\u2019une volonté de cohérence au moment où l\u2019État affirme sa laïcité.Mais il n\u2019est pas interdit de penser qu\u2019il y avait derrière cette décision collective une autre volonté : celle de commencer à tourner la page sur plus d\u2019une décennie de divisions autour d\u2019un enjeu \u2014 la laïcité \u2014 qui a modelé comme peu d\u2019autres le discours politique partisan au Québec.« On peut certainement voir cette question de la laïcité comme ayant été la trame de fond » des clivages politiques québécois depuis 2006, estime Luc Turgeon, professeur de science politique à l\u2019Université d\u2019Ottawa, qui s\u2019est intéressé de près à l\u2019enjeu.L\u2019élection de 2007 \u2014 où l\u2019Action démocratique du Québec est devenue créé des vagues énormes au Parti québécois \u2014 il y a encore un certain traumatisme autour de cet épisode.Mais il a aussi secoué le Parti libéral, car derrière sa défense générale des libertés individuelles, la formation a eu du mal à composer avec les suites du rapport Bouchard-Taylor.Deux projets de loi avortés seront déposés par les libéraux : le 94, en 2010, sur les accommodements raisonnables et les services à visage découvert, ne sera jamais adopté.Le projet 62 a pour sa part été adopté en 2017\u2026 mais son article principal (la prestation de services à visage découvert) a été immédiatement suspendu par les tribunaux.En coulisses, certains libéraux ne se gênent plus pour dire que ce projet de loi était une erreur.Récemment, les anciens ministres Gaétan Barrette et Sébastien Proulx ont aussi reconnu avoir tenté de convaincre leur caucus d\u2019adopter la position de Bouchard-Tay- lor sur les signes religieux.En vain.Mais leur sortie a permis de constater que l\u2019enjeu ne fait pas l\u2019unanimité dans ce camp.Les solidaires ne sont pas en reste : ils débattront cette fin de semaine de leur position concernant la laïcité de l\u2019État et les signes religieux [voir texte en page B5].La position de la Coalition avenir Québec est pour sa part restée sensiblement la même depuis l\u2019apparition du parti il y a sept ans.N\u2019empêche que la pertinence d\u2019accorder une clause de droits acquis aux employés portant actuellement un signe religieux a divisé le caucus caquiste en début d\u2019année.Stratégie ?La plupart du temps, la question de la laïcité de l\u2019État a été présentée par les partis politiques comme une manière de protéger l\u2019identité québécoise.C\u2019est ce que répétait encore cette semaine le premier ministre Legault.Et pourtant, rappelle Luc Turgeon, les deux enjeux ne sont pas nécessairement liés.« Dans les faits, on peut penser que la laïcité, c\u2019est simplement de séparer l\u2019Église et l\u2019État, dit-il.Il y a une certaine définition de la laïcité qui dit que ça n\u2019a rien à voir avec l\u2019identité », mais plutôt avec une conception précise du rôle de l\u2019État.Pourquoi donc cet amalgame poli- tico-québécois, apparu avec la « crise » des accommodements raisonnables et placé au cœur du projet de charte des valeurs d\u2019il y a six ans ?Luc Turgeon évoque un mélange « d\u2019opportunisme politique » et de convictions.« Le débat depuis 10-12 ans n\u2019exclut pas que les partis politiques aient une préférence, de bonne foi, pour telle ou telle position.Les libéraux, notamment, ont inscrit leur position dans la notion de respect des droits individuels garantis par les Chartes.C\u2019est cohérent.» « Mais ici comme à plusieurs endroits dans le monde, le débat identi- taire est un des pôles des débats politiques récents, et chacun va chercher à se positionner pour attirer des électeurs, ajoute-t-il.Le PQ a fait cette réflexion après 2007, pour conclure qu\u2019il fallait ajouter la question identitaire au discours économique, social ou indépendantiste.Mais c\u2019est difficile là comme ailleurs de distinguer là-de- dans les questions électoralistes des questions idéologiques\u2026 » C\u2019est peut-être ce flou qui a permis au crucifix de l\u2019Assemblée nationale de rester en poste si longtemps.Le premier effet du projet de loi 21 aura été de le dissiper.Et de rallier tous les parlementaires sur ce point.l\u2019opposition officielle après avoir mis le thème identitaire à l\u2019avant-plan de sa campagne \u2014 a ainsi fait de la question un « enjeu structurel de nos débats politiques, ajoute-t-il.Ça a mobilisé l\u2019attention des partis, mais aussi fait en sorte de modifier des allégeances partisanes » jusque-là définies autour d\u2019autres axes.La politologue Mireille Paquet (pro- fesseure à l\u2019Université Concordia) en parle aussi comme d\u2019un exemple de « dualisation de l\u2019ordre du jour politique au Québec ».Nul doute pour elle : « Ce qui a vraiment polarisé depuis près de 15 ans, ce sont ces questions identi- taires et de laïcité », pose-t-elle.Ce ne fut pas le seul enjeu structurant, ajoute Mme Paquet, mais il a été au cœur des débats et des divisions \u2014 minimale- ment autant que la question nationale.Et c\u2019est toute la classe politique qui a été happée.Avant, pendant ou après le projet de charte des valeurs, l\u2019enjeu a La fin ?L\u2019adoption prochaine du projet de loi 21 par le gouvernement Legault marquera-t-elle la fin du débat sur la laïcité au Québec \u2014 d\u2019autant que Québec a prévu de recourir à la disposition de dérogation pour éviter les contestations judiciaires pendant cinq ans ?Le politologue Luc Turgeon en doute.« Je pense que François Legault aimerait que ce soit le cas.Mais il reste beaucoup de gens qui vont penser que le gouvernement ne va pas assez loin, alors que d\u2019autres trouvent qu\u2019il en fait trop.Le débat va continuer.» Sa collègue Mireille Paquet envisage la même chose.« Je ne vois pas de neutralisation du débat à court terme, dit-elle.Je m\u2019attends notamment à ce que ça mobilise les acteurs de la prochaine campagne électorale fédérale.» C Selon Luc Turgeon, on peut voir la laïcité comme « la trame de fond » des clivages politiques québécois depuis 2006.ILLUSTRATION TIFFET 2008 Le rapport de la commission Bouchard- Taylor est dévoilé, recommandant que les agents de l\u2019État qui disposent d\u2019un pouvoir sur les citoyens ne portent pas de signes religieux.2013 Le gouvernement de Pauline Marois présente son projet de charte des valeurs québécoises, qui ne sera jamais adopté.2017 L\u2019Assemblée nationale adopte la loi 62 proposée par le gouvernement de Philippe Couillard, mais son article sur la prestation de services à visage découvert est suspendu par les tribunaux. LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 PERSPECTIVES DOSSIER LAÏCITÉ B 2 Définir le signe religieux Le projet de loi 60 du Parti québécois, piloté par Bernard Drainville, définissait un signe religieux comme «un objet, tels un couvre-chef, un vêtement, un bijou ou une autre parure, marquant ostensiblement, par son caractère démonstratif, une appartenance religieuse ».Aucune définition explicite n\u2019est prévue dans le projet de loi 21.« Un signe religieux, c\u2019est selon le sens commun d\u2019un signe religieux», a dit simplement le ministre Simon Jolin-Barrette jeudi.Petits ou grands, visibles ou couverts, ils sont interdits, a-t-il indiqué.Mais des alliances de mariage, des tatouages de motifs religieux\u2026 et les rastas ne seront pas prohibés, a-t-il précisé, pressé de questions.Il n\u2019existe aucun répertoire officiel des signes religieux.« Dès qu\u2019une personne dit qu\u2019un symbole est important pour elle et que ça inscrit dans une démarche religieuse, on doit l\u2019admettre », explique Alain Bouchard, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l\u2019Université Laval.«C\u2019est le seul critère qu\u2019on a.» Dans la mire du projet de loi À la liste des employés de l\u2019État suggérée dans le rapport Bouchard-Taylor (policiers, procureurs, juges, président et vice-présidents de l\u2019Assemblée nationale), le projet de loi étend l\u2019interdiction du port de signes religieux aux directeurs et enseignants des écoles primaires et secondaires publiques, au procureur général du Québec, aux commissaires et régisseurs ici et là, par exemple à la Régie du logement.L\u2019interdiction demeure moins étendue que celle visée par la Charte des valeurs du PQ, qui visait tout «membre du personnel d\u2019un organisme public ».Le projet de loi de la CAQ réintroduit l\u2019obligation de donner ou de recevoir un service public à visage découvert prévue dans le projet péquiste mort au feuilleton à l\u2019hiver 2014, et dans le projet de loi 62 de Stéphanie Vallée, adopté à l\u2019automne 2017.Contrairement à Mme Vallée, M.Jolin-Barrette retire toute possibilité de s\u2019y soustraire pour un motif religieux.« Il n\u2019existe pas d\u2019accommodements religieux possibles lorsqu\u2019on traite de la laïcité de l\u2019État », a-t-il insisté.S Le projet de loi est-il raciste ?Entre discrimination et inégalité, la laïcité à géométrie variable itôt déposé, le projet de loi 21 \u2014 et ses interdits \u2014 a été attaqué sur plusieurs fronts.Si plusieurs se mordent les lèvres pour éviter d\u2019échauffer les esprits, la laïcité à la façon Legault est déjà taxée de «régressive», de «créer des citoyens de seconde classe », d\u2019être une « caution morale pour la discrimination».Si les premières critiques ont visé les failles juridiques de l\u2019édifice échafaudé par le gouvernement de la Coalition avenir Québec pour « respecter les valeurs québécoises », que pensent philosophes, éthiciens et sociologues des moyens retenus pour défendre la laïcité de l\u2019État et de ses impacts possibles ?Raciste ou pas ?« C\u2019est une enflure verbale de dire que c\u2019est raciste.Le racisme affirme la supériorité d\u2019un groupe sur un autre.Or, la loi ne dit pas que certains groupes ou certaines minorités seront inférieurs », soupèse Jocelyn Maclure, professeur titulaire à la Faculté de philosophie de l\u2019Université Laval.Donc, peut-être pas raciste, mais discriminatoire et inégalitaire, oui, s\u2019empresse d\u2019ajouter celui qui a œuvré à titre d\u2019expert pour la commission Bou- chard-Taylor.Car en faisant mine d\u2019instaurer, en théorie, des restrictions similaires à la liberté de religion pour tous, le projet de loi frappera indûment ceux qui portent des signes religieux plus visibles, ajoute Jocelyn Maclure.« L\u2019idée d\u2019imposer la laïcité aux employés ne pose pas problème, mais on vise ceux qui extériorisent leur croyance religieuse.Ce qui compte, c\u2019est que la foi ne motive pas les actions et les gestes [des employés de l\u2019État en position d\u2019au- En touchant davantage certaines minorités que d\u2019autres, le projet de loi caquiste revêt-il un biais raciste ?Au-delà de ses impacts juridiques, que faut-il lire derrière les mots choisis pour camper la version caquiste de la laïcité ?ISABELLE PARÉ LE DEVOIR Que faut-il dire ?Q ue faut-il dire maintenant que le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault a été présenté ?Il contient ce qui avait été promis, ce qui n\u2019est en rien un gage de légitimité, mais nous interdit tout de même d\u2019être surpris.De toute façon, les positions étaient déjà bien campées et les désaccords entendus, voilà dix ans qu\u2019on patauge dans ces eaux.Jeudi, chacun a donc réitéré sa posture, clic-clac, les représentants de la société civile, les syndicats, la mairie de Montréal.Les analystes ont analysé, les journalistes ont posé leurs questions, auxquelles on a répondu sans détour, d\u2019ailleurs.Après un après-midi de gavage d\u2019info-bilan-synthèse- commentaire-en-continu, je me suis demandé si, pour les reportages télé, on refilmait chaque fois des images de femmes voilées ou d\u2019hommes sikhs marchant dans la rue ou dans un parc, avatars anonymes de « ce qui dérange ».La métaphore ne manque pas d\u2019ironie : les voilà assignés au rôle de figurants dans une saga échafaudée précisément sur leur dos.Dans la valse des partis qui se disputent le pouvoir, en se posant soit comme champion de la laïcité ou de l\u2019inclusion, le fait religieux est nécessairement désincarné puisqu\u2019il ne sert qu\u2019à fonder un calcul politique.Enfin.Je comprends très bien qu\u2019on veuille inscrire la laïcité dans la loi, ce principe étant d\u2019ailleurs si cher à la société québécoise qu\u2019il s\u2019incarne déjà sans heurts ni contrainte.La séparation institutionnelle entre les religions et l\u2019État, tout comme sa neutralité, sont bien enracinés.Si bien, même, que l\u2019ajout d\u2019un énoncé au préambule de la Charte québécoise aurait suffi pour prévenir toute dérive.L\u2019obsession du contrôle vestimentaire, en revanche, n\u2019est pas la suite logique de cet énoncé laïque.C\u2019est un parti pris idéologique qui découle de cette tendance à la crispation identitaire, présente dans la plupart des sociétés occidentales.Ces jours-ci, à quiconque rappelle humblement l\u2019importance des droits fondamentaux, on brandit une idée bricolée des droits collectifs qui suggère surtout, en sous-texte, que vous, « les jeunes », « les immigrants », « les citadins », ça ne vous dit rien, ça, égoïstes que vous êtes.Bien sûr, l\u2019argument bêtement légaliste est stérile.Bien sûr, les droits collectifs sont essentiels, surtout à une époque où les liens sociaux sont de plus en plus réduits à des formes contractuelles et marchandes, emportant toute institution qui incarne un principe de solidarité.D\u2019ailleurs, dans tous les autres domaines, cela n\u2019inquiète pas beaucoup le gouvernement caquiste.Et son articulation du « droit collectif » à la laïcité n\u2019est qu\u2019une forme abstraite qui nie sa vérité sous-jacente, soit l\u2019effet, brutal et concret, de la politique sur les liens sociaux, sur la vie des gens.Depuis le pénible épisode de la charte des valeurs, le cumul des « dommages collatéraux » causés par le pseudo-dé- bat sur la laïcité est devenu trop important qu\u2019on le balaie simplement dans la colonne des externalités de l\u2019exercice politique.Peut-être faudrait-il écouter ces femmes et ces hommes qui ont vécu ces déchirements jusque dans leur intimité, pour qui il n\u2019en va pas que d\u2019un énoncé abstrait, mais de la préservation d\u2019un statut, d\u2019un salaire, de la nourriture qu\u2019on met ou non sur la table.Cet aspect, bien quantifiable, touche une minorité parmi la minorité, j\u2019en conviens.Mais il y a aussi la part intangible, le poids de ce qui ne découle d\u2019aucun interdit, mais qui apparaît dans l\u2019onde de choc provoquée par ces débats toxiques.Le poids des regards méfiants, des paroles méprisantes, des menaces égrenées sur le Web, des questions in- trusives.De la violence juste assez polie des groupes d\u2019extrême droite, affirmant qu\u2019ils « ne sont pas racistes », qu\u2019ils défendent « notre » identité, sans que personne ne prenne la peine de déconstruire l\u2019amalgame et d\u2019affirmer que l\u2019identité québécoise mérite d\u2019être défendue, mais pas comme ça.L\u2019humiliation d\u2019être réduit à son appartenance religieuse alors qu\u2019on a vécu toute sa vie au Québec et qu\u2019on l\u2019aime profondément.La fatigue d\u2019être traité chez soi comme un intrus.Le poids de tout ce qui ne bafoue aucun droit, mais qui rend la vie un peu moins digne.Mais que faut-il dire, maintenant qu\u2019il est clair que ces choses-là ne sont pas audibles ?On ne légifère pas sur des sentiments, la loi n\u2019a pas à ménager toutes les sensibilités particulières et la modernité politique est fondée sur des principes abstraits, ça va, je comprends.Il me semble pourtant que nous choisissons d\u2019ignorer quelque chose d\u2019essentiel à la pratique concrète de la démocratie ; d\u2019essentiel à la fragile construction des liens d\u2019appartenance et de solidarité entre les individus qui, ensemble, font société.AURÉLIE LANCTÔT Petit guide pratique et théorique de la laïcité La laïcité, mais quelle laïcité ?Pour Gérard Bouchard et Charles Taylor, la laïcité reposait sur quatre grands principes.« Deux définissent les finalités profondes que l\u2019on recherche, soit : l\u2019égalité morale des personnes ou la reconnaissance de la valeur morale égale de chacune d\u2019entre elles, et la liberté de conscience et de religion.Les deux autres se traduisent dans des structures institutionnelles qui sont essentielles pour réaliser ces finalités, à savoir : la neutralité de l\u2019État à l\u2019égard des religions et la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État », écrivaient-ils dans leur rapport remis en 2008.Mais le titulaire de la Chaire de recherche Droit, religion et laïcité à l\u2019Université de Sherbrooke, David Koussens, souligne qu\u2019« il n\u2019y a pas une définition scientifique de la laïcité, mais autant de propositions, toutes légitimes, de ce qu\u2019est la laïcité ».« Les significations [\u2026] évoluent au gré des contextes historiques et des enjeux politiques.Une vraie liberté en découle.» torité].Cette focalisation sur le vêtement est sans fondement », croit-il.À son avis, la posture du gouvernement caquiste \u2014 un compromis politique ficelé pour satisfaire la majorité \u2014 vient cautionner un certain discours is- lamophobe.« Même si la loi ne vise pas un groupe en particulier, dit-il, le langage peut accomplir plusieurs choses.Ceux qui voient en ces groupes [musulmans] une menace pour l\u2019identité francophone seront confortés dans leurs points de vue négatifs envers l\u2019islam.Il faudrait compenser en condamnant toute forme de discours haineux.» Pour le doyen de la sociologie au Québec, Guy Rocher, professeur titulaire au Centre de droit public de l\u2019Université de Montréal, taxer de raciste le projet de loi de la CAQ serait « de l\u2019ignorance pure ».Mais il admet que dans un contexte socio-politique où l\u2019islam est plus que jamais sur le radar, il peut être perçu comme s\u2019attaquant à cette religion plus qu\u2019à une autre.« Dans un autre contexte, on aurait pu dire que la même loi était antisémite ou anti-ca- tho », pense le sociologue, qui juge normal que la laïcité ne reste pas « un mot vide » et s\u2019impose dans les institutions publiques.Deux poids, deux mesures Si le projet de loi 21 n\u2019est pas à proprement parler « raciste », peut-il créer une forme de discrimination systémique ?Pour Daniel Weinstock, professeur de droit à l\u2019Université McGill et partisan d\u2019une laïcité ouverte, il est évident qu\u2019il établit deux classes de citoyens.« C\u2019est clair qu\u2019il y a dans ce projet deux poids, deux mesures.» À son avis, le projet caquiste ne peut même pas aspirer au titre de « loi sur la laïcité », puisqu\u2019elle traite de facto différemment les religions, notamment celles où certains signes sont plus « ostentatoires ».« C\u2019est tout simplement un projet interdisant le port de signes religieux », fait-il valoir.« L\u2019objectif de la laïcité est d\u2019empêcher la religion de prendre le contrôle de l\u2019État » et de garantir la neutralité de ILLUSTRATION TIFFET Pour le gouvernement caquiste, l\u2019articulation du « droit collectif » à la laïcité n\u2019est qu\u2019une forme abstraite qui nie sa vérité sous-jacente, soit l\u2019effet, brutal et concret, de la politique sur les liens sociaux, sur la vie des gens Peut-être faudrait-il écouter ces femmes et ces hommes qui ont vécu ces déchirements jusque dans leur intimité Un signe religieux, c\u2019est selon le sens commun d\u2019un signe religieux SIMON JOLIN-BARRETTE » LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 PERSPECTIVES B 3 Tourner la page De la même façon qu\u2019il pouvait remercier les libéraux de lui avoir laissé de plantureux surplus, le gouvernement Legault profite maintenant de la lassitude créée par 12 ans de débat sur la laïcité.D\u2019une législature à l\u2019autre, plusieurs en étaient arrivés à croire que le Québec y était embourbé à jamais.Le blocage au niveau politique n\u2019a cependant pas empêché les esprits d\u2019évoluer.En décidant unanimement de retirer le crucifix du Salon bleu de l\u2019Assemblée nationale, c\u2019est comme si les députés avaient soudainement ressenti la nécessité de rattraper leur retard sur la société civile.En janvier 2007, André Boisclair avait soulevé toute une controverse quand il en avait fait la proposition.Le jour même de la publication du rapport Bouchard-Taylor, le 22 mai 2008, les députés avaient voté à l\u2019unanimité pour qu\u2019il reste là ou le gouvernement Duplessis l\u2019avait placé en 1936.Le déplacer aurait été un crime de lèse-patrimoine.Durant la dernière campagne électorale, François Legault assurait qu\u2019il était « là pour rester ».Au lendemain de l\u2019élection, le futur ministre de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion, Simon Jolin-Barrette, renchérissait : « La position historique de la CAQ est de maintenir le crucifix à cet endroit-là.Il s\u2019agit d\u2019un objet patrimonial.» En proposant qu\u2019il soit « mis en valeur » ailleurs dans le parlement et en incluant dans son projet de loi sur la laïcité une clause protégeant les droits acquis à laquelle une majorité de Québécois et sans doute de députés caquistes étaient opposés, le gouvernement Legault a démontré une capacité d\u2019adaptation et un sens de la mesure que plusieurs ne soupçonnaient pas.Tourner la page sur ce chapitre ne mettra évidemment pas un terme au débat plus général de la place de la religion dans la société, dont on discute partout dans le monde, ni aux interrogations sur les meilleures façons d\u2019aménager le vivre-ensemble.D\u2019ailleurs, même si la disposition de dérogation met la loi à l\u2019abri des contestations judiciaires pour au moins cinq ans, le English Montreal School Board a déjà averti qu\u2019il n\u2019entend pas forcer son personnel à respecter la loi et Me Julius Grey est parfaitement le genre d\u2019homme à alerter l\u2019ONU.Les prochaines semaines seront sans doute éprouvantes, mais il est permis d\u2019espérer que la société québécoise pourra finalement mettre derrière elle un dossier devenu toxique.Comme dans le cas de la loi 101, il serait très étonnant qu\u2019un futur gouvernement ose revenir en arrière.Bien entendu, les partis d\u2019opposition ont droit à un baroud d\u2019honneur.En toute justice, il faut reconnaître au PLQ le mérite de la constance.Sa détermination à défendre le libre choix ne s\u2019est jamais démentie, même si certains de ses députés auraient préféré qu\u2019il se rallie aux recommandations du rapport Bouchard-Taylor.Sa porte-parole en matière de laïcité, Hélène David, était cependant consciente que l\u2019attitude moralisatrice de son parti au cours des dernières années, tout particulièrement celle de son ancien chef, constamment drapé dans sa vertu multiculturaliste, a contribué à l\u2019éloigner de la majorité francophone.« Les gens qui sont favorables au projet ne sont pas des racistes.Il faut faire très attention aux mots qu\u2019on va employer », a-t-elle déclaré d\u2019entrée de jeu.Plutôt que de jeter l\u2019anathème sur le gouvernement Legault, elle a simplement dit qu\u2019« il voit l\u2019inclusion, le vivre-ensemble d\u2019une façon différente ».On ne peut pas le nier.Que le PLQ cesse de sous- entendre que les Québécois sont une bande d\u2019intolérants, voire de racistes, constituerait déjà un progrès.Le porte-parole de QS, Andrès Fontecilla, partisan de la solution Bouchard-Taylor, parlait comme un homme dont le parti s\u2019apprête à durcir sa position, comme les militants solidaires pourraient bien le décider au conseil général de la fin de semaine.« C\u2019est un projet de loi qui va ranimer le débat, et pour longtemps encore.L\u2019attitude de la CAQ va nous amener évidemment à des affrontements stériles », a-t-il déclaré.Pas plus que sa collègue du PLQ, il n\u2019a cependant contesté le recours à la disposition de dérogation.S\u2019il y a un parti qui a pâti du débat sur la laïcité depuis 12 ans, c\u2019est bien le PQ.Au moment où il tente une refonda- tion, passer à autre chose ne peut que lui être bénéfique.Son chef parlementaire, Pascal Bérubé, a fait de louables efforts pour trouver des lacunes dans le projet de loi et le PQ sera sans doute très actif lors de son étude en commission parlementaire, mais il est écrit dans le ciel qu\u2019il finira par l\u2019appuyer.Même s\u2019il ne va pas aussi loin que le PQ l\u2019aurait souhaité, le projet de loi 21 n\u2019en demeure pas moins un pas décisif dans la voie de la laïcité de l\u2019État, dont le PQ a toujours soutenu qu\u2019elle devait s\u2019incarner dans ses agents.« Le PQ n\u2019est pas à la remorque de la CAQ », a assuré M.Bérubé.On devrait plutôt dire qu\u2019il sautera sur toutes les occasions d\u2019encourager le gouvernement Legault à affirmer la différence québécoise, qu\u2019il s\u2019agisse de réclamer de nouveaux pouvoirs ou encore d\u2019utiliser la disposition dérogatoire, sachant très bien que cela ne peut qu\u2019indisposer Ottawa et susciter l\u2019hostilité du Canada anglais.Dans l\u2019état actuel des choses, le PQ ne peut guère aspirer à mieux qu\u2019au rôle de mouche du coche.MICHEL DAVID Le visage catholique du Québec inchangé Le ministre Simon Jolin-Barrette a soutenu jeudi que son projet de loi allait « respecter le patrimoine historique du Québec », notamment les toponymes catholiques de plus de la moitié de ses municipalités (50,9 %).Les habitants de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, sur l\u2019île Verte, de L\u2019Ascension-de-No- tre-Seigneur, au Lac-Saint-Jean, et des Saints-Martyrs-Canadiens, dans le Cen- tre-du-Québec, n\u2019auront donc pas à changer d\u2019adresse.Avec ses 97 000 habitants, la ville de Saint-Jean-sur-Riche- lieu est l\u2019agglomération québécoise la plus peuplée portant le nom d\u2019un saint.Le drapeau du Québec protégé La croix blanche du fleurdelisé restera un des éléments relevant du patrimoine inaliénable de l\u2019État québécois, a assuré le ministre Jolin-Barrette.La présence de ce symbole chrétien sur le drapeau québécois provient d\u2019un ancien pavillon français qui aurait notamment flotté sur le Don-de-Dieu, le navire amiral de Samuel de Champlain.En plus du Québec, une vingtaine de pays arborent des croix sur leur drapeau, dont le célèbre Union Jack de la Grande-Bretagne, d\u2019ailleurs reproduit dans le coin supérieur gauche de celui de ses anciennes colonies, l\u2019Australie et la Nouvelle-Zélande.C\u2019est le cas aussi des drapeaux de pays de la région scandinave, dotés de croix décentrées blanche, bleu, rouge et jaune.Les deux dispositions de dérogation Pour éviter que sa loi soit contestée, suspendue, puis invalidée par les tribunaux, le ministre Simon Jolin-Barrette a eu recours à deux «clauses dérogatoires».Le projet de loi contient une disposition formulée sous le régime controversé de l\u2019article 33 de la Charte canadienne des droits et libertés.Elle permet à l\u2019Assemblée nationale d\u2019adopter une loi dérogeant à l\u2019article 2 de la Charte protégeant les droits fondamentaux comme les libertés d\u2019expression, de conscience, d\u2019association et de réunion pacifique, ainsi qu\u2019aux articles 7 à 15.« Si un gouvernement devait proposer une loi dont l\u2019effet serait de porter atteinte à certains des droits et libertés énoncés dans la Charte [il devrait] accepter pleinement ses responsabilités et les conséquences politiques qui s\u2019ensuivraient », avertissaient Pierre Elliott Trudeau et Jean Chrétien dans un « Guide à l\u2019intention des Canadiens » produit par le Centre d\u2019information sur l\u2019unité canadienne en 1984.Le projet de loi 21 inclut aussi une seconde disposition prévoyant que la loi s\u2019applique malgré les articles 1 à 38 (libertés et droits fondamentaux, droits politiques et droits judiciaires) de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.MARCO BÉLAIR-CIRINO ET DAVE NOËL À QUÉBEC LE DEVOIR Crucifix Le ministre Jolin-Barrette a surpris tout le monde jeudi en déposant une motion visant à « déplace[r] le crucifix du Salon bleu pour le mettre en valeur dans l\u2019enceinte du parlement ».L\u2019adoption du projet de loi sur la laïcité mènerait ainsi au retrait du Christ en bronze et en acier de neuf pouces trônant depuis 1982 au-dessus du fauteuil du président de l\u2019Assemblée nationale.L\u2019œuvre conçue par l\u2019artiste Romuald Dion avait été modifiée deux ans après son installation afin de tenir compte des avancées de la science historique.M.Dion a d\u2019abord ramené les pouces de son Jésus à l\u2019intérieur de ses mains avant de retirer le support lui permettant de poser ses pieds.La partie dorsale et les jambes du supplicié ont été remodelées lors d\u2019un second séjour à la forge ornementale de Saint-Hubert en 1985.C\u2019est à l\u2019initiative de ce maniaque du détail que l\u2019on a retiré le crucifix original, installé en 1936 lors du premier mandat de Maurice Duplessis.Fabriquée en France, cette première croix est entreposée à l\u2019abri des regards depuis plus de 30 ans.l\u2019État à l\u2019égard de tous les cultes.« Ce n\u2019est pas ce que propose le compromis de la CAQ », pense-t-il.Droits individuels et collectifs Pour Guy Rocher, l\u2019exercice de la démocratie suppose une certaine « friction » entre droits individuels et collectifs.En 1977, la protection de la langue française justifiait que le Québec restreigne « de façon raisonnable » des droits de la minorité anglophone avec la loi 101, pense-t-il.« À l\u2019époque, Camille Laurin a été traité de nazi, pourtant ce n\u2019était pas une loi raciste.Il fallait simplement qu\u2019une décision claire soit prise », rappelle M.Rocher.« Au- jourd\u2019hui, on touche à la religion, c\u2019est une chose différente.Mais pour moi, ce ne doit pas être considéré comme une conviction plus importante que les convictions nationales.» Un argument que rejette Jocelyn Ma- clure.« Il ne s\u2019agit pas d\u2019un conflit entre droits individuels et collectifs.C\u2019est plutôt la majorité qui choisit d\u2019imposer sa volonté, à l\u2019aide de restrictions non nécessaires, qui obligeront des citoyens à choisir entre leurs convictions et une fonction ou une carrière.Ce sont les droits, l\u2019égalité des chances et les perspectives de carrière de toute une nouvelle génération qui seront touchés.» Contexte politique La laïcité à géométrie variable dont vient d\u2019accoucher la CAQ est finalement le fruit d\u2019une époque où on parle énormément des musulmans, ajoute le professeur Weinstock.« Les profs qui portaient la kippa ou le turban, ça n\u2019a jamais dérangé personne.Quoiqu\u2019en dise la CAQ, dit-il, c\u2019est l\u2019islamisme qui occupe les esprits et la controverse tourne de façon disproportionnée autour voile islamique.» « Historiquement, dans 50 ans, ce sera lu comme une loi qui s\u2019est souciée indûment de la religion islamique, représentant de 2 à 3 % de la population.» Des repères pour s\u2019y retrouver dans le projet de loi 21, une douzaine d\u2019années après la « crise des accommodements raisonnables » En proposant que le crucifix soit « mis en valeur » ailleurs dans le parlement, le gouvernement Legault a démontré une capacité d\u2019adaptation et un sens de la mesure que plusieurs ne soupçonnaient pas Dans un autre contexte, on aurait pu dire que la même loi était antisémite ou anti-catho GUY ROCHER » LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 PERSPECTIVES B 4 DU CONSEIL DES ARTS ET des LETTRES DU QUÉBEC MARIE LABERGE CONFÉRENCE DES ARTS ET DES LETTRES présentent JEUDI 4 AVRIL 19 H BANQ VIEUX-MONTRÉAL FABIEN DEGLISE LE DEVOIR UKRAINE La réalité des élections bouleversée par la fiction Le comédien Volodymyr Zelensky apporte aux Ukrainiens l\u2019espoir d\u2019un président propre qu\u2019il incarne dans une série télé e nom tombe et la réaction est alors immédiate : « Volodymyr Zelensky ?Il est très bon à la télévision, mais c\u2019est là qu\u2019il doit rester», assène, stoïque, Ivan, Québécois d\u2019origine ukrainienne rencontré il y a quelques jours dans le quartier Saint-Michel de Montréal.« Il n\u2019a pas ce qu\u2019il faut pour être président.» « J\u2019ai sondé mes auditeurs cette semaine, dit Stepan Balatsko, qui anime et produit une émission de radio en ukrainien sur les ondes de Mike FM à Montréal.Les Ukrainiens de Montréal vont principalement voter pour Petro Porochenko [le président sortant], qui récolte 55 % des intentions de vote ici.» Il marque une pause et poursuit : « Mais Zelensky arrive en deuxième place ici, avec 19 % », confirmant ainsi l\u2019étonnante trajectoire du personnage, dont le destin particulier pourrait bien se jouer lors du premier tour du scrutin présidentiel qui se tient dimanche 31 mars en Ukraine.Depuis le début de l\u2019année, l\u2019artiste, humoriste et comédien de 41 ans, qui, en mars 2018, est venu présenter à Montréal un spectacle de sa «ligue d\u2019humour » à la communauté ukrainienne russophone, est en chemin en effet vers le palais présidentiel où il pourrait y occuper, à la surprise générale, la fonction principale et bien réelle de président de l\u2019Ukraine.Et ce, après avoir incarné le rôle dans une fiction populaire au petit écran intitulée Sluha Narodu.Traduction : Serviteur du peuple.La dernière mesure de l\u2019opinion publique en Ukraine, effectuée par l\u2019institut BDM, le place au sommet des intentions de vote avec 25,7 %, loin devant Petro Porochenko à 12,7 % et Iou- lia Timochenko, ex-première ministre, à 18,8 %, figure de proue de la Révolution orange de 2004 qui a fait tomber le gouvernement pro-russe de Viktor Ianoukovitch cette année-là.« Les candidats qui sortent de nulle part, sans expérience politique, c\u2019est un phénomène qui dépasse largement l\u2019Ukraine », commente Dominique Arel, titulaire de la Chaire en études ukrainiennes de l\u2019Université d\u2019Ottawa, pour justifier l\u2019ascension de ce candidat singulier qui a annoncé sa candidature le 31 décembre dernier avant de devenir chef de son parti le 21 janvier.Parti baptisé\u2026 Serviteur du peuple, pour bien renforcer le lien avec son feuilleton télévisé.« Il se présente La dernière mesure de l\u2019opinion publique en Ukraine place Volodymyr Zelensky au sommet des intentions de vote, devant ses principaux adversaires politiques, Petro Porochenko et Ioulia Timochenko.SERGEI SUPINSKY AGENCE FRANCE-PRESSE comme un candidat de protestation, qui s\u2019oppose à l\u2019élite politique traditionnelle dont Porochenko et Timo- chenko font partie.C\u2019est une espèce de Monsieur Net, mais jusqu\u2019à quel point va-t-il avoir les ressources pour s\u2019extirper de l\u2019influence des oligarques qui préservent le système ?» Un script séduisant À l\u2019écran, Volodymyr Zelensky est plutôt convaincant en prêtant ses traits à Vasyl Petrovych Holoborodko \u2014 un nom en forme d\u2019hommage au célèbre poète naïf de l\u2019école de Kiev \u2014, citoyen ordinaire et professeur d\u2019histoire dans un collège de la capitale.Il va être porté au plus haut niveau de l\u2019État après la diffusion d\u2019une vidéo devenue virale sur YouTube dans laquelle le sympathique prof dénonce avec fougue et authenticité la corruption des pouvoirs en Ukraine.La critique est acerbe.Elle lui attire la sympathie instantanée des électeurs.L\u2019ancien président va lui céder sa place en pariant qu\u2019il ne restera pas plus qu\u2019un mois au pouvoir puisque Vasyl veut diriger le pays en «travaillant fort» et en «étant honnête».«Je suis mort de rire », dira-t-il dans le quatrième épisode de la série, la première production télévisuelle ukrainienne d\u2019envergure internationale que Netflix vient d\u2019ajouter à son catalogue.« Zelensky est appuyé par les jeunes, commente G.Daniel Caron, ex-am- bassadeur du Canada en Ukraine de 2008 à 2011.Dans un pays où les gens réclament du changement, sont prêts, comme ailleurs dans le monde, à voter contre plutôt que pour, il va également aller chercher une part de ce vote de protestation, même si ce qu\u2019il propose c\u2019est peut-être de la poudre aux yeux.» Que les électeurs ukrainiens voient comme un programme électoral la fiction scénarisée d\u2019un président pur, idéal et non corrompu, n\u2019étonne d\u2019ailleurs pas Stepan Balatsko.« Depuis l\u2019indépendance de l\u2019Ukraine, toutes les élites ont échoué, dit-il.Les Ukrainiens en ont marre des anciens politiciens et c\u2019est ce qu\u2019ils se préparent à affirmer lors du scrutin présidentiel de 2019.» Un scrutin prisé : 40 candidats prennent part à ce premier tour qui a les allures d\u2019une course à trois.Combler le vide « Il est étonnant de constater que cinq ans après la révolution du Maïdan [portée par les courants pro-européens], aucune figure n\u2019a émergé pour devenir une alternative aux vieux politiciens et la vieille politique », dit Dominique Arel.Un espace laissé vacant sur l\u2019échiquier politique et que Volodymyr Ze- lensky cherche désormais à occuper dans un des pays les plus pauvres de l\u2019Europe, où un conflit armé fait toujours rage dans l\u2019est sans espoir clair d\u2019en voir le dénouement à court ou moyen terme.Son image de comédien populaire dont la fortune personnelle est liée à son travail plutôt qu\u2019à des réseaux d\u2019influences et des intérêts étrangers, lui donneraient d\u2019ailleurs une longueur d\u2019avance face à ses adversaires dont les passifs sont un peu moins divertissants ou glorieux.«Petro Porochenko a bien fait durant son mandat, dit G.Daniel Caron.Il a réformé plusieurs institutions et a fait entrer plus de transparence.Les contrats publics le sont vraiment.Mais il a échoué dans la gestion de la crise dans l\u2019est », cette guerre hybride dans la région du Donbass dans laquelle s\u2019animent intérêts locaux, mercenaires et soutiens étrangers, principalement russes, pour déstabiliser l\u2019ensemble du pays.« Ioulia Timochenko cherche à incarner le changement.Elle se présentera comme une candidate populiste L L\u2019Ukraine et la Russie se livrent présentement bataille pour le contrôle du Donbass, une région de l\u2019est de l\u2019Ukraine revendiquée par des rebelles séparatistes soutenus par Moscou Petro Porochenko Ioulia Timochenko LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 PERSPECTIVES B 5 Précieuses connaissances inflexibles L \u2019éducation est la transmission de savoirs jugés importants retenus notamment parce qu\u2019ils contribuent à construire l\u2019autonomie des personnes et qu\u2019ils favorisent chez elles l\u2019exercice d\u2019une citoyenneté critique.Cela étant accordé, on ne peut manquer d\u2019être frappé par ces minorations de l\u2019importance du savoir qui traversent notre culture \u2014 et trop souvent aussi, hélas, le monde de l\u2019éducation.Elles portent en effet, et par définition, sérieusement atteinte à l\u2019idée même d\u2019éducation et en rendent la pratique, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, problématique.C\u2019est pourtant ce qui se produit parfois, comme le montrent les exemples suivants.Entre savoir dénigré et culture suspecte L\u2019idée de capital humain, venue de l\u2019économie, pourra ainsi inviter à minimiser l\u2019importance de savoirs retenus pour leur valeur intrinsèque et à faire une place disproportionnée à des savoirs répondant aux besoins du marché.Venue de la philosophie, l\u2019influent courant de pensée du postmodernisme a alimenté un troublant relativisme : dans sa version la plus caricaturale, il ne permet plus guère de distinguer mécanique classique et astrologie.Une certaine sociologie a invité à voir les savoirs scolaires comme autant de composantes de la pensée dominante permettant à celle-ci de perpétuer son emprise intellectuelle et, par là, sa domination économique.De leur côté, les réseaux sociaux, entre autres, ont contribué à l\u2019apparition, qu\u2019on aurait il n\u2019y a pas si longtemps jugée impossible, de formes de négation de savoirs pourtant solidement établis au profit de croyances aberrantes et conspi- rationnistes.Pensez ici à ce que promeuvent les adeptes du refus de se faire vacciner ou de faire vacciner ses enfants ; aux promoteurs de l\u2019idée que la terre est plate ; à ces personnes persuadées que des chemtrails existent ; et ainsi de suite.On a même créé un mot nouveau pour désigner ces gens : on les appelle des dénialistes.Mais plutôt que de poursuivre cette énumération, je voudrais attirer l\u2019attention sur des formes de la négation du savoir et de son importance qu\u2019on retrouve parfois en éducation : elles proviennent en bonne partie de l\u2019ignorance de l\u2019importance de ce qu\u2019on appelle les connaissances inflexibles.Autre chose que du simple par cœur Montaigne l\u2019a dit, et avec raison : savoir par cœur n\u2019est pas savoir.Prenez cet élève qui peut répéter sans faute la formule quadratique, mais qui n\u2019a pas plus d\u2019idée de ce qu\u2019elle signifie que s\u2019il l\u2019avait apprise au son en mandarin.Il sait par cœur et, en effet, il ne sait rien.C\u2019est une catastrophe pédagogique.Mais il serait très dommageable que ce bienvenu désaveu de ce qu\u2019on récite sans le comprendre conduise à minorer l\u2019importance du savoir propositionnel, même modeste, qui est capital au point d\u2019être la base sur laquelle s\u2019érige l\u2019expertise.Or, on a justement trop eu tendance, en éducation, à emprunter cette voie-là, qui est sans issue et qui annonce, elle aussi, une catastrophe pédagogique.On y va pourtant tout droit quand on parle, pour les dénigrer, de ce qui ne serait que de simples faits, sans grande importance ; ou en prônant pour cette raison des méthodes qui demandent de mettre d\u2019emblée en œuvre ce que l\u2019éducation doit ultimement permettre : la pensée abstraite, profonde, synthétique et critique ; ou encore en assurant que ce qui ne sont que de simples informations pourront toujours être facilement trouvées sur Internet et qu\u2019il ne sert donc à rien d\u2019en charger l\u2019esprit des élèves.Vers l\u2019expertise par le bon chemin Or, s\u2019il est une chose sur laquelle les sciences cognitives ne laissent pas de doute, c\u2019est bien sûr l\u2019importance des connaissances pour la pensée, dont elles sont l\u2019aliment et l\u2019indispensable composante.Savoir que la Rébellion des patriotes commence en 1837, c\u2019est certes n\u2019en savoir presque rien.Mais ce modeste savoir, qui ne va pas loin, qui reste étroit et limité, qui ne peut s\u2019appliquer dans de nouveaux contextes et qui est pour cette raison appelé inflexible, est une nécessaire étape vers la possibilité d\u2019approfondir son objet, de l\u2019appréhender de manière de plus en plus profonde et abstraite, au-delà de sa structure superficielle de simple fait.En fait, on ne peut accéder à la compréhension, et moins encore à l\u2019expertise, sans ces connaissances inflexibles.Les connaissances inflexibles doivent donc être transmises, et l\u2019être systématiquement, modestement, en donnant des exemples, et dans le bon ordre, si vraiment on veut éduquer.Pour cela, il faut avoir une idée claire des savoirs que l\u2019on doit transmettre et le faire en ne confondant pas savoir bêtement par cœur et connaissances inflexibles, en se rappelant que celles-ci sont nécessaires pour atteindre les grands objectifs que nous devons atteindre.La connaissance flexible, qui peut s\u2019appliquer à différents contextes, est abstraite et permet de penser en profondeur.Si on oublie tout cela, on pourrait en venir à succomber à cette illusion cognitive qu\u2019il faut enseigner non plus pour mais bien par les compétences.Et à cette autre illusion que certaines d\u2019entre ces compétences se transposent facilement à tous les contextes.Tiens : on les appellerait transversales\u2026 Une lecture : Disponible en français, cet article de DT.Willingham va plus loin que j\u2019ai pu le faire ici sur ce sujet de la plus haute importance : Les connaissances inflexibles : première étape vers l\u2019expertise.MYLÈNE CRÊTE CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR Quelques centaines de militants de Québec solidaire (QS) décideront lors d\u2019un Conseil national samedi à Québec s\u2019ils conservent la position traditionnelle de leur parti sur le port de signes religieux ou s\u2019ils la renient.Les députés solidaires qui jusqu\u2019à maintenant défendaient l\u2019accommodement Bouchard-Taylor \u2014 soit l\u2019interdiction de ces signes pour les policiers, les juges, les procureurs de la Couronne et les gardiens de prison \u2014 pourraient ainsi changer leur fusil d\u2019épaule à l\u2019aube des débats du projet de loi sur la laïcité de l\u2019État.« J\u2019ai pendant longtemps adhéré au compromis Bouchard-Taylor, justement parce que j\u2019y voyais une solution de compromis, d\u2019apaisement, une manière de tourner la page, et j\u2019ai cru pendant longtemps à ce compromis-là », a indiqué le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois.« Au- jourd\u2019hui, je me pose la question, a-t- il poursuivi.Honnêtement, je ne sais plus si c\u2019est un compromis qui a toujours ce potentiel de ralliement.Je me pose plus que jamais la question, puis j\u2019ai hâte d\u2019entendre les arguments en fin de semaine.» C\u2019est en quelque sorte la Coalition avenir Québec qui a forcé les solidaires à revoir leur position sur l\u2019interdiction du port de signes religieux après son élection en octobre.En campagne électorale, le parti de François Legault prônait non seulement leur interdiction pour les personnes en position d\u2019autorité coercitive, comme le recommandait le rapport Bouchard-Taylor, mais également pour les enseignants.Il est allé encore plus loin jeudi en y ajoutant, entre autres, les directeurs d\u2019école, comme le demandait le Parti québécois.Pour certains militants de Québec solidaire, c\u2019en est trop.« C\u2019est une loi qui en soi est discriminatoire », a constaté la porte-parole du collectif Solidaires pour un Québec laïque et inclusif, Sibel Ataogul, qui est également membre de la commission politique du parti.« Et on sait qu\u2019il n\u2019y a pas de problème à ce niveau-là au Québec, qu\u2019il n\u2019y a pas de problème de neutralité, ni chez les juges, ni chez la police, ni chez les enseignants.Ça ne résout aucune problématique existante.» La législation, une fois adoptée, risque plutôt d\u2019empêcher des femmes qui portent le hidjab de pratiquer le métier d\u2019enseignante qu\u2019elles ont étudié sur les bancs de l\u2019université ou d\u2019être nommées comme juge, selon la juriste.Posture traditionnelle Trois ans après sa fondation en 2006, Québec solidaire s\u2019était positionné pour la laïcité de l\u2019État dans son programme.Une laïcité qu\u2019il voulait «complète » dans les services publics, le système judiciaire et le système d\u2019éducation.« C\u2019est l\u2019État qui est laïque, pas les individus, peut-on lire dans le document.Québec solidaire accepte le port de signes religieux par les usagers et les usagères des services offerts par l\u2019État.» « En ce qui concerne les agents et agentes de l\u2019État, ces derniers peuvent en porter pourvu qu\u2019ils ne servent pas d\u2019instrument de prosélytisme et que le fait de les porter ne constitue pas en soi une rupture avec leur devoir de réserve.Le port de signes religieux peut également être restreint s\u2019ils entravent l\u2019exercice de la fonction ou contreviennent à des normes de sécurité.» Les délégués solidaires devront maintenant préciser la portée de ces paragraphes.« Il faut clarifier cette position- là [contre l\u2019interdiction des signes religieux] maintenant parce que depuis les dix dernières années, il y a eu énormément d\u2019exclusion et, quand même, de xénophobie qui est sortie, que ce soit dans les médias, que ce soit ce que les femmes musulmanes subissent dans la rue, a souligné Mme Ataogul.Et on pense que c\u2019est la position la plus cohérente avec notre programme.» « L\u2019absence de signes religieux n\u2019est pas nécessairement garante de neutralité non plus », a-t-elle ajouté en précisant que ce sont les institutions qui doivent être laïques et non leurs employés.Cette neutralité se mesure, selon elle, dans les décisions qui sont prises, par exemple, par les juges et dans la façon doit les lois sont appliquées.Conclusions désuètes ?À la sortie du rapport Bouchard-Tay- lor en 2008, les porte-parole de Québec solidaire, Françoise David et Amir Khadir, s\u2019étaient prononcés en faveur de sa recommandation sur le port de signes religieux, qui leur semblait être un compromis acceptable.Depuis, l\u2019un des deux auteurs, Charles Taylor, a changé d\u2019idée sur ses propres conclusions.Il avait appelé les solidaires à « ne pas jouer le jeu des islamistes » en appuyant une politique discriminatoire à l\u2019endroit des musulmans lors d\u2019une journée de réflexion en février.Le collectif Solidaires pour un Québec laïque et inclusif croit avoir convaincu une majorité de délégués d\u2019associations de circonscription en plus d\u2019avoir l\u2019appui de la commission politique du parti et de la commission nationale des femmes.Pour Gabriel Nadeau-Dubois, le débat de samedi n\u2019est qu\u2019une « parenthèse » dans un conseil national qui abordera également la question de l\u2019environnement, que plusieurs analystes perçoivent comme le talon d\u2019Achille du gouvernement Legault.Il espère qu\u2019une fois le choix sur l\u2019interdiction des signes religieux arrêté, les militants se rallieront autour de la campagne sur les changements climatiques, dont les députés solidaires ont fait leur principal cheval de bataille à l\u2019Assemblée nationale.LAÏCITÉ QS à la croisée des chemins Les militants décideront cette fin de semaine s\u2019ils rejettent le compromis Bouchard-Taylor NORMAND BAILLARGEON anti-système, mais reste embrouillée dans le système actuel », ajoute Dominique Arel.Elle est aussi proche de Vladimir Poutine, dont les visées sur une partie du territoire de l\u2019Ukraine ne relèvent pas de la fiction.« Sa feuille de route des 30 dernières années en fait aussi une candidate imprévisible, qui appelle à des réformes dans sa campagne présidentielle, mais qui, comme députée au Parlement, a été la moins réformiste jusqu\u2019à maintenant.» Ses positions sur « le système » inquiètent toutefois certaines forces en présence qui en profitent, comme en témoigne ce coup bas politique avec lequel elle va devoir composer : au premier tour, un candidat indépendant du nom de Iouri Timochenko a été inscrit sur les bulletins dans l\u2019espoir sans doute de laisser l\u2019ordre alphabétique perturber les électeurs.Le stratagème tient des vieilles mœurs politiques : au Québec, il a été utilisé en 1973 dans la circonscription de Do- rion pour faire perdre René Lévesque, d\u2019à peine 293 voix.Des liens gênants Figure d\u2019espoir, Volodymyr Zelensky parle pourtant très peu de ses intentions une fois qu\u2019il sera sorti du cadre du petit écran, « mais il exprime des idées très courageuses par rapport aux deux autres, particulièrement sur la crise du Dondas [au centre des tensions armées], dit M.Arel.C\u2019est un candidat qui vient de l\u2019Est et qui pose un regard diffé- rent sur les choses.Il est prêt à négocier un cessez-le-feu, il parle d\u2019autonomie culturelle et linguistique, ce que les autres ne peuvent pas faire.Mais comme avec tout candidat inexpérimenté, l\u2019appel au changement s\u2019accompagne d\u2019un risque que tout dégénère ».Dégénère ou stagne, estiment plusieurs critiques qui soulignent depuis des semaines ses liens étroits, pour un candidat anti-système, avec l\u2019oligarque ukrainien Igor Kolomoïski, deuxième fortune du pays, propriétaire de la chaîne de télévision 1+1 qui diffuse la série dans laquelle l\u2019aspirant président s\u2019expose.Le puissant homme d\u2019affaires est cofondateur de la PrivatBank, la plus grande banque d\u2019Ukraine, nationalisée en 2016 et qu\u2019il aimerait bien voir privatisée à nouveau.Il a déjà été proche de Timochenko.Il est au- jourd\u2019hui en guerre ouverte avec Poro- chenko après avoir été forcé de démissionner de son poste de gouverneur de la région de Dnipropetrovsk.Jusqu\u2019à maintenant, Volodymyr Ze- lensky a survécu aux accusations d\u2019ins- trumentalisation par un oligarque franchement intéressé par son accession à la présidence et dont la chaîne va diffuser un programme spécial sur le comique samedi soir, veille du vote.Selon lui, toutes les chaînes de télévision ukrainiennes appartiennent à des oligarques et cela n\u2019empêche pas « les gens qui y travaillent d\u2019être indépendants », a-t-il indiqué à l\u2019agence de presse Interfax.Zelensky dit ne pas avoir d\u2019accord, d\u2019entente avec Kolomoïski.« Ce n\u2019est pas mon patron, je n\u2019ai pas de patron », expose-t-il dans son rôle de candidat à la présidence ukrainien dont la suite attend désormais le résultat des urnes avant d\u2019être scénarisée.Les co-porte-parole solidaires, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois au lendemain des élections québécoises d\u2019octobre dernier.PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE Au Québec, il n\u2019y a pas de problème de neutralité, ni chez les juges, ni chez la police, ni chez les enseignants.Ça ne résout aucune problématique existante.SIBEL ATAOGUL » S\u2019il est une chose sur laquelle les sciences cognitives ne laissent pas de doute, c\u2019est l\u2019importance des connaissances pour la pensée cirquedusoleil.com/alegria SOUS LE GRAND CHAPITEAU VIEUX-PORT DE MONTRÉAL DÈS LE 18 AVRIL PRÉSENTÉ PAR PARTENAIRES OFFICIELS F R A N C E C H A M P A G N E B 7 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Le supplice de la goutte se poursuit au Royaume-Uni, où les députés ont rejeté massivement et pour une troisième fois de suite l\u2019accord de retrait de l\u2019Union européenne vendredi.Un geste prévisible depuis le début de la semaine et qui précipite le Brexit dans deux semaines et dans un cadre toujours incertain, à moins que les élus décident de suspendre le divorce ou de le reporter.«Les conséquences de la décision de la Chambre sont graves», a indiqué la première ministre Theresa May en rappelant qu\u2019elle donne désormais quatorze jours aux élus pour trouver une autre solution.«Ce n\u2019est pas assez pour s\u2019entendre, légiférer et ratifier un accord», et ce, au sein d\u2019un Parlement qui a décidé récemment qu\u2019une sortie de l\u2019UE sans accord n\u2019était pas une option envisageable.L\u2019adoption du traité de 600 pages négocié pendant 18 mois par Theresa May avec l\u2019Union européenne était une condition imposée par Bruxelles pour reporter la date du Brexit, initialement prévue le 29 mars à 23 h, au 22 mai prochain.Il a été rejeté par 344 députés contre 286, dont plusieurs membres du Parti conservateur au pouvoir, confirmant ainsi les divisions sur la question au sein même de la formation politique de Mme May.Par défaut, le Royaume- Uni doit sortir de l\u2019UE le 12 avril sans accord, à moins que le pays décide de donner à l\u2019histoire une autre trajectoire.Dans un geste ultime pour sauver son accord et livrer le Brexit, comme elle le martèle depuis le début de l\u2019année, la première ministre avait promis cette semaine de quitter prématurément son poste si le texte négocié était adopté vendredi par les députés britanniques.Signe de blocage du processus de divorce en cours, après 46 ans de mariage avec l\u2019Union européenne, Westminster a rejeté mercredi huit scénarios alternatifs visant à mettre fin à l\u2019interminable saga du Brexit déclenché en juin 2016 par voie référendaire.Parmi eux se trouvait la tenue d\u2019un référendum sur l\u2019accord négocié, la fin du Brexit ou encore l\u2019établissement d\u2019un nouveau contrat d\u2019union au sein d\u2019un marché commun redéfini.Un sommet européen spécial a été ROYAUME-UNI Troisième camouflet pour Theresa May Faute d\u2019accord, le Brexit est précipité au 12 avril dans un cadre incertain convoqué le 10 avril prochain pour appréhender la suite des choses, a indiqué le président du Conseil européen, Donald Tusk, dans la foulée du vote.Plusieurs pays de l\u2019Union, dont la France et l\u2019Allemagne, ne cachent pas leur agacement face à des procédures de divorce qui, malgré le temps consacré à leur négociation et à la défense des intérêts des deux partis, n\u2019en finissent plus de s\u2019éterniser.Si le Royaume-Uni décide de prolonger sa présence au sein de l\u2019Union, le pays va devoir prendre part aux élections européennes qui se tiennent en mai prochain et annoncer ses couleurs au plus tard le 11avril prochain à la Commission électorale de l\u2019Union européenne.Rappelons que sans la Grande-Bre- tagne, l\u2019Union européenne perd techniquement 15 % de son poids économique et 25 % pour son influence diplomatique.Par ailleurs, le Royaume-Uni se soustrait également d\u2019un marché unique et d\u2019accords de commerce négociés par l\u2019Europe avec près de 70 pays, dont le Canada fait partie.Des liens que Londres va devoir renégocier, une fois sa sortie confirmée.Pour le chef de l\u2019opposition, le travailliste Jeremy Corbyn, l\u2019échec de Theresa May commande désormais une nouvelle approche et un vent de changement.« Et si la première ministre ne peut l\u2019accepter, elle doit partir.Pas à une date indéterminée, mais maintenant », a-t-il lancé en Chambre.Le politicien s\u2019est montré outré par le stratagème utilisé par le gouvernement pour soumettre au vote une troisième fois son accord en contournant l\u2019interdiction du président de la Chambre, qui ne voulait pas qu\u2019un texte rejeté une fois soit représenté dans une même session parlementaire.Seul l\u2019accord sur la frontière irlandaise, sur les droits des expatriés et sur les coûts du Brexit a été présenté aux élus, la partie contenant la Déclaration politique sur la future relation du Royaume-Uni avec l\u2019UE ayant été retirée.Les députés de Westminster doivent se réunir à nouveau lundi pour décider des scénarios de sortie de la crise, et ce, même si pour Theresa May, la Chambre a visiblement « atteint les limites du processus », a-t-elle indiqué.AGENCE FRANCE-PRESSE À LA CITÉ DU VATICAN Le pape a publié vendredi une loi sur la prévention et la lutte contre les violences sur mineurs et personnes vulnérables, dont les abus sexuels, s\u2019appliquant aux employés de la curie et de l\u2019État de la Cité du Vatican, ainsi qu\u2019au corps diplomatique.Cette loi est assortie d\u2019une prescription de vingt ans pour dénoncer des actes de violence, un décompte qui s\u2019applique à partir de l\u2019âge de 18 ans pour des mineurs agressés.Un article prévoit l\u2019obligation de dénonciation, sauf en cas de sceau du sacrement de la confession pour les ecclésiastiques.En cas de manquement, une personne peut être condamnée à une amende, voire à une peine de prison.La loi est accompagnée d\u2019un « motu proprio » explicatif \u2014 lettre apostolique à l\u2019initiative du pape \u2014 consacré à « la protection des mineurs et des personnes vulnérables » au sein de la curie romaine et de la Cité du Vatican.Le pape François y rappelle le droit des victimes d\u2019exploitation, d\u2019abus sexuels ou de maltraitance à « être accueillies, écoutées et accompagnées ».Les victimes et leurs familles doivent bénéfi- Le Vatican légifère contre les abus sexuels cier d\u2019un « soutien spirituel, médical, psychologique et légal », écrit le pape.Fin du vide juridique Une personne condamnée pour avoir abusé d\u2019un mineur ou d\u2019une personne vulnérable doit être « démise de ses fonctions ».Mais cette personne doit aussi se voir offrir une aide psychologique et spirituelle adéquate en vue de sa « réinsertion sociale », ajoute le pape.Le souverain pontife spécifie aussi qu\u2019on doit tout faire pour rétablir la bonne réputation d\u2019une personne injustement accusée.Le texte prône en outre des programmes de formation pour le personnel de la curie romaine et des institutions liées au Saint-Siège.Il préconise aussi un contrôle de la sélection du personnel, bénévole y compris, appelé à travailler avec des mineurs et des personnes vulnérables.Des lignes directrices pour gérer les cas d\u2019abus sexuels sont exigées depuis 2011 par le Saint-Siège aux conférences épiscopales de la planète.Mais la Cité du Vatican et la curie romaine (gouvernement du Vatican) se trouvaient elles- mêmes dans un vide juridique en la matière.« Les conséquences de la décision de la Chambre sont graves », a indiqué la première ministre Theresa May.MARK DUFFY UK PARLIAMENT AFP La loi s\u2019applique aux employés de la curie et de l\u2019État de la Cité du Vatican, ainsi qu\u2019à ses diplomates LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 B 8 MONDE AVIS À TOUS NOS ANNONCEURS Veuillez, s\u2019il vous plaît, prendre con nais sance de votre annonce et nous signaler immé dia tement toute anomalie qui s\u2019y serait glissée.En cas d\u2019erreur de l\u2019éditeur, sa res pon sa bilité se limite au coût de la parution.AVIS LÉGAUX ET APPELS D\u2019OFFRES téléphone : 514 985-3452 télécopieur : 514 985-3340 Courriel : avisdev@ledevoir.com AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE (Avis dans le journal: C.c.Q., art.795) Prenez avis que Réjane Jannelle, en son vivant demeurant au 275, rue de l'Église, appartement 101 à Napierville, province de Québec, J0J 1L0, est décédée à Napierville le 4 novembre 2018.Un inventaire de ses biens a été dressé conformément à la loi et peut être consulté par les intéressés à l'étude de Me Hélène Lareau, notaire, sise au 364, rue Saint-Jac- ques, à Napierville, province de Québec, J0J 1L0.Donné ce 26 mars 2019 À Napierville Danièle Jannelle Et Louise Jannelle Et Bernard Jannelle Liquidateurs AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE Prenez avis de la clôture de l'inventaire des biens de la succession de Joan Hilda COLLEDGE, en son vivant domiciliée au 8200, Georges, app.402 Lasalle, Québec, H8P 3T6, décédée le 9 septembre 2018, lequel inventaire peut être consulté par les intéressées à l'étude de la notaire soussignée au 40, boul.D'Anjou, Châteauguay, Québec, J6K 1B9.Fait à Châteauguay, le 28 mars 2019 Me Geneviève Banville, notaire.Avis est par les présentes donné que la faillite de : Yulife Énergie inc.Situé au : 166, 99e Rue, Beauceville, Québec.G5X 2M4, est survenue le 22-03-2019 et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 11-04-2019 à 14 :00 Au bureau du syndic au : 300-3,-1173, boul.Charest Ouest, Québec, Québec.G1N 2C9 Jean Fortin, Syndics autorisés en Insolvabilité Tél.450-442-3260 JeanFortin.com ABDELNOUR & DESROSIERS, NOTAIRES INC.(C.c.Q., art.795) Avis est par les présentes donné, qu'à la suite du décès de Thérèse Desrosiers McNeil, en son vivant domiciliée au 255, rue Martin Pêcheur, Québec, Québec, G1K 8V8 survenu le 7 octobre 2018, un inventaire des biens de la défunte a été fait par la liquidatrice successoral, Line Desrosiers le 27 mars 2019, conformément à la loi.Cet inventaire peut être consulté par les intéressés, à l'étude Abdelnour et Desrosiers Notaires, sise au 155, rue de la Reine, Gaspé, Québec, G4X 2R1 (418 368-3292).Donné ce 27 mars 2019 Line DESROSIERS, liquidatrice SOCIÉTÉ DE FIDUCIE COMPUTERSHARE DU CANADA DEMANDE DE CONSTITUTION D\u2019UNE SOCIÉTÉ DE FIDUCIE Avis est par les présentes donné que, Société de Fiducie Computershare du Canada, une société de ?ducie incorporée sous la Loi sur les sociétés de ?- ducie et de prêt (Canada), a l\u2019intention de déposer, auprès du surintendant des institutions ?nancières (le « surintendant »), le 15 mars 2019 ou après cette date, une demande en vertu du paragraphe 24(2) de la Loi, pour demander l\u2019approbation que le ministre des Finances délivre des lettres patentes de constitution d\u2019une société de ?ducie en vertu de la Loi pour pouvoir exercer les activités d\u2019une société de ?ducie sous le nom de Société de Fidu- cie CPU du Canada.Son siège social sera situé à Montréal, au Québec.Toute personne qui s\u2019oppose au projet de constitution peut soumettre une objection par écrit au Bureau du surintendant des institutions ?nancières, au 255, rue Albert, Ottawa (Ontario) K1A 0H2, au plus tard le 15 mai 2019.Remarque : La publication du présent avis ne devrait pas être interprétée comme une preuve que les lettres patentes seront octroyées pour constituer la société de ?ducie.L\u2019octroi des lettres patentes est assujetti au processus normal d\u2019examen des demandes en vertu de la Loi sur les sociétés de ?ducie et de prêt (Canada) et à la discrétion du ministre des Finances.Le 15 mars 2019 Société de Fiducie Computershare du Canada CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE BEAUHARNOIS COUR MUNICIPALE (MRC HAUT-SAINT- LAURENT) No.: 19-00003 MUNICIPALITÉ DU CANTON DE HAVELOCK Demanderesse c.ANDRÉ ABADIE Défendeur AVIS PUBLIC DE NOTIFICATION (Article 136 et 137 C.p.c.) AVIS EST DONNÉ À ANDRÉ ABADIE de vous présenter au greffe du palais de justice de Salaberry-de- Valleyfield, du district de Beauharnois, situé au 74 rue Académie à Salaberry-de- Valleyfield, province de Québec, J6T 0B8 dans les 30 jours afin de recevoir une demande introductive d'instance (Art.100 C.p.c.), avis d'assignation (art.145 et suivants C.p.c.), liste de pièces et pièces P-1 à P-3 qui y a été laissé à votre attention.Vous devez répondre à cette demande dans le délai indiqué dans l'avis d'assignation qui l'ac- compgane, sans quoi un jugement par défaut pourra être rendu contre vous sans autre avis dès l'expiration du délai de 30 jours et vous pourriez être tenu au paiement des frais de justice.Le présent avis est publié à la demande de l'Étude Dere- pentigny Inc., Huissiers de justice, qui a tenté sans succès de vous signifier le document ci-haut mentionné.Il ne sera pas publié à nouveau, à moins que les circonstances ne l'exigent.ÉTUDE DEREPENTIGNY INC.Huissiers de justice 57, rue St-Jean-Baptiste, 202 Salaberry-de-Valleyfield (Qc) J6T 1Z6Tél.: (450) 377-2582 AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE (Avis dans un journal : C.c.Q., art.795, al.2) Avis est par les présentes donné, qu'à la suite du décès de Feue Marguerite PLANTE en son vivant domiciliée au CHSLD Dra- peau-Deschambault situé au 100, rue du Chanoine- Lionel-Groulx, ville de Sain- te-Thérèse, Québec, J7E 5E2, survenu à Sainte- Thérèse, le 20 février 2018, un inventaire des biens de la défunte a été fait par Michelle DANSEREAU et Jean DANSEREAU, les liquidateurs successoraux, le 17 octobre 2018, devant Me Marjorie MAINVILLE, notaire, conformément à la loi.Cet inventaire peut être consulté par les intéressés à l'étude de Me Marjorie MAINVILLE, notaire, sise au 4793, boulevard Dage- nais, bureau 203, Laval (Québec) H7R 1L7.Donné ce 28 mars 2019, à Laval.Michelle DANSEREAU et Jean DANSEREAU, liquidateurs Demande de dissolution PRENEZ AVIS que le CAFÉ - RÉPARATION ST-PAUL ÉMARD ayant son siège au 6681, rue Madley à Montréal, en la province de Québec, demandera sa dissolution au Registraire des entreprises, conformément à la Loi.Montréal, ce 28 mars 2019.Avis est par les présentes donné que la faillite de : 9213-2521 Québec inc.Situé au : 189, avenue Duke-of-Kent, Pointe-Claire, Québec.H9R 1Y2 est survenue le 28-03-2019 et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 17-04-2019 à 14 :00 Au bureau du syndic au: 202-100, boul Harwood, Vaudreuil-Dorion, Québec.J7V 1X9 Jean Fortin, Syndics autorisés en Insolvabilité Tél.450-442-3260 JeanFortin.com AVIS d'assemblée générale annuelle et d\u2019assemblée générale extraordinaire des membres L\u2019assemblée générale annuelle et l\u2019assemblée générale extraordinaire des membres auront lieu le mardi 30 avril 2019 à 10 h 00 à la Cathédrale catholique grecque-melkite de Saint-Sauveur, 10025, boul.de l\u2019Acadie, Montréal (Québec) H4N 2S1.MUTUELLE D\u2019ASSURANCE EN ÉGLISE 1071, rue de la Cathédrale Montréal (Québec)H3B 2V4 Appel d\u2019offres REPORT DE LA DATE D\u2019OUVERTURE DES SOUMISSIONS Appel d\u2019offres : RP-PARC19-02 Descriptif : Parc André-Corbeil-dit-Tranchemon- tagne \u2013 Réaménagement DATE D\u2019OUVERTURE DES SOUMISSIONS L\u2019ouverture des soumissions prévue pour le 3 avril, est reportée au mercredi 10 avril à 11 h, à la Maison du citoyen située au 12090, rue Notre-Dame Est, Montréal (Québec) H1B 2Z1.Montréal, le 30 mars 2019.Le secrétaire d\u2019arrondissement Charles-Hervé Aka Les Algériens ont à nouveau défilé en masse vendredi, jugeant insuffisante la proposition du chef d\u2019état-major d\u2019écarter le président Abdelaziz Bouteflika, dernière tentative en date du régime de calmer plus d\u2019un mois de contestation en Algérie.À Alger, une foule immense, scandant notamment « le peuple veut que vous partiez tous ! » a saturé les rues du centre-ville sur plusieurs kilomètres en ce premier jour de week-end, devenu jour de manifestations massives depuis le 22 février.Aucun chiffre officiel n\u2019est disponible, mais des sources sécuritaires ont fait état de « centaines de milliers de manifestants » à Alger et ont recensé des marches d\u2019ampleurs diverses dans 44 des 48 wilayas (préfectures) du pays.AGENCE FRANCE-PRESSE Algérie : « le peuple veut que vous partiez tous ! » Thaïlande : accusations d\u2019achat de voix aux élections législatives BANGKOK \u2014 L\u2019opposition thaïlandaise a déposé des plaintes vendredi pour achat de votes par le parti de la junte au pouvoir et pour des erreurs de décompte par la commission électorale, très critiquée pour ses atermoiements quant à la publication des résultats complets des législatives de dimanche.Le parti d\u2019opposition Future Forward accuse le parti de la junte, le Palang Pracharat, d\u2019avoir offert des cadeaux et de l\u2019argent à des responsables locaux pour s\u2019assurer leurs faveurs.Le grand parti d\u2019opposition, le Pheu Thai, assure quant à lui, dans sa plainte, que ses observateurs ont constaté plusieurs erreurs dans le décompte et des incohérences dans les résultats publiés.Agence France-Presse Extinction des lumières à 20 h 30 pour la planète PARIS \u2014 Earth Hour, opération désormais rituelle d\u2019extinction des lumières, viendra rappeler samedi l\u2019impact de nos dépenses énergétiques sur le climat, souligne le WWF.Tour Shanghai, tour Burj Khalifa de Dubai, place Rouge, Acropole: d\u2019innombrables sites, monuments et bâtiments vont les uns après les autres éteindre leurs feux entre 20h30 et 21h30 locales, au fil des fuseaux horaires.Agence France-Presse EN BREF AGENCE FRANCE-PRESSE À NEW YORK Le système antidécrochage était activé dans le Boeing d\u2019Ethiopian Airlines AGENCE FRANCE-PRESSE À WASHINGTON Le rapport du procureur spécial Robert Mueller, qui a enquêté pendant près de deux ans sur d\u2019éventuels liens entre les proches de Donald Trump et la Russie, sera rendu public d\u2019ici mi-avril, a annoncé vendredi le ministre américain de la Justice, Bill Barr.«Je pense que nous serons en position de diffuser le rapport d\u2019ici la mi-avril, si ce n\u2019est plus tôt », a-t-il indiqué dans un courrier au Congrès, précisant qu\u2019il n\u2019avait pas l\u2019intention de le soumettre au préalable à la Maison-Blanche.M.Barr a publié dimanche un résumé de quatre pages de ce document, selon lequel il n\u2019existe pas de preuves démontrant une coordination entre l\u2019équipe Trump et Moscou pour influencer la présidentielle de 2016.Soulignant que le rapport de M.Mueller faisait près de 400 pages, le ministre de la Justice a précisé qu\u2019il poursuivait le travail visant à cerner et retirer certains passages critiques qui pourraient mettre en danger des sources ou contenir des éléments sur d\u2019autres enquêtes en cours.Interrogé peu après sur cette annonce, le président américain a réaffirmé qu\u2019il faisait pleinement confiance au ministre de la Justice.« Je n\u2019ai absolument rien à cacher », a-t-il déclaré depuis son club de Mar-a- Lago en Floride.« C\u2019était une chasse aux sorcières », a-t-il ajouté, reprenant une formule utilisée à de très nombreuses reprises.Les démocrates réclament haut et fort la publication du rapport.Ils insistent notamment sur la nécessité d\u2019avoir plus de précisions sur la question d\u2019une potentielle entrave à la justice de la part de Donald Trump.Sur ce dernier point, M.Mueller n\u2019a pas livré de conclusion définitive.«Tout en ne concluant pas que le président se soit rendu coupable d\u2019un délit, ce rapport ne le disculpe pas pour autant », a- t-il écrit.Mais M.Barr a conclu de son côté que le document ne mentionnait aucun délit susceptible d\u2019entraîner des poursuites judiciaires sur cette base.ÉTATS-UNIS Le rapport Mueller sera rendu public d\u2019ici la mi-avril Le système antidécrochage MCAS, mis en cause dans l\u2019écrasement du 737 MAX 8 de Lion Air, était également activé dans l\u2019appareil d\u2019Ethiopian Airlines peu avant que celui-ci pique du nez et s\u2019écrase le 10 mars, a indiqué vendredi à l\u2019AFP une source proche du dossier.Cette information fait partie des conclusions préliminaires tirées de l\u2019analyse des boîtes noires du vol 302 d\u2019Ethiopian Airlines, a poursuivi la source sous le couvert de l\u2019anonymat.Elle a ajouté que l\u2019information avait été présentée jeudi aux autorités américaines, dont l\u2019Agence fédérale de l\u2019aviation (FAA), qui analysent les données transmises par l\u2019Éthiopie.Il n\u2019est pas exclu que les régulateurs américains revoient leurs conclusions, a toutefois averti la source, confirmant des informations du Wall Street Journal.Boeing fait face à une première plainte déposée par la famille d\u2019un citoyen rwandais, Jackson Musoni, une des 157 personnes mortes dans l\u2019accident survenu au sud-est d\u2019Addis-Abeba quelques minutes seulement après le décollage.La famille de M.Musoni, par l\u2019intermédiaire de son avocat, accuse Boeing d\u2019avoir développé un système antidécrochage défectueux.Les autorités éthiopiennes ont promis, de leur côté, de présenter le rapport préliminaire sur l\u2019accident d\u2019ici la mi-avril, mais elles ont déjà dit qu\u2019il y avait des « similarités claires » entre l\u2019écrasement du vol 302 d\u2019Ethiopian Airlines et celui du vol 610 de Lion Air le 29 octobre (189 morts).Dans les deux cas, les régulateurs et les experts aéronautiques estiment que le logiciel antidécrochage MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System) a joué un rôle.Il a été installé sur les 737 MAX pour compenser les problèmes aérodynamiques posés par le changement d\u2019emplacement et le poids des deux moteurs de l\u2019appareil.« Il y a eu une reconfiguration de l\u2019avion, ce qui signifie que les moteurs ont été avancés [\u2026], changeant sans aucun doute la forme du fuselage et, finalement, altérant l\u2019aérodynamisme », a indiqué par téléphone à l\u2019AFP Steven Marks, le conseil de la famille de Jackson Musoni.Les premiers éléments de l\u2019enquête sur le 737 MAX de Lion Air indiquent qu\u2019une des sondes d\u2019incidence de l\u2019appareil était tombée en panne, mais elle avait continué à transmettre des informations aux calculateurs, notamment au MCAS, qui continuait de tenter de faire piquer l\u2019avion pour reprendre de la vitesse malgré les tentatives des pilotes de redresser l\u2019avion.Robert Mueller TASOS KATOPODIS GETTY IMAGES AFP Boeing fait face à une première plainte déposée par la famille d\u2019un citoyen rwandais, Jackson Musoni, une des 157 personnes mortes dans l\u2019accident survenu au sud-est d\u2019Addis- Abeba B 9 LE DEVOIR DE PHILO LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 e mouvement antivaccins, qui a contribué à diminuer les taux de vaccination et a permis la résurgence de maladies contagieuses telles que la rougeole ou la coqueluche, inquiète de plus en plus.L\u2019ampleur du phénomène est telle que l\u2019Organisation mondiale de la santé considère que cette réticence quant à la vaccination constitue l\u2019une des dix plus grandes menaces à la santé publique actuellement dans le monde.Cette situation n\u2019est pas sans rappeler d\u2019autres communautés de gens qui croient fermement à des solutions relativement aux enjeux de santé tout en étant imperméables aux avis scientifiques, comme dans le cas des promoteurs d\u2019injections de vitamine C pour soulager les symptômes de la chimiothérapie.La situation vécue par le pharmacien Olivier Bernard, mieux connu sous le pseudonyme de Phar- machien, qui a été l\u2019objet de harcèlement à la suite de ses prises de position sur le sujet, a récemment projeté à l\u2019avant-scène la difficulté de faire de la vulgarisation scientifique sur certains enjeux de santé.Ces deux cas soulèvent une question importante : pourquoi certains groupes entretiennent- ils certaines croyances en matière de santé avec une telle intensité, quitte à discréditer le travail des scientifiques malgré l\u2019abondance d\u2019informations fiables et crédibles sur ces sujets ?Le débat public actuel met au banc des accusés les réseaux sociaux, où circulent des informations trompeuses sur lesquelles se basent ces communautés pour enrichir leurs croyances.Ainsi, on continue de considérer que ces groupes font tout simplement « erreur », comme s\u2019il suffisait qu\u2019ils aient de « vraies » informations pour changer d\u2019attitude.Plus qu\u2019une question de vérité Le psychologue social Karl E.Weick propose une théorie du sensemaking, ou construction du sens, qu\u2019il définit comme « le développement rétrospectif et continu d\u2019images plausibles qui rationalisent ce que les gens font », comme il l\u2019écrit dans son ouvrage Organizing and the Process of Sensemaking, cosigné avec David Obstfeld et Kathleen M.Sutcliffe.La notion de sense- making permet une lecture plus riche de la manière dont les gens comprennent collectivement la réalité.Pour Weick, la construction du sens n\u2019est pas qu\u2019une question de vérité et d\u2019éducation.C\u2019est un phénomène profondément identitaire, social et lié à la manière dont les gens agissent ensemble et comprennent rétroactivement leurs actions.Une meilleure compréhension de la façon dont des groupes de personnes construisent le sens permettrait d\u2019intervenir plus efficacement auprès de ces communautés au lieu de les accuser d\u2019ignorance ou de blâmer les réseaux sociaux.Pour Weick, le sens ne se construit pas dans l\u2019intimité du cerveau d\u2019un individu, qui évalue plus ou moins rationnellement les informations à sa disposition pour prendre une décision et agir conséquemment.Il s\u2019agit plutôt d\u2019un processus social par lequel un groupe, qui se heurte à une anomalie dans son environnement, tente différentes réponses, sélectionne une de ces réponses qui semble avoir du succès et l\u2019intègre dans son savoir collectif pour la mobiliser de nouveau devant une anomalie similaire.Ainsi, une situation routinière appellera la mobilisation d\u2019un savoir déjà éprouvé, tandis qu\u2019une situation ambiguë appellera une recherche active d\u2019indices sur lesquels se baser pour tenter des réponses et sélectionner celle qui est appropriée.Ainsi, la construction du sens est essentiellement rétroactive.Contre l\u2019idée que les gens comprennent d\u2019abord et agissent ensuite, Weick suggère qu\u2019on évalue l\u2019adéquation de nos réactions aux éléments de l\u2019environnement qui ont induit ces agissements.Autrement dit, on agit d\u2019abord, puis on essaie de comprendre si on a bien agi.Les réponses qui sont jugées adéquates se sédimentent et construisent graduellement des schèmes d\u2019action et des identités qui leur sont associées.Par exemple, un enseignant qui parvient à calmer ses étudiants en agissant avec autorité continuera à utiliser cette façon d\u2019intervenir, ce qui le confortera dans son image d\u2019enseignant compétent.Lui demander d\u2019agir autrement, par exemple en proposant une autre méthode pédagogique, remettrait en cause ses schèmes d\u2019action, mais aussi son identité.La construction du sens a aussi une dimension profondément sociale, car les schèmes d\u2019action ne résident pas seulement dans la mémoire de chaque individu, mais ils sont partagés dans les interactions professionnelles, amicales et familiales.L\u2019adéquation de la réponse à la situation vécue provient du renforcement offert par les pairs, comme dans l\u2019exemple de l\u2019enseignant qui tente de calmer sa classe : la réponse des élèves et les félicitations de ses collègues lui indiquent que sa stratégie est appropriée.Heurté dans son identité Dans le cas du mouvement antivac- cins, le schème d\u2019action de la mère prévoyante qui se renseigne sur tout ce qui concerne le bien-être de son enfant avant d\u2019acheter le meilleur siège d\u2019auto ou d\u2019introduire des solides dans sa diète, par exemple, est fortement valorisé et renforcé dans les groupes de mamans sur Internet et ailleurs.L\u2019identité du « bon parent » est fortement liée à ce schème d\u2019action attentif et dévoué.Celui-ci entre en contradiction avec celui attendu par le système de santé, soit de faire confiance aux médecins et de se plier à une exigence (faire vacciner ses enfants) dont les gens n\u2019ont pas d\u2019expérience de première main à laquelle se fier.En effet, l\u2019efficacité des vaccins peut apparaître abstraite pour la génération de parents actuels, qui n\u2019ont jamais eux-mêmes connu de cas de maladies telles que la coqueluche ou la rougeole.Ceci engendre une ambiguïté importante : faut-il croire sur parole les recommandations des médecins et les études scientifiques incompréhensibles, ou plutôt se fier à son expérience personnelle et à celle de sa famille et de ses pairs (en l\u2019occurrence d\u2019autres parents consciencieux) ?Cette ambiguïté déclenche une recherche d\u2019indices, qui respecte le schème d\u2019action principal de la mère prévoyante.Elle mène sa propre enquête et recueille les témoignages de sa famille (ex.: les vaccins sont inefficaces, car mon cousin a été vacciné et a tout de même été malade) et de ses pairs (ex.: cette mère en Iowa témoigne que son enfant a développé l\u2019autisme après avoir été vacciné).Le cas récent de la blogueuse Angela Price, qui vantait un calendrier de vaccination alternatif, reflète tout à fait ce schème d\u2019action basé sur le parent prévoyant, qui se valorise dans le fait de se renseigner avant de prendre une décision pour ses enfants.Toutefois, la capacité même de déterminer ce qui constitue un indice valable est fondée sur l\u2019identité et le schème d\u2019action qui ont toujours été valorisés.Accepter un indice à contre-courant de ce schème sera difficile.Ainsi, une étude récente faite sur 660 000 enfants danois, qui démontrait que les enfants vaccinés ont moins de risques d\u2019obtenir un diagnostic d\u2019autisme que les enfants non vaccinés, a été largement dénigrée et invalidée par les communautés antivaccins, car elle contredit leur « enquête » basée sur leur expérience et sur celle de leurs familles et amis et suppose d\u2019abdiquer sa « prudence » et de s\u2019en remettre aux médecins.À l\u2019inverse, leur identité de parent prévoyant est réconfortée par des « études » qui valident leur méfiance, comme celle liant les vaccins à l\u2019autisme, pourtant largement discréditée par la communauté scientifique et désavouée par la revue scientifique qui l\u2019avait publiée.Autonomisation Dans le cas des injections de vitamines C, l\u2019identité qui guide la construction du sens est celle de « la patiente qui prend en main son traitement », pour ce qui est de l\u2019initiatrice de la pétition.Pour ses partisans, il s\u2019agit du citoyen solidaire et plein de compassion à l\u2019endroit des gens atteints du cancer.Les schèmes d\u2019action associés sont de militer pour l\u2019accès aux traitements qui soulagent les symptômes de cancer.La cause de la lutte contre le cancer étant largement publicisée et valorisée, l\u2019implication de la famille et des amis est encouragée, et ces éléments participent à l\u2019autonomisation (empowerment) des patients par rapport à leur cheminement dans la maladie.Ainsi, en ce qui a trait à la sélection d\u2019indices, le témoignage de Nathalie Prud\u2019homme et celui d\u2019autres victimes du cancer qui prennent en main leur traitement seront privilégiés comme preuves du bienfait de cette thérapie et seront préférés aux avis de professionnels de la santé qui doutent de l\u2019efficacité des injections de vitamine C.On verra ces remises en question comme des trahisons à l\u2019égard des patients et un manque de compassion envers leurs souffrances.De plus, l\u2019appui du député Youri Chassin à une pétition qui a accumulé des dizaines de milliers de signatures servira de caution sociale à ce schème d\u2019action et à une validation de l\u2019identité de citoyen compatissant et solidaire envers les malades.On comprend ainsi l\u2019intensité de certaines réactions, parfois agressives, car en remettant en question la validité des expériences à la lumière des savoirs scientifiques, on ne fait pas que remettre en cause des faits erronés, mais également des identités et des communautés qui s\u2019appuient sur des années de renforcement mutuel.La théorie de la construction du sens peut aussi expliquer les croyances telles que les bienfaits de l\u2019homéopathie et de la diète cétogène, ou encore certaines théories du complot.Confronter les gens à leurs convictions en leur opposant des vérités scientifiques ne fait que renforcer leurs schèmes d\u2019action et devient contre-productif.Toute stratégie visant à discuter avec ces communautés devra tenir compte de leur identité et de leurs expériences afin de les amener à intégrer à celles-ci des connaissances scientifiques valides.Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@ledevoir.com.Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.Joëlle Basque Nicolas Bencherki Professeurs de communication à l\u2019Université TELUQ SANTÉ La force du mouvement antivaccins et de la médecine parallèle Selon Karl E.Weick, asséner des vérités scientifiques à des gens qui campent sur leurs positions est contre-productif L Joëlle Basque Nicolas Bencherki Selon Karl E.Weick, un individu qui se heurte à une anomalie dans son environnement agit d\u2019abord, puis essaie de comprendre s\u2019il a bien agi.Les réponses jugées adéquates construisent graduellement des schèmes d\u2019action et des identités qui leur sont associées.ILLUSTRATION TIFFET epuis l\u2019automne dernier, les Nations unies tentent de convaincre le Canada de prolonger de quelques mois sa participation d\u2019un an à la mission de maintien de la paix au Mali.À Ottawa, on veut au contraire plier bagage en juillet prochain, même si les troupes roumaines qui prendront la relève ne pourront pas être en place avant la mi-octobre.Les autorités onusiennes sont revenues à la charge à la fin février avec une demande écrite formelle.La réponse est venue vendredi.C\u2019est non.En conférence téléphonique depuis New York où elle assistait à la Conférence ministérielle des Nations unies sur le maintien de la paix, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, n\u2019a jamais voulu expliquer la résistance du Canada, se contentant de répéter en boucle que « nous allons faire ce que nous avions dit que nous allions faire ».L\u2019ONU ne demande pas la lune au Canada : deux mois de plus à plein régime et un mois supplémentaire à régime réduit.Le contingent canadien est petit, 250 militaires au sein d\u2019une mission onusienne de plus de 13 000 soldats d\u2019une soixantaine de pays.Il joue toutefois un rôle essentiel avec des ressources que seuls les pays industrialisés sont capables d\u2019offrir.Avec ses huit hélicoptères, cette force opérationnelle héliportée assure avant tout l\u2019évacuation médicale des soldats blessés, mais aussi le transport, l\u2019appui logistique, l\u2019escorte et la protection des troupes sur le terrain.Un retrait en juillet exigerait de l\u2019ONU qu\u2019elle se tourne vers des fournisseurs civils, ce qu\u2019elle a déjà fait par le passé, mais toujours pour de courtes périodes.Ce n\u2019est toutefois pas idéal, surtout pas pendant trois mois, car ces opérateurs d\u2019hélicoptères ne peuvent soutenir la mission de la même manière.Cette fin de non-recevoir du Canada est bien mal venue de la part d\u2019un gouvernement, qui disait que « le Canada serait de retour » sur la scène internationale et reprendrait sa place au sein des missions des Nations unies tout en convoitant un siège au Conseil de sécurité.Oui, le Canada collabore d\u2019autres manières, mais cette mission est unique.Et s\u2019il est si important de s\u2019en tenir à l\u2019engagement original au Mali, il faudrait qu\u2019on nous explique pourquoi Ottawa n\u2019a pas eu les mêmes scrupules pour prolonger les missions canadiennes en Ukraine, en Irak et en Lettonie, qui ne sont pas sous l\u2019égide des Nations unies.L\u2019attitude d\u2019Ottawa reflète la tiédeur du Canada quant à l\u2019Afrique, un sentiment qui prévaut depuis plus de dix ans.Il a fallu les pressions répétées de nos alliés, en particulier de la France, et de l\u2019ONU pour que le Canada s\u2019engage au sein de la mission malienne.Le Mali est pourtant un front important dans la lutte contre le terrorisme islamiste depuis qu\u2019il a été déstabilisé par la chute (avec l\u2019aide du Canada) du régime libyen de Mouammar Kadhafi.L\u2019effort supplémentaire demandé du Canada au Mali n\u2019est pas au-dessus de ses forces.Refuser de le faire respecte peut-être l\u2019engagement pris en mars 2018, mais trahit fondamentalement la promesse d\u2019apporter sa juste contribution.LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin Texte collectif* Monsieur le Ministre Jean-François Roberge, nous sommes des milliers de familles au Québec à avoir choisi de vivre l\u2019éducation autrement, hors de l\u2019école.Nous avons choisi d\u2019offrir à nos enfants une éducation bienveillante, adaptée, sensible, rigoureuse, amusante qui dépasse largement les limitations et les contraintes du système scolaire québécois actuel.Toutes ces familles ont développé, au cours des années, de l\u2019expertise, des expériences et des connaissances absolument incroyables ainsi qu\u2019un réseau d\u2019entraide et de partage ouvert et inclusif.Loin d\u2019isoler nos enfants de l\u2019espace civique et de la communauté, notre espace d\u2019apprentissage EST l\u2019espace civique et communautaire.Les activités sont riches, variées, stimulantes et regroupent une mixité de personnes, enfants comme adultes.Elles s\u2019insèrent dans toutes les sphères de la vie quotidienne, utilisent la panoplie de ressources que la société met à notre disposition (musées, bibliothèques, installations sportives, centres scientifiques, ateliers, centres communautaires, etc.) et s\u2019appuient sur un réseau de personnes dont les expertises et compétences multiples et variées enrichissent l\u2019expérience quotidienne des enfants.Nos enfants sont curieux, ont soif d\u2019apprendre, n\u2019ont pas peur de se tromper \u2014 et donc d\u2019innover \u2014, ont une pensée critique, sont en constante interaction avec des adultes, des enfants de tous âges et s\u2019impliquent dans les activités quotidiennes de la vraie vie.Ils apprennent à se respecter et à respecter les autres, à connaître leurs forces et à les mettre en commun avec celles des autres, à devenir des citoyens engagés, impliqués et responsables.Les familles qui font l\u2019enseignement hors de l\u2019école participent activement, quotidiennement et avec enthousiasme à la création, à l\u2019enrichissement et au renouvellement de l\u2019espace collectif.Le système d\u2019éducation fait face à de grands défis; c\u2019est une réalité grandement partagée.L\u2019éducation alternative que nous offrons à nos enfants apporte de nombreuses solutions aux problèmes récurrents du système scolaire actuel, et cela, pour peu de frais ou aucun frais pour le gouvernement.La réalité de la majorité des enfants qui reçoivent une éducation hors de l\u2019école n\u2019a rien à voir avec les écoles religieuses illégales.L\u2019amalgame malheureux auquel participent politiciens et journalistes ces derniers jours constitue un dangereux dérapage qui nuira à l\u2019épanouissement des premiers en n\u2019apportant aucune solution au problème exposé.Les pratiques de l\u2019enseignement à domicile sont encadrées par une direction de l\u2019enseignement à la maison née il y a moins d\u2019un an.Plus de 5000 enfants y sont inscrits, et la relation de confiance qui est en train de se bâtir avec cette direction nous semble porteuse de mesures de prévention, de soutien et d\u2019évaluation intelligentes, adéquates, adaptées et dans l\u2019intérêt de nos enfants.Imposer un programme et des examens uniformes et standardisés, comme le prévoit votre projet de règlement, n\u2019éliminera pas les écoles illégales et ne fera que restreindre l\u2019étendue des apprentissages et des solutions adaptées et novatrices que permet l\u2019enseignement à la maison.Monsieur le Ministre, si vous souhaitez appuyer votre opinion sur des faits et non sur des a priori, nous vous invitons à venir partager notre quotidien, à rencontrer nos enfants, à échanger sur leur expérience et leur réalité hors école.Et si vous considériez les familles qui choisissent l\u2019éducation autrement comme des alliées pour l\u2019innovation éducative au Québec ?* Manon Ste-Marie, Sonia Lefebvre et Martin Durocher, parents et citoyens engagés Discriminatoire, d\u2019une façon ou d\u2019une autre\u2026 La tendance est toujours de percevoir la discrimination seulement dans un contexte minoritaire.Accorder une dispense à un individu en position d\u2019autorité pour accommodement religieux aurait l\u2019effet pervers de donner à celui-ci un statut dont les autres employés ne bénéficieraient pas.L\u2019application du port de l\u2019uniforme de fonction pour le policier tout comme pour le juge ou le gardien de prison n\u2019est pas négociable.Celle-ci a comme seul but d\u2019uniformiser la reconnaissance de la figure d\u2019autorité, de faciliter son identification.Travailler pour l\u2019État n\u2019est pas un droit, l\u2019employé de l\u2019État y a des obligations qui sont aussi des conditions d\u2019emploi.La discrimination débute quand on a un traitement différencié exigé ou subi, point à la ligne ! Gérard Vincent, retraité Chertsey, le 28 mars 2019 Pour une éducation ouverte, inclusive et responsable LIBRE OPINION LETTRES PROLONGATION DE LA MISSION AU MALI Un refus honteux MANDAT SUR LES PESTICIDES Vaste programme D es députés siégeant à la Commission de l\u2019agriculture, des pêcheries, de l\u2019énergie et des ressources naturelles (CAPERN) se sont finalement entendus pour se donner un mandat d\u2019initiative au sujet de l\u2019usage des pesticides dans l\u2019agriculture et dans l\u2019alimentation.Ce mandat d\u2019initiative vient à point nommé alors que l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA) milite plus que jamais pour une réduction de l\u2019usage des pesticides, sans parler de l\u2019Union paysanne, qui promeut le modèle des petites fermes de proximité.En matière de pesticides et du déploiement d\u2019une agriculture plus écologique, force de constater que le politique est à la traîne.Or le congédiement par le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ) de l\u2019agronome et lanceur d\u2019alerte Louis Robert, qui a eu le malheur de dénoncer l\u2019emprise des fabricants de pesticides sur le Centre de recherche sur les grains (CE- ROM), fut le déclencheur d\u2019une prise de conscience chez certains députés.Depuis, nous avons appris par Radio-Canada non seulement que la majorité des agronomes au Québec sont des salariés de fabricants ou de distributeurs de pesticides, mais que 80% de ces entreprises rémunèrent leurs agronomes avec des primes, des bonis ou des commissions en sus du salaire.Ces agronomes n\u2019ont pas d\u2019intérêt à proposer des modes de culture alternatifs qui permettent de réduire l\u2019utilisation de produits chimiques nocifs.Ces primes et bonis sont contraires au code de déontologie des agronomes, qui interdit toute forme de ristourne ou d\u2019avantage lié au volume de vente.Comme l\u2019Ordre des agronomes du Québec a fermé les yeux sur ces manquements répandus, il y a lieu de se demander si l\u2019Office des professions du Québec ne devrait pas faire enquête.La CAPERN examinera « les impacts des pesticides sur la santé publique et l\u2019environnement, ainsi que les pratiques de remplacement innovantes disponibles et à venir [\u2026], et ce, en reconnaissance de la compétitivité du secteur agroalimentaire québécois ».Ce mandat d\u2019initiative est large, d\u2019autant plus large que l\u2019usage intensif de pesticides est lié à un mode de production agricole particulier, contrôlé par de grands joueurs, un modèle économique qu\u2019il faudra repenser.Les travaux des parlementaires leur permettront sans doute de réaliser qu\u2019ils affrontent de puissants lobbies multinationaux.Dans une entrevue accordée au Devoir cette semaine, la journaliste du journal Le Monde et auteure de Lobbytomie.Comment les lobbies empoisonnent nos vies et la démocratie, Stéphane Horel, a rappelé que les agences réglementaires, que ce soit au Canada, aux États-Unis ou en Europe, s\u2019appuient sur les seules études des fabricants pour l\u2019homologation de produits comme les pesticides.Pire : une multinationale comme Monsanto, rachetée par Bayer, qui fabrique le glyphosate (Roundup), a payé des scientifiques supposément indépendants pour signer des études qu\u2019elle a elle- même produites.De quoi faire réfléchir sur la fiabilité des études qui confirment l\u2019innocuité des pesticides et des herbicides.L ÉDITORIAL B 10 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu MANON CORNELLIER tant d\u2019efforts et consacrent une partie de leur vie à étudier dans le but de pratiquer ce métier.Appliquer cette méthode, c\u2019est leur rire au visage ! « Des centaines d\u2019enfants, peut- être des milliers souffrent d\u2019une scolarité déficiente », selon le ministère de l\u2019Éducation.Faire l\u2019école à la maison signifie être cloîtré entre quatre murs, ce qui empêche un contact régulier avec autrui afin d\u2019améliorer les relations sociales et nuit au développement de l\u2019enfant.L\u2019école n\u2019est pas qu\u2019un lieu d\u2019apprentissage, mais un endroit pour apprendre à vivre avec notre prochain.Cet enfant aura probablement, par la suite, de la difficulté à vivre en société.Dans une société où une quantité considérable souffre d\u2019une éducation déficiente, faire l\u2019école à la maison n\u2019aide pas à la cause.Si l\u2019école à la maison continue d\u2019être une méthode envisageable, on peut imaginer le pire pour un pays qu\u2019on dit développé ! Christina Champagne, étudiante en arts, lettres et communication, option littérature, au cégep régional de Lanaudière à Joliette Le 29 mars 2019 Une catastrophe éducative Faire l\u2019école à la maison est une pratique contre-éducative et injuste pour les autres enfants.Cette méthode éducative ne devrait pas pouvoir s\u2019exercer à moins d\u2019avoir de sévères contraintes de santé qui autorisent l\u2019enfant à avoir cette éducation spéciale.La mise en place par le ministre de l\u2019Éducation, Jean-François Roberge, d\u2019un règlement pour mieux encadrer les enfants qui font l\u2019école à la maison est une bonne idée de base, mais qui contient des faiblesses.Faire l\u2019école à la maison devrait être proscrit ! Les gens passent déjà onze ans de leur vie sur les bancs d\u2019école pour obtenir le diplôme d\u2019études secondaires.En fonction du parcours scolaire fait au cégep et à l\u2019université, six années sont ajoutées au cheminement pour devenir un professeur.Autoriser des parents sans diplôme d\u2019enseignement à enseigner à leur enfant serait un manque de respect total envers ceux qui donnent ROBERT DUTRISAC L\u2019ONU ne demande pas la lune au Canada : deux mois de plus à plein régime et un mois supplémentaire à régime réduit B 11 IDÉES LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.L\u2019héritier L e premier ministre Justin Trudeau a fait sourciller plusieurs Québécois ce mois-ci lorsqu\u2019il a évoqué l\u2019héritage de son père, Pierre Elliott Trudeau, pour expliquer pourquoi il n\u2019aurait jamais exercé de pressions politiques indues sur l\u2019ancienne pro- cureure générale Jody Wilson-Raybould.«Parmi les dossiers qui lui étaient les plus chers et qui le sont aussi pour moi, il y a le dossier de la justice», a soutenu le fils du père de la Charte canadienne des droits et des libertés.Or, pour beaucoup de Québécois qui ont vécu les suites de la crise d\u2019Octobre, le principal souvenir de Pierre Elliott Trudeau en matière de justice demeure sa décision fatidique d\u2019invoquer la Loi sur les mesures de guerre en 1970.La suspension des libertés fondamentales et du principe juridique sacro-saint d\u2019habeas corpus a laissé un goût amer au Québec, encore aujourd\u2019hui.Il n\u2019en demeure pas moins que cet aspect de l\u2019héritage de Pierre Elliott Trudeau est rarement évoqué dans le reste du Canada, où l\u2019œuvre principale de Trudeau père est réputée être cette Charte des droits si chère aux Canadiens.Il est vrai que la Constitution de 1982 prévoit que le Parlement fédéral ou une législature provinciale peut déroger à la Charte.Mais il est maintenant tellement tabou d\u2019évoquer cette possibilité au Canada anglais que la disposition de dérogation est devenue en pratique caduque.Certains aimeraient même qu\u2019elle soit biffée de la Constitution.Le premier ministre ontarien, Doug Ford, a eu beau menacer d\u2019invoquer cette disposition l\u2019an dernier pour faire adopter sa réforme du conseil municipal de Toronto, il n\u2019est jamais passé à l\u2019acte, la cour ontarienne ayant validé la constitutionnalité de son plan.Une chance, puisque s\u2019il avait décidé d\u2019invoquer cette disposition « honteuse », cela aurait déclenché une crise constitutionnelle.La simple menace a suscité un tollé chez les éditorialistes du pays.Si l\u2019idée de recourir à la disposition de dérogation dans le cas d\u2019une simple réforme municipale a été si dénoncée au Canada anglais, il n\u2019était pas difficile de prévoir sa réaction à la décision du gouvernement de la Coalition avenir Québec de se prévaloir des dispositions de dérogation avant même que son projet de loi sur la laïcité de l\u2019État québécois soit adopté et que la nouvelle loi soit invalidée par la Cour suprême du Canada.Le premier ministre Trudeau, qui tente désespérément de changer de sujet depuis l\u2019éclatement de l\u2019affaire SNC-Lavalin, ne pouvait pas demander mieux.Le projet de loi 21 de la CAQ lui permet de se dresser contre cette tentative de priver des minorités religieuses du droit fondamental d\u2019exercer leur foi.«Pour moi, il est impensable qu\u2019une société libre légitime la discrimination contre quiconque basée sur la religion», a déclaré le premier ministre canadien jeudi avant même que le ministre de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion, Simon Jolin-Barrette, ait terminé d\u2019expliquer les tenants et aboutissements de son projet de loi en conférence de presse.M.Trudeau peut maintenant renouer avec un thème qui lui est favorable au Canada anglais, celui des droits de la personne et de la diversité, alors que son parti et lui essaient de sortir d\u2019une crise secouant le gouvernement depuis plus d\u2019un mois maintenant, celle de SNC-Lavalin.Alors que le Parti libéral de M.Trudeau traîne sérieusement dans les sondages derrière les conservateurs d\u2019Andrew Scheer, le premier ministre a tout intérêt à rappeler aux électeurs issus des minorités culturelles des banlieues de Toronto et de Vancouver, si riches en votes, que c\u2019est son père qui a donné aux Canadiens cette Charte des droits dont il se considère comme le gardien.On comprend alors pourquoi M.Scheer s\u2019est empressé de déclarer que, comme premier ministre, il ne déposerait jamais un projet de loi semblable à celui de M.Jolin-Barrette.Même s\u2019il essaie de courtiser les Québécois avec sa promesse d\u2019être respectueux de l\u2019indépendance des provinces dans leurs sphères de compétences, le chef conservateur sait que son parti est vulnérable aux attaques des libéraux et des néodémo- crates après la tentative désastreuse de l\u2019ancien premier ministre Stephen Harper de bannir le niqab lors des cérémonies de citoyenneté.La fuite dans les médias cette semaine voulant que M.Trudeau eût rejeté la recommandation de Mme Wilson-Raybould de nommer le juge manitobain Glenn Joyal comme juge en chef de la Cour suprême du pays en 2017 avait déjà pour but de montrer aux Canadiens la vision progressiste du premier ministre en matière de droits.Le juge Joyal avait une conception trop restreinte de l\u2019étendue de la Charte, à son avis.Alors que certains juristes et intellectuels du pays critiquent la Cour suprême pour, au fil des ans, avoir « créé » de nouveaux droits qui n\u2019existaient pas à l\u2019époque où la Charte fut adoptée, M.Trudeau aurait plutôt tendance à la féliciter.Et grâce au gouvernement québécois de la CAQ, il peut maintenant encore prouver qu\u2019il est bel et bien l\u2019héritier de son père.KONRAD YAKABUSKI Daniel Baril Vice-président du Mouvement laïque québécois Nous avons plusieurs raisons de nous réjouir, au Mouvement laïque québécois (MLQ), du projet de loi 21 sur la laïcité de l\u2019État.Nous réclamions depuis 38 ans une loi affirmant le caractère laïque de l\u2019État, et ce sera enfin chose faite.Les libertés fondamentales devront désormais s\u2019exercer dans « le respect de la laïcité ».Nous nous réjouissons que ce soit le principe de laïcité qui prévale plutôt que la simple neutralité, qui est l\u2019une des composantes de la laïcité.En dehors de la laïcité, la neutralité simple peut donner lieu à de la multiconfes- sionnalité, comme la récitation de prières de toutes les confessions, alors que la laïcité commande de n\u2019en réciter aucune.L\u2019article 3 stipule que les principes sous-jacents à la laïcité doivent être respectés par les institutions publiques « en fait et en apparence ».Ceci est tout à fait conforme aux exigences du jugement de la Cour suprême obtenu par le MLQ dans sa cause contre les prières municipales à Saguenay.La Cour affirmait que la neutralité religieuse devait être « réelle et apparente » et que cela s\u2019appliquait à tous les représentants et agents de l\u2019État.Une institution publique où tous les acteurs afficheraient leur appartenance religieuse ne pourrait évidemment pas être d\u2019apparence neutre.Il faut aussi se réjouir de la motion visant le retrait du crucifix de l\u2019Assemblée nationale, et c\u2019était là le premier geste à poser.Cet objet de culte visait à marquer l\u2019alliance entre l\u2019État québécois et l\u2019Église catholique.Il s\u2019agit donc d\u2019un symbole opposé à la séparation de l\u2019État et des religions qui ne pouvait demeurer en place si l\u2019on veut affirmer la laïcité de l\u2019État.De plus, les élus ne pouvaient demander aux employés de ne pas porter de signes religieux si l\u2019enceinte de l\u2019État conservait le sien.Les écoles privées et les CPE Cela dit, le projet de loi comporte de nombreuses limitations qu\u2019il faudra voir à corriger.D\u2019une part, il nous paraît impensable que la laïcité ne s\u2019applique pas aux municipalités, alors que le jugement de la Cour suprême sur la neutralité religieuse visait essentiellement les municipalités.Quoi qu\u2019en dise la mairesse de Montréal, Valérie Plante, c\u2019est à Montréal que ce principe devrait prioritairement s\u2019appliquer étant donné le milieu très pluraliste de la métropole.La loi devrait également s\u2019appliquer aux écoles privées et aux centres de la petite enfance.L\u2019argument du premier ministre François Legault, selon lequel la loi ne s\u2019applique pas à ces établissements parce que le personnel n\u2019est pas employé par l\u2019État, nous apparaît inopportun.La loi sur la neutralité religieuse, qui n\u2019est pas abrogée par le projet de loi 21, oblige déjà les enseignants des écoles privées et les éducateurs des CPE à œuvrer à visage découvert.L\u2019État s\u2019autorise donc à réglementer la tenue vestimentaire dans ces établissements même si le personnel n\u2019est pas employé par l\u2019État.L\u2019État est légitimé d\u2019étendre la laïcité à ces établissements au nom leur mission éducative, de leur financement public et de la protection de la liberté de conscience des enfants.De plus, les écoles privées sont tenues par la loi d\u2019offrir le programme d\u2019enseignement approuvé par le ministère de l\u2019Éducation.Le caractère laïque de ce programme doit être respecté même dans les écoles privées, d\u2019où la nécessité d\u2019y interdire le port de signes religieux.La laïcité commande, par ailleurs, que le volet religieux du cours Éthique et culture religieuse soit aboli.Ce cours, qui en est un d\u2019incitation à adhérer à une religion, n\u2019a pas sa place dans une école laïque.La même loi pour tous La clause de droits acquis visant à permettre le port de signes religieux chez les employés de l\u2019État déjà en poste n\u2019a pas sa place dans une telle loi.La laïcité est un principe fondamental assurant la cohésion sociale qui devrait être l\u2019un des fondements de l\u2019État.Être soustrait au respect de ce principe en raison d\u2019une date d\u2019entrée en fonction nous paraît inadmissible.Ceux et celles qui affirment que l\u2019interdiction de porter des signes religieux va à l\u2019encontre de la liberté de religion font preuve d\u2019une vision absolutiste de cette liberté.La liberté de religion, selon la déclaration universelle, c\u2019est la liberté d\u2019adhérer à une confession, d\u2019en pratiquer le culte et de transmettre la croyance.Aucune religion n\u2019exige le port de signes ou de vêtements particuliers.Ceux et celles qui en portent disent le faire par choix.Si c\u2019est un choix, ce n\u2019est pas une obligation.Ces personnes ont donc le choix entre afficher leur conviction religieuse partout et en tout temps et œuvrer dans un contexte de travail religieusement neutre.On ne peut les déres- ponsabiliser de leur choix.L\u2019ex-juge de la Cour suprême, Me Claire l\u2019Heureux Dubé, a d\u2019ailleurs déjà soutenu que le port de signes religieux relève de la liberté d\u2019expression et non de la liberté de religion.La liberté d\u2019expression est déjà limitée par la Loi sur la fonction publique, qui interdit le port de signes politiques par les employés de l\u2019État sans que personne soit monté aux barricades.Enfin une loi sur la laïcité Laure Waridel Écosociologue, Ph.D.et co-porte-parole du Pacte pour la transition On connaît Desjardins comme précurseur en matière d\u2019investissements responsables, de carboneutralité et de réduction de son empreinte écologique.L\u2019institution financière s\u2019est aussi positionnée pour un retrait total du charbon avant 2021.Ces mesures méritent d\u2019être applaudies.En 2019, refuser d\u2019investir dans les pipelines devrait aussi aller de soi.Même si c\u2019est compliqué, Desjardins doit le faire.Si nous manifestons à son assemblée générale annuelle, c\u2019est pour l\u2019exiger.Trente-cinq caisses ont déjà fait cette demande, dont la Caisse d\u2019économie solidaire, de laquelle je suis fière membre.Parce que Desjardins, c\u2019est un peu moi, c\u2019est un peu vous, c\u2019est un peu nous tous qui en faisons partie, nous avons le devoir moral d\u2019en faire une locomotive pour le bien commun.Si l\u2019histoire du Mouvement Desjardins est indissociable de celle du Québec, cette institution se doit de montrer la voie d\u2019une vraie transition en désinvestissant des énergies fossiles.Nous exigeons qu\u2019il en soit de même pour toutes les autres institutions financières ainsi que les gouvernements.Maintenant.L\u2019humanité est à la croisée des chemins.On le sait depuis déjà quelques décennies.Mais il s\u2019avère que la situation climatique est encore pire que ce qui avait été prédit.Les scientifiques du GIEC nous l\u2019ont rappelé l\u2019automne dernier.Nous avons moins de deux ans pour nous engager fermement dans la transition qui s\u2019impose.Pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C, nous devons réduire les émissions mondiales de GES de près de 50 % d\u2019ici 2030 et avoir des émissions nettes de GES à zéro en 2050.Un tel constat implique des changements rapides et radicaux.Cela veut dire que nous avons la responsabilité de prendre les bonnes décisions.Maintenant.L\u2019urgence climatique exige que l\u2019on cesse dès aujourd\u2019hui tout investissement dans des infrastructures qui contribuent à faire augmenter les émissions de GES.Est-ce que la construction de pipelines contribue à faire augmenter les émissions de GES ?Oui, maifeste- ment.Dire que cela va simplement permettre de réduire le transport en train et en camion relève du mensonge.Grâce aux pipelines, l\u2019industrie va pouvoir produire plus, exporter plus et donc polluer plus.Les pipelines ne se rendant pas partout, des trains et des camions transportant du pétrole continueront à circuler dans nos villes et nos campagnes.Mais le pire est que les investissements dans les pipelines d\u2019aujourd\u2019hui devront être rentabilisés sur des décennies, ce qui prolongera notre dépendance économique à l\u2019égard d\u2019une industrie mortifère.Les experts s\u2019entendent: les sables bitumineux comme tout autre pétrole non conventionnel doivent rester dans le sol si l\u2019on veut respecter la limite du 1,5°C de réchauffement climatique.La raison scientifique le réclame.Il faut investir ailleurs.Dans des entreprises qui permettent de réduire la consommation énergétique.Des entreprises écologiques.Des entreprises dans le secteur des énergies vertes.Il faut aussi trouver des moyens de soutenir l\u2019Alberta dans sa transition.Nous en avons la responsabilité.Maintenant.Si nous manifestons aujourd\u2019hui, c\u2019est parce que nous pensons que Desjardins peut réellement avoir un grand impact.Elle pourrait être la première grande institution financière au Canada à désinvestir complètement des sables bitumineux.ING, US Bank, BNP Paribas sont parmi les institutions qui ont déjà fait ce choix à l\u2019étranger.Pourquoi pas Desjardins ?Elle compte moins de 3 % de ses actifs dans les énergies fossiles.Pourquoi hésiter à délaisser un secteur énergétique qui contribue à la destruction de la vie sur Terre ?L\u2019avenir est ailleurs.Dans cet esprit, j\u2019aimerais citer Alphonse Desjardins, qui s\u2019exprimait ainsi au moment de la naissance de ce qui allait devenir la plus importante institution financière du Québec : « Dans ce nouveau genre d\u2019association, ce n\u2019est pas le capital qui domine, qui fait la loi et règle tout, mais c\u2019est la personne.Le capital n\u2019est que l\u2019accessoire, non le principal [\u2026] La coopération a ceci de particulièrement attachant, c\u2019est qu\u2019elle étend ses bienfaits à tous.C\u2019est l\u2019union pour la vie, non la lutte pour la vie.» Aujourd\u2019hui, « l\u2019union pour la vie » dont parle Desjardins implique un changement de paradigme.Le capital doit être mis au service de la vie et non pas contribuer à sa destruction.C\u2019est aujourd\u2019hui que nous choisissons ce que sera demain.Desjardins doit cesser d\u2019investir dans les sables bitumineux La loi devrait également s\u2019appliquer aux écoles privées et aux centres de la petite enfance, estime l\u2019auteur.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR « Pour moi, il est impensable qu\u2019une société libre légitimise la discrimination contre quiconque basée sur la religion », a déclaré le premier ministre canadien jeudi LEDEVOIR // LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2019 B 12 PETITES ANNONCES R E G R O U P E M E N T I M M O B I L I E R | | realta.ca | 514 789 2889 courtier immobilier agréé ÉQUIPE FRANÇOIS BISSONNETTE J\u2019ai fondé REALTA en janvier 2008 sur une promesse : faire du courtage immobilier de façon différente, résolument moderne.Pour nos clients.En faisant de la satisfaction de leurs exigences notre raison d\u2019être.C\u2019est notre image de marque et le fondement de notre succès.C\u2019est une question de valeurs.V I S I T E S L I B R E S d i m a n c h e 1 4 h à 1 6 h S U R R E N D E Z - V O U S c o n t a c t e z - n o u s ! 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